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-Project Gutenberg's Journal de Eugène Delacroix, Tome 3, by Eugène Delacroix
-
-This eBook is for the use of anyone anywhere in the United States and most
-other parts of the world at no cost and with almost no restrictions
-whatsoever. You may copy it, give it away or re-use it under the terms of
-the Project Gutenberg License included with this eBook or online at
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-
-Title: Journal de Eugène Delacroix, Tome 3
- 1855-1863
-
-Author: Eugène Delacroix
-
-Release Date: April 24, 2017 [EBook #54600]
-
-Language: French
-
-Character set encoding: UTF-8
-
-*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK JOURNAL DE EUGÈNE DELACROIX ***
-
-
-
-
-Produced by Laura Natal Rodriguez and Marc D'Hooghe at
-Free Literature (online soon in an extended version, also
-linking to free sources for education worldwide ... MOOC's,
-educational materials,...) Images generously made available
-by the Internet Archive.
-
-
-
-
-
-JOURNAL
-
-DE
-
-EUGÈNE DELACROIX
-
-TOME TROISIÈME
-
-1855-1863
-
-SUIVI D'UNE TABLE ALPHABÉTIQUE
-
-DES NOMS ET DES ŒUVRES CITÉS
-
-NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS PAR MM. PAUL FLAT ET RENÉ PIOT
-
-_Portraits et fac-simile_
-
-
-PARIS
-
-LIBRAIRIE PLON
-
-PLON-NOURRIT ET Cie IMPRIMEURS-ÉDITEURS
-
-RUE GARANCIÈRE 10e
-
-1895
-
-
-
-
-JOURNAL
-
-DE
-
-EUGÈNE DELACROIX
-
-
-
-
-1855
-
-
-_Paris_, 8 _janvier._--Dîné chez Mme de Blocqueville[1] avec Cousin[2].
-Singulière maison.
-
-Cousin, en sortant, m'assure que, toutes informations prises, elle est
-fort honnête, sauf les petits loisirs que lui laisse l'absence de son
-mari, avec qui elle vit mal, mais qui ne fait que des apparitions.
-
-Je m'accroche à lui pour retourner chez Thiers[3]; il n'y était pas, ni
-sa femme. Mme Dosne m'invite pour le vendredi de la semaine suivante.
-
-*
-
-9 _janvier._--Dîné enfin chez la princesse[4], après avoir refusé
-deux fois, je crois, à cause de mon malaise, suite de la grippe.--Se
-rappeler une sonate de Mozart qu'elle joue seule.
-
-Berryer y est venu, ainsi que les dames de Vaufreland. Il m'a mené chez
-Mme de Lagrange, à qui je devais une visite depuis le dîner que j'y
-avais fait il y a longtemps déjà, le jour où j'avais causé longuement
-avec la princesse.
-
---Magnifique sujet: _Noé sacrifiant avec sa famille après le déluge_:
-les animaux se répandent sur la terre, les oiseaux dans les airs; les
-monstres condamnés par la sagesse divine gisent à moitié enfouis dans
-la vase; les branches dégouttantes se redressent vers le ciel[5].
-
-*
-
-20 _janvier._--Chez Viardot[6]. Musique de Gluck chantée admirablement
-par sa femme.
-
-Le philosophe Chenavard ne disait plus que la musique est le dernier
-des arts! Je lui disais que les paroles de ces opéras étaient
-admirables. Il faut des grandes divisions tranchées; ces vers arrangés
-sur ceux de Racine et par conséquent défigurés, font un effet bien plus
-puissant avec la musique.
-
-Le lendemain dimanche, chez Tattet[7]. Membrée[8] a chanté des morceaux
-de sa composition; celui des _Étudiants_ serait mauvais, même avec la
-plus belle musique. C'est un petit opéra sans récitatif, c'est-à-dire
-que le récit et le chant ne font qu'un; c'est fatigant pour l'esprit,
-qui n'est ni au récit ni à la musique, tout en courant à chaque instant
-après l'un et l'autre. Nouvelle preuve qu'il ne faut pas sortir des
-_lois_ qui ont été trouvées au commencement sur tous les arts. Racontez
-ce qu'il vous plaira avec les récitatifs, mais avec le chant ne faites
-chanter que la passion, sur des paroles que mon esprit devine avant que
-vous les disiez.
-
-Il ne faut point partager l'attention: les beaux vers sont à leur place
-dans la tragédie parlée; dans l'opéra, la musique seule doit m'occuper.
-
-Chenavard convenait, sans que je l'en priasse, qu'il n'y a rien à
-comparer à l'émotion que donne la musique: elle exprime des nuances
-incomparables. Les dieux pour qui la nourriture terrestre est trop
-grossière, ne s'entretiennent certainement qu'en musique. Il faut, à
-l'honneur mérité de la musique, retourner le mot de Figaro: _Ce qui ne
-peut pas être chanté, on le parle._ Un Français devait dire ce que dit
-Beaumarchais.
-
---Dîné chez Thiers: Cousin, Mme de Rémusat que j'ai revue avec plaisir,
-etc.
-
-Chez Tattet ensuite, où j'ai entendu Membrée.
-
-Ce qui met la musique au-dessus des autres arts (il y a de grandes
-réserves à faire pour la peinture, précisément à cause de sa grande
-analogie avec la musique), c'est qu'elle est complètement de
-convention, et pourtant c'est un langage complet; il suffit d'entrer
-dans son domaine.
-
-*
-
-24 _janvier._--Au bal de Morny, le soir. Mérimée me parle d'un nommé
-Lacroix qui vend de bon papier.
-
-Je remarque encore l'étonnante perfection des Flamands à côté de quoi
-que ce soit: il y avait là un joli Watteau, qui devenait complètement
-factice, comme je l'avais déjà remarqué antérieurement.
-
-*
-
-25 _janvier._--Dîné chez Payen[9].--Mme Barbier ensuite.
-
-*
-
-28 _janvier._--Chez Thiers le soir; il me parle des ressources
-prodigieuses que Napoléon trouva dans son génie et dans son audace
-infatigable pendant la mémorable campagne de 1814.
-
-*
-
-29 _janvier._--Dîné chez Mme de Blocqueville avec
-
-Thiers, Cousin, la duchesse d'Istrie, une Mme de Léotaud, et un M. de
-Beaumont[10] qui fait partie du jury de l'Exposition; fort aimable et
-convenable de tous points, et bon appréciateur de toutes choses.
-
-En sortant, chez Fould. Bal. Figures de coquins de toute espèce.
-
---Cousin, au dîner, avait raconté l'anecdote suivante: Louis XIV avait
-tenu un conseil particulier entre Louvois, Turenne, Condé et lui, sur
-un plan de campagne, en recommandant un secret absolu; huit jours
-après, il lui revient que son plan est connu. Interpellant Turenne, il
-le lui dit et ajouta, connaissant son inimitié pour Louvois: «Ce sera
-ce coquin de Louvois!» Turenne répond: «Non, Sire, c'est moi.» À cela
-le Roi lui dit: «Vous l'aimez donc toujours!»
-
-*
-
-30 _janvier._--Chez Mme de Lagrange. Je suis arrivé malheureusement de
-bonne heure, c'est-à-dire à dix heures. Qui croirait que c'est encore
-une heure indue le soir à Paris?
-
-J'ai trouvé là le vieux Rambuteau[11] qui est aveugle et qui me dit,
-quand on lui dit qui j'étais, qu'il était très fâché de n'avoir pas
-été ainsi prévenu de ma présence chez Mme de Blocqueville, la première
-fois que j'y dînai; qu'il m'aurait dit à quel point il avait toujours
-admiré mes peintures. Or le vieux scélérat ne m'a jamais adressé la
-parole, dans le temps qu'il était préfet, que pour me recommander de ne
-pas gâter son église de Saint-Denis du Saint-Sacrement. Ce tableau de
-treize pieds[12], payé 6,000 francs, avait été donné à Robert Fleury,
-qui, ne s'y sentant pas porté, m'avait proposé de le faire à sa place,
-avec l'agrément, cela va sans dire, de l'administration. Varcollier,
-moins apprivoisé dans ce temps avec moi et avec ma peinture,
-consentit dédaigneusement à ce changement de personne, le préfet plus
-difficilement encore, à ce que je crois, dans la profonde défiance où
-il était de mes minces talents.
-
-L'adversité rend aux hommes toutes les vertus que la prospérité leur
-enlève.
-
-Cela me rappelle que, quand je fus revoir Thiers, au retour de son
-petit exil, il déplora la mesquinerie des commandes qu'on me faisait;
-à l'entendre, j'aurais dû avoir tout à faire et être magnifiquement
-récompensé.
-
-*
-
-31 _janvier._--Fortoul,--Dumas ensuite.
-
-Je suis resté au coin de mon feu à cause du dégel. Puis, repris à dix
-heures d'un beau courage, j'ai été prendre l'air.
-
-
-[1] _Louise-Adélaïde d'Eckmühl, marquise de Blocqueville_, était la
-dernière fille du maréchal Davoust, dont elle a fait revivre dans un
-livre important la sévère figure. Elle est aussi l'auteur de plusieurs
-ouvrages de psychologie mystique.
-
-[2] _Victor Cousin_, qui depuis 1852 n'occupait plus sa chaire de
-philosophie à la Sorbonne, travaillait alors à ses _Études sur les
-femmes et la société du dix-septième siècle_, et avait déjà fait
-paraître _Madame de Longueville_ (1853) et _Madame de Sablé_ (1854).
-
-[3] Delacroix, habitant à cette époque rue Notre-Dame de Lorette, était
-par conséquent tout à fait voisin de M. Thiers.
-
-[4] La princesse _Marcellini Czartoryska._
-
-[5] Ce sujet de tableau n'a pas été traité par Delacroix.
-
-[6] _Louis Viardot_ (1800-1883), littérateur. On lui doit un grand
-nombre de traductions d'ouvrages espagnols et russes. Il avait en 1841
-fondé avec George Sand et Pierre Leroux la _Revue indépendante_ et
-pris un moment la direction du théâtre italien à la salle Ventadour en
-1838. C'est là qu'il connut la célèbre cantatrice _Pauline Garcia_, qui
-devint sa femme en 1840.
-
-[7] _Alfred Tattet_, banquier très répandu dans le monde artistique et
-littéraire, ami fidèle d'Alfred de Musset, qui lui dédia quelques-unes
-de ses poésies.
-
-[8] _Edmond Membrée_ (1820-1882), compositeur français, élève de
-Carafa. Il écrivit notamment les chœurs de l'_Œdipe-Roi_, de J.
-Lacroix, joué au Théâtre-Français en 1858.
-
-[9] _Anselme Payen_ (1795-1871), chimiste, professeur à l'École
-centrale et au Conservatoire des arts et métiers, membre de l'Académie
-des sciences.
-
-[10] _Adalbert de Beaumont_, peintre et littérateur, qui exposa à
-plusieurs Salons et écrivit dans divers journaux et revues des articles
-sur les questions d'art.
-
-[11] Le _comte de Rambuteau_ (1781-1869) avait été préfet de la Seine
-sous la monarchie de Juillet. Ce fut lui qui commença dans Paris les
-travaux d'embellissement qui devaient plus tard, sous l'administration
-du baron Haussmann, transformer la capitale.
-
-[12] Ce tableau, _Pieta_, fut peint directement sur le mur. (Voir
-_Catalogue Robaut_, n° 768.)
-
- * * * * *
-
-2 _février._--Dîné avec Mme de Forget.--Chez Mme Cerfbeer ensuite. J'ai
-fait les deux choses.
-
-Beaucoup causé avec Eugène[13], que j'aime beaucoup.
-
-Chez Cerfbeer[14] ensuite, où l'on étouffait; j'ai causé avec
-Pontécoulant[15] et avec sa femme. Il me disait assez justement que
-la prise de Sébastopol serait l'empêchement irrémédiable à la paix;
-que l'Empereur, en 1812, n'avait pas rétabli le royaume de Pologne
-pour ne pas fermer tout retour à la paix, bien persuadé que la Russie
-n'abandonnerait jamais ses prétentions sur la Pologne et en ferait
-toujours un objet d'amour-propre au premier chef, comme elle en fait un
-de sa possession de la Crimée, le talisman véritable qui lui ouvre le
-chemin à la domination de l'Orient.
-
-En sortant, je me suis promené sur le boulevard avec délices:
-j'aspirais la fraîcheur du soir, comme si c'était chose rare. Je me
-demandais, avec raison, pourquoi les hommes s'entassent dans des
-chambres malsaines, au lieu de circuler à l'air pur, qui ne coûte rien.
-Ils ne causent que de choses insipides qui ne leur apprennent rien et
-ne les corrigent de rien; ils font avec application des parties de
-cartes ou bâillent solitairement au milieu de la cohue, quand ils ne
-trouvent personne à ennuyer.
-
- * * * * *
-
-3 _février._--Chez Viardot.--Delangle[16].
-
-*
-
-5 _février._--Chez Thiers, le soir: j'y suis resté très longtemps;
-il m'a accaparé, et nous avons parlé guerre; il a mis en poudre mon
-système.
-
-En sortant et très tard, chez Halévy: calorifères étouffants. Sa
-pauvre femme emplit sa maison de vieux pots et de vieux meubles;
-cette nouvelle folie le mènera à l'hôpital. Il est changé et
-vieilli: il a l'air d'un homme entraîné malgré lui. Comment peut-il
-travailler sérieusement au milieu de ce tumulte? Son nouveau poste à
-l'Académie[17] doit prendre beaucoup sur son temps et l'écarter de plus
-en plus de la sérénité et de la tranquillité que demande le travail.
-
-Sorti de ce gouffre le plus tôt que j'ai pu. L'air de la rue m'a semblé
-délicieux.
-
-*
-
-_6 février._--Dîné chez la princesse. Elle me plaît toujours: elle
-avait une robe dont elle ne savait que faire; l'étoffe en était si
-magnifique qu'elle ressemblait à une cuirasse de vingt aunes; grâce à
-cette ampleur ridicule, toutes les femmes se ressemblent en ressemblant
-à des tonneaux.
-
-Après dîner, j'ai été un moment chez Fould et suis revenu pour
-l'entendre avec Franchomme; mais le plaisir de la soirée avait été deux
-ou trois morceaux de Chopin qu'elle m'avait joués avant mon départ pour
-aller chez le ministre.
-
-Grzymala, à dîner, nous a soutenu que Mme Sand avait accepté de
-Meyerbeer de l'argent pour les articles qu'elle a faits à sa louange.
-Je ne puis le croire et j'ai protesté. La pauvre femme a bien besoin
-d'argent: elle écrit trop et pour de l'argent; mais descendre jusqu'au
-métier des feuilletonistes à gages, c'est ce que je ne puis croire!
-
-Berryer venu chez la princesse.
-
-*
-
-7 _février._--Soupe chez la fameuse comtesse de Païva. Ce luxe
-effrayant me déplaît; on ne rapporte aucun souvenir de semblables
-soirées: on est plus lourd le lendemain, voilà tout.
-
-Depuis moins de quinze jours, j'ai travaillé énormément: je suis occupé
-maintenant de _Foscari_[18]. J'avais auparavant donné aux _Lions_[19]
-une tournure que je crois enfin la bonne, et je n'ai plus qu'à terminer
-en changeant le moins possible.
-
-*
-
-11 _février._--Dîner chez Bornot.
-
-*
-
-15 _février._--Dîné chez Lefuel avec Arago, Français, etc.
-
-*
-
-19 _février._--Berryer m'écrit ce soir pour me demander si j'ai un
-moyen de trouver une place pour jeudi prochain, jour de son élection.
-Je lui réponds:
-
-«Mon cher cousin, je m'empresse de vous dire que je n'espère qu'en vous
-pour trouver place à une séance aussi intéressante pour moi. Je n'ai
-quasiment bue des ennemis dans le palais Mazarin. Ils me veulent à la
-porte de toutes les façons; recevez-moi au moins pour ce jour, qui
-m'est cher à plus d'un titre. Votre mille fois affectionné et dévoué.»
-
-En réponse à cette lettre, Berryer n'a pu m'envoyer qu'un billet dans
-les amphithéâtres haut perchés de l'Institut. En arrivant à midi et
-demi par la neige et le froid, j'ai trouvé que la queue remplissait
-jusqu'à la porte de la rue, c'est-à-dire tous les escaliers et passages
-qui conduisent audit amphithéâtre, lequel était plein, de sorte que ces
-bonnes gens, parmi lesquelles il y en avait qui prétendaient que ce
-côté était excellent, attendaient, ou l'évanouissement de quelque dame,
-ou je ne sais quel prodige pour se glisser dans l'intérieur; et ils
-étaient là deux cents!
-
-Je boude un peu Berryer. En pareille situation, j'aurais voulu placer
-mon cousin. Tous ses amis de Frohsdorf et autres étaient, j'en suis
-sûr, bien installés, et avaient apporté leurs grandes oreilles pour
-l'écouter... Je me trompe: ils étaient là pour dire qu'ils y avaient
-été.
-
-
-[13] _Eugène de Forget._
-
-[14] _Alphonse Cerfbeer_ (1797-1859), auteur dramatique.
-
-[15] Le _comte de Pontécoulant_ (1794-1882), officier et littérateur.
-Il se battit sous les ordres de Napoléon pendant les Cent-jours et fut
-blessé en 1830 dans la campagne de Belgique à la tête d'un corps de
-volontaires parisiens qu'il avait organisé. De retour en France, M. de
-Pontécoulant s'est occupé de littérature et surtout de musique.
-
-[16] _Delangle_ était alors premier président de la cour de Paris.
-
-[17] _Halévy_ avait été nommé secrétaire perpétuel de l'Académie des
-beaux-arts le 29 juillet 1854.
-
-[18] C'est la fameuse toile des _Deux Foscari_, que les admirateurs
-du maître ont pu voir pour la dernière fois à l'exposition de ses
-œuvres au palais des Beaux-Arts en 1885, car elle ne figurait pas à
-l'Exposition universelle de 1889. Elle appartient actuellement au duc
-d'Aumale et constitue l'un des plus précieux joyaux de sa galerie.
-(Voir _Catalogue Robaut_, nos 1272 et 1273.)
-
-[19] Voir _Catalogue Robaut_, n° 1278.
-
- * * * * *
-
-4 _mars._--Symphonie de Gounod[20] à deux heures.
-
-*
-
-5 _mars._--Concert de l'aimable princesse. Le _concerto_ de Chopin
-a produit peu d'effet. Ils s'obstinent à le jouer au lieu de
-ses délicieux petits morceaux. La pauvre princesse et son piano
-disparaissent sur ce théâtre. Quand la Viardot a préludé, pour chanter
-des mazurkas de Chopin arrangées pour la voix, on a senti l'artiste;
-c'est ce que me disait Delaroche, qui était près de moi, dans cette
-place où j'avais été relégué, après avoir offert la mienne aux dames de
-Vautreland.
-
-Ces courts fragments de symphonie d'Haydn entendus hier m'ont ravi
-autant que le reste m'a rebuté. Je ne puis plus consentir à prêter mes
-oreilles ou mon attention qu'à ce qui est excellent.
-
---_Sur le respect immodéré des maîtres_: citer la froideur de certains
-Titien, _le Christ au tombeau_, etc., etc.[21].
-
---_Oculos habent et non vident_ veut dire: De la rareté des bons juges
-en peinture.
-
---Sur le _style..._ ne pas confondre avec la _mode._
-
-*
-
-13 _mars._--Dîné chez la princesse, à mon corps défendant... J'ai
-refusé si souvent que j'y vais par devoir. Bon morceau de Mozart joué
-par elle avec basse, violon et violoncelle, précédé d'un morceau de
-Mendelssohn joué par la princesse de Chimay, ennuyeux de tout point.
-
-Je me sauve après le morceau de Mozart et j'évite la _Polonaise_ de
-Chopin, dont nous étions menacés.
-
-*
-
-14 _mars._--J'ai quitté mon travail acharné sur mes _Lions_, pour aller
-à une heure voir la salle d'exposition.
-
-En revenant, chez Riesener.
-
-Je suis depuis quelque temps dans un mauvais état de santé: l'estomac
-est capricieux, et c'est lui pourtant qui conduit tout le reste. À
-présent, mon malaise me prend au milieu de la journée, et je peux
-quelquefois faire une séance à la fin du jour. Je me lève très matin.
-
-*
-
-15 _mars._--Dîné chez Bertin; ce bon Delsarte m'a dit que Mozart avait
-outrageusement pillé Galuppi[22], à peu près sans doute comme Molière
-a pillé partout où il a trouvé. Je lui ai dit que _ce qui était Mozart_
-n'avait pas été pris à Galuppi ni à personne. Il met Lulli au-dessus de
-tout, même de Gluck, qu'il admire pourtant fort.
-
-Il a chanté des chansonnettes anciennes et charmantes, chantées avec le
-goût qu'il y met. Je lui ai fait remarquer que s'il prenait la peine de
-chanter avec le même soin la musique des grands musiciens qu'il n'aime
-pas, elle ferait autant d'effet, et peut-être davantage. Il a chanté le
-bel air de _Telasco_, toujours avec le même ravissement pour moi.
-
-On passe à certains artistes leurs excentricités sur un point, sans
-diminuer de l'estime de leur talent: Delsarte est une espèce de fou
-dans sa conduite; ses projets pour le bonheur de l'humanité, sa volonté
-persévérante de se faire pendant quelque temps médecin homéopathe, et
-enfin sa préférence ridicule et exclusive pour l'ancienne musique,
-qui est le pendant de son excentricité en manière de se conduire, le
-classent avec Ingres, par exemple, dont on dit qu'il se conduit comme
-un enfant, et qui a des préférences et des antipathies également
-sottes... Il manque quelque chose à ces gens-là. Ni Mozart, ni Molière,
-ni Racine ne devaient avoir de sottes préférences, ni de sottes
-antipathies; leur _raison_, par conséquent, était à la hauteur de leur
-_génie_, ou plutôt était _leur génie même._
-
-Le stupide public abandonne aujourd'hui Rossini pour Gluck, comme il a
-abandonné autrefois Gluck pour Rossini; une chansonnette de l'an 1500
-est mise au-dessus de tout ce que Cimarosa a produit. Passe pour ce
-stupide troupeau à qui il faut absolument changer d'engouement, par la
-raison qu'il n'a de goût et de discernement sur rien! mais des hommes
-de métier, artistes ou à peu près, qu'on qualifie d'hommes supérieurs,
-sont inexplicables de se prêter lâchement à toutes ces sottises...
-
-*
-
-16 _mars._--C'est à partir de ce jour que j'ai été pris d'indisposition
-et forcé d'interrompre tout travail pendant un assez long temps.
-
-*
-
-23 _mars._--Je remarque ce matin, en examinant des croquis[23] que j'ai
-faits d'après des figures de la galerie d'Apollon (sculptures sur les
-corniches) et copiés d'après le livre gravé que Duban m'avait prêté,
-l'incorrigible froideur de ces morceaux. Je ne peux l'attribuer, malgré
-la largeur d'exécution, qu'à l'excessive timidité, qui ne permet jamais
-à l'artiste de s'écarter du modèle, et cela dans des figures accroupies
-sur des corniches et dans lesquelles la fantaisie était plus que
-permise.
-
-C'est par amour de la perfection que ces figures sont imparfaites.
-Il y a un peu du reflet de cette exactitude outrée dans toute l'école
-qui commence au Poussin et aux Carrache. La sagesse est sans doute une
-qualité, mais elle n'ajoute pas de charme. Je compare la grâce des
-figures d'un Corrège, d'un Raphaël, d'un Michel-Ange, d'un Bonasone,
-d'un Primatice, à celle d'une ravissante femme, qui vous enchante sans
-qu'on sache pourquoi. Je compare, au contraire, la froide correction
-des figures du style français à ces grandes femmes bien bâties, mais
-dépourvues de charme.
-
-*
-
-25 _mars._--Hier samedi, continuation du malaise, mais avec quelque
-mieux. Je lis toujours le roman de Dumas, de _Nanon de Lartigues_[24]:
-je dors par intervalles. Ce roman est charmant au commencement; puis,
-comme à l'ordinaire, viennent des parties ennuyeuses, mal digérées ou
-emphatiques. Je ne vois pas encore poindre tout à fait dans celui-ci
-les passages prétendus dramatiques et passionnés, comme il en introduit
-dans tous ses romans, même les plus comiques.
-
-Ce mélange du comique et du pathétique est décidément de mauvais goût.
-Il faut que l'esprit sache où il est, et même il faut qu'il sache où
-on le mené. Nous autres Français, familiarisés depuis longtemps avec
-cette manière d'envisager les arts, nous aurions de la peine, à moins
-d'une très grande habitude de l'anglais, par exemple, à nous faire
-une idée de l'effet contraire dans les pièces de Shakespeare. Nous ne
-pouvons imaginer ce que serait une bouffonnerie sortant de la bouche
-du grand prêtre, d'une Athalie, ou seulement la plus petite atteinte
-vers le style familier. La Comédie ne présente le plus souvent que des
-passions très sérieuses dans celui qui les éprouve, mais dont l'effet
-est de provoquer le rire, plutôt que l'émotion tragique.
-
-Je crois que Chasles avait raison quand il me disait dans une
-conversation sur Shakespeare, dont j'ai parlé dans un de ces calepins:
-«Ce n'est ni un comique ni un tragique proprement dit; son art est à
-lui, et cet art est autant psychologique que poétique; il ne peint
-point l'ambitieux, le jaloux, le scélérat consommé, mais un certain
-jaloux, un certain ambitieux, qui est moins un type qu'une nature
-avec ses nuances particulières.» Macbeth, Othello, Iago, ne sont rien
-moins que des types; les particularités ou plutôt les singularités
-de ces caractères peuvent les faire ressembler à des individus,
-mais ne donnent pas l'idée absolue de chacune de leurs passions.
-Shakespeare possède une telle puissance de réalité qu'il nous fait
-adopter son personnage comme si c'était le portrait d'un homme que
-nous eussions connu. Les familiarités qu'il met dans les discours de
-ses personnages, ne nous choquent pas plus sans doute que celles que
-nous rencontrerions chez les hommes qui nous entourent, qui ne sont
-point sur un théâtre, mais tour à tour affligés, exaltés ou même rendus
-ridicules par les différentes situations que comporte la vie comme elle
-est; de là des hors-d'œuvre qui ne choquent point dans Shakespeare,
-comme ils feraient sur notre théâtre. Hamlet, au beau milieu de sa
-douleur et de ses projets de vengeance, fait mille bouffonneries avec
-Polonius, avec des étudiants; il s'amuse à instruire les acteurs qu'on
-lui amène, pour représenter une mauvaise tragédie. Il y a en outre
-dans toute la pièce un souffle puissant et même une progression et un
-développement de passions et d'événements qui, bien qu'irréguliers
-dans nos habitudes, prennent un caractère d'unité qui établit dans le
-souvenir celle de la pièce. Car, si cette qualité souveraine ne se
-trouvait pas avec les inconvénients dont nous venons de parler, ces
-pièces n'auraient pas mérité de conserver l'admiration des siècles. Il
-y a une logique secrète, un ordre inaperçu dans ces entassements de
-détails, qui sembleraient devoir être une montagne informe et où l'on
-trouve des parties distinctes, des repos ménagés, et toujours la suite
-et la conséquence.
-
-Je remarque ici même, à ma fenêtre, la grande similitude que
-Shakespeare a en cela avec la nature extérieure, celle par exemple
-que j'ai sous les yeux, j'entends sous le rapport de cet entassement
-de détails dont il semble cependant que l'ensemble fasse un tout pour
-l'esprit. Les montagnes que j'ai parcourues pour venir ici, vues à
-distance, forment les lignes les plus simples et les plus majestueuses;
-vues de près, elles ne sont même plus des montagnes, ce sont des
-parties de rochers, des prairies, des arbres en groupes ou séparés, des
-ouvrages des hommes, des maisons, des chemins, occupant l'attention
-tour à tour.
-
-Cette unité, que le génie de Shakespeare établit pour l'esprit à
-travers ses irrégularités, est encore une qualité qui est propre à lui.
-
-Mon pauvre Dumas, que j'aime beaucoup et qui se croit sans doute un
-Shakespeare, ne présente à l'esprit ni des détails aussi puissants,
-ni un ensemble qui constitue dans le souvenir une unité bien marquée.
-Les parties ne sont point pondérées; son comique, qui est sa meilleure
-partie, semble parqué dans de certains endroits de ses ouvrages; puis,
-tout à coup, il vous fait entrer dans le drame sentimental, et ces
-mêmes personnages qui vous faisaient rire deviennent des pleureurs et
-des déclamateurs. Qui reconnaîtrait, dans ces joyeux mousquetaires du
-commencement de l'ouvrage, ces êtres de mélodrame engagés à la fin dans
-cette histoire d'une certaine milady, que l'on juge en forme et qu'on
-exécute au milieu de la tempête et de la nuit? C'est le défaut habituel
-de Mme Sand. Quand vous avez fini de lire son roman, vos idées sur ses
-personnages sont entièrement brouillées; celui qui vous divertissait
-par ses saillies ne sait plus que vous faire verser des larmes sur sa
-vertu, sur son dévouement à ses semblables, ou parle le langage d'un
-thaumaturge inspiré; je citerais cent exemples de cette déception du
-lecteur.
-
---Le jeune Armstrong venu; il m'a parlé de Tuilier[25], qui a laissé
-cent mille livres sterling pour fonder une retraite pour les artistes
-pauvres ou infirmes; il vivait avaricieusement avec une vieille
-servante. Je me rappelle l'avoir reçu chez moi une seule fois, quand je
-demeurais au quai Voltaire; il me fit une médiocre impression; il avait
-l'air d'un fermier anglais: habit noir assez grossier, gros souliers et
-mine dure et froide.
-
-*
-
-31 _mars._--Je vais mieux: j'ai repris mon travail. M... venue vers
-quatre heures voir mes tableaux; elle m'engage à venir lundi pour
-entendre Gounod. Elle avait un châle vert qui lui nuisait horriblement,
-et cependant elle conserve son charme. L'esprit fait beaucoup en
-amour; on pourrait devenir amoureux de cette femme-là, qui n'est plus
-jeune, qui n'est point jolie et qui est sans fraîcheur. Singulier
-sentiment que celui-là! Ce qui est au fond de tout cela est toujours
-la possession, mais la possession de quoi, dans une femme qui n'est
-pas jolie? Celle de ce corps qui n'a rien d'agréable? Car, si c'est de
-l'esprit qu'on est amoureux, on en jouit tout autant sans posséder ce
-corps sans attraits: mille femmes jolies sont là qui ne vous donnent
-pas une distraction. L'envie de tout avoir d'une personne qui nous a
-émus, une certaine curiosité, mobile puissant en amour, l'illusion
-peut-être de pénétrer plus avant dans cette âme et dans cet esprit,
-tous ces sentiments se réunissent en un seul; et qui nous dit qu'au
-moment où nos yeux ne croient voir qu'un objet extérieur dépourvu
-d'attraits, certains charmes sympathiques ne nous poussent pas à notre
-insu? L'expression des yeux suffit à charmer[26].
-
-
-
-[20] _Charles Gounod_ (1818-1893), grand prix de Rome de musique en
-1839, n'avait pas encore produit ses œuvres importantes. _Faust_ ne fut
-joué qu'en 1859.
-
-[21] Delacroix a déjà formulé, en des années antérieures, un jugement
-analogue à celui que nous trouvons ici et qui parait pour le moins
-déconcertant. On retrouvera plus loin, dans l'année 1857, une sorte
-d'amende honorable, présentée par lui-même. Voir sur ce point notre
-Étude, p. XLVII.
-
-[22] _Balthazar Galuppi_, compositeur bouffe italien, né en 1706, mort
-en 1785. De 1729 à 1777, il écrivit cinquante-quatre partitions. Ses
-œuvres peuvent être citées comme un exemple de la facilité en même
-temps que de l'inconsistance du style italien.
-
-[23] Ces croquis datent de 1849, époque à laquelle Delacroix fut chargé
-de peindre la partie centrale de la galerie. (Voir _Catalogue Robaut_,
-nos 1107 à 1118.)
-
-[24] _Nanon de Lartigues_, première partie du roman d'Alexandre Dumas:
-la _Guerre des femmes_, publié en 1844 dans la _Patrie_, et plus tard
-en deux volumes.
-
-[25] Delacroix, lors de son premier voyage en Angleterre (1825),
-considérait _Turner_ (1775-1851) comme un véritable réformateur. (Voir
-t. I, p. 39, en note.)
-
-[26] C'est en des passages comme celui-ci que se fait le mieux
-apercevoir l'analogie avec Stendhal, cette parenté spirituelle que nous
-notions dans notre Étude et qui avait frappé plusieurs de ceux qui le
-connurent.
-
-
- * * * * *
-
-21 _avril._--Dîné chez Legouvé avec Goubaux, Patin, etc., etc.
-
- * * * * *
-
-2 _mai._--Ce soir chez l'insipide Païva. Quelle société! Quelles
-conversations! Des jeunes gens avec barbe et sans barbe; des jeunes
-premiers de quarante-cinq ans, des barons et des ducs allemands, des
-journalistes, et tous les jours de nouvelles figures!
-
-Amaury Duval y est venu. Je n'ai commencé à pouvoir ouvrir la bouche
-qu'avec lui; j'étais pétrifié de tant d'inutilité et d'insipidité. Le
-bon X... croit être là en société. Comme on ne jure que par lui, qu'il
-fait là un excellent dîner chaque semaine et qu'il y mène sa donzelle,
-qu'on le consulte même sur les talents du cuisinier, qu'il décide s'il
-faut le conserver ou le changer, il est là comme autrefois le Mondor
-de l'ancien régime dans certains salons; il bâille, il dort pendant
-qu'on lui parle; au demeurant, c'est un bon garçon.
-
-En sortant de cette peste assoupissante à onze heures et demie et en
-respirant l'air de la rue, je me suis cru à un régal; j'ai marché une
-heure avec moi-même, peu satisfait néanmoins, morose, faisant retour
-sur mille objets désagréables et me plaçant en esprit au milieu de tous
-ces dilemmes que pose l'existence telle qu'elle est; celui-ci surtout
-qui est le fond de tous les raisonnements possibles à cet endroit:
-solitude, ennui, torpeur, société avec et sans liens, rage de tous les
-moments et surtout aspiration à la solitude. Conclusion: rester dans la
-solitude, sans traverser d'autre épreuve, puisque le vœu suprême est
-enfin d'être tranquille, quand la tranquillité devrait être une sorte
-d'anéantissement.
-
-*
-
-4 _mai._--Chez Nieuwerkerke le soir; Levassor[27] nous a fait la scène
-de l'_Anglais à Inkermann._
-
-*
-
-14 _mai._--J'ai eu à dîner Varcollier, Gautier[28] et les aimables
-hommes qui m'ont été agréables pour mon exposition.
-
-Bonne soirée; Dauzats en était.
-
-*
-
-15 _mai._--Inauguration de l'Industrie. J'ai été ensuite, et
-imprudemment, à l'exposition des tableaux, avec Dauzats et revenu avec
-lui jusque chez moi. J'y ai eu très froid.
-
-J'ai vu l'exposition d'Ingres[29]. Le ridicule, dans cette exhibition,
-domine à un grand degré; c'est l'expression complète d'une incomplète
-intelligence; l'effort et la prétention sont partout; il ne s'y trouve
-pas une étincelle de naturel.
-
-Dauzats, en revenant, me conte l'histoire des travaux de Chenavard.
-
-*
-
-22 _mai._--Dumas me fait demander le matin si je suis chez moi; je lui
-réponds que j'y serai à deux heures. Il me demande des notes sur les
-choses les plus inutiles à savoir pour un public, comment je m'y prends
-dans ma peinture, mes idées sur la couleur, etc. Il me demande, pour
-prolonger la séance, à dîner avec moi; je saisis cette occasion de
-passer quelques bons moments. Il va faire une course et revient à sept
-heures passées, au moment où j'allais dîner tout seul, mourant de faim.
-
-Après notre dîner, nous allons en fiacre chercher une petite qu'il
-protège, et nous allons voir la tragédie et la comédie italiennes. Il
-n'est qu'un motif qui puisse engager à aller à un pareil spectacle:
-celui de se fortifier dans la connaissance de l'italien. Rien n'est
-plus ennuyeux.
-
-Dumas me disait qu'il était en train de procès qui devaient assurer
-son avenir, quelque chose comme 800,000 francs pour commencer, sans
-compter le reste. Le pauvre garçon commence à s'ennuyer d'écrire jour
-et nuit et de n'avoir jamais le sou. «Je suis au bout», m'a-t-il dit,
-«je laisse à moitié faits deux romans... je m'en irai, je voyagerai et
-je verrai, à mon retour, s'il s'est rencontré un Alcide pour achever
-ces deux entreprises imparfaites.» Il est persuadé qu'il va laisser,
-comme Ulysse, un arc que personne ne pourra bander; en attendant, il
-ne se trouve pas vieilli et agit, sous plusieurs rapports, comme un
-jeune homme. Il a des maîtresses, les fatigue même; la petite que nous
-avons été prendre pour aller au spectacle lui a demandé grâce; elle
-se mourait de la poitrine, au train dont il y allait. Le bon Dumas la
-voit tons les jours en père, a soin de l'essentiel dans le ménage, et
-ne s'inquiète pas des délassements de sa protégée! Heureux homme!
-heureuse insouciance! Il mérite de mourir comme les héros, sur le champ
-de bataille, sans connaître les angoisses de la fin, la pauvreté sans
-remède et l'abandon.
-
-Il me disait qu'avec ses deux enfants, il est comme seul. Ils vont l'un
-et l'autre à leurs affaires et le laissent se faire consoler par son
-Isabelle. D'un autre côté, Mme Cavé me disait le lendemain que sa fille
-se plaignait de la société d'un père qui n'était jamais à la maison...
-Étrange monde!
-
-*
-
-25 _mai._--Au conseil.--Auparavant, j'ai été avec Jenny voir des seaux
-à rafraîchir le vin de Champagne.
-
-Les collègues, comme les autres, remarquent mon Salon[30], et me
-parlent des compliments qu'ils en entendent faire.
-
-Je reste après la séance, par un beau soleil, à lire les journaux.
-
-Je vais chez Gervais le remercier des couleurs qu'il m'a apportées
-hier, et je rentre, mourant de faim. Je voulais, avant dîner, aller
-voir la bonne Alberthe: je remets cela.
-
-*
-
-26 _mai._--Dîné chez Mme Villot; j'y ai trouvé Mme Herbelin,
-Rodakowski[31], Ferré et Nieuwerkerke. Nouvelle sortie contre les
-fleurs qui jonchent la table.
-
-Le soir, à neuf heures, Nieuwerkerke me mène chez le prince Napoléon,
-pour le premier jour de ses soirées... Quelle foule! Quels visages! Le
-républicain Barye, le républicain Rousseau, le républicain Français, le
-royaliste Un Tel, l'orléaniste Celui-ci; tout cela se pressant et se
-coudoyant. Il y avait des femmes charmantes, Mme Barbier entre autres,
-infiniment à son avantage.
-
-Je suis sorti tard, et ai été prendre une glace au café de Foy: celles
-du prince étaient détestables.
-
-Ma nuit a été mauvaise dans la première partie; je me suis relevé qu'il
-faisait petit jour et me suis promené; cela m'a remis... J'ai joui de
-ce moment solennel où la nature reprend des forces, où royalistes et
-républicains sont endormis d'un commun sommeil.
-
-*
-
-29 _mai._--Aujourd'hui j'ai eu à dîner: Mérimée, Nieuwerkerke, Biolay,
-Halévy, Villot, Viel-Castel[32], Arago, Pelletier et Lefuel; ils ont
-paru s'amuser et se trouver sans façon. Je redoutais cette corvée,
-et elle s'est changée en plaisir; je voudrais être logé de manière à
-renouveler souvent ces parties-là.
-
-*
-
-31 _mai._--Dîné chez Moreau avec Français[33], Mouilleron[34], les deux
-Rousseau[35], Martinet[36], etc.
-
-
-
-[27] _Levassor_, célèbre acteur comique, qui excellait dans les rôles à
-travestissements.
-
-[28] _Théophile Gautier._
-
-[29] À côté de ce jugement si sévère, et qui était évidemment
-l'expression définitive de sa pensée, il est intéressant de noter
-ce fragment de lettre que Delacroix écrivait au critique d'art Th.
-Silvestre, après l'envoi de son livre: _Histoire des artistes vivants,
-français et étrangers_: «Je n'ai pas encore lu la _biographie_
-d'Ingres, c'est-à-dire relu, car je suis encore à votre dernier envoi,
-dont je ne vous ai rien dit cet automne, parce que je suis parti très
-brusquement. Déjà, sur ce que vous m'en aviez dit à la volée, je
-vous avais exprimé mon sentiment. Je vous avais _supplié d'ôter les
-personnalités_, qui sont déjà une dérogation aux usages d'autrefois en
-parlant des vivants, même quand on en dit du bien. Avec cette franchise
-que vous aimez et dont j'use quelquefois pour mon compte, je vous
-disais que je regretterais que vous n'eussiez pas fait des changements
-dans ce sens, pour vous, pour moi, pour tout le monde.» (_Corresp.,_ t.
-II, p. 136.) M. Burty ajoute très justement en note que le passage en
-question «montre avec quel tact Delacroix désirait que l'on n'imitât
-pas dans son camp les furibonderies de ses adversaires».
-
-[30] À propos de ce Salon de 1855, Baudelaire avait écrit cette
-conclusion enthousiaste, qui venait après une étude détaillée des
-œuvres offertes au public: «Homme privilégié, la Providence lui garde
-des ennemis en réserve! Homme heureux parmi les heureux! Non seulement
-son talent triomphe des obstacles, mais il en fait naître de nouveaux,
-pour en triompher encore, il est aussi grand que les anciens dans un
-siècle et dans un pays où les anciens n'auraient pas pu vivre... Les
-nobles artistes de la Renaissance eussent été bien coupables de n'être
-pas grands, féconds et sublimes, encouragés et excités qu'ils étaient
-par une compagnie illustre de seigneurs et de prélats, que dis-je?
-par la multitude elle-même, qui était artiste en ces âges d'or. Mais
-l'artiste moderne qui s'est élevé si haut malgré son siècle, qu'en
-dirons-nous, si ce n'est de certaines choses que ce siècle n'acceptera
-pas, et qu'il faut laisser dire aux âges futurs?» (Voir les _Curiosités
-esthétiques._) À cet article enthousiaste Delacroix répondait ainsi:
-«Cher Monsieur, je n'ai reçu qu'ici votre article par-dessus les
-toits, Vous êtes trop bon de me dire que vous le trouvez encore trop
-modeste; je suis heureux de voir quelle a été votre impression sur mon
-exposition. Je vous avouerai que je n'en suis pas mécontent, et quelque
-chose de moi-même m'a gagné plus qu'à l'ordinaire en voyant la réunion
-de ces tableaux. Puisse le bon public avoir des yeux, mais surtout les
-vôtres, car ils jugent encore plus favorablement, j'en suis sûr, que je
-ne fais.» (_Corresp._, t. II, p. 121.)
-
-[31] _Rodakowski_ avait remporté une première médaille à l'Exposition
-universelle de 1855, et Delacroix avait puissamment contribué à
-faire obtenir cette récompense à une œuvre qu'il jugeait des plus
-remarquables, le portrait du général Dembinski, déjà exposé en 1852 et
-dont il est question plus haut (tome II, p. 156).
-
-[32] Le comte _Horace de Viel-Castel_ (1798-1864), littérateur. Il
-entra en 1853 dans l'administration des Beaux-Arts et devint peu de
-temps après conservateur du Musée des souverains, poste qu'il occupa
-jusqu'en 1862.
-
-[33] _François-Louis Français_, élève de Gigoux et de Corot, est membre
-de l'Académie des beaux-arts depuis 1890.
-
-[34] _Adolphe Mouilleron_ (1820-1881), lithographe fort estimé. On lui
-doit entre autres œuvres une superbe lithographie de la _Ronde de nuit_
-de Rembrandt.
-
-[35] _Théodore_ et _Philippe Rousseau._
-
-[36] _Louis Martinet_, peintre, élève de Gros, a organisé un grand
-nombre d'expositions, et notamment en 1864 l'exposition posthume
-des œuvres d'Eugène Delacroix. Louis Martinet a longtemps dirigé le
-placement des œuvres d'art à nos Salons annuels.
-
- * * * * *
-
-1er _juin._--Au conseil, toujours dans la salle des Cariatides; il est
-question des billets de bal. Je fais une sortie contre l'exigence de
-n'en demander que pour des personnes intimes; il est curieux de voir
-tous ces épiciers, tous ces marchands de papier et tous ces précieux se
-trouver de meilleur ton et de meilleure compagnie que tel cordonnier
-et tel tailleur qui aura été invité par mégarde et qu'ils craignent de
-coudoyer. Je leur ai dit que la société française de nos jours n'était
-faite que de ces bottiers et de ces épiciers, et qu'il ne fallait pas y
-regarder de si près.
-
-Je vais ensuite à l'Exposition. Celle d'Ingres m'a paru autre que la
-première fois, et je lui sais gré de beaucoup de qualités. Je trouve là
-Mme Villot et une de ses amies.
-
-C'est le soir que j'ai revu la bonne Alberthe, qui me fait amitiés
-tant qu'elle peut. On s'est occupé pendant très longtemps d'un grand
-chien qui remplissait toute la chambre et sur lequel l'admiration ne
-tarissait pas. Je déteste qu'on s'occupe longtemps de ces personnages
-épisodiques, tels que les _chiens_ et les _enfants_[37], qui
-n'intéressent jamais que leurs propriétaires ou ceux qui les ont mis au
-monde.
-
-*
-
-2 _juin._--Je fais mes paquets.
-
-Chez le prince Napoléon le soir. J'y trouve Solange[38] et sa cousine
-Augustine que je ne reconnaissais pas d'abord.
-
-Dans la journée, Moreau était venu me prendre pour aller chez le
-lithographe Sirouy[39], qui fait une planche d'après la petite _Entrée
-des croisés._
-
-*
-
-_Champrosay_, 3 _juin._--Parti à une heure et demie pour Champrosay.
-Pluie comme à l'ordinaire; le temps se remet le soir. Je rencontre en
-montant Candas, qui vient me faire un salut que je crois intéressé,
-Quantinet, puis le maire et Hippolyte Rodrigues et son fils, qui
-passent achevai et m'apprennent qu'Halévy s'installe à Fromont.
-
-*
-
-4 _juin._--Aussitôt levé, je déballe mes toiles et fais ma palette; je
-travaille beaucoup dans cette journée, qui est la première que je passe
-ici.
-
-Avant dîner, promenade par le mur de Baÿvet; je trouve encore les
-traces de l'inscription au charbon sur son mur; je suis tous les ans,
-avec un mélancolique intérêt, l'effacement de ces plaintes de ce pauvre
-amoureux. Cette inscription fragile a survécu de beaucoup probablement
-au sentiment qui l'a dictée; celui qui l'a écrite est peut-être disparu
-depuis longtemps, aussi bien que la Célestine qui l'a inspirée.
-
-Je descends vers la route. Le petit bois de Baÿvet est coupé. Je
-remonte par la route des Dames; je vais jusqu'au chêne Prieur, je
-tourne à gauche, puis à gauche encore, jusqu'à l'allée de l'Ermitage,
-au carrefour où je trouve un autre grand chêne. Je reviens avec
-ravissement pour dîner.
-
-*
-
-5 _juin._--Je prends le matin une tasse de thé, contrairement à mes
-habitudes. Une promenade dans le jardin me conduit à une sortie dans
-la campagne: je vais par les champs jusqu'à Soisy; je me fonds devant
-cette nature paisible.
-
-Malheureusement, ma débauche du matin porte malheur au reste de la
-journée. J'essaye, sans succès, de travailler à la _Clorinde_[40]; je
-ne sors d'une espèce d'assoupissement, que je ne puis vaincre, que
-pour dîner, et tout de suite après, confiné dans ma mauvaise humeur et
-dans les petites allées de mon jardin, je fais en long et en large une
-promenade de près de deux heures, sans fruit, pour dissiper cette noire
-humeur qui m'a accompagné jusqu'au lit et fait quereller ma pauvre
-Jenny.
-
-*
-
-6 _juin._--En rentrant de ma promenade dans la forêt, vers dix heures,
-je trouve un article de la _Presse_, très bon pour moi. J'extrais ces
-pensées de Marc-Aurèle[41] qui y sont citées:
-
-«Il faut partir de la vie comme l'olive mûre tombe en bénissant la
-terre sa nourrice et en rendant grâces à l'arbre qui l'a produite.
-Vivre trois ans ou trois âges d'homme, qu'importe quand l'arène est
-close? Eh! qu'importe, pendant qu'on la parcourt? Mourir est aussi une
-des actions de la vie; la mort, comme la naissance, a sa place dans le
-système du monde. La mort n'est peut-être qu'un changement de place.
-O homme tu as été citoyen dans la grande cité; va-t'en avec un cœur
-paisible; celui qui te congédie est sans colère.»
-
-J'avais fait le matin la plus délicieuse promenade. Je me lève un peu
-tard malheureusement. Revenu par l'allée qui longe l'Ermitage venant du
-chêne Prieur jusqu'à la grande qui traverse tout le bois.
-
-*
-
-_Paris_, 7 _juin._--J'ai été à Paris pour le banquet de l'Hôtel de
-ville donné en l'honneur du lord-maire; faute d'être averti, j'ai
-manqué la cérémonie du matin qui a été, dit-on, fort imposante; il
-s'agissait de la présentation par le lord-maire de l'adresse de la
-corporation de Londres à la municipalité de Paris. Les costumes du
-lord-maire et des aldermen valaient la peine d'être vus.
-
-Je suis parti à onze heures par l'omnibus de Lyon, escorté de
-Julie[42]; en arrivant, et par une chaleur étouffante, j'ai été au
-Jardin des Plantes: il y a deux beaux lions, de jeunes lions, etc.
-Je mourais de chaud à les regarder: j'ai remarqué qu'en général le
-ton clair qui se remarque sous le ventre, sous les pattes, etc., se
-mariait plus doucement avec le reste de la peau que je ne le fais
-ordinairement: j'exagère le blanc. Le ton des oreilles est brun, mais
-en dehors seulement.
-
-De là, chez Sirouy, le lithographe, voir la planche qu'il a commencée
-(les _Croisés_ de Moreau)[43]; ensuite, à la maison, où je me suis
-senti très fatigué, très accablé. J'ai une nature singulière: ces
-déplacements, dès le matin, me causent toujours une fatigue nerveuse
-extrême, et je peux me remettre pour très peu de chose.
-
-Le soleil me nuit toujours; je me rappelle l'homme d'Épinal qui me
-disait que s'il se mettait au soleil après son déjeuner, il éprouvait
-un malaise considérable.
-
-À peine m'étais-je habillé que je me suis senti rafraîchi et rajeuni,
-et la soirée m'a fort ennuyé. Le banquet donné dans la salle des Fêtes
-était splendide; les lustres faisaient un effet magnifique; j'étais à
-côté d'un pauvre Anglais qui ne savait pas un mot de français; j'ai
-presque oublié mon anglais; je cherchais tous mes mots; nous faisions
-mutuellement semblant de comprendre ce que nous nous disions, et nous
-n'en avons guère dit.
-
-Fouché m'a ramené.
-
-*
-
-_Champrosay_, 8 _juin._--De retour à Champrosay vers une heure et par
-le chemin de Lyon.
-
-*
-
-10 _juin._--J'ai été, après dîner, voir Halévy; il y avait là Boilay
-et sa femme, et quelques personnes inconnues. Je leur promets de dîner
-avec eux jeudi. Ils veulent encore m'avoir dimanche prochain.
-
-*
-
-_Paris_, 11 _juin._--À Paris, comme l'autre jour, pour le bal de
-l'Hôtel de ville. Je trouve Quantinet dans la voiture jusqu'à Paris.
-
-Du chemin de fer, je vais à l'Hôtel de ville pour parler pour le
-protégé de Bixio; de là chez Haro et enfin chez moi. Après un peu de
-repos, toujours aussi nécessaire, chez Mme de Forget jusqu'à six heures.
-
-J'ai renoncé à aller dîner chez Champeaux avec ces messieurs du lundi,
-voulant être de bonne heure à l'Hôtel de ville.
-
-Très belle fête. La cour nouvellement arrangée fait beaucoup d'effet,
-mais ce sera une déplorable idée pour le jour; elle ôtera la lumière et
-la respiration à une partie de l'Hôtel de ville.
-
-Rentré à onze et demie par une pluie subite; j'étais, précisément dans
-une calèche découverte; une espèce de tablier de cuir a préservé mon
-beau pantalon blanc.
-
-J'ai revu Blondel[44]. Nous nous promettons toujours de nous voir; il
-y a trop longtemps que nous nous sommes vus. Il ne reste probablement
-plus dans chacun de nous une parcelle de l'Eugène et du Léon de 1810.
-
-Vu un instant Mme Barbier, Mme Villot, etc.
-
-*
-
-_Champrosay_, 14 _juin._--J'étais engagé à dîner aujourd'hui par
-Rodrigues et Halévy. J'arrive à Fromont après avoir fait une visite à
-Mme Parchappe. Je ne trouve que la bonne Mme Rodrigues; ces messieurs
-sont à Paris et m'y ont écrit; or je suis ici depuis plus de deux jours.
-
-Me voilà retenu et dînant avec cette bonne dame et des enfants: cela
-a fini mieux que je ne pensais. Après dîner, grande promenade dans le
-parc avec le jeune Rodrigues[45], jeune nourrisson de la peinture,
-suçant le lait de Picot[46], et me fatiguant un peu de sa naïve
-conversation; mais grâce à sa bonne volonté, je prends l'air, au milieu
-des plus beaux arbres du monde. La vue de la Seine, de la terrasse d'en
-bas, est très belle et a même de la grandeur.
-
-Pendant le dîner la pluie recommence avec fureur. Tout était mouillé
-pendant notre promenade.
-
-*
-
-15 _juin._--Pluie continuelle. Vent furieux, qui n'a pas cessé un
-instant pendant toute la journée.
-
-Je lis dans la _Presse_ quelques feuillets de Mme Sand, de l'_Histoire
-de sa vie_; elle parle aujourd'hui de ses relations avec Balzac. Elle
-est forcée, la pauvre femme, de payer un tribut d'admiration à tout
-le monde. Dans cette prose imprimée de son vivant et adressée à des
-contemporains, elle parle de lui en des termes bien admiratifs[47].
-Elle est forcée de faire une grosse part à toutes ces célébrités de
-son temps, elle qui vit encore, pour qu'on ne lui reproche pas d'avoir
-de l'envie; c'est l'un des mille inconvénients de son entreprise. Elle
-parle beaucoup des sentiments paternels de de Latouche[48] à son égard,
-de sa fraternelle amitié pour Arago[49]. Quelle entreprise! et surtout
-pour une personne dans sa situation: parler de soi, quand la nécessité
-de le faire de son vivant ne permet pas la franchise qui, seule,
-donnerait de l'intérêt à son ouvrage, sinon sur son propre compte, au
-moins sur tous les originaux dont elle aspire à laisser le portrait à
-la postérité. Elle a la faiblesse de parler de sa théorie en matière
-de romans, de ce _besoin d'idéal_, c'est son expression favorite, qui
-consiste à représenter les hommes _comme ils devraient être._ Balzac,
-dit-elle, l'encourage dans cette tentative, se proposant, lui, de les
-peindre _tels qu'ils sont_[50], prétention qu'il pense avoir justifiée
-et au delà.
-
-*
-
-16 _juin._--À la fin de la journée, après avoir été m'asseoir le cul
-par terre dans mon jardin, pour jouir du soleil, si rare à présent,
-et qui m'a guéri complètement de mon malaise, repris le _Hamlet_ et
-_Polonius_[51], et suis dans une excellente situation.
-
-Dîné chez Parchappe. Ennui profond; pas l'intérêt le plus mince, et
-le _loto_ pour finir, avec de vieilles femmes et des adolescents. Il
-faut avouer que j'y ai pris de l'intérêt à la fin parce que j'ai gagné.
-Étrange animal que l'homme!
-
-Je me suis promené plus d'une demi-heure devant ma maison, dans la
-crotte; j'avais besoin de respirer. Il était près de minuit quand je
-suis rentré de cette partie de plaisir.
-
-*
-
-17 _juin._--Je pense, le lendemain dimanche, en me levant, au charme
-particulier de l'École anglaise. Le peu que j'ai vu m'a laissé des
-souvenirs. Chez eux, il y a une finesse[52] réelle qui domine toutes
-les intentions de pastiche qui se produisent çà et là, comme dans notre
-triste école; la finesse chez nous est ce qu'il y a de plus rare:
-tout a l'air d'être fait avec de gros outils et, qui pis est, par
-des esprits obtus et vulgaires. Otez Meissonier, Decamps, un ou deux
-autres encore, quelques tableaux de la jeunesse d'Ingres, tout est
-banal, émoussé, sans intention, sans chaleur. Il n'y a qu'à jeter les
-yeux sur ce sot et banal journal de l'_Illustration_, fabriqué chez
-nous par des artistes de pacotille, et le comparer au pareil recueil
-publié chez les Anglais, pour avoir une idée de ce degré de commun, de
-mollesse, d'insipidité, qui caractérise la plupart de nos productions.
-Ce prétendu pays de dessin n'en offre réellement nulle trace, et les
-tableaux les plus prétentieux pas davantage. Dans ces petits dessins
-anglais, chaque objet presque est traité avec l'intérêt qu'il demande:
-paysages, vues maritimes, costumes, actions de guerre, tout cela est
-charmant, touché juste, et surtout dessiné... Je ne vois pas chez nous
-ce qu'on peut comparer à Leslie[53], à Grant[54], à tous ceux de cette
-école qui procèdent partie de Wilkie[55], partie de Hogarth[56], avec
-un peu de la souplesse et de la facilité introduites par l'école d'il y
-a quarante ans, les Lawrence et consorts, qui brillaient par l'élégance
-et la légèreté.
-
-Si l'on regarde une autre phase[57], qui est chez eux toute nouvelle,
-ce qu'on appelle l'École sèche, souvenir des Flamands primitifs, on
-trouve sous cette apparence de réminiscence dans l'aridité du procédé,
-un sentiment de vérité réel et tout à fait local. Quelle bonne foi,
-au milieu de cette prétendue imitation des vieux tableaux! Comparez,
-par exemple, l'_Ordre d'élargissement_ de Hunt[58] ou de Millais[59],
-je ne sais plus lequel, avec nos primitifs, nos byzantins, entêtés
-de style, qui, les yeux fixés sur les images d'un autre temps, n'en
-prirent que la raideur, sans y ajouter de qualités propres.
-
-Cette cohue de tristes médiocrités est énorme; pas un trait de vérité,
-de la vérité qui vient de l'âme; pas un seul comme cet enfant qui dort
-sur les bras de sa mère, et dont les petits cheveux soyeux, le sommeil
-si plein de vérité, dont tous les traits, jusqu'aux jambes rouges et
-les pieds, sont singuliers d'observation, mais surtout de sentiment.
-Les Flandrin, voilà pour le grand style! Qu'y a-t-il, dans les tableaux
-de ces gens-là, du vrai homme qui les a peints? Combien du Jules Romain
-dans celui-ci, combien du Pérugin ou d'Ingres son maître dans celui-là,
-et partout la prétention au sérieux, au grand homme... à l'art sérieux,
-comme dit Delaroche!
-
-Leys, le Flamand[60], me paraît fort intéressant aussi, mais il n'a
-pas, avec l'air d'une exécution plus indépendante, cette bonhomie des
-Anglais; je vois un effort, une manière, quelque chose qui m'inquiète
-sur la parfaite bonne foi du peintre, et les autres sont au-dessous de
-lui.
-
-Gautier a fait plusieurs articles sur l'École anglaise: il a commencé
-par là. Arnoux[61], qui le déteste, m'a dit chez Delamarre[62] que
-c'était une flatterie de sa part pour le _Moniteur_, dans lequel il
-écrit. Je veux bien, pour moi, lui faire l'honneur d'attribuer à son
-bon goût cette espèce de prédilection marquée tout d'abord pour des
-étrangers; cependant ses remarques ne m'ont nullement mis sur la trace
-même des sentiments que j'exprime ici. C'est par la comparaison avec
-d'autres tableaux et dans lesquels on croit admirer chez nous des
-qualités analogues qu'il fallait avoir le courage de faire ressortir le
-mérite des Anglais; je ne trouve rien de cela. Il prend un tableau, le
-décrit à sa manière, fait lui-même un tableau qui est charmant, mais
-il n'a pas fait un acte de véritable critique; pourvu qu'il trouve à
-faire chatoyer, miroiter les expressions macaroniques qu'il trouve
-avec un plaisir qui vous gagne quelquefois, qu'il cite l'Espagne et la
-Turquie, l'Alhambra et l'Atmeïdan de Constantinople, il est content, il
-a atteint son but d'écrivain curieux, et je crois qu'il ne voit pas au
-delà. Quand il en sera aux Français, il fera pour chacun d'eux ce qu'il
-fait pour les Anglais. Il n'y aura ni enseignement[63] ni philosophie
-dans une pareille critique.
-
-C'est ainsi qu'il avait fait l'année dernière l'analyse des tableaux si
-intéressants de Janmot[64]; il ne m'avait donné aucune idée de cette
-personnalité vraiment intéressante qui sera noyée dans le vulgaire,
-dans le _chic_, qui domine tout ici. Quel intérêt il y aurait pour un
-critique un peu fin à comparer ces tableaux, tout imparfaits qu'ils
-sont sous le rapport de l'exécution, avec ces tableaux aussi naïfs,
-mais d'une inspiration si différente! Ce Janmot a vu Raphaël, Pérugin,
-etc., comme les Anglais ont vu Van Eyck, Wilkie, Hogarth et autres;
-mais ils sont tout aussi originaux après cette étude. Il y a chez
-Janmot un parfum dantesque remarquable. Je pense, en le voyant, à ces
-anges du purgatoire du fameux Florentin; j'aime ces robes vertes comme
-l'herbe des prés au mois de mai, ces têtes inspirées ou rêvées qui sont
-comme des réminiscences d'un autre monde. On ne rendra pas à ce naïf
-artiste une parcelle de la justice à laquelle il a droit. Son exécution
-barbare le place malheureusement à un rang qui n'est ni le second, ni
-le troisième, ni le dernier; il parle une langue qui ne peut devenir
-celle de personne; ce n'est pas même une langue; mais on voit ses
-idées à travers la confusion et la naïve barbarie de ses moyens de les
-rendre. C'est un talent tout singulier chez nous et dans notre temps;
-l'exemple de son maître Ingres, si propre à féconder par l'imitation
-pure et simple de ses procédés, cette foule de suivants dépourvus
-d'idées propres, aura été impuissant à donner une exécution à ce talent
-naturel qui pourtant ne sait pas sortir des langes, qui sera toute sa
-vie semblable à l'oiseau qui traîne encore la coquille natale et qui
-se traîne encore tout barbouillé des mucus au milieu desquels il s'est
-formé.
-
---Dîné chez Halévy avec Mme Ristori[65], Janin, Laurent Jan, Fouché,
-le fils de Baÿvet, qui est un joli garçon (je mentionne ceci à cause
-de la laideur du père et de la mère), un M. Caumartin, célèbre par une
-cruelle aventure, à ce qu'on m'a conté.
-
-La Ristori est une grande femme d'une figure froide: on ne dirait
-jamais quelle a son genre de talent. Son petit mari a l'air d'être son
-fils aîné. C'est un marquis ou un prince romain.
-
-Laurent Jan a été un peu insupportable, comme à son ordinaire, avec sa
-manière assez répandue de faire de l'esprit en prenant le contre-pied
-des opinions raisonnables. Sa verve est intarissable, quand il est
-lancé, (Janin était muet, et je le regrette: j'aime beaucoup son genre
-d'esprit; Halévy de même.) Et cependant, malgré mon peu de sympathie
-pour ces charges continuelles et ces éclats de voix qui vous rendent
-muet et presque attristé, j'ai eu du plaisir à le voir. Il n'y a pas,
-à mon âge, de plaisir plus grand que de se trouver dans la société de
-gens intelligents et qui comprennent tout et à demi-mot[66]. Il disait
-au petit prince romain blondin, qui se trouvait à côté de lui à table,
-que Paris, dont l'opinion met le sceau aux réputations, se composait
-de cinq cents personnes d'esprit qui jugeaient et pensaient pour cette
-masse d'animaux à deux pieds qui habitent Paris, mais qui ne sont
-Parisiens que de nom.
-
-C'est avec un de ces hommes-là, pensant et jugeant, et surtout jugeant
-par eux-mêmes, qu'il fait bon se trouver, dût-on se quereller pendant
-le quart d'heure ou la journée que l'on a à passer avec eux. Quand je
-compare cette société de dimanche avec celle de la veille, des
-Parchappe, je passe bien vite sur les excentricités de mon Laurent Jan,
-et je ne pense qu'à cet imprévu, à ce côté artiste en tout qui fait de
-lui un précieux original. Les gens qui s'intitulent les sectaires de
-la société par excellence ne savent guère à quel point ils sont privés
-de la vraie société, c'est-à-dire des plaisirs sociables. Otez-leur la
-pluie et le beau temps, les bavardages sur le voisinage et les amis,
-il n'y a plus que le whist qui puisse les consoler au milieu de ces
-longues heures qu'ils passent en face les uns des autres; mais ils sont
-moins privés sans doute parce qu'ils ne peuvent avoir idée du plaisir
-dont je parlais tout à l'heure.
-
-Les gens d'esprit sont rares, et ceux qui le sont dans cette prétendue
-société choisie finissent par subir l'ennui par vanité, ou deviennent
-hébétés comme tout ce qui les entoure. Que dire, par exemple, d'un
-homme comme Berryer, qui ne sait se délasser de ses fatigants travaux
-que dans la compagnie de ces gens du monde plus ennuyeux les uns que
-les autres! C'est un homme singulier, difficile à déchiffrer, surtout
-dans les commencements. Au fond, l'avocat chez lui domine tout; l'homme
-a disparu, il est dans le monde comme dans son cabinet ou au barreau;
-il subit l'ennui comme il porte sa robe et pour les besoins de la
-cause. On voit certaines personnes du monde, capables de s'amuser à
-la manière des artistes,--je dis ce mot qui résume ma pensée,--faire
-beaucoup de frais pour en attirer et qui éprouvent véritablement du
-plaisir à leur conversation.
-
-La bonne princesse est ainsi: quand elle a reçu ou visité elle-même
-ses connaissances du monde, elle a de petits jours où elle aime à voir
-des peintres et des musiciens. Plusieurs de ces dames-là ont un amant
-dans toutes les classes possibles, afin de connaître tous les genres de
-mérite.
-
-*
-
-19 _juin._--Je reçois, le soir en dînant, la lettre d'Eugène de Forget
-qui m'annonce la mort de Mme de Lavalette[67].
-
-*
-
-_Paris_, 20 _juin._--Parti à six heures et demie. Je me fais conduire
-chez Mme de Forget, ignorant à quelle heure se faisait le convoi. Je
-la trouve affligée. Je lui parle de l'idée inconvenante de faire la
-cérémonie dans une petite église qui n'est qu'une sorte d'annexe. Ni
-Eugène, à qui j'en parle, ni elle, ne comprennent grandement combien
-il fallait au contraire donner d'éclat à cet hommage public, qui a été
-si peu public que j'ai été honteux du peu d'empressement, de la tenue
-cavalière des assistants.
-
-Le service étant à midi, je vais chez moi jusqu'à cette heure.
-Au milieu du service à l'église ou plutôt à la fin, arrive M. de
-Montebello, aide de camp de l'Empereur, sans voiture officielle et en
-petit uniforme. Le trait est si fort qu'il croit devoir s'excuser,
-prétexter des retards, auprès d'Eugène; il est vrai de dire que
-l'Empereur n'avait pas été, à ce que je me crois fondé à croire, averti
-en règle; c'était à sa fille ou à son petit-fils qu'il appartenait de
-faire cette notification qui peut-être n'a pas été faite du tout. Bref,
-moins de personnes encore ont accompagné le corps au cimetière, et,
-parmi ces personnes, _pas un_ des anciens amis de M. de Lavalette. J'ai
-maudit et je maudis encore la timidité qui m'a empêché de prendre la
-parole pour dire là ce que devait sentir toute âme bien placée; mais,
-en vérité, devant cet auditoire glacé et même profondément indifférent,
-c'était presque impossible; il n'y avait qu'un avocat capable de se
-trouver inspiré.
-
-La mémoire des hommes est bien courte: celle des événements est
-aussitôt enterrée que celle des personnages qui y prennent part. Sur
-toutes les personnes à qui j'ai dit ces jours-ci que j'avais été à
-Paris pour l'enterrement de Mme de Lavalette, pas une n'a imaginé de
-laquelle je voulais parler... Que de choses à dire sur cette morte,
-morte depuis quarante ans, fantôme imposant, dans rabaissement profond
-où nous l'avons vue!
-
-J'ai été revoir mes pauvres tombeaux, que j'ai trouvés bien
-entretenus; mais, dans la folle idée que je pouvais m'échapper pour
-retourner le jour même, et de bonne heure encore, dans ma retraite
-paisible, je n'ai pas pris le temps d'aller voir le tombeau de ma bonne
-tante et du cher Chopin.
-
-En arrivant chez moi, où j'allais tout brusque pour partir au plus
-vite, je trouve la lettre de Guillemardet[68] qui m'annonce que le
-lendemain il conduit à sa dernière demeure sa pauvre mère. Dès lors,
-j'ai été tranquille sur l'emploi de mon temps et je n'ai plus pensé à
-Champrosay.
-
-Je mourais de fatigue; ces sortes de dérangements m'accablent, mais
-me sont salutaires. Cette activité forcée est énervante pour moi, au
-moment même, mais elle entretient la vie et la circulation; j'ai dormi
-profondément jusqu'à près de sept heures.
-
-Réveillé par la faim, je crois, et été dîner chez l'Anglais de la
-rue Grange-Batelière. J'ai été ensuite prendre du café et fumer
-dans le café qui fait l'angle de la rue Montmartre. J'ai joui là,
-paresseusement, avec une espèce de plaisir philosophique, de la vue
-de cet ignoble lieu, de ces joueurs de dominos, de tous les détails
-vulgaires de la vie, de cette foule d'automates, fumeurs, buveurs de
-bière, garçons de café. J'ai conçu même le plaisir qu'on peut trouver
-à s'oublier jusqu'à la dégradation dans ces distractions. Je suis
-rentré, avec la même tranquillité, sans beaucoup réfléchir, ayant
-fermé la porte aux émotions entre celles de ma matinée et celles qui
-m'attendaient le lendemain matin. Il faisait un froid incroyable: après
-deux tours sur le boulevard, j'ai été retrouver mon lit.
-
-*
-
-_Champrosay_, 21 _juin._--Levé avant six heures. Comme je n'ai emmené
-personne et que je fais tout moi-même, j'ai besoin d'une activité qui
-contribue beaucoup à me fatiguer.
-
-J'arrive à Passy un peu avant neuf heures, je vois et j'embrasse la
-pauvre Caroline. Triste cérémonie, qui avait là quelque chose de plus
-touchant que toutes celles de ce genre qu'on peut faire à Paris.
-L'air de ce lieu est mortel pour toute émotion vraie; l'appareil d'un
-convoi, les prêtres qui font la cérémonie, tout cela forme un spectacle
-qui fait de cet acte lugubre un acte comme un autre. À Passy, à une
-demi-heure de ce Paris empesté, ce convoi, ce service, les figures de
-tous ceux qui prennent part à tout cela, tout est changé, tout est
-décent, sérieux, et jusqu'à l'attitude des gens qui se mettent aux
-fenêtres.
-
-J'ai été dans la sacristie avec cet excellent ami, cet excellent fils,
-pour signer l'acte mortuaire; quand il eut mis son nom sur le registre,
-il ajouta au bas _son fils_; je signai à mon tour, et il me sembla
-que j'avais presque le droit de faire de même; ce brave cœur avait
-eu la même pensée, et, en retournant à nos places, il me dit avec une
-expression déchirante: «_C'est que, vois-tu, mon pauvre garçon, tu es
-ici Félix_[69]!» Ce sont ses propres paroles.
-
-Il m'a fait partir par le chemin de fer, avec un de ses amis; j'avais
-résolu le matin de faire des courses nécessaires, j'avais même pensé
-à aller voir cette fameuse _Mirrha_[70], où j'allais par acquit de
-conscience. J'avais trop présumé de mes forces ou de mon peu de
-sensibilité. Tant d'émotions m'avaient vaincu.
-
-Je rentrai à pied du chemin de fer, et, après un déjeuner plus que
-frugal, j'ai dormi tout accablé avec le ferme propos de retour à
-Champrosay pour dîner, ce que j'ai exécuté par une pluie vraiment
-affreuse.
-
-A Draveil, j'ai acheté des côtelettes au boucher, ne sachant pas quel
-dîner je trouverais... je n'étais pas attendu.
-
-*
-
-_Paris_, 29 _juin._--Je vais dîner à la Taverne.
-
-Je trouve, en allant aux _Anglais_, Bornot et sa femme, que je croyais
-partis, puis Dauzats et Justin Ouvrié[71], prenant du café au café
-Anglais.
-
---_Othello._ Plaisir noble et complet; la force tragique,
-l'enchaînement des scènes et la gradation de l'intérêt me remplissent
-d'une admiration qui va porter des fruits dans mon esprit. Je revois
-ce Vallak que j'ai vu à Londres il y a trente ans juste, peut-être jour
-pour jour (car j'étais là au mois de juin), dans le rôle de Faust. La
-vue de cette pièce fort bien arrangée, toute défigurée qu'elle était,
-m'avait inspiré l'idée de faire des compositions lithographiées[72]...
-Terry, qui faisait le diable, était parfait.
-
-Je trouve là Mareste qui ne reste que jusqu'au deuxième acte, et
-ensuite Grzymala.
-
-*
-
-_Champrosay_, 30 _juin._--À neuf heures du matin, au Jury. Je revois
-Cockerell[73] et Taylor[74], vieilles connaissances aussi; je passe là
-jusqu'à midi environ à examiner les peintures des Anglais, que j'admire
-beaucoup; je suis véritablement émerveillé des moutons de Hunt[75].
-
-Je déjeune comme un vrai bourgeois, sous une espèce de treille, dans
-un petit café dressé tout fraîchement, dans l'attente de ce public qui
-vient si peu à cette glaciale Exposition, dont tout l'effet est manqué,
-grâce à ces prix disproportionnés de cinq francs et même d'un franc,
-qui ne sont pas dans nos habitudes.
-
-Contre mes habitudes, je déjeune très bien d'un morceau de jambon
-et d'une cruche de bière de Bavière. Je me sens tout heureux, tout
-libre, tout épanoui, dans ce vulgaire bouchon établi en plein vent et
-regardant passer les rares badauds qui se rendent à l'Exposition.
-
-De là, je vais à pied, malgré la chaleur, mais avec plaisir, jusque
-chez moi, en passant par chez Moreau, à qui j'apprends ce que j'ai fait
-pour lui auprès de Morny.
-
-Rentré vers deux heures, je fais mes paquets, et me hâte de repartir
-par le chemin de Lyon. Je suis arrivé à Champrosay toujours avec
-ravissement, et par-dessus le marché, avec un appétit excellent.
-
-
-[49] Probablement _Étienne Arago._
-
-[50] Ce contraste d'expressions qui explique si exactement le contraste
-de talent des deux écrivains, Balzac et George Sand, avait été trouvé
-par Balzac lui-même, qui s'en était servi pour caractériser leur
-manière à chacun. (Voir à cet égard le livre de M. Ferry, _Balzac et
-ses amies._)
-
-[51] _Hamlet devant le corps de Polonius_, toile qui figure à l'année
-1859 dans le _Catalogue Robaut_, n° 1387, mais qui fut évidemment
-commencée dès l'année 1855.
-
-[52] Chaque fois que l'on touche à l'opinion de Delacroix sur
-l'école anglaise de peinture, il convient de se référer à la belle
-lettre qu'il écrivit à Théophile Silvestre en 1858, que nous avons
-déjà plusieurs fois citée. Et pourtant on y trouve ce passage qui
-paraît en contradiction avec ce qu'il note dans son Journal trois
-années auparavant: «Je ne me soucie plus de revoir Londres: je n'y
-retrouverais aucun de ces souvenirs-là (Wilkie, Lawrence, Fielding,
-Bonington), et surtout je ne m'y retrouverais plus le même pour jouir
-de ce qui s'y voit à présent. _L'école même est changée._ Peut-être m'y
-verrais-je forcé de rompre des lances pour Reynolds, pour ce ravissant
-Gainsborough que vous avez bien raison d'aimer.» Mais ce n'était là
-qu'une boutade momentanée, car la fin de la lettre prouve d'une façon
-évidente sa sympathie pour le mouvement préraphaélite. (_Corresp.,_ t.
-II, p. 190, 191.)
-
-[53] _Charles-Robert Leslie_, né à Londres en 1794, mort en 1859.
-Il passa sa jeunesse aux États-Unis. Il fit des tableaux de petite
-dimension représentant des scènes empruntées aux grands écrivains,
-Shakespeare, Cervantes, Molière, Walter Scott. On a dit de lui «qu'il
-excellait à faire les portraits vivants des êtres que le poète avait
-rêvés». Il exposa à Paris à l'Exposition universelle de 1855.
-
-[54] _Francis Grant_, né en 1803 dans le comté de Perth, mort en 1878.
-Walter Scott écrit dans son Journal à propos de lui: «S'il persévère
-dans cette profession (la peinture),--c'était à l'époque de ses
-premiers débuts,--il deviendra l'un de nos peintres les plus éminents.»
-Il se distingua surtout comme portraitiste et fixa l'image de plusieurs
-illustrations anglaises (J. Russell, Macaulay, Disraeli, Landseer). À
-l'Exposition universelle de 1855, ses portraits lui valurent la grande
-médaille.
-
-[55] À propos d'une œuvre de _Wilkie_ (1785-1841), Delacroix écrivait
-en 1858: «Un de mes souvenirs les plus frappants est celui de son
-esquisse de _John Knox prêchant._ Il en a fait depuis un tableau qu'on
-m'a affirmé être inférieur à cette esquisse. Je m'étais permis de lui
-dire en la voyant, avec une impétuosité toute française, qu'Apollon
-lui-même, prenant le pinceau, ne pouvait que la gâter en la finissant.»
-(_Corresp._, t. II, p. 192.)
-
-[56] _William Hogarth_, peintre et graveur, né à Londres en 1697, mort
-en 1764, est l'auteur d'une longue série de compositions pittoresques
-et originales qui eurent une vogue immense et qui lui valurent le titre
-de peintre du roi d'Angleterre.
-
-[57] Cette autre phase, c'est l'École préraphaélite, dont _Hunt_ et
-_Millais_, cités plus loin, devaient être deux des plus illustres
-représentants. Voici, d'une manière générale, quel jugement il porte
-sur elle, en caractérisant du même coup l'essence intime du génie
-anglais: «J'ai été frappé de cette prodigieuse _conscience_ que ce
-peuple peut apporter même dans les choses d'imagination: il semble même
-qu'en revenant à rendre excessifs des détails, ils sont plus dans leur
-génie que quand ils imitaient les peintres italiens surtout et les
-coloristes flamands. Mais que fait l'écorce? Ils sont toujours Anglais
-sous cette transformation apparente. Ainsi, au lieu de faire des
-pastiches purs et simples des primitifs italiens, comme la mode en est
-venue chez nous, ils mêlent à l'imitation de la manière de ces vieilles
-écoles un sentiment infiniment personnel; ils y donnent l'intérêt
-provenant de la passion de peindre, intérêt qui manque en général à nos
-froides imitations des recettes et du style des écoles qui ont fait
-leur temps.» (_Corresp._, II. 191.)
-
-[58] _William-Holmant Hunt_, un des chefs de l'École préraphaélite. À
-partir de 1850, il se lia avec Millais, et ils furent tous deux les
-fondateurs de cette école dont le but était de reprendre les traditions
-de l'art avant la Renaissance. Il avait envoyé à l'Exposition
-universelle de 1855 trois tableaux: les _Moutons égarés_, au sujet
-duquel Delacroix écrira plus loin qu'il «en a été émerveillé» _la
-Lumière du monde,_ puis _Claudio et Isabelle._ «Singulier phénomène,
-disait Théophile Gautier, à propos de cette exposition de Hunt, il n'y
-a peut-être pas au Salon une toile déconcertant le regard autant que
-les _Moutons égarés_ de Hunt. Le tableau qui parait le plus faux est
-précisément le plus vrai.»
-
-[59] _John Everett Millais_ avait envoyé à l'Exposition universelle de
-1855 _l'Ordre d'élargissent_ et le _Retour de la colombe à l'arche._
-
-[60] Voir t. II, p. 30, en note.
-
-[61] Voir t. II, p. 380, en note.
-
-[62] Voir t. II, p. 381, en note.
-
-[63] Nous avons déjà touché dans notre annotation du deuxième volume
-à cette sévérité de jugement à l'égard de Th. Gautier, et nous nous
-sommes efforcé d'en préciser les raisons dissimulées. Il nous a paru
-intéressant de rapporter ici la lettre de remerciement écrite par
-Delacroix au critique, après la lecture de ses réflexions sur l'École
-française et sur notre artiste en particulier: «Mon cher Gautier, lui
-écrit-il le 22 septembre 1855, je lis en revenant à Paris votre article
-mille fois bon et bienveillant sur mon exposition. Je vous en remercie
-de cœur au delà de ce que je pense vous exprimer. Oui, vous devez
-éprouver de la satisfaction, en voyant que toutes ces folies, dont
-autrefois vous preniez le parti à peu près seul, paraissent aujourd'hui
-toutes naturelles... J'ai rencontré hier soir une femme que je n'avais
-pas vue depuis dix ans, et qui m'a assuré qu'en entendant lire une
-partie de votre article, elle avait cru que j'étais mort, pensant qu'on
-ne louait ainsi que les gens morts et enterrés.» (_Corresp._, t. II, p.
-131.)
-
-[64] _Louis Janmot_, dit _Jan-Louis_ (1814-1892), peintre, élève
-de Victor Orsel et d'Ingres, s'adonna presque exclusivement à la
-peinture religieuse. La plupart de ses œuvres portent l'empreinte d'un
-mysticisme exalté, mais témoignent aussi trop souvent de l'insuffisance
-de l'artiste dans les moyens d'exécution.
-
-[65] La célèbre tragédienne italienne, dont la réputation égala presque
-celle de Rachel, était alors dans tout l'éclat de son talent. Après
-avoir remporté en Italie les plus grands succès, elle était venue cette
-année même, 1855, à Paris, où elle fut accueillie avec enthousiasme.
-
-[66] Sur Eugène Delacroix comme _causeur_, Baudelaire écrit: «Delacroix
-était, comme beaucoup d'autres ont pu l'observer, un homme de
-conversation; mais le plaisant est qu'il avait peur de la conversation
-comme d'une débauche, d'une dissipation où il risquerait de perdre
-ses forcée. Il commençait par vous dire, quand vous entriez chez lui:
-Nous ne causerons pas ce matin, ou que très peu, très peu. Et puis il
-bavardait pendant trois heures. Sa causerie était brillante, subtile,
-mais pleine de faits, de souvenirs et d'anecdotes: en somme, une parole
-nourrissante.»
-
-[67] _Mme de Lavalette_ s'était rendue célèbre par l'énergie et le
-dévouement dont elle avait fait preuve pour sauver son mari, le comte
-de Lavalette, condamné à mort par la cour d'assises de la Seine, pour
-s'être emparé de l'administration des Postes, au retour de l'île
-d'Elbe. Elle avait pénétré dans sa prison, après l'arrêt des assises,
-et s'était substituée à lui. Lorsqu'il apprit l'évasion du condamné,
-Louis XVIII ne put s'empêcher de dire: «De nous tous, Mme de Lavalette
-est la seule qui ait fait son devoir.»
-
-[68] _Louis Guillemardet._
-
-[69] _Félix Guillemardet_, qui était mort en 1840.
-
-[70] _Mirrha_, tragédie italienne d'Alfieri, où la _Ristori_ remportait
-alors un éclatant succès à Paris.
-
-[71] _Justin Ouvrié_ (1806-1880), peintre et lithographe, élève d'Abel
-de Pujol et de Châtillon, auteur de nombreux tableaux, aquarelles et
-lithographies.
-
-[72] Delacroix fait allusion à la série des compositions lithographiées
-qu'il exécuta sur le _Faust_ en 1827 et qui eurent l'honneur de
-fixer l'attention du vieux Gœthe. «M. Delacroix, dit Gœthe, dans ses
-conversations avec Eckermann, est un grand talent, qui a dans Faust
-précisément trouvé son vrai aliment. Les Français lui reprochent trop
-de rudesse sauvage, mais ici elle est parfaitement à sa place.--De tels
-dessins, reprend Eckermann, contribuent énormément à une intelligence
-plus complète du poème.--C'est certain, dit Gœthe, car l'imagination
-plus parfaite d'un tel artiste nous force à nous représenter les
-situations comme il se les est représentées à lui-même. Et s'il me
-faut avouer que M. Delacroix a surpassé les tableaux que je m'étais
-faits des scènes écrites par moi-même, à plus forte raison les lecteurs
-trouveront-ils toutes ces compositions pleines de vie et allant bien au
-delà des images qu'ils se sont créées.» (_Conversations de Gœthe._)
-
-[73] _Charles-Robert Cockerell_ (1788-1853), architecte anglais. Il
-avait dans sa jeunesse parcouru l'Orient, et pratiqué à Égine et à
-Olympie des fouilles qui lui permirent de découvrir les beaux marbres
-dits _phigaléens_ qui se trouvent actuellement au British Museum.
-À Naples, à Florence, à Rome, il exécuta d'importants travaux de
-reconstitutions archéologiques qui le rendirent rapidement célèbre.
-Membre de l'Académie d'architecture d'Angleterre, il fut nommé
-également membre associé de l'Institut de France. À Rome, il s'était
-lié d'intime amitié avec Ingres et les autres artistes français de la
-Villa Médicis.
-
-[74] _Baron Taylor_ (1789-1879), auteur et artiste, commissaire
-royal près le Théâtre-Français en 1824, explorateur et archéologue,
-inspecteur général des Beaux-Arts en 1848, puis membre libre de
-l'Académie des Beaux-Arts, occupa les fonctions les plus diverses,
-mais partout témoigna du goût le plus vif pour tout ce qui touche à
-la littérature et à l'art. C'est sous sa haute direction que furent
-publiés les _Voyages pittoresques et romantiques de l'ancienne France_,
-illustrés par l'élite de nos artistes. Philanthrope ardent, il a
-de plus fondé sept associations de secours mutuels, dont celle des
-artistes dramatiques.
-
-[75] Voir plus haut, p. 38, en note.
-
- * * * * *
-
-1er _juillet._--Toutes ces interruptions nuisent à mes
-petits travaux; je ne sais trop à quoi se passent mes journées.
-J'essaye de me rappeler mes impressions de la représentation
-d'_Othello_; je colore les croquis que j'y ai faits. Je dors encore
-outrageusement et à tort.
-
-Je vais chez Halévy à six heures, par un soleil ardent. Je trouve là
-Gounod, les Zimmerman, Fouché, Boilay que j'aime beaucoup. Après dîner,
-promenade vers la rivière.
-
-Au départ de ces messieurs, je m'esquive, pour faire une visite à Mme
-Parchappe, qui m'avait invité à dîner; j'y trouve Mmes Barbier et
-Villot.
-
-*
-
-2 _juillet._--Le matin, je ne puis résister à faire un tour de forêt,
-qui ne m'a pas empêché de travailler dans la journée à l'_Hamlet_, aux
-_Lions_, etc.
-
-À six heures, je vais chez Mme Barbier. Tour dans le jardin avec ces
-dames avant dîner; après le dîner, causerie dans le parc; bref, je
-m'amuse. La société des femmes a toujours, malgré ma retraite, un
-charme infini; quand nous remontons, je me trouve avec six femmes,
-assises en rond et moi avec elles.
-
-Mme Framelli venait d'arriver et nous attendait; elle m'invite pour
-mercredi. Je me promène avant de rentrer, par un clair de lune
-magnifique.
-
-*
-
-5 _juillet._--Les dons naturels dépourvus de la culture peuvent
-ressembler à ce chèvrefeuille charmant de grâce, mais sans odeur, que
-je vois suspendu aux arbres de la forêt.
-
-*
-
-8 _juillet._--Dîner chez Barbier avec Danican, etc. Le matin avait eu
-lieu la scène désagréable du frère Barbier, qui les a tous vilipendés
-dans la rue.
-
-Toutes mes journées sont monotones, mais remplies çà et là des plaisirs
-vifs que me donne la campagne; la chaleur est extrême et m'interdit
-presque entièrement la forêt.
-
-*
-
-_Augerville_, 12 _juillet._--Parti à deux heures et demie pour Corbeil.
-Trouvé cet affreux G... qui me dit effrontément avoir la _Jeune fille
-dans le cimetière_[76]; je lui dis qu'elle m'avait été volée, en le
-regardant d'une manière qui l'a fait rougir.
-
-De Corbeil à Malesherbes, voyagé avec une femme distinguée, dont la
-conversation était très bien. À Courances, elle se jette dans les bras
-d'une vieille paysanne qu'elle accable de caresses: c'était la bonne
-qui l'avait élevée; j'ai été très touché. La bonne vieille lui avait
-fait un cadeau qu'elle me montra: c'étaient les souliers d'un tout
-petit enfant, qui étaient, me dit-elle, ceux de son frère aîné, homme
-de soixante-quatre ans.
-
-J'ai vu ce Gâtinais, cette vieille France toute plate, toute simple,
-ces diligences d'autrefois. Si je ne suis pas aussi à mon aise que dans
-les chemins de fer, du moins je voyage, je vois, je suis homme; je ne
-suis ni une boîte ni un paquet.
-
-Je quitte ma dame à Malesherbes avec le regret de ne pas savoir son
-nom; je trouve là Pinson et son cabriolet découvert, dans lequel nous
-faisons le trajet rapidement.
-
-Je trouve avec Berryer Mme Jaubert, bonne rencontre à la campagne, et
-Mme D..., avec une certaine appréhension.
-
-*
-
-13 _juillet._--Je sors le matin par le plus beau soleil. Je fais un
-croquis, près du pont de pierre, de la rivière fuyant au loin, un
-bouquet d'arbres très pittoresque sur le devant. Je me promène avec
-bonheur, je vais jusqu'aux rochers où le souvenir de M... me suit en
-dépit que j'en aie.
-
-Je remarque dans les rochers à formes humaines et animales de nouveaux
-types plus ou moins ébauchés; je dessine même une espèce de sanglier
-et une sorte d'éléphant, nombre de corps, de contours, de têtes
-de taureau, etc.; on trouverait là d'excellents types d'animaux
-fantastiques; ces formes bizarres prennent là une vraisemblance.
-Étrange coïncidence! Quel caprice a présidé à la formation de ce rocher
-qui est tout alentour le seul de son espèce?
-
-Dans la journée, promenade en bateau; Berryer s'obstine à vouloir
-nous faire passer en remontant sous le pont de pierre. Cela nous vaut
-un excellent exercice, qui nous met en nage et nous prépare au dîner.
-Nous arrivons quand il est servi déjà. Nous avons à peine le temps de
-changer de chemise.
-
-Le soir, en tournant autour du château après dîner, Cadillan[77] me
-parle de Berryer, de sa manière de travailler, etc.
-
-*
-
-14 _juillet._--Berryer part à six heures du matin pour aller plaider
-à Paris. Il se flatte de revenir pour dîner ou, au pis aller, à neuf
-heures du soir. À notre grande surprise, comme nous étions à table, à
-sept heures et quelque chose, il arrive et achève de dîner avec nous;
-j'avais proposé à ces dames de retarder le dîner.
-
-C'est un tour de force étonnant. Arrivé à Paris et au Palais à onze
-heures et demie, il plaide immédiatement pendant deux heures et demie;
-il part, laissant le deuxième avocat chargé de l'affaire écouter la
-réponse de l'adversaire, et prendre des notes s'il est besoin. Il se
-rhabille au Palais, repart et arrive sans éprouver d'interruption.
-
-Il était parti avec un morceau de pain et de galantine dans ses poches.
-Trouvant dans le chemin de fer des gens avec lesquels il est obligé de
-lier conversation, il ne mange point et ne peut se dédommager qu'en
-allant du chemin de fer au Palais.
-
-Après le dîner, nous étions en famille devant la maison: nous venions
-de prendre le café sur le perron. Je le voyais heureux d'être retourné
-dans sa retraite, jouissant de ces fleurs, de ces arbres, la plupart
-plantés par lui, après une journée employée comme celle-ci. Voilà de
-grands bonheurs!
-
-Le soir, musique avec Mme Jaubert, _Don Juan_, etc., pendant que
-Berryer, non point encore satisfait, faisait son courrier pour le
-lendemain matin.
-
-Dans la journée, chaleur orageuse et fatigante. Promenade dans un
-bateau léger. Nous descendons à terre près le pont de pierre. Assis en
-haut du petit labyrinthe, Mme Jaubert me parle de Chenavard.
-
-*
-
-15 _juillet._--Promenade le matin vers les rochers; j'admire encore les
-figures d'hommes et d'animaux, j'y fais de nouvelles et d'étonnantes
-découvertes.
-
-Dans une allée plus vers le haut, je rencontre le malheureux scarabée
-luttant contre les fourmis acharnées à sa perte; je l'ai observé
-pendant longtemps, culbutant ses ennemies qu'il traînait après lui,
-retenu par les pattes, dont chacune était accrochée par deux ou
-trois des impitoyables ouvrières. Attaqué par les antennes, couvert
-quelquefois par elles, il a fini par succomber; l'ayant laissé une
-première fois, je l'ai trouvé immobile et tout à fait vaincu, quand
-je suis revenu; je lui ai fait faire encore quelques mouvements, mais
-enfin la mort était venue. Les fourmis étaient occupées, à ce qu'il
-m'a paru, à l'entraîner à la fourmilière que, du reste, on ne voyait
-pas aux environs. Je laissai un moment toute cette tragédie et je fus
-m'établir dans le petit pavillon à boule de cuivre où je m'endormis
-quelques instants. Au bout d'une demi-heure environ, je revins à mes
-fourmis. À ma grande surprise, je ne trouve ni fourmis ni insecte!
-
-Berryer me dit, au déjeuner, que les fourmis déchiquetaient
-ordinairement ces sortes de proies et les emportaient par petits
-morceaux. Dans le cas que je viens de voir, je ne puis comprendre qu'un
-pareil déménagement ait pu avoir lieu en si peu de temps.
-
-On a beaucoup philosophé à déjeuner sur les fourmis. Mme Jaubert nous
-mentionne un livre de M. Huber[78], qui est complet sur leur histoire.
-
-Promenade à Malesherbes: j'adore ces vieilles habitations; le château
-laissé à l'abandon; grandes pièces avec de grands portraits d'ancêtres:
-tous les Lamoignon et leurs femmes sont encadrés dans les boiseries.
-Magnifique tapisserie du seizième siècle. Je dessine l'ajustement des
-brides des chevaux.
-
-Je rejoins la compagnie dans la merveilleuse allée des Charmes. Visite
-à la chapelle ruinée et abandonnée. Magnifique statue de Balzac
-d'Entraigues: elle est en pierre; celle d'un Lamoignon, je crois, en
-marbre, agenouillé et armé, est dans l'endroit obscur. Différence
-du style des deux époques, de Henri IV à Louis XIII, l'autre, au
-contraire, de Henri II à peu près.
-
-Promenade avec ces deux dames au bord de la rivière de Malesherbes.
-
-*
-
-16 _juillet._--Promenade le matin; je m'amuse sur un banc à dessiner la
-statue du sire d'Entraigues, que j'ai vue hier[79].
-
-Promenade en bateau peu agréable et que nous abrégeons le plus
-possible; il pleut et il fait froid, nous laissons le bateau en route
-et revenons par l'allée que Berryer a fait achever, par les hauteurs,
-jusqu'à la maison.
-
-Il nous parle, le soir, du Père Antoine, supérieur de la Trappe. Les
-femmes ne peuvent entrer dans le couvent, sauf les princesses du sang.
-Des amis de Berryer vont à la Trappe, et une dame qui se trouvait avec
-eux imagine de s'habiller en garçon pour les accompagner. Le Père
-Antoine, avisant ce visage imberbe et devinant le déguisement, prend
-tout doucement sous sa robe une serpette avec laquelle il va couper une
-rose qu'il offre à l'indiscret androgyne. Les visiteurs ne tardent pas
-à tourner les talons.
-
-Autre anecdote sur le même Père Antoine. Il réclamait auprès de M.
-de Villèle pour certains bois qui dominent le couvent, qui, étant la
-propriété de l'État, mais devant être aliénés, allaient tomber dans
-la main des particuliers et gêneraient le couvent. Il disait, dans sa
-demande, qu'un aussi _grand ministre_ ou _ministre aussi supérieur_,
-etc., etc., et sur tous les tons, trouverait bien un moyen d'accommoder
-la loi à cette affaire présente. Berryer le plaisantait un peu sur ses
-épithètes hyperboliques adressées à M. de Villèle: «Que voulez-vous,
-lui dit le Père Antoine, nous autres, pauvres moines, nous n'avons pas
-toujours le compas dans l'œil.»
-
-Nous déchiffrons la _Gazza_[80]. J'étais encore tout plein de _Don
-Juan_ de l'autre jour et je ne me trouvais plus d'admiration possible
-pour le chef-d'œuvre de Rossini. J'ai vu une fois de plus qu'il ne
-faut rien distraire des belles choses, et encore moins les comparer
-entre elles. Les parties négligées dans Rossini ne font nullement tort
-à l'impression dans la mémoire: ce père, cette fille, ce tribunal, tout
-cela est vivant. Les _croque-notes_ de la princesse, qui ne jurent que
-par Mozart, ne comprennent pas plus Mozart que Rossini; cette partie
-vitale, cette force secrète, qui est tout Shakespeare, n'existe pas
-pour eux; il leur faut absolument l'alexandrin et le contre-point: ils
-n'admirent, dans Mozart, que la régularité.
-
-*
-
-17 _juillet._--Bonnes et douces promenades, seul ou avec ces petites
-femmes. Dans une grande promenade autour du parc, je me mets une épine
-de genévrier dans le doigt en arrangeant une branche pour Mme D...
-
-*
-
-_Champrosay_, 18 _juillet._--Parti à six heures pour Corbeil. Berryer,
-en robe de chambre, est venu m'embarquer. Je pars, le cœur plein de
-lui et de mon agréable séjour.
-
-Tête à tête avec mon automédon, respirant l'air frais, emporté par
-l'allée des peupliers et au milieu des eaux remplies de nénufars, je
-me retournai plusieurs fois pour le voir de loin, ainsi que ce qu'on
-pouvait apercevoir de la maison. J'attends la voiture quelque temps
-à Malesherbes; j'essaye, sur la place publique, de m'ôter, avec mon
-canif, la petite épine de genévrier.
-
-Parti dans une affreuse voiture et en mauvaise compagnie. Au reste, je
-dors ou sommeille presque tout le temps jusqu'à Corbeil; j'arrive à Ris
-vers midi, et je rentre à Champrosay.
-
-Le soir, je vais chez Barbier.
-
-*
-
-_Paris_, 19 _juillet._--Je fais mes paquets dans la journée et je pars
-à trois heures. Nous arrivons à Paris pour dîner; je me retrouve sans
-trop de déplaisir dans mon atelier, et en face de tout ce que j'ai à
-faire.
-
-*
-
-20 _juillet._--Au conseil et à l'église, où je ne trouve personne.
-
-*
-
-22 _juillet._--Je dîne sur le boulevard avec le cousin Delacroix[81].
-
-*
-
-26 _juillet._--Voir _Mirrha_ avec le cousin. Cette Ristori est vraiment
-pleine de talent; mais que ces pièces sont ennuyeuses!
-
-Je souffre horriblement de la chaleur et de cet ennui. La fatigue de
-mes journées employées à l'église[82] est un peu cause de ce malaise,
-le soir. J'ai fait tout gratter et j'emplâtre, pour ainsi dire à la
-truelle, non seulement les parties creusées, mais toutes les parties
-des figures destinées à être lumineuses, telles que chairs, draperies.
-Les tableaux y gagneront, mais j'ai failli y prendre la colique des
-peintres.
-
-*
-
-29 _juillet._--Journée insipide, faute de m'être mis à faire quelque
-chose de bonne heure; je dîne au Palais-Royal avec le cousin, dans ce
-même salon où je dînai un jour avec Rivet, Bonington[83] et compagnie.
-Il fut beaucoup question de la D...
-
-Le cousin me conte l'histoire des Vauréal; le père de celui que je
-connais aurait été un comte de Vauréal; c'était un roturier, bossu
-et assez disgracié, mais capable d'aimer, puisqu'il s'était épris
-de la Menard, danseuse célèbre et que le comte d'Artois, je crois,
-favorisait. Le comte était mal reçu de la dame; mais le prince lui
-ayant conseillé de s'humaniser quelque peu, elle déclara à son
-soupirant qu'elle ne pouvait lui appartenir que quand elle serait
-comtesse de Vauréal. Le mariage se fait; le soir des noces, la mariée
-disparaît. Elle ne revient sur l'eau qu'à la mort du comte de Vauréal
-et pour entrer en usufruit des biens; le comte avait un fils qui
-s'arrange tellement quellement avec sa belle-mère. Elle le maria à la
-fille d'un colonel Bonneval, mais avec interdiction de coucher avec sa
-femme, laquelle n'aurait eu la possession de son mari qu'à la mort de
-la Menard. C'est du père ou du grand-père Vauréal que _mon_ grand-père,
-qu'on appelait le _grand Claude_, aurait été régisseur; leurs biens
-étaient considérables. Ils auraient, je crois, appartenu à l'évêque de
-Reims.
-
-*
-
-30 _juillet._--Je vais, à cinq heures, chez le cousin. Trouvé Mme
-Dufays, et Mme Cavé qui survient. Je la retrouve le soir, en faisant
-une promenade, assise près de la Madeleine et en société d'une petite
-qu'elle a prise chez elle et à qui elle sert de mentor.
-
-*
-
-31 _juillet._--Dîné chez Pastoret[84] avec Mercey[85], Viollet-le-Duc,
-Damas-Hinard[86], etc., etc. Belle galerie pour les tableaux. Je
-reviens avec Hittorf[87].
-
-
-[76] C'est une des premières œuvres de Delacroix que le _Catalogue
-Robaut_ date de 1823. (Voir n° 67.)
-
-[77] _M. de Cadillan_, secrétaire de Berryer.
-
-[78] _Pierre Huber_ (1777-1840), naturaliste suisse.
-
-[79] La plupart des croquis de Malesherbes et d'Augerville, cités ici,
-sont consignés dans un album de Delacroix, qui fit partie, sous le n°
-664 _bis_, de la vente posthume, et fut adjugé au sculpteur Carpeaux
-pour 120 francs. Ce petit album in-12 oblong démontre la suite d'idées
-du maître, car, de 1854 à 1859, il emporta ce carnet chaque fois qu'il
-se rendit en villégiature chez Berryer.
-
-[80] La _Gazza ladra._
-
-[81] Le commandant _Delacroix_ figure comme légataire dans le testament
-d'Eugène Delacroix, qui laissa à son cousin divers souvenirs de famille.
-
-[82] L'église _Saint-Sulpice_, dont il ne termina la décoration
-(première chapelle à droite en entrant) qu'en 1857. (Voir _Catalogue
-Robaut_, nos 1328 à 1345.)
-
-[83] _Bonington_ était entré en 1819 dans l'atelier de Gros, où il
-rencontra le baron Rivet, qui devint son ami. C'est de la même époque
-que date aussi son intimité avec Delacroix.
-
-Delacroix professait la plus grande estime pour le talent de Bonington.
-Dans une lettre adressée à Soulier en 1831, il écrit: «J'ai eu
-quelque temps Bonington dans mon atelier. J'ai bien regretté que tu n'y
-sois pas. Il y a terriblement à gagner dans la société de ce luron-là,
-et je te jure que je m'en suis bien trouvé.» (_Corresp._, t. I, p. 116.)
-
-[84] Le marquis _de Pastoret_ (1791-1857), homme politique et
-littérateur, fut successivement auditeur au Conseil d'État sous le
-premier Empire, puis membre du Conseil général et du Conseil d'État
-sous la Restauration. Il refusa de reconnaître le gouvernement de la
-monarchie de Juillet, et resta jusqu'en 1852 un des représentants les
-plus autorisés du parti légitimiste. Rallié à l'Empire, il devint
-sénateur et fut appelé en 1855 à faire partie de la Commission
-municipale.
-
-[85] _Frédéric Bourgeois de Mercey_ était alors attaché au ministère
-d'État comme directeur des Beaux-Arts et chargé de diriger avec le
-comte _de Chennevières_ l'organisation de la section des Beaux-Arts à
-l'Exposition universelle de 1855.
-
-[86] _Damas-Hinard_ (1805-1891), littérateur, auteur de travaux
-littéraires appréciés, notamment du _Dictionnaire Napoléon_, et de
-traductions fort estimées des grands écrivains espagnols. En 1848 il
-fut nommé bibliothécaire du Louvre, et devint en 1853 secrétaire des
-commandements de l'Impératrice.
-
-[87] _Jacques-Ignace Hittorf_ (1792-1867), né à Cologne, architecte,
-élève de Percier. On lui doit, indépendamment de nombreux monuments,
-qui témoignent de son réel mérite et de son érudition, les
-embellissements des Champs-Élysées, de la place de la Concorde, de
-l'avenue de l'Étoile. Ce fut lui qui traça, en qualité d'architecte de
-la ville de Paris et du Gouvernement, les plans des immenses travaux
-du bois de Boulogne et des deux lacs. Il faisait partie depuis 1853 de
-l'Académie des Beaux-Arts.
-
- * * * * *
-
-2 _août._--Dîné chez Poinsot avec Chabrier, sa femme, l'amiral
-Deloffre[88], d'Audiffret, etc.
-
-*
-
-3 _août._--Au conseil, qui se tient dans l'anti-chambre, sur le quai:
-aux tentures orange, avec les peintures de Court.
-
-Je vais ensuite à l'Industrie; je remarque cette fontaine jaillissante
-de fleurs gigantesques imitées.
-
-La vue de toutes ces machines m'attriste profondément. Je n'aime
-pas cette matière qui a l'air de faire, toute seule et abandonnée à
-elle-même, des choses dignes d'admiration.
-
-En sortant, je vais voir l'exposition de Courbet, qu'il a réduite à
-dix sous. J'y reste seul pendant près d'une heure et j'y découvre un
-chef-d'œuvre[89] dans son tableau refusé; je ne pouvais m'arracher
-de cette vue. Il y a des progrès énormes, et cependant cela m'a fait
-admirer son _Enterrement._ Dans celui-ci, les personnages sont les uns
-sur les autres, la composition n'est pas bien entendue; il y a de l'air
-et des parties d'une exécution considérable: les hanches, la cuisse
-du modèle nu et sa gorge; la femme du devant qui a un châle; la seule
-faute est que le tableau qu'il peint fait amphibologie: il a l'air
-d'un _vrai ciel_ au milieu du tableau. On a refusé là un des ouvrages
-les plus singuliers de ce temps; mais ce n'est pas un gaillard à se
-décourager pour si peu.
-
-J'ai dîné à l'Industrie entre Mercey et Mérimée; le premier pense comme
-moi de Courbet; le second n'aime pas Michel-Ange!
-
-Détestable musique moderne par les chœurs chantants qui sont à la
-mode.
-
-*
-
-11 _août._--À Montreuil, pour le mariage de la fille aînée de Rivet.
-Ce bon ami a paru heureux de me voir; j'ai revu avec beaucoup de
-plaisir sa mère, si aimable et de si bonne et ancienne manière; causé
-de la couleur avec M. Pierre Rivet, mon ancien élève: il me recommande
-l'orpin jaune[90].
-
-Vu là Colin[91] et revenu avec Riesener.
-
-Je dînais chez Chabrier; Vieillard y était, et Poinsot qui a été
-aimable. J'étais fatigué de ma journée: ce sont trop d'allées et venues
-pour une petite constitution.
-
-Poinsot nous raconte que Charles[92], le physicien, se trouvant traqué
-pendant la Révolution et n'ayant que cinq ou six sous à dépenser pour
-sa nourriture, ne vécut pendant un mois que de pain et d'eau; au bout
-d'un mois, il s'aperçut qu'il perdait sensiblement des forces; il y
-joignit alors du fromage, et les forces lui revinrent.
-
---Penser à trouver une palette qu'on puisse mettre dans l'eau.
-
-*
-
-12 _août._--Mon cher Guillemardet vient dîner avec moi. Causerie sans
-fin à table et promenade sur le boulevard jusqu'à onze heures.
-
-*
-
-15 _août._--Le matin, déjeuné à l'Hôtel de ville et au _Te Deum_
-ensuite. Grande impression de cette foule en robe de toutes couleurs
-et en habits brodés: la musique, l'évêque, tout cela est fait pour
-émouvoir; l'église m'a paru, comme toujours, une des mieux faites pour
-élever et frapper.
-
-Réception chez l'Empereur.
-
-Rentré fatigué; le soir, promenade solitaire faite avec beaucoup de
-plaisir; je m'amuse des illuminations; je crois que c'est la première
-fois que la foule ne me cause pas d'ennuis.
-
-*
-
-18 _août._--Arrivée de la reine d'Angleterre. Je sors de l'église vers
-trois heures pour rentrer chez moi. Point de voiture! Paris est fou
-ce jour-là; on ne rencontre que corps de métiers, femmes de la halle,
-filles vêtues de blanc, tout cela bannière en tête et se poussant pour
-faire bonne réception.
-
-Le fait a été que personne n'a rien vu, la Reine étant arrivée à la
-nuit; je lai regretté pour toutes ces bonnes gens qui y allaient
-de tout leur cœur; j'étais invité par Pastoret à aller voir le
-cortège chez lui; j'ai trouvé là Feuillet[93], Beauchesne[94], qui m'a
-recommandé son fils, candidat aux bourses de l'école de Saint-Cyr[95].
-
-Revenu au milieu d'une cohue épouvantable.
-
-*
-
-23 _août._--Bal à l'Hôtel de ville pour la reine d'Angleterre; chaleur
-affreuse.
-
-J'y trouve Alberthe et sa fille; j'ai fait le tour de l'Hôtel de ville
-deux ou trois fois pour conquérir un verre de punch; j'étais glacé,
-tant j'étais baigné de sueur. Quelles insipides réunions!
-
-*
-
-25 _août._--À Versailles, ce soir. Illuminations devant le château, etc.
-
-Je ne revois pas avec le plaisir que j'attendais la _Bataille
-d'Aboukir_[96]: la crudité des tons est extrême; l'enchevêtrement de
-ces hommes et de ces chevaux est un peu inexcusable.
-
-Revenu par un clair de lune magnifique, et seul. J'ai passé par cette
-route de Saint-Cloud, qui m'a rappelé de si bons moments de ma vie de
-1826 à 1830.
-
-*
-
-26 _août._--J'ai eu la visite de la très aimable princesse de
-Wittgenstein[97] et de sa fille, celle pour laquelle Liszt m'avait
-demandé un dessin; je dois la revoir et dîner chez elle mardi.
-
-*
-
-27 _août._--Je suis dans un mauvais moment; je retourne à l'église,
-après une interruption de huit jours; j'y travaille péniblement; la
-chaleur est affreusement continue.
-
-Le soir, je vais voir l'exposition de l'école de dessin de Lequien
-fils. J'y trouve Wey[98] et ses fils; il me promet de me donner le
-dessin de Fedel, d'après moi, fait il y a une quarantaine d'années et
-si remarquable. Wey me dit que c'est la seule chose remarquable faite
-d'après moi.
-
-*
-
-28 _août._--Dîné chez l'aimable princesse de Wittgenstein; elle avait
-un certain comte d'Iri ou d'Uri et un Allemand assez contradicteur et
-ennuyeux.
-
-*
-
-30 _août._--Soulié m'avait écrit qu'il viendrait au courant de
-septembre ou fin d'août. Je lui ai demandé de venir dîner aujourd'hui.
-J'ai écrit à Villot qui s'est excusé, étant souffrant; à Riesener et à
-Schwiter. Le dîner a été gai, et j'en ai été heureux.
-
-Le matin, travaillé beaucoup à l'église, inspiré par la musique et les
-chants d'église. Il y a eu un office extraordinaire à huit heures;
-cette musique me met dans un état d'exaltation favorable à la peinture.
-
-*
-
-31 _août._--Sorti vers trois heures pour voir des logements rues
-d'Amsterdam, Pigalle, etc.
-
-Chez Schwiter[99], j'ai été frappé là, en voyant sa propre peinture
-et le portrait de West, de Lawrence, ainsi que des gravures d'après
-Reynolds, de l'influence fâcheuse de toute _manière._ Ces Anglais,
-et Lawrence tout le premier, ont copié aveuglement leur grand-père
-Reynolds, sans se rendre compte des entorses qu'il donnait à la vérité;
-ces licences, qui ont contribué à donner à sa peinture une sorte
-d'originalité, mais qui sont loin d'être justifiables, l'exagération
-pour l'effet et même les effets complètement faux qui en sont la
-conséquence, ont décidé du style de tous ses suivants, ce qui donne
-à toute cette école un air factice que ne rachètent pas certaines
-qualités. Ainsi la tête de West, qui est peinte dans la lumière la
-plus vive, est accompagnée d'accessoires tels que les vêtements, un
-rideau, etc., qui ne participent nullement à cette lumière; en un mot,
-elle est dépourvue de toute raison; il s'ensuit qu'elle est fausse
-et l'ensemble maniéré. Une tête de Van Dyck ou de Rubens, placée à
-côté de semblables résultats, les place tout de suite dans les rangs
-les plus secondaires. (Rapprocher ceci de ce que j'ai écrit quelques
-jours plus tard à Dieppe sur l'imitation naïve et l'influence des
-écoles.)[100].
-
-La vraie supériorité, comme je l'ai dit quelque part dans ces petits
-souvenirs, n'admet aucune excentricité. Rubens est emporté par son
-génie et se livre à des exagérations qui sont dans le sens de son idée
-et fondées toujours sur la nature.
-
-De prétendus hommes de génie comme nous en voyons aujourd'hui, remplis
-d'affectation et de ridicule, chez lesquels le mauvais goût le dispute
-à la prétention, dont l'idée est toujours obscurcie par des nuages,
-qui portent, même dans leur conduite, cette bizarrerie qu'ils croient
-un signe de talent, sont des fantômes d'écrivains, de peintres et
-de musiciens. Ni Racine, ni Mozart, ni Michel-Ange, ni Rubens, ne
-pouvaient être ridicules de cette façon-là; le plus grand génie n'est
-qu'un être supérieurement raisonnable. Les Anglais de l'école de
-Reynolds ont cru imiter les grands coloristes flamands et italiens; ils
-ont cru, en faisant des tableaux enfumés, faire des tableaux vigoureux;
-ils ont imité le rembrunissement que le temps donne à tous les tableaux
-et surtout cet éclat factice que causent les dévernissages successifs
-qui rembrunissent certaines parties en donnant aux autres un éclat qui
-n'était pas dans l'intention des maîtres. Ces altérations malheureuses
-leur ont fait croire, comme dans le portrait de West, qu'une tête
-pouvait être très brillante à côté de vêtements complètement dépourvus
-de lumière, et que des fonds pouvaient être très obscurs derrière des
-objets éclairés: ce qui est de toute fausseté.
-
-
-[88] L'amiral _Théodore Deloffre_ (1787-1865) fut successivement préfet
-maritime à Cherbourg et membre du Bureau des longitudes.
-
-[89] Voir ce que nous avons dit dans notre Étude, p. LI-LII, sur
-l'impartialité de Delacroix touchant les contemporains en général et
-Courbet en particulier.
-
-[90] Le _baron Rivet_, qui s'était éloigné de la politique depuis 1852
-pour se consacrer à l'administration du chemin de fer de l'Ouest,
-habitait alors aux portes de Versailles, au grand Montreuil, une
-propriété occupée, avant la Révolution, par deux des filles de Louis
-XV, Mesdames Victoire et Adélaïde de France.
-
-Le mariage auquel Delacroix fait allusion est celui de la fille aînée
-de M. Rivet, qui épousa, en 1855, M. Bourdeau de Lajudie. La mère de M.
-Rivet, dont parle ici Delacroix, était fille du général de Gilibert,
-dernier sous-gouverneur des Invalides sous la monarchie, et veuve de
-M. Léonard Rivet, ancien aide de camp de Dugommier, créé baron comme
-préfet de l'Empire, et qui fut plus tard député sous la monarchie de
-Juillet.
-
-_Pierre Rivet_, neveu de Mme Rivet mère, était grand amateur de
-peinture et fervent admirateur de Delacroix.
-
-[91] _Alexandre Colin._
-
-[92] _Jacques-Alexandre-César Charles_ (1746-1823), physicien, a
-popularisé en France les découvertes de Franklin et des frères
-Montgolfier. Lors de la création de l'Institut, il entra l'un des
-premiers à l'Académie des sciences, et en devint par la suite le
-secrétaire. [
-F3] _Feuillet de Couches._ Voir t. II, p. 177, en note.
-
-[94] _Du Bois de Beauchesne._ Voir t. II, p. 375, en note.
-
-[95] _Henri Du Bois de Beauchesne_, aujourd'hui général de brigade.
-
-[96] Delacroix a, d'autre part, exprimé toute son admiration pour le
-talent du baron _Gros._ (Voir t. I, p. 374, et t. II, p. 351, 352 et
-429.)
-
-[97] La princesse _de Wittgenstein_ était l'amie et l'admiratrice
-passionnée de Liszt; il fut un moment question, en 1861, du mariage de
-la princesse avec le grand artiste; mais celui-ci devait entrer trois
-ans plus tard dans les ordres.
-
-[98] _Francis Wey_ (1812-1882), littérateur et philologue, avait été
-nommé en 1852 inspecteur général des Archives départementales. Il fut
-également, de 1853 à 1865, président de la Société des gens de lettres.
-
-[99] Le baron _Schwiter_ devait être un des légataires de Delacroix,
-qui lui laissa par testament divers tableaux anciens.
-
-[100] Voir plus loin, p. 95 et 96.
-
- * * * * *
-
-7 _septembre._--Le matin, chez Dupré. Vu sa maison: très séduit par cet
-air riant.
-
-Dîné chez Mme de Forget avec Mme Dufays, et revu là M. Jouaut, que je
-n'avais pas vu depuis 1830. Il passé des années en Russie; ce n'est
-plus le beau garçon de ce temps-là. Il me dit que le changement le
-plus considérable qu'il trouve en moi, c'est que je parle moins vite
-qu'autrefois et que ma voix est changée.
-
-*
-
-10 _septembre._--Parti à huit heures par le train express pour aller
-à Crose[101]. Voyage très rapide jusqu'à Argenton par l'express,
-mais toutes sortes de malheurs à partir de là. Arrivé à Argenton
-attendant mes paquets une heure dans la boue et sous la pluie, avant de
-m'installer dans cette affreuse petite voiture où j'ai fait un voyage
-si insupportable, entre l'enfant qui pissait et les trois femmes qui
-vomissaient.
-
-Je reste à Limoges, tenté un instant de revenir et de m'excuser comme
-je pouvais.
-
-*
-
-11 _septembre._--Arrivé à Limoges vers onze heures, je m'installe pour
-la journée à l'hôtel du _Grand Périgord_; je fais un déjeuner dont
-j'avais besoin après l'insupportable voyage. Je vois la ville, le
-musée, l'église Saint-Pierre, la cathédrale, Saint-Michel.
-
-La cathédrale est inachevée, la nef manque. En général, les églises de
-tout ce pays sont d'une obscurité lugubre. Je me suis endormi dans la
-cathédrale.
-
-À Saint-Michel, près du musée, où je suis revenu en dernier lieu, j'en
-ai fait autant. Ces petits repos m'ont remis tout à fait.
-
-Je me suis fait raser par un frater et suis venu dîner vers quatre
-heures et demie. Excellentissimes champignons, inconnus à Paris.
-
-Je pars à six heures pour Brive. Dans le coupé, tête à tête avec un
-brigadier de gendarmerie, très convenable: tête superbe. Il me quitte
-vers neuf heures. Je passe une bonne nuit, tantôt dormant, tantôt
-voyant passer à la lueur des quinquets de la voiture le bizarre pays
-que je traverse... Uzerche, etc., que je regrette de ne pas voir de
-jour.
-
-Je pensais, en voyant des objets véritablement bizarres, à _ce petit
-monde_ que l'homme porte en lui. Les gens qui disent que l'homme
-apprend tout par l'éducation sont des imbéciles, y compris les
-grands philosophes qui ont soutenu cette thèse. Quelque singuliers
-et inattendus que soient les spectacles qui s'offrent à nos yeux,
-ils ne nous surprennent jamais complètement; il y a en nous un écho
-qui répond à toutes les impressions: ou nous avons vu cela ailleurs,
-ou bien toutes les combinaisons possibles des choses sont à l'avance
-dans notre cerveau. En les retrouvant dans ce monde passager, nous ne
-faisons qu'ouvrir une case de notre cerveau ou de notre âme. Comment
-expliquer autrement la puissance incroyable de l'imagination et, comme
-dernière preuve, cette puissance incroyable qui est relativement
-incomparable dans l'enfance? Non seulement j'avais autant d'imagination
-dans l'enfance et dans la jeunesse[102], mais les objets, sans me
-surprendre davantage, me causaient des impressions plus profondes ou
-des ravissements incomparables; où aurais-je pris auparavant toutes ces
-impressions?
-
-*
-
-12 _septembre._--Arrivé à Brive à dix heures. François était venu m'y
-chercher, et reparti.
-
-Je parcours la ville, qui est très jolie; l'église romane, où on
-a peint des cannelures et des caissons; le collège ou séminaire,
-charmante architecture de la Renaissance.
-
-Je pars à midi et demi et suis à Crose vers trois heures; je ne puis
-vaincre, tout le long du voyage, une somnolence extrême. Frappé de la
-vue de Turenne et de ses ruines. Beaucoup d'émotion en arrivant.
-
-Promenade avec François[103] dans les allées d'herbes, les arbres
-fruitiers, figuiers; cette nature me plaît et réveille en moi de douces
-impressions; la bonne Mme Verninac heureuse de me voir et me tutoyant.
-La femme de François est très bien.
-
-*
-
-13, 14 _et_ 15 _septembre._--Tous ces jours jusqu'à dimanche, jour
-de mon départ, la même vie à peu près; je suis seul, suivant mes
-habitudes, jusqu'au déjeuner. L'avant-dernier jour, le 15, je dessine
-une partie de la journée les montagnes, de ma fenêtre. Je dessine après
-déjeuner et par la chaleur le joli vallon où François a planté des
-peupliers; je suis charmé de cet endroit; je remonte par un soleil que
-je trouve cuisant et qui me fait toujours une impression de fatigue
-pour le reste de la journée; je cueille avec délices quelques figues,
-quelques pêches; bien entendu que je m'accuse de mes larcins.
-
-Comment décrire ce que je trouve charmant dans ce lieu?... C'est un
-mélange de toutes les émotions agréables et douces au cœur et à
-l'imagination: je pense aux lieux que j'ai vus avec un calme bonheur
-dans ma jeunesse, je pense en même temps à mes chers amis, à mon bon
-frère, à mon cher Charles, à ma bonne sœur! Seul comme je suis à
-présent, il me semblait dans ce lieu, dans ce pays déjà méridional, me
-retrouver avec ces êtres chers dans la Touraine, dans la Charente,
-lieux qui sont beaux pour moi, beaux pour mon cœur.
-
-La négligence qui est partout dans ce pauvre Crose, et qui m'avait
-choqué d'abord, avait fini par me plaire: rien n y ressemble à nos
-habitations d'aujourd'hui... L'herbe pousse où elle veut, la maison se
-conserve toute seule.
-
-Promenade à Turenne[104] un de ces jours; la première fois, elle
-avait été marquée par l'événement de la fuite des deux juments, après
-lesquelles on avait couru longtemps. Le jour que nous y sommes allés,
-il faisait une pluie diluvienne; j'ai été pourtant satisfait de cette
-excursion; ce château perché sur le rocher, comme sur un piédestal, est
-tout à fait extraordinaire[105].
-
-Nous faisons ces courses avec le jeune Dussol, très bon garçon, qui a
-dîné presque tous les jours avec nous.
-
-L'église de Turenne remarquable par un grand air; sa simplicité et même
-son dénuement ne lui nuisent pas.
-
-*
-
-16 _septembre._--Parti à sept heures pour Brive avec François et
-Dussol. Nous rencontrons en route le médecin Masseur, et ensuite la
-servante de François avec sa charmante sœur, celle que j'avais vue
-en guenilles et pieds nus auprès des chevaux, le jour de la course à
-Turenne; cette fois, elle était vêtue coquettement et allait à Brive
-pour faire des emplettes pour sa noce qui est dans huit jours; son mari
-sera un heureux drôle pendant quelques moments... C'est de l'espèce la
-plus fine et la plus piquante, la blonde armée de tous ses attraits
-particuliers et qui sont incomparables. Je l'avais bien devinée la
-première fois.
-
-Nous parcourons la ville, après avoir assuré ma place pour une heure,
-pour Périgueux et Angoulême; nous allons au séminaire, où je dessine,
-et nous revenons déjeuner.
-
-Ce déjeuner, à cette heure, m'a rendu toute la journée insensible aux
-beautés du pays que je traversais. La chaleur aussi était excessive; le
-coupé de cette diligence était affreux: pas une vitre ne tenait, j'ai
-été tantôt grillé par le soleil, tantôt gelé sans pouvoir m'en défendre
-par le courant d'air établi entre les deux portières.
-
-Dans la première partie du voyage, je guettais la maison de campagne de
-Mme Rivet, que définitivement je n'ai pas vue.
-
-Il y avait avec moi dans le coupé un gros et frais jeune homme qui
-m'a conté, avec un grand contentement de lui-même, qu'il venait de
-Limoges où il avait été faire emplettes de ses cadeaux de noces pour
-une jeune personne qu'il allait épouser aussi dans huit jours; je
-n'ai côtoyé ainsi, au milieu de mes souffrances, que des gens heureux
-ou sur le point de l'être. Il m'a fait entendre, en relevant à tout
-moment sa petite moustache blonde, que sa situation ne lui permettait
-pas d'aspirer à ce parti, mais que ses avantages extérieurs lui avaient
-valu cette aubaine, dont il rendait grâces au dieu Cupidon. Mon homme,
-plus amoureux de lui-même que de sa future, fleur de provincial et de
-Périgourdin, me quitta sur la route, non sans m'avoir fait admirer de
-loin la propriété, la maison la plus belle du pays, disait-il, enfin
-toutes les solides perfections que l'amour jetait à ses pieds, sans
-compter celle de la jeune infante; il a oublié de me dire si cette
-dernière était douée de grâces et d'attraits; mais ce n'était pas là la
-partie intéressante pour lui.
-
-Je traverse, jusqu'à Périgueux, le pays le plus riche et le plus riant,
-mais toujours sous le poids de cette chaleur ou de ce vent cuisant.
-
-J'arrive à Périgueux à la chute complète du jour; une jeune femme toute
-pimpante m'avait été donnée pour compagne de prison dans la boîte
-incommode où je me trouvais, une poste avant la ville; je traverse
-cette jolie ville au milieu des transparents et des illuminations, à
-propos des bonnes nouvelles de Sébastopol.
-
-Je m'informe des places; je suis forcé de changer mes combinaisons.
-J'irai à Montmoreau prendre le chemin de fer par Ribérac dans une
-espèce de cabriolet portant les dépêches, et je vais dîner à l'hôtel
-_de France_, en face du bureau de la voiture.
-
-Le repas assez médiocre, servi par une fille très piquante, quoique
-déjà mûre, me fait merveille; il n'est pas trop gâté par le voisinage
-de commis voyageurs, dont la langue est la même partout et un mélange
-curieux d'ineptie et de fatuité; j'avais déjà déjeuné à Brive quand j'y
-arrivai de Limoges, en attendant l'heure de partir pour Grose, avec une
-réunion semblable.
-
-À Périgueux, après dîner et en payant à Mme l'hôtesse mes 3 fr. 50,
-j'admire la rotondité de sa robe à la mode et cette magnifique toilette
-qu'elle promène, de la cour à la cuisine et à la salle à manger. Je
-sors enchanté de tout ce que je voyais et particulièrement de la beauté
-des femmes que je trouve, dans tous les environs, on ne peut plus
-piquantes. Je me promène assez tard sur la grande promenade remplie
-de promeneurs de tous étages, de marchands forains, de musiques, de
-faiseurs de tours et de loteries. Je trouve même de la _vraie beauté_,
-le piquant uni à une grâce et à une correction qui n'est pas dans le
-Nord et que Paris n'offre jamais.
-
-Enfin, je pars à neuf heures, je crois. Arrangement qui me paraît
-d'abord impossible et qui finit par aller tant bien que mal; mon grand
-manteau me rend grand service, serré, emboîté et enveloppé jusque
-par-dessus les yeux, de peur du serein; je finis par m'engourdir et
-enfin j'arrive à Ribérac vers deux heures du matin.
-
-Arrivée dans cette petite ville où quelques chandelles achevaient
-de brûler aux fenêtres, en témoignage de l'allégresse, mais dans
-une solitude complète. Entrée sous cette remise d'auberge; prise de
-possession d'une chambre, où j'ai dormi tout habillé et profondément
-jusqu'à cinq heures du matin.
-
-*
-
-17 _septembre._--Parti joyeux pour Montmoreau. Réveillé le matin à
-Ribérac et juché dans le coupé, avec un jeune militaire et un bon
-Périgourdin qui me parle de son vin; et tout ce que je vois m'enchante;
-le soleil levant donne à cette jolie et riche nature un attrait
-inexprimable. La ressemblance de ce pays avec ma chère forêt réveille
-encore des souvenirs délicieux. En traversant des parties de bois, je
-crois être avec mon cher Charles et le bon Albert, quand nous allions
-chasser, par la rosée, sous les bois et dans les vignes... Point de
-description pour de si douces pensées!
-
-Je remarque, de Ribérac à Montmoreau, les vignes grimpant aux arbres
-ou à des perches qui les soutiennent, à la manière italienne; cela
-est fort joli et fort pittoresque, et ferait bien en peinture; mon
-voisin le militaire, joli jeune homme, qui revient peu enthousiasmé de
-la Crimée où il a eu les pieds gelés, me dit que cette méthode n'est
-pas la meilleure, sinon pour la vigne elle-même, au moins pour les
-productions qui l'environnent, à cause de l'ombre qui résulte de cet
-arrangement. Mon chasseur de Vincennes me dit que les Anglais sont des
-_soldats de parade qui s'en vont trop tôt_, malgré la renommée de leur
-ténacité. Peut-être, en bons alliés, faisons-nous pour eux, à l'égard
-de la bravoure, ce qu'on fait pour les avares dont on veut tirer
-quelque chose en les louant de leur générosité...
-
-J'arrive à Montmoreau; je suis conduit droit au chemin de fer, où je
-m'encage vers onze heures et demie.
-
-À Angoulême, rencontre de Mme Duriez[106], de sa fille, de son gendre
-et de son petit-fils. Je les aide à monter en voiture; cette rencontre
-qui était dans les décrets du destin, puisque je m'étais flatté
-d'aller les voir à Hurtebize, a rajeuni de bons sentiments et de bons
-souvenirs; mais j'étais déjà fatigué de tous mes mouvements des jours
-passés; le repos, pendant cette route, m'eût été nécessaire; j'aurais
-traversé avec plus de plaisir, avec le recueillement nécessaire, ces
-pays aimés pleins de tristesse et de doux souvenirs; au lieu de cela,
-chaleur étouffante, conversation soutenue jusqu'au soir, mille sujets
-d'une fatigue qui a duré et s'est prolongée à Strasbourg.
-
-Dîner incroyable à Orléans; véritable pillage dans la salle où tous ces
-voyageurs pressés s'arrachaient les morceaux et se tiraient les chaises
-et les plats.
-
-J'arrive à Paris à près de dix heures.
-
-*
-
-18 _septembre._--Je m'étais flatté que je pourrais repartir le matin
-pour Strasbourg. Ma fatigue est extrême; je reste au lit ou sur mon
-lit. Je ne sors que pour dîner à la taverne flamande de la rue de
-Provence. Je rentre fermer mes malles et je pars à huit heures du soir.
-Je ne puis dormir pendant cette route. Bon ménage, orné d'un enfant à
-la mamelle tenu par une Alsacienne en costume et d'un enfant de huit à
-dix ans qui m'a donné des coups de pied pendant toute la route.
-
-Au jour, et avant d'arriver, je suis frappé des montagnes boisées avant
-Saverne et de la terre rouge qui abonde en ce pays.
-
-*
-
-_Strasbourg_, 19 _septembre._--J'arrive vers huit heures; je vais à
-pied chez les bons cousins[107]. J'accompagne le long des canaux et de
-la rivière l'homme qui traîne mon bagage; je trouve les bons cousins en
-train de déjeuner. Joie de me voir et moi heureux de les embrasser; je
-me sens de la fatigue; je dors sur le canapé du salon; le dîner, qui
-vient ensuite et de trop bonne heure, continue le trouble des jours
-précédents.
-
-Après dîner, le cousin me mène au casino, où il m'inscrit; je n'ai pas
-abusé beaucoup de la faveur qui m'était faite; il me fait assister là à
-une réunion des membres du bureau de la Société rhénane des amis des
-arts; séance peu récréative qui heureusement ne dure pas longtemps.
-
-*
-
-20 _septembre._--Au déjeuner que je fais avec les cousins et encore
-trop tôt, arrive Schiller le graveur[108] qui m'a connu chez Guérin,
-quand je commençais à n'y plus aller; il a su mon arrivée par un des
-membres d'hier et se met à ma disposition. Nous allons voir chez M.
-Simonis le superbe Corrège: _Vénus désarmant l'Amour_; je ne l'estime
-pas d'abord tout ce qu'il vaut.
-
-Je regrette bien vivement de n'écrire ceci que trois semaines après
-l'impression que j'en ai reçue: la science, la grâce, le balancement
-des lignes, le charme de la couleur, les licences hardies, tout se
-réunit dans ce charmant ouvrage; certains contours durs m'avaient
-alarmé; je remarque ensuite qu'ils sont parfaitement motivés par la
-nécessité de détacher des parties d'une manière tranchée.
-
-Autres beaux tableaux dans le même endroit, mais le souvenir se
-confond: ce sont des flamands, c'est tout dire. Belle tête de Van Dyck:
-homme en armes.
-
-Nous allons au musée, à la mairie; j'y vois une assez bonne copie de
-mon _Dante_, faite par Brion[109], un jeune homme qui a fait de bons
-sujets d'Alsace. Je vois là des choses assez curieuses: une figure nue
-d'homme, de Heim[110]; cet homme avait un sentiment dans le sentiment
-des maîtres italiens; ce tableau est très gâté; je vois là son dernier
-grand tableau, exposé il y a deux ans[111], roulé depuis ce temps et
-laissé dans un coin comme on l'a apporté. Voilà comment les musées de
-province traitent les tableaux.
-
-Je rencontre avec Schüler, qui m'a mené voir l'horloge rajeunie de la
-cathédrale, M. Klotz, l'architecte, frère de Mme Petiti: il me fait les
-honneurs de la _Maison d'œuvre_, et m'autorise à y dessiner.
-
-Le soir, avec la bonne cousine, chez Hervé: la joie de ce bon et cher
-homme à me revoir; il y a de cela quarante-cinq à quarante-huit ans.
-
-*
-
-21 _septembre._--Le lendemain, je suis tout à fait indisposé; je reste
-couché une partie de la journée; j'ai peine à me dérober aux remèdes de
-la bonne cousine. Hervé vient me voir pendant que je suis couché. La
-journée se passe ainsi.
-
-*
-
-23 _septembre._--J'écris à Mme de Forget une lettre qui exprime bien
-mes ennuis de voyage:
-
-«J'ai été fort longtemps sans vous écrire; c'est que j'ai fait le
-voyage le plus contrarié, je n'oserais pas dire le plus malheureux,
-puisque j'y ai eu quelques bons moments en retrouvant des personnes que
-j'aime; mais tout a été en dépit de mes prévisions et de mes petites
-convenances.
-
-J'ai traversé Paris en revenant du Périgord, pour aller à Strasbourg,
-d'où je vous écris, souffrant, mal disposé pour achever ce qui me
-reste à faire, brisé par tous ces soubresauts et ces changements de
-régime et de condition. J'ai trouvé dans le pays de mon beau-frère des
-personnes que je n'avais pas vues depuis mon extrême jeunesse. Tout
-cela est attendrissant et attristant; mais encore il y a des émotions
-délicieuses qui s'y mêlent. Les communications dans tous les pays qui
-ne sont pas traversés par les chemins de fer sont intolérables: on est
-jeté dans d'affreuses carrioles, entassé et confondu avec toute la
-famille possible; c'est à tous ces inconvénients que je n'ai pas pu
-résister, et quoiqu'à la veille précisément d'aller faire à Baden un
-tour de quelques jours, je n'entrevois qu'avec ennui toute espèce de
-déplacement.
-
-J'ai plus d'une fois envié votre calme philosophique, dans votre
-jardin, que vous n'êtes pas obligée d'aller chercher à travers des
-ennuis de toute sorte. Restez-y donc et ne bougez pas; je ne serai ici
-que jusqu'à la fin du mois; je pars, n'étant rien moins que reposé par
-ma villégiature. Peut-être, comme on a retardé jusqu'au 15 octobre la
-reprise du jury de peinture, irai-je passer quinze jours francs à me
-refaire tout seul, au bord de la mer.
-
-Je vous conterai mes impressions de Baden, où tout le monde ici
-m'envoie. C'est demain ou après-demain que je m'embarque pour cette
-vallée de Tempe.
-
-Je n'ose vous prier de me répondre, à moins que ce ne soit très
-promptement, comme vous voyez.»
-
-
-Je vais, après dîner, avec la cousine, chez Schüler que je trouve
-peignant des paysages; il devait nous mener voir le tombeau du maréchal
-de Saxe. Ou plutôt je crois que c'est hier ceci, et aujourd'hui que j'y
-ai été le soir avec la cousine.
-
-Vu les momies et le tombeau; j'en parle dans mes souvenirs de Baden.
-
-Un de ces matins, chez Ferdinand Lamey: vu son jardin, etc., etc.
-
-*
-
-_Baden_, 25 _septembre._--Parti de Strasbourg à huit heures; traversé
-la citadelle; jolie route qui me rappelle Anvers et la Belgique.
-Traversé le Rhin, arrivé à Baden vers quatre heures. Belles montagnes
-de loin se confondant avec l'horizon: le temps un peu brouillé après
-mon installation au _Cerf._ À peine arrivé, et comme à l'ordinaire,
-tout me semble triste, et je suis certain de m'ennuyer ici.
-
-Je fais une aquarelle des montagnes, de ma fenêtre. Je sors, je
-rencontre Séchan[112], peu après Mme Kalergi. Séchan me mène voir ses
-travaux vraiment surprenants par la dextérité employée à tout envoyer
-de Paris, tout fait. Je vois Lanton avec lui qui, habitant Baden, est
-enivré de Baden: tout lui semble charmant; les femmes s'offrent à qui
-mieux mieux; on y déjeune, on y dîne, on y chasse le lendemain.
-
-Benazet m'invite à cette chasse, et je refuse, malgré sa politesse.
-
-Le soir, après dîner, promenade solitaire, où il faut convenir que je
-m'ennuie un peu malgré Lanton. J'entre à la _Conversation_, où je vois
-jouer. Je suis travaillé tout à coup entre la nécessité de faire des
-excursions sur les imitations de Séchan, affaire de conscience, et le
-désir de ne pas bouger, plus conforme à ma nature.
-
-*
-
-_Baden, en arrivant_, 25 _septembre._--J'ai vu hier, à Strasbourg,
-avec la bonne cousine Lamey, à l'église Saint-Thomas, le tombeau du
-maréchal de Saxe: c'est le meilleur exemple de l'inconvénient que je
-signale. L'exécution des figures est merveilleuse, mais elles vous
-font presque peur, tant elles sont imitées d'après le modèle vivant.
-Son _Hercule_, quoique de l'école et avec l'inspiration du Puget, n'a
-pas ce souffle et cette hardiesse, j'oserai dire ces défectuosités
-partielles qu'on voit partout dans ses ouvrages; les proportions de
-cet Hercule sont très justes; chaque partie offre des plans exacts et
-un grand sentiment de la chair, mais sa pose est insipide; c'est un
-Savoyard affligé, et non le fils d'Alemène; il est là, il pourrait
-être ailleurs. Cette _France affligée_, qui conjure la Mort avec une
-expression de douleur très juste, est le portrait d'une Parisienne; la
-figure de la _Mort_, figure idéale par excellence, est tout simplement
-un squelette articulé, comme il y en a dans tous les ateliers et sur
-lequel le sculpteur a jeté un grand drap, qu'il a copié avec soin, en
-faisant sentir très exactement, sous les plis et dans les endroits où
-on les voit à découvert, les têtes d'os, les creux et les saillies.
-
-Nos pères, tout barbares dans leurs naïves allégories, dont le gothique
-est plein, ont représenté tout autrement les figures symboliques.
-
-Je me rappelle encore cette petite figure de la _Mort_ qui sonnait
-les heures dans la vieille horloge de l'église de Strasbourg, que
-j'ai vue au rebut avec toutes celles qui y faisaient leur rôle, le
-vieillard, le jeune homme, etc.; «c'est un objet terrible, mais non
-pas hideux seulement». Quand ils font des figures de diables ou
-d'anges, l'imagination y voit ce qu'ils ont voulu faire, à travers les
-gaucheries et l'ignorance des proportions.
-
-Je ne parle pas du monument du maréchal de Saxe sous le rapport de
-l'unité d'impression et de style, il en est entièrement dépourvu,
-l'esprit ne sait où se prendre dans ces figures dispersées, dans ces
-drapeaux brisés, ces animaux renversés. Et pourtant quel sujet pour
-l'imagination d'un vrai artiste sur son seul énoncé! Ce héros armé qui
-descend au tombeau son bâton de commandement à la main; cette France,
-qu'il a servie, qui s'élance entre lui et le monstre impitoyable qui va
-le saisir; ces trophées de sa gloire, vains ornements pour son tombeau;
-ces emblèmes des puissances subjuguées, cet aigle, ce lion, ce léopard
-expirant!
-
---M. Janmot, qui vient me voir ce matin, me dit, à propos des bonnes
-ébauches, qu'Ingres dit: _On ne finit que sur du fini._
-
-*
-
-26 _septembre._--Le matin renouvelé entièrement encore comme à
-l'ordinaire. Je sors de bonne heure. Je commence par l'église,
-monument gothique, restauré il y a un siècle et demi et dans lequel
-on a prodigué, suivant la mode du temps, les ornements à la Vanloo,
-comme à celle de Brive, les cannelures et les caissons à la grecque
-du commencement de ce siècle. Deux tombeaux magnifiques dans le
-chœur: celui de l'évêque couché et armé avec le squelette sous la
-table qui le supporte, et surtout celui du vieux margrave armé et
-debout, collé à la muraille, son bâton de commandement à la main, et
-son casque à terre, près de lui, le tout dans un arrangement du temps
-de la Renaissance du plus beau style; j'ai remarqué sur mon calepin,
-ensuite, la différence de ce style avec celui d'un autre tombeau, le
-plus important de tous, lequel est dans le style de Vanloo. Malgré la
-confusion et le mauvais goût, les plates allégories et le bariolage,
-il est encore supérieur à tout ce qui est de notre triste époque, où
-la froideur, l'insignifiance et la mesquinerie ôtent toute espèce
-d'intérêt.
-
-Monté, par des marches fort raides, jusqu'au palais grand-ducal, que
-je prends pour une espèce de ferme ou couvent; je monte par une allée
-exposée au soleil, puis je tourne dans les bois de sapins que j'admire;
-après chaque montée, que je crois toujours être la dernière, j'arrive
-au vieux château. Ruines rafistolées à l'allemande, pour en faire des
-perspectives d'album; bouteilles cassées, débris de cuisine au milieu
-de tout cela; le garde-manger était dans la salle des chevaliers. Je
-remarque les rochers granitiques comme ceux de la Corrèze; ils sont
-plus particulièrement d'une couleur rougeâtre comme le terrain et les
-pierres de ces pays-ci.
-
-J'écris à diverses reprises sur mon calepin. J'admire en descendant une
-grande perspective montante sous les pins. Je remarque la couleur de
-_charbon_ du fond et des arbres. Je redescends par une grande chaleur
-et pressé par la faim. Au bas des degrés, je me trompe de route et
-je conçois de l'inquiétude, en sentant ma fatigue et voyant reculer
-mon déjeuner. J'arrive enfin tout poudreux, tout hérissé. Je me mets à
-table. Voilà toutes sortes d'événements qui ne peuvent pas m'arriver à
-Paris et qui font que je ne peux pas y déjeuner avec appétit.
-
-Je dors ensuite presque toute la journée; un autre se serait fait un
-devoir d'aller voir des cascades.
-
-À six heures chez Mme Kalergi, qui m'avait prié; j'y trouve un prince
-Wiasiemski et sa femme, le premier Kalmouck par la face, la seconde
-charmante et gracieuse Russe qui m'a semblé mieux le lendemain en
-toilette du matin. De plus, une dame russe aussi ou berlinoise,
-sentimentale personne, avec qui j'ai fait le lendemain le voyage
-d'Eberstein avec Mme Kalergi. Cette dernière me parle beaucoup de
-Wagner[113]; elle en raffole comme une sotte, et comme elle raffolait
-de la République. Ce Wagner veut innover; il croit être dans la vérité;
-il supprime beaucoup des conventions de la musique, croyant que les
-conventions ne sont pas fondées sur des lois nécessaires. Il est
-démocrate; il écrit aussi des livres sur le bonheur de l'humanité[114],
-lesquels sont absurdes, suivant Mme Kalergi elle-même.
-
-Je sors d'assez bonne heure; je vais faire, malgré le froid le plus
-piquant, une longue promenade sous l'allée qui va à Lichtenthal,
-délicieux endroit. Je rencontre, en revenant, Winterhalter[115], bon
-diable, mais très ennuyeux. Il veut absolument aller boire de la
-bière, et je le suis. Il me donne l'adresse d'un marchand d'_ale_ et
-de _porter_ à Paris, et aussi celle d'un marchand de _jambon cru_ de
-Mayence.
-
-*
-
-27 _septembre._--Je m'achemine de bonne heure et sans la précaution
-d'un paletot vers le couvent de Lichtenthal. Délicieuse et matinale
-promenade; dans l'église du couvent, la divine surprise, au moment
-où j'allais partir, du chant des religieuses; on ne trouverait pas
-pareille chose en cent ans, dans toute la France. Je disais à Mme
-Kalergi, qui prend fort le parti des Allemands, que chez eux la
-musique[116] venait pour ainsi dire en pleine terre; chez nous, c'est
-une production artificielle.
-
-Grand Christ en bois peint très expressif et effrayant pendu de côté
-et sous les yeux de ces pauvres religieuses quand elles sont dans leur
-tribune.
-
-Que ces voix pures et timbrées avaient d'expression! Quel chant et
-quelle simple harmonie! La voix, cette émanation du tempérament
-physique plus que de l'âme, semblait trahir les désirs comprimés: je me
-le figurais au moins. Je suis revenu enchanté.
-
-Je passe au petit bazar en plein vent, faire quelques achats. Je
-reviens déjeuner et je m'apprête pour aller chez Mme Kalergi; de chez
-elle chez son prince, qui me montre un _Auguste_ Delacroix[117], qu'on
-lui avait vendu pour un _Eugène._ (_A Rowland for an Oliver_, c'est le
-titre d'une pièce anglaise.)
-
-Promenade par un soleil ardent jusqu'à Eberstein, parlant sentiment,
-politique, arts, etc. Château comme toutes ces résidences allemandes:
-du faux gothique, des ornements de tous les styles, mais toujours
-détestablement et gauchement arrangés. La gaucherie est la muse qui
-se tient le plus souvent derrière l'épaule de leurs artistes. Une
-demi-gaucherie est presque toute la grâce de leurs femmes.
-
-Revenu fatigué, je quitte ces dames et reviens dormir une heure. Dîner
-ensuite.
-
-Nouvelle promenade dans la partie des bosquets découverts qui est près
-de la rivière, et promenade toujours aussi charmante sous les chênes de
-Lichtenthal. Musique affreuse exécutée ce soir par les Badois. Celle
-des Autrichiens, le premier jour, était d'une meilleure exécution; mais
-ils ne jouent, avec tous leurs talents, que de la musique à l'usage de
-la grande foule des auditeurs qui sont là.
-
-*
-
-28 _septembre._--Promenade le matin, en mauvaise disposition; c'était
-la dernière: j'avais encore quelques petits achats à faire. Je monte
-par la pente en face de mes fenêtres. L'ardeur du soleil m'en chasse
-promptement. Je remarque que j'y suis plus sensible de jour en jour:
-je finirai par sympathiser complètement sous ce rapport, comme sous
-tant d'autres, avec ma pauvre Jenny. Quelques tours, mais sans charmes,
-dans les bosquets à droite de la route qui mène à Lichtenthal et dans
-l'allée allemande. Je fais mes paquets et pars à deux heures.
-
-Voyage rapide; vue de montagnes; changements de voitures. Arrivé le
-soir à Strasbourg, avant la nuit. Plaisir de me trouver avec les bons
-Lamey.
-
-*
-
-_Strasbourg_, 29 _septembre._--Passé une partie de la journée à la
-_Maison d'œuvre_ Je la cathédrale, à dessiner[118]. (Je regrette
-de n'écrire nies impressions qu'ici, à Dieppe, dix à douze jours
-après: j'ai été très frappé de ce que j'ai vu là. J'aurais voulu tout
-dessiner.)
-
-Le premier jour, j'ai été attiré par les ouvrages du quinzième siècle
-et du commencement de la renaissance des arts; les statues un peu
-roides, un peu gothiques de l'époque antérieure ne m'attiraient pas;
-je leur ai rendu justice le lendemain et le jour suivant, car j'y ai
-dessiné trois jours avec ardeur, au milieu des interruptions du froid
-et de l'incommodité du lieu par le défaut de lumière ou la difficulté
-de me placer. Je dessine sous la prétendue statue d'Erwin[119], car
-Erwin est partout ici, comme Rubens est à Anvers, comme César partout
-où il y a une enceinte en gazon ressemblant à un camp. La tête, les
-mains superbes, mais les draperies déjà chiffonnées et faites de
-pratique. De même pour la statue en face de l'homme en manteau fendu
-sur l'épaule qui met sa main sur les yeux, la tête levée en l'air. Plus
-naïves, les figures de l'homme en robe et en chaperon, agenouillé,
-du vieux juge assis dans l'anti-chambre, et des figures des soldats
-malheureusement mutilés et couverts d'armures qui sont également dans
-l'anti-chambre, mais qui sont d'une époque antérieure.
-
-Ce soir, après dîner, mais de jour, promenade dans le petit jardin avec
-la bonne cousine: elle appréhende, la pauvre femme, la solitude des
-dernières années.
-
-*
-
-30 _septembre._--Retourné, malgré le dimanche, à la _Maison
-d'œuvre._ Nous avions été auparavant faire je ne sais quelle
-course avec la bonne cousine; elle ne veut s'en aller qu'après
-m'avoir vu entrer. Je me jette sur les figures d'anges des treizième
-et quatorzième siècles: les vierges folles, les bas-reliefs d'une
-proportion encore sauvage, mais pleins de grâce ou de force.
-
-J'ai été frappé de la force du _sentiment_: la _science_ lui est
-presque toujours fatale; l'adresse de la main seulement, une
-connaissance plus avancée de l'anatomie ou des proportions livre à
-l'instant l'artiste à une trop grande liberté; il ne réfléchit plus
-aussi purement l'image, les moyens de rendre avec facilité ou en abrégé
-le séduisant et l'entraînant à la _manière._ Les écoles n'enseignent
-guère autre chose: quel maître peut communiquer son sentiment
-personnel[120]? On ne peut lui prendre que ses _recettes_; la pente
-de l'élève à s'approprier promptement cette facilité d'exécution, qui
-est chez l'homme de talent le résultat de l'expérience, dénature la
-vocation et ne fait, en quelque sorte, qu'enter un arbre sur un arbre
-d'une espèce différente. Il y a de robustes tempéraments d'artistes
-qui absorbent tout, qui profitent de tout; bien qu'élevés dans des
-_manières_ que leur nature ne leur eût pas inspirées, ils retrouvent
-leur route à travers les préceptes et les exemples contraires,
-profitent de ce qui est bon, et, quoique marqués quelquefois d'une
-certaine empreinte d'école, deviennent des Rubens, des Titien, des
-Raphaël, etc.
-
-Il faut absolument que, dans un moment quelconque de leur carrière,
-ils arrivent, non pas à mépriser tout ce qui n'est pas eux, mais à
-dépouiller complètement ce fanatisme presque toujours aveugle, qui nous
-pousse tous à l'imitation des grands maîtres et à ne jurer que par
-leurs ouvrages. Il faut se dire: cela est bon pour Rubens, ceci pour
-Raphaël, Titien ou Michel-Ange. Ce qu'ils ont fait les regarde; rien ne
-m'enchaîne à celui-ci ou à celui-là.
-
-Il faut apprendre à se savoir gré de ce qu'on a trouvé; une poignée
-d'_inspiration naïve_ est préférable à tout. Molière, dit-on, ferma un
-jour Plaute et Térence; il dit à ses amis: «J'ai assez de ces modèles:
-je regarde à présent en moi et autour de moi.»
-
-
-[101] C'est le nom d'une propriété de famille qui appartient
-aujourd'hui encore à M. _de Verninac_, sénateur.
-
-[102] Se reporter dans le second volume à tout ce qu'il dit sur
-l'_Imagination_ et sur l'_Idéalisation._ (Voir t. II, p. 126 et 241.)
-
-[103] _François de Verninac_, président du tribunal de Tulle. Delacroix
-lui laissa par testament quelques souvenirs de famille.
-
-[104] On voit, à Turenne, les ruines d'un ancien château fort dont il
-reste une tour gigantesque, dite Tour de César.
-
-[105] À cet endroit du manuscrit se trouve une esquisse presque informe
-qui représente la tour du château. Elle fait invinciblement penser aux
-ms de Victor Hugo, faits par le poète dans son voyage sur les bords du
-Rhin.
-
-[106] _Mme Duriez de Verninac._ Dans son testament Delacroix lui a
-laissé de nombreux souvenirs.
-
-[107] La famille _Lamey_, qui habitait Strasbourg, où M. Lamey occupait
-le poste de président de Cour. [
-F08] _Chartes-Auguste Schüler_ (1804-1859), graveur, élève de Guérin
-et de Gros, visita l'Allemagne et l'Italie, et retourna se fixer à
-Strasbourg, son pays natal, où il se voua à l'enseignement.
-
-[109] _Gustave Brion_ (1824-1878), peintre, élève de Gabriel Guérin,
-s'est voué spécialement à la peinture des mœurs alsaciennes et
-rhénanes. On lui doit les illustrations de _Notre-Dame de Paris_ et
-_Les Misérables_ de Victor Hugo, publiées en 1864.
-
-[110] _François-Joseph Heim_ (1787-1865), peintre, élève de Vincent,
-obtint le prix de Rome en 1807. Parmi ses œuvres les plus importantes,
-on peut citer le _Martyre de saint Cyr et de sainte Juliette_, qu'on
-peut voir dans une des chapelles de l'église Saint-Gervais, et _Charles
-X distribuant des récompenses aux artistes à la fin de l'Exposition_
-de 1824, tableau où figure notamment Delacroix et qui se trouve
-aujourd'hui au Louvre.
-
-[111] _La défaite des Cimbres et des Teutons_, exposé en 1853.
-
-[112] _Charles Séchan_(1802-1874), peintre décorateur, élève de Cicéri,
-s'est fait une place à part pour le goût qu'il apporta dans l'art
-décoratif. Le talent qu'il montra en brossant des décors pour les
-grands théâtres de Paris et de l'étranger le firent distinguer, et en
-1849 il fut chargé de restaurer la galerie d'Apollon, au Louvre; plus
-tard, on lui confia les peintures architecturales de Saint-Eustache.
-En 1852, au retour d'un voyage à Constantinople, où il entreprit les
-décorations intérieures des palais et des kiosques du Sultan, il se
-rendit à Baden, où il exécuta les travaux décoratifs du Casino. Il a
-publié un volume de _Souvenirs._
-
-[113] Il ne faut pas oublier qu'à cette époque le nom de _Richard
-Wagner_ était complètement inconnu en France. Nous sommes en 1855,
-c'est-à-dire huit années avant la légendaire tentative de _Tannhäuser_,
-au grand Opéra de Paris. Le nom alors obscur du poète-musicien n'avait
-pu être révélé à Eugène Delacroix que par une étrangère russe ou
-berlinoise.
-
-[114] Delacroix fait allusion ici aux tentatives politiques et sociales
-de R. Wagner. Celui-ci avait participé au mouvement révolutionnaire de
-l'Allemagne qui avait suivi le mouvement de 1848 en France. Il avait
-dû quitter son pays et s'exiler en Suisse. De cette époque date la
-série de ses grandes productions poétiques et musicales. Mais bien que
-désormais il ne dût prendre aucune part active à la propagande des
-idées socialistes, il leur demeura toujours très fidèlement et très
-fermement attaché, au point que ses écrits théoriques s'en trouvent
-souvent influencés.
-
-[115] _François-Xavier Winterhalter_ (1808-1873), peintre allemand, qui
-pendant tout le règne de Louis-Philippe et pendant les premières années
-du second Empire a joui d'une grande vogue. Il fit les portraits de la
-plupart des membres de la famille royale, reproduits et popularisés
-d'ailleurs par la gravure. On connaît aussi le portrait en médaillon de
-l'impératrice Eugénie exposé en 1861, celui de la reine Victoria, etc.
-
-[116] Delacroix note ici une observation que seuls ont pu faire ceux
-qui ont voyagé en Allemagne. Déjà avant d'y être allé, il rapporte
-dans son journal un fragment de conversation avec A. de Musset, dans
-lequel il observe que les Français ne sont _d'instinct_ ni musiciens
-ni peintres. Il faut avoir visité les villes d'Allemagne, non pas
-seulement les capitales, comme Leipzig, Dresde, Berlin, mais même les
-villes de second ou de troisième ordre, pour se rendre compte du rôle
-que joue la musique dans l'éducation nationale.
-
-[117] _Auguste Delacroix_ (1812-1868), peintre, qui se consacra presque
-exclusivement à l'aquarelle, et obtint de brillants succès dans ce
-genre alors peu recherché.
-
-Aucun lien de parenté ne le rattachait à Eugène Delacroix, et celui-ci
-s'irritait de cette similitude de nom, qui pouvait créer une confusion
-dans l'esprit du public.
-
-[118] Voir _Catalogue Robaut_, nos 1399 à 1402 et 1912.
-
-[119] _Erwin de Steinbach_ (1240-1318), architecte et sculpteur
-allemand, construisit la façade ouest de la cathédrale de Strasbourg
-et prépara les plans de décoration intérieure de la nef. Il mourut
-laissant son travail inachevé; mais son fils _Jean_ acheva son œuvre
-d'après des dessins qui sont encore conservés à Strasbourg.
-
-[120] Voir sur ce point notre étude, pages 32, 33, 34. C'est là une des
-idées les plus chères à Delacroix et les plus significatives de son
-esthétique.
-
-
- * * * * *
-
-1er _octobre._--Nous allons, le cousin, la cousine et moi,
-voir le bon Schüler; je le remercie de ses gravures; nous y allons
-surtout pour voir le petit portrait qu'il a fait du cousin, pour mettre
-en tête de ses œuvres; je les quitte pour aller à la _Maison de
-l'œuvre._
-
-Les _naïfs_ me captivent de plus en plus; je remarque dans des têtes,
-telles que le vieillard à longue barbe et en longue draperie, dans les
-têtes de deux statues un peu colossales d'un abbé et d'un roi, qui
-sont dans la cour, combien ils ont connu le procédé antique. Je les
-dessine à la manière de nos médailles d'après l'antique, par les plans
-seulement. Il me semble que l'étude de ces modèles d'une époque réputée
-barbare, par moi tout le premier, et remplie pourtant de tout ce qui
-fait remarquer les beaux ouvrages, m'ôte mes dernières chaînes, me
-confirme dans l'opinion que le _beau_ est partout, et que chaque homme
-non seulement le voit, mais doit absolument le rendre à sa manière.
-
-Où sont ces types grecs, cette régularité dont on s'est habitué à
-faire le type invariable du _beau?_ Les têtes de ces hommes et de ces
-femmes sont celles qu'ils avaient sous les yeux. Dira-t-on que le
-mouvement qui nous porte à aimer une femme qui nous plaît ne participe
-nullement de celui qui nous fait admirer la beauté dans les arts? Si
-nous sommes faits pour trouver dans cette créature qui nous charme le
-genre d'attrait propre à nous captiver, comment expliquer que ces mêmes
-traits, ces mêmes grâces particulières pourront nous laisser froids,
-quand nous les trouverons exprimés dans des tableaux ou des statues?
-Dira-t-on que, ne pouvant nous empêcher d'aimer, nous aimons ce que
-nous rencontrons et qui est imparfait, faute de mieux? La conclusion
-de ceci serait que notre passion serait d'autant plus vive que notre
-maîtresse ressemblerait davantage à la Niobé ou à la Vénus, mais on en
-rencontre qui sont ainsi faites et qui ne nous forcent nullement à les
-aimer.
-
-*
-
-2 _octobre._--Je pars de Strasbourg à midi et demi. Séparation tendre,
-regrets et adieux.
-
-Je voyage avec une jeune mère très attentive à son enfant et qui ne
-l'a pas laissé une minute: petite femme frêle, blond fade, l'air
-intelligent; mais cette tendresse était vraiment touchante.
-
-Je traverse l'Alsace, la Lorraine, la Champagne. Rien ne nie parle dans
-tout cela.
-
-Désappointement, en arrivant, de trouver une malle étrangère au lieu de
-la mienne; cela renverse toute la joie que je me promettais; j'arrive à
-une heure du matin chez moi, ayant pris dans ma voiture une jeune femme
-et son enfant qui était au chemin de fer, sans ressources pour se faire
-conduire chez elle.
-
-*
-
-3 _octobre._--J'avais déjà pris mon parti de la perte de ma malle;
-je ne regrettais que mes croquis de Strasbourg, mais surtout ce même
-petit livre dans lequel j'écris; je voyais tout cela dans les mains de
-quelque Allemand! La malle revient, et je m'embarque à une heure.
-
-Je trouve Nieuwerkerke, qui monte dans la même voiture que moi. Il y a
-là un ménage étrange: la femme est Belge, coquette avec Nieuwerkerke;
-je prends la femme de chambre, qui a les plus beaux traits du monde,
-pour une amie ou une parente; heureusement la bévue se fait en moi, et
-je ne m'expose pas au crime impardonnable d'adresser une chose aimable
-à une pauvre créature, belle comme les anges et accablée du mépris
-de sa maîtresse, dont le nez retroussé et la petite figure commune
-semblent, au contraire, la classer dans l'emploi des soubrettes.
-
-Après Rouen, où reste mon séducteur, je fais route avec l'Anglais et
-sa femme; je cause et continue la connaissance; je les rencontre le
-lendemain matin sur la plage; ils m'invitent à les venir voir, ce que
-je leur promets et ce que je n'ai pas encore exécuté.
-
-*
-
-_Dieppe_, 4 _octobre._--Pas un seul moment d'ennui: je regarde à ma
-fenêtre, je me promène dans ma chambre. Les bateaux entrent et sortent;
-liberté complète, absence de figures ennemies ou ennuyeuses; je
-retrouve ma vue de l'année dernière; je ne lis pas une ligne.
-
-Je vais le matin sur la plage, et c'est la que je retrouve l'Anglais et
-sa femme.
-
-Je me sens encore de mon mauvais régime des jours passés; le soir,
-après dîner, je ne puis sortir; je reste sur mon canapé. Je relis avec
-plaisir mon petit livre, écrits et extraits de la correspondance de
-Voltaire. Il dit que les paresseux sont toujours des hommes médiocres.
-Je suis toujours dévoré de la passion d'apprendre, non d'apprendre,
-comme tant de sots, des choses inutiles; il y a des gens qui ne seront
-jamais musiciens, qui s'instruisent à fond du contre-point; d'autres
-apprennent l'hébreu ou le chaldéen et s'appliquent à déchiffrer les
-hiéroglyphes ou les caractères cunéiformes du palais de Sémiramis.
-Le bon Villot, qui ne peut rien tirer de son fonds stérile, est orné
-des connaissances les plus variées et les plus inutiles; il a ainsi
-la satisfaction de se trouver à tout instant supérieur à l'homme le
-plus rare ou le plus éminent, qui ne l'est que dans une partie où il
-excelle. Il y a longtemps que j'ai rejeté toute satisfaction pédante.
-Quand je sortais du collège, je voulais aussi tout savoir; je suivais
-les cours[121]; je croyais devenir philosophe avec Cousin, autre poète
-qui s'efforçait d'être un savant; j'allais expliquer Marc-Aurèle en
-grec avec feu Thurot[122], au Collège de France; mais aujourd'hui,
-j'en sais trop pour vouloir rien apprendre en dehors de mon cercle;
-je suis insatiable des connaissances qui peuvent me faire grand; je
-me rappelle, en m'y conformant par une pente toute naturelle, ce que
-m'écrivait Beyle: «Ne négligez rien de ce qui peut vous faire grand.»
-
-*
-
-5 _octobre._--Dans la journée, je vais voir les falaises près des bains
-et seul. Le soir, à la jetée en compagnie de Jenny.
-
-Je passe des heures sans lectures, sans journaux. Je passe en revue
-les dessins que j'ai apportés; je regarde avec passion et sans fatigue
-ces photographies d'après des hommes nus, ce poème admirable, ce corps
-humain sur lequel j'apprends à lire et dont la vue m'en dit plus que
-les inventions des écrivassiers.
-
-*
-
-6 _octobre._--Dans la journée, bonne promenade avec Jenny, dans le même
-lieu qu'hier. Nous avons été assez loin sur le sable. J'ai pris, sur
-les rochers découverts par la mer, des coquillages et j'en ai mangé.
-Revenu par la grande rue et acheté un châle. Jetée le soir.
-
-Hier et aujourd'hui, croquis d'après les photographies, d'après
-Thevelin.
-
-*
-
-7 _octobre._--Tous ces matins écrit mes lettres à Vieillard et à
-Chabrier pour lui recommander la demande de François[123], à Clément de
-Ris, à Moreau, etc. Dessiné encore d'après les Thevelin.
-
-Montés, par le mauvais temps qui nous gagne, à la falaise du Pollet.
-Descendus ensuite sur la plage qui est au-dessous. Le soir, resté à la
-maison: la somnolence me gagne après dîner.
-
-Je lis, un de ces jours, dans la _Revue_, que Charles Bonnet[124]
-se rendit aveugle par son acharnement à découvrir le mystère de la
-génération chez la race intéressante des pucerons; il eut, entre
-autres, une séance de trente-quatre jours consécutifs et sans le
-moindre relâche, pendant laquelle il eut l'œil appliqué à son
-microscope, afin de surveiller les accouchements successifs d'une
-_puceronne_ androgyne, c'est-à-dire mâle et femelle, mari et femme
-réunis dans le même sujet, comme dans certains genres de plantes.
-Est-ce vraiment là un sujet de méditation intéressant à un degré
-suffisant soit le bonheur, soit simplement le plaisir de l'humanité?
-Était-il bien nécessaire qu'un brave philosophe perdît tant de temps
-et surtout perdît les yeux, si utiles pour tant de choses, afin de
-s'assurer que le _péché d'Adam_ était véniel, pour la race puceronne,
-dans les décrets de la Providence, et qu'il pouvait en résulter un
-nombre infini de générations d'affreux animaux? Le philosophe eût fait
-un emploi plus raisonnable de son temps, s'il eût découvert un moyen
-de mettre obstacle à une pareille fécondité en détruisant pucerons
-et puceronnes. Quel chapitre à ajouter à celui qui traiterait de
-l'inutilité[125] des savants et surtout des pucerons!
-
-*
-
-8 _octobre._--Je finis par m'enrhumer, au milieu de ce froid de la
-chambre où je me sens gagner à la longue, et à la fenêtre où je me
-place souvent le matin à moitié vêtu.
-
-Je sors, un peu languissant par ce rhume commençant, vers midi ou une
-heure; je vais à la jetée; la mer est toute plate et baisse; cette
-jetée à claire-voie, qui remplace celle en pierre, amortit les vagues
-et ôtera du pittoresque. Une barque à voiles, qui veut absolument
-rentrer malgré la marée descendante, va au pied de cette jetée et
-jette l'ancre pour ne pas être entraînée hors de la jetée. J'admire
-la patience, la peine de ces pauvres gens pour se tirer de là; les
-passants, sur la jetée, leur viennent en aide et les remorquent.
-
-Je viens reprendre Jenny; je dessine un peu. Nous devions faire des
-visites à des marchands; nous n'en avons pas le courage; nous prenons
-par le dernier bassin et nous montons sur la falaise derrière le
-château. Je reviens plus enrhumé encore.
-
-Petit dîner, agréable comme toujours, quoique plus silencieux, au moins
-de ma part; le soir, je sors avec une légère mauvaise humeur; je vais
-seul me promener dans la grande rue; je me couche à neuf heures. Je
-recule toujours de jour en jour ma visite à la Belge et à l'Anglais que
-j'ai rencontrés dans le chemin de fer; j'ai la bonté de me faire un
-scrupule de ne point aller les voir.
-
---Je ne puis exprimer le plaisir que j'ai eu à revoir ma Jenny[126].
-Pauvre chère femme! Je retrouve sa petite figure maigre, mais les yeux
-pétillants du bonheur de trouver à qui parler; je reviens à pied avec
-elle, malgré le mauvais temps; je suis pendant plusieurs jours, et
-probablement j'y serai tout le temps de mon séjour à Dieppe, sous le
-charme de cette réunion au seul être dont le cœur soit à moi sans
-réserve.
-
-*
-
-9 _octobre._--Je me lève plus tard; je ne fais point ma barbe et je
-ne sors point; je fais faire du feu; essaye d'arrêter mon rhume à ses
-débuts. Je trouve charmant d'être venu à Dieppe pour ne pas sortir de
-ma chambre; heureusement que mon imagination ne laisse pas de voyager:
-je passe de mes gravures à ce petit livre. Eh! n'est-ce pas voyager
-que d'avoir sous ses fenêtres le spectacle le plus animé? Je satisfais
-ici ce goût que j'ai toujours eu pour le repos corporel, pour le
-_retirement_, si l'on peut parler ainsi; la pluie et un jour gris
-ajoutent à mon plaisir; je me justifie ainsi à moi-même mon aversion
-pour le mouvement. J'ai, vers quatre heures, le spectacle d'un bel
-arc-en-ciel, avec cette particularité qui m'étonne et que je n ai pas
-vu qu'on ait mentionnée: l'arc-en-ciel, parfaitement tracé dans le
-ciel, continuant encore à se peindre en avant des maisons qui forment
-l'enceinte du port et des arbres qui bornent la vue sur la petite
-montagne qui est à droite, au-dessus des marais salés où se décharge
-l'Arques en partie; ainsi, le phénomène ne se produit pas à une grande
-distance, nous le touchons, pour ainsi dire, du doigt; ces maisons
-étaient à cent pas de moi; il y a donc une position de vapeur qui
-n'est pas sensible à la vue, assez intense cependant pour se colorer
-des couleurs du prisme; on peut calculer presque le lieu précis où il
-se dessine; il y avait au-dessus un deuxième arc plus faible, comme
-toujours; je n'ai pu le suivre comme l'autre, ailleurs que sur le ciel.
-
-Je suis ravi de la cheminée à l'anglaise ou à la flamande qui est dans
-ma chambre; Jenny me donne l'idée d'en avoir une pareille à Paris, dans
-le cas où on aurait une maison à soi; une fois allumée, elle va toute
-seule; ce serait excellent dans mon atelier, dans celui de Gros, par
-exemple, avec un poêle de l'autre côté. Il y a économie assurément,
-profit pour la chaleur, et moins d'incommodités, en ce qu'on a moins à
-s'en occuper.
-
-*
-
-10 _octobre._--La mer belle; le vent d'ouest nous donne de belles
-vagues. Journée passée en partie à la jetée et, du reste, je ne sais
-trop comment.
-
-Ces beaux loisirs finiraient par amener le terrible ennui et avec lui
-le désir de se renouveler en allant retrouver les pinceaux et les
-toiles auxquelles je pense souvent. Il me les faudrait ici.
-
-Je pense plus que je ne faisais encore l'année dernière, en voyant
-à chaque instant ces scènes de mer, ces navires, ces hommes si
-intéressants, qu'on n'a pas tiré de tout cela l'intérêt que cela
-comporte. Le vaisseau lui-même ne joue pas un assez grand rôle chez les
-faiseurs de marine: j'en voudrais faire les héros de la scène; je les
-adore; ils me donnent des idées de force, de grâce, de pittoresque;
-plus ils sont en désordre, plus je les trouve beaux. Les peintres de
-marine les font tellement quellement: les proportions observées, la
-position des agrès une fois conforme aux principes de la navigation,
-il leur semble que leur besogne soit faite; ils font le reste les yeux
-fermés, et comme les architectes indiquent dans un plan leurs colonnes
-et leurs principaux ornements. C'est l'exactitude pour l'imagination,
-que je demande; leurs cordages sont des lignes tracées à la hâte et
-_de pratique_: ils sont là pour mémoire et semblent ne pouvoir servir
-à rien; la couleur et la forme doivent concourir à l'effet que je
-demande; mon exactitude consisterait, au contraire, à n'indiquer
-fortement que les objets principaux, mais dans leur rapport d'action
-nécessaire avec les personnages. Au reste, ce que je demande ici au
-genre de la marine, c'est ce que je veux dans tout autre sujet: les
-accessoires sont traités avec trop d'indifférence, même chez les plus
-grands maîtres; si vous mettez du soin aux figures en négligeant ce qui
-les accompagne, vous rappelez mon esprit au métier, à l'impatience de
-la main, ou à une certaine dextérité propre à indiquer, seulement par
-des à peu près, ce qui complète la vérité des figures, les armes, les
-étoffes, les fonds, les terrains...
-
-*
-
-11 _octobre._--De bonne heure à la jetée. La mer est très belle;
-plusieurs vaisseaux et barques sont entrés déjà; j'en vois plusieurs
-encore. Je me tiens là deux ou trois heures sous la pluie et le vent.
-
-Le reste de la journée, j'éprouve une fatigue qui me tient à la maison
-dans une paresse complète, mais non sans charme. Le temps gris et
-pluvieux favorise cette inclination nonchalante.
-
-Le soir, après avoir un peu dormi, je vais à la jetée reprendre Jenny.
-La mer est furieuse; j'ai peine à me tenir; je vois passer devant moi,
-comme des flèches, deux barques de pêche: la première me fait frémir;
-ils ont de la lumière abord. On pourrait tirer parti de ces effets de
-nuit.
-
-Se rappeler les grands nuages entassés sur le Pollet et, dans des
-espaces éclairés, les étoiles groupées et brillantes.
-
-*
-
-12 _octobre._--Je reçois une lettre de Mme de Forget. Elle a voyagé
-seule dans le Midi et n'a pu me répondre à Strasbourg, vu le peu de
-temps que je lui donnais.
-
-La mer est plus belle que je ne l'ai encore vue, les lames très
-espacées et régulières; je trouve à la jetée John Lemoinne[127], que je
-ne reconnaissais pas d'abord avec son chapeau de voyage sur les yeux et
-sa tenue de touriste maritime. Il me dit que le bombardement d'Odessa
-va faire autant de tort aux Anglais qu'aux Russes, mais que nous les
-mettons un peu en demeure de s'y porter de bonne grâce.
-
-Je reste longtemps à la jetée, puis longtemps sur le port, où je
-m'assieds tout simplement sur une échelle, à regarder des pêcheurs et
-leurs bateaux. Je me reprends d'ardeur pour les étudier: je ne puis me
-détacher de les regarder.
-
-Dans l'intention de retourner à la jetée et ne voulant pas rentrer,
-j'entre au _Café suisse_ qui fait le coin de la grande rue et je lis
-les _Débats._ Il y avait justement un article de John Lemoinne sur les
-annonces dans les journaux anglais.
-
-Je vais ensuite aux bains m'informer de Guérin[128]. Il arrive
-ordinairement le vendredi soir. Jenny était venue avec moi.
-
-Rentré avec elle, après achats divers, et resté à la maison à ne rien
-faire, à raisonner avec elle et à dormir en attendant le dîner. Au
-demeurant, bonne vie; le spectacle de ce port est à tout instant une
-distraction agréable.
-
-Le soir, après avoir dormi encore, à la jetée. Temps de chien; on ne
-jouit que des mugissements de la mer, car on ne voit que de l'écume sur
-un fond obscur. Nous attendons en vain le bateau à vapeur. La veille,
-il avait eu des avaries en entrant et avait donné des inquiétudes.
-Quelle rage pousse ces animaux à voyager justement la nuit, par une
-mer furieuse, exposés doublement à manquer le port, avec toutes les
-conséquences de cet accident? Il faut être Anglais, et malheureusement
-nous le devenons, pour avoir cette méthodique frénésie; plutôt que de
-perdre une heure, c'est-à-dire de respirer, de manger, de vivre à son
-aise pendant cette heure. Le temps perdu pour eux est celui qu'ils
-donnent à vivre tranquilles ou à s'amuser.
-
-En repassant sur le port, j'examine encore les bateaux qui s'élèvent et
-s'abaissent avec le flot.
-
-*
-
-13 _octobre._--J'écris à Mme de Forget:
-
-«J'ai revu aussi avec plaisir le Midi, non pas la Provence, ni le
-Languedoc, mais le Périgord, l'Angoumois, pays chers à mon enfance et
-à ma première jeunesse, et qui sont le Midi sous beaucoup de rapports.
-J'y ai retrouvé des sensations de cet heureux temps et qui m'ont
-rappelé des êtres aimés et disparus. J'y ai fait une expérience qui
-m'afflige un peu: c'est que ces pays ne me vont plus, au moins sous
-un rapport essentiel; la chaleur, le soleil, me fatiguent et me sont
-nuisibles; j'en ai souffert, et cela à une époque de l'année où ces
-inconvénients sont ordinairement un peu diminués. La Normandie me va
-mieux: Dieppe en ce moment est adorable; on n'y rencontre personne,
-et la mer y devient de plus en plus intéressante; on y est même fort
-mouillé en ce moment où je vous écris, ce qui semble devoir compléter
-le bonheur d'un homme qui a peur du soleil.
-
-Nous nous raconterons tous nos accidents. Je vous ai dit une partie
-des miens dans la première partie de mon voyage. Si l'on veut voyager,
-il faut absolument consentir à souffrir beaucoup d'inconvénients; on
-a même parfois des accès d'une rage comique qu'on se rappelle sans
-amertume, mais qui vous désespèrent dans leur temps.
-
-Je vais reprendre ma vie de Paris, qui a bien, elle aussi, ses
-inconvénients, quoique j'en aie philosophiquement supprimé un bon
-nombre à tort ou à raison, grâce à un peu plus d'indépendance ou de
-sauvagerie, qualités ou défauts qui sont devenus ma nature même.»
-
---Je vais voir Guérin vers une heure. Nous causons longuement: il me
-parle beaucoup de Chopin, qu'il a connu; de Mme Sand, qu'il voudrait
-connaître; de Rousseau et de Lamartine, qu'il aime, malgré son
-histoire de César, dont il me parle, laquelle est faite, me dit-il,
-en vue de rabaisser César, comme il lui est arrivé déjà de rabaisser
-Napoléon, qu'il déteste. Guérin attribue à un ridicule ce sentiment
-décrire ces diatribes contre des colosses comme Napoléon et César, et
-je crois qu'il a raison.
-
-Je le quitte pour aller à Saint-Jacques revoir le croquis que j'en
-avais fait l'année dernière; j'étais entré un moment à Saint-Remi, que
-j'aime toujours; j'entendais chanter du dehors: il y avait des chantres
-en chape de cérémonie, le curé, tout le personnel occupé à chanter des
-litanies devant un seul auditeur, qui était un garçon de quinze ans.
-J'ai trouvé la même singularité à Saint-Jacques.
-
-Le soir, paresse pour sortir, et mauvais temps.
-
-*
-
-_Paris_, 14 _octobre._--Parti pour Paris à midi. Le matin, été à la
-jetée pendant qu'on faisait les paquets. J'étais arrivé à Dieppe avec
-ravissement; j'en pars avec plaisir; étrange disposition: une fois que
-j'eus arrêté le jour de mon départ, j'eus presque hâte de retourner à
-Paris. J'ai un grand désir de travailler. Ce mouvement, cette variété
-de situation et d'émotion donne à tous les sentiments plus de vivacité;
-on résiste mieux, en variant son existence, à l'engourdissement mortel
-de l'ennui.
-
-J'étais, de Dieppe à Rouen, avec trois Anglais, jeunes tous les trois;
-et comme je voyageais en première classe, il y avait lieu de penser
-qu'ils étaient aisés. Ils étaient très négligés, un d'eux surtout qui
-l'était jusqu'à la malpropreté et jusqu'à avoir des habits déchirés.
-Je ne m'explique pas ce contraste si tranché avec leurs habitudes
-d'autrefois; je l'ai remarqué dans le voyage que j'ai fait à Baden,
-de Strasbourg; un des jours qui ont suivi celui-ci, pendant que je
-faisais mon examen des tableaux, je rencontrai lord Elcoë, notre
-vice-président, dans une tenue presque sale; le bon Cockerell, qui m'a
-accompagné jusqu'à la place Louis XV un autre jour, avait une cravate
-de couleur très commune; ils sont tout à fait changés; nous avons pris
-beaucoup, au contraire, de leurs manières d'autrefois.
-
-*
-
-15 _octobre._--Première séance du jury. Levée de boucliers de
-l'Institut contre la pluralité des médailles.
-
-*
-
-22 _octobre._--Aujourd'hui, le cousin Delacroix est arrivé; il est
-revenu le soir dîner avec Jacob[129] et le gendre de la cousine Jacob,
-M. Lesueur, avoué, établi à Rouen; la présence de ce dernier a nui un
-peu à l'agrément de la soirée: fort bon garçon d'ailleurs, mais très
-bavard, paralysant l'entrain des autres et étouffant leurs voix.
-
-Le cousin revient le lendemain matin pour connaître le résultat des
-votes du jury général, et me quitte peu après.
-
-*
-
-27 _octobre._--Je lis dans un article de Gautier, sur Robert Fleury:
-«Certes, M. Robert Fleury a droit au titre de _maître_; il a fait des
-ouvrages excellents... M. Robert Fleury n'a presque jamais regardé la
-nature à air libre, etc.»
-
-
-[121] Cette indication concorde bien avec le passage du livre de Taine,
-_Opinions de Graindorge_, dans lequel il rapporte une conversation
-avec Delacroix, qui, lui parlant de sa première jeunesse et de son
-ardeur d'apprendre, lui faisait confidence de l'universalité de ses
-recherches. Nous avons tenu à faire de cette idée la pensée maîtresse
-et le point de départ de notre étude sur le grand artiste.
-
-[122] _Jean-François Thurot_ (1768-1832), philosophe et helléniste,
-occupait, en 1812, au Collège de France, la chaire de langue et de
-philosophie grecques. Il devint en 1830 membre de l'Académie des
-inscriptions, et fut emporté deux ans plus tard par le choléra.
-
-[123] Sans doute _François de Verninac._
-
-[124] _Charles Bonnet_, philosophe et naturaliste, né à Genève en 1720,
-mort en 1793.
-
-[125] Nous avons eu déjà l'occasion de marquer dans le cours du
-deuxième volume que les observations de cette nature constituaient un
-des points faibles du Journal. On ne saurait d'ailleurs exiger d'un
-esprit, si étendu et si compréhensif fût-il, de ne présenter aucune
-lacune. Les passages comme ceux auxquels nous faisons allusion montrent
-une foie de plus la profonde divergence existant entre la vision de
-l'artiste et celle du savant. Nous n'en pourrions apporter de meilleure
-preuve que le passage dans lequel Cuvier juge la découverte de Charles
-Bonnet; «Neuf générations de vierge en vierge étaient alors une
-merveille inouïe, mais l'admirable patience qu'un si jeune homme avait
-mise à les constater, toutes les précautions, toute la sagacité qu'il
-lui avait fallu, n'étaient guère moins merveilleuses: elles annonçaient
-_un esprit dont on pouvait tout attendre_.»
-
-[126] _Jenny le Guillou_ avait pour son maître l'attachement obstiné
-et jaloux d'un chien fidèle. Lors des derniers moments du peintre, ses
-amis se plaignirent amèrement d'avoir été tenus écartés par elle.
-
-[127] _John Lemoinne_ (1814-1892), qui était entré à vingt-six ans
-à la rédaction du _Journal des Débats_, était un des plus brillants
-journalistes de l'époque.
-
-[128] Le chirurgien _Jules Guérin._ ( Voir t. II, p. 427 et note.)
-
-[129] Cousin de Delacroix.
-
- * * * * *
-
-5 _novembre._--J'écris ce matin à Berryer que je n'irai décidément pas
-à Augerville: je suis horriblement enrhumé; j'ai pris ce rhume-là dans
-mes promenades au jury.
-
-J'ai été voir ce soir Cerfbeer; j'avais dîné chez lui huit jours
-auparavant; il m'avait invité très aimablement à propos des grandes
-médailles, surtout sur le bruit que j'avais un avantage plus marqué que
-celui qui reste en définitive et me place le cinquième sur la liste; je
-lui ai dit que j'en étais réduit à rendre grâce aux dieux que la patrie
-eût trouvé quatre citoyens plus vertueux que moi.
-
-Horace[130] me conte, ces jours passés, au jury, la démarche qu'il
-avait faite auprès d'Ingres, lequel a écrit pour refuser la médaille,
-outragé profondément d'arriver après Vernet, et encore plus, à ce que
-m'ont dit plusieurs personnes, non suspectes en ceci, de l'insolence du
-jury spécial de peinture, qui l'avait placé sur la même ligne que moi,
-dans l'opération préparatoire.
-
-*
-
-6 _novembre._--M. Roche arrivé le matin. Je pense que sa venue va
-compromettre mon voyage à Alberville; il n'en est rien, il a lui-même
-des affaires. Je pars toujours demain.
-
-Il reste à déjeuner avec moi et revient dîner; je m'acquitte avec
-lui de ses déboursés pour les réparations du tombeau de mon frère, à
-Bordeaux.
-
-*
-
-_Augerville_, 7 _novembre._--Parti pour Augerville: j'arrive à
-la gare à huit heures et demie au lieu de neuf heures et demie,
-sur l'indication que m'avait donnée Berryer; je passe cette heure
-sans m'ennuyer à voir arriver les partants. Je sais attendre plus
-qu'autrefois. Je vis très bien avec moi-même; j'ai pris l'habitude de
-chercher moins qu'autrefois à me distraire par des choses étrangères,
-telles que la lecture, par exemple, qui sert ordinairement à remplir
-des moments comme ceux-là. Même autrefois, je n'ai jamais compris les
-gens qui lisent en voyage. Dans quels moments sont-ils avec eux-mêmes?
-Que font-ils de leur esprit qu'ils ne retrouvent jamais?
-
-Ce voyage que je redoutais, à cause du froid que mon rhume me rend
-plus désagréable, s'est bien passé et même gaiement. J'aime assez,
-quelquefois, ce changement d'habitudes. Ne trouvant pas, chez Brunet,
-près de la gare, de voiture disponible, je me suis fait conduire à
-Fontainebleau, où je me suis arrangé avec M. Bernard, rue de France.
-
-J'ai déjeuné dans un café borgne, vu l'église et me suis embarqué
-joyeusement. Il me fallait autrefois un motif de joie ou d'occupation
-intérieure pour n'être pas triste; il est vrai que mon bonheur était
-extrême, quand l'imagination avait suffisamment d'aliment; je suis
-actuellement plus tranquille, mais non plus froid.
-
-Brouillard très intense.
-
-On ne m'attendait pas: ma venue a fait plaisir. Les personnes que je
-trouve ne sont pas de nature à changer ma disposition paisible, mais
-peu récréée; mais j'aime le lieu et le maître du lieu, dont l'esprit
-profond me plaît et m'instruit, particulièrement dans la science de la
-vie, quoiqu'il soit loin de professer quoi que ce soit; son exemple
-suffit.
-
-Qu'ai-je fait depuis un mois? Je me suis occupé de ce jury; j'ai vu
-assez de platitudes et j'ai subi quelques entraînements de complaisance
-pour quelques pauvres diables. Se rappeler la grande chaleur de
-Français qui, ayant voté pour lui tout le temps, pour la première
-médaille, se réveille indigné de ce qu'on avait oublié M. Corot[131],
-quand il ne se trouvait plus de place pour lui; Dauzats et moi avions,
-par une sorte de souvenir, voté pour lui, et nous avions été les seuls.
-
-M. de la Ferronnays me dit, à propos du danger des chemins de fer, que
-les administrateurs lui ont dit souvent qu'il valait toujours mieux
-voyager de jour.
-
-*
-
-11 _novembre._--Vu M. Jouvenet, qui est arrivé le soir; il me dit que
-la propriété du maréchal Bugeaud, qui rendait primitivement 7,000
-livres de rente, en rendait 45,000 après les améliorations qu'il y
-avait faites. L'impopularité qui s'était attachée à son nom, par suite
-des infamies que les journaux se permettaient sur son compte pendant le
-règne de Louis-Philippe, durait encore après sa mort. Sa veuve ayant
-fait faire un service commémoratif un an ou deux après sa mort, le curé
-avait cru devoir faire élever un autel, en plein champ, supposant que
-la foule serait trop grande dans l'église; cette même personne que j'ai
-citée s'y trouvait, elle, vingt-huitième.
-
-Mes journées s'écoulent tout doucement, sans plaisirs vifs, il est
-vrai. Il me manque une occupation de cœur ou de tête pour m'animer
-et donner de la saveur à la vie que je mène ici. Ces diables de repas
-font de vous une machine à digérer; on n'a de temps que pour se
-promener dans les entractes; mais adieu la pensée ou la plus simple
-émotion.
-
-*
-
-_Paris_, 14 _novembre._--Parti d'Augerville, avec Berryer, à neuf
-heures. Nous revenons ensemble jusqu'à Paris, par Étampes; sa
-conversation est des plus intelligentes.
-
-Quand on est agité dans la vie par mille contrariétés qu'on prend
-pour des peines, on ne se représente pas assez ce que sont les pertes
-véritables et sans remède qui touchent aux sentiments. Il y a pourtant
-de ces natures de roche qui se consolent plus vite de celles-là que
-des autres. Berryer me contait, en revenant, que l'un des progrès des
-États-Unis consiste à faire assurer son père quand il part pour un de
-ces voyages où on est exposé à tout instant à être mis en morceaux dans
-les bateaux ou les chemins de fer. Une fois que vous avez la confiance
-qu'en cas de malheur on vous rendra votre père en billets de banque, la
-famille est tranquille; le père peut aller dans la lune et y rester,
-si bon lui semble; je ne doute pas que nous n'arrivions à ce degré de
-perfection.
-
-L'idée de Delamarre[132], proposée à Berger, quand il était préfet,
-d'envoyer les corps de nos parents et de nos amis pour fumer et
-fertiliser les plaines arides de la Sologne, était de ce genre. Voilà
-une manière inattendue d'utiliser ses proches, quand, par leur mort,
-ils semblent n'être plus bons à rien.
-
-*
-
-15 _novembre._--Jour de la cérémonie de la distribution. Je vais
-rejoindre la place de la commission. Très bel et imposant aspect.
-Mercey me fait l'algarade de me donner l'alarme sur ce qui devait se
-passer: tout s'arrange pour le mieux.
-
-Je reviens à pied, je prends une mauvaise tasse de café, dans les
-Champs-Élysées, qui m'a rendu malade tout le lendemain. Je ne suis pas
-sorti après mon dîner; cela réussit toujours mal.
-
-*
-
-16 _novembre._--Mon cher Guillemardet vient m'embrasser. Villot vient
-pendant qu'il était là; il me conte à sa manière ce qui s'est passé
-à propos du rappel de Meissonier à la médaille d'honneur. Je ne puis
-m'empêcher de l'arrêter au milieu de sa philippique contre ce qu'il
-appelle d'horribles coquins, etc.
-
-Huet[133] et Yvon viennent me voir. M. Hébert[134], Carrier[135] et le
-brave Tedesco[136].
-
-Mauvaise disposition. Je vais dîner chez la cousine avec Laity et
-le jeune d'Ideville. Je ne mange rien et m'en retourne dans un état
-passable. M. Laity partait le soir même.
-
-Rentré de bonne heure, sans faire de promenade.
-
-*
-
-18 _novembre._--J'écris à Berryer: «À présent que je suis sorti des
-cérémonies, je viens vous redire tout le bonheur que j'ai eu à me
-voir ces quelques jours près de vous. Je pense à cette bonté et à cet
-admirable esprit présent à tout et dont le charme réuni n'est qu'en
-vous.»
-
-*
-
-20 _novembre._--Je vais à _Trovatore_ avec un billet d'Alberthe; j'y
-souffre, je m'y ennuie, je m'enrhume de nouveau. Rien n'égale la
-stérilité de cette musique qui est toute en tapage et où pas un seul
-chant ne se fait jour.
-
-*
-
-24 _novembre._--Je néglige bien mes pauvres souvenirs: je suis trop
-distrait à Paris pour écrire, même à bâtons rompus. Depuis quatre ou
-cinq jours, je m'enferme pour en finir, s'il est possible, avec ce
-rhume; ce me sera aussi un bon prétextée moi-même et aux autres de ne
-pas bouger.
-
-Mme Pierret est venue dans la journée me demander de prendre des
-billets pour une loterie que fait ce malheureux Fielding.
-
-*
-
-25 _novembre_.--Rien ne peut surmonter les préjugés régnants: quand
-on envoyait les élèves à Rome, du temps de Lebrun et jusqu'à David,
-on ne leur recommandait que l'étude du Guide; à présent, le _Beau_
-consiste à reproduire le faire des vieilles fresques, mais ce n'est
-que la partie académique qu'ils vont étudier. Ces deux méthodes qui
-semblent si opposées se rencontrent dans ce point qui sera toujours le
-mot d'ordre de toutes les écoles: imiter le technique de cette école-ci
-ou de celle-là. Tirer de son imagination des moyens de rendre la nature
-et ses effets, et les rendre suivant son tempérament propre: chimères,
-étude vaine que ne donnent ni le prix de Rome, ni l'Institut; copier
-l'exécution du Guide ou celle de Raphaël, suivant la mode.
-
-
-[130] _Horace Vernet._
-
-[131] Il ne faut pas oublier qu'à cette époque, _Corot_ (1795-1875)
-était encore fort contesté. Delacroix parvenu à la grande célébrité,
-et d'ailleurs admirateur convaincu du talent du paysagiste, songeait
-sans doute avec quelque mélancolie que c'était là l'inévitable sort des
-originalités tranchées.
-
-Corot avait envoyé à l'Exposition universelle de 1855 cinq tableaux,
-parmi lesquels le _Bain de Diane_, aujourd'hui au Musée de Bordeaux.
-
-[132] Sans doute _Théodore-Casimir Delamarre_ (1796-1870), qui
-fut directeur de la _Patrie_ et s'occupa activement des questions
-économiques et industrielles.
-
-[133] _Paul Huet_ (1804-1866), paysagiste, élève de Guérin et de
-Gros, qui peut être classé parmi les meilleurs peintres de l'école
-romantique, était intimement lié avec Delacroix depuis l'hiver de 1822.
-(Voir _Peintres et statuaires romantiques_, par Ernest CHESNEAU.)
-
-[134] _Ernest Hébert_, peintre, né en 1817, obtint le prix de Rome en
-1839: il devint en 1865 directeur de l'École de Rome, et membre de
-l'Académie des Beaux-Arts en 1874.
-
-[135] _Carrier_ figure avec _Huet_ comme légataire sur le testament de
-Delacroix.
-
-[136] _Tedesco_ fut, avec _Francis Petit_, chargé par Delacroix de
-classer ses dessins et de préparer la vente de ses œuvres. «Je m'en
-rapporte à MM. Francis Petit et Tedesco, dit-il dans son testament,
-pour les soins qu'ils mettront à la mise en vente de mes objets d'art.»
-
- * * * * *
-
-2 _décembre._--Dîner chez Mme de Vaufreland: Derryer, la princesse, etc.
-
-*
-
-5 _décembre._--Dîné chez Mme de Lagrange avec Berryer; le soir,
-charades; j'ai trouvé le temps long.
-
-*
-
-7 _décembre._--Dîné chez Cerfbeer avec Vieillard, Lefèvre[137] et sa
-femme, Marchand[138], Chabrier, etc. Bonne soirée. Beauchesne venu.
-Poinsot a été très causeur; on a parlé du beau dans Corneille, etc.
-
-Je suis très agité de ces affreux logements.
-
-*
-
-11 _décembre._--Je viens d'examiner des lithographies de
-Géricault[139]; je suis frappé de l'absence constante d'unité...
-Absence dans la composition en général, absence dans chaque figure,
-dans chaque cheval. Jamais ses chevaux ne sont modelés en masse. Chaque
-détail s'ajoute aux autres et ne forme qu'un ensemble décousu. C'est le
-contraire de ce que je remarque dans mon _Christ au tombeau_ du comte
-de Geloës[140], qui est sous mes yeux. Les détails sont, en général,
-médiocres, et échappent en quelque sorte à l'examen. En revanche,
-l'ensemble inspire une émotion qui m'étonne moi-même. Vous restez
-sans pouvoir vous détacher, et pas un détail ne s'élève pour se faire
-admirer ou distraire l'attention. C'est la perfection de cet art-là,
-dont l'objet est de faire un effet simultané. Si la peinture produisait
-ses effets à la manière de la littérature, qui n'est qu'une suite de
-tableaux successifs, le détail aurait quelque droit à se produire en
-relief.
-
---Je relis ceci en décembre 1856. Cela me rappelle que Chenavard me
-disait, il y a deux ans, à Dieppe, qu'il ne regardait pas Géricault
-comme un maître, parce qu'il n'a pas l'_ensemble_; c'est son critérium
-à lui pour la qualité de maître. Il la refuse même à Meissonier.
-
-*
-
-12 _décembre._--Dîné chez la princesse avec Mme Viardot.
-
-*
-
-14 _décembre._--Dîné chez Mme Pierret avec Durier et Feuillet[141].
-
-*
-
-15 _décembre._--Dîné chez Chabrier avec le général Alexandre, Poinsot,
-M. Harmand que j'aime beaucoup, M. Joly de Fleury et le sculpteur
-sicilien que protège Chabrier.
-
-Harmand me dit, à propos de la vigne dans la Gironde, que les pertes
-considérables consistent en ce que les vieux ceps, qui remontent
-souvent à cinquante ans, ne peuvent résister à la maladie; ces souches
-produisent à la vérité très peu, mais la qualité des grappes est
-excellente. Il faudra donc beaucoup d'années pour que les nouvelles
-souches produisent d'abord, mais surtout arrivent à approcher de cette
-qualité.
-
-*
-
-16 _décembre._--Écrit à Chatrousse[142].
-
-
-[137] Sans doute _Lefèvre-Deumier_, bibliothécaire des Tuileries.
-
-[138] Le _comte Marchand_, qui suivit l'Empereur à Sainte-Hélène et qui
-plus tard accompagna le prince de Joinville pour ramener en France les
-cendres de Napoléon.
-
-[139] On trouve dans ce jugement sur _Géricault_ l'influence manifeste
-d'une conversation que Delacroix eut avec Chenavard à Dieppe en 1854.
-Il est intéressant de rapprocher ce passage du Journal, écrit en 1855,
-des notes antérieures sur le même sujet, notamment celles de 1854 et
-surtout celles des premières années 1823, 1824. (Voir t. I, p. 47, 60,
-61, et t. II, p. 454.)
-
-[140] Voir _Catalogue Robaut_, nos 1034 et 1035.
-
-[141] _Feuillet de Conches._
-
-[142] _Émile Chatrousse_, sculpteur, né en 1830, élève de Rude et
-d'Abel de Pujol. En 1855, il exposa la _Résignation_, une figure de
-femme accroupie au pied de la croix, qu'on peut voir à Saint-Eustache.
-
-
-
-
-1856
-
-
-10 _janvier._--Aller chez Rossini.--Soirée de Ségalas[143]. Le même en
-aura une autre dans quinze jours.--Soirée de Mme Viardot.--Aller chez
-Bisson[144]. Tableau ou dessin à lui envoyer.
-
-Chez Rossini, chez Ségalas ensuite, où le préfet[145] m'a montré une
-bienveillance très inaccoutumée. Il s'est prodigué en récits dans
-lesquels il ne m'a pas épargné ceux qui étaient à sa louange: sa
-fermeté, sa bravoure même dans différentes circonstances critiques ont
-été le thème de la conversation dans laquelle je n'ai eu qu'à approuver
-du bonnet.
-
-Chez Rossini auparavant; je contemple avec plaisir cet homme rare: je
-l'entoure à plaisir d'une certaine auréole; j'aime à le voir; il n'est
-plus le Rossini moqueur d'autrefois.
-
-J'y trouve la bonne Alberthe, sa fille et Mareste; c'est Boissard qui
-m'avait conduit.
-
-*
-
-11 _janvier._--Aller chez Perpignan avant le conseil.--Chez Philippe
-Rousseau[146], si je peux.--Chez Mouilleron.--Je suis resté chez moi.
-
-*
-
-12 _janvier._--(Le dîner du préfet.) Au lieu de dîner chez le préfet,
-j'ai été chez Mme Sand, voir au cirque sa pièce de _Favilla_[147].
-Excellente donnée que la pauvre amie n'a pas fait ressortir. Je crois
-que malgré les belles parties de son talent, elle ne parviendra jamais
-à faire une pièce[148]; les situations périssent entre ses mains:
-elle ne connaît pas le point intéressant. _Le point intéressant_,
-tout est là; elle le noie dans des détails et émousse continuellement
-l'impression qui devrait résulter de la science des caractères. Cette
-situation d'un fou aimable, qui se croit le maître d'un château où
-on le tolère, devait être une excellente occasion de comique ou de
-pathétique; elle ne se doute pas le moins du monde de ce qui lui
-manque.
-
-Cette obstination à poursuivre un talent qui paraît lui être refusé, à
-en juger par tant de tentatives infructueuses, la classe, bon gré, mal
-gré, dans un rang inférieur. Il est bien rare que les grands talents
-ne soient pas portés dune manière presque invincible vers les objets
-qui sont de leur domaine: c'est surtout à ce degré que conduit plus
-particulièrement l'expérience. Les jeunes gens peuvent se tromper
-pendant quelque temps sur leur vocation, mais non les talents mûris et
-exercés dans un genre.
-
-*
-
-13 _janvier._--Dîner chez Baroche[149].--Mme de Vaufreland.--J'ai
-rempli mon programme.
-
-À dîner, Mérimée me parlait de Dumas avec la plus grande estime:
-il le préfère à Walter Scott. Peut-être en vieillissant se fait-il
-meilleur?... Peut-être loue-t-il beaucoup de peur d'avoir des ennemis
-de sa faveur?...
-
-Je me suis éclipsé le plus tôt que j'ai pu. J'ai été chez Mme de
-Vaufreland; excellentes gens.
-
-À travers les Champs-Élysées, noyé dans des tourbillons élevés par le
-vent le plus furieux et le plus glacial.
-
-Berryer partait comme j'arrivais.
-
-*
-
-14 _janvier._--Dîner du deuxième lundi. Trousseau nous dit très bien
-que les médecins sont des artistes. Il y a chez eux, comme chez les
-peintres et les poètes, une partie scientifique, mais elle ne fait que
-les médecins et les artistes médiocres. C'est l'inspiration, c'est le
-génie propre du métier qui fait le grand homme.
-
-J'ai été ensuite, après une assez longue promenade avec Dauzats, chez
-Delangle un instant, puis chez Halévy. Toujours grande foule, beaucoup
-de jeu, véritable maison de Socrate, trop petite pour contenir tant
-d'amis.
-
-Dans la journée, Th. Frère[150] qui me dit avoir remarqué avec d'autres
-mes progrès constants dans les ouvrages de mon exposition, si bien que
-le dernier lui paraît le plus ferme, le plus simple, avec les qualités
-de couleur, comme avec l'absence de noir, etc.
-
-*
-
-15 _janvier._--Concert Viardot. Magnifique concert: l'air d'_Armide._
-Ernst[151], le violon, m'a fait plaisir; Telefsen me dit chez la
-princesse qu'il a été très faible. J'avoue mon impuissance à faire
-une grande différence entre les diverses exécutions, quand elles sont
-arrivées à un certain degré. Comme je lui parlais de mon souvenir de
-Paganini, il me dit que c'était sans doute un homme incomparable.
-Les difficultés et les prétendus tours de force que présentent ses
-œuvres sont encore pour la plupart indéchiffrables pour les violons
-les plus habiles: voilà l'inventeur! Je pensais à tant d'artistes, qui
-sont le contraire, dans la peinture, dans l'architecture, dans tout.
-
-*
-
-16 _janvier._--Jour de Boilay. Aller chez Bisson et chez la princesse.
-Resté très tard chez la princesse.
-
-*
-
-17 _janvier._--Chez Mme Viardot: elle a chanté de nouveau l'air
-d'_Armide_... Sauvez-moi de l'amour!
-
-Berlioz insupportable, se récriant sans cesse sur ce qu'il appelle la
-barbarie et le goût le plus détestable, les trilles et autres ornements
-particuliers dans la musique italienne; il ne leur fait même pas grâce
-dans les anciens auteurs, comme Hændel; il se déchaîne contre les
-fioritures du grand air de D. Anna.
-
-*
-
-18 _janvier._--Voir Guillemardet, avant le conseil.--Après le
-conseil: Guérin, Mesnard[152], Philippe Rousseau.--Carte à Baroche,
-Grosclaude[153].--Voir à l'Hôtel de ville pour le surplus du payement
-du salon de la Paix.--Cerfbeer.
-
---À l'Hôtel de ville et flânerie complète; j'aime beaucoup à rôder
-ainsi toute une journée dans ce vieux Paris. Quinze jours avant,
-j'avais été dans le Marais pour trouver le général G..., à la place
-Royale, et j'étais revenu tout le long des boulevards. Aujourd'hui,
-j'ai été chez Guérin, que je n'ai pas trouvé, et je suis entré à
-Notre-Dame.
-
-Chez Baroche; lui écrire.
-
-Le soir, dormi après dîner, malgré toutes sortes de projets.
-
-Je devais, dans la journée, aller chez Mesnard, au Sénat. Rencontré
-Ravaisson[154], à qui j'ai promis d'envoyer les deux dessins de
-Chenavard, place du Palais-Bourbon, 6.
-
-Le matin, j'avais été chez mon cher Guillemardet. Il me remet un paquet
-de mes lettres écrites anciennement à Félix; il est facile d'y voir
-combien l'esprit a besoin des années pour se développer dans les vraies
-conditions. Il me dit qu'il y voit déjà le même homme que je suis
-aujourd'hui. Plus de mauvais goût et d'impertinence que d'esprit, mais
-il faut que ce soit ainsi. Ce désaccord singulier entre la force de
-l'esprit qu'amène l'âge et l'affaiblissement du corps, qui en est aussi
-la conséquence, me frappe toujours et me paraît une contradiction dans
-les décrets de la nature. Faut-il y voir un avertissement que c'est
-surtout vers les choses de l'esprit qu'il faut se tourner, quand le
-corps et les sens nous font défaut? Il est du moins incontestable que
-c'est une compensation; mais combien il faut veiller sur soi pour ne
-pas lâcher quelquefois la bride à ces recrudescences mensongères, qui
-nous font croire que nous pouvons être jeunes ou faire comme si nous
-l'étions! Tel est le piège où tout va s'abîmer.
-
-*
-
-19 _janvier._--Dîné chez Doucet[155]. Je suis revenu avec Dumas, qui
-m'a parlé de ses amours avec une _vierge_ veuve d'un premier mari et
-_avec_ un second en exercice.
-
-Pendant qu'on jouait au baccarat chez Doucet, Augier, que j'aime
-beaucoup, me parlait de la dignité qu'il y a pour un artiste à ne pas
-chercher à gagner trop d'argent, et par conséquent la nécessité de ne
-pas le dépenser en objets de pure vanité. Il trouve qu'un artiste peut
-vivre dans un intérieur simple. Mme Doucet me disait qu'un dîner qui
-coûtait à des personnes dans une position modeste 3 ou 400 francs les
-privait d'avoir souvent, pour cinquante francs, trois ou quatre amis,
-avec la fortune du pot. Du reste, elle habite dans un petit entresol
-très bas de la rue du Bac, mais décoré avec tout le luxe et l'éclat
-modernes: dorures, damas, meubles inutiles, rien n'y manque.
-
-*
-
-20 _janvier._--Le soir, chez Fortoul[156]. Je trouve Barbier et sa
-femme, Ravaisson, etc.
-
-*
-
-21 _janvier._--Delangle, de Royer[157], Perrier[158], la princesse
-Camerata.--Répondu à Panseron[159].
-
---Le clair de la robe verte de l'homme de la _Clorinde: zinc vert,
-orange, zinc jaune._
-
---Chez la princesse Camerata le soir: elle ne me dit pas un mot,
-suivant son habitude; V... me dit que c'est par timidité. Nous allons
-ensuite chez Perrier. J'y trouve Mme de Pontécoulant. Mme Rodrigues me
-dit qu'on fait de la musique chez elle tous les mardis.
-
-*
-
-22 _janvier._--Dîner chez Mme Herbelin[160].--Envoyé à M. Ravaisson les
-deux têtes du Corrège, de Chenavard.
-
-*
-
-23 _janvier._--Quelle bévue! Je vais au bal du préfet qui est la
-semaine prochaine. Je suis revenu à pied le long de la rivière.
-Rencontré Mouilleron, qui m'a promis de m'avoir quelques épreuves de la
-_Marguerite auprès de l'autel_[161]. Le lui rappeler.
-
-*
-
-27 _janvier._--Écrire à M. Lebouc[162] pour les billets de concert
-promis à M. Riesener.
-
-*
-
-28 _janvier._--Dîné chez Mme Viardot avec Berlioz.
-
-*
-
-29 _janvier._--Mme Mohl[163] demande à voir mon atelier.
-
-*
-
-30 _janvier._--Concert chez Mme Viardot: l'air d'_Iphigénie._ La bonne
-Sand devant moi, la princesse la place à côté; son mari y était.
-Berryer, Mme de Lagrange. Je n'ai pas eu toutefois par la musique le
-plaisir d'il y a quinze jours.
-
---Le bon Rouvière[164] venu dans la journée. Je lui ai prêté le tableau
-du _Grec à cheval._
-
-
-[143] _Pierre-Salomon Ségalas_ (1792-1875), chirurgien français,
-professeur à la Faculté de médecine, membre du Conseil municipal, et
-par conséquent collègue de Delacroix.
-
-[144] _Louis-Auguste Bisson_ s'associa avec son frère _Auguste-Rosalie
-Bisson_, pour perfectionner et exploiter l'art photographique, auquel
-il avait été initié par Daguerre. Leurs recherches, les importants
-travaux qu'ils eurent à exécuter leur valurent une première médaille à
-l'Exposition de 1855.
-
-[145] Le _baron Haussman_, qui avait succédé le 22 juin 1853 à M.
-Berger.
-
-[146] _Philippe Rousseau_ (1808-1887), peintre, élève de Gros et
-de Bertin. À l'Exposition de 1855, il avait obtenu une médaille de
-2e classe.
-
-[147] _Maître Favilla_, drame en trois actes, de George Sand,
-représenté pour la première fois sur le théâtre de l'Odéon le 15
-septembre 1855.
-
-[148] Delacroix s'est étendu à maintes reprises sur l'impuissance
-dramatique de _George Sand._ (Voir t. II, p. 283.)
-
-[149] _Baroche_ était alors président du Conseil d'État.
-
-[150] _Théodore Frère_, peintre de genre, né à Paris en 1815. Élève
-de Roqueplan, il fit un voyage en Algérie qui influa sur sa carrière
-d'artiste.
-
-[151] _Henri-William Ernst_ (1814-1865), violoniste des plus
-distingués, qui remporta dans les différentes capitales de l'Europe des
-triomphes éclatants.
-
-[152] _Jacques-André Mesnard_ (1792-1858), magistrat et homme
-politique, qui devint sénateur et vice-président du Sénat en 1852.
-
-[153] _Louis Grosclaude_, né a Genève en 1786, peintre de genre, dont
-plusieurs toiles ont été au Musée du Luxembourg.
-
-[154] _Jean-Gaspard-Félix Ravaisson-Mollien_, philosophe et
-archéologue, né en 1813. Ses travaux sur Aristote l'avaient fait
-remarquer de M. de Salvandy, qui le choisit comme chef de son cabinet,
-quand il fut ministre de l'instruction publique en 1837. Nommé quelque
-temps plus tard inspecteur général des bibliothèques publiques, puis
-en 1853 inspecteur général de l'enseignement supérieur, il devint,
-en 1862, conservateur du Musée du Louvre. Il appartient depuis 1839
-à l'Académie des inscriptions et belles-lettres, et depuis 1881 à
-l'Académie des sciences morales et politiques.
-
-[155] _Camille Doucet_, auteur dramatique, membre et secrétaire
-perpétuel de l'Académie française, né en 1812. Il était à cette époque
-(1856) chef de la division des théâtres au ministère d'État.
-
-[156] _Fortoul_, alors ministre de l'instruction publique, mourut cette
-même année 1856 à Ems, enlevé par une attaque d'apoplexie.
-
-[157] _Paul-Henri-Ernest de Royer_ (1808-1877), était alors procureur
-général à la Cour de cassation depuis 1853. Il avait remplacé M.
-Delangle. Il fut plus tard ministre de la justice et président de la
-Cour des comptes.
-
-[158] _Charles Perrier_ (1835-1860), littérateur. Il a écrit dans
-l'_Artiste_ et dans la _Revue contemporaine_ des articles critiques,
-notamment sur l'Exposition universelle de 1855. Plus tard, il fut
-attaché à l'ambassade de Rome, où il put se livrer à ses goûts
-d'artiste et poursuivre ses études d'esthétique. Il revint en France
-pour y mourir en 1860.
-
-[159] _Panseron_ (1795-1859), compositeur. (Voir t. II, p. 311.)
-
-[160] _Madame Herbelin_ avait obtenu une médaille de 1re
-classe à l'Exposition de 1855. (Voir t. II, p. 89.)
-
-[161] Il s'agit sans doute ici de la lithographie originale de
-Delacroix. (Voir _Catalogue Robaut_, n° 247.)
-
-[162] _Charles Lebouc_ (1823-1893), violoncelliste distingué, qui
-épousa une des filles d'Adolphe Nourrit.
-
-[163] Le salon de _madame Mohl_ était alors un des centres littéraires
-les plus fréquentés de Paris. Anglaise d'origine, _Mary Clarke_ était
-devenue l'amie de Mme Récamier et de Chateaubriand. Elle épousa plus
-tard _Jules Mohl_, le savant orientaliste, qui devint membre de
-l'Académie des inscriptions et belles-lettres. Pendant trente ans elle
-sut grouper autour d'elle par le charme de son esprit les hommes les
-plus distingués de son époque. (Voir _Un salon à Paris, Mme Mohl et ses
-intimes_, par K. O'Méara.)
-
-[164] _Philibert Rouvière_ (1809-1865), peintre et acteur. Il avait
-débuté dans l'atelier de Gros, où il avait sans doute connu Delacroix.
-Plus tard, il s'est presque exclusivement consacré au théâtre.
-
- * * * * *
-
-1er _février._--Dîner chez Benoît Champy[165].
-
-*
-
-5 _février._--Chute de ma pauvre Jenny.
-
-*
-
-8 _février._--Au conseil, il est question de Saint-Denis du
-Saint-Sacrement.
-
-Je visite Saint-Roch, Saint-Eustache et Saint-Denis avec Merruau[166]
-et Pastoret[167].
-
-Je reviens à pied du Marais.
-
-En rentrant du conseil, je reçois une lettre déchirante du pauvre
-Lamey, qui m'annonce la mort de ma chère cousine.
-
-*
-
-10 _février._--Dîner chez Mme Herbelin avec Rosa Bonheur.
-
-*
-
-21 _février.--Sur les chefs-d'œuvre._ Sans le chef-d'œuvre, il
-n'y a pas de grand artiste: tous ceux qui n'en ont fait qu'un dans leur
-vie ne sont pourtant pas grands pour cela. Ceux de cette espèce sont
-ordinairement le produit de la jeunesse: une certaine force précoce,
-une certaine chaleur qui est dans le sang autant que dans l'esprit, ont
-jeté quelquefois un éclat singulier; mais pour être classé, il faut
-confirmer la confiance que les premiers ouvrages ont donnée du talent
-par ceux que l'âge mûr, l'âge de la vraie force, vient ajouter et
-ajoute presque toujours, quand le talent est d'une force réelle.
-
-Des hommes très brillants n'ont jamais fait de chefs-d'œuvre;
-ils ont presque toujours fait des ouvrages qui ont passé pour des
-chefs-d'œuvre au moment de leur apparition, à raison de la mode,
-de l'à-propos, tandis que de véritables chefs-d'œuvre de finesse
-ou de profondeur passaient inaperçus dans la foule, ou amèrement
-critiqués, à cause de leur étrangeté apparente et de leur éloignement
-des idées du moment, pour reparaître plus tard à la vérité dans tout
-leur jour et être estimés à leur valeur, quand on a oublié les formes
-de convention[168] qui ont donné la vogue aux ouvrages éphémères très
-vantés d'abord; il est rare que cette justice ne soit pas rendue tôt ou
-tard aux grandes productions de l'esprit humain dans tous les genres;
-ce serait, avec les persécutions dont la vertu est presque toujours
-l'objet, un argument de plus en faveur de l'immortalité de l'âme. Il
-faut espérer que de si grands hommes, méprisés ou persécutés de leur
-vivant, trouveront une récompense qui les a fuis dans le terrestre
-séjour, quand ils seront parvenus dans une sphère où ils jouiront d'un
-bonheur dont nous n'avons pas l'idée, mais auquel se mêlerait celui de
-voir, d'en haut, la justice que leur garde la postérité.
-
-*
-
-25 _février_.--Feuilleton admirable de Gautier[169] sur la mort de
-Heine, dans le _Moniteur_ de ce jour.
-
-Je lui écris: «Mon cher Gautier, votre oraison funèbre de Heine est un
-vrai chef-d'œuvre dont je ne puis m'empêcher de vous complimenter.
-Son impression me suit toujours, et il ira rejoindre ma collection
-d'_excerptæ célèbres._ Eh quoi! votre art, qui a tant de ressources
-que le nôtre n'a pas, est-il donc cependant, dans de certaines
-conditions, plus éphémère que la fragile peinture? Que deviendront
-quatre pages charmantes écrites dans un feuilleton entre le catalogue
-des actions vertueuses des quatre-vingt-six départements et le narré
-d'un vaudeville d'avant-hier? Pourquoi n'a-t-on pas averti quelques
-hommes zélés pour les vrais et grands talents? Je ne savais pas même la
-mort de ce pauvre Heine: j'aurais voulu sentir devant cette bière qui
-emportait tant de feu et d'esprit ce que vous avez si bien senti. Je
-vous envoie ce petit hommage, moins pour les obligations que je vous ai
-d'ailleurs, que pour le plaisir triste et doux que j'ai eu à vous lire.
-Mille amitiés sincères.»
-
---J'ai été chez Delangle, qui a été aimable pour moi. J'y ai vu
-Béranger[170]: nous nous sommes rappelé notre connaissance dans la
-triste circonstance de la mort du cher Wilson.
-
-J'ai été ensuite chez Thayer: il demeure dans un vaste terrain planté,
-occupé par plusieurs maisons. Moreau, qui était là, venait d'entrer
-dans un bal, chez des personnes inconnues, croyant se trouver chez
-ledit Thayer: luxe à la mode, ameublements, dorures, valetaille, etc.
-Les petits fuient les grands; il y a un buffet, comme aux Tuileries, où
-des hommes en habit noir vous servent le thé, les glaces, etc.
-
-
-[165] _Benoît Champy_(1805-1872), magistrat et homme politique. Avocat,
-puis député, il devint en 1856 président du tribunal de la Seine.
-
-[166] _Charles Merruau_ (1807-1882), professeur, puis rédacteur en chef
-du _Constitutionnel_; il fut nommé en 1850 secrétaire général de la
-Préfecture de la Seine.
-
-[167] Le _marquis de Pastoret_, sénateur, faisait partie depuis 1855 de
-la commission municipale.
-
-[168] Voir au début du deuxième volume le développement d'une idée
-similaire à propos de la musique. C'est ce qu'il appelait d'une formule
-générale la _rhétorique._
-
-[169] Ce feuilleton de Th. _Gautier_ sur H. _Heine_ n'est autre que la
-très belle et très éloquente étude qui fut insérée dans la traduction
-des œuvres de H. Heine, et dans laquelle le critique avait fait mieux
-que dépasser la manière un peu étroite que lui reproche trop souvent
-Delacroix.
-
- * * * * *
-
-6 _mars._--Dîner chez Bertin. Fait le croquis pour le prince Demidoff,
-et aussi pour Benoît Fould[171].
-
-*
-
-9 _mars._--Chez Lefuel avec Cavelier[172]. Causé chez lui des travaux
-du Louvre.
-
-*
-
-15 _mars._--Journée passée à l'Hôtel de ville jusqu'à une heure du
-matin, en attendant les couches de l'Impératrice[173].
-
-*
-
-16 _mars._--Andrieu commence à travailler à l'église[174].
-
-*
-
-20 _mars._--Boulangé[175] est venu pour la première fois à l'église.
-J'y ai été le matin. Désappointement. Je me suis entêté l'année
-dernière en travaillant trop longtemps. J'en ai trop fait sur de
-mauvaises données.
-
-Le soir, chez Bixio et chez Bertin.
-
-*
-
-27 _mars._--Emporter à la campagne les tableaux pour Beugniet,
-l'esquisse pour Dutilleux[176], l'_Arabe descendu de cheval_[177], le
-_Petit Combat_, aquarelle faite à Dieppe.
-
-Emporter Edgar Poë, le _Petit Christ_[178], de Roché, la _Pieta_[179]
-de l'église, les _Convulsionnaires_[180], l'_Ovide_[181], le _Chiron_,
-pour Moreau.
-
-Finir avant de partir les _Lions_, de Détrimont, la _Barque_[182], de
-Morny, le _Cavalier grec_[183], pour Tedesco, le tableau pour Haro,
-l'_Hamlet._
-
-Reporter le _Roméo_[184] à Mme Delessert.
-
-
-[170] _Béranger_ mourut l'année suivante.
-
-[171] C'est sans doute l'esquisse _d'Ovide chez les Scythes_, un des
-meilleurs tableaux du maître, et qui fut exposé en 1859.
-
-M. Moreau ayant demandé un tableau à Delacroix pour M. Benoît Fould,
-Delacroix lui écrit le 11 mars 1856: «Je m'étais occupé tout de suite
-de chercher des sujets pour répondre au désir que vous m'avez si
-aimablement exprimé de la part de M. B. Fould. Après avoir hésité
-quelque temps, je me suis rappelé une esquisse que j'ai traitée, il
-y a un an environ, dans le projet d'en faire un tableau. Je crois le
-sujet assez favorable, avec figures, animaux, paysages, etc. C'est
-_Ovide exilé chez les Scythes_, auquel les naïfs habitants apportent
-des fruits, du laitage, etc.» (_Corresp._, t. II, p. 140 et 141, et
-_Catalogue Robaut_, n° 1376.)
-
-[172] _Jules Cavelier_ (1814-1894), statuaire, élève de David d'Angers,
-auteur d'un grand nombre d'œuvres fort importantes et membre de
-l'Académie des Beaux-Arts depuis 1865.
-
-[173] Le Prince impérial naquit le 16 mars 1856.
-
-[174] Saint-Sulpice.
-
-[175] _Louis Boulangé_, peintre, élève de Delacroix, qui lui écrit le
-13 mars 1856: «Vous me rendriez bien service, s'il vous était possible
-de vous mettre à mon travail de Saint-Sulpice. Ce ne serait pas pour
-les ornements, mais pour les fonds des deux tableaux pour lesquels vous
-avez promis de m'aider... Je ne puis continuer mes figures, sans que
-ces parties soient très avancées.» (_Corresp._, t. II, p. 140 et 141.)
-
-[176] _Saint Michel terrassant le dragon_, que Dutilleux avait demandé
-pour M. Le Gentil, d'Arras. (Voir _Catalogue Robault_, n° 1287.)
-
-[177] Voir _Catalogue Robault_, n° 1175.
-
-[178] Voir _Catalogue Robault_, n° 1289.
-
-[179] Réduction de la peinture murale de l'église du Saint-Sacrement.
-(Voir _Catalogue Robaut_, n° 769.)
-
-[180] Voir _Catalogue Robaut_, n° 1316.
-
-[181] Sans doute le tableau d'_Ovide chez les Scythes_, commandé par M.
-Moreau pour M. Fould.
-
-[182] Voir _Catalogue Robaut_, nos 1218 et 1219.
-
-[183] Ce tableau ne fut terminé qu'en 1859. (Voir _Catalogue Robaut_,
-n° 1389.)
-
-[184] Ce tableau avait dû subir une restauration. (Voir _Catalogue
-Robaut_, n° 939.)
-
-
- * * * * *
-
-2 _avril._--Donné à Haro:
-
-L'étude sur carton d'après les arbres sur le lac de Valmont; vieux
-carton mal équarri pour le maroufler.
-
-L'étude sur toile pour rentoiler, faite à Champrosay, de la fontaine de
-Baÿvet, effet de soleil couchant.
-
-_Le Christ portant sa croix_[185], sur carton, à parqueter.
-
-Lui redemander l'_Arabe assis_ et les études de _Chats_[186] au bitume.
-
-*
-
-6 _avril._--Je lis avec beaucoup d'intérêt depuis quelques jours
-la traduction d'_Edgar Poë_[187], de Baudelaire. Il y a dans ces
-conceptions vraiment extraordinaires, c'est-à-dire extra-humaines,
-un attrait de fantastique qui est attribué à quelques natures du
-Nord ou de je ne sais où, mais qui est refusé, à coup sûr, à nos
-natures françaises. Ces gens-là ne se plaisent que dans ce qui est
-hors ou extra-nature: nous ne pouvons, nous autres, perdre à ce point
-l'équilibre, et la raison doit être de tous nos écarts. Je conçois à
-la rigueur une débauche du genre de celle-là, mais tous ces contes
-sont sur le même ton. Je suis sûr qu'il n'y a pas un Allemand qui
-ne se trouve là comme chez lui. Bien qu'il y ait un talent des plus
-remarquables dans ces conceptions, je crois qu'il est d'un ordre
-inférieur à celui qui consiste à peindre le vrai. J'accorde que la
-lecture de _Gil Blas_ ou de l'Arioste ne donne pas des sensations
-de cet ordre, et quand ce ne serait que comme moyen de varier nos
-jouissances, ce genre a son mérite et tient l'imagination en éveil;
-mais on n'en peut prendre à de fortes doses, et cette continuité
-dans l'horrible ou l'impossible rendu probable est pour nous un
-travers d'esprit. Il ne faut pas croire que ces auteurs-là aient plus
-d'imagination que ceux qui se contentent de décrire les choses comme
-elles sont, et il est certainement plus facile d'inventer par ce
-moyen des situations frappantes, que par la route battue des esprits
-intelligents de tous les siècles.
-
-*
-
-8 _avril._--Dîner chez la princesse, qui va partir.
-
-*
-
-9 _avril._--Chez Mme d'Haussonville[188].
-
-J'ai songé hier dans une course à Saint-Sulpice à faire quelque
-chose sur la marche nécessaire que suivent tous les arts, qui vont
-toujours se raffinant de plus en plus; l'origine de cette idée vient
-de l'impression que m'ont faite hier chez la princesse les morceaux de
-Mozart que Gounod a passés en revue: mon impression a été confirmée ce
-soir chez Mme d'Haussonville, en entendant l'air des _Nozze_ chanté
-par Mme Viardot. Bertin me disait de cette musique qu'elle est trop
-pleine de délicatesse et d'une expression portée aux dernières limites
-pour aller au public. Ce n'est pas cela qu'il faut dire: dans les
-époques comme les nôtres, le public arrive à cet amour du détail avec
-les ouvrages qui l'ont mis en goût de raffiner sur tout. Ce n'est pas,
-au contraire, dans notre temps, pour le public qu'il faut peindre à
-grands traits: ce serait bien plutôt pour les esprits infiniment rares
-qui s'élèvent au-dessus des intelligences communes, qui se nourrissent
-encore des beautés des grandes époques, en un mot qui aiment le beau,
-c'est-à-dire la simplicité.
-
-Il faut donc des tableaux à grands traits; dans les âges primitifs, les
-ouvrages des arts sont ainsi: le fond de mon idée était la nécessité
-d'être de son temps. Voltaire, dans le _Huron_, lui fait dire: _Les
-tragédies des Grecs sont bonnes pour des Grecs_, et il a raison;
-de là le ridicule de tenter de remonter le courant et de faire de
-l'archaïsme. Racine paraît raffiné déjà en comparaison de Corneille;
-mais combien on a raffiné depuis Racine! Walter Scott, Rousseau
-d'abord, sont allés creuser ces sentiments d'impressions vagues et de
-mélancolie, que les anciens ont à peine soupçonnées; nos modernes ne
-peignent plus seulement les sentiments; ils décrivent l'extérieur, ils
-analysent tout.
-
-Dans la musique, le perfectionnement des instruments ou l'invention
-d'instruments nouveaux donne la tentation d'aller plus avant dans
-certaines imitations. On en viendra à imiter matériellement le bruit du
-vent, de la mer, d'une cascade. Mme Ristori, l'année dernière, dans la
-_Pia_[189], rendait d'une manière très vraie, mais très repoussante,
-l'agonie du personnage. Ces objets, dont Boileau dit qu'il faut les
-_offrir à l'oreille_ et les _éloigner des yeux_, sont maintenant du
-domaine des arts; il faut nécessairement perfectionner au théâtre
-les décorations et les costumes. Il est même évident que ce n'est
-pas tout à fait de mauvais goût. Il faut raffiner sur tout, il faut
-contenter tous les sens: on en viendra à exécuter des symphonies, en
-même temps qu'on offrira aux yeux de beaux tableaux pour en compléter
-l'impression[190].
-
-On dit que Zeuxis ou un autre célèbre peintre dans l'antiquité avait
-exposé un tableau représentant un guerrier ou les horreurs de la
-guerre: il faisait jouer de la trompette derrière le tableau pour
-exalter encore davantage les bons spectateurs. On ne pourra plus faire
-une bataille sans brûler un peu de poudre aux environs, pour exciter
-complètement l'émotion ou mieux pour la réveiller.
-
-Pour être plus près de la vérité, il y a déjà une vingtaine d'années,
-on avait été, sur la scène de l'Opéra, jusqu'à faire les décorations
-réelles comme dans l'opéra de la _Juive_[191] et dans celui de
-_Gustave_[192]. Dans le premier, on voyait de vraies statues sur la
-scène et autres accessoires qu'on imite ordinairement par la peinture;
-dans _Gustave_, il y avait de vrais rochers, imités à la vérité, mais
-par des blocs saillants. Ainsi, par l'amour de l'illusion, on arrivait
-à la supprimer tout à fait. On conçoit que des colonnes ou des statues
-placées sur la scène dans la condition où on voit ordinairement les
-décorations et éclairées par des lumières venant de tous côtés perdent
-toute espèce d'effet; c'est à cette époque qu'on introduisit sur la
-scène de vraies armures, etc.; on revenait ainsi à l'enfance de l'art
-à force de perfectionnements. Les enfants, dans leurs jeux, quand ils
-imitent la représentation d'une pièce, se servent, pour faire des
-arbres, de vraies branches d'arbres; on devait faire ainsi aux époques
-où on a inventé le théâtre. On nous dit que les pièces de Shakespeare
-ont été en général représentées dans des espèces de granges, et on n'y
-faisait pas tant de façon. Les changements perpétuels de décoration
-qui, pour le dire en passant, semblent le fait d'un art déjà perverti
-plutôt qu'avancé, étaient exprimés par un écriteau: Ceci est une forêt;
-ceci est une prison, etc. Dans ce cadre de convention, l'imagination
-du spectateur voyait s'agiter des personnages animés de passions
-prises sur la nature, et cela suffisait. L'indigence de l'invention
-s'appuie volontiers sur ces prétendues innovations. La description qui
-foisonne dans les romans modernes est un signe de stérilité: il est
-incontestablement plus facile de décrire l'extérieur des choses que de
-suivre délicatement le développement des caractères et la peinture du
-cœur.
-
-*
-
-14 _avril._--Livré depuis le mois de novembre: répétitions:
-
-
- _Grec à cheval_.............................. 1,200 fr.
-
- _Cavalier grec et turc_(Tedesco)[193]........ 1,600 "
-
- _Clorinde_[194].............................. 2,000 "
-
- Les _Lions_ en petit[195] ................... 2,000 "
-
- Petit _Marocain à cheval_ (Barye)............ 300 "
-
- _Hamlet et Polonius_[196] ................... 1,000 "
-
- Vendu il y a un mois le _Marino
- Faliero_[197] ................................. 12,000 "
-
- Il me reste à faire:
-
- L'_Ovide_ de M. Fould[198] .................. 6,000 "
-
- Le tableau de M. Demidoff......................... 3,000 "
-
- L'_Empereur du Maroc_[199] .................. 2,500 "
-
- L'_Herminie_[200] ........................... 2,000 "
-
-
-Beugniet en veut un petit; Détrimont aussi.
-
-*
-
-16 _avril._--Il faut retourner chez Mme d'Haussonville.
-
-_Du besoin de raffinement dans les temps de décadence_ (même sujet
-qu'au 9 avril précédent). Les plus grands esprits ne peuvent s'y
-soustraire: on croit trouver un genre nouveau en mettant des détails
-là où les anciens n'en mettaient pas. Les Anglais, les Germaniques nous
-ont toujours poussés dans cette route. Shakespeare est très raffiné.
-En peignant avec une grande profondeur de sentiment que les anciens
-négligeaient ou ne connaissaient même pas, il découvrit tout un petit
-monde de sentiments qui sont chez tous les hommes de tous les temps à
-l'état confus et qui ne semblent pas destinés à arriver à la lumière,
-ou à être analysés, avant qu'un génie particulièrement doué ait porté
-le flambeau dans les coins secrets de notre âme. Il semble qu'il faut
-à l'écrivain une érudition prodigieuse; mais on sait combien il est
-facile de prendre le change à ce sujet, et ce qu'il y a de réel sous
-cette apparence de science universelle.
-
-*
-
-22 _avril._--Rossini est venu dans la journée.
-
-*
-
-23 _avril._--Chez Rossini, à neuf heures et demie. Musique.
-Vivier[201], Bottesini[202], et une dame qui a joué des morceaux de
-Rameau pour piano.
-
-
-[185] Voir _Catalogue Robaut_, n° 1313, comme disposition.
-
-[186] Voir _Catalogue Robaut_, n° 785.
-
-[187] Baudelaire envoyait à Delacroix tout ce qu'il produisait: salons,
-études littéraires, traductions, poésies, et l'on trouve dans la
-correspondance du peintre plusieurs lettres de remerciement prouvant
-que celui-ci avait compris et goûté la manière du poète: «Je vous dois
-beaucoup de remerciements pour les _Fleurs du mal_, lui écrit-il en
-1858; je vous en ai déjà parlé en l'air, mais cela mérite tout autre
-chose.» (_Corresp._, t. II, p. 178.)
-
-[188] _Madame d'Haussonville_ était fille du duc de Broglie. Son mari,
-le comte d'Haussonville, succéda en 1809 à M. Viennet à l'Académie
-française.
-
-[189] _Pia dei Tolomeï_, drame en cinq actes et en vers de _Carlo
-Marenco_, joué avec un grand succès en 1855, à Paris, par Mme Ristori.
-
-[190] Cette prédiction devait se réaliser trente années plus tard par
-les soins d'un peintre étranger expert en toutes réclames, et trop
-connu pour qu'il soit besoin de rappeler son nom.
-
-[191] Cet opéra d'Halévy et de Scribe fut représenté le 23 février 1835.
-
-[192] _Gustave III, ou le Bal masqué_, opéra en cinq actes, d'Auber,
-paroles de Scribe, représenté à l'Académie royale de musique le 27
-février 1833. Au troisième acte, la scène se passait aux environs de
-Stockholm, dans un site sauvage, la nuit, au milieu de roches de formes
-sinistres.
-
-[193] Voir _Catalogue Robaut_, n° 1293.
-
-[194] Voir _Catalogue Robault_, n° 1290.
-
-[195] Voir _Catalogue Robault_, n° 1308.
-
-[196] Répétition et variante du tableau de Delacroix de 1843. (Voir
-_Catalogue Robault_, n° 943.)
-
-[197] Il est curieux de constater que ce tableau, exposé en 1827, ne
-trouva acquéreur qu'en 1856, c'est-à-dire près de trente ans après sa
-première apparition. (Voir _Catalogue Robault_, n° 160.)
-
-[198] _Ovide chez les Scythes._ Ce tableau, qui a figuré à la deuxième
-exposition des Cent chefs-d'œuvre, en 1892, appartient aujourd'hui à M.
-de Sourdeval. (Voir _Catalogue Robault_, n° 1376.)
-
-[199] Voir _Catalogue Robault_, n° 1441.
-
-[200] Voir _Catalogue Robault_, n° 1384 et _supplément._
-
-[201] _Eugène Vivier_, qui s'est placé au premier rang des cornistes de
-son époque.
-
-[202] _Giovanni Bottesini_, contrebassiste italien, qui n'eut pas
-de rival comme virtuose. Il était en 1856 chef d'orchestre au
-Théâtre-Italien.
-
- * * * * *
-
-2 _mai._--Se rappeler l'histoire de la Toison d'or, réelle,
-c'est-à-dire la manière actuelle encore de recueillir l'or dans le
-Pactole, et les lieux où s'est passée la fable de Jason: peaux de
-mouton noir attachées à des perches et traînées dans le lit du fleuve
-qui est très profond.
-
-*
-
-6 _mai._--Travaillé le matin au _Christ_ de M. Roché. À trois heures et
-demie à Saint-Sulpice. Nous dessinons les cartons du plafond.
-
-Je reviens dîner; je dors toute la soirée malgré mon projet d'aller
-voir Autran[203], et je me couche à minuit, à peu près.
-
-J'ai lu le soir à Jenny plusieurs scènes d'_Athalie._
-
-*
-
-8 _mai._--Dîner chez Mme de Forget. Je mourrai de tous ces dîners[204].
-
---Charmant ton demi-teinte de fond de terrain, roches, etc. Dans le
-rocher, derrière l'Ariane, le ton de _terre d'ombre naturelle et blanc_
-avec _laque jaune._
-
---Le ton local chaud pour la chair à côté de _laque_ et _vermillon:
-jaune de zinc, vert de zinc, cadmium_, un peu de _terre d'ombre,
-vermillon._--Vert dans le même genre: _chrome clair, ocre jaune, vert
-émeraude._--Le _chrome clair_ fait mieux que tout cela, mais il est
-dangereux alors, il faut supprimer les _zincs._
-
---Cette nuance en mêlant avec ce ton de _laque_ et _blanc._
-
---_Bleu de Prusse, ocre de ru, vert neutre_ qui entre bien dans la
-chair.
-
---_Laque jaune, ocre jaune, vermillon._
-
---_Terre de Sienne naturelle. Cassel._
-
---Ces tons verdâtres sont une excellente localité avec un ton de _rouge
-Van Dyck_ ou _indien_ et _blanc_ rompu avec un gris mélangé et rompu
-lui-même.
-
---_Terre d'ombre, blanc cobalt._ Joli gris.
-
---Ce ton, avec _vermillon laque_, donne un ton de demi-teinte charmant
-pour chair fraîche.
-
---Avec _terre d'Italie vermillon_ localité plus chaude.
-
-*
-
-9 _mai._--Chez Benoît. Dans la journée à Saint-Sulpice, chez Wyld[205],
-chez Alberthe.
-
-*
-
-10 _mai._--Peinture esquisse pour l'ami de Dutilleux.
-
-Dessin à Wey.
-
-*
-
-11 _mai._--Demander à Haro cartons pour mettre derrière tableau. Chez
-le baron Michel[206] à trois heures. Il me dit que les remèdes de ses
-amis les médecins n'avaient fait qu'empirer sa maladie, un catarrhe
-à la vessie survenu sans cause apparente. L'hygiène seule la guéri
-radicalement. Il ne boit pas de vin.
-
-*
-
-12 _mai._--Ricourt venu.
-
-Vous trouvez que vous n'êtes jamais assez savant.--Le dessin
-d'Ingres.--La bouteille d'huile grasse et d'huile blanche de
-Decamps.--Pas une touche fausse dans les hommes de sentiment.--Étudier
-sans relâche avant; une fois en scène, faites des fautes, s'il le faut,
-mais _exécutez librement._
-
-*
-
-15 _mai._--Chez Mme de Forget un instant le soir.
-
-*
-
-_Champrosay_, 17 _mai._--Parti pour Champrosay à onze heures un quart
-par le chemin de Lyon. Pluie battante à Villeneuve-Saint-Georges, comme
-déjà l'an dernier et presque tous les ans.
-
-*
-
-18 _mai._--Journée d'inertie. On doit coller du papier demain.
-
-Je dors toute la journée sans me décider à sortir. Je lis l'_Essai sur
-les mœurs_, de Voltaire, et j'en suis ravi.
-
-*
-
-19 _mai._--Je compose toute la matinée pendant qu'on colle le papier.
-
-*
-
-20 _mai._--Sur l'âme après la mort. Je trouve ceci dans un article sur
-la _Religion actuelle_, de M. Jules Simon, dans la _Presse_: «Pour
-quiconque ne soumet pas sa raison, etc., nous pouvons faire beaucoup de
-conjectures à notre avantage et avoir de belles espérances, mais non
-point aucune assurance.»
-
-Je commence à travailler.
-
-*
-
-22 _mai._--Mme Villot venue à Champrosay avec la petite Stella. Elles
-ont dîné avec moi et sont reparties le soir.
-
-*
-
-26 _mai._--Acheter la _Presse_ de dimanche 25 mai, article de
-Saint-Victor[207] sur le _Cid._ Aller voir Mme Lamey.
-
-J'ai travaillé beaucoup à Champrosay. J'ai ébauché sur la toile, où
-j'avais commencé il y a beaucoup d'années, le _Fils qui porte le corps
-de son père sur le champ de bataille_ et que j'avais abandonné tout
-à fait; j'y ai ébauché le _Templier emportant Rebecca du château de
-Frondeley pendant le sac et l'incendie de ce repaire_[208].
-
-J'ai ébauché également les _Chevaux qui se battent dans l'écurie_[209],
-et un petit sujet: _Cheval en liberté que son maître s'apprête à seller
-et qui joue avec un chien_[210].
-
-Avancé les esquisses de M. Hartman, l'_Ugolin_, la _Pieta_, etc.
-
-J'ai reçu ce matin la lettre de Bouchereau, qui m'annonce qu'il va
-venir.
-
-Je suis parti par le dernier convoi le soir.
-
-*
-
-_Paris_, 27 _mai._--Bouchereau est venu justement me réveiller au
-milieu de la journée; j'ai été heureux de le revoir. Il dîne avec moi
-jeudi.
-
-*
-
-29 _mai._--Dîné chez moi avec Bouchereau.
-
-*
-
-30 _mai._--«.....Quant à la beauté de la figure, aucune femme ne l'a
-jamais égalée... Cependant ses traits n'étaient pas jetés dans ce moule
-régulier qu'on nous a faussement enseigné à révérer dans les ouvrages
-classiques du paganisme: «_Il n'y a pas de beauté exquise_, dit lord
-Verulam, parlant avec justesse de tous les genres de beauté, _sans une
-certaine étrangeté dans les proportions._» (Edgar Poë.)
-
-J'ai été dans la journée inviter F. Leroy à venir dîner lundi avec
-Bouchereau: j'ai eu grand plaisir à le revoir.
-
-En rentrant, continué ma lecture d'Edgar Poë; cette lecture réveille
-en moi ce sens du mystérieux qui me préoccupait davantage autrefois
-dans ma peinture, et qui a été, je crois, détourné par mes travaux
-surplace, sujets allégoriques, etc., etc. Baudelaire dit dans sa
-préface _que je rappelle en peinture ce sentiment d'idéal si singulier
-et se plaisant dans le terrible_[211]. Il a raison; mais l'espèce de
-décousu et l'incompréhensible qui se mêle à ses conceptions ne va
-pas à mon esprit. Sa métaphysique et ses recherches sur l'âme, la vie
-future, sont des plus singulières et donnent beaucoup à penser. Son Van
-Kirck parlant de l'âme, pendant le sommeil magnétique, est un morceau
-bizarre et profond qui fait rêver. Il y a de la monotonie dans la
-fable de toutes ses histoires; ce n'est, à vrai dire, que cette lueur
-fantasmagorique dont il éclaire ces figures confuses, mais effrayantes,
-qui fait le charme de ce singulier et très original poète et philosophe.
-
-
-[203] _Joseph Autran_ (1813-1877), poète, qui succéda à Ponsard à
-l'Académie française.
-
-[204] Delacroix écrivait, un an plus tard: «Quelque retiré qu'on
-vive à Paris, il est impossible de se soustraire à cette inquiétude
-perpétuelle dans laquelle on vit, et qui agit indubitablement sur les
-ouvrages de l'esprit.» (_Corresp._, t. II, p. 108.)
-
-[205] _William Wyld_ (1806-1889), peintre anglais, élève de Louis
-Francia, fut, avec Bonington, un des propagateurs de l'aquarelle en
-France. En 1883, il accompagna Horace Vernet de Rome à Alger.
-
-[206] Le _baron Michel_ (1786-1856), médecin militaire, qui prit part à
-toutes les campagnes de l'Empire et devint médecin en chef de l'hôpital
-du Gros-Caillou et des Invalides.
-
-[207] À cette époque déjà Paul _de Saint-Victor_ écrivait dans la
-_Presse_ cette série de feuilletons dramatiques qu'il devait continuer
-plus tard au _Moniteur universel_, et dans lesquels, sous prétexte de
-faire le compte rendu des pièces nouvelles, il exécutait d'admirables
-variations littéraires sur les grandes œuvres classiques. On se
-rappelle la série de ses études sur le drame grec, qui furent réunies
-plus tard sous le titre des _Deux Masques._ À propos de cet article sur
-le _Cid_ qu'on trouvera dans la _Presse_ du 25 mai 1856, et dont M.
-Burty a cité un fragment dans la _Correspondance de Delacroix_, voici
-ce que Delacroix écrivait à Paul de Saint-Victor: «Je trouve ce matin
-dans la _Presse_ votre article sur le _Cid_, et je ne puis m'empêcher
-de vous en faire compliment du fond de ma retraite momentanée. Quel
-dommage que vous dépensiez votre verve et votre esprit dans des
-feuilles qui se dispersent si vite! c'est au point que revenant demain
-ou après-demain à Paris, je ne sais si je pourrai trouver à acheter
-le numéro paru depuis deux jours.» Puis ensuite, discutant avec le
-critique une des idées qu'il a émises, il termine en disant: «Ma lettre
-n'est à autre fin que de vous parler de mon émotion. C'est une pente
-que je suis quelquefois et à coup sûr. J'écris cette lettre avec plus
-de plaisir que presque toutes les autres.» (_Corresp._, tome II, p.
-144, 145.) Il ne faut pas oublier d'ailleurs que Paul de Saint-Victor
-avait été l'un de ses enthousiastes partisans, et qu'il avait écrit,
-notamment après la décoration du Palais-Bourbon, une série d'articles
-qui comptent parmi les plus remarquables commentaires de l'œuvre du
-maître peintre.
-
-[208] Voir _Catalogue Robaut_, n° 1383.
-
-[209] Voir _Catalogue Robaut_, n° 1409.
-
-[210] Voir _Catalogue Robaut_, n° 1317.
-
-[211] Voici quel est le passage de Baudelaire qui vient justement
-à l'appui de la précédente note: «Au sein de cette littérature où
-l'air est raréfié, l'esprit peut éprouver cette vaste angoisse, cette
-peur prompte aux larmes, et ce malaise au cœur, qui habitent les
-lieux immenses et singuliers. Mais l'admiration est la plus forte,
-et d'ailleurs _l'art est si grand!_ Les fonds et les accessoires
-y sont appropriés aux sentiments des personnages. Solitude de la
-nature et agitation des villes, tout y est décrit nerveusement et
-fantastiquement. Comme _notre Eugène Delacroix_, qui a élevé son art à
-la hauteur de la grande poésie, Edg. Poë aime à agiter ses figures sur
-des fonds violâtres et verdâtres, où se révèlent _la phosphorescence
-de la pourriture et la senteur de l'orage._» (Préface des _Histoires
-extraordinaires._)
-
-C'était là une idée chère à Baudelaire, dont le goût inné pour le
-_mystérieux_ et le _bizarre_ s'était accru encore à la suite de sa
-longue fréquentation avec l'œuvre du poète américain. Il suffit de lire
-les savoureuses et pénétrantes études qui précèdent les premières et
-les nouvelles _Histoires extraordinaires_, pour se rendre compte de
-l'intoxication puissante qu'il avait subie. Dans sa préface des _Fleurs
-du mal_, Th. Gautier commente très finement cet état d'esprit.
-
- * * * * *
-
-6 _juin._--J'ai été hier, en sortant de l'Hôtel de ville, voir la
-fameuse Exposition agricole. Toutes les têtes sont tournées; on
-est dans l'admiration de toutes ces belles imaginations: machines
-à exploiter la terre, bêtes de tous les pays amenées à un concours
-fraternel de tous les peuples; pas un petit bourgeois qui, sortant de
-là, ne se sache un gré infini d'être né dans un siècle si précieux.
-
-J'ai éprouvé pour mon compte la plus grande tristesse au milieu de
-ce rendez-vous bizarre: ces pauvres animaux ne savent ce que leur
-veut cette foule stupide; ils ne reconnaissent pas ces gardiens de
-hasard qu'on leur a donnés; quant aux paysans qui ont accompagné leurs
-bêtes chéries, ils sont couchés près de leurs élèves, lançant sur les
-promeneurs désœuvrés des regards inquiets, attentifs à prévenir les
-insultes ou les agaceries impertinentes qui ne leur sont pas ménagées.
-
-Le plus simple bon sens eût suffi pour convaincre de l'inutilité de
-cette réunion, avant qu'on l'ait effectuée. La vue même de ces animaux
-si divers de forme et de propriétés suffira-t-elle pour convaincre de
-la folie qu'il y aurait à les transplanter, à les isoler des conditions
-dans lesquelles ils se sont développés et de l'influence du climat
-natal? La nature a voulu qu'une vache fût petite en Bretagne et grande
-en Écosse. Était-il bien nécessaire d'assembler de si loin et dans un
-même lieu ces naïfs?...
-
-En entrant dans cette exposition de machines destinées à labourer, à
-ensemencer, à moissonner, je me suis cru dans un arsenal et au milieu
-de machines de guerre; je me figure ainsi ces balistes, ces catapultes,
-instruments grossiers et hérissés de pointes de fer, ces chars armés de
-faux et de lames acérées; ce sont là les engins de _Mars_ et non de la
-blonde _Cérès._
-
-La complication de ces instruments effroyables contraste singulièrement
-avec l'innocence de la destination; quoi! cette effroyable machine
-armée de crocs et de pointes, hérissée de lames tranchantes, est
-destinée à donner à l'homme son pain de tous les jours! La charrue,
-que je m'étonne de ne pas voir placée parmi les constellations, comme
-la _lyre_ et le _chariot_, ne sera plus qu'un instrument tombé dans le
-mépris! Le cheval aussi a fait son temps.
-
-Ces petites machines à vapeur, avec leurs pistons, leur balancier, leur
-gueule enflammée, sont les chevaux de la future société. L'affreux et
-lugubre tintamarre de ses roues... Don Quichotte eût mis sa lance en
-arrêt!
-
-Laissez à la Hongrie les bœufs affligés de cornes, dont ils ne
-savent que faire!... À quoi bon dans nos plaines ces vaches descendues
-des Alpes de la Suisse? ces bœufs avec cornes ou sans cornes, de
-climats et de constitutions divers, qui réclament une nourriture
-particulière et des soins?...
-
-Quant à ces légumes poussés à une humidité et une chaleur factices,
-laissez-les aux curieux d'Argenteuil pour les moules en carton,
-comme l'idéal de l'asperge et du navet, plus propre à étonner la vue
-qu'à réjouir l'appétit: tous ces petits parterres, venus là pour la
-circonstance, semblables à ces forêts que les enfants improvisent dans
-leurs jeux en plantant des branches en terre.
-
-Pauvres peuples abusés, vous ne trouvez pas le bonheur dans l'absence
-du travail! Voyez ces oisifs condamnés à traîner le fardeau de leurs
-journées et qui ne savent que faire de ce temps que les machines leur
-abrègent encore. Voyager était autrefois une distraction pour eux; se
-tirer de la torpeur de chaque jour, voir d'autres climats, d'autres
-mœurs, donnait le change à cet ennemi qui leur pèse et les poursuit.
-À présent, ils sont transportés avec une rapidité qui ne laisse rien
-voir; ils comptent les étapes par les stations de chemin de fer qui se
-ressemblent toutes; quand ils ont parcouru toute l'Europe, il semble
-qu'ils ne sont pas sortis de ces gares insipides qui paraissent les
-suivre partout comme leur oisiveté et leur incapacité de jouir. Les
-costumes, les usages variés, qu'ils allaient chercher au bout du monde,
-ils ne tarderont pas à les trouver semblables partout.
-
-Déjà l'Ottoman qui se promenait en robe et en pantoufles sous un
-ciel toujours riant, s'est emprisonné dans les ignobles habits de la
-prétendue civilisation: ils ont des vêtements serrés, comme dans les
-pays où l'air libre est un ennemi dont il faut se garantir; ils ont
-adopté ces couleurs monotones qui sont celles des peuples du Nord,
-qui vivent dans la boue et dans les frimas. Au lieu du spectacle du
-Bosphore riant sous le soleil et qu'ils contemplaient tranquillement,
-ils s'enferment dans de petites salles de spectacle pour y voir des
-vaudevilles français; vous retrouvez ces vaudevilles, ces journaux,
-_tout ce bruit pour rien_, dans toutes les parties du monde, comme
-l'éternelle gare, avec ses cyclopes et ses sifflements sauvages.
-
-On ne fera pas trois lieues sans cet accompagnement barbare: les
-champs, les montagnes en seront sillonnés: on se rencontrera comme se
-rencontrent les oiseaux, dans les plaines de l'air... Voir n'est plus
-rien: il faut arriver pour repartir! On ira de la Bourse de Paris à
-celle de Saint-Pétersbourg; les affaires réclameront tout le monde,
-quand il n'y aura plus de moissons à recueillir au moyen des bras, des
-champs à surveiller et à améliorer par des soins intelligents. Cette
-soif d'acquérir des richesses, qui donneront si peu de jouissance, aura
-fait de ce monde un monde de courtiers. On dit que c'est une fièvre qui
-est aussi nécessaire à la vie des sociétés, que la vraie fièvre l'est
-au corps humain dans certaines maladies et au dire des médecins.
-
-Quelle est donc cette maladie nouvelle que n'ont point connue tant de
-sociétés éclipsées aujourd'hui et qui ont pourtant étonné le monde par
-les grandes et véritablement utiles entreprises, par des conquêtes
-dans le domaine des grandes idées, par de vraies richesses employées à
-augmenter la splendeur des États et à relever à leurs yeux les sujets
-de ces États? Que n'emploie-t-on cette activité impitoyable à creuser
-de vastes canaux pour l'écoulement de ces inondations fatales qui nous
-consternent, ou pour élever des digues capables de les contenir! C'est
-ce qu'a fait l'Égypte, qui a discipliné les eaux du Nil et opposé les
-Pyramides à l'envahissement des sables du désert; c'est ce qu'ont fait
-les Romains, qui ont couvert le monde ancien de leurs routes, de leurs
-ponts et aussi de leurs arcs de triomphe.
-
-Qui élèvera une digue aux mauvais penchants? Quelle main fera rentrer
-dans leur lit le débordement des passions viles? Où est le peuple
-qui élèvera une digue contre la cupidité, contre la basse envie,
-contre la calomnie, qui flétrit les honnêtes gens dans le silence ou
-dans l'impuissance des lois? Quand cette autre machine, la presse
-impitoyable, serait-elle disciplinée? Quand est-ce que l'honneur, la
-réputation de l'homme intègre ou de l'homme éminent, et par conséquent
-envié, ne sera plus en butte aux calomnies empoisonnées du premier
-inconnu?
-
-(Coudre tout cela aux réflexions du mois de mai 1853[212], à propos de
-celles de Girardin sur la France labourée à la mécanique.)
-
-*
-
-8 _juin._--Dîner chez la princesse, qui part après-demain et qui m'a
-fait demander mon jour pour Grzymala.
-
-*
-
-9 _juin._--Dîner du lundi. Chez Autran, le soir.
-
-*
-
-10 _juin._--MM. Pelouze et Marguerite doivent venir.
-
-Dîné chez Marguerite. Revu le _petit Christ_, qui m'a fait plaisir. Ce
-qui m'a frappé davantage, c'est la _Vierge évanouie_, du fond. Il y a
-décidément, parmi les grands, des génies fougueux, indisciplinés, quand
-ils croient être corrects, n'obéissant qu'à l'instinct qui sans doute
-se trompe quelquefois: ainsi Michel-Ange, Shakespeare, Puget, voilà
-des gens qui ne conduisent pas leur génie, mais qui en sont conduits;
-Corneille est un des plus saillants: il tombe dans des abominations,
-en descendant du ciel. Mais ces hommes-là? en revanche, sont les
-initiateurs et les pasteurs du troupeau. Ce sont les monuments souvent
-informes, mais qui sont éternels et qui dominent dans les déserts,
-comme au milieu des civilisations les plus raffinées, dont elles
-demeurent le point de départ et en même temps la critique, par les
-caractères éternels de leurs belles parties.
-
-Il y a également incontestablement des génies divins qui obéissent à
-leur naturel, mais qui lui commandent aussi: les Virgile, les Racine,
-ne tombent jamais dans les énormités. Ils sont entrés dans une route
-qui avait été ouverte par des géants; ils ont laissé derrière eux les
-blocs informes, les essais trop audacieux, et s'emparent des cœurs
-d'un empire moins contesté.
-
-Quand les hommes de la première espèce veulent se réformer, agir
-méthodiquement, ils tombent dans la froideur et sont au-dessous ou
-plutôt à côté d'eux-mêmes: ceux de la seconde classe tiennent en bride
-leur imagination, ils se réforment ou se dirigent à leur gré, sans
-tomber dans des contradictions ou des erreurs choquantes. (Voir mes
-notes du 16 novembre 1857.)
-
-*
-
-11 _juin._--Teinte locale de l'enfant grand de la seconde _Médée_[213]:
-_brun, rouge_ et _blanc._ Cesser d'être cru par ces tons de l'ombre
-_chauds_, légèrement orangés et, dans les chairs, rompus de _vert_, de
-_rose_, de _jaune_ et _blanc_.
-
-Les clairs de la Médée, de sa joue, de sa gorge, du torse, etc., basés
-sur le ton de _terre d'ombre blanc et laque jaune_ avec _blanc et
-laque._ Le _cadmium_ avec des tons rompus domine dans la localité; peu
-de tons rouges; cependant un peu de tons de _brun rouge blanc_ avec
-_laque jaune_ et _terre d ombre et blanc_ (cette dernière combinaison
-excellente pour beaucoup de localités un peu brunes).
-
-Pour le ton _vert rose chaud_ de la joue dans une femme fraîche et
-brune, le _cadmium et blanc, jaune zinc clair et vert émeraude, blanc
-et laque_ ou _vermillon et blanc_, suivant l'effet; le _blanc et vert
-émeraude_, qui est un vert froid, s'y marie bien.
-
-En substituant l'_ocre de ru_ et _blanc_ au _cadmium_, on a des
-localités de sujets plus bruns: le _vermillon_ et _blanc_ y convient
-avec le _zinc jaune_ et _vert_, de même.
-
-Un mélange de tous ces tons fait une excellente localité de chair.
-
-*
-
-14 _juin._--Je dîne à côté d'Auber, à l'Hôtel de ville. Il me dit que,
-malgré une vie heureuse, il ne voudrait pas recommencer à vivre, à
-cause de ces mille amertumes dont la vie est semée. Ceci est d'autant
-plus remarquable qu'Auber est un voluptueux complet: à l'âge où il est,
-il jouit encore de la compagnie d'une femme.
-
-Le souverain bien serait la tranquillité; pourquoi donc ne pas
-commencer de bonne heure à mettre cette tranquillité au-dessus de tout?
-Si l'homme est destiné à trouver un jour que le calme est au-dessus de
-tout, pourquoi ne pas se mettre à une vie qui donne ce calme anticipé,
-mêlé toutefois à quelques-unes des douceurs qui ne sont pas les affreux
-bouleversements que causent les passions? Mais qu'il faut veiller sur
-soi pour s'en garantir, quand elles sont devenues si redoutables!
-
-*
-
-21 _juin._--Dîner des maires. Je cause longuement avec J... d'une
-grande affaire.
-
-*
-
-24 _juin._--Chez Thiers le soir. Je lui ai fait compliment de son
-conseil.
-
-Delaroche y était: il fait le léger, le narquois.
-
-*
-
-25 _juin._--Prêté à Andrieu vingt-trois gravures des _Admirandæ
-romanæ antiquitates, etc._
-
-Demi-teinte foncée ou claire pour la chair, se mêlant soit au
-_cadmium_, soit au _vermillon_, soit à la _laque: Terre d'Italie_
-naturelle, _noir, laque jaune, vert de zinc_ ou _émeraude, blanc._ Ce
-ton étant préparé foncé, si on le rend clair avec plus de _blanc_,
-forme un clair neutre verdâtre, qui s'unit à tout.
-
-*
-
-28 _juin._--Parti à Champrosay à cinq heures. Je trouve en route Bec:
-chaleur du diable.
-
-Chevalier[214] au chemin de fer, qui veut absolument que j'aille
-déjeuner ou dîner avec lui. Jour pris pour lundi.
-
-*
-
-29 _juin._--Écrire à Guillemardet. Parler à Haro pour Leroux[215] de
-Passy.
-
-Je trouve dans un article de Pelletan dans la _Presse_ sur le fameux
-progrès, cette citation extraite des derniers ouvrages du grand homme
-d'État, à qui nous avons dû de faire tant d'expériences dans le sens du
-progrès indéfini, laquelle excite la profonde tristesse de son élève,
-qui ne lui répond que le sanglot à la bouche:
-
-«Le progrès indéfini et continu est une chimère partout démontrée par
-l'histoire et par la nature; mais le perfectionnement, etc. L'humanité
-monte et descend sans cesse sur sa route, mais elle ne descend ni ne
-remonte indéfiniment.»
-
---Je dîne aujourd'hui avec Villot et sa femme. Nous parlons peinture
-toute la soirée: cela me met en bonne disposition.
-
---J'ai été mécontent hier, en arrivant, de ce que j'avais laissé ici
-l'_Herminie_, le _Boisguilbert enlevant Rebecca_[216], les esquisses
-pour Hartmann, etc.
-
-*
-
-30 _juin._--Michel Chevalier vient me chercher à trois heures: fin
-de journée que je redoutais et qui se passe assez bien. Je fais
-connaissance avec toute sa parenté. J'emporte un épi de blé d'Égypte.
-Je reviens à pied le soir et assez fatigué. J'espérais trouver ma
-pauvre Jenny en route.
-
-
-[212] Voir t. II, p. 198.
-
-[213] Delacroix avait exécuté une première fois en 1838 une composition
-de _Médée furieuse_, au sujet de laquelle Th. Gautier avait écrit
-qu'elle était «peinte avec une fougue, un emportement et un éclat de
-couleur que Rubens ne désavouerait pas». Nous trouvons au _Catalogue
-Robaut_ (n° 1435) une autre _Médée furieuse_, indiquée comme variante
-du tableau de 1838. Il ajoute cette intéressante anecdote: «Delacroix
-avait fixé à huit mille francs le prix de cette toile avant de l'avoir
-achevée. Surpris des difficultés d'exécution, il crut pouvoir demander
-à M. Émile Péreire (l'acheteur) de l'indemniser des efforts inattendus
-qu'il avait dû faire. M. Péreire s'empressa de modifier les conditions
-primitives. Mais Delacroix, pris de scrupule, retira ses nouvelles
-prétentions. M. Péreire les maintint quand même, et porta ainsi à dix
-mille francs le prix du tableau, qui fut cédé plus tard pour trente
-mille à M. Laurent Richard, et atteignit le chiffre de cinquante-neuf
-mille francs à la vente faite par cet amateur.»
-
-[214] _Michel Chevalier_ (1806-1879). Le célèbre économiste avait fait
-partie de la commission de l'Exposition universelle de 1855, et avait
-sans doute noué des relations amicales avec Delacroix.
-
-[215] Sans doute _Jean-Marie Leroux_ (1788-1865), graveur et
-dessinateur, élève de David.
-
-[216] L'_Herminie_ et l'_Enlèvement de Rebecca_ devaient figurer plus
-tard à l'Exposition de 1859, cette Exposition qui fut pour Delacroix,
-suivant l'expression de Burty, un _véritable Waterloo._ Dans le
-commentaire du _Catalogue Robaut_ (n° 1383), E. Chesneau dit à propos
-de l'_Enlèvement de Rebecca_: «On a peine à se défendre d'un mouvement
-d'irritation, quand on a été témoin comme nous de l'attitude du public
-dans les galeries du Salon de 1859, devant les huit tableaux, plus
-admirables les uns que les autres, que le maître y avait envoyés. On
-s'attroupait devant l'_Enlèvement_, devant _Ovide_, devant _les Bords
-du Sébou_, devant l'_Herminie_, et l'on riait, et l'on faisait échange
-de quolibets. Je n'ai pas souvenir, dans ma vie de critique déjà si
-longue, d'un si honteux scandale.»
-
- * * * * *
-
-1er _juillet._--Je vais le soir chez Parchappe. Peu de
-mouvement dans les idées. J'avais été prendre Mme Villot pour y aller
-tous deux, et nous avions tourné dans son jardin. Elle est émerveillée
-de Dumas fils.
-
-*
-
-2 _juillet._--Chez Rodrigues le soir. Je ne trouve que sa mère et les
-jeunes gens. Il arrive au moment où je pars.
-
-*
-
-3 _juillet._--Mme Villot vient chez moi avec Dumas, qui passe la
-journée chez elle. J'y dîne avec Dauzats, Mme Herbelin, Bixio,
-Villemot, Mme Barbier qui arrive après une odyssée variée, qui l'a fait
-venir à Juvisy dans une charrette de boucher.
-
-Je crois que c'est ce jour que je reçois mes lettres de Paris. Le
-cousin arrive la semaine prochaine, et je pars lundi.
-
-*
-
-4 _juillet._--Je passe la journée à la maison. Je remonte dans ce seul
-jour le tableau de l'_Herminie_[217], à ma grande satisfaction. La
-veille, l'avait été celui d'_Ugolin_[218], qui en avait bon besoin.
-
-Après le dîner je m'endors et me suis couché sans sortir.
-
-*
-
-5 _juillet._--Travaillé à l'_Arabe qui va seller son cheval_[219].
-Promenade vers deux heures, en courant après Jenny que je ne trouve
-pas. Je vais jusqu'à près de Soisy; je remonte vers le Chêne-Prieur,
-mais ne vais pas jusque-là: pris par l'allée aux Fougères jusque chez
-Baÿvet. Tourné dans son allée, toujours occupé de ma recherche; puis
-pris l'allée de Draveil dans le sens des murs des divers parcs,
-remonté au Chêne-d'Antain par le chemin que nous prenions autrefois en
-venant de l'enclos de Candas. Je me suis assis en face de ce géant,
-qui est maintenant entouré de coupes abattues: je m'y suis presque
-endormi un instant et suis revenu par l'allée tournante de Mainville à
-Champrosay.
-
-En rentrant, retourné un peu à mon ébauche avec succès (la tête du
-cheval) et fait un somme jusqu'à cinq heures.
-
-Chez Barbier ensuite. Dîner et soirée fort gais. Mme Franchetti y est
-venue et a contribué à rendre la réunion aimable. Mme Barbier n'est pas
-aussi enchantée que Mme Villot de l'esprit de Dumas fils[220]; Barbier
-dit avec raison que rien n'est plus fatigant que ce jeu d'esprit
-perpétuel et de mots à propos de tout.
-
-*
-
-8 _juillet._--Commencé le _Paysage de Tanger au bord de la mer_[221],
-la _Fontaine mauresque_[222], l'_Embarquement_, la _Procession à Tanger
-pour porter les cadeaux_, le _Bazar de Mequinez_ dans le petit livre de
-croquis[223].
-
-Le bon cousin[224] arrive le soir à onze heures et demie. Je
-l'installe et le trouve heureux de notre combinaison.
-
-*
-
-9 _juillet._--Parler à Haro de la lithographie de Leroux[225], d'après
-le tableau que je lui ai donné[226].
-
-*
-
-10 _juillet._--Guillemardet dîne avec nous et le neveu de Lamey.
-
-*
-
-11 _juillet._--Je vais au conseil et voir Buloz, pour l'ouvrage de
-Lamey.
-
-*
-
-12 _juillet._--Où est la petite vue sur toile peinte à l'huile _d'après
-nature?..._ Je crois que je l'ai donnée à rentoiler.
-
-Nous allons voir les _Femmes savantes_ et _Amphitryon_, le cousin et
-moi[227].
-
-*
-
-18 _juillet._--Guillemardet vient dîner.
-
-*
-
-22 _juillet._--Départ du bon cousin; je l'accompagne par un beau
-soleil du matin, mourant d'envie de m'embarquer avec lui. Il est triste
-de me quitter.
-
-*
-
-24 _juillet._--Travaillé à la _Médée_[228].
-
-Je ne sors pas depuis le départ du cousin. Je défends ma porte et
-m'enterre dans ma solitude.
-
-*
-
-28 _juillet._--Repris le travail de l'église avec Andrieu. Il avait
-travaillé jusqu'au 17 pour compléter le mois, lorsque j'étais parti
-pour Champrosay vers le 2 ou 3.
-
-
-
-[217] Voir _Catalogue Robaut_, n° 1384.
-
-[218] Voir _Catalogue Robaut_, nos 1063-1065.
-
-[219] Voir _Catalogue Robaut_, n° 1817.
-
-[220] Il est certain que Delacroix préférait encore le père au fils,
-qui n'avait alors que trente et un ans.
-
-[221] Voir _Catalogue Robaut_, n° 1348.
-
-[222] Voir _Catalogue Robaut_, n° 1442.
-
-[223] Le petit livre de croquis dont il est question ici est celui qui
-a été reproduit dans ce Journal, t. I, p. 145. (_Voyage au Maroc._)
-
-[224] Le _cousin Lamey._
-
-[225] _Eugène Leroux_ (1811-1863), lithographe, qui a reproduit
-plusieurs tableaux d'après Delacroix et surtout d'après Decamps.
-
-[226] _Saint Sébastien._ (Voir _Catalogue Robaut_, n° 1381.) Delacroix
-avait gardé une sincère reconnaissance envers M. Haro, qui, en 1855,
-avait vaincu ses résistances et l'avait décidé à exposer. C'est M. Haro
-qui avait installé la salle où Delacroix réunit trente-cinq de ses
-œuvres choisies, qui furent si remarquées.
-
-[227] Eugène Delacroix, qui avait depuis longtemps ses entrées à la
-Comédie-Française, put applaudir ce soir-là MM. _Provost, Geffroy,
-Régnier, Got_, Mmes _Nathalie, Bonval_ et _Thénard_ dans la première
-pièce, où Mlle _Édile Riquer_ continuait ses débuts par le rôle
-d'Henriette, et MM. _Samson, Régnier, Beauvallet, Geffroy_ et Mlle
-_Judith_ dans _Amphitryon._ L'administrateur général était alors M.
-_Empis._
-
-[228] Voir _Catalogue Robaut_, n° 1403.
-
- * * * * *
-
-7 _août._--Je ne vais pas à Saint-Sulpice, devant aller au Val[229]
-pour la première fois. J'y trouve Chaix[230] et Jalabert[231], avec
-lesquels je reviens le soir. J'avais promis un peu à regret à Mme Fould
-de revenir samedi.
-
-*
-
-8 _août._--Les plus beaux ouvrages des arts sont ceux qui expriment la
-pure fantaisie de l'artiste: de là l'infériorité de l'École française
-en sculpture et en peinture, qui fait toujours passer l'étude du
-modèle avant l'expression du sentiment qui domine le peintre ou le
-sculpteur. Les Français, à toutes les époques, sont toujours retombés
-avec des styles ou des engouements d'école suffisants dans cette route,
-qui se croit la seule vraie et qui est la plus fausse de toutes. Leur
-amour de la raison en tout leur a fait...[232].
-
-*
-
-9 _août._--Après la matinée et travail à l'église, parti à cinq heures
-pour Saint-Germain pour aller au Val. Fait route avec M. de Romilly et
-sa machine de physique. Mme Fould était en avant avec Pastré. Remonté
-dans ma chambre vers dix heures, ce qui est l'habitude de la maison. Je
-ne me suis couché qu'à minuit; je me suis promené dans ma chambre et le
-petit salon, admirant, mais sans envier le luxe du lieu.
-
-*
-
-10 _août._--Je passe la journée au Val. Je cause dans la bibliothèque
-avec Fould[233]. Mme Fould me parle de sa maladie.
-
-Promenade avec elle et Romilly dans la forêt et en voiture. Il fait
-toujours une chaleur affreuse depuis plus de quinze jours.
-
-Lagnier vient dîner, il est inconsolable de vieillir. Le jeune Achille
-Fould[234] vient aussi et s'en retourne avec nous.
-
-*
-
-15 _août._--J'attendais Louis Fould, qui n'est pas venu. J'ai travaillé
-au _Bord de mer de Tanger_, ne pouvant aller à l'église. Je me suis
-dispensé du _Te Deum_ et du banquet municipal d'hier jeudi.
-
-Dîné avec Schwiter, rue Montorgueil; le pauvre garçon est tout plein de
-ses illustres connaissances: il pourra éprouver des déceptions de ce
-côté. Je l'aime beaucoup.
-
-*
-
-18 _août._--J'ai promis à Robert, de Sèvres, un tableau pour un de ses
-amis, pour le mois de janvier environ.
-
-*
-
-25 _août._--J'ai reçu la lettre où on me demande lettres et
-souvenirs... J'ai éprouvé de la tristesse de cet adieu anticipé.
-
-*
-
-26 _août._--Repris aujourd'hui le tableau de _Jacob_, à
-Saint-Sulpice[235]. J'ai beaucoup fait dans la journée: remonté le
-groupe entier, etc. L'ébauche était très bonne.
-
-*
-
-27 _août._--Je mène la vie d'un cénobite, et tous mes jours se
-ressemblent[236]. Je travaille tous les jours à Saint-Sulpice, sauf les
-dimanches, et ne vois personne.
-
-
-[229] Le _Val Notre-Dame_, ancienne abbaye, propriété de la famille
-Fould, située près d Argenteuil.
-
-[230] _Chaix-d'Est-Ange_ (1800-1876), avocat, ancien bâtonnier
-de l'ordre, qui devint procureur général en 1857, puis sénateur,
-vice-président du conseil d'État. Grand amateur d'art, il réunit dans
-ses galeries un certain nombre d'œuvres du plus haut mérite.
-
-[231] _Jalabert_, peintre, né en 1819, élève de Paul Delaroche.
-
-[232] La suite manque dans le manuscrit.
-
-[233] M. _Fould_ fut nommé, en 1857, membre de l'Académie des
-Beaux-Arts.
-
-[234] _Achille Fould_, aujourd'hui député des Hautes-Pyrénées.
-
-[235] Les compositions de Saint-Sulpice étaient en train depuis
-six années; car le 22 janvier 1850, Delacroix écrivait déjà à son
-praticien M. Lassalle-Bordes: «J'ai remis de jour en jour à répondre
-à votre bonne lettre, dont je vous remercie bien, parce que j'étais
-précisément en travail de me décider sur le sujet de mes peintures
-à Saint-Sulpice: oui, mon cher ami, j'en suis encore là; cependant
-je suis à peu près fixé, comme vous allez voir. Voici d'abord ce qui
-m'est arrivé. La chapelle était celle des fonts baptismaux, les sujets
-allaient d'eux-mêmes: _baptême, péché originel, expiation._ Je fais
-agréer mes sujets par le curé, et je compose mes tableaux. Au bout de
-trois mois, je reçois une lettre à la campagne, qui m'apprend que la
-chapelle des fonts baptismaux se trouve sous le porche de l'église, au
-lieu d'être dans celle que je devais peindre... La juste colère que
-j'en ai ressentie m'a cassé bras et jambes: j'avais beau faire, je ne
-pouvais m'occuper que de cela. Enfin, comme il faut que tout finisse,
-je crois que nous consacrerons définitivement la chapelle aux Saints
-Anges. J'hésite encore entre plusieurs, quoique je les aie à peu près
-tous composés. Le plafond sera _l'Ange Michel terrassant le démon._»
-(_Corresp.,_ t. II, p. 34.)
-
-[236] Dans une lettre du 24 août 1857, adressée à Constant Dutilleux,
-il parle de «son rude travail de Saint-Sulpice qu'il poursuivra
-encore tout le mois suivant». Il ajoute: «Ce travail, tant retardé et
-interrompu sans cesse, aurait pu être achevé dans cette campagne; mais
-la clarté douteuse de la fin de l'automne me forcera à lâcher prise,
-mais avec la résolution d'achever au printemps.» (_Corresp._, t. II, p.
-147.)
-
- * * * * *
-
-7 _septembre._--Je vois de ma fenêtre un parqueteur qui travaille nu,
-jusqu'à la ceinture, dans la galerie; je remarque, en comparant sa
-couleur à celle de la muraille extérieure, combien les demi-teintes
-de la chair sont colorées, en comparaison des matières inertes. J'ai
-observé la même chose avant-hier sur la place Saint-Sulpice, où un
-polisson était monté sur les statues de la fontaine au soleil: l'orangé
-mat dans les clairs, les violets les plus vifs pour le passage de
-l'ombre et des reflets dorés dans les ombres qui s'opposaient au sol.
-L'orangé et le violet dominaient alternativement ou se mêlaient. Le ton
-doré tenait du vert. La chair n'a sa vraie couleur qu'en plein air et
-surtout au soleil; qu'un homme mette la tête à la fenêtre, il est tout
-autre que dans l'intérieur; de là la sottise des études d'atelier, qui
-s'appliquent à rendre cette couleur fausse.
-
-J'ai vu ce matin le chanteur à la fenêtre, en face de la maison, c'est
-ce qui m'a fait écrire ceci.
-
-Je renvoie à Passy ce qui m'avait été demandé...
-
-J'écris aussi au cousin à propos de la lettre de Saint-René Taillandier.
-
-*
-
-25 _septembre._--Dernier jour de mon travail à Saint-Sulpice.
-
-Je travaille comme les deux jours précédents aux Enfants[237].
-
-*
-
-29 _septembre._--Je rencontre ce soir dans ma promenade Godde[238], qui
-me dit avoir vu dans des lettres de Latour[239] qu'il était l'homme le
-plus inhabile de la main, et qu'il s'était donné son adresse à force de
-travail. Il m'en cite encore un autre.
-
-
-[237] Quatre fresques en grisaille (écoinçons du plafond) pour la
-chapelle des Saints-Anges, à Saint-Sulpice. (Voir _Catalogue Robaut_,
-nos 1342 à 1345.)
-
-[238] _Étienne-Hippolyte Godde_ (1781-1869), architecte en chef de la
-ville de Paris, qui s'occupa tout particulièrement de la restauration
-des édifices religieux et de l'agrandissement de l'Hôtel de ville.
-
-[239] _Maurice Quentin de Latour_, le fameux pastelliste du
-XVIIIe siècle.
-
- * * * * *
-
-_Ante_, 1er _octobre._--Parti à sept heures pour Ante.
-Désappointement au chemin de fer. Le convoi n'arrête pas à Châlons.
-M. Blaize, des Vosges, que je rencontre à propos, me fait partir. À
-Châlons vers dix heures et demie.
-
-Promenades dans la ville: la cathédrale, pierres tumulaires;
-Notre-Dame, passage du roman au gothique.
-
-J'attends jusqu'à deux heures passées pour partir. J'éprouve au
-commencement de la route de Sainte-Menehould combien le voyage en
-voiture favorise la rêverie, au contraire du chemin de fer. Bientôt
-l'insipidité de la route crayeuse et monotone l'emporte.
-
-Arrivé à Sainte-Menehould à six heures environ. Je trouve le cousin qui
-m'amène à Ante, où nous dînons gaiement.
-
- * * * * *
-
-2 _octobre._--Pluie affreuse jusqu'à près de deux heures; ma ressource
-est la promenade dans le jardin des fleurs.
-
-Le soir, dans les pierres du haut, le chien fait lever un lapin.
-
-*
-
-3 _octobre._--C'est ce jour que nous allons à la pêche. Pendant ce
-temps, le cousin Delacroix reste à chasser.
-
-Quand nous revenons du moulin, le bon juge de paix nous
-rejoint.--Joyeux dîner ensuite.
-
-*
-
-5 _octobre._--Le matin, dessiné des moutons: nous montons avec le
-troupeau. Sensation de plaisir venant du beau temps.
-
-En rentrant, lu les traductions de Dante et autres. Je remarquais
-combien notre langue pratique se plie difficilement à la traduction des
-poètes tout à fait naïfs comme Dante. La nécessité de la rime ou de
-sauver la vulgarité d'un mot force à des circonlocutions qui énervent
-le sens, et cependant nous lisions la veille des fables de La Fontaine,
-aussi naïf, plus orné, qui dit tout sans ornements parasites et sans
-périphrases.
-
-Il ne faut dire que ce qui est à dire: voilà la qualité qu'il faut
-réunir à l'élégance. Les Deschamps[240] et autres modernes, qui ont
-senti, comme je le fais, combien est fade cette poésie, qui a des
-formules toutes prêtes et qui est celle du dix-huitième siècle, ont des
-passages où le sentiment de l'original se retrouve: mais tout cela est
-aussi barbare que le serait une langue étrangère; en un mot, ce n'est
-pas traduit en français, et l'élégance est absente. Dans Horace, que
-nous lisions ensuite, même élégance, mais aussi même force: il n'y a
-pas de vrai poète sans cela.
-
---Le soir à table: nous dînons tard. Une nuée de cousins est arrivée
-à la grande et légitime humeur du cousin. Nous achevions en paix de
-dîner; il a fallu réchauffer les plats, se serrer et assister, l'arme
-au bras, et sans lâcher pied, à l'assaut que la troupe a livré à la
-victuaille.
-
-J'ai été me promener à la clarté des étoiles qui brillaient
-admirablement.
-
-*
-
-6 _octobre._--Je m'échappe le matin, et pendant ce temps les nouveaux
-arrivés se mettent à table pour déjeuner.
-
-J'avais été sur la hauteur revoir la vue de la maison du cousin.
-
-Conversation, promenade sous les noisetiers et dîné à une heure; reste
-de la journée assez insipide, à cause du dîner de bonne heure. J'avais
-dessiné le matin une vue très étendue, vers la droite, marquée au 6
-octobre dans l'album. C'est ce qui m'avait mis en retard.
-
-Après déjeuner, esquivé la première partie de la promenade et acheminé
-par le jardin, à moitié chemin du même endroit.
-
-Le matin et dans ce moment, éprouvé les plus douces sensations à la vue
-de cette nature.
-
-Le soir, nous nous réfugions dans la salle de billard, éclairée avec
-des bougies placées de çà et de là; le bischoff et la partie nous
-conduisent jusqu'à onze heures.
-
-*
-
-7 _octobre._--Je sors encore le matin par le jardin dans les coteaux et
-le petit bois. Dessiné les soleils.
-
-*
-
-8 _octobre._-- Nous partons à sept heures pour Givry[241]. Beau
-soleil; je fais un dernier croquis du terrain qui monte, de la fenêtre
-au nord.
-
-Vu La Neuville-au-Bois, pays de La Valette. Vu, j'allais dire revu,
-Givry!
-
-Ce lieu, que je ne connaissais que par les récits de tous ceux que j'ai
-aimés, a réveillé leur souvenir avec une douce émotion. J'ai vu la
-maison paternelle[242] comme elle est, mais, à ce que je suppose, sans
-beaucoup de changement; la pierre de ma grand'mère est encore à l'angle
-du cimetière, que l'on va exproprier, comme on fait de tout. Cette
-cendre n'aura qu'à déménager, comme les marchands qu'on envoie tenir
-boutique ailleurs.
-
-Je vois, en arrivant, un vieux Delacroix, en blouse, ancien officier
-qui, à mon nom, me presse à plusieurs reprises les mains, presque les
-larmes aux yeux.
-
-Je suis dans une mauvaise disposition de santé, et j'assiste au
-déjeuner du bon juge de paix sans presque toucher à rien.
-
-L'étang de Givry, etc.;--la halle, etc.
-
-Nous repartons vers dix heures et demie avec le juge de paix; nous
-traversons une partie de forêt.
-
-Vu Le Chatellier, origine des Berryer: c'est là qu'étaient les Vauréal.
-On me conte leur histoire.
-
-Arrivé à Revigny et parti vers deux heures, seul une grande partie de
-la route. J'ai beaucoup joui de ce voyage par le beau temps.
-
-Je couche pour la première fois dans mon appartement du premier.
-
-*
-
-_Paris_, 9 _octobre._--Fait de souvenir deux vues à l'huile de chez
-le cousin. J'apprends le soir, par Boissard, la mort de ce pauvre
-Chassériau.
-
-*
-
-10 _octobre._--Convoi du pauvre Chassériau[243]. J'y trouve Dauzats,
-Diaz et le jeune Moreau[244] le peintre. Il me plaît assez. Je rentre
-de l'église avec Émile Lassalle[245].
-
-*
-
-_Augerville._ 11 _octobre._--Parti à sept heures pour Fontainebleau et
-arrivé à Augerville vers une heure par un beau temps: première partie
-du voyage agréable à traverser la forêt.
-
-Je trouve à Augerville Batta, Cadillan, Richomme et la bru de Berryer:
-il va demain et après-demain à Paris.
-
-*
-
-12 _octobre._--Il faut le complément du souvenir pour que la
-jouissance soit parfaite, et malheureusement on ne peut à la fois jouir
-et se souvenir de la jouissance. C'est l'idéal ajouté au réel. La
-mémoire dégage le moment délicieux ou fait l'illusion nécessaire.
-
-*
-
-13 _octobre._--En présence de ce bois, le cri d'une grive éveille en
-moi le souvenir de moments analogues et dont le souvenir me plaît plus
-que le moment présent.
-
-Le contentement de soi est le plus grand des contentements, et, dans
-un sens qui n'est pas si détourné qu'il peut le paraître, on veut
-être content de l'opinion que les autres ont de vous. Seulement les
-uns puisent ce sentiment dans la vertu, les autres dans les avantages
-extérieurs qui attirent les yeux de l'envie.
-
-J'admire cette multitude de petites toiles d'araignée que le brouillard
-du matin fait découvrir à l'œil en les chargeant d'humidité. Quelle
-quantité de mouches ou d'insectes doivent se prendre dans ces filets
-pour nourrir les tissandières, et quelle multitude de ces dernières
-offertes à l'appétit des oiseaux, etc.!
-
-*
-
-15 _octobre._--Je rencontre une limace exactement mouchetée comme une
-panthère: anneaux larges sur le dos et sur les flancs, devenant des
-taches et des points à la tête, près du ventre qui est clair comme dans
-les quadrupèdes.
-
-*
-
-17 _octobre._--Je lis dans la _Grèce_[246], d'About: «On peut dire
-que le peuple grec n'a aucun penchant pour aucune sorte de débauche,
-et qu'il use de tous les plaisirs avec une égale sobriété. Il est
-sans passion, et je crois que de tout temps il a été de même, car les
-habitudes monstrueuses dont l'histoire l'accuse, etc.»
-
-Il prétend aussi qu'il n'est pas né pour l'agriculture, et je crains
-qu'il n'ait raison. «L'agriculture réclame plus de patience, plus de
-persévérance, plus d'esprit de suite, que les Hellènes n'en ont jamais
-eu, etc.»
-
-*
-
-18 _octobre._--Promenade, avant dîner, avec Richomme et Batta, dans le
-petit chemin boisé, au bas des rochers que j'ai dessinés, il y a deux
-ans, et revenu par le moulin Baudon. Charmants paysages et effets de
-soir.
-
-*
-
-19 _octobre._--Promenade avec Berryer et Cadillan dans la campagne;
-plaine du haut. Vu les murs extérieurs du parc.
-
-Cette campagne, toute plate et sans routes sablées, m'a fait un effet
-charmant. Le bon Cadillan éprouvait la même chose: il semblait que nous
-respirions plus librement.
-
-Berryer me contait le soir que Pariset[247] lui disait que chaque
-découverte un peu importante qu'il semblait que l'on fit en médecine,
-ne faisait que lui expliquer ou même lui faire comprendre un trait
-d'Hippocrate encore obscur.
-
-Tous les soirs, pendant que ces messieurs font leur partie interminable
-de billard, je me promène devant le château. J'ai eu au commencement
-de la semaine des clairs de lune délicieux. Nous avons eu une éclipse
-presque totale qui a donné à la lune cette couleur sanglante qu'on voit
-racontée dans les poètes et que Berryer me disait ne pas connaître:
-il en est de cela comme de Pariset avec Hippocrate. Les grands hommes
-voient ce que le vulgaire ne voit point: c'est pour cela qu'ils sont
-des grands hommes; ce qu'ils ont découvert et souvent crié sur les
-toits, est négligé ou incompris de ceux à qui ils s'adressent. Le
-temps, mais plus souvent un autre homme de leur trempe, retrouve le
-phénomène et le montre à la foule à la fin.
-
-Je voudrais me rappeler si Virgile, dans la description de la tempête,
-fait tourner le ciel sur la tête de ses matelots, comme je l'ai vu en
-allant à Tanger, dans ce coup de vent où le ciel, pendant la nuit,
-était sans nuages et où il semblait, à cause des mouvements du navire,
-que la lune et les étoiles fussent dans un continuel et immense
-mouvement.
-
-*
-
-_Champrosay_, 21 _octobre._--Parti d'Augerville avec Berryer et
-Cadillan. Temps magnifique.
-
-J'éprouve toujours cet appétit de la nature, cette fraîcheur
-d'impression qui n'est ordinaire que dans la jeunesse. Je crois que la
-plupart des hommes ne les connaissent pas. Ils disent: Voilà du beau
-temps, voilà de grands arbres, mais tout cela ne les pénètre pas d'un
-contentement particulier, ravissant, qui est une poésie en action.
-
-D'Étampes à Juvisy, je voyage avec eux; il se trouve dans le même
-wagon cette personne si belle, d'une beauté étrange et faite pour la
-peinture. Elle frappe même mes voisins, dont l'un, grand esprit sous
-bien des rapports, est Français sous le rapport des sentiments que
-j'exprimais là-haut. J'ai fait le lendemain des croquis de souvenir, de
-cette belle créature.
-
-Arrivé à Champrosay vers deux heures, Jenny n'avait pas reçu la lettre
-par laquelle je la prévenais de mon arrivée.
-
-Le général[248] vient m'inviter pour dîner le lendemain avec
-Pélissier[249]. Je refuse aujourd'hui l'invitation de Mme Barbier.
-
-Le dîner que je fais et la sottise de me coucher presque aussitôt après
-m'ont rendu malade deux jours.
-
-*
-
-22 _octobre._--Mal disposé et souffrant toute la journée, je me traîne
-chez Parchappe et j'assiste à son dîner auquel manquait Pélissier, ne
-touchant qu'à un peu de rôti, etc.
-
-*
-
-23 _octobre._--Toute la journée du malaise; je travaille pourtant à
-l'_Arabe qui porte la selle à son cheval_[250].
-
-Vers trois heures, promenade dans la forêt avec ma pauvre Jenny, qui
-est tout heureuse.
-
-En rentrant, pris de mal de tête violent et d'indisposition. Je me
-couche sans dîner.
-
-Mérimée dînait chez Barbier. Je n'ai pu y aller, quoique je voulusse le
-consulter sur l'étiquette des réceptions de Fontainebleau.
-
-*
-
-24 _octobre._--Meilleure disposition. Je déjeune un peu. Petite
-promenade en pantoufles vers la fontaine de Baÿvet, et petit dîner qui
-me réussit.
-
-
-[240] _Émile Deschamps_ et son frère _Antony_ ont traduit en vers vingt
-chants de la _Divine Comédie._
-
-[241] _Givry en Argonne._
-
-[242] Le père de Delacroix était né à Givry, le 15 avril 1741.
-
-[243] _Théodore Chassériau_ (1819-1856) avait été un des admirateurs
-et un des imitateurs de Delacroix, bien qu'avec le temps il fût arrivé
-à dégager sa personnalité. «Il avait pour amis, écrit Ch. Blanc, la
-plupart des écrivains romantiques, tels que M. Th. Gautier, qui lui
-soufflaient l'audace, lui conseillaient la fièvre, lui recommandaient
-Rubens, Véronèse, Delacroix et le soleil.»
-
-[244] Il s'agit ici de M. _Gustave Moreau_, aujourd'hui membre de
-l'Académie des Beaux-Arts.
-
-[245] _Émile Lassalle_, né en 1813, mort en 1871, lithographe, a
-reproduit notamment le _Dante et Virgile_ et la _Médée_ de Delacroix.
-
-[246] _La Grèce contemporaine_, qui venait de paraître.
-
-[247] _Étienne Pariset_ (1770-1847), médecin, connu surtout par ses
-recherches sur les maladies épidémiques.
-
-[248] Le général _Parchappe._
-
-[249] Le maréchal _Pélissier, duc de Malakoff._
-
-[250] Voir _Catalogue Robaut_, n° 1317.
-
- * * * * *
-
-1er _novembre._--Café à la mode d'Athènes d'après le livre
-d'About: «On grille le grain sans le brûler; on le réduit en poudre
-impalpable, soit dans un mortier, soit dans un moulin très serré. On
-met l'eau sur le feu jusqu'à ce quelle soit en ébullition; on la retire
-pour y jeter une cuillerée de café et une cuillerée de sucre en poudre
-par chaque tasse que l'on veut faire, etc. Ainsi préparé, le café peut
-se prendre sans inconvénient dix fois par jour: on ne boirait pas
-impunément tous les jours cinq tasses de café français. C'est que le
-café des Turcs et des Grecs est un tonique _délayé_, et le nôtre est un
-tonique _concentré._»
-
---Ce matin, Haro est venu me voir à Champrosay: je l'ai revu avec
-plaisir. Il a déjeuné avec moi, et nous avons beaucoup causé.
-
---Dîné chez Barbier. Rodakowski m'apprend le retour delà princesse.
-
---Dans la journée, longue promenade dans la forêt avec Jenny. Revu
-nos anciennes promenades. Vu Mainville: ce qui était alors de petits
-taillis sont des bois épais. Le beau temps vraiment étonnant qui
-éclaire tout cela depuis très longtemps ajoute un agrément infini.
-
-*
-
-3 _novembre._--Revenu de Champrosay. Trouvé à l'embarcadère M.
-Talabot[251], revenu avec sa femme et Rodakowski chez Mérimée. Passé
-chez Delaroche avant de rentrer.
-
-*
-
-4 _novembre._--Recommandé le neveu de Montfort[252] pour une
-demi-bourse vacante à Chaptal.
-
-*
-
-6 _novembre._--Enterrement du pauvre Delaroche[253]. Je suis resté une
-heure à la porte de l'église par une gelée intense, et j'ai dû enfin me
-sauver avant la fin, tant le froid m'avait pénétré.
-
-Le matin, enterrement aussi triste: celui de Tattet; j'ai revu ce
-salon où nous avons passe des moments gais et agréables chez la bonne
-Marlière.
-
-Dumas fils et Penguilly[254] me parlaient des effets de la digestion
-dans plusieurs cas: un nommé Rougé, athlète de son métier, ne mangeait
-rien avant de lutter: il avait alors toute sa force. Penguilly nous
-disait que l'étape du matin était excellente et se faisait gaiement,
-quand les soldats sont en marche. Le matin, ils partent à jeun. Après
-le déjeuner, elle se fait péniblement.
-
-*
-
-10 _novembre._--Dîner du lundi. Panseron nous dit qu'après un travail
-de onze mois très assidu, il demandait à Auber un congé[255], se
-fondant sur cette assiduité pendant tout ce temps. Auber lui dit:
-«Monsieur, quand on a beaucoup travaillé pendant onze mois, il faut
-encore travailler pendant le douzième pour ne pas se rouiller et se
-tenir en haleine.»
-
-Le soir, vu About[256] chez Mme Cavé.
-
-*
-
-15 _novembre._--Dîné chez Perrier avec Halévy, Auber, Clapisson[257]
-très aimable et très prévenant.
-
-*
-
-20 _novembre._--Au _Barbier_, avec le billet d'Alberthe, et plaisir
-bien plus vif que je ne m'y attendais.
-
-*
-
-21 _novembre._--Je vais chez Rossini, j'y trouve Danton[258] et
-Thierry[259].--Le matin au conseil. Dans la journée chez Chabrier qui
-est malade, Saint-René Taillandier, Berryer que je ne trouve pas.
-
-*
-
-22 _novembre._--Thierry vient me trouver à table pour parler de
-l'Institut[260].
-
-*
-
-23 _novembre._--Je vais à Saint-Germain dîner chez la bonne Alberthe;
-j'y trouve Saint-Germain. Il faudra l'avoir avec elle et Mareste. Je
-trouve Hédouin en venant.
-
-*
-
-24 _novembre._--Je pourrais mettre au Salon: le _Petit paysage avec
-Grecs_[261], le _Christ_[262] de Troyon, le _Paysage_ que j'ai donné à
-Piron et l'_Ovide_ de M. Fould[263].
-
-Je vais à l'ouverture du conseil général.
-
-De là, je retourne chez moi attendre Bornot qui vient me prendre à
-trois heures pour le mariage de ses filles[264].
-
-Le soir, en me promenant, je me figure que je pourrai reprendre les
-articles sur le _Beau_; il y a plusieurs divisions à faire.....
-
-*
-
-25 _novembre._--Mariage des filles de Bornot: à dîner, près de M.
-Barthe[265], il me recommande à la Bibliothèque un très beau manuscrit
-des heures d'Anne de Bretagne.
-
-
-[251] _Paulin Talabot_ (1799-1885), ingénieur, directeur général des
-chemins de fer de Paris à Lyon et à la Méditerranée, député sous
-l'Empire.
-
-[252] _Antoine-Alphonse Montfort_, peintre, élève de Gros et d'Horace
-Vernet, né à Paris en 1802, contemporain et sans doute ami de
-Delacroix. Il a passé sa vie à peindre des sujets de Syrie, d'Arabie,
-de Palestine, etc.
-
-[253] _Paul Delaroche_, dont la santé était altérée depuis quelque
-temps, mourut presque subitement le 4 novembre 1856.
-
-[254] _Penguilly L'Haridon._ (Voir t. I, p. 271.)
-
-[255] _Panseron_ (1795-1859) était professeur de chant au
-Conservatoire, dont _Auber_ était alors le directeur.
-
-[256] _Edmond About_ (1828-1885) était encore au début de sa carrière.
-Indépendamment de la _Grèce contemporaine_ et du _Roi des montagnes_
-(1856), il avait publié en 1855 un _Voyage à travers l'Exposition des
-Beaux-Arts_ (peinture et sculpture).
-
-[257] _Louis Clapisson_ (1808-1866), compositeur, auteur de nombreux
-opéras-comiques.
-
-[258] _Joseph-Arsène Danton_ (1814-1866), littérateur, alors membre du
-Conseil supérieur de l'Instruction publique.
-
-[259] _Édouard Thierry_ était à cette époque chargé du feuilleton
-littéraire au _Moniteur universel._
-
-[260] Il s'agissait du fauteuil devenu vacant par suite de la mort de
-_Paul Delaroche._ Delacroix fut élu membre de l'Académie des Beaux-Arts
-le 11 janvier suivant (1857).
-
-[261] Voir _Catalogue Robaut_, n° 1389.
-
-[262] C'est le tableau du _Christ sur le lac de Genézareth._ «Ce
-tableau, dit le _Catalogue Robaut_ (n° 1214), est le premier de la
-série. Il figure à l'exposition Durand-Ruel en 1878. C'est celui que le
-peintre Troyon avait acheté à la montre du marchand Beugniet, et que
-Mme Troyon mère donna comme souvenir, après la mort de son fils, à M.
-Frémyn.»
-
-[263] Voir _Catalogue Robaut_, n° 1376.
-
-[264] Voir, sur la famille _Bornot_, t. I, p. 403, en note.
-
-[265] _Félix Barthe_ (1795-1863), magistrat, qui fut ministre de
-l'instruction publique et de la justice sous la monarchie de Juillet et
-sénateur sous l'Empire.
-
- * * * * *
-
-1er _décembre._--Boulangé, venu le matin, me donne la
-manière de fixer la détrempe pour repeindre à l'huile, ayant le ton
-frais de dessous:
-
-Peindre la détrempe avec de la colle coupée: 6 parties d'eau, une
-partie de colle. Passer ensuite de l'amidon bien passé et bien battu;
-passer lentement avec une brosse large. Pour peindre à la détrempe une
-toile à l'huile et par conséquent pour retoucher un tableau à l'huile,
-mêler à la détrempe de la bière qu'on rend plus forte en la faisant
-recuire.
-
-Le vernis Sœhnée bon pour vernir la détrempe.
-
-*
-
-7 _décembre._--Se rappeler le magnifique sujet mentionné ailleurs,
-de _Noé sacrifiant_, avec sa famille, aptes le déluge;... les animaux
-se répandent sur la terre;... les oiseaux dans les airs, les monstres
-condamnés par la sagesse divine gisant à moitié enfouis dans la vase.
-Les branches des arbres distillent encore les eaux et se redressent
-vers le ciel.
-
-Ce jour, posé une heure et demie chez Mme Herbelin[266]: Mme Villot
-y était. Je vais, en sortant de là, voir M. Mesnard, au Luxembourg.
-M. Mesnard me dit qu'il croit que le travail que l'œil et le
-cerveau font sur la couleur, contribue beaucoup à la fatigue que
-cause la peinture: le fait est qu'il me faut une disposition de santé
-complètement bonne pour travailler à la peinture. Pour écrire, ce
-n'est pas aussi nécessaire: les idées peuvent me venir, quand je suis
-souffrant et que je tiens la plume. À mon chevalet et le pinceau à la
-main, ce n'est pas de même.
-
-*
-
-8 _décembre._--Dîné à l'Hôtel de ville pour la clôture du conseil
-général. Revenu, bien malgré moi, avec B..., qui ne veut pas me lâcher,
-etc.
-
-*
-
-9 _décembre._--Mauvaise disposition et pourtant quelque bon travail sur
-le _Saint Jean-Baptiste_[267] que je destine à Robert, de Sèvres.
-
-Je fais une longue promenade de quatre à six heures: Paris me paraît
-charmant. De la place Louis XV je traverse les Tuileries pour rentrer
-par la rue de la Paix; ce beau jardin est tout à fait abandonné: que de
-souvenirs il me rappelle de ma jeunesse!
-
-Le soir, chez Thiers, il n'y avait que Roger[268]. Je vois le portrait
-de Delaroche, faible ouvrage, sans caractère et sans exécution. On
-peut dire des choses fermes, raisonnables, intéressantes même, et l'on
-n'a pas fait cependant de la littérature;... en peinture de même. Ce
-portrait flamand, en pied, d'un homme en noir, qu'il me montre, est
-admirable et plaira toujours, et cela par l'_exécution._
-
-*
-
-12 _décembre._--Dîné chez Mme d'Annibeau: Gisors, Halévy, Perrier,
-Frémy[269], etc., etc.
-
-Le soir, à l'Opéra-Comique, voir l'_Avocat Pathelin_[270].
-
-Causé avec Rouland, qui est très bon et très simple[271].
-
-Mozart écrit quelque part, dans une lettre, à propos de ce principe
-que la musique peut exprimer toutes les passions, toutes les douleurs,
-toutes les souffrances: «Néanmoins, dit-il, les passions, violentes ou
-non, ne doivent jamais être exprimées jusqu'au dégoût, et _la musique,
-même dans les situations les plus horribles, ne doit pas affecter
-l'oreille, mais la flatter et la charmer, et par conséquent rester
-toujours musique._»
-
-*
-
-14 _décembre._--Chez Billault[272]. Vu là Mlle Gérard, peintre, élève
-de Delaroche, qui m'a fait de son maître un triste portrait, qui
-confirme bien l'opinion que j'en ai toujours eue. Les Bornot y étaient.
-Vielliard venu dans la journée.
-
-*
-
-16 _décembre._--Chez Frémy: Gisors, Halévy, les mêmes personnes à peu
-près que chez d'Annibeau; Boulatignier[273] y était.
-
-Je m'enrhume dans la journée de la manière la plus sotte.
-
-Je me suis fait rouler dans une grande voiture chez Mme de Forget, pour
-voir son plafond[274], chez Andrieu, puis chez Galimard[275], qui m'a
-surpris et causé du dégoût, par la quantité de petites machines qu'on
-fait jouer, pour faire manquer mon élection.
-
-*
-
-22 _décembre_.--François Ier et Mlle de Saint-Vallier.
-
---_Roméo et Juliette_: la _Scène des musiciens_, du père et de la fille
-sur le lit, qu'on croit morte.
-
---_Samson et Dalila._
-
---_Les hommes et Noé sacrifiant après le déluge._
-
-*
-
-29 _décembre._--Voltaire invité, dans une réunion d'amis, à raconter
-une histoire de voleur, dit: «Messieurs, il était une fois un fermier
-général... Ma foi, j'ai oublié le reste.»
-
-Il avait un fonds de philosophie et de détachement, et ce n'est pas de
-cela qu'il faudrait le blâmer.
-
-*
-
-31 _décembre._--L'article sur Charlet[276]. Il y a des talents qui
-viennent au monde tout prêts et armés de toutes pièces... Il a dû avoir
-dès le commencement cette espèce de plaisir que les hommes les plus
-expérimentés trouvent dans le travail, à savoir une sorte de maîtrise,
-d'assurance de la main, concordant avec la netteté de la conception.
-Bonington a eu cela aussi: cette main était si habile qu'elle devançait
-la pensée; ses remaniements ne venaient que de cette facilité si
-grande, que tout ce qu'il posait sur la toile était charmant; seulement
-chacun de ces détails ne se coordonnant pas souvent, des tâtonnements
-pour retrouver l'ensemble lui faisaient quelquefois abandonner ses
-ouvrages commencés. Il faut remarquer aussi que, dans cette espèce
-d'improvisation, il entrait un terme de plus que dans celle de Charlet,
-à savoir la couleur.
-
-
-[266] Mme Herbelin fit en effet le portrait de Delacroix. C'était une
-miniature sur ivoire qui figura au Salon de 1857. (V. _Cat. Robaut_, p.
-LIV, n° 88.)
-
-[267] Voir _Catalogue Robault_, nos 858 et 904. L'œuvre est
-ainsi décrite: «La scène s'encadre dans l'architecture sévère d'une
-prison, percée au fond d'un soupirail cintré, garni de barreaux, où
-apparaissent des têtes de curieux.»
-
-[268] Sans doute le _comte Roger du Nord_ (1802-1881), ancien député
-sous la monarchie de Juillet, et grand ami de M. Thiers.
-
-[269] _Louis Frémy_ (1807-1891), administrateur et homme politique,
-ancien conseiller d'État, alors gouverneur du Crédit foncier.
-
-[270] _Maître Pathelin_, opéra-comique, dont la musique est de
-_François Bazin_ et les paroles de _de Leuven_ et _Ferdinand Lenglé._
-Les auteurs ont résumé en un acte les principaux épisodes de la vieille
-_Farce de maistre Pathelin._ Cette œuvre fut représentée le 12 décembre
-1856 à l'Opéra-Comique.
-
-[271] _Gustave Bouland_ (1806-1878), magistrat et homme politique,
-occupait alors le poste de procureur général près la Cour d'appel de
-Paris. Il devint, en 1859, ministre de l'instruction publique, puis, en
-1864, gouverneur de la Banque de France.
-
-[272] _Billault_ (1805-1863), homme politique et jurisconsulte, était à
-cette époque ministre de l'Intérieur.
-
-[273] _Joseph Boulatignier_, né en 1805, homme politique et
-administrateur, conseiller d'État, était membre de la commission
-municipale de Paris.
-
-[274] Ce plafond, _un ciel léger avec petits nuages_, était exécuté
-dans la chambre à coucher de Mme la baronne de Forget par _Boulangé_,
-élève de Delacroix. (Voir _Corresp.,_ t. II, p. 148 et 149.)
-
-[275] _Galimard_ (1813-1880), peintre, qui sous divers pseudonymes a
-écrit des comptes rendus de Salons dans la _Patrie_, l'_Artiste_ et la
-_Revue des Beaux-Arts._
-
-[276] Sous ce titre: _Charlet, sa vie, ses lettres_, le colonel de La
-Combe fit paraître en 1856 un livre qui est un pieux monument élevé à
-la mémoire de Charlet. C'est sans doute la lecture de ce livre qui a
-inspiré à Delacroix les réflexions qu'il consigne ici.
-
-Plus tard, en 1862, Delacroix consacrera à Charlet et à son œuvre un
-très important article dans la _Revue des Deux Mondes._
-
-
-
-
-1857
-
-
-1er _janvier_[277].--Poussin définit le _beau_[278] la
-_délectation._ Après avoir examiné toutes les pédantesques définitions
-modernes, telles que la _splendeur du vrai_ ou que le beau est la
-_régularité_, qu'il est ce qui ressemble le plus à Raphaël ou à
-l'antique, et autres sottises, j'avais trouvé en moi sans beaucoup de
-peine la définition que je trouve dans Voltaire, article _Aristote,
-Poétique_, du _Dictionnaire philosophique_, quand il cite la sotte
-réflexion de Pascal, qui dit qu'on ne dit pas beauté _géométrique_ ou
-beauté _médicinale_, et qu'on dit à tort _beauté poétique_, parce qu'on
-connaît l'objet de la géométrie et de la médecine, mais qu'on ne sait
-pas ce que c'est que le modèle naturel qu'il faut imiter pour trouver
-cet agrément qui est l'objet de la poésie. À cela Voltaire répond: «On
-sent assez combien ce morceau de Pascal est pitoyable. On sait bien
-qu'il n'y a rien de beau dans une médecine, ni dans les propriétés
-d'un triangle, et que _nous n'appelons beau que ce qui cause à notre
-âme et à nos sens du plaisir et de l'admiration._»
-
-
-_Sur le Titien_[279].--On fait l'éloge d'un contemporain dont la place
-n'est pas marquée encore; ce sont même souvent les moins dignes d'être
-loués qui sont l'objet des éloges. Mais l'éloge du Titien!... On me
-dira que je rappelle ce jurisconsulte dévot qui avait fait le _Mémoire
-en faveur de Dieu....._
-
-Il se passe de mes éloges[280]... sa grande ombre...
-
-Il semble effectivement que ces hommes du seizième siècle ont laissé
-peu de chose à faire: ils ont parcouru le chemin les premiers et
-semblent avoir touché la borne dans tous les genres; et pourtant dans
-le chemin de ces gens, on a vu des talents montrant quelque nouveauté.
-Ces talents, venus dans des époques de moins en moins favorables aux
-grandes tentatives, à la hardiesse, à la nouveauté, à la naïveté, ont
-rencontré des bonnes fortunes, si l'on veut, qui n'ont pas laissé
-de plaire à leur siècle moins favorisé, mais avide également de
-jouissances.
-
-Dans cette heptarchie ou gouvernement de sept, le sceptre, le
-gouvernement se partage avec une certaine égalité, sauf le seul
-Titien qui, bien que faisant partie, etc., ne ferait qu'une manière
-de vice-roi dans ce gouvernement du beau domaine de la peinture. On
-peut le regarder comme le créateur du paysage. Il y a introduit cette
-largeur qu'il a mise dans le rendu des figures et des draperies.
-
-On est confondu de la force, de la fécondité, de cette
-universalité[281] de ces hommes du seizième siècle. Nos petits tableaux
-misérables faits pour nos misérables habitations... La disparition de
-ces Mécènes dont les palais étaient pendant une suite de générations
-l'asile des beaux ouvrages, qui étaient dans les familles comme des
-titres de noblesse... Ces corporations de marchands commandaient des
-travaux qui effrayeraient les souverains de nos jours et des artistes
-de taille à accomplir toutes les tâches... Déjà moins de cent ans
-après, le Poussin ne fait que de petits tableaux.
-
-Il faut renoncer à imaginer même ce que devaient être des Titien dans
-leur nouveauté et leur fraîcheur[282]. Nous voyons ces admirables
-ouvrages après trois cents ans de vernis, d'accidents, de réparations
-pires que leurs malheurs...
-
-*
-
-4 _janvier.--Les Cyclopes préparant l'appartement de Psyché._
-(Contrastes, Vénus ou Psyché est là, etc.)
-
-On ne peut nier que dans le Raphaël l'élégance ne l'emporte sur le
-naturel, et que cette élégance ne dégénère souvent en manière. Je
-sais bien qu'il y a le charme, le je ne sais quoi. (C'est comme dans
-Rossini: Expression, mais surtout élégance.)
-
-_Si l'on vivait cent vingt ans, on préférerait Titien à tout._ Ce n'est
-pas l'homme des jeunes gens. Il est le moins maniéré et par conséquent
-le plus varié des peintres. Les talents maniérés n'ont qu'une pente,
-qu'une habitude; ils suivent l'impulsion de la main bien plus qu'ils
-ne la dirigent. Le talent le moins maniéré doit être le plus varié: il
-obéit à chaque instant à une émotion vraie, il faut qu'il rende cette
-émotion; la parure, une vaine montre de sa facilité ou de son adresse
-ne l'occupent point; il méprise au contraire tout ce qui ne le conduit
-pas à une plus vive expression de sa pensée: c'est celui qui dissimule
-le plus l'exécution ou qui a l'air d'y prendre le moins garde.
-
-Sur le Titien, Raphaël et Corrège, voir Mengs[283]... Il y a un travail
-à faire là-dessus.
-
-Il y a des gens qui ont naturellement du goût, mais chez ceux-là
-même il s'augmente avec l'âge et s'épure. Le jeune homme est pour le
-bizarre, pour le forcé, pour l'ampoulé. N'allez pas appeler _froideur_
-ce que j'appelle _goût._ Ce goût que j'entends est une lucidité de
-l'esprit qui sépare à l'instant ce qui est digne d'admiration de ce qui
-n'est que faux brillant. En un mot, c'est la _maturité de l'esprit._
-
-Chez Titien commence cette _largeur de faire_ qui tranche avec la
-sécheresse de ses devanciers et qui est la perfection de la peinture.
-Les peintres qui recherchent cette sécheresse primitive toute
-naturelle clans des écoles qui s'essayent et qui sortent de sources
-presque barbares, sont comme des hommes faits qui, pour se donner un
-air naïf, imiteraient le parler et les gestes de l'enfance. Cette
-largeur du Titien, qui est la fin de la peinture, est aussi éloignée
-de la sécheresse des premiers peintres que de l'abus monstrueux de la
-touche et de la manière lâche des peintres de la décadence de l'art.
-L'antique est ainsi.
-
-J'ai sous les yeux maintenant les expressions de l'admiration de
-quelques-uns de ses contemporains. Leurs éloges ont quelque chose
-d'incroyable: que devaient être en effet ces prodigieux ouvrages dans
-lesquels aucune partie ne portait de traces de négligence, mais dans
-lesquels, au contraire, la finesse de la touche, le fondu, la vérité
-et l'éclat incroyable des teintes étaient dans toute leur fraîcheur,
-et auxquelles le temps ni les accidents inévitables n'avaient encore
-rien enlevé! Arétin[284], dans un dialogue instructif sur les peintures
-de ce temps, après avoir détaillé avec admiration quantité de ses
-ouvrages, s'arrête en disant: «Mais je me retiens et passe doucement
-sur ses louanges, parce que je suis son compère et parce qu'il faudrait
-être absolument aveugle pour ne pas voir le soleil.»
-
-Il dit après et je pourrais le mettre avant: «Notre Titien est donc
-divin et sans égal dans la peinture, etc.» Il ajoute: «Concluons que,
-quoique jusqu'ici il y ait eu plusieurs excellents peintres, ces trois
-méritent et tiennent le premier rang: Michel-Ange, Raphaël et Titien.»
-
-...Je sais bien que cette qualité de coloriste est plus fâcheuse que
-recommandable auprès des écoles modernes qui prennent la recherche
-seule du dessin pour une qualité et qui lui sacrifient tout le reste.
-Il semble que le coloriste n'est préoccupé que des parties basses[285]
-et en quelque sorte terrestres de la peinture, qu'un beau dessin est
-bien plus beau quand il est accompagné d'une couleur maussade, et
-que la couleur n'est propre qu'à distraire l'attention qui doit se
-porter vers des qualités plus sublimes, qui se passent aisément de
-son prestige. C'est ce qu'on pourrait appeler le côté _abstrait_ delà
-peinture, le contour étant l'objet essentiel; ce qui met en seconde
-ligne, indépendamment de la couleur, d'autres nécessités de la peinture
-telles que l'expression, la juste distribution de l'effet et la
-composition elle-même.
-
-L'école qui imite avec la peinture à l'huile les anciennes fresques
-commet une étrange méprise. Ce que ce genre a d'ingrat, sous le rapport
-de la couleur et des difficultés matérielles qu'il impose à un talent
-timide, demande chez le peintre une légèreté, une sûreté, etc.. La
-peinture à l'huile porte au contraire à une perfection dans le rendu
-qui est le contraire de cette peinture à grands traits; mais il faut
-que tout y concorde, la magie des fonds, etc...
-
-C'est une espèce de dessin plus propre à s'allier aux grandes lignes
-de l'architecture dans des décorations qu'à exprimer les finesses et
-le précieux des objets. Aussi le Titien, chez lequel le rendu est si
-prodigieux, malgré l'entente large des détails, a-t-il peu cultivé
-la fresque. Paul Véronèse lui-même, qui y semble plus propre par une
-largeur plus grande encore et par la nature des scènes qu'il aimait à
-représenter, en a fait un très petit nombre[286].
-
-Il faut dire aussi qu'à l'époque où la fresque fleurit de préférence,
-c'est-à-dire dans les premiers temps de la renaissance de l'art, la
-peinture n'était pas encore maîtresse de tous les moyens dont elle a
-disposé depuis. À partir des prodiges d'illusion dans la couleur et
-dans l'effet dont la peinture à l'huile a donné le secret, la fresque a
-été peu cultivée et presque entièrement abandonnée.
-
-Je ne disconviens pas que le grand style, le _style épique_ dans la
-peinture, si l'on peut ainsi parler, n'ait vu en même temps décroître
-son règne; mais des génies tels que les Michel-Ange et les Raphaël
-sont rares. Ce moyen de la fresque qu'ils avaient illustré et dont
-ils avaient fait l'emploi aux plus sublimes conceptions, devait périr
-dans des mains moins hardies. Le génie d'ailleurs sait employer avec
-un égal succès les moyens les plus divers. La peinture à l'huile sous
-le pinceau de Rubens a égalé, pour le feu et la largeur, l'ampleur
-des fresques les plus célèbres, quoique avec des moyens différents;
-et pour ne pas sortir de cette école vénitienne dont Titien est le
-flambeau, les grands tableaux de ce maître admirable, ceux de Véronèse
-et même du Tintoret[287] sont des exemples de la verve unie à la
-puissance, aussi bien que dans les fresques les plus célèbres: ils
-montrent seulement une autre face delà peinture. Le perfectionnement
-des moyens matériels, en perdant peut-être du côté de la simplicité de
-l'impression, découvre des sources d'effets de variété et de richesse,
-etc...
-
-Ces changements sont ceux qu'amènent nécessairement le temps et des
-inventions nouvelles: il est puéril de vouloir remonter le courant
-des âges et d'aller chercher dans des maîtres primitifs. Ils semblent
-croire que l'indigence du moyen est sobriété magistrale, etc...
-
-La fresque dans nos climats est sujette à plus d'accidents. Encore dans
-le Midi est-il bien difficile de la maintenir. Elle pâlit, elle se
-détache du mur.
-
-La plupart des livres sur les arts sont faits par des gens qui ne sont
-pas artistes[288]: de là tant de fausses notions et de jugements portés
-au hasard du caprice et de la prévention. Je crois fermement que tout
-homme qui a reçu une éducation libérale peut parler pertinemment d'un
-livre, mais non pas d'un ouvrage de peinture ou de sculpture.
-
-*
-
-_Dimanche_ 11 _janvier._--Essais d'un Dictionnaire des Beaux-Arts.
-Extrait d'un Dictionnaire philosophique des Beaux-Arts[289].
-
-_Fresque_[290]. On fait un grand mérite aux maîtres qui ont excellé
-dans la fresque de la hardiesse qui leur a fait exécuter au premier
-coup; mais presque toutes sont retouchées à la détrempe.
-
-_Faire_ (le _faire_).
-
-_Français._ Le style français dans la mauvaise acception. Voir mes
-notes du 23 mars 1855[291].
-
-_Sculpture française._ Exécution. Voir mes notes du 6 octobre 1849 et
-du 25 septembre 1855[292].
-
-_Modèle._ Le modèle qui pose. Emploi du modèle[293].
-
-_Effet._ Clair-obscur.
-
-_Composition._
-
-_Accessoires_[294]. Détails, Draperies, Palette.
-
-_Peinture à l'huile._
-
-_Grâce, Contour._ Doit venir le dernier, au contraire de la coutume. Il
-n'y a qu'un homme très exercé qui puisse le faire juste.
-
-_Pinceau._ Beau pinceau. Reynolds disait qu'un peintre devait dessiner
-avec le pinceau.
-
-_Couleurs._ Coloris; son importance. Voir mes notes du 3 janvier
-1852[295].
-
-_Couleurs_ (matérielles) employées dans la peinture.
-
-_Dessin_, par les milieux ou par le contour.
-
-_Beau._ Définition de Poussin et de Voltaire. Voir mes notes du
-1er octobre 1855[296]. Voir ce que dit Voltaire de
-Pascal[297].
-
-_Simplicité._ Exemple de simplicité, dernier terme de l'art, l'Antique,
-etc.
-
-_Antique._ Parthénon (marbres du Parthénon); Phidias; engouement
-moderne pour ce style, au détriment des autres époques.
-
-_Académies._ Ce qu'en dit Voltaire: quelles n'ont point fait les grands
-hommes.
-
-_Ombres._ Il n'y a pas d'ombres proprement dites: il n'y a que des
-reflets. Importance de la délimitation des ombres. Sont toujours trop
-fortes. Voir mes notes du 10 juin 1847[298]. Plus le sujet est jeune,
-plus les ombres sont légères.
-
-_Demi-teintes._ La détrempe les donne plus facilement.
-
-_Localité._ (Importance de la localité.)
-
-_Perspective_ ou _dessin._
-
-_Sculpture._ Sculpture moderne, sculpture française. Sa difficulté
-après les anciens.
-
-_Manière_[299].
-
-_Maître._ Celui qui enseigne.
-
-_Maître._ Qui a la maestria.
-
-_Goût._ S'applique à tous les arts.
-
-_Flamands, Hollandais._
-
-_Albert Dürer, Titien, Raphaël_, etc.
-
-_Panneaux._ Peinture sur panneaux.
-
-_École de David._
-
-_Écoles italienne, flamande, allemande, espagnole, française_; leur
-comparaison.
-
-_Expression._
-
-_Cartons._ Études préparatoires pour l'exécution.
-
-_Esquisses._
-
-_Copie._
-
-_Méthode._ Y en a-t-il pour dessiner, peindre, etc.?
-
-_Tradition._ À suivre jusqu'à David.
-
-_Maîtres._ Respect exagéré pour ceux à qui on donne ce nom. Voir mes
-notes du 30 octobre 1845, à Strasbourg[300].
-
-_Élèves._ Différence des mœurs anciennes et modernes dans les élèves.
-
-_Technique._ Se démontre la palette à la main. Le peu de lumières qu'on
-trouve dans les livres à ce sujet.
-
-Adoration du _faux technique_ dans les mauvaises écoles. Importance du
-_véritable_ pour la perfection des ouvrages. C'est dans les plus grands
-maîtres qu'il est le plus parfait du monde: Rubens, Titien, Véronèse,
-les Hollandais; leur soin particulier; couleurs broyées, préparations,
-dessiccation des différentes couches. (Voir _Panneaux._) Cette
-tradition tout à fait perdue chez les modernes. Mauvais produits,
-négligence dans les préparations, toiles, pinceaux, huiles détestables.
-Citer des passages d'Oudry.
-
-David a introduit cette négligence en affectant de mépriser les moyens
-matériels.
-
-_Vernis._ Leurs funestes effets; leur emploi dans les anciennes
-peintures très judicieux.
-
-Il faudrait que les vernis fussent une espèce de cuirasse pour le
-tableau, en même temps qu'un moyen de le faire ressortir.
-
-_Boucher_ et _Vanloo._ Leur école: la manière et l'abandon de toute
-recherche et de tout naturel. Procédés d'exécution remarquables. Restes
-de la tradition.
-
-_Watteau._ Très méprisé sous David et remis en honneur. Exécution
-admirable. Sa fantaisie ne tient pas en opposition aux Flamands. Il
-n'est plus que théâtral à côté des Van Ostade, des Van de Velde, etc.
-Il a la liaison du tableau.
-
-*
-
-13 _janvier._--J'écris à Dutilleux à propos de mon _élection..._[301].
-
-Mme Barbier m'envoie ces vers de Dagnan[302] sur mon entrée à
-l'Académie;
-
-
- En nommant Delacroix membre de l'Institut,
- L'Académie enfin a payé son tribut
- Au brillant chef d'école, au maître de génie
- Que longtemps elle méconnut,
- Bien qu'Apelle et Zeuxis l'eussent dès son début
- Fait entrer dans leur compagnie,
- Dont le goût, l'esprit et le but
- Sont du grec pour l'Académie.
-
-
---Les longueurs d'un livre[303] sont un défaut capital. Walter Scott,
-tous les modernes, etc. Que diriez-vous d'un tableau qui aurait plus de
-champ et plus de personnages qu'il n'en faut?
-
-Voltaire dit dans la préface du _Temple du goût_: «Je trouve tous les
-livres trop longs.»
-
---ESSAI DU DICTIONNAIRE DES BEAUX-ARTS:
-
-_Daguerréotype._
-
-_Photographie._
-
-_Illusion, trompe-l'œil._ Ce terme, qui ne s'applique ordinairement
-qu'à la peinture, pourrait s'appliquer également à certaine
-littérature.
-
-_Raccourcis._ Il y en a toujours, même dans une figure toute droite,
-les bras pendants. L'art des raccourcis ou de la perspective et le
-dessin sont tout un. Des écoles les ont évités, croyant vraiment n'en
-pas présenter parce qu'ils n'en avaient pas de violents. Dans une tête
-de profil, l'œil, le front, etc., sont en raccourci; ainsi du reste.
-
-_Cadre, bordure._ Ils peuvent influer en bien ou en niai sur l'effet
-du tableau. L'or prodigué de nos jours.--Leur forme par rapport au
-caractère du tableau.
-
-_Lumière, point lumineux_ ou _luisant._ Pourquoi le ton vrai de l'objet
-se trouve-t-il toujours à côté du point lumineux? C'est que ce point ne
-se prononce que sur les parties frappées en plein par le jour, qui ne
-fuient point sous le jour. Dans une partie arrondie, il n'en est pas
-ainsi; tout fuit sous le jour.
-
-_Vague_ (le). Il y a quelque chose d'Obermann sur le vague dans mes
-petits livres bleus.--L'église Saint-Jacques à Dieppe, le soir.--La
-peinture est plus vague[304] que la poésie, malgré sa forme arrêtée
-pour nos yeux. C'est un de ses plus grands charmes.
-
-_Liaison._ Cet air, ces reflets qui forment un _tout_ des objets les
-plus disparates de couleur.
-
-_Ébauche._ Sur la carrière quelle laisse à l'imagination.--Les édifices
-ébauchés, etc. Voir mes notes du 23 mai 1855[305].--David est tout
-matériel par un autre côté. Son respect pour le modèle et le mannequin,
-etc.--Se retrouve toujours chez les Vanloo.
-
-_Décoration_ théâtrale.
-
-_Décoration_ des monuments. Voir mes notes du 10 juillet 1847[306].
-
-_Inspiration._
-
-_Talent._ Le talent ou génie: on peut avoir du talent sans génie. À
-propos du talent, voir ce que j'en dis dans un des petits livres bleus.
-Voir aussi sur le petit monde que l'homme porte en lui. Voir mes notes
-du 11 septembre 1855[307].
-
-_Reflets._ Tout reflet participe du vert; tout bord de l'ombre, du
-violet.
-
-_Critique_[308]. De l'insuffisance de la plupart des critiques. De
-son peu d'utilité. La critique suit les productions de l'esprit comme
-l'ombre suit le corps.--Il faut lire dans l'_Encyclopédie_ les
-articles en rapport avec ceux-ci.
-
-_Proportion._ Le Parthénon parfait; la Madeleine mauvaise. Grétry
-disait qu'on s'appropriait un air en lui donnant un mouvement plus
-convenable à la situation; de même on change le caractère d'un
-monument, etc. Une proportion trop parfaite nuit à l'impression du
-Sublime. Voir mes notes du 9 mai 1853[309].
-
-_Architecte._ Voir mes notes du 14 juin 1850[310].
-
-_Fonds_[311]. L'art de faire les fonds.
-
-_Art théâtral._ Voir mes notes du 25 mars 1855 sur Shakespeare[312].
-
-_Ciels._
-
-_Air._ Perspective aérienne, air ambiant.
-
-_Costume._ Exactitude du costume.
-
-_Style._ Sur l'art d'écrire. Les grands hommes écrivent bien. Voir mes
-notes du 1er mai et du 24 mai 1853[313].
-
-_Idéal._
-
-_Préface_ d'un petit _Dictionnaire des Beaux-Arts._ Voir mes notes du
-31 octobre 1852[314]. Chaque homme de talent ne peut embrasser l'art
-entier; il ne peut que noter ce qu'il sait. Rien de trop absolu; le
-mot du Poussin sur Raphaël.
-
-_Ébauche._ La meilleure est celle qui tranquillise le plus le peintre
-sur l'issue du tableau.
-
-_Distance._ Pour éloigner les objets, on les fait ordinairement plus
-gris: c'est la touche. Teintes plates aussi.
-
-_Paysage._
-
-_Cheval, animaux._ Il n'y faut pas apporter la perfection de dessin des
-naturalistes, surtout dans la grande peinture et la grande sculpture.
-Géricault trop savant; Rubens et Gros supérieurs; Barye mesquin dans
-ses lions. L'Antique est le modèle en cela comme dans le reste.
-
-_Luisant._ (Renvoi.) Plus un objet est poli ou luisant, moins on en
-voit la couleur propre: en effet, il devient un miroir qui réfléchit
-les couleurs environnantes[315].
-
-_Natures jeunes._ J'ai dit quelque part qu'elles avaient des ombres
-plus claires. Je retrouve dans mes notes du 9 octobre 1852[316] ce que
-je disais à Andrieu qui peignait la _Vénus_ de l'Hôtel de ville. Elles
-ont quelque chose de tremblé, de vague qui ressemble à la vapeur qui
-s'élève de terre dans un beau jour d'été. Rubens, dont la manière est
-très formelle, vieillit ses femmes et ses enfants.
-
-_Gris_ et _couleurs terreuses._ L'ennemi de toute peinture est le gris.
-La peinture paraîtra presque toujours plus grise qu'elle n'est par sa
-position oblique sous le jour: bannir toutes les couleurs terreuses.
-Voir mes notes du 15 septembre 1852 sur un feuillet détaché[317].
-
-_Proportions._ Dans les arts, tels que la littérature ou la musique,
-il est essentiel d'établir une grande proportion dans les parties qui
-composent l'ouvrage. Les morceaux de Beethoven trop longs; il fatigue
-en occupant trop longtemps de la même idée. Voir mes notes du 10 mars
-1849[318].
-
-_Albert Dürer._ Le vrai peintre est celui qui connaît toute la
-nature[319]. Les figures humaines, les animaux, le paysage traités avec
-la même perfection. Voir mes notes du 10 mars 1849[320]. Rubens est de
-cette famille.
-
-_Accessoires._ Voir mes notes du 10 octobre 1855[321]. Si vous traitez
-négligemment les accessoires, vous me rappelez un métier à l'impatience
-de la main, etc.
-
-_Art dramatique._ L'exemple de Shakespeare nous fait croire à tort
-que le comique et le tragique peuvent se mêler dans un ouvrage.
-Shakespeare a un art à lui. Voir mes notes du 25 mars 1855[322].
-
-Dans beaucoup de romans modernes français, le comique mêlé au tragique
-de certaines parties est insupportable. (_Mêmes notes._)
-
-Ce que dit lord Byron de Shakespeare, qu'il n'y a qu'un goût allemand
-ou anglais qui puisse s'y plaire. Voir mes notes du 13 juillet
-1850[323].--Ce qu'il a dit encore de Shakespeare. Voir mes notes du 19
-juin 1850[324].
-
-_Liaison._ Art de lier les parties de tableaux par l'effet, la couleur,
-la ligne, les reflets, etc.
-
-_Lignes._ Lignes de la composition. Les _lier_, les _contraster_,
-éviter l'apprêt cependant.
-
-_Fini_ (le). En quoi consiste celui d'un tableau.
-
-_Touche._ Beaucoup de maîtres ont évité de la faire sentir, pensant
-sans doute se rapprocher de la nature, qui effectivement n'en présente
-pas. La touche est un moyen comme un autre de contribuer à rendre la
-pensée dans la peinture. Sans doute une peinture peut être très belle
-sans montrer la touche, mais il est puéril de penser qu'on se rapproche
-de l'effet de la nature en ceci: autant vaudrait-il faire sur son
-tableau de véritables reliefs colorés, sous prétexte que les corps sont
-saillants!
-
-Il y a dans tous les arts des moyens d'exécution adoptés et convenus,
-et on n'est qu'un connaisseur imparfait quand on ne sait pas lire dans
-ces indications de la pensée; la preuve, c'est que le vulgaire préfère,
-à tous les autres, les tableaux les plus lisses et les moins touchés,
-et les préfère à cause de cela. Tout dépend au reste, dans l'ouvrage
-d'un véritable maître, de la distance commandée pour regarder son
-tableau. À une certaine distance la touche se fond dans l'ensemble,
-mais elle donne à la peinture un accent que le fondu des teintes ne
-peut produire. En regardant, par contre, de très près l'ouvrage le plus
-fini, on découvrira encore des traces de touches et d'accents, etc...
-Il résulterait de là qu'une esquisse bien touchée ne peut faire autant
-de plaisir qu'un tableau bien fini, je devrais dire non touché, car il
-est bon nombre de tableaux dont la touche est complètement absente,
-mais qui sont loin d'être finis. (Voyez le mot _Fini._)
-
-La touche, employée comme il convient, sert à prononcer plus
-convenablement les différents plans des objets. Fortement accusée,
-elle les fait venir en avant; le contraire les recule. Dans les petits
-tableaux même, la touche ne déplaît point. On peut préférer un Téniers
-à un Mieris ou à un Van der Meer.
-
-Que dira-t-on des maîtres qui prononcent sèchement les contours tout
-en s'abstenant de la touche? Il n'y a pas plus de contours qu'il n'y
-a de touches dans la nature. Il faut toujours en revenir à des moyens
-convenus dans chaque art, qui sont le langage de cet art. Qu'est-ce
-qu'un dessin au blanc et au noir, si ce n'est une convention à laquelle
-le spectateur est habitué et qui n'empêche pas son imagination de voir
-dans cette traduction de la nature un équivalent complet?
-
-Il en est de même de la _gravure._ Il ne faut pas un œil bien
-clairvoyant pour apercevoir cette multitude de tailles dont le
-croisement amène l'effet que le graveur veut produire. Ce sont des
-touches plus ou moins ingénieuses dans leur disposition qui, tantôt
-espacées pour laisser jouer le papier et donner plus de transparence
-au travail, tantôt rapprochées les unes des autres pour assourdir la
-teinte et lui donner l'apparence de la continuité, rendent par des
-moyens de convention, mais que le sentiment a découverts et consacrés
-et sans employer la magie de la couleur, non pas pour le sens purement
-physique de la vue, mais pour les yeux de l'esprit ou de l'âme, toutes
-les richesses de la nature: la peau éclatante de fraîcheur de la jeune
-fille, les rides du vieillard, le moelleux des étoffes, la transparence
-des eaux, le lointain des ciels et des montagnes.
-
-Si l'on se prévaut de l'absence de touche de certains tableaux de
-grands maîtres, il ne faut pas oublier que le temps amortit la touche.
-Beaucoup de ces peintres qui évitent la touche avec le plus grand
-soin, sous prétexte qu'elle n'est pas dans la nature, exagèrent le
-contour, qui ne s'y trouve pas davantage. Ils pensent ainsi introduire
-une précision qui n'est réelle que pour les sens peu exercés des
-demi-connaisseurs. Ils se dispensent même d'exprimer convenablement les
-reliefs, grâce à ce moyen grossier ennemi de toute illusion; car ce
-contour prononcé également et outre mesure annule la saillie en faisant
-venir en avant les parties qui dans tout objet sont toujours les pins
-éloignées de l'œil, c'est-à-dire les contours. (Voyez _Contour_ ou
-_Raccourcis._)
-
-L'admiration exagérée des vieilles fresques a contribué à entretenir
-chez beaucoup d'artistes cette propension à outrer les contours. Dans
-ce genre de peinture, la nécessité où est le peintre de tracer avec
-certitude ses contours (voyez _Fresque_) est une nécessité commandée
-par l'exécution matérielle; d'ailleurs, dans ce genre comme dans la
-peinture sur verre, où les moyens sont plus conventionnels que ceux de
-la peinture à l'huile, il faut peindre à grands traits; le peintre ne
-cherche pas tant à séduire par l'effet de la couleur que par la grande
-disposition des lignes et leur accord avec celles de l'architecture.
-
-La _sculpture_ a sa convention comme la _peinture_ et la _gravure._ On
-n'est point choqué de la froideur qui semblerait devoir résulter de la
-couleur uniforme des matières qu'elle emploie, que ce soit le marbre,
-le bois, la pierre, l'ivoire, etc. Le défaut de coloration des yeux,
-des cheveux, n'est pas un obstacle au genre d'expression que comporte
-cet art. L'isolement des figures de ronde bosse, sans rapport avec un
-fond quelconque, la convention bien autrement forte des bas-reliefs n'y
-nuisent pas davantage.
-
-La sculpture elle-même comporte la touche; l'exagération de certains
-creux ou leur disposition ajoute à l'effet, comme, par exemple, ces
-trous percés au vilebrequin dans certaines parties des cheveux ou des
-accessoires qui, au lieu d'une ligne creusée d'une manière continue,
-adoucissent à distance ce qu'elle avait de trop dur et ajoutent à la
-souplesse, donnent l'idée de la légèreté, surtout dans les cheveux,
-dont les ondulations ne se suivent pas d'une manière trop formelle.
-
-Dans la manière dont les ornements sont touchés dans l'architecture,
-on retrouve ce degré de légèreté et d'illusion que peut produire la
-touche. Dans la manière des modernes, ces ornements sont creusés
-uniformément, de façon que, vus de près, ils soient d'une correction
-irréprochable: à la distance nécessaire, ce n'est plus que froideur et
-même absence complète d'effet. Dans l'Antique, au contraire, on est
-étonné de la hardiesse et en même temps de l'à-propos de ces artifices
-savants, de ces touches véritables qui outrent la forme dans le sens
-de l'effet ou adoucissent la crudité de certains contours pour lier
-ensemble les différentes parties.
-
-_Écoles._ Ce qu'elles se proposent avant tout: imitation d'un certain
-technique régnant. Voir mes notes du 25 novembre 1855[325].
-
-_Décadence_[326]. Les arts, depuis le seizième siècle, point de la
-perfection, ne sont qu'une perpétuelle décadence. Le changement opéré
-dans les esprits et les mœurs en est plus cause que la rareté
-des grands artistes; car le dix-septième, ni le dix-huitième, ni le
-dix-neuvième siècle n'en ont pas manqué. L'absence de goût général,
-la richesse arrivant graduellement aux classes moyennes, l'autorité
-de plus en plus impérieuse d'une stérile critique dont le propre
-est d'encourager la médiocrité et de décourager les grands talents,
-la pente des esprits dirigée vers les sciences utiles, les lumières
-croissantes qui effarouchent les choses de l'imagination, toutes ces
-causes réunies condamnent fatalement les arts à être de plus en plus
-soumis au caprice de la mode et à perdre toute élévation.
-
-Il n'y a dans toute civilisation qu'un point précis où il soit donné
-à l'intelligence humaine de montrer toute sa force: il semble que
-pendant ces moments rapides, comparables à un éclair au milieu d'un
-ciel obscur, il n'y ait presque point d'intervalle entre l'aurore de
-cette brillante lumière et le dernier terme de sa splendeur. La nuit
-qui lui succède est plus ou moins profonde, mais le retour à la lumière
-est impossible. Il faudrait une renaissance des mœurs pour en avoir
-une dans les arts: ce point se trouve placé entre deux barbaries, l'une
-dont la cause est l'ignorance, l'autre plus irrémédiable encore, qui
-vient de l'excès et de l'abus des connaissances. Le talent s'agite
-inutilement contre les obstacles que lui oppose l'indifférence
-générale. Voir mes notes du 25 septembre 1855[327]. Ma promenade à
-l'église de Baden sur la décroissance de l'art. Voir aussi ce que je
-dis du tombeau du maréchal de Saxe.
-
-_École anglaise._ Sur Reynolds, Lawrence. Voir ce que j'ai dit au 31
-août 1855[328].
-
-_École anglaise_ à l'Exposition de 1855. Voir mes notes du 17 juin
-1855[329].
-
-_Exagération._ Toute exagération doit être dans le sens de la nature et
-de l'idée. Voir même note, 31 août 1855[330].
-
-_Licences._
-
-_Mer, marines._ Voir ce que je dis (1855) à Dieppe, sur la manière de
-peindre les vaisseaux[331]. Les peintres de marine ne représentent
-pas bien la mer en général. On peut leur appliquer le même reproche
-qu'aux peintres de paysages. Ils veulent montrer trop de science, ils
-font des portraits de vagues, comme les paysagistes font des portraits
-d'arbres, de terrains, de montagnes, etc. Ils ne s'occupent pas assez
-de l'effet pour l'imagination, que la multiplicité des détails trop
-circonstanciés, même quand ils sont vrais, détourne du spectacle
-principal qu'est l'immensité ou la profondeur dont un certain art peut
-donner l'idée.
-
-_Intérêt._ Art de le porter sur les points nécessaires. Il ne faut pas
-tout montrer. Il semble que ce soit difficile en peinture, où l'esprit
-ne peut supposer que ce que les yeux aperçoivent. Le poète sacrifie
-sans peine ou passe sous silence ce qui est secondaire. L'art du
-peintre est de ne porter l'attention que sur ce qui est nécessaire.
-
-_Sacrifices._ Ce qu'il faut sacrifier. Grand art que ne connaissent pas
-les novices; ils veulent tout montrer.
-
-_Classique._ À quels ouvrages est-il plus naturel d'appliquer ce nom?
-C'est évidemment à ceux qui semblent destinés à servir de modèles, de
-règles dans toutes leurs parties. J'appellerais volontiers _classiques_
-tous les ouvrages réguliers, ceux qui satisfont l'esprit, non seulement
-par une peinture exacte, ou grandiose ou piquante, des sentiments et
-des choses, mais encore par l'unité, l'ordonnance logique, en un mot
-par toutes ces qualités qui augmentent l'impression en amenant la
-simplicité.
-
-Shakespeare, à ce compte, ne serait pas classique, c'est-à-dire
-propre à être imité dans ses procédés, dans son système. Ses parties
-admirables ne peuvent sauver et rendre acceptables ses longueurs, ses
-jeux de mots continuels, ses descriptions hors de propos. Son art,
-d'ailleurs, est complètement à lui.
-
-Racine était un romantique[332] pour les gens de son temps. Pour
-tous les temps il est classique, c'est-à-dire parfait. Le respect de
-la tradition n'est que l'observation des lois du goût sans lesquelles
-aucune tradition ne serait durable.
-
-L'École de David s'est qualifiée à tort d'école classique par
-excellence, bien qu'elle se soit fondée sur l'imitation de l'antique.
-C'est précisément cette imitation, souvent peu intelligente et
-exclusive, qui ôte à cette école le principal _caractère_ des écoles
-classiques, qui est la durée. Au lieu de pénétrer l'esprit de l'antique
-et de joindre cette étude à celle de la nature, on voit qu'il a été
-l'écho d'une époque où on avait la fantaisie de l'antique.
-
-Quoique ce mot de classique implique des beautés d'un ordre très élevé,
-on peut dire aussi qu'il y a une foule de très beaux ouvrages auxquels
-cette désignation ne peut s'appliquer. Beaucoup de gens ne séparent pas
-l'idée de froideur de celle de classique.
-
-Il est vrai qu'un bon nombre d'artistes se figurent qu'ils sont
-classiques parce qu'ils sont froids. Par une raison analogue, il y en a
-qui se croient de la chaleur parce qu'on les appelle des romantiques.
-La vraie chaleur est celle qui consiste à émouvoir le spectateur.
-
-_Sujet._ Importance des sujets. Sujets de la fable toujours neufs;
-sujets modernes difficiles à traiter avec l'absence du nu et la
-pauvreté des costumes. L'originalité du peintre donne de la nouveauté
-aux sujets. La peinture n'a pas toujours besoin d'un sujet. La peinture
-des bras et des jambes de Géricault.
-
-_Science._ De la nécessité pour l'artiste d'être savant. Comment cette
-science peut s'acquérir indépendamment de la pratique ordinaire.
-
-On parle beaucoup de la nécessité pour un peintre d'être
-universel[333]. On nous dit qu'il faut qu'il connaisse l'histoire, les
-poètes, la géographie même: tout cela n'est rien moins qu'inutile, mais
-ne lui est pas plus indispensable qu'à tout homme qui veut orner son
-esprit. Il a bien assez à faire d'être savant dans son art, et cette
-science, quelque habile ou zélé qu'il soit, il ne la possède jamais
-complètement. La justesse de l'œil, la sûreté de la main, l'art de
-conduire le tableau depuis l'ébauche jusqu'au complément de l'œuvre,
-tant d'autres parties toutes de la première importance, demandent une
-application de tous les moments et l'exercice de la vie entière. Il
-est peu d'artistes, et je parle de ceux qui méritent véritablement ce
-nom, qui ne s'aperçoivent, au milieu ou au déclin de leur carrière,
-que le temps leur manque pour apprendre ce qu'ils ignorent, ou pour
-recommencer une instruction fausse ou incomplète.
-
-Rubens, âgé de plus de cinquante ans, dans la mission dont il fut
-chargé auprès du roi d'Espagne, employait le temps qu'il ne donnait pas
-aux affaires à copier à Madrid les superbes originaux italiens qu'on y
-voit encore. Il avait dans sa jeunesse copié énormément. Cet exercice
-des copies, entièrement négligé par les écoles modernes, était la
-source d'un immense savoir. (Voir _Albert Dürer._)
-
-_Chair._ Sa prédominance chez les coloristes est d'autant plus
-nécessaire dans les sujets modernes présentant peu de nu.
-
-_Copies, copier_[334]. Ç'a été l'éducation de presque tous les grands
-maîtres. On apprenait d'abord la manière de son maître, comme un
-apprenti s'instruit de la manière de faire un couteau sans chercher à
-montrer son originalité. On copiait ensuite tout ce qui tombait sous la
-main d'œuvres d'artistes contemporains ou antérieurs. La peinture
-a commencé par être un simple métier. On était imagier comme on était
-vitrier ou menuisier. Les peintres peignaient les boucliers, les
-selles, les bannières. Ces peintres primitifs étaient plus ouvriers que
-nous: ils apprenaient supérieurement le métier avant de penser à se
-donner carrière. C'est le contraire aujourd'hui.
-
-_Préface._ L'ordre alphabétique que l'auteur a adopté l'a conduit à
-donner à cette suite de renseignements le nom de DICTIONNAIRE. Ce titre
-ne conviendrait véritablement qu'à un livre aussi complet que possible,
-présentant avec détail tous les procédés des arts. Serait-il possible
-qu'un seul homme fût doué des connaissances indispensables à une
-pareille tâche? Non sans doute. Ce sont des renseignements jetés sur
-le papier dans la forme qui a paru la plus commode pour lui, eu égard
-à la distribution de son temps, dont il occupe une partie à d'autres
-travaux. Peut-être aussi a-t-il écouté une insurmontable paresse à
-s'embarquer dans la composition d'un livre. Un dictionnaire n'est pas
-un livre[335]: c'est un instrument, un outil pour faire des livres ou
-toute autre chose. La matière, dans des articles ainsi divisés, s'étend
-ou se resserre au gré de la disposition de l'auteur, quelquefois
-au gré de sa paresse. Il supprime ainsi les transitions, la liaison
-nécessaire entre les parties, l'ordre dans lequel elles doivent être
-disposées.
-
-Quoique l'auteur professe beaucoup de respect pour le livre proprement
-dit, il a souvent éprouvé, comme un assez grand nombre de lecteurs, une
-sorte de difficulté à suivre avec l'attention nécessaire toutes les
-déductions et tout l'enchaînement d'un livre, même quand il est bien
-fait. On voit un tableau tout d'un coup, au moins dans son ensemble et
-ses principales parties; pour un peintre habitué à cette impression
-favorable à la compréhension de l'ouvrage, le livre est comme un
-édifice dont le frontispice est souvent une enseigne et dans lequel,
-une fois introduit, il lui faut donner successivement une attention
-égale aux différentes salles dont se compose le monument qu'il visite,
-sans oublier celles qu'il a laissées derrière lui, et non sans chercher
-à l'avance, dans ce qu'il connaît déjà, quelle sera son impression à la
-fin du voyage.
-
-On a dit que les rivières sont des chemins qui marchent. On pourrait
-dire que les livres sont des portions de tableaux en mouvement dont
-l'un succède à l'autre sans qu'il soit possible de les embrasser à
-la fois; pour saisir le lien qui les unit, il faut dans le lecteur
-presque autant d'intelligence que dans l'auteur. Si c'est un ouvrage
-de fantaisie qui ne s'adresse qu'à l'imagination, cette attention peut
-devenir un plaisir; une histoire bien composée produit le même effet
-sur l'esprit: la suite nécessaire des événements et leurs conséquences
-forment un enchaînement naturel que l'esprit suit sans peine. Mais dans
-un ouvrage didactique il ne saurait en être de même. Le mérite d'un tel
-ouvrage étant dans son utilité, c'est à le comprendre dans toutes ses
-parties et à en extraire le sens que s'applique son lecteur. Plus il
-déduira facilement la doctrine du livre, plus il aura retiré de fruit
-de sa lecture.
-
-Or est-il un moyen plus simple, plus ennemi de toute rhétorique
-que cette division de la matière qu'offre tout naturellement un
-dictionnaire?
-
-Ce dictionnaire traitera la partie philosophique plus que la partie
-technique. Cela peut sembler singulier chez un peintre qui écrit sur
-les arts: beaucoup de demi-savants ont traité de la philosophie de
-l'art. Il semble que leur profonde ignorance de la partie technique
-leur ait paru un titre, dans leur persuasion que la préoccupation de
-cette partie vitale de tout art était chez l'artiste de profession
-un obstacle à des spéculations esthétiques. Il semble presque qu'ils
-se soient figuré qu'une profonde ignorance de la partie technique
-fût un motif de plus pour s'élever à des considérations purement
-métaphysiques; en un mot, que la préoccupation du métier dût rendre
-les artistes de profession peu propres à s'élever jusqu'aux sommets
-interdits aux profanes de l'esthétique et des spéculations pures. Quel
-est l'art dans lequel l'exécution ne suive si intimement l'invention?
-Dans la peinture, dans la poésie, _la forme se confond avec la
-conception._ Parmi les lecteurs, les uns lisent pour s'instruire, les
-autres pour se divertir.
-
-Quoique l'auteur soit du métier et en connaisse ce qu'une longue
-pratique, aidée de beaucoup de réflexions particulières, puisse en
-apprendre, il ne s'appesantira pas autant qu'on pourrait le penser
-sur cette partie de l'art qui paraît l'art tout entier à beaucoup
-d'artistes médiocres, mais sans laquelle l'art ne serait pas. Il
-paraîtra aussi empiéter sur le domaine des critiques en matière
-d'esthétique qui croient sans doute que la pratique n'est pas
-nécessaire pour s'élever aux considérations spéculatives sur les arts.
-
-Voir mes notes du 7 mai 1849[336]: «Montaigne écrit à bâtons rompus.
-Ce sont les ouvrages les plus intéressants. Après le travail de
-l'auteur.... il y a celui du lecteur qui, ayant ouvert un livre pour se
-délasser, se trouve engagé presque d'honneur à poursuivre, etc.»
-
-Des hommes de génie faisant un dictionnaire ne s'entendraient pas; en
-revanche, si vous aviez de chacun deux un recueil de leurs observations
-particulières, quel dictionnaire ne compterait-on pas avec de
-semblables matériaux?... Cette forme doit amener des répétitions? etc.
-Tant mieux! les mêmes choses redites d'une autre manière ont souvent...
-etc.
-
-_Romantisme._ Voir mes notes du 17 mai 1853[337].
-
-*
-
-_Vendredi_ 23 _janvier.--Notes pour un_ DICTIONNAIRE DES BEAUX-ARTS:
-
-_Critique._ Son utilité.
-
-_Couleur de la chair._ La chair n'a sa vraie couleur qu'en plein air:
-se rappeler l'effet des polissons qui montaient dans les statues de la
-fontaine de la place Saint-Sulpice, et celui du raboteur que je voyais
-de ma fenêtre dans la galerie; combien dans ce dernier les demi-teintes
-de la chair sont colorées en les comparant aux matières inertes. Voir
-mes notes du 7 septembre 1856[338].
-
-_Talents faciles._ Il y a des talents qui viennent au monde tout prêts
-et armés de toutes pièces: Charlet, Bonington, etc. Voir mes notes du
-31 décembre 1856[339].
-
-_Expression._ Qu'il ne faut pas la rendre jusqu'à inspirer le dégoût.
-
-Ce que dit Mozart à ce sujet. Voir mes notes du 12 décembre 1856[340].
-
-_Exécution._ Voir mes notes du 9 décembre 1856[341], à propos du
-portrait de Thiers par Delaroche, faible ouvrage sans caractère, et
-d'un petit portrait flamand, en pied, admirable morceau qui plaira
-toujours par l'exécution.
-
-Un grand asservissement au modèle chez les Français: tombeau du
-maréchal de Saxe, à Strasbourg[342]. Cariatides de la galerie
-d'Apollon. Voir mes notes du 23 mars 1855[343].
-
-_Gravure._ La gravure est un art qui s'en va, mais sa décadence n'est
-pas due seulement aux procédés mécaniques avec lesquels on la supplée,
-ni à la photographie, ni à la lithographie, genre qui est loin de la
-suppléer, mais plus facile et plus économique.
-
-Les plus anciennes gravures sont peut-être les plus expressives. Les
-Lucas de Leyde, les Albert Dürer, les Marc-Antoine sont de vrais
-graveurs, dans ce sens qu'ils cherchent avant tout à rendre l'esprit
-du peintre qu'ils veulent reproduire. Beaucoup de ces hommes de génie,
-en reproduisant leur propre invention, cédaient tout naturellement à
-leur sentiment sans avoir à se préoccuper de traduire une impression
-étrangère; les autres, s'appliquant à rendre l'ouvrage d'un autre
-artiste, évitaient avec soin de briller à leur manière en déployant une
-adresse de la main, propre seulement à détourner de l'impression.
-
-La perfection de l'outil, c'est-à-dire des moyens matériels de rendre,
-a commencé.
-
-La gravure est une véritable traduction (voyez _Traduction_),
-c'est-à-dire l'art de transporter une idée d'un art dans un autre comme
-le traducteur le fait à l'égard d'un livre écrit dans une langue et
-qu'il transporte dans la sienne. La langue du graveur, et c'est ici que
-se montre son génie, ne consiste pas seulement à imiter par le moyen
-de son art les effets de la peinture, qui est comme une autre langue.
-Il a, si l'on peut parler ainsi, sa langue à lui qui marque d'un
-cachet particulier ses ouvrages, et qui, dans une traduction fidèle de
-l'ouvrage qu'il imite, laisse éclater son sentiment particulier.
-
-_Coloration dans la gravure._ Dans quelle mesure.
-
-_Fresque._ On aurait tort de supposer que ce genre soit plus difficile
-que la peinture à l'huile, parce qu'il demande à être fait au premier
-coup.
-
-Le peintre à fresque exige moins de lui-même matériellement parlant:
-il sait aussi que le spectateur ne lui demande aucune des finesses qui
-ne s'obtiennent dans l'autre genre que par des travaux compliqués. Il
-prend des mesures de manière à abréger par des travaux préparatoires
-le travail définitif. Comment serait-il possible qu'il mît la moindre
-unité dans un ouvrage qu'il fait comme une mosaïque et pis encore,
-puisque chaque morceau, au moment où il le peint, est différent de
-ton, c'est-à-dire par parties juxtaposées sans qu'il soit possible
-d'accorder celle qui est peinte aujourd'hui avec celle qui a été peinte
-hier, s'il ne s'était rendu auparavant un compte exact de l'ensemble
-de son tableau? C'est l'office du carton ou dessin dans lequel il
-étudie à l'avance les lignes, l'effet et jusqu'à la couleur qu'il veut
-exprimer.
-
-Il ne faut pas non plus prendre au pied de la lettre ce qu'on nous dit
-de la merveilleuse facilité de ces faiseurs de fresques à triompher
-de ces obstacles. Il n'est presque pas de morceau de fresque qui ait
-satisfait son auteur de manière aie dispenser de retouches; elles sont
-nombreuses sur les ouvrages les plus renommés. Et qu'importe après
-tout qu'un ouvrage soit fait facilement? Ce qui importe, c'est qu'il
-produise tout l'effet qu'on a droit d'attendre; seulement il faut dire,
-au désavantage de la fresque, que ces retouches faites après coup
-avec une espèce de détrempe et même quelquefois à l'huile, peuvent à
-la longue trancher sur le tout et contribuer au défaut de solidité.
-La fresque se ternit et pâlit de plus en plus avec le temps. Il est
-difficile de juger au bout d'un siècle ou deux de ce qu'a pu être une
-fresque et des changements que le temps y a produits.
-
-Les changements qu'elle subit sont en sens inverse de ceux qui altèrent
-les tableaux à l'huile. Le noir, l'effet sombre se produit dans ces
-derniers par la carbonisation de l'huile, mais plus encore par la
-crasse des vernis. La fresque, au contraire, dont la chaux est la base,
-contracte par l'effet de l'humidité des lieux où elle a été appliquée,
-ou par celle de l'atmosphère, une atténuation sensible de ses teintes.
-
-Tous ceux qui ont fait de la fresque ont remarqué qu'il se formait du
-jour au lendemain à la surface des teintes conservées dans des vases
-séparés une sorte de pellicule blanchâtre et comme un voile grisâtre;
-cet effet, plus prononcé sur une masse considérable de la même teinte,
-se produit à la longue sur la peinture elle-même, la voile en quelque
-sorte, et tend à la désaccorder par la suite; car cette atténuation se
-produisant surtout sur les teintes où la chaux domine, il en résulte
-que celles qui n'en contiennent pas une aussi grande quantité restent
-plus vives et amènent par leur crudité relative un effet qui n'était
-pas dans la pensée du peintre. On conclura aisément, de l'inconvénient
-que nous venons de signaler, que la fresque ne convient pas à nos
-climats, où l'air contient beaucoup d'humidité; à la vérité, les
-climats chauds leur sont contraires sous un autre rapport, qui est
-peut-être plus capital encore.
-
-Un des grands inconvénients de ce genre est la difficulté de rendre
-adhérente au mur la préparation (on aura fait précéder tout ceci
-d'une explication sommaire du procédé de la fresque) nécessaire. La
-grande sécheresse ici est un ennui qu'il est impossible de combattre.
-Toute fresque tend à la longue à se détacher de la muraille contre
-laquelle elle est appliquée; c'est la fin la plus ordinaire et la plus
-inévitable.
-
-On pourrait peut-être remédier en partie à cela (expliquer le procédé
-de la bourre).
-
-_Ébauche._ Il est difficile de dire ce qu'était l'ébauche d'un Titien,
-par exemple. Chez lui, la touche est si peu apparente, la main de
-l'ouvrier se dérobe si complètement, que les routes qu'il a prises
-pour arriver à cette perfection restent un mystère. Il reste de lui
-des préparations de tableaux, mais dans des sens différents: les unes
-sont de simples grisailles, les autres sont comme charpentées à grandes
-touches avec des tons presque crus; c'était ce qu'il appelait faire le
-lit de la peinture. (C'est ce qui manque particulièrement à David et à
-son école.) Mais je ne pense pas qu'aucune puisse mettre sur la voie
-des moyens qu'il a employés pour le conduire à cette manière toujours
-égale à elle-même qui se remarque dans ses ouvrages finis, malgré des
-points de départ aussi différents.
-
-L'exécution du Corrège présente à peu près le même problème, quoique
-la teinte en quelque sorte ivoirée de ses tableaux et la douceur des
-contrastes donnent à penser qu'il a dû presque toujours commencer par
-de la grisaille. (Parler de Prud'hon, de l'école de David; dans cette
-école l'ébauche est nulle, car on ne peut donner ce nom à de simples
-frottis qui ne sont que le dessin un peu plus arrêté et recouverts
-ensuite entièrement par la peinture.)
-
-_Pensée. (Première pensée.)_ Les premiers linéaments par lesquels
-un maître habile indique sa pensée contiendront le germe de tout
-ce que l'ouvrage présentera de saillant. Raphaël, Rembrandt, le
-Poussin,--je nomme exprès ceux-ci parce qu'ils ont brillé surtout par
-la pensée,--jettent sur le papier quelques traits: il semble que
-pas un ne soit indifférent. Pour des yeux intelligents, la vie déjà
-est partout, et rien dans le développement de ce thème en apparence
-si vague ne s'écartera de cette conception à peine éclose au jour et
-complète déjà.
-
-Il est des talents accomplis qui ne présentent pas la même vivacité
-ni surtout la même clarté dans cette espèce d'éveil de la pensée à la
-lumière; chez ces derniers, l'exécution est nécessaire pour arriver
-à l'imagination du spectateur. En général, ils donnent beaucoup à
-l'imitation. La présence du modèle leur est indispensable pour assurer
-leur marche. Ils arrivent par une autre voie à l'une des perfections de
-l'art.
-
-En effet, si vous ôtez à un Titien, à un Murillo, à un Van Dyck la
-perfection étonnante de cette imitation de la nature vivante, cette
-exécution qui fait oublier l'art et l'artiste, vous ne trouvez dans
-l'invention du sujet ou dans sa disposition qu'un motif souvent dénué
-d'intérêt pour l'esprit, mais que le magicien saura bien relever
-parla poésie de son coloris et les prodiges de son pinceau. Le relief
-extraordinaire, l'harmonie des nuances, l'air et la lumière, toutes
-les merveilles de l'illusion, s'étaleront sur ce thème dont l'esquisse
-froide et nue ne disait rien à l'esprit.
-
-Qu'on se figure ce qu'a pu être la première pensée de l'admirable
-tableau des _Pèlerins d'Emmaüs_, de Paul Véronèse: rien de plus
-froid que cette disposition, refroidie encore par la présence de ces
-personnages étrangers à la scène, de cette famille des donateurs qui
-se trouve là, en effet, par la plus singulière convention, de ces
-petites filles en robe de brocart jouant avec un chien dans l'endroit
-le plus apparent du tableau, de tant d'objets, costumes, architecture,
-etc., contraires à la vraisemblance!
-
-Voyez, au contraire, dans Rembrandt, le croquis de ce sujet qu'il a
-traité plusieurs fois et avec prédilection; il fait passer devant
-nos yeux cet éclair qui éblouit les disciples au moment où le divin
-Maître se transfigure en rompant le pain: le lieu est solitaire; point
-de témoins importuns de cette miraculeuse apparition; l'étonnement
-profond, le respect, la terreur se peignent dans ces lignes jetées
-par le sentiment sur ce cuivre, qui se passe, pour vous émouvoir, du
-prestige de la couleur.
-
-Dans le premier coup de pinceau que Rubens donne à son esquisse, je
-vois Mars ou Bellone; les Furies secouant leur torche aux lueurs
-sinistres, les divinités paisibles s'élançant en pleurant pour les
-arrêter ou s'enfuyant à leur approche; les arcs, les monuments
-détruits, les flammes de l'incendie. Il semble dans ces linéaments à
-peine tracés que mon esprit devance mon œil et saisisse la pensée
-avant presque qu'elle ait pris une forme. Rubens trace la première
-idée de son sujet avec son pinceau, comme Raphaël ou Poussin avec leur
-plume ou leur crayon. Malheur à l'artiste qui finit trop tôt certaines
-parties de l'ébauche! Il faut une bien grande sûreté pour ne pas être
-conduit à modifier ces parties quand les autres parties seront finies
-au même degré. Voir mes notes du 2 août 1855[344].
-
-_Terrible._ La sensation du _terrible_ et encore moins celle de
-l'_horrible_ ne peuvent se supporter longtemps. Il en est de même
-du _surnaturel._ Je lis depuis quelques jours une histoire d'Edgar
-Poë qui est celle de naufragés qui sont pendant cinquante pages dans
-la position la plus horrible et la plus désespérée: rien n'est plus
-ennuyeux. On reconnaît le mauvais goût des étrangers. Les Anglais,
-les Allemands, tous ces peuples anti-latins n'ont pas de littérateurs
-parce qu'ils n'ont aucune idée du goût et de la mesure[345]. Ils vous
-assomment avec la situation la plus intéressante.
-
-Clarisse même, venue dans un temps où il y avait un reflet en
-Angleterre des convenances françaises, ne pouvait être imaginée que de
-l'autre côté du détroit. Walter Scott, Cooper, à un degré bien plus
-choquant, vous noient dans des détails qui ôtent tout l'intérêt. Le
-_terrible_ est dans les arts un don naturel comme celui de la _grâce._
-L'artiste qui n'est pas né pour exprimer cette sensation et qui veut
-le tenter, est encore plus ridicule que celui qui veut se faire léger
-malgré sa nature. Nous avons parlé ailleurs de la figure que Pigalle a
-imaginée pour représenter la mort dans le tombeau du maréchal de Saxe.
-Certes le _terrible_ était là à sa place. Shakespeare seul savait faire
-parler les esprits.
-
-Michel-Ange.--Les masques antiques et Géricault.
-
-Le _terrible_ est comme le _sublime_, il ne faut pas en abuser.
-
-_Sublime._ Le _sublime_ est dû le plus souvent, chose singulière, au
-défaut de proportion. Voir mes notes du 9 mai 1853[346]. Mozart, Racine
-paraissent naturels, étonnent moins que Shakespeare et Michel-Ange.
-
-_Prééminence dans les arts._ Y en a-t-il qui effectivement soient
-supérieurs? Voir mes notes du 20 mai 1853[347]. C'est la question de
-Chenavard.
-
-_Unité._ Voir mes notes du 22 mars 1857[348]. D'_Obermann_: «L'unité,
-sans laquelle il n'y a pas d'ouvrage qui puisse être beau.» J'ajoute
-qu'il n'y a que l'homme qui fasse des ouvrages sans unité. La nature,
-au contraire, met l'unité même dans les parties d'un tout.
-
-_Vague._ Même page aussi d'_Obermann._--Aussi l'église Saint-Jacques de
-Dieppe.
-
-_Modèle._ Voir mes notes du 5 mars 1857[349]. Asservissement au modèle
-dans David. Je lui oppose Géricault, qui imite également, mais plus
-librement, et met plus d'intérêt.
-
-_Préparations._ Tout donne à penser que les préparations des anciennes
-écoles flamandes ont été uniformes. Rubens, en les suivant, car il
-n'a rien changé à la méthode de ses maîtres sous ce rapport, s'y est
-constamment conformé. Le fond était clair, et comme ces écoles se sont
-servies presque exclusivement de panneaux, il était lisse. L'usage des
-pinceaux a prévalu sur celui des brosses jusqu'aux écoles des derniers
-temps.
-
-_Effet_ sur l'imagination. (Voir _Intérêt._) Byron dit que les poésies
-de Campbell[350] sentent trop le travail... tout le brillant du premier
-jet est perdu. Il en est de même des poèmes comme des tableaux, ils
-ne doivent pas être trop finis. Le grand art est l'effet, n'importe
-comment on le produit. Voir mes notes du 18 juillet 1850[351].
-
-«Dans la peinture, et surtout dans le portrait, dit Mme Cavé, dans son
-joli traité, c'est l'esprit qui parle à I esprit, et non _la science
-qui parle à la science._» Cette observation, plus profonde qu'elle ne
-l'a peut-être cru elle-même, est le procès fait à la pédanterie de
-l'exécution. Je me suis dit cent fois que la _peinture_, matériellement
-parlant, _n'était qu'un pont_[352] _jeté entre l'esprit du peintre et
-celui du spectateur._
-
-La froide exactitude n'est pas l'art: l'ingénieux artifice, quand
-il plaît et qu'il exprime, est l'art tout entier. La prétendue
-conscience de la plupart des peintres n'est que la perfection apportée
-laborieusement à l'art d'ennuyer.
-
-L'expérience est indispensable pour apprendre tout le parti qu'on
-peut tirer de son instrument, mais surtout pour éviter ce qui ne doit
-pas être tenté. L'homme sans maturité se jette à tout propos dans des
-tentatives insensées en voulant faire rendre à l'art plus qu'il ne peut
-ou ne doit; il n'arrive même pas à un certain degré de supériorité dans
-les limites du possible. Il ne faut pas oublier que le langage, et
-j'applique ceci au langage de tous les arts, est toujours imparfait.
-Le grand écrivain supplée à cette imperfection par le tour particulier
-qu'il donne à la langue de tout le monde; l'expérience, mais surtout la
-confiance dans ses forces, donne au talent cette assurance d'avoir fait
-tout ce qui pouvait être fait. Il n'y a que les fous ou les impuissants
-qui se tourmentent pour l'impossible. L'homme supérieur sait s'arrêter:
-il sait qu'il a fait ce qu'il est possible de faire. Voir mes notes du
-25 juin 1850[353].
-
-Sans hardiesse et même sans une hardiesse extrême, il n'y a pas de
-beautés. Lord Byron vante le genièvre comme son Hippocrène à cause
-de la hardiesse qu'il y puisait. Il faut donc presque être _hors de
-soi, amens_, pour être tout ce qu'on peut être. Étrange phénomène qui
-ne relève pas notre nature ni l'opinion qu'on doit avoir de tous les
-beaux esprits qui ont été chercher dans une bouteille le secret de leur
-talent[354].
-
-_Musique d'église._ Lord Byron dit qu'il a eu le projet de composer
-un poème de Job. «Mais, dit-il, je l'ai trouvé trop sublime: il n'y a
-point de poésie qu'on puisse comparer à celle-là.»
-
-J'en dirai autant de la simple musique d'église.
-
-_Architecte._ Voir mes notes du 14 juin 1850[355].
-
-_Autorité._
-
-_Anciens et modernes._ Voir l'article de Thierry, _Moniteur_ du 17
-mars, sur l'étude de Virgile par Sainte-Beuve.
-
-Querelle entre la simplicité et l'élan moderne vers d'autres sources du
-beau.
-
-_Beau. Vague._ Voir dans _Obermann_, t. I, p. 153.
-
-_Liaison._ Quand nous jetons les yeux sur les objets qui nous
-entourent, que ce soit un paysage ou un intérieur, nous remarquons
-entre les objets qui s'offrent à nos regards une sorte de liaison
-produite par l'atmosphère qui les enveloppe et par les reflets de tout
-genre qui font pour ainsi dire participer chaque objet à une sorte
-d'harmonie générale. C'est une sorte de charme dont il semble que la
-peinture ne peut se passer; cependant il s'en faut que la plupart
-des peintres et même des grands maîtres s'en soient préoccupés. Le
-plus grand nombre semble même n'avoir pas remarqué dans la nature
-cette harmonie nécessaire qui établit dans un ouvrage de peinture une
-unité que les lignes elles-mêmes ne suffisent pas à créer, malgré
-l'arrangement le plus ingénieux.
-
-Il semble presque superflu de dire que les peintres peu portés vers
-l'effet et la couleur n'en ont tenu aucun compte; mais ce qui est plus
-surprenant, c'est que chez beaucoup de grands coloristes cette qualité
-est très souvent négligée, et assurément par un défaut de sentiment à
-cet endroit.
-
-_Michel-Ange._ On peut dire que si son style a contribué à corrompre
-le goût, la fréquentation de Michel-Ange a exalté[356] et élevé
-successivement au-dessus d'eux-mêmes toutes les générations de peintres
-qui sont venues après lui.
-
-Rubens l'a imité, mais comme il pouvait imiter. Il était imbu
-d'ouvrages sublimes, et il s'y était senti porté parce qu'il avait en
-lui. Quelle différence entre cette imitation et celle des Carrache!
-
-_Réussir._ Pour _réussir_ clans un art, il faut le cultiver toute sa
-vie. Voir mes notes du 22 mai 1850[357].
-
-Après être resté longtemps en Angleterre, il s'était déshabitué de sa
-propre langue; il lui fallut du temps pour s'y remettre; tant il faut
-se tenir en haleine... Et _c'est Voltaire qui parle!_
-
-_Peinture des églises. Ornements peints._ Voir, dans mes notes du 22
-avril 1849, ce que m'en dit Isabey à Notre-Dame de Lorette[358]. Il y a
-dans le même Agenda, vers la fin, d'autres réflexions sur le même sujet.
-
-_Inconvénient des fonds d'or._ Même note.
-
-_La peinture monumentale_, comme l'entendent les modernes.
-
---Il faut de toutes mes notes, autres que celles qui s'appliquent au
-DICTIONNAIRE, faire un ouvrage suivi[359], au moyen de la _jonction des
-passages_ analogues et au moyen de _transitions insensibles._ Il ne
-faut donc pas les détacher et les _publier séparément._ Par exemple,
-mettre ensemble tout ce qui est du _spectacle_ de la nature, etc.
-
-Des _Dialogues_ permettraient une grande liberté de langage à la
-première personne, des transitions faciles, des contradictions,
-etc.--Des extraits d'une correspondance rempliraient le même
-objet.--Lettres de deux amis, l'un triste, l'autre gai, les deux faces
-de la vie.--Lettres et observations critiques.
-
-
-_Notes pour un_ DICTIONNAIRE DES BEAUX-ARTS:
-
-_Avertissement préliminaire._
-
-_Architecture des églises chrétiennes._ Article du _Moniteur_, 37 mars
-1857, sur l'invention de M. Garnaud[360].
-
-_Homère._ Rubens est plus homérique que certains antiques. Il
-avait un génie analogue. C'est l'esprit qui est tout. Ingres n'a
-rien d'homérique que la prétention. Il calque l'extérieur. Rubens
-est un Homère en peignant l'esprit et en négligeant le vêtement,
-ou plutôt avec le vêtement de son époque.--Tapisseries de la _Vie
-d'Achille_[361]. Il est plus homérique que Virgile, c'est qu'il l'était
-tout naturellement.
-
-_Objets polis._ Il semble que par leur nature ils favorisent l'effet
-propre à les rendre en ce que leurs clairs sont beaucoup plus vifs et
-leurs parties sombres beaucoup plus sombres que dans les objets mats.
-Ce sont de véritables miroirs! Là où ils ne sont pas frappés par une
-vive lumière, ils réfléchissent avec une intensité extrême les parties
-sombres. J'ai dit ailleurs[362] que le ton même de l'objet se trouvait
-toujours à côté du point le plus brillant, et ceci s'applique aux
-étoffes luisantes, au pelage des animaux comme aux métaux polis.
-
-_Exécution._ La bonne ou plutôt la vraie exécution est celle qui par la
-pratique, en apparence matérielle, ajoute à la pensée, sans laquelle la
-pensée n'est pas complète; ainsi sont les beaux vers. On peut exprimer
-platement de belles idées.
-
-L'exécution de David est froide; elle refroidirait des idées plus
-élevées et plus animées que les siennes. L'exécution, au contraire,
-relève l'idée dans ce qu'elle a de commun ou de faible.
-
-_Imagination_[363]. Elle est la première qualité de l'artiste. Elle
-n'est pas moins nécessaire à l'amateur. Je ne conçois pas l'homme dénué
-d'imagination et qui achète des tableaux: c'est qu'il a de la vanité
-en proportion de ce qui lui manque sous le rapport que j'ai dit. Or,
-quoique cela paraisse étrange, le plus grand nombre des hommes en est
-dépourvu. Non seulement ils n'ont pas cette imagination ardente ou
-pénétrante qui leur peint avec vivacité les objets, qui les introduit
-dans leurs causes mêmes, mais ils n'ont pas davantage la compréhension
-nette des ouvrages où cette imagination domine.
-
-Les partisans de l'axiome des sensualistes, que _nil in intellectu quod
-non fuerit prius in sensu_, prétendent en conséquence de ce principe
-que l'imagination n'est qu'une espèce de souvenir. Il faudra bien
-qu'ils accordent cependant que tous les hommes ont la sensation et la
-mémoire, et que très peu ont l'imagination, qu'on prétend se composer
-de ces deux éléments. L'imagination chez l'artiste ne se représente
-pas seulement tels ou tels objets, elle les combine pour la fin qu'il
-veut obtenir; elle fait des tableaux, des images qu'il compose à son
-gré. Où est donc l'expérience acquise qui peut donner cette faculté de
-composition?
-
-_Empâtement._ Le vrai talent de l'exécution doit consister à tirer
-le meilleur parti possible pour l'effet des moyens matériels. Chaque
-procédé a ses avantages et ses inconvénients. Pour ne parler que de
-celui de la peinture à l'huile, qui est le plus parfait et le plus
-abondant en ressources, il importe d'étudier comment il a été employé
-par les diverses écoles et de voir le parti qu'on peut tirer de ces
-différentes manières. Mais sans entrer dans le détail de chacune de ces
-manières, on peut s'en rendre compte _à priori._
-
-Ce qui constitue les avantages de ce genre (la peinture à l'huile),
-que les grands maîtres ont porté diversement à la perfection, est: 1°
-l'intensité que les tons foncés conservent au moment de l'exécution;
-ce qui ne se rencontre ni dans la détrempe, ni dans la fresque, ni
-dans l'aquarelle, ni en un mot dans toutes les peintures à l'eau,
-laquelle, étant l'unique agent qui délaye les couleurs, les laisse en
-s'évaporant beaucoup au-dessous du ton: la peinture à l'huile a la
-propriété de conserver les couleurs fraîches pour les marier; 2° la
-faculté d'employer suivant l'opportunité tantôt les frottis, tantôt
-les empâtements, ce qui favorise incomparablement le rendu, soit des
-parties mates, soit des parties transparentes; 3° la possibilité de
-revenir à volonté sur la peinture sans l'altérer, et au contraire en
-augmentant la vigueur de l'effet ou en atténuant la crudité des tons;
-4° la facilité que la fluidité des couleurs, pendant un temps assez
-long, donne à l'artiste dans le maniement du pinceau, etc.
-
-Plusieurs inconvénients: effets du vernis par le temps; nécessité
-d'attendre pour retoucher.
-
-Il est nécessaire de calculer le contraste de l'empâtement et du
-glacis, de manière que ce contraste se fasse encore sentir, même quand
-les vernis successifs ont produit leur effet, qui est toujours de
-rendre le tableau lisse.
-
-_Arbres._ La manière de les peindre et de les préparer.
-
-J'ai noté dans un _Agenda_ (29 avril 1854) cette sorte d'ébauche
-conforme à la marche naturelle[364].
-
-_Poussière._ Le ton de la poussière est la demi-teinte la plus
-universelle. En effet, elle est un composé de tous les tons. Les tons
-de la palette mêlés ensemble donnent toujours un ton de poussière plus
-ou moins intense.
-
-_Graveur._ Je trouve dans un article de la _Presse_ sur Geoffroi
-Tory[365], du 17 juin 1857, que les anciens graveurs étaient des
-artistes; aujourd'hui ils ne sont que des mercenaires!
-
-_Intérêt._ Mettre de l'intérêt dans un ouvrage, tel est le but
-principal que se propose l'artiste; on n'y parvient que par la réunion
-de beaucoup de moyens. Un sujet intéressant ne peut parvenir à
-intéresser quand il est traité par une main malhabile: ce qui semble,
-au contraire, le moins fait pour intéresser, intéresse et captive sous
-une main savante et au souffle de l'inspiration. Une sorte d'instinct
-fait démêler à l'artiste supérieur où doit principalement résider
-l'intérêt de sa composition. L'art de grouper, l'art de porter à
-propos la lumière et de colorer avec vivacité ou avec sobriété, l'art
-de sacrifier comme celui de multiplier les moyens d'effet, une foule
-d'autres qualités du grand artiste sont nécessaires pour exciter
-l'intérêt et y concourir dans la mesure convenable; l'exacte vérité
-des caractères ou leur exagération, la multiplicité comme la sobriété
-des détails, la réunion des masses comme leur dispersion, toutes les
-ressources de l'art, en un mot, deviennent sous la main de l'artiste
-comme les touches d'un clavier dont il tire certains sons, tandis qu'il
-laisse sommeiller certains autres.
-
-La source principale de l'intérêt vient de l'âme, et elle va à l'âme
-du spectateur d'une manière irrésistible. Non pas que toute œuvre
-intéressante frappe également tous les spectateurs par cela que
-chacun d'eux est censé avoir une âme: on ne peut émouvoir qu'un sujet
-doué de sensibilité et d'imagination. Ces deux facultés sont aussi
-indispensables au spectateur qu'à l'artiste, quoique dans une mesure
-différente.
-
-Les talents maniérés ne peuvent éveiller un intérêt véritable; ils
-peuvent exciter la curiosité, flatter un goût du moment, s'adresser
-à des passions qui n'ont rien de commun avec l'art; mais comme le
-caractère principal de la manière est le défaut de sincérité dans le
-sentiment comme dans l'imitation, ils ne peuvent frapper l'imagination
-qui n'est en nous-mêmes qu'une sorte de miroir où la nature telle
-qu'elle est vient se réfléchir pour nous donner, par une sorte de
-souvenir puissant, les spectacles des choses dont l'âme seule a la
-jouissance.
-
-Il n'y a guère que les maîtres qui excitent l'intérêt, mais ils le font
-par des moyens différents, à raison de la pente particulière de leur
-génie. Il serait absurde de demander à un Rubens l'espèce d'intérêt
-qu'un Léonard ou un Raphaël sait exciter par des détails tels que des
-mains, des têtes dans lesquelles la correction s'unit à l'expression.
-Il est aussi inutile de demander à ces derniers ces effets d'ensemble,
-cette verve, cette largesse que recommandent les ouvrages du plus
-brillant des peintres. Le _Tobie_ de Rembrandt ne se recommande pas
-par les mêmes qualités que tels tableaux du Titien, dans lesquels la
-perfection des détails est loin de nuire à la beauté de l'ensemble,
-mais qui ne portent point dans l'imagination cette émotion, ce trouble
-même que la naïveté et le nerf des caractères, la singularité et la
-profondeur de certains effets font éprouver à l'âme en présence d'un
-ouvrage de Rembrandt.
-
-David faisait consister le mérite à bien copier son modèle, tout en
-s'amendant à l'aide de fragments antiques pour en relever la vulgarité.
-
-Corrège, au contraire, ne jetait un regard sur la nature que pour
-s'empêcher de tomber dans des énormités. Tout son charme, tout ce qui
-est en lui puissance et effets de génie, sortait de son imagination
-pour aller réveiller un écho dans les imaginations faites pour le
-comprendre...
-
-_Éclectisme dans les arts._ Ce mot pédant, introduit dans la langue
-par les philosophes de ce siècle, s'applique assez bien aux tentatives
-modérées de certaines écoles. On pourrait dire que l'_éclectisme_ est
-la bannière française par excellence dans les arts du dessin et dans
-la musique. Les Allemands et les Italiens ont eu dans leurs arts des
-qualités tranchées dont les unes sont souvent antipathiques aux autres:
-les Français semblent avoir cherché de tout temps à concilier ces
-extrêmes en atténuant ce qu'ils semblaient avoir de discordant. Aussi
-leurs ouvrages sont-ils moins frappants. Ils s'adressent à l'esprit
-plus qu'au sentiment. Dans la musique, dans la peinture, ils viennent
-après toutes les autres écoles, apportant à petites doses dans leurs
-œuvres une somme de qualités qui s'excluent chez les autres, mais
-qui s'allient chez eux grâce à leur tempérament.
-
-_Sentiment._ Le sentiment fait des miracles. C'est par lui qu'une
-gravure, qu'une lithographie produit à l'imagination l'effet de la
-peinture elle-même. Dans ce grenadier de Charlet, je vois le ton à
-travers le crayon; en un mot, je ne désire rien de plus que ce que je
-vois. Il me semble que la coloration, que la peinture me gênerait,
-nuirait à l'effet de l'ensemble.
-
-Le sentiment, c'est la touche intelligente qui résume, qui donne
-l'équivalent.
-
-_Chefs-d'œuvre._ Voir mes notes du 21 février 1856[366].
-
-_Intérêt_ (suite)[367]. Les écoles ne voient tour à tour de perfection
-que dans une seule espèce de mérite. Elles condamnent tout ce que les
-maîtres à la mode ont condamné. Le dessin est aujourd'hui à la mode:
-encore n'est-ce qu'une seule espèce de dessin! Le dessin de David,
-dans cette école de David issue de David, n'est plus le vrai dessin...
-
-_Originalité._ Consiste-t-elle dans la priorité d'invention de
-certaines idées, de certaines effets frappants?
-
-_École. Faire école._ Des hommes médiocres ou au moins secondaires
-ont pu _faire école_, tandis que de très grands hommes n'ont point
-eu cet avantage, si c'en est un. Il y a quatre-vingts ans, c'étaient
-les Vanloo qui donnaient les prix de Rome et dont le style régnait
-en souverain. Dans ce moment s'éleva un talent qui avait sucé leurs
-principes et qui devait s'illustrer par des principes tout différents.
-David renouvelle l'art, on peut le dire; mais le mérite n'en est pas
-seulement à son originalité propre; plusieurs tentatives avaient été
-faites: Mengs et autres. La découverte des peintures d'Herculanum avait
-poussé les esprits à limitation et à l'admiration de l'antique. Arrive
-David, esprit plus vigoureux qu'inventif, plus sectaire qu'artiste,
-imbu des idées modernes qui éclataient en tout dans la politique et qui
-portaient à l'admiration exclusive des anciens, surtout dans ce dernier
-objet résumé pour les arts... Le style _énervé_ et facile des Vanloo
-avait fait son temps.
-
-Cent soixante ans auparavant, un génie bien autrement original que
-celui de David, éclos au moment où l'école de Lebrun était dans toute
-sa force, n'obtint pas la même fortune. Tout le génie de Puget, toute
-sa verve, toute sa force, qui prenait sa source dans l'inspiration de
-la nature, ne put faire école en présence des Coysevox, des Coustou, de
-toute cette école très considérable elle-même, mais déjà entachée de
-manière et d'esprit d'école.
-
-_Raffinement._ Du raffinement dans les époques de décadence. Voir mes
-notes du 9 avril 1856[368].
-
-_Exécution._ Son importance. Le malheur des tableaux de David et de son
-école est de manquer de cette qualité précieuse sans laquelle le reste
-est imparfait et presque inutile. On peut y admirer un grand dessin,
-quelquefois de l'ordonnance, comme dans Gérard; de la grandeur, de la
-fougue, du pathétique, comme dans Girodet; un vrai goût antique chez
-David lui-même, dans les _Sabines_, par exemple. Mais le charme que
-la main de l'ouvrier ajoute à tous ces mérites est absent de leurs
-ouvrages et les place au-dessous de ceux des grands maîtres consacrés.
-Prud'hon[369] est le seul peintre de cette époque dont l'exécution
-soit égale à l'idée et qui plaise par ce côté du talent qu'on appelle
-la partie matérielle, mais qui est, quoi qu'on en dise, toute
-sentimentale, tout idéale comme la conception elle-même, qu'elle doit
-compléter nécessairement. Voir mes notes du 15 décembre 1857[370]. Dans
-cette peinture, l'épidémie manque partout.
-
-_Style moderne_ (en littérature). Le style moderne est mauvais: abus
-de la sentimentalité, du pittoresque à propos de tout. Si un amiral
-raconte des campagnes de mer, il le fait dans un style de romancier
-et presque d'humanitaire. On allonge tout, on poétise tout. On veut
-paraître ému, pénétré, et l'on croit à tort que ce dithyrambe perpétuel
-gagnera l'esprit du lecteur et lui donnera une grande idée de l'auteur
-et surtout de la bonté de son cœur. Les mémoires, les histoires même
-sont détestables. La philosophie, les sciences, tout ce qui s'écrit à
-propos de ces différents objets, est empreint de cette fausse couleur,
-de ce style d'emprunt.
-
-J'en suis fâché pour nos contemporains. La postérité n'ira pas chercher
-dans ce qu'ils laisseront, ni surtout dans les portraits qu'ils auront
-faits d'eux-mêmes, des modèles de sincérité. Il n'y a pas jusqu'à
-l'admirable histoire de Thiers à porter l'empreinte de ce style
-pleurard, toujours prêt à s'arrêter en chemin pour gémir sur l'ambition
-des conquérants, sur la rigueur des saisons, sur les souffrances
-humaines. Ce sont des sermons ou des élégies. Rien de mâle ou qui fasse
-l'effet uniquement convenable, et cela, parce que rien n'est à sa
-place ou en tient trop et est déclamé en pédagogue plutôt que raconté
-simplement.
-
-_Autorités._ La peste pour les grands talents, et presque la totalité
-du talent pour les médiocres. Voir mes notes du 10 octobre 1853[371].
-«Elles sont les lisières qui aident presque tout le monde à marcher
-quand on entre dans la carrière, mais elles laissent à presque tout le
-monde des marques ineffaçables.»
-
-_Modèle._ Sur l'emploi du modèle, voir mes notes du 12 octobre[372] et
-du 17 octobre 1853[373].
-
-_Opéra._ Sur la réunion des différents arts dans ce genre de spectacle,
-sur le plaisir qui résulte de cette réunion et aussi sur la fatigue qui
-doit gagner plus vite le spectateur en raison de cette surabondance
-d'expression, voir calepin d'Augerville, 1854[374]. J'y parle aussi de
-la sonorité, que Chopin n'admettait pas comme une source légitime de
-sensation.
-
-_Exécution._ Nous avons dit qu'une bonne exécution était de la plus
-grande importance. On irait jusqu'à dire que, si elle n'est pas tout,
-elle est le seul moyen qui mette le reste en lumière et qui lui donne
-sa valeur. Les écoles de décadence l'ont placée dans une certaine
-prestesse de la main, dans une certaine façon cavalière d'exprimer,
-dans ce qu'on a appelé la franchise, le beau pinceau, etc. Il est
-certain qu'après les grands maîtres du seizième siècle, l'exécution
-matérielle change dans la peinture. La peinture des ateliers, une
-peinture faite du premier coup, sur laquelle on ne peut guère revenir,
-succède à ces exécutions toutes de sentiment, et que chaque maître se
-faisait à lui-même, ou plutôt que son instinct lui inspirait suivant le
-besoin de son génie. Certes on ne peut faire un Titien avec les moyens
-employés par un Rubens et le pointillage, etc. Le Raphaël que j'ai vu
-rue Grange-Batelière était fait à petits coups de pinceau... Un peintre
-de l'école des Carrache se serait cru déshonoré de peindre avec cette
-minutie. À plus forte raison ceux des écoles plus récentes et plus
-corrompues des Vanloo.
-
-_Style français._ Sur la froideur du style français. De cette
-correction même dans de grandes écoles comme celle de Louis XIV qui
-glace l'imagination tout en satisfaisant l'esprit. Voir mes notes du
-23 mars 1855[375]. Chose singulière, jusqu'à l'école de Lebrun, du
-Poussin, etc., d'où sont sortis les Coysevox, les Coustou, la sculpture
-française joint la fantaisie à la belle exécution et rivalise avec les
-écoles d'Italie du grand style. Germain Pilon, Jean Goujon.
-
-_Ébauche._ Voir mes notes du 2 avril 1855[376].
-
-_Couleur._ De sa supériorité ou de son exquisivité, si l'on veut, sous
-le rapport de l'effet sur l'imagination. Voir mes notes du 6 juin
-1851[377]. Sur la couleur chez Lesueur.
-
-_Oppositions._ Granet disait que la peinture consistait à mettre du
-blanc sur du noir et du noir sur du blanc.
-
-_Artiste._
-
-_Imitation._ On donne particulièrement le nom d'arts d'imitation à
-la peinture et à la sculpture; les autres arts, comme la musique, la
-poésie, n'imitent pas la nature directement, quoique leur but soit de
-frapper l'imagination.
-
-_De l'antique et des écoles hollandaises._ On s'étonnera de voir
-réunies dans un même titre des productions en apparence si diverses,
-diverses par le temps, mais moins diverses qu'on ne croit par le style
-et l'esprit dans lequel elles ont été conçues.
-
-_Antique_[378]. D'où vient cette qualité particulière, ce goût parfait
-qui n'est que dans l'antique? Peut-être de ce que nous lui comparons
-tout ce qu'on a fait en croyant limiter. Mais encore, que peut-on lui
-comparer dans ce qui a été fait de plus parfait dans les genres les
-plus divers? Je ne vois point ce qui manque à Virgile, à Horace. Je
-vois bien ce que je voudrais dans nos plus grands écrivains et aussi
-ce que je n'y voudrais pas. Peut-être aussi que, me trouvant avec ces
-derniers dans une communauté, si j'ose dire, de civilisation, je les
-vois plus à fond, je les comprends mieux surtout, je vois mieux le
-désaccord entre ce qu'ils ont fait et ce qu'ils ont voulu faire. Un
-Romain m'eût fait voir dans Horace et dans Virgile des taches ou des
-fautes que je ne peux y voir; mais c'est surtout dans tout ce qui nous
-reste des arts plastiques des anciens que cette qualité de goût et
-de mesure parfaite se trouve au plus haut point de perfection. Nous
-pouvons soutenir la comparaison avec eux dans la littérature; dans les
-arts, jamais.
-
-Titien est un de ceux qui se rapprochent le plus de l'esprit de
-l'antique. Il est de la famille des Hollandais et par conséquent
-de celle de l'antique. Il sait faire d'après nature: c'est ce qui
-rappelle toujours dans ses tableaux un type vrai, par conséquent non
-passager comme ce qui sort de l'imagination d'un homme, lequel ayant
-des imitateurs en donne plus vite le dégoût. On dirait qu'il y a un
-grain de folie dans tous les autres; lui seul est de bon sens, maître
-de lui, de sa facilité et de son exécution, qui ne le domine jamais
-et dont il ne fait point parade. Nous croyons imiter l'antique en le
-prenant pour ainsi dire à la lettre, en faisant la caricature de ses
-draperies, etc. Titien et les Flamands ont l'esprit de l'antique, et
-non l'imitation de ses formes extérieures.
-
-L'antique ne sacrifie pas à la grâce, comme Raphaël, Corrège et la
-Renaissance en général; il n'a pas cette affectation, soit de la force,
-soit de l'imprévu, comme dans Michel-Ange. Il n'a jamais la bassesse du
-Puget dans certaines parties, ni son naturel par trop naturel.
-
-Tous ces hommes ont, dans leurs ouvrages, des parties surannées; rien
-de tel dans l'antique. Chez les modernes, il y en a toujours trop; chez
-l'antique, toujours même sobriété et même force contenue.
-
-Ceux qui ne voient dans Titien que le plus grand des coloristes sont
-dans une grande erreur: il l'est effectivement, mais il est en même
-temps le premier des dessinateurs, si on entend par dessin _celui de la
-nature_[379], et non celui où l'imagination du peintre a plus de part,
-intervient plus que l'imitation. Non que cette imagination chez Titien
-soit servile: il ne faut que comparer son dessin à celui des peintres
-qui se sont appliqués à rendre exactement la nature dans les écoles
-bolonaise ou espagnole, par exemple. On peut dire que chez les Italiens
-le style l'emporte sur tout: je n'entends pas dire par là que tous les
-artistes italiens ont un grand style ou même un style agréable, je veux
-dire qu'ils sont enclins à abonder chacun dans ce qu'on peut appeler
-_leur style_, qu'on le prenne en bonne ou mauvaise part. J'entends par
-là que Michel-Ange abuse de son style, autant que le Bernin ou Piètre
-de Cortone, eu égard pour chacun à l'élévation ou à la vulgarité de ce
-style: en un mot, leur manière particulière, ce qu'ils croient ajouter
-ou ajoutent à leur insu à la nature, éloigne toute idée d'imitation et
-nuit à la vérité et à la naïveté de l'expression. On ne trouve guère
-cette naïveté précieuse chez les Italiens qu'avant le Titien, qui
-la conserve au milieu de cet entraînement de ses contemporains vers
-la manière, manière qui vise plus ou moins au sublime, mais que les
-imitateurs rendent bien vite ridicule.
-
-Il est un autre homme dont il faut parler ici, pour le mettre sur la
-même ligne que le Titien, si l'on regarde comme la première qualité
-la vérité unie à l'idéal: c'est Paul Véronèse. Il est plus libre
-que le Titien, mais il est moins fini. Ils ont tous les deux cette
-tranquillité, ce calme tempérament qui indique des esprits qui se
-possèdent. Paul semble plus savant, moins collé au modèle, partant
-plus indépendant dans son exécution. En revanche, le scrupule du
-Titien n'a rien qui incline à la froideur: je parle surtout de
-celle de l'exécution, qui suffit à réchauffer le tableau; car l'un
-et l'autre donnent moins à l'expression que la plupart des grands
-maîtres. Cette qualité si rare, ce sang-froid animé, si on peut le
-dire, exclut sans doute les effets qui tendent à l'émotion. Ce sont
-encore là des particularités qui leur sont communes avec ceux de
-l'antique, chez lesquels la forme plastique extérieure passe avant
-l'expression. On explique par l'introduction du christianisme cette
-singulière révolution qui se fait au moyen âge dans les arts du dessin,
-c'est-à-dire la prédominance de l'expression. Le mysticisme chrétien
-qui planait sur tout, l'habitude pour les artistes de représenter
-presque exclusivement des sujets de la religion qui parlent avant
-tout à l'âme, ont favorisé indubitablement cette pente générale à
-l'expression. Il en est résulté nécessairement dans les âges modernes
-plus d'imperfection dans les qualités plastiques. Les anciens n'offrent
-point les exagérations ou incorrections des Michel-Ange, des Puget, des
-Corrège; en revanche, le beau calme de ces belles figures n'éveille en
-rien cette partie de l'imagination que les modernes intéressent par
-tant de points. Cette turbulence sombre de Michel-Ange, ce je ne sais
-quoi de mystérieux et d'agrandi qui passionne son moindre ouvrage;
-cette grâce noble et pénétrante, cet attrait irrésistible du Corrège;
-la profonde expression et la fougue de Rubens; le vague, la magie, le
-dessin expressif de Rembrandt: tout cela est de nous, et les anciens ne
-s'en sont jamais doutés.
-
-Rossini est un exemple frappant de cette passion de l'agrément, de la
-grâce outrée. Aussi son école est-elle insupportable!
-
-
-[277] Nous donnons ci-contre le fac-simile d'une lettre adressée
-à cette date par Delacroix à Ingres, à propos de sa candidature à
-l'Académie des Beaux-Arts et dont nous devons la communication à
-l'obligeance de M. Chéramy.
-
-[278] Sur la question du _Beau_ et la conception de Delacroix touchant
-ce point, voir notre Étude, à la page XXVIII, ainsi que l'appréciation
-de M. Paul Mantz que nous avons rapportée dans l'annotation.
-
-[279] Tout ce passage sur le _Titien_ a une très grande importance
-pour quiconque veut suivre, en l'approfondissant, le développement
-esthétique de Delacroix. Il présente un double intérêt, tant au point
-de vue du jugement en lui-même, qui précise le dernier état de son
-opinion sur le maître vénitien, qu'au point de vue du contraste de
-cette opinion avec celles qu'il avait précédemment émises. Il n'est
-point d'artiste en effet sur le compte duquel il ait autant varié
-que Titien. On se rappelle certains passages, notamment une page sur
-l'_Ensevelissement_, à laquelle nous n'avons voulu croire qu'après
-l'avoir collationnée minutieusement sur les manuscrits originaux. Tout
-ce début de l'année 1857 est donc une véritable réparation à la mémoire
-du grand Vénitien.
-
-[280] La disposition de ce passage, la concision avec laquelle les
-idées sont jetées, sans souci de forme définitive ni de phrases
-terminées, marque suffisamment l'intention qu'avait Delacroix de
-revenir sur ce sujet et de le traiter avec les développements qu'il
-comporte. Il indique à la hâte, se réservant d'y insister, les
-principaux points de vue auxquels on pouvait les reprendre. Il n'est
-pas jusqu'à cet essai de _Dictionnaire des Beaux-Arts_ auquel nous
-allons arriver et qui constitue l'intérêt capital de cette publication,
-qui ne nous apparaisse comme un canevas, comme une brève esquisse
-destinée à se transformer en études suivies.
-
-[281] Personne mieux que Taine n'a compris l'universalité de génie de
-ces hommes du seizième siècle. Dans son _Voyage en Italie_, et à propos
-des mêmes Vénitiens qu'il avait, lui le premier de tous les critiques
-français, su percer à jour, il écrit: «Partout les grands artistes sont
-les héros et les interprètes de leur peuple, Jordaëns, Crayer, Rubens
-en Flandre, Titien, Tintoret, Véronèse à Venise. Leur instinct et leur
-intuition les font naturalistes, psychologues, historiens, philosophes:
-ils repoussent l'idée qui constitue leur race et leur âge, et la
-sympathie universelle et involontaire qui fait leur génie rassemble et
-organise en leur esprit, avec les proportions véritables, les éléments
-infinis et entre-croisés du monde où ils sont compris.»
-
-[282] Se rappeler que dans un autre passage du Journal, directement
-opposé à l'opinion de ceux qui considèrent comme un bienfait la
-patine du temps, Delacroix déclare que les maîtres ne reconnaîtraient
-point leurs chefs-d'œuvre dans les _croûtes enfumées_ que nous voyons
-aujourd'hui. Ceci s'accorde parfaitement d'ailleurs avec les doléances
-qu'il répétait souvent, au dire de ceux qui l'ont connu, sur la
-_fragilité de la peinture._
-
-[283] _Raphaël Menys_ (1728-1779), peintre allemand, auteur d'un grand
-nombre d'œuvres importantes en Italie et en Espagne. Il a laissé
-plusieurs écrits sur les arts, recueillis et publiés en 1780 à Parme,
-sous le titre d'_Opere di Antonio Raffaelle Mengs_, et qui ont été
-depuis traduits en français.
-
-[284] Dans son éloge de Venise, l'_Arétin_ écrit: «Jamais, depuis que
-Dieu l'a fait, ce ciel n'a été embelli d'une si charmante peinture
-d'ombres et de lumières. L'air était tel que le voudraient faire ceux
-qui portent envie à Titien, parce qu'ils ne peuvent être Titien...
-Oh! les beaux coups de pinceau qui, de ce côté, coloraient l'air et
-le faisaient reculer derrière les palais, comme le pratique Titien
-dans ses paysages! En certaines parties apparaissait un vert azuré,
-en d'autres un azur verdi, véritablement mélangés par la capricieuse
-invention de la nature, maîtresse des maîtres. C'est elle ici qui, avec
-des teintes claires ou obscures, noyait ou modelait des formes selon
-son idée. Et moi qui sait comme votre pinceau est l'âme de votre âme,
-je m'écriai trois ou quatre fois: Titien, où êtes-vous?»
-
-[285] Sur cette éternelle question du dessin et de la couleur, à propos
-de cette division entre dessinateurs et coloristes qui durera sans
-doute tant qu'il y aura des dessinateurs et des peintres, Baudelaire
-écrivait dans son Salon de 1846, se faisant l'interprète de la pensée
-du maître qu'il avait défendu toute sa vie: «On peut être à la fois
-coloriste et dessinateur, mais dans un certain sens. De même qu'un
-dessinateur peut être coloriste par les grandes masses, de même un
-coloriste peut être dessinateur, par une logique complète de l'ensemble
-des lignes; mais l'une de ces qualités absorbe toujours le détail de
-l'autre. Les coloristes dessinent comme la nature: leurs figures sont
-naturellement délimitées par la lutte harmonieuse des masses colorées.»
-Dans tous les passages de ses œuvres critiques où il traite ces
-intéressantes questions de technique picturale, on retrouve, commentées
-et renouvelées par son talent de vision originale et personnelle, les
-idées du maître qu'il chérissait, si bien que l'_Art romantique_ et les
-_Curiosités esthétiques_ donnent comme un avant-goût des plus curieux
-passages de cette année 1857.
-
-[286] Ici encore, et à propos de la _fresque_, nous ne pouvons que
-répéter ce que nous avons déjà dit dans notre étude, à savoir qu'il
-manqua toujours à Delacroix de n'avoir pas vu les maîtres vénitiens
-chez eux. Nous nous figurons aisément ce qu'eût été son enthousiasme
-s'il avait vu au Musée de Vérone l'admirable fresque de Paul Véronèse
-symbolisant la musique. Il avait d'ailleurs lui-même parfaitement
-conscience des lacunes de ses connaissances en ce qui touche les
-maîtres italiens, puisqu'il écrivait à Burty, avec une modestie
-vraiment admirable chez un homme de génie: «Qu'il ne voudrait rien
-publier avant d'avoir vu les maîtres italiens sur place, et que l'état
-de sa santé lui interdisait l'espérance d'un tel voyage.» (_Corresp._,
-t. II, p. 179.)
-
-[287] Voir notre Étude, p. XLIX et L.
-
-[288] Delacroix ne voulait pas seulement indiquer par là les gens qui
-n'ont point de compétence, technique dans chaque art individuel, mais
-surtout ceux qui n'ont pas le sentiment profond et vivace de la Beauté,
-c'est-à-dire ce qui ne saurait s'acquérir.
-
-[289] Sur un _Projet de Dictionnaire des Beaux-Arts:_ «Ce petit recueil
-est l'ouvrage d'une seule personne qui a passé toute sa vie à s'occuper
-de peinture. Il ne peut donc prétendre qu'à donner sur chaque objet le
-peu de lumières qu'il a pu acquérir, et encore ne donnera-t-il que des
-informations toutes personnelles. L'idée de faire un livre l'a effrayé.
-Il faut un grand talent de composition pour ne mettre dans un livre que
-ce qu'il faut et pour y mettre tout ce qu'il faut... Il lui a semblé
-qu'un dictionnaire n'était pas un livre, même quand il était tout
-entier de la même main. Chaque article séparé ressort mieux et laisse
-plus de trace dans l'esprit. Il semble qu'il faille, dans un traité en
-règle, que le lecteur fasse lui-même, s'il veut tirer quelque profit
-de sa lecture, la besogne que l'auteur, etc... Point de transitions
-nécessaires.» (EUGÈNE DELACROIX, _sa vie et ses œuvres_, p. 433.)
-
-[290] À rapprocher ce fragment détaché d'un album: «Il faut attribuer
-à la fresque le grand style des écoles italiennes. Le peintre remplace
-par l'idéal l'absence des détails. Il lui faut savoir beaucoup et
-oser encore plus. La fresque seule pouvait amener à l'exagération des
-Primatice et des Parmesan, dans une époque où la peinture sortant de
-ses langes devait encore être timide. Je crois, au reste, qu'à moins
-d'une organisation très rare et bien variée, il est presque impossible
-de réussir également dans l'un et l'autre genre. Je ne peux me figurer
-ce qu'eussent été les fresques de Rubens; et les tableaux à l'huile
-de Raphaël se ressentent de cette hésitation qu'il a dû éprouver à y
-introduire des détails que la fresque ne comporte pas, qu'elle banni!
-même.» (EUGÈNE DELACROIX, _sa vie et ses œuvres_, p. 413.)
-
-[291] Voir t. III, p. 15.
-
-[292] Voir t. I. p. 383, et t. III, p. 86 et suiv.
-
-[293] C'est une théorie chère à Delacroix. (Voir t. II, p. 238 et 246.)
-
-[294] «Entre autres choses, ce qui fait le grand peintre, c'est la
-combinaison hardie d'accessoires qui augmente l'impression. Ces nuages
-qui volent dans le même sens que le cavalier emporté par son cheval,
-les plis de son manteau qui l'enveloppent ou flottent autour des
-flancs de sa monture. Cette association puissante... car qu'est-ce que
-composer? c'est associer avec puissance...» (EUGÈNE DELACROIX, _sa vie
-et ses œuvres_, p. 421.)
-
-[295] Ces notes étaient sans doute inscrites sur un carnet qui n'a pas
-été retrouvé.
-
-[296] Voir t. III, p. 97.
-
-[297] Voir t. III, p. 189.
-
-[298] Voir t. I, p. 321 et 322.
-
-[299] Sur une feuille volante, avec ce titre: _Les manières_, Delacroix
-écrivait: «Les lois de la raison et du bon goût sont éternelles, et
-les gens de génie n'ont pas besoin qu'on les leur apprenne. Mais
-rien ne leur est plus mortel que les prétendues règles, _manières_,
-conventions qu'ils trouvent établies dans les écoles, la séduction
-même que peuvent exercer sur eux des méthodes d'exécution qui ne sont
-pas conformes à leur manière de sentir et de rendre la nature.--On les
-condamne toujours au nom de ces manières en vogue, et non pas au nom de
-la raison et de la convenance. Ainsi Gros, par respect pour la manière
-de David, etc... On en voit l'influence sur Rubens lui-même: la vue des
-Carrache... Nul doute que la manière qui est sortie de leurs écoles,
-manière réduite tellement en principe qu'elle est devenue pendant deux
-cents ans et qu'elle est encore la règle de l'exécution en peinture,
-n'ait porté un coup mortel à l'originalité de bien des peintres.»
-(EUGÈNE DELACROIX, _sa vie et ses œuvres_, p. 422.)
-
-[300] Les carnets de 1845 n'ont pas été retrouves.
-
-[301] «Cher Monsieur et ami... Il n'y a pas de félicitations qui
-puissent me flatter plus que les vôtres. La chose a été faite assez
-franchement, et cela ajoute à la réussite aux yeux du public. Vous
-dites justement que ce succès, il y a vingt ans, m'aurait causé un
-tout autre plaisir: j'avais la chance, dans ce cas, de me voir plus
-utile que je ne puis l'être maintenant dans une situation de ce genre.
-J'aurais eu le temps de devenir professeur à l'École: c'est là que
-j'eusse pu exercer quelque influence. Quoi qu'il en soit, je ne partage
-pas l'opinion de quelques personnes, amies ou autres, qui m'ont fait
-entendre plus d'une fois que je ferais mieux de m'abstenir. Il y a plus
-de fatuité que de véritable estime de soi-même à rester dans sa tente:
-au reste, je ne manque point ici à mes antécédents, puisqu'une fois mon
-parti pris, je n'ai pas cessé de me présenter.» (_Corresp._, t. II, p.
-157, 158.)
-
-[302] _Isidore Dagnan._ Voir t. II, p. 314.
-
-[303] Delacroix écrivait autre part: «La peinture est un art modeste,
-il faut aller à lui et l'on y va sans peine; un coup d'œil suffit. Le
-livre n'est point cela: il faut l'acheter d'abord, il faut le lire
-ensuite page par page, entendez-vous bien, messieurs? et bien souvent
-suer pour le le comprendre.»
-
-[304] «J'éprouve, et sans doute tous les gens sensibles éprouvent qu'en
-présence d'un beau tableau, on se sent le besoin d'aller loin de lui
-penser à l'impression qu'il a fait naître. Il se fait alors le travail
-inverse du littérateur: je le repasse, détail par détail, dans ma
-mémoire, et si j'en fais par écrit la description, je pourrais employer
-vingt pages à la description de ce que j'aurais pourtant embrassé tout
-entier en quelques instants. Le poème ne serait-il pas, par contre, un
-tableau dont on me montre chaque partie, l'une après l'autre? Que ce
-soit un voile qu'il soulève successivement.» (EUGÈNE DELACROIX, _sa vie
-et ses œuvres_, p. 418, 419.)
-
-[305] Non retrouvées.
-
-[306] Non retrouvées.
-
-[307] Voir t. III, p. 72 et 73.
-
-[308] Se rappeler ce que Delacroix a écrit sur Théophile Gautier. Son
-opinion a d'ailleurs varié à cet égard; pour s'en convaincre, on peut
-lire certains billets adressés à Thoré, Baudelaire, Th. Silvestre,
-P. de Saint-Victor, Sainte-Beuve. Il est vrai d'ajouter que certains
-d'entre eux n'étaient pas seulement des critiques, mais bien des
-créateurs. Par _critique_, Delacroix entend exclusivement celui qui
-fait profession de juger autrui.
-
-[309] Voir t. II, p. 186 et 187.
-
-[310] Non retrouvées.
-
-[311] Cette simple indication se réfère à un développement du Journal
-dans lequel le maître critique l'obscurité habituelle des fonds, dans
-les portraits des anciens peintres. (Voir t. II, p. 136.)
-
-[312] Voir t. III, p. 15 et suiv.
-
-[313] Non retrouvées.
-
-[314] Sans doute des notes écrites au crayon sur des feuilles volantes
-et qu'on retrouvera dans EUGÈNE DELACROIX, _sa vie et ses œuvres_, p.
-430 et suiv.
-
-[315] Voir t. III, p. 205.
-
-[316] Voir t. II, p. 124.
-
-[317] Voir t. II, p. 136.
-
-[318] Voir t. I, p. 355.
-
-[319] À propos de cette universalité dont Eugène Delacroix faisait le
-critérium du génie, Baudelaire écrivait: «Eugène Delacroix était, en
-même temps qu'un peintre épris de son métier, un homme d'éducation
-générale, au contraire des autres artistes modernes qui ne sont guère
-que d'illustres ou d'obscurs rapins, de tristes spécialistes, vieux ou
-jeunes, les uns sachant fabriquer des figures académiques, les autres
-des fruits, les autres des bestiaux. Eugène Delacroix aimait tout,
-savait tout peindre et savait goûter tous les genres de talent.»
-
-[320] Voir t. I, p. 353.
-
-[321] Voir t. III, p. 100 et 107.
-
-[322] Voir t. III, p. 15 et suiv.
-
-[323] Non retrouvées.
-
-[324] Non retrouvées.
-
-[325] Voir t. III, p. 119 et 120.
-
-[326] Delacroix aimait à dire, lorsqu'on lui parlait d'un prétendu
-progrès des Arts: «Où sont donc vos Phidias? Où sont vos Raphaël?»
-
-[327] Voir t. III, p. 86 et suiv.
-
-[328] Voir t. III, p. 69 et suiv.
-
-[329] Voir t. III, p. 36 et suiv.
-
-[330] Voir t. III, p. 69 et suiv.
-
-[331] Voir t. III, p. 106 et 107.
-
-[332] Il nous a paru intéressant de rapprocher de ce fragment de
-Delacroix un fragment de Stendhal qui nous semble conçu à peu près
-dans le même esprit. Nous avons d'ailleurs noté déjà dans notre Étude
-certaines analogies entre eux: «Le Romanticisme, dit Beyle, est l'art
-de présenter aux peuples les œuvres littéraires qui, dans l'état actuel
-de leurs habitudes et de leurs croyances, sont susceptibles de leur
-donner le plus de plaisir possible. Le Classicisme, au contraire, leur
-présente la littérature qui donnait le plus grand plaisir possible à
-leurs arrière-grands-pères... Je n'hésite pas à avancer que _Racine a
-été romantique_» (STENDHAL, _Racine et Shakespeare._)
-
-[333] À peine est-il besoin de faire remarquer que cette manière de
-boutade est en contradiction absolue avec les idées qu'il professait
-d'habitude et qui constituent l'essence même du génie de Delacroix.
-
-[334] Ceux qui se rappellent l'exposition des œuvres de Delacroix
-au palais des Beaux-Arts ont conservé le souvenir d'une admirable
-copie de Raphaël (voir _Catalogue Robault_, n° 24), merveilleusement
-significative de l'énergie avec laquelle il avait su dompter sa fougue
-naturelle pour s'assimiler la manière d'un artiste de tempérament aussi
-opposé. À propos de cette _éducation des peintres_ par l'étude des
-maîtres antérieurs, nous trouvons dans un recueil de notes laissées
-par Rurty et publiées par M. Maurice Tourneux l'opinion de Meissonier,
-qui perdrait à être commentée: la voici dans toute sa franchise: «Dans
-la journée, je lui demandai s'il avait fait au Louvre des copies
-peintes.--_Jamais! jamais!_ s'est-il écrié. Et puis, d'ailleurs, et le
-temps de copier la peinture des autres!» (_Croquis d'après nature_, par
-Ph. BURTY.)
-
-[335] Nous avons déjà touché dans notre Étude à ce point intéressant.
-Nous trouvons la même idée reprise et développée dans une conversation
-de Baudelaire avec Eugène Delacroix, rapportée dans l'_Art romantique_:
-«La nature n'est qu'un dictionnaire, répétait-il fréquemment... Pour
-bien comprendre l'étendue du sens impliqué dans cette phrase, il faut
-se figurer les usages ordinaires et nombreux du dictionnaire. On y
-cherche le sens des mots, la génération des mots, enfin on en extrait
-tous les éléments qui composent une phrase ou un récit; mais personne
-n'a jamais considéré le dictionnaire comme une _composition_ dans
-le sens poétique du mot. Les peintres qui obéissent à l'imagination
-cherchent dans leur dictionnaire les éléments qui s'accommodent à leur
-conception... Ceux qui n'ont pas d'imagination copient le dictionnaire.»
-
-[336] Voir t. I, p. 439.
-
-[337] Voir t. II, p. 201 et 202.
-
-[338] Voir t. III, p. 168.
-
-[339] Voir t. III, p. 187 et 183.
-
-[340] Voir t. III, p. 186.
-
-[341] Voir t. III, p. 185.
-
-[342] Voir t. III, p. 86 et suiv.
-
-[343] Voir t. III, p. 14.
-
-[344] Non retrouvées.
-
-[345] Cette affirmation, qu'on ne peut d'ailleurs considérer que comme
-un paradoxe chez un artiste qui faisait sa lecture habituelle de Byron,
-Shakespeare et Gœthe, suffirait amplement à démontrer les tendances
-classiques d'Eugène Delacroix, comme nous nous sommes appliqué à le
-faire dans notre Étude.
-
-[346] Voir t. II, p. 185 et suiv.
-
-[347] Voir t. II, p. 204.
-
-[348] Voir t. III, p. 267.
-
-[349] Voir t. III, p. 260.
-
-[350] _Thomas Campbell_ (1767-1844), poète anglais.
-
-[351] Voir t. II, p. 12.
-
-[352] Sur le caractère _suggestif_ de l'œuvre d'art, dans la pensée de
-Delacroix, voir notre Étude, p. XXXIX et XL.
-
-[353] Non retrouvées.
-
-[354] Voir t. I, p. 225.
-
-[355] Non retrouvées.
-
-[356] L'article de Delacroix sur _Michel-Ange_ parut à la _Revue
-de Paris_ en 1830, c'est-à-dire à l'époque de ses plus ardents
-enthousiasmes pour le grand sculpteur, et se terminait ainsi: «Ébloui
-de l'éclat d'un si grand génie, et regrettant d'en avoir donné une si
-faible idée, c'est bien à lui que nous devons appliquer ce qu'il disait
-lui-même du Dante dans ce vers:
-
- «_Quanto dirne si dee non si può dire._
-
- «On ne dira jamais de lui tout ce qu'il en faut dire.»
-
-(EUGÈNE DELACROIX, _sa vie et ses œuvres_, p. 186.)
-
-[357] On ne saurait trop regretter la perte de ce carnet contenant les
-notes des mois de mai et juin 1850, qui devait renfermer, autant qu'on
-peut en juger, tant de réflexions d'un intérêt capital.
-
-[358] Voir t. I, p. 432.
-
-[359] Voilà qui indique clairement les intentions de Delacroix
-et répond victorieusement aux allégations de ceux qui pourraient
-prétendre que le Journal du maître n'a été, en aucune de ses parties,
-composé avec une arrière-pensée de publicité. Sans parler même de
-ce _Dictionnaire des Beaux-Arts_ dont les fragments ici jetés, avec
-indication fréquente des points de suture, ne peuvent laisser aucun
-doute sur ses intentions de derrière la tête, il est bien clair qu'il
-y a tel morceau écrit avec un soin, un souci de la forme, raturé
-à plusieurs reprises, et repris après coup, sur lequel la simple
-inspection du manuscrit original suffit à édifier le lecteur. Puisque
-nous en sommes à ce point intéressant, nous ajouterons que dans ces
-dernières années, l'année 1855 par exemple, de nombreuses pages, qui
-devaient contenir des allusions personnelles ou des jugements un peu
-sévères, sont déchirées, et que beaucoup de noms propres ont été
-raturés avec une telle énergie qu'il est absolument impossible de rien
-discerner.
-
-[360] _Antoine-Martin Garnaud_ (1796-1861), architecte, grand prix
-d'architecture en 1817, exécuta de nombreux travaux d'embellissement
-dans Paris. Il est l'auteur d'un ouvrage intitulé: _Études sur les
-églises_, depuis l'église rurale jusqu'aux cathédrales.
-
-[361] Se référer au beau passage du Journal sur ces tapisseries. Voir
-t. II, p. 69 et suiv.
-
-[362] Voir t. III, p. 205.
-
-[363] Voir notre Étude, p. XXXVIII et XXXIX.
-
-[364] Voir t. II, p. 344 et suiv.
-
-[365] _Geoffroi Tory_ (1485-1533), typographe et graveur, connu sous le
-nom de _Maître du Pot cassé_, à cause de son enseigne et de la marque
-qu'il mettait à ses ouvrages.
-
-[366] Voir t. III, p. 132 et suiv.
-
-[367] Voir t. III, p. 244.
-
-[368] Voir t. III, p. 139 et suiv.
-
-[369] Dans son Étude sur _Prud'hon_ parue à la _Revue des Deux Mondes_
-le 1er novembre 1846, voici ce qu'écrivait Delacroix: «On
-ne refusera pas à Prud'hon une grande partie der mérites qui sont ceux
-de l'antique. Dans la moindre étude sortie de sa main, on reconnaît un
-homme profondément inspiré de ces beautés. Il serait hardi sans doute
-de dire qu'il les a égalées dans toutes leurs parties. Il eût retrouvé
-à lui seul, parmi les modernes, ce secret du grand, du beau, du vrai,
-et surtout du simple, qui n'a été connu que des seuls anciens. Il faut
-avouer que la grâce chez lui dégénère quelquefois en afféterie. La
-coquetterie de sa touche ôte souvent du sérieux à des figures d'une
-belle invention. Entraîné par l'expression et oubliant souvent le
-modèle, il lui arrive d'offenser les proportions; mais il sait presque
-toujours sauver habilement ces faiblesses.» (EUGÈNE DELACROIX, _sa vie
-et ses œuvres,_ p. 206 et 207.)
-
-[370] Non retrouvées.
-
-[371] Voir t. II, P. 236.
-
-[372] Voir t. II, p. 238 et suiv.
-
-[373] Voir t. II, p. 246.
-
-[374] Non retrouvé.
-
-[375] Voir t. III, p. 14 et 15.
-
-[376] Non retrouvées.
-
-[377] Voir t. II, p. 63 et suiv.
-
-[378] Dans un fragment d'album déjà publié, sous le titre: _De l'art
-ancien et de l'art moderne_ on lit cette réflexion: «On ne peut assez
-répéter que les règles du Beau sont éternelles, immuables, et que les
-formes en sont variables. Qui décide de ces règles, et de ces formes
-diverses qui sont tenues de se plier à ces règles, toutefois avec une
-physionomie différente? Le goût seul, aussi rare peut-être que le Beau:
-le goût qui fait deviner le Beau où il est, et qui le fait trouver aux
-grands artistes qui ont le don d'inventer.» (EUGÈNE DELACROIX, _sa vie
-et ses œuvres_, p. 408.)
-
-[379] Aux lecteurs désireux d'approfondir cette intéressante
-distinction entre le «dessin de la nature et celui où l'imagination du
-peintre a le plus de part», rien ne saurait être plus précieux que le
-commentaire et le développement de cette même idée, repris à plusieurs
-reprises par Baudelaire dans ses différentes Études sur Delacroix, et
-notamment dans une comparaison qui mérite de demeurer classique entre
-le dessin d'Ingres et le dessin de Delacroix. (Voir les _Curiosités
-esthétiques_ et l'_Art romantique._)
-
- * * * * *
-
-4 _février.--Pour faire partie de ta préface du_ DICTIONNAIRE.
-
-Je désirerais contribuer à apprendre à mieux lire dans les beaux
-ouvrages[380]. A Athènes, dit-on, il y avait beaucoup plus de juges des
-Beaux-Arts que dans nos modernes sociétés. Le grand goût des ouvrages
-de l'antiquité confirme dans cette opinion. L'artiste qui travaille
-pour un public éclairé rougit de descendre à des moyens d'effet
-désavoués par le goût.
-
-Le goût a péri chez les anciens, non pas à la manière d'une mode qui
-change,--effet qui se produit à chaque instant sous nos yeux et sans
-cause absolument nécessaire,--le goût a péri chez les anciens avec les
-institutions et les mœurs, quand il a fallu plaire à des vainqueurs
-barbares, comme ont été, par exemple, les Romains par rapport aux
-Grecs; le goût s'est corrompu surtout quand les citoyens ont perdu
-le ressort qui portait aux grandes actions, quand la vertu publique
-a disparu; et j'entends par là, non pas une vertu commune à tous les
-citoyens et les portant au bien, mais au moins ce simple respect
-de la morale qui force le vice à se cacher. Il est difficile de se
-figurer des Phidias et des Apelle sous le régime des affreux tyrans du
-Bas-Empire et au milieu de l'avilissement des aines.
-
-Y aurait-il une connexion nécessaire entre le _bon_ et le _beau?_
-Une société dégradée peut-elle se plaire aux choses élevées, dans
-quelque genre que ce soit? Il est probable que chez nous aussi, dans
-nos sociétés comme elles sont, avec nos mœurs étroites, nos petits
-plaisirs mesquins, le beau ne peut être qu'un accident, et cet accident
-ne tient pas assez de place pour changer le goût et ramener au beau la
-généralité des esprits. Après vient la nuit et la barbarie.
-
-Il y a donc incontestablement des époques où le beau en art fleurit
-plus à l'aise; il est aussi des nations privilégiées pour certains dons
-de l'esprit, comme il est des contrées, des climats, qui favorisent
-l'expansion du beau.
-
-*
-
-_Mardi_17 _février,_--Cinquième visite du docteur[381].
-
-Delacroix, depuis longtemps déjà, était atteint d'une affection du
-larynx, qui le condamnait fréquemment au repos et à l'isolement.
-
-
-[380] Nous trouvons dans le livre sur _Delacroix_, déjà si souvent
-cité, un passage relatif à ce projet de _Dictionnaire des Beaux-Arts_
-qui précise bien l'intérêt d'un tel ouvrage et l'esprit dans lequel
-il devait être fait, en même temps qu'il le différencie des autres
-ouvrages, qui sont les vrais _dictionnaires_ et avec lesquels il
-importe de ne point le confondre: «Si vous risquez, dit-il, dans
-l'ouvrage d'un seul homme de ne pas vous trouver au courant de tout
-ce qu'on peut dire sur le sujet, en revanche vous aurez sur un grand
-nombre de points tout le suc de son expérience, et surtout des
-informations excellentes dans les parties où il excelle. Au lieu d'une
-froide compilation qui ne fera que remettre sous les yeux du lecteur un
-extrait de toutes les méthodes, vous aurez celles qui ont conduit un
-tel homme à la perfection relative à laquelle il est arrivé. Il n'est
-pas un artiste qui n'ait éprouvé dans sa carrière combien quelques
-paroles d'un maître expérimenté ont pu être des traits de lumière et
-des sources d'intérêt bien autres que ce que ses efforts particuliers
-ou un enseignement vulgaire... etc.» (EUGÈNE DELACROIX, _sa vie et ses
-œuvres_, p. 432.)
-
-[381] Le _docteur Rayer_ (1793-1867), qui fut professeur à la Faculté
-de médecine.
-
- * * * * *
-
-_Jeudi_ 5 _mars._--Aujourd'hui, pendant mon déjeuner, on m'apporte deux
-tableaux attribués à Géricault, pour en dire mon avis. Le petit est
-une copie très médiocre: costumes de mendiants romains. L'autre, toile
-de 12 environ, sujet d'amphithéâtre, bras, pieds, etc., et cadavres
-d'enfants, d'un relief admirable, avec des négligences qui sont du
-style de l'auteur et ajoutent encore un nouveau prix. Mise à côté du
-portrait de David, cette peinture ressort encore davantage. On y voit
-tout ce qui a toujours manqué à David, cette forme pittoresque, ce
-nerf, cet osé qui est à la peinture ce que la _vis comica_ est à l'art
-du théâtre. Tout est égal, l'intérêt n'est pas plus dans la tête que
-dans les draperies ou le siège. L'asservissement complet à ce que lui
-présentait le modèle est une des causes de cette froideur; mais il
-est plus juste de penser que cette froideur était en lui-même: il lui
-était impossible de rien trouver au delà de ce que ce moyen imparfait
-lui présentait. Il semble qu'il fût satisfait quand il avait bien
-imité le petit morceau de nature qu'il avait sous les yeux; toute sa
-hardiesse consistait à mettre à côté un fragment, pied, bras, moulé sur
-l'antique, et à ramener le plus possible son modèle vivant à ce beau
-tout fait que le plâtre lui présenterait.
-
-Ce fragment de Géricault est vraiment sublime: il prouve plus que
-jamais qu'_il n'est pas de serpent ni de monstre odieux_, etc. C'est
-le meilleur argument en faveur du Beau, comme il faut l'entendre. Les
-incorrections ne déparent point ce morceau. À côté du pied qui est
-très précis et plus ressemblant au naturel, sauf l'idéal propre au
-peintre, il y a une main dont les plans sont mous et faits presque
-d'idée, dans le genre des figures qu'il faisait à l'atelier, et cette
-main ne dépare pas le reste; la finesse du style la met à la hauteur
-des autres parties. Ce genre de mérite a le plus grand rapport avec
-celui de Michel-Ange, chez lequel les incorrections ne nuisent à rien.
-
-Je relis avec le plus grand plaisir, dans un agenda du mois de janvier
-1852[382], ce que je dis des tapisseries de Rubens que je vis alors
-à Mousseaux et que la liste civile de Louis-Philippe faisait vendre.
-Quand je voudrai parler de Rubens ou me mettre dans un entrain
-véritable de la peinture, je devrai relire ces notes. J'ai encore le
-souvenir très présent de ces admirables ouvrages. L'idée m'était venue,
-en relisant ce que j'en dis, de refaire de mémoire tous les sujets (une
-suite de la sorte sur un autre motif serait un beau thème). Il faut
-absolument que Devéria me trouve les gravures de ces sujets.
-
-Je note ici ce qu'il faut reporter à l'un des jours du mois dernier,
-quand j'étais encore très faible et que je ne m'occupais guère à écrire
-dans ce livre: c'est la triste impression que j'ai reçue de la peinture
-que m'a faite du caractère de Thiers M. C. B..., qui vint me faire
-une petite visite. Il me l'a représenté comme le plus égoïste et le
-plus insensible des hommes, cupide, enfin le contraire de ce que je
-croyais et le moins capable d'affection. Ce serait, si j'arrivais à
-être convaincu de tout cela, une des plus grandes déceptions qu'il pût
-m'être réservé d'éprouver. La reconnaissance d'abord et l'affection
-que j'ai toujours eue pour lui, sont des sentiments qui combattent
-chez moi en sa faveur. Je sais que, bien qu'il me reçoive toujours
-affectueusement, il ne m'a jamais recherché; sa petite rancune, quand
-je lui tins tête comme je le devais pour son projet insensé de la
-restauration du Musée, exécutée en partie sur ses absurdes idées, me
-l'avait un peu gâté dans le temps de cette aventure[383]; mais depuis,
-je l'avais retrouvé comme auparavant, c'est-à-dire avec cet attrait qui
-m'a toujours attiré à lui... Je le plaignais devant C. B... de vivre
-au milieu de l'intérieur qu'il s'est fait, de passer sa vie avec des
-créatures aussi froides et aussi insipides. Tout cela, selon C. B...,
-ne lui fait absolument rien: il n'aime personne et n'est sensible qu'à
-ce qui le touche directement dans sa personne ou son amour-propre.
-
-*
-
-_Samedi_ 7 _mars._--Bertin est venu me voir; je l'ai reçu, quoique je
-ne reçoive personne, pour en finir avec ce mal de gorge. J'ai travaillé
-dans la journée à un projet de préface pour le _Dictionnaire des
-Beaux-Arts._
-
-_Lundi_ 16 _mars._--Il faut maintenant qu'un écrivain soit universel.
-La nuance entre le savant et le poète ou le romancier est complètement
-abolie. Le moindre roman demande plus d'érudition qu'un traité
-scientifique, que dis-je? que vingt traités! Car un savant est, ou un
-chimiste, ou un astronome, ou un géographe, ou un antiquaire; il peut
-avoir une certaine teinture des connaissances qui touchent à celle dont
-il a fait l'occupation de sa vie; mais plus il se renferme dans cette
-étude spéciale, plus il obtient de résultats de ses recherches. Il n'en
-est pas de même du métier de critique. La nécessité de parler de tout
-met dans l'obligation de savoir tout; mais qui peut tout savoir? Si
-j'apprenais l'hébreu, les sciences, l'histoire? tout cela, c'est la mer
-à boire. Aussi n'en apprennent-ils pas si long! mais il leur faut un
-peu l'apparence de tout cela.
-
-Je suis effrayé de ce qui peut passer sous les yeux d'un homme, comme
-Sainte-Beuve par exemple, de lectures diverses, digérées ou non. Voici
-aujourd'hui un article sur Tite-Live; il raconte la vie de Tite-Live,
-détail peu connu, et dont les lecteurs ne s'étaient jamais embarrassés.
-Dans un article toujours trop long sur Virgile, Thierry, du _Moniteur_,
-après avoir parlé de la préférence que notre siècle accorde aux
-ouvrages de la première main, primitifs, etc., comme Homère, se demande
-si Virgile, venu trente ou quarante siècles après, pouvait faire une
-_Iliade_, et il ajoute: «Si les anciens sont à jamais nos maîtres,
-ne dédaignons pas pour cela ceux de leurs disciples qui s'efforcent
-vainement de se faire leurs égaux. C'est un grand point de venir le
-premier, on prend le meilleur même sans choisir; on peut être simple
-même sans savoir ce que c'est que la simplicité; on est court parce
-qu'on n'a besoin ni de remplir, ni de passer la mesure de personne; on
-s'arrête à temps parce que nulle émulation n'excite à poursuivre au
-delà...»
-
-Ne prendrait-on pas souvent l'absence de l'art pour le comble de
-l'art? Si l'art dans la suite de son développement n'aboutit qu'à
-produire des articles toujours moindres, on me pardonnera d'avoir une
-profonde compassion pour les époques qui ne peuvent se passer du labeur
-compliqué de l'art.
-
-Je demande qu'on ne soit pas trop dupe d'un grand mot: la simplicité,
-et qu'on veuille bien ne pas faire de la simplicité la règle du temps
-où elle n'est plus possible. C'est le thème de tous les pédants
-d'aujourd'hui. Chenavard ne voit rien après ce qui a été fait.
-Delaroche se hérissait quand on parlait de l'antique romain; Phidias
-avant tout, comme Michel-Ange pour Chenavard! Cependant ce dernier
-met Rubens dans sa fameuse heptarchie. Il admire Rubens et écrase
-avec Rubens les infortunées tentatives des hommes de notre temps.
-Cependant Rubens a paru dans une époque de décadence relative; comment
-le donne-t-on dans ce système pour compagnon à Michel-Ange? Il a été
-grand d'une autre manière. Cette simplicité qu'on exalte, dont parle
-Thierry, tient souvent à des tournures de langage plus incultes dans
-les poésies primitives; en un mot, elle est plus dans l'habit de la
-pensée que dans la pensée elle-même.
-
-Beaucoup de gens, surtout dans ce temps où on a cru qu'on allait
-retremper la langue et la rajeunir à volonté comme on rase un homme
-qui a la barbe trop longue, ne préfèrent Corneille à Racine que parce
-que la langue est moins polie dans le premier que dans le dernier de
-ces deux poètes. De même pour Michel-Ange et Rubens: la pratique de
-la fresque, qui était le moyen de Michel-Ange, force le peintre à une
-plus grande simplicité de moyen d'effet; il en résulte, indépendamment
-du talent même, et par le fait des moyens matériels, une certaine
-grandeur, une nécessité de renoncer aux détails. Rubens, avec un
-autre procédé, trouve des effets différents qui satisfont à d'autres
-titres. Montesquieu dit bien: _Deux beautés communes se défont, deux
-grandes beautés se font valoir_. Un chef-d'œuvre de Rubens mis en
-pendant d'un chef-d'œuvre de Michel-Ange ne pâlira nullement. Si,
-au contraire, vous regardez séparé chacun de ces ouvrages, il arrivera
-sans doute qu'à proportion de votre impressionnabilité vous serez tout
-à celui que vous regardez. Une nature sensible est facilement possédée
-et entraînée par le beau; vous serez à celui qui frappe vos yeux dans
-le moment. Il faut se servir des moyens qui sont familiers aux temps où
-vous vivez; sans cela vous n'êtes pas compris et vous ne vivrez pas.
-Ce moyen d'un autre âge que vous allez employer pour parler à des
-hommes de votre temps, sera toujours un moyen factice, et les gens qui
-viendront après vous, en comparant cette manière d'emprunt aux ouvrages
-de l'époque où cette manière était la seule connue et comprise, et
-par conséquent supérieurement mise en œuvre, vous condamneront à
-l'infériorité comme vous vous y serez condamné vous-même.
-
-*
-
-_Mardi_ 17 _mars._--Je suis sorti hier avec Jenny pour la première
-fois. Il faisait du soleil. J'ai renoncé à aller vers la place
-d'Europe; le vent venait de ce côté. Je suis descendu, revenu parles
-rues, fatigué; mais cette course m'a donné des forces.
-
-*
-
-_Mercredi_ 18 _mars._---Je ne puis me détacher de Casanova[384].
-
-Voici trois jours que je sors, et j'en éprouve un grand bien. Hier,
-j'ai été en voiture aux Tuileries avec Jenny. Nous sommes venus du Pont
-tournant jusqu'à la grille de la rue de Rivoli.
-
-Se rappeler les observations que m'a suggérées le contraste des statues
-du _Tibre_ et du _Nil_, copies de l'antique, et des groupes de fleurs
-et de nymphes du temps de Louis XIV. Le décousu de ceux-ci et la
-majestueuse unité de ceux-là. Partout, la même observation entre ce qui
-_était_ antique et ce qui _est_ moderne.
-
-*
-
-_Dimanche_ 22 _mars._--Il n'y a que l'homme qui fasse des choses sans
-unité. La nature trouve le secret de mettre de l'unité même dans les
-parties détachées d'un tout. La branche détachée d'un arbre est un
-petit arbre complet.
-
-*
-
-_Jeudi_ 26 _mars._--J'ai été aujourd'hui chez Haro pour examiner avec
-lui si l'on pourrait tirer parti de son local pour faire un atelier.
-Nous étions convenus de cette visite il y a huit jours. Je crois qu'au
-fond il y était peu enclin et ne s'y est prêté que par complaisance. Il
-m'a parlé de frais trop considérables, et l'affaire n'est pas faisable.
-
-En route pour y aller, la vue de jeunes gens que j'ai rencontrés dans
-les rues m'a fait faire plusieurs réflexions qui ne sont pas de la
-nature de celles que se font ordinairement les vieillards. Cet âge
-qui semble le plus heureux de la vie n'excite nullement mon envie;
-tout au plus pour sa force, qui lui donne le moyen de suffire à de
-puissants travaux, et point du tout pour les plaisirs qui en sont
-l'accompagnement. Ce que je désirerais,--souhait, au reste, aussi
-impossible à réaliser que celui de revenir au jeune âge,--ce que je
-désirerais, ce serait de m'arrêter au point où je suis et d'y jouir
-longtemps des avantages qu'il procure à un esprit, je ne dirai pas
-désabusé, mais vraiment raisonnable. Mais l'un n'est pas plus permis
-que l'autre.
-
-J'apprends tout à l'heure chez Weil, chez lequel j'étais descendu un
-moment, que le pauvre Margueritte vient de mourir subitement. Quoique
-plus âgé que moi, il était encore d'âge à jouir de beaucoup de choses.
-Au reste, comme je crois que ce n'était pas une nature distinguée, il
-a pu être de ceux qui regrettent les plaisirs des jeunes gens. Il faut
-que les jouissances de l'esprit tiennent une grande place pour procurer
-ce bonheur calme que j'envisage pour l'homme qui arrive au déclin de la
-vie.
-
-
-[382] Voir t. II, p. 69 et suiv.
-
-[383] Voir t. I, p, 344 et 345.
-
-[384] Son admiration pour _Casanova_, chose étrange, ne se démentit pas
-une fois durant toute sa vie. Voir t. I, p. 260.
-
- * * * * *
-
-_Samedi_ 18 _avril._--J'ai été, sur l'invitation de la commission, voir
-l'exposition de Delaroche. L'Empereur visitait l'École ce jour-là, et a
-achevé par ladite exposition.
-
-En sortant, voté pour le remplacement de Desnoyers[385]. Revenu très
-fatigué.--Sujets pour une bibliothèque:
-
-_Auguste s'oppose à la destruction de l'Énéide._
-
-_Couronnement de Pétrarque ou du Tasse._
-
-_La Sibylle proposant les volumes à Tarquin et les faisant brûler à
-mesure qu'il les refuse._
-
-*
-
-_Jeudi_ 23 _avril._--J'ajoute, sur le passage d'_Obermann_[386], sur
-la joie secrète que produit la conformité de pensées avec les autres:
-Cette apparence que nous sommes heureux de donner à notre imagination
-est un besoin de tous ceux qui composent pour le public, surtout quand
-leur inspiration est naïve et sincère. Je me figure que les peintres
-ou les écrivains chez lesquels le lieu commun tient une grande place,
-n'ont pas autant besoin de cette confirmation qui vient, par la
-rencontre d'esprits analogues aux leurs, les rassurer sur la valeur de
-leurs propres pensées. C'est un besoin impérieux pour ceux dont les
-inventions sont taxées de bizarrerie, et qui, peut-être à cause de
-leur originalité, ne trouvent qu'un public rétif et peu disposé à les
-comprendre.
-
-
-[385] Il s'agit de l'élection à l'Académie des Beaux-Arts
-d'_Achille-Louis Martinet_ (1800-1877), graveur, en remplacement du
-_baron Desnoyers_ (1779-1857), graveur, élève de Lethière, membre de
-l'Institut depuis 1816.
-
-[386] L'_Obermann_ devait être un de ses livres de chevet, car nous
-le voyons cité déjà à plusieurs reprises dans les précédentes années
-du Journal. Il s'en trouve extrait des fragments dans le manuscrit
-original, fragments que nous n'avons pas cru devoir reproduire, non
-plus que ceux de Balzac sur la condition des artistes, tirés de la
-_Cousine Bette._
-
-
- * * * * *
-
-_Champrosay_, 9 _mai._--Parti pour Champrosay à une heure un quart.
-Pluie affreuse en arrivant; je l'ai reçue tout entière, ainsi que Jenny.
-
-Nous nous étions arrêtés quelques instants auparavant dans notre ancien
-jardin, tout ouvert et ravagé à cause des travaux que fait Candas. J'ai
-vu la petite source, qui ne sert plus qu'à laver du linge: tout cela
-souillé de savon et croupissant. Les cerisiers que j'ai plantés tout
-petits sont devenus énormes. On voit encore la trace des allées que
-j'avais tracées. Cela m'a donné des émotions plus douces que tristes.
-Je me suis rappelé les années que j'avais passées là.
-
-J'aime toujours ce pays; je me colle facilement aux lieux que j'habite:
-mon esprit, mon cœur même les animent.
-
-*
-
-11 _mai._--Promenade le matin dans la campagne assez longtemps, sans
-pouvoir m'arracher à cette charmante vue de cette verdure, de ce soleil.
-
-Travaillé beaucoup, en rentrant, à l'article sur le Beau et jusqu'au
-dîner.
-
---Ce n'est ni le hasard ni le caprice qui ont déterminé le style de
-l'architecture et partant celui des autres arts dans les différentes
-contrées; nouvelle preuve que le Beau doit varier suivant les climats.
-
-Au style sévère et pour ainsi dire radical de l'architecture de
-l'Égypte s'allient des ornements et une peinture plus simples,
-plus élémentaires... Dans cette vaste vallée de l'Égypte, comprise
-uniformément entre deux chaînes d'élévation naturelles presque
-symétriques, etc., les Pylônes, les Pyramides...
-
-Le soir, promené dans le jardin et dans la campagne.
-
-Fatigue et malaise avant de se coucher.
-
-*
-
-14 _mai._--Je ne doute pas que si Alexandre eût connu le
-_Misanthrope_, il ne l'eût placé dans la fameuse cassette à côté de
-l'_Iliade_; il l'eût fait agrandir pour y placer le _Misanthrope._
-
---On dit d'un homme, pour le louer, qu'il est un homme _unique._
-
---Il faut laisser aux gens qui sentent faiblement les vaines
-discussions et les vaines comparaisons.
-
---Heureuses les époques qui ont vu.
-
---Heureux les artistes qui ont trouvé un public tout préparé,
-encourageant _les efforts de la Muse._
-
---Les vrais primitifs, ce sont les talents originaux. Si chaque homme
-de talent apporte en lui un modèle particulier, une face nouvelle,
-quelle serait la valeur d'une école qui ferait toujours recourir à des
-types anciens, puisque ces types eux-mêmes n'étaient que l'expression
-de natures individuelles!
-
---Et chacun de ces hommes me plaît-il de la même façon? Cette simple
-observation ne serait-elle pas la condamnation de l'école qui sans
-cesse recourt à des types consacrés? En quoi seraient-ils consacrés
-de préférence, puisqu'ils ne sont que l'expression de natures
-individuelles comme il en paraît dans tous les temps?
-
---Rossini disait à B...: «J'entrevois autre chose que je ne ferai pas.
-Si je trouvais un jeune homme de génie, je pourrais le mettre sur une
-voie toute nouvelle, et le pauvre Rossini serait éteint tout à fait.»
-
-*
-
-15 _mai._--À Champrosay, dans l'allée verte.
-
-On peut comparer le premier jet de l'écrivain, du peintre, etc., à
-ces feux de peloton où deux cents coups de fusil tirés dans l'émotion
-du combat atteignent l'ennemi deux ou trois fois; quelquefois deux
-ou trois cents coups de feu partent à la fois, et pas un n'atteint
-l'ennemi.
-
---Vous conviez vos amis à un banquet, et vous leur servez toutes les
-rognures de la cuisine.
-
---Allée des Fouges.
-
-Quelquefois des génies pareils se présentent à des époques
-différentes. La trempe originelle ne diffère point chez ces talents:
-les formes seules des temps où ils vivent établissent une variété.
-Rubens, etc.
-
-Ce n'est point le climat qui a produit un Homère ou un Praxitèle. On
-parcourrait vainement la Grèce et ses îles sans y découvrir un poète ou
-un sculpteur. En revanche, la nature a fait naître en Flandre, et à une
-époque rapprochée de la nôtre, l'Homère de la peinture.
-
-Il est des époques privilégiées,--il est aussi des climats où l'homme a
-moins de besoins, etc.; mais ces influences ne suffisent pas.--Voir mes
-notes du 4 février 1857[387].
-
-L'influence des mœurs est plus efficace que celle du climat. Sans
-doute chez des peuples où la nature est clémente;... mais en l'absence
-d'une certaine valeur morale, etc. Il faut qu'un peuple ait le respect
-de lui-même pour être difficile en matière de goût et pour tenir en
-bride ses orateurs et ses poètes. Les nations chez lesquelles la
-politique se traite à coups de poing ou à coups de pistolet n'ont pas
-plus de littérature que ceux qui sont épris des combats de gladiateurs.
-
---Ne demandez pas à un colonel de cavalerie son opinion sur des
-tableaux ou des statues, tout au plus se connaît-il en chevaux!
-
-*
-
-16 _mai._--Jenny est allée à Paris. Assis à la place du vieux
-marronnier arraché à l'Ermitage.
-
-Mon cher petit Chopin s'élevait beaucoup contre l'école qui fait
-dériver une partie du charme de la musique de la sonorité. Il parlait
-en pianiste.
-
-Voltaire définit le _beau_ ce qui doit charmer l'esprit et les sens.
-Un motif musical peut parler à l'imagination sur un instrument qui
-n'a qu'une manière de plaire aux sens, mais la réunion de divers
-instruments ayant une sonorité différente donnera plus de force à la
-sensation. À quoi servirait d'employer tantôt la flûte, tantôt la
-trompette? La première s'associera à un rendez-vous de deux amants, la
-seconde au triomphe d'un guerrier; ainsi de suite. Dans le piano même,
-pourquoi employer tour à tour les sons étouffés ou les sons éclatants,
-si ce n'est pour renforcer l'idée exprimée? Il faut blâmer la sonorité
-mise à la place de l'idée, et encore faut-il avouer qu'il y a dans
-certaines sonorités, indépendamment de l'expression même, un plaisir
-pour les sens.
-
-Il en est de même pour la peinture: un simple trait exprime moins
-et plaît moins qu'un dessin qui rend les ombres et les lumières. Ce
-dernier exprimera moins qu'un tableau: je suppose toujours le tableau
-amené au degré d'harmonie où le dessin et la couleur se réunissent
-dans un effet unique. Il faut se rappeler ce peintre ancien qui, ayant
-exposé une peinture représentant un guerrier, faisait entendre en même
-temps derrière une tapisserie la fanfare d'une trompette.
-
-Les modernes ont inventé un genre qui réunit tout ce qui doit charmer
-l'esprit et les sens. C'est l'opéra. La déclamation chantée a plus de
-force que celle qui n'est que parlée. L'ouverture dispose à ce qu'on va
-entendre, mais d'une manière vague: le récitatif expose les situations
-avec plus de force que ne ferait une simple déclamation, et l'air, qui
-est en quelque sorte le point admiratif de chaque scène, complète la
-sensation par la réunion de la poésie et de tout ce que la musique peut
-y ajouter. Joignez à cela l'illusion des décorations, les mouvements
-gracieux de la danse.
-
-Malheureusement tous les opéras sont ennuyeux, parce qu'ils vous
-tiennent trop longtemps dans une situation que j'appellerai abusive. Ce
-spectacle, qui tient les sens et l'esprit en échec, fatigue plus vite.
-Vous êtes promptement fatigué de la vue d'une galerie de tableaux: que
-sera-ce d'un opéra qui réunit dans un même cadre l'effet de tous les
-arts ensemble?
-
---Je remarque dans cette forêt que non seulement les yeux sont mon
-seul moyen pour saisir les objets, mais encore qu'ils sont affectés
-agréablement ou désagréablement[388].
-
-*
-
-_Lundi_ 18 _mai._--Repris enfin la peinture après plus de quatre mois
-et demi. J'ai débuté par le _Saint Jean et l'Hérodiade_[389] que je
-fais pour Robert, de Sèvres. Travaillé avec plaisir la matinée.
-
-*
-
-_Mardi_ 19 _mai._--Jour de la mort du pauvre ami Vieillard...
-
-
-[387] Voir t. III, p. 259.
-
-[388] Cette dernière phrase est biffée dans le manuscrit.
-
-[389] Il s'agit sans doute du n° 858 du _Catalogue Robaut_, ou d'une
-répétition plus sommaire, comme Delacroix en fit souvent pour ses amis.
-
- * * * * *
-
-_Mardi_ 2 _juin._--J'ai été à Paris en proie à l'inquiétude de savoir
-si M. Bégin me céderait le logement de manière à commencer.
-
-Ma première inquiétude a été de ne pas le rencontrer, lui et sa femme.
-J'ai donc maudit mon cocher d'aller lentement. J'arrive, je trouve la
-dame, elle me donne les meilleures nouvelles. Je cours chez Haro plein
-de joie. Un autre ennui m'attendait chez lui: les entrepreneurs sont
-diaboliques; les uns n'ont aucune solidité; les autres sont indolents
-ou trop chers. Ce n'est rien encore: Haro me parle du formidable tracé,
-cause des ennuis les plus grands possibles. Il me rassure pourtant en
-partie, ou plutôt je crois l'être, parla possibilité d'une indemnité
-proportionnée à la durée de mon bail.
-
-*
-
-17 _juin, mercredi._--Reçu la lettre de Paul de Musset[390], qui me
-parle du terrain qu'il demande pour son frère. Écrit sur-le-champ au
-préfet et à Baÿvet.
-
-*
-
-25 _juin._--Ce même jour, donné au docteur Rayer 100 francs pour ses
-visites précédentes.
-
-_Du sublime et de la perfection._ Ces deux mots peuvent sembler presque
-synonymes. _Sublime_ veut dire tout ce qu'il y a de plus élevé;
-_parfait_, ce qu'il y a de plus complet, de plus achevé.
-
-_Perficere_, achever complètement pour le comble.
-
-_Sublimis_, ce qu'il y a de plus haut, ce qui touche le ciel.
-
-*
-
-_Dimanche_ 28 _juin._--Première visite chez le docteur après l'avoir
-payé. Je l'ai trouvé distrait, plus occupé de ses affaires que de ma
-fièvre. Il ne se rappelait plus ce qu'il m'avait ordonné.
-
-
-[390] Delacroix eut des relations assez suivies avec _Paul de Musset._
-Lors d'une des candidatures de Delacroix à l'Institut, en 1838,
-croyons-nous, Paul de Musset avait fait une démarche personnelle
-auprès de Paër pour appuyer le peintre. Enfin nous trouvons dans le
-précieux travail de M. Maurice Tourneux: _Eugène Delacroix devant ses
-contemporains_, un fragment de lettre, dans lequel Delacroix félicite
-Paul de Musset de ses articles: «Mérimée, que vous paraissez admirer
-comme je le fais aussi, est simple, mais a un peu l'air de courir après
-la simplicité, en haine de l'horrible emphase des hommes du jour. Chez
-vous nul effort; toujours le goût le plus fin et rien de trop.»
-
- * * * * *
-
-_Mercredi_ 8 _juillet._--Première visite du docteur Laguerre.
-
-*
-
-_Vendredi_ 10 _juillet._--Deuxième visite du docteur Laguerre.
-
-*
-
-_Samedi_ 11 _juillet._--J'ai été à l'Institut pour la première fois
-depuis le mois d'avril.
-
-*
-
-_Mardi_ 14 _juillet._--Troisième visite du docteur Laguerre.
-
-*
-
-_Lundi_ 20 _juillet._--Quatrième visite du docteur Laguerre.
-
-*
-
-_Strasbourg, mardi_ 28 _juillet._--Parti pour Strasbourg[391] à sept
-heures. Voyage agréable, beau pays; il faisait étouffant au milieu de
-la journée.
-
-À Nancy, je me suis trouvé seul jusqu'à Strasbourg. Je n'ai plus senti
-ni la chaleur ni la poussière. Tout ce trajet a été ravissant.
-
-Le bon cousin m'attendait à la gare. Enchantés de nous revoir.
-
-
-[391] Dans la Correspondance, il n'y a comme trace de ce voyage à
-Strasbourg qu'une lettre datée du 5 août 1857, adressée à M. X..., dans
-laquelle il recommande un artiste dont nous avons déjà vu le nom dans
-le Journal, le sculpteur _Debay._
-
- * * * * *
-
-_Dimanche_ 2 _août._--Vers sept heures nous avons été à l'Orangerie,
-à travers une poussière affreuse; mais j'ai été dédommagé par la vue
-du lieu, qui est ravissant. Il n'y a rien comme cela à Paris: aussi y
-avait-il très peu de monde!
-
-Tout ici est différent: ces environs, ces champs et ces prairies
-qui touchent aux promenades et se confondent avec elles, ont un air
-champêtre et paisible. La population n'a pas cet air évaporé et
-impertinent de notre race. C'est dans des contrées connue celle-ci
-qu'il faut vivre, quand on est vieux.
-
-*
-
-_Nancy, samedi_ 8 _août._--Quitté Strasbourg et le bon cousin. Je perds
-la canne qu'il m'avait donnée.
-
-Je m'embarque mal. Société déplaisante dans le chemin de fer. Cependant
-la route se fait vite.
-
-Arrivé à Nancy à trois heures. Retrouvé Jenny, comme nous en étions
-convenus. Je n'ai pas bougé de la soirée.
-
-*
-
-_Dimanche_ 9 _août._--Sorti avant déjeuner. Place Stanislas et
-cathédrale.
-
-J'admire l'unité de style de tout ce qui est bâtiment. Une seule chose
-y déroge, c'est la statue même de ce bon roi Stanislas, qui a tout
-fait ici, et qui par conséquent est l'auteur de cette unité. On l'a
-représenté dans un costume qui rappelle les troubadours de l'Empire,
-avec des bottes molles et appuyé sur un sabre à la mameluk. On ne peut
-rien voir de plus ridicule.
-
-La cathédrale entièrement de son temps. J'aime beaucoup cette forme
-de clocher en poivrière. L'intérieur est un peu froid, malgré cet
-accord de style dans toutes les parties: c'est comme tout ce qui sort
-de Vanloo: ordonné, habile, de l'unité, mais froid et sans intérêt.
-L'auteur ne met point de cœur à ce qu'il fait; il ne va pas au
-cœur de celui qui regarde.
-
-La place Stanislas avec ses fontaines, et l'Hôtel de ville, semblent
-l'ouvrage d'un artiste plus doué.
-
-Après déjeuner, visité cent choses curieuses. Après la statue de
-Drouot, un des héros de Nancy, véritable héros dans tous les sens,
-mais pitoyablement représenté comme tous les héros de notre temps,
-grâce a l'indigence de la sculpture, vu les murailles anciennes de la
-ville; très belle et ancienne porte avec deux grosses tours: le passage
-tournant comme dans les fortifications modernes. Le côté de la ville
-style de la Renaissance: quelle grâce, quelle légèreté! Comme toutes
-ces petites figures, comme ces accessoires s'arrangent bien dans les
-lignes de l'architecture! Rien n'est charmant et capricieux comme ces
-costumes romains à la Henri II.
-
-Le palais ducal, transition du gothique à la Renaissance. Les objets
-curieux, marbres, peintures, etc., sont entassés en attendant les
-réparations du premier étage. Il y a un fragment romain qui m'a frappé:
-c'est un cavalier avec la cuirasse, le péplum.--Copie à la gouache de
-la tapisserie de Charles le Téméraire, que je regrette de ne pouvoir
-étudier.--L'escalier très remarquable. Gros pilier soutenant la voûte,
-duquel partent les marches très basses, ainsi disposées, nous dit-on,
-pour que les ducs puissent monter à cheval dans la grande salle du
-premier.--De distance en distance, repos ménagés avec des bancs, le
-tout enferré choisies murailles.
-
-Tout ici parle du roi René II ou de Stanislas.
-
-Ce sont les dieux lares de Nancy.
-
-Nous avons été voir ensuite l'église des Cordeliers, dans laquelle est
-une chapelle ronde qu'on appelle les tombeaux des ducs de Lorraine,
-quoique leurs corps en aient été arrachés et que les sarcophages aient
-été détruits et remplacés à la moderne. La prétendue chapelle ronde est
-octogone: la voûte seule, qui paraît de l'époque de la construction,
-est d'un style bâtard, à la Louis XIV. Le chœur de l'église
-est garni de belles boiseries; sur les côtés de la nef, dans des
-enfoncements, sont divers tombeaux de princes de la maison de Lorraine;
-le plus précieux sans contredit est celui de la femme de René II,
-laquelle lui survécut de longues années et s'était mise dans un couvent
-à Pont-à-Mousson: les mains et la tête en pierre blanche, la robe et le
-voile en granit et en marbre noir. Voilà le triomphe de l'art ou plutôt
-du caractère qu'un artiste de talent sait imprimer à un objet: une
-vieille de quatre-vingts ans dont la tête est encapuchonnée, maigre à
-faire peur; et tout cela représenté de manière qu'on ne l'oublie jamais
-et qu'on n'en puisse détacher les regards.
-
-De là, à la promenade dont j'ai oublié le nom, auprès de la préfecture;
-je ne connais rien d'aussi délicieux, si ce n'est l'Orangerie de
-Strasbourg, et très différent de caractère. Ce sont de grands
-arbres, de la verdure, quelque chose qui n'a rien de l'aridité des
-Champs-Élysées à Paris, ni de la symétrie des Tuileries. La préfecture
-est le palais qu'habitait Stanislas.
-
-De là à l'église de Bon-Secours, où est le tombeau de Stanislas.
-Charmant ouvrage dans son genre: c'est une grande chambre carrée plutôt
-qu'une église. Dans le chœur, à droite, le tombeau de Stanislas que
-j'estime plus que n'a fait, suivant la tradition, le propre auteur de
-l'ouvrage. Cet auteur est Vassé[392], sculpteur dont parle Diderot,
-et qu'il cite souvent, autant que je peux m'en souvenir. Le bavard et
-insupportable cicérone sacristain qui me montrait l'église raconte
-que le pauvre sculpteur se brûla la cervelle de désespoir de voir son
-ouvrage surpassé par le tombeau de la femme de Stanislas qui est en
-face. Il y a dans son ouvrage une statue couchée, ou plutôt étendue
-et abîmée de douleur, de la Charité, qui est fort belle: la tête est
-d'une expression qui semble interdite à la sculpture, tant elle est
-énergique; elle presse contre elle un enfant qui suce son sein; tout
-cela admirablement rendu, les mains, les pieds de même. Stanislas est
-représenté dans une espèce de déshabillé, comme on peut le supposer au
-moment de sa mort. Il mourut brûlé par accident dans sa chambre.
-
-Le tombeau qui est en face présente des figures, d'enfants surtout,
-d'un travail plus fini et plus précieux; mais en somme je préfère celui
-du pauvre Vassé. J'inclinerais à penser qu'il est d'un Italien[393].
-
-J'ai été ramené par le cicérone, qui montait sur le siège de mon
-fiacre, par le lieu où s'élève la croix de Lorraine, à l'endroit où fut
-tué Charles le Téméraire, dans vin lieu qui était autrefois l'étang de
-Saint-Jean. Ce détour m'a pris un temps que j'eusse préféré passer au
-Musée.
-
---Au Musée, où mon tableau[394] est placé trop haut et privé de
-lumière. Toutefois il ne m'a pas déplu.
-
-Beaux Ruysdaël. Grand tableau hétéroclite dans le style de Jordaëns,
-et non sans une verve sauvage, de la _Transfiguration_, tableau en
-large où l'on a reproduit et par conséquent délayé, à cause de cette
-disposition en largeur, les principaux groupes de Raphaël.
-
-Deux tableaux, esquisses probablement de Rubens, qui m'ont frappé plus
-que tout, non qu'ils présentent dans toutes leurs parties la franchise
-de la main de Rubens, mais il y a ce je ne sais quoi qui n'est qu'à
-lui. La mer, d'un bleu noir et tourmenté, est d'une vérité idéale. Dans
-le _Jonas jeté hors de la barque_, le monstre du devant semble remuer
-et battre l'eau de la queue. On le distingue à peine dans l'ombre du
-devant, au milieu de l'écume et des vagues noires et pointues. Dans
-l'autre, le _saint Pierre_ a une pose froide; mais l'admirable de cet
-homme, c'est que cela ne diminue point l'impression. Je sens devant
-ces tableaux ce mouvement intérieur, ce frisson que donne une musique
-puissante. O véritable génie, né pour son art! toujours le suc, la
-moelle du sujet; avec une exécution qui semble n'avoir rien coûté!
-Après cela, on ne peut plus parler de rien, ni s'intéresser à rien.
-Près de ces tableaux qui ne sont que des esquisses heurtées, pleines
-d'une rudesse de touche qui déroute dans Rubens, on ne peut plus rien
-voir.
-
-Je dois mentionner cependant la grande salle qui précède le Musée,
-peinte à fresque par le peintre de Stanislas. On ne peut parler des
-figures après celles de Rubens; mais l'ensemble de l'architecture,
-peinte également à fresque, forme un ensemble qu'on ne peut plus
-produire de nos jours.
-
-En somme, Nancy est une grande et belle ville, mais triste et monotone:
-la largeur des rues et leur alignement me désolent; je vois le but
-de ma promenade à une lieue devant moi en droite ligne. Il n'y a que
-le _West-End_ à Londres qui soit plus ennuyeux, parce que toutes les
-maisons s'y ressemblent, et que les rues y sont plus larges encore et
-plus interminables. Strasbourg me plaît cent fois davantage avec ses
-rues étroites, mais propres; on y respire la famille, l'ordre, une vie
-paisible, sans ennui.
-
-*
-
-_Plombières, lundi_ 10 _août._--Parti de Nancy a cinq heures du matin.
-Éveillé à quatre heures; je crois avoir le temps, et l'omnibus vient
-nous chercher, que je n'avais rien apprêté. Je me culbute et je
-m'installe avec Jenny dans le chemin de fer.
-
-Voyage charmant jusqu'à Épinal. Toutes les fois que je vois un vrai
-matin, je m'épanouis. Je crois en jouir pour la première fois, et je me
-désespère de n'en pas jouir plus souvent.
-
-Arrivé à Plombières vers onze heures. Trouvé le bon docteur Laguerre,
-qui me mène chez M. Sibille et me fait prendre mon premier bain.
-
-*
-
-21 _août._--Je me suis levé matin. J'ai fait un croquis dans une
-condition ravissante à la promenade des Dames, au bord d'un charmant
-ruisseau; la rosée couvrant la pente, le soleil à travers les branches.
-Monté ensuite très haut à gauche: vues admirables de matin. J'y ai fait
-deux croquis.
-
-Revenu un peu fatigué, mais en somme me portant bien.
-
-*
-
-22 _août._--Le soir, renouvelé la promenade de la route de Luxeuil.
-J'ai été presque jusqu'où j'avais été la première fois. Bois
-ravissants; idées charmantes: j'en ai fait deux souvenirs.
-
-*
-
-23 _août._--Le matin, monté par la colline qui va à la petite Vierge.
-Vu là, tout en haut, une petite contrée toute simple et toute
-charmante. Souvenirs de Touraine et de Croze. Matinée délicieuse.
-
-Descendu au bain par une pente raide qui m'a abrégé le chemin, et
-repris par la petite rue derrière les moulins. Remonté après déjeuner
-à la promenade des Dames; un bon monsieur ressemblant à Vieillard et
-à peu près de son âge, qui a lié conversation avec amabilité et à la
-française, comme autrefois.
-
-Cavelier[395] ensuite, que j'ai rencontré.
-
-*
-
-25 _août._--Le matin, route de Luxeuil. Temps couvert et froid: je
-n'ai trouvé de loisir qu'arrivé au commencement des bois. Ravin,
-arbre renversé, pentes charmantes avec rochers entremêlés à la
-verdure.--Souhaité d'habiter des pays de montagnes.--Odeur délicieuse
-comme l'héliotrope.
-
-*
-
-28 _août._--J'ai pris en goût depuis quelques jours la promenade de
-l'Empereur pour le soir, et même pour le matin.
-
-La lune, dont le quartier se lève sur les monts boisés, m'attendrit et
-me retient là jusqu'à ce que le froid me chasse.
-
-*
-
-29 _août._--Fait mes adieux à l'église de Plombières... J'aime
-beaucoup les églises. J'aime à y rester presque seul, à m'asseoir sur
-un banc, et je reste là dans une bonne rêverie... On veut en faire
-une neuve dans ce pays-ci. Si je reviens à Plombières, quand elle
-sera construite, je n'y entrerai pas souvent; c'est l'ancienneté qui
-les rend vénérables... Il semble qu'elles sont tapissées de tous les
-vœux que les cœurs souffrants y ont exhalés vers le ciel. Qui
-peut les remplacer, ces inscriptions, ces ex-voto, ce pavé formé de
-pierres tumulaires effacées, ces autels, ces degrés usés par les pas
-et les genoux des générations, qui ont souffert là et sur lesquelles
-l'antique Église a murmuré les dernières prières? Bref, je préfère
-_la plus petite église de village_[396], comme le temps l'a faite, à
-Saint-Ouen de Rouen restauré, ce Saint-Ouen si majestueux, si sombre,
-si sublime dans son obscurité d'autrefois, qui est aujourd'hui tout
-brillant de ses grattages, de ses vitraux neufs, etc.
-
-Je me suis enrhumé aujourd'hui en prenant ma dernière douche.
-
-Le soir, dernière promenade sur la route de Saint-Loup. Je ne peux
-m'arracher à ces beautés. De tous côtés, les faucheurs et les
-faneuses, et les voitures de loin entassées et traînées par les bons
-bœufs.
-
-Le matin, à la promenade de l'Empereur, jusqu'au bois. En chemin, scène
-de faucheurs et de faneuses: effet charmant et rustique... les éclairs
-de la _faux_[397], etc.
-
-*
-
-30 _août._--Renoncé à mon dernier bain, à cause de mon rhume. J'ai
-essayé de m'acheminer par la promenade de l'Empereur: comme il était
-déjà plus tard, le soleil m'a chassé.
-
-*
-
-31 _août._--Parti de Plombières à sept heures du matin. Route avec
-quatre religieuses: l'une d'elles dune charmante figure.--Souffrant
-toute la route jusqu'à Épinal.
-
-Arrivé vers dix heures vers l'église sombre et d'un gothique assez
-primitif: très restaurée.
-
-Chaleur affreuse pour gagner le chemin de fer. Réflexions sur la
-foule qui se pressait à la gare de cette petite ville. Ce chemin
-n'est qu'ébauché: les cloisons ne sont pas posées, et déjà des
-myriades d'allants et venants s'y pressent... Il y a vingt ans, il
-y avait probablement à peine une voiture par jour, pouvant convoyer
-dix ou douze personnes partant de cette petite ville pour affaires
-indispensables. Aujourd'hui, plusieurs fois par jour, il y a des
-convois de cinq cents et de mille émigrants dans tous les sens.
-Les premières places sont occupées par des gens en blouse et qui ne
-semblent pas avoir de quoi dîner. Singulière révolution et singulière
-égalité! Quel plus singulier avenir pour la civilisation! Au reste, ce
-mot change de signification. Cette fièvre du mouvement dans des classes
-que des occupations matérielles sembleraient devoir retenir attachées
-au lieu où elles trouvent à vivre, est un signe de révolte contre des
-lois éternelles.
-
-À Nancy, vers une heure. Nous restons à la gare jusqu'à trois heures et
-demie. Nous retrouvons dans le wagon deux de nos religieuses du matin;
-l'une, qui est supérieure de sa communauté, est une femme distinguée;
-elle cause avec beaucoup d'amabilité et sans nuance de bigoterie.
-
-Pluie, orage avant Bar-le-Duc. Je passe avec plaisir devant le berceau
-de mon père; en somme, voyage agréable.
-
-Il y avait dans le wagon un gros Anglais, type de Falstaff, avec deux
-abominables filles, qui ont représenté presque jusqu'au bout le rôle de
-Loth et ses filles.
-
-Arrivés à onze heures et demie. Retard de plus d'une heure.
-
-
-[392] _Louis-Claude Vassé_ (1716-1772), sculpteur, élève de Puget et de
-Bouchardon.
-
-[393] Ce tombeau est attribué à _Lambert-Sigisbert Adam_ (1700-1759).
-
-[394] Ce tableau est la _Bataille de Nancy_, qui figura au Salon de
-1834, et fut donné par l'État au Musée de Nancy. Il figura aussi à
-l'Exposition de l'École des Beaux-Arts en 1885. (Voir _Catalogue
-Robaut_, n° 355.)
-
-[395] _Pierre-Jules Cavelier_ (1814-1894), sculpteur, élève de David
-d'Angers, membre de l'Académie des Beaux-Arts depuis 1865.
-
-[396] Nous ne pouvons nous empêcher de rapprocher de ce passage un
-fragment du _Curé de village_ de Balzac, de ce Balzac que Delacroix
-parait n'avoir jamais compris, bien qu'il se montrât assez préoccupé de
-ses œuvres pour en extraire d'importants fragments dans son Journal.
-L'analogie de sentiment est complète; c'est la description de la
-petite église habitée par le _curé Bonnet_: «Malgré tant de pauvreté,
-cette église ne manquait pas des douces harmonies qui plaisent aux
-belles âmes et que les couleurs mettent si bien en relief... À
-l'aspect de cette chétive maison de Dieu, si le premier sentiment
-était la surprise, il était suivi d'une admiration mêlée de pitié.
-N'exprimait-elle pas la misère du pays? Ne s'accordait-elle pas avec
-la simplicité naïve du presbytère? Elle était d'ailleurs propre et
-très bien tenue. On y respirait comme un parfum de vertus champêtres,
-rien n'y trahissait l'abandon. Quoique rustique et simple, elle était
-habitée par la prière, _elle avait une âme: on la sentait, sans
-s'expliquer comment!_»
-
-[397] Ici le manuscrit contient un petit croquis de la main de
-Delacroix.
-
- * * * * *
-
-_Paris_, 3 _septembre._--Visite du docteur Laguerre pour moi.
-
-Visite du docteur Laguerre pour Jenny.
-
-J'écris au bon cousin:
-
-«Malgré la vie solitaire que je mène ici, autant que cela est possible
-à Paris, je regretterai souvent notre tranquillité véritable de
-Strasbourg et combien elle était salutaire en particulier pour ma santé
-délabrée et pour mon esprit inquiet et fatigué. Dans votre paisible
-ville, tout me semblait respirer le calme: ici je ne trouve sur tous
-les visages qu'une fièvre ardente; les lieux même semblent livrés à
-une vicissitude perpétuelle. Ce monde nouveau, bon ou mauvais, qui
-cherche à se faire jour à travers nos ruines, est comme un volcan sous
-nos pieds et ne permet de reprendre haleine qu'à ceux qui, comme moi,
-commencent à se regarder comme étrangers à ce qui se passe, et pour qui
-l'espérance se borne à un bon emploi de la journée présente. Je ne suis
-encore sorti qu'une fois dans les rues de Paris: j'ai été épouvanté de
-toutes ces figures d'intrigants et de prostituées.»
-
-*
-
-4 _septembre._--Écrire à M. Voignée d'Arnault, à Sainte-Menehould;
-
---À Thiers, pour son livre.
-
---Voir M. Lefebvre, jeune peintre, rue du Regard[398].
-
---Chabrier.
-
---Chapelle de Riesener.
-
---Répondre à Bornot.
-
-Le matin, aujourd'hui, à l'appartement, et fatigue extrême. Je me suis
-trouvé mourant de faim au café des Marcs, qui m'a rappelé ma jeunesse
-et une jeunesse bien éloignée.
-
---Au milieu de la journée, Berryer est venu me voir. J'ai été bien
-heureux de sa visite et confus de ne pas avoir répondu à la bonne
-lettre de lui que j'avais trouvée ici.
-
-Il me dit, en confirmation de ce que je lui disais de mon régime, qu'il
-était convaincu que, lorsqu'un organe était affaibli ou souffrant chez
-un sujet d'un âge déjà avancé, c'était quelquefois le meilleur moyen de
-le guérir que de s'occuper de la santé de tout le reste, et dans mon
-cas, et d'après la doctrine du docteur Laguerre à mon égard, donner de
-la force au sang, c'est en donner à la gorge et à la poitrine.
-
-Dans ma promenade dans les rues du faubourg Saint-Germain, j'ai été
-frappé de leur contraste avec celles de mon quartier d'aujourd'hui,
-qui, j'espère, ne le sera plus dans quelques mois...
-
-J'ai rencontré le bon Gaubert[399], vieilli et souffrant.
-
-Bornot m'écrit pour m'engager à aller à Valmont.
-
-*
-
-_Dimanche_ 13 _septembre._--J'ai été voir Guillemardet vers onze
-heures, et suis resté jusque deux heures et demie.
-
-J'ai été ensuite au Musée. Deux ou trois jours auparavant j'y
-avais fait une séance. Je prise beaucoup la salle de l'École
-française moderne. Elle paraît bien supérieure à ce qui l'a précédée
-immédiatement. Tout ce qui a suivi Lebrun et surtout le dix-huitième
-siècle tout entier n'est que banalité et pratique. Chez nos modernes,
-la profondeur de l'intention et la sincérité éclatent jusque dans
-leurs fautes. Malheureusement, les procédés matériels ne sont pas
-à la hauteur de ceux des devanciers. Tous ces tableaux périront
-prochainement.
-
-*
-
-15 _septembre._--Je vais à pied voir Périn[400] vers trois heures, et
-je reviens de même sans trop de fatigue. J'ai été bien heureux de le
-revoir. Il était venu souvent en mon absence. Je l'aime beaucoup, et je
-crois qu'il éprouve pour moi le même sentiment. Cela est rare à notre
-âge. Le bon Guillemardet de même.
-
-*
-
-28 _septembre._--Je voudrais que ma voix eût la force qui lui manque.
-
-*
-
-30 _septembre._--Première visite du docteur Laguerre.
-
-
-[398] Sans doute _Jules Lefebvre_, né en 1884, membre de l'Académie des
-Beaux-Arts depuis 1891.
-
-[399] Le docteur _Léon Gaubert_ (1805-1866), médecin du ministère de
-l'intérieur, et auteur de travaux intéressants sur l'hygiène.
-
-[400] _Alphonse Périn_ (1798-1875), peintre, élève de Guérin, qui fit
-surtout de la peinture religieuse. C'est dans l'atelier de leur maître
-commun que s'était nouée cette amitié solide dont parle Delacroix.
-
- * * * * *
-
-3 _octobre._--Pour peindre en détrempe une toile à l'huile, et par
-conséquent pour retoucher un tableau à l'huile, mêler à la détrempe
-de la bière, qu'on rend plus forte en la faisant recuire. Le vernis
-Sœhnée bien pour vernir la détrempe, pour fixer la détrempe, pour
-repeindre ensuite à l'huile ayant le ton _frais en dessous._ Peindre
-en détrempe avec de la colle coupée: six parties d'eau, une partie
-de colle. _Passer_ ensuite de l'amidon bien _passé_ et bien _battu.
-Passer_ lestement avec une brosse large.
-
-*
-
-4 _octobre._--Revoir l'_Adam et Ève_[401] ébauché par Andrieu d'après
-celui de la bibliothèque de la Chambre.--Revoir le _Château de
-Saint-Chartin_, vu par derrière.--Revoir la _Marguerite en prison_[402]
-avec Faust et Méphistophélès, puis l'_Aspasie_[403] jusqu'à la ceinture
-grande comme nature; voir un bon croquis dans un album du temps.
-
-*
-
-6 _octobre._--De Paris, à neuf heures et demie, à Fontainebleau; trouvé
-Viardot. A l'hôtel du _Cadran bleu_, pris une voiture pour Augerville.
-Cheminé à distance avec deux personnes qui y allaient aussi, dont M.
-Legrand, ami de Berryer. Enchanté de l'embrasser.
-
-Ma journée m'a fatigué.
-
-*
-
-_Augerville, vendredi_ 16 _octobre._--Supériorité de la musique:
-absence de raisonnement (non de logique). Je pensais tout cela en
-entendant le morceau bien simple d'orgue et de basse que nous jouait
-Batta ce soir, après lavoir joué avant le dîner. Enchantement que me
-cause cet art; il semble que la partie _intellectuelle_ [404] n'ait
-point part à ce plaisir. C'est ce qui fait classer l'art de la musique
-à un rang inférieur par les pédants.
-
-Dans la journée, fatigué à suivre Berryer à son arpentage pour son
-chemin extérieur. M. de Brézé venu le soir.
-
-«Les phraseurs, me disait Berryer d'après je ne sais qui, commencent
-à Massillon.» Je suis de son avis. Quelle tenue en toutes choses
-devaient avoir ces gens, capables de développer si longuement et avec
-ce soin et ce respect de l'objet qu'on traite ou de la personne à qui
-on s'adresse, et cela avec l'absence de prétention et de l'effet qui a
-toujours été en grandissant depuis!
-
-*
-
-19 _octobre._--Parti d'Augerville à une heure et demie. On est venu
-me prendre de Fontainebleau. Mme de Lagrange partie une demi-heure
-auparavant.
-
-Arbres cassés dans la forêt par un ouragan qui en a déraciné d'énormes.
-Feuillage mort contrastant. Cassure blanche.
-
-Arrivé vers quatre heures. Fait un tour dans le parc par un temps gris
-et pluvieux.--Les carpes[405].--Dîné vers cinq heures; parti à sept
-heures moins un quart.
-
-[401] Voir _Catalogue Robaut_, n° 853 et n° 902.
-
-[402] Voir _Catalogue Robaut_, n° 251.
-
-[403] Voir _Catalogue Robaut_, n° 47 et supplément.
-
-[404] Sur l'élément _intellectuel_ des arts, voir le beau développement
-du début de l'année 1854, à propos des _spécialistes_ auxquels, dit-il,
-«la partie intellectuelle de l'art manque complètement». (Voir t. II, p
-321.)
-
-[405] Les fameuses carpes de l'étang de la Cour des Fontaines, situé
-entre le Jardin Anglais et l'avenue de Maintenon.
-
- * * * * *
-
-_Paris_, 4 _novembre._--Je remarquais un de ces matins, étant au
-soleil dans ma galerie, l'effet prismatique de la multitude de petits
-poils du drap de ma veste grise. Toutes les couleurs de l'arc-en-ciel
-y brillaient comme dans le cristal ou le diamant. Chacun de ces
-poils étant poli réfléchissait les plus vives couleurs, lesquelles
-changeaient à chaque mouvement que je faisais; nous n'apercevons pas
-cet effet en l'absence du soleil, mais...[406].
-
-*
-
-8 _novembre._--Donné à Haro le petit Watteau qui me vient de
-Barroilhet[407], pour le restaurer.
-
-Lui demander les arbres de Valmont, sur carton.
-
-*
-
-9 _novembre._--Je reçois ce matin une lettre de mon bon Lamey. Chose
-singulière: depuis mon réveil, je pensais à lui continuellement;
-au plaisir que j'aurais à recevoir de ses nouvelles, et surtout à
-l'habitude que nous devrions prendre de nous écrire: c'est justement
-ce qu'il me demande dans sa lettre.
-
-J'écris ceci pour l'idée que m'a suggérée le commencement de cette
-lettre. _Si va les bene est, ego valeo ..._ Je me suis mis à réfléchir
-sur ce mot _valere_, qui signifie en français _se bien porter_,
-expression ou plutôt locution qui peint en plusieurs mots une des
-situations de l'homme qui est en santé, peut-être à la vérité la
-principale et qui est le plus sûr indice de la force, celle de se
-trouver sur ses jambes, car l'homme malade est ordinairement couché.
-Il n'y a pas en français un mot unique qui exprime être en santé,
-et, chose bizarre, le mot latin qui l'exprime a passé toutefois dans
-notre langue: c'est le mot _valoir._ Les Anglais disent d'un homme:
-_Il vaut tant_; c'est comme s'ils disaient: La santé de la bourse est
-bonne ou mauvaise. Nous disons: Cette maison vaut cent mille francs,
-c'est-à-dire elle a la valeur, la force, la durée probable, en un mot
-la santé dune maison de cent mille francs. _Valeur_ vient de _valoir_
-et par conséquent de VALERE. Il faut en conclure que, dans l'idée de
-tout le monde, la première condition pour être valeureux est de se bien
-porter. On a de la valeur, on vaut beaucoup: la santé du corps ajoute à
-celle de l'âme et souvent n'est pas autre chose.
-
-La valeur, le courage dans un corps affaibli est une chose rare; encore
-dans l'homme qui en est capable, faut-il remarquer combien il sera plus
-en possession de cette valeur même, s'il se trouve relativement dans un
-meilleur état de santé!
-
---_Du mot_ DISTRACTION.--Il y a longtemps que j'avais fait des
-réflexions analogues sur le mot _Distraction_, pour exprimer des
-plaisirs, des passe-temps. Il vient de _distrahere_, détacher de,
-arracher de. Le vulgaire, quand il dit qu'il se donne des distractions,
-ne se dit pas que cette expression est toute négative; elle exprime
-la première opération à faire pour aller à une jouissance quelconque:
-c'est de se tirer d'abord de l'état d'ennui ou de souffrance dans
-lequel on se trouve. Ainsi, _je vais me distraire_ signifie: Je vais
-ôter de ma pensée le souvenir du mal présent; je vais oublier, si je
-puis, mon chagrin, quitte à trouver ensuite du plaisir par-dessus le
-marché. Tous les hommes ont besoin d'être distraits et veulent l'être
-continuellement. Il n'y a peut-être que le musulman stupide (il nous
-paraît tel à nous autres) qui semble se suffire à lui-même, accroupi
-pendant des journées sur un tapis, en tête-à-tête avec sa pipe; encore
-est-ce là une sorte de distraction. C'est une occupation fainéante qui
-remplit les heures d'une façon machinale.
-
-Quant à nos distractions, ce sont celles que donnent des lectures, des
-spectacles, les cartes, la promenade: il y en a qui s'amusent, d'autres
-qui restent des heures interminables avec les occupations que donnent
-les travaux de l'esprit; mais, encore un coup, ce sont des personnes
-qui charment les heures de la prison par les imaginations d'un état
-qui les met hors de l'état présent, c'est-à-dire qui les arrache à
-la contemplation de soi-même. Ne peut-il donc arriver que, sans le
-secours de ces passe-temps plus ou moins frivoles, on vive en compagnie
-de soi-même, sans appeler à son secours, ou la société d'un autre
-être, notre pareil, et aussi ennuyé que nous, ou les spectacles que
-donnent à notre esprit les inventions d'autres hommes comme nous, qui
-ont eux-mêmes cherché dans l'enfantement de ces ouvrages, qui charment
-maintenant nos heures, une ressource contre les difficultés de vivre
-avec eux-mêmes?
-
-Pythagore compare le spectacle du monde à celui des jeux Olympiques:
-les uns y tiennent boutique et ne songent qu'au profit; les autres
-payent de leur personne et cherchent la gloire; d'autres enfin se
-contentent de voir les jeux.
-
-*
-
-11 _novembre._--Dans la journée chez Viardot, que je n'ai pas trouvé.
-Ensuite chez Mme de Lagrange. Je conviens de revenir dîner avec elle,
-Berryer et Musset. Mme Las Marismas s'y trouve: façon d'Anglaise qui ne
-manque pas de charme.
-
-B... se plaignant à Nice des moustiques, et M. de Landi, le père, lui
-disant obligeamment: «Nous en avons douze espèces comme cela.»
-
-*
-
-_Vendredi_ 13 _novembre._--Il est difficile de dire quelles couleurs
-employaient les Titien et les Rubens pour faire ces tons de chair si
-brillants et restés tels, et en particulier ces demi-teintes dans
-lesquelles la transparence du sang sous la peau se fait sentir malgré
-le gris que toute demi-teinte comporte. Je suis convaincu pour ma part
-qu'ils ont mêlé, pour les produire, les couleurs les plus brillantes.
-La tradition était interrompue à David, lequel, ainsi que son école, a
-amené d'autres errements.
-
-Il est passé en principe, pour ainsi dire, que la sobriété était un
-des éléments du beau. Je m'explique: après le dévergondage du dessin
-et les éclats intempestifs de couleurs qui ont amené les écoles de
-décadence à outrager en tous sens la vérité et le goût, il a fallu
-revenir à la simplicité dans toutes les parties de l'art. Le dessin
-a été retrempé à la source de l'antique: de là une carrière toute
-nouvelle ouverte à un sentiment noble et vrai. La couleur a participé
-à la réforme; mais cette réforme a été indiscrète, en ce sens qu'on a
-cru qu'elle resterait toujours de la couleur atténuée et ramenée à ce
-qu'on croyait, à mie simplicité qui n'est pas dans la nature. On trouve
-chez David (dans les _Sabines_, par exemple, qui sont le prototype de
-sa réforme) une couleur qui est relativement juste; seulement les tons
-que Rubens produit avec des couleurs franches et virtuelles telles que
-des _verts_ vifs, des _outremers_, etc., David et son école croient
-les retrouver avec le _noir_ et le _blanc_ pour faire du _bleu_, le
-_noir_ et le _jaune_ pour faire du _vert_, de l'_ocre rouge_ et du
-_noir_ pour faire du _violet_, ainsi de suite. Encore emploie-t-il des
-couleurs terreuses, des _terres d'ombre_ ou de _Cassel_, des _ocres_,
-etc.--Chacun de ces verts, de ces bleus relatifs, joue son rôle dans
-cette gamine atténuée, surtout quand le tableau se trouve placé dans
-une lumière vive qui, en pénétrant leurs molécules, leur donne tout
-l'éclat dont elles sont susceptibles; mais si le tableau est placé dans
-l'ombre ou en fuyant sous le jour, la terre redevient terre et les
-tons ne jouent plus, pour ainsi dire. Si surtout on le place à côté
-d'un tableau coloré comme ceux des Titien et des Rubens, il paraît ce
-qu'il est effectivement: terreux, morne et sans vie. _Tu es terre et tu
-redeviens terre._
-
-Van Dyck emploie des couleurs plus terreuses que Rubens, l'_ocre_, le
-_brun rouge_, le _noir_, etc.
-
-*
-
-_Vendredi_ 20 _novembre._--Je compare ces écrivains qui ont des idées,
-mais qui ne savent pas les ordonner, à ces généraux barbares qui
-menaient au combat des nuées de Perses ou de Huns combattant au hasard,
-sans ordre, sans unité d'efforts, et par conséquent sans résultat. Les
-mauvais écrivains se trouvent aussi bien parmi ceux qui ont des idées
-que chez ceux qui en sont dépourvus. C'est le sentiment de l'unité et
-le pouvoir de la réaliser dans son ouvrage qui font le grand écrivain
-et le grand artiste.
-
-
-[406] La suite manque dans le manuscrit.
-
-[407] _Paul Barroilhet_ (1805-1871). Le célèbre baryton de l'Opéra
-était grand amateur de peinture et avait eu de nombreux tableaux de
-Delacroix. (Voir le _Catalogue Robaut._)
-
-
- * * * * *
-
-_Samedi_ 5 _décembre._--À l'Institut, Gatteaux[408] fait une sortie
-sur la couleur. Le ministre[409] y était.
-
-*
-
-9 _décembre._--J'ai toujours fait trop d'honneur à tous les gens que
-j'ai vus pour la première fois: je les crois toujours supérieurs.
-
-*
-
-_Dimanche_ 20 _décembre._--Je reste chez moi, je ne fais point ma
-barbe; tantôt, un petit rhume commençant me donne le prétexte de ne pas
-bouger. Depuis le commencement de ce mois je me suis remis à travailler.
-
-L'atelier est entièrement vide. Qui le croirait? Ce lieu, qui m'a
-vu entouré de peintures de toutes sortes et de plusieurs qui me
-réjouissaient par leur variété et qui chacune éveillaient un souvenir
-ou une émotion, me plaît encore dans la solitude. Il semble qu'il soit
-doublé. J'ai là dedans une dizaine de petits tableaux que je prends
-plaisir à finir. Sitôt que je suis levé, je monte à la hâte, prenant
-à peine le temps de me peigner: j'y demeure jusqu'à la nuit, sans
-un seul moment de vide ou de regret pour les distractions que les
-visites, ou ce qu'on appelle les plaisirs, peuvent donner. Mon ambition
-est renfermée dans ces murs. Je jouis des derniers instants qui me
-restent pour me voir encore dans ce lieu qui m'a vu tant d'années, et
-dans lequel s'est passée en grande partie la dernière période de mon
-arrière-jeunesse. Je parle ainsi de moi, parce que, quoique dans un
-âge avancé de la vie, mon imagination et un certain je ne sais quoi me
-font sentir des mouvements, des élans, des aspirations qui se sentent
-encore des belles années. Une ambition effrénée n'a pas asservi mes
-facultés au vain désir d'être admiré par les envieux dans quelque poste
-en vue, vain hochet des dernières années, sot emploi pour l'esprit
-et pour le cœur de ces moments où l'homme au déclin de la vie
-devrait plutôt se recueillir dans ses souvenirs ou dans de salutaires
-occupations de l'esprit, pour se consoler de ce qui lui échappe, et
-remplir ses dernières heures autrement que dans les affaires rebutantes
-dans lesquelles les ambitieux consument de longues journées pour être
-vus quelques instants ou plutôt pour se voir sous le soleil de la
-faveur. Je ne puis quitter sans une vive émotion ces humbles lieux, où
-j'ai été tantôt triste et tantôt joyeux pendant tant d'années.
-
-*
-
-_Mercredi_ 23 _décembre._--Jour de réunion générale de l'Institut pour
-la nomination d'un sous-bibliothécaire. La vue de toutes ces figures
-m'a amusé. Berryer y était, que je n'avais pas vu et qui est venu à
-moi. Nous avons été en sortant voir mon logement. Il me ramène jusque
-chez lui, tout en me contant les circonstances du procès de Jeufosse,
-dans lequel il vient d'avoir un éclatant succès[410].
-
-Jour de sainte Victoire[411]. Je l'ai laissé passer sans m'en
-apercevoir, car j'écris ceci le lendemain... Que d'années écoulées, que
-de chers objets disparus depuis que nous fêtions ce cher anniversaire!
-
-*
-
-_Jeudi_ 24 _décembre._--Travaillé comme à l'ordinaire toute la journée
-pendant qu'on me déménage. J'apprends ce soir la mort du pauvre
-Devéria[412], mort aujourd'hui même, et qu'on enterre demain.
-
-*
-
-_Lundi_ 28 _décembre._--Déménagé brusquement aujourd'hui[413].
-Travaillé le matin aux _Chevaux qui se battent_.
-
-Mon logement est décidément charmant. J'ai eu un peu de mélancolie
-après dîner, de me trouver transplanté. Je me suis peu à peu réconcilié
-et me suis couché enchanté.
-
-Réveillé le lendemain en voyant le soleil le plus gracieux sur les
-maisons qui sont en face de ma fenêtre. La vue de mon petit jardin
-et l'aspect riant de mon atelier me causent toujours un sentiment de
-plaisir.
-
-*
-
-_Mardi_ 29 _décembre._--J'ai été jusqu'au Luxembourg[414] pour
-m'aguerrir, par le plus beau temps du monde.
-
-Le soir, M. Hartmann[415], qui venait me demander ma copie du portrait
-d'homme de Raphaël. Nous avons parlé tout le temps de théologie. Il est
-un fervent protestant. Haro survenu. Bref, je me suis couché ennuyé et
-fatigué.
-
-
-[408] _Jacques-Édouard Gatteaux_ (1788-1881), statuaire et graveur en
-médailles, membre de l'Institut depuis 1845.
-
-[409] M. _Rouland._
-
-[410] Cette cause célèbre, qui eut un grand retentissement, fut jugée
-le 14 décembre 1857, et fournit à Berryer l'occasion d'un de ses plus
-beaux succès oratoires.
-
-[411] C'était le jour de la fête de la mère Delacroix, _Victoire Œben_,
-et cet anniversaire évoquait en lui de touchants souvenirs de jeunesse.
-
-[412] _Achille Devéria_ (1800-1857).
-
-[413] Delacroix quittait son appartement de la rue Notre-Dame de
-Lorette pour s'installer dans l'atelier de la rue Furstenberg, où il
-devait mourir quelques années plus tard.
-
-[414] A partir de ce moment, Delacroix ira souvent se reposer et
-rêver sous les ombrages du Luxembourg, à l'endroit même où se dresse
-actuellement le monument élevé à sa mémoire.
-
-[415] M. _Hartmann_, amateur distingué dont la galerie contenait un
-grand nombre de toiles du maître.
-
-
-
-
-1858
-
-
-22 _janvier._--Soirée chez Hittorff pour la lecture de Berlioz.
-
- * * * * *
-
-2 _février._--Première visite du docteur Laguerre pour la maladie de
-Jenny. Elle est arrêtée depuis avant-hier.
-
-*
-
-3 _février._--Deuxième visite du docteur.
-
-*
-
-4 _février._--Troisième visite du docteur. Riesener venu à quatre
-heures pour le jardin.
-
-*
-
-5 _février._--Visite du docteur.--An conseil la matinée; ensuite chez
-Alaux[416] et chez Halévy. Je n'ai pas trouvé ce dernier.
-
-Je vois au conseil une machine destinée à transporter à une vingtaine
-de mètres plus loin la colonne de la place du Châtelet. On vient de
-planter à la place de la Bourse des marronniers énormes. Bientôt on
-transportera des maisons; qui sait? peut-être des villes.
-
-*
-
-15 _février._--Le bon Duverger venu me voir pour le placement du
-médaillon de Nourrit[417] à Versailles. Excellent homme et policé dans
-ses explications. Il veut avoir une vieillesse vigoureuse et fait des
-actes de jeune homme pour se tenir en haleine, comme de grimper sur les
-omnibus quand la voiture est lancée, et autres exercices.
-
-*
-
-16 _février._--Séance du comité à trois heures à l'Hôtel de ville. Je
-vois Flourens[418]. Le préfet[419] nous a dit des choses intéressantes
-sur l'invasion des prêtres dans l'instruction publique. Ils accaparent
-tout.
-
-J'ai eu très froid en revenant avec Didot.
-
-*
-
-17 _février._--Vers quatre heures, comme j'allais sortir, mon cher
-Rivet est venu me voir. Il m'a montré de la sensibilité au souvenir de
-notre ancienne amitié et m'a promis de venir quelquefois prendre du thé
-avec moi et causer.
-
-*
-
-18 _février._--Chabrier et sa femme venus vers trois heures.
-
-*
-
-23 _février._--Les anciens sont parfaits dans leur sculpture.
-Raphaël[420] ne l'est pas dans son art. Je fais cette réflexion à
-propos du petit tableau d'_Apollon et Marsyas_[421]. Voilà un ouvrage
-admirable et dont les regards ne peuvent se détacher. C'est un
-chef-d'œuvre sans doute, mais le chef-d'œuvre d'un art qui n'est
-pas arrivé à sa perfection. On y trouve la perfection d'un talent
-particulier avec l'ignorance, résultat du moment où il a été produit.
-L'Apollon est collé au fond. Ce fond avec ses petites fabriques est
-puéril: la naïveté de limitation l'excuse, et le peu de connaissance
-qu'on avait alors de la perspective aérienne. L'Apollon a les jambes
-grêles: elles sont d'un modelé faible, les pieds ont l'air de petites
-planches emmanchées au bout des jambes: le cou et les clavicules sont
-manques, ou plutôt ne sont pas sentis. Il en est à peu près de même du
-bras gauche qui tient un bâton; je le répète: le sentiment individuel,
-le charme particulier au talent le plus rare, forment l'attrait de ce
-tableau. Rien de semblable dans des petits plâtres qui se trouvaient
-à côté chez le possesseur du tableau, et qui sont moulés probablement
-sur des bronzes antiques. Il s'y trouve des parties négligées ou plutôt
-moins achevées que les autres; mais le sentiment, qui anime le tout, ne
-va pas sans une connaissance complète de l'art. Raphaël est boiteux et
-gracieux.
-
-L'antique est plein de la grâce sans afféterie de la nature; rien ne
-choque; on ne regrette rien; il ne manque rien, et il n'y a rien de
-trop. Il n'y a aucun exemple chez les modernes d'un art pareil.
-
-*
-
-24 _février._--Chez Raphaël nous voyons un art qui se débat dans ses
-langes: les parties sublimes font passer sur les parties ignorantes,
-sur les naïvetés enfantines qui ne sont que des promesses d'un art plus
-complet.
-
-Dans Rubens il y a une exubérance, une connaissance des moyens de l'art
-et surtout une facilité à les appliquer, qui entraîne la main savante
-de l'artiste dans des effets outrés, dans des moyens de convention
-employés pour frapper davantage.
-
-Dans Puget[422], des parties merveilleuses qui dépassent, en vérité
-et en énergie, les anciens et Rubens, mais point d'ensemble: des
-défaillances à chaque pas, des parties défectueuses assemblées à
-grand'peine; l'ignoble, le commun à chaque pas.
-
-L'antique est toujours égal, serein, complet dans ses détails, et
-l'ensemble irréprochable en quelque sorte. Il semble que les ouvrages
-soient ceux d'un seul artiste: les nuances de style diffèrent à des
-époques diverses, mais n'enlèvent pas à un seul morceau antique cette
-valeur singulière qu'ils doivent tous à cette unité de doctrine, à
-cette tradition de force contenue et de simplicité, que les modernes
-n'ont jamais atteinte dans les arts du dessin, ni peut-être dans aucun
-des autres arts.
-
-*
-
-26 _février._--La conversation que j'ai avec J... à propos de la jambe
-imparfaite de la _Médée_: que les hommes de talent sont frappés d'une
-idée à laquelle tout doit être subordonné. De là les parties faibles,
-sacrifiées par force; tant mieux si l'idée est venue toute nette et
-se développant d'elle-même. Le travail difficile ne s'applique, dans
-l'homme de talent, qu'à faire passer les endroits faibles. Comme tout
-est faible chez les hommes d'un faible talent, tout étant le produit de
-la réflexion ou de réminiscences plus que de l'inspiration, ces lacunes
-sont moins sensibles. Toutes les parties de leur ouvrage insipide sont
-l'objet d'un travail opiniâtre et soutenu. Une nature avare leur fait
-payer cher leur moindre trouvaille. Aux hommes mieux doués le ciel
-donne pour rien les idées heureuses et frappantes; c'est à les mettre
-en lumière le mieux possible que s'applique pour eux le travail.
-
-*
-
-28 _février._--(Je relis cela. Le rapporter à ce que j'ai écrit au
-commencement de l'année 1860 sur le même sujet[423]; mais avec une
-conclusion différente; non pas que je ne trouve toujours l'antique
-aussi parfait, mais en le comparant avec les modernes, notamment dans
-des médailles de la Renaissance, dans les ouvrages de Michel-Ange, du
-Corrège, etc., je trouve dans ces derniers un charme particulier que je
-n'ose pas dire qui soit dû à leurs incorrections, mais à une sorte de
-piquant indéfinissable qu'on ne trouve pas dans l'antique, lequel vous
-donne une admiration plus tranquille. Les anciens embrassaient moins
-d'objets,)
-
-L'art grec était fils de l'art égyptien. Il fallait toute la
-merveilleuse aptitude du peuple de la Grèce pour avoir rencontré, en
-suivant toutefois une sorte de tradition hiératique comme celle des
-Égyptiens, toute la perfection de leur sculpture. C'est la libéralité
-de leur esprit qui anime et féconde ces froides images consacrées d'un
-autre art soumis à une tradition inflexible. Mais si on les compare aux
-modernes, travaillés par tant de nouveautés que la marche des siècles
-a amenées par le christianisme, par les découvertes des sciences qui
-ont aidé à la hardiesse de l'imagination, enfin par suite de cette
-révolution inévitable dans les choses humaines qui ne permet pas qu'une
-époque soit semblable à celles qui l'ont précédée...
-
-Les hardiesses téméraires des grands hommes ont conduit au mauvais
-goût; mais chez les grands hommes, les hardiesses ont ouvert la
-barrière aux hommes futurs qui leur ressemblent. De même qu'Homère
-semble chez les anciens la source d'où tout a découlé, de même chez
-les modernes certains génies, j'oserai dire énormes, et il faut le
-mot comme signifiant aussi bien la grandeur de ces génies que leur
-impossibilité de se renfermer dans de certaines bornes, ont ouvert
-toutes les routes parcourues depuis eux, chacun suivant son caractère
-particulier, de telle sorte qu'il n'est pas de grands esprits venus à
-leur suite qui n'aient été leurs tributaires, qui n'aient trouvé chez
-eux les types de leurs inspirations[424].
-
-L'exemple de ces hommes primitifs est dangereux pour les faibles
-talents ou pour les inexpérimentés. De grands talents, même à leur
-début, cèdent facilement à prendre leur propre influence ou les
-divagations de leur imagination pour l'effet d un génie semblable à
-celui de ces hommes extraordinaires. C'est à d'autres grands hommes
-comme eux, mais qui viennent après eux, que leur exemple est utile,
-les natures inférieures peuvent imiter à leur aise les Virgile, les
-Mozart.....
-
-Cette mobilité est si naturelle aux hommes que les anciens eux-mêmes,
-dont la grandeur à distance nous semble monotone, présentent peu
-d'analogies; leurs grands tragiques se suivent sans se ressembler:
-Euripide n'a plus la simplicité d'Eschyle, il est plus poignant, il
-cherche des effets, des oppositions; les artifices de la composition
-s'augmentent avec la nécessité de s'adressera des sources nouvelles
-d'intérêt qui se découvrent dans l'âme humaine.
-
-C'est comme le travail qu'on voit s'opérer dans l'art moderne.
-Michel-Ange ne peut appeler au secours de l'effet de ses sculptures
-l'art des fonds, le paysage qui augmente l'impression des figures dans
-la peinture; mais le pathétique des mouvements, la finesse des plans,
-l'expression deviennent des besoins impérieux de sa passion.
-
-Les plus grands admirateurs, et ils sont rares aujourd'hui, de
-Corneille et de Racine sentent bien que, de notre temps, des ouvrages
-taillés sur le modèle des leurs nous laisseraient froids. L'indigence
-de nos poètes nous prive de tragédies faites pour nous; il nous
-manque des _génies originaux_[425]. On n'a encore rien imaginé que
-l'imitation de Shakespeare mêlée à ce que nous appelons des mélodrames;
-mais Shakespeare est trop individuel, ses beautés et ses exubérances
-tiennent trop à une nature originale pour que nous puissions en
-être complètement satisfaits quand on vient faire à notre usage du
-Shakespeare. C'est un homme à qui on ne peut rien dérober, comme il ne
-faut rien lui retrancher. Non seulement il a un génie propre à qui rien
-ne ressemble, mais il est Anglais, ses beautés sont plus belles pour
-les Anglais, et ses défauts n'en sont peut-être pas aux yeux de ses
-compatriotes. Ils en étaient encore bien moins pour ses contemporains.
-Ils étaient ravis de ce qui nous choque: les beautés de tous les temps
-qui brillent çà et là n'étaient probablement pas ce qui faisait battre
-des mains à la galerie d'en haut, celle que fréquentaient les matelots
-et les marchands de poisson; et il est probable que les seigneurs de
-la cour d'Élisabeth--ils n'avaient pas beaucoup meilleur goût--leur
-préféraient les jeux de mots, les traits d'esprit recherchés. Le
-lyrisme, le réalisme, toutes ces belles inventions modernes, on a
-cru les trouver dans Shakespeare. De ce qu'il fait parler des valets
-comme leurs maîtres, de ce qu'il fait interroger un savetier par
-César, le savetier en tablier de cuir et répondant en calembours du
-coin de la rue, on a conclu que la vérité manquait à nos pères qui ne
-connaissaient pas cette veine nouvelle; quand on a vu également un
-amant en tête-à-tête avec sa maîtresse débiter deux pages de dithyrambe
-à la nature et à la lune, ou un homme dans le paroxysme de la fureur
-s'arrêter pour faire des réflexions philosophiques interminables, on a
-vu un élément d'intérêt dans ce qui n'est que celui d'un extrême ennui.
-
-Combien le pour et le contre se trouvent dans la même cervelle! On est
-étonné de la diversité des opinions entre hommes différents; mais un
-homme d'un esprit sain conçoit toutes les possibilités, sait se mettre
-ou se met à son insu à tous les points de vue. Cela explique tous les
-revirements d'opinion chez le même homme, et ils ne doivent surprendre
-que ceux qui ne sont pas capables de se faire à eux-mêmes des opinions
-des choses. En politique, où ce changement est plus fréquent et plus
-brusque encore, il tient à des causes entièrement différentes et que je
-n'ai pas besoin d'indiquer: cela n'est pas mon sujet.
-
-Il semble donc qu'un homme impartial ne devrait écrire qu'en deux
-personnes pour ainsi dire: de même qu'il y a deux avocats pour une
-seule cause. Chacun de ces avocats voit tellement les moyens qui
-militent en faveur d'un adversaire, que souvent il va au-devant de ces
-moyens; et quand il rétorque les raisons qu'on lui objecte, c'est par
-des raisons tout aussi bonnes et qui au moins sont spécieuses. D'où il
-suit que le vrai dans toute question ne saurait être absolu; les Grecs,
-qui sont la perfection, ne sont pas aussi parfaits; les modernes, qui
-offrent plus de défaillances ou de fautes, ne sont pas aussi défectueux
-que l'on pense et compensent par des qualités particulières les fautes
-et les défaillances dont l'antique paraît exempt.
-
-Je trouve, dans de vieilles notes d'il y a quatre ans[426], mon opinion
-sur le Titien. Ces jours-ci, sans me les rappeler, mais sous des
-impressions différentes, je viens d'en écrire d'autres.
-
-D'où je conclus qu'il faudrait presque qu'un homme de bonne foi
-n'écrivît un ouvrage que comme on instruit une cause; c'est-à-dire, un
-thème étant posé, avoir comme un autre personnage en soi qui fasse le
-rôle d'un avocat adverse chargé de contredire.
-
---Sur l'instabilité des renommées des grands hommes.
-
---Du beau antique et du beau moderne.
-
-
-
-[416] _Jean Alaux_ (1786-1864), peintre, élève de Vincent, grand prix
-de Rome en 1815, membre de l'Académie des Beaux-Arts depuis 1851.
-
-[417] _Eugène Vieillard-Duverger_ (1800-1863), imprimeur délicat et
-érudit, était un camarade de jeunesse de Delacroix: il était fils de
-_Louis Vieillard-Duverger_, ancien régisseur de l'Opéra-Comique, et
-plus tard directeur d'une agence théâtrale fort estimée. _Adolphe
-Nourrit_ avait épousé la sœur _d'Eugène Duverger._ Le médaillon du
-grand artiste, dont il est question ici, n'est que la reproduction du
-médaillon de profil qui orne la tombe d'Adolphe Nourrit au cimetière
-Montmartre.
-
-[418] _Pierre-Jean-Marie Flourens_ (1794-1867), physiologiste, élève
-de Cuvier, professeur au Collège de France, secrétaire perpétuel de
-l'Académie des sciences, fut appelé en 1858 à faire partie du conseil
-municipal et du conseil général du département de la Seine.
-
-[419] Le _baron Haussmann._
-
-[420] Delacroix écrivait en 1830 clans la _Revue de Paris_. où il avait
-donné une longue étude sur _Raphaël_: «Raphaël n'a pas plus qu'un autre
-atteint la perfection, il n'a pas même, comme c'est l'opinion commune,
-réuni à lui seul le plus grand nombre de perfections possible: mais lui
-seul a porté à un si haut degré les qualités les plus entraînantes et
-qui exercent le plus d'empire sur les hommes: un charme irrésistible
-dans son style, une grâce vraiment divine, qui respire partout dans ses
-ouvrages, qui voile les défauts et fait excuser toutes ses hardiesses.»
-
-[421] Peinture sur bois de l'école italienne, dont il est difficile
-d'établir exactement l'auteur. Acheté en 1850 à la vente de la galerie
-de M. Duvernay par un savant amateur anglais, M. Morris Moore, ce
-tableau fut exposé à Paris en 1859. Depuis quelques années il fait
-partie des collections du Louvre (Salon carré).
-
-[422] Dans son étude sur le grand sculpteur, parue au _Plutarque
-français_, Delacroix écrit en manière de conclusion: «Le nom de _Puget_
-est l'un des plus grands noms que présente l'histoire des arts. Il est
-l'honneur de son pays, et, par une bizarrerie remarquable, l'allure
-de son génie semble l'opposé du génie français. De tout temps, sauf
-de rares exceptions parmi lesquelles Puget est la plus brillante, la
-sagesse dans la conception et l'ordonnance et une sorte de coquetterie
-dans l'exécution ont caractérisé le goût de notre nation dans les
-arts du dessin. Au rebours de ces qualités, Puget présenta dans
-ses ouvrages une fougue d'invention et une vigueur de la main qui
-approchent de la rudesse, et qui durent étonner dans son temps, plus
-qu'elles ne feraient au nôtre. Aussi l'espèce de disgrâce qu'il subit
-pendant sa longue carrière doit-elle être attribuée en grande partie
-à cette opposition qu'il offrait avec la manière des artistes ses
-contemporains, manière qui flattait le goût général. C'est précisément
-ce contraste qui le fait si grand aujourd'hui: aux yeux de la
-postérité, il efface tout ce que son époque a produit et admiré.»
-
-[423] Voir t. III, p. 371 et suiv.
-
-[424] Sur les génies primitifs et leurs imitateurs, voir la même idée
-exprimée par Delacroix le 26 octobre 1853, t. II, p. 258 et suiv. [
-F25] Du livre déjà cité sur Delacroix nous détachons ce passage écrit
-par le maître sous la rubrique _De l'art ancien et de l'art moderne_:
-«Le goût de l'_archaïsme_ est pernicieux. C'est lui qui persuade à
-mille artistes qu'on peut reproduire une forme épuisée ou sans rapport
-à nos mœurs du moment. Il est impardonnable de chercher le beau à la
-manière de Raphaël ou du Dante. Ni l'un ni l'autre, s'il était possible
-qu'ils revinssent au monde, ne présenterait les mêmes caractères dans
-son talent... Libre à ceux qui imitent aujourd'hui le style de Raphaël
-de se croire des Raphaëls. Ce que l'on peut singer, c'est l'invention,
-c'est la variété des caractères; et ce qu'un homme inspiré seul
-peut faire, c'est de marquer de son style particulier ses ouvrages
-inspires.» (EUGÈNE DELACROIX, _sa vie et ses œuvres_, p. 409.)
-
-[426] Voir t. II, p. 470 et suiv.
-
- * * * * *
-
-5 _mars._--Au conseil par un froid glacial. J'y apprends que le bon
-Thierry est très malade. Je vais à la rue du Petit-Musc, je le trouve
-très changé.
-
-Je lis en rentrant les lettres de Mlle Rachel[426].
-
-Je trouve dans les _Salons de Paris_ de Mme Ancelot, à propos de la
-duchesse d'Abrantès[427]: «Ce fut avec tristesse que je la quittai;
-j'emportais une vague inquiétude, car j'avais déjà remarqué que
-la maladie était toujours et que la mort est souvent la suite du
-chagrin. Une certaine modération de caractère et de position défend
-la vie contre ce qui l'empêche d'arriver à la vieillesse, et ceux qui
-parviennent à ses dernières limites ont fait certainement preuve d'une
-sagesse recommandable. Ils ont fait plus: ils ont fait mieux que bien
-d'autres, et, si cela ne parie pas toujours en faveur de leur cœur,
-c'est un assez bon argument en faveur de leur raison. La duchesse
-d'Abrantès n'eut point cette habileté honorable: le désordre amena le
-chagrin, qui entraîna la maladie à sa suite.»
-
-*
-
-10 _mars._--La _Vue de Dieppe_ avec l'_Homme qui sort de la mer avec
-les deux chevaux_[428].
-
-*
-
-14 _mars._--Les artistes qui cherchent la perfection en tout sont ceux
-qui ne peuvent l'atteindre en aucune partie.
-
-*
-
-15 _mars._--Je suis souffrant depuis quelques jours de l'estomac; je
-l'ai fatigué un peu peut-être, et de plus je travaille beaucoup depuis
-un mois et demi.
-
-J'ai sous les yeux dans ma chambre la petite répétition du
-_Trajan_[429] et le _Christ montant au Calvaire._ Le premier est blond
-et clair beaucoup plus que l'autre. Le petit Watteau[430] que j'ai mis
-à côté de tous les deux a achevé de me démontrer où sont les avantages
-des fonds clairs. Dans le _Christ_, les terrains, surtout ceux du fond,
-se confondent presque avec les parties sombres des personnages: la
-règle la plus générale est d'avoir toujours des fonds d'une demi-teinte
-claire, moins que les chairs, bien entendu, mais calculés de manière
-que les accessoires bruns, tels que vêtements, barbe, chevelures,
-tranchent en brun pour enlever les objets du premier plan. C'est ce qui
-est très remarquable dans le Watteau; il y a même plusieurs parties
-qui ont la même valeur que leurs fonds respectifs. Ainsi les bas des
-souliers gris ou jaunâtres ne sortent du terrain que par des parties
-légèrement plus foncées, etc. Il faudrait d'autres Watteau pour étudier
-l'artifice de son effet.
-
-Dans mon Watteau, les arbres du fond, quoiqu'à un plan peu reculé, sont
-extrêmement clairs: il ne s'y trouve pas un seul ton, non plus que dans
-les tombeaux, qui rivalise même de loin pour la vigueur avec ceux du
-premier plan. Il en résulte même un défaut de liaison que je trouve
-choquant quand je le compare avec mon _Trajan_; chaque petite figure
-est isolée, et on voit trop clairement qu'elle a été faite à loisir,
-indépendamment de ses voisines.
-
-C'est aujourd'hui, après y avoir réfléchi ce matin dans mon lit, que
-j'ai donné à Haro l'idée qui peut mettre sur la voie de la peinture des
-Van Eyck, le problème consistant d'une part dans le moyen à prendre
-pour éviter la trop grande quantité d'huile dans les couleurs, et de
-l'autre dans celui d'ajouter du vernis en quantité correspondante. Je
-lui ai dit de renverser le problème: on broierait les couleurs avec
-un vernis qui permettrait de conserver les couleurs fraîches, et on
-ajouterait de l'huile en peignant. Il est très frappé de mon idée.
-
-*
-
-16 _mars._--Varcollier est venu me voir. Il me dit que Trousseau disait
-qu'il n'y avait que danger à s'attaquer par des remèdes à toute maladie
-chronique, goutte, rhumatisme, migraine. Cicéron disait: _Contra
-senectutem pugnandum._
-
-*
-
-18 _mars._--Aujourd'hui, première visite du docteur Laguerre pour mon
-indigestion.
-
-*
-
-21 _mars._--Beyle dit de l'_Italiana in Algieri_: «C'est la perfection
-du genre bouffe; aucun autre compositeur vivant ne mérite cette
-louange, et Rossini lui-même a bientôt cessé d'y prétendre. Quand
-il écrivait l'_Italiana_, il était dans la fleur du génie et de la
-jeunesse; il ne craignait pas de se répéter; il ne cherchait pas à
-faire de la _musique forte_; il vivait dans cet aimable pays de Venise,
-le plus gai de l'Italie et peut-être du monde, et certainement le moins
-pédant.»
-
-
-[426] _Rachel_ était morte au mois de janvier de cette même année.
-
-[427] La _duchesse d'Abrantès_, née en 1784, morte en 1838, descendait
-de la famille impériale des Comnène. Elle épousa en 1799 le général
-Junot, l'accompagna dans ses différentes campagnes, et après sa mort en
-1813 se voua à l'éducation de ses enfants. Elle écrivit de volumineux
-mémoires où l'on trouve les plus curieux détails sur la cour impériale
-Elle était très liée avec Balzac, qui, au moment de l'apparition de ses
-mémoires, servit d'intermédiaire pour traiter avec les éditeurs. On
-trouve d'intéressants détails sur la duchesse d'Abrantès dans le livre
-de M. G. Ferry: _Balzac et ses amies._
-
-[428] Voir _Catalogue Robaut_, n° 1410.
-
-[429] Il s'agit de l'esquisse de la fameuse toile la _Justice de
-Trajan_, peinte en 1840 et qui est l'honneur du musée de Rouen. (Voir
-_Catalogue Robaut_, n° 693.) «La _Justice de Trajan_ est peut-être
-comme couleur la plus belle toile de M. Eugène Delacroix, et rarement
-la peinture a donné aux yeux une fête si brillante: la jambe s'appuyant
-dans son cothurne de pourpre et d'or au flanc rose de sa monture est le
-plus frais bouquet de tons qu'on ait jamais cueilli sur une palette,
-même à Venise.» (Th. Gautier, _Les Beaux-Arts en Europe._)
-
-[430] Delacroix tenait de Barroilhet ce petit tableau de Watteau, _les
-Apothicaires._ Il l'a légué par testament à M. le baron Schwiter.
-(_Corresp._, t. I, p. VI.)
-
- * * * * *
-
-2 _avril._--Les deux Grenier[431] venus vers quatre heures; ils m'ont
-fait plaisir.
-
-*
-
-3 _avril._--Je relis plusieurs de mes anciens calepins pour y
-rechercher du vin de quinquina que m'avait donné ce brave Boissel. J'y
-ai retrouvé des choses passées avec un plaisir doux et pas trop triste.
-
-Pourquoi ai-je délaissé[432] cette occupation, qui me coûte si peu,
-de jeter de temps en temps sur ces livres ce qui se passe dans mon
-existence et surtout dans mon cerveau? Il y a nécessairement dans
-des notes de ce genre, écrites en courant, beaucoup de choses qu'on
-aimerait plus tard à n'y pas retrouver. Les détails vulgaires ne se
-laissent pas exprimer facilement, et il est naturel de craindre l'usage
-que l'on pourrait faire, dans un temps éloigné, de beaucoup de choses
-sans intérêt et écrites sans soin.
-
-*
-
-9 _avril._--De la correspondance de Voltaire avec le cardinal de
-Bernis[433]: «Cette tragédie (celle de _Calas_) ne m'empêche pas de
-faire à _Cassandre_ toutes les corrections que vous m'avez bien voulu
-indiquer: malheur à qui ne se corrige pas, soi et ses œuvres!
-En relisant une tragédie de _Mariamne_ que j'avais faite il y a
-quelque quarante ans, je l'ai trouvée plate et le sujet beau; je l'ai
-entièrement changée; il faut se corriger, eût-on quatre-vingts ans.
-Je n'aime point les vieillards qui disent:--J'ai pris mon pli.--Eh!
-vieux fou, prends-en un autre; rabote tes vers si tu en as fait, et
-ton humeur si tu en as. Combattons contre nous-mêmes jusqu'au dernier
-moment; chaque victoire est douce. Que vous êtes heureux, Monseigneur!
-Vous êtes encore jeune et vous n'avez point à combattre.»
-
-De Voltaire au cardinal de Bernis[434]: «Je ne sais, Monseigneur, si
-notre secrétaire perpétuel a envoyé à Votre Éminence l'_Héraclius_ de
-Calderon, que je lui ai remis pour divertir l'Académie. Vous verrez
-quel est l'original, de Calderon ou de Corneille. Cette lecture peut
-amuser infiniment un homme de goût tel que vous, et c'est une chose, à
-mon gré, assez plaisante. Je vois jusqu'à quel point la plus grave de
-toutes les nations méprise le sens commun.
-
-«Voici, en attendant, la traduction très fidèle de la _Conspiration
-contre César_ par Cassius et Brutus, qu'on joue tous les jours à
-Londres, et qu'on préfère infiniment au _Cinna_ de Corneille. Je vous
-supplie de me dire comment un peuple qui a tant de philosophie peut
-avoir si peu de goût. Vous me répondrez peut-être que c'est parce
-qu'ils sont philosophes; mais quoi! la philosophie mènerait-elle tout
-droit à l'absurdité? Et le goût cultivé n'est-il pas même une vraie
-partie de la philosophie?»
-
-Voici la réponse du cardinal qui se montre, à mon avis, plus homme
-d'un véritable goût que Voltaire. Celui-ci,--et c'était naturel, tout
-prévenu par l'habitude de notre théâtre, dans lequel, malgré son
-génie, et quoi qu'il en pût penser lui-même, il n'avait pas innové
-véritablement,--ne voit le goût que dans les étroites convenances que
-l'habitude, plus qu'une vraie entente de ce qui plaît aux hommes, avait
-établies sur notre scène: «Je suis loin de m'élever contre la forme
-de Corneille et de Racine. Elle avait eu du moins d'être nouvelle
-dans leur main: cette préférence donnée au discours sur l'action est
-un système complet: le penchant de notre nation y convient. Cependant
-celui de Shakespeare et de Calderon qui a suffi aux Anglais et aux
-Espagnols qui ont précédé d'un siècle nos grands ouvrages, dans le
-même moment, il faut bien le dire, où notre théâtre se débattait dans
-d'incroyables ténèbres, ce système, dis-je, tout critiquable qu'il
-est, parle peut-être davantage à l'imagination et ne met pas aussi
-perpétuellement l'auteur entre le spectateur et la scène.»
-
-La véritable innovation,--mais je crois que du temps de Voltaire,
-et dans la société où il vivait, elle était impossible à Voltaire
-lui-même,--cette innovation eût consisté à mettre seulement dans ces
-actions compliquées des Anglais et des Espagnols une espèce d'ordre
-et de raison; mais laissons parler l'aimable cardinal, dont l'opinion
-est étonnante pour le temps où il vit: «Notre secrétaire perpétuel m'a
-envoyé l'_Héraclius_ de Calderon, et je viens de lire le _Jules César_
-de Shakespeare. Ces deux pièces m'ont fait grand plaisir comme servant
-à l'histoire de l'esprit humain et du goût particulier des nations.
-Il faut pourtant convenir que ces tragédies, tout extravagantes ou
-grossières qu'elles sont, n'ennuient point, et je vous dirai, à ma
-honte, que ces vieilles rapsodies où il y a de temps en temps des
-traits de génie et des sentiments fort naturels, me sont moins odieuses
-que les froides élégies de nos tragiques médiocres. Voyez les tableaux
-de Paul Véronèse, de Rubens et de tant d'autres peintres flamands ou
-italiens, ils pèchent souvent contre les costumes, ils blessent les
-convenances et offensent le goût; mais la force de leur pinceau et la
-vérité de leur coloris font excuser ces défauts. Il en est à peu près
-de même des ouvrages dramatiques. Au reste, je ne suis pas étonné que
-le peuple anglais, qui ressemble à certains égards au peuple romain, ou
-qui du moins s'est flatté de lui ressembler, soit enchanté d'entendre
-les grands personnages de Rome s'exprimer comme la bourgeoisie et
-quelquefois comme la populace de Londres. Vous me paraissez étonné
-que la philosophie, éclairant l'esprit et rectifiant les idées,
-influe si peu sur le goût d'une nation! Vous avez bien raison; mais
-cependant vous aurez observé que les mœurs ont encore plus d'empire
-sur le goût que les sciences. Il me semble qu'en fait, d'art et de
-littérature, les progrès du goût dépendent plus de l'esprit de société
-que de l'esprit philosophique. La nation anglaise est politique et
-marchande; par là même elle est moins polie, mais moins frivole que la
-nôtre. Les Anglais parlent de leurs affaires; notre unique occupation
-à nous est de parler de nos plaisirs; il n'est donc pas singulier que
-nous soyons plus difficiles et plus délicats que les Anglais sur le
-choix de nos plaisirs et sur les moyens de nous en procurer. Au reste,
-qu'étions-nous avant le siècle de Corneille? Il nous sied à tous égards
-d'être modestes.»
-
-*
-
-12 _avril._--Je suis retourné, pour la première fois depuis plus de
-quinze mois, au dîner du second lundi. J'ai fait aussi en sortant une
-grande promenade sur les boulevards, sans trop m'émouvoir de regret.
-Ils m'ont amusé plus qu'autrefois, comme au spectacle.
-
-*
-
-13 _avril._--J'ai retravaillé, retouché l'_Hercule_ de Chabrier[435].
-
-J'ai été à trois heures chez Huet. Ses tableaux m'ont fort
-impressionné. Il y a une vigueur rare, encore des endroits vagues, mais
-c'est dans son talent. On ne peut rien admirer sans regretter quelque
-chose à côté. En somme, grands progrès dans ses bonnes parties. En
-voilà assez pour des ouvrages qui restent dans le souvenir, ce qui
-m'est arrivé pour ceux-ci. J'y ai pensé avec beaucoup de plaisir toute
-la soirée.
-
-Après dîner, tourné beaucoup dans mon petit jardin. Il m'est d'un grand
-secours. J'ai bien besoin de reprendre mes forces tout à fait.
-
-*
-
-14 _avril._--«Vous oubliez[436], messieurs, qu'en obligeant M.
-Langlois[437] à donner l'entrée le dimanche à 50 centimes, vous lui
-enlevez 50 pour 100 de son bénéfice; ce sacrifice que vous lui imposez,
-il est juste que vous le payiez, car ici ce serait la Ville qui serait
-censée régaler le public du dimanche, et il sera juste aussi que la
-Ville paye pour se montrer splendide. Ce sacrifice que vous demandez à
-M. Langlois, il y a consenti. Ne lui devait-on aucun dédommagement pour
-la disparition de son premier établissement? Il n'y gagnait pas plus
-d'argent qu'il ne va en gagner dans le nouveau; mais il ne demandait
-rien à personne, et à présent il vous accorde tout ce qui peut diminuer
-ses profits matériels, pourvu que vous l'aidiez à montrer les produits
-de son talent. Vous ne les estimez pas peu, messieurs, puisqu'en
-lui imposant de les exposer le dimanche à un prix réduit des quatre
-cinquièmes, vous estimez procurer au peuple un plaisir.
-
-«Si l'on vous disait que l'Empereur désirerait que la ville de Paris
-l'aidât à aller chercher, dans un désert, une pierre abandonnée, et de
-fréter avec lui un navire et d'entretenir pendant plusieurs années un
-équipage pour cette opération lointaine, sous prétexte que cette pierre
-intéresse la gloire des Sésostris qui ont vécu il y a quatre mille
-ans, vous lui répondriez peut-être que cette pierre ne regarde pas la
-ville de Paris, et que ce serait une mauvaise affaire; et cependant,
-messieurs, s'il était vrai qu'une telle proposition vous fût faite
-et qu'il fût possible que vous refusassiez de vous y associer, vous
-auriez manqué une excellente affaire; à qui le cœur n'a-t-il pas
-battu en présence de l'Obélisque de la place Louis XV, en pensant que
-la capitale de ce pays-ci contenait ce trophée que l'Angleterre était
-toute prête à nous enlever? Combien de millions d'étrangers sont venus
-alimenter la fortune de la ville pour admirer, avec tant d'autres
-monuments dont Paris est plein, ce magnifique ouvrage, fruit d'une
-entreprise désintéressée, la seule de ce genre peut-être qui honore le
-passage de la branche aînée des Bourbons et qui embellit Paris à jamais!
-
-«Vous voyez, messieurs, que le beau peut être utile; le spectacle de
-nos grandes actions représenté par la peinture dans des proportions et
-avec une illusion qu'aucun tableau ne peut atteindre, est une chose
-belle et par le spectacle et par les sentiments qu'il peut inspirer.
-La vue de cette colonne de chasseurs de la garde qui traverse le champ
-de bataille d'Eylau jusqu'aux derrières de l'armée russe et dont il
-ne revient que quelques hommes; celle de ces trois chétifs bataillons
-carrés qui, dans la bataille des Pyramides, soutiennent sous le soleil
-et dans une plaine immense le choc de l'innombrable et intrépide
-cavalerie des mameluks, ce sont des spectacles faits pour moraliser et
-enflammer une nation: cela vaut bien les jeux publics que les empereurs
-donnaient au peuple de Rome, ces combats de gladiateurs où des esclaves
-s'égorgeaient froidement pour gagner leur pain, où l'on immolait cent
-lions en un jour et un passable nombre d'hommes.
-
-«Vous n'en êtes pas à votre essai, messieurs, pour ce qui concerne
-l'encouragement du beau; quel est le nom qu'on donne à vos travaux
-depuis six ans? On les appelle les embellissements de Paris. Vous
-faites des rues larges et des boulevards plus larges encore, pour
-faciliter la circulation et donner de l'air là où il n'y avait que
-ténèbres et infection; mais vous ornez ces rues et ces boulevards,
-vous conservez un vieux bâtiment inutile qu'on appelle la tour
-Saint-Jacques, vous décrétez une fontaine monumentale sur le boulevard
-de Sébastopol. Vous transportez une colonne avec ses accessoires parce
-qu'elle sera plus belle que dans l'endroit où elle se trouve.»
-
-*
-
-24 _avril._--Conseil de revision à midi.
-
-Prêté hier à M. Nanteuil[438] une étude de deux chevaux[439] sur la
-même toile (douze environ), faite autrefois aux gardes du corps;--de
-profil tous les deux.
-
-*
-
-26 _avril._--La journée a été bonne. Beaucoup travaillé avec bonne
-humeur à la _Chasse aux lions_[440] qui est comme finie ce jour-là.
-
-*
-
-27 _avril._--De l'éloge de Magendie par M. Flourens_[441]:_ «À l'ardeur
-de jeunes praticiens vantant le succès de leurs prescriptions il
-opposait son expérience, et leur disait avec une douce ironie: «On voit
-bien que vous n'avez jamais essayé de rien faire.» Si la simplicité
-extrême de ce mode de traitement amenait d'assez justes objections:
-«Soyez convaincus, ajoutait-il, que la plupart du temps, lorsque le
-trouble se produit, nous ne pouvons en découvrir les causes; tout au
-plus en saisissons-nous les effets; notre seule utilité en assistant au
-travail de la nature, qui en général tend vers sou état normal, est de
-ne point l'interrompre; nous ne devons aspirer qu'à être quelquefois
-assez habiles pour l'aider.»
-
-«Qu'on lui fasse absolument tout ce qu'il voudra: je ne prescris que
-cela», disait-il en quittant un jeune garçon dont l'état présentait des
-symptômes alarmants. Ordinairement avare de son temps, il prodigue les
-visites à cet enfant, mais n'ajoute rien à la médication. Le soir du
-troisième jour, tout à coup son front s'obscurcit, et tirant l'oreille
-à son malade: «Petit drôle, tu ne m'as pas laissé un instant de repos.
-Va te promener maintenant.» Le père lui demande alors ce qu'était la
-maladie de l'enfant: «Ce que c'était? Ma foi, je n'en sais rien, ni moi
-ni la Faculté tout entière; si elle pouvait être sincère, elle vous le
-dirait; ce qu'il y a de certain, c'est que tout est rentré dans l'état
-normal.»
-
-Le résultat de ce travail est que les substances qui ne contiennent
-point d'azote (sucre, gomme, etc.) sont impropres à la nutrition.
-En effet, bien que les animaux soumis à l'expérience aient de ces
-substances à discrétion, ils n'en périssent pas moins d'inanition au
-bout de quelques jours. Il y a plus, c'est que, quels que soient les
-aliments employés, azotés ou non, il est nécessaire de les varier. Un
-lapin et un cochon d'Inde, nourris avec une seule substance, telle
-que froment, avoine, orge, choux, carottes, etc., meurent, dit M.
-Magendie, avec toutes les apparences de l'inanition, ordinairement dès
-la première quinzaine, quelquefois beaucoup plus tôt. Nourris avec les
-mêmes substances, données concurremment ou successivement à de petits
-intervalles, les animaux vivent et se portent très bien; la conséquence
-la plus générale et la plus essentielle à déduire de ces faits, c'est
-que la diversité et la multiplicité des aliments sont une règle
-d'hygiène très importante. (C'était le principe du docteur Bailly.)
-
-_Recherches physiologiques et médicales sur les causes, les symptômes
-et le traitement de la qravelle_[442]. «Les personnes atteintes de
-la goutte et de la gravelle, dit Magendie, sont ordinairement de
-grands mangeurs de viande, de poisson, de fromage et autres substances
-abondantes en azote. La plupart des graviers, une partie des calculs
-urinaires, les tophus arthritiques sont formés par l'acide urique,
-principe qui contient beaucoup d'azote. En diminuant dans le régime
-la proportion des aliments azotés, on parvient à prévenir, et même à
-guérir la gravelle.»
-
-*
-
-30 _avril._--Mon pauvre Soulier[443] est venu me voir aujourd'hui;
-j'en ai eu beaucoup de plaisir. Il est vieux, souffrant. Il est
-heureux de ses enfants; mais il est bien isolé dans son coin; point de
-distractions et de consolations.
-
-
-[431] Sans doute _Henri-Gustave_ et _Théophile-Yves-René Grenier de
-Saint-Martin_, fils du peintre _Grenier de Saint-Martin_ (1793-1867),
-élève de Guérin et aussi de Delacroix. Ces deux jeunes gens débutèrent
-l'un et l'autre au Salon de 1857.
-
-[432] On pourra remarquer que, durant les périodes de production,
-le Journal est presque toujours incomplet. C'est surtout quand il
-voyage, quand il est aux eaux, en villégiature chez un ami, à Dieppe
-par exemple, qu'il se plaît à y écrire: c'est ainsi que ses séjours à
-Augerville chez Berryer, où il ne peignait presque jamais, sont autant
-d'occasions pour lui de noircir des feuillets. En revanche, à Paris il
-écrit peu: c'est ce qui explique que l'on trouve en somme assez peu
-d'indications sur ses compositions picturales, et que le Journal soit à
-ce point de vue un insuffisant commentaire de son œuvre d'artiste.
-
-[433] Lettre du 21 juillet 1762.
-
-[434] Lettre du 31 mars 1763.
-
-[435] Variante réduite de l'un des onze tympans de la _Vie d'Hercule_,
-à l'Hôtel de ville. (Voir _Catalogue Robaut_, nos 1152-1162.)
-
-[436] C'est évidemment le brouillon d'un rapport qu'il devait présenter
-au Conseil municipal.
-
-[437] _Jean-Charles Langlois_ (1789-1870), colonel d'état-major,
-peintre de batailles et de nombreux panoramas. Il est question ici du
-Panorama de la prise de Malakoff.
-
-[438] _Célestin Nanteuil_ (1813-1873), graveur et lithographe.
-
-[439] Cette toile figura à la vente posthume de Delacroix sous le n°
-211.
-
-[440] Voir _Catalogue Robaut_, n° 1350.
-
-[441] _François Magendie_, le célèbre physiologiste, membre de
-l'Académie des sciences, était mort le 7 octobre 1865. Son éloge
-fut prononcé à l'Académie des sciences par le secrétaire perpétuel
-_Flourens_, qui excellait dans le genre, et dont les _Éloges
-historiques_ réunis en volumes témoignent à la fois d'un rare talent d
-écrivain et d'une fine observation scientifique.
-
-[442] C'est le titre d'un ouvrage publié pour la première fois en 1818
-par le docteur Magendie.
-
-[443] Delacroix écrivait à _Soulier,_ le 6 décembre 1856: «Quand
-boirons-nous à la santé de nos souvenirs? Quand viendras-tu? Comme
-j'ai à peu près renoncé à lire, surtout le soir, j'ai des moments
-d'inoccupation apparente, qui ne sont pas du tout cet ennui dont je
-parlais tout à l'heure: je ferme les yeux, ou je regarde le feu de la
-cheminée. Alors je rouvre un livre fermé déjà à beaucoup de chapitres
-dans ma mémoire, et je retrouve de délicieux moments, et en première
-ligne ceux que nous avons passés ensemble. Je ne passe jamais sur
-la place Vendôme sans lever les yeux vers cette mansarde que nous
-avons vue si joyeuse. Que d'années depuis tout cela, que de vides!»
-(_Corresp.,_ t. II, p. 151.)
-
- * * * * *
-
-7 _mai_.--Je dîne pour la première fois au dîner du premier vendredi.
-Je m'y amuse et me porte mieux le lendemain. Il faut se remuer.
-J'en sors avec Villot et je me promène seul une heure en excellente
-disposition.
-
-Le lendemain je me suis promené encore: je suis entré à Saint-Roch
-pour la musique, où j'ai entendu surtout le plus cruel sermon sur la
-virginité. Je suis rentré dans une tristesse extrême dont je ne suis
-pas débarrassé aujourd'hui dimanche que j'écris ceci.
-
-*
-
-8 _mai._--MM. Feydeau et Moreau viennent me voir. Je vais à
-l'Institut, où Halévy me sermonne sur mon abstention des séances de
-l'École.
-
-*
-
-9 _mai._--Je vais visiter la maison des Champs-Élysées du prince
-Napoléon[444]. Charmant résultat auquel je ne m'attendais pas. J'y
-trouve Mme Duret avec son mari; aimable femme sans prétention.
-
-Je vais de là voir Mme de Lagrange; elle me dit que Berryer travaille
-trop. Hier, à l'Institut, F..., qui est dans un triste état, me
-conseillait de m'abstenir de la moindre fatigue: c'est pour avoir voulu
-forcer qu'il en est venu à ne pouvoir même lire sans fatigue. Nous nous
-sommes rappelé Blondel qui est mort à la peine à Saint-Thomas d'Aquin.
-J'attribue à un travail forcé ma rechute de l'année dernière à cette
-époque.
-
-*
-
-10 _mai._--Villot est venu me chercher à une heure, nous avons été
-ensuite voir les Rubens, je trouve là Mme de Nadaillac, la fille de Mme
-Delessert.
-
-*
-
-11 _mai._--Parti pour Champrosay à onze heures; grand bonheur de m'y
-voir. Je vois ces pauvres voisins, dont la douleur fend le cœur.
-
-On trouve toujours quelque chose de changé; voilà qu'on me bâtit dans
-la plaine au-dessous de mes fenêtres une baraque dont le toit me cache
-un morceau de la rivière. On abat le mur de Villot. Tout passe, et nous
-passons.
-
-*
-
-22 _mai._--J'ai été à Paris à neuf heures dix. Mon début à l'école
-pour juger les figures. J'allais voir Mercey et le ministre, pour les
-remercier; je n'ai trouvé personne.
-
-Mme de Forget; le petit Raphaël et M. Moore que j'ai remercié de la
-photographie dudit; Autran et sa femme très aimable; elle m'a donné une
-médaille de mon père, de Marseille.
-
-Petite station au Jardin des Plantes avant de partir. Parti avec les
-Parchappe.
-
-En somme, bonne journée, sans la fatigue que je redoutais.
-
-Berryer m'a invité ces jours-ci à passer quelques jours avec lui à
-Augerville; désolé de le refuser dans l'attente où je suis du bon
-cousin.
-
-*
-
-23 _mai._--Sujets: _Tancrède en prison_ après sa poursuite d'une
-fausse Clorinde (je crois). Le chevalier gascon, qui est, je crois,
-Raymond, l'insulte, etc. Flambeau, prison (_Jérusalem_).
-
-Le _Corsaire en prison_[445], Gulnare, le poignard, etc. On pourrait en
-faire un effet de jour sans inconvénient.
-
-_D. Raphaël et ses compagnons surpris par les corsaires dans l'île de
-Minorque (Gil Blas)._ D. Raphaël amené ou plutôt apporté chez la belle
-esclave de son maître à Alger.
-
-_Les Nymphes rapportent le corps de Léandre_, Héro se précipite dans le
-lointain.--Revoir les _Métamorphoses_ d'Ovide.
-
-_Les deux Chevaliers._ Ubalde et le Danois trouvant une barque avec un
-vieillard, etc. (_Jérusalem._)
-
-_L'Aventure de la bague_ dans _Gil Blas._ Celui-ci et ses amis déguisés
-en alguazils, la dame au lit éplorée, vieille femme, etc.--Voir
-costumes du vieux Molière.
-
-_Tancrède baptisant Clorinde._
-
-_Tancrède_ (de Voltaire) _rapporte mourant de la bataille des
-Sarrasins._ Aménaïde en pleurs. Argire, soldats, chevaliers,
-prisonniers, drapeaux et flambeaux; quelque chose comme la composition
-pour le sujet des _deux frères_ dont l'un est tué par l'autre et
-ramené à sa mère; se rappeler le croquis pour le sujet du _Vampire_ de
-Dumas[446].
-
-_Juliette sur son lit_, la mère, le père, les musiciens, la nourrice.
-
-_Bornéo au tombeau de Juliette._
-
-_Athalie interroge Éliacin._
-
-_Junie entraînée par les soldats._ Néron l'observe, flambeaux, etc.
-
-_Renaud arrête le bras d'Armide_ qui veut le frapper (_Jérusalem_).
-
-_Tancrède blessé retrouvé par Herminie._
-
-Sujets de _Sémiramis._
-
-Romans de Voltaire.
-
-_Le prince Léon prisonnier._
-
-_Fleur de lis au tombeau de Brandimart._
-
-_Brabantio maudit sa fille_ (après la séance du doge). Othello, Iago,
-etc.
-
-_Diane de Poitiers demande à François Ier la grâce de son
-père._
-
-_La dame infortunée aux pieds d'Amadis_ dans le lac du château.
-
-_Frappement du rocher._ Israélites buvant avidement, chameaux,
-etc.[447].
-
-*
-
-24 _mai._--Mme Villot m'invite à aller la voir le soir pour me
-rencontrer avec une personne mystérieuse, amie de Mme Sand. J'y
-vais malgré mon rhume et à travers un temps diluvien. Je trouve Mme
-Plessis[448], charmante personne qui me fait promettre d'écrire à Mme
-Sand. Elle est sur le point de m'embrasser dans la soirée quand je lui
-dis que je ne crois pas à cette petite personne appelée _âme_ dont on
-nous gratifie.
-
-Le bon général Parchappe veut m'avoir à dîner pour le lendemain. Je
-promets malgré le rhume.
-
-*
-
-25 _mai._--Dîné chez Mme Parchappe. Mme Franchetti qui s'y trouve vient
-d'arriver ce jour même pour s'installer chez Minoret. Elle est forcée
-d'accepter l'hospitalité de Mme Parchappe sous peine de coucher sur des
-matelas mouillés.
-
-*
-
-26 _mai._--Je songe, en ébauchant mon _Christ descendu dans le
-tombeau_[449], à une composition analogue qu'on voit partout du
-Barocci[450]; et je songe en même temps à ce que dit Boileau pour tous
-les arts: «Rien n'est beau que le vrai.» Rien n'est vrai dans cette
-maudite composition: gestes contournés, draperies volantes sans sujet,
-etc. Réminiscences des divers styles des maîtres. Les maîtres, mais
-je parle des plus grands et dont le style est très marqué, sont vrais
-à travers cela, sans quoi ils ne seraient pas beaux. Les gestes de
-Raphaël sont naïfs, malgré l'étrangeté de son style; mais ce qui est
-odieux, c'est l'imitation de cette étrangeté par des imbéciles, qui
-sont faux de gestes et d'intention par-dessus le marché.
-
-Ingres, qui n'a jamais su composer un sujet comme la nature le
-présente, se croit semblable à Raphaël en singeant[451] certains
-gestes, certaines tournures qui lui sont habituelles, qui ont même chez
-lui une certaine grâce qui rappelle celle de Raphaël; mais on sent
-bien, chez ce dernier, que tout cela sort de lui et n'est pas cherché.
-
-*
-
-28 _mai._--Je vais le soir chez Mme Villot: j'y trouve Mme Franchetti,
-Parchappe, etc., une dame de Suberval et ses filles: l'une de ces
-dernières me promet la recette du _pigeon Pise._
-
-*
-
-29 _mai._--Promenade le matin dans la forêt.
-
-
-[444] Palais pompéien de l'avenue Montaigne, qui vient de disparaître
-pour faire place à une maison de rapport.
-
-
-[445] Delacroix avait déjà traité ce sujet à l'aquarelle et l'avait
-exposé au Salon de 1831. (Voir _Catalogne Robaut_, n° 338.)
-
-[446] Drame fantastique en cinq actes et dix tableaux, par Alexandre
-Dumas et Auguste Maquet, représenté le 30 décembre 1851 sur le théâtre
-de l'Ambigu.
-
-[447] La plupart de ces dessins ou croquis de Delacroix ont figuré à
-la vente posthume du maître et sont aujourd'hui disséminés dans les
-collections d'artistes et d'amateurs.
-
-[448] Probablement Mme _Arnould-Plessy_, la célèbre comédienne, qui
-peut-être désirait obtenir un rôle dans une pièce de George Sand, et
-qui, connaissant les excellentes relations d'Eugène Delacroix avec
-celle-ci, l'avait prié d'intervenir en sa faveur.
-
-[449] Delacroix a plusieurs fois répété ce sujet, qu'il affectionnait.
-(Voir _Catalogue Robaut_, n° 1034.) À propos de cette composition,
-Baudelaire écrit: «Dites-moi si vous vîtes jamais mieux exprimée la
-solennité nécessaire de la _Mise au tombeau._ Croyez-vous sincèrement
-que Titien eût inventé cela? Il eût conçu, il a conçu la chose
-autrement; mais je préfère cette manière-ci. Le décor, c'est le caveau
-lui-même, emblème de la vie souterraine que doit mener longtemps la
-religion nouvelle! Au dehors, l'air et la lumière qui glisse en rampant
-dans la spirale. La mère va s'évanouir, elle se soutient à peine.»
-
-[450] _Le Christ porté au tombeau_, tableau qui se trouve dans l'église
-de Sinigaglia.
-
-[451] Baudelaire l'appelait: _l'adorateur rusé de Raphaël._
-
- * * * * *
-
-5 _juin._--Arrivée de M. Lamey. Il arrive seul à la maison comme je
-m'apprêtais pour aller le chercher. J'avais mal compris l'heure de son
-départ.
-
-*
-
-20 _juin._--Nous allons au Musée avec le bon cousin. Il est très frappé
-des antiquités assyriennes.
-
-*
-
-24 _juin._--Départ du bon cousin. Je suis tout triste du vide qu'il me
-laisse.
-
- * * * * *
-
-3 _juillet._--Premier jour à l'église[452] avec Andrieu.
-
-_Sur les accessoires._--Mercey a dit un grand mot dans son livre sur
-l'Exposition: le beau dans les arts, c'est la vérité idéalisée. Il
-a tranché la question pendante entre les pédants et les véritables
-artistes; il a supprimé l'équivoque qui permettait aux partisans du
-_beau_ partout de masquer leur impuissance à trouver le vrai.
-
-Les accessoires font énormément pour l'effet et doivent néanmoins
-être toujours sacrifiés. Dans un tableau bien ordonné, ce que
-j'appelle _accessoires_ est infini. Non seulement des meubles, de
-petits détails des fonds sont accessoires, mais les draperies et les
-figures elles-mêmes, et dans les figures principales, les parties de
-ces figures. Dans un portrait qui montre les mains, les mains sont
-accessoires. D'abord elles doivent être subordonnées à la tête, mais
-souvent une main doit attirer l'attention, moins qu'une partie du
-vêtement, du fond, etc. Ce qui fait que les mauvais peintres ne peuvent
-arriver au beau qui est _ce vrai idéalisé_ dont parle Mercey, c'est
-qu'outre le défaut de conception générale de leur ouvrage dans le sens
-du _vrai_, leurs accessoires, au lieu de concourir à l'effet général,
-le détournent au contraire par l'application donnée presque toujours
-à faire ressortir certains détails qui devraient être subordonnés. Il
-y a plusieurs manières de produire ce mauvais résultat: d'une part,
-le soin excessif apporté à faire ressortir ces détails, pour montrer
-de l'habileté; de l'autre, l'habitude générale de faire exactement
-d'après nature tous ces accessoires destinés à concourir à l'effet.
-Comment le peintre, en copiant tous ces morceaux d'après des objets
-réels, comme ils sont et sans les modifier profondément, pourra-t-il
-ôter ou ajouter, donner à des objets inertes en eux-mêmes la puissance
-nécessaire à l'impression?
-
-*
-
-_Nancy_, 10 _juillet._--Parti pour Plombières à sept heures du matin.
-Arrivé à Nancy à deux heures. Mauvaise disposition qui m'empêche de
-dîner; je me couche à huit heures environ.
-
-J'avais été au Musée en arrivant, pour revoir les deux esquisses de
-Rubens; à la première vue, elles ne m'ont plus paru si belles; mais
-bientôt le charme a opéré, et je suis devenu immobile devant elles,
-et cela quoique j'allasse de l'une à l'autre, mais sans pouvoir les
-quitter. Il y a à écrire vingt volumes sur l'effet particulier de ces
-ouvrages. C'est le charme du je ne sais quoi, une saveur incroyable,
-au milieu de négligences, mais celles-ci dues à ce que les ouvrages ne
-sont que des esquisses.
-
-*
-
-_Plombières_, 11 _juillet._--Levé à quatre heures pour partir à cinq
-heures. Hier soir, je me croyais au moment de faire une maladie à
-Nancy. Ce matin, je me trouve remis, grâce à ma tempérance.
-
-Je dors une partie du voyage après avoir déjeuné d'une moitié de
-poulet. Trouvé, d'Épinal jusqu'à Plombières, un sieur Algis, je crois,
-qui a été assez bon garçon et qui m'a fermé les fenêtres quand j'en
-avais besoin. Il est fort comme un Turc, et cependant il lutte comme je
-l'ai fait toute ma vie contre le déjeuner. Il est grand fumeur et avoue
-néanmoins tous les inconvénients de son habitude. Il dit comme moi
-qu'il est impossible de s'arrêter à un cigare: un par hasard, dit-il,
-fait plutôt du bien; mais c'est fumer beaucoup et presque constamment
-que veut le fumeur de profession. Il prétend que, toutes les fois qu'il
-lui est arrivé de suspendre ce plaisir pendant quelques jours, il se
-sent un autre homme pour le travail, pour l'activité de l'esprit, celle
-même de la passion pour les femmes. Sitôt l'habitude reprise, apathie,
-indifférence complète: elle suffit, mais sans satisfaire, à ce qu'il
-paraît.
-
-Arrivés à Plombières à midi. Toute la population réunie pour voir
-revenir l'Empereur de la messe. Il m'aperçoit en passant. J'étais sur
-la porte de Parizot, qui ne peut me loger que dans l'espèce de grenier
-où habite sa vieille mère. J'y reste dans l'espoir de mieux.
-
-Bal le soir, qui me tient au supplice une partie de la nuit à cause des
-allées et venues; de même à peu près les jours suivants, et quoique je
-me couche de bonne heure, je n'en dors que plus mal.
-
-Mon compagnon de route prétend qu'il a remarqué que, s'il s'expose au
-soleil après avoir mangé, sa digestion est mauvaise. Il me semble que
-j'ai éprouvé ici la même chose. Quand je sors après déjeuner et que
-je vais à la promenade des Dames, j'en ressens une lourdeur qui tient
-peut-être à ces espaces découverts qu'il faut traverser.
-
-*
-
-12 _juillet._--Je trouve aujourd'hui Fleury qui est ici avec sa femme
-et sa fille. Enchanté de le retrouver; mais avec mon indisposition,
-impossible de profiter de rien.
-
-On m'avait assigné cinq heures du matin pour prendre mes bains...
-
-Je trouve Barre[453] comme je causais sur la place avec Mocquart;
-celui-ci me présente à Mme Guyon[454] qui loge avec lui et l'excellent
-Possoz; elle est très aimable et encore, très bien: des yeux charmants,
-avec une bouche qui annonce des penchants redoutables.
-
-Le soir, promenade au bord de la petite rivière, dans les nouveaux
-endroits disposés depuis l'année dernière; tout cela est charmant.
-
-Quelques mots de conversation avec M. Schneider me fatiguent grandement
-et me font manquer d'aller retrouver Fleury.
-
-*
-
-14 _juillet._--Dans Dumas: «La reine fut toujours femme: elle se
-glorifiait d'être aimée.» Certaines âmes ont cette aspiration vers la
-sympathie de tous ceux qui les entourent, et ce ne sont pas les âmes
-les moins généreuses en ce monde.
-
-Après une promenade que le soleil me gâte toujours un peu, je suis
-monté fatigué à l'établissement pour la première fois et pour lire
-les journaux. Rentré chez moi et ressorti à quatre heures passées, et
-retrouvé ce maudit soleil qui m'a chassé de la musique que j'avais
-entendue de la route de Luxeuil. La vulgarité, l'inanité de cette
-musique suffisait déjà à me mettre en fuite. Le bon Possoz m'a mené
-avant-hier soir à la ferme Jacquot; c'est une promenade charmante et où
-je ne rencontrerai personne.
-
-Aujourd'hui, après dîner, sorti par la route d'Épinal. J'y ai fait des
-découvertes charmantes, des roches, des bois, et surtout des eaux, des
-eaux dont on ne peut se lasser. On éprouve un désir incessant de s'y
-plonger, d'être saint Jean, d'être l'arbre qui s'y baigne, d'être tout,
-excepté un malheureux homme malade et ennuyé.
-
-*
-
-23 _juillet._--Je vais ce matin vers la route de Remiremont; je monte
-avec peine au calvaire. Je reviens prendre un nouveau chemin, derrière
-la fabrique. J'y trouve des aspects nouveaux et charmants. Les journées
-se passent sans trop d'ennui et surtout assez vite. Je reçois à dîner
-une lettre de Paris que j'ouvre avec empressement...
-
-Le soir, assez tard à rétablissement; je me sens plus fort.
-
-*
-
-24 _juillet._--Mollesse, abattement, quoique je fusse bien hier. Je
-prends la hauteur au-dessus de la promenade de l'Empereur et je reviens
-par le bas.
-
-Point d'émotions. Temps triste qui finit par de la pluie vers neuf ou
-dix heures.
-
-*
-
-25 _juillet._--Le magistrat, à ce que me raconte le monsieur de Metz,
-mon voisin de table, qui conseille de ne pas plaider quand la cause est
-bonne!
-
-*
-
-26 _juillet._--Dîné chez Perrier avec M. Yrvoix[455] de chez l'Empereur
-et deux MM. Thomas et une demoiselle d'opéra, maîtresse de l'un d'eux.
-Le bon Possoz, qui en était, nous a quittés pour aller le soir chez
-l'Empereur.
-
-*
-
-27 _juillet._--Départ de l'Empereur à sept heures.--Je continue ma
-promenade jusqu'au délicieux ruisseau de la route de Saint-Loup.
-
-Je lis depuis trois ou quatre jours les _Paysans_ de Balzac, après
-avoir été forcé de renoncer à _Ange Pitou_[456], de Dumas, excédé de
-cet incroyable mauvais. Le _Collier de la Reine_[457], plein des mêmes
-inconvénients et des mêmes intempérances, avait au moins des passages
-intéressants.
-
-Les _Paysans_ m'ont intéressé au commencement; mais ils deviennent en
-avançant presque aussi insupportables que les bavardages de Dumas:
-toujours les mêmes détails lilliputiens, par lesquels il croit donner
-quelque chose de frappant à chacun de ses personnages. Quelle confusion
-et quelle minutie! À quoi bon des portraits en pied de misérables
-comparses dont la multiplicité ôte tout l'intérêt de l'ouvrage! Ceci
-n'est pas de la littérature, comme disait Mocquart l'autre jour. C'est
-comme tout ce qu'on fait: on marque tout, on épuise la matière et avant
-tout la curiosité du lecteur; Balzac, que j'ai déjà jugé sur d'autres
-pièces analogues, est cependant de premier ordre, quoique plein des
-défauts que je viens de dire. Il veut tout dire aussi, et il le redit
-encore après.
-
-*
-
-30 _juillet._--Au milieu du jour, encouragé par le temps couvert et
-quoique dans une disposition passable, je suis monté par la route de
-Luxeuil. Arrivé à l'endroit où sont les bouleaux qui se renversent les
-uns sur les autres, j'en ai fait péniblement au soleil un croquis assez
-confus. Je n'ai pas résisté à descendre par une pente abrupte vers ce
-petit ruisseau délicieux dont on entend le murmure de la route. J'ai
-trouvé là des choses charmantes, rochers clairsemés, sentiers sous le
-bois, clairières et endroits touffus. J'ai bu de ce charmant ruisseau.
-
-*
-
-31 _juillet._--Promenade vers midi du côté est derrière la fabrique
-que j'avais faite le matin avec bonheur il y a huit ou dix jours.
-La chaleur et l'insipidité croissante de la vue ne m'ont pas permis
-d'aller plus loin.
-
-Le soir encore vers la route de Saint-Loup; je ne puis m'en rassasier.
-Le soir, le soleil est en face au lieu d'être derrière comme le matin;
-en se couchant il dore les derniers plans sur les montagnes les plus
-élevées; j'en ai fait un croquis.
-
-Depuis quelques jours, mauvais temps froid et couvert.
-
-J'attribue à cela un certain malaise.
-
-Grande conversation avec Lenormant[458] jusqu'à dix heures à
-l'établissement.
-
-
-[452] Il s'agissait de la décoration de l'église Saint-Sulpice, à
-laquelle le peintre P. Andrieu collabora.
-
-[453] _Jean-Auguste Barre_, sculpteur, né en 1811, élève de J.-J.
-Barre, son père, et de Cortot, auteur d'un grand nombre de statues et
-surtout de bustes.
-
-[454] Mme _Émilie Guyon_ (1821-1878) était une des actrices les plus en
-vogue de l'époque. Elle devint eu 1858 sociétaire du Théâtre-Français.
-
-[455] M. _Yrvoix_ était attaché à la ponce secrète de l'Empereur.
-
-[456] Ce roman, paru en 1853, est une suite de _Joseph Balsamo_ et du
-_Collier de la Reine._
-
-[457] Cette deuxième partie des _Mémoires d'un médecin_ avait paru en
-1849-1850.
-
-
- * * * * *
-
-1er _août._--Le matin, meilleure disposition; encore au
-chemin de Saint-Loup et fait un croquis que j'ai colorié dans la
-journée.
-
-*
-
-2 _août._--Après dîner, une des plus délicieuses promenades que j'aie
-faites ici: j'étais dispos, l'esprit tranquille, tout me charmait. J'ai
-fait un croquis de la ferme Jacquot et, plus haut sur la route près de
-la table ronde de pierre, une vue générale de la vallée[459]. Admiré
-encore le fond sauvage avec bouleaux, sources et rochers.
-
-Je ne pouvais m'arracher à tout cela: quel charme grandiose! Et
-personne près de moi n'y prenait garde. Je rencontrais à chaque instant
-des groupes: les hommes ne s'entretenaient que d'argent; je l'ai
-remarqué.
-
-Revenu lentement achever la soirée à l'établissement. J'y trouve
-Mme Marbouty[460]; conversation jusqu'à dix heures passées. Elle
-a des révélations: un esprit lui parle et lui dicte des choses
-merveilleuses. Cet esprit lui a appris à guérir sa mère qui a
-quatre-vingt-deux ans et qui était dans un état désespéré. Je lui ai
-demandé pourquoi elle ne profitait pas du même moyen pour se guérir
-elle-même; je ne sais ce qu'elle m'a répondu. J'ai rendez-vous avec
-elle après déjeuner demain pour savoir ce que lui a dicté son génie.
-Elle est tout étonnée que je n'aie pas aussi des révélations.
-
-*
-
-3 _août._--Mon voisin de table me dit que M. Lhéritier[461] dit à un
-malade agité ou surexcité par le bain: «Ne le prenez que de trois
-quarts d'heure ou d'une demi-heure.»
-
-M. Turck[462], au contraire, dit dans un cas analogue: «Prenez trois
-heures de bain.»
-
-*
-
-_Champrosay_, 11 _août._--Parti de Paris pour Champrosay.
-
-Je ne suis pas encore content de ma santé. Je n'ose me remettre à
-l'église[463].
-
-Parti à onze heures. Je lais route avec Revenaz[464] et un de ses amis.
-Nous traversons la plaine par la chaleur la plus intense.
-
-*
-
-12 _août._--Je sors à six heures du matin par la campagne. Délicieuse
-promenade. Je vais au bord de la rivière et fais un croquis vers
-la cabane de Degoty. Je rapporte un faisceau de nénufars et de
-sagittaires; je patauge pendant près d'une heure sur les bords glaiseux
-de la rivière avec délices pour conquérir ces pauvres plantes. Cette
-débauche me rappelle Charenton, l'enfance, la pêche à la ligne!... Je
-rentre brûlé.
-
-Nous avons une abondance de fruits dont nous n'avons jamais joui
-jusqu'ici; jusqu'à présent n'en mangeant qu'à dîner, ils ne mont point
-encore fait mal.
-
-*
-
-13 _août._--Je recommence à la même heure matinale la promenade d'hier.
-Je m'arrête avant la fontaine de Baÿvet pour faire un croquis que je
-regrettais de n'avoir pas fait la veille; c'est un des meilleurs du
-petit calepin que j'ai emporté à Plombières.
-
-On passait mon carreau au siccatif; je suis resté le plus longtemps
-que j'ai pu dehors, me couchant à l'ombre non loin de la rivière, près
-du petit pont qui traverse un vivier. Je m'étais assis au bas de la
-rivière même, mais sans descendre jusqu'aux roseaux, abrité par mon
-parasol, en face de cette île remplie de roseaux qui se forme dans les
-basses eaux.
-
-Assis encore près de la fontaine de Baÿvet qui n'est plus qu'un filet
-d'eau, mais charmant et coulant entre les herbes.
-
-J'ai passé le reste de la journée dans la cour à l'ombre, assis dans
-mon fauteuil qu'on m'avait descendu pour donner le temps aux carreaux
-de sécher.
-
-Le soir après dîner, sorti avec Jenny dans la campagne; la pauvre femme
-est souffrante comme à Bordeaux. Elle n'est restée qu'un instant avec
-moi, et je suis rentré qu'il faisait presque nuit; j'étais resté à me
-promener en long et en large devant la fontaine. Le soir, éclaircie,
-espérance de pluie pas réalisée.
-
-*
-
-19 _août._--Travailler n'est pas seulement pour produire des ouvrages,
-c'est pour donner du prix au temps; on est plus content de soi et de
-sa journée quand on a remué des idées, bien commencé ou achevé quelque
-chose.
-
-Lire des mémoires, des histoires consolant des misères ordinaires de la
-vie par le tableau des erreurs et des misères humaines.
-
---_La dernière scène de_ Roméo et Juliette.
-
---_Les Capulet, les Montaigu, le père Laurence._
-
-
-[458] _Charles Lenormant_ (1802--1859), archéologue et historien,
-fut successivement inspecteur des Beaux-Arts, conservateur du
-Musée des antiques, professeur au Collège de France, directeur du
-_Correspondant_, membre de l'Académie des inscriptions, etc. C'était un
-homme fort instruit, doué d'un goût très vif pour les arts.
-
-[459] _Le val d'Ajol, vu de la Feuillée Dorothée._
-
-[460] _Mme Marbouty_, plus connue en littérature sous le nom de _Claire
-Brunne_, auteur de nombreux romans et de pièces de théâtre.
-
-[461] Le _docteur Lhéritier_, membre de l'Académie de médecine, était
-médecin inspecteur des eaux de Plombières.
-
-[462] Le docteur _Léopold Turck_, qui avait siégé comme représentant du
-peuple à l'Assemblée de 1848, était revenu sous l'Empire à Plombières,
-où il exerçait la médecine.
-
-[463] L'église Saint-Sulpice.
-
-[464] Parent de M. Moreau et grand admirateur de Delacroix. (Voir
-_Catalogue Robaut_, nos 565, 566 et 1232.)
-
-
- * * * * *
-
-
-3 _septembre._--Je suis souffrant depuis mardi soir; la veille, dîner
-chez Barbier avec Malakoff et sa prétendue, Mme de Montijo, etc.
-
-Toute la fin de la semaine j'interromps la peinture, je lis
-Saint-Simon. Toutes ces aventures de tous les jours prennent sous cette
-plume un intérêt incroyable. Toutes ces morts, tous ces accidents
-oubliés depuis si longtemps consolent du néant où l'on se sent
-soi-même.
-
-Lu aussi les commentaires de Lamartine sur l'_Iliade_; je me propose
-d'en extraire quelque chose. Cette lecture réveille en moi l'admiration
-de tout ce qui ressemble à Homère, entre autres du Shakespeare, du
-Dante. Il faut avouer que nos modernes (je parle des Racine, des
-Voltaire) n'ont pas connu ce genre de sublime, ces naïvetés étonnantes
-qui poétisent les détails vulgaires et en font des _peintures_ pour
-l'imagination et qui la ravissent. Il semble que ces hommes se croient
-trop grands seigneurs pour nous parler comme à des hommes, de notre
-sueur, des mouvements naïfs de notre nature, etc., etc.
-
-*
-
-5 _septembre._--Je vais chez les Parchappe, où sont les Barbier. Je les
-trouve tout en fête à l'Ermitage. Je reviens par la plus belle nuit du
-monde.
-
-Je suis souffreteux depuis quelques jours. J'ai interrompu la peinture.
-
-J'ai avancé beaucoup quelques tableaux:
-
-Les _Chevaux sortant de la mer_[465].
-
-L'_Arabe blessé au bras et son cheval_[466].
-
-Le _Christ au tombeau dans la caverne, flambeaux_[467], etc.
-
-Le _Petit Ivanhoë et Rebecca_[468].
-
-Le _Centaure et Achille_[469].
-
-Le _Lion et te Chasseur embusqué_, effet de soir[470].
-
-L'ébauche de l'_Othello_ sur le corps de Desdémone.
-
-J'ai composé: _Troupes marocaines dans les montagnes_[471].
-
---Villot me dit de coller du papier sur la voûte de ma chapelle avant
-d'y coller le tableau. Cela est adopté par les décorateurs et fort
-recommandé.
-
-*
-
-6 _septembre._--J'écris à M. Berryer:--«En fin de compte, je me suis
-réfugié ici, où j'ai retrouvé du mieux; mais ce n'est pas tout; voici
-ce qui m'attendait à Champrosay: l'homme qui me louait mon petit
-pied-à-terre m'apprend au déballé qu'il va vendre sa maison, et que
-j'avise d'ici à peu. Me voilà troublé dans mes habitudes, quoique j'y
-fusse médiocrement; mais enfin j'y suis, et il y a quinze ans que je
-viens dans le pays, que j'y vois les mêmes gens, les mêmes bois, les
-mêmes collines. Qu'eussiez-vous fait à ma place, cher cousin, vous
-qui vous êtes laissé murer dans l'appartement que vous occupez depuis
-quarante ans, plutôt que d'en chercher un autre? Probablement ce que
-j'ai fait; c'est-à-dire que j'ai acheté la maison, qui n'est pas chère
-et qui, avec quelques petits changements en sus du prix d'achat, me
-composera un petit refuge approprié à mon humble fortune. Il me faut
-donc, à l'heure qu'il est, retourner sous deux jours à Paris, faire
-un mois de ce travail ajourné sans cesse et venir encore de temps en
-temps ici, voir ce qui s'y fait pour les arrangements que je vous ai
-dits.
-
-«Vous aurez bien vu, en ouvrant ma lettre, mon cher cousin, que je ne
-vous en disais tant que parce que je n'avais rien de bon à vous dire,
-au moins pour ce qui me concerne. Tout ce bavardage que je vous fais
-ici de mes petites affaires, j'aurais voulu vous en étourdir sous les
-ombrages d'Augerville et au bord de l'Essonne. Vous voyez que je ne le
-puis malheureusement pas, et vous pensez bien, je l'espère, que c'est
-contre ma plus chère volonté.»
-
-*
-
-_Paris_, 9 _septembre._--Parti de Champrosay à sept heures; trouvé là
-Leroy d'Étiolés.
-
-*
-
-11 _septembre._--Je retourne travailler à Saint-Sulpice; je fais
-beaucoup à l'_Héliodore_[472]. Le lendemain, impuissance ...
-
-*
-
-14 _septembre._--Je vais au Louvre voir le dessin de Masson, en
-comparaison de mon tableau[473].--Belles restaurations des tableaux
-espagnols. Contours noirs dans plusieurs parties du Murillo; sont-ils
-de lui?--Revu l'étrange _Baptême du Christ_ de Rubens jeune.
-
-*
-
-15 _septembre._--Copié un passage de _Jane Eyre_[474].
-
-*
-
-17 _septembre._--Vu de Rudder[475], qui me parle de la Marbouty dans le
-sens que je connaissais.
-
-*
-
-19 _septembre._--Donné aujourd'hui à Haro la _Petite Vue de Dieppe_
-pour y mettre une bordure noire.---L'esquisse de _Mirabeau_ pour
-rentoiler[476].
-
-Aujourd'hui, dîner chez Mme de Forget avec Mme Menéval, un M. Dufour,
-compagnon de Batta à Tripoli; il me parle beaucoup de lui, toujours
-fumant, toujours avec son opium. Il me parle beaucoup de ce calme de
-la vie dans ces pays; l'insouciance de nos petites affaires et de nos
-petits plaisirs.
-
-M. Yvan me donne son remède contre la fièvre; il est général en Russie,
-et cela lui a réussi quand la quinine était impuissante: faire sécher
-du gros sel gris au soleil ou sur une assiette sur le feu, en mettre
-une poignée dans un verre d'eau qu'on avale. (Consulter cependant.)
-
---_Frappement du rocher_: Hommes, femmes, animaux épuisés, chameaux,
-empressement vers la source.
-
-
-[465] Voir _Catalogue Robaut_, n° 1410.
-
-[466] Voir _Catalogue Robaut_, n° 1175.
-
-[467] Voir _Catalogue Robaut_, n° 1103.
-
-[468] Voir _Catalogue Robaut_, n° 1000.
-
-[469] Voir _Catalogue Robaut_, n° 1438.
-
-[470] Voir _Catalogue Robaut_, n° 1227.
-
-[471] Voir _Catalogue Robaut_, n° 1277.
-
-[472] Voir _Catalogue Robaut_, n° 1340.
-
-[473] _Dante et Virgile_, l'eau-forte _d'Adolphe Masson_, est encore
-inédit.
-
-[474] Roman anglais de _Currer Bell_, pseudonyme de _Charlotte
-Brontë._ Ce livre, qui eut un grand retentissement en Angleterre, fut
-immédiatement traduit en français.
-
-[475] _Louis-Henri de Rudder_ (1807-1881), peintre élève de Gros et de
-Charlet.
-
-[476] _Mirabeau et Dreux-Brézé._ Voir _Catalogue Robaut_,
-nos 359 et 360.
-
-
-
-
-1859
-
-
-_Champrosay,_9 _janvier.--Sur la difficulté de conserver l'impression
-du croquis primitif.--De la nécessité des sacrifices._--Sur les
-artistes qui, comme Vernet, finissent _tout de suite_, et du mauvais
-effet qui en résulte. Voir mes notes du 4 avril 1854[477].
-
-Promenade à la forêt et visite au couvent en ruine de l'Ermitage.
-Stupidité des démolisseurs, tant fanatiques religieux que fanatiques
-révolutionnaires. Solidité de ces constructions de moines. Voir mes
-notes du 13 mai 1853[478].
-
---Avantages de l'éducation suivant Labruyère.--L'éducation se fait avec
-les honnêtes gens. Voir mes notes du 8 mars 1853[479].
-
---Sur les choses inachevées, impressions d'ébauches à propos du chêne
-d'Antain. Que _Michel-Ange_ doit une partie de son effet au manque de
-proportions. Voir mes notes du 9 mai 1853[480].
-
---Tirade sur Girardin qui revenait sans cesse à cette époque sur le
-labourage à la vapeur. La moralité ne me paraît pas devoir gagner à
-dispenser les hommes de travail. Auront-ils une patrie? se lèveront-ils
-pour la défendre? Voir mes notes du 17 mai 1853[481].
-
---_Sur la couleur._ Que les Rubens et les Titien ont employé des
-couleurs brillantes, et David des couleurs ternes. Excès de sobriété
-préconisé chez les modernes. Voir mes notes du 13 novembre 1857[482].
-
---Sur le mot _distraction._ On la cherche dans les travaux de toute
-sorte, y compris ceux de l'esprit; on se distrait avec des ouvrages
-qui ont servi à d'autres de distraction Voir mes notes du 9 novembre
-1857[483].
-
---Sur l'_ébauche_ et sur le _fini._ Les improvisations de Chopin plus
-hardies que l'ouvrage; on ne gâte pas en finissant, quand on est grand
-artiste. Voir mes notes du 20 avril 1853[484].
-
---Perfection de Mozart qui ne brille pas par le voisinage du mauvais.
-Voir mes notes du 18 avril 1853[485].
-
---Il y a aussi les génies fougueux, dont le temps consacre les
-imperfections, Rubens, etc.
-
-[477] Voir t. II, p 324.
-
-[478] Voir t. II, p. 191 et 192.
-
-[479] Voir t. II, p. 182 et suiv.
-
-[480] Voir t. II, p. 185 et 186.
-
-[481] Voir t. II, p. 198.
-
-[482] Voir t. III, p. 297.
-
-[483] Voir t. III, p. 296.
-
-[484] Voir t. II, p. 163 et 164.
-
-[485] Non retrouvées.
-
-
- * * * * *
-
-1er _mars._--DICTIONNAIRE.
-
-_Tableau._ Faire un tableau, l'art de le conduire depuis l'ébauche
-jusqu'au fini. C'est une science et un art tout à la fois; pour s'en
-acquitter d'une manière vraiment savante, une longue expérience est
-indispensable.
-
-L'art est si long que, pour arriver à _systématiser_[486] certains
-principes qui, au fond, régissent chaque partie de l'art, il faut la
-vie entière. Les talents nés trouvent d'instinct le moyen d'arriver à
-exprimer leurs idées; c'est chez eux un mélange _d'élans spontanés_
-et de _tâtonnements_, à travers lesquels l'idée se fait jour avec
-un charme peut-être plus particulier que celui que peut offrir la
-production d'un maître consommé.
-
-Il y a dans l'aurore du talent quelque chose de naïf et de hardi en
-même temps qui rappelle les grâces de l'enfance et aussi son heureuse
-insouciance des conventions qui régissent les hommes faits. C'est ce
-qui rend plus surprenante la hardiesse que déploient à une époque
-avancée de leur carrière les maîtres illustres. Être _hardi_[487],
-quand on a un passé à compromettre, est le plus grand signe de la force.
-
-Napoléon met, je crois, Turenne au-dessus de tous les capitaines, parce
-qu'il remarque que ses plans étaient plus audacieux à mesure qu'il
-avançait en âge. Napoléon lui-même a donné l'exemple de cette qualité
-extraordinaire.
-
-Dans les arts en particulier, il faut un sentiment bien profond pour
-maintenir l'originalité de sa pensée en dépit des habitudes auxquelles
-le talent lui-même est fatalement enclin à s'abandonner. Après avoir
-passé une grande partie de sa vie à accoutumer le public à son génie,
-il est très difficile à l'artiste de ne pas se répéter, de renouveler,
-en quelque sorte, son talent, afin de ne pas tombera son tour dans ce
-même inconvénient de la banalité et du lieu commun qui est celui des
-hommes et des écoles qui vieillissent.
-
-Gluck[488] a donné l'exemple le plus remarquable de cette force
-de volonté qui n'était autre que celle de son génie. Rossini a
-toujours été se renouvelant jusqu'à son dernier chef-d'œuvre,
-qui prématurément a clos son illustre carrière de chefs-d'œuvre.
-Raphaël, Mozart, etc., etc.
-
-_Hardiesse._ Il ne faudrait cependant pas attribuer cette hardiesse,
-qui est le cachet des grands artistes, uniquement à ce don de
-renouvellement ou de rajeunissement du talent par des moyens d'effets
-nouveaux. Il est des hommes qui donnent leur mesure du premier coup,
-et dont la sublime monotonie est la principale qualité. Michel-Ange
-n'a point varié la physionomie de ce terrible talent qui a renouvelé
-lui-même toutes les écoles modernes et leur a imprimé un élan
-irrésistible.
-
-Rubens a été Rubens tout de suite. Il est remarquable qu'il n'a pas
-même varié son exécution, qu'il a très peu modifiée, même après l'avoir
-reçue de ses maîtres. S'il copie Léonard de Vinci, Michel-Ange, le
-Titien,--et il a copié sans cesse,--il semble qu'il s'y soit montré
-plus Rubens que dans ses ouvrages originaux.
-
-_Imitation._ On commence toujours par imiter.
-
-Il est bien convenu que ce qu'on appelle _création_ dans les grands
-artistes n'est qu'une manière particulière à chacun de voir, de
-coordonner et de rendre la nature. Mais non seulement ces grands hommes
-n'ont rien créé dans le sens propre du mot, qui veut dire: de _rien_
-faire _quelque chose_; mais encore ils ont dû, pour former leur talent
-ou pour le tenir en haleine, imiter leurs devanciers et les imiter
-presque sans cesse, volontairement ou à leur insu.
-
-Raphaël, le plus grand des peintres, a été le plus _appliqué à
-imiter_[489]: imitation de son maître, laquelle a laissé dans son
-style des traces qui ne se sont jamais effacées; imitation de l'antique
-et des maîtres qui l'avaient précédé, mais en se dégageant par degrés
-des langes dont il les avait trouvés enveloppés; imitation de ses
-contemporains et des écoles étrangères, telles que l'Allemand Albert
-Dürer, le Titien, Michel-Ange, etc.
-
-Rubens a imité sans cesse, mais de telle sorte qu'il est difficile
-de...[490].
-
-_Imitateurs._ On peut dire de Raphaël, de Rubens, qu'ils ont beaucoup
-imité, et l'on ne peut sans injure les qualifier d'_imitateurs._ On
-dira plus justement qu'ils ont eu beaucoup d'imitateurs, plus occupés
-à calquer leur style dans de médiocres ouvrages, qu'à développer chez
-eux un style qui leur fût propre. Les peintres qui se sont formés en
-imitant leurs ouvrages, mais qui ont calqué le style de ces grands
-hommes dans leurs ouvrages propres et qui n'en ont reproduit que de
-_faibles parties_[491] par défaut d'originalité...
-
-
-[486] Dans un autre art, les écrits théoriques de Richard Wagner sont
-la plus éclatante démonstration de cette idée.
-
-[487] Voir notre Étude, p. XXXIII.
-
-[488] On sait que _Gluck_ composa ses plus belles œuvres et donna
-le plus frappant exemple de hardiesse à un âge où généralement les
-forces créatrices ont diminué, quand elles ne se sont pas complètement
-éteintes chez la plupart des artistes. Il en fut de même pour ce
-Titien, que Delacroix aima si passionnément dans la seconde partie de
-sa carrière d'artiste.
-
- * * * * *
-
-8 _août._--Voir dans l'_Annuaire_ de 1858, de l'Académie de
-Bruxelles, à la page 139, une note ainsi conçue: «Sous le rapport
-politique d'ailleurs, le métier des peintres n'occupait qu'un rang
-comparativement inférieur. Il ne pouvait rivaliser avec les métiers
-des bouchers, des poissonniers, des tailleurs, des forgerons, des
-boulangers.» (Pour l'article sur la situation des artistes chez les
-anciens et les modernes.--À faire pour le Dictionnaire de l'Académie.)
-
-*
-
-9 _août._--«Malgré les travers qu'on lui a reprochés, la violence de
-son caractère, son esprit irritable, sarcastique, son amour presque
-maladif de la solitude...» (Article de Clément sur Michel-Ange. _Revue
-des Deux Mondes_ du 1er juillet 1859.)
-
-*
-
-_Strasbourg_, 23 _août._--J'écris à Mme de Forget:
-
-«Je vous donne quelques nouvelles de mon voyage et de mon séjour.
-
-«Je suis arrivé sans trop de poussière et de chaleur, même sans trop
-d'embarras, quoique tous les départs fussent encombrés de la foule des
-curieux de province qui étaient venus à Paris admirer nos splendeurs,
-que j'ai fuies autant que j'ai pu.
-
-«La distraction et la locomotion n'ont pas suffi à me remettre encore;
-j'espère que le repos profond dont je jouis ici avec mon bon parent
-dissipera ce malaise. Quel que soit l'état de la santé, et en l'absence
-de plaisirs plus vifs, le seul changement de lieu suffit pour procurer
-un grand agrément. Cette ville semble bien primitive ou, si vous
-voulez, bien arriérée en comparaison de Paris.
-
-«Je n'entends parler qu'allemand; cela me rassure un peu sur la crainte
-d'être troublé dans mes promenades par la rencontre de connaissances
-importunes; mais où ne rencontre-t-on pas des importuns? Je lis,
-je dors beaucoup, je me promène un peu et je jouis infiniment du
-tête-à-tête de mon cousin, dont j'aime l'esprit et l'expérience, et
-qui a précisément les mêmes goûts que moi: cela va durer ainsi jusqu'à
-ce que j'aille joindre pour peu de jours seulement mon brave cousin de
-Champagne, qui se trouve sur ma route pour retourner à Paris.
-
-«Tout cela me conduira jusqu'au 10 septembre environ, et Dieu veuille
-qu'alors j'aie repris assez de forces pour me remettre à mon travail,
-que je désirais pousser cet automne.
-
-«Comment allez-vous? Comment gouvernez-vous votre imagination? Car
-c'est là le grand point: on est heureux quand on croit l'être, et si
-votre esprit, au contraire, est ailleurs, toutes les distractions
-du monde ne font rien pour la satisfaction. Je suis sûr que vous
-seriez rafraîchie par la vue de ces bonnes campagnes et de ces belles
-promenades qui commencent tout de suite hors des murs de cette ville.
-Point de bruit, peu de voitures et de toilette; en un mot, on est à
-cent ans en arrière; cela ferait fuir tout le monde et cela m'enchante.
-
-«_P. S._--Je lis avec délices un très vieux livre que je n'avais pas
-lu ou que je ne me rappelais plus: le _Bachelier de Salamanque_, de
-Lesage. Lisez ou relisez-le; vous verrez à quelle distance cela met
-tous nos hommes de génie.»
-
-*
-
-25 _août._--Préface de la dernière édition de Boileau.
-
-
-[489] Dans son étude sur Raphaël, Delacroix avait déjà énoncé et
-développé cette idée qui lui semblait féconde en points de vue
-intéressants: «Beaucoup de critiques, dit-il, seront peut-être tentés
-de lui reprocher (à Raphaël) ce qui me semble, à moi, la marque la plus
-sûre du plus incomparable talent, je veux parler de l'adresse avec
-laquelle il sut imiter, et du parti prodigieux qu'il tira, non pas
-seulement des anciens ouvrages, mais de ceux de ses émules et de ses
-contemporain.»
-
-[490] Inachevé dans le manuscrit.
-
-[491] Dans cette même étude sur Raphaël, le maître ajoutait à propos
-des imitateurs: «Il y a plusieurs manières d'imiter: chez les uns,
-c'est une nécessité de leur nature indigente qui les précipite à la
-suite des beaux ouvrages. Ils croient y rallumer leur flamme sans
-chaleur, et appellent cela y puiser de l'inspiration... Chez les
-autres, l'imitation est comme une condition indispensable du succès.
-C'est elle qui s'exerce dans les écoles sous les yeux et sous la
-direction d'un même maître. Réussir, c'est approcher le plus possible
-de ce type unique. Imiter la nature est bien le prétexte, mais la palme
-appartient seulement à celui qui l'a vue des mêmes yeux et l'a rendue
-de la même manière que le maître. Ce n'est pas là l'imitation chez
-Raphaël. On peut dire que son originalité ne paraît jamais plus vive
-que dans les idées qu'il emprunte. Tout ce qu'il touche, il le relève,
-et le fait vivre d'une vie nouvelle. C'est bien lui qui semble alors
-reprendre ce qui lui appartient, et féconder des germes stériles qui
-n'attendaient que sa main pour donner leurs vrais fruits.» (_Revue de
-Paris_, t. II, 1830.)
-
- * * * * *
-
-9 _septembre._--Les cousins sont arrivés dans la nuit.
-
-Promenade le matin avec le cousin dans la plaine riante où sont ses
-pièces. J'y ai dessiné.
-
-Je trouve dans Bayle: «Notez que les dogmes des philosophes païens
-étaient si mal liés et si mal combinés.....» (Thalès.)
-
- * * * * *
-
-12 _octobre._--Les vraies beautés dans les arts sont éternelles, et
-elles seraient admises dans tous les temps; mais elles ont l'habit
-de leur siècle: il leur en reste quelque chose, et malheur surtout
-aux ouvrages qui paraissent dans les époques où le goût général est
-corrompu!
-
-On nous peint la vérité toute nue: je ne le conçois que pour des
-vérités abstraites; mais toute vérité dans les arts se produit par des
-moyens dans lesquels la main de l'homme se fait sentir, par conséquent
-avec la forme _convenue_[492] et adoptée dans le temps où vit l'artiste.
-
-Le langage de son temps donne une couleur particulière à l'ouvrage
-du poète; cela est si vrai qu'il est impossible de donner, dans une
-traduction faite beaucoup plus tard, une idée exacte d'un poème. Celui
-de _Dante_, malgré toutes les tentatives plus ou moins heureuses, ne
-sera jamais rendu dans sa beauté naïve par la langue de Racine et de
-Voltaire. Homère de même. Virgile, venu dans une époque plus raffinée,
-qui ressemblait à la nôtre, Horace même, malgré la concision de son
-langage, seront rendus plus heureusement en français; l'abbé Delille
-a traduit Virgile; Boileau eût traduit Horace; ce serait donc moins
-la difficulté résultant de la diversité des langues que de l'esprit
-différent des époques qui serait un obstacle à une vraie traduction.
-L'italien du Dante n'est pas l'italien de nos jours; des idées antiques
-vont à une langue antique. Nous appelons naïfs ces auteurs anciens:
-c'est leur époque qui l'était, par rapport à la nôtre seulement.
-
-Les usages d'une époque diffèrent entièrement; la manière d'être
-expressif, d'être plaisant, de s'exprimer, en un mot, sont en
-harmonie avec la tournure des esprits. Nous ne voyons les Italiens du
-quatorzième siècle qu'à travers la _Divine Comédie_; ils vivaient comme
-nous, mais s'égayaient des choses plaisantes de leur temps.
-
-*
-
-25 _octobre._--Le mot de M. Pasquier, en parlant de Solferino: «C'est
-comme la confiance; cela se gagne, cela ne se commande pas.»
-
-Hugo disait à Berryer: «_Nous sommes tous comme cela._» Il faisait
-allusion à la crainte de devenir aveugle.
-
-*
-
-_Augerville_, 31 _octobre._--Montaigne[493] ayant été élu maire de
-Bordeaux..... (_Revue britannique._)
-
-
-[492] Cette idée paraît bien l'avoir préoccupé à cette époque, car à
-la date du 1er septembre, sur un album qu'il avait emporté
-à Strasbourg, Delacroix écrivait: «Le réaliste le plus obstiné est
-bien forcé d'employer, pour rendre la nature, certaines conventions de
-composition ou d'exécution. S'il est question de la composition, il ne
-peut prendre un morceau isolé ou même une collection de morceaux pour
-en faire un tableau... Le réaliste obstiné corrigera dans un tableau
-cette inflexible perspective qui fausse la vue des objets à force de
-justesse.» (EUGÈNE DELACROIX, _sa vie et ses œuvres_, p. 406 et 407.)
-
-[493] Les lacunes du Journal en 1859, si intéressants que soient les
-passages qui nous restent, sont d'autant plus regrettables que ce
-fut l'année de sa plus belle exposition, celle aussi où la critique
-manifesta vis-à-vis du maître le plus impitoyable acharnement.
-Delacroix avait envoyé au Salon la _Montée au Calvaire_, le _Christ
-descendu au tombeau_, un _Saint Sébastien, Ovide en exil chez les
-Scythes, Herminie et les bergers, Rebecca enlevée par le templier,
-Hamlet, Les bords du fleuve Sébou._ Les vrais artistes qui ont conservé
-le souvenir de cette exposition se la rappellent comme une des plus
-imposantes du peintre. Il eût été curieux de retrouver dans les notes
-intimes de Delacroix la trace des amertumes et des légitimes colères
-que l'injustice de ses contemporains dut susciter en lui après tant
-d'années de luttes!
-
-
-
-
-1860
-
-
-3 _janvier._--Extrait de _Consuelo:_ «...Comme le héros fabuleux,
-Consuelo était descendue dans le Tartare pour en tirer son ami, et elle
-en avait rapporté l'épouvante et l'égarement.»
-
---Article sur l'Égypte, de M. Lèbre[494]: «...Les justes, au contraire,
-présentent des offrandes aux dieux, cueillent les fruits des arbres de
-vie, ou, des faucilles à la main, moissonnent les campagnes du ciel;
-d'autres se baignent et jouent dans des bassins d'eau primordiale.»
-
-*
-
-15 _janvier._--DICTIONNAIRE.
-
-_Hardiesse._ Il faut une grande hardiesse pour oser _être soi_; c'est
-surtout dans nos temps de décadence que cette qualité est rare. Les
-artistes primitifs ont été hardis avec naïveté et pour ainsi dire sans
-le savoir; en effet, la plus grande des hardiesses, c'est de sortir
-du convenu et des habitudes; or, des gens qui viennent les premiers
-n'ont point de précédents à craindre; le champ était libre devant eux;
-derrière eux, aucun précédent pour enchaîner leur inspiration. Mais
-chez les modernes, au milieu de nos écoles corrompues et intimidées
-par des précédents bien faits pour enchaîner des élans présomptueux,
-rien de si rare que cette confiance qui seule fait produire les
-chefs-d'œuvre.
-
-Bonaparte dit à Sainte-Hélène, en parlant de l'amiral Brueys[495],
-celui qui mourut si glorieusement à Aboukir: «Il n'avait pas dans la
-bonté de ses plans cette confiance, etc.», ni la véritable hardiesse,
-celle qui est fondée sur une originalité native. Il faut reconnaître
-qu'on rencontre trop fréquemment, chez le commun des artistes, une
-confiance aveugle dans des forces que s'attribue une vaniteuse
-médiocrité. Des hommes dépourvus d'idées et de toute espèce d'invention
-se prennent bonnement pour des génies et se proclament tels.
-
-DICTIONNAIRE.--_Préface._--Ce qu'il importe dans un Dictionnaire[496]
-des Beaux-Arts, ce n'est pas de savoir si Michel-Ange était un grand
-citoyen (l'histoire du portefaix qu'il perce d'une lance pour étudier
-l'agonie d'un homme expirant sur une croix), comme il était le plus
-grand artiste; mais comment se forma tout à coup son style à la suite
-des tâtonnements d'écoles qui sortaient à peine des langes d'une timide
-enfance, et quelle influence ce style prodigieux a eue sur tout ce qui
-l'a suivi.
-
-Le lecteur se trouvera aussi dispensé de retrouver pour la millième
-fois l'histoire ridicule du Corrège, mais il apprendra peut-être avec
-plaisir ce que les nombreux historiens des artistes célèbres n'ont pas
-redit assez: c'est combien les pas que ce grand homme a fait faire à
-la peinture ont été surprenants, et combien, sous ce rapport, il se
-rapproche de Michel-Ange lui-même.
-
-*
-
-16 _janvier._--DICTIONNAIRE (_Pour la Préface du._) Un dictionnaire
-de ce genre sera relativement nul s'il est l'ouvrage d'un seul homme
-de talent; il serait meilleur encore, ou plutôt il serait le meilleur
-possible, s'il était l'ouvrage de plusieurs hommes de talent, mais à
-la condition que chacun d'eux traite son sujet sans la participation
-de ses confrères. Fait commun, il retomberait dans la _banalité_[497],
-et ne s'élèverait pas beaucoup au-dessus d'un ouvrage composé en
-société par de médiocres artistes. Chaque article amendé par chacun des
-collaborateurs perdrait son originalité pour prendre sous le niveau des
-corrections une unité banale et sans fruit pour l'instruction.
-
-C'est le fruit de l'expérience qu'il faut trouver dans un ouvrage de
-ce genre. Or, l'expérience est toujours fructueuse chez les hommes
-doués d'originalité; chez les artistes vulgaires, elle n'est qu'un
-apprentissage un peu plus long des recettes qu'on trouve partout.
-
-On trouvera dans ce manuel des articles sur quelques artistes célèbres,
-mais on n'y traitera ni de leur caractère, ni des événements de leur
-vie. On y trouvera analysés plus ou moins longuement leur style
-particulier, la manière dont chacun d'eux a adopté ce style, la partie
-technique de l'art.
-
-*
-
-17 _janvier._--Le but principal d'un Dictionnaire des Beaux-Arts
-n'est pas de récréer, mais d'instruire. Donner ou éclairer certains
-principes essentiels, éclairer l'inexpérience avec plus ou moins de
-succès, montrer la route à suivre et signaler les écueils sur les
-routes dangereuses ou proscrites par le goût, telle est la marche qu'il
-est bon de s'y proposer. Or, où trouve-t-on de meilleures applications
-de principes que dans l'exemple des grands maîtres qui ont porté à la
-perfection les différentes branches des arts? Quoi de plus instructif
-que leurs erreurs elles-mêmes? Car l'admiration qu'inspirent ces hommes
-privilégiés et venus les premiers ne doit pas être une admiration
-aveugle; les adorer dans toutes leurs parties serait, particulièrement
-pour de jeunes aspirants, ce qu'il y aurait de plus dangereux;
-la plupart des artistes, même parmi ceux qui sont capables d'une
-certaine perfection, sont enclins à s'appuyer sur les faiblesses des
-grands hommes et à s'en autoriser. Ces parties qui, chez les hommes
-privilégiés, sont généralement des exagérations de leur sentiment
-particulier, deviennent facilement, chez de faibles imitateurs, de
-grossières _bévues_; des écoles entières ont été fondées sur des côtés
-mal interprétés des maîtres, et de déplorables erreurs ont été la
-suite de ce zèle inconsidéré à s'inspirer des mauvais côtés des hommes
-remarquables, ou plutôt de l'impuissance de reproduire quelque chose de
-leurs sublimes parties.
-
-*
-
-18 _janvier._--Malheureusement, chaque homme ne peut suffire qu'à une
-tâche restreinte; peut-être que beaucoup d'hommes capables d'écrire
-d'excellentes choses sur la peinture ou sur les arts en général (je
-parle toujours, non de simples critiques, mais d'hommes du métier en
-état de répandre une véritable instruction) ont été retenus par l'idée
-de l'insuffisance d'un seul homme, occupé d'ailleurs de l'exercice
-même de sa profession, à faire un ouvrage sur ces matières si peu
-approfondies.
-
-_Faire un livre_[498] est une besogne à la fois si respectable et
-si menaçante, qu'elle a glacé plus dune fois l'homme de talent prêt
-à prendre la plume pour consacrer quelques loisirs à l'instruction
-de ceux qui sont moins avancés que lui dans la carrière. Le livre a
-mille avantages sans doute: il enchaîne, il déduit les principes,
-il développe, il résume, il est un monument; enfin, à ce titre, il
-flatte l'amour-propre de son auteur au moins autant qu'il éclaire les
-lecteurs; mais il faut un plan, des transitions; l'auteur d'un livre
-s'impose la tâche de ne rien omettre de ce qui a trait à sa matière.
-
-Le dictionnaire, au contraire, supprime une grande partie... S'il n'a
-pas le sérieux du livre, il n'en offre pas la fatigue; il n'oblige
-pas le lecteur haletant à le suivre dans sa marche et dans ses
-développements; bien que le dictionnaire soit ordinairement l'ouvrage
-des compilateurs proprement dits, il n'exclut pas l'originalité
-des idées et des aperçus: mal inspiré serait celui qui ne verrait
-dans le dictionnaire de Bayle, par exemple, que des compilations.
-Il soulage l'esprit, qui a tant de peine à s'enfoncer dans de longs
-développements, à suivre avec l'attention convenable ou à classer et
-à diviser les matières. On le prend et on le quitte; on l'ouvre au
-hasard, et il n'est pas impossible d'y trouver, dans la lecture de
-quelques fragments, l'occasion d'une longue et fructueuse méditation.
-
-*
-
-19 _janvier._--Il s'est trouvé un homme comme Michel-Ange, qui était
-peintre, architecte, sculpteur et poète. Un tel homme serait le plus
-prodigieux des phénomènes, s'il était un grand poète en même temps
-qu'il est le plus grand des sculpteurs et des peintres; mais la nature,
-heureusement pour, les artistes qui marchent de loin sur ses traces,
-et pour les consoler apparemment de lui être si inférieurs, n'a pas
-permis qu'il fût aussi le premier des poètes. Il a écrit sans doute,
-quand il était las de peindre ou d'édifier; mais sa vocation était
-d'animer le marbre et l'airain, et non de disputer la palme aux Dante
-et aux Virgile, ni même aux Pétrarque. Il a fait des pièces de courte
-haleine, comme il convient à un homme qui a autre chose à faire que
-de méditer longuement sur des rimes. S'il n'eût fait que ses sonnets,
-il est probable que la postérité ne se fût pas occupée de lui. Cette
-imagination dévorante avait besoin de se répandre sans cesse, et
-quoique sans cesse rongé de mélancolie et même de découragement,--son
-histoire le dit à chaque instant,--il avait besoin de s'adresser à
-l'imagination des hommes en même temps qu'il en évitait la société. Il
-n'admettait près de lui que des petites gens, que des subalternes, ses
-praticiens qu'il pouvait à son gré écarter de son chemin, qu'il aimait
-à ses heures et qu'il accueillait volontiers, quand il était fatigué de
-la fréquentation forcée des grands qui lui dérobaient son temps et le
-forçaient à des observances de civilité.
-
-La pratique d'un art demande un homme tout entier[499]; c'est un
-devoir de s'y consacrer pour celui qui en est véritablement épris.
-Peinture, sculpture, sont presque le même art dans ces siècles de
-renouvellement où les encouragements vont trouver le talent, où la
-foule des talents médiocres n'a pas encore éparpillé la bonne volonté
-des Mécènes et dérouté l'admiration du public; mais quand les écoles se
-sont multipliées, que les médiocres talents abondent, qu'ils réclament
-chacun une part de la munificence publique ou de celle des grands, à
-qui accordera-t-on de prendre la place de plusieurs hommes en exerçant
-à soi tout seul?... Que si l'on peut concevoir un seul homme professant
-à la fois la sculpture, la peinture et même l'architecture, à cause des
-liens qui unissent ces arts qui ne sont séparés que dans les époques
-de décadence, on ne reconnaîtra pas aussi facilement la possibilité de
-joindre[500]...
-
-*
-
-25 _janvier._--DICTIONNAIRE.
-
-_Du goût des nations._
-
-_L'amour des détails chez les Anglais._
-
-_Du terrible._
-
-_Du goût italien en musique, en art, etc._
-
-*
-
-26 _janvier.--Charlet_[501]. Je ne suivrai pas l'auteur de la _Vie de
-Charlet_[502] dans la partie anecdotique de son histoire. Cette partie
-y occupe une grande place; ami du grand artiste, il a connu une foule
-de particularités, et il fait ressortir comme il le doit les parties
-honorables de son caractère. Il s'en est fait en quelque sorte un pieux
-devoir, et on ne peut que lui donner des éloges à cet égard, comme
-pour les parties de son ouvrage où il fait ressortir les qualités de
-l'illustre dessinateur.
-
-Telle n'est pas la tâche d'un contemporain de Charlet, artiste comme
-lui, qui entreprend de ramener le public à une estime de ses ouvrages
-égale à leur mérite. En étalant aux yeux la partie intime de sa vie, il
-se trouve en contradiction avec cette opinion dans laquelle il n'a fait
-que s'affermir de plus en plus.
-
-*
-
-27 _janvier.--Architecture_[503]. L'architecture est tombée de nos
-jours dans une complète dégradation; c'est un art qui ne sait plus
-où il en est; il veut faire du nouveau, et il n'y a pas d'hommes
-nouveaux. La bizarrerie tient lieu de cette nouveauté tant cherchée
-et est si peu nouvelle et originale, précisément parce qu'elle
-est cherchée. Les anciens sont arrivés par degrés au comble de la
-perfection, non pas tout d'un coup, non pas en se disant qu'il fallait
-absolument étonner les esprits, mais en montant par degrés et presque
-sans s'en douter à cette perfection qui a été le fruit du génie appuyé
-sur la tradition. Qu'espèrent les architectes en rompant avec toutes
-les traditions?
-
-On s'est lassé, dit-on, de l'architecture grecque, que les Romains,
-tout grands qu'ils ont été, ont respectée, sauf les modifications
-que leurs usages les ont conduits à adopter. Après les ténèbres du
-moyen âge, la Renaissance, qui a été véritablement celle du goût,
-c'est-à-dire du bon sens, c'est-à-dire du beau dans tous les genres, en
-est revenue à ces proportions admirables dont il faudra toujours, en
-dépit de toutes les prétentions à l'originalité, reconnaître l'empire
-incontestable. Nos usages modernes, si différents en une foule de
-points de ceux des anciens, s'y adaptent pourtant merveilleusement. De
-l'air, de la lumière, une large circulation, des aspects grandioses,
-répondent de plus en plus à cet élargissement graduel de nos villes et
-de nos habitations. La vie renfermée et inquiète de nos pères, occupés
-sans cesse à se défendre dans les maisons, à épier l'attaquant par des
-meurtrières qui laissaient à peine pénétrer le jour, les rues étroites,
-ennemies du développement des lignes que comporte le génie antique,
-convenaient à une société opprimée et sans cesse sur le qui-vive.
-
-Que nous veulent donc ces constructeurs de bâtiments à la mode du Paris
-du quinzième siècle? Ne semble-t-il pas qu'à chacune de ces meurtrières
-qu'ils appellent des fenêtres, nous allons voir à chaque instant des
-hommes l'arquebuse à la main, ou que nous allons voir retomber une
-herse derrière les portes garnies de gonds formidables et de clous
-menaçants?
-
-Les architectes ont abdiqué; il en est qui se défient d'eux-mêmes et
-de leurs confrères à ce point qu'ils vous disent avec une espèce de
-candeur qu'il n'y a plus d'inventeurs, et même que l'invention n'est
-plus possible.
-
-Il faut donc se rejeter dans le passé, et comme, suivant eux, le goût
-antique a fait son temps, ils s'inspirent du gothique qui leur semble
-presque du neuf dans leur rajeunissement, à cause de la désuétude
-dans laquelle il était tombé, et se jettent dans le gothique pour
-paraître nouveaux. Quel gothique et quelle nouveauté! Il en est
-qui avouent naïvement que le cercle est fermé, que les proportions
-grecques les fatiguent par leur monotonie; qu'il n'y a plus de retour
-que dans celles des monuments des siècles de barbarie; encore, s'ils
-se servaient des proportions de cet art qu'on croyait enseveli en y
-joignant quelques lueurs d'une invention propre!... Ils n'inventent
-pas, ils calquent le gothique.
-
-*
-
-30 _janvier._--DICTIONNAIRE.
-
-_Sujets de tableaux._--Il est des artistes qui ne peuvent choisir leurs
-sujets que dans des ouvrages qui prêtent au vague.
-
-Peut-être que les Anglais sont plus à l'aise en prenant leurs sujets
-dans Racine et dans Molière que dans Shakespeare et lord Byron.
-
-Plus l'ouvrage qui donne l'idée du tableau est parlait, moins un art
-voisin qui s'en inspire aura de chances de faire un effet égal sur
-l'inspiration. Cervantes, Molière, Racine, etc.
-
-*
-
-31 _janvier.--Sur l'âme._ Jacques avait de la peine à se persuader que
-ce qu'on appelle l'_âme_, cet _être_ impalpable,--si on peut appeler
-un _être_ ce qui n'a point de corps, ce qui ne peut tomber sous le
-sens,--puisse continuer à être ce quelque chose qu'il sent, dont il ne
-peut douter, quand l'habitation formée d'os, de chair, dans laquelle
-circule le sang, où fonctionnent les nerfs, a cessé d'être cette usine
-en mouvement, ce laboratoire de vie qui se soutient au milieu des
-éléments contraires à travers tant d'accidents et de vicissitudes.
-
-Quand l'œil a cessé de voir, que deviennent les sensations qui
-arrivent à cette pauvre âme, réfugiée je ne sais où, par le moyen de
-cette manière de fenêtre ouverte sur la création visible? L'âme se
-souvient, direz-vous, de ce qu'elle a vu, et s'exerce et se console
-par le souvenir; mais si la mémoire, qui supplée à sa manière la
-vue, ou l'ouïe, ou les sens enfin que nous perdons tour à tour, vient
-à s'éteindre, quel sera l'aliment de cette flamme que personne n'a
-vue? Que devient-elle quand, acculée dans ses refuges extrêmes par la
-paralysie ou l'imbécillité, elle est contrainte enfin par la cessation
-définitive de la vie, de l'exil pour jamais, de se séparer de ces
-organes qui ne sont plus qu'une argile inerte? Exilée de ce corps,
-que quelques-uns appellent sa prison, assiste-t-elle au spectacle de
-cette décomposition mortelle, quand des prêtres viennent en cérémonie
-murmurer des patenôtres sur cette argile insensible, ou quand une
-voix s'élève par hasard pour lui adresser un dernier adieu? Au bord
-de cette tombe qui va se fermer, recueille-t-elle sa part de ces
-momeries funèbres? Que devient-elle à cet instant suprême où, forcée
-de s'exiler tout à fait de ce corps qu'elle animait ou de qui elle
-recevait l'animation, que devient sa condition dans ce veuvage de tous
-les sens et au moment où le sang se retire et se glace, cesse de donner
-l'impulsion à ce bizarre composé de matière et d'esprit, à peu près
-comme le balancier d'une horloge qui en s'arrêtant arrête les rouages
-et le mouvement?
-
-Jacques s'affligeait de ce doute mortel, etc.,--et toutefois il
-sacrifiait à la gloire... Il passait des journées et des nuits à polir
-un ouvrage ou des ouvrages destinés, à ce qu'il espérait, à perpétuer
-son nom. Cette singulière contradiction de la recherche d'une vaine
-renommée à laquelle sa cendre serait insensible, ne pouvait, d'une
-part, ni le corriger de sa recherche, ni de l'autre lui donner l'espoir
-de se survivre et de se sentir admiré quand il ne se sentirait plus
-vivre.
-
-Un ami de Jacques était un matérialiste parfait: c'était un homme pour
-qui ce petit domaine que nous appelons la science n'avait pas de coin
-qu'il n'eût fouillé et approfondi. Il se demandait avec chagrin d où
-cette âme immortelle aurait obtenu ce privilège de l'être toute seule
-au milieu de tout ce que nous voyons; à moins de faire décidément de
-cette âme des portions, des émanations du grand être, il lui semblait
-qu'elle dût partager le sort commun, naître, si quelque chose qui n'est
-rien peut naître, se développer dans sa nature et périr. Pourquoi, se
-disait-il, si elle ne doit finir, aurait-elle commencé jamais?
-
-Les âmes innombrables de toutes les créatures humaines, y compris
-celles des idiots, des Hottentots et de tant d'hommes qui ne diffèrent
-en rien de la brute, auraient existé de toute éternité? Car enfin,
-la matière, sauf ses modifications successives, est dans ce cas: il
-fallait donc dans cette immensité de riens quelque chose destinée un
-jour à donner l'intelligence à celle-ci. Pourquoi, si l'esprit ne se
-perd pas, les créations des grandes âmes ne participent-elles pas à ce
-privilège?
-
-Un bel ouvrage semble contenir une partie du génie de son auteur. Le
-tableau, qui est de la matière, n'est beau que parce qu'il est animé
-par un certain souffle, qui ne parvient pas plus à le préserver de la
-destruction que notre âme chétive à faire durer notre chétif corps.
-Au contraire, dans ce dernier cas, c'est souvent cette intempérante,
-folle, déréglée, avare, qui précipite son compagnon, j'allais dire
-inséparable, dans mille dangers et dans mille hasards.
-
-
-[494] _Revue des Deux Mondes_, 15 juillet 1842, sur les _Études
-égyptiennes en France._ L'auteur rappelle la représentation sur les
-tombeaux du jugement des âmes par les dieux.
-
-[495] L'amiral _Brueys d'Aigalliers_ (1753-1798).
-
-[496] Delacroix écrivait à propos de ce projet de dictionnaire: «On
-pourra contester le titre de dictionnaire donné à un pareil ouvrage,
-à défaut d'un meilleur. On l'appellera, si l'on veut, le recueil des
-idées qu'un seul homme a pu avoir sur un art, ou sur les arts en
-général, pendant une carrière assez longue. Au lieu de faire un livre
-où l'on aurait cherché à classer par ordre d'importance chacune des
-matières...» (_Eugène Delacroix, sa vie et ses œuvres_, p. 431.)
-
-[497] Toujours extrait du même fragment: «Il faut presque en venir à
-cette conclusion que plus le dictionnaire sera fait par des hommes
-médiocres, plus il sera vraiment un dictionnaire, c'est-à-dire un
-recueil des théories et des pratiques ayant cours. De là une banalité
-d'aperçus complète. Un article ne pourra présenter une certaine
-originalité, c'est-à-dire émaner d'un esprit ayant des idées en propre,
-sans trancher avec ceux qui ne font que résumer les idées de tout le
-monde sur la matière.» (EUGÈNE DELACROIX, _sa vie et ses œuvres_, p.
-432.)
-
-[498] «L'auteur a le plus grand respect pour ce qu'on appelle un livre;
-mais combien y a-t-il de gens qui lisent véritablement un livre? Il en
-est bien peu, à moins que ce ne soit un livre d'histoire ou un roman.»
-(EUGÈNE DELACROIX, _sa vie et ses œuvres_, p. 434.)
-
-[499] C'est ce que Molière a si bien exprimé dans ce beau vers de sa
-_Gloire du Val-de-Grâce_:
-
-Et les emplois de feu demandent tout un homme!
-
-
-[500] La suite manque dans le manuscrit.
-
-[501] Voir l'étude enthousiaste de Delacroix sur _Charlet_ dans la
-_Revue des Deux Mondes_ du 1er juillet 1862.
-
-[502] _Charlet, sa vie, ses lettres_, etc., par M. de La Combe.
-
-[503] Rapprocher ce morceau de ce qu'il a écrit sur le même sujet à la
-fin du premier volume du Journal (Voir t. I, p. 424 et p. 451.)
-
- * * * * *
-
-8 _février._--Balzac dit dans ses _Petits Bourgeois_: «Dans les arts,
-il arrive un point de perfection au-dessous duquel reste le talent et
-qu'atteint seul le génie. Il est si peu de différence entre l'œuvre
-du génie et l'œuvre du talent, etc. Il y a plus, le vulgaire y est
-trompé, le cachet est une certaine apparence de facilité; en un mot,
-son œuvre doit paraître ordinaire au premier aspect, tant elle est
-toujours naturelle, même dans les sujets les plus élevés, etc.»
-
-Tirer la déduction à propos des ouvrages comme ceux de Decamps et
-Dupré, en un mot de tous ceux qui emploient des moyens outrés. Il est
-bien rare que les grands hommes soient outrés dans leurs ouvrages.
-Examiner cela.
-
-Lawrence, Turner, Reynolds, en général tous les grands artistes
-anglais, sont entachés d'exagération, particulièrement dans l'effet qui
-empêche de les classer parmi les grands maîtres; ces effets outrés, ces
-ciels sombres, ces contrastes d'ombre et de lumière, auxquels du reste
-ils ont été conduits par leur propre ciel nuageux et variable, mais
-qu'ils ont exagérés outre mesure, laissant parler, plus haut que leurs
-qualités, les défauts qu'ils tiennent de la mode et du parti pris.
-Ils ont des tableaux magnifiques, mais qui ne présenteront pas cette
-éternelle jeunesse des vrais chefs-d'œuvre, exempts, j'oserais dire,
-tous d'enduré et d'efforts.
-
-*
-
-22 _février.--Réalisme._ Le réalisme devrait être défini l'_antipode_
-de l'art[504]. Il est peut-être plus odieux dans la peinture et dans
-la sculpture que dans l'histoire et le roman; je ne parle pas de la
-poésie, car par cela seul que l'instrument du poète est une pure
-convention, un langage mesuré, en un mot, qui place tout d'abord le
-lecteur au-dessus du terre à terre de la vie de tous les jours, ce
-serait une plaisante contradiction dans les termes, qu'une poésie
-réaliste, si on pouvait concevoir même ce monstre. Qu'est-ce que
-serait, en sculpture par exemple, un art réaliste? De simples moulages
-sur nature seraient toujours au-dessus de limitation la plus parfaite
-que la main de l'homme puisse produire; car peut-on concevoir que
-l'esprit ne guide pas la main de l'artiste, et croira-t-on possible en
-même temps que, malgré toute son application à imiter, il ne teindra
-pas ce singulier travail de la couleur de son esprit, à moins qu'on
-n'aille jusqu'à supposer que l'œil seul et la main soient suffisants
-pour produire, je ne dirai pas seulement une imitation exacte, mais
-même quelque ouvrage que ce soit? Pour que le réalisme ne soit pas
-un mot vide de sens, il faudrait que tous les hommes eussent le même
-esprit, la même façon de concevoir les choses.
-
-Voir ce que j'ai dit dans les petits calepins bleus[505] sur la
-contradiction qu'il y a au théâtre entre le système qui veut suivre
-les événements comme ils sont et celui qui les présente et les dispose
-dans un certain ordre en vue de l'effet. Car quel est le but suprême
-de toute espèce d'art, si ce n'est l'effet? La mission de l'artiste
-consiste-t-elle seulement à disposer des matériaux et à laisser le
-spectateur en tirer comme il pourra une délectation quelconque,
-chacun à sa manière? N'y a-t-il pas, indépendamment de l'intérêt que
-l'esprit trouve dans la marche simple et claire d'une composition,
-dans le charme des situations habilement ménagées, une sorte de sens
-moral attaché même à une fable, qui la fera ressortir avec plus de
-succès que celui qui a disposé à l'avance toutes les parties de la
-composition, de telle sorte que le spectateur ou le lecteur soit amené
-sans s'en apercevoir à en être saisi et charmé? Que trouve-je dans un
-grand nombre d'ouvrages modernes? Une énumération[506] de tout ce qu'il
-faut présenter au lecteur, surtout celle des objets matériels, des
-peintures minutieuses de personnages, qui ne se peignent pas eux-mêmes
-par leurs actions. Je crois voir ces chantiers de construction où
-chacune des pierres taillées à part s'offre à ma vue, mais sans rapport
-à sa place dans l'ensemble du monument. Je les détaille l'une après
-l'autre au lieu de voir une voûte, une galerie, bien plus un palais
-tout entier dans lequel corniches, colonnes, chapiteaux, statues même,
-ne forment qu'un ensemble ou grandiose ou simplement agréable, mais où
-toutes les parties sont fondues et coordonnées par un art intelligent.
-
-Dans la plupart des compositions modernes, je vois l'auteur appliqué à
-décrire avec le même soin un personnage accessoire et les personnages
-qui doivent occuper le devant de la scène. Il s'épuise à me montrer
-sous toutes ses faces le subalterne qui ne paraît qu'un instant, et
-l'esprit s'y attache comme au héros de l'histoire. Le premier des
-principes, c'est celui de la nécessité des sacrifices[507].
-
-Des portraits séparés, quelle que soit leur perfection, ne peuvent
-former un tableau. Le sentiment particulier peut seul donner l'unité,
-et elle ne s'obtient qu'en ne montrant seulement que ce qui mérite
-d'être vu.
-
-L'art, la poésie, vivent de fictions. Proposez au réaliste de
-profession de peindre les objets surnaturels: un dieu, une nymphe, un
-monstre, une furie, toutes ces imaginations qui transportent l'esprit!
-
-Les Flamands, si admirables dans la peinture des scènes familières de
-la vie, et qui, chose singulière, y ont porté l'espèce d'idéal que ce
-genre comporte comme tous les genres, ont échoué généralement (il faut
-en excepter Rubens) dans les sujets mythologiques ou même simplement
-historiques ou héroïques, dans des sujets de la fable ou tirés des
-poètes. Ils affublent de draperies ou d'accessoires mythologiques
-des figures peintes d'après nature, c'est-à-dire d'après de simples
-modèles flamands, avec tout le scrupule qu'ils portent ailleurs dans
-limitation d'une scène de cabaret. Il en résulte des disparates
-bizarres qui font d'un Jupiter et d'une Vénus des habitants de Bruges
-ou d'Anvers travestis, etc. (Rappeler le tombeau du maréchal de
-Saxe[508].)
-
-Le réalisme est la grande ressource des novateurs dans les temps où les
-écoles alanguies et tournant à la manière, pour réveiller les goûts
-blasés du public, en sont venues à tourner dans le cercle des mêmes
-inventions. Le retour à la nature est proclamé un matin par un homme
-qui se donne pour inspiré.
-
-Les Carrache, et c'est l'exemple le plus illustre qu'on puisse citer,
-ont cru qu'ils rajeunissaient l'école de Raphaël. Ils ont cru voir dans
-le maître des défaillances dans le sens de l'imitation matérielle.
-Il n'est pas bien difficile, en effet, de voir que les ouvrages de
-Raphaël, que ceux de Michel-Ange, du Corrège et de leurs plus illustres
-contemporains, doivent à l'imagination leur charme principal, et que
-l'imitation du modèle y est secondaire et même tout à fait effacée. Les
-Carrache, hommes très supérieurs, on ne peut le nier, hommes savants et
-doués d'un grand sentiment de l'art, se sont dit un jour qu'il fallait
-reprendre pour leur compte ce qui avait échappé à ces devanciers
-illustres, ou plutôt ce qu'ils avaient dédaigné; ce dédain même leur a
-peut-être paru une sorte d'impuissance de réunir dans leurs ouvrages
-des qualités de nature diverse qui leur parurent, à eux, faire partie
-intégrante de la peinture. Ils ouvrirent des écoles; c'est à eux, il
-faut le dire, que commencent les écoles comme on les comprend de nos
-jours, à savoir: l'étude assidue et préférée du modèle vivant, se
-substituant presque entièrement à l'attention soutenue, donnée à toutes
-les parties de l'art dont celle-ci n'est qu'une partie.
-
-Les Carrache se sont flattés sans doute que, sans déserter la largeur
-et le sentiment profond de la composition, ils introduiraient
-dans leurs tableaux des détails d'une imitation plus parfaite et
-s'élèveraient ainsi au-dessus des grands maîtres qui les avaient
-précédés. Ils ont conduit en peu de temps leurs disciples et sont
-descendus eux-mêmes à une imitation plus réelle, il est vrai, mais qui
-détachait l'esprit des parties plus essentielles du tableau conçu en
-vue de plaire avant tout à l'imagination. Les artistes ont cru que le
-moyen d'atteindre la perfection était de faire des tableaux une réunion
-de morceaux imités fidèlement...
-
-David est un composé singulier de réalisme et d'idéal.
-
-Les Vanloo ne copiaient plus le modèle; bien que la trivialité de
-leurs formes fût tombée dans le dernier abaissement, ils tiraient tout
-de leur mémoire et de la pratique. Cet art-là suffisait au moment.
-Les grâces factices, les formes énervées et sans accent de nature
-suffisaient à ces tableaux jetés dans le même moule, sans originalité
-d'invention, sans aucune des grâces naïves qui feront durer les
-ouvrages des écoles primitives.
-
-David a commencé par abonder dans cette manière; c'était celle de
-l'école dont il sortait. Dénué, je crois, d'une originalité bien
-vive, mais doué d'un grand sens, né surtout au déclin de cette école
-et au moment où l'admiration quelque peu irréfléchie de l'antique se
-faisait jour, grâce encore à des génies médiocres comme les Mengs
-et les Winckelmann, il fut frappé, dans un heureux moment, de la
-langueur, de la faiblesse de ces honteuses productions de son temps;
-les idées philosophiques qui grandissaient en même temps, les idées de
-grandeur et de liberté du peuple se mêlèrent sans doute à ce dégoût
-qu'il ressentit pour l'école dont il était issu. Cette répulsion,
-qui honore son génie et qui est son principal titre de gloire, le
-conduisit à l'étude de l'antique. Il eut le courage de refouler toutes
-ses habitudes; il s'enferma pour ainsi dire avec le _Laocoon_, avec
-l'_Antinoüs_, avec le _Gladiateur_, avec toutes les mâles conceptions
-du génie antique. Il eut le courage de se refaire un talent, semblable
-en ceci à l'immortel Gluck, qui, arrivé à un âge avancé, avait renoncé
-à sa manière italienne, pour se retremper dans des sources plus pures
-et plus naïves. Il fut le père de toute l'école moderne en peinture
-et en sculpture; il réforma jusqu'à l'architecture, jusqu'aux meubles
-à l'usage de tous les jours. Il fit succéder Herculanum et Pompéi au
-style bâtard et Pompadour, et ses principes eurent une telle prise sur
-les esprits, que son école ne lui fut pas inférieure et produisit des
-élèves dont quelques-uns marchent ses égaux. Il règne encore à quelques
-égards, et, malgré de certaines transformations apparentes dans le goût
-de ce qui est l'école aujourd'hui, il est manifeste que tout dérive
-encore de lui et de ses principes. Mais quels étaient ces principes, et
-jusqu'à quel point s'y est-il confiné et y a-t-il été fidèle?
-
-Sans doute, l'antique a été la base, la pierre angulaire de son
-édifice: la simplicité, la majesté de l'antique, la sobriété de la
-composition, celle des draperies, portée plus loin encore que chez le
-Poussin, mais dans l'imitation des parties, etc.
-
-David a immobilisé en quelque sorte la sculpture; car son influence
-a dominé ce bel art aussi bien que la peinture. Si David a eu sur la
-peinture une influence si complète, il a eu sur un art voisin, et qui
-n'était pas le sien, plus d'influence encore.
-
-
-[504] Cette question du _réalisme_ dans l'art, qu'il avait déjà
-examinée à maintes reprises et à propos de laquelle nous avons
-tenté de résumer son opinion dans notre Étude, on la trouve traitée
-fragmentairement dans plusieurs passages de l'ouvrage déjà cité: «Le
-but de l'artiste, écrit Delacroix, n'est pas de reproduire exactement
-les objets: il serait arrêté aussitôt par l'impossibilité de le faire.
-Il y a des effets très communs qui échappent entièrement à la peinture
-et qui ne peuvent se traduire que par des équivalents: c'est à l'esprit
-qu'il faut arriver, et les équivalents suffisent pour cela. Il faut
-intéresser avant tout. Devant le morceau de nature le plus intéressant,
-qui peut assurer que c'est uniquement par ce que voient nos yeux
-que nous recevons du plaisir? L'aspect d'un paysage nous plaît non
-seulement par son agrément propre, mais par mille traits particuliers
-qui portent l'imagination au delà de cette vue même.» (EUGÈNE
-DELACROIX, _sa vie et ses œuvres_, p. 403.)
-
-[505] Non retrouvés.
-
-[506] «Ce qui fait l'infériorité de la littérature moderne, dit-il un
-peu plus loin, c'est la prétention de tout rendre: l'ensemble disparaît
-noyé dans les détails, et l'ennui en est la conséquence.» (EUGÈNE
-DELACROIX, _sa vie et ses œuvres,_ p. 408.)
-
-[507] Cette nécessité des _sacrifices_ sur laquelle il s'est longuement
-étendu en ce qui concerne la peinture, il l'appliquait aux compositions
-littéraires: «Dans certains romans comme ceux de Cooper, par exemple,
-il faut lire un volume de conversation et de description pour trouver
-un moment intéressant: ce défaut dépare singulièrement les ouvrages
-de Walter Scott, et rend bien difficile de les lire: aussi l'esprit
-se promène languissant au milieu de cette monotonie et de ce vide
-où l'auteur semble se complaire à se parler à lui-même.» (EUGÈNE
-DELACROIX, _sa vie et ses œuvres_, p. 408.)
-
-[508] Voir t. III, p. 87.
-
-
- * * * * *
-
-1er _mars._--Réunir sujets de tableaux pour composer à
-Champrosay.
-
---Emporter livre de notes pour matériaux, et quelques livres de la
-bibliothèque faciles à lire: Cours d'étude; volumes de Voltaire et de
-Saint-Simon; _Jérusalem délivrée_, le volume de l'Arioste; les sujets
-d'_Ivanhoë_, de _Roméo_; la Vie de Charlet[509].
-
---Acheter couleurs à l'aquarelle en tubes; s'en servir pour indiquer
-l'effet, et le chercher ainsi à l'avance.
-
-*
-
-3 _mars._--Je suis sorti pour la troisième fois hier; je suis resté une
-grande demi-heure assis dans le Luxembourg. Aujourd'hui, le temps était
-aigre, je suis revenu plus tôt.
-
-Par quelle singularité la littérature la plus grave se trouve-t-elle
-le lot du peuple qui a passé et passe encore pour le plus léger et
-le plus frivole de la terre? Les anciens eux-mêmes, qui ont posé les
-règles des choses de l'imagination dans tous les genres, ne présentent
-point d'exemples d'un sentiment aussi soutenu de l'ordre. Il y a un
-certain décousu dans les ouvrages des plus beaux génies de l'antiquité;
-ils divaguent volontiers. Comme ils ont droit à tous nos respects,
-nous leur passons tous leurs écarts. Nous ne sommes pas d'aussi bonne
-composition pour nos hommes de talent. Un livre mal fait dans son
-ensemble ne peut se sauver par la beauté des détails, ni même par
-l'ingénieuse conception de l'ouvrage lui-même. Il faut que toutes
-les parties, ingénieuses ou non, concourent dans une certaine mesure
-à la connexion du tout, et par contre il faut, dans un ouvrage bien
-ordonné et logiquement conduit, que les détails n'en déparent point la
-conception. Quand une pièce de théâtre avait entraîné le public à la
-représentation, l'auteur n'avait rempli que la moitié de sa tâche; il
-fallait que l'ouvrage, comme on disait, se soutînt à la lecture.
-
-Il est probable que Shakespeare n'était guère soucieux de cette seconde
-partie de son obligation envers son public. Quand il avait produit
-à la représentation l'effet qu'il s'était promis, quand la galerie
-surtout était satisfaite, il est probable qu'il ne s'inquiétait plus
-de l'opinion des puristes; d'abord, la grande majorité de ce public ne
-savait pas lire, et eût-il pu lire, en aurait-il eu le loisir, attendu
-qu'il se composait ou de jeunes fats de la cour, plus occupés de leurs
-plaisirs que de littérature, ou de marchands de marée, peu disposés à
-éplucher les beautés littéraires?
-
-Qui sait ce que devenait le manuscrit, le canevas sur lequel l'auteur
-avait monté sa pièce, et dont les bribes, distribuées aux acteurs
-pour apprendre leurs rôles, devenaient ce qu'elles pouvaient et
-étaient recueillies au hasard par de faméliques imprimeurs, avec toute
-licence de les accommoder à leur guise ou de suppléer aux lacunes? Ne
-semble-t-il pas que ces pièces pleines de fantaisie,--je parle de ce
-que Shakespeare intitule des comédies,--ou que ces drames à effet,
-tantôt lugubres, tantôt grotesques, ces tragédies, où les héros, et
-les valets se trouvent confondus et parlent chacun leur langage, dont
-l'action, capricieusement conduite, se passe dans vingt lieux à la fois
-ou embrasse un espace de temps illimité, ne semble-t-il pas, dis-je,
-que de telles œuvres, avec leurs beautés et leurs défauts, ne
-doivent plaire qu'aux adeptes capricieux et ne peuvent attacher qu'une
-nation plus frivole que réfléchie?
-
-Pour ma part, je crois que le goût, que le tour d'esprit d'une nation
-dépend étrangement de celui des hommes célèbres qui, les premiers, ont
-écrit ou peint, ou produit chez elle des ouvrages dans quelque genre
-que ce soit. Si Shakespeare était né à Gonesse, au lieu de naître à
-Strafford-sur-Avon, à une époque de notre histoire où l'on n'avait
-pas eu encore ni Rabelais, ni Montaigne, ni Malherbe, ni, à bien plus
-forte raison, Corneille, on eût vu se produire dans notre pays non
-seulement un autre théâtre (voir en Espagne Calderon), mais encore une
-autre littérature. Que le caractère anglais ait ajouté à de semblables
-ouvrages quelque chose de sa rudesse, je le croirai sans peine; quant
-à cette prétendue barbarie que les Anglais ont montrée à certaines
-époques de leur histoire et qu'on donne pour une des causes de la pente
-de Shakespeare à ensanglanter la scène outre mesure, je ne crois pas,
-en interrogeant bien nos annales, que nous en devions beaucoup, en fait
-de cruauté, à nos voisins les Anglais, ni que les tragédies en action
-qui ont jeté une teinte si sombre, notamment sur les règnes des Valois,
-aient pu nous donner une éducation propre à adoucir les mœurs ni la
-littérature.
-
-Pour avoir banni les massacres de notre scène, laquelle n'a commencé
-à briller qu'à une époque plus radoucie, notre nation n'en est pas
-plus humaine dans son histoire que la nation anglaise; des époques
-récentes et de redoutable mémoire ont montré que le barbare et même
-le sauvage vivaient toujours dans l'homme civilisé, et que la gaieté
-dans les ouvrages de l'esprit pouvait se rencontrer avec des mœurs
-passablement farouches. L'esprit de société, qui peut-être est un
-instinct plus développé de notre nature française, a pu contribuer à
-polir davantage la littérature; mais il est plus probable encore que
-les chefs-d'œuvre de nos grands hommes sont venus à propos pour
-décrier les tentatives bizarres ou burlesques des époques précédentes,
-et pour tourner les esprits vers le respect de certaines règles
-éternelles de goût et de convenance qui ne sont pas moins celles de
-toute véritable sociabilité que celles des ouvrages de l'esprit. On
-nous dit souvent que Molière, par exemple, ne pouvait paraître que chez
-nous; je le crois bien, il était l'héritier de Rabelais, sans parier
-des autres.
-
-*
-
-8 _mars.--Sur Rubens. Sa verve; la monotonie de certains retours dans
-son dessin._ Recopier ici ce que je trouve dans l'agenda de 1852 à
-la suite de mes observations sur les sublimes tapisseries de la mort
-d'Achille. «Le parti pris de Rubens en outrant certaines formes montre
-qu'il était dans la situation d'un artiste qui exerce le métier qu'il
-sait bien, sans chercher à l'infini des perfectionnements[510].»
-
-Dans le même cahier, au 6 février, à propos d'un concert et de la
-musique des hommes dans le genre de Mendelssohn, etc.: «Ce n'est point
-cette heureuse facilité des grands maîtres qui prodiguent les motifs
-les plus heureux, etc.[511].»
-
-J'ajoute ceci aujourd'hui que j'ai acquis, depuis le jour où furent
-écrites ces réflexions, huit années d'expérience. Il est bon et à
-propos d'écrire les idées quand elles viennent, même si vous n'êtes
-pas occupé d'un travail suivi pour lequel ces idées puissent venir à
-propos. Mais toutes ces réflexions prennent la forme du moment. Le jour
-où elles peuvent s'utiliser dans un travail d'une certaine étendue,
-il faut se garder d'avoir trop d'égard à la forme qu'on leur a donnée
-dans le premier moment. On sent le placage dans les ouvrages médiocres.
-Voltaire devait noter ses idées. Son secrétaire le dit. Pascal nous en
-laisse la preuve dans ses _Pensées_, qui sont des matériaux pour un
-ouvrage. Mais ces hommes-là, en recueillant la matière dans le creuset,
-rencontraient la forme qu'ils pouvaient et se livraient avant tout à la
-suite des idées plutôt qu'à leur forme, et ne s'imposaient pas, à coup
-sûr, le fastidieux travail de retrouver celles qu'ils avaient notées,
-ou de les enchâsser dans la forme qu'ils leur ont donnée d'abord. Il ne
-faut pas être trop difficile. Tout homme de talent qui compose ne doit
-pas se traiter en ennemi. Il doit supposer que ce que son inspiration
-lui a fourni a sa valeur. L'homme qui relit et qui tient la plume pour
-se corriger est plus ou moins un autre homme que celui du premier jet.
-Il y a deux choses que l'expérience doit apprendre: la première, c'est
-qu'il faut beaucoup corriger; la seconde, c'est qu'il ne faut pas trop
-corriger.
-
-*
-
-10 _mars._--Essayer des cigarettes de thé vert. Je vois dans un ancien
-calepin que c'est une mode d'en fumer à Pétersbourg. Elles n'ont pas,
-du moins, l'inconvénient d'être narcotiques.
-
-*
-
-14 _mars._--J'ai été voir l'exposition du boulevard, j'en suis revenu
-mal disposé. Il y faisait froid. Les Dupré, les Rousseau m'ont ravi.
-Pas un Decamps[512] ne m'a fait plaisir: c'est vieilli, c'est dur et
-mou, filandreux; de l'imagination toujours, mais nul dessin; rien ne
-devient ennuyeux comme ce fini obstiné sur ce faible dessin. Il est
-jauni comme du vieil ivoire, et les ombres noires.
-
-Mme Sand est venue me dire adieu bien amicalement. Elle voulait m'en
-traîner ce soir à _Orphée_[513].
-
-*
-
-28 _mars._--Guillemardet venu hier dans la journée. Je lui ai dit ce
-que j'avais sur le cœur, cela m'a soulagé. Je regrettais vivement
-d'être obligé de changer pour lui de sentiment; ce qu'il m'a dit de
-X... ma fait impression. Il est bien changé et a été bien souffrant.
-
-*
-
-20 _mars._--Toujours fatigué le matin.
-
-
-[509] Delacroix songeait alors à écrire l'article sur _Charlet_ qu'il
-ne fit paraître que deux ans plus tard.
-
-[510] Voir t. II, p. 73 et 74.
-
-[511] Voir t. II. p. 83.
-
-[512] Il est intéressant de noter ici un revirement de l'opinion
-d'Eugène Delacroix sur Decamps. On se rappelle que, dans les premières
-années du Journal, il va jusqu'à prononcer le mot de _génie_ à propos
-d'une de ses compositions.
-
-[513] C'est en 1860 que Mme Viardot reprit, avec le plus grand succès,
-l'_Orphée_ de Gluck au Théâtre-Lyrique.
-
-
- * * * * *
-
-3 _avril_.--Fragilité des ouvrages de peinture et autres.
-
-Je lis une _Vie de Léonard de Vinci_ d'un M. Clément (_Revue des Deux
-Mondes_, 1er avril 1860). C'est le pendant à une _Vie de
-Michel-Ange_, très bonne, du même, publiée l'année dernière. J'y suis
-frappé surtout de la disparition notée par lui de presque tous ses
-ouvrages, tableaux, manuscrits, dessins, etc. Il n'y a personne qui
-ait produit davantage et laissé si peu de chose. Cela me rappelle ce
-que Lonchamps[514] dit de Voltaire: qu'il ne croyait jamais avoir
-fait assez pour sa réputation. Un peintre, dont les ouvrages sont
-uniques, est exposé à bien plus de chances de destruction, ou, ce qui
-est peut-être pis, d'altération; il a bien plus de sujet de chercher à
-produire beaucoup d'ouvrages pour que quelques-uns au moins puissent
-surnager.
-
-Ce serait un ouvrage curieux qu'un Commentaire sur le traité de la
-peinture de Léonard. Broder sur cette sécheresse donnerait matière à
-tout ce qu'on voudrait.
-
-Voir dans cette vie de Léonard la lettre qu'il écrit au duc de Milan,
-où il lui détaille toutes ses inventions. J'y ai trouvé qu'il avait eu
-une idée qui répond à celle que j'avais à Dieppe, dans un article sur
-l'art militaire[515], d'avoir des chariots qui transportent de petits
-détachements de soldats au milieu de l'ennemi, etc. Il dit: «Je fais
-des chariots couverts que l'_on ne saurait détruire_, avec lesquels
-on pénètre dans les rangs de l'ennemi et on détruit son artillerie.
-Il n'est si grande quantité de gens armés qu'on ne puisse rompre par
-ce moyen, et derrière ces chariots, l'infanterie peut s'avancer sans
-obstacles et sans danger.» Il a tout prévu, il dit: «Dans le cas où
-on serait en mer, je puis employer beaucoup de moyens offensifs et
-défensifs, et entre autres _construire des vaisseaux à l'épreuve des
-bombardes_, etc.»
-
-L'auteur de l'article parle des divers tableaux de la _Cène_, des
-peintres célèbres qui ont précédé Léonard: le _Cénacle_ de Giotto,
-celui de Ghirlandajo... Les compositions austères sont raides, les
-personnages ne marquent ni par leur expression, ni par leur attitude,
-etc. Plus jeunes chez l'un de ces maîtres, déjà plus vivaces chez
-l'autre, ils ne concourent point à l'action, qui n'a rien de cette
-unité puissante et de cette prodigieuse variété que Léonard devait
-mettre dans son chef-d'œuvre. Si l'on se reporte au temps où
-cet ouvrage fut exécuté, on ne peut qu'être émerveillé du progrès
-immense que Léonard fit faire à son art. Presque le contemporain de
-Ghirlandajo, condisciple de Lorenzo di Credi et du Pérugin, qu'il avait
-rencontré dans l'atelier de Verrocchio, il rompt d'un coup avec la
-peinture traditionnelle du quinzième siècle; il arrive sans erreurs,
-sans défaillances, sans exagérations et comme d'un seul bond, à ce
-naturalisme judicieux et savant, également éloigné de l'imitation
-servile et d'un idéal vide et chimérique. Chose singulière! le plus
-méthodique des hommes, celui qui parmi les maîtres de ce temps s'est
-le plus occupé des procédés d'exécution, qui les a enseignés avec une
-telle précision que les ouvrages de ses meilleurs élèves sont tous les
-jours confondus avec les siens, cet homme, dont la _manière_ est si
-caractérisée, n'a _point de rhétorique_[516]. Toujours attentif à la
-nature, la consultant sans cesse, il ne s'imite jamais _lui-même_; le
-plus savant des maîtres en est aussi le plus naïf, et il s'en faut que
-ses deux émules, Michel-Ange et Raphaël, méritent au même degré que lui
-cet éloge.
-
-*
-
-6 _avril._--J'ai été aujourd'hui à Saint-Sulpice. Boulangé n'avait
-rien fait et n'avait pas compris un mot de ce que je voulais. Je lui
-ai donné l'idée des cadres en grisailles[517] et de la guirlande,
-le pinceau à la main et avec furie. Chose étonnante! je suis revenu
-fatigué et non énervé. Il me semble que c'est l'entrée en scène de la
-santé après tant de petites rechutes.
-
-*
-
-7 _avril._--À Saint-Sulpice, où Boulangé ne m'attendait pas. Cet infâme
-coquin ne vient pas, ne travaille pas et m'attribue ces retards sous
-prétexte de changements. Il n'y était pas effectivement, je suis rentré
-furieux et lui ai écrit eu conséquence.
-
-*
-
-8 _avril._--Varcollier venu, puis Mme R... et Mme Colonna[518] avec qui
-j'avais rendez-vous. Je me suis engagé à la recevoir et à aller la voir.
-
-Carrier venu à quatre heures, enthousiasmé surtout de l'intérieur. Il
-remarque la petite _Andromède_[519]; et à ce propos je me rappelle
-celle de Rubens que j'ai vue il y a longtemps. J'en ai vu deux, au
-reste, une à Marseille chez Pellico, l'autre chez Hilaire Ledru[520]
-à Paris, très belles de couleur toutes les deux; mais elles me font
-songer à cet inconvénient de la main de Rubens qui peint tout comme à
-l'atelier, et dont les figures ne sont pas modifiées par des effets
-différents et appropriés dans les scènes qu'il a à peindre; de là cette
-uniformité des plans; il semble que toutes les figures soient comme les
-modèles sur la table, éclairés par le même jour et à la même distance
-du spectateur. Véronèse en cela bien différent.
-
-*
-
-9 _avril._--Je trouve dans Bayle que Laïs n'aimait pas Aristippe, qui
-était un homme propre et convenable, et s'en faisait payer chèrement ce
-qu'elle donnait pour rien à Diogène, sale et puant.
-
---Je vais faire une seconde séance à l'église pour le ton de fruits;
-j'en suis sorti plus fatigué que l'autre jour; j'en conclus que je
-ne suis pas remis. Boulangé s'est rangé; mais c'est un drôle de
-personnage.....
-
-*
-
-10 _avril._--Ébauche au pastel.
-
-Denuelle[521] vient m'exposer que le crédit alloué pour les ornements
-de la chapelle est sur le point d'être atteint. Je lui dis que je suis
-résolu à faire achever à mes frais, si c'est nécessaire. (Il pourra se
-trouver une petite compensation dans les dégâts apportés par l'humidité
-à la guirlande du haut.)
-
-Pour ébaucher sur un panneau au pastel, il ne serait pas nécessaire
-qu'il fût encollé. Ne pourrait-on encoller le panneau de manière que
-le pastel, une fois arrivé au degré nécessaire, fût fixé, en exposant
-le panneau à une vapeur d'eau chaude qui, en amollissant la colle,
-fixerait le pastel? On pourrait alors passer un second encollage sur le
-tout afin de conserver le brillant du pastel et repeindre à l'huile.
-Sur cette ébauche au pastel, on pourrait encore revenir avec de
-l'aquarelle.
-
-*
-
-11 _avril._--Dîné chez Mme Herbelin. Une heure avant d'y aller, j'ai
-été sur le point de m'excuser. En somme, je me suis très bien trouvé
-d'y être allé. Nadaud[522] nous a donné des choses délicieuses: le
-_Fortifions nos côtes_ est charmant.
-
-Je trouve dans l'_Entretien de Lamartine_, prêté par Didot, sur
-Chateaubriand, des citations de ses billets à Mme Récamier, entre
-autres celle-ci: «Venez vite..... mes dispositions d'âme triste ne
-changent pas. Oh! que je suis triste! Venez; de l'ennui de l'isolement,
-je passe à l'ennui de la foule; décidément je ne puis supporter
-l'ennui du monde.» Lamartine ajoute: «On voit par la vicissitude de
-ses désirs qu'il s'est retourné toute sa vie dans son lit de gloire,
-d'ambition, de cours, de fêtes, sans trouver, comme on dit, une bonne
-place. Toujours mal où il est, toujours bien où il n'est pas, homme
-d'impossible même en attachement.»
-
-*
-
-12 _avril.--Sur Shakespeare, Molière, Rossini_, etc.
-
-Je trouve dans un calepin écrit à Augerville pendant mon séjour en
-juillet 1855 (Mme Jaubert s'y trouvait): «Je voyais tout à l'heure ces
-demoiselles bleues, vertes, jaunes, qui se jouaient sur les herbes
-le long de la rivière. À l'aspect de ces papillons qui ne sont pas
-des papillons, bien que leurs corps présentent de l'analogie, dont
-les ailes se déploient un peu comme celles des sauterelles, et qui ne
-sont pas des sauterelles, j'ai pensé à cette inépuisable variété de
-la nature, toujours conséquente à elle-même, mais toujours diverse,
-affectant les formes les plus variées avec l'usage des mêmes organes.
-L'idée du vieux Shakespeare s'est offerte aussitôt à mon esprit, qui
-crée avec tout ce qu'il trouve sous sa main. Chaque personnage placé
-dans telle circonstance se présente à lui tout d'une pièce avec son
-caractère et sa physionomie. Avec la même donnée humaine il ajoute ou
-il ôte, il modifie sa manière et vous fait des hommes de son invention
-qui pourtant sont vrais... C'est là un des plus sûrs caractères du
-génie. Molière est ainsi, Cervantes est ainsi, Rossini avec son alliage
-est ainsi; s'il diffère de ces hommes, c'est par une exécution plus
-nonchalante. Par une bizarrerie qui ne se rencontre pas souvent chez
-les hommes de génie, il est paresseux, il a des formules, des placages
-habituels qui allongent sa manière, qui se sentent bien toujours de sa
-facture, mais ne sont pas marqués d'un cachet de force et de vérité.
-Quant à sa fécondité, elle est inépuisable, et là où il l'a voulu il
-est vrai et idéal à la fois.»
-
-*
-
-13 _avril.--Sur les sonorités en musique.--Sur l'Opéra._ Voir mes notes
-écrites à Champrosay en mai 1855[523].
-
-Mon cher petit Chopin s'élevait beaucoup contre l'école qui attache
-à la sonorité particulière des instruments une partie importante de
-l'effet de la musique. On ne peut nier que certains hommes, Berlioz
-entre autres, sont ainsi, et je crois que Chopin, qui le détestait,
-en détestait d'autant plus sa musique qui n'est quelque chose qu'à
-laide des trombones opposés aux flûtes et aux hautbois en concordant
-ensemble. Voltaire définit le beau _ce qui doit charmer l'esprit
-et les sens._ Un motif musical peut parler à l'imagination sur un
-instrument borné à ses sons propres comme le piano par exemple, et
-qui n'a par conséquent qu'une manière d'émouvoir les sens; mais on ne
-peut nier cependant que la réunion de divers instruments ayant chacun
-une sonorité différente ne donne plus de force et plus de charme à
-la sensation. À quoi servirait d'employer tantôt la flûte, tantôt la
-trompette, l'une pour annoncer un guerrier, l'autre pour disposer l'âme
-à des émotions tendres et bocagères? Dans le piano même, pourquoi
-employer tour à tour les sons étouffés ou les sons éclatants, si ce
-n'est pour renforcer l'idée exprimée? Il faut blâmer la sonorité mise
-à la place de l'idée exprimée, et encore faut-il avouer qu'il y a dans
-certaines sonorités, indépendamment de l'expression pour l'âme, un
-plaisir pour les sens. Je me rappelle que la voix de....., chanteur
-froid et sans beaucoup d'expression, avait par la seule émission du
-son un charme incroyable. Il en est de même dans la peinture: un
-simple trait exprime moins et plaît moins qu'un dessin qui rend les
-ombres et les lumières; ce dernier, à son tour, exprimera moins qu'un
-tableau, si ce dernier est amené au degré d'harmonie où le dessin et
-la couleur se réunissent dans un effet unique. Il faut se rappeler ce
-peintre ancien qui, ayant exposé une peinture représentant un guerrier,
-faisait entendre en même temps, derrière une tapisserie, des fanfares
-de trompettes.
-
-Les modernes ont inventé un genre qui réunit tout ce qui semble pouvoir
-charmer l'esprit et les sens: c'est l'opéra[524]. La déclamation
-chantée a plus de force que celle qui n'est que parlée. L'ouverture
-dispose à ce que l'on va entendre, bien que d'une manière vague. Le
-récitatif expose les situations et établit le dialogue avec plus de
-force que ne ferait une simple déclamation, et l'air, qui est en
-quelque sorte le point d'admiration, le moment de la passion par
-excellence dans chaque scène, complète la sensation par la réunion de
-la poésie et de tout ce que la musique peut y ajouter; joignez à cela
-l'illusion des décorations, les mouvements gracieux de la danse, en un
-mot la pompe et la variété du spectacle.
-
-Malheureusement, tous les opéras sont ennuyeux parce qu'ils nous
-tiennent trop longtemps dans une situation que j'appellerai abusive. Le
-spectacle qui tient les sens et l'esprit en échec fatigue plus vite.
-Vous êtes promptement rassasié de la vue d'une galerie de tableaux; que
-sera-ce d'un opéra qui réunit dans un même cadre l'effet de tous les
-arts ensemble?
-
-*
-
-14 _avril._--Hier 13 et vendredi, malgré le présage, je suis rentré
-dans mon atelier après ma longue convalescence; ce que j'ai à faire
-dans l'espace de trois semaines ou un mois est incroyable. Finir pour
-Estienne les _Chevaux qui se battent dans l'écurie_[525], les _Chevaux
-sortant de la mer_[526], _Ugolin_[527]; presque achevé l'esquisse
-de l'_Héliodore_ destinée à Dutilleux; ébaucher et avancer les deux
-_tableaux de bataille_ d'Estienne; le _Camp arabe la nuit_; le _Chef
-arabe en tête de ses troupes et les femmes qui lui présentent du
-lait_[528]; l'_Abreuvoir au Maroc_[529]; avancer beaucoup les quatre
-tableaux des _Saisons_ pour Hartmann[530], etc., etc. Reprendre et
-achever l'esquisse du _saint Étienne_[531].
-
-*
-
-15 _avril.--Sur les caractères au moment des révolutions politiques._
-(Voir mes notes écrites à Augerville, le 21 octobre 1859.)
-
-Toutes les révolutions mettent en fièvre les natures basses et prêtes
-à mal faire. Les âmes traîtresses posent le masque; elles ne peuvent se
-contenir à la vue du désordre universel qui semble offrir des proies
-à saisir. Ni le blâme du bienfaiteur que tous ces coquins, enveloppés
-dans leur peau de renard, flattaient encore dans l'attente de nouveaux
-bienfaits, ni le mépris des honnêtes gens, ni enfin la crainte d'être
-vus ce qu'ils sont, rien ne peut leur opposer de frein. Il leur semble
-que le monde n'est plus fait que pour les scélérats. Ils se trouvent à
-l'aise an milieu du silence des hommes honnêtes; ils se flattent qu'il
-n'en est plus pour les juger et leur infliger l'infamie qu'ils méritent.
-
-*
-
-28 _avril._
-
- Les _Arabes autour du feu._............. 2,500 francs.
- Une toile de trente, _Fantassins en
- chasse_[532].............................. 3,000 "
- Une toile de trente.......................... 3,000 "
- L'_Angélique et Médor_[533]............. 2,800 "
-
-
-[514] _Pierre Charpentier de Lonchamps_ (1740-1817), littérateur,
-auteur d'un _Tableau historique des gens de lettres._
-
-[515] Voir t. II, p 450 et suiv.
-
-[516] On se rappelle ce que Delacroix entendait par cette expression de
-_rhétorique_ appliquée aux ouvrages de l'esprit. Nous avons longuement
-insisté sur ce point dans notre Étude, p. XXXII.
-
-[517] Il s'agit ici d'ornements en grisailles qui servent de lien entre
-le plafond ovale et les écoinçons dans lesquels sont peints des anges
-en grisaille. (Voir _Catalogue Robaut_, p. 362 et 363.)
-
-[518] _Adèle d'Affry, princesse Colonna di Castiglione_, dite
-_Marcello_, sculpteur (1837-1879).
-
-[519] Voir _Catalogue Robaut_, nos 1001 et 1002.
-
-[520] _Hilaire Ledru_, peintre, né à Douai.
-
-[521] _Dominique--Alexandre Denuelle_ (1818-1879), archéologue et
-peintre décorateur, était attaché à la commission des monuments
-historiques.
-
-[522] _Gustave Nadaud_ (1820-1893), chansonnier et compositeur.
-
-[523] Non retrouvées.
-
-[524] Voir notre Étude, p. XLIII et XLIV.
-
-[525] Ce tableau est ainsi décrit: «Trois Arabes couchés à terre sur
-des couvertures sont réveillés en sursaut par deux chevaux, un blanc et
-un roux qui se sont détachés et se mordent avec acharnement. Les deux
-bêtes affolées s'enlacent dans un choc furieux et forment un groupe
-d'une ampleur superbe.» (Voir _Catalogue Robaut_, n° 1409.)
-
-[526] Voir _Catalogue Robaut_, n° 1410.
-
-[527] Ce tableau, qui a figuré récemment à la deuxième exposition des
-Cent chefs-d'œuvre, est indiqué à l'année 1849 dans le _Catalogue
-Robaut_. Il s'agit probablement ici d'une variante de l'œuvre primitive.
-
-[528] Voir _Catalogue Robaut_, n° 1440.
-
-[529] Voir _Catalogue Robaut_, n° 1442.
-
-[530] Voir _Catalogue Robaut_, nos 1428, 1430, 1432, 1434.
-
-[531] Une variante sans doute du beau tableau de 1853. (Voir _Catalogue
-Robaut_, nos 1210, 1211 et 1212.)
-
-[532] Il s'agit ici vraisemblablement du tableau qui figure au
-_Catalogue Robaut_ sous le n° 1448.
-
-[533] Sujet tiré du _Roland furieux_ de l'Arioste.
-
- * * * * *
-
-_Champrosay_, 19 _mai._--Parti pour Champrosay. J'y ai travaillé
-beaucoup aux tableaux commandés par M. Estienne.
-
- * * * * *
-
-2 _juin.--Sacrifice d'Abraham,_ pour Surville[534].
-
---Ombre du _blanc_, linge, etc.: _Violet de Mars._ (_Ton de zinc royal_
-et _vert émeraude._)
-
---Arrivée du bon cousin à onze heures du soir.
-
-
-[534] _Surville_, ancien comédien, devenu marchand de tableaux.
-
- * * * * *
-
-6 _juillet._--Donné à M. Charles Nègre[535] deux études avec un petit
-carton pour essai:
-
-1° La _Femme noyée_ du plafond du Louvre[536];
-
-2° Études pour l'_Hercule_[537].
-
-*
-
-_Dieppe_, 18 _juillet._--Parti de Paris pour Dieppe après un
-désappointement que m'a valu le changement des heures. Je comptais
-prendre le chemin de fer à huit heures et demie; arrivé à la gare, on
-m'annonce que je ne partirai qu'à une heure par le train express. Je
-retourne à la maison où je vais tuer le temps jusqu'à l'heure dite,
-sauf le temps que j'ai passé à déjeuner à ce café du chemin de fer, rue
-Saint-Lazare. Jenny partait pour Champrosay à midi. Je trouve à la gare
-de Rouen Mme de Salvandy, fille cadette de Rivet.
-
-Arrivé à cinq heures, trouvé à la gare Mme Grimblot dont j'admire,
-en marchant derrière elle et avant de la reconnaître, l'imposante
-crinoline. Elle habite Dieppe tout à fait. Je ne me suis pas enquis des
-motifs qui pouvaient la porter à une résolution si grave.
-
-J'étais un peu après installé à l'hôtel Victoria sur le port, ainsi que
-je le désirais, et j'y faisais à six heures le plus détestable dîner
-avec des rogatons. Les hôtels n'ont eu garde de ne pas adopter la mode
-des dîners modernes qui font la cuisine en abrégé et vous servent des
-restes; ils font au reste comme les grands seigneurs: la cuisine s'en
-va comme tant de bonnes choses. Je me suis un moment applaudi de cette
-mauvaise chère, en pensant que je n'éprouverais pas la tentation de
-manger trop, étant venu ici pour me mettre au régime.
-
-À la jetée après dîner et tout d'un temps, quoique la nuit arrivât.
-J'ai longé la plage et l'établissement, et ai été visiter les rochers à
-la gauche des bains; mais l'obscurité m'a chassé.
-
-*
-
-19 _juillet._--Je passe ma journée presque entière sur la jetée. Je
-vois sortir le yacht anglais; j'avais les yeux dessus lorsque est tombé
-ce malheureux qui s'est noyé et qu'on n'a retrouvé que le lendemain.
-
-Je vais le soir à Saint-Remy; magnifique effet de cette bizarre
-architecture éclairée par deux ou trois chandelles fumantes plantées çà
-et là pour rendre les ténèbres visibles. On ne peut rien voir de plus
-imposant.
-
-J'éprouve de la satisfaction à me trouver isolé ici, m'occupant de mes
-petites affaires et me suffisant. J'avais trouvé à la jetée Mme de
-Lajudie, l'autre fille de Rivet, que le mauvais temps empêche de se
-baigner.
-
---Buffon n'aimait que les vers de Racine; encore disait-il: «Il eût été
-plus exact en prose,»
-
-*
-
-20 _juillet._--Après une très longue séance à la jetée où la mer est
-très belle, mais où le soleil me réchauffait un peu malgré le vent,
-je suis retourné à Saint-Remy. J'y ai fait un très mauvais croquis
-d'une copie de tableau de maître que j'avais dessiné dans un de mes
-précédents voyages: _Christ déposé de la croix._
-
-Je crois apercevoir Mme.. entrant dans l'église avec un enfant. Je
-m'esquive, mais c'est pour retrouver, rue de la Barre, Mme Grimblot
-chez son épicier où elle était en voisine. J'ai été chez elle
-causer une heure. Elle m'a rappelé d'anciens temps et d'anciennes
-connaissances. La pauvre Mirbel est morte pour ainsi dire à temps:
-elle serait morte d'ennui et de tristesse. Ses anciens amis ne la
-voyaient plu guère. La solitude, qui attend tous ceux qui vivent trop
-longtemps, l'entourait déjà prématurément. Elle n'avait pas une grande
-fortune pour les dehors qu'elle étalait; elle s'en tirait à force
-d'économies, triste situation quand tous ses efforts ne tendaient qu'à
-satisfaire des jouissances de vanité. Elle cherchait à attirer chez
-elle les personnages du régime qui avait succédé à celui des premiers
-Bourbons. Mme Grimblot, dans un temps qui n'était pas encore celui de
-sa décadence, l'avait un matin rencontrée sur le pont Neuf, rapportant
-de la halle deux maquereaux. Elle ne gagnait plus guère d'argent dans
-les derniers temps.
-
-Le soir, retourné à la jetée par un très beau temps; la mer superbe,
-quoique à marée basse. J'y vois tous les effets propres à mon _Christ
-marchant sur la mer_[538]. Mme Manceau, que j'y retrouve après tant de
-temps, me promet de me chanter _Orphée_, si je vais la voir.
-
-Je retourne par la plage et rentre encore dans Saint-Remy. Un malaise
-de l'estomac me fait encore prolonger avec succès ma promenade jusqu'à
-dix heures passées. J'entre à Saint-Jacques, éclairé de même par de
-rares chandelles; mais son architecture écrasée ne produit pas le même
-effet que celle de Saint-Remy[539].
-
-*
-
-_Samedi_ 21 _juillet._--Pluie toute la journée. Après avoir essayé de
-reproduire l'effet de soleil couchant que j'ai vu hier soir, je fais
-une promenade sous les arcades pendant la pluie; je me hasarde à gagner
-la jetée pendant une éclaircie. J'y trouve les dames Rivet et leurs
-maris. Une pluie affreuse me chasse, et je rentre trempé.
-
-Je pensais, en déjeunant en face de cette famille anglaise, le
-mari, la femme et les trois grands dadais de fils, tous plus laids
-et ressemblants les uns que les autres à leur auteur, à la morgue
-singulière de ces automates à argent, et à leur orgueil stupide de
-cette fameuse constitution qui ne leur garantit pas plus de liberté
-qu'à nous autres, qu'ils regardent comme de véritables esclaves. Il
-faut absolument, dans un pays d'égalité, de partage égal de fortune
-entre les enfants, un gouvernement fort et centralisateur pour faire
-les grandes choses. Les fortunes particulières sont trop divisées.
-L'aristocratie anglaise permet de grands efforts qui n'ont pas
-toutefois, sous une infinité de rapports, l'ensemble qu'on peut obtenir
-d'un gouvernement qui veille plus particulièrement et avec plus de
-puissance aux grands objets qui honorent les nations, aux grandes
-entreprises, aux expéditions subites, etc.
-
-Les bons bourgeois anglais ont la bonté d'être très fiers de leurs
-grands seigneurs, qui ne les saluent pas, tirent à eux toute la
-substance, et exercent dans toute la plénitude le gouvernement.
-
-*
-
-22 _juillet._--Je suis décidément enrhumé; j'ai des moments d'ennui
-profond où je veux partir pour Paris. La nuit, je me figure que tout
-est perdu. Il faut avouer qu'il est dur au mois de juillet de grelotter
-dans sa chambre. J'ai demandé avant-hier qu'on me fît du feu; mais
-Mme Gibbon, mon hôtesse, se défiant de ses cheminées qui n'ont jamais
-été destinées à cet objet, m'a donné une chaufferette, qui m'a rendu
-tolérable le séjour de ma chambre pendant que je lisais.
-
-J'ai loué des livres pour huit jours. J'ai mis le nez dans un livre
-de Dumas intitulé: _Trois mois au Sinaï_[540]. C'est toujours ce ton
-cavalier et de vaudeville, qu'il ne peut dépouiller, en parlant même
-des Pyramides; c'est un mélange du style le plus emphatique, le plus
-coloré, avec les lazzi d'atelier qui seraient tout au plus de mise dans
-une partie d'ânes à Montmorency. C'est fort gai, mais fort monotone, et
-je n'ai pu aller à la moitié du premier volume.
-
-J'ai pris _Ursule Mirouet_, de Balzac; toujours ces tableaux d'après
-des pygmées dont il montre tous les détails, que le personnage soit
-le principal ou seulement un personnage accessoire. Malgré l'opinion
-surfaite du mérite de Balzac, je persiste à trouver son genre faux
-d'abord et faux ensuite ses caractères. Il dépeint les personnages,
-comme Henry Monnier, par des dictons de profession, par les dehors,
-en un mot; il sait les mots de portière, d'employé, l'argot de chaque
-type. Mais quoi de plus faux que ces caractères arrangés et tout
-d'une pièce? Son médecin et les amis de son médecin, ce vertueux curé
-Chaperon dont la vie sage et jusqu'à la forme de son habit, dont
-il ne nous fait pas grâce, reflète la vertu, cette Ursule Mirouet,
-merveille de candeur dans sa robe blanche et avec sa ceinture bleue,
-qui convertit à l'église son incrédule d'oncle?
-
-Personne n'est parfait, et les grands peintres de caractères montrent
-les hommes comme ils sont.
-
---Hier, tristesse et ennui extrême; probablement je me portais plus
-mal. Samedi soir, j'ai fait au Pollet une promenade plus triste encore.
-J'ai été hier du côté du cours Bourbon. Pourquoi ne me suis-je pas
-trouvé heureux de m'y voir quand dans le moment même il me semblait
-que, lorsque j'y suis venu dans un autre voyage, je m'y suis trouvé
-très heureux? Le souvenir fait complètement illusion.
-
-Aujourd'hui, après déjeuner, j'ai été voir Mme Manceau, qui m'a chanté
-très bien des morceaux d'_Orphée._ Ensuite au rocher au bas du château.
-Revenu par la plage et regardé les exercices des soldats, la formation
-du carré, la marche en carré, etc.
-
-*
-
-25 _juillet._--Aujourd'hui, très souffrant. Je reçois une lettre de
-Jenny et de Mme de Forget: je récris.
-
-*
-
-_Champrosay_, 27 _juillet._--Je pars à midi moins un quart; arrivé à
-Paris à quatre heures vingt minutes. J'ai le temps d'arriver au plus
-vite pour partir à cinq heures un quart par le chemin de Corbeil.
-
-La jeune dame que je croyais sous la tutelle de l'homme silencieux et
-désagréable du coin, en face d'elle. La langue de la jeune personne
-se dénoue, à ma grande surprise, dans la salle de la douane, pour
-s'adresser à moi avec une amabilité extrême; mon âge et le chemin de
-fer de Corbeil m'empêchent de donner suite à cette charmante aventure.
-Elle ressemblait à Mme D...
-
-J'arrive à six heures, enchanté de me trouver chez moi.
-
-*
-
-31 _juillet._--Je commence à aller mieux. Je dîne chez Baÿvet avec
-M. Darblay[541] qui me fait politesse. Legendre et Féray[542] s'y
-trouvent. Je rencontre aussi le maire Renoux et sa femme.
-
-
-[535] _Charles Nègre_, photographe fort habile qui exécutait des
-reproductions pour les artistes par des procédés scientifiques qui ont
-abouti à l'héliogravure.
-
-[536] Voir _Catalogue Robaut_, n° 296.
-
-[537] Voir _Catalogue Robaut_, nos 298 à 308.
-
-[538] Voir _Catalogue Robaut_, nos 1202 à 1204.
-
-[539] Delacroix, en écrivant cette note, a dû interposer les noms des
-deux églises de Dieppe, dans un moment de confusion; car rien n'est
-plus massif que Saint-Remy avec ses énormes colonnes, trois fois plus
-grosses que celles de Saint-Jacques.
-
-[540] Le véritable titre de cet ouvrage en deux Volumes, paru en 1838,
-est: _Quinze jours au Sinaï_, nouvelles impressions de voyage.
-
-[541] _Stanislas Darblay_, grand industriel qui se consacra d'abord
-au commerce des grains et entreprit ensuite de relever dans la vallée
-d'Essonnes l'industrie du papier. M. Darblay était alors député de
-Seine-et-Oise.
-
-[542] _Ernest Féray_, manufacturier; ancien maire d'Essonnes, fut
-envoyé en 1871 par le département de Seine-et-Oise à l'Assemblée
-nationale.
-
-
-
-
- * * * * *
-
-1er _août._--Je lis toujours Voltaire avec délices.
-
-À propos d'un article sur _Hamlet_ dans le volume des _Mélanges_ de
-littérature. À travers les obscurités de cette traduction scrupuleuse,
-qui ne peut rendre le mot propre en anglais, on retrouve son naturel
-qui ne craint pas les idées les plus basses ni les plus gigantesques,
-son énergie que les autres nations croiraient dureté, ses hardiesses
-que des esprits accoutumés aux tours étranges prendraient pour du
-galimatias. Mais sous ces voiles on découvrira de la vérité, de la
-profondeur, et je ne sais quoi qui attache et qui remue beaucoup plus
-que ne ferait l'élégance... C'est un diamant brut qui a des taches; si
-on le polissait, il perdrait de son poids. Ne semble-t-il pas qu'on
-peut dire la même chose du Puget? Voyez-le au Louvre, entouré de
-tous les ouvrages de son temps, conçus dans le style de la correction
-classique et irréprochable, si cette correction et une certaine
-élégance froide sont un mérite. Au premier abord, il vous choque par
-quelque chose de bizarre, de mal conçu dans l'ensemble et de confus; si
-vous attachez vos yeux sur une des parties comme un bras, une jambe, un
-torse, aussitôt toute cette force vous gagne; il écrase tout, vous ne
-pouvez vous en détacher.
-
-*
-
-6 _août._--Je dois rendre justice à Dumas et à Balzac. Il y a, dans la
-peinture des remords de son maître de poste (c'est dans la dernière
-partie d'_Ursule Mirouet)_, des traits d'une grande vérité. J'écris
-ceci à Champrosay après la mort de la mère Bertin. L'agitation que j'ai
-remarquée dans un de ses héritiers m'a rappelé certains mouvements
-du _Mirouet_ de Balzac, et, chose singulière, m'a fait faire plus
-que jamais des réflexions sur l'avantage d'être honnête, quand cet
-avantage, qui consiste dans la paix de la conscience, ne viendrait
-qu'après cette nécessité pour une âme noble de ne pas se dégrader par
-des bassesses intéressées. Ces sentiments m'ont rappelé ce que j'ai lu
-ces jours-ci dans Voltaire, et dont il faut que je recherche les termes
-précis, à savoir, quand un livre vous élève, inspire des sentiments
-d'honneur et de vertu, ce livre est jugé, il est bon, etc.
-
-Il y aurait pourtant des restrictions: celui de Balzac, faux dans
-une foule de parties, est mauvais par là; il est bon par la peinture
-vraie de cette grossière nature qui, toute dépourvue quelle est de
-délicatesse native, ne peut porter le poids du remords.
-
-Dumas m'a plu aussi avec ses _Mémoires d'Horace_ insérés dans le
-_Siècle_[543]. C'est une idée heureuse, et le peu que j'en ai lu m'a
-paru finement et singulièrement arrangé.
-
-*
-
-9 _août._--Je retourne chez Mme Barbier, qui m'invite. Elle était seule
-avec son fils, et j'ai passé une agréable soirée.
-
-Elle m'avait promis de venir chez moi avec la duchesse Colonna; c'est
-ce qu'elle a fait deux jours après, c'est-à-dire le dimanche, pendant
-que j'étais chez M. Darblay.
-
-*
-
-12 _août._--Chez M. Darblay avec M. et Mme Baÿvet vers trois heures,
-malgré de grandes craintes de pluie à cause de celle du matin.
-Cependant, nous avons eu un temps admirable. Dîner avec Baÿvet en
-revenant à sept heures et demie; je mourais de faim depuis trois heures.
-
-*
-
-14 _août._--Promenade vers deux heures par la route de Soisy, le
-derrière du parc de la Folie; remonté par un petit bois délicieux;
-traversé les carrières et trouvé en face l'allée verte qui m'a mené au
-chemin de l'Ermitage.
-
-Je lis en rentrant dans Voltaire (_Mélanges d'histoire et de
-philosophie_, tome II) son article de la _Chimère du souvenir._
-
-
-[543] Le _Siècle_ publiait alors en feuilleton cette fantaisie sur Rome
-ancienne, soi-disant tirée d'un manuscrit trouvé à la bibliothèque du
-Vatican.
-
-
- * * * * *
-
-
-2 _octobre._--J'écris à M. Lamey: «Que dites-vous de tout ce qui se
-passe? Le hasard et les passions des hommes ne cesseront-ils pas
-d'amener les combinaisons les plus étranges, pour faire damner ceux
-qui en sont victimes, et pour occuper les loisirs des gobe-mouches au
-nombre desquels je me range, par l'avidité avec laquelle je dévore ces
-journaux impertinents et menteurs qui se jouent de notre soif pour les
-nouvelles?»
-
-*
-
-13 _octobre._--Je voyage avec M. G..., de Juvisy. Il dit que M.
-Magne disait qu'il avait appris à raisonner et à se conduire d'après
-Condillac.
-
-*
-
-21 _octobre._--Ce Rubens est admirable; quel enchanteur! Je le boude
-quelquefois, je le querelle sur ses grosses formes, sur son défaut
-de recherche et d'élégance. Qu'il est supérieur à toutes ces petites
-qualités qui sont tout le bagage des autres! Il a du moins, lui, le
-courage d'être lui; il vous impose ces prétendus défauts qui tiennent
-à cette force qui l'entraîne lui-même et nous subjugue en dépit des
-préceptes qui sont bons pour tout le monde excepté pour lui. Bayle
-faisait profession d'estimer les anciens ouvrages de Rossini plus que
-les derniers, qui sont pourtant regardés comme supérieurs parla foule;
-il donne cette raison que, dans sa jeunesse, il ne cherchait pas à
-faire de la _musique forte_, et c'est vrai. Rubens ne se châtie pas, et
-il fait bien. En se permettant tout, il vous porte au delà de la limite
-qu'atteignent à peine les plus grands peintres; il vous domine, il vous
-écrase sous tant de liberté et de hardiesse.
-
-Je remarque aussi que sa principale qualité, s'il est possible qu'il en
-faille préférer quelqu'une, c'est la prodigieuse saillie, c'est-à-dire
-la prodigieuse vie. Sans ce don, point de grand artiste; c'est à
-réaliser le problème de la saillie et de l'épaisseur qu'arrivent
-seulement les plus grands artistes. J'ai dit ailleurs, je crois, que,
-même en sculpture, il se trouvait des gens qui avaient le secret de
-ne point faire saillant; cela deviendra évident pour tout homme doué
-de quelque sentiment qui comparera le Puget à toutes les sculptures
-possibles, je n'en excepte pas même l'antique. Il réalise la vie
-par la saillie comme personne n'a pu le faire; de même pour Rubens
-à l'égard des peintres. Titien, Véronèse sont plats à côté de lui;
-remarquons en passant que Raphaël, malgré le peu de couleur et de
-perspective aérienne, est en général très saillant dans les figures
-individuellement. On n'en dirait pas autant de ses modernes imitateurs.
-On ferait une bonne plaisanterie sur la recherche du plat, si estimé
-dans les arts à la mode, y compris l'architecture.
-
-*
-
-22 _octobre._--Le don d'inventer puissamment qui est le génie.
-
-_Beati mites, quoniam ipsi possidebunt terram._
-
- * * * * *
-
-13 _novembre._--Je fais pour la centième fois cette réflexion en
-lisant Rémusat, homme de mérite d'ailleurs: la littérature moderne
-met de la sensiblerie partout; ce style imagé à tout propos, mêlé à
-un sérieux pédantesque et attendri que vous ne trouvez jamais dans
-Voltaire, et dont, par parenthèse, Rousseau est l'inventeur, donne à un
-traité sur la centralisation (c'est le cas pour Rémusat) le ton d'une
-ode ou d'une élégie.
-
-*
-
-_Paris_, 25 _novembre._--Je poursuis toujours mon travail; ma
-résolution et ma santé se soutiennent. Que je bénirais le ciel
-d'achever d'ici à un mois ou six semaines, comme je le calcule, mon
-travail de l'église! Il y a une dizaine de jours que je suis revenu de
-Champrosay avec un gros rhume que j'y avais attrapé, non pas au milieu
-de mes voyages continuels, bien propres à me le donner, mais pour avoir
-dîné chez l'excellente Mme Moutié, laquelle étant sourde, j'ai été
-obligé de crier à ses oreilles toute la soirée, de sorte que ma gorge
-fatiguée s'est trouvée saisie à ma sortie de chez elle par le froid
-qu'il faisait.
-
---Nous avons nommé hier à l'Institut l'insipide Signol[544].
-Meissonier a été jusqu'à seize voix. Il ne lui restait plus
-pour adversaires que ledit Signol et l'antique Hesse, tous deux
-représentants ou nourrissons de l'_École._ Les deux factions,
-frémissant de voir entrer à l'Académie un talent original, se sont
-réunies pour l'accabler. En le faisant sur la tête de Signol, elles ont
-accompli un acte encore plus funeste que si elles l'eussent fait sur
-Hesse, qui est un vieillard et ne laisse pas d'élèves après lui pour
-perpétuer le goût de l'école de David, que je préfère d'ailleurs à ce
-goût mêlé d'antique et de Raphaël, genre bâtard qui est celui d'Ingres
-et de ceux qui le suivent.
-
-*
-
-26 _novembre._--J'écris à M. Lamey:
-
-«Nous avons en nous comme une roue qui fait tout mouvoir comme dans un
-moulin. Il faut absolument la faire tourner, sans cela elle se rouille,
-et tout s'arrête dans notre machine, corps et esprit. Votre excellent
-régime vous entretient dans cette bonne disposition; moi, il me faut
-exercice et travail.
-
-«Vous me demandez des nouvelles du bon Guillemardet: il est de sa
-personne d'une mauvaise et bien chancelante santé, et il vient
-d'éprouver un malheur de famille. Il a perdu sa nièce, Mme Coquille,
-qui vient de mourir après une maladie qui a duré plus de quinze ans
-et dans un âge où elle pouvait encore se promettre de vivre. Il y a
-vraiment des existences condamnées à des souffrances particulières, ce
-qui ne les garantit pas des chagrins et des souffrances qui affligent
-tous les hommes en général. Le pauvre Félix que vous avez connu,
-l'oncle de cette même Coquille, s'est vu, avant trente ans, assassiné
-lentement par une maladie implacable qui le retranchait du nombre des
-vivants, de son vivant même, en lui interdisant toute espèce de plaisir
-et en l'accablant de maux incessants.
-
-«Tenons-nous bien, cher et respectable ami. Que dans trente ans nous
-puissions nous revoir encore tantôt à Paris, tantôt à Strasbourg!
-
-«Je lisais dernièrement l'histoire du vieux Law, mort sous Charles
-II à cent quarante et quelques années. Il se portait comme un charme
-et n'observait aucun régime particulier. Le roi voulut le voir: on
-l'accabla de prévenances et, entre autres, d'excès de nourriture
-auxquels il n'était nullement accoutumé; une indigestion l'emporta. À
-l'ouverture de son corps, on ne trouva pas un organe malade ou affaibli.
-
-«Voilà de beaux exemples à se proposer. Vous voyez que vous avez le
-temps de faire des projets, pourvu toutefois que les rois ne vous
-donnent pas d'indigestions.»
-
-J'écris sous la même inspiration à Mme Sand:
-
-«Sachez, ma bien chère amie, que quelques années de trop, qui délient
-dans I intelligence certains ressorts, rendent singulièrement lourds
-ceux qui nous font mouvoir et digérer. Je crois certainement au
-perfectionnement de notre esprit par le fait de l'âge; je parle d'un
-bon esprit, sain naturellement et juste surtout. Mais, ô condition
-cruelle de l'implacable nature! il n'y a bientôt plus ni corps, ni
-circulation dans ce corps pour aider cet esprit; l'homme de bien s'en
-va quand il commence à bien faire, disait Thémistocle. Bref, vous voilà
-hors d'affaire avec un renouvellement de santé.
-
-«Quel bonheur, comme vous le dites si justement, de revoir autour de
-soi tout ce qu'on aime et de revenir à cette lumière qui vous montre
-de si belles choses! Que trouverons-nous au delà? La nuit, l'affreuse
-nuit. Il n'y aura pas mieux; c'est du moins mon triste pressentiment:
-ces tristes limbes dans lesquels Achille, qui n'était plus qu'une
-ombre, se promenait en regrettant, non pas de n'être plus un héros,
-mais l'esclave d'un paysan pour endurer le froid et la chaleur sous
-ce soleil dont grâce au ciel nous jouissons encore (quand il ne pleut
-pas).»
-
-
-[544] Émile Signol (1804-1892) se présentait à l'Institut depuis 1849,
-année où il se trouvait en concurrence avec Delacroix.
-
- * * * * *
-
-4 _décembre._--«Monsieur, malgré toutes les sympathies que je ne
-puis manquer d'avoir pour les idées émises dans votre mémoire, je ne
-puis, en ma qualité de membre du conseil municipal, me joindre à votre
-protestation. C'est dans le sein du conseil seulement que je puis
-faire valoir les raisons qui, au nom du goût, militent en faveur de la
-conservation de la belle fontaine[545] et de l'allée; mais il ne m'est
-pas interdit de faire des vœux sincères pour que le président du
-Sénat et les sénateurs adressent à l'Empereur des demandes, et, s'il le
-faut, des supplications, pour que le projet de la Ville soit modifié
-dans le sens de celui de M. de Gisors.»
-
-*
-
-23 _décembre.--Sujets des Mille et une Nuits_:
-
-_Le sultan Shariar_, revenant pour dire adieu à sa femme, _la trouve
-dans les bras d'un de ses officiers._ Il tire son sabre, etc.
-
-_Shahzenan et Shariar montés sur l'arbre_; la jeune dame assise au
-bas, ayant sur ses genoux la tête du géant endormi, leur fait signe de
-descendre (leur frayeur).
-
-_L'histoire du médecin Douba_: la tête coupée qui parle, le corps par
-terre, le bourreau son sabre à la main, les assistants effrayés et le
-roi grec avec le livre empoisonné sur ses genoux, dont il sent déjà les
-effets, et qui chancelle sur son trône.
-
-_Le roi des îles Noires_ (dans l'histoire du pêcheur) furieux de la
-tendresse de sa femme pour le noir, son amant, qu'il avait lui-même
-blessé et qui est là couché, tire son sabre pour la tuer: elle l'arrête
-par son geste et le rend moitié homme, moitié marbre.
-
-_Histoire du premier calender._ Ayant été visiter le roi son oncle, son
-cousin le mène dans un tombeau qu'il fait bâtir avec plâtre, truelle,
-etc. (avec la dame de sa foi). Il ouvre une trappe, y fait descendre la
-dame, et, en y descendant, la congédie.
-
-Après que le calender s'est réfugié près de son oncle, ils cherchent
-ensemble le tombeau: ils y pénètrent dans une grande salle souterraine
-et trouvent sur un lit, dont les rideaux étaient fermés, les deux corps
-carbonisés du fils et de la sœur. Colonnes, lampes, provisions, etc.
-
-*
-
-29 _décembre.--Sujets de Roméo_:
-
-_La scène du bal_: Roméo en pèlerin baise la main de Juliette;
-promeneurs, musiciens, etc. Au moment où les invités se retirent,
-Tybalt, qui a reconnu Roméo, veut l'insulter, Capulet le retient. On
-voit les invités se retirer; vases et flambeaux, etc.
-
-_Juliette et la nourrice_: celle-ci s'assied et diffère de répondre aux
-questions impatientes de Juliette.
-
-_Mercutio tué par Tybalt_; ses malédictions. Roméo présent, il a voulu
-se jeter entre eux.
-
-La scène qui doit précéder celle-ci, celle du commencement, où une
-bagarre, commencée par la querelle des domestiques, dégénère en
-bataille générale des partisans des Capulets et des Montaigus. Le
-prince arrive au milieu du tumulte; Capulet et Montaigu, etc., etc.
-
-_Roméo au désespoir chez le Père Laurence._ Il veut se tuer; la
-nourrice est présente.
-
-Autre _scène du bal_, pendant qu'on reconduit les invités; Juliette
-demande à la nourrice qui est le cavalier qui lui a parlé.
-
-_Adieux de Roméo et de Juliette sur le balcon._
-
-_Juliette, seule dans sa chambre_, boit le poison (la fiole).
-
-_Roméo demandant du poison à l'apothicaire famélique._
-
-_Roméo contemple Juliette couchée dans le tombeau ..._ Autrement,
-il la tire du monument comme dans le petit tableau. En adoptant le
-dénouement de Shakespeare, on peut le faire contemplant Juliette avant
-de boire le poison. Le corps de Paris, alors étendu par terre, ajoute
-au pittoresque.
-
-_Juliette réveillée se jette sur Roméo mourant ou mort._ Le corps de
-Paris, pareillement étendu un peu plus loin. On pourrait voir le Père
-Laurence, descendant par un escalier au fond, qui vient tout alarmé.
-
-Dernière scène: _Les parents réunis autour des corps des deux jeunes
-gens_; le prince, assistants, etc.
-
-_Juliette à son balcon_, Roméo au bas; il lui envoie un baiser.
-
-
-_Sujets d'Ivanhoë_:
-
-_Le pèlerin introduit près de lady Rowena_; elle est sur une espèce de
-trône; des femmes arrangent ses cheveux pour la nuit. Le pèlerin, un
-peu couvert d'un capuchon, s'agenouille devant elle. Elle fait apporter
-par ses femmes du vin et une coupe. Elle y trempe ses lèvres et la lui
-passe. C'est le moment où les femmes présentent le vin qu'il faut
-prendre. Dans le fond, d'autres femmes et un serviteur avec un flambeau
-qui attend. Il y a de grands flambeaux allumés dans l'appartement.
-
-_Ivanhoë couronné par lady Rowena au tournoi._ Il s'évanouit presque,
-les juges courent retirer son casque. Dans le fond d'un côté, le duc
-voit avec étonnement ce qui se passe. On peut aussi voir le prince Jean.
-
-_L'ermite de Copmanhurst_[546].
-
-_Les écuyers viennent conduire à Ivanhoë tes chevaux et les armes de
-leur maître._ Il est devant sa tente.
-
-_La scène dans la forêt_, où Cédric, Athelstas, Rowena et leurs gens
-s'arrêtent en entendant les gémissements d'Isaac et de Rebecca.
-Celle-ci vient baiser le bas de la robe de Rowena encore à cheval,
-ainsi que les autres (Walter Scott les faisait descendre). On voit au
-bord de la route la litière où se trouve Ivanhoë qu'on peut apercevoir.
-
-_Gurth attaché sur un cheval_, etc.
-
-_Isaac dans le caveau avec Front de Bœuf._
-
-_Le Templier vient enlever Rebecca_ dans la chambre d'Ivanhoë; fureur
-impuissante de celui-ci.
-
-_Front de Bœuf brûlant dans son lit._
-
-_Le pèlerin éveillant le Juif._
-
-_Gurth et Wamba voyant venir la caravane._
-
-_Le chevalier dans la cabane de l'ermite._
-
-_Isaac devant Beaumanoir et Conrad présentant la lettre._
-
-_Ulrique racontant son histoire à Cédric._
-
-_Rebecca enlevée par les Africains_; Boisguilbert les suit, etc.
-
-La scène du _Jugement de la Juive_: un témoin dépose.
-
-_L'apparition d'Athelstas en fantôme devant Cédric_, Richard, les dames.
-
-_Athelstas sortant du caveau et trouvant à table le sacristain et
-l'ermite._
-
-_Mort de Boisguilbert._ Le grand maître descendu de son siège. Rebecca
-un peu plus loin et son père près d'elle. Gardes, trompettes, peuple,
-échafauds.
-
-_Isaac et sa fille chez eux_; flambeaux, ameublement. On introduit
-Gurth, qui compte l'argent, ou plutôt le Juif le compte. Rebecca sur un
-sofa.
-
-_Rebecca le fait venir dans sa chambre_; elle lui donne une bourse;
-elle le congédie; le domestique juif l'éclairé. Wamba et Athelstas
-devant Front de Bœuf.
-
-_Le Templier et Rebecca dans la tour._
-
-*
-
-31 _décembre._--Sous ce titre: _Cours de dessin_, mettre les _Études
-d'après nature, d'après les maîtres. Études d'animaux de toutes sortes.
-Études d'après l'antique.--Anatomie_ et même _paysage_, le tout
-_photographie._
-
-Réunir sous ce titre: _Illustrations_, d'après Walter Scott et L.
-Byron, les compositions tirées de leurs ouvrages et sur divers sujets
-ne pouvant faire des ouvrages séparés comme le _Faust_ et l'_Hamlet._
-
-De même pour Gœthe. Ainsi aux compositions déjà faites pour le
-_Berlichingen_, seraient jointes celles qui ne sont qu'en projet et
-sans prétention à un genre d'exécution semblable.
-
-De même pour Shakespeare. Ainsi _Othello, Roméo et Juliette, Antoine et
-Cléopâtre, Henri IV_, etc.
-
-
-[545] La fontaine de Médicis au jardin du Luxembourg.
-
-[546] Delacroix s'était déjà occupé de ce sujet. (Voir _Catalogue
-Robaut_, n° 567.)
-
-
-
-
-1861
-
-
-1er _janvier._--J'ai commencé cette année en poursuivant mon
-travail de l'église comme à l'ordinaire; je n'ai fait de visites que
-par cartes, qui ne me dérangent point, et j'ai été travailler toute la
-journée; heureuse vie! Compensation céleste de mon isolement prétendu!
-Frères, pères, parents de tous les degrés, amis vivant ensemble se
-querellent et se détestent plus ou moins sans un mot que trompeur.
-
-La peinture me harcèle et me tourmente de mille manières à la vérité,
-comme la maîtresse la plus exigeante; depuis quatre mois, je fuis dès
-le petit jour et je cours à ce travail enchanteur, comme aux pieds
-de la maîtresse la plus chérie; ce qui me paraissait de loin facile
-à surmonter me présente d'horribles et incessantes difficultés; mais
-d'où vient que ce combat éternel, au lieu de m'abattre, me relève; au
-lieu de me décourager, me console et remplit mes moments, quand je l'ai
-quitté? Heureuse compensation de ce que les belles années ont emporté
-avec elles; noble emploi des instants de la vieillesse qui m'assiège
-déjà de mille côtés, mais qui me laisse pourtant encore la force de
-surmonter les douleurs du corps et les peines de l'âme!
-
---Sur les _luisants jaunâtres dans les chairs._--Je trouve dans un
-calepin, à la date du 11 octobre 1852[547], une expérience que je
-faisais sur des figures (de l'Hôtel de ville) rougeâtres ou violâtres,
-en risquant des luisants de _jaune de Naples._ Bien que ce soit contre
-la loi qui veut les luisants froids, en les mettant jaunes sur des tons
-de chairs violets, le contraste fait que l'effet est produit.--Dans la
-_Kermesse_, etc.
-
-*
-
-15 _janvier._--J'écris entre autres choses à Berryer: «_Finir_ demande
-un cœur d'acier: il faut prendre un parti surtout, et je trouve des
-difficultés où je n'en prévoyais point. Pour tenir à cette vie, je me
-couche de bonne heure, sans rien faire d'étranger à mon propos, et ne
-suis soutenu, dans ma résolution de me priver de tout plaisir, et au
-premier rang celui de rencontrer ceux que j'aime, que par l'espoir
-d'achever. Je crois que j'y mourrai. C'est dans ce moment que vous
-apparaît votre propre faiblesse, et combien ce que l'homme appelle
-un ouvrage _fini_ ou _complet_ contient de parties incomplètes ou
-impossibles à compléter.»
-
-*
-
-16 _janvier._--Sur Charlet.
-
-En voyant un _Empereur à cheval_, de lui, _pataugeant dans un marais_,
-d'un fini malheureux, en comparaison du sublime _Menuet_, et autres
-ouvrages de son premier temps, qui est incomparablement le plus beau,
-je note qu'un talent n'est jamais stationnaire. S'il se transforme
-forcément, il n'arrive guère que la naïveté persiste. Racine en est un
-exemple.
-
-Ce même jour, je mets à côté des plus beaux croquis de Raphaël ce même
-_Menuet._ Il ne perd rien. Cela me rappelle la pensée de Montesquieu:
-«Deux beautés médiocres se défont; deux grandes beautés se font valoir
-et brillent à l'envi l'une de l'autre.» (Vérifier ces termes.)
-
-
-[547] Voir t. II, p. 125.
-
- * * * * *
-
-4 _avril._--J'ai été voir le vieux Forster[548] en sortant de
-Saint-Philippe à trois heures. Le pauvre homme a le bras cassé et mille
-accidents qui ont compliqué son accident. Il me dit qu'il s'est retiré
-de bonne heure de la lice, et il blâme les artistes qui s'exposent trop
-longtemps à la critique.
-
-Il a raison, si véritablement la décadence est un effet constant de
-l'âge avancé. Il avait, du reste, une raison excellente de s'abstenir
-de bonne heure du travail de sa profession, qu'il m'a dit tout
-simplement lui avoir été antipathique toute sa vie, et qu'il n'avait
-embrassée que sur la volonté expresse de ses parents auxquels il ne se
-sentit pas le courage de résister.
-
-*
-
-24 _avril._--Dîné chez M. de Morny.
-
-Demander à M. Buon à voir les moulages antiques de M. Ravaisson.
-
-
-[548] _François Forster_ (1790-1872), graveur, grand prix de Rome en
-1814, auteur d'un grand nombre de planches devenues classiques. Il
-était membre de l'Académie des Beaux-Arts depuis 1844.
-
- * * * * *
-
-_Augerville_, 7 _septembre._--De Mlle de Lespinasse. Elle parle de
-Diderot: «C'est un homme fort extraordinaire; il n'est pas à sa place
-dans la société.»
-
-
-
-
-1862
-
-
-24 _janvier._--Riesener venu avec sa fille aînée.
-
-Je lui ai prêté deux aquarelles:
-
-1° _La cour de M. Bell_ à Tanger.
-
-2° _L'église de Valmont_, le fond très soigné. Vitraux, etc., avec
-gouache. Le tout dans un carton.
-
-*
-
-25 _janvier.--Tobie rend la vue à son père._
-
-_Le Christ prêchant dans la barque._
-
- * * * * *
-
-11 _mars._--Localité du clair de l'enfant de la _Médée: vermillon,
-indigo, blanc._
-
-Localité de l'ombre: _vermillon, blanc, vert de zinc_; ton frais de
-clair: _laque, blanc, ocre jaune, blanc._
-
-
-Prêté à Riesener: Aquarelles:
-
-1° _Entrée du bois à Valmont_ sur le haut de la colline,
-arbres gouachés.
-
-2° Dans le même endroit, avec le banc de jardin et clairs également
-gouaches.
-
-3° Un _Bord du lac._
-
-4° Une feuille sur laquelle sont deux sujets, dont une _Vue de
-Tancarville._
-
- * * * * *
-
-_Augerville_, 9 _octobre_[549].--Arrivé le mardi.
-
-Il ne faut pas être injuste pour notre nation. Elle a présenté
-de nos jours, dans les arts, un phénomène dont je ne connais pas
-d'exemple ailleurs. Après les merveilles de la Renaissance, qui a vu
-particulièrement la sculpture égaler, surpasser même la sculpture
-italienne, la France, il faut le dire, a subi la décadence dont
-l'Italie lui donnait l'exemple, comme elle lui avait donné celui de ses
-chefs-d'œuvre. Le règne des Carrache, très glorieux encore, a amené
-pour l'Italie, comme pour la France, une série d'écoles abâtardies
-dont le Vanloo a été le dernier mot. Il était réservé à notre pays de
-ramener à son tour le goût du simple et du beau. Les ouvrages de nos
-philosophes avaient réveillé le sentiment de la nature et le culte des
-anciens. David résuma, dans ses peintures, ce double résultat. Il est
-difficile de se figurer ce que fût devenue dans ses mains une nouveauté
-si hardie pour l'époque où elle se produisit, s'il eût possédé les
-qualités extraordinaires d'un Michel-Ange ou d'un Raphaël. Elle fut
-toutefois d'une portée immense au milieu du renouvellement général
-des idées et de la politique. De grands artistes continuèrent David,
-et quand cet héritage, tombé dans des mains moins habiles, sembla
-atteint de la langueur dont les plus belles écoles ont donné tour à
-tour l'exemple, un second renouvellement, semblable pour la fécondité
-des idées qu'il venait remuer à celui qu'avait opéré David, montra
-des faces de l'art toutes nouvelles dans l'histoire de la peinture.
-Après Gros, issu de David, mais original par tant de côtés, Prud'hon
-alliant la noblesse de l'antique à la grâce des Léonard et des Corrège,
-Géricault, plus romantique et plus épris à la fois de la vigueur des
-Florentins, ouvraient des horizons infinis et autorisaient toutes les
-nouveautés.
-
-*
-
-12 _octobre._--Dieu est en nous. C'est cette présence intérieure qui
-nous fait admirer le beau, qui nous réjouit quand nous avons bien
-fait et nous console de ne pas partager le bonheur du méchant. C'est
-lui sans doute qui fait l'inspiration dans les hommes de génie et qui
-les enchante au spectacle de leurs propres productions. Il y a des
-hommes de vertu comme des hommes de génie; les uns et les autres sont
-inspirés et favorisés de Dieu. Le contraire serait donc vrai: il y
-aurait donc des natures chez lesquelles l'inspiration divine n'agit
-point, qui commettent le crime froidement, qui ne se réjouissent jamais
-à la vue de l'honnête et du beau. Il y a donc des favoris de l'Être
-éternel. Le malheur qui semble souvent, et trop souvent, s'attacher
-à ces grands cœurs ne les fait pas heureusement succomber dans
-leur court passage: la vue des méchants comblés des dons de la fortune
-ne doit point les abattre; que dis-je? ils sont consolés souvent en
-voyant l'inquiétude, les terreurs qui assiègent les êtres mauvais, leur
-rendent amères leurs prospérités. Ils assistent souvent, dès cette
-vie, à leur supplice. Leur satisfaction intérieure d'obéir à la divine
-inspiration est une récompense suffisante: le désespoir des méchants
-traversés dans leurs injustes jouissances est...[550].
-
-
-[549] Cette lettre du 9 octobre et la suivante du 12 octobre se
-trouvent sur un carnet contenant des croquis pris à Augerville et
-appartenant à M. Chéramy.
-
-[550] Inachevé dans le manuscrit.
-
-
-
-
-1863
-
-
-1er _février_[551].--_La reine de Saba_ (au crayon).
-
-[551] Extrait d'un agenda portant la date de 1863 et resté entre les
-mains de Jenny Le Guillou.
-
- * * * * *
-
-5 _mars._--Aujourd'hui, envoyé à M. Laguerre 200 francs pour solde
-de tout arriéré[552].
-
-*
-
-26 _mars._--Carrier, qui est venu me voir, m'a promis des Alken[553].
-
-
-[552] On trouve collée à la page la note du docteur Laguerre, avec ces
-mots de la main de Delacroix: «Payé à M. Laguerre le 5 mars 1863. E. D.»
-
-[553] Note écrite au crayon.
-
- * * * * *
-
-13 _avril._--Aujourd'hui, M. Burty a emporté, pour faire des essais
-lithographiques, quatre dessins ou calques, dont une feuille avec la
-_Femme tenant un miroir_[554], croquis à la plume; un calque sur papier
-huilé, qui m'a servi pour la _Muse au cygne_, à l'Hôtel de ville.
-
-*
-
-14 _avril.--Sur le Beau._ C'est toujours une question sur laquelle il
-est difficile de se mettre d'accord; le terme n'est nullement défini,
-il est entendu qu'il n'est question que du Beau dans les arts. Le
-Beau de la peinture au fond et de tous les autres arts, à la façon
-dont je crois qu'on doit le comprendre, serait bien la même chose;
-néanmoins...[555].
-
-Je trouve dans mes calepins cette définition de Mercey, qui tranche
-l'équivoque entre la beauté qui ne consiste que dans les lignes pures,
-et celle qui consiste dans l'impression sur l'imagination par tout
-autre moyen: _Le Beau est Le vrai idéalisé_[556].
-
-*
-
-17 _avril._--La D... venue.
-
-Dutilleux est venu ensuite. Il a vu _Macbeth_[557], qui lui a paru
-abominable... Décoration, costumes, fantasmagorie complète, et rien
-de l'âme du grand Anglais. Rien n'est traduit; il est sorti désolé. À
-quelques jours de là, il a vu _Britannicus_, par les mêmes acteurs;
-il croyait renaître, il était ravi par ce style, cette force et cette
-simplicité.
-
-*
-
-23 _avril._--J'ai dîné chez Bertin, comme toujours avec plaisir; j'y
-ai trouvé Antony Deschamps[558]; c'est le seul homme avec lequel je
-parle musique avec plaisir, parce qu'il aime Cimarosa autant que moi.
-Je lui disais que le grand inconvénient de la musique était l'absence
-d'imprévu par l'accoutumance qu'on prend des morceaux. Le plaisir que
-donnent les belles parties s'affaiblit par cette absence d'imprévu, et
-l'attente où vous êtes des parties faibles et des longueurs que vous
-connaissez également, peut changer en une sorte de martyre l'audition
-d'un morceau qui vous a ravi la première fois, alors que les endroits
-négligés passaient avec les autres et servaient presque de lien à la
-composition. La peinture, qui ne vous prend pas à la gorge et dont vous
-pouvez détourner les yeux à volonté, n'offre pas cet inconvénient; vous
-voyez tout à la fois et au contraire vous vous habituez dans un tableau
-qui vous plaît à ne regarder que les belles parties dont on ne peut se
-lasser.
-
-Il y avait là un M. Trélat avec une voix charmante... Mais pourquoi ces
-gens-là n'ont-ils jamais, avec leur belle voix, l'idée de vous chanter
-de belle musique? Antoni me disait que toute la musique d'aujourd'hui
-se ressemblait. Tout cela est petit, coquet. L'élégie nous inonde là
-comme partout: peinture, littérature, théâtre.
-
-Un compositeur fait un _Faust,_ et il n'oublie que l'_Enfer_; le
-caractère principal d'un semblable sujet, cette terreur mêlée au
-comique, il ne s'en est pas douté.
-
-_Don Juan_ est compris autrement; je vois toujours au-dessus du
-libertin la griffe du diable qui l'attend.
-
-
-[554] Voir _Catalogue Robaut_, n° 1323.
-
-[555] Le manuscrit est inachevé.
-
-[556] Voir t. III, p. 336 et 337.
-
-[557] _Macbeth_, traduction en vers de _Jules Lacroix_, représentée à
-l'Odéon en février 1863.
-
-[558] Voir t. II, p. 311.
-
- * * * * *
-
-4 _mai._--Le système, tant prôné par les romantiques, du mélange
-du comique et du tragique comme le pratique Shakespeare, peut être
-apprécié comme on voudra. Le génie de Shakespeare a droit d'y
-accoutumer l'esprit par la force, par la franchise des intentions
-et la grandeur du plan, mais je crois ce genre interdit à un génie
-secondaire; nous devons à cette maladroite intention nombre de
-mauvaises pièces et de mauvais romans: les meilleurs parmi ces
-derniers, pendant ces trente dernières années, en sont furieusement
-gâtés: ceux de Dumas, ceux de Mme Sand, etc.
-
-Mais ce n'est pas le seul inconvénient que la littérature moderne
-présente à cet endroit; on n'écrit pas aujourd'hui un sermon, un
-voyage, un rapport même sur la première affaire venue où on ne prenne
-tour à tour tous les tons. Thiers lui-même, dans sa belle histoire,
-et tout imbu qu'il est des traditions et des grands exemples de
-notre langue, n'a pu résister à ces péroraisons, fins de chapitres,
-réflexions entachées du style pleurard et sentimental. Un homme qui
-écrit un voyage décrit tous les couchers de soleil, tous les paysages
-qu'il rencontre avec un comique attendrissant, qu'il croit fait pour
-gagner le lecteur. Ce mélange des styles dans chaque morceau est pour
-ainsi dire à chaque ligne. «Et on écrit aujourd'hui, dit Voltaire,
-des histoires en style d'opéra-comique», etc. _Il est bon que chaque
-chose soit à sa place._ Quand cet homme étonnant écrit la _Pucelle_,
-il ne tire pas le lecteur du style léger et badin, il ne sort pas du
-ton de la plaisanterie; quand, au contraire, dans l'_Essai sur les
-mœurs_, il consacre à la Pucelle une page éloquente, il ne montre
-que l'admiration et le regret pour l'héroïne, sans toutefois le faire
-dans un style d'une apologie emphatique ou d'une oraison funèbre.
-
-On ne peut lire aujourd'hui une comédie ou un vaudeville sans avoir son
-mouchoir à la main, pour s'essuyer les yeux aux passages où l'auteur a
-voulu s'adresser à la sensibilité de son lecteur.
-
-*
-
-_Vendredi_, 8 _mai._--J'écris à Dutilleux:
-
-«Mon cher ami, quand j'ai vu avant-hier dans vos mains et sous vos yeux
-la petite esquisse de _Tobie_[559], elle m'a paru misérable, quoique
-cependant je l'eusse faite avec plaisir. Enfin, quoi qu'il en soit de
-cette impression, je me suis rappelé après votre départ que vous aviez
-regardé avec plaisir le _Petit lion_[560] qui était sur un chevalet. Je
-souhaite bien ne pas me tromper en pensant qu'il a pu vous plaire: je
-vous l'aurais envoyé tout de suite sans les petites touches nécessaires
-à son achèvement et que j'ai faites hier. Recevez-le avec le même
-plaisir que j'ai à vous l'envoyer, et vous me rendrez bien heureux.
-
-«Il est encore frais dans de certaines parties: évitez la poussière
-pendant deux ou trois jours.»
-
-
-[559] Voir _Catalogue Robaut_, n° 1450.
-
-[560] Voir _Catalogue Robaut_, n° 1449.
-
- * * * * *
-
-_Champrosay_, 16 _juin._--Revenu à Champrosay après mes quinze jours de
-maladie.
-
-*
-
-22 _juin_[561].--(Au crayon.) Le premier mérite d'un tableau est d'être
-une fête pour l'œil. Ce n'est pas à dire qu'il n'y faut pas de la
-raison: c'est comme les beaux vers;... toute la raison du monde ne les
-empêche pas d'être mauvais, s'ils choquent l'oreille. On dit: _avoir de
-l'oreille_; tous les yeux ne sont pas propres à goûter les délicatesses
-de la peinture. Beaucoup ont l'œil faux ou inerte; ils voient
-littéralement les objets, mais l'exquis, non.
-
-
-[561] C'est la dernière des notes qu'on ait retrouvées sur les calepins
-de Delacroix, qui mourut le 13 août suivant.
-
-
-FIN DU TOME TROISIÈME.
-
-
-
-
-TABLE CHRONOLOGIQUE DES TROIS VOLUMES
-DU JOURNAL D'EUGÈNE DELACROIX
-
-
- TOME PREMIER
-
- (1822-1849)
-
- 1822
- 1823
- 1824
- 1825
- 1830
- 1832 (Voyage au Maroc)
- 1834
- 1840
- 1843
- 1844
- 1846
- 1847
- 1849
-
- TOME II
-
- (1850-1854)
-
- 1850
- 1851
- 1852
- 1853
- 1854
-
- TOME III
-
- (1855-1803)
-
- 1855
- 1856
- 1857
- 1858
- 1859
- 1860
- 1861
- 1862
- 1863
-
-
-
-
-
-
-End of the Project Gutenberg EBook of Journal de Eugène Delacroix, Tome 3, by
-Eugène Delacroix
-
-*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK JOURNAL DE EUGÈNE DELACROIX ***
-
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- The Project Gutenberg eBook of Journal de Eugène Delacroix, Tome 3, by Eugène Delacroix.
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-<pre>
-
-Project Gutenberg's Journal de Eugène Delacroix, Tome 3, by Eugène Delacroix
-
-This eBook is for the use of anyone anywhere in the United States and most
-other parts of the world at no cost and with almost no restrictions
-whatsoever. You may copy it, give it away or re-use it under the terms of
-the Project Gutenberg License included with this eBook or online at
-www.gutenberg.org. If you are not located in the United States, you'll have
-to check the laws of the country where you are located before using this ebook.
-
-Title: Journal de Eugène Delacroix, Tome 3
- 1855-1863
-
-Author: Eugène Delacroix
-
-Release Date: April 24, 2017 [EBook #54600]
-
-Language: French
-
-Character set encoding: UTF-8
-
-*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK JOURNAL DE EUGÈNE DELACROIX ***
-
-
-
-
-Produced by Laura Natal Rodriguez and Marc D'Hooghe at
-Free Literature (online soon in an extended version, also
-linking to free sources for education worldwide ... MOOC's,
-educational materials,...) Images generously made available
-by the Internet Archive.
-
-
-
-
-
-
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-
-
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-
-<h1>JOURNAL</h1>
-
-<h3>DE</h3>
-
-<h2>EUGÈNE DELACROIX</h2>
-
-<h4>TOME TROISIÈME</h4>
-
-<h4>1855-1863</h4>
-
-<h4>SUIVI D'UNE TABLE ALPHABÉTIQUE</h4>
-
-<h4>DES NOMS ET DES ŒUVRES CITÉS</h4>
-
-<h4>NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS PAR MM. PAUL FLAT ET RENÉ PIOT</h4>
-
-<h4><i>Portraits et fac-simile</i></h4>
-
-
-<h5>PARIS</h5>
-
-<h5>LIBRAIRIE PLON</h5>
-
-<h5>PLON-NOURRIT ET C<sup>ie</sup> IMPRIMEURS-ÉDITEURS</h5>
-
-<h5>RUE GARANCIÈRE 10<sup>e</sup></h5>
-
-
-<h5>1895</h5>
-
-
-
-<hr class="full" />
-
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-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_1" id="Page_1">[p. 1]</a></span></p>
-
-<h3>JOURNAL</h3>
-
-<h4>DE</h4>
-
-<h3>EUGÈNE DELACROIX</h3>
-
-
-
-<hr class="chap" />
-<h3><a name="c1855" id="c1855">1855</a></h3>
-
-
-<p><i>Paris</i>, 8 <i>janvier.</i>&mdash;Dîné chez Mme de Blocqueville<a name="NoteRef_1_1" id="NoteRef_1_1"></a><a href="#Note_1_1" class="fnanchor">[1]</a> avec Cousin<a name="NoteRef_2_2" id="NoteRef_2_2"></a><a href="#Note_2_2" class="fnanchor">[2]</a>.
-Singulière maison.</p>
-
-<p>Cousin, en sortant, m'assure que, toutes informations prises, elle est
-fort honnête, sauf les petits loisirs que lui laisse l'absence de son
-mari, avec qui elle vit mal, mais qui ne fait que des apparitions.</p>
-
-<p>Je m'accroche à lui pour retourner chez Thiers<a name="NoteRef_3_3" id="NoteRef_3_3"></a><a href="#Note_3_3" class="fnanchor">[3]</a>; il n'y était pas, ni
-sa femme. Mme Dosne m'invite pour le vendredi de la semaine suivante.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_2" id="Page_2">[p. 2]</a></span></p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>9 <i>janvier.</i>&mdash;Dîné enfin chez la princesse<a name="NoteRef_4_4" id="NoteRef_4_4"></a><a href="#Note_4_4" class="fnanchor">[4]</a>, après avoir refusé
-deux fois, je crois, à cause de mon malaise, suite de la grippe.&mdash;Se
-rappeler une sonate de Mozart qu'elle joue seule.</p>
-
-<p>Berryer y est venu, ainsi que les dames de Vaufreland. Il m'a mené chez
-Mme de Lagrange, à qui je devais une visite depuis le dîner que j'y
-avais fait il y a longtemps déjà, le jour où j'avais causé longuement
-avec la princesse.</p>
-
-<p>&mdash;Magnifique sujet: <i>Noé sacrifiant avec sa famille après le déluge</i>:
-les animaux se répandent sur la terre, les oiseaux dans les airs; les
-monstres condamnés par la sagesse divine gisent à moitié enfouis dans
-la vase; les branches dégouttantes se redressent vers le ciel<a name="NoteRef_5_5" id="NoteRef_5_5"></a><a href="#Note_5_5" class="fnanchor">[5]</a>.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>20 <i>janvier.</i>&mdash;Chez Viardot<a name="NoteRef_6_6" id="NoteRef_6_6"></a><a href="#Note_6_6" class="fnanchor">[6]</a>. Musique de Gluck chantée admirablement
-par sa femme.</p>
-
-<p>Le philosophe Chenavard ne disait plus que la musique est le dernier
-des arts! Je lui disais que les paroles de ces opéras étaient
-admirables. Il faut des grandes divisions tranchées; ces vers arrangés
-sur ceux de Racine et par conséquent défigurés, font un effet bien plus
-puissant avec la musique.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_3" id="Page_3">[p. 3]</a></span></p>
-
-<p>Le lendemain dimanche, chez Tattet<a name="NoteRef_7_7" id="NoteRef_7_7"></a><a href="#Note_7_7" class="fnanchor">[7]</a>. Membrée<a name="NoteRef_8_8" id="NoteRef_8_8"></a><a href="#Note_8_8" class="fnanchor">[8]</a> a chanté des morceaux
-de sa composition; celui des <i>Étudiants</i> serait mauvais, même avec la
-plus belle musique. C'est un petit opéra sans récitatif, c'est-à-dire
-que le récit et le chant ne font qu'un; c'est fatigant pour l'esprit,
-qui n'est ni au récit ni à la musique, tout en courant à chaque instant
-après l'un et l'autre. Nouvelle preuve qu'il ne faut pas sortir des
-<i>lois</i> qui ont été trouvées au commencement sur tous les arts. Racontez
-ce qu'il vous plaira avec les récitatifs, mais avec le chant ne faites
-chanter que la passion, sur des paroles que mon esprit devine avant que
-vous les disiez.</p>
-
-<p>Il ne faut point partager l'attention: les beaux vers sont à leur place
-dans la tragédie parlée; dans l'opéra, la musique seule doit m'occuper.</p>
-
-<p>Chenavard convenait, sans que je l'en priasse, qu'il n'y a rien à
-comparer à l'émotion que donne la musique: elle exprime des nuances
-incomparables. Les dieux pour qui la nourriture terrestre est trop
-grossière, ne s'entretiennent certainement qu'en musique. Il faut, à
-l'honneur mérité de la musique, retourner le mot de Figaro: <i>Ce qui ne
-peut pas être chanté, on le parle.</i> Un Français devait dire ce que dit
-Beaumarchais.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_4" id="Page_4">[p. 4]</a></span></p>
-
-<p>&mdash;Dîné chez Thiers: Cousin, Mme de Rémusat que j'ai revue avec plaisir,
-etc.</p>
-
-<p>Chez Tattet ensuite, où j'ai entendu Membrée.</p>
-
-<p>Ce qui met la musique au-dessus des autres arts (il y a de grandes
-réserves à faire pour la peinture, précisément à cause de sa grande
-analogie avec la musique), c'est qu'elle est complètement de
-convention, et pourtant c'est un langage complet; il suffit d'entrer
-dans son domaine.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>24 <i>janvier.</i>&mdash;Au bal de Morny, le soir. Mérimée me parle d'un nommé
-Lacroix qui vend de bon papier.</p>
-
-<p>Je remarque encore l'étonnante perfection des Flamands à côté de quoi
-que ce soit: il y avait là un joli Watteau, qui devenait complètement
-factice, comme je l'avais déjà remarqué antérieurement.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>25 <i>janvier.</i>&mdash;Dîné chez Payen<a name="NoteRef_9_9" id="NoteRef_9_9"></a><a href="#Note_9_9" class="fnanchor">[9]</a>.&mdash;Mme Barbier ensuite.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>28 <i>janvier.</i>&mdash;Chez Thiers le soir; il me parle des ressources
-prodigieuses que Napoléon trouva dans son génie et dans son audace
-infatigable pendant la mémorable campagne de 1814.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>29 <i>janvier.</i>&mdash;Dîné chez Mme de Blocqueville avec</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_5" id="Page_5">[p. 5]</a></span></p>
-
-<p>Thiers, Cousin, la duchesse d'Istrie, une Mme de Léotaud, et un M. de
-Beaumont<a name="NoteRef_10_10" id="NoteRef_10_10"></a><a href="#Note_10_10" class="fnanchor">[10]</a> qui fait partie du jury de l'Exposition; fort aimable et
-convenable de tous points, et bon appréciateur de toutes choses.</p>
-
-<p>En sortant, chez Fould. Bal. Figures de coquins de toute espèce.</p>
-
-<p>&mdash;Cousin, au dîner, avait raconté l'anecdote suivante: Louis XIV avait
-tenu un conseil particulier entre Louvois, Turenne, Condé et lui, sur
-un plan de campagne, en recommandant un secret absolu; huit jours
-après, il lui revient que son plan est connu. Interpellant Turenne, il
-le lui dit et ajouta, connaissant son inimitié pour Louvois: «Ce sera
-ce coquin de Louvois!» Turenne répond: «Non, Sire, c'est moi.» À cela
-le Roi lui dit: «Vous l'aimez donc toujours!»</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>30 <i>janvier.</i>&mdash;Chez Mme de Lagrange. Je suis arrivé malheureusement de
-bonne heure, c'est-à-dire à dix heures. Qui croirait que c'est encore
-une heure indue le soir à Paris?</p>
-
-<p>J'ai trouvé là le vieux Rambuteau<a name="NoteRef_11_11" id="NoteRef_11_11"></a><a href="#Note_11_11" class="fnanchor">[11]</a> qui est aveugle et qui me dit,
-quand on lui dit qui j'étais, qu'il<span class="pagenum"><a name="Page_6" id="Page_6">[p. 6]</a></span> était très fâché de n'avoir pas
-été ainsi prévenu de ma présence chez Mme de Blocqueville, la première
-fois que j'y dînai; qu'il m'aurait dit à quel point il avait toujours
-admiré mes peintures. Or le vieux scélérat ne m'a jamais adressé la
-parole, dans le temps qu'il était préfet, que pour me recommander de ne
-pas gâter son église de Saint-Denis du Saint-Sacrement. Ce tableau de
-treize pieds<a name="NoteRef_12_12" id="NoteRef_12_12"></a><a href="#Note_12_12" class="fnanchor">[12]</a>, payé 6,000 francs, avait été donné à Robert Fleury,
-qui, ne s'y sentant pas porté, m'avait proposé de le faire à sa place,
-avec l'agrément, cela va sans dire, de l'administration. Varcollier,
-moins apprivoisé dans ce temps avec moi et avec ma peinture,
-consentit dédaigneusement à ce changement de personne, le préfet plus
-difficilement encore, à ce que je crois, dans la profonde défiance où
-il était de mes minces talents.</p>
-
-<p>L'adversité rend aux hommes toutes les vertus que la prospérité leur
-enlève.</p>
-
-<p>Cela me rappelle que, quand je fus revoir Thiers, au retour de son
-petit exil, il déplora la mesquinerie des commandes qu'on me faisait;
-à l'entendre, j'aurais dû avoir tout à faire et être magnifiquement
-récompensé.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>31 <i>janvier.</i>&mdash;Fortoul,&mdash;Dumas ensuite.</p>
-
-<p>Je suis resté au coin de mon feu à cause du dégel. Puis, repris à dix
-heures d'un beau courage, j'ai été prendre l'air.</p>
-
-<hr class="b2" />
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_1_1" id="Note_1_1"></a><a href="#NoteRef_1_1"><span class="label">[1]</span></a> <i>Louise-Adélaïde d'Eckmühl, marquise de Blocqueville</i>,
-était la dernière fille du maréchal Davoust, dont elle a fait revivre
-dans un livre important la sévère figure. Elle est aussi l'auteur de
-plusieurs ouvrages de psychologie mystique.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_2_2" id="Note_2_2"></a><a href="#NoteRef_2_2"><span class="label">[2]</span></a> <i>Victor Cousin</i>, qui depuis 1852 n'occupait plus sa chaire
-de philosophie à la Sorbonne, travaillait alors à ses <i>Études sur
-les femmes et la société du dix-septième siècle</i>, et avait déjà fait
-paraître <i>Madame de Longueville</i> (1853) et <i>Madame de Sablé</i> (1854).</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_3_3" id="Note_3_3"></a><a href="#NoteRef_3_3"><span class="label">[3]</span></a> Delacroix, habitant à cette époque rue Notre-Dame de
-Lorette, était par conséquent tout à fait voisin de M. Thiers.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_4_4" id="Note_4_4"></a><a href="#NoteRef_4_4"><span class="label">[4]</span></a> La princesse <i>Marcellini Czartoryska.</i></p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_5_5" id="Note_5_5"></a><a href="#NoteRef_5_5"><span class="label">[5]</span></a> Ce sujet de tableau n'a pas été traité par Delacroix.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_6_6" id="Note_6_6"></a><a href="#NoteRef_6_6"><span class="label">[6]</span></a> <i>Louis Viardot</i> (1800-1883), littérateur. On lui doit un
-grand nombre de traductions d'ouvrages espagnols et russes. Il avait en
-1841 fondé avec George Sand et Pierre Leroux la <i>Revue indépendante</i> et
-pris un moment la direction du théâtre italien à la salle Ventadour en
-1838. C'est là qu'il connut la célèbre cantatrice <i>Pauline Garcia</i>, qui
-devint sa femme en 1840.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_7_7" id="Note_7_7"></a><a href="#NoteRef_7_7"><span class="label">[7]</span></a> <i>Alfred Tattet</i>, banquier très répandu dans le monde
-artistique et littéraire, ami fidèle d'Alfred de Musset, qui lui dédia
-quelques-unes de ses poésies.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_8_8" id="Note_8_8"></a><a href="#NoteRef_8_8"><span class="label">[8]</span></a> <i>Edmond Membrée</i> (1820-1882), compositeur français, élève
-de Carafa. Il écrivit notamment les chœurs de l'<i>Œdipe-Roi</i>, de J.
-Lacroix, joué au Théâtre-Français en 1858.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_9_9" id="Note_9_9"></a><a href="#NoteRef_9_9"><span class="label">[9]</span></a> <i>Anselme Payen</i> (1795-1871), chimiste, professeur à
-l'École centrale et au Conservatoire des arts et métiers, membre de
-l'Académie des sciences.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_10_10" id="Note_10_10"></a><a href="#NoteRef_10_10"><span class="label">[10]</span></a> <i>Adalbert de Beaumont</i>, peintre et littérateur, qui
-exposa à plusieurs Salons et écrivit dans divers journaux et revues des
-articles sur les questions d'art.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_11_11" id="Note_11_11"></a><a href="#NoteRef_11_11"><span class="label">[11]</span></a> Le <i>comte de Rambuteau</i> (1781-1869) avait été préfet
-de la Seine sous la monarchie de Juillet. Ce fut lui qui commença
-dans Paris les travaux d'embellissement qui devaient plus tard, sous
-l'administration du baron Haussmann, transformer la capitale.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_12_12" id="Note_12_12"></a><a href="#NoteRef_12_12"><span class="label">[12]</span></a> Ce tableau, <i>Pieta</i>, fut peint directement sur le mur.
-(Voir <i>Catalogue Robaut</i>, n° 768.)</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_7" id="Page_7">[p. 7]</a></span></p></div>
-
-<hr class="b2" />
-
-<p>2 <i>février.</i>&mdash;Dîné avec Mme de Forget.&mdash;Chez Mme Cerfbeer ensuite. J'ai
-fait les deux choses.</p>
-
-<p>Beaucoup causé avec Eugène<a name="NoteRef_13_13" id="NoteRef_13_13"></a><a href="#Note_13_13" class="fnanchor">[13]</a>, que j'aime beaucoup.</p>
-
-<p>Chez Cerfbeer<a name="NoteRef_14_14" id="NoteRef_14_14"></a><a href="#Note_14_14" class="fnanchor">[14]</a> ensuite, où l'on étouffait; j'ai causé avec
-Pontécoulant<a name="NoteRef_15_15" id="NoteRef_15_15"></a><a href="#Note_15_15" class="fnanchor">[15]</a> et avec sa femme. Il me disait assez justement que
-la prise de Sébastopol serait l'empêchement irrémédiable à la paix;
-que l'Empereur, en 1812, n'avait pas rétabli le royaume de Pologne
-pour ne pas fermer tout retour à la paix, bien persuadé que la Russie
-n'abandonnerait jamais ses prétentions sur la Pologne et en ferait
-toujours un objet d'amour-propre au premier chef, comme elle en fait un
-de sa possession de la Crimée, le talisman véritable qui lui ouvre le
-chemin à la domination de l'Orient.</p>
-
-<p>En sortant, je me suis promené sur le boulevard avec délices:
-j'aspirais la fraîcheur du soir, comme si c'était chose rare. Je me
-demandais, avec raison, pourquoi les hommes s'entassent dans des
-chambres malsaines, au lieu de circuler à l'air pur, qui ne coûte rien.
-Ils ne causent que de choses insipides qui ne leur apprennent rien et
-ne les corrigent de rien; ils<span class="pagenum"><a name="Page_8" id="Page_8">[p. 8]</a></span> font avec application des parties de
-cartes ou bâillent solitairement au milieu de la cohue, quand ils ne
-trouvent personne à ennuyer.</p>
-
-<hr class="b2" />
-
-<p>3 <i>février.</i>&mdash;Chez Viardot.&mdash;Delangle<a name="NoteRef_16_16" id="NoteRef_16_16"></a><a href="#Note_16_16" class="fnanchor">[16]</a>.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>5 <i>février.</i>&mdash;Chez Thiers, le soir: j'y suis resté très longtemps;
-il m'a accaparé, et nous avons parlé guerre; il a mis en poudre mon
-système.</p>
-
-<p>En sortant et très tard, chez Halévy: calorifères étouffants. Sa
-pauvre femme emplit sa maison de vieux pots et de vieux meubles;
-cette nouvelle folie le mènera à l'hôpital. Il est changé et
-vieilli: il a l'air d'un homme entraîné malgré lui. Comment peut-il
-travailler sérieusement au milieu de ce tumulte? Son nouveau poste à
-l'Académie<a name="NoteRef_17_17" id="NoteRef_17_17"></a><a href="#Note_17_17" class="fnanchor">[17]</a> doit prendre beaucoup sur son temps et l'écarter de plus
-en plus de la sérénité et de la tranquillité que demande le travail.</p>
-
-<p>Sorti de ce gouffre le plus tôt que j'ai pu. L'air de la rue m'a semblé
-délicieux.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p><i>6 février.</i>&mdash;Dîné chez la princesse. Elle me plaît toujours: elle
-avait une robe dont elle ne savait que faire; l'étoffe en était si
-magnifique qu'elle ressemblait à une cuirasse de vingt aunes; grâce à
-cette ampleur ridicule, toutes les femmes se ressemblent en ressemblant
-à des tonneaux.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_9" id="Page_9">[p. 9]</a></span></p>
-
-<p>Après dîner, j'ai été un moment chez Fould et suis revenu pour
-l'entendre avec Franchomme; mais le plaisir de la soirée avait été deux
-ou trois morceaux de Chopin qu'elle m'avait joués avant mon départ pour
-aller chez le ministre.</p>
-
-<p>Grzymala, à dîner, nous a soutenu que Mme Sand avait accepté de
-Meyerbeer de l'argent pour les articles qu'elle a faits à sa louange.
-Je ne puis le croire et j'ai protesté. La pauvre femme a bien besoin
-d'argent: elle écrit trop et pour de l'argent; mais descendre jusqu'au
-métier des feuilletonistes à gages, c'est ce que je ne puis croire!</p>
-
-<p>Berryer venu chez la princesse.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>7 <i>février.</i>&mdash;Soupe chez la fameuse comtesse de Païva. Ce luxe
-effrayant me déplaît; on ne rapporte aucun souvenir de semblables
-soirées: on est plus lourd le lendemain, voilà tout.</p>
-
-<p>Depuis moins de quinze jours, j'ai travaillé énormément: je suis occupé
-maintenant de <i>Foscari</i><a name="NoteRef_18_18" id="NoteRef_18_18"></a><a href="#Note_18_18" class="fnanchor">[18]</a>. J'avais auparavant donné aux <i>Lions</i><a name="NoteRef_19_19" id="NoteRef_19_19"></a><a href="#Note_19_19" class="fnanchor">[19]</a>
-une tournure que je crois enfin la bonne, et je n'ai plus qu'à terminer
-en changeant le moins possible.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_10" id="Page_10">[p. 10]</a></span></p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>11 <i>février.</i>&mdash;Dîner chez Bornot.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>15 <i>février.</i>&mdash;Dîné chez Lefuel avec Arago, Français, etc.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>19 <i>février.</i>&mdash;Berryer m'écrit ce soir pour me demander si j'ai un
-moyen de trouver une place pour jeudi prochain, jour de son élection.
-Je lui réponds:</p>
-
-<p>«Mon cher cousin, je m'empresse de vous dire que je n'espère qu'en vous
-pour trouver place à une séance aussi intéressante pour moi. Je n'ai
-quasiment bue des ennemis dans le palais Mazarin. Ils me veulent à la
-porte de toutes les façons; recevez-moi au moins pour ce jour, qui
-m'est cher à plus d'un titre. Votre mille fois affectionné et dévoué.»</p>
-
-<p>En réponse à cette lettre, Berryer n'a pu m'envoyer qu'un billet dans
-les amphithéâtres haut perchés de l'Institut. En arrivant à midi et
-demi par la neige et le froid, j'ai trouvé que la queue remplissait
-jusqu'à la porte de la rue, c'est-à-dire tous les escaliers et passages
-qui conduisent audit amphithéâtre, lequel était plein, de sorte que ces
-bonnes gens, parmi lesquelles il y en avait qui prétendaient que ce
-côté était excellent, attendaient, ou l'évanouissement de quelque dame,
-ou je ne sais quel prodige pour se glisser dans l'intérieur; et ils
-étaient là deux cents!</p>
-
-<p>Je boude un peu Berryer. En pareille situation, j'aurais voulu placer
-mon cousin. Tous ses amis de Frohsdorf et autres étaient, j'en suis
-sûr, bien installés,<span class="pagenum"><a name="Page_11" id="Page_11">[p. 11]</a></span> et avaient apporté leurs grandes oreilles pour
-l'écouter... Je me trompe: ils étaient là pour dire qu'ils y avaient
-été.</p>
-
-<hr class="b2" />
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_13_13" id="Note_13_13"></a><a href="#NoteRef_13_13"><span class="label">[13]</span></a> <i>Eugène de Forget.</i></p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_14_14" id="Note_14_14"></a><a href="#NoteRef_14_14"><span class="label">[14]</span></a> <i>Alphonse Cerfbeer</i> (1797-1859), auteur dramatique.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_15_15" id="Note_15_15"></a><a href="#NoteRef_15_15"><span class="label">[15]</span></a> Le <i>comte de Pontécoulant</i> (1794-1882), officier et
-littérateur. Il se battit sous les ordres de Napoléon pendant les
-Cent-jours et fut blessé en 1830 dans la campagne de Belgique à la tête
-d'un corps de volontaires parisiens qu'il avait organisé. De retour en
-France, M. de Pontécoulant s'est occupé de littérature et surtout de
-musique.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_16_16" id="Note_16_16"></a><a href="#NoteRef_16_16"><span class="label">[16]</span></a> <i>Delangle</i> était alors premier président de la cour de
-Paris.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_17_17" id="Note_17_17"></a><a href="#NoteRef_17_17"><span class="label">[17]</span></a> <i>Halévy</i> avait été nommé secrétaire perpétuel de
-l'Académie des beaux-arts le 29 juillet 1854.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_18_18" id="Note_18_18"></a><a href="#NoteRef_18_18"><span class="label">[18]</span></a> C'est la fameuse toile des <i>Deux Foscari</i>, que les
-admirateurs du maître ont pu voir pour la dernière fois à l'exposition
-de ses œuvres au palais des Beaux-Arts en 1885, car elle ne figurait
-pas à l'Exposition universelle de 1889. Elle appartient actuellement au
-duc d'Aumale et constitue l'un des plus précieux joyaux de sa galerie.
-(Voir <i>Catalogue Robaut</i>, n<sup>os</sup> 1272 et 1273.)</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_19_19" id="Note_19_19"></a><a href="#NoteRef_19_19"><span class="label">[19]</span></a> Voir <i>Catalogue Robaut</i>, n° 1278.</p></div>
-
-<hr class="b2" />
-
-<p>4 <i>mars.</i>&mdash;Symphonie de Gounod<a name="NoteRef_20_20" id="NoteRef_20_20"></a><a href="#Note_20_20" class="fnanchor">[20]</a> à deux heures.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>5 <i>mars.</i>&mdash;Concert de l'aimable princesse. Le <i>concerto</i> de Chopin
-a produit peu d'effet. Ils s'obstinent à le jouer au lieu de
-ses délicieux petits morceaux. La pauvre princesse et son piano
-disparaissent sur ce théâtre. Quand la Viardot a préludé, pour chanter
-des mazurkas de Chopin arrangées pour la voix, on a senti l'artiste;
-c'est ce que me disait Delaroche, qui était près de moi, dans cette
-place où j'avais été relégué, après avoir offert la mienne aux dames de
-Vautreland.</p>
-
-<p>Ces courts fragments de symphonie d'Haydn entendus hier m'ont ravi
-autant que le reste m'a rebuté. Je ne puis plus consentir à prêter mes
-oreilles ou mon attention qu'à ce qui est excellent.</p>
-
-<p>&mdash;<i>Sur le respect immodéré des maîtres</i>: citer la froideur de certains
-Titien, <i>le Christ au tombeau</i>, etc., etc.<a name="NoteRef_21_21" id="NoteRef_21_21"></a><a href="#Note_21_21" class="fnanchor">[21]</a>.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_12" id="Page_12">[p. 12]</a></span></p>
-
-<p>&mdash;<i>Oculos habent et non vident</i> veut dire: De la rareté des bons juges
-en peinture.</p>
-
-<p>&mdash;Sur le <i>style...</i> ne pas confondre avec la <i>mode.</i></p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>13 <i>mars.</i>&mdash;Dîné chez la princesse, à mon corps défendant... J'ai
-refusé si souvent que j'y vais par devoir. Bon morceau de Mozart joué
-par elle avec basse, violon et violoncelle, précédé d'un morceau de
-Mendelssohn joué par la princesse de Chimay, ennuyeux de tout point.</p>
-
-<p>Je me sauve après le morceau de Mozart et j'évite la <i>Polonaise</i> de
-Chopin, dont nous étions menacés.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>14 <i>mars.</i>&mdash;J'ai quitté mon travail acharné sur mes <i>Lions</i>, pour aller
-à une heure voir la salle d'exposition.</p>
-
-<p>En revenant, chez Riesener.</p>
-
-<p>Je suis depuis quelque temps dans un mauvais état de santé: l'estomac
-est capricieux, et c'est lui pourtant qui conduit tout le reste. À
-présent, mon malaise me prend au milieu de la journée, et je peux
-quelquefois faire une séance à la fin du jour. Je me lève très matin.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>15 <i>mars.</i>&mdash;Dîné chez Bertin; ce bon Delsarte m'a dit que Mozart avait
-outrageusement pillé Galuppi<a name="NoteRef_22_22" id="NoteRef_22_22"></a><a href="#Note_22_22" class="fnanchor">[22]</a>,<span class="pagenum"><a name="Page_13" id="Page_13">[p. 13]</a></span> à peu près sans doute comme Molière
-a pillé partout où il a trouvé. Je lui ai dit que <i>ce qui était Mozart</i>
-n'avait pas été pris à Galuppi ni à personne. Il met Lulli au-dessus de
-tout, même de Gluck, qu'il admire pourtant fort.</p>
-
-<p>Il a chanté des chansonnettes anciennes et charmantes, chantées avec le
-goût qu'il y met. Je lui ai fait remarquer que s'il prenait la peine de
-chanter avec le même soin la musique des grands musiciens qu'il n'aime
-pas, elle ferait autant d'effet, et peut-être davantage. Il a chanté le
-bel air de <i>Telasco</i>, toujours avec le même ravissement pour moi.</p>
-
-<p>On passe à certains artistes leurs excentricités sur un point, sans
-diminuer de l'estime de leur talent: Delsarte est une espèce de fou
-dans sa conduite; ses projets pour le bonheur de l'humanité, sa volonté
-persévérante de se faire pendant quelque temps médecin homéopathe, et
-enfin sa préférence ridicule et exclusive pour l'ancienne musique,
-qui est le pendant de son excentricité en manière de se conduire, le
-classent avec Ingres, par exemple, dont on dit qu'il se conduit comme
-un enfant, et qui a des préférences et des antipathies également
-sottes... Il manque quelque chose à ces gens-là. Ni Mozart, ni Molière,
-ni Racine ne devaient avoir de sottes préférences, ni de sottes
-antipathies; leur <i>raison</i>, par conséquent, était à la hauteur de leur
-<i>génie</i>, ou plutôt était <i>leur génie même.</i></p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_14" id="Page_14">[p. 14]</a></span></p>
-
-<p>Le stupide public abandonne aujourd'hui Rossini pour Gluck, comme il a
-abandonné autrefois Gluck pour Rossini; une chansonnette de l'an 1500
-est mise au-dessus de tout ce que Cimarosa a produit. Passe pour ce
-stupide troupeau à qui il faut absolument changer d'engouement, par la
-raison qu'il n'a de goût et de discernement sur rien! mais des hommes
-de métier, artistes ou à peu près, qu'on qualifie d'hommes supérieurs,
-sont inexplicables de se prêter lâchement à toutes ces sottises...</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>16 <i>mars.</i>&mdash;C'est à partir de ce jour que j'ai été pris d'indisposition
-et forcé d'interrompre tout travail pendant un assez long temps.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>23 <i>mars.</i>&mdash;Je remarque ce matin, en examinant des croquis<a name="NoteRef_23_23" id="NoteRef_23_23"></a><a href="#Note_23_23" class="fnanchor">[23]</a> que j'ai
-faits d'après des figures de la galerie d'Apollon (sculptures sur les
-corniches) et copiés d'après le livre gravé que Duban m'avait prêté,
-l'incorrigible froideur de ces morceaux. Je ne peux l'attribuer, malgré
-la largeur d'exécution, qu'à l'excessive timidité, qui ne permet jamais
-à l'artiste de s'écarter du modèle, et cela dans des figures accroupies
-sur des corniches et dans lesquelles la fantaisie était plus que
-permise.</p>
-
-<p>C'est par amour de la perfection que ces figures<span class="pagenum"><a name="Page_15" id="Page_15">[p. 15]</a></span> sont imparfaites.
-Il y a un peu du reflet de cette exactitude outrée dans toute l'école
-qui commence au Poussin et aux Carrache. La sagesse est sans doute une
-qualité, mais elle n'ajoute pas de charme. Je compare la grâce des
-figures d'un Corrège, d'un Raphaël, d'un Michel-Ange, d'un Bonasone,
-d'un Primatice, à celle d'une ravissante femme, qui vous enchante sans
-qu'on sache pourquoi. Je compare, au contraire, la froide correction
-des figures du style français à ces grandes femmes bien bâties, mais
-dépourvues de charme.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>25 <i>mars.</i>&mdash;Hier samedi, continuation du malaise, mais avec quelque
-mieux. Je lis toujours le roman de Dumas, de <i>Nanon de Lartigues</i><a name="NoteRef_24_24" id="NoteRef_24_24"></a><a href="#Note_24_24" class="fnanchor">[24]</a>:
-je dors par intervalles. Ce roman est charmant au commencement; puis,
-comme à l'ordinaire, viennent des parties ennuyeuses, mal digérées ou
-emphatiques. Je ne vois pas encore poindre tout à fait dans celui-ci
-les passages prétendus dramatiques et passionnés, comme il en introduit
-dans tous ses romans, même les plus comiques.</p>
-
-<p>Ce mélange du comique et du pathétique est décidément de mauvais goût.
-Il faut que l'esprit sache où il est, et même il faut qu'il sache où
-on le mené. Nous autres Français, familiarisés depuis longtemps<span class="pagenum"><a name="Page_16" id="Page_16">[p. 16]</a></span> avec
-cette manière d'envisager les arts, nous aurions de la peine, à moins
-d'une très grande habitude de l'anglais, par exemple, à nous faire
-une idée de l'effet contraire dans les pièces de Shakespeare. Nous ne
-pouvons imaginer ce que serait une bouffonnerie sortant de la bouche
-du grand prêtre, d'une Athalie, ou seulement la plus petite atteinte
-vers le style familier. La Comédie ne présente le plus souvent que des
-passions très sérieuses dans celui qui les éprouve, mais dont l'effet
-est de provoquer le rire, plutôt que l'émotion tragique.</p>
-
-<p>Je crois que Chasles avait raison quand il me disait dans une
-conversation sur Shakespeare, dont j'ai parlé dans un de ces calepins:
-«Ce n'est ni un comique ni un tragique proprement dit; son art est à
-lui, et cet art est autant psychologique que poétique; il ne peint
-point l'ambitieux, le jaloux, le scélérat consommé, mais un certain
-jaloux, un certain ambitieux, qui est moins un type qu'une nature
-avec ses nuances particulières.» Macbeth, Othello, Iago, ne sont rien
-moins que des types; les particularités ou plutôt les singularités
-de ces caractères peuvent les faire ressembler à des individus,
-mais ne donnent pas l'idée absolue de chacune de leurs passions.
-Shakespeare possède une telle puissance de réalité qu'il nous fait
-adopter son personnage comme si c'était le portrait d'un homme que
-nous eussions connu. Les familiarités qu'il met dans les discours de
-ses personnages, ne nous choquent pas plus sans doute que celles que<span class="pagenum"><a name="Page_17" id="Page_17">[p. 17]</a></span>
-nous rencontrerions chez les hommes qui nous entourent, qui ne sont
-point sur un théâtre, mais tour à tour affligés, exaltés ou même rendus
-ridicules par les différentes situations que comporte la vie comme elle
-est; de là des hors-d'œuvre qui ne choquent point dans Shakespeare,
-comme ils feraient sur notre théâtre. Hamlet, au beau milieu de sa
-douleur et de ses projets de vengeance, fait mille bouffonneries avec
-Polonius, avec des étudiants; il s'amuse à instruire les acteurs qu'on
-lui amène, pour représenter une mauvaise tragédie. Il y a en outre
-dans toute la pièce un souffle puissant et même une progression et un
-développement de passions et d'événements qui, bien qu'irréguliers
-dans nos habitudes, prennent un caractère d'unité qui établit dans le
-souvenir celle de la pièce. Car, si cette qualité souveraine ne se
-trouvait pas avec les inconvénients dont nous venons de parler, ces
-pièces n'auraient pas mérité de conserver l'admiration des siècles. Il
-y a une logique secrète, un ordre inaperçu dans ces entassements de
-détails, qui sembleraient devoir être une montagne informe et où l'on
-trouve des parties distinctes, des repos ménagés, et toujours la suite
-et la conséquence.</p>
-
-<p>Je remarque ici même, à ma fenêtre, la grande similitude que
-Shakespeare a en cela avec la nature extérieure, celle par exemple
-que j'ai sous les yeux, j'entends sous le rapport de cet entassement
-de détails dont il semble cependant que l'ensemble fasse un tout pour
-l'esprit. Les montagnes que j'ai parcourues<span class="pagenum"><a name="Page_18" id="Page_18">[p. 18]</a></span> pour venir ici, vues à
-distance, forment les lignes les plus simples et les plus majestueuses;
-vues de près, elles ne sont même plus des montagnes, ce sont des
-parties de rochers, des prairies, des arbres en groupes ou séparés, des
-ouvrages des hommes, des maisons, des chemins, occupant l'attention
-tour à tour.</p>
-
-<p>Cette unité, que le génie de Shakespeare établit pour l'esprit à
-travers ses irrégularités, est encore une qualité qui est propre à lui.</p>
-
-<p>Mon pauvre Dumas, que j'aime beaucoup et qui se croit sans doute un
-Shakespeare, ne présente à l'esprit ni des détails aussi puissants,
-ni un ensemble qui constitue dans le souvenir une unité bien marquée.
-Les parties ne sont point pondérées; son comique, qui est sa meilleure
-partie, semble parqué dans de certains endroits de ses ouvrages; puis,
-tout à coup, il vous fait entrer dans le drame sentimental, et ces
-mêmes personnages qui vous faisaient rire deviennent des pleureurs et
-des déclamateurs. Qui reconnaîtrait, dans ces joyeux mousquetaires du
-commencement de l'ouvrage, ces êtres de mélodrame engagés à la fin dans
-cette histoire d'une certaine milady, que l'on juge en forme et qu'on
-exécute au milieu de la tempête et de la nuit? C'est le défaut habituel
-de Mme Sand. Quand vous avez fini de lire son roman, vos idées sur ses
-personnages sont entièrement brouillées; celui qui vous divertissait
-par ses saillies ne sait plus que vous faire verser des larmes<span class="pagenum"><a name="Page_19" id="Page_19">[p. 19]</a></span> sur sa
-vertu, sur son dévouement à ses semblables, ou parle le langage d'un
-thaumaturge inspiré; je citerais cent exemples de cette déception du
-lecteur.</p>
-
-<p>&mdash;Le jeune Armstrong venu; il m'a parlé de Tuilier<a name="NoteRef_25_25" id="NoteRef_25_25"></a><a href="#Note_25_25" class="fnanchor">[25]</a>, qui a laissé
-cent mille livres sterling pour fonder une retraite pour les artistes
-pauvres ou infirmes; il vivait avaricieusement avec une vieille
-servante. Je me rappelle l'avoir reçu chez moi une seule fois, quand je
-demeurais au quai Voltaire; il me fit une médiocre impression; il avait
-l'air d'un fermier anglais: habit noir assez grossier, gros souliers et
-mine dure et froide.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>31 <i>mars.</i>&mdash;Je vais mieux: j'ai repris mon travail. M... venue vers
-quatre heures voir mes tableaux; elle m'engage à venir lundi pour
-entendre Gounod. Elle avait un châle vert qui lui nuisait horriblement,
-et cependant elle conserve son charme. L'esprit fait beaucoup en
-amour; on pourrait devenir amoureux de cette femme-là, qui n'est plus
-jeune, qui n'est point jolie et qui est sans fraîcheur. Singulier
-sentiment que celui-là! Ce qui est au fond de tout cela est toujours
-la possession, mais la possession de quoi, dans une femme qui n'est
-pas jolie? Celle de ce corps qui n'a rien d'agréable? Car, si c'est de
-l'esprit qu'on est amoureux, on en jouit tout autant sans posséder ce
-corps sans<span class="pagenum"><a name="Page_20" id="Page_20">[p. 20]</a></span> attraits: mille femmes jolies sont là qui ne vous donnent
-pas une distraction. L'envie de tout avoir d'une personne qui nous a
-émus, une certaine curiosité, mobile puissant en amour, l'illusion
-peut-être de pénétrer plus avant dans cette âme et dans cet esprit,
-tous ces sentiments se réunissent en un seul; et qui nous dit qu'au
-moment où nos yeux ne croient voir qu'un objet extérieur dépourvu
-d'attraits, certains charmes sympathiques ne nous poussent pas à notre
-insu? L'expression des yeux suffit à charmer<a name="NoteRef_26_26" id="NoteRef_26_26"></a><a href="#Note_26_26" class="fnanchor">[26]</a>.</p>
-
-<hr class="b2" />
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_20_20" id="Note_20_20"></a><a href="#NoteRef_20_20"><span class="label">[20]</span></a> <i>Charles Gounod</i> (1818-1893), grand prix de Rome de
-musique en 1839, n'avait pas encore produit ses œuvres importantes.
-<i>Faust</i> ne fut joué qu'en 1859.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_21_21" id="Note_21_21"></a><a href="#NoteRef_21_21"><span class="label">[21]</span></a> Delacroix a déjà formulé, en des années antérieures, un
-jugement analogue à celui que nous trouvons ici et qui parait pour le
-moins déconcertant. On retrouvera plus loin, dans l'année 1857, une
-sorte d'amende honorable, présentée par lui-même. Voir sur ce point
-notre Étude, p. XLVII.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_22_22" id="Note_22_22"></a><a href="#NoteRef_22_22"><span class="label">[22]</span></a> <i>Balthazar Galuppi</i>, compositeur bouffe italien, né
-en 1706, mort en 1785. De 1729 à 1777, il écrivit cinquante-quatre
-partitions. Ses œuvres peuvent être citées comme un exemple de la
-facilité en même temps que de l'inconsistance du style italien.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_23_23" id="Note_23_23"></a><a href="#NoteRef_23_23"><span class="label">[23]</span></a> Ces croquis datent de 1849, époque à laquelle Delacroix
-fut chargé de peindre la partie centrale de la galerie. (Voir
-<i>Catalogue Robaut</i>, n<sup>os</sup> 1107 à 1118.)</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_24_24" id="Note_24_24"></a><a href="#NoteRef_24_24"><span class="label">[24]</span></a> <i>Nanon de Lartigues</i>, première partie du roman
-d'Alexandre Dumas: la <i>Guerre des femmes</i>, publié en 1844 dans la
-<i>Patrie</i>, et plus tard en deux volumes.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_25_25" id="Note_25_25"></a><a href="#NoteRef_25_25"><span class="label">[25]</span></a> Delacroix, lors de son premier voyage en Angleterre
-(1825), considérait <i>Turner</i> (1775-1851) comme un véritable
-réformateur. (Voir t. I, p. 39, en note.)</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_26_26" id="Note_26_26"></a><a href="#NoteRef_26_26"><span class="label">[26]</span></a> C'est en des passages comme celui-ci que se fait le mieux
-apercevoir l'analogie avec Stendhal, cette parenté spirituelle que nous
-notions dans notre Étude et qui avait frappé plusieurs de ceux qui le
-connurent.</p></div>
-
-
-
-<hr class="b2" />
-
-<p>21 <i>avril.</i>&mdash;Dîné chez Legouvé avec Goubaux, Patin, etc., etc.</p>
-
-
-
-<hr class="tb" />
-
-<p>2 <i>mai.</i>&mdash;Ce soir chez l'insipide Païva. Quelle société! Quelles
-conversations! Des jeunes gens avec barbe et sans barbe; des jeunes
-premiers de quarante-cinq ans, des barons et des ducs allemands, des
-journalistes, et tous les jours de nouvelles figures!</p>
-
-<p>Amaury Duval y est venu. Je n'ai commencé à pouvoir ouvrir la bouche
-qu'avec lui; j'étais pétrifié de tant d'inutilité et d'insipidité. Le
-bon X... croit être là en société. Comme on ne jure que par lui, qu'il
-fait là un excellent dîner chaque semaine et qu'il y mène sa donzelle,
-qu'on le consulte même sur les talents du cuisinier, qu'il décide s'il
-faut le conserver<span class="pagenum"><a name="Page_21" id="Page_21">[p. 21]</a></span> ou le changer, il est là comme autrefois le Mondor
-de l'ancien régime dans certains salons; il bâille, il dort pendant
-qu'on lui parle; au demeurant, c'est un bon garçon.</p>
-
-<p>En sortant de cette peste assoupissante à onze heures et demie et en
-respirant l'air de la rue, je me suis cru à un régal; j'ai marché une
-heure avec moi-même, peu satisfait néanmoins, morose, faisant retour
-sur mille objets désagréables et me plaçant en esprit au milieu de tous
-ces dilemmes que pose l'existence telle qu'elle est; celui-ci surtout
-qui est le fond de tous les raisonnements possibles à cet endroit:
-solitude, ennui, torpeur, société avec et sans liens, rage de tous les
-moments et surtout aspiration à la solitude. Conclusion: rester dans la
-solitude, sans traverser d'autre épreuve, puisque le vœu suprême est
-enfin d'être tranquille, quand la tranquillité devrait être une sorte
-d'anéantissement.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>4 <i>mai.</i>&mdash;Chez Nieuwerkerke le soir; Levassor<a name="NoteRef_27_27" id="NoteRef_27_27"></a><a href="#Note_27_27" class="fnanchor">[27]</a> nous a fait la scène
-de l'<i>Anglais à Inkermann.</i></p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>14 <i>mai.</i>&mdash;J'ai eu à dîner Varcollier, Gautier<a name="NoteRef_28_28" id="NoteRef_28_28"></a><a href="#Note_28_28" class="fnanchor">[28]</a> et les aimables
-hommes qui m'ont été agréables pour mon exposition.</p>
-
-<p>Bonne soirée; Dauzats en était.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_22" id="Page_22">[p. 22]</a></span></p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>15 <i>mai.</i>&mdash;Inauguration de l'Industrie. J'ai été ensuite, et
-imprudemment, à l'exposition des tableaux, avec Dauzats et revenu avec
-lui jusque chez moi. J'y ai eu très froid.</p>
-
-<p>J'ai vu l'exposition d'Ingres<a name="NoteRef_29_29" id="NoteRef_29_29"></a><a href="#Note_29_29" class="fnanchor">[29]</a>. Le ridicule, dans cette exhibition,
-domine à un grand degré; c'est l'expression complète d'une incomplète
-intelligence; l'effort et la prétention sont partout; il ne s'y trouve
-pas une étincelle de naturel.</p>
-
-<p>Dauzats, en revenant, me conte l'histoire des travaux de Chenavard.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>22 <i>mai.</i>&mdash;Dumas me fait demander le matin si je suis chez moi; je lui
-réponds que j'y serai à deux heures. Il me demande des notes sur les
-choses les plus inutiles à savoir pour un public, comment je m'y prends
-dans ma peinture, mes idées sur<span class="pagenum"><a name="Page_23" id="Page_23">[p. 23]</a></span> la couleur, etc. Il me demande, pour
-prolonger la séance, à dîner avec moi; je saisis cette occasion de
-passer quelques bons moments. Il va faire une course et revient à sept
-heures passées, au moment où j'allais dîner tout seul, mourant de faim.</p>
-
-<p>Après notre dîner, nous allons en fiacre chercher une petite qu'il
-protège, et nous allons voir la tragédie et la comédie italiennes. Il
-n'est qu'un motif qui puisse engager à aller à un pareil spectacle:
-celui de se fortifier dans la connaissance de l'italien. Rien n'est
-plus ennuyeux.</p>
-
-<p>Dumas me disait qu'il était en train de procès qui devaient assurer
-son avenir, quelque chose comme 800,000 francs pour commencer, sans
-compter le reste. Le pauvre garçon commence à s'ennuyer d'écrire jour
-et nuit et de n'avoir jamais le sou. «Je suis au bout», m'a-t-il dit,
-«je laisse à moitié faits deux romans... je m'en irai, je voyagerai et
-je verrai, à mon retour, s'il s'est rencontré un Alcide pour achever
-ces deux entreprises imparfaites.» Il est persuadé qu'il va laisser,
-comme Ulysse, un arc que personne ne pourra bander; en attendant, il
-ne se trouve pas vieilli et agit, sous plusieurs rapports, comme un
-jeune homme. Il a des maîtresses, les fatigue même; la petite que nous
-avons été prendre pour aller au spectacle lui a demandé grâce; elle
-se mourait de la poitrine, au train dont il y allait. Le bon Dumas la
-voit tons les jours en père, a soin de l'essentiel dans le ménage, et
-ne s'inquiète pas des délassements<span class="pagenum"><a name="Page_24" id="Page_24">[p. 24]</a></span> de sa protégée! Heureux homme!
-heureuse insouciance! Il mérite de mourir comme les héros, sur le champ
-de bataille, sans connaître les angoisses de la fin, la pauvreté sans
-remède et l'abandon.</p>
-
-<p>Il me disait qu'avec ses deux enfants, il est comme seul. Ils vont l'un
-et l'autre à leurs affaires et le laissent se faire consoler par son
-Isabelle. D'un autre côté, Mme Cavé me disait le lendemain que sa fille
-se plaignait de la société d'un père qui n'était jamais à la maison...
-Étrange monde!</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>25 <i>mai.</i>&mdash;Au conseil.&mdash;Auparavant, j'ai été avec Jenny voir des seaux
-à rafraîchir le vin de Champagne.</p>
-
-<p>Les collègues, comme les autres, remarquent mon Salon<a name="NoteRef_30_30" id="NoteRef_30_30"></a><a href="#Note_30_30" class="fnanchor">[30]</a>, et me
-parlent des compliments qu'ils en entendent faire.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_25" id="Page_25">[p. 25]</a></span></p>
-
-<p>Je reste après la séance, par un beau soleil, à lire les journaux.</p>
-
-<p>Je vais chez Gervais le remercier des couleurs qu'il m'a apportées
-hier, et je rentre, mourant de faim. Je voulais, avant dîner, aller
-voir la bonne Alberthe: je remets cela.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>26 <i>mai.</i>&mdash;Dîné chez Mme Villot; j'y ai trouvé Mme Herbelin,
-Rodakowski<a name="NoteRef_31_31" id="NoteRef_31_31"></a><a href="#Note_31_31" class="fnanchor">[31]</a>, Ferré et Nieuwerkerke. Nouvelle sortie contre les
-fleurs qui jonchent la table.</p>
-
-<p>Le soir, à neuf heures, Nieuwerkerke me mène chez le prince Napoléon,
-pour le premier jour de ses soirées... Quelle foule! Quels visages! Le
-républicain Barye, le républicain Rousseau, le républicain Français, le
-royaliste Un Tel, l'orléaniste Celui-ci; tout cela se pressant et se
-coudoyant. Il y avait des femmes charmantes, Mme Barbier entre autres,
-infiniment à son avantage.</p>
-
-<p>Je suis sorti tard, et ai été prendre une glace au café de Foy: celles
-du prince étaient détestables.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_26" id="Page_26">[p. 26]</a></span></p>
-
-<p>Ma nuit a été mauvaise dans la première partie; je me suis relevé qu'il
-faisait petit jour et me suis promené; cela m'a remis... J'ai joui de
-ce moment solennel où la nature reprend des forces, où royalistes et
-républicains sont endormis d'un commun sommeil.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>29 <i>mai.</i>&mdash;Aujourd'hui j'ai eu à dîner: Mérimée, Nieuwerkerke, Biolay,
-Halévy, Villot, Viel-Castel<a name="NoteRef_32_32" id="NoteRef_32_32"></a><a href="#Note_32_32" class="fnanchor">[32]</a>, Arago, Pelletier et Lefuel; ils ont
-paru s'amuser et se trouver sans façon. Je redoutais cette corvée,
-et elle s'est changée en plaisir; je voudrais être logé de manière à
-renouveler souvent ces parties-là.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>31 <i>mai.</i>&mdash;Dîné chez Moreau avec Français<a name="NoteRef_33_33" id="NoteRef_33_33"></a><a href="#Note_33_33" class="fnanchor">[33]</a>, Mouilleron<a name="NoteRef_34_34" id="NoteRef_34_34"></a><a href="#Note_34_34" class="fnanchor">[34]</a>, les deux
-Rousseau<a name="NoteRef_35_35" id="NoteRef_35_35"></a><a href="#Note_35_35" class="fnanchor">[35]</a>, Martinet<a name="NoteRef_36_36" id="NoteRef_36_36"></a><a href="#Note_36_36" class="fnanchor">[36]</a>, etc.</p>
-
-
-<hr class="b2" />
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_27_27" id="Note_27_27"></a><a href="#NoteRef_27_27"><span class="label">[27]</span></a> <i>Levassor</i>, célèbre acteur comique, qui excellait dans
-les rôles à travestissements.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_28_28" id="Note_28_28"></a><a href="#NoteRef_28_28"><span class="label">[28]</span></a> <i>Théophile Gautier.</i></p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_29_29" id="Note_29_29"></a><a href="#NoteRef_29_29"><span class="label">[29]</span></a> À côté de ce jugement si sévère, et qui était évidemment
-l'expression définitive de sa pensée, il est intéressant de noter
-ce fragment de lettre que Delacroix écrivait au critique d'art Th.
-Silvestre, après l'envoi de son livre: <i>Histoire des artistes vivants,
-français et étrangers</i>: «Je n'ai pas encore lu la <i>biographie</i>
-d'Ingres, c'est-à-dire relu, car je suis encore à votre dernier envoi,
-dont je ne vous ai rien dit cet automne, parce que je suis parti très
-brusquement. Déjà, sur ce que vous m'en aviez dit à la volée, je
-vous avais exprimé mon sentiment. Je vous avais <i>supplié d'ôter les
-personnalités</i>, qui sont déjà une dérogation aux usages d'autrefois en
-parlant des vivants, même quand on en dit du bien. Avec cette franchise
-que vous aimez et dont j'use quelquefois pour mon compte, je vous
-disais que je regretterais que vous n'eussiez pas fait des changements
-dans ce sens, pour vous, pour moi, pour tout le monde.» (<i>Corresp.,</i> t.
-II, p. 136.) M. Burty ajoute très justement en note que le passage en
-question «montre avec quel tact Delacroix désirait que l'on n'imitât
-pas dans son camp les furibonderies de ses adversaires».</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_30_30" id="Note_30_30"></a><a href="#NoteRef_30_30"><span class="label">[30]</span></a> À propos de ce Salon de 1855, Baudelaire avait écrit
-cette conclusion enthousiaste, qui venait après une étude détaillée
-des œuvres offertes au public: «Homme privilégié, la Providence lui
-garde des ennemis en réserve! Homme heureux parmi les heureux! Non
-seulement son talent triomphe des obstacles, mais il en fait naître
-de nouveaux, pour en triompher encore, il est aussi grand que les
-anciens dans un siècle et dans un pays où les anciens n'auraient pas
-pu vivre... Les nobles artistes de la Renaissance eussent été bien
-coupables de n'être pas grands, féconds et sublimes, encouragés et
-excités qu'ils étaient par une compagnie illustre de seigneurs et de
-prélats, que dis-je? par la multitude elle-même, qui était artiste en
-ces âges d'or. Mais l'artiste moderne qui s'est élevé si haut malgré
-son siècle, qu'en dirons-nous, si ce n'est de certaines choses que ce
-siècle n'acceptera pas, et qu'il faut laisser dire aux âges futurs?»
-(Voir les <i>Curiosités esthétiques.</i>) À cet article enthousiaste
-Delacroix répondait ainsi: «Cher Monsieur, je n'ai reçu qu'ici votre
-article par-dessus les toits, Vous êtes trop bon de me dire que vous
-le trouvez encore trop modeste; je suis heureux de voir quelle a été
-votre impression sur mon exposition. Je vous avouerai que je n'en
-suis pas mécontent, et quelque chose de moi-même m'a gagné plus qu'à
-l'ordinaire en voyant la réunion de ces tableaux. Puisse le bon public
-avoir des yeux, mais surtout les vôtres, car ils jugent encore plus
-favorablement, j'en suis sûr, que je ne fais.» (<i>Corresp.</i>, t. II, p.
-121.)</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_31_31" id="Note_31_31"></a><a href="#NoteRef_31_31"><span class="label">[31]</span></a> <i>Rodakowski</i> avait remporté une première médaille à
-l'Exposition universelle de 1855, et Delacroix avait puissamment
-contribué à faire obtenir cette récompense à une œuvre qu'il jugeait
-des plus remarquables, le portrait du général Dembinski, déjà exposé en
-1852 et dont il est question plus haut (tome II, p. 156).</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_32_32" id="Note_32_32"></a><a href="#NoteRef_32_32"><span class="label">[32]</span></a> Le comte <i>Horace de Viel-Castel</i> (1798-1864),
-littérateur. Il entra en 1853 dans l'administration des Beaux-Arts et
-devint peu de temps après conservateur du Musée des souverains, poste
-qu'il occupa jusqu'en 1862.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_33_33" id="Note_33_33"></a><a href="#NoteRef_33_33"><span class="label">[33]</span></a> <i>François-Louis Français</i>, élève de Gigoux et de Corot,
-est membre de l'Académie des beaux-arts depuis 1890.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_34_34" id="Note_34_34"></a><a href="#NoteRef_34_34"><span class="label">[34]</span></a> <i>Adolphe Mouilleron</i> (1820-1881), lithographe fort
-estimé. On lui doit entre autres œuvres une superbe lithographie de
-la <i>Ronde de nuit</i> de Rembrandt.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_35_35" id="Note_35_35"></a><a href="#NoteRef_35_35"><span class="label">[35]</span></a> <i>Théodore</i> et <i>Philippe Rousseau.</i></p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_36_36" id="Note_36_36"></a><a href="#NoteRef_36_36"><span class="label">[36]</span></a> <i>Louis Martinet</i>, peintre, élève de Gros, a organisé un
-grand nombre d'expositions, et notamment en 1864 l'exposition posthume
-des œuvres d'Eugène Delacroix. Louis Martinet a longtemps dirigé le
-placement des œuvres d'art à nos Salons annuels.</p></div>
-
-<hr class="b2" />
-
-<p>1<sup>er</sup> <i>juin.</i>&mdash;Au conseil, toujours dans la salle des
-Cariatides; il est question des billets de bal. Je fais une sortie
-contre l'exigence de n'en demander que<span class="pagenum"><a name="Page_27" id="Page_27">[p. 27]</a></span> pour des personnes intimes; il
-est curieux de voir tous ces épiciers, tous ces marchands de papier et
-tous ces précieux se trouver de meilleur ton et de meilleure compagnie
-que tel cordonnier et tel tailleur qui aura été invité par mégarde et
-qu'ils craignent de coudoyer. Je leur ai dit que la société française
-de nos jours n'était faite que de ces bottiers et de ces épiciers, et
-qu'il ne fallait pas y regarder de si près.</p>
-
-<p>Je vais ensuite à l'Exposition. Celle d'Ingres m'a paru autre que la
-première fois, et je lui sais gré de beaucoup de qualités. Je trouve là
-Mme Villot et une de ses amies.</p>
-
-<p>C'est le soir que j'ai revu la bonne Alberthe, qui me fait amitiés
-tant qu'elle peut. On s'est occupé pendant très longtemps d'un grand
-chien qui remplissait toute la chambre et sur lequel l'admiration ne
-tarissait pas. Je déteste qu'on s'occupe longtemps de ces personnages
-épisodiques, tels que les <i>chiens</i> et les <i>enfants</i>[37], qui
-n'intéressent jamais que leurs propriétaires ou ceux qui les ont mis au
-monde.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>2 <i>juin.</i>&mdash;Je fais mes paquets.</p>
-
-<p>Chez le prince Napoléon le soir. J'y trouve Solange[38]<span class="pagenum"><a name="Page_28" id="Page_28">[p. 28]</a></span> et sa cousine
-Augustine que je ne reconnaissais pas d'abord.</p>
-
-<p>Dans la journée, Moreau était venu me prendre pour aller chez le
-lithographe Sirouy[39], qui fait une planche d'après la petite <i>Entrée
-des croisés.</i></p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p><i>Champrosay</i>, 3 <i>juin.</i>&mdash;Parti à une heure et demie pour Champrosay.
-Pluie comme à l'ordinaire; le temps se remet le soir. Je rencontre en
-montant Candas, qui vient me faire un salut que je crois intéressé,
-Quantinet, puis le maire et Hippolyte Rodrigues et son fils, qui
-passent achevai et m'apprennent qu'Halévy s'installe à Fromont.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>4 <i>juin.</i>&mdash;Aussitôt levé, je déballe mes toiles et fais ma palette; je
-travaille beaucoup dans cette journée, qui est la première que je passe
-ici.</p>
-
-<p>Avant dîner, promenade par le mur de Baÿvet; je trouve encore les
-traces de l'inscription au charbon sur son mur; je suis tous les ans,
-avec un mélancolique intérêt, l'effacement de ces plaintes de ce pauvre
-amoureux. Cette inscription fragile a survécu de beaucoup probablement
-au sentiment qui l'a dictée; celui qui l'a écrite est peut-être disparu
-depuis longtemps, aussi bien que la Célestine qui l'a inspirée.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_29" id="Page_29">[p. 29]</a></span></p>
-
-<p>Je descends vers la route. Le petit bois de Baÿvet est coupé. Je
-remonte par la route des Dames; je vais jusqu'au chêne Prieur, je
-tourne à gauche, puis à gauche encore, jusqu'à l'allée de l'Ermitage,
-au carrefour où je trouve un autre grand chêne. Je reviens avec
-ravissement pour dîner.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>5 <i>juin.</i>&mdash;Je prends le matin une tasse de thé, contrairement à mes
-habitudes. Une promenade dans le jardin me conduit à une sortie dans
-la campagne: je vais par les champs jusqu'à Soisy; je me fonds devant
-cette nature paisible.</p>
-
-<p>Malheureusement, ma débauche du matin porte malheur au reste de la
-journée. J'essaye, sans succès, de travailler à la <i>Clorinde</i>[40]; je
-ne sors d'une espèce d'assoupissement, que je ne puis vaincre, que
-pour dîner, et tout de suite après, confiné dans ma mauvaise humeur et
-dans les petites allées de mon jardin, je fais en long et en large une
-promenade de près de deux heures, sans fruit, pour dissiper cette noire
-humeur qui m'a accompagné jusqu'au lit et fait quereller ma pauvre
-Jenny.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>6 <i>juin.</i>&mdash;En rentrant de ma promenade dans la<span class="pagenum"><a name="Page_30" id="Page_30">[p. 30]</a></span> forêt, vers dix heures,
-je trouve un article de la <i>Presse</i>, très bon pour moi. J'extrais ces
-pensées de Marc-Aurèle[41] qui y sont citées:</p>
-
-<p>«Il faut partir de la vie comme l'olive mûre tombe en bénissant la
-terre sa nourrice et en rendant grâces à l'arbre qui l'a produite.
-Vivre trois ans ou trois âges d'homme, qu'importe quand l'arène est
-close? Eh! qu'importe, pendant qu'on la parcourt? Mourir est aussi une
-des actions de la vie; la mort, comme la naissance, a sa place dans le
-système du monde. La mort n'est peut-être qu'un changement de place.
-O homme tu as été citoyen dans la grande cité; va-t'en avec un cœur
-paisible; celui qui te congédie est sans colère.»</p>
-
-<p>J'avais fait le matin la plus délicieuse promenade. Je me lève un peu
-tard malheureusement. Revenu par l'allée qui longe l'Ermitage venant du
-chêne Prieur jusqu'à la grande qui traverse tout le bois.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p><i>Paris</i>, 7 <i>juin.</i>&mdash;J'ai été à Paris pour le banquet de l'Hôtel de
-ville donné en l'honneur du lord-maire; faute d'être averti, j'ai
-manqué la cérémonie du matin qui a été, dit-on, fort imposante; il
-s'agissait de la présentation par le lord-maire de l'adresse de la
-corporation de Londres à la municipalité de Paris.<span class="pagenum"><a name="Page_31" id="Page_31">[p. 31]</a></span> Les costumes du
-lord-maire et des aldermen valaient la peine d'être vus.</p>
-
-<p>Je suis parti à onze heures par l'omnibus de Lyon, escorté de
-Julie[42]; en arrivant, et par une chaleur étouffante, j'ai été au
-Jardin des Plantes: il y a deux beaux lions, de jeunes lions, etc.
-Je mourais de chaud à les regarder: j'ai remarqué qu'en général le
-ton clair qui se remarque sous le ventre, sous les pattes, etc., se
-mariait plus doucement avec le reste de la peau que je ne le fais
-ordinairement: j'exagère le blanc. Le ton des oreilles est brun, mais
-en dehors seulement.</p>
-
-<p>De là, chez Sirouy, le lithographe, voir la planche qu'il a commencée
-(les <i>Croisés</i> de Moreau)[43]; ensuite, à la maison, où je me suis
-senti très fatigué, très accablé. J'ai une nature singulière: ces
-déplacements, dès le matin, me causent toujours une fatigue nerveuse
-extrême, et je peux me remettre pour très peu de chose.</p>
-
-<p>Le soleil me nuit toujours; je me rappelle l'homme d'Épinal qui me
-disait que s'il se mettait au soleil après son déjeuner, il éprouvait
-un malaise considérable.</p>
-
-<p>À peine m'étais-je habillé que je me suis senti<span class="pagenum"><a name="Page_32" id="Page_32">[p. 32]</a></span> rafraîchi et rajeuni,
-et la soirée m'a fort ennuyé. Le banquet donné dans la salle des Fêtes
-était splendide; les lustres faisaient un effet magnifique; j'étais à
-côté d'un pauvre Anglais qui ne savait pas un mot de français; j'ai
-presque oublié mon anglais; je cherchais tous mes mots; nous faisions
-mutuellement semblant de comprendre ce que nous nous disions, et nous
-n'en avons guère dit.</p>
-
-<p>Fouché m'a ramené.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p><i>Champrosay</i>, 8 <i>juin.</i>&mdash;De retour à Champrosay vers une heure et par
-le chemin de Lyon.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>10 <i>juin.</i>&mdash;J'ai été, après dîner, voir Halévy; il y avait là Boilay
-et sa femme, et quelques personnes inconnues. Je leur promets de dîner
-avec eux jeudi. Ils veulent encore m'avoir dimanche prochain.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p><i>Paris</i>, 11 <i>juin.</i>&mdash;À Paris, comme l'autre jour, pour le bal de
-l'Hôtel de ville. Je trouve Quantinet dans la voiture jusqu'à Paris.</p>
-
-<p>Du chemin de fer, je vais à l'Hôtel de ville pour parler pour le
-protégé de Bixio; de là chez Haro et enfin chez moi. Après un peu de
-repos, toujours aussi nécessaire, chez Mme de Forget jusqu'à six heures.</p>
-
-<p>J'ai renoncé à aller dîner chez Champeaux avec ces messieurs du lundi,
-voulant être de bonne heure à l'Hôtel de ville.</p>
-
-<p>Très belle fête. La cour nouvellement arrangée fait<span class="pagenum"><a name="Page_33" id="Page_33">[p. 33]</a></span> beaucoup d'effet,
-mais ce sera une déplorable idée pour le jour; elle ôtera la lumière et
-la respiration à une partie de l'Hôtel de ville.</p>
-
-<p>Rentré à onze et demie par une pluie subite; j'étais, précisément dans
-une calèche découverte; une espèce de tablier de cuir a préservé mon
-beau pantalon blanc.</p>
-
-<p>J'ai revu Blondel[44]. Nous nous promettons toujours de nous voir; il
-y a trop longtemps que nous nous sommes vus. Il ne reste probablement
-plus dans chacun de nous une parcelle de l'Eugène et du Léon de 1810.</p>
-
-<p>Vu un instant Mme Barbier, Mme Villot, etc.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p><i>Champrosay</i>, 14 <i>juin.</i>&mdash;J'étais engagé à dîner aujourd'hui par
-Rodrigues et Halévy. J'arrive à Fromont après avoir fait une visite à
-Mme Parchappe. Je ne trouve que la bonne Mme Rodrigues; ces messieurs
-sont à Paris et m'y ont écrit; or je suis ici depuis plus de deux jours.</p>
-
-<p>Me voilà retenu et dînant avec cette bonne dame et des enfants: cela
-a fini mieux que je ne pensais. Après dîner, grande promenade dans le
-parc avec le jeune Rodrigues[45], jeune nourrisson de la peinture,<span class="pagenum"><a name="Page_34" id="Page_34">[p. 34]</a></span>
-suçant le lait de Picot[46], et me fatiguant un peu de sa naïve
-conversation; mais grâce à sa bonne volonté, je prends l'air, au milieu
-des plus beaux arbres du monde. La vue de la Seine, de la terrasse d'en
-bas, est très belle et a même de la grandeur.</p>
-
-<p>Pendant le dîner la pluie recommence avec fureur. Tout était mouillé
-pendant notre promenade.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>15 <i>juin.</i>&mdash;Pluie continuelle. Vent furieux, qui n'a pas cessé un
-instant pendant toute la journée.</p>
-
-<p>Je lis dans la <i>Presse</i> quelques feuillets de Mme Sand, de l'<i>Histoire
-de sa vie</i>; elle parle aujourd'hui de ses relations avec Balzac. Elle
-est forcée, la pauvre femme, de payer un tribut d'admiration à tout
-le monde. Dans cette prose imprimée de son vivant et adressée à des
-contemporains, elle parle de lui en des termes bien admiratifs[47].
-Elle est forcée de faire une grosse part à toutes ces célébrités de
-son temps, elle qui vit encore, pour qu'on ne lui reproche pas d'avoir
-de l'envie; c'est l'un des mille inconvénients de son entreprise. Elle
-parle beaucoup des sentiments paternels de de Latouche[48] à son égard,
-de sa fraternelle<span class="pagenum"><a name="Page_35" id="Page_35">[p. 35]</a></span> amitié pour Arago<a name="NoteRef_49_37" id="NoteRef_49_37"></a><a href="#Note_49_37" class="fnanchor">[49]</a>. Quelle entreprise! et surtout
-pour une personne dans sa situation: parler de soi, quand la nécessité
-de le faire de son vivant ne permet pas la franchise qui, seule,
-donnerait de l'intérêt à son ouvrage, sinon sur son propre compte, au
-moins sur tous les originaux dont elle aspire à laisser le portrait à
-la postérité. Elle a la faiblesse de parler de sa théorie en matière
-de romans, de ce <i>besoin d'idéal</i>, c'est son expression favorite, qui
-consiste à représenter les hommes <i>comme ils devraient être.</i> Balzac,
-dit-elle, l'encourage dans cette tentative, se proposant, lui, de les
-peindre <i>tels qu'ils sont</i><a name="NoteRef_50_38" id="NoteRef_50_38"></a><a href="#Note_50_38" class="fnanchor">[50]</a>, prétention qu'il pense avoir justifiée
-et au delà.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>16 <i>juin.</i>&mdash;À la fin de la journée, après avoir été m'asseoir le cul
-par terre dans mon jardin, pour jouir du soleil, si rare à présent,
-et qui m'a guéri complètement de mon malaise, repris le <i>Hamlet</i> et
-<i>Polonius</i><a name="NoteRef_51_39" id="NoteRef_51_39"></a><a href="#Note_51_39" class="fnanchor">[51]</a>, et suis dans une excellente situation.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_36" id="Page_36">[p. 36]</a></span></p>
-
-<p>Dîné chez Parchappe. Ennui profond; pas l'intérêt le plus mince, et
-le <i>loto</i> pour finir, avec de vieilles femmes et des adolescents. Il
-faut avouer que j'y ai pris de l'intérêt à la fin parce que j'ai gagné.
-Étrange animal que l'homme!</p>
-
-<p>Je me suis promené plus d'une demi-heure devant ma maison, dans la
-crotte; j'avais besoin de respirer. Il était près de minuit quand je
-suis rentré de cette partie de plaisir.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>17 <i>juin.</i>&mdash;Je pense, le lendemain dimanche, en me levant, au charme
-particulier de l'École anglaise. Le peu que j'ai vu m'a laissé des
-souvenirs. Chez eux, il y a une finesse<a name="NoteRef_52_40" id="NoteRef_52_40"></a><a href="#Note_52_40" class="fnanchor">[52]</a> réelle qui domine toutes
-les intentions de pastiche qui se produisent çà et là, comme dans notre
-triste école; la finesse chez nous est ce qu'il y a de plus rare:
-tout a l'air d'être fait avec de gros outils et, qui pis est, par
-des esprits obtus et vulgaires. Otez Meissonier, Decamps, un ou deux
-autres encore, quelques tableaux de la jeunesse d'Ingres, tout est<span class="pagenum"><a name="Page_37" id="Page_37">[p. 37]</a></span>
-banal, émoussé, sans intention, sans chaleur. Il n'y a qu'à jeter les
-yeux sur ce sot et banal journal de l'<i>Illustration</i>, fabriqué chez
-nous par des artistes de pacotille, et le comparer au pareil recueil
-publié chez les Anglais, pour avoir une idée de ce degré de commun, de
-mollesse, d'insipidité, qui caractérise la plupart de nos productions.
-Ce prétendu pays de dessin n'en offre réellement nulle trace, et les
-tableaux les plus prétentieux pas davantage. Dans ces petits dessins
-anglais, chaque objet presque est traité avec l'intérêt qu'il demande:
-paysages, vues maritimes, costumes, actions de guerre, tout cela est
-charmant, touché juste, et surtout dessiné... Je ne vois pas chez nous
-ce qu'on peut comparer à Leslie<a name="NoteRef_53_41" id="NoteRef_53_41"></a><a href="#Note_53_41" class="fnanchor">[53]</a>, à Grant<a name="NoteRef_54_42" id="NoteRef_54_42"></a><a href="#Note_54_42" class="fnanchor">[54]</a>, à tous ceux de cette
-école qui procèdent partie de Wilkie<a name="NoteRef_55_43" id="NoteRef_55_43"></a><a href="#Note_55_43" class="fnanchor">[55]</a>,<span class="pagenum"><a name="Page_38" id="Page_38">[p. 38]</a></span> partie de Hogarth<a name="NoteRef_56_44" id="NoteRef_56_44"></a><a href="#Note_56_44" class="fnanchor">[56]</a>, avec
-un peu de la souplesse et de la facilité introduites par l'école d'il y
-a quarante ans, les Lawrence et consorts, qui brillaient par l'élégance
-et la légèreté.</p>
-
-<p>Si l'on regarde une autre phase<a name="NoteRef_57_45" id="NoteRef_57_45"></a><a href="#Note_57_45" class="fnanchor">[57]</a>, qui est chez eux toute nouvelle,
-ce qu'on appelle l'École sèche, souvenir des Flamands primitifs, on
-trouve sous cette apparence de réminiscence dans l'aridité du procédé,
-un sentiment de vérité réel et tout à fait local. Quelle bonne foi,
-au milieu de cette prétendue imitation des vieux tableaux! Comparez,
-par exemple, l'<i>Ordre d'élargissement</i> de Hunt<a name="NoteRef_58_46" id="NoteRef_58_46"></a><a href="#Note_58_46" class="fnanchor">[58]</a> ou de<span class="pagenum"><a name="Page_39" id="Page_39">[p. 39]</a></span> Millais<a name="NoteRef_59_47" id="NoteRef_59_47"></a><a href="#Note_59_47" class="fnanchor">[59]</a>,
-je ne sais plus lequel, avec nos primitifs, nos byzantins, entêtés
-de style, qui, les yeux fixés sur les images d'un autre temps, n'en
-prirent que la raideur, sans y ajouter de qualités propres.</p>
-
-<p>Cette cohue de tristes médiocrités est énorme; pas un trait de vérité,
-de la vérité qui vient de l'âme; pas un seul comme cet enfant qui dort
-sur les bras de sa mère, et dont les petits cheveux soyeux, le sommeil
-si plein de vérité, dont tous les traits, jusqu'aux jambes rouges et
-les pieds, sont singuliers d'observation, mais surtout de sentiment.
-Les Flandrin, voilà pour le grand style! Qu'y a-t-il, dans les tableaux
-de ces gens-là, du vrai homme qui les a peints? Combien du Jules Romain
-dans celui-ci, combien du Pérugin ou d'Ingres son maître dans celui-là,
-et partout la prétention au sérieux, au grand homme... à l'art sérieux,
-comme dit Delaroche!</p>
-
-<p>Leys, le Flamand<a name="NoteRef_60_48" id="NoteRef_60_48"></a><a href="#Note_60_48" class="fnanchor">[60]</a>, me paraît fort intéressant aussi, mais il n'a
-pas, avec l'air d'une exécution plus indépendante, cette bonhomie des
-Anglais; je vois un effort, une manière, quelque chose qui m'inquiète
-sur la parfaite bonne foi du peintre, et les autres sont au-dessous de
-lui.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_40" id="Page_40">[p. 40]</a></span></p>
-
-<p>Gautier a fait plusieurs articles sur l'École anglaise: il a commencé
-par là. Arnoux<a name="NoteRef_61_49" id="NoteRef_61_49"></a><a href="#Note_61_49" class="fnanchor">[61]</a>, qui le déteste, m'a dit chez Delamarre<a name="NoteRef_62_50" id="NoteRef_62_50"></a><a href="#Note_62_50" class="fnanchor">[62]</a> que
-c'était une flatterie de sa part pour le <i>Moniteur</i>, dans lequel il
-écrit. Je veux bien, pour moi, lui faire l'honneur d'attribuer à son
-bon goût cette espèce de prédilection marquée tout d'abord pour des
-étrangers; cependant ses remarques ne m'ont nullement mis sur la trace
-même des sentiments que j'exprime ici. C'est par la comparaison avec
-d'autres tableaux et dans lesquels on croit admirer chez nous des
-qualités analogues qu'il fallait avoir le courage de faire ressortir le
-mérite des Anglais; je ne trouve rien de cela. Il prend un tableau, le
-décrit à sa manière, fait lui-même un tableau qui est charmant, mais
-il n'a pas fait un acte de véritable critique; pourvu qu'il trouve à
-faire chatoyer, miroiter les expressions macaroniques qu'il trouve
-avec un plaisir qui vous gagne quelquefois, qu'il cite l'Espagne et la
-Turquie, l'Alhambra et l'Atmeïdan de Constantinople, il est content, il
-a atteint son but d'écrivain curieux, et je crois qu'il ne voit pas au
-delà. Quand il en sera aux Français, il fera pour chacun d'eux ce qu'il
-fait pour les Anglais. Il n'y aura ni enseignement<a name="NoteRef_63_51" id="NoteRef_63_51"></a><a href="#Note_63_51" class="fnanchor">[63]</a> ni philosophie
-dans une pareille critique.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_41" id="Page_41">[p. 41]</a></span></p>
-
-<p>C'est ainsi qu'il avait fait l'année dernière l'analyse des tableaux si
-intéressants de Janmot<a name="NoteRef_64_52" id="NoteRef_64_52"></a><a href="#Note_64_52" class="fnanchor">[64]</a>; il ne m'avait donné aucune idée de cette
-personnalité vraiment intéressante qui sera noyée dans le vulgaire,
-dans le <i>chic</i>, qui domine tout ici. Quel intérêt il y aurait pour un
-critique un peu fin à comparer ces tableaux, tout imparfaits qu'ils
-sont sous le rapport de l'exécution, avec ces tableaux aussi naïfs,
-mais d'une inspiration si différente! Ce Janmot a vu Raphaël, Pérugin,
-etc., comme les Anglais ont vu Van Eyck, Wilkie, Hogarth et autres;
-mais ils sont tout aussi originaux après cette étude. Il y a chez
-Janmot un parfum dantesque remarquable. Je pense, en le voyant, à ces
-anges du purgatoire du fameux Florentin; j'aime ces robes vertes comme
-l'herbe des prés au mois de mai, ces têtes inspirées ou rêvées qui sont
-comme des réminiscences d'un autre monde. On ne rendra pas à ce<span class="pagenum"><a name="Page_42" id="Page_42">[p. 42]</a></span> naïf
-artiste une parcelle de la justice à laquelle il a droit. Son exécution
-barbare le place malheureusement à un rang qui n'est ni le second, ni
-le troisième, ni le dernier; il parle une langue qui ne peut devenir
-celle de personne; ce n'est pas même une langue; mais on voit ses
-idées à travers la confusion et la naïve barbarie de ses moyens de les
-rendre. C'est un talent tout singulier chez nous et dans notre temps;
-l'exemple de son maître Ingres, si propre à féconder par l'imitation
-pure et simple de ses procédés, cette foule de suivants dépourvus
-d'idées propres, aura été impuissant à donner une exécution à ce talent
-naturel qui pourtant ne sait pas sortir des langes, qui sera toute sa
-vie semblable à l'oiseau qui traîne encore la coquille natale et qui
-se traîne encore tout barbouillé des mucus au milieu desquels il s'est
-formé.</p>
-
-<p>&mdash;Dîné chez Halévy avec Mme Ristori<a name="NoteRef_65_53" id="NoteRef_65_53"></a><a href="#Note_65_53" class="fnanchor">[65]</a>, Janin, Laurent Jan, Fouché,
-le fils de Baÿvet, qui est un joli garçon (je mentionne ceci à cause
-de la laideur du père et de la mère), un M. Caumartin, célèbre par une
-cruelle aventure, à ce qu'on m'a conté.</p>
-
-<p>La Ristori est une grande femme d'une figure froide: on ne dirait
-jamais quelle a son genre de talent. Son petit mari a l'air d'être son
-fils aîné. C'est un marquis ou un prince romain.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_43" id="Page_43">[p. 43]</a></span></p>
-
-<p>Laurent Jan a été un peu insupportable, comme à son ordinaire, avec sa
-manière assez répandue de faire de l'esprit en prenant le contre-pied
-des opinions raisonnables. Sa verve est intarissable, quand il est
-lancé, (Janin était muet, et je le regrette: j'aime beaucoup son genre
-d'esprit; Halévy de même.) Et cependant, malgré mon peu de sympathie
-pour ces charges continuelles et ces éclats de voix qui vous rendent
-muet et presque attristé, j'ai eu du plaisir à le voir. Il n'y a pas,
-à mon âge, de plaisir plus grand que de se trouver dans la société de
-gens intelligents et qui comprennent tout et à demi-mot<a name="NoteRef_66_54" id="NoteRef_66_54"></a><a href="#Note_66_54" class="fnanchor">[66]</a>. Il disait
-au petit prince romain blondin, qui se trouvait à côté de lui à table,
-que Paris, dont l'opinion met le sceau aux réputations, se composait
-de cinq cents personnes d'esprit qui jugeaient et pensaient pour cette
-masse d'animaux à deux pieds qui habitent Paris, mais qui ne sont
-Parisiens que de nom.</p>
-
-<p>C'est avec un de ces hommes-là, pensant et jugeant, et surtout jugeant
-par eux-mêmes, qu'il fait bon se trouver, dût-on se quereller pendant
-le quart d'heure ou la journée que l'on a à passer avec eux. Quand je<span class="pagenum"><a name="Page_44" id="Page_44">[p. 44]</a></span>
-compare cette société de dimanche avec celle de la veille, des
-Parchappe, je passe bien vite sur les excentricités de mon Laurent Jan,
-et je ne pense qu'à cet imprévu, à ce côté artiste en tout qui fait de
-lui un précieux original. Les gens qui s'intitulent les sectaires de
-la société par excellence ne savent guère à quel point ils sont privés
-de la vraie société, c'est-à-dire des plaisirs sociables. Otez-leur la
-pluie et le beau temps, les bavardages sur le voisinage et les amis,
-il n'y a plus que le whist qui puisse les consoler au milieu de ces
-longues heures qu'ils passent en face les uns des autres; mais ils sont
-moins privés sans doute parce qu'ils ne peuvent avoir idée du plaisir
-dont je parlais tout à l'heure.</p>
-
-<p>Les gens d'esprit sont rares, et ceux qui le sont dans cette prétendue
-société choisie finissent par subir l'ennui par vanité, ou deviennent
-hébétés comme tout ce qui les entoure. Que dire, par exemple, d'un
-homme comme Berryer, qui ne sait se délasser de ses fatigants travaux
-que dans la compagnie de ces gens du monde plus ennuyeux les uns que
-les autres! C'est un homme singulier, difficile à déchiffrer, surtout
-dans les commencements. Au fond, l'avocat chez lui domine tout; l'homme
-a disparu, il est dans le monde comme dans son cabinet ou au barreau;
-il subit l'ennui comme il porte sa robe et pour les besoins de la
-cause. On voit certaines personnes du monde, capables de s'amuser à
-la manière des artistes,&mdash;je dis ce mot qui résume ma pensée,&mdash;faire<span class="pagenum"><a name="Page_45" id="Page_45">[p. 45]</a></span>
-beaucoup de frais pour en attirer et qui éprouvent véritablement du
-plaisir à leur conversation.</p>
-
-<p>La bonne princesse est ainsi: quand elle a reçu ou visité elle-même
-ses connaissances du monde, elle a de petits jours où elle aime à voir
-des peintres et des musiciens. Plusieurs de ces dames-là ont un amant
-dans toutes les classes possibles, afin de connaître tous les genres de
-mérite.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>19 <i>juin.</i>&mdash;Je reçois, le soir en dînant, la lettre d'Eugène de Forget
-qui m'annonce la mort de Mme de Lavalette<a name="NoteRef_67_55" id="NoteRef_67_55"></a><a href="#Note_67_55" class="fnanchor">[67]</a>.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p><i>Paris</i>, 20 <i>juin.</i>&mdash;Parti à six heures et demie. Je me fais conduire
-chez Mme de Forget, ignorant à quelle heure se faisait le convoi. Je
-la trouve affligée. Je lui parle de l'idée inconvenante de faire la
-cérémonie dans une petite église qui n'est qu'une sorte d'annexe. Ni
-Eugène, à qui j'en parle, ni elle, ne comprennent grandement combien
-il fallait au contraire donner d'éclat à cet hommage public, qui a été
-si peu public que j'ai été honteux du peu d'empressement, de la tenue
-cavalière des assistants.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_46" id="Page_46">[p. 46]</a></span></p>
-
-<p>Le service étant à midi, je vais chez moi jusqu'à cette heure.
-Au milieu du service à l'église ou plutôt à la fin, arrive M. de
-Montebello, aide de camp de l'Empereur, sans voiture officielle et en
-petit uniforme. Le trait est si fort qu'il croit devoir s'excuser,
-prétexter des retards, auprès d'Eugène; il est vrai de dire que
-l'Empereur n'avait pas été, à ce que je me crois fondé à croire, averti
-en règle; c'était à sa fille ou à son petit-fils qu'il appartenait de
-faire cette notification qui peut-être n'a pas été faite du tout. Bref,
-moins de personnes encore ont accompagné le corps au cimetière, et,
-parmi ces personnes, <i>pas un</i> des anciens amis de M. de Lavalette. J'ai
-maudit et je maudis encore la timidité qui m'a empêché de prendre la
-parole pour dire là ce que devait sentir toute âme bien placée; mais,
-en vérité, devant cet auditoire glacé et même profondément indifférent,
-c'était presque impossible; il n'y avait qu'un avocat capable de se
-trouver inspiré.</p>
-
-<p>La mémoire des hommes est bien courte: celle des événements est
-aussitôt enterrée que celle des personnages qui y prennent part. Sur
-toutes les personnes à qui j'ai dit ces jours-ci que j'avais été à
-Paris pour l'enterrement de Mme de Lavalette, pas une n'a imaginé de
-laquelle je voulais parler... Que de choses à dire sur cette morte,
-morte depuis quarante ans, fantôme imposant, dans rabaissement profond
-où nous l'avons vue!</p>
-
-<p>J'ai été revoir mes pauvres tombeaux, que j'ai<span class="pagenum"><a name="Page_47" id="Page_47">[p. 47]</a></span> trouvés bien
-entretenus; mais, dans la folle idée que je pouvais m'échapper pour
-retourner le jour même, et de bonne heure encore, dans ma retraite
-paisible, je n'ai pas pris le temps d'aller voir le tombeau de ma bonne
-tante et du cher Chopin.</p>
-
-<p>En arrivant chez moi, où j'allais tout brusque pour partir au plus
-vite, je trouve la lettre de Guillemardet<a name="NoteRef_68_56" id="NoteRef_68_56"></a><a href="#Note_68_56" class="fnanchor">[68]</a> qui m'annonce que le
-lendemain il conduit à sa dernière demeure sa pauvre mère. Dès lors,
-j'ai été tranquille sur l'emploi de mon temps et je n'ai plus pensé à
-Champrosay.</p>
-
-<p>Je mourais de fatigue; ces sortes de dérangements m'accablent, mais
-me sont salutaires. Cette activité forcée est énervante pour moi, au
-moment même, mais elle entretient la vie et la circulation; j'ai dormi
-profondément jusqu'à près de sept heures.</p>
-
-<p>Réveillé par la faim, je crois, et été dîner chez l'Anglais de la
-rue Grange-Batelière. J'ai été ensuite prendre du café et fumer
-dans le café qui fait l'angle de la rue Montmartre. J'ai joui là,
-paresseusement, avec une espèce de plaisir philosophique, de la vue
-de cet ignoble lieu, de ces joueurs de dominos, de tous les détails
-vulgaires de la vie, de cette foule d'automates, fumeurs, buveurs de
-bière, garçons de café. J'ai conçu même le plaisir qu'on peut trouver
-à s'oublier jusqu'à la dégradation dans ces distractions. Je suis
-rentré, avec la même tranquillité, sans beaucoup<span class="pagenum"><a name="Page_48" id="Page_48">[p. 48]</a></span> réfléchir, ayant
-fermé la porte aux émotions entre celles de ma matinée et celles qui
-m'attendaient le lendemain matin. Il faisait un froid incroyable: après
-deux tours sur le boulevard, j'ai été retrouver mon lit.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p><i>Champrosay</i>, 21 <i>juin.</i>&mdash;Levé avant six heures. Comme je n'ai emmené
-personne et que je fais tout moi-même, j'ai besoin d'une activité qui
-contribue beaucoup à me fatiguer.</p>
-
-<p>J'arrive à Passy un peu avant neuf heures, je vois et j'embrasse la
-pauvre Caroline. Triste cérémonie, qui avait là quelque chose de plus
-touchant que toutes celles de ce genre qu'on peut faire à Paris.
-L'air de ce lieu est mortel pour toute émotion vraie; l'appareil d'un
-convoi, les prêtres qui font la cérémonie, tout cela forme un spectacle
-qui fait de cet acte lugubre un acte comme un autre. À Passy, à une
-demi-heure de ce Paris empesté, ce convoi, ce service, les figures de
-tous ceux qui prennent part à tout cela, tout est changé, tout est
-décent, sérieux, et jusqu'à l'attitude des gens qui se mettent aux
-fenêtres.</p>
-
-<p>J'ai été dans la sacristie avec cet excellent ami, cet excellent fils,
-pour signer l'acte mortuaire; quand il eut mis son nom sur le registre,
-il ajouta au bas <i>son fils</i>; je signai à mon tour, et il me sembla
-que j'avais presque le droit de faire de même; ce brave cœur avait
-eu la même pensée, et, en retournant à nos places, il me dit avec une
-expression déchirante:<span class="pagenum"><a name="Page_49" id="Page_49">[p. 49]</a></span> «<i>C'est que, vois-tu, mon pauvre garçon, tu es
-ici Félix</i><a name="NoteRef_69_57" id="NoteRef_69_57"></a><a href="#Note_69_57" class="fnanchor">[69]</a>!» Ce sont ses propres paroles.</p>
-
-<p>Il m'a fait partir par le chemin de fer, avec un de ses amis; j'avais
-résolu le matin de faire des courses nécessaires, j'avais même pensé
-à aller voir cette fameuse <i>Mirrha</i><a name="NoteRef_70_58" id="NoteRef_70_58"></a><a href="#Note_70_58" class="fnanchor">[70]</a>, où j'allais par acquit de
-conscience. J'avais trop présumé de mes forces ou de mon peu de
-sensibilité. Tant d'émotions m'avaient vaincu.</p>
-
-<p>Je rentrai à pied du chemin de fer, et, après un déjeuner plus que
-frugal, j'ai dormi tout accablé avec le ferme propos de retour à
-Champrosay pour dîner, ce que j'ai exécuté par une pluie vraiment
-affreuse.</p>
-
-<p>A Draveil, j'ai acheté des côtelettes au boucher, ne sachant pas quel
-dîner je trouverais... je n'étais pas attendu.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p><i>Paris</i>, 29 <i>juin.</i>&mdash;Je vais dîner à la Taverne.</p>
-
-<p>Je trouve, en allant aux <i>Anglais</i>, Bornot et sa femme, que je croyais
-partis, puis Dauzats et Justin Ouvrié<a name="NoteRef_71_59" id="NoteRef_71_59"></a><a href="#Note_71_59" class="fnanchor">[71]</a>, prenant du café au café
-Anglais.</p>
-
-<p>&mdash;<i>Othello.</i> Plaisir noble et complet; la force tragique,
-l'enchaînement des scènes et la gradation de l'intérêt me remplissent
-d'une admiration qui va porter des<span class="pagenum"><a name="Page_50" id="Page_50">[p. 50]</a></span> fruits dans mon esprit. Je revois
-ce Vallak que j'ai vu à Londres il y a trente ans juste, peut-être jour
-pour jour (car j'étais là au mois de juin), dans le rôle de Faust. La
-vue de cette pièce fort bien arrangée, toute défigurée qu'elle était,
-m'avait inspiré l'idée de faire des compositions lithographiées<a name="NoteRef_72_60" id="NoteRef_72_60"></a><a href="#Note_72_60" class="fnanchor">[72]</a>...
-Terry, qui faisait le diable, était parfait.</p>
-
-<p>Je trouve là Mareste qui ne reste que jusqu'au deuxième acte, et
-ensuite Grzymala.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p><i>Champrosay</i>, 30 <i>juin.</i>&mdash;À neuf heures du matin, au Jury. Je revois
-Cockerell<a name="NoteRef_73_61" id="NoteRef_73_61"></a><a href="#Note_73_61" class="fnanchor">[73]</a> et Taylor<a name="NoteRef_74_62" id="NoteRef_74_62"></a><a href="#Note_74_62" class="fnanchor">[74]</a>, vieilles connaissances<span class="pagenum"><a name="Page_51" id="Page_51">[p. 51]</a></span> aussi; je passe là
-jusqu'à midi environ à examiner les peintures des Anglais, que j'admire
-beaucoup; je suis véritablement émerveillé des moutons de Hunt<a name="NoteRef_75_63" id="NoteRef_75_63"></a><a href="#Note_75_63" class="fnanchor">[75]</a>.</p>
-
-<p>Je déjeune comme un vrai bourgeois, sous une espèce de treille, dans
-un petit café dressé tout fraîchement, dans l'attente de ce public qui
-vient si peu à cette glaciale Exposition, dont tout l'effet est manqué,
-grâce à ces prix disproportionnés de cinq francs et même d'un franc,
-qui ne sont pas dans nos habitudes.</p>
-
-<p>Contre mes habitudes, je déjeune très bien d'un morceau de jambon
-et d'une cruche de bière de Bavière. Je me sens tout heureux, tout
-libre, tout épanoui, dans ce vulgaire bouchon établi en plein vent et
-regardant passer les rares badauds qui se rendent à l'Exposition.</p>
-
-<p>De là, je vais à pied, malgré la chaleur, mais avec plaisir, jusque
-chez moi, en passant par chez Moreau, à qui j'apprends ce que j'ai fait
-pour lui auprès de Morny.</p>
-
-<p>Rentré vers deux heures, je fais mes paquets, et me hâte de repartir
-par le chemin de Lyon. Je suis arrivé<span class="pagenum"><a name="Page_52" id="Page_52">[p. 52]</a></span> à Champrosay toujours avec
-ravissement, et par-dessus le marché, avec un appétit excellent.</p>
-
-<hr class="b2" />
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_49_37" id="Note_49_37"></a><a href="#NoteRef_49_37"><span class="label">[49]</span></a> Probablement <i>Étienne Arago.</i></p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_50_38" id="Note_50_38"></a><a href="#NoteRef_50_38"><span class="label">[50]</span></a> Ce contraste d'expressions qui explique si exactement le
-contraste de talent des deux écrivains, Balzac et George Sand, avait
-été trouvé par Balzac lui-même, qui s'en était servi pour caractériser
-leur manière à chacun. (Voir à cet égard le livre de M. Ferry, <i>Balzac
-et ses amies.</i>)</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_51_39" id="Note_51_39"></a><a href="#NoteRef_51_39"><span class="label">[51]</span></a> <i>Hamlet devant le corps de Polonius</i>, toile qui figure
-à l'année 1859 dans le <i>Catalogue Robaut</i>, n° 1387, mais qui fut
-évidemment commencée dès l'année 1855.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_52_40" id="Note_52_40"></a><a href="#NoteRef_52_40"><span class="label">[52]</span></a> Chaque fois que l'on touche à l'opinion de Delacroix
-sur l'école anglaise de peinture, il convient de se référer à la
-belle lettre qu'il écrivit à Théophile Silvestre en 1858, que nous
-avons déjà plusieurs fois citée. Et pourtant on y trouve ce passage
-qui paraît en contradiction avec ce qu'il note dans son Journal trois
-années auparavant: «Je ne me soucie plus de revoir Londres: je n'y
-retrouverais aucun de ces souvenirs-là (Wilkie, Lawrence, Fielding,
-Bonington), et surtout je ne m'y retrouverais plus le même pour jouir
-de ce qui s'y voit à présent. <i>L'école même est changée.</i> Peut-être
-m'y verrais-je forcé de rompre des lances pour Reynolds, pour ce
-ravissant Gainsborough que vous avez bien raison d'aimer.» Mais ce
-n'était là qu'une boutade momentanée, car la fin de la lettre prouve
-d'une façon évidente sa sympathie pour le mouvement préraphaélite.
-(<i>Corresp.,</i> t. II, p. 190, 191.)</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_53_41" id="Note_53_41"></a><a href="#NoteRef_53_41"><span class="label">[53]</span></a> <i>Charles-Robert Leslie</i>, né à Londres en 1794, mort
-en 1859. Il passa sa jeunesse aux États-Unis. Il fit des tableaux
-de petite dimension représentant des scènes empruntées aux grands
-écrivains, Shakespeare, Cervantes, Molière, Walter Scott. On a dit de
-lui «qu'il excellait à faire les portraits vivants des êtres que le
-poète avait rêvés». Il exposa à Paris à l'Exposition universelle de
-1855.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_54_42" id="Note_54_42"></a><a href="#NoteRef_54_42"><span class="label">[54]</span></a> <i>Francis Grant</i>, né en 1803 dans le comté de Perth, mort
-en 1878. Walter Scott écrit dans son Journal à propos de lui: «S'il
-persévère dans cette profession (la peinture),&mdash;c'était à l'époque
-de ses premiers débuts,&mdash;il deviendra l'un de nos peintres les plus
-éminents.» Il se distingua surtout comme portraitiste et fixa l'image
-de plusieurs illustrations anglaises (J. Russell, Macaulay, Disraeli,
-Landseer). À l'Exposition universelle de 1855, ses portraits lui
-valurent la grande médaille.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_55_43" id="Note_55_43"></a><a href="#NoteRef_55_43"><span class="label">[55]</span></a> À propos d'une œuvre de <i>Wilkie</i> (1785-1841),
-Delacroix écrivait en 1858: «Un de mes souvenirs les plus frappants est
-celui de son esquisse de <i>John Knox prêchant.</i> Il en a fait depuis un
-tableau qu'on m'a affirmé être inférieur à cette esquisse. Je m'étais
-permis de lui dire en la voyant, avec une impétuosité toute française,
-qu'Apollon lui-même, prenant le pinceau, ne pouvait que la gâter en la
-finissant.» (<i>Corresp.</i>, t. II, p. 192.)</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_56_44" id="Note_56_44"></a><a href="#NoteRef_56_44"><span class="label">[56]</span></a> <i>William Hogarth</i>, peintre et graveur, né à Londres en
-1697, mort en 1764, est l'auteur d'une longue série de compositions
-pittoresques et originales qui eurent une vogue immense et qui lui
-valurent le titre de peintre du roi d'Angleterre.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_57_45" id="Note_57_45"></a><a href="#NoteRef_57_45"><span class="label">[57]</span></a> Cette autre phase, c'est l'École préraphaélite, dont
-<i>Hunt</i> et <i>Millais</i>, cités plus loin, devaient être deux des plus
-illustres représentants. Voici, d'une manière générale, quel jugement
-il porte sur elle, en caractérisant du même coup l'essence intime du
-génie anglais: «J'ai été frappé de cette prodigieuse <i>conscience</i> que
-ce peuple peut apporter même dans les choses d'imagination: il semble
-même qu'en revenant à rendre excessifs des détails, ils sont plus dans
-leur génie que quand ils imitaient les peintres italiens surtout et les
-coloristes flamands. Mais que fait l'écorce? Ils sont toujours Anglais
-sous cette transformation apparente. Ainsi, au lieu de faire des
-pastiches purs et simples des primitifs italiens, comme la mode en est
-venue chez nous, ils mêlent à l'imitation de la manière de ces vieilles
-écoles un sentiment infiniment personnel; ils y donnent l'intérêt
-provenant de la passion de peindre, intérêt qui manque en général à nos
-froides imitations des recettes et du style des écoles qui ont fait
-leur temps.» (<i>Corresp.</i>, II. 191.)</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_58_46" id="Note_58_46"></a><a href="#NoteRef_58_46"><span class="label">[58]</span></a> <i>William-Holmant Hunt</i>, un des chefs de l'École
-préraphaélite. À partir de 1850, il se lia avec Millais, et ils furent
-tous deux les fondateurs de cette école dont le but était de reprendre
-les traditions de l'art avant la Renaissance. Il avait envoyé à
-l'Exposition universelle de 1855 trois tableaux: les <i>Moutons égarés</i>,
-au sujet duquel Delacroix écrira plus loin qu'il «en a été émerveillé»
-<i>la Lumière du monde,</i> puis <i>Claudio et Isabelle.</i> «Singulier
-phénomène, disait Théophile Gautier, à propos de cette exposition de
-Hunt, il n'y a peut-être pas au Salon une toile déconcertant le regard
-autant que les <i>Moutons égarés</i> de Hunt. Le tableau qui parait le plus
-faux est précisément le plus vrai.»</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_59_47" id="Note_59_47"></a><a href="#NoteRef_59_47"><span class="label">[59]</span></a> <i>John Everett Millais</i> avait envoyé à l'Exposition
-universelle de 1855 <i>l'Ordre d'élargissent</i> et le <i>Retour de la colombe
-à l'arche.</i></p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_60_48" id="Note_60_48"></a><a href="#NoteRef_60_48"><span class="label">[60]</span></a> Voir t. II, p. 30, en note.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_61_49" id="Note_61_49"></a><a href="#NoteRef_61_49"><span class="label">[61]</span></a> Voir t. II, p. 380, en note.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_62_50" id="Note_62_50"></a><a href="#NoteRef_62_50"><span class="label">[62]</span></a> Voir t. II, p. 381, en note.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_63_51" id="Note_63_51"></a><a href="#NoteRef_63_51"><span class="label">[63]</span></a> Nous avons déjà touché dans notre annotation du deuxième
-volume à cette sévérité de jugement à l'égard de Th. Gautier, et nous
-nous sommes efforcé d'en préciser les raisons dissimulées. Il nous a
-paru intéressant de rapporter ici la lettre de remerciement écrite par
-Delacroix au critique, après la lecture de ses réflexions sur l'École
-française et sur notre artiste en particulier: «Mon cher Gautier, lui
-écrit-il le 22 septembre 1855, je lis en revenant à Paris votre article
-mille fois bon et bienveillant sur mon exposition. Je vous en remercie
-de cœur au delà de ce que je pense vous exprimer. Oui, vous devez
-éprouver de la satisfaction, en voyant que toutes ces folies, dont
-autrefois vous preniez le parti à peu près seul, paraissent aujourd'hui
-toutes naturelles... J'ai rencontré hier soir une femme que je n'avais
-pas vue depuis dix ans, et qui m'a assuré qu'en entendant lire une
-partie de votre article, elle avait cru que j'étais mort, pensant qu'on
-ne louait ainsi que les gens morts et enterrés.» (<i>Corresp.</i>, t. II, p.
-131.)</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_64_52" id="Note_64_52"></a><a href="#NoteRef_64_52"><span class="label">[64]</span></a> <i>Louis Janmot</i>, dit <i>Jan-Louis</i> (1814-1892), peintre,
-élève de Victor Orsel et d'Ingres, s'adonna presque exclusivement à la
-peinture religieuse. La plupart de ses œuvres portent l'empreinte
-d'un mysticisme exalté, mais témoignent aussi trop souvent de
-l'insuffisance de l'artiste dans les moyens d'exécution.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_65_53" id="Note_65_53"></a><a href="#NoteRef_65_53"><span class="label">[65]</span></a> La célèbre tragédienne italienne, dont la réputation
-égala presque celle de Rachel, était alors dans tout l'éclat de son
-talent. Après avoir remporté en Italie les plus grands succès, elle
-était venue cette année même, 1855, à Paris, où elle fut accueillie
-avec enthousiasme.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_66_54" id="Note_66_54"></a><a href="#NoteRef_66_54"><span class="label">[66]</span></a> Sur Eugène Delacroix comme <i>causeur</i>, Baudelaire écrit:
-«Delacroix était, comme beaucoup d'autres ont pu l'observer, un
-homme de conversation; mais le plaisant est qu'il avait peur de la
-conversation comme d'une débauche, d'une dissipation où il risquerait
-de perdre ses forcée. Il commençait par vous dire, quand vous entriez
-chez lui: Nous ne causerons pas ce matin, ou que très peu, très peu. Et
-puis il bavardait pendant trois heures. Sa causerie était brillante,
-subtile, mais pleine de faits, de souvenirs et d'anecdotes: en somme,
-une parole nourrissante.»</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_67_55" id="Note_67_55"></a><a href="#NoteRef_67_55"><span class="label">[67]</span></a> <i>Mme de Lavalette</i> s'était rendue célèbre par l'énergie
-et le dévouement dont elle avait fait preuve pour sauver son mari, le
-comte de Lavalette, condamné à mort par la cour d'assises de la Seine,
-pour s'être emparé de l'administration des Postes, au retour de l'île
-d'Elbe. Elle avait pénétré dans sa prison, après l'arrêt des assises,
-et s'était substituée à lui. Lorsqu'il apprit l'évasion du condamné,
-Louis XVIII ne put s'empêcher de dire: «De nous tous, Mme de Lavalette
-est la seule qui ait fait son devoir.»</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_68_56" id="Note_68_56"></a><a href="#NoteRef_68_56"><span class="label">[68]</span></a> <i>Louis Guillemardet.</i></p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_69_57" id="Note_69_57"></a><a href="#NoteRef_69_57"><span class="label">[69]</span></a> <i>Félix Guillemardet</i>, qui était mort en 1840.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_70_58" id="Note_70_58"></a><a href="#NoteRef_70_58"><span class="label">[70]</span></a> <i>Mirrha</i>, tragédie italienne d'Alfieri, où la <i>Ristori</i>
-remportait alors un éclatant succès à Paris.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_71_59" id="Note_71_59"></a><a href="#NoteRef_71_59"><span class="label">[71]</span></a> <i>Justin Ouvrié</i> (1806-1880), peintre et lithographe,
-élève d'Abel de Pujol et de Châtillon, auteur de nombreux tableaux,
-aquarelles et lithographies.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_72_60" id="Note_72_60"></a><a href="#NoteRef_72_60"><span class="label">[72]</span></a> Delacroix fait allusion à la série des compositions
-lithographiées qu'il exécuta sur le <i>Faust</i> en 1827 et qui eurent
-l'honneur de fixer l'attention du vieux Gœthe. «M. Delacroix, dit
-Gœthe, dans ses conversations avec Eckermann, est un grand talent,
-qui a dans Faust précisément trouvé son vrai aliment. Les Français lui
-reprochent trop de rudesse sauvage, mais ici elle est parfaitement à sa
-place.&mdash;De tels dessins, reprend Eckermann, contribuent énormément à
-une intelligence plus complète du poème.&mdash;C'est certain, dit Gœthe,
-car l'imagination plus parfaite d'un tel artiste nous force à nous
-représenter les situations comme il se les est représentées à lui-même.
-Et s'il me faut avouer que M. Delacroix a surpassé les tableaux que
-je m'étais faits des scènes écrites par moi-même, à plus forte raison
-les lecteurs trouveront-ils toutes ces compositions pleines de vie et
-allant bien au delà des images qu'ils se sont créées.» (<i>Conversations
-de Gœthe.</i>)</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_73_61" id="Note_73_61"></a><a href="#NoteRef_73_61"><span class="label">[73]</span></a> <i>Charles-Robert Cockerell</i> (1788-1853), architecte
-anglais. Il avait dans sa jeunesse parcouru l'Orient, et pratiqué
-à Égine et à Olympie des fouilles qui lui permirent de découvrir
-les beaux marbres dits <i>phigaléens</i> qui se trouvent actuellement au
-British Museum. À Naples, à Florence, à Rome, il exécuta d'importants
-travaux de reconstitutions archéologiques qui le rendirent rapidement
-célèbre. Membre de l'Académie d'architecture d'Angleterre, il fut nommé
-également membre associé de l'Institut de France. À Rome, il s'était
-lié d'intime amitié avec Ingres et les autres artistes français de la
-Villa Médicis.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_74_62" id="Note_74_62"></a><a href="#NoteRef_74_62"><span class="label">[74]</span></a> <i>Baron Taylor</i> (1789-1879), auteur et artiste,
-commissaire royal près le Théâtre-Français en 1824, explorateur et
-archéologue, inspecteur général des Beaux-Arts en 1848, puis membre
-libre de l'Académie des Beaux-Arts, occupa les fonctions les plus
-diverses, mais partout témoigna du goût le plus vif pour tout ce qui
-touche à la littérature et à l'art. C'est sous sa haute direction que
-furent publiés les <i>Voyages pittoresques et romantiques de l'ancienne
-France</i>, illustrés par l'élite de nos artistes. Philanthrope ardent, il
-a de plus fondé sept associations de secours mutuels, dont celle des
-artistes dramatiques.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_75_63" id="Note_75_63"></a><a href="#NoteRef_75_63"><span class="label">[75]</span></a> Voir plus haut, p. 38, en note.</p></div>
-
-
-<hr class="b2" />
-
-<p>1<sup>er</sup> <i>juillet.</i>&mdash;Toutes ces interruptions nuisent à mes
-petits travaux; je ne sais trop à quoi se passent mes journées.
-J'essaye de me rappeler mes impressions de la représentation
-d'<i>Othello</i>; je colore les croquis que j'y ai faits. Je dors encore
-outrageusement et à tort.</p>
-
-<p>Je vais chez Halévy à six heures, par un soleil ardent. Je trouve là
-Gounod, les Zimmerman, Fouché, Boilay que j'aime beaucoup. Après dîner,
-promenade vers la rivière.</p>
-
-<p>Au départ de ces messieurs, je m'esquive, pour faire une visite à Mme
-Parchappe, qui m'avait invité à dîner; j'y trouve Mmes Barbier et
-Villot.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>2 <i>juillet.</i>&mdash;Le matin, je ne puis résister à faire un tour de forêt,
-qui ne m'a pas empêché de travailler dans la journée à l'<i>Hamlet</i>, aux
-<i>Lions</i>, etc.</p>
-
-<p>À six heures, je vais chez Mme Barbier. Tour dans le jardin avec ces
-dames avant dîner; après le dîner, causerie dans le parc; bref, je
-m'amuse. La société des femmes a toujours, malgré ma retraite, un
-charme infini; quand nous remontons, je me trouve avec six femmes,
-assises en rond et moi avec elles.</p>
-
-<p>Mme Framelli venait d'arriver et nous attendait; elle m'invite pour
-mercredi. Je me promène avant de rentrer, par un clair de lune
-magnifique.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_53" id="Page_53">[p. 53]</a></span></p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>5 <i>juillet.</i>&mdash;Les dons naturels dépourvus de la culture peuvent
-ressembler à ce chèvrefeuille charmant de grâce, mais sans odeur, que
-je vois suspendu aux arbres de la forêt.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>8 <i>juillet.</i>&mdash;Dîner chez Barbier avec Danican, etc. Le matin avait eu
-lieu la scène désagréable du frère Barbier, qui les a tous vilipendés
-dans la rue.</p>
-
-<p>Toutes mes journées sont monotones, mais remplies çà et là des plaisirs
-vifs que me donne la campagne; la chaleur est extrême et m'interdit
-presque entièrement la forêt.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p><i>Augerville</i>, 12 <i>juillet.</i>&mdash;Parti à deux heures et demie pour Corbeil.
-Trouvé cet affreux G... qui me dit effrontément avoir la <i>Jeune fille
-dans le cimetière</i><a name="NoteRef_76_64" id="NoteRef_76_64"></a><a href="#Note_76_64" class="fnanchor">[76]</a>; je lui dis qu'elle m'avait été volée, en le
-regardant d'une manière qui l'a fait rougir.</p>
-
-<p>De Corbeil à Malesherbes, voyagé avec une femme distinguée, dont la
-conversation était très bien. À Courances, elle se jette dans les bras
-d'une vieille paysanne qu'elle accable de caresses: c'était la bonne
-qui l'avait élevée; j'ai été très touché. La bonne vieille lui avait
-fait un cadeau qu'elle me montra: c'étaient les souliers d'un tout
-petit enfant, qui étaient, me dit-elle, ceux de son frère aîné, homme
-de soixante-quatre ans.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_54" id="Page_54">[p. 54]</a></span></p>
-
-<p>J'ai vu ce Gâtinais, cette vieille France toute plate, toute simple,
-ces diligences d'autrefois. Si je ne suis pas aussi à mon aise que dans
-les chemins de fer, du moins je voyage, je vois, je suis homme; je ne
-suis ni une boîte ni un paquet.</p>
-
-<p>Je quitte ma dame à Malesherbes avec le regret de ne pas savoir son
-nom; je trouve là Pinson et son cabriolet découvert, dans lequel nous
-faisons le trajet rapidement.</p>
-
-<p>Je trouve avec Berryer Mme Jaubert, bonne rencontre à la campagne, et
-Mme D..., avec une certaine appréhension.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>13 <i>juillet.</i>&mdash;Je sors le matin par le plus beau soleil. Je fais un
-croquis, près du pont de pierre, de la rivière fuyant au loin, un
-bouquet d'arbres très pittoresque sur le devant. Je me promène avec
-bonheur, je vais jusqu'aux rochers où le souvenir de M... me suit en
-dépit que j'en aie.</p>
-
-<p>Je remarque dans les rochers à formes humaines et animales de nouveaux
-types plus ou moins ébauchés; je dessine même une espèce de sanglier
-et une sorte d'éléphant, nombre de corps, de contours, de têtes
-de taureau, etc.; on trouverait là d'excellents types d'animaux
-fantastiques; ces formes bizarres prennent là une vraisemblance.
-Étrange coïncidence! Quel caprice a présidé à la formation de ce rocher
-qui est tout alentour le seul de son espèce?</p>
-
-<p>Dans la journée, promenade en bateau; Berryer<span class="pagenum"><a name="Page_55" id="Page_55">[p. 55]</a></span> s'obstine à vouloir
-nous faire passer en remontant sous le pont de pierre. Cela nous vaut
-un excellent exercice, qui nous met en nage et nous prépare au dîner.
-Nous arrivons quand il est servi déjà. Nous avons à peine le temps de
-changer de chemise.</p>
-
-<p>Le soir, en tournant autour du château après dîner, Cadillan<a name="NoteRef_77_65" id="NoteRef_77_65"></a><a href="#Note_77_65" class="fnanchor">[77]</a> me
-parle de Berryer, de sa manière de travailler, etc.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>14 <i>juillet.</i>&mdash;Berryer part à six heures du matin pour aller plaider
-à Paris. Il se flatte de revenir pour dîner ou, au pis aller, à neuf
-heures du soir. À notre grande surprise, comme nous étions à table, à
-sept heures et quelque chose, il arrive et achève de dîner avec nous;
-j'avais proposé à ces dames de retarder le dîner.</p>
-
-<p>C'est un tour de force étonnant. Arrivé à Paris et au Palais à onze
-heures et demie, il plaide immédiatement pendant deux heures et demie;
-il part, laissant le deuxième avocat chargé de l'affaire écouter la
-réponse de l'adversaire, et prendre des notes s'il est besoin. Il se
-rhabille au Palais, repart et arrive sans éprouver d'interruption.</p>
-
-<p>Il était parti avec un morceau de pain et de galantine dans ses poches.
-Trouvant dans le chemin de fer des gens avec lesquels il est obligé de
-lier conversation, il ne mange point et ne peut se dédommager<span class="pagenum"><a name="Page_56" id="Page_56">[p. 56]</a></span> qu'en
-allant du chemin de fer au Palais.</p>
-
-<p>Après le dîner, nous étions en famille devant la maison: nous venions
-de prendre le café sur le perron. Je le voyais heureux d'être retourné
-dans sa retraite, jouissant de ces fleurs, de ces arbres, la plupart
-plantés par lui, après une journée employée comme celle-ci. Voilà de
-grands bonheurs!</p>
-
-<p>Le soir, musique avec Mme Jaubert, <i>Don Juan</i>, etc., pendant que
-Berryer, non point encore satisfait, faisait son courrier pour le
-lendemain matin.</p>
-
-<p>Dans la journée, chaleur orageuse et fatigante. Promenade dans un
-bateau léger. Nous descendons à terre près le pont de pierre. Assis en
-haut du petit labyrinthe, Mme Jaubert me parle de Chenavard.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>15 <i>juillet.</i>&mdash;Promenade le matin vers les rochers; j'admire encore les
-figures d'hommes et d'animaux, j'y fais de nouvelles et d'étonnantes
-découvertes.</p>
-
-<p>Dans une allée plus vers le haut, je rencontre le malheureux scarabée
-luttant contre les fourmis acharnées à sa perte; je l'ai observé
-pendant longtemps, culbutant ses ennemies qu'il traînait après lui,
-retenu par les pattes, dont chacune était accrochée par deux ou
-trois des impitoyables ouvrières. Attaqué par les antennes, couvert
-quelquefois par elles, il a fini par succomber; l'ayant laissé une
-première fois, je l'ai trouvé immobile et tout à fait vaincu, quand
-je suis revenu; je lui ai fait faire encore quelques mouvements, mais
-enfin la mort était venue. Les<span class="pagenum"><a name="Page_57" id="Page_57">[p. 57]</a></span> fourmis étaient occupées, à ce qu'il
-m'a paru, à l'entraîner à la fourmilière que, du reste, on ne voyait
-pas aux environs. Je laissai un moment toute cette tragédie et je fus
-m'établir dans le petit pavillon à boule de cuivre où je m'endormis
-quelques instants. Au bout d'une demi-heure environ, je revins à mes
-fourmis. À ma grande surprise, je ne trouve ni fourmis ni insecte!</p>
-
-<p>Berryer me dit, au déjeuner, que les fourmis déchiquetaient
-ordinairement ces sortes de proies et les emportaient par petits
-morceaux. Dans le cas que je viens de voir, je ne puis comprendre qu'un
-pareil déménagement ait pu avoir lieu en si peu de temps.</p>
-
-<p>On a beaucoup philosophé à déjeuner sur les fourmis. Mme Jaubert nous
-mentionne un livre de M. Huber<a name="NoteRef_78_66" id="NoteRef_78_66"></a><a href="#Note_78_66" class="fnanchor">[78]</a>, qui est complet sur leur histoire.</p>
-
-<p>Promenade à Malesherbes: j'adore ces vieilles habitations; le château
-laissé à l'abandon; grandes pièces avec de grands portraits d'ancêtres:
-tous les Lamoignon et leurs femmes sont encadrés dans les boiseries.
-Magnifique tapisserie du seizième siècle. Je dessine l'ajustement des
-brides des chevaux.</p>
-
-<p>Je rejoins la compagnie dans la merveilleuse allée des Charmes. Visite
-à la chapelle ruinée et abandonnée. Magnifique statue de Balzac
-d'Entraigues: elle est en pierre; celle d'un Lamoignon, je crois, en
-marbre, agenouillé et armé, est dans l'endroit obscur.<span class="pagenum"><a name="Page_58" id="Page_58">[p. 58]</a></span> Différence
-du style des deux époques, de Henri IV à Louis XIII, l'autre, au
-contraire, de Henri II à peu près.</p>
-
-<p>Promenade avec ces deux dames au bord de la rivière de Malesherbes.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>16 <i>juillet.</i>&mdash;Promenade le matin; je m'amuse sur un banc à dessiner la
-statue du sire d'Entraigues, que j'ai vue hier<a name="NoteRef_79_67" id="NoteRef_79_67"></a><a href="#Note_79_67" class="fnanchor">[79]</a>.</p>
-
-<p>Promenade en bateau peu agréable et que nous abrégeons le plus
-possible; il pleut et il fait froid, nous laissons le bateau en route
-et revenons par l'allée que Berryer a fait achever, par les hauteurs,
-jusqu'à la maison.</p>
-
-<p>Il nous parle, le soir, du Père Antoine, supérieur de la Trappe. Les
-femmes ne peuvent entrer dans le couvent, sauf les princesses du sang.
-Des amis de Berryer vont à la Trappe, et une dame qui se trouvait avec
-eux imagine de s'habiller en garçon pour les accompagner. Le Père
-Antoine, avisant ce visage imberbe et devinant le déguisement, prend
-tout doucement sous sa robe une serpette avec laquelle il va couper une
-rose qu'il offre à l'indiscret androgyne. Les visiteurs ne tardent pas
-à tourner les talons.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_59" id="Page_59">[p. 59]</a></span></p>
-
-<p>Autre anecdote sur le même Père Antoine. Il réclamait auprès de M.
-de Villèle pour certains bois qui dominent le couvent, qui, étant la
-propriété de l'État, mais devant être aliénés, allaient tomber dans
-la main des particuliers et gêneraient le couvent. Il disait, dans sa
-demande, qu'un aussi <i>grand ministre</i> ou <i>ministre aussi supérieur</i>,
-etc., etc., et sur tous les tons, trouverait bien un moyen d'accommoder
-la loi à cette affaire présente. Berryer le plaisantait un peu sur ses
-épithètes hyperboliques adressées à M. de Villèle: «Que voulez-vous,
-lui dit le Père Antoine, nous autres, pauvres moines, nous n'avons pas
-toujours le compas dans l'œil.»</p>
-
-<p>Nous déchiffrons la <i>Gazza</i><a name="NoteRef_80_68" id="NoteRef_80_68"></a><a href="#Note_80_68" class="fnanchor">[80]</a>. J'étais encore tout plein de <i>Don
-Juan</i> de l'autre jour et je ne me trouvais plus d'admiration possible
-pour le chef-d'œuvre de Rossini. J'ai vu une fois de plus qu'il ne
-faut rien distraire des belles choses, et encore moins les comparer
-entre elles. Les parties négligées dans Rossini ne font nullement tort
-à l'impression dans la mémoire: ce père, cette fille, ce tribunal, tout
-cela est vivant. Les <i>croque-notes</i> de la princesse, qui ne jurent que
-par Mozart, ne comprennent pas plus Mozart que Rossini; cette partie
-vitale, cette force secrète, qui est tout Shakespeare, n'existe pas
-pour eux; il leur faut absolument l'alexandrin et le contre-point: ils
-n'admirent, dans Mozart, que la régularité.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_60" id="Page_60">[p. 60]</a></span></p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>17 <i>juillet.</i>&mdash;Bonnes et douces promenades, seul ou avec ces petites
-femmes. Dans une grande promenade autour du parc, je me mets une épine
-de genévrier dans le doigt en arrangeant une branche pour Mme D...</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p><i>Champrosay</i>, 18 <i>juillet.</i>&mdash;Parti à six heures pour Corbeil. Berryer,
-en robe de chambre, est venu m'embarquer. Je pars, le cœur plein de
-lui et de mon agréable séjour.</p>
-
-<p>Tête à tête avec mon automédon, respirant l'air frais, emporté par
-l'allée des peupliers et au milieu des eaux remplies de nénufars, je
-me retournai plusieurs fois pour le voir de loin, ainsi que ce qu'on
-pouvait apercevoir de la maison. J'attends la voiture quelque temps
-à Malesherbes; j'essaye, sur la place publique, de m'ôter, avec mon
-canif, la petite épine de genévrier.</p>
-
-<p>Parti dans une affreuse voiture et en mauvaise compagnie. Au reste, je
-dors ou sommeille presque tout le temps jusqu'à Corbeil; j'arrive à Ris
-vers midi, et je rentre à Champrosay.</p>
-
-<p>Le soir, je vais chez Barbier.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p><i>Paris</i>, 19 <i>juillet.</i>&mdash;Je fais mes paquets dans la journée et je pars
-à trois heures. Nous arrivons à Paris pour dîner; je me retrouve sans
-trop de déplaisir dans mon atelier, et en face de tout ce que j'ai à
-faire.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_61" id="Page_61">[p. 61]</a></span></p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>20 <i>juillet.</i>&mdash;Au conseil et à l'église, où je ne trouve personne.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>22 <i>juillet.</i>&mdash;Je dîne sur le boulevard avec le cousin Delacroix<a name="NoteRef_81_69" id="NoteRef_81_69"></a><a href="#Note_81_69" class="fnanchor">[81]</a>.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>26 <i>juillet.</i>&mdash;Voir <i>Mirrha</i> avec le cousin. Cette Ristori est vraiment
-pleine de talent; mais que ces pièces sont ennuyeuses!</p>
-
-<p>Je souffre horriblement de la chaleur et de cet ennui. La fatigue de
-mes journées employées à l'église<a name="NoteRef_82_70" id="NoteRef_82_70"></a><a href="#Note_82_70" class="fnanchor">[82]</a> est un peu cause de ce malaise,
-le soir. J'ai fait tout gratter et j'emplâtre, pour ainsi dire à la
-truelle, non seulement les parties creusées, mais toutes les parties
-des figures destinées à être lumineuses, telles que chairs, draperies.
-Les tableaux y gagneront, mais j'ai failli y prendre la colique des
-peintres.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>29 <i>juillet.</i>&mdash;Journée insipide, faute de m'être mis à faire quelque
-chose de bonne heure; je dîne au Palais-Royal avec le cousin, dans ce
-même salon où je dînai un jour avec Rivet, Bonington<a name="NoteRef_83_71" id="NoteRef_83_71"></a><a href="#Note_83_71" class="fnanchor">[83]</a> et compagnie.
-Il fut beaucoup question de la D...</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_62" id="Page_62">[p. 62]</a></span></p>
-
-<p>Le cousin me conte l'histoire des Vauréal; le père de celui que je
-connais aurait été un comte de Vauréal; c'était un roturier, bossu
-et assez disgracié, mais capable d'aimer, puisqu'il s'était épris
-de la Menard, danseuse célèbre et que le comte d'Artois, je crois,
-favorisait. Le comte était mal reçu de la dame; mais le prince lui
-ayant conseillé de s'humaniser quelque peu, elle déclara à son
-soupirant qu'elle ne pouvait lui appartenir que quand elle serait
-comtesse de Vauréal. Le mariage se fait; le soir des noces, la mariée
-disparaît. Elle ne revient sur l'eau qu'à la mort du comte de Vauréal
-et pour entrer en usufruit des biens; le comte avait un fils qui
-s'arrange tellement quellement avec sa belle-mère. Elle le maria à la
-fille d'un colonel Bonneval, mais avec interdiction de coucher avec sa
-femme, laquelle n'aurait eu la possession de son mari qu'à la mort de
-la Menard. C'est du père ou du grand-père Vauréal que <i>mon</i> grand-père,
-qu'on appelait le <i>grand Claude</i>, aurait été régisseur; leurs biens
-étaient considérables. Ils auraient, je crois, appartenu à l'évêque de
-Reims.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>30 <i>juillet.</i>&mdash;Je vais, à cinq heures, chez le cousin. Trouvé Mme
-Dufays, et Mme Cavé qui survient. Je la retrouve le soir, en faisant
-une promenade, assise près<span class="pagenum"><a name="Page_63" id="Page_63">[p. 63]</a></span> de la Madeleine et en société d'une petite
-qu'elle a prise chez elle et à qui elle sert de mentor.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>31 <i>juillet.</i>&mdash;Dîné chez Pastoret<a name="NoteRef_84_72" id="NoteRef_84_72"></a><a href="#Note_84_72" class="fnanchor">[84]</a> avec Mercey<a name="NoteRef_85_73" id="NoteRef_85_73"></a><a href="#Note_85_73" class="fnanchor">[85]</a>, Viollet-le-Duc,
-Damas-Hinard<a name="NoteRef_86_74" id="NoteRef_86_74"></a><a href="#Note_86_74" class="fnanchor">[86]</a>, etc., etc. Belle galerie pour les tableaux. Je
-reviens avec Hittorf<a name="NoteRef_87_75" id="NoteRef_87_75"></a><a href="#Note_87_75" class="fnanchor">[87]</a>.</p>
-
-<hr class="b2" />
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_76_64" id="Note_76_64"></a><a href="#NoteRef_76_64"><span class="label">[76]</span></a> C'est une des premières œuvres de Delacroix que le
-<i>Catalogue Robaut</i> date de 1823. (Voir n° 67.)</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_77_65" id="Note_77_65"></a><a href="#NoteRef_77_65"><span class="label">[77]</span></a> <i>M. de Cadillan</i>, secrétaire de Berryer.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_78_66" id="Note_78_66"></a><a href="#NoteRef_78_66"><span class="label">[78]</span></a> <i>Pierre Huber</i> (1777-1840), naturaliste suisse.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_79_67" id="Note_79_67"></a><a href="#NoteRef_79_67"><span class="label">[79]</span></a> La plupart des croquis de Malesherbes et d'Augerville,
-cités ici, sont consignés dans un album de Delacroix, qui fit partie,
-sous le n° 664 <i>bis</i>, de la vente posthume, et fut adjugé au sculpteur
-Carpeaux pour 120 francs. Ce petit album in-12 oblong démontre la suite
-d'idées du maître, car, de 1854 à 1859, il emporta ce carnet chaque
-fois qu'il se rendit en villégiature chez Berryer.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_80_68" id="Note_80_68"></a><a href="#NoteRef_80_68"><span class="label">[80]</span></a> La <i>Gazza ladra.</i></p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_81_69" id="Note_81_69"></a><a href="#NoteRef_81_69"><span class="label">[81]</span></a> Le commandant <i>Delacroix</i> figure comme légataire dans le
-testament d'Eugène Delacroix, qui laissa à son cousin divers souvenirs
-de famille.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_82_70" id="Note_82_70"></a><a href="#NoteRef_82_70"><span class="label">[82]</span></a> L'église <i>Saint-Sulpice</i>, dont il ne termina la
-décoration (première chapelle à droite en entrant) qu'en 1857. (Voir
-<i>Catalogue Robaut</i>, n<sup>os</sup> 1328 à 1345.)</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_83_71" id="Note_83_71"></a><a href="#NoteRef_83_71"><span class="label">[83]</span></a> <i>Bonington</i> était entré en 1819 dans l'atelier de Gros,
-où il rencontra le baron Rivet, qui devint son ami. C'est de la même
-époque que date aussi son intimité avec Delacroix.
-</p>
-<p>
-Delacroix professait la plus grande estime pour le talent de Bonington.
-Dans une lettre adressée à Soulier en 1831, il écrit: «J'ai eu
-quelque temps Bonington dans mon atelier. J'ai bien regretté que tu n'y
-sois pas. Il y a terriblement à gagner dans la société de ce luron-là,
-et je te jure que je m'en suis bien trouvé.» (<i>Corresp.</i>, t. I, p.
-116.)</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_84_72" id="Note_84_72"></a><a href="#NoteRef_84_72"><span class="label">[84]</span></a> Le marquis <i>de Pastoret</i> (1791-1857), homme politique
-et littérateur, fut successivement auditeur au Conseil d'État sous le
-premier Empire, puis membre du Conseil général et du Conseil d'État
-sous la Restauration. Il refusa de reconnaître le gouvernement de la
-monarchie de Juillet, et resta jusqu'en 1852 un des représentants les
-plus autorisés du parti légitimiste. Rallié à l'Empire, il devint
-sénateur et fut appelé en 1855 à faire partie de la Commission
-municipale.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_85_73" id="Note_85_73"></a><a href="#NoteRef_85_73"><span class="label">[85]</span></a> <i>Frédéric Bourgeois de Mercey</i> était alors attaché au
-ministère d'État comme directeur des Beaux-Arts et chargé de diriger
-avec le comte <i>de Chennevières</i> l'organisation de la section des
-Beaux-Arts à l'Exposition universelle de 1855.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_86_74" id="Note_86_74"></a><a href="#NoteRef_86_74"><span class="label">[86]</span></a> <i>Damas-Hinard</i> (1805-1891), littérateur, auteur de
-travaux littéraires appréciés, notamment du <i>Dictionnaire Napoléon</i>, et
-de traductions fort estimées des grands écrivains espagnols. En 1848 il
-fut nommé bibliothécaire du Louvre, et devint en 1853 secrétaire des
-commandements de l'Impératrice.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_87_75" id="Note_87_75"></a><a href="#NoteRef_87_75"><span class="label">[87]</span></a> <i>Jacques-Ignace Hittorf</i> (1792-1867), né à Cologne,
-architecte, élève de Percier. On lui doit, indépendamment de nombreux
-monuments, qui témoignent de son réel mérite et de son érudition, les
-embellissements des Champs-Élysées, de la place de la Concorde, de
-l'avenue de l'Étoile. Ce fut lui qui traça, en qualité d'architecte de
-la ville de Paris et du Gouvernement, les plans des immenses travaux
-du bois de Boulogne et des deux lacs. Il faisait partie depuis 1853 de
-l'Académie des Beaux-Arts.</p></div>
-
-<hr class="b2" />
-
-<p>2 <i>août.</i>&mdash;Dîné chez Poinsot avec Chabrier, sa femme, l'amiral
-Deloffre<a name="NoteRef_88_76" id="NoteRef_88_76"></a><a href="#Note_88_76" class="fnanchor">[88]</a>, d'Audiffret, etc.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>3 <i>août.</i>&mdash;Au conseil, qui se tient dans l'anti-chambre,<span class="pagenum"><a name="Page_64" id="Page_64">[p. 64]</a></span> sur le quai:
-aux tentures orange, avec les peintures de Court.</p>
-
-<p>Je vais ensuite à l'Industrie; je remarque cette fontaine jaillissante
-de fleurs gigantesques imitées.</p>
-
-<p>La vue de toutes ces machines m'attriste profondément. Je n'aime
-pas cette matière qui a l'air de faire, toute seule et abandonnée à
-elle-même, des choses dignes d'admiration.</p>
-
-<p>En sortant, je vais voir l'exposition de Courbet, qu'il a réduite à
-dix sous. J'y reste seul pendant près d'une heure et j'y découvre un
-chef-d'œuvre<a name="NoteRef_89_77" id="NoteRef_89_77"></a><a href="#Note_89_77" class="fnanchor">[89]</a> dans son tableau refusé; je ne pouvais m'arracher
-de cette vue. Il y a des progrès énormes, et cependant cela m'a fait
-admirer son <i>Enterrement.</i> Dans celui-ci, les personnages sont les uns
-sur les autres, la composition n'est pas bien entendue; il y a de l'air
-et des parties d'une exécution considérable: les hanches, la cuisse
-du modèle nu et sa gorge; la femme du devant qui a un châle; la seule
-faute est que le tableau qu'il peint fait amphibologie: il a l'air
-d'un <i>vrai ciel</i> au milieu du tableau. On a refusé là un des ouvrages
-les plus singuliers de ce temps; mais ce n'est pas un gaillard à se
-décourager pour si peu.</p>
-
-<p>J'ai dîné à l'Industrie entre Mercey et Mérimée; le premier pense comme
-moi de Courbet; le second n'aime pas Michel-Ange!</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_65" id="Page_65">[p. 65]</a></span></p>
-
-<p>Détestable musique moderne par les chœurs chantants qui sont à la
-mode.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>11 <i>août.</i>&mdash;À Montreuil, pour le mariage de la fille aînée de Rivet.
-Ce bon ami a paru heureux de me voir; j'ai revu avec beaucoup de
-plaisir sa mère, si aimable et de si bonne et ancienne manière; causé
-de la couleur avec M. Pierre Rivet, mon ancien élève: il me recommande
-l'orpin jaune<a name="NoteRef_90_78" id="NoteRef_90_78"></a><a href="#Note_90_78" class="fnanchor">[90]</a>.</p>
-
-<p>Vu là Colin<a name="NoteRef_91_79" id="NoteRef_91_79"></a><a href="#Note_91_79" class="fnanchor">[91]</a> et revenu avec Riesener.</p>
-
-<p>Je dînais chez Chabrier; Vieillard y était, et Poinsot qui a été
-aimable. J'étais fatigué de ma journée: ce sont trop d'allées et venues
-pour une petite constitution.</p>
-
-<p>Poinsot nous raconte que Charles<a name="NoteRef_92_80" id="NoteRef_92_80"></a><a href="#Note_92_80" class="fnanchor">[92]</a>, le physicien, se trouvant traqué
-pendant la Révolution et n'ayant que cinq ou six sous à dépenser pour
-sa nourriture, ne<span class="pagenum"><a name="Page_66" id="Page_66">[p. 66]</a></span> vécut pendant un mois que de pain et d'eau; au bout
-d'un mois, il s'aperçut qu'il perdait sensiblement des forces; il y
-joignit alors du fromage, et les forces lui revinrent.</p>
-
-<p>&mdash;Penser à trouver une palette qu'on puisse mettre dans l'eau.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>12 <i>août.</i>&mdash;Mon cher Guillemardet vient dîner avec moi. Causerie sans
-fin à table et promenade sur le boulevard jusqu'à onze heures.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>15 <i>août.</i>&mdash;Le matin, déjeuné à l'Hôtel de ville et au <i>Te Deum</i>
-ensuite. Grande impression de cette foule en robe de toutes couleurs
-et en habits brodés: la musique, l'évêque, tout cela est fait pour
-émouvoir; l'église m'a paru, comme toujours, une des mieux faites pour
-élever et frapper.</p>
-
-<p>Réception chez l'Empereur.</p>
-
-<p>Rentré fatigué; le soir, promenade solitaire faite avec beaucoup de
-plaisir; je m'amuse des illuminations; je crois que c'est la première
-fois que la foule ne me cause pas d'ennuis.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>18 <i>août.</i>&mdash;Arrivée de la reine d'Angleterre. Je sors de l'église vers
-trois heures pour rentrer chez moi. Point de voiture! Paris est fou
-ce jour-là; on ne rencontre que corps de métiers, femmes de la halle,
-filles vêtues de blanc, tout cela bannière en tête et se poussant pour
-faire bonne réception.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_67" id="Page_67">[p. 67]</a></span></p>
-
-<p>Le fait a été que personne n'a rien vu, la Reine étant arrivée à la
-nuit; je lai regretté pour toutes ces bonnes gens qui y allaient
-de tout leur cœur; j'étais invité par Pastoret à aller voir le
-cortège chez lui; j'ai trouvé là Feuillet<a name="NoteRef_93_81" id="NoteRef_93_81"></a><a href="#Note_93_81" class="fnanchor">[93]</a>, Beauchesne<a name="NoteRef_94_82" id="NoteRef_94_82"></a><a href="#Note_94_82" class="fnanchor">[94]</a>, qui m'a
-recommandé son fils, candidat aux bourses de l'école de Saint-Cyr<a name="NoteRef_95_83" id="NoteRef_95_83"></a><a href="#Note_95_83" class="fnanchor">[95]</a>.</p>
-
-<p>Revenu au milieu d'une cohue épouvantable.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>23 <i>août.</i>&mdash;Bal à l'Hôtel de ville pour la reine d'Angleterre; chaleur
-affreuse.</p>
-
-<p>J'y trouve Alberthe et sa fille; j'ai fait le tour de l'Hôtel de ville
-deux ou trois fois pour conquérir un verre de punch; j'étais glacé,
-tant j'étais baigné de sueur. Quelles insipides réunions!</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>25 <i>août.</i>&mdash;À Versailles, ce soir. Illuminations devant le château, etc.</p>
-
-<p>Je ne revois pas avec le plaisir que j'attendais la <i>Bataille
-d'Aboukir</i><a name="NoteRef_96_84" id="NoteRef_96_84"></a><a href="#Note_96_84" class="fnanchor">[96]</a>: la crudité des tons est extrême; l'enchevêtrement de
-ces hommes et de ces chevaux est un peu inexcusable.</p>
-
-<p>Revenu par un clair de lune magnifique, et seul. J'ai passé par cette
-route de Saint-Cloud, qui m'a rappelé de si bons moments de ma vie de
-1826 à 1830.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_68" id="Page_68">[p. 68]</a></span></p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>26 <i>août.</i>&mdash;J'ai eu la visite de la très aimable princesse de
-Wittgenstein<a name="NoteRef_97_85" id="NoteRef_97_85"></a><a href="#Note_97_85" class="fnanchor">[97]</a> et de sa fille, celle pour laquelle Liszt m'avait
-demandé un dessin; je dois la revoir et dîner chez elle mardi.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>27 <i>août.</i>&mdash;Je suis dans un mauvais moment; je retourne à l'église,
-après une interruption de huit jours; j'y travaille péniblement; la
-chaleur est affreusement continue.</p>
-
-<p>Le soir, je vais voir l'exposition de l'école de dessin de Lequien
-fils. J'y trouve Wey<a name="NoteRef_98_86" id="NoteRef_98_86"></a><a href="#Note_98_86" class="fnanchor">[98]</a> et ses fils; il me promet de me donner le
-dessin de Fedel, d'après moi, fait il y a une quarantaine d'années et
-si remarquable. Wey me dit que c'est la seule chose remarquable faite
-d'après moi.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>28 <i>août.</i>&mdash;Dîné chez l'aimable princesse de Wittgenstein; elle avait
-un certain comte d'Iri ou d'Uri et un Allemand assez contradicteur et
-ennuyeux.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>30 <i>août.</i>&mdash;Soulié m'avait écrit qu'il viendrait au courant de
-septembre ou fin d'août. Je lui ai demandé de venir dîner aujourd'hui.
-J'ai écrit à Villot qui s'est<span class="pagenum"><a name="Page_69" id="Page_69">[p. 69]</a></span> excusé, étant souffrant; à Riesener et à
-Schwiter. Le dîner a été gai, et j'en ai été heureux.</p>
-
-<p>Le matin, travaillé beaucoup à l'église, inspiré par la musique et les
-chants d'église. Il y a eu un office extraordinaire à huit heures;
-cette musique me met dans un état d'exaltation favorable à la peinture.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>31 <i>août.</i>&mdash;Sorti vers trois heures pour voir des logements rues
-d'Amsterdam, Pigalle, etc.</p>
-
-<p>Chez Schwiter<a name="NoteRef_99_87" id="NoteRef_99_87"></a><a href="#Note_99_87" class="fnanchor">[99]</a>, j'ai été frappé là, en voyant sa propre peinture
-et le portrait de West, de Lawrence, ainsi que des gravures d'après
-Reynolds, de l'influence fâcheuse de toute <i>manière.</i> Ces Anglais,
-et Lawrence tout le premier, ont copié aveuglement leur grand-père
-Reynolds, sans se rendre compte des entorses qu'il donnait à la vérité;
-ces licences, qui ont contribué à donner à sa peinture une sorte
-d'originalité, mais qui sont loin d'être justifiables, l'exagération
-pour l'effet et même les effets complètement faux qui en sont la
-conséquence, ont décidé du style de tous ses suivants, ce qui donne
-à toute cette école un air factice que ne rachètent pas certaines
-qualités. Ainsi la tête de West, qui est peinte dans la lumière la
-plus vive, est accompagnée d'accessoires tels que les vêtements, un
-rideau, etc., qui ne participent nullement à cette lumière; en un mot,
-elle est dépourvue de toute raison; il s'ensuit qu'elle est fausse
-et l'ensemble<span class="pagenum"><a name="Page_70" id="Page_70">[p. 70]</a></span> maniéré. Une tête de Van Dyck ou de Rubens, placée à
-côté de semblables résultats, les place tout de suite dans les rangs
-les plus secondaires. (Rapprocher ceci de ce que j'ai écrit quelques
-jours plus tard à Dieppe sur l'imitation naïve et l'influence des
-écoles.)<a name="NoteRef_100_88" id="NoteRef_100_88"></a><a href="#Note_100_88" class="fnanchor">[100]</a>.</p>
-
-<p>La vraie supériorité, comme je l'ai dit quelque part dans ces petits
-souvenirs, n'admet aucune excentricité. Rubens est emporté par son
-génie et se livre à des exagérations qui sont dans le sens de son idée
-et fondées toujours sur la nature.</p>
-
-<p>De prétendus hommes de génie comme nous en voyons aujourd'hui, remplis
-d'affectation et de ridicule, chez lesquels le mauvais goût le dispute
-à la prétention, dont l'idée est toujours obscurcie par des nuages,
-qui portent, même dans leur conduite, cette bizarrerie qu'ils croient
-un signe de talent, sont des fantômes d'écrivains, de peintres et
-de musiciens. Ni Racine, ni Mozart, ni Michel-Ange, ni Rubens, ne
-pouvaient être ridicules de cette façon-là; le plus grand génie n'est
-qu'un être supérieurement raisonnable. Les Anglais de l'école de
-Reynolds ont cru imiter les grands coloristes flamands et italiens; ils
-ont cru, en faisant des tableaux enfumés, faire des tableaux vigoureux;
-ils ont imité le rembrunissement que le temps donne à tous les tableaux
-et surtout cet éclat factice que causent les dévernissages successifs
-qui rembrunissent certaines parties en donnant aux<span class="pagenum"><a name="Page_71" id="Page_71">[p. 71]</a></span> autres un éclat qui
-n'était pas dans l'intention des maîtres. Ces altérations malheureuses
-leur ont fait croire, comme dans le portrait de West, qu'une tête
-pouvait être très brillante à côté de vêtements complètement dépourvus
-de lumière, et que des fonds pouvaient être très obscurs derrière des
-objets éclairés: ce qui est de toute fausseté.</p>
-
-<hr class="b2" />
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_88_76" id="Note_88_76"></a><a href="#NoteRef_88_76"><span class="label">[88]</span></a> L'amiral <i>Théodore Deloffre</i> (1787-1865) fut
-successivement préfet maritime à Cherbourg et membre du Bureau des
-longitudes.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_89_77" id="Note_89_77"></a><a href="#NoteRef_89_77"><span class="label">[89]</span></a> Voir ce que nous avons dit dans notre Étude, p. LI-LII,
-sur l'impartialité de Delacroix touchant les contemporains en général
-et Courbet en particulier.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_90_78" id="Note_90_78"></a><a href="#NoteRef_90_78"><span class="label">[90]</span></a> Le <i>baron Rivet</i>, qui s'était éloigné de la politique
-depuis 1852 pour se consacrer à l'administration du chemin de fer de
-l'Ouest, habitait alors aux portes de Versailles, au grand Montreuil,
-une propriété occupée, avant la Révolution, par deux des filles de
-Louis XV, Mesdames Victoire et Adélaïde de France.
-</p>
-<p>
-Le mariage auquel Delacroix fait allusion est celui de la fille aînée
-de M. Rivet, qui épousa, en 1855, M. Bourdeau de Lajudie. La mère de M.
-Rivet, dont parle ici Delacroix, était fille du général de Gilibert,
-dernier sous-gouverneur des Invalides sous la monarchie, et veuve de
-M. Léonard Rivet, ancien aide de camp de Dugommier, créé baron comme
-préfet de l'Empire, et qui fut plus tard député sous la monarchie de
-Juillet.
-</p>
-<p>
-<i>Pierre Rivet</i>, neveu de Mme Rivet mère, était grand amateur de
-peinture et fervent admirateur de Delacroix.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_91_79" id="Note_91_79"></a><a href="#NoteRef_91_79"><span class="label">[91]</span></a> <i>Alexandre Colin.</i></p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_92_80" id="Note_92_80"></a><a href="#NoteRef_92_80"><span class="label">[92]</span></a> <i>Jacques-Alexandre-César Charles</i> (1746-1823), physicien,
-a popularisé en France les découvertes de Franklin et des frères
-Montgolfier. Lors de la création de l'Institut, il entra l'un des
-premiers à l'Académie des sciences, et en devint par la suite le
-secrétaire.</p></div> <div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_93_81" id="Note_93_81"></a><a href="#NoteRef_93_81"><span class="label">[93]</span></a> <i>Feuillet de Couches.</i> Voir t. II, p. 177,
-en note.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_94_82" id="Note_94_82"></a><a href="#NoteRef_94_82"><span class="label">[94]</span></a> <i>Du Bois de Beauchesne.</i> Voir t. II, p. 375, en note.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_95_83" id="Note_95_83"></a><a href="#NoteRef_95_83"><span class="label">[95]</span></a> <i>Henri Du Bois de Beauchesne</i>, aujourd'hui général de
-brigade.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_96_84" id="Note_96_84"></a><a href="#NoteRef_96_84"><span class="label">[96]</span></a> Delacroix a, d'autre part, exprimé toute son admiration
-pour le talent du baron <i>Gros.</i> (Voir t. I, p. 374, et t. II, p. 351,
-352 et 429.)</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_97_85" id="Note_97_85"></a><a href="#NoteRef_97_85"><span class="label">[97]</span></a> La princesse <i>de Wittgenstein</i> était l'amie et
-l'admiratrice passionnée de Liszt; il fut un moment question, en 1861,
-du mariage de la princesse avec le grand artiste; mais celui-ci devait
-entrer trois ans plus tard dans les ordres.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_98_86" id="Note_98_86"></a><a href="#NoteRef_98_86"><span class="label">[98]</span></a> <i>Francis Wey</i> (1812-1882), littérateur et philologue,
-avait été nommé en 1852 inspecteur général des Archives
-départementales. Il fut également, de 1853 à 1865, président de la
-Société des gens de lettres.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_99_87" id="Note_99_87"></a><a href="#NoteRef_99_87"><span class="label">[99]</span></a> Le baron <i>Schwiter</i> devait être un des légataires de
-Delacroix, qui lui laissa par testament divers tableaux anciens.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_100_88" id="Note_100_88"></a><a href="#NoteRef_100_88"><span class="label">[100]</span></a> Voir plus loin, p. <a href="#Page_95">95</a> et <a href="#Page_96">96</a>.</p></div>
-
-<hr class="b2" />
-
-<p>7 <i>septembre.</i>&mdash;Le matin, chez Dupré. Vu sa maison: très séduit par cet
-air riant.</p>
-
-<p>Dîné chez Mme de Forget avec Mme Dufays, et revu là M. Jouaut, que je
-n'avais pas vu depuis 1830. Il passé des années en Russie; ce n'est
-plus le beau garçon de ce temps-là. Il me dit que le changement le
-plus considérable qu'il trouve en moi, c'est que je parle moins vite
-qu'autrefois et que ma voix est changée.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>10 <i>septembre.</i>&mdash;Parti à huit heures par le train express pour aller
-à Crose<a name="NoteRef_101_89" id="NoteRef_101_89"></a><a href="#Note_101_89" class="fnanchor">[101]</a>. Voyage très rapide jusqu'à Argenton par l'express,
-mais toutes sortes de malheurs à partir de là. Arrivé à Argenton
-attendant mes paquets une heure dans la boue et sous la pluie, avant de
-m'installer dans cette affreuse petite voiture où j'ai fait un voyage
-si insupportable, entre l'enfant qui pissait et les trois femmes qui
-vomissaient.</p>
-
-<p>Je reste à Limoges, tenté un instant de revenir et de m'excuser comme
-je pouvais.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_72" id="Page_72">[p. 72]</a></span></p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>11 <i>septembre.</i>&mdash;Arrivé à Limoges vers onze heures, je m'installe pour
-la journée à l'hôtel du <i>Grand Périgord</i>; je fais un déjeuner dont
-j'avais besoin après l'insupportable voyage. Je vois la ville, le
-musée, l'église Saint-Pierre, la cathédrale, Saint-Michel.</p>
-
-<p>La cathédrale est inachevée, la nef manque. En général, les églises de
-tout ce pays sont d'une obscurité lugubre. Je me suis endormi dans la
-cathédrale.</p>
-
-<p>À Saint-Michel, près du musée, où je suis revenu en dernier lieu, j'en
-ai fait autant. Ces petits repos m'ont remis tout à fait.</p>
-
-<p>Je me suis fait raser par un frater et suis venu dîner vers quatre
-heures et demie. Excellentissimes champignons, inconnus à Paris.</p>
-
-<p>Je pars à six heures pour Brive. Dans le coupé, tête à tête avec un
-brigadier de gendarmerie, très convenable: tête superbe. Il me quitte
-vers neuf heures. Je passe une bonne nuit, tantôt dormant, tantôt
-voyant passer à la lueur des quinquets de la voiture le bizarre pays
-que je traverse... Uzerche, etc., que je regrette de ne pas voir de
-jour.</p>
-
-<p>Je pensais, en voyant des objets véritablement bizarres, à <i>ce petit
-monde</i> que l'homme porte en lui. Les gens qui disent que l'homme
-apprend tout par l'éducation sont des imbéciles, y compris les
-grands philosophes qui ont soutenu cette thèse. Quelque singuliers
-et inattendus que soient les spectacles qui s'offrent à nos yeux,
-ils ne nous surprennent jamais<span class="pagenum"><a name="Page_73" id="Page_73">[p. 73]</a></span> complètement; il y a en nous un écho
-qui répond à toutes les impressions: ou nous avons vu cela ailleurs,
-ou bien toutes les combinaisons possibles des choses sont à l'avance
-dans notre cerveau. En les retrouvant dans ce monde passager, nous ne
-faisons qu'ouvrir une case de notre cerveau ou de notre âme. Comment
-expliquer autrement la puissance incroyable de l'imagination et, comme
-dernière preuve, cette puissance incroyable qui est relativement
-incomparable dans l'enfance? Non seulement j'avais autant d'imagination
-dans l'enfance et dans la jeunesse<a name="NoteRef_102_90" id="NoteRef_102_90"></a><a href="#Note_102_90" class="fnanchor">[102]</a>, mais les objets, sans me
-surprendre davantage, me causaient des impressions plus profondes ou
-des ravissements incomparables; où aurais-je pris auparavant toutes ces
-impressions?</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>12 <i>septembre.</i>&mdash;Arrivé à Brive à dix heures. François était venu m'y
-chercher, et reparti.</p>
-
-<p>Je parcours la ville, qui est très jolie; l'église romane, où on
-a peint des cannelures et des caissons; le collège ou séminaire,
-charmante architecture de la Renaissance.</p>
-
-<p>Je pars à midi et demi et suis à Crose vers trois heures; je ne puis
-vaincre, tout le long du voyage, une somnolence extrême. Frappé de la
-vue de Turenne et de ses ruines. Beaucoup d'émotion en arrivant.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_74" id="Page_74">[p. 74]</a></span></p>
-
-<p>Promenade avec François<a name="NoteRef_103_91" id="NoteRef_103_91"></a><a href="#Note_103_91" class="fnanchor">[103]</a> dans les allées d'herbes, les arbres
-fruitiers, figuiers; cette nature me plaît et réveille en moi de douces
-impressions; la bonne Mme Verninac heureuse de me voir et me tutoyant.
-La femme de François est très bien.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>13, 14 <i>et</i> 15 <i>septembre.</i>&mdash;Tous ces jours jusqu'à dimanche, jour
-de mon départ, la même vie à peu près; je suis seul, suivant mes
-habitudes, jusqu'au déjeuner. L'avant-dernier jour, le 15, je dessine
-une partie de la journée les montagnes, de ma fenêtre. Je dessine après
-déjeuner et par la chaleur le joli vallon où François a planté des
-peupliers; je suis charmé de cet endroit; je remonte par un soleil que
-je trouve cuisant et qui me fait toujours une impression de fatigue
-pour le reste de la journée; je cueille avec délices quelques figues,
-quelques pêches; bien entendu que je m'accuse de mes larcins.</p>
-
-<p>Comment décrire ce que je trouve charmant dans ce lieu?... C'est un
-mélange de toutes les émotions agréables et douces au cœur et à
-l'imagination: je pense aux lieux que j'ai vus avec un calme bonheur
-dans ma jeunesse, je pense en même temps à mes chers amis, à mon bon
-frère, à mon cher Charles, à ma bonne sœur! Seul comme je suis à
-présent, il me semblait dans ce lieu, dans ce pays déjà méridional, me
-retrouver avec ces êtres chers dans la Touraine,<span class="pagenum"><a name="Page_75" id="Page_75">[p. 75]</a></span> dans la Charente,
-lieux qui sont beaux pour moi, beaux pour mon cœur.</p>
-
-<p>La négligence qui est partout dans ce pauvre Crose, et qui m'avait
-choqué d'abord, avait fini par me plaire: rien n y ressemble à nos
-habitations d'aujourd'hui... L'herbe pousse où elle veut, la maison se
-conserve toute seule.</p>
-
-<p>Promenade à Turenne<a name="NoteRef_104_92" id="NoteRef_104_92"></a><a href="#Note_104_92" class="fnanchor">[104]</a> un de ces jours; la première fois, elle
-avait été marquée par l'événement de la fuite des deux juments, après
-lesquelles on avait couru longtemps. Le jour que nous y sommes allés,
-il faisait une pluie diluvienne; j'ai été pourtant satisfait de cette
-excursion; ce château perché sur le rocher, comme sur un piédestal, est
-tout à fait extraordinaire<a name="NoteRef_105_93" id="NoteRef_105_93"></a><a href="#Note_105_93" class="fnanchor">[105]</a>.</p>
-
-<p>Nous faisons ces courses avec le jeune Dussol, très bon garçon, qui a
-dîné presque tous les jours avec nous.</p>
-
-<p>L'église de Turenne remarquable par un grand air; sa simplicité et même
-son dénuement ne lui nuisent pas.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>16 <i>septembre.</i>&mdash;Parti à sept heures pour Brive avec François et
-Dussol. Nous rencontrons en route<span class="pagenum"><a name="Page_76" id="Page_76">[p. 76]</a></span> le médecin Masseur, et ensuite la
-servante de François avec sa charmante sœur, celle que j'avais vue
-en guenilles et pieds nus auprès des chevaux, le jour de la course à
-Turenne; cette fois, elle était vêtue coquettement et allait à Brive
-pour faire des emplettes pour sa noce qui est dans huit jours; son mari
-sera un heureux drôle pendant quelques moments... C'est de l'espèce la
-plus fine et la plus piquante, la blonde armée de tous ses attraits
-particuliers et qui sont incomparables. Je l'avais bien devinée la
-première fois.</p>
-
-<p>Nous parcourons la ville, après avoir assuré ma place pour une heure,
-pour Périgueux et Angoulême; nous allons au séminaire, où je dessine,
-et nous revenons déjeuner.</p>
-
-<p>Ce déjeuner, à cette heure, m'a rendu toute la journée insensible aux
-beautés du pays que je traversais. La chaleur aussi était excessive; le
-coupé de cette diligence était affreux: pas une vitre ne tenait, j'ai
-été tantôt grillé par le soleil, tantôt gelé sans pouvoir m'en défendre
-par le courant d'air établi entre les deux portières.</p>
-
-<p>Dans la première partie du voyage, je guettais la maison de campagne de
-Mme Rivet, que définitivement je n'ai pas vue.</p>
-
-<p>Il y avait avec moi dans le coupé un gros et frais jeune homme qui
-m'a conté, avec un grand contentement de lui-même, qu'il venait de
-Limoges où il avait été faire emplettes de ses cadeaux de noces pour
-une<span class="pagenum"><a name="Page_77" id="Page_77">[p. 77]</a></span> jeune personne qu'il allait épouser aussi dans huit jours; je
-n'ai côtoyé ainsi, au milieu de mes souffrances, que des gens heureux
-ou sur le point de l'être. Il m'a fait entendre, en relevant à tout
-moment sa petite moustache blonde, que sa situation ne lui permettait
-pas d'aspirer à ce parti, mais que ses avantages extérieurs lui avaient
-valu cette aubaine, dont il rendait grâces au dieu Cupidon. Mon homme,
-plus amoureux de lui-même que de sa future, fleur de provincial et de
-Périgourdin, me quitta sur la route, non sans m'avoir fait admirer de
-loin la propriété, la maison la plus belle du pays, disait-il, enfin
-toutes les solides perfections que l'amour jetait à ses pieds, sans
-compter celle de la jeune infante; il a oublié de me dire si cette
-dernière était douée de grâces et d'attraits; mais ce n'était pas là la
-partie intéressante pour lui.</p>
-
-<p>Je traverse, jusqu'à Périgueux, le pays le plus riche et le plus riant,
-mais toujours sous le poids de cette chaleur ou de ce vent cuisant.</p>
-
-<p>J'arrive à Périgueux à la chute complète du jour; une jeune femme toute
-pimpante m'avait été donnée pour compagne de prison dans la boîte
-incommode où je me trouvais, une poste avant la ville; je traverse
-cette jolie ville au milieu des transparents et des illuminations, à
-propos des bonnes nouvelles de Sébastopol.</p>
-
-<p>Je m'informe des places; je suis forcé de changer mes combinaisons.
-J'irai à Montmoreau prendre le<span class="pagenum"><a name="Page_78" id="Page_78">[p. 78]</a></span> chemin de fer par Ribérac dans une
-espèce de cabriolet portant les dépêches, et je vais dîner à l'hôtel
-<i>de France</i>, en face du bureau de la voiture.</p>
-
-<p>Le repas assez médiocre, servi par une fille très piquante, quoique
-déjà mûre, me fait merveille; il n'est pas trop gâté par le voisinage
-de commis voyageurs, dont la langue est la même partout et un mélange
-curieux d'ineptie et de fatuité; j'avais déjà déjeuné à Brive quand j'y
-arrivai de Limoges, en attendant l'heure de partir pour Grose, avec une
-réunion semblable.</p>
-
-<p>À Périgueux, après dîner et en payant à Mme l'hôtesse mes 3 fr. 50,
-j'admire la rotondité de sa robe à la mode et cette magnifique toilette
-qu'elle promène, de la cour à la cuisine et à la salle à manger. Je
-sors enchanté de tout ce que je voyais et particulièrement de la beauté
-des femmes que je trouve, dans tous les environs, on ne peut plus
-piquantes. Je me promène assez tard sur la grande promenade remplie
-de promeneurs de tous étages, de marchands forains, de musiques, de
-faiseurs de tours et de loteries. Je trouve même de la <i>vraie beauté</i>,
-le piquant uni à une grâce et à une correction qui n'est pas dans le
-Nord et que Paris n'offre jamais.</p>
-
-<p>Enfin, je pars à neuf heures, je crois. Arrangement qui me paraît
-d'abord impossible et qui finit par aller tant bien que mal; mon grand
-manteau me rend grand service, serré, emboîté et enveloppé jusque
-par-dessus les yeux, de peur du serein; je finis par<span class="pagenum"><a name="Page_79" id="Page_79">[p. 79]</a></span> m'engourdir et
-enfin j'arrive à Ribérac vers deux heures du matin.</p>
-
-<p>Arrivée dans cette petite ville où quelques chandelles achevaient
-de brûler aux fenêtres, en témoignage de l'allégresse, mais dans
-une solitude complète. Entrée sous cette remise d'auberge; prise de
-possession d'une chambre, où j'ai dormi tout habillé et profondément
-jusqu'à cinq heures du matin.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>17 <i>septembre.</i>&mdash;Parti joyeux pour Montmoreau. Réveillé le matin à
-Ribérac et juché dans le coupé, avec un jeune militaire et un bon
-Périgourdin qui me parle de son vin; et tout ce que je vois m'enchante;
-le soleil levant donne à cette jolie et riche nature un attrait
-inexprimable. La ressemblance de ce pays avec ma chère forêt réveille
-encore des souvenirs délicieux. En traversant des parties de bois, je
-crois être avec mon cher Charles et le bon Albert, quand nous allions
-chasser, par la rosée, sous les bois et dans les vignes... Point de
-description pour de si douces pensées!</p>
-
-<p>Je remarque, de Ribérac à Montmoreau, les vignes grimpant aux arbres
-ou à des perches qui les soutiennent, à la manière italienne; cela
-est fort joli et fort pittoresque, et ferait bien en peinture; mon
-voisin le militaire, joli jeune homme, qui revient peu enthousiasmé de
-la Crimée où il a eu les pieds gelés, me dit que cette méthode n'est
-pas la meilleure, sinon pour la vigne elle-même, au moins pour les
-productions<span class="pagenum"><a name="Page_80" id="Page_80">[p. 80]</a></span> qui l'environnent, à cause de l'ombre qui résulte de cet
-arrangement. Mon chasseur de Vincennes me dit que les Anglais sont des
-<i>soldats de parade qui s'en vont trop tôt</i>, malgré la renommée de leur
-ténacité. Peut-être, en bons alliés, faisons-nous pour eux, à l'égard
-de la bravoure, ce qu'on fait pour les avares dont on veut tirer
-quelque chose en les louant de leur générosité...</p>
-
-<p>J'arrive à Montmoreau; je suis conduit droit au chemin de fer, où je
-m'encage vers onze heures et demie.</p>
-
-<p>À Angoulême, rencontre de Mme Duriez<a name="NoteRef_106_94" id="NoteRef_106_94"></a><a href="#Note_106_94" class="fnanchor">[106]</a>, de sa fille, de son gendre
-et de son petit-fils. Je les aide à monter en voiture; cette rencontre
-qui était dans les décrets du destin, puisque je m'étais flatté
-d'aller les voir à Hurtebize, a rajeuni de bons sentiments et de bons
-souvenirs; mais j'étais déjà fatigué de tous mes mouvements des jours
-passés; le repos, pendant cette route, m'eût été nécessaire; j'aurais
-traversé avec plus de plaisir, avec le recueillement nécessaire, ces
-pays aimés pleins de tristesse et de doux souvenirs; au lieu de cela,
-chaleur étouffante, conversation soutenue jusqu'au soir, mille sujets
-d'une fatigue qui a duré et s'est prolongée à Strasbourg.</p>
-
-<p>Dîner incroyable à Orléans; véritable pillage dans la salle où tous ces
-voyageurs pressés s'arrachaient les morceaux et se tiraient les chaises
-et les plats.</p>
-
-<p>J'arrive à Paris à près de dix heures.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_81" id="Page_81">[p. 81]</a></span></p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>18 <i>septembre.</i>&mdash;Je m'étais flatté que je pourrais repartir le matin
-pour Strasbourg. Ma fatigue est extrême; je reste au lit ou sur mon
-lit. Je ne sors que pour dîner à la taverne flamande de la rue de
-Provence. Je rentre fermer mes malles et je pars à huit heures du soir.
-Je ne puis dormir pendant cette route. Bon ménage, orné d'un enfant à
-la mamelle tenu par une Alsacienne en costume et d'un enfant de huit à
-dix ans qui m'a donné des coups de pied pendant toute la route.</p>
-
-<p>Au jour, et avant d'arriver, je suis frappé des montagnes boisées avant
-Saverne et de la terre rouge qui abonde en ce pays.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p><i>Strasbourg</i>, 19 <i>septembre.</i>&mdash;J'arrive vers huit heures; je vais à
-pied chez les bons cousins<a name="NoteRef_107_95" id="NoteRef_107_95"></a><a href="#Note_107_95" class="fnanchor">[107]</a>. J'accompagne le long des canaux et de
-la rivière l'homme qui traîne mon bagage; je trouve les bons cousins en
-train de déjeuner. Joie de me voir et moi heureux de les embrasser; je
-me sens de la fatigue; je dors sur le canapé du salon; le dîner, qui
-vient ensuite et de trop bonne heure, continue le trouble des jours
-précédents.</p>
-
-<p>Après dîner, le cousin me mène au casino, où il m'inscrit; je n'ai pas
-abusé beaucoup de la faveur qui m'était faite; il me fait assister là à
-une réunion des membres du bureau de la Société rhénane des amis<span class="pagenum"><a name="Page_82" id="Page_82">[p. 82]</a></span> des
-arts; séance peu récréative qui heureusement ne dure pas longtemps.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>20 <i>septembre.</i>&mdash;Au déjeuner que je fais avec les cousins et encore
-trop tôt, arrive Schiller le graveur<a name="NoteRef_108_96" id="NoteRef_108_96"></a><a href="#Note_108_96" class="fnanchor">[108]</a> qui m'a connu chez Guérin,
-quand je commençais à n'y plus aller; il a su mon arrivée par un des
-membres d'hier et se met à ma disposition. Nous allons voir chez M.
-Simonis le superbe Corrège: <i>Vénus désarmant l'Amour</i>; je ne l'estime
-pas d'abord tout ce qu'il vaut.</p>
-
-<p>Je regrette bien vivement de n'écrire ceci que trois semaines après
-l'impression que j'en ai reçue: la science, la grâce, le balancement
-des lignes, le charme de la couleur, les licences hardies, tout se
-réunit dans ce charmant ouvrage; certains contours durs m'avaient
-alarmé; je remarque ensuite qu'ils sont parfaitement motivés par la
-nécessité de détacher des parties d'une manière tranchée.</p>
-
-<p>Autres beaux tableaux dans le même endroit, mais le souvenir se
-confond: ce sont des flamands, c'est tout dire. Belle tête de Van Dyck:
-homme en armes.</p>
-
-<p>Nous allons au musée, à la mairie; j'y vois une assez bonne copie de
-mon <i>Dante</i>, faite par Brion<a name="NoteRef_109_97" id="NoteRef_109_97"></a><a href="#Note_109_97" class="fnanchor">[109]</a>, un jeune homme qui a fait de bons
-sujets d'Alsace. Je<span class="pagenum"><a name="Page_83" id="Page_83">[p. 83]</a></span> vois là des choses assez curieuses: une figure nue
-d'homme, de Heim<a name="NoteRef_110_98" id="NoteRef_110_98"></a><a href="#Note_110_98" class="fnanchor">[110]</a>; cet homme avait un sentiment dans le sentiment
-des maîtres italiens; ce tableau est très gâté; je vois là son dernier
-grand tableau, exposé il y a deux ans<a name="NoteRef_111_99" id="NoteRef_111_99"></a><a href="#Note_111_99" class="fnanchor">[111]</a>, roulé depuis ce temps et
-laissé dans un coin comme on l'a apporté. Voilà comment les musées de
-province traitent les tableaux.</p>
-
-<p>Je rencontre avec Schüler, qui m'a mené voir l'horloge rajeunie de la
-cathédrale, M. Klotz, l'architecte, frère de Mme Petiti: il me fait les
-honneurs de la <i>Maison d'œuvre</i>, et m'autorise à y dessiner.</p>
-
-<p>Le soir, avec la bonne cousine, chez Hervé: la joie de ce bon et cher
-homme à me revoir; il y a de cela quarante-cinq à quarante-huit ans.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>21 <i>septembre.</i>&mdash;Le lendemain, je suis tout à fait indisposé; je reste
-couché une partie de la journée; j'ai peine à me dérober aux remèdes de
-la bonne cousine. Hervé vient me voir pendant que je suis couché. La
-journée se passe ainsi.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>23 <i>septembre.</i>&mdash;J'écris à Mme de Forget une lettre qui exprime bien
-mes ennuis de voyage:</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_84" id="Page_84">[p. 84]</a></span></p>
-
-<p>«J'ai été fort longtemps sans vous écrire; c'est que j'ai fait le
-voyage le plus contrarié, je n'oserais pas dire le plus malheureux,
-puisque j'y ai eu quelques bons moments en retrouvant des personnes que
-j'aime; mais tout a été en dépit de mes prévisions et de mes petites
-convenances.</p>
-
-<p>J'ai traversé Paris en revenant du Périgord, pour aller à Strasbourg,
-d'où je vous écris, souffrant, mal disposé pour achever ce qui me
-reste à faire, brisé par tous ces soubresauts et ces changements de
-régime et de condition. J'ai trouvé dans le pays de mon beau-frère des
-personnes que je n'avais pas vues depuis mon extrême jeunesse. Tout
-cela est attendrissant et attristant; mais encore il y a des émotions
-délicieuses qui s'y mêlent. Les communications dans tous les pays qui
-ne sont pas traversés par les chemins de fer sont intolérables: on est
-jeté dans d'affreuses carrioles, entassé et confondu avec toute la
-famille possible; c'est à tous ces inconvénients que je n'ai pas pu
-résister, et quoiqu'à la veille précisément d'aller faire à Baden un
-tour de quelques jours, je n'entrevois qu'avec ennui toute espèce de
-déplacement.</p>
-
-<p>J'ai plus d'une fois envié votre calme philosophique, dans votre
-jardin, que vous n'êtes pas obligée d'aller chercher à travers des
-ennuis de toute sorte. Restez-y donc et ne bougez pas; je ne serai ici
-que jusqu'à la fin du mois; je pars, n'étant rien moins que reposé par
-ma villégiature. Peut-être, comme on a retardé<span class="pagenum"><a name="Page_85" id="Page_85">[p. 85]</a></span> jusqu'au 15 octobre la
-reprise du jury de peinture, irai-je passer quinze jours francs à me
-refaire tout seul, au bord de la mer.</p>
-
-<p>Je vous conterai mes impressions de Baden, où tout le monde ici
-m'envoie. C'est demain ou après-demain que je m'embarque pour cette
-vallée de Tempe.</p>
-
-<p>Je n'ose vous prier de me répondre, à moins que ce ne soit très
-promptement, comme vous voyez.»</p>
-
-
-<p>Je vais, après dîner, avec la cousine, chez Schüler que je trouve
-peignant des paysages; il devait nous mener voir le tombeau du maréchal
-de Saxe. Ou plutôt je crois que c'est hier ceci, et aujourd'hui que j'y
-ai été le soir avec la cousine.</p>
-
-<p>Vu les momies et le tombeau; j'en parle dans mes souvenirs de Baden.</p>
-
-<p>Un de ces matins, chez Ferdinand Lamey: vu son jardin, etc., etc.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p><i>Baden</i>, 25 <i>septembre.</i>&mdash;Parti de Strasbourg à huit heures; traversé
-la citadelle; jolie route qui me rappelle Anvers et la Belgique.
-Traversé le Rhin, arrivé à Baden vers quatre heures. Belles montagnes
-de loin se confondant avec l'horizon: le temps un peu brouillé après
-mon installation au <i>Cerf.</i> À peine arrivé, et comme à l'ordinaire,
-tout me semble triste, et je suis certain de m'ennuyer ici.</p>
-
-<p>Je fais une aquarelle des montagnes, de ma fenêtre.<span class="pagenum"><a name="Page_86" id="Page_86">[p. 86]</a></span> Je sors, je
-rencontre Séchan<a name="NoteRef_112_100" id="NoteRef_112_100"></a><a href="#Note_112_100" class="fnanchor">[112]</a>, peu après Mme Kalergi. Séchan me mène voir ses
-travaux vraiment surprenants par la dextérité employée à tout envoyer
-de Paris, tout fait. Je vois Lanton avec lui qui, habitant Baden, est
-enivré de Baden: tout lui semble charmant; les femmes s'offrent à qui
-mieux mieux; on y déjeune, on y dîne, on y chasse le lendemain.</p>
-
-<p>Benazet m'invite à cette chasse, et je refuse, malgré sa politesse.</p>
-
-<p>Le soir, après dîner, promenade solitaire, où il faut convenir que je
-m'ennuie un peu malgré Lanton. J'entre à la <i>Conversation</i>, où je vois
-jouer. Je suis travaillé tout à coup entre la nécessité de faire des
-excursions sur les imitations de Séchan, affaire de conscience, et le
-désir de ne pas bouger, plus conforme à ma nature.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p><i>Baden, en arrivant</i>, 25 <i>septembre.</i>&mdash;J'ai vu hier, à Strasbourg,
-avec la bonne cousine Lamey, à l'église Saint-Thomas, le tombeau du
-maréchal de Saxe: c'est le meilleur exemple de l'inconvénient que je
-signale. L'exécution des figures est merveilleuse, mais elles<span class="pagenum"><a name="Page_87" id="Page_87">[p. 87]</a></span> vous
-font presque peur, tant elles sont imitées d'après le modèle vivant.
-Son <i>Hercule</i>, quoique de l'école et avec l'inspiration du Puget, n'a
-pas ce souffle et cette hardiesse, j'oserai dire ces défectuosités
-partielles qu'on voit partout dans ses ouvrages; les proportions de
-cet Hercule sont très justes; chaque partie offre des plans exacts et
-un grand sentiment de la chair, mais sa pose est insipide; c'est un
-Savoyard affligé, et non le fils d'Alemène; il est là, il pourrait
-être ailleurs. Cette <i>France affligée</i>, qui conjure la Mort avec une
-expression de douleur très juste, est le portrait d'une Parisienne; la
-figure de la <i>Mort</i>, figure idéale par excellence, est tout simplement
-un squelette articulé, comme il y en a dans tous les ateliers et sur
-lequel le sculpteur a jeté un grand drap, qu'il a copié avec soin, en
-faisant sentir très exactement, sous les plis et dans les endroits où
-on les voit à découvert, les têtes d'os, les creux et les saillies.</p>
-
-<p>Nos pères, tout barbares dans leurs naïves allégories, dont le gothique
-est plein, ont représenté tout autrement les figures symboliques.</p>
-
-<p>Je me rappelle encore cette petite figure de la <i>Mort</i> qui sonnait
-les heures dans la vieille horloge de l'église de Strasbourg, que
-j'ai vue au rebut avec toutes celles qui y faisaient leur rôle, le
-vieillard, le jeune homme, etc.; «c'est un objet terrible, mais non
-pas hideux seulement». Quand ils font des figures de diables ou
-d'anges, l'imagination y voit ce qu'ils ont<span class="pagenum"><a name="Page_88" id="Page_88">[p. 88]</a></span> voulu faire, à travers les
-gaucheries et l'ignorance des proportions.</p>
-
-<p>Je ne parle pas du monument du maréchal de Saxe sous le rapport de
-l'unité d'impression et de style, il en est entièrement dépourvu,
-l'esprit ne sait où se prendre dans ces figures dispersées, dans ces
-drapeaux brisés, ces animaux renversés. Et pourtant quel sujet pour
-l'imagination d'un vrai artiste sur son seul énoncé! Ce héros armé qui
-descend au tombeau son bâton de commandement à la main; cette France,
-qu'il a servie, qui s'élance entre lui et le monstre impitoyable qui va
-le saisir; ces trophées de sa gloire, vains ornements pour son tombeau;
-ces emblèmes des puissances subjuguées, cet aigle, ce lion, ce léopard
-expirant!</p>
-
-<p>&mdash;M. Janmot, qui vient me voir ce matin, me dit, à propos des bonnes
-ébauches, qu'Ingres dit: <i>On ne finit que sur du fini.</i></p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>26 <i>septembre.</i>&mdash;Le matin renouvelé entièrement encore comme à
-l'ordinaire. Je sors de bonne heure. Je commence par l'église,
-monument gothique, restauré il y a un siècle et demi et dans lequel
-on a prodigué, suivant la mode du temps, les ornements à la Vanloo,
-comme à celle de Brive, les cannelures et les caissons à la grecque
-du commencement de ce siècle. Deux tombeaux magnifiques dans le
-chœur: celui de l'évêque couché et armé avec le squelette sous la
-table qui le supporte, et surtout celui du vieux margrave<span class="pagenum"><a name="Page_89" id="Page_89">[p. 89]</a></span> armé et
-debout, collé à la muraille, son bâton de commandement à la main, et
-son casque à terre, près de lui, le tout dans un arrangement du temps
-de la Renaissance du plus beau style; j'ai remarqué sur mon calepin,
-ensuite, la différence de ce style avec celui d'un autre tombeau, le
-plus important de tous, lequel est dans le style de Vanloo. Malgré la
-confusion et le mauvais goût, les plates allégories et le bariolage,
-il est encore supérieur à tout ce qui est de notre triste époque, où
-la froideur, l'insignifiance et la mesquinerie ôtent toute espèce
-d'intérêt.</p>
-
-<p>Monté, par des marches fort raides, jusqu'au palais grand-ducal, que
-je prends pour une espèce de ferme ou couvent; je monte par une allée
-exposée au soleil, puis je tourne dans les bois de sapins que j'admire;
-après chaque montée, que je crois toujours être la dernière, j'arrive
-au vieux château. Ruines rafistolées à l'allemande, pour en faire des
-perspectives d'album; bouteilles cassées, débris de cuisine au milieu
-de tout cela; le garde-manger était dans la salle des chevaliers. Je
-remarque les rochers granitiques comme ceux de la Corrèze; ils sont
-plus particulièrement d'une couleur rougeâtre comme le terrain et les
-pierres de ces pays-ci.</p>
-
-<p>J'écris à diverses reprises sur mon calepin. J'admire en descendant une
-grande perspective montante sous les pins. Je remarque la couleur de
-<i>charbon</i> du fond et des arbres. Je redescends par une grande chaleur
-et pressé par la faim. Au bas des degrés, je<span class="pagenum"><a name="Page_90" id="Page_90">[p. 90]</a></span> me trompe de route et
-je conçois de l'inquiétude, en sentant ma fatigue et voyant reculer
-mon déjeuner. J'arrive enfin tout poudreux, tout hérissé. Je me mets à
-table. Voilà toutes sortes d'événements qui ne peuvent pas m'arriver à
-Paris et qui font que je ne peux pas y déjeuner avec appétit.</p>
-
-<p>Je dors ensuite presque toute la journée; un autre se serait fait un
-devoir d'aller voir des cascades.</p>
-
-<p>À six heures chez Mme Kalergi, qui m'avait prié; j'y trouve un prince
-Wiasiemski et sa femme, le premier Kalmouck par la face, la seconde
-charmante et gracieuse Russe qui m'a semblé mieux le lendemain en
-toilette du matin. De plus, une dame russe aussi ou berlinoise,
-sentimentale personne, avec qui j'ai fait le lendemain le voyage
-d'Eberstein avec Mme Kalergi. Cette dernière me parle beaucoup de
-Wagner<a name="NoteRef_113_101" id="NoteRef_113_101"></a><a href="#Note_113_101" class="fnanchor">[113]</a>; elle en raffole comme une sotte, et comme elle raffolait
-de la République. Ce Wagner veut innover; il croit être dans la vérité;
-il supprime beaucoup des conventions de la musique, croyant que les
-conventions ne sont pas fondées sur des lois nécessaires. Il est
-démocrate; il écrit aussi des livres sur le bonheur de l'humanité<a name="NoteRef_114_102" id="NoteRef_114_102"></a><a href="#Note_114_102" class="fnanchor">[114]</a>,
-lesquels sont absurdes, suivant Mme Kalergi elle-même.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_91" id="Page_91">[p. 91]</a></span></p>
-
-<p>Je sors d'assez bonne heure; je vais faire, malgré le froid le plus
-piquant, une longue promenade sous l'allée qui va à Lichtenthal,
-délicieux endroit. Je rencontre, en revenant, Winterhalter<a name="NoteRef_115_103" id="NoteRef_115_103"></a><a href="#Note_115_103" class="fnanchor">[115]</a>, bon
-diable, mais très ennuyeux. Il veut absolument aller boire de la
-bière, et je le suis. Il me donne l'adresse d'un marchand d'<i>ale</i> et
-de <i>porter</i> à Paris, et aussi celle d'un marchand de <i>jambon cru</i> de
-Mayence.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>27 <i>septembre.</i>&mdash;Je m'achemine de bonne heure et sans la précaution
-d'un paletot vers le couvent de Lichtenthal. Délicieuse et matinale
-promenade; dans l'église du couvent, la divine surprise, au moment
-où j'allais partir, du chant des religieuses; on ne trouverait pas
-pareille chose en cent ans, dans toute la France. Je disais à Mme
-Kalergi, qui prend fort le parti des Allemands, que chez eux la
-musique<a name="NoteRef_116_104" id="NoteRef_116_104"></a><a href="#Note_116_104" class="fnanchor">[116]</a><span class="pagenum"><a name="Page_92" id="Page_92">[p. 92]</a></span> venait pour ainsi dire en pleine terre; chez nous, c'est
-une production artificielle.</p>
-
-<p>Grand Christ en bois peint très expressif et effrayant pendu de côté
-et sous les yeux de ces pauvres religieuses quand elles sont dans leur
-tribune.</p>
-
-<p>Que ces voix pures et timbrées avaient d'expression! Quel chant et
-quelle simple harmonie! La voix, cette émanation du tempérament
-physique plus que de l'âme, semblait trahir les désirs comprimés: je me
-le figurais au moins. Je suis revenu enchanté.</p>
-
-<p>Je passe au petit bazar en plein vent, faire quelques achats. Je
-reviens déjeuner et je m'apprête pour aller chez Mme Kalergi; de chez
-elle chez son prince, qui me montre un <i>Auguste</i> Delacroix<a name="NoteRef_117_105" id="NoteRef_117_105"></a><a href="#Note_117_105" class="fnanchor">[117]</a>, qu'on
-lui avait vendu pour un <i>Eugène.</i> (<i>A Rowland for an Oliver</i>, c'est le
-titre d'une pièce anglaise.)</p>
-
-<p>Promenade par un soleil ardent jusqu'à Eberstein, parlant sentiment,
-politique, arts, etc. Château comme toutes ces résidences allemandes:
-du faux gothique, des ornements de tous les styles, mais toujours
-détestablement et gauchement arrangés. La gaucherie est la muse qui
-se tient le plus souvent<span class="pagenum"><a name="Page_93" id="Page_93">[p. 93]</a></span> derrière l'épaule de leurs artistes. Une
-demi-gaucherie est presque toute la grâce de leurs femmes.</p>
-
-<p>Revenu fatigué, je quitte ces dames et reviens dormir une heure. Dîner
-ensuite.</p>
-
-<p>Nouvelle promenade dans la partie des bosquets découverts qui est près
-de la rivière, et promenade toujours aussi charmante sous les chênes de
-Lichtenthal. Musique affreuse exécutée ce soir par les Badois. Celle
-des Autrichiens, le premier jour, était d'une meilleure exécution; mais
-ils ne jouent, avec tous leurs talents, que de la musique à l'usage de
-la grande foule des auditeurs qui sont là.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>28 <i>septembre.</i>&mdash;Promenade le matin, en mauvaise disposition; c'était
-la dernière: j'avais encore quelques petits achats à faire. Je monte
-par la pente en face de mes fenêtres. L'ardeur du soleil m'en chasse
-promptement. Je remarque que j'y suis plus sensible de jour en jour:
-je finirai par sympathiser complètement sous ce rapport, comme sous
-tant d'autres, avec ma pauvre Jenny. Quelques tours, mais sans charmes,
-dans les bosquets à droite de la route qui mène à Lichtenthal et dans
-l'allée allemande. Je fais mes paquets et pars à deux heures.</p>
-
-<p>Voyage rapide; vue de montagnes; changements de voitures. Arrivé le
-soir à Strasbourg, avant la nuit. Plaisir de me trouver avec les bons
-Lamey.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p><i>Strasbourg</i>, 29 <i>septembre.</i>&mdash;Passé une partie de la<span class="pagenum"><a name="Page_94" id="Page_94">[p. 94]</a></span> journée à la
-<i>Maison d'œuvre</i> Je la cathédrale, à dessiner<a name="NoteRef_118_106" id="NoteRef_118_106"></a><a href="#Note_118_106" class="fnanchor">[118]</a>. (Je regrette
-de n'écrire nies impressions qu'ici, à Dieppe, dix à douze jours
-après: j'ai été très frappé de ce que j'ai vu là. J'aurais voulu tout
-dessiner.)</p>
-
-<p>Le premier jour, j'ai été attiré par les ouvrages du quinzième siècle
-et du commencement de la renaissance des arts; les statues un peu
-roides, un peu gothiques de l'époque antérieure ne m'attiraient pas;
-je leur ai rendu justice le lendemain et le jour suivant, car j'y ai
-dessiné trois jours avec ardeur, au milieu des interruptions du froid
-et de l'incommodité du lieu par le défaut de lumière ou la difficulté
-de me placer. Je dessine sous la prétendue statue d'Erwin<a name="NoteRef_119_107" id="NoteRef_119_107"></a><a href="#Note_119_107" class="fnanchor">[119]</a>, car
-Erwin est partout ici, comme Rubens est à Anvers, comme César partout
-où il y a une enceinte en gazon ressemblant à un camp. La tête, les
-mains superbes, mais les draperies déjà chiffonnées et faites de
-pratique. De même pour la statue en face de l'homme en manteau fendu
-sur l'épaule qui met sa main sur les yeux, la tête levée en l'air. Plus
-naïves, les figures de l'homme en robe et en chaperon, agenouillé,
-du vieux juge assis dans l'anti-chambre, et des figures des soldats
-malheureusement mutilés et couverts d'armures qui sont également dans
-l'anti-chambre,<span class="pagenum"><a name="Page_95" id="Page_95">[p. 95]</a></span> mais qui sont d'une époque antérieure.</p>
-
-<p>Ce soir, après dîner, mais de jour, promenade dans le petit jardin avec
-la bonne cousine: elle appréhende, la pauvre femme, la solitude des
-dernières années.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>30 <i>septembre.</i>&mdash;Retourné, malgré le dimanche, à la <i>Maison
-d'œuvre.</i> Nous avions été auparavant faire je ne sais quelle
-course avec la bonne cousine; elle ne veut s'en aller qu'après
-m'avoir vu entrer. Je me jette sur les figures d'anges des treizième
-et quatorzième siècles: les vierges folles, les bas-reliefs d'une
-proportion encore sauvage, mais pleins de grâce ou de force.</p>
-
-<p>J'ai été frappé de la force du <i>sentiment</i>: la <i>science</i> lui est
-presque toujours fatale; l'adresse de la main seulement, une
-connaissance plus avancée de l'anatomie ou des proportions livre à
-l'instant l'artiste à une trop grande liberté; il ne réfléchit plus
-aussi purement l'image, les moyens de rendre avec facilité ou en abrégé
-le séduisant et l'entraînant à la <i>manière.</i> Les écoles n'enseignent
-guère autre chose: quel maître peut communiquer son sentiment
-personnel<a name="NoteRef_120_108" id="NoteRef_120_108"></a><a href="#Note_120_108" class="fnanchor">[120]</a>? On ne peut lui prendre que ses <i>recettes</i>; la pente
-de l'élève à s'approprier promptement cette facilité d'exécution, qui
-est chez l'homme de talent le résultat de l'expérience, dénature la
-vocation et ne<span class="pagenum"><a name="Page_96" id="Page_96">[p. 96]</a></span> fait, en quelque sorte, qu'enter un arbre sur un arbre
-d'une espèce différente. Il y a de robustes tempéraments d'artistes
-qui absorbent tout, qui profitent de tout; bien qu'élevés dans des
-<i>manières</i> que leur nature ne leur eût pas inspirées, ils retrouvent
-leur route à travers les préceptes et les exemples contraires,
-profitent de ce qui est bon, et, quoique marqués quelquefois d'une
-certaine empreinte d'école, deviennent des Rubens, des Titien, des
-Raphaël, etc.</p>
-
-<p>Il faut absolument que, dans un moment quelconque de leur carrière,
-ils arrivent, non pas à mépriser tout ce qui n'est pas eux, mais à
-dépouiller complètement ce fanatisme presque toujours aveugle, qui nous
-pousse tous à l'imitation des grands maîtres et à ne jurer que par
-leurs ouvrages. Il faut se dire: cela est bon pour Rubens, ceci pour
-Raphaël, Titien ou Michel-Ange. Ce qu'ils ont fait les regarde; rien ne
-m'enchaîne à celui-ci ou à celui-là.</p>
-
-<p>Il faut apprendre à se savoir gré de ce qu'on a trouvé; une poignée
-d'<i>inspiration naïve</i> est préférable à tout. Molière, dit-on, ferma un
-jour Plaute et Térence; il dit à ses amis: «J'ai assez de ces modèles:
-je regarde à présent en moi et autour de moi.»</p>
-
-<hr class="b2" />
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_101_89" id="Note_101_89"></a><a href="#NoteRef_101_89"><span class="label">[101]</span></a> C'est le nom d'une propriété de famille qui appartient
-aujourd'hui encore à M. <i>de Verninac</i>, sénateur.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_102_90" id="Note_102_90"></a><a href="#NoteRef_102_90"><span class="label">[102]</span></a> Se reporter dans le second volume à tout ce qu'il dit
-sur l'<i>Imagination</i> et sur l'<i>Idéalisation.</i> (Voir t. II, p. 126 et
-241.)</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_103_91" id="Note_103_91"></a><a href="#NoteRef_103_91"><span class="label">[103]</span></a> <i>François de Verninac</i>, président du tribunal de Tulle.
-Delacroix lui laissa par testament quelques souvenirs de famille.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_104_92" id="Note_104_92"></a><a href="#NoteRef_104_92"><span class="label">[104]</span></a> On voit, à Turenne, les ruines d'un ancien château fort
-dont il reste une tour gigantesque, dite Tour de César.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_105_93" id="Note_105_93"></a><a href="#NoteRef_105_93"><span class="label">[105]</span></a> À cet endroit du manuscrit se trouve une esquisse
-presque informe qui représente la tour du château. Elle fait
-invinciblement penser aux ms de Victor Hugo, faits par le poète dans
-son voyage sur les bords du Rhin.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_106_94" id="Note_106_94"></a><a href="#NoteRef_106_94"><span class="label">[106]</span></a> <i>Mme Duriez de Verninac.</i> Dans son testament Delacroix
-lui a laissé de nombreux souvenirs.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_107_95" id="Note_107_95"></a><a href="#NoteRef_107_95"><span class="label">[107]</span></a> La famille <i>Lamey</i>, qui habitait Strasbourg, où
-M. Lamey occupait le poste de président de Cour.</p></div> <div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_108_96" id="Note_108_96"></a><a href="#NoteRef_108_96"><span class="label">[108]</span></a>
-<i>Chartes-Auguste Schüler</i> (1804-1859), graveur, élève de Guérin et
-de Gros, visita l'Allemagne et l'Italie, et retourna se fixer à
-Strasbourg, son pays natal, où il se voua à l'enseignement.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_109_97" id="Note_109_97"></a><a href="#NoteRef_109_97"><span class="label">[109]</span></a> <i>Gustave Brion</i> (1824-1878), peintre, élève de Gabriel
-Guérin, s'est voué spécialement à la peinture des mœurs alsaciennes
-et rhénanes. On lui doit les illustrations de <i>Notre-Dame de Paris</i> et
-<i>Les Misérables</i> de Victor Hugo, publiées en 1864.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_110_98" id="Note_110_98"></a><a href="#NoteRef_110_98"><span class="label">[110]</span></a> <i>François-Joseph Heim</i> (1787-1865), peintre, élève
-de Vincent, obtint le prix de Rome en 1807. Parmi ses œuvres
-les plus importantes, on peut citer le <i>Martyre de saint Cyr et de
-sainte Juliette</i>, qu'on peut voir dans une des chapelles de l'église
-Saint-Gervais, et <i>Charles X distribuant des récompenses aux artistes à
-la fin de l'Exposition</i> de 1824, tableau où figure notamment Delacroix
-et qui se trouve aujourd'hui au Louvre.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_111_99" id="Note_111_99"></a><a href="#NoteRef_111_99"><span class="label">[111]</span></a> <i>La défaite des Cimbres et des Teutons</i>, exposé en 1853.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_112_100" id="Note_112_100"></a><a href="#NoteRef_112_100"><span class="label">[112]</span></a> <i>Charles Séchan</i>(1802-1874), peintre décorateur, élève
-de Cicéri, s'est fait une place à part pour le goût qu'il apporta dans
-l'art décoratif. Le talent qu'il montra en brossant des décors pour les
-grands théâtres de Paris et de l'étranger le firent distinguer, et en
-1849 il fut chargé de restaurer la galerie d'Apollon, au Louvre; plus
-tard, on lui confia les peintures architecturales de Saint-Eustache.
-En 1852, au retour d'un voyage à Constantinople, où il entreprit les
-décorations intérieures des palais et des kiosques du Sultan, il se
-rendit à Baden, où il exécuta les travaux décoratifs du Casino. Il a
-publié un volume de <i>Souvenirs.</i></p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_113_101" id="Note_113_101"></a><a href="#NoteRef_113_101"><span class="label">[113]</span></a> Il ne faut pas oublier qu'à cette époque le nom de
-<i>Richard Wagner</i> était complètement inconnu en France. Nous sommes
-en 1855, c'est-à-dire huit années avant la légendaire tentative
-de <i>Tannhäuser</i>, au grand Opéra de Paris. Le nom alors obscur du
-poète-musicien n'avait pu être révélé à Eugène Delacroix que par une
-étrangère russe ou berlinoise.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_114_102" id="Note_114_102"></a><a href="#NoteRef_114_102"><span class="label">[114]</span></a> Delacroix fait allusion ici aux tentatives politiques
-et sociales de R. Wagner. Celui-ci avait participé au mouvement
-révolutionnaire de l'Allemagne qui avait suivi le mouvement de 1848
-en France. Il avait dû quitter son pays et s'exiler en Suisse. De
-cette époque date la série de ses grandes productions poétiques et
-musicales. Mais bien que désormais il ne dût prendre aucune part
-active à la propagande des idées socialistes, il leur demeura toujours
-très fidèlement et très fermement attaché, au point que ses écrits
-théoriques s'en trouvent souvent influencés.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_115_103" id="Note_115_103"></a><a href="#NoteRef_115_103"><span class="label">[115]</span></a> <i>François-Xavier Winterhalter</i> (1808-1873), peintre
-allemand, qui pendant tout le règne de Louis-Philippe et pendant les
-premières années du second Empire a joui d'une grande vogue. Il fit les
-portraits de la plupart des membres de la famille royale, reproduits et
-popularisés d'ailleurs par la gravure. On connaît aussi le portrait en
-médaillon de l'impératrice Eugénie exposé en 1861, celui de la reine
-Victoria, etc.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_116_104" id="Note_116_104"></a><a href="#NoteRef_116_104"><span class="label">[116]</span></a> Delacroix note ici une observation que seuls ont pu
-faire ceux qui ont voyagé en Allemagne. Déjà avant d'y être allé,
-il rapporte dans son journal un fragment de conversation avec A. de
-Musset, dans lequel il observe que les Français ne sont <i>d'instinct</i> ni
-musiciens ni peintres. Il faut avoir visité les villes d'Allemagne, non
-pas seulement les capitales, comme Leipzig, Dresde, Berlin, mais même
-les villes de second ou de troisième ordre, pour se rendre compte du
-rôle que joue la musique dans l'éducation nationale.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_117_105" id="Note_117_105"></a><a href="#NoteRef_117_105"><span class="label">[117]</span></a> <i>Auguste Delacroix</i> (1812-1868), peintre, qui se
-consacra presque exclusivement à l'aquarelle, et obtint de brillants
-succès dans ce genre alors peu recherché.
-</p>
-<p>
-Aucun lien de parenté ne le rattachait à Eugène Delacroix, et celui-ci
-s'irritait de cette similitude de nom, qui pouvait créer une confusion
-dans l'esprit du public.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_118_106" id="Note_118_106"></a><a href="#NoteRef_118_106"><span class="label">[118]</span></a> Voir <i>Catalogue Robaut</i>, n<sup>os</sup> 1399 à 1402 et
-1912.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_119_107" id="Note_119_107"></a><a href="#NoteRef_119_107"><span class="label">[119]</span></a> <i>Erwin de Steinbach</i> (1240-1318), architecte et
-sculpteur allemand, construisit la façade ouest de la cathédrale de
-Strasbourg et prépara les plans de décoration intérieure de la nef. Il
-mourut laissant son travail inachevé; mais son fils <i>Jean</i> acheva son
-œuvre d'après des dessins qui sont encore conservés à Strasbourg.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_120_108" id="Note_120_108"></a><a href="#NoteRef_120_108"><span class="label">[120]</span></a> Voir sur ce point notre étude, pages 32, 33, 34. C'est
-là une des idées les plus chères à Delacroix et les plus significatives
-de son esthétique.</p></div>
-
-
-<hr class="b2" />
-
-<p>1<sup>er</sup> <i>octobre.</i>&mdash;Nous allons, le cousin, la cousine et moi,
-voir le bon Schüler; je le remercie de ses gravures; nous y allons
-surtout pour voir le petit portrait qu'il a fait du cousin, pour mettre
-en tête de ses<span class="pagenum"><a name="Page_97" id="Page_97">[p. 97]</a></span> œuvres; je les quitte pour aller à la <i>Maison de
-l'œuvre.</i></p>
-
-<p>Les <i>naïfs</i> me captivent de plus en plus; je remarque dans des têtes,
-telles que le vieillard à longue barbe et en longue draperie, dans les
-têtes de deux statues un peu colossales d'un abbé et d'un roi, qui
-sont dans la cour, combien ils ont connu le procédé antique. Je les
-dessine à la manière de nos médailles d'après l'antique, par les plans
-seulement. Il me semble que l'étude de ces modèles d'une époque réputée
-barbare, par moi tout le premier, et remplie pourtant de tout ce qui
-fait remarquer les beaux ouvrages, m'ôte mes dernières chaînes, me
-confirme dans l'opinion que le <i>beau</i> est partout, et que chaque homme
-non seulement le voit, mais doit absolument le rendre à sa manière.</p>
-
-<p>Où sont ces types grecs, cette régularité dont on s'est habitué à
-faire le type invariable du <i>beau?</i> Les têtes de ces hommes et de ces
-femmes sont celles qu'ils avaient sous les yeux. Dira-t-on que le
-mouvement qui nous porte à aimer une femme qui nous plaît ne participe
-nullement de celui qui nous fait admirer la beauté dans les arts? Si
-nous sommes faits pour trouver dans cette créature qui nous charme le
-genre d'attrait propre à nous captiver, comment expliquer que ces mêmes
-traits, ces mêmes grâces particulières pourront nous laisser froids,
-quand nous les trouverons exprimés dans des tableaux ou des statues?
-Dira-t-on que, ne pouvant nous empêcher<span class="pagenum"><a name="Page_98" id="Page_98">[p. 98]</a></span> d'aimer, nous aimons ce que
-nous rencontrons et qui est imparfait, faute de mieux? La conclusion
-de ceci serait que notre passion serait d'autant plus vive que notre
-maîtresse ressemblerait davantage à la Niobé ou à la Vénus, mais on en
-rencontre qui sont ainsi faites et qui ne nous forcent nullement à les
-aimer.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>2 <i>octobre.</i>&mdash;Je pars de Strasbourg à midi et demi. Séparation tendre,
-regrets et adieux.</p>
-
-<p>Je voyage avec une jeune mère très attentive à son enfant et qui ne
-l'a pas laissé une minute: petite femme frêle, blond fade, l'air
-intelligent; mais cette tendresse était vraiment touchante.</p>
-
-<p>Je traverse l'Alsace, la Lorraine, la Champagne. Rien ne nie parle dans
-tout cela.</p>
-
-<p>Désappointement, en arrivant, de trouver une malle étrangère au lieu de
-la mienne; cela renverse toute la joie que je me promettais; j'arrive à
-une heure du matin chez moi, ayant pris dans ma voiture une jeune femme
-et son enfant qui était au chemin de fer, sans ressources pour se faire
-conduire chez elle.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>3 <i>octobre.</i>&mdash;J'avais déjà pris mon parti de la perte de ma malle;
-je ne regrettais que mes croquis de Strasbourg, mais surtout ce même
-petit livre dans lequel j'écris; je voyais tout cela dans les mains de
-quelque Allemand! La malle revient, et je m'embarque à une heure.</p>
-
-<p>Je trouve Nieuwerkerke, qui monte dans la même<span class="pagenum"><a name="Page_99" id="Page_99">[p. 99]</a></span> voiture que moi. Il y a
-là un ménage étrange: la femme est Belge, coquette avec Nieuwerkerke;
-je prends la femme de chambre, qui a les plus beaux traits du monde,
-pour une amie ou une parente; heureusement la bévue se fait en moi, et
-je ne m'expose pas au crime impardonnable d'adresser une chose aimable
-à une pauvre créature, belle comme les anges et accablée du mépris
-de sa maîtresse, dont le nez retroussé et la petite figure commune
-semblent, au contraire, la classer dans l'emploi des soubrettes.</p>
-
-<p>Après Rouen, où reste mon séducteur, je fais route avec l'Anglais et
-sa femme; je cause et continue la connaissance; je les rencontre le
-lendemain matin sur la plage; ils m'invitent à les venir voir, ce que
-je leur promets et ce que je n'ai pas encore exécuté.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p><i>Dieppe</i>, 4 <i>octobre.</i>&mdash;Pas un seul moment d'ennui: je regarde à ma
-fenêtre, je me promène dans ma chambre. Les bateaux entrent et sortent;
-liberté complète, absence de figures ennemies ou ennuyeuses; je
-retrouve ma vue de l'année dernière; je ne lis pas une ligne.</p>
-
-<p>Je vais le matin sur la plage, et c'est la que je retrouve l'Anglais et
-sa femme.</p>
-
-<p>Je me sens encore de mon mauvais régime des jours passés; le soir,
-après dîner, je ne puis sortir; je reste sur mon canapé. Je relis avec
-plaisir mon petit livre, écrits et extraits de la correspondance de
-Voltaire. Il dit que les paresseux sont toujours des<span class="pagenum"><a name="Page_100" id="Page_100">[p. 100]</a></span> hommes médiocres.
-Je suis toujours dévoré de la passion d'apprendre, non d'apprendre,
-comme tant de sots, des choses inutiles; il y a des gens qui ne seront
-jamais musiciens, qui s'instruisent à fond du contre-point; d'autres
-apprennent l'hébreu ou le chaldéen et s'appliquent à déchiffrer les
-hiéroglyphes ou les caractères cunéiformes du palais de Sémiramis.
-Le bon Villot, qui ne peut rien tirer de son fonds stérile, est orné
-des connaissances les plus variées et les plus inutiles; il a ainsi
-la satisfaction de se trouver à tout instant supérieur à l'homme le
-plus rare ou le plus éminent, qui ne l'est que dans une partie où il
-excelle. Il y a longtemps que j'ai rejeté toute satisfaction pédante.
-Quand je sortais du collège, je voulais aussi tout savoir; je suivais
-les cours<a name="NoteRef_121_109" id="NoteRef_121_109"></a><a href="#Note_121_109" class="fnanchor">[121]</a>; je croyais devenir philosophe avec Cousin, autre poète
-qui s'efforçait d'être un savant; j'allais expliquer Marc-Aurèle en
-grec avec feu Thurot<a name="NoteRef_122_110" id="NoteRef_122_110"></a><a href="#Note_122_110" class="fnanchor">[122]</a>, au Collège de France; mais aujourd'hui,
-j'en sais trop pour vouloir rien apprendre en dehors de mon cercle;
-je suis insatiable des connaissances qui peuvent me faire grand; je
-me rappelle, en m'y conformant par une pente toute naturelle,<span class="pagenum"><a name="Page_101" id="Page_101">[p. 101]</a></span> ce que
-m'écrivait Beyle: «Ne négligez rien de ce qui peut vous faire grand.»</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>5 <i>octobre.</i>&mdash;Dans la journée, je vais voir les falaises près des bains
-et seul. Le soir, à la jetée en compagnie de Jenny.</p>
-
-<p>Je passe des heures sans lectures, sans journaux. Je passe en revue
-les dessins que j'ai apportés; je regarde avec passion et sans fatigue
-ces photographies d'après des hommes nus, ce poème admirable, ce corps
-humain sur lequel j'apprends à lire et dont la vue m'en dit plus que
-les inventions des écrivassiers.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>6 <i>octobre.</i>&mdash;Dans la journée, bonne promenade avec Jenny, dans le même
-lieu qu'hier. Nous avons été assez loin sur le sable. J'ai pris, sur
-les rochers découverts par la mer, des coquillages et j'en ai mangé.
-Revenu par la grande rue et acheté un châle. Jetée le soir.</p>
-
-<p>Hier et aujourd'hui, croquis d'après les photographies, d'après
-Thevelin.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>7 <i>octobre.</i>&mdash;Tous ces matins écrit mes lettres à Vieillard et à
-Chabrier pour lui recommander la demande de François<a name="NoteRef_123_111" id="NoteRef_123_111"></a><a href="#Note_123_111" class="fnanchor">[123]</a>, à Clément de
-Ris, à Moreau, etc. Dessiné encore d'après les Thevelin.</p>
-
-<p>Montés, par le mauvais temps qui nous gagne, à la falaise du Pollet.
-Descendus ensuite sur la plage<span class="pagenum"><a name="Page_102" id="Page_102">[p. 102]</a></span> qui est au-dessous. Le soir, resté à la
-maison: la somnolence me gagne après dîner.</p>
-
-<p>Je lis, un de ces jours, dans la <i>Revue</i>, que Charles Bonnet<a name="NoteRef_124_112" id="NoteRef_124_112"></a><a href="#Note_124_112" class="fnanchor">[124]</a>
-se rendit aveugle par son acharnement à découvrir le mystère de la
-génération chez la race intéressante des pucerons; il eut, entre
-autres, une séance de trente-quatre jours consécutifs et sans le
-moindre relâche, pendant laquelle il eut l'œil appliqué à son
-microscope, afin de surveiller les accouchements successifs d'une
-<i>puceronne</i> androgyne, c'est-à-dire mâle et femelle, mari et femme
-réunis dans le même sujet, comme dans certains genres de plantes.
-Est-ce vraiment là un sujet de méditation intéressant à un degré
-suffisant soit le bonheur, soit simplement le plaisir de l'humanité?
-Était-il bien nécessaire qu'un brave philosophe perdît tant de temps
-et surtout perdît les yeux, si utiles pour tant de choses, afin de
-s'assurer que le <i>péché d'Adam</i> était véniel, pour la race puceronne,
-dans les décrets de la Providence, et qu'il pouvait en résulter un
-nombre infini de générations d'affreux animaux? Le philosophe eût fait
-un emploi plus raisonnable de son temps, s'il eût découvert un moyen
-de mettre obstacle à une pareille fécondité en détruisant pucerons
-et puceronnes. Quel chapitre à ajouter à celui qui traiterait de
-l'inutilité<a name="NoteRef_125_113" id="NoteRef_125_113"></a><a href="#Note_125_113" class="fnanchor">[125]</a> des savants et surtout des pucerons!</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_103" id="Page_103">[p. 103]</a></span></p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>8 <i>octobre.</i>&mdash;Je finis par m'enrhumer, au milieu de ce froid de la
-chambre où je me sens gagner à la longue, et à la fenêtre où je me
-place souvent le matin à moitié vêtu.</p>
-
-<p>Je sors, un peu languissant par ce rhume commençant, vers midi ou une
-heure; je vais à la jetée; la mer est toute plate et baisse; cette
-jetée à claire-voie, qui remplace celle en pierre, amortit les vagues
-et ôtera du pittoresque. Une barque à voiles, qui veut absolument
-rentrer malgré la marée descendante, va au pied de cette jetée et
-jette l'ancre pour ne pas être entraînée hors de la jetée. J'admire
-la patience, la peine de ces pauvres gens pour se tirer de là; les
-passants, sur la jetée, leur viennent en aide et les remorquent.</p>
-
-<p>Je viens reprendre Jenny; je dessine un peu. Nous devions faire des
-visites à des marchands; nous n'en avons pas le courage; nous prenons
-par le dernier bassin et nous montons sur la falaise derrière le
-château. Je reviens plus enrhumé encore.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_104" id="Page_104">[p. 104]</a></span></p>
-
-<p>Petit dîner, agréable comme toujours, quoique plus silencieux, au moins
-de ma part; le soir, je sors avec une légère mauvaise humeur; je vais
-seul me promener dans la grande rue; je me couche à neuf heures. Je
-recule toujours de jour en jour ma visite à la Belge et à l'Anglais que
-j'ai rencontrés dans le chemin de fer; j'ai la bonté de me faire un
-scrupule de ne point aller les voir.</p>
-
-<p>&mdash;Je ne puis exprimer le plaisir que j'ai eu à revoir ma Jenny<a name="NoteRef_126_114" id="NoteRef_126_114"></a><a href="#Note_126_114" class="fnanchor">[126]</a>.
-Pauvre chère femme! Je retrouve sa petite figure maigre, mais les yeux
-pétillants du bonheur de trouver à qui parler; je reviens à pied avec
-elle, malgré le mauvais temps; je suis pendant plusieurs jours, et
-probablement j'y serai tout le temps de mon séjour à Dieppe, sous le
-charme de cette réunion au seul être dont le cœur soit à moi sans
-réserve.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>9 <i>octobre.</i>&mdash;Je me lève plus tard; je ne fais point ma barbe et je
-ne sors point; je fais faire du feu; essaye d'arrêter mon rhume à ses
-débuts. Je trouve charmant d'être venu à Dieppe pour ne pas sortir de
-ma chambre; heureusement que mon imagination ne laisse pas de voyager:
-je passe de mes gravures à ce petit livre. Eh! n'est-ce pas voyager
-que d'avoir sous ses fenêtres le spectacle le plus animé? Je satisfais
-ici ce goût que j'ai toujours eu pour le repos corporel,<span class="pagenum"><a name="Page_105" id="Page_105">[p. 105]</a></span> pour le
-<i>retirement</i>, si l'on peut parler ainsi; la pluie et un jour gris
-ajoutent à mon plaisir; je me justifie ainsi à moi-même mon aversion
-pour le mouvement. J'ai, vers quatre heures, le spectacle d'un bel
-arc-en-ciel, avec cette particularité qui m'étonne et que je n ai pas
-vu qu'on ait mentionnée: l'arc-en-ciel, parfaitement tracé dans le
-ciel, continuant encore à se peindre en avant des maisons qui forment
-l'enceinte du port et des arbres qui bornent la vue sur la petite
-montagne qui est à droite, au-dessus des marais salés où se décharge
-l'Arques en partie; ainsi, le phénomène ne se produit pas à une grande
-distance, nous le touchons, pour ainsi dire, du doigt; ces maisons
-étaient à cent pas de moi; il y a donc une position de vapeur qui
-n'est pas sensible à la vue, assez intense cependant pour se colorer
-des couleurs du prisme; on peut calculer presque le lieu précis où il
-se dessine; il y avait au-dessus un deuxième arc plus faible, comme
-toujours; je n'ai pu le suivre comme l'autre, ailleurs que sur le ciel.</p>
-
-<p>Je suis ravi de la cheminée à l'anglaise ou à la flamande qui est dans
-ma chambre; Jenny me donne l'idée d'en avoir une pareille à Paris, dans
-le cas où on aurait une maison à soi; une fois allumée, elle va toute
-seule; ce serait excellent dans mon atelier, dans celui de Gros, par
-exemple, avec un poêle de l'autre côté. Il y a économie assurément,
-profit pour la chaleur, et moins d'incommodités, en ce qu'on a moins à
-s'en occuper.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_106" id="Page_106">[p. 106]</a></span></p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>10 <i>octobre.</i>&mdash;La mer belle; le vent d'ouest nous donne de belles
-vagues. Journée passée en partie à la jetée et, du reste, je ne sais
-trop comment.</p>
-
-<p>Ces beaux loisirs finiraient par amener le terrible ennui et avec lui
-le désir de se renouveler en allant retrouver les pinceaux et les
-toiles auxquelles je pense souvent. Il me les faudrait ici.</p>
-
-<p>Je pense plus que je ne faisais encore l'année dernière, en voyant
-à chaque instant ces scènes de mer, ces navires, ces hommes si
-intéressants, qu'on n'a pas tiré de tout cela l'intérêt que cela
-comporte. Le vaisseau lui-même ne joue pas un assez grand rôle chez les
-faiseurs de marine: j'en voudrais faire les héros de la scène; je les
-adore; ils me donnent des idées de force, de grâce, de pittoresque;
-plus ils sont en désordre, plus je les trouve beaux. Les peintres de
-marine les font tellement quellement: les proportions observées, la
-position des agrès une fois conforme aux principes de la navigation,
-il leur semble que leur besogne soit faite; ils font le reste les yeux
-fermés, et comme les architectes indiquent dans un plan leurs colonnes
-et leurs principaux ornements. C'est l'exactitude pour l'imagination,
-que je demande; leurs cordages sont des lignes tracées à la hâte et
-<i>de pratique</i>: ils sont là pour mémoire et semblent ne pouvoir servir
-à rien; la couleur et la forme doivent concourir à l'effet que je
-demande; mon exactitude consisterait, au contraire, à n'indiquer
-fortement que les objets principaux, mais dans leur rapport d'action<span class="pagenum"><a name="Page_107" id="Page_107">[p. 107]</a></span>
-nécessaire avec les personnages. Au reste, ce que je demande ici au
-genre de la marine, c'est ce que je veux dans tout autre sujet: les
-accessoires sont traités avec trop d'indifférence, même chez les plus
-grands maîtres; si vous mettez du soin aux figures en négligeant ce qui
-les accompagne, vous rappelez mon esprit au métier, à l'impatience de
-la main, ou à une certaine dextérité propre à indiquer, seulement par
-des à peu près, ce qui complète la vérité des figures, les armes, les
-étoffes, les fonds, les terrains...</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>11 <i>octobre.</i>&mdash;De bonne heure à la jetée. La mer est très belle;
-plusieurs vaisseaux et barques sont entrés déjà; j'en vois plusieurs
-encore. Je me tiens là deux ou trois heures sous la pluie et le vent.</p>
-
-<p>Le reste de la journée, j'éprouve une fatigue qui me tient à la maison
-dans une paresse complète, mais non sans charme. Le temps gris et
-pluvieux favorise cette inclination nonchalante.</p>
-
-<p>Le soir, après avoir un peu dormi, je vais à la jetée reprendre Jenny.
-La mer est furieuse; j'ai peine à me tenir; je vois passer devant moi,
-comme des flèches, deux barques de pêche: la première me fait frémir;
-ils ont de la lumière abord. On pourrait tirer parti de ces effets de
-nuit.</p>
-
-<p>Se rappeler les grands nuages entassés sur le Pollet et, dans des
-espaces éclairés, les étoiles groupées et brillantes.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_108" id="Page_108">[p. 108]</a></span></p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>12 <i>octobre.</i>&mdash;Je reçois une lettre de Mme de Forget. Elle a voyagé
-seule dans le Midi et n'a pu me répondre à Strasbourg, vu le peu de
-temps que je lui donnais.</p>
-
-<p>La mer est plus belle que je ne l'ai encore vue, les lames très
-espacées et régulières; je trouve à la jetée John Lemoinne<a name="NoteRef_127_115" id="NoteRef_127_115"></a><a href="#Note_127_115" class="fnanchor">[127]</a>, que je
-ne reconnaissais pas d'abord avec son chapeau de voyage sur les yeux et
-sa tenue de touriste maritime. Il me dit que le bombardement d'Odessa
-va faire autant de tort aux Anglais qu'aux Russes, mais que nous les
-mettons un peu en demeure de s'y porter de bonne grâce.</p>
-
-<p>Je reste longtemps à la jetée, puis longtemps sur le port, où je
-m'assieds tout simplement sur une échelle, à regarder des pêcheurs et
-leurs bateaux. Je me reprends d'ardeur pour les étudier: je ne puis me
-détacher de les regarder.</p>
-
-<p>Dans l'intention de retourner à la jetée et ne voulant pas rentrer,
-j'entre au <i>Café suisse</i> qui fait le coin de la grande rue et je lis
-les <i>Débats.</i> Il y avait justement un article de John Lemoinne sur les
-annonces dans les journaux anglais.</p>
-
-<p>Je vais ensuite aux bains m'informer de Guérin<a name="NoteRef_128_116" id="NoteRef_128_116"></a><a href="#Note_128_116" class="fnanchor">[128]</a>. Il arrive
-ordinairement le vendredi soir. Jenny était venue avec moi.</p>
-
-<p>Rentré avec elle, après achats divers, et resté à<span class="pagenum"><a name="Page_109" id="Page_109">[p. 109]</a></span> la maison à ne rien
-faire, à raisonner avec elle et à dormir en attendant le dîner. Au
-demeurant, bonne vie; le spectacle de ce port est à tout instant une
-distraction agréable.</p>
-
-<p>Le soir, après avoir dormi encore, à la jetée. Temps de chien; on ne
-jouit que des mugissements de la mer, car on ne voit que de l'écume sur
-un fond obscur. Nous attendons en vain le bateau à vapeur. La veille,
-il avait eu des avaries en entrant et avait donné des inquiétudes.
-Quelle rage pousse ces animaux à voyager justement la nuit, par une
-mer furieuse, exposés doublement à manquer le port, avec toutes les
-conséquences de cet accident? Il faut être Anglais, et malheureusement
-nous le devenons, pour avoir cette méthodique frénésie; plutôt que de
-perdre une heure, c'est-à-dire de respirer, de manger, de vivre à son
-aise pendant cette heure. Le temps perdu pour eux est celui qu'ils
-donnent à vivre tranquilles ou à s'amuser.</p>
-
-<p>En repassant sur le port, j'examine encore les bateaux qui s'élèvent et
-s'abaissent avec le flot.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>13 <i>octobre.</i>&mdash;J'écris à Mme de Forget:</p>
-
-<p>«J'ai revu aussi avec plaisir le Midi, non pas la Provence, ni le
-Languedoc, mais le Périgord, l'Angoumois, pays chers à mon enfance et
-à ma première jeunesse, et qui sont le Midi sous beaucoup de rapports.
-J'y ai retrouvé des sensations de cet heureux temps et qui m'ont
-rappelé des êtres aimés et disparus.<span class="pagenum"><a name="Page_110" id="Page_110">[p. 110]</a></span> J'y ai fait une expérience qui
-m'afflige un peu: c'est que ces pays ne me vont plus, au moins sous
-un rapport essentiel; la chaleur, le soleil, me fatiguent et me sont
-nuisibles; j'en ai souffert, et cela à une époque de l'année où ces
-inconvénients sont ordinairement un peu diminués. La Normandie me va
-mieux: Dieppe en ce moment est adorable; on n'y rencontre personne,
-et la mer y devient de plus en plus intéressante; on y est même fort
-mouillé en ce moment où je vous écris, ce qui semble devoir compléter
-le bonheur d'un homme qui a peur du soleil.</p>
-
-<p>Nous nous raconterons tous nos accidents. Je vous ai dit une partie
-des miens dans la première partie de mon voyage. Si l'on veut voyager,
-il faut absolument consentir à souffrir beaucoup d'inconvénients; on
-a même parfois des accès d'une rage comique qu'on se rappelle sans
-amertume, mais qui vous désespèrent dans leur temps.</p>
-
-<p>Je vais reprendre ma vie de Paris, qui a bien, elle aussi, ses
-inconvénients, quoique j'en aie philosophiquement supprimé un bon
-nombre à tort ou à raison, grâce à un peu plus d'indépendance ou de
-sauvagerie, qualités ou défauts qui sont devenus ma nature même.»</p>
-
-<p>&mdash;Je vais voir Guérin vers une heure. Nous causons longuement: il me
-parle beaucoup de Chopin, qu'il a connu; de Mme Sand, qu'il voudrait
-connaître; de Rousseau et de Lamartine, qu'il aime, malgré son<span class="pagenum"><a name="Page_111" id="Page_111">[p. 111]</a></span>
-histoire de César, dont il me parle, laquelle est faite, me dit-il,
-en vue de rabaisser César, comme il lui est arrivé déjà de rabaisser
-Napoléon, qu'il déteste. Guérin attribue à un ridicule ce sentiment
-décrire ces diatribes contre des colosses comme Napoléon et César, et
-je crois qu'il a raison.</p>
-
-<p>Je le quitte pour aller à Saint-Jacques revoir le croquis que j'en
-avais fait l'année dernière; j'étais entré un moment à Saint-Remi, que
-j'aime toujours; j'entendais chanter du dehors: il y avait des chantres
-en chape de cérémonie, le curé, tout le personnel occupé à chanter des
-litanies devant un seul auditeur, qui était un garçon de quinze ans.
-J'ai trouvé la même singularité à Saint-Jacques.</p>
-
-<p>Le soir, paresse pour sortir, et mauvais temps.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p><i>Paris</i>, 14 <i>octobre.</i>&mdash;Parti pour Paris à midi. Le matin, été à la
-jetée pendant qu'on faisait les paquets. J'étais arrivé à Dieppe avec
-ravissement; j'en pars avec plaisir; étrange disposition: une fois que
-j'eus arrêté le jour de mon départ, j'eus presque hâte de retourner à
-Paris. J'ai un grand désir de travailler. Ce mouvement, cette variété
-de situation et d'émotion donne à tous les sentiments plus de vivacité;
-on résiste mieux, en variant son existence, à l'engourdissement mortel
-de l'ennui.</p>
-
-<p>J'étais, de Dieppe à Rouen, avec trois Anglais, jeunes tous les trois;
-et comme je voyageais en première classe, il y avait lieu de penser
-qu'ils étaient<span class="pagenum"><a name="Page_112" id="Page_112">[p. 112]</a></span> aisés. Ils étaient très négligés, un d'eux surtout qui
-l'était jusqu'à la malpropreté et jusqu'à avoir des habits déchirés.
-Je ne m'explique pas ce contraste si tranché avec leurs habitudes
-d'autrefois; je l'ai remarqué dans le voyage que j'ai fait à Baden,
-de Strasbourg; un des jours qui ont suivi celui-ci, pendant que je
-faisais mon examen des tableaux, je rencontrai lord Elcoë, notre
-vice-président, dans une tenue presque sale; le bon Cockerell, qui m'a
-accompagné jusqu'à la place Louis XV un autre jour, avait une cravate
-de couleur très commune; ils sont tout à fait changés; nous avons pris
-beaucoup, au contraire, de leurs manières d'autrefois.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>15 <i>octobre.</i>&mdash;Première séance du jury. Levée de boucliers de
-l'Institut contre la pluralité des médailles.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>22 <i>octobre.</i>&mdash;Aujourd'hui, le cousin Delacroix est arrivé; il est
-revenu le soir dîner avec Jacob<a name="NoteRef_129_117" id="NoteRef_129_117"></a><a href="#Note_129_117" class="fnanchor">[129]</a> et le gendre de la cousine Jacob,
-M. Lesueur, avoué, établi à Rouen; la présence de ce dernier a nui un
-peu à l'agrément de la soirée: fort bon garçon d'ailleurs, mais très
-bavard, paralysant l'entrain des autres et étouffant leurs voix.</p>
-
-<p>Le cousin revient le lendemain matin pour connaître le résultat des
-votes du jury général, et me quitte peu après.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_113" id="Page_113">[p. 113]</a></span></p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>27 <i>octobre.</i>&mdash;Je lis dans un article de Gautier, sur Robert Fleury:
-«Certes, M. Robert Fleury a droit au titre de <i>maître</i>; il a fait des
-ouvrages excellents... M. Robert Fleury n'a presque jamais regardé la
-nature à air libre, etc.»</p>
-
-
-<hr class="b2" />
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_121_109" id="Note_121_109"></a><a href="#NoteRef_121_109"><span class="label">[121]</span></a> Cette indication concorde bien avec le passage du
-livre de Taine, <i>Opinions de Graindorge</i>, dans lequel il rapporte une
-conversation avec Delacroix, qui, lui parlant de sa première jeunesse
-et de son ardeur d'apprendre, lui faisait confidence de l'universalité
-de ses recherches. Nous avons tenu à faire de cette idée la pensée
-maîtresse et le point de départ de notre étude sur le grand artiste.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_122_110" id="Note_122_110"></a><a href="#NoteRef_122_110"><span class="label">[122]</span></a> <i>Jean-François Thurot</i> (1768-1832), philosophe et
-helléniste, occupait, en 1812, au Collège de France, la chaire de
-langue et de philosophie grecques. Il devint en 1830 membre de
-l'Académie des inscriptions, et fut emporté deux ans plus tard par le
-choléra.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_123_111" id="Note_123_111"></a><a href="#NoteRef_123_111"><span class="label">[123]</span></a> Sans doute <i>François de Verninac.</i></p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_124_112" id="Note_124_112"></a><a href="#NoteRef_124_112"><span class="label">[124]</span></a> <i>Charles Bonnet</i>, philosophe et naturaliste, né à Genève
-en 1720, mort en 1793.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_125_113" id="Note_125_113"></a><a href="#NoteRef_125_113"><span class="label">[125]</span></a> Nous avons eu déjà l'occasion de marquer dans le cours
-du deuxième volume que les observations de cette nature constituaient
-un des points faibles du Journal. On ne saurait d'ailleurs exiger d'un
-esprit, si étendu et si compréhensif fût-il, de ne présenter aucune
-lacune. Les passages comme ceux auxquels nous faisons allusion montrent
-une foie de plus la profonde divergence existant entre la vision de
-l'artiste et celle du savant. Nous n'en pourrions apporter de meilleure
-preuve que le passage dans lequel Cuvier juge la découverte de Charles
-Bonnet; «Neuf générations de vierge en vierge étaient alors une
-merveille inouïe, mais l'admirable patience qu'un si jeune homme avait
-mise à les constater, toutes les précautions, toute la sagacité qu'il
-lui avait fallu, n'étaient guère moins merveilleuses: elles annonçaient
-<i>un esprit dont on pouvait tout attendre</i>.»</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_126_114" id="Note_126_114"></a><a href="#NoteRef_126_114"><span class="label">[126]</span></a> <i>Jenny le Guillou</i> avait pour son maître l'attachement
-obstiné et jaloux d'un chien fidèle. Lors des derniers moments du
-peintre, ses amis se plaignirent amèrement d'avoir été tenus écartés
-par elle.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_127_115" id="Note_127_115"></a><a href="#NoteRef_127_115"><span class="label">[127]</span></a> <i>John Lemoinne</i> (1814-1892), qui était entré à vingt-six
-ans à la rédaction du <i>Journal des Débats</i>, était un des plus brillants
-journalistes de l'époque.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_128_116" id="Note_128_116"></a><a href="#NoteRef_128_116"><span class="label">[128]</span></a> Le chirurgien <i>Jules Guérin.</i> ( Voir t. II, p. 427 et
-note.)</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_129_117" id="Note_129_117"></a><a href="#NoteRef_129_117"><span class="label">[129]</span></a> Cousin de Delacroix.</p></div>
-
-<hr class="b2" />
-
-<p>5 <i>novembre.</i>&mdash;J'écris ce matin à Berryer que je n'irai décidément pas
-à Augerville: je suis horriblement enrhumé; j'ai pris ce rhume-là dans
-mes promenades au jury.</p>
-
-<p>J'ai été voir ce soir Cerfbeer; j'avais dîné chez lui huit jours
-auparavant; il m'avait invité très aimablement à propos des grandes
-médailles, surtout sur le bruit que j'avais un avantage plus marqué que
-celui qui reste en définitive et me place le cinquième sur la liste; je
-lui ai dit que j'en étais réduit à rendre grâce aux dieux que la patrie
-eût trouvé quatre citoyens plus vertueux que moi.</p>
-
-<p>Horace<a name="NoteRef_130_118" id="NoteRef_130_118"></a><a href="#Note_130_118" class="fnanchor">[130]</a> me conte, ces jours passés, au jury, la démarche qu'il
-avait faite auprès d'Ingres, lequel a écrit pour refuser la médaille,
-outragé profondément d'arriver après Vernet, et encore plus, à ce que
-m'ont dit plusieurs personnes, non suspectes en ceci, de l'insolence du
-jury spécial de peinture, qui l'avait placé sur la même ligne que moi,
-dans l'opération préparatoire.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>6 <i>novembre.</i>&mdash;M. Roche arrivé le matin. Je pense<span class="pagenum"><a name="Page_114" id="Page_114">[p. 114]</a></span> que sa venue va
-compromettre mon voyage à Alberville; il n'en est rien, il a lui-même
-des affaires. Je pars toujours demain.</p>
-
-<p>Il reste à déjeuner avec moi et revient dîner; je m'acquitte avec
-lui de ses déboursés pour les réparations du tombeau de mon frère, à
-Bordeaux.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p><i>Augerville</i>, 7 <i>novembre.</i>&mdash;Parti pour Augerville: j'arrive à
-la gare à huit heures et demie au lieu de neuf heures et demie,
-sur l'indication que m'avait donnée Berryer; je passe cette heure
-sans m'ennuyer à voir arriver les partants. Je sais attendre plus
-qu'autrefois. Je vis très bien avec moi-même; j'ai pris l'habitude de
-chercher moins qu'autrefois à me distraire par des choses étrangères,
-telles que la lecture, par exemple, qui sert ordinairement à remplir
-des moments comme ceux-là. Même autrefois, je n'ai jamais compris les
-gens qui lisent en voyage. Dans quels moments sont-ils avec eux-mêmes?
-Que font-ils de leur esprit qu'ils ne retrouvent jamais?</p>
-
-<p>Ce voyage que je redoutais, à cause du froid que mon rhume me rend
-plus désagréable, s'est bien passé et même gaiement. J'aime assez,
-quelquefois, ce changement d'habitudes. Ne trouvant pas, chez Brunet,
-près de la gare, de voiture disponible, je me suis fait conduire à
-Fontainebleau, où je me suis arrangé avec M. Bernard, rue de France.</p>
-
-<p>J'ai déjeuné dans un café borgne, vu l'église et me suis embarqué
-joyeusement. Il me fallait autrefois un<span class="pagenum"><a name="Page_115" id="Page_115">[p. 115]</a></span> motif de joie ou d'occupation
-intérieure pour n'être pas triste; il est vrai que mon bonheur était
-extrême, quand l'imagination avait suffisamment d'aliment; je suis
-actuellement plus tranquille, mais non plus froid.</p>
-
-<p>Brouillard très intense.</p>
-
-<p>On ne m'attendait pas: ma venue a fait plaisir. Les personnes que je
-trouve ne sont pas de nature à changer ma disposition paisible, mais
-peu récréée; mais j'aime le lieu et le maître du lieu, dont l'esprit
-profond me plaît et m'instruit, particulièrement dans la science de la
-vie, quoiqu'il soit loin de professer quoi que ce soit; son exemple
-suffit.</p>
-
-<p>Qu'ai-je fait depuis un mois? Je me suis occupé de ce jury; j'ai vu
-assez de platitudes et j'ai subi quelques entraînements de complaisance
-pour quelques pauvres diables. Se rappeler la grande chaleur de
-Français qui, ayant voté pour lui tout le temps, pour la première
-médaille, se réveille indigné de ce qu'on avait oublié M. Corot<a name="NoteRef_131_119" id="NoteRef_131_119"></a><a href="#Note_131_119" class="fnanchor">[131]</a>,
-quand il ne se trouvait plus de place pour lui; Dauzats et moi avions,
-par une sorte de souvenir, voté pour lui, et nous avions été les seuls.</p>
-
-<p>M. de la Ferronnays me dit, à propos du danger<span class="pagenum"><a name="Page_116" id="Page_116">[p. 116]</a></span> des chemins de fer, que
-les administrateurs lui ont dit souvent qu'il valait toujours mieux
-voyager de jour.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>11 <i>novembre.</i>&mdash;Vu M. Jouvenet, qui est arrivé le soir; il me dit que
-la propriété du maréchal Bugeaud, qui rendait primitivement 7,000
-livres de rente, en rendait 45,000 après les améliorations qu'il y
-avait faites. L'impopularité qui s'était attachée à son nom, par suite
-des infamies que les journaux se permettaient sur son compte pendant le
-règne de Louis-Philippe, durait encore après sa mort. Sa veuve ayant
-fait faire un service commémoratif un an ou deux après sa mort, le curé
-avait cru devoir faire élever un autel, en plein champ, supposant que
-la foule serait trop grande dans l'église; cette même personne que j'ai
-citée s'y trouvait, elle, vingt-huitième.</p>
-
-<p>Mes journées s'écoulent tout doucement, sans plaisirs vifs, il est
-vrai. Il me manque une occupation de cœur ou de tête pour m'animer
-et donner de la saveur à la vie que je mène ici. Ces diables de repas
-font de vous une machine à digérer; on n'a de temps que pour se
-promener dans les entractes; mais adieu la pensée ou la plus simple
-émotion.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p><i>Paris</i>, 14 <i>novembre.</i>&mdash;Parti d'Augerville, avec Berryer, à neuf
-heures. Nous revenons ensemble jusqu'à Paris, par Étampes; sa
-conversation est des plus intelligentes.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_117" id="Page_117">[p. 117]</a></span></p>
-
-<p>Quand on est agité dans la vie par mille contrariétés qu'on prend
-pour des peines, on ne se représente pas assez ce que sont les pertes
-véritables et sans remède qui touchent aux sentiments. Il y a pourtant
-de ces natures de roche qui se consolent plus vite de celles-là que
-des autres. Berryer me contait, en revenant, que l'un des progrès des
-États-Unis consiste à faire assurer son père quand il part pour un de
-ces voyages où on est exposé à tout instant à être mis en morceaux dans
-les bateaux ou les chemins de fer. Une fois que vous avez la confiance
-qu'en cas de malheur on vous rendra votre père en billets de banque, la
-famille est tranquille; le père peut aller dans la lune et y rester,
-si bon lui semble; je ne doute pas que nous n'arrivions à ce degré de
-perfection.</p>
-
-<p>L'idée de Delamarre<a name="NoteRef_132_120" id="NoteRef_132_120"></a><a href="#Note_132_120" class="fnanchor">[132]</a>, proposée à Berger, quand il était préfet,
-d'envoyer les corps de nos parents et de nos amis pour fumer et
-fertiliser les plaines arides de la Sologne, était de ce genre. Voilà
-une manière inattendue d'utiliser ses proches, quand, par leur mort,
-ils semblent n'être plus bons à rien.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>15 <i>novembre.</i>&mdash;Jour de la cérémonie de la distribution. Je vais
-rejoindre la place de la commission. Très bel et imposant aspect.
-Mercey me fait l'algarade<span class="pagenum"><a name="Page_118" id="Page_118">[p. 118]</a></span> de me donner l'alarme sur ce qui devait se
-passer: tout s'arrange pour le mieux.</p>
-
-<p>Je reviens à pied, je prends une mauvaise tasse de café, dans les
-Champs-Élysées, qui m'a rendu malade tout le lendemain. Je ne suis pas
-sorti après mon dîner; cela réussit toujours mal.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>16 <i>novembre.</i>&mdash;Mon cher Guillemardet vient m'embrasser. Villot vient
-pendant qu'il était là; il me conte à sa manière ce qui s'est passé
-à propos du rappel de Meissonier à la médaille d'honneur. Je ne puis
-m'empêcher de l'arrêter au milieu de sa philippique contre ce qu'il
-appelle d'horribles coquins, etc.</p>
-
-<p>Huet<a name="NoteRef_133_121" id="NoteRef_133_121"></a><a href="#Note_133_121" class="fnanchor">[133]</a> et Yvon viennent me voir. M. Hébert<a name="NoteRef_134_122" id="NoteRef_134_122"></a><a href="#Note_134_122" class="fnanchor">[134]</a>, Carrier<a name="NoteRef_135_123" id="NoteRef_135_123"></a><a href="#Note_135_123" class="fnanchor">[135]</a> et le
-brave Tedesco<a name="NoteRef_136_124" id="NoteRef_136_124"></a><a href="#Note_136_124" class="fnanchor">[136]</a>.</p>
-
-<p>Mauvaise disposition. Je vais dîner chez la cousine avec Laity et
-le jeune d'Ideville. Je ne mange rien et m'en retourne dans un état
-passable. M. Laity partait le soir même.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_119" id="Page_119">[p. 119]</a></span></p>
-
-<p>Rentré de bonne heure, sans faire de promenade.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>18 <i>novembre.</i>&mdash;J'écris à Berryer: «À présent que je suis sorti des
-cérémonies, je viens vous redire tout le bonheur que j'ai eu à me
-voir ces quelques jours près de vous. Je pense à cette bonté et à cet
-admirable esprit présent à tout et dont le charme réuni n'est qu'en
-vous.»</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>20 <i>novembre.</i>&mdash;Je vais à <i>Trovatore</i> avec un billet d'Alberthe; j'y
-souffre, je m'y ennuie, je m'enrhume de nouveau. Rien n'égale la
-stérilité de cette musique qui est toute en tapage et où pas un seul
-chant ne se fait jour.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>24 <i>novembre.</i>&mdash;Je néglige bien mes pauvres souvenirs: je suis trop
-distrait à Paris pour écrire, même à bâtons rompus. Depuis quatre ou
-cinq jours, je m'enferme pour en finir, s'il est possible, avec ce
-rhume; ce me sera aussi un bon prétextée moi-même et aux autres de ne
-pas bouger.</p>
-
-<p>Mme Pierret est venue dans la journée me demander de prendre des
-billets pour une loterie que fait ce malheureux Fielding.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>25 <i>novembre</i>.&mdash;Rien ne peut surmonter les préjugés régnants: quand
-on envoyait les élèves à Rome, du temps de Lebrun et jusqu'à David,
-on ne leur recommandait que l'étude du Guide; à présent, le<span class="pagenum"><a name="Page_120" id="Page_120">[p. 120]</a></span> <i>Beau</i>
-consiste à reproduire le faire des vieilles fresques, mais ce n'est
-que la partie académique qu'ils vont étudier. Ces deux méthodes qui
-semblent si opposées se rencontrent dans ce point qui sera toujours le
-mot d'ordre de toutes les écoles: imiter le technique de cette école-ci
-ou de celle-là. Tirer de son imagination des moyens de rendre la nature
-et ses effets, et les rendre suivant son tempérament propre: chimères,
-étude vaine que ne donnent ni le prix de Rome, ni l'Institut; copier
-l'exécution du Guide ou celle de Raphaël, suivant la mode.</p>
-
-<hr class="b2" />
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_130_118" id="Note_130_118"></a><a href="#NoteRef_130_118"><span class="label">[130]</span></a> <i>Horace Vernet.</i></p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_131_119" id="Note_131_119"></a><a href="#NoteRef_131_119"><span class="label">[131]</span></a> Il ne faut pas oublier qu'à cette époque, <i>Corot</i>
-(1795-1875) était encore fort contesté. Delacroix parvenu à la grande
-célébrité, et d'ailleurs admirateur convaincu du talent du paysagiste,
-songeait sans doute avec quelque mélancolie que c'était là l'inévitable
-sort des originalités tranchées.
-</p>
-<p>
-Corot avait envoyé à l'Exposition universelle de 1855 cinq tableaux,
-parmi lesquels le <i>Bain de Diane</i>, aujourd'hui au Musée de Bordeaux.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_132_120" id="Note_132_120"></a><a href="#NoteRef_132_120"><span class="label">[132]</span></a> Sans doute <i>Théodore-Casimir Delamarre</i> (1796-1870),
-qui fut directeur de la <i>Patrie</i> et s'occupa activement des questions
-économiques et industrielles.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_133_121" id="Note_133_121"></a><a href="#NoteRef_133_121"><span class="label">[133]</span></a> <i>Paul Huet</i> (1804-1866), paysagiste, élève de Guérin et
-de Gros, qui peut être classé parmi les meilleurs peintres de l'école
-romantique, était intimement lié avec Delacroix depuis l'hiver de 1822.
-(Voir <i>Peintres et statuaires romantiques</i>, par Ernest <span class="smcap">Chesneau</span>.)</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_134_122" id="Note_134_122"></a><a href="#NoteRef_134_122"><span class="label">[134]</span></a> <i>Ernest Hébert</i>, peintre, né en 1817, obtint le prix de
-Rome en 1839: il devint en 1865 directeur de l'École de Rome, et membre
-de l'Académie des Beaux-Arts en 1874.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_135_123" id="Note_135_123"></a><a href="#NoteRef_135_123"><span class="label">[135]</span></a> <i>Carrier</i> figure avec <i>Huet</i> comme légataire sur le
-testament de Delacroix.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_136_124" id="Note_136_124"></a><a href="#NoteRef_136_124"><span class="label">[136]</span></a> <i>Tedesco</i> fut, avec <i>Francis Petit</i>, chargé par
-Delacroix de classer ses dessins et de préparer la vente de ses
-œuvres. «Je m'en rapporte à MM. Francis Petit et Tedesco, dit-il
-dans son testament, pour les soins qu'ils mettront à la mise en vente
-de mes objets d'art.»</p></div>
-
-<hr class="b2" />
-
-<p>2 <i>décembre.</i>&mdash;Dîner chez Mme de Vaufreland: Derryer, la princesse, etc.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>5 <i>décembre.</i>&mdash;Dîné chez Mme de Lagrange avec Berryer; le soir,
-charades; j'ai trouvé le temps long.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>7 <i>décembre.</i>&mdash;Dîné chez Cerfbeer avec Vieillard, Lefèvre<a name="NoteRef_137_125" id="NoteRef_137_125"></a><a href="#Note_137_125" class="fnanchor">[137]</a> et sa
-femme, Marchand<a name="NoteRef_138_126" id="NoteRef_138_126"></a><a href="#Note_138_126" class="fnanchor">[138]</a>, Chabrier, etc. Bonne soirée. Beauchesne venu.
-Poinsot a été très causeur; on a parlé du beau dans Corneille, etc.</p>
-
-<p>Je suis très agité de ces affreux logements.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>11 <i>décembre.</i>&mdash;Je viens d'examiner des lithographies<span class="pagenum"><a name="Page_121" id="Page_121">[p. 121]</a></span> de
-Géricault<a name="NoteRef_139_127" id="NoteRef_139_127"></a><a href="#Note_139_127" class="fnanchor">[139]</a>; je suis frappé de l'absence constante d'unité...
-Absence dans la composition en général, absence dans chaque figure,
-dans chaque cheval. Jamais ses chevaux ne sont modelés en masse. Chaque
-détail s'ajoute aux autres et ne forme qu'un ensemble décousu. C'est le
-contraire de ce que je remarque dans mon <i>Christ au tombeau</i> du comte
-de Geloës<a name="NoteRef_140_128" id="NoteRef_140_128"></a><a href="#Note_140_128" class="fnanchor">[140]</a>, qui est sous mes yeux. Les détails sont, en général,
-médiocres, et échappent en quelque sorte à l'examen. En revanche,
-l'ensemble inspire une émotion qui m'étonne moi-même. Vous restez
-sans pouvoir vous détacher, et pas un détail ne s'élève pour se faire
-admirer ou distraire l'attention. C'est la perfection de cet art-là,
-dont l'objet est de faire un effet simultané. Si la peinture produisait
-ses effets à la manière de la littérature, qui n'est qu'une suite de
-tableaux successifs, le détail aurait quelque droit à se produire en
-relief.</p>
-
-<p>&mdash;Je relis ceci en décembre 1856. Cela me rappelle que Chenavard me
-disait, il y a deux ans, à Dieppe, qu'il ne regardait pas Géricault
-comme un maître, parce qu'il n'a pas l'<i>ensemble</i>; c'est son critérium
-à lui pour la qualité de maître. Il la refuse même à Meissonier.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_122" id="Page_122">[p. 122]</a></span></p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>12 <i>décembre.</i>&mdash;Dîné chez la princesse avec Mme Viardot.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>14 <i>décembre.</i>&mdash;Dîné chez Mme Pierret avec Durier et Feuillet<a name="NoteRef_141_129" id="NoteRef_141_129"></a><a href="#Note_141_129" class="fnanchor">[141]</a>.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>15 <i>décembre.</i>&mdash;Dîné chez Chabrier avec le général Alexandre, Poinsot,
-M. Harmand que j'aime beaucoup, M. Joly de Fleury et le sculpteur
-sicilien que protège Chabrier.</p>
-
-<p>Harmand me dit, à propos de la vigne dans la Gironde, que les pertes
-considérables consistent en ce que les vieux ceps, qui remontent
-souvent à cinquante ans, ne peuvent résister à la maladie; ces souches
-produisent à la vérité très peu, mais la qualité des grappes est
-excellente. Il faudra donc beaucoup d'années pour que les nouvelles
-souches produisent d'abord, mais surtout arrivent à approcher de cette
-qualité.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>16 <i>décembre.</i>&mdash;Écrit à Chatrousse<a name="NoteRef_142_130" id="NoteRef_142_130"></a><a href="#Note_142_130" class="fnanchor">[142]</a>.</p>
-
-<hr class="b2" />
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_137_125" id="Note_137_125"></a><a href="#NoteRef_137_125"><span class="label">[137]</span></a> Sans doute <i>Lefèvre-Deumier</i>, bibliothécaire des
-Tuileries.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_138_126" id="Note_138_126"></a><a href="#NoteRef_138_126"><span class="label">[138]</span></a> Le <i>comte Marchand</i>, qui suivit l'Empereur à
-Sainte-Hélène et qui plus tard accompagna le prince de Joinville pour
-ramener en France les cendres de Napoléon.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_139_127" id="Note_139_127"></a><a href="#NoteRef_139_127"><span class="label">[139]</span></a> On trouve dans ce jugement sur <i>Géricault</i> l'influence
-manifeste d'une conversation que Delacroix eut avec Chenavard à Dieppe
-en 1854. Il est intéressant de rapprocher ce passage du Journal, écrit
-en 1855, des notes antérieures sur le même sujet, notamment celles de
-1854 et surtout celles des premières années 1823, 1824. (Voir t. I, p.
-47, 60, 61, et t. II, p. 454.)</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_140_128" id="Note_140_128"></a><a href="#NoteRef_140_128"><span class="label">[140]</span></a> Voir <i>Catalogue Robaut</i>, n<sup>os</sup> 1034 et 1035.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_141_129" id="Note_141_129"></a><a href="#NoteRef_141_129"><span class="label">[141]</span></a> <i>Feuillet de Conches.</i></p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_142_130" id="Note_142_130"></a><a href="#NoteRef_142_130"><span class="label">[142]</span></a> <i>Émile Chatrousse</i>, sculpteur, né en 1830, élève de Rude
-et d'Abel de Pujol. En 1855, il exposa la <i>Résignation</i>, une figure de
-femme accroupie au pied de la croix, qu'on peut voir à Saint-Eustache.</p>
-
-<hr class="chap" />
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_123" id="Page_123">[p. 123]</a></span></p></div>
-
-
-
-
-<h3><a name="c1856" id="c1856">1856</a></h3>
-
-
-<p>10 <i>janvier.</i>&mdash;Aller chez Rossini.&mdash;Soirée de Ségalas<a name="NoteRef_143_131" id="NoteRef_143_131"></a><a href="#Note_143_131" class="fnanchor">[143]</a>. Le même en
-aura une autre dans quinze jours.&mdash;Soirée de Mme Viardot.&mdash;Aller chez
-Bisson<a name="NoteRef_144_132" id="NoteRef_144_132"></a><a href="#Note_144_132" class="fnanchor">[144]</a>. Tableau ou dessin à lui envoyer.</p>
-
-<p>Chez Rossini, chez Ségalas ensuite, où le préfet<a name="NoteRef_145_133" id="NoteRef_145_133"></a><a href="#Note_145_133" class="fnanchor">[145]</a> m'a montré une
-bienveillance très inaccoutumée. Il s'est prodigué en récits dans
-lesquels il ne m'a pas épargné ceux qui étaient à sa louange: sa
-fermeté, sa bravoure même dans différentes circonstances critiques ont
-été le thème de la conversation dans laquelle je n'ai eu qu'à approuver
-du bonnet.</p>
-
-<p>Chez Rossini auparavant; je contemple avec plaisir cet homme rare: je
-l'entoure à plaisir d'une certaine<span class="pagenum"><a name="Page_124" id="Page_124">[p. 124]</a></span> auréole; j'aime à le voir; il n'est
-plus le Rossini moqueur d'autrefois.</p>
-
-<p>J'y trouve la bonne Alberthe, sa fille et Mareste; c'est Boissard qui
-m'avait conduit.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>11 <i>janvier.</i>&mdash;Aller chez Perpignan avant le conseil.&mdash;Chez Philippe
-Rousseau<a name="NoteRef_146_134" id="NoteRef_146_134"></a><a href="#Note_146_134" class="fnanchor">[146]</a>, si je peux.&mdash;Chez Mouilleron.&mdash;Je suis resté chez moi.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>12 <i>janvier.</i>&mdash;(Le dîner du préfet.) Au lieu de dîner chez le préfet,
-j'ai été chez Mme Sand, voir au cirque sa pièce de <i>Favilla</i><a name="NoteRef_147_135" id="NoteRef_147_135"></a><a href="#Note_147_135" class="fnanchor">[147]</a>.
-Excellente donnée que la pauvre amie n'a pas fait ressortir. Je crois
-que malgré les belles parties de son talent, elle ne parviendra jamais
-à faire une pièce<a name="NoteRef_148_136" id="NoteRef_148_136"></a><a href="#Note_148_136" class="fnanchor">[148]</a>; les situations périssent entre ses mains:
-elle ne connaît pas le point intéressant. <i>Le point intéressant</i>,
-tout est là; elle le noie dans des détails et émousse continuellement
-l'impression qui devrait résulter de la science des caractères. Cette
-situation d'un fou aimable, qui se croit le maître d'un château où
-on le tolère, devait être une excellente occasion de comique ou de
-pathétique; elle ne se doute pas le moins du monde de ce qui lui
-manque.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_125" id="Page_125">[p. 125]</a></span></p>
-
-<p>Cette obstination à poursuivre un talent qui paraît lui être refusé, à
-en juger par tant de tentatives infructueuses, la classe, bon gré, mal
-gré, dans un rang inférieur. Il est bien rare que les grands talents
-ne soient pas portés dune manière presque invincible vers les objets
-qui sont de leur domaine: c'est surtout à ce degré que conduit plus
-particulièrement l'expérience. Les jeunes gens peuvent se tromper
-pendant quelque temps sur leur vocation, mais non les talents mûris et
-exercés dans un genre.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>13 <i>janvier.</i>&mdash;Dîner chez Baroche<a name="NoteRef_149_137" id="NoteRef_149_137"></a><a href="#Note_149_137" class="fnanchor">[149]</a>.&mdash;Mme de Vaufreland.&mdash;J'ai
-rempli mon programme.</p>
-
-<p>À dîner, Mérimée me parlait de Dumas avec la plus grande estime:
-il le préfère à Walter Scott. Peut-être en vieillissant se fait-il
-meilleur?... Peut-être loue-t-il beaucoup de peur d'avoir des ennemis
-de sa faveur?...</p>
-
-<p>Je me suis éclipsé le plus tôt que j'ai pu. J'ai été chez Mme de
-Vaufreland; excellentes gens.</p>
-
-<p>À travers les Champs-Élysées, noyé dans des tourbillons élevés par le
-vent le plus furieux et le plus glacial.</p>
-
-<p>Berryer partait comme j'arrivais.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>14 <i>janvier.</i>&mdash;Dîner du deuxième lundi. Trousseau nous dit très bien
-que les médecins sont des artistes.<span class="pagenum"><a name="Page_126" id="Page_126">[p. 126]</a></span> Il y a chez eux, comme chez les
-peintres et les poètes, une partie scientifique, mais elle ne fait que
-les médecins et les artistes médiocres. C'est l'inspiration, c'est le
-génie propre du métier qui fait le grand homme.</p>
-
-<p>J'ai été ensuite, après une assez longue promenade avec Dauzats, chez
-Delangle un instant, puis chez Halévy. Toujours grande foule, beaucoup
-de jeu, véritable maison de Socrate, trop petite pour contenir tant
-d'amis.</p>
-
-<p>Dans la journée, Th. Frère<a name="NoteRef_150_138" id="NoteRef_150_138"></a><a href="#Note_150_138" class="fnanchor">[150]</a> qui me dit avoir remarqué avec d'autres
-mes progrès constants dans les ouvrages de mon exposition, si bien que
-le dernier lui paraît le plus ferme, le plus simple, avec les qualités
-de couleur, comme avec l'absence de noir, etc.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>15 <i>janvier.</i>&mdash;Concert Viardot. Magnifique concert: l'air d'<i>Armide.</i>
-Ernst<a name="NoteRef_151_139" id="NoteRef_151_139"></a><a href="#Note_151_139" class="fnanchor">[151]</a>, le violon, m'a fait plaisir; Telefsen me dit chez la
-princesse qu'il a été très faible. J'avoue mon impuissance à faire
-une grande différence entre les diverses exécutions, quand elles sont
-arrivées à un certain degré. Comme je lui parlais de mon souvenir de
-Paganini, il me dit que c'était sans doute un homme incomparable.
-Les difficultés et les prétendus tours de force que présentent ses
-œuvres sont encore pour la plupart indéchiffrables<span class="pagenum"><a name="Page_127" id="Page_127">[p. 127]</a></span> pour les violons
-les plus habiles: voilà l'inventeur! Je pensais à tant d'artistes, qui
-sont le contraire, dans la peinture, dans l'architecture, dans tout.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>16 <i>janvier.</i>&mdash;Jour de Boilay. Aller chez Bisson et chez la princesse.
-Resté très tard chez la princesse.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>17 <i>janvier.</i>&mdash;Chez Mme Viardot: elle a chanté de nouveau l'air
-d'<i>Armide</i>... Sauvez-moi de l'amour!</p>
-
-<p>Berlioz insupportable, se récriant sans cesse sur ce qu'il appelle la
-barbarie et le goût le plus détestable, les trilles et autres ornements
-particuliers dans la musique italienne; il ne leur fait même pas grâce
-dans les anciens auteurs, comme Hændel; il se déchaîne contre les
-fioritures du grand air de D. Anna.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>18 <i>janvier.</i>&mdash;Voir Guillemardet, avant le conseil.&mdash;Après le
-conseil: Guérin, Mesnard<a name="NoteRef_152_140" id="NoteRef_152_140"></a><a href="#Note_152_140" class="fnanchor">[152]</a>, Philippe Rousseau.&mdash;Carte à Baroche,
-Grosclaude<a name="NoteRef_153_141" id="NoteRef_153_141"></a><a href="#Note_153_141" class="fnanchor">[153]</a>.&mdash;Voir à l'Hôtel de ville pour le surplus du payement
-du salon de la Paix.&mdash;Cerfbeer.</p>
-
-<p>&mdash;À l'Hôtel de ville et flânerie complète; j'aime beaucoup à rôder
-ainsi toute une journée dans ce vieux Paris. Quinze jours avant,
-j'avais été dans le Marais pour trouver le général G..., à la place
-Royale,<span class="pagenum"><a name="Page_128" id="Page_128">[p. 128]</a></span> et j'étais revenu tout le long des boulevards. Aujourd'hui,
-j'ai été chez Guérin, que je n'ai pas trouvé, et je suis entré à
-Notre-Dame.</p>
-
-<p>Chez Baroche; lui écrire.</p>
-
-<p>Le soir, dormi après dîner, malgré toutes sortes de projets.</p>
-
-<p>Je devais, dans la journée, aller chez Mesnard, au Sénat. Rencontré
-Ravaisson<a name="NoteRef_154_142" id="NoteRef_154_142"></a><a href="#Note_154_142" class="fnanchor">[154]</a>, à qui j'ai promis d'envoyer les deux dessins de
-Chenavard, place du Palais-Bourbon, 6.</p>
-
-<p>Le matin, j'avais été chez mon cher Guillemardet. Il me remet un paquet
-de mes lettres écrites anciennement à Félix; il est facile d'y voir
-combien l'esprit a besoin des années pour se développer dans les vraies
-conditions. Il me dit qu'il y voit déjà le même homme que je suis
-aujourd'hui. Plus de mauvais goût et d'impertinence que d'esprit, mais
-il faut que ce soit ainsi. Ce désaccord singulier entre la force de
-l'esprit qu'amène l'âge et l'affaiblissement du corps, qui en est aussi
-la conséquence, me frappe toujours et me paraît une contradiction dans
-les décrets de la nature. Faut-il y voir un avertissement que c'est
-surtout vers<span class="pagenum"><a name="Page_129" id="Page_129">[p. 129]</a></span> les choses de l'esprit qu'il faut se tourner, quand le
-corps et les sens nous font défaut? Il est du moins incontestable que
-c'est une compensation; mais combien il faut veiller sur soi pour ne
-pas lâcher quelquefois la bride à ces recrudescences mensongères, qui
-nous font croire que nous pouvons être jeunes ou faire comme si nous
-l'étions! Tel est le piège où tout va s'abîmer.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>19 <i>janvier.</i>&mdash;Dîné chez Doucet<a name="NoteRef_155_143" id="NoteRef_155_143"></a><a href="#Note_155_143" class="fnanchor">[155]</a>. Je suis revenu avec Dumas, qui
-m'a parlé de ses amours avec une <i>vierge</i> veuve d'un premier mari et
-<i>avec</i> un second en exercice.</p>
-
-<p>Pendant qu'on jouait au baccarat chez Doucet, Augier, que j'aime
-beaucoup, me parlait de la dignité qu'il y a pour un artiste à ne pas
-chercher à gagner trop d'argent, et par conséquent la nécessité de ne
-pas le dépenser en objets de pure vanité. Il trouve qu'un artiste peut
-vivre dans un intérieur simple. Mme Doucet me disait qu'un dîner qui
-coûtait à des personnes dans une position modeste 3 ou 400 francs les
-privait d'avoir souvent, pour cinquante francs, trois ou quatre amis,
-avec la fortune du pot. Du reste, elle habite dans un petit entresol
-très bas de la rue du Bac, mais décoré avec tout le luxe et l'éclat
-modernes: dorures, damas, meubles inutiles, rien n'y manque.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_130" id="Page_130">[p. 130]</a></span></p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>20 <i>janvier.</i>&mdash;Le soir, chez Fortoul<a name="NoteRef_156_144" id="NoteRef_156_144"></a><a href="#Note_156_144" class="fnanchor">[156]</a>. Je trouve Barbier et sa
-femme, Ravaisson, etc.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>21 <i>janvier.</i>&mdash;Delangle, de Royer<a name="NoteRef_157_145" id="NoteRef_157_145"></a><a href="#Note_157_145" class="fnanchor">[157]</a>, Perrier<a name="NoteRef_158_146" id="NoteRef_158_146"></a><a href="#Note_158_146" class="fnanchor">[158]</a>, la princesse
-Camerata.&mdash;Répondu à Panseron<a name="NoteRef_159_147" id="NoteRef_159_147"></a><a href="#Note_159_147" class="fnanchor">[159]</a>.</p>
-
-<p>&mdash;Le clair de la robe verte de l'homme de la <i>Clorinde: zinc vert,
-orange, zinc jaune.</i></p>
-
-<p>&mdash;Chez la princesse Camerata le soir: elle ne me dit pas un mot,
-suivant son habitude; V... me dit que c'est par timidité. Nous allons
-ensuite chez Perrier. J'y trouve Mme de Pontécoulant. Mme Rodrigues me
-dit qu'on fait de la musique chez elle tous les mardis.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>22 <i>janvier.</i>&mdash;Dîner chez Mme Herbelin<a name="NoteRef_160_148" id="NoteRef_160_148"></a><a href="#Note_160_148" class="fnanchor">[160]</a>.&mdash;Envoyé à M. Ravaisson les
-deux têtes du Corrège, de Chenavard.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>23 <i>janvier.</i>&mdash;Quelle bévue! Je vais au bal du préfet qui est la
-semaine prochaine. Je suis revenu à<span class="pagenum"><a name="Page_131" id="Page_131">[p. 131]</a></span> pied le long de la rivière.
-Rencontré Mouilleron, qui m'a promis de m'avoir quelques épreuves de la
-<i>Marguerite auprès de l'autel</i><a name="NoteRef_161_149" id="NoteRef_161_149"></a><a href="#Note_161_149" class="fnanchor">[161]</a>. Le lui rappeler.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>27 <i>janvier.</i>&mdash;Écrire à M. Lebouc<a name="NoteRef_162_150" id="NoteRef_162_150"></a><a href="#Note_162_150" class="fnanchor">[162]</a> pour les billets de concert
-promis à M. Riesener.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>28 <i>janvier.</i>&mdash;Dîné chez Mme Viardot avec Berlioz.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>29 <i>janvier.</i>&mdash;Mme Mohl<a name="NoteRef_163_151" id="NoteRef_163_151"></a><a href="#Note_163_151" class="fnanchor">[163]</a> demande à voir mon atelier.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>30 <i>janvier.</i>&mdash;Concert chez Mme Viardot: l'air d'<i>Iphigénie.</i> La bonne
-Sand devant moi, la princesse la place à côté; son mari y était.
-Berryer, Mme de Lagrange. Je n'ai pas eu toutefois par la musique le
-plaisir d'il y a quinze jours.</p>
-
-<p>&mdash;Le bon Rouvière<a name="NoteRef_164_152" id="NoteRef_164_152"></a><a href="#Note_164_152" class="fnanchor">[164]</a> venu dans la journée. Je lui ai prêté le tableau
-du <i>Grec à cheval.</i></p>
-
-<hr class="b2" />
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_143_131" id="Note_143_131"></a><a href="#NoteRef_143_131"><span class="label">[143]</span></a> <i>Pierre-Salomon Ségalas</i> (1792-1875), chirurgien
-français, professeur à la Faculté de médecine, membre du Conseil
-municipal, et par conséquent collègue de Delacroix.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_144_132" id="Note_144_132"></a><a href="#NoteRef_144_132"><span class="label">[144]</span></a> <i>Louis-Auguste Bisson</i> s'associa avec son frère
-<i>Auguste-Rosalie Bisson</i>, pour perfectionner et exploiter l'art
-photographique, auquel il avait été initié par Daguerre. Leurs
-recherches, les importants travaux qu'ils eurent à exécuter leur
-valurent une première médaille à l'Exposition de 1855.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_145_133" id="Note_145_133"></a><a href="#NoteRef_145_133"><span class="label">[145]</span></a> Le <i>baron Haussman</i>, qui avait succédé le 22 juin 1853 à
-M. Berger.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_146_134" id="Note_146_134"></a><a href="#NoteRef_146_134"><span class="label">[146]</span></a> <i>Philippe Rousseau</i> (1808-1887), peintre, élève de Gros
-et de Bertin. À l'Exposition de 1855, il avait obtenu une médaille de
-2<sup>e</sup> classe.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_147_135" id="Note_147_135"></a><a href="#NoteRef_147_135"><span class="label">[147]</span></a> <i>Maître Favilla</i>, drame en trois actes, de George Sand,
-représenté pour la première fois sur le théâtre de l'Odéon le 15
-septembre 1855.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_148_136" id="Note_148_136"></a><a href="#NoteRef_148_136"><span class="label">[148]</span></a> Delacroix s'est étendu à maintes reprises sur
-l'impuissance dramatique de <i>George Sand.</i> (Voir t. II, p. 283.)</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_149_137" id="Note_149_137"></a><a href="#NoteRef_149_137"><span class="label">[149]</span></a> <i>Baroche</i> était alors président du Conseil d'État.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_150_138" id="Note_150_138"></a><a href="#NoteRef_150_138"><span class="label">[150]</span></a> <i>Théodore Frère</i>, peintre de genre, né à Paris en 1815.
-Élève de Roqueplan, il fit un voyage en Algérie qui influa sur sa
-carrière d'artiste.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_151_139" id="Note_151_139"></a><a href="#NoteRef_151_139"><span class="label">[151]</span></a> <i>Henri-William Ernst</i> (1814-1865), violoniste des plus
-distingués, qui remporta dans les différentes capitales de l'Europe des
-triomphes éclatants.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_152_140" id="Note_152_140"></a><a href="#NoteRef_152_140"><span class="label">[152]</span></a> <i>Jacques-André Mesnard</i> (1792-1858), magistrat et homme
-politique, qui devint sénateur et vice-président du Sénat en 1852.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_153_141" id="Note_153_141"></a><a href="#NoteRef_153_141"><span class="label">[153]</span></a> <i>Louis Grosclaude</i>, né a Genève en 1786, peintre de
-genre, dont plusieurs toiles ont été au Musée du Luxembourg.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_154_142" id="Note_154_142"></a><a href="#NoteRef_154_142"><span class="label">[154]</span></a> <i>Jean-Gaspard-Félix Ravaisson-Mollien</i>, philosophe
-et archéologue, né en 1813. Ses travaux sur Aristote l'avaient fait
-remarquer de M. de Salvandy, qui le choisit comme chef de son cabinet,
-quand il fut ministre de l'instruction publique en 1837. Nommé quelque
-temps plus tard inspecteur général des bibliothèques publiques, puis
-en 1853 inspecteur général de l'enseignement supérieur, il devint,
-en 1862, conservateur du Musée du Louvre. Il appartient depuis 1839
-à l'Académie des inscriptions et belles-lettres, et depuis 1881 à
-l'Académie des sciences morales et politiques.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_155_143" id="Note_155_143"></a><a href="#NoteRef_155_143"><span class="label">[155]</span></a> <i>Camille Doucet</i>, auteur dramatique, membre et secrétaire
-perpétuel de l'Académie française, né en 1812. Il était à cette époque
-(1856) chef de la division des théâtres au ministère d'État.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_156_144" id="Note_156_144"></a><a href="#NoteRef_156_144"><span class="label">[156]</span></a> <i>Fortoul</i>, alors ministre de l'instruction publique,
-mourut cette même année 1856 à Ems, enlevé par une attaque d'apoplexie.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_157_145" id="Note_157_145"></a><a href="#NoteRef_157_145"><span class="label">[157]</span></a> <i>Paul-Henri-Ernest de Royer</i> (1808-1877), était alors
-procureur général à la Cour de cassation depuis 1853. Il avait remplacé
-M. Delangle. Il fut plus tard ministre de la justice et président de la
-Cour des comptes.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_158_146" id="Note_158_146"></a><a href="#NoteRef_158_146"><span class="label">[158]</span></a> <i>Charles Perrier</i> (1835-1860), littérateur. Il a
-écrit dans l'<i>Artiste</i> et dans la <i>Revue contemporaine</i> des articles
-critiques, notamment sur l'Exposition universelle de 1855. Plus tard,
-il fut attaché à l'ambassade de Rome, où il put se livrer à ses goûts
-d'artiste et poursuivre ses études d'esthétique. Il revint en France
-pour y mourir en 1860.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_159_147" id="Note_159_147"></a><a href="#NoteRef_159_147"><span class="label">[159]</span></a> <i>Panseron</i> (1795-1859), compositeur. (Voir t. II, p.
-311.)</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_160_148" id="Note_160_148"></a><a href="#NoteRef_160_148"><span class="label">[160]</span></a> <i>Madame Herbelin</i> avait obtenu une médaille de
-1<sup>re</sup> classe à l'Exposition de 1855. (Voir t. II, p. 89.)</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_161_149" id="Note_161_149"></a><a href="#NoteRef_161_149"><span class="label">[161]</span></a> Il s'agit sans doute ici de la lithographie originale de
-Delacroix. (Voir <i>Catalogue Robaut</i>, n° 247.)</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_162_150" id="Note_162_150"></a><a href="#NoteRef_162_150"><span class="label">[162]</span></a> <i>Charles Lebouc</i> (1823-1893), violoncelliste distingué,
-qui épousa une des filles d'Adolphe Nourrit.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_163_151" id="Note_163_151"></a><a href="#NoteRef_163_151"><span class="label">[163]</span></a> Le salon de <i>madame Mohl</i> était alors un des centres
-littéraires les plus fréquentés de Paris. Anglaise d'origine, <i>Mary
-Clarke</i> était devenue l'amie de Mme Récamier et de Chateaubriand. Elle
-épousa plus tard <i>Jules Mohl</i>, le savant orientaliste, qui devint
-membre de l'Académie des inscriptions et belles-lettres. Pendant trente
-ans elle sut grouper autour d'elle par le charme de son esprit les
-hommes les plus distingués de son époque. (Voir <i>Un salon à Paris, Mme
-Mohl et ses intimes</i>, par K. O'Méara.)</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_164_152" id="Note_164_152"></a><a href="#NoteRef_164_152"><span class="label">[164]</span></a> <i>Philibert Rouvière</i> (1809-1865), peintre et acteur.
-Il avait débuté dans l'atelier de Gros, où il avait sans doute connu
-Delacroix. Plus tard, il s'est presque exclusivement consacré au
-théâtre.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_132" id="Page_132">[p. 132]</a></span></p></div>
-
-
-<hr class="b2" />
-
-<p>1<sup>er</sup> <i>février.</i>&mdash;Dîner chez Benoît Champy<a name="NoteRef_165_153" id="NoteRef_165_153"></a><a href="#Note_165_153" class="fnanchor">[165]</a>.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>5 <i>février.</i>&mdash;Chute de ma pauvre Jenny.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>8 <i>février.</i>&mdash;Au conseil, il est question de Saint-Denis du
-Saint-Sacrement.</p>
-
-<p>Je visite Saint-Roch, Saint-Eustache et Saint-Denis avec Merruau<a name="NoteRef_166_154" id="NoteRef_166_154"></a><a href="#Note_166_154" class="fnanchor">[166]</a>
-et Pastoret<a name="NoteRef_167_155" id="NoteRef_167_155"></a><a href="#Note_167_155" class="fnanchor">[167]</a>.</p>
-
-<p>Je reviens à pied du Marais.</p>
-
-<p>En rentrant du conseil, je reçois une lettre déchirante du pauvre
-Lamey, qui m'annonce la mort de ma chère cousine.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>10 <i>février.</i>&mdash;Dîner chez Mme Herbelin avec Rosa Bonheur.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>21 <i>février.&mdash;Sur les chefs-d'œuvre.</i> Sans le chef-d'œuvre, il
-n'y a pas de grand artiste: tous ceux qui n'en ont fait qu'un dans leur
-vie ne sont pourtant pas grands pour cela. Ceux de cette espèce sont
-ordinairement le produit de la jeunesse: une certaine force précoce,
-une certaine chaleur qui est dans le sang autant que dans l'esprit, ont
-jeté quelquefois un<span class="pagenum"><a name="Page_133" id="Page_133">[p. 133]</a></span> éclat singulier; mais pour être classé, il faut
-confirmer la confiance que les premiers ouvrages ont donnée du talent
-par ceux que l'âge mûr, l'âge de la vraie force, vient ajouter et
-ajoute presque toujours, quand le talent est d'une force réelle.</p>
-
-<p>Des hommes très brillants n'ont jamais fait de chefs-d'œuvre;
-ils ont presque toujours fait des ouvrages qui ont passé pour des
-chefs-d'œuvre au moment de leur apparition, à raison de la mode,
-de l'à-propos, tandis que de véritables chefs-d'œuvre de finesse
-ou de profondeur passaient inaperçus dans la foule, ou amèrement
-critiqués, à cause de leur étrangeté apparente et de leur éloignement
-des idées du moment, pour reparaître plus tard à la vérité dans tout
-leur jour et être estimés à leur valeur, quand on a oublié les formes
-de convention<a name="NoteRef_168_156" id="NoteRef_168_156"></a><a href="#Note_168_156" class="fnanchor">[168]</a> qui ont donné la vogue aux ouvrages éphémères très
-vantés d'abord; il est rare que cette justice ne soit pas rendue tôt ou
-tard aux grandes productions de l'esprit humain dans tous les genres;
-ce serait, avec les persécutions dont la vertu est presque toujours
-l'objet, un argument de plus en faveur de l'immortalité de l'âme. Il
-faut espérer que de si grands hommes, méprisés ou persécutés de leur
-vivant, trouveront une récompense qui les a fuis dans le terrestre
-séjour, quand ils seront parvenus dans une sphère où ils<span class="pagenum"><a name="Page_134" id="Page_134">[p. 134]</a></span> jouiront d'un
-bonheur dont nous n'avons pas l'idée, mais auquel se mêlerait celui de
-voir, d'en haut, la justice que leur garde la postérité.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>25 <i>février</i>.&mdash;Feuilleton admirable de Gautier<a name="NoteRef_169_157" id="NoteRef_169_157"></a><a href="#Note_169_157" class="fnanchor">[169]</a> sur la mort de
-Heine, dans le <i>Moniteur</i> de ce jour.</p>
-
-<p>Je lui écris: «Mon cher Gautier, votre oraison funèbre de Heine est un
-vrai chef-d'œuvre dont je ne puis m'empêcher de vous complimenter.
-Son impression me suit toujours, et il ira rejoindre ma collection
-d'<i>excerptæ célèbres.</i> Eh quoi! votre art, qui a tant de ressources
-que le nôtre n'a pas, est-il donc cependant, dans de certaines
-conditions, plus éphémère que la fragile peinture? Que deviendront
-quatre pages charmantes écrites dans un feuilleton entre le catalogue
-des actions vertueuses des quatre-vingt-six départements et le narré
-d'un vaudeville d'avant-hier? Pourquoi n'a-t-on pas averti quelques
-hommes zélés pour les vrais et grands talents? Je ne savais pas même la
-mort de ce pauvre Heine: j'aurais voulu sentir devant cette bière qui
-emportait tant de feu et d'esprit ce que vous avez si bien senti. Je
-vous envoie ce petit hommage, moins pour les obligations que je vous ai
-d'ailleurs, que pour le plaisir triste et doux que j'ai eu à vous lire.
-Mille amitiés sincères.»</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_135" id="Page_135">[p. 135]</a></span></p>
-
-<p>&mdash;J'ai été chez Delangle, qui a été aimable pour moi. J'y ai vu
-Béranger<a name="NoteRef_170_158" id="NoteRef_170_158"></a><a href="#Note_170_158" class="fnanchor">[170]</a>: nous nous sommes rappelé notre connaissance dans la
-triste circonstance de la mort du cher Wilson.</p>
-
-<p>J'ai été ensuite chez Thayer: il demeure dans un vaste terrain planté,
-occupé par plusieurs maisons. Moreau, qui était là, venait d'entrer
-dans un bal, chez des personnes inconnues, croyant se trouver chez
-ledit Thayer: luxe à la mode, ameublements, dorures, valetaille, etc.
-Les petits fuient les grands; il y a un buffet, comme aux Tuileries, où
-des hommes en habit noir vous servent le thé, les glaces, etc.</p>
-
-<hr class="b2" />
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_165_153" id="Note_165_153"></a><a href="#NoteRef_165_153"><span class="label">[165]</span></a> <i>Benoît Champy</i>(1805-1872), magistrat et homme
-politique. Avocat, puis député, il devint en 1856 président du tribunal
-de la Seine.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_166_154" id="Note_166_154"></a><a href="#NoteRef_166_154"><span class="label">[166]</span></a> <i>Charles Merruau</i> (1807-1882), professeur, puis
-rédacteur en chef du <i>Constitutionnel</i>; il fut nommé en 1850 secrétaire
-général de la Préfecture de la Seine.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_167_155" id="Note_167_155"></a><a href="#NoteRef_167_155"><span class="label">[167]</span></a> Le <i>marquis de Pastoret</i>, sénateur, faisait partie
-depuis 1855 de la commission municipale.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_168_156" id="Note_168_156"></a><a href="#NoteRef_168_156"><span class="label">[168]</span></a> Voir au début du deuxième volume le développement d'une
-idée similaire à propos de la musique. C'est ce qu'il appelait d'une
-formule générale la <i>rhétorique.</i></p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_169_157" id="Note_169_157"></a><a href="#NoteRef_169_157"><span class="label">[169]</span></a> Ce feuilleton de Th. <i>Gautier</i> sur H. <i>Heine</i> n'est
-autre que la très belle et très éloquente étude qui fut insérée dans
-la traduction des œuvres de H. Heine, et dans laquelle le critique
-avait fait mieux que dépasser la manière un peu étroite que lui
-reproche trop souvent Delacroix.</p></div>
-
-
-
-<hr class="b2" />
-
-<p>6 <i>mars.</i>&mdash;Dîner chez Bertin. Fait le croquis pour le prince Demidoff,
-et aussi pour Benoît Fould<a name="NoteRef_171_159" id="NoteRef_171_159"></a><a href="#Note_171_159" class="fnanchor">[171]</a>.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>9 <i>mars.</i>&mdash;Chez Lefuel avec Cavelier<a name="NoteRef_172_160" id="NoteRef_172_160"></a><a href="#Note_172_160" class="fnanchor">[172]</a>. Causé chez lui des travaux
-du Louvre.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_136" id="Page_136">[p. 136]</a></span></p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>15 <i>mars.</i>&mdash;Journée passée à l'Hôtel de ville jusqu'à une heure du
-matin, en attendant les couches de l'Impératrice<a name="NoteRef_173_161" id="NoteRef_173_161"></a><a href="#Note_173_161" class="fnanchor">[173]</a>.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>16 <i>mars.</i>&mdash;Andrieu commence à travailler à l'église<a name="NoteRef_174_162" id="NoteRef_174_162"></a><a href="#Note_174_162" class="fnanchor">[174]</a>.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>20 <i>mars.</i>&mdash;Boulangé<a name="NoteRef_175_163" id="NoteRef_175_163"></a><a href="#Note_175_163" class="fnanchor">[175]</a> est venu pour la première fois à l'église.
-J'y ai été le matin. Désappointement. Je me suis entêté l'année
-dernière en travaillant trop longtemps. J'en ai trop fait sur de
-mauvaises données.</p>
-
-<p>Le soir, chez Bixio et chez Bertin.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>27 <i>mars.</i>&mdash;Emporter à la campagne les tableaux pour Beugniet,
-l'esquisse pour Dutilleux<a name="NoteRef_176_164" id="NoteRef_176_164"></a><a href="#Note_176_164" class="fnanchor">[176]</a>, l'<i>Arabe descendu de cheval</i><a name="NoteRef_177_165" id="NoteRef_177_165"></a><a href="#Note_177_165" class="fnanchor">[177]</a>, le
-<i>Petit Combat</i>, aquarelle faite à Dieppe.</p>
-
-<p>Emporter Edgar Poë, le <i>Petit Christ</i><a name="NoteRef_178_166" id="NoteRef_178_166"></a><a href="#Note_178_166" class="fnanchor">[178]</a>, de Roché,<span class="pagenum"><a name="Page_137" id="Page_137">[p. 137]</a></span> la <i>Pieta</i><a name="NoteRef_179_167" id="NoteRef_179_167"></a><a href="#Note_179_167" class="fnanchor">[179]</a>
-de l'église, les <i>Convulsionnaires</i><a name="NoteRef_180_168" id="NoteRef_180_168"></a><a href="#Note_180_168" class="fnanchor">[180]</a>, l'<i>Ovide</i><a name="NoteRef_181_169" id="NoteRef_181_169"></a><a href="#Note_181_169" class="fnanchor">[181]</a>, le <i>Chiron</i>,
-pour Moreau.</p>
-
-<p>Finir avant de partir les <i>Lions</i>, de Détrimont, la <i>Barque</i><a name="NoteRef_182_170" id="NoteRef_182_170"></a><a href="#Note_182_170" class="fnanchor">[182]</a>, de
-Morny, le <i>Cavalier grec</i><a name="NoteRef_183_171" id="NoteRef_183_171"></a><a href="#Note_183_171" class="fnanchor">[183]</a>, pour Tedesco, le tableau pour Haro,
-l'<i>Hamlet.</i></p>
-
-<p>Reporter le <i>Roméo</i><a name="NoteRef_184_172" id="NoteRef_184_172"></a><a href="#Note_184_172" class="fnanchor">[184]</a> à Mme Delessert.</p>
-
-<hr class="b2" />
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_170_158" id="Note_170_158"></a><a href="#NoteRef_170_158"><span class="label">[170]</span></a> <i>Béranger</i> mourut l'année suivante.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_171_159" id="Note_171_159"></a><a href="#NoteRef_171_159"><span class="label">[171]</span></a> C'est sans doute l'esquisse <i>d'Ovide chez les Scythes</i>,
-un des meilleurs tableaux du maître, et qui fut exposé en 1859.
-</p>
-<p>
-M. Moreau ayant demandé un tableau à Delacroix pour M. Benoît Fould,
-Delacroix lui écrit le 11 mars 1856: «Je m'étais occupé tout de suite
-de chercher des sujets pour répondre au désir que vous m'avez si
-aimablement exprimé de la part de M. B. Fould. Après avoir hésité
-quelque temps, je me suis rappelé une esquisse que j'ai traitée, il
-y a un an environ, dans le projet d'en faire un tableau. Je crois le
-sujet assez favorable, avec figures, animaux, paysages, etc. C'est
-<i>Ovide exilé chez les Scythes</i>, auquel les naïfs habitants apportent
-des fruits, du laitage, etc.» (<i>Corresp.</i>, t. II, p. 140 et 141, et
-<i>Catalogue Robaut</i>, n° 1376.)</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_172_160" id="Note_172_160"></a><a href="#NoteRef_172_160"><span class="label">[172]</span></a> <i>Jules Cavelier</i> (1814-1894), statuaire, élève de David
-d'Angers, auteur d'un grand nombre d'œuvres fort importantes et
-membre de l'Académie des Beaux-Arts depuis 1865.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_173_161" id="Note_173_161"></a><a href="#NoteRef_173_161"><span class="label">[173]</span></a> Le Prince impérial naquit le 16 mars 1856.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_174_162" id="Note_174_162"></a><a href="#NoteRef_174_162"><span class="label">[174]</span></a> Saint-Sulpice.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_175_163" id="Note_175_163"></a><a href="#NoteRef_175_163"><span class="label">[175]</span></a> <i>Louis Boulangé</i>, peintre, élève de Delacroix, qui
-lui écrit le 13 mars 1856: «Vous me rendriez bien service, s'il vous
-était possible de vous mettre à mon travail de Saint-Sulpice. Ce ne
-serait pas pour les ornements, mais pour les fonds des deux tableaux
-pour lesquels vous avez promis de m'aider... Je ne puis continuer mes
-figures, sans que ces parties soient très avancées.» (<i>Corresp.</i>, t.
-II, p. 140 et 141.)</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_176_164" id="Note_176_164"></a><a href="#NoteRef_176_164"><span class="label">[176]</span></a> <i>Saint Michel terrassant le dragon</i>, que Dutilleux avait
-demandé pour M. Le Gentil, d'Arras. (Voir <i>Catalogue Robault</i>, n°
-1287.)</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_177_165" id="Note_177_165"></a><a href="#NoteRef_177_165"><span class="label">[177]</span></a> Voir <i>Catalogue Robault</i>, n° 1175.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_178_166" id="Note_178_166"></a><a href="#NoteRef_178_166"><span class="label">[178]</span></a> Voir <i>Catalogue Robault</i>, n° 1289.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_179_167" id="Note_179_167"></a><a href="#NoteRef_179_167"><span class="label">[179]</span></a> Réduction de la peinture murale de l'église du
-Saint-Sacrement. (Voir <i>Catalogue Robaut</i>, n° 769.)</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_180_168" id="Note_180_168"></a><a href="#NoteRef_180_168"><span class="label">[180]</span></a> Voir <i>Catalogue Robaut</i>, n° 1316.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_181_169" id="Note_181_169"></a><a href="#NoteRef_181_169"><span class="label">[181]</span></a> Sans doute le tableau d'<i>Ovide chez les Scythes</i>,
-commandé par M. Moreau pour M. Fould.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_182_170" id="Note_182_170"></a><a href="#NoteRef_182_170"><span class="label">[182]</span></a> Voir <i>Catalogue Robaut</i>, n<sup>os</sup> 1218 et 1219.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_183_171" id="Note_183_171"></a><a href="#NoteRef_183_171"><span class="label">[183]</span></a> Ce tableau ne fut terminé qu'en 1859. (Voir <i>Catalogue
-Robaut</i>, n° 1389.)</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_184_172" id="Note_184_172"></a><a href="#NoteRef_184_172"><span class="label">[184]</span></a> Ce tableau avait dû subir une restauration. (Voir
-<i>Catalogue Robaut</i>, n° 939.)</p></div>
-
-
-<hr class="b2" />
-
-<p>2 <i>avril.</i>&mdash;Donné à Haro:</p>
-
-<p>L'étude sur carton d'après les arbres sur le lac de Valmont; vieux
-carton mal équarri pour le maroufler.</p>
-
-<p>L'étude sur toile pour rentoiler, faite à Champrosay, de la fontaine de
-Baÿvet, effet de soleil couchant.</p>
-
-<p><i>Le Christ portant sa croix</i><a name="NoteRef_185_173" id="NoteRef_185_173"></a><a href="#Note_185_173" class="fnanchor">[185]</a>, sur carton, à parqueter.</p>
-
-<p>Lui redemander l'<i>Arabe assis</i> et les études de <i>Chats</i><a name="NoteRef_186_174" id="NoteRef_186_174"></a><a href="#Note_186_174" class="fnanchor">[186]</a> au bitume.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>6 <i>avril.</i>&mdash;Je lis avec beaucoup d'intérêt depuis quelques jours
-la traduction d'<i>Edgar Poë</i><a name="NoteRef_187_175" id="NoteRef_187_175"></a><a href="#Note_187_175" class="fnanchor">[187]</a>, de<span class="pagenum"><a name="Page_138" id="Page_138">[p. 138]</a></span> Baudelaire. Il y a dans ces
-conceptions vraiment extraordinaires, c'est-à-dire extra-humaines,
-un attrait de fantastique qui est attribué à quelques natures du
-Nord ou de je ne sais où, mais qui est refusé, à coup sûr, à nos
-natures françaises. Ces gens-là ne se plaisent que dans ce qui est
-hors ou extra-nature: nous ne pouvons, nous autres, perdre à ce point
-l'équilibre, et la raison doit être de tous nos écarts. Je conçois à
-la rigueur une débauche du genre de celle-là, mais tous ces contes
-sont sur le même ton. Je suis sûr qu'il n'y a pas un Allemand qui
-ne se trouve là comme chez lui. Bien qu'il y ait un talent des plus
-remarquables dans ces conceptions, je crois qu'il est d'un ordre
-inférieur à celui qui consiste à peindre le vrai. J'accorde que la
-lecture de <i>Gil Blas</i> ou de l'Arioste ne donne pas des sensations
-de cet ordre, et quand ce ne serait que comme moyen de varier nos
-jouissances, ce genre a son mérite et tient l'imagination en éveil;
-mais on n'en peut prendre à de fortes doses, et cette continuité
-dans l'horrible ou l'impossible rendu probable est pour nous un
-travers d'esprit. Il ne faut pas croire que ces auteurs-là aient plus
-d'imagination que ceux qui se contentent de décrire les choses comme
-elles sont, et il est certainement plus facile d'inventer par ce
-moyen des situations<span class="pagenum"><a name="Page_139" id="Page_139">[p. 139]</a></span> frappantes, que par la route battue des esprits
-intelligents de tous les siècles.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>8 <i>avril.</i>&mdash;Dîner chez la princesse, qui va partir.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>9 <i>avril.</i>&mdash;Chez Mme d'Haussonville<a name="NoteRef_188_176" id="NoteRef_188_176"></a><a href="#Note_188_176" class="fnanchor">[188]</a>.</p>
-
-<p>J'ai songé hier dans une course à Saint-Sulpice à faire quelque
-chose sur la marche nécessaire que suivent tous les arts, qui vont
-toujours se raffinant de plus en plus; l'origine de cette idée vient
-de l'impression que m'ont faite hier chez la princesse les morceaux de
-Mozart que Gounod a passés en revue: mon impression a été confirmée ce
-soir chez Mme d'Haussonville, en entendant l'air des <i>Nozze</i> chanté
-par Mme Viardot. Bertin me disait de cette musique qu'elle est trop
-pleine de délicatesse et d'une expression portée aux dernières limites
-pour aller au public. Ce n'est pas cela qu'il faut dire: dans les
-époques comme les nôtres, le public arrive à cet amour du détail avec
-les ouvrages qui l'ont mis en goût de raffiner sur tout. Ce n'est pas,
-au contraire, dans notre temps, pour le public qu'il faut peindre à
-grands traits: ce serait bien plutôt pour les esprits infiniment rares
-qui s'élèvent au-dessus des intelligences communes, qui se nourrissent
-encore des beautés des grandes époques, en un mot qui aiment le beau,
-c'est-à-dire la simplicité.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_140" id="Page_140">[p. 140]</a></span></p>
-
-<p>Il faut donc des tableaux à grands traits; dans les âges primitifs, les
-ouvrages des arts sont ainsi: le fond de mon idée était la nécessité
-d'être de son temps. Voltaire, dans le <i>Huron</i>, lui fait dire: <i>Les
-tragédies des Grecs sont bonnes pour des Grecs</i>, et il a raison;
-de là le ridicule de tenter de remonter le courant et de faire de
-l'archaïsme. Racine paraît raffiné déjà en comparaison de Corneille;
-mais combien on a raffiné depuis Racine! Walter Scott, Rousseau
-d'abord, sont allés creuser ces sentiments d'impressions vagues et de
-mélancolie, que les anciens ont à peine soupçonnées; nos modernes ne
-peignent plus seulement les sentiments; ils décrivent l'extérieur, ils
-analysent tout.</p>
-
-<p>Dans la musique, le perfectionnement des instruments ou l'invention
-d'instruments nouveaux donne la tentation d'aller plus avant dans
-certaines imitations. On en viendra à imiter matériellement le bruit du
-vent, de la mer, d'une cascade. Mme Ristori, l'année dernière, dans la
-<i>Pia</i><a name="NoteRef_189_177" id="NoteRef_189_177"></a><a href="#Note_189_177" class="fnanchor">[189]</a>, rendait d'une manière très vraie, mais très repoussante,
-l'agonie du personnage. Ces objets, dont Boileau dit qu'il faut les
-<i>offrir à l'oreille</i> et les <i>éloigner des yeux</i>, sont maintenant du
-domaine des arts; il faut nécessairement perfectionner au théâtre
-les décorations et les costumes. Il est même évident que ce n'est
-pas tout à fait de mauvais goût. Il faut raffiner sur tout, il faut
-contenter tous les sens: on en viendra à exécuter des symphonies,<span class="pagenum"><a name="Page_141" id="Page_141">[p. 141]</a></span> en
-même temps qu'on offrira aux yeux de beaux tableaux pour en compléter
-l'impression<a name="NoteRef_190_178" id="NoteRef_190_178"></a><a href="#Note_190_178" class="fnanchor">[190]</a>.</p>
-
-<p>On dit que Zeuxis ou un autre célèbre peintre dans l'antiquité avait
-exposé un tableau représentant un guerrier ou les horreurs de la
-guerre: il faisait jouer de la trompette derrière le tableau pour
-exalter encore davantage les bons spectateurs. On ne pourra plus faire
-une bataille sans brûler un peu de poudre aux environs, pour exciter
-complètement l'émotion ou mieux pour la réveiller.</p>
-
-<p>Pour être plus près de la vérité, il y a déjà une vingtaine d'années,
-on avait été, sur la scène de l'Opéra, jusqu'à faire les décorations
-réelles comme dans l'opéra de la <i>Juive</i><a name="NoteRef_191_179" id="NoteRef_191_179"></a><a href="#Note_191_179" class="fnanchor">[191]</a> et dans celui de
-<i>Gustave</i><a name="NoteRef_192_180" id="NoteRef_192_180"></a><a href="#Note_192_180" class="fnanchor">[192]</a>. Dans le premier, on voyait de vraies statues sur la
-scène et autres accessoires qu'on imite ordinairement par la peinture;
-dans <i>Gustave</i>, il y avait de vrais rochers, imités à la vérité, mais
-par des blocs saillants. Ainsi, par l'amour de l'illusion, on arrivait
-à la supprimer tout à fait. On conçoit que des colonnes ou des statues
-placées sur la scène dans la condition où on voit ordinairement les
-décorations et éclairées par des lumières venant de tous côtés perdent
-toute espèce<span class="pagenum"><a name="Page_142" id="Page_142">[p. 142]</a></span> d'effet; c'est à cette époque qu'on introduisit sur la
-scène de vraies armures, etc.; on revenait ainsi à l'enfance de l'art
-à force de perfectionnements. Les enfants, dans leurs jeux, quand ils
-imitent la représentation d'une pièce, se servent, pour faire des
-arbres, de vraies branches d'arbres; on devait faire ainsi aux époques
-où on a inventé le théâtre. On nous dit que les pièces de Shakespeare
-ont été en général représentées dans des espèces de granges, et on n'y
-faisait pas tant de façon. Les changements perpétuels de décoration
-qui, pour le dire en passant, semblent le fait d'un art déjà perverti
-plutôt qu'avancé, étaient exprimés par un écriteau: Ceci est une forêt;
-ceci est une prison, etc. Dans ce cadre de convention, l'imagination
-du spectateur voyait s'agiter des personnages animés de passions
-prises sur la nature, et cela suffisait. L'indigence de l'invention
-s'appuie volontiers sur ces prétendues innovations. La description qui
-foisonne dans les romans modernes est un signe de stérilité: il est
-incontestablement plus facile de décrire l'extérieur des choses que de
-suivre délicatement le développement des caractères et la peinture du
-cœur.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>14 <i>avril.</i>&mdash;Livré depuis le mois de novembre: répétitions:</p>
-
-<p>
-<i>Grec à cheval</i> <span class="linenum2">1,200 fr.</span><br />
-<br />
-<span class="pagenum"><a name="Page_143" id="Page_143">[p. 143]</a></span>
-<i>Cavalier grec et turc</i>(Tedesco)<a name="NoteRef_193_181" id="NoteRef_193_181"></a><a href="#Note_193_181" class="fnanchor">[193]</a> <span class="linenum2">&nbsp;&nbsp;1,600 "</span><br />
-
-<i>Clorinde</i><a name="NoteRef_194_182" id="NoteRef_194_182"></a><a href="#Note_194_182" class="fnanchor">[194]</a> <span class="linenum2">&nbsp;&nbsp;2,000 "</span><br />
-
-Les <i>Lions</i> en petit<a name="NoteRef_195_183" id="NoteRef_195_183"></a><a href="#Note_195_183" class="fnanchor">[195]</a> <span class="linenum2">&nbsp;&nbsp;2,000 "</span><br />
-
-Petit <i>Marocain à cheval</i> (Barye) <span class="linenum2">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;300 "</span><br />
-
-<i>Hamlet et Polonius</i><a name="NoteRef_196_184" id="NoteRef_196_184"></a><a href="#Note_196_184" class="fnanchor">[196]</a> <span class="linenum2">&nbsp;&nbsp;1,000 "</span><br />
-
-Vendu il y a un mois le <i>Marino Faliero</i><a name="NoteRef_197_185" id="NoteRef_197_185"></a><a href="#Note_197_185" class="fnanchor">[197]</a> <span class="linenum2">12,000 "</span><br />
-
-Il me reste à faire:<br />
-
-L'<i>Ovide</i> de M. Fould<a name="NoteRef_198_186" id="NoteRef_198_186"></a><a href="#Note_198_186" class="fnanchor">[198]</a> <span class="linenum2">&nbsp;&nbsp;6,000 "</span><br />
-
-Le tableau de M. Demidoff &nbsp;&nbsp;<span class="linenum2">&nbsp;&nbsp;3,000 "</span><br />
-
-L'<i>Empereur du Maroc</i><a name="NoteRef_199_187" id="NoteRef_199_187"></a><a href="#Note_199_187" class="fnanchor">[199]</a> <span class="linenum2">&nbsp;&nbsp;2,500 "</span><br />
-
-L'<i>Herminie</i><a name="NoteRef_200_188" id="NoteRef_200_188"></a><a href="#Note_200_188" class="fnanchor">[200]</a> <span class="linenum2">&nbsp;&nbsp;2,000 "</span><br />
-</p>
-
-
-<p>Beugniet en veut un petit; Détrimont aussi.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>16 <i>avril.</i>&mdash;Il faut retourner chez Mme d'Haussonville.</p>
-
-<p><i>Du besoin de raffinement dans les temps de décadence</i> (même sujet
-qu'au 9 avril précédent). Les plus grands esprits ne peuvent s'y
-soustraire: on croit trouver un genre nouveau en mettant des détails<span class="pagenum"><a name="Page_144" id="Page_144">[p. 144]</a></span>
-là où les anciens n'en mettaient pas. Les Anglais, les Germaniques nous
-ont toujours poussés dans cette route. Shakespeare est très raffiné.
-En peignant avec une grande profondeur de sentiment que les anciens
-négligeaient ou ne connaissaient même pas, il découvrit tout un petit
-monde de sentiments qui sont chez tous les hommes de tous les temps à
-l'état confus et qui ne semblent pas destinés à arriver à la lumière,
-ou à être analysés, avant qu'un génie particulièrement doué ait porté
-le flambeau dans les coins secrets de notre âme. Il semble qu'il faut
-à l'écrivain une érudition prodigieuse; mais on sait combien il est
-facile de prendre le change à ce sujet, et ce qu'il y a de réel sous
-cette apparence de science universelle.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>22 <i>avril.</i>&mdash;Rossini est venu dans la journée.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>23 <i>avril.</i>&mdash;Chez Rossini, à neuf heures et demie. Musique.
-Vivier<a name="NoteRef_201_189" id="NoteRef_201_189"></a><a href="#Note_201_189" class="fnanchor">[201]</a>, Bottesini<a name="NoteRef_202_190" id="NoteRef_202_190"></a><a href="#Note_202_190" class="fnanchor">[202]</a>, et une dame qui a joué des morceaux de
-Rameau pour piano.</p>
-
-
-<hr class="b2" />
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_185_173" id="Note_185_173"></a><a href="#NoteRef_185_173"><span class="label">[185]</span></a> Voir <i>Catalogue Robaut</i>, n° 1313, comme disposition.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_186_174" id="Note_186_174"></a><a href="#NoteRef_186_174"><span class="label">[186]</span></a> Voir <i>Catalogue Robaut</i>, n° 785.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_187_175" id="Note_187_175"></a><a href="#NoteRef_187_175"><span class="label">[187]</span></a> Baudelaire envoyait à Delacroix tout ce qu'il
-produisait: salons, études littéraires, traductions, poésies, et
-l'on trouve dans la correspondance du peintre plusieurs lettres de
-remerciement prouvant que celui-ci avait compris et goûté la manière
-du poète: «Je vous dois beaucoup de remerciements pour les <i>Fleurs du
-mal</i>, lui écrit-il en 1858; je vous en ai déjà parlé en l'air, mais
-cela mérite tout autre chose.» (<i>Corresp.</i>, t. II, p. 178.)</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_188_176" id="Note_188_176"></a><a href="#NoteRef_188_176"><span class="label">[188]</span></a> <i>Madame d'Haussonville</i> était fille du duc de Broglie.
-Son mari, le comte d'Haussonville, succéda en 1809 à M. Viennet à
-l'Académie française.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_189_177" id="Note_189_177"></a><a href="#NoteRef_189_177"><span class="label">[189]</span></a> <i>Pia dei Tolomeï</i>, drame en cinq actes et en vers de
-<i>Carlo Marenco</i>, joué avec un grand succès en 1855, à Paris, par Mme
-Ristori.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_190_178" id="Note_190_178"></a><a href="#NoteRef_190_178"><span class="label">[190]</span></a> Cette prédiction devait se réaliser trente années plus
-tard par les soins d'un peintre étranger expert en toutes réclames, et
-trop connu pour qu'il soit besoin de rappeler son nom.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_191_179" id="Note_191_179"></a><a href="#NoteRef_191_179"><span class="label">[191]</span></a> Cet opéra d'Halévy et de Scribe fut représenté le 23
-février 1835.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_192_180" id="Note_192_180"></a><a href="#NoteRef_192_180"><span class="label">[192]</span></a> <i>Gustave III, ou le Bal masqué</i>, opéra en cinq actes,
-d'Auber, paroles de Scribe, représenté à l'Académie royale de musique
-le 27 février 1833. Au troisième acte, la scène se passait aux environs
-de Stockholm, dans un site sauvage, la nuit, au milieu de roches de
-formes sinistres.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_193_181" id="Note_193_181"></a><a href="#NoteRef_193_181"><span class="label">[193]</span></a> Voir <i>Catalogue Robaut</i>, n° 1293.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_194_182" id="Note_194_182"></a><a href="#NoteRef_194_182"><span class="label">[194]</span></a> Voir <i>Catalogue Robault</i>, n° 1290.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_195_183" id="Note_195_183"></a><a href="#NoteRef_195_183"><span class="label">[195]</span></a> Voir <i>Catalogue Robault</i>, n° 1308.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_196_184" id="Note_196_184"></a><a href="#NoteRef_196_184"><span class="label">[196]</span></a> Répétition et variante du tableau de Delacroix de 1843.
-(Voir <i>Catalogue Robault</i>, n° 943.)</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_197_185" id="Note_197_185"></a><a href="#NoteRef_197_185"><span class="label">[197]</span></a> Il est curieux de constater que ce tableau, exposé en
-1827, ne trouva acquéreur qu'en 1856, c'est-à-dire près de trente ans
-après sa première apparition. (Voir <i>Catalogue Robault</i>, n° 160.)</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_198_186" id="Note_198_186"></a><a href="#NoteRef_198_186"><span class="label">[198]</span></a> <i>Ovide chez les Scythes.</i> Ce tableau, qui a figuré à
-la deuxième exposition des Cent chefs-d'œuvre, en 1892, appartient
-aujourd'hui à M. de Sourdeval. (Voir <i>Catalogue Robault</i>, n° 1376.)</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_199_187" id="Note_199_187"></a><a href="#NoteRef_199_187"><span class="label">[199]</span></a> Voir <i>Catalogue Robault</i>, n° 1441.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_200_188" id="Note_200_188"></a><a href="#NoteRef_200_188"><span class="label">[200]</span></a> Voir <i>Catalogue Robault</i>, n° 1384 et <i>supplément.</i></p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_201_189" id="Note_201_189"></a><a href="#NoteRef_201_189"><span class="label">[201]</span></a> <i>Eugène Vivier</i>, qui s'est placé au premier rang des
-cornistes de son époque.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_202_190" id="Note_202_190"></a><a href="#NoteRef_202_190"><span class="label">[202]</span></a> <i>Giovanni Bottesini</i>, contrebassiste italien, qui n'eut
-pas de rival comme virtuose. Il était en 1856 chef d'orchestre au
-Théâtre-Italien.</p></div>
-
-<hr class="b2" />
-
-<p>2 <i>mai.</i>&mdash;Se rappeler l'histoire de la Toison d'or, réelle,
-c'est-à-dire la manière actuelle encore de recueillir l'or dans le
-Pactole, et les lieux où s'est passée la fable de Jason: peaux de
-mouton noir attachées<span class="pagenum"><a name="Page_145" id="Page_145">[p. 145]</a></span> à des perches et traînées dans le lit du fleuve
-qui est très profond.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>6 <i>mai.</i>&mdash;Travaillé le matin au <i>Christ</i> de M. Roché. À trois heures et
-demie à Saint-Sulpice. Nous dessinons les cartons du plafond.</p>
-
-<p>Je reviens dîner; je dors toute la soirée malgré mon projet d'aller
-voir Autran<a name="NoteRef_203_191" id="NoteRef_203_191"></a><a href="#Note_203_191" class="fnanchor">[203]</a>, et je me couche à minuit, à peu près.</p>
-
-<p>J'ai lu le soir à Jenny plusieurs scènes d'<i>Athalie.</i></p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>8 <i>mai.</i>&mdash;Dîner chez Mme de Forget. Je mourrai de tous ces dîners<a name="NoteRef_204_192" id="NoteRef_204_192"></a><a href="#Note_204_192" class="fnanchor">[204]</a>.</p>
-
-<p>&mdash;Charmant ton demi-teinte de fond de terrain, roches, etc. Dans le
-rocher, derrière l'Ariane, le ton de <i>terre d'ombre naturelle et blanc</i>
-avec <i>laque jaune.</i></p>
-
-<p>&mdash;Le ton local chaud pour la chair à côté de <i>laque</i> et <i>vermillon:
-jaune de zinc, vert de zinc, cadmium</i>, un peu de <i>terre d'ombre,
-vermillon.</i>&mdash;Vert dans le même genre: <i>chrome clair, ocre jaune, vert
-émeraude.</i>&mdash;Le <i>chrome clair</i> fait mieux que tout cela, mais il est
-dangereux alors, il faut supprimer les <i>zincs.</i></p>
-
-<p>&mdash;Cette nuance en mêlant avec ce ton de <i>laque</i> et <i>blanc.</i></p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_146" id="Page_146">[p. 146]</a></span></p>
-
-<p>&mdash;<i>Bleu de Prusse, ocre de ru, vert neutre</i> qui entre bien dans la
-chair.</p>
-
-<p>&mdash;<i>Laque jaune, ocre jaune, vermillon.</i></p>
-
-<p>&mdash;<i>Terre de Sienne naturelle. Cassel.</i></p>
-
-<p>&mdash;Ces tons verdâtres sont une excellente localité avec un ton de <i>rouge
-Van Dyck</i> ou <i>indien</i> et <i>blanc</i> rompu avec un gris mélangé et rompu
-lui-même.</p>
-
-<p>&mdash;<i>Terre d'ombre, blanc cobalt.</i> Joli gris.</p>
-
-<p>&mdash;Ce ton, avec <i>vermillon laque</i>, donne un ton de demi-teinte charmant
-pour chair fraîche.</p>
-
-<p>&mdash;Avec <i>terre d'Italie vermillon</i> localité plus chaude.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>9 <i>mai.</i>&mdash;Chez Benoît. Dans la journée à Saint-Sulpice, chez Wyld<a name="NoteRef_205_193" id="NoteRef_205_193"></a><a href="#Note_205_193" class="fnanchor">[205]</a>,
-chez Alberthe.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>10 <i>mai.</i>&mdash;Peinture esquisse pour l'ami de Dutilleux.</p>
-
-<p>Dessin à Wey.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>11 <i>mai.</i>&mdash;Demander à Haro cartons pour mettre derrière tableau. Chez
-le baron Michel<a name="NoteRef_206_194" id="NoteRef_206_194"></a><a href="#Note_206_194" class="fnanchor">[206]</a> à trois heures. Il me dit que les remèdes de ses
-amis les médecins n'avaient fait qu'empirer sa maladie, un<span class="pagenum"><a name="Page_147" id="Page_147">[p. 147]</a></span> catarrhe
-à la vessie survenu sans cause apparente. L'hygiène seule la guéri
-radicalement. Il ne boit pas de vin.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>12 <i>mai.</i>&mdash;Ricourt venu.</p>
-
-<p>Vous trouvez que vous n'êtes jamais assez savant.&mdash;Le dessin
-d'Ingres.&mdash;La bouteille d'huile grasse et d'huile blanche de
-Decamps.&mdash;Pas une touche fausse dans les hommes de sentiment.&mdash;Étudier
-sans relâche avant; une fois en scène, faites des fautes, s'il le faut,
-mais <i>exécutez librement.</i></p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>15 <i>mai.</i>&mdash;Chez Mme de Forget un instant le soir.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p><i>Champrosay</i>, 17 <i>mai.</i>&mdash;Parti pour Champrosay à onze heures un quart
-par le chemin de Lyon. Pluie battante à Villeneuve-Saint-Georges, comme
-déjà l'an dernier et presque tous les ans.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>18 <i>mai.</i>&mdash;Journée d'inertie. On doit coller du papier demain.</p>
-
-<p>Je dors toute la journée sans me décider à sortir. Je lis l'<i>Essai sur
-les mœurs</i>, de Voltaire, et j'en suis ravi.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>19 <i>mai.</i>&mdash;Je compose toute la matinée pendant qu'on colle le papier.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>20 <i>mai.</i>&mdash;Sur l'âme après la mort. Je trouve ceci dans un article sur
-la <i>Religion actuelle</i>, de M. Jules<span class="pagenum"><a name="Page_148" id="Page_148">[p. 148]</a></span> Simon, dans la <i>Presse</i>: «Pour
-quiconque ne soumet pas sa raison, etc., nous pouvons faire beaucoup de
-conjectures à notre avantage et avoir de belles espérances, mais non
-point aucune assurance.»</p>
-
-<p>Je commence à travailler.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>22 <i>mai.</i>&mdash;Mme Villot venue à Champrosay avec la petite Stella. Elles
-ont dîné avec moi et sont reparties le soir.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>26 <i>mai.</i>&mdash;Acheter la <i>Presse</i> de dimanche 25 mai, article de
-Saint-Victor<a name="NoteRef_207_195" id="NoteRef_207_195"></a><a href="#Note_207_195" class="fnanchor">[207]</a> sur le <i>Cid.</i> Aller voir Mme Lamey.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_149" id="Page_149">[p. 149]</a></span></p>
-
-<p>J'ai travaillé beaucoup à Champrosay. J'ai ébauché sur la toile, où
-j'avais commencé il y a beaucoup d'années, le <i>Fils qui porte le corps
-de son père sur le champ de bataille</i> et que j'avais abandonné tout
-à fait; j'y ai ébauché le <i>Templier emportant Rebecca du château de
-Frondeley pendant le sac et l'incendie de ce repaire</i><a name="NoteRef_208_196" id="NoteRef_208_196"></a><a href="#Note_208_196" class="fnanchor">[208]</a>.</p>
-
-<p>J'ai ébauché également les <i>Chevaux qui se battent dans l'écurie</i><a name="NoteRef_209_197" id="NoteRef_209_197"></a><a href="#Note_209_197" class="fnanchor">[209]</a>,
-et un petit sujet: <i>Cheval en liberté que son maître s'apprête à seller
-et qui joue avec un chien</i><a name="NoteRef_210_198" id="NoteRef_210_198"></a><a href="#Note_210_198" class="fnanchor">[210]</a>.</p>
-
-<p>Avancé les esquisses de M. Hartman, l'<i>Ugolin</i>, la <i>Pieta</i>, etc.</p>
-
-<p>J'ai reçu ce matin la lettre de Bouchereau, qui m'annonce qu'il va
-venir.</p>
-
-<p>Je suis parti par le dernier convoi le soir.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p><i>Paris</i>, 27 <i>mai.</i>&mdash;Bouchereau est venu justement me réveiller au
-milieu de la journée; j'ai été heureux de le revoir. Il dîne avec moi
-jeudi.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>29 <i>mai.</i>&mdash;Dîné chez moi avec Bouchereau.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>30 <i>mai.</i>&mdash;«.....Quant à la beauté de la figure, aucune femme ne l'a
-jamais égalée... Cependant ses traits n'étaient pas jetés dans ce moule
-régulier qu'on nous a faussement enseigné à révérer dans les ouvrages<span class="pagenum"><a name="Page_150" id="Page_150">[p. 150]</a></span>
-classiques du paganisme: «<i>Il n'y a pas de beauté exquise</i>, dit lord
-Verulam, parlant avec justesse de tous les genres de beauté, <i>sans une
-certaine étrangeté dans les proportions.</i>» (Edgar Poë.)</p>
-
-<p>J'ai été dans la journée inviter F. Leroy à venir dîner lundi avec
-Bouchereau: j'ai eu grand plaisir à le revoir.</p>
-
-<p>En rentrant, continué ma lecture d'Edgar Poë; cette lecture réveille
-en moi ce sens du mystérieux qui me préoccupait davantage autrefois
-dans ma peinture, et qui a été, je crois, détourné par mes travaux
-surplace, sujets allégoriques, etc., etc. Baudelaire dit dans sa
-préface <i>que je rappelle en peinture ce sentiment d'idéal si singulier
-et se plaisant dans le terrible</i><a name="NoteRef_211_199" id="NoteRef_211_199"></a><a href="#Note_211_199" class="fnanchor">[211]</a>. Il a raison; mais l'espèce de
-décousu et l'incompréhensible qui se mêle à ses conceptions<span class="pagenum"><a name="Page_151" id="Page_151">[p. 151]</a></span> ne va
-pas à mon esprit. Sa métaphysique et ses recherches sur l'âme, la vie
-future, sont des plus singulières et donnent beaucoup à penser. Son Van
-Kirck parlant de l'âme, pendant le sommeil magnétique, est un morceau
-bizarre et profond qui fait rêver. Il y a de la monotonie dans la
-fable de toutes ses histoires; ce n'est, à vrai dire, que cette lueur
-fantasmagorique dont il éclaire ces figures confuses, mais effrayantes,
-qui fait le charme de ce singulier et très original poète et philosophe.</p>
-
-
-<hr class="b2" />
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_203_191" id="Note_203_191"></a><a href="#NoteRef_203_191"><span class="label">[203]</span></a> <i>Joseph Autran</i> (1813-1877), poète, qui succéda à
-Ponsard à l'Académie française.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_204_192" id="Note_204_192"></a><a href="#NoteRef_204_192"><span class="label">[204]</span></a> Delacroix écrivait, un an plus tard: «Quelque
-retiré qu'on vive à Paris, il est impossible de se soustraire à
-cette inquiétude perpétuelle dans laquelle on vit, et qui agit
-indubitablement sur les ouvrages de l'esprit.» (<i>Corresp.</i>, t. II, p.
-108.)</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_205_193" id="Note_205_193"></a><a href="#NoteRef_205_193"><span class="label">[205]</span></a> <i>William Wyld</i> (1806-1889), peintre anglais, élève de
-Louis Francia, fut, avec Bonington, un des propagateurs de l'aquarelle
-en France. En 1883, il accompagna Horace Vernet de Rome à Alger.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_206_194" id="Note_206_194"></a><a href="#NoteRef_206_194"><span class="label">[206]</span></a> Le <i>baron Michel</i> (1786-1856), médecin militaire, qui
-prit part à toutes les campagnes de l'Empire et devint médecin en chef
-de l'hôpital du Gros-Caillou et des Invalides.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_207_195" id="Note_207_195"></a><a href="#NoteRef_207_195"><span class="label">[207]</span></a> À cette époque déjà Paul <i>de Saint-Victor</i> écrivait
-dans la <i>Presse</i> cette série de feuilletons dramatiques qu'il devait
-continuer plus tard au <i>Moniteur universel</i>, et dans lesquels, sous
-prétexte de faire le compte rendu des pièces nouvelles, il exécutait
-d'admirables variations littéraires sur les grandes œuvres
-classiques. On se rappelle la série de ses études sur le drame grec,
-qui furent réunies plus tard sous le titre des <i>Deux Masques.</i> À propos
-de cet article sur le <i>Cid</i> qu'on trouvera dans la <i>Presse</i> du 25 mai
-1856, et dont M. Burty a cité un fragment dans la <i>Correspondance de
-Delacroix</i>, voici ce que Delacroix écrivait à Paul de Saint-Victor:
-«Je trouve ce matin dans la <i>Presse</i> votre article sur le <i>Cid</i>, et je
-ne puis m'empêcher de vous en faire compliment du fond de ma retraite
-momentanée. Quel dommage que vous dépensiez votre verve et votre
-esprit dans des feuilles qui se dispersent si vite! c'est au point
-que revenant demain ou après-demain à Paris, je ne sais si je pourrai
-trouver à acheter le numéro paru depuis deux jours.» Puis ensuite,
-discutant avec le critique une des idées qu'il a émises, il termine
-en disant: «Ma lettre n'est à autre fin que de vous parler de mon
-émotion. C'est une pente que je suis quelquefois et à coup sûr. J'écris
-cette lettre avec plus de plaisir que presque toutes les autres.»
-(<i>Corresp.</i>, tome II, p. 144, 145.) Il ne faut pas oublier d'ailleurs
-que Paul de Saint-Victor avait été l'un de ses enthousiastes partisans,
-et qu'il avait écrit, notamment après la décoration du Palais-Bourbon,
-une série d'articles qui comptent parmi les plus remarquables
-commentaires de l'œuvre du maître peintre.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_208_196" id="Note_208_196"></a><a href="#NoteRef_208_196"><span class="label">[208]</span></a> Voir <i>Catalogue Robaut</i>, n° 1383.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_209_197" id="Note_209_197"></a><a href="#NoteRef_209_197"><span class="label">[209]</span></a> Voir <i>Catalogue Robaut</i>, n° 1409.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_210_198" id="Note_210_198"></a><a href="#NoteRef_210_198"><span class="label">[210]</span></a> Voir <i>Catalogue Robaut</i>, n° 1317.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_211_199" id="Note_211_199"></a><a href="#NoteRef_211_199"><span class="label">[211]</span></a> Voici quel est le passage de Baudelaire qui vient
-justement à l'appui de la précédente note: «Au sein de cette
-littérature où l'air est raréfié, l'esprit peut éprouver cette vaste
-angoisse, cette peur prompte aux larmes, et ce malaise au cœur,
-qui habitent les lieux immenses et singuliers. Mais l'admiration est
-la plus forte, et d'ailleurs <i>l'art est si grand!</i> Les fonds et les
-accessoires y sont appropriés aux sentiments des personnages. Solitude
-de la nature et agitation des villes, tout y est décrit nerveusement et
-fantastiquement. Comme <i>notre Eugène Delacroix</i>, qui a élevé son art à
-la hauteur de la grande poésie, Edg. Poë aime à agiter ses figures sur
-des fonds violâtres et verdâtres, où se révèlent <i>la phosphorescence
-de la pourriture et la senteur de l'orage.</i>» (Préface des <i>Histoires
-extraordinaires.</i>)
-</p>
-<p>
-C'était là une idée chère à Baudelaire, dont le goût inné pour le
-<i>mystérieux</i> et le <i>bizarre</i> s'était accru encore à la suite de sa
-longue fréquentation avec l'œuvre du poète américain. Il suffit de
-lire les savoureuses et pénétrantes études qui précèdent les premières
-et les nouvelles <i>Histoires extraordinaires</i>, pour se rendre compte de
-l'intoxication puissante qu'il avait subie. Dans sa préface des <i>Fleurs
-du mal</i>, Th. Gautier commente très finement cet état d'esprit.</p></div>
-
-<hr class="b2" />
-
-<p>6 <i>juin.</i>&mdash;J'ai été hier, en sortant de l'Hôtel de ville, voir la
-fameuse Exposition agricole. Toutes les têtes sont tournées; on
-est dans l'admiration de toutes ces belles imaginations: machines
-à exploiter la terre, bêtes de tous les pays amenées à un concours
-fraternel de tous les peuples; pas un petit bourgeois qui, sortant de
-là, ne se sache un gré infini d'être né dans un siècle si précieux.</p>
-
-<p>J'ai éprouvé pour mon compte la plus grande tristesse au milieu de
-ce rendez-vous bizarre: ces pauvres animaux ne savent ce que leur
-veut cette foule stupide; ils ne reconnaissent pas ces gardiens de
-hasard qu'on leur a donnés; quant aux paysans qui ont accompagné leurs
-bêtes chéries, ils sont couchés près de leurs élèves, lançant sur les
-promeneurs désœuvrés des regards inquiets, attentifs à prévenir les
-insultes ou les agaceries impertinentes qui ne leur sont pas ménagées.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_152" id="Page_152">[p. 152]</a></span></p>
-
-<p>Le plus simple bon sens eût suffi pour convaincre de l'inutilité de
-cette réunion, avant qu'on l'ait effectuée. La vue même de ces animaux
-si divers de forme et de propriétés suffira-t-elle pour convaincre de
-la folie qu'il y aurait à les transplanter, à les isoler des conditions
-dans lesquelles ils se sont développés et de l'influence du climat
-natal? La nature a voulu qu'une vache fût petite en Bretagne et grande
-en Écosse. Était-il bien nécessaire d'assembler de si loin et dans un
-même lieu ces naïfs?...</p>
-
-<p>En entrant dans cette exposition de machines destinées à labourer, à
-ensemencer, à moissonner, je me suis cru dans un arsenal et au milieu
-de machines de guerre; je me figure ainsi ces balistes, ces catapultes,
-instruments grossiers et hérissés de pointes de fer, ces chars armés de
-faux et de lames acérées; ce sont là les engins de <i>Mars</i> et non de la
-blonde <i>Cérès.</i></p>
-
-<p>La complication de ces instruments effroyables contraste singulièrement
-avec l'innocence de la destination; quoi! cette effroyable machine
-armée de crocs et de pointes, hérissée de lames tranchantes, est
-destinée à donner à l'homme son pain de tous les jours! La charrue,
-que je m'étonne de ne pas voir placée parmi les constellations, comme
-la <i>lyre</i> et le <i>chariot</i>, ne sera plus qu'un instrument tombé dans le
-mépris! Le cheval aussi a fait son temps.</p>
-
-<p>Ces petites machines à vapeur, avec leurs pistons, leur balancier, leur
-gueule enflammée, sont les chevaux de la future société. L'affreux et
-lugubre tintamarre<span class="pagenum"><a name="Page_153" id="Page_153">[p. 153]</a></span> de ses roues... Don Quichotte eût mis sa lance en
-arrêt!</p>
-
-<p>Laissez à la Hongrie les bœufs affligés de cornes, dont ils ne
-savent que faire!... À quoi bon dans nos plaines ces vaches descendues
-des Alpes de la Suisse? ces bœufs avec cornes ou sans cornes, de
-climats et de constitutions divers, qui réclament une nourriture
-particulière et des soins?...</p>
-
-<p>Quant à ces légumes poussés à une humidité et une chaleur factices,
-laissez-les aux curieux d'Argenteuil pour les moules en carton,
-comme l'idéal de l'asperge et du navet, plus propre à étonner la vue
-qu'à réjouir l'appétit: tous ces petits parterres, venus là pour la
-circonstance, semblables à ces forêts que les enfants improvisent dans
-leurs jeux en plantant des branches en terre.</p>
-
-<p>Pauvres peuples abusés, vous ne trouvez pas le bonheur dans l'absence
-du travail! Voyez ces oisifs condamnés à traîner le fardeau de leurs
-journées et qui ne savent que faire de ce temps que les machines leur
-abrègent encore. Voyager était autrefois une distraction pour eux; se
-tirer de la torpeur de chaque jour, voir d'autres climats, d'autres
-mœurs, donnait le change à cet ennemi qui leur pèse et les poursuit.
-À présent, ils sont transportés avec une rapidité qui ne laisse rien
-voir; ils comptent les étapes par les stations de chemin de fer qui se
-ressemblent toutes; quand ils ont parcouru toute l'Europe, il semble
-qu'ils ne sont pas sortis de ces gares insipides qui<span class="pagenum"><a name="Page_154" id="Page_154">[p. 154]</a></span> paraissent les
-suivre partout comme leur oisiveté et leur incapacité de jouir. Les
-costumes, les usages variés, qu'ils allaient chercher au bout du monde,
-ils ne tarderont pas à les trouver semblables partout.</p>
-
-<p>Déjà l'Ottoman qui se promenait en robe et en pantoufles sous un
-ciel toujours riant, s'est emprisonné dans les ignobles habits de la
-prétendue civilisation: ils ont des vêtements serrés, comme dans les
-pays où l'air libre est un ennemi dont il faut se garantir; ils ont
-adopté ces couleurs monotones qui sont celles des peuples du Nord,
-qui vivent dans la boue et dans les frimas. Au lieu du spectacle du
-Bosphore riant sous le soleil et qu'ils contemplaient tranquillement,
-ils s'enferment dans de petites salles de spectacle pour y voir des
-vaudevilles français; vous retrouvez ces vaudevilles, ces journaux,
-<i>tout ce bruit pour rien</i>, dans toutes les parties du monde, comme
-l'éternelle gare, avec ses cyclopes et ses sifflements sauvages.</p>
-
-<p>On ne fera pas trois lieues sans cet accompagnement barbare: les
-champs, les montagnes en seront sillonnés: on se rencontrera comme se
-rencontrent les oiseaux, dans les plaines de l'air... Voir n'est plus
-rien: il faut arriver pour repartir! On ira de la Bourse de Paris à
-celle de Saint-Pétersbourg; les affaires réclameront tout le monde,
-quand il n'y aura plus de moissons à recueillir au moyen des bras, des
-champs à surveiller et à améliorer par des soins intelligents.<span class="pagenum"><a name="Page_155" id="Page_155">[p. 155]</a></span> Cette
-soif d'acquérir des richesses, qui donneront si peu de jouissance, aura
-fait de ce monde un monde de courtiers. On dit que c'est une fièvre qui
-est aussi nécessaire à la vie des sociétés, que la vraie fièvre l'est
-au corps humain dans certaines maladies et au dire des médecins.</p>
-
-<p>Quelle est donc cette maladie nouvelle que n'ont point connue tant de
-sociétés éclipsées aujourd'hui et qui ont pourtant étonné le monde par
-les grandes et véritablement utiles entreprises, par des conquêtes
-dans le domaine des grandes idées, par de vraies richesses employées à
-augmenter la splendeur des États et à relever à leurs yeux les sujets
-de ces États? Que n'emploie-t-on cette activité impitoyable à creuser
-de vastes canaux pour l'écoulement de ces inondations fatales qui nous
-consternent, ou pour élever des digues capables de les contenir! C'est
-ce qu'a fait l'Égypte, qui a discipliné les eaux du Nil et opposé les
-Pyramides à l'envahissement des sables du désert; c'est ce qu'ont fait
-les Romains, qui ont couvert le monde ancien de leurs routes, de leurs
-ponts et aussi de leurs arcs de triomphe.</p>
-
-<p>Qui élèvera une digue aux mauvais penchants? Quelle main fera rentrer
-dans leur lit le débordement des passions viles? Où est le peuple
-qui élèvera une digue contre la cupidité, contre la basse envie,
-contre la calomnie, qui flétrit les honnêtes gens dans le silence ou
-dans l'impuissance des lois? Quand cette autre machine, la presse
-impitoyable, serait-elle<span class="pagenum"><a name="Page_156" id="Page_156">[p. 156]</a></span> disciplinée? Quand est-ce que l'honneur, la
-réputation de l'homme intègre ou de l'homme éminent, et par conséquent
-envié, ne sera plus en butte aux calomnies empoisonnées du premier
-inconnu?</p>
-
-<p>(Coudre tout cela aux réflexions du mois de mai 1853<a name="NoteRef_212_200" id="NoteRef_212_200"></a><a href="#Note_212_200" class="fnanchor">[212]</a>, à propos de
-celles de Girardin sur la France labourée à la mécanique.)</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>8 <i>juin.</i>&mdash;Dîner chez la princesse, qui part après-demain et qui m'a
-fait demander mon jour pour Grzymala.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>9 <i>juin.</i>&mdash;Dîner du lundi. Chez Autran, le soir.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>10 <i>juin.</i>&mdash;MM. Pelouze et Marguerite doivent venir.</p>
-
-<p>Dîné chez Marguerite. Revu le <i>petit Christ</i>, qui m'a fait plaisir. Ce
-qui m'a frappé davantage, c'est la <i>Vierge évanouie</i>, du fond. Il y a
-décidément, parmi les grands, des génies fougueux, indisciplinés, quand
-ils croient être corrects, n'obéissant qu'à l'instinct qui sans doute
-se trompe quelquefois: ainsi Michel-Ange, Shakespeare, Puget, voilà
-des gens qui ne conduisent pas leur génie, mais qui en sont conduits;
-Corneille est un des plus saillants: il tombe dans des abominations,
-en descendant du ciel. Mais ces hommes-là? en revanche, sont les
-initiateurs<span class="pagenum"><a name="Page_157" id="Page_157">[p. 157]</a></span> et les pasteurs du troupeau. Ce sont les monuments souvent
-informes, mais qui sont éternels et qui dominent dans les déserts,
-comme au milieu des civilisations les plus raffinées, dont elles
-demeurent le point de départ et en même temps la critique, par les
-caractères éternels de leurs belles parties.</p>
-
-<p>Il y a également incontestablement des génies divins qui obéissent à
-leur naturel, mais qui lui commandent aussi: les Virgile, les Racine,
-ne tombent jamais dans les énormités. Ils sont entrés dans une route
-qui avait été ouverte par des géants; ils ont laissé derrière eux les
-blocs informes, les essais trop audacieux, et s'emparent des cœurs
-d'un empire moins contesté.</p>
-
-<p>Quand les hommes de la première espèce veulent se réformer, agir
-méthodiquement, ils tombent dans la froideur et sont au-dessous ou
-plutôt à côté d'eux-mêmes: ceux de la seconde classe tiennent en bride
-leur imagination, ils se réforment ou se dirigent à leur gré, sans
-tomber dans des contradictions ou des erreurs choquantes. (Voir mes
-notes du 16 novembre 1857.)</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>11 <i>juin.</i>&mdash;Teinte locale de l'enfant grand de la seconde <i>Médée</i><a name="NoteRef_213_201" id="NoteRef_213_201"></a><a href="#Note_213_201" class="fnanchor">[213]</a>:
-<i>brun, rouge</i> et <i>blanc.</i> Cesser d'être<span class="pagenum"><a name="Page_158" id="Page_158">[p. 158]</a></span> cru par ces tons de l'ombre
-<i>chauds</i>, légèrement orangés et, dans les chairs, rompus de <i>vert</i>, de
-<i>rose</i>, de <i>jaune</i> et <i>blanc</i>.</p>
-
-<p>Les clairs de la Médée, de sa joue, de sa gorge, du torse, etc., basés
-sur le ton de <i>terre d'ombre blanc et laque jaune</i> avec <i>blanc et
-laque.</i> Le <i>cadmium</i> avec des tons rompus domine dans la localité; peu
-de tons rouges; cependant un peu de tons de <i>brun rouge blanc</i> avec
-<i>laque jaune</i> et <i>terre d ombre et blanc</i> (cette dernière combinaison
-excellente pour beaucoup de localités un peu brunes).</p>
-
-<p>Pour le ton <i>vert rose chaud</i> de la joue dans une femme fraîche et
-brune, le <i>cadmium et blanc, jaune zinc clair et vert émeraude, blanc
-et laque</i> ou <i>vermillon et blanc</i>, suivant l'effet; le <i>blanc et vert
-émeraude</i>, qui est un vert froid, s'y marie bien.</p>
-
-<p>En substituant l'<i>ocre de ru</i> et <i>blanc</i> au <i>cadmium</i>, on a des
-localités de sujets plus bruns: le <i>vermillon</i> et <i>blanc</i> y convient
-avec le <i>zinc jaune</i> et <i>vert</i>, de même.</p>
-
-<p>Un mélange de tous ces tons fait une excellente localité de chair.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_159" id="Page_159">[p. 159]</a></span></p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>14 <i>juin.</i>&mdash;Je dîne à côté d'Auber, à l'Hôtel de ville. Il me dit que,
-malgré une vie heureuse, il ne voudrait pas recommencer à vivre, à
-cause de ces mille amertumes dont la vie est semée. Ceci est d'autant
-plus remarquable qu'Auber est un voluptueux complet: à l'âge où il est,
-il jouit encore de la compagnie d'une femme.</p>
-
-<p>Le souverain bien serait la tranquillité; pourquoi donc ne pas
-commencer de bonne heure à mettre cette tranquillité au-dessus de tout?
-Si l'homme est destiné à trouver un jour que le calme est au-dessus de
-tout, pourquoi ne pas se mettre à une vie qui donne ce calme anticipé,
-mêlé toutefois à quelques-unes des douceurs qui ne sont pas les affreux
-bouleversements que causent les passions? Mais qu'il faut veiller sur
-soi pour s'en garantir, quand elles sont devenues si redoutables!</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>21 <i>juin.</i>&mdash;Dîner des maires. Je cause longuement avec J... d'une
-grande affaire.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>24 <i>juin.</i>&mdash;Chez Thiers le soir. Je lui ai fait compliment de son
-conseil.</p>
-
-<p>Delaroche y était: il fait le léger, le narquois.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>25 <i>juin.</i>&mdash;Prêté à Andrieu vingt-trois gravures des <i>Admirandæ
-romanæ antiquitates, etc.</i></p>
-
-<p>Demi-teinte foncée ou claire pour la chair, se mêlant soit au
-<i>cadmium</i>, soit au <i>vermillon</i>, soit à la<span class="pagenum"><a name="Page_160" id="Page_160">[p. 160]</a></span> <i>laque: Terre d'Italie</i>
-naturelle, <i>noir, laque jaune, vert de zinc</i> ou <i>émeraude, blanc.</i> Ce
-ton étant préparé foncé, si on le rend clair avec plus de <i>blanc</i>,
-forme un clair neutre verdâtre, qui s'unit à tout.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>28 <i>juin.</i>&mdash;Parti à Champrosay à cinq heures. Je trouve en route Bec:
-chaleur du diable.</p>
-
-<p>Chevalier<a name="NoteRef_214_202" id="NoteRef_214_202"></a><a href="#Note_214_202" class="fnanchor">[214]</a> au chemin de fer, qui veut absolument que j'aille
-déjeuner ou dîner avec lui. Jour pris pour lundi.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>29 <i>juin.</i>&mdash;Écrire à Guillemardet. Parler à Haro pour Leroux<a name="NoteRef_215_203" id="NoteRef_215_203"></a><a href="#Note_215_203" class="fnanchor">[215]</a> de
-Passy.</p>
-
-<p>Je trouve dans un article de Pelletan dans la <i>Presse</i> sur le fameux
-progrès, cette citation extraite des derniers ouvrages du grand homme
-d'État, à qui nous avons dû de faire tant d'expériences dans le sens du
-progrès indéfini, laquelle excite la profonde tristesse de son élève,
-qui ne lui répond que le sanglot à la bouche:</p>
-
-<p>«Le progrès indéfini et continu est une chimère partout démontrée par
-l'histoire et par la nature; mais le perfectionnement, etc. L'humanité
-monte et descend sans cesse sur sa route, mais elle ne descend ni ne
-remonte indéfiniment.»</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_161" id="Page_161">[p. 161]</a></span></p>
-
-<p>&mdash;Je dîne aujourd'hui avec Villot et sa femme. Nous parlons peinture
-toute la soirée: cela me met en bonne disposition.</p>
-
-<p>&mdash;J'ai été mécontent hier, en arrivant, de ce que j'avais laissé ici
-l'<i>Herminie</i>, le <i>Boisguilbert enlevant Rebecca</i><a name="NoteRef_216_204" id="NoteRef_216_204"></a><a href="#Note_216_204" class="fnanchor">[216]</a>, les esquisses
-pour Hartmann, etc.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>30 <i>juin.</i>&mdash;Michel Chevalier vient me chercher à trois heures: fin
-de journée que je redoutais et qui se passe assez bien. Je fais
-connaissance avec toute sa parenté. J'emporte un épi de blé d'Égypte.
-Je reviens à pied le soir et assez fatigué. J'espérais trouver ma
-pauvre Jenny en route.</p>
-
-<hr class="b2" />
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_212_200" id="Note_212_200"></a><a href="#NoteRef_212_200"><span class="label">[212]</span></a> Voir t. II, p. 198.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_213_201" id="Note_213_201"></a><a href="#NoteRef_213_201"><span class="label">[213]</span></a> Delacroix avait exécuté une première fois en 1838 une
-composition de <i>Médée furieuse</i>, au sujet de laquelle Th. Gautier avait
-écrit qu'elle était «peinte avec une fougue, un emportement et un éclat
-de couleur que Rubens ne désavouerait pas». Nous trouvons au <i>Catalogue
-Robaut</i> (n° 1435) une autre <i>Médée furieuse</i>, indiquée comme variante
-du tableau de 1838. Il ajoute cette intéressante anecdote: «Delacroix
-avait fixé à huit mille francs le prix de cette toile avant de l'avoir
-achevée. Surpris des difficultés d'exécution, il crut pouvoir demander
-à M. Émile Péreire (l'acheteur) de l'indemniser des efforts inattendus
-qu'il avait dû faire. M. Péreire s'empressa de modifier les conditions
-primitives. Mais Delacroix, pris de scrupule, retira ses nouvelles
-prétentions. M. Péreire les maintint quand même, et porta ainsi à dix
-mille francs le prix du tableau, qui fut cédé plus tard pour trente
-mille à M. Laurent Richard, et atteignit le chiffre de cinquante-neuf
-mille francs à la vente faite par cet amateur.»</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_214_202" id="Note_214_202"></a><a href="#NoteRef_214_202"><span class="label">[214]</span></a> <i>Michel Chevalier</i> (1806-1879). Le célèbre économiste
-avait fait partie de la commission de l'Exposition universelle de 1855,
-et avait sans doute noué des relations amicales avec Delacroix.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_215_203" id="Note_215_203"></a><a href="#NoteRef_215_203"><span class="label">[215]</span></a> Sans doute <i>Jean-Marie Leroux</i> (1788-1865), graveur et
-dessinateur, élève de David.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_216_204" id="Note_216_204"></a><a href="#NoteRef_216_204"><span class="label">[216]</span></a> L'<i>Herminie</i> et l'<i>Enlèvement de Rebecca</i> devaient
-figurer plus tard à l'Exposition de 1859, cette Exposition qui fut pour
-Delacroix, suivant l'expression de Burty, un <i>véritable Waterloo.</i>
-Dans le commentaire du <i>Catalogue Robaut</i> (n° 1383), E. Chesneau dit
-à propos de l'<i>Enlèvement de Rebecca</i>: «On a peine à se défendre d'un
-mouvement d'irritation, quand on a été témoin comme nous de l'attitude
-du public dans les galeries du Salon de 1859, devant les huit tableaux,
-plus admirables les uns que les autres, que le maître y avait envoyés.
-On s'attroupait devant l'<i>Enlèvement</i>, devant <i>Ovide</i>, devant <i>les
-Bords du Sébou</i>, devant l'<i>Herminie</i>, et l'on riait, et l'on faisait
-échange de quolibets. Je n'ai pas souvenir, dans ma vie de critique
-déjà si longue, d'un si honteux scandale.»</p></div>
-
-
-<hr class="b2" />
-
-<p>1<sup>er</sup> <i>juillet.</i>&mdash;Je vais le soir chez Parchappe. Peu de
-mouvement dans les idées. J'avais été prendre Mme Villot pour y aller
-tous deux, et nous avions tourné dans son jardin. Elle est émerveillée
-de Dumas fils.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>2 <i>juillet.</i>&mdash;Chez Rodrigues le soir. Je ne trouve<span class="pagenum"><a name="Page_162" id="Page_162">[p. 162]</a></span> que sa mère et les
-jeunes gens. Il arrive au moment où je pars.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>3 <i>juillet.</i>&mdash;Mme Villot vient chez moi avec Dumas, qui passe la
-journée chez elle. J'y dîne avec Dauzats, Mme Herbelin, Bixio,
-Villemot, Mme Barbier qui arrive après une odyssée variée, qui l'a fait
-venir à Juvisy dans une charrette de boucher.</p>
-
-<p>Je crois que c'est ce jour que je reçois mes lettres de Paris. Le
-cousin arrive la semaine prochaine, et je pars lundi.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>4 <i>juillet.</i>&mdash;Je passe la journée à la maison. Je remonte dans ce seul
-jour le tableau de l'<i>Herminie</i><a name="NoteRef_217_205" id="NoteRef_217_205"></a><a href="#Note_217_205" class="fnanchor">[217]</a>, à ma grande satisfaction. La
-veille, l'avait été celui d'<i>Ugolin</i><a name="NoteRef_218_206" id="NoteRef_218_206"></a><a href="#Note_218_206" class="fnanchor">[218]</a>, qui en avait bon besoin.</p>
-
-<p>Après le dîner je m'endors et me suis couché sans sortir.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>5 <i>juillet.</i>&mdash;Travaillé à l'<i>Arabe qui va seller son cheval</i><a name="NoteRef_219_207" id="NoteRef_219_207"></a><a href="#Note_219_207" class="fnanchor">[219]</a>.
-Promenade vers deux heures, en courant après Jenny que je ne trouve
-pas. Je vais jusqu'à près de Soisy; je remonte vers le Chêne-Prieur,
-mais ne vais pas jusque-là: pris par l'allée aux Fougères jusque chez
-Baÿvet. Tourné dans son allée, toujours occupé de ma recherche; puis
-pris l'allée de Draveil dans le<span class="pagenum"><a name="Page_163" id="Page_163">[p. 163]</a></span> sens des murs des divers parcs,
-remonté au Chêne-d'Antain par le chemin que nous prenions autrefois en
-venant de l'enclos de Candas. Je me suis assis en face de ce géant,
-qui est maintenant entouré de coupes abattues: je m'y suis presque
-endormi un instant et suis revenu par l'allée tournante de Mainville à
-Champrosay.</p>
-
-<p>En rentrant, retourné un peu à mon ébauche avec succès (la tête du
-cheval) et fait un somme jusqu'à cinq heures.</p>
-
-<p>Chez Barbier ensuite. Dîner et soirée fort gais. Mme Franchetti y est
-venue et a contribué à rendre la réunion aimable. Mme Barbier n'est pas
-aussi enchantée que Mme Villot de l'esprit de Dumas fils<a name="NoteRef_220_208" id="NoteRef_220_208"></a><a href="#Note_220_208" class="fnanchor">[220]</a>; Barbier
-dit avec raison que rien n'est plus fatigant que ce jeu d'esprit
-perpétuel et de mots à propos de tout.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>8 <i>juillet.</i>&mdash;Commencé le <i>Paysage de Tanger au bord de la mer</i><a name="NoteRef_221_209" id="NoteRef_221_209"></a><a href="#Note_221_209" class="fnanchor">[221]</a>,
-la <i>Fontaine mauresque</i><a name="NoteRef_222_210" id="NoteRef_222_210"></a><a href="#Note_222_210" class="fnanchor">[222]</a>, l'<i>Embarquement</i>, la <i>Procession à Tanger
-pour porter les cadeaux</i>, le <i>Bazar de Mequinez</i> dans le petit livre de
-croquis<a name="NoteRef_223_211" id="NoteRef_223_211"></a><a href="#Note_223_211" class="fnanchor">[223]</a>.</p>
-
-<p>Le bon cousin<a name="NoteRef_224_212" id="NoteRef_224_212"></a><a href="#Note_224_212" class="fnanchor">[224]</a> arrive le soir à onze heures et<span class="pagenum"><a name="Page_164" id="Page_164">[p. 164]</a></span> demie. Je
-l'installe et le trouve heureux de notre combinaison.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>9 <i>juillet.</i>&mdash;Parler à Haro de la lithographie de Leroux<a name="NoteRef_225_213" id="NoteRef_225_213"></a><a href="#Note_225_213" class="fnanchor">[225]</a>, d'après
-le tableau que je lui ai donné<a name="NoteRef_226_214" id="NoteRef_226_214"></a><a href="#Note_226_214" class="fnanchor">[226]</a>.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>10 <i>juillet.</i>&mdash;Guillemardet dîne avec nous et le neveu de Lamey.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>11 <i>juillet.</i>&mdash;Je vais au conseil et voir Buloz, pour l'ouvrage de
-Lamey.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>12 <i>juillet.</i>&mdash;Où est la petite vue sur toile peinte à l'huile <i>d'après
-nature?...</i> Je crois que je l'ai donnée à rentoiler.</p>
-
-<p>Nous allons voir les <i>Femmes savantes</i> et <i>Amphitryon</i>, le cousin et
-moi<a name="NoteRef_227_215" id="NoteRef_227_215"></a><a href="#Note_227_215" class="fnanchor">[227]</a>.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>18 <i>juillet.</i>&mdash;Guillemardet vient dîner.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_165" id="Page_165">[p. 165]</a></span></p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>22 <i>juillet.</i>&mdash;Départ du bon cousin; je l'accompagne par un beau
-soleil du matin, mourant d'envie de m'embarquer avec lui. Il est triste
-de me quitter.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>24 <i>juillet.</i>&mdash;Travaillé à la <i>Médée</i><a name="NoteRef_228_216" id="NoteRef_228_216"></a><a href="#Note_228_216" class="fnanchor">[228]</a>.</p>
-
-<p>Je ne sors pas depuis le départ du cousin. Je défends ma porte et
-m'enterre dans ma solitude.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>28 <i>juillet.</i>&mdash;Repris le travail de l'église avec Andrieu. Il avait
-travaillé jusqu'au 17 pour compléter le mois, lorsque j'étais parti
-pour Champrosay vers le 2 ou 3.</p>
-
-
-<hr class="b2" />
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_217_205" id="Note_217_205"></a><a href="#NoteRef_217_205"><span class="label">[217]</span></a> Voir <i>Catalogue Robaut</i>, n° 1384.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_218_206" id="Note_218_206"></a><a href="#NoteRef_218_206"><span class="label">[218]</span></a> Voir <i>Catalogue Robaut</i>, n<sup>os</sup> 1063-1065.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_219_207" id="Note_219_207"></a><a href="#NoteRef_219_207"><span class="label">[219]</span></a> Voir <i>Catalogue Robaut</i>, n° 1817.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_220_208" id="Note_220_208"></a><a href="#NoteRef_220_208"><span class="label">[220]</span></a> Il est certain que Delacroix préférait encore le père au
-fils, qui n'avait alors que trente et un ans.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_221_209" id="Note_221_209"></a><a href="#NoteRef_221_209"><span class="label">[221]</span></a> Voir <i>Catalogue Robaut</i>, n° 1348.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_222_210" id="Note_222_210"></a><a href="#NoteRef_222_210"><span class="label">[222]</span></a> Voir <i>Catalogue Robaut</i>, n° 1442.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_223_211" id="Note_223_211"></a><a href="#NoteRef_223_211"><span class="label">[223]</span></a> Le petit livre de croquis dont il est question ici est
-celui qui a été reproduit dans ce Journal, t. I, p. 145. (<i>Voyage au
-Maroc.</i>)</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_224_212" id="Note_224_212"></a><a href="#NoteRef_224_212"><span class="label">[224]</span></a> Le <i>cousin Lamey.</i></p></div>
-
-<div class="footnote">
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-<p><a name="Note_225_213" id="Note_225_213"></a><a href="#NoteRef_225_213"><span class="label">[225]</span></a> <i>Eugène Leroux</i> (1811-1863), lithographe, qui a
-reproduit plusieurs tableaux d'après Delacroix et surtout d'après
-Decamps.</p></div>
-
-<div class="footnote">
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-<p><a name="Note_226_214" id="Note_226_214"></a><a href="#NoteRef_226_214"><span class="label">[226]</span></a> <i>Saint Sébastien.</i> (Voir <i>Catalogue Robaut</i>, n°
-1381.) Delacroix avait gardé une sincère reconnaissance envers M.
-Haro, qui, en 1855, avait vaincu ses résistances et l'avait décidé à
-exposer. C'est M. Haro qui avait installé la salle où Delacroix réunit
-trente-cinq de ses œuvres choisies, qui furent si remarquées.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_227_215" id="Note_227_215"></a><a href="#NoteRef_227_215"><span class="label">[227]</span></a> Eugène Delacroix, qui avait depuis longtemps ses
-entrées à la Comédie-Française, put applaudir ce soir-là MM. <i>Provost,
-Geffroy, Régnier, Got</i>, Mmes <i>Nathalie, Bonval</i> et <i>Thénard</i> dans la
-première pièce, où Mlle <i>Édile Riquer</i> continuait ses débuts par le
-rôle d'Henriette, et MM. <i>Samson, Régnier, Beauvallet, Geffroy</i> et Mlle
-<i>Judith</i> dans <i>Amphitryon.</i> L'administrateur général était alors M.
-<i>Empis.</i></p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_228_216" id="Note_228_216"></a><a href="#NoteRef_228_216"><span class="label">[228]</span></a> Voir <i>Catalogue Robaut</i>, n° 1403.</p></div>
-
-
-
-<hr class="b2" />
-
-<p>7 <i>août.</i>&mdash;Je ne vais pas à Saint-Sulpice, devant aller au Val<a name="NoteRef_229_217" id="NoteRef_229_217"></a><a href="#Note_229_217" class="fnanchor">[229]</a>
-pour la première fois. J'y trouve Chaix<a name="NoteRef_230_218" id="NoteRef_230_218"></a><a href="#Note_230_218" class="fnanchor">[230]</a> et Jalabert<a name="NoteRef_231_219" id="NoteRef_231_219"></a><a href="#Note_231_219" class="fnanchor">[231]</a>, avec
-lesquels je reviens le soir. J'avais promis un peu à regret à Mme Fould
-de revenir samedi.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>8 <i>août.</i>&mdash;Les plus beaux ouvrages des arts sont ceux qui expriment la
-pure fantaisie de l'artiste: de là l'infériorité de l'École française
-en sculpture et en peinture, qui fait toujours passer l'étude du
-modèle<span class="pagenum"><a name="Page_166" id="Page_166">[p. 166]</a></span> avant l'expression du sentiment qui domine le peintre ou le
-sculpteur. Les Français, à toutes les époques, sont toujours retombés
-avec des styles ou des engouements d'école suffisants dans cette route,
-qui se croit la seule vraie et qui est la plus fausse de toutes. Leur
-amour de la raison en tout leur a fait...<a name="NoteRef_232_220" id="NoteRef_232_220"></a><a href="#Note_232_220" class="fnanchor">[232]</a>.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>9 <i>août.</i>&mdash;Après la matinée et travail à l'église, parti à cinq heures
-pour Saint-Germain pour aller au Val. Fait route avec M. de Romilly et
-sa machine de physique. Mme Fould était en avant avec Pastré. Remonté
-dans ma chambre vers dix heures, ce qui est l'habitude de la maison. Je
-ne me suis couché qu'à minuit; je me suis promené dans ma chambre et le
-petit salon, admirant, mais sans envier le luxe du lieu.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>10 <i>août.</i>&mdash;Je passe la journée au Val. Je cause dans la bibliothèque
-avec Fould<a name="NoteRef_233_221" id="NoteRef_233_221"></a><a href="#Note_233_221" class="fnanchor">[233]</a>. Mme Fould me parle de sa maladie.</p>
-
-<p>Promenade avec elle et Romilly dans la forêt et en voiture. Il fait
-toujours une chaleur affreuse depuis plus de quinze jours.</p>
-
-<p>Lagnier vient dîner, il est inconsolable de vieillir. Le jeune Achille
-Fould<a name="NoteRef_234_222" id="NoteRef_234_222"></a><a href="#Note_234_222" class="fnanchor">[234]</a> vient aussi et s'en retourne avec nous.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_167" id="Page_167">[p. 167]</a></span></p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>15 <i>août.</i>&mdash;J'attendais Louis Fould, qui n'est pas venu. J'ai travaillé
-au <i>Bord de mer de Tanger</i>, ne pouvant aller à l'église. Je me suis
-dispensé du <i>Te Deum</i> et du banquet municipal d'hier jeudi.</p>
-
-<p>Dîné avec Schwiter, rue Montorgueil; le pauvre garçon est tout plein de
-ses illustres connaissances: il pourra éprouver des déceptions de ce
-côté. Je l'aime beaucoup.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>18 <i>août.</i>&mdash;J'ai promis à Robert, de Sèvres, un tableau pour un de ses
-amis, pour le mois de janvier environ.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>25 <i>août.</i>&mdash;J'ai reçu la lettre où on me demande lettres et
-souvenirs... J'ai éprouvé de la tristesse de cet adieu anticipé.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>26 <i>août.</i>&mdash;Repris aujourd'hui le tableau de <i>Jacob</i>, à
-Saint-Sulpice<a name="NoteRef_235_223" id="NoteRef_235_223"></a><a href="#Note_235_223" class="fnanchor">[235]</a>. J'ai beaucoup fait dans la journée:<span class="pagenum"><a name="Page_168" id="Page_168">[p. 168]</a></span> remonté le
-groupe entier, etc. L'ébauche était très bonne.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>27 <i>août.</i>&mdash;Je mène la vie d'un cénobite, et tous mes jours se
-ressemblent<a name="NoteRef_236_224" id="NoteRef_236_224"></a><a href="#Note_236_224" class="fnanchor">[236]</a>. Je travaille tous les jours à Saint-Sulpice, sauf les
-dimanches, et ne vois personne.</p>
-
-
-<hr class="b2" />
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_229_217" id="Note_229_217"></a><a href="#NoteRef_229_217"><span class="label">[229]</span></a> Le <i>Val Notre-Dame</i>, ancienne abbaye, propriété de la
-famille Fould, située près d Argenteuil.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_230_218" id="Note_230_218"></a><a href="#NoteRef_230_218"><span class="label">[230]</span></a> <i>Chaix-d'Est-Ange</i> (1800-1876), avocat, ancien bâtonnier
-de l'ordre, qui devint procureur général en 1857, puis sénateur,
-vice-président du conseil d'État. Grand amateur d'art, il réunit dans
-ses galeries un certain nombre d'œuvres du plus haut mérite.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_231_219" id="Note_231_219"></a><a href="#NoteRef_231_219"><span class="label">[231]</span></a> <i>Jalabert</i>, peintre, né en 1819, élève de Paul
-Delaroche.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_232_220" id="Note_232_220"></a><a href="#NoteRef_232_220"><span class="label">[232]</span></a> La suite manque dans le manuscrit.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_233_221" id="Note_233_221"></a><a href="#NoteRef_233_221"><span class="label">[233]</span></a> M. <i>Fould</i> fut nommé, en 1857, membre de l'Académie des
-Beaux-Arts.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_234_222" id="Note_234_222"></a><a href="#NoteRef_234_222"><span class="label">[234]</span></a> <i>Achille Fould</i>, aujourd'hui député des Hautes-Pyrénées.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_235_223" id="Note_235_223"></a><a href="#NoteRef_235_223"><span class="label">[235]</span></a> Les compositions de Saint-Sulpice étaient en train
-depuis six années; car le 22 janvier 1850, Delacroix écrivait déjà
-à son praticien M. Lassalle-Bordes: «J'ai remis de jour en jour à
-répondre à votre bonne lettre, dont je vous remercie bien, parce que
-j'étais précisément en travail de me décider sur le sujet de mes
-peintures à Saint-Sulpice: oui, mon cher ami, j'en suis encore là;
-cependant je suis à peu près fixé, comme vous allez voir. Voici d'abord
-ce qui m'est arrivé. La chapelle était celle des fonts baptismaux, les
-sujets allaient d'eux-mêmes: <i>baptême, péché originel, expiation.</i> Je
-fais agréer mes sujets par le curé, et je compose mes tableaux. Au bout
-de trois mois, je reçois une lettre à la campagne, qui m'apprend que
-la chapelle des fonts baptismaux se trouve sous le porche de l'église,
-au lieu d'être dans celle que je devais peindre... La juste colère que
-j'en ai ressentie m'a cassé bras et jambes: j'avais beau faire, je ne
-pouvais m'occuper que de cela. Enfin, comme il faut que tout finisse,
-je crois que nous consacrerons définitivement la chapelle aux Saints
-Anges. J'hésite encore entre plusieurs, quoique je les aie à peu près
-tous composés. Le plafond sera <i>l'Ange Michel terrassant le démon.</i>»
-(<i>Corresp.,</i> t. II, p. 34.)</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_236_224" id="Note_236_224"></a><a href="#NoteRef_236_224"><span class="label">[236]</span></a> Dans une lettre du 24 août 1857, adressée à Constant
-Dutilleux, il parle de «son rude travail de Saint-Sulpice qu'il
-poursuivra encore tout le mois suivant». Il ajoute: «Ce travail, tant
-retardé et interrompu sans cesse, aurait pu être achevé dans cette
-campagne; mais la clarté douteuse de la fin de l'automne me forcera
-à lâcher prise, mais avec la résolution d'achever au printemps.»
-(<i>Corresp.</i>, t. II, p. 147.)</p></div>
-
-
-<hr class="b2" />
-
-
-<p>7 <i>septembre.</i>&mdash;Je vois de ma fenêtre un parqueteur qui travaille nu,
-jusqu'à la ceinture, dans la galerie; je remarque, en comparant sa
-couleur à celle de la muraille extérieure, combien les demi-teintes
-de la chair sont colorées, en comparaison des matières inertes. J'ai
-observé la même chose avant-hier sur la place Saint-Sulpice, où un
-polisson était monté sur les statues de la fontaine au soleil: l'orangé
-mat dans les clairs, les violets les plus vifs pour le passage de
-l'ombre et des reflets dorés dans les ombres qui s'opposaient au sol.
-L'orangé et le violet dominaient alternativement ou se mêlaient. Le ton
-doré tenait du vert. La chair n'a sa vraie couleur qu'en plein air<span class="pagenum"><a name="Page_169" id="Page_169">[p. 169]</a></span> et
-surtout au soleil; qu'un homme mette la tête à la fenêtre, il est tout
-autre que dans l'intérieur; de là la sottise des études d'atelier, qui
-s'appliquent à rendre cette couleur fausse.</p>
-
-<p>J'ai vu ce matin le chanteur à la fenêtre, en face de la maison, c'est
-ce qui m'a fait écrire ceci.</p>
-
-<p>Je renvoie à Passy ce qui m'avait été demandé...</p>
-
-<p>J'écris aussi au cousin à propos de la lettre de Saint-René Taillandier.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>25 <i>septembre.</i>&mdash;Dernier jour de mon travail à Saint-Sulpice.</p>
-
-<p>Je travaille comme les deux jours précédents aux Enfants<a name="NoteRef_237_225" id="NoteRef_237_225"></a><a href="#Note_237_225" class="fnanchor">[237]</a>.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>29 <i>septembre.</i>&mdash;Je rencontre ce soir dans ma promenade Godde<a name="NoteRef_238_226" id="NoteRef_238_226"></a><a href="#Note_238_226" class="fnanchor">[238]</a>, qui
-me dit avoir vu dans des lettres de Latour<a name="NoteRef_239_227" id="NoteRef_239_227"></a><a href="#Note_239_227" class="fnanchor">[239]</a> qu'il était l'homme le
-plus inhabile de la main, et qu'il s'était donné son adresse à force de
-travail. Il m'en cite encore un autre.</p>
-
-
-<hr class="b2" />
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_237_225" id="Note_237_225"></a><a href="#NoteRef_237_225"><span class="label">[237]</span></a> Quatre fresques en grisaille (écoinçons du plafond)
-pour la chapelle des Saints-Anges, à Saint-Sulpice. (Voir <i>Catalogue
-Robaut</i>, n<sup>os</sup> 1342 à 1345.)</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_238_226" id="Note_238_226"></a><a href="#NoteRef_238_226"><span class="label">[238]</span></a> <i>Étienne-Hippolyte Godde</i> (1781-1869), architecte en
-chef de la ville de Paris, qui s'occupa tout particulièrement de la
-restauration des édifices religieux et de l'agrandissement de l'Hôtel
-de ville.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_239_227" id="Note_239_227"></a><a href="#NoteRef_239_227"><span class="label">[239]</span></a> <i>Maurice Quentin de Latour</i>, le fameux pastelliste du
-XVIII<sup>e</sup> siècle.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_170" id="Page_170">[p. 170]</a></span></p></div>
-
-
-<hr class="b2" />
-
-<p><i>Ante</i>, 1<sup>er</sup> <i>octobre.</i>&mdash;Parti à sept heures pour Ante.
-Désappointement au chemin de fer. Le convoi n'arrête pas à Châlons.
-M. Blaize, des Vosges, que je rencontre à propos, me fait partir. À
-Châlons vers dix heures et demie.</p>
-
-<p>Promenades dans la ville: la cathédrale, pierres tumulaires;
-Notre-Dame, passage du roman au gothique.</p>
-
-<p>J'attends jusqu'à deux heures passées pour partir. J'éprouve au
-commencement de la route de Sainte-Menehould combien le voyage en
-voiture favorise la rêverie, au contraire du chemin de fer. Bientôt
-l'insipidité de la route crayeuse et monotone l'emporte.</p>
-
-<p>Arrivé à Sainte-Menehould à six heures environ. Je trouve le cousin qui
-m'amène à Ante, où nous dînons gaiement.</p>
-
-
-
-<hr class="b2" />
-
-<p>2 <i>octobre.</i>&mdash;Pluie affreuse jusqu'à près de deux heures; ma ressource
-est la promenade dans le jardin des fleurs.</p>
-
-<p>Le soir, dans les pierres du haut, le chien fait lever un lapin.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>3 <i>octobre.</i>&mdash;C'est ce jour que nous allons à la pêche. Pendant ce
-temps, le cousin Delacroix reste à chasser.</p>
-
-<p>Quand nous revenons du moulin, le bon juge de paix nous
-rejoint.&mdash;Joyeux dîner ensuite.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>5 <i>octobre.</i>&mdash;Le matin, dessiné des moutons: nous montons avec le
-troupeau. Sensation de plaisir venant du beau temps.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_171" id="Page_171">[p. 171]</a></span></p>
-
-<p>En rentrant, lu les traductions de Dante et autres. Je remarquais
-combien notre langue pratique se plie difficilement à la traduction des
-poètes tout à fait naïfs comme Dante. La nécessité de la rime ou de
-sauver la vulgarité d'un mot force à des circonlocutions qui énervent
-le sens, et cependant nous lisions la veille des fables de La Fontaine,
-aussi naïf, plus orné, qui dit tout sans ornements parasites et sans
-périphrases.</p>
-
-<p>Il ne faut dire que ce qui est à dire: voilà la qualité qu'il faut
-réunir à l'élégance. Les Deschamps<a name="NoteRef_240_228" id="NoteRef_240_228"></a><a href="#Note_240_228" class="fnanchor">[240]</a> et autres modernes, qui ont
-senti, comme je le fais, combien est fade cette poésie, qui a des
-formules toutes prêtes et qui est celle du dix-huitième siècle, ont des
-passages où le sentiment de l'original se retrouve: mais tout cela est
-aussi barbare que le serait une langue étrangère; en un mot, ce n'est
-pas traduit en français, et l'élégance est absente. Dans Horace, que
-nous lisions ensuite, même élégance, mais aussi même force: il n'y a
-pas de vrai poète sans cela.</p>
-
-<p>&mdash;Le soir à table: nous dînons tard. Une nuée de cousins est arrivée
-à la grande et légitime humeur du cousin. Nous achevions en paix de
-dîner; il a fallu réchauffer les plats, se serrer et assister, l'arme
-au bras, et sans lâcher pied, à l'assaut que la troupe a livré à la
-victuaille.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_172" id="Page_172">[p. 172]</a></span></p>
-
-<p>J'ai été me promener à la clarté des étoiles qui brillaient
-admirablement.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>6 <i>octobre.</i>&mdash;Je m'échappe le matin, et pendant ce temps les nouveaux
-arrivés se mettent à table pour déjeuner.</p>
-
-<p>J'avais été sur la hauteur revoir la vue de la maison du cousin.</p>
-
-<p>Conversation, promenade sous les noisetiers et dîné à une heure; reste
-de la journée assez insipide, à cause du dîner de bonne heure. J'avais
-dessiné le matin une vue très étendue, vers la droite, marquée au 6
-octobre dans l'album. C'est ce qui m'avait mis en retard.</p>
-
-<p>Après déjeuner, esquivé la première partie de la promenade et acheminé
-par le jardin, à moitié chemin du même endroit.</p>
-
-<p>Le matin et dans ce moment, éprouvé les plus douces sensations à la vue
-de cette nature.</p>
-
-<p>Le soir, nous nous réfugions dans la salle de billard, éclairée avec
-des bougies placées de çà et de là; le bischoff et la partie nous
-conduisent jusqu'à onze heures.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>7 <i>octobre.</i>&mdash;Je sors encore le matin par le jardin dans les coteaux et
-le petit bois. Dessiné les soleils.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>8 <i>octobre.</i>&mdash; Nous partons à sept heures pour<span class="pagenum"><a name="Page_173" id="Page_173">[p. 173]</a></span> Givry<a name="NoteRef_241_229" id="NoteRef_241_229"></a><a href="#Note_241_229" class="fnanchor">[241]</a>. Beau
-soleil; je fais un dernier croquis du terrain qui monte, de la fenêtre
-au nord.</p>
-
-<p>Vu La Neuville-au-Bois, pays de La Valette. Vu, j'allais dire revu,
-Givry!</p>
-
-<p>Ce lieu, que je ne connaissais que par les récits de tous ceux que j'ai
-aimés, a réveillé leur souvenir avec une douce émotion. J'ai vu la
-maison paternelle<a name="NoteRef_242_230" id="NoteRef_242_230"></a><a href="#Note_242_230" class="fnanchor">[242]</a> comme elle est, mais, à ce que je suppose, sans
-beaucoup de changement; la pierre de ma grand'mère est encore à l'angle
-du cimetière, que l'on va exproprier, comme on fait de tout. Cette
-cendre n'aura qu'à déménager, comme les marchands qu'on envoie tenir
-boutique ailleurs.</p>
-
-<p>Je vois, en arrivant, un vieux Delacroix, en blouse, ancien officier
-qui, à mon nom, me presse à plusieurs reprises les mains, presque les
-larmes aux yeux.</p>
-
-<p>Je suis dans une mauvaise disposition de santé, et j'assiste au
-déjeuner du bon juge de paix sans presque toucher à rien.</p>
-
-<p>L'étang de Givry, etc.;&mdash;la halle, etc.</p>
-
-<p>Nous repartons vers dix heures et demie avec le juge de paix; nous
-traversons une partie de forêt.</p>
-
-<p>Vu Le Chatellier, origine des Berryer: c'est là qu'étaient les Vauréal.
-On me conte leur histoire.</p>
-
-<p>Arrivé à Revigny et parti vers deux heures, seul une grande partie de
-la route. J'ai beaucoup joui de ce voyage par le beau temps.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_174" id="Page_174">[p. 174]</a></span></p>
-
-<p>Je couche pour la première fois dans mon appartement du premier.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p><i>Paris</i>, 9 <i>octobre.</i>&mdash;Fait de souvenir deux vues à l'huile de chez
-le cousin. J'apprends le soir, par Boissard, la mort de ce pauvre
-Chassériau.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>10 <i>octobre.</i>&mdash;Convoi du pauvre Chassériau<a name="NoteRef_243_231" id="NoteRef_243_231"></a><a href="#Note_243_231" class="fnanchor">[243]</a>. J'y trouve Dauzats,
-Diaz et le jeune Moreau<a name="NoteRef_244_232" id="NoteRef_244_232"></a><a href="#Note_244_232" class="fnanchor">[244]</a> le peintre. Il me plaît assez. Je rentre
-de l'église avec Émile Lassalle<a name="NoteRef_245_233" id="NoteRef_245_233"></a><a href="#Note_245_233" class="fnanchor">[245]</a>.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p><i>Augerville.</i> 11 <i>octobre.</i>&mdash;Parti à sept heures pour Fontainebleau et
-arrivé à Augerville vers une heure par un beau temps: première partie
-du voyage agréable à traverser la forêt.</p>
-
-<p>Je trouve à Augerville Batta, Cadillan, Richomme et la bru de Berryer:
-il va demain et après-demain à Paris.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>12 <i>octobre.</i>&mdash;Il faut le complément du souvenir<span class="pagenum"><a name="Page_175" id="Page_175">[p. 175]</a></span> pour que la
-jouissance soit parfaite, et malheureusement on ne peut à la fois jouir
-et se souvenir de la jouissance. C'est l'idéal ajouté au réel. La
-mémoire dégage le moment délicieux ou fait l'illusion nécessaire.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>13 <i>octobre.</i>&mdash;En présence de ce bois, le cri d'une grive éveille en
-moi le souvenir de moments analogues et dont le souvenir me plaît plus
-que le moment présent.</p>
-
-<p>Le contentement de soi est le plus grand des contentements, et, dans
-un sens qui n'est pas si détourné qu'il peut le paraître, on veut
-être content de l'opinion que les autres ont de vous. Seulement les
-uns puisent ce sentiment dans la vertu, les autres dans les avantages
-extérieurs qui attirent les yeux de l'envie.</p>
-
-<p>J'admire cette multitude de petites toiles d'araignée que le brouillard
-du matin fait découvrir à l'œil en les chargeant d'humidité. Quelle
-quantité de mouches ou d'insectes doivent se prendre dans ces filets
-pour nourrir les tissandières, et quelle multitude de ces dernières
-offertes à l'appétit des oiseaux, etc.!</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>15 <i>octobre.</i>&mdash;Je rencontre une limace exactement mouchetée comme une
-panthère: anneaux larges sur le dos et sur les flancs, devenant des
-taches et des points à la tête, près du ventre qui est clair comme dans
-les quadrupèdes.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_176" id="Page_176">[p. 176]</a></span></p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>17 <i>octobre.</i>&mdash;Je lis dans la <i>Grèce</i><a name="NoteRef_246_234" id="NoteRef_246_234"></a><a href="#Note_246_234" class="fnanchor">[246]</a>, d'About: «On peut dire
-que le peuple grec n'a aucun penchant pour aucune sorte de débauche,
-et qu'il use de tous les plaisirs avec une égale sobriété. Il est
-sans passion, et je crois que de tout temps il a été de même, car les
-habitudes monstrueuses dont l'histoire l'accuse, etc.»</p>
-
-<p>Il prétend aussi qu'il n'est pas né pour l'agriculture, et je crains
-qu'il n'ait raison. «L'agriculture réclame plus de patience, plus de
-persévérance, plus d'esprit de suite, que les Hellènes n'en ont jamais
-eu, etc.»</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>18 <i>octobre.</i>&mdash;Promenade, avant dîner, avec Richomme et Batta, dans le
-petit chemin boisé, au bas des rochers que j'ai dessinés, il y a deux
-ans, et revenu par le moulin Baudon. Charmants paysages et effets de
-soir.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>19 <i>octobre.</i>&mdash;Promenade avec Berryer et Cadillan dans la campagne;
-plaine du haut. Vu les murs extérieurs du parc.</p>
-
-<p>Cette campagne, toute plate et sans routes sablées, m'a fait un effet
-charmant. Le bon Cadillan éprouvait la même chose: il semblait que nous
-respirions plus librement.</p>
-
-<p>Berryer me contait le soir que Pariset<a name="NoteRef_247_235" id="NoteRef_247_235"></a><a href="#Note_247_235" class="fnanchor">[247]</a> lui disait<span class="pagenum"><a name="Page_177" id="Page_177">[p. 177]</a></span> que chaque
-découverte un peu importante qu'il semblait que l'on fit en médecine,
-ne faisait que lui expliquer ou même lui faire comprendre un trait
-d'Hippocrate encore obscur.</p>
-
-<p>Tous les soirs, pendant que ces messieurs font leur partie interminable
-de billard, je me promène devant le château. J'ai eu au commencement
-de la semaine des clairs de lune délicieux. Nous avons eu une éclipse
-presque totale qui a donné à la lune cette couleur sanglante qu'on voit
-racontée dans les poètes et que Berryer me disait ne pas connaître:
-il en est de cela comme de Pariset avec Hippocrate. Les grands hommes
-voient ce que le vulgaire ne voit point: c'est pour cela qu'ils sont
-des grands hommes; ce qu'ils ont découvert et souvent crié sur les
-toits, est négligé ou incompris de ceux à qui ils s'adressent. Le
-temps, mais plus souvent un autre homme de leur trempe, retrouve le
-phénomène et le montre à la foule à la fin.</p>
-
-<p>Je voudrais me rappeler si Virgile, dans la description de la tempête,
-fait tourner le ciel sur la tête de ses matelots, comme je l'ai vu en
-allant à Tanger, dans ce coup de vent où le ciel, pendant la nuit,
-était sans nuages et où il semblait, à cause des mouvements du navire,
-que la lune et les étoiles fussent dans un continuel et immense
-mouvement.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p><i>Champrosay</i>, 21 <i>octobre.</i>&mdash;Parti d'Augerville avec Berryer et
-Cadillan. Temps magnifique.</p>
-
-<p>J'éprouve toujours cet appétit de la nature, cette<span class="pagenum"><a name="Page_178" id="Page_178">[p. 178]</a></span> fraîcheur
-d'impression qui n'est ordinaire que dans la jeunesse. Je crois que la
-plupart des hommes ne les connaissent pas. Ils disent: Voilà du beau
-temps, voilà de grands arbres, mais tout cela ne les pénètre pas d'un
-contentement particulier, ravissant, qui est une poésie en action.</p>
-
-<p>D'Étampes à Juvisy, je voyage avec eux; il se trouve dans le même
-wagon cette personne si belle, d'une beauté étrange et faite pour la
-peinture. Elle frappe même mes voisins, dont l'un, grand esprit sous
-bien des rapports, est Français sous le rapport des sentiments que
-j'exprimais là-haut. J'ai fait le lendemain des croquis de souvenir, de
-cette belle créature.</p>
-
-<p>Arrivé à Champrosay vers deux heures, Jenny n'avait pas reçu la lettre
-par laquelle je la prévenais de mon arrivée.</p>
-
-<p>Le général<a name="NoteRef_248_236" id="NoteRef_248_236"></a><a href="#Note_248_236" class="fnanchor">[248]</a> vient m'inviter pour dîner le lendemain avec
-Pélissier<a name="NoteRef_249_237" id="NoteRef_249_237"></a><a href="#Note_249_237" class="fnanchor">[249]</a>. Je refuse aujourd'hui l'invitation de Mme Barbier.</p>
-
-<p>Le dîner que je fais et la sottise de me coucher presque aussitôt après
-m'ont rendu malade deux jours.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>22 <i>octobre.</i>&mdash;Mal disposé et souffrant toute la journée, je me traîne
-chez Parchappe et j'assiste à son dîner auquel manquait Pélissier, ne
-touchant qu'à un peu de rôti, etc.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_179" id="Page_179">[p. 179]</a></span></p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>23 <i>octobre.</i>&mdash;Toute la journée du malaise; je travaille pourtant à
-l'<i>Arabe qui porte la selle à son cheval</i><a name="NoteRef_250_238" id="NoteRef_250_238"></a><a href="#Note_250_238" class="fnanchor">[250]</a>.</p>
-
-<p>Vers trois heures, promenade dans la forêt avec ma pauvre Jenny, qui
-est tout heureuse.</p>
-
-<p>En rentrant, pris de mal de tête violent et d'indisposition. Je me
-couche sans dîner.</p>
-
-<p>Mérimée dînait chez Barbier. Je n'ai pu y aller, quoique je voulusse le
-consulter sur l'étiquette des réceptions de Fontainebleau.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>24 <i>octobre.</i>&mdash;Meilleure disposition. Je déjeune un peu. Petite
-promenade en pantoufles vers la fontaine de Baÿvet, et petit dîner qui
-me réussit.</p>
-
-<hr class="b2" />
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_240_228" id="Note_240_228"></a><a href="#NoteRef_240_228"><span class="label">[240]</span></a> <i>Émile Deschamps</i> et son frère <i>Antony</i> ont traduit en
-vers vingt chants de la <i>Divine Comédie.</i></p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_241_229" id="Note_241_229"></a><a href="#NoteRef_241_229"><span class="label">[241]</span></a> <i>Givry en Argonne.</i></p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_242_230" id="Note_242_230"></a><a href="#NoteRef_242_230"><span class="label">[242]</span></a> Le père de Delacroix était né à Givry, le 15 avril 1741.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_243_231" id="Note_243_231"></a><a href="#NoteRef_243_231"><span class="label">[243]</span></a> <i>Théodore Chassériau</i> (1819-1856) avait été un des
-admirateurs et un des imitateurs de Delacroix, bien qu'avec le temps
-il fût arrivé à dégager sa personnalité. «Il avait pour amis, écrit
-Ch. Blanc, la plupart des écrivains romantiques, tels que M. Th.
-Gautier, qui lui soufflaient l'audace, lui conseillaient la fièvre, lui
-recommandaient Rubens, Véronèse, Delacroix et le soleil.»</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_244_232" id="Note_244_232"></a><a href="#NoteRef_244_232"><span class="label">[244]</span></a> Il s'agit ici de M. <i>Gustave Moreau</i>, aujourd'hui membre
-de l'Académie des Beaux-Arts.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_245_233" id="Note_245_233"></a><a href="#NoteRef_245_233"><span class="label">[245]</span></a> <i>Émile Lassalle</i>, né en 1813, mort en 1871, lithographe,
-a reproduit notamment le <i>Dante et Virgile</i> et la <i>Médée</i> de Delacroix.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_246_234" id="Note_246_234"></a><a href="#NoteRef_246_234"><span class="label">[246]</span></a> <i>La Grèce contemporaine</i>, qui venait de paraître.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_247_235" id="Note_247_235"></a><a href="#NoteRef_247_235"><span class="label">[247]</span></a> <i>Étienne Pariset</i> (1770-1847), médecin, connu surtout
-par ses recherches sur les maladies épidémiques.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_248_236" id="Note_248_236"></a><a href="#NoteRef_248_236"><span class="label">[248]</span></a> Le général <i>Parchappe.</i></p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_249_237" id="Note_249_237"></a><a href="#NoteRef_249_237"><span class="label">[249]</span></a> Le maréchal <i>Pélissier, duc de Malakoff.</i></p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_250_238" id="Note_250_238"></a><a href="#NoteRef_250_238"><span class="label">[250]</span></a> Voir <i>Catalogue Robaut</i>, n° 1317.</p></div>
-
-
-<hr class="b2" />
-
-
-<p>1<sup>er</sup> <i>novembre.</i>&mdash;Café à la mode d'Athènes d'après le livre
-d'About: «On grille le grain sans le brûler; on le réduit en poudre
-impalpable, soit dans un mortier, soit dans un moulin très serré. On
-met l'eau sur le feu jusqu'à ce quelle soit en ébullition; on la retire
-pour y jeter une cuillerée de café et une cuillerée de sucre en poudre
-par chaque tasse que l'on veut faire, etc. Ainsi préparé, le café peut
-se prendre sans inconvénient dix fois par jour: on ne boirait pas
-impunément tous les jours cinq tasses de café français. C'est que le
-café des Turcs et des Grecs est un tonique <i>délayé</i>, et le nôtre est un
-tonique <i>concentré.</i>»</p>
-
-<p>&mdash;Ce matin, Haro est venu me voir à Champrosay:<span class="pagenum"><a name="Page_180" id="Page_180">[p. 180]</a></span> je l'ai revu avec
-plaisir. Il a déjeuné avec moi, et nous avons beaucoup causé.</p>
-
-<p>&mdash;Dîné chez Barbier. Rodakowski m'apprend le retour delà princesse.</p>
-
-<p>&mdash;Dans la journée, longue promenade dans la forêt avec Jenny. Revu
-nos anciennes promenades. Vu Mainville: ce qui était alors de petits
-taillis sont des bois épais. Le beau temps vraiment étonnant qui
-éclaire tout cela depuis très longtemps ajoute un agrément infini.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>3 <i>novembre.</i>&mdash;Revenu de Champrosay. Trouvé à l'embarcadère M.
-Talabot<a name="NoteRef_251_239" id="NoteRef_251_239"></a><a href="#Note_251_239" class="fnanchor">[251]</a>, revenu avec sa femme et Rodakowski chez Mérimée. Passé
-chez Delaroche avant de rentrer.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>4 <i>novembre.</i>&mdash;Recommandé le neveu de Montfort<a name="NoteRef_252_240" id="NoteRef_252_240"></a><a href="#Note_252_240" class="fnanchor">[252]</a> pour une
-demi-bourse vacante à Chaptal.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>6 <i>novembre.</i>&mdash;Enterrement du pauvre Delaroche<a name="NoteRef_253_241" id="NoteRef_253_241"></a><a href="#Note_253_241" class="fnanchor">[253]</a>. Je suis resté une
-heure à la porte de l'église par une gelée intense, et j'ai dû enfin me
-sauver avant la fin, tant le froid m'avait pénétré.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_181" id="Page_181">[p. 181]</a></span></p>
-
-<p>Le matin, enterrement aussi triste: celui de Tattet; j'ai revu ce
-salon où nous avons passe des moments gais et agréables chez la bonne
-Marlière.</p>
-
-<p>Dumas fils et Penguilly<a name="NoteRef_254_242" id="NoteRef_254_242"></a><a href="#Note_254_242" class="fnanchor">[254]</a> me parlaient des effets de la digestion
-dans plusieurs cas: un nommé Rougé, athlète de son métier, ne mangeait
-rien avant de lutter: il avait alors toute sa force. Penguilly nous
-disait que l'étape du matin était excellente et se faisait gaiement,
-quand les soldats sont en marche. Le matin, ils partent à jeun. Après
-le déjeuner, elle se fait péniblement.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>10 <i>novembre.</i>&mdash;Dîner du lundi. Panseron nous dit qu'après un travail
-de onze mois très assidu, il demandait à Auber un congé<a name="NoteRef_255_243" id="NoteRef_255_243"></a><a href="#Note_255_243" class="fnanchor">[255]</a>, se
-fondant sur cette assiduité pendant tout ce temps. Auber lui dit:
-«Monsieur, quand on a beaucoup travaillé pendant onze mois, il faut
-encore travailler pendant le douzième pour ne pas se rouiller et se
-tenir en haleine.»</p>
-
-<p>Le soir, vu About<a name="NoteRef_256_244" id="NoteRef_256_244"></a><a href="#Note_256_244" class="fnanchor">[256]</a> chez Mme Cavé.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>15 <i>novembre.</i>&mdash;Dîné chez Perrier avec Halévy, Auber, Clapisson<a name="NoteRef_257_245" id="NoteRef_257_245"></a><a href="#Note_257_245" class="fnanchor">[257]</a>
-très aimable et très prévenant.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_182" id="Page_182">[p. 182]</a></span></p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>20 <i>novembre.</i>&mdash;Au <i>Barbier</i>, avec le billet d'Alberthe, et plaisir
-bien plus vif que je ne m'y attendais.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>21 <i>novembre.</i>&mdash;Je vais chez Rossini, j'y trouve Danton<a name="NoteRef_258_246" id="NoteRef_258_246"></a><a href="#Note_258_246" class="fnanchor">[258]</a> et
-Thierry<a name="NoteRef_259_247" id="NoteRef_259_247"></a><a href="#Note_259_247" class="fnanchor">[259]</a>.&mdash;Le matin au conseil. Dans la journée chez Chabrier qui
-est malade, Saint-René Taillandier, Berryer que je ne trouve pas.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>22 <i>novembre.</i>&mdash;Thierry vient me trouver à table pour parler de
-l'Institut<a name="NoteRef_260_248" id="NoteRef_260_248"></a><a href="#Note_260_248" class="fnanchor">[260]</a>.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>23 <i>novembre.</i>&mdash;Je vais à Saint-Germain dîner chez la bonne Alberthe;
-j'y trouve Saint-Germain. Il faudra l'avoir avec elle et Mareste. Je
-trouve Hédouin en venant.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>24 <i>novembre.</i>&mdash;Je pourrais mettre au Salon: le <i>Petit paysage avec
-Grecs</i><a name="NoteRef_261_249" id="NoteRef_261_249"></a><a href="#Note_261_249" class="fnanchor">[261]</a>, le <i>Christ</i><a name="NoteRef_262_250" id="NoteRef_262_250"></a><a href="#Note_262_250" class="fnanchor">[262]</a> de Troyon, le <i>Paysage</i> que j'ai donné à
-Piron et l'<i>Ovide</i> de M. Fould<a name="NoteRef_263_251" id="NoteRef_263_251"></a><a href="#Note_263_251" class="fnanchor">[263]</a>.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_183" id="Page_183">[p. 183]</a></span></p>
-
-<p>Je vais à l'ouverture du conseil général.</p>
-
-<p>De là, je retourne chez moi attendre Bornot qui vient me prendre à
-trois heures pour le mariage de ses filles<a name="NoteRef_264_252" id="NoteRef_264_252"></a><a href="#Note_264_252" class="fnanchor">[264]</a>.</p>
-
-<p>Le soir, en me promenant, je me figure que je pourrai reprendre les
-articles sur le <i>Beau</i>; il y a plusieurs divisions à faire.....</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>25 <i>novembre.</i>&mdash;Mariage des filles de Bornot: à dîner, près de M.
-Barthe<a name="NoteRef_265_253" id="NoteRef_265_253"></a><a href="#Note_265_253" class="fnanchor">[265]</a>, il me recommande à la Bibliothèque un très beau manuscrit
-des heures d'Anne de Bretagne.</p>
-
-
-<hr class="b2" />
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_251_239" id="Note_251_239"></a><a href="#NoteRef_251_239"><span class="label">[251]</span></a> <i>Paulin Talabot</i> (1799-1885), ingénieur, directeur
-général des chemins de fer de Paris à Lyon et à la Méditerranée, député
-sous l'Empire.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_252_240" id="Note_252_240"></a><a href="#NoteRef_252_240"><span class="label">[252]</span></a> <i>Antoine-Alphonse Montfort</i>, peintre, élève de Gros et
-d'Horace Vernet, né à Paris en 1802, contemporain et sans doute ami de
-Delacroix. Il a passé sa vie à peindre des sujets de Syrie, d'Arabie,
-de Palestine, etc.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_253_241" id="Note_253_241"></a><a href="#NoteRef_253_241"><span class="label">[253]</span></a> <i>Paul Delaroche</i>, dont la santé était altérée depuis
-quelque temps, mourut presque subitement le 4 novembre 1856.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_254_242" id="Note_254_242"></a><a href="#NoteRef_254_242"><span class="label">[254]</span></a> <i>Penguilly L'Haridon.</i> (Voir t. I, p. 271.)</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_255_243" id="Note_255_243"></a><a href="#NoteRef_255_243"><span class="label">[255]</span></a> <i>Panseron</i> (1795-1859) était professeur de chant au
-Conservatoire, dont <i>Auber</i> était alors le directeur.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_256_244" id="Note_256_244"></a><a href="#NoteRef_256_244"><span class="label">[256]</span></a> <i>Edmond About</i> (1828-1885) était encore au début de
-sa carrière. Indépendamment de la <i>Grèce contemporaine</i> et du <i>Roi
-des montagnes</i> (1856), il avait publié en 1855 un <i>Voyage à travers
-l'Exposition des Beaux-Arts</i> (peinture et sculpture).</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_257_245" id="Note_257_245"></a><a href="#NoteRef_257_245"><span class="label">[257]</span></a> <i>Louis Clapisson</i> (1808-1866), compositeur, auteur de
-nombreux opéras-comiques.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_258_246" id="Note_258_246"></a><a href="#NoteRef_258_246"><span class="label">[258]</span></a> <i>Joseph-Arsène Danton</i> (1814-1866), littérateur, alors
-membre du Conseil supérieur de l'Instruction publique.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_259_247" id="Note_259_247"></a><a href="#NoteRef_259_247"><span class="label">[259]</span></a> <i>Édouard Thierry</i> était à cette époque chargé du
-feuilleton littéraire au <i>Moniteur universel.</i></p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_260_248" id="Note_260_248"></a><a href="#NoteRef_260_248"><span class="label">[260]</span></a> Il s'agissait du fauteuil devenu vacant par suite de la
-mort de <i>Paul Delaroche.</i> Delacroix fut élu membre de l'Académie des
-Beaux-Arts le 11 janvier suivant (1857).</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_261_249" id="Note_261_249"></a><a href="#NoteRef_261_249"><span class="label">[261]</span></a> Voir <i>Catalogue Robaut</i>, n° 1389.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_262_250" id="Note_262_250"></a><a href="#NoteRef_262_250"><span class="label">[262]</span></a> C'est le tableau du <i>Christ sur le lac de Genézareth.</i>
-«Ce tableau, dit le <i>Catalogue Robaut</i> (n° 1214), est le premier de la
-série. Il figure à l'exposition Durand-Ruel en 1878. C'est celui que le
-peintre Troyon avait acheté à la montre du marchand Beugniet, et que
-Mme Troyon mère donna comme souvenir, après la mort de son fils, à M.
-Frémyn.»</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_263_251" id="Note_263_251"></a><a href="#NoteRef_263_251"><span class="label">[263]</span></a> Voir <i>Catalogue Robaut</i>, n° 1376.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_264_252" id="Note_264_252"></a><a href="#NoteRef_264_252"><span class="label">[264]</span></a> Voir, sur la famille <i>Bornot</i>, t. I, p. 403, en note.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_265_253" id="Note_265_253"></a><a href="#NoteRef_265_253"><span class="label">[265]</span></a> <i>Félix Barthe</i> (1795-1863), magistrat, qui fut ministre
-de l'instruction publique et de la justice sous la monarchie de Juillet
-et sénateur sous l'Empire.</p></div>
-
-<hr class="b2" />
-
-
-<p>1<sup>er</sup> <i>décembre.</i>&mdash;Boulangé, venu le matin, me donne la
-manière de fixer la détrempe pour repeindre à l'huile, ayant le ton
-frais de dessous:</p>
-
-<p>Peindre la détrempe avec de la colle coupée: 6 parties d'eau, une
-partie de colle. Passer ensuite de l'amidon bien passé et bien battu;
-passer lentement avec une brosse large. Pour peindre à la détrempe une
-toile à l'huile et par conséquent pour retoucher un tableau à l'huile,
-mêler à la détrempe de la bière qu'on rend plus forte en la faisant
-recuire.</p>
-
-<p>Le vernis Sœhnée bon pour vernir la détrempe.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>7 <i>décembre.</i>&mdash;Se rappeler le magnifique sujet<span class="pagenum"><a name="Page_184" id="Page_184">[p. 184]</a></span> mentionné ailleurs,
-de <i>Noé sacrifiant</i>, avec sa famille, aptes le déluge;... les animaux
-se répandent sur la terre;... les oiseaux dans les airs, les monstres
-condamnés par la sagesse divine gisant à moitié enfouis dans la vase.
-Les branches des arbres distillent encore les eaux et se redressent
-vers le ciel.</p>
-
-<p>Ce jour, posé une heure et demie chez Mme Herbelin<a name="NoteRef_266_254" id="NoteRef_266_254"></a><a href="#Note_266_254" class="fnanchor">[266]</a>: Mme Villot
-y était. Je vais, en sortant de là, voir M. Mesnard, au Luxembourg.
-M. Mesnard me dit qu'il croit que le travail que l'œil et le
-cerveau font sur la couleur, contribue beaucoup à la fatigue que
-cause la peinture: le fait est qu'il me faut une disposition de santé
-complètement bonne pour travailler à la peinture. Pour écrire, ce
-n'est pas aussi nécessaire: les idées peuvent me venir, quand je suis
-souffrant et que je tiens la plume. À mon chevalet et le pinceau à la
-main, ce n'est pas de même.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>8 <i>décembre.</i>&mdash;Dîné à l'Hôtel de ville pour la clôture du conseil
-général. Revenu, bien malgré moi, avec B..., qui ne veut pas me lâcher,
-etc.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>9 <i>décembre.</i>&mdash;Mauvaise disposition et pourtant quelque bon travail sur
-le <i>Saint Jean-Baptiste</i><a name="NoteRef_267_255" id="NoteRef_267_255"></a><a href="#Note_267_255" class="fnanchor">[267]</a> que je destine à Robert, de Sèvres.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_185" id="Page_185">[p. 185]</a></span></p>
-
-<p>Je fais une longue promenade de quatre à six heures: Paris me paraît
-charmant. De la place Louis XV je traverse les Tuileries pour rentrer
-par la rue de la Paix; ce beau jardin est tout à fait abandonné: que de
-souvenirs il me rappelle de ma jeunesse!</p>
-
-<p>Le soir, chez Thiers, il n'y avait que Roger<a name="NoteRef_268_256" id="NoteRef_268_256"></a><a href="#Note_268_256" class="fnanchor">[268]</a>. Je vois le portrait
-de Delaroche, faible ouvrage, sans caractère et sans exécution. On
-peut dire des choses fermes, raisonnables, intéressantes même, et l'on
-n'a pas fait cependant de la littérature;... en peinture de même. Ce
-portrait flamand, en pied, d'un homme en noir, qu'il me montre, est
-admirable et plaira toujours, et cela par l'<i>exécution.</i></p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>12 <i>décembre.</i>&mdash;Dîné chez Mme d'Annibeau: Gisors, Halévy, Perrier,
-Frémy<a name="NoteRef_269_257" id="NoteRef_269_257"></a><a href="#Note_269_257" class="fnanchor">[269]</a>, etc., etc.</p>
-
-<p>Le soir, à l'Opéra-Comique, voir l'<i>Avocat Pathelin</i><a name="NoteRef_270_258" id="NoteRef_270_258"></a><a href="#Note_270_258" class="fnanchor">[270]</a>.</p>
-
-<p>Causé avec Rouland, qui est très bon et très simple<a name="NoteRef_271_259" id="NoteRef_271_259"></a><a href="#Note_271_259" class="fnanchor">[271]</a>.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_186" id="Page_186">[p. 186]</a></span></p>
-
-<p>Mozart écrit quelque part, dans une lettre, à propos de ce principe
-que la musique peut exprimer toutes les passions, toutes les douleurs,
-toutes les souffrances: «Néanmoins, dit-il, les passions, violentes ou
-non, ne doivent jamais être exprimées jusqu'au dégoût, et <i>la musique,
-même dans les situations les plus horribles, ne doit pas affecter
-l'oreille, mais la flatter et la charmer, et par conséquent rester
-toujours musique.</i>»</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>14 <i>décembre.</i>&mdash;Chez Billault<a name="NoteRef_272_260" id="NoteRef_272_260"></a><a href="#Note_272_260" class="fnanchor">[272]</a>. Vu là Mlle Gérard, peintre, élève
-de Delaroche, qui m'a fait de son maître un triste portrait, qui
-confirme bien l'opinion que j'en ai toujours eue. Les Bornot y étaient.
-Vielliard venu dans la journée.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>16 <i>décembre.</i>&mdash;Chez Frémy: Gisors, Halévy, les mêmes personnes à peu
-près que chez d'Annibeau; Boulatignier<a name="NoteRef_273_261" id="NoteRef_273_261"></a><a href="#Note_273_261" class="fnanchor">[273]</a> y était.</p>
-
-<p>Je m'enrhume dans la journée de la manière la plus sotte.</p>
-
-<p>Je me suis fait rouler dans une grande voiture chez Mme de Forget, pour
-voir son plafond<a name="NoteRef_274_262" id="NoteRef_274_262"></a><a href="#Note_274_262" class="fnanchor">[274]</a>, chez Andrieu,<span class="pagenum"><a name="Page_187" id="Page_187">[p. 187]</a></span> puis chez Galimard<a name="NoteRef_275_263" id="NoteRef_275_263"></a><a href="#Note_275_263" class="fnanchor">[275]</a>, qui m'a
-surpris et causé du dégoût, par la quantité de petites machines qu'on
-fait jouer, pour faire manquer mon élection.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>22 <i>décembre</i>.&mdash;François I<sup>er</sup> et Mlle de Saint-Vallier.</p>
-
-<p>&mdash;<i>Roméo et Juliette</i>: la <i>Scène des musiciens</i>, du père et de la fille
-sur le lit, qu'on croit morte.</p>
-
-<p>&mdash;<i>Samson et Dalila.</i></p>
-
-<p>&mdash;<i>Les hommes et Noé sacrifiant après le déluge.</i></p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>29 <i>décembre.</i>&mdash;Voltaire invité, dans une réunion d'amis, à raconter
-une histoire de voleur, dit: «Messieurs, il était une fois un fermier
-général... Ma foi, j'ai oublié le reste.»</p>
-
-<p>Il avait un fonds de philosophie et de détachement, et ce n'est pas de
-cela qu'il faudrait le blâmer.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>31 <i>décembre.</i>&mdash;L'article sur Charlet<a name="NoteRef_276_264" id="NoteRef_276_264"></a><a href="#Note_276_264" class="fnanchor">[276]</a>. Il y a des talents qui
-viennent au monde tout prêts et armés de toutes pièces... Il a dû avoir
-dès le commencement cette espèce de plaisir que les hommes les plus
-expérimentés trouvent dans le travail, à savoir une sorte<span class="pagenum"><a name="Page_188" id="Page_188">[p. 188]</a></span> de maîtrise,
-d'assurance de la main, concordant avec la netteté de la conception.
-Bonington a eu cela aussi: cette main était si habile qu'elle devançait
-la pensée; ses remaniements ne venaient que de cette facilité si
-grande, que tout ce qu'il posait sur la toile était charmant; seulement
-chacun de ces détails ne se coordonnant pas souvent, des tâtonnements
-pour retrouver l'ensemble lui faisaient quelquefois abandonner ses
-ouvrages commencés. Il faut remarquer aussi que, dans cette espèce
-d'improvisation, il entrait un terme de plus que dans celle de Charlet,
-à savoir la couleur.</p>
-
-
-<hr class="b2" />
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_266_254" id="Note_266_254"></a><a href="#NoteRef_266_254"><span class="label">[266]</span></a> Mme Herbelin fit en effet le portrait de Delacroix.
-C'était une miniature sur ivoire qui figura au Salon de 1857. (V. <i>Cat.
-Robaut</i>, p. LIV, n° 88.)</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_267_255" id="Note_267_255"></a><a href="#NoteRef_267_255"><span class="label">[267]</span></a> Voir <i>Catalogue Robault</i>, n<sup>os</sup> 858 et 904.
-L'œuvre est ainsi décrite: «La scène s'encadre dans l'architecture
-sévère d'une prison, percée au fond d'un soupirail cintré, garni de
-barreaux, où apparaissent des têtes de curieux.»</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_268_256" id="Note_268_256"></a><a href="#NoteRef_268_256"><span class="label">[268]</span></a> Sans doute le <i>comte Roger du Nord</i> (1802-1881), ancien
-député sous la monarchie de Juillet, et grand ami de M. Thiers.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_269_257" id="Note_269_257"></a><a href="#NoteRef_269_257"><span class="label">[269]</span></a> <i>Louis Frémy</i> (1807-1891), administrateur et homme
-politique, ancien conseiller d'État, alors gouverneur du Crédit
-foncier.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_270_258" id="Note_270_258"></a><a href="#NoteRef_270_258"><span class="label">[270]</span></a> <i>Maître Pathelin</i>, opéra-comique, dont la musique est de
-<i>François Bazin</i> et les paroles de <i>de Leuven</i> et <i>Ferdinand Lenglé.</i>
-Les auteurs ont résumé en un acte les principaux épisodes de la vieille
-<i>Farce de maistre Pathelin.</i> Cette œuvre fut représentée le 12
-décembre 1856 à l'Opéra-Comique.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_271_259" id="Note_271_259"></a><a href="#NoteRef_271_259"><span class="label">[271]</span></a> <i>Gustave Bouland</i> (1806-1878), magistrat et homme
-politique, occupait alors le poste de procureur général près la Cour
-d'appel de Paris. Il devint, en 1859, ministre de l'instruction
-publique, puis, en 1864, gouverneur de la Banque de France.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_272_260" id="Note_272_260"></a><a href="#NoteRef_272_260"><span class="label">[272]</span></a> <i>Billault</i> (1805-1863), homme politique et
-jurisconsulte, était à cette époque ministre de l'Intérieur.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_273_261" id="Note_273_261"></a><a href="#NoteRef_273_261"><span class="label">[273]</span></a> <i>Joseph Boulatignier</i>, né en 1805, homme politique
-et administrateur, conseiller d'État, était membre de la commission
-municipale de Paris.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_274_262" id="Note_274_262"></a><a href="#NoteRef_274_262"><span class="label">[274]</span></a> Ce plafond, <i>un ciel léger avec petits nuages</i>, était
-exécuté dans la chambre à coucher de Mme la baronne de Forget par
-<i>Boulangé</i>, élève de Delacroix. (Voir <i>Corresp.,</i> t. II, p. 148 et
-149.)</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_275_263" id="Note_275_263"></a><a href="#NoteRef_275_263"><span class="label">[275]</span></a> <i>Galimard</i> (1813-1880), peintre, qui sous divers
-pseudonymes a écrit des comptes rendus de Salons dans la <i>Patrie</i>,
-l'<i>Artiste</i> et la <i>Revue des Beaux-Arts.</i></p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_276_264" id="Note_276_264"></a><a href="#NoteRef_276_264"><span class="label">[276]</span></a> Sous ce titre: <i>Charlet, sa vie, ses lettres</i>, le
-colonel de La Combe fit paraître en 1856 un livre qui est un pieux
-monument élevé à la mémoire de Charlet. C'est sans doute la lecture de
-ce livre qui a inspiré à Delacroix les réflexions qu'il consigne ici.
-</p>
-<p>
-Plus tard, en 1862, Delacroix consacrera à Charlet et à son œuvre un
-très important article dans la <i>Revue des Deux Mondes.</i></p>
-
-<hr class="chap" />
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_189" id="Page_189">[p. 189]</a></span></p></div>
-
-
-
-
-<h3><a name="c1857" id="c1857">1857</a></h3>
-
-
-<p>1<sup>er</sup> <i>janvier</i><a name="NoteRef_277_265" id="NoteRef_277_265"></a><a href="#Note_277_265" class="fnanchor">[277]</a>.&mdash;Poussin définit le <i>beau</i><a name="NoteRef_278_266" id="NoteRef_278_266"></a><a href="#Note_278_266" class="fnanchor">[278]</a> la
-<i>délectation.</i> Après avoir examiné toutes les pédantesques définitions
-modernes, telles que la <i>splendeur du vrai</i> ou que le beau est la
-<i>régularité</i>, qu'il est ce qui ressemble le plus à Raphaël ou à
-l'antique, et autres sottises, j'avais trouvé en moi sans beaucoup de
-peine la définition que je trouve dans Voltaire, article <i>Aristote,
-Poétique</i>, du <i>Dictionnaire philosophique</i>, quand il cite la sotte
-réflexion de Pascal, qui dit qu'on ne dit pas beauté <i>géométrique</i> ou
-beauté <i>médicinale</i>, et qu'on dit à tort <i>beauté poétique</i>, parce qu'on
-connaît l'objet de la géométrie et de la médecine, mais qu'on ne sait
-pas ce que c'est que le modèle naturel qu'il faut imiter pour trouver
-cet agrément qui est l'objet de la poésie. À cela Voltaire répond: «On
-sent assez combien ce morceau de Pascal est pitoyable. On sait bien
-qu'il<span class="pagenum"><a name="Page_190" id="Page_190">[p. 190]</a></span> n'y a rien de beau dans une médecine, ni dans les propriétés
-d'un triangle, et que <i>nous n'appelons beau que ce qui cause à notre
-âme et à nos sens du plaisir et de l'admiration.</i>»</p>
-
-
-<p><i>Sur le Titien</i><a name="NoteRef_279_267" id="NoteRef_279_267"></a><a href="#Note_279_267" class="fnanchor">[279]</a>.&mdash;On fait l'éloge d'un contemporain dont la place
-n'est pas marquée encore; ce sont même souvent les moins dignes d'être
-loués qui sont l'objet des éloges. Mais l'éloge du Titien!... On me
-dira que je rappelle ce jurisconsulte dévot qui avait fait le <i>Mémoire
-en faveur de Dieu.....</i></p>
-
-<p>Il se passe de mes éloges<a name="NoteRef_280_268" id="NoteRef_280_268"></a><a href="#Note_280_268" class="fnanchor">[280]</a>... sa grande ombre...</p>
-
-<p>Il semble effectivement que ces hommes du seizième siècle ont laissé
-peu de chose à faire: ils ont parcouru le chemin les premiers et
-semblent avoir touché<span class="pagenum"><a name="Page_191" id="Page_191">[p. 191]</a></span> la borne dans tous les genres; et pourtant dans
-le chemin de ces gens, on a vu des talents montrant quelque nouveauté.
-Ces talents, venus dans des époques de moins en moins favorables aux
-grandes tentatives, à la hardiesse, à la nouveauté, à la naïveté, ont
-rencontré des bonnes fortunes, si l'on veut, qui n'ont pas laissé
-de plaire à leur siècle moins favorisé, mais avide également de
-jouissances.</p>
-
-<p>Dans cette heptarchie ou gouvernement de sept, le sceptre, le
-gouvernement se partage avec une certaine égalité, sauf le seul
-Titien qui, bien que faisant partie, etc., ne ferait qu'une manière
-de vice-roi dans ce gouvernement du beau domaine de la peinture. On
-peut le regarder comme le créateur du paysage. Il y a introduit cette
-largeur qu'il a mise dans le rendu des figures et des draperies.</p>
-
-<p>On est confondu de la force, de la fécondité, de cette
-universalité<a name="NoteRef_281_269" id="NoteRef_281_269"></a><a href="#Note_281_269" class="fnanchor">[281]</a> de ces hommes du seizième siècle. Nos petits tableaux
-misérables faits pour nos misérables habitations... La disparition de
-ces Mécènes dont les palais étaient pendant une suite de générations
-l'asile<span class="pagenum"><a name="Page_192" id="Page_192">[p. 192]</a></span> des beaux ouvrages, qui étaient dans les familles comme des
-titres de noblesse... Ces corporations de marchands commandaient des
-travaux qui effrayeraient les souverains de nos jours et des artistes
-de taille à accomplir toutes les tâches... Déjà moins de cent ans
-après, le Poussin ne fait que de petits tableaux.</p>
-
-<p>Il faut renoncer à imaginer même ce que devaient être des Titien dans
-leur nouveauté et leur fraîcheur<a name="NoteRef_282_270" id="NoteRef_282_270"></a><a href="#Note_282_270" class="fnanchor">[282]</a>. Nous voyons ces admirables
-ouvrages après trois cents ans de vernis, d'accidents, de réparations
-pires que leurs malheurs...</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>4 <i>janvier.&mdash;Les Cyclopes préparant l'appartement de Psyché.</i>
-(Contrastes, Vénus ou Psyché est là, etc.)</p>
-
-<p>On ne peut nier que dans le Raphaël l'élégance ne l'emporte sur le
-naturel, et que cette élégance ne dégénère souvent en manière. Je
-sais bien qu'il y a le charme, le je ne sais quoi. (C'est comme dans
-Rossini: Expression, mais surtout élégance.)</p>
-
-<p><i>Si l'on vivait cent vingt ans, on préférerait Titien à tout.</i> Ce n'est
-pas l'homme des jeunes gens.<span class="pagenum"><a name="Page_193" id="Page_193">[p. 193]</a></span> Il est le moins maniéré et par conséquent
-le plus varié des peintres. Les talents maniérés n'ont qu'une pente,
-qu'une habitude; ils suivent l'impulsion de la main bien plus qu'ils
-ne la dirigent. Le talent le moins maniéré doit être le plus varié: il
-obéit à chaque instant à une émotion vraie, il faut qu'il rende cette
-émotion; la parure, une vaine montre de sa facilité ou de son adresse
-ne l'occupent point; il méprise au contraire tout ce qui ne le conduit
-pas à une plus vive expression de sa pensée: c'est celui qui dissimule
-le plus l'exécution ou qui a l'air d'y prendre le moins garde.</p>
-
-<p>Sur le Titien, Raphaël et Corrège, voir Mengs<a name="NoteRef_283_271" id="NoteRef_283_271"></a><a href="#Note_283_271" class="fnanchor">[283]</a>... Il y a un travail
-à faire là-dessus.</p>
-
-<p>Il y a des gens qui ont naturellement du goût, mais chez ceux-là
-même il s'augmente avec l'âge et s'épure. Le jeune homme est pour le
-bizarre, pour le forcé, pour l'ampoulé. N'allez pas appeler <i>froideur</i>
-ce que j'appelle <i>goût.</i> Ce goût que j'entends est une lucidité de
-l'esprit qui sépare à l'instant ce qui est digne d'admiration de ce qui
-n'est que faux brillant. En un mot, c'est la <i>maturité de l'esprit.</i></p>
-
-<p>Chez Titien commence cette <i>largeur de faire</i> qui tranche avec la
-sécheresse de ses devanciers et qui est la perfection de la peinture.
-Les peintres qui<span class="pagenum"><a name="Page_194" id="Page_194">[p. 194]</a></span> recherchent cette sécheresse primitive toute
-naturelle clans des écoles qui s'essayent et qui sortent de sources
-presque barbares, sont comme des hommes faits qui, pour se donner un
-air naïf, imiteraient le parler et les gestes de l'enfance. Cette
-largeur du Titien, qui est la fin de la peinture, est aussi éloignée
-de la sécheresse des premiers peintres que de l'abus monstrueux de la
-touche et de la manière lâche des peintres de la décadence de l'art.
-L'antique est ainsi.</p>
-
-<p>J'ai sous les yeux maintenant les expressions de l'admiration de
-quelques-uns de ses contemporains. Leurs éloges ont quelque chose
-d'incroyable: que devaient être en effet ces prodigieux ouvrages dans
-lesquels aucune partie ne portait de traces de négligence, mais dans
-lesquels, au contraire, la finesse de la touche, le fondu, la vérité
-et l'éclat incroyable des teintes étaient dans toute leur fraîcheur,
-et auxquelles le temps ni les accidents inévitables n'avaient encore
-rien enlevé! Arétin<a name="NoteRef_284_272" id="NoteRef_284_272"></a><a href="#Note_284_272" class="fnanchor">[284]</a>, dans un dialogue instructif sur les peintures
-de ce temps, après avoir détaillé<span class="pagenum"><a name="Page_195" id="Page_195">[p. 195]</a></span> avec admiration quantité de ses
-ouvrages, s'arrête en disant: «Mais je me retiens et passe doucement
-sur ses louanges, parce que je suis son compère et parce qu'il faudrait
-être absolument aveugle pour ne pas voir le soleil.»</p>
-
-<p>Il dit après et je pourrais le mettre avant: «Notre Titien est donc
-divin et sans égal dans la peinture, etc.» Il ajoute: «Concluons que,
-quoique jusqu'ici il y ait eu plusieurs excellents peintres, ces trois
-méritent et tiennent le premier rang: Michel-Ange, Raphaël et Titien.»</p>
-
-<p>...Je sais bien que cette qualité de coloriste est plus fâcheuse que
-recommandable auprès des écoles modernes qui prennent la recherche
-seule du dessin pour une qualité et qui lui sacrifient tout le reste.
-Il semble que le coloriste n'est préoccupé que des parties basses<a name="NoteRef_285_273" id="NoteRef_285_273"></a><a href="#Note_285_273" class="fnanchor">[285]</a>
-et en quelque sorte terrestres de la peinture, qu'un beau dessin est
-bien plus beau quand il est accompagné<span class="pagenum"><a name="Page_196" id="Page_196">[p. 196]</a></span> d'une couleur maussade, et
-que la couleur n'est propre qu'à distraire l'attention qui doit se
-porter vers des qualités plus sublimes, qui se passent aisément de
-son prestige. C'est ce qu'on pourrait appeler le côté <i>abstrait</i> delà
-peinture, le contour étant l'objet essentiel; ce qui met en seconde
-ligne, indépendamment de la couleur, d'autres nécessités de la peinture
-telles que l'expression, la juste distribution de l'effet et la
-composition elle-même.</p>
-
-<p>L'école qui imite avec la peinture à l'huile les anciennes fresques
-commet une étrange méprise. Ce que ce genre a d'ingrat, sous le rapport
-de la couleur et des difficultés matérielles qu'il impose à un talent
-timide, demande chez le peintre une légèreté, une sûreté, etc.. La
-peinture à l'huile porte au contraire à une perfection dans le rendu
-qui est le contraire de cette peinture à grands traits; mais il faut
-que tout y concorde, la magie des fonds, etc...</p>
-
-<p>C'est une espèce de dessin plus propre à s'allier aux grandes lignes
-de l'architecture dans des décorations qu'à exprimer les finesses et
-le précieux des objets. Aussi le Titien, chez lequel le rendu est si
-prodigieux, malgré l'entente large des détails, a-t-il peu cultivé
-la fresque. Paul Véronèse lui-même, qui y semble plus propre par une
-largeur plus grande encore et par la nature des scènes qu'il aimait à
-représenter, en a fait un très petit nombre<a name="NoteRef_286_274" id="NoteRef_286_274"></a><a href="#Note_286_274" class="fnanchor">[286]</a>.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_197" id="Page_197">[p. 197]</a></span></p>
-
-<p>Il faut dire aussi qu'à l'époque où la fresque fleurit de préférence,
-c'est-à-dire dans les premiers temps de la renaissance de l'art, la
-peinture n'était pas encore maîtresse de tous les moyens dont elle a
-disposé depuis. À partir des prodiges d'illusion dans la couleur et
-dans l'effet dont la peinture à l'huile a donné le secret, la fresque a
-été peu cultivée et presque entièrement abandonnée.</p>
-
-<p>Je ne disconviens pas que le grand style, le <i>style épique</i> dans la
-peinture, si l'on peut ainsi parler, n'ait vu en même temps décroître
-son règne; mais des génies tels que les Michel-Ange et les Raphaël
-sont rares. Ce moyen de la fresque qu'ils avaient illustré et dont
-ils avaient fait l'emploi aux plus sublimes conceptions, devait périr
-dans des mains moins hardies. Le génie d'ailleurs sait employer avec
-un égal succès les moyens les plus divers. La peinture à l'huile sous
-le pinceau de Rubens a égalé, pour le feu et la largeur, l'ampleur
-des fresques les plus célèbres, quoique avec des moyens différents;
-et pour ne pas sortir de cette école vénitienne dont Titien est le
-flambeau, les grands tableaux de ce maître admirable, ceux de<span class="pagenum"><a name="Page_198" id="Page_198">[p. 198]</a></span> Véronèse
-et même du Tintoret<a name="NoteRef_287_275" id="NoteRef_287_275"></a><a href="#Note_287_275" class="fnanchor">[287]</a> sont des exemples de la verve unie à la
-puissance, aussi bien que dans les fresques les plus célèbres: ils
-montrent seulement une autre face delà peinture. Le perfectionnement
-des moyens matériels, en perdant peut-être du côté de la simplicité de
-l'impression, découvre des sources d'effets de variété et de richesse,
-etc...</p>
-
-<p>Ces changements sont ceux qu'amènent nécessairement le temps et des
-inventions nouvelles: il est puéril de vouloir remonter le courant
-des âges et d'aller chercher dans des maîtres primitifs. Ils semblent
-croire que l'indigence du moyen est sobriété magistrale, etc...</p>
-
-<p>La fresque dans nos climats est sujette à plus d'accidents. Encore dans
-le Midi est-il bien difficile de la maintenir. Elle pâlit, elle se
-détache du mur.</p>
-
-<p>La plupart des livres sur les arts sont faits par des gens qui ne sont
-pas artistes<a name="NoteRef_288_276" id="NoteRef_288_276"></a><a href="#Note_288_276" class="fnanchor">[288]</a>: de là tant de fausses notions et de jugements portés
-au hasard du caprice et de la prévention. Je crois fermement que tout
-homme qui a reçu une éducation libérale peut parler pertinemment d'un
-livre, mais non pas d'un ouvrage de peinture ou de sculpture.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p><i>Dimanche</i> 11 <i>janvier.</i>&mdash;Essais d'un Dictionnaire<span class="pagenum"><a name="Page_199" id="Page_199">[p. 199]</a></span> des Beaux-Arts.
-Extrait d'un Dictionnaire philosophique des Beaux-Arts<a name="NoteRef_289_277" id="NoteRef_289_277"></a><a href="#Note_289_277" class="fnanchor">[289]</a>.</p>
-
-<p><i>Fresque</i><a name="NoteRef_290_278" id="NoteRef_290_278"></a><a href="#Note_290_278" class="fnanchor">[290]</a>. On fait un grand mérite aux maîtres qui ont excellé
-dans la fresque de la hardiesse qui leur a fait exécuter au premier
-coup; mais presque toutes sont retouchées à la détrempe.</p>
-
-<p><i>Faire</i> (le <i>faire</i>).</p>
-
-<p><i>Français.</i> Le style français dans la mauvaise acception. Voir mes
-notes du 23 mars 1855<a name="NoteRef_291_279" id="NoteRef_291_279"></a><a href="#Note_291_279" class="fnanchor">[291]</a>.</p>
-
-<p><i>Sculpture française.</i> Exécution. Voir mes notes du 6 octobre 1849 et
-du 25 septembre 1855<a name="NoteRef_292_280" id="NoteRef_292_280"></a><a href="#Note_292_280" class="fnanchor">[292]</a>.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_200" id="Page_200">[p. 200]</a></span></p>
-
-<p><i>Modèle.</i> Le modèle qui pose. Emploi du modèle<a name="NoteRef_293_281" id="NoteRef_293_281"></a><a href="#Note_293_281" class="fnanchor">[293]</a>.</p>
-
-<p><i>Effet.</i> Clair-obscur.</p>
-
-<p><i>Composition.</i></p>
-
-<p><i>Accessoires</i><a name="NoteRef_294_282" id="NoteRef_294_282"></a><a href="#Note_294_282" class="fnanchor">[294]</a>. Détails, Draperies, Palette.</p>
-
-<p><i>Peinture à l'huile.</i></p>
-
-<p><i>Grâce, Contour.</i> Doit venir le dernier, au contraire de la coutume. Il
-n'y a qu'un homme très exercé qui puisse le faire juste.</p>
-
-<p><i>Pinceau.</i> Beau pinceau. Reynolds disait qu'un peintre devait dessiner
-avec le pinceau.</p>
-
-<p><i>Couleurs.</i> Coloris; son importance. Voir mes notes du 3 janvier
-1852<a name="NoteRef_295_283" id="NoteRef_295_283"></a><a href="#Note_295_283" class="fnanchor">[295]</a>.</p>
-
-<p><i>Couleurs</i> (matérielles) employées dans la peinture.</p>
-
-<p><i>Dessin</i>, par les milieux ou par le contour.</p>
-
-<p><i>Beau.</i> Définition de Poussin et de Voltaire. Voir mes notes du
-1<sup>er</sup> octobre 1855<a name="NoteRef_296_284" id="NoteRef_296_284"></a><a href="#Note_296_284" class="fnanchor">[296]</a>. Voir ce que dit Voltaire de
-Pascal<a name="NoteRef_297_285" id="NoteRef_297_285"></a><a href="#Note_297_285" class="fnanchor">[297]</a>.</p>
-
-<p><i>Simplicité.</i> Exemple de simplicité, dernier terme de l'art, l'Antique,
-etc.</p>
-
-<p><i>Antique.</i> Parthénon (marbres du Parthénon); Phidias;<span class="pagenum"><a name="Page_201" id="Page_201">[p. 201]</a></span> engouement
-moderne pour ce style, au détriment des autres époques.</p>
-
-<p><i>Académies.</i> Ce qu'en dit Voltaire: quelles n'ont point fait les grands
-hommes.</p>
-
-<p><i>Ombres.</i> Il n'y a pas d'ombres proprement dites: il n'y a que des
-reflets. Importance de la délimitation des ombres. Sont toujours trop
-fortes. Voir mes notes du 10 juin 1847<a name="NoteRef_298_286" id="NoteRef_298_286"></a><a href="#Note_298_286" class="fnanchor">[298]</a>. Plus le sujet est jeune,
-plus les ombres sont légères.</p>
-
-<p><i>Demi-teintes.</i> La détrempe les donne plus facilement.</p>
-
-<p><i>Localité.</i> (Importance de la localité.)</p>
-
-<p><i>Perspective</i> ou <i>dessin.</i></p>
-
-<p><i>Sculpture.</i> Sculpture moderne, sculpture française. Sa difficulté
-après les anciens.</p>
-
-<p><i>Manière</i><a name="NoteRef_299_287" id="NoteRef_299_287"></a><a href="#Note_299_287" class="fnanchor">[299]</a>.</p>
-
-<p><i>Maître.</i> Celui qui enseigne.</p>
-
-<p><i>Maître.</i> Qui a la maestria.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_202" id="Page_202">[p. 202]</a></span></p>
-
-<p><i>Goût.</i> S'applique à tous les arts.</p>
-
-<p><i>Flamands, Hollandais.</i></p>
-
-<p><i>Albert Dürer, Titien, Raphaël</i>, etc.</p>
-
-<p><i>Panneaux.</i> Peinture sur panneaux.</p>
-
-<p><i>École de David.</i></p>
-
-<p><i>Écoles italienne, flamande, allemande, espagnole, française</i>; leur
-comparaison.</p>
-
-<p><i>Expression.</i></p>
-
-<p><i>Cartons.</i> Études préparatoires pour l'exécution.</p>
-
-<p><i>Esquisses.</i></p>
-
-<p><i>Copie.</i></p>
-
-<p><i>Méthode.</i> Y en a-t-il pour dessiner, peindre, etc.?</p>
-
-<p><i>Tradition.</i> À suivre jusqu'à David.</p>
-
-<p><i>Maîtres.</i> Respect exagéré pour ceux à qui on donne ce nom. Voir mes
-notes du 30 octobre 1845, à Strasbourg<a name="NoteRef_300_288" id="NoteRef_300_288"></a><a href="#Note_300_288" class="fnanchor">[300]</a>.</p>
-
-<p><i>Élèves.</i> Différence des mœurs anciennes et modernes dans les élèves.</p>
-
-<p><i>Technique.</i> Se démontre la palette à la main. Le peu de lumières qu'on
-trouve dans les livres à ce sujet.</p>
-
-<p>Adoration du <i>faux technique</i> dans les mauvaises écoles. Importance du
-<i>véritable</i> pour la perfection des ouvrages. C'est dans les plus grands
-maîtres qu'il est le plus parfait du monde: Rubens, Titien, Véronèse,
-les Hollandais; leur soin particulier; couleurs broyées, préparations,
-dessiccation des différentes couches. (Voir <i>Panneaux.</i>) Cette
-tradition tout à<span class="pagenum"><a name="Page_203" id="Page_203">[p. 203]</a></span> fait perdue chez les modernes. Mauvais produits,
-négligence dans les préparations, toiles, pinceaux, huiles détestables.
-Citer des passages d'Oudry.</p>
-
-<p>David a introduit cette négligence en affectant de mépriser les moyens
-matériels.</p>
-
-<p><i>Vernis.</i> Leurs funestes effets; leur emploi dans les anciennes
-peintures très judicieux.</p>
-
-<p>Il faudrait que les vernis fussent une espèce de cuirasse pour le
-tableau, en même temps qu'un moyen de le faire ressortir.</p>
-
-<p><i>Boucher</i> et <i>Vanloo.</i> Leur école: la manière et l'abandon de toute
-recherche et de tout naturel. Procédés d'exécution remarquables. Restes
-de la tradition.</p>
-
-<p><i>Watteau.</i> Très méprisé sous David et remis en honneur. Exécution
-admirable. Sa fantaisie ne tient pas en opposition aux Flamands. Il
-n'est plus que théâtral à côté des Van Ostade, des Van de Velde, etc.
-Il a la liaison du tableau.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>13 <i>janvier.</i>&mdash;J'écris à Dutilleux à propos de mon <i>élection...</i><a name="NoteRef_301_289" id="NoteRef_301_289"></a><a href="#Note_301_289" class="fnanchor">[301]</a>.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_204" id="Page_204">[p. 204]</a></span></p>
-
-<p>Mme Barbier m'envoie ces vers de Dagnan<a name="NoteRef_302_290" id="NoteRef_302_290"></a><a href="#Note_302_290" class="fnanchor">[302]</a> sur mon entrée à
-l'Académie;</p>
-
-<p>
-<span style="margin-left: 2.5em;">En nommant Delacroix membre de l'Institut,</span><br />
-<span style="margin-left: 2.5em;">L'Académie enfin a payé son tribut</span><br />
-<span style="margin-left: 2.5em;">Au brillant chef d'école, au maître de génie</span><br />
-<span style="margin-left: 5em;">Que longtemps elle méconnut,</span><br />
-<span style="margin-left: 2.5em;">Bien qu'Apelle et Zeuxis l'eussent dès son début</span><br />
-<span style="margin-left: 5em;">Fait entrer dans leur compagnie,</span><br />
-<span style="margin-left: 5em;">Dont le goût, l'esprit et le but</span><br />
-<span style="margin-left: 5em;">Sont du grec pour l'Académie.</span><br />
-</p>
-
-<p>&mdash;Les longueurs d'un livre<a name="NoteRef_303_291" id="NoteRef_303_291"></a><a href="#Note_303_291" class="fnanchor">[303]</a> sont un défaut capital. Walter Scott,
-tous les modernes, etc. Que diriez-vous d'un tableau qui aurait plus de
-champ et plus de personnages qu'il n'en faut?</p>
-
-<p>Voltaire dit dans la préface du <i>Temple du goût</i>: «Je trouve tous les
-livres trop longs.»</p>
-
-<p class="smcap">&mdash;Essai du Dictionnaire des Beaux-Arts:</p>
-
-<p><i>Daguerréotype.</i></p>
-
-<p><i>Photographie.</i></p>
-
-<p><i>Illusion, trompe-l'œil.</i> Ce terme, qui ne s'applique ordinairement
-qu'à la peinture, pourrait s'appliquer également à certaine
-littérature.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_205" id="Page_205">[p. 205]</a></span></p>
-
-<p><i>Raccourcis.</i> Il y en a toujours, même dans une figure toute droite,
-les bras pendants. L'art des raccourcis ou de la perspective et le
-dessin sont tout un. Des écoles les ont évités, croyant vraiment n'en
-pas présenter parce qu'ils n'en avaient pas de violents. Dans une tête
-de profil, l'œil, le front, etc., sont en raccourci; ainsi du reste.</p>
-
-<p><i>Cadre, bordure.</i> Ils peuvent influer en bien ou en niai sur l'effet
-du tableau. L'or prodigué de nos jours.&mdash;Leur forme par rapport au
-caractère du tableau.</p>
-
-<p><i>Lumière, point lumineux</i> ou <i>luisant.</i> Pourquoi le ton vrai de l'objet
-se trouve-t-il toujours à côté du point lumineux? C'est que ce point ne
-se prononce que sur les parties frappées en plein par le jour, qui ne
-fuient point sous le jour. Dans une partie arrondie, il n'en est pas
-ainsi; tout fuit sous le jour.</p>
-
-<p><i>Vague</i> (le). Il y a quelque chose d'Obermann sur le vague dans mes
-petits livres bleus.&mdash;L'église Saint-Jacques à Dieppe, le soir.&mdash;La
-peinture est plus vague<a name="NoteRef_304_292" id="NoteRef_304_292"></a><a href="#Note_304_292" class="fnanchor">[304]</a> que la poésie, malgré sa forme arrêtée
-pour nos yeux. C'est un de ses plus grands charmes.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_206" id="Page_206">[p. 206]</a></span></p>
-
-<p><i>Liaison.</i> Cet air, ces reflets qui forment un <i>tout</i> des objets les
-plus disparates de couleur.</p>
-
-<p><i>Ébauche.</i> Sur la carrière quelle laisse à l'imagination.&mdash;Les édifices
-ébauchés, etc. Voir mes notes du 23 mai 1855<a name="NoteRef_305_293" id="NoteRef_305_293"></a><a href="#Note_305_293" class="fnanchor">[305]</a>.&mdash;David est tout
-matériel par un autre côté. Son respect pour le modèle et le mannequin,
-etc.&mdash;Se retrouve toujours chez les Vanloo.</p>
-
-<p><i>Décoration</i> théâtrale.</p>
-
-<p><i>Décoration</i> des monuments. Voir mes notes du 10 juillet 1847<a name="NoteRef_306_294" id="NoteRef_306_294"></a><a href="#Note_306_294" class="fnanchor">[306]</a>.</p>
-
-<p><i>Inspiration.</i></p>
-
-<p><i>Talent.</i> Le talent ou génie: on peut avoir du talent sans génie. À
-propos du talent, voir ce que j'en dis dans un des petits livres bleus.
-Voir aussi sur le petit monde que l'homme porte en lui. Voir mes notes
-du 11 septembre 1855<a name="NoteRef_307_295" id="NoteRef_307_295"></a><a href="#Note_307_295" class="fnanchor">[307]</a>.</p>
-
-<p><i>Reflets.</i> Tout reflet participe du vert; tout bord de l'ombre, du
-violet.</p>
-
-<p><i>Critique</i><a name="NoteRef_308_296" id="NoteRef_308_296"></a><a href="#Note_308_296" class="fnanchor">[308]</a>. De l'insuffisance de la plupart des critiques. De
-son peu d'utilité. La critique suit les productions de l'esprit comme
-l'ombre suit le corps.&mdash;Il<span class="pagenum"><a name="Page_207" id="Page_207">[p. 207]</a></span> faut lire dans l'<i>Encyclopédie</i> les
-articles en rapport avec ceux-ci.</p>
-
-<p><i>Proportion.</i> Le Parthénon parfait; la Madeleine mauvaise. Grétry
-disait qu'on s'appropriait un air en lui donnant un mouvement plus
-convenable à la situation; de même on change le caractère d'un
-monument, etc. Une proportion trop parfaite nuit à l'impression du
-Sublime. Voir mes notes du 9 mai 1853<a name="NoteRef_309_297" id="NoteRef_309_297"></a><a href="#Note_309_297" class="fnanchor">[309]</a>.</p>
-
-<p><i>Architecte.</i> Voir mes notes du 14 juin 1850<a name="NoteRef_310_298" id="NoteRef_310_298"></a><a href="#Note_310_298" class="fnanchor">[310]</a>.</p>
-
-<p><i>Fonds</i><a name="NoteRef_311_299" id="NoteRef_311_299"></a><a href="#Note_311_299" class="fnanchor">[311]</a>. L'art de faire les fonds.</p>
-
-<p><i>Art théâtral.</i> Voir mes notes du 25 mars 1855 sur Shakespeare<a name="NoteRef_312_300" id="NoteRef_312_300"></a><a href="#Note_312_300" class="fnanchor">[312]</a>.</p>
-
-<p><i>Ciels.</i></p>
-
-<p><i>Air.</i> Perspective aérienne, air ambiant.</p>
-
-<p><i>Costume.</i> Exactitude du costume.</p>
-
-<p><i>Style.</i> Sur l'art d'écrire. Les grands hommes écrivent bien. Voir mes
-notes du 1<sup>er</sup> mai et du 24 mai 1853<a name="NoteRef_313_301" id="NoteRef_313_301"></a><a href="#Note_313_301" class="fnanchor">[313]</a>.</p>
-
-<p><i>Idéal.</i></p>
-
-<p><i>Préface</i> d'un petit <i>Dictionnaire des Beaux-Arts.</i> Voir mes notes du
-31 octobre 1852<a name="NoteRef_314_302" id="NoteRef_314_302"></a><a href="#Note_314_302" class="fnanchor">[314]</a>. Chaque homme de talent ne peut embrasser l'art
-entier; il ne peut<span class="pagenum"><a name="Page_208" id="Page_208">[p. 208]</a></span> que noter ce qu'il sait. Rien de trop absolu; le
-mot du Poussin sur Raphaël.</p>
-
-<p><i>Ébauche.</i> La meilleure est celle qui tranquillise le plus le peintre
-sur l'issue du tableau.</p>
-
-<p><i>Distance.</i> Pour éloigner les objets, on les fait ordinairement plus
-gris: c'est la touche. Teintes plates aussi.</p>
-
-<p><i>Paysage.</i></p>
-
-<p><i>Cheval, animaux.</i> Il n'y faut pas apporter la perfection de dessin des
-naturalistes, surtout dans la grande peinture et la grande sculpture.
-Géricault trop savant; Rubens et Gros supérieurs; Barye mesquin dans
-ses lions. L'Antique est le modèle en cela comme dans le reste.</p>
-
-<p><i>Luisant.</i> (Renvoi.) Plus un objet est poli ou luisant, moins on en
-voit la couleur propre: en effet, il devient un miroir qui réfléchit
-les couleurs environnantes<a name="NoteRef_315_303" id="NoteRef_315_303"></a><a href="#Note_315_303" class="fnanchor">[315]</a>.</p>
-
-<p><i>Natures jeunes.</i> J'ai dit quelque part qu'elles avaient des ombres
-plus claires. Je retrouve dans mes notes du 9 octobre 1852<a name="NoteRef_316_304" id="NoteRef_316_304"></a><a href="#Note_316_304" class="fnanchor">[316]</a> ce que
-je disais à Andrieu qui peignait la <i>Vénus</i> de l'Hôtel de ville. Elles
-ont quelque chose de tremblé, de vague qui ressemble à la vapeur qui
-s'élève de terre dans un beau jour d'été. Rubens, dont la manière est
-très formelle, vieillit ses femmes et ses enfants.</p>
-
-<p><i>Gris</i> et <i>couleurs terreuses.</i> L'ennemi de toute peinture est le gris.
-La peinture paraîtra presque toujours<span class="pagenum"><a name="Page_209" id="Page_209">[p. 209]</a></span> plus grise qu'elle n'est par sa
-position oblique sous le jour: bannir toutes les couleurs terreuses.
-Voir mes notes du 15 septembre 1852 sur un feuillet détaché<a name="NoteRef_317_305" id="NoteRef_317_305"></a><a href="#Note_317_305" class="fnanchor">[317]</a>.</p>
-
-<p><i>Proportions.</i> Dans les arts, tels que la littérature ou la musique,
-il est essentiel d'établir une grande proportion dans les parties qui
-composent l'ouvrage. Les morceaux de Beethoven trop longs; il fatigue
-en occupant trop longtemps de la même idée. Voir mes notes du 10 mars
-1849<a name="NoteRef_318_306" id="NoteRef_318_306"></a><a href="#Note_318_306" class="fnanchor">[318]</a>.</p>
-
-<p><i>Albert Dürer.</i> Le vrai peintre est celui qui connaît toute la
-nature<a name="NoteRef_319_307" id="NoteRef_319_307"></a><a href="#Note_319_307" class="fnanchor">[319]</a>. Les figures humaines, les animaux, le paysage traités avec
-la même perfection. Voir mes notes du 10 mars 1849<a name="NoteRef_320_308" id="NoteRef_320_308"></a><a href="#Note_320_308" class="fnanchor">[320]</a>. Rubens est de
-cette famille.</p>
-
-<p><i>Accessoires.</i> Voir mes notes du 10 octobre 1855<a name="NoteRef_321_309" id="NoteRef_321_309"></a><a href="#Note_321_309" class="fnanchor">[321]</a>. Si vous traitez
-négligemment les accessoires, vous me rappelez un métier à l'impatience
-de la main, etc.</p>
-
-<p><i>Art dramatique.</i> L'exemple de Shakespeare nous fait croire à tort
-que le comique et le tragique peuvent<span class="pagenum"><a name="Page_210" id="Page_210">[p. 210]</a></span> se mêler dans un ouvrage.
-Shakespeare a un art à lui. Voir mes notes du 25 mars 1855<a name="NoteRef_322_310" id="NoteRef_322_310"></a><a href="#Note_322_310" class="fnanchor">[322]</a>.</p>
-
-<p>Dans beaucoup de romans modernes français, le comique mêlé au tragique
-de certaines parties est insupportable. (<i>Mêmes notes.</i>)</p>
-
-<p>Ce que dit lord Byron de Shakespeare, qu'il n'y a qu'un goût allemand
-ou anglais qui puisse s'y plaire. Voir mes notes du 13 juillet
-1850<a name="NoteRef_323_311" id="NoteRef_323_311"></a><a href="#Note_323_311" class="fnanchor">[323]</a>.&mdash;Ce qu'il a dit encore de Shakespeare. Voir mes notes du 19
-juin 1850<a name="NoteRef_324_312" id="NoteRef_324_312"></a><a href="#Note_324_312" class="fnanchor">[324]</a>.</p>
-
-<p><i>Liaison.</i> Art de lier les parties de tableaux par l'effet, la couleur,
-la ligne, les reflets, etc.</p>
-
-<p><i>Lignes.</i> Lignes de la composition. Les <i>lier</i>, les <i>contraster</i>,
-éviter l'apprêt cependant.</p>
-
-<p><i>Fini</i> (le). En quoi consiste celui d'un tableau.</p>
-
-<p><i>Touche.</i> Beaucoup de maîtres ont évité de la faire sentir, pensant
-sans doute se rapprocher de la nature, qui effectivement n'en présente
-pas. La touche est un moyen comme un autre de contribuer à rendre la
-pensée dans la peinture. Sans doute une peinture peut être très belle
-sans montrer la touche, mais il est puéril de penser qu'on se rapproche
-de l'effet de la nature en ceci: autant vaudrait-il faire sur son
-tableau de véritables reliefs colorés, sous prétexte que les corps sont
-saillants!</p>
-
-<p>Il y a dans tous les arts des moyens d'exécution<span class="pagenum"><a name="Page_211" id="Page_211">[p. 211]</a></span> adoptés et convenus,
-et on n'est qu'un connaisseur imparfait quand on ne sait pas lire dans
-ces indications de la pensée; la preuve, c'est que le vulgaire préfère,
-à tous les autres, les tableaux les plus lisses et les moins touchés,
-et les préfère à cause de cela. Tout dépend au reste, dans l'ouvrage
-d'un véritable maître, de la distance commandée pour regarder son
-tableau. À une certaine distance la touche se fond dans l'ensemble,
-mais elle donne à la peinture un accent que le fondu des teintes ne
-peut produire. En regardant, par contre, de très près l'ouvrage le plus
-fini, on découvrira encore des traces de touches et d'accents, etc...
-Il résulterait de là qu'une esquisse bien touchée ne peut faire autant
-de plaisir qu'un tableau bien fini, je devrais dire non touché, car il
-est bon nombre de tableaux dont la touche est complètement absente,
-mais qui sont loin d'être finis. (Voyez le mot <i>Fini.</i>)</p>
-
-<p>La touche, employée comme il convient, sert à prononcer plus
-convenablement les différents plans des objets. Fortement accusée,
-elle les fait venir en avant; le contraire les recule. Dans les petits
-tableaux même, la touche ne déplaît point. On peut préférer un Téniers
-à un Mieris ou à un Van der Meer.</p>
-
-<p>Que dira-t-on des maîtres qui prononcent sèchement les contours tout
-en s'abstenant de la touche? Il n'y a pas plus de contours qu'il n'y
-a de touches dans la nature. Il faut toujours en revenir à des moyens
-convenus dans chaque art, qui sont le langage de cet<span class="pagenum"><a name="Page_212" id="Page_212">[p. 212]</a></span> art. Qu'est-ce
-qu'un dessin au blanc et au noir, si ce n'est une convention à laquelle
-le spectateur est habitué et qui n'empêche pas son imagination de voir
-dans cette traduction de la nature un équivalent complet?</p>
-
-<p>Il en est de même de la <i>gravure.</i> Il ne faut pas un œil bien
-clairvoyant pour apercevoir cette multitude de tailles dont le
-croisement amène l'effet que le graveur veut produire. Ce sont des
-touches plus ou moins ingénieuses dans leur disposition qui, tantôt
-espacées pour laisser jouer le papier et donner plus de transparence
-au travail, tantôt rapprochées les unes des autres pour assourdir la
-teinte et lui donner l'apparence de la continuité, rendent par des
-moyens de convention, mais que le sentiment a découverts et consacrés
-et sans employer la magie de la couleur, non pas pour le sens purement
-physique de la vue, mais pour les yeux de l'esprit ou de l'âme, toutes
-les richesses de la nature: la peau éclatante de fraîcheur de la jeune
-fille, les rides du vieillard, le moelleux des étoffes, la transparence
-des eaux, le lointain des ciels et des montagnes.</p>
-
-<p>Si l'on se prévaut de l'absence de touche de certains tableaux de
-grands maîtres, il ne faut pas oublier que le temps amortit la touche.
-Beaucoup de ces peintres qui évitent la touche avec le plus grand
-soin, sous prétexte qu'elle n'est pas dans la nature, exagèrent le
-contour, qui ne s'y trouve pas davantage. Ils pensent ainsi introduire
-une précision qui n'est réelle que pour les sens peu exercés des<span class="pagenum"><a name="Page_213" id="Page_213">[p. 213]</a></span>
-demi-connaisseurs. Ils se dispensent même d'exprimer convenablement les
-reliefs, grâce à ce moyen grossier ennemi de toute illusion; car ce
-contour prononcé également et outre mesure annule la saillie en faisant
-venir en avant les parties qui dans tout objet sont toujours les pins
-éloignées de l'œil, c'est-à-dire les contours. (Voyez <i>Contour</i> ou
-<i>Raccourcis.</i>)</p>
-
-<p>L'admiration exagérée des vieilles fresques a contribué à entretenir
-chez beaucoup d'artistes cette propension à outrer les contours. Dans
-ce genre de peinture, la nécessité où est le peintre de tracer avec
-certitude ses contours (voyez <i>Fresque</i>) est une nécessité commandée
-par l'exécution matérielle; d'ailleurs, dans ce genre comme dans la
-peinture sur verre, où les moyens sont plus conventionnels que ceux de
-la peinture à l'huile, il faut peindre à grands traits; le peintre ne
-cherche pas tant à séduire par l'effet de la couleur que par la grande
-disposition des lignes et leur accord avec celles de l'architecture.</p>
-
-<p>La <i>sculpture</i> a sa convention comme la <i>peinture</i> et la <i>gravure.</i> On
-n'est point choqué de la froideur qui semblerait devoir résulter de la
-couleur uniforme des matières qu'elle emploie, que ce soit le marbre,
-le bois, la pierre, l'ivoire, etc. Le défaut de coloration des yeux,
-des cheveux, n'est pas un obstacle au genre d'expression que comporte
-cet art. L'isolement des figures de ronde bosse, sans rapport avec un
-fond quelconque, la convention bien autrement forte des bas-reliefs n'y
-nuisent pas davantage.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_214" id="Page_214">[p. 214]</a></span></p>
-
-<p>La sculpture elle-même comporte la touche; l'exagération de certains
-creux ou leur disposition ajoute à l'effet, comme, par exemple, ces
-trous percés au vilebrequin dans certaines parties des cheveux ou des
-accessoires qui, au lieu d'une ligne creusée d'une manière continue,
-adoucissent à distance ce qu'elle avait de trop dur et ajoutent à la
-souplesse, donnent l'idée de la légèreté, surtout dans les cheveux,
-dont les ondulations ne se suivent pas d'une manière trop formelle.</p>
-
-<p>Dans la manière dont les ornements sont touchés dans l'architecture,
-on retrouve ce degré de légèreté et d'illusion que peut produire la
-touche. Dans la manière des modernes, ces ornements sont creusés
-uniformément, de façon que, vus de près, ils soient d'une correction
-irréprochable: à la distance nécessaire, ce n'est plus que froideur et
-même absence complète d'effet. Dans l'Antique, au contraire, on est
-étonné de la hardiesse et en même temps de l'à-propos de ces artifices
-savants, de ces touches véritables qui outrent la forme dans le sens
-de l'effet ou adoucissent la crudité de certains contours pour lier
-ensemble les différentes parties.</p>
-
-<p><i>Écoles.</i> Ce qu'elles se proposent avant tout: imitation d'un certain
-technique régnant. Voir mes notes du 25 novembre 1855<a name="NoteRef_325_313" id="NoteRef_325_313"></a><a href="#Note_325_313" class="fnanchor">[325]</a>.</p>
-
-<p><i>Décadence</i><a name="NoteRef_326_314" id="NoteRef_326_314"></a><a href="#Note_326_314" class="fnanchor">[326]</a>. Les arts, depuis le seizième siècle,<span class="pagenum"><a name="Page_215" id="Page_215">[p. 215]</a></span> point de la
-perfection, ne sont qu'une perpétuelle décadence. Le changement opéré
-dans les esprits et les mœurs en est plus cause que la rareté
-des grands artistes; car le dix-septième, ni le dix-huitième, ni le
-dix-neuvième siècle n'en ont pas manqué. L'absence de goût général,
-la richesse arrivant graduellement aux classes moyennes, l'autorité
-de plus en plus impérieuse d'une stérile critique dont le propre
-est d'encourager la médiocrité et de décourager les grands talents,
-la pente des esprits dirigée vers les sciences utiles, les lumières
-croissantes qui effarouchent les choses de l'imagination, toutes ces
-causes réunies condamnent fatalement les arts à être de plus en plus
-soumis au caprice de la mode et à perdre toute élévation.</p>
-
-<p>Il n'y a dans toute civilisation qu'un point précis où il soit donné
-à l'intelligence humaine de montrer toute sa force: il semble que
-pendant ces moments rapides, comparables à un éclair au milieu d'un
-ciel obscur, il n'y ait presque point d'intervalle entre l'aurore de
-cette brillante lumière et le dernier terme de sa splendeur. La nuit
-qui lui succède est plus ou moins profonde, mais le retour à la lumière
-est impossible. Il faudrait une renaissance des mœurs pour en avoir
-une dans les arts: ce point se trouve placé entre deux barbaries, l'une
-dont la cause est l'ignorance, l'autre plus irrémédiable encore, qui
-vient de l'excès et de l'abus des connaissances. Le talent s'agite
-inutilement contre les obstacles que<span class="pagenum"><a name="Page_216" id="Page_216">[p. 216]</a></span> lui oppose l'indifférence
-générale. Voir mes notes du 25 septembre 1855<a name="NoteRef_327_315" id="NoteRef_327_315"></a><a href="#Note_327_315" class="fnanchor">[327]</a>. Ma promenade à
-l'église de Baden sur la décroissance de l'art. Voir aussi ce que je
-dis du tombeau du maréchal de Saxe.</p>
-
-<p><i>École anglaise.</i> Sur Reynolds, Lawrence. Voir ce que j'ai dit au 31
-août 1855<a name="NoteRef_328_316" id="NoteRef_328_316"></a><a href="#Note_328_316" class="fnanchor">[328]</a>.</p>
-
-<p><i>École anglaise</i> à l'Exposition de 1855. Voir mes notes du 17 juin
-1855<a name="NoteRef_329_317" id="NoteRef_329_317"></a><a href="#Note_329_317" class="fnanchor">[329]</a>.</p>
-
-<p><i>Exagération.</i> Toute exagération doit être dans le sens de la nature et
-de l'idée. Voir même note, 31 août 1855<a name="NoteRef_330_318" id="NoteRef_330_318"></a><a href="#Note_330_318" class="fnanchor">[330]</a>.</p>
-
-<p><i>Licences.</i></p>
-
-<p><i>Mer, marines.</i> Voir ce que je dis (1855) à Dieppe, sur la manière de
-peindre les vaisseaux<a name="NoteRef_331_319" id="NoteRef_331_319"></a><a href="#Note_331_319" class="fnanchor">[331]</a>. Les peintres de marine ne représentent
-pas bien la mer en général. On peut leur appliquer le même reproche
-qu'aux peintres de paysages. Ils veulent montrer trop de science, ils
-font des portraits de vagues, comme les paysagistes font des portraits
-d'arbres, de terrains, de montagnes, etc. Ils ne s'occupent pas assez
-de l'effet pour l'imagination, que la multiplicité des détails trop
-circonstanciés, même quand ils sont vrais, détourne du spectacle
-principal qu'est l'immensité ou la profondeur dont un certain art peut
-donner l'idée.</p>
-
-<p><i>Intérêt.</i> Art de le porter sur les points nécessaires.<span class="pagenum"><a name="Page_217" id="Page_217">[p. 217]</a></span> Il ne faut pas
-tout montrer. Il semble que ce soit difficile en peinture, où l'esprit
-ne peut supposer que ce que les yeux aperçoivent. Le poète sacrifie
-sans peine ou passe sous silence ce qui est secondaire. L'art du
-peintre est de ne porter l'attention que sur ce qui est nécessaire.</p>
-
-<p><i>Sacrifices.</i> Ce qu'il faut sacrifier. Grand art que ne connaissent pas
-les novices; ils veulent tout montrer.</p>
-
-<p><i>Classique.</i> À quels ouvrages est-il plus naturel d'appliquer ce nom?
-C'est évidemment à ceux qui semblent destinés à servir de modèles, de
-règles dans toutes leurs parties. J'appellerais volontiers <i>classiques</i>
-tous les ouvrages réguliers, ceux qui satisfont l'esprit, non seulement
-par une peinture exacte, ou grandiose ou piquante, des sentiments et
-des choses, mais encore par l'unité, l'ordonnance logique, en un mot
-par toutes ces qualités qui augmentent l'impression en amenant la
-simplicité.</p>
-
-<p>Shakespeare, à ce compte, ne serait pas classique, c'est-à-dire
-propre à être imité dans ses procédés, dans son système. Ses parties
-admirables ne peuvent sauver et rendre acceptables ses longueurs, ses
-jeux de mots continuels, ses descriptions hors de propos. Son art,
-d'ailleurs, est complètement à lui.</p>
-
-<p>Racine était un romantique<a name="NoteRef_332_320" id="NoteRef_332_320"></a><a href="#Note_332_320" class="fnanchor">[332]</a> pour les gens de<span class="pagenum"><a name="Page_218" id="Page_218">[p. 218]</a></span> son temps. Pour
-tous les temps il est classique, c'est-à-dire parfait. Le respect de
-la tradition n'est que l'observation des lois du goût sans lesquelles
-aucune tradition ne serait durable.</p>
-
-<p>L'École de David s'est qualifiée à tort d'école classique par
-excellence, bien qu'elle se soit fondée sur l'imitation de l'antique.
-C'est précisément cette imitation, souvent peu intelligente et
-exclusive, qui ôte à cette école le principal <i>caractère</i> des écoles
-classiques, qui est la durée. Au lieu de pénétrer l'esprit de l'antique
-et de joindre cette étude à celle de la nature, on voit qu'il a été
-l'écho d'une époque où on avait la fantaisie de l'antique.</p>
-
-<p>Quoique ce mot de classique implique des beautés d'un ordre très élevé,
-on peut dire aussi qu'il y a une foule de très beaux ouvrages auxquels
-cette désignation ne peut s'appliquer. Beaucoup de gens ne séparent pas
-l'idée de froideur de celle de classique.</p>
-
-<p>Il est vrai qu'un bon nombre d'artistes se figurent qu'ils sont
-classiques parce qu'ils sont froids. Par une raison analogue, il y en a
-qui se croient de la chaleur parce qu'on les appelle des romantiques.
-La vraie chaleur est celle qui consiste à émouvoir le spectateur.</p>
-
-<p><i>Sujet.</i> Importance des sujets. Sujets de la fable<span class="pagenum"><a name="Page_219" id="Page_219">[p. 219]</a></span> toujours neufs;
-sujets modernes difficiles à traiter avec l'absence du nu et la
-pauvreté des costumes. L'originalité du peintre donne de la nouveauté
-aux sujets. La peinture n'a pas toujours besoin d'un sujet. La peinture
-des bras et des jambes de Géricault.</p>
-
-<p><i>Science.</i> De la nécessité pour l'artiste d'être savant. Comment cette
-science peut s'acquérir indépendamment de la pratique ordinaire.</p>
-
-<p>On parle beaucoup de la nécessité pour un peintre d'être
-universel<a name="NoteRef_333_321" id="NoteRef_333_321"></a><a href="#Note_333_321" class="fnanchor">[333]</a>. On nous dit qu'il faut qu'il connaisse l'histoire, les
-poètes, la géographie même: tout cela n'est rien moins qu'inutile, mais
-ne lui est pas plus indispensable qu'à tout homme qui veut orner son
-esprit. Il a bien assez à faire d'être savant dans son art, et cette
-science, quelque habile ou zélé qu'il soit, il ne la possède jamais
-complètement. La justesse de l'œil, la sûreté de la main, l'art de
-conduire le tableau depuis l'ébauche jusqu'au complément de l'œuvre,
-tant d'autres parties toutes de la première importance, demandent une
-application de tous les moments et l'exercice de la vie entière. Il
-est peu d'artistes, et je parle de ceux qui méritent véritablement ce
-nom, qui ne s'aperçoivent, au milieu ou au déclin de leur carrière,
-que le temps leur manque pour apprendre ce qu'ils ignorent, ou pour
-recommencer une instruction fausse ou incomplète.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_220" id="Page_220">[p. 220]</a></span></p>
-
-<p>Rubens, âgé de plus de cinquante ans, dans la mission dont il fut
-chargé auprès du roi d'Espagne, employait le temps qu'il ne donnait pas
-aux affaires à copier à Madrid les superbes originaux italiens qu'on y
-voit encore. Il avait dans sa jeunesse copié énormément. Cet exercice
-des copies, entièrement négligé par les écoles modernes, était la
-source d'un immense savoir. (Voir <i>Albert Dürer.</i>)</p>
-
-<p><i>Chair.</i> Sa prédominance chez les coloristes est d'autant plus
-nécessaire dans les sujets modernes présentant peu de nu.</p>
-
-<p><i>Copies, copier</i><a name="NoteRef_334_322" id="NoteRef_334_322"></a><a href="#Note_334_322" class="fnanchor">[334]</a>. Ç'a été l'éducation de presque tous les grands
-maîtres. On apprenait d'abord la manière de son maître, comme un
-apprenti s'instruit de la manière de faire un couteau sans chercher à
-montrer son originalité. On copiait ensuite tout ce qui tombait sous la
-main d'œuvres d'artistes contemporains ou antérieurs. La peinture
-a commencé par être un simple métier. On était imagier comme on était
-vitrier ou menuisier. Les peintres peignaient les boucliers,<span class="pagenum"><a name="Page_221" id="Page_221">[p. 221]</a></span> les
-selles, les bannières. Ces peintres primitifs étaient plus ouvriers que
-nous: ils apprenaient supérieurement le métier avant de penser à se
-donner carrière. C'est le contraire aujourd'hui.</p>
-
-<p><i>Préface.</i> L'ordre alphabétique que l'auteur a adopté l'a conduit à
-donner à cette suite de renseignements le nom de <span class="smcap">Dictionnaire</span>. Ce titre
-ne conviendrait véritablement qu'à un livre aussi complet que possible,
-présentant avec détail tous les procédés des arts. Serait-il possible
-qu'un seul homme fût doué des connaissances indispensables à une
-pareille tâche? Non sans doute. Ce sont des renseignements jetés sur
-le papier dans la forme qui a paru la plus commode pour lui, eu égard
-à la distribution de son temps, dont il occupe une partie à d'autres
-travaux. Peut-être aussi a-t-il écouté une insurmontable paresse à
-s'embarquer dans la composition d'un livre. Un dictionnaire n'est pas
-un livre<a name="NoteRef_335_323" id="NoteRef_335_323"></a><a href="#Note_335_323" class="fnanchor">[335]</a>: c'est un instrument, un outil pour faire des livres ou
-toute autre chose. La matière, dans des articles ainsi divisés, s'étend
-ou se<span class="pagenum"><a name="Page_222" id="Page_222">[p. 222]</a></span> resserre au gré de la disposition de l'auteur, quelquefois
-au gré de sa paresse. Il supprime ainsi les transitions, la liaison
-nécessaire entre les parties, l'ordre dans lequel elles doivent être
-disposées.</p>
-
-<p>Quoique l'auteur professe beaucoup de respect pour le livre proprement
-dit, il a souvent éprouvé, comme un assez grand nombre de lecteurs, une
-sorte de difficulté à suivre avec l'attention nécessaire toutes les
-déductions et tout l'enchaînement d'un livre, même quand il est bien
-fait. On voit un tableau tout d'un coup, au moins dans son ensemble et
-ses principales parties; pour un peintre habitué à cette impression
-favorable à la compréhension de l'ouvrage, le livre est comme un
-édifice dont le frontispice est souvent une enseigne et dans lequel,
-une fois introduit, il lui faut donner successivement une attention
-égale aux différentes salles dont se compose le monument qu'il visite,
-sans oublier celles qu'il a laissées derrière lui, et non sans chercher
-à l'avance, dans ce qu'il connaît déjà, quelle sera son impression à la
-fin du voyage.</p>
-
-<p>On a dit que les rivières sont des chemins qui marchent. On pourrait
-dire que les livres sont des portions de tableaux en mouvement dont
-l'un succède à l'autre sans qu'il soit possible de les embrasser à
-la fois; pour saisir le lien qui les unit, il faut dans le lecteur
-presque autant d'intelligence que dans l'auteur. Si c'est un ouvrage
-de fantaisie qui ne s'adresse qu'à l'imagination, cette attention peut
-devenir un plaisir; une histoire bien composée produit le même<span class="pagenum"><a name="Page_223" id="Page_223">[p. 223]</a></span> effet
-sur l'esprit: la suite nécessaire des événements et leurs conséquences
-forment un enchaînement naturel que l'esprit suit sans peine. Mais dans
-un ouvrage didactique il ne saurait en être de même. Le mérite d'un tel
-ouvrage étant dans son utilité, c'est à le comprendre dans toutes ses
-parties et à en extraire le sens que s'applique son lecteur. Plus il
-déduira facilement la doctrine du livre, plus il aura retiré de fruit
-de sa lecture.</p>
-
-<p>Or est-il un moyen plus simple, plus ennemi de toute rhétorique
-que cette division de la matière qu'offre tout naturellement un
-dictionnaire?</p>
-
-<p>Ce dictionnaire traitera la partie philosophique plus que la partie
-technique. Cela peut sembler singulier chez un peintre qui écrit sur
-les arts: beaucoup de demi-savants ont traité de la philosophie de
-l'art. Il semble que leur profonde ignorance de la partie technique
-leur ait paru un titre, dans leur persuasion que la préoccupation de
-cette partie vitale de tout art était chez l'artiste de profession
-un obstacle à des spéculations esthétiques. Il semble presque qu'ils
-se soient figuré qu'une profonde ignorance de la partie technique
-fût un motif de plus pour s'élever à des considérations purement
-métaphysiques; en un mot, que la préoccupation du métier dût rendre
-les artistes de profession peu propres à s'élever jusqu'aux sommets
-interdits aux profanes de l'esthétique et des spéculations pures. Quel
-est l'art dans lequel l'exécution ne suive si intimement l'invention?
-Dans la peinture,<span class="pagenum"><a name="Page_224" id="Page_224">[p. 224]</a></span> dans la poésie, <i>la forme se confond avec la
-conception.</i> Parmi les lecteurs, les uns lisent pour s'instruire, les
-autres pour se divertir.</p>
-
-<p>Quoique l'auteur soit du métier et en connaisse ce qu'une longue
-pratique, aidée de beaucoup de réflexions particulières, puisse en
-apprendre, il ne s'appesantira pas autant qu'on pourrait le penser
-sur cette partie de l'art qui paraît l'art tout entier à beaucoup
-d'artistes médiocres, mais sans laquelle l'art ne serait pas. Il
-paraîtra aussi empiéter sur le domaine des critiques en matière
-d'esthétique qui croient sans doute que la pratique n'est pas
-nécessaire pour s'élever aux considérations spéculatives sur les arts.</p>
-
-<p>Voir mes notes du 7 mai 1849<a name="NoteRef_336_324" id="NoteRef_336_324"></a><a href="#Note_336_324" class="fnanchor">[336]</a>: «Montaigne écrit à bâtons rompus.
-Ce sont les ouvrages les plus intéressants. Après le travail de
-l'auteur.... il y a celui du lecteur qui, ayant ouvert un livre pour se
-délasser, se trouve engagé presque d'honneur à poursuivre, etc.»</p>
-
-<p>Des hommes de génie faisant un dictionnaire ne s'entendraient pas; en
-revanche, si vous aviez de chacun deux un recueil de leurs observations
-particulières, quel dictionnaire ne compterait-on pas avec de
-semblables matériaux?... Cette forme doit amener des répétitions? etc.
-Tant mieux! les mêmes choses redites d'une autre manière ont souvent...
-etc.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_225" id="Page_225">[p. 225]</a></span></p>
-
-<p><i>Romantisme.</i> Voir mes notes du 17 mai 1853<a name="NoteRef_337_325" id="NoteRef_337_325"></a><a href="#Note_337_325" class="fnanchor">[337]</a>.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p><i>Vendredi</i> 23 <i>janvier.&mdash;Notes pour un</i> <span class="smcap">Dictionnaire des Beaux-Arts</span>:</p>
-
-<p><i>Critique.</i> Son utilité.</p>
-
-<p><i>Couleur de la chair.</i> La chair n'a sa vraie couleur qu'en plein air:
-se rappeler l'effet des polissons qui montaient dans les statues de la
-fontaine de la place Saint-Sulpice, et celui du raboteur que je voyais
-de ma fenêtre dans la galerie; combien dans ce dernier les demi-teintes
-de la chair sont colorées en les comparant aux matières inertes. Voir
-mes notes du 7 septembre 1856<a name="NoteRef_338_326" id="NoteRef_338_326"></a><a href="#Note_338_326" class="fnanchor">[338]</a>.</p>
-
-<p><i>Talents faciles.</i> Il y a des talents qui viennent au monde tout prêts
-et armés de toutes pièces: Charlet, Bonington, etc. Voir mes notes du
-31 décembre 1856<a name="NoteRef_339_327" id="NoteRef_339_327"></a><a href="#Note_339_327" class="fnanchor">[339]</a>.</p>
-
-<p><i>Expression.</i> Qu'il ne faut pas la rendre jusqu'à inspirer le dégoût.</p>
-
-<p>Ce que dit Mozart à ce sujet. Voir mes notes du 12 décembre 1856<a name="NoteRef_340_328" id="NoteRef_340_328"></a><a href="#Note_340_328" class="fnanchor">[340]</a>.</p>
-
-<p><i>Exécution.</i> Voir mes notes du 9 décembre 1856<a name="NoteRef_341_329" id="NoteRef_341_329"></a><a href="#Note_341_329" class="fnanchor">[341]</a>, à propos du
-portrait de Thiers par Delaroche, faible ouvrage sans caractère, et
-d'un petit portrait flamand,<span class="pagenum"><a name="Page_226" id="Page_226">[p. 226]</a></span> en pied, admirable morceau qui plaira
-toujours par l'exécution.</p>
-
-<p>Un grand asservissement au modèle chez les Français: tombeau du
-maréchal de Saxe, à Strasbourg<a name="NoteRef_342_330" id="NoteRef_342_330"></a><a href="#Note_342_330" class="fnanchor">[342]</a>. Cariatides de la galerie
-d'Apollon. Voir mes notes du 23 mars 1855<a name="NoteRef_343_331" id="NoteRef_343_331"></a><a href="#Note_343_331" class="fnanchor">[343]</a>.</p>
-
-<p><i>Gravure.</i> La gravure est un art qui s'en va, mais sa décadence n'est
-pas due seulement aux procédés mécaniques avec lesquels on la supplée,
-ni à la photographie, ni à la lithographie, genre qui est loin de la
-suppléer, mais plus facile et plus économique.</p>
-
-<p>Les plus anciennes gravures sont peut-être les plus expressives. Les
-Lucas de Leyde, les Albert Dürer, les Marc-Antoine sont de vrais
-graveurs, dans ce sens qu'ils cherchent avant tout à rendre l'esprit
-du peintre qu'ils veulent reproduire. Beaucoup de ces hommes de génie,
-en reproduisant leur propre invention, cédaient tout naturellement à
-leur sentiment sans avoir à se préoccuper de traduire une impression
-étrangère; les autres, s'appliquant à rendre l'ouvrage d'un autre
-artiste, évitaient avec soin de briller à leur manière en déployant une
-adresse de la main, propre seulement à détourner de l'impression.</p>
-
-<p>La perfection de l'outil, c'est-à-dire des moyens matériels de rendre,
-a commencé.</p>
-
-<p>La gravure est une véritable traduction (voyez<span class="pagenum"><a name="Page_227" id="Page_227">[p. 227]</a></span> <i>Traduction</i>),
-c'est-à-dire l'art de transporter une idée d'un art dans un autre comme
-le traducteur le fait à l'égard d'un livre écrit dans une langue et
-qu'il transporte dans la sienne. La langue du graveur, et c'est ici que
-se montre son génie, ne consiste pas seulement à imiter par le moyen
-de son art les effets de la peinture, qui est comme une autre langue.
-Il a, si l'on peut parler ainsi, sa langue à lui qui marque d'un
-cachet particulier ses ouvrages, et qui, dans une traduction fidèle de
-l'ouvrage qu'il imite, laisse éclater son sentiment particulier.</p>
-
-<p><i>Coloration dans la gravure.</i> Dans quelle mesure.</p>
-
-<p><i>Fresque.</i> On aurait tort de supposer que ce genre soit plus difficile
-que la peinture à l'huile, parce qu'il demande à être fait au premier
-coup.</p>
-
-<p>Le peintre à fresque exige moins de lui-même matériellement parlant:
-il sait aussi que le spectateur ne lui demande aucune des finesses qui
-ne s'obtiennent dans l'autre genre que par des travaux compliqués. Il
-prend des mesures de manière à abréger par des travaux préparatoires
-le travail définitif. Comment serait-il possible qu'il mît la moindre
-unité dans un ouvrage qu'il fait comme une mosaïque et pis encore,
-puisque chaque morceau, au moment où il le peint, est différent de
-ton, c'est-à-dire par parties juxtaposées sans qu'il soit possible
-d'accorder celle qui est peinte aujourd'hui avec celle qui a été peinte
-hier, s'il ne s'était rendu auparavant un compte exact de l'ensemble
-de son tableau? C'est l'office du carton<span class="pagenum"><a name="Page_228" id="Page_228">[p. 228]</a></span> ou dessin dans lequel il
-étudie à l'avance les lignes, l'effet et jusqu'à la couleur qu'il veut
-exprimer.</p>
-
-<p>Il ne faut pas non plus prendre au pied de la lettre ce qu'on nous dit
-de la merveilleuse facilité de ces faiseurs de fresques à triompher
-de ces obstacles. Il n'est presque pas de morceau de fresque qui ait
-satisfait son auteur de manière aie dispenser de retouches; elles sont
-nombreuses sur les ouvrages les plus renommés. Et qu'importe après
-tout qu'un ouvrage soit fait facilement? Ce qui importe, c'est qu'il
-produise tout l'effet qu'on a droit d'attendre; seulement il faut dire,
-au désavantage de la fresque, que ces retouches faites après coup
-avec une espèce de détrempe et même quelquefois à l'huile, peuvent à
-la longue trancher sur le tout et contribuer au défaut de solidité.
-La fresque se ternit et pâlit de plus en plus avec le temps. Il est
-difficile de juger au bout d'un siècle ou deux de ce qu'a pu être une
-fresque et des changements que le temps y a produits.</p>
-
-<p>Les changements qu'elle subit sont en sens inverse de ceux qui altèrent
-les tableaux à l'huile. Le noir, l'effet sombre se produit dans ces
-derniers par la carbonisation de l'huile, mais plus encore par la
-crasse des vernis. La fresque, au contraire, dont la chaux est la base,
-contracte par l'effet de l'humidité des lieux où elle a été appliquée,
-ou par celle de l'atmosphère, une atténuation sensible de ses teintes.</p>
-
-<p>Tous ceux qui ont fait de la fresque ont remarqué qu'il se formait du
-jour au lendemain à la surface<span class="pagenum"><a name="Page_229" id="Page_229">[p. 229]</a></span> des teintes conservées dans des vases
-séparés une sorte de pellicule blanchâtre et comme un voile grisâtre;
-cet effet, plus prononcé sur une masse considérable de la même teinte,
-se produit à la longue sur la peinture elle-même, la voile en quelque
-sorte, et tend à la désaccorder par la suite; car cette atténuation se
-produisant surtout sur les teintes où la chaux domine, il en résulte
-que celles qui n'en contiennent pas une aussi grande quantité restent
-plus vives et amènent par leur crudité relative un effet qui n'était
-pas dans la pensée du peintre. On conclura aisément, de l'inconvénient
-que nous venons de signaler, que la fresque ne convient pas à nos
-climats, où l'air contient beaucoup d'humidité; à la vérité, les
-climats chauds leur sont contraires sous un autre rapport, qui est
-peut-être plus capital encore.</p>
-
-<p>Un des grands inconvénients de ce genre est la difficulté de rendre
-adhérente au mur la préparation (on aura fait précéder tout ceci
-d'une explication sommaire du procédé de la fresque) nécessaire. La
-grande sécheresse ici est un ennui qu'il est impossible de combattre.
-Toute fresque tend à la longue à se détacher de la muraille contre
-laquelle elle est appliquée; c'est la fin la plus ordinaire et la plus
-inévitable.</p>
-
-<p>On pourrait peut-être remédier en partie à cela (expliquer le procédé
-de la bourre).</p>
-
-<p><i>Ébauche.</i> Il est difficile de dire ce qu'était l'ébauche d'un Titien,
-par exemple. Chez lui, la touche est si<span class="pagenum"><a name="Page_230" id="Page_230">[p. 230]</a></span> peu apparente, la main de
-l'ouvrier se dérobe si complètement, que les routes qu'il a prises
-pour arriver à cette perfection restent un mystère. Il reste de lui
-des préparations de tableaux, mais dans des sens différents: les unes
-sont de simples grisailles, les autres sont comme charpentées à grandes
-touches avec des tons presque crus; c'était ce qu'il appelait faire le
-lit de la peinture. (C'est ce qui manque particulièrement à David et à
-son école.) Mais je ne pense pas qu'aucune puisse mettre sur la voie
-des moyens qu'il a employés pour le conduire à cette manière toujours
-égale à elle-même qui se remarque dans ses ouvrages finis, malgré des
-points de départ aussi différents.</p>
-
-<p>L'exécution du Corrège présente à peu près le même problème, quoique
-la teinte en quelque sorte ivoirée de ses tableaux et la douceur des
-contrastes donnent à penser qu'il a dû presque toujours commencer par
-de la grisaille. (Parler de Prud'hon, de l'école de David; dans cette
-école l'ébauche est nulle, car on ne peut donner ce nom à de simples
-frottis qui ne sont que le dessin un peu plus arrêté et recouverts
-ensuite entièrement par la peinture.)</p>
-
-<p><i>Pensée. (Première pensée.)</i> Les premiers linéaments par lesquels
-un maître habile indique sa pensée contiendront le germe de tout
-ce que l'ouvrage présentera de saillant. Raphaël, Rembrandt, le
-Poussin,&mdash;je nomme exprès ceux-ci parce qu'ils ont brillé surtout par
-la pensée,&mdash;jettent sur le papier quelques<span class="pagenum"><a name="Page_231" id="Page_231">[p. 231]</a></span> traits: il semble que
-pas un ne soit indifférent. Pour des yeux intelligents, la vie déjà
-est partout, et rien dans le développement de ce thème en apparence
-si vague ne s'écartera de cette conception à peine éclose au jour et
-complète déjà.</p>
-
-<p>Il est des talents accomplis qui ne présentent pas la même vivacité
-ni surtout la même clarté dans cette espèce d'éveil de la pensée à la
-lumière; chez ces derniers, l'exécution est nécessaire pour arriver
-à l'imagination du spectateur. En général, ils donnent beaucoup à
-l'imitation. La présence du modèle leur est indispensable pour assurer
-leur marche. Ils arrivent par une autre voie à l'une des perfections de
-l'art.</p>
-
-<p>En effet, si vous ôtez à un Titien, à un Murillo, à un Van Dyck la
-perfection étonnante de cette imitation de la nature vivante, cette
-exécution qui fait oublier l'art et l'artiste, vous ne trouvez dans
-l'invention du sujet ou dans sa disposition qu'un motif souvent dénué
-d'intérêt pour l'esprit, mais que le magicien saura bien relever
-parla poésie de son coloris et les prodiges de son pinceau. Le relief
-extraordinaire, l'harmonie des nuances, l'air et la lumière, toutes
-les merveilles de l'illusion, s'étaleront sur ce thème dont l'esquisse
-froide et nue ne disait rien à l'esprit.</p>
-
-<p>Qu'on se figure ce qu'a pu être la première pensée de l'admirable
-tableau des <i>Pèlerins d'Emmaüs</i>, de Paul Véronèse: rien de plus
-froid que cette disposition, refroidie encore par la présence de ces
-personnages<span class="pagenum"><a name="Page_232" id="Page_232">[p. 232]</a></span> étrangers à la scène, de cette famille des donateurs qui
-se trouve là, en effet, par la plus singulière convention, de ces
-petites filles en robe de brocart jouant avec un chien dans l'endroit
-le plus apparent du tableau, de tant d'objets, costumes, architecture,
-etc., contraires à la vraisemblance!</p>
-
-<p>Voyez, au contraire, dans Rembrandt, le croquis de ce sujet qu'il a
-traité plusieurs fois et avec prédilection; il fait passer devant
-nos yeux cet éclair qui éblouit les disciples au moment où le divin
-Maître se transfigure en rompant le pain: le lieu est solitaire; point
-de témoins importuns de cette miraculeuse apparition; l'étonnement
-profond, le respect, la terreur se peignent dans ces lignes jetées
-par le sentiment sur ce cuivre, qui se passe, pour vous émouvoir, du
-prestige de la couleur.</p>
-
-<p>Dans le premier coup de pinceau que Rubens donne à son esquisse, je
-vois Mars ou Bellone; les Furies secouant leur torche aux lueurs
-sinistres, les divinités paisibles s'élançant en pleurant pour les
-arrêter ou s'enfuyant à leur approche; les arcs, les monuments
-détruits, les flammes de l'incendie. Il semble dans ces linéaments à
-peine tracés que mon esprit devance mon œil et saisisse la pensée
-avant presque qu'elle ait pris une forme. Rubens trace la première
-idée de son sujet avec son pinceau, comme Raphaël ou Poussin avec leur
-plume ou leur crayon. Malheur à l'artiste qui finit trop tôt certaines
-parties de l'ébauche! Il faut une bien grande sûreté pour ne<span class="pagenum"><a name="Page_233" id="Page_233">[p. 233]</a></span> pas être
-conduit à modifier ces parties quand les autres parties seront finies
-au même degré. Voir mes notes du 2 août 1855<a name="NoteRef_344_332" id="NoteRef_344_332"></a><a href="#Note_344_332" class="fnanchor">[344]</a>.</p>
-
-<p><i>Terrible.</i> La sensation du <i>terrible</i> et encore moins celle de
-l'<i>horrible</i> ne peuvent se supporter longtemps. Il en est de même
-du <i>surnaturel.</i> Je lis depuis quelques jours une histoire d'Edgar
-Poë qui est celle de naufragés qui sont pendant cinquante pages dans
-la position la plus horrible et la plus désespérée: rien n'est plus
-ennuyeux. On reconnaît le mauvais goût des étrangers. Les Anglais,
-les Allemands, tous ces peuples anti-latins n'ont pas de littérateurs
-parce qu'ils n'ont aucune idée du goût et de la mesure<a name="NoteRef_345_333" id="NoteRef_345_333"></a><a href="#Note_345_333" class="fnanchor">[345]</a>. Ils vous
-assomment avec la situation la plus intéressante.</p>
-
-<p>Clarisse même, venue dans un temps où il y avait un reflet en
-Angleterre des convenances françaises, ne pouvait être imaginée que de
-l'autre côté du détroit. Walter Scott, Cooper, à un degré bien plus
-choquant, vous noient dans des détails qui ôtent tout l'intérêt. Le
-<i>terrible</i> est dans les arts un don naturel comme celui de la <i>grâce.</i>
-L'artiste qui n'est pas né pour exprimer cette sensation et qui veut
-le tenter, est encore plus ridicule que celui qui veut se faire léger
-malgré<span class="pagenum"><a name="Page_234" id="Page_234">[p. 234]</a></span> sa nature. Nous avons parlé ailleurs de la figure que Pigalle a
-imaginée pour représenter la mort dans le tombeau du maréchal de Saxe.
-Certes le <i>terrible</i> était là à sa place. Shakespeare seul savait faire
-parler les esprits.</p>
-
-<p>Michel-Ange.&mdash;Les masques antiques et Géricault.</p>
-
-<p>Le <i>terrible</i> est comme le <i>sublime</i>, il ne faut pas en abuser.</p>
-
-<p><i>Sublime.</i> Le <i>sublime</i> est dû le plus souvent, chose singulière, au
-défaut de proportion. Voir mes notes du 9 mai 1853<a name="NoteRef_346_334" id="NoteRef_346_334"></a><a href="#Note_346_334" class="fnanchor">[346]</a>. Mozart, Racine
-paraissent naturels, étonnent moins que Shakespeare et Michel-Ange.</p>
-
-<p><i>Prééminence dans les arts.</i> Y en a-t-il qui effectivement soient
-supérieurs? Voir mes notes du 20 mai 1853<a name="NoteRef_347_335" id="NoteRef_347_335"></a><a href="#Note_347_335" class="fnanchor">[347]</a>. C'est la question de
-Chenavard.</p>
-
-<p><i>Unité.</i> Voir mes notes du 22 mars 1857<a name="NoteRef_348_336" id="NoteRef_348_336"></a><a href="#Note_348_336" class="fnanchor">[348]</a>. D'<i>Obermann</i>: «L'unité,
-sans laquelle il n'y a pas d'ouvrage qui puisse être beau.» J'ajoute
-qu'il n'y a que l'homme qui fasse des ouvrages sans unité. La nature,
-au contraire, met l'unité même dans les parties d'un tout.</p>
-
-<p><i>Vague.</i> Même page aussi d'<i>Obermann.</i>&mdash;Aussi l'église Saint-Jacques de
-Dieppe.</p>
-
-<p><i>Modèle.</i> Voir mes notes du 5 mars 1857<a name="NoteRef_349_337" id="NoteRef_349_337"></a><a href="#Note_349_337" class="fnanchor">[349]</a>. Asservissement au modèle
-dans David. Je lui oppose Géricault,<span class="pagenum"><a name="Page_235" id="Page_235">[p. 235]</a></span> qui imite également, mais plus
-librement, et met plus d'intérêt.</p>
-
-<p><i>Préparations.</i> Tout donne à penser que les préparations des anciennes
-écoles flamandes ont été uniformes. Rubens, en les suivant, car il
-n'a rien changé à la méthode de ses maîtres sous ce rapport, s'y est
-constamment conformé. Le fond était clair, et comme ces écoles se sont
-servies presque exclusivement de panneaux, il était lisse. L'usage des
-pinceaux a prévalu sur celui des brosses jusqu'aux écoles des derniers
-temps.</p>
-
-<p><i>Effet</i> sur l'imagination. (Voir <i>Intérêt.</i>) Byron dit que les poésies
-de Campbell<a name="NoteRef_350_338" id="NoteRef_350_338"></a><a href="#Note_350_338" class="fnanchor">[350]</a> sentent trop le travail... tout le brillant du premier
-jet est perdu. Il en est de même des poèmes comme des tableaux, ils
-ne doivent pas être trop finis. Le grand art est l'effet, n'importe
-comment on le produit. Voir mes notes du 18 juillet 1850<a name="NoteRef_351_339" id="NoteRef_351_339"></a><a href="#Note_351_339" class="fnanchor">[351]</a>.</p>
-
-<p>«Dans la peinture, et surtout dans le portrait, dit Mme Cavé, dans son
-joli traité, c'est l'esprit qui parle à I esprit, et non <i>la science
-qui parle à la science.</i>» Cette observation, plus profonde qu'elle ne
-l'a peut-être cru elle-même, est le procès fait à la pédanterie de
-l'exécution. Je me suis dit cent fois que la <i>peinture</i>, matériellement
-parlant, <i>n'était qu'un pont</i><a name="NoteRef_352_340" id="NoteRef_352_340"></a><a href="#Note_352_340" class="fnanchor">[352]</a><span class="pagenum"><a name="Page_236" id="Page_236">[p. 236]</a></span> <i>jeté entre l'esprit du peintre et
-celui du spectateur.</i></p>
-
-<p>La froide exactitude n'est pas l'art: l'ingénieux artifice, quand
-il plaît et qu'il exprime, est l'art tout entier. La prétendue
-conscience de la plupart des peintres n'est que la perfection apportée
-laborieusement à l'art d'ennuyer.</p>
-
-<p>L'expérience est indispensable pour apprendre tout le parti qu'on
-peut tirer de son instrument, mais surtout pour éviter ce qui ne doit
-pas être tenté. L'homme sans maturité se jette à tout propos dans des
-tentatives insensées en voulant faire rendre à l'art plus qu'il ne peut
-ou ne doit; il n'arrive même pas à un certain degré de supériorité dans
-les limites du possible. Il ne faut pas oublier que le langage, et
-j'applique ceci au langage de tous les arts, est toujours imparfait.
-Le grand écrivain supplée à cette imperfection par le tour particulier
-qu'il donne à la langue de tout le monde; l'expérience, mais surtout la
-confiance dans ses forces, donne au talent cette assurance d'avoir fait
-tout ce qui pouvait être fait. Il n'y a que les fous ou les impuissants
-qui se tourmentent pour l'impossible. L'homme supérieur sait s'arrêter:
-il sait qu'il a fait ce qu'il est possible de faire. Voir mes notes du
-25 juin 1850<a name="NoteRef_353_341" id="NoteRef_353_341"></a><a href="#Note_353_341" class="fnanchor">[353]</a>.</p>
-
-<p>Sans hardiesse et même sans une hardiesse extrême, il n'y a pas de
-beautés. Lord Byron vante le genièvre comme son Hippocrène à cause
-de la hardiesse<span class="pagenum"><a name="Page_237" id="Page_237">[p. 237]</a></span> qu'il y puisait. Il faut donc presque être <i>hors de
-soi, amens</i>, pour être tout ce qu'on peut être. Étrange phénomène qui
-ne relève pas notre nature ni l'opinion qu'on doit avoir de tous les
-beaux esprits qui ont été chercher dans une bouteille le secret de leur
-talent<a name="NoteRef_354_342" id="NoteRef_354_342"></a><a href="#Note_354_342" class="fnanchor">[354]</a>.</p>
-
-<p><i>Musique d'église.</i> Lord Byron dit qu'il a eu le projet de composer
-un poème de Job. «Mais, dit-il, je l'ai trouvé trop sublime: il n'y a
-point de poésie qu'on puisse comparer à celle-là.»</p>
-
-<p>J'en dirai autant de la simple musique d'église.</p>
-
-<p><i>Architecte.</i> Voir mes notes du 14 juin 1850<a name="NoteRef_355_343" id="NoteRef_355_343"></a><a href="#Note_355_343" class="fnanchor">[355]</a>.</p>
-
-<p><i>Autorité.</i></p>
-
-<p><i>Anciens et modernes.</i> Voir l'article de Thierry, <i>Moniteur</i> du 17
-mars, sur l'étude de Virgile par Sainte-Beuve.</p>
-
-<p>Querelle entre la simplicité et l'élan moderne vers d'autres sources du
-beau.</p>
-
-<p><i>Beau. Vague.</i> Voir dans <i>Obermann</i>, t. I, p. 153.</p>
-
-<p><i>Liaison.</i> Quand nous jetons les yeux sur les objets qui nous
-entourent, que ce soit un paysage ou un intérieur, nous remarquons
-entre les objets qui s'offrent à nos regards une sorte de liaison
-produite par l'atmosphère qui les enveloppe et par les reflets de tout
-genre qui font pour ainsi dire participer chaque objet à une sorte
-d'harmonie générale. C'est une sorte de charme dont il semble que la
-peinture ne peut se<span class="pagenum"><a name="Page_238" id="Page_238">[p. 238]</a></span> passer; cependant il s'en faut que la plupart
-des peintres et même des grands maîtres s'en soient préoccupés. Le
-plus grand nombre semble même n'avoir pas remarqué dans la nature
-cette harmonie nécessaire qui établit dans un ouvrage de peinture une
-unité que les lignes elles-mêmes ne suffisent pas à créer, malgré
-l'arrangement le plus ingénieux.</p>
-
-<p>Il semble presque superflu de dire que les peintres peu portés vers
-l'effet et la couleur n'en ont tenu aucun compte; mais ce qui est plus
-surprenant, c'est que chez beaucoup de grands coloristes cette qualité
-est très souvent négligée, et assurément par un défaut de sentiment à
-cet endroit.</p>
-
-<p><i>Michel-Ange.</i> On peut dire que si son style a contribué à corrompre
-le goût, la fréquentation de Michel-Ange a exalté<a name="NoteRef_356_344" id="NoteRef_356_344"></a><a href="#Note_356_344" class="fnanchor">[356]</a> et élevé
-successivement au-dessus d'eux-mêmes toutes les générations de peintres
-qui sont venues après lui.</p>
-
-<p>Rubens l'a imité, mais comme il pouvait imiter. Il était imbu
-d'ouvrages sublimes, et il s'y était senti porté parce qu'il avait en
-lui. Quelle différence entre cette imitation et celle des Carrache!</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_239" id="Page_239">[p. 239]</a></span></p>
-
-<p><i>Réussir.</i> Pour <i>réussir</i> clans un art, il faut le cultiver toute sa
-vie. Voir mes notes du 22 mai 1850<a name="NoteRef_357_345" id="NoteRef_357_345"></a><a href="#Note_357_345" class="fnanchor">[357]</a>.</p>
-
-<p>Après être resté longtemps en Angleterre, il s'était déshabitué de sa
-propre langue; il lui fallut du temps pour s'y remettre; tant il faut
-se tenir en haleine... Et <i>c'est Voltaire qui parle!</i></p>
-
-<p><i>Peinture des églises. Ornements peints.</i> Voir, dans mes notes du 22
-avril 1849, ce que m'en dit Isabey à Notre-Dame de Lorette<a name="NoteRef_358_346" id="NoteRef_358_346"></a><a href="#Note_358_346" class="fnanchor">[358]</a>. Il y a
-dans le même Agenda, vers la fin, d'autres réflexions sur le même sujet.</p>
-
-<p><i>Inconvénient des fonds d'or.</i> Même note.</p>
-
-<p><i>La peinture monumentale</i>, comme l'entendent les modernes.</p>
-
-<p>&mdash;Il faut de toutes mes notes, autres que celles qui s'appliquent au
-<span class="smcap">Dictionnaire</span>, faire un ouvrage suivi<a name="NoteRef_359_347" id="NoteRef_359_347"></a><a href="#Note_359_347" class="fnanchor">[359]</a>, au moyen de la <i>jonction des
-passages</i> analogues<span class="pagenum"><a name="Page_240" id="Page_240">[p. 240]</a></span> et au moyen de <i>transitions insensibles.</i> Il ne
-faut donc pas les détacher et les <i>publier séparément.</i> Par exemple,
-mettre ensemble tout ce qui est du <i>spectacle</i> de la nature, etc.</p>
-
-<p>Des <i>Dialogues</i> permettraient une grande liberté de langage à la
-première personne, des transitions faciles, des contradictions,
-etc.&mdash;Des extraits d'une correspondance rempliraient le même
-objet.&mdash;Lettres de deux amis, l'un triste, l'autre gai, les deux faces
-de la vie.&mdash;Lettres et observations critiques.</p>
-
-
-<p><i>Notes pour un</i> <span class="smcap">Dictionnaire des Beaux-Arts</span>:</p>
-
-<p><i>Avertissement préliminaire.</i></p>
-
-<p><i>Architecture des églises chrétiennes.</i> Article du <i>Moniteur</i>, 37 mars
-1857, sur l'invention de M. Garnaud<a name="NoteRef_360_348" id="NoteRef_360_348"></a><a href="#Note_360_348" class="fnanchor">[360]</a>.</p>
-
-<p><i>Homère.</i> Rubens est plus homérique que certains antiques. Il
-avait un génie analogue. C'est l'esprit qui est tout. Ingres n'a
-rien d'homérique que la prétention. Il calque l'extérieur. Rubens
-est un Homère en peignant l'esprit et en négligeant le vêtement,
-ou plutôt avec le vêtement de son époque.&mdash;Tapisseries de la <i>Vie
-d'Achille</i><a name="NoteRef_361_349" id="NoteRef_361_349"></a><a href="#Note_361_349" class="fnanchor">[361]</a>. Il est plus homérique que Virgile, c'est qu'il l'était
-tout naturellement.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_241" id="Page_241">[p. 241]</a></span></p>
-
-<p><i>Objets polis.</i> Il semble que par leur nature ils favorisent l'effet
-propre à les rendre en ce que leurs clairs sont beaucoup plus vifs et
-leurs parties sombres beaucoup plus sombres que dans les objets mats.
-Ce sont de véritables miroirs! Là où ils ne sont pas frappés par une
-vive lumière, ils réfléchissent avec une intensité extrême les parties
-sombres. J'ai dit ailleurs<a name="NoteRef_362_350" id="NoteRef_362_350"></a><a href="#Note_362_350" class="fnanchor">[362]</a> que le ton même de l'objet se trouvait
-toujours à côté du point le plus brillant, et ceci s'applique aux
-étoffes luisantes, au pelage des animaux comme aux métaux polis.</p>
-
-<p><i>Exécution.</i> La bonne ou plutôt la vraie exécution est celle qui par la
-pratique, en apparence matérielle, ajoute à la pensée, sans laquelle la
-pensée n'est pas complète; ainsi sont les beaux vers. On peut exprimer
-platement de belles idées.</p>
-
-<p>L'exécution de David est froide; elle refroidirait des idées plus
-élevées et plus animées que les siennes. L'exécution, au contraire,
-relève l'idée dans ce qu'elle a de commun ou de faible.</p>
-
-<p><i>Imagination</i><a name="NoteRef_363_351" id="NoteRef_363_351"></a><a href="#Note_363_351" class="fnanchor">[363]</a>. Elle est la première qualité de l'artiste. Elle
-n'est pas moins nécessaire à l'amateur. Je ne conçois pas l'homme dénué
-d'imagination et qui achète des tableaux: c'est qu'il a de la vanité
-en proportion de ce qui lui manque sous le rapport que j'ai dit. Or,
-quoique cela paraisse étrange, le plus grand nombre des hommes en est
-dépourvu. Non<span class="pagenum"><a name="Page_242" id="Page_242">[p. 242]</a></span> seulement ils n'ont pas cette imagination ardente ou
-pénétrante qui leur peint avec vivacité les objets, qui les introduit
-dans leurs causes mêmes, mais ils n'ont pas davantage la compréhension
-nette des ouvrages où cette imagination domine.</p>
-
-<p>Les partisans de l'axiome des sensualistes, que <i>nil in intellectu quod
-non fuerit prius in sensu</i>, prétendent en conséquence de ce principe
-que l'imagination n'est qu'une espèce de souvenir. Il faudra bien
-qu'ils accordent cependant que tous les hommes ont la sensation et la
-mémoire, et que très peu ont l'imagination, qu'on prétend se composer
-de ces deux éléments. L'imagination chez l'artiste ne se représente
-pas seulement tels ou tels objets, elle les combine pour la fin qu'il
-veut obtenir; elle fait des tableaux, des images qu'il compose à son
-gré. Où est donc l'expérience acquise qui peut donner cette faculté de
-composition?</p>
-
-<p><i>Empâtement.</i> Le vrai talent de l'exécution doit consister à tirer
-le meilleur parti possible pour l'effet des moyens matériels. Chaque
-procédé a ses avantages et ses inconvénients. Pour ne parler que de
-celui de la peinture à l'huile, qui est le plus parfait et le plus
-abondant en ressources, il importe d'étudier comment il a été employé
-par les diverses écoles et de voir le parti qu'on peut tirer de ces
-différentes manières. Mais sans entrer dans le détail de chacune de ces
-manières, on peut s'en rendre compte <i>à priori.</i></p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_243" id="Page_243">[p. 243]</a></span></p>
-
-<p>Ce qui constitue les avantages de ce genre (la peinture à l'huile),
-que les grands maîtres ont porté diversement à la perfection, est: 1°
-l'intensité que les tons foncés conservent au moment de l'exécution;
-ce qui ne se rencontre ni dans la détrempe, ni dans la fresque, ni
-dans l'aquarelle, ni en un mot dans toutes les peintures à l'eau,
-laquelle, étant l'unique agent qui délaye les couleurs, les laisse en
-s'évaporant beaucoup au-dessous du ton: la peinture à l'huile a la
-propriété de conserver les couleurs fraîches pour les marier; 2° la
-faculté d'employer suivant l'opportunité tantôt les frottis, tantôt
-les empâtements, ce qui favorise incomparablement le rendu, soit des
-parties mates, soit des parties transparentes; 3° la possibilité de
-revenir à volonté sur la peinture sans l'altérer, et au contraire en
-augmentant la vigueur de l'effet ou en atténuant la crudité des tons;
-4° la facilité que la fluidité des couleurs, pendant un temps assez
-long, donne à l'artiste dans le maniement du pinceau, etc.</p>
-
-<p>Plusieurs inconvénients: effets du vernis par le temps; nécessité
-d'attendre pour retoucher.</p>
-
-<p>Il est nécessaire de calculer le contraste de l'empâtement et du
-glacis, de manière que ce contraste se fasse encore sentir, même quand
-les vernis successifs ont produit leur effet, qui est toujours de
-rendre le tableau lisse.</p>
-
-<p><i>Arbres.</i> La manière de les peindre et de les préparer.</p>
-
-<p>J'ai noté dans un <i>Agenda</i> (29 avril 1854) cette<span class="pagenum"><a name="Page_244" id="Page_244">[p. 244]</a></span> sorte d'ébauche
-conforme à la marche naturelle<a name="NoteRef_364_352" id="NoteRef_364_352"></a><a href="#Note_364_352" class="fnanchor">[364]</a>.</p>
-
-<p><i>Poussière.</i> Le ton de la poussière est la demi-teinte la plus
-universelle. En effet, elle est un composé de tous les tons. Les tons
-de la palette mêlés ensemble donnent toujours un ton de poussière plus
-ou moins intense.</p>
-
-<p><i>Graveur.</i> Je trouve dans un article de la <i>Presse</i> sur Geoffroi
-Tory<a name="NoteRef_365_353" id="NoteRef_365_353"></a><a href="#Note_365_353" class="fnanchor">[365]</a>, du 17 juin 1857, que les anciens graveurs étaient des
-artistes; aujourd'hui ils ne sont que des mercenaires!</p>
-
-<p><i>Intérêt.</i> Mettre de l'intérêt dans un ouvrage, tel est le but
-principal que se propose l'artiste; on n'y parvient que par la réunion
-de beaucoup de moyens. Un sujet intéressant ne peut parvenir à
-intéresser quand il est traité par une main malhabile: ce qui semble,
-au contraire, le moins fait pour intéresser, intéresse et captive sous
-une main savante et au souffle de l'inspiration. Une sorte d'instinct
-fait démêler à l'artiste supérieur où doit principalement résider
-l'intérêt de sa composition. L'art de grouper, l'art de porter à
-propos la lumière et de colorer avec vivacité ou avec sobriété, l'art
-de sacrifier comme celui de multiplier les moyens d'effet, une foule
-d'autres qualités du grand artiste sont nécessaires pour exciter
-l'intérêt et y concourir dans la mesure convenable;<span class="pagenum"><a name="Page_245" id="Page_245">[p. 245]</a></span> l'exacte vérité
-des caractères ou leur exagération, la multiplicité comme la sobriété
-des détails, la réunion des masses comme leur dispersion, toutes les
-ressources de l'art, en un mot, deviennent sous la main de l'artiste
-comme les touches d'un clavier dont il tire certains sons, tandis qu'il
-laisse sommeiller certains autres.</p>
-
-<p>La source principale de l'intérêt vient de l'âme, et elle va à l'âme
-du spectateur d'une manière irrésistible. Non pas que toute œuvre
-intéressante frappe également tous les spectateurs par cela que
-chacun d'eux est censé avoir une âme: on ne peut émouvoir qu'un sujet
-doué de sensibilité et d'imagination. Ces deux facultés sont aussi
-indispensables au spectateur qu'à l'artiste, quoique dans une mesure
-différente.</p>
-
-<p>Les talents maniérés ne peuvent éveiller un intérêt véritable; ils
-peuvent exciter la curiosité, flatter un goût du moment, s'adresser
-à des passions qui n'ont rien de commun avec l'art; mais comme le
-caractère principal de la manière est le défaut de sincérité dans le
-sentiment comme dans l'imitation, ils ne peuvent frapper l'imagination
-qui n'est en nous-mêmes qu'une sorte de miroir où la nature telle
-qu'elle est vient se réfléchir pour nous donner, par une sorte de
-souvenir puissant, les spectacles des choses dont l'âme seule a la
-jouissance.</p>
-
-<p>Il n'y a guère que les maîtres qui excitent l'intérêt, mais ils le font
-par des moyens différents, à raison de la pente particulière de leur
-génie. Il serait absurde<span class="pagenum"><a name="Page_246" id="Page_246">[p. 246]</a></span> de demander à un Rubens l'espèce d'intérêt
-qu'un Léonard ou un Raphaël sait exciter par des détails tels que des
-mains, des têtes dans lesquelles la correction s'unit à l'expression.
-Il est aussi inutile de demander à ces derniers ces effets d'ensemble,
-cette verve, cette largesse que recommandent les ouvrages du plus
-brillant des peintres. Le <i>Tobie</i> de Rembrandt ne se recommande pas
-par les mêmes qualités que tels tableaux du Titien, dans lesquels la
-perfection des détails est loin de nuire à la beauté de l'ensemble,
-mais qui ne portent point dans l'imagination cette émotion, ce trouble
-même que la naïveté et le nerf des caractères, la singularité et la
-profondeur de certains effets font éprouver à l'âme en présence d'un
-ouvrage de Rembrandt.</p>
-
-<p>David faisait consister le mérite à bien copier son modèle, tout en
-s'amendant à l'aide de fragments antiques pour en relever la vulgarité.</p>
-
-<p>Corrège, au contraire, ne jetait un regard sur la nature que pour
-s'empêcher de tomber dans des énormités. Tout son charme, tout ce qui
-est en lui puissance et effets de génie, sortait de son imagination
-pour aller réveiller un écho dans les imaginations faites pour le
-comprendre...</p>
-
-<p><i>Éclectisme dans les arts.</i> Ce mot pédant, introduit dans la langue
-par les philosophes de ce siècle, s'applique assez bien aux tentatives
-modérées de certaines écoles. On pourrait dire que l'<i>éclectisme</i> est
-la bannière française par excellence dans les arts du dessin et<span class="pagenum"><a name="Page_247" id="Page_247">[p. 247]</a></span> dans
-la musique. Les Allemands et les Italiens ont eu dans leurs arts des
-qualités tranchées dont les unes sont souvent antipathiques aux autres:
-les Français semblent avoir cherché de tout temps à concilier ces
-extrêmes en atténuant ce qu'ils semblaient avoir de discordant. Aussi
-leurs ouvrages sont-ils moins frappants. Ils s'adressent à l'esprit
-plus qu'au sentiment. Dans la musique, dans la peinture, ils viennent
-après toutes les autres écoles, apportant à petites doses dans leurs
-œuvres une somme de qualités qui s'excluent chez les autres, mais
-qui s'allient chez eux grâce à leur tempérament.</p>
-
-<p><i>Sentiment.</i> Le sentiment fait des miracles. C'est par lui qu'une
-gravure, qu'une lithographie produit à l'imagination l'effet de la
-peinture elle-même. Dans ce grenadier de Charlet, je vois le ton à
-travers le crayon; en un mot, je ne désire rien de plus que ce que je
-vois. Il me semble que la coloration, que la peinture me gênerait,
-nuirait à l'effet de l'ensemble.</p>
-
-<p>Le sentiment, c'est la touche intelligente qui résume, qui donne
-l'équivalent.</p>
-
-<p><i>Chefs-d'œuvre.</i> Voir mes notes du 21 février 1856<a name="NoteRef_366_354" id="NoteRef_366_354"></a><a href="#Note_366_354" class="fnanchor">[366]</a>.</p>
-
-<p><i>Intérêt</i> (suite)<a name="NoteRef_367_355" id="NoteRef_367_355"></a><a href="#Note_367_355" class="fnanchor">[367]</a>. Les écoles ne voient tour à tour de perfection
-que dans une seule espèce de mérite. Elles condamnent tout ce que les
-maîtres à la mode ont condamné. Le dessin est aujourd'hui à la mode:
-encore n'est-ce qu'une seule espèce de dessin!<span class="pagenum"><a name="Page_248" id="Page_248">[p. 248]</a></span> Le dessin de David,
-dans cette école de David issue de David, n'est plus le vrai dessin...</p>
-
-<p><i>Originalité.</i> Consiste-t-elle dans la priorité d'invention de
-certaines idées, de certaines effets frappants?</p>
-
-<p><i>École. Faire école.</i> Des hommes médiocres ou au moins secondaires
-ont pu <i>faire école</i>, tandis que de très grands hommes n'ont point
-eu cet avantage, si c'en est un. Il y a quatre-vingts ans, c'étaient
-les Vanloo qui donnaient les prix de Rome et dont le style régnait
-en souverain. Dans ce moment s'éleva un talent qui avait sucé leurs
-principes et qui devait s'illustrer par des principes tout différents.
-David renouvelle l'art, on peut le dire; mais le mérite n'en est pas
-seulement à son originalité propre; plusieurs tentatives avaient été
-faites: Mengs et autres. La découverte des peintures d'Herculanum avait
-poussé les esprits à limitation et à l'admiration de l'antique. Arrive
-David, esprit plus vigoureux qu'inventif, plus sectaire qu'artiste,
-imbu des idées modernes qui éclataient en tout dans la politique et qui
-portaient à l'admiration exclusive des anciens, surtout dans ce dernier
-objet résumé pour les arts... Le style <i>énervé</i> et facile des Vanloo
-avait fait son temps.</p>
-
-<p>Cent soixante ans auparavant, un génie bien autrement original que
-celui de David, éclos au moment où l'école de Lebrun était dans toute
-sa force, n'obtint pas la même fortune. Tout le génie de Puget, toute
-sa verve, toute sa force, qui prenait sa source dans l'inspiration<span class="pagenum"><a name="Page_249" id="Page_249">[p. 249]</a></span> de
-la nature, ne put faire école en présence des Coysevox, des Coustou, de
-toute cette école très considérable elle-même, mais déjà entachée de
-manière et d'esprit d'école.</p>
-
-<p><i>Raffinement.</i> Du raffinement dans les époques de décadence. Voir mes
-notes du 9 avril 1856<a name="NoteRef_368_356" id="NoteRef_368_356"></a><a href="#Note_368_356" class="fnanchor">[368]</a>.</p>
-
-<p><i>Exécution.</i> Son importance. Le malheur des tableaux de David et de son
-école est de manquer de cette qualité précieuse sans laquelle le reste
-est imparfait et presque inutile. On peut y admirer un grand dessin,
-quelquefois de l'ordonnance, comme dans Gérard; de la grandeur, de la
-fougue, du pathétique, comme dans Girodet; un vrai goût antique chez
-David lui-même, dans les <i>Sabines</i>, par exemple. Mais le charme que
-la main de l'ouvrier ajoute à tous ces mérites est absent de leurs
-ouvrages et les place au-dessous de ceux des grands maîtres consacrés.
-Prud'hon<a name="NoteRef_369_357" id="NoteRef_369_357"></a><a href="#Note_369_357" class="fnanchor">[369]</a> est le seul peintre de cette époque dont<span class="pagenum"><a name="Page_250" id="Page_250">[p. 250]</a></span> l'exécution
-soit égale à l'idée et qui plaise par ce côté du talent qu'on appelle
-la partie matérielle, mais qui est, quoi qu'on en dise, toute
-sentimentale, tout idéale comme la conception elle-même, qu'elle doit
-compléter nécessairement. Voir mes notes du 15 décembre 1857<a name="NoteRef_370_358" id="NoteRef_370_358"></a><a href="#Note_370_358" class="fnanchor">[370]</a>. Dans
-cette peinture, l'épidémie manque partout.</p>
-
-<p><i>Style moderne</i> (en littérature). Le style moderne est mauvais: abus
-de la sentimentalité, du pittoresque à propos de tout. Si un amiral
-raconte des campagnes de mer, il le fait dans un style de romancier
-et presque d'humanitaire. On allonge tout, on poétise tout. On veut
-paraître ému, pénétré, et l'on croit à tort que ce dithyrambe perpétuel
-gagnera l'esprit du lecteur et lui donnera une grande idée de l'auteur
-et surtout de la bonté de son cœur. Les mémoires, les histoires même
-sont détestables. La philosophie, les sciences, tout ce qui s'écrit à
-propos de ces différents objets, est empreint de cette fausse couleur,
-de ce style d'emprunt.</p>
-
-<p>J'en suis fâché pour nos contemporains. La postérité n'ira pas chercher
-dans ce qu'ils laisseront, ni surtout dans les portraits qu'ils auront
-faits d'eux-mêmes, des modèles de sincérité. Il n'y a pas jusqu'à
-l'admirable histoire de Thiers à porter l'empreinte de ce style
-pleurard, toujours prêt à s'arrêter en chemin pour gémir sur l'ambition
-des<span class="pagenum"><a name="Page_251" id="Page_251">[p. 251]</a></span> conquérants, sur la rigueur des saisons, sur les souffrances
-humaines. Ce sont des sermons ou des élégies. Rien de mâle ou qui fasse
-l'effet uniquement convenable, et cela, parce que rien n'est à sa
-place ou en tient trop et est déclamé en pédagogue plutôt que raconté
-simplement.</p>
-
-<p><i>Autorités.</i> La peste pour les grands talents, et presque la totalité
-du talent pour les médiocres. Voir mes notes du 10 octobre 1853<a name="NoteRef_371_359" id="NoteRef_371_359"></a><a href="#Note_371_359" class="fnanchor">[371]</a>.
-«Elles sont les lisières qui aident presque tout le monde à marcher
-quand on entre dans la carrière, mais elles laissent à presque tout le
-monde des marques ineffaçables.»</p>
-
-<p><i>Modèle.</i> Sur l'emploi du modèle, voir mes notes du 12 octobre<a name="NoteRef_372_360" id="NoteRef_372_360"></a><a href="#Note_372_360" class="fnanchor">[372]</a> et
-du 17 octobre 1853<a name="NoteRef_373_361" id="NoteRef_373_361"></a><a href="#Note_373_361" class="fnanchor">[373]</a>.</p>
-
-<p><i>Opéra.</i> Sur la réunion des différents arts dans ce genre de spectacle,
-sur le plaisir qui résulte de cette réunion et aussi sur la fatigue qui
-doit gagner plus vite le spectateur en raison de cette surabondance
-d'expression, voir calepin d'Augerville, 1854<a name="NoteRef_374_362" id="NoteRef_374_362"></a><a href="#Note_374_362" class="fnanchor">[374]</a>. J'y parle aussi de
-la sonorité, que Chopin n'admettait pas comme une source légitime de
-sensation.</p>
-
-<p><i>Exécution.</i> Nous avons dit qu'une bonne exécution était de la plus
-grande importance. On irait jusqu'à dire que, si elle n'est pas tout,
-elle est le seul moyen qui mette le reste en lumière et qui lui donne
-sa valeur. Les écoles de décadence l'ont placée dans<span class="pagenum"><a name="Page_252" id="Page_252">[p. 252]</a></span> une certaine
-prestesse de la main, dans une certaine façon cavalière d'exprimer,
-dans ce qu'on a appelé la franchise, le beau pinceau, etc. Il est
-certain qu'après les grands maîtres du seizième siècle, l'exécution
-matérielle change dans la peinture. La peinture des ateliers, une
-peinture faite du premier coup, sur laquelle on ne peut guère revenir,
-succède à ces exécutions toutes de sentiment, et que chaque maître se
-faisait à lui-même, ou plutôt que son instinct lui inspirait suivant le
-besoin de son génie. Certes on ne peut faire un Titien avec les moyens
-employés par un Rubens et le pointillage, etc. Le Raphaël que j'ai vu
-rue Grange-Batelière était fait à petits coups de pinceau... Un peintre
-de l'école des Carrache se serait cru déshonoré de peindre avec cette
-minutie. À plus forte raison ceux des écoles plus récentes et plus
-corrompues des Vanloo.</p>
-
-<p><i>Style français.</i> Sur la froideur du style français. De cette
-correction même dans de grandes écoles comme celle de Louis XIV qui
-glace l'imagination tout en satisfaisant l'esprit. Voir mes notes du
-23 mars 1855<a name="NoteRef_375_363" id="NoteRef_375_363"></a><a href="#Note_375_363" class="fnanchor">[375]</a>. Chose singulière, jusqu'à l'école de Lebrun, du
-Poussin, etc., d'où sont sortis les Coysevox, les Coustou, la sculpture
-française joint la fantaisie à la belle exécution et rivalise avec les
-écoles d'Italie du grand style. Germain Pilon, Jean Goujon.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_253" id="Page_253">[p. 253]</a></span></p>
-
-<p><i>Ébauche.</i> Voir mes notes du 2 avril 1855<a name="NoteRef_376_364" id="NoteRef_376_364"></a><a href="#Note_376_364" class="fnanchor">[376]</a>.</p>
-
-<p><i>Couleur.</i> De sa supériorité ou de son exquisivité, si l'on veut, sous
-le rapport de l'effet sur l'imagination. Voir mes notes du 6 juin
-1851<a name="NoteRef_377_365" id="NoteRef_377_365"></a><a href="#Note_377_365" class="fnanchor">[377]</a>. Sur la couleur chez Lesueur.</p>
-
-<p><i>Oppositions.</i> Granet disait que la peinture consistait à mettre du
-blanc sur du noir et du noir sur du blanc.</p>
-
-<p><i>Artiste.</i></p>
-
-<p><i>Imitation.</i> On donne particulièrement le nom d'arts d'imitation à
-la peinture et à la sculpture; les autres arts, comme la musique, la
-poésie, n'imitent pas la nature directement, quoique leur but soit de
-frapper l'imagination.</p>
-
-<p><i>De l'antique et des écoles hollandaises.</i> On s'étonnera de voir
-réunies dans un même titre des productions en apparence si diverses,
-diverses par le temps, mais moins diverses qu'on ne croit par le style
-et l'esprit dans lequel elles ont été conçues.</p>
-
-<p><i>Antique</i><a name="NoteRef_378_366" id="NoteRef_378_366"></a><a href="#Note_378_366" class="fnanchor">[378]</a>. D'où vient cette qualité particulière, ce goût parfait
-qui n'est que dans l'antique? Peut-être de ce que nous lui comparons
-tout ce qu'on<span class="pagenum"><a name="Page_254" id="Page_254">[p. 254]</a></span> a fait en croyant limiter. Mais encore, que peut-on lui
-comparer dans ce qui a été fait de plus parfait dans les genres les
-plus divers? Je ne vois point ce qui manque à Virgile, à Horace. Je
-vois bien ce que je voudrais dans nos plus grands écrivains et aussi
-ce que je n'y voudrais pas. Peut-être aussi que, me trouvant avec ces
-derniers dans une communauté, si j'ose dire, de civilisation, je les
-vois plus à fond, je les comprends mieux surtout, je vois mieux le
-désaccord entre ce qu'ils ont fait et ce qu'ils ont voulu faire. Un
-Romain m'eût fait voir dans Horace et dans Virgile des taches ou des
-fautes que je ne peux y voir; mais c'est surtout dans tout ce qui nous
-reste des arts plastiques des anciens que cette qualité de goût et
-de mesure parfaite se trouve au plus haut point de perfection. Nous
-pouvons soutenir la comparaison avec eux dans la littérature; dans les
-arts, jamais.</p>
-
-<p>Titien est un de ceux qui se rapprochent le plus de l'esprit de
-l'antique. Il est de la famille des Hollandais et par conséquent
-de celle de l'antique. Il sait faire d'après nature: c'est ce qui
-rappelle toujours dans ses tableaux un type vrai, par conséquent non
-passager comme ce qui sort de l'imagination d'un homme, lequel ayant
-des imitateurs en donne plus vite le dégoût. On dirait qu'il y a un
-grain de folie dans tous les autres; lui seul est de bon sens, maître
-de lui, de sa facilité et de son exécution, qui ne le domine jamais
-et dont il ne fait point parade. Nous croyons imiter l'antique en le
-prenant pour ainsi dire à la lettre, en<span class="pagenum"><a name="Page_255" id="Page_255">[p. 255]</a></span> faisant la caricature de ses
-draperies, etc. Titien et les Flamands ont l'esprit de l'antique, et
-non l'imitation de ses formes extérieures.</p>
-
-<p>L'antique ne sacrifie pas à la grâce, comme Raphaël, Corrège et la
-Renaissance en général; il n'a pas cette affectation, soit de la force,
-soit de l'imprévu, comme dans Michel-Ange. Il n'a jamais la bassesse du
-Puget dans certaines parties, ni son naturel par trop naturel.</p>
-
-<p>Tous ces hommes ont, dans leurs ouvrages, des parties surannées; rien
-de tel dans l'antique. Chez les modernes, il y en a toujours trop; chez
-l'antique, toujours même sobriété et même force contenue.</p>
-
-<p>Ceux qui ne voient dans Titien que le plus grand des coloristes sont
-dans une grande erreur: il l'est effectivement, mais il est en même
-temps le premier des dessinateurs, si on entend par dessin <i>celui de la
-nature</i><a name="NoteRef_379_367" id="NoteRef_379_367"></a><a href="#Note_379_367" class="fnanchor">[379]</a>, et non celui où l'imagination du peintre a plus de part,
-intervient plus que l'imitation. Non que cette imagination chez Titien
-soit servile: il ne faut que comparer son dessin à celui des peintres
-qui se sont appliqués à rendre exactement la nature dans les écoles
-bolonaise ou espagnole, par exemple. On peut dire que chez les Italiens
-le style l'emporte sur<span class="pagenum"><a name="Page_256" id="Page_256">[p. 256]</a></span> tout: je n'entends pas dire par là que tous les
-artistes italiens ont un grand style ou même un style agréable, je veux
-dire qu'ils sont enclins à abonder chacun dans ce qu'on peut appeler
-<i>leur style</i>, qu'on le prenne en bonne ou mauvaise part. J'entends par
-là que Michel-Ange abuse de son style, autant que le Bernin ou Piètre
-de Cortone, eu égard pour chacun à l'élévation ou à la vulgarité de ce
-style: en un mot, leur manière particulière, ce qu'ils croient ajouter
-ou ajoutent à leur insu à la nature, éloigne toute idée d'imitation et
-nuit à la vérité et à la naïveté de l'expression. On ne trouve guère
-cette naïveté précieuse chez les Italiens qu'avant le Titien, qui
-la conserve au milieu de cet entraînement de ses contemporains vers
-la manière, manière qui vise plus ou moins au sublime, mais que les
-imitateurs rendent bien vite ridicule.</p>
-
-<p>Il est un autre homme dont il faut parler ici, pour le mettre sur la
-même ligne que le Titien, si l'on regarde comme la première qualité
-la vérité unie à l'idéal: c'est Paul Véronèse. Il est plus libre
-que le Titien, mais il est moins fini. Ils ont tous les deux cette
-tranquillité, ce calme tempérament qui indique des esprits qui se
-possèdent. Paul semble plus savant, moins collé au modèle, partant
-plus indépendant dans son exécution. En revanche, le scrupule du
-Titien n'a rien qui incline à la froideur: je parle surtout de
-celle de l'exécution, qui suffit à réchauffer le tableau; car l'un
-et l'autre donnent moins à l'expression que la plupart des grands
-maîtres. Cette qualité si rare, ce<span class="pagenum"><a name="Page_257" id="Page_257">[p. 257]</a></span> sang-froid animé, si on peut le
-dire, exclut sans doute les effets qui tendent à l'émotion. Ce sont
-encore là des particularités qui leur sont communes avec ceux de
-l'antique, chez lesquels la forme plastique extérieure passe avant
-l'expression. On explique par l'introduction du christianisme cette
-singulière révolution qui se fait au moyen âge dans les arts du dessin,
-c'est-à-dire la prédominance de l'expression. Le mysticisme chrétien
-qui planait sur tout, l'habitude pour les artistes de représenter
-presque exclusivement des sujets de la religion qui parlent avant
-tout à l'âme, ont favorisé indubitablement cette pente générale à
-l'expression. Il en est résulté nécessairement dans les âges modernes
-plus d'imperfection dans les qualités plastiques. Les anciens n'offrent
-point les exagérations ou incorrections des Michel-Ange, des Puget, des
-Corrège; en revanche, le beau calme de ces belles figures n'éveille en
-rien cette partie de l'imagination que les modernes intéressent par
-tant de points. Cette turbulence sombre de Michel-Ange, ce je ne sais
-quoi de mystérieux et d'agrandi qui passionne son moindre ouvrage;
-cette grâce noble et pénétrante, cet attrait irrésistible du Corrège;
-la profonde expression et la fougue de Rubens; le vague, la magie, le
-dessin expressif de Rembrandt: tout cela est de nous, et les anciens ne
-s'en sont jamais doutés.</p>
-
-<p>Rossini est un exemple frappant de cette passion de l'agrément, de la
-grâce outrée. Aussi son école est-elle insupportable!</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_258" id="Page_258">[p. 258]</a></span></p>
-
-<hr class="b2" />
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_277_265" id="Note_277_265"></a><a href="#NoteRef_277_265"><span class="label">[277]</span></a> Nous donnons ci-contre le fac-simile d'une lettre
-adressée à cette date par Delacroix à Ingres, à propos de sa
-candidature à l'Académie des Beaux-Arts et dont nous devons la
-communication à l'obligeance de M. Chéramy.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_278_266" id="Note_278_266"></a><a href="#NoteRef_278_266"><span class="label">[278]</span></a> Sur la question du <i>Beau</i> et la conception de Delacroix
-touchant ce point, voir notre Étude, à la page XXVIII, ainsi que
-l'appréciation de M. Paul Mantz que nous avons rapportée dans
-l'annotation.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_279_267" id="Note_279_267"></a><a href="#NoteRef_279_267"><span class="label">[279]</span></a> Tout ce passage sur le <i>Titien</i> a une très grande
-importance pour quiconque veut suivre, en l'approfondissant, le
-développement esthétique de Delacroix. Il présente un double intérêt,
-tant au point de vue du jugement en lui-même, qui précise le dernier
-état de son opinion sur le maître vénitien, qu'au point de vue du
-contraste de cette opinion avec celles qu'il avait précédemment émises.
-Il n'est point d'artiste en effet sur le compte duquel il ait autant
-varié que Titien. On se rappelle certains passages, notamment une page
-sur l'<i>Ensevelissement</i>, à laquelle nous n'avons voulu croire qu'après
-l'avoir collationnée minutieusement sur les manuscrits originaux. Tout
-ce début de l'année 1857 est donc une véritable réparation à la mémoire
-du grand Vénitien.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_280_268" id="Note_280_268"></a><a href="#NoteRef_280_268"><span class="label">[280]</span></a> La disposition de ce passage, la concision avec
-laquelle les idées sont jetées, sans souci de forme définitive ni de
-phrases terminées, marque suffisamment l'intention qu'avait Delacroix
-de revenir sur ce sujet et de le traiter avec les développements
-qu'il comporte. Il indique à la hâte, se réservant d'y insister, les
-principaux points de vue auxquels on pouvait les reprendre. Il n'est
-pas jusqu'à cet essai de <i>Dictionnaire des Beaux-Arts</i> auquel nous
-allons arriver et qui constitue l'intérêt capital de cette publication,
-qui ne nous apparaisse comme un canevas, comme une brève esquisse
-destinée à se transformer en études suivies.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_281_269" id="Note_281_269"></a><a href="#NoteRef_281_269"><span class="label">[281]</span></a> Personne mieux que Taine n'a compris l'universalité de
-génie de ces hommes du seizième siècle. Dans son <i>Voyage en Italie</i>, et
-à propos des mêmes Vénitiens qu'il avait, lui le premier de tous les
-critiques français, su percer à jour, il écrit: «Partout les grands
-artistes sont les héros et les interprètes de leur peuple, Jordaëns,
-Crayer, Rubens en Flandre, Titien, Tintoret, Véronèse à Venise. Leur
-instinct et leur intuition les font naturalistes, psychologues,
-historiens, philosophes: ils repoussent l'idée qui constitue leur race
-et leur âge, et la sympathie universelle et involontaire qui fait
-leur génie rassemble et organise en leur esprit, avec les proportions
-véritables, les éléments infinis et entre-croisés du monde où ils sont
-compris.»</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_282_270" id="Note_282_270"></a><a href="#NoteRef_282_270"><span class="label">[282]</span></a> Se rappeler que dans un autre passage du Journal,
-directement opposé à l'opinion de ceux qui considèrent comme un
-bienfait la patine du temps, Delacroix déclare que les maîtres ne
-reconnaîtraient point leurs chefs-d'œuvre dans les <i>croûtes
-enfumées</i> que nous voyons aujourd'hui. Ceci s'accorde parfaitement
-d'ailleurs avec les doléances qu'il répétait souvent, au dire de ceux
-qui l'ont connu, sur la <i>fragilité de la peinture.</i></p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_283_271" id="Note_283_271"></a><a href="#NoteRef_283_271"><span class="label">[283]</span></a> <i>Raphaël Menys</i> (1728-1779), peintre allemand, auteur
-d'un grand nombre d'œuvres importantes en Italie et en Espagne. Il a
-laissé plusieurs écrits sur les arts, recueillis et publiés en 1780 à
-Parme, sous le titre d'<i>Opere di Antonio Raffaelle Mengs</i>, et qui ont
-été depuis traduits en français.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_284_272" id="Note_284_272"></a><a href="#NoteRef_284_272"><span class="label">[284]</span></a> Dans son éloge de Venise, l'<i>Arétin</i> écrit: «Jamais,
-depuis que Dieu l'a fait, ce ciel n'a été embelli d'une si charmante
-peinture d'ombres et de lumières. L'air était tel que le voudraient
-faire ceux qui portent envie à Titien, parce qu'ils ne peuvent être
-Titien... Oh! les beaux coups de pinceau qui, de ce côté, coloraient
-l'air et le faisaient reculer derrière les palais, comme le pratique
-Titien dans ses paysages! En certaines parties apparaissait un vert
-azuré, en d'autres un azur verdi, véritablement mélangés par la
-capricieuse invention de la nature, maîtresse des maîtres. C'est elle
-ici qui, avec des teintes claires ou obscures, noyait ou modelait des
-formes selon son idée. Et moi qui sait comme votre pinceau est l'âme de
-votre âme, je m'écriai trois ou quatre fois: Titien, où êtes-vous?»</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_285_273" id="Note_285_273"></a><a href="#NoteRef_285_273"><span class="label">[285]</span></a> Sur cette éternelle question du dessin et de la couleur,
-à propos de cette division entre dessinateurs et coloristes qui
-durera sans doute tant qu'il y aura des dessinateurs et des peintres,
-Baudelaire écrivait dans son Salon de 1846, se faisant l'interprète
-de la pensée du maître qu'il avait défendu toute sa vie: «On peut
-être à la fois coloriste et dessinateur, mais dans un certain sens.
-De même qu'un dessinateur peut être coloriste par les grandes masses,
-de même un coloriste peut être dessinateur, par une logique complète
-de l'ensemble des lignes; mais l'une de ces qualités absorbe toujours
-le détail de l'autre. Les coloristes dessinent comme la nature: leurs
-figures sont naturellement délimitées par la lutte harmonieuse des
-masses colorées.» Dans tous les passages de ses œuvres critiques
-où il traite ces intéressantes questions de technique picturale, on
-retrouve, commentées et renouvelées par son talent de vision originale
-et personnelle, les idées du maître qu'il chérissait, si bien que
-l'<i>Art romantique</i> et les <i>Curiosités esthétiques</i> donnent comme un
-avant-goût des plus curieux passages de cette année 1857.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_286_274" id="Note_286_274"></a><a href="#NoteRef_286_274"><span class="label">[286]</span></a> Ici encore, et à propos de la <i>fresque</i>, nous ne pouvons
-que répéter ce que nous avons déjà dit dans notre étude, à savoir qu'il
-manqua toujours à Delacroix de n'avoir pas vu les maîtres vénitiens
-chez eux. Nous nous figurons aisément ce qu'eût été son enthousiasme
-s'il avait vu au Musée de Vérone l'admirable fresque de Paul Véronèse
-symbolisant la musique. Il avait d'ailleurs lui-même parfaitement
-conscience des lacunes de ses connaissances en ce qui touche les
-maîtres italiens, puisqu'il écrivait à Burty, avec une modestie
-vraiment admirable chez un homme de génie: «Qu'il ne voudrait rien
-publier avant d'avoir vu les maîtres italiens sur place, et que l'état
-de sa santé lui interdisait l'espérance d'un tel voyage.» (<i>Corresp.</i>,
-t. II, p. 179.)</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_287_275" id="Note_287_275"></a><a href="#NoteRef_287_275"><span class="label">[287]</span></a> Voir notre Étude, p. XLIX et L.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_288_276" id="Note_288_276"></a><a href="#NoteRef_288_276"><span class="label">[288]</span></a> Delacroix ne voulait pas seulement indiquer par là
-les gens qui n'ont point de compétence, technique dans chaque art
-individuel, mais surtout ceux qui n'ont pas le sentiment profond et
-vivace de la Beauté, c'est-à-dire ce qui ne saurait s'acquérir.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_289_277" id="Note_289_277"></a><a href="#NoteRef_289_277"><span class="label">[289]</span></a> Sur un <i>Projet de Dictionnaire des Beaux-Arts:</i> «Ce
-petit recueil est l'ouvrage d'une seule personne qui a passé toute sa
-vie à s'occuper de peinture. Il ne peut donc prétendre qu'à donner
-sur chaque objet le peu de lumières qu'il a pu acquérir, et encore
-ne donnera-t-il que des informations toutes personnelles. L'idée de
-faire un livre l'a effrayé. Il faut un grand talent de composition
-pour ne mettre dans un livre que ce qu'il faut et pour y mettre tout
-ce qu'il faut... Il lui a semblé qu'un dictionnaire n'était pas un
-livre, même quand il était tout entier de la même main. Chaque article
-séparé ressort mieux et laisse plus de trace dans l'esprit. Il semble
-qu'il faille, dans un traité en règle, que le lecteur fasse lui-même,
-s'il veut tirer quelque profit de sa lecture, la besogne que l'auteur,
-etc... Point de transitions nécessaires.» (<span class="smcap">Eugène Delacroix</span>, <i>sa vie et
-ses œuvres</i>, p. 433.)</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_290_278" id="Note_290_278"></a><a href="#NoteRef_290_278"><span class="label">[290]</span></a> À rapprocher ce fragment détaché d'un album: «Il faut
-attribuer à la fresque le grand style des écoles italiennes. Le peintre
-remplace par l'idéal l'absence des détails. Il lui faut savoir beaucoup
-et oser encore plus. La fresque seule pouvait amener à l'exagération
-des Primatice et des Parmesan, dans une époque où la peinture sortant
-de ses langes devait encore être timide. Je crois, au reste, qu'à moins
-d'une organisation très rare et bien variée, il est presque impossible
-de réussir également dans l'un et l'autre genre. Je ne peux me figurer
-ce qu'eussent été les fresques de Rubens; et les tableaux à l'huile
-de Raphaël se ressentent de cette hésitation qu'il a dû éprouver à y
-introduire des détails que la fresque ne comporte pas, qu'elle banni!
-même.» (<span class="smcap">Eugène Delacroix</span>, <i>sa vie et ses œuvres</i>, p. 413.)</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_291_279" id="Note_291_279"></a><a href="#NoteRef_291_279"><span class="label">[291]</span></a> Voir t. III, p. <a href="#Page_15">15</a>.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_292_280" id="Note_292_280"></a><a href="#NoteRef_292_280"><span class="label">[292]</span></a> Voir t. I. p. 383, et t. III, p. <a href="#Page_86">86</a> et suiv.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_293_281" id="Note_293_281"></a><a href="#NoteRef_293_281"><span class="label">[293]</span></a> C'est une théorie chère à Delacroix. (Voir t. II, p. 238
-et 246.)</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_294_282" id="Note_294_282"></a><a href="#NoteRef_294_282"><span class="label">[294]</span></a> «Entre autres choses, ce qui fait le grand peintre,
-c'est la combinaison hardie d'accessoires qui augmente l'impression.
-Ces nuages qui volent dans le même sens que le cavalier emporté par son
-cheval, les plis de son manteau qui l'enveloppent ou flottent autour
-des flancs de sa monture. Cette association puissante... car qu'est-ce
-que composer? c'est associer avec puissance...» (<span class="smcap">Eugène Delacroix</span>, <i>sa
-vie et ses œuvres</i>, p. 421.)</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_295_283" id="Note_295_283"></a><a href="#NoteRef_295_283"><span class="label">[295]</span></a> Ces notes étaient sans doute inscrites sur un carnet qui
-n'a pas été retrouvé.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_296_284" id="Note_296_284"></a><a href="#NoteRef_296_284"><span class="label">[296]</span></a> Voir t. III, p. <a href="#Page_97">97</a>.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_297_285" id="Note_297_285"></a><a href="#NoteRef_297_285"><span class="label">[297]</span></a> Voir t. III, p. <a href="#Page_189">189</a>.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_298_286" id="Note_298_286"></a><a href="#NoteRef_298_286"><span class="label">[298]</span></a> Voir t. I, p. 321 et 322.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_299_287" id="Note_299_287"></a><a href="#NoteRef_299_287"><span class="label">[299]</span></a> Sur une feuille volante, avec ce titre: <i>Les manières</i>,
-Delacroix écrivait: «Les lois de la raison et du bon goût sont
-éternelles, et les gens de génie n'ont pas besoin qu'on les leur
-apprenne. Mais rien ne leur est plus mortel que les prétendues règles,
-<i>manières</i>, conventions qu'ils trouvent établies dans les écoles, la
-séduction même que peuvent exercer sur eux des méthodes d'exécution
-qui ne sont pas conformes à leur manière de sentir et de rendre la
-nature.&mdash;On les condamne toujours au nom de ces manières en vogue,
-et non pas au nom de la raison et de la convenance. Ainsi Gros, par
-respect pour la manière de David, etc... On en voit l'influence sur
-Rubens lui-même: la vue des Carrache... Nul doute que la manière qui
-est sortie de leurs écoles, manière réduite tellement en principe
-qu'elle est devenue pendant deux cents ans et qu'elle est encore
-la règle de l'exécution en peinture, n'ait porté un coup mortel à
-l'originalité de bien des peintres.» (<span class="smcap">Eugène Delacroix</span>, <i>sa vie et ses
-œuvres</i>, p. 422.)</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_300_288" id="Note_300_288"></a><a href="#NoteRef_300_288"><span class="label">[300]</span></a> Les carnets de 1845 n'ont pas été retrouves.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_301_289" id="Note_301_289"></a><a href="#NoteRef_301_289"><span class="label">[301]</span></a> «Cher Monsieur et ami... Il n'y a pas de félicitations
-qui puissent me flatter plus que les vôtres. La chose a été faite
-assez franchement, et cela ajoute à la réussite aux yeux du public.
-Vous dites justement que ce succès, il y a vingt ans, m'aurait causé
-un tout autre plaisir: j'avais la chance, dans ce cas, de me voir plus
-utile que je ne puis l'être maintenant dans une situation de ce genre.
-J'aurais eu le temps de devenir professeur à l'École: c'est là que
-j'eusse pu exercer quelque influence. Quoi qu'il en soit, je ne partage
-pas l'opinion de quelques personnes, amies ou autres, qui m'ont fait
-entendre plus d'une fois que je ferais mieux de m'abstenir. Il y a plus
-de fatuité que de véritable estime de soi-même à rester dans sa tente:
-au reste, je ne manque point ici à mes antécédents, puisqu'une fois mon
-parti pris, je n'ai pas cessé de me présenter.» (<i>Corresp.</i>, t. II, p.
-157, 158.)</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_302_290" id="Note_302_290"></a><a href="#NoteRef_302_290"><span class="label">[302]</span></a> <i>Isidore Dagnan.</i> Voir t. II, p. 314.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_303_291" id="Note_303_291"></a><a href="#NoteRef_303_291"><span class="label">[303]</span></a> Delacroix écrivait autre part: «La peinture est un art
-modeste, il faut aller à lui et l'on y va sans peine; un coup d'œil
-suffit. Le livre n'est point cela: il faut l'acheter d'abord, il faut
-le lire ensuite page par page, entendez-vous bien, messieurs? et bien
-souvent suer pour le le comprendre.»</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_304_292" id="Note_304_292"></a><a href="#NoteRef_304_292"><span class="label">[304]</span></a> «J'éprouve, et sans doute tous les gens sensibles
-éprouvent qu'en présence d'un beau tableau, on se sent le besoin
-d'aller loin de lui penser à l'impression qu'il a fait naître. Il
-se fait alors le travail inverse du littérateur: je le repasse,
-détail par détail, dans ma mémoire, et si j'en fais par écrit la
-description, je pourrais employer vingt pages à la description de
-ce que j'aurais pourtant embrassé tout entier en quelques instants.
-Le poème ne serait-il pas, par contre, un tableau dont on me montre
-chaque partie, l'une après l'autre? Que ce soit un voile qu'il soulève
-successivement.» (<span class="smcap">Eugène Delacroix</span>, <i>sa vie et ses œuvres</i>, p. 418,
-419.)</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_305_293" id="Note_305_293"></a><a href="#NoteRef_305_293"><span class="label">[305]</span></a> Non retrouvées.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_306_294" id="Note_306_294"></a><a href="#NoteRef_306_294"><span class="label">[306]</span></a> Non retrouvées.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_307_295" id="Note_307_295"></a><a href="#NoteRef_307_295"><span class="label">[307]</span></a> Voir t. III, p. <a href="#Page_72">72</a> et <a href="#Page_73">73</a>.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_308_296" id="Note_308_296"></a><a href="#NoteRef_308_296"><span class="label">[308]</span></a> Se rappeler ce que Delacroix a écrit sur Théophile
-Gautier. Son opinion a d'ailleurs varié à cet égard; pour s'en
-convaincre, on peut lire certains billets adressés à Thoré, Baudelaire,
-Th. Silvestre, P. de Saint-Victor, Sainte-Beuve. Il est vrai d'ajouter
-que certains d'entre eux n'étaient pas seulement des critiques, mais
-bien des créateurs. Par <i>critique</i>, Delacroix entend exclusivement
-celui qui fait profession de juger autrui.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_309_297" id="Note_309_297"></a><a href="#NoteRef_309_297"><span class="label">[309]</span></a> Voir t. II, p. 186 et 187.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_310_298" id="Note_310_298"></a><a href="#NoteRef_310_298"><span class="label">[310]</span></a> Non retrouvées.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_311_299" id="Note_311_299"></a><a href="#NoteRef_311_299"><span class="label">[311]</span></a> Cette simple indication se réfère à un développement
-du Journal dans lequel le maître critique l'obscurité habituelle des
-fonds, dans les portraits des anciens peintres. (Voir t. II, p. 136.)</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_312_300" id="Note_312_300"></a><a href="#NoteRef_312_300"><span class="label">[312]</span></a> Voir t. III, p. <a href="#Page_15">15</a> et suiv.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_313_301" id="Note_313_301"></a><a href="#NoteRef_313_301"><span class="label">[313]</span></a> Non retrouvées.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_314_302" id="Note_314_302"></a><a href="#NoteRef_314_302"><span class="label">[314]</span></a> Sans doute des notes écrites au crayon sur des feuilles
-volantes et qu'on retrouvera dans <span class="smcap">Eugène Delacroix</span>, <i>sa vie et ses
-œuvres</i>, p. 430 et suiv.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_315_303" id="Note_315_303"></a><a href="#NoteRef_315_303"><span class="label">[315]</span></a> Voir t. III, p. <a href="#Page_205">205</a>.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_316_304" id="Note_316_304"></a><a href="#NoteRef_316_304"><span class="label">[316]</span></a> Voir t. II, p. 124.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_317_305" id="Note_317_305"></a><a href="#NoteRef_317_305"><span class="label">[317]</span></a> Voir t. II, p. 136.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_318_306" id="Note_318_306"></a><a href="#NoteRef_318_306"><span class="label">[318]</span></a> Voir t. I, p. 355.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_319_307" id="Note_319_307"></a><a href="#NoteRef_319_307"><span class="label">[319]</span></a> À propos de cette universalité dont Eugène Delacroix
-faisait le critérium du génie, Baudelaire écrivait: «Eugène Delacroix
-était, en même temps qu'un peintre épris de son métier, un homme
-d'éducation générale, au contraire des autres artistes modernes
-qui ne sont guère que d'illustres ou d'obscurs rapins, de tristes
-spécialistes, vieux ou jeunes, les uns sachant fabriquer des figures
-académiques, les autres des fruits, les autres des bestiaux. Eugène
-Delacroix aimait tout, savait tout peindre et savait goûter tous les
-genres de talent.»</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_320_308" id="Note_320_308"></a><a href="#NoteRef_320_308"><span class="label">[320]</span></a> Voir t. I, p. 353.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_321_309" id="Note_321_309"></a><a href="#NoteRef_321_309"><span class="label">[321]</span></a> Voir t. III, p. <a href="#Page_100">100</a> et <a href="#Page_107">107</a>.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_322_310" id="Note_322_310"></a><a href="#NoteRef_322_310"><span class="label">[322]</span></a> Voir t. III, p. <a href="#Page_15">15</a> et suiv.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_323_311" id="Note_323_311"></a><a href="#NoteRef_323_311"><span class="label">[323]</span></a> Non retrouvées.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_324_312" id="Note_324_312"></a><a href="#NoteRef_324_312"><span class="label">[324]</span></a> Non retrouvées.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_325_313" id="Note_325_313"></a><a href="#NoteRef_325_313"><span class="label">[325]</span></a> Voir t. III, p. <a href="#Page_119">119</a> et <a href="#Page_120">120</a>.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_326_314" id="Note_326_314"></a><a href="#NoteRef_326_314"><span class="label">[326]</span></a> Delacroix aimait à dire, lorsqu'on lui parlait d'un
-prétendu progrès des Arts: «Où sont donc vos Phidias? Où sont vos
-Raphaël?»</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_327_315" id="Note_327_315"></a><a href="#NoteRef_327_315"><span class="label">[327]</span></a> Voir t. III, p. <a href="#Page_86">86</a> et suiv.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_328_316" id="Note_328_316"></a><a href="#NoteRef_328_316"><span class="label">[328]</span></a> Voir t. III, p. <a href="#Page_69">69</a> et suiv.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_329_317" id="Note_329_317"></a><a href="#NoteRef_329_317"><span class="label">[329]</span></a> Voir t. III, p. <a href="#Page_36">36</a> et suiv.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_330_318" id="Note_330_318"></a><a href="#NoteRef_330_318"><span class="label">[330]</span></a> Voir t. III, p. <a href="#Page_69">69</a> et suiv.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_331_319" id="Note_331_319"></a><a href="#NoteRef_331_319"><span class="label">[331]</span></a> Voir t. III, p. <a href="#Page_106">106</a> et <a href="#Page_107">107</a>.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_332_320" id="Note_332_320"></a><a href="#NoteRef_332_320"><span class="label">[332]</span></a> Il nous a paru intéressant de rapprocher de ce fragment
-de Delacroix un fragment de Stendhal qui nous semble conçu à peu près
-dans le même esprit. Nous avons d'ailleurs noté déjà dans notre Étude
-certaines analogies entre eux: «Le Romanticisme, dit Beyle, est l'art
-de présenter aux peuples les œuvres littéraires qui, dans l'état
-actuel de leurs habitudes et de leurs croyances, sont susceptibles de
-leur donner le plus de plaisir possible. Le Classicisme, au contraire,
-leur présente la littérature qui donnait le plus grand plaisir possible
-à leurs arrière-grands-pères... Je n'hésite pas à avancer que <i>Racine a
-été romantique</i>» (<span class="smcap">Stendhal</span>, <i>Racine et Shakespeare.</i>)</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_333_321" id="Note_333_321"></a><a href="#NoteRef_333_321"><span class="label">[333]</span></a> À peine est-il besoin de faire remarquer que cette
-manière de boutade est en contradiction absolue avec les idées qu'il
-professait d'habitude et qui constituent l'essence même du génie de
-Delacroix.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_334_322" id="Note_334_322"></a><a href="#NoteRef_334_322"><span class="label">[334]</span></a> Ceux qui se rappellent l'exposition des œuvres
-de Delacroix au palais des Beaux-Arts ont conservé le souvenir
-d'une admirable copie de Raphaël (voir <i>Catalogue Robault</i>, n° 24),
-merveilleusement significative de l'énergie avec laquelle il avait su
-dompter sa fougue naturelle pour s'assimiler la manière d'un artiste de
-tempérament aussi opposé. À propos de cette <i>éducation des peintres</i>
-par l'étude des maîtres antérieurs, nous trouvons dans un recueil de
-notes laissées par Rurty et publiées par M. Maurice Tourneux l'opinion
-de Meissonier, qui perdrait à être commentée: la voici dans toute
-sa franchise: «Dans la journée, je lui demandai s'il avait fait au
-Louvre des copies peintes.&mdash;<i>Jamais! jamais!</i> s'est-il écrié. Et puis,
-d'ailleurs, et le temps de copier la peinture des autres!» (<i>Croquis
-d'après nature</i>, par Ph. <span class="smcap">Burty</span>.)</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_335_323" id="Note_335_323"></a><a href="#NoteRef_335_323"><span class="label">[335]</span></a> Nous avons déjà touché dans notre Étude à ce point
-intéressant. Nous trouvons la même idée reprise et développée dans
-une conversation de Baudelaire avec Eugène Delacroix, rapportée dans
-l'<i>Art romantique</i>: «La nature n'est qu'un dictionnaire, répétait-il
-fréquemment... Pour bien comprendre l'étendue du sens impliqué dans
-cette phrase, il faut se figurer les usages ordinaires et nombreux du
-dictionnaire. On y cherche le sens des mots, la génération des mots,
-enfin on en extrait tous les éléments qui composent une phrase ou un
-récit; mais personne n'a jamais considéré le dictionnaire comme une
-<i>composition</i> dans le sens poétique du mot. Les peintres qui obéissent
-à l'imagination cherchent dans leur dictionnaire les éléments qui
-s'accommodent à leur conception... Ceux qui n'ont pas d'imagination
-copient le dictionnaire.»</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_336_324" id="Note_336_324"></a><a href="#NoteRef_336_324"><span class="label">[336]</span></a> Voir t. I, p. 439.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_337_325" id="Note_337_325"></a><a href="#NoteRef_337_325"><span class="label">[337]</span></a> Voir t. II, p. 201 et 202.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_338_326" id="Note_338_326"></a><a href="#NoteRef_338_326"><span class="label">[338]</span></a> Voir t. III, p. <a href="#Page_168">168</a>.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_339_327" id="Note_339_327"></a><a href="#NoteRef_339_327"><span class="label">[339]</span></a> Voir t. III, p. <a href="#Page_187">187</a> et <a href="#Page_183">183</a>.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_340_328" id="Note_340_328"></a><a href="#NoteRef_340_328"><span class="label">[340]</span></a> Voir t. III, p. <a href="#Page_186">186</a>.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_341_329" id="Note_341_329"></a><a href="#NoteRef_341_329"><span class="label">[341]</span></a> Voir t. III, p. <a href="#Page_185">185</a>.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_342_330" id="Note_342_330"></a><a href="#NoteRef_342_330"><span class="label">[342]</span></a> Voir t. III, p. <a href="#Page_86">86</a> et suiv.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_343_331" id="Note_343_331"></a><a href="#NoteRef_343_331"><span class="label">[343]</span></a> Voir t. III, p. <a href="#Page_14">14</a>.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_344_332" id="Note_344_332"></a><a href="#NoteRef_344_332"><span class="label">[344]</span></a> Non retrouvées.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_345_333" id="Note_345_333"></a><a href="#NoteRef_345_333"><span class="label">[345]</span></a> Cette affirmation, qu'on ne peut d'ailleurs considérer
-que comme un paradoxe chez un artiste qui faisait sa lecture habituelle
-de Byron, Shakespeare et Gœthe, suffirait amplement à démontrer
-les tendances classiques d'Eugène Delacroix, comme nous nous sommes
-appliqué à le faire dans notre Étude.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_346_334" id="Note_346_334"></a><a href="#NoteRef_346_334"><span class="label">[346]</span></a> Voir t. II, p. 185 et suiv.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_347_335" id="Note_347_335"></a><a href="#NoteRef_347_335"><span class="label">[347]</span></a> Voir t. II, p. 204.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_348_336" id="Note_348_336"></a><a href="#NoteRef_348_336"><span class="label">[348]</span></a> Voir t. III, p. <a href="#Page_267">267</a>.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_349_337" id="Note_349_337"></a><a href="#NoteRef_349_337"><span class="label">[349]</span></a> Voir t. III, p. <a href="#Page_260">260</a>.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_350_338" id="Note_350_338"></a><a href="#NoteRef_350_338"><span class="label">[350]</span></a> <i>Thomas Campbell</i> (1767-1844), poète anglais.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_351_339" id="Note_351_339"></a><a href="#NoteRef_351_339"><span class="label">[351]</span></a> Voir t. II, p. 12.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_352_340" id="Note_352_340"></a><a href="#NoteRef_352_340"><span class="label">[352]</span></a> Sur le caractère <i>suggestif</i> de l'œuvre d'art, dans
-la pensée de Delacroix, voir notre Étude, p. XXXIX et XL.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_353_341" id="Note_353_341"></a><a href="#NoteRef_353_341"><span class="label">[353]</span></a> Non retrouvées.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_354_342" id="Note_354_342"></a><a href="#NoteRef_354_342"><span class="label">[354]</span></a> Voir t. I, p. 225.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_355_343" id="Note_355_343"></a><a href="#NoteRef_355_343"><span class="label">[355]</span></a> Non retrouvées.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_356_344" id="Note_356_344"></a><a href="#NoteRef_356_344"><span class="label">[356]</span></a> L'article de Delacroix sur <i>Michel-Ange</i> parut à la
-<i>Revue de Paris</i> en 1830, c'est-à-dire à l'époque de ses plus ardents
-enthousiasmes pour le grand sculpteur, et se terminait ainsi: «Ébloui
-de l'éclat d'un si grand génie, et regrettant d'en avoir donné une si
-faible idée, c'est bien à lui que nous devons appliquer ce qu'il disait
-lui-même du Dante dans ce vers:
-</p>
-<p>
-<span style="margin-left: 2em;">«<i>Quanto dirne si dee non si può dire.</i></span>
-</p>
-<p>
-<span style="margin-left: 2em;">«On ne dira jamais de lui tout ce qu'il en faut dire.»</span>
-</p>
-<p>
-(<span class="smcap">Eugène Delacroix</span>, <i>sa vie et ses œuvres</i>, p. 186.)</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_357_345" id="Note_357_345"></a><a href="#NoteRef_357_345"><span class="label">[357]</span></a> On ne saurait trop regretter la perte de ce carnet
-contenant les notes des mois de mai et juin 1850, qui devait renfermer,
-autant qu'on peut en juger, tant de réflexions d'un intérêt capital.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_358_346" id="Note_358_346"></a><a href="#NoteRef_358_346"><span class="label">[358]</span></a> Voir t. I, p. 432.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_359_347" id="Note_359_347"></a><a href="#NoteRef_359_347"><span class="label">[359]</span></a> Voilà qui indique clairement les intentions de Delacroix
-et répond victorieusement aux allégations de ceux qui pourraient
-prétendre que le Journal du maître n'a été, en aucune de ses parties,
-composé avec une arrière-pensée de publicité. Sans parler même de
-ce <i>Dictionnaire des Beaux-Arts</i> dont les fragments ici jetés, avec
-indication fréquente des points de suture, ne peuvent laisser aucun
-doute sur ses intentions de derrière la tête, il est bien clair qu'il
-y a tel morceau écrit avec un soin, un souci de la forme, raturé
-à plusieurs reprises, et repris après coup, sur lequel la simple
-inspection du manuscrit original suffit à édifier le lecteur. Puisque
-nous en sommes à ce point intéressant, nous ajouterons que dans ces
-dernières années, l'année 1855 par exemple, de nombreuses pages, qui
-devaient contenir des allusions personnelles ou des jugements un peu
-sévères, sont déchirées, et que beaucoup de noms propres ont été
-raturés avec une telle énergie qu'il est absolument impossible de rien
-discerner.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_360_348" id="Note_360_348"></a><a href="#NoteRef_360_348"><span class="label">[360]</span></a> <i>Antoine-Martin Garnaud</i> (1796-1861), architecte,
-grand prix d'architecture en 1817, exécuta de nombreux travaux
-d'embellissement dans Paris. Il est l'auteur d'un ouvrage intitulé:
-<i>Études sur les églises</i>, depuis l'église rurale jusqu'aux cathédrales.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_361_349" id="Note_361_349"></a><a href="#NoteRef_361_349"><span class="label">[361]</span></a> Se référer au beau passage du Journal sur ces
-tapisseries. Voir t. II, p. 69 et suiv.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_362_350" id="Note_362_350"></a><a href="#NoteRef_362_350"><span class="label">[362]</span></a> Voir t. III, p. <a href="#Page_205">205</a>.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_363_351" id="Note_363_351"></a><a href="#NoteRef_363_351"><span class="label">[363]</span></a> Voir notre Étude, p. XXXVIII et XXXIX.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_364_352" id="Note_364_352"></a><a href="#NoteRef_364_352"><span class="label">[364]</span></a> Voir t. II, p. 344 et suiv.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_365_353" id="Note_365_353"></a><a href="#NoteRef_365_353"><span class="label">[365]</span></a> <i>Geoffroi Tory</i> (1485-1533), typographe et graveur,
-connu sous le nom de <i>Maître du Pot cassé</i>, à cause de son enseigne et
-de la marque qu'il mettait à ses ouvrages.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_366_354" id="Note_366_354"></a><a href="#NoteRef_366_354"><span class="label">[366]</span></a> Voir t. III, p. <a href="#Page_132">132</a> et suiv.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_367_355" id="Note_367_355"></a><a href="#NoteRef_367_355"><span class="label">[367]</span></a> Voir t. III, p. <a href="#Page_244">244</a>.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_368_356" id="Note_368_356"></a><a href="#NoteRef_368_356"><span class="label">[368]</span></a> Voir t. III, p. <a href="#Page_139">139</a> et suiv.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_369_357" id="Note_369_357"></a><a href="#NoteRef_369_357"><span class="label">[369]</span></a> Dans son Étude sur <i>Prud'hon</i> parue à la <i>Revue des
-Deux Mondes</i> le 1<sup>er</sup> novembre 1846, voici ce qu'écrivait
-Delacroix: «On ne refusera pas à Prud'hon une grande partie der mérites
-qui sont ceux de l'antique. Dans la moindre étude sortie de sa main,
-on reconnaît un homme profondément inspiré de ces beautés. Il serait
-hardi sans doute de dire qu'il les a égalées dans toutes leurs parties.
-Il eût retrouvé à lui seul, parmi les modernes, ce secret du grand, du
-beau, du vrai, et surtout du simple, qui n'a été connu que des seuls
-anciens. Il faut avouer que la grâce chez lui dégénère quelquefois en
-afféterie. La coquetterie de sa touche ôte souvent du sérieux à des
-figures d'une belle invention. Entraîné par l'expression et oubliant
-souvent le modèle, il lui arrive d'offenser les proportions; mais
-il sait presque toujours sauver habilement ces faiblesses.» (<span class="smcap">Eugène
-Delacroix</span>, <i>sa vie et ses œuvres,</i> p. 206 et 207.)</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_370_358" id="Note_370_358"></a><a href="#NoteRef_370_358"><span class="label">[370]</span></a> Non retrouvées.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_371_359" id="Note_371_359"></a><a href="#NoteRef_371_359"><span class="label">[371]</span></a> Voir t. II, P. 236.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_372_360" id="Note_372_360"></a><a href="#NoteRef_372_360"><span class="label">[372]</span></a> Voir t. II, p. 238 et suiv.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_373_361" id="Note_373_361"></a><a href="#NoteRef_373_361"><span class="label">[373]</span></a> Voir t. II, p. 246.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_374_362" id="Note_374_362"></a><a href="#NoteRef_374_362"><span class="label">[374]</span></a> Non retrouvé.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_375_363" id="Note_375_363"></a><a href="#NoteRef_375_363"><span class="label">[375]</span></a> Voir t. III, p. <a href="#Page_14">14</a> et <a href="#Page_15">15</a>.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_376_364" id="Note_376_364"></a><a href="#NoteRef_376_364"><span class="label">[376]</span></a> Non retrouvées.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_377_365" id="Note_377_365"></a><a href="#NoteRef_377_365"><span class="label">[377]</span></a> Voir t. II, p. 63 et suiv.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_378_366" id="Note_378_366"></a><a href="#NoteRef_378_366"><span class="label">[378]</span></a> Dans un fragment d'album déjà publié, sous le titre:
-<i>De l'art ancien et de l'art moderne</i> on lit cette réflexion: «On ne
-peut assez répéter que les règles du Beau sont éternelles, immuables,
-et que les formes en sont variables. Qui décide de ces règles, et de
-ces formes diverses qui sont tenues de se plier à ces règles, toutefois
-avec une physionomie différente? Le goût seul, aussi rare peut-être
-que le Beau: le goût qui fait deviner le Beau où il est, et qui le
-fait trouver aux grands artistes qui ont le don d'inventer.» (<span class="smcap">Eugène
-Delacroix</span>, <i>sa vie et ses œuvres</i>, p. 408.)</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_379_367" id="Note_379_367"></a><a href="#NoteRef_379_367"><span class="label">[379]</span></a> Aux lecteurs désireux d'approfondir cette intéressante
-distinction entre le «dessin de la nature et celui où l'imagination du
-peintre a le plus de part», rien ne saurait être plus précieux que le
-commentaire et le développement de cette même idée, repris à plusieurs
-reprises par Baudelaire dans ses différentes Études sur Delacroix, et
-notamment dans une comparaison qui mérite de demeurer classique entre
-le dessin d'Ingres et le dessin de Delacroix. (Voir les <i>Curiosités
-esthétiques</i> et l'<i>Art romantique.</i>)</p></div>
-
-<hr class="b4" />
-
-<p>4 <i>février.&mdash;Pour faire partie de ta préface du</i> <span class="smcap">Dictionnaire</span>.</p>
-
-<p>Je désirerais contribuer à apprendre à mieux lire dans les beaux
-ouvrages<a name="NoteRef_380_368" id="NoteRef_380_368"></a><a href="#Note_380_368" class="fnanchor">[380]</a>. A Athènes, dit-on, il y avait beaucoup plus de juges des
-Beaux-Arts que dans nos modernes sociétés. Le grand goût des ouvrages
-de l'antiquité confirme dans cette opinion. L'artiste qui travaille
-pour un public éclairé rougit de descendre à des moyens d'effet
-désavoués par le goût.</p>
-
-<p>Le goût a péri chez les anciens, non pas à la manière d'une mode qui
-change,&mdash;effet qui se produit à chaque instant sous nos yeux et sans
-cause absolument nécessaire,&mdash;le goût a péri chez les anciens avec les
-institutions et les mœurs, quand il a fallu plaire à des vainqueurs
-barbares, comme ont été, par exemple, les Romains par rapport aux
-Grecs; le goût<span class="pagenum"><a name="Page_259" id="Page_259">[p. 259]</a></span> s'est corrompu surtout quand les citoyens ont perdu
-le ressort qui portait aux grandes actions, quand la vertu publique
-a disparu; et j'entends par là, non pas une vertu commune à tous les
-citoyens et les portant au bien, mais au moins ce simple respect
-de la morale qui force le vice à se cacher. Il est difficile de se
-figurer des Phidias et des Apelle sous le régime des affreux tyrans du
-Bas-Empire et au milieu de l'avilissement des aines.</p>
-
-<p>Y aurait-il une connexion nécessaire entre le <i>bon</i> et le <i>beau?</i>
-Une société dégradée peut-elle se plaire aux choses élevées, dans
-quelque genre que ce soit? Il est probable que chez nous aussi, dans
-nos sociétés comme elles sont, avec nos mœurs étroites, nos petits
-plaisirs mesquins, le beau ne peut être qu'un accident, et cet accident
-ne tient pas assez de place pour changer le goût et ramener au beau la
-généralité des esprits. Après vient la nuit et la barbarie.</p>
-
-<p>Il y a donc incontestablement des époques où le beau en art fleurit
-plus à l'aise; il est aussi des nations privilégiées pour certains dons
-de l'esprit, comme il est des contrées, des climats, qui favorisent
-l'expansion du beau.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p><i>Mardi</i>17 <i>février,</i>&mdash;Cinquième visite du docteur<a name="NoteRef_381_369" id="NoteRef_381_369"></a><a href="#Note_381_369" class="fnanchor">[381]</a>.</p>
-
-<hr class="b2" />
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_380_368" id="Note_380_368"></a><a href="#NoteRef_380_368"><span class="label">[380]</span></a> Nous trouvons dans le livre sur <i>Delacroix</i>, déjà si
-souvent cité, un passage relatif à ce projet de <i>Dictionnaire des
-Beaux-Arts</i> qui précise bien l'intérêt d'un tel ouvrage et l'esprit
-dans lequel il devait être fait, en même temps qu'il le différencie
-des autres ouvrages, qui sont les vrais <i>dictionnaires</i> et avec
-lesquels il importe de ne point le confondre: «Si vous risquez, dit-il,
-dans l'ouvrage d'un seul homme de ne pas vous trouver au courant de
-tout ce qu'on peut dire sur le sujet, en revanche vous aurez sur un
-grand nombre de points tout le suc de son expérience, et surtout des
-informations excellentes dans les parties où il excelle. Au lieu d'une
-froide compilation qui ne fera que remettre sous les yeux du lecteur un
-extrait de toutes les méthodes, vous aurez celles qui ont conduit un
-tel homme à la perfection relative à laquelle il est arrivé. Il n'est
-pas un artiste qui n'ait éprouvé dans sa carrière combien quelques
-paroles d'un maître expérimenté ont pu être des traits de lumière et
-des sources d'intérêt bien autres que ce que ses efforts particuliers
-ou un enseignement vulgaire... etc.» (<span class="smcap">Eugène Delacroix</span>, <i>sa vie et ses
-œuvres</i>, p. 432.)</p></div>
-
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_381_369" id="Note_381_369"></a><a href="#NoteRef_381_369"><span class="label">[381]</span></a> Le <i>docteur Rayer</i> (1793-1867), qui fut professeur à la
-Faculté de médecine.
-</p>
-<p>
-Delacroix, depuis longtemps déjà, était atteint d'une affection du
-larynx, qui le condamnait fréquemment au repos et à l'isolement.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_260" id="Page_260">[p. 260]</a></span></p></div>
-
-
-<hr class="b2" />
-
-<p><i>Jeudi</i> 5 <i>mars.</i>&mdash;Aujourd'hui, pendant mon déjeuner, on m'apporte deux
-tableaux attribués à Géricault, pour en dire mon avis. Le petit est
-une copie très médiocre: costumes de mendiants romains. L'autre, toile
-de 12 environ, sujet d'amphithéâtre, bras, pieds, etc., et cadavres
-d'enfants, d'un relief admirable, avec des négligences qui sont du
-style de l'auteur et ajoutent encore un nouveau prix. Mise à côté du
-portrait de David, cette peinture ressort encore davantage. On y voit
-tout ce qui a toujours manqué à David, cette forme pittoresque, ce
-nerf, cet osé qui est à la peinture ce que la <i>vis comica</i> est à l'art
-du théâtre. Tout est égal, l'intérêt n'est pas plus dans la tête que
-dans les draperies ou le siège. L'asservissement complet à ce que lui
-présentait le modèle est une des causes de cette froideur; mais il
-est plus juste de penser que cette froideur était en lui-même: il lui
-était impossible de rien trouver au delà de ce que ce moyen imparfait
-lui présentait. Il semble qu'il fût satisfait quand il avait bien
-imité le petit morceau de nature qu'il avait sous les yeux; toute sa
-hardiesse consistait à mettre à côté un fragment, pied, bras, moulé sur
-l'antique, et à ramener le plus possible son modèle vivant à ce beau
-tout fait que le plâtre lui présenterait.</p>
-
-<p>Ce fragment de Géricault est vraiment sublime: il prouve plus que
-jamais qu'<i>il n'est pas de serpent ni de monstre odieux</i>, etc. C'est
-le meilleur argument en faveur du Beau, comme il faut l'entendre. Les
-incorrections ne déparent point ce morceau. À côté<span class="pagenum"><a name="Page_261" id="Page_261">[p. 261]</a></span> du pied qui est
-très précis et plus ressemblant au naturel, sauf l'idéal propre au
-peintre, il y a une main dont les plans sont mous et faits presque
-d'idée, dans le genre des figures qu'il faisait à l'atelier, et cette
-main ne dépare pas le reste; la finesse du style la met à la hauteur
-des autres parties. Ce genre de mérite a le plus grand rapport avec
-celui de Michel-Ange, chez lequel les incorrections ne nuisent à rien.</p>
-
-<p>Je relis avec le plus grand plaisir, dans un agenda du mois de janvier
-1852<a name="NoteRef_382_370" id="NoteRef_382_370"></a><a href="#Note_382_370" class="fnanchor">[382]</a>, ce que je dis des tapisseries de Rubens que je vis alors
-à Mousseaux et que la liste civile de Louis-Philippe faisait vendre.
-Quand je voudrai parler de Rubens ou me mettre dans un entrain
-véritable de la peinture, je devrai relire ces notes. J'ai encore le
-souvenir très présent de ces admirables ouvrages. L'idée m'était venue,
-en relisant ce que j'en dis, de refaire de mémoire tous les sujets (une
-suite de la sorte sur un autre motif serait un beau thème). Il faut
-absolument que Devéria me trouve les gravures de ces sujets.</p>
-
-<p>Je note ici ce qu'il faut reporter à l'un des jours du mois dernier,
-quand j'étais encore très faible et que je ne m'occupais guère à écrire
-dans ce livre: c'est la triste impression que j'ai reçue de la peinture
-que m'a faite du caractère de Thiers M. C. B..., qui vint me faire
-une petite visite. Il me l'a représenté comme le plus égoïste et le
-plus insensible des hommes,<span class="pagenum"><a name="Page_262" id="Page_262">[p. 262]</a></span> cupide, enfin le contraire de ce que je
-croyais et le moins capable d'affection. Ce serait, si j'arrivais à
-être convaincu de tout cela, une des plus grandes déceptions qu'il pût
-m'être réservé d'éprouver. La reconnaissance d'abord et l'affection
-que j'ai toujours eue pour lui, sont des sentiments qui combattent
-chez moi en sa faveur. Je sais que, bien qu'il me reçoive toujours
-affectueusement, il ne m'a jamais recherché; sa petite rancune, quand
-je lui tins tête comme je le devais pour son projet insensé de la
-restauration du Musée, exécutée en partie sur ses absurdes idées, me
-l'avait un peu gâté dans le temps de cette aventure<a name="NoteRef_383_371" id="NoteRef_383_371"></a><a href="#Note_383_371" class="fnanchor">[383]</a>; mais depuis,
-je l'avais retrouvé comme auparavant, c'est-à-dire avec cet attrait qui
-m'a toujours attiré à lui... Je le plaignais devant C. B... de vivre
-au milieu de l'intérieur qu'il s'est fait, de passer sa vie avec des
-créatures aussi froides et aussi insipides. Tout cela, selon C. B...,
-ne lui fait absolument rien: il n'aime personne et n'est sensible qu'à
-ce qui le touche directement dans sa personne ou son amour-propre.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p><i>Samedi</i> 7 <i>mars.</i>&mdash;Bertin est venu me voir; je l'ai reçu, quoique je
-ne reçoive personne, pour en finir avec ce mal de gorge. J'ai travaillé
-dans la journée à un projet de préface pour le <i>Dictionnaire des
-Beaux-Arts.</i></p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_263" id="Page_263">[p. 263]</a></span></p>
-
-<p><i>Lundi</i> 16 <i>mars.</i>&mdash;Il faut maintenant qu'un écrivain soit universel.
-La nuance entre le savant et le poète ou le romancier est complètement
-abolie. Le moindre roman demande plus d'érudition qu'un traité
-scientifique, que dis-je? que vingt traités! Car un savant est, ou un
-chimiste, ou un astronome, ou un géographe, ou un antiquaire; il peut
-avoir une certaine teinture des connaissances qui touchent à celle dont
-il a fait l'occupation de sa vie; mais plus il se renferme dans cette
-étude spéciale, plus il obtient de résultats de ses recherches. Il n'en
-est pas de même du métier de critique. La nécessité de parler de tout
-met dans l'obligation de savoir tout; mais qui peut tout savoir? Si
-j'apprenais l'hébreu, les sciences, l'histoire? tout cela, c'est la mer
-à boire. Aussi n'en apprennent-ils pas si long! mais il leur faut un
-peu l'apparence de tout cela.</p>
-
-<p>Je suis effrayé de ce qui peut passer sous les yeux d'un homme, comme
-Sainte-Beuve par exemple, de lectures diverses, digérées ou non. Voici
-aujourd'hui un article sur Tite-Live; il raconte la vie de Tite-Live,
-détail peu connu, et dont les lecteurs ne s'étaient jamais embarrassés.
-Dans un article toujours trop long sur Virgile, Thierry, du <i>Moniteur</i>,
-après avoir parlé de la préférence que notre siècle accorde aux
-ouvrages de la première main, primitifs, etc., comme Homère, se demande
-si Virgile, venu trente ou quarante siècles après, pouvait faire une
-<i>Iliade</i>, et il ajoute: «Si les anciens sont à jamais nos maîtres,
-ne dédaignons pas<span class="pagenum"><a name="Page_264" id="Page_264">[p. 264]</a></span> pour cela ceux de leurs disciples qui s'efforcent
-vainement de se faire leurs égaux. C'est un grand point de venir le
-premier, on prend le meilleur même sans choisir; on peut être simple
-même sans savoir ce que c'est que la simplicité; on est court parce
-qu'on n'a besoin ni de remplir, ni de passer la mesure de personne; on
-s'arrête à temps parce que nulle émulation n'excite à poursuivre au
-delà...»</p>
-
-<p>Ne prendrait-on pas souvent l'absence de l'art pour le comble de
-l'art? Si l'art dans la suite de son développement n'aboutit qu'à
-produire des articles toujours moindres, on me pardonnera d'avoir une
-profonde compassion pour les époques qui ne peuvent se passer du labeur
-compliqué de l'art.</p>
-
-<p>Je demande qu'on ne soit pas trop dupe d'un grand mot: la simplicité,
-et qu'on veuille bien ne pas faire de la simplicité la règle du temps
-où elle n'est plus possible. C'est le thème de tous les pédants
-d'aujourd'hui. Chenavard ne voit rien après ce qui a été fait.
-Delaroche se hérissait quand on parlait de l'antique romain; Phidias
-avant tout, comme Michel-Ange pour Chenavard! Cependant ce dernier
-met Rubens dans sa fameuse heptarchie. Il admire Rubens et écrase
-avec Rubens les infortunées tentatives des hommes de notre temps.
-Cependant Rubens a paru dans une époque de décadence relative; comment
-le donne-t-on dans ce système pour compagnon à Michel-Ange? Il a été
-grand d'une autre manière. Cette simplicité qu'on exalte, dont parle
-Thierry, tient souvent à des tournures<span class="pagenum"><a name="Page_265" id="Page_265">[p. 265]</a></span> de langage plus incultes dans
-les poésies primitives; en un mot, elle est plus dans l'habit de la
-pensée que dans la pensée elle-même.</p>
-
-<p>Beaucoup de gens, surtout dans ce temps où on a cru qu'on allait
-retremper la langue et la rajeunir à volonté comme on rase un homme
-qui a la barbe trop longue, ne préfèrent Corneille à Racine que parce
-que la langue est moins polie dans le premier que dans le dernier de
-ces deux poètes. De même pour Michel-Ange et Rubens: la pratique de
-la fresque, qui était le moyen de Michel-Ange, force le peintre à une
-plus grande simplicité de moyen d'effet; il en résulte, indépendamment
-du talent même, et par le fait des moyens matériels, une certaine
-grandeur, une nécessité de renoncer aux détails. Rubens, avec un
-autre procédé, trouve des effets différents qui satisfont à d'autres
-titres. Montesquieu dit bien: <i>Deux beautés communes se défont, deux
-grandes beautés se font valoir</i>. Un chef-d'œuvre de Rubens mis en
-pendant d'un chef-d'œuvre de Michel-Ange ne pâlira nullement. Si,
-au contraire, vous regardez séparé chacun de ces ouvrages, il arrivera
-sans doute qu'à proportion de votre impressionnabilité vous serez tout
-à celui que vous regardez. Une nature sensible est facilement possédée
-et entraînée par le beau; vous serez à celui qui frappe vos yeux dans
-le moment. Il faut se servir des moyens qui sont familiers aux temps où
-vous vivez; sans cela vous n'êtes pas compris et vous ne vivrez pas.
-Ce moyen d'un autre<span class="pagenum"><a name="Page_266" id="Page_266">[p. 266]</a></span> âge que vous allez employer pour parler à des
-hommes de votre temps, sera toujours un moyen factice, et les gens qui
-viendront après vous, en comparant cette manière d'emprunt aux ouvrages
-de l'époque où cette manière était la seule connue et comprise, et
-par conséquent supérieurement mise en œuvre, vous condamneront à
-l'infériorité comme vous vous y serez condamné vous-même.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p><i>Mardi</i> 17 <i>mars.</i>&mdash;Je suis sorti hier avec Jenny pour la première
-fois. Il faisait du soleil. J'ai renoncé à aller vers la place
-d'Europe; le vent venait de ce côté. Je suis descendu, revenu parles
-rues, fatigué; mais cette course m'a donné des forces.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p><i>Mercredi</i> 18 <i>mars.</i>&mdash;-Je ne puis me détacher de Casanova<a name="NoteRef_384_372" id="NoteRef_384_372"></a><a href="#Note_384_372" class="fnanchor">[384]</a>.</p>
-
-<p>Voici trois jours que je sors, et j'en éprouve un grand bien. Hier,
-j'ai été en voiture aux Tuileries avec Jenny. Nous sommes venus du Pont
-tournant jusqu'à la grille de la rue de Rivoli.</p>
-
-<p>Se rappeler les observations que m'a suggérées le contraste des statues
-du <i>Tibre</i> et du <i>Nil</i>, copies de l'antique, et des groupes de fleurs
-et de nymphes du temps de Louis XIV. Le décousu de ceux-ci et la
-majestueuse unité de ceux-là. Partout, la même observation entre ce qui
-<i>était</i> antique et ce qui <i>est</i> moderne.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_267" id="Page_267">[p. 267]</a></span></p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p><i>Dimanche</i> 22 <i>mars.</i>&mdash;Il n'y a que l'homme qui fasse des choses sans
-unité. La nature trouve le secret de mettre de l'unité même dans les
-parties détachées d'un tout. La branche détachée d'un arbre est un
-petit arbre complet.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p><i>Jeudi</i> 26 <i>mars.</i>&mdash;J'ai été aujourd'hui chez Haro pour examiner avec
-lui si l'on pourrait tirer parti de son local pour faire un atelier.
-Nous étions convenus de cette visite il y a huit jours. Je crois qu'au
-fond il y était peu enclin et ne s'y est prêté que par complaisance. Il
-m'a parlé de frais trop considérables, et l'affaire n'est pas faisable.</p>
-
-<p>En route pour y aller, la vue de jeunes gens que j'ai rencontrés dans
-les rues m'a fait faire plusieurs réflexions qui ne sont pas de la
-nature de celles que se font ordinairement les vieillards. Cet âge
-qui semble le plus heureux de la vie n'excite nullement mon envie;
-tout au plus pour sa force, qui lui donne le moyen de suffire à de
-puissants travaux, et point du tout pour les plaisirs qui en sont
-l'accompagnement. Ce que je désirerais,&mdash;souhait, au reste, aussi
-impossible à réaliser que celui de revenir au jeune âge,&mdash;ce que je
-désirerais, ce serait de m'arrêter au point où je suis et d'y jouir
-longtemps des avantages qu'il procure à un esprit, je ne dirai pas
-désabusé, mais vraiment raisonnable. Mais l'un n'est pas plus permis
-que l'autre.</p>
-
-<p>J'apprends tout à l'heure chez Weil, chez lequel j'étais descendu un
-moment, que le pauvre Margueritte<span class="pagenum"><a name="Page_268" id="Page_268">[p. 268]</a></span> vient de mourir subitement. Quoique
-plus âgé que moi, il était encore d'âge à jouir de beaucoup de choses.
-Au reste, comme je crois que ce n'était pas une nature distinguée, il
-a pu être de ceux qui regrettent les plaisirs des jeunes gens. Il faut
-que les jouissances de l'esprit tiennent une grande place pour procurer
-ce bonheur calme que j'envisage pour l'homme qui arrive au déclin de la
-vie.</p>
-
-<hr class="b2" />
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_382_370" id="Note_382_370"></a><a href="#NoteRef_382_370"><span class="label">[382]</span></a> Voir t. II, p. 69 et suiv.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_383_371" id="Note_383_371"></a><a href="#NoteRef_383_371"><span class="label">[383]</span></a> Voir t. I, p, 344 et 345.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_384_372" id="Note_384_372"></a><a href="#NoteRef_384_372"><span class="label">[384]</span></a> Son admiration pour <i>Casanova</i>, chose étrange, ne se
-démentit pas une fois durant toute sa vie. Voir t. I, p. 260.</p></div>
-
-
-<hr class="b2" />
-
-<p><i>Samedi</i> 18 <i>avril.</i>&mdash;J'ai été, sur l'invitation de la commission, voir
-l'exposition de Delaroche. L'Empereur visitait l'École ce jour-là, et a
-achevé par ladite exposition.</p>
-
-<p>En sortant, voté pour le remplacement de Desnoyers<a name="NoteRef_385_373" id="NoteRef_385_373"></a><a href="#Note_385_373" class="fnanchor">[385]</a>. Revenu très
-fatigué.&mdash;Sujets pour une bibliothèque:</p>
-
-<p><i>Auguste s'oppose à la destruction de l'Énéide.</i></p>
-
-<p><i>Couronnement de Pétrarque ou du Tasse.</i></p>
-
-<p><i>La Sibylle proposant les volumes à Tarquin et les faisant brûler à
-mesure qu'il les refuse.</i></p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p><i>Jeudi</i> 23 <i>avril.</i>&mdash;J'ajoute, sur le passage d'<i>Obermann</i><a name="NoteRef_386_374" id="NoteRef_386_374"></a><a href="#Note_386_374" class="fnanchor">[386]</a>, sur
-la joie secrète que produit la conformité<span class="pagenum"><a name="Page_269" id="Page_269">[p. 269]</a></span> de pensées avec les autres:
-Cette apparence que nous sommes heureux de donner à notre imagination
-est un besoin de tous ceux qui composent pour le public, surtout quand
-leur inspiration est naïve et sincère. Je me figure que les peintres
-ou les écrivains chez lesquels le lieu commun tient une grande place,
-n'ont pas autant besoin de cette confirmation qui vient, par la
-rencontre d'esprits analogues aux leurs, les rassurer sur la valeur de
-leurs propres pensées. C'est un besoin impérieux pour ceux dont les
-inventions sont taxées de bizarrerie, et qui, peut-être à cause de
-leur originalité, ne trouvent qu'un public rétif et peu disposé à les
-comprendre.</p>
-
-<hr class="b2" />
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_385_373" id="Note_385_373"></a><a href="#NoteRef_385_373"><span class="label">[385]</span></a> Il s'agit de l'élection à l'Académie des Beaux-Arts
-d'<i>Achille-Louis Martinet</i> (1800-1877), graveur, en remplacement du
-<i>baron Desnoyers</i> (1779-1857), graveur, élève de Lethière, membre de
-l'Institut depuis 1816.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_386_374" id="Note_386_374"></a><a href="#NoteRef_386_374"><span class="label">[386]</span></a> L'<i>Obermann</i> devait être un de ses livres de chevet,
-car nous le voyons cité déjà à plusieurs reprises dans les précédentes
-années du Journal. Il s'en trouve extrait des fragments dans le
-manuscrit original, fragments que nous n'avons pas cru devoir
-reproduire, non plus que ceux de Balzac sur la condition des artistes,
-tirés de la <i>Cousine Bette.</i></p></div>
-
-
-<hr class="b2" />
-
-<p><i>Champrosay</i>, 9 <i>mai.</i>&mdash;Parti pour Champrosay à une heure un quart.
-Pluie affreuse en arrivant; je l'ai reçue tout entière, ainsi que Jenny.</p>
-
-<p>Nous nous étions arrêtés quelques instants auparavant dans notre ancien
-jardin, tout ouvert et ravagé à cause des travaux que fait Candas. J'ai
-vu la petite source, qui ne sert plus qu'à laver du linge: tout cela
-souillé de savon et croupissant. Les cerisiers que j'ai plantés tout
-petits sont devenus énormes. On voit encore la trace des allées que
-j'avais tracées. Cela m'a donné des émotions plus douces que tristes.
-Je me suis rappelé les années que j'avais passées là.</p>
-
-<p>J'aime toujours ce pays; je me colle facilement aux lieux que j'habite:
-mon esprit, mon cœur même les animent.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_270" id="Page_270">[p. 270]</a></span></p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>11 <i>mai.</i>&mdash;Promenade le matin dans la campagne assez longtemps, sans
-pouvoir m'arracher à cette charmante vue de cette verdure, de ce soleil.</p>
-
-<p>Travaillé beaucoup, en rentrant, à l'article sur le Beau et jusqu'au
-dîner.</p>
-
-<p>&mdash;Ce n'est ni le hasard ni le caprice qui ont déterminé le style de
-l'architecture et partant celui des autres arts dans les différentes
-contrées; nouvelle preuve que le Beau doit varier suivant les climats.</p>
-
-<p>Au style sévère et pour ainsi dire radical de l'architecture de
-l'Égypte s'allient des ornements et une peinture plus simples,
-plus élémentaires... Dans cette vaste vallée de l'Égypte, comprise
-uniformément entre deux chaînes d'élévation naturelles presque
-symétriques, etc., les Pylônes, les Pyramides...</p>
-
-<p>Le soir, promené dans le jardin et dans la campagne.</p>
-
-<p>Fatigue et malaise avant de se coucher.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>14 <i>mai.</i>&mdash;Je ne doute pas que si Alexandre eût connu le
-<i>Misanthrope</i>, il ne l'eût placé dans la fameuse cassette à côté de
-l'<i>Iliade</i>; il l'eût fait agrandir pour y placer le <i>Misanthrope.</i></p>
-
-<p>&mdash;On dit d'un homme, pour le louer, qu'il est un homme <i>unique.</i></p>
-
-<p>&mdash;Il faut laisser aux gens qui sentent faiblement les vaines
-discussions et les vaines comparaisons.</p>
-
-<p>&mdash;Heureuses les époques qui ont vu.</p>
-
-<p>&mdash;Heureux les artistes qui ont trouvé un public tout préparé,
-encourageant <i>les efforts de la Muse.</i></p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_271" id="Page_271">[p. 271]</a></span></p>
-
-<p>&mdash;Les vrais primitifs, ce sont les talents originaux. Si chaque homme
-de talent apporte en lui un modèle particulier, une face nouvelle,
-quelle serait la valeur d'une école qui ferait toujours recourir à des
-types anciens, puisque ces types eux-mêmes n'étaient que l'expression
-de natures individuelles!</p>
-
-<p>&mdash;Et chacun de ces hommes me plaît-il de la même façon? Cette simple
-observation ne serait-elle pas la condamnation de l'école qui sans
-cesse recourt à des types consacrés? En quoi seraient-ils consacrés
-de préférence, puisqu'ils ne sont que l'expression de natures
-individuelles comme il en paraît dans tous les temps?</p>
-
-<p>&mdash;Rossini disait à B...: «J'entrevois autre chose que je ne ferai pas.
-Si je trouvais un jeune homme de génie, je pourrais le mettre sur une
-voie toute nouvelle, et le pauvre Rossini serait éteint tout à fait.»</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>15 <i>mai.</i>&mdash;À Champrosay, dans l'allée verte.</p>
-
-<p>On peut comparer le premier jet de l'écrivain, du peintre, etc., à
-ces feux de peloton où deux cents coups de fusil tirés dans l'émotion
-du combat atteignent l'ennemi deux ou trois fois; quelquefois deux
-ou trois cents coups de feu partent à la fois, et pas un n'atteint
-l'ennemi.</p>
-
-<p>&mdash;Vous conviez vos amis à un banquet, et vous leur servez toutes les
-rognures de la cuisine.</p>
-
-<p>&mdash;Allée des Fouges.</p>
-
-<p>Quelquefois des génies pareils se présentent à des<span class="pagenum"><a name="Page_272" id="Page_272">[p. 272]</a></span> époques
-différentes. La trempe originelle ne diffère point chez ces talents:
-les formes seules des temps où ils vivent établissent une variété.
-Rubens, etc.</p>
-
-<p>Ce n'est point le climat qui a produit un Homère ou un Praxitèle. On
-parcourrait vainement la Grèce et ses îles sans y découvrir un poète ou
-un sculpteur. En revanche, la nature a fait naître en Flandre, et à une
-époque rapprochée de la nôtre, l'Homère de la peinture.</p>
-
-<p>Il est des époques privilégiées,&mdash;il est aussi des climats où l'homme a
-moins de besoins, etc.; mais ces influences ne suffisent pas.&mdash;Voir mes
-notes du 4 février 1857<a name="NoteRef_387_375" id="NoteRef_387_375"></a><a href="#Note_387_375" class="fnanchor">[387]</a>.</p>
-
-<p>L'influence des mœurs est plus efficace que celle du climat. Sans
-doute chez des peuples où la nature est clémente;... mais en l'absence
-d'une certaine valeur morale, etc. Il faut qu'un peuple ait le respect
-de lui-même pour être difficile en matière de goût et pour tenir en
-bride ses orateurs et ses poètes. Les nations chez lesquelles la
-politique se traite à coups de poing ou à coups de pistolet n'ont pas
-plus de littérature que ceux qui sont épris des combats de gladiateurs.</p>
-
-<p>&mdash;Ne demandez pas à un colonel de cavalerie son opinion sur des
-tableaux ou des statues, tout au plus se connaît-il en chevaux!</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>16 <i>mai.</i>&mdash;Jenny est allée à Paris. Assis à la<span class="pagenum"><a name="Page_273" id="Page_273">[p. 273]</a></span> place du vieux
-marronnier arraché à l'Ermitage.</p>
-
-<p>Mon cher petit Chopin s'élevait beaucoup contre l'école qui fait
-dériver une partie du charme de la musique de la sonorité. Il parlait
-en pianiste.</p>
-
-<p>Voltaire définit le <i>beau</i> ce qui doit charmer l'esprit et les sens.
-Un motif musical peut parler à l'imagination sur un instrument qui
-n'a qu'une manière de plaire aux sens, mais la réunion de divers
-instruments ayant une sonorité différente donnera plus de force à la
-sensation. À quoi servirait d'employer tantôt la flûte, tantôt la
-trompette? La première s'associera à un rendez-vous de deux amants, la
-seconde au triomphe d'un guerrier; ainsi de suite. Dans le piano même,
-pourquoi employer tour à tour les sons étouffés ou les sons éclatants,
-si ce n'est pour renforcer l'idée exprimée? Il faut blâmer la sonorité
-mise à la place de l'idée, et encore faut-il avouer qu'il y a dans
-certaines sonorités, indépendamment de l'expression même, un plaisir
-pour les sens.</p>
-
-<p>Il en est de même pour la peinture: un simple trait exprime moins
-et plaît moins qu'un dessin qui rend les ombres et les lumières. Ce
-dernier exprimera moins qu'un tableau: je suppose toujours le tableau
-amené au degré d'harmonie où le dessin et la couleur se réunissent
-dans un effet unique. Il faut se rappeler ce peintre ancien qui, ayant
-exposé une peinture représentant un guerrier, faisait entendre en même
-temps derrière une tapisserie la fanfare d'une trompette.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_274" id="Page_274">[p. 274]</a></span></p>
-
-<p>Les modernes ont inventé un genre qui réunit tout ce qui doit charmer
-l'esprit et les sens. C'est l'opéra. La déclamation chantée a plus de
-force que celle qui n'est que parlée. L'ouverture dispose à ce qu'on va
-entendre, mais d'une manière vague: le récitatif expose les situations
-avec plus de force que ne ferait une simple déclamation, et l'air, qui
-est en quelque sorte le point admiratif de chaque scène, complète la
-sensation par la réunion de la poésie et de tout ce que la musique peut
-y ajouter. Joignez à cela l'illusion des décorations, les mouvements
-gracieux de la danse.</p>
-
-<p>Malheureusement tous les opéras sont ennuyeux, parce qu'ils vous
-tiennent trop longtemps dans une situation que j'appellerai abusive. Ce
-spectacle, qui tient les sens et l'esprit en échec, fatigue plus vite.
-Vous êtes promptement fatigué de la vue d'une galerie de tableaux: que
-sera-ce d'un opéra qui réunit dans un même cadre l'effet de tous les
-arts ensemble?</p>
-
-<p>&mdash;Je remarque dans cette forêt que non seulement les yeux sont mon
-seul moyen pour saisir les objets, mais encore qu'ils sont affectés
-agréablement ou désagréablement<a name="NoteRef_388_376" id="NoteRef_388_376"></a><a href="#Note_388_376" class="fnanchor">[388]</a>.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p><i>Lundi</i> 18 <i>mai.</i>&mdash;Repris enfin la peinture après plus de quatre mois
-et demi. J'ai débuté par le <i>Saint<span class="pagenum"><a name="Page_275" id="Page_275">[p. 275]</a></span> Jean et l'Hérodiade</i><a name="NoteRef_389_377" id="NoteRef_389_377"></a><a href="#Note_389_377" class="fnanchor">[389]</a> que je
-fais pour Robert, de Sèvres. Travaillé avec plaisir la matinée.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p><i>Mardi</i> 19 <i>mai.</i>&mdash;Jour de la mort du pauvre ami Vieillard...</p>
-
-<hr class="b2" />
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_387_375" id="Note_387_375"></a><a href="#NoteRef_387_375"><span class="label">[387]</span></a> Voir t. III, p. <a href="#Page_259">259</a>.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_388_376" id="Note_388_376"></a><a href="#NoteRef_388_376"><span class="label">[388]</span></a> Cette dernière phrase est biffée dans le manuscrit.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_389_377" id="Note_389_377"></a><a href="#NoteRef_389_377"><span class="label">[389]</span></a> Il s'agit sans doute du n° 858 du <i>Catalogue Robaut</i>, ou
-d'une répétition plus sommaire, comme Delacroix en fit souvent pour ses
-amis.</p></div>
-
-
-<hr class="b2" />
-
-
-<p><i>Mardi</i> 2 <i>juin.</i>&mdash;J'ai été à Paris en proie à l'inquiétude de savoir
-si M. Bégin me céderait le logement de manière à commencer.</p>
-
-<p>Ma première inquiétude a été de ne pas le rencontrer, lui et sa femme.
-J'ai donc maudit mon cocher d'aller lentement. J'arrive, je trouve la
-dame, elle me donne les meilleures nouvelles. Je cours chez Haro plein
-de joie. Un autre ennui m'attendait chez lui: les entrepreneurs sont
-diaboliques; les uns n'ont aucune solidité; les autres sont indolents
-ou trop chers. Ce n'est rien encore: Haro me parle du formidable tracé,
-cause des ennuis les plus grands possibles. Il me rassure pourtant en
-partie, ou plutôt je crois l'être, parla possibilité d'une indemnité
-proportionnée à la durée de mon bail.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>17 <i>juin, mercredi.</i>&mdash;Reçu la lettre de Paul de Musset<a name="NoteRef_390_378" id="NoteRef_390_378"></a><a href="#Note_390_378" class="fnanchor">[390]</a>, qui me
-parle du terrain qu'il demande<span class="pagenum"><a name="Page_276" id="Page_276">[p. 276]</a></span> pour son frère. Écrit sur-le-champ au
-préfet et à Baÿvet.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>25 <i>juin.</i>&mdash;Ce même jour, donné au docteur Rayer 100 francs pour ses
-visites précédentes.</p>
-
-<p><i>Du sublime et de la perfection.</i> Ces deux mots peuvent sembler presque
-synonymes. <i>Sublime</i> veut dire tout ce qu'il y a de plus élevé;
-<i>parfait</i>, ce qu'il y a de plus complet, de plus achevé.</p>
-
-<p><i>Perficere</i>, achever complètement pour le comble.</p>
-
-<p><i>Sublimis</i>, ce qu'il y a de plus haut, ce qui touche le ciel.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p><i>Dimanche</i> 28 <i>juin.</i>&mdash;Première visite chez le docteur après l'avoir
-payé. Je l'ai trouvé distrait, plus occupé de ses affaires que de ma
-fièvre. Il ne se rappelait plus ce qu'il m'avait ordonné.</p>
-
-<hr class="b2" />
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_390_378" id="Note_390_378"></a><a href="#NoteRef_390_378"><span class="label">[390]</span></a> Delacroix eut des relations assez suivies avec <i>Paul
-de Musset.</i> Lors d'une des candidatures de Delacroix à l'Institut, en
-1838, croyons-nous, Paul de Musset avait fait une démarche personnelle
-auprès de Paër pour appuyer le peintre. Enfin nous trouvons dans le
-précieux travail de M. Maurice Tourneux: <i>Eugène Delacroix devant ses
-contemporains</i>, un fragment de lettre, dans lequel Delacroix félicite
-Paul de Musset de ses articles: «Mérimée, que vous paraissez admirer
-comme je le fais aussi, est simple, mais a un peu l'air de courir après
-la simplicité, en haine de l'horrible emphase des hommes du jour. Chez
-vous nul effort; toujours le goût le plus fin et rien de trop.»</p></div>
-
-
-<hr class="b2" />
-
-<p><i>Mercredi</i> 8 <i>juillet.</i>&mdash;Première visite du docteur Laguerre.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p><i>Vendredi</i> 10 <i>juillet.</i>&mdash;Deuxième visite du docteur Laguerre.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_277" id="Page_277">[p. 277]</a></span></p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p><i>Samedi</i> 11 <i>juillet.</i>&mdash;J'ai été à l'Institut pour la première fois
-depuis le mois d'avril.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p><i>Mardi</i> 14 <i>juillet.</i>&mdash;Troisième visite du docteur Laguerre.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p><i>Lundi</i> 20 <i>juillet.</i>&mdash;Quatrième visite du docteur Laguerre.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p><i>Strasbourg, mardi</i> 28 <i>juillet.</i>&mdash;Parti pour Strasbourg<a name="NoteRef_391_379" id="NoteRef_391_379"></a><a href="#Note_391_379" class="fnanchor">[391]</a> à sept
-heures. Voyage agréable, beau pays; il faisait étouffant au milieu de
-la journée.</p>
-
-<p>À Nancy, je me suis trouvé seul jusqu'à Strasbourg. Je n'ai plus senti
-ni la chaleur ni la poussière. Tout ce trajet a été ravissant.</p>
-
-<p>Le bon cousin m'attendait à la gare. Enchantés de nous revoir.</p>
-
-<hr class="b2" />
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_391_379" id="Note_391_379"></a><a href="#NoteRef_391_379"><span class="label">[391]</span></a> Dans la Correspondance, il n'y a comme trace de ce
-voyage à Strasbourg qu'une lettre datée du 5 août 1857, adressée à M.
-X..., dans laquelle il recommande un artiste dont nous avons déjà vu le
-nom dans le Journal, le sculpteur <i>Debay.</i></p></div>
-
-
-<hr class="b2" />
-
-
-<p><i>Dimanche</i> 2 <i>août.</i>&mdash;Vers sept heures nous avons été à l'Orangerie,
-à travers une poussière affreuse; mais j'ai été dédommagé par la vue
-du lieu, qui est ravissant. Il n'y a rien comme cela à Paris: aussi y
-avait-il très peu de monde!</p>
-
-<p>Tout ici est différent: ces environs, ces champs et ces prairies
-qui touchent aux promenades et se confondent avec elles, ont un air
-champêtre et paisible.<span class="pagenum"><a name="Page_278" id="Page_278">[p. 278]</a></span> La population n'a pas cet air évaporé et
-impertinent de notre race. C'est dans des contrées connue celle-ci
-qu'il faut vivre, quand on est vieux.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p><i>Nancy, samedi</i> 8 <i>août.</i>&mdash;Quitté Strasbourg et le bon cousin. Je perds
-la canne qu'il m'avait donnée.</p>
-
-<p>Je m'embarque mal. Société déplaisante dans le chemin de fer. Cependant
-la route se fait vite.</p>
-
-<p>Arrivé à Nancy à trois heures. Retrouvé Jenny, comme nous en étions
-convenus. Je n'ai pas bougé de la soirée.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p><i>Dimanche</i> 9 <i>août.</i>&mdash;Sorti avant déjeuner. Place Stanislas et
-cathédrale.</p>
-
-<p>J'admire l'unité de style de tout ce qui est bâtiment. Une seule chose
-y déroge, c'est la statue même de ce bon roi Stanislas, qui a tout
-fait ici, et qui par conséquent est l'auteur de cette unité. On l'a
-représenté dans un costume qui rappelle les troubadours de l'Empire,
-avec des bottes molles et appuyé sur un sabre à la mameluk. On ne peut
-rien voir de plus ridicule.</p>
-
-<p>La cathédrale entièrement de son temps. J'aime beaucoup cette forme
-de clocher en poivrière. L'intérieur est un peu froid, malgré cet
-accord de style dans toutes les parties: c'est comme tout ce qui sort
-de Vanloo: ordonné, habile, de l'unité, mais froid et sans intérêt.
-L'auteur ne met point de cœur à ce qu'il fait; il ne va pas au
-cœur de celui qui regarde.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_279" id="Page_279">[p. 279]</a></span></p>
-
-<p>La place Stanislas avec ses fontaines, et l'Hôtel de ville, semblent
-l'ouvrage d'un artiste plus doué.</p>
-
-<p>Après déjeuner, visité cent choses curieuses. Après la statue de
-Drouot, un des héros de Nancy, véritable héros dans tous les sens,
-mais pitoyablement représenté comme tous les héros de notre temps,
-grâce a l'indigence de la sculpture, vu les murailles anciennes de la
-ville; très belle et ancienne porte avec deux grosses tours: le passage
-tournant comme dans les fortifications modernes. Le côté de la ville
-style de la Renaissance: quelle grâce, quelle légèreté! Comme toutes
-ces petites figures, comme ces accessoires s'arrangent bien dans les
-lignes de l'architecture! Rien n'est charmant et capricieux comme ces
-costumes romains à la Henri II.</p>
-
-<p>Le palais ducal, transition du gothique à la Renaissance. Les objets
-curieux, marbres, peintures, etc., sont entassés en attendant les
-réparations du premier étage. Il y a un fragment romain qui m'a frappé:
-c'est un cavalier avec la cuirasse, le péplum.&mdash;Copie à la gouache de
-la tapisserie de Charles le Téméraire, que je regrette de ne pouvoir
-étudier.&mdash;L'escalier très remarquable. Gros pilier soutenant la voûte,
-duquel partent les marches très basses, ainsi disposées, nous dit-on,
-pour que les ducs puissent monter à cheval dans la grande salle du
-premier.&mdash;De distance en distance, repos ménagés avec des bancs, le
-tout enferré choisies murailles.</p>
-
-<p>Tout ici parle du roi René II ou de Stanislas.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_280" id="Page_280">[p. 280]</a></span></p>
-
-<p>Ce sont les dieux lares de Nancy.</p>
-
-<p>Nous avons été voir ensuite l'église des Cordeliers, dans laquelle est
-une chapelle ronde qu'on appelle les tombeaux des ducs de Lorraine,
-quoique leurs corps en aient été arrachés et que les sarcophages aient
-été détruits et remplacés à la moderne. La prétendue chapelle ronde est
-octogone: la voûte seule, qui paraît de l'époque de la construction,
-est d'un style bâtard, à la Louis XIV. Le chœur de l'église
-est garni de belles boiseries; sur les côtés de la nef, dans des
-enfoncements, sont divers tombeaux de princes de la maison de Lorraine;
-le plus précieux sans contredit est celui de la femme de René II,
-laquelle lui survécut de longues années et s'était mise dans un couvent
-à Pont-à-Mousson: les mains et la tête en pierre blanche, la robe et le
-voile en granit et en marbre noir. Voilà le triomphe de l'art ou plutôt
-du caractère qu'un artiste de talent sait imprimer à un objet: une
-vieille de quatre-vingts ans dont la tête est encapuchonnée, maigre à
-faire peur; et tout cela représenté de manière qu'on ne l'oublie jamais
-et qu'on n'en puisse détacher les regards.</p>
-
-<p>De là, à la promenade dont j'ai oublié le nom, auprès de la préfecture;
-je ne connais rien d'aussi délicieux, si ce n'est l'Orangerie de
-Strasbourg, et très différent de caractère. Ce sont de grands
-arbres, de la verdure, quelque chose qui n'a rien de l'aridité des
-Champs-Élysées à Paris, ni de la symétrie des Tuileries. La préfecture
-est le palais qu'habitait Stanislas.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_281" id="Page_281">[p. 281]</a></span></p>
-
-<p>De là à l'église de Bon-Secours, où est le tombeau de Stanislas.
-Charmant ouvrage dans son genre: c'est une grande chambre carrée plutôt
-qu'une église. Dans le chœur, à droite, le tombeau de Stanislas que
-j'estime plus que n'a fait, suivant la tradition, le propre auteur de
-l'ouvrage. Cet auteur est Vassé<a name="NoteRef_392_380" id="NoteRef_392_380"></a><a href="#Note_392_380" class="fnanchor">[392]</a>, sculpteur dont parle Diderot,
-et qu'il cite souvent, autant que je peux m'en souvenir. Le bavard et
-insupportable cicérone sacristain qui me montrait l'église raconte
-que le pauvre sculpteur se brûla la cervelle de désespoir de voir son
-ouvrage surpassé par le tombeau de la femme de Stanislas qui est en
-face. Il y a dans son ouvrage une statue couchée, ou plutôt étendue
-et abîmée de douleur, de la Charité, qui est fort belle: la tête est
-d'une expression qui semble interdite à la sculpture, tant elle est
-énergique; elle presse contre elle un enfant qui suce son sein; tout
-cela admirablement rendu, les mains, les pieds de même. Stanislas est
-représenté dans une espèce de déshabillé, comme on peut le supposer au
-moment de sa mort. Il mourut brûlé par accident dans sa chambre.</p>
-
-<p>Le tombeau qui est en face présente des figures, d'enfants surtout,
-d'un travail plus fini et plus précieux; mais en somme je préfère celui
-du pauvre Vassé. J'inclinerais à penser qu'il est d'un Italien<a name="NoteRef_393_381" id="NoteRef_393_381"></a><a href="#Note_393_381" class="fnanchor">[393]</a>.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_282" id="Page_282">[p. 282]</a></span></p>
-
-<p>J'ai été ramené par le cicérone, qui montait sur le siège de mon
-fiacre, par le lieu où s'élève la croix de Lorraine, à l'endroit où fut
-tué Charles le Téméraire, dans vin lieu qui était autrefois l'étang de
-Saint-Jean. Ce détour m'a pris un temps que j'eusse préféré passer au
-Musée.</p>
-
-<p>&mdash;Au Musée, où mon tableau<a name="NoteRef_394_382" id="NoteRef_394_382"></a><a href="#Note_394_382" class="fnanchor">[394]</a> est placé trop haut et privé de
-lumière. Toutefois il ne m'a pas déplu.</p>
-
-<p>Beaux Ruysdaël. Grand tableau hétéroclite dans le style de Jordaëns,
-et non sans une verve sauvage, de la <i>Transfiguration</i>, tableau en
-large où l'on a reproduit et par conséquent délayé, à cause de cette
-disposition en largeur, les principaux groupes de Raphaël.</p>
-
-<p>Deux tableaux, esquisses probablement de Rubens, qui m'ont frappé plus
-que tout, non qu'ils présentent dans toutes leurs parties la franchise
-de la main de Rubens, mais il y a ce je ne sais quoi qui n'est qu'à
-lui. La mer, d'un bleu noir et tourmenté, est d'une vérité idéale. Dans
-le <i>Jonas jeté hors de la barque</i>, le monstre du devant semble remuer
-et battre l'eau de la queue. On le distingue à peine dans l'ombre du
-devant, au milieu de l'écume et des vagues noires et pointues. Dans
-l'autre, le <i>saint Pierre</i> a une pose froide; mais l'admirable de cet
-homme, c'est que<span class="pagenum"><a name="Page_283" id="Page_283">[p. 283]</a></span> cela ne diminue point l'impression. Je sens devant
-ces tableaux ce mouvement intérieur, ce frisson que donne une musique
-puissante. O véritable génie, né pour son art! toujours le suc, la
-moelle du sujet; avec une exécution qui semble n'avoir rien coûté!
-Après cela, on ne peut plus parler de rien, ni s'intéresser à rien.
-Près de ces tableaux qui ne sont que des esquisses heurtées, pleines
-d'une rudesse de touche qui déroute dans Rubens, on ne peut plus rien
-voir.</p>
-
-<p>Je dois mentionner cependant la grande salle qui précède le Musée,
-peinte à fresque par le peintre de Stanislas. On ne peut parler des
-figures après celles de Rubens; mais l'ensemble de l'architecture,
-peinte également à fresque, forme un ensemble qu'on ne peut plus
-produire de nos jours.</p>
-
-<p>En somme, Nancy est une grande et belle ville, mais triste et monotone:
-la largeur des rues et leur alignement me désolent; je vois le but
-de ma promenade à une lieue devant moi en droite ligne. Il n'y a que
-le <i>West-End</i> à Londres qui soit plus ennuyeux, parce que toutes les
-maisons s'y ressemblent, et que les rues y sont plus larges encore et
-plus interminables. Strasbourg me plaît cent fois davantage avec ses
-rues étroites, mais propres; on y respire la famille, l'ordre, une vie
-paisible, sans ennui.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p><i>Plombières, lundi</i> 10 <i>août.</i>&mdash;Parti de Nancy a cinq heures du matin.
-Éveillé à quatre heures; je<span class="pagenum"><a name="Page_284" id="Page_284">[p. 284]</a></span> crois avoir le temps, et l'omnibus vient
-nous chercher, que je n'avais rien apprêté. Je me culbute et je
-m'installe avec Jenny dans le chemin de fer.</p>
-
-<p>Voyage charmant jusqu'à Épinal. Toutes les fois que je vois un vrai
-matin, je m'épanouis. Je crois en jouir pour la première fois, et je me
-désespère de n'en pas jouir plus souvent.</p>
-
-<p>Arrivé à Plombières vers onze heures. Trouvé le bon docteur Laguerre,
-qui me mène chez M. Sibille et me fait prendre mon premier bain.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>21 <i>août.</i>&mdash;Je me suis levé matin. J'ai fait un croquis dans une
-condition ravissante à la promenade des Dames, au bord d'un charmant
-ruisseau; la rosée couvrant la pente, le soleil à travers les branches.
-Monté ensuite très haut à gauche: vues admirables de matin. J'y ai fait
-deux croquis.</p>
-
-<p>Revenu un peu fatigué, mais en somme me portant bien.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>22 <i>août.</i>&mdash;Le soir, renouvelé la promenade de la route de Luxeuil.
-J'ai été presque jusqu'où j'avais été la première fois. Bois
-ravissants; idées charmantes: j'en ai fait deux souvenirs.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>23 <i>août.</i>&mdash;Le matin, monté par la colline qui va à la petite Vierge.
-Vu là, tout en haut, une petite contrée toute simple et toute
-charmante. Souvenirs de Touraine et de Croze. Matinée délicieuse.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_285" id="Page_285">[p. 285]</a></span></p>
-
-<p>Descendu au bain par une pente raide qui m'a abrégé le chemin, et
-repris par la petite rue derrière les moulins. Remonté après déjeuner
-à la promenade des Dames; un bon monsieur ressemblant à Vieillard et
-à peu près de son âge, qui a lié conversation avec amabilité et à la
-française, comme autrefois.</p>
-
-<p>Cavelier<a name="NoteRef_395_383" id="NoteRef_395_383"></a><a href="#Note_395_383" class="fnanchor">[395]</a> ensuite, que j'ai rencontré.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>25 <i>août.</i>&mdash;Le matin, route de Luxeuil. Temps couvert et froid: je
-n'ai trouvé de loisir qu'arrivé au commencement des bois. Ravin,
-arbre renversé, pentes charmantes avec rochers entremêlés à la
-verdure.&mdash;Souhaité d'habiter des pays de montagnes.&mdash;Odeur délicieuse
-comme l'héliotrope.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>28 <i>août.</i>&mdash;J'ai pris en goût depuis quelques jours la promenade de
-l'Empereur pour le soir, et même pour le matin.</p>
-
-<p>La lune, dont le quartier se lève sur les monts boisés, m'attendrit et
-me retient là jusqu'à ce que le froid me chasse.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>29 <i>août.</i>&mdash;Fait mes adieux à l'église de Plombières... J'aime
-beaucoup les églises. J'aime à y rester presque seul, à m'asseoir sur
-un banc, et je reste là dans une bonne rêverie... On veut en faire
-une neuve dans ce pays-ci. Si je reviens à Plombières,<span class="pagenum"><a name="Page_286" id="Page_286">[p. 286]</a></span> quand elle
-sera construite, je n'y entrerai pas souvent; c'est l'ancienneté qui
-les rend vénérables... Il semble qu'elles sont tapissées de tous les
-vœux que les cœurs souffrants y ont exhalés vers le ciel. Qui
-peut les remplacer, ces inscriptions, ces ex-voto, ce pavé formé de
-pierres tumulaires effacées, ces autels, ces degrés usés par les pas
-et les genoux des générations, qui ont souffert là et sur lesquelles
-l'antique Église a murmuré les dernières prières? Bref, je préfère
-<i>la plus petite église de village</i><a name="NoteRef_396_384" id="NoteRef_396_384"></a><a href="#Note_396_384" class="fnanchor">[396]</a>, comme le temps l'a faite, à
-Saint-Ouen de Rouen restauré, ce Saint-Ouen si majestueux, si sombre,
-si sublime dans son obscurité d'autrefois, qui est aujourd'hui tout
-brillant de ses grattages, de ses vitraux neufs, etc.</p>
-
-<p>Je me suis enrhumé aujourd'hui en prenant ma dernière douche.</p>
-
-<p>Le soir, dernière promenade sur la route de Saint-Loup. Je ne peux
-m'arracher à ces beautés. De tous<span class="pagenum"><a name="Page_287" id="Page_287">[p. 287]</a></span> côtés, les faucheurs et les
-faneuses, et les voitures de loin entassées et traînées par les bons
-bœufs.</p>
-
-<p>Le matin, à la promenade de l'Empereur, jusqu'au bois. En chemin, scène
-de faucheurs et de faneuses: effet charmant et rustique... les éclairs
-de la <i>faux</i><a name="NoteRef_397_385" id="NoteRef_397_385"></a><a href="#Note_397_385" class="fnanchor">[397]</a>, etc.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>30 <i>août.</i>&mdash;Renoncé à mon dernier bain, à cause de mon rhume. J'ai
-essayé de m'acheminer par la promenade de l'Empereur: comme il était
-déjà plus tard, le soleil m'a chassé.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>31 <i>août.</i>&mdash;Parti de Plombières à sept heures du matin. Route avec
-quatre religieuses: l'une d'elles dune charmante figure.&mdash;Souffrant
-toute la route jusqu'à Épinal.</p>
-
-<p>Arrivé vers dix heures vers l'église sombre et d'un gothique assez
-primitif: très restaurée.</p>
-
-<p>Chaleur affreuse pour gagner le chemin de fer. Réflexions sur la
-foule qui se pressait à la gare de cette petite ville. Ce chemin
-n'est qu'ébauché: les cloisons ne sont pas posées, et déjà des
-myriades d'allants et venants s'y pressent... Il y a vingt ans, il
-y avait probablement à peine une voiture par jour, pouvant convoyer
-dix ou douze personnes partant de cette petite ville pour affaires
-indispensables. Aujourd'hui, plusieurs fois par jour, il y a des
-convois de<span class="pagenum"><a name="Page_288" id="Page_288">[p. 288]</a></span> cinq cents et de mille émigrants dans tous les sens.
-Les premières places sont occupées par des gens en blouse et qui ne
-semblent pas avoir de quoi dîner. Singulière révolution et singulière
-égalité! Quel plus singulier avenir pour la civilisation! Au reste, ce
-mot change de signification. Cette fièvre du mouvement dans des classes
-que des occupations matérielles sembleraient devoir retenir attachées
-au lieu où elles trouvent à vivre, est un signe de révolte contre des
-lois éternelles.</p>
-
-<p>À Nancy, vers une heure. Nous restons à la gare jusqu'à trois heures et
-demie. Nous retrouvons dans le wagon deux de nos religieuses du matin;
-l'une, qui est supérieure de sa communauté, est une femme distinguée;
-elle cause avec beaucoup d'amabilité et sans nuance de bigoterie.</p>
-
-<p>Pluie, orage avant Bar-le-Duc. Je passe avec plaisir devant le berceau
-de mon père; en somme, voyage agréable.</p>
-
-<p>Il y avait dans le wagon un gros Anglais, type de Falstaff, avec deux
-abominables filles, qui ont représenté presque jusqu'au bout le rôle de
-Loth et ses filles.</p>
-
-<p>Arrivés à onze heures et demie. Retard de plus d'une heure.</p>
-
-<hr class="b2" />
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_392_380" id="Note_392_380"></a><a href="#NoteRef_392_380"><span class="label">[392]</span></a> <i>Louis-Claude Vassé</i> (1716-1772), sculpteur, élève de
-Puget et de Bouchardon.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_393_381" id="Note_393_381"></a><a href="#NoteRef_393_381"><span class="label">[393]</span></a> Ce tombeau est attribué à <i>Lambert-Sigisbert Adam</i>
-(1700-1759).</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_394_382" id="Note_394_382"></a><a href="#NoteRef_394_382"><span class="label">[394]</span></a> Ce tableau est la <i>Bataille de Nancy</i>, qui figura
-au Salon de 1834, et fut donné par l'État au Musée de Nancy. Il
-figura aussi à l'Exposition de l'École des Beaux-Arts en 1885. (Voir
-<i>Catalogue Robaut</i>, n° 355.)</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_395_383" id="Note_395_383"></a><a href="#NoteRef_395_383"><span class="label">[395]</span></a> <i>Pierre-Jules Cavelier</i> (1814-1894), sculpteur, élève de
-David d'Angers, membre de l'Académie des Beaux-Arts depuis 1865.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_396_384" id="Note_396_384"></a><a href="#NoteRef_396_384"><span class="label">[396]</span></a> Nous ne pouvons nous empêcher de rapprocher de ce
-passage un fragment du <i>Curé de village</i> de Balzac, de ce Balzac que
-Delacroix parait n'avoir jamais compris, bien qu'il se montrât assez
-préoccupé de ses œuvres pour en extraire d'importants fragments
-dans son Journal. L'analogie de sentiment est complète; c'est la
-description de la petite église habitée par le <i>curé Bonnet</i>: «Malgré
-tant de pauvreté, cette église ne manquait pas des douces harmonies
-qui plaisent aux belles âmes et que les couleurs mettent si bien en
-relief... À l'aspect de cette chétive maison de Dieu, si le premier
-sentiment était la surprise, il était suivi d'une admiration mêlée de
-pitié. N'exprimait-elle pas la misère du pays? Ne s'accordait-elle pas
-avec la simplicité naïve du presbytère? Elle était d'ailleurs propre et
-très bien tenue. On y respirait comme un parfum de vertus champêtres,
-rien n'y trahissait l'abandon. Quoique rustique et simple, elle était
-habitée par la prière, <i>elle avait une âme: on la sentait, sans
-s'expliquer comment!</i>»</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_397_385" id="Note_397_385"></a><a href="#NoteRef_397_385"><span class="label">[397]</span></a> Ici le manuscrit contient un petit croquis de la main de
-Delacroix.</p></div>
-
-
-
-<hr class="b2" />
-
-<p><i>Paris</i>, 3 <i>septembre.</i>&mdash;Visite du docteur Laguerre pour moi.</p>
-
-<p>Visite du docteur Laguerre pour Jenny.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_289" id="Page_289">[p. 289]</a></span></p>
-
-<p>J'écris au bon cousin:</p>
-
-<p>«Malgré la vie solitaire que je mène ici, autant que cela est possible
-à Paris, je regretterai souvent notre tranquillité véritable de
-Strasbourg et combien elle était salutaire en particulier pour ma santé
-délabrée et pour mon esprit inquiet et fatigué. Dans votre paisible
-ville, tout me semblait respirer le calme: ici je ne trouve sur tous
-les visages qu'une fièvre ardente; les lieux même semblent livrés à
-une vicissitude perpétuelle. Ce monde nouveau, bon ou mauvais, qui
-cherche à se faire jour à travers nos ruines, est comme un volcan sous
-nos pieds et ne permet de reprendre haleine qu'à ceux qui, comme moi,
-commencent à se regarder comme étrangers à ce qui se passe, et pour qui
-l'espérance se borne à un bon emploi de la journée présente. Je ne suis
-encore sorti qu'une fois dans les rues de Paris: j'ai été épouvanté de
-toutes ces figures d'intrigants et de prostituées.»</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>4 <i>septembre.</i>&mdash;Écrire à M. Voignée d'Arnault, à Sainte-Menehould;</p>
-
-<p>&mdash;À Thiers, pour son livre.</p>
-
-<p>&mdash;Voir M. Lefebvre, jeune peintre, rue du Regard<a name="NoteRef_398_386" id="NoteRef_398_386"></a><a href="#Note_398_386" class="fnanchor">[398]</a>.</p>
-
-<p>&mdash;Chabrier.</p>
-
-<p>&mdash;Chapelle de Riesener.</p>
-
-<p>&mdash;Répondre à Bornot.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_290" id="Page_290">[p. 290]</a></span></p>
-
-<p>Le matin, aujourd'hui, à l'appartement, et fatigue extrême. Je me suis
-trouvé mourant de faim au café des Marcs, qui m'a rappelé ma jeunesse
-et une jeunesse bien éloignée.</p>
-
-<p>&mdash;Au milieu de la journée, Berryer est venu me voir. J'ai été bien
-heureux de sa visite et confus de ne pas avoir répondu à la bonne
-lettre de lui que j'avais trouvée ici.</p>
-
-<p>Il me dit, en confirmation de ce que je lui disais de mon régime, qu'il
-était convaincu que, lorsqu'un organe était affaibli ou souffrant chez
-un sujet d'un âge déjà avancé, c'était quelquefois le meilleur moyen de
-le guérir que de s'occuper de la santé de tout le reste, et dans mon
-cas, et d'après la doctrine du docteur Laguerre à mon égard, donner de
-la force au sang, c'est en donner à la gorge et à la poitrine.</p>
-
-<p>Dans ma promenade dans les rues du faubourg Saint-Germain, j'ai été
-frappé de leur contraste avec celles de mon quartier d'aujourd'hui,
-qui, j'espère, ne le sera plus dans quelques mois...</p>
-
-<p>J'ai rencontré le bon Gaubert<a name="NoteRef_399_387" id="NoteRef_399_387"></a><a href="#Note_399_387" class="fnanchor">[399]</a>, vieilli et souffrant.</p>
-
-<p>Bornot m'écrit pour m'engager à aller à Valmont.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p><i>Dimanche</i> 13 <i>septembre.</i>&mdash;J'ai été voir Guillemardet vers onze
-heures, et suis resté jusque deux heures et demie.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_291" id="Page_291">[p. 291]</a></span></p>
-
-<p>J'ai été ensuite au Musée. Deux ou trois jours auparavant j'y
-avais fait une séance. Je prise beaucoup la salle de l'École
-française moderne. Elle paraît bien supérieure à ce qui l'a précédée
-immédiatement. Tout ce qui a suivi Lebrun et surtout le dix-huitième
-siècle tout entier n'est que banalité et pratique. Chez nos modernes,
-la profondeur de l'intention et la sincérité éclatent jusque dans
-leurs fautes. Malheureusement, les procédés matériels ne sont pas
-à la hauteur de ceux des devanciers. Tous ces tableaux périront
-prochainement.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>15 <i>septembre.</i>&mdash;Je vais à pied voir Périn<a name="NoteRef_400_388" id="NoteRef_400_388"></a><a href="#Note_400_388" class="fnanchor">[400]</a> vers trois heures, et
-je reviens de même sans trop de fatigue. J'ai été bien heureux de le
-revoir. Il était venu souvent en mon absence. Je l'aime beaucoup, et je
-crois qu'il éprouve pour moi le même sentiment. Cela est rare à notre
-âge. Le bon Guillemardet de même.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>28 <i>septembre.</i>&mdash;Je voudrais que ma voix eût la force qui lui manque.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>30 <i>septembre.</i>&mdash;Première visite du docteur Laguerre.</p>
-
-<hr class="b2" />
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_398_386" id="Note_398_386"></a><a href="#NoteRef_398_386"><span class="label">[398]</span></a> Sans doute <i>Jules Lefebvre</i>, né en 1884, membre de
-l'Académie des Beaux-Arts depuis 1891.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_399_387" id="Note_399_387"></a><a href="#NoteRef_399_387"><span class="label">[399]</span></a> Le docteur <i>Léon Gaubert</i> (1805-1866), médecin du
-ministère de l'intérieur, et auteur de travaux intéressants sur
-l'hygiène.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_400_388" id="Note_400_388"></a><a href="#NoteRef_400_388"><span class="label">[400]</span></a> <i>Alphonse Périn</i> (1798-1875), peintre, élève de Guérin,
-qui fit surtout de la peinture religieuse. C'est dans l'atelier de
-leur maître commun que s'était nouée cette amitié solide dont parle
-Delacroix.</p></div>
-
-
-<hr class="b2" />
-
-<p>3 <i>octobre.</i>&mdash;Pour peindre en détrempe une toile à<span class="pagenum"><a name="Page_292" id="Page_292">[p. 292]</a></span> l'huile, et par
-conséquent pour retoucher un tableau à l'huile, mêler à la détrempe
-de la bière, qu'on rend plus forte en la faisant recuire. Le vernis
-Sœhnée bien pour vernir la détrempe, pour fixer la détrempe, pour
-repeindre ensuite à l'huile ayant le ton <i>frais en dessous.</i> Peindre
-en détrempe avec de la colle coupée: six parties d'eau, une partie
-de colle. <i>Passer</i> ensuite de l'amidon bien <i>passé</i> et bien <i>battu.
-Passer</i> lestement avec une brosse large.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>4 <i>octobre.</i>&mdash;Revoir l'<i>Adam et Ève</i><a name="NoteRef_401_389" id="NoteRef_401_389"></a><a href="#Note_401_389" class="fnanchor">[401]</a> ébauché par Andrieu d'après
-celui de la bibliothèque de la Chambre.&mdash;Revoir le <i>Château de
-Saint-Chartin</i>, vu par derrière.&mdash;Revoir la <i>Marguerite en prison</i><a name="NoteRef_402_390" id="NoteRef_402_390"></a><a href="#Note_402_390" class="fnanchor">[402]</a>
-avec Faust et Méphistophélès, puis l'<i>Aspasie</i><a name="NoteRef_403_391" id="NoteRef_403_391"></a><a href="#Note_403_391" class="fnanchor">[403]</a> jusqu'à la ceinture
-grande comme nature; voir un bon croquis dans un album du temps.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>6 <i>octobre.</i>&mdash;De Paris, à neuf heures et demie, à Fontainebleau; trouvé
-Viardot. A l'hôtel du <i>Cadran bleu</i>, pris une voiture pour Augerville.
-Cheminé à distance avec deux personnes qui y allaient aussi, dont M.
-Legrand, ami de Berryer. Enchanté de l'embrasser.</p>
-
-<p>Ma journée m'a fatigué.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p><i>Augerville, vendredi</i> 16 <i>octobre.</i>&mdash;Supériorité de<span class="pagenum"><a name="Page_293" id="Page_293">[p. 293]</a></span> la musique:
-absence de raisonnement (non de logique). Je pensais tout cela en
-entendant le morceau bien simple d'orgue et de basse que nous jouait
-Batta ce soir, après lavoir joué avant le dîner. Enchantement que me
-cause cet art; il semble que la partie <i>intellectuelle</i> <a name="NoteRef_404_392" id="NoteRef_404_392"></a><a href="#Note_404_392" class="fnanchor">[404]</a> n'ait
-point part à ce plaisir. C'est ce qui fait classer l'art de la musique
-à un rang inférieur par les pédants.</p>
-
-<p>Dans la journée, fatigué à suivre Berryer à son arpentage pour son
-chemin extérieur. M. de Brézé venu le soir.</p>
-
-<p>«Les phraseurs, me disait Berryer d'après je ne sais qui, commencent
-à Massillon.» Je suis de son avis. Quelle tenue en toutes choses
-devaient avoir ces gens, capables de développer si longuement et avec
-ce soin et ce respect de l'objet qu'on traite ou de la personne à qui
-on s'adresse, et cela avec l'absence de prétention et de l'effet qui a
-toujours été en grandissant depuis!</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>19 <i>octobre.</i>&mdash;Parti d'Augerville à une heure et demie. On est venu
-me prendre de Fontainebleau. Mme de Lagrange partie une demi-heure
-auparavant.</p>
-
-<p>Arbres cassés dans la forêt par un ouragan qui en a déraciné d'énormes.
-Feuillage mort contrastant. Cassure blanche.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_294" id="Page_294">[p. 294]</a></span></p>
-
-<p>Arrivé vers quatre heures. Fait un tour dans le parc par un temps gris
-et pluvieux.&mdash;Les carpes<a name="NoteRef_405_393" id="NoteRef_405_393"></a><a href="#Note_405_393" class="fnanchor">[405]</a>.&mdash;Dîné vers cinq heures; parti à sept
-heures moins un quart.</p>
-
-<hr class="b2" />
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_401_389" id="Note_401_389"></a><a href="#NoteRef_401_389"><span class="label">[401]</span></a> Voir <i>Catalogue Robaut</i>, n° 853 et n° 902.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_402_390" id="Note_402_390"></a><a href="#NoteRef_402_390"><span class="label">[402]</span></a> Voir <i>Catalogue Robaut</i>, n° 251.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_403_391" id="Note_403_391"></a><a href="#NoteRef_403_391"><span class="label">[403]</span></a> Voir <i>Catalogue Robaut</i>, n° 47 et supplément.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_404_392" id="Note_404_392"></a><a href="#NoteRef_404_392"><span class="label">[404]</span></a> Sur l'élément <i>intellectuel</i> des arts, voir le beau
-développement du début de l'année 1854, à propos des <i>spécialistes</i>
-auxquels, dit-il, «la partie intellectuelle de l'art manque
-complètement». (Voir t. II, p 321.)</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_405_393" id="Note_405_393"></a><a href="#NoteRef_405_393"><span class="label">[405]</span></a> Les fameuses carpes de l'étang de la Cour des Fontaines,
-situé entre le Jardin Anglais et l'avenue de Maintenon.</p></div>
-
-<hr class="b2" />
-
-
-<p><i>Paris</i>, 4 <i>novembre.</i>&mdash;Je remarquais un de ces matins, étant au
-soleil dans ma galerie, l'effet prismatique de la multitude de petits
-poils du drap de ma veste grise. Toutes les couleurs de l'arc-en-ciel
-y brillaient comme dans le cristal ou le diamant. Chacun de ces
-poils étant poli réfléchissait les plus vives couleurs, lesquelles
-changeaient à chaque mouvement que je faisais; nous n'apercevons pas
-cet effet en l'absence du soleil, mais...<a name="NoteRef_406_394" id="NoteRef_406_394"></a><a href="#Note_406_394" class="fnanchor">[406]</a>.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>8 <i>novembre.</i>&mdash;Donné à Haro le petit Watteau qui me vient de
-Barroilhet<a name="NoteRef_407_395" id="NoteRef_407_395"></a><a href="#Note_407_395" class="fnanchor">[407]</a>, pour le restaurer.</p>
-
-<p>Lui demander les arbres de Valmont, sur carton.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>9 <i>novembre.</i>&mdash;Je reçois ce matin une lettre de mon bon Lamey. Chose
-singulière: depuis mon réveil, je pensais à lui continuellement;
-au plaisir que j'aurais à recevoir de ses nouvelles, et surtout à
-l'habitude que nous devrions prendre de nous écrire:<span class="pagenum"><a name="Page_295" id="Page_295">[p. 295]</a></span> c'est justement
-ce qu'il me demande dans sa lettre.</p>
-
-<p>J'écris ceci pour l'idée que m'a suggérée le commencement de cette
-lettre. <i>Si va les bene est, ego valeo ...</i> Je me suis mis à réfléchir
-sur ce mot <i>valere</i>, qui signifie en français <i>se bien porter</i>,
-expression ou plutôt locution qui peint en plusieurs mots une des
-situations de l'homme qui est en santé, peut-être à la vérité la
-principale et qui est le plus sûr indice de la force, celle de se
-trouver sur ses jambes, car l'homme malade est ordinairement couché.
-Il n'y a pas en français un mot unique qui exprime être en santé,
-et, chose bizarre, le mot latin qui l'exprime a passé toutefois dans
-notre langue: c'est le mot <i>valoir.</i> Les Anglais disent d'un homme:
-<i>Il vaut tant</i>; c'est comme s'ils disaient: La santé de la bourse est
-bonne ou mauvaise. Nous disons: Cette maison vaut cent mille francs,
-c'est-à-dire elle a la valeur, la force, la durée probable, en un mot
-la santé dune maison de cent mille francs. <i>Valeur</i> vient de <i>valoir</i>
-et par conséquent de <span class="smcap">Valere</span>. Il faut en conclure que, dans l'idée de
-tout le monde, la première condition pour être valeureux est de se bien
-porter. On a de la valeur, on vaut beaucoup: la santé du corps ajoute à
-celle de l'âme et souvent n'est pas autre chose.</p>
-
-<p>La valeur, le courage dans un corps affaibli est une chose rare; encore
-dans l'homme qui en est capable, faut-il remarquer combien il sera plus
-en possession de cette valeur même, s'il se trouve relativement dans un
-meilleur état de santé!</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_296" id="Page_296">[p. 296]</a></span></p>
-
-<p>&mdash;<i>Du mot</i> <span class="smcap">Distraction</span>.&mdash;Il y a longtemps que j'avais fait des
-réflexions analogues sur le mot <i>Distraction</i>, pour exprimer des
-plaisirs, des passe-temps. Il vient de <i>distrahere</i>, détacher de,
-arracher de. Le vulgaire, quand il dit qu'il se donne des distractions,
-ne se dit pas que cette expression est toute négative; elle exprime
-la première opération à faire pour aller à une jouissance quelconque:
-c'est de se tirer d'abord de l'état d'ennui ou de souffrance dans
-lequel on se trouve. Ainsi, <i>je vais me distraire</i> signifie: Je vais
-ôter de ma pensée le souvenir du mal présent; je vais oublier, si je
-puis, mon chagrin, quitte à trouver ensuite du plaisir par-dessus le
-marché. Tous les hommes ont besoin d'être distraits et veulent l'être
-continuellement. Il n'y a peut-être que le musulman stupide (il nous
-paraît tel à nous autres) qui semble se suffire à lui-même, accroupi
-pendant des journées sur un tapis, en tête-à-tête avec sa pipe; encore
-est-ce là une sorte de distraction. C'est une occupation fainéante qui
-remplit les heures d'une façon machinale.</p>
-
-<p>Quant à nos distractions, ce sont celles que donnent des lectures, des
-spectacles, les cartes, la promenade: il y en a qui s'amusent, d'autres
-qui restent des heures interminables avec les occupations que donnent
-les travaux de l'esprit; mais, encore un coup, ce sont des personnes
-qui charment les heures de la prison par les imaginations d'un état
-qui les met hors de l'état présent, c'est-à-dire qui les arrache à
-la contemplation<span class="pagenum"><a name="Page_297" id="Page_297">[p. 297]</a></span> de soi-même. Ne peut-il donc arriver que, sans le
-secours de ces passe-temps plus ou moins frivoles, on vive en compagnie
-de soi-même, sans appeler à son secours, ou la société d'un autre
-être, notre pareil, et aussi ennuyé que nous, ou les spectacles que
-donnent à notre esprit les inventions d'autres hommes comme nous, qui
-ont eux-mêmes cherché dans l'enfantement de ces ouvrages, qui charment
-maintenant nos heures, une ressource contre les difficultés de vivre
-avec eux-mêmes?</p>
-
-<p>Pythagore compare le spectacle du monde à celui des jeux Olympiques:
-les uns y tiennent boutique et ne songent qu'au profit; les autres
-payent de leur personne et cherchent la gloire; d'autres enfin se
-contentent de voir les jeux.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>11 <i>novembre.</i>&mdash;Dans la journée chez Viardot, que je n'ai pas trouvé.
-Ensuite chez Mme de Lagrange. Je conviens de revenir dîner avec elle,
-Berryer et Musset. Mme Las Marismas s'y trouve: façon d'Anglaise qui ne
-manque pas de charme.</p>
-
-<p>B... se plaignant à Nice des moustiques, et M. de Landi, le père, lui
-disant obligeamment: «Nous en avons douze espèces comme cela.»</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p><i>Vendredi</i> 13 <i>novembre.</i>&mdash;Il est difficile de dire quelles couleurs
-employaient les Titien et les Rubens pour faire ces tons de chair si
-brillants et restés tels, et en particulier ces demi-teintes dans
-lesquelles la<span class="pagenum"><a name="Page_298" id="Page_298">[p. 298]</a></span> transparence du sang sous la peau se fait sentir malgré
-le gris que toute demi-teinte comporte. Je suis convaincu pour ma part
-qu'ils ont mêlé, pour les produire, les couleurs les plus brillantes.
-La tradition était interrompue à David, lequel, ainsi que son école, a
-amené d'autres errements.</p>
-
-<p>Il est passé en principe, pour ainsi dire, que la sobriété était un
-des éléments du beau. Je m'explique: après le dévergondage du dessin
-et les éclats intempestifs de couleurs qui ont amené les écoles de
-décadence à outrager en tous sens la vérité et le goût, il a fallu
-revenir à la simplicité dans toutes les parties de l'art. Le dessin
-a été retrempé à la source de l'antique: de là une carrière toute
-nouvelle ouverte à un sentiment noble et vrai. La couleur a participé
-à la réforme; mais cette réforme a été indiscrète, en ce sens qu'on a
-cru qu'elle resterait toujours de la couleur atténuée et ramenée à ce
-qu'on croyait, à mie simplicité qui n'est pas dans la nature. On trouve
-chez David (dans les <i>Sabines</i>, par exemple, qui sont le prototype de
-sa réforme) une couleur qui est relativement juste; seulement les tons
-que Rubens produit avec des couleurs franches et virtuelles telles que
-des <i>verts</i> vifs, des <i>outremers</i>, etc., David et son école croient
-les retrouver avec le <i>noir</i> et le <i>blanc</i> pour faire du <i>bleu</i>, le
-<i>noir</i> et le <i>jaune</i> pour faire du <i>vert</i>, de l'<i>ocre rouge</i> et du
-<i>noir</i> pour faire du <i>violet</i>, ainsi de suite. Encore emploie-t-il des
-couleurs terreuses, des <i>terres d'ombre</i><span class="pagenum"><a name="Page_299" id="Page_299">[p. 299]</a></span> ou de <i>Cassel</i>, des <i>ocres</i>,
-etc.&mdash;Chacun de ces verts, de ces bleus relatifs, joue son rôle dans
-cette gamine atténuée, surtout quand le tableau se trouve placé dans
-une lumière vive qui, en pénétrant leurs molécules, leur donne tout
-l'éclat dont elles sont susceptibles; mais si le tableau est placé dans
-l'ombre ou en fuyant sous le jour, la terre redevient terre et les
-tons ne jouent plus, pour ainsi dire. Si surtout on le place à côté
-d'un tableau coloré comme ceux des Titien et des Rubens, il paraît ce
-qu'il est effectivement: terreux, morne et sans vie. <i>Tu es terre et tu
-redeviens terre.</i></p>
-
-<p>Van Dyck emploie des couleurs plus terreuses que Rubens, l'<i>ocre</i>, le
-<i>brun rouge</i>, le <i>noir</i>, etc.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p><i>Vendredi</i> 20 <i>novembre.</i>&mdash;Je compare ces écrivains qui ont des idées,
-mais qui ne savent pas les ordonner, à ces généraux barbares qui
-menaient au combat des nuées de Perses ou de Huns combattant au hasard,
-sans ordre, sans unité d'efforts, et par conséquent sans résultat. Les
-mauvais écrivains se trouvent aussi bien parmi ceux qui ont des idées
-que chez ceux qui en sont dépourvus. C'est le sentiment de l'unité et
-le pouvoir de la réaliser dans son ouvrage qui font le grand écrivain
-et le grand artiste.</p>
-
-<hr class="b2" />
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_406_394" id="Note_406_394"></a><a href="#NoteRef_406_394"><span class="label">[406]</span></a> La suite manque dans le manuscrit.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_407_395" id="Note_407_395"></a><a href="#NoteRef_407_395"><span class="label">[407]</span></a> <i>Paul Barroilhet</i> (1805-1871). Le célèbre baryton
-de l'Opéra était grand amateur de peinture et avait eu de nombreux
-tableaux de Delacroix. (Voir le <i>Catalogue Robaut.</i>)</p></div>
-
-
-<hr class="b2" />
-
-<p><i>Samedi</i> 5 <i>décembre.</i>&mdash;À l'Institut, Gatteaux<a name="NoteRef_408_396" id="NoteRef_408_396"></a><a href="#Note_408_396" class="fnanchor">[408]</a><span class="pagenum"><a name="Page_300" id="Page_300">[p. 300]</a></span> fait une sortie
-sur la couleur. Le ministre<a name="NoteRef_409_397" id="NoteRef_409_397"></a><a href="#Note_409_397" class="fnanchor">[409]</a> y était.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>9 <i>décembre.</i>&mdash;J'ai toujours fait trop d'honneur à tous les gens que
-j'ai vus pour la première fois: je les crois toujours supérieurs.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p><i>Dimanche</i> 20 <i>décembre.</i>&mdash;Je reste chez moi, je ne fais point ma
-barbe; tantôt, un petit rhume commençant me donne le prétexte de ne pas
-bouger. Depuis le commencement de ce mois je me suis remis à travailler.</p>
-
-<p>L'atelier est entièrement vide. Qui le croirait? Ce lieu, qui m'a
-vu entouré de peintures de toutes sortes et de plusieurs qui me
-réjouissaient par leur variété et qui chacune éveillaient un souvenir
-ou une émotion, me plaît encore dans la solitude. Il semble qu'il soit
-doublé. J'ai là dedans une dizaine de petits tableaux que je prends
-plaisir à finir. Sitôt que je suis levé, je monte à la hâte, prenant
-à peine le temps de me peigner: j'y demeure jusqu'à la nuit, sans
-un seul moment de vide ou de regret pour les distractions que les
-visites, ou ce qu'on appelle les plaisirs, peuvent donner. Mon ambition
-est renfermée dans ces murs. Je jouis des derniers instants qui me
-restent pour me voir encore dans ce lieu qui m'a vu tant d'années, et
-dans lequel s'est passée en grande partie la dernière période de mon
-arrière-jeunesse. Je parle ainsi de moi, parce que, quoique dans un<span class="pagenum"><a name="Page_301" id="Page_301">[p. 301]</a></span>
-âge avancé de la vie, mon imagination et un certain je ne sais quoi me
-font sentir des mouvements, des élans, des aspirations qui se sentent
-encore des belles années. Une ambition effrénée n'a pas asservi mes
-facultés au vain désir d'être admiré par les envieux dans quelque poste
-en vue, vain hochet des dernières années, sot emploi pour l'esprit
-et pour le cœur de ces moments où l'homme au déclin de la vie
-devrait plutôt se recueillir dans ses souvenirs ou dans de salutaires
-occupations de l'esprit, pour se consoler de ce qui lui échappe, et
-remplir ses dernières heures autrement que dans les affaires rebutantes
-dans lesquelles les ambitieux consument de longues journées pour être
-vus quelques instants ou plutôt pour se voir sous le soleil de la
-faveur. Je ne puis quitter sans une vive émotion ces humbles lieux, où
-j'ai été tantôt triste et tantôt joyeux pendant tant d'années.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p><i>Mercredi</i> 23 <i>décembre.</i>&mdash;Jour de réunion générale de l'Institut pour
-la nomination d'un sous-bibliothécaire. La vue de toutes ces figures
-m'a amusé. Berryer y était, que je n'avais pas vu et qui est venu à
-moi. Nous avons été en sortant voir mon logement. Il me ramène jusque
-chez lui, tout en me contant les circonstances du procès de Jeufosse,
-dans lequel il vient d'avoir un éclatant succès<a name="NoteRef_410_398" id="NoteRef_410_398"></a><a href="#Note_410_398" class="fnanchor">[410]</a>.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_302" id="Page_302">[p. 302]</a></span></p>
-
-<p>Jour de sainte Victoire<a name="NoteRef_411_399" id="NoteRef_411_399"></a><a href="#Note_411_399" class="fnanchor">[411]</a>. Je l'ai laissé passer sans m'en
-apercevoir, car j'écris ceci le lendemain... Que d'années écoulées, que
-de chers objets disparus depuis que nous fêtions ce cher anniversaire!</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p><i>Jeudi</i> 24 <i>décembre.</i>&mdash;Travaillé comme à l'ordinaire toute la journée
-pendant qu'on me déménage. J'apprends ce soir la mort du pauvre
-Devéria<a name="NoteRef_412_400" id="NoteRef_412_400"></a><a href="#Note_412_400" class="fnanchor">[412]</a>, mort aujourd'hui même, et qu'on enterre demain.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p><i>Lundi</i> 28 <i>décembre.</i>&mdash;Déménagé brusquement aujourd'hui<a name="NoteRef_413_401" id="NoteRef_413_401"></a><a href="#Note_413_401" class="fnanchor">[413]</a>.
-Travaillé le matin aux <i>Chevaux qui se battent</i>.</p>
-
-<p>Mon logement est décidément charmant. J'ai eu un peu de mélancolie
-après dîner, de me trouver transplanté. Je me suis peu à peu réconcilié
-et me suis couché enchanté.</p>
-
-<p>Réveillé le lendemain en voyant le soleil le plus gracieux sur les
-maisons qui sont en face de ma fenêtre. La vue de mon petit jardin
-et l'aspect riant de mon atelier me causent toujours un sentiment de
-plaisir.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p><i>Mardi</i> 29 <i>décembre.</i>&mdash;J'ai été jusqu'au Luxembourg<a name="NoteRef_414_402" id="NoteRef_414_402"></a><a href="#Note_414_402" class="fnanchor">[414]</a><span class="pagenum"><a name="Page_303" id="Page_303">[p. 303]</a></span> pour
-m'aguerrir, par le plus beau temps du monde.</p>
-
-<p>Le soir, M. Hartmann<a name="NoteRef_415_403" id="NoteRef_415_403"></a><a href="#Note_415_403" class="fnanchor">[415]</a>, qui venait me demander ma copie du portrait
-d'homme de Raphaël. Nous avons parlé tout le temps de théologie. Il est
-un fervent protestant. Haro survenu. Bref, je me suis couché ennuyé et
-fatigué.</p>
-
-<hr class="b2" />
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_408_396" id="Note_408_396"></a><a href="#NoteRef_408_396"><span class="label">[408]</span></a> <i>Jacques-Édouard Gatteaux</i> (1788-1881), statuaire et
-graveur en médailles, membre de l'Institut depuis 1845.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_409_397" id="Note_409_397"></a><a href="#NoteRef_409_397"><span class="label">[409]</span></a> M. <i>Rouland.</i></p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_410_398" id="Note_410_398"></a><a href="#NoteRef_410_398"><span class="label">[410]</span></a> Cette cause célèbre, qui eut un grand retentissement,
-fut jugée le 14 décembre 1857, et fournit à Berryer l'occasion d'un de
-ses plus beaux succès oratoires.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_411_399" id="Note_411_399"></a><a href="#NoteRef_411_399"><span class="label">[411]</span></a> C'était le jour de la fête de la mère Delacroix,
-<i>Victoire Œben</i>, et cet anniversaire évoquait en lui de touchants
-souvenirs de jeunesse.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_412_400" id="Note_412_400"></a><a href="#NoteRef_412_400"><span class="label">[412]</span></a> <i>Achille Devéria</i> (1800-1857).</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_413_401" id="Note_413_401"></a><a href="#NoteRef_413_401"><span class="label">[413]</span></a> Delacroix quittait son appartement de la rue Notre-Dame
-de Lorette pour s'installer dans l'atelier de la rue Furstenberg, où il
-devait mourir quelques années plus tard.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_414_402" id="Note_414_402"></a><a href="#NoteRef_414_402"><span class="label">[414]</span></a> A partir de ce moment, Delacroix ira souvent se reposer
-et rêver sous les ombrages du Luxembourg, à l'endroit même où se dresse
-actuellement le monument élevé à sa mémoire.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_415_403" id="Note_415_403"></a><a href="#NoteRef_415_403"><span class="label">[415]</span></a> M. <i>Hartmann</i>, amateur distingué dont la galerie
-contenait un grand nombre de toiles du maître.</p>
-
-<hr class="chap" />
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_304" id="Page_304">[p. 304]</a></span></p></div>
-
-
-
-
-<h3><a name="c1858" id="c1858">1858</a></h3>
-
-
-<p>22 <i>janvier.</i>&mdash;Soirée chez Hittorff pour la lecture de Berlioz.</p>
-
-<hr class="b2" />
-
-<p>2 <i>février.</i>&mdash;Première visite du docteur Laguerre pour la maladie de
-Jenny. Elle est arrêtée depuis avant-hier.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>3 <i>février.</i>&mdash;Deuxième visite du docteur.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>4 <i>février.</i>&mdash;Troisième visite du docteur. Riesener venu à quatre
-heures pour le jardin.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>5 <i>février.</i>&mdash;Visite du docteur.&mdash;An conseil la matinée; ensuite chez
-Alaux<a name="NoteRef_416_404" id="NoteRef_416_404"></a><a href="#Note_416_404" class="fnanchor">[416]</a> et chez Halévy. Je n'ai pas trouvé ce dernier.</p>
-
-<p>Je vois au conseil une machine destinée à transporter à une vingtaine
-de mètres plus loin la colonne de la place du Châtelet. On vient de
-planter à la place de la Bourse des marronniers énormes. Bientôt on<span class="pagenum"><a name="Page_305" id="Page_305">[p. 305]</a></span>
-transportera des maisons; qui sait? peut-être des villes.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>15 <i>février.</i>&mdash;Le bon Duverger venu me voir pour le placement du
-médaillon de Nourrit<a name="NoteRef_417_405" id="NoteRef_417_405"></a><a href="#Note_417_405" class="fnanchor">[417]</a> à Versailles. Excellent homme et policé dans
-ses explications. Il veut avoir une vieillesse vigoureuse et fait des
-actes de jeune homme pour se tenir en haleine, comme de grimper sur les
-omnibus quand la voiture est lancée, et autres exercices.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>16 <i>février.</i>&mdash;Séance du comité à trois heures à l'Hôtel de ville. Je
-vois Flourens<a name="NoteRef_418_406" id="NoteRef_418_406"></a><a href="#Note_418_406" class="fnanchor">[418]</a>. Le préfet<a name="NoteRef_419_407" id="NoteRef_419_407"></a><a href="#Note_419_407" class="fnanchor">[419]</a> nous a dit des choses intéressantes
-sur l'invasion des prêtres dans l'instruction publique. Ils accaparent
-tout.</p>
-
-<p>J'ai eu très froid en revenant avec Didot.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>17 <i>février.</i>&mdash;Vers quatre heures, comme j'allais sortir, mon cher
-Rivet est venu me voir. Il m'a montré de la sensibilité au souvenir de
-notre ancienne amitié et m'a promis de venir quelquefois prendre du thé
-avec moi et causer.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_306" id="Page_306">[p. 306]</a></span></p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>18 <i>février.</i>&mdash;Chabrier et sa femme venus vers trois heures.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>23 <i>février.</i>&mdash;Les anciens sont parfaits dans leur sculpture.
-Raphaël<a name="NoteRef_420_408" id="NoteRef_420_408"></a><a href="#Note_420_408" class="fnanchor">[420]</a> ne l'est pas dans son art. Je fais cette réflexion à
-propos du petit tableau d'<i>Apollon et Marsyas</i><a name="NoteRef_421_409" id="NoteRef_421_409"></a><a href="#Note_421_409" class="fnanchor">[421]</a>. Voilà un ouvrage
-admirable et dont les regards ne peuvent se détacher. C'est un
-chef-d'œuvre sans doute, mais le chef-d'œuvre d'un art qui n'est
-pas arrivé à sa perfection. On y trouve la perfection d'un talent
-particulier avec l'ignorance, résultat du moment où il a été produit.
-L'Apollon est collé au fond. Ce fond avec ses petites fabriques est
-puéril: la naïveté de limitation l'excuse, et le peu de connaissance
-qu'on avait alors de la perspective aérienne. L'Apollon a les jambes
-grêles: elles sont d'un modelé faible, les pieds ont l'air de petites
-planches emmanchées au bout des jambes: le cou et les clavicules sont
-manques, ou plutôt ne sont pas sentis. Il en est<span class="pagenum"><a name="Page_307" id="Page_307">[p. 307]</a></span> à peu près de même du
-bras gauche qui tient un bâton; je le répète: le sentiment individuel,
-le charme particulier au talent le plus rare, forment l'attrait de ce
-tableau. Rien de semblable dans des petits plâtres qui se trouvaient
-à côté chez le possesseur du tableau, et qui sont moulés probablement
-sur des bronzes antiques. Il s'y trouve des parties négligées ou plutôt
-moins achevées que les autres; mais le sentiment, qui anime le tout, ne
-va pas sans une connaissance complète de l'art. Raphaël est boiteux et
-gracieux.</p>
-
-<p>L'antique est plein de la grâce sans afféterie de la nature; rien ne
-choque; on ne regrette rien; il ne manque rien, et il n'y a rien de
-trop. Il n'y a aucun exemple chez les modernes d'un art pareil.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>24 <i>février.</i>&mdash;Chez Raphaël nous voyons un art qui se débat dans ses
-langes: les parties sublimes font passer sur les parties ignorantes,
-sur les naïvetés enfantines qui ne sont que des promesses d'un art plus
-complet.</p>
-
-<p>Dans Rubens il y a une exubérance, une connaissance des moyens de l'art
-et surtout une facilité à les appliquer, qui entraîne la main savante
-de l'artiste dans des effets outrés, dans des moyens de convention
-employés pour frapper davantage.</p>
-
-<p>Dans Puget<a name="NoteRef_422_410" id="NoteRef_422_410"></a><a href="#Note_422_410" class="fnanchor">[422]</a>, des parties merveilleuses qui<span class="pagenum"><a name="Page_308" id="Page_308">[p. 308]</a></span> dépassent, en vérité
-et en énergie, les anciens et Rubens, mais point d'ensemble: des
-défaillances à chaque pas, des parties défectueuses assemblées à
-grand'peine; l'ignoble, le commun à chaque pas.</p>
-
-<p>L'antique est toujours égal, serein, complet dans ses détails, et
-l'ensemble irréprochable en quelque sorte. Il semble que les ouvrages
-soient ceux d'un seul artiste: les nuances de style diffèrent à des
-époques diverses, mais n'enlèvent pas à un seul morceau antique cette
-valeur singulière qu'ils doivent tous à cette unité de doctrine, à
-cette tradition de force contenue et de simplicité, que les modernes
-n'ont jamais atteinte dans les arts du dessin, ni peut-être dans aucun
-des autres arts.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>26 <i>février.</i>&mdash;La conversation que j'ai avec J... à propos de la jambe
-imparfaite de la <i>Médée</i>: que les hommes de talent sont frappés d'une
-idée à laquelle tout doit être subordonné. De là les parties faibles,
-sacrifiées par force; tant mieux si l'idée est venue<span class="pagenum"><a name="Page_309" id="Page_309">[p. 309]</a></span> toute nette et
-se développant d'elle-même. Le travail difficile ne s'applique, dans
-l'homme de talent, qu'à faire passer les endroits faibles. Comme tout
-est faible chez les hommes d'un faible talent, tout étant le produit de
-la réflexion ou de réminiscences plus que de l'inspiration, ces lacunes
-sont moins sensibles. Toutes les parties de leur ouvrage insipide sont
-l'objet d'un travail opiniâtre et soutenu. Une nature avare leur fait
-payer cher leur moindre trouvaille. Aux hommes mieux doués le ciel
-donne pour rien les idées heureuses et frappantes; c'est à les mettre
-en lumière le mieux possible que s'applique pour eux le travail.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>28 <i>février.</i>&mdash;(Je relis cela. Le rapporter à ce que j'ai écrit au
-commencement de l'année 1860 sur le même sujet<a name="NoteRef_423_411" id="NoteRef_423_411"></a><a href="#Note_423_411" class="fnanchor">[423]</a>; mais avec une
-conclusion différente; non pas que je ne trouve toujours l'antique
-aussi parfait, mais en le comparant avec les modernes, notamment dans
-des médailles de la Renaissance, dans les ouvrages de Michel-Ange, du
-Corrège, etc., je trouve dans ces derniers un charme particulier que je
-n'ose pas dire qui soit dû à leurs incorrections, mais à une sorte de
-piquant indéfinissable qu'on ne trouve pas dans l'antique, lequel vous
-donne une admiration plus tranquille. Les anciens embrassaient moins
-d'objets,)</p>
-
-<p>L'art grec était fils de l'art égyptien. Il fallait toute la
-merveilleuse aptitude du peuple de la Grèce<span class="pagenum"><a name="Page_310" id="Page_310">[p. 310]</a></span> pour avoir rencontré, en
-suivant toutefois une sorte de tradition hiératique comme celle des
-Égyptiens, toute la perfection de leur sculpture. C'est la libéralité
-de leur esprit qui anime et féconde ces froides images consacrées d'un
-autre art soumis à une tradition inflexible. Mais si on les compare aux
-modernes, travaillés par tant de nouveautés que la marche des siècles
-a amenées par le christianisme, par les découvertes des sciences qui
-ont aidé à la hardiesse de l'imagination, enfin par suite de cette
-révolution inévitable dans les choses humaines qui ne permet pas qu'une
-époque soit semblable à celles qui l'ont précédée...</p>
-
-<p>Les hardiesses téméraires des grands hommes ont conduit au mauvais
-goût; mais chez les grands hommes, les hardiesses ont ouvert la
-barrière aux hommes futurs qui leur ressemblent. De même qu'Homère
-semble chez les anciens la source d'où tout a découlé, de même chez
-les modernes certains génies, j'oserai dire énormes, et il faut le
-mot comme signifiant aussi bien la grandeur de ces génies que leur
-impossibilité de se renfermer dans de certaines bornes, ont ouvert
-toutes les routes parcourues depuis eux, chacun suivant son caractère
-particulier, de telle sorte qu'il n'est pas de grands esprits venus à
-leur suite qui n'aient été leurs tributaires, qui n'aient trouvé chez
-eux les types de leurs inspirations<a name="NoteRef_424_412" id="NoteRef_424_412"></a><a href="#Note_424_412" class="fnanchor">[424]</a>.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_311" id="Page_311">[p. 311]</a></span></p>
-
-<p>L'exemple de ces hommes primitifs est dangereux pour les faibles
-talents ou pour les inexpérimentés. De grands talents, même à leur
-début, cèdent facilement à prendre leur propre influence ou les
-divagations de leur imagination pour l'effet d un génie semblable à
-celui de ces hommes extraordinaires. C'est à d'autres grands hommes
-comme eux, mais qui viennent après eux, que leur exemple est utile,
-les natures inférieures peuvent imiter à leur aise les Virgile, les
-Mozart.....</p>
-
-<p>Cette mobilité est si naturelle aux hommes que les anciens eux-mêmes,
-dont la grandeur à distance nous semble monotone, présentent peu
-d'analogies; leurs grands tragiques se suivent sans se ressembler:
-Euripide n'a plus la simplicité d'Eschyle, il est plus poignant, il
-cherche des effets, des oppositions; les artifices de la composition
-s'augmentent avec la nécessité de s'adressera des sources nouvelles
-d'intérêt qui se découvrent dans l'âme humaine.</p>
-
-<p>C'est comme le travail qu'on voit s'opérer dans l'art moderne.
-Michel-Ange ne peut appeler au secours de l'effet de ses sculptures
-l'art des fonds, le paysage qui augmente l'impression des figures dans
-la peinture; mais le pathétique des mouvements, la finesse des plans,
-l'expression deviennent des besoins impérieux de sa passion.</p>
-
-<p>Les plus grands admirateurs, et ils sont rares aujourd'hui, de
-Corneille et de Racine sentent bien que, de notre temps, des ouvrages
-taillés sur le modèle<span class="pagenum"><a name="Page_312" id="Page_312">[p. 312]</a></span> des leurs nous laisseraient froids. L'indigence
-de nos poètes nous prive de tragédies faites pour nous; il nous
-manque des <i>génies originaux</i><a name="NoteRef_425_413" id="NoteRef_425_413"></a><a href="#Note_425_413" class="fnanchor">[425]</a>. On n'a encore rien imaginé que
-l'imitation de Shakespeare mêlée à ce que nous appelons des mélodrames;
-mais Shakespeare est trop individuel, ses beautés et ses exubérances
-tiennent trop à une nature originale pour que nous puissions en
-être complètement satisfaits quand on vient faire à notre usage du
-Shakespeare. C'est un homme à qui on ne peut rien dérober, comme il ne
-faut rien lui retrancher. Non seulement il a un génie propre à qui rien
-ne ressemble, mais il est Anglais, ses beautés sont plus belles pour
-les Anglais, et ses défauts n'en sont peut-être pas aux yeux de ses
-compatriotes. Ils en étaient encore bien moins pour ses contemporains.
-Ils étaient ravis de ce qui nous choque: les beautés de tous les temps
-qui brillent çà et là n'étaient probablement pas ce qui faisait battre
-des mains à la galerie d'en haut, celle que fréquentaient les matelots
-et les marchands de<span class="pagenum"><a name="Page_313" id="Page_313">[p. 313]</a></span> poisson; et il est probable que les seigneurs de
-la cour d'Élisabeth&mdash;ils n'avaient pas beaucoup meilleur goût&mdash;leur
-préféraient les jeux de mots, les traits d'esprit recherchés. Le
-lyrisme, le réalisme, toutes ces belles inventions modernes, on a
-cru les trouver dans Shakespeare. De ce qu'il fait parler des valets
-comme leurs maîtres, de ce qu'il fait interroger un savetier par
-César, le savetier en tablier de cuir et répondant en calembours du
-coin de la rue, on a conclu que la vérité manquait à nos pères qui ne
-connaissaient pas cette veine nouvelle; quand on a vu également un
-amant en tête-à-tête avec sa maîtresse débiter deux pages de dithyrambe
-à la nature et à la lune, ou un homme dans le paroxysme de la fureur
-s'arrêter pour faire des réflexions philosophiques interminables, on a
-vu un élément d'intérêt dans ce qui n'est que celui d'un extrême ennui.</p>
-
-<p>Combien le pour et le contre se trouvent dans la même cervelle! On est
-étonné de la diversité des opinions entre hommes différents; mais un
-homme d'un esprit sain conçoit toutes les possibilités, sait se mettre
-ou se met à son insu à tous les points de vue. Cela explique tous les
-revirements d'opinion chez le même homme, et ils ne doivent surprendre
-que ceux qui ne sont pas capables de se faire à eux-mêmes des opinions
-des choses. En politique, où ce changement est plus fréquent et plus
-brusque encore, il tient à des causes entièrement différentes et que je
-n'ai pas besoin d'indiquer: cela n'est pas mon sujet.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_314" id="Page_314">[p. 314]</a></span></p>
-
-<p>Il semble donc qu'un homme impartial ne devrait écrire qu'en deux
-personnes pour ainsi dire: de même qu'il y a deux avocats pour une
-seule cause. Chacun de ces avocats voit tellement les moyens qui
-militent en faveur d'un adversaire, que souvent il va au-devant de ces
-moyens; et quand il rétorque les raisons qu'on lui objecte, c'est par
-des raisons tout aussi bonnes et qui au moins sont spécieuses. D'où il
-suit que le vrai dans toute question ne saurait être absolu; les Grecs,
-qui sont la perfection, ne sont pas aussi parfaits; les modernes, qui
-offrent plus de défaillances ou de fautes, ne sont pas aussi défectueux
-que l'on pense et compensent par des qualités particulières les fautes
-et les défaillances dont l'antique paraît exempt.</p>
-
-<p>Je trouve, dans de vieilles notes d'il y a quatre ans<a name="NoteRef_426_414" id="NoteRef_426_414"></a><a href="#Note_426_414" class="fnanchor">[426]</a>, mon opinion
-sur le Titien. Ces jours-ci, sans me les rappeler, mais sous des
-impressions différentes, je viens d'en écrire d'autres.</p>
-
-<p>D'où je conclus qu'il faudrait presque qu'un homme de bonne foi
-n'écrivît un ouvrage que comme on instruit une cause; c'est-à-dire, un
-thème étant posé, avoir comme un autre personnage en soi qui fasse le
-rôle d'un avocat adverse chargé de contredire.</p>
-
-<p>&mdash;Sur l'instabilité des renommées des grands hommes.</p>
-
-<p>&mdash;Du beau antique et du beau moderne.</p>
-
-<hr class="b2" />
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_416_404" id="Note_416_404"></a><a href="#NoteRef_416_404"><span class="label">[416]</span></a> <i>Jean Alaux</i> (1786-1864), peintre, élève de Vincent,
-grand prix de Rome en 1815, membre de l'Académie des Beaux-Arts depuis
-1851.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_417_405" id="Note_417_405"></a><a href="#NoteRef_417_405"><span class="label">[417]</span></a> <i>Eugène Vieillard-Duverger</i> (1800-1863), imprimeur
-délicat et érudit, était un camarade de jeunesse de Delacroix:
-il était fils de <i>Louis Vieillard-Duverger</i>, ancien régisseur de
-l'Opéra-Comique, et plus tard directeur d'une agence théâtrale fort
-estimée. <i>Adolphe Nourrit</i> avait épousé la sœur <i>d'Eugène Duverger.</i>
-Le médaillon du grand artiste, dont il est question ici, n'est que la
-reproduction du médaillon de profil qui orne la tombe d'Adolphe Nourrit
-au cimetière Montmartre.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_418_406" id="Note_418_406"></a><a href="#NoteRef_418_406"><span class="label">[418]</span></a> <i>Pierre-Jean-Marie Flourens</i> (1794-1867), physiologiste,
-élève de Cuvier, professeur au Collège de France, secrétaire perpétuel
-de l'Académie des sciences, fut appelé en 1858 à faire partie du
-conseil municipal et du conseil général du département de la Seine.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_419_407" id="Note_419_407"></a><a href="#NoteRef_419_407"><span class="label">[419]</span></a> Le <i>baron Haussmann.</i></p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_420_408" id="Note_420_408"></a><a href="#NoteRef_420_408"><span class="label">[420]</span></a> Delacroix écrivait en 1830 clans la <i>Revue de Paris</i>.
-où il avait donné une longue étude sur <i>Raphaël</i>: «Raphaël n'a pas
-plus qu'un autre atteint la perfection, il n'a pas même, comme c'est
-l'opinion commune, réuni à lui seul le plus grand nombre de perfections
-possible: mais lui seul a porté à un si haut degré les qualités les
-plus entraînantes et qui exercent le plus d'empire sur les hommes:
-un charme irrésistible dans son style, une grâce vraiment divine,
-qui respire partout dans ses ouvrages, qui voile les défauts et fait
-excuser toutes ses hardiesses.»</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_421_409" id="Note_421_409"></a><a href="#NoteRef_421_409"><span class="label">[421]</span></a> Peinture sur bois de l'école italienne, dont il est
-difficile d'établir exactement l'auteur. Acheté en 1850 à la vente de
-la galerie de M. Duvernay par un savant amateur anglais, M. Morris
-Moore, ce tableau fut exposé à Paris en 1859. Depuis quelques années il
-fait partie des collections du Louvre (Salon carré).</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_422_410" id="Note_422_410"></a><a href="#NoteRef_422_410"><span class="label">[422]</span></a> Dans son étude sur le grand sculpteur, parue au
-<i>Plutarque français</i>, Delacroix écrit en manière de conclusion: «Le
-nom de <i>Puget</i> est l'un des plus grands noms que présente l'histoire
-des arts. Il est l'honneur de son pays, et, par une bizarrerie
-remarquable, l'allure de son génie semble l'opposé du génie français.
-De tout temps, sauf de rares exceptions parmi lesquelles Puget est la
-plus brillante, la sagesse dans la conception et l'ordonnance et une
-sorte de coquetterie dans l'exécution ont caractérisé le goût de notre
-nation dans les arts du dessin. Au rebours de ces qualités, Puget
-présenta dans ses ouvrages une fougue d'invention et une vigueur de
-la main qui approchent de la rudesse, et qui durent étonner dans son
-temps, plus qu'elles ne feraient au nôtre. Aussi l'espèce de disgrâce
-qu'il subit pendant sa longue carrière doit-elle être attribuée en
-grande partie à cette opposition qu'il offrait avec la manière des
-artistes ses contemporains, manière qui flattait le goût général. C'est
-précisément ce contraste qui le fait si grand aujourd'hui: aux yeux de
-la postérité, il efface tout ce que son époque a produit et admiré.»</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_423_411" id="Note_423_411"></a><a href="#NoteRef_423_411"><span class="label">[423]</span></a> Voir t. III, p. <a href="#Page_371">371</a> et suiv.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_424_412" id="Note_424_412"></a><a href="#NoteRef_424_412"><span class="label">[424]</span></a> Sur les génies primitifs et leurs imitateurs, voir la
-même idée exprimée par Delacroix le 26 octobre 1853, t. II, p. 258 et
-suiv.</p></div> <div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_425_413" id="Note_425_413"></a><a href="#NoteRef_425_413"><span class="label">[425]</span></a> Du livre déjà cité sur Delacroix nous détachons
-ce passage écrit par le maître sous la rubrique <i>De l'art ancien et de
-l'art moderne</i>: «Le goût de l'<i>archaïsme</i> est pernicieux. C'est lui qui
-persuade à mille artistes qu'on peut reproduire une forme épuisée ou
-sans rapport à nos mœurs du moment. Il est impardonnable de chercher
-le beau à la manière de Raphaël ou du Dante. Ni l'un ni l'autre, s'il
-était possible qu'ils revinssent au monde, ne présenterait les mêmes
-caractères dans son talent... Libre à ceux qui imitent aujourd'hui le
-style de Raphaël de se croire des Raphaëls. Ce que l'on peut singer,
-c'est l'invention, c'est la variété des caractères; et ce qu'un homme
-inspiré seul peut faire, c'est de marquer de son style particulier ses
-ouvrages inspires.» (<span class="smcap">Eugène Delacroix</span>, <i>sa vie et ses œuvres</i>, p.
-409.)</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_426_414" id="Note_426_414"></a><a href="#NoteRef_426_414"><span class="label">[426]</span></a> Voir t. II, p. 470 et suiv.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_315" id="Page_315">[p. 315]</a></span></p></div>
-
-
-<hr class="b2" />
-
-<p>5 <i>mars.</i>&mdash;Au conseil par un froid glacial. J'y apprends que le bon
-Thierry est très malade. Je vais à la rue du Petit-Musc, je le trouve
-très changé.</p>
-
-<p>Je lis en rentrant les lettres de Mlle Rachel<a name="NoteRef_426_415" id="NoteRef_426_415"></a><a href="#Note_426_415" class="fnanchor">[426]</a>.</p>
-
-<p>Je trouve dans les <i>Salons de Paris</i> de Mme Ancelot, à propos de la
-duchesse d'Abrantès<a name="NoteRef_427_416" id="NoteRef_427_416"></a><a href="#Note_427_416" class="fnanchor">[427]</a>: «Ce fut avec tristesse que je la quittai;
-j'emportais une vague inquiétude, car j'avais déjà remarqué que
-la maladie était toujours et que la mort est souvent la suite du
-chagrin. Une certaine modération de caractère et de position défend
-la vie contre ce qui l'empêche d'arriver à la vieillesse, et ceux qui
-parviennent à ses dernières limites ont fait certainement preuve d'une
-sagesse recommandable. Ils ont fait plus: ils ont fait mieux que bien
-d'autres, et, si cela ne parie pas toujours en faveur de leur cœur,
-c'est un assez bon argument en faveur de leur raison. La duchesse
-d'Abrantès n'eut point cette habileté honorable: le désordre amena le
-chagrin, qui entraîna la maladie à sa suite.»</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_316" id="Page_316">[p. 316]</a></span></p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>10 <i>mars.</i>&mdash;La <i>Vue de Dieppe</i> avec l'<i>Homme qui sort de la mer avec
-les deux chevaux</i><a name="NoteRef_428_417" id="NoteRef_428_417"></a><a href="#Note_428_417" class="fnanchor">[428]</a>.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>14 <i>mars.</i>&mdash;Les artistes qui cherchent la perfection en tout sont ceux
-qui ne peuvent l'atteindre en aucune partie.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>15 <i>mars.</i>&mdash;Je suis souffrant depuis quelques jours de l'estomac; je
-l'ai fatigué un peu peut-être, et de plus je travaille beaucoup depuis
-un mois et demi.</p>
-
-<p>J'ai sous les yeux dans ma chambre la petite répétition du
-<i>Trajan</i><a name="NoteRef_429_418" id="NoteRef_429_418"></a><a href="#Note_429_418" class="fnanchor">[429]</a> et le <i>Christ montant au Calvaire.</i> Le premier est blond
-et clair beaucoup plus que l'autre. Le petit Watteau<a name="NoteRef_430_419" id="NoteRef_430_419"></a><a href="#Note_430_419" class="fnanchor">[430]</a> que j'ai mis
-à côté de tous les deux a achevé de me démontrer où sont les avantages
-des fonds clairs. Dans le <i>Christ</i>, les terrains, surtout ceux du fond,
-se confondent presque avec les parties sombres des personnages: la
-règle la plus générale est d'avoir toujours des fonds d'une demi-teinte
-claire, moins que les chairs, bien entendu,<span class="pagenum"><a name="Page_317" id="Page_317">[p. 317]</a></span> mais calculés de manière
-que les accessoires bruns, tels que vêtements, barbe, chevelures,
-tranchent en brun pour enlever les objets du premier plan. C'est ce qui
-est très remarquable dans le Watteau; il y a même plusieurs parties
-qui ont la même valeur que leurs fonds respectifs. Ainsi les bas des
-souliers gris ou jaunâtres ne sortent du terrain que par des parties
-légèrement plus foncées, etc. Il faudrait d'autres Watteau pour étudier
-l'artifice de son effet.</p>
-
-<p>Dans mon Watteau, les arbres du fond, quoiqu'à un plan peu reculé, sont
-extrêmement clairs: il ne s'y trouve pas un seul ton, non plus que dans
-les tombeaux, qui rivalise même de loin pour la vigueur avec ceux du
-premier plan. Il en résulte même un défaut de liaison que je trouve
-choquant quand je le compare avec mon <i>Trajan</i>; chaque petite figure
-est isolée, et on voit trop clairement qu'elle a été faite à loisir,
-indépendamment de ses voisines.</p>
-
-<p>C'est aujourd'hui, après y avoir réfléchi ce matin dans mon lit, que
-j'ai donné à Haro l'idée qui peut mettre sur la voie de la peinture des
-Van Eyck, le problème consistant d'une part dans le moyen à prendre
-pour éviter la trop grande quantité d'huile dans les couleurs, et de
-l'autre dans celui d'ajouter du vernis en quantité correspondante. Je
-lui ai dit de renverser le problème: on broierait les couleurs avec
-un vernis qui permettrait de conserver les couleurs fraîches, et on
-ajouterait de l'huile en peignant. Il est très frappé de mon idée.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_318" id="Page_318">[p. 318]</a></span></p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>16 <i>mars.</i>&mdash;Varcollier est venu me voir. Il me dit que Trousseau disait
-qu'il n'y avait que danger à s'attaquer par des remèdes à toute maladie
-chronique, goutte, rhumatisme, migraine. Cicéron disait: <i>Contra
-senectutem pugnandum.</i></p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>18 <i>mars.</i>&mdash;Aujourd'hui, première visite du docteur Laguerre pour mon
-indigestion.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>21 <i>mars.</i>&mdash;Beyle dit de l'<i>Italiana in Algieri</i>: «C'est la perfection
-du genre bouffe; aucun autre compositeur vivant ne mérite cette
-louange, et Rossini lui-même a bientôt cessé d'y prétendre. Quand
-il écrivait l'<i>Italiana</i>, il était dans la fleur du génie et de la
-jeunesse; il ne craignait pas de se répéter; il ne cherchait pas à
-faire de la <i>musique forte</i>; il vivait dans cet aimable pays de Venise,
-le plus gai de l'Italie et peut-être du monde, et certainement le moins
-pédant.»</p>
-
-<hr class="b2" />
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_426_415" id="Note_426_415"></a><a href="#NoteRef_426_415"><span class="label">[426]</span></a> <i>Rachel</i> était morte au mois de janvier de cette même
-année.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_427_416" id="Note_427_416"></a><a href="#NoteRef_427_416"><span class="label">[427]</span></a> La <i>duchesse d'Abrantès</i>, née en 1784, morte en 1838,
-descendait de la famille impériale des Comnène. Elle épousa en 1799 le
-général Junot, l'accompagna dans ses différentes campagnes, et après
-sa mort en 1813 se voua à l'éducation de ses enfants. Elle écrivit
-de volumineux mémoires où l'on trouve les plus curieux détails sur
-la cour impériale Elle était très liée avec Balzac, qui, au moment
-de l'apparition de ses mémoires, servit d'intermédiaire pour traiter
-avec les éditeurs. On trouve d'intéressants détails sur la duchesse
-d'Abrantès dans le livre de M. G. Ferry: <i>Balzac et ses amies.</i></p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_428_417" id="Note_428_417"></a><a href="#NoteRef_428_417"><span class="label">[428]</span></a> Voir <i>Catalogue Robaut</i>, n° 1410.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_429_418" id="Note_429_418"></a><a href="#NoteRef_429_418"><span class="label">[429]</span></a> Il s'agit de l'esquisse de la fameuse toile la <i>Justice
-de Trajan</i>, peinte en 1840 et qui est l'honneur du musée de Rouen.
-(Voir <i>Catalogue Robaut</i>, n° 693.) «La <i>Justice de Trajan</i> est
-peut-être comme couleur la plus belle toile de M. Eugène Delacroix, et
-rarement la peinture a donné aux yeux une fête si brillante: la jambe
-s'appuyant dans son cothurne de pourpre et d'or au flanc rose de sa
-monture est le plus frais bouquet de tons qu'on ait jamais cueilli
-sur une palette, même à Venise.» (Th. Gautier, <i>Les Beaux-Arts en
-Europe.</i>)</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_430_419" id="Note_430_419"></a><a href="#NoteRef_430_419"><span class="label">[430]</span></a> Delacroix tenait de Barroilhet ce petit tableau de
-Watteau, <i>les Apothicaires.</i> Il l'a légué par testament à M. le baron
-Schwiter. (<i>Corresp.</i>, t. I, p. VI.)</p></div>
-
-
-<hr class="b2" />
-
-
-<p>2 <i>avril.</i>&mdash;Les deux Grenier<a name="NoteRef_431_420" id="NoteRef_431_420"></a><a href="#Note_431_420" class="fnanchor">[431]</a> venus vers quatre heures; ils m'ont
-fait plaisir.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>3 <i>avril.</i>&mdash;Je relis plusieurs de mes anciens calepins pour y
-rechercher du vin de quinquina que m'avait donné ce brave Boissel. J'y
-ai retrouvé des choses passées avec un plaisir doux et pas trop triste.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_319" id="Page_319">[p. 319]</a></span></p>
-
-<p>Pourquoi ai-je délaissé<a name="NoteRef_432_421" id="NoteRef_432_421"></a><a href="#Note_432_421" class="fnanchor">[432]</a> cette occupation, qui me coûte si peu,
-de jeter de temps en temps sur ces livres ce qui se passe dans mon
-existence et surtout dans mon cerveau? Il y a nécessairement dans
-des notes de ce genre, écrites en courant, beaucoup de choses qu'on
-aimerait plus tard à n'y pas retrouver. Les détails vulgaires ne se
-laissent pas exprimer facilement, et il est naturel de craindre l'usage
-que l'on pourrait faire, dans un temps éloigné, de beaucoup de choses
-sans intérêt et écrites sans soin.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>9 <i>avril.</i>&mdash;De la correspondance de Voltaire avec le cardinal de
-Bernis<a name="NoteRef_433_422" id="NoteRef_433_422"></a><a href="#Note_433_422" class="fnanchor">[433]</a>: «Cette tragédie (celle de <i>Calas</i>) ne m'empêche pas de
-faire à <i>Cassandre</i> toutes les corrections que vous m'avez bien voulu
-indiquer: malheur à qui ne se corrige pas, soi et ses œuvres!
-En relisant une tragédie de <i>Mariamne</i> que j'avais faite il y a
-quelque quarante ans, je l'ai trouvée plate et le sujet beau; je l'ai
-entièrement changée; il faut se corriger, eût-on quatre-vingts ans.
-Je n'aime point les vieillards qui disent:&mdash;J'ai pris mon pli.&mdash;Eh!
-vieux fou, prends-en un autre; rabote tes vers si tu en as fait,<span class="pagenum"><a name="Page_320" id="Page_320">[p. 320]</a></span> et
-ton humeur si tu en as. Combattons contre nous-mêmes jusqu'au dernier
-moment; chaque victoire est douce. Que vous êtes heureux, Monseigneur!
-Vous êtes encore jeune et vous n'avez point à combattre.»</p>
-
-<p>De Voltaire au cardinal de Bernis<a name="NoteRef_434_423" id="NoteRef_434_423"></a><a href="#Note_434_423" class="fnanchor">[434]</a>: «Je ne sais, Monseigneur, si
-notre secrétaire perpétuel a envoyé à Votre Éminence l'<i>Héraclius</i> de
-Calderon, que je lui ai remis pour divertir l'Académie. Vous verrez
-quel est l'original, de Calderon ou de Corneille. Cette lecture peut
-amuser infiniment un homme de goût tel que vous, et c'est une chose, à
-mon gré, assez plaisante. Je vois jusqu'à quel point la plus grave de
-toutes les nations méprise le sens commun.</p>
-
-<p>«Voici, en attendant, la traduction très fidèle de la <i>Conspiration
-contre César</i> par Cassius et Brutus, qu'on joue tous les jours à
-Londres, et qu'on préfère infiniment au <i>Cinna</i> de Corneille. Je vous
-supplie de me dire comment un peuple qui a tant de philosophie peut
-avoir si peu de goût. Vous me répondrez peut-être que c'est parce
-qu'ils sont philosophes; mais quoi! la philosophie mènerait-elle tout
-droit à l'absurdité? Et le goût cultivé n'est-il pas même une vraie
-partie de la philosophie?»</p>
-
-<p>Voici la réponse du cardinal qui se montre, à mon avis, plus homme
-d'un véritable goût que Voltaire. Celui-ci,&mdash;et c'était naturel, tout
-prévenu par l'habitude de notre théâtre, dans lequel, malgré son
-génie,<span class="pagenum"><a name="Page_321" id="Page_321">[p. 321]</a></span> et quoi qu'il en pût penser lui-même, il n'avait pas innové
-véritablement,&mdash;ne voit le goût que dans les étroites convenances que
-l'habitude, plus qu'une vraie entente de ce qui plaît aux hommes, avait
-établies sur notre scène: «Je suis loin de m'élever contre la forme
-de Corneille et de Racine. Elle avait eu du moins d'être nouvelle
-dans leur main: cette préférence donnée au discours sur l'action est
-un système complet: le penchant de notre nation y convient. Cependant
-celui de Shakespeare et de Calderon qui a suffi aux Anglais et aux
-Espagnols qui ont précédé d'un siècle nos grands ouvrages, dans le
-même moment, il faut bien le dire, où notre théâtre se débattait dans
-d'incroyables ténèbres, ce système, dis-je, tout critiquable qu'il
-est, parle peut-être davantage à l'imagination et ne met pas aussi
-perpétuellement l'auteur entre le spectateur et la scène.»</p>
-
-<p>La véritable innovation,&mdash;mais je crois que du temps de Voltaire,
-et dans la société où il vivait, elle était impossible à Voltaire
-lui-même,&mdash;cette innovation eût consisté à mettre seulement dans ces
-actions compliquées des Anglais et des Espagnols une espèce d'ordre
-et de raison; mais laissons parler l'aimable cardinal, dont l'opinion
-est étonnante pour le temps où il vit: «Notre secrétaire perpétuel m'a
-envoyé l'<i>Héraclius</i> de Calderon, et je viens de lire le <i>Jules César</i>
-de Shakespeare. Ces deux pièces m'ont fait grand plaisir comme servant
-à l'histoire de l'esprit humain et du goût particulier des nations.
-Il faut<span class="pagenum"><a name="Page_322" id="Page_322">[p. 322]</a></span> pourtant convenir que ces tragédies, tout extravagantes ou
-grossières qu'elles sont, n'ennuient point, et je vous dirai, à ma
-honte, que ces vieilles rapsodies où il y a de temps en temps des
-traits de génie et des sentiments fort naturels, me sont moins odieuses
-que les froides élégies de nos tragiques médiocres. Voyez les tableaux
-de Paul Véronèse, de Rubens et de tant d'autres peintres flamands ou
-italiens, ils pèchent souvent contre les costumes, ils blessent les
-convenances et offensent le goût; mais la force de leur pinceau et la
-vérité de leur coloris font excuser ces défauts. Il en est à peu près
-de même des ouvrages dramatiques. Au reste, je ne suis pas étonné que
-le peuple anglais, qui ressemble à certains égards au peuple romain, ou
-qui du moins s'est flatté de lui ressembler, soit enchanté d'entendre
-les grands personnages de Rome s'exprimer comme la bourgeoisie et
-quelquefois comme la populace de Londres. Vous me paraissez étonné
-que la philosophie, éclairant l'esprit et rectifiant les idées,
-influe si peu sur le goût d'une nation! Vous avez bien raison; mais
-cependant vous aurez observé que les mœurs ont encore plus d'empire
-sur le goût que les sciences. Il me semble qu'en fait, d'art et de
-littérature, les progrès du goût dépendent plus de l'esprit de société
-que de l'esprit philosophique. La nation anglaise est politique et
-marchande; par là même elle est moins polie, mais moins frivole que la
-nôtre. Les Anglais parlent de leurs affaires; notre unique occupation
-à nous est de parler<span class="pagenum"><a name="Page_323" id="Page_323">[p. 323]</a></span> de nos plaisirs; il n'est donc pas singulier que
-nous soyons plus difficiles et plus délicats que les Anglais sur le
-choix de nos plaisirs et sur les moyens de nous en procurer. Au reste,
-qu'étions-nous avant le siècle de Corneille? Il nous sied à tous égards
-d'être modestes.»</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>12 <i>avril.</i>&mdash;Je suis retourné, pour la première fois depuis plus de
-quinze mois, au dîner du second lundi. J'ai fait aussi en sortant une
-grande promenade sur les boulevards, sans trop m'émouvoir de regret.
-Ils m'ont amusé plus qu'autrefois, comme au spectacle.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>13 <i>avril.</i>&mdash;J'ai retravaillé, retouché l'<i>Hercule</i> de Chabrier<a name="NoteRef_435_424" id="NoteRef_435_424"></a><a href="#Note_435_424" class="fnanchor">[435]</a>.</p>
-
-<p>J'ai été à trois heures chez Huet. Ses tableaux m'ont fort
-impressionné. Il y a une vigueur rare, encore des endroits vagues, mais
-c'est dans son talent. On ne peut rien admirer sans regretter quelque
-chose à côté. En somme, grands progrès dans ses bonnes parties. En
-voilà assez pour des ouvrages qui restent dans le souvenir, ce qui
-m'est arrivé pour ceux-ci. J'y ai pensé avec beaucoup de plaisir toute
-la soirée.</p>
-
-<p>Après dîner, tourné beaucoup dans mon petit jardin. Il m'est d'un grand
-secours. J'ai bien besoin de reprendre mes forces tout à fait.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_324" id="Page_324">[p. 324]</a></span></p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>14 <i>avril.</i>&mdash;«Vous oubliez<a name="NoteRef_436_425" id="NoteRef_436_425"></a><a href="#Note_436_425" class="fnanchor">[436]</a>, messieurs, qu'en obligeant M.
-Langlois<a name="NoteRef_437_426" id="NoteRef_437_426"></a><a href="#Note_437_426" class="fnanchor">[437]</a> à donner l'entrée le dimanche à 50 centimes, vous lui
-enlevez 50 pour 100 de son bénéfice; ce sacrifice que vous lui imposez,
-il est juste que vous le payiez, car ici ce serait la Ville qui serait
-censée régaler le public du dimanche, et il sera juste aussi que la
-Ville paye pour se montrer splendide. Ce sacrifice que vous demandez à
-M. Langlois, il y a consenti. Ne lui devait-on aucun dédommagement pour
-la disparition de son premier établissement? Il n'y gagnait pas plus
-d'argent qu'il ne va en gagner dans le nouveau; mais il ne demandait
-rien à personne, et à présent il vous accorde tout ce qui peut diminuer
-ses profits matériels, pourvu que vous l'aidiez à montrer les produits
-de son talent. Vous ne les estimez pas peu, messieurs, puisqu'en
-lui imposant de les exposer le dimanche à un prix réduit des quatre
-cinquièmes, vous estimez procurer au peuple un plaisir.</p>
-
-<p>«Si l'on vous disait que l'Empereur désirerait que la ville de Paris
-l'aidât à aller chercher, dans un désert, une pierre abandonnée, et de
-fréter avec lui un navire et d'entretenir pendant plusieurs années un
-équipage pour cette opération lointaine, sous prétexte que cette pierre
-intéresse la gloire des Sésostris qui ont vécu il y a quatre mille
-ans, vous lui répondriez peut-être<span class="pagenum"><a name="Page_325" id="Page_325">[p. 325]</a></span> que cette pierre ne regarde pas la
-ville de Paris, et que ce serait une mauvaise affaire; et cependant,
-messieurs, s'il était vrai qu'une telle proposition vous fût faite
-et qu'il fût possible que vous refusassiez de vous y associer, vous
-auriez manqué une excellente affaire; à qui le cœur n'a-t-il pas
-battu en présence de l'Obélisque de la place Louis XV, en pensant que
-la capitale de ce pays-ci contenait ce trophée que l'Angleterre était
-toute prête à nous enlever? Combien de millions d'étrangers sont venus
-alimenter la fortune de la ville pour admirer, avec tant d'autres
-monuments dont Paris est plein, ce magnifique ouvrage, fruit d'une
-entreprise désintéressée, la seule de ce genre peut-être qui honore le
-passage de la branche aînée des Bourbons et qui embellit Paris à jamais!</p>
-
-<p>«Vous voyez, messieurs, que le beau peut être utile; le spectacle de
-nos grandes actions représenté par la peinture dans des proportions et
-avec une illusion qu'aucun tableau ne peut atteindre, est une chose
-belle et par le spectacle et par les sentiments qu'il peut inspirer.
-La vue de cette colonne de chasseurs de la garde qui traverse le champ
-de bataille d'Eylau jusqu'aux derrières de l'armée russe et dont il
-ne revient que quelques hommes; celle de ces trois chétifs bataillons
-carrés qui, dans la bataille des Pyramides, soutiennent sous le soleil
-et dans une plaine immense le choc de l'innombrable et intrépide
-cavalerie des mameluks, ce sont des spectacles faits<span class="pagenum"><a name="Page_326" id="Page_326">[p. 326]</a></span> pour moraliser et
-enflammer une nation: cela vaut bien les jeux publics que les empereurs
-donnaient au peuple de Rome, ces combats de gladiateurs où des esclaves
-s'égorgeaient froidement pour gagner leur pain, où l'on immolait cent
-lions en un jour et un passable nombre d'hommes.</p>
-
-<p>«Vous n'en êtes pas à votre essai, messieurs, pour ce qui concerne
-l'encouragement du beau; quel est le nom qu'on donne à vos travaux
-depuis six ans? On les appelle les embellissements de Paris. Vous
-faites des rues larges et des boulevards plus larges encore, pour
-faciliter la circulation et donner de l'air là où il n'y avait que
-ténèbres et infection; mais vous ornez ces rues et ces boulevards,
-vous conservez un vieux bâtiment inutile qu'on appelle la tour
-Saint-Jacques, vous décrétez une fontaine monumentale sur le boulevard
-de Sébastopol. Vous transportez une colonne avec ses accessoires parce
-qu'elle sera plus belle que dans l'endroit où elle se trouve.»</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>24 <i>avril.</i>&mdash;Conseil de revision à midi.</p>
-
-<p>Prêté hier à M. Nanteuil<a name="NoteRef_438_427" id="NoteRef_438_427"></a><a href="#Note_438_427" class="fnanchor">[438]</a> une étude de deux chevaux<a name="NoteRef_439_428" id="NoteRef_439_428"></a><a href="#Note_439_428" class="fnanchor">[439]</a> sur la
-même toile (douze environ), faite autrefois aux gardes du corps;&mdash;de
-profil tous les deux.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>26 <i>avril.</i>&mdash;La journée a été bonne. Beaucoup<span class="pagenum"><a name="Page_327" id="Page_327">[p. 327]</a></span> travaillé avec bonne
-humeur à la <i>Chasse aux lions</i><a name="NoteRef_440_429" id="NoteRef_440_429"></a><a href="#Note_440_429" class="fnanchor">[440]</a> qui est comme finie ce jour-là.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>27 <i>avril.</i>&mdash;De l'éloge de Magendie par M. Flourens<i><a name="NoteRef_441_430" id="NoteRef_441_430"></a><a href="#Note_441_430" class="fnanchor">[441]</a>:</i> «À l'ardeur
-de jeunes praticiens vantant le succès de leurs prescriptions il
-opposait son expérience, et leur disait avec une douce ironie: «On voit
-bien que vous n'avez jamais essayé de rien faire.» Si la simplicité
-extrême de ce mode de traitement amenait d'assez justes objections:
-«Soyez convaincus, ajoutait-il, que la plupart du temps, lorsque le
-trouble se produit, nous ne pouvons en découvrir les causes; tout au
-plus en saisissons-nous les effets; notre seule utilité en assistant au
-travail de la nature, qui en général tend vers sou état normal, est de
-ne point l'interrompre; nous ne devons aspirer qu'à être quelquefois
-assez habiles pour l'aider.»</p>
-
-<p>«Qu'on lui fasse absolument tout ce qu'il voudra: je ne prescris que
-cela», disait-il en quittant un jeune garçon dont l'état présentait des
-symptômes alarmants. Ordinairement avare de son temps, il prodigue les
-visites à cet enfant, mais n'ajoute rien à la médication. Le soir du
-troisième jour, tout à coup<span class="pagenum"><a name="Page_328" id="Page_328">[p. 328]</a></span> son front s'obscurcit, et tirant l'oreille
-à son malade: «Petit drôle, tu ne m'as pas laissé un instant de repos.
-Va te promener maintenant.» Le père lui demande alors ce qu'était la
-maladie de l'enfant: «Ce que c'était? Ma foi, je n'en sais rien, ni moi
-ni la Faculté tout entière; si elle pouvait être sincère, elle vous le
-dirait; ce qu'il y a de certain, c'est que tout est rentré dans l'état
-normal.»</p>
-
-<p>Le résultat de ce travail est que les substances qui ne contiennent
-point d'azote (sucre, gomme, etc.) sont impropres à la nutrition.
-En effet, bien que les animaux soumis à l'expérience aient de ces
-substances à discrétion, ils n'en périssent pas moins d'inanition au
-bout de quelques jours. Il y a plus, c'est que, quels que soient les
-aliments employés, azotés ou non, il est nécessaire de les varier. Un
-lapin et un cochon d'Inde, nourris avec une seule substance, telle
-que froment, avoine, orge, choux, carottes, etc., meurent, dit M.
-Magendie, avec toutes les apparences de l'inanition, ordinairement dès
-la première quinzaine, quelquefois beaucoup plus tôt. Nourris avec les
-mêmes substances, données concurremment ou successivement à de petits
-intervalles, les animaux vivent et se portent très bien; la conséquence
-la plus générale et la plus essentielle à déduire de ces faits, c'est
-que la diversité et la multiplicité des aliments sont une règle
-d'hygiène très importante. (C'était le principe du docteur Bailly.)</p>
-
-<p><i>Recherches physiologiques et médicales sur les<span class="pagenum"><a name="Page_329" id="Page_329">[p. 329]</a></span> causes, les symptômes
-et le traitement de la qravelle</i><a name="NoteRef_442_431" id="NoteRef_442_431"></a><a href="#Note_442_431" class="fnanchor">[442]</a>. «Les personnes atteintes de
-la goutte et de la gravelle, dit Magendie, sont ordinairement de
-grands mangeurs de viande, de poisson, de fromage et autres substances
-abondantes en azote. La plupart des graviers, une partie des calculs
-urinaires, les tophus arthritiques sont formés par l'acide urique,
-principe qui contient beaucoup d'azote. En diminuant dans le régime
-la proportion des aliments azotés, on parvient à prévenir, et même à
-guérir la gravelle.»</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>30 <i>avril.</i>&mdash;Mon pauvre Soulier<a name="NoteRef_443_432" id="NoteRef_443_432"></a><a href="#Note_443_432" class="fnanchor">[443]</a> est venu me voir aujourd'hui;
-j'en ai eu beaucoup de plaisir. Il est vieux, souffrant. Il est
-heureux de ses enfants; mais il est bien isolé dans son coin; point de
-distractions et de consolations.</p>
-
-<hr class="b2" />
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_431_420" id="Note_431_420"></a><a href="#NoteRef_431_420"><span class="label">[431]</span></a> Sans doute <i>Henri-Gustave</i> et <i>Théophile-Yves-René
-Grenier de Saint-Martin</i>, fils du peintre <i>Grenier de Saint-Martin</i>
-(1793-1867), élève de Guérin et aussi de Delacroix. Ces deux jeunes
-gens débutèrent l'un et l'autre au Salon de 1857.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_432_421" id="Note_432_421"></a><a href="#NoteRef_432_421"><span class="label">[432]</span></a> On pourra remarquer que, durant les périodes de
-production, le Journal est presque toujours incomplet. C'est surtout
-quand il voyage, quand il est aux eaux, en villégiature chez un ami,
-à Dieppe par exemple, qu'il se plaît à y écrire: c'est ainsi que ses
-séjours à Augerville chez Berryer, où il ne peignait presque jamais,
-sont autant d'occasions pour lui de noircir des feuillets. En revanche,
-à Paris il écrit peu: c'est ce qui explique que l'on trouve en somme
-assez peu d'indications sur ses compositions picturales, et que le
-Journal soit à ce point de vue un insuffisant commentaire de son
-œuvre d'artiste.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_433_422" id="Note_433_422"></a><a href="#NoteRef_433_422"><span class="label">[433]</span></a> Lettre du 21 juillet 1762.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_434_423" id="Note_434_423"></a><a href="#NoteRef_434_423"><span class="label">[434]</span></a> Lettre du 31 mars 1763.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_435_424" id="Note_435_424"></a><a href="#NoteRef_435_424"><span class="label">[435]</span></a> Variante réduite de l'un des onze tympans de la
-<i>Vie d'Hercule</i>, à l'Hôtel de ville. (Voir <i>Catalogue Robaut</i>,
-n<sup>os</sup> 1152-1162.)</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_436_425" id="Note_436_425"></a><a href="#NoteRef_436_425"><span class="label">[436]</span></a> C'est évidemment le brouillon d'un rapport qu'il devait
-présenter au Conseil municipal.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_437_426" id="Note_437_426"></a><a href="#NoteRef_437_426"><span class="label">[437]</span></a> <i>Jean-Charles Langlois</i> (1789-1870), colonel
-d'état-major, peintre de batailles et de nombreux panoramas. Il est
-question ici du Panorama de la prise de Malakoff.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_438_427" id="Note_438_427"></a><a href="#NoteRef_438_427"><span class="label">[438]</span></a> <i>Célestin Nanteuil</i> (1813-1873), graveur et lithographe.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_439_428" id="Note_439_428"></a><a href="#NoteRef_439_428"><span class="label">[439]</span></a> Cette toile figura à la vente posthume de Delacroix sous
-le n° 211.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_440_429" id="Note_440_429"></a><a href="#NoteRef_440_429"><span class="label">[440]</span></a> Voir <i>Catalogue Robaut</i>, n° 1350.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_441_430" id="Note_441_430"></a><a href="#NoteRef_441_430"><span class="label">[441]</span></a> <i>François Magendie</i>, le célèbre physiologiste, membre
-de l'Académie des sciences, était mort le 7 octobre 1865. Son éloge
-fut prononcé à l'Académie des sciences par le secrétaire perpétuel
-<i>Flourens</i>, qui excellait dans le genre, et dont les <i>Éloges
-historiques</i> réunis en volumes témoignent à la fois d'un rare talent d
-écrivain et d'une fine observation scientifique.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_442_431" id="Note_442_431"></a><a href="#NoteRef_442_431"><span class="label">[442]</span></a> C'est le titre d'un ouvrage publié pour la première fois
-en 1818 par le docteur Magendie.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_443_432" id="Note_443_432"></a><a href="#NoteRef_443_432"><span class="label">[443]</span></a> Delacroix écrivait à <i>Soulier,</i> le 6 décembre 1856:
-«Quand boirons-nous à la santé de nos souvenirs? Quand viendras-tu?
-Comme j'ai à peu près renoncé à lire, surtout le soir, j'ai des moments
-d'inoccupation apparente, qui ne sont pas du tout cet ennui dont je
-parlais tout à l'heure: je ferme les yeux, ou je regarde le feu de la
-cheminée. Alors je rouvre un livre fermé déjà à beaucoup de chapitres
-dans ma mémoire, et je retrouve de délicieux moments, et en première
-ligne ceux que nous avons passés ensemble. Je ne passe jamais sur
-la place Vendôme sans lever les yeux vers cette mansarde que nous
-avons vue si joyeuse. Que d'années depuis tout cela, que de vides!»
-(<i>Corresp.,</i> t. II, p. 151.)</p></div>
-
-
-<hr class="b2" />
-
-<p>7 <i>mai</i>.&mdash;Je dîne pour la première fois au dîner du premier vendredi.
-Je m'y amuse et me porte mieux<span class="pagenum"><a name="Page_330" id="Page_330">[p. 330]</a></span> le lendemain. Il faut se remuer.
-J'en sors avec Villot et je me promène seul une heure en excellente
-disposition.</p>
-
-<p>Le lendemain je me suis promené encore: je suis entré à Saint-Roch
-pour la musique, où j'ai entendu surtout le plus cruel sermon sur la
-virginité. Je suis rentré dans une tristesse extrême dont je ne suis
-pas débarrassé aujourd'hui dimanche que j'écris ceci.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>8 <i>mai.</i>&mdash;MM. Feydeau et Moreau viennent me voir. Je vais à
-l'Institut, où Halévy me sermonne sur mon abstention des séances de
-l'École.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>9 <i>mai.</i>&mdash;Je vais visiter la maison des Champs-Élysées du prince
-Napoléon<a name="NoteRef_444_433" id="NoteRef_444_433"></a><a href="#Note_444_433" class="fnanchor">[444]</a>. Charmant résultat auquel je ne m'attendais pas. J'y
-trouve Mme Duret avec son mari; aimable femme sans prétention.</p>
-
-<p>Je vais de là voir Mme de Lagrange; elle me dit que Berryer travaille
-trop. Hier, à l'Institut, F..., qui est dans un triste état, me
-conseillait de m'abstenir de la moindre fatigue: c'est pour avoir voulu
-forcer qu'il en est venu à ne pouvoir même lire sans fatigue. Nous nous
-sommes rappelé Blondel qui est mort à la peine à Saint-Thomas d'Aquin.
-J'attribue à un travail forcé ma rechute de l'année dernière à cette
-époque.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>10 <i>mai.</i>&mdash;Villot est venu me chercher à une heure,<span class="pagenum"><a name="Page_331" id="Page_331">[p. 331]</a></span> nous avons été
-ensuite voir les Rubens, je trouve là Mme de Nadaillac, la fille de Mme
-Delessert.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>11 <i>mai.</i>&mdash;Parti pour Champrosay à onze heures; grand bonheur de m'y
-voir. Je vois ces pauvres voisins, dont la douleur fend le cœur.</p>
-
-<p>On trouve toujours quelque chose de changé; voilà qu'on me bâtit dans
-la plaine au-dessous de mes fenêtres une baraque dont le toit me cache
-un morceau de la rivière. On abat le mur de Villot. Tout passe, et nous
-passons.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>22 <i>mai.</i>&mdash;J'ai été à Paris à neuf heures dix. Mon début à l'école
-pour juger les figures. J'allais voir Mercey et le ministre, pour les
-remercier; je n'ai trouvé personne.</p>
-
-<p>Mme de Forget; le petit Raphaël et M. Moore que j'ai remercié de la
-photographie dudit; Autran et sa femme très aimable; elle m'a donné une
-médaille de mon père, de Marseille.</p>
-
-<p>Petite station au Jardin des Plantes avant de partir. Parti avec les
-Parchappe.</p>
-
-<p>En somme, bonne journée, sans la fatigue que je redoutais.</p>
-
-<p>Berryer m'a invité ces jours-ci à passer quelques jours avec lui à
-Augerville; désolé de le refuser dans l'attente où je suis du bon
-cousin.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>23 <i>mai.</i>&mdash;Sujets: <i>Tancrède en prison</i> après sa<span class="pagenum"><a name="Page_332" id="Page_332">[p. 332]</a></span> poursuite d'une
-fausse Clorinde (je crois). Le chevalier gascon, qui est, je crois,
-Raymond, l'insulte, etc. Flambeau, prison (<i>Jérusalem</i>).</p>
-
-<p>Le <i>Corsaire en prison</i><a name="NoteRef_445_434" id="NoteRef_445_434"></a><a href="#Note_445_434" class="fnanchor">[445]</a>, Gulnare, le poignard, etc. On pourrait en
-faire un effet de jour sans inconvénient.</p>
-
-<p><i>D. Raphaël et ses compagnons surpris par les corsaires dans l'île de
-Minorque (Gil Blas).</i> D. Raphaël amené ou plutôt apporté chez la belle
-esclave de son maître à Alger.</p>
-
-<p><i>Les Nymphes rapportent le corps de Léandre</i>, Héro se précipite dans le
-lointain.&mdash;Revoir les <i>Métamorphoses</i> d'Ovide.</p>
-
-<p><i>Les deux Chevaliers.</i> Ubalde et le Danois trouvant une barque avec un
-vieillard, etc. (<i>Jérusalem.</i>)</p>
-
-<p><i>L'Aventure de la bague</i> dans <i>Gil Blas.</i> Celui-ci et ses amis déguisés
-en alguazils, la dame au lit éplorée, vieille femme, etc.&mdash;Voir
-costumes du vieux Molière.</p>
-
-<p><i>Tancrède baptisant Clorinde.</i></p>
-
-<p><i>Tancrède</i> (de Voltaire) <i>rapporte mourant de la bataille des
-Sarrasins.</i> Aménaïde en pleurs. Argire, soldats, chevaliers,
-prisonniers, drapeaux et flambeaux; quelque chose comme la composition
-pour le sujet des <i>deux frères</i> dont l'un est tué par l'autre et
-ramené à sa mère; se rappeler le croquis pour le sujet du <i>Vampire</i> de
-Dumas<a name="NoteRef_446_435" id="NoteRef_446_435"></a><a href="#Note_446_435" class="fnanchor">[446]</a>.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_333" id="Page_333">[p. 333]</a></span></p>
-
-<p><i>Juliette sur son lit</i>, la mère, le père, les musiciens, la nourrice.</p>
-
-<p><i>Bornéo au tombeau de Juliette.</i></p>
-
-<p><i>Athalie interroge Éliacin.</i></p>
-
-<p><i>Junie entraînée par les soldats.</i> Néron l'observe, flambeaux, etc.</p>
-
-<p><i>Renaud arrête le bras d'Armide</i> qui veut le frapper (<i>Jérusalem</i>).</p>
-
-<p><i>Tancrède blessé retrouvé par Herminie.</i></p>
-
-<p>Sujets de <i>Sémiramis.</i></p>
-
-<p>Romans de Voltaire.</p>
-
-<p><i>Le prince Léon prisonnier.</i></p>
-
-<p><i>Fleur de lis au tombeau de Brandimart.</i></p>
-
-<p><i>Brabantio maudit sa fille</i> (après la séance du doge). Othello, Iago,
-etc.</p>
-
-<p><i>Diane de Poitiers demande à François I<sup>er</sup> la grâce de son
-père.</i></p>
-
-<p><i>La dame infortunée aux pieds d'Amadis</i> dans le lac du château.</p>
-
-<p><i>Frappement du rocher.</i> Israélites buvant avidement, chameaux,
-etc.<a name="NoteRef_447_436" id="NoteRef_447_436"></a><a href="#Note_447_436" class="fnanchor">[447]</a>.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>24 <i>mai.</i>&mdash;Mme Villot m'invite à aller la voir le soir pour me
-rencontrer avec une personne mystérieuse, amie de Mme Sand. J'y
-vais malgré mon rhume et à travers un temps diluvien. Je trouve Mme
-Plessis<a name="NoteRef_448_437" id="NoteRef_448_437"></a><a href="#Note_448_437" class="fnanchor">[448]</a>,<span class="pagenum"><a name="Page_334" id="Page_334">[p. 334]</a></span> charmante personne qui me fait promettre d'écrire à Mme
-Sand. Elle est sur le point de m'embrasser dans la soirée quand je lui
-dis que je ne crois pas à cette petite personne appelée <i>âme</i> dont on
-nous gratifie.</p>
-
-<p>Le bon général Parchappe veut m'avoir à dîner pour le lendemain. Je
-promets malgré le rhume.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>25 <i>mai.</i>&mdash;Dîné chez Mme Parchappe. Mme Franchetti qui s'y trouve vient
-d'arriver ce jour même pour s'installer chez Minoret. Elle est forcée
-d'accepter l'hospitalité de Mme Parchappe sous peine de coucher sur des
-matelas mouillés.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>26 <i>mai.</i>&mdash;Je songe, en ébauchant mon <i>Christ descendu dans le
-tombeau</i><a name="NoteRef_449_438" id="NoteRef_449_438"></a><a href="#Note_449_438" class="fnanchor">[449]</a>, à une composition analogue qu'on voit partout du
-Barocci<a name="NoteRef_450_439" id="NoteRef_450_439"></a><a href="#Note_450_439" class="fnanchor">[450]</a>; et je songe en même temps à ce que dit Boileau pour tous
-les arts:<span class="pagenum"><a name="Page_335" id="Page_335">[p. 335]</a></span> «Rien n'est beau que le vrai.» Rien n'est vrai dans cette
-maudite composition: gestes contournés, draperies volantes sans sujet,
-etc. Réminiscences des divers styles des maîtres. Les maîtres, mais
-je parle des plus grands et dont le style est très marqué, sont vrais
-à travers cela, sans quoi ils ne seraient pas beaux. Les gestes de
-Raphaël sont naïfs, malgré l'étrangeté de son style; mais ce qui est
-odieux, c'est l'imitation de cette étrangeté par des imbéciles, qui
-sont faux de gestes et d'intention par-dessus le marché.</p>
-
-<p>Ingres, qui n'a jamais su composer un sujet comme la nature le
-présente, se croit semblable à Raphaël en singeant<a name="NoteRef_451_440" id="NoteRef_451_440"></a><a href="#Note_451_440" class="fnanchor">[451]</a> certains
-gestes, certaines tournures qui lui sont habituelles, qui ont même chez
-lui une certaine grâce qui rappelle celle de Raphaël; mais on sent
-bien, chez ce dernier, que tout cela sort de lui et n'est pas cherché.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>28 <i>mai.</i>&mdash;Je vais le soir chez Mme Villot: j'y trouve Mme Franchetti,
-Parchappe, etc., une dame de Suberval et ses filles: l'une de ces
-dernières me promet la recette du <i>pigeon Pise.</i></p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>29 <i>mai.</i>&mdash;Promenade le matin dans la forêt.</p>
-
-<hr class="b2" />
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_444_433" id="Note_444_433"></a><a href="#NoteRef_444_433"><span class="label">[444]</span></a> Palais pompéien de l'avenue Montaigne, qui vient de
-disparaître pour faire place à une maison de rapport.</p></div>
-
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_445_434" id="Note_445_434"></a><a href="#NoteRef_445_434"><span class="label">[445]</span></a> Delacroix avait déjà traité ce sujet à l'aquarelle et
-l'avait exposé au Salon de 1831. (Voir <i>Catalogne Robaut</i>, n° 338.)</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_446_435" id="Note_446_435"></a><a href="#NoteRef_446_435"><span class="label">[446]</span></a> Drame fantastique en cinq actes et dix tableaux, par
-Alexandre Dumas et Auguste Maquet, représenté le 30 décembre 1851 sur
-le théâtre de l'Ambigu.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_447_436" id="Note_447_436"></a><a href="#NoteRef_447_436"><span class="label">[447]</span></a> La plupart de ces dessins ou croquis de Delacroix ont
-figuré à la vente posthume du maître et sont aujourd'hui disséminés
-dans les collections d'artistes et d'amateurs.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_448_437" id="Note_448_437"></a><a href="#NoteRef_448_437"><span class="label">[448]</span></a> Probablement Mme <i>Arnould-Plessy</i>, la célèbre
-comédienne, qui peut-être désirait obtenir un rôle dans une pièce de
-George Sand, et qui, connaissant les excellentes relations d'Eugène
-Delacroix avec celle-ci, l'avait prié d'intervenir en sa faveur.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_449_438" id="Note_449_438"></a><a href="#NoteRef_449_438"><span class="label">[449]</span></a> Delacroix a plusieurs fois répété ce sujet, qu'il
-affectionnait. (Voir <i>Catalogue Robaut</i>, n° 1034.) À propos de cette
-composition, Baudelaire écrit: «Dites-moi si vous vîtes jamais mieux
-exprimée la solennité nécessaire de la <i>Mise au tombeau.</i> Croyez-vous
-sincèrement que Titien eût inventé cela? Il eût conçu, il a conçu la
-chose autrement; mais je préfère cette manière-ci. Le décor, c'est le
-caveau lui-même, emblème de la vie souterraine que doit mener longtemps
-la religion nouvelle! Au dehors, l'air et la lumière qui glisse en
-rampant dans la spirale. La mère va s'évanouir, elle se soutient à
-peine.»</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_450_439" id="Note_450_439"></a><a href="#NoteRef_450_439"><span class="label">[450]</span></a> <i>Le Christ porté au tombeau</i>, tableau qui se trouve dans
-l'église de Sinigaglia.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_451_440" id="Note_451_440"></a><a href="#NoteRef_451_440"><span class="label">[451]</span></a> Baudelaire l'appelait: <i>l'adorateur rusé de Raphaël.</i></p></div>
-
-
-<hr class="b2" />
-
-<p>5 <i>juin.</i>&mdash;Arrivée de M. Lamey. Il arrive seul à<span class="pagenum"><a name="Page_336" id="Page_336">[p. 336]</a></span> la maison comme je
-m'apprêtais pour aller le chercher. J'avais mal compris l'heure de son
-départ.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>20 <i>juin.</i>&mdash;Nous allons au Musée avec le bon cousin. Il est très frappé
-des antiquités assyriennes.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>24 <i>juin.</i>&mdash;Départ du bon cousin. Je suis tout triste du vide qu'il me
-laisse.</p>
-
-<hr class="b2" />
-
-<p>3 <i>juillet.</i>&mdash;Premier jour à l'église<a name="NoteRef_452_441" id="NoteRef_452_441"></a><a href="#Note_452_441" class="fnanchor">[452]</a> avec Andrieu.</p>
-
-<p><i>Sur les accessoires.</i>&mdash;Mercey a dit un grand mot dans son livre sur
-l'Exposition: le beau dans les arts, c'est la vérité idéalisée. Il
-a tranché la question pendante entre les pédants et les véritables
-artistes; il a supprimé l'équivoque qui permettait aux partisans du
-<i>beau</i> partout de masquer leur impuissance à trouver le vrai.</p>
-
-<p>Les accessoires font énormément pour l'effet et doivent néanmoins
-être toujours sacrifiés. Dans un tableau bien ordonné, ce que
-j'appelle <i>accessoires</i> est infini. Non seulement des meubles, de
-petits détails des fonds sont accessoires, mais les draperies et les
-figures elles-mêmes, et dans les figures principales, les parties de
-ces figures. Dans un portrait qui montre les mains, les mains sont
-accessoires. D'abord elles doivent être subordonnées à la tête, mais
-souvent une<span class="pagenum"><a name="Page_337" id="Page_337">[p. 337]</a></span> main doit attirer l'attention, moins qu'une partie du
-vêtement, du fond, etc. Ce qui fait que les mauvais peintres ne peuvent
-arriver au beau qui est <i>ce vrai idéalisé</i> dont parle Mercey, c'est
-qu'outre le défaut de conception générale de leur ouvrage dans le sens
-du <i>vrai</i>, leurs accessoires, au lieu de concourir à l'effet général,
-le détournent au contraire par l'application donnée presque toujours
-à faire ressortir certains détails qui devraient être subordonnés. Il
-y a plusieurs manières de produire ce mauvais résultat: d'une part,
-le soin excessif apporté à faire ressortir ces détails, pour montrer
-de l'habileté; de l'autre, l'habitude générale de faire exactement
-d'après nature tous ces accessoires destinés à concourir à l'effet.
-Comment le peintre, en copiant tous ces morceaux d'après des objets
-réels, comme ils sont et sans les modifier profondément, pourra-t-il
-ôter ou ajouter, donner à des objets inertes en eux-mêmes la puissance
-nécessaire à l'impression?</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p><i>Nancy</i>, 10 <i>juillet.</i>&mdash;Parti pour Plombières à sept heures du matin.
-Arrivé à Nancy à deux heures. Mauvaise disposition qui m'empêche de
-dîner; je me couche à huit heures environ.</p>
-
-<p>J'avais été au Musée en arrivant, pour revoir les deux esquisses de
-Rubens; à la première vue, elles ne m'ont plus paru si belles; mais
-bientôt le charme a opéré, et je suis devenu immobile devant elles,
-et cela quoique j'allasse de l'une à l'autre, mais sans pouvoir<span class="pagenum"><a name="Page_338" id="Page_338">[p. 338]</a></span> les
-quitter. Il y a à écrire vingt volumes sur l'effet particulier de ces
-ouvrages. C'est le charme du je ne sais quoi, une saveur incroyable,
-au milieu de négligences, mais celles-ci dues à ce que les ouvrages ne
-sont que des esquisses.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p><i>Plombières</i>, 11 <i>juillet.</i>&mdash;Levé à quatre heures pour partir à cinq
-heures. Hier soir, je me croyais au moment de faire une maladie à
-Nancy. Ce matin, je me trouve remis, grâce à ma tempérance.</p>
-
-<p>Je dors une partie du voyage après avoir déjeuné d'une moitié de
-poulet. Trouvé, d'Épinal jusqu'à Plombières, un sieur Algis, je crois,
-qui a été assez bon garçon et qui m'a fermé les fenêtres quand j'en
-avais besoin. Il est fort comme un Turc, et cependant il lutte comme je
-l'ai fait toute ma vie contre le déjeuner. Il est grand fumeur et avoue
-néanmoins tous les inconvénients de son habitude. Il dit comme moi
-qu'il est impossible de s'arrêter à un cigare: un par hasard, dit-il,
-fait plutôt du bien; mais c'est fumer beaucoup et presque constamment
-que veut le fumeur de profession. Il prétend que, toutes les fois qu'il
-lui est arrivé de suspendre ce plaisir pendant quelques jours, il se
-sent un autre homme pour le travail, pour l'activité de l'esprit, celle
-même de la passion pour les femmes. Sitôt l'habitude reprise, apathie,
-indifférence complète: elle suffit, mais sans satisfaire, à ce qu'il
-paraît.</p>
-
-<p>Arrivés à Plombières à midi. Toute la population<span class="pagenum"><a name="Page_339" id="Page_339">[p. 339]</a></span> réunie pour voir
-revenir l'Empereur de la messe. Il m'aperçoit en passant. J'étais sur
-la porte de Parizot, qui ne peut me loger que dans l'espèce de grenier
-où habite sa vieille mère. J'y reste dans l'espoir de mieux.</p>
-
-<p>Bal le soir, qui me tient au supplice une partie de la nuit à cause des
-allées et venues; de même à peu près les jours suivants, et quoique je
-me couche de bonne heure, je n'en dors que plus mal.</p>
-
-<p>Mon compagnon de route prétend qu'il a remarqué que, s'il s'expose au
-soleil après avoir mangé, sa digestion est mauvaise. Il me semble que
-j'ai éprouvé ici la même chose. Quand je sors après déjeuner et que
-je vais à la promenade des Dames, j'en ressens une lourdeur qui tient
-peut-être à ces espaces découverts qu'il faut traverser.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>12 <i>juillet.</i>&mdash;Je trouve aujourd'hui Fleury qui est ici avec sa femme
-et sa fille. Enchanté de le retrouver; mais avec mon indisposition,
-impossible de profiter de rien.</p>
-
-<p>On m'avait assigné cinq heures du matin pour prendre mes bains...</p>
-
-<p>Je trouve Barre<a name="NoteRef_453_442" id="NoteRef_453_442"></a><a href="#Note_453_442" class="fnanchor">[453]</a> comme je causais sur la place avec Mocquart;
-celui-ci me présente à Mme Guyon<a name="NoteRef_454_443" id="NoteRef_454_443"></a><a href="#Note_454_443" class="fnanchor">[454]</a><span class="pagenum"><a name="Page_340" id="Page_340">[p. 340]</a></span> qui loge avec lui et l'excellent
-Possoz; elle est très aimable et encore, très bien: des yeux charmants,
-avec une bouche qui annonce des penchants redoutables.</p>
-
-<p>Le soir, promenade au bord de la petite rivière, dans les nouveaux
-endroits disposés depuis l'année dernière; tout cela est charmant.</p>
-
-<p>Quelques mots de conversation avec M. Schneider me fatiguent grandement
-et me font manquer d'aller retrouver Fleury.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>14 <i>juillet.</i>&mdash;Dans Dumas: «La reine fut toujours femme: elle se
-glorifiait d'être aimée.» Certaines âmes ont cette aspiration vers la
-sympathie de tous ceux qui les entourent, et ce ne sont pas les âmes
-les moins généreuses en ce monde.</p>
-
-<p>Après une promenade que le soleil me gâte toujours un peu, je suis
-monté fatigué à l'établissement pour la première fois et pour lire
-les journaux. Rentré chez moi et ressorti à quatre heures passées, et
-retrouvé ce maudit soleil qui m'a chassé de la musique que j'avais
-entendue de la route de Luxeuil. La vulgarité, l'inanité de cette
-musique suffisait déjà à me mettre en fuite. Le bon Possoz m'a mené
-avant-hier soir à la ferme Jacquot; c'est une promenade charmante et où
-je ne rencontrerai personne.</p>
-
-<p>Aujourd'hui, après dîner, sorti par la route d'Épinal. J'y ai fait des
-découvertes charmantes, des roches, des bois, et surtout des eaux, des
-eaux dont<span class="pagenum"><a name="Page_341" id="Page_341">[p. 341]</a></span> on ne peut se lasser. On éprouve un désir incessant de s'y
-plonger, d'être saint Jean, d'être l'arbre qui s'y baigne, d'être tout,
-excepté un malheureux homme malade et ennuyé.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>23 <i>juillet.</i>&mdash;Je vais ce matin vers la route de Remiremont; je monte
-avec peine au calvaire. Je reviens prendre un nouveau chemin, derrière
-la fabrique. J'y trouve des aspects nouveaux et charmants. Les journées
-se passent sans trop d'ennui et surtout assez vite. Je reçois à dîner
-une lettre de Paris que j'ouvre avec empressement...</p>
-
-<p>Le soir, assez tard à rétablissement; je me sens plus fort.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>24 <i>juillet.</i>&mdash;Mollesse, abattement, quoique je fusse bien hier. Je
-prends la hauteur au-dessus de la promenade de l'Empereur et je reviens
-par le bas.</p>
-
-<p>Point d'émotions. Temps triste qui finit par de la pluie vers neuf ou
-dix heures.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>25 <i>juillet.</i>&mdash;Le magistrat, à ce que me raconte le monsieur de Metz,
-mon voisin de table, qui conseille de ne pas plaider quand la cause est
-bonne!</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>26 <i>juillet.</i>&mdash;Dîné chez Perrier avec M. Yrvoix<a name="NoteRef_455_444" id="NoteRef_455_444"></a><a href="#Note_455_444" class="fnanchor">[455]</a> de chez l'Empereur
-et deux MM. Thomas et une<span class="pagenum"><a name="Page_342" id="Page_342">[p. 342]</a></span> demoiselle d'opéra, maîtresse de l'un d'eux.
-Le bon Possoz, qui en était, nous a quittés pour aller le soir chez
-l'Empereur.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>27 <i>juillet.</i>&mdash;Départ de l'Empereur à sept heures.&mdash;Je continue ma
-promenade jusqu'au délicieux ruisseau de la route de Saint-Loup.</p>
-
-<p>Je lis depuis trois ou quatre jours les <i>Paysans</i> de Balzac, après
-avoir été forcé de renoncer à <i>Ange Pitou</i><a name="NoteRef_456_445" id="NoteRef_456_445"></a><a href="#Note_456_445" class="fnanchor">[456]</a>, de Dumas, excédé de
-cet incroyable mauvais. Le <i>Collier de la Reine</i><a name="NoteRef_457_446" id="NoteRef_457_446"></a><a href="#Note_457_446" class="fnanchor">[457]</a>, plein des mêmes
-inconvénients et des mêmes intempérances, avait au moins des passages
-intéressants.</p>
-
-<p>Les <i>Paysans</i> m'ont intéressé au commencement; mais ils deviennent en
-avançant presque aussi insupportables que les bavardages de Dumas:
-toujours les mêmes détails lilliputiens, par lesquels il croit donner
-quelque chose de frappant à chacun de ses personnages. Quelle confusion
-et quelle minutie! À quoi bon des portraits en pied de misérables
-comparses dont la multiplicité ôte tout l'intérêt de l'ouvrage! Ceci
-n'est pas de la littérature, comme disait Mocquart l'autre jour. C'est
-comme tout ce qu'on fait: on marque tout, on épuise la matière et avant
-tout la curiosité du lecteur; Balzac, que j'ai déjà jugé<span class="pagenum"><a name="Page_343" id="Page_343">[p. 343]</a></span> sur d'autres
-pièces analogues, est cependant de premier ordre, quoique plein des
-défauts que je viens de dire. Il veut tout dire aussi, et il le redit
-encore après.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>30 <i>juillet.</i>&mdash;Au milieu du jour, encouragé par le temps couvert et
-quoique dans une disposition passable, je suis monté par la route de
-Luxeuil. Arrivé à l'endroit où sont les bouleaux qui se renversent les
-uns sur les autres, j'en ai fait péniblement au soleil un croquis assez
-confus. Je n'ai pas résisté à descendre par une pente abrupte vers ce
-petit ruisseau délicieux dont on entend le murmure de la route. J'ai
-trouvé là des choses charmantes, rochers clairsemés, sentiers sous le
-bois, clairières et endroits touffus. J'ai bu de ce charmant ruisseau.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>31 <i>juillet.</i>&mdash;Promenade vers midi du côté est derrière la fabrique
-que j'avais faite le matin avec bonheur il y a huit ou dix jours.
-La chaleur et l'insipidité croissante de la vue ne m'ont pas permis
-d'aller plus loin.</p>
-
-<p>Le soir encore vers la route de Saint-Loup; je ne puis m'en rassasier.
-Le soir, le soleil est en face au lieu d'être derrière comme le matin;
-en se couchant il dore les derniers plans sur les montagnes les plus
-élevées; j'en ai fait un croquis.</p>
-
-<p>Depuis quelques jours, mauvais temps froid et couvert.</p>
-
-<p>J'attribue à cela un certain malaise.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_344" id="Page_344">[p. 344]</a></span></p>
-
-<p>Grande conversation avec Lenormant<a name="NoteRef_458_447" id="NoteRef_458_447"></a><a href="#Note_458_447" class="fnanchor">[458]</a> jusqu'à dix heures à
-l'établissement.</p>
-
-<hr class="b2" />
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_452_441" id="Note_452_441"></a><a href="#NoteRef_452_441"><span class="label">[452]</span></a> Il s'agissait de la décoration de l'église
-Saint-Sulpice, à laquelle le peintre P. Andrieu collabora.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_453_442" id="Note_453_442"></a><a href="#NoteRef_453_442"><span class="label">[453]</span></a> <i>Jean-Auguste Barre</i>, sculpteur, né en 1811, élève
-de J.-J. Barre, son père, et de Cortot, auteur d'un grand nombre de
-statues et surtout de bustes.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_454_443" id="Note_454_443"></a><a href="#NoteRef_454_443"><span class="label">[454]</span></a> Mme <i>Émilie Guyon</i> (1821-1878) était une des actrices
-les plus en vogue de l'époque. Elle devint eu 1858 sociétaire du
-Théâtre-Français.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_455_444" id="Note_455_444"></a><a href="#NoteRef_455_444"><span class="label">[455]</span></a> M. <i>Yrvoix</i> était attaché à la ponce secrète de
-l'Empereur.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_456_445" id="Note_456_445"></a><a href="#NoteRef_456_445"><span class="label">[456]</span></a> Ce roman, paru en 1853, est une suite de <i>Joseph
-Balsamo</i> et du <i>Collier de la Reine.</i></p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_457_446" id="Note_457_446"></a><a href="#NoteRef_457_446"><span class="label">[457]</span></a> Cette deuxième partie des <i>Mémoires d'un médecin</i> avait
-paru en 1849-1850.</p></div>
-
-
-
-<hr class="b2" />
-
-<p>1<sup>er</sup> <i>août.</i>&mdash;Le matin, meilleure disposition; encore au
-chemin de Saint-Loup et fait un croquis que j'ai colorié dans la
-journée.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>2 <i>août.</i>&mdash;Après dîner, une des plus délicieuses promenades que j'aie
-faites ici: j'étais dispos, l'esprit tranquille, tout me charmait. J'ai
-fait un croquis de la ferme Jacquot et, plus haut sur la route près de
-la table ronde de pierre, une vue générale de la vallée<a name="NoteRef_459_448" id="NoteRef_459_448"></a><a href="#Note_459_448" class="fnanchor">[459]</a>. Admiré
-encore le fond sauvage avec bouleaux, sources et rochers.</p>
-
-<p>Je ne pouvais m'arracher à tout cela: quel charme grandiose! Et
-personne près de moi n'y prenait garde. Je rencontrais à chaque instant
-des groupes: les hommes ne s'entretenaient que d'argent; je l'ai
-remarqué.</p>
-
-<p>Revenu lentement achever la soirée à l'établissement. J'y trouve
-Mme Marbouty<a name="NoteRef_460_449" id="NoteRef_460_449"></a><a href="#Note_460_449" class="fnanchor">[460]</a>; conversation jusqu'à dix heures passées. Elle
-a des révélations: un esprit lui parle et lui dicte des choses
-merveilleuses.<span class="pagenum"><a name="Page_345" id="Page_345">[p. 345]</a></span> Cet esprit lui a appris à guérir sa mère qui a
-quatre-vingt-deux ans et qui était dans un état désespéré. Je lui ai
-demandé pourquoi elle ne profitait pas du même moyen pour se guérir
-elle-même; je ne sais ce qu'elle m'a répondu. J'ai rendez-vous avec
-elle après déjeuner demain pour savoir ce que lui a dicté son génie.
-Elle est tout étonnée que je n'aie pas aussi des révélations.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>3 <i>août.</i>&mdash;Mon voisin de table me dit que M. Lhéritier<a name="NoteRef_461_450" id="NoteRef_461_450"></a><a href="#Note_461_450" class="fnanchor">[461]</a> dit à un
-malade agité ou surexcité par le bain: «Ne le prenez que de trois
-quarts d'heure ou d'une demi-heure.»</p>
-
-<p>M. Turck<a name="NoteRef_462_451" id="NoteRef_462_451"></a><a href="#Note_462_451" class="fnanchor">[462]</a>, au contraire, dit dans un cas analogue: «Prenez trois
-heures de bain.»</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p><i>Champrosay</i>, 11 <i>août.</i>&mdash;Parti de Paris pour Champrosay.</p>
-
-<p>Je ne suis pas encore content de ma santé. Je n'ose me remettre à
-l'église<a name="NoteRef_463_452" id="NoteRef_463_452"></a><a href="#Note_463_452" class="fnanchor">[463]</a>.</p>
-
-<p>Parti à onze heures. Je lais route avec Revenaz<a name="NoteRef_464_453" id="NoteRef_464_453"></a><a href="#Note_464_453" class="fnanchor">[464]</a> et un de ses amis.
-Nous traversons la plaine par la chaleur la plus intense.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_346" id="Page_346">[p. 346]</a></span></p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>12 <i>août.</i>&mdash;Je sors à six heures du matin par la campagne. Délicieuse
-promenade. Je vais au bord de la rivière et fais un croquis vers
-la cabane de Degoty. Je rapporte un faisceau de nénufars et de
-sagittaires; je patauge pendant près d'une heure sur les bords glaiseux
-de la rivière avec délices pour conquérir ces pauvres plantes. Cette
-débauche me rappelle Charenton, l'enfance, la pêche à la ligne!... Je
-rentre brûlé.</p>
-
-<p>Nous avons une abondance de fruits dont nous n'avons jamais joui
-jusqu'ici; jusqu'à présent n'en mangeant qu'à dîner, ils ne mont point
-encore fait mal.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>13 <i>août.</i>&mdash;Je recommence à la même heure matinale la promenade d'hier.
-Je m'arrête avant la fontaine de Baÿvet pour faire un croquis que je
-regrettais de n'avoir pas fait la veille; c'est un des meilleurs du
-petit calepin que j'ai emporté à Plombières.</p>
-
-<p>On passait mon carreau au siccatif; je suis resté le plus longtemps
-que j'ai pu dehors, me couchant à l'ombre non loin de la rivière, près
-du petit pont qui traverse un vivier. Je m'étais assis au bas de la
-rivière même, mais sans descendre jusqu'aux roseaux, abrité par mon
-parasol, en face de cette île remplie de roseaux qui se forme dans les
-basses eaux.</p>
-
-<p>Assis encore près de la fontaine de Baÿvet qui n'est plus qu'un filet
-d'eau, mais charmant et coulant entre les herbes.</p>
-
-<p>J'ai passé le reste de la journée dans la cour à<span class="pagenum"><a name="Page_347" id="Page_347">[p. 347]</a></span> l'ombre, assis dans
-mon fauteuil qu'on m'avait descendu pour donner le temps aux carreaux
-de sécher.</p>
-
-<p>Le soir après dîner, sorti avec Jenny dans la campagne; la pauvre femme
-est souffrante comme à Bordeaux. Elle n'est restée qu'un instant avec
-moi, et je suis rentré qu'il faisait presque nuit; j'étais resté à me
-promener en long et en large devant la fontaine. Le soir, éclaircie,
-espérance de pluie pas réalisée.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>19 <i>août.</i>&mdash;Travailler n'est pas seulement pour produire des ouvrages,
-c'est pour donner du prix au temps; on est plus content de soi et de
-sa journée quand on a remué des idées, bien commencé ou achevé quelque
-chose.</p>
-
-<p>Lire des mémoires, des histoires consolant des misères ordinaires de la
-vie par le tableau des erreurs et des misères humaines.</p>
-
-<p>&mdash;<i>La dernière scène de</i> Roméo et Juliette.</p>
-
-<p>&mdash;<i>Les Capulet, les Montaigu, le père Laurence.</i></p>
-
-
-<hr class="b2" />
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_458_447" id="Note_458_447"></a><a href="#NoteRef_458_447"><span class="label">[458]</span></a> <i>Charles Lenormant</i> (1802&mdash;1859), archéologue et
-historien, fut successivement inspecteur des Beaux-Arts, conservateur
-du Musée des antiques, professeur au Collège de France, directeur du
-<i>Correspondant</i>, membre de l'Académie des inscriptions, etc. C'était un
-homme fort instruit, doué d'un goût très vif pour les arts.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_459_448" id="Note_459_448"></a><a href="#NoteRef_459_448"><span class="label">[459]</span></a> <i>Le val d'Ajol, vu de la Feuillée Dorothée.</i></p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_460_449" id="Note_460_449"></a><a href="#NoteRef_460_449"><span class="label">[460]</span></a> <i>Mme Marbouty</i>, plus connue en littérature sous le nom
-de <i>Claire Brunne</i>, auteur de nombreux romans et de pièces de théâtre.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_461_450" id="Note_461_450"></a><a href="#NoteRef_461_450"><span class="label">[461]</span></a> Le <i>docteur Lhéritier</i>, membre de l'Académie de
-médecine, était médecin inspecteur des eaux de Plombières.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_462_451" id="Note_462_451"></a><a href="#NoteRef_462_451"><span class="label">[462]</span></a> Le docteur <i>Léopold Turck</i>, qui avait siégé comme
-représentant du peuple à l'Assemblée de 1848, était revenu sous
-l'Empire à Plombières, où il exerçait la médecine.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_463_452" id="Note_463_452"></a><a href="#NoteRef_463_452"><span class="label">[463]</span></a> L'église Saint-Sulpice.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_464_453" id="Note_464_453"></a><a href="#NoteRef_464_453"><span class="label">[464]</span></a> Parent de M. Moreau et grand admirateur de Delacroix.
-(Voir <i>Catalogue Robaut</i>, n<sup>os</sup> 565, 566 et 1232.)</p></div>
-
-
-
-<hr class="b2" />
-
-
-<p>3 <i>septembre.</i>&mdash;Je suis souffrant depuis mardi soir; la veille, dîner
-chez Barbier avec Malakoff et sa prétendue, Mme de Montijo, etc.</p>
-
-<p>Toute la fin de la semaine j'interromps la peinture, je lis
-Saint-Simon. Toutes ces aventures de tous les jours prennent sous cette
-plume un intérêt incroyable. Toutes ces morts, tous ces accidents
-oubliés depuis si longtemps consolent du néant où l'on se sent
-soi-même.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_348" id="Page_348">[p. 348]</a></span></p>
-
-<p>Lu aussi les commentaires de Lamartine sur l'<i>Iliade</i>; je me propose
-d'en extraire quelque chose. Cette lecture réveille en moi l'admiration
-de tout ce qui ressemble à Homère, entre autres du Shakespeare, du
-Dante. Il faut avouer que nos modernes (je parle des Racine, des
-Voltaire) n'ont pas connu ce genre de sublime, ces naïvetés étonnantes
-qui poétisent les détails vulgaires et en font des <i>peintures</i> pour
-l'imagination et qui la ravissent. Il semble que ces hommes se croient
-trop grands seigneurs pour nous parler comme à des hommes, de notre
-sueur, des mouvements naïfs de notre nature, etc., etc.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>5 <i>septembre.</i>&mdash;Je vais chez les Parchappe, où sont les Barbier. Je les
-trouve tout en fête à l'Ermitage. Je reviens par la plus belle nuit du
-monde.</p>
-
-<p>Je suis souffreteux depuis quelques jours. J'ai interrompu la peinture.</p>
-
-<p>J'ai avancé beaucoup quelques tableaux:</p>
-
-<p>Les <i>Chevaux sortant de la mer</i><a name="NoteRef_465_454" id="NoteRef_465_454"></a><a href="#Note_465_454" class="fnanchor">[465]</a>.</p>
-
-<p>L'<i>Arabe blessé au bras et son cheval</i><a name="NoteRef_466_455" id="NoteRef_466_455"></a><a href="#Note_466_455" class="fnanchor">[466]</a>.</p>
-
-<p>Le <i>Christ au tombeau dans la caverne, flambeaux</i><a name="NoteRef_467_456" id="NoteRef_467_456"></a><a href="#Note_467_456" class="fnanchor">[467]</a>, etc.</p>
-
-<p>Le <i>Petit Ivanhoë et Rebecca</i><a name="NoteRef_468_457" id="NoteRef_468_457"></a><a href="#Note_468_457" class="fnanchor">[468]</a>.</p>
-
-<p>Le <i>Centaure et Achille</i><a name="NoteRef_469_458" id="NoteRef_469_458"></a><a href="#Note_469_458" class="fnanchor">[469]</a>.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_349" id="Page_349">[p. 349]</a></span></p>
-
-<p>Le <i>Lion et te Chasseur embusqué</i>, effet de soir<a name="NoteRef_470_459" id="NoteRef_470_459"></a><a href="#Note_470_459" class="fnanchor">[470]</a>.</p>
-
-<p>L'ébauche de l'<i>Othello</i> sur le corps de Desdémone.</p>
-
-<p>J'ai composé: <i>Troupes marocaines dans les montagnes</i><a name="NoteRef_471_460" id="NoteRef_471_460"></a><a href="#Note_471_460" class="fnanchor">[471]</a>.</p>
-
-<p>&mdash;Villot me dit de coller du papier sur la voûte de ma chapelle avant
-d'y coller le tableau. Cela est adopté par les décorateurs et fort
-recommandé.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>6 <i>septembre.</i>&mdash;J'écris à M. Berryer:&mdash;«En fin de compte, je me suis
-réfugié ici, où j'ai retrouvé du mieux; mais ce n'est pas tout; voici
-ce qui m'attendait à Champrosay: l'homme qui me louait mon petit
-pied-à-terre m'apprend au déballé qu'il va vendre sa maison, et que
-j'avise d'ici à peu. Me voilà troublé dans mes habitudes, quoique j'y
-fusse médiocrement; mais enfin j'y suis, et il y a quinze ans que je
-viens dans le pays, que j'y vois les mêmes gens, les mêmes bois, les
-mêmes collines. Qu'eussiez-vous fait à ma place, cher cousin, vous
-qui vous êtes laissé murer dans l'appartement que vous occupez depuis
-quarante ans, plutôt que d'en chercher un autre? Probablement ce que
-j'ai fait; c'est-à-dire que j'ai acheté la maison, qui n'est pas chère
-et qui, avec quelques petits changements en sus du prix d'achat, me
-composera un petit refuge approprié à mon humble fortune. Il me faut
-donc, à l'heure qu'il est, retourner sous deux jours à Paris, faire
-un mois de ce travail<span class="pagenum"><a name="Page_350" id="Page_350">[p. 350]</a></span> ajourné sans cesse et venir encore de temps en
-temps ici, voir ce qui s'y fait pour les arrangements que je vous ai
-dits.</p>
-
-<p>«Vous aurez bien vu, en ouvrant ma lettre, mon cher cousin, que je ne
-vous en disais tant que parce que je n'avais rien de bon à vous dire,
-au moins pour ce qui me concerne. Tout ce bavardage que je vous fais
-ici de mes petites affaires, j'aurais voulu vous en étourdir sous les
-ombrages d'Augerville et au bord de l'Essonne. Vous voyez que je ne le
-puis malheureusement pas, et vous pensez bien, je l'espère, que c'est
-contre ma plus chère volonté.»</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p><i>Paris</i>, 9 <i>septembre.</i>&mdash;Parti de Champrosay à sept heures; trouvé là
-Leroy d'Étiolés.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>11 <i>septembre.</i>&mdash;Je retourne travailler à Saint-Sulpice; je fais
-beaucoup à l'<i>Héliodore</i><a name="NoteRef_472_461" id="NoteRef_472_461"></a><a href="#Note_472_461" class="fnanchor">[472]</a>. Le lendemain, impuissance ...</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>14 <i>septembre.</i>&mdash;Je vais au Louvre voir le dessin de Masson, en
-comparaison de mon tableau<a name="NoteRef_473_462" id="NoteRef_473_462"></a><a href="#Note_473_462" class="fnanchor">[473]</a>.&mdash;Belles restaurations des tableaux
-espagnols. Contours noirs dans plusieurs parties du Murillo; sont-ils
-de lui?&mdash;Revu l'étrange <i>Baptême du Christ</i> de Rubens jeune.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_351" id="Page_351">[p. 351]</a></span></p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>15 <i>septembre.</i>&mdash;Copié un passage de <i>Jane Eyre</i><a name="NoteRef_474_463" id="NoteRef_474_463"></a><a href="#Note_474_463" class="fnanchor">[474]</a>.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>17 <i>septembre.</i>&mdash;Vu de Rudder<a name="NoteRef_475_464" id="NoteRef_475_464"></a><a href="#Note_475_464" class="fnanchor">[475]</a>, qui me parle de la Marbouty dans le
-sens que je connaissais.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>19 <i>septembre.</i>&mdash;Donné aujourd'hui à Haro la <i>Petite Vue de Dieppe</i>
-pour y mettre une bordure noire.&mdash;-L'esquisse de <i>Mirabeau</i> pour
-rentoiler<a name="NoteRef_476_465" id="NoteRef_476_465"></a><a href="#Note_476_465" class="fnanchor">[476]</a>.</p>
-
-<p>Aujourd'hui, dîner chez Mme de Forget avec Mme Menéval, un M. Dufour,
-compagnon de Batta à Tripoli; il me parle beaucoup de lui, toujours
-fumant, toujours avec son opium. Il me parle beaucoup de ce calme de
-la vie dans ces pays; l'insouciance de nos petites affaires et de nos
-petits plaisirs.</p>
-
-<p>M. Yvan me donne son remède contre la fièvre; il est général en Russie,
-et cela lui a réussi quand la quinine était impuissante: faire sécher
-du gros sel gris au soleil ou sur une assiette sur le feu, en mettre
-une poignée dans un verre d'eau qu'on avale. (Consulter cependant.)</p>
-
-<p>&mdash;<i>Frappement du rocher</i>: Hommes, femmes, animaux épuisés, chameaux,
-empressement vers la source.</p>
-
-<hr class="b2" />
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_465_454" id="Note_465_454"></a><a href="#NoteRef_465_454"><span class="label">[465]</span></a> Voir <i>Catalogue Robaut</i>, n° 1410.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_466_455" id="Note_466_455"></a><a href="#NoteRef_466_455"><span class="label">[466]</span></a> Voir <i>Catalogue Robaut</i>, n° 1175.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_467_456" id="Note_467_456"></a><a href="#NoteRef_467_456"><span class="label">[467]</span></a> Voir <i>Catalogue Robaut</i>, n° 1103.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_468_457" id="Note_468_457"></a><a href="#NoteRef_468_457"><span class="label">[468]</span></a> Voir <i>Catalogue Robaut</i>, n° 1000.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_469_458" id="Note_469_458"></a><a href="#NoteRef_469_458"><span class="label">[469]</span></a> Voir <i>Catalogue Robaut</i>, n° 1438.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_470_459" id="Note_470_459"></a><a href="#NoteRef_470_459"><span class="label">[470]</span></a> Voir <i>Catalogue Robaut</i>, n° 1227.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_471_460" id="Note_471_460"></a><a href="#NoteRef_471_460"><span class="label">[471]</span></a> Voir <i>Catalogue Robaut</i>, n° 1277.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_472_461" id="Note_472_461"></a><a href="#NoteRef_472_461"><span class="label">[472]</span></a> Voir <i>Catalogue Robaut</i>, n° 1340.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_473_462" id="Note_473_462"></a><a href="#NoteRef_473_462"><span class="label">[473]</span></a> <i>Dante et Virgile</i>, l'eau-forte <i>d'Adolphe Masson</i>, est
-encore inédit.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_474_463" id="Note_474_463"></a><a href="#NoteRef_474_463"><span class="label">[474]</span></a> Roman anglais de <i>Currer Bell</i>, pseudonyme de <i>Charlotte
-Brontë.</i> Ce livre, qui eut un grand retentissement en Angleterre, fut
-immédiatement traduit en français.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_475_464" id="Note_475_464"></a><a href="#NoteRef_475_464"><span class="label">[475]</span></a> <i>Louis-Henri de Rudder</i> (1807-1881), peintre élève de
-Gros et de Charlet.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_476_465" id="Note_476_465"></a><a href="#NoteRef_476_465"><span class="label">[476]</span></a> <i>Mirabeau et Dreux-Brézé.</i> Voir <i>Catalogue Robaut</i>,
-n<sup>os</sup> 359 et 360.</p>
-
-<hr class="chap" />
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_352" id="Page_352">[p. 352]</a></span></p></div>
-
-
-
-
-<h3><a name="c1859" id="c1859">1859</a></h3>
-
-
-<p><i>Champrosay,</i>9 <i>janvier.&mdash;Sur la difficulté de conserver l'impression
-du croquis primitif.&mdash;De la nécessité des sacrifices.</i>&mdash;Sur les
-artistes qui, comme Vernet, finissent <i>tout de suite</i>, et du mauvais
-effet qui en résulte. Voir mes notes du 4 avril 1854<a name="NoteRef_477_466" id="NoteRef_477_466"></a><a href="#Note_477_466" class="fnanchor">[477]</a>.</p>
-
-<p>Promenade à la forêt et visite au couvent en ruine de l'Ermitage.
-Stupidité des démolisseurs, tant fanatiques religieux que fanatiques
-révolutionnaires. Solidité de ces constructions de moines. Voir mes
-notes du 13 mai 1853<a name="NoteRef_478_467" id="NoteRef_478_467"></a><a href="#Note_478_467" class="fnanchor">[478]</a>.</p>
-
-<p>&mdash;Avantages de l'éducation suivant Labruyère.&mdash;L'éducation se fait avec
-les honnêtes gens. Voir mes notes du 8 mars 1853<a name="NoteRef_479_468" id="NoteRef_479_468"></a><a href="#Note_479_468" class="fnanchor">[479]</a>.</p>
-
-<p>&mdash;Sur les choses inachevées, impressions d'ébauches à propos du chêne
-d'Antain. Que <i>Michel-Ange</i> doit une partie de son effet au manque de
-proportions. Voir mes notes du 9 mai 1853<a name="NoteRef_480_469" id="NoteRef_480_469"></a><a href="#Note_480_469" class="fnanchor">[480]</a>.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_353" id="Page_353">[p. 353]</a></span></p>
-
-<p>&mdash;Tirade sur Girardin qui revenait sans cesse à cette époque sur le
-labourage à la vapeur. La moralité ne me paraît pas devoir gagner à
-dispenser les hommes de travail. Auront-ils une patrie? se lèveront-ils
-pour la défendre? Voir mes notes du 17 mai 1853<a name="NoteRef_481_470" id="NoteRef_481_470"></a><a href="#Note_481_470" class="fnanchor">[481]</a>.</p>
-
-<p>&mdash;<i>Sur la couleur.</i> Que les Rubens et les Titien ont employé des
-couleurs brillantes, et David des couleurs ternes. Excès de sobriété
-préconisé chez les modernes. Voir mes notes du 13 novembre 1857<a name="NoteRef_482_471" id="NoteRef_482_471"></a><a href="#Note_482_471" class="fnanchor">[482]</a>.</p>
-
-<p>&mdash;Sur le mot <i>distraction.</i> On la cherche dans les travaux de toute
-sorte, y compris ceux de l'esprit; on se distrait avec des ouvrages
-qui ont servi à d'autres de distraction Voir mes notes du 9 novembre
-1857<a name="NoteRef_483_472" id="NoteRef_483_472"></a><a href="#Note_483_472" class="fnanchor">[483]</a>.</p>
-
-<p>&mdash;Sur l'<i>ébauche</i> et sur le <i>fini.</i> Les improvisations de Chopin plus
-hardies que l'ouvrage; on ne gâte pas en finissant, quand on est grand
-artiste. Voir mes notes du 20 avril 1853<a name="NoteRef_484_473" id="NoteRef_484_473"></a><a href="#Note_484_473" class="fnanchor">[484]</a>.</p>
-
-<p>&mdash;Perfection de Mozart qui ne brille pas par le voisinage du mauvais.
-Voir mes notes du 18 avril 1853<a name="NoteRef_485_474" id="NoteRef_485_474"></a><a href="#Note_485_474" class="fnanchor">[485]</a>.</p>
-
-<p>&mdash;Il y a aussi les génies fougueux, dont le temps consacre les
-imperfections, Rubens, etc.</p>
-
-<hr class="b2" />
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_477_466" id="Note_477_466"></a><a href="#NoteRef_477_466"><span class="label">[477]</span></a> Voir t. II, p 324.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_478_467" id="Note_478_467"></a><a href="#NoteRef_478_467"><span class="label">[478]</span></a> Voir t. II, p. 191 et 192.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_479_468" id="Note_479_468"></a><a href="#NoteRef_479_468"><span class="label">[479]</span></a> Voir t. II, p. 182 et suiv.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_480_469" id="Note_480_469"></a><a href="#NoteRef_480_469"><span class="label">[480]</span></a> Voir t. II, p. 185 et 186.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_481_470" id="Note_481_470"></a><a href="#NoteRef_481_470"><span class="label">[481]</span></a> Voir t. II, p. 198.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_482_471" id="Note_482_471"></a><a href="#NoteRef_482_471"><span class="label">[482]</span></a> Voir t. III, p. <a href="#Page_297">297</a>.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_483_472" id="Note_483_472"></a><a href="#NoteRef_483_472"><span class="label">[483]</span></a> Voir t. III, p. <a href="#Page_296">296</a>.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_484_473" id="Note_484_473"></a><a href="#NoteRef_484_473"><span class="label">[484]</span></a> Voir t. II, p. 163 et 164.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_485_474" id="Note_485_474"></a><a href="#NoteRef_485_474"><span class="label">[485]</span></a> Non retrouvées.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_354" id="Page_354">[p. 354]</a></span></p></div>
-
-
-<hr class="b2" />
-
-<p>1<sup>er</sup> <i>mars.</i>&mdash;<span class="smcap">Dictionnaire</span>.</p>
-
-<p><i>Tableau.</i> Faire un tableau, l'art de le conduire depuis l'ébauche
-jusqu'au fini. C'est une science et un art tout à la fois; pour s'en
-acquitter d'une manière vraiment savante, une longue expérience est
-indispensable.</p>
-
-<p>L'art est si long que, pour arriver à <i>systématiser</i><a name="NoteRef_486_475" id="NoteRef_486_475"></a><a href="#Note_486_475" class="fnanchor">[486]</a> certains
-principes qui, au fond, régissent chaque partie de l'art, il faut la
-vie entière. Les talents nés trouvent d'instinct le moyen d'arriver à
-exprimer leurs idées; c'est chez eux un mélange <i>d'élans spontanés</i>
-et de <i>tâtonnements</i>, à travers lesquels l'idée se fait jour avec
-un charme peut-être plus particulier que celui que peut offrir la
-production d'un maître consommé.</p>
-
-<p>Il y a dans l'aurore du talent quelque chose de naïf et de hardi en
-même temps qui rappelle les grâces de l'enfance et aussi son heureuse
-insouciance des conventions qui régissent les hommes faits. C'est ce
-qui rend plus surprenante la hardiesse que déploient à une époque
-avancée de leur carrière les maîtres illustres. Être <i>hardi</i><a name="NoteRef_487_476" id="NoteRef_487_476"></a><a href="#Note_487_476" class="fnanchor">[487]</a>,
-quand on a un passé à compromettre, est le plus grand signe de la force.</p>
-
-<p>Napoléon met, je crois, Turenne au-dessus de tous les capitaines, parce
-qu'il remarque que ses plans<span class="pagenum"><a name="Page_355" id="Page_355">[p. 355]</a></span> étaient plus audacieux à mesure qu'il
-avançait en âge. Napoléon lui-même a donné l'exemple de cette qualité
-extraordinaire.</p>
-
-<p>Dans les arts en particulier, il faut un sentiment bien profond pour
-maintenir l'originalité de sa pensée en dépit des habitudes auxquelles
-le talent lui-même est fatalement enclin à s'abandonner. Après avoir
-passé une grande partie de sa vie à accoutumer le public à son génie,
-il est très difficile à l'artiste de ne pas se répéter, de renouveler,
-en quelque sorte, son talent, afin de ne pas tombera son tour dans ce
-même inconvénient de la banalité et du lieu commun qui est celui des
-hommes et des écoles qui vieillissent.</p>
-
-<p>Gluck<a name="NoteRef_488_477" id="NoteRef_488_477"></a><a href="#Note_488_477" class="fnanchor">[488]</a> a donné l'exemple le plus remarquable de cette force
-de volonté qui n'était autre que celle de son génie. Rossini a
-toujours été se renouvelant jusqu'à son dernier chef-d'œuvre,
-qui prématurément a clos son illustre carrière de chefs-d'œuvre.
-Raphaël, Mozart, etc., etc.</p>
-
-<p><i>Hardiesse.</i> Il ne faudrait cependant pas attribuer cette hardiesse,
-qui est le cachet des grands artistes, uniquement à ce don de
-renouvellement ou de rajeunissement du talent par des moyens d'effets
-nouveaux. Il est des hommes qui donnent leur mesure<span class="pagenum"><a name="Page_356" id="Page_356">[p. 356]</a></span> du premier coup,
-et dont la sublime monotonie est la principale qualité. Michel-Ange
-n'a point varié la physionomie de ce terrible talent qui a renouvelé
-lui-même toutes les écoles modernes et leur a imprimé un élan
-irrésistible.</p>
-
-<p>Rubens a été Rubens tout de suite. Il est remarquable qu'il n'a pas
-même varié son exécution, qu'il a très peu modifiée, même après l'avoir
-reçue de ses maîtres. S'il copie Léonard de Vinci, Michel-Ange, le
-Titien,&mdash;et il a copié sans cesse,&mdash;il semble qu'il s'y soit montré
-plus Rubens que dans ses ouvrages originaux.</p>
-
-<p><i>Imitation.</i> On commence toujours par imiter.</p>
-
-<p>Il est bien convenu que ce qu'on appelle <i>création</i> dans les grands
-artistes n'est qu'une manière particulière à chacun de voir, de
-coordonner et de rendre la nature. Mais non seulement ces grands hommes
-n'ont rien créé dans le sens propre du mot, qui veut dire: de <i>rien</i>
-faire <i>quelque chose</i>; mais encore ils ont dû, pour former leur talent
-ou pour le tenir en haleine, imiter leurs devanciers et les imiter
-presque sans cesse, volontairement ou à leur insu.</p>
-
-<p>Raphaël, le plus grand des peintres, a été le plus <i>appliqué à
-imiter</i><a name="NoteRef_489_478" id="NoteRef_489_478"></a><a href="#Note_489_478" class="fnanchor">[489]</a>: imitation de son maître, laquelle<span class="pagenum"><a name="Page_357" id="Page_357">[p. 357]</a></span> a laissé dans son
-style des traces qui ne se sont jamais effacées; imitation de l'antique
-et des maîtres qui l'avaient précédé, mais en se dégageant par degrés
-des langes dont il les avait trouvés enveloppés; imitation de ses
-contemporains et des écoles étrangères, telles que l'Allemand Albert
-Dürer, le Titien, Michel-Ange, etc.</p>
-
-<p>Rubens a imité sans cesse, mais de telle sorte qu'il est difficile
-de...<a name="NoteRef_490_479" id="NoteRef_490_479"></a><a href="#Note_490_479" class="fnanchor">[490]</a>.</p>
-
-<p><i>Imitateurs.</i> On peut dire de Raphaël, de Rubens, qu'ils ont beaucoup
-imité, et l'on ne peut sans injure les qualifier d'<i>imitateurs.</i> On
-dira plus justement qu'ils ont eu beaucoup d'imitateurs, plus occupés
-à calquer leur style dans de médiocres ouvrages, qu'à développer chez
-eux un style qui leur fût propre. Les peintres qui se sont formés en
-imitant leurs ouvrages, mais qui ont calqué le style de ces grands
-hommes dans leurs ouvrages propres et qui n'en ont reproduit que de
-<i>faibles parties</i><a name="NoteRef_491_480" id="NoteRef_491_480"></a><a href="#Note_491_480" class="fnanchor">[491]</a> par défaut d'originalité...</p>
-
-
-<hr class="b2" />
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_486_475" id="Note_486_475"></a><a href="#NoteRef_486_475"><span class="label">[486]</span></a> Dans un autre art, les écrits théoriques de Richard
-Wagner sont la plus éclatante démonstration de cette idée.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_487_476" id="Note_487_476"></a><a href="#NoteRef_487_476"><span class="label">[487]</span></a> Voir notre Étude, p. XXXIII.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_488_477" id="Note_488_477"></a><a href="#NoteRef_488_477"><span class="label">[488]</span></a> On sait que <i>Gluck</i> composa ses plus belles œuvres et
-donna le plus frappant exemple de hardiesse à un âge où généralement
-les forces créatrices ont diminué, quand elles ne se sont pas
-complètement éteintes chez la plupart des artistes. Il en fut de même
-pour ce Titien, que Delacroix aima si passionnément dans la seconde
-partie de sa carrière d'artiste.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_358" id="Page_358">[p. 358]</a></span></p></div>
-
-<hr class="b2" />
-
-<p>8 <i>août.</i>&mdash;Voir dans l'<i>Annuaire</i> de 1858, de l'Académie de
-Bruxelles, à la page 139, une note ainsi conçue: «Sous le rapport
-politique d'ailleurs, le métier des peintres n'occupait qu'un rang
-comparativement inférieur. Il ne pouvait rivaliser avec les métiers
-des bouchers, des poissonniers, des tailleurs, des forgerons, des
-boulangers.» (Pour l'article sur la situation des artistes chez les
-anciens et les modernes.&mdash;À faire pour le Dictionnaire de l'Académie.)</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>9 <i>août.</i>&mdash;«Malgré les travers qu'on lui a reprochés, la violence de
-son caractère, son esprit irritable, sarcastique, son amour presque
-maladif de la solitude...» (Article de Clément sur Michel-Ange. <i>Revue
-des Deux Mondes</i> du 1<sup>er</sup> juillet 1859.)</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p><i>Strasbourg</i>, 23 <i>août.</i>&mdash;J'écris à Mme de Forget:</p>
-
-<p>«Je vous donne quelques nouvelles de mon voyage et de mon séjour.</p>
-
-<p>«Je suis arrivé sans trop de poussière et de chaleur, même sans trop
-d'embarras, quoique tous les départs fussent encombrés de la foule des
-curieux de province qui étaient venus à Paris admirer nos splendeurs,
-que j'ai fuies autant que j'ai pu.</p>
-
-<p>«La distraction et la locomotion n'ont pas suffi à<span class="pagenum"><a name="Page_359" id="Page_359">[p. 359]</a></span> me remettre encore;
-j'espère que le repos profond dont je jouis ici avec mon bon parent
-dissipera ce malaise. Quel que soit l'état de la santé, et en l'absence
-de plaisirs plus vifs, le seul changement de lieu suffit pour procurer
-un grand agrément. Cette ville semble bien primitive ou, si vous
-voulez, bien arriérée en comparaison de Paris.</p>
-
-<p>«Je n'entends parler qu'allemand; cela me rassure un peu sur la crainte
-d'être troublé dans mes promenades par la rencontre de connaissances
-importunes; mais où ne rencontre-t-on pas des importuns? Je lis,
-je dors beaucoup, je me promène un peu et je jouis infiniment du
-tête-à-tête de mon cousin, dont j'aime l'esprit et l'expérience, et
-qui a précisément les mêmes goûts que moi: cela va durer ainsi jusqu'à
-ce que j'aille joindre pour peu de jours seulement mon brave cousin de
-Champagne, qui se trouve sur ma route pour retourner à Paris.</p>
-
-<p>«Tout cela me conduira jusqu'au 10 septembre environ, et Dieu veuille
-qu'alors j'aie repris assez de forces pour me remettre à mon travail,
-que je désirais pousser cet automne.</p>
-
-<p>«Comment allez-vous? Comment gouvernez-vous votre imagination? Car
-c'est là le grand point: on est heureux quand on croit l'être, et si
-votre esprit, au contraire, est ailleurs, toutes les distractions
-du monde ne font rien pour la satisfaction. Je suis sûr que vous
-seriez rafraîchie par la vue de ces bonnes campagnes et de ces belles
-promenades qui commencent<span class="pagenum"><a name="Page_360" id="Page_360">[p. 360]</a></span> tout de suite hors des murs de cette ville.
-Point de bruit, peu de voitures et de toilette; en un mot, on est à
-cent ans en arrière; cela ferait fuir tout le monde et cela m'enchante.</p>
-
-<p>«<i>P. S.</i>&mdash;Je lis avec délices un très vieux livre que je n'avais pas
-lu ou que je ne me rappelais plus: le <i>Bachelier de Salamanque</i>, de
-Lesage. Lisez ou relisez-le; vous verrez à quelle distance cela met
-tous nos hommes de génie.»</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>25 <i>août.</i>&mdash;Préface de la dernière édition de Boileau.</p>
-
-<hr class="b2" />
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_489_478" id="Note_489_478"></a><a href="#NoteRef_489_478"><span class="label">[489]</span></a> Dans son étude sur Raphaël, Delacroix avait déjà énoncé
-et développé cette idée qui lui semblait féconde en points de vue
-intéressants: «Beaucoup de critiques, dit-il, seront peut-être tentés
-de lui reprocher (à Raphaël) ce qui me semble, à moi, la marque la plus
-sûre du plus incomparable talent, je veux parler de l'adresse avec
-laquelle il sut imiter, et du parti prodigieux qu'il tira, non pas
-seulement des anciens ouvrages, mais de ceux de ses émules et de ses
-contemporain.»</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_490_479" id="Note_490_479"></a><a href="#NoteRef_490_479"><span class="label">[490]</span></a> Inachevé dans le manuscrit.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_491_480" id="Note_491_480"></a><a href="#NoteRef_491_480"><span class="label">[491]</span></a> Dans cette même étude sur Raphaël, le maître ajoutait à
-propos des imitateurs: «Il y a plusieurs manières d'imiter: chez les
-uns, c'est une nécessité de leur nature indigente qui les précipite
-à la suite des beaux ouvrages. Ils croient y rallumer leur flamme
-sans chaleur, et appellent cela y puiser de l'inspiration... Chez les
-autres, l'imitation est comme une condition indispensable du succès.
-C'est elle qui s'exerce dans les écoles sous les yeux et sous la
-direction d'un même maître. Réussir, c'est approcher le plus possible
-de ce type unique. Imiter la nature est bien le prétexte, mais la palme
-appartient seulement à celui qui l'a vue des mêmes yeux et l'a rendue
-de la même manière que le maître. Ce n'est pas là l'imitation chez
-Raphaël. On peut dire que son originalité ne paraît jamais plus vive
-que dans les idées qu'il emprunte. Tout ce qu'il touche, il le relève,
-et le fait vivre d'une vie nouvelle. C'est bien lui qui semble alors
-reprendre ce qui lui appartient, et féconder des germes stériles qui
-n'attendaient que sa main pour donner leurs vrais fruits.» (<i>Revue de
-Paris</i>, t. II, 1830.)</p></div>
-
-
-<hr class="b2" />
-
-<p>9 <i>septembre.</i>&mdash;Les cousins sont arrivés dans la nuit.</p>
-
-<p>Promenade le matin avec le cousin dans la plaine riante où sont ses
-pièces. J'y ai dessiné.</p>
-
-<p>Je trouve dans Bayle: «Notez que les dogmes des philosophes païens
-étaient si mal liés et si mal combinés.....» (Thalès.)</p>
-
-
-<hr class="b2" />
-
-<p>12 <i>octobre.</i>&mdash;Les vraies beautés dans les arts sont éternelles, et
-elles seraient admises dans tous les temps; mais elles ont l'habit
-de leur siècle: il leur en reste quelque chose, et malheur surtout
-aux ouvrages qui paraissent dans les époques où le goût général est
-corrompu!</p>
-
-<p>On nous peint la vérité toute nue: je ne le conçois que pour des
-vérités abstraites; mais toute vérité dans les arts se produit par des
-moyens dans<span class="pagenum"><a name="Page_361" id="Page_361">[p. 361]</a></span> lesquels la main de l'homme se fait sentir, par conséquent
-avec la forme <i>convenue</i><a name="NoteRef_492_481" id="NoteRef_492_481"></a><a href="#Note_492_481" class="fnanchor">[492]</a> et adoptée dans le temps où vit l'artiste.</p>
-
-<p>Le langage de son temps donne une couleur particulière à l'ouvrage
-du poète; cela est si vrai qu'il est impossible de donner, dans une
-traduction faite beaucoup plus tard, une idée exacte d'un poème. Celui
-de <i>Dante</i>, malgré toutes les tentatives plus ou moins heureuses, ne
-sera jamais rendu dans sa beauté naïve par la langue de Racine et de
-Voltaire. Homère de même. Virgile, venu dans une époque plus raffinée,
-qui ressemblait à la nôtre, Horace même, malgré la concision de son
-langage, seront rendus plus heureusement en français; l'abbé Delille
-a traduit Virgile; Boileau eût traduit Horace; ce serait donc moins
-la difficulté résultant de la diversité des langues que de l'esprit
-différent des époques qui serait un obstacle à une vraie traduction.
-L'italien du Dante n'est pas l'italien de nos jours; des idées antiques
-vont à une langue antique. Nous appelons naïfs ces auteurs anciens:
-c'est leur époque qui l'était, par rapport à la nôtre seulement.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_362" id="Page_362">[p. 362]</a></span></p>
-
-<p>Les usages d'une époque diffèrent entièrement; la manière d'être
-expressif, d'être plaisant, de s'exprimer, en un mot, sont en
-harmonie avec la tournure des esprits. Nous ne voyons les Italiens du
-quatorzième siècle qu'à travers la <i>Divine Comédie</i>; ils vivaient comme
-nous, mais s'égayaient des choses plaisantes de leur temps.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>25 <i>octobre.</i>&mdash;Le mot de M. Pasquier, en parlant de Solferino: «C'est
-comme la confiance; cela se gagne, cela ne se commande pas.»</p>
-
-<p>Hugo disait à Berryer: «<i>Nous sommes tous comme cela.</i>» Il faisait
-allusion à la crainte de devenir aveugle.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p><i>Augerville</i>, 31 <i>octobre.</i>&mdash;Montaigne<a name="NoteRef_493_482" id="NoteRef_493_482"></a><a href="#Note_493_482" class="fnanchor">[493]</a> ayant été élu maire de
-Bordeaux..... (<i>Revue britannique.</i>)</p>
-
-<hr class="b2" />
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_492_481" id="Note_492_481"></a><a href="#NoteRef_492_481"><span class="label">[492]</span></a> Cette idée paraît bien l'avoir préoccupé à cette époque,
-car à la date du 1<sup>er</sup> septembre, sur un album qu'il avait
-emporté à Strasbourg, Delacroix écrivait: «Le réaliste le plus obstiné
-est bien forcé d'employer, pour rendre la nature, certaines conventions
-de composition ou d'exécution. S'il est question de la composition, il
-ne peut prendre un morceau isolé ou même une collection de morceaux
-pour en faire un tableau... Le réaliste obstiné corrigera dans un
-tableau cette inflexible perspective qui fausse la vue des objets à
-force de justesse.» (<span class="smcap">Eugène Delacroix</span>, <i>sa vie et ses œuvres</i>, p.
-406 et 407.)</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_493_482" id="Note_493_482"></a><a href="#NoteRef_493_482"><span class="label">[493]</span></a> Les lacunes du Journal en 1859, si intéressants que
-soient les passages qui nous restent, sont d'autant plus regrettables
-que ce fut l'année de sa plus belle exposition, celle aussi où la
-critique manifesta vis-à-vis du maître le plus impitoyable acharnement.
-Delacroix avait envoyé au Salon la <i>Montée au Calvaire</i>, le <i>Christ
-descendu au tombeau</i>, un <i>Saint Sébastien, Ovide en exil chez les
-Scythes, Herminie et les bergers, Rebecca enlevée par le templier,
-Hamlet, Les bords du fleuve Sébou.</i> Les vrais artistes qui ont conservé
-le souvenir de cette exposition se la rappellent comme une des plus
-imposantes du peintre. Il eût été curieux de retrouver dans les notes
-intimes de Delacroix la trace des amertumes et des légitimes colères
-que l'injustice de ses contemporains dut susciter en lui après tant
-d'années de luttes!</p>
-
-<hr class="chap" />
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_363" id="Page_363">[p. 363]</a></span></p></div>
-
-
-
-
-<h3><a name="c1860" id="c1860">1860</a></h3>
-
-
-<p>3 <i>janvier.</i>&mdash;Extrait de <i>Consuelo:</i> «...Comme le héros fabuleux,
-Consuelo était descendue dans le Tartare pour en tirer son ami, et elle
-en avait rapporté l'épouvante et l'égarement.»</p>
-
-<p>&mdash;Article sur l'Égypte, de M. Lèbre<a name="NoteRef_494_483" id="NoteRef_494_483"></a><a href="#Note_494_483" class="fnanchor">[494]</a>: «...Les justes, au contraire,
-présentent des offrandes aux dieux, cueillent les fruits des arbres de
-vie, ou, des faucilles à la main, moissonnent les campagnes du ciel;
-d'autres se baignent et jouent dans des bassins d'eau primordiale.»</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>15 <i>janvier.</i>&mdash;<span class="smcap">Dictionnaire</span>.</p>
-
-<p><i>Hardiesse.</i> Il faut une grande hardiesse pour oser <i>être soi</i>; c'est
-surtout dans nos temps de décadence que cette qualité est rare. Les
-artistes primitifs ont été hardis avec naïveté et pour ainsi dire sans
-le savoir; en effet, la plus grande des hardiesses, c'est de sortir
-du convenu et des habitudes; or, des gens<span class="pagenum"><a name="Page_364" id="Page_364">[p. 364]</a></span> qui viennent les premiers
-n'ont point de précédents à craindre; le champ était libre devant eux;
-derrière eux, aucun précédent pour enchaîner leur inspiration. Mais
-chez les modernes, au milieu de nos écoles corrompues et intimidées
-par des précédents bien faits pour enchaîner des élans présomptueux,
-rien de si rare que cette confiance qui seule fait produire les
-chefs-d'œuvre.</p>
-
-<p>Bonaparte dit à Sainte-Hélène, en parlant de l'amiral Brueys<a name="NoteRef_495_484" id="NoteRef_495_484"></a><a href="#Note_495_484" class="fnanchor">[495]</a>,
-celui qui mourut si glorieusement à Aboukir: «Il n'avait pas dans la
-bonté de ses plans cette confiance, etc.», ni la véritable hardiesse,
-celle qui est fondée sur une originalité native. Il faut reconnaître
-qu'on rencontre trop fréquemment, chez le commun des artistes, une
-confiance aveugle dans des forces que s'attribue une vaniteuse
-médiocrité. Des hommes dépourvus d'idées et de toute espèce d'invention
-se prennent bonnement pour des génies et se proclament tels.</p>
-
-<p><span class="smcap">Dictionnaire</span>.&mdash;<i>Préface.</i>&mdash;Ce qu'il importe dans un Dictionnaire<a name="NoteRef_496_485" id="NoteRef_496_485"></a><a href="#Note_496_485" class="fnanchor">[496]</a>
-des Beaux-Arts, ce n'est pas de savoir si Michel-Ange était un grand
-citoyen (l'histoire du portefaix qu'il perce d'une lance pour étudier<span class="pagenum"><a name="Page_365" id="Page_365">[p. 365]</a></span>
-l'agonie d'un homme expirant sur une croix), comme il était le plus
-grand artiste; mais comment se forma tout à coup son style à la suite
-des tâtonnements d'écoles qui sortaient à peine des langes d'une timide
-enfance, et quelle influence ce style prodigieux a eue sur tout ce qui
-l'a suivi.</p>
-
-<p>Le lecteur se trouvera aussi dispensé de retrouver pour la millième
-fois l'histoire ridicule du Corrège, mais il apprendra peut-être avec
-plaisir ce que les nombreux historiens des artistes célèbres n'ont pas
-redit assez: c'est combien les pas que ce grand homme a fait faire à
-la peinture ont été surprenants, et combien, sous ce rapport, il se
-rapproche de Michel-Ange lui-même.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>16 <i>janvier.</i>&mdash;<span class="smcap">Dictionnaire</span> (<i>Pour la Préface du.</i>) Un dictionnaire
-de ce genre sera relativement nul s'il est l'ouvrage d'un seul homme
-de talent; il serait meilleur encore, ou plutôt il serait le meilleur
-possible, s'il était l'ouvrage de plusieurs hommes de talent, mais à
-la condition que chacun d'eux traite son sujet sans la participation
-de ses confrères. Fait commun, il retomberait dans la <i>banalité</i><a name="NoteRef_497_486" id="NoteRef_497_486"></a><a href="#Note_497_486" class="fnanchor">[497]</a>,
-et ne<span class="pagenum"><a name="Page_366" id="Page_366">[p. 366]</a></span> s'élèverait pas beaucoup au-dessus d'un ouvrage composé en
-société par de médiocres artistes. Chaque article amendé par chacun des
-collaborateurs perdrait son originalité pour prendre sous le niveau des
-corrections une unité banale et sans fruit pour l'instruction.</p>
-
-<p>C'est le fruit de l'expérience qu'il faut trouver dans un ouvrage de
-ce genre. Or, l'expérience est toujours fructueuse chez les hommes
-doués d'originalité; chez les artistes vulgaires, elle n'est qu'un
-apprentissage un peu plus long des recettes qu'on trouve partout.</p>
-
-<p>On trouvera dans ce manuel des articles sur quelques artistes célèbres,
-mais on n'y traitera ni de leur caractère, ni des événements de leur
-vie. On y trouvera analysés plus ou moins longuement leur style
-particulier, la manière dont chacun d'eux a adopté ce style, la partie
-technique de l'art.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>17 <i>janvier.</i>&mdash;Le but principal d'un Dictionnaire des Beaux-Arts
-n'est pas de récréer, mais d'instruire. Donner ou éclairer certains
-principes essentiels, éclairer l'inexpérience avec plus ou moins de
-succès, montrer la route à suivre et signaler les écueils sur les
-routes dangereuses ou proscrites par le goût, telle est la marche qu'il
-est bon de s'y proposer. Or, où trouve-t-on de meilleures applications
-de principes que dans l'exemple des grands maîtres qui ont porté à la
-perfection les différentes branches des arts? Quoi<span class="pagenum"><a name="Page_367" id="Page_367">[p. 367]</a></span> de plus instructif
-que leurs erreurs elles-mêmes? Car l'admiration qu'inspirent ces hommes
-privilégiés et venus les premiers ne doit pas être une admiration
-aveugle; les adorer dans toutes leurs parties serait, particulièrement
-pour de jeunes aspirants, ce qu'il y aurait de plus dangereux;
-la plupart des artistes, même parmi ceux qui sont capables d'une
-certaine perfection, sont enclins à s'appuyer sur les faiblesses des
-grands hommes et à s'en autoriser. Ces parties qui, chez les hommes
-privilégiés, sont généralement des exagérations de leur sentiment
-particulier, deviennent facilement, chez de faibles imitateurs, de
-grossières <i>bévues</i>; des écoles entières ont été fondées sur des côtés
-mal interprétés des maîtres, et de déplorables erreurs ont été la
-suite de ce zèle inconsidéré à s'inspirer des mauvais côtés des hommes
-remarquables, ou plutôt de l'impuissance de reproduire quelque chose de
-leurs sublimes parties.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>18 <i>janvier.</i>&mdash;Malheureusement, chaque homme ne peut suffire qu'à une
-tâche restreinte; peut-être que beaucoup d'hommes capables d'écrire
-d'excellentes choses sur la peinture ou sur les arts en général (je
-parle toujours, non de simples critiques, mais d'hommes du métier en
-état de répandre une véritable instruction) ont été retenus par l'idée
-de l'insuffisance d'un seul homme, occupé d'ailleurs de l'exercice
-même de sa profession, à faire un ouvrage sur ces matières si peu
-approfondies.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_368" id="Page_368">[p. 368]</a></span></p>
-
-<p><i>Faire un livre</i><a name="NoteRef_498_487" id="NoteRef_498_487"></a><a href="#Note_498_487" class="fnanchor">[498]</a> est une besogne à la fois si respectable et
-si menaçante, qu'elle a glacé plus dune fois l'homme de talent prêt
-à prendre la plume pour consacrer quelques loisirs à l'instruction
-de ceux qui sont moins avancés que lui dans la carrière. Le livre a
-mille avantages sans doute: il enchaîne, il déduit les principes,
-il développe, il résume, il est un monument; enfin, à ce titre, il
-flatte l'amour-propre de son auteur au moins autant qu'il éclaire les
-lecteurs; mais il faut un plan, des transitions; l'auteur d'un livre
-s'impose la tâche de ne rien omettre de ce qui a trait à sa matière.</p>
-
-<p>Le dictionnaire, au contraire, supprime une grande partie... S'il n'a
-pas le sérieux du livre, il n'en offre pas la fatigue; il n'oblige
-pas le lecteur haletant à le suivre dans sa marche et dans ses
-développements; bien que le dictionnaire soit ordinairement l'ouvrage
-des compilateurs proprement dits, il n'exclut pas l'originalité
-des idées et des aperçus: mal inspiré serait celui qui ne verrait
-dans le dictionnaire de Bayle, par exemple, que des compilations.
-Il soulage l'esprit, qui a tant de peine à s'enfoncer dans de longs
-développements, à suivre avec l'attention convenable ou à classer et
-à diviser les matières. On le prend et on le quitte; on l'ouvre au
-hasard, et il n'est pas<span class="pagenum"><a name="Page_369" id="Page_369">[p. 369]</a></span> impossible d'y trouver, dans la lecture de
-quelques fragments, l'occasion d'une longue et fructueuse méditation.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>19 <i>janvier.</i>&mdash;Il s'est trouvé un homme comme Michel-Ange, qui était
-peintre, architecte, sculpteur et poète. Un tel homme serait le plus
-prodigieux des phénomènes, s'il était un grand poète en même temps
-qu'il est le plus grand des sculpteurs et des peintres; mais la nature,
-heureusement pour, les artistes qui marchent de loin sur ses traces,
-et pour les consoler apparemment de lui être si inférieurs, n'a pas
-permis qu'il fût aussi le premier des poètes. Il a écrit sans doute,
-quand il était las de peindre ou d'édifier; mais sa vocation était
-d'animer le marbre et l'airain, et non de disputer la palme aux Dante
-et aux Virgile, ni même aux Pétrarque. Il a fait des pièces de courte
-haleine, comme il convient à un homme qui a autre chose à faire que
-de méditer longuement sur des rimes. S'il n'eût fait que ses sonnets,
-il est probable que la postérité ne se fût pas occupée de lui. Cette
-imagination dévorante avait besoin de se répandre sans cesse, et
-quoique sans cesse rongé de mélancolie et même de découragement,&mdash;son
-histoire le dit à chaque instant,&mdash;il avait besoin de s'adresser à
-l'imagination des hommes en même temps qu'il en évitait la société. Il
-n'admettait près de lui que des petites gens, que des subalternes, ses
-praticiens qu'il pouvait à son gré écarter de son chemin, qu'il<span class="pagenum"><a name="Page_370" id="Page_370">[p. 370]</a></span> aimait
-à ses heures et qu'il accueillait volontiers, quand il était fatigué de
-la fréquentation forcée des grands qui lui dérobaient son temps et le
-forçaient à des observances de civilité.</p>
-
-<p>La pratique d'un art demande un homme tout entier<a name="NoteRef_499_488" id="NoteRef_499_488"></a><a href="#Note_499_488" class="fnanchor">[499]</a>; c'est un
-devoir de s'y consacrer pour celui qui en est véritablement épris.
-Peinture, sculpture, sont presque le même art dans ces siècles de
-renouvellement où les encouragements vont trouver le talent, où la
-foule des talents médiocres n'a pas encore éparpillé la bonne volonté
-des Mécènes et dérouté l'admiration du public; mais quand les écoles se
-sont multipliées, que les médiocres talents abondent, qu'ils réclament
-chacun une part de la munificence publique ou de celle des grands, à
-qui accordera-t-on de prendre la place de plusieurs hommes en exerçant
-à soi tout seul?... Que si l'on peut concevoir un seul homme professant
-à la fois la sculpture, la peinture et même l'architecture, à cause des
-liens qui unissent ces arts qui ne sont séparés que dans les époques
-de décadence, on ne reconnaîtra pas aussi facilement la possibilité de
-joindre<a name="NoteRef_500_489" id="NoteRef_500_489"></a><a href="#Note_500_489" class="fnanchor">[500]</a>...</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>25 <i>janvier.</i>&mdash;<span class="smcap">Dictionnaire</span>.</p>
-
-<p><i>Du goût des nations.</i></p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_371" id="Page_371">[p. 371]</a></span></p>
-
-<p><i>L'amour des détails chez les Anglais.</i></p>
-
-<p><i>Du terrible.</i></p>
-
-<p><i>Du goût italien en musique, en art, etc.</i></p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>26 <i>janvier.&mdash;Charlet</i><a name="NoteRef_501_490" id="NoteRef_501_490"></a><a href="#Note_501_490" class="fnanchor">[501]</a>. Je ne suivrai pas l'auteur de la <i>Vie de
-Charlet</i><a name="NoteRef_502_491" id="NoteRef_502_491"></a><a href="#Note_502_491" class="fnanchor">[502]</a> dans la partie anecdotique de son histoire. Cette partie
-y occupe une grande place; ami du grand artiste, il a connu une foule
-de particularités, et il fait ressortir comme il le doit les parties
-honorables de son caractère. Il s'en est fait en quelque sorte un pieux
-devoir, et on ne peut que lui donner des éloges à cet égard, comme
-pour les parties de son ouvrage où il fait ressortir les qualités de
-l'illustre dessinateur.</p>
-
-<p>Telle n'est pas la tâche d'un contemporain de Charlet, artiste comme
-lui, qui entreprend de ramener le public à une estime de ses ouvrages
-égale à leur mérite. En étalant aux yeux la partie intime de sa vie, il
-se trouve en contradiction avec cette opinion dans laquelle il n'a fait
-que s'affermir de plus en plus.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>27 <i>janvier.&mdash;Architecture</i><a name="NoteRef_503_492" id="NoteRef_503_492"></a><a href="#Note_503_492" class="fnanchor">[503]</a>. L'architecture est tombée de nos
-jours dans une complète dégradation; c'est un art qui ne sait plus
-où il en est; il veut faire du nouveau, et il n'y a pas d'hommes
-nouveaux.<span class="pagenum"><a name="Page_372" id="Page_372">[p. 372]</a></span> La bizarrerie tient lieu de cette nouveauté tant cherchée
-et est si peu nouvelle et originale, précisément parce qu'elle
-est cherchée. Les anciens sont arrivés par degrés au comble de la
-perfection, non pas tout d'un coup, non pas en se disant qu'il fallait
-absolument étonner les esprits, mais en montant par degrés et presque
-sans s'en douter à cette perfection qui a été le fruit du génie appuyé
-sur la tradition. Qu'espèrent les architectes en rompant avec toutes
-les traditions?</p>
-
-<p>On s'est lassé, dit-on, de l'architecture grecque, que les Romains,
-tout grands qu'ils ont été, ont respectée, sauf les modifications
-que leurs usages les ont conduits à adopter. Après les ténèbres du
-moyen âge, la Renaissance, qui a été véritablement celle du goût,
-c'est-à-dire du bon sens, c'est-à-dire du beau dans tous les genres, en
-est revenue à ces proportions admirables dont il faudra toujours, en
-dépit de toutes les prétentions à l'originalité, reconnaître l'empire
-incontestable. Nos usages modernes, si différents en une foule de
-points de ceux des anciens, s'y adaptent pourtant merveilleusement. De
-l'air, de la lumière, une large circulation, des aspects grandioses,
-répondent de plus en plus à cet élargissement graduel de nos villes et
-de nos habitations. La vie renfermée et inquiète de nos pères, occupés
-sans cesse à se défendre dans les maisons, à épier l'attaquant par des
-meurtrières qui laissaient à peine pénétrer le jour, les rues étroites,
-ennemies du développement<span class="pagenum"><a name="Page_373" id="Page_373">[p. 373]</a></span> des lignes que comporte le génie antique,
-convenaient à une société opprimée et sans cesse sur le qui-vive.</p>
-
-<p>Que nous veulent donc ces constructeurs de bâtiments à la mode du Paris
-du quinzième siècle? Ne semble-t-il pas qu'à chacune de ces meurtrières
-qu'ils appellent des fenêtres, nous allons voir à chaque instant des
-hommes l'arquebuse à la main, ou que nous allons voir retomber une
-herse derrière les portes garnies de gonds formidables et de clous
-menaçants?</p>
-
-<p>Les architectes ont abdiqué; il en est qui se défient d'eux-mêmes et
-de leurs confrères à ce point qu'ils vous disent avec une espèce de
-candeur qu'il n'y a plus d'inventeurs, et même que l'invention n'est
-plus possible.</p>
-
-<p>Il faut donc se rejeter dans le passé, et comme, suivant eux, le goût
-antique a fait son temps, ils s'inspirent du gothique qui leur semble
-presque du neuf dans leur rajeunissement, à cause de la désuétude
-dans laquelle il était tombé, et se jettent dans le gothique pour
-paraître nouveaux. Quel gothique et quelle nouveauté! Il en est
-qui avouent naïvement que le cercle est fermé, que les proportions
-grecques les fatiguent par leur monotonie; qu'il n'y a plus de retour
-que dans celles des monuments des siècles de barbarie; encore, s'ils
-se servaient des proportions de cet art qu'on croyait enseveli en y
-joignant quelques lueurs d'une invention propre!... Ils n'inventent
-pas, ils calquent le gothique.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_374" id="Page_374">[p. 374]</a></span></p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>30 <i>janvier.</i>&mdash;<span class="smcap">Dictionnaire</span>.</p>
-
-<p><i>Sujets de tableaux.</i>&mdash;Il est des artistes qui ne peuvent choisir leurs
-sujets que dans des ouvrages qui prêtent au vague.</p>
-
-<p>Peut-être que les Anglais sont plus à l'aise en prenant leurs sujets
-dans Racine et dans Molière que dans Shakespeare et lord Byron.</p>
-
-<p>Plus l'ouvrage qui donne l'idée du tableau est parlait, moins un art
-voisin qui s'en inspire aura de chances de faire un effet égal sur
-l'inspiration. Cervantes, Molière, Racine, etc.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>31 <i>janvier.&mdash;Sur l'âme.</i> Jacques avait de la peine à se persuader que
-ce qu'on appelle l'<i>âme</i>, cet <i>être</i> impalpable,&mdash;si on peut appeler
-un <i>être</i> ce qui n'a point de corps, ce qui ne peut tomber sous le
-sens,&mdash;puisse continuer à être ce quelque chose qu'il sent, dont il ne
-peut douter, quand l'habitation formée d'os, de chair, dans laquelle
-circule le sang, où fonctionnent les nerfs, a cessé d'être cette usine
-en mouvement, ce laboratoire de vie qui se soutient au milieu des
-éléments contraires à travers tant d'accidents et de vicissitudes.</p>
-
-<p>Quand l'œil a cessé de voir, que deviennent les sensations qui
-arrivent à cette pauvre âme, réfugiée je ne sais où, par le moyen de
-cette manière de fenêtre ouverte sur la création visible? L'âme se
-souvient, direz-vous, de ce qu'elle a vu, et s'exerce et se console
-par le souvenir; mais si la mémoire, qui supplée à sa<span class="pagenum"><a name="Page_375" id="Page_375">[p. 375]</a></span> manière la
-vue, ou l'ouïe, ou les sens enfin que nous perdons tour à tour, vient
-à s'éteindre, quel sera l'aliment de cette flamme que personne n'a
-vue? Que devient-elle quand, acculée dans ses refuges extrêmes par la
-paralysie ou l'imbécillité, elle est contrainte enfin par la cessation
-définitive de la vie, de l'exil pour jamais, de se séparer de ces
-organes qui ne sont plus qu'une argile inerte? Exilée de ce corps,
-que quelques-uns appellent sa prison, assiste-t-elle au spectacle de
-cette décomposition mortelle, quand des prêtres viennent en cérémonie
-murmurer des patenôtres sur cette argile insensible, ou quand une
-voix s'élève par hasard pour lui adresser un dernier adieu? Au bord
-de cette tombe qui va se fermer, recueille-t-elle sa part de ces
-momeries funèbres? Que devient-elle à cet instant suprême où, forcée
-de s'exiler tout à fait de ce corps qu'elle animait ou de qui elle
-recevait l'animation, que devient sa condition dans ce veuvage de tous
-les sens et au moment où le sang se retire et se glace, cesse de donner
-l'impulsion à ce bizarre composé de matière et d'esprit, à peu près
-comme le balancier d'une horloge qui en s'arrêtant arrête les rouages
-et le mouvement?</p>
-
-<p>Jacques s'affligeait de ce doute mortel, etc.,&mdash;et toutefois il
-sacrifiait à la gloire... Il passait des journées et des nuits à polir
-un ouvrage ou des ouvrages destinés, à ce qu'il espérait, à perpétuer
-son nom. Cette singulière contradiction de la recherche d'une vaine
-renommée à laquelle sa cendre serait insensible,<span class="pagenum"><a name="Page_376" id="Page_376">[p. 376]</a></span> ne pouvait, d'une
-part, ni le corriger de sa recherche, ni de l'autre lui donner l'espoir
-de se survivre et de se sentir admiré quand il ne se sentirait plus
-vivre.</p>
-
-<p>Un ami de Jacques était un matérialiste parfait: c'était un homme pour
-qui ce petit domaine que nous appelons la science n'avait pas de coin
-qu'il n'eût fouillé et approfondi. Il se demandait avec chagrin d où
-cette âme immortelle aurait obtenu ce privilège de l'être toute seule
-au milieu de tout ce que nous voyons; à moins de faire décidément de
-cette âme des portions, des émanations du grand être, il lui semblait
-qu'elle dût partager le sort commun, naître, si quelque chose qui n'est
-rien peut naître, se développer dans sa nature et périr. Pourquoi, se
-disait-il, si elle ne doit finir, aurait-elle commencé jamais?</p>
-
-<p>Les âmes innombrables de toutes les créatures humaines, y compris
-celles des idiots, des Hottentots et de tant d'hommes qui ne diffèrent
-en rien de la brute, auraient existé de toute éternité? Car enfin,
-la matière, sauf ses modifications successives, est dans ce cas: il
-fallait donc dans cette immensité de riens quelque chose destinée un
-jour à donner l'intelligence à celle-ci. Pourquoi, si l'esprit ne se
-perd pas, les créations des grandes âmes ne participent-elles pas à ce
-privilège?</p>
-
-<p>Un bel ouvrage semble contenir une partie du génie de son auteur. Le
-tableau, qui est de la matière,<span class="pagenum"><a name="Page_377" id="Page_377">[p. 377]</a></span> n'est beau que parce qu'il est animé
-par un certain souffle, qui ne parvient pas plus à le préserver de la
-destruction que notre âme chétive à faire durer notre chétif corps.
-Au contraire, dans ce dernier cas, c'est souvent cette intempérante,
-folle, déréglée, avare, qui précipite son compagnon, j'allais dire
-inséparable, dans mille dangers et dans mille hasards.</p>
-
-<hr class="b2" />
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_494_483" id="Note_494_483"></a><a href="#NoteRef_494_483"><span class="label">[494]</span></a> <i>Revue des Deux Mondes</i>, 15 juillet 1842, sur les
-<i>Études égyptiennes en France.</i> L'auteur rappelle la représentation sur
-les tombeaux du jugement des âmes par les dieux.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_495_484" id="Note_495_484"></a><a href="#NoteRef_495_484"><span class="label">[495]</span></a> L'amiral <i>Brueys d'Aigalliers</i> (1753-1798).</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_496_485" id="Note_496_485"></a><a href="#NoteRef_496_485"><span class="label">[496]</span></a> Delacroix écrivait à propos de ce projet de
-dictionnaire: «On pourra contester le titre de dictionnaire donné à un
-pareil ouvrage, à défaut d'un meilleur. On l'appellera, si l'on veut,
-le recueil des idées qu'un seul homme a pu avoir sur un art, ou sur les
-arts en général, pendant une carrière assez longue. Au lieu de faire un
-livre où l'on aurait cherché à classer par ordre d'importance chacune
-des matières...» (<i>Eugène Delacroix, sa vie et ses œuvres</i>, p. 431.)</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_497_486" id="Note_497_486"></a><a href="#NoteRef_497_486"><span class="label">[497]</span></a> Toujours extrait du même fragment: «Il faut presque en
-venir à cette conclusion que plus le dictionnaire sera fait par des
-hommes médiocres, plus il sera vraiment un dictionnaire, c'est-à-dire
-un recueil des théories et des pratiques ayant cours. De là une
-banalité d'aperçus complète. Un article ne pourra présenter une
-certaine originalité, c'est-à-dire émaner d'un esprit ayant des idées
-en propre, sans trancher avec ceux qui ne font que résumer les idées
-de tout le monde sur la matière.» (<span class="smcap">Eugène Delacroix</span>, <i>sa vie et ses
-œuvres</i>, p. 432.)</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_498_487" id="Note_498_487"></a><a href="#NoteRef_498_487"><span class="label">[498]</span></a> «L'auteur a le plus grand respect pour ce qu'on appelle
-un livre; mais combien y a-t-il de gens qui lisent véritablement un
-livre? Il en est bien peu, à moins que ce ne soit un livre d'histoire
-ou un roman.» (<span class="smcap">Eugène Delacroix</span>, <i>sa vie et ses œuvres</i>, p. 434.)</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_499_488" id="Note_499_488"></a><a href="#NoteRef_499_488"><span class="label">[499]</span></a> C'est ce que Molière a si bien exprimé dans ce beau vers
-de sa <i>Gloire du Val-de-Grâce</i>:
-</p>
-<p>
-<span style="margin-left: 2em;">Et les emplois de feu demandent tout un homme!</span><br />
-</p>
-</div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_500_489" id="Note_500_489"></a><a href="#NoteRef_500_489"><span class="label">[500]</span></a> La suite manque dans le manuscrit.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_501_490" id="Note_501_490"></a><a href="#NoteRef_501_490"><span class="label">[501]</span></a> Voir l'étude enthousiaste de Delacroix sur <i>Charlet</i>
-dans la <i>Revue des Deux Mondes</i> du 1<sup>er</sup> juillet 1862.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_502_491" id="Note_502_491"></a><a href="#NoteRef_502_491"><span class="label">[502]</span></a> <i>Charlet, sa vie, ses lettres</i>, etc., par M. de La
-Combe.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_503_492" id="Note_503_492"></a><a href="#NoteRef_503_492"><span class="label">[503]</span></a> Rapprocher ce morceau de ce qu'il a écrit sur le même
-sujet à la fin du premier volume du Journal (Voir t. I, p. 424 et p.
-451.)</p></div>
-
-<hr class="b2" />
-
-<p>8 <i>février.</i>&mdash;Balzac dit dans ses <i>Petits Bourgeois</i>: «Dans les arts,
-il arrive un point de perfection au-dessous duquel reste le talent et
-qu'atteint seul le génie. Il est si peu de différence entre l'œuvre
-du génie et l'œuvre du talent, etc. Il y a plus, le vulgaire y est
-trompé, le cachet est une certaine apparence de facilité; en un mot,
-son œuvre doit paraître ordinaire au premier aspect, tant elle est
-toujours naturelle, même dans les sujets les plus élevés, etc.»</p>
-
-<p>Tirer la déduction à propos des ouvrages comme ceux de Decamps et
-Dupré, en un mot de tous ceux qui emploient des moyens outrés. Il est
-bien rare que les grands hommes soient outrés dans leurs ouvrages.
-Examiner cela.</p>
-
-<p>Lawrence, Turner, Reynolds, en général tous les grands artistes
-anglais, sont entachés d'exagération, particulièrement dans l'effet qui
-empêche de les classer parmi les grands maîtres; ces effets outrés, ces
-ciels sombres, ces contrastes d'ombre et de lumière, auxquels du reste
-ils ont été conduits par leur propre<span class="pagenum"><a name="Page_378" id="Page_378">[p. 378]</a></span> ciel nuageux et variable, mais
-qu'ils ont exagérés outre mesure, laissant parler, plus haut que leurs
-qualités, les défauts qu'ils tiennent de la mode et du parti pris.
-Ils ont des tableaux magnifiques, mais qui ne présenteront pas cette
-éternelle jeunesse des vrais chefs-d'œuvre, exempts, j'oserais dire,
-tous d'enduré et d'efforts.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>22 <i>février.&mdash;Réalisme.</i> Le réalisme devrait être défini l'<i>antipode</i>
-de l'art<a name="NoteRef_504_493" id="NoteRef_504_493"></a><a href="#Note_504_493" class="fnanchor">[504]</a>. Il est peut-être plus odieux dans la peinture et dans
-la sculpture que dans l'histoire et le roman; je ne parle pas de la
-poésie, car par cela seul que l'instrument du poète est une pure
-convention, un langage mesuré, en un mot, qui place tout d'abord le
-lecteur au-dessus du terre à terre de la vie de tous les jours, ce
-serait une plaisante contradiction dans les termes, qu'une poésie
-réaliste, si on pouvait concevoir même ce monstre. Qu'est-ce que
-serait, en sculpture par exemple, un<span class="pagenum"><a name="Page_379" id="Page_379">[p. 379]</a></span> art réaliste? De simples moulages
-sur nature seraient toujours au-dessus de limitation la plus parfaite
-que la main de l'homme puisse produire; car peut-on concevoir que
-l'esprit ne guide pas la main de l'artiste, et croira-t-on possible en
-même temps que, malgré toute son application à imiter, il ne teindra
-pas ce singulier travail de la couleur de son esprit, à moins qu'on
-n'aille jusqu'à supposer que l'œil seul et la main soient suffisants
-pour produire, je ne dirai pas seulement une imitation exacte, mais
-même quelque ouvrage que ce soit? Pour que le réalisme ne soit pas
-un mot vide de sens, il faudrait que tous les hommes eussent le même
-esprit, la même façon de concevoir les choses.</p>
-
-<p>Voir ce que j'ai dit dans les petits calepins bleus<a name="NoteRef_505_494" id="NoteRef_505_494"></a><a href="#Note_505_494" class="fnanchor">[505]</a> sur la
-contradiction qu'il y a au théâtre entre le système qui veut suivre
-les événements comme ils sont et celui qui les présente et les dispose
-dans un certain ordre en vue de l'effet. Car quel est le but suprême
-de toute espèce d'art, si ce n'est l'effet? La mission de l'artiste
-consiste-t-elle seulement à disposer des matériaux et à laisser le
-spectateur en tirer comme il pourra une délectation quelconque,
-chacun à sa manière? N'y a-t-il pas, indépendamment de l'intérêt que
-l'esprit trouve dans la marche simple et claire d'une composition,
-dans le charme des situations habilement ménagées, une sorte de sens
-moral attaché<span class="pagenum"><a name="Page_380" id="Page_380">[p. 380]</a></span> même à une fable, qui la fera ressortir avec plus de
-succès que celui qui a disposé à l'avance toutes les parties de la
-composition, de telle sorte que le spectateur ou le lecteur soit amené
-sans s'en apercevoir à en être saisi et charmé? Que trouve-je dans un
-grand nombre d'ouvrages modernes? Une énumération<a name="NoteRef_506_495" id="NoteRef_506_495"></a><a href="#Note_506_495" class="fnanchor">[506]</a> de tout ce qu'il
-faut présenter au lecteur, surtout celle des objets matériels, des
-peintures minutieuses de personnages, qui ne se peignent pas eux-mêmes
-par leurs actions. Je crois voir ces chantiers de construction où
-chacune des pierres taillées à part s'offre à ma vue, mais sans rapport
-à sa place dans l'ensemble du monument. Je les détaille l'une après
-l'autre au lieu de voir une voûte, une galerie, bien plus un palais
-tout entier dans lequel corniches, colonnes, chapiteaux, statues même,
-ne forment qu'un ensemble ou grandiose ou simplement agréable, mais où
-toutes les parties sont fondues et coordonnées par un art intelligent.</p>
-
-<p>Dans la plupart des compositions modernes, je vois l'auteur appliqué à
-décrire avec le même soin un personnage accessoire et les personnages
-qui doivent occuper le devant de la scène. Il s'épuise à me montrer
-sous toutes ses faces le subalterne qui ne paraît qu'un instant, et
-l'esprit s'y attache comme au héros<span class="pagenum"><a name="Page_381" id="Page_381">[p. 381]</a></span> de l'histoire. Le premier des
-principes, c'est celui de la nécessité des sacrifices<a name="NoteRef_507_496" id="NoteRef_507_496"></a><a href="#Note_507_496" class="fnanchor">[507]</a>.</p>
-
-<p>Des portraits séparés, quelle que soit leur perfection, ne peuvent
-former un tableau. Le sentiment particulier peut seul donner l'unité,
-et elle ne s'obtient qu'en ne montrant seulement que ce qui mérite
-d'être vu.</p>
-
-<p>L'art, la poésie, vivent de fictions. Proposez au réaliste de
-profession de peindre les objets surnaturels: un dieu, une nymphe, un
-monstre, une furie, toutes ces imaginations qui transportent l'esprit!</p>
-
-<p>Les Flamands, si admirables dans la peinture des scènes familières de
-la vie, et qui, chose singulière, y ont porté l'espèce d'idéal que ce
-genre comporte comme tous les genres, ont échoué généralement (il faut
-en excepter Rubens) dans les sujets mythologiques ou même simplement
-historiques ou héroïques, dans des sujets de la fable ou tirés des
-poètes. Ils affublent de draperies ou d'accessoires mythologiques
-des figures peintes d'après nature, c'est-à-dire d'après de simples
-modèles flamands, avec tout le scrupule qu'ils portent ailleurs dans
-limitation<span class="pagenum"><a name="Page_382" id="Page_382">[p. 382]</a></span> d'une scène de cabaret. Il en résulte des disparates
-bizarres qui font d'un Jupiter et d'une Vénus des habitants de Bruges
-ou d'Anvers travestis, etc. (Rappeler le tombeau du maréchal de
-Saxe<a name="NoteRef_508_497" id="NoteRef_508_497"></a><a href="#Note_508_497" class="fnanchor">[508]</a>.)</p>
-
-<p>Le réalisme est la grande ressource des novateurs dans les temps où les
-écoles alanguies et tournant à la manière, pour réveiller les goûts
-blasés du public, en sont venues à tourner dans le cercle des mêmes
-inventions. Le retour à la nature est proclamé un matin par un homme
-qui se donne pour inspiré.</p>
-
-<p>Les Carrache, et c'est l'exemple le plus illustre qu'on puisse citer,
-ont cru qu'ils rajeunissaient l'école de Raphaël. Ils ont cru voir dans
-le maître des défaillances dans le sens de l'imitation matérielle.
-Il n'est pas bien difficile, en effet, de voir que les ouvrages de
-Raphaël, que ceux de Michel-Ange, du Corrège et de leurs plus illustres
-contemporains, doivent à l'imagination leur charme principal, et que
-l'imitation du modèle y est secondaire et même tout à fait effacée. Les
-Carrache, hommes très supérieurs, on ne peut le nier, hommes savants et
-doués d'un grand sentiment de l'art, se sont dit un jour qu'il fallait
-reprendre pour leur compte ce qui avait échappé à ces devanciers
-illustres, ou plutôt ce qu'ils avaient dédaigné; ce dédain même leur a
-peut-être paru une sorte d'impuissance de réunir dans leurs ouvrages
-des qualités de nature diverse qui leur parurent, à<span class="pagenum"><a name="Page_383" id="Page_383">[p. 383]</a></span> eux, faire partie
-intégrante de la peinture. Ils ouvrirent des écoles; c'est à eux, il
-faut le dire, que commencent les écoles comme on les comprend de nos
-jours, à savoir: l'étude assidue et préférée du modèle vivant, se
-substituant presque entièrement à l'attention soutenue, donnée à toutes
-les parties de l'art dont celle-ci n'est qu'une partie.</p>
-
-<p>Les Carrache se sont flattés sans doute que, sans déserter la largeur
-et le sentiment profond de la composition, ils introduiraient
-dans leurs tableaux des détails d'une imitation plus parfaite et
-s'élèveraient ainsi au-dessus des grands maîtres qui les avaient
-précédés. Ils ont conduit en peu de temps leurs disciples et sont
-descendus eux-mêmes à une imitation plus réelle, il est vrai, mais qui
-détachait l'esprit des parties plus essentielles du tableau conçu en
-vue de plaire avant tout à l'imagination. Les artistes ont cru que le
-moyen d'atteindre la perfection était de faire des tableaux une réunion
-de morceaux imités fidèlement...</p>
-
-<p>David est un composé singulier de réalisme et d'idéal.</p>
-
-<p>Les Vanloo ne copiaient plus le modèle; bien que la trivialité de
-leurs formes fût tombée dans le dernier abaissement, ils tiraient tout
-de leur mémoire et de la pratique. Cet art-là suffisait au moment.
-Les grâces factices, les formes énervées et sans accent de nature
-suffisaient à ces tableaux jetés dans le même moule, sans originalité
-d'invention, sans aucune des grâces naïves<span class="pagenum"><a name="Page_384" id="Page_384">[p. 384]</a></span> qui feront durer les
-ouvrages des écoles primitives.</p>
-
-<p>David a commencé par abonder dans cette manière; c'était celle de
-l'école dont il sortait. Dénué, je crois, d'une originalité bien
-vive, mais doué d'un grand sens, né surtout au déclin de cette école
-et au moment où l'admiration quelque peu irréfléchie de l'antique se
-faisait jour, grâce encore à des génies médiocres comme les Mengs
-et les Winckelmann, il fut frappé, dans un heureux moment, de la
-langueur, de la faiblesse de ces honteuses productions de son temps;
-les idées philosophiques qui grandissaient en même temps, les idées de
-grandeur et de liberté du peuple se mêlèrent sans doute à ce dégoût
-qu'il ressentit pour l'école dont il était issu. Cette répulsion,
-qui honore son génie et qui est son principal titre de gloire, le
-conduisit à l'étude de l'antique. Il eut le courage de refouler toutes
-ses habitudes; il s'enferma pour ainsi dire avec le <i>Laocoon</i>, avec
-l'<i>Antinoüs</i>, avec le <i>Gladiateur</i>, avec toutes les mâles conceptions
-du génie antique. Il eut le courage de se refaire un talent, semblable
-en ceci à l'immortel Gluck, qui, arrivé à un âge avancé, avait renoncé
-à sa manière italienne, pour se retremper dans des sources plus pures
-et plus naïves. Il fut le père de toute l'école moderne en peinture
-et en sculpture; il réforma jusqu'à l'architecture, jusqu'aux meubles
-à l'usage de tous les jours. Il fit succéder Herculanum et Pompéi au
-style bâtard et Pompadour, et ses principes eurent une telle prise sur
-les esprits, que son école ne lui fut<span class="pagenum"><a name="Page_385" id="Page_385">[p. 385]</a></span> pas inférieure et produisit des
-élèves dont quelques-uns marchent ses égaux. Il règne encore à quelques
-égards, et, malgré de certaines transformations apparentes dans le goût
-de ce qui est l'école aujourd'hui, il est manifeste que tout dérive
-encore de lui et de ses principes. Mais quels étaient ces principes, et
-jusqu'à quel point s'y est-il confiné et y a-t-il été fidèle?</p>
-
-<p>Sans doute, l'antique a été la base, la pierre angulaire de son
-édifice: la simplicité, la majesté de l'antique, la sobriété de la
-composition, celle des draperies, portée plus loin encore que chez le
-Poussin, mais dans l'imitation des parties, etc.</p>
-
-<p>David a immobilisé en quelque sorte la sculpture; car son influence
-a dominé ce bel art aussi bien que la peinture. Si David a eu sur la
-peinture une influence si complète, il a eu sur un art voisin, et qui
-n'était pas le sien, plus d'influence encore.</p>
-
-
-<hr class="b2" />
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_504_493" id="Note_504_493"></a><a href="#NoteRef_504_493"><span class="label">[504]</span></a> Cette question du <i>réalisme</i> dans l'art, qu'il avait
-déjà examinée à maintes reprises et à propos de laquelle nous avons
-tenté de résumer son opinion dans notre Étude, on la trouve traitée
-fragmentairement dans plusieurs passages de l'ouvrage déjà cité: «Le
-but de l'artiste, écrit Delacroix, n'est pas de reproduire exactement
-les objets: il serait arrêté aussitôt par l'impossibilité de le faire.
-Il y a des effets très communs qui échappent entièrement à la peinture
-et qui ne peuvent se traduire que par des équivalents: c'est à l'esprit
-qu'il faut arriver, et les équivalents suffisent pour cela. Il faut
-intéresser avant tout. Devant le morceau de nature le plus intéressant,
-qui peut assurer que c'est uniquement par ce que voient nos yeux
-que nous recevons du plaisir? L'aspect d'un paysage nous plaît non
-seulement par son agrément propre, mais par mille traits particuliers
-qui portent l'imagination au delà de cette vue même.» (<span class="smcap">Eugène
-Delacroix</span>, <i>sa vie et ses œuvres</i>, p. 403.)</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_505_494" id="Note_505_494"></a><a href="#NoteRef_505_494"><span class="label">[505]</span></a> Non retrouvés.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_506_495" id="Note_506_495"></a><a href="#NoteRef_506_495"><span class="label">[506]</span></a> «Ce qui fait l'infériorité de la littérature moderne,
-dit-il un peu plus loin, c'est la prétention de tout rendre: l'ensemble
-disparaît noyé dans les détails, et l'ennui en est la conséquence.»
-(<span class="smcap">Eugène Delacroix</span>, <i>sa vie et ses œuvres,</i> p. 408.)</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_507_496" id="Note_507_496"></a><a href="#NoteRef_507_496"><span class="label">[507]</span></a> Cette nécessité des <i>sacrifices</i> sur laquelle il s'est
-longuement étendu en ce qui concerne la peinture, il l'appliquait aux
-compositions littéraires: «Dans certains romans comme ceux de Cooper,
-par exemple, il faut lire un volume de conversation et de description
-pour trouver un moment intéressant: ce défaut dépare singulièrement les
-ouvrages de Walter Scott, et rend bien difficile de les lire: aussi
-l'esprit se promène languissant au milieu de cette monotonie et de ce
-vide où l'auteur semble se complaire à se parler à lui-même.» (<span class="smcap">Eugène
-Delacroix</span>, <i>sa vie et ses œuvres</i>, p. 408.)</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_508_497" id="Note_508_497"></a><a href="#NoteRef_508_497"><span class="label">[508]</span></a> Voir t. III, p. <a href="#Page_87">87</a>.</p></div>
-
-
-
-<hr class="b2" />
-
-<p>1<sup>er</sup> <i>mars.</i>&mdash;Réunir sujets de tableaux pour composer à
-Champrosay.</p>
-
-<p>&mdash;Emporter livre de notes pour matériaux, et quelques livres de la
-bibliothèque faciles à lire: Cours d'étude; volumes de Voltaire et de
-Saint-Simon; <i>Jérusalem délivrée</i>, le volume de l'Arioste; les sujets
-d'<i>Ivanhoë</i>, de <i>Roméo</i>; la Vie de Charlet<a name="NoteRef_509_498" id="NoteRef_509_498"></a><a href="#Note_509_498" class="fnanchor">[509]</a>.</p>
-
-<p>&mdash;Acheter couleurs à l'aquarelle en tubes; s'en servir pour indiquer
-l'effet, et le chercher ainsi à l'avance.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_386" id="Page_386">[p. 386]</a></span></p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>3 <i>mars.</i>&mdash;Je suis sorti pour la troisième fois hier; je suis resté une
-grande demi-heure assis dans le Luxembourg. Aujourd'hui, le temps était
-aigre, je suis revenu plus tôt.</p>
-
-<p>Par quelle singularité la littérature la plus grave se trouve-t-elle
-le lot du peuple qui a passé et passe encore pour le plus léger et
-le plus frivole de la terre? Les anciens eux-mêmes, qui ont posé les
-règles des choses de l'imagination dans tous les genres, ne présentent
-point d'exemples d'un sentiment aussi soutenu de l'ordre. Il y a un
-certain décousu dans les ouvrages des plus beaux génies de l'antiquité;
-ils divaguent volontiers. Comme ils ont droit à tous nos respects,
-nous leur passons tous leurs écarts. Nous ne sommes pas d'aussi bonne
-composition pour nos hommes de talent. Un livre mal fait dans son
-ensemble ne peut se sauver par la beauté des détails, ni même par
-l'ingénieuse conception de l'ouvrage lui-même. Il faut que toutes
-les parties, ingénieuses ou non, concourent dans une certaine mesure
-à la connexion du tout, et par contre il faut, dans un ouvrage bien
-ordonné et logiquement conduit, que les détails n'en déparent point la
-conception. Quand une pièce de théâtre avait entraîné le public à la
-représentation, l'auteur n'avait rempli que la moitié de sa tâche; il
-fallait que l'ouvrage, comme on disait, se soutînt à la lecture.</p>
-
-<p>Il est probable que Shakespeare n'était guère soucieux de cette seconde
-partie de son obligation envers<span class="pagenum"><a name="Page_387" id="Page_387">[p. 387]</a></span> son public. Quand il avait produit
-à la représentation l'effet qu'il s'était promis, quand la galerie
-surtout était satisfaite, il est probable qu'il ne s'inquiétait plus
-de l'opinion des puristes; d'abord, la grande majorité de ce public ne
-savait pas lire, et eût-il pu lire, en aurait-il eu le loisir, attendu
-qu'il se composait ou de jeunes fats de la cour, plus occupés de leurs
-plaisirs que de littérature, ou de marchands de marée, peu disposés à
-éplucher les beautés littéraires?</p>
-
-<p>Qui sait ce que devenait le manuscrit, le canevas sur lequel l'auteur
-avait monté sa pièce, et dont les bribes, distribuées aux acteurs
-pour apprendre leurs rôles, devenaient ce qu'elles pouvaient et
-étaient recueillies au hasard par de faméliques imprimeurs, avec toute
-licence de les accommoder à leur guise ou de suppléer aux lacunes? Ne
-semble-t-il pas que ces pièces pleines de fantaisie,&mdash;je parle de ce
-que Shakespeare intitule des comédies,&mdash;ou que ces drames à effet,
-tantôt lugubres, tantôt grotesques, ces tragédies, où les héros, et
-les valets se trouvent confondus et parlent chacun leur langage, dont
-l'action, capricieusement conduite, se passe dans vingt lieux à la fois
-ou embrasse un espace de temps illimité, ne semble-t-il pas, dis-je,
-que de telles œuvres, avec leurs beautés et leurs défauts, ne
-doivent plaire qu'aux adeptes capricieux et ne peuvent attacher qu'une
-nation plus frivole que réfléchie?</p>
-
-<p>Pour ma part, je crois que le goût, que le tour d'esprit d'une nation
-dépend étrangement de celui<span class="pagenum"><a name="Page_388" id="Page_388">[p. 388]</a></span> des hommes célèbres qui, les premiers, ont
-écrit ou peint, ou produit chez elle des ouvrages dans quelque genre
-que ce soit. Si Shakespeare était né à Gonesse, au lieu de naître à
-Strafford-sur-Avon, à une époque de notre histoire où l'on n'avait
-pas eu encore ni Rabelais, ni Montaigne, ni Malherbe, ni, à bien plus
-forte raison, Corneille, on eût vu se produire dans notre pays non
-seulement un autre théâtre (voir en Espagne Calderon), mais encore une
-autre littérature. Que le caractère anglais ait ajouté à de semblables
-ouvrages quelque chose de sa rudesse, je le croirai sans peine; quant
-à cette prétendue barbarie que les Anglais ont montrée à certaines
-époques de leur histoire et qu'on donne pour une des causes de la pente
-de Shakespeare à ensanglanter la scène outre mesure, je ne crois pas,
-en interrogeant bien nos annales, que nous en devions beaucoup, en fait
-de cruauté, à nos voisins les Anglais, ni que les tragédies en action
-qui ont jeté une teinte si sombre, notamment sur les règnes des Valois,
-aient pu nous donner une éducation propre à adoucir les mœurs ni la
-littérature.</p>
-
-<p>Pour avoir banni les massacres de notre scène, laquelle n'a commencé
-à briller qu'à une époque plus radoucie, notre nation n'en est pas
-plus humaine dans son histoire que la nation anglaise; des époques
-récentes et de redoutable mémoire ont montré que le barbare et même
-le sauvage vivaient toujours dans l'homme civilisé, et que la gaieté
-dans les ouvrages de l'esprit pouvait se rencontrer avec des mœurs
-passablement<span class="pagenum"><a name="Page_389" id="Page_389">[p. 389]</a></span> farouches. L'esprit de société, qui peut-être est un
-instinct plus développé de notre nature française, a pu contribuer à
-polir davantage la littérature; mais il est plus probable encore que
-les chefs-d'œuvre de nos grands hommes sont venus à propos pour
-décrier les tentatives bizarres ou burlesques des époques précédentes,
-et pour tourner les esprits vers le respect de certaines règles
-éternelles de goût et de convenance qui ne sont pas moins celles de
-toute véritable sociabilité que celles des ouvrages de l'esprit. On
-nous dit souvent que Molière, par exemple, ne pouvait paraître que chez
-nous; je le crois bien, il était l'héritier de Rabelais, sans parier
-des autres.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>8 <i>mars.&mdash;Sur Rubens. Sa verve; la monotonie de certains retours dans
-son dessin.</i> Recopier ici ce que je trouve dans l'agenda de 1852 à
-la suite de mes observations sur les sublimes tapisseries de la mort
-d'Achille. «Le parti pris de Rubens en outrant certaines formes montre
-qu'il était dans la situation d'un artiste qui exerce le métier qu'il
-sait bien, sans chercher à l'infini des perfectionnements<a name="NoteRef_510_499" id="NoteRef_510_499"></a><a href="#Note_510_499" class="fnanchor">[510]</a>.»</p>
-
-<p>Dans le même cahier, au 6 février, à propos d'un concert et de la
-musique des hommes dans le genre de Mendelssohn, etc.: «Ce n'est point
-cette heureuse facilité des grands maîtres qui prodiguent les motifs
-les plus heureux, etc.<a name="NoteRef_511_500" id="NoteRef_511_500"></a><a href="#Note_511_500" class="fnanchor">[511]</a>.»</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_390" id="Page_390">[p. 390]</a></span></p>
-
-<p>J'ajoute ceci aujourd'hui que j'ai acquis, depuis le jour où furent
-écrites ces réflexions, huit années d'expérience. Il est bon et à
-propos d'écrire les idées quand elles viennent, même si vous n'êtes
-pas occupé d'un travail suivi pour lequel ces idées puissent venir à
-propos. Mais toutes ces réflexions prennent la forme du moment. Le jour
-où elles peuvent s'utiliser dans un travail d'une certaine étendue,
-il faut se garder d'avoir trop d'égard à la forme qu'on leur a donnée
-dans le premier moment. On sent le placage dans les ouvrages médiocres.
-Voltaire devait noter ses idées. Son secrétaire le dit. Pascal nous en
-laisse la preuve dans ses <i>Pensées</i>, qui sont des matériaux pour un
-ouvrage. Mais ces hommes-là, en recueillant la matière dans le creuset,
-rencontraient la forme qu'ils pouvaient et se livraient avant tout à la
-suite des idées plutôt qu'à leur forme, et ne s'imposaient pas, à coup
-sûr, le fastidieux travail de retrouver celles qu'ils avaient notées,
-ou de les enchâsser dans la forme qu'ils leur ont donnée d'abord. Il ne
-faut pas être trop difficile. Tout homme de talent qui compose ne doit
-pas se traiter en ennemi. Il doit supposer que ce que son inspiration
-lui a fourni a sa valeur. L'homme qui relit et qui tient la plume pour
-se corriger est plus ou moins un autre homme que celui du premier jet.
-Il y a deux choses que l'expérience doit apprendre: la première, c'est
-qu'il faut beaucoup corriger; la seconde, c'est qu'il ne faut pas trop
-corriger.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_391" id="Page_391">[p. 391]</a></span></p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>10 <i>mars.</i>&mdash;Essayer des cigarettes de thé vert. Je vois dans un ancien
-calepin que c'est une mode d'en fumer à Pétersbourg. Elles n'ont pas,
-du moins, l'inconvénient d'être narcotiques.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>14 <i>mars.</i>&mdash;J'ai été voir l'exposition du boulevard, j'en suis revenu
-mal disposé. Il y faisait froid. Les Dupré, les Rousseau m'ont ravi.
-Pas un Decamps<a name="NoteRef_512_501" id="NoteRef_512_501"></a><a href="#Note_512_501" class="fnanchor">[512]</a> ne m'a fait plaisir: c'est vieilli, c'est dur et
-mou, filandreux; de l'imagination toujours, mais nul dessin; rien ne
-devient ennuyeux comme ce fini obstiné sur ce faible dessin. Il est
-jauni comme du vieil ivoire, et les ombres noires.</p>
-
-<p>Mme Sand est venue me dire adieu bien amicalement. Elle voulait m'en
-traîner ce soir à <i>Orphée</i><a name="NoteRef_513_502" id="NoteRef_513_502"></a><a href="#Note_513_502" class="fnanchor">[513]</a>.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>28 <i>mars.</i>&mdash;Guillemardet venu hier dans la journée. Je lui ai dit ce
-que j'avais sur le cœur, cela m'a soulagé. Je regrettais vivement
-d'être obligé de changer pour lui de sentiment; ce qu'il m'a dit de
-X... ma fait impression. Il est bien changé et a été bien souffrant.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>20 <i>mars.</i>&mdash;Toujours fatigué le matin.</p>
-
-<hr class="b2" />
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_509_498" id="Note_509_498"></a><a href="#NoteRef_509_498"><span class="label">[509]</span></a> Delacroix songeait alors à écrire l'article sur
-<i>Charlet</i> qu'il ne fit paraître que deux ans plus tard.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_510_499" id="Note_510_499"></a><a href="#NoteRef_510_499"><span class="label">[510]</span></a> Voir t. II, p. 73 et 74.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_511_500" id="Note_511_500"></a><a href="#NoteRef_511_500"><span class="label">[511]</span></a> Voir t. II. p. 83.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_512_501" id="Note_512_501"></a><a href="#NoteRef_512_501"><span class="label">[512]</span></a> Il est intéressant de noter ici un revirement de
-l'opinion d'Eugène Delacroix sur Decamps. On se rappelle que, dans les
-premières années du Journal, il va jusqu'à prononcer le mot de <i>génie</i>
-à propos d'une de ses compositions.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_513_502" id="Note_513_502"></a><a href="#NoteRef_513_502"><span class="label">[513]</span></a> C'est en 1860 que Mme Viardot reprit, avec le plus grand
-succès, l'<i>Orphée</i> de Gluck au Théâtre-Lyrique.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_392" id="Page_392">[p. 392]</a></span></p></div>
-
-
-<hr class="b2" />
-
-<p>3 <i>avril</i>.&mdash;Fragilité des ouvrages de peinture et autres.</p>
-
-<p>Je lis une <i>Vie de Léonard de Vinci</i> d'un M. Clément (<i>Revue des Deux
-Mondes</i>, 1<sup>er</sup> avril 1860). C'est le pendant à une <i>Vie de
-Michel-Ange</i>, très bonne, du même, publiée l'année dernière. J'y suis
-frappé surtout de la disparition notée par lui de presque tous ses
-ouvrages, tableaux, manuscrits, dessins, etc. Il n'y a personne qui
-ait produit davantage et laissé si peu de chose. Cela me rappelle ce
-que Lonchamps<a name="NoteRef_514_503" id="NoteRef_514_503"></a><a href="#Note_514_503" class="fnanchor">[514]</a> dit de Voltaire: qu'il ne croyait jamais avoir
-fait assez pour sa réputation. Un peintre, dont les ouvrages sont
-uniques, est exposé à bien plus de chances de destruction, ou, ce qui
-est peut-être pis, d'altération; il a bien plus de sujet de chercher à
-produire beaucoup d'ouvrages pour que quelques-uns au moins puissent
-surnager.</p>
-
-<p>Ce serait un ouvrage curieux qu'un Commentaire sur le traité de la
-peinture de Léonard. Broder sur cette sécheresse donnerait matière à
-tout ce qu'on voudrait.</p>
-
-<p>Voir dans cette vie de Léonard la lettre qu'il écrit au duc de Milan,
-où il lui détaille toutes ses inventions. J'y ai trouvé qu'il avait eu
-une idée qui répond à celle que j'avais à Dieppe, dans un article sur
-l'art militaire<a name="NoteRef_515_504" id="NoteRef_515_504"></a><a href="#Note_515_504" class="fnanchor">[515]</a>, d'avoir des chariots qui transportent de<span class="pagenum"><a name="Page_393" id="Page_393">[p. 393]</a></span> petits
-détachements de soldats au milieu de l'ennemi, etc. Il dit: «Je fais
-des chariots couverts que l'<i>on ne saurait détruire</i>, avec lesquels
-on pénètre dans les rangs de l'ennemi et on détruit son artillerie.
-Il n'est si grande quantité de gens armés qu'on ne puisse rompre par
-ce moyen, et derrière ces chariots, l'infanterie peut s'avancer sans
-obstacles et sans danger.» Il a tout prévu, il dit: «Dans le cas où
-on serait en mer, je puis employer beaucoup de moyens offensifs et
-défensifs, et entre autres <i>construire des vaisseaux à l'épreuve des
-bombardes</i>, etc.»</p>
-
-<p>L'auteur de l'article parle des divers tableaux de la <i>Cène</i>, des
-peintres célèbres qui ont précédé Léonard: le <i>Cénacle</i> de Giotto,
-celui de Ghirlandajo... Les compositions austères sont raides, les
-personnages ne marquent ni par leur expression, ni par leur attitude,
-etc. Plus jeunes chez l'un de ces maîtres, déjà plus vivaces chez
-l'autre, ils ne concourent point à l'action, qui n'a rien de cette
-unité puissante et de cette prodigieuse variété que Léonard devait
-mettre dans son chef-d'œuvre. Si l'on se reporte au temps où
-cet ouvrage fut exécuté, on ne peut qu'être émerveillé du progrès
-immense que Léonard fit faire à son art. Presque le contemporain de
-Ghirlandajo, condisciple de Lorenzo di Credi et du Pérugin, qu'il avait
-rencontré dans l'atelier de Verrocchio, il rompt d'un coup avec la
-peinture traditionnelle du quinzième siècle; il arrive sans erreurs,
-sans défaillances, sans exagérations et comme d'un seul bond, à ce
-naturalisme<span class="pagenum"><a name="Page_394" id="Page_394">[p. 394]</a></span> judicieux et savant, également éloigné de l'imitation
-servile et d'un idéal vide et chimérique. Chose singulière! le plus
-méthodique des hommes, celui qui parmi les maîtres de ce temps s'est
-le plus occupé des procédés d'exécution, qui les a enseignés avec une
-telle précision que les ouvrages de ses meilleurs élèves sont tous les
-jours confondus avec les siens, cet homme, dont la <i>manière</i> est si
-caractérisée, n'a <i>point de rhétorique</i><a name="NoteRef_516_505" id="NoteRef_516_505"></a><a href="#Note_516_505" class="fnanchor">[516]</a>. Toujours attentif à la
-nature, la consultant sans cesse, il ne s'imite jamais <i>lui-même</i>; le
-plus savant des maîtres en est aussi le plus naïf, et il s'en faut que
-ses deux émules, Michel-Ange et Raphaël, méritent au même degré que lui
-cet éloge.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>6 <i>avril.</i>&mdash;J'ai été aujourd'hui à Saint-Sulpice. Boulangé n'avait
-rien fait et n'avait pas compris un mot de ce que je voulais. Je lui
-ai donné l'idée des cadres en grisailles<a name="NoteRef_517_506" id="NoteRef_517_506"></a><a href="#Note_517_506" class="fnanchor">[517]</a> et de la guirlande,
-le pinceau à la main et avec furie. Chose étonnante! je suis revenu
-fatigué et non énervé. Il me semble que c'est l'entrée en scène de la
-santé après tant de petites rechutes.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>7 <i>avril.</i>&mdash;À Saint-Sulpice, où Boulangé ne m'attendait pas. Cet infâme
-coquin ne vient pas, ne travaille<span class="pagenum"><a name="Page_395" id="Page_395">[p. 395]</a></span> pas et m'attribue ces retards sous
-prétexte de changements. Il n'y était pas effectivement, je suis rentré
-furieux et lui ai écrit eu conséquence.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>8 <i>avril.</i>&mdash;Varcollier venu, puis Mme R... et Mme Colonna<a name="NoteRef_518_507" id="NoteRef_518_507"></a><a href="#Note_518_507" class="fnanchor">[518]</a> avec qui
-j'avais rendez-vous. Je me suis engagé à la recevoir et à aller la voir.</p>
-
-<p>Carrier venu à quatre heures, enthousiasmé surtout de l'intérieur. Il
-remarque la petite <i>Andromède</i><a name="NoteRef_519_508" id="NoteRef_519_508"></a><a href="#Note_519_508" class="fnanchor">[519]</a>; et à ce propos je me rappelle
-celle de Rubens que j'ai vue il y a longtemps. J'en ai vu deux, au
-reste, une à Marseille chez Pellico, l'autre chez Hilaire Ledru<a name="NoteRef_520_509" id="NoteRef_520_509"></a><a href="#Note_520_509" class="fnanchor">[520]</a>
-à Paris, très belles de couleur toutes les deux; mais elles me font
-songer à cet inconvénient de la main de Rubens qui peint tout comme à
-l'atelier, et dont les figures ne sont pas modifiées par des effets
-différents et appropriés dans les scènes qu'il a à peindre; de là cette
-uniformité des plans; il semble que toutes les figures soient comme les
-modèles sur la table, éclairés par le même jour et à la même distance
-du spectateur. Véronèse en cela bien différent.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>9 <i>avril.</i>&mdash;Je trouve dans Bayle que Laïs n'aimait pas Aristippe, qui
-était un homme propre et convenable, et s'en faisait payer chèrement ce
-qu'elle donnait pour rien à Diogène, sale et puant.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_396" id="Page_396">[p. 396]</a></span></p>
-
-<p>&mdash;Je vais faire une seconde séance à l'église pour le ton de fruits;
-j'en suis sorti plus fatigué que l'autre jour; j'en conclus que je
-ne suis pas remis. Boulangé s'est rangé; mais c'est un drôle de
-personnage.....</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>10 <i>avril.</i>&mdash;Ébauche au pastel.</p>
-
-<p>Denuelle<a name="NoteRef_521_510" id="NoteRef_521_510"></a><a href="#Note_521_510" class="fnanchor">[521]</a> vient m'exposer que le crédit alloué pour les ornements
-de la chapelle est sur le point d'être atteint. Je lui dis que je suis
-résolu à faire achever à mes frais, si c'est nécessaire. (Il pourra se
-trouver une petite compensation dans les dégâts apportés par l'humidité
-à la guirlande du haut.)</p>
-
-<p>Pour ébaucher sur un panneau au pastel, il ne serait pas nécessaire
-qu'il fût encollé. Ne pourrait-on encoller le panneau de manière que
-le pastel, une fois arrivé au degré nécessaire, fût fixé, en exposant
-le panneau à une vapeur d'eau chaude qui, en amollissant la colle,
-fixerait le pastel? On pourrait alors passer un second encollage sur le
-tout afin de conserver le brillant du pastel et repeindre à l'huile.
-Sur cette ébauche au pastel, on pourrait encore revenir avec de
-l'aquarelle.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>11 <i>avril.</i>&mdash;Dîné chez Mme Herbelin. Une heure avant d'y aller, j'ai
-été sur le point de m'excuser. En somme, je me suis très bien trouvé
-d'y être allé.<span class="pagenum"><a name="Page_397" id="Page_397">[p. 397]</a></span> Nadaud<a name="NoteRef_522_511" id="NoteRef_522_511"></a><a href="#Note_522_511" class="fnanchor">[522]</a> nous a donné des choses délicieuses: le
-<i>Fortifions nos côtes</i> est charmant.</p>
-
-<p>Je trouve dans l'<i>Entretien de Lamartine</i>, prêté par Didot, sur
-Chateaubriand, des citations de ses billets à Mme Récamier, entre
-autres celle-ci: «Venez vite..... mes dispositions d'âme triste ne
-changent pas. Oh! que je suis triste! Venez; de l'ennui de l'isolement,
-je passe à l'ennui de la foule; décidément je ne puis supporter
-l'ennui du monde.» Lamartine ajoute: «On voit par la vicissitude de
-ses désirs qu'il s'est retourné toute sa vie dans son lit de gloire,
-d'ambition, de cours, de fêtes, sans trouver, comme on dit, une bonne
-place. Toujours mal où il est, toujours bien où il n'est pas, homme
-d'impossible même en attachement.»</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>12 <i>avril.&mdash;Sur Shakespeare, Molière, Rossini</i>, etc.</p>
-
-<p>Je trouve dans un calepin écrit à Augerville pendant mon séjour en
-juillet 1855 (Mme Jaubert s'y trouvait): «Je voyais tout à l'heure ces
-demoiselles bleues, vertes, jaunes, qui se jouaient sur les herbes
-le long de la rivière. À l'aspect de ces papillons qui ne sont pas
-des papillons, bien que leurs corps présentent de l'analogie, dont
-les ailes se déploient un peu comme celles des sauterelles, et qui ne
-sont pas des sauterelles, j'ai pensé à cette inépuisable variété de
-la nature, toujours conséquente à elle-même, mais toujours<span class="pagenum"><a name="Page_398" id="Page_398">[p. 398]</a></span> diverse,
-affectant les formes les plus variées avec l'usage des mêmes organes.
-L'idée du vieux Shakespeare s'est offerte aussitôt à mon esprit, qui
-crée avec tout ce qu'il trouve sous sa main. Chaque personnage placé
-dans telle circonstance se présente à lui tout d'une pièce avec son
-caractère et sa physionomie. Avec la même donnée humaine il ajoute ou
-il ôte, il modifie sa manière et vous fait des hommes de son invention
-qui pourtant sont vrais... C'est là un des plus sûrs caractères du
-génie. Molière est ainsi, Cervantes est ainsi, Rossini avec son alliage
-est ainsi; s'il diffère de ces hommes, c'est par une exécution plus
-nonchalante. Par une bizarrerie qui ne se rencontre pas souvent chez
-les hommes de génie, il est paresseux, il a des formules, des placages
-habituels qui allongent sa manière, qui se sentent bien toujours de sa
-facture, mais ne sont pas marqués d'un cachet de force et de vérité.
-Quant à sa fécondité, elle est inépuisable, et là où il l'a voulu il
-est vrai et idéal à la fois.»</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>13 <i>avril.&mdash;Sur les sonorités en musique.&mdash;Sur l'Opéra.</i> Voir mes notes
-écrites à Champrosay en mai 1855<a name="NoteRef_523_512" id="NoteRef_523_512"></a><a href="#Note_523_512" class="fnanchor">[523]</a>.</p>
-
-<p>Mon cher petit Chopin s'élevait beaucoup contre l'école qui attache
-à la sonorité particulière des instruments une partie importante de
-l'effet de la musique.<span class="pagenum"><a name="Page_399" id="Page_399">[p. 399]</a></span> On ne peut nier que certains hommes, Berlioz
-entre autres, sont ainsi, et je crois que Chopin, qui le détestait,
-en détestait d'autant plus sa musique qui n'est quelque chose qu'à
-laide des trombones opposés aux flûtes et aux hautbois en concordant
-ensemble. Voltaire définit le beau <i>ce qui doit charmer l'esprit
-et les sens.</i> Un motif musical peut parler à l'imagination sur un
-instrument borné à ses sons propres comme le piano par exemple, et
-qui n'a par conséquent qu'une manière d'émouvoir les sens; mais on ne
-peut nier cependant que la réunion de divers instruments ayant chacun
-une sonorité différente ne donne plus de force et plus de charme à
-la sensation. À quoi servirait d'employer tantôt la flûte, tantôt la
-trompette, l'une pour annoncer un guerrier, l'autre pour disposer l'âme
-à des émotions tendres et bocagères? Dans le piano même, pourquoi
-employer tour à tour les sons étouffés ou les sons éclatants, si ce
-n'est pour renforcer l'idée exprimée? Il faut blâmer la sonorité mise
-à la place de l'idée exprimée, et encore faut-il avouer qu'il y a dans
-certaines sonorités, indépendamment de l'expression pour l'âme, un
-plaisir pour les sens. Je me rappelle que la voix de....., chanteur
-froid et sans beaucoup d'expression, avait par la seule émission du
-son un charme incroyable. Il en est de même dans la peinture: un
-simple trait exprime moins et plaît moins qu'un dessin qui rend les
-ombres et les lumières; ce dernier, à son tour, exprimera moins qu'un
-tableau, si ce dernier est amené au degré d'harmonie<span class="pagenum"><a name="Page_400" id="Page_400">[p. 400]</a></span> où le dessin et
-la couleur se réunissent dans un effet unique. Il faut se rappeler ce
-peintre ancien qui, ayant exposé une peinture représentant un guerrier,
-faisait entendre en même temps, derrière une tapisserie, des fanfares
-de trompettes.</p>
-
-<p>Les modernes ont inventé un genre qui réunit tout ce qui semble pouvoir
-charmer l'esprit et les sens: c'est l'opéra<a name="NoteRef_524_513" id="NoteRef_524_513"></a><a href="#Note_524_513" class="fnanchor">[524]</a>. La déclamation
-chantée a plus de force que celle qui n'est que parlée. L'ouverture
-dispose à ce que l'on va entendre, bien que d'une manière vague. Le
-récitatif expose les situations et établit le dialogue avec plus de
-force que ne ferait une simple déclamation, et l'air, qui est en
-quelque sorte le point d'admiration, le moment de la passion par
-excellence dans chaque scène, complète la sensation par la réunion de
-la poésie et de tout ce que la musique peut y ajouter; joignez à cela
-l'illusion des décorations, les mouvements gracieux de la danse, en un
-mot la pompe et la variété du spectacle.</p>
-
-<p>Malheureusement, tous les opéras sont ennuyeux parce qu'ils nous
-tiennent trop longtemps dans une situation que j'appellerai abusive. Le
-spectacle qui tient les sens et l'esprit en échec fatigue plus vite.
-Vous êtes promptement rassasié de la vue d'une galerie de tableaux; que
-sera-ce d'un opéra qui réunit dans un même cadre l'effet de tous les
-arts ensemble?</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_401" id="Page_401">[p. 401]</a></span></p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>14 <i>avril.</i>&mdash;Hier 13 et vendredi, malgré le présage, je suis rentré
-dans mon atelier après ma longue convalescence; ce que j'ai à faire
-dans l'espace de trois semaines ou un mois est incroyable. Finir pour
-Estienne les <i>Chevaux qui se battent dans l'écurie</i><a name="NoteRef_525_514" id="NoteRef_525_514"></a><a href="#Note_525_514" class="fnanchor">[525]</a>, les <i>Chevaux
-sortant de la mer</i><a name="NoteRef_526_515" id="NoteRef_526_515"></a><a href="#Note_526_515" class="fnanchor">[526]</a>, <i>Ugolin</i><a name="NoteRef_527_516" id="NoteRef_527_516"></a><a href="#Note_527_516" class="fnanchor">[527]</a>; presque achevé l'esquisse
-de l'<i>Héliodore</i> destinée à Dutilleux; ébaucher et avancer les deux
-<i>tableaux de bataille</i> d'Estienne; le <i>Camp arabe la nuit</i>; le <i>Chef
-arabe en tête de ses troupes et les femmes qui lui présentent du
-lait</i><a name="NoteRef_528_517" id="NoteRef_528_517"></a><a href="#Note_528_517" class="fnanchor">[528]</a>; l'<i>Abreuvoir au Maroc</i><a name="NoteRef_529_518" id="NoteRef_529_518"></a><a href="#Note_529_518" class="fnanchor">[529]</a>; avancer beaucoup les quatre
-tableaux des <i>Saisons</i> pour Hartmann<a name="NoteRef_530_519" id="NoteRef_530_519"></a><a href="#Note_530_519" class="fnanchor">[530]</a>, etc., etc. Reprendre et
-achever l'esquisse du <i>saint Étienne</i><a name="NoteRef_531_520" id="NoteRef_531_520"></a><a href="#Note_531_520" class="fnanchor">[531]</a>.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>15 <i>avril.&mdash;Sur les caractères au moment des révolutions politiques.</i>
-(Voir mes notes écrites à Augerville, le 21 octobre 1859.)</p>
-
-<p>Toutes les révolutions mettent en fièvre les natures<span class="pagenum"><a name="Page_402" id="Page_402">[p. 402]</a></span> basses et prêtes
-à mal faire. Les âmes traîtresses posent le masque; elles ne peuvent se
-contenir à la vue du désordre universel qui semble offrir des proies
-à saisir. Ni le blâme du bienfaiteur que tous ces coquins, enveloppés
-dans leur peau de renard, flattaient encore dans l'attente de nouveaux
-bienfaits, ni le mépris des honnêtes gens, ni enfin la crainte d'être
-vus ce qu'ils sont, rien ne peut leur opposer de frein. Il leur semble
-que le monde n'est plus fait que pour les scélérats. Ils se trouvent à
-l'aise an milieu du silence des hommes honnêtes; ils se flattent qu'il
-n'en est plus pour les juger et leur infliger l'infamie qu'ils méritent.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>28 <i>avril.</i></p>
-
-<p>
-Les <i>Arabes autour du feu.</i> <span class="linenum2">2,500 francs.</span><br />
-Une toile de trente, <i>Fantassins en<br />
-chasse</i><a name="NoteRef_532_521" id="NoteRef_532_521"></a><a href="#Note_532_521" class="fnanchor">[532]</a> <span class="linenum2">3,000&nbsp;&nbsp;"</span><br />
-Une toile de trente <span class="linenum2">3,000&nbsp;&nbsp;"</span><br />
-L'<i>Angélique et Médor</i><a name="NoteRef_533_522" id="NoteRef_533_522"></a><a href="#Note_533_522" class="fnanchor">[533]</a> <span class="linenum2">2,800&nbsp;&nbsp;"</span><br />
-</p>
-
-<hr class="b2" />
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_514_503" id="Note_514_503"></a><a href="#NoteRef_514_503"><span class="label">[514]</span></a> <i>Pierre Charpentier de Lonchamps</i> (1740-1817),
-littérateur, auteur d'un <i>Tableau historique des gens de lettres.</i></p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_515_504" id="Note_515_504"></a><a href="#NoteRef_515_504"><span class="label">[515]</span></a> Voir t. II, p 450 et suiv.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_516_505" id="Note_516_505"></a><a href="#NoteRef_516_505"><span class="label">[516]</span></a> On se rappelle ce que Delacroix entendait par cette
-expression de <i>rhétorique</i> appliquée aux ouvrages de l'esprit. Nous
-avons longuement insisté sur ce point dans notre Étude, p. XXXII.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_517_506" id="Note_517_506"></a><a href="#NoteRef_517_506"><span class="label">[517]</span></a> Il s'agit ici d'ornements en grisailles qui servent de
-lien entre le plafond ovale et les écoinçons dans lesquels sont peints
-des anges en grisaille. (Voir <i>Catalogue Robaut</i>, p. 362 et 363.)</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_518_507" id="Note_518_507"></a><a href="#NoteRef_518_507"><span class="label">[518]</span></a> <i>Adèle d'Affry, princesse Colonna di Castiglione</i>, dite
-<i>Marcello</i>, sculpteur (1837-1879).</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_519_508" id="Note_519_508"></a><a href="#NoteRef_519_508"><span class="label">[519]</span></a> Voir <i>Catalogue Robaut</i>, n<sup>os</sup> 1001 et 1002.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_520_509" id="Note_520_509"></a><a href="#NoteRef_520_509"><span class="label">[520]</span></a> <i>Hilaire Ledru</i>, peintre, né à Douai.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_521_510" id="Note_521_510"></a><a href="#NoteRef_521_510"><span class="label">[521]</span></a> <i>Dominique&mdash;Alexandre Denuelle</i> (1818-1879), archéologue
-et peintre décorateur, était attaché à la commission des monuments
-historiques.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_522_511" id="Note_522_511"></a><a href="#NoteRef_522_511"><span class="label">[522]</span></a> <i>Gustave Nadaud</i> (1820-1893), chansonnier et
-compositeur.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_523_512" id="Note_523_512"></a><a href="#NoteRef_523_512"><span class="label">[523]</span></a> Non retrouvées.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_524_513" id="Note_524_513"></a><a href="#NoteRef_524_513"><span class="label">[524]</span></a> Voir notre Étude, p. XLIII et XLIV.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_525_514" id="Note_525_514"></a><a href="#NoteRef_525_514"><span class="label">[525]</span></a> Ce tableau est ainsi décrit: «Trois Arabes couchés
-à terre sur des couvertures sont réveillés en sursaut par deux
-chevaux, un blanc et un roux qui se sont détachés et se mordent avec
-acharnement. Les deux bêtes affolées s'enlacent dans un choc furieux et
-forment un groupe d'une ampleur superbe.» (Voir <i>Catalogue Robaut</i>, n°
-1409.)</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_526_515" id="Note_526_515"></a><a href="#NoteRef_526_515"><span class="label">[526]</span></a> Voir <i>Catalogue Robaut</i>, n° 1410.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_527_516" id="Note_527_516"></a><a href="#NoteRef_527_516"><span class="label">[527]</span></a> Ce tableau, qui a figuré récemment à la deuxième
-exposition des Cent chefs-d'œuvre, est indiqué à l'année 1849 dans
-le <i>Catalogue Robaut</i>. Il s'agit probablement ici d'une variante de
-l'œuvre primitive.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_528_517" id="Note_528_517"></a><a href="#NoteRef_528_517"><span class="label">[528]</span></a> Voir <i>Catalogue Robaut</i>, n° 1440.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_529_518" id="Note_529_518"></a><a href="#NoteRef_529_518"><span class="label">[529]</span></a> Voir <i>Catalogue Robaut</i>, n° 1442.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_530_519" id="Note_530_519"></a><a href="#NoteRef_530_519"><span class="label">[530]</span></a> Voir <i>Catalogue Robaut</i>, n<sup>os</sup> 1428, 1430,
-1432, 1434.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_531_520" id="Note_531_520"></a><a href="#NoteRef_531_520"><span class="label">[531]</span></a> Une variante sans doute du beau tableau de 1853. (Voir
-<i>Catalogue Robaut</i>, n<sup>os</sup> 1210, 1211 et 1212.)</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_532_521" id="Note_532_521"></a><a href="#NoteRef_532_521"><span class="label">[532]</span></a> Il s'agit ici vraisemblablement du tableau qui figure au
-<i>Catalogue Robaut</i> sous le n° 1448.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_533_522" id="Note_533_522"></a><a href="#NoteRef_533_522"><span class="label">[533]</span></a> Sujet tiré du <i>Roland furieux</i> de l'Arioste.</p></div>
-
-
-<hr class="b2" />
-
-
-<p><i>Champrosay</i>, 19 <i>mai.</i>&mdash;Parti pour Champrosay. J'y ai travaillé
-beaucoup aux tableaux commandés par M. Estienne.</p>
-
-<hr class="b2" />
-
-<p>2 <i>juin.&mdash;Sacrifice d'Abraham,</i> pour Surville<a name="NoteRef_534_523" id="NoteRef_534_523"></a><a href="#Note_534_523" class="fnanchor">[534]</a>.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_403" id="Page_403">[p. 403]</a></span></p>
-
-<p>&mdash;Ombre du <i>blanc</i>, linge, etc.: <i>Violet de Mars.</i> (<i>Ton de zinc royal</i>
-et <i>vert émeraude.</i>)</p>
-
-<p>&mdash;Arrivée du bon cousin à onze heures du soir.</p>
-
-<hr class="b2" />
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_534_523" id="Note_534_523"></a><a href="#NoteRef_534_523"><span class="label">[534]</span></a> <i>Surville</i>, ancien comédien, devenu marchand de
-tableaux.</p></div>
-
-<hr class="b2" />
-
-<p>6 <i>juillet.</i>&mdash;Donné à M. Charles Nègre<a name="NoteRef_535_524" id="NoteRef_535_524"></a><a href="#Note_535_524" class="fnanchor">[535]</a> deux études avec un petit
-carton pour essai:</p>
-
-<p>1° La <i>Femme noyée</i> du plafond du Louvre<a name="NoteRef_536_525" id="NoteRef_536_525"></a><a href="#Note_536_525" class="fnanchor">[536]</a>;</p>
-
-<p>2° Études pour l'<i>Hercule</i><a name="NoteRef_537_526" id="NoteRef_537_526"></a><a href="#Note_537_526" class="fnanchor">[537]</a>.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p><i>Dieppe</i>, 18 <i>juillet.</i>&mdash;Parti de Paris pour Dieppe après un
-désappointement que m'a valu le changement des heures. Je comptais
-prendre le chemin de fer à huit heures et demie; arrivé à la gare, on
-m'annonce que je ne partirai qu'à une heure par le train express. Je
-retourne à la maison où je vais tuer le temps jusqu'à l'heure dite,
-sauf le temps que j'ai passé à déjeuner à ce café du chemin de fer, rue
-Saint-Lazare. Jenny partait pour Champrosay à midi. Je trouve à la gare
-de Rouen Mme de Salvandy, fille cadette de Rivet.</p>
-
-<p>Arrivé à cinq heures, trouvé à la gare Mme Grimblot dont j'admire,
-en marchant derrière elle et avant de la reconnaître, l'imposante
-crinoline. Elle habite Dieppe tout à fait. Je ne me suis pas enquis des
-motifs qui pouvaient la porter à une résolution si grave.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_404" id="Page_404">[p. 404]</a></span></p>
-
-<p>J'étais un peu après installé à l'hôtel Victoria sur le port, ainsi que
-je le désirais, et j'y faisais à six heures le plus détestable dîner
-avec des rogatons. Les hôtels n'ont eu garde de ne pas adopter la mode
-des dîners modernes qui font la cuisine en abrégé et vous servent des
-restes; ils font au reste comme les grands seigneurs: la cuisine s'en
-va comme tant de bonnes choses. Je me suis un moment applaudi de cette
-mauvaise chère, en pensant que je n'éprouverais pas la tentation de
-manger trop, étant venu ici pour me mettre au régime.</p>
-
-<p>À la jetée après dîner et tout d'un temps, quoique la nuit arrivât.
-J'ai longé la plage et l'établissement, et ai été visiter les rochers à
-la gauche des bains; mais l'obscurité m'a chassé.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>19 <i>juillet.</i>&mdash;Je passe ma journée presque entière sur la jetée. Je
-vois sortir le yacht anglais; j'avais les yeux dessus lorsque est tombé
-ce malheureux qui s'est noyé et qu'on n'a retrouvé que le lendemain.</p>
-
-<p>Je vais le soir à Saint-Remy; magnifique effet de cette bizarre
-architecture éclairée par deux ou trois chandelles fumantes plantées çà
-et là pour rendre les ténèbres visibles. On ne peut rien voir de plus
-imposant.</p>
-
-<p>J'éprouve de la satisfaction à me trouver isolé ici, m'occupant de mes
-petites affaires et me suffisant. J'avais trouvé à la jetée Mme de
-Lajudie, l'autre fille de Rivet, que le mauvais temps empêche de se
-baigner.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_405" id="Page_405">[p. 405]</a></span></p>
-
-<p>&mdash;Buffon n'aimait que les vers de Racine; encore disait-il: «Il eût été
-plus exact en prose,»</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>20 <i>juillet.</i>&mdash;Après une très longue séance à la jetée où la mer est
-très belle, mais où le soleil me réchauffait un peu malgré le vent,
-je suis retourné à Saint-Remy. J'y ai fait un très mauvais croquis
-d'une copie de tableau de maître que j'avais dessiné dans un de mes
-précédents voyages: <i>Christ déposé de la croix.</i></p>
-
-<p>Je crois apercevoir Mme.. entrant dans l'église avec un enfant. Je
-m'esquive, mais c'est pour retrouver, rue de la Barre, Mme Grimblot
-chez son épicier où elle était en voisine. J'ai été chez elle
-causer une heure. Elle m'a rappelé d'anciens temps et d'anciennes
-connaissances. La pauvre Mirbel est morte pour ainsi dire à temps:
-elle serait morte d'ennui et de tristesse. Ses anciens amis ne la
-voyaient plu guère. La solitude, qui attend tous ceux qui vivent trop
-longtemps, l'entourait déjà prématurément. Elle n'avait pas une grande
-fortune pour les dehors qu'elle étalait; elle s'en tirait à force
-d'économies, triste situation quand tous ses efforts ne tendaient qu'à
-satisfaire des jouissances de vanité. Elle cherchait à attirer chez
-elle les personnages du régime qui avait succédé à celui des premiers
-Bourbons. Mme Grimblot, dans un temps qui n'était pas encore celui de
-sa décadence, l'avait un matin rencontrée sur le pont Neuf, rapportant
-de la halle deux maquereaux. Elle<span class="pagenum"><a name="Page_406" id="Page_406">[p. 406]</a></span> ne gagnait plus guère d'argent dans
-les derniers temps.</p>
-
-<p>Le soir, retourné à la jetée par un très beau temps; la mer superbe,
-quoique à marée basse. J'y vois tous les effets propres à mon <i>Christ
-marchant sur la mer</i><a name="NoteRef_538_527" id="NoteRef_538_527"></a><a href="#Note_538_527" class="fnanchor">[538]</a>. Mme Manceau, que j'y retrouve après tant de
-temps, me promet de me chanter <i>Orphée</i>, si je vais la voir.</p>
-
-<p>Je retourne par la plage et rentre encore dans Saint-Remy. Un malaise
-de l'estomac me fait encore prolonger avec succès ma promenade jusqu'à
-dix heures passées. J'entre à Saint-Jacques, éclairé de même par de
-rares chandelles; mais son architecture écrasée ne produit pas le même
-effet que celle de Saint-Remy<a name="NoteRef_539_528" id="NoteRef_539_528"></a><a href="#Note_539_528" class="fnanchor">[539]</a>.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p><i>Samedi</i> 21 <i>juillet.</i>&mdash;Pluie toute la journée. Après avoir essayé de
-reproduire l'effet de soleil couchant que j'ai vu hier soir, je fais
-une promenade sous les arcades pendant la pluie; je me hasarde à gagner
-la jetée pendant une éclaircie. J'y trouve les dames Rivet et leurs
-maris. Une pluie affreuse me chasse, et je rentre trempé.</p>
-
-<p>Je pensais, en déjeunant en face de cette famille anglaise, le
-mari, la femme et les trois grands dadais<span class="pagenum"><a name="Page_407" id="Page_407">[p. 407]</a></span> de fils, tous plus laids
-et ressemblants les uns que les autres à leur auteur, à la morgue
-singulière de ces automates à argent, et à leur orgueil stupide de
-cette fameuse constitution qui ne leur garantit pas plus de liberté
-qu'à nous autres, qu'ils regardent comme de véritables esclaves. Il
-faut absolument, dans un pays d'égalité, de partage égal de fortune
-entre les enfants, un gouvernement fort et centralisateur pour faire
-les grandes choses. Les fortunes particulières sont trop divisées.
-L'aristocratie anglaise permet de grands efforts qui n'ont pas
-toutefois, sous une infinité de rapports, l'ensemble qu'on peut obtenir
-d'un gouvernement qui veille plus particulièrement et avec plus de
-puissance aux grands objets qui honorent les nations, aux grandes
-entreprises, aux expéditions subites, etc.</p>
-
-<p>Les bons bourgeois anglais ont la bonté d'être très fiers de leurs
-grands seigneurs, qui ne les saluent pas, tirent à eux toute la
-substance, et exercent dans toute la plénitude le gouvernement.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>22 <i>juillet.</i>&mdash;Je suis décidément enrhumé; j'ai des moments d'ennui
-profond où je veux partir pour Paris. La nuit, je me figure que tout
-est perdu. Il faut avouer qu'il est dur au mois de juillet de grelotter
-dans sa chambre. J'ai demandé avant-hier qu'on me fît du feu; mais
-Mme Gibbon, mon hôtesse, se défiant de ses cheminées qui n'ont jamais
-été destinées à cet objet, m'a donné une chaufferette, qui m'a rendu<span class="pagenum"><a name="Page_408" id="Page_408">[p. 408]</a></span>
-tolérable le séjour de ma chambre pendant que je lisais.</p>
-
-<p>J'ai loué des livres pour huit jours. J'ai mis le nez dans un livre
-de Dumas intitulé: <i>Trois mois au Sinaï</i><a name="NoteRef_540_529" id="NoteRef_540_529"></a><a href="#Note_540_529" class="fnanchor">[540]</a>. C'est toujours ce ton
-cavalier et de vaudeville, qu'il ne peut dépouiller, en parlant même
-des Pyramides; c'est un mélange du style le plus emphatique, le plus
-coloré, avec les lazzi d'atelier qui seraient tout au plus de mise dans
-une partie d'ânes à Montmorency. C'est fort gai, mais fort monotone, et
-je n'ai pu aller à la moitié du premier volume.</p>
-
-<p>J'ai pris <i>Ursule Mirouet</i>, de Balzac; toujours ces tableaux d'après
-des pygmées dont il montre tous les détails, que le personnage soit
-le principal ou seulement un personnage accessoire. Malgré l'opinion
-surfaite du mérite de Balzac, je persiste à trouver son genre faux
-d'abord et faux ensuite ses caractères. Il dépeint les personnages,
-comme Henry Monnier, par des dictons de profession, par les dehors,
-en un mot; il sait les mots de portière, d'employé, l'argot de chaque
-type. Mais quoi de plus faux que ces caractères arrangés et tout
-d'une pièce? Son médecin et les amis de son médecin, ce vertueux curé
-Chaperon dont la vie sage et jusqu'à la forme de son habit, dont
-il ne nous fait pas grâce, reflète la vertu, cette Ursule Mirouet,
-merveille de candeur dans sa robe blanche et avec sa ceinture bleue,
-qui convertit à l'église son incrédule d'oncle?</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_409" id="Page_409">[p. 409]</a></span></p>
-
-<p>Personne n'est parfait, et les grands peintres de caractères montrent
-les hommes comme ils sont.</p>
-
-<p>&mdash;Hier, tristesse et ennui extrême; probablement je me portais plus
-mal. Samedi soir, j'ai fait au Pollet une promenade plus triste encore.
-J'ai été hier du côté du cours Bourbon. Pourquoi ne me suis-je pas
-trouvé heureux de m'y voir quand dans le moment même il me semblait
-que, lorsque j'y suis venu dans un autre voyage, je m'y suis trouvé
-très heureux? Le souvenir fait complètement illusion.</p>
-
-<p>Aujourd'hui, après déjeuner, j'ai été voir Mme Manceau, qui m'a chanté
-très bien des morceaux d'<i>Orphée.</i> Ensuite au rocher au bas du château.
-Revenu par la plage et regardé les exercices des soldats, la formation
-du carré, la marche en carré, etc.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>25 <i>juillet.</i>&mdash;Aujourd'hui, très souffrant. Je reçois une lettre de
-Jenny et de Mme de Forget: je récris.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p><i>Champrosay</i>, 27 <i>juillet.</i>&mdash;Je pars à midi moins un quart; arrivé à
-Paris à quatre heures vingt minutes. J'ai le temps d'arriver au plus
-vite pour partir à cinq heures un quart par le chemin de Corbeil.</p>
-
-<p>La jeune dame que je croyais sous la tutelle de l'homme silencieux et
-désagréable du coin, en face d'elle. La langue de la jeune personne
-se dénoue, à ma grande surprise, dans la salle de la douane, pour
-s'adresser à moi avec une amabilité extrême; mon âge et le chemin de
-fer de Corbeil m'empêchent de<span class="pagenum"><a name="Page_410" id="Page_410">[p. 410]</a></span> donner suite à cette charmante aventure.
-Elle ressemblait à Mme D...</p>
-
-<p>J'arrive à six heures, enchanté de me trouver chez moi.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>31 <i>juillet.</i>&mdash;Je commence à aller mieux. Je dîne chez Baÿvet avec
-M. Darblay<a name="NoteRef_541_530" id="NoteRef_541_530"></a><a href="#Note_541_530" class="fnanchor">[541]</a> qui me fait politesse. Legendre et Féray<a name="NoteRef_542_531" id="NoteRef_542_531"></a><a href="#Note_542_531" class="fnanchor">[542]</a> s'y
-trouvent. Je rencontre aussi le maire Renoux et sa femme.</p>
-
-<hr class="b2" />
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_535_524" id="Note_535_524"></a><a href="#NoteRef_535_524"><span class="label">[535]</span></a> <i>Charles Nègre</i>, photographe fort habile qui exécutait
-des reproductions pour les artistes par des procédés scientifiques qui
-ont abouti à l'héliogravure.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_536_525" id="Note_536_525"></a><a href="#NoteRef_536_525"><span class="label">[536]</span></a> Voir <i>Catalogue Robaut</i>, n° 296.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_537_526" id="Note_537_526"></a><a href="#NoteRef_537_526"><span class="label">[537]</span></a> Voir <i>Catalogue Robaut</i>, n<sup>os</sup> 298 à 308.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_538_527" id="Note_538_527"></a><a href="#NoteRef_538_527"><span class="label">[538]</span></a> Voir <i>Catalogue Robaut</i>, n<sup>os</sup> 1202 à 1204.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_539_528" id="Note_539_528"></a><a href="#NoteRef_539_528"><span class="label">[539]</span></a> Delacroix, en écrivant cette note, a dû interposer les
-noms des deux églises de Dieppe, dans un moment de confusion; car rien
-n'est plus massif que Saint-Remy avec ses énormes colonnes, trois fois
-plus grosses que celles de Saint-Jacques.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_540_529" id="Note_540_529"></a><a href="#NoteRef_540_529"><span class="label">[540]</span></a> Le véritable titre de cet ouvrage en deux Volumes, paru
-en 1838, est: <i>Quinze jours au Sinaï</i>, nouvelles impressions de voyage.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_541_530" id="Note_541_530"></a><a href="#NoteRef_541_530"><span class="label">[541]</span></a> <i>Stanislas Darblay</i>, grand industriel qui se consacra
-d'abord au commerce des grains et entreprit ensuite de relever dans la
-vallée d'Essonnes l'industrie du papier. M. Darblay était alors député
-de Seine-et-Oise.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_542_531" id="Note_542_531"></a><a href="#NoteRef_542_531"><span class="label">[542]</span></a> <i>Ernest Féray</i>, manufacturier; ancien maire d'Essonnes,
-fut envoyé en 1871 par le département de Seine-et-Oise à l'Assemblée
-nationale.</p></div>
-
-
-<hr class="b2" />
-
-<p>1<sup>er</sup> <i>août.</i>&mdash;Je lis toujours Voltaire avec délices.</p>
-
-<p>À propos d'un article sur <i>Hamlet</i> dans le volume des <i>Mélanges</i> de
-littérature. À travers les obscurités de cette traduction scrupuleuse,
-qui ne peut rendre le mot propre en anglais, on retrouve son naturel
-qui ne craint pas les idées les plus basses ni les plus gigantesques,
-son énergie que les autres nations croiraient dureté, ses hardiesses
-que des esprits accoutumés aux tours étranges prendraient pour du
-galimatias. Mais sous ces voiles on découvrira de la vérité, de la
-profondeur, et je ne sais quoi qui attache et qui remue beaucoup plus
-que ne ferait l'élégance... C'est un diamant brut qui a des taches; si
-on le polissait, il perdrait de son poids. Ne semble-t-il pas qu'on
-peut dire la même<span class="pagenum"><a name="Page_411" id="Page_411">[p. 411]</a></span> chose du Puget? Voyez-le au Louvre, entouré de
-tous les ouvrages de son temps, conçus dans le style de la correction
-classique et irréprochable, si cette correction et une certaine
-élégance froide sont un mérite. Au premier abord, il vous choque par
-quelque chose de bizarre, de mal conçu dans l'ensemble et de confus; si
-vous attachez vos yeux sur une des parties comme un bras, une jambe, un
-torse, aussitôt toute cette force vous gagne; il écrase tout, vous ne
-pouvez vous en détacher.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>6 <i>août.</i>&mdash;Je dois rendre justice à Dumas et à Balzac. Il y a, dans la
-peinture des remords de son maître de poste (c'est dans la dernière
-partie d'<i>Ursule Mirouet)</i>, des traits d'une grande vérité. J'écris
-ceci à Champrosay après la mort de la mère Bertin. L'agitation que j'ai
-remarquée dans un de ses héritiers m'a rappelé certains mouvements
-du <i>Mirouet</i> de Balzac, et, chose singulière, m'a fait faire plus
-que jamais des réflexions sur l'avantage d'être honnête, quand cet
-avantage, qui consiste dans la paix de la conscience, ne viendrait
-qu'après cette nécessité pour une âme noble de ne pas se dégrader par
-des bassesses intéressées. Ces sentiments m'ont rappelé ce que j'ai lu
-ces jours-ci dans Voltaire, et dont il faut que je recherche les termes
-précis, à savoir, quand un livre vous élève, inspire des sentiments
-d'honneur et de vertu, ce livre est jugé, il est bon, etc.</p>
-
-<p>Il y aurait pourtant des restrictions: celui de Balzac,<span class="pagenum"><a name="Page_412" id="Page_412">[p. 412]</a></span> faux dans
-une foule de parties, est mauvais par là; il est bon par la peinture
-vraie de cette grossière nature qui, toute dépourvue quelle est de
-délicatesse native, ne peut porter le poids du remords.</p>
-
-<p>Dumas m'a plu aussi avec ses <i>Mémoires d'Horace</i> insérés dans le
-<i>Siècle</i><a name="NoteRef_543_532" id="NoteRef_543_532"></a><a href="#Note_543_532" class="fnanchor">[543]</a>. C'est une idée heureuse, et le peu que j'en ai lu m'a
-paru finement et singulièrement arrangé.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>9 <i>août.</i>&mdash;Je retourne chez Mme Barbier, qui m'invite. Elle était seule
-avec son fils, et j'ai passé une agréable soirée.</p>
-
-<p>Elle m'avait promis de venir chez moi avec la duchesse Colonna; c'est
-ce qu'elle a fait deux jours après, c'est-à-dire le dimanche, pendant
-que j'étais chez M. Darblay.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>12 <i>août.</i>&mdash;Chez M. Darblay avec M. et Mme Baÿvet vers trois heures,
-malgré de grandes craintes de pluie à cause de celle du matin.
-Cependant, nous avons eu un temps admirable. Dîner avec Baÿvet en
-revenant à sept heures et demie; je mourais de faim depuis trois heures.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>14 <i>août.</i>&mdash;Promenade vers deux heures par la route de Soisy, le
-derrière du parc de la Folie;<span class="pagenum"><a name="Page_413" id="Page_413">[p. 413]</a></span> remonté par un petit bois délicieux;
-traversé les carrières et trouvé en face l'allée verte qui m'a mené au
-chemin de l'Ermitage.</p>
-
-<p>Je lis en rentrant dans Voltaire (<i>Mélanges d'histoire et de
-philosophie</i>, tome II) son article de la <i>Chimère du souvenir.</i></p>
-
-<hr class="b2" />
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_543_532" id="Note_543_532"></a><a href="#NoteRef_543_532"><span class="label">[543]</span></a> Le <i>Siècle</i> publiait alors en feuilleton cette fantaisie
-sur Rome ancienne, soi-disant tirée d'un manuscrit trouvé à la
-bibliothèque du Vatican.</p></div>
-
-
-<hr class="b2" />
-
-
-<p>2 <i>octobre.</i>&mdash;J'écris à M. Lamey: «Que dites-vous de tout ce qui se
-passe? Le hasard et les passions des hommes ne cesseront-ils pas
-d'amener les combinaisons les plus étranges, pour faire damner ceux
-qui en sont victimes, et pour occuper les loisirs des gobe-mouches au
-nombre desquels je me range, par l'avidité avec laquelle je dévore ces
-journaux impertinents et menteurs qui se jouent de notre soif pour les
-nouvelles?»</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>13 <i>octobre.</i>&mdash;Je voyage avec M. G..., de Juvisy. Il dit que M.
-Magne disait qu'il avait appris à raisonner et à se conduire d'après
-Condillac.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>21 <i>octobre.</i>&mdash;Ce Rubens est admirable; quel enchanteur! Je le boude
-quelquefois, je le querelle sur ses grosses formes, sur son défaut
-de recherche et d'élégance. Qu'il est supérieur à toutes ces petites
-qualités qui sont tout le bagage des autres! Il a du moins, lui, le
-courage d'être lui; il vous impose ces prétendus défauts qui tiennent
-à cette force qui l'entraîne lui-même et nous subjugue en dépit des
-préceptes<span class="pagenum"><a name="Page_414" id="Page_414">[p. 414]</a></span> qui sont bons pour tout le monde excepté pour lui. Bayle
-faisait profession d'estimer les anciens ouvrages de Rossini plus que
-les derniers, qui sont pourtant regardés comme supérieurs parla foule;
-il donne cette raison que, dans sa jeunesse, il ne cherchait pas à
-faire de la <i>musique forte</i>, et c'est vrai. Rubens ne se châtie pas, et
-il fait bien. En se permettant tout, il vous porte au delà de la limite
-qu'atteignent à peine les plus grands peintres; il vous domine, il vous
-écrase sous tant de liberté et de hardiesse.</p>
-
-<p>Je remarque aussi que sa principale qualité, s'il est possible qu'il en
-faille préférer quelqu'une, c'est la prodigieuse saillie, c'est-à-dire
-la prodigieuse vie. Sans ce don, point de grand artiste; c'est à
-réaliser le problème de la saillie et de l'épaisseur qu'arrivent
-seulement les plus grands artistes. J'ai dit ailleurs, je crois, que,
-même en sculpture, il se trouvait des gens qui avaient le secret de
-ne point faire saillant; cela deviendra évident pour tout homme doué
-de quelque sentiment qui comparera le Puget à toutes les sculptures
-possibles, je n'en excepte pas même l'antique. Il réalise la vie
-par la saillie comme personne n'a pu le faire; de même pour Rubens
-à l'égard des peintres. Titien, Véronèse sont plats à côté de lui;
-remarquons en passant que Raphaël, malgré le peu de couleur et de
-perspective aérienne, est en général très saillant dans les figures
-individuellement. On n'en dirait pas autant de ses modernes imitateurs.
-On ferait une bonne plaisanterie sur la recherche du plat, si estimé<span class="pagenum"><a name="Page_415" id="Page_415">[p. 415]</a></span>
-dans les arts à la mode, y compris l'architecture.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>22 <i>octobre.</i>&mdash;Le don d'inventer puissamment qui est le génie.</p>
-
-<p><i>Beati mites, quoniam ipsi possidebunt terram.</i></p>
-
-
-<hr class="b2" />
-
-<p>13 <i>novembre.</i>&mdash;Je fais pour la centième fois cette réflexion en
-lisant Rémusat, homme de mérite d'ailleurs: la littérature moderne
-met de la sensiblerie partout; ce style imagé à tout propos, mêlé à
-un sérieux pédantesque et attendri que vous ne trouvez jamais dans
-Voltaire, et dont, par parenthèse, Rousseau est l'inventeur, donne à un
-traité sur la centralisation (c'est le cas pour Rémusat) le ton d'une
-ode ou d'une élégie.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p><i>Paris</i>, 25 <i>novembre.</i>&mdash;Je poursuis toujours mon travail; ma
-résolution et ma santé se soutiennent. Que je bénirais le ciel
-d'achever d'ici à un mois ou six semaines, comme je le calcule, mon
-travail de l'église! Il y a une dizaine de jours que je suis revenu de
-Champrosay avec un gros rhume que j'y avais attrapé, non pas au milieu
-de mes voyages continuels, bien propres à me le donner, mais pour avoir
-dîné chez l'excellente Mme Moutié, laquelle étant sourde, j'ai été
-obligé de crier à ses oreilles toute la soirée, de sorte que ma gorge
-fatiguée s'est trouvée saisie à ma sortie de chez elle par le froid
-qu'il faisait.</p>
-
-<p>&mdash;Nous avons nommé hier à l'Institut l'insipide<span class="pagenum"><a name="Page_416" id="Page_416">[p. 416]</a></span> Signol<a name="NoteRef_544_533" id="NoteRef_544_533"></a><a href="#Note_544_533" class="fnanchor">[544]</a>.
-Meissonier a été jusqu'à seize voix. Il ne lui restait plus
-pour adversaires que ledit Signol et l'antique Hesse, tous deux
-représentants ou nourrissons de l'<i>École.</i> Les deux factions,
-frémissant de voir entrer à l'Académie un talent original, se sont
-réunies pour l'accabler. En le faisant sur la tête de Signol, elles ont
-accompli un acte encore plus funeste que si elles l'eussent fait sur
-Hesse, qui est un vieillard et ne laisse pas d'élèves après lui pour
-perpétuer le goût de l'école de David, que je préfère d'ailleurs à ce
-goût mêlé d'antique et de Raphaël, genre bâtard qui est celui d'Ingres
-et de ceux qui le suivent.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>26 <i>novembre.</i>&mdash;J'écris à M. Lamey:</p>
-
-<p>«Nous avons en nous comme une roue qui fait tout mouvoir comme dans un
-moulin. Il faut absolument la faire tourner, sans cela elle se rouille,
-et tout s'arrête dans notre machine, corps et esprit. Votre excellent
-régime vous entretient dans cette bonne disposition; moi, il me faut
-exercice et travail.</p>
-
-<p>«Vous me demandez des nouvelles du bon Guillemardet: il est de sa
-personne d'une mauvaise et bien chancelante santé, et il vient
-d'éprouver un malheur de famille. Il a perdu sa nièce, Mme Coquille,
-qui vient de mourir après une maladie qui a duré plus de quinze ans
-et dans un âge où elle pouvait encore<span class="pagenum"><a name="Page_417" id="Page_417">[p. 417]</a></span> se promettre de vivre. Il y a
-vraiment des existences condamnées à des souffrances particulières, ce
-qui ne les garantit pas des chagrins et des souffrances qui affligent
-tous les hommes en général. Le pauvre Félix que vous avez connu,
-l'oncle de cette même Coquille, s'est vu, avant trente ans, assassiné
-lentement par une maladie implacable qui le retranchait du nombre des
-vivants, de son vivant même, en lui interdisant toute espèce de plaisir
-et en l'accablant de maux incessants.</p>
-
-<p>«Tenons-nous bien, cher et respectable ami. Que dans trente ans nous
-puissions nous revoir encore tantôt à Paris, tantôt à Strasbourg!</p>
-
-<p>«Je lisais dernièrement l'histoire du vieux Law, mort sous Charles
-II à cent quarante et quelques années. Il se portait comme un charme
-et n'observait aucun régime particulier. Le roi voulut le voir: on
-l'accabla de prévenances et, entre autres, d'excès de nourriture
-auxquels il n'était nullement accoutumé; une indigestion l'emporta. À
-l'ouverture de son corps, on ne trouva pas un organe malade ou affaibli.</p>
-
-<p>«Voilà de beaux exemples à se proposer. Vous voyez que vous avez le
-temps de faire des projets, pourvu toutefois que les rois ne vous
-donnent pas d'indigestions.»</p>
-
-<p>J'écris sous la même inspiration à Mme Sand:</p>
-
-<p>«Sachez, ma bien chère amie, que quelques années de trop, qui délient
-dans I intelligence certains<span class="pagenum"><a name="Page_418" id="Page_418">[p. 418]</a></span> ressorts, rendent singulièrement lourds
-ceux qui nous font mouvoir et digérer. Je crois certainement au
-perfectionnement de notre esprit par le fait de l'âge; je parle d'un
-bon esprit, sain naturellement et juste surtout. Mais, ô condition
-cruelle de l'implacable nature! il n'y a bientôt plus ni corps, ni
-circulation dans ce corps pour aider cet esprit; l'homme de bien s'en
-va quand il commence à bien faire, disait Thémistocle. Bref, vous voilà
-hors d'affaire avec un renouvellement de santé.</p>
-
-<p>«Quel bonheur, comme vous le dites si justement, de revoir autour de
-soi tout ce qu'on aime et de revenir à cette lumière qui vous montre
-de si belles choses! Que trouverons-nous au delà? La nuit, l'affreuse
-nuit. Il n'y aura pas mieux; c'est du moins mon triste pressentiment:
-ces tristes limbes dans lesquels Achille, qui n'était plus qu'une
-ombre, se promenait en regrettant, non pas de n'être plus un héros,
-mais l'esclave d'un paysan pour endurer le froid et la chaleur sous
-ce soleil dont grâce au ciel nous jouissons encore (quand il ne pleut
-pas).»</p>
-
-
-<hr class="b2" />
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_544_533" id="Note_544_533"></a><a href="#NoteRef_544_533"><span class="label">[544]</span></a> Émile Signol (1804-1892) se présentait à l'Institut
-depuis 1849, année où il se trouvait en concurrence avec Delacroix.</p></div>
-
-
-<hr class="b2" />
-
-<p>4 <i>décembre.</i>&mdash;«Monsieur, malgré toutes les sympathies que je ne
-puis manquer d'avoir pour les idées émises dans votre mémoire, je ne
-puis, en ma qualité de membre du conseil municipal, me joindre à votre
-protestation. C'est dans le sein du conseil seulement que je puis
-faire valoir les raisons qui, au nom du goût, militent en faveur de la
-conservation de la belle<span class="pagenum"><a name="Page_419" id="Page_419">[p. 419]</a></span> fontaine<a name="NoteRef_545_534" id="NoteRef_545_534"></a><a href="#Note_545_534" class="fnanchor">[545]</a> et de l'allée; mais il ne m'est
-pas interdit de faire des vœux sincères pour que le président du
-Sénat et les sénateurs adressent à l'Empereur des demandes, et, s'il le
-faut, des supplications, pour que le projet de la Ville soit modifié
-dans le sens de celui de M. de Gisors.»</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>23 <i>décembre.&mdash;Sujets des Mille et une Nuits</i>:</p>
-
-<p><i>Le sultan Shariar</i>, revenant pour dire adieu à sa femme, <i>la trouve
-dans les bras d'un de ses officiers.</i> Il tire son sabre, etc.</p>
-
-<p><i>Shahzenan et Shariar montés sur l'arbre</i>; la jeune dame assise au
-bas, ayant sur ses genoux la tête du géant endormi, leur fait signe de
-descendre (leur frayeur).</p>
-
-<p><i>L'histoire du médecin Douba</i>: la tête coupée qui parle, le corps par
-terre, le bourreau son sabre à la main, les assistants effrayés et le
-roi grec avec le livre empoisonné sur ses genoux, dont il sent déjà les
-effets, et qui chancelle sur son trône.</p>
-
-<p><i>Le roi des îles Noires</i> (dans l'histoire du pêcheur) furieux de la
-tendresse de sa femme pour le noir, son amant, qu'il avait lui-même
-blessé et qui est là couché, tire son sabre pour la tuer: elle l'arrête
-par son geste et le rend moitié homme, moitié marbre.</p>
-
-<p><i>Histoire du premier calender.</i> Ayant été visiter le roi son oncle, son
-cousin le mène dans un tombeau<span class="pagenum"><a name="Page_420" id="Page_420">[p. 420]</a></span> qu'il fait bâtir avec plâtre, truelle,
-etc. (avec la dame de sa foi). Il ouvre une trappe, y fait descendre la
-dame, et, en y descendant, la congédie.</p>
-
-<p>Après que le calender s'est réfugié près de son oncle, ils cherchent
-ensemble le tombeau: ils y pénètrent dans une grande salle souterraine
-et trouvent sur un lit, dont les rideaux étaient fermés, les deux corps
-carbonisés du fils et de la sœur. Colonnes, lampes, provisions, etc.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>29 <i>décembre.&mdash;Sujets de Roméo</i>:</p>
-
-<p><i>La scène du bal</i>: Roméo en pèlerin baise la main de Juliette;
-promeneurs, musiciens, etc. Au moment où les invités se retirent,
-Tybalt, qui a reconnu Roméo, veut l'insulter, Capulet le retient. On
-voit les invités se retirer; vases et flambeaux, etc.</p>
-
-<p><i>Juliette et la nourrice</i>: celle-ci s'assied et diffère de répondre aux
-questions impatientes de Juliette.</p>
-
-<p><i>Mercutio tué par Tybalt</i>; ses malédictions. Roméo présent, il a voulu
-se jeter entre eux.</p>
-
-<p>La scène qui doit précéder celle-ci, celle du commencement, où une
-bagarre, commencée par la querelle des domestiques, dégénère en
-bataille générale des partisans des Capulets et des Montaigus. Le
-prince arrive au milieu du tumulte; Capulet et Montaigu, etc., etc.</p>
-
-<p><i>Roméo au désespoir chez le Père Laurence.</i> Il veut se tuer; la
-nourrice est présente.</p>
-
-<p>Autre <i>scène du bal</i>, pendant qu'on reconduit les<span class="pagenum"><a name="Page_421" id="Page_421">[p. 421]</a></span> invités; Juliette
-demande à la nourrice qui est le cavalier qui lui a parlé.</p>
-
-<p><i>Adieux de Roméo et de Juliette sur le balcon.</i></p>
-
-<p><i>Juliette, seule dans sa chambre</i>, boit le poison (la fiole).</p>
-
-<p><i>Roméo demandant du poison à l'apothicaire famélique.</i></p>
-
-<p><i>Roméo contemple Juliette couchée dans le tombeau ...</i> Autrement,
-il la tire du monument comme dans le petit tableau. En adoptant le
-dénouement de Shakespeare, on peut le faire contemplant Juliette avant
-de boire le poison. Le corps de Paris, alors étendu par terre, ajoute
-au pittoresque.</p>
-
-<p><i>Juliette réveillée se jette sur Roméo mourant ou mort.</i> Le corps de
-Paris, pareillement étendu un peu plus loin. On pourrait voir le Père
-Laurence, descendant par un escalier au fond, qui vient tout alarmé.</p>
-
-<p>Dernière scène: <i>Les parents réunis autour des corps des deux jeunes
-gens</i>; le prince, assistants, etc.</p>
-
-<p><i>Juliette à son balcon</i>, Roméo au bas; il lui envoie un baiser.</p>
-
-<hr class="b2" />
-<p><i>Sujets d'Ivanhoë</i>:</p>
-
-<p><i>Le pèlerin introduit près de lady Rowena</i>; elle est sur une espèce de
-trône; des femmes arrangent ses cheveux pour la nuit. Le pèlerin, un
-peu couvert d'un capuchon, s'agenouille devant elle. Elle fait apporter
-par ses femmes du vin et une coupe. Elle y trempe ses lèvres et la lui
-passe. C'est le moment où les<span class="pagenum"><a name="Page_422" id="Page_422">[p. 422]</a></span> femmes présentent le vin qu'il faut
-prendre. Dans le fond, d'autres femmes et un serviteur avec un flambeau
-qui attend. Il y a de grands flambeaux allumés dans l'appartement.</p>
-
-<p><i>Ivanhoë couronné par lady Rowena au tournoi.</i> Il s'évanouit presque,
-les juges courent retirer son casque. Dans le fond d'un côté, le duc
-voit avec étonnement ce qui se passe. On peut aussi voir le prince Jean.</p>
-
-<p><i>L'ermite de Copmanhurst</i><a name="NoteRef_546_535" id="NoteRef_546_535"></a><a href="#Note_546_535" class="fnanchor">[546]</a>.</p>
-
-<p><i>Les écuyers viennent conduire à Ivanhoë tes chevaux et les armes de
-leur maître.</i> Il est devant sa tente.</p>
-
-<p><i>La scène dans la forêt</i>, où Cédric, Athelstas, Rowena et leurs gens
-s'arrêtent en entendant les gémissements d'Isaac et de Rebecca.
-Celle-ci vient baiser le bas de la robe de Rowena encore à cheval,
-ainsi que les autres (Walter Scott les faisait descendre). On voit au
-bord de la route la litière où se trouve Ivanhoë qu'on peut apercevoir.</p>
-
-<p><i>Gurth attaché sur un cheval</i>, etc.</p>
-
-<p><i>Isaac dans le caveau avec Front de Bœuf.</i></p>
-
-<p><i>Le Templier vient enlever Rebecca</i> dans la chambre d'Ivanhoë; fureur
-impuissante de celui-ci.</p>
-
-<p><i>Front de Bœuf brûlant dans son lit.</i></p>
-
-<p><i>Le pèlerin éveillant le Juif.</i></p>
-
-<p><i>Gurth et Wamba voyant venir la caravane.</i></p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_423" id="Page_423">[p. 423]</a></span></p>
-
-<p><i>Le chevalier dans la cabane de l'ermite.</i></p>
-
-<p><i>Isaac devant Beaumanoir et Conrad présentant la lettre.</i></p>
-
-<p><i>Ulrique racontant son histoire à Cédric.</i></p>
-
-<p><i>Rebecca enlevée par les Africains</i>; Boisguilbert les suit, etc.</p>
-
-<p>La scène du <i>Jugement de la Juive</i>: un témoin dépose.</p>
-
-<p><i>L'apparition d'Athelstas en fantôme devant Cédric</i>, Richard, les dames.</p>
-
-<p><i>Athelstas sortant du caveau et trouvant à table le sacristain et
-l'ermite.</i></p>
-
-<p><i>Mort de Boisguilbert.</i> Le grand maître descendu de son siège. Rebecca
-un peu plus loin et son père près d'elle. Gardes, trompettes, peuple,
-échafauds.</p>
-
-<p><i>Isaac et sa fille chez eux</i>; flambeaux, ameublement. On introduit
-Gurth, qui compte l'argent, ou plutôt le Juif le compte. Rebecca sur un
-sofa.</p>
-
-<p><i>Rebecca le fait venir dans sa chambre</i>; elle lui donne une bourse;
-elle le congédie; le domestique juif l'éclairé. Wamba et Athelstas
-devant Front de Bœuf.</p>
-
-<p><i>Le Templier et Rebecca dans la tour.</i></p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>31 <i>décembre.</i>&mdash;Sous ce titre: <i>Cours de dessin</i>, mettre les <i>Études
-d'après nature, d'après les maîtres. Études d'animaux de toutes sortes.
-Études d'après l'antique.&mdash;Anatomie</i> et même <i>paysage</i>, le tout
-<i>photographie.</i></p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_424" id="Page_424">[p. 424]</a></span></p>
-
-<p>Réunir sous ce titre: <i>Illustrations</i>, d'après Walter Scott et L.
-Byron, les compositions tirées de leurs ouvrages et sur divers sujets
-ne pouvant faire des ouvrages séparés comme le <i>Faust</i> et l'<i>Hamlet.</i></p>
-
-<p>De même pour Gœthe. Ainsi aux compositions déjà faites pour le
-<i>Berlichingen</i>, seraient jointes celles qui ne sont qu'en projet et
-sans prétention à un genre d'exécution semblable.</p>
-
-<p>De même pour Shakespeare. Ainsi <i>Othello, Roméo et Juliette, Antoine et
-Cléopâtre, Henri IV</i>, etc.</p>
-
-<hr class="b2" />
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_545_534" id="Note_545_534"></a><a href="#NoteRef_545_534"><span class="label">[545]</span></a> La fontaine de Médicis au jardin du Luxembourg.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_546_535" id="Note_546_535"></a><a href="#NoteRef_546_535"><span class="label">[546]</span></a> Delacroix s'était déjà occupé de ce sujet. (Voir
-<i>Catalogue Robaut</i>, n° 567.)</p>
-
-<hr class="chap" />
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_425" id="Page_425">[p. 425]</a></span></p></div>
-
-
-
-
-<h3><a name="c1861" id="c1861">1861</a></h3>
-
-
-<p>1<sup>er</sup> <i>janvier.</i>&mdash;J'ai commencé cette année en poursuivant mon
-travail de l'église comme à l'ordinaire; je n'ai fait de visites que
-par cartes, qui ne me dérangent point, et j'ai été travailler toute la
-journée; heureuse vie! Compensation céleste de mon isolement prétendu!
-Frères, pères, parents de tous les degrés, amis vivant ensemble se
-querellent et se détestent plus ou moins sans un mot que trompeur.</p>
-
-<p>La peinture me harcèle et me tourmente de mille manières à la vérité,
-comme la maîtresse la plus exigeante; depuis quatre mois, je fuis dès
-le petit jour et je cours à ce travail enchanteur, comme aux pieds
-de la maîtresse la plus chérie; ce qui me paraissait de loin facile
-à surmonter me présente d'horribles et incessantes difficultés; mais
-d'où vient que ce combat éternel, au lieu de m'abattre, me relève; au
-lieu de me décourager, me console et remplit mes moments, quand je l'ai
-quitté? Heureuse compensation de ce que les belles années ont emporté
-avec elles; noble emploi des instants de la vieillesse qui m'assiège
-déjà<span class="pagenum"><a name="Page_426" id="Page_426">[p. 426]</a></span> de mille côtés, mais qui me laisse pourtant encore la force de
-surmonter les douleurs du corps et les peines de l'âme!</p>
-
-<p>&mdash;Sur les <i>luisants jaunâtres dans les chairs.</i>&mdash;Je trouve dans un
-calepin, à la date du 11 octobre 1852<a name="NoteRef_547_536" id="NoteRef_547_536"></a><a href="#Note_547_536" class="fnanchor">[547]</a>, une expérience que je
-faisais sur des figures (de l'Hôtel de ville) rougeâtres ou violâtres,
-en risquant des luisants de <i>jaune de Naples.</i> Bien que ce soit contre
-la loi qui veut les luisants froids, en les mettant jaunes sur des tons
-de chairs violets, le contraste fait que l'effet est produit.&mdash;Dans la
-<i>Kermesse</i>, etc.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>15 <i>janvier.</i>&mdash;J'écris entre autres choses à Berryer: «<i>Finir</i> demande
-un cœur d'acier: il faut prendre un parti surtout, et je trouve des
-difficultés où je n'en prévoyais point. Pour tenir à cette vie, je me
-couche de bonne heure, sans rien faire d'étranger à mon propos, et ne
-suis soutenu, dans ma résolution de me priver de tout plaisir, et au
-premier rang celui de rencontrer ceux que j'aime, que par l'espoir
-d'achever. Je crois que j'y mourrai. C'est dans ce moment que vous
-apparaît votre propre faiblesse, et combien ce que l'homme appelle
-un ouvrage <i>fini</i> ou <i>complet</i> contient de parties incomplètes ou
-impossibles à compléter.»</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>16 <i>janvier.</i>&mdash;Sur Charlet.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_427" id="Page_427">[p. 427]</a></span></p>
-
-<p>En voyant un <i>Empereur à cheval</i>, de lui, <i>pataugeant dans un marais</i>,
-d'un fini malheureux, en comparaison du sublime <i>Menuet</i>, et autres
-ouvrages de son premier temps, qui est incomparablement le plus beau,
-je note qu'un talent n'est jamais stationnaire. S'il se transforme
-forcément, il n'arrive guère que la naïveté persiste. Racine en est un
-exemple.</p>
-
-<p>Ce même jour, je mets à côté des plus beaux croquis de Raphaël ce même
-<i>Menuet.</i> Il ne perd rien. Cela me rappelle la pensée de Montesquieu:
-«Deux beautés médiocres se défont; deux grandes beautés se font valoir
-et brillent à l'envi l'une de l'autre.» (Vérifier ces termes.)</p>
-
-<hr class="b2" />
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_547_536" id="Note_547_536"></a><a href="#NoteRef_547_536"><span class="label">[547]</span></a> Voir t. II, p. 125.</p></div>
-
-<hr class="b2" />
-
-<p>4 <i>avril.</i>&mdash;J'ai été voir le vieux Forster<a name="NoteRef_548_537" id="NoteRef_548_537"></a><a href="#Note_548_537" class="fnanchor">[548]</a> en sortant de
-Saint-Philippe à trois heures. Le pauvre homme a le bras cassé et mille
-accidents qui ont compliqué son accident. Il me dit qu'il s'est retiré
-de bonne heure de la lice, et il blâme les artistes qui s'exposent trop
-longtemps à la critique.</p>
-
-<p>Il a raison, si véritablement la décadence est un effet constant de
-l'âge avancé. Il avait, du reste, une raison excellente de s'abstenir
-de bonne heure du travail de sa profession, qu'il m'a dit tout
-simplement lui avoir été antipathique toute sa vie, et qu'il n'avait
-embrassée que sur la volonté expresse<span class="pagenum"><a name="Page_428" id="Page_428">[p. 428]</a></span> de ses parents auxquels il ne se
-sentit pas le courage de résister.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>24 <i>avril.</i>&mdash;Dîné chez M. de Morny.</p>
-
-<p>Demander à M. Buon à voir les moulages antiques de M. Ravaisson.</p>
-
-<hr class="b2" />
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_548_537" id="Note_548_537"></a><a href="#NoteRef_548_537"><span class="label">[548]</span></a> <i>François Forster</i> (1790-1872), graveur, grand prix de
-Rome en 1814, auteur d'un grand nombre de planches devenues classiques.
-Il était membre de l'Académie des Beaux-Arts depuis 1844.</p></div>
-
-<hr class="b2" />
-
-<p><i>Augerville</i>, 7 <i>septembre.</i>&mdash;De Mlle de Lespinasse. Elle parle de
-Diderot: «C'est un homme fort extraordinaire; il n'est pas à sa place
-dans la société.»</p>
-
-<hr class="chap" />
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_429" id="Page_429">[p. 429]</a></span></p>
-
-
-
-
-<h3><a name="c1862" id="c1862">1862</a></h3>
-
-
-<p>24 <i>janvier.</i>&mdash;Riesener venu avec sa fille aînée.</p>
-
-<p>Je lui ai prêté deux aquarelles:</p>
-
-<p>1° <i>La cour de M. Bell</i> à Tanger.</p>
-
-<p>2° <i>L'église de Valmont</i>, le fond très soigné. Vitraux, etc., avec
-gouache. Le tout dans un carton.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>25 <i>janvier.&mdash;Tobie rend la vue à son père.</i></p>
-
-<p><i>Le Christ prêchant dans la barque.</i></p>
-
-<hr class="b2" />
-
-<p>11 <i>mars.</i>&mdash;Localité du clair de l'enfant de la <i>Médée: vermillon,
-indigo, blanc.</i></p>
-
-<p>Localité de l'ombre: <i>vermillon, blanc, vert de zinc</i>; ton frais de
-clair: <i>laque, blanc, ocre jaune, blanc.</i></p>
-
-
-<p>Prêté à Riesener: Aquarelles:</p>
-
-<p>1° <i>Entrée du bois à Valmont</i> sur le haut de la colline,
-<span class="pagenum"><a name="Page_430" id="Page_430">[p. 430]</a></span>arbres gouachés.</p>
-
-<p>2° Dans le même endroit, avec le banc de jardin et clairs également
-gouaches.</p>
-
-<p>3° Un <i>Bord du lac.</i></p>
-
-<p>4° Une feuille sur laquelle sont deux sujets, dont une <i>Vue de
-Tancarville.</i></p>
-
-<hr class="b2" />
-
-<p><i>Augerville</i>, 9 <i>octobre</i><a name="NoteRef_549_538" id="NoteRef_549_538"></a><a href="#Note_549_538" class="fnanchor">[549]</a>.&mdash;Arrivé le mardi.</p>
-
-<p>Il ne faut pas être injuste pour notre nation. Elle a présenté
-de nos jours, dans les arts, un phénomène dont je ne connais pas
-d'exemple ailleurs. Après les merveilles de la Renaissance, qui a vu
-particulièrement la sculpture égaler, surpasser même la sculpture
-italienne, la France, il faut le dire, a subi la décadence dont
-l'Italie lui donnait l'exemple, comme elle lui avait donné celui de ses
-chefs-d'œuvre. Le règne des Carrache, très glorieux encore, a amené
-pour l'Italie, comme pour la France, une série d'écoles abâtardies
-dont le Vanloo a été le dernier mot. Il était réservé à notre pays de
-ramener à son tour le goût du simple et du beau. Les ouvrages de nos
-philosophes avaient réveillé le sentiment de la nature et le culte des
-anciens. David résuma, dans ses peintures, ce double résultat. Il est
-difficile de se figurer ce que fût devenue dans ses mains une nouveauté
-si hardie pour l'époque où elle se produisit, s'il eût possédé les
-qualités extraordinaires d'un Michel-Ange ou d'un Raphaël. Elle fut
-toutefois d'une portée immense au milieu du renouvellement général
-des idées et de la politique. De grands artistes continuèrent David,
-et<span class="pagenum"><a name="Page_431" id="Page_431">[p. 431]</a></span> quand cet héritage, tombé dans des mains moins habiles, sembla
-atteint de la langueur dont les plus belles écoles ont donné tour à
-tour l'exemple, un second renouvellement, semblable pour la fécondité
-des idées qu'il venait remuer à celui qu'avait opéré David, montra
-des faces de l'art toutes nouvelles dans l'histoire de la peinture.
-Après Gros, issu de David, mais original par tant de côtés, Prud'hon
-alliant la noblesse de l'antique à la grâce des Léonard et des Corrège,
-Géricault, plus romantique et plus épris à la fois de la vigueur des
-Florentins, ouvraient des horizons infinis et autorisaient toutes les
-nouveautés.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>12 <i>octobre.</i>&mdash;Dieu est en nous. C'est cette présence intérieure qui
-nous fait admirer le beau, qui nous réjouit quand nous avons bien
-fait et nous console de ne pas partager le bonheur du méchant. C'est
-lui sans doute qui fait l'inspiration dans les hommes de génie et qui
-les enchante au spectacle de leurs propres productions. Il y a des
-hommes de vertu comme des hommes de génie; les uns et les autres sont
-inspirés et favorisés de Dieu. Le contraire serait donc vrai: il y
-aurait donc des natures chez lesquelles l'inspiration divine n'agit
-point, qui commettent le crime froidement, qui ne se réjouissent jamais
-à la vue de l'honnête et du beau. Il y a donc des favoris de l'Être
-éternel. Le malheur qui semble souvent, et trop souvent, s'attacher
-à ces grands cœurs ne les<span class="pagenum"><a name="Page_432" id="Page_432">[p. 432]</a></span> fait pas heureusement succomber dans
-leur court passage: la vue des méchants comblés des dons de la fortune
-ne doit point les abattre; que dis-je? ils sont consolés souvent en
-voyant l'inquiétude, les terreurs qui assiègent les êtres mauvais, leur
-rendent amères leurs prospérités. Ils assistent souvent, dès cette
-vie, à leur supplice. Leur satisfaction intérieure d'obéir à la divine
-inspiration est une récompense suffisante: le désespoir des méchants
-traversés dans leurs injustes jouissances est...<a name="NoteRef_550_539" id="NoteRef_550_539"></a><a href="#Note_550_539" class="fnanchor">[550]</a>.</p>
-
-<hr class="b2" />
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_549_538" id="Note_549_538"></a><a href="#NoteRef_549_538"><span class="label">[549]</span></a> Cette lettre du 9 octobre et la suivante du 12 octobre
-se trouvent sur un carnet contenant des croquis pris à Augerville et
-appartenant à M. Chéramy.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_550_539" id="Note_550_539"></a><a href="#NoteRef_550_539"><span class="label">[550]</span></a> Inachevé dans le manuscrit.</p>
-
-<hr class="chap" />
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_433" id="Page_433">[p. 433]</a></span></p></div>
-
-
-
-
-<h3><a name="c1863" id="c1863">1863</a></h3>
-
-
-<p>1<sup>er</sup> <i>février</i><a name="NoteRef_551_540" id="NoteRef_551_540"></a><a href="#Note_551_540" class="fnanchor">[551]</a>.&mdash;<i>La reine de Saba</i> (au crayon).</p>
-
-<hr class="b2" />
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_551_540" id="Note_551_540"></a><a href="#NoteRef_551_540"><span class="label">[551]</span></a> Extrait d'un agenda portant la date de 1863 et resté
-entre les mains de Jenny Le Guillou.</p></div>
-
-
-<hr class="b2" />
-
-<p>5 <i>mars.</i>&mdash;Aujourd'hui, envoyé à M. Laguerre 200 francs pour solde
-de tout arriéré<a name="NoteRef_552_541" id="NoteRef_552_541"></a><a href="#Note_552_541" class="fnanchor">[552]</a>.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>26 <i>mars.</i>&mdash;Carrier, qui est venu me voir, m'a promis des Alken<a name="NoteRef_553_542" id="NoteRef_553_542"></a><a href="#Note_553_542" class="fnanchor">[553]</a>.</p>
-
-<hr class="b2" />
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_552_541" id="Note_552_541"></a><a href="#NoteRef_552_541"><span class="label">[552]</span></a> On trouve collée à la page la note du docteur Laguerre,
-avec ces mots de la main de Delacroix: «Payé à M. Laguerre le 5 mars
-1863. E. D.»</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_553_542" id="Note_553_542"></a><a href="#NoteRef_553_542"><span class="label">[553]</span></a> Note écrite au crayon.</p></div>
-
-<hr class="b2" />
-
-<p>13 <i>avril.</i>&mdash;Aujourd'hui, M. Burty a emporté, pour faire des essais
-lithographiques, quatre dessins ou calques, dont une feuille avec la
-<i>Femme tenant un miroir</i><a name="NoteRef_554_543" id="NoteRef_554_543"></a><a href="#Note_554_543" class="fnanchor">[554]</a>, croquis à la plume; un calque sur papier
-huilé, qui m'a servi pour la <i>Muse au cygne</i>, à l'Hôtel de ville.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>14 <i>avril.&mdash;Sur le Beau.</i> C'est toujours une<span class="pagenum"><a name="Page_434" id="Page_434">[p. 434]</a></span> question sur laquelle il
-est difficile de se mettre d'accord; le terme n'est nullement défini,
-il est entendu qu'il n'est question que du Beau dans les arts. Le
-Beau de la peinture au fond et de tous les autres arts, à la façon
-dont je crois qu'on doit le comprendre, serait bien la même chose;
-néanmoins...<a name="NoteRef_555_544" id="NoteRef_555_544"></a><a href="#Note_555_544" class="fnanchor">[555]</a>.</p>
-
-<p>Je trouve dans mes calepins cette définition de Mercey, qui tranche
-l'équivoque entre la beauté qui ne consiste que dans les lignes pures,
-et celle qui consiste dans l'impression sur l'imagination par tout
-autre moyen: <i>Le Beau est Le vrai idéalisé</i><a name="NoteRef_556_545" id="NoteRef_556_545"></a><a href="#Note_556_545" class="fnanchor">[556]</a>.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>17 <i>avril.</i>&mdash;La D... venue.</p>
-
-<p>Dutilleux est venu ensuite. Il a vu <i>Macbeth</i><a name="NoteRef_557_546" id="NoteRef_557_546"></a><a href="#Note_557_546" class="fnanchor">[557]</a>, qui lui a paru
-abominable... Décoration, costumes, fantasmagorie complète, et rien
-de l'âme du grand Anglais. Rien n'est traduit; il est sorti désolé. À
-quelques jours de là, il a vu <i>Britannicus</i>, par les mêmes acteurs;
-il croyait renaître, il était ravi par ce style, cette force et cette
-simplicité.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>23 <i>avril.</i>&mdash;J'ai dîné chez Bertin, comme toujours avec plaisir; j'y
-ai trouvé Antony Deschamps<a name="NoteRef_558_547" id="NoteRef_558_547"></a><a href="#Note_558_547" class="fnanchor">[558]</a>; c'est le seul homme avec lequel je
-parle musique avec plaisir, parce qu'il aime Cimarosa autant que moi.
-Je<span class="pagenum"><a name="Page_435" id="Page_435">[p. 435]</a></span> lui disais que le grand inconvénient de la musique était l'absence
-d'imprévu par l'accoutumance qu'on prend des morceaux. Le plaisir que
-donnent les belles parties s'affaiblit par cette absence d'imprévu, et
-l'attente où vous êtes des parties faibles et des longueurs que vous
-connaissez également, peut changer en une sorte de martyre l'audition
-d'un morceau qui vous a ravi la première fois, alors que les endroits
-négligés passaient avec les autres et servaient presque de lien à la
-composition. La peinture, qui ne vous prend pas à la gorge et dont vous
-pouvez détourner les yeux à volonté, n'offre pas cet inconvénient; vous
-voyez tout à la fois et au contraire vous vous habituez dans un tableau
-qui vous plaît à ne regarder que les belles parties dont on ne peut se
-lasser.</p>
-
-<p>Il y avait là un M. Trélat avec une voix charmante... Mais pourquoi ces
-gens-là n'ont-ils jamais, avec leur belle voix, l'idée de vous chanter
-de belle musique? Antoni me disait que toute la musique d'aujourd'hui
-se ressemblait. Tout cela est petit, coquet. L'élégie nous inonde là
-comme partout: peinture, littérature, théâtre.</p>
-
-<p>Un compositeur fait un <i>Faust,</i> et il n'oublie que l'<i>Enfer</i>; le
-caractère principal d'un semblable sujet, cette terreur mêlée au
-comique, il ne s'en est pas douté.</p>
-
-<p><i>Don Juan</i> est compris autrement; je vois toujours au-dessus du
-libertin la griffe du diable qui l'attend.</p>
-
-<hr class="b2" />
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_554_543" id="Note_554_543"></a><a href="#NoteRef_554_543"><span class="label">[554]</span></a> Voir <i>Catalogue Robaut</i>, n° 1323.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_555_544" id="Note_555_544"></a><a href="#NoteRef_555_544"><span class="label">[555]</span></a> Le manuscrit est inachevé.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_556_545" id="Note_556_545"></a><a href="#NoteRef_556_545"><span class="label">[556]</span></a> Voir t. III, p. <a href="#Page_336">336</a> et <a href="#Page_337">337</a>.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_557_546" id="Note_557_546"></a><a href="#NoteRef_557_546"><span class="label">[557]</span></a> <i>Macbeth</i>, traduction en vers de <i>Jules Lacroix</i>,
-représentée à l'Odéon en février 1863.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_558_547" id="Note_558_547"></a><a href="#NoteRef_558_547"><span class="label">[558]</span></a> Voir t. II, p. 311.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_436" id="Page_436">[p. 436]</a></span></p></div>
-
-<hr class="b2" />
-
-<p>4 <i>mai.</i>&mdash;Le système, tant prôné par les romantiques, du mélange
-du comique et du tragique comme le pratique Shakespeare, peut être
-apprécié comme on voudra. Le génie de Shakespeare a droit d'y
-accoutumer l'esprit par la force, par la franchise des intentions
-et la grandeur du plan, mais je crois ce genre interdit à un génie
-secondaire; nous devons à cette maladroite intention nombre de
-mauvaises pièces et de mauvais romans: les meilleurs parmi ces
-derniers, pendant ces trente dernières années, en sont furieusement
-gâtés: ceux de Dumas, ceux de Mme Sand, etc.</p>
-
-<p>Mais ce n'est pas le seul inconvénient que la littérature moderne
-présente à cet endroit; on n'écrit pas aujourd'hui un sermon, un
-voyage, un rapport même sur la première affaire venue où on ne prenne
-tour à tour tous les tons. Thiers lui-même, dans sa belle histoire,
-et tout imbu qu'il est des traditions et des grands exemples de
-notre langue, n'a pu résister à ces péroraisons, fins de chapitres,
-réflexions entachées du style pleurard et sentimental. Un homme qui
-écrit un voyage décrit tous les couchers de soleil, tous les paysages
-qu'il rencontre avec un comique attendrissant, qu'il croit fait pour
-gagner le lecteur. Ce mélange des styles dans chaque morceau est pour
-ainsi dire à chaque ligne. «Et on écrit aujourd'hui, dit Voltaire,
-des histoires en style d'opéra-comique», etc. <i>Il est bon que chaque
-chose soit à sa place.</i> Quand cet homme étonnant écrit la <i>Pucelle</i>,
-il ne tire pas le lecteur du style léger et badin, il ne sort<span class="pagenum"><a name="Page_437" id="Page_437">[p. 437]</a></span> pas du
-ton de la plaisanterie; quand, au contraire, dans l'<i>Essai sur les
-mœurs</i>, il consacre à la Pucelle une page éloquente, il ne montre
-que l'admiration et le regret pour l'héroïne, sans toutefois le faire
-dans un style d'une apologie emphatique ou d'une oraison funèbre.</p>
-
-<p>On ne peut lire aujourd'hui une comédie ou un vaudeville sans avoir son
-mouchoir à la main, pour s'essuyer les yeux aux passages où l'auteur a
-voulu s'adresser à la sensibilité de son lecteur.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p><i>Vendredi</i>, 8 <i>mai.</i>&mdash;J'écris à Dutilleux:</p>
-
-<p>«Mon cher ami, quand j'ai vu avant-hier dans vos mains et sous vos yeux
-la petite esquisse de <i>Tobie</i><a name="NoteRef_559_548" id="NoteRef_559_548"></a><a href="#Note_559_548" class="fnanchor">[559]</a>, elle m'a paru misérable, quoique
-cependant je l'eusse faite avec plaisir. Enfin, quoi qu'il en soit de
-cette impression, je me suis rappelé après votre départ que vous aviez
-regardé avec plaisir le <i>Petit lion</i><a name="NoteRef_560_549" id="NoteRef_560_549"></a><a href="#Note_560_549" class="fnanchor">[560]</a> qui était sur un chevalet. Je
-souhaite bien ne pas me tromper en pensant qu'il a pu vous plaire: je
-vous l'aurais envoyé tout de suite sans les petites touches nécessaires
-à son achèvement et que j'ai faites hier. Recevez-le avec le même
-plaisir que j'ai à vous l'envoyer, et vous me rendrez bien heureux.</p>
-
-<p>«Il est encore frais dans de certaines parties: évitez la poussière
-pendant deux ou trois jours.»</p>
-
-<hr class="b2" />
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_559_548" id="Note_559_548"></a><a href="#NoteRef_559_548"><span class="label">[559]</span></a> Voir <i>Catalogue Robaut</i>, n° 1450.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_560_549" id="Note_560_549"></a><a href="#NoteRef_560_549"><span class="label">[560]</span></a> Voir <i>Catalogue Robaut</i>, n° 1449.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_438" id="Page_438">[p. 438]</a></span></p></div>
-
-<hr class="b2" />
-
-<p><i>Champrosay</i>, 16 <i>juin.</i>&mdash;Revenu à Champrosay après mes quinze jours de
-maladie.</p>
-
-<p class="center">*</p>
-
-<p>22 <i>juin</i><a name="NoteRef_561_550" id="NoteRef_561_550"></a><a href="#Note_561_550" class="fnanchor">[561]</a>.&mdash;(Au crayon.) Le premier mérite d'un tableau est d'être
-une fête pour l'œil. Ce n'est pas à dire qu'il n'y faut pas de la
-raison: c'est comme les beaux vers;... toute la raison du monde ne les
-empêche pas d'être mauvais, s'ils choquent l'oreille. On dit: <i>avoir de
-l'oreille</i>; tous les yeux ne sont pas propres à goûter les délicatesses
-de la peinture. Beaucoup ont l'œil faux ou inerte; ils voient
-littéralement les objets, mais l'exquis, non.</p>
-
-<hr class="b2" />
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_561_550" id="Note_561_550"></a><a href="#NoteRef_561_550"><span class="label">[561]</span></a> C'est la dernière des notes qu'on ait retrouvées sur les
-calepins de Delacroix, qui mourut le 13 août suivant.</p></div>
-
-
-<h4>FIN DU TOME TROISIÈME.</h4>
-
-<hr class="full" />
-
-
-<p>TABLE CHRONOLOGIQUE DES TROIS VOLUMES<br />
-DU JOURNAL D'EUGÈNE DELACROIX</p>
-
-<p>
-TOME PREMIER<br />
-<br />
-(1822-1849)<br />
-<br />
-1822 <span class="linenum">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;1</span><br />
-1823 <span class="linenum">&nbsp;&nbsp;28</span><br />
-1824 <span class="linenum">&nbsp;&nbsp;50</span><br />
-1825 <span class="linenum">140</span><br />
-1830 <span class="linenum">142</span><br />
-1832 (Voyage au Maroc) <span class="linenum">143</span><br />
-1834 <span class="linenum">193</span><br />
-1840 <span class="linenum">195</span><br />
-1843 <span class="linenum">198</span><br />
-1844 <span class="linenum">202</span><br />
-1846 <span class="linenum">218</span><br />
-1847 <span class="linenum">235</span><br />
-1849 <span class="linenum">337</span><br />
-<br />
-TOME II<br />
-<br />
-(1850-1854)<br />
-<br />
-1850 <span class="linenum">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;1</span><br />
-1851 <span class="linenum">&nbsp;&nbsp;46</span><br />
-1852 <span class="linenum">&nbsp;&nbsp;69</span><br />
-1853 <span class="linenum">139</span><br />
-1854 <span class="linenum">305</span><br />
-<br />
-TOME III<br />
-<br />
-(1855-1803)<br />
-<br />
-<a href="#c1855">1855</a> <span class="linenum">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;1</span><br />
-<a href="#c1856">1856</a> <span class="linenum">123</span><br />
-<a href="#c1857">1857</a> <span class="linenum">189</span><br />
-<a href="#c1858">1858</a> <span class="linenum">304</span><br />
-<a href="#c1859">1859</a> <span class="linenum">352</span><br />
-<a href="#c1860">1860</a> <span class="linenum">363</span><br />
-<a href="#c1861">1861</a> <span class="linenum">425</span><br />
-<a href="#c1862">1862</a> <span class="linenum">429</span><br />
-<a href="#c1863">1863</a> <span class="linenum">433</span><br />
-</p>
-
-<hr class="chap" />
-<h5>
-TABLE ALFABÉTHIQUE DES NOMS ET DES ŒUVRES<br />
-CITÉS DANS LE JOURNAL D'EUGÈNE DELACROIX.<br />
-</h5>
-
-<p style="margin-left: 15%;">
-A<br />
-<br />
-ABADIE, modèle de Delacroix, I, 104.<br />
-ABD-EL-KADER, II, 393.<br />
-<i>Abigaïl vient apaiser David par des présents</i>, projet de tableau<br />
-<span style="margin-left: 1em;">de Delacroix, I, 335.</span><br />
-ABOVILLE (vicomte D'), ami et voisin de Berryer, II, 485.<br />
-ABOU, pacha marocain, I, 162, 166, 175, 179, 182.<br />
-ABOUT (Edmond), homme de lettres, III, <a href="#Page_176">176</a>, <a href="#Page_179">179</a>, <a href="#Page_181">181</a> et note 3.<br />
-ABRAHAM, juif du Maroc, I, 152, 157, 163, 174, 175, 183.<br />
-ABRANTÈS (duchesse D'), III, <a href="#Page_315">315</a> et note 2.<br />
-<i>Abrégé de la vie des peintres</i>, par Roger de Piles, I, 419, note.<br />
-<i>Abreuvoir au Maroc</i>, toile de Delacroix, III, <a href="#Page_401">401</a>.<br />
-ACHILLE, II, 301, 302; III, <a href="#Page_418">418</a>.<br />
-<i>Acteurs de Tanger</i>, étude de Delacroix, I, 214.<br />
-ADAM (Adolphe), compositeur, I, 317; II, 225 et note 2.<br />
-ADAM (Lambert-Sigisbert), sculpteur, III, <a href="#Page_281">281</a>, note 2.<br />
-<i>Adam et Ève</i>, composition d'Albert Dürer, I, 353.<br />
-<i>Adam et Ève</i>, toile de Delacroix, I, 306; II, 286 et note 4.<br />
-<i>Adam et Ève</i>, peinture décorative de la bibliothèque du Palais-Bourbon,<br />
-<span style="margin-left: 1em;">par Delacroix, I, 257,&mdash;toile d'après la même peinture, III, <a href="#Page_292">292</a>.</span><br />
-<i>Adam et Ève chassés du Paradis</i>, toile de Delacroix, II, 135.<br />
-<i>Adam et Ève se cachant après le péché</i>, chaire sculptée à<br />
-<span style="margin-left: 1em;">Notre-Dame d'Answyck, à Malines, II, 25.</span><br />
-ADELINE, modèle de Delacroix, I, 92, 130.<br />
-<i>Adieux de Bornéo et Juliette</i>, toile de Delacroix, II,<br />
-<span style="margin-left: 1em;">273 note 1, 395 note.</span><br />
-<i>Adolphe</i>, roman de Benjamin Constant, I, 438, 442.<br />
-<i>Adoration des Mages</i>, toile de Rubens, musée de Bruxelles, II, 7, 34.<br />
-<i>Adoration des Rois</i>, toile de Rubens, église Saint-Jean,<br />
-<span style="margin-left: 1em;">à Malines, II, 22.</span><br />
-<i>Adoration des Rois</i>, tableau de l'école de David, église de<br />
-<span style="margin-left: 1em;">Chaillou, I, 372.</span><br />
-<i>Agapanthus</i> (l'), toile de Delacroix, I, 354 et note.<br />
-<i>Agnès de Méranie</i>, tragédie de Ponsard, I, 239 note.<br />
-<i>Agonie du Christ</i>, esquisse de Decamps, II, 175.<br />
-ALARD, violoniste, I, 270 note, 364 et note, II, 75, 76.<br />
-ALAUX (Jean), peintre, III, <a href="#Page_304">304</a>.<br />
-ALBERTHE, cousine d'Eugène Delacroix, I, 259 et note, 272, 358;<br />
-<span style="margin-left: 1em;">II, 220, 271, 276, 282, 302; III, <a href="#Page_25">25</a>, <a href="#Page_27">27</a>, <a href="#Page_67">67</a>, <a href="#Page_119">119</a>, <a href="#Page_124">124</a>, <a href="#Page_146">146</a>, <a href="#Page_182">182</a>.</span><br />
-ALBONI (Mme), cantatrice, II, 272, 351 note.<br />
-<i>Alcassar-el-Kebir</i>, aquarelle et tableau de Delacroix, I, 179.<br />
-ALEXANDRE (général), III, <a href="#Page_122">122</a>.<br />
-ALEXANDRE, roi de Macédoine, I, 201; II, 450; III, <a href="#Page_270">270</a>.<br />
-<i>Alexandre et les poèmes d'Homère</i>, peinture décorative de la<br />
-<span style="margin-left: 1em;">bibliothèque du Palais-Bourbon, par Delacroix, I, 257.</span><br />
-ALKAN, musicien et compositeur, I, 364 et note.<br />
-<i>Allée d'arbres</i>, toile de Rousseau, I, 303.<br />
-<i>Allégorie sur la Gloire</i>, croquis de Delacroix, II, 66 et note.<br />
-ALLIER (Antoine), sculpteur, I, 98 et note.<br />
-<i>Amateur</i> (l') <i>d'estampes</i>, peinture par Daumier, II, 62 note.<br />
-AMELOT DE LA HOUSSAYE, littérateur, I, 259 et note.<br />
-<i>Amende honorable</i> (l'), toile de Delacroix, I, 81 note.<br />
-<i>Ames du purgatoire</i> (les), toile de Rubens, musée d'Anvers, II, 27.<br />
-<i>Amphitryon</i>, comédie de Molière, III, <a href="#Page_164">164</a>.<br />
-<i>Anacréon</i>, fresque de Delacroix, à Valmont, I, 193 et note.<br />
-<i>Anastase, ou les Mémoires d'un Grec</i>, traduit de l'anglais, I, 107.<br />
-ANCELOT (Mme), femme de lettres, auteur des <i>Salons de Paris</i>, III, <a href="#Page_315">315</a>.<br />
-ANDRÉ DEL SARTE, maître florentin, I, 29.<br />
-ANDRIEU (Pierre), peintre, élève de Delacroix, I, 439 et note;<br />
-<span style="margin-left: 1em;">II, 36, 87 note 1, 98, 111, 124, 151, 266, 309 note, 374 et note,</span><br />
-<span style="margin-left: 1em;">379, 386; III, <a href="#Page_136">136</a>, <a href="#Page_159">159</a>, <a href="#Page_165">165</a>, <a href="#Page_186">186</a>, <a href="#Page_208">208</a>, <a href="#Page_292">292</a>, <a href="#Page_336">336</a> et note.&mdash;(Mme),</span><br />
-<span style="margin-left: 1em;">sa veuve, I, 426, note.</span><br />
-<i>Andromède</i>, toile de Delacroix, II, 137, 375; III, <a href="#Page_395">395</a>.<br />
-<i>Andromède</i>, groupe de Puget, musée du Louvre, I, 202 note 205.<br />
-<i>Ange Pitou</i>, roman d'Alexandre Dumas père, III, <a href="#Page_342">342</a> et note 1.<br />
-<i>Angélique délivrée par Roger</i>, tableau d'Ingres,<br />
-<span style="margin-left: 1em;">musée du Louvre, II, 318.</span><br />
-<i>Angélique et Médor</i>, toile de Delacroix, III, <a href="#Page_402">402</a>.<br />
-ANNIBEAU (Mme D'), amie de Berryer, III, <a href="#Page_185">185</a>, <a href="#Page_186">186</a>.<br />
-<i>Annuaire</i> de l'Académie de Bruxelles, III, <a href="#Page_358">358</a>.<br />
-ANTOINE (le Père), supérieur de la Trappe, III, <a href="#Page_58">58</a>, <a href="#Page_59">59</a>.<br />
-<i>Antoine et Cléopâtre</i>, tragédie de Shakespeare, III, <a href="#Page_424">424</a>.<br />
-<i>Antony</i>, drame d'Alexandre Dumas, II, 237, 408.<br />
-<i>Apollon et Marsyas</i>, peinture sur bois, attribuée<br />
-<span style="margin-left: 1em;">à Raphaël, musée du Louvre, III, <a href="#Page_306">306</a> et note.</span><br />
-<i>Apollon vainqueur du serpent Python</i>, plafond de la galerie d'Apollon,<br />
-<span style="margin-left: 1em;">au Louvre, par Delacroix, I, 448 note 505; II, 37 note, 54 et note, 66, 394.</span><br />
-<span style="margin-left: 1em;">&mdash;<i>Id.</i>, autres toiles de Delacroix, même sujet, II, 138, 291.</span><br />
-<i>Apothéose d'Homère</i>, plafond de Ingres, musée du Louvre, II, 317 note.<br />
-<i>Apothicaires</i> (les), petite toile de Watteau, III, <a href="#Page_316">316</a> note 3.<br />
-<i>Arabe accroupi</i>, toile de Delacroix, I, 408; II, 46.<br />
-<i>Arabe à cheval</i>, toile de Delacroix, I, 377.<br />
-<i>Arabe à l'affût du lion</i>, toile de Delacroix, II, 379 et note,<br />
-<span style="margin-left: 1em;">&mdash;dessin. II, 379 note,&mdash;croquis, II, 379 note.</span><br />
-<i>Arabe assis et son cheval près de lui</i>, petite toile de Delacroix,<br />
-<span style="margin-left: 1em;">II, 336 et note 1; III, <a href="#Page_136">136</a>, <a href="#Page_137">137</a>.</span><br />
-<i>Arabe blessé au bras et son cheval</i>, toile de Delacroix, III, <a href="#Page_348">348</a>.<br />
-<i>Arabe</i> (l') <i>et l'enfant à cheval</i>, toile de Delacroix,<br />
-<span style="margin-left: 1em;">II, 381 et note 3.</span><br />
-<i>Arabe escaladant des rochers pour surprendre un lion</i>, toile de<br />
-<span style="margin-left: 1em;">Delacroix, I, 385.</span><br />
-<i>Arabe qui va seller son cheval</i>, toile de Delacroix, III, <a href="#Page_162">162</a>, <a href="#Page_179">179</a>.<br />
-<i>Arabes autour du feu</i>, toile de Delacroix, III, <a href="#Page_402">402</a>.<br />
-<i>Arabes d'Oran</i>, I, 316.<br />
-ARAGO (François), I, 296 note 333; II, 255 et note.<br />
-ARAGO (Étienne), frère de François, II, 255 note; III, <a href="#Page_35">35</a> et note 1.<br />
-ARAGO (Emmanuel), fils de François, II, 255 note, 279, 312, 334; III, <a href="#Page_10">10</a>, <a href="#Page_26">26</a>.<br />
-ARAGO (Alfred), peintre, inspecteur général des Beaux-Arts, deuxième fils<br />
-<span style="margin-left: 1em;">de François, I, 296 et note 333, 303 note 346; II, 255 note.</span><br />
-ARAGON (D'), I, 243, 276.<br />
-<i>Archange saint Michel</i> (l') <i>terrassant</i><br />
-<span style="margin-left: 1em;"><i>le démon</i>, plafond de la chapelle des</span><br />
-<span style="margin-left: 1em;">Saints-Anges, à l'église Saint-Sulpice,</span><br />
-<span style="margin-left: 1em;">pur Delacroix, I, 411, note 479.</span><br />
-<i>Archimède tué par le soldat</i>, peinture<br />
-<span style="margin-left: 1em;">décorative de la bibliothèque du Palais-Bourbon,</span><br />
-<span style="margin-left: 1em;">par Delacroix, I, 258.</span><br />
-ARENBERG (galerie du due D'), II, 7.<br />
-ARÉTIN (l'), poète satirique italien, III, <a href="#Page_194">194</a> et note.<br />
-ARGENT (D'), II, 147.&mdash;(Mme D'), I, 390.<br />
-<i>Ariane</i>, petite toile de Delacroix, I, 376.<br />
-ARIOSTE (l'), poète italien, auteur de <i>Roland furieux</i>,<br />
-<span style="margin-left: 1em;">I, 232; II, 260, 261, 440, 441; III, <a href="#Page_138">138</a>, <a href="#Page_385">385</a>.</span><br />
-ARISTOTE, II, 180, 403.<br />
-<i>Aristote décrit les animaux que lui envoie Alexandre</i>,<br />
-<span style="margin-left: 1em;">peinture décorative de la bibliothèque du Palais-Bourbon,</span><br />
-<span style="margin-left: 1em;">par Delacroix, I, 258, 261 note 267; II, 92.</span><br />
-ARLINCOURT (vicomte D'), poète et romancier, II, 361 et note 2, 362.<br />
-<i>Armide</i>, opéra de Rossini, III, <a href="#Page_126">126</a>, <a href="#Page_127">127</a>.<br />
-<i>Armide arrivant au camp de Godefroi</i>,<br />
-<span style="margin-left: 1em;">projet de tableau de Delacroix, II, 309.</span><br />
-ARNOULD (Sophie), cantatrice, I, 272.<br />
-ARNOULD-PLESSY (Mme), comédienne, III, <a href="#Page_333">333</a>, <a href="#Page_334">334</a> et note 1.<br />
-ARNOUX, peintre et homme de lettres,<br />
-<span style="margin-left: 1em;">I, 274 et note 298, 281, 284, 297, 299;</span><br />
-<span style="margin-left: 1em;">II, 380 et note; III, <a href="#Page_40">40</a>.</span><br />
-ARPENTIGNY (D'), critique, I, 283, 310.<br />
-<i>Arsace et Isménie</i>, roman de Montesquieu, I, 395 et note 467.<br />
-<i>Aspasie</i>, toile de Delacroix, III, <a href="#Page_292">292</a>.<br />
-ASSELINE, secrétaire des commandements des<br />
-<span style="margin-left: 1em;">princes d'Orléans, I, 270 et note 284, 271, 298.</span><br />
-<i>Assumption</i> (l'), copie du tableau<br />
-<span style="margin-left: 1em;">du Poussin, à l'église de Fécamp, I, 399;</span><br />
-<span style="margin-left: 1em;">&mdash;toile de Rubens, musée de Bruxelles, II, 7, 34.</span><br />
-<i>Athalie</i>, tragédie de Racine, I, 359, 361; III, <a href="#Page_145">145</a>.<br />
-<i>Attila ramenant la barbarie sur l'Italie ravagée</i>,<br />
-<span style="margin-left: 1em;">peinture décorative de la bibliothèque du Palais-Bourbon,</span><br />
-<span style="margin-left: 1em;">par Delacroix, I, 257, 316 et note 369, 318 note 370, 325, 329 note 385.</span><br />
-AUBER, compositeur, I, 364; II, 75, 76, 378; III, <a href="#Page_141">141</a>,<br />
-<span style="margin-left: 1em;">note 3, 159, 181 et note 2.</span><br />
-AUBERNON (Mme), II, 279 et note 1.<br />
-AUBLÉ (le docteur), de Malesherbes, II, 484, 485.<br />
-AUBRY, marchand de tableaux, I, 307 et note.<br />
-AUDIFFRET (Charles-Louis D'), économiste et homme<br />
-<span style="margin-left: 1em;">politique, II, 375 et note 5; III, <a href="#Page_63">63</a>.</span><br />
-<i>Augerville</i>, propriété de Berryer,<br />
-<span style="margin-left: 1em;">près de Malesherbes, I, 56; II, 353, 355,</span><br />
-<span style="margin-left: 1em;">359 note 2, 367, 482, 492, 494; III, <a href="#Page_113">113</a>,</span><br />
-<span style="margin-left: 1em;"><a href="#Page_114">114</a>, <a href="#Page_116">116</a>, <a href="#Page_174">174</a>, <a href="#Page_177">177</a>, <a href="#Page_251">251</a>, <a href="#Page_292">292</a>, <a href="#Page_293">293</a>, <a href="#Page_319">319</a></span><br />
-<span style="margin-left: 1em;">note 1, <a href="#Page_331">331</a>, <a href="#Page_350">350</a>, <a href="#Page_397">397</a>, <a href="#Page_401">401</a>, <a href="#Page_427">427</a>, <a href="#Page_430">430</a>.</span><br />
-AUGIER (Émile), auteur dramatique, II, 378 et note 4; III, 129.<br />
-AUGUSTE (M.), sculpteur, ami de Delacroix, I, 135<br />
-<span style="margin-left: 1em;">et note 149, 136, 138, 239.</span><br />
-AURAS (Marie), modèle de Delacroix, I, 62.<br />
-AUTRAN (Joseph), poète, III, <a href="#Page_145">145</a> et note 1.<br />
-<br />
-B<br />
-<br />
-BABINET (Jacques), mathématicien, II, 297 et note 3.<br />
-<i>Bacchus</i>, fresque de Delacroix, à Valmont, I, 193 note 196.<br />
-<i>Bachelier de Salamanque</i>, roman de Lesage, III, <a href="#Page_360">360</a>.<br />
-BACON (Roger), II, 190.<br />
-<i>Baigneuse</i> (la), <i>de dos</i>, toile de Delacroix, I, 373, 408.<br />
-<i>Baigneuses</i>, toile de Delacroix, II, 329 et note 1, 334, 411.<br />
-BAILLY (le docteur), I, 48, 124; III, <a href="#Page_328">328</a>.<br />
-<i>Bain mauresque</i>, étude de Delacroix, I, 215.<br />
-BALLESTE, officier français, I, 52.<br />
-BALTARD (Victor), architecte, I, 383 et note 457; II, 94 et note, 229.<br />
-BALZAC (Honoré DE), littérateur et romancier,<br />
-<span style="margin-left: 1em;">I, xxiii; II, 80 et note 3, 178 note 2, 201, 209, 433;</span><br />
-<span style="margin-left: 1em;">III, <a href="#Page_34">34</a>, <a href="#Page_35">35</a> note 2, <a href="#Page_268">268</a> note 2, <a href="#Page_286">286</a> note, <a href="#Page_315">315</a> note 2,</span><br />
-<span style="margin-left: 1em;"><a href="#Page_342">342</a>, <a href="#Page_377">377</a>, <a href="#Page_408">408</a>, <a href="#Page_411">411</a>.&mdash;Sa veuve, II, 347.</span><br />
-<i>Baptême de Notre-Seigneur</i>, panneau de Rubens,<br />
-<span style="margin-left: 1em;">église Saint-Jean, à Malines, II, 22.</span><br />
-<i>Baptême du Christ</i>, tableau de Corot,<br />
-<span style="margin-left: 1em;">église Saint-Nicolas du Chardonnet à Paris, I, 289.</span><br />
-<i>Baptême du Christ</i>, de Rubens, musée du Louvre, III, <a href="#Page_350">350</a>.<br />
-BARBEREAU, compositeur, II, 325, 383.<br />
-BARBÈS (Armand), homme politique, I, 362 et note 424.<br />
-BARBIER, beau-père de Fr. Villot, et voisin de campagne<br />
-<span style="margin-left: 1em;">de Delacroix, à Champrosay, I, 292 et note 326, 293, 308;</span><br />
-<span style="margin-left: 1em;">II, 193, 194, 197, 217, 256, 263, 323, 349, 350, 478,</span><br />
-<span style="margin-left: 1em;">481, 492; III, <a href="#Page_53">53</a>, <a href="#Page_60">60</a>, <a href="#Page_130">130</a>, <a href="#Page_163">163</a>, <a href="#Page_179">179</a>, <a href="#Page_180">180</a>, <a href="#Page_347">347</a>, <a href="#Page_348">348</a>.</span><br />
-<span style="margin-left: 1em;">&mdash;(Mme), I, 446; II, 157, 161, 194, 197, 211, 213, 218,</span><br />
-<span style="margin-left: 1em;">237, 247, 258, 475; III, <a href="#Page_4">4</a>, <a href="#Page_25">25</a>, <a href="#Page_33">33</a>, <a href="#Page_52">52</a>, <a href="#Page_130">130</a>, <a href="#Page_162">162</a>, <a href="#Page_163">163</a>,</span><br />
-<span style="margin-left: 1em;"><a href="#Page_204">204</a>, <a href="#Page_348">348</a>, <a href="#Page_412">412</a>.</span><br />
-BARBIER jeune, frère de Mme Villot, II, 235; III, <a href="#Page_53">53</a>.<br />
-<i>Barbier de Méquinez</i> (le), tableau<br />
-<span style="margin-left: 1em;">et esquisse de Delacroix, I, 215; II, 378.</span><br />
-<i>Barbier de Séville</i> (le), comédie de<br />
-<span style="margin-left: 1em;">Beaumarchais, I, 108, 123;&mdash;opéra de Rossini,</span><br />
-<span style="margin-left: 1em;">II, 155; III, <a href="#Page_182">182</a>.</span><br />
-BARBOTTE, II, 467.<br />
-BAROCCI, maître italien, III, <a href="#Page_334">334</a>.<br />
-BAROCHE, homme politique, III, <a href="#Page_125">125</a> et note, <a href="#Page_127">127</a>, <a href="#Page_128">128</a>.<br />
-<i>Barque</i> (la), toile de Delacroix, III, <a href="#Page_137">137</a>.<br />
-<i>Barque de don Juan</i> (la), toile de Delacroix,<br />
-musée du Louvre, I, 269 note 281, 302.<br />
-BARÈRE (le conventionnel), II, 428.<br />
-BARRE (Jean-Auguste), sculpteur, III, <a href="#Page_339">339</a> et note 1.<br />
-BARRÈRE (Mme DE), I, 325.<br />
-<i>Barricade</i> (la), toile de Meissonier, I, 350.<br />
-BARBOILHET (Paul), chanteur, I, 301; III, 294 et note 3, 316 note 3.<br />
-BARTHE (Félix), magistrat, III, <a href="#Page_183">183</a> et note 2.<br />
-BARYE (Ant.-Louis), sculpteur, I, 285, 296 note 332; III, <a href="#Page_25">25</a>, <a href="#Page_143">143</a>, <a href="#Page_208">208</a>.<br />
-BATAILLE (Nicolas-Auguste), cousin de Delacroix, I, 279, 308<br />
-<span style="margin-left: 1em;">et note 354, 389 note 461, 399 et note 468, 404; II, 116.</span><br />
-<i>Bataille d'Aboukir</i>, tableau de Gros, musée de Versailles, III, <a href="#Page_67">67</a>.<br />
-<i>Bataille d'Eylau</i>, tableau de Gros, musée du Louvre, I, 374.<br />
-<i>Bataille d'Ivry</i>, toile de Rubens, à Florence, I, 330.<br />
-<i>Bataille de Nancy</i> (la), toile de Delacroix, musée de Nancy, III, <a href="#Page_282">282</a> note.<br />
-<i>Bateau</i>, toile de Delacroix, I, 302, 310.<br />
-BATTA (Alexandre), violoncelliste, II, 353 et note 3, 358 à 363, 484;<br />
-<span style="margin-left: 1em;">III, 174, 176, 293, 351.</span><br />
-BATTON (Alexandre), compositeur et pianiste, I, 96 et note 118.<br />
-BAUDELAIRE, poète et littérateur, I, ii, xv, xxxi, 64, 76,<br />
-<span style="margin-left: 1em;">128 note 143, 171 note 181, 211 note 214, 226 note 219,</span><br />
-<span style="margin-left: 1em;">255 note 253, 342 et note 397, 350 note 408; II, 121 note, 152 note 1, 159 note 1,</span><br />
-<span style="margin-left: 1em;">160 note 2, 184 note, 212 note, 286 note 2, 289 note</span><br />
-<span style="margin-left: 1em;">2, 382, 328 note, 424 note; III, <a href="#Page_24">24</a> note, <a href="#Page_27">27</a> note, <a href="#Page_43">43</a> note,</span><br />
-<span style="margin-left: 1em;"><a href="#Page_137">137</a> note 9, <a href="#Page_138">138</a>, <a href="#Page_150">150</a> et note, <a href="#Page_206">206</a> note 4, <a href="#Page_209">209</a>, <a href="#Page_221">221</a> note, <a href="#Page_255">255</a> note,</span><br />
-<span style="margin-left: 1em;"><a href="#Page_334">334</a> note, <a href="#Page_335">335</a> note.</span><br />
-BAUME (M. DE LA), I, 272.<br />
-BAYVET, voisin de campagne de Delacroix, à Champrosay,<br />
-<span style="margin-left: 1em;">II, 244 à 246, 262, 263, 329; III, <a href="#Page_28">28</a>, <a href="#Page_29">29</a>,</span><br />
-<span style="margin-left: 1em;"><a href="#Page_137">137</a>, <a href="#Page_162">162</a>, <a href="#Page_179">179</a>, <a href="#Page_276">276</a>, <a href="#Page_346">346</a>, <a href="#Page_411">411</a>, <a href="#Page_412">412</a>.&mdash;fils, III, <a href="#Page_42">42</a>.</span><br />
-<i>Bazar de Méquinez</i> (le), toile de Delacroix, III, <a href="#Page_163">163</a>.<br />
-BAZIN (M.), historien, II, 36, 37, 412.<br />
-BEAUCHESNE (A.-H. du Bois DE), littérateur, II, 375 et note 6;<br />
-<span style="margin-left: 1em;">III, <a href="#Page_67">67</a> et note 2, <a href="#Page_120">120</a>.</span><br />
-BEAUCHESNE (H. du Bois DE), général, fils du précédent,<br />
-<span style="margin-left: 1em;">III, <a href="#Page_67">67</a> et note 3.</span><br />
-BEAUHARNAIS (M. DE), II, 298.<br />
-BEAUMARCHAIS, auteur dramatique et littérateur, III, <a href="#Page_3">3</a>.<br />
-BEAUMONT (Adalbert DE), peintre et littérateur, III, <a href="#Page_5">5</a> et note 1.<br />
-BEAUVALLET, acteur, II, 125 et note; III, <a href="#Page_164">164</a> note 3.<br />
-BECK (M.), II, 207, 210.&mdash;(Mme), II, 210.<br />
-BEDEAU (le général), II, 364.<br />
-BEER (G.-J.), docteur en médecine de l'Université de Vienne, I, 259.<br />
-BEETHOVEN, compositeur allemand, I, xliii, 226 note 219, 230, 274,<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">275, 283, 287 note 319, 317, 352, 354 note 417, 355, 363, 365, 384,</span><br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">409, 413, 418, 419, 422; II, 166, 188, 223, 261, 285, 318,</span><br />
-<span style="margin-left: 1em;">323, 326, 327, 361, 363; III, <a href="#Page_209">209</a>.</span><br />
-BELGIOJOSO (princesse), I, 423 note.<br />
-<i>Bélisaire</i>, projet de tableau de Delacroix, I, 130.<br />
-BELLINI, compositeur italien, II, 282.<br />
-BELMONTET, poète, I, 113 et note 133.<br />
-BELOT, marchand de couleurs, I, 84, 96.<br />
-BEN-ABOU, Marocain, I, 163.<br />
-BENAZET, directeur du casino de Bade, III, <a href="#Page_86">86</a>.<br />
-BENJAMIN CONSTANT, voir <i>Adolphe.</i><br />
-BÉRANGER, chansonnier, II, 49; III, <a href="#Page_135">135</a> et note 1.<br />
-BERGER (M.), préfet de la Seine, II, 128 note, 411; III, <a href="#Page_117">117</a>, <a href="#Page_123">123</a> note 3.<br />
-<i>Bergers</i> (les), toile de Rubens, musée de Rouen, I, 387.<br />
-<i>Bergers chaldéens</i> (les), toile et pastel de Delacroix, I, 298.<br />
-<i>Bergers chaldéens</i> (les) <i>inventeurs de l'astronomie</i>, peinture décorative<br />
-<span style="margin-left: 1em;">de la bibliothèque du Palais-Bourbon, par Delacroix, I, 258.</span><br />
-BERGINI, modèle de Delacroix, I, 64, 83, 84.<br />
-<i>Berlichingen</i> (Gœtz de), de Gœthe, III, <a href="#Page_424">424</a>.<br />
-<i>Berlichingen arrivant chez les Bohémiens</i>,<br />
-<span style="margin-left: 1em;">tableau de Delacroix, I, 214; II, 228, 229.</span><br />
-<i>Berlichingen écrivant ses mémoires</i>,<br />
-<span style="margin-left: 1em;">toile de Delacroix, I, 357.</span><br />
-BERLIOZ, compositeur, I, xliii, liv, 365, 371, 417, 422;<br />
-<span style="margin-left: 1em;">II, 83, 370 et note 1, 127; III, <a href="#Page_131">131</a>, <a href="#Page_304">304</a>.</span><br />
-BERNINI, dit le cavalier Bernin, peintre, sculpteur et<br />
-<span style="margin-left: 1em;">architecte italien, III, <a href="#Page_256">256</a>.</span><br />
-BERNIS (le cardinal DE), III, <a href="#Page_319">319</a>, <a href="#Page_320">320</a>.<br />
-BERRYER, avocat et homme politique,<br />
-<span style="margin-left: 1em;">cousin de Delacroix, I, 56 note 64, 293; II, 123 note, 287</span><br />
-<span style="margin-left: 1em;">note 2, 288 note, 304, 353 et note 4, 354, 355, 356 et note,</span><br />
-<span style="margin-left: 1em;">357, 359 et note 2, 360, 361, 362 et note 1, 363, 364, 366,</span><br />
-<span style="margin-left: 1em;">380, 386, 410, 482 et note, 483, 484 à 492, 496; III, <a href="#Page_2">2</a>, <a href="#Page_9">9</a>,</span><br />
-<span style="margin-left: 1em;"><a href="#Page_10">10</a>, <a href="#Page_44">44</a>, <a href="#Page_54">54</a>, <a href="#Page_55">55</a> et note, <a href="#Page_56">56</a>, <a href="#Page_57">57</a>, <a href="#Page_58">58</a> et note, <a href="#Page_59">59</a>, <a href="#Page_60">60</a>, <a href="#Page_113">113</a>, <a href="#Page_114">114</a>,</span><br />
-<span style="margin-left: 1em;"><a href="#Page_116">116</a>, <a href="#Page_120">120</a>, <a href="#Page_125">125</a>, <a href="#Page_131">131</a>, <a href="#Page_173">173</a>, <a href="#Page_174">174</a>, <a href="#Page_176">176</a>, <a href="#Page_177">177</a>, <a href="#Page_182">182</a>, <a href="#Page_290">290</a>, <a href="#Page_292">292</a>, <a href="#Page_293">293</a>,</span><br />
-<span style="margin-left: 1em;"><a href="#Page_297">297</a>, <a href="#Page_301">301</a> et note, <a href="#Page_319">319</a> note 1, <a href="#Page_330">330</a>, <a href="#Page_349">349</a>, <a href="#Page_362">362</a>.</span><br />
-BERRYER (Mme Arthur), belle-fille de Berryer, II, 485.<br />
-BERTHIER (le maréchal), I, 379, 380.<br />
-BERTIN (Édouard), paysagiste, I, 361 et note 423, 367, 412;<br />
-<span style="margin-left: 1em;">II, 84, 85, 96; III, <a href="#Page_12">12</a>, <a href="#Page_124">124</a> note 1, <a href="#Page_135">135</a> à <a href="#Page_139">139</a>, <a href="#Page_262">262</a>, <a href="#Page_434">434</a>.</span><br />
-BERZÉLIUS, chimiste suédois, II, 100 et note.<br />
-BETHMONT (Eugène), avocat et homme politique, II, 287 et note 1.<br />
-BEUGNIET, marchand de tableaux, I, 408 et note 474; II, 75 et note 1,<br />
-<span style="margin-left: 1em;">137, 138, 229, 292, 369, 388, 409; III, <a href="#Page_136">136</a>, <a href="#Page_143">143</a>, <a href="#Page_182">182</a> note 5.</span><br />
-BEUGNOT (Jacques-Claude), homme politique, II, 484 et note.<br />
-BEYLE (Henri). Voir STENDHAL.<br />
-BILLAULT, jurisconsulte et homme<br />
-<span style="margin-left: 1em;">politique, III, <a href="#Page_186">186</a> et note 1.</span><br />
-BISSON (les frères), photographes,<br />
-<span style="margin-left: 1em;">III, <a href="#Page_123">123</a> et note 2, <a href="#Page_127">127</a>.</span><br />
-BIXIO (Alexandre), homme politique, I, 346, 413 et note 483, 446;<br />
-<span style="margin-left: 1em;">II, 146, 255, 312, 475; III, <a href="#Page_32">32</a>, <a href="#Page_136">136</a>, <a href="#Page_162">162</a>;&mdash;(Mme), I, 363; II, 475.</span><br />
-BLACHE (le docteur), II, 105 et note 2.<br />
-BLANC (Charles), critique, I, 337 et note 394, 363 et note 426.<br />
-BLANQUI, homme politique, I, 362, 363.<br />
-BLAZE DE BURY, critique, II, 311 et note 1.<br />
-BLOCQUEVILLE (Louise-Adélaïde d'Eckmühl, marquise DE),<br />
-<span style="margin-left: 1em;">fille du maréchal Davoust, III, <a href="#Page_1">1</a> et note 1, <a href="#Page_4">4</a>, <a href="#Page_6">6</a>.</span><br />
-BLONDEL, conseiller d'État, et l'un des exécuteurs<br />
-<span style="margin-left: 1em;">testamentaires de Delacroix, III, <a href="#Page_33">33</a>, et note 1.</span><br />
-BLONDEL (M.-Joseph), peintre, III, <a href="#Page_330">330</a>.<br />
-BOCCHI (Achille), littérateur italien, I, 299 et note 338.<br />
-BOCHER (Édouard), homme politique, I, 344 et note 401.<br />
-BODIN (Félix), publiciste et historien, II, 311 et note 7.<br />
-BOILAY, publiciste, II, 75, 76 note, 89, 106, 168,<br />
-<span style="margin-left: 1em;">312; III, <a href="#Page_26">26</a>, <a href="#Page_32">32</a>, <a href="#Page_52">52</a>, <a href="#Page_127">127</a>.</span><br />
-BOILEAU-DESPRÉAUX, I, 300; II, 328; III, <a href="#Page_140">140</a>, <a href="#Page_334">334</a>, <a href="#Page_360">360</a>, <a href="#Page_361">361</a>.<br />
-BOILEUX, jurisconsulte, I, 311 et note 361.<br />
-BOISSARD, peintre et critique, I, xxiii, 226 et note 219, 299, 317,<br />
-<span style="margin-left: 1em;">350; II, 177, 279, 294, 325, 328, 381, 442, 495; III, <a href="#Page_124">124</a>, <a href="#Page_174">174</a>.</span><br />
-<i>Boissy d'Anglas</i>, toile de Delacroix, musée de Bordeaux,<br />
-<span style="margin-left: 1em;">II, 46 et note 2.</span><br />
-BOMPART, I, 30.<br />
-BONAPARTE (Lucien), I, 272.<br />
-BONINGTON, peintre anglais, I, 256 note 256; II, 278 et note 3;<br />
-<span style="margin-left: 1em;">III, <a href="#Page_36">36</a> note, <a href="#Page_61">61</a> et note 3, <a href="#Page_62">62</a> note, <a href="#Page_146">146</a> note 1, <a href="#Page_188">188</a>, <a href="#Page_225">225</a>.</span><br />
-BONNET (M.), de Bordeaux, II, 138, 291, 380.<br />
-BONNET (Charles), philosophe et naturaliste, III, <a href="#Page_102">102</a> et note 1, <a href="#Page_103">103</a>, note.<br />
-BONNEVAL (colonel), III, <a href="#Page_62">62</a>.<br />
-BONTEMPS (M.), I, 383.<br />
-BONVIN (François), peintre, II, 38 et note 1.<br />
-<i>Bord du lac</i>, à Valmont, aquarelle par Delacroix, III, <a href="#Page_429">429</a>.<br />
-<i>Bords du Sébou</i> (les), toile de Delacroix, III, <a href="#Page_161">161</a> note, <a href="#Page_362">362</a> note.<br />
-BOREL-ROGET (Émile), graveur en médailles, II, 177<br />
-BOREL-ROGET (Albert), fils du précédent, II, 177.<br />
-BORNOT (Louis-Cyr), grand-oncle de Delacroix, I, 392 note.<br />
-BORNOT (M. et Mme)**, cousins de Delacroix, propriétaires<br />
-<span style="margin-left: 1em;">de l'abbaye de Valmont, I, 193 note 195, 279 et note, 293,</span><br />
-<span style="margin-left: 1em;">308 note, 389 et note, 394, 397 à 399, 403 et note, 404,</span><br />
-<span style="margin-left: 1em;">405; III, <a href="#Page_10">10</a>, <a href="#Page_49">49</a>, <a href="#Page_183">183</a> et note 1, <a href="#Page_186">186</a>, <a href="#Page_289">289</a>, <a href="#Page_290">290</a>.</span><br />
-BORNOT (Camille), fils des précédents, I, 403 note.<br />
-BOSSUET, cité I, x, 201, 348.<br />
-BOTZARIS, patriote grec, I, 89 et note 110.<br />
-<i>Bothwell</i>, drame de M. Empis, I, 118 et note 139, 134.<br />
-BOTTESINI (Giovanni), contrebassiste italien, III, <a href="#Page_144">144</a> et note 2.<br />
-BOUCHER (François), peintre, I, 307; II, 136, 139, 180; III, <a href="#Page_203">203</a>.<br />
-BOUCHEREAU, II, 347, 394; III, <a href="#Page_149">149</a>, <a href="#Page_150">150</a>.<br />
-BOULANGÉ (Louis), peintre, élève de Delacroix, III, <a href="#Page_136">136</a> et note 3,<br />
-<span style="margin-left: 1em;"><a href="#Page_183">183</a>, <a href="#Page_186">186</a> note 3, <a href="#Page_394">394</a>, <a href="#Page_396">396</a>.</span><br />
-BOULANGER (Clément), peintre, I, 241 note, 315 note.<br />
-BOULANGER (Louis), peintre, I, 271 et note.<br />
-BOULATIGNIER (Joseph), homme politique, III, <a href="#Page_186">186</a> et note 2.<br />
-BOUQUET, marchand de tableaux I, 357.<br />
-BOURDEAU DE LAJUDIE, gendre du baron Rivet, III, <a href="#Page_65">65</a> note 1.&mdash;Mme,<br />
-<span style="margin-left: 1em;">III, <a href="#Page_404">404</a>.</span><br />
-BOURÉE (M.), ancien consul à Tanger, II, 162.<br />
-BOURGES, marchand de couleurs, II, 40.<br />
-<i>Bourreau des crânes</i> (le), vaudeville, II, 220 et note.<br />
-BRACKELEER (Ferdinand DE), peintre belge, II, 26, 28, 29, 30 et note.<br />
-BRAIT DELAMATHE (M.), traducteur de Dante, I, 108.<br />
-BRASCASSAT, peintre, I, 285.<br />
-BRÉZÉ (tombeau de M. DE) à l'église Saint-Ouen de Rouen, I, 387, 388.<br />
-BRÉZÉ (M. DE), III, <a href="#Page_293">293</a>.<br />
-<i>Brewery</i> (la), taverne, I, 74, 97.<br />
-BRION (Gustave), peintre, III, <a href="#Page_82">82</a> et note 2.<br />
-<i>Britannicus</i>, tragédie de Racine, II, 228, 474; III, <a href="#Page_434">434</a>.<br />
-BROHAN (Augustine), comédienne, II, 289 et note 1, 290.<br />
-BRONTE (Charlotte), dite CURRER<br />
-<span style="margin-left: 1em;">BELL, auteur de <i>Jane Eyre</i>, III, <a href="#Page_351">351</a>, note 1.</span><br />
-BRUEYS D'AIGALLIERS (l'amiral), III, <a href="#Page_364">364</a> et note 1.<br />
-BRUYAS (Alfred), critique et amateur, II, 138 et note 5, 162,<br />
-<span style="margin-left: 1em;">169 et note.</span><br />
-BUFFON, I, 111; III, <a href="#Page_405">405</a>.<br />
-BUFFON (statue de), au Jardin des Plantes, I, 239.<br />
-BUGEAUD (le maréchal), III, <a href="#Page_116">116</a>.<br />
-BULOZ (François), publiciste, I, 274 et note, 284, 413 note;<br />
-<span style="margin-left: 1em;">II, 295 à 297, 311 note 1, 334; III, <a href="#Page_164">164</a>.</span><br />
-BURNET (John), graveur et peintre anglais, I, 143 et note.<br />
-BURTY (Philippe), critique, I, 16, 21, 45, 135, 145 note 162, 256 note 256,<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">274 note 298, 315, 342, 420; II, 87 note 1, 91 note, 179 notes 1 et 2,</span><br />
-<span style="margin-left: 1em;">317, 331 note; III, <a href="#Page_22">22</a>, note, <a href="#Page_148">148</a> note, <a href="#Page_161">161</a>, <a href="#Page_220">220</a> note, <a href="#Page_433">433</a>.</span><br />
-BUSSY (Genty DE), administrateur et homme politique, II, 478 et note.<br />
-BYRON (lord), poète anglais, I, 69, 87, 102, 115, 119 à 122, 140<br />
-<span style="margin-left: 1em;">note 157, 205, 213 note 216, 229, 232; II, 13 à 15, 314 note 6, 470,</span><br />
-<span style="margin-left: 1em;">III, <a href="#Page_233">233</a>, note <a href="#Page_2">2</a>, <a href="#Page_235">235</a>, <a href="#Page_236">236</a>, <a href="#Page_237">237</a>, <a href="#Page_374">374</a>, <a href="#Page_424">424</a>.</span><br />
-<br />
-C<br />
-<br />
-CABARRUS (le docteur), I, 368 et note 434.<br />
-CABARRUS, directeur de la banque de Charles III d'Espagne, II, 350.<br />
-CABAT (Louis), peintre paysagiste, I, 361 et note.<br />
-CADDOUR, Marocain, I, 181.<br />
-CADILLAN (DE), secrétaire de Berryer, II, 490, 491; III, <a href="#Page_55">55</a> et note,<br />
-<span style="margin-left: 1em;"><a href="#Page_174">174</a>, <a href="#Page_176">176</a>, <a href="#Page_177">177</a>.</span><br />
-CALDERON, poète dramatique espagnol, III, <a href="#Page_320">320</a>, <a href="#Page_321">321</a>, <a href="#Page_388">388</a>.<br />
-CAMBACÉRÈS (le duc DE), I, 244; II, 376.<br />
-CAMERATA (la princesse), III, 130.<br />
-<i>Camp arabe la nuit</i>, toile de Delacroix, III, <a href="#Page_401">401</a>.<br />
-CAMPBELL (Thomas), poète anglais, III, <a href="#Page_235">235</a> et note 1.<br />
-CANDAS, voisin de campagne de Delacroix, à Champrosay, I, 441;<br />
-<span style="margin-left: 1em;">III, <a href="#Page_28">28</a>, <a href="#Page_269">269</a>.</span><br />
-<i>Canot naufragé</i>, toile de Delacroix, I, 314.<br />
-<i>Capucins</i> (les), toile de Granet, I, 345.<br />
-<i>Captivité à Babylone</i> (la), peinture décorative<br />
-<span style="margin-left: 1em;">de la bibliothèque du Palais-Bourbon, par Delacroix, I, 257.</span><br />
-CARDON (Mme et Mlle), de Fécamp, I, 405.<br />
-CARÊME, cuisinier, II, 483.<br />
-CARRACHE (les): Louis, Augustin et Annibal, maîtres italiens,<br />
-<span style="margin-left: 1em;">I, 203, 374; II, 29, 173, 278 et note 1, 280; III, <a href="#Page_15">15</a>, <a href="#Page_201">201</a>,</span><br />
-<span style="margin-left: 1em;">note 2, <a href="#Page_238">238</a>, <a href="#Page_252">252</a>, <a href="#Page_382">382</a>, <a href="#Page_383">383</a>, <a href="#Page_430">430</a>.</span><br />
-CARRIER, peintre miniaturiste, I, 302 et note 341;<br />
-<span style="margin-left: 1em;">III, <a href="#Page_118">118</a> et note 3, <a href="#Page_395">395</a>, <a href="#Page_433">433</a>.</span><br />
-CASANOVA (<i>Mémoires de</i>), I, 260, 448; III, <a href="#Page_266">266</a> et note.<br />
-<i>Cassandre</i>, tragédie de Voltaire, représentée sous le<br />
-<span style="margin-left: 1em;">titre <i>d'Olympie</i>, III, <a href="#Page_319">319</a>.</span><br />
-CASY (l'amiral), II, 375 et note 4.<br />
-CATALAN, l'un des auteurs de la complainte de Fualdès, II, 362 et note 1.<br />
-CAVAIGNAC (le général), I, 363 et note 425, 447 et note 503; II, 306.<br />
-<i>Cavalier arabe</i>, toile de Delacroix, II, 380.<br />
-<i>Cavalier gaulois</i>, statue de Préault, II, 313 note.<br />
-<i>Cavalier grec et turc</i>, toile de Delacroix, III, <a href="#Page_142">142</a>.<br />
-CAVE (François), inspecteur des Beaux-Arts, I, 241 note 236,<br />
-<span style="margin-left: 1em;">315 et note 367, 379, 408, 421; II, 71, 93.</span><br />
-CAVÉ (Mme), née Élisabeth BLAVOT, artiste peintre, I, 240<br />
-<span style="margin-left: 1em;">et note 236, 369, 379, 425; II, 12, 13 et note, 39, 40, 55, 224;</span><br />
-<span style="margin-left: 1em;">III, <a href="#Page_24">24</a>, <a href="#Page_62">62</a>, <a href="#Page_181">181</a>, <a href="#Page_235">235</a>.</span><br />
-CAVELIER (Pierre-Jules), statuaire, III, <a href="#Page_135">135</a> et note 3, <a href="#Page_285">285</a> et note.<br />
-CAZENAVE (le docteur), II, 129 et note 1; III, <a href="#Page_287">287</a>.<br />
-<i>Cenerentola</i>, opéra de Rossini, II, 271 et note, 281.<br />
-<i>Centaure et Achille</i> (le), toile de Delacroix, III, <a href="#Page_348">348</a>.<br />
-CERFBEER (Alphonse), auteur dramatique, III, <a href="#Page_7">7</a> et note 2, <a href="#Page_113">113</a>, <a href="#Page_120">120</a>, <a href="#Page_127">127</a>.<br />
-CERVANTES, littérateur espagnol, I, 213; II, 405; III, <a href="#Page_374">374</a>, <a href="#Page_398">398</a>.<br />
-CÉSAR, I, 201; II, 450; III, <a href="#Page_94">94</a>, <a href="#Page_111">111</a>, <a href="#Page_313">313</a>.<br />
-CEVALLOS (Pierre), homme d'État espagnol, I, 192 et note 192.<br />
-CHABRIER, ami de Delacroix, I, 314,<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">344, 381, 426; II, 44, 82, 176, 220, 224, 292, 334, 353, 375,</span><br />
-<span style="margin-left: 1em;">379, 495; III, <a href="#Page_63">63</a>, <a href="#Page_65">65</a>, <a href="#Page_101">101</a>, <a href="#Page_120">120</a>, <a href="#Page_122">122</a>, <a href="#Page_182">182</a>, <a href="#Page_289">289</a>, <a href="#Page_306">306</a>, <a href="#Page_323">323</a>.&mdash;(Mme),</span><br />
-<span style="margin-left: 1em;">II, 495; III, <a href="#Page_306">306</a>.</span><br />
-CHAIX D'EST-ANGE, avocat et homme politique, II, 297 et note 1, 373;<br />
-<span style="margin-left: 1em;">III, <a href="#Page_165">165</a> et note 3.</span><br />
-CHAMPION, peintre, I, 15, 19, 69, 89.<br />
-CHAMPMARTIN, peintre, I, 35, 78, 97, 98, 103, 104, 108, 300.<br />
-CHAMPY (Benoît), magistrat, III, <a href="#Page_132">132</a> et note 1.<br />
-<i>Chanoine luxurieux</i>, gravure, I, 353.<br />
-CHARCOT (le professeur), I, 145 note 162.<br />
-CHARDIN, maître français, II, 266.<br />
-CHARLES (Jacques-Alexandre-César), physicien, III, <a href="#Page_65">65</a> et note 3.<br />
-CHARLES III, roi d'Espagne, II, 350.<br />
-<i>Charles IX</i>, dessin de Delacroix, I, 93.<br />
-CHARLES LE TÉMÉRAIRE (tapisserie de), à Nancy, III, <a href="#Page_279">279</a>.<br />
-CHARLES-QUINT, II, 195, 196, 201.<br />
-<i>Charles-Quint au monastère de Saint-Just</i>, toile de Delacroix,<br />
-<span style="margin-left: 1em;">II, 195 et note.</span><br />
-CHARLET, peintre, I, 77 et note; II, 38 429, 430 et<br />
-<span style="margin-left: 1em;">note 2; III, <a href="#Page_187">187</a> et note 2, <a href="#Page_188">188</a>, <a href="#Page_225">225</a>, <a href="#Page_247">247</a>, <a href="#Page_371">371</a> et note 1, <a href="#Page_385">385</a> et</span><br />
-<span style="margin-left: 1em;">note, <a href="#Page_426">426</a>.</span><br />
-<i>Charlet, sa vie, ses lettres</i>, par le colonel de La Combe,<br />
-<span style="margin-left: 1em;">III, 187 note 2, 371 note 1.</span><br />
-CHARTON (Édouard), littérateur, II, 466 et note 2.<br />
-<i>Chartreuse de Séville</i> (la), trois dessins de Delacroix, I, 190 note 191.<br />
-CHASLES (Philarète), littérateur et critique, I, ix, 7 et note 8, 32, 66,<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">71, 273 et note 295; II, 90 note 2, 303; III, <a href="#Page_16">16</a>.</span><br />
-<i>Chasse</i> (la), tableau de Soutman, I, 242 et note 238.<br />
-<i>Chasse à l'hippopotame</i> (la), de Rubens, I, 245.<br />
-<i>Chasse aux lions</i> (la), de Rubens, I, 245.<br />
-<i>Chasses de lions</i>, cinq toiles de Delacroix,<br />
-<span style="margin-left: 1em;">II, 314 et note 4, 402, 460 et note 1, 494; III, <a href="#Page_327">327</a>.</span><br />
-CHASSÉRIAU (Théodore), peintre, III, <a href="#Page_174">174</a> et note 1.<br />
-<i>Chasseurs de lions</i>, toile de Delacroix, I, 446; II, 317.<br />
-<i>Chats</i>, étude de Delacroix, II, 46 et note; III, <a href="#Page_137">137</a>.<br />
-CHATEAUBRIAND, I, 415; II, 361; III, <a href="#Page_397">397</a>.<br />
-CHATROUSSE (Émile), sculpteur, III, <a href="#Page_122">122</a> et note 2.<br />
-CHAUDET (Antoine-Denis), peintre et statuaire, I, 309 et note 355.<br />
-<i>Chef arabe en tête de ses troupes, et les femmes qui lui</i><br />
-<span style="margin-left: 1em;"><i>présentent du lait</i>, toile de Delacroix, III, <a href="#Page_401">401</a></span><br />
-CHENAVARD, peintre, I, xxviii, xliv,<br />
-<span style="margin-left: 1em;">347 et note 405, 348, 349, 384, 414, 417; II, 92 note 1, 159 note 2,</span><br />
-<span style="margin-left: 1em;">204, 279, 323, 402, 406, 416, 424 et note, 425 à 432, 434</span><br />
-<span style="margin-left: 1em;">et note, 438, 440 à 442, 446 à 449, 453, 456, 465, 467, 469</span><br />
-<span style="margin-left: 1em;">à 471, 472 note, 473, 477, 495; III, <a href="#Page_2">2</a>, <a href="#Page_3">3</a>, <a href="#Page_22">22</a>, <a href="#Page_56">56</a>, <a href="#Page_121">121</a> et note 1,</span><br />
-<span style="margin-left: 1em;"><a href="#Page_128">128</a>, <a href="#Page_130">130</a>, <a href="#Page_234">234</a>, <a href="#Page_264">264</a>.</span><br />
-CHENNEVIÈRES (le marquis DE), III, <a href="#Page_63">63</a> note 2.<br />
-CHÉRAMY (M.), amateur, II, 350 note; III, <a href="#Page_430">430</a> note.<br />
-CHERUBINI, compositeur italien, I, 97, 294; II, 158, 225, 318, 370.<br />
-<i>Cheval en liberté que son maître va seller et qui joue avec un chien</i>,<br />
-<span style="margin-left: 1em;">toile de Delacroix, III, <a href="#Page_149">149</a>.</span><br />
-<i>Cheval gris terrassé par une lionne</i>, toile de Delacroix, II, 46.<br />
-<i>Cheval montré à des Arabes</i>, toile de Delacroix, II, 378.<br />
-<i>Cheval mourant</i>, croquis de Delacroix, II, 419.<br />
-CHEVALIER (M.), amateur, II, 80.<br />
-CHEVALIER (Michel), économiste, III, <a href="#Page_160">160</a> et note 1, <a href="#Page_161">161</a>.<br />
-<i>Chevalier</i>, toile de Delacroix, II, 378.<br />
-<i>Chevalier de Maison-Rouge</i> (le), roman d'Alex. Dumas père, I, 292.<br />
-CHEVANDIER DE VALDRÔME, paysagiste, II, 168 et note.<br />
-<i>Chevaux qui se battent dans l'écurie</i>,<br />
-<span style="margin-left: 1em;">toile de Delacroix, III, <a href="#Page_149">149</a>, <a href="#Page_302">302</a>, <a href="#Page_401">401</a>.</span><br />
-<i>Chevaux qui sortent de l'eau</i>, toile de Delacroix, II, 137.<br />
-<i>Chevaux qui sortent de la mer</i>, III, <a href="#Page_316">316</a>, <a href="#Page_348">348</a>, <a href="#Page_401">401</a>.<br />
-CHEVIGNÉ, poète, II, 176, 247.<br />
-<i>Child-Harold</i> (le Pèlerinage de), poème de lord Byron, I, 122.<br />
-CHIMAY (la princesse DE), III, <a href="#Page_12">12</a>.<br />
-<i>Chiron</i>, tableau de Delacroix, II, 92; III, <a href="#Page_137">137</a>,<br />
-<span style="margin-left: 1em;">&mdash;dessin sous verre, II, 92.</span><br />
-CHOPIN (Frédéric), compositeur et pianiste,<br />
-<span style="margin-left: 1em;">I, liv, 252, 270, 287 et note 319, 288, 294, 310, 311, 314,</span><br />
-<span style="margin-left: 1em;">320, 329, 340, 341, 347, 351, 352, 359, 364 à 366, 308, 369,</span><br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">372, 403, 407, 414; II, 4, 47, 49 à 53, 75, 163, 223, 224, 325</span><br />
-<span style="margin-left: 1em;">et note, 327; III, <a href="#Page_9">9</a>, <a href="#Page_11">11</a>, <a href="#Page_12">12</a>, <a href="#Page_47">47</a>, <a href="#Page_110">110</a>, <a href="#Page_251">251</a>, <a href="#Page_273">273</a>, <a href="#Page_353">353</a>, <a href="#Page_398">398</a>, <a href="#Page_399">399</a>.</span><br />
-<i>Christ</i> (le), tableau de Boissard, I, 317.<br />
-<i>Christ</i> (le), toile de Prud'hon, II, 298.<br />
-<i>Christ</i> (le), statue de Préault,<br />
-<span style="margin-left: 1em;">église Saint-Gervais, à Paris, I, 267 et note 278.</span><br />
-<i>Christ à la colonne</i> (le), toile de Delacroix, I, 358, 409.<br />
-<i>Christ au jardin des Oliviers</i> (le), tableau de Delacroix,<br />
-<span style="margin-left: 1em;">à l'église Saint-Paul-Saint-Louis, I, 105, 106 note 124;</span><br />
-<span style="margin-left: 1em;">II, 222 note 4, 342 et note 3;</span><br />
-<span style="margin-left: 1em;">&mdash;aquarelle du même, I, 231;</span><br />
-<span style="margin-left: 1em;">&mdash;petite toile du même, I, 357;</span><br />
-<span style="margin-left: 1em;">&mdash;pastel du même, I, 229, 240.</span><br />
-<i>Christ au milieu des larrons</i> (le), toile de Van Dyck,<br />
-<span style="margin-left: 1em;">à l'église de Saint-Rombaud de Malines, II, 22.</span><br />
-<i>Christ au pied de la croix</i>, toile de Delacroix, I, 357.<br />
-<i>Christ au tombeau</i> (le), tableau de Delacroix, I, 256, 260, 266 et<br />
-<span style="margin-left: 1em;">note 277, 276 et note 303, 277 à 279, 302 et note 343, 310, 314, 320, 416;</span><br />
-<span style="margin-left: 1em;">III, <a href="#Page_121">121</a>;&mdash;même sujet par le même; II, 222, 281; III, <a href="#Page_334">334</a>,</span><br />
-<span style="margin-left: 1em;"><a href="#Page_348">348</a>, <a href="#Page_302">302</a> note; esquisse par le même, I, 357;&mdash;dessin par le</span><br />
-<span style="margin-left: 1em;">même, II, 468;&mdash;toile du Titien, II, 315; III, <a href="#Page_11">11</a>.</span><br />
-<i>Christ dans la tempête</i> (le), toile de Delacroix, II, 175 et note,<br />
-<span style="margin-left: 1em;">222, 229, 234, 243, 479.</span><br />
-<i>Christ dans le prétoire</i> (le), esquisse de Decamps, II, 165.<br />
-<i>Christ déposé de la croix</i>, croquis de Delacroix, III, <a href="#Page_405">405</a>.<br />
-<i>Christ devant Pilate</i> (le), musée de Rouen, I, 387.<br />
-<i>Christ en croix</i> (le), toile de Delacroix, II, 138, 221 et note;<br />
-<span style="margin-left: 1em;">III, 136;&mdash;toile de Chenavard, II, 470.</span><br />
-<i>Christ étendu sur une pierre</i> (le), <i>reçu par les saintes femmes</i>,<br />
-<span style="margin-left: 1em;">composition de Delacroix, I, 240.</span><br />
-<i>Christ foudroyant le monde</i> (le), toile de Rubens, II, 34.<br />
-<i>Christ marchant sur la mer</i> (le), toile de Delacroix, III, <a href="#Page_406">406</a>.<br />
-<i>Christ montant au Calvaire</i> (le), toile de Delacroix, III, <a href="#Page_362">362</a>, note;<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">&mdash;toile de Rubens, II, 7 et note, 8; III, <a href="#Page_316">316</a>.</span><br />
-<i>Christ montré au peuple</i> (le), toile de Delacroix, II, 175.<br />
-<i>Christ portant sa croix</i> (le), composition<br />
-<span style="margin-left: 1em;">de Delacroix, I, 239; II, 228, 229; III, <a href="#Page_137">137</a>.</span><br />
-<i>Christ sortant du tombeau </i> (le), toile du Carrache, I, 374;<br />
-<span style="margin-left: 1em;">&mdash;toile de Rubens, II, 6.</span><br />
-<i>Christ sortant du tombeau</i> (le), toile de Delacroix, II, 135.<br />
-<i>Christ sur le lac de Génézareth</i> (le), toile de Delacroix, II, 236<br />
-<span style="margin-left: 1em;">et note 1, 368; III, <a href="#Page_182">182</a> et note 5.</span><br />
-<i>Christ sur les genoux du Père éternel</i> (le), toile de Rubens, II, 5.<br />
-<i>Christ vengeur</i> (le), toile de Rubens, II, 7.<br />
-CICÉRI, peintre décorateur, I, 66 note 73, 413.<br />
-CICÉRON, I, 184, note 187; III, <a href="#Page_318">318</a>.<br />
-<i>Cicéron accuse Verres</i>, peinture décorative de la<br />
-<span style="margin-left: 1em;">bibliothèque du Palais-Bourbon, par Delacroix, I, 257.</span><br />
-<i>Cid</i> (le), tragédie de Corneille, III, <a href="#Page_148">148</a> et note.<br />
-CIMAROSA, compositeur italien, I, 230, 293 note 328, 308, 352, 418, 419;<br />
-<span style="margin-left: 1em;">II, 187, 223; III, <a href="#Page_14">14</a>, <a href="#Page_434">434</a>.</span><br />
-<i>Cimetière</i> (le), toile de Ruysdaël, II, 49.<br />
-<i>Cinna</i>, tragédie de Corneille, II, 125, 206; III, <a href="#Page_320">320</a>.<br />
-CLAIRON (Mlle), tragédienne, I, 272 et note 293.<br />
-CLAPISSON (Louis), compositeur, III, <a href="#Page_181">181</a> et note 4.<br />
-<i>Clélie</i>, gravure de Delacroix, II, 474.<br />
-CLÉMENT, critique, III, <a href="#Page_358">358</a>, <a href="#Page_392">392</a>.<br />
-<i>Cléopâtre</i>, toile de Delacroix, I, 315, 409.<br />
-CLÉSINGER, sculpteur, I, 264 note 273, 288, 294, 305,<br />
-<span style="margin-left: 1em;">309, 310, 345, 406, 423, 425.</span><br />
-<i>Clifford (le jeune) portant le corps de son père</i>, I, 215.<br />
-<i>Clorinde</i>, toile de Delacroix. Voir <i>Olinde et Sophronie.</i><br />
-COCHIN (Charles-Nicolas), dessinateur et graveur, I, 203 et note 209.<br />
-COCKERELL (Charles-Robert), architecte anglais, III,<br />
-<span style="margin-left: 1em;"><a href="#Page_50">50</a> et note 2, <a href="#Page_112">112</a>.</span><br />
-CŒDÈS (Louis-Eugène), peintre, I, 374 et note.<br />
-COGNIET (Léon), peintre, I, 78, 96, 106, 117, 122, 133, 134, 136, 351.<br />
-<i>Colère d'Achille</i> (la), tableau de Louis David, II, 86 et note.<br />
-COLET, compositeur et professeur au Conservatoire, I, 286 et note 314, 307.<br />
-COLIN (Alexandre), peintre, I, 277; III, <a href="#Page_65">65</a> et note 2.<br />
-<i>Collier de la reine </i> (le), roman d'Alex. Dumas père,<br />
-<span style="margin-left: 1em;">III, <a href="#Page_342">342</a> et note 1.</span><br />
-COLONNA (la duchesse), II, 309 note; III, <a href="#Page_412">412</a>.<br />
-COLONNA DI CASTIGLIONE (Adèle d'Affry, princesse),<br />
-<span style="margin-left: 1em;">dite MARCELLO, sculpteur, III, <a href="#Page_395">395</a> et note 1.</span><br />
-COMAIRAS, peintre, ami de Delacroix, I, 46 note 52, 84, 109, 113, 137.<br />
-<i>Combat de lions</i>, toile de Delacroix, II, 349 et note;<br />
-<span style="margin-left: 1em;">&mdash;esquisse du même, II, 350 note.</span><br />
-<i>Combat du lion et du tigre</i>, toile de Delacroix, II, 370, 476, 479.<br />
-<i>Combat du Giaour et du Pacha</i>, toile de Delacroix, II, 386 note 2.<br />
-<i>Combat d'Hassan et du Giaour</i> (le), tableau de Delacroix,<br />
-<span style="margin-left: 1em;">I, 116 et note 136.</span><br />
-<i>Combattimento</i> (le), de Pinelli, I, 109.<br />
-<i>Comédiens arabes</i> (les), toile de Delacroix, musée de<br />
-<span style="margin-left: 1em;">Tours, I, 270 à 272.</span><br />
-<i>Comte Ory</i> (le), opéra de Rossini, II, 492.<br />
-<i>Comte Palatiano</i> (le), peinture de Delacroix, I, 253.<br />
-<i>Condamnés a Venise</i> (les), composition de Delacroix, I, 68.<br />
-CONDÉ (le grand), II, 354; III, <a href="#Page_5">5</a>.<br />
-CONDILLAC, III, <a href="#Page_413">413</a>.<br />
-CONFLANS (M. DE), I, 131, 139.<br />
-CONFUCIUS, philosophe chinois, cité I, 201.<br />
-<i>Connétable de Bourbon</i> (le) <i>et la Conscience</i>, I, 215.<br />
-<i>Conspiration contre César</i>, III, <a href="#Page_320">320</a>.<br />
-CONSTABLE, peintre anglais, I, 37 note 44, 39, 133, 134, 234.<br />
-<i>Constitutionnel</i> (le), I, 378 note 454, 421; II, 203 note 2.<br />
-<i>Conversations de Gœthe</i> (les), III, <a href="#Page_50">50</a>, note 1.<br />
-<i>Convulsionnaires de Tanger</i> (les), toile de Delacroix, III, <a href="#Page_137">137</a>.<br />
-COOPER (Fenimore), romancier américain, III, <a href="#Page_233">233</a>, <a href="#Page_381">381</a> note.<br />
-COPPOLA, compositeur italien, II, 351.<br />
-COQUANT (l'abbé), de Saint-Sulpice, II, 386, 403.<br />
-COQUILLE (Mme), III, <a href="#Page_416">416</a>, <a href="#Page_417">417</a>.<br />
-CORBIÈRE (M. DE), homme politique, II, 488.<br />
-<i>Corinne</i>, roman de Mme de Staël, citée I, 8.<br />
-<i>Coriolan</i> (ouverture de), Beethoven, I, 409.<br />
-CORNEILLE (Pierre), I, 220; II, 130, 259, 261, 300, 440; III,<br />
-<span style="margin-left: 1em;"><a href="#Page_120">120</a>, <a href="#Page_140">140</a>, <a href="#Page_156">156</a>, <a href="#Page_265">265</a>, <a href="#Page_311">311</a>, <a href="#Page_320">320</a>, <a href="#Page_321">321</a>, <a href="#Page_323">323</a>, <a href="#Page_388">388</a>.</span><br />
-CORNELIS (M.), major d'artillerie belge, II, 30.<br />
-CORNÉLIUS (Pierre DE), graveur allemand, I, 63 note 70; II, 410 et note.<br />
-COROT, peintre, I, li, liii, 81 note 97, 289, 299; II, 394 et note 1,<br />
-<span style="margin-left: 1em;">467 note; III, <a href="#Page_115">115</a> et note.</span><br />
-CORRÈGE (le), maître italien, I, 45, 142, 253, 281, 414; II, 124,<br />
-<span style="margin-left: 1em;">131, 164; III, <a href="#Page_15">15</a>, <a href="#Page_82">82</a>, <a href="#Page_130">130</a>, <a href="#Page_193">193</a>, <a href="#Page_230">230</a>, <a href="#Page_246">246</a>, <a href="#Page_255">255</a>, <a href="#Page_257">257</a>, <a href="#Page_309">309</a>, <a href="#Page_365">365</a>, <a href="#Page_382">382</a>.</span><br />
-<i>Corps de garde</i> (le), toile de Delacroix, I, 322.<br />
-<i>Corsaire en prison</i> (le), peinture de Delacroix, III, <a href="#Page_332">332</a> et note 1.<br />
-CORTONE (Pierre DE), peintre et architecte italien, I, 203 et note 207; III, <a href="#Page_256">256</a>.<br />
-CORVISART (le docteur), I, 381.<br />
-COTTREAU ou COTTEREAU, peintre, I, 303 et note 346.<br />
-COUDER (Louis-Charles-Auguste), peintre, I, 353 et note 413, 408.<br />
-<i>Coup de lance</i> (le), tableau de Rubens, musée d'Anvers, II, 32.<br />
-<i>Cour de M. Bell à Tanger</i> (la), aquarelle par Delacroix, III, <a href="#Page_429">429</a>.<br />
-COURBET, peintre, I, li, xxx; II, 159 et note 1, 160, 246; III, <a href="#Page_64">64</a> et note.<br />
-COURNAULT, ami et l'un des légataires de Delacroix, I, 328 et note 384, 330.<br />
-<i>Couronnement d'épines</i> (le), toile du Titien, musée du Louvre, II, 315.<br />
-<i>Courrier de Lyon</i> (le), mélodrame, II, 352 et note 1.<br />
-<i>Course arabe</i> (la), tableau de Delacroix, I, 246, 252, 255.<br />
-COURT, peintre, II, 46, note 2, III, <a href="#Page_64">64</a>.<br />
-COUSIN, graveur, I, 108.<br />
-COUSIN (Victor), philosophe, II, 77, 94, 130, 297, 440; III, <a href="#Page_1">1</a> et note 2, <a href="#Page_5">5</a>.<br />
-<i>Cousine Bette</i> (la), roman de Balzac, II, 81 note; III, <a href="#Page_268">268</a> note 2.<br />
-COUSTOU (les), sculpteurs, III, <a href="#Page_249">249</a>, <a href="#Page_252">252</a>.<br />
-COUTAN (M.), amateur, I, 46, 71, 73, 78.<br />
-COUTURE (Thomas), peintre, I, xxxiv, xxxv, 255, 269, 288, 309, 310.<br />
-COYSEVOX, sculpteur, III, <a href="#Page_249">249</a>, <a href="#Page_252">252</a>.<br />
-COWLEY (lord), diplomate anglais, II, 371 et note 1.<br />
-CRANACH (Lucas de), maître allemand, II, 27.<br />
-CREDI (Lorenzo di), maître florentin, III, <a href="#Page_393">393</a>.<br />
-<i>Croisés</i> (les), toile de Delacroix, III, <a href="#Page_31">31</a> et note 2.<br />
-CRUVELLI (Mme), cantatrice, II, 154 et note 2, 323 note 1, 370.<br />
-<i>Cuisine de Méquinez</i>, esquisse de Delacroix, I, 215.<br />
-CUVIER (buste de), naturaliste, au Jardin des Plantes, I, 239; II, 293.<br />
-CUVILLIER-FLEURY, littérateur, I, 412 et note 481.<br />
-CZARTORYSKI (le prince Adam), II, 286 et note 1.<br />
-<br />
-D<br />
-<br />
-DACIER (le baron), traducteur de <i>Marc-Aurèle</i>, I, 259.<br />
-DAGNAN (Isidore), peintre, II, 314 et note 3, 350 et note 1, 478;<br />
-<span style="margin-left: 1em;">III, <a href="#Page_204">204</a> et note 1.</span><br />
-DAMAS-HINARD, littérateur, III, <a href="#Page_63">63</a> et note 3.<br />
-<i>Daniel dans la fosse aux lions</i>,<br />
-<span style="margin-left: 1em;">ébauche, par Delacroix, I, 376 et note 444, 412;&mdash;tableau du</span><br />
-<span style="margin-left: 1em;">même, musée de Montpellier, II, 57 et note, 138.</span><br />
-DANTAN (Jean-Pierre), statuaire et caricaturiste, II, 114 et note.<br />
-DANTE, I, xx, 68, 71, 87, 106, 108, 111, 113, 121, 122; II, 180;<br />
-<span style="margin-left: 1em;">III, <a href="#Page_171">171</a>, <a href="#Page_348">348</a>, <a href="#Page_361">361</a>, <a href="#Page_369">369</a>.</span><br />
-<i>Dante et Virgile</i>, tableau de Delacroix, I, 8 note 9, 45, 85 note 105;<br />
-<span style="margin-left: 1em;">II, 3 note 1, 152 note 3, 222 note 4, 299; III, <a href="#Page_174">174</a>, note 3;</span><br />
-<span style="margin-left: 1em;">&mdash;eau-forte d'Alphonse Masson, III, <a href="#Page_350">350</a>;&mdash;copie par Brion, III, <a href="#Page_82">82</a>.</span><br />
-DANTON (Joseph-Arsène), littérateur, III, <a href="#Page_182">182</a> et note 1.<br />
-DARBLAY (Stanislas), industriel, III, <a href="#Page_410">410</a> et note 2, <a href="#Page_412">412</a>.<br />
-DARCIER (Joseph), auteur, chanteur et compositeur, I, 430 et note 495, 431.<br />
-DAUBENTON (buste de), naturaliste, au Jardin des Plantes, I, 239.<br />
-DAUMIER, caricaturiste, I, 342, 408; II, 62 note.<br />
-DAUZATS (Adrien), peintre, I, 273 et note 296; II, 374, 380, 394;<br />
-<span style="margin-left: 1em;">III, <a href="#Page_21">21</a>, <a href="#Page_22">22</a>, <a href="#Page_49">49</a>, <a href="#Page_115">115</a>, <a href="#Page_126">126</a>, <a href="#Page_162">162</a>, <a href="#Page_174">174</a>.</span><br />
-DAVID (Louis), peintre, I, 302, 327, 372; II, 86 et note, 172, 388, 429,<br />
-<span style="margin-left: 1em;">449; III, <a href="#Page_119">119</a>, <a href="#Page_201">201</a> note 2, <a href="#Page_202">202</a>, <a href="#Page_203">203</a>, <a href="#Page_218">218</a>, <a href="#Page_230">230</a>, <a href="#Page_234">234</a>, <a href="#Page_241">241</a>, <a href="#Page_248">248</a>,</span><br />
-<span style="margin-left: 1em;"><a href="#Page_249">249</a>, <a href="#Page_260">260</a>, <a href="#Page_298">298</a>, <a href="#Page_353">353</a>, <a href="#Page_383">383</a>, <a href="#Page_384">384</a>, <a href="#Page_385">385</a>, <a href="#Page_416">416</a>, <a href="#Page_430">430</a>, <a href="#Page_431">431</a>.</span><br />
-DAVID (Charles-Louis-Jules), helléniste, fils de Louis David, I, 286 et note 317.<br />
-<i>David en déroute, fuyant devant Saül</i>, toile de Decamps, II, 175.<br />
-DEBAY, peintre et sculpteur, I, 17 note 24; II, 314; III, <a href="#Page_277">277</a> note.<br />
-DECAISNE (Henri), peintre, I, 93.<br />
-DECAISNE (Joseph), peintre et botaniste, I, 93.<br />
-DECAMPS, peintre, I, li, 79, 271; II, 161 et note 2, 162 note, 165,<br />
-<span style="margin-left: 1em;">168, 169, 174; III, <a href="#Page_36">36</a>, <a href="#Page_147">147</a>, <a href="#Page_377">377</a>, <a href="#Page_391">391</a> et note 1.</span><br />
-DECAZES (duc), homme politique, II, 147.<br />
-DEDREUX-DORCY, peintre, II, 311 et note 5.<br />
-<i>Défaite des Cimbres et des Teutons</i><br />
-<span style="margin-left: 1em;">(la), toile de Heim, III, <a href="#Page_83">83</a> et note 2.</span><br />
-DEFORGE, marchand de tableaux et couleurs, I, 243 et note 240, 361.<br />
-DELABORDE (Mme), II, 313.<br />
-DELACROIX, ancien militaire, III, <a href="#Page_173">173</a>.<br />
-DELACROIX (le général Charles), frère d'Eugène Delacroix, I, 1<br />
-<span style="margin-left: 1em;">note 1, 6, 7, 13, 14, 15, 234 note 226; II, 84 et note 2; III, <a href="#Page_74">74</a>, <a href="#Page_79">79</a>.</span><br />
-DELACROIX (Henriette), sœur d'Eugène Delacroix, I, 11 et note, III, <a href="#Page_74">74</a>.<br />
-DELACROIX (le cousin), I, 320 et note 376; II, 104, 349, 351, 423;<br />
-<span style="margin-left: 1em;">III, <a href="#Page_61">61</a> et note 1, <a href="#Page_62">62</a>, <a href="#Page_112">112</a>, <a href="#Page_162">162</a>, <a href="#Page_170">170</a>, <a href="#Page_174">174</a>.</span><br />
-DELACROIX (Anne-Françoise), grand'-tante d'Eugène Delacroix, I, 392 et note 463.<br />
-<i>Delacroix devant ses contemporains</i>, par Maurice Tourneux, II, 152.<br />
-DELACROIX (Auguste), peintre aquarelliste, III, <a href="#Page_92">92</a> et note 1.<br />
-DELAMARRE (Théodore-Casimir), publiciste, II, 381 et note 1, 386,<br />
-<span style="margin-left: 1em;">III, <a href="#Page_40">40</a>, <a href="#Page_117">117</a> et note.</span><br />
-DELANGLE, procureur général, II, 75, 76 note; III, <a href="#Page_8">8</a>, <a href="#Page_126">126</a>, <a href="#Page_130">130</a>, <a href="#Page_135">135</a>.<br />
-DELAROCHE (Paul), peintre, I, li, xxxvi, 348 et note 406; II, 38, 286<br />
-<span style="margin-left: 1em;">et note 2, 372, 435 et note 1; III, <a href="#Page_11">11</a>, <a href="#Page_159">159</a>, <a href="#Page_180">180</a> et note 3, <a href="#Page_182">182</a></span><br />
-<span style="margin-left: 1em;">note 3, <a href="#Page_185">185</a>, <a href="#Page_186">186</a>, <a href="#Page_225">225</a>, <a href="#Page_264">264</a>, <a href="#Page_268">268</a>.</span><br />
-DELÉCLUZE, critique, II, 152 et note 3, 159 note 2, 178 note 1.<br />
-DELESSERT (M.), préfet de police, I, 284 et note 312, 286, 315, 372; II,<br />
-<span style="margin-left: 1em;">273, 402;&mdash;(Mme), I, 296, 300, 303, 320; II, 402.</span><br />
-DELILLE (l'abbé), traducteur de Virgile, III, <a href="#Page_361">361</a>.<br />
-DELOCHES, peintre, I, 94 note 115.<br />
-DELOFFRE (Théodore), amiral, III, <a href="#Page_63">63</a> et note 5.<br />
-DELSARTE, artiste lyrique et musicien, I, 430 et note 494, 431; II,<br />
-<span style="margin-left: 1em;">84 et note 1, 85, 158, 165, 363; III, <a href="#Page_12">12</a>, <a href="#Page_13">13</a>.</span><br />
-<i>Déluge</i> (le), tableau de Girodet, I, 68.<br />
-<i>Déluge</i> (le), toile de Chenavard, II, 470 et note 1.<br />
-DEMAY (Jean-François), peintre, I, xxix, 263 et note 270.<br />
-<i>Dembinski</i> (le général), portrait, par R. Rodakowski, II, 156 note;<br />
-<span style="margin-left: 1em;">III, <a href="#Page_25">25</a> note.</span><br />
-DEMEULEMEESTER (Charles), graveur belge, I, 78 note 92.<br />
-DEMIDOFF (le prince), amateur, II, 121; III, <a href="#Page_135">135</a>, <a href="#Page_143">143</a>.<br />
-<span style="margin-left: 1em;">&mdash;(la princesse), I, 246.</span><br />
-<i>Demoiselles de village</i>, tableau de Courbet, II, 159 note 2.<br />
-<i>Démosthène harangue les flots de la mer</i>, peinture décorative de<br />
-<span style="margin-left: 1em;">la bibliothèque du Palais-Bourbon, par Delacroix, I, 257, 261 note 267;</span><br />
-<span style="margin-left: 1em;">II, 92.</span><br />
-DENIS (Ferdinand), littérateur, II, 377 et note 2, 412.<br />
-DENON (le baron), graveur, I, 296 et note 331.<br />
-DENUELLE (Dominique-Alexandre), peintre, III, <a href="#Page_396">396</a> et note.<br />
-DÉSAUGIERS, chansonnier, II, 355, 362 et note 1.<br />
-DESCARTES, II, 462.<br />
-<i>Descente de croix</i> (la), toile de Rubens,<br />
-<span style="margin-left: 1em;">cathédrale d'Anvers, II, 399.</span><br />
-DESCHAMPS DE SAINT-AMAND (Émile), littérateur, III, <a href="#Page_171">171</a> et note.<br />
-DESCHAMPS DE SAINT-AMAND (Antony), littérateur, II, 311 et note 6;<br />
-<span style="margin-left: 1em;">III, <a href="#Page_171">171</a> et note, <a href="#Page_434">434</a> et note 3, <a href="#Page_435">435</a>.</span><br />
-<i>Desdémone aux pieds de son père</i>, toile<br />
-<span style="margin-left: 1em;">de Delacroix, et études diverses</span><br />
-<span style="margin-left: 1em;">du même sujet par le même, I,</span><br />
-<span style="margin-left: 1em;">332, 357, 377, 429; II, 138, 154.</span><br />
-<i>Desdémone dans sa chambre</i>, toile de Delacroix, II, 138.<br />
-<i>Déserteur</i>(le), pièce de Sedaine, I, 219 à 222.<br />
-DESGRANGES (Antoine-Jérôme), interprète, I, 178 et note 185, 180;<br />
-<span style="margin-left: 1em;">II, 44 et note.</span><br />
-DESNOYERS (le baron), graveur, III, <a href="#Page_268">268</a> et note 1.<br />
-DESPORTES (Auguste), poète et auteur dramatique, I, 412 et note 482.<br />
-<i>Dessin sans maître</i> (le), par Mme Cavé, II, 13 note.<br />
-DÉTRIMONT, marchand de tableaux, III, <a href="#Page_137">137</a>, <a href="#Page_143">143</a>.<br />
-<i>Deux chevaux se battant</i>, toile de Delacroix, II, 378 et note 1.<br />
-<i>Deux lutteurs</i> (les), toile de Courbet, II, 160.<br />
-DEVÉRIA (Achille), peintre, I, 81 note 99, 271; III, <a href="#Page_261">261</a>, <a href="#Page_302">302</a> et note;<br />
-<span style="margin-left: 1em;">&mdash;(Eugène), I, 81 note.</span><br />
-DEVINCK, membre du Conseil municipal de Paris, II, 78 et note 4, 314.<br />
-DIAZ DE LA PENA, peintre, I, 333; II, 239; III, <a href="#Page_174">174</a>.<br />
-<i>Dictionnaire des Beaux-Arts,</i> projet d'ouvrage esthétique, par Delacroix,<br />
-<span style="margin-left: 1em;">I, xxxi, 59 et note 66; III, <a href="#Page_199">199</a> et note 1, <a href="#Page_204">204</a>, <a href="#Page_207">207</a>, <a href="#Page_225">225</a>,</span><br />
-<span style="margin-left: 1em;"><a href="#Page_239">239</a> et note 3, <a href="#Page_240">240</a>, <a href="#Page_258">258</a> et note, <a href="#Page_262">262</a>, <a href="#Page_354">354</a>, <a href="#Page_363">363</a>, <a href="#Page_364">364</a>, <a href="#Page_370">370</a>, <a href="#Page_374">374</a>.</span><br />
-<i>Dictionnaire philosophique</i> de Voltaire, III, <a href="#Page_189">189</a>.<br />
-DIDEROT, I, 123, 220, 247, 260, 427, 444; III, <a href="#Page_281">281</a>, <a href="#Page_428">428</a>.<br />
-DIDOT (Ambroise-Firmin), éditeur, I, 97; II, 85 et note, 285; III, <a href="#Page_305">305</a>, <a href="#Page_397">397</a>.<br />
-DIMIER (Abel), sculpteur, I, 53 et note 59, 91, 107, 112, 122, 123.<br />
-<i>Discours sur les arts</i>, du peintre Reynolds, II, 162 et note 3.<br />
-DITITIA, Juive, dessinée par Delacroix, I, 153.<br />
-<i>Divine Comédie</i> (la), de Dante, II, 403 note 2; III, <a href="#Page_171">171</a> note, <a href="#Page_362">362</a>.<br />
-<i>Dombrowski,</i> nouvelle de Nicolas Gogol, II, 264.<br />
-DOMINIQUIN (Domenico Zampieri, dit le), maître italien, II, 173.<br />
-DONIZETTI, compositeur italien, I, 341 note 396; II, 281 note 2, 282, 303.<br />
-<i>Don Juan</i>, opéra de Mozart, I, 25, 54, 86, 264 et note 272, 266, 275;<br />
-<span style="margin-left: 1em;">II, 319; III, <a href="#Page_56">56</a>, <a href="#Page_59">59</a>.</span><br />
-<i>Don Quichotte</i>, roman de Cervantes, II, 264.<br />
-<i>Don Quichotte dans sa librairie</i>, toile de Delacroix, I, 81 note 98,<br />
-<span style="margin-left: 1em;">82, 83, 90 à 97.</span><br />
-DOSNE (M.), beau-père de M. Thiers, I, 364 et note 427;&mdash;(Mme), II, 270; III, <a href="#Page_1">1</a>.<br />
-DOUCET (Camille), auteur dramatique, III, <a href="#Page_129">129</a> et note.&mdash;(Mme), III, <a href="#Page_129">129</a>.<br />
-<i>Douloureuse Passion de Notre-Seigneur</i>, par la Sœur Cath. Emmerich, I, 276.<br />
-DOUX (Mme), II, 496.<br />
-DOW (Gérard), maître hollandais, I, 151 et note 170.<br />
-<i>Drachme du tribut</i> (la), peinture décorative de la bibliothèque du<br />
-<span style="margin-left: 1em;">Palais-Bourbon, par Delacroix, I, 257, 261 note 267.</span><br />
-DREUX-BRÉZÉ (marquis DE), II, 472 et note, 473.<br />
-DROLLING, peintre, I, 87 note 107, 88, 137.<br />
-DROUOT (statue du général), à Nancy, III, <a href="#Page_279">279</a>.<br />
-DUBAN, architecte, I, 367 et note 433, 421, 439, 448 note 505; II, 38; III, <a href="#Page_14">14</a>.<br />
-DUBUFE (Claude-Marie), peintre, I, 285, 347, 350 et note 407, 351.<br />
-DUBUFE (Édouard), peintre, II, 197 et note.<br />
-DUFAYS, I, 277, 284, 297, 306.&mdash;(Mme), III, <a href="#Page_62">62</a>, <a href="#Page_71">71</a>.<br />
-DUFOUR, III, <a href="#Page_351">351</a>.<br />
-DUFRESNE (Jean-Henri), peintre, I, 59 note 67, 61, 66, 69, 72, 76, 77,<br />
-<span style="margin-left: 1em;">81, 90 à 92, 102, 107 à 109, 117, 122 à 124, 127, 129.</span><br />
-DUGLÉ (Mme), I, 395, 405.<br />
-DUMAS (Alexandre) père, I, 292, 300; II, 114, 115 note, 117,<br />
-<span style="margin-left: 1em;">201, 244, 249, 250, 280 et note 2, 284, 289, 314, 330, 347, 418,</span><br />
-<span style="margin-left: 1em;">420, 445; III, <a href="#Page_6">6</a>, <a href="#Page_15">15</a> et note, <a href="#Page_18">18</a>, <a href="#Page_22">22</a>, <a href="#Page_23">23</a>, <a href="#Page_125">125</a>, <a href="#Page_129">129</a>, <a href="#Page_332">332</a> et note 2,</span><br />
-<span style="margin-left: 1em;"><a href="#Page_340">340</a>, <a href="#Page_342">342</a>, <a href="#Page_408">408</a>, <a href="#Page_411">411</a>, <a href="#Page_412">412</a>, <a href="#Page_436">436</a>.</span><br />
-DUMAS (Alexandre) fils, II, 432; III, <a href="#Page_161">161</a>, <a href="#Page_162">162</a>, <a href="#Page_163">163</a>, <a href="#Page_181">181</a>.<br />
-DUPASLOUP (Mgr), évêque d'Orléans, II, 355 et note 1, 356, 357, 485.<br />
-DUPIN ainé, avocat et homme politique, II, 43 et note, 362 note 1.<br />
-DUPONCHEL, ancien directeur de l'Opéra, I, 118 et note 138, 317<br />
-DUPRÉ (Jules), peintre, I, 254, 296, 376, 384; III, <a href="#Page_71">71</a>, <a href="#Page_377">377</a>, <a href="#Page_391">391</a>.<br />
-DUPUYTREN, chirurgien, I, 430; II, 140.<br />
-DURAND-RUEL, marchand de tableaux, I, 333; III, <a href="#Page_182">182</a> note 5.<br />
-DÜRER (Albert), maître allemand, I, 353, 375; II, 18, 85; III, <a href="#Page_202">202</a>,<br />
-<span style="margin-left: 1em;"><a href="#Page_209">209</a>, <a href="#Page_220">220</a>, <a href="#Page_226">226</a>, <a href="#Page_357">357</a>.</span><br />
-DURIEU (Eugène), administrateur, I, 420 et note 488; II, 113 et note,<br />
-<span style="margin-left: 1em;">177, 207, 270, 376, 377, 379, 388, 401, 418, 466; III, <a href="#Page_122">122</a>.</span><br />
-DURIEZ, cousin de Delacroix, I, 378 et note 452.<br />
-DUTILLEUX (Constant), peintre, l'un des exécuteurs testamentaires de<br />
-<span style="margin-left: 1em;">Delacroix, I, 204 note 210; III, <a href="#Page_136">136</a> et note 4, <a href="#Page_146">146</a>, <a href="#Page_168">168</a> note 1, <a href="#Page_204">204</a>,</span><br />
-<span style="margin-left: 1em;"><a href="#Page_274">274</a> note 2, <a href="#Page_401">401</a>, <a href="#Page_434">434</a>, <a href="#Page_437">437</a>.</span><br />
-DUVAL (Amaury), peintre, I, 367 et note 430; III, <a href="#Page_20">20</a>.<br />
-DUVAL (Georges), littérateur et historien, I, 240 et note 234.<br />
-DUVERGER (Eugène), imprimeur, I, 413, 414; III, <a href="#Page_304">304</a> et note.<br />
-<span style="margin-left: 1em;">Voir VIEILLARD-DUVERGER.</span><br />
-<br />
-E<br />
-<br />
-<i>École des bourgeois</i> (l'), comédie de Dallainval, II, 490.<br />
-<i>École des maris</i> (l'), comédie de Molière, II, 228.<br />
-ÉDOUARD, I, 73, 75, 96, 107, 135, 136.<br />
-<i>Éducation d'Achille</i> (l'), peinture décorative de la bibliothèque<br />
-<span style="margin-left: 1em;">du Palais-Bourbon, par Delacroix, I, 257.</span><br />
-<i>Éducation de la Vierge</i> (l'), toile de Delacroix, II, 235 note 2,<br />
-<span style="margin-left: 1em;">238, 240, 246.</span><br />
-<i>Église de Valmont</i> (l'), aquarelle par Eug. Delacroix, III, <a href="#Page_429">429</a>.<br />
-ELCOË (lord), III, <a href="#Page_112">112</a>.<br />
-<i>Elévation en croix</i> (l'), de Rubens, à Anvers, II, 28, 29, 251, 280.<br />
-ELGIN (lord), archéologue anglais, I, 135 et note 151.<br />
-<i>Elisire d'amore</i> (l'), opéra de Donizetti, I, 342 et note 396.<br />
-<i>Embarquement</i> (l'), toile de Delacroix, III, <a href="#Page_163">163</a>.<br />
-<i>Emblèmes</i> (le livre des), de Bocchi, I, 299 et note 338.<br />
-ÉMÉRIC-DAVID, archéologue et critique, I, 203 et note 206.<br />
-<i>Émile</i> (l'), de J.-J. Rousseau, II, 465.<br />
-ÉMILIE ROBERT, modèle de Delacroix, I, 39, 44, 53, 59, 62, 68, 71.<br />
-EMMERICH (Sœur Catherine), extatique allemande, I, 276.<br />
-<i>Empereur à cheval</i> (l'), tableau de Charlet, III, <a href="#Page_427">427</a>.<br />
-<i>Empereur du Maroc</i> (l'), toile de Delacroix, III, <a href="#Page_143">143</a>.<br />
-<i>Empereurs turcs</i> (les), projet de tableau de Delacroix, I, 231.<br />
-<i>Encan de Pertinax</i> (l'), projet de tableau de Delacroix, I, 336.<br />
-<i>Encyclopédie</i> (l'), III, <a href="#Page_207">207</a>.<br />
-<i>Énée changé en dieu,</i> projet de tableau de Delacroix, I, 215.<br />
-<i>Énée suivant la Sibylle, qui le précède avec le rameau d'or</i>,<br />
-<span style="margin-left: 1em;">projet de tableau de Delacroix, I, 336.</span><br />
-<i>Enfant</i> (l'), copie par Delacroix d'un tableau de Raphaël, II, 106.<br />
-<i>Enfer</i> (l'), de Dante, traduction par Brait Delamathe,<br />
-<span style="margin-left: 1em;">I, 108 et note 126;&mdash;traduction de M. Louis Ratisbonne, II, 403 et note 2.</span><br />
-<i>Enlèvement de Rebecca</i>, toile de Delacroix, III, <a href="#Page_161">161</a> et note 1, <a href="#Page_362">362</a>, note.<br />
-<i>Enlèvement des filles de Leucippe</i>, toile de Rubens, musée de Munich,<br />
-<span style="margin-left: 1em;">I, 332 note.</span><br />
-<i>Enlèvement des Sabines</i> (l') tableau de David, musée du Louvre,<br />
-<span style="margin-left: 1em;">I, 136 note; III, <a href="#Page_249">249</a>, <a href="#Page_298">298</a>.</span><br />
-<i>Enterrement</i> (l'), toile de Courbet, musée du Louvre, III, <a href="#Page_64">64</a>.<br />
-ENTRAGUES (statue de Balzac d'), à Malesherbes, III, <a href="#Page_57">57</a>, <a href="#Page_58">58</a>.<br />
-ENTRAGUES (Henriette de Balzac D'), maîtresse de Henri IV, II, 485.<br />
-<i>Entrée d'Alexandre à Babylone</i>, tableau de Lebrun, II, 315.<br />
-<i>Entrée des croisés à Constantinople</i>, toile de Delacroix, musée du<br />
-<span style="margin-left: 1em;">Louvre, II, 222, note 4.</span><br />
-<i>Entrée du bois à Valmont</i>, aquarelle par Delacroix, III, <a href="#Page_429">429</a>.<br />
-<i>Entretiens</i> de Lamartine, III, <a href="#Page_397">397</a>.<br />
-ERNST (Henri-William), violoniste, III, <a href="#Page_126">126</a> et note 2.<br />
-ERWIN DE STEINBACH, architecte et sculpteur allemand, III, <a href="#Page_94">94</a> et note 2.<br />
-<span style="margin-left: 1em;">&mdash;(Jean), son fils, III, <a href="#Page_94">94</a> note 2.</span><br />
-ESCHYLE, III, <a href="#Page_311">311</a>.<br />
-<i>Esprit des lois</i> (l'), de Montesquieu, II, 465.<br />
-<i>Essai sur les mœurs et l'esprit des nations</i>, par Voltaire, II, 201;<br />
-<span style="margin-left: 1em;">III, <a href="#Page_147">147</a>, <a href="#Page_436">436</a>.</span><br />
-<i>Étang du Louroux</i> (l'), étude de Delacroix, I, 410.<br />
-<i>Étudiants</i> (les), de Membrée, III, <a href="#Page_3">3</a>.<br />
-<i>Eugène Delacroix</i> (documents nouveaux), de Th. Silvestre, II, 270 note.<br />
-<i>Eugène Delacroix à l'Exposition du boulevard des Italiens</i>,<br />
-<span style="margin-left: 1em;">par H. de la Madelène, II, 78 note 2.</span><br />
-<i>Eugène Delacroix devant ses contemporains</i>, par Maurice Tourneux,<br />
-<span style="margin-left: 1em;">II, 91 note, 179 note, 276 note.</span><br />
-<i>Eugène Delacroix, sa vie, son œuvre</i>, par M. Piron, I, 9 note 12<br />
-<span style="margin-left: 1em;">12, 10, 12 note 16, 32 note 39, 60 note 68; II, 236 note 2, 254 note;</span><br />
-<span style="margin-left: 1em;">III, <a href="#Page_438">438</a> note. <i>Eugène Delacroix. L'œuvre complet</i>,</span><br />
-<span style="margin-left: 1em;">par Alfred Robaut, <i>passim.</i></span><br />
-EUGÉNIE (l'impératrice), II, 197 note, 388, 403; III, <a href="#Page_63">63</a> note 3,<br />
-<span style="margin-left: 1em;"><a href="#Page_91">91</a> note 1, <a href="#Page_136">136</a>.</span><br />
-<i>Eugénie Grandet</i>, roman de Balzac, II, 437.<br />
-EURIPIDE, II, 300; III, <a href="#Page_311">311</a>.<br />
-<i>Évêque de Liège</i> (1'), toile de Delacroix, II, 222 note 4.<br />
-<br />
-F<br />
-<br />
-<i>Fac-simile de dessins et croquis d'Eugène Delacroix</i>, par Alfred<br />
-<span style="margin-left: 1em;">Robaut, soixante-dix planches, II, 270 note.</span><br />
-<i>Fantassins en chasse,</i> toile de Delacroix, III, <a href="#Page_402">402</a>.<br />
-<i>Fataliste</i> (le), nouvelle de N. Gogol, II, 264.<br />
-FAUCHER (Léon), économiste et homme politique, I, 344 et note 402.<br />
-<i>Faust</i> (gravures du), par Delacroix, I, 63, 73; III, <a href="#Page_50">50</a> note 1, <a href="#Page_424">424</a>.<br />
-<i>Favilla (Maître)</i>, pièce de George Sand, III, <a href="#Page_124">124</a> et note 2.<br />
-FEDEL, architecte, I, 16 note 22, 17 et suiv., 69, 73, 78, 84, 96, 109,<br />
-<span style="margin-left: 1em;">133; III, <a href="#Page_68">68</a>.</span><br />
-FÉLIX, voir GUILLEMARDET.<br />
-<i>Femme à la rivière</i>, toile de Delacroix, I, 332.<br />
-<i>Femme au bain</i> (la), toile de Delacroix, I, 143, 144.<br />
-<i>Femme au lit</i>, étude de Delacroix, II, 8.<br />
-<i>Femme capricieuse</i> (la), toile de Delacroix, I, 214.<br />
-<i>Femme d'Alger avec un lévrier</i>, toile de Delacroix, II, 476.<br />
-<i>Femme enlevée par des hommes à cheval</i>, esquisse par Delacroix,<br />
-<span style="margin-left: 1em;">I, 331 et note 386, 332.</span><br />
-<i>Femme impertinente</i> (la), toile de Delacroix, I, 414, 415 et note 484;<br />
-<span style="margin-left: 1em;">II, 60 et note.</span><br />
-<i>Femme morte</i>, étude de Delacroix, I, 74.<br />
-<i>Femme noyée</i>, étude de Delacroix, pour le plafond de la galerie<br />
-<span style="margin-left: 1em;">d'Apollon, au Louvre, III, <a href="#Page_403">403</a>.</span><br />
-<i>Femme nue et debout</i>, projet de toile de Delacroix, I, 306.<br />
-<i>Femme qui se lave les pieds</i>, toile de Delacroix, I, 314.<br />
-<i>Femme qui se peigne</i>, toile de Delacroix, I, 384, 385, 415, 443.<br />
-<i>Femme tenant un miroir</i>, croquis de Delacroix, III, <a href="#Page_433">433</a>.<br />
-<i>Femme turque</i>, toile de Delacroix, I, 357.<br />
-<i>Femmes à la fontaine</i>, toile de Delacroix, II, 379.<br />
-<i>Femmes d'Alger</i>, tableau de Delacroix, musée du Louvre, I, 243<br />
-<span style="margin-left: 1em;">note 242 , 291, 314, 342, 343; II, 222 note 4.</span><br />
-<i>Femmes d'Alger dans leur intérieur</i>, variante du précédent.<br />
-<i>Femmes savantes</i> (les), comédie de Molière, II, 433; III, <a href="#Page_164">164</a>.<br />
-<i>Femmes turques au bain</i>, toile de Delacroix, II, 334 et note 2, 344.<br />
-FÉNELON, II, 442.<br />
-FERAY (Ernest), manufacturier, III, <a href="#Page_410">410</a> et note 2.<br />
-FERRONNAYS (M. DE LA), diplomate, II, 365, 366; III, <a href="#Page_115">115</a>.<br />
-FERRUSSAC, peintre, élève de Delacroix, II, 87 note 1.<br />
-FEUILLET DE CONCHES, diplomate et écrivain, II, 177 et note;<br />
-<span style="margin-left: 1em;">III, <a href="#Page_67">67</a> et note 1, <a href="#Page_122">122</a> et note 1.</span><br />
-<i>Fiancée d'Abydos</i> (la), poème de lord Byron, I, 115.<br />
-<i>Fiancée d'Abydos</i> (la), petite toile de Delacroix, I, 373, 377;<br />
-<span style="margin-left: 1em;">II, 138, 157 note 2.</span><br />
-<i>Fiancée de Lammermoor</i> (la), aquarelle de Delacroix, I, 231.<br />
-FIELDING (les frères), aquarellistes anglais, I, 32 note 40, 61, 62, 70 à 72,<br />
-<span style="margin-left: 1em;">74, 75, 81, 93, 97, 102, 103, 105 à 107, 110, 113, 114,</span><br />
-<span style="margin-left: 1em;">116, 130, 132, 133, 134, 136, 137, 290; III, <a href="#Page_36">36</a> note, <a href="#Page_119">119</a>.</span><br />
-<i>Fileuse</i> (la), toile de Courbet, II, 160 et note 1.<br />
-<i>Fille du capitaine</i> (la), nouvelle de Pouchkine, II, 360, 363, 365.<br />
-<i>Fils portant le corps de son père sur le champ de bataille</i>, toile<br />
-<span style="margin-left: 1em;">de Delacroix, III, <a href="#Page_149">149</a>.</span><br />
-<i>Flagellation de saint Paul</i> (la), toile de Rubens, église Saint-Antoine<br />
-<span style="margin-left: 1em;">de Padoue, à Anvers, II, 26, 167.</span><br />
-FLANDRIN (Hippolyte), peintre, I, 254 note; II, 94 et note; III, <a href="#Page_34">34</a> note 1, <a href="#Page_39">39</a>.<br />
-FLAUBERT (Gustave), romancier, I, xiii.<br />
-<i>Fleurs du mal</i> (les), poésies de Baudelaire, I, 226 note 219; III, <a href="#Page_138">138</a> note.<br />
-FLEURY (Joseph-Nicolas-Robert), dit RORERT-FLEURY, peintre, I, 261 et note 268, 345;<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">II, 228 et note 1, 272 et note; III, <a href="#Page_6">6</a>, <a href="#Page_113">113</a>, <a href="#Page_339">339</a>, <a href="#Page_340">340</a>.</span><br />
-FLEURY (Tony-Robert), peintre, fils du précédent, I, 261, note 268.<br />
-FLEURY (Léon), paysagiste, I, 261 note 268.<br />
-FLINCK, maître hollandais, II, 31.<br />
-FLORIS (Franz), maître flamand, II, 3 note 2.<br />
-FLOURENS (Pierre-Jean-Marie), physiologiste, III, <a href="#Page_305">305</a> et note 2.<br />
-<i>Flûte enchantée</i> (la), opéra de Mozart, I, 413, 422; II, 10, 147, 319.<br />
-FONTAINE, architecte, I, 199 et note 203, 425; II, 457.<br />
-<i>Fontaine dans une rue à Alger</i>, I, 215.<br />
-<i>Fontaine mauresque</i>, toile de Delacroix, III, <a href="#Page_163">163</a>.<br />
-FORBIN (comte DE), directeur des musées royaux, I, 3 note 3, 136 et note 152, 137.<br />
-FORDE (Mme), sœur de M. Williams, à Séville, I, 191.<br />
-FORGET (Mme DE), amie de Delacroix, I, 240, 254, 273, 275,<br />
-<span style="margin-left: 1em;">279, 283, 286, 288, 293, 294, 297, 310, 314, 319, 322, 333,</span><br />
-<span style="margin-left: 1em;">341, 353, 359, 361, 379, 417, 419, 426; II, 75, 80, 87, 119,</span><br />
-<span style="margin-left: 1em;">156, 181, 193, 220, 314, 327, 331, 334, 346, 368, 369, 375,</span><br />
-<span style="margin-left: 1em;">379, 384, 388, 391, 468, 474; III, <a href="#Page_7">7</a>, <a href="#Page_32">32</a>, <a href="#Page_45">45</a>, <a href="#Page_71">71</a>, <a href="#Page_83">83</a>, <a href="#Page_108">108</a>, <a href="#Page_109">109</a>,</span><br />
-<span style="margin-left: 1em;"><a href="#Page_145">145</a>, <a href="#Page_147">147</a>, <a href="#Page_186">186</a>, <a href="#Page_331">331</a>, <a href="#Page_351">351</a>, <a href="#Page_358">358</a>, <a href="#Page_409">409</a>.</span><br />
-FORGET (Eugène DE), fils de la précédente, III, <a href="#Page_7">7</a> et note 1, <a href="#Page_45">45</a>.<br />
-FORSTER (François), graveur, III, <a href="#Page_427">427</a> et note.<br />
-FORTOUL, littérateur et homme politique, I, 426; II, 163 et note,<br />
-<span style="margin-left: 1em;">280; III, <a href="#Page_6">6</a>, <a href="#Page_130">130</a> et note 1.</span><br />
-<i>Foscari</i>, toile de Delacroix, I, 265 et note 276,,; II, 353 et<br />
-<span style="margin-left: 1em;">note 2; III, <a href="#Page_9">9</a> et note 1.</span><br />
-FOUCHÉ (Joseph), duc d'Otrante, I, 116, 244; II, 376.<br />
-FOUCHÉ, III, <a href="#Page_32">32</a>, <a href="#Page_42">42</a>, <a href="#Page_52">52</a>.<br />
-FOULD (Achille), homme politique et financier, I, 360; II, 158 et note 1,<br />
-<span style="margin-left: 1em;">180, 223, 234, 287, 291 note 3, 296; III, <a href="#Page_5">5</a>, <a href="#Page_9">9</a>, <a href="#Page_165">165</a> note 2, <a href="#Page_166">166</a>.</span><br />
-<span style="margin-left: 1em;">&mdash;(Mme), III, <a href="#Page_165">165</a>, <a href="#Page_166">166</a>.</span><br />
-<span style="margin-left: 1em;">&mdash;(Achille) le jeune, III, <a href="#Page_166">166</a> et note 3.</span><br />
-FOULD (Benoît), III, <a href="#Page_135">135</a> et note 2, <a href="#Page_137">137</a> note 3, <a href="#Page_143">143</a>, <a href="#Page_146">146</a>, <a href="#Page_182">182</a>.<br />
-FOULD (Louis), III, <a href="#Page_167">167</a>.<br />
-FOURIER (Ch.), philosophe, I, 428, 429.<br />
-FOX (M.), homme d'État anglais, I, 226.<br />
-FRA BARTOLOMEO, maître italien, I, 400.<br />
-FRAMELLI (Mme), III, <a href="#Page_52">52</a>.<br />
-FRANÇAIS (François-Louis), peintre, III, <a href="#Page_10">10</a>, <a href="#Page_25">25</a>, <a href="#Page_26">26</a> et note 2, <a href="#Page_115">115</a>.<br />
-FRANCHETTI (Mme), III, <a href="#Page_163">163</a>, <a href="#Page_334">334</a>, <a href="#Page_335">335</a>.<br />
-FRANCHOMME (Auguste-Joseph), violoncelliste, I, 270 et note 283;<br />
-<span style="margin-left: 1em;">II, 363, 370; III, <a href="#Page_9">9</a>.</span><br />
-FRANÇOIS Ier, II, 196, 201.<br />
-<i>François Ier</i>, tableau du Titien, musée du Louvre, I, 73.<br />
-FRANKLIN (Benjamin), I, 127.<br />
-FRÉDÉRIC II, roi de Prusse, cité, I, 201.<br />
-FRÉMIET (Emmanuel), sculpteur animalier, II, 71 et note 2.<br />
-FRÉMY (Louis), administrateur et homme politique, III, <a href="#Page_185">185</a> et note 2, <a href="#Page_186">186</a>.<br />
-<i>Frépillon</i>, propriété de la famille Riesener, près de<br />
-<span style="margin-left: 1em;">Saint-Leu-Taverny, I, 135.</span><br />
-FRÈRE (Théodore), peintre, III, <a href="#Page_126">126</a> et note 1.<br />
-FRESNOY (M. DU), amateur, I, 110 et note 130.<br />
-<i>Freyschütz</i>, opéra de Weber, II, 16.<br />
-FROMENTIN (Eugène), peintre, I, xxxiv; II, cité 5 note 1, 24.<br />
-<i>Fualdès</i> (la complainte de), II, 362 et note 1.<br />
-<br />
-G<br />
-<br />
-GABRIEL (M.), vaudevilliste, I, 281.<br />
-GAINSBOROUGH (Thomas), peintre anglais, II, 162; III, <a href="#Page_36">36</a> note.<br />
-GALIMARD, peintre, III, <a href="#Page_187">187</a> et note 1.<br />
-GALUPPI (Balthazar), compositeur italien, III, <a href="#Page_12">12</a> et note 1, <a href="#Page_13">13</a>.<br />
-GAMELIN (Jacques), peintre, I, 309 et note 356.<br />
-GARCIA (Manuel) père, chanteur, I, 247 note 243, 248, 249.&mdash;(Manuel),<br />
-<span style="margin-left: 1em;">son fils, musicien, I, 247 et note 243, 250, 317, 318.</span><br />
-GARCIA (Marie), dite Mme Malibran, cantatrice, I, 247 note 243, 248, 249, 250.<br />
-GARCIA (Pauline), dite Mme Viardot, cantatrice, I, 247 note 243; III, <a href="#Page_2">2</a> note 3.<br />
-GARNAUD (Antoine-Martin), architecte, III, <a href="#Page_240">240</a> et note.<br />
-GASSIES, peintre, I, 136 et note 154, 137.<br />
-GATTEAUX (Jacques-Édouard), statuaire, graveur en médailles, III, <a href="#Page_299">299</a> et note.<br />
-GAUBERT (le docteur Léon), III, <a href="#Page_290">290</a> et note.<br />
-GAULTIER (Racine), dit Prudent, pianiste et compositeur, I, 351 et note 412, 355.<br />
-GAULTRON, peintre, élève de Delacroix, I, 254 et note 251, 293, 389,<br />
-<span style="margin-left: 1em;">395, 397, 409, 410.</span><br />
-GAUTIER (Théophile), poète est littérateur, I, ii, xxiii, 1, 58, 226 note 219,<br />
-<span style="margin-left: 1em;">254, 255, 296 et note 329, 350, 377 note 450, 439 note 498;</span><br />
-<span style="margin-left: 1em;">II, 157 et note 1, 201, 202 note, 213, 227 note 2, 273 note 1,</span><br />
-<span style="margin-left: 1em;">377 note 1, 410 et note; III, <a href="#Page_21">21</a> et note 2, <a href="#Page_38">38</a> note 3, <a href="#Page_40">40</a> et note 3, <a href="#Page_113">113</a>,</span><br />
-<span style="margin-left: 1em;"><a href="#Page_134">134</a> et note, <a href="#Page_157">157</a> note, <a href="#Page_174">174</a> note 1, <a href="#Page_206">206</a> note 4, <a href="#Page_316">316</a> note 2.</span><br />
-GAVARD, éditeur, I, 408 et note 475.<br />
-<span style="margin-left: 1em;">&mdash;(Charles), son fils, diplomate, II, 325.</span><br />
-<span style="margin-left: 1em;">&mdash;(Mlle Élise), sa fille, II, 325.</span><br />
-GAVET (M.), agent de change, I, 335 et note 390.&mdash;(Mme), fille de M. Bornot,<br />
-<span style="margin-left: 1em;">I, 335, note 390, 403 note 461.</span><br />
-GAY-LUSSAC, physicien et chimiste, I, 344.<br />
-<i>Gazza ladra</i> (la), opéra de Rossini, III, <a href="#Page_59">59</a> et note.<br />
-GELOËS (le comte DE), amateur, I, 267 note 277, 302 et note 343, 347, 416;<br />
-<span style="margin-left: 1em;">II, 138, 222 note 1; III, <a href="#Page_121">121</a>.</span><br />
-<i>Génie arrivant à l'immortalité</i>, deux dessins de Delacroix,<br />
-<span style="margin-left: 1em;">I, 400 et note 470; II, 340.</span><br />
-GÉRARD (baron), peintre, I, 17, 130 note 144, 138 et note 156, 236;<br />
-<span style="margin-left: 1em;">II, 363, 374; III, <a href="#Page_249">249</a>.</span><br />
-GÉRARD (Mlle), peintre, III, <a href="#Page_186">186</a>.<br />
-GÉRICAULT, peintre, I, 15, 31, 32 et note 39, 46 et note 54, 60 et note 58,<br />
-<span style="margin-left: 1em;">73, 78, 79, 82, 88, 93, 96, 98 109, 115, 117, 132 à 135,</span><br />
-<span style="margin-left: 1em;">253, 269; II, 29, 76, 92 et note 1, 252, 429, 430, 454 et note;</span><br />
-<span style="margin-left: 1em;">III, <a href="#Page_121">121</a> et note 1, <a href="#Page_208">208</a>, <a href="#Page_219">219</a>, <a href="#Page_234">234</a>, <a href="#Page_235">235</a>, <a href="#Page_260">260</a>, <a href="#Page_431">431</a>.</span><br />
-GERVAIS, marchand de couleurs, I, 286; III, 25.<br />
-GHIBERTI (Lorenzo), sculpteur et architecte florentin, I, 399 et note 469.<br />
-GHIRLANDAJO (le), maître florentin, III, <a href="#Page_393">393</a>.<br />
-<i>Giaour</i> (le), poème de lord Byron, I, 115, 116.<br />
-<i>Giaour au bord de la mer</i> (un), toile de Delacroix, I, 376 et note 445.<br />
-<i>Giaour foulant aux pieds de son cheval le pacha</i>, toile de Delacroix,<br />
-<span style="margin-left: 1em;">II, 386 et note 2.</span><br />
-GIHAUT, éditeur d'estampes, I, 73, 81, 97.<br />
-<i>Gil Blas</i>, roman de Le Sage, II, 264; III, <a href="#Page_138">138</a>, <a href="#Page_332">332</a>.<br />
-GIORGIONE (le), maître vénitien, I, 88.<br />
-GIOTTO, maître florentin, II, 180; III, <a href="#Page_393">393</a>.<br />
-GIRARDIN (Émile DE), publiciste, II, 198 et note, 413; III, <a href="#Page_156">156</a>, <a href="#Page_353">353</a>.<br />
-GIRODET, I, 68, 84 et note, 195; III, <a href="#Page_249">249</a>.<br />
-GISORS (Alphonse-Henri DE), architecte, I, 235 et note; III, <a href="#Page_185">185</a> <a href="#Page_186">186</a>, <a href="#Page_419">419</a>.<br />
-GLUCK, compositeur allemand, I, 422, 426; III, <a href="#Page_2">2</a>, <a href="#Page_13">13</a>, <a href="#Page_14">14</a>, <a href="#Page_355">355</a> et note,<br />
-<span style="margin-left: 1em;"><a href="#Page_384">384</a>, <a href="#Page_391">391</a> note 2.</span><br />
-GODDE (Étienne-Hippolyte), architecte, III, <a href="#Page_169">169</a> et note 2.<br />
-GODWIN (William), romancier anglais, I, 100 note.<br />
-GŒTHE, I, xxvi, 65, 220, 222, 260; III, <a href="#Page_50">50</a> note 1, <a href="#Page_233">233</a> note 2, <a href="#Page_424">424</a>.<br />
-<i>Gœtz de Berlichingen</i>, de Gœthe. Voir <i>Berlichingen.</i><br />
-GOGOL (Nicolas), romancier russe, II, 264.<br />
-GONDOLFI (Mme Camilla), peintre, II, 38<br />
-GOUBAUX, auteur dramatique, II, 96 et note 2; III, <a href="#Page_20">20</a>.<br />
-GOUJON (Jean), sculpteur, II, 129; III, <a href="#Page_252">252</a>.<br />
-GOUJON (l'abbé), vicaire de Saint-Sulpice, I, 385.<br />
-GOULEUX, camarade d'enfance de Delacroix, I, 50.<br />
-GOUNOD (Charles), compositeur, II, 82, 314, 360, 369;<br />
-<span style="margin-left: 1em;">III, 11 et note 1, 19, 52, 139.</span><br />
-GOYA, maître espagnol, I, 73, 82, 83, 187 note 190.<br />
-GOZLAN (Léon), romancier et auteur dramatique, II, 378 et note 3.<br />
-GRACIAN (Balthazar), Jésuite espagnol, I, 259 et note 263.<br />
-<i>Grandes opérations militaires,</i> de Jomini, II, 292.<br />
-<i>Grandeur et décadence des Romains</i>, de Montesquieu, I, 403.<br />
-GRANET, peintre, I, 136 et note 153, 345; III, <a href="#Page_253">253</a>.<br />
-GRANGE (Mme DE LA), amie de Berryer, II, 386, 482, 495, 496;<br />
-<span style="margin-left: 1em;">III, <a href="#Page_2">2</a>, <a href="#Page_5">5</a>, <a href="#Page_120">120</a>, <a href="#Page_131">131</a>, <a href="#Page_293">293</a>, <a href="#Page_297">297</a>, <a href="#Page_330">330</a>.</span><br />
-GRANT (François), peintre anglais, III, <a href="#Page_37">37</a> et note 2.<br />
-<i>Grec à cheval</i> (le), tableau de Delacroix, III, <a href="#Page_131">131</a>, <a href="#Page_137">137</a>, <a href="#Page_142">142</a>.<br />
-<i>Grèce contemporaine</i> (la), d'Edmond About, III, <a href="#Page_176">176</a> et note 1,<br />
-<span style="margin-left: 1em;"><a href="#Page_181">181</a> note 3.</span><br />
-GRENIER DE SAINT-MARTIN, peintre, élève de Delacroix, I, 274 et note,<br />
-<span style="margin-left: 1em;">290, 291, 306; II, 374.&mdash;(Henri-Gustave et Théophile-Yves-René),</span><br />
-<span style="margin-left: 1em;">fils du précédent, III, <a href="#Page_318">318</a> et note.</span><br />
-GRÉTRY, compositeur, I, 123; III, <a href="#Page_207">207</a>.<br />
-GRIMBLOT (Mme), III, <a href="#Page_403">403</a>, <a href="#Page_405">405</a>.<br />
-GRISI (Mme), cantatrice, II, 154, 293.<br />
-GROS (baron), peintre, I, 9, 61, 65, 115, 130, 149, 302, 374;<br />
-<span style="margin-left: 1em;">II, 3 note 1, 172, 251, 252, 388, 429; III, <a href="#Page_67">67</a> note 4, <a href="#Page_105">105</a>,</span><br />
-<span style="margin-left: 1em;"><a href="#Page_201">201</a> note 2, <a href="#Page_208">208</a>, <a href="#Page_431">431</a>.</span><br />
-GROS-CHAMELIER (M.), I, 186.<br />
-GROSCLAUDE (Louis), peintre, III, <a href="#Page_127">127</a> et note 2.<br />
-GRZYMALA (le comte), amateur, I, 302 et note 342, 318, 320; II, 163,<br />
-<span style="margin-left: 1em;">169, 222, 388; III, <a href="#Page_9">9</a>, <a href="#Page_50">50</a>, <a href="#Page_156">156</a>.</span><br />
-GUASCO, I, 317, 318.<br />
-GUDIN (Théodore), peintre de paysages et de marines, I, 410 et note.<br />
-<i>Guêpes</i> (les), d'Alphonse Karr, II, 213 note.<br />
-GUERCHIN (le), maître italien, I, 203.<br />
-GUÉRIN (Gabriel), peintre, I, 44; III, <a href="#Page_82">82</a> et notes 1 et 2.<br />
-GUÉRIN (Jules), chirurgien, II, 427 et note; III, <a href="#Page_108">108</a> et note 2, <a href="#Page_110">110</a>,<br />
-<span style="margin-left: 1em;"><a href="#Page_111">111</a>, <a href="#Page_127">127</a>, <a href="#Page_128">128</a>.</span><br />
-<i>Guerre des femmes</i> (la), roman de Dumas père, III, <a href="#Page_15">15</a> note.<br />
-<i>Guetteurs de lion</i>, toile de Delacroix, II, 330 et note 1.<br />
-GUIDE (Guido Reni, dit le), maître italien, I, 359; II, 278 et note 2;<br />
-<span style="margin-left: 1em;">III, <a href="#Page_119">119</a>, <a href="#Page_120">120</a>.</span><br />
-<i>Guillaume Tell</i>, opéra de Rossini, II, 296, 301, 351;&mdash;tragédie<br />
-<span style="margin-left: 1em;">de Schiller, II, 300.</span><br />
-GUILLEMARDET (Félix), ami de Delacroix, I, xiii, 2, 3 note 3, 13,<br />
-<span style="margin-left: 1em;">15, 16 note 19, 24, 27, 45 note 51, 93, 107, 112 note 132, 115, 123, 408;</span><br />
-<span style="margin-left: 1em;">II, 43, 121, 379; III, <a href="#Page_49">49</a> et note 1, <a href="#Page_67">67</a>, <a href="#Page_118">118</a>, <a href="#Page_127">127</a>, <a href="#Page_128">128</a>, <a href="#Page_160">160</a>, <a href="#Page_164">164</a>,</span><br />
-<span style="margin-left: 1em;"><a href="#Page_290">290</a>, <a href="#Page_291">291</a>, <a href="#Page_391">391</a>, <a href="#Page_416">416</a>, <a href="#Page_417">417</a>.</span><br />
-<span style="margin-left: 1em;">&mdash;(Louis), I, 413; III, <a href="#Page_47">47</a> et note.</span><br />
-<span style="margin-left: 1em;">&mdash;(Caroline), I, 115; III, <a href="#Page_48">48</a>.</span><br />
-<span style="margin-left: 1em;">&mdash;(Édouard), frère de Félix, I, 15, 16 et suiv.; 19, 89, 102, 104,</span><br />
-<span style="margin-left: 1em;">115, 130; III, <a href="#Page_128">128</a>, <a href="#Page_290">290</a>.</span><br />
-GUILLEMARDET (Mme), I, 66, 71, 80, 99.<br />
-GUIZOT, historien et homme politique, II, 77.<br />
-<i>Gustave III ou le Bal masqué</i>, opéra d'Auber, III, <a href="#Page_141">141</a> et note 3.<br />
-GUYON (Mme Émilie), comédienne, III, <a href="#Page_339">339</a> et note 2.<br />
-<br />
-H<br />
-<br />
-HABENECK, violoniste, I, 354 et note 417.<br />
-HÆNDEL, compositeur allemand, III, <a href="#Page_127">127</a>.<br />
-HALÉVY (Jacques), compositeur, I, 317, 408; II, 38, 75, 77, 78,<br />
-<span style="margin-left: 1em;">96 note 1, 105, 106, 139, 235 et note 1, 237, 272, 312, 378,</span><br />
-<span style="margin-left: 1em;">402, 410, 496; III, <a href="#Page_8">8</a> et note 2, <a href="#Page_26">26</a>, <a href="#Page_28">28</a>, <a href="#Page_32">32</a>, <a href="#Page_33">33</a>, <a href="#Page_42">42</a>, <a href="#Page_43">43</a>, <a href="#Page_52">52</a>, <a href="#Page_126">126</a>,</span><br />
-<span style="margin-left: 1em;"><a href="#Page_141">141</a> note 2, <a href="#Page_181">181</a>, <a href="#Page_185">185</a>, <a href="#Page_186">186</a>, <a href="#Page_304">304</a>, <a href="#Page_330">330</a>.&mdash;(Mme), II, 106, 235, 496; III, <a href="#Page_8">8</a>.</span><br />
-<i>Hamlet</i>, toile de Delacroix, I, 357, 408; II, 479.<br />
-<i>Hamlet ayant tué Polonius</i>, toile de Delacroix, II, 330 et note 3,<br />
-<span style="margin-left: 1em;">476, 479; III, <a href="#Page_35">35</a> et note 3, <a href="#Page_143">143</a> et note 3.</span><br />
-HARO, expert, I, 408, 410, 420, 439; II, 46, 124, 375, 381;<br />
-<span style="margin-left: 1em;">III, <a href="#Page_32">32</a>, <a href="#Page_137">137</a>, <a href="#Page_146">146</a>, <a href="#Page_160">160</a>, <a href="#Page_164">164</a>, <a href="#Page_179">179</a>, <a href="#Page_267">267</a>, <a href="#Page_275">275</a>, <a href="#Page_294">294</a>, <a href="#Page_317">317</a>, <a href="#Page_351">351</a>.</span><br />
-<span style="margin-left: 1em;">&mdash; (Mme), II, 124.</span><br />
-HARTMANN, amateur, III, <a href="#Page_149">149</a>, <a href="#Page_161">161</a>, <a href="#Page_303">303</a> et note 2, <a href="#Page_401">401</a>.<br />
-HAUSSMANN (Le baron), préfet de la Seine, III, <a href="#Page_123">123</a> et note 3, <a href="#Page_124">124</a>,<br />
-<span style="margin-left: 1em;"><a href="#Page_305">305</a> et note 3.</span><br />
-HAUSSOSVILLE (Mme D'), III, <a href="#Page_139">139</a> note, <a href="#Page_143">143</a>.<br />
-HAUSSOULLIER, peintre et graveur, I, 263 et note 271.<br />
-HAY (M.), consul général et chargé d'affaires d'Angleterre au Maroc,<br />
-<span style="margin-left: 1em;">I, 154 et note 173, 157, 158.</span><br />
-HAYDN, compositeur allemand, I, 270, 426; II, 276, 325, 326; III, <a href="#Page_11">11</a>.<br />
-HAYDON, peintre anglais, I, 135 et note 150.<br />
-HÉBERT (Ernest), peintre, III, <a href="#Page_118">118</a> et note 2.<br />
-HECQUET, I, 413.<br />
-HÉDOUIN (Edmond), peintre et graveur, I, 253 et note 248, 255, 302;<br />
-<span style="margin-left: 1em;">II, 92; III, <a href="#Page_182">182</a>.</span><br />
-HEIM (François-Joseph), peintre, III, <a href="#Page_83">83</a> et note 1.<br />
-HEINE (Henri), poète et littérateur, III, <a href="#Page_134">134</a> et note.<br />
-HÉLÈNE, modèle de Delacroix, I, 52, 84, 92, 93, 95, 104.<br />
-<i>Héliodore chassé du temple</i>, tableau de Delacroix (chapelle des<br />
-<span style="margin-left: 1em;">Saints-Anges, à Saint-Sulpice), I, 411 note 479; II, 467; III, <a href="#Page_350">350</a>.</span><br />
-<span style="margin-left: 1em;">&mdash;Esquisse du même, III, <a href="#Page_401">401</a>.</span><br />
-<i>Héliodore chassé du temple</i>, tableau de Francesco Solimena, I, 203 note 208.<br />
-HENNEQUIN (Amédée), ami de Berryer, II, 353 et note 4, 358, 362, 363, 366, 368.<br />
-HENRI IV, II, 485.<br />
-<i>Henri IV dans sa maison</i>. petite toile de Delacroix, I, 311.<br />
-<i>Henri IV</i>, drame de Shakespeare, III, <a href="#Page_424">424</a>.<br />
-<i>Héraclius</i>, tragédie de Calderon, III, <a href="#Page_320">320</a>, <a href="#Page_321">321</a><br />
-HERBAUT, I, 344, 372.<br />
-HERBELIN (Mme), peintre, II, 89 et note 1, 137, 157, 175;<br />
-<span style="margin-left: 1em;">III, <a href="#Page_35">35</a>, <a href="#Page_130">130</a> et note 5, <a href="#Page_132">132</a>, <a href="#Page_162">162</a>, <a href="#Page_184">184</a> et note&nbsp; <a href="#Page_3">3</a>96.</span><br />
-<i>Hercule étouffant Antée</i>, toile de Delacroix, II, 314 et note 3.<br />
-<i>Hercule ramène Alceste du fond des enfers</i>, tympan décoratif<br />
-<span style="margin-left: 1em;">de l'Hôtel de ville, par Delacroix, I, 216.</span><br />
-<i>Hercule et Diomède</i>, toile de Delacroix, II, 286 et note 4.<br />
-HERMANT (Adolphe), dit Hermann, violoniste, II, 314 et note 2.<br />
-<i>Herminie et les bergers</i>, toile de Delacroix, II, 291;<br />
-<span style="margin-left: 1em;">III, <a href="#Page_143">143</a>, <a href="#Page_161">161</a> et note 1, <a href="#Page_162">162</a>, <a href="#Page_362">362</a> note.</span><br />
-<i>Hérodote interroge les traditions des Mages</i>, peinture décorative,<br />
-<span style="margin-left: 1em;">de la bibliothèque du Palais-Bourbon, par Delacroix, I, 257.</span><br />
-<i>Hésiode et la Muse</i>, peinture décorative de la bibliothèque<br />
-<span style="margin-left: 1em;">du Palais-Bourbon, par Delacroix, I, 257.</span><br />
-HESSE (Nicolas-Auguste), peintre, III, <a href="#Page_416">416</a>.<br />
-HETZEL, libraire et littérateur, II, 269 et note 2.<br />
-HIPPOCRATE, II, 367; III, <a href="#Page_177">177</a>.<br />
-<i>Hippocrate refuse les présents du roi de Perse</i>, peinture décorative<br />
-<span style="margin-left: 1em;">de la bibliothèque du Palais-Bourbon, par Delacroix, I, 258.</span><br />
-HIS (Charles), publiciste, I, 271 et note 287.&mdash;(Mme), II, 342 et note.<br />
-<i>Histoire de la Révolution</i>, par Michelet, I, 302.<br />
-<i>Histoire de la vie et des ouvrages de Raphaël</i>, par Quatremère<br />
-<span style="margin-left: 1em;">de Quincy, I, 108 et note 127.</span><br />
-<i>Histoire de l'Égypte sous Méhémet-Ali</i>, par Maugin, I, 108.<br />
-<i>Histoire de ma vie,</i> par George Sand, III, <a href="#Page_34">34</a> et note 2.<br />
-HITTORF (Jacques-Ignace), architecte, III, <a href="#Page_63">63</a> et note 4, <a href="#Page_304">304</a>.<br />
-HOGARTH (William), peintre et graveur anglais, III, <a href="#Page_38">38</a>, <a href="#Page_41">41</a>.<br />
-HOMÈRE, II, 72, 258, 260, 301, 302, 388; III, <a href="#Page_240">240</a>, <a href="#Page_263">263</a>, <a href="#Page_272">272</a>,<br />
-<span style="margin-left: 1em;"><a href="#Page_310">310</a>, <a href="#Page_348">348</a>, <a href="#Page_361">361</a>.</span><br />
-<i>Homme dévoré par un lion</i>, toile de Delacroix, I, 351 et note, 357.<br />
-<i>Hommes couchés, après le bain</i>, I, 215.<br />
-<i>Hommes jouant aux échecs</i>, toile de Delacroix, I, 357.<br />
-HORACE, I, 75 note 87; III, <a href="#Page_171">171</a>, <a href="#Page_254">254</a>, <a href="#Page_361">361</a>.<br />
-<i>Hortensias</i>, toile de Delacroix, I, 347, 354.<br />
-HOUDETOT (le comte D'), administrateur et homme politique,<br />
-<span style="margin-left: 1em;">I, 137 et note; II, 313</span><br />
-HOUSSAYE (Arsène), littérateur, II, 290 et note 1.<br />
-HUBER (Pierre), naturaliste suisse, III, <a href="#Page_57">57</a> et note.<br />
-HUET (Paul), peintre paysagiste, II, 377 et note 1; III, <a href="#Page_118">118</a><br />
-<span style="margin-left: 1em;">et notes 1 et 3, <a href="#Page_323">323</a>.</span><br />
-HUGO (Victor), liii, liv, I, 210 et note 215, 363, 371; II, 201, 302.<br />
-<i>Huguenots</i> (les), opéra de Meyerbeer, I, 268; II, 300, 301.<br />
-HUGUES (Henri), cousin de Delacroix, I, 9 note 11, 13, 19, 25, 58,<br />
-<span style="margin-left: 1em;">63, 71, 97, 255.</span><br />
-HUNT (William-Holmant), peintre anglais, III, <a href="#Page_38">38</a> et note 3, <a href="#Page_51">51</a>.<br />
-<br />
-I<br />
-<br />
-IDEVILLE (comte D'), diplomate, II, 369; III, <a href="#Page_118">118</a>.<br />
-<i>Iliade</i> (l'), III, <a href="#Page_263">263</a>, <a href="#Page_270">270</a>, <a href="#Page_348">348</a>.<br />
-INGRES, peintre, xlix, li, lii; I, 84 et note, 87, 139, 195, 345,<br />
-<span style="margin-left: 1em;">366; II, 161, 286, 317 et note, 352 et note 2, 375 et note 3;</span><br />
-<span style="margin-left: 1em;">III, <a href="#Page_22">22</a>, <a href="#Page_27">27</a>, <a href="#Page_36">36</a>, <a href="#Page_42">42</a>, <a href="#Page_88">88</a>, <a href="#Page_113">113</a>, <a href="#Page_147">147</a>, <a href="#Page_335">335</a>, <a href="#Page_416">416</a>.</span><br />
-<i>Intérieur d'Oran</i> (Un), toile de Delacroix, I, 314.<br />
-<i>Intérieur de harem</i>, toile de Delacroix, II, 292.<br />
-<i>Intérieur d'un potier en Italie</i>, esquisse de Decamps, II, 175.<br />
-<i>Iphigénie en Aulide,</i> tragédie lyrique de Glück, I, 422.<br />
-IRÈNE, amie de Delacroix, II, 151.<br />
-ISABEY (J.-B.), peintre miniaturiste, I, 416 et note 485, 432; II, 310,<br />
-<span style="margin-left: 1em;">445, 448, 449, 455; III, <a href="#Page_239">239</a>.&mdash;(Mme et Mlle), II, 445.</span><br />
-<i>Italiana in Algieri</i> (l'), opéra-bouffe de Rossini, III, <a href="#Page_318">318</a>.<br />
-<i>Ivanhoé</i>, roman de Walter Scott, III, <a href="#Page_421">421</a>.<br />
-<i>Ivanhoé</i>, tableau de Delacroix, I, 46.<br />
-<i>Ivanhoé et Rebecca</i>, petite toile de Delacroix, III, <a href="#Page_348">348</a>.<br />
-<br />
-J<br />
-<br />
-JACOB (Henri), lithographe, I, 72.<br />
-JACOB, cousin de Delacroix, I, 72; II, 349; III, <a href="#Page_112">112</a> et note.<br />
-JACQUAND, peintre, I, 333 et note 389.<br />
-JACQUET, marchand de curiosités, I, 306 et note 351.<br />
-JACQUINOT (le général Charles), cousin de Delacroix, I, 53, 56.<br />
-JADIN, paysagiste, I, 271 et note 286.<br />
-JALABERT, peintre, II, 227 et note 2; III, <a href="#Page_165">165</a>.<br />
-JAN (Laurent), journaliste, I, 243 et note 241, 256, 257, 316; III, <a href="#Page_42">42</a>, <a href="#Page_43">43</a>, <a href="#Page_44">44</a>.<br />
-<i>Jane Eyre</i>, roman de Charlotte Bronte, III, <a href="#Page_351">351</a> et note 1.<br />
-<i>Jane Shore</i>, aquarelle, lithographie et peinture de Delacroix, I, 74,<br />
-<span style="margin-left: 1em;">79, 92, 93, 95, 104.</span><br />
-JANIN (Jules), critique, II, 105 et note 1; III, <a href="#Page_42">42</a>, <a href="#Page_43">43</a>.<br />
-JANMOT (Louis, dit Jan-Louis), peintre, III, <a href="#Page_41">41</a> et note 1, <a href="#Page_88">88</a>.<br />
-<i>Jardin de Méquinez</i>, aquarelle de Delacroix, I, 214.<br />
-JAUBERT (Mme), écrivain, I, 423 et note 490; II, 123 note, 355 note 2,<br />
-<span style="margin-left: 1em;">359 note 2; III, <a href="#Page_54">54</a>, <a href="#Page_56">56</a>, <a href="#Page_57">57</a>, <a href="#Page_397">397</a>.</span><br />
-JENNY. Voir LE GUILLOU.<br />
-<i>Jérusalem délivrée</i> (la), poème du Tasse, I, 375; II, 291 et note 4;<br />
-<span style="margin-left: 1em;">III, <a href="#Page_29">29</a> note, <a href="#Page_385">385</a>.</span><br />
-<i>Jésus flagellé</i>, toile de Rubens, musée d'Anvers, II, 6.<br />
-<i>Jésus qui veut foudroyer le monde</i>, toile de Rubens, musée<br />
-<span style="margin-left: 1em;">d'Anvers, II, 5.</span><br />
-<i>Jeune femme qui se peigne</i>, toile de Delacroix, II, 306 et note.<br />
-<i>Jeune fille dans le cimetière</i>, toile de Delacroix, III, <a href="#Page_53">53</a> et note.<br />
-<i>Jeune homme qui déjeune</i>, petite toile de Meissonier, II, 220.<br />
-<i>Jeune marin expirant</i>, sculpture par Allier, I, 98.<br />
-<i>Job et ses amis</i>, tableau de Decamps, II, 165, 174.<br />
-JOLY DE FLEURY, magistrat, III, <a href="#Page_122">122</a>.<br />
-JOLY GRANGEDOR, peintre, élève de Delacroix, II, 87 note 1.<br />
-JOMINI (baron), général et écrivain suisse, II, 292.<br />
-JORDAENS, maître flamand, I, 303; III, <a href="#Page_282">282</a>.<br />
-<i>Joseph</i>, opéra de Méhul, I, 96.<br />
-<i>Joseph Balsamo</i>, roman d'Alexandre Dumas père, II, 115, 117,<br />
-<span style="margin-left: 1em;">123, 433; III, <a href="#Page_342">342</a> note 1.</span><br />
-<i>Joséphine</i> (l'Impératrice), portrait par Prud'hon, I, 301 et note 340.<br />
-<i>Josué arrêtant le soleil</i>, aquarelle de Decamps, II, 165 et note.<br />
-JOUAUT, III, <a href="#Page_71">71</a>.<br />
-JOURNÉ (Mme), fille de M. Bornot, I, 403 note.<br />
-JOUVENET (J.), peintre, II, 173.<br />
-<i>Jugement de Paris</i> (le), toile de Raphaël, I, 283.<br />
-<i>Jugement dernier</i> (le), toile de Chenavard, II, 470.<br />
-<i>Juif errant</i> (le), opéra d'Halévy, II, 96 et note 1.<br />
-<i>Juifs de Méquinez</i>, toile de Delacroix, I, 214, 311.<br />
-<i>Juive</i> (la), opéra d'Halévy, III, <a href="#Page_141">141</a> et note 2<br />
-<i>Juives de Méquinez</i>, toile de Delacroix, I, 214.<br />
-<i>Juives de Tanger</i>, toile de Delacroix, I, 214.<br />
-<i>Jules César</i>, tragédie de Shakespeare, III, <a href="#Page_321">321</a>.<br />
-JULES ROMAIN, maître italien, III, <a href="#Page_39">39</a>.<br />
-JULIE, servante de Delacroix, II, 330, 438; III, <a href="#Page_31">31</a>.<br />
-<i>Juliette sur le lit</i>, tableau de Delacroix, I, 214.<br />
-JUSSIEU (Joseph DE), botaniste, I, 344, 447 note.<br />
-<span style="margin-left: 1em;">&mdash;(Adrien), son fils, I, 447 et note.</span><br />
-<i>Justinien</i>, toile de Delacroix, II, 387 note 1.<br />
-<br />
-K<br />
-<br />
-<i>Kaïd goûtant le lait que lui offrent les paysans</i>, dessin à la plume,<br />
-<span style="margin-left: 1em;">de Delacroix, I, 214.</span><br />
-KALERJI (Mme), amie de Chopin, I, 359, 369, 371, 372, 431;<br />
-<span style="margin-left: 1em;">III, <a href="#Page_86">86</a>, <a href="#Page_90">90</a>, <a href="#Page_91">91</a>, <a href="#Page_92">92</a>.</span><br />
-KANT, philosophe allemand, II, 443.<br />
-KARR (Alphonse), littérateur, II, 213 et note.<br />
-KAYSER (DE), peintre, II, 411.<br />
-KERDREL (M. DE), homme politique, II, 488.<br />
-KIATKOWSKI, ami de Chopin, II, 223.<br />
-KLOTZ, architecte de Strasbourg, III, <a href="#Page_83">83</a>.<br />
-KNEPFLER, peintre, I, 278.<br />
-<i>Knox le puritain prêchant devant Marie Stuart</i>, esquisse de Wilkie, I, 196 note.<br />
-<br />
-L<br />
-<br />
-LABBÉ, I, 247.<br />
-LABLACHE (Mlle Mariette), cantatrice, II, 176 et note 3.<br />
-<i>Labourage nivernais</i>, toile de Rosa Bonheur, musée du Luxembourg,<br />
-<span style="margin-left: 1em;">I, 351 note.</span><br />
-LA BRUYÈRE, II, 182; III, <a href="#Page_352">352</a>.<br />
-<i>Lac</i> (le), poésie de Lamartine, I, 366.<br />
-LACÉPÈDE (DE), naturaliste, I, 239.<br />
-LA COMBE (le colonel DE), auteur d'un ouvrage sur <i>Charlet</i>,<br />
-<span style="margin-left: 1em;">III, <a href="#Page_187">187</a> note 2, <a href="#Page_371">371</a> note 2.</span><br />
-LACROIX (Gaspard-Jean), peintre paysagiste, I, 288 et note 320, 289,<br />
-<span style="margin-left: 1em;">291, 307 et note 352.</span><br />
-<i>Lady Macbeth</i>, toile de Delacroix, I, 377 et note 450.<br />
-LAFONT (Émile), peintre, I, 431 et note 497.<br />
-LA FONTAINE, II, 51, 216, 390, 396, 440; III, 171.<br />
-LAGNIER, III, <a href="#Page_166">166</a>.<br />
-LAGUERRE (le docteur), III, <a href="#Page_276">276</a>, <a href="#Page_277">277</a>, <a href="#Page_284">284</a>, <a href="#Page_288">288</a>, <a href="#Page_290">290</a>, <a href="#Page_291">291</a>, <a href="#Page_304">304</a>,<br />
-<span style="margin-left: 1em;"><a href="#Page_318">318</a>, <a href="#Page_433">433</a> et note 2.</span><br />
-LAITY, ancien lieutenant d'artillerie, II, 314 et note 1; III, <a href="#Page_118">118</a>.<br />
-LAJUDIE (Mme DE), fille aînée du baron Rivet, III, <a href="#Page_65">65</a> et note, <a href="#Page_404">404</a>.<br />
-LAMARTINE, I, 87, 91, 346, 367, 415; II, 347 et note,,;<br />
-<span style="margin-left: 1em;">III, <a href="#Page_110">110</a>, <a href="#Page_348">348</a>, <a href="#Page_397">397</a>.</span><br />
-LAMBERT (Eugène), peintre, II, 87 et note 1.<br />
-LAMBERT (Mme), fille de M. Bornot, I, 403 note.<br />
-LAMEY, cousin de Delacroix, I, 75 note 86; III, <a href="#Page_81">81</a> et note, <a href="#Page_82">82</a>, <a href="#Page_93">93</a>, <a href="#Page_96">96</a>,<br />
-<span style="margin-left: 1em;"><a href="#Page_132">132</a>, <a href="#Page_163">163</a> et note 5, <a href="#Page_161">161</a>, <a href="#Page_165">165</a>, <a href="#Page_277">277</a>, <a href="#Page_278">278</a>, <a href="#Page_289">289</a>, <a href="#Page_294">294</a>, <a href="#Page_335">335</a>, <a href="#Page_336">336</a>,</span><br />
-<span style="margin-left: 1em;"><a href="#Page_413">413</a>, <a href="#Page_416">416</a>.&mdash;(Mme), I, 105; III, <a href="#Page_83">83</a>, <a href="#Page_85">85</a>, <a href="#Page_86">86</a>, <a href="#Page_96">96</a>, <a href="#Page_132">132</a>.</span><br />
-LAMEY (Ferdinand), III, <a href="#Page_85">85</a>.&mdash;(Mme), III, <a href="#Page_148">148</a>.<br />
-LAMORICIÈRE (le général), I, 447 et note 503; II, 364.<br />
-LAMY (Eugène), peintre et dessinateur, II, 174 et note.<br />
-LANDON (Paul), peintre et littérateur, II, 401 et note.<br />
-LANGLOIS (Jean-Charles), peintre, III, <a href="#Page_324">324</a> et note 2.<br />
-LANTON, III, 86.<br />
-LAPORTE (M DE), consul de France au Maroc, I, 150 et note 168.&mdash;(Mme), I, 394.<br />
-LARCHEZ, I, 105.<br />
-LARIBE, I, 30.<br />
-LA RIVE, tragédien, I, 272.<br />
-LARIVIÈRE,peintre, II, 311 et note 2.<br />
-LARREY (le baron), chirurgien, I, 286 et note 316.<br />
-LAS MARISMAS (Mme), III, <a href="#Page_297">297</a>.<br />
-LASSALLE (Émile), peintre, élève de Delacroix, I, 274 et note 297, 290;<br />
-<span style="margin-left: 1em;">II, 87 note 1; III, <a href="#Page_174">174</a> et note 3.</span><br />
-LASSALLE-BORDES, peintre, élève de Delacroix, I, 260 note 267, 261;<br />
-<span style="margin-left: 1em;">III, <a href="#Page_167">167</a> note.</span><br />
-LASSUS (J.-B.-Antoine), architecte, I, 343 et note 399; II, 177.<br />
-LASTEYBIE (le comte DE), archéologue, II, 152 et note 2.<br />
-LATOUCHE (Henri DE), littérateur, III, <a href="#Page_34">34</a> et note 3.<br />
-LATOUR (Maurice-Quentin DE), pastelliste, III, <a href="#Page_169">169</a> et note 3.<br />
-LAUGIER (Jean-Nicolas), graveur, I, 130 et note 144.<br />
-LAUGIER (Stanislas), chirurgien, I, 306 et note 349.<br />
-LAURE, modèle, I, 92, 93, 104, 130, 131.<br />
-LAURENCEAU(Baron), ami de Berryer, II, 487, 490.&mdash;(Baronne), II, 487.<br />
-LAURENS (Joseph-Bonaventure), littérateur et compositeur, I, 326 et note 383.<br />
-LAURENS (Jules), peintre, lithographe et graveur, I, 326 et note 383,<br />
-<span style="margin-left: 1em;">424 et note 491; II, 37.</span><br />
-LAVALETTE (le comte DE), III, <a href="#Page_45">45</a> note, <a href="#Page_46">46</a>, <a href="#Page_173">173</a>.&mdash;(Mme DE), II, 391;<br />
-<span style="margin-left: 1em;">III, <a href="#Page_45">45</a> et note.</span><br />
-LAVOYPIERRE, cuisinier, II, 483.<br />
-LAWRENCE, peintre anglais, II, 162 et note 1; III, <a href="#Page_36">36</a> note, <a href="#Page_38">38</a>, <a href="#Page_69">69</a>, <a href="#Page_216">216</a>, <a href="#Page_377">377</a>.<br />
-LEBLOND (Frédéric), ami de Delacroix, I, xiii; I, 43 et note, 53,<br />
-<span style="margin-left: 1em;">72, 66, 69, 71, 72, 74 à 76, 82, 90, 91, 94, 96, 102, 103, 107,</span><br />
-<span style="margin-left: 1em;">117, 124, 127, 129, 130, 132, 135 à 139, 247, 281, 290, 307,</span><br />
-<span style="margin-left: 1em;">308, 317, 318, 354, 369.&mdash;(Mme), I, 282, 308, 354.</span><br />
-LEBORNE (Joseph-Louis), peintre, I, 92.<br />
-LEBOUC (Charles), violoncelliste, III, 131 et note 2.<br />
-LÈBRE, archéologue, III, <a href="#Page_363">363</a>.<br />
-LEBRUN (Charles), peintre, I, 368; II, 91, 173, 315; III, <a href="#Page_119">119</a>, <a href="#Page_248">248</a>, <a href="#Page_252">252</a>, <a href="#Page_291">291</a>.<br />
-LECOMTE (Hippolyte), peintre, II, 76 et note 1.<br />
-LECZINSKI (Stanislas Ier), roi de Pologne, III, <a href="#Page_278">278</a>, <a href="#Page_279">279</a>,<br />
-<span style="margin-left: 1em;"><a href="#Page_280">280</a>, <a href="#Page_281">281</a>, <a href="#Page_283">283</a>.</span><br />
-<i>Léda</i>, fresque de Delacroix, à Valmont, I, 193 et note 196.<br />
-LEDRU (Hilaire), peintre, III, <a href="#Page_395">395</a> et note 3.<br />
-LEDRU DES ESSARTS (le général), voisin de campagne de Delacroix,<br />
-<span style="margin-left: 1em;">à Champrosay, I, 445 et note.</span><br />
-LEDRU-ROLLIN, homme politique, II, 376.<br />
-LEFEBVRE, marchand de tableaux, I, <a href="#Page_357">357</a> et note.<br />
-LEFEBVRE (Charles), peintre, I, 290 et note; II, 292.<br />
-LEFEBVRE (Jules), peintre, III, <a href="#Page_289">289</a> et note.<br />
-LEFÈVRE-DEUMIER, littérateur et poète, II, 314 et note 6, 386;<br />
-<span style="margin-left: 1em;">III, <a href="#Page_120">120</a> et note 1.&mdash;(Mme), sculpteur, II, 314 et note 6; III, 120.</span><br />
-LEFRANC, marchand de couleurs, I, 316; II, 411.<br />
-LEFUEL, architecte, II, 229 et note 2; III, <a href="#Page_10">10</a>, <a href="#Page_26">26</a>, <a href="#Page_135">135</a>.<br />
-LEGENDRE, III, <a href="#Page_410">410</a>.<br />
-<i>Législation</i> (la), peinture décorative de la bibliothèque<br />
-<span style="margin-left: 1em;">du Palais-Bourbon, par Delacroix, I, 257.</span><br />
-LEGOUVÉ (E.), auteur dramatique, III, <a href="#Page_20">20</a>.<br />
-LEGRAND, ami de Berryer, III, <a href="#Page_292">292</a>.<br />
-LEGRAND (Mme Pierre), fille de M. Bornot, I, 403 note 471.<br />
-LEGROS (Pierre), sculpteur, II, 129 et note 2.<br />
-LE GUILLOU (Jenny), gouvernante de Delacroix, I, 256 note 257, 315 et note 365,<br />
-<span style="margin-left: 1em;">383, 406, 434, 442, 444; II, 1, 15, 25, 103 et note, 123,</span><br />
-<span style="margin-left: 1em;">134, 185, 186, 202, 210, 228, 242, 247 et note 1, 256, 269,</span><br />
-<span style="margin-left: 1em;">286, 328 à 331, 333, 336, 380, 387, 411, 417, 425, 427, 430,</span><br />
-<span style="margin-left: 1em;">438, 447, 477, 492; III, <a href="#Page_24">24</a>, <a href="#Page_29">29</a>, <a href="#Page_93">93</a>, <a href="#Page_101">101</a>, <a href="#Page_103">103</a>, <a href="#Page_104">104</a> et note.</span><br />
-<span style="margin-left: 1em;"><a href="#Page_105">105</a>, <a href="#Page_107">107</a>, <a href="#Page_108">108</a>, <a href="#Page_132">132</a>, <a href="#Page_145">145</a>, <a href="#Page_101">101</a>, <a href="#Page_179">179</a>, <a href="#Page_180">180</a>, <a href="#Page_266">266</a>, <a href="#Page_269">269</a>, <a href="#Page_272">272</a>, <a href="#Page_278">278</a>,</span><br />
-<span style="margin-left: 1em;"><a href="#Page_284">284</a>, <a href="#Page_288">288</a>, <a href="#Page_304">304</a>, <a href="#Page_347">347</a>, <a href="#Page_409">409</a>, <a href="#Page_433">433</a> et note.</span><br />
-LEHMANN, peintre, II, 81 et note 1, 89, 106, 295.<br />
-LEHON (Mme), II, 378.<br />
-LEHON fils, II, 378,<br />
-LEIBNITZ, philosophe allemand, II, 442.<br />
-LELEUX (Adolphe-Pierre), peintre, I, 235 et note 229, 253, 302.<br />
-<i>Lélia</i>, toile de Delacroix, I, 324, 332 et note 387.<br />
-LELIÈVRE, peintre, I, 46, 53, 56, 57, 75, 84, 99, 105, 106.<br />
-<span style="margin-left: 1em;">&mdash;Mme, I, 54, 55, 92.</span><br />
-LEMAITRE (Frederick), acteur, II, 201 et note.<br />
-LEMERCIER (Népomucène), littérateur, I, 81, note 96.<br />
-LEMOINNE (John), journaliste, III, <a href="#Page_108">108</a> et note 1.<br />
-LEMOLE (M.), amateur, I, 93.<br />
-LENOBLE, homme d'affaires de Delacroix, I, 297, 328, 335.<br />
-LENORMANT (Charles), archéologue et historien, III, <a href="#Page_344">344</a> et note 1.<br />
-LÉON X (le pape), II, 377.<br />
-<i>Léonore</i>, opéra de Beethoven, appelé aussi <i>Fidelio</i>,<br />
-<span style="margin-left: 1em;">I, 297 et note 334, 417.</span><br />
-LÉOTAUD (Mme DE), III, <a href="#Page_5">5</a>.<br />
-LEQUIEN fils, dessinateur, III, <a href="#Page_68">68</a>.<br />
-LERMINIER, publiciste, I, 317.<br />
-LEROUX (Eugène), lithographe, III, <a href="#Page_164">164</a> et note 1.<br />
-LEROUX (Jean-Marie), graveur et dessinateur, III, <a href="#Page_160">160</a> et note 2.<br />
-LEROUX (Pierre), publiciste, I, 325 et note 382; III, <a href="#Page_2">2</a> note 3.<br />
-LEROY (F.), III, <a href="#Page_150">150</a>.<br />
-LEROY D'ETIOLES, chirurgien, III, <a href="#Page_350">350</a>.<br />
-LESAGE, peintre, II, 396.<br />
-LESAGE, romancier, III, <a href="#Page_360">360</a>.<br />
-LESLIE (Charles-Robert), peintre anglais, III, <a href="#Page_37">37</a> et note 1.<br />
-LESPINASSE (Mlle DE), femme de lettres, III, <a href="#Page_428">428</a>.<br />
-LESSERT (Mme DE), III, <a href="#Page_331">331</a>.<br />
-LESSORE (Émile-Aubert), paysagiste, I, 311 et note, 335.<br />
-LESUEUR, peintre, I, 203, 300, 304; II, 63, 64, 91, 129, 171; III, <a href="#Page_253">253</a>.<br />
-<i>Lettre sur les spectacles</i>, de J.-J. Rousseau, II, 407.<br />
-<i>Lettres sur l'Egypte</i>, par Savary, I, 107 et note.<br />
-<span style="margin-left: 1em;">&mdash;<i>Sur la Grèce</i>, I, 107, note.</span><br />
-LEVASSOR, acteur comique, II, 419 et note 2; III, <a href="#Page_21">21</a> et note 1.<br />
-LEVEL, sculpteur, II, 495.<br />
-LEYGUE, peintre, élève de Delacroix, II, 87 note 1.<br />
-LEYS (Henri), peintre belge, II, 30 et note; III, <a href="#Page_39">39</a>.<br />
-LEWIS, romancier anglais, I, 213 et note.<br />
-LHÉRITIER (le docteur), III, <a href="#Page_345">345</a> et note 1.<br />
-<i>Liberté de</i> 1830 (la), toile de Delacroix, musée du Louvre, I, 337.<br />
-<i>Lion</i> (le), gravure de Denon, I, 296.<br />
-<i>Lion</i> (un), tableau de Delacroix, I, 234 note.<br />
-<i>Lion</i> (un), pastel de Delacroix, I, 239.<br />
-<i>Lion</i>(le petit), tableau de Delacroix, II, 418<br />
-<i>Lion dans les montagnes</i>, toile de Delacroix, II, 61.<br />
-<i>Lion guettant sa proie</i>, tableau de Delacroix, II, 292 et note.<br />
-<i>Lion</i> (un), toile de Van Thulden, à Bruxelles, II, 8.<br />
-<i>Lion et le Sanglier</i> (le), toile de Delacroix, II, 137.<br />
-<i>Lion et l'Homme mort</i> (le), toile de Delacroix, I, 291, 293, 301.<br />
-<i>Lion terrassant un sanglier</i>, toile de Delacroix, II, 138.<br />
-<i>Lions</i>, deux toiles de Delacroix, II, 340 et note 1; III, <a href="#Page_137">137</a>, <a href="#Page_143">143</a>.<br />
-<i>Lions</i> (deux), toile de Delacroix, II, 138.<br />
-LISETTE, paysanne du Louroux, I, 2, 4, 5, 6, 14.<br />
-LISZT, pianiste et compositeur allemand, I, 288 note 319; II, 47; III, <a href="#Page_68">68</a> et note 1.<br />
-<i>Loges du Vatican</i> (les), I, 79 note.<br />
-LONCHAMPS (Pierre-Charpentier DE), littérateur, III, <a href="#Page_392">392</a> et note 1.<br />
-LOPEZ ou LOPÈS, peintre, I, 27 note 36, 45, 53, 72, 75, 104.<br />
-LORD-MAIRE de Londres (le), III, <a href="#Page_30">30</a>, <a href="#Page_31">31</a>.<br />
-<i>Loth</i>, toile de Rubens, musée du Louvre, II, 388.<br />
-Louis XIV, III, <a href="#Page_5">5</a>.<br />
-Louis XVI, II, 350, 376.<br />
-LOUIS-PHILIPPE, I, 79 et note, 171.<br />
-<i>Louroux</i> (le), propriété du général Charles Delacroix, en Touraine, I, 1.<br />
-Louvois, III, <a href="#Page_5">5</a>.<br />
-LUCAS DE LEYDE, maître hollandais, I, 386; II, 4 et note; III, <a href="#Page_226">226</a>.<br />
-LUCCA DELLA ROBBIA, sculpteur florentin, II, 437.<br />
-<i>Lucrèce et Tarquin</i>, toile de Titien, I, 273.<br />
-<i>Lucrezia Borgia</i>, opéra de Donizetti, II, 281 et note 2, 293, 302.<br />
-LULLI, musicien et compositeur, III, <a href="#Page_13">13</a>.<br />
-<i>Lumière du monde</i> (la), toile de Hunt, III, <a href="#Page_38">38</a> note 3.<br />
-LUNA (Ch. DE), peintre, II, 94.<br />
-<i>Lutte de Jacob avec l'ange</i> (la), peinture décorative de la chapelle<br />
-<span style="margin-left: 1em;">des Saints-Anges, à Saint-Sulpice, par Delacroix, I, 411 note.</span><br />
-<i>Lycurgue consulte la Pythie</i>, peinture décorative de la bibliothèque<br />
-<span style="margin-left: 1em;">du Palais-Bourbon, par Delacroix, I, 257 note 260, 261 note 267; II, 92.</span><br />
-LYONNE (M. DE), I, 272.<br />
-<br />
-M<br />
-<br />
-<i>Macbeth</i>, tableau de Fielding, I, 116.<br />
-<i>Macbeth</i>, traduction en vers de J. Lacroix, III, <a href="#Page_434">434</a> et note 2.<br />
-MACHIAVEL, II, 445.<br />
-<i>Madeleine dans le désert</i> (la), toile de Delacroix, I, 279.<br />
-<i>Madeleine en prière</i>, toile de Delacroix, II, 274 et note.<br />
-MAGE, I, 71, 73.<br />
-MAGENDIE (François), physiologiste, III, <a href="#Page_327">327</a>, <a href="#Page_328">328</a>, <a href="#Page_329">329</a> et note 1.<br />
-MAGNE, homme d'État, III, <a href="#Page_413">413</a>.<br />
-MAINDRON (Hippolyte), sculpteur, I, 296 et note.<br />
-MAISON (le maréchal), II, 478.<br />
-<i>Maître Pathelin</i>, opéra-comique de Fr. Bazin, III, <a href="#Page_185">185</a> et note 3.<br />
-<i>Maîtres d'autrefois</i> (les), ouvrage d'Eug. Fromentin, II, 5 note 1,<br />
-<span style="margin-left: 1em;">7 note, 24 note.</span><br />
-<i>Maîtres et petits maîtres</i>, ouvrage de Ph. Burty, I, 420 note 487.<br />
-MALHERBE, III, <a href="#Page_388">388</a>.<br />
-MALIBRAN (la), cantatrice, I, 247, 248, 249, 250.<br />
-MALLEVILLE, I, 346.<br />
-MANCEY (M.), II, 176.&mdash;(Mme), II, 176.<br />
-MANCEAU (M.), membre du Conseil municipal de Paris, II, 78, 87,<br />
-<span style="margin-left: 1em;">147, 464.&mdash;(Mme), II, 147, 454, 456, 462; III, <a href="#Page_409">409</a>.</span><br />
-MARBOUTY (Mme), ou Claire Brunne, écrivain, III, <a href="#Page_344">344</a> et note 3, <a href="#Page_351">351</a>.<br />
-MARC-ANTOINE RAIMONDI, graveur italien, II, 273 et note 2; III, <a href="#Page_226">226</a>.<br />
-<i>Marc-Aurèle mourant</i>, toile de Delacroix, musée de Lyon, I, 274,<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">351 et note 411; III, <a href="#Page_30">30</a> note.</span><br />
-MARC-AURÈLE, empereur romain, III, <a href="#Page_30">30</a>, <a href="#Page_100">100</a>.<br />
-MARCELLINI CZARTORYSKA (la princesse), I, 408 et note 476, 414;<br />
-<span style="margin-left: 1em;">II, 163, 169, 222, 224, 285, 309, 358 et note, 360, 362, 365, 494, 496;</span><br />
-<span style="margin-left: 1em;">III, 2 et note 1, 8, 11, 12, 120, 122, 126, 127, 131, 139, 156.</span><br />
-MARCHAND (le comte), III, <a href="#Page_120">120</a> et note 2.<br />
-<i>Marchand d'oranges</i>, toile de Delacroix, II, 138.<br />
-<i>Marché aux chevaux</i> (le), toile de Rosa Bonheur, II, 226 note 1.<br />
-<i>Marché d'Arabes</i> (le), aquarelle de Delacroix, I, 214.<br />
-<i>Marcus Sextus</i>, tableau de Guérin, I, 44.<br />
-<i>Mare au Diable</i> (la), roman de George Sand, I, 302.<br />
-<i>Maréchal marocain</i>, toile de Delacroix, II, 137.<br />
-MARESTE (le baron DE), I, 272 et note, 358; III, <a href="#Page_50">50</a>, <a href="#Page_124">124</a>, <a href="#Page_182">182</a>.<br />
-MARET, duc de Bassano, II, 486 et note.<br />
-<i>Marguerite auprès de l'autel</i>, lithographie originale de Delacroix,<br />
-<span style="margin-left: 1em;">III, <a href="#Page_131">131</a> et note 1.</span><br />
-<i>Marguerite en prison</i>, lithographie de Delacroix, III, <a href="#Page_292">292</a>.<br />
-MARGUERITTE, III, <a href="#Page_267">267</a>.<br />
-<i>Mariage mystique de sainte Catherine</i>, toile de Rubens, à Anvers, II, 6.<br />
-<i>Mariage secret</i> (le) (<i>Il matrimonio segreto</i>),<br />
-<span style="margin-left: 1em;">opéra bouffe de Cimarosa, I, 277, 293 et note 328, 419.</span><br />
-<i>Marianne</i>, tragédie de Voltaire, III, <a href="#Page_319">319</a>.<br />
-MARIE, modèle, I, 25, 133.<br />
-MARIE-LOUISE (l'impératrice), II, 374.<br />
-<i>Marie Stuart</i>, opéra de Niedermeyer, I, 249.<br />
-<i>Marino Faliero</i>, toile de Delacroix, II, 222 note 4; III, <a href="#Page_143">143</a> et note 4.<br />
-MARIO, chanteur italien, II, 282, 327.<br />
-MARIVAUX, II, 272.<br />
-MARLIANI (la comtesse), amie de Chopin, I, 252 et note 246, 305, 310,<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">325, 326, 345, 406; II, 243.</span><br />
-<i>Maroc</i> (voyage au), cahier de notes et de croquis de Delacroix,<br />
-<span style="margin-left: 1em;">appartenant autrefois à M. le professeur Charcot, qui l'a légué à la</span><br />
-<span style="margin-left: 1em;">bibliothèque du Louvre, I, 145.</span><br />
-<i>Marocain à cheval</i>, toile de Delacroix, III, <a href="#Page_143">143</a>.<br />
-<i>Marocain montant à cheval</i>, toile de Delacroix, II, 476, 479.<br />
-<i>Marocains</i> (les deux), toile de Delacroix, II, 229.<br />
-<i>Marocains endormis</i>, tableau de Delacroix, I, 255, 291.<br />
-MAROCUETTI, sculpteur, I, 97 et note 119, 104, 108.<br />
-<i>Marquise de Pescara</i> (portrait de la), I, 75 et note 85.<br />
-MARRAST (Armand), homme politique, I, 344 note 402.<br />
-MARS (Mlle), tragédienne, I, 268, 290 et note 321, 291.<br />
-MARTIGNAC (vicomte DE), homme politique, II, 359.<br />
-MARTIN (Jean-Blaise), chanteur, II, 402 et note 2.<br />
-MARTIN-DELESTRE, peintre, I, 305.<br />
-MARTINET (Achille-Louis), graveur, III, <a href="#Page_268">268</a> note 1.<br />
-MARTINET (Louis), peintre, III, <a href="#Page_26">26</a> et note 5.<br />
-<i>Martyre de saint Cyr et de sainte Juliette</i> (le),<br />
-<span style="margin-left: 1em;">toile de Heim, église Saint-Gervais, III, <a href="#Page_83">83</a> note 1.</span><br />
-<i>Martyre de saint Pierre</i> (le), toile de Rubens, à Cologne, II, 167.<br />
-<i>Massacre de Scio</i> (le), tableau de Delacroix, I, 37, 39 note 45, 85 note 106,<br />
-<span style="margin-left: 1em;">107, 123, 125, 132, 235 note 228; II, 222 note 4, 281 note, 353 et note 1,</span><br />
-<span style="margin-left: 1em;">381 et note 2.</span><br />
-<i>Massacre des Innocents</i> (le), de Raphaël, gravure, I, 96.<br />
-MASSILLON, III, <a href="#Page_293">293</a>.<br />
-MASSON (Adolphe), aquafortiste, III, <a href="#Page_350">350</a> et note 2.<br />
-MASSON (Alphonse), graveur, I, 235 et note 228.<br />
-<i>Mater dolorosa</i>, esquisse de Delacroix, I, 325.<br />
-MATHILDE (la princesse), II, 179 et note 3.<br />
-<i>Mauprat</i>, drame tiré du roman de George Sand, II, 283 et note.<br />
-MAUZAISSE (J.-B.), peintre et lithographe, I, 27 note 37; II, 28.<br />
-MAXIME DU CAMP, littérateur et critique, I, viii.<br />
-MAYER, peintre, I, 134 et note 147.<br />
-<i>Mazeppa</i>, croquis et dessin de Delacroix, I, 73, 86.<br />
-<i>Médée</i>, toiles diverses de Delacroix, I, 70, 274 note 297, 324;<br />
-<span style="margin-left: 1em;">II, 222 note 4.</span><br />
-<i>Mêlée furieuse</i>, toile de Delacroix, III, 157 et note, 165,<br />
-<span style="margin-left: 1em;">174 note 3, 308.</span><br />
-<i>Méditations poétiques</i> (les), de Lamartine, I, 415.<br />
-MEER (Van der), maître hollandais, III, <a href="#Page_211">211</a>.<br />
-MÉHUL, compositeur, I, 96.<br />
-MEISSONIER, peintre, I, 350 et note 408, 351, 408, 414, 417; II, 220, 435;<br />
-<span style="margin-left: 1em;">III, <a href="#Page_36">36</a>, <a href="#Page_118">118</a>, <a href="#Page_121">121</a>, <a href="#Page_220">220</a> note, <a href="#Page_416">416</a>.</span><br />
-<i>Mélanges d'histoire et de philosophie</i>, par Voltaire, III, <a href="#Page_413">413</a>.<br />
-<i>Melmoth</i> ou l'<i>Amende honorable</i>, toile de Delacroix, I, 81.<br />
-MEMBRÉE (Edmond), compositeur, III, <a href="#Page_3">3</a> et note 2, <a href="#Page_4">4</a>.<br />
-<i>Mémoire sur la peinture</i>, I, 59 et note 66.<br />
-<i>Mémoires de Dumas</i>, II, 280, note 2.<br />
-<i>Mémoires d'Horace</i>, par A. Dumas père, III, <a href="#Page_412">412</a>.<br />
-<i>Mémoires d'un bourgeois de Paris</i>, du docteur Véron, II, 225 note 1,<br />
-<span style="margin-left: 1em;">247 note 2, 258.</span><br />
-MÉNARD (la), danseuse, III, <a href="#Page_62">62</a>.<br />
-MÉNARD (Louis), critique d'art, I, 311 et note.<br />
-MÉNARD (René), peintre, I, 311 note.<br />
-MENDELSSOHN, I, 294, 326; II, 83, 327; III, <a href="#Page_12">12</a>, <a href="#Page_389">389</a>.<br />
-MÉNESSIER (Mme), I, 346, 363.<br />
-MENEVAL (le baron DE), I, 379 et note 455, 380, 432; II, 224.<br />
-MENEVAL (Mme), III, <a href="#Page_351">351</a>.<br />
-MENGS (Raphaël), peintre et écrivain allemand, III, <a href="#Page_193">193</a> et note, <a href="#Page_248">248</a>, <a href="#Page_384">384</a>.<br />
-MENJAUD, acteur, I, 74 et note 83.<br />
-<i>Menuet</i> (le), dessin de Charlet, III, <a href="#Page_427">427</a>. Voir CHARLET.<br />
-MERCEY (Frédéric Bourgeois DE), peintre et écrivain, I, 358 et note 419;<br />
-<span style="margin-left: 1em;">II, 38, 295, 313, 379; III, <a href="#Page_63">63</a> et note 2, <a href="#Page_64">64</a>, <a href="#Page_117">117</a>, <a href="#Page_331">331</a>, <a href="#Page_336">336</a>, <a href="#Page_337">337</a>, <a href="#Page_434">434</a>.</span><br />
-MÉRIMÉE (Prosper), littérateur et romancier, I, 346; II, 179 et note 1,<br />
-<span style="margin-left: 1em;">221, 264, 317; III, <a href="#Page_4">4</a>, <a href="#Page_26">26</a>, <a href="#Page_64">64</a>, <a href="#Page_125">125</a>, <a href="#Page_179">179</a>, <a href="#Page_180">180</a>, <a href="#Page_276">276</a> note.</span><br />
-MERRUAU (Charles), journaliste, III, <a href="#Page_132">132</a> et note 2.<br />
-MESNARD (Jacques-André), homme politique, III, <a href="#Page_127">127</a> et note 1, <a href="#Page_128">128</a>, <a href="#Page_184">184</a>.<br />
-<i>Métamorphoses</i> (les) d'Ovide, III, <a href="#Page_332">332</a>.<br />
-<i>Meunier d'Angibault</i> (le), roman de George Sand, I, 222 et note 218.<br />
-MEYERBEER, I, xliv, 346, 371, 372; II, 282, 293, 297, 299, 300, 301; III, 9.<br />
-MÉZY (DE), I, 372.<br />
-MICHAUD (Joseph), dit Michaud aîné, littérateur, et non Michaud jeune<br />
-<span style="margin-left: 1em;">comme il est dit, II, 361 et note 1, 362.</span><br />
-MICHEL (le baron), médecin militaire, III, <a href="#Page_146">146</a> et note 2.<br />
-MICHEL-ANGE, I, xx, xxxiii, 1, 2, 44, 50, 51, 83, 87, 98, 111, 142,<br />
-<span style="margin-left: 1em;">181, 196, 202, 203, 227, 299, 407, 410, 414; II, 28, 29, 92,</span><br />
-<span style="margin-left: 1em;">136, 160, 2, 185, 188 et note, 395, 428, 429, 435, 440, 469,</span><br />
-<span style="margin-left: 1em;">470, 471, 477, 478, 496; III, <a href="#Page_15">15</a>, <a href="#Page_64">64</a>, <a href="#Page_70">70</a>, <a href="#Page_96">96</a>, <a href="#Page_156">156</a>, <a href="#Page_195">195</a>, <a href="#Page_197">197</a>, <a href="#Page_234">234</a>,</span><br />
-<span style="margin-left: 1em;"><a href="#Page_238">238</a> et note, <a href="#Page_255">255</a>, <a href="#Page_256">256</a>, <a href="#Page_257">257</a>, <a href="#Page_261">261</a>, <a href="#Page_264">264</a>, <a href="#Page_265">265</a>, <a href="#Page_309">309</a>, <a href="#Page_311">311</a>, <a href="#Page_252">252</a>, <a href="#Page_356">356</a>,</span><br />
-<span style="margin-left: 1em;"><a href="#Page_357">357</a>, <a href="#Page_358">358</a>, <a href="#Page_364">364</a>, <a href="#Page_365">365</a>, <a href="#Page_369">369</a>, <a href="#Page_382">382</a>, <a href="#Page_394">394</a>, <a href="#Page_430">430</a>.</span><br />
-<i>Michel-Ange dans son atelier</i>, toile de Delacroix, musée de Montpellier,<br />
-<span style="margin-left: 1em;">I, 384, 444, 446; II, 138; III, <a href="#Page_352">352</a>.</span><br />
-MICHELET, historien, I, 302, 317.<br />
-MICKIEWICZ (Adam), poète polonais, II, 53 et note.<br />
-MIERIS (Franz VAN), maître hollandais, III, <a href="#Page_211">211</a>.<br />
-MILLAIS (John Everin), peintre anglais, III, <a href="#Page_38">38</a> notes 2 et 3, <a href="#Page_39">39</a> et note 1.<br />
-<i>Mille et une Nuits</i> (les), III, <a href="#Page_419">419</a>.<br />
-MILLET, peintre, II, 160 et note 2, 161.<br />
-<i>Milton soigné par ses filles</i>, tableau de Delacroix, I, 25.<br />
-MINORET, voisin de campagne de Delacroix, à Champrosay, I, 445;<br />
-<span style="margin-left: 1em;">II, 185, 212, 265; III, <a href="#Page_334">334</a>.</span><br />
-MIRABEAU, II, 472, 473.<br />
-<i>Mirabeau répondant au marquis de Dreux-Brézé</i>, toile de Delacroix,<br />
-<span style="margin-left: 1em;">II, 472 et note; III, <a href="#Page_351">351</a> et note 3;</span><br />
-<span style="margin-left: 1em;">&mdash;toile de Chenavard, II, 472 et note, 473.</span><br />
-MIRBEL (Mme DE), peintre en miniature, I, 383 et note 456; III, <a href="#Page_405">405</a>.<br />
-MIRÈS, financier, II, 312 et note 3, 313.<br />
-<i>Mirrha</i>, tragédie d'Alfieri, III, <a href="#Page_49">49</a> et note 2, <a href="#Page_61">61</a>.<br />
-<i>Misanthrope</i> (le), I, 74 note 83; II, 433; III, <a href="#Page_270">270</a>.<br />
-MITHRIDATE, I, 402.<br />
-MOCQUART, littérateur et homme politique, II, 76 et note 2, 77;<br />
-<span style="margin-left: 1em;">III, <a href="#Page_339">339</a>, <a href="#Page_342">342</a>.</span><br />
-MOHL (Jules), orientaliste, III, <a href="#Page_131">131</a> note 3.&mdash;(Mme), III, <a href="#Page_131">131</a> et note 3.<br />
-<i>Moine</i> (le), roman de Lewis, I, 213 note 216.<br />
-<i>Moïse</i>, statue de Michel-Ange, II, 496.<br />
-<i>Moïse frappant le rocher</i>, toile de Delacroix, II, 309.<br />
-<i>Moïse</i>, opéra de Rossini, I, 69, 70, 137.<br />
-MOLÉ, (le comte), homme politique, I, 344, 360.<br />
-MOLIÈRE, I, 301, 315, 428; II, 412, 433, 440; III, <a href="#Page_13">13</a>, <a href="#Page_96">96</a>, <a href="#Page_332">332</a>, <a href="#Page_370">370</a> note 1,<br />
-<span style="margin-left: 1em;"><a href="#Page_374">374</a>, <a href="#Page_389">389</a>, <a href="#Page_397">397</a>, <a href="#Page_398">398</a>.</span><br />
-<i>Moniteur</i> (le), II, 158 et note 2, 386, 410, 406; III, <a href="#Page_40">40</a>, <a href="#Page_134">134</a>,<br />
-<span style="margin-left: 1em;"><a href="#Page_237">237</a>, <a href="#Page_240">240</a>, <a href="#Page_263">263</a>.</span><br />
-MONTAIGNE, I, iv, 227, 439; II, 441; III, <a href="#Page_224">224</a>, <a href="#Page_362">362</a>.<br />
-MONNIER (Henry), littérateur et comédien, III, <a href="#Page_408">408</a>.<br />
-MONTEBELLO (le comte DE), III, <a href="#Page_46">46</a>.<br />
-<i>Monte-Cristo (le comte de)</i>, roman d'Alexandre Dumas père,<br />
-<span style="margin-left: 1em;">I, 259, 277, 285, 287.</span><br />
-<i>Montée au Calvaire</i> (la), toile de Rubens, musée de Bruxelles,<br />
-<span style="margin-left: 1em;">II, 5 et note 2.</span><br />
-MONTESQUIEU, I, 390, 391, 395 et note 467, 402, 403; II, 134; III, <a href="#Page_427">427</a>.<br />
-MONTFORT (Antoine-Alphonse), peintre, III, <a href="#Page_180">180</a> et note 2.<br />
-MONTIJO (Mme DE), III, <a href="#Page_347">347</a>.<br />
-MONTPENSIER (le duc DE), I, 270 note, 281.<br />
-<i>Monument d'Eugène Delacroix</i> au jardin du Luxembourg, III, <a href="#Page_303">303</a>.<br />
-MOORE (Morris), amateur anglais, III, <a href="#Page_306">306</a> note 2, <a href="#Page_331">331</a>.<br />
-MOREAU (M.), collectionneur, I, 269 et note 281, 288; II, 155 note,<br />
-<span style="margin-left: 1em;">291 note 3, 296, 330 et note 2; III, <a href="#Page_26">26</a>, <a href="#Page_28">28</a>, <a href="#Page_31">31</a> et note 2, <a href="#Page_51">51</a>,</span><br />
-<span style="margin-left: 1em;"><a href="#Page_101">101</a>, <a href="#Page_135">135</a> et note 2, <a href="#Page_330">330</a>.</span><br />
-MOREAU (Gustave), peintre, III, <a href="#Page_174">174</a> et note 2.<br />
-MOREAU-NÉLATON (Adolphe) fils, collectionneur, II, 330 note 2.<br />
-MORNAY (Charles, comte DE), diplomate, ami de Delacroix, I, 22,<br />
-<span style="margin-left: 1em;">145 note 161, 146 note 163, 148 à 151 note 169, 164, 268 et note 280, 296,</span><br />
-<span style="margin-left: 1em;">302, 311, 323, 325, 340, 347, 409.</span><br />
-MORNY (duc DE), homme politique, I, 295; II, 75 et note 2, 378;<br />
-<span style="margin-left: 1em;">III, <a href="#Page_4">4</a>, <a href="#Page_51">51</a>, <a href="#Page_137">137</a>.</span><br />
-<i>Mort de saint Jean-Baptiste</i> (la), peinture décorative de la bibliothèque<br />
-<span style="margin-left: 1em;">du Palais-Bourbon, par Delacroix, I, 257; II, 90 note 1.</span><br />
-<i>Mort de Pline l'Ancien</i> (la), peinture décorative de la bibliothèque<br />
-<span style="margin-left: 1em;">du Palais-Bourbon, par Delacroix, I, 258.</span><br />
-<i>Mort de Sardanapale</i>, toile de Delacroix, I, 209 et note 213.<br />
-<i>Mort de Sélim</i> (la), projet de tableau de Delacroix, d'après<br />
-<span style="margin-left: 1em;">lord Byron, II, 115.</span><br />
-<i>Mort de Valentin</i>, tableau de Delacroix, I, 239 et note 231, 252,<br />
-<span style="margin-left: 1em;">287, 288, 291.</span><br />
-MOTTEZ (Victor-Louis), peintre, I, 367 et note 431.<br />
-MOUILLERON (Adolphe), lithographe, III, <a href="#Page_26">26</a> et note 3, <a href="#Page_124">124</a>, <a href="#Page_131">131</a>.<br />
-<i>Mousquetaires</i> (les <i>Trois</i>), d'Alex. Dumas père, I, 311.<br />
-MOUTIÉ (Mme), III, <a href="#Page_415">415</a>.<br />
-<i>Moutons égarés</i>, toile de Munt, III, <a href="#Page_38">38</a> note 3, <a href="#Page_51">51</a>.<br />
-MOZART, I, xliv, 21, 55, 230, 266, 268, 270, 274, 275, 283, 294,<br />
-<span style="margin-left: 1em;">297, 308, 317, 352, 360, 365, 368, 371, 409, 413, 414, 418,</span><br />
-<span style="margin-left: 1em;">419, 422, 426: II, 82, 160, 166, 167, 169, 187, 190, 222, 223,</span><br />
-<span style="margin-left: 1em;">260, 261, 285, 286, 289, 309, 319, 323, 325, 328, 352, 440;</span><br />
-<span style="margin-left: 1em;">III, <a href="#Page_2">2</a>, <a href="#Page_12">12</a>, <a href="#Page_13">13</a>, <a href="#Page_59">59</a>, <a href="#Page_70">70</a>, <a href="#Page_139">139</a>, <a href="#Page_186">186</a>, <a href="#Page_225">225</a>, <a href="#Page_234">234</a>, <a href="#Page_311">311</a>, <a href="#Page_353">353</a>, <a href="#Page_355">355</a>.</span><br />
-<i>Muley-Abd-el-Rhaman</i>, tableau de Delacroix, I, 206 et note.<br />
-MÜLLER (Louis), peintre, I, 254 et note, 255.<br />
-MURILLO, maître espagnol, I, xxxviii, 144, 187, 190, 229; II, 286;<br />
-<span style="margin-left: 1em;">III, <a href="#Page_231">231</a>, <a href="#Page_350">350</a>.</span><br />
-<i>Musiciens juifs de Mogador</i>, tableau de Delacroix, I, 175 et note 182, 310.<br />
-MUSSET (Alfred DE), II, 90 et note 2.<br />
-MUSSET (Paul DE), III, <a href="#Page_275">275</a> et note 2, <a href="#Page_297">297</a>.<br />
-MUSTAPHA, II, 76 et note 3.<br />
-<br />
-N<br />
-<br />
-<i>Nabuchodonosor</i>, opéra de Verdi, I, 293 et note 328.<br />
-NADAILLAC (Mme DE), amie de Berryer, III, <a href="#Page_331">331</a>.<br />
-NADAUD (Gustave), chansonnier, II, 312 et note 1, 374; III, <a href="#Page_397">397</a> et note.<br />
-NALDI (Giuseppe), chanteur italien, I, 249, et note.&mdash;(Mme), I, 249.<br />
-<span style="margin-left: 1em;">&mdash;(Mlle), cantatrice, I, 249 note.</span><br />
-<i>Nanon de Lartigues</i>, roman d'Alex. Dumas père, III, <a href="#Page_15">15</a>.<br />
-NANTEUIL (Célestin), graveur, III, <a href="#Page_326">326</a> et note 1.<br />
-NAPOLÉON Ier, I, 113, 115, 236, 379 et note 455, 380;<br />
-<span style="margin-left: 1em;">II, 31, 75, 224, 276, 374, 376, 486, 487, 496;</span><br />
-<span style="margin-left: 1em;">III, <a href="#Page_4">4</a>, <a href="#Page_7">7</a> et note <a href="#Page_3">3</a>, <a href="#Page_111">111</a>, <a href="#Page_354">354</a>, <a href="#Page_355">355</a>, <a href="#Page_364">364</a>.</span><br />
-NAPOLÉON III, I, 345, 426; II, 306, 313, 393, 403; III, <a href="#Page_46">46</a>, <a href="#Page_66">66</a>,<br />
-<span style="margin-left: 1em;"><a href="#Page_268">268</a>, <a href="#Page_339">339</a>, <a href="#Page_341">341</a> et note, <a href="#Page_342">342</a>.</span><br />
-NAPOLÉON (le prince Jérôme), II, 147; III, <a href="#Page_25">25</a>, <a href="#Page_27">27</a>, <a href="#Page_330">330</a>.<br />
-<i>Napoléon au tribunal d'Alexandre et de César</i>, par Jomini, II, 292.<br />
-NASSAU, modèle de Delacroix, I, 65, 66.<br />
-NASSAU (le duc DE), II, 16.<br />
-<i>Naufrage</i>, toile de Delacroix, II, 292, 306.<br />
-<i>Naufrage de la Méduse</i> (le), tableau de Géricault, musée du Louvre,<br />
-<span style="margin-left: 1em;">I, 22 note 31, 46 note 54, 78, 88 note 108, 136 note 152; II, 92 note 1, 251.</span><br />
-NAVEZ (François-Joseph), peintre belge, II, 3 et note 3.<br />
-NÈGRE (Charles), photographe, III, <a href="#Page_403">403</a> et note 1.<br />
-<i>Nègre de Tombouctou</i> (le), aquarelle de Delacroix, I, 215.<br />
-NELSON (l'amiral), II, 168.<br />
-NEMOURS (le duc DE), I, 273.<br />
-<i>Neveu de Rameau</i> (le), de Diderot, I, 260 et note 266.<br />
-NEY (le maréchal), I, 379; II, 359 note 1.<br />
-NIEDERMEYER, compositeur suisse, I, 367.<br />
-NIEL (M.), bibliothécaire au ministère de l'intérieur, I, 260 et note 265.<br />
-NIEUWERKERKE (le comte DE), directeur général des Musées, II, 179 et note 2;<br />
-<span style="margin-left: 1em;">III, <a href="#Page_21">21</a>, <a href="#Page_25">25</a>, <a href="#Page_26">26</a> 98, <a href="#Page_99">99</a>.</span><br />
-<i>Nina, ou la Folle par amour</i>, opéra de Coppola, II, <a href="#Page_351">351</a> et note.<br />
-NISARD (M.), littérateur et critique, II, 295 et note 2.<br />
-<i>Noce juive au Maroc</i> (la), tableau de Delacroix, 1, 154 et note 174.<br />
-NODIER (Charles), littérateur, bibliothécaire de l'Arsenal, II, 80 et note 2.<br />
-<i>Norma</i> (la), opéra de Bellini, II, 293, 487.<br />
-NOURRIT (Adolphe), chanteur, II, 235 note 1; III, <a href="#Page_131">131</a> note 2, <a href="#Page_305">305</a> et note 1.<br />
-<i>Nouvelles russes</i>, de Nicolas Gogol, II, 264 et note 1.<br />
-<i>Nozze di Figaro</i>, opéra de Mozart, I, 21, 25; II, 488; III, <a href="#Page_139">139</a>.<br />
-<i>Numa et Égérie</i>, peinture décorative de la bibliothèque du<br />
-<span style="margin-left: 1em;">Palais-Bourbon, par Delacroix, I, 257, note 260.</span><br />
-<i>Nymphe endormie</i>, toile de Delacroix, I, 331 et note.<br />
-<i>Nymphes de la mer</i> (les) <i>détellent les chevaux du Soleil</i>,<br />
-<span style="margin-left: 1em;">projet de tableau de Delacroix, pour la galerie d'Apollon, et non</span><br />
-<span style="margin-left: 1em;">exécuté, I, 336.</span><br />
-<br />
-O<br />
-<br />
-<i>Obermann</i>, de Pivert de Senancour, I, 206, 207; III, 205, 234,<br />
-<span style="margin-left: 1em;">237, 268 et note 2.</span><br />
-<i>Obéron</i> opéra de Weber, II, 82 et note.<br />
-<i>Odalisque</i>, diverses toiles de Delacroix, I, 291, 357, 358;<br />
-<span style="margin-left: 1em;">II, 479, 481.</span><br />
-OÈBÈNE ou ŒBEN (Victoire), mère d'Eugène Delacroix, I, vii; 7 note 7;<br />
-<span style="margin-left: 1em;">III, <a href="#Page_302">302</a> note 1.</span><br />
-<i>Olinde et Sophronie</i>, toile de Delacroix, II, 291 et note 4, 330,<br />
-<span style="margin-left: 1em;">335, 336 et note 2, 340; III, <a href="#Page_29">29</a> note, <a href="#Page_143">143</a>.</span><br />
-ONSLOW (Georges), compositeur, I, 283 et note 311, 354.<br />
-<i>Ophélia dans le ruisseau</i>, toile de Delacroix, II, 138.<br />
-<i>Orange</i> (l'), gravure de Debucourt, I, 186.<br />
-<i>Ordre d'élargissement</i> (l'), toile de Millais, III, <a href="#Page_38">38</a>, <a href="#Page_39">39</a> note 1.<br />
-O'REILLY (Mme), II, 80.<br />
-ORLÉANS (la duchesse D'), I, 273.<br />
-<i>Orphée</i>, de Glück, III, <a href="#Page_391">391</a> et note 2, <a href="#Page_409">409</a>.<br />
-<i>Orphée apportant la civilisation à la Grèce</i>, peinture décorative<br />
-<span style="margin-left: 1em;">de la bibliothèque du Palais-Bourbon, par Delacroix, I, 257, 262 note 269,</span><br />
-<span style="margin-left: 1em;">265 et note 274, 280, 285, 287 note 319, 289.</span><br />
-ORSEL (Victor), peintre, I, 367 et note 432.<br />
-OSSUNA (le duc D'), I, 360.<br />
-<i>Othello</i>, tragédie de Shakespeare, III,.<br />
-<i>Othello</i> toile de Delacroix, I, 284, 291 et note 324.<br />
-<i>Othello</i>, opéra de Rossini, I, 293 et note 328; III, <a href="#Page_52">52</a>.<br />
-OTTIN, sculpteur, II, 375 et notes 2 et 3.<br />
-OTWAY (Thomas), poète anglais, I, 70 et note 77.<br />
-OUDRY (Jean-Baptiste), peintre animalier, II, 162 et note 2; III, <a href="#Page_203">203</a>.<br />
-OUVRIÉ (Justin), peintre et lithographe, III, <a href="#Page_49">49</a> et note 3<br />
-<i>Ovide chez les barbares</i>, peinture décorative de la bibliothèque<br />
-<span style="margin-left: 1em;">du Palais-Bourbon, par Delacroix, I, 257; II, 92.</span><br />
-<i>Ovide exilé chez les Scythes</i>, toile de Delacroix, II, 291 et note 3;<br />
-<span style="margin-left: 1em;">III, <a href="#Page_135">135</a> note 2, <a href="#Page_137">137</a>, <a href="#Page_143">143</a> et note 5, <a href="#Page_161">161</a> note, <a href="#Page_182">182</a>, <a href="#Page_362">362</a> note.</span><br />
-<br />
-P<br />
-<br />
-<i>Pacha de Laroche</i> (le), croquis de Delacroix, I, 214.<br />
-PAËR (Ferdinand), compositeur et pianiste, I, 114 et note 134; III, <a href="#Page_276">276</a> note.<br />
-PAGANINI, violoniste, III, <a href="#Page_126">126</a>.<br />
-PAÏVA (la comtesse DE), III, <a href="#Page_9">9</a>, <a href="#Page_20">20</a>.<br />
-<i>Paix consolant les hommes</i> (la) <i>et ramenant l'abondance</i>,<br />
-<span style="margin-left: 1em;">peinture décorative du salon de la Paix, à l'Hôtel de ville,</span><br />
-<span style="margin-left: 1em;">par Delacroix, II, 134 note.</span><br />
-<i>Paix mettant le feu à des armes</i> (la), esquisse de Delacroix d'après<br />
-<span style="margin-left: 1em;">Rubens, I, 329.</span><br />
-<i>Palatiano</i> (portrait du comte), par Delacroix, I, 253; II, 405 et note.<br />
-<i>Panhypocrisiade</i>, poème satirique de Népomucène Lemercier, I, 81 note 96, 83.<br />
-PANSERON, compositeur, II, 311 et note 3; III, <a href="#Page_130">130</a> et note 4, <a href="#Page_181">181</a> et note 2.<br />
-PAPETY, peintre, II, 447 et note.<br />
-PAPPLETON, I, 84.<br />
-PARCHAPPE (le général), voisin de campagne de Delacroix à Champrosay,<br />
-<span style="margin-left: 1em;">II, 197 note 1, 237 et note 2; III, <a href="#Page_36">36</a>, <a href="#Page_44">44</a>, <a href="#Page_161">161</a>, <a href="#Page_178">178</a> et note 1, <a href="#Page_331">331</a>,</span><br />
-<span style="margin-left: 1em;"><a href="#Page_334">334</a>, <a href="#Page_348">348</a>.&mdash;(Mme), II, 197 note 1; III, <a href="#Page_33">33</a>, <a href="#Page_52">52</a>, <a href="#Page_334">334</a>, <a href="#Page_335">335</a>.</span><br />
-PARISET (Étienne), médecin et littérateur, II, 367 et note; III, <a href="#Page_176">176</a>, <a href="#Page_177">177</a>.<br />
-PARODI (Mme), cantatrice, II, 293.<br />
-PASCAL (Blaise), II, 190, 446, 453 note; III, <a href="#Page_189">189</a>, <a href="#Page_390">390</a>.<br />
-PASCOT (Charles), oncle de Delacroix, I, 19 note 28, 27.<br />
-PASQUIER (le duc), homme politique, III, <a href="#Page_362">362</a>.<br />
-<i>Passion</i> (la petite), suite de gravures sur bois d'Albert Dürer, I, 375.<br />
-PASTA (Mme), cantatrice, I, 26, 71, 248, 250; II, 293.<br />
-PASTORET (le marquis DE), littérateur, III, <a href="#Page_63">63</a> et note 1, <a href="#Page_67">67</a>, <a href="#Page_132">132</a> et note 3.<br />
-PASTRÉ, II, 478.<br />
-PATIN (Gui), II, 177; III, <a href="#Page_20">20</a>.<br />
-PATIN (Henri-Joseph-Guillaume), professeur et littérateur, III, <a href="#Page_20">20</a>.<br />
-PENGUILLY L'HARIDON (Octave), peintre, I, 271 et note 289; III, <a href="#Page_181">181</a> et note 1.<br />
-PAYEN (Anselme), chimiste, III, <a href="#Page_4">4</a> et note.<br />
-<i>Paysage avec Grecs</i>, toile de Delacroix, III, <a href="#Page_182">182</a> et note 4.<br />
-<i>Paysage de Tanger, au bord de la mer</i>, toile de Delacroix,<br />
-<span style="margin-left: 1em;">III, <a href="#Page_163">163</a>, <a href="#Page_167">167</a>.</span><br />
-<i>Paysans</i> (les), roman de Balzac, III, <a href="#Page_342">342</a>.<br />
-PAW (Thomas), I, 287.<br />
-<i>Pêche miraculeuse</i> (la), toile de Rubens, église Sainte-Marie<br />
-<span style="margin-left: 1em;">de Malines, II, 22.</span><br />
-<i>Pêche miraculeuse</i> (la), esquisse de Decamps, II, 165.<br />
-PÉCOURT, peintre, II, 250 note 2.&mdash;(Mme), II, 250.<br />
-PEÏSSE (Louis), littérateur, I, 378 et note 454; II, 203 et note 2, 295 note 2.<br />
-<i>Pèlerins d'Emmaüs</i> (les), toile de Delacroix, II, 137, 157 et note 2.<br />
-<span style="margin-left: 1em;">&mdash;toile de P. Véronèse, musée du Louvre, III, <a href="#Page_231">231</a>.</span><br />
-PÉLISSIER, duc DE MALAKOFF (le maréchal), III, <a href="#Page_178">178</a> et note 2, <a href="#Page_347">347</a>.<br />
-PELLETAN (Eugène), écrivain, I, 273 et note 294; III, <a href="#Page_160">160</a>.<br />
-PELLETIER, administrateur, II, 311 et note 4.<br />
-PELLETIER (Laurent-Joseph), paysagiste, I, 347 et note 404, 349; III, <a href="#Page_26">26</a>.<br />
-PELLICO (Silvio), III, <a href="#Page_395">395</a>.<br />
-PELOUZE (Théophile-Jules), chimiste, II, 79 et note 1; III, <a href="#Page_156">156</a>.<br />
-PELOUZE (Mme), II, 288 note 1.<br />
-<i>Pensées</i> (les), de Pascal, II, 446<br />
-PEPILLO, matador, I, 191.<br />
-PERCIER, architecte, I, 199 et note 203, 425.<br />
-<i>Père de famille</i> (le), drame de Diderot, I, 427.<br />
-PÉRIGNON, peintre, directeur du musée de Dijon, II, 89 et note 2.<br />
-PÉRIN (Alphonse), peintre, III, <a href="#Page_291">291</a> et note.<br />
-PERPIGNAN, peintre, camarade d'atelier de Delacroix, I, 44 note 50, 100,<br />
-<span style="margin-left: 1em;">102, 132, 286, 287; III, <a href="#Page_124">124</a>.</span><br />
-PERRIER (M.), II, 114, 353, 411; III, <a href="#Page_341">341</a>.<br />
-PERRIER (Charles), littérateur, III, <a href="#Page_130">130</a> et note 3, <a href="#Page_181">181</a>, <a href="#Page_185">185</a>.<br />
-PERRIN (Émile), directeur de l'Opéra-Comique, II, 75 et note 2, 92, 105.<br />
-PÉRUGIN (Pietro Vannucci, dit le), maître italien, II, 66, 180;<br />
-<span style="margin-left: 1em;">III, <a href="#Page_41">41</a>, <a href="#Page_393">393</a>.</span><br />
-PESCATORE, II, 484.<br />
-<i>Pestiférés de Jaffa</i> (les), toile de Gros, musée du Louvre, I, 374.<br />
-PETETIN (Anselme), publiciste, I, 253 et note 247.<br />
-PETIT, peintre, I, 37.<br />
-PETIT (Francis), expert, II, 236, 243 et note 4; III, <a href="#Page_118">118</a> note 4.<br />
-PETITI (Mme), III, <a href="#Page_83">83</a>.<br />
-<i>Petits Bourgeois</i> (les), roman de Balzac, III, <a href="#Page_377">377</a>.<br />
-PÉTRARQUE, II, 49; III, <a href="#Page_369">369</a>.<br />
-<i>Pharsale</i> (la), poème épique de Lucain, I, 352.<br />
-PHIDIAS, I, 47, 425; II, 180; III, <a href="#Page_214">214</a> note 2, <a href="#Page_259">259</a>, <a href="#Page_264">264</a>.<br />
-<i>Philosophie</i> (la), peinture décorative de la bibliothèque<br />
-<span style="margin-left: 1em;">du Palais-Bourbon, par Delacroix, I, 257.</span><br />
-<i>Phrosine et Mélidor</i>, tableau, I, 33 et note 42.&mdash;Opéra-comique<br />
-<span style="margin-left: 1em;">de Méhul, 33 note 42.&mdash;Gravure de Prud'hon, 33 note 42.</span><br />
-<i>Pia de Tolomeï</i>, drame de Carlo Marenco, III, <a href="#Page_140">140</a> et note.<br />
-PICOT (François-Édouard), peintre, II, 457; III, <a href="#Page_34">34</a> et note 1.<br />
-<i>Pierre de Portugal</i>, tragédie de Lucien Arnault, I, 130 et note 146.<br />
-PIERRET, peintre, ami de Delacroix, I, xiii, 2 note 2, 12 et note 17,<br />
-<span style="margin-left: 1em;">13, 15, 19, 21 à 23, 30, 34, 37, 39, 41, 44, 45, 50, 58, 71</span><br />
-<span style="margin-left: 1em;">à 76, 79, 81, 83, 84, 90 à 94, 96, 99, 101 note 122, 106, 109, 113,</span><br />
-<span style="margin-left: 1em;">114, 117 note 137, 118 note 138, 123, 124, 133, 136 à 138, 148, 171</span><br />
-<span style="margin-left: 1em;">note 180, 183, 188 note 189, 243, 259, 283, 297, 298, 300, 305, 314,</span><br />
-<span style="margin-left: 1em;">316, 318, 319, 331, 341, 343, 368, 418, 429; II, 74, 81 note,</span><br />
-<span style="margin-left: 1em;">103 note, 162 note, 177, 193, 205, 206, 214 note, 266, 270,</span><br />
-<span style="margin-left: 1em;">294, 299, 371, 372, 373.&mdash;(Henry), son fils, I, 314, 418,</span><br />
-<span style="margin-left: 1em;">429; II, 372, 373, 379, 388, 466, 469.&mdash;(Mme), II, 270,</span><br />
-<span style="margin-left: 1em;">373, 379, 383, 466, 469; III, <a href="#Page_119">119</a>, <a href="#Page_122">122</a>.</span><br />
-<i>Pieta</i>, peinture murale de Delacroix, dans l'église Saint-Denis<br />
-<span style="margin-left: 1em;">du Saint-Sacrement, III, <a href="#Page_6">6</a> et note.&mdash;Réduction de la peinture murale,</span><br />
-<span style="margin-left: 1em;">III, <a href="#Page_137">137</a> et note 1, <a href="#Page_149">149</a>.&mdash;Groupe en pierre de Clésinger, I, 407.</span><br />
-PIGALLE, sculpteur, III, <a href="#Page_234">234</a>.<br />
-PILES (Roger DE), peintre et écrivain, I, 419.<br />
-PILON (Germain), III, <a href="#Page_252">252</a>.<br />
-PINDARE, II, 258, 259.<br />
-PINELLI, peintre et graveur italien, I, 109 et note 129, 113.<br />
-PIRANESI, graveur italien, II, 269 et note 1.<br />
-PIRON, ami de Delacroix, I, 12 et note 16, 22, 39, 66, 73, 266, 268 à 324,<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">378; II, 236 note 2, 245, 254 note, 351, 373 et note; III, <a href="#Page_182">182</a>, <a href="#Page_433">433</a> note.</span><br />
-PISARONI (Mme), cantatrice, II, 154 note 2.<br />
-PISCATORY, homme politique et diplomate, I, 431 et note 496.<br />
-<i>Plaideurs sans procès</i> (les), comédie d'Étienne, I, 133 et note 146.<br />
-PLANAT, peintre, I, 94 note 116.<br />
-PLANCHE (Gustave), critique, I, 309; II, 334.<br />
-PLANET (Henry), peintre, élève et collaborateur de Delacroix,<br />
-<span style="margin-left: 1em;">I, 260 et note 267, 265 note 275, 305, 314.</span><br />
-PLATON, I, 77; II, 258, 443.<br />
-PLESSIS (Mme), voir ARNOULD-PLESSY.<br />
-PLUTARQUE, II, 449.<br />
-POE (Edgar), I, xxiv; III, <a href="#Page_136">136</a>, <a href="#Page_137">137</a>, <a href="#Page_150">150</a> et note, <a href="#Page_233">233</a>.<br />
-<i>Poésie</i> (la), peinture décorative de la bibliothèque du Palais-Bourbon,<br />
-<span style="margin-left: 1em;">par Delacroix, I, 257.</span><br />
-POINSOT (Louis), géomètre, I, 314, 344, 345 et note 403; II, 130, 374,<br />
-<span style="margin-left: 1em;">375, 379, 382, 386, 495; III, <a href="#Page_63">63</a>, <a href="#Page_65">65</a>, <a href="#Page_120">120</a>, <a href="#Page_122">122</a>.</span><br />
-POIREL, I, 252.<br />
-PONIATOWSKI (le prince), I, 368.<br />
-PONSARD, auteur dramatique, I, 239 et note 232; II, 323 note 2.<br />
-PONTÉCOULANT (le comte DE), littérateur, III, <a href="#Page_7">7</a> et note 3.<br />
-<span style="margin-left: 1em;">&mdash;(Mme DE), III, <a href="#Page_130">130</a>.</span><br />
-PONTOIS (M. DE), I, 371.<br />
-PORLIER (Mme), fille de M. Bornot, I, 403 note 471.<br />
-<i>Portement de croix</i> (le), composition de Delacroix pour l'église<br />
-<span style="margin-left: 1em;">Saint-Sulpice, I, 241.&mdash;Toile de Rubens, II, 25, 34.</span><br />
-<i>Portrait à la main</i>, copie par Delacroix d'un tableau de Raphaël,<br />
-<span style="margin-left: 1em;">musée du Louvre, II, 106.</span><br />
-POSSOZ, membre du Conseil municipal de Paris, II, 117 et note; III, <a href="#Page_340">340</a>, <a href="#Page_342">342</a>.<br />
-POTHEY, graveur sur bois, II, 468.<br />
-POTOCKA (Mme), I, 359, 366; II, 163.<br />
-POUCHKINE, poète russe, I, 346; II, 360.<br />
-POUJADE (Eugène), diplomate, I, 369.<br />
-POUSSIN, maître français, I, xxxviii, 76, 137, 203, 399; II, 63 et note,<br />
-<span style="margin-left: 1em;">73, 64, 129 à 132, 163, 170 à 174, 182 note, 183, 186, 189, 193,</span><br />
-<span style="margin-left: 1em;">211, 221, 225, 397; III, <a href="#Page_15">15</a>, <a href="#Page_189">189</a>, <a href="#Page_200">200</a>, <a href="#Page_208">208</a>, <a href="#Page_230">230</a>, <a href="#Page_232">232</a>, <a href="#Page_252">252</a>, <a href="#Page_385">385</a>.</span><br />
-POZZO DI BORGO (DE), diplomate, II, 486.<br />
-PRADIER, sculpteur, I, 410.<br />
-PRÉAULT (Auguste), sculpteur, I, 267, 271 et note 291, 352; II, 93,<br />
-<span style="margin-left: 1em;">201, 266, 313 et note, 368, 369 et note I, 375.</span><br />
-<i>Précieuses ridicules</i> (les), comédie de Molière, II, 293.<br />
-<i>Preciosa</i>, opéra de Weber, II, 318 et note 2.<br />
-<i>Présents de noces</i> (Tanger), toile de Delacroix, II, 292.<br />
-<i>Presse</i> (la), II, 201, 237; III, <a href="#Page_30">30</a>, <a href="#Page_34">34</a>, <a href="#Page_148">148</a>, <a href="#Page_160">160</a>, <a href="#Page_244">244</a>.<br />
-PRIMATICE (le), maître italien, III, <a href="#Page_15">15</a>, <a href="#Page_199">199</a> note 2.<br />
-<i>Procession à Tanger pour porter les cadeaux</i>, toile de Delacroix,<br />
-<span style="margin-left: 1em;">III, 163.</span><br />
-<i>Prophète</i> (le), opéra de Meyerbeer, I, 368, 369, 371; II, 301.<br />
-PROUDHON (G.-J.), philosophe et publiciste, I, 342.<br />
-<i>Provincial à Paris</i> (un), roman de Balzac, II, 433.<br />
-PROVOST, modèle de Delacroix, I, 54.<br />
-PRUDENT, voir GAULTIER (Racine).<br />
-PRUD'HON, peintre, I, 253, 256 et note 257, 282, 301 et note 340, 302, 304,<br />
-<span style="margin-left: 1em;">330; II, 172, 298, 429; III, <a href="#Page_230">230</a>, <a href="#Page_249">249</a> et note 2, <a href="#Page_431">431</a>.</span><br />
-<i>Pucelle</i> (la), de Voltaire, III, <a href="#Page_436">436</a>.<br />
-PUGET (Pierre), sculpteur, I, 202 et note 205, 227, 263, 328; II, 254<br />
-<span style="margin-left: 1em;">et note, 435, 471 et note, 472; III, <a href="#Page_87">87</a>, <a href="#Page_156">156</a>, <a href="#Page_248">248</a>, <a href="#Page_255">255</a>, <a href="#Page_257">257</a>, <a href="#Page_307">307</a></span><br />
-<span style="margin-left: 1em;">et note, <a href="#Page_308">308</a> note, <a href="#Page_411">411</a>, <a href="#Page_414">414</a>.</span><br />
-<i>Puits salé</i>, petite place de Dieppe, II, 442.<br />
-<i>Puritani</i> (i), opéra de Bellini, I, 279 et note 308.<br />
-PYTHAGORE, III, <a href="#Page_297">297</a>.<br />
-<i>Python (Apollon vainqueur du serpent)</i>, plafond de Delacroix,<br />
-<span style="margin-left: 1em;">galerie d'Apollon au Louvre, II, 60.</span><br />
-<br />
-Q<br />
-<br />
-QUANTINET (M.), voisin de campagne de Delacroix, à Champrosay,<br />
-<span style="margin-left: 1em;">I, 384, 437; II, 185, 213; III, <a href="#Page_28">28</a>, <a href="#Page_32">32</a>.</span><br />
-<span style="margin-left: 1em;">&mdash;(Mme), I, 376, 437, 442, 446.</span><br />
-QUATREMÈRE DE QUINCY, archéologue, I, 108 et note 127.<br />
-QUERELLES (Mme DE), I, 292, 374; II, 314, 327.<br />
-QUÉRU (M. DE), ami de Berryer, II, 487.<br />
-<i>Quinze jours au Sinaï</i>, par A. Dumas père, III, 408 et note.<br />
-<br />
-R<br />
-<br />
-RABELAIS, III, <a href="#Page_388">388</a>, <a href="#Page_389">389</a>.<br />
-RACHEL (Mlle), tragédienne, I, 279 note 307, 359, 360, 361; II, 90 et note 1,<br />
-<span style="margin-left: 1em;">125; III, <a href="#Page_315">315</a> et note 1.</span><br />
-RACINE (Jean), I, xliv; 220, 300, 359, 361, 402, 428; II, 97, 167,<br />
-<span style="margin-left: 1em;">187, 206, 259, 260, 300, 301, 303, 395, 396, 440, 469, 480;</span><br />
-<span style="margin-left: 1em;">III, <a href="#Page_13">13</a>, <a href="#Page_70">70</a>, <a href="#Page_140">140</a>, <a href="#Page_157">157</a>, <a href="#Page_217">217</a>, <a href="#Page_234">234</a>, <a href="#Page_265">265</a>, <a href="#Page_311">311</a>, <a href="#Page_321">321</a>, <a href="#Page_348">348</a>, <a href="#Page_361">361</a>, <a href="#Page_374">374</a>,</span><br />
-<span style="margin-left: 1em;"><a href="#Page_405">405</a>, <a href="#Page_427">427</a>.&mdash;(Louis), II, 328.</span><br />
-RADOÏSKA (la princesse), I, 422.<br />
-RAIMONDI (Marc-Antoine), graveur italien, voir MARC-ANTOINE.<br />
-RAISSON (Horace), homme de lettres, I, 16 note 21; II, 23, 372 et note 1.<br />
-RAMBUTEAU (le comte DE), administrateur, III, <a href="#Page_5">5</a> et note 2.<br />
-RAMEAU, compositeur, I, 413; III, <a href="#Page_144">144</a>.<br />
-RAPHAËL, maître italien, I, xxxiv, 1, 29, 45, 82, 96, 105, 108 et note 127,<br />
-<span style="margin-left: 1em;">196, 229, 248, 273, 281, 283, 289, 304, 388, 414; II, 49, 65</span><br />
-<span style="margin-left: 1em;">et note, 66, 83, 106, 131, 132, 136, 180, 204, 395, 426, 429,</span><br />
-<span style="margin-left: 1em;">477, 478; III, <a href="#Page_15">15</a>, <a href="#Page_41">41</a>, <a href="#Page_90">90</a>, <a href="#Page_120">120</a>, <a href="#Page_189">189</a>, <a href="#Page_192">192</a>, <a href="#Page_193">193</a>, <a href="#Page_195">195</a>, <a href="#Page_197">197</a>, <a href="#Page_202">202</a>,</span><br />
-<span style="margin-left: 1em;"><a href="#Page_208">208</a>, <a href="#Page_214">214</a> note 2, <a href="#Page_220">220</a> note, <a href="#Page_230">230</a>, <a href="#Page_232">232</a>, <a href="#Page_246">246</a>, <a href="#Page_252">252</a>, <a href="#Page_255">255</a>, <a href="#Page_282">282</a>, <a href="#Page_303">303</a>,</span><br />
-<span style="margin-left: 1em;"><a href="#Page_306">306</a> et note 1, <a href="#Page_307">307</a>, <a href="#Page_312">312</a> note, <a href="#Page_331">331</a>, <a href="#Page_335">335</a>, <a href="#Page_355">355</a>, <a href="#Page_356">356</a> et note, <a href="#Page_357">357</a></span><br />
-<span style="margin-left: 1em;">et note 2, <a href="#Page_382">382</a>, <a href="#Page_394">394</a>, <a href="#Page_414">414</a>, <a href="#Page_416">416</a>, <a href="#Page_427">427</a>, <a href="#Page_430">430</a>.</span><br />
-<i>Raphaël</i>, roman de Lamartine, I, 415.<br />
-RATISBONNE (Louis), publiciste, II, 403 et note 2, 405.<br />
-RAVAISSON-MOLLIEN (Jean-Gaspard-Félix), archéologue, III, <a href="#Page_128">128</a>, <a href="#Page_130">130</a>, <a href="#Page_428">428</a>.<br />
-RAYER (le docteur), I, 314, 344; II, 83; III, <a href="#Page_259">259</a>, <a href="#Page_276">276</a>.<br />
-RÉCAMIER (Mme), III, <a href="#Page_397">397</a>.<br />
-<i>Réception de l'empereur Abd-ehr-Rhaman</i> (la), tableau de Delacroix, I, 171 note 181.<br />
-REDORTE (Mathieu DE LA), homme politique, I, 371 et note 436.<br />
-REGNIER, peintre, I, 39.<br />
-REMBRANDT, maître hollandais, I, xxix, xxxviii; I, 263, 414;<br />
-<span style="margin-left: 1em;">II, 7, 40, 41, 65, 66, 169, 170, 221, 397, 399, 442, 446;</span><br />
-<span style="margin-left: 1em;">III, <a href="#Page_230">230</a>, <a href="#Page_232">232</a>, <a href="#Page_246">246</a>, <a href="#Page_257">257</a>.</span><br />
-RÉMUSAT (le comte Charles DE), homme politique, I, 246, 286, 372;<br />
-<span style="margin-left: 1em;">II, 297 et note 2; III, <a href="#Page_415">415</a>.</span><br />
-<i>Renaud et Armide</i>, toile de Delacroix, II, 203.<br />
-<i>Rencontre de cavaliers maures</i>, tableau de Delacroix, I, 149 note 167.<br />
-RENÉ II (le roi), III, <a href="#Page_279">279</a>, <a href="#Page_280">280</a>.<br />
-<i>René</i>, roman de Chateaubriand, I, 81.<br />
-<i>Repas chez Simon</i> (le), gravure de Raimondi, voir RAIMONDI.<br />
-<i>République</i> (la), tableau de Dubufe, I, 347, 350.<br />
-<i>Rêve</i> (le), tableau de Lehmann, II, 81 note.<br />
-RENAZ, amateur, III, <a href="#Page_345">345</a> et note 4.<br />
-<i>Révoltés du Caire</i> (les), tableau de Girodet, musée de Versailles, I, 84.<br />
-<i>Revue britannique</i>, II, 196.<br />
-<i>Revue des Deux Mondes</i>, I, 78, 256 note 257, 274 note 299, 281, 317, 371<br />
-<span style="margin-left: 1em;">II, 13 note, 178 note 2, 387 note 2, 407, 430 note 2;</span><br />
-<span style="margin-left: 1em;">III, <a href="#Page_187">187</a> note 2, <a href="#Page_249">249</a> note 2, <a href="#Page_358">358</a> et note, <a href="#Page_363">363</a> note, <a href="#Page_371">371</a> note 1, <a href="#Page_392">392</a>.</span><br />
-REYNOLDS, peintre anglais, II, 162 et note 3, 178 et note 1;<br />
-<span style="margin-left: 1em;">III, <a href="#Page_36">36</a> note, <a href="#Page_69">69</a>, <a href="#Page_70">70</a>, <a href="#Page_200">200</a>, <a href="#Page_216">216</a>, <a href="#Page_377">377</a>.</span><br />
-RICHETZKI (M.), I, 368.<br />
-RICHOMME, ami de Berryer, II, 482 et note, 484, 485, 487, 490, 491, 492;<br />
-<span style="margin-left: 1em;">III, <a href="#Page_174">174</a>, <a href="#Page_176">176</a>.</span><br />
-RICOURT (Achille), directeur de l'<i>Artiste</i>, II, 284 et note 1; III, <a href="#Page_147">147</a>.<br />
-RIESENER (Henri-François), oncle de Delacroix, I, 9 note 10, 14, 16,<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">17, 19, 24, 53, 118, 135 et note 148.</span><br />
-RIESENER (Léon), cousin de Delacroix, peintre, I, 9 et note 10, 14,<br />
-<span style="margin-left: 1em;">32 note 40, 53, 58, 63, 66, 122, 135, 261, 262, 293, 299, 320,</span><br />
-<span style="margin-left: 1em;">395; II, 102, 116 note, 136, 157 et note 1, 161, 177, 193,</span><br />
-<span style="margin-left: 1em;">205, 206, 214 note, 270, 294, 310, 313, 341, 342, 377, 380,</span><br />
-<span style="margin-left: 1em;">381, 402, 473; III, <a href="#Page_12">12</a>, <a href="#Page_65">65</a>, <a href="#Page_69">69</a>, <a href="#Page_131">131</a>, <a href="#Page_289">289</a>, <a href="#Page_304">304</a>, <a href="#Page_429">429</a>.</span><br />
-RIESENER (Mme) mère, tante de Delacroix, II, 341 et note.<br />
-RIESENER (Mme), I, v, 293; II, 78 note 5, 157 note 1, 310, 350.<br />
-RIS (le comte L. Clément DE), critique d'art, I, 256 et note 258; III, 101.<br />
-RISTORI (Mme), tragédienne italienne, III, <a href="#Page_42">42</a> et note, <a href="#Page_61">61</a>, <a href="#Page_140">140</a> et note.<br />
-RIVET (le baron Charles), homme politique, ami de Delacroix,<br />
-<span style="margin-left: 1em;">I, 256 et note 256, 273, 341, 408; II, 153 et note 2, 181, 281;</span><br />
-<span style="margin-left: 1em;">III, 61 et note 3, 65, 305, 403, 404.</span><br />
-RIVET (Mlle), fille aînée du baron, III, <a href="#Page_65">65</a> et note 1.<br />
-RIVET (Mme), mère du baron, III, <a href="#Page_65">65</a> et note 1, <a href="#Page_76">76</a>.<br />
-RIVET (Pierre), peintre, neveu de Mme Rivet mère, élève de Delacroix,<br />
-<span style="margin-left: 1em;">III, <a href="#Page_65">65</a> et note 1.</span><br />
-RIVIÈRE (M.), I, 117 et note 137, 132.<br />
-ROBAUT (Alfred), lithographe et critique d'art I, 81 note 97, 105 note 123,<br />
-<span style="margin-left: 1em;">116 note 135, 450 note 506; II, 81 note 1, 222 note, 270 note, 329 note,</span><br />
-<span style="margin-left: 1em;">372 note, 379 note, 457 <i>et passim.</i></span><br />
-ROBELLEAU (M.), I, 308.&mdash;(Mme), I, 292.<br />
-ROBERETTI, I, 317, 318.<br />
-ROBERT, de Sèvres, amateur, III, <a href="#Page_167">167</a>, <a href="#Page_184">184</a>, <a href="#Page_275">275</a>.<br />
-<i>Robert Bruce</i>, opéra de Rossini, I, 240 et note 235.<br />
-<i>Robert le Diable</i>, opéra de Meyerbeer, II, 296, 300.<br />
-ROBERT-FLEURY (Joseph-Nicolas Robert Fleury, dit), peintre, I, 261 et note 268.<br />
-ROBERT-FLEURY (Tony), peintre, I, 261 note 268.<br />
-ROCHÉ, architecte, I, 234 et note 226, 239, 282; II, 175; III, <a href="#Page_113">113</a>, <a href="#Page_136">136</a>, <a href="#Page_145">145</a>.<br />
-<span style="margin-left: 1em;">&mdash;(Mme), I, 240 note 233.</span><br />
-RODAKOWSKI (Henri), peintre polonais, II, 156, 220, 226 et note 2,<br />
-<span style="margin-left: 1em;">353, 384, 475; III, <a href="#Page_25">25</a> et note 1, <a href="#Page_180">180</a>.&mdash;(Mme), sa mère, <a href="#Page_226">226</a> note 2.</span><br />
-RODRIGUES (Hippolyte), financier et littérateur, II, 312 et note 2;<br />
-<span style="margin-left: 1em;">III, 28, 33, 161.&mdash;(Mme), III, <a href="#Page_33">33</a>, <a href="#Page_130">130</a>.&mdash;(Georges), III, <a href="#Page_33">33</a> et note 2.</span><br />
-ROEHN, peintre, II, 98 et note.<br />
-ROGER DU NORD (le comte), homme politique, III, <a href="#Page_185">185</a> et note 1.<br />
-<i>Roger délivrant Angélique</i>, tableau d'Ingres, musée du Louvre,<br />
-<span style="margin-left: 1em;">I, 84 et note 104.</span><br />
-ROGET (Émile), graveur en médailles, voir BOREL-ROGET.<br />
-<i>Roméo et Juliette</i>, deux toiles de Delacroix, 1° les <i>Adieux</i>;<br />
-<span style="margin-left: 1em;">2° la <i>Scène des tombeaux des Capulets</i>, II, 395 et note; III, <a href="#Page_137">137</a>.</span><br />
-<i>Roméo et Juliette</i>, tragédie de Shakespeare, III, <a href="#Page_420">420</a>, <a href="#Page_424">424</a>.<br />
-<i>Romeo e Giuletta</i>, opéra de Zingarelli, I, 27 note 35.<br />
-ROMERO, matador, I, 191.<br />
-ROMIEU, homme de lettres, II, 75.<br />
-ROSA BONHEUR (Mlle), peintre, I, 351 et note 410; II, 226 et note; III, <a href="#Page_132">132</a>.<br />
-<i>Roses trémières</i>, étude de pastel de Delacroix, II, 409.<br />
-ROSSINI, compositeur italien, I, 55, 230, 266, 286, 418, 419, 422;<br />
-<span style="margin-left: 1em;">II, 153 note 1, 155, 160, 167, 177, 190, 282, 328, 474;</span><br />
-<span style="margin-left: 1em;">III, <a href="#Page_14">14</a>, <a href="#Page_59">59</a>, <a href="#Page_123">123</a>, <a href="#Page_124">124</a>, <a href="#Page_144">144</a>, <a href="#Page_182">182</a>, <a href="#Page_192">192</a>, <a href="#Page_257">257</a>, <a href="#Page_271">271</a>, <a href="#Page_318">318</a>, <a href="#Page_355">355</a>, <a href="#Page_397">397</a>, <a href="#Page_398">398</a>.</span><br />
-ROUGET (Georges), peintre, ami de Delacroix, I, 16 note 23, 55, 58, 72,<br />
-<span style="margin-left: 1em;">75, 79, 81, 92, 93, 102, 103, 117, 122.</span><br />
-ROULAND (Gustave), magistrat et homme politique, III, <a href="#Page_185">185</a> et note 4,<br />
-<span style="margin-left: 1em;"><a href="#Page_300">300</a> et note.</span><br />
-ROUSSEAU (J.-J.), I, 123, 124, 326, 437; II, 191, 246, 407, 442, 444, 469;<br />
-<span style="margin-left: 1em;">III, <a href="#Page_110">110</a>, <a href="#Page_140">140</a>.</span><br />
-ROUSSEAU (Philippe), peintre, III, <a href="#Page_26">26</a> et note 4, <a href="#Page_124">124</a>, <a href="#Page_127">127</a>.<br />
-ROUSSEAU (Théodore), paysagiste, I, 254, 303, 420, 422; III, 25,<br />
-<span style="margin-left: 1em;"><a href="#Page_26">26</a> et note 4, <a href="#Page_391">391</a>.</span><br />
-ROUVIÈRE (Philibert), peintre et acteur, III, <a href="#Page_131">131</a> et note 4.<br />
-ROYER (Ernest DE), magistrat et homme politique, III, <a href="#Page_130">130</a> et note 2.<br />
-RUBEMPRÉ (Mme Alberte DE), I, 297 et note 335; II, 156.<br />
-RUBENS, maître flamand, I, xxix, xxxiii et suiv.; 73, 142 à 144,<br />
-<span style="margin-left: 1em;">149 et note 167, 229, 240, 242, 244, 245, 248, 253, 254, 262,</span><br />
-<span style="margin-left: 1em;">263, 275 note 301, 282, 289, 296, 300, 303, 304, 329 à 332 et</span><br />
-<span style="margin-left: 1em;">note 387, 359, 374, 375, 387, 391, 448; II, 3, 5 et note 1, 6,</span><br />
-<span style="margin-left: 1em;">7, 8, 14, 22, 23, 24 et note, 26, 27, 39, 40, 41, 49, 63, 69,</span><br />
-<span style="margin-left: 1em;">70, 73 et note, 83, 86, 124, 125, 136, 150, 155, 167, 170,</span><br />
-<span style="margin-left: 1em;">171, 241, 250, 251 et note, 252, 276, 280, 285, 388, 396,</span><br />
-<span style="margin-left: 1em;">399, 426, 440, 471, 477; III, <a href="#Page_70">70</a>, <a href="#Page_94">94</a>, <a href="#Page_96">96</a>, <a href="#Page_197">197</a>, <a href="#Page_199">199</a> note 2,</span><br />
-<span style="margin-left: 1em;"><a href="#Page_201">201</a> note 2, <a href="#Page_202">202</a>, <a href="#Page_208">208</a>, <a href="#Page_209">209</a>, <a href="#Page_220">220</a>, <a href="#Page_232">232</a>, <a href="#Page_235">235</a>, <a href="#Page_238">238</a>, <a href="#Page_240">240</a>, <a href="#Page_246">246</a>, <a href="#Page_252">252</a>,</span><br />
-<span style="margin-left: 1em;"><a href="#Page_257">257</a>, <a href="#Page_261">261</a>, <a href="#Page_264">264</a>, <a href="#Page_265">265</a>, <a href="#Page_272">272</a>, <a href="#Page_282">282</a>, <a href="#Page_283">283</a>, <a href="#Page_297">297</a>, <a href="#Page_299">299</a>, <a href="#Page_307">307</a>, <a href="#Page_308">308</a>, <a href="#Page_322">322</a>,</span><br />
-<span style="margin-left: 1em;"><a href="#Page_331">331</a>, <a href="#Page_337">337</a>, <a href="#Page_350">350</a>, <a href="#Page_353">353</a>, <a href="#Page_356">356</a>, <a href="#Page_357">357</a>, <a href="#Page_381">381</a>, <a href="#Page_389">389</a>, <a href="#Page_395">395</a>, <a href="#Page_413">413</a>, <a href="#Page_414">414</a>.</span><br />
-RUDDER (Louis-Henri DE), peintre, III, <a href="#Page_351">351</a> et note 2.<br />
-RUYSDAEL, maître hollandais, I, 296; II, 49, 397; III, <a href="#Page_282">282</a>.<br />
-<br />
-S<br />
-<br />
-<i>Sacrifice d'Abraham</i> (le), opéra de Cimarosa, I, 308.<br />
-<i>Saint Antoine de Padoue et la Vierge</i>, toile de Rubens,<br />
-<span style="margin-left: 1em;">église Saint-Antoine de Padoue, à Anvers, II, 26.</span><br />
-<i>Saint Benoît</i>, tableau de Rubens, I, 254, 275; II, 8.<br />
-<i>Saint-Denis du Saint-Sacrement</i> (église de), ou <i>Saint-Louis</i>,<br />
-<span style="margin-left: 1em;">à Paris, I, 288.</span><br />
-<i>Saint Étienne recueilli par les saintes femmes et des disciples</i>,<br />
-<span style="margin-left: 1em;">toile de Delacroix, musée d'Arras, I, 335 et note 391.</span><br />
-<span style="margin-left: 1em;">&mdash;Esquisse par Delacroix, III, <a href="#Page_401">401</a>.</span><br />
-<i>Saint François</i>, toile de Rubens, musée d'Anvers, II, 5, 6, 8<br />
-<i>Saint Georges</i>, petite toile de Delacroix, musée de Grenoble, II, 369.<br />
-<i>Saint-Germain des Prés</i> (église de), II, 94.<br />
-<i>Saint Hubert</i>, gravure d'Albert Dürer, I, 353.<br />
-<i>Saint Jean dans la chaudière</i>, église Saint-Jean de Malines, II, 22.<br />
-<i>Saint Jean écrivant</i>, église Saint-Jean de Malines, II, 22.<br />
-<i>Saint Jean-Baptiste</i>, église Saint-Jean de Malines, II, 22.<br />
-<span style="margin-left: 1em;">&mdash;Toile de Delacroix, III, <a href="#Page_184">184</a> et note 2.</span><br />
-<i>Saint Just</i>, tableau de Rubens, musée de Bordeaux, I, 262; II, 150.<br />
-<i>Saint Liévin</i>, toile de Rubens, musée de Bruxelles, II, 7 et note 1, 34.<br />
-<i>Saint Michel terrassant le dragon</i>, toile de Delacroix, III, <a href="#Page_136">136</a> note 4.<br />
-<i>Saint Paul</i>, musée d'Anvers, II, 6.<br />
-<i>Saint Pierre</i>, toile de Rubens, église Saint-Pierre, à Cologne,<br />
-<span style="margin-left: 1em;">II, 18.&mdash;Panneau du même, église de Malines, II, 24.</span><br />
-<i>Saint Pierre délivré de prison</i>, dessin d'Ingres, I, 139.<br />
-<i>Saint Sébastien à terre et les Saintes femmes</i>, toile de Delacroix,<br />
-<span style="margin-left: 1em;">I, 298, 414; II, 138, 146.&mdash;(Variante) II, 406; III, <a href="#Page_164">164</a> note 2, <a href="#Page_362">362</a> note.</span><br />
-<i>Saint Sépulcre</i> (église Saint-Jacques), à Dieppe, II, 415.<br />
-<i>Saint Thomas</i>, toile de Delacroix, II, 138.<br />
-<i>Sainte Anne</i>, esquisse de Delacroix, I, xxx.<br />
-<i>Saints Anges</i> (les), composition projetée pour l'église de<br />
-<span style="margin-left: 1em;">Saint-Sulpice, I, 385.</span><br />
-SAINT-GEORGES (Jules-Henri Vernoy DE), auteur dramatique, II, 75.<br />
-SAINT-GERMAIN, III, <a href="#Page_182">182</a>.<br />
-<i>Saint Léon</i>, roman de Godwin, I, 100.<br />
-SAINT-MARC GIRARDIN, professeur et littérateur, II, 407 et note.<br />
-SAINT-MARCEL, paysagiste, élève de Delacroix, I, 319 et note 373; II, 87 note 1.<br />
-SAINT-PRIX, comédien, II, 97 et note.<br />
-SAINT-RENÉ TAILLANDIER, littérateur, II, 37 et note 3; III, <a href="#Page_169">169</a>, <a href="#Page_182">182</a>.<br />
-SAINT-SIMON (duc DE), historien, III, <a href="#Page_347">347</a>, <a href="#Page_385">385</a>.<br />
-SAINT-SIMON (le comte DE), socialiste, I, 428.<br />
-SAINT-VICTOR (Paul DE), critique, III, <a href="#Page_148">148</a> et note.<br />
-SAINTE-BEUVE, critique, I, xi; II, 177, 178 et note, 367, 380;<br />
-<span style="margin-left: 1em;">III, <a href="#Page_237">237</a>, <a href="#Page_263">263</a>.</span><br />
-<i>Saisons</i> (les), quatre toiles ébauches de Delacroix, III, <a href="#Page_401">401</a>.<br />
-<i>Salons de Paris</i> (les), de Mme Ancelot, III, <a href="#Page_315">315</a>.<br />
-SALTER (Élisabeth), modèle de Delacroix, I, 3, 68, 88 note 108.<br />
-SALVANDY (Mme DE), fille cadette du baron Rivet, III, <a href="#Page_403">403</a>.<br />
-<i>Samaritain</i> (un), toile de Delacroix, I, 377; II, 75, 78 et note 2.<br />
-<i>Samaritain dans l'auberge</i> (le), toile de Decamps, II, 174.<br />
-<i>Samson et Dalila</i>, toile de Delacroix, I, 377, 438; II, 229 et note 1, 291.<br />
-<i>Samson tournant la meule</i>, dessin de Decamps, I, 286.<br />
-SAND (George), I, xxv, 207 et note 212, 222 note 218, 262, 264 et note 273, 266,<br />
-<span style="margin-left: 1em;">270, 276, 283, 287, 292, 294, 296, 298, 305 note 348, 309, 311,</span><br />
-<span style="margin-left: 1em;">340 et note 395, 341, 345, 372, 406; II, 74 et note, 75, 87, 220,</span><br />
-<span style="margin-left: 1em;">238, 249 note, 250 note 1, 283 et note, 300, 410; III, <a href="#Page_9">9</a>, <a href="#Page_18">18</a>, <a href="#Page_34">34</a></span><br />
-<span style="margin-left: 1em;">et note 2, <a href="#Page_35">35</a> note 2, <a href="#Page_110">110</a>, <a href="#Page_124">124</a> et notes 2 et 3, <a href="#Page_131">131</a>, <a href="#Page_333">333</a>, <a href="#Page_334">334</a>,</span><br />
-<span style="margin-left: 1em;"><a href="#Page_391">391</a>, <a href="#Page_417">417</a>, <a href="#Page_436">436</a>.</span><br />
-SAND (Maurice), fils de George Sand, élève de Delacroix, II, 87 et note 1.<br />
-<i>Satyre dans les filets</i>, composition de Delacroix, II, 284 et note 2.<br />
-SAVARY (Charles-Étienne), orientaliste, I, 107 note 125.<br />
-SAXE (tombeau du maréchal DE), à Strasbourg, III, 86, <a href="#Page_88">88</a>, <a href="#Page_226">226</a>, <a href="#Page_382">382</a>.<br />
-<i>Scène des tombeaux des Capulets (Roméo et Juliette)</i>, toile de<br />
-<span style="margin-left: 1em;">Delacroix, II, 395 note.</span><br />
-SCHEFFER (Ary), peintre, I, 71.<br />
-SCHEFFER (Henry), peintre, frère d'Ary Scheffer, I, 66, 69, 72,<br />
-<span style="margin-left: 1em;">74, 76, 80, 81, 89, 95, 97, 127, 136, 138, 299, 320; II, 222.</span><br />
-SCHILLER, II, 299, 300.<br />
-SCHIRMER (Jean-Guillaume), peintre allemand, II, 37 et note 2.<br />
-SCHNEIDER, industriel et homme politique, III, <a href="#Page_340">340</a>.<br />
-SCHNETZ (Jean-Hector), peintre, I, 79 et note 94.<br />
-SCHUBERT, compositeur allemand, I, 415.<br />
-SCHULER (Charles-Auguste), graveur, III, <a href="#Page_82">82</a> et note 1, <a href="#Page_83">83</a>, <a href="#Page_85">85</a>, <a href="#Page_96">96</a>.<br />
-SCHWITER (le baron), ami et l'un des exécuteurs testamentaires de<br />
-<span style="margin-left: 1em;">Delacroix, III, <a href="#Page_69">69</a> et note, <a href="#Page_167">167</a>.</span><br />
-<i>Science du bonhomme Richard</i> (la), par Franklin, I, 127.<br />
-<i>Sciences</i> (les), peinture décorative de la bibliothèque du<br />
-<span style="margin-left: 1em;">Palais-Bourbon, par Delacroix, I, 257.</span><br />
-SCOTT (Walter), romancier anglais, I, 137, 232, 284; II, 264, 265,<br />
-<span style="margin-left: 1em;">302; III, <a href="#Page_125">125</a>, <a href="#Page_140">140</a>, <a href="#Page_204">204</a>, <a href="#Page_233">233</a>, <a href="#Page_381">381</a> note, <a href="#Page_422">422</a>, <a href="#Page_424">424</a>.</span><br />
-SCRIBE (Eugène), auteur dramatique, I, 346.<br />
-SÉBASTIEN (Don), roi de Portugal, I, 161 et note 177, 180.<br />
-<i>Sébou</i>( la rivière), au Maroc, I, 164.<br />
-SÉCHAN (Charles), peintre décorateur, III, <a href="#Page_86">86</a> et note.<br />
-<i>Secret</i> (le), opéra-comique de Solié, II, 462 et note 1.<br />
-SEDAINE, auteur dramatique, I, 219, 220.<br />
-SÉGALAS (Pierre-Salomon), chirurgien, III, <a href="#Page_123">123</a> et note 1.<br />
-SÉGALAS (Mme Anaïs), femme de lettres, II, 80 et note 1.<br />
-SÉGUR (général DE), II, 292.<br />
-<i>Sémiramis</i>, opéra de Rossini, II, 153 et note 1, 157, 160, 167,<br />
-<span style="margin-left: 1em;">282, 468, 474.</span><br />
-<i>Sénèque se fait ouvrir les veines</i>, peinture décorative de<br />
-<span style="margin-left: 1em;">la bibliothèque du Palais-Bourbon, par Delacroix, I, 258, 290.</span><br />
-<i>Séville</i> (Chartreuse de), I, 190.<br />
-SHAKESPEARE, I, 219 à 222, 232, 274, 301; II, 187, 206, 258,<br />
-<span style="margin-left: 1em;">200, 285, 303, 395 note, 440; III, <a href="#Page_16">16</a> à <a href="#Page_18">18</a>, <a href="#Page_59">59</a>, <a href="#Page_144">144</a>, <a href="#Page_156">156</a>, <a href="#Page_207">207</a>,</span><br />
-<span style="margin-left: 1em;"><a href="#Page_269">269</a>, <a href="#Page_210">210</a>, <a href="#Page_217">217</a>, <a href="#Page_234">234</a>, <a href="#Page_312">312</a>, <a href="#Page_313">313</a>, <a href="#Page_321">321</a>, <a href="#Page_348">348</a>, <a href="#Page_374">374</a>, <a href="#Page_386">386</a> à <a href="#Page_388">388</a>, <a href="#Page_397">397</a>,</span><br />
-<span style="margin-left: 1em;"><a href="#Page_398">398</a>, <a href="#Page_421">421</a>, <a href="#Page_436">436</a>.</span><br />
-SHEPPARD (Mme), II, 117, 119, 419, 424.<br />
-SHERIDAN, orateur et auteur dramatique anglais, I, 226.<br />
-<i>Shore (Jane)</i>, aquarelle et lithographie de Delacroix, I, 70, 79, 95.<br />
-<i>Sibylle au rameau d'or</i> (la), toile de Delacroix, I, 279 et note 307;<br />
-<span style="margin-left: 1em;">II, 90 note 1.</span><br />
-SIDI-MOHAMMED-BEN-SERROUR, aventurier marocain, I, 231.<br />
-SIDI-TAIEB BIAS OU BIAZ, Marocain, de Tanger, I, 146 note 163, 164, 165, 166, 177.<br />
-SIGNOL (Émile), peintre, II, 222 et note 3, 311; III, <a href="#Page_416">416</a> et note.<br />
-SIGNORELLI (Luca), maître italien, II, 277 et note<br />
-SIMART, sculpteur, II, 375 et note 3.<br />
-SIMON (Jules), philosophe et homme politique, III, <a href="#Page_148">148</a>.<br />
-SIBOUY (Achille), lithographe, III, <a href="#Page_28">28</a> et note 2.<br />
-SOCRATE, I, 34; III, <a href="#Page_126">126</a>.<br />
-<i>Socrate et son démon</i>, peinture décorative de la bibliothèque du<br />
-<span style="margin-left: 1em;">Palais-Bourbon, par Delacroix, I, 258, 290.</span><br />
-SOLANGE (Mlle), fille de George Sand, depuis Mme Clésinger, I, 264 note 273,<br />
-<span style="margin-left: 1em;">305 et note 348, 307, 407; III, <a href="#Page_28">28</a> et note 1.</span><br />
-<i>Soleil couchant</i>, peinture et dessin à la plume de Delacroix,<br />
-<span style="margin-left: 1em;">I, 214.&mdash;Esquisse de Delacroix, II, 246.</span><br />
-SOLIÉ, compositeur et chanteur, II, 462 et note 1.<br />
-SOLIMÈNE (François), maître italien, I, 203 et note 208.<br />
-SOPHOCLE, II, 121.<br />
-SOULIÉ (Eudore), conservateur du musée de Versailles,<br />
-<span style="margin-left: 1em;">I, 259 et note 261, 260; III, <a href="#Page_68">68</a>.</span><br />
-SOULIER, peintre, ami de Delacroix, I, xiii, 16 note 21, 53, 56, 65,<br />
-<span style="margin-left: 1em;">70, 72, 74, 75, 81, 84, 89, 90, 95 note 117, 99, 102, 106, 107, 109,</span><br />
-<span style="margin-left: 1em;">113, 117, 127, 130, 132, 137 à 139, 290, 298, 318, 319, 329,</span><br />
-<span style="margin-left: 1em;">331, note 386; II, 294; III, <a href="#Page_329">329</a> et note.</span><br />
-SOULT (le maréchal), I, 106, 243; II, 286.<br />
-SOUTMAN, peintre et graveur hollandais, I, 242 et note 238, 244.<br />
-SOUTY, marchand de couleurs, I, 303.<br />
-<i>Souvenirs de la Terreur</i>, de G. Duval, I, 240.<br />
-SPARRE (Mme DE), I, 249 et note 244.<br />
-<i>Spectateur</i> (le), d'Addison, II, 231, 232, 258, 260.<br />
-SPONTINI, compositeur italien, I, 284 et note 313; II, 323 note, 370 et note 1.<br />
-STAËL (Mme DE), I, 59, 79.<br />
-STAHL, pseudonyme de Hetzel. Voy. HETZEL.<br />
-STANISLAS, voir LECZINSKI.<br />
-STENDHAL, pseudonyme de Henri BEYLE, I, xi, 55, 411 et note 478;<br />
-<span style="margin-left: 1em;">II, 178 et note 2, 275, 365; III, <a href="#Page_20">20</a> note, <a href="#Page_101">101</a>, <a href="#Page_318">318</a>, <a href="#Page_360">360</a>, <a href="#Page_395">395</a>, <a href="#Page_414">414</a>.</span><br />
-STEUBEN (Charles), peintre d'histoire et de portraits, I, 79 et note 95.<br />
-<i>Stratonice</i>, tableau d'Ingres, II, 318.<br />
-SUDERVAL (Mme DE), III, <a href="#Page_333">333</a>.&mdash;(Mlles), III, <a href="#Page_335">335</a>.<br />
-SUBETTI, musicien, I, 368.<br />
-SURVILLE, comédien, puis marchand de tableaux, III, <a href="#Page_402">402</a> et note 3.<br />
-<i>Susanne</i>, toile de Delacroix, I, 408; II, 46.<br />
-<i>Susanne</i>, toile attribuée à Rubens, I, 303.<br />
-<span style="margin-left: 1em;">&mdash;Toile de P. Véronèse, II, 38.</span><br />
-SUZANNET (famille DE), amie de Berryer, II, 366;&mdash;(Mme DE), II, 402.<br />
-<br />
-T<br />
-<br />
-TALABOT (Paulin), ingénieur, III, <a href="#Page_180">180</a> et note 1.<br />
-TALLEYRAND (prince DE), I, vi et s.; II, 486.<br />
-TALMA, tragédien, I, 247; II, 98, 143, 144.<br />
-<i>Tom O'Shanter</i>, toile de Delacroix, I, 376 et note 442.<br />
-<i>Tancrède</i>, opéra de Rossini, I, 19, 83.<br />
-<i>Tasse en prison</i>, tableaux et dessin de Delacroix, I, 4 et note 5, 34,<br />
-<span style="margin-left: 1em;">39 et note 48, 83.</span><br />
-TATTET (Alfred), banquier, III, <a href="#Page_3">3</a> et note 1, <a href="#Page_4">4</a>, <a href="#Page_181">181</a>.<br />
-TAUREL (François), peintre, I, 32 et note 41; 54, 75.<br />
-TAUTIN (la mère), I, 61 et note 69, 62, 63, 70, 72, 97, 134.<br />
-TAYLOR (le baron), littérateur et artiste, III, <a href="#Page_50">50</a> et note 3.<br />
-TEDESCO, marchand de tableaux, II, 137; III, <a href="#Page_118">118</a> et note 4, <a href="#Page_137">137</a>, <a href="#Page_142">142</a>.<br />
-TELEFSEN, III, <a href="#Page_126">126</a>.<br />
-<i>Telémaque (les Aventures de)</i>, par Fénelon, II, 442.<br />
-<i>Templier emportant Rebecca du château de Frondeley pendant</i><br />
-<span style="margin-left: 1em;"><i>le sac et l'incendie</i>, toile de Delacroix, III, <a href="#Page_149">149</a>.</span><br />
-<i>Temps luttant contre le chaos</i> (le), <i>sur le bord de l'abîme</i>,<br />
-<span style="margin-left: 1em;">projet de tableau de Delacroix, I, 89.</span><br />
-TÉNIERS (David), maître flamand, III, <a href="#Page_211">211</a>.<br />
-TERRY, acteur anglais, III, <a href="#Page_50">50</a>.<br />
-THAYER, III, <a href="#Page_135">135</a>.<br />
-<i>Théologie</i> (la), peinture décorative de la bibliothèque<br />
-<span style="margin-left: 1em;">du Palais-Bourbon, par Delacroix, I, 257.</span><br />
-<i>Thermopyles</i> (les), toile de David, musée du Louvre, I, 327.<br />
-THEVELIN, dessinateur, II, 376, 401, 427; III, <a href="#Page_101">101</a>.<br />
-THIBAUT (Germain), membre du conseil municipal de Paris, II, 161 et note 1.<br />
-THIERRY (Alexandre), chirurgien, II, 79 et note 2.<br />
-THIERRY (Edouard), publiciste, II, 228 et note 2; III, <a href="#Page_182">182</a> et note 2,<br />
-<span style="margin-left: 1em;"><a href="#Page_237">237</a>, <a href="#Page_263">263</a>, <a href="#Page_264">264</a>, <a href="#Page_315">315</a>.</span><br />
-THIERRY (Mlle), violoniste, I, 368.<br />
-THIERS (M.), historien et homme politique, I, 243, 246, 258 note 260,<br />
-<span style="margin-left: 1em;">270, 276, 289, 292, 298, 344, 364, 426; II, 77 et note, 311 et</span><br />
-<span style="margin-left: 1em;">note 7, 485; III, <a href="#Page_1">1</a> et note 3, <a href="#Page_4">4</a>, <a href="#Page_5">5</a>, <a href="#Page_6">6</a>, <a href="#Page_8">8</a>, <a href="#Page_159">159</a>, <a href="#Page_185">185</a> et note 1,</span><br />
-<span style="margin-left: 1em;"><a href="#Page_225">225</a>, <a href="#Page_250">250</a>, <a href="#Page_261">261</a>, <a href="#Page_289">289</a>, <a href="#Page_436">436</a>.</span><br />
-THIL, I, 104, 107, 132.<br />
-THOMAS, marchand de tableaux, I, 342, 357 et note 418; II, 137, 138,<br />
-<span style="margin-left: 1em;">222, 281, 369.</span><br />
-THUROT (Jean-François), helléniste, III, <a href="#Page_100">100</a> et note 2.<br />
-<i>Tigre</i> (un), petite toile de Delacroix, II, 137.<br />
-<i>Tigre attaquant le cheval et l'homme</i>, toile de Delacroix, II, 303<br />
-<span style="margin-left: 1em;">et note 2, 380.&mdash;Croquis du même, 402.</span><br />
-<i>Tigre</i> (le) <i>et le serpent</i>, petit tableau de Delacroix, II, 78.<br />
-<i>Tigre qui lèche sa patte</i>, toile de Delacroix, II, 40.<br />
-TINTORET (le), maître vénitien, I, 299.<br />
-TITE-LIVE, III, <a href="#Page_263">263</a>.<br />
-TITIEN, maître vénitien, I, xxxiii; 73, 76, 144, 273, 284, 289, 298,<br />
-<span style="margin-left: 1em;">321; II, 27, 124, 131, 136, 145, 266, 315, 397, 399, 429; III, <a href="#Page_11">11</a>,</span><br />
-<span style="margin-left: 1em;"><a href="#Page_96">96</a>, <a href="#Page_190">190</a> et note 1, <a href="#Page_191">191</a> et note, <a href="#Page_192">192</a>, <a href="#Page_193">193</a>, <a href="#Page_194">194</a>, <a href="#Page_195">195</a>, <a href="#Page_196">196</a>, <a href="#Page_197">197</a>,</span><br />
-<span style="margin-left: 1em;"><a href="#Page_202">202</a>, <a href="#Page_229">229</a>, <a href="#Page_231">231</a>, <a href="#Page_246">246</a>, <a href="#Page_252">252</a>, <a href="#Page_254">254</a>, <a href="#Page_235">235</a>, <a href="#Page_256">256</a>, <a href="#Page_297">297</a>, <a href="#Page_299">299</a>, <a href="#Page_314">314</a>, <a href="#Page_353">353</a>,</span><br />
-<span style="margin-left: 1em;"><a href="#Page_356">356</a>, <a href="#Page_357">357</a>, <a href="#Page_414">414</a>.</span><br />
-<i>Tobie</i>, esquisse de Delacroix, III, <a href="#Page_437">437</a>.<br />
-<i>Tobie</i>, toile de Rembrandt, III, <a href="#Page_246">246</a>.<br />
-<i>Tobie guéri par son fils</i>, esquisse de Rubens, II, 7.<br />
-TOPFFER (Rodolphe), écrivain genevois, I, 329.<br />
-TORRIGIANI, sculpteur florentin, I, 192 et note 193.<br />
-TORY (Geoffroi), typographe et graveur, III, <a href="#Page_244">244</a> et note 2.<br />
-<i>Trajan donne audience à tous les peuples de l'Empire romain</i>,<br />
-<span style="margin-left: 1em;">projet de tableau de Delacroix, I, 215.</span><br />
-<i>Trajan (justice de)</i>, I, 385, note 460.&mdash;Esquisse du même sujet,<br />
-<span style="margin-left: 1em;">III, <a href="#Page_316">316</a> et note 2, <a href="#Page_317">317</a>.</span><br />
-<i>Transfiguration</i> (la), toile de Rubens, musée de Nancy, III, <a href="#Page_282">282</a>.<br />
-TRÉLAL, III, <a href="#Page_435">435</a>.<br />
-TRÉLAL, (le docteur Ulysse), II, 389 et note.<br />
-TRIQUETI (le baron DE), peintre et sculpteur, I, 319 et note 374.<br />
-<i>Tristes</i> (les), poème de Belmontet, I, 113 note 133.<br />
-<i>Troupes marocaines dans les montagnes</i>, tuile de Delacroix, III, <a href="#Page_349">349</a>.<br />
-TROUSSEAU (le docteur), II, 139 et note, 140; III, <a href="#Page_125">125</a>, <a href="#Page_318">318</a>.<br />
-<i>Trovatore (il)</i>, opéra de Verdi, III, <a href="#Page_119">119</a>.<br />
-TROYON, peintre, III, <a href="#Page_182">182</a> et note 5.<br />
-<i>Turc moulant à cheval</i> (le), aquatinte de Delacroix, I, 72, 73, 93.<br />
-<i>Turc qui caresse son cheval</i> (le), aquarelle de Delacroix, I, 108.<br />
-TURCK (le docteur Léopold), III, <a href="#Page_345">345</a> et note 2.<br />
-TURENNE, III, <a href="#Page_5">5</a>, <a href="#Page_354">354</a>.<br />
-TURNER (William), peintre anglais, I, 39 note 47; III, <a href="#Page_19">19</a> et note, <a href="#Page_377">377</a><br />
-TYSKIEWIEZ (le comte), archéologue polonais, I, 314 et note 363.<br />
-<br />
-U<br />
-<br />
-UGALDE (Mme), cantatrice, I, 361.<br />
-<i>Ugolin</i>, toile de Delacroix, I, 319 et note 372, 377, 378, 438;<br />
-<span style="margin-left: 1em;">II, 57 note; III, <a href="#Page_149">149</a>, <a href="#Page_162">162</a>, <a href="#Page_401">401</a>.</span><br />
-<i>Ulysse</i>, tragédie de Ponsard, II, 323.<br />
-<i>Une famille juive</i>, tableau de Delacroix, I, 152 note 171.<br />
-<i>Ursule Mirouet</i>, roman de Balzac, III, <a href="#Page_408">408</a>, <a href="#Page_411">411</a>.<br />
-<br />
-V<br />
-<br />
-<i>Val d'Ajol vu de la Feuillée Dorothée</i> (le), croquis par Delacroix,<br />
-<span style="margin-left: 1em;">III, <a href="#Page_344">344</a> note 2.</span><br />
-<i>Val d'Andorre</i> (le), opéra-comique d'Halévy, I, 361.<br />
-VALETTE (M. DE LA), I, 105.<br />
-<i>Valentin</i> (la mort de), I, 287.<br />
-VALLAK, acteur anglais, III, <a href="#Page_50">50</a>.<br />
-VALLON (M. DE), I, 372.<br />
-VALON (le vicomte DE), littérateur français, I, 344 et note 400.<br />
-<i>Vampire</i> (le), drama fantastique d'Alex. Dumas père et Aug. Maquet,<br />
-<span style="margin-left: 1em;">III, <a href="#Page_332">332</a> et note 2.</span><br />
-VANDAMME (le général), I, 381; II, 292.<br />
-VAN DER VELDE, maître hollandais, III, <a href="#Page_203">203</a>.<br />
-VAN DYCK, maître flamand, I, xxxiv; 88, 143, 253; II, 22, 25, 39;<br />
-<span style="margin-left: 1em;">III, <a href="#Page_70">70</a>, <a href="#Page_82">82</a>, <a href="#Page_231">231</a>.</span><br />
-VAN EYCK, maître flamand I, 331; II, 136; III, <a href="#Page_41">41</a>, <a href="#Page_317">317</a>.<br />
-VAN HUTHEN, II, 30, 34.<br />
-VAN ISAKER, amateur belge, I, 291 et note 323.<br />
-VANLOO (les), peintres, I, 257, 281, 307, 391; II, 136, 139, 173, 279;<br />
-<span style="margin-left: 1em;">III, <a href="#Page_88">88</a>, <a href="#Page_89">89</a>, <a href="#Page_203">203</a>, <a href="#Page_206">206</a>, <a href="#Page_248">248</a>, <a href="#Page_252">252</a>, <a href="#Page_278">278</a>, <a href="#Page_383">383</a>, <a href="#Page_430">430</a>.</span><br />
-VAN ORLEY, maître flamand, II, 3 note 2.<br />
-VAN OSTADE, maître hollandais, I, 17; III, <a href="#Page_203">203</a>.<br />
-VAN THULDEN (Théodore), maître flamand, II, 3 note 2, 8 et note.<br />
-VANNI (Francesco), peintre et graveur italien, II, 277.<br />
-VARCHI (Benedetto), historien et poète florentin, II, 429 et note.<br />
-VARCOLLIER, administrateur, I, 315 et note 366, 373; II, 82, 92, 93,<br />
-<span style="margin-left: 1em;">102, 103, 106, 220, 467; III, <a href="#Page_6">6</a>, <a href="#Page_21">21</a>, <a href="#Page_318">318</a>, <a href="#Page_395">395</a>.</span><br />
-VARROQUIER, grand-oncle de Berryer, II, 488, 489.<br />
-<i>Vase de fleurs</i>, composition de Delacroix, I, 354 et note 415.<br />
-VATEL, ancien directeur des Italiens, II, 237.<br />
-VASSÉ (Louis-Claude), sculpteur, III, <a href="#Page_281">281</a> et note 1.<br />
-VAU (Albert DE), II, 349.<br />
-VAUDOYER (Léon), architecte, I, 421 et note 489.<br />
-VAUFRELAND (La vicomtesse DE), amie de Berryer, III, <a href="#Page_11">11</a>, <a href="#Page_120">120</a>, <a href="#Page_125">125</a>;<br />
-<span style="margin-left: 1em;">&mdash;(Mlle DE), II, 490, 492; III, <a href="#Page_11">11</a>.</span><br />
-VAURÉAL (le comte DE), III, <a href="#Page_62">62</a>, <a href="#Page_173">173</a>.<br />
-VAURÉAL (DE), fils du précédent, III, <a href="#Page_62">62</a>, <a href="#Page_173">173</a>.<br />
-VELASQUEZ, maître espagnol, I, 75, 85, 87 à 91, 93, 96, 110.<br />
-VELPEAU (le docteur), II, 295 et note 1, 432.<br />
-<i>Vénus désarmant l'Amour</i>, tableau du Corrège, III, <a href="#Page_82">82</a>.<br />
-VERDI (J.), compositeur italien, I, 282.<br />
-VERNET (Horace), peintre, I, 138; III, <a href="#Page_113">113</a> et note, <a href="#Page_352">352</a>.<br />
-VERNINAC SAINT-MAUR (DE), beau-frère de Delacroix, I, 11 note 15.<br />
-VERNINAC (Charles DE), neveu de Delacroix, I, 3, 24 note 32.<br />
-VERNINAC (Mme Duriez DE), III, <a href="#Page_80">80</a> et note.<br />
-VERNINAC (Raymond DE), I, 51, 52.<br />
-VERNINAC (François DE), III, <a href="#Page_71">71</a> note, <a href="#Page_73">73</a>, <a href="#Page_74">74</a> et note, <a href="#Page_75">75</a>, <a href="#Page_76">76</a>, <a href="#Page_101">101</a> et note;<br />
-<span style="margin-left: 1em;">&mdash;(Mme DE), III, <a href="#Page_74">74</a>.</span><br />
-VÉRON (le docteur), publiciste, I, 360 et note 420; II, 185, 224, 225,<br />
-<span style="margin-left: 1em;">228, 247, 249, 250 note 1, 258, 287, 290, 295.</span><br />
-VÉRON (Th.), peintre, élève de Delacroix, II, 87 note 1.<br />
-VERROCCHIO, maître florentin, III, <a href="#Page_393">393</a>.<br />
-VÉRONÈSE (Paul), maître vénitien, I, 76, 142, 143, 174, 205, 229,<br />
-<span style="margin-left: 1em;">298, 321; II, 27, 38, 40, 41, 136, 170, 171, 237, 315, 381;</span><br />
-<span style="margin-left: 1em;">III, <a href="#Page_196">196</a>, <a href="#Page_197">197</a> note, <a href="#Page_198">198</a>, <a href="#Page_202">202</a>, <a href="#Page_231">231</a>, <a href="#Page_256">256</a>, <a href="#Page_322">322</a>, <a href="#Page_395">395</a>, <a href="#Page_414">414</a>.</span><br />
-<i>Vestale</i> (la), opéra de Spontini, I, 284 note 313; II, 323, 355,<br />
-<span style="margin-left: 1em;">370 et note 1, 373.</span><br />
-VIARDOT (Louis), littérateur, II, 311, 360, 405; III, <a href="#Page_2">2</a> et note 3,<br />
-<span style="margin-left: 1em;"><a href="#Page_8">8</a>, <a href="#Page_292">292</a>, <a href="#Page_297">297</a>.</span><br />
-VIARDOT (Mme), cantatrice, I, 372 et note 438; III, <a href="#Page_11">11</a>, <a href="#Page_122">122</a>, <a href="#Page_123">123</a>, <a href="#Page_126">126</a>,<br />
-<span style="margin-left: 1em;"><a href="#Page_127">127</a>, <a href="#Page_131">131</a>, <a href="#Page_139">139</a>, <a href="#Page_391">391</a> note 2. Voir Pauline GARCIA.</span><br />
-<i>Vicomte de Bragelonne</i> (le), roman d'Alex. Dumas père, II, 433.<br />
-VICTORIA (la Reine), III, <a href="#Page_66">66</a>, <a href="#Page_67">67</a>.<br />
-<i>Vie d'Achille</i>, tapisseries de Rubens, II, 69 et suiv.;<br />
-<span style="margin-left: 1em;">III, <a href="#Page_240">240</a> et note 2.</span><br />
-<i>Vie d'Hercule</i>, onze compositions, par Delacroix, II, 87 et note 2;<br />
-<span style="margin-left: 1em;">III, <a href="#Page_323">323</a>.</span><br />
-<i>Vie de Léonard de Vinci</i>, par M. Clément, III, <a href="#Page_392">392</a>.<br />
-<i>Vie de Michel-Ange</i>, par M. Clé, III, <a href="#Page_392">392</a>.<br />
-VIEGRA, II, 237.<br />
-VIEILLARD, ami de Delacroix, I, 254, 281, 285, 290, 302, 314,<br />
-<span style="margin-left: 1em;">323, 334, 345; II, 163, 220, 221, 224, 288, 380, 495; III,</span><br />
-<span style="margin-left: 1em;"><a href="#Page_65">65</a>, <a href="#Page_101">101</a>, <a href="#Page_120">120</a>, <a href="#Page_186">186</a>, <a href="#Page_275">275</a>, <a href="#Page_285">285</a>.</span><br />
-VIEILLARD (Mme), I, 277.<br />
-VIEILLARD-DUVERGER (Eugène), imprimeur. Voir DUVERGER.<br />
-VIEILLARD-DUVERGER (Louis), régisseur de l'Opéra-Comique,<br />
-<span style="margin-left: 1em;">puis directeur d'agence théâtrale, III, <a href="#Page_305">305</a> note 1.</span><br />
-VIEL-CASTEL (le comte Horace DE), littérateur, III, <a href="#Page_26">26</a> et note 1.<br />
-<i>Vierge couronnée</i> (la), toile de Rubens, musée de Bruxelles, II, 7.<br />
-<i>Vierge levant le voile</i> (la), toile de Raphaël, I, 273, 281, 283.<br />
-<i>Vieux Caporal</i> (le), drame de Dumanoir et d'Ennery, II, 201 et note.<br />
-<i>Villa Palmier</i> (la), roman d'Alex. Dumas, II, 445.<br />
-VILLELE (DE), homme politique, III, <a href="#Page_59">59</a>.<br />
-VILLEMAIN, ingénieur, II, 44.<br />
-VILLEMAIN, littérateur, II, 37, 312, 339.<br />
-VILLOT (Frédéric), graveur, ami de Delacroix, I, 202, 231, 243, 273,<br />
-<span style="margin-left: 1em;">280, 281, 285, 298, 300, 307, 308, 314, 316, 319, 321, 324,</span><br />
-<span style="margin-left: 1em;">329, 333, 367, 374, 376, 381 à 384, 408, 429; II, 84, 89, 122,</span><br />
-<span style="margin-left: 1em;">237 et note 3, 238, 243, 256, 296, 312, 339, 381, 384, 475,</span><br />
-<span style="margin-left: 1em;">481; III, <a href="#Page_68">68</a>, <a href="#Page_100">100</a>, <a href="#Page_118">118</a>, <a href="#Page_161">161</a>, <a href="#Page_330">330</a>, <a href="#Page_331">331</a>, <a href="#Page_349">349</a>;&mdash;(Georges), fils de</span><br />
-<span style="margin-left: 1em;">Frédéric, I, 446 et note 500; II, 235;&mdash;(Mme), I, 243, 358,</span><br />
-<span style="margin-left: 1em;">376, 381, 382; II, 46, 157, 193, 207, 208, 235, 237, 243, 247,</span><br />
-<span style="margin-left: 1em;">250, 256, 263, 296, 334, 492; III, <a href="#Page_25">25</a>, <a href="#Page_27">27</a>, <a href="#Page_33">33</a>, <a href="#Page_148">148</a>, <a href="#Page_161">161</a>, <a href="#Page_162">162</a>,</span><br />
-<span style="margin-left: 1em;"><a href="#Page_163">163</a>, <a href="#Page_184">184</a>, <a href="#Page_333">333</a>.</span><br />
-VIMONT (Alexandre), peintre, élève de Delacroix, I, 236 et note 230; II, 411.<br />
-VINCI (Léonard DE), maître italien, I, 88, 354; II, 277, 278 et note;<br />
-<span style="margin-left: 1em;">III, <a href="#Page_246">246</a>, <a href="#Page_356">356</a>, <a href="#Page_392">392</a>, <a href="#Page_393">393</a>, <a href="#Page_431">431</a>.</span><br />
-VIOLLET-LE-DUC, architecte, I, 343 note 399; III, <a href="#Page_63">63</a>.<br />
-VIRGILE, II, 258, 259, 260, 300; III, 157, 177, 237, 240, 254,<br />
-<span style="margin-left: 1em;">263, 311, 361, 369.</span><br />
-<i>Virgile et Dante</i>, tableau de Delacroix. Voir <i>Dante.</i><br />
-VISCONTI, architecte, II, 295 et note 3, 304 et note, 308.<br />
-<i>Vision d'Ézéchiel</i> (la), toile de Raphaël, II, 49.<br />
-<i>Visites</i> (les), gravure de Debucourt, I, 186.<br />
-<i>Vitrail de Taillebourg</i> (le), toile camaïeu de Delacroix, I, 231.<br />
-VIVIER (Eugène), corniste, III, <a href="#Page_144">144</a> et note 1.<br />
-<i>Vœu de Louis XIII</i> (le), toile d'Ingres, cathédrale de Montauban, II, 318.<br />
-VOLTAIRE, I, 123, 124, 229, 314, 348, 419, 423, 427; II, 16, 177,<br />
-<span style="margin-left: 1em;">178, 189, 181, 190, 249, 264, 450, 409; III, <a href="#Page_99">99</a>, <a href="#Page_140">140</a>, <a href="#Page_147">147</a>,</span><br />
-<span style="margin-left: 1em;"><a href="#Page_187">187</a>, <a href="#Page_189">189</a>, <a href="#Page_200">200</a>, <a href="#Page_201">201</a>, <a href="#Page_239">239</a>, <a href="#Page_273">273</a>, <a href="#Page_319">319</a> à <a href="#Page_321">321</a>, <a href="#Page_332">332</a>, <a href="#Page_333">333</a>, <a href="#Page_348">348</a>, <a href="#Page_361">361</a>,</span><br />
-<span style="margin-left: 1em;"><a href="#Page_385">385</a>, <a href="#Page_390">390</a>, <a href="#Page_392">392</a>, <a href="#Page_399">399</a>, <a href="#Page_410">410</a>, <a href="#Page_411">411</a>, <a href="#Page_413">413</a>, <a href="#Page_415">415</a>, <a href="#Page_436">436</a>.</span><br />
-VOUTIER (M.), I, 51, 52.<br />
-<i>Vue de Dieppe</i>, aquarelle de Delacroix, III, <a href="#Page_316">316</a>, <a href="#Page_351">351</a>.<br />
-<i>Vue de ma fenêtre</i>, toile de Delacroix, I, 378.<br />
-<i>Vue de Tancarville</i>, aquarelle par Delacroix, III, <a href="#Page_430">430</a>.<br />
-<i>Vue de Tanger</i>, toile de Delacroix, II, 138.<br />
-<i>Vue de Venise</i>, toile de Ziem, II, 226, 227 note.<br />
-<i>Vulcain dans sa forge</i>, toile de Rubens, musée de Bruxelles, II, 388.<br />
-<br />
-W Y Z<br />
-<br />
-WAGNER (Richard), compositeur allemand, III, <a href="#Page_90">90</a> et note 1, <a href="#Page_91">91</a> note,<br />
-<span style="margin-left: 1em;"><a href="#Page_354">354</a> note 1.</span><br />
-WAPPERS (le baron), peintre belge, II, 38 et note 3.<br />
-WASHINGTON, I, 117.<br />
-WATTEAU, peintre, I, 295, 296, 351; II, 397; III, <a href="#Page_4">4</a>, <a href="#Page_203">203</a>, <a href="#Page_294">294</a>,<br />
-<span style="margin-left: 1em;"><a href="#Page_316">316</a> et note 3, <a href="#Page_317">317</a>.</span><br />
-WEBER, compositeur allemand, I, 230, 419; II, 82 note, 166, 163.<br />
-WEILL, marchand de tableaux, I, 357 et note 418; II, 137, 138, 368,<br />
-<span style="margin-left: 1em;">380, 402; III, <a href="#Page_267">267</a>.</span><br />
-<i>Weislingen enlevé</i>, lithographie de Delacroix, I, 214.<br />
-WERDET, maître d'écriture de Delacroix, I, 285.<br />
-WERTHEIMER (M), amateur, I, 242 et note 239.<br />
-WEST, peintre américain, III, <a href="#Page_69">69</a>, <a href="#Page_71">71</a>.<br />
-WEY (Francis-Alphonse), littérateur, I, 295 et note 330; III, <a href="#Page_68">68</a> et note 2, <a href="#Page_146">146</a>.<br />
-WILKIE, peintre anglais, I, 196 et note 200; II, 162; III, <a href="#Page_36">36</a> note,<br />
-<span style="margin-left: 1em;">37 et note 3, 41.</span><br />
-WILLIAMS (M.), à Séville, I, 190, 191, 192.<br />
-WILSON (Daniel) père, II, 288 et note 1; III, <a href="#Page_135">135</a>.<br />
-WILSON-QUANTINET, I, 408.<br />
-WINCKELMANN, archéologue allemand, III, <a href="#Page_384">384</a>.<br />
-WINTERHALTER (François-Xavier), peintre allemand, III, <a href="#Page_91">91</a> et note 1.<br />
-WITTGENSTEIN (la princesse DE), III, <a href="#Page_68">68</a> et note 1.<br />
-WURTEMBERG (le prince DE), II, 485.<br />
-WYLD (William), peintre anglais, III, <a href="#Page_146">146</a> et note 1.<br />
-<br />
-YVAN, général russe, III, <a href="#Page_351">351</a>.<br />
-YVON (Adolphe), peintre, II, 314 et note 7; III, <a href="#Page_118">118</a>.<br />
-YRVOIX, de la maison de l'Empereur, III, <a href="#Page_341">341</a> et note.<br />
-<br />
-ZIEGLER (Jules-Claude), peintre, II, 38 et note 2.<br />
-ZIEM, peintre, II, 226, 227 note.<br />
-ZIMMERMANN, compositeur et pianiste, I, 285, 395 et note;<br />
-<span style="margin-left: 1em;">II, 265 et note; III, <a href="#Page_52">52</a>.</span><br />
-ZUCHELLI, chanteur italien, I, 54.<br />
-ZURBARAN, maître espagnol, I, 189.<br />
-</p>
-
-
-<p>FIN DE LA TABLE ALPHABÉTIQUE.</p>
-
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-<pre>
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-
-End of the Project Gutenberg EBook of Journal de Eugène Delacroix, Tome 3, by
-Eugène Delacroix
-
-*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK JOURNAL DE EUGÈNE DELACROIX ***
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