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If you are not located in the United States, you'll have -to check the laws of the country where you are located before using this ebook. - -Title: Journal de Eugène Delacroix, Tome 3 - 1855-1863 - -Author: Eugène Delacroix - -Release Date: April 24, 2017 [EBook #54600] - -Language: French - -Character set encoding: UTF-8 - -*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK JOURNAL DE EUGÈNE DELACROIX *** - - - - -Produced by Laura Natal Rodriguez and Marc D'Hooghe at -Free Literature (online soon in an extended version, also -linking to free sources for education worldwide ... MOOC's, -educational materials,...) Images generously made available -by the Internet Archive. - - - - - -JOURNAL - -DE - -EUGÈNE DELACROIX - -TOME TROISIÈME - -1855-1863 - -SUIVI D'UNE TABLE ALPHABÉTIQUE - -DES NOMS ET DES ŒUVRES CITÉS - -NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS PAR MM. PAUL FLAT ET RENÉ PIOT - -_Portraits et fac-simile_ - - -PARIS - -LIBRAIRIE PLON - -PLON-NOURRIT ET Cie IMPRIMEURS-ÉDITEURS - -RUE GARANCIÈRE 10e - -1895 - - - - -JOURNAL - -DE - -EUGÈNE DELACROIX - - - - -1855 - - -_Paris_, 8 _janvier._--Dîné chez Mme de Blocqueville[1] avec Cousin[2]. -Singulière maison. - -Cousin, en sortant, m'assure que, toutes informations prises, elle est -fort honnête, sauf les petits loisirs que lui laisse l'absence de son -mari, avec qui elle vit mal, mais qui ne fait que des apparitions. - -Je m'accroche à lui pour retourner chez Thiers[3]; il n'y était pas, ni -sa femme. Mme Dosne m'invite pour le vendredi de la semaine suivante. - -* - -9 _janvier._--Dîné enfin chez la princesse[4], après avoir refusé -deux fois, je crois, à cause de mon malaise, suite de la grippe.--Se -rappeler une sonate de Mozart qu'elle joue seule. - -Berryer y est venu, ainsi que les dames de Vaufreland. Il m'a mené chez -Mme de Lagrange, à qui je devais une visite depuis le dîner que j'y -avais fait il y a longtemps déjà, le jour où j'avais causé longuement -avec la princesse. - ---Magnifique sujet: _Noé sacrifiant avec sa famille après le déluge_: -les animaux se répandent sur la terre, les oiseaux dans les airs; les -monstres condamnés par la sagesse divine gisent à moitié enfouis dans -la vase; les branches dégouttantes se redressent vers le ciel[5]. - -* - -20 _janvier._--Chez Viardot[6]. Musique de Gluck chantée admirablement -par sa femme. - -Le philosophe Chenavard ne disait plus que la musique est le dernier -des arts! Je lui disais que les paroles de ces opéras étaient -admirables. Il faut des grandes divisions tranchées; ces vers arrangés -sur ceux de Racine et par conséquent défigurés, font un effet bien plus -puissant avec la musique. - -Le lendemain dimanche, chez Tattet[7]. Membrée[8] a chanté des morceaux -de sa composition; celui des _Étudiants_ serait mauvais, même avec la -plus belle musique. C'est un petit opéra sans récitatif, c'est-à-dire -que le récit et le chant ne font qu'un; c'est fatigant pour l'esprit, -qui n'est ni au récit ni à la musique, tout en courant à chaque instant -après l'un et l'autre. Nouvelle preuve qu'il ne faut pas sortir des -_lois_ qui ont été trouvées au commencement sur tous les arts. Racontez -ce qu'il vous plaira avec les récitatifs, mais avec le chant ne faites -chanter que la passion, sur des paroles que mon esprit devine avant que -vous les disiez. - -Il ne faut point partager l'attention: les beaux vers sont à leur place -dans la tragédie parlée; dans l'opéra, la musique seule doit m'occuper. - -Chenavard convenait, sans que je l'en priasse, qu'il n'y a rien à -comparer à l'émotion que donne la musique: elle exprime des nuances -incomparables. Les dieux pour qui la nourriture terrestre est trop -grossière, ne s'entretiennent certainement qu'en musique. Il faut, à -l'honneur mérité de la musique, retourner le mot de Figaro: _Ce qui ne -peut pas être chanté, on le parle._ Un Français devait dire ce que dit -Beaumarchais. - ---Dîné chez Thiers: Cousin, Mme de Rémusat que j'ai revue avec plaisir, -etc. - -Chez Tattet ensuite, où j'ai entendu Membrée. - -Ce qui met la musique au-dessus des autres arts (il y a de grandes -réserves à faire pour la peinture, précisément à cause de sa grande -analogie avec la musique), c'est qu'elle est complètement de -convention, et pourtant c'est un langage complet; il suffit d'entrer -dans son domaine. - -* - -24 _janvier._--Au bal de Morny, le soir. Mérimée me parle d'un nommé -Lacroix qui vend de bon papier. - -Je remarque encore l'étonnante perfection des Flamands à côté de quoi -que ce soit: il y avait là un joli Watteau, qui devenait complètement -factice, comme je l'avais déjà remarqué antérieurement. - -* - -25 _janvier._--Dîné chez Payen[9].--Mme Barbier ensuite. - -* - -28 _janvier._--Chez Thiers le soir; il me parle des ressources -prodigieuses que Napoléon trouva dans son génie et dans son audace -infatigable pendant la mémorable campagne de 1814. - -* - -29 _janvier._--Dîné chez Mme de Blocqueville avec - -Thiers, Cousin, la duchesse d'Istrie, une Mme de Léotaud, et un M. de -Beaumont[10] qui fait partie du jury de l'Exposition; fort aimable et -convenable de tous points, et bon appréciateur de toutes choses. - -En sortant, chez Fould. Bal. Figures de coquins de toute espèce. - ---Cousin, au dîner, avait raconté l'anecdote suivante: Louis XIV avait -tenu un conseil particulier entre Louvois, Turenne, Condé et lui, sur -un plan de campagne, en recommandant un secret absolu; huit jours -après, il lui revient que son plan est connu. Interpellant Turenne, il -le lui dit et ajouta, connaissant son inimitié pour Louvois: «Ce sera -ce coquin de Louvois!» Turenne répond: «Non, Sire, c'est moi.» À cela -le Roi lui dit: «Vous l'aimez donc toujours!» - -* - -30 _janvier._--Chez Mme de Lagrange. Je suis arrivé malheureusement de -bonne heure, c'est-à-dire à dix heures. Qui croirait que c'est encore -une heure indue le soir à Paris? - -J'ai trouvé là le vieux Rambuteau[11] qui est aveugle et qui me dit, -quand on lui dit qui j'étais, qu'il était très fâché de n'avoir pas -été ainsi prévenu de ma présence chez Mme de Blocqueville, la première -fois que j'y dînai; qu'il m'aurait dit à quel point il avait toujours -admiré mes peintures. Or le vieux scélérat ne m'a jamais adressé la -parole, dans le temps qu'il était préfet, que pour me recommander de ne -pas gâter son église de Saint-Denis du Saint-Sacrement. Ce tableau de -treize pieds[12], payé 6,000 francs, avait été donné à Robert Fleury, -qui, ne s'y sentant pas porté, m'avait proposé de le faire à sa place, -avec l'agrément, cela va sans dire, de l'administration. Varcollier, -moins apprivoisé dans ce temps avec moi et avec ma peinture, -consentit dédaigneusement à ce changement de personne, le préfet plus -difficilement encore, à ce que je crois, dans la profonde défiance où -il était de mes minces talents. - -L'adversité rend aux hommes toutes les vertus que la prospérité leur -enlève. - -Cela me rappelle que, quand je fus revoir Thiers, au retour de son -petit exil, il déplora la mesquinerie des commandes qu'on me faisait; -à l'entendre, j'aurais dû avoir tout à faire et être magnifiquement -récompensé. - -* - -31 _janvier._--Fortoul,--Dumas ensuite. - -Je suis resté au coin de mon feu à cause du dégel. Puis, repris à dix -heures d'un beau courage, j'ai été prendre l'air. - - -[1] _Louise-Adélaïde d'Eckmühl, marquise de Blocqueville_, était la -dernière fille du maréchal Davoust, dont elle a fait revivre dans un -livre important la sévère figure. Elle est aussi l'auteur de plusieurs -ouvrages de psychologie mystique. - -[2] _Victor Cousin_, qui depuis 1852 n'occupait plus sa chaire de -philosophie à la Sorbonne, travaillait alors à ses _Études sur les -femmes et la société du dix-septième siècle_, et avait déjà fait -paraître _Madame de Longueville_ (1853) et _Madame de Sablé_ (1854). - -[3] Delacroix, habitant à cette époque rue Notre-Dame de Lorette, était -par conséquent tout à fait voisin de M. Thiers. - -[4] La princesse _Marcellini Czartoryska._ - -[5] Ce sujet de tableau n'a pas été traité par Delacroix. - -[6] _Louis Viardot_ (1800-1883), littérateur. On lui doit un grand -nombre de traductions d'ouvrages espagnols et russes. Il avait en 1841 -fondé avec George Sand et Pierre Leroux la _Revue indépendante_ et -pris un moment la direction du théâtre italien à la salle Ventadour en -1838. C'est là qu'il connut la célèbre cantatrice _Pauline Garcia_, qui -devint sa femme en 1840. - -[7] _Alfred Tattet_, banquier très répandu dans le monde artistique et -littéraire, ami fidèle d'Alfred de Musset, qui lui dédia quelques-unes -de ses poésies. - -[8] _Edmond Membrée_ (1820-1882), compositeur français, élève de -Carafa. Il écrivit notamment les chœurs de l'_Œdipe-Roi_, de J. -Lacroix, joué au Théâtre-Français en 1858. - -[9] _Anselme Payen_ (1795-1871), chimiste, professeur à l'École -centrale et au Conservatoire des arts et métiers, membre de l'Académie -des sciences. - -[10] _Adalbert de Beaumont_, peintre et littérateur, qui exposa à -plusieurs Salons et écrivit dans divers journaux et revues des articles -sur les questions d'art. - -[11] Le _comte de Rambuteau_ (1781-1869) avait été préfet de la Seine -sous la monarchie de Juillet. Ce fut lui qui commença dans Paris les -travaux d'embellissement qui devaient plus tard, sous l'administration -du baron Haussmann, transformer la capitale. - -[12] Ce tableau, _Pieta_, fut peint directement sur le mur. (Voir -_Catalogue Robaut_, n° 768.) - - * * * * * - -2 _février._--Dîné avec Mme de Forget.--Chez Mme Cerfbeer ensuite. J'ai -fait les deux choses. - -Beaucoup causé avec Eugène[13], que j'aime beaucoup. - -Chez Cerfbeer[14] ensuite, où l'on étouffait; j'ai causé avec -Pontécoulant[15] et avec sa femme. Il me disait assez justement que -la prise de Sébastopol serait l'empêchement irrémédiable à la paix; -que l'Empereur, en 1812, n'avait pas rétabli le royaume de Pologne -pour ne pas fermer tout retour à la paix, bien persuadé que la Russie -n'abandonnerait jamais ses prétentions sur la Pologne et en ferait -toujours un objet d'amour-propre au premier chef, comme elle en fait un -de sa possession de la Crimée, le talisman véritable qui lui ouvre le -chemin à la domination de l'Orient. - -En sortant, je me suis promené sur le boulevard avec délices: -j'aspirais la fraîcheur du soir, comme si c'était chose rare. Je me -demandais, avec raison, pourquoi les hommes s'entassent dans des -chambres malsaines, au lieu de circuler à l'air pur, qui ne coûte rien. -Ils ne causent que de choses insipides qui ne leur apprennent rien et -ne les corrigent de rien; ils font avec application des parties de -cartes ou bâillent solitairement au milieu de la cohue, quand ils ne -trouvent personne à ennuyer. - - * * * * * - -3 _février._--Chez Viardot.--Delangle[16]. - -* - -5 _février._--Chez Thiers, le soir: j'y suis resté très longtemps; -il m'a accaparé, et nous avons parlé guerre; il a mis en poudre mon -système. - -En sortant et très tard, chez Halévy: calorifères étouffants. Sa -pauvre femme emplit sa maison de vieux pots et de vieux meubles; -cette nouvelle folie le mènera à l'hôpital. Il est changé et -vieilli: il a l'air d'un homme entraîné malgré lui. Comment peut-il -travailler sérieusement au milieu de ce tumulte? Son nouveau poste à -l'Académie[17] doit prendre beaucoup sur son temps et l'écarter de plus -en plus de la sérénité et de la tranquillité que demande le travail. - -Sorti de ce gouffre le plus tôt que j'ai pu. L'air de la rue m'a semblé -délicieux. - -* - -_6 février._--Dîné chez la princesse. Elle me plaît toujours: elle -avait une robe dont elle ne savait que faire; l'étoffe en était si -magnifique qu'elle ressemblait à une cuirasse de vingt aunes; grâce à -cette ampleur ridicule, toutes les femmes se ressemblent en ressemblant -à des tonneaux. - -Après dîner, j'ai été un moment chez Fould et suis revenu pour -l'entendre avec Franchomme; mais le plaisir de la soirée avait été deux -ou trois morceaux de Chopin qu'elle m'avait joués avant mon départ pour -aller chez le ministre. - -Grzymala, à dîner, nous a soutenu que Mme Sand avait accepté de -Meyerbeer de l'argent pour les articles qu'elle a faits à sa louange. -Je ne puis le croire et j'ai protesté. La pauvre femme a bien besoin -d'argent: elle écrit trop et pour de l'argent; mais descendre jusqu'au -métier des feuilletonistes à gages, c'est ce que je ne puis croire! - -Berryer venu chez la princesse. - -* - -7 _février._--Soupe chez la fameuse comtesse de Païva. Ce luxe -effrayant me déplaît; on ne rapporte aucun souvenir de semblables -soirées: on est plus lourd le lendemain, voilà tout. - -Depuis moins de quinze jours, j'ai travaillé énormément: je suis occupé -maintenant de _Foscari_[18]. J'avais auparavant donné aux _Lions_[19] -une tournure que je crois enfin la bonne, et je n'ai plus qu'à terminer -en changeant le moins possible. - -* - -11 _février._--Dîner chez Bornot. - -* - -15 _février._--Dîné chez Lefuel avec Arago, Français, etc. - -* - -19 _février._--Berryer m'écrit ce soir pour me demander si j'ai un -moyen de trouver une place pour jeudi prochain, jour de son élection. -Je lui réponds: - -«Mon cher cousin, je m'empresse de vous dire que je n'espère qu'en vous -pour trouver place à une séance aussi intéressante pour moi. Je n'ai -quasiment bue des ennemis dans le palais Mazarin. Ils me veulent à la -porte de toutes les façons; recevez-moi au moins pour ce jour, qui -m'est cher à plus d'un titre. Votre mille fois affectionné et dévoué.» - -En réponse à cette lettre, Berryer n'a pu m'envoyer qu'un billet dans -les amphithéâtres haut perchés de l'Institut. En arrivant à midi et -demi par la neige et le froid, j'ai trouvé que la queue remplissait -jusqu'à la porte de la rue, c'est-à-dire tous les escaliers et passages -qui conduisent audit amphithéâtre, lequel était plein, de sorte que ces -bonnes gens, parmi lesquelles il y en avait qui prétendaient que ce -côté était excellent, attendaient, ou l'évanouissement de quelque dame, -ou je ne sais quel prodige pour se glisser dans l'intérieur; et ils -étaient là deux cents! - -Je boude un peu Berryer. En pareille situation, j'aurais voulu placer -mon cousin. Tous ses amis de Frohsdorf et autres étaient, j'en suis -sûr, bien installés, et avaient apporté leurs grandes oreilles pour -l'écouter... Je me trompe: ils étaient là pour dire qu'ils y avaient -été. - - -[13] _Eugène de Forget._ - -[14] _Alphonse Cerfbeer_ (1797-1859), auteur dramatique. - -[15] Le _comte de Pontécoulant_ (1794-1882), officier et littérateur. -Il se battit sous les ordres de Napoléon pendant les Cent-jours et fut -blessé en 1830 dans la campagne de Belgique à la tête d'un corps de -volontaires parisiens qu'il avait organisé. De retour en France, M. de -Pontécoulant s'est occupé de littérature et surtout de musique. - -[16] _Delangle_ était alors premier président de la cour de Paris. - -[17] _Halévy_ avait été nommé secrétaire perpétuel de l'Académie des -beaux-arts le 29 juillet 1854. - -[18] C'est la fameuse toile des _Deux Foscari_, que les admirateurs -du maître ont pu voir pour la dernière fois à l'exposition de ses -œuvres au palais des Beaux-Arts en 1885, car elle ne figurait pas à -l'Exposition universelle de 1889. Elle appartient actuellement au duc -d'Aumale et constitue l'un des plus précieux joyaux de sa galerie. -(Voir _Catalogue Robaut_, nos 1272 et 1273.) - -[19] Voir _Catalogue Robaut_, n° 1278. - - * * * * * - -4 _mars._--Symphonie de Gounod[20] à deux heures. - -* - -5 _mars._--Concert de l'aimable princesse. Le _concerto_ de Chopin -a produit peu d'effet. Ils s'obstinent à le jouer au lieu de -ses délicieux petits morceaux. La pauvre princesse et son piano -disparaissent sur ce théâtre. Quand la Viardot a préludé, pour chanter -des mazurkas de Chopin arrangées pour la voix, on a senti l'artiste; -c'est ce que me disait Delaroche, qui était près de moi, dans cette -place où j'avais été relégué, après avoir offert la mienne aux dames de -Vautreland. - -Ces courts fragments de symphonie d'Haydn entendus hier m'ont ravi -autant que le reste m'a rebuté. Je ne puis plus consentir à prêter mes -oreilles ou mon attention qu'à ce qui est excellent. - ---_Sur le respect immodéré des maîtres_: citer la froideur de certains -Titien, _le Christ au tombeau_, etc., etc.[21]. - ---_Oculos habent et non vident_ veut dire: De la rareté des bons juges -en peinture. - ---Sur le _style..._ ne pas confondre avec la _mode._ - -* - -13 _mars._--Dîné chez la princesse, à mon corps défendant... J'ai -refusé si souvent que j'y vais par devoir. Bon morceau de Mozart joué -par elle avec basse, violon et violoncelle, précédé d'un morceau de -Mendelssohn joué par la princesse de Chimay, ennuyeux de tout point. - -Je me sauve après le morceau de Mozart et j'évite la _Polonaise_ de -Chopin, dont nous étions menacés. - -* - -14 _mars._--J'ai quitté mon travail acharné sur mes _Lions_, pour aller -à une heure voir la salle d'exposition. - -En revenant, chez Riesener. - -Je suis depuis quelque temps dans un mauvais état de santé: l'estomac -est capricieux, et c'est lui pourtant qui conduit tout le reste. À -présent, mon malaise me prend au milieu de la journée, et je peux -quelquefois faire une séance à la fin du jour. Je me lève très matin. - -* - -15 _mars._--Dîné chez Bertin; ce bon Delsarte m'a dit que Mozart avait -outrageusement pillé Galuppi[22], à peu près sans doute comme Molière -a pillé partout où il a trouvé. Je lui ai dit que _ce qui était Mozart_ -n'avait pas été pris à Galuppi ni à personne. Il met Lulli au-dessus de -tout, même de Gluck, qu'il admire pourtant fort. - -Il a chanté des chansonnettes anciennes et charmantes, chantées avec le -goût qu'il y met. Je lui ai fait remarquer que s'il prenait la peine de -chanter avec le même soin la musique des grands musiciens qu'il n'aime -pas, elle ferait autant d'effet, et peut-être davantage. Il a chanté le -bel air de _Telasco_, toujours avec le même ravissement pour moi. - -On passe à certains artistes leurs excentricités sur un point, sans -diminuer de l'estime de leur talent: Delsarte est une espèce de fou -dans sa conduite; ses projets pour le bonheur de l'humanité, sa volonté -persévérante de se faire pendant quelque temps médecin homéopathe, et -enfin sa préférence ridicule et exclusive pour l'ancienne musique, -qui est le pendant de son excentricité en manière de se conduire, le -classent avec Ingres, par exemple, dont on dit qu'il se conduit comme -un enfant, et qui a des préférences et des antipathies également -sottes... Il manque quelque chose à ces gens-là. Ni Mozart, ni Molière, -ni Racine ne devaient avoir de sottes préférences, ni de sottes -antipathies; leur _raison_, par conséquent, était à la hauteur de leur -_génie_, ou plutôt était _leur génie même._ - -Le stupide public abandonne aujourd'hui Rossini pour Gluck, comme il a -abandonné autrefois Gluck pour Rossini; une chansonnette de l'an 1500 -est mise au-dessus de tout ce que Cimarosa a produit. Passe pour ce -stupide troupeau à qui il faut absolument changer d'engouement, par la -raison qu'il n'a de goût et de discernement sur rien! mais des hommes -de métier, artistes ou à peu près, qu'on qualifie d'hommes supérieurs, -sont inexplicables de se prêter lâchement à toutes ces sottises... - -* - -16 _mars._--C'est à partir de ce jour que j'ai été pris d'indisposition -et forcé d'interrompre tout travail pendant un assez long temps. - -* - -23 _mars._--Je remarque ce matin, en examinant des croquis[23] que j'ai -faits d'après des figures de la galerie d'Apollon (sculptures sur les -corniches) et copiés d'après le livre gravé que Duban m'avait prêté, -l'incorrigible froideur de ces morceaux. Je ne peux l'attribuer, malgré -la largeur d'exécution, qu'à l'excessive timidité, qui ne permet jamais -à l'artiste de s'écarter du modèle, et cela dans des figures accroupies -sur des corniches et dans lesquelles la fantaisie était plus que -permise. - -C'est par amour de la perfection que ces figures sont imparfaites. -Il y a un peu du reflet de cette exactitude outrée dans toute l'école -qui commence au Poussin et aux Carrache. La sagesse est sans doute une -qualité, mais elle n'ajoute pas de charme. Je compare la grâce des -figures d'un Corrège, d'un Raphaël, d'un Michel-Ange, d'un Bonasone, -d'un Primatice, à celle d'une ravissante femme, qui vous enchante sans -qu'on sache pourquoi. Je compare, au contraire, la froide correction -des figures du style français à ces grandes femmes bien bâties, mais -dépourvues de charme. - -* - -25 _mars._--Hier samedi, continuation du malaise, mais avec quelque -mieux. Je lis toujours le roman de Dumas, de _Nanon de Lartigues_[24]: -je dors par intervalles. Ce roman est charmant au commencement; puis, -comme à l'ordinaire, viennent des parties ennuyeuses, mal digérées ou -emphatiques. Je ne vois pas encore poindre tout à fait dans celui-ci -les passages prétendus dramatiques et passionnés, comme il en introduit -dans tous ses romans, même les plus comiques. - -Ce mélange du comique et du pathétique est décidément de mauvais goût. -Il faut que l'esprit sache où il est, et même il faut qu'il sache où -on le mené. Nous autres Français, familiarisés depuis longtemps avec -cette manière d'envisager les arts, nous aurions de la peine, à moins -d'une très grande habitude de l'anglais, par exemple, à nous faire -une idée de l'effet contraire dans les pièces de Shakespeare. Nous ne -pouvons imaginer ce que serait une bouffonnerie sortant de la bouche -du grand prêtre, d'une Athalie, ou seulement la plus petite atteinte -vers le style familier. La Comédie ne présente le plus souvent que des -passions très sérieuses dans celui qui les éprouve, mais dont l'effet -est de provoquer le rire, plutôt que l'émotion tragique. - -Je crois que Chasles avait raison quand il me disait dans une -conversation sur Shakespeare, dont j'ai parlé dans un de ces calepins: -«Ce n'est ni un comique ni un tragique proprement dit; son art est à -lui, et cet art est autant psychologique que poétique; il ne peint -point l'ambitieux, le jaloux, le scélérat consommé, mais un certain -jaloux, un certain ambitieux, qui est moins un type qu'une nature -avec ses nuances particulières.» Macbeth, Othello, Iago, ne sont rien -moins que des types; les particularités ou plutôt les singularités -de ces caractères peuvent les faire ressembler à des individus, -mais ne donnent pas l'idée absolue de chacune de leurs passions. -Shakespeare possède une telle puissance de réalité qu'il nous fait -adopter son personnage comme si c'était le portrait d'un homme que -nous eussions connu. Les familiarités qu'il met dans les discours de -ses personnages, ne nous choquent pas plus sans doute que celles que -nous rencontrerions chez les hommes qui nous entourent, qui ne sont -point sur un théâtre, mais tour à tour affligés, exaltés ou même rendus -ridicules par les différentes situations que comporte la vie comme elle -est; de là des hors-d'œuvre qui ne choquent point dans Shakespeare, -comme ils feraient sur notre théâtre. Hamlet, au beau milieu de sa -douleur et de ses projets de vengeance, fait mille bouffonneries avec -Polonius, avec des étudiants; il s'amuse à instruire les acteurs qu'on -lui amène, pour représenter une mauvaise tragédie. Il y a en outre -dans toute la pièce un souffle puissant et même une progression et un -développement de passions et d'événements qui, bien qu'irréguliers -dans nos habitudes, prennent un caractère d'unité qui établit dans le -souvenir celle de la pièce. Car, si cette qualité souveraine ne se -trouvait pas avec les inconvénients dont nous venons de parler, ces -pièces n'auraient pas mérité de conserver l'admiration des siècles. Il -y a une logique secrète, un ordre inaperçu dans ces entassements de -détails, qui sembleraient devoir être une montagne informe et où l'on -trouve des parties distinctes, des repos ménagés, et toujours la suite -et la conséquence. - -Je remarque ici même, à ma fenêtre, la grande similitude que -Shakespeare a en cela avec la nature extérieure, celle par exemple -que j'ai sous les yeux, j'entends sous le rapport de cet entassement -de détails dont il semble cependant que l'ensemble fasse un tout pour -l'esprit. Les montagnes que j'ai parcourues pour venir ici, vues à -distance, forment les lignes les plus simples et les plus majestueuses; -vues de près, elles ne sont même plus des montagnes, ce sont des -parties de rochers, des prairies, des arbres en groupes ou séparés, des -ouvrages des hommes, des maisons, des chemins, occupant l'attention -tour à tour. - -Cette unité, que le génie de Shakespeare établit pour l'esprit à -travers ses irrégularités, est encore une qualité qui est propre à lui. - -Mon pauvre Dumas, que j'aime beaucoup et qui se croit sans doute un -Shakespeare, ne présente à l'esprit ni des détails aussi puissants, -ni un ensemble qui constitue dans le souvenir une unité bien marquée. -Les parties ne sont point pondérées; son comique, qui est sa meilleure -partie, semble parqué dans de certains endroits de ses ouvrages; puis, -tout à coup, il vous fait entrer dans le drame sentimental, et ces -mêmes personnages qui vous faisaient rire deviennent des pleureurs et -des déclamateurs. Qui reconnaîtrait, dans ces joyeux mousquetaires du -commencement de l'ouvrage, ces êtres de mélodrame engagés à la fin dans -cette histoire d'une certaine milady, que l'on juge en forme et qu'on -exécute au milieu de la tempête et de la nuit? C'est le défaut habituel -de Mme Sand. Quand vous avez fini de lire son roman, vos idées sur ses -personnages sont entièrement brouillées; celui qui vous divertissait -par ses saillies ne sait plus que vous faire verser des larmes sur sa -vertu, sur son dévouement à ses semblables, ou parle le langage d'un -thaumaturge inspiré; je citerais cent exemples de cette déception du -lecteur. - ---Le jeune Armstrong venu; il m'a parlé de Tuilier[25], qui a laissé -cent mille livres sterling pour fonder une retraite pour les artistes -pauvres ou infirmes; il vivait avaricieusement avec une vieille -servante. Je me rappelle l'avoir reçu chez moi une seule fois, quand je -demeurais au quai Voltaire; il me fit une médiocre impression; il avait -l'air d'un fermier anglais: habit noir assez grossier, gros souliers et -mine dure et froide. - -* - -31 _mars._--Je vais mieux: j'ai repris mon travail. M... venue vers -quatre heures voir mes tableaux; elle m'engage à venir lundi pour -entendre Gounod. Elle avait un châle vert qui lui nuisait horriblement, -et cependant elle conserve son charme. L'esprit fait beaucoup en -amour; on pourrait devenir amoureux de cette femme-là, qui n'est plus -jeune, qui n'est point jolie et qui est sans fraîcheur. Singulier -sentiment que celui-là! Ce qui est au fond de tout cela est toujours -la possession, mais la possession de quoi, dans une femme qui n'est -pas jolie? Celle de ce corps qui n'a rien d'agréable? Car, si c'est de -l'esprit qu'on est amoureux, on en jouit tout autant sans posséder ce -corps sans attraits: mille femmes jolies sont là qui ne vous donnent -pas une distraction. L'envie de tout avoir d'une personne qui nous a -émus, une certaine curiosité, mobile puissant en amour, l'illusion -peut-être de pénétrer plus avant dans cette âme et dans cet esprit, -tous ces sentiments se réunissent en un seul; et qui nous dit qu'au -moment où nos yeux ne croient voir qu'un objet extérieur dépourvu -d'attraits, certains charmes sympathiques ne nous poussent pas à notre -insu? L'expression des yeux suffit à charmer[26]. - - - -[20] _Charles Gounod_ (1818-1893), grand prix de Rome de musique en -1839, n'avait pas encore produit ses œuvres importantes. _Faust_ ne fut -joué qu'en 1859. - -[21] Delacroix a déjà formulé, en des années antérieures, un jugement -analogue à celui que nous trouvons ici et qui parait pour le moins -déconcertant. On retrouvera plus loin, dans l'année 1857, une sorte -d'amende honorable, présentée par lui-même. Voir sur ce point notre -Étude, p. XLVII. - -[22] _Balthazar Galuppi_, compositeur bouffe italien, né en 1706, mort -en 1785. De 1729 à 1777, il écrivit cinquante-quatre partitions. Ses -œuvres peuvent être citées comme un exemple de la facilité en même -temps que de l'inconsistance du style italien. - -[23] Ces croquis datent de 1849, époque à laquelle Delacroix fut chargé -de peindre la partie centrale de la galerie. (Voir _Catalogue Robaut_, -nos 1107 à 1118.) - -[24] _Nanon de Lartigues_, première partie du roman d'Alexandre Dumas: -la _Guerre des femmes_, publié en 1844 dans la _Patrie_, et plus tard -en deux volumes. - -[25] Delacroix, lors de son premier voyage en Angleterre (1825), -considérait _Turner_ (1775-1851) comme un véritable réformateur. (Voir -t. I, p. 39, en note.) - -[26] C'est en des passages comme celui-ci que se fait le mieux -apercevoir l'analogie avec Stendhal, cette parenté spirituelle que nous -notions dans notre Étude et qui avait frappé plusieurs de ceux qui le -connurent. - - - * * * * * - -21 _avril._--Dîné chez Legouvé avec Goubaux, Patin, etc., etc. - - * * * * * - -2 _mai._--Ce soir chez l'insipide Païva. Quelle société! Quelles -conversations! Des jeunes gens avec barbe et sans barbe; des jeunes -premiers de quarante-cinq ans, des barons et des ducs allemands, des -journalistes, et tous les jours de nouvelles figures! - -Amaury Duval y est venu. Je n'ai commencé à pouvoir ouvrir la bouche -qu'avec lui; j'étais pétrifié de tant d'inutilité et d'insipidité. Le -bon X... croit être là en société. Comme on ne jure que par lui, qu'il -fait là un excellent dîner chaque semaine et qu'il y mène sa donzelle, -qu'on le consulte même sur les talents du cuisinier, qu'il décide s'il -faut le conserver ou le changer, il est là comme autrefois le Mondor -de l'ancien régime dans certains salons; il bâille, il dort pendant -qu'on lui parle; au demeurant, c'est un bon garçon. - -En sortant de cette peste assoupissante à onze heures et demie et en -respirant l'air de la rue, je me suis cru à un régal; j'ai marché une -heure avec moi-même, peu satisfait néanmoins, morose, faisant retour -sur mille objets désagréables et me plaçant en esprit au milieu de tous -ces dilemmes que pose l'existence telle qu'elle est; celui-ci surtout -qui est le fond de tous les raisonnements possibles à cet endroit: -solitude, ennui, torpeur, société avec et sans liens, rage de tous les -moments et surtout aspiration à la solitude. Conclusion: rester dans la -solitude, sans traverser d'autre épreuve, puisque le vœu suprême est -enfin d'être tranquille, quand la tranquillité devrait être une sorte -d'anéantissement. - -* - -4 _mai._--Chez Nieuwerkerke le soir; Levassor[27] nous a fait la scène -de l'_Anglais à Inkermann._ - -* - -14 _mai._--J'ai eu à dîner Varcollier, Gautier[28] et les aimables -hommes qui m'ont été agréables pour mon exposition. - -Bonne soirée; Dauzats en était. - -* - -15 _mai._--Inauguration de l'Industrie. J'ai été ensuite, et -imprudemment, à l'exposition des tableaux, avec Dauzats et revenu avec -lui jusque chez moi. J'y ai eu très froid. - -J'ai vu l'exposition d'Ingres[29]. Le ridicule, dans cette exhibition, -domine à un grand degré; c'est l'expression complète d'une incomplète -intelligence; l'effort et la prétention sont partout; il ne s'y trouve -pas une étincelle de naturel. - -Dauzats, en revenant, me conte l'histoire des travaux de Chenavard. - -* - -22 _mai._--Dumas me fait demander le matin si je suis chez moi; je lui -réponds que j'y serai à deux heures. Il me demande des notes sur les -choses les plus inutiles à savoir pour un public, comment je m'y prends -dans ma peinture, mes idées sur la couleur, etc. Il me demande, pour -prolonger la séance, à dîner avec moi; je saisis cette occasion de -passer quelques bons moments. Il va faire une course et revient à sept -heures passées, au moment où j'allais dîner tout seul, mourant de faim. - -Après notre dîner, nous allons en fiacre chercher une petite qu'il -protège, et nous allons voir la tragédie et la comédie italiennes. Il -n'est qu'un motif qui puisse engager à aller à un pareil spectacle: -celui de se fortifier dans la connaissance de l'italien. Rien n'est -plus ennuyeux. - -Dumas me disait qu'il était en train de procès qui devaient assurer -son avenir, quelque chose comme 800,000 francs pour commencer, sans -compter le reste. Le pauvre garçon commence à s'ennuyer d'écrire jour -et nuit et de n'avoir jamais le sou. «Je suis au bout», m'a-t-il dit, -«je laisse à moitié faits deux romans... je m'en irai, je voyagerai et -je verrai, à mon retour, s'il s'est rencontré un Alcide pour achever -ces deux entreprises imparfaites.» Il est persuadé qu'il va laisser, -comme Ulysse, un arc que personne ne pourra bander; en attendant, il -ne se trouve pas vieilli et agit, sous plusieurs rapports, comme un -jeune homme. Il a des maîtresses, les fatigue même; la petite que nous -avons été prendre pour aller au spectacle lui a demandé grâce; elle -se mourait de la poitrine, au train dont il y allait. Le bon Dumas la -voit tons les jours en père, a soin de l'essentiel dans le ménage, et -ne s'inquiète pas des délassements de sa protégée! Heureux homme! -heureuse insouciance! Il mérite de mourir comme les héros, sur le champ -de bataille, sans connaître les angoisses de la fin, la pauvreté sans -remède et l'abandon. - -Il me disait qu'avec ses deux enfants, il est comme seul. Ils vont l'un -et l'autre à leurs affaires et le laissent se faire consoler par son -Isabelle. D'un autre côté, Mme Cavé me disait le lendemain que sa fille -se plaignait de la société d'un père qui n'était jamais à la maison... -Étrange monde! - -* - -25 _mai._--Au conseil.--Auparavant, j'ai été avec Jenny voir des seaux -à rafraîchir le vin de Champagne. - -Les collègues, comme les autres, remarquent mon Salon[30], et me -parlent des compliments qu'ils en entendent faire. - -Je reste après la séance, par un beau soleil, à lire les journaux. - -Je vais chez Gervais le remercier des couleurs qu'il m'a apportées -hier, et je rentre, mourant de faim. Je voulais, avant dîner, aller -voir la bonne Alberthe: je remets cela. - -* - -26 _mai._--Dîné chez Mme Villot; j'y ai trouvé Mme Herbelin, -Rodakowski[31], Ferré et Nieuwerkerke. Nouvelle sortie contre les -fleurs qui jonchent la table. - -Le soir, à neuf heures, Nieuwerkerke me mène chez le prince Napoléon, -pour le premier jour de ses soirées... Quelle foule! Quels visages! Le -républicain Barye, le républicain Rousseau, le républicain Français, le -royaliste Un Tel, l'orléaniste Celui-ci; tout cela se pressant et se -coudoyant. Il y avait des femmes charmantes, Mme Barbier entre autres, -infiniment à son avantage. - -Je suis sorti tard, et ai été prendre une glace au café de Foy: celles -du prince étaient détestables. - -Ma nuit a été mauvaise dans la première partie; je me suis relevé qu'il -faisait petit jour et me suis promené; cela m'a remis... J'ai joui de -ce moment solennel où la nature reprend des forces, où royalistes et -républicains sont endormis d'un commun sommeil. - -* - -29 _mai._--Aujourd'hui j'ai eu à dîner: Mérimée, Nieuwerkerke, Biolay, -Halévy, Villot, Viel-Castel[32], Arago, Pelletier et Lefuel; ils ont -paru s'amuser et se trouver sans façon. Je redoutais cette corvée, -et elle s'est changée en plaisir; je voudrais être logé de manière à -renouveler souvent ces parties-là. - -* - -31 _mai._--Dîné chez Moreau avec Français[33], Mouilleron[34], les deux -Rousseau[35], Martinet[36], etc. - - - -[27] _Levassor_, célèbre acteur comique, qui excellait dans les rôles à -travestissements. - -[28] _Théophile Gautier._ - -[29] À côté de ce jugement si sévère, et qui était évidemment -l'expression définitive de sa pensée, il est intéressant de noter -ce fragment de lettre que Delacroix écrivait au critique d'art Th. -Silvestre, après l'envoi de son livre: _Histoire des artistes vivants, -français et étrangers_: «Je n'ai pas encore lu la _biographie_ -d'Ingres, c'est-à-dire relu, car je suis encore à votre dernier envoi, -dont je ne vous ai rien dit cet automne, parce que je suis parti très -brusquement. Déjà, sur ce que vous m'en aviez dit à la volée, je -vous avais exprimé mon sentiment. Je vous avais _supplié d'ôter les -personnalités_, qui sont déjà une dérogation aux usages d'autrefois en -parlant des vivants, même quand on en dit du bien. Avec cette franchise -que vous aimez et dont j'use quelquefois pour mon compte, je vous -disais que je regretterais que vous n'eussiez pas fait des changements -dans ce sens, pour vous, pour moi, pour tout le monde.» (_Corresp.,_ t. -II, p. 136.) M. Burty ajoute très justement en note que le passage en -question «montre avec quel tact Delacroix désirait que l'on n'imitât -pas dans son camp les furibonderies de ses adversaires». - -[30] À propos de ce Salon de 1855, Baudelaire avait écrit cette -conclusion enthousiaste, qui venait après une étude détaillée des -œuvres offertes au public: «Homme privilégié, la Providence lui garde -des ennemis en réserve! Homme heureux parmi les heureux! Non seulement -son talent triomphe des obstacles, mais il en fait naître de nouveaux, -pour en triompher encore, il est aussi grand que les anciens dans un -siècle et dans un pays où les anciens n'auraient pas pu vivre... Les -nobles artistes de la Renaissance eussent été bien coupables de n'être -pas grands, féconds et sublimes, encouragés et excités qu'ils étaient -par une compagnie illustre de seigneurs et de prélats, que dis-je? -par la multitude elle-même, qui était artiste en ces âges d'or. Mais -l'artiste moderne qui s'est élevé si haut malgré son siècle, qu'en -dirons-nous, si ce n'est de certaines choses que ce siècle n'acceptera -pas, et qu'il faut laisser dire aux âges futurs?» (Voir les _Curiosités -esthétiques._) À cet article enthousiaste Delacroix répondait ainsi: -«Cher Monsieur, je n'ai reçu qu'ici votre article par-dessus les -toits, Vous êtes trop bon de me dire que vous le trouvez encore trop -modeste; je suis heureux de voir quelle a été votre impression sur mon -exposition. Je vous avouerai que je n'en suis pas mécontent, et quelque -chose de moi-même m'a gagné plus qu'à l'ordinaire en voyant la réunion -de ces tableaux. Puisse le bon public avoir des yeux, mais surtout les -vôtres, car ils jugent encore plus favorablement, j'en suis sûr, que je -ne fais.» (_Corresp._, t. II, p. 121.) - -[31] _Rodakowski_ avait remporté une première médaille à l'Exposition -universelle de 1855, et Delacroix avait puissamment contribué à -faire obtenir cette récompense à une œuvre qu'il jugeait des plus -remarquables, le portrait du général Dembinski, déjà exposé en 1852 et -dont il est question plus haut (tome II, p. 156). - -[32] Le comte _Horace de Viel-Castel_ (1798-1864), littérateur. Il -entra en 1853 dans l'administration des Beaux-Arts et devint peu de -temps après conservateur du Musée des souverains, poste qu'il occupa -jusqu'en 1862. - -[33] _François-Louis Français_, élève de Gigoux et de Corot, est membre -de l'Académie des beaux-arts depuis 1890. - -[34] _Adolphe Mouilleron_ (1820-1881), lithographe fort estimé. On lui -doit entre autres œuvres une superbe lithographie de la _Ronde de nuit_ -de Rembrandt. - -[35] _Théodore_ et _Philippe Rousseau._ - -[36] _Louis Martinet_, peintre, élève de Gros, a organisé un grand -nombre d'expositions, et notamment en 1864 l'exposition posthume -des œuvres d'Eugène Delacroix. Louis Martinet a longtemps dirigé le -placement des œuvres d'art à nos Salons annuels. - - * * * * * - -1er _juin._--Au conseil, toujours dans la salle des Cariatides; il est -question des billets de bal. Je fais une sortie contre l'exigence de -n'en demander que pour des personnes intimes; il est curieux de voir -tous ces épiciers, tous ces marchands de papier et tous ces précieux se -trouver de meilleur ton et de meilleure compagnie que tel cordonnier -et tel tailleur qui aura été invité par mégarde et qu'ils craignent de -coudoyer. Je leur ai dit que la société française de nos jours n'était -faite que de ces bottiers et de ces épiciers, et qu'il ne fallait pas y -regarder de si près. - -Je vais ensuite à l'Exposition. Celle d'Ingres m'a paru autre que la -première fois, et je lui sais gré de beaucoup de qualités. Je trouve là -Mme Villot et une de ses amies. - -C'est le soir que j'ai revu la bonne Alberthe, qui me fait amitiés -tant qu'elle peut. On s'est occupé pendant très longtemps d'un grand -chien qui remplissait toute la chambre et sur lequel l'admiration ne -tarissait pas. Je déteste qu'on s'occupe longtemps de ces personnages -épisodiques, tels que les _chiens_ et les _enfants_[37], qui -n'intéressent jamais que leurs propriétaires ou ceux qui les ont mis au -monde. - -* - -2 _juin._--Je fais mes paquets. - -Chez le prince Napoléon le soir. J'y trouve Solange[38] et sa cousine -Augustine que je ne reconnaissais pas d'abord. - -Dans la journée, Moreau était venu me prendre pour aller chez le -lithographe Sirouy[39], qui fait une planche d'après la petite _Entrée -des croisés._ - -* - -_Champrosay_, 3 _juin._--Parti à une heure et demie pour Champrosay. -Pluie comme à l'ordinaire; le temps se remet le soir. Je rencontre en -montant Candas, qui vient me faire un salut que je crois intéressé, -Quantinet, puis le maire et Hippolyte Rodrigues et son fils, qui -passent achevai et m'apprennent qu'Halévy s'installe à Fromont. - -* - -4 _juin._--Aussitôt levé, je déballe mes toiles et fais ma palette; je -travaille beaucoup dans cette journée, qui est la première que je passe -ici. - -Avant dîner, promenade par le mur de Baÿvet; je trouve encore les -traces de l'inscription au charbon sur son mur; je suis tous les ans, -avec un mélancolique intérêt, l'effacement de ces plaintes de ce pauvre -amoureux. Cette inscription fragile a survécu de beaucoup probablement -au sentiment qui l'a dictée; celui qui l'a écrite est peut-être disparu -depuis longtemps, aussi bien que la Célestine qui l'a inspirée. - -Je descends vers la route. Le petit bois de Baÿvet est coupé. Je -remonte par la route des Dames; je vais jusqu'au chêne Prieur, je -tourne à gauche, puis à gauche encore, jusqu'à l'allée de l'Ermitage, -au carrefour où je trouve un autre grand chêne. Je reviens avec -ravissement pour dîner. - -* - -5 _juin._--Je prends le matin une tasse de thé, contrairement à mes -habitudes. Une promenade dans le jardin me conduit à une sortie dans -la campagne: je vais par les champs jusqu'à Soisy; je me fonds devant -cette nature paisible. - -Malheureusement, ma débauche du matin porte malheur au reste de la -journée. J'essaye, sans succès, de travailler à la _Clorinde_[40]; je -ne sors d'une espèce d'assoupissement, que je ne puis vaincre, que -pour dîner, et tout de suite après, confiné dans ma mauvaise humeur et -dans les petites allées de mon jardin, je fais en long et en large une -promenade de près de deux heures, sans fruit, pour dissiper cette noire -humeur qui m'a accompagné jusqu'au lit et fait quereller ma pauvre -Jenny. - -* - -6 _juin._--En rentrant de ma promenade dans la forêt, vers dix heures, -je trouve un article de la _Presse_, très bon pour moi. J'extrais ces -pensées de Marc-Aurèle[41] qui y sont citées: - -«Il faut partir de la vie comme l'olive mûre tombe en bénissant la -terre sa nourrice et en rendant grâces à l'arbre qui l'a produite. -Vivre trois ans ou trois âges d'homme, qu'importe quand l'arène est -close? Eh! qu'importe, pendant qu'on la parcourt? Mourir est aussi une -des actions de la vie; la mort, comme la naissance, a sa place dans le -système du monde. La mort n'est peut-être qu'un changement de place. -O homme tu as été citoyen dans la grande cité; va-t'en avec un cœur -paisible; celui qui te congédie est sans colère.» - -J'avais fait le matin la plus délicieuse promenade. Je me lève un peu -tard malheureusement. Revenu par l'allée qui longe l'Ermitage venant du -chêne Prieur jusqu'à la grande qui traverse tout le bois. - -* - -_Paris_, 7 _juin._--J'ai été à Paris pour le banquet de l'Hôtel de -ville donné en l'honneur du lord-maire; faute d'être averti, j'ai -manqué la cérémonie du matin qui a été, dit-on, fort imposante; il -s'agissait de la présentation par le lord-maire de l'adresse de la -corporation de Londres à la municipalité de Paris. Les costumes du -lord-maire et des aldermen valaient la peine d'être vus. - -Je suis parti à onze heures par l'omnibus de Lyon, escorté de -Julie[42]; en arrivant, et par une chaleur étouffante, j'ai été au -Jardin des Plantes: il y a deux beaux lions, de jeunes lions, etc. -Je mourais de chaud à les regarder: j'ai remarqué qu'en général le -ton clair qui se remarque sous le ventre, sous les pattes, etc., se -mariait plus doucement avec le reste de la peau que je ne le fais -ordinairement: j'exagère le blanc. Le ton des oreilles est brun, mais -en dehors seulement. - -De là, chez Sirouy, le lithographe, voir la planche qu'il a commencée -(les _Croisés_ de Moreau)[43]; ensuite, à la maison, où je me suis -senti très fatigué, très accablé. J'ai une nature singulière: ces -déplacements, dès le matin, me causent toujours une fatigue nerveuse -extrême, et je peux me remettre pour très peu de chose. - -Le soleil me nuit toujours; je me rappelle l'homme d'Épinal qui me -disait que s'il se mettait au soleil après son déjeuner, il éprouvait -un malaise considérable. - -À peine m'étais-je habillé que je me suis senti rafraîchi et rajeuni, -et la soirée m'a fort ennuyé. Le banquet donné dans la salle des Fêtes -était splendide; les lustres faisaient un effet magnifique; j'étais à -côté d'un pauvre Anglais qui ne savait pas un mot de français; j'ai -presque oublié mon anglais; je cherchais tous mes mots; nous faisions -mutuellement semblant de comprendre ce que nous nous disions, et nous -n'en avons guère dit. - -Fouché m'a ramené. - -* - -_Champrosay_, 8 _juin._--De retour à Champrosay vers une heure et par -le chemin de Lyon. - -* - -10 _juin._--J'ai été, après dîner, voir Halévy; il y avait là Boilay -et sa femme, et quelques personnes inconnues. Je leur promets de dîner -avec eux jeudi. Ils veulent encore m'avoir dimanche prochain. - -* - -_Paris_, 11 _juin._--À Paris, comme l'autre jour, pour le bal de -l'Hôtel de ville. Je trouve Quantinet dans la voiture jusqu'à Paris. - -Du chemin de fer, je vais à l'Hôtel de ville pour parler pour le -protégé de Bixio; de là chez Haro et enfin chez moi. Après un peu de -repos, toujours aussi nécessaire, chez Mme de Forget jusqu'à six heures. - -J'ai renoncé à aller dîner chez Champeaux avec ces messieurs du lundi, -voulant être de bonne heure à l'Hôtel de ville. - -Très belle fête. La cour nouvellement arrangée fait beaucoup d'effet, -mais ce sera une déplorable idée pour le jour; elle ôtera la lumière et -la respiration à une partie de l'Hôtel de ville. - -Rentré à onze et demie par une pluie subite; j'étais, précisément dans -une calèche découverte; une espèce de tablier de cuir a préservé mon -beau pantalon blanc. - -J'ai revu Blondel[44]. Nous nous promettons toujours de nous voir; il -y a trop longtemps que nous nous sommes vus. Il ne reste probablement -plus dans chacun de nous une parcelle de l'Eugène et du Léon de 1810. - -Vu un instant Mme Barbier, Mme Villot, etc. - -* - -_Champrosay_, 14 _juin._--J'étais engagé à dîner aujourd'hui par -Rodrigues et Halévy. J'arrive à Fromont après avoir fait une visite à -Mme Parchappe. Je ne trouve que la bonne Mme Rodrigues; ces messieurs -sont à Paris et m'y ont écrit; or je suis ici depuis plus de deux jours. - -Me voilà retenu et dînant avec cette bonne dame et des enfants: cela -a fini mieux que je ne pensais. Après dîner, grande promenade dans le -parc avec le jeune Rodrigues[45], jeune nourrisson de la peinture, -suçant le lait de Picot[46], et me fatiguant un peu de sa naïve -conversation; mais grâce à sa bonne volonté, je prends l'air, au milieu -des plus beaux arbres du monde. La vue de la Seine, de la terrasse d'en -bas, est très belle et a même de la grandeur. - -Pendant le dîner la pluie recommence avec fureur. Tout était mouillé -pendant notre promenade. - -* - -15 _juin._--Pluie continuelle. Vent furieux, qui n'a pas cessé un -instant pendant toute la journée. - -Je lis dans la _Presse_ quelques feuillets de Mme Sand, de l'_Histoire -de sa vie_; elle parle aujourd'hui de ses relations avec Balzac. Elle -est forcée, la pauvre femme, de payer un tribut d'admiration à tout -le monde. Dans cette prose imprimée de son vivant et adressée à des -contemporains, elle parle de lui en des termes bien admiratifs[47]. -Elle est forcée de faire une grosse part à toutes ces célébrités de -son temps, elle qui vit encore, pour qu'on ne lui reproche pas d'avoir -de l'envie; c'est l'un des mille inconvénients de son entreprise. Elle -parle beaucoup des sentiments paternels de de Latouche[48] à son égard, -de sa fraternelle amitié pour Arago[49]. Quelle entreprise! et surtout -pour une personne dans sa situation: parler de soi, quand la nécessité -de le faire de son vivant ne permet pas la franchise qui, seule, -donnerait de l'intérêt à son ouvrage, sinon sur son propre compte, au -moins sur tous les originaux dont elle aspire à laisser le portrait à -la postérité. Elle a la faiblesse de parler de sa théorie en matière -de romans, de ce _besoin d'idéal_, c'est son expression favorite, qui -consiste à représenter les hommes _comme ils devraient être._ Balzac, -dit-elle, l'encourage dans cette tentative, se proposant, lui, de les -peindre _tels qu'ils sont_[50], prétention qu'il pense avoir justifiée -et au delà. - -* - -16 _juin._--À la fin de la journée, après avoir été m'asseoir le cul -par terre dans mon jardin, pour jouir du soleil, si rare à présent, -et qui m'a guéri complètement de mon malaise, repris le _Hamlet_ et -_Polonius_[51], et suis dans une excellente situation. - -Dîné chez Parchappe. Ennui profond; pas l'intérêt le plus mince, et -le _loto_ pour finir, avec de vieilles femmes et des adolescents. Il -faut avouer que j'y ai pris de l'intérêt à la fin parce que j'ai gagné. -Étrange animal que l'homme! - -Je me suis promené plus d'une demi-heure devant ma maison, dans la -crotte; j'avais besoin de respirer. Il était près de minuit quand je -suis rentré de cette partie de plaisir. - -* - -17 _juin._--Je pense, le lendemain dimanche, en me levant, au charme -particulier de l'École anglaise. Le peu que j'ai vu m'a laissé des -souvenirs. Chez eux, il y a une finesse[52] réelle qui domine toutes -les intentions de pastiche qui se produisent çà et là, comme dans notre -triste école; la finesse chez nous est ce qu'il y a de plus rare: -tout a l'air d'être fait avec de gros outils et, qui pis est, par -des esprits obtus et vulgaires. Otez Meissonier, Decamps, un ou deux -autres encore, quelques tableaux de la jeunesse d'Ingres, tout est -banal, émoussé, sans intention, sans chaleur. Il n'y a qu'à jeter les -yeux sur ce sot et banal journal de l'_Illustration_, fabriqué chez -nous par des artistes de pacotille, et le comparer au pareil recueil -publié chez les Anglais, pour avoir une idée de ce degré de commun, de -mollesse, d'insipidité, qui caractérise la plupart de nos productions. -Ce prétendu pays de dessin n'en offre réellement nulle trace, et les -tableaux les plus prétentieux pas davantage. Dans ces petits dessins -anglais, chaque objet presque est traité avec l'intérêt qu'il demande: -paysages, vues maritimes, costumes, actions de guerre, tout cela est -charmant, touché juste, et surtout dessiné... Je ne vois pas chez nous -ce qu'on peut comparer à Leslie[53], à Grant[54], à tous ceux de cette -école qui procèdent partie de Wilkie[55], partie de Hogarth[56], avec -un peu de la souplesse et de la facilité introduites par l'école d'il y -a quarante ans, les Lawrence et consorts, qui brillaient par l'élégance -et la légèreté. - -Si l'on regarde une autre phase[57], qui est chez eux toute nouvelle, -ce qu'on appelle l'École sèche, souvenir des Flamands primitifs, on -trouve sous cette apparence de réminiscence dans l'aridité du procédé, -un sentiment de vérité réel et tout à fait local. Quelle bonne foi, -au milieu de cette prétendue imitation des vieux tableaux! Comparez, -par exemple, l'_Ordre d'élargissement_ de Hunt[58] ou de Millais[59], -je ne sais plus lequel, avec nos primitifs, nos byzantins, entêtés -de style, qui, les yeux fixés sur les images d'un autre temps, n'en -prirent que la raideur, sans y ajouter de qualités propres. - -Cette cohue de tristes médiocrités est énorme; pas un trait de vérité, -de la vérité qui vient de l'âme; pas un seul comme cet enfant qui dort -sur les bras de sa mère, et dont les petits cheveux soyeux, le sommeil -si plein de vérité, dont tous les traits, jusqu'aux jambes rouges et -les pieds, sont singuliers d'observation, mais surtout de sentiment. -Les Flandrin, voilà pour le grand style! Qu'y a-t-il, dans les tableaux -de ces gens-là, du vrai homme qui les a peints? Combien du Jules Romain -dans celui-ci, combien du Pérugin ou d'Ingres son maître dans celui-là, -et partout la prétention au sérieux, au grand homme... à l'art sérieux, -comme dit Delaroche! - -Leys, le Flamand[60], me paraît fort intéressant aussi, mais il n'a -pas, avec l'air d'une exécution plus indépendante, cette bonhomie des -Anglais; je vois un effort, une manière, quelque chose qui m'inquiète -sur la parfaite bonne foi du peintre, et les autres sont au-dessous de -lui. - -Gautier a fait plusieurs articles sur l'École anglaise: il a commencé -par là. Arnoux[61], qui le déteste, m'a dit chez Delamarre[62] que -c'était une flatterie de sa part pour le _Moniteur_, dans lequel il -écrit. Je veux bien, pour moi, lui faire l'honneur d'attribuer à son -bon goût cette espèce de prédilection marquée tout d'abord pour des -étrangers; cependant ses remarques ne m'ont nullement mis sur la trace -même des sentiments que j'exprime ici. C'est par la comparaison avec -d'autres tableaux et dans lesquels on croit admirer chez nous des -qualités analogues qu'il fallait avoir le courage de faire ressortir le -mérite des Anglais; je ne trouve rien de cela. Il prend un tableau, le -décrit à sa manière, fait lui-même un tableau qui est charmant, mais -il n'a pas fait un acte de véritable critique; pourvu qu'il trouve à -faire chatoyer, miroiter les expressions macaroniques qu'il trouve -avec un plaisir qui vous gagne quelquefois, qu'il cite l'Espagne et la -Turquie, l'Alhambra et l'Atmeïdan de Constantinople, il est content, il -a atteint son but d'écrivain curieux, et je crois qu'il ne voit pas au -delà. Quand il en sera aux Français, il fera pour chacun d'eux ce qu'il -fait pour les Anglais. Il n'y aura ni enseignement[63] ni philosophie -dans une pareille critique. - -C'est ainsi qu'il avait fait l'année dernière l'analyse des tableaux si -intéressants de Janmot[64]; il ne m'avait donné aucune idée de cette -personnalité vraiment intéressante qui sera noyée dans le vulgaire, -dans le _chic_, qui domine tout ici. Quel intérêt il y aurait pour un -critique un peu fin à comparer ces tableaux, tout imparfaits qu'ils -sont sous le rapport de l'exécution, avec ces tableaux aussi naïfs, -mais d'une inspiration si différente! Ce Janmot a vu Raphaël, Pérugin, -etc., comme les Anglais ont vu Van Eyck, Wilkie, Hogarth et autres; -mais ils sont tout aussi originaux après cette étude. Il y a chez -Janmot un parfum dantesque remarquable. Je pense, en le voyant, à ces -anges du purgatoire du fameux Florentin; j'aime ces robes vertes comme -l'herbe des prés au mois de mai, ces têtes inspirées ou rêvées qui sont -comme des réminiscences d'un autre monde. On ne rendra pas à ce naïf -artiste une parcelle de la justice à laquelle il a droit. Son exécution -barbare le place malheureusement à un rang qui n'est ni le second, ni -le troisième, ni le dernier; il parle une langue qui ne peut devenir -celle de personne; ce n'est pas même une langue; mais on voit ses -idées à travers la confusion et la naïve barbarie de ses moyens de les -rendre. C'est un talent tout singulier chez nous et dans notre temps; -l'exemple de son maître Ingres, si propre à féconder par l'imitation -pure et simple de ses procédés, cette foule de suivants dépourvus -d'idées propres, aura été impuissant à donner une exécution à ce talent -naturel qui pourtant ne sait pas sortir des langes, qui sera toute sa -vie semblable à l'oiseau qui traîne encore la coquille natale et qui -se traîne encore tout barbouillé des mucus au milieu desquels il s'est -formé. - ---Dîné chez Halévy avec Mme Ristori[65], Janin, Laurent Jan, Fouché, -le fils de Baÿvet, qui est un joli garçon (je mentionne ceci à cause -de la laideur du père et de la mère), un M. Caumartin, célèbre par une -cruelle aventure, à ce qu'on m'a conté. - -La Ristori est une grande femme d'une figure froide: on ne dirait -jamais quelle a son genre de talent. Son petit mari a l'air d'être son -fils aîné. C'est un marquis ou un prince romain. - -Laurent Jan a été un peu insupportable, comme à son ordinaire, avec sa -manière assez répandue de faire de l'esprit en prenant le contre-pied -des opinions raisonnables. Sa verve est intarissable, quand il est -lancé, (Janin était muet, et je le regrette: j'aime beaucoup son genre -d'esprit; Halévy de même.) Et cependant, malgré mon peu de sympathie -pour ces charges continuelles et ces éclats de voix qui vous rendent -muet et presque attristé, j'ai eu du plaisir à le voir. Il n'y a pas, -à mon âge, de plaisir plus grand que de se trouver dans la société de -gens intelligents et qui comprennent tout et à demi-mot[66]. Il disait -au petit prince romain blondin, qui se trouvait à côté de lui à table, -que Paris, dont l'opinion met le sceau aux réputations, se composait -de cinq cents personnes d'esprit qui jugeaient et pensaient pour cette -masse d'animaux à deux pieds qui habitent Paris, mais qui ne sont -Parisiens que de nom. - -C'est avec un de ces hommes-là, pensant et jugeant, et surtout jugeant -par eux-mêmes, qu'il fait bon se trouver, dût-on se quereller pendant -le quart d'heure ou la journée que l'on a à passer avec eux. Quand je -compare cette société de dimanche avec celle de la veille, des -Parchappe, je passe bien vite sur les excentricités de mon Laurent Jan, -et je ne pense qu'à cet imprévu, à ce côté artiste en tout qui fait de -lui un précieux original. Les gens qui s'intitulent les sectaires de -la société par excellence ne savent guère à quel point ils sont privés -de la vraie société, c'est-à-dire des plaisirs sociables. Otez-leur la -pluie et le beau temps, les bavardages sur le voisinage et les amis, -il n'y a plus que le whist qui puisse les consoler au milieu de ces -longues heures qu'ils passent en face les uns des autres; mais ils sont -moins privés sans doute parce qu'ils ne peuvent avoir idée du plaisir -dont je parlais tout à l'heure. - -Les gens d'esprit sont rares, et ceux qui le sont dans cette prétendue -société choisie finissent par subir l'ennui par vanité, ou deviennent -hébétés comme tout ce qui les entoure. Que dire, par exemple, d'un -homme comme Berryer, qui ne sait se délasser de ses fatigants travaux -que dans la compagnie de ces gens du monde plus ennuyeux les uns que -les autres! C'est un homme singulier, difficile à déchiffrer, surtout -dans les commencements. Au fond, l'avocat chez lui domine tout; l'homme -a disparu, il est dans le monde comme dans son cabinet ou au barreau; -il subit l'ennui comme il porte sa robe et pour les besoins de la -cause. On voit certaines personnes du monde, capables de s'amuser à -la manière des artistes,--je dis ce mot qui résume ma pensée,--faire -beaucoup de frais pour en attirer et qui éprouvent véritablement du -plaisir à leur conversation. - -La bonne princesse est ainsi: quand elle a reçu ou visité elle-même -ses connaissances du monde, elle a de petits jours où elle aime à voir -des peintres et des musiciens. Plusieurs de ces dames-là ont un amant -dans toutes les classes possibles, afin de connaître tous les genres de -mérite. - -* - -19 _juin._--Je reçois, le soir en dînant, la lettre d'Eugène de Forget -qui m'annonce la mort de Mme de Lavalette[67]. - -* - -_Paris_, 20 _juin._--Parti à six heures et demie. Je me fais conduire -chez Mme de Forget, ignorant à quelle heure se faisait le convoi. Je -la trouve affligée. Je lui parle de l'idée inconvenante de faire la -cérémonie dans une petite église qui n'est qu'une sorte d'annexe. Ni -Eugène, à qui j'en parle, ni elle, ne comprennent grandement combien -il fallait au contraire donner d'éclat à cet hommage public, qui a été -si peu public que j'ai été honteux du peu d'empressement, de la tenue -cavalière des assistants. - -Le service étant à midi, je vais chez moi jusqu'à cette heure. -Au milieu du service à l'église ou plutôt à la fin, arrive M. de -Montebello, aide de camp de l'Empereur, sans voiture officielle et en -petit uniforme. Le trait est si fort qu'il croit devoir s'excuser, -prétexter des retards, auprès d'Eugène; il est vrai de dire que -l'Empereur n'avait pas été, à ce que je me crois fondé à croire, averti -en règle; c'était à sa fille ou à son petit-fils qu'il appartenait de -faire cette notification qui peut-être n'a pas été faite du tout. Bref, -moins de personnes encore ont accompagné le corps au cimetière, et, -parmi ces personnes, _pas un_ des anciens amis de M. de Lavalette. J'ai -maudit et je maudis encore la timidité qui m'a empêché de prendre la -parole pour dire là ce que devait sentir toute âme bien placée; mais, -en vérité, devant cet auditoire glacé et même profondément indifférent, -c'était presque impossible; il n'y avait qu'un avocat capable de se -trouver inspiré. - -La mémoire des hommes est bien courte: celle des événements est -aussitôt enterrée que celle des personnages qui y prennent part. Sur -toutes les personnes à qui j'ai dit ces jours-ci que j'avais été à -Paris pour l'enterrement de Mme de Lavalette, pas une n'a imaginé de -laquelle je voulais parler... Que de choses à dire sur cette morte, -morte depuis quarante ans, fantôme imposant, dans rabaissement profond -où nous l'avons vue! - -J'ai été revoir mes pauvres tombeaux, que j'ai trouvés bien -entretenus; mais, dans la folle idée que je pouvais m'échapper pour -retourner le jour même, et de bonne heure encore, dans ma retraite -paisible, je n'ai pas pris le temps d'aller voir le tombeau de ma bonne -tante et du cher Chopin. - -En arrivant chez moi, où j'allais tout brusque pour partir au plus -vite, je trouve la lettre de Guillemardet[68] qui m'annonce que le -lendemain il conduit à sa dernière demeure sa pauvre mère. Dès lors, -j'ai été tranquille sur l'emploi de mon temps et je n'ai plus pensé à -Champrosay. - -Je mourais de fatigue; ces sortes de dérangements m'accablent, mais -me sont salutaires. Cette activité forcée est énervante pour moi, au -moment même, mais elle entretient la vie et la circulation; j'ai dormi -profondément jusqu'à près de sept heures. - -Réveillé par la faim, je crois, et été dîner chez l'Anglais de la -rue Grange-Batelière. J'ai été ensuite prendre du café et fumer -dans le café qui fait l'angle de la rue Montmartre. J'ai joui là, -paresseusement, avec une espèce de plaisir philosophique, de la vue -de cet ignoble lieu, de ces joueurs de dominos, de tous les détails -vulgaires de la vie, de cette foule d'automates, fumeurs, buveurs de -bière, garçons de café. J'ai conçu même le plaisir qu'on peut trouver -à s'oublier jusqu'à la dégradation dans ces distractions. Je suis -rentré, avec la même tranquillité, sans beaucoup réfléchir, ayant -fermé la porte aux émotions entre celles de ma matinée et celles qui -m'attendaient le lendemain matin. Il faisait un froid incroyable: après -deux tours sur le boulevard, j'ai été retrouver mon lit. - -* - -_Champrosay_, 21 _juin._--Levé avant six heures. Comme je n'ai emmené -personne et que je fais tout moi-même, j'ai besoin d'une activité qui -contribue beaucoup à me fatiguer. - -J'arrive à Passy un peu avant neuf heures, je vois et j'embrasse la -pauvre Caroline. Triste cérémonie, qui avait là quelque chose de plus -touchant que toutes celles de ce genre qu'on peut faire à Paris. -L'air de ce lieu est mortel pour toute émotion vraie; l'appareil d'un -convoi, les prêtres qui font la cérémonie, tout cela forme un spectacle -qui fait de cet acte lugubre un acte comme un autre. À Passy, à une -demi-heure de ce Paris empesté, ce convoi, ce service, les figures de -tous ceux qui prennent part à tout cela, tout est changé, tout est -décent, sérieux, et jusqu'à l'attitude des gens qui se mettent aux -fenêtres. - -J'ai été dans la sacristie avec cet excellent ami, cet excellent fils, -pour signer l'acte mortuaire; quand il eut mis son nom sur le registre, -il ajouta au bas _son fils_; je signai à mon tour, et il me sembla -que j'avais presque le droit de faire de même; ce brave cœur avait -eu la même pensée, et, en retournant à nos places, il me dit avec une -expression déchirante: «_C'est que, vois-tu, mon pauvre garçon, tu es -ici Félix_[69]!» Ce sont ses propres paroles. - -Il m'a fait partir par le chemin de fer, avec un de ses amis; j'avais -résolu le matin de faire des courses nécessaires, j'avais même pensé -à aller voir cette fameuse _Mirrha_[70], où j'allais par acquit de -conscience. J'avais trop présumé de mes forces ou de mon peu de -sensibilité. Tant d'émotions m'avaient vaincu. - -Je rentrai à pied du chemin de fer, et, après un déjeuner plus que -frugal, j'ai dormi tout accablé avec le ferme propos de retour à -Champrosay pour dîner, ce que j'ai exécuté par une pluie vraiment -affreuse. - -A Draveil, j'ai acheté des côtelettes au boucher, ne sachant pas quel -dîner je trouverais... je n'étais pas attendu. - -* - -_Paris_, 29 _juin._--Je vais dîner à la Taverne. - -Je trouve, en allant aux _Anglais_, Bornot et sa femme, que je croyais -partis, puis Dauzats et Justin Ouvrié[71], prenant du café au café -Anglais. - ---_Othello._ Plaisir noble et complet; la force tragique, -l'enchaînement des scènes et la gradation de l'intérêt me remplissent -d'une admiration qui va porter des fruits dans mon esprit. Je revois -ce Vallak que j'ai vu à Londres il y a trente ans juste, peut-être jour -pour jour (car j'étais là au mois de juin), dans le rôle de Faust. La -vue de cette pièce fort bien arrangée, toute défigurée qu'elle était, -m'avait inspiré l'idée de faire des compositions lithographiées[72]... -Terry, qui faisait le diable, était parfait. - -Je trouve là Mareste qui ne reste que jusqu'au deuxième acte, et -ensuite Grzymala. - -* - -_Champrosay_, 30 _juin._--À neuf heures du matin, au Jury. Je revois -Cockerell[73] et Taylor[74], vieilles connaissances aussi; je passe là -jusqu'à midi environ à examiner les peintures des Anglais, que j'admire -beaucoup; je suis véritablement émerveillé des moutons de Hunt[75]. - -Je déjeune comme un vrai bourgeois, sous une espèce de treille, dans -un petit café dressé tout fraîchement, dans l'attente de ce public qui -vient si peu à cette glaciale Exposition, dont tout l'effet est manqué, -grâce à ces prix disproportionnés de cinq francs et même d'un franc, -qui ne sont pas dans nos habitudes. - -Contre mes habitudes, je déjeune très bien d'un morceau de jambon -et d'une cruche de bière de Bavière. Je me sens tout heureux, tout -libre, tout épanoui, dans ce vulgaire bouchon établi en plein vent et -regardant passer les rares badauds qui se rendent à l'Exposition. - -De là, je vais à pied, malgré la chaleur, mais avec plaisir, jusque -chez moi, en passant par chez Moreau, à qui j'apprends ce que j'ai fait -pour lui auprès de Morny. - -Rentré vers deux heures, je fais mes paquets, et me hâte de repartir -par le chemin de Lyon. Je suis arrivé à Champrosay toujours avec -ravissement, et par-dessus le marché, avec un appétit excellent. - - -[49] Probablement _Étienne Arago._ - -[50] Ce contraste d'expressions qui explique si exactement le contraste -de talent des deux écrivains, Balzac et George Sand, avait été trouvé -par Balzac lui-même, qui s'en était servi pour caractériser leur -manière à chacun. (Voir à cet égard le livre de M. Ferry, _Balzac et -ses amies._) - -[51] _Hamlet devant le corps de Polonius_, toile qui figure à l'année -1859 dans le _Catalogue Robaut_, n° 1387, mais qui fut évidemment -commencée dès l'année 1855. - -[52] Chaque fois que l'on touche à l'opinion de Delacroix sur -l'école anglaise de peinture, il convient de se référer à la belle -lettre qu'il écrivit à Théophile Silvestre en 1858, que nous avons -déjà plusieurs fois citée. Et pourtant on y trouve ce passage qui -paraît en contradiction avec ce qu'il note dans son Journal trois -années auparavant: «Je ne me soucie plus de revoir Londres: je n'y -retrouverais aucun de ces souvenirs-là (Wilkie, Lawrence, Fielding, -Bonington), et surtout je ne m'y retrouverais plus le même pour jouir -de ce qui s'y voit à présent. _L'école même est changée._ Peut-être m'y -verrais-je forcé de rompre des lances pour Reynolds, pour ce ravissant -Gainsborough que vous avez bien raison d'aimer.» Mais ce n'était là -qu'une boutade momentanée, car la fin de la lettre prouve d'une façon -évidente sa sympathie pour le mouvement préraphaélite. (_Corresp.,_ t. -II, p. 190, 191.) - -[53] _Charles-Robert Leslie_, né à Londres en 1794, mort en 1859. -Il passa sa jeunesse aux États-Unis. Il fit des tableaux de petite -dimension représentant des scènes empruntées aux grands écrivains, -Shakespeare, Cervantes, Molière, Walter Scott. On a dit de lui «qu'il -excellait à faire les portraits vivants des êtres que le poète avait -rêvés». Il exposa à Paris à l'Exposition universelle de 1855. - -[54] _Francis Grant_, né en 1803 dans le comté de Perth, mort en 1878. -Walter Scott écrit dans son Journal à propos de lui: «S'il persévère -dans cette profession (la peinture),--c'était à l'époque de ses -premiers débuts,--il deviendra l'un de nos peintres les plus éminents.» -Il se distingua surtout comme portraitiste et fixa l'image de plusieurs -illustrations anglaises (J. Russell, Macaulay, Disraeli, Landseer). À -l'Exposition universelle de 1855, ses portraits lui valurent la grande -médaille. - -[55] À propos d'une œuvre de _Wilkie_ (1785-1841), Delacroix écrivait -en 1858: «Un de mes souvenirs les plus frappants est celui de son -esquisse de _John Knox prêchant._ Il en a fait depuis un tableau qu'on -m'a affirmé être inférieur à cette esquisse. Je m'étais permis de lui -dire en la voyant, avec une impétuosité toute française, qu'Apollon -lui-même, prenant le pinceau, ne pouvait que la gâter en la finissant.» -(_Corresp._, t. II, p. 192.) - -[56] _William Hogarth_, peintre et graveur, né à Londres en 1697, mort -en 1764, est l'auteur d'une longue série de compositions pittoresques -et originales qui eurent une vogue immense et qui lui valurent le titre -de peintre du roi d'Angleterre. - -[57] Cette autre phase, c'est l'École préraphaélite, dont _Hunt_ et -_Millais_, cités plus loin, devaient être deux des plus illustres -représentants. Voici, d'une manière générale, quel jugement il porte -sur elle, en caractérisant du même coup l'essence intime du génie -anglais: «J'ai été frappé de cette prodigieuse _conscience_ que ce -peuple peut apporter même dans les choses d'imagination: il semble même -qu'en revenant à rendre excessifs des détails, ils sont plus dans leur -génie que quand ils imitaient les peintres italiens surtout et les -coloristes flamands. Mais que fait l'écorce? Ils sont toujours Anglais -sous cette transformation apparente. Ainsi, au lieu de faire des -pastiches purs et simples des primitifs italiens, comme la mode en est -venue chez nous, ils mêlent à l'imitation de la manière de ces vieilles -écoles un sentiment infiniment personnel; ils y donnent l'intérêt -provenant de la passion de peindre, intérêt qui manque en général à nos -froides imitations des recettes et du style des écoles qui ont fait -leur temps.» (_Corresp._, II. 191.) - -[58] _William-Holmant Hunt_, un des chefs de l'École préraphaélite. À -partir de 1850, il se lia avec Millais, et ils furent tous deux les -fondateurs de cette école dont le but était de reprendre les traditions -de l'art avant la Renaissance. Il avait envoyé à l'Exposition -universelle de 1855 trois tableaux: les _Moutons égarés_, au sujet -duquel Delacroix écrira plus loin qu'il «en a été émerveillé» _la -Lumière du monde,_ puis _Claudio et Isabelle._ «Singulier phénomène, -disait Théophile Gautier, à propos de cette exposition de Hunt, il n'y -a peut-être pas au Salon une toile déconcertant le regard autant que -les _Moutons égarés_ de Hunt. Le tableau qui parait le plus faux est -précisément le plus vrai.» - -[59] _John Everett Millais_ avait envoyé à l'Exposition universelle de -1855 _l'Ordre d'élargissent_ et le _Retour de la colombe à l'arche._ - -[60] Voir t. II, p. 30, en note. - -[61] Voir t. II, p. 380, en note. - -[62] Voir t. II, p. 381, en note. - -[63] Nous avons déjà touché dans notre annotation du deuxième volume -à cette sévérité de jugement à l'égard de Th. Gautier, et nous nous -sommes efforcé d'en préciser les raisons dissimulées. Il nous a paru -intéressant de rapporter ici la lettre de remerciement écrite par -Delacroix au critique, après la lecture de ses réflexions sur l'École -française et sur notre artiste en particulier: «Mon cher Gautier, lui -écrit-il le 22 septembre 1855, je lis en revenant à Paris votre article -mille fois bon et bienveillant sur mon exposition. Je vous en remercie -de cœur au delà de ce que je pense vous exprimer. Oui, vous devez -éprouver de la satisfaction, en voyant que toutes ces folies, dont -autrefois vous preniez le parti à peu près seul, paraissent aujourd'hui -toutes naturelles... J'ai rencontré hier soir une femme que je n'avais -pas vue depuis dix ans, et qui m'a assuré qu'en entendant lire une -partie de votre article, elle avait cru que j'étais mort, pensant qu'on -ne louait ainsi que les gens morts et enterrés.» (_Corresp._, t. II, p. -131.) - -[64] _Louis Janmot_, dit _Jan-Louis_ (1814-1892), peintre, élève -de Victor Orsel et d'Ingres, s'adonna presque exclusivement à la -peinture religieuse. La plupart de ses œuvres portent l'empreinte d'un -mysticisme exalté, mais témoignent aussi trop souvent de l'insuffisance -de l'artiste dans les moyens d'exécution. - -[65] La célèbre tragédienne italienne, dont la réputation égala presque -celle de Rachel, était alors dans tout l'éclat de son talent. Après -avoir remporté en Italie les plus grands succès, elle était venue cette -année même, 1855, à Paris, où elle fut accueillie avec enthousiasme. - -[66] Sur Eugène Delacroix comme _causeur_, Baudelaire écrit: «Delacroix -était, comme beaucoup d'autres ont pu l'observer, un homme de -conversation; mais le plaisant est qu'il avait peur de la conversation -comme d'une débauche, d'une dissipation où il risquerait de perdre -ses forcée. Il commençait par vous dire, quand vous entriez chez lui: -Nous ne causerons pas ce matin, ou que très peu, très peu. Et puis il -bavardait pendant trois heures. Sa causerie était brillante, subtile, -mais pleine de faits, de souvenirs et d'anecdotes: en somme, une parole -nourrissante.» - -[67] _Mme de Lavalette_ s'était rendue célèbre par l'énergie et le -dévouement dont elle avait fait preuve pour sauver son mari, le comte -de Lavalette, condamné à mort par la cour d'assises de la Seine, pour -s'être emparé de l'administration des Postes, au retour de l'île -d'Elbe. Elle avait pénétré dans sa prison, après l'arrêt des assises, -et s'était substituée à lui. Lorsqu'il apprit l'évasion du condamné, -Louis XVIII ne put s'empêcher de dire: «De nous tous, Mme de Lavalette -est la seule qui ait fait son devoir.» - -[68] _Louis Guillemardet._ - -[69] _Félix Guillemardet_, qui était mort en 1840. - -[70] _Mirrha_, tragédie italienne d'Alfieri, où la _Ristori_ remportait -alors un éclatant succès à Paris. - -[71] _Justin Ouvrié_ (1806-1880), peintre et lithographe, élève d'Abel -de Pujol et de Châtillon, auteur de nombreux tableaux, aquarelles et -lithographies. - -[72] Delacroix fait allusion à la série des compositions lithographiées -qu'il exécuta sur le _Faust_ en 1827 et qui eurent l'honneur de -fixer l'attention du vieux Gœthe. «M. Delacroix, dit Gœthe, dans ses -conversations avec Eckermann, est un grand talent, qui a dans Faust -précisément trouvé son vrai aliment. Les Français lui reprochent trop -de rudesse sauvage, mais ici elle est parfaitement à sa place.--De tels -dessins, reprend Eckermann, contribuent énormément à une intelligence -plus complète du poème.--C'est certain, dit Gœthe, car l'imagination -plus parfaite d'un tel artiste nous force à nous représenter les -situations comme il se les est représentées à lui-même. Et s'il me -faut avouer que M. Delacroix a surpassé les tableaux que je m'étais -faits des scènes écrites par moi-même, à plus forte raison les lecteurs -trouveront-ils toutes ces compositions pleines de vie et allant bien au -delà des images qu'ils se sont créées.» (_Conversations de Gœthe._) - -[73] _Charles-Robert Cockerell_ (1788-1853), architecte anglais. Il -avait dans sa jeunesse parcouru l'Orient, et pratiqué à Égine et à -Olympie des fouilles qui lui permirent de découvrir les beaux marbres -dits _phigaléens_ qui se trouvent actuellement au British Museum. -À Naples, à Florence, à Rome, il exécuta d'importants travaux de -reconstitutions archéologiques qui le rendirent rapidement célèbre. -Membre de l'Académie d'architecture d'Angleterre, il fut nommé -également membre associé de l'Institut de France. À Rome, il s'était -lié d'intime amitié avec Ingres et les autres artistes français de la -Villa Médicis. - -[74] _Baron Taylor_ (1789-1879), auteur et artiste, commissaire -royal près le Théâtre-Français en 1824, explorateur et archéologue, -inspecteur général des Beaux-Arts en 1848, puis membre libre de -l'Académie des Beaux-Arts, occupa les fonctions les plus diverses, -mais partout témoigna du goût le plus vif pour tout ce qui touche à -la littérature et à l'art. C'est sous sa haute direction que furent -publiés les _Voyages pittoresques et romantiques de l'ancienne France_, -illustrés par l'élite de nos artistes. Philanthrope ardent, il a -de plus fondé sept associations de secours mutuels, dont celle des -artistes dramatiques. - -[75] Voir plus haut, p. 38, en note. - - * * * * * - -1er _juillet._--Toutes ces interruptions nuisent à mes -petits travaux; je ne sais trop à quoi se passent mes journées. -J'essaye de me rappeler mes impressions de la représentation -d'_Othello_; je colore les croquis que j'y ai faits. Je dors encore -outrageusement et à tort. - -Je vais chez Halévy à six heures, par un soleil ardent. Je trouve là -Gounod, les Zimmerman, Fouché, Boilay que j'aime beaucoup. Après dîner, -promenade vers la rivière. - -Au départ de ces messieurs, je m'esquive, pour faire une visite à Mme -Parchappe, qui m'avait invité à dîner; j'y trouve Mmes Barbier et -Villot. - -* - -2 _juillet._--Le matin, je ne puis résister à faire un tour de forêt, -qui ne m'a pas empêché de travailler dans la journée à l'_Hamlet_, aux -_Lions_, etc. - -À six heures, je vais chez Mme Barbier. Tour dans le jardin avec ces -dames avant dîner; après le dîner, causerie dans le parc; bref, je -m'amuse. La société des femmes a toujours, malgré ma retraite, un -charme infini; quand nous remontons, je me trouve avec six femmes, -assises en rond et moi avec elles. - -Mme Framelli venait d'arriver et nous attendait; elle m'invite pour -mercredi. Je me promène avant de rentrer, par un clair de lune -magnifique. - -* - -5 _juillet._--Les dons naturels dépourvus de la culture peuvent -ressembler à ce chèvrefeuille charmant de grâce, mais sans odeur, que -je vois suspendu aux arbres de la forêt. - -* - -8 _juillet._--Dîner chez Barbier avec Danican, etc. Le matin avait eu -lieu la scène désagréable du frère Barbier, qui les a tous vilipendés -dans la rue. - -Toutes mes journées sont monotones, mais remplies çà et là des plaisirs -vifs que me donne la campagne; la chaleur est extrême et m'interdit -presque entièrement la forêt. - -* - -_Augerville_, 12 _juillet._--Parti à deux heures et demie pour Corbeil. -Trouvé cet affreux G... qui me dit effrontément avoir la _Jeune fille -dans le cimetière_[76]; je lui dis qu'elle m'avait été volée, en le -regardant d'une manière qui l'a fait rougir. - -De Corbeil à Malesherbes, voyagé avec une femme distinguée, dont la -conversation était très bien. À Courances, elle se jette dans les bras -d'une vieille paysanne qu'elle accable de caresses: c'était la bonne -qui l'avait élevée; j'ai été très touché. La bonne vieille lui avait -fait un cadeau qu'elle me montra: c'étaient les souliers d'un tout -petit enfant, qui étaient, me dit-elle, ceux de son frère aîné, homme -de soixante-quatre ans. - -J'ai vu ce Gâtinais, cette vieille France toute plate, toute simple, -ces diligences d'autrefois. Si je ne suis pas aussi à mon aise que dans -les chemins de fer, du moins je voyage, je vois, je suis homme; je ne -suis ni une boîte ni un paquet. - -Je quitte ma dame à Malesherbes avec le regret de ne pas savoir son -nom; je trouve là Pinson et son cabriolet découvert, dans lequel nous -faisons le trajet rapidement. - -Je trouve avec Berryer Mme Jaubert, bonne rencontre à la campagne, et -Mme D..., avec une certaine appréhension. - -* - -13 _juillet._--Je sors le matin par le plus beau soleil. Je fais un -croquis, près du pont de pierre, de la rivière fuyant au loin, un -bouquet d'arbres très pittoresque sur le devant. Je me promène avec -bonheur, je vais jusqu'aux rochers où le souvenir de M... me suit en -dépit que j'en aie. - -Je remarque dans les rochers à formes humaines et animales de nouveaux -types plus ou moins ébauchés; je dessine même une espèce de sanglier -et une sorte d'éléphant, nombre de corps, de contours, de têtes -de taureau, etc.; on trouverait là d'excellents types d'animaux -fantastiques; ces formes bizarres prennent là une vraisemblance. -Étrange coïncidence! Quel caprice a présidé à la formation de ce rocher -qui est tout alentour le seul de son espèce? - -Dans la journée, promenade en bateau; Berryer s'obstine à vouloir -nous faire passer en remontant sous le pont de pierre. Cela nous vaut -un excellent exercice, qui nous met en nage et nous prépare au dîner. -Nous arrivons quand il est servi déjà. Nous avons à peine le temps de -changer de chemise. - -Le soir, en tournant autour du château après dîner, Cadillan[77] me -parle de Berryer, de sa manière de travailler, etc. - -* - -14 _juillet._--Berryer part à six heures du matin pour aller plaider -à Paris. Il se flatte de revenir pour dîner ou, au pis aller, à neuf -heures du soir. À notre grande surprise, comme nous étions à table, à -sept heures et quelque chose, il arrive et achève de dîner avec nous; -j'avais proposé à ces dames de retarder le dîner. - -C'est un tour de force étonnant. Arrivé à Paris et au Palais à onze -heures et demie, il plaide immédiatement pendant deux heures et demie; -il part, laissant le deuxième avocat chargé de l'affaire écouter la -réponse de l'adversaire, et prendre des notes s'il est besoin. Il se -rhabille au Palais, repart et arrive sans éprouver d'interruption. - -Il était parti avec un morceau de pain et de galantine dans ses poches. -Trouvant dans le chemin de fer des gens avec lesquels il est obligé de -lier conversation, il ne mange point et ne peut se dédommager qu'en -allant du chemin de fer au Palais. - -Après le dîner, nous étions en famille devant la maison: nous venions -de prendre le café sur le perron. Je le voyais heureux d'être retourné -dans sa retraite, jouissant de ces fleurs, de ces arbres, la plupart -plantés par lui, après une journée employée comme celle-ci. Voilà de -grands bonheurs! - -Le soir, musique avec Mme Jaubert, _Don Juan_, etc., pendant que -Berryer, non point encore satisfait, faisait son courrier pour le -lendemain matin. - -Dans la journée, chaleur orageuse et fatigante. Promenade dans un -bateau léger. Nous descendons à terre près le pont de pierre. Assis en -haut du petit labyrinthe, Mme Jaubert me parle de Chenavard. - -* - -15 _juillet._--Promenade le matin vers les rochers; j'admire encore les -figures d'hommes et d'animaux, j'y fais de nouvelles et d'étonnantes -découvertes. - -Dans une allée plus vers le haut, je rencontre le malheureux scarabée -luttant contre les fourmis acharnées à sa perte; je l'ai observé -pendant longtemps, culbutant ses ennemies qu'il traînait après lui, -retenu par les pattes, dont chacune était accrochée par deux ou -trois des impitoyables ouvrières. Attaqué par les antennes, couvert -quelquefois par elles, il a fini par succomber; l'ayant laissé une -première fois, je l'ai trouvé immobile et tout à fait vaincu, quand -je suis revenu; je lui ai fait faire encore quelques mouvements, mais -enfin la mort était venue. Les fourmis étaient occupées, à ce qu'il -m'a paru, à l'entraîner à la fourmilière que, du reste, on ne voyait -pas aux environs. Je laissai un moment toute cette tragédie et je fus -m'établir dans le petit pavillon à boule de cuivre où je m'endormis -quelques instants. Au bout d'une demi-heure environ, je revins à mes -fourmis. À ma grande surprise, je ne trouve ni fourmis ni insecte! - -Berryer me dit, au déjeuner, que les fourmis déchiquetaient -ordinairement ces sortes de proies et les emportaient par petits -morceaux. Dans le cas que je viens de voir, je ne puis comprendre qu'un -pareil déménagement ait pu avoir lieu en si peu de temps. - -On a beaucoup philosophé à déjeuner sur les fourmis. Mme Jaubert nous -mentionne un livre de M. Huber[78], qui est complet sur leur histoire. - -Promenade à Malesherbes: j'adore ces vieilles habitations; le château -laissé à l'abandon; grandes pièces avec de grands portraits d'ancêtres: -tous les Lamoignon et leurs femmes sont encadrés dans les boiseries. -Magnifique tapisserie du seizième siècle. Je dessine l'ajustement des -brides des chevaux. - -Je rejoins la compagnie dans la merveilleuse allée des Charmes. Visite -à la chapelle ruinée et abandonnée. Magnifique statue de Balzac -d'Entraigues: elle est en pierre; celle d'un Lamoignon, je crois, en -marbre, agenouillé et armé, est dans l'endroit obscur. Différence -du style des deux époques, de Henri IV à Louis XIII, l'autre, au -contraire, de Henri II à peu près. - -Promenade avec ces deux dames au bord de la rivière de Malesherbes. - -* - -16 _juillet._--Promenade le matin; je m'amuse sur un banc à dessiner la -statue du sire d'Entraigues, que j'ai vue hier[79]. - -Promenade en bateau peu agréable et que nous abrégeons le plus -possible; il pleut et il fait froid, nous laissons le bateau en route -et revenons par l'allée que Berryer a fait achever, par les hauteurs, -jusqu'à la maison. - -Il nous parle, le soir, du Père Antoine, supérieur de la Trappe. Les -femmes ne peuvent entrer dans le couvent, sauf les princesses du sang. -Des amis de Berryer vont à la Trappe, et une dame qui se trouvait avec -eux imagine de s'habiller en garçon pour les accompagner. Le Père -Antoine, avisant ce visage imberbe et devinant le déguisement, prend -tout doucement sous sa robe une serpette avec laquelle il va couper une -rose qu'il offre à l'indiscret androgyne. Les visiteurs ne tardent pas -à tourner les talons. - -Autre anecdote sur le même Père Antoine. Il réclamait auprès de M. -de Villèle pour certains bois qui dominent le couvent, qui, étant la -propriété de l'État, mais devant être aliénés, allaient tomber dans -la main des particuliers et gêneraient le couvent. Il disait, dans sa -demande, qu'un aussi _grand ministre_ ou _ministre aussi supérieur_, -etc., etc., et sur tous les tons, trouverait bien un moyen d'accommoder -la loi à cette affaire présente. Berryer le plaisantait un peu sur ses -épithètes hyperboliques adressées à M. de Villèle: «Que voulez-vous, -lui dit le Père Antoine, nous autres, pauvres moines, nous n'avons pas -toujours le compas dans l'œil.» - -Nous déchiffrons la _Gazza_[80]. J'étais encore tout plein de _Don -Juan_ de l'autre jour et je ne me trouvais plus d'admiration possible -pour le chef-d'œuvre de Rossini. J'ai vu une fois de plus qu'il ne -faut rien distraire des belles choses, et encore moins les comparer -entre elles. Les parties négligées dans Rossini ne font nullement tort -à l'impression dans la mémoire: ce père, cette fille, ce tribunal, tout -cela est vivant. Les _croque-notes_ de la princesse, qui ne jurent que -par Mozart, ne comprennent pas plus Mozart que Rossini; cette partie -vitale, cette force secrète, qui est tout Shakespeare, n'existe pas -pour eux; il leur faut absolument l'alexandrin et le contre-point: ils -n'admirent, dans Mozart, que la régularité. - -* - -17 _juillet._--Bonnes et douces promenades, seul ou avec ces petites -femmes. Dans une grande promenade autour du parc, je me mets une épine -de genévrier dans le doigt en arrangeant une branche pour Mme D... - -* - -_Champrosay_, 18 _juillet._--Parti à six heures pour Corbeil. Berryer, -en robe de chambre, est venu m'embarquer. Je pars, le cœur plein de -lui et de mon agréable séjour. - -Tête à tête avec mon automédon, respirant l'air frais, emporté par -l'allée des peupliers et au milieu des eaux remplies de nénufars, je -me retournai plusieurs fois pour le voir de loin, ainsi que ce qu'on -pouvait apercevoir de la maison. J'attends la voiture quelque temps -à Malesherbes; j'essaye, sur la place publique, de m'ôter, avec mon -canif, la petite épine de genévrier. - -Parti dans une affreuse voiture et en mauvaise compagnie. Au reste, je -dors ou sommeille presque tout le temps jusqu'à Corbeil; j'arrive à Ris -vers midi, et je rentre à Champrosay. - -Le soir, je vais chez Barbier. - -* - -_Paris_, 19 _juillet._--Je fais mes paquets dans la journée et je pars -à trois heures. Nous arrivons à Paris pour dîner; je me retrouve sans -trop de déplaisir dans mon atelier, et en face de tout ce que j'ai à -faire. - -* - -20 _juillet._--Au conseil et à l'église, où je ne trouve personne. - -* - -22 _juillet._--Je dîne sur le boulevard avec le cousin Delacroix[81]. - -* - -26 _juillet._--Voir _Mirrha_ avec le cousin. Cette Ristori est vraiment -pleine de talent; mais que ces pièces sont ennuyeuses! - -Je souffre horriblement de la chaleur et de cet ennui. La fatigue de -mes journées employées à l'église[82] est un peu cause de ce malaise, -le soir. J'ai fait tout gratter et j'emplâtre, pour ainsi dire à la -truelle, non seulement les parties creusées, mais toutes les parties -des figures destinées à être lumineuses, telles que chairs, draperies. -Les tableaux y gagneront, mais j'ai failli y prendre la colique des -peintres. - -* - -29 _juillet._--Journée insipide, faute de m'être mis à faire quelque -chose de bonne heure; je dîne au Palais-Royal avec le cousin, dans ce -même salon où je dînai un jour avec Rivet, Bonington[83] et compagnie. -Il fut beaucoup question de la D... - -Le cousin me conte l'histoire des Vauréal; le père de celui que je -connais aurait été un comte de Vauréal; c'était un roturier, bossu -et assez disgracié, mais capable d'aimer, puisqu'il s'était épris -de la Menard, danseuse célèbre et que le comte d'Artois, je crois, -favorisait. Le comte était mal reçu de la dame; mais le prince lui -ayant conseillé de s'humaniser quelque peu, elle déclara à son -soupirant qu'elle ne pouvait lui appartenir que quand elle serait -comtesse de Vauréal. Le mariage se fait; le soir des noces, la mariée -disparaît. Elle ne revient sur l'eau qu'à la mort du comte de Vauréal -et pour entrer en usufruit des biens; le comte avait un fils qui -s'arrange tellement quellement avec sa belle-mère. Elle le maria à la -fille d'un colonel Bonneval, mais avec interdiction de coucher avec sa -femme, laquelle n'aurait eu la possession de son mari qu'à la mort de -la Menard. C'est du père ou du grand-père Vauréal que _mon_ grand-père, -qu'on appelait le _grand Claude_, aurait été régisseur; leurs biens -étaient considérables. Ils auraient, je crois, appartenu à l'évêque de -Reims. - -* - -30 _juillet._--Je vais, à cinq heures, chez le cousin. Trouvé Mme -Dufays, et Mme Cavé qui survient. Je la retrouve le soir, en faisant -une promenade, assise près de la Madeleine et en société d'une petite -qu'elle a prise chez elle et à qui elle sert de mentor. - -* - -31 _juillet._--Dîné chez Pastoret[84] avec Mercey[85], Viollet-le-Duc, -Damas-Hinard[86], etc., etc. Belle galerie pour les tableaux. Je -reviens avec Hittorf[87]. - - -[76] C'est une des premières œuvres de Delacroix que le _Catalogue -Robaut_ date de 1823. (Voir n° 67.) - -[77] _M. de Cadillan_, secrétaire de Berryer. - -[78] _Pierre Huber_ (1777-1840), naturaliste suisse. - -[79] La plupart des croquis de Malesherbes et d'Augerville, cités ici, -sont consignés dans un album de Delacroix, qui fit partie, sous le n° -664 _bis_, de la vente posthume, et fut adjugé au sculpteur Carpeaux -pour 120 francs. Ce petit album in-12 oblong démontre la suite d'idées -du maître, car, de 1854 à 1859, il emporta ce carnet chaque fois qu'il -se rendit en villégiature chez Berryer. - -[80] La _Gazza ladra._ - -[81] Le commandant _Delacroix_ figure comme légataire dans le testament -d'Eugène Delacroix, qui laissa à son cousin divers souvenirs de famille. - -[82] L'église _Saint-Sulpice_, dont il ne termina la décoration -(première chapelle à droite en entrant) qu'en 1857. (Voir _Catalogue -Robaut_, nos 1328 à 1345.) - -[83] _Bonington_ était entré en 1819 dans l'atelier de Gros, où il -rencontra le baron Rivet, qui devint son ami. C'est de la même époque -que date aussi son intimité avec Delacroix. - -Delacroix professait la plus grande estime pour le talent de Bonington. -Dans une lettre adressée à Soulier en 1831, il écrit: «J'ai eu -quelque temps Bonington dans mon atelier. J'ai bien regretté que tu n'y -sois pas. Il y a terriblement à gagner dans la société de ce luron-là, -et je te jure que je m'en suis bien trouvé.» (_Corresp._, t. I, p. 116.) - -[84] Le marquis _de Pastoret_ (1791-1857), homme politique et -littérateur, fut successivement auditeur au Conseil d'État sous le -premier Empire, puis membre du Conseil général et du Conseil d'État -sous la Restauration. Il refusa de reconnaître le gouvernement de la -monarchie de Juillet, et resta jusqu'en 1852 un des représentants les -plus autorisés du parti légitimiste. Rallié à l'Empire, il devint -sénateur et fut appelé en 1855 à faire partie de la Commission -municipale. - -[85] _Frédéric Bourgeois de Mercey_ était alors attaché au ministère -d'État comme directeur des Beaux-Arts et chargé de diriger avec le -comte _de Chennevières_ l'organisation de la section des Beaux-Arts à -l'Exposition universelle de 1855. - -[86] _Damas-Hinard_ (1805-1891), littérateur, auteur de travaux -littéraires appréciés, notamment du _Dictionnaire Napoléon_, et de -traductions fort estimées des grands écrivains espagnols. En 1848 il -fut nommé bibliothécaire du Louvre, et devint en 1853 secrétaire des -commandements de l'Impératrice. - -[87] _Jacques-Ignace Hittorf_ (1792-1867), né à Cologne, architecte, -élève de Percier. On lui doit, indépendamment de nombreux monuments, -qui témoignent de son réel mérite et de son érudition, les -embellissements des Champs-Élysées, de la place de la Concorde, de -l'avenue de l'Étoile. Ce fut lui qui traça, en qualité d'architecte de -la ville de Paris et du Gouvernement, les plans des immenses travaux -du bois de Boulogne et des deux lacs. Il faisait partie depuis 1853 de -l'Académie des Beaux-Arts. - - * * * * * - -2 _août._--Dîné chez Poinsot avec Chabrier, sa femme, l'amiral -Deloffre[88], d'Audiffret, etc. - -* - -3 _août._--Au conseil, qui se tient dans l'anti-chambre, sur le quai: -aux tentures orange, avec les peintures de Court. - -Je vais ensuite à l'Industrie; je remarque cette fontaine jaillissante -de fleurs gigantesques imitées. - -La vue de toutes ces machines m'attriste profondément. Je n'aime -pas cette matière qui a l'air de faire, toute seule et abandonnée à -elle-même, des choses dignes d'admiration. - -En sortant, je vais voir l'exposition de Courbet, qu'il a réduite à -dix sous. J'y reste seul pendant près d'une heure et j'y découvre un -chef-d'œuvre[89] dans son tableau refusé; je ne pouvais m'arracher -de cette vue. Il y a des progrès énormes, et cependant cela m'a fait -admirer son _Enterrement._ Dans celui-ci, les personnages sont les uns -sur les autres, la composition n'est pas bien entendue; il y a de l'air -et des parties d'une exécution considérable: les hanches, la cuisse -du modèle nu et sa gorge; la femme du devant qui a un châle; la seule -faute est que le tableau qu'il peint fait amphibologie: il a l'air -d'un _vrai ciel_ au milieu du tableau. On a refusé là un des ouvrages -les plus singuliers de ce temps; mais ce n'est pas un gaillard à se -décourager pour si peu. - -J'ai dîné à l'Industrie entre Mercey et Mérimée; le premier pense comme -moi de Courbet; le second n'aime pas Michel-Ange! - -Détestable musique moderne par les chœurs chantants qui sont à la -mode. - -* - -11 _août._--À Montreuil, pour le mariage de la fille aînée de Rivet. -Ce bon ami a paru heureux de me voir; j'ai revu avec beaucoup de -plaisir sa mère, si aimable et de si bonne et ancienne manière; causé -de la couleur avec M. Pierre Rivet, mon ancien élève: il me recommande -l'orpin jaune[90]. - -Vu là Colin[91] et revenu avec Riesener. - -Je dînais chez Chabrier; Vieillard y était, et Poinsot qui a été -aimable. J'étais fatigué de ma journée: ce sont trop d'allées et venues -pour une petite constitution. - -Poinsot nous raconte que Charles[92], le physicien, se trouvant traqué -pendant la Révolution et n'ayant que cinq ou six sous à dépenser pour -sa nourriture, ne vécut pendant un mois que de pain et d'eau; au bout -d'un mois, il s'aperçut qu'il perdait sensiblement des forces; il y -joignit alors du fromage, et les forces lui revinrent. - ---Penser à trouver une palette qu'on puisse mettre dans l'eau. - -* - -12 _août._--Mon cher Guillemardet vient dîner avec moi. Causerie sans -fin à table et promenade sur le boulevard jusqu'à onze heures. - -* - -15 _août._--Le matin, déjeuné à l'Hôtel de ville et au _Te Deum_ -ensuite. Grande impression de cette foule en robe de toutes couleurs -et en habits brodés: la musique, l'évêque, tout cela est fait pour -émouvoir; l'église m'a paru, comme toujours, une des mieux faites pour -élever et frapper. - -Réception chez l'Empereur. - -Rentré fatigué; le soir, promenade solitaire faite avec beaucoup de -plaisir; je m'amuse des illuminations; je crois que c'est la première -fois que la foule ne me cause pas d'ennuis. - -* - -18 _août._--Arrivée de la reine d'Angleterre. Je sors de l'église vers -trois heures pour rentrer chez moi. Point de voiture! Paris est fou -ce jour-là; on ne rencontre que corps de métiers, femmes de la halle, -filles vêtues de blanc, tout cela bannière en tête et se poussant pour -faire bonne réception. - -Le fait a été que personne n'a rien vu, la Reine étant arrivée à la -nuit; je lai regretté pour toutes ces bonnes gens qui y allaient -de tout leur cœur; j'étais invité par Pastoret à aller voir le -cortège chez lui; j'ai trouvé là Feuillet[93], Beauchesne[94], qui m'a -recommandé son fils, candidat aux bourses de l'école de Saint-Cyr[95]. - -Revenu au milieu d'une cohue épouvantable. - -* - -23 _août._--Bal à l'Hôtel de ville pour la reine d'Angleterre; chaleur -affreuse. - -J'y trouve Alberthe et sa fille; j'ai fait le tour de l'Hôtel de ville -deux ou trois fois pour conquérir un verre de punch; j'étais glacé, -tant j'étais baigné de sueur. Quelles insipides réunions! - -* - -25 _août._--À Versailles, ce soir. Illuminations devant le château, etc. - -Je ne revois pas avec le plaisir que j'attendais la _Bataille -d'Aboukir_[96]: la crudité des tons est extrême; l'enchevêtrement de -ces hommes et de ces chevaux est un peu inexcusable. - -Revenu par un clair de lune magnifique, et seul. J'ai passé par cette -route de Saint-Cloud, qui m'a rappelé de si bons moments de ma vie de -1826 à 1830. - -* - -26 _août._--J'ai eu la visite de la très aimable princesse de -Wittgenstein[97] et de sa fille, celle pour laquelle Liszt m'avait -demandé un dessin; je dois la revoir et dîner chez elle mardi. - -* - -27 _août._--Je suis dans un mauvais moment; je retourne à l'église, -après une interruption de huit jours; j'y travaille péniblement; la -chaleur est affreusement continue. - -Le soir, je vais voir l'exposition de l'école de dessin de Lequien -fils. J'y trouve Wey[98] et ses fils; il me promet de me donner le -dessin de Fedel, d'après moi, fait il y a une quarantaine d'années et -si remarquable. Wey me dit que c'est la seule chose remarquable faite -d'après moi. - -* - -28 _août._--Dîné chez l'aimable princesse de Wittgenstein; elle avait -un certain comte d'Iri ou d'Uri et un Allemand assez contradicteur et -ennuyeux. - -* - -30 _août._--Soulié m'avait écrit qu'il viendrait au courant de -septembre ou fin d'août. Je lui ai demandé de venir dîner aujourd'hui. -J'ai écrit à Villot qui s'est excusé, étant souffrant; à Riesener et à -Schwiter. Le dîner a été gai, et j'en ai été heureux. - -Le matin, travaillé beaucoup à l'église, inspiré par la musique et les -chants d'église. Il y a eu un office extraordinaire à huit heures; -cette musique me met dans un état d'exaltation favorable à la peinture. - -* - -31 _août._--Sorti vers trois heures pour voir des logements rues -d'Amsterdam, Pigalle, etc. - -Chez Schwiter[99], j'ai été frappé là, en voyant sa propre peinture -et le portrait de West, de Lawrence, ainsi que des gravures d'après -Reynolds, de l'influence fâcheuse de toute _manière._ Ces Anglais, -et Lawrence tout le premier, ont copié aveuglement leur grand-père -Reynolds, sans se rendre compte des entorses qu'il donnait à la vérité; -ces licences, qui ont contribué à donner à sa peinture une sorte -d'originalité, mais qui sont loin d'être justifiables, l'exagération -pour l'effet et même les effets complètement faux qui en sont la -conséquence, ont décidé du style de tous ses suivants, ce qui donne -à toute cette école un air factice que ne rachètent pas certaines -qualités. Ainsi la tête de West, qui est peinte dans la lumière la -plus vive, est accompagnée d'accessoires tels que les vêtements, un -rideau, etc., qui ne participent nullement à cette lumière; en un mot, -elle est dépourvue de toute raison; il s'ensuit qu'elle est fausse -et l'ensemble maniéré. Une tête de Van Dyck ou de Rubens, placée à -côté de semblables résultats, les place tout de suite dans les rangs -les plus secondaires. (Rapprocher ceci de ce que j'ai écrit quelques -jours plus tard à Dieppe sur l'imitation naïve et l'influence des -écoles.)[100]. - -La vraie supériorité, comme je l'ai dit quelque part dans ces petits -souvenirs, n'admet aucune excentricité. Rubens est emporté par son -génie et se livre à des exagérations qui sont dans le sens de son idée -et fondées toujours sur la nature. - -De prétendus hommes de génie comme nous en voyons aujourd'hui, remplis -d'affectation et de ridicule, chez lesquels le mauvais goût le dispute -à la prétention, dont l'idée est toujours obscurcie par des nuages, -qui portent, même dans leur conduite, cette bizarrerie qu'ils croient -un signe de talent, sont des fantômes d'écrivains, de peintres et -de musiciens. Ni Racine, ni Mozart, ni Michel-Ange, ni Rubens, ne -pouvaient être ridicules de cette façon-là; le plus grand génie n'est -qu'un être supérieurement raisonnable. Les Anglais de l'école de -Reynolds ont cru imiter les grands coloristes flamands et italiens; ils -ont cru, en faisant des tableaux enfumés, faire des tableaux vigoureux; -ils ont imité le rembrunissement que le temps donne à tous les tableaux -et surtout cet éclat factice que causent les dévernissages successifs -qui rembrunissent certaines parties en donnant aux autres un éclat qui -n'était pas dans l'intention des maîtres. Ces altérations malheureuses -leur ont fait croire, comme dans le portrait de West, qu'une tête -pouvait être très brillante à côté de vêtements complètement dépourvus -de lumière, et que des fonds pouvaient être très obscurs derrière des -objets éclairés: ce qui est de toute fausseté. - - -[88] L'amiral _Théodore Deloffre_ (1787-1865) fut successivement préfet -maritime à Cherbourg et membre du Bureau des longitudes. - -[89] Voir ce que nous avons dit dans notre Étude, p. LI-LII, sur -l'impartialité de Delacroix touchant les contemporains en général et -Courbet en particulier. - -[90] Le _baron Rivet_, qui s'était éloigné de la politique depuis 1852 -pour se consacrer à l'administration du chemin de fer de l'Ouest, -habitait alors aux portes de Versailles, au grand Montreuil, une -propriété occupée, avant la Révolution, par deux des filles de Louis -XV, Mesdames Victoire et Adélaïde de France. - -Le mariage auquel Delacroix fait allusion est celui de la fille aînée -de M. Rivet, qui épousa, en 1855, M. Bourdeau de Lajudie. La mère de M. -Rivet, dont parle ici Delacroix, était fille du général de Gilibert, -dernier sous-gouverneur des Invalides sous la monarchie, et veuve de -M. Léonard Rivet, ancien aide de camp de Dugommier, créé baron comme -préfet de l'Empire, et qui fut plus tard député sous la monarchie de -Juillet. - -_Pierre Rivet_, neveu de Mme Rivet mère, était grand amateur de -peinture et fervent admirateur de Delacroix. - -[91] _Alexandre Colin._ - -[92] _Jacques-Alexandre-César Charles_ (1746-1823), physicien, a -popularisé en France les découvertes de Franklin et des frères -Montgolfier. Lors de la création de l'Institut, il entra l'un des -premiers à l'Académie des sciences, et en devint par la suite le -secrétaire. [ -F3] _Feuillet de Couches._ Voir t. II, p. 177, en note. - -[94] _Du Bois de Beauchesne._ Voir t. II, p. 375, en note. - -[95] _Henri Du Bois de Beauchesne_, aujourd'hui général de brigade. - -[96] Delacroix a, d'autre part, exprimé toute son admiration pour le -talent du baron _Gros._ (Voir t. I, p. 374, et t. II, p. 351, 352 et -429.) - -[97] La princesse _de Wittgenstein_ était l'amie et l'admiratrice -passionnée de Liszt; il fut un moment question, en 1861, du mariage de -la princesse avec le grand artiste; mais celui-ci devait entrer trois -ans plus tard dans les ordres. - -[98] _Francis Wey_ (1812-1882), littérateur et philologue, avait été -nommé en 1852 inspecteur général des Archives départementales. Il fut -également, de 1853 à 1865, président de la Société des gens de lettres. - -[99] Le baron _Schwiter_ devait être un des légataires de Delacroix, -qui lui laissa par testament divers tableaux anciens. - -[100] Voir plus loin, p. 95 et 96. - - * * * * * - -7 _septembre._--Le matin, chez Dupré. Vu sa maison: très séduit par cet -air riant. - -Dîné chez Mme de Forget avec Mme Dufays, et revu là M. Jouaut, que je -n'avais pas vu depuis 1830. Il passé des années en Russie; ce n'est -plus le beau garçon de ce temps-là. Il me dit que le changement le -plus considérable qu'il trouve en moi, c'est que je parle moins vite -qu'autrefois et que ma voix est changée. - -* - -10 _septembre._--Parti à huit heures par le train express pour aller -à Crose[101]. Voyage très rapide jusqu'à Argenton par l'express, -mais toutes sortes de malheurs à partir de là. Arrivé à Argenton -attendant mes paquets une heure dans la boue et sous la pluie, avant de -m'installer dans cette affreuse petite voiture où j'ai fait un voyage -si insupportable, entre l'enfant qui pissait et les trois femmes qui -vomissaient. - -Je reste à Limoges, tenté un instant de revenir et de m'excuser comme -je pouvais. - -* - -11 _septembre._--Arrivé à Limoges vers onze heures, je m'installe pour -la journée à l'hôtel du _Grand Périgord_; je fais un déjeuner dont -j'avais besoin après l'insupportable voyage. Je vois la ville, le -musée, l'église Saint-Pierre, la cathédrale, Saint-Michel. - -La cathédrale est inachevée, la nef manque. En général, les églises de -tout ce pays sont d'une obscurité lugubre. Je me suis endormi dans la -cathédrale. - -À Saint-Michel, près du musée, où je suis revenu en dernier lieu, j'en -ai fait autant. Ces petits repos m'ont remis tout à fait. - -Je me suis fait raser par un frater et suis venu dîner vers quatre -heures et demie. Excellentissimes champignons, inconnus à Paris. - -Je pars à six heures pour Brive. Dans le coupé, tête à tête avec un -brigadier de gendarmerie, très convenable: tête superbe. Il me quitte -vers neuf heures. Je passe une bonne nuit, tantôt dormant, tantôt -voyant passer à la lueur des quinquets de la voiture le bizarre pays -que je traverse... Uzerche, etc., que je regrette de ne pas voir de -jour. - -Je pensais, en voyant des objets véritablement bizarres, à _ce petit -monde_ que l'homme porte en lui. Les gens qui disent que l'homme -apprend tout par l'éducation sont des imbéciles, y compris les -grands philosophes qui ont soutenu cette thèse. Quelque singuliers -et inattendus que soient les spectacles qui s'offrent à nos yeux, -ils ne nous surprennent jamais complètement; il y a en nous un écho -qui répond à toutes les impressions: ou nous avons vu cela ailleurs, -ou bien toutes les combinaisons possibles des choses sont à l'avance -dans notre cerveau. En les retrouvant dans ce monde passager, nous ne -faisons qu'ouvrir une case de notre cerveau ou de notre âme. Comment -expliquer autrement la puissance incroyable de l'imagination et, comme -dernière preuve, cette puissance incroyable qui est relativement -incomparable dans l'enfance? Non seulement j'avais autant d'imagination -dans l'enfance et dans la jeunesse[102], mais les objets, sans me -surprendre davantage, me causaient des impressions plus profondes ou -des ravissements incomparables; où aurais-je pris auparavant toutes ces -impressions? - -* - -12 _septembre._--Arrivé à Brive à dix heures. François était venu m'y -chercher, et reparti. - -Je parcours la ville, qui est très jolie; l'église romane, où on -a peint des cannelures et des caissons; le collège ou séminaire, -charmante architecture de la Renaissance. - -Je pars à midi et demi et suis à Crose vers trois heures; je ne puis -vaincre, tout le long du voyage, une somnolence extrême. Frappé de la -vue de Turenne et de ses ruines. Beaucoup d'émotion en arrivant. - -Promenade avec François[103] dans les allées d'herbes, les arbres -fruitiers, figuiers; cette nature me plaît et réveille en moi de douces -impressions; la bonne Mme Verninac heureuse de me voir et me tutoyant. -La femme de François est très bien. - -* - -13, 14 _et_ 15 _septembre._--Tous ces jours jusqu'à dimanche, jour -de mon départ, la même vie à peu près; je suis seul, suivant mes -habitudes, jusqu'au déjeuner. L'avant-dernier jour, le 15, je dessine -une partie de la journée les montagnes, de ma fenêtre. Je dessine après -déjeuner et par la chaleur le joli vallon où François a planté des -peupliers; je suis charmé de cet endroit; je remonte par un soleil que -je trouve cuisant et qui me fait toujours une impression de fatigue -pour le reste de la journée; je cueille avec délices quelques figues, -quelques pêches; bien entendu que je m'accuse de mes larcins. - -Comment décrire ce que je trouve charmant dans ce lieu?... C'est un -mélange de toutes les émotions agréables et douces au cœur et à -l'imagination: je pense aux lieux que j'ai vus avec un calme bonheur -dans ma jeunesse, je pense en même temps à mes chers amis, à mon bon -frère, à mon cher Charles, à ma bonne sœur! Seul comme je suis à -présent, il me semblait dans ce lieu, dans ce pays déjà méridional, me -retrouver avec ces êtres chers dans la Touraine, dans la Charente, -lieux qui sont beaux pour moi, beaux pour mon cœur. - -La négligence qui est partout dans ce pauvre Crose, et qui m'avait -choqué d'abord, avait fini par me plaire: rien n y ressemble à nos -habitations d'aujourd'hui... L'herbe pousse où elle veut, la maison se -conserve toute seule. - -Promenade à Turenne[104] un de ces jours; la première fois, elle -avait été marquée par l'événement de la fuite des deux juments, après -lesquelles on avait couru longtemps. Le jour que nous y sommes allés, -il faisait une pluie diluvienne; j'ai été pourtant satisfait de cette -excursion; ce château perché sur le rocher, comme sur un piédestal, est -tout à fait extraordinaire[105]. - -Nous faisons ces courses avec le jeune Dussol, très bon garçon, qui a -dîné presque tous les jours avec nous. - -L'église de Turenne remarquable par un grand air; sa simplicité et même -son dénuement ne lui nuisent pas. - -* - -16 _septembre._--Parti à sept heures pour Brive avec François et -Dussol. Nous rencontrons en route le médecin Masseur, et ensuite la -servante de François avec sa charmante sœur, celle que j'avais vue -en guenilles et pieds nus auprès des chevaux, le jour de la course à -Turenne; cette fois, elle était vêtue coquettement et allait à Brive -pour faire des emplettes pour sa noce qui est dans huit jours; son mari -sera un heureux drôle pendant quelques moments... C'est de l'espèce la -plus fine et la plus piquante, la blonde armée de tous ses attraits -particuliers et qui sont incomparables. Je l'avais bien devinée la -première fois. - -Nous parcourons la ville, après avoir assuré ma place pour une heure, -pour Périgueux et Angoulême; nous allons au séminaire, où je dessine, -et nous revenons déjeuner. - -Ce déjeuner, à cette heure, m'a rendu toute la journée insensible aux -beautés du pays que je traversais. La chaleur aussi était excessive; le -coupé de cette diligence était affreux: pas une vitre ne tenait, j'ai -été tantôt grillé par le soleil, tantôt gelé sans pouvoir m'en défendre -par le courant d'air établi entre les deux portières. - -Dans la première partie du voyage, je guettais la maison de campagne de -Mme Rivet, que définitivement je n'ai pas vue. - -Il y avait avec moi dans le coupé un gros et frais jeune homme qui -m'a conté, avec un grand contentement de lui-même, qu'il venait de -Limoges où il avait été faire emplettes de ses cadeaux de noces pour -une jeune personne qu'il allait épouser aussi dans huit jours; je -n'ai côtoyé ainsi, au milieu de mes souffrances, que des gens heureux -ou sur le point de l'être. Il m'a fait entendre, en relevant à tout -moment sa petite moustache blonde, que sa situation ne lui permettait -pas d'aspirer à ce parti, mais que ses avantages extérieurs lui avaient -valu cette aubaine, dont il rendait grâces au dieu Cupidon. Mon homme, -plus amoureux de lui-même que de sa future, fleur de provincial et de -Périgourdin, me quitta sur la route, non sans m'avoir fait admirer de -loin la propriété, la maison la plus belle du pays, disait-il, enfin -toutes les solides perfections que l'amour jetait à ses pieds, sans -compter celle de la jeune infante; il a oublié de me dire si cette -dernière était douée de grâces et d'attraits; mais ce n'était pas là la -partie intéressante pour lui. - -Je traverse, jusqu'à Périgueux, le pays le plus riche et le plus riant, -mais toujours sous le poids de cette chaleur ou de ce vent cuisant. - -J'arrive à Périgueux à la chute complète du jour; une jeune femme toute -pimpante m'avait été donnée pour compagne de prison dans la boîte -incommode où je me trouvais, une poste avant la ville; je traverse -cette jolie ville au milieu des transparents et des illuminations, à -propos des bonnes nouvelles de Sébastopol. - -Je m'informe des places; je suis forcé de changer mes combinaisons. -J'irai à Montmoreau prendre le chemin de fer par Ribérac dans une -espèce de cabriolet portant les dépêches, et je vais dîner à l'hôtel -_de France_, en face du bureau de la voiture. - -Le repas assez médiocre, servi par une fille très piquante, quoique -déjà mûre, me fait merveille; il n'est pas trop gâté par le voisinage -de commis voyageurs, dont la langue est la même partout et un mélange -curieux d'ineptie et de fatuité; j'avais déjà déjeuné à Brive quand j'y -arrivai de Limoges, en attendant l'heure de partir pour Grose, avec une -réunion semblable. - -À Périgueux, après dîner et en payant à Mme l'hôtesse mes 3 fr. 50, -j'admire la rotondité de sa robe à la mode et cette magnifique toilette -qu'elle promène, de la cour à la cuisine et à la salle à manger. Je -sors enchanté de tout ce que je voyais et particulièrement de la beauté -des femmes que je trouve, dans tous les environs, on ne peut plus -piquantes. Je me promène assez tard sur la grande promenade remplie -de promeneurs de tous étages, de marchands forains, de musiques, de -faiseurs de tours et de loteries. Je trouve même de la _vraie beauté_, -le piquant uni à une grâce et à une correction qui n'est pas dans le -Nord et que Paris n'offre jamais. - -Enfin, je pars à neuf heures, je crois. Arrangement qui me paraît -d'abord impossible et qui finit par aller tant bien que mal; mon grand -manteau me rend grand service, serré, emboîté et enveloppé jusque -par-dessus les yeux, de peur du serein; je finis par m'engourdir et -enfin j'arrive à Ribérac vers deux heures du matin. - -Arrivée dans cette petite ville où quelques chandelles achevaient -de brûler aux fenêtres, en témoignage de l'allégresse, mais dans -une solitude complète. Entrée sous cette remise d'auberge; prise de -possession d'une chambre, où j'ai dormi tout habillé et profondément -jusqu'à cinq heures du matin. - -* - -17 _septembre._--Parti joyeux pour Montmoreau. Réveillé le matin à -Ribérac et juché dans le coupé, avec un jeune militaire et un bon -Périgourdin qui me parle de son vin; et tout ce que je vois m'enchante; -le soleil levant donne à cette jolie et riche nature un attrait -inexprimable. La ressemblance de ce pays avec ma chère forêt réveille -encore des souvenirs délicieux. En traversant des parties de bois, je -crois être avec mon cher Charles et le bon Albert, quand nous allions -chasser, par la rosée, sous les bois et dans les vignes... Point de -description pour de si douces pensées! - -Je remarque, de Ribérac à Montmoreau, les vignes grimpant aux arbres -ou à des perches qui les soutiennent, à la manière italienne; cela -est fort joli et fort pittoresque, et ferait bien en peinture; mon -voisin le militaire, joli jeune homme, qui revient peu enthousiasmé de -la Crimée où il a eu les pieds gelés, me dit que cette méthode n'est -pas la meilleure, sinon pour la vigne elle-même, au moins pour les -productions qui l'environnent, à cause de l'ombre qui résulte de cet -arrangement. Mon chasseur de Vincennes me dit que les Anglais sont des -_soldats de parade qui s'en vont trop tôt_, malgré la renommée de leur -ténacité. Peut-être, en bons alliés, faisons-nous pour eux, à l'égard -de la bravoure, ce qu'on fait pour les avares dont on veut tirer -quelque chose en les louant de leur générosité... - -J'arrive à Montmoreau; je suis conduit droit au chemin de fer, où je -m'encage vers onze heures et demie. - -À Angoulême, rencontre de Mme Duriez[106], de sa fille, de son gendre -et de son petit-fils. Je les aide à monter en voiture; cette rencontre -qui était dans les décrets du destin, puisque je m'étais flatté -d'aller les voir à Hurtebize, a rajeuni de bons sentiments et de bons -souvenirs; mais j'étais déjà fatigué de tous mes mouvements des jours -passés; le repos, pendant cette route, m'eût été nécessaire; j'aurais -traversé avec plus de plaisir, avec le recueillement nécessaire, ces -pays aimés pleins de tristesse et de doux souvenirs; au lieu de cela, -chaleur étouffante, conversation soutenue jusqu'au soir, mille sujets -d'une fatigue qui a duré et s'est prolongée à Strasbourg. - -Dîner incroyable à Orléans; véritable pillage dans la salle où tous ces -voyageurs pressés s'arrachaient les morceaux et se tiraient les chaises -et les plats. - -J'arrive à Paris à près de dix heures. - -* - -18 _septembre._--Je m'étais flatté que je pourrais repartir le matin -pour Strasbourg. Ma fatigue est extrême; je reste au lit ou sur mon -lit. Je ne sors que pour dîner à la taverne flamande de la rue de -Provence. Je rentre fermer mes malles et je pars à huit heures du soir. -Je ne puis dormir pendant cette route. Bon ménage, orné d'un enfant à -la mamelle tenu par une Alsacienne en costume et d'un enfant de huit à -dix ans qui m'a donné des coups de pied pendant toute la route. - -Au jour, et avant d'arriver, je suis frappé des montagnes boisées avant -Saverne et de la terre rouge qui abonde en ce pays. - -* - -_Strasbourg_, 19 _septembre._--J'arrive vers huit heures; je vais à -pied chez les bons cousins[107]. J'accompagne le long des canaux et de -la rivière l'homme qui traîne mon bagage; je trouve les bons cousins en -train de déjeuner. Joie de me voir et moi heureux de les embrasser; je -me sens de la fatigue; je dors sur le canapé du salon; le dîner, qui -vient ensuite et de trop bonne heure, continue le trouble des jours -précédents. - -Après dîner, le cousin me mène au casino, où il m'inscrit; je n'ai pas -abusé beaucoup de la faveur qui m'était faite; il me fait assister là à -une réunion des membres du bureau de la Société rhénane des amis des -arts; séance peu récréative qui heureusement ne dure pas longtemps. - -* - -20 _septembre._--Au déjeuner que je fais avec les cousins et encore -trop tôt, arrive Schiller le graveur[108] qui m'a connu chez Guérin, -quand je commençais à n'y plus aller; il a su mon arrivée par un des -membres d'hier et se met à ma disposition. Nous allons voir chez M. -Simonis le superbe Corrège: _Vénus désarmant l'Amour_; je ne l'estime -pas d'abord tout ce qu'il vaut. - -Je regrette bien vivement de n'écrire ceci que trois semaines après -l'impression que j'en ai reçue: la science, la grâce, le balancement -des lignes, le charme de la couleur, les licences hardies, tout se -réunit dans ce charmant ouvrage; certains contours durs m'avaient -alarmé; je remarque ensuite qu'ils sont parfaitement motivés par la -nécessité de détacher des parties d'une manière tranchée. - -Autres beaux tableaux dans le même endroit, mais le souvenir se -confond: ce sont des flamands, c'est tout dire. Belle tête de Van Dyck: -homme en armes. - -Nous allons au musée, à la mairie; j'y vois une assez bonne copie de -mon _Dante_, faite par Brion[109], un jeune homme qui a fait de bons -sujets d'Alsace. Je vois là des choses assez curieuses: une figure nue -d'homme, de Heim[110]; cet homme avait un sentiment dans le sentiment -des maîtres italiens; ce tableau est très gâté; je vois là son dernier -grand tableau, exposé il y a deux ans[111], roulé depuis ce temps et -laissé dans un coin comme on l'a apporté. Voilà comment les musées de -province traitent les tableaux. - -Je rencontre avec Schüler, qui m'a mené voir l'horloge rajeunie de la -cathédrale, M. Klotz, l'architecte, frère de Mme Petiti: il me fait les -honneurs de la _Maison d'œuvre_, et m'autorise à y dessiner. - -Le soir, avec la bonne cousine, chez Hervé: la joie de ce bon et cher -homme à me revoir; il y a de cela quarante-cinq à quarante-huit ans. - -* - -21 _septembre._--Le lendemain, je suis tout à fait indisposé; je reste -couché une partie de la journée; j'ai peine à me dérober aux remèdes de -la bonne cousine. Hervé vient me voir pendant que je suis couché. La -journée se passe ainsi. - -* - -23 _septembre._--J'écris à Mme de Forget une lettre qui exprime bien -mes ennuis de voyage: - -«J'ai été fort longtemps sans vous écrire; c'est que j'ai fait le -voyage le plus contrarié, je n'oserais pas dire le plus malheureux, -puisque j'y ai eu quelques bons moments en retrouvant des personnes que -j'aime; mais tout a été en dépit de mes prévisions et de mes petites -convenances. - -J'ai traversé Paris en revenant du Périgord, pour aller à Strasbourg, -d'où je vous écris, souffrant, mal disposé pour achever ce qui me -reste à faire, brisé par tous ces soubresauts et ces changements de -régime et de condition. J'ai trouvé dans le pays de mon beau-frère des -personnes que je n'avais pas vues depuis mon extrême jeunesse. Tout -cela est attendrissant et attristant; mais encore il y a des émotions -délicieuses qui s'y mêlent. Les communications dans tous les pays qui -ne sont pas traversés par les chemins de fer sont intolérables: on est -jeté dans d'affreuses carrioles, entassé et confondu avec toute la -famille possible; c'est à tous ces inconvénients que je n'ai pas pu -résister, et quoiqu'à la veille précisément d'aller faire à Baden un -tour de quelques jours, je n'entrevois qu'avec ennui toute espèce de -déplacement. - -J'ai plus d'une fois envié votre calme philosophique, dans votre -jardin, que vous n'êtes pas obligée d'aller chercher à travers des -ennuis de toute sorte. Restez-y donc et ne bougez pas; je ne serai ici -que jusqu'à la fin du mois; je pars, n'étant rien moins que reposé par -ma villégiature. Peut-être, comme on a retardé jusqu'au 15 octobre la -reprise du jury de peinture, irai-je passer quinze jours francs à me -refaire tout seul, au bord de la mer. - -Je vous conterai mes impressions de Baden, où tout le monde ici -m'envoie. C'est demain ou après-demain que je m'embarque pour cette -vallée de Tempe. - -Je n'ose vous prier de me répondre, à moins que ce ne soit très -promptement, comme vous voyez.» - - -Je vais, après dîner, avec la cousine, chez Schüler que je trouve -peignant des paysages; il devait nous mener voir le tombeau du maréchal -de Saxe. Ou plutôt je crois que c'est hier ceci, et aujourd'hui que j'y -ai été le soir avec la cousine. - -Vu les momies et le tombeau; j'en parle dans mes souvenirs de Baden. - -Un de ces matins, chez Ferdinand Lamey: vu son jardin, etc., etc. - -* - -_Baden_, 25 _septembre._--Parti de Strasbourg à huit heures; traversé -la citadelle; jolie route qui me rappelle Anvers et la Belgique. -Traversé le Rhin, arrivé à Baden vers quatre heures. Belles montagnes -de loin se confondant avec l'horizon: le temps un peu brouillé après -mon installation au _Cerf._ À peine arrivé, et comme à l'ordinaire, -tout me semble triste, et je suis certain de m'ennuyer ici. - -Je fais une aquarelle des montagnes, de ma fenêtre. Je sors, je -rencontre Séchan[112], peu après Mme Kalergi. Séchan me mène voir ses -travaux vraiment surprenants par la dextérité employée à tout envoyer -de Paris, tout fait. Je vois Lanton avec lui qui, habitant Baden, est -enivré de Baden: tout lui semble charmant; les femmes s'offrent à qui -mieux mieux; on y déjeune, on y dîne, on y chasse le lendemain. - -Benazet m'invite à cette chasse, et je refuse, malgré sa politesse. - -Le soir, après dîner, promenade solitaire, où il faut convenir que je -m'ennuie un peu malgré Lanton. J'entre à la _Conversation_, où je vois -jouer. Je suis travaillé tout à coup entre la nécessité de faire des -excursions sur les imitations de Séchan, affaire de conscience, et le -désir de ne pas bouger, plus conforme à ma nature. - -* - -_Baden, en arrivant_, 25 _septembre._--J'ai vu hier, à Strasbourg, -avec la bonne cousine Lamey, à l'église Saint-Thomas, le tombeau du -maréchal de Saxe: c'est le meilleur exemple de l'inconvénient que je -signale. L'exécution des figures est merveilleuse, mais elles vous -font presque peur, tant elles sont imitées d'après le modèle vivant. -Son _Hercule_, quoique de l'école et avec l'inspiration du Puget, n'a -pas ce souffle et cette hardiesse, j'oserai dire ces défectuosités -partielles qu'on voit partout dans ses ouvrages; les proportions de -cet Hercule sont très justes; chaque partie offre des plans exacts et -un grand sentiment de la chair, mais sa pose est insipide; c'est un -Savoyard affligé, et non le fils d'Alemène; il est là, il pourrait -être ailleurs. Cette _France affligée_, qui conjure la Mort avec une -expression de douleur très juste, est le portrait d'une Parisienne; la -figure de la _Mort_, figure idéale par excellence, est tout simplement -un squelette articulé, comme il y en a dans tous les ateliers et sur -lequel le sculpteur a jeté un grand drap, qu'il a copié avec soin, en -faisant sentir très exactement, sous les plis et dans les endroits où -on les voit à découvert, les têtes d'os, les creux et les saillies. - -Nos pères, tout barbares dans leurs naïves allégories, dont le gothique -est plein, ont représenté tout autrement les figures symboliques. - -Je me rappelle encore cette petite figure de la _Mort_ qui sonnait -les heures dans la vieille horloge de l'église de Strasbourg, que -j'ai vue au rebut avec toutes celles qui y faisaient leur rôle, le -vieillard, le jeune homme, etc.; «c'est un objet terrible, mais non -pas hideux seulement». Quand ils font des figures de diables ou -d'anges, l'imagination y voit ce qu'ils ont voulu faire, à travers les -gaucheries et l'ignorance des proportions. - -Je ne parle pas du monument du maréchal de Saxe sous le rapport de -l'unité d'impression et de style, il en est entièrement dépourvu, -l'esprit ne sait où se prendre dans ces figures dispersées, dans ces -drapeaux brisés, ces animaux renversés. Et pourtant quel sujet pour -l'imagination d'un vrai artiste sur son seul énoncé! Ce héros armé qui -descend au tombeau son bâton de commandement à la main; cette France, -qu'il a servie, qui s'élance entre lui et le monstre impitoyable qui va -le saisir; ces trophées de sa gloire, vains ornements pour son tombeau; -ces emblèmes des puissances subjuguées, cet aigle, ce lion, ce léopard -expirant! - ---M. Janmot, qui vient me voir ce matin, me dit, à propos des bonnes -ébauches, qu'Ingres dit: _On ne finit que sur du fini._ - -* - -26 _septembre._--Le matin renouvelé entièrement encore comme à -l'ordinaire. Je sors de bonne heure. Je commence par l'église, -monument gothique, restauré il y a un siècle et demi et dans lequel -on a prodigué, suivant la mode du temps, les ornements à la Vanloo, -comme à celle de Brive, les cannelures et les caissons à la grecque -du commencement de ce siècle. Deux tombeaux magnifiques dans le -chœur: celui de l'évêque couché et armé avec le squelette sous la -table qui le supporte, et surtout celui du vieux margrave armé et -debout, collé à la muraille, son bâton de commandement à la main, et -son casque à terre, près de lui, le tout dans un arrangement du temps -de la Renaissance du plus beau style; j'ai remarqué sur mon calepin, -ensuite, la différence de ce style avec celui d'un autre tombeau, le -plus important de tous, lequel est dans le style de Vanloo. Malgré la -confusion et le mauvais goût, les plates allégories et le bariolage, -il est encore supérieur à tout ce qui est de notre triste époque, où -la froideur, l'insignifiance et la mesquinerie ôtent toute espèce -d'intérêt. - -Monté, par des marches fort raides, jusqu'au palais grand-ducal, que -je prends pour une espèce de ferme ou couvent; je monte par une allée -exposée au soleil, puis je tourne dans les bois de sapins que j'admire; -après chaque montée, que je crois toujours être la dernière, j'arrive -au vieux château. Ruines rafistolées à l'allemande, pour en faire des -perspectives d'album; bouteilles cassées, débris de cuisine au milieu -de tout cela; le garde-manger était dans la salle des chevaliers. Je -remarque les rochers granitiques comme ceux de la Corrèze; ils sont -plus particulièrement d'une couleur rougeâtre comme le terrain et les -pierres de ces pays-ci. - -J'écris à diverses reprises sur mon calepin. J'admire en descendant une -grande perspective montante sous les pins. Je remarque la couleur de -_charbon_ du fond et des arbres. Je redescends par une grande chaleur -et pressé par la faim. Au bas des degrés, je me trompe de route et -je conçois de l'inquiétude, en sentant ma fatigue et voyant reculer -mon déjeuner. J'arrive enfin tout poudreux, tout hérissé. Je me mets à -table. Voilà toutes sortes d'événements qui ne peuvent pas m'arriver à -Paris et qui font que je ne peux pas y déjeuner avec appétit. - -Je dors ensuite presque toute la journée; un autre se serait fait un -devoir d'aller voir des cascades. - -À six heures chez Mme Kalergi, qui m'avait prié; j'y trouve un prince -Wiasiemski et sa femme, le premier Kalmouck par la face, la seconde -charmante et gracieuse Russe qui m'a semblé mieux le lendemain en -toilette du matin. De plus, une dame russe aussi ou berlinoise, -sentimentale personne, avec qui j'ai fait le lendemain le voyage -d'Eberstein avec Mme Kalergi. Cette dernière me parle beaucoup de -Wagner[113]; elle en raffole comme une sotte, et comme elle raffolait -de la République. Ce Wagner veut innover; il croit être dans la vérité; -il supprime beaucoup des conventions de la musique, croyant que les -conventions ne sont pas fondées sur des lois nécessaires. Il est -démocrate; il écrit aussi des livres sur le bonheur de l'humanité[114], -lesquels sont absurdes, suivant Mme Kalergi elle-même. - -Je sors d'assez bonne heure; je vais faire, malgré le froid le plus -piquant, une longue promenade sous l'allée qui va à Lichtenthal, -délicieux endroit. Je rencontre, en revenant, Winterhalter[115], bon -diable, mais très ennuyeux. Il veut absolument aller boire de la -bière, et je le suis. Il me donne l'adresse d'un marchand d'_ale_ et -de _porter_ à Paris, et aussi celle d'un marchand de _jambon cru_ de -Mayence. - -* - -27 _septembre._--Je m'achemine de bonne heure et sans la précaution -d'un paletot vers le couvent de Lichtenthal. Délicieuse et matinale -promenade; dans l'église du couvent, la divine surprise, au moment -où j'allais partir, du chant des religieuses; on ne trouverait pas -pareille chose en cent ans, dans toute la France. Je disais à Mme -Kalergi, qui prend fort le parti des Allemands, que chez eux la -musique[116] venait pour ainsi dire en pleine terre; chez nous, c'est -une production artificielle. - -Grand Christ en bois peint très expressif et effrayant pendu de côté -et sous les yeux de ces pauvres religieuses quand elles sont dans leur -tribune. - -Que ces voix pures et timbrées avaient d'expression! Quel chant et -quelle simple harmonie! La voix, cette émanation du tempérament -physique plus que de l'âme, semblait trahir les désirs comprimés: je me -le figurais au moins. Je suis revenu enchanté. - -Je passe au petit bazar en plein vent, faire quelques achats. Je -reviens déjeuner et je m'apprête pour aller chez Mme Kalergi; de chez -elle chez son prince, qui me montre un _Auguste_ Delacroix[117], qu'on -lui avait vendu pour un _Eugène._ (_A Rowland for an Oliver_, c'est le -titre d'une pièce anglaise.) - -Promenade par un soleil ardent jusqu'à Eberstein, parlant sentiment, -politique, arts, etc. Château comme toutes ces résidences allemandes: -du faux gothique, des ornements de tous les styles, mais toujours -détestablement et gauchement arrangés. La gaucherie est la muse qui -se tient le plus souvent derrière l'épaule de leurs artistes. Une -demi-gaucherie est presque toute la grâce de leurs femmes. - -Revenu fatigué, je quitte ces dames et reviens dormir une heure. Dîner -ensuite. - -Nouvelle promenade dans la partie des bosquets découverts qui est près -de la rivière, et promenade toujours aussi charmante sous les chênes de -Lichtenthal. Musique affreuse exécutée ce soir par les Badois. Celle -des Autrichiens, le premier jour, était d'une meilleure exécution; mais -ils ne jouent, avec tous leurs talents, que de la musique à l'usage de -la grande foule des auditeurs qui sont là. - -* - -28 _septembre._--Promenade le matin, en mauvaise disposition; c'était -la dernière: j'avais encore quelques petits achats à faire. Je monte -par la pente en face de mes fenêtres. L'ardeur du soleil m'en chasse -promptement. Je remarque que j'y suis plus sensible de jour en jour: -je finirai par sympathiser complètement sous ce rapport, comme sous -tant d'autres, avec ma pauvre Jenny. Quelques tours, mais sans charmes, -dans les bosquets à droite de la route qui mène à Lichtenthal et dans -l'allée allemande. Je fais mes paquets et pars à deux heures. - -Voyage rapide; vue de montagnes; changements de voitures. Arrivé le -soir à Strasbourg, avant la nuit. Plaisir de me trouver avec les bons -Lamey. - -* - -_Strasbourg_, 29 _septembre._--Passé une partie de la journée à la -_Maison d'œuvre_ Je la cathédrale, à dessiner[118]. (Je regrette -de n'écrire nies impressions qu'ici, à Dieppe, dix à douze jours -après: j'ai été très frappé de ce que j'ai vu là. J'aurais voulu tout -dessiner.) - -Le premier jour, j'ai été attiré par les ouvrages du quinzième siècle -et du commencement de la renaissance des arts; les statues un peu -roides, un peu gothiques de l'époque antérieure ne m'attiraient pas; -je leur ai rendu justice le lendemain et le jour suivant, car j'y ai -dessiné trois jours avec ardeur, au milieu des interruptions du froid -et de l'incommodité du lieu par le défaut de lumière ou la difficulté -de me placer. Je dessine sous la prétendue statue d'Erwin[119], car -Erwin est partout ici, comme Rubens est à Anvers, comme César partout -où il y a une enceinte en gazon ressemblant à un camp. La tête, les -mains superbes, mais les draperies déjà chiffonnées et faites de -pratique. De même pour la statue en face de l'homme en manteau fendu -sur l'épaule qui met sa main sur les yeux, la tête levée en l'air. Plus -naïves, les figures de l'homme en robe et en chaperon, agenouillé, -du vieux juge assis dans l'anti-chambre, et des figures des soldats -malheureusement mutilés et couverts d'armures qui sont également dans -l'anti-chambre, mais qui sont d'une époque antérieure. - -Ce soir, après dîner, mais de jour, promenade dans le petit jardin avec -la bonne cousine: elle appréhende, la pauvre femme, la solitude des -dernières années. - -* - -30 _septembre._--Retourné, malgré le dimanche, à la _Maison -d'œuvre._ Nous avions été auparavant faire je ne sais quelle -course avec la bonne cousine; elle ne veut s'en aller qu'après -m'avoir vu entrer. Je me jette sur les figures d'anges des treizième -et quatorzième siècles: les vierges folles, les bas-reliefs d'une -proportion encore sauvage, mais pleins de grâce ou de force. - -J'ai été frappé de la force du _sentiment_: la _science_ lui est -presque toujours fatale; l'adresse de la main seulement, une -connaissance plus avancée de l'anatomie ou des proportions livre à -l'instant l'artiste à une trop grande liberté; il ne réfléchit plus -aussi purement l'image, les moyens de rendre avec facilité ou en abrégé -le séduisant et l'entraînant à la _manière._ Les écoles n'enseignent -guère autre chose: quel maître peut communiquer son sentiment -personnel[120]? On ne peut lui prendre que ses _recettes_; la pente -de l'élève à s'approprier promptement cette facilité d'exécution, qui -est chez l'homme de talent le résultat de l'expérience, dénature la -vocation et ne fait, en quelque sorte, qu'enter un arbre sur un arbre -d'une espèce différente. Il y a de robustes tempéraments d'artistes -qui absorbent tout, qui profitent de tout; bien qu'élevés dans des -_manières_ que leur nature ne leur eût pas inspirées, ils retrouvent -leur route à travers les préceptes et les exemples contraires, -profitent de ce qui est bon, et, quoique marqués quelquefois d'une -certaine empreinte d'école, deviennent des Rubens, des Titien, des -Raphaël, etc. - -Il faut absolument que, dans un moment quelconque de leur carrière, -ils arrivent, non pas à mépriser tout ce qui n'est pas eux, mais à -dépouiller complètement ce fanatisme presque toujours aveugle, qui nous -pousse tous à l'imitation des grands maîtres et à ne jurer que par -leurs ouvrages. Il faut se dire: cela est bon pour Rubens, ceci pour -Raphaël, Titien ou Michel-Ange. Ce qu'ils ont fait les regarde; rien ne -m'enchaîne à celui-ci ou à celui-là. - -Il faut apprendre à se savoir gré de ce qu'on a trouvé; une poignée -d'_inspiration naïve_ est préférable à tout. Molière, dit-on, ferma un -jour Plaute et Térence; il dit à ses amis: «J'ai assez de ces modèles: -je regarde à présent en moi et autour de moi.» - - -[101] C'est le nom d'une propriété de famille qui appartient -aujourd'hui encore à M. _de Verninac_, sénateur. - -[102] Se reporter dans le second volume à tout ce qu'il dit sur -l'_Imagination_ et sur l'_Idéalisation._ (Voir t. II, p. 126 et 241.) - -[103] _François de Verninac_, président du tribunal de Tulle. Delacroix -lui laissa par testament quelques souvenirs de famille. - -[104] On voit, à Turenne, les ruines d'un ancien château fort dont il -reste une tour gigantesque, dite Tour de César. - -[105] À cet endroit du manuscrit se trouve une esquisse presque informe -qui représente la tour du château. Elle fait invinciblement penser aux -ms de Victor Hugo, faits par le poète dans son voyage sur les bords du -Rhin. - -[106] _Mme Duriez de Verninac._ Dans son testament Delacroix lui a -laissé de nombreux souvenirs. - -[107] La famille _Lamey_, qui habitait Strasbourg, où M. Lamey occupait -le poste de président de Cour. [ -F08] _Chartes-Auguste Schüler_ (1804-1859), graveur, élève de Guérin -et de Gros, visita l'Allemagne et l'Italie, et retourna se fixer à -Strasbourg, son pays natal, où il se voua à l'enseignement. - -[109] _Gustave Brion_ (1824-1878), peintre, élève de Gabriel Guérin, -s'est voué spécialement à la peinture des mœurs alsaciennes et -rhénanes. On lui doit les illustrations de _Notre-Dame de Paris_ et -_Les Misérables_ de Victor Hugo, publiées en 1864. - -[110] _François-Joseph Heim_ (1787-1865), peintre, élève de Vincent, -obtint le prix de Rome en 1807. Parmi ses œuvres les plus importantes, -on peut citer le _Martyre de saint Cyr et de sainte Juliette_, qu'on -peut voir dans une des chapelles de l'église Saint-Gervais, et _Charles -X distribuant des récompenses aux artistes à la fin de l'Exposition_ -de 1824, tableau où figure notamment Delacroix et qui se trouve -aujourd'hui au Louvre. - -[111] _La défaite des Cimbres et des Teutons_, exposé en 1853. - -[112] _Charles Séchan_(1802-1874), peintre décorateur, élève de Cicéri, -s'est fait une place à part pour le goût qu'il apporta dans l'art -décoratif. Le talent qu'il montra en brossant des décors pour les -grands théâtres de Paris et de l'étranger le firent distinguer, et en -1849 il fut chargé de restaurer la galerie d'Apollon, au Louvre; plus -tard, on lui confia les peintures architecturales de Saint-Eustache. -En 1852, au retour d'un voyage à Constantinople, où il entreprit les -décorations intérieures des palais et des kiosques du Sultan, il se -rendit à Baden, où il exécuta les travaux décoratifs du Casino. Il a -publié un volume de _Souvenirs._ - -[113] Il ne faut pas oublier qu'à cette époque le nom de _Richard -Wagner_ était complètement inconnu en France. Nous sommes en 1855, -c'est-à-dire huit années avant la légendaire tentative de _Tannhäuser_, -au grand Opéra de Paris. Le nom alors obscur du poète-musicien n'avait -pu être révélé à Eugène Delacroix que par une étrangère russe ou -berlinoise. - -[114] Delacroix fait allusion ici aux tentatives politiques et sociales -de R. Wagner. Celui-ci avait participé au mouvement révolutionnaire de -l'Allemagne qui avait suivi le mouvement de 1848 en France. Il avait -dû quitter son pays et s'exiler en Suisse. De cette époque date la -série de ses grandes productions poétiques et musicales. Mais bien que -désormais il ne dût prendre aucune part active à la propagande des -idées socialistes, il leur demeura toujours très fidèlement et très -fermement attaché, au point que ses écrits théoriques s'en trouvent -souvent influencés. - -[115] _François-Xavier Winterhalter_ (1808-1873), peintre allemand, qui -pendant tout le règne de Louis-Philippe et pendant les premières années -du second Empire a joui d'une grande vogue. Il fit les portraits de la -plupart des membres de la famille royale, reproduits et popularisés -d'ailleurs par la gravure. On connaît aussi le portrait en médaillon de -l'impératrice Eugénie exposé en 1861, celui de la reine Victoria, etc. - -[116] Delacroix note ici une observation que seuls ont pu faire ceux -qui ont voyagé en Allemagne. Déjà avant d'y être allé, il rapporte -dans son journal un fragment de conversation avec A. de Musset, dans -lequel il observe que les Français ne sont _d'instinct_ ni musiciens -ni peintres. Il faut avoir visité les villes d'Allemagne, non pas -seulement les capitales, comme Leipzig, Dresde, Berlin, mais même les -villes de second ou de troisième ordre, pour se rendre compte du rôle -que joue la musique dans l'éducation nationale. - -[117] _Auguste Delacroix_ (1812-1868), peintre, qui se consacra presque -exclusivement à l'aquarelle, et obtint de brillants succès dans ce -genre alors peu recherché. - -Aucun lien de parenté ne le rattachait à Eugène Delacroix, et celui-ci -s'irritait de cette similitude de nom, qui pouvait créer une confusion -dans l'esprit du public. - -[118] Voir _Catalogue Robaut_, nos 1399 à 1402 et 1912. - -[119] _Erwin de Steinbach_ (1240-1318), architecte et sculpteur -allemand, construisit la façade ouest de la cathédrale de Strasbourg -et prépara les plans de décoration intérieure de la nef. Il mourut -laissant son travail inachevé; mais son fils _Jean_ acheva son œuvre -d'après des dessins qui sont encore conservés à Strasbourg. - -[120] Voir sur ce point notre étude, pages 32, 33, 34. C'est là une des -idées les plus chères à Delacroix et les plus significatives de son -esthétique. - - - * * * * * - -1er _octobre._--Nous allons, le cousin, la cousine et moi, -voir le bon Schüler; je le remercie de ses gravures; nous y allons -surtout pour voir le petit portrait qu'il a fait du cousin, pour mettre -en tête de ses œuvres; je les quitte pour aller à la _Maison de -l'œuvre._ - -Les _naïfs_ me captivent de plus en plus; je remarque dans des têtes, -telles que le vieillard à longue barbe et en longue draperie, dans les -têtes de deux statues un peu colossales d'un abbé et d'un roi, qui -sont dans la cour, combien ils ont connu le procédé antique. Je les -dessine à la manière de nos médailles d'après l'antique, par les plans -seulement. Il me semble que l'étude de ces modèles d'une époque réputée -barbare, par moi tout le premier, et remplie pourtant de tout ce qui -fait remarquer les beaux ouvrages, m'ôte mes dernières chaînes, me -confirme dans l'opinion que le _beau_ est partout, et que chaque homme -non seulement le voit, mais doit absolument le rendre à sa manière. - -Où sont ces types grecs, cette régularité dont on s'est habitué à -faire le type invariable du _beau?_ Les têtes de ces hommes et de ces -femmes sont celles qu'ils avaient sous les yeux. Dira-t-on que le -mouvement qui nous porte à aimer une femme qui nous plaît ne participe -nullement de celui qui nous fait admirer la beauté dans les arts? Si -nous sommes faits pour trouver dans cette créature qui nous charme le -genre d'attrait propre à nous captiver, comment expliquer que ces mêmes -traits, ces mêmes grâces particulières pourront nous laisser froids, -quand nous les trouverons exprimés dans des tableaux ou des statues? -Dira-t-on que, ne pouvant nous empêcher d'aimer, nous aimons ce que -nous rencontrons et qui est imparfait, faute de mieux? La conclusion -de ceci serait que notre passion serait d'autant plus vive que notre -maîtresse ressemblerait davantage à la Niobé ou à la Vénus, mais on en -rencontre qui sont ainsi faites et qui ne nous forcent nullement à les -aimer. - -* - -2 _octobre._--Je pars de Strasbourg à midi et demi. Séparation tendre, -regrets et adieux. - -Je voyage avec une jeune mère très attentive à son enfant et qui ne -l'a pas laissé une minute: petite femme frêle, blond fade, l'air -intelligent; mais cette tendresse était vraiment touchante. - -Je traverse l'Alsace, la Lorraine, la Champagne. Rien ne nie parle dans -tout cela. - -Désappointement, en arrivant, de trouver une malle étrangère au lieu de -la mienne; cela renverse toute la joie que je me promettais; j'arrive à -une heure du matin chez moi, ayant pris dans ma voiture une jeune femme -et son enfant qui était au chemin de fer, sans ressources pour se faire -conduire chez elle. - -* - -3 _octobre._--J'avais déjà pris mon parti de la perte de ma malle; -je ne regrettais que mes croquis de Strasbourg, mais surtout ce même -petit livre dans lequel j'écris; je voyais tout cela dans les mains de -quelque Allemand! La malle revient, et je m'embarque à une heure. - -Je trouve Nieuwerkerke, qui monte dans la même voiture que moi. Il y a -là un ménage étrange: la femme est Belge, coquette avec Nieuwerkerke; -je prends la femme de chambre, qui a les plus beaux traits du monde, -pour une amie ou une parente; heureusement la bévue se fait en moi, et -je ne m'expose pas au crime impardonnable d'adresser une chose aimable -à une pauvre créature, belle comme les anges et accablée du mépris -de sa maîtresse, dont le nez retroussé et la petite figure commune -semblent, au contraire, la classer dans l'emploi des soubrettes. - -Après Rouen, où reste mon séducteur, je fais route avec l'Anglais et -sa femme; je cause et continue la connaissance; je les rencontre le -lendemain matin sur la plage; ils m'invitent à les venir voir, ce que -je leur promets et ce que je n'ai pas encore exécuté. - -* - -_Dieppe_, 4 _octobre._--Pas un seul moment d'ennui: je regarde à ma -fenêtre, je me promène dans ma chambre. Les bateaux entrent et sortent; -liberté complète, absence de figures ennemies ou ennuyeuses; je -retrouve ma vue de l'année dernière; je ne lis pas une ligne. - -Je vais le matin sur la plage, et c'est la que je retrouve l'Anglais et -sa femme. - -Je me sens encore de mon mauvais régime des jours passés; le soir, -après dîner, je ne puis sortir; je reste sur mon canapé. Je relis avec -plaisir mon petit livre, écrits et extraits de la correspondance de -Voltaire. Il dit que les paresseux sont toujours des hommes médiocres. -Je suis toujours dévoré de la passion d'apprendre, non d'apprendre, -comme tant de sots, des choses inutiles; il y a des gens qui ne seront -jamais musiciens, qui s'instruisent à fond du contre-point; d'autres -apprennent l'hébreu ou le chaldéen et s'appliquent à déchiffrer les -hiéroglyphes ou les caractères cunéiformes du palais de Sémiramis. -Le bon Villot, qui ne peut rien tirer de son fonds stérile, est orné -des connaissances les plus variées et les plus inutiles; il a ainsi -la satisfaction de se trouver à tout instant supérieur à l'homme le -plus rare ou le plus éminent, qui ne l'est que dans une partie où il -excelle. Il y a longtemps que j'ai rejeté toute satisfaction pédante. -Quand je sortais du collège, je voulais aussi tout savoir; je suivais -les cours[121]; je croyais devenir philosophe avec Cousin, autre poète -qui s'efforçait d'être un savant; j'allais expliquer Marc-Aurèle en -grec avec feu Thurot[122], au Collège de France; mais aujourd'hui, -j'en sais trop pour vouloir rien apprendre en dehors de mon cercle; -je suis insatiable des connaissances qui peuvent me faire grand; je -me rappelle, en m'y conformant par une pente toute naturelle, ce que -m'écrivait Beyle: «Ne négligez rien de ce qui peut vous faire grand.» - -* - -5 _octobre._--Dans la journée, je vais voir les falaises près des bains -et seul. Le soir, à la jetée en compagnie de Jenny. - -Je passe des heures sans lectures, sans journaux. Je passe en revue -les dessins que j'ai apportés; je regarde avec passion et sans fatigue -ces photographies d'après des hommes nus, ce poème admirable, ce corps -humain sur lequel j'apprends à lire et dont la vue m'en dit plus que -les inventions des écrivassiers. - -* - -6 _octobre._--Dans la journée, bonne promenade avec Jenny, dans le même -lieu qu'hier. Nous avons été assez loin sur le sable. J'ai pris, sur -les rochers découverts par la mer, des coquillages et j'en ai mangé. -Revenu par la grande rue et acheté un châle. Jetée le soir. - -Hier et aujourd'hui, croquis d'après les photographies, d'après -Thevelin. - -* - -7 _octobre._--Tous ces matins écrit mes lettres à Vieillard et à -Chabrier pour lui recommander la demande de François[123], à Clément de -Ris, à Moreau, etc. Dessiné encore d'après les Thevelin. - -Montés, par le mauvais temps qui nous gagne, à la falaise du Pollet. -Descendus ensuite sur la plage qui est au-dessous. Le soir, resté à la -maison: la somnolence me gagne après dîner. - -Je lis, un de ces jours, dans la _Revue_, que Charles Bonnet[124] -se rendit aveugle par son acharnement à découvrir le mystère de la -génération chez la race intéressante des pucerons; il eut, entre -autres, une séance de trente-quatre jours consécutifs et sans le -moindre relâche, pendant laquelle il eut l'œil appliqué à son -microscope, afin de surveiller les accouchements successifs d'une -_puceronne_ androgyne, c'est-à-dire mâle et femelle, mari et femme -réunis dans le même sujet, comme dans certains genres de plantes. -Est-ce vraiment là un sujet de méditation intéressant à un degré -suffisant soit le bonheur, soit simplement le plaisir de l'humanité? -Était-il bien nécessaire qu'un brave philosophe perdît tant de temps -et surtout perdît les yeux, si utiles pour tant de choses, afin de -s'assurer que le _péché d'Adam_ était véniel, pour la race puceronne, -dans les décrets de la Providence, et qu'il pouvait en résulter un -nombre infini de générations d'affreux animaux? Le philosophe eût fait -un emploi plus raisonnable de son temps, s'il eût découvert un moyen -de mettre obstacle à une pareille fécondité en détruisant pucerons -et puceronnes. Quel chapitre à ajouter à celui qui traiterait de -l'inutilité[125] des savants et surtout des pucerons! - -* - -8 _octobre._--Je finis par m'enrhumer, au milieu de ce froid de la -chambre où je me sens gagner à la longue, et à la fenêtre où je me -place souvent le matin à moitié vêtu. - -Je sors, un peu languissant par ce rhume commençant, vers midi ou une -heure; je vais à la jetée; la mer est toute plate et baisse; cette -jetée à claire-voie, qui remplace celle en pierre, amortit les vagues -et ôtera du pittoresque. Une barque à voiles, qui veut absolument -rentrer malgré la marée descendante, va au pied de cette jetée et -jette l'ancre pour ne pas être entraînée hors de la jetée. J'admire -la patience, la peine de ces pauvres gens pour se tirer de là; les -passants, sur la jetée, leur viennent en aide et les remorquent. - -Je viens reprendre Jenny; je dessine un peu. Nous devions faire des -visites à des marchands; nous n'en avons pas le courage; nous prenons -par le dernier bassin et nous montons sur la falaise derrière le -château. Je reviens plus enrhumé encore. - -Petit dîner, agréable comme toujours, quoique plus silencieux, au moins -de ma part; le soir, je sors avec une légère mauvaise humeur; je vais -seul me promener dans la grande rue; je me couche à neuf heures. Je -recule toujours de jour en jour ma visite à la Belge et à l'Anglais que -j'ai rencontrés dans le chemin de fer; j'ai la bonté de me faire un -scrupule de ne point aller les voir. - ---Je ne puis exprimer le plaisir que j'ai eu à revoir ma Jenny[126]. -Pauvre chère femme! Je retrouve sa petite figure maigre, mais les yeux -pétillants du bonheur de trouver à qui parler; je reviens à pied avec -elle, malgré le mauvais temps; je suis pendant plusieurs jours, et -probablement j'y serai tout le temps de mon séjour à Dieppe, sous le -charme de cette réunion au seul être dont le cœur soit à moi sans -réserve. - -* - -9 _octobre._--Je me lève plus tard; je ne fais point ma barbe et je -ne sors point; je fais faire du feu; essaye d'arrêter mon rhume à ses -débuts. Je trouve charmant d'être venu à Dieppe pour ne pas sortir de -ma chambre; heureusement que mon imagination ne laisse pas de voyager: -je passe de mes gravures à ce petit livre. Eh! n'est-ce pas voyager -que d'avoir sous ses fenêtres le spectacle le plus animé? Je satisfais -ici ce goût que j'ai toujours eu pour le repos corporel, pour le -_retirement_, si l'on peut parler ainsi; la pluie et un jour gris -ajoutent à mon plaisir; je me justifie ainsi à moi-même mon aversion -pour le mouvement. J'ai, vers quatre heures, le spectacle d'un bel -arc-en-ciel, avec cette particularité qui m'étonne et que je n ai pas -vu qu'on ait mentionnée: l'arc-en-ciel, parfaitement tracé dans le -ciel, continuant encore à se peindre en avant des maisons qui forment -l'enceinte du port et des arbres qui bornent la vue sur la petite -montagne qui est à droite, au-dessus des marais salés où se décharge -l'Arques en partie; ainsi, le phénomène ne se produit pas à une grande -distance, nous le touchons, pour ainsi dire, du doigt; ces maisons -étaient à cent pas de moi; il y a donc une position de vapeur qui -n'est pas sensible à la vue, assez intense cependant pour se colorer -des couleurs du prisme; on peut calculer presque le lieu précis où il -se dessine; il y avait au-dessus un deuxième arc plus faible, comme -toujours; je n'ai pu le suivre comme l'autre, ailleurs que sur le ciel. - -Je suis ravi de la cheminée à l'anglaise ou à la flamande qui est dans -ma chambre; Jenny me donne l'idée d'en avoir une pareille à Paris, dans -le cas où on aurait une maison à soi; une fois allumée, elle va toute -seule; ce serait excellent dans mon atelier, dans celui de Gros, par -exemple, avec un poêle de l'autre côté. Il y a économie assurément, -profit pour la chaleur, et moins d'incommodités, en ce qu'on a moins à -s'en occuper. - -* - -10 _octobre._--La mer belle; le vent d'ouest nous donne de belles -vagues. Journée passée en partie à la jetée et, du reste, je ne sais -trop comment. - -Ces beaux loisirs finiraient par amener le terrible ennui et avec lui -le désir de se renouveler en allant retrouver les pinceaux et les -toiles auxquelles je pense souvent. Il me les faudrait ici. - -Je pense plus que je ne faisais encore l'année dernière, en voyant -à chaque instant ces scènes de mer, ces navires, ces hommes si -intéressants, qu'on n'a pas tiré de tout cela l'intérêt que cela -comporte. Le vaisseau lui-même ne joue pas un assez grand rôle chez les -faiseurs de marine: j'en voudrais faire les héros de la scène; je les -adore; ils me donnent des idées de force, de grâce, de pittoresque; -plus ils sont en désordre, plus je les trouve beaux. Les peintres de -marine les font tellement quellement: les proportions observées, la -position des agrès une fois conforme aux principes de la navigation, -il leur semble que leur besogne soit faite; ils font le reste les yeux -fermés, et comme les architectes indiquent dans un plan leurs colonnes -et leurs principaux ornements. C'est l'exactitude pour l'imagination, -que je demande; leurs cordages sont des lignes tracées à la hâte et -_de pratique_: ils sont là pour mémoire et semblent ne pouvoir servir -à rien; la couleur et la forme doivent concourir à l'effet que je -demande; mon exactitude consisterait, au contraire, à n'indiquer -fortement que les objets principaux, mais dans leur rapport d'action -nécessaire avec les personnages. Au reste, ce que je demande ici au -genre de la marine, c'est ce que je veux dans tout autre sujet: les -accessoires sont traités avec trop d'indifférence, même chez les plus -grands maîtres; si vous mettez du soin aux figures en négligeant ce qui -les accompagne, vous rappelez mon esprit au métier, à l'impatience de -la main, ou à une certaine dextérité propre à indiquer, seulement par -des à peu près, ce qui complète la vérité des figures, les armes, les -étoffes, les fonds, les terrains... - -* - -11 _octobre._--De bonne heure à la jetée. La mer est très belle; -plusieurs vaisseaux et barques sont entrés déjà; j'en vois plusieurs -encore. Je me tiens là deux ou trois heures sous la pluie et le vent. - -Le reste de la journée, j'éprouve une fatigue qui me tient à la maison -dans une paresse complète, mais non sans charme. Le temps gris et -pluvieux favorise cette inclination nonchalante. - -Le soir, après avoir un peu dormi, je vais à la jetée reprendre Jenny. -La mer est furieuse; j'ai peine à me tenir; je vois passer devant moi, -comme des flèches, deux barques de pêche: la première me fait frémir; -ils ont de la lumière abord. On pourrait tirer parti de ces effets de -nuit. - -Se rappeler les grands nuages entassés sur le Pollet et, dans des -espaces éclairés, les étoiles groupées et brillantes. - -* - -12 _octobre._--Je reçois une lettre de Mme de Forget. Elle a voyagé -seule dans le Midi et n'a pu me répondre à Strasbourg, vu le peu de -temps que je lui donnais. - -La mer est plus belle que je ne l'ai encore vue, les lames très -espacées et régulières; je trouve à la jetée John Lemoinne[127], que je -ne reconnaissais pas d'abord avec son chapeau de voyage sur les yeux et -sa tenue de touriste maritime. Il me dit que le bombardement d'Odessa -va faire autant de tort aux Anglais qu'aux Russes, mais que nous les -mettons un peu en demeure de s'y porter de bonne grâce. - -Je reste longtemps à la jetée, puis longtemps sur le port, où je -m'assieds tout simplement sur une échelle, à regarder des pêcheurs et -leurs bateaux. Je me reprends d'ardeur pour les étudier: je ne puis me -détacher de les regarder. - -Dans l'intention de retourner à la jetée et ne voulant pas rentrer, -j'entre au _Café suisse_ qui fait le coin de la grande rue et je lis -les _Débats._ Il y avait justement un article de John Lemoinne sur les -annonces dans les journaux anglais. - -Je vais ensuite aux bains m'informer de Guérin[128]. Il arrive -ordinairement le vendredi soir. Jenny était venue avec moi. - -Rentré avec elle, après achats divers, et resté à la maison à ne rien -faire, à raisonner avec elle et à dormir en attendant le dîner. Au -demeurant, bonne vie; le spectacle de ce port est à tout instant une -distraction agréable. - -Le soir, après avoir dormi encore, à la jetée. Temps de chien; on ne -jouit que des mugissements de la mer, car on ne voit que de l'écume sur -un fond obscur. Nous attendons en vain le bateau à vapeur. La veille, -il avait eu des avaries en entrant et avait donné des inquiétudes. -Quelle rage pousse ces animaux à voyager justement la nuit, par une -mer furieuse, exposés doublement à manquer le port, avec toutes les -conséquences de cet accident? Il faut être Anglais, et malheureusement -nous le devenons, pour avoir cette méthodique frénésie; plutôt que de -perdre une heure, c'est-à-dire de respirer, de manger, de vivre à son -aise pendant cette heure. Le temps perdu pour eux est celui qu'ils -donnent à vivre tranquilles ou à s'amuser. - -En repassant sur le port, j'examine encore les bateaux qui s'élèvent et -s'abaissent avec le flot. - -* - -13 _octobre._--J'écris à Mme de Forget: - -«J'ai revu aussi avec plaisir le Midi, non pas la Provence, ni le -Languedoc, mais le Périgord, l'Angoumois, pays chers à mon enfance et -à ma première jeunesse, et qui sont le Midi sous beaucoup de rapports. -J'y ai retrouvé des sensations de cet heureux temps et qui m'ont -rappelé des êtres aimés et disparus. J'y ai fait une expérience qui -m'afflige un peu: c'est que ces pays ne me vont plus, au moins sous -un rapport essentiel; la chaleur, le soleil, me fatiguent et me sont -nuisibles; j'en ai souffert, et cela à une époque de l'année où ces -inconvénients sont ordinairement un peu diminués. La Normandie me va -mieux: Dieppe en ce moment est adorable; on n'y rencontre personne, -et la mer y devient de plus en plus intéressante; on y est même fort -mouillé en ce moment où je vous écris, ce qui semble devoir compléter -le bonheur d'un homme qui a peur du soleil. - -Nous nous raconterons tous nos accidents. Je vous ai dit une partie -des miens dans la première partie de mon voyage. Si l'on veut voyager, -il faut absolument consentir à souffrir beaucoup d'inconvénients; on -a même parfois des accès d'une rage comique qu'on se rappelle sans -amertume, mais qui vous désespèrent dans leur temps. - -Je vais reprendre ma vie de Paris, qui a bien, elle aussi, ses -inconvénients, quoique j'en aie philosophiquement supprimé un bon -nombre à tort ou à raison, grâce à un peu plus d'indépendance ou de -sauvagerie, qualités ou défauts qui sont devenus ma nature même.» - ---Je vais voir Guérin vers une heure. Nous causons longuement: il me -parle beaucoup de Chopin, qu'il a connu; de Mme Sand, qu'il voudrait -connaître; de Rousseau et de Lamartine, qu'il aime, malgré son -histoire de César, dont il me parle, laquelle est faite, me dit-il, -en vue de rabaisser César, comme il lui est arrivé déjà de rabaisser -Napoléon, qu'il déteste. Guérin attribue à un ridicule ce sentiment -décrire ces diatribes contre des colosses comme Napoléon et César, et -je crois qu'il a raison. - -Je le quitte pour aller à Saint-Jacques revoir le croquis que j'en -avais fait l'année dernière; j'étais entré un moment à Saint-Remi, que -j'aime toujours; j'entendais chanter du dehors: il y avait des chantres -en chape de cérémonie, le curé, tout le personnel occupé à chanter des -litanies devant un seul auditeur, qui était un garçon de quinze ans. -J'ai trouvé la même singularité à Saint-Jacques. - -Le soir, paresse pour sortir, et mauvais temps. - -* - -_Paris_, 14 _octobre._--Parti pour Paris à midi. Le matin, été à la -jetée pendant qu'on faisait les paquets. J'étais arrivé à Dieppe avec -ravissement; j'en pars avec plaisir; étrange disposition: une fois que -j'eus arrêté le jour de mon départ, j'eus presque hâte de retourner à -Paris. J'ai un grand désir de travailler. Ce mouvement, cette variété -de situation et d'émotion donne à tous les sentiments plus de vivacité; -on résiste mieux, en variant son existence, à l'engourdissement mortel -de l'ennui. - -J'étais, de Dieppe à Rouen, avec trois Anglais, jeunes tous les trois; -et comme je voyageais en première classe, il y avait lieu de penser -qu'ils étaient aisés. Ils étaient très négligés, un d'eux surtout qui -l'était jusqu'à la malpropreté et jusqu'à avoir des habits déchirés. -Je ne m'explique pas ce contraste si tranché avec leurs habitudes -d'autrefois; je l'ai remarqué dans le voyage que j'ai fait à Baden, -de Strasbourg; un des jours qui ont suivi celui-ci, pendant que je -faisais mon examen des tableaux, je rencontrai lord Elcoë, notre -vice-président, dans une tenue presque sale; le bon Cockerell, qui m'a -accompagné jusqu'à la place Louis XV un autre jour, avait une cravate -de couleur très commune; ils sont tout à fait changés; nous avons pris -beaucoup, au contraire, de leurs manières d'autrefois. - -* - -15 _octobre._--Première séance du jury. Levée de boucliers de -l'Institut contre la pluralité des médailles. - -* - -22 _octobre._--Aujourd'hui, le cousin Delacroix est arrivé; il est -revenu le soir dîner avec Jacob[129] et le gendre de la cousine Jacob, -M. Lesueur, avoué, établi à Rouen; la présence de ce dernier a nui un -peu à l'agrément de la soirée: fort bon garçon d'ailleurs, mais très -bavard, paralysant l'entrain des autres et étouffant leurs voix. - -Le cousin revient le lendemain matin pour connaître le résultat des -votes du jury général, et me quitte peu après. - -* - -27 _octobre._--Je lis dans un article de Gautier, sur Robert Fleury: -«Certes, M. Robert Fleury a droit au titre de _maître_; il a fait des -ouvrages excellents... M. Robert Fleury n'a presque jamais regardé la -nature à air libre, etc.» - - -[121] Cette indication concorde bien avec le passage du livre de Taine, -_Opinions de Graindorge_, dans lequel il rapporte une conversation -avec Delacroix, qui, lui parlant de sa première jeunesse et de son -ardeur d'apprendre, lui faisait confidence de l'universalité de ses -recherches. Nous avons tenu à faire de cette idée la pensée maîtresse -et le point de départ de notre étude sur le grand artiste. - -[122] _Jean-François Thurot_ (1768-1832), philosophe et helléniste, -occupait, en 1812, au Collège de France, la chaire de langue et de -philosophie grecques. Il devint en 1830 membre de l'Académie des -inscriptions, et fut emporté deux ans plus tard par le choléra. - -[123] Sans doute _François de Verninac._ - -[124] _Charles Bonnet_, philosophe et naturaliste, né à Genève en 1720, -mort en 1793. - -[125] Nous avons eu déjà l'occasion de marquer dans le cours du -deuxième volume que les observations de cette nature constituaient un -des points faibles du Journal. On ne saurait d'ailleurs exiger d'un -esprit, si étendu et si compréhensif fût-il, de ne présenter aucune -lacune. Les passages comme ceux auxquels nous faisons allusion montrent -une foie de plus la profonde divergence existant entre la vision de -l'artiste et celle du savant. Nous n'en pourrions apporter de meilleure -preuve que le passage dans lequel Cuvier juge la découverte de Charles -Bonnet; «Neuf générations de vierge en vierge étaient alors une -merveille inouïe, mais l'admirable patience qu'un si jeune homme avait -mise à les constater, toutes les précautions, toute la sagacité qu'il -lui avait fallu, n'étaient guère moins merveilleuses: elles annonçaient -_un esprit dont on pouvait tout attendre_.» - -[126] _Jenny le Guillou_ avait pour son maître l'attachement obstiné -et jaloux d'un chien fidèle. Lors des derniers moments du peintre, ses -amis se plaignirent amèrement d'avoir été tenus écartés par elle. - -[127] _John Lemoinne_ (1814-1892), qui était entré à vingt-six ans -à la rédaction du _Journal des Débats_, était un des plus brillants -journalistes de l'époque. - -[128] Le chirurgien _Jules Guérin._ ( Voir t. II, p. 427 et note.) - -[129] Cousin de Delacroix. - - * * * * * - -5 _novembre._--J'écris ce matin à Berryer que je n'irai décidément pas -à Augerville: je suis horriblement enrhumé; j'ai pris ce rhume-là dans -mes promenades au jury. - -J'ai été voir ce soir Cerfbeer; j'avais dîné chez lui huit jours -auparavant; il m'avait invité très aimablement à propos des grandes -médailles, surtout sur le bruit que j'avais un avantage plus marqué que -celui qui reste en définitive et me place le cinquième sur la liste; je -lui ai dit que j'en étais réduit à rendre grâce aux dieux que la patrie -eût trouvé quatre citoyens plus vertueux que moi. - -Horace[130] me conte, ces jours passés, au jury, la démarche qu'il -avait faite auprès d'Ingres, lequel a écrit pour refuser la médaille, -outragé profondément d'arriver après Vernet, et encore plus, à ce que -m'ont dit plusieurs personnes, non suspectes en ceci, de l'insolence du -jury spécial de peinture, qui l'avait placé sur la même ligne que moi, -dans l'opération préparatoire. - -* - -6 _novembre._--M. Roche arrivé le matin. Je pense que sa venue va -compromettre mon voyage à Alberville; il n'en est rien, il a lui-même -des affaires. Je pars toujours demain. - -Il reste à déjeuner avec moi et revient dîner; je m'acquitte avec -lui de ses déboursés pour les réparations du tombeau de mon frère, à -Bordeaux. - -* - -_Augerville_, 7 _novembre._--Parti pour Augerville: j'arrive à -la gare à huit heures et demie au lieu de neuf heures et demie, -sur l'indication que m'avait donnée Berryer; je passe cette heure -sans m'ennuyer à voir arriver les partants. Je sais attendre plus -qu'autrefois. Je vis très bien avec moi-même; j'ai pris l'habitude de -chercher moins qu'autrefois à me distraire par des choses étrangères, -telles que la lecture, par exemple, qui sert ordinairement à remplir -des moments comme ceux-là. Même autrefois, je n'ai jamais compris les -gens qui lisent en voyage. Dans quels moments sont-ils avec eux-mêmes? -Que font-ils de leur esprit qu'ils ne retrouvent jamais? - -Ce voyage que je redoutais, à cause du froid que mon rhume me rend -plus désagréable, s'est bien passé et même gaiement. J'aime assez, -quelquefois, ce changement d'habitudes. Ne trouvant pas, chez Brunet, -près de la gare, de voiture disponible, je me suis fait conduire à -Fontainebleau, où je me suis arrangé avec M. Bernard, rue de France. - -J'ai déjeuné dans un café borgne, vu l'église et me suis embarqué -joyeusement. Il me fallait autrefois un motif de joie ou d'occupation -intérieure pour n'être pas triste; il est vrai que mon bonheur était -extrême, quand l'imagination avait suffisamment d'aliment; je suis -actuellement plus tranquille, mais non plus froid. - -Brouillard très intense. - -On ne m'attendait pas: ma venue a fait plaisir. Les personnes que je -trouve ne sont pas de nature à changer ma disposition paisible, mais -peu récréée; mais j'aime le lieu et le maître du lieu, dont l'esprit -profond me plaît et m'instruit, particulièrement dans la science de la -vie, quoiqu'il soit loin de professer quoi que ce soit; son exemple -suffit. - -Qu'ai-je fait depuis un mois? Je me suis occupé de ce jury; j'ai vu -assez de platitudes et j'ai subi quelques entraînements de complaisance -pour quelques pauvres diables. Se rappeler la grande chaleur de -Français qui, ayant voté pour lui tout le temps, pour la première -médaille, se réveille indigné de ce qu'on avait oublié M. Corot[131], -quand il ne se trouvait plus de place pour lui; Dauzats et moi avions, -par une sorte de souvenir, voté pour lui, et nous avions été les seuls. - -M. de la Ferronnays me dit, à propos du danger des chemins de fer, que -les administrateurs lui ont dit souvent qu'il valait toujours mieux -voyager de jour. - -* - -11 _novembre._--Vu M. Jouvenet, qui est arrivé le soir; il me dit que -la propriété du maréchal Bugeaud, qui rendait primitivement 7,000 -livres de rente, en rendait 45,000 après les améliorations qu'il y -avait faites. L'impopularité qui s'était attachée à son nom, par suite -des infamies que les journaux se permettaient sur son compte pendant le -règne de Louis-Philippe, durait encore après sa mort. Sa veuve ayant -fait faire un service commémoratif un an ou deux après sa mort, le curé -avait cru devoir faire élever un autel, en plein champ, supposant que -la foule serait trop grande dans l'église; cette même personne que j'ai -citée s'y trouvait, elle, vingt-huitième. - -Mes journées s'écoulent tout doucement, sans plaisirs vifs, il est -vrai. Il me manque une occupation de cœur ou de tête pour m'animer -et donner de la saveur à la vie que je mène ici. Ces diables de repas -font de vous une machine à digérer; on n'a de temps que pour se -promener dans les entractes; mais adieu la pensée ou la plus simple -émotion. - -* - -_Paris_, 14 _novembre._--Parti d'Augerville, avec Berryer, à neuf -heures. Nous revenons ensemble jusqu'à Paris, par Étampes; sa -conversation est des plus intelligentes. - -Quand on est agité dans la vie par mille contrariétés qu'on prend -pour des peines, on ne se représente pas assez ce que sont les pertes -véritables et sans remède qui touchent aux sentiments. Il y a pourtant -de ces natures de roche qui se consolent plus vite de celles-là que -des autres. Berryer me contait, en revenant, que l'un des progrès des -États-Unis consiste à faire assurer son père quand il part pour un de -ces voyages où on est exposé à tout instant à être mis en morceaux dans -les bateaux ou les chemins de fer. Une fois que vous avez la confiance -qu'en cas de malheur on vous rendra votre père en billets de banque, la -famille est tranquille; le père peut aller dans la lune et y rester, -si bon lui semble; je ne doute pas que nous n'arrivions à ce degré de -perfection. - -L'idée de Delamarre[132], proposée à Berger, quand il était préfet, -d'envoyer les corps de nos parents et de nos amis pour fumer et -fertiliser les plaines arides de la Sologne, était de ce genre. Voilà -une manière inattendue d'utiliser ses proches, quand, par leur mort, -ils semblent n'être plus bons à rien. - -* - -15 _novembre._--Jour de la cérémonie de la distribution. Je vais -rejoindre la place de la commission. Très bel et imposant aspect. -Mercey me fait l'algarade de me donner l'alarme sur ce qui devait se -passer: tout s'arrange pour le mieux. - -Je reviens à pied, je prends une mauvaise tasse de café, dans les -Champs-Élysées, qui m'a rendu malade tout le lendemain. Je ne suis pas -sorti après mon dîner; cela réussit toujours mal. - -* - -16 _novembre._--Mon cher Guillemardet vient m'embrasser. Villot vient -pendant qu'il était là; il me conte à sa manière ce qui s'est passé -à propos du rappel de Meissonier à la médaille d'honneur. Je ne puis -m'empêcher de l'arrêter au milieu de sa philippique contre ce qu'il -appelle d'horribles coquins, etc. - -Huet[133] et Yvon viennent me voir. M. Hébert[134], Carrier[135] et le -brave Tedesco[136]. - -Mauvaise disposition. Je vais dîner chez la cousine avec Laity et -le jeune d'Ideville. Je ne mange rien et m'en retourne dans un état -passable. M. Laity partait le soir même. - -Rentré de bonne heure, sans faire de promenade. - -* - -18 _novembre._--J'écris à Berryer: «À présent que je suis sorti des -cérémonies, je viens vous redire tout le bonheur que j'ai eu à me -voir ces quelques jours près de vous. Je pense à cette bonté et à cet -admirable esprit présent à tout et dont le charme réuni n'est qu'en -vous.» - -* - -20 _novembre._--Je vais à _Trovatore_ avec un billet d'Alberthe; j'y -souffre, je m'y ennuie, je m'enrhume de nouveau. Rien n'égale la -stérilité de cette musique qui est toute en tapage et où pas un seul -chant ne se fait jour. - -* - -24 _novembre._--Je néglige bien mes pauvres souvenirs: je suis trop -distrait à Paris pour écrire, même à bâtons rompus. Depuis quatre ou -cinq jours, je m'enferme pour en finir, s'il est possible, avec ce -rhume; ce me sera aussi un bon prétextée moi-même et aux autres de ne -pas bouger. - -Mme Pierret est venue dans la journée me demander de prendre des -billets pour une loterie que fait ce malheureux Fielding. - -* - -25 _novembre_.--Rien ne peut surmonter les préjugés régnants: quand -on envoyait les élèves à Rome, du temps de Lebrun et jusqu'à David, -on ne leur recommandait que l'étude du Guide; à présent, le _Beau_ -consiste à reproduire le faire des vieilles fresques, mais ce n'est -que la partie académique qu'ils vont étudier. Ces deux méthodes qui -semblent si opposées se rencontrent dans ce point qui sera toujours le -mot d'ordre de toutes les écoles: imiter le technique de cette école-ci -ou de celle-là. Tirer de son imagination des moyens de rendre la nature -et ses effets, et les rendre suivant son tempérament propre: chimères, -étude vaine que ne donnent ni le prix de Rome, ni l'Institut; copier -l'exécution du Guide ou celle de Raphaël, suivant la mode. - - -[130] _Horace Vernet._ - -[131] Il ne faut pas oublier qu'à cette époque, _Corot_ (1795-1875) -était encore fort contesté. Delacroix parvenu à la grande célébrité, -et d'ailleurs admirateur convaincu du talent du paysagiste, songeait -sans doute avec quelque mélancolie que c'était là l'inévitable sort des -originalités tranchées. - -Corot avait envoyé à l'Exposition universelle de 1855 cinq tableaux, -parmi lesquels le _Bain de Diane_, aujourd'hui au Musée de Bordeaux. - -[132] Sans doute _Théodore-Casimir Delamarre_ (1796-1870), qui -fut directeur de la _Patrie_ et s'occupa activement des questions -économiques et industrielles. - -[133] _Paul Huet_ (1804-1866), paysagiste, élève de Guérin et de -Gros, qui peut être classé parmi les meilleurs peintres de l'école -romantique, était intimement lié avec Delacroix depuis l'hiver de 1822. -(Voir _Peintres et statuaires romantiques_, par Ernest CHESNEAU.) - -[134] _Ernest Hébert_, peintre, né en 1817, obtint le prix de Rome en -1839: il devint en 1865 directeur de l'École de Rome, et membre de -l'Académie des Beaux-Arts en 1874. - -[135] _Carrier_ figure avec _Huet_ comme légataire sur le testament de -Delacroix. - -[136] _Tedesco_ fut, avec _Francis Petit_, chargé par Delacroix de -classer ses dessins et de préparer la vente de ses œuvres. «Je m'en -rapporte à MM. Francis Petit et Tedesco, dit-il dans son testament, -pour les soins qu'ils mettront à la mise en vente de mes objets d'art.» - - * * * * * - -2 _décembre._--Dîner chez Mme de Vaufreland: Derryer, la princesse, etc. - -* - -5 _décembre._--Dîné chez Mme de Lagrange avec Berryer; le soir, -charades; j'ai trouvé le temps long. - -* - -7 _décembre._--Dîné chez Cerfbeer avec Vieillard, Lefèvre[137] et sa -femme, Marchand[138], Chabrier, etc. Bonne soirée. Beauchesne venu. -Poinsot a été très causeur; on a parlé du beau dans Corneille, etc. - -Je suis très agité de ces affreux logements. - -* - -11 _décembre._--Je viens d'examiner des lithographies de -Géricault[139]; je suis frappé de l'absence constante d'unité... -Absence dans la composition en général, absence dans chaque figure, -dans chaque cheval. Jamais ses chevaux ne sont modelés en masse. Chaque -détail s'ajoute aux autres et ne forme qu'un ensemble décousu. C'est le -contraire de ce que je remarque dans mon _Christ au tombeau_ du comte -de Geloës[140], qui est sous mes yeux. Les détails sont, en général, -médiocres, et échappent en quelque sorte à l'examen. En revanche, -l'ensemble inspire une émotion qui m'étonne moi-même. Vous restez -sans pouvoir vous détacher, et pas un détail ne s'élève pour se faire -admirer ou distraire l'attention. C'est la perfection de cet art-là, -dont l'objet est de faire un effet simultané. Si la peinture produisait -ses effets à la manière de la littérature, qui n'est qu'une suite de -tableaux successifs, le détail aurait quelque droit à se produire en -relief. - ---Je relis ceci en décembre 1856. Cela me rappelle que Chenavard me -disait, il y a deux ans, à Dieppe, qu'il ne regardait pas Géricault -comme un maître, parce qu'il n'a pas l'_ensemble_; c'est son critérium -à lui pour la qualité de maître. Il la refuse même à Meissonier. - -* - -12 _décembre._--Dîné chez la princesse avec Mme Viardot. - -* - -14 _décembre._--Dîné chez Mme Pierret avec Durier et Feuillet[141]. - -* - -15 _décembre._--Dîné chez Chabrier avec le général Alexandre, Poinsot, -M. Harmand que j'aime beaucoup, M. Joly de Fleury et le sculpteur -sicilien que protège Chabrier. - -Harmand me dit, à propos de la vigne dans la Gironde, que les pertes -considérables consistent en ce que les vieux ceps, qui remontent -souvent à cinquante ans, ne peuvent résister à la maladie; ces souches -produisent à la vérité très peu, mais la qualité des grappes est -excellente. Il faudra donc beaucoup d'années pour que les nouvelles -souches produisent d'abord, mais surtout arrivent à approcher de cette -qualité. - -* - -16 _décembre._--Écrit à Chatrousse[142]. - - -[137] Sans doute _Lefèvre-Deumier_, bibliothécaire des Tuileries. - -[138] Le _comte Marchand_, qui suivit l'Empereur à Sainte-Hélène et qui -plus tard accompagna le prince de Joinville pour ramener en France les -cendres de Napoléon. - -[139] On trouve dans ce jugement sur _Géricault_ l'influence manifeste -d'une conversation que Delacroix eut avec Chenavard à Dieppe en 1854. -Il est intéressant de rapprocher ce passage du Journal, écrit en 1855, -des notes antérieures sur le même sujet, notamment celles de 1854 et -surtout celles des premières années 1823, 1824. (Voir t. I, p. 47, 60, -61, et t. II, p. 454.) - -[140] Voir _Catalogue Robaut_, nos 1034 et 1035. - -[141] _Feuillet de Conches._ - -[142] _Émile Chatrousse_, sculpteur, né en 1830, élève de Rude et -d'Abel de Pujol. En 1855, il exposa la _Résignation_, une figure de -femme accroupie au pied de la croix, qu'on peut voir à Saint-Eustache. - - - - -1856 - - -10 _janvier._--Aller chez Rossini.--Soirée de Ségalas[143]. Le même en -aura une autre dans quinze jours.--Soirée de Mme Viardot.--Aller chez -Bisson[144]. Tableau ou dessin à lui envoyer. - -Chez Rossini, chez Ségalas ensuite, où le préfet[145] m'a montré une -bienveillance très inaccoutumée. Il s'est prodigué en récits dans -lesquels il ne m'a pas épargné ceux qui étaient à sa louange: sa -fermeté, sa bravoure même dans différentes circonstances critiques ont -été le thème de la conversation dans laquelle je n'ai eu qu'à approuver -du bonnet. - -Chez Rossini auparavant; je contemple avec plaisir cet homme rare: je -l'entoure à plaisir d'une certaine auréole; j'aime à le voir; il n'est -plus le Rossini moqueur d'autrefois. - -J'y trouve la bonne Alberthe, sa fille et Mareste; c'est Boissard qui -m'avait conduit. - -* - -11 _janvier._--Aller chez Perpignan avant le conseil.--Chez Philippe -Rousseau[146], si je peux.--Chez Mouilleron.--Je suis resté chez moi. - -* - -12 _janvier._--(Le dîner du préfet.) Au lieu de dîner chez le préfet, -j'ai été chez Mme Sand, voir au cirque sa pièce de _Favilla_[147]. -Excellente donnée que la pauvre amie n'a pas fait ressortir. Je crois -que malgré les belles parties de son talent, elle ne parviendra jamais -à faire une pièce[148]; les situations périssent entre ses mains: -elle ne connaît pas le point intéressant. _Le point intéressant_, -tout est là; elle le noie dans des détails et émousse continuellement -l'impression qui devrait résulter de la science des caractères. Cette -situation d'un fou aimable, qui se croit le maître d'un château où -on le tolère, devait être une excellente occasion de comique ou de -pathétique; elle ne se doute pas le moins du monde de ce qui lui -manque. - -Cette obstination à poursuivre un talent qui paraît lui être refusé, à -en juger par tant de tentatives infructueuses, la classe, bon gré, mal -gré, dans un rang inférieur. Il est bien rare que les grands talents -ne soient pas portés dune manière presque invincible vers les objets -qui sont de leur domaine: c'est surtout à ce degré que conduit plus -particulièrement l'expérience. Les jeunes gens peuvent se tromper -pendant quelque temps sur leur vocation, mais non les talents mûris et -exercés dans un genre. - -* - -13 _janvier._--Dîner chez Baroche[149].--Mme de Vaufreland.--J'ai -rempli mon programme. - -À dîner, Mérimée me parlait de Dumas avec la plus grande estime: -il le préfère à Walter Scott. Peut-être en vieillissant se fait-il -meilleur?... Peut-être loue-t-il beaucoup de peur d'avoir des ennemis -de sa faveur?... - -Je me suis éclipsé le plus tôt que j'ai pu. J'ai été chez Mme de -Vaufreland; excellentes gens. - -À travers les Champs-Élysées, noyé dans des tourbillons élevés par le -vent le plus furieux et le plus glacial. - -Berryer partait comme j'arrivais. - -* - -14 _janvier._--Dîner du deuxième lundi. Trousseau nous dit très bien -que les médecins sont des artistes. Il y a chez eux, comme chez les -peintres et les poètes, une partie scientifique, mais elle ne fait que -les médecins et les artistes médiocres. C'est l'inspiration, c'est le -génie propre du métier qui fait le grand homme. - -J'ai été ensuite, après une assez longue promenade avec Dauzats, chez -Delangle un instant, puis chez Halévy. Toujours grande foule, beaucoup -de jeu, véritable maison de Socrate, trop petite pour contenir tant -d'amis. - -Dans la journée, Th. Frère[150] qui me dit avoir remarqué avec d'autres -mes progrès constants dans les ouvrages de mon exposition, si bien que -le dernier lui paraît le plus ferme, le plus simple, avec les qualités -de couleur, comme avec l'absence de noir, etc. - -* - -15 _janvier._--Concert Viardot. Magnifique concert: l'air d'_Armide._ -Ernst[151], le violon, m'a fait plaisir; Telefsen me dit chez la -princesse qu'il a été très faible. J'avoue mon impuissance à faire -une grande différence entre les diverses exécutions, quand elles sont -arrivées à un certain degré. Comme je lui parlais de mon souvenir de -Paganini, il me dit que c'était sans doute un homme incomparable. -Les difficultés et les prétendus tours de force que présentent ses -œuvres sont encore pour la plupart indéchiffrables pour les violons -les plus habiles: voilà l'inventeur! Je pensais à tant d'artistes, qui -sont le contraire, dans la peinture, dans l'architecture, dans tout. - -* - -16 _janvier._--Jour de Boilay. Aller chez Bisson et chez la princesse. -Resté très tard chez la princesse. - -* - -17 _janvier._--Chez Mme Viardot: elle a chanté de nouveau l'air -d'_Armide_... Sauvez-moi de l'amour! - -Berlioz insupportable, se récriant sans cesse sur ce qu'il appelle la -barbarie et le goût le plus détestable, les trilles et autres ornements -particuliers dans la musique italienne; il ne leur fait même pas grâce -dans les anciens auteurs, comme Hændel; il se déchaîne contre les -fioritures du grand air de D. Anna. - -* - -18 _janvier._--Voir Guillemardet, avant le conseil.--Après le -conseil: Guérin, Mesnard[152], Philippe Rousseau.--Carte à Baroche, -Grosclaude[153].--Voir à l'Hôtel de ville pour le surplus du payement -du salon de la Paix.--Cerfbeer. - ---À l'Hôtel de ville et flânerie complète; j'aime beaucoup à rôder -ainsi toute une journée dans ce vieux Paris. Quinze jours avant, -j'avais été dans le Marais pour trouver le général G..., à la place -Royale, et j'étais revenu tout le long des boulevards. Aujourd'hui, -j'ai été chez Guérin, que je n'ai pas trouvé, et je suis entré à -Notre-Dame. - -Chez Baroche; lui écrire. - -Le soir, dormi après dîner, malgré toutes sortes de projets. - -Je devais, dans la journée, aller chez Mesnard, au Sénat. Rencontré -Ravaisson[154], à qui j'ai promis d'envoyer les deux dessins de -Chenavard, place du Palais-Bourbon, 6. - -Le matin, j'avais été chez mon cher Guillemardet. Il me remet un paquet -de mes lettres écrites anciennement à Félix; il est facile d'y voir -combien l'esprit a besoin des années pour se développer dans les vraies -conditions. Il me dit qu'il y voit déjà le même homme que je suis -aujourd'hui. Plus de mauvais goût et d'impertinence que d'esprit, mais -il faut que ce soit ainsi. Ce désaccord singulier entre la force de -l'esprit qu'amène l'âge et l'affaiblissement du corps, qui en est aussi -la conséquence, me frappe toujours et me paraît une contradiction dans -les décrets de la nature. Faut-il y voir un avertissement que c'est -surtout vers les choses de l'esprit qu'il faut se tourner, quand le -corps et les sens nous font défaut? Il est du moins incontestable que -c'est une compensation; mais combien il faut veiller sur soi pour ne -pas lâcher quelquefois la bride à ces recrudescences mensongères, qui -nous font croire que nous pouvons être jeunes ou faire comme si nous -l'étions! Tel est le piège où tout va s'abîmer. - -* - -19 _janvier._--Dîné chez Doucet[155]. Je suis revenu avec Dumas, qui -m'a parlé de ses amours avec une _vierge_ veuve d'un premier mari et -_avec_ un second en exercice. - -Pendant qu'on jouait au baccarat chez Doucet, Augier, que j'aime -beaucoup, me parlait de la dignité qu'il y a pour un artiste à ne pas -chercher à gagner trop d'argent, et par conséquent la nécessité de ne -pas le dépenser en objets de pure vanité. Il trouve qu'un artiste peut -vivre dans un intérieur simple. Mme Doucet me disait qu'un dîner qui -coûtait à des personnes dans une position modeste 3 ou 400 francs les -privait d'avoir souvent, pour cinquante francs, trois ou quatre amis, -avec la fortune du pot. Du reste, elle habite dans un petit entresol -très bas de la rue du Bac, mais décoré avec tout le luxe et l'éclat -modernes: dorures, damas, meubles inutiles, rien n'y manque. - -* - -20 _janvier._--Le soir, chez Fortoul[156]. Je trouve Barbier et sa -femme, Ravaisson, etc. - -* - -21 _janvier._--Delangle, de Royer[157], Perrier[158], la princesse -Camerata.--Répondu à Panseron[159]. - ---Le clair de la robe verte de l'homme de la _Clorinde: zinc vert, -orange, zinc jaune._ - ---Chez la princesse Camerata le soir: elle ne me dit pas un mot, -suivant son habitude; V... me dit que c'est par timidité. Nous allons -ensuite chez Perrier. J'y trouve Mme de Pontécoulant. Mme Rodrigues me -dit qu'on fait de la musique chez elle tous les mardis. - -* - -22 _janvier._--Dîner chez Mme Herbelin[160].--Envoyé à M. Ravaisson les -deux têtes du Corrège, de Chenavard. - -* - -23 _janvier._--Quelle bévue! Je vais au bal du préfet qui est la -semaine prochaine. Je suis revenu à pied le long de la rivière. -Rencontré Mouilleron, qui m'a promis de m'avoir quelques épreuves de la -_Marguerite auprès de l'autel_[161]. Le lui rappeler. - -* - -27 _janvier._--Écrire à M. Lebouc[162] pour les billets de concert -promis à M. Riesener. - -* - -28 _janvier._--Dîné chez Mme Viardot avec Berlioz. - -* - -29 _janvier._--Mme Mohl[163] demande à voir mon atelier. - -* - -30 _janvier._--Concert chez Mme Viardot: l'air d'_Iphigénie._ La bonne -Sand devant moi, la princesse la place à côté; son mari y était. -Berryer, Mme de Lagrange. Je n'ai pas eu toutefois par la musique le -plaisir d'il y a quinze jours. - ---Le bon Rouvière[164] venu dans la journée. Je lui ai prêté le tableau -du _Grec à cheval._ - - -[143] _Pierre-Salomon Ségalas_ (1792-1875), chirurgien français, -professeur à la Faculté de médecine, membre du Conseil municipal, et -par conséquent collègue de Delacroix. - -[144] _Louis-Auguste Bisson_ s'associa avec son frère _Auguste-Rosalie -Bisson_, pour perfectionner et exploiter l'art photographique, auquel -il avait été initié par Daguerre. Leurs recherches, les importants -travaux qu'ils eurent à exécuter leur valurent une première médaille à -l'Exposition de 1855. - -[145] Le _baron Haussman_, qui avait succédé le 22 juin 1853 à M. -Berger. - -[146] _Philippe Rousseau_ (1808-1887), peintre, élève de Gros et -de Bertin. À l'Exposition de 1855, il avait obtenu une médaille de -2e classe. - -[147] _Maître Favilla_, drame en trois actes, de George Sand, -représenté pour la première fois sur le théâtre de l'Odéon le 15 -septembre 1855. - -[148] Delacroix s'est étendu à maintes reprises sur l'impuissance -dramatique de _George Sand._ (Voir t. II, p. 283.) - -[149] _Baroche_ était alors président du Conseil d'État. - -[150] _Théodore Frère_, peintre de genre, né à Paris en 1815. Élève -de Roqueplan, il fit un voyage en Algérie qui influa sur sa carrière -d'artiste. - -[151] _Henri-William Ernst_ (1814-1865), violoniste des plus -distingués, qui remporta dans les différentes capitales de l'Europe des -triomphes éclatants. - -[152] _Jacques-André Mesnard_ (1792-1858), magistrat et homme -politique, qui devint sénateur et vice-président du Sénat en 1852. - -[153] _Louis Grosclaude_, né a Genève en 1786, peintre de genre, dont -plusieurs toiles ont été au Musée du Luxembourg. - -[154] _Jean-Gaspard-Félix Ravaisson-Mollien_, philosophe et -archéologue, né en 1813. Ses travaux sur Aristote l'avaient fait -remarquer de M. de Salvandy, qui le choisit comme chef de son cabinet, -quand il fut ministre de l'instruction publique en 1837. Nommé quelque -temps plus tard inspecteur général des bibliothèques publiques, puis -en 1853 inspecteur général de l'enseignement supérieur, il devint, -en 1862, conservateur du Musée du Louvre. Il appartient depuis 1839 -à l'Académie des inscriptions et belles-lettres, et depuis 1881 à -l'Académie des sciences morales et politiques. - -[155] _Camille Doucet_, auteur dramatique, membre et secrétaire -perpétuel de l'Académie française, né en 1812. Il était à cette époque -(1856) chef de la division des théâtres au ministère d'État. - -[156] _Fortoul_, alors ministre de l'instruction publique, mourut cette -même année 1856 à Ems, enlevé par une attaque d'apoplexie. - -[157] _Paul-Henri-Ernest de Royer_ (1808-1877), était alors procureur -général à la Cour de cassation depuis 1853. Il avait remplacé M. -Delangle. Il fut plus tard ministre de la justice et président de la -Cour des comptes. - -[158] _Charles Perrier_ (1835-1860), littérateur. Il a écrit dans -l'_Artiste_ et dans la _Revue contemporaine_ des articles critiques, -notamment sur l'Exposition universelle de 1855. Plus tard, il fut -attaché à l'ambassade de Rome, où il put se livrer à ses goûts -d'artiste et poursuivre ses études d'esthétique. Il revint en France -pour y mourir en 1860. - -[159] _Panseron_ (1795-1859), compositeur. (Voir t. II, p. 311.) - -[160] _Madame Herbelin_ avait obtenu une médaille de 1re -classe à l'Exposition de 1855. (Voir t. II, p. 89.) - -[161] Il s'agit sans doute ici de la lithographie originale de -Delacroix. (Voir _Catalogue Robaut_, n° 247.) - -[162] _Charles Lebouc_ (1823-1893), violoncelliste distingué, qui -épousa une des filles d'Adolphe Nourrit. - -[163] Le salon de _madame Mohl_ était alors un des centres littéraires -les plus fréquentés de Paris. Anglaise d'origine, _Mary Clarke_ était -devenue l'amie de Mme Récamier et de Chateaubriand. Elle épousa plus -tard _Jules Mohl_, le savant orientaliste, qui devint membre de -l'Académie des inscriptions et belles-lettres. Pendant trente ans elle -sut grouper autour d'elle par le charme de son esprit les hommes les -plus distingués de son époque. (Voir _Un salon à Paris, Mme Mohl et ses -intimes_, par K. O'Méara.) - -[164] _Philibert Rouvière_ (1809-1865), peintre et acteur. Il avait -débuté dans l'atelier de Gros, où il avait sans doute connu Delacroix. -Plus tard, il s'est presque exclusivement consacré au théâtre. - - * * * * * - -1er _février._--Dîner chez Benoît Champy[165]. - -* - -5 _février._--Chute de ma pauvre Jenny. - -* - -8 _février._--Au conseil, il est question de Saint-Denis du -Saint-Sacrement. - -Je visite Saint-Roch, Saint-Eustache et Saint-Denis avec Merruau[166] -et Pastoret[167]. - -Je reviens à pied du Marais. - -En rentrant du conseil, je reçois une lettre déchirante du pauvre -Lamey, qui m'annonce la mort de ma chère cousine. - -* - -10 _février._--Dîner chez Mme Herbelin avec Rosa Bonheur. - -* - -21 _février.--Sur les chefs-d'œuvre._ Sans le chef-d'œuvre, il -n'y a pas de grand artiste: tous ceux qui n'en ont fait qu'un dans leur -vie ne sont pourtant pas grands pour cela. Ceux de cette espèce sont -ordinairement le produit de la jeunesse: une certaine force précoce, -une certaine chaleur qui est dans le sang autant que dans l'esprit, ont -jeté quelquefois un éclat singulier; mais pour être classé, il faut -confirmer la confiance que les premiers ouvrages ont donnée du talent -par ceux que l'âge mûr, l'âge de la vraie force, vient ajouter et -ajoute presque toujours, quand le talent est d'une force réelle. - -Des hommes très brillants n'ont jamais fait de chefs-d'œuvre; -ils ont presque toujours fait des ouvrages qui ont passé pour des -chefs-d'œuvre au moment de leur apparition, à raison de la mode, -de l'à-propos, tandis que de véritables chefs-d'œuvre de finesse -ou de profondeur passaient inaperçus dans la foule, ou amèrement -critiqués, à cause de leur étrangeté apparente et de leur éloignement -des idées du moment, pour reparaître plus tard à la vérité dans tout -leur jour et être estimés à leur valeur, quand on a oublié les formes -de convention[168] qui ont donné la vogue aux ouvrages éphémères très -vantés d'abord; il est rare que cette justice ne soit pas rendue tôt ou -tard aux grandes productions de l'esprit humain dans tous les genres; -ce serait, avec les persécutions dont la vertu est presque toujours -l'objet, un argument de plus en faveur de l'immortalité de l'âme. Il -faut espérer que de si grands hommes, méprisés ou persécutés de leur -vivant, trouveront une récompense qui les a fuis dans le terrestre -séjour, quand ils seront parvenus dans une sphère où ils jouiront d'un -bonheur dont nous n'avons pas l'idée, mais auquel se mêlerait celui de -voir, d'en haut, la justice que leur garde la postérité. - -* - -25 _février_.--Feuilleton admirable de Gautier[169] sur la mort de -Heine, dans le _Moniteur_ de ce jour. - -Je lui écris: «Mon cher Gautier, votre oraison funèbre de Heine est un -vrai chef-d'œuvre dont je ne puis m'empêcher de vous complimenter. -Son impression me suit toujours, et il ira rejoindre ma collection -d'_excerptæ célèbres._ Eh quoi! votre art, qui a tant de ressources -que le nôtre n'a pas, est-il donc cependant, dans de certaines -conditions, plus éphémère que la fragile peinture? Que deviendront -quatre pages charmantes écrites dans un feuilleton entre le catalogue -des actions vertueuses des quatre-vingt-six départements et le narré -d'un vaudeville d'avant-hier? Pourquoi n'a-t-on pas averti quelques -hommes zélés pour les vrais et grands talents? Je ne savais pas même la -mort de ce pauvre Heine: j'aurais voulu sentir devant cette bière qui -emportait tant de feu et d'esprit ce que vous avez si bien senti. Je -vous envoie ce petit hommage, moins pour les obligations que je vous ai -d'ailleurs, que pour le plaisir triste et doux que j'ai eu à vous lire. -Mille amitiés sincères.» - ---J'ai été chez Delangle, qui a été aimable pour moi. J'y ai vu -Béranger[170]: nous nous sommes rappelé notre connaissance dans la -triste circonstance de la mort du cher Wilson. - -J'ai été ensuite chez Thayer: il demeure dans un vaste terrain planté, -occupé par plusieurs maisons. Moreau, qui était là, venait d'entrer -dans un bal, chez des personnes inconnues, croyant se trouver chez -ledit Thayer: luxe à la mode, ameublements, dorures, valetaille, etc. -Les petits fuient les grands; il y a un buffet, comme aux Tuileries, où -des hommes en habit noir vous servent le thé, les glaces, etc. - - -[165] _Benoît Champy_(1805-1872), magistrat et homme politique. Avocat, -puis député, il devint en 1856 président du tribunal de la Seine. - -[166] _Charles Merruau_ (1807-1882), professeur, puis rédacteur en chef -du _Constitutionnel_; il fut nommé en 1850 secrétaire général de la -Préfecture de la Seine. - -[167] Le _marquis de Pastoret_, sénateur, faisait partie depuis 1855 de -la commission municipale. - -[168] Voir au début du deuxième volume le développement d'une idée -similaire à propos de la musique. C'est ce qu'il appelait d'une formule -générale la _rhétorique._ - -[169] Ce feuilleton de Th. _Gautier_ sur H. _Heine_ n'est autre que la -très belle et très éloquente étude qui fut insérée dans la traduction -des œuvres de H. Heine, et dans laquelle le critique avait fait mieux -que dépasser la manière un peu étroite que lui reproche trop souvent -Delacroix. - - * * * * * - -6 _mars._--Dîner chez Bertin. Fait le croquis pour le prince Demidoff, -et aussi pour Benoît Fould[171]. - -* - -9 _mars._--Chez Lefuel avec Cavelier[172]. Causé chez lui des travaux -du Louvre. - -* - -15 _mars._--Journée passée à l'Hôtel de ville jusqu'à une heure du -matin, en attendant les couches de l'Impératrice[173]. - -* - -16 _mars._--Andrieu commence à travailler à l'église[174]. - -* - -20 _mars._--Boulangé[175] est venu pour la première fois à l'église. -J'y ai été le matin. Désappointement. Je me suis entêté l'année -dernière en travaillant trop longtemps. J'en ai trop fait sur de -mauvaises données. - -Le soir, chez Bixio et chez Bertin. - -* - -27 _mars._--Emporter à la campagne les tableaux pour Beugniet, -l'esquisse pour Dutilleux[176], l'_Arabe descendu de cheval_[177], le -_Petit Combat_, aquarelle faite à Dieppe. - -Emporter Edgar Poë, le _Petit Christ_[178], de Roché, la _Pieta_[179] -de l'église, les _Convulsionnaires_[180], l'_Ovide_[181], le _Chiron_, -pour Moreau. - -Finir avant de partir les _Lions_, de Détrimont, la _Barque_[182], de -Morny, le _Cavalier grec_[183], pour Tedesco, le tableau pour Haro, -l'_Hamlet._ - -Reporter le _Roméo_[184] à Mme Delessert. - - -[170] _Béranger_ mourut l'année suivante. - -[171] C'est sans doute l'esquisse _d'Ovide chez les Scythes_, un des -meilleurs tableaux du maître, et qui fut exposé en 1859. - -M. Moreau ayant demandé un tableau à Delacroix pour M. Benoît Fould, -Delacroix lui écrit le 11 mars 1856: «Je m'étais occupé tout de suite -de chercher des sujets pour répondre au désir que vous m'avez si -aimablement exprimé de la part de M. B. Fould. Après avoir hésité -quelque temps, je me suis rappelé une esquisse que j'ai traitée, il -y a un an environ, dans le projet d'en faire un tableau. Je crois le -sujet assez favorable, avec figures, animaux, paysages, etc. C'est -_Ovide exilé chez les Scythes_, auquel les naïfs habitants apportent -des fruits, du laitage, etc.» (_Corresp._, t. II, p. 140 et 141, et -_Catalogue Robaut_, n° 1376.) - -[172] _Jules Cavelier_ (1814-1894), statuaire, élève de David d'Angers, -auteur d'un grand nombre d'œuvres fort importantes et membre de -l'Académie des Beaux-Arts depuis 1865. - -[173] Le Prince impérial naquit le 16 mars 1856. - -[174] Saint-Sulpice. - -[175] _Louis Boulangé_, peintre, élève de Delacroix, qui lui écrit le -13 mars 1856: «Vous me rendriez bien service, s'il vous était possible -de vous mettre à mon travail de Saint-Sulpice. Ce ne serait pas pour -les ornements, mais pour les fonds des deux tableaux pour lesquels vous -avez promis de m'aider... Je ne puis continuer mes figures, sans que -ces parties soient très avancées.» (_Corresp._, t. II, p. 140 et 141.) - -[176] _Saint Michel terrassant le dragon_, que Dutilleux avait demandé -pour M. Le Gentil, d'Arras. (Voir _Catalogue Robault_, n° 1287.) - -[177] Voir _Catalogue Robault_, n° 1175. - -[178] Voir _Catalogue Robault_, n° 1289. - -[179] Réduction de la peinture murale de l'église du Saint-Sacrement. -(Voir _Catalogue Robaut_, n° 769.) - -[180] Voir _Catalogue Robaut_, n° 1316. - -[181] Sans doute le tableau d'_Ovide chez les Scythes_, commandé par M. -Moreau pour M. Fould. - -[182] Voir _Catalogue Robaut_, nos 1218 et 1219. - -[183] Ce tableau ne fut terminé qu'en 1859. (Voir _Catalogue Robaut_, -n° 1389.) - -[184] Ce tableau avait dû subir une restauration. (Voir _Catalogue -Robaut_, n° 939.) - - - * * * * * - -2 _avril._--Donné à Haro: - -L'étude sur carton d'après les arbres sur le lac de Valmont; vieux -carton mal équarri pour le maroufler. - -L'étude sur toile pour rentoiler, faite à Champrosay, de la fontaine de -Baÿvet, effet de soleil couchant. - -_Le Christ portant sa croix_[185], sur carton, à parqueter. - -Lui redemander l'_Arabe assis_ et les études de _Chats_[186] au bitume. - -* - -6 _avril._--Je lis avec beaucoup d'intérêt depuis quelques jours -la traduction d'_Edgar Poë_[187], de Baudelaire. Il y a dans ces -conceptions vraiment extraordinaires, c'est-à-dire extra-humaines, -un attrait de fantastique qui est attribué à quelques natures du -Nord ou de je ne sais où, mais qui est refusé, à coup sûr, à nos -natures françaises. Ces gens-là ne se plaisent que dans ce qui est -hors ou extra-nature: nous ne pouvons, nous autres, perdre à ce point -l'équilibre, et la raison doit être de tous nos écarts. Je conçois à -la rigueur une débauche du genre de celle-là, mais tous ces contes -sont sur le même ton. Je suis sûr qu'il n'y a pas un Allemand qui -ne se trouve là comme chez lui. Bien qu'il y ait un talent des plus -remarquables dans ces conceptions, je crois qu'il est d'un ordre -inférieur à celui qui consiste à peindre le vrai. J'accorde que la -lecture de _Gil Blas_ ou de l'Arioste ne donne pas des sensations -de cet ordre, et quand ce ne serait que comme moyen de varier nos -jouissances, ce genre a son mérite et tient l'imagination en éveil; -mais on n'en peut prendre à de fortes doses, et cette continuité -dans l'horrible ou l'impossible rendu probable est pour nous un -travers d'esprit. Il ne faut pas croire que ces auteurs-là aient plus -d'imagination que ceux qui se contentent de décrire les choses comme -elles sont, et il est certainement plus facile d'inventer par ce -moyen des situations frappantes, que par la route battue des esprits -intelligents de tous les siècles. - -* - -8 _avril._--Dîner chez la princesse, qui va partir. - -* - -9 _avril._--Chez Mme d'Haussonville[188]. - -J'ai songé hier dans une course à Saint-Sulpice à faire quelque -chose sur la marche nécessaire que suivent tous les arts, qui vont -toujours se raffinant de plus en plus; l'origine de cette idée vient -de l'impression que m'ont faite hier chez la princesse les morceaux de -Mozart que Gounod a passés en revue: mon impression a été confirmée ce -soir chez Mme d'Haussonville, en entendant l'air des _Nozze_ chanté -par Mme Viardot. Bertin me disait de cette musique qu'elle est trop -pleine de délicatesse et d'une expression portée aux dernières limites -pour aller au public. Ce n'est pas cela qu'il faut dire: dans les -époques comme les nôtres, le public arrive à cet amour du détail avec -les ouvrages qui l'ont mis en goût de raffiner sur tout. Ce n'est pas, -au contraire, dans notre temps, pour le public qu'il faut peindre à -grands traits: ce serait bien plutôt pour les esprits infiniment rares -qui s'élèvent au-dessus des intelligences communes, qui se nourrissent -encore des beautés des grandes époques, en un mot qui aiment le beau, -c'est-à-dire la simplicité. - -Il faut donc des tableaux à grands traits; dans les âges primitifs, les -ouvrages des arts sont ainsi: le fond de mon idée était la nécessité -d'être de son temps. Voltaire, dans le _Huron_, lui fait dire: _Les -tragédies des Grecs sont bonnes pour des Grecs_, et il a raison; -de là le ridicule de tenter de remonter le courant et de faire de -l'archaïsme. Racine paraît raffiné déjà en comparaison de Corneille; -mais combien on a raffiné depuis Racine! Walter Scott, Rousseau -d'abord, sont allés creuser ces sentiments d'impressions vagues et de -mélancolie, que les anciens ont à peine soupçonnées; nos modernes ne -peignent plus seulement les sentiments; ils décrivent l'extérieur, ils -analysent tout. - -Dans la musique, le perfectionnement des instruments ou l'invention -d'instruments nouveaux donne la tentation d'aller plus avant dans -certaines imitations. On en viendra à imiter matériellement le bruit du -vent, de la mer, d'une cascade. Mme Ristori, l'année dernière, dans la -_Pia_[189], rendait d'une manière très vraie, mais très repoussante, -l'agonie du personnage. Ces objets, dont Boileau dit qu'il faut les -_offrir à l'oreille_ et les _éloigner des yeux_, sont maintenant du -domaine des arts; il faut nécessairement perfectionner au théâtre -les décorations et les costumes. Il est même évident que ce n'est -pas tout à fait de mauvais goût. Il faut raffiner sur tout, il faut -contenter tous les sens: on en viendra à exécuter des symphonies, en -même temps qu'on offrira aux yeux de beaux tableaux pour en compléter -l'impression[190]. - -On dit que Zeuxis ou un autre célèbre peintre dans l'antiquité avait -exposé un tableau représentant un guerrier ou les horreurs de la -guerre: il faisait jouer de la trompette derrière le tableau pour -exalter encore davantage les bons spectateurs. On ne pourra plus faire -une bataille sans brûler un peu de poudre aux environs, pour exciter -complètement l'émotion ou mieux pour la réveiller. - -Pour être plus près de la vérité, il y a déjà une vingtaine d'années, -on avait été, sur la scène de l'Opéra, jusqu'à faire les décorations -réelles comme dans l'opéra de la _Juive_[191] et dans celui de -_Gustave_[192]. Dans le premier, on voyait de vraies statues sur la -scène et autres accessoires qu'on imite ordinairement par la peinture; -dans _Gustave_, il y avait de vrais rochers, imités à la vérité, mais -par des blocs saillants. Ainsi, par l'amour de l'illusion, on arrivait -à la supprimer tout à fait. On conçoit que des colonnes ou des statues -placées sur la scène dans la condition où on voit ordinairement les -décorations et éclairées par des lumières venant de tous côtés perdent -toute espèce d'effet; c'est à cette époque qu'on introduisit sur la -scène de vraies armures, etc.; on revenait ainsi à l'enfance de l'art -à force de perfectionnements. Les enfants, dans leurs jeux, quand ils -imitent la représentation d'une pièce, se servent, pour faire des -arbres, de vraies branches d'arbres; on devait faire ainsi aux époques -où on a inventé le théâtre. On nous dit que les pièces de Shakespeare -ont été en général représentées dans des espèces de granges, et on n'y -faisait pas tant de façon. Les changements perpétuels de décoration -qui, pour le dire en passant, semblent le fait d'un art déjà perverti -plutôt qu'avancé, étaient exprimés par un écriteau: Ceci est une forêt; -ceci est une prison, etc. Dans ce cadre de convention, l'imagination -du spectateur voyait s'agiter des personnages animés de passions -prises sur la nature, et cela suffisait. L'indigence de l'invention -s'appuie volontiers sur ces prétendues innovations. La description qui -foisonne dans les romans modernes est un signe de stérilité: il est -incontestablement plus facile de décrire l'extérieur des choses que de -suivre délicatement le développement des caractères et la peinture du -cœur. - -* - -14 _avril._--Livré depuis le mois de novembre: répétitions: - - - _Grec à cheval_.............................. 1,200 fr. - - _Cavalier grec et turc_(Tedesco)[193]........ 1,600 " - - _Clorinde_[194].............................. 2,000 " - - Les _Lions_ en petit[195] ................... 2,000 " - - Petit _Marocain à cheval_ (Barye)............ 300 " - - _Hamlet et Polonius_[196] ................... 1,000 " - - Vendu il y a un mois le _Marino - Faliero_[197] ................................. 12,000 " - - Il me reste à faire: - - L'_Ovide_ de M. Fould[198] .................. 6,000 " - - Le tableau de M. Demidoff......................... 3,000 " - - L'_Empereur du Maroc_[199] .................. 2,500 " - - L'_Herminie_[200] ........................... 2,000 " - - -Beugniet en veut un petit; Détrimont aussi. - -* - -16 _avril._--Il faut retourner chez Mme d'Haussonville. - -_Du besoin de raffinement dans les temps de décadence_ (même sujet -qu'au 9 avril précédent). Les plus grands esprits ne peuvent s'y -soustraire: on croit trouver un genre nouveau en mettant des détails -là où les anciens n'en mettaient pas. Les Anglais, les Germaniques nous -ont toujours poussés dans cette route. Shakespeare est très raffiné. -En peignant avec une grande profondeur de sentiment que les anciens -négligeaient ou ne connaissaient même pas, il découvrit tout un petit -monde de sentiments qui sont chez tous les hommes de tous les temps à -l'état confus et qui ne semblent pas destinés à arriver à la lumière, -ou à être analysés, avant qu'un génie particulièrement doué ait porté -le flambeau dans les coins secrets de notre âme. Il semble qu'il faut -à l'écrivain une érudition prodigieuse; mais on sait combien il est -facile de prendre le change à ce sujet, et ce qu'il y a de réel sous -cette apparence de science universelle. - -* - -22 _avril._--Rossini est venu dans la journée. - -* - -23 _avril._--Chez Rossini, à neuf heures et demie. Musique. -Vivier[201], Bottesini[202], et une dame qui a joué des morceaux de -Rameau pour piano. - - -[185] Voir _Catalogue Robaut_, n° 1313, comme disposition. - -[186] Voir _Catalogue Robaut_, n° 785. - -[187] Baudelaire envoyait à Delacroix tout ce qu'il produisait: salons, -études littéraires, traductions, poésies, et l'on trouve dans la -correspondance du peintre plusieurs lettres de remerciement prouvant -que celui-ci avait compris et goûté la manière du poète: «Je vous dois -beaucoup de remerciements pour les _Fleurs du mal_, lui écrit-il en -1858; je vous en ai déjà parlé en l'air, mais cela mérite tout autre -chose.» (_Corresp._, t. II, p. 178.) - -[188] _Madame d'Haussonville_ était fille du duc de Broglie. Son mari, -le comte d'Haussonville, succéda en 1809 à M. Viennet à l'Académie -française. - -[189] _Pia dei Tolomeï_, drame en cinq actes et en vers de _Carlo -Marenco_, joué avec un grand succès en 1855, à Paris, par Mme Ristori. - -[190] Cette prédiction devait se réaliser trente années plus tard par -les soins d'un peintre étranger expert en toutes réclames, et trop -connu pour qu'il soit besoin de rappeler son nom. - -[191] Cet opéra d'Halévy et de Scribe fut représenté le 23 février 1835. - -[192] _Gustave III, ou le Bal masqué_, opéra en cinq actes, d'Auber, -paroles de Scribe, représenté à l'Académie royale de musique le 27 -février 1833. Au troisième acte, la scène se passait aux environs de -Stockholm, dans un site sauvage, la nuit, au milieu de roches de formes -sinistres. - -[193] Voir _Catalogue Robaut_, n° 1293. - -[194] Voir _Catalogue Robault_, n° 1290. - -[195] Voir _Catalogue Robault_, n° 1308. - -[196] Répétition et variante du tableau de Delacroix de 1843. (Voir -_Catalogue Robault_, n° 943.) - -[197] Il est curieux de constater que ce tableau, exposé en 1827, ne -trouva acquéreur qu'en 1856, c'est-à-dire près de trente ans après sa -première apparition. (Voir _Catalogue Robault_, n° 160.) - -[198] _Ovide chez les Scythes._ Ce tableau, qui a figuré à la deuxième -exposition des Cent chefs-d'œuvre, en 1892, appartient aujourd'hui à M. -de Sourdeval. (Voir _Catalogue Robault_, n° 1376.) - -[199] Voir _Catalogue Robault_, n° 1441. - -[200] Voir _Catalogue Robault_, n° 1384 et _supplément._ - -[201] _Eugène Vivier_, qui s'est placé au premier rang des cornistes de -son époque. - -[202] _Giovanni Bottesini_, contrebassiste italien, qui n'eut pas -de rival comme virtuose. Il était en 1856 chef d'orchestre au -Théâtre-Italien. - - * * * * * - -2 _mai._--Se rappeler l'histoire de la Toison d'or, réelle, -c'est-à-dire la manière actuelle encore de recueillir l'or dans le -Pactole, et les lieux où s'est passée la fable de Jason: peaux de -mouton noir attachées à des perches et traînées dans le lit du fleuve -qui est très profond. - -* - -6 _mai._--Travaillé le matin au _Christ_ de M. Roché. À trois heures et -demie à Saint-Sulpice. Nous dessinons les cartons du plafond. - -Je reviens dîner; je dors toute la soirée malgré mon projet d'aller -voir Autran[203], et je me couche à minuit, à peu près. - -J'ai lu le soir à Jenny plusieurs scènes d'_Athalie._ - -* - -8 _mai._--Dîner chez Mme de Forget. Je mourrai de tous ces dîners[204]. - ---Charmant ton demi-teinte de fond de terrain, roches, etc. Dans le -rocher, derrière l'Ariane, le ton de _terre d'ombre naturelle et blanc_ -avec _laque jaune._ - ---Le ton local chaud pour la chair à côté de _laque_ et _vermillon: -jaune de zinc, vert de zinc, cadmium_, un peu de _terre d'ombre, -vermillon._--Vert dans le même genre: _chrome clair, ocre jaune, vert -émeraude._--Le _chrome clair_ fait mieux que tout cela, mais il est -dangereux alors, il faut supprimer les _zincs._ - ---Cette nuance en mêlant avec ce ton de _laque_ et _blanc._ - ---_Bleu de Prusse, ocre de ru, vert neutre_ qui entre bien dans la -chair. - ---_Laque jaune, ocre jaune, vermillon._ - ---_Terre de Sienne naturelle. Cassel._ - ---Ces tons verdâtres sont une excellente localité avec un ton de _rouge -Van Dyck_ ou _indien_ et _blanc_ rompu avec un gris mélangé et rompu -lui-même. - ---_Terre d'ombre, blanc cobalt._ Joli gris. - ---Ce ton, avec _vermillon laque_, donne un ton de demi-teinte charmant -pour chair fraîche. - ---Avec _terre d'Italie vermillon_ localité plus chaude. - -* - -9 _mai._--Chez Benoît. Dans la journée à Saint-Sulpice, chez Wyld[205], -chez Alberthe. - -* - -10 _mai._--Peinture esquisse pour l'ami de Dutilleux. - -Dessin à Wey. - -* - -11 _mai._--Demander à Haro cartons pour mettre derrière tableau. Chez -le baron Michel[206] à trois heures. Il me dit que les remèdes de ses -amis les médecins n'avaient fait qu'empirer sa maladie, un catarrhe -à la vessie survenu sans cause apparente. L'hygiène seule la guéri -radicalement. Il ne boit pas de vin. - -* - -12 _mai._--Ricourt venu. - -Vous trouvez que vous n'êtes jamais assez savant.--Le dessin -d'Ingres.--La bouteille d'huile grasse et d'huile blanche de -Decamps.--Pas une touche fausse dans les hommes de sentiment.--Étudier -sans relâche avant; une fois en scène, faites des fautes, s'il le faut, -mais _exécutez librement._ - -* - -15 _mai._--Chez Mme de Forget un instant le soir. - -* - -_Champrosay_, 17 _mai._--Parti pour Champrosay à onze heures un quart -par le chemin de Lyon. Pluie battante à Villeneuve-Saint-Georges, comme -déjà l'an dernier et presque tous les ans. - -* - -18 _mai._--Journée d'inertie. On doit coller du papier demain. - -Je dors toute la journée sans me décider à sortir. Je lis l'_Essai sur -les mœurs_, de Voltaire, et j'en suis ravi. - -* - -19 _mai._--Je compose toute la matinée pendant qu'on colle le papier. - -* - -20 _mai._--Sur l'âme après la mort. Je trouve ceci dans un article sur -la _Religion actuelle_, de M. Jules Simon, dans la _Presse_: «Pour -quiconque ne soumet pas sa raison, etc., nous pouvons faire beaucoup de -conjectures à notre avantage et avoir de belles espérances, mais non -point aucune assurance.» - -Je commence à travailler. - -* - -22 _mai._--Mme Villot venue à Champrosay avec la petite Stella. Elles -ont dîné avec moi et sont reparties le soir. - -* - -26 _mai._--Acheter la _Presse_ de dimanche 25 mai, article de -Saint-Victor[207] sur le _Cid._ Aller voir Mme Lamey. - -J'ai travaillé beaucoup à Champrosay. J'ai ébauché sur la toile, où -j'avais commencé il y a beaucoup d'années, le _Fils qui porte le corps -de son père sur le champ de bataille_ et que j'avais abandonné tout -à fait; j'y ai ébauché le _Templier emportant Rebecca du château de -Frondeley pendant le sac et l'incendie de ce repaire_[208]. - -J'ai ébauché également les _Chevaux qui se battent dans l'écurie_[209], -et un petit sujet: _Cheval en liberté que son maître s'apprête à seller -et qui joue avec un chien_[210]. - -Avancé les esquisses de M. Hartman, l'_Ugolin_, la _Pieta_, etc. - -J'ai reçu ce matin la lettre de Bouchereau, qui m'annonce qu'il va -venir. - -Je suis parti par le dernier convoi le soir. - -* - -_Paris_, 27 _mai._--Bouchereau est venu justement me réveiller au -milieu de la journée; j'ai été heureux de le revoir. Il dîne avec moi -jeudi. - -* - -29 _mai._--Dîné chez moi avec Bouchereau. - -* - -30 _mai._--«.....Quant à la beauté de la figure, aucune femme ne l'a -jamais égalée... Cependant ses traits n'étaient pas jetés dans ce moule -régulier qu'on nous a faussement enseigné à révérer dans les ouvrages -classiques du paganisme: «_Il n'y a pas de beauté exquise_, dit lord -Verulam, parlant avec justesse de tous les genres de beauté, _sans une -certaine étrangeté dans les proportions._» (Edgar Poë.) - -J'ai été dans la journée inviter F. Leroy à venir dîner lundi avec -Bouchereau: j'ai eu grand plaisir à le revoir. - -En rentrant, continué ma lecture d'Edgar Poë; cette lecture réveille -en moi ce sens du mystérieux qui me préoccupait davantage autrefois -dans ma peinture, et qui a été, je crois, détourné par mes travaux -surplace, sujets allégoriques, etc., etc. Baudelaire dit dans sa -préface _que je rappelle en peinture ce sentiment d'idéal si singulier -et se plaisant dans le terrible_[211]. Il a raison; mais l'espèce de -décousu et l'incompréhensible qui se mêle à ses conceptions ne va -pas à mon esprit. Sa métaphysique et ses recherches sur l'âme, la vie -future, sont des plus singulières et donnent beaucoup à penser. Son Van -Kirck parlant de l'âme, pendant le sommeil magnétique, est un morceau -bizarre et profond qui fait rêver. Il y a de la monotonie dans la -fable de toutes ses histoires; ce n'est, à vrai dire, que cette lueur -fantasmagorique dont il éclaire ces figures confuses, mais effrayantes, -qui fait le charme de ce singulier et très original poète et philosophe. - - -[203] _Joseph Autran_ (1813-1877), poète, qui succéda à Ponsard à -l'Académie française. - -[204] Delacroix écrivait, un an plus tard: «Quelque retiré qu'on -vive à Paris, il est impossible de se soustraire à cette inquiétude -perpétuelle dans laquelle on vit, et qui agit indubitablement sur les -ouvrages de l'esprit.» (_Corresp._, t. II, p. 108.) - -[205] _William Wyld_ (1806-1889), peintre anglais, élève de Louis -Francia, fut, avec Bonington, un des propagateurs de l'aquarelle en -France. En 1883, il accompagna Horace Vernet de Rome à Alger. - -[206] Le _baron Michel_ (1786-1856), médecin militaire, qui prit part à -toutes les campagnes de l'Empire et devint médecin en chef de l'hôpital -du Gros-Caillou et des Invalides. - -[207] À cette époque déjà Paul _de Saint-Victor_ écrivait dans la -_Presse_ cette série de feuilletons dramatiques qu'il devait continuer -plus tard au _Moniteur universel_, et dans lesquels, sous prétexte de -faire le compte rendu des pièces nouvelles, il exécutait d'admirables -variations littéraires sur les grandes œuvres classiques. On se -rappelle la série de ses études sur le drame grec, qui furent réunies -plus tard sous le titre des _Deux Masques._ À propos de cet article sur -le _Cid_ qu'on trouvera dans la _Presse_ du 25 mai 1856, et dont M. -Burty a cité un fragment dans la _Correspondance de Delacroix_, voici -ce que Delacroix écrivait à Paul de Saint-Victor: «Je trouve ce matin -dans la _Presse_ votre article sur le _Cid_, et je ne puis m'empêcher -de vous en faire compliment du fond de ma retraite momentanée. Quel -dommage que vous dépensiez votre verve et votre esprit dans des -feuilles qui se dispersent si vite! c'est au point que revenant demain -ou après-demain à Paris, je ne sais si je pourrai trouver à acheter -le numéro paru depuis deux jours.» Puis ensuite, discutant avec le -critique une des idées qu'il a émises, il termine en disant: «Ma lettre -n'est à autre fin que de vous parler de mon émotion. C'est une pente -que je suis quelquefois et à coup sûr. J'écris cette lettre avec plus -de plaisir que presque toutes les autres.» (_Corresp._, tome II, p. -144, 145.) Il ne faut pas oublier d'ailleurs que Paul de Saint-Victor -avait été l'un de ses enthousiastes partisans, et qu'il avait écrit, -notamment après la décoration du Palais-Bourbon, une série d'articles -qui comptent parmi les plus remarquables commentaires de l'œuvre du -maître peintre. - -[208] Voir _Catalogue Robaut_, n° 1383. - -[209] Voir _Catalogue Robaut_, n° 1409. - -[210] Voir _Catalogue Robaut_, n° 1317. - -[211] Voici quel est le passage de Baudelaire qui vient justement -à l'appui de la précédente note: «Au sein de cette littérature où -l'air est raréfié, l'esprit peut éprouver cette vaste angoisse, cette -peur prompte aux larmes, et ce malaise au cœur, qui habitent les -lieux immenses et singuliers. Mais l'admiration est la plus forte, -et d'ailleurs _l'art est si grand!_ Les fonds et les accessoires -y sont appropriés aux sentiments des personnages. Solitude de la -nature et agitation des villes, tout y est décrit nerveusement et -fantastiquement. Comme _notre Eugène Delacroix_, qui a élevé son art à -la hauteur de la grande poésie, Edg. Poë aime à agiter ses figures sur -des fonds violâtres et verdâtres, où se révèlent _la phosphorescence -de la pourriture et la senteur de l'orage._» (Préface des _Histoires -extraordinaires._) - -C'était là une idée chère à Baudelaire, dont le goût inné pour le -_mystérieux_ et le _bizarre_ s'était accru encore à la suite de sa -longue fréquentation avec l'œuvre du poète américain. Il suffit de lire -les savoureuses et pénétrantes études qui précèdent les premières et -les nouvelles _Histoires extraordinaires_, pour se rendre compte de -l'intoxication puissante qu'il avait subie. Dans sa préface des _Fleurs -du mal_, Th. Gautier commente très finement cet état d'esprit. - - * * * * * - -6 _juin._--J'ai été hier, en sortant de l'Hôtel de ville, voir la -fameuse Exposition agricole. Toutes les têtes sont tournées; on -est dans l'admiration de toutes ces belles imaginations: machines -à exploiter la terre, bêtes de tous les pays amenées à un concours -fraternel de tous les peuples; pas un petit bourgeois qui, sortant de -là, ne se sache un gré infini d'être né dans un siècle si précieux. - -J'ai éprouvé pour mon compte la plus grande tristesse au milieu de -ce rendez-vous bizarre: ces pauvres animaux ne savent ce que leur -veut cette foule stupide; ils ne reconnaissent pas ces gardiens de -hasard qu'on leur a donnés; quant aux paysans qui ont accompagné leurs -bêtes chéries, ils sont couchés près de leurs élèves, lançant sur les -promeneurs désœuvrés des regards inquiets, attentifs à prévenir les -insultes ou les agaceries impertinentes qui ne leur sont pas ménagées. - -Le plus simple bon sens eût suffi pour convaincre de l'inutilité de -cette réunion, avant qu'on l'ait effectuée. La vue même de ces animaux -si divers de forme et de propriétés suffira-t-elle pour convaincre de -la folie qu'il y aurait à les transplanter, à les isoler des conditions -dans lesquelles ils se sont développés et de l'influence du climat -natal? La nature a voulu qu'une vache fût petite en Bretagne et grande -en Écosse. Était-il bien nécessaire d'assembler de si loin et dans un -même lieu ces naïfs?... - -En entrant dans cette exposition de machines destinées à labourer, à -ensemencer, à moissonner, je me suis cru dans un arsenal et au milieu -de machines de guerre; je me figure ainsi ces balistes, ces catapultes, -instruments grossiers et hérissés de pointes de fer, ces chars armés de -faux et de lames acérées; ce sont là les engins de _Mars_ et non de la -blonde _Cérès._ - -La complication de ces instruments effroyables contraste singulièrement -avec l'innocence de la destination; quoi! cette effroyable machine -armée de crocs et de pointes, hérissée de lames tranchantes, est -destinée à donner à l'homme son pain de tous les jours! La charrue, -que je m'étonne de ne pas voir placée parmi les constellations, comme -la _lyre_ et le _chariot_, ne sera plus qu'un instrument tombé dans le -mépris! Le cheval aussi a fait son temps. - -Ces petites machines à vapeur, avec leurs pistons, leur balancier, leur -gueule enflammée, sont les chevaux de la future société. L'affreux et -lugubre tintamarre de ses roues... Don Quichotte eût mis sa lance en -arrêt! - -Laissez à la Hongrie les bœufs affligés de cornes, dont ils ne -savent que faire!... À quoi bon dans nos plaines ces vaches descendues -des Alpes de la Suisse? ces bœufs avec cornes ou sans cornes, de -climats et de constitutions divers, qui réclament une nourriture -particulière et des soins?... - -Quant à ces légumes poussés à une humidité et une chaleur factices, -laissez-les aux curieux d'Argenteuil pour les moules en carton, -comme l'idéal de l'asperge et du navet, plus propre à étonner la vue -qu'à réjouir l'appétit: tous ces petits parterres, venus là pour la -circonstance, semblables à ces forêts que les enfants improvisent dans -leurs jeux en plantant des branches en terre. - -Pauvres peuples abusés, vous ne trouvez pas le bonheur dans l'absence -du travail! Voyez ces oisifs condamnés à traîner le fardeau de leurs -journées et qui ne savent que faire de ce temps que les machines leur -abrègent encore. Voyager était autrefois une distraction pour eux; se -tirer de la torpeur de chaque jour, voir d'autres climats, d'autres -mœurs, donnait le change à cet ennemi qui leur pèse et les poursuit. -À présent, ils sont transportés avec une rapidité qui ne laisse rien -voir; ils comptent les étapes par les stations de chemin de fer qui se -ressemblent toutes; quand ils ont parcouru toute l'Europe, il semble -qu'ils ne sont pas sortis de ces gares insipides qui paraissent les -suivre partout comme leur oisiveté et leur incapacité de jouir. Les -costumes, les usages variés, qu'ils allaient chercher au bout du monde, -ils ne tarderont pas à les trouver semblables partout. - -Déjà l'Ottoman qui se promenait en robe et en pantoufles sous un -ciel toujours riant, s'est emprisonné dans les ignobles habits de la -prétendue civilisation: ils ont des vêtements serrés, comme dans les -pays où l'air libre est un ennemi dont il faut se garantir; ils ont -adopté ces couleurs monotones qui sont celles des peuples du Nord, -qui vivent dans la boue et dans les frimas. Au lieu du spectacle du -Bosphore riant sous le soleil et qu'ils contemplaient tranquillement, -ils s'enferment dans de petites salles de spectacle pour y voir des -vaudevilles français; vous retrouvez ces vaudevilles, ces journaux, -_tout ce bruit pour rien_, dans toutes les parties du monde, comme -l'éternelle gare, avec ses cyclopes et ses sifflements sauvages. - -On ne fera pas trois lieues sans cet accompagnement barbare: les -champs, les montagnes en seront sillonnés: on se rencontrera comme se -rencontrent les oiseaux, dans les plaines de l'air... Voir n'est plus -rien: il faut arriver pour repartir! On ira de la Bourse de Paris à -celle de Saint-Pétersbourg; les affaires réclameront tout le monde, -quand il n'y aura plus de moissons à recueillir au moyen des bras, des -champs à surveiller et à améliorer par des soins intelligents. Cette -soif d'acquérir des richesses, qui donneront si peu de jouissance, aura -fait de ce monde un monde de courtiers. On dit que c'est une fièvre qui -est aussi nécessaire à la vie des sociétés, que la vraie fièvre l'est -au corps humain dans certaines maladies et au dire des médecins. - -Quelle est donc cette maladie nouvelle que n'ont point connue tant de -sociétés éclipsées aujourd'hui et qui ont pourtant étonné le monde par -les grandes et véritablement utiles entreprises, par des conquêtes -dans le domaine des grandes idées, par de vraies richesses employées à -augmenter la splendeur des États et à relever à leurs yeux les sujets -de ces États? Que n'emploie-t-on cette activité impitoyable à creuser -de vastes canaux pour l'écoulement de ces inondations fatales qui nous -consternent, ou pour élever des digues capables de les contenir! C'est -ce qu'a fait l'Égypte, qui a discipliné les eaux du Nil et opposé les -Pyramides à l'envahissement des sables du désert; c'est ce qu'ont fait -les Romains, qui ont couvert le monde ancien de leurs routes, de leurs -ponts et aussi de leurs arcs de triomphe. - -Qui élèvera une digue aux mauvais penchants? Quelle main fera rentrer -dans leur lit le débordement des passions viles? Où est le peuple -qui élèvera une digue contre la cupidité, contre la basse envie, -contre la calomnie, qui flétrit les honnêtes gens dans le silence ou -dans l'impuissance des lois? Quand cette autre machine, la presse -impitoyable, serait-elle disciplinée? Quand est-ce que l'honneur, la -réputation de l'homme intègre ou de l'homme éminent, et par conséquent -envié, ne sera plus en butte aux calomnies empoisonnées du premier -inconnu? - -(Coudre tout cela aux réflexions du mois de mai 1853[212], à propos de -celles de Girardin sur la France labourée à la mécanique.) - -* - -8 _juin._--Dîner chez la princesse, qui part après-demain et qui m'a -fait demander mon jour pour Grzymala. - -* - -9 _juin._--Dîner du lundi. Chez Autran, le soir. - -* - -10 _juin._--MM. Pelouze et Marguerite doivent venir. - -Dîné chez Marguerite. Revu le _petit Christ_, qui m'a fait plaisir. Ce -qui m'a frappé davantage, c'est la _Vierge évanouie_, du fond. Il y a -décidément, parmi les grands, des génies fougueux, indisciplinés, quand -ils croient être corrects, n'obéissant qu'à l'instinct qui sans doute -se trompe quelquefois: ainsi Michel-Ange, Shakespeare, Puget, voilà -des gens qui ne conduisent pas leur génie, mais qui en sont conduits; -Corneille est un des plus saillants: il tombe dans des abominations, -en descendant du ciel. Mais ces hommes-là? en revanche, sont les -initiateurs et les pasteurs du troupeau. Ce sont les monuments souvent -informes, mais qui sont éternels et qui dominent dans les déserts, -comme au milieu des civilisations les plus raffinées, dont elles -demeurent le point de départ et en même temps la critique, par les -caractères éternels de leurs belles parties. - -Il y a également incontestablement des génies divins qui obéissent à -leur naturel, mais qui lui commandent aussi: les Virgile, les Racine, -ne tombent jamais dans les énormités. Ils sont entrés dans une route -qui avait été ouverte par des géants; ils ont laissé derrière eux les -blocs informes, les essais trop audacieux, et s'emparent des cœurs -d'un empire moins contesté. - -Quand les hommes de la première espèce veulent se réformer, agir -méthodiquement, ils tombent dans la froideur et sont au-dessous ou -plutôt à côté d'eux-mêmes: ceux de la seconde classe tiennent en bride -leur imagination, ils se réforment ou se dirigent à leur gré, sans -tomber dans des contradictions ou des erreurs choquantes. (Voir mes -notes du 16 novembre 1857.) - -* - -11 _juin._--Teinte locale de l'enfant grand de la seconde _Médée_[213]: -_brun, rouge_ et _blanc._ Cesser d'être cru par ces tons de l'ombre -_chauds_, légèrement orangés et, dans les chairs, rompus de _vert_, de -_rose_, de _jaune_ et _blanc_. - -Les clairs de la Médée, de sa joue, de sa gorge, du torse, etc., basés -sur le ton de _terre d'ombre blanc et laque jaune_ avec _blanc et -laque._ Le _cadmium_ avec des tons rompus domine dans la localité; peu -de tons rouges; cependant un peu de tons de _brun rouge blanc_ avec -_laque jaune_ et _terre d ombre et blanc_ (cette dernière combinaison -excellente pour beaucoup de localités un peu brunes). - -Pour le ton _vert rose chaud_ de la joue dans une femme fraîche et -brune, le _cadmium et blanc, jaune zinc clair et vert émeraude, blanc -et laque_ ou _vermillon et blanc_, suivant l'effet; le _blanc et vert -émeraude_, qui est un vert froid, s'y marie bien. - -En substituant l'_ocre de ru_ et _blanc_ au _cadmium_, on a des -localités de sujets plus bruns: le _vermillon_ et _blanc_ y convient -avec le _zinc jaune_ et _vert_, de même. - -Un mélange de tous ces tons fait une excellente localité de chair. - -* - -14 _juin._--Je dîne à côté d'Auber, à l'Hôtel de ville. Il me dit que, -malgré une vie heureuse, il ne voudrait pas recommencer à vivre, à -cause de ces mille amertumes dont la vie est semée. Ceci est d'autant -plus remarquable qu'Auber est un voluptueux complet: à l'âge où il est, -il jouit encore de la compagnie d'une femme. - -Le souverain bien serait la tranquillité; pourquoi donc ne pas -commencer de bonne heure à mettre cette tranquillité au-dessus de tout? -Si l'homme est destiné à trouver un jour que le calme est au-dessus de -tout, pourquoi ne pas se mettre à une vie qui donne ce calme anticipé, -mêlé toutefois à quelques-unes des douceurs qui ne sont pas les affreux -bouleversements que causent les passions? Mais qu'il faut veiller sur -soi pour s'en garantir, quand elles sont devenues si redoutables! - -* - -21 _juin._--Dîner des maires. Je cause longuement avec J... d'une -grande affaire. - -* - -24 _juin._--Chez Thiers le soir. Je lui ai fait compliment de son -conseil. - -Delaroche y était: il fait le léger, le narquois. - -* - -25 _juin._--Prêté à Andrieu vingt-trois gravures des _Admirandæ -romanæ antiquitates, etc._ - -Demi-teinte foncée ou claire pour la chair, se mêlant soit au -_cadmium_, soit au _vermillon_, soit à la _laque: Terre d'Italie_ -naturelle, _noir, laque jaune, vert de zinc_ ou _émeraude, blanc._ Ce -ton étant préparé foncé, si on le rend clair avec plus de _blanc_, -forme un clair neutre verdâtre, qui s'unit à tout. - -* - -28 _juin._--Parti à Champrosay à cinq heures. Je trouve en route Bec: -chaleur du diable. - -Chevalier[214] au chemin de fer, qui veut absolument que j'aille -déjeuner ou dîner avec lui. Jour pris pour lundi. - -* - -29 _juin._--Écrire à Guillemardet. Parler à Haro pour Leroux[215] de -Passy. - -Je trouve dans un article de Pelletan dans la _Presse_ sur le fameux -progrès, cette citation extraite des derniers ouvrages du grand homme -d'État, à qui nous avons dû de faire tant d'expériences dans le sens du -progrès indéfini, laquelle excite la profonde tristesse de son élève, -qui ne lui répond que le sanglot à la bouche: - -«Le progrès indéfini et continu est une chimère partout démontrée par -l'histoire et par la nature; mais le perfectionnement, etc. L'humanité -monte et descend sans cesse sur sa route, mais elle ne descend ni ne -remonte indéfiniment.» - ---Je dîne aujourd'hui avec Villot et sa femme. Nous parlons peinture -toute la soirée: cela me met en bonne disposition. - ---J'ai été mécontent hier, en arrivant, de ce que j'avais laissé ici -l'_Herminie_, le _Boisguilbert enlevant Rebecca_[216], les esquisses -pour Hartmann, etc. - -* - -30 _juin._--Michel Chevalier vient me chercher à trois heures: fin -de journée que je redoutais et qui se passe assez bien. Je fais -connaissance avec toute sa parenté. J'emporte un épi de blé d'Égypte. -Je reviens à pied le soir et assez fatigué. J'espérais trouver ma -pauvre Jenny en route. - - -[212] Voir t. II, p. 198. - -[213] Delacroix avait exécuté une première fois en 1838 une composition -de _Médée furieuse_, au sujet de laquelle Th. Gautier avait écrit -qu'elle était «peinte avec une fougue, un emportement et un éclat de -couleur que Rubens ne désavouerait pas». Nous trouvons au _Catalogue -Robaut_ (n° 1435) une autre _Médée furieuse_, indiquée comme variante -du tableau de 1838. Il ajoute cette intéressante anecdote: «Delacroix -avait fixé à huit mille francs le prix de cette toile avant de l'avoir -achevée. Surpris des difficultés d'exécution, il crut pouvoir demander -à M. Émile Péreire (l'acheteur) de l'indemniser des efforts inattendus -qu'il avait dû faire. M. Péreire s'empressa de modifier les conditions -primitives. Mais Delacroix, pris de scrupule, retira ses nouvelles -prétentions. M. Péreire les maintint quand même, et porta ainsi à dix -mille francs le prix du tableau, qui fut cédé plus tard pour trente -mille à M. Laurent Richard, et atteignit le chiffre de cinquante-neuf -mille francs à la vente faite par cet amateur.» - -[214] _Michel Chevalier_ (1806-1879). Le célèbre économiste avait fait -partie de la commission de l'Exposition universelle de 1855, et avait -sans doute noué des relations amicales avec Delacroix. - -[215] Sans doute _Jean-Marie Leroux_ (1788-1865), graveur et -dessinateur, élève de David. - -[216] L'_Herminie_ et l'_Enlèvement de Rebecca_ devaient figurer plus -tard à l'Exposition de 1859, cette Exposition qui fut pour Delacroix, -suivant l'expression de Burty, un _véritable Waterloo._ Dans le -commentaire du _Catalogue Robaut_ (n° 1383), E. Chesneau dit à propos -de l'_Enlèvement de Rebecca_: «On a peine à se défendre d'un mouvement -d'irritation, quand on a été témoin comme nous de l'attitude du public -dans les galeries du Salon de 1859, devant les huit tableaux, plus -admirables les uns que les autres, que le maître y avait envoyés. On -s'attroupait devant l'_Enlèvement_, devant _Ovide_, devant _les Bords -du Sébou_, devant l'_Herminie_, et l'on riait, et l'on faisait échange -de quolibets. Je n'ai pas souvenir, dans ma vie de critique déjà si -longue, d'un si honteux scandale.» - - * * * * * - -1er _juillet._--Je vais le soir chez Parchappe. Peu de -mouvement dans les idées. J'avais été prendre Mme Villot pour y aller -tous deux, et nous avions tourné dans son jardin. Elle est émerveillée -de Dumas fils. - -* - -2 _juillet._--Chez Rodrigues le soir. Je ne trouve que sa mère et les -jeunes gens. Il arrive au moment où je pars. - -* - -3 _juillet._--Mme Villot vient chez moi avec Dumas, qui passe la -journée chez elle. J'y dîne avec Dauzats, Mme Herbelin, Bixio, -Villemot, Mme Barbier qui arrive après une odyssée variée, qui l'a fait -venir à Juvisy dans une charrette de boucher. - -Je crois que c'est ce jour que je reçois mes lettres de Paris. Le -cousin arrive la semaine prochaine, et je pars lundi. - -* - -4 _juillet._--Je passe la journée à la maison. Je remonte dans ce seul -jour le tableau de l'_Herminie_[217], à ma grande satisfaction. La -veille, l'avait été celui d'_Ugolin_[218], qui en avait bon besoin. - -Après le dîner je m'endors et me suis couché sans sortir. - -* - -5 _juillet._--Travaillé à l'_Arabe qui va seller son cheval_[219]. -Promenade vers deux heures, en courant après Jenny que je ne trouve -pas. Je vais jusqu'à près de Soisy; je remonte vers le Chêne-Prieur, -mais ne vais pas jusque-là: pris par l'allée aux Fougères jusque chez -Baÿvet. Tourné dans son allée, toujours occupé de ma recherche; puis -pris l'allée de Draveil dans le sens des murs des divers parcs, -remonté au Chêne-d'Antain par le chemin que nous prenions autrefois en -venant de l'enclos de Candas. Je me suis assis en face de ce géant, -qui est maintenant entouré de coupes abattues: je m'y suis presque -endormi un instant et suis revenu par l'allée tournante de Mainville à -Champrosay. - -En rentrant, retourné un peu à mon ébauche avec succès (la tête du -cheval) et fait un somme jusqu'à cinq heures. - -Chez Barbier ensuite. Dîner et soirée fort gais. Mme Franchetti y est -venue et a contribué à rendre la réunion aimable. Mme Barbier n'est pas -aussi enchantée que Mme Villot de l'esprit de Dumas fils[220]; Barbier -dit avec raison que rien n'est plus fatigant que ce jeu d'esprit -perpétuel et de mots à propos de tout. - -* - -8 _juillet._--Commencé le _Paysage de Tanger au bord de la mer_[221], -la _Fontaine mauresque_[222], l'_Embarquement_, la _Procession à Tanger -pour porter les cadeaux_, le _Bazar de Mequinez_ dans le petit livre de -croquis[223]. - -Le bon cousin[224] arrive le soir à onze heures et demie. Je -l'installe et le trouve heureux de notre combinaison. - -* - -9 _juillet._--Parler à Haro de la lithographie de Leroux[225], d'après -le tableau que je lui ai donné[226]. - -* - -10 _juillet._--Guillemardet dîne avec nous et le neveu de Lamey. - -* - -11 _juillet._--Je vais au conseil et voir Buloz, pour l'ouvrage de -Lamey. - -* - -12 _juillet._--Où est la petite vue sur toile peinte à l'huile _d'après -nature?..._ Je crois que je l'ai donnée à rentoiler. - -Nous allons voir les _Femmes savantes_ et _Amphitryon_, le cousin et -moi[227]. - -* - -18 _juillet._--Guillemardet vient dîner. - -* - -22 _juillet._--Départ du bon cousin; je l'accompagne par un beau -soleil du matin, mourant d'envie de m'embarquer avec lui. Il est triste -de me quitter. - -* - -24 _juillet._--Travaillé à la _Médée_[228]. - -Je ne sors pas depuis le départ du cousin. Je défends ma porte et -m'enterre dans ma solitude. - -* - -28 _juillet._--Repris le travail de l'église avec Andrieu. Il avait -travaillé jusqu'au 17 pour compléter le mois, lorsque j'étais parti -pour Champrosay vers le 2 ou 3. - - - -[217] Voir _Catalogue Robaut_, n° 1384. - -[218] Voir _Catalogue Robaut_, nos 1063-1065. - -[219] Voir _Catalogue Robaut_, n° 1817. - -[220] Il est certain que Delacroix préférait encore le père au fils, -qui n'avait alors que trente et un ans. - -[221] Voir _Catalogue Robaut_, n° 1348. - -[222] Voir _Catalogue Robaut_, n° 1442. - -[223] Le petit livre de croquis dont il est question ici est celui qui -a été reproduit dans ce Journal, t. I, p. 145. (_Voyage au Maroc._) - -[224] Le _cousin Lamey._ - -[225] _Eugène Leroux_ (1811-1863), lithographe, qui a reproduit -plusieurs tableaux d'après Delacroix et surtout d'après Decamps. - -[226] _Saint Sébastien._ (Voir _Catalogue Robaut_, n° 1381.) Delacroix -avait gardé une sincère reconnaissance envers M. Haro, qui, en 1855, -avait vaincu ses résistances et l'avait décidé à exposer. C'est M. Haro -qui avait installé la salle où Delacroix réunit trente-cinq de ses -œuvres choisies, qui furent si remarquées. - -[227] Eugène Delacroix, qui avait depuis longtemps ses entrées à la -Comédie-Française, put applaudir ce soir-là MM. _Provost, Geffroy, -Régnier, Got_, Mmes _Nathalie, Bonval_ et _Thénard_ dans la première -pièce, où Mlle _Édile Riquer_ continuait ses débuts par le rôle -d'Henriette, et MM. _Samson, Régnier, Beauvallet, Geffroy_ et Mlle -_Judith_ dans _Amphitryon._ L'administrateur général était alors M. -_Empis._ - -[228] Voir _Catalogue Robaut_, n° 1403. - - * * * * * - -7 _août._--Je ne vais pas à Saint-Sulpice, devant aller au Val[229] -pour la première fois. J'y trouve Chaix[230] et Jalabert[231], avec -lesquels je reviens le soir. J'avais promis un peu à regret à Mme Fould -de revenir samedi. - -* - -8 _août._--Les plus beaux ouvrages des arts sont ceux qui expriment la -pure fantaisie de l'artiste: de là l'infériorité de l'École française -en sculpture et en peinture, qui fait toujours passer l'étude du -modèle avant l'expression du sentiment qui domine le peintre ou le -sculpteur. Les Français, à toutes les époques, sont toujours retombés -avec des styles ou des engouements d'école suffisants dans cette route, -qui se croit la seule vraie et qui est la plus fausse de toutes. Leur -amour de la raison en tout leur a fait...[232]. - -* - -9 _août._--Après la matinée et travail à l'église, parti à cinq heures -pour Saint-Germain pour aller au Val. Fait route avec M. de Romilly et -sa machine de physique. Mme Fould était en avant avec Pastré. Remonté -dans ma chambre vers dix heures, ce qui est l'habitude de la maison. Je -ne me suis couché qu'à minuit; je me suis promené dans ma chambre et le -petit salon, admirant, mais sans envier le luxe du lieu. - -* - -10 _août._--Je passe la journée au Val. Je cause dans la bibliothèque -avec Fould[233]. Mme Fould me parle de sa maladie. - -Promenade avec elle et Romilly dans la forêt et en voiture. Il fait -toujours une chaleur affreuse depuis plus de quinze jours. - -Lagnier vient dîner, il est inconsolable de vieillir. Le jeune Achille -Fould[234] vient aussi et s'en retourne avec nous. - -* - -15 _août._--J'attendais Louis Fould, qui n'est pas venu. J'ai travaillé -au _Bord de mer de Tanger_, ne pouvant aller à l'église. Je me suis -dispensé du _Te Deum_ et du banquet municipal d'hier jeudi. - -Dîné avec Schwiter, rue Montorgueil; le pauvre garçon est tout plein de -ses illustres connaissances: il pourra éprouver des déceptions de ce -côté. Je l'aime beaucoup. - -* - -18 _août._--J'ai promis à Robert, de Sèvres, un tableau pour un de ses -amis, pour le mois de janvier environ. - -* - -25 _août._--J'ai reçu la lettre où on me demande lettres et -souvenirs... J'ai éprouvé de la tristesse de cet adieu anticipé. - -* - -26 _août._--Repris aujourd'hui le tableau de _Jacob_, à -Saint-Sulpice[235]. J'ai beaucoup fait dans la journée: remonté le -groupe entier, etc. L'ébauche était très bonne. - -* - -27 _août._--Je mène la vie d'un cénobite, et tous mes jours se -ressemblent[236]. Je travaille tous les jours à Saint-Sulpice, sauf les -dimanches, et ne vois personne. - - -[229] Le _Val Notre-Dame_, ancienne abbaye, propriété de la famille -Fould, située près d Argenteuil. - -[230] _Chaix-d'Est-Ange_ (1800-1876), avocat, ancien bâtonnier -de l'ordre, qui devint procureur général en 1857, puis sénateur, -vice-président du conseil d'État. Grand amateur d'art, il réunit dans -ses galeries un certain nombre d'œuvres du plus haut mérite. - -[231] _Jalabert_, peintre, né en 1819, élève de Paul Delaroche. - -[232] La suite manque dans le manuscrit. - -[233] M. _Fould_ fut nommé, en 1857, membre de l'Académie des -Beaux-Arts. - -[234] _Achille Fould_, aujourd'hui député des Hautes-Pyrénées. - -[235] Les compositions de Saint-Sulpice étaient en train depuis -six années; car le 22 janvier 1850, Delacroix écrivait déjà à son -praticien M. Lassalle-Bordes: «J'ai remis de jour en jour à répondre -à votre bonne lettre, dont je vous remercie bien, parce que j'étais -précisément en travail de me décider sur le sujet de mes peintures -à Saint-Sulpice: oui, mon cher ami, j'en suis encore là; cependant -je suis à peu près fixé, comme vous allez voir. Voici d'abord ce qui -m'est arrivé. La chapelle était celle des fonts baptismaux, les sujets -allaient d'eux-mêmes: _baptême, péché originel, expiation._ Je fais -agréer mes sujets par le curé, et je compose mes tableaux. Au bout de -trois mois, je reçois une lettre à la campagne, qui m'apprend que la -chapelle des fonts baptismaux se trouve sous le porche de l'église, au -lieu d'être dans celle que je devais peindre... La juste colère que -j'en ai ressentie m'a cassé bras et jambes: j'avais beau faire, je ne -pouvais m'occuper que de cela. Enfin, comme il faut que tout finisse, -je crois que nous consacrerons définitivement la chapelle aux Saints -Anges. J'hésite encore entre plusieurs, quoique je les aie à peu près -tous composés. Le plafond sera _l'Ange Michel terrassant le démon._» -(_Corresp.,_ t. II, p. 34.) - -[236] Dans une lettre du 24 août 1857, adressée à Constant Dutilleux, -il parle de «son rude travail de Saint-Sulpice qu'il poursuivra -encore tout le mois suivant». Il ajoute: «Ce travail, tant retardé et -interrompu sans cesse, aurait pu être achevé dans cette campagne; mais -la clarté douteuse de la fin de l'automne me forcera à lâcher prise, -mais avec la résolution d'achever au printemps.» (_Corresp._, t. II, p. -147.) - - * * * * * - -7 _septembre._--Je vois de ma fenêtre un parqueteur qui travaille nu, -jusqu'à la ceinture, dans la galerie; je remarque, en comparant sa -couleur à celle de la muraille extérieure, combien les demi-teintes -de la chair sont colorées, en comparaison des matières inertes. J'ai -observé la même chose avant-hier sur la place Saint-Sulpice, où un -polisson était monté sur les statues de la fontaine au soleil: l'orangé -mat dans les clairs, les violets les plus vifs pour le passage de -l'ombre et des reflets dorés dans les ombres qui s'opposaient au sol. -L'orangé et le violet dominaient alternativement ou se mêlaient. Le ton -doré tenait du vert. La chair n'a sa vraie couleur qu'en plein air et -surtout au soleil; qu'un homme mette la tête à la fenêtre, il est tout -autre que dans l'intérieur; de là la sottise des études d'atelier, qui -s'appliquent à rendre cette couleur fausse. - -J'ai vu ce matin le chanteur à la fenêtre, en face de la maison, c'est -ce qui m'a fait écrire ceci. - -Je renvoie à Passy ce qui m'avait été demandé... - -J'écris aussi au cousin à propos de la lettre de Saint-René Taillandier. - -* - -25 _septembre._--Dernier jour de mon travail à Saint-Sulpice. - -Je travaille comme les deux jours précédents aux Enfants[237]. - -* - -29 _septembre._--Je rencontre ce soir dans ma promenade Godde[238], qui -me dit avoir vu dans des lettres de Latour[239] qu'il était l'homme le -plus inhabile de la main, et qu'il s'était donné son adresse à force de -travail. Il m'en cite encore un autre. - - -[237] Quatre fresques en grisaille (écoinçons du plafond) pour la -chapelle des Saints-Anges, à Saint-Sulpice. (Voir _Catalogue Robaut_, -nos 1342 à 1345.) - -[238] _Étienne-Hippolyte Godde_ (1781-1869), architecte en chef de la -ville de Paris, qui s'occupa tout particulièrement de la restauration -des édifices religieux et de l'agrandissement de l'Hôtel de ville. - -[239] _Maurice Quentin de Latour_, le fameux pastelliste du -XVIIIe siècle. - - * * * * * - -_Ante_, 1er _octobre._--Parti à sept heures pour Ante. -Désappointement au chemin de fer. Le convoi n'arrête pas à Châlons. -M. Blaize, des Vosges, que je rencontre à propos, me fait partir. À -Châlons vers dix heures et demie. - -Promenades dans la ville: la cathédrale, pierres tumulaires; -Notre-Dame, passage du roman au gothique. - -J'attends jusqu'à deux heures passées pour partir. J'éprouve au -commencement de la route de Sainte-Menehould combien le voyage en -voiture favorise la rêverie, au contraire du chemin de fer. Bientôt -l'insipidité de la route crayeuse et monotone l'emporte. - -Arrivé à Sainte-Menehould à six heures environ. Je trouve le cousin qui -m'amène à Ante, où nous dînons gaiement. - - * * * * * - -2 _octobre._--Pluie affreuse jusqu'à près de deux heures; ma ressource -est la promenade dans le jardin des fleurs. - -Le soir, dans les pierres du haut, le chien fait lever un lapin. - -* - -3 _octobre._--C'est ce jour que nous allons à la pêche. Pendant ce -temps, le cousin Delacroix reste à chasser. - -Quand nous revenons du moulin, le bon juge de paix nous -rejoint.--Joyeux dîner ensuite. - -* - -5 _octobre._--Le matin, dessiné des moutons: nous montons avec le -troupeau. Sensation de plaisir venant du beau temps. - -En rentrant, lu les traductions de Dante et autres. Je remarquais -combien notre langue pratique se plie difficilement à la traduction des -poètes tout à fait naïfs comme Dante. La nécessité de la rime ou de -sauver la vulgarité d'un mot force à des circonlocutions qui énervent -le sens, et cependant nous lisions la veille des fables de La Fontaine, -aussi naïf, plus orné, qui dit tout sans ornements parasites et sans -périphrases. - -Il ne faut dire que ce qui est à dire: voilà la qualité qu'il faut -réunir à l'élégance. Les Deschamps[240] et autres modernes, qui ont -senti, comme je le fais, combien est fade cette poésie, qui a des -formules toutes prêtes et qui est celle du dix-huitième siècle, ont des -passages où le sentiment de l'original se retrouve: mais tout cela est -aussi barbare que le serait une langue étrangère; en un mot, ce n'est -pas traduit en français, et l'élégance est absente. Dans Horace, que -nous lisions ensuite, même élégance, mais aussi même force: il n'y a -pas de vrai poète sans cela. - ---Le soir à table: nous dînons tard. Une nuée de cousins est arrivée -à la grande et légitime humeur du cousin. Nous achevions en paix de -dîner; il a fallu réchauffer les plats, se serrer et assister, l'arme -au bras, et sans lâcher pied, à l'assaut que la troupe a livré à la -victuaille. - -J'ai été me promener à la clarté des étoiles qui brillaient -admirablement. - -* - -6 _octobre._--Je m'échappe le matin, et pendant ce temps les nouveaux -arrivés se mettent à table pour déjeuner. - -J'avais été sur la hauteur revoir la vue de la maison du cousin. - -Conversation, promenade sous les noisetiers et dîné à une heure; reste -de la journée assez insipide, à cause du dîner de bonne heure. J'avais -dessiné le matin une vue très étendue, vers la droite, marquée au 6 -octobre dans l'album. C'est ce qui m'avait mis en retard. - -Après déjeuner, esquivé la première partie de la promenade et acheminé -par le jardin, à moitié chemin du même endroit. - -Le matin et dans ce moment, éprouvé les plus douces sensations à la vue -de cette nature. - -Le soir, nous nous réfugions dans la salle de billard, éclairée avec -des bougies placées de çà et de là; le bischoff et la partie nous -conduisent jusqu'à onze heures. - -* - -7 _octobre._--Je sors encore le matin par le jardin dans les coteaux et -le petit bois. Dessiné les soleils. - -* - -8 _octobre._-- Nous partons à sept heures pour Givry[241]. Beau -soleil; je fais un dernier croquis du terrain qui monte, de la fenêtre -au nord. - -Vu La Neuville-au-Bois, pays de La Valette. Vu, j'allais dire revu, -Givry! - -Ce lieu, que je ne connaissais que par les récits de tous ceux que j'ai -aimés, a réveillé leur souvenir avec une douce émotion. J'ai vu la -maison paternelle[242] comme elle est, mais, à ce que je suppose, sans -beaucoup de changement; la pierre de ma grand'mère est encore à l'angle -du cimetière, que l'on va exproprier, comme on fait de tout. Cette -cendre n'aura qu'à déménager, comme les marchands qu'on envoie tenir -boutique ailleurs. - -Je vois, en arrivant, un vieux Delacroix, en blouse, ancien officier -qui, à mon nom, me presse à plusieurs reprises les mains, presque les -larmes aux yeux. - -Je suis dans une mauvaise disposition de santé, et j'assiste au -déjeuner du bon juge de paix sans presque toucher à rien. - -L'étang de Givry, etc.;--la halle, etc. - -Nous repartons vers dix heures et demie avec le juge de paix; nous -traversons une partie de forêt. - -Vu Le Chatellier, origine des Berryer: c'est là qu'étaient les Vauréal. -On me conte leur histoire. - -Arrivé à Revigny et parti vers deux heures, seul une grande partie de -la route. J'ai beaucoup joui de ce voyage par le beau temps. - -Je couche pour la première fois dans mon appartement du premier. - -* - -_Paris_, 9 _octobre._--Fait de souvenir deux vues à l'huile de chez -le cousin. J'apprends le soir, par Boissard, la mort de ce pauvre -Chassériau. - -* - -10 _octobre._--Convoi du pauvre Chassériau[243]. J'y trouve Dauzats, -Diaz et le jeune Moreau[244] le peintre. Il me plaît assez. Je rentre -de l'église avec Émile Lassalle[245]. - -* - -_Augerville._ 11 _octobre._--Parti à sept heures pour Fontainebleau et -arrivé à Augerville vers une heure par un beau temps: première partie -du voyage agréable à traverser la forêt. - -Je trouve à Augerville Batta, Cadillan, Richomme et la bru de Berryer: -il va demain et après-demain à Paris. - -* - -12 _octobre._--Il faut le complément du souvenir pour que la -jouissance soit parfaite, et malheureusement on ne peut à la fois jouir -et se souvenir de la jouissance. C'est l'idéal ajouté au réel. La -mémoire dégage le moment délicieux ou fait l'illusion nécessaire. - -* - -13 _octobre._--En présence de ce bois, le cri d'une grive éveille en -moi le souvenir de moments analogues et dont le souvenir me plaît plus -que le moment présent. - -Le contentement de soi est le plus grand des contentements, et, dans -un sens qui n'est pas si détourné qu'il peut le paraître, on veut -être content de l'opinion que les autres ont de vous. Seulement les -uns puisent ce sentiment dans la vertu, les autres dans les avantages -extérieurs qui attirent les yeux de l'envie. - -J'admire cette multitude de petites toiles d'araignée que le brouillard -du matin fait découvrir à l'œil en les chargeant d'humidité. Quelle -quantité de mouches ou d'insectes doivent se prendre dans ces filets -pour nourrir les tissandières, et quelle multitude de ces dernières -offertes à l'appétit des oiseaux, etc.! - -* - -15 _octobre._--Je rencontre une limace exactement mouchetée comme une -panthère: anneaux larges sur le dos et sur les flancs, devenant des -taches et des points à la tête, près du ventre qui est clair comme dans -les quadrupèdes. - -* - -17 _octobre._--Je lis dans la _Grèce_[246], d'About: «On peut dire -que le peuple grec n'a aucun penchant pour aucune sorte de débauche, -et qu'il use de tous les plaisirs avec une égale sobriété. Il est -sans passion, et je crois que de tout temps il a été de même, car les -habitudes monstrueuses dont l'histoire l'accuse, etc.» - -Il prétend aussi qu'il n'est pas né pour l'agriculture, et je crains -qu'il n'ait raison. «L'agriculture réclame plus de patience, plus de -persévérance, plus d'esprit de suite, que les Hellènes n'en ont jamais -eu, etc.» - -* - -18 _octobre._--Promenade, avant dîner, avec Richomme et Batta, dans le -petit chemin boisé, au bas des rochers que j'ai dessinés, il y a deux -ans, et revenu par le moulin Baudon. Charmants paysages et effets de -soir. - -* - -19 _octobre._--Promenade avec Berryer et Cadillan dans la campagne; -plaine du haut. Vu les murs extérieurs du parc. - -Cette campagne, toute plate et sans routes sablées, m'a fait un effet -charmant. Le bon Cadillan éprouvait la même chose: il semblait que nous -respirions plus librement. - -Berryer me contait le soir que Pariset[247] lui disait que chaque -découverte un peu importante qu'il semblait que l'on fit en médecine, -ne faisait que lui expliquer ou même lui faire comprendre un trait -d'Hippocrate encore obscur. - -Tous les soirs, pendant que ces messieurs font leur partie interminable -de billard, je me promène devant le château. J'ai eu au commencement -de la semaine des clairs de lune délicieux. Nous avons eu une éclipse -presque totale qui a donné à la lune cette couleur sanglante qu'on voit -racontée dans les poètes et que Berryer me disait ne pas connaître: -il en est de cela comme de Pariset avec Hippocrate. Les grands hommes -voient ce que le vulgaire ne voit point: c'est pour cela qu'ils sont -des grands hommes; ce qu'ils ont découvert et souvent crié sur les -toits, est négligé ou incompris de ceux à qui ils s'adressent. Le -temps, mais plus souvent un autre homme de leur trempe, retrouve le -phénomène et le montre à la foule à la fin. - -Je voudrais me rappeler si Virgile, dans la description de la tempête, -fait tourner le ciel sur la tête de ses matelots, comme je l'ai vu en -allant à Tanger, dans ce coup de vent où le ciel, pendant la nuit, -était sans nuages et où il semblait, à cause des mouvements du navire, -que la lune et les étoiles fussent dans un continuel et immense -mouvement. - -* - -_Champrosay_, 21 _octobre._--Parti d'Augerville avec Berryer et -Cadillan. Temps magnifique. - -J'éprouve toujours cet appétit de la nature, cette fraîcheur -d'impression qui n'est ordinaire que dans la jeunesse. Je crois que la -plupart des hommes ne les connaissent pas. Ils disent: Voilà du beau -temps, voilà de grands arbres, mais tout cela ne les pénètre pas d'un -contentement particulier, ravissant, qui est une poésie en action. - -D'Étampes à Juvisy, je voyage avec eux; il se trouve dans le même -wagon cette personne si belle, d'une beauté étrange et faite pour la -peinture. Elle frappe même mes voisins, dont l'un, grand esprit sous -bien des rapports, est Français sous le rapport des sentiments que -j'exprimais là-haut. J'ai fait le lendemain des croquis de souvenir, de -cette belle créature. - -Arrivé à Champrosay vers deux heures, Jenny n'avait pas reçu la lettre -par laquelle je la prévenais de mon arrivée. - -Le général[248] vient m'inviter pour dîner le lendemain avec -Pélissier[249]. Je refuse aujourd'hui l'invitation de Mme Barbier. - -Le dîner que je fais et la sottise de me coucher presque aussitôt après -m'ont rendu malade deux jours. - -* - -22 _octobre._--Mal disposé et souffrant toute la journée, je me traîne -chez Parchappe et j'assiste à son dîner auquel manquait Pélissier, ne -touchant qu'à un peu de rôti, etc. - -* - -23 _octobre._--Toute la journée du malaise; je travaille pourtant à -l'_Arabe qui porte la selle à son cheval_[250]. - -Vers trois heures, promenade dans la forêt avec ma pauvre Jenny, qui -est tout heureuse. - -En rentrant, pris de mal de tête violent et d'indisposition. Je me -couche sans dîner. - -Mérimée dînait chez Barbier. Je n'ai pu y aller, quoique je voulusse le -consulter sur l'étiquette des réceptions de Fontainebleau. - -* - -24 _octobre._--Meilleure disposition. Je déjeune un peu. Petite -promenade en pantoufles vers la fontaine de Baÿvet, et petit dîner qui -me réussit. - - -[240] _Émile Deschamps_ et son frère _Antony_ ont traduit en vers vingt -chants de la _Divine Comédie._ - -[241] _Givry en Argonne._ - -[242] Le père de Delacroix était né à Givry, le 15 avril 1741. - -[243] _Théodore Chassériau_ (1819-1856) avait été un des admirateurs -et un des imitateurs de Delacroix, bien qu'avec le temps il fût arrivé -à dégager sa personnalité. «Il avait pour amis, écrit Ch. Blanc, la -plupart des écrivains romantiques, tels que M. Th. Gautier, qui lui -soufflaient l'audace, lui conseillaient la fièvre, lui recommandaient -Rubens, Véronèse, Delacroix et le soleil.» - -[244] Il s'agit ici de M. _Gustave Moreau_, aujourd'hui membre de -l'Académie des Beaux-Arts. - -[245] _Émile Lassalle_, né en 1813, mort en 1871, lithographe, a -reproduit notamment le _Dante et Virgile_ et la _Médée_ de Delacroix. - -[246] _La Grèce contemporaine_, qui venait de paraître. - -[247] _Étienne Pariset_ (1770-1847), médecin, connu surtout par ses -recherches sur les maladies épidémiques. - -[248] Le général _Parchappe._ - -[249] Le maréchal _Pélissier, duc de Malakoff._ - -[250] Voir _Catalogue Robaut_, n° 1317. - - * * * * * - -1er _novembre._--Café à la mode d'Athènes d'après le livre -d'About: «On grille le grain sans le brûler; on le réduit en poudre -impalpable, soit dans un mortier, soit dans un moulin très serré. On -met l'eau sur le feu jusqu'à ce quelle soit en ébullition; on la retire -pour y jeter une cuillerée de café et une cuillerée de sucre en poudre -par chaque tasse que l'on veut faire, etc. Ainsi préparé, le café peut -se prendre sans inconvénient dix fois par jour: on ne boirait pas -impunément tous les jours cinq tasses de café français. C'est que le -café des Turcs et des Grecs est un tonique _délayé_, et le nôtre est un -tonique _concentré._» - ---Ce matin, Haro est venu me voir à Champrosay: je l'ai revu avec -plaisir. Il a déjeuné avec moi, et nous avons beaucoup causé. - ---Dîné chez Barbier. Rodakowski m'apprend le retour delà princesse. - ---Dans la journée, longue promenade dans la forêt avec Jenny. Revu -nos anciennes promenades. Vu Mainville: ce qui était alors de petits -taillis sont des bois épais. Le beau temps vraiment étonnant qui -éclaire tout cela depuis très longtemps ajoute un agrément infini. - -* - -3 _novembre._--Revenu de Champrosay. Trouvé à l'embarcadère M. -Talabot[251], revenu avec sa femme et Rodakowski chez Mérimée. Passé -chez Delaroche avant de rentrer. - -* - -4 _novembre._--Recommandé le neveu de Montfort[252] pour une -demi-bourse vacante à Chaptal. - -* - -6 _novembre._--Enterrement du pauvre Delaroche[253]. Je suis resté une -heure à la porte de l'église par une gelée intense, et j'ai dû enfin me -sauver avant la fin, tant le froid m'avait pénétré. - -Le matin, enterrement aussi triste: celui de Tattet; j'ai revu ce -salon où nous avons passe des moments gais et agréables chez la bonne -Marlière. - -Dumas fils et Penguilly[254] me parlaient des effets de la digestion -dans plusieurs cas: un nommé Rougé, athlète de son métier, ne mangeait -rien avant de lutter: il avait alors toute sa force. Penguilly nous -disait que l'étape du matin était excellente et se faisait gaiement, -quand les soldats sont en marche. Le matin, ils partent à jeun. Après -le déjeuner, elle se fait péniblement. - -* - -10 _novembre._--Dîner du lundi. Panseron nous dit qu'après un travail -de onze mois très assidu, il demandait à Auber un congé[255], se -fondant sur cette assiduité pendant tout ce temps. Auber lui dit: -«Monsieur, quand on a beaucoup travaillé pendant onze mois, il faut -encore travailler pendant le douzième pour ne pas se rouiller et se -tenir en haleine.» - -Le soir, vu About[256] chez Mme Cavé. - -* - -15 _novembre._--Dîné chez Perrier avec Halévy, Auber, Clapisson[257] -très aimable et très prévenant. - -* - -20 _novembre._--Au _Barbier_, avec le billet d'Alberthe, et plaisir -bien plus vif que je ne m'y attendais. - -* - -21 _novembre._--Je vais chez Rossini, j'y trouve Danton[258] et -Thierry[259].--Le matin au conseil. Dans la journée chez Chabrier qui -est malade, Saint-René Taillandier, Berryer que je ne trouve pas. - -* - -22 _novembre._--Thierry vient me trouver à table pour parler de -l'Institut[260]. - -* - -23 _novembre._--Je vais à Saint-Germain dîner chez la bonne Alberthe; -j'y trouve Saint-Germain. Il faudra l'avoir avec elle et Mareste. Je -trouve Hédouin en venant. - -* - -24 _novembre._--Je pourrais mettre au Salon: le _Petit paysage avec -Grecs_[261], le _Christ_[262] de Troyon, le _Paysage_ que j'ai donné à -Piron et l'_Ovide_ de M. Fould[263]. - -Je vais à l'ouverture du conseil général. - -De là, je retourne chez moi attendre Bornot qui vient me prendre à -trois heures pour le mariage de ses filles[264]. - -Le soir, en me promenant, je me figure que je pourrai reprendre les -articles sur le _Beau_; il y a plusieurs divisions à faire..... - -* - -25 _novembre._--Mariage des filles de Bornot: à dîner, près de M. -Barthe[265], il me recommande à la Bibliothèque un très beau manuscrit -des heures d'Anne de Bretagne. - - -[251] _Paulin Talabot_ (1799-1885), ingénieur, directeur général des -chemins de fer de Paris à Lyon et à la Méditerranée, député sous -l'Empire. - -[252] _Antoine-Alphonse Montfort_, peintre, élève de Gros et d'Horace -Vernet, né à Paris en 1802, contemporain et sans doute ami de -Delacroix. Il a passé sa vie à peindre des sujets de Syrie, d'Arabie, -de Palestine, etc. - -[253] _Paul Delaroche_, dont la santé était altérée depuis quelque -temps, mourut presque subitement le 4 novembre 1856. - -[254] _Penguilly L'Haridon._ (Voir t. I, p. 271.) - -[255] _Panseron_ (1795-1859) était professeur de chant au -Conservatoire, dont _Auber_ était alors le directeur. - -[256] _Edmond About_ (1828-1885) était encore au début de sa carrière. -Indépendamment de la _Grèce contemporaine_ et du _Roi des montagnes_ -(1856), il avait publié en 1855 un _Voyage à travers l'Exposition des -Beaux-Arts_ (peinture et sculpture). - -[257] _Louis Clapisson_ (1808-1866), compositeur, auteur de nombreux -opéras-comiques. - -[258] _Joseph-Arsène Danton_ (1814-1866), littérateur, alors membre du -Conseil supérieur de l'Instruction publique. - -[259] _Édouard Thierry_ était à cette époque chargé du feuilleton -littéraire au _Moniteur universel._ - -[260] Il s'agissait du fauteuil devenu vacant par suite de la mort de -_Paul Delaroche._ Delacroix fut élu membre de l'Académie des Beaux-Arts -le 11 janvier suivant (1857). - -[261] Voir _Catalogue Robaut_, n° 1389. - -[262] C'est le tableau du _Christ sur le lac de Genézareth._ «Ce -tableau, dit le _Catalogue Robaut_ (n° 1214), est le premier de la -série. Il figure à l'exposition Durand-Ruel en 1878. C'est celui que le -peintre Troyon avait acheté à la montre du marchand Beugniet, et que -Mme Troyon mère donna comme souvenir, après la mort de son fils, à M. -Frémyn.» - -[263] Voir _Catalogue Robaut_, n° 1376. - -[264] Voir, sur la famille _Bornot_, t. I, p. 403, en note. - -[265] _Félix Barthe_ (1795-1863), magistrat, qui fut ministre de -l'instruction publique et de la justice sous la monarchie de Juillet et -sénateur sous l'Empire. - - * * * * * - -1er _décembre._--Boulangé, venu le matin, me donne la -manière de fixer la détrempe pour repeindre à l'huile, ayant le ton -frais de dessous: - -Peindre la détrempe avec de la colle coupée: 6 parties d'eau, une -partie de colle. Passer ensuite de l'amidon bien passé et bien battu; -passer lentement avec une brosse large. Pour peindre à la détrempe une -toile à l'huile et par conséquent pour retoucher un tableau à l'huile, -mêler à la détrempe de la bière qu'on rend plus forte en la faisant -recuire. - -Le vernis Sœhnée bon pour vernir la détrempe. - -* - -7 _décembre._--Se rappeler le magnifique sujet mentionné ailleurs, -de _Noé sacrifiant_, avec sa famille, aptes le déluge;... les animaux -se répandent sur la terre;... les oiseaux dans les airs, les monstres -condamnés par la sagesse divine gisant à moitié enfouis dans la vase. -Les branches des arbres distillent encore les eaux et se redressent -vers le ciel. - -Ce jour, posé une heure et demie chez Mme Herbelin[266]: Mme Villot -y était. Je vais, en sortant de là, voir M. Mesnard, au Luxembourg. -M. Mesnard me dit qu'il croit que le travail que l'œil et le -cerveau font sur la couleur, contribue beaucoup à la fatigue que -cause la peinture: le fait est qu'il me faut une disposition de santé -complètement bonne pour travailler à la peinture. Pour écrire, ce -n'est pas aussi nécessaire: les idées peuvent me venir, quand je suis -souffrant et que je tiens la plume. À mon chevalet et le pinceau à la -main, ce n'est pas de même. - -* - -8 _décembre._--Dîné à l'Hôtel de ville pour la clôture du conseil -général. Revenu, bien malgré moi, avec B..., qui ne veut pas me lâcher, -etc. - -* - -9 _décembre._--Mauvaise disposition et pourtant quelque bon travail sur -le _Saint Jean-Baptiste_[267] que je destine à Robert, de Sèvres. - -Je fais une longue promenade de quatre à six heures: Paris me paraît -charmant. De la place Louis XV je traverse les Tuileries pour rentrer -par la rue de la Paix; ce beau jardin est tout à fait abandonné: que de -souvenirs il me rappelle de ma jeunesse! - -Le soir, chez Thiers, il n'y avait que Roger[268]. Je vois le portrait -de Delaroche, faible ouvrage, sans caractère et sans exécution. On -peut dire des choses fermes, raisonnables, intéressantes même, et l'on -n'a pas fait cependant de la littérature;... en peinture de même. Ce -portrait flamand, en pied, d'un homme en noir, qu'il me montre, est -admirable et plaira toujours, et cela par l'_exécution._ - -* - -12 _décembre._--Dîné chez Mme d'Annibeau: Gisors, Halévy, Perrier, -Frémy[269], etc., etc. - -Le soir, à l'Opéra-Comique, voir l'_Avocat Pathelin_[270]. - -Causé avec Rouland, qui est très bon et très simple[271]. - -Mozart écrit quelque part, dans une lettre, à propos de ce principe -que la musique peut exprimer toutes les passions, toutes les douleurs, -toutes les souffrances: «Néanmoins, dit-il, les passions, violentes ou -non, ne doivent jamais être exprimées jusqu'au dégoût, et _la musique, -même dans les situations les plus horribles, ne doit pas affecter -l'oreille, mais la flatter et la charmer, et par conséquent rester -toujours musique._» - -* - -14 _décembre._--Chez Billault[272]. Vu là Mlle Gérard, peintre, élève -de Delaroche, qui m'a fait de son maître un triste portrait, qui -confirme bien l'opinion que j'en ai toujours eue. Les Bornot y étaient. -Vielliard venu dans la journée. - -* - -16 _décembre._--Chez Frémy: Gisors, Halévy, les mêmes personnes à peu -près que chez d'Annibeau; Boulatignier[273] y était. - -Je m'enrhume dans la journée de la manière la plus sotte. - -Je me suis fait rouler dans une grande voiture chez Mme de Forget, pour -voir son plafond[274], chez Andrieu, puis chez Galimard[275], qui m'a -surpris et causé du dégoût, par la quantité de petites machines qu'on -fait jouer, pour faire manquer mon élection. - -* - -22 _décembre_.--François Ier et Mlle de Saint-Vallier. - ---_Roméo et Juliette_: la _Scène des musiciens_, du père et de la fille -sur le lit, qu'on croit morte. - ---_Samson et Dalila._ - ---_Les hommes et Noé sacrifiant après le déluge._ - -* - -29 _décembre._--Voltaire invité, dans une réunion d'amis, à raconter -une histoire de voleur, dit: «Messieurs, il était une fois un fermier -général... Ma foi, j'ai oublié le reste.» - -Il avait un fonds de philosophie et de détachement, et ce n'est pas de -cela qu'il faudrait le blâmer. - -* - -31 _décembre._--L'article sur Charlet[276]. Il y a des talents qui -viennent au monde tout prêts et armés de toutes pièces... Il a dû avoir -dès le commencement cette espèce de plaisir que les hommes les plus -expérimentés trouvent dans le travail, à savoir une sorte de maîtrise, -d'assurance de la main, concordant avec la netteté de la conception. -Bonington a eu cela aussi: cette main était si habile qu'elle devançait -la pensée; ses remaniements ne venaient que de cette facilité si -grande, que tout ce qu'il posait sur la toile était charmant; seulement -chacun de ces détails ne se coordonnant pas souvent, des tâtonnements -pour retrouver l'ensemble lui faisaient quelquefois abandonner ses -ouvrages commencés. Il faut remarquer aussi que, dans cette espèce -d'improvisation, il entrait un terme de plus que dans celle de Charlet, -à savoir la couleur. - - -[266] Mme Herbelin fit en effet le portrait de Delacroix. C'était une -miniature sur ivoire qui figura au Salon de 1857. (V. _Cat. Robaut_, p. -LIV, n° 88.) - -[267] Voir _Catalogue Robault_, nos 858 et 904. L'œuvre est -ainsi décrite: «La scène s'encadre dans l'architecture sévère d'une -prison, percée au fond d'un soupirail cintré, garni de barreaux, où -apparaissent des têtes de curieux.» - -[268] Sans doute le _comte Roger du Nord_ (1802-1881), ancien député -sous la monarchie de Juillet, et grand ami de M. Thiers. - -[269] _Louis Frémy_ (1807-1891), administrateur et homme politique, -ancien conseiller d'État, alors gouverneur du Crédit foncier. - -[270] _Maître Pathelin_, opéra-comique, dont la musique est de -_François Bazin_ et les paroles de _de Leuven_ et _Ferdinand Lenglé._ -Les auteurs ont résumé en un acte les principaux épisodes de la vieille -_Farce de maistre Pathelin._ Cette œuvre fut représentée le 12 décembre -1856 à l'Opéra-Comique. - -[271] _Gustave Bouland_ (1806-1878), magistrat et homme politique, -occupait alors le poste de procureur général près la Cour d'appel de -Paris. Il devint, en 1859, ministre de l'instruction publique, puis, en -1864, gouverneur de la Banque de France. - -[272] _Billault_ (1805-1863), homme politique et jurisconsulte, était à -cette époque ministre de l'Intérieur. - -[273] _Joseph Boulatignier_, né en 1805, homme politique et -administrateur, conseiller d'État, était membre de la commission -municipale de Paris. - -[274] Ce plafond, _un ciel léger avec petits nuages_, était exécuté -dans la chambre à coucher de Mme la baronne de Forget par _Boulangé_, -élève de Delacroix. (Voir _Corresp.,_ t. II, p. 148 et 149.) - -[275] _Galimard_ (1813-1880), peintre, qui sous divers pseudonymes a -écrit des comptes rendus de Salons dans la _Patrie_, l'_Artiste_ et la -_Revue des Beaux-Arts._ - -[276] Sous ce titre: _Charlet, sa vie, ses lettres_, le colonel de La -Combe fit paraître en 1856 un livre qui est un pieux monument élevé à -la mémoire de Charlet. C'est sans doute la lecture de ce livre qui a -inspiré à Delacroix les réflexions qu'il consigne ici. - -Plus tard, en 1862, Delacroix consacrera à Charlet et à son œuvre un -très important article dans la _Revue des Deux Mondes._ - - - - -1857 - - -1er _janvier_[277].--Poussin définit le _beau_[278] la -_délectation._ Après avoir examiné toutes les pédantesques définitions -modernes, telles que la _splendeur du vrai_ ou que le beau est la -_régularité_, qu'il est ce qui ressemble le plus à Raphaël ou à -l'antique, et autres sottises, j'avais trouvé en moi sans beaucoup de -peine la définition que je trouve dans Voltaire, article _Aristote, -Poétique_, du _Dictionnaire philosophique_, quand il cite la sotte -réflexion de Pascal, qui dit qu'on ne dit pas beauté _géométrique_ ou -beauté _médicinale_, et qu'on dit à tort _beauté poétique_, parce qu'on -connaît l'objet de la géométrie et de la médecine, mais qu'on ne sait -pas ce que c'est que le modèle naturel qu'il faut imiter pour trouver -cet agrément qui est l'objet de la poésie. À cela Voltaire répond: «On -sent assez combien ce morceau de Pascal est pitoyable. On sait bien -qu'il n'y a rien de beau dans une médecine, ni dans les propriétés -d'un triangle, et que _nous n'appelons beau que ce qui cause à notre -âme et à nos sens du plaisir et de l'admiration._» - - -_Sur le Titien_[279].--On fait l'éloge d'un contemporain dont la place -n'est pas marquée encore; ce sont même souvent les moins dignes d'être -loués qui sont l'objet des éloges. Mais l'éloge du Titien!... On me -dira que je rappelle ce jurisconsulte dévot qui avait fait le _Mémoire -en faveur de Dieu....._ - -Il se passe de mes éloges[280]... sa grande ombre... - -Il semble effectivement que ces hommes du seizième siècle ont laissé -peu de chose à faire: ils ont parcouru le chemin les premiers et -semblent avoir touché la borne dans tous les genres; et pourtant dans -le chemin de ces gens, on a vu des talents montrant quelque nouveauté. -Ces talents, venus dans des époques de moins en moins favorables aux -grandes tentatives, à la hardiesse, à la nouveauté, à la naïveté, ont -rencontré des bonnes fortunes, si l'on veut, qui n'ont pas laissé -de plaire à leur siècle moins favorisé, mais avide également de -jouissances. - -Dans cette heptarchie ou gouvernement de sept, le sceptre, le -gouvernement se partage avec une certaine égalité, sauf le seul -Titien qui, bien que faisant partie, etc., ne ferait qu'une manière -de vice-roi dans ce gouvernement du beau domaine de la peinture. On -peut le regarder comme le créateur du paysage. Il y a introduit cette -largeur qu'il a mise dans le rendu des figures et des draperies. - -On est confondu de la force, de la fécondité, de cette -universalité[281] de ces hommes du seizième siècle. Nos petits tableaux -misérables faits pour nos misérables habitations... La disparition de -ces Mécènes dont les palais étaient pendant une suite de générations -l'asile des beaux ouvrages, qui étaient dans les familles comme des -titres de noblesse... Ces corporations de marchands commandaient des -travaux qui effrayeraient les souverains de nos jours et des artistes -de taille à accomplir toutes les tâches... Déjà moins de cent ans -après, le Poussin ne fait que de petits tableaux. - -Il faut renoncer à imaginer même ce que devaient être des Titien dans -leur nouveauté et leur fraîcheur[282]. Nous voyons ces admirables -ouvrages après trois cents ans de vernis, d'accidents, de réparations -pires que leurs malheurs... - -* - -4 _janvier.--Les Cyclopes préparant l'appartement de Psyché._ -(Contrastes, Vénus ou Psyché est là, etc.) - -On ne peut nier que dans le Raphaël l'élégance ne l'emporte sur le -naturel, et que cette élégance ne dégénère souvent en manière. Je -sais bien qu'il y a le charme, le je ne sais quoi. (C'est comme dans -Rossini: Expression, mais surtout élégance.) - -_Si l'on vivait cent vingt ans, on préférerait Titien à tout._ Ce n'est -pas l'homme des jeunes gens. Il est le moins maniéré et par conséquent -le plus varié des peintres. Les talents maniérés n'ont qu'une pente, -qu'une habitude; ils suivent l'impulsion de la main bien plus qu'ils -ne la dirigent. Le talent le moins maniéré doit être le plus varié: il -obéit à chaque instant à une émotion vraie, il faut qu'il rende cette -émotion; la parure, une vaine montre de sa facilité ou de son adresse -ne l'occupent point; il méprise au contraire tout ce qui ne le conduit -pas à une plus vive expression de sa pensée: c'est celui qui dissimule -le plus l'exécution ou qui a l'air d'y prendre le moins garde. - -Sur le Titien, Raphaël et Corrège, voir Mengs[283]... Il y a un travail -à faire là-dessus. - -Il y a des gens qui ont naturellement du goût, mais chez ceux-là -même il s'augmente avec l'âge et s'épure. Le jeune homme est pour le -bizarre, pour le forcé, pour l'ampoulé. N'allez pas appeler _froideur_ -ce que j'appelle _goût._ Ce goût que j'entends est une lucidité de -l'esprit qui sépare à l'instant ce qui est digne d'admiration de ce qui -n'est que faux brillant. En un mot, c'est la _maturité de l'esprit._ - -Chez Titien commence cette _largeur de faire_ qui tranche avec la -sécheresse de ses devanciers et qui est la perfection de la peinture. -Les peintres qui recherchent cette sécheresse primitive toute -naturelle clans des écoles qui s'essayent et qui sortent de sources -presque barbares, sont comme des hommes faits qui, pour se donner un -air naïf, imiteraient le parler et les gestes de l'enfance. Cette -largeur du Titien, qui est la fin de la peinture, est aussi éloignée -de la sécheresse des premiers peintres que de l'abus monstrueux de la -touche et de la manière lâche des peintres de la décadence de l'art. -L'antique est ainsi. - -J'ai sous les yeux maintenant les expressions de l'admiration de -quelques-uns de ses contemporains. Leurs éloges ont quelque chose -d'incroyable: que devaient être en effet ces prodigieux ouvrages dans -lesquels aucune partie ne portait de traces de négligence, mais dans -lesquels, au contraire, la finesse de la touche, le fondu, la vérité -et l'éclat incroyable des teintes étaient dans toute leur fraîcheur, -et auxquelles le temps ni les accidents inévitables n'avaient encore -rien enlevé! Arétin[284], dans un dialogue instructif sur les peintures -de ce temps, après avoir détaillé avec admiration quantité de ses -ouvrages, s'arrête en disant: «Mais je me retiens et passe doucement -sur ses louanges, parce que je suis son compère et parce qu'il faudrait -être absolument aveugle pour ne pas voir le soleil.» - -Il dit après et je pourrais le mettre avant: «Notre Titien est donc -divin et sans égal dans la peinture, etc.» Il ajoute: «Concluons que, -quoique jusqu'ici il y ait eu plusieurs excellents peintres, ces trois -méritent et tiennent le premier rang: Michel-Ange, Raphaël et Titien.» - -...Je sais bien que cette qualité de coloriste est plus fâcheuse que -recommandable auprès des écoles modernes qui prennent la recherche -seule du dessin pour une qualité et qui lui sacrifient tout le reste. -Il semble que le coloriste n'est préoccupé que des parties basses[285] -et en quelque sorte terrestres de la peinture, qu'un beau dessin est -bien plus beau quand il est accompagné d'une couleur maussade, et -que la couleur n'est propre qu'à distraire l'attention qui doit se -porter vers des qualités plus sublimes, qui se passent aisément de -son prestige. C'est ce qu'on pourrait appeler le côté _abstrait_ delà -peinture, le contour étant l'objet essentiel; ce qui met en seconde -ligne, indépendamment de la couleur, d'autres nécessités de la peinture -telles que l'expression, la juste distribution de l'effet et la -composition elle-même. - -L'école qui imite avec la peinture à l'huile les anciennes fresques -commet une étrange méprise. Ce que ce genre a d'ingrat, sous le rapport -de la couleur et des difficultés matérielles qu'il impose à un talent -timide, demande chez le peintre une légèreté, une sûreté, etc.. La -peinture à l'huile porte au contraire à une perfection dans le rendu -qui est le contraire de cette peinture à grands traits; mais il faut -que tout y concorde, la magie des fonds, etc... - -C'est une espèce de dessin plus propre à s'allier aux grandes lignes -de l'architecture dans des décorations qu'à exprimer les finesses et -le précieux des objets. Aussi le Titien, chez lequel le rendu est si -prodigieux, malgré l'entente large des détails, a-t-il peu cultivé -la fresque. Paul Véronèse lui-même, qui y semble plus propre par une -largeur plus grande encore et par la nature des scènes qu'il aimait à -représenter, en a fait un très petit nombre[286]. - -Il faut dire aussi qu'à l'époque où la fresque fleurit de préférence, -c'est-à-dire dans les premiers temps de la renaissance de l'art, la -peinture n'était pas encore maîtresse de tous les moyens dont elle a -disposé depuis. À partir des prodiges d'illusion dans la couleur et -dans l'effet dont la peinture à l'huile a donné le secret, la fresque a -été peu cultivée et presque entièrement abandonnée. - -Je ne disconviens pas que le grand style, le _style épique_ dans la -peinture, si l'on peut ainsi parler, n'ait vu en même temps décroître -son règne; mais des génies tels que les Michel-Ange et les Raphaël -sont rares. Ce moyen de la fresque qu'ils avaient illustré et dont -ils avaient fait l'emploi aux plus sublimes conceptions, devait périr -dans des mains moins hardies. Le génie d'ailleurs sait employer avec -un égal succès les moyens les plus divers. La peinture à l'huile sous -le pinceau de Rubens a égalé, pour le feu et la largeur, l'ampleur -des fresques les plus célèbres, quoique avec des moyens différents; -et pour ne pas sortir de cette école vénitienne dont Titien est le -flambeau, les grands tableaux de ce maître admirable, ceux de Véronèse -et même du Tintoret[287] sont des exemples de la verve unie à la -puissance, aussi bien que dans les fresques les plus célèbres: ils -montrent seulement une autre face delà peinture. Le perfectionnement -des moyens matériels, en perdant peut-être du côté de la simplicité de -l'impression, découvre des sources d'effets de variété et de richesse, -etc... - -Ces changements sont ceux qu'amènent nécessairement le temps et des -inventions nouvelles: il est puéril de vouloir remonter le courant -des âges et d'aller chercher dans des maîtres primitifs. Ils semblent -croire que l'indigence du moyen est sobriété magistrale, etc... - -La fresque dans nos climats est sujette à plus d'accidents. Encore dans -le Midi est-il bien difficile de la maintenir. Elle pâlit, elle se -détache du mur. - -La plupart des livres sur les arts sont faits par des gens qui ne sont -pas artistes[288]: de là tant de fausses notions et de jugements portés -au hasard du caprice et de la prévention. Je crois fermement que tout -homme qui a reçu une éducation libérale peut parler pertinemment d'un -livre, mais non pas d'un ouvrage de peinture ou de sculpture. - -* - -_Dimanche_ 11 _janvier._--Essais d'un Dictionnaire des Beaux-Arts. -Extrait d'un Dictionnaire philosophique des Beaux-Arts[289]. - -_Fresque_[290]. On fait un grand mérite aux maîtres qui ont excellé -dans la fresque de la hardiesse qui leur a fait exécuter au premier -coup; mais presque toutes sont retouchées à la détrempe. - -_Faire_ (le _faire_). - -_Français._ Le style français dans la mauvaise acception. Voir mes -notes du 23 mars 1855[291]. - -_Sculpture française._ Exécution. Voir mes notes du 6 octobre 1849 et -du 25 septembre 1855[292]. - -_Modèle._ Le modèle qui pose. Emploi du modèle[293]. - -_Effet._ Clair-obscur. - -_Composition._ - -_Accessoires_[294]. Détails, Draperies, Palette. - -_Peinture à l'huile._ - -_Grâce, Contour._ Doit venir le dernier, au contraire de la coutume. Il -n'y a qu'un homme très exercé qui puisse le faire juste. - -_Pinceau._ Beau pinceau. Reynolds disait qu'un peintre devait dessiner -avec le pinceau. - -_Couleurs._ Coloris; son importance. Voir mes notes du 3 janvier -1852[295]. - -_Couleurs_ (matérielles) employées dans la peinture. - -_Dessin_, par les milieux ou par le contour. - -_Beau._ Définition de Poussin et de Voltaire. Voir mes notes du -1er octobre 1855[296]. Voir ce que dit Voltaire de -Pascal[297]. - -_Simplicité._ Exemple de simplicité, dernier terme de l'art, l'Antique, -etc. - -_Antique._ Parthénon (marbres du Parthénon); Phidias; engouement -moderne pour ce style, au détriment des autres époques. - -_Académies._ Ce qu'en dit Voltaire: quelles n'ont point fait les grands -hommes. - -_Ombres._ Il n'y a pas d'ombres proprement dites: il n'y a que des -reflets. Importance de la délimitation des ombres. Sont toujours trop -fortes. Voir mes notes du 10 juin 1847[298]. Plus le sujet est jeune, -plus les ombres sont légères. - -_Demi-teintes._ La détrempe les donne plus facilement. - -_Localité._ (Importance de la localité.) - -_Perspective_ ou _dessin._ - -_Sculpture._ Sculpture moderne, sculpture française. Sa difficulté -après les anciens. - -_Manière_[299]. - -_Maître._ Celui qui enseigne. - -_Maître._ Qui a la maestria. - -_Goût._ S'applique à tous les arts. - -_Flamands, Hollandais._ - -_Albert Dürer, Titien, Raphaël_, etc. - -_Panneaux._ Peinture sur panneaux. - -_École de David._ - -_Écoles italienne, flamande, allemande, espagnole, française_; leur -comparaison. - -_Expression._ - -_Cartons._ Études préparatoires pour l'exécution. - -_Esquisses._ - -_Copie._ - -_Méthode._ Y en a-t-il pour dessiner, peindre, etc.? - -_Tradition._ À suivre jusqu'à David. - -_Maîtres._ Respect exagéré pour ceux à qui on donne ce nom. Voir mes -notes du 30 octobre 1845, à Strasbourg[300]. - -_Élèves._ Différence des mœurs anciennes et modernes dans les élèves. - -_Technique._ Se démontre la palette à la main. Le peu de lumières qu'on -trouve dans les livres à ce sujet. - -Adoration du _faux technique_ dans les mauvaises écoles. Importance du -_véritable_ pour la perfection des ouvrages. C'est dans les plus grands -maîtres qu'il est le plus parfait du monde: Rubens, Titien, Véronèse, -les Hollandais; leur soin particulier; couleurs broyées, préparations, -dessiccation des différentes couches. (Voir _Panneaux._) Cette -tradition tout à fait perdue chez les modernes. Mauvais produits, -négligence dans les préparations, toiles, pinceaux, huiles détestables. -Citer des passages d'Oudry. - -David a introduit cette négligence en affectant de mépriser les moyens -matériels. - -_Vernis._ Leurs funestes effets; leur emploi dans les anciennes -peintures très judicieux. - -Il faudrait que les vernis fussent une espèce de cuirasse pour le -tableau, en même temps qu'un moyen de le faire ressortir. - -_Boucher_ et _Vanloo._ Leur école: la manière et l'abandon de toute -recherche et de tout naturel. Procédés d'exécution remarquables. Restes -de la tradition. - -_Watteau._ Très méprisé sous David et remis en honneur. Exécution -admirable. Sa fantaisie ne tient pas en opposition aux Flamands. Il -n'est plus que théâtral à côté des Van Ostade, des Van de Velde, etc. -Il a la liaison du tableau. - -* - -13 _janvier._--J'écris à Dutilleux à propos de mon _élection..._[301]. - -Mme Barbier m'envoie ces vers de Dagnan[302] sur mon entrée à -l'Académie; - - - En nommant Delacroix membre de l'Institut, - L'Académie enfin a payé son tribut - Au brillant chef d'école, au maître de génie - Que longtemps elle méconnut, - Bien qu'Apelle et Zeuxis l'eussent dès son début - Fait entrer dans leur compagnie, - Dont le goût, l'esprit et le but - Sont du grec pour l'Académie. - - ---Les longueurs d'un livre[303] sont un défaut capital. Walter Scott, -tous les modernes, etc. Que diriez-vous d'un tableau qui aurait plus de -champ et plus de personnages qu'il n'en faut? - -Voltaire dit dans la préface du _Temple du goût_: «Je trouve tous les -livres trop longs.» - ---ESSAI DU DICTIONNAIRE DES BEAUX-ARTS: - -_Daguerréotype._ - -_Photographie._ - -_Illusion, trompe-l'œil._ Ce terme, qui ne s'applique ordinairement -qu'à la peinture, pourrait s'appliquer également à certaine -littérature. - -_Raccourcis._ Il y en a toujours, même dans une figure toute droite, -les bras pendants. L'art des raccourcis ou de la perspective et le -dessin sont tout un. Des écoles les ont évités, croyant vraiment n'en -pas présenter parce qu'ils n'en avaient pas de violents. Dans une tête -de profil, l'œil, le front, etc., sont en raccourci; ainsi du reste. - -_Cadre, bordure._ Ils peuvent influer en bien ou en niai sur l'effet -du tableau. L'or prodigué de nos jours.--Leur forme par rapport au -caractère du tableau. - -_Lumière, point lumineux_ ou _luisant._ Pourquoi le ton vrai de l'objet -se trouve-t-il toujours à côté du point lumineux? C'est que ce point ne -se prononce que sur les parties frappées en plein par le jour, qui ne -fuient point sous le jour. Dans une partie arrondie, il n'en est pas -ainsi; tout fuit sous le jour. - -_Vague_ (le). Il y a quelque chose d'Obermann sur le vague dans mes -petits livres bleus.--L'église Saint-Jacques à Dieppe, le soir.--La -peinture est plus vague[304] que la poésie, malgré sa forme arrêtée -pour nos yeux. C'est un de ses plus grands charmes. - -_Liaison._ Cet air, ces reflets qui forment un _tout_ des objets les -plus disparates de couleur. - -_Ébauche._ Sur la carrière quelle laisse à l'imagination.--Les édifices -ébauchés, etc. Voir mes notes du 23 mai 1855[305].--David est tout -matériel par un autre côté. Son respect pour le modèle et le mannequin, -etc.--Se retrouve toujours chez les Vanloo. - -_Décoration_ théâtrale. - -_Décoration_ des monuments. Voir mes notes du 10 juillet 1847[306]. - -_Inspiration._ - -_Talent._ Le talent ou génie: on peut avoir du talent sans génie. À -propos du talent, voir ce que j'en dis dans un des petits livres bleus. -Voir aussi sur le petit monde que l'homme porte en lui. Voir mes notes -du 11 septembre 1855[307]. - -_Reflets._ Tout reflet participe du vert; tout bord de l'ombre, du -violet. - -_Critique_[308]. De l'insuffisance de la plupart des critiques. De -son peu d'utilité. La critique suit les productions de l'esprit comme -l'ombre suit le corps.--Il faut lire dans l'_Encyclopédie_ les -articles en rapport avec ceux-ci. - -_Proportion._ Le Parthénon parfait; la Madeleine mauvaise. Grétry -disait qu'on s'appropriait un air en lui donnant un mouvement plus -convenable à la situation; de même on change le caractère d'un -monument, etc. Une proportion trop parfaite nuit à l'impression du -Sublime. Voir mes notes du 9 mai 1853[309]. - -_Architecte._ Voir mes notes du 14 juin 1850[310]. - -_Fonds_[311]. L'art de faire les fonds. - -_Art théâtral._ Voir mes notes du 25 mars 1855 sur Shakespeare[312]. - -_Ciels._ - -_Air._ Perspective aérienne, air ambiant. - -_Costume._ Exactitude du costume. - -_Style._ Sur l'art d'écrire. Les grands hommes écrivent bien. Voir mes -notes du 1er mai et du 24 mai 1853[313]. - -_Idéal._ - -_Préface_ d'un petit _Dictionnaire des Beaux-Arts._ Voir mes notes du -31 octobre 1852[314]. Chaque homme de talent ne peut embrasser l'art -entier; il ne peut que noter ce qu'il sait. Rien de trop absolu; le -mot du Poussin sur Raphaël. - -_Ébauche._ La meilleure est celle qui tranquillise le plus le peintre -sur l'issue du tableau. - -_Distance._ Pour éloigner les objets, on les fait ordinairement plus -gris: c'est la touche. Teintes plates aussi. - -_Paysage._ - -_Cheval, animaux._ Il n'y faut pas apporter la perfection de dessin des -naturalistes, surtout dans la grande peinture et la grande sculpture. -Géricault trop savant; Rubens et Gros supérieurs; Barye mesquin dans -ses lions. L'Antique est le modèle en cela comme dans le reste. - -_Luisant._ (Renvoi.) Plus un objet est poli ou luisant, moins on en -voit la couleur propre: en effet, il devient un miroir qui réfléchit -les couleurs environnantes[315]. - -_Natures jeunes._ J'ai dit quelque part qu'elles avaient des ombres -plus claires. Je retrouve dans mes notes du 9 octobre 1852[316] ce que -je disais à Andrieu qui peignait la _Vénus_ de l'Hôtel de ville. Elles -ont quelque chose de tremblé, de vague qui ressemble à la vapeur qui -s'élève de terre dans un beau jour d'été. Rubens, dont la manière est -très formelle, vieillit ses femmes et ses enfants. - -_Gris_ et _couleurs terreuses._ L'ennemi de toute peinture est le gris. -La peinture paraîtra presque toujours plus grise qu'elle n'est par sa -position oblique sous le jour: bannir toutes les couleurs terreuses. -Voir mes notes du 15 septembre 1852 sur un feuillet détaché[317]. - -_Proportions._ Dans les arts, tels que la littérature ou la musique, -il est essentiel d'établir une grande proportion dans les parties qui -composent l'ouvrage. Les morceaux de Beethoven trop longs; il fatigue -en occupant trop longtemps de la même idée. Voir mes notes du 10 mars -1849[318]. - -_Albert Dürer._ Le vrai peintre est celui qui connaît toute la -nature[319]. Les figures humaines, les animaux, le paysage traités avec -la même perfection. Voir mes notes du 10 mars 1849[320]. Rubens est de -cette famille. - -_Accessoires._ Voir mes notes du 10 octobre 1855[321]. Si vous traitez -négligemment les accessoires, vous me rappelez un métier à l'impatience -de la main, etc. - -_Art dramatique._ L'exemple de Shakespeare nous fait croire à tort -que le comique et le tragique peuvent se mêler dans un ouvrage. -Shakespeare a un art à lui. Voir mes notes du 25 mars 1855[322]. - -Dans beaucoup de romans modernes français, le comique mêlé au tragique -de certaines parties est insupportable. (_Mêmes notes._) - -Ce que dit lord Byron de Shakespeare, qu'il n'y a qu'un goût allemand -ou anglais qui puisse s'y plaire. Voir mes notes du 13 juillet -1850[323].--Ce qu'il a dit encore de Shakespeare. Voir mes notes du 19 -juin 1850[324]. - -_Liaison._ Art de lier les parties de tableaux par l'effet, la couleur, -la ligne, les reflets, etc. - -_Lignes._ Lignes de la composition. Les _lier_, les _contraster_, -éviter l'apprêt cependant. - -_Fini_ (le). En quoi consiste celui d'un tableau. - -_Touche._ Beaucoup de maîtres ont évité de la faire sentir, pensant -sans doute se rapprocher de la nature, qui effectivement n'en présente -pas. La touche est un moyen comme un autre de contribuer à rendre la -pensée dans la peinture. Sans doute une peinture peut être très belle -sans montrer la touche, mais il est puéril de penser qu'on se rapproche -de l'effet de la nature en ceci: autant vaudrait-il faire sur son -tableau de véritables reliefs colorés, sous prétexte que les corps sont -saillants! - -Il y a dans tous les arts des moyens d'exécution adoptés et convenus, -et on n'est qu'un connaisseur imparfait quand on ne sait pas lire dans -ces indications de la pensée; la preuve, c'est que le vulgaire préfère, -à tous les autres, les tableaux les plus lisses et les moins touchés, -et les préfère à cause de cela. Tout dépend au reste, dans l'ouvrage -d'un véritable maître, de la distance commandée pour regarder son -tableau. À une certaine distance la touche se fond dans l'ensemble, -mais elle donne à la peinture un accent que le fondu des teintes ne -peut produire. En regardant, par contre, de très près l'ouvrage le plus -fini, on découvrira encore des traces de touches et d'accents, etc... -Il résulterait de là qu'une esquisse bien touchée ne peut faire autant -de plaisir qu'un tableau bien fini, je devrais dire non touché, car il -est bon nombre de tableaux dont la touche est complètement absente, -mais qui sont loin d'être finis. (Voyez le mot _Fini._) - -La touche, employée comme il convient, sert à prononcer plus -convenablement les différents plans des objets. Fortement accusée, -elle les fait venir en avant; le contraire les recule. Dans les petits -tableaux même, la touche ne déplaît point. On peut préférer un Téniers -à un Mieris ou à un Van der Meer. - -Que dira-t-on des maîtres qui prononcent sèchement les contours tout -en s'abstenant de la touche? Il n'y a pas plus de contours qu'il n'y -a de touches dans la nature. Il faut toujours en revenir à des moyens -convenus dans chaque art, qui sont le langage de cet art. Qu'est-ce -qu'un dessin au blanc et au noir, si ce n'est une convention à laquelle -le spectateur est habitué et qui n'empêche pas son imagination de voir -dans cette traduction de la nature un équivalent complet? - -Il en est de même de la _gravure._ Il ne faut pas un œil bien -clairvoyant pour apercevoir cette multitude de tailles dont le -croisement amène l'effet que le graveur veut produire. Ce sont des -touches plus ou moins ingénieuses dans leur disposition qui, tantôt -espacées pour laisser jouer le papier et donner plus de transparence -au travail, tantôt rapprochées les unes des autres pour assourdir la -teinte et lui donner l'apparence de la continuité, rendent par des -moyens de convention, mais que le sentiment a découverts et consacrés -et sans employer la magie de la couleur, non pas pour le sens purement -physique de la vue, mais pour les yeux de l'esprit ou de l'âme, toutes -les richesses de la nature: la peau éclatante de fraîcheur de la jeune -fille, les rides du vieillard, le moelleux des étoffes, la transparence -des eaux, le lointain des ciels et des montagnes. - -Si l'on se prévaut de l'absence de touche de certains tableaux de -grands maîtres, il ne faut pas oublier que le temps amortit la touche. -Beaucoup de ces peintres qui évitent la touche avec le plus grand -soin, sous prétexte qu'elle n'est pas dans la nature, exagèrent le -contour, qui ne s'y trouve pas davantage. Ils pensent ainsi introduire -une précision qui n'est réelle que pour les sens peu exercés des -demi-connaisseurs. Ils se dispensent même d'exprimer convenablement les -reliefs, grâce à ce moyen grossier ennemi de toute illusion; car ce -contour prononcé également et outre mesure annule la saillie en faisant -venir en avant les parties qui dans tout objet sont toujours les pins -éloignées de l'œil, c'est-à-dire les contours. (Voyez _Contour_ ou -_Raccourcis._) - -L'admiration exagérée des vieilles fresques a contribué à entretenir -chez beaucoup d'artistes cette propension à outrer les contours. Dans -ce genre de peinture, la nécessité où est le peintre de tracer avec -certitude ses contours (voyez _Fresque_) est une nécessité commandée -par l'exécution matérielle; d'ailleurs, dans ce genre comme dans la -peinture sur verre, où les moyens sont plus conventionnels que ceux de -la peinture à l'huile, il faut peindre à grands traits; le peintre ne -cherche pas tant à séduire par l'effet de la couleur que par la grande -disposition des lignes et leur accord avec celles de l'architecture. - -La _sculpture_ a sa convention comme la _peinture_ et la _gravure._ On -n'est point choqué de la froideur qui semblerait devoir résulter de la -couleur uniforme des matières qu'elle emploie, que ce soit le marbre, -le bois, la pierre, l'ivoire, etc. Le défaut de coloration des yeux, -des cheveux, n'est pas un obstacle au genre d'expression que comporte -cet art. L'isolement des figures de ronde bosse, sans rapport avec un -fond quelconque, la convention bien autrement forte des bas-reliefs n'y -nuisent pas davantage. - -La sculpture elle-même comporte la touche; l'exagération de certains -creux ou leur disposition ajoute à l'effet, comme, par exemple, ces -trous percés au vilebrequin dans certaines parties des cheveux ou des -accessoires qui, au lieu d'une ligne creusée d'une manière continue, -adoucissent à distance ce qu'elle avait de trop dur et ajoutent à la -souplesse, donnent l'idée de la légèreté, surtout dans les cheveux, -dont les ondulations ne se suivent pas d'une manière trop formelle. - -Dans la manière dont les ornements sont touchés dans l'architecture, -on retrouve ce degré de légèreté et d'illusion que peut produire la -touche. Dans la manière des modernes, ces ornements sont creusés -uniformément, de façon que, vus de près, ils soient d'une correction -irréprochable: à la distance nécessaire, ce n'est plus que froideur et -même absence complète d'effet. Dans l'Antique, au contraire, on est -étonné de la hardiesse et en même temps de l'à-propos de ces artifices -savants, de ces touches véritables qui outrent la forme dans le sens -de l'effet ou adoucissent la crudité de certains contours pour lier -ensemble les différentes parties. - -_Écoles._ Ce qu'elles se proposent avant tout: imitation d'un certain -technique régnant. Voir mes notes du 25 novembre 1855[325]. - -_Décadence_[326]. Les arts, depuis le seizième siècle, point de la -perfection, ne sont qu'une perpétuelle décadence. Le changement opéré -dans les esprits et les mœurs en est plus cause que la rareté -des grands artistes; car le dix-septième, ni le dix-huitième, ni le -dix-neuvième siècle n'en ont pas manqué. L'absence de goût général, -la richesse arrivant graduellement aux classes moyennes, l'autorité -de plus en plus impérieuse d'une stérile critique dont le propre -est d'encourager la médiocrité et de décourager les grands talents, -la pente des esprits dirigée vers les sciences utiles, les lumières -croissantes qui effarouchent les choses de l'imagination, toutes ces -causes réunies condamnent fatalement les arts à être de plus en plus -soumis au caprice de la mode et à perdre toute élévation. - -Il n'y a dans toute civilisation qu'un point précis où il soit donné -à l'intelligence humaine de montrer toute sa force: il semble que -pendant ces moments rapides, comparables à un éclair au milieu d'un -ciel obscur, il n'y ait presque point d'intervalle entre l'aurore de -cette brillante lumière et le dernier terme de sa splendeur. La nuit -qui lui succède est plus ou moins profonde, mais le retour à la lumière -est impossible. Il faudrait une renaissance des mœurs pour en avoir -une dans les arts: ce point se trouve placé entre deux barbaries, l'une -dont la cause est l'ignorance, l'autre plus irrémédiable encore, qui -vient de l'excès et de l'abus des connaissances. Le talent s'agite -inutilement contre les obstacles que lui oppose l'indifférence -générale. Voir mes notes du 25 septembre 1855[327]. Ma promenade à -l'église de Baden sur la décroissance de l'art. Voir aussi ce que je -dis du tombeau du maréchal de Saxe. - -_École anglaise._ Sur Reynolds, Lawrence. Voir ce que j'ai dit au 31 -août 1855[328]. - -_École anglaise_ à l'Exposition de 1855. Voir mes notes du 17 juin -1855[329]. - -_Exagération._ Toute exagération doit être dans le sens de la nature et -de l'idée. Voir même note, 31 août 1855[330]. - -_Licences._ - -_Mer, marines._ Voir ce que je dis (1855) à Dieppe, sur la manière de -peindre les vaisseaux[331]. Les peintres de marine ne représentent -pas bien la mer en général. On peut leur appliquer le même reproche -qu'aux peintres de paysages. Ils veulent montrer trop de science, ils -font des portraits de vagues, comme les paysagistes font des portraits -d'arbres, de terrains, de montagnes, etc. Ils ne s'occupent pas assez -de l'effet pour l'imagination, que la multiplicité des détails trop -circonstanciés, même quand ils sont vrais, détourne du spectacle -principal qu'est l'immensité ou la profondeur dont un certain art peut -donner l'idée. - -_Intérêt._ Art de le porter sur les points nécessaires. Il ne faut pas -tout montrer. Il semble que ce soit difficile en peinture, où l'esprit -ne peut supposer que ce que les yeux aperçoivent. Le poète sacrifie -sans peine ou passe sous silence ce qui est secondaire. L'art du -peintre est de ne porter l'attention que sur ce qui est nécessaire. - -_Sacrifices._ Ce qu'il faut sacrifier. Grand art que ne connaissent pas -les novices; ils veulent tout montrer. - -_Classique._ À quels ouvrages est-il plus naturel d'appliquer ce nom? -C'est évidemment à ceux qui semblent destinés à servir de modèles, de -règles dans toutes leurs parties. J'appellerais volontiers _classiques_ -tous les ouvrages réguliers, ceux qui satisfont l'esprit, non seulement -par une peinture exacte, ou grandiose ou piquante, des sentiments et -des choses, mais encore par l'unité, l'ordonnance logique, en un mot -par toutes ces qualités qui augmentent l'impression en amenant la -simplicité. - -Shakespeare, à ce compte, ne serait pas classique, c'est-à-dire -propre à être imité dans ses procédés, dans son système. Ses parties -admirables ne peuvent sauver et rendre acceptables ses longueurs, ses -jeux de mots continuels, ses descriptions hors de propos. Son art, -d'ailleurs, est complètement à lui. - -Racine était un romantique[332] pour les gens de son temps. Pour -tous les temps il est classique, c'est-à-dire parfait. Le respect de -la tradition n'est que l'observation des lois du goût sans lesquelles -aucune tradition ne serait durable. - -L'École de David s'est qualifiée à tort d'école classique par -excellence, bien qu'elle se soit fondée sur l'imitation de l'antique. -C'est précisément cette imitation, souvent peu intelligente et -exclusive, qui ôte à cette école le principal _caractère_ des écoles -classiques, qui est la durée. Au lieu de pénétrer l'esprit de l'antique -et de joindre cette étude à celle de la nature, on voit qu'il a été -l'écho d'une époque où on avait la fantaisie de l'antique. - -Quoique ce mot de classique implique des beautés d'un ordre très élevé, -on peut dire aussi qu'il y a une foule de très beaux ouvrages auxquels -cette désignation ne peut s'appliquer. Beaucoup de gens ne séparent pas -l'idée de froideur de celle de classique. - -Il est vrai qu'un bon nombre d'artistes se figurent qu'ils sont -classiques parce qu'ils sont froids. Par une raison analogue, il y en a -qui se croient de la chaleur parce qu'on les appelle des romantiques. -La vraie chaleur est celle qui consiste à émouvoir le spectateur. - -_Sujet._ Importance des sujets. Sujets de la fable toujours neufs; -sujets modernes difficiles à traiter avec l'absence du nu et la -pauvreté des costumes. L'originalité du peintre donne de la nouveauté -aux sujets. La peinture n'a pas toujours besoin d'un sujet. La peinture -des bras et des jambes de Géricault. - -_Science._ De la nécessité pour l'artiste d'être savant. Comment cette -science peut s'acquérir indépendamment de la pratique ordinaire. - -On parle beaucoup de la nécessité pour un peintre d'être -universel[333]. On nous dit qu'il faut qu'il connaisse l'histoire, les -poètes, la géographie même: tout cela n'est rien moins qu'inutile, mais -ne lui est pas plus indispensable qu'à tout homme qui veut orner son -esprit. Il a bien assez à faire d'être savant dans son art, et cette -science, quelque habile ou zélé qu'il soit, il ne la possède jamais -complètement. La justesse de l'œil, la sûreté de la main, l'art de -conduire le tableau depuis l'ébauche jusqu'au complément de l'œuvre, -tant d'autres parties toutes de la première importance, demandent une -application de tous les moments et l'exercice de la vie entière. Il -est peu d'artistes, et je parle de ceux qui méritent véritablement ce -nom, qui ne s'aperçoivent, au milieu ou au déclin de leur carrière, -que le temps leur manque pour apprendre ce qu'ils ignorent, ou pour -recommencer une instruction fausse ou incomplète. - -Rubens, âgé de plus de cinquante ans, dans la mission dont il fut -chargé auprès du roi d'Espagne, employait le temps qu'il ne donnait pas -aux affaires à copier à Madrid les superbes originaux italiens qu'on y -voit encore. Il avait dans sa jeunesse copié énormément. Cet exercice -des copies, entièrement négligé par les écoles modernes, était la -source d'un immense savoir. (Voir _Albert Dürer._) - -_Chair._ Sa prédominance chez les coloristes est d'autant plus -nécessaire dans les sujets modernes présentant peu de nu. - -_Copies, copier_[334]. Ç'a été l'éducation de presque tous les grands -maîtres. On apprenait d'abord la manière de son maître, comme un -apprenti s'instruit de la manière de faire un couteau sans chercher à -montrer son originalité. On copiait ensuite tout ce qui tombait sous la -main d'œuvres d'artistes contemporains ou antérieurs. La peinture -a commencé par être un simple métier. On était imagier comme on était -vitrier ou menuisier. Les peintres peignaient les boucliers, les -selles, les bannières. Ces peintres primitifs étaient plus ouvriers que -nous: ils apprenaient supérieurement le métier avant de penser à se -donner carrière. C'est le contraire aujourd'hui. - -_Préface._ L'ordre alphabétique que l'auteur a adopté l'a conduit à -donner à cette suite de renseignements le nom de DICTIONNAIRE. Ce titre -ne conviendrait véritablement qu'à un livre aussi complet que possible, -présentant avec détail tous les procédés des arts. Serait-il possible -qu'un seul homme fût doué des connaissances indispensables à une -pareille tâche? Non sans doute. Ce sont des renseignements jetés sur -le papier dans la forme qui a paru la plus commode pour lui, eu égard -à la distribution de son temps, dont il occupe une partie à d'autres -travaux. Peut-être aussi a-t-il écouté une insurmontable paresse à -s'embarquer dans la composition d'un livre. Un dictionnaire n'est pas -un livre[335]: c'est un instrument, un outil pour faire des livres ou -toute autre chose. La matière, dans des articles ainsi divisés, s'étend -ou se resserre au gré de la disposition de l'auteur, quelquefois -au gré de sa paresse. Il supprime ainsi les transitions, la liaison -nécessaire entre les parties, l'ordre dans lequel elles doivent être -disposées. - -Quoique l'auteur professe beaucoup de respect pour le livre proprement -dit, il a souvent éprouvé, comme un assez grand nombre de lecteurs, une -sorte de difficulté à suivre avec l'attention nécessaire toutes les -déductions et tout l'enchaînement d'un livre, même quand il est bien -fait. On voit un tableau tout d'un coup, au moins dans son ensemble et -ses principales parties; pour un peintre habitué à cette impression -favorable à la compréhension de l'ouvrage, le livre est comme un -édifice dont le frontispice est souvent une enseigne et dans lequel, -une fois introduit, il lui faut donner successivement une attention -égale aux différentes salles dont se compose le monument qu'il visite, -sans oublier celles qu'il a laissées derrière lui, et non sans chercher -à l'avance, dans ce qu'il connaît déjà, quelle sera son impression à la -fin du voyage. - -On a dit que les rivières sont des chemins qui marchent. On pourrait -dire que les livres sont des portions de tableaux en mouvement dont -l'un succède à l'autre sans qu'il soit possible de les embrasser à -la fois; pour saisir le lien qui les unit, il faut dans le lecteur -presque autant d'intelligence que dans l'auteur. Si c'est un ouvrage -de fantaisie qui ne s'adresse qu'à l'imagination, cette attention peut -devenir un plaisir; une histoire bien composée produit le même effet -sur l'esprit: la suite nécessaire des événements et leurs conséquences -forment un enchaînement naturel que l'esprit suit sans peine. Mais dans -un ouvrage didactique il ne saurait en être de même. Le mérite d'un tel -ouvrage étant dans son utilité, c'est à le comprendre dans toutes ses -parties et à en extraire le sens que s'applique son lecteur. Plus il -déduira facilement la doctrine du livre, plus il aura retiré de fruit -de sa lecture. - -Or est-il un moyen plus simple, plus ennemi de toute rhétorique -que cette division de la matière qu'offre tout naturellement un -dictionnaire? - -Ce dictionnaire traitera la partie philosophique plus que la partie -technique. Cela peut sembler singulier chez un peintre qui écrit sur -les arts: beaucoup de demi-savants ont traité de la philosophie de -l'art. Il semble que leur profonde ignorance de la partie technique -leur ait paru un titre, dans leur persuasion que la préoccupation de -cette partie vitale de tout art était chez l'artiste de profession -un obstacle à des spéculations esthétiques. Il semble presque qu'ils -se soient figuré qu'une profonde ignorance de la partie technique -fût un motif de plus pour s'élever à des considérations purement -métaphysiques; en un mot, que la préoccupation du métier dût rendre -les artistes de profession peu propres à s'élever jusqu'aux sommets -interdits aux profanes de l'esthétique et des spéculations pures. Quel -est l'art dans lequel l'exécution ne suive si intimement l'invention? -Dans la peinture, dans la poésie, _la forme se confond avec la -conception._ Parmi les lecteurs, les uns lisent pour s'instruire, les -autres pour se divertir. - -Quoique l'auteur soit du métier et en connaisse ce qu'une longue -pratique, aidée de beaucoup de réflexions particulières, puisse en -apprendre, il ne s'appesantira pas autant qu'on pourrait le penser -sur cette partie de l'art qui paraît l'art tout entier à beaucoup -d'artistes médiocres, mais sans laquelle l'art ne serait pas. Il -paraîtra aussi empiéter sur le domaine des critiques en matière -d'esthétique qui croient sans doute que la pratique n'est pas -nécessaire pour s'élever aux considérations spéculatives sur les arts. - -Voir mes notes du 7 mai 1849[336]: «Montaigne écrit à bâtons rompus. -Ce sont les ouvrages les plus intéressants. Après le travail de -l'auteur.... il y a celui du lecteur qui, ayant ouvert un livre pour se -délasser, se trouve engagé presque d'honneur à poursuivre, etc.» - -Des hommes de génie faisant un dictionnaire ne s'entendraient pas; en -revanche, si vous aviez de chacun deux un recueil de leurs observations -particulières, quel dictionnaire ne compterait-on pas avec de -semblables matériaux?... Cette forme doit amener des répétitions? etc. -Tant mieux! les mêmes choses redites d'une autre manière ont souvent... -etc. - -_Romantisme._ Voir mes notes du 17 mai 1853[337]. - -* - -_Vendredi_ 23 _janvier.--Notes pour un_ DICTIONNAIRE DES BEAUX-ARTS: - -_Critique._ Son utilité. - -_Couleur de la chair._ La chair n'a sa vraie couleur qu'en plein air: -se rappeler l'effet des polissons qui montaient dans les statues de la -fontaine de la place Saint-Sulpice, et celui du raboteur que je voyais -de ma fenêtre dans la galerie; combien dans ce dernier les demi-teintes -de la chair sont colorées en les comparant aux matières inertes. Voir -mes notes du 7 septembre 1856[338]. - -_Talents faciles._ Il y a des talents qui viennent au monde tout prêts -et armés de toutes pièces: Charlet, Bonington, etc. Voir mes notes du -31 décembre 1856[339]. - -_Expression._ Qu'il ne faut pas la rendre jusqu'à inspirer le dégoût. - -Ce que dit Mozart à ce sujet. Voir mes notes du 12 décembre 1856[340]. - -_Exécution._ Voir mes notes du 9 décembre 1856[341], à propos du -portrait de Thiers par Delaroche, faible ouvrage sans caractère, et -d'un petit portrait flamand, en pied, admirable morceau qui plaira -toujours par l'exécution. - -Un grand asservissement au modèle chez les Français: tombeau du -maréchal de Saxe, à Strasbourg[342]. Cariatides de la galerie -d'Apollon. Voir mes notes du 23 mars 1855[343]. - -_Gravure._ La gravure est un art qui s'en va, mais sa décadence n'est -pas due seulement aux procédés mécaniques avec lesquels on la supplée, -ni à la photographie, ni à la lithographie, genre qui est loin de la -suppléer, mais plus facile et plus économique. - -Les plus anciennes gravures sont peut-être les plus expressives. Les -Lucas de Leyde, les Albert Dürer, les Marc-Antoine sont de vrais -graveurs, dans ce sens qu'ils cherchent avant tout à rendre l'esprit -du peintre qu'ils veulent reproduire. Beaucoup de ces hommes de génie, -en reproduisant leur propre invention, cédaient tout naturellement à -leur sentiment sans avoir à se préoccuper de traduire une impression -étrangère; les autres, s'appliquant à rendre l'ouvrage d'un autre -artiste, évitaient avec soin de briller à leur manière en déployant une -adresse de la main, propre seulement à détourner de l'impression. - -La perfection de l'outil, c'est-à-dire des moyens matériels de rendre, -a commencé. - -La gravure est une véritable traduction (voyez _Traduction_), -c'est-à-dire l'art de transporter une idée d'un art dans un autre comme -le traducteur le fait à l'égard d'un livre écrit dans une langue et -qu'il transporte dans la sienne. La langue du graveur, et c'est ici que -se montre son génie, ne consiste pas seulement à imiter par le moyen -de son art les effets de la peinture, qui est comme une autre langue. -Il a, si l'on peut parler ainsi, sa langue à lui qui marque d'un -cachet particulier ses ouvrages, et qui, dans une traduction fidèle de -l'ouvrage qu'il imite, laisse éclater son sentiment particulier. - -_Coloration dans la gravure._ Dans quelle mesure. - -_Fresque._ On aurait tort de supposer que ce genre soit plus difficile -que la peinture à l'huile, parce qu'il demande à être fait au premier -coup. - -Le peintre à fresque exige moins de lui-même matériellement parlant: -il sait aussi que le spectateur ne lui demande aucune des finesses qui -ne s'obtiennent dans l'autre genre que par des travaux compliqués. Il -prend des mesures de manière à abréger par des travaux préparatoires -le travail définitif. Comment serait-il possible qu'il mît la moindre -unité dans un ouvrage qu'il fait comme une mosaïque et pis encore, -puisque chaque morceau, au moment où il le peint, est différent de -ton, c'est-à-dire par parties juxtaposées sans qu'il soit possible -d'accorder celle qui est peinte aujourd'hui avec celle qui a été peinte -hier, s'il ne s'était rendu auparavant un compte exact de l'ensemble -de son tableau? C'est l'office du carton ou dessin dans lequel il -étudie à l'avance les lignes, l'effet et jusqu'à la couleur qu'il veut -exprimer. - -Il ne faut pas non plus prendre au pied de la lettre ce qu'on nous dit -de la merveilleuse facilité de ces faiseurs de fresques à triompher -de ces obstacles. Il n'est presque pas de morceau de fresque qui ait -satisfait son auteur de manière aie dispenser de retouches; elles sont -nombreuses sur les ouvrages les plus renommés. Et qu'importe après -tout qu'un ouvrage soit fait facilement? Ce qui importe, c'est qu'il -produise tout l'effet qu'on a droit d'attendre; seulement il faut dire, -au désavantage de la fresque, que ces retouches faites après coup -avec une espèce de détrempe et même quelquefois à l'huile, peuvent à -la longue trancher sur le tout et contribuer au défaut de solidité. -La fresque se ternit et pâlit de plus en plus avec le temps. Il est -difficile de juger au bout d'un siècle ou deux de ce qu'a pu être une -fresque et des changements que le temps y a produits. - -Les changements qu'elle subit sont en sens inverse de ceux qui altèrent -les tableaux à l'huile. Le noir, l'effet sombre se produit dans ces -derniers par la carbonisation de l'huile, mais plus encore par la -crasse des vernis. La fresque, au contraire, dont la chaux est la base, -contracte par l'effet de l'humidité des lieux où elle a été appliquée, -ou par celle de l'atmosphère, une atténuation sensible de ses teintes. - -Tous ceux qui ont fait de la fresque ont remarqué qu'il se formait du -jour au lendemain à la surface des teintes conservées dans des vases -séparés une sorte de pellicule blanchâtre et comme un voile grisâtre; -cet effet, plus prononcé sur une masse considérable de la même teinte, -se produit à la longue sur la peinture elle-même, la voile en quelque -sorte, et tend à la désaccorder par la suite; car cette atténuation se -produisant surtout sur les teintes où la chaux domine, il en résulte -que celles qui n'en contiennent pas une aussi grande quantité restent -plus vives et amènent par leur crudité relative un effet qui n'était -pas dans la pensée du peintre. On conclura aisément, de l'inconvénient -que nous venons de signaler, que la fresque ne convient pas à nos -climats, où l'air contient beaucoup d'humidité; à la vérité, les -climats chauds leur sont contraires sous un autre rapport, qui est -peut-être plus capital encore. - -Un des grands inconvénients de ce genre est la difficulté de rendre -adhérente au mur la préparation (on aura fait précéder tout ceci -d'une explication sommaire du procédé de la fresque) nécessaire. La -grande sécheresse ici est un ennui qu'il est impossible de combattre. -Toute fresque tend à la longue à se détacher de la muraille contre -laquelle elle est appliquée; c'est la fin la plus ordinaire et la plus -inévitable. - -On pourrait peut-être remédier en partie à cela (expliquer le procédé -de la bourre). - -_Ébauche._ Il est difficile de dire ce qu'était l'ébauche d'un Titien, -par exemple. Chez lui, la touche est si peu apparente, la main de -l'ouvrier se dérobe si complètement, que les routes qu'il a prises -pour arriver à cette perfection restent un mystère. Il reste de lui -des préparations de tableaux, mais dans des sens différents: les unes -sont de simples grisailles, les autres sont comme charpentées à grandes -touches avec des tons presque crus; c'était ce qu'il appelait faire le -lit de la peinture. (C'est ce qui manque particulièrement à David et à -son école.) Mais je ne pense pas qu'aucune puisse mettre sur la voie -des moyens qu'il a employés pour le conduire à cette manière toujours -égale à elle-même qui se remarque dans ses ouvrages finis, malgré des -points de départ aussi différents. - -L'exécution du Corrège présente à peu près le même problème, quoique -la teinte en quelque sorte ivoirée de ses tableaux et la douceur des -contrastes donnent à penser qu'il a dû presque toujours commencer par -de la grisaille. (Parler de Prud'hon, de l'école de David; dans cette -école l'ébauche est nulle, car on ne peut donner ce nom à de simples -frottis qui ne sont que le dessin un peu plus arrêté et recouverts -ensuite entièrement par la peinture.) - -_Pensée. (Première pensée.)_ Les premiers linéaments par lesquels -un maître habile indique sa pensée contiendront le germe de tout -ce que l'ouvrage présentera de saillant. Raphaël, Rembrandt, le -Poussin,--je nomme exprès ceux-ci parce qu'ils ont brillé surtout par -la pensée,--jettent sur le papier quelques traits: il semble que -pas un ne soit indifférent. Pour des yeux intelligents, la vie déjà -est partout, et rien dans le développement de ce thème en apparence -si vague ne s'écartera de cette conception à peine éclose au jour et -complète déjà. - -Il est des talents accomplis qui ne présentent pas la même vivacité -ni surtout la même clarté dans cette espèce d'éveil de la pensée à la -lumière; chez ces derniers, l'exécution est nécessaire pour arriver -à l'imagination du spectateur. En général, ils donnent beaucoup à -l'imitation. La présence du modèle leur est indispensable pour assurer -leur marche. Ils arrivent par une autre voie à l'une des perfections de -l'art. - -En effet, si vous ôtez à un Titien, à un Murillo, à un Van Dyck la -perfection étonnante de cette imitation de la nature vivante, cette -exécution qui fait oublier l'art et l'artiste, vous ne trouvez dans -l'invention du sujet ou dans sa disposition qu'un motif souvent dénué -d'intérêt pour l'esprit, mais que le magicien saura bien relever -parla poésie de son coloris et les prodiges de son pinceau. Le relief -extraordinaire, l'harmonie des nuances, l'air et la lumière, toutes -les merveilles de l'illusion, s'étaleront sur ce thème dont l'esquisse -froide et nue ne disait rien à l'esprit. - -Qu'on se figure ce qu'a pu être la première pensée de l'admirable -tableau des _Pèlerins d'Emmaüs_, de Paul Véronèse: rien de plus -froid que cette disposition, refroidie encore par la présence de ces -personnages étrangers à la scène, de cette famille des donateurs qui -se trouve là, en effet, par la plus singulière convention, de ces -petites filles en robe de brocart jouant avec un chien dans l'endroit -le plus apparent du tableau, de tant d'objets, costumes, architecture, -etc., contraires à la vraisemblance! - -Voyez, au contraire, dans Rembrandt, le croquis de ce sujet qu'il a -traité plusieurs fois et avec prédilection; il fait passer devant -nos yeux cet éclair qui éblouit les disciples au moment où le divin -Maître se transfigure en rompant le pain: le lieu est solitaire; point -de témoins importuns de cette miraculeuse apparition; l'étonnement -profond, le respect, la terreur se peignent dans ces lignes jetées -par le sentiment sur ce cuivre, qui se passe, pour vous émouvoir, du -prestige de la couleur. - -Dans le premier coup de pinceau que Rubens donne à son esquisse, je -vois Mars ou Bellone; les Furies secouant leur torche aux lueurs -sinistres, les divinités paisibles s'élançant en pleurant pour les -arrêter ou s'enfuyant à leur approche; les arcs, les monuments -détruits, les flammes de l'incendie. Il semble dans ces linéaments à -peine tracés que mon esprit devance mon œil et saisisse la pensée -avant presque qu'elle ait pris une forme. Rubens trace la première -idée de son sujet avec son pinceau, comme Raphaël ou Poussin avec leur -plume ou leur crayon. Malheur à l'artiste qui finit trop tôt certaines -parties de l'ébauche! Il faut une bien grande sûreté pour ne pas être -conduit à modifier ces parties quand les autres parties seront finies -au même degré. Voir mes notes du 2 août 1855[344]. - -_Terrible._ La sensation du _terrible_ et encore moins celle de -l'_horrible_ ne peuvent se supporter longtemps. Il en est de même -du _surnaturel._ Je lis depuis quelques jours une histoire d'Edgar -Poë qui est celle de naufragés qui sont pendant cinquante pages dans -la position la plus horrible et la plus désespérée: rien n'est plus -ennuyeux. On reconnaît le mauvais goût des étrangers. Les Anglais, -les Allemands, tous ces peuples anti-latins n'ont pas de littérateurs -parce qu'ils n'ont aucune idée du goût et de la mesure[345]. Ils vous -assomment avec la situation la plus intéressante. - -Clarisse même, venue dans un temps où il y avait un reflet en -Angleterre des convenances françaises, ne pouvait être imaginée que de -l'autre côté du détroit. Walter Scott, Cooper, à un degré bien plus -choquant, vous noient dans des détails qui ôtent tout l'intérêt. Le -_terrible_ est dans les arts un don naturel comme celui de la _grâce._ -L'artiste qui n'est pas né pour exprimer cette sensation et qui veut -le tenter, est encore plus ridicule que celui qui veut se faire léger -malgré sa nature. Nous avons parlé ailleurs de la figure que Pigalle a -imaginée pour représenter la mort dans le tombeau du maréchal de Saxe. -Certes le _terrible_ était là à sa place. Shakespeare seul savait faire -parler les esprits. - -Michel-Ange.--Les masques antiques et Géricault. - -Le _terrible_ est comme le _sublime_, il ne faut pas en abuser. - -_Sublime._ Le _sublime_ est dû le plus souvent, chose singulière, au -défaut de proportion. Voir mes notes du 9 mai 1853[346]. Mozart, Racine -paraissent naturels, étonnent moins que Shakespeare et Michel-Ange. - -_Prééminence dans les arts._ Y en a-t-il qui effectivement soient -supérieurs? Voir mes notes du 20 mai 1853[347]. C'est la question de -Chenavard. - -_Unité._ Voir mes notes du 22 mars 1857[348]. D'_Obermann_: «L'unité, -sans laquelle il n'y a pas d'ouvrage qui puisse être beau.» J'ajoute -qu'il n'y a que l'homme qui fasse des ouvrages sans unité. La nature, -au contraire, met l'unité même dans les parties d'un tout. - -_Vague._ Même page aussi d'_Obermann._--Aussi l'église Saint-Jacques de -Dieppe. - -_Modèle._ Voir mes notes du 5 mars 1857[349]. Asservissement au modèle -dans David. Je lui oppose Géricault, qui imite également, mais plus -librement, et met plus d'intérêt. - -_Préparations._ Tout donne à penser que les préparations des anciennes -écoles flamandes ont été uniformes. Rubens, en les suivant, car il -n'a rien changé à la méthode de ses maîtres sous ce rapport, s'y est -constamment conformé. Le fond était clair, et comme ces écoles se sont -servies presque exclusivement de panneaux, il était lisse. L'usage des -pinceaux a prévalu sur celui des brosses jusqu'aux écoles des derniers -temps. - -_Effet_ sur l'imagination. (Voir _Intérêt._) Byron dit que les poésies -de Campbell[350] sentent trop le travail... tout le brillant du premier -jet est perdu. Il en est de même des poèmes comme des tableaux, ils -ne doivent pas être trop finis. Le grand art est l'effet, n'importe -comment on le produit. Voir mes notes du 18 juillet 1850[351]. - -«Dans la peinture, et surtout dans le portrait, dit Mme Cavé, dans son -joli traité, c'est l'esprit qui parle à I esprit, et non _la science -qui parle à la science._» Cette observation, plus profonde qu'elle ne -l'a peut-être cru elle-même, est le procès fait à la pédanterie de -l'exécution. Je me suis dit cent fois que la _peinture_, matériellement -parlant, _n'était qu'un pont_[352] _jeté entre l'esprit du peintre et -celui du spectateur._ - -La froide exactitude n'est pas l'art: l'ingénieux artifice, quand -il plaît et qu'il exprime, est l'art tout entier. La prétendue -conscience de la plupart des peintres n'est que la perfection apportée -laborieusement à l'art d'ennuyer. - -L'expérience est indispensable pour apprendre tout le parti qu'on -peut tirer de son instrument, mais surtout pour éviter ce qui ne doit -pas être tenté. L'homme sans maturité se jette à tout propos dans des -tentatives insensées en voulant faire rendre à l'art plus qu'il ne peut -ou ne doit; il n'arrive même pas à un certain degré de supériorité dans -les limites du possible. Il ne faut pas oublier que le langage, et -j'applique ceci au langage de tous les arts, est toujours imparfait. -Le grand écrivain supplée à cette imperfection par le tour particulier -qu'il donne à la langue de tout le monde; l'expérience, mais surtout la -confiance dans ses forces, donne au talent cette assurance d'avoir fait -tout ce qui pouvait être fait. Il n'y a que les fous ou les impuissants -qui se tourmentent pour l'impossible. L'homme supérieur sait s'arrêter: -il sait qu'il a fait ce qu'il est possible de faire. Voir mes notes du -25 juin 1850[353]. - -Sans hardiesse et même sans une hardiesse extrême, il n'y a pas de -beautés. Lord Byron vante le genièvre comme son Hippocrène à cause -de la hardiesse qu'il y puisait. Il faut donc presque être _hors de -soi, amens_, pour être tout ce qu'on peut être. Étrange phénomène qui -ne relève pas notre nature ni l'opinion qu'on doit avoir de tous les -beaux esprits qui ont été chercher dans une bouteille le secret de leur -talent[354]. - -_Musique d'église._ Lord Byron dit qu'il a eu le projet de composer -un poème de Job. «Mais, dit-il, je l'ai trouvé trop sublime: il n'y a -point de poésie qu'on puisse comparer à celle-là.» - -J'en dirai autant de la simple musique d'église. - -_Architecte._ Voir mes notes du 14 juin 1850[355]. - -_Autorité._ - -_Anciens et modernes._ Voir l'article de Thierry, _Moniteur_ du 17 -mars, sur l'étude de Virgile par Sainte-Beuve. - -Querelle entre la simplicité et l'élan moderne vers d'autres sources du -beau. - -_Beau. Vague._ Voir dans _Obermann_, t. I, p. 153. - -_Liaison._ Quand nous jetons les yeux sur les objets qui nous -entourent, que ce soit un paysage ou un intérieur, nous remarquons -entre les objets qui s'offrent à nos regards une sorte de liaison -produite par l'atmosphère qui les enveloppe et par les reflets de tout -genre qui font pour ainsi dire participer chaque objet à une sorte -d'harmonie générale. C'est une sorte de charme dont il semble que la -peinture ne peut se passer; cependant il s'en faut que la plupart -des peintres et même des grands maîtres s'en soient préoccupés. Le -plus grand nombre semble même n'avoir pas remarqué dans la nature -cette harmonie nécessaire qui établit dans un ouvrage de peinture une -unité que les lignes elles-mêmes ne suffisent pas à créer, malgré -l'arrangement le plus ingénieux. - -Il semble presque superflu de dire que les peintres peu portés vers -l'effet et la couleur n'en ont tenu aucun compte; mais ce qui est plus -surprenant, c'est que chez beaucoup de grands coloristes cette qualité -est très souvent négligée, et assurément par un défaut de sentiment à -cet endroit. - -_Michel-Ange._ On peut dire que si son style a contribué à corrompre -le goût, la fréquentation de Michel-Ange a exalté[356] et élevé -successivement au-dessus d'eux-mêmes toutes les générations de peintres -qui sont venues après lui. - -Rubens l'a imité, mais comme il pouvait imiter. Il était imbu -d'ouvrages sublimes, et il s'y était senti porté parce qu'il avait en -lui. Quelle différence entre cette imitation et celle des Carrache! - -_Réussir._ Pour _réussir_ clans un art, il faut le cultiver toute sa -vie. Voir mes notes du 22 mai 1850[357]. - -Après être resté longtemps en Angleterre, il s'était déshabitué de sa -propre langue; il lui fallut du temps pour s'y remettre; tant il faut -se tenir en haleine... Et _c'est Voltaire qui parle!_ - -_Peinture des églises. Ornements peints._ Voir, dans mes notes du 22 -avril 1849, ce que m'en dit Isabey à Notre-Dame de Lorette[358]. Il y a -dans le même Agenda, vers la fin, d'autres réflexions sur le même sujet. - -_Inconvénient des fonds d'or._ Même note. - -_La peinture monumentale_, comme l'entendent les modernes. - ---Il faut de toutes mes notes, autres que celles qui s'appliquent au -DICTIONNAIRE, faire un ouvrage suivi[359], au moyen de la _jonction des -passages_ analogues et au moyen de _transitions insensibles._ Il ne -faut donc pas les détacher et les _publier séparément._ Par exemple, -mettre ensemble tout ce qui est du _spectacle_ de la nature, etc. - -Des _Dialogues_ permettraient une grande liberté de langage à la -première personne, des transitions faciles, des contradictions, -etc.--Des extraits d'une correspondance rempliraient le même -objet.--Lettres de deux amis, l'un triste, l'autre gai, les deux faces -de la vie.--Lettres et observations critiques. - - -_Notes pour un_ DICTIONNAIRE DES BEAUX-ARTS: - -_Avertissement préliminaire._ - -_Architecture des églises chrétiennes._ Article du _Moniteur_, 37 mars -1857, sur l'invention de M. Garnaud[360]. - -_Homère._ Rubens est plus homérique que certains antiques. Il -avait un génie analogue. C'est l'esprit qui est tout. Ingres n'a -rien d'homérique que la prétention. Il calque l'extérieur. Rubens -est un Homère en peignant l'esprit et en négligeant le vêtement, -ou plutôt avec le vêtement de son époque.--Tapisseries de la _Vie -d'Achille_[361]. Il est plus homérique que Virgile, c'est qu'il l'était -tout naturellement. - -_Objets polis._ Il semble que par leur nature ils favorisent l'effet -propre à les rendre en ce que leurs clairs sont beaucoup plus vifs et -leurs parties sombres beaucoup plus sombres que dans les objets mats. -Ce sont de véritables miroirs! Là où ils ne sont pas frappés par une -vive lumière, ils réfléchissent avec une intensité extrême les parties -sombres. J'ai dit ailleurs[362] que le ton même de l'objet se trouvait -toujours à côté du point le plus brillant, et ceci s'applique aux -étoffes luisantes, au pelage des animaux comme aux métaux polis. - -_Exécution._ La bonne ou plutôt la vraie exécution est celle qui par la -pratique, en apparence matérielle, ajoute à la pensée, sans laquelle la -pensée n'est pas complète; ainsi sont les beaux vers. On peut exprimer -platement de belles idées. - -L'exécution de David est froide; elle refroidirait des idées plus -élevées et plus animées que les siennes. L'exécution, au contraire, -relève l'idée dans ce qu'elle a de commun ou de faible. - -_Imagination_[363]. Elle est la première qualité de l'artiste. Elle -n'est pas moins nécessaire à l'amateur. Je ne conçois pas l'homme dénué -d'imagination et qui achète des tableaux: c'est qu'il a de la vanité -en proportion de ce qui lui manque sous le rapport que j'ai dit. Or, -quoique cela paraisse étrange, le plus grand nombre des hommes en est -dépourvu. Non seulement ils n'ont pas cette imagination ardente ou -pénétrante qui leur peint avec vivacité les objets, qui les introduit -dans leurs causes mêmes, mais ils n'ont pas davantage la compréhension -nette des ouvrages où cette imagination domine. - -Les partisans de l'axiome des sensualistes, que _nil in intellectu quod -non fuerit prius in sensu_, prétendent en conséquence de ce principe -que l'imagination n'est qu'une espèce de souvenir. Il faudra bien -qu'ils accordent cependant que tous les hommes ont la sensation et la -mémoire, et que très peu ont l'imagination, qu'on prétend se composer -de ces deux éléments. L'imagination chez l'artiste ne se représente -pas seulement tels ou tels objets, elle les combine pour la fin qu'il -veut obtenir; elle fait des tableaux, des images qu'il compose à son -gré. Où est donc l'expérience acquise qui peut donner cette faculté de -composition? - -_Empâtement._ Le vrai talent de l'exécution doit consister à tirer -le meilleur parti possible pour l'effet des moyens matériels. Chaque -procédé a ses avantages et ses inconvénients. Pour ne parler que de -celui de la peinture à l'huile, qui est le plus parfait et le plus -abondant en ressources, il importe d'étudier comment il a été employé -par les diverses écoles et de voir le parti qu'on peut tirer de ces -différentes manières. Mais sans entrer dans le détail de chacune de ces -manières, on peut s'en rendre compte _à priori._ - -Ce qui constitue les avantages de ce genre (la peinture à l'huile), -que les grands maîtres ont porté diversement à la perfection, est: 1° -l'intensité que les tons foncés conservent au moment de l'exécution; -ce qui ne se rencontre ni dans la détrempe, ni dans la fresque, ni -dans l'aquarelle, ni en un mot dans toutes les peintures à l'eau, -laquelle, étant l'unique agent qui délaye les couleurs, les laisse en -s'évaporant beaucoup au-dessous du ton: la peinture à l'huile a la -propriété de conserver les couleurs fraîches pour les marier; 2° la -faculté d'employer suivant l'opportunité tantôt les frottis, tantôt -les empâtements, ce qui favorise incomparablement le rendu, soit des -parties mates, soit des parties transparentes; 3° la possibilité de -revenir à volonté sur la peinture sans l'altérer, et au contraire en -augmentant la vigueur de l'effet ou en atténuant la crudité des tons; -4° la facilité que la fluidité des couleurs, pendant un temps assez -long, donne à l'artiste dans le maniement du pinceau, etc. - -Plusieurs inconvénients: effets du vernis par le temps; nécessité -d'attendre pour retoucher. - -Il est nécessaire de calculer le contraste de l'empâtement et du -glacis, de manière que ce contraste se fasse encore sentir, même quand -les vernis successifs ont produit leur effet, qui est toujours de -rendre le tableau lisse. - -_Arbres._ La manière de les peindre et de les préparer. - -J'ai noté dans un _Agenda_ (29 avril 1854) cette sorte d'ébauche -conforme à la marche naturelle[364]. - -_Poussière._ Le ton de la poussière est la demi-teinte la plus -universelle. En effet, elle est un composé de tous les tons. Les tons -de la palette mêlés ensemble donnent toujours un ton de poussière plus -ou moins intense. - -_Graveur._ Je trouve dans un article de la _Presse_ sur Geoffroi -Tory[365], du 17 juin 1857, que les anciens graveurs étaient des -artistes; aujourd'hui ils ne sont que des mercenaires! - -_Intérêt._ Mettre de l'intérêt dans un ouvrage, tel est le but -principal que se propose l'artiste; on n'y parvient que par la réunion -de beaucoup de moyens. Un sujet intéressant ne peut parvenir à -intéresser quand il est traité par une main malhabile: ce qui semble, -au contraire, le moins fait pour intéresser, intéresse et captive sous -une main savante et au souffle de l'inspiration. Une sorte d'instinct -fait démêler à l'artiste supérieur où doit principalement résider -l'intérêt de sa composition. L'art de grouper, l'art de porter à -propos la lumière et de colorer avec vivacité ou avec sobriété, l'art -de sacrifier comme celui de multiplier les moyens d'effet, une foule -d'autres qualités du grand artiste sont nécessaires pour exciter -l'intérêt et y concourir dans la mesure convenable; l'exacte vérité -des caractères ou leur exagération, la multiplicité comme la sobriété -des détails, la réunion des masses comme leur dispersion, toutes les -ressources de l'art, en un mot, deviennent sous la main de l'artiste -comme les touches d'un clavier dont il tire certains sons, tandis qu'il -laisse sommeiller certains autres. - -La source principale de l'intérêt vient de l'âme, et elle va à l'âme -du spectateur d'une manière irrésistible. Non pas que toute œuvre -intéressante frappe également tous les spectateurs par cela que -chacun d'eux est censé avoir une âme: on ne peut émouvoir qu'un sujet -doué de sensibilité et d'imagination. Ces deux facultés sont aussi -indispensables au spectateur qu'à l'artiste, quoique dans une mesure -différente. - -Les talents maniérés ne peuvent éveiller un intérêt véritable; ils -peuvent exciter la curiosité, flatter un goût du moment, s'adresser -à des passions qui n'ont rien de commun avec l'art; mais comme le -caractère principal de la manière est le défaut de sincérité dans le -sentiment comme dans l'imitation, ils ne peuvent frapper l'imagination -qui n'est en nous-mêmes qu'une sorte de miroir où la nature telle -qu'elle est vient se réfléchir pour nous donner, par une sorte de -souvenir puissant, les spectacles des choses dont l'âme seule a la -jouissance. - -Il n'y a guère que les maîtres qui excitent l'intérêt, mais ils le font -par des moyens différents, à raison de la pente particulière de leur -génie. Il serait absurde de demander à un Rubens l'espèce d'intérêt -qu'un Léonard ou un Raphaël sait exciter par des détails tels que des -mains, des têtes dans lesquelles la correction s'unit à l'expression. -Il est aussi inutile de demander à ces derniers ces effets d'ensemble, -cette verve, cette largesse que recommandent les ouvrages du plus -brillant des peintres. Le _Tobie_ de Rembrandt ne se recommande pas -par les mêmes qualités que tels tableaux du Titien, dans lesquels la -perfection des détails est loin de nuire à la beauté de l'ensemble, -mais qui ne portent point dans l'imagination cette émotion, ce trouble -même que la naïveté et le nerf des caractères, la singularité et la -profondeur de certains effets font éprouver à l'âme en présence d'un -ouvrage de Rembrandt. - -David faisait consister le mérite à bien copier son modèle, tout en -s'amendant à l'aide de fragments antiques pour en relever la vulgarité. - -Corrège, au contraire, ne jetait un regard sur la nature que pour -s'empêcher de tomber dans des énormités. Tout son charme, tout ce qui -est en lui puissance et effets de génie, sortait de son imagination -pour aller réveiller un écho dans les imaginations faites pour le -comprendre... - -_Éclectisme dans les arts._ Ce mot pédant, introduit dans la langue -par les philosophes de ce siècle, s'applique assez bien aux tentatives -modérées de certaines écoles. On pourrait dire que l'_éclectisme_ est -la bannière française par excellence dans les arts du dessin et dans -la musique. Les Allemands et les Italiens ont eu dans leurs arts des -qualités tranchées dont les unes sont souvent antipathiques aux autres: -les Français semblent avoir cherché de tout temps à concilier ces -extrêmes en atténuant ce qu'ils semblaient avoir de discordant. Aussi -leurs ouvrages sont-ils moins frappants. Ils s'adressent à l'esprit -plus qu'au sentiment. Dans la musique, dans la peinture, ils viennent -après toutes les autres écoles, apportant à petites doses dans leurs -œuvres une somme de qualités qui s'excluent chez les autres, mais -qui s'allient chez eux grâce à leur tempérament. - -_Sentiment._ Le sentiment fait des miracles. C'est par lui qu'une -gravure, qu'une lithographie produit à l'imagination l'effet de la -peinture elle-même. Dans ce grenadier de Charlet, je vois le ton à -travers le crayon; en un mot, je ne désire rien de plus que ce que je -vois. Il me semble que la coloration, que la peinture me gênerait, -nuirait à l'effet de l'ensemble. - -Le sentiment, c'est la touche intelligente qui résume, qui donne -l'équivalent. - -_Chefs-d'œuvre._ Voir mes notes du 21 février 1856[366]. - -_Intérêt_ (suite)[367]. Les écoles ne voient tour à tour de perfection -que dans une seule espèce de mérite. Elles condamnent tout ce que les -maîtres à la mode ont condamné. Le dessin est aujourd'hui à la mode: -encore n'est-ce qu'une seule espèce de dessin! Le dessin de David, -dans cette école de David issue de David, n'est plus le vrai dessin... - -_Originalité._ Consiste-t-elle dans la priorité d'invention de -certaines idées, de certaines effets frappants? - -_École. Faire école._ Des hommes médiocres ou au moins secondaires -ont pu _faire école_, tandis que de très grands hommes n'ont point -eu cet avantage, si c'en est un. Il y a quatre-vingts ans, c'étaient -les Vanloo qui donnaient les prix de Rome et dont le style régnait -en souverain. Dans ce moment s'éleva un talent qui avait sucé leurs -principes et qui devait s'illustrer par des principes tout différents. -David renouvelle l'art, on peut le dire; mais le mérite n'en est pas -seulement à son originalité propre; plusieurs tentatives avaient été -faites: Mengs et autres. La découverte des peintures d'Herculanum avait -poussé les esprits à limitation et à l'admiration de l'antique. Arrive -David, esprit plus vigoureux qu'inventif, plus sectaire qu'artiste, -imbu des idées modernes qui éclataient en tout dans la politique et qui -portaient à l'admiration exclusive des anciens, surtout dans ce dernier -objet résumé pour les arts... Le style _énervé_ et facile des Vanloo -avait fait son temps. - -Cent soixante ans auparavant, un génie bien autrement original que -celui de David, éclos au moment où l'école de Lebrun était dans toute -sa force, n'obtint pas la même fortune. Tout le génie de Puget, toute -sa verve, toute sa force, qui prenait sa source dans l'inspiration de -la nature, ne put faire école en présence des Coysevox, des Coustou, de -toute cette école très considérable elle-même, mais déjà entachée de -manière et d'esprit d'école. - -_Raffinement._ Du raffinement dans les époques de décadence. Voir mes -notes du 9 avril 1856[368]. - -_Exécution._ Son importance. Le malheur des tableaux de David et de son -école est de manquer de cette qualité précieuse sans laquelle le reste -est imparfait et presque inutile. On peut y admirer un grand dessin, -quelquefois de l'ordonnance, comme dans Gérard; de la grandeur, de la -fougue, du pathétique, comme dans Girodet; un vrai goût antique chez -David lui-même, dans les _Sabines_, par exemple. Mais le charme que -la main de l'ouvrier ajoute à tous ces mérites est absent de leurs -ouvrages et les place au-dessous de ceux des grands maîtres consacrés. -Prud'hon[369] est le seul peintre de cette époque dont l'exécution -soit égale à l'idée et qui plaise par ce côté du talent qu'on appelle -la partie matérielle, mais qui est, quoi qu'on en dise, toute -sentimentale, tout idéale comme la conception elle-même, qu'elle doit -compléter nécessairement. Voir mes notes du 15 décembre 1857[370]. Dans -cette peinture, l'épidémie manque partout. - -_Style moderne_ (en littérature). Le style moderne est mauvais: abus -de la sentimentalité, du pittoresque à propos de tout. Si un amiral -raconte des campagnes de mer, il le fait dans un style de romancier -et presque d'humanitaire. On allonge tout, on poétise tout. On veut -paraître ému, pénétré, et l'on croit à tort que ce dithyrambe perpétuel -gagnera l'esprit du lecteur et lui donnera une grande idée de l'auteur -et surtout de la bonté de son cœur. Les mémoires, les histoires même -sont détestables. La philosophie, les sciences, tout ce qui s'écrit à -propos de ces différents objets, est empreint de cette fausse couleur, -de ce style d'emprunt. - -J'en suis fâché pour nos contemporains. La postérité n'ira pas chercher -dans ce qu'ils laisseront, ni surtout dans les portraits qu'ils auront -faits d'eux-mêmes, des modèles de sincérité. Il n'y a pas jusqu'à -l'admirable histoire de Thiers à porter l'empreinte de ce style -pleurard, toujours prêt à s'arrêter en chemin pour gémir sur l'ambition -des conquérants, sur la rigueur des saisons, sur les souffrances -humaines. Ce sont des sermons ou des élégies. Rien de mâle ou qui fasse -l'effet uniquement convenable, et cela, parce que rien n'est à sa -place ou en tient trop et est déclamé en pédagogue plutôt que raconté -simplement. - -_Autorités._ La peste pour les grands talents, et presque la totalité -du talent pour les médiocres. Voir mes notes du 10 octobre 1853[371]. -«Elles sont les lisières qui aident presque tout le monde à marcher -quand on entre dans la carrière, mais elles laissent à presque tout le -monde des marques ineffaçables.» - -_Modèle._ Sur l'emploi du modèle, voir mes notes du 12 octobre[372] et -du 17 octobre 1853[373]. - -_Opéra._ Sur la réunion des différents arts dans ce genre de spectacle, -sur le plaisir qui résulte de cette réunion et aussi sur la fatigue qui -doit gagner plus vite le spectateur en raison de cette surabondance -d'expression, voir calepin d'Augerville, 1854[374]. J'y parle aussi de -la sonorité, que Chopin n'admettait pas comme une source légitime de -sensation. - -_Exécution._ Nous avons dit qu'une bonne exécution était de la plus -grande importance. On irait jusqu'à dire que, si elle n'est pas tout, -elle est le seul moyen qui mette le reste en lumière et qui lui donne -sa valeur. Les écoles de décadence l'ont placée dans une certaine -prestesse de la main, dans une certaine façon cavalière d'exprimer, -dans ce qu'on a appelé la franchise, le beau pinceau, etc. Il est -certain qu'après les grands maîtres du seizième siècle, l'exécution -matérielle change dans la peinture. La peinture des ateliers, une -peinture faite du premier coup, sur laquelle on ne peut guère revenir, -succède à ces exécutions toutes de sentiment, et que chaque maître se -faisait à lui-même, ou plutôt que son instinct lui inspirait suivant le -besoin de son génie. Certes on ne peut faire un Titien avec les moyens -employés par un Rubens et le pointillage, etc. Le Raphaël que j'ai vu -rue Grange-Batelière était fait à petits coups de pinceau... Un peintre -de l'école des Carrache se serait cru déshonoré de peindre avec cette -minutie. À plus forte raison ceux des écoles plus récentes et plus -corrompues des Vanloo. - -_Style français._ Sur la froideur du style français. De cette -correction même dans de grandes écoles comme celle de Louis XIV qui -glace l'imagination tout en satisfaisant l'esprit. Voir mes notes du -23 mars 1855[375]. Chose singulière, jusqu'à l'école de Lebrun, du -Poussin, etc., d'où sont sortis les Coysevox, les Coustou, la sculpture -française joint la fantaisie à la belle exécution et rivalise avec les -écoles d'Italie du grand style. Germain Pilon, Jean Goujon. - -_Ébauche._ Voir mes notes du 2 avril 1855[376]. - -_Couleur._ De sa supériorité ou de son exquisivité, si l'on veut, sous -le rapport de l'effet sur l'imagination. Voir mes notes du 6 juin -1851[377]. Sur la couleur chez Lesueur. - -_Oppositions._ Granet disait que la peinture consistait à mettre du -blanc sur du noir et du noir sur du blanc. - -_Artiste._ - -_Imitation._ On donne particulièrement le nom d'arts d'imitation à -la peinture et à la sculpture; les autres arts, comme la musique, la -poésie, n'imitent pas la nature directement, quoique leur but soit de -frapper l'imagination. - -_De l'antique et des écoles hollandaises._ On s'étonnera de voir -réunies dans un même titre des productions en apparence si diverses, -diverses par le temps, mais moins diverses qu'on ne croit par le style -et l'esprit dans lequel elles ont été conçues. - -_Antique_[378]. D'où vient cette qualité particulière, ce goût parfait -qui n'est que dans l'antique? Peut-être de ce que nous lui comparons -tout ce qu'on a fait en croyant limiter. Mais encore, que peut-on lui -comparer dans ce qui a été fait de plus parfait dans les genres les -plus divers? Je ne vois point ce qui manque à Virgile, à Horace. Je -vois bien ce que je voudrais dans nos plus grands écrivains et aussi -ce que je n'y voudrais pas. Peut-être aussi que, me trouvant avec ces -derniers dans une communauté, si j'ose dire, de civilisation, je les -vois plus à fond, je les comprends mieux surtout, je vois mieux le -désaccord entre ce qu'ils ont fait et ce qu'ils ont voulu faire. Un -Romain m'eût fait voir dans Horace et dans Virgile des taches ou des -fautes que je ne peux y voir; mais c'est surtout dans tout ce qui nous -reste des arts plastiques des anciens que cette qualité de goût et -de mesure parfaite se trouve au plus haut point de perfection. Nous -pouvons soutenir la comparaison avec eux dans la littérature; dans les -arts, jamais. - -Titien est un de ceux qui se rapprochent le plus de l'esprit de -l'antique. Il est de la famille des Hollandais et par conséquent -de celle de l'antique. Il sait faire d'après nature: c'est ce qui -rappelle toujours dans ses tableaux un type vrai, par conséquent non -passager comme ce qui sort de l'imagination d'un homme, lequel ayant -des imitateurs en donne plus vite le dégoût. On dirait qu'il y a un -grain de folie dans tous les autres; lui seul est de bon sens, maître -de lui, de sa facilité et de son exécution, qui ne le domine jamais -et dont il ne fait point parade. Nous croyons imiter l'antique en le -prenant pour ainsi dire à la lettre, en faisant la caricature de ses -draperies, etc. Titien et les Flamands ont l'esprit de l'antique, et -non l'imitation de ses formes extérieures. - -L'antique ne sacrifie pas à la grâce, comme Raphaël, Corrège et la -Renaissance en général; il n'a pas cette affectation, soit de la force, -soit de l'imprévu, comme dans Michel-Ange. Il n'a jamais la bassesse du -Puget dans certaines parties, ni son naturel par trop naturel. - -Tous ces hommes ont, dans leurs ouvrages, des parties surannées; rien -de tel dans l'antique. Chez les modernes, il y en a toujours trop; chez -l'antique, toujours même sobriété et même force contenue. - -Ceux qui ne voient dans Titien que le plus grand des coloristes sont -dans une grande erreur: il l'est effectivement, mais il est en même -temps le premier des dessinateurs, si on entend par dessin _celui de la -nature_[379], et non celui où l'imagination du peintre a plus de part, -intervient plus que l'imitation. Non que cette imagination chez Titien -soit servile: il ne faut que comparer son dessin à celui des peintres -qui se sont appliqués à rendre exactement la nature dans les écoles -bolonaise ou espagnole, par exemple. On peut dire que chez les Italiens -le style l'emporte sur tout: je n'entends pas dire par là que tous les -artistes italiens ont un grand style ou même un style agréable, je veux -dire qu'ils sont enclins à abonder chacun dans ce qu'on peut appeler -_leur style_, qu'on le prenne en bonne ou mauvaise part. J'entends par -là que Michel-Ange abuse de son style, autant que le Bernin ou Piètre -de Cortone, eu égard pour chacun à l'élévation ou à la vulgarité de ce -style: en un mot, leur manière particulière, ce qu'ils croient ajouter -ou ajoutent à leur insu à la nature, éloigne toute idée d'imitation et -nuit à la vérité et à la naïveté de l'expression. On ne trouve guère -cette naïveté précieuse chez les Italiens qu'avant le Titien, qui -la conserve au milieu de cet entraînement de ses contemporains vers -la manière, manière qui vise plus ou moins au sublime, mais que les -imitateurs rendent bien vite ridicule. - -Il est un autre homme dont il faut parler ici, pour le mettre sur la -même ligne que le Titien, si l'on regarde comme la première qualité -la vérité unie à l'idéal: c'est Paul Véronèse. Il est plus libre -que le Titien, mais il est moins fini. Ils ont tous les deux cette -tranquillité, ce calme tempérament qui indique des esprits qui se -possèdent. Paul semble plus savant, moins collé au modèle, partant -plus indépendant dans son exécution. En revanche, le scrupule du -Titien n'a rien qui incline à la froideur: je parle surtout de -celle de l'exécution, qui suffit à réchauffer le tableau; car l'un -et l'autre donnent moins à l'expression que la plupart des grands -maîtres. Cette qualité si rare, ce sang-froid animé, si on peut le -dire, exclut sans doute les effets qui tendent à l'émotion. Ce sont -encore là des particularités qui leur sont communes avec ceux de -l'antique, chez lesquels la forme plastique extérieure passe avant -l'expression. On explique par l'introduction du christianisme cette -singulière révolution qui se fait au moyen âge dans les arts du dessin, -c'est-à-dire la prédominance de l'expression. Le mysticisme chrétien -qui planait sur tout, l'habitude pour les artistes de représenter -presque exclusivement des sujets de la religion qui parlent avant -tout à l'âme, ont favorisé indubitablement cette pente générale à -l'expression. Il en est résulté nécessairement dans les âges modernes -plus d'imperfection dans les qualités plastiques. Les anciens n'offrent -point les exagérations ou incorrections des Michel-Ange, des Puget, des -Corrège; en revanche, le beau calme de ces belles figures n'éveille en -rien cette partie de l'imagination que les modernes intéressent par -tant de points. Cette turbulence sombre de Michel-Ange, ce je ne sais -quoi de mystérieux et d'agrandi qui passionne son moindre ouvrage; -cette grâce noble et pénétrante, cet attrait irrésistible du Corrège; -la profonde expression et la fougue de Rubens; le vague, la magie, le -dessin expressif de Rembrandt: tout cela est de nous, et les anciens ne -s'en sont jamais doutés. - -Rossini est un exemple frappant de cette passion de l'agrément, de la -grâce outrée. Aussi son école est-elle insupportable! - - -[277] Nous donnons ci-contre le fac-simile d'une lettre adressée -à cette date par Delacroix à Ingres, à propos de sa candidature à -l'Académie des Beaux-Arts et dont nous devons la communication à -l'obligeance de M. Chéramy. - -[278] Sur la question du _Beau_ et la conception de Delacroix touchant -ce point, voir notre Étude, à la page XXVIII, ainsi que l'appréciation -de M. Paul Mantz que nous avons rapportée dans l'annotation. - -[279] Tout ce passage sur le _Titien_ a une très grande importance -pour quiconque veut suivre, en l'approfondissant, le développement -esthétique de Delacroix. Il présente un double intérêt, tant au point -de vue du jugement en lui-même, qui précise le dernier état de son -opinion sur le maître vénitien, qu'au point de vue du contraste de -cette opinion avec celles qu'il avait précédemment émises. Il n'est -point d'artiste en effet sur le compte duquel il ait autant varié -que Titien. On se rappelle certains passages, notamment une page sur -l'_Ensevelissement_, à laquelle nous n'avons voulu croire qu'après -l'avoir collationnée minutieusement sur les manuscrits originaux. Tout -ce début de l'année 1857 est donc une véritable réparation à la mémoire -du grand Vénitien. - -[280] La disposition de ce passage, la concision avec laquelle les -idées sont jetées, sans souci de forme définitive ni de phrases -terminées, marque suffisamment l'intention qu'avait Delacroix de -revenir sur ce sujet et de le traiter avec les développements qu'il -comporte. Il indique à la hâte, se réservant d'y insister, les -principaux points de vue auxquels on pouvait les reprendre. Il n'est -pas jusqu'à cet essai de _Dictionnaire des Beaux-Arts_ auquel nous -allons arriver et qui constitue l'intérêt capital de cette publication, -qui ne nous apparaisse comme un canevas, comme une brève esquisse -destinée à se transformer en études suivies. - -[281] Personne mieux que Taine n'a compris l'universalité de génie de -ces hommes du seizième siècle. Dans son _Voyage en Italie_, et à propos -des mêmes Vénitiens qu'il avait, lui le premier de tous les critiques -français, su percer à jour, il écrit: «Partout les grands artistes sont -les héros et les interprètes de leur peuple, Jordaëns, Crayer, Rubens -en Flandre, Titien, Tintoret, Véronèse à Venise. Leur instinct et leur -intuition les font naturalistes, psychologues, historiens, philosophes: -ils repoussent l'idée qui constitue leur race et leur âge, et la -sympathie universelle et involontaire qui fait leur génie rassemble et -organise en leur esprit, avec les proportions véritables, les éléments -infinis et entre-croisés du monde où ils sont compris.» - -[282] Se rappeler que dans un autre passage du Journal, directement -opposé à l'opinion de ceux qui considèrent comme un bienfait la -patine du temps, Delacroix déclare que les maîtres ne reconnaîtraient -point leurs chefs-d'œuvre dans les _croûtes enfumées_ que nous voyons -aujourd'hui. Ceci s'accorde parfaitement d'ailleurs avec les doléances -qu'il répétait souvent, au dire de ceux qui l'ont connu, sur la -_fragilité de la peinture._ - -[283] _Raphaël Menys_ (1728-1779), peintre allemand, auteur d'un grand -nombre d'œuvres importantes en Italie et en Espagne. Il a laissé -plusieurs écrits sur les arts, recueillis et publiés en 1780 à Parme, -sous le titre d'_Opere di Antonio Raffaelle Mengs_, et qui ont été -depuis traduits en français. - -[284] Dans son éloge de Venise, l'_Arétin_ écrit: «Jamais, depuis que -Dieu l'a fait, ce ciel n'a été embelli d'une si charmante peinture -d'ombres et de lumières. L'air était tel que le voudraient faire ceux -qui portent envie à Titien, parce qu'ils ne peuvent être Titien... -Oh! les beaux coups de pinceau qui, de ce côté, coloraient l'air et -le faisaient reculer derrière les palais, comme le pratique Titien -dans ses paysages! En certaines parties apparaissait un vert azuré, -en d'autres un azur verdi, véritablement mélangés par la capricieuse -invention de la nature, maîtresse des maîtres. C'est elle ici qui, avec -des teintes claires ou obscures, noyait ou modelait des formes selon -son idée. Et moi qui sait comme votre pinceau est l'âme de votre âme, -je m'écriai trois ou quatre fois: Titien, où êtes-vous?» - -[285] Sur cette éternelle question du dessin et de la couleur, à propos -de cette division entre dessinateurs et coloristes qui durera sans -doute tant qu'il y aura des dessinateurs et des peintres, Baudelaire -écrivait dans son Salon de 1846, se faisant l'interprète de la pensée -du maître qu'il avait défendu toute sa vie: «On peut être à la fois -coloriste et dessinateur, mais dans un certain sens. De même qu'un -dessinateur peut être coloriste par les grandes masses, de même un -coloriste peut être dessinateur, par une logique complète de l'ensemble -des lignes; mais l'une de ces qualités absorbe toujours le détail de -l'autre. Les coloristes dessinent comme la nature: leurs figures sont -naturellement délimitées par la lutte harmonieuse des masses colorées.» -Dans tous les passages de ses œuvres critiques où il traite ces -intéressantes questions de technique picturale, on retrouve, commentées -et renouvelées par son talent de vision originale et personnelle, les -idées du maître qu'il chérissait, si bien que l'_Art romantique_ et les -_Curiosités esthétiques_ donnent comme un avant-goût des plus curieux -passages de cette année 1857. - -[286] Ici encore, et à propos de la _fresque_, nous ne pouvons que -répéter ce que nous avons déjà dit dans notre étude, à savoir qu'il -manqua toujours à Delacroix de n'avoir pas vu les maîtres vénitiens -chez eux. Nous nous figurons aisément ce qu'eût été son enthousiasme -s'il avait vu au Musée de Vérone l'admirable fresque de Paul Véronèse -symbolisant la musique. Il avait d'ailleurs lui-même parfaitement -conscience des lacunes de ses connaissances en ce qui touche les -maîtres italiens, puisqu'il écrivait à Burty, avec une modestie -vraiment admirable chez un homme de génie: «Qu'il ne voudrait rien -publier avant d'avoir vu les maîtres italiens sur place, et que l'état -de sa santé lui interdisait l'espérance d'un tel voyage.» (_Corresp._, -t. II, p. 179.) - -[287] Voir notre Étude, p. XLIX et L. - -[288] Delacroix ne voulait pas seulement indiquer par là les gens qui -n'ont point de compétence, technique dans chaque art individuel, mais -surtout ceux qui n'ont pas le sentiment profond et vivace de la Beauté, -c'est-à-dire ce qui ne saurait s'acquérir. - -[289] Sur un _Projet de Dictionnaire des Beaux-Arts:_ «Ce petit recueil -est l'ouvrage d'une seule personne qui a passé toute sa vie à s'occuper -de peinture. Il ne peut donc prétendre qu'à donner sur chaque objet le -peu de lumières qu'il a pu acquérir, et encore ne donnera-t-il que des -informations toutes personnelles. L'idée de faire un livre l'a effrayé. -Il faut un grand talent de composition pour ne mettre dans un livre que -ce qu'il faut et pour y mettre tout ce qu'il faut... Il lui a semblé -qu'un dictionnaire n'était pas un livre, même quand il était tout -entier de la même main. Chaque article séparé ressort mieux et laisse -plus de trace dans l'esprit. Il semble qu'il faille, dans un traité en -règle, que le lecteur fasse lui-même, s'il veut tirer quelque profit -de sa lecture, la besogne que l'auteur, etc... Point de transitions -nécessaires.» (EUGÈNE DELACROIX, _sa vie et ses œuvres_, p. 433.) - -[290] À rapprocher ce fragment détaché d'un album: «Il faut attribuer -à la fresque le grand style des écoles italiennes. Le peintre remplace -par l'idéal l'absence des détails. Il lui faut savoir beaucoup et -oser encore plus. La fresque seule pouvait amener à l'exagération des -Primatice et des Parmesan, dans une époque où la peinture sortant de -ses langes devait encore être timide. Je crois, au reste, qu'à moins -d'une organisation très rare et bien variée, il est presque impossible -de réussir également dans l'un et l'autre genre. Je ne peux me figurer -ce qu'eussent été les fresques de Rubens; et les tableaux à l'huile -de Raphaël se ressentent de cette hésitation qu'il a dû éprouver à y -introduire des détails que la fresque ne comporte pas, qu'elle banni! -même.» (EUGÈNE DELACROIX, _sa vie et ses œuvres_, p. 413.) - -[291] Voir t. III, p. 15. - -[292] Voir t. I. p. 383, et t. III, p. 86 et suiv. - -[293] C'est une théorie chère à Delacroix. (Voir t. II, p. 238 et 246.) - -[294] «Entre autres choses, ce qui fait le grand peintre, c'est la -combinaison hardie d'accessoires qui augmente l'impression. Ces nuages -qui volent dans le même sens que le cavalier emporté par son cheval, -les plis de son manteau qui l'enveloppent ou flottent autour des -flancs de sa monture. Cette association puissante... car qu'est-ce que -composer? c'est associer avec puissance...» (EUGÈNE DELACROIX, _sa vie -et ses œuvres_, p. 421.) - -[295] Ces notes étaient sans doute inscrites sur un carnet qui n'a pas -été retrouvé. - -[296] Voir t. III, p. 97. - -[297] Voir t. III, p. 189. - -[298] Voir t. I, p. 321 et 322. - -[299] Sur une feuille volante, avec ce titre: _Les manières_, Delacroix -écrivait: «Les lois de la raison et du bon goût sont éternelles, et -les gens de génie n'ont pas besoin qu'on les leur apprenne. Mais -rien ne leur est plus mortel que les prétendues règles, _manières_, -conventions qu'ils trouvent établies dans les écoles, la séduction -même que peuvent exercer sur eux des méthodes d'exécution qui ne sont -pas conformes à leur manière de sentir et de rendre la nature.--On les -condamne toujours au nom de ces manières en vogue, et non pas au nom de -la raison et de la convenance. Ainsi Gros, par respect pour la manière -de David, etc... On en voit l'influence sur Rubens lui-même: la vue des -Carrache... Nul doute que la manière qui est sortie de leurs écoles, -manière réduite tellement en principe qu'elle est devenue pendant deux -cents ans et qu'elle est encore la règle de l'exécution en peinture, -n'ait porté un coup mortel à l'originalité de bien des peintres.» -(EUGÈNE DELACROIX, _sa vie et ses œuvres_, p. 422.) - -[300] Les carnets de 1845 n'ont pas été retrouves. - -[301] «Cher Monsieur et ami... Il n'y a pas de félicitations qui -puissent me flatter plus que les vôtres. La chose a été faite assez -franchement, et cela ajoute à la réussite aux yeux du public. Vous -dites justement que ce succès, il y a vingt ans, m'aurait causé un -tout autre plaisir: j'avais la chance, dans ce cas, de me voir plus -utile que je ne puis l'être maintenant dans une situation de ce genre. -J'aurais eu le temps de devenir professeur à l'École: c'est là que -j'eusse pu exercer quelque influence. Quoi qu'il en soit, je ne partage -pas l'opinion de quelques personnes, amies ou autres, qui m'ont fait -entendre plus d'une fois que je ferais mieux de m'abstenir. Il y a plus -de fatuité que de véritable estime de soi-même à rester dans sa tente: -au reste, je ne manque point ici à mes antécédents, puisqu'une fois mon -parti pris, je n'ai pas cessé de me présenter.» (_Corresp._, t. II, p. -157, 158.) - -[302] _Isidore Dagnan._ Voir t. II, p. 314. - -[303] Delacroix écrivait autre part: «La peinture est un art modeste, -il faut aller à lui et l'on y va sans peine; un coup d'œil suffit. Le -livre n'est point cela: il faut l'acheter d'abord, il faut le lire -ensuite page par page, entendez-vous bien, messieurs? et bien souvent -suer pour le le comprendre.» - -[304] «J'éprouve, et sans doute tous les gens sensibles éprouvent qu'en -présence d'un beau tableau, on se sent le besoin d'aller loin de lui -penser à l'impression qu'il a fait naître. Il se fait alors le travail -inverse du littérateur: je le repasse, détail par détail, dans ma -mémoire, et si j'en fais par écrit la description, je pourrais employer -vingt pages à la description de ce que j'aurais pourtant embrassé tout -entier en quelques instants. Le poème ne serait-il pas, par contre, un -tableau dont on me montre chaque partie, l'une après l'autre? Que ce -soit un voile qu'il soulève successivement.» (EUGÈNE DELACROIX, _sa vie -et ses œuvres_, p. 418, 419.) - -[305] Non retrouvées. - -[306] Non retrouvées. - -[307] Voir t. III, p. 72 et 73. - -[308] Se rappeler ce que Delacroix a écrit sur Théophile Gautier. Son -opinion a d'ailleurs varié à cet égard; pour s'en convaincre, on peut -lire certains billets adressés à Thoré, Baudelaire, Th. Silvestre, -P. de Saint-Victor, Sainte-Beuve. Il est vrai d'ajouter que certains -d'entre eux n'étaient pas seulement des critiques, mais bien des -créateurs. Par _critique_, Delacroix entend exclusivement celui qui -fait profession de juger autrui. - -[309] Voir t. II, p. 186 et 187. - -[310] Non retrouvées. - -[311] Cette simple indication se réfère à un développement du Journal -dans lequel le maître critique l'obscurité habituelle des fonds, dans -les portraits des anciens peintres. (Voir t. II, p. 136.) - -[312] Voir t. III, p. 15 et suiv. - -[313] Non retrouvées. - -[314] Sans doute des notes écrites au crayon sur des feuilles volantes -et qu'on retrouvera dans EUGÈNE DELACROIX, _sa vie et ses œuvres_, p. -430 et suiv. - -[315] Voir t. III, p. 205. - -[316] Voir t. II, p. 124. - -[317] Voir t. II, p. 136. - -[318] Voir t. I, p. 355. - -[319] À propos de cette universalité dont Eugène Delacroix faisait le -critérium du génie, Baudelaire écrivait: «Eugène Delacroix était, en -même temps qu'un peintre épris de son métier, un homme d'éducation -générale, au contraire des autres artistes modernes qui ne sont guère -que d'illustres ou d'obscurs rapins, de tristes spécialistes, vieux ou -jeunes, les uns sachant fabriquer des figures académiques, les autres -des fruits, les autres des bestiaux. Eugène Delacroix aimait tout, -savait tout peindre et savait goûter tous les genres de talent.» - -[320] Voir t. I, p. 353. - -[321] Voir t. III, p. 100 et 107. - -[322] Voir t. III, p. 15 et suiv. - -[323] Non retrouvées. - -[324] Non retrouvées. - -[325] Voir t. III, p. 119 et 120. - -[326] Delacroix aimait à dire, lorsqu'on lui parlait d'un prétendu -progrès des Arts: «Où sont donc vos Phidias? Où sont vos Raphaël?» - -[327] Voir t. III, p. 86 et suiv. - -[328] Voir t. III, p. 69 et suiv. - -[329] Voir t. III, p. 36 et suiv. - -[330] Voir t. III, p. 69 et suiv. - -[331] Voir t. III, p. 106 et 107. - -[332] Il nous a paru intéressant de rapprocher de ce fragment de -Delacroix un fragment de Stendhal qui nous semble conçu à peu près -dans le même esprit. Nous avons d'ailleurs noté déjà dans notre Étude -certaines analogies entre eux: «Le Romanticisme, dit Beyle, est l'art -de présenter aux peuples les œuvres littéraires qui, dans l'état actuel -de leurs habitudes et de leurs croyances, sont susceptibles de leur -donner le plus de plaisir possible. Le Classicisme, au contraire, leur -présente la littérature qui donnait le plus grand plaisir possible à -leurs arrière-grands-pères... Je n'hésite pas à avancer que _Racine a -été romantique_» (STENDHAL, _Racine et Shakespeare._) - -[333] À peine est-il besoin de faire remarquer que cette manière de -boutade est en contradiction absolue avec les idées qu'il professait -d'habitude et qui constituent l'essence même du génie de Delacroix. - -[334] Ceux qui se rappellent l'exposition des œuvres de Delacroix -au palais des Beaux-Arts ont conservé le souvenir d'une admirable -copie de Raphaël (voir _Catalogue Robault_, n° 24), merveilleusement -significative de l'énergie avec laquelle il avait su dompter sa fougue -naturelle pour s'assimiler la manière d'un artiste de tempérament aussi -opposé. À propos de cette _éducation des peintres_ par l'étude des -maîtres antérieurs, nous trouvons dans un recueil de notes laissées -par Rurty et publiées par M. Maurice Tourneux l'opinion de Meissonier, -qui perdrait à être commentée: la voici dans toute sa franchise: «Dans -la journée, je lui demandai s'il avait fait au Louvre des copies -peintes.--_Jamais! jamais!_ s'est-il écrié. Et puis, d'ailleurs, et le -temps de copier la peinture des autres!» (_Croquis d'après nature_, par -Ph. BURTY.) - -[335] Nous avons déjà touché dans notre Étude à ce point intéressant. -Nous trouvons la même idée reprise et développée dans une conversation -de Baudelaire avec Eugène Delacroix, rapportée dans l'_Art romantique_: -«La nature n'est qu'un dictionnaire, répétait-il fréquemment... Pour -bien comprendre l'étendue du sens impliqué dans cette phrase, il faut -se figurer les usages ordinaires et nombreux du dictionnaire. On y -cherche le sens des mots, la génération des mots, enfin on en extrait -tous les éléments qui composent une phrase ou un récit; mais personne -n'a jamais considéré le dictionnaire comme une _composition_ dans -le sens poétique du mot. Les peintres qui obéissent à l'imagination -cherchent dans leur dictionnaire les éléments qui s'accommodent à leur -conception... Ceux qui n'ont pas d'imagination copient le dictionnaire.» - -[336] Voir t. I, p. 439. - -[337] Voir t. II, p. 201 et 202. - -[338] Voir t. III, p. 168. - -[339] Voir t. III, p. 187 et 183. - -[340] Voir t. III, p. 186. - -[341] Voir t. III, p. 185. - -[342] Voir t. III, p. 86 et suiv. - -[343] Voir t. III, p. 14. - -[344] Non retrouvées. - -[345] Cette affirmation, qu'on ne peut d'ailleurs considérer que comme -un paradoxe chez un artiste qui faisait sa lecture habituelle de Byron, -Shakespeare et Gœthe, suffirait amplement à démontrer les tendances -classiques d'Eugène Delacroix, comme nous nous sommes appliqué à le -faire dans notre Étude. - -[346] Voir t. II, p. 185 et suiv. - -[347] Voir t. II, p. 204. - -[348] Voir t. III, p. 267. - -[349] Voir t. III, p. 260. - -[350] _Thomas Campbell_ (1767-1844), poète anglais. - -[351] Voir t. II, p. 12. - -[352] Sur le caractère _suggestif_ de l'œuvre d'art, dans la pensée de -Delacroix, voir notre Étude, p. XXXIX et XL. - -[353] Non retrouvées. - -[354] Voir t. I, p. 225. - -[355] Non retrouvées. - -[356] L'article de Delacroix sur _Michel-Ange_ parut à la _Revue -de Paris_ en 1830, c'est-à-dire à l'époque de ses plus ardents -enthousiasmes pour le grand sculpteur, et se terminait ainsi: «Ébloui -de l'éclat d'un si grand génie, et regrettant d'en avoir donné une si -faible idée, c'est bien à lui que nous devons appliquer ce qu'il disait -lui-même du Dante dans ce vers: - - «_Quanto dirne si dee non si può dire._ - - «On ne dira jamais de lui tout ce qu'il en faut dire.» - -(EUGÈNE DELACROIX, _sa vie et ses œuvres_, p. 186.) - -[357] On ne saurait trop regretter la perte de ce carnet contenant les -notes des mois de mai et juin 1850, qui devait renfermer, autant qu'on -peut en juger, tant de réflexions d'un intérêt capital. - -[358] Voir t. I, p. 432. - -[359] Voilà qui indique clairement les intentions de Delacroix -et répond victorieusement aux allégations de ceux qui pourraient -prétendre que le Journal du maître n'a été, en aucune de ses parties, -composé avec une arrière-pensée de publicité. Sans parler même de -ce _Dictionnaire des Beaux-Arts_ dont les fragments ici jetés, avec -indication fréquente des points de suture, ne peuvent laisser aucun -doute sur ses intentions de derrière la tête, il est bien clair qu'il -y a tel morceau écrit avec un soin, un souci de la forme, raturé -à plusieurs reprises, et repris après coup, sur lequel la simple -inspection du manuscrit original suffit à édifier le lecteur. Puisque -nous en sommes à ce point intéressant, nous ajouterons que dans ces -dernières années, l'année 1855 par exemple, de nombreuses pages, qui -devaient contenir des allusions personnelles ou des jugements un peu -sévères, sont déchirées, et que beaucoup de noms propres ont été -raturés avec une telle énergie qu'il est absolument impossible de rien -discerner. - -[360] _Antoine-Martin Garnaud_ (1796-1861), architecte, grand prix -d'architecture en 1817, exécuta de nombreux travaux d'embellissement -dans Paris. Il est l'auteur d'un ouvrage intitulé: _Études sur les -églises_, depuis l'église rurale jusqu'aux cathédrales. - -[361] Se référer au beau passage du Journal sur ces tapisseries. Voir -t. II, p. 69 et suiv. - -[362] Voir t. III, p. 205. - -[363] Voir notre Étude, p. XXXVIII et XXXIX. - -[364] Voir t. II, p. 344 et suiv. - -[365] _Geoffroi Tory_ (1485-1533), typographe et graveur, connu sous le -nom de _Maître du Pot cassé_, à cause de son enseigne et de la marque -qu'il mettait à ses ouvrages. - -[366] Voir t. III, p. 132 et suiv. - -[367] Voir t. III, p. 244. - -[368] Voir t. III, p. 139 et suiv. - -[369] Dans son Étude sur _Prud'hon_ parue à la _Revue des Deux Mondes_ -le 1er novembre 1846, voici ce qu'écrivait Delacroix: «On -ne refusera pas à Prud'hon une grande partie der mérites qui sont ceux -de l'antique. Dans la moindre étude sortie de sa main, on reconnaît un -homme profondément inspiré de ces beautés. Il serait hardi sans doute -de dire qu'il les a égalées dans toutes leurs parties. Il eût retrouvé -à lui seul, parmi les modernes, ce secret du grand, du beau, du vrai, -et surtout du simple, qui n'a été connu que des seuls anciens. Il faut -avouer que la grâce chez lui dégénère quelquefois en afféterie. La -coquetterie de sa touche ôte souvent du sérieux à des figures d'une -belle invention. Entraîné par l'expression et oubliant souvent le -modèle, il lui arrive d'offenser les proportions; mais il sait presque -toujours sauver habilement ces faiblesses.» (EUGÈNE DELACROIX, _sa vie -et ses œuvres,_ p. 206 et 207.) - -[370] Non retrouvées. - -[371] Voir t. II, P. 236. - -[372] Voir t. II, p. 238 et suiv. - -[373] Voir t. II, p. 246. - -[374] Non retrouvé. - -[375] Voir t. III, p. 14 et 15. - -[376] Non retrouvées. - -[377] Voir t. II, p. 63 et suiv. - -[378] Dans un fragment d'album déjà publié, sous le titre: _De l'art -ancien et de l'art moderne_ on lit cette réflexion: «On ne peut assez -répéter que les règles du Beau sont éternelles, immuables, et que les -formes en sont variables. Qui décide de ces règles, et de ces formes -diverses qui sont tenues de se plier à ces règles, toutefois avec une -physionomie différente? Le goût seul, aussi rare peut-être que le Beau: -le goût qui fait deviner le Beau où il est, et qui le fait trouver aux -grands artistes qui ont le don d'inventer.» (EUGÈNE DELACROIX, _sa vie -et ses œuvres_, p. 408.) - -[379] Aux lecteurs désireux d'approfondir cette intéressante -distinction entre le «dessin de la nature et celui où l'imagination du -peintre a le plus de part», rien ne saurait être plus précieux que le -commentaire et le développement de cette même idée, repris à plusieurs -reprises par Baudelaire dans ses différentes Études sur Delacroix, et -notamment dans une comparaison qui mérite de demeurer classique entre -le dessin d'Ingres et le dessin de Delacroix. (Voir les _Curiosités -esthétiques_ et l'_Art romantique._) - - * * * * * - -4 _février.--Pour faire partie de ta préface du_ DICTIONNAIRE. - -Je désirerais contribuer à apprendre à mieux lire dans les beaux -ouvrages[380]. A Athènes, dit-on, il y avait beaucoup plus de juges des -Beaux-Arts que dans nos modernes sociétés. Le grand goût des ouvrages -de l'antiquité confirme dans cette opinion. L'artiste qui travaille -pour un public éclairé rougit de descendre à des moyens d'effet -désavoués par le goût. - -Le goût a péri chez les anciens, non pas à la manière d'une mode qui -change,--effet qui se produit à chaque instant sous nos yeux et sans -cause absolument nécessaire,--le goût a péri chez les anciens avec les -institutions et les mœurs, quand il a fallu plaire à des vainqueurs -barbares, comme ont été, par exemple, les Romains par rapport aux -Grecs; le goût s'est corrompu surtout quand les citoyens ont perdu -le ressort qui portait aux grandes actions, quand la vertu publique -a disparu; et j'entends par là, non pas une vertu commune à tous les -citoyens et les portant au bien, mais au moins ce simple respect -de la morale qui force le vice à se cacher. Il est difficile de se -figurer des Phidias et des Apelle sous le régime des affreux tyrans du -Bas-Empire et au milieu de l'avilissement des aines. - -Y aurait-il une connexion nécessaire entre le _bon_ et le _beau?_ -Une société dégradée peut-elle se plaire aux choses élevées, dans -quelque genre que ce soit? Il est probable que chez nous aussi, dans -nos sociétés comme elles sont, avec nos mœurs étroites, nos petits -plaisirs mesquins, le beau ne peut être qu'un accident, et cet accident -ne tient pas assez de place pour changer le goût et ramener au beau la -généralité des esprits. Après vient la nuit et la barbarie. - -Il y a donc incontestablement des époques où le beau en art fleurit -plus à l'aise; il est aussi des nations privilégiées pour certains dons -de l'esprit, comme il est des contrées, des climats, qui favorisent -l'expansion du beau. - -* - -_Mardi_17 _février,_--Cinquième visite du docteur[381]. - -Delacroix, depuis longtemps déjà, était atteint d'une affection du -larynx, qui le condamnait fréquemment au repos et à l'isolement. - - -[380] Nous trouvons dans le livre sur _Delacroix_, déjà si souvent -cité, un passage relatif à ce projet de _Dictionnaire des Beaux-Arts_ -qui précise bien l'intérêt d'un tel ouvrage et l'esprit dans lequel -il devait être fait, en même temps qu'il le différencie des autres -ouvrages, qui sont les vrais _dictionnaires_ et avec lesquels il -importe de ne point le confondre: «Si vous risquez, dit-il, dans -l'ouvrage d'un seul homme de ne pas vous trouver au courant de tout -ce qu'on peut dire sur le sujet, en revanche vous aurez sur un grand -nombre de points tout le suc de son expérience, et surtout des -informations excellentes dans les parties où il excelle. Au lieu d'une -froide compilation qui ne fera que remettre sous les yeux du lecteur un -extrait de toutes les méthodes, vous aurez celles qui ont conduit un -tel homme à la perfection relative à laquelle il est arrivé. Il n'est -pas un artiste qui n'ait éprouvé dans sa carrière combien quelques -paroles d'un maître expérimenté ont pu être des traits de lumière et -des sources d'intérêt bien autres que ce que ses efforts particuliers -ou un enseignement vulgaire... etc.» (EUGÈNE DELACROIX, _sa vie et ses -œuvres_, p. 432.) - -[381] Le _docteur Rayer_ (1793-1867), qui fut professeur à la Faculté -de médecine. - - * * * * * - -_Jeudi_ 5 _mars._--Aujourd'hui, pendant mon déjeuner, on m'apporte deux -tableaux attribués à Géricault, pour en dire mon avis. Le petit est -une copie très médiocre: costumes de mendiants romains. L'autre, toile -de 12 environ, sujet d'amphithéâtre, bras, pieds, etc., et cadavres -d'enfants, d'un relief admirable, avec des négligences qui sont du -style de l'auteur et ajoutent encore un nouveau prix. Mise à côté du -portrait de David, cette peinture ressort encore davantage. On y voit -tout ce qui a toujours manqué à David, cette forme pittoresque, ce -nerf, cet osé qui est à la peinture ce que la _vis comica_ est à l'art -du théâtre. Tout est égal, l'intérêt n'est pas plus dans la tête que -dans les draperies ou le siège. L'asservissement complet à ce que lui -présentait le modèle est une des causes de cette froideur; mais il -est plus juste de penser que cette froideur était en lui-même: il lui -était impossible de rien trouver au delà de ce que ce moyen imparfait -lui présentait. Il semble qu'il fût satisfait quand il avait bien -imité le petit morceau de nature qu'il avait sous les yeux; toute sa -hardiesse consistait à mettre à côté un fragment, pied, bras, moulé sur -l'antique, et à ramener le plus possible son modèle vivant à ce beau -tout fait que le plâtre lui présenterait. - -Ce fragment de Géricault est vraiment sublime: il prouve plus que -jamais qu'_il n'est pas de serpent ni de monstre odieux_, etc. C'est -le meilleur argument en faveur du Beau, comme il faut l'entendre. Les -incorrections ne déparent point ce morceau. À côté du pied qui est -très précis et plus ressemblant au naturel, sauf l'idéal propre au -peintre, il y a une main dont les plans sont mous et faits presque -d'idée, dans le genre des figures qu'il faisait à l'atelier, et cette -main ne dépare pas le reste; la finesse du style la met à la hauteur -des autres parties. Ce genre de mérite a le plus grand rapport avec -celui de Michel-Ange, chez lequel les incorrections ne nuisent à rien. - -Je relis avec le plus grand plaisir, dans un agenda du mois de janvier -1852[382], ce que je dis des tapisseries de Rubens que je vis alors -à Mousseaux et que la liste civile de Louis-Philippe faisait vendre. -Quand je voudrai parler de Rubens ou me mettre dans un entrain -véritable de la peinture, je devrai relire ces notes. J'ai encore le -souvenir très présent de ces admirables ouvrages. L'idée m'était venue, -en relisant ce que j'en dis, de refaire de mémoire tous les sujets (une -suite de la sorte sur un autre motif serait un beau thème). Il faut -absolument que Devéria me trouve les gravures de ces sujets. - -Je note ici ce qu'il faut reporter à l'un des jours du mois dernier, -quand j'étais encore très faible et que je ne m'occupais guère à écrire -dans ce livre: c'est la triste impression que j'ai reçue de la peinture -que m'a faite du caractère de Thiers M. C. B..., qui vint me faire -une petite visite. Il me l'a représenté comme le plus égoïste et le -plus insensible des hommes, cupide, enfin le contraire de ce que je -croyais et le moins capable d'affection. Ce serait, si j'arrivais à -être convaincu de tout cela, une des plus grandes déceptions qu'il pût -m'être réservé d'éprouver. La reconnaissance d'abord et l'affection -que j'ai toujours eue pour lui, sont des sentiments qui combattent -chez moi en sa faveur. Je sais que, bien qu'il me reçoive toujours -affectueusement, il ne m'a jamais recherché; sa petite rancune, quand -je lui tins tête comme je le devais pour son projet insensé de la -restauration du Musée, exécutée en partie sur ses absurdes idées, me -l'avait un peu gâté dans le temps de cette aventure[383]; mais depuis, -je l'avais retrouvé comme auparavant, c'est-à-dire avec cet attrait qui -m'a toujours attiré à lui... Je le plaignais devant C. B... de vivre -au milieu de l'intérieur qu'il s'est fait, de passer sa vie avec des -créatures aussi froides et aussi insipides. Tout cela, selon C. B..., -ne lui fait absolument rien: il n'aime personne et n'est sensible qu'à -ce qui le touche directement dans sa personne ou son amour-propre. - -* - -_Samedi_ 7 _mars._--Bertin est venu me voir; je l'ai reçu, quoique je -ne reçoive personne, pour en finir avec ce mal de gorge. J'ai travaillé -dans la journée à un projet de préface pour le _Dictionnaire des -Beaux-Arts._ - -_Lundi_ 16 _mars._--Il faut maintenant qu'un écrivain soit universel. -La nuance entre le savant et le poète ou le romancier est complètement -abolie. Le moindre roman demande plus d'érudition qu'un traité -scientifique, que dis-je? que vingt traités! Car un savant est, ou un -chimiste, ou un astronome, ou un géographe, ou un antiquaire; il peut -avoir une certaine teinture des connaissances qui touchent à celle dont -il a fait l'occupation de sa vie; mais plus il se renferme dans cette -étude spéciale, plus il obtient de résultats de ses recherches. Il n'en -est pas de même du métier de critique. La nécessité de parler de tout -met dans l'obligation de savoir tout; mais qui peut tout savoir? Si -j'apprenais l'hébreu, les sciences, l'histoire? tout cela, c'est la mer -à boire. Aussi n'en apprennent-ils pas si long! mais il leur faut un -peu l'apparence de tout cela. - -Je suis effrayé de ce qui peut passer sous les yeux d'un homme, comme -Sainte-Beuve par exemple, de lectures diverses, digérées ou non. Voici -aujourd'hui un article sur Tite-Live; il raconte la vie de Tite-Live, -détail peu connu, et dont les lecteurs ne s'étaient jamais embarrassés. -Dans un article toujours trop long sur Virgile, Thierry, du _Moniteur_, -après avoir parlé de la préférence que notre siècle accorde aux -ouvrages de la première main, primitifs, etc., comme Homère, se demande -si Virgile, venu trente ou quarante siècles après, pouvait faire une -_Iliade_, et il ajoute: «Si les anciens sont à jamais nos maîtres, -ne dédaignons pas pour cela ceux de leurs disciples qui s'efforcent -vainement de se faire leurs égaux. C'est un grand point de venir le -premier, on prend le meilleur même sans choisir; on peut être simple -même sans savoir ce que c'est que la simplicité; on est court parce -qu'on n'a besoin ni de remplir, ni de passer la mesure de personne; on -s'arrête à temps parce que nulle émulation n'excite à poursuivre au -delà...» - -Ne prendrait-on pas souvent l'absence de l'art pour le comble de -l'art? Si l'art dans la suite de son développement n'aboutit qu'à -produire des articles toujours moindres, on me pardonnera d'avoir une -profonde compassion pour les époques qui ne peuvent se passer du labeur -compliqué de l'art. - -Je demande qu'on ne soit pas trop dupe d'un grand mot: la simplicité, -et qu'on veuille bien ne pas faire de la simplicité la règle du temps -où elle n'est plus possible. C'est le thème de tous les pédants -d'aujourd'hui. Chenavard ne voit rien après ce qui a été fait. -Delaroche se hérissait quand on parlait de l'antique romain; Phidias -avant tout, comme Michel-Ange pour Chenavard! Cependant ce dernier -met Rubens dans sa fameuse heptarchie. Il admire Rubens et écrase -avec Rubens les infortunées tentatives des hommes de notre temps. -Cependant Rubens a paru dans une époque de décadence relative; comment -le donne-t-on dans ce système pour compagnon à Michel-Ange? Il a été -grand d'une autre manière. Cette simplicité qu'on exalte, dont parle -Thierry, tient souvent à des tournures de langage plus incultes dans -les poésies primitives; en un mot, elle est plus dans l'habit de la -pensée que dans la pensée elle-même. - -Beaucoup de gens, surtout dans ce temps où on a cru qu'on allait -retremper la langue et la rajeunir à volonté comme on rase un homme -qui a la barbe trop longue, ne préfèrent Corneille à Racine que parce -que la langue est moins polie dans le premier que dans le dernier de -ces deux poètes. De même pour Michel-Ange et Rubens: la pratique de -la fresque, qui était le moyen de Michel-Ange, force le peintre à une -plus grande simplicité de moyen d'effet; il en résulte, indépendamment -du talent même, et par le fait des moyens matériels, une certaine -grandeur, une nécessité de renoncer aux détails. Rubens, avec un -autre procédé, trouve des effets différents qui satisfont à d'autres -titres. Montesquieu dit bien: _Deux beautés communes se défont, deux -grandes beautés se font valoir_. Un chef-d'œuvre de Rubens mis en -pendant d'un chef-d'œuvre de Michel-Ange ne pâlira nullement. Si, -au contraire, vous regardez séparé chacun de ces ouvrages, il arrivera -sans doute qu'à proportion de votre impressionnabilité vous serez tout -à celui que vous regardez. Une nature sensible est facilement possédée -et entraînée par le beau; vous serez à celui qui frappe vos yeux dans -le moment. Il faut se servir des moyens qui sont familiers aux temps où -vous vivez; sans cela vous n'êtes pas compris et vous ne vivrez pas. -Ce moyen d'un autre âge que vous allez employer pour parler à des -hommes de votre temps, sera toujours un moyen factice, et les gens qui -viendront après vous, en comparant cette manière d'emprunt aux ouvrages -de l'époque où cette manière était la seule connue et comprise, et -par conséquent supérieurement mise en œuvre, vous condamneront à -l'infériorité comme vous vous y serez condamné vous-même. - -* - -_Mardi_ 17 _mars._--Je suis sorti hier avec Jenny pour la première -fois. Il faisait du soleil. J'ai renoncé à aller vers la place -d'Europe; le vent venait de ce côté. Je suis descendu, revenu parles -rues, fatigué; mais cette course m'a donné des forces. - -* - -_Mercredi_ 18 _mars._---Je ne puis me détacher de Casanova[384]. - -Voici trois jours que je sors, et j'en éprouve un grand bien. Hier, -j'ai été en voiture aux Tuileries avec Jenny. Nous sommes venus du Pont -tournant jusqu'à la grille de la rue de Rivoli. - -Se rappeler les observations que m'a suggérées le contraste des statues -du _Tibre_ et du _Nil_, copies de l'antique, et des groupes de fleurs -et de nymphes du temps de Louis XIV. Le décousu de ceux-ci et la -majestueuse unité de ceux-là. Partout, la même observation entre ce qui -_était_ antique et ce qui _est_ moderne. - -* - -_Dimanche_ 22 _mars._--Il n'y a que l'homme qui fasse des choses sans -unité. La nature trouve le secret de mettre de l'unité même dans les -parties détachées d'un tout. La branche détachée d'un arbre est un -petit arbre complet. - -* - -_Jeudi_ 26 _mars._--J'ai été aujourd'hui chez Haro pour examiner avec -lui si l'on pourrait tirer parti de son local pour faire un atelier. -Nous étions convenus de cette visite il y a huit jours. Je crois qu'au -fond il y était peu enclin et ne s'y est prêté que par complaisance. Il -m'a parlé de frais trop considérables, et l'affaire n'est pas faisable. - -En route pour y aller, la vue de jeunes gens que j'ai rencontrés dans -les rues m'a fait faire plusieurs réflexions qui ne sont pas de la -nature de celles que se font ordinairement les vieillards. Cet âge -qui semble le plus heureux de la vie n'excite nullement mon envie; -tout au plus pour sa force, qui lui donne le moyen de suffire à de -puissants travaux, et point du tout pour les plaisirs qui en sont -l'accompagnement. Ce que je désirerais,--souhait, au reste, aussi -impossible à réaliser que celui de revenir au jeune âge,--ce que je -désirerais, ce serait de m'arrêter au point où je suis et d'y jouir -longtemps des avantages qu'il procure à un esprit, je ne dirai pas -désabusé, mais vraiment raisonnable. Mais l'un n'est pas plus permis -que l'autre. - -J'apprends tout à l'heure chez Weil, chez lequel j'étais descendu un -moment, que le pauvre Margueritte vient de mourir subitement. Quoique -plus âgé que moi, il était encore d'âge à jouir de beaucoup de choses. -Au reste, comme je crois que ce n'était pas une nature distinguée, il -a pu être de ceux qui regrettent les plaisirs des jeunes gens. Il faut -que les jouissances de l'esprit tiennent une grande place pour procurer -ce bonheur calme que j'envisage pour l'homme qui arrive au déclin de la -vie. - - -[382] Voir t. II, p. 69 et suiv. - -[383] Voir t. I, p, 344 et 345. - -[384] Son admiration pour _Casanova_, chose étrange, ne se démentit pas -une fois durant toute sa vie. Voir t. I, p. 260. - - * * * * * - -_Samedi_ 18 _avril._--J'ai été, sur l'invitation de la commission, voir -l'exposition de Delaroche. L'Empereur visitait l'École ce jour-là, et a -achevé par ladite exposition. - -En sortant, voté pour le remplacement de Desnoyers[385]. Revenu très -fatigué.--Sujets pour une bibliothèque: - -_Auguste s'oppose à la destruction de l'Énéide._ - -_Couronnement de Pétrarque ou du Tasse._ - -_La Sibylle proposant les volumes à Tarquin et les faisant brûler à -mesure qu'il les refuse._ - -* - -_Jeudi_ 23 _avril._--J'ajoute, sur le passage d'_Obermann_[386], sur -la joie secrète que produit la conformité de pensées avec les autres: -Cette apparence que nous sommes heureux de donner à notre imagination -est un besoin de tous ceux qui composent pour le public, surtout quand -leur inspiration est naïve et sincère. Je me figure que les peintres -ou les écrivains chez lesquels le lieu commun tient une grande place, -n'ont pas autant besoin de cette confirmation qui vient, par la -rencontre d'esprits analogues aux leurs, les rassurer sur la valeur de -leurs propres pensées. C'est un besoin impérieux pour ceux dont les -inventions sont taxées de bizarrerie, et qui, peut-être à cause de -leur originalité, ne trouvent qu'un public rétif et peu disposé à les -comprendre. - - -[385] Il s'agit de l'élection à l'Académie des Beaux-Arts -d'_Achille-Louis Martinet_ (1800-1877), graveur, en remplacement du -_baron Desnoyers_ (1779-1857), graveur, élève de Lethière, membre de -l'Institut depuis 1816. - -[386] L'_Obermann_ devait être un de ses livres de chevet, car nous -le voyons cité déjà à plusieurs reprises dans les précédentes années -du Journal. Il s'en trouve extrait des fragments dans le manuscrit -original, fragments que nous n'avons pas cru devoir reproduire, non -plus que ceux de Balzac sur la condition des artistes, tirés de la -_Cousine Bette._ - - - * * * * * - -_Champrosay_, 9 _mai._--Parti pour Champrosay à une heure un quart. -Pluie affreuse en arrivant; je l'ai reçue tout entière, ainsi que Jenny. - -Nous nous étions arrêtés quelques instants auparavant dans notre ancien -jardin, tout ouvert et ravagé à cause des travaux que fait Candas. J'ai -vu la petite source, qui ne sert plus qu'à laver du linge: tout cela -souillé de savon et croupissant. Les cerisiers que j'ai plantés tout -petits sont devenus énormes. On voit encore la trace des allées que -j'avais tracées. Cela m'a donné des émotions plus douces que tristes. -Je me suis rappelé les années que j'avais passées là. - -J'aime toujours ce pays; je me colle facilement aux lieux que j'habite: -mon esprit, mon cœur même les animent. - -* - -11 _mai._--Promenade le matin dans la campagne assez longtemps, sans -pouvoir m'arracher à cette charmante vue de cette verdure, de ce soleil. - -Travaillé beaucoup, en rentrant, à l'article sur le Beau et jusqu'au -dîner. - ---Ce n'est ni le hasard ni le caprice qui ont déterminé le style de -l'architecture et partant celui des autres arts dans les différentes -contrées; nouvelle preuve que le Beau doit varier suivant les climats. - -Au style sévère et pour ainsi dire radical de l'architecture de -l'Égypte s'allient des ornements et une peinture plus simples, -plus élémentaires... Dans cette vaste vallée de l'Égypte, comprise -uniformément entre deux chaînes d'élévation naturelles presque -symétriques, etc., les Pylônes, les Pyramides... - -Le soir, promené dans le jardin et dans la campagne. - -Fatigue et malaise avant de se coucher. - -* - -14 _mai._--Je ne doute pas que si Alexandre eût connu le -_Misanthrope_, il ne l'eût placé dans la fameuse cassette à côté de -l'_Iliade_; il l'eût fait agrandir pour y placer le _Misanthrope._ - ---On dit d'un homme, pour le louer, qu'il est un homme _unique._ - ---Il faut laisser aux gens qui sentent faiblement les vaines -discussions et les vaines comparaisons. - ---Heureuses les époques qui ont vu. - ---Heureux les artistes qui ont trouvé un public tout préparé, -encourageant _les efforts de la Muse._ - ---Les vrais primitifs, ce sont les talents originaux. Si chaque homme -de talent apporte en lui un modèle particulier, une face nouvelle, -quelle serait la valeur d'une école qui ferait toujours recourir à des -types anciens, puisque ces types eux-mêmes n'étaient que l'expression -de natures individuelles! - ---Et chacun de ces hommes me plaît-il de la même façon? Cette simple -observation ne serait-elle pas la condamnation de l'école qui sans -cesse recourt à des types consacrés? En quoi seraient-ils consacrés -de préférence, puisqu'ils ne sont que l'expression de natures -individuelles comme il en paraît dans tous les temps? - ---Rossini disait à B...: «J'entrevois autre chose que je ne ferai pas. -Si je trouvais un jeune homme de génie, je pourrais le mettre sur une -voie toute nouvelle, et le pauvre Rossini serait éteint tout à fait.» - -* - -15 _mai._--À Champrosay, dans l'allée verte. - -On peut comparer le premier jet de l'écrivain, du peintre, etc., à -ces feux de peloton où deux cents coups de fusil tirés dans l'émotion -du combat atteignent l'ennemi deux ou trois fois; quelquefois deux -ou trois cents coups de feu partent à la fois, et pas un n'atteint -l'ennemi. - ---Vous conviez vos amis à un banquet, et vous leur servez toutes les -rognures de la cuisine. - ---Allée des Fouges. - -Quelquefois des génies pareils se présentent à des époques -différentes. La trempe originelle ne diffère point chez ces talents: -les formes seules des temps où ils vivent établissent une variété. -Rubens, etc. - -Ce n'est point le climat qui a produit un Homère ou un Praxitèle. On -parcourrait vainement la Grèce et ses îles sans y découvrir un poète ou -un sculpteur. En revanche, la nature a fait naître en Flandre, et à une -époque rapprochée de la nôtre, l'Homère de la peinture. - -Il est des époques privilégiées,--il est aussi des climats où l'homme a -moins de besoins, etc.; mais ces influences ne suffisent pas.--Voir mes -notes du 4 février 1857[387]. - -L'influence des mœurs est plus efficace que celle du climat. Sans -doute chez des peuples où la nature est clémente;... mais en l'absence -d'une certaine valeur morale, etc. Il faut qu'un peuple ait le respect -de lui-même pour être difficile en matière de goût et pour tenir en -bride ses orateurs et ses poètes. Les nations chez lesquelles la -politique se traite à coups de poing ou à coups de pistolet n'ont pas -plus de littérature que ceux qui sont épris des combats de gladiateurs. - ---Ne demandez pas à un colonel de cavalerie son opinion sur des -tableaux ou des statues, tout au plus se connaît-il en chevaux! - -* - -16 _mai._--Jenny est allée à Paris. Assis à la place du vieux -marronnier arraché à l'Ermitage. - -Mon cher petit Chopin s'élevait beaucoup contre l'école qui fait -dériver une partie du charme de la musique de la sonorité. Il parlait -en pianiste. - -Voltaire définit le _beau_ ce qui doit charmer l'esprit et les sens. -Un motif musical peut parler à l'imagination sur un instrument qui -n'a qu'une manière de plaire aux sens, mais la réunion de divers -instruments ayant une sonorité différente donnera plus de force à la -sensation. À quoi servirait d'employer tantôt la flûte, tantôt la -trompette? La première s'associera à un rendez-vous de deux amants, la -seconde au triomphe d'un guerrier; ainsi de suite. Dans le piano même, -pourquoi employer tour à tour les sons étouffés ou les sons éclatants, -si ce n'est pour renforcer l'idée exprimée? Il faut blâmer la sonorité -mise à la place de l'idée, et encore faut-il avouer qu'il y a dans -certaines sonorités, indépendamment de l'expression même, un plaisir -pour les sens. - -Il en est de même pour la peinture: un simple trait exprime moins -et plaît moins qu'un dessin qui rend les ombres et les lumières. Ce -dernier exprimera moins qu'un tableau: je suppose toujours le tableau -amené au degré d'harmonie où le dessin et la couleur se réunissent -dans un effet unique. Il faut se rappeler ce peintre ancien qui, ayant -exposé une peinture représentant un guerrier, faisait entendre en même -temps derrière une tapisserie la fanfare d'une trompette. - -Les modernes ont inventé un genre qui réunit tout ce qui doit charmer -l'esprit et les sens. C'est l'opéra. La déclamation chantée a plus de -force que celle qui n'est que parlée. L'ouverture dispose à ce qu'on va -entendre, mais d'une manière vague: le récitatif expose les situations -avec plus de force que ne ferait une simple déclamation, et l'air, qui -est en quelque sorte le point admiratif de chaque scène, complète la -sensation par la réunion de la poésie et de tout ce que la musique peut -y ajouter. Joignez à cela l'illusion des décorations, les mouvements -gracieux de la danse. - -Malheureusement tous les opéras sont ennuyeux, parce qu'ils vous -tiennent trop longtemps dans une situation que j'appellerai abusive. Ce -spectacle, qui tient les sens et l'esprit en échec, fatigue plus vite. -Vous êtes promptement fatigué de la vue d'une galerie de tableaux: que -sera-ce d'un opéra qui réunit dans un même cadre l'effet de tous les -arts ensemble? - ---Je remarque dans cette forêt que non seulement les yeux sont mon -seul moyen pour saisir les objets, mais encore qu'ils sont affectés -agréablement ou désagréablement[388]. - -* - -_Lundi_ 18 _mai._--Repris enfin la peinture après plus de quatre mois -et demi. J'ai débuté par le _Saint Jean et l'Hérodiade_[389] que je -fais pour Robert, de Sèvres. Travaillé avec plaisir la matinée. - -* - -_Mardi_ 19 _mai._--Jour de la mort du pauvre ami Vieillard... - - -[387] Voir t. III, p. 259. - -[388] Cette dernière phrase est biffée dans le manuscrit. - -[389] Il s'agit sans doute du n° 858 du _Catalogue Robaut_, ou d'une -répétition plus sommaire, comme Delacroix en fit souvent pour ses amis. - - * * * * * - -_Mardi_ 2 _juin._--J'ai été à Paris en proie à l'inquiétude de savoir -si M. Bégin me céderait le logement de manière à commencer. - -Ma première inquiétude a été de ne pas le rencontrer, lui et sa femme. -J'ai donc maudit mon cocher d'aller lentement. J'arrive, je trouve la -dame, elle me donne les meilleures nouvelles. Je cours chez Haro plein -de joie. Un autre ennui m'attendait chez lui: les entrepreneurs sont -diaboliques; les uns n'ont aucune solidité; les autres sont indolents -ou trop chers. Ce n'est rien encore: Haro me parle du formidable tracé, -cause des ennuis les plus grands possibles. Il me rassure pourtant en -partie, ou plutôt je crois l'être, parla possibilité d'une indemnité -proportionnée à la durée de mon bail. - -* - -17 _juin, mercredi._--Reçu la lettre de Paul de Musset[390], qui me -parle du terrain qu'il demande pour son frère. Écrit sur-le-champ au -préfet et à Baÿvet. - -* - -25 _juin._--Ce même jour, donné au docteur Rayer 100 francs pour ses -visites précédentes. - -_Du sublime et de la perfection._ Ces deux mots peuvent sembler presque -synonymes. _Sublime_ veut dire tout ce qu'il y a de plus élevé; -_parfait_, ce qu'il y a de plus complet, de plus achevé. - -_Perficere_, achever complètement pour le comble. - -_Sublimis_, ce qu'il y a de plus haut, ce qui touche le ciel. - -* - -_Dimanche_ 28 _juin._--Première visite chez le docteur après l'avoir -payé. Je l'ai trouvé distrait, plus occupé de ses affaires que de ma -fièvre. Il ne se rappelait plus ce qu'il m'avait ordonné. - - -[390] Delacroix eut des relations assez suivies avec _Paul de Musset._ -Lors d'une des candidatures de Delacroix à l'Institut, en 1838, -croyons-nous, Paul de Musset avait fait une démarche personnelle -auprès de Paër pour appuyer le peintre. Enfin nous trouvons dans le -précieux travail de M. Maurice Tourneux: _Eugène Delacroix devant ses -contemporains_, un fragment de lettre, dans lequel Delacroix félicite -Paul de Musset de ses articles: «Mérimée, que vous paraissez admirer -comme je le fais aussi, est simple, mais a un peu l'air de courir après -la simplicité, en haine de l'horrible emphase des hommes du jour. Chez -vous nul effort; toujours le goût le plus fin et rien de trop.» - - * * * * * - -_Mercredi_ 8 _juillet._--Première visite du docteur Laguerre. - -* - -_Vendredi_ 10 _juillet._--Deuxième visite du docteur Laguerre. - -* - -_Samedi_ 11 _juillet._--J'ai été à l'Institut pour la première fois -depuis le mois d'avril. - -* - -_Mardi_ 14 _juillet._--Troisième visite du docteur Laguerre. - -* - -_Lundi_ 20 _juillet._--Quatrième visite du docteur Laguerre. - -* - -_Strasbourg, mardi_ 28 _juillet._--Parti pour Strasbourg[391] à sept -heures. Voyage agréable, beau pays; il faisait étouffant au milieu de -la journée. - -À Nancy, je me suis trouvé seul jusqu'à Strasbourg. Je n'ai plus senti -ni la chaleur ni la poussière. Tout ce trajet a été ravissant. - -Le bon cousin m'attendait à la gare. Enchantés de nous revoir. - - -[391] Dans la Correspondance, il n'y a comme trace de ce voyage à -Strasbourg qu'une lettre datée du 5 août 1857, adressée à M. X..., dans -laquelle il recommande un artiste dont nous avons déjà vu le nom dans -le Journal, le sculpteur _Debay._ - - * * * * * - -_Dimanche_ 2 _août._--Vers sept heures nous avons été à l'Orangerie, -à travers une poussière affreuse; mais j'ai été dédommagé par la vue -du lieu, qui est ravissant. Il n'y a rien comme cela à Paris: aussi y -avait-il très peu de monde! - -Tout ici est différent: ces environs, ces champs et ces prairies -qui touchent aux promenades et se confondent avec elles, ont un air -champêtre et paisible. La population n'a pas cet air évaporé et -impertinent de notre race. C'est dans des contrées connue celle-ci -qu'il faut vivre, quand on est vieux. - -* - -_Nancy, samedi_ 8 _août._--Quitté Strasbourg et le bon cousin. Je perds -la canne qu'il m'avait donnée. - -Je m'embarque mal. Société déplaisante dans le chemin de fer. Cependant -la route se fait vite. - -Arrivé à Nancy à trois heures. Retrouvé Jenny, comme nous en étions -convenus. Je n'ai pas bougé de la soirée. - -* - -_Dimanche_ 9 _août._--Sorti avant déjeuner. Place Stanislas et -cathédrale. - -J'admire l'unité de style de tout ce qui est bâtiment. Une seule chose -y déroge, c'est la statue même de ce bon roi Stanislas, qui a tout -fait ici, et qui par conséquent est l'auteur de cette unité. On l'a -représenté dans un costume qui rappelle les troubadours de l'Empire, -avec des bottes molles et appuyé sur un sabre à la mameluk. On ne peut -rien voir de plus ridicule. - -La cathédrale entièrement de son temps. J'aime beaucoup cette forme -de clocher en poivrière. L'intérieur est un peu froid, malgré cet -accord de style dans toutes les parties: c'est comme tout ce qui sort -de Vanloo: ordonné, habile, de l'unité, mais froid et sans intérêt. -L'auteur ne met point de cœur à ce qu'il fait; il ne va pas au -cœur de celui qui regarde. - -La place Stanislas avec ses fontaines, et l'Hôtel de ville, semblent -l'ouvrage d'un artiste plus doué. - -Après déjeuner, visité cent choses curieuses. Après la statue de -Drouot, un des héros de Nancy, véritable héros dans tous les sens, -mais pitoyablement représenté comme tous les héros de notre temps, -grâce a l'indigence de la sculpture, vu les murailles anciennes de la -ville; très belle et ancienne porte avec deux grosses tours: le passage -tournant comme dans les fortifications modernes. Le côté de la ville -style de la Renaissance: quelle grâce, quelle légèreté! Comme toutes -ces petites figures, comme ces accessoires s'arrangent bien dans les -lignes de l'architecture! Rien n'est charmant et capricieux comme ces -costumes romains à la Henri II. - -Le palais ducal, transition du gothique à la Renaissance. Les objets -curieux, marbres, peintures, etc., sont entassés en attendant les -réparations du premier étage. Il y a un fragment romain qui m'a frappé: -c'est un cavalier avec la cuirasse, le péplum.--Copie à la gouache de -la tapisserie de Charles le Téméraire, que je regrette de ne pouvoir -étudier.--L'escalier très remarquable. Gros pilier soutenant la voûte, -duquel partent les marches très basses, ainsi disposées, nous dit-on, -pour que les ducs puissent monter à cheval dans la grande salle du -premier.--De distance en distance, repos ménagés avec des bancs, le -tout enferré choisies murailles. - -Tout ici parle du roi René II ou de Stanislas. - -Ce sont les dieux lares de Nancy. - -Nous avons été voir ensuite l'église des Cordeliers, dans laquelle est -une chapelle ronde qu'on appelle les tombeaux des ducs de Lorraine, -quoique leurs corps en aient été arrachés et que les sarcophages aient -été détruits et remplacés à la moderne. La prétendue chapelle ronde est -octogone: la voûte seule, qui paraît de l'époque de la construction, -est d'un style bâtard, à la Louis XIV. Le chœur de l'église -est garni de belles boiseries; sur les côtés de la nef, dans des -enfoncements, sont divers tombeaux de princes de la maison de Lorraine; -le plus précieux sans contredit est celui de la femme de René II, -laquelle lui survécut de longues années et s'était mise dans un couvent -à Pont-à-Mousson: les mains et la tête en pierre blanche, la robe et le -voile en granit et en marbre noir. Voilà le triomphe de l'art ou plutôt -du caractère qu'un artiste de talent sait imprimer à un objet: une -vieille de quatre-vingts ans dont la tête est encapuchonnée, maigre à -faire peur; et tout cela représenté de manière qu'on ne l'oublie jamais -et qu'on n'en puisse détacher les regards. - -De là, à la promenade dont j'ai oublié le nom, auprès de la préfecture; -je ne connais rien d'aussi délicieux, si ce n'est l'Orangerie de -Strasbourg, et très différent de caractère. Ce sont de grands -arbres, de la verdure, quelque chose qui n'a rien de l'aridité des -Champs-Élysées à Paris, ni de la symétrie des Tuileries. La préfecture -est le palais qu'habitait Stanislas. - -De là à l'église de Bon-Secours, où est le tombeau de Stanislas. -Charmant ouvrage dans son genre: c'est une grande chambre carrée plutôt -qu'une église. Dans le chœur, à droite, le tombeau de Stanislas que -j'estime plus que n'a fait, suivant la tradition, le propre auteur de -l'ouvrage. Cet auteur est Vassé[392], sculpteur dont parle Diderot, -et qu'il cite souvent, autant que je peux m'en souvenir. Le bavard et -insupportable cicérone sacristain qui me montrait l'église raconte -que le pauvre sculpteur se brûla la cervelle de désespoir de voir son -ouvrage surpassé par le tombeau de la femme de Stanislas qui est en -face. Il y a dans son ouvrage une statue couchée, ou plutôt étendue -et abîmée de douleur, de la Charité, qui est fort belle: la tête est -d'une expression qui semble interdite à la sculpture, tant elle est -énergique; elle presse contre elle un enfant qui suce son sein; tout -cela admirablement rendu, les mains, les pieds de même. Stanislas est -représenté dans une espèce de déshabillé, comme on peut le supposer au -moment de sa mort. Il mourut brûlé par accident dans sa chambre. - -Le tombeau qui est en face présente des figures, d'enfants surtout, -d'un travail plus fini et plus précieux; mais en somme je préfère celui -du pauvre Vassé. J'inclinerais à penser qu'il est d'un Italien[393]. - -J'ai été ramené par le cicérone, qui montait sur le siège de mon -fiacre, par le lieu où s'élève la croix de Lorraine, à l'endroit où fut -tué Charles le Téméraire, dans vin lieu qui était autrefois l'étang de -Saint-Jean. Ce détour m'a pris un temps que j'eusse préféré passer au -Musée. - ---Au Musée, où mon tableau[394] est placé trop haut et privé de -lumière. Toutefois il ne m'a pas déplu. - -Beaux Ruysdaël. Grand tableau hétéroclite dans le style de Jordaëns, -et non sans une verve sauvage, de la _Transfiguration_, tableau en -large où l'on a reproduit et par conséquent délayé, à cause de cette -disposition en largeur, les principaux groupes de Raphaël. - -Deux tableaux, esquisses probablement de Rubens, qui m'ont frappé plus -que tout, non qu'ils présentent dans toutes leurs parties la franchise -de la main de Rubens, mais il y a ce je ne sais quoi qui n'est qu'à -lui. La mer, d'un bleu noir et tourmenté, est d'une vérité idéale. Dans -le _Jonas jeté hors de la barque_, le monstre du devant semble remuer -et battre l'eau de la queue. On le distingue à peine dans l'ombre du -devant, au milieu de l'écume et des vagues noires et pointues. Dans -l'autre, le _saint Pierre_ a une pose froide; mais l'admirable de cet -homme, c'est que cela ne diminue point l'impression. Je sens devant -ces tableaux ce mouvement intérieur, ce frisson que donne une musique -puissante. O véritable génie, né pour son art! toujours le suc, la -moelle du sujet; avec une exécution qui semble n'avoir rien coûté! -Après cela, on ne peut plus parler de rien, ni s'intéresser à rien. -Près de ces tableaux qui ne sont que des esquisses heurtées, pleines -d'une rudesse de touche qui déroute dans Rubens, on ne peut plus rien -voir. - -Je dois mentionner cependant la grande salle qui précède le Musée, -peinte à fresque par le peintre de Stanislas. On ne peut parler des -figures après celles de Rubens; mais l'ensemble de l'architecture, -peinte également à fresque, forme un ensemble qu'on ne peut plus -produire de nos jours. - -En somme, Nancy est une grande et belle ville, mais triste et monotone: -la largeur des rues et leur alignement me désolent; je vois le but -de ma promenade à une lieue devant moi en droite ligne. Il n'y a que -le _West-End_ à Londres qui soit plus ennuyeux, parce que toutes les -maisons s'y ressemblent, et que les rues y sont plus larges encore et -plus interminables. Strasbourg me plaît cent fois davantage avec ses -rues étroites, mais propres; on y respire la famille, l'ordre, une vie -paisible, sans ennui. - -* - -_Plombières, lundi_ 10 _août._--Parti de Nancy a cinq heures du matin. -Éveillé à quatre heures; je crois avoir le temps, et l'omnibus vient -nous chercher, que je n'avais rien apprêté. Je me culbute et je -m'installe avec Jenny dans le chemin de fer. - -Voyage charmant jusqu'à Épinal. Toutes les fois que je vois un vrai -matin, je m'épanouis. Je crois en jouir pour la première fois, et je me -désespère de n'en pas jouir plus souvent. - -Arrivé à Plombières vers onze heures. Trouvé le bon docteur Laguerre, -qui me mène chez M. Sibille et me fait prendre mon premier bain. - -* - -21 _août._--Je me suis levé matin. J'ai fait un croquis dans une -condition ravissante à la promenade des Dames, au bord d'un charmant -ruisseau; la rosée couvrant la pente, le soleil à travers les branches. -Monté ensuite très haut à gauche: vues admirables de matin. J'y ai fait -deux croquis. - -Revenu un peu fatigué, mais en somme me portant bien. - -* - -22 _août._--Le soir, renouvelé la promenade de la route de Luxeuil. -J'ai été presque jusqu'où j'avais été la première fois. Bois -ravissants; idées charmantes: j'en ai fait deux souvenirs. - -* - -23 _août._--Le matin, monté par la colline qui va à la petite Vierge. -Vu là, tout en haut, une petite contrée toute simple et toute -charmante. Souvenirs de Touraine et de Croze. Matinée délicieuse. - -Descendu au bain par une pente raide qui m'a abrégé le chemin, et -repris par la petite rue derrière les moulins. Remonté après déjeuner -à la promenade des Dames; un bon monsieur ressemblant à Vieillard et -à peu près de son âge, qui a lié conversation avec amabilité et à la -française, comme autrefois. - -Cavelier[395] ensuite, que j'ai rencontré. - -* - -25 _août._--Le matin, route de Luxeuil. Temps couvert et froid: je -n'ai trouvé de loisir qu'arrivé au commencement des bois. Ravin, -arbre renversé, pentes charmantes avec rochers entremêlés à la -verdure.--Souhaité d'habiter des pays de montagnes.--Odeur délicieuse -comme l'héliotrope. - -* - -28 _août._--J'ai pris en goût depuis quelques jours la promenade de -l'Empereur pour le soir, et même pour le matin. - -La lune, dont le quartier se lève sur les monts boisés, m'attendrit et -me retient là jusqu'à ce que le froid me chasse. - -* - -29 _août._--Fait mes adieux à l'église de Plombières... J'aime -beaucoup les églises. J'aime à y rester presque seul, à m'asseoir sur -un banc, et je reste là dans une bonne rêverie... On veut en faire -une neuve dans ce pays-ci. Si je reviens à Plombières, quand elle -sera construite, je n'y entrerai pas souvent; c'est l'ancienneté qui -les rend vénérables... Il semble qu'elles sont tapissées de tous les -vœux que les cœurs souffrants y ont exhalés vers le ciel. Qui -peut les remplacer, ces inscriptions, ces ex-voto, ce pavé formé de -pierres tumulaires effacées, ces autels, ces degrés usés par les pas -et les genoux des générations, qui ont souffert là et sur lesquelles -l'antique Église a murmuré les dernières prières? Bref, je préfère -_la plus petite église de village_[396], comme le temps l'a faite, à -Saint-Ouen de Rouen restauré, ce Saint-Ouen si majestueux, si sombre, -si sublime dans son obscurité d'autrefois, qui est aujourd'hui tout -brillant de ses grattages, de ses vitraux neufs, etc. - -Je me suis enrhumé aujourd'hui en prenant ma dernière douche. - -Le soir, dernière promenade sur la route de Saint-Loup. Je ne peux -m'arracher à ces beautés. De tous côtés, les faucheurs et les -faneuses, et les voitures de loin entassées et traînées par les bons -bœufs. - -Le matin, à la promenade de l'Empereur, jusqu'au bois. En chemin, scène -de faucheurs et de faneuses: effet charmant et rustique... les éclairs -de la _faux_[397], etc. - -* - -30 _août._--Renoncé à mon dernier bain, à cause de mon rhume. J'ai -essayé de m'acheminer par la promenade de l'Empereur: comme il était -déjà plus tard, le soleil m'a chassé. - -* - -31 _août._--Parti de Plombières à sept heures du matin. Route avec -quatre religieuses: l'une d'elles dune charmante figure.--Souffrant -toute la route jusqu'à Épinal. - -Arrivé vers dix heures vers l'église sombre et d'un gothique assez -primitif: très restaurée. - -Chaleur affreuse pour gagner le chemin de fer. Réflexions sur la -foule qui se pressait à la gare de cette petite ville. Ce chemin -n'est qu'ébauché: les cloisons ne sont pas posées, et déjà des -myriades d'allants et venants s'y pressent... Il y a vingt ans, il -y avait probablement à peine une voiture par jour, pouvant convoyer -dix ou douze personnes partant de cette petite ville pour affaires -indispensables. Aujourd'hui, plusieurs fois par jour, il y a des -convois de cinq cents et de mille émigrants dans tous les sens. -Les premières places sont occupées par des gens en blouse et qui ne -semblent pas avoir de quoi dîner. Singulière révolution et singulière -égalité! Quel plus singulier avenir pour la civilisation! Au reste, ce -mot change de signification. Cette fièvre du mouvement dans des classes -que des occupations matérielles sembleraient devoir retenir attachées -au lieu où elles trouvent à vivre, est un signe de révolte contre des -lois éternelles. - -À Nancy, vers une heure. Nous restons à la gare jusqu'à trois heures et -demie. Nous retrouvons dans le wagon deux de nos religieuses du matin; -l'une, qui est supérieure de sa communauté, est une femme distinguée; -elle cause avec beaucoup d'amabilité et sans nuance de bigoterie. - -Pluie, orage avant Bar-le-Duc. Je passe avec plaisir devant le berceau -de mon père; en somme, voyage agréable. - -Il y avait dans le wagon un gros Anglais, type de Falstaff, avec deux -abominables filles, qui ont représenté presque jusqu'au bout le rôle de -Loth et ses filles. - -Arrivés à onze heures et demie. Retard de plus d'une heure. - - -[392] _Louis-Claude Vassé_ (1716-1772), sculpteur, élève de Puget et de -Bouchardon. - -[393] Ce tombeau est attribué à _Lambert-Sigisbert Adam_ (1700-1759). - -[394] Ce tableau est la _Bataille de Nancy_, qui figura au Salon de -1834, et fut donné par l'État au Musée de Nancy. Il figura aussi à -l'Exposition de l'École des Beaux-Arts en 1885. (Voir _Catalogue -Robaut_, n° 355.) - -[395] _Pierre-Jules Cavelier_ (1814-1894), sculpteur, élève de David -d'Angers, membre de l'Académie des Beaux-Arts depuis 1865. - -[396] Nous ne pouvons nous empêcher de rapprocher de ce passage un -fragment du _Curé de village_ de Balzac, de ce Balzac que Delacroix -parait n'avoir jamais compris, bien qu'il se montrât assez préoccupé de -ses œuvres pour en extraire d'importants fragments dans son Journal. -L'analogie de sentiment est complète; c'est la description de la -petite église habitée par le _curé Bonnet_: «Malgré tant de pauvreté, -cette église ne manquait pas des douces harmonies qui plaisent aux -belles âmes et que les couleurs mettent si bien en relief... À -l'aspect de cette chétive maison de Dieu, si le premier sentiment -était la surprise, il était suivi d'une admiration mêlée de pitié. -N'exprimait-elle pas la misère du pays? Ne s'accordait-elle pas avec -la simplicité naïve du presbytère? Elle était d'ailleurs propre et -très bien tenue. On y respirait comme un parfum de vertus champêtres, -rien n'y trahissait l'abandon. Quoique rustique et simple, elle était -habitée par la prière, _elle avait une âme: on la sentait, sans -s'expliquer comment!_» - -[397] Ici le manuscrit contient un petit croquis de la main de -Delacroix. - - * * * * * - -_Paris_, 3 _septembre._--Visite du docteur Laguerre pour moi. - -Visite du docteur Laguerre pour Jenny. - -J'écris au bon cousin: - -«Malgré la vie solitaire que je mène ici, autant que cela est possible -à Paris, je regretterai souvent notre tranquillité véritable de -Strasbourg et combien elle était salutaire en particulier pour ma santé -délabrée et pour mon esprit inquiet et fatigué. Dans votre paisible -ville, tout me semblait respirer le calme: ici je ne trouve sur tous -les visages qu'une fièvre ardente; les lieux même semblent livrés à -une vicissitude perpétuelle. Ce monde nouveau, bon ou mauvais, qui -cherche à se faire jour à travers nos ruines, est comme un volcan sous -nos pieds et ne permet de reprendre haleine qu'à ceux qui, comme moi, -commencent à se regarder comme étrangers à ce qui se passe, et pour qui -l'espérance se borne à un bon emploi de la journée présente. Je ne suis -encore sorti qu'une fois dans les rues de Paris: j'ai été épouvanté de -toutes ces figures d'intrigants et de prostituées.» - -* - -4 _septembre._--Écrire à M. Voignée d'Arnault, à Sainte-Menehould; - ---À Thiers, pour son livre. - ---Voir M. Lefebvre, jeune peintre, rue du Regard[398]. - ---Chabrier. - ---Chapelle de Riesener. - ---Répondre à Bornot. - -Le matin, aujourd'hui, à l'appartement, et fatigue extrême. Je me suis -trouvé mourant de faim au café des Marcs, qui m'a rappelé ma jeunesse -et une jeunesse bien éloignée. - ---Au milieu de la journée, Berryer est venu me voir. J'ai été bien -heureux de sa visite et confus de ne pas avoir répondu à la bonne -lettre de lui que j'avais trouvée ici. - -Il me dit, en confirmation de ce que je lui disais de mon régime, qu'il -était convaincu que, lorsqu'un organe était affaibli ou souffrant chez -un sujet d'un âge déjà avancé, c'était quelquefois le meilleur moyen de -le guérir que de s'occuper de la santé de tout le reste, et dans mon -cas, et d'après la doctrine du docteur Laguerre à mon égard, donner de -la force au sang, c'est en donner à la gorge et à la poitrine. - -Dans ma promenade dans les rues du faubourg Saint-Germain, j'ai été -frappé de leur contraste avec celles de mon quartier d'aujourd'hui, -qui, j'espère, ne le sera plus dans quelques mois... - -J'ai rencontré le bon Gaubert[399], vieilli et souffrant. - -Bornot m'écrit pour m'engager à aller à Valmont. - -* - -_Dimanche_ 13 _septembre._--J'ai été voir Guillemardet vers onze -heures, et suis resté jusque deux heures et demie. - -J'ai été ensuite au Musée. Deux ou trois jours auparavant j'y -avais fait une séance. Je prise beaucoup la salle de l'École -française moderne. Elle paraît bien supérieure à ce qui l'a précédée -immédiatement. Tout ce qui a suivi Lebrun et surtout le dix-huitième -siècle tout entier n'est que banalité et pratique. Chez nos modernes, -la profondeur de l'intention et la sincérité éclatent jusque dans -leurs fautes. Malheureusement, les procédés matériels ne sont pas -à la hauteur de ceux des devanciers. Tous ces tableaux périront -prochainement. - -* - -15 _septembre._--Je vais à pied voir Périn[400] vers trois heures, et -je reviens de même sans trop de fatigue. J'ai été bien heureux de le -revoir. Il était venu souvent en mon absence. Je l'aime beaucoup, et je -crois qu'il éprouve pour moi le même sentiment. Cela est rare à notre -âge. Le bon Guillemardet de même. - -* - -28 _septembre._--Je voudrais que ma voix eût la force qui lui manque. - -* - -30 _septembre._--Première visite du docteur Laguerre. - - -[398] Sans doute _Jules Lefebvre_, né en 1884, membre de l'Académie des -Beaux-Arts depuis 1891. - -[399] Le docteur _Léon Gaubert_ (1805-1866), médecin du ministère de -l'intérieur, et auteur de travaux intéressants sur l'hygiène. - -[400] _Alphonse Périn_ (1798-1875), peintre, élève de Guérin, qui fit -surtout de la peinture religieuse. C'est dans l'atelier de leur maître -commun que s'était nouée cette amitié solide dont parle Delacroix. - - * * * * * - -3 _octobre._--Pour peindre en détrempe une toile à l'huile, et par -conséquent pour retoucher un tableau à l'huile, mêler à la détrempe -de la bière, qu'on rend plus forte en la faisant recuire. Le vernis -Sœhnée bien pour vernir la détrempe, pour fixer la détrempe, pour -repeindre ensuite à l'huile ayant le ton _frais en dessous._ Peindre -en détrempe avec de la colle coupée: six parties d'eau, une partie -de colle. _Passer_ ensuite de l'amidon bien _passé_ et bien _battu. -Passer_ lestement avec une brosse large. - -* - -4 _octobre._--Revoir l'_Adam et Ève_[401] ébauché par Andrieu d'après -celui de la bibliothèque de la Chambre.--Revoir le _Château de -Saint-Chartin_, vu par derrière.--Revoir la _Marguerite en prison_[402] -avec Faust et Méphistophélès, puis l'_Aspasie_[403] jusqu'à la ceinture -grande comme nature; voir un bon croquis dans un album du temps. - -* - -6 _octobre._--De Paris, à neuf heures et demie, à Fontainebleau; trouvé -Viardot. A l'hôtel du _Cadran bleu_, pris une voiture pour Augerville. -Cheminé à distance avec deux personnes qui y allaient aussi, dont M. -Legrand, ami de Berryer. Enchanté de l'embrasser. - -Ma journée m'a fatigué. - -* - -_Augerville, vendredi_ 16 _octobre._--Supériorité de la musique: -absence de raisonnement (non de logique). Je pensais tout cela en -entendant le morceau bien simple d'orgue et de basse que nous jouait -Batta ce soir, après lavoir joué avant le dîner. Enchantement que me -cause cet art; il semble que la partie _intellectuelle_ [404] n'ait -point part à ce plaisir. C'est ce qui fait classer l'art de la musique -à un rang inférieur par les pédants. - -Dans la journée, fatigué à suivre Berryer à son arpentage pour son -chemin extérieur. M. de Brézé venu le soir. - -«Les phraseurs, me disait Berryer d'après je ne sais qui, commencent -à Massillon.» Je suis de son avis. Quelle tenue en toutes choses -devaient avoir ces gens, capables de développer si longuement et avec -ce soin et ce respect de l'objet qu'on traite ou de la personne à qui -on s'adresse, et cela avec l'absence de prétention et de l'effet qui a -toujours été en grandissant depuis! - -* - -19 _octobre._--Parti d'Augerville à une heure et demie. On est venu -me prendre de Fontainebleau. Mme de Lagrange partie une demi-heure -auparavant. - -Arbres cassés dans la forêt par un ouragan qui en a déraciné d'énormes. -Feuillage mort contrastant. Cassure blanche. - -Arrivé vers quatre heures. Fait un tour dans le parc par un temps gris -et pluvieux.--Les carpes[405].--Dîné vers cinq heures; parti à sept -heures moins un quart. - -[401] Voir _Catalogue Robaut_, n° 853 et n° 902. - -[402] Voir _Catalogue Robaut_, n° 251. - -[403] Voir _Catalogue Robaut_, n° 47 et supplément. - -[404] Sur l'élément _intellectuel_ des arts, voir le beau développement -du début de l'année 1854, à propos des _spécialistes_ auxquels, dit-il, -«la partie intellectuelle de l'art manque complètement». (Voir t. II, p -321.) - -[405] Les fameuses carpes de l'étang de la Cour des Fontaines, situé -entre le Jardin Anglais et l'avenue de Maintenon. - - * * * * * - -_Paris_, 4 _novembre._--Je remarquais un de ces matins, étant au -soleil dans ma galerie, l'effet prismatique de la multitude de petits -poils du drap de ma veste grise. Toutes les couleurs de l'arc-en-ciel -y brillaient comme dans le cristal ou le diamant. Chacun de ces -poils étant poli réfléchissait les plus vives couleurs, lesquelles -changeaient à chaque mouvement que je faisais; nous n'apercevons pas -cet effet en l'absence du soleil, mais...[406]. - -* - -8 _novembre._--Donné à Haro le petit Watteau qui me vient de -Barroilhet[407], pour le restaurer. - -Lui demander les arbres de Valmont, sur carton. - -* - -9 _novembre._--Je reçois ce matin une lettre de mon bon Lamey. Chose -singulière: depuis mon réveil, je pensais à lui continuellement; -au plaisir que j'aurais à recevoir de ses nouvelles, et surtout à -l'habitude que nous devrions prendre de nous écrire: c'est justement -ce qu'il me demande dans sa lettre. - -J'écris ceci pour l'idée que m'a suggérée le commencement de cette -lettre. _Si va les bene est, ego valeo ..._ Je me suis mis à réfléchir -sur ce mot _valere_, qui signifie en français _se bien porter_, -expression ou plutôt locution qui peint en plusieurs mots une des -situations de l'homme qui est en santé, peut-être à la vérité la -principale et qui est le plus sûr indice de la force, celle de se -trouver sur ses jambes, car l'homme malade est ordinairement couché. -Il n'y a pas en français un mot unique qui exprime être en santé, -et, chose bizarre, le mot latin qui l'exprime a passé toutefois dans -notre langue: c'est le mot _valoir._ Les Anglais disent d'un homme: -_Il vaut tant_; c'est comme s'ils disaient: La santé de la bourse est -bonne ou mauvaise. Nous disons: Cette maison vaut cent mille francs, -c'est-à-dire elle a la valeur, la force, la durée probable, en un mot -la santé dune maison de cent mille francs. _Valeur_ vient de _valoir_ -et par conséquent de VALERE. Il faut en conclure que, dans l'idée de -tout le monde, la première condition pour être valeureux est de se bien -porter. On a de la valeur, on vaut beaucoup: la santé du corps ajoute à -celle de l'âme et souvent n'est pas autre chose. - -La valeur, le courage dans un corps affaibli est une chose rare; encore -dans l'homme qui en est capable, faut-il remarquer combien il sera plus -en possession de cette valeur même, s'il se trouve relativement dans un -meilleur état de santé! - ---_Du mot_ DISTRACTION.--Il y a longtemps que j'avais fait des -réflexions analogues sur le mot _Distraction_, pour exprimer des -plaisirs, des passe-temps. Il vient de _distrahere_, détacher de, -arracher de. Le vulgaire, quand il dit qu'il se donne des distractions, -ne se dit pas que cette expression est toute négative; elle exprime -la première opération à faire pour aller à une jouissance quelconque: -c'est de se tirer d'abord de l'état d'ennui ou de souffrance dans -lequel on se trouve. Ainsi, _je vais me distraire_ signifie: Je vais -ôter de ma pensée le souvenir du mal présent; je vais oublier, si je -puis, mon chagrin, quitte à trouver ensuite du plaisir par-dessus le -marché. Tous les hommes ont besoin d'être distraits et veulent l'être -continuellement. Il n'y a peut-être que le musulman stupide (il nous -paraît tel à nous autres) qui semble se suffire à lui-même, accroupi -pendant des journées sur un tapis, en tête-à-tête avec sa pipe; encore -est-ce là une sorte de distraction. C'est une occupation fainéante qui -remplit les heures d'une façon machinale. - -Quant à nos distractions, ce sont celles que donnent des lectures, des -spectacles, les cartes, la promenade: il y en a qui s'amusent, d'autres -qui restent des heures interminables avec les occupations que donnent -les travaux de l'esprit; mais, encore un coup, ce sont des personnes -qui charment les heures de la prison par les imaginations d'un état -qui les met hors de l'état présent, c'est-à-dire qui les arrache à -la contemplation de soi-même. Ne peut-il donc arriver que, sans le -secours de ces passe-temps plus ou moins frivoles, on vive en compagnie -de soi-même, sans appeler à son secours, ou la société d'un autre -être, notre pareil, et aussi ennuyé que nous, ou les spectacles que -donnent à notre esprit les inventions d'autres hommes comme nous, qui -ont eux-mêmes cherché dans l'enfantement de ces ouvrages, qui charment -maintenant nos heures, une ressource contre les difficultés de vivre -avec eux-mêmes? - -Pythagore compare le spectacle du monde à celui des jeux Olympiques: -les uns y tiennent boutique et ne songent qu'au profit; les autres -payent de leur personne et cherchent la gloire; d'autres enfin se -contentent de voir les jeux. - -* - -11 _novembre._--Dans la journée chez Viardot, que je n'ai pas trouvé. -Ensuite chez Mme de Lagrange. Je conviens de revenir dîner avec elle, -Berryer et Musset. Mme Las Marismas s'y trouve: façon d'Anglaise qui ne -manque pas de charme. - -B... se plaignant à Nice des moustiques, et M. de Landi, le père, lui -disant obligeamment: «Nous en avons douze espèces comme cela.» - -* - -_Vendredi_ 13 _novembre._--Il est difficile de dire quelles couleurs -employaient les Titien et les Rubens pour faire ces tons de chair si -brillants et restés tels, et en particulier ces demi-teintes dans -lesquelles la transparence du sang sous la peau se fait sentir malgré -le gris que toute demi-teinte comporte. Je suis convaincu pour ma part -qu'ils ont mêlé, pour les produire, les couleurs les plus brillantes. -La tradition était interrompue à David, lequel, ainsi que son école, a -amené d'autres errements. - -Il est passé en principe, pour ainsi dire, que la sobriété était un -des éléments du beau. Je m'explique: après le dévergondage du dessin -et les éclats intempestifs de couleurs qui ont amené les écoles de -décadence à outrager en tous sens la vérité et le goût, il a fallu -revenir à la simplicité dans toutes les parties de l'art. Le dessin -a été retrempé à la source de l'antique: de là une carrière toute -nouvelle ouverte à un sentiment noble et vrai. La couleur a participé -à la réforme; mais cette réforme a été indiscrète, en ce sens qu'on a -cru qu'elle resterait toujours de la couleur atténuée et ramenée à ce -qu'on croyait, à mie simplicité qui n'est pas dans la nature. On trouve -chez David (dans les _Sabines_, par exemple, qui sont le prototype de -sa réforme) une couleur qui est relativement juste; seulement les tons -que Rubens produit avec des couleurs franches et virtuelles telles que -des _verts_ vifs, des _outremers_, etc., David et son école croient -les retrouver avec le _noir_ et le _blanc_ pour faire du _bleu_, le -_noir_ et le _jaune_ pour faire du _vert_, de l'_ocre rouge_ et du -_noir_ pour faire du _violet_, ainsi de suite. Encore emploie-t-il des -couleurs terreuses, des _terres d'ombre_ ou de _Cassel_, des _ocres_, -etc.--Chacun de ces verts, de ces bleus relatifs, joue son rôle dans -cette gamine atténuée, surtout quand le tableau se trouve placé dans -une lumière vive qui, en pénétrant leurs molécules, leur donne tout -l'éclat dont elles sont susceptibles; mais si le tableau est placé dans -l'ombre ou en fuyant sous le jour, la terre redevient terre et les -tons ne jouent plus, pour ainsi dire. Si surtout on le place à côté -d'un tableau coloré comme ceux des Titien et des Rubens, il paraît ce -qu'il est effectivement: terreux, morne et sans vie. _Tu es terre et tu -redeviens terre._ - -Van Dyck emploie des couleurs plus terreuses que Rubens, l'_ocre_, le -_brun rouge_, le _noir_, etc. - -* - -_Vendredi_ 20 _novembre._--Je compare ces écrivains qui ont des idées, -mais qui ne savent pas les ordonner, à ces généraux barbares qui -menaient au combat des nuées de Perses ou de Huns combattant au hasard, -sans ordre, sans unité d'efforts, et par conséquent sans résultat. Les -mauvais écrivains se trouvent aussi bien parmi ceux qui ont des idées -que chez ceux qui en sont dépourvus. C'est le sentiment de l'unité et -le pouvoir de la réaliser dans son ouvrage qui font le grand écrivain -et le grand artiste. - - -[406] La suite manque dans le manuscrit. - -[407] _Paul Barroilhet_ (1805-1871). Le célèbre baryton de l'Opéra -était grand amateur de peinture et avait eu de nombreux tableaux de -Delacroix. (Voir le _Catalogue Robaut._) - - - * * * * * - -_Samedi_ 5 _décembre._--À l'Institut, Gatteaux[408] fait une sortie -sur la couleur. Le ministre[409] y était. - -* - -9 _décembre._--J'ai toujours fait trop d'honneur à tous les gens que -j'ai vus pour la première fois: je les crois toujours supérieurs. - -* - -_Dimanche_ 20 _décembre._--Je reste chez moi, je ne fais point ma -barbe; tantôt, un petit rhume commençant me donne le prétexte de ne pas -bouger. Depuis le commencement de ce mois je me suis remis à travailler. - -L'atelier est entièrement vide. Qui le croirait? Ce lieu, qui m'a -vu entouré de peintures de toutes sortes et de plusieurs qui me -réjouissaient par leur variété et qui chacune éveillaient un souvenir -ou une émotion, me plaît encore dans la solitude. Il semble qu'il soit -doublé. J'ai là dedans une dizaine de petits tableaux que je prends -plaisir à finir. Sitôt que je suis levé, je monte à la hâte, prenant -à peine le temps de me peigner: j'y demeure jusqu'à la nuit, sans -un seul moment de vide ou de regret pour les distractions que les -visites, ou ce qu'on appelle les plaisirs, peuvent donner. Mon ambition -est renfermée dans ces murs. Je jouis des derniers instants qui me -restent pour me voir encore dans ce lieu qui m'a vu tant d'années, et -dans lequel s'est passée en grande partie la dernière période de mon -arrière-jeunesse. Je parle ainsi de moi, parce que, quoique dans un -âge avancé de la vie, mon imagination et un certain je ne sais quoi me -font sentir des mouvements, des élans, des aspirations qui se sentent -encore des belles années. Une ambition effrénée n'a pas asservi mes -facultés au vain désir d'être admiré par les envieux dans quelque poste -en vue, vain hochet des dernières années, sot emploi pour l'esprit -et pour le cœur de ces moments où l'homme au déclin de la vie -devrait plutôt se recueillir dans ses souvenirs ou dans de salutaires -occupations de l'esprit, pour se consoler de ce qui lui échappe, et -remplir ses dernières heures autrement que dans les affaires rebutantes -dans lesquelles les ambitieux consument de longues journées pour être -vus quelques instants ou plutôt pour se voir sous le soleil de la -faveur. Je ne puis quitter sans une vive émotion ces humbles lieux, où -j'ai été tantôt triste et tantôt joyeux pendant tant d'années. - -* - -_Mercredi_ 23 _décembre._--Jour de réunion générale de l'Institut pour -la nomination d'un sous-bibliothécaire. La vue de toutes ces figures -m'a amusé. Berryer y était, que je n'avais pas vu et qui est venu à -moi. Nous avons été en sortant voir mon logement. Il me ramène jusque -chez lui, tout en me contant les circonstances du procès de Jeufosse, -dans lequel il vient d'avoir un éclatant succès[410]. - -Jour de sainte Victoire[411]. Je l'ai laissé passer sans m'en -apercevoir, car j'écris ceci le lendemain... Que d'années écoulées, que -de chers objets disparus depuis que nous fêtions ce cher anniversaire! - -* - -_Jeudi_ 24 _décembre._--Travaillé comme à l'ordinaire toute la journée -pendant qu'on me déménage. J'apprends ce soir la mort du pauvre -Devéria[412], mort aujourd'hui même, et qu'on enterre demain. - -* - -_Lundi_ 28 _décembre._--Déménagé brusquement aujourd'hui[413]. -Travaillé le matin aux _Chevaux qui se battent_. - -Mon logement est décidément charmant. J'ai eu un peu de mélancolie -après dîner, de me trouver transplanté. Je me suis peu à peu réconcilié -et me suis couché enchanté. - -Réveillé le lendemain en voyant le soleil le plus gracieux sur les -maisons qui sont en face de ma fenêtre. La vue de mon petit jardin -et l'aspect riant de mon atelier me causent toujours un sentiment de -plaisir. - -* - -_Mardi_ 29 _décembre._--J'ai été jusqu'au Luxembourg[414] pour -m'aguerrir, par le plus beau temps du monde. - -Le soir, M. Hartmann[415], qui venait me demander ma copie du portrait -d'homme de Raphaël. Nous avons parlé tout le temps de théologie. Il est -un fervent protestant. Haro survenu. Bref, je me suis couché ennuyé et -fatigué. - - -[408] _Jacques-Édouard Gatteaux_ (1788-1881), statuaire et graveur en -médailles, membre de l'Institut depuis 1845. - -[409] M. _Rouland._ - -[410] Cette cause célèbre, qui eut un grand retentissement, fut jugée -le 14 décembre 1857, et fournit à Berryer l'occasion d'un de ses plus -beaux succès oratoires. - -[411] C'était le jour de la fête de la mère Delacroix, _Victoire Œben_, -et cet anniversaire évoquait en lui de touchants souvenirs de jeunesse. - -[412] _Achille Devéria_ (1800-1857). - -[413] Delacroix quittait son appartement de la rue Notre-Dame de -Lorette pour s'installer dans l'atelier de la rue Furstenberg, où il -devait mourir quelques années plus tard. - -[414] A partir de ce moment, Delacroix ira souvent se reposer et -rêver sous les ombrages du Luxembourg, à l'endroit même où se dresse -actuellement le monument élevé à sa mémoire. - -[415] M. _Hartmann_, amateur distingué dont la galerie contenait un -grand nombre de toiles du maître. - - - - -1858 - - -22 _janvier._--Soirée chez Hittorff pour la lecture de Berlioz. - - * * * * * - -2 _février._--Première visite du docteur Laguerre pour la maladie de -Jenny. Elle est arrêtée depuis avant-hier. - -* - -3 _février._--Deuxième visite du docteur. - -* - -4 _février._--Troisième visite du docteur. Riesener venu à quatre -heures pour le jardin. - -* - -5 _février._--Visite du docteur.--An conseil la matinée; ensuite chez -Alaux[416] et chez Halévy. Je n'ai pas trouvé ce dernier. - -Je vois au conseil une machine destinée à transporter à une vingtaine -de mètres plus loin la colonne de la place du Châtelet. On vient de -planter à la place de la Bourse des marronniers énormes. Bientôt on -transportera des maisons; qui sait? peut-être des villes. - -* - -15 _février._--Le bon Duverger venu me voir pour le placement du -médaillon de Nourrit[417] à Versailles. Excellent homme et policé dans -ses explications. Il veut avoir une vieillesse vigoureuse et fait des -actes de jeune homme pour se tenir en haleine, comme de grimper sur les -omnibus quand la voiture est lancée, et autres exercices. - -* - -16 _février._--Séance du comité à trois heures à l'Hôtel de ville. Je -vois Flourens[418]. Le préfet[419] nous a dit des choses intéressantes -sur l'invasion des prêtres dans l'instruction publique. Ils accaparent -tout. - -J'ai eu très froid en revenant avec Didot. - -* - -17 _février._--Vers quatre heures, comme j'allais sortir, mon cher -Rivet est venu me voir. Il m'a montré de la sensibilité au souvenir de -notre ancienne amitié et m'a promis de venir quelquefois prendre du thé -avec moi et causer. - -* - -18 _février._--Chabrier et sa femme venus vers trois heures. - -* - -23 _février._--Les anciens sont parfaits dans leur sculpture. -Raphaël[420] ne l'est pas dans son art. Je fais cette réflexion à -propos du petit tableau d'_Apollon et Marsyas_[421]. Voilà un ouvrage -admirable et dont les regards ne peuvent se détacher. C'est un -chef-d'œuvre sans doute, mais le chef-d'œuvre d'un art qui n'est -pas arrivé à sa perfection. On y trouve la perfection d'un talent -particulier avec l'ignorance, résultat du moment où il a été produit. -L'Apollon est collé au fond. Ce fond avec ses petites fabriques est -puéril: la naïveté de limitation l'excuse, et le peu de connaissance -qu'on avait alors de la perspective aérienne. L'Apollon a les jambes -grêles: elles sont d'un modelé faible, les pieds ont l'air de petites -planches emmanchées au bout des jambes: le cou et les clavicules sont -manques, ou plutôt ne sont pas sentis. Il en est à peu près de même du -bras gauche qui tient un bâton; je le répète: le sentiment individuel, -le charme particulier au talent le plus rare, forment l'attrait de ce -tableau. Rien de semblable dans des petits plâtres qui se trouvaient -à côté chez le possesseur du tableau, et qui sont moulés probablement -sur des bronzes antiques. Il s'y trouve des parties négligées ou plutôt -moins achevées que les autres; mais le sentiment, qui anime le tout, ne -va pas sans une connaissance complète de l'art. Raphaël est boiteux et -gracieux. - -L'antique est plein de la grâce sans afféterie de la nature; rien ne -choque; on ne regrette rien; il ne manque rien, et il n'y a rien de -trop. Il n'y a aucun exemple chez les modernes d'un art pareil. - -* - -24 _février._--Chez Raphaël nous voyons un art qui se débat dans ses -langes: les parties sublimes font passer sur les parties ignorantes, -sur les naïvetés enfantines qui ne sont que des promesses d'un art plus -complet. - -Dans Rubens il y a une exubérance, une connaissance des moyens de l'art -et surtout une facilité à les appliquer, qui entraîne la main savante -de l'artiste dans des effets outrés, dans des moyens de convention -employés pour frapper davantage. - -Dans Puget[422], des parties merveilleuses qui dépassent, en vérité -et en énergie, les anciens et Rubens, mais point d'ensemble: des -défaillances à chaque pas, des parties défectueuses assemblées à -grand'peine; l'ignoble, le commun à chaque pas. - -L'antique est toujours égal, serein, complet dans ses détails, et -l'ensemble irréprochable en quelque sorte. Il semble que les ouvrages -soient ceux d'un seul artiste: les nuances de style diffèrent à des -époques diverses, mais n'enlèvent pas à un seul morceau antique cette -valeur singulière qu'ils doivent tous à cette unité de doctrine, à -cette tradition de force contenue et de simplicité, que les modernes -n'ont jamais atteinte dans les arts du dessin, ni peut-être dans aucun -des autres arts. - -* - -26 _février._--La conversation que j'ai avec J... à propos de la jambe -imparfaite de la _Médée_: que les hommes de talent sont frappés d'une -idée à laquelle tout doit être subordonné. De là les parties faibles, -sacrifiées par force; tant mieux si l'idée est venue toute nette et -se développant d'elle-même. Le travail difficile ne s'applique, dans -l'homme de talent, qu'à faire passer les endroits faibles. Comme tout -est faible chez les hommes d'un faible talent, tout étant le produit de -la réflexion ou de réminiscences plus que de l'inspiration, ces lacunes -sont moins sensibles. Toutes les parties de leur ouvrage insipide sont -l'objet d'un travail opiniâtre et soutenu. Une nature avare leur fait -payer cher leur moindre trouvaille. Aux hommes mieux doués le ciel -donne pour rien les idées heureuses et frappantes; c'est à les mettre -en lumière le mieux possible que s'applique pour eux le travail. - -* - -28 _février._--(Je relis cela. Le rapporter à ce que j'ai écrit au -commencement de l'année 1860 sur le même sujet[423]; mais avec une -conclusion différente; non pas que je ne trouve toujours l'antique -aussi parfait, mais en le comparant avec les modernes, notamment dans -des médailles de la Renaissance, dans les ouvrages de Michel-Ange, du -Corrège, etc., je trouve dans ces derniers un charme particulier que je -n'ose pas dire qui soit dû à leurs incorrections, mais à une sorte de -piquant indéfinissable qu'on ne trouve pas dans l'antique, lequel vous -donne une admiration plus tranquille. Les anciens embrassaient moins -d'objets,) - -L'art grec était fils de l'art égyptien. Il fallait toute la -merveilleuse aptitude du peuple de la Grèce pour avoir rencontré, en -suivant toutefois une sorte de tradition hiératique comme celle des -Égyptiens, toute la perfection de leur sculpture. C'est la libéralité -de leur esprit qui anime et féconde ces froides images consacrées d'un -autre art soumis à une tradition inflexible. Mais si on les compare aux -modernes, travaillés par tant de nouveautés que la marche des siècles -a amenées par le christianisme, par les découvertes des sciences qui -ont aidé à la hardiesse de l'imagination, enfin par suite de cette -révolution inévitable dans les choses humaines qui ne permet pas qu'une -époque soit semblable à celles qui l'ont précédée... - -Les hardiesses téméraires des grands hommes ont conduit au mauvais -goût; mais chez les grands hommes, les hardiesses ont ouvert la -barrière aux hommes futurs qui leur ressemblent. De même qu'Homère -semble chez les anciens la source d'où tout a découlé, de même chez -les modernes certains génies, j'oserai dire énormes, et il faut le -mot comme signifiant aussi bien la grandeur de ces génies que leur -impossibilité de se renfermer dans de certaines bornes, ont ouvert -toutes les routes parcourues depuis eux, chacun suivant son caractère -particulier, de telle sorte qu'il n'est pas de grands esprits venus à -leur suite qui n'aient été leurs tributaires, qui n'aient trouvé chez -eux les types de leurs inspirations[424]. - -L'exemple de ces hommes primitifs est dangereux pour les faibles -talents ou pour les inexpérimentés. De grands talents, même à leur -début, cèdent facilement à prendre leur propre influence ou les -divagations de leur imagination pour l'effet d un génie semblable à -celui de ces hommes extraordinaires. C'est à d'autres grands hommes -comme eux, mais qui viennent après eux, que leur exemple est utile, -les natures inférieures peuvent imiter à leur aise les Virgile, les -Mozart..... - -Cette mobilité est si naturelle aux hommes que les anciens eux-mêmes, -dont la grandeur à distance nous semble monotone, présentent peu -d'analogies; leurs grands tragiques se suivent sans se ressembler: -Euripide n'a plus la simplicité d'Eschyle, il est plus poignant, il -cherche des effets, des oppositions; les artifices de la composition -s'augmentent avec la nécessité de s'adressera des sources nouvelles -d'intérêt qui se découvrent dans l'âme humaine. - -C'est comme le travail qu'on voit s'opérer dans l'art moderne. -Michel-Ange ne peut appeler au secours de l'effet de ses sculptures -l'art des fonds, le paysage qui augmente l'impression des figures dans -la peinture; mais le pathétique des mouvements, la finesse des plans, -l'expression deviennent des besoins impérieux de sa passion. - -Les plus grands admirateurs, et ils sont rares aujourd'hui, de -Corneille et de Racine sentent bien que, de notre temps, des ouvrages -taillés sur le modèle des leurs nous laisseraient froids. L'indigence -de nos poètes nous prive de tragédies faites pour nous; il nous -manque des _génies originaux_[425]. On n'a encore rien imaginé que -l'imitation de Shakespeare mêlée à ce que nous appelons des mélodrames; -mais Shakespeare est trop individuel, ses beautés et ses exubérances -tiennent trop à une nature originale pour que nous puissions en -être complètement satisfaits quand on vient faire à notre usage du -Shakespeare. C'est un homme à qui on ne peut rien dérober, comme il ne -faut rien lui retrancher. Non seulement il a un génie propre à qui rien -ne ressemble, mais il est Anglais, ses beautés sont plus belles pour -les Anglais, et ses défauts n'en sont peut-être pas aux yeux de ses -compatriotes. Ils en étaient encore bien moins pour ses contemporains. -Ils étaient ravis de ce qui nous choque: les beautés de tous les temps -qui brillent çà et là n'étaient probablement pas ce qui faisait battre -des mains à la galerie d'en haut, celle que fréquentaient les matelots -et les marchands de poisson; et il est probable que les seigneurs de -la cour d'Élisabeth--ils n'avaient pas beaucoup meilleur goût--leur -préféraient les jeux de mots, les traits d'esprit recherchés. Le -lyrisme, le réalisme, toutes ces belles inventions modernes, on a -cru les trouver dans Shakespeare. De ce qu'il fait parler des valets -comme leurs maîtres, de ce qu'il fait interroger un savetier par -César, le savetier en tablier de cuir et répondant en calembours du -coin de la rue, on a conclu que la vérité manquait à nos pères qui ne -connaissaient pas cette veine nouvelle; quand on a vu également un -amant en tête-à-tête avec sa maîtresse débiter deux pages de dithyrambe -à la nature et à la lune, ou un homme dans le paroxysme de la fureur -s'arrêter pour faire des réflexions philosophiques interminables, on a -vu un élément d'intérêt dans ce qui n'est que celui d'un extrême ennui. - -Combien le pour et le contre se trouvent dans la même cervelle! On est -étonné de la diversité des opinions entre hommes différents; mais un -homme d'un esprit sain conçoit toutes les possibilités, sait se mettre -ou se met à son insu à tous les points de vue. Cela explique tous les -revirements d'opinion chez le même homme, et ils ne doivent surprendre -que ceux qui ne sont pas capables de se faire à eux-mêmes des opinions -des choses. En politique, où ce changement est plus fréquent et plus -brusque encore, il tient à des causes entièrement différentes et que je -n'ai pas besoin d'indiquer: cela n'est pas mon sujet. - -Il semble donc qu'un homme impartial ne devrait écrire qu'en deux -personnes pour ainsi dire: de même qu'il y a deux avocats pour une -seule cause. Chacun de ces avocats voit tellement les moyens qui -militent en faveur d'un adversaire, que souvent il va au-devant de ces -moyens; et quand il rétorque les raisons qu'on lui objecte, c'est par -des raisons tout aussi bonnes et qui au moins sont spécieuses. D'où il -suit que le vrai dans toute question ne saurait être absolu; les Grecs, -qui sont la perfection, ne sont pas aussi parfaits; les modernes, qui -offrent plus de défaillances ou de fautes, ne sont pas aussi défectueux -que l'on pense et compensent par des qualités particulières les fautes -et les défaillances dont l'antique paraît exempt. - -Je trouve, dans de vieilles notes d'il y a quatre ans[426], mon opinion -sur le Titien. Ces jours-ci, sans me les rappeler, mais sous des -impressions différentes, je viens d'en écrire d'autres. - -D'où je conclus qu'il faudrait presque qu'un homme de bonne foi -n'écrivît un ouvrage que comme on instruit une cause; c'est-à-dire, un -thème étant posé, avoir comme un autre personnage en soi qui fasse le -rôle d'un avocat adverse chargé de contredire. - ---Sur l'instabilité des renommées des grands hommes. - ---Du beau antique et du beau moderne. - - - -[416] _Jean Alaux_ (1786-1864), peintre, élève de Vincent, grand prix -de Rome en 1815, membre de l'Académie des Beaux-Arts depuis 1851. - -[417] _Eugène Vieillard-Duverger_ (1800-1863), imprimeur délicat et -érudit, était un camarade de jeunesse de Delacroix: il était fils de -_Louis Vieillard-Duverger_, ancien régisseur de l'Opéra-Comique, et -plus tard directeur d'une agence théâtrale fort estimée. _Adolphe -Nourrit_ avait épousé la sœur _d'Eugène Duverger._ Le médaillon du -grand artiste, dont il est question ici, n'est que la reproduction du -médaillon de profil qui orne la tombe d'Adolphe Nourrit au cimetière -Montmartre. - -[418] _Pierre-Jean-Marie Flourens_ (1794-1867), physiologiste, élève -de Cuvier, professeur au Collège de France, secrétaire perpétuel de -l'Académie des sciences, fut appelé en 1858 à faire partie du conseil -municipal et du conseil général du département de la Seine. - -[419] Le _baron Haussmann._ - -[420] Delacroix écrivait en 1830 clans la _Revue de Paris_. où il avait -donné une longue étude sur _Raphaël_: «Raphaël n'a pas plus qu'un autre -atteint la perfection, il n'a pas même, comme c'est l'opinion commune, -réuni à lui seul le plus grand nombre de perfections possible: mais lui -seul a porté à un si haut degré les qualités les plus entraînantes et -qui exercent le plus d'empire sur les hommes: un charme irrésistible -dans son style, une grâce vraiment divine, qui respire partout dans ses -ouvrages, qui voile les défauts et fait excuser toutes ses hardiesses.» - -[421] Peinture sur bois de l'école italienne, dont il est difficile -d'établir exactement l'auteur. Acheté en 1850 à la vente de la galerie -de M. Duvernay par un savant amateur anglais, M. Morris Moore, ce -tableau fut exposé à Paris en 1859. Depuis quelques années il fait -partie des collections du Louvre (Salon carré). - -[422] Dans son étude sur le grand sculpteur, parue au _Plutarque -français_, Delacroix écrit en manière de conclusion: «Le nom de _Puget_ -est l'un des plus grands noms que présente l'histoire des arts. Il est -l'honneur de son pays, et, par une bizarrerie remarquable, l'allure -de son génie semble l'opposé du génie français. De tout temps, sauf -de rares exceptions parmi lesquelles Puget est la plus brillante, la -sagesse dans la conception et l'ordonnance et une sorte de coquetterie -dans l'exécution ont caractérisé le goût de notre nation dans les -arts du dessin. Au rebours de ces qualités, Puget présenta dans -ses ouvrages une fougue d'invention et une vigueur de la main qui -approchent de la rudesse, et qui durent étonner dans son temps, plus -qu'elles ne feraient au nôtre. Aussi l'espèce de disgrâce qu'il subit -pendant sa longue carrière doit-elle être attribuée en grande partie -à cette opposition qu'il offrait avec la manière des artistes ses -contemporains, manière qui flattait le goût général. C'est précisément -ce contraste qui le fait si grand aujourd'hui: aux yeux de la -postérité, il efface tout ce que son époque a produit et admiré.» - -[423] Voir t. III, p. 371 et suiv. - -[424] Sur les génies primitifs et leurs imitateurs, voir la même idée -exprimée par Delacroix le 26 octobre 1853, t. II, p. 258 et suiv. [ -F25] Du livre déjà cité sur Delacroix nous détachons ce passage écrit -par le maître sous la rubrique _De l'art ancien et de l'art moderne_: -«Le goût de l'_archaïsme_ est pernicieux. C'est lui qui persuade à -mille artistes qu'on peut reproduire une forme épuisée ou sans rapport -à nos mœurs du moment. Il est impardonnable de chercher le beau à la -manière de Raphaël ou du Dante. Ni l'un ni l'autre, s'il était possible -qu'ils revinssent au monde, ne présenterait les mêmes caractères dans -son talent... Libre à ceux qui imitent aujourd'hui le style de Raphaël -de se croire des Raphaëls. Ce que l'on peut singer, c'est l'invention, -c'est la variété des caractères; et ce qu'un homme inspiré seul -peut faire, c'est de marquer de son style particulier ses ouvrages -inspires.» (EUGÈNE DELACROIX, _sa vie et ses œuvres_, p. 409.) - -[426] Voir t. II, p. 470 et suiv. - - * * * * * - -5 _mars._--Au conseil par un froid glacial. J'y apprends que le bon -Thierry est très malade. Je vais à la rue du Petit-Musc, je le trouve -très changé. - -Je lis en rentrant les lettres de Mlle Rachel[426]. - -Je trouve dans les _Salons de Paris_ de Mme Ancelot, à propos de la -duchesse d'Abrantès[427]: «Ce fut avec tristesse que je la quittai; -j'emportais une vague inquiétude, car j'avais déjà remarqué que -la maladie était toujours et que la mort est souvent la suite du -chagrin. Une certaine modération de caractère et de position défend -la vie contre ce qui l'empêche d'arriver à la vieillesse, et ceux qui -parviennent à ses dernières limites ont fait certainement preuve d'une -sagesse recommandable. Ils ont fait plus: ils ont fait mieux que bien -d'autres, et, si cela ne parie pas toujours en faveur de leur cœur, -c'est un assez bon argument en faveur de leur raison. La duchesse -d'Abrantès n'eut point cette habileté honorable: le désordre amena le -chagrin, qui entraîna la maladie à sa suite.» - -* - -10 _mars._--La _Vue de Dieppe_ avec l'_Homme qui sort de la mer avec -les deux chevaux_[428]. - -* - -14 _mars._--Les artistes qui cherchent la perfection en tout sont ceux -qui ne peuvent l'atteindre en aucune partie. - -* - -15 _mars._--Je suis souffrant depuis quelques jours de l'estomac; je -l'ai fatigué un peu peut-être, et de plus je travaille beaucoup depuis -un mois et demi. - -J'ai sous les yeux dans ma chambre la petite répétition du -_Trajan_[429] et le _Christ montant au Calvaire._ Le premier est blond -et clair beaucoup plus que l'autre. Le petit Watteau[430] que j'ai mis -à côté de tous les deux a achevé de me démontrer où sont les avantages -des fonds clairs. Dans le _Christ_, les terrains, surtout ceux du fond, -se confondent presque avec les parties sombres des personnages: la -règle la plus générale est d'avoir toujours des fonds d'une demi-teinte -claire, moins que les chairs, bien entendu, mais calculés de manière -que les accessoires bruns, tels que vêtements, barbe, chevelures, -tranchent en brun pour enlever les objets du premier plan. C'est ce qui -est très remarquable dans le Watteau; il y a même plusieurs parties -qui ont la même valeur que leurs fonds respectifs. Ainsi les bas des -souliers gris ou jaunâtres ne sortent du terrain que par des parties -légèrement plus foncées, etc. Il faudrait d'autres Watteau pour étudier -l'artifice de son effet. - -Dans mon Watteau, les arbres du fond, quoiqu'à un plan peu reculé, sont -extrêmement clairs: il ne s'y trouve pas un seul ton, non plus que dans -les tombeaux, qui rivalise même de loin pour la vigueur avec ceux du -premier plan. Il en résulte même un défaut de liaison que je trouve -choquant quand je le compare avec mon _Trajan_; chaque petite figure -est isolée, et on voit trop clairement qu'elle a été faite à loisir, -indépendamment de ses voisines. - -C'est aujourd'hui, après y avoir réfléchi ce matin dans mon lit, que -j'ai donné à Haro l'idée qui peut mettre sur la voie de la peinture des -Van Eyck, le problème consistant d'une part dans le moyen à prendre -pour éviter la trop grande quantité d'huile dans les couleurs, et de -l'autre dans celui d'ajouter du vernis en quantité correspondante. Je -lui ai dit de renverser le problème: on broierait les couleurs avec -un vernis qui permettrait de conserver les couleurs fraîches, et on -ajouterait de l'huile en peignant. Il est très frappé de mon idée. - -* - -16 _mars._--Varcollier est venu me voir. Il me dit que Trousseau disait -qu'il n'y avait que danger à s'attaquer par des remèdes à toute maladie -chronique, goutte, rhumatisme, migraine. Cicéron disait: _Contra -senectutem pugnandum._ - -* - -18 _mars._--Aujourd'hui, première visite du docteur Laguerre pour mon -indigestion. - -* - -21 _mars._--Beyle dit de l'_Italiana in Algieri_: «C'est la perfection -du genre bouffe; aucun autre compositeur vivant ne mérite cette -louange, et Rossini lui-même a bientôt cessé d'y prétendre. Quand -il écrivait l'_Italiana_, il était dans la fleur du génie et de la -jeunesse; il ne craignait pas de se répéter; il ne cherchait pas à -faire de la _musique forte_; il vivait dans cet aimable pays de Venise, -le plus gai de l'Italie et peut-être du monde, et certainement le moins -pédant.» - - -[426] _Rachel_ était morte au mois de janvier de cette même année. - -[427] La _duchesse d'Abrantès_, née en 1784, morte en 1838, descendait -de la famille impériale des Comnène. Elle épousa en 1799 le général -Junot, l'accompagna dans ses différentes campagnes, et après sa mort en -1813 se voua à l'éducation de ses enfants. Elle écrivit de volumineux -mémoires où l'on trouve les plus curieux détails sur la cour impériale -Elle était très liée avec Balzac, qui, au moment de l'apparition de ses -mémoires, servit d'intermédiaire pour traiter avec les éditeurs. On -trouve d'intéressants détails sur la duchesse d'Abrantès dans le livre -de M. G. Ferry: _Balzac et ses amies._ - -[428] Voir _Catalogue Robaut_, n° 1410. - -[429] Il s'agit de l'esquisse de la fameuse toile la _Justice de -Trajan_, peinte en 1840 et qui est l'honneur du musée de Rouen. (Voir -_Catalogue Robaut_, n° 693.) «La _Justice de Trajan_ est peut-être -comme couleur la plus belle toile de M. Eugène Delacroix, et rarement -la peinture a donné aux yeux une fête si brillante: la jambe s'appuyant -dans son cothurne de pourpre et d'or au flanc rose de sa monture est le -plus frais bouquet de tons qu'on ait jamais cueilli sur une palette, -même à Venise.» (Th. Gautier, _Les Beaux-Arts en Europe._) - -[430] Delacroix tenait de Barroilhet ce petit tableau de Watteau, _les -Apothicaires._ Il l'a légué par testament à M. le baron Schwiter. -(_Corresp._, t. I, p. VI.) - - * * * * * - -2 _avril._--Les deux Grenier[431] venus vers quatre heures; ils m'ont -fait plaisir. - -* - -3 _avril._--Je relis plusieurs de mes anciens calepins pour y -rechercher du vin de quinquina que m'avait donné ce brave Boissel. J'y -ai retrouvé des choses passées avec un plaisir doux et pas trop triste. - -Pourquoi ai-je délaissé[432] cette occupation, qui me coûte si peu, -de jeter de temps en temps sur ces livres ce qui se passe dans mon -existence et surtout dans mon cerveau? Il y a nécessairement dans -des notes de ce genre, écrites en courant, beaucoup de choses qu'on -aimerait plus tard à n'y pas retrouver. Les détails vulgaires ne se -laissent pas exprimer facilement, et il est naturel de craindre l'usage -que l'on pourrait faire, dans un temps éloigné, de beaucoup de choses -sans intérêt et écrites sans soin. - -* - -9 _avril._--De la correspondance de Voltaire avec le cardinal de -Bernis[433]: «Cette tragédie (celle de _Calas_) ne m'empêche pas de -faire à _Cassandre_ toutes les corrections que vous m'avez bien voulu -indiquer: malheur à qui ne se corrige pas, soi et ses œuvres! -En relisant une tragédie de _Mariamne_ que j'avais faite il y a -quelque quarante ans, je l'ai trouvée plate et le sujet beau; je l'ai -entièrement changée; il faut se corriger, eût-on quatre-vingts ans. -Je n'aime point les vieillards qui disent:--J'ai pris mon pli.--Eh! -vieux fou, prends-en un autre; rabote tes vers si tu en as fait, et -ton humeur si tu en as. Combattons contre nous-mêmes jusqu'au dernier -moment; chaque victoire est douce. Que vous êtes heureux, Monseigneur! -Vous êtes encore jeune et vous n'avez point à combattre.» - -De Voltaire au cardinal de Bernis[434]: «Je ne sais, Monseigneur, si -notre secrétaire perpétuel a envoyé à Votre Éminence l'_Héraclius_ de -Calderon, que je lui ai remis pour divertir l'Académie. Vous verrez -quel est l'original, de Calderon ou de Corneille. Cette lecture peut -amuser infiniment un homme de goût tel que vous, et c'est une chose, à -mon gré, assez plaisante. Je vois jusqu'à quel point la plus grave de -toutes les nations méprise le sens commun. - -«Voici, en attendant, la traduction très fidèle de la _Conspiration -contre César_ par Cassius et Brutus, qu'on joue tous les jours à -Londres, et qu'on préfère infiniment au _Cinna_ de Corneille. Je vous -supplie de me dire comment un peuple qui a tant de philosophie peut -avoir si peu de goût. Vous me répondrez peut-être que c'est parce -qu'ils sont philosophes; mais quoi! la philosophie mènerait-elle tout -droit à l'absurdité? Et le goût cultivé n'est-il pas même une vraie -partie de la philosophie?» - -Voici la réponse du cardinal qui se montre, à mon avis, plus homme -d'un véritable goût que Voltaire. Celui-ci,--et c'était naturel, tout -prévenu par l'habitude de notre théâtre, dans lequel, malgré son -génie, et quoi qu'il en pût penser lui-même, il n'avait pas innové -véritablement,--ne voit le goût que dans les étroites convenances que -l'habitude, plus qu'une vraie entente de ce qui plaît aux hommes, avait -établies sur notre scène: «Je suis loin de m'élever contre la forme -de Corneille et de Racine. Elle avait eu du moins d'être nouvelle -dans leur main: cette préférence donnée au discours sur l'action est -un système complet: le penchant de notre nation y convient. Cependant -celui de Shakespeare et de Calderon qui a suffi aux Anglais et aux -Espagnols qui ont précédé d'un siècle nos grands ouvrages, dans le -même moment, il faut bien le dire, où notre théâtre se débattait dans -d'incroyables ténèbres, ce système, dis-je, tout critiquable qu'il -est, parle peut-être davantage à l'imagination et ne met pas aussi -perpétuellement l'auteur entre le spectateur et la scène.» - -La véritable innovation,--mais je crois que du temps de Voltaire, -et dans la société où il vivait, elle était impossible à Voltaire -lui-même,--cette innovation eût consisté à mettre seulement dans ces -actions compliquées des Anglais et des Espagnols une espèce d'ordre -et de raison; mais laissons parler l'aimable cardinal, dont l'opinion -est étonnante pour le temps où il vit: «Notre secrétaire perpétuel m'a -envoyé l'_Héraclius_ de Calderon, et je viens de lire le _Jules César_ -de Shakespeare. Ces deux pièces m'ont fait grand plaisir comme servant -à l'histoire de l'esprit humain et du goût particulier des nations. -Il faut pourtant convenir que ces tragédies, tout extravagantes ou -grossières qu'elles sont, n'ennuient point, et je vous dirai, à ma -honte, que ces vieilles rapsodies où il y a de temps en temps des -traits de génie et des sentiments fort naturels, me sont moins odieuses -que les froides élégies de nos tragiques médiocres. Voyez les tableaux -de Paul Véronèse, de Rubens et de tant d'autres peintres flamands ou -italiens, ils pèchent souvent contre les costumes, ils blessent les -convenances et offensent le goût; mais la force de leur pinceau et la -vérité de leur coloris font excuser ces défauts. Il en est à peu près -de même des ouvrages dramatiques. Au reste, je ne suis pas étonné que -le peuple anglais, qui ressemble à certains égards au peuple romain, ou -qui du moins s'est flatté de lui ressembler, soit enchanté d'entendre -les grands personnages de Rome s'exprimer comme la bourgeoisie et -quelquefois comme la populace de Londres. Vous me paraissez étonné -que la philosophie, éclairant l'esprit et rectifiant les idées, -influe si peu sur le goût d'une nation! Vous avez bien raison; mais -cependant vous aurez observé que les mœurs ont encore plus d'empire -sur le goût que les sciences. Il me semble qu'en fait, d'art et de -littérature, les progrès du goût dépendent plus de l'esprit de société -que de l'esprit philosophique. La nation anglaise est politique et -marchande; par là même elle est moins polie, mais moins frivole que la -nôtre. Les Anglais parlent de leurs affaires; notre unique occupation -à nous est de parler de nos plaisirs; il n'est donc pas singulier que -nous soyons plus difficiles et plus délicats que les Anglais sur le -choix de nos plaisirs et sur les moyens de nous en procurer. Au reste, -qu'étions-nous avant le siècle de Corneille? Il nous sied à tous égards -d'être modestes.» - -* - -12 _avril._--Je suis retourné, pour la première fois depuis plus de -quinze mois, au dîner du second lundi. J'ai fait aussi en sortant une -grande promenade sur les boulevards, sans trop m'émouvoir de regret. -Ils m'ont amusé plus qu'autrefois, comme au spectacle. - -* - -13 _avril._--J'ai retravaillé, retouché l'_Hercule_ de Chabrier[435]. - -J'ai été à trois heures chez Huet. Ses tableaux m'ont fort -impressionné. Il y a une vigueur rare, encore des endroits vagues, mais -c'est dans son talent. On ne peut rien admirer sans regretter quelque -chose à côté. En somme, grands progrès dans ses bonnes parties. En -voilà assez pour des ouvrages qui restent dans le souvenir, ce qui -m'est arrivé pour ceux-ci. J'y ai pensé avec beaucoup de plaisir toute -la soirée. - -Après dîner, tourné beaucoup dans mon petit jardin. Il m'est d'un grand -secours. J'ai bien besoin de reprendre mes forces tout à fait. - -* - -14 _avril._--«Vous oubliez[436], messieurs, qu'en obligeant M. -Langlois[437] à donner l'entrée le dimanche à 50 centimes, vous lui -enlevez 50 pour 100 de son bénéfice; ce sacrifice que vous lui imposez, -il est juste que vous le payiez, car ici ce serait la Ville qui serait -censée régaler le public du dimanche, et il sera juste aussi que la -Ville paye pour se montrer splendide. Ce sacrifice que vous demandez à -M. Langlois, il y a consenti. Ne lui devait-on aucun dédommagement pour -la disparition de son premier établissement? Il n'y gagnait pas plus -d'argent qu'il ne va en gagner dans le nouveau; mais il ne demandait -rien à personne, et à présent il vous accorde tout ce qui peut diminuer -ses profits matériels, pourvu que vous l'aidiez à montrer les produits -de son talent. Vous ne les estimez pas peu, messieurs, puisqu'en -lui imposant de les exposer le dimanche à un prix réduit des quatre -cinquièmes, vous estimez procurer au peuple un plaisir. - -«Si l'on vous disait que l'Empereur désirerait que la ville de Paris -l'aidât à aller chercher, dans un désert, une pierre abandonnée, et de -fréter avec lui un navire et d'entretenir pendant plusieurs années un -équipage pour cette opération lointaine, sous prétexte que cette pierre -intéresse la gloire des Sésostris qui ont vécu il y a quatre mille -ans, vous lui répondriez peut-être que cette pierre ne regarde pas la -ville de Paris, et que ce serait une mauvaise affaire; et cependant, -messieurs, s'il était vrai qu'une telle proposition vous fût faite -et qu'il fût possible que vous refusassiez de vous y associer, vous -auriez manqué une excellente affaire; à qui le cœur n'a-t-il pas -battu en présence de l'Obélisque de la place Louis XV, en pensant que -la capitale de ce pays-ci contenait ce trophée que l'Angleterre était -toute prête à nous enlever? Combien de millions d'étrangers sont venus -alimenter la fortune de la ville pour admirer, avec tant d'autres -monuments dont Paris est plein, ce magnifique ouvrage, fruit d'une -entreprise désintéressée, la seule de ce genre peut-être qui honore le -passage de la branche aînée des Bourbons et qui embellit Paris à jamais! - -«Vous voyez, messieurs, que le beau peut être utile; le spectacle de -nos grandes actions représenté par la peinture dans des proportions et -avec une illusion qu'aucun tableau ne peut atteindre, est une chose -belle et par le spectacle et par les sentiments qu'il peut inspirer. -La vue de cette colonne de chasseurs de la garde qui traverse le champ -de bataille d'Eylau jusqu'aux derrières de l'armée russe et dont il -ne revient que quelques hommes; celle de ces trois chétifs bataillons -carrés qui, dans la bataille des Pyramides, soutiennent sous le soleil -et dans une plaine immense le choc de l'innombrable et intrépide -cavalerie des mameluks, ce sont des spectacles faits pour moraliser et -enflammer une nation: cela vaut bien les jeux publics que les empereurs -donnaient au peuple de Rome, ces combats de gladiateurs où des esclaves -s'égorgeaient froidement pour gagner leur pain, où l'on immolait cent -lions en un jour et un passable nombre d'hommes. - -«Vous n'en êtes pas à votre essai, messieurs, pour ce qui concerne -l'encouragement du beau; quel est le nom qu'on donne à vos travaux -depuis six ans? On les appelle les embellissements de Paris. Vous -faites des rues larges et des boulevards plus larges encore, pour -faciliter la circulation et donner de l'air là où il n'y avait que -ténèbres et infection; mais vous ornez ces rues et ces boulevards, -vous conservez un vieux bâtiment inutile qu'on appelle la tour -Saint-Jacques, vous décrétez une fontaine monumentale sur le boulevard -de Sébastopol. Vous transportez une colonne avec ses accessoires parce -qu'elle sera plus belle que dans l'endroit où elle se trouve.» - -* - -24 _avril._--Conseil de revision à midi. - -Prêté hier à M. Nanteuil[438] une étude de deux chevaux[439] sur la -même toile (douze environ), faite autrefois aux gardes du corps;--de -profil tous les deux. - -* - -26 _avril._--La journée a été bonne. Beaucoup travaillé avec bonne -humeur à la _Chasse aux lions_[440] qui est comme finie ce jour-là. - -* - -27 _avril._--De l'éloge de Magendie par M. Flourens_[441]:_ «À l'ardeur -de jeunes praticiens vantant le succès de leurs prescriptions il -opposait son expérience, et leur disait avec une douce ironie: «On voit -bien que vous n'avez jamais essayé de rien faire.» Si la simplicité -extrême de ce mode de traitement amenait d'assez justes objections: -«Soyez convaincus, ajoutait-il, que la plupart du temps, lorsque le -trouble se produit, nous ne pouvons en découvrir les causes; tout au -plus en saisissons-nous les effets; notre seule utilité en assistant au -travail de la nature, qui en général tend vers sou état normal, est de -ne point l'interrompre; nous ne devons aspirer qu'à être quelquefois -assez habiles pour l'aider.» - -«Qu'on lui fasse absolument tout ce qu'il voudra: je ne prescris que -cela», disait-il en quittant un jeune garçon dont l'état présentait des -symptômes alarmants. Ordinairement avare de son temps, il prodigue les -visites à cet enfant, mais n'ajoute rien à la médication. Le soir du -troisième jour, tout à coup son front s'obscurcit, et tirant l'oreille -à son malade: «Petit drôle, tu ne m'as pas laissé un instant de repos. -Va te promener maintenant.» Le père lui demande alors ce qu'était la -maladie de l'enfant: «Ce que c'était? Ma foi, je n'en sais rien, ni moi -ni la Faculté tout entière; si elle pouvait être sincère, elle vous le -dirait; ce qu'il y a de certain, c'est que tout est rentré dans l'état -normal.» - -Le résultat de ce travail est que les substances qui ne contiennent -point d'azote (sucre, gomme, etc.) sont impropres à la nutrition. -En effet, bien que les animaux soumis à l'expérience aient de ces -substances à discrétion, ils n'en périssent pas moins d'inanition au -bout de quelques jours. Il y a plus, c'est que, quels que soient les -aliments employés, azotés ou non, il est nécessaire de les varier. Un -lapin et un cochon d'Inde, nourris avec une seule substance, telle -que froment, avoine, orge, choux, carottes, etc., meurent, dit M. -Magendie, avec toutes les apparences de l'inanition, ordinairement dès -la première quinzaine, quelquefois beaucoup plus tôt. Nourris avec les -mêmes substances, données concurremment ou successivement à de petits -intervalles, les animaux vivent et se portent très bien; la conséquence -la plus générale et la plus essentielle à déduire de ces faits, c'est -que la diversité et la multiplicité des aliments sont une règle -d'hygiène très importante. (C'était le principe du docteur Bailly.) - -_Recherches physiologiques et médicales sur les causes, les symptômes -et le traitement de la qravelle_[442]. «Les personnes atteintes de -la goutte et de la gravelle, dit Magendie, sont ordinairement de -grands mangeurs de viande, de poisson, de fromage et autres substances -abondantes en azote. La plupart des graviers, une partie des calculs -urinaires, les tophus arthritiques sont formés par l'acide urique, -principe qui contient beaucoup d'azote. En diminuant dans le régime -la proportion des aliments azotés, on parvient à prévenir, et même à -guérir la gravelle.» - -* - -30 _avril._--Mon pauvre Soulier[443] est venu me voir aujourd'hui; -j'en ai eu beaucoup de plaisir. Il est vieux, souffrant. Il est -heureux de ses enfants; mais il est bien isolé dans son coin; point de -distractions et de consolations. - - -[431] Sans doute _Henri-Gustave_ et _Théophile-Yves-René Grenier de -Saint-Martin_, fils du peintre _Grenier de Saint-Martin_ (1793-1867), -élève de Guérin et aussi de Delacroix. Ces deux jeunes gens débutèrent -l'un et l'autre au Salon de 1857. - -[432] On pourra remarquer que, durant les périodes de production, -le Journal est presque toujours incomplet. C'est surtout quand il -voyage, quand il est aux eaux, en villégiature chez un ami, à Dieppe -par exemple, qu'il se plaît à y écrire: c'est ainsi que ses séjours à -Augerville chez Berryer, où il ne peignait presque jamais, sont autant -d'occasions pour lui de noircir des feuillets. En revanche, à Paris il -écrit peu: c'est ce qui explique que l'on trouve en somme assez peu -d'indications sur ses compositions picturales, et que le Journal soit à -ce point de vue un insuffisant commentaire de son œuvre d'artiste. - -[433] Lettre du 21 juillet 1762. - -[434] Lettre du 31 mars 1763. - -[435] Variante réduite de l'un des onze tympans de la _Vie d'Hercule_, -à l'Hôtel de ville. (Voir _Catalogue Robaut_, nos 1152-1162.) - -[436] C'est évidemment le brouillon d'un rapport qu'il devait présenter -au Conseil municipal. - -[437] _Jean-Charles Langlois_ (1789-1870), colonel d'état-major, -peintre de batailles et de nombreux panoramas. Il est question ici du -Panorama de la prise de Malakoff. - -[438] _Célestin Nanteuil_ (1813-1873), graveur et lithographe. - -[439] Cette toile figura à la vente posthume de Delacroix sous le n° -211. - -[440] Voir _Catalogue Robaut_, n° 1350. - -[441] _François Magendie_, le célèbre physiologiste, membre de -l'Académie des sciences, était mort le 7 octobre 1865. Son éloge -fut prononcé à l'Académie des sciences par le secrétaire perpétuel -_Flourens_, qui excellait dans le genre, et dont les _Éloges -historiques_ réunis en volumes témoignent à la fois d'un rare talent d -écrivain et d'une fine observation scientifique. - -[442] C'est le titre d'un ouvrage publié pour la première fois en 1818 -par le docteur Magendie. - -[443] Delacroix écrivait à _Soulier,_ le 6 décembre 1856: «Quand -boirons-nous à la santé de nos souvenirs? Quand viendras-tu? Comme -j'ai à peu près renoncé à lire, surtout le soir, j'ai des moments -d'inoccupation apparente, qui ne sont pas du tout cet ennui dont je -parlais tout à l'heure: je ferme les yeux, ou je regarde le feu de la -cheminée. Alors je rouvre un livre fermé déjà à beaucoup de chapitres -dans ma mémoire, et je retrouve de délicieux moments, et en première -ligne ceux que nous avons passés ensemble. Je ne passe jamais sur -la place Vendôme sans lever les yeux vers cette mansarde que nous -avons vue si joyeuse. Que d'années depuis tout cela, que de vides!» -(_Corresp.,_ t. II, p. 151.) - - * * * * * - -7 _mai_.--Je dîne pour la première fois au dîner du premier vendredi. -Je m'y amuse et me porte mieux le lendemain. Il faut se remuer. -J'en sors avec Villot et je me promène seul une heure en excellente -disposition. - -Le lendemain je me suis promené encore: je suis entré à Saint-Roch -pour la musique, où j'ai entendu surtout le plus cruel sermon sur la -virginité. Je suis rentré dans une tristesse extrême dont je ne suis -pas débarrassé aujourd'hui dimanche que j'écris ceci. - -* - -8 _mai._--MM. Feydeau et Moreau viennent me voir. Je vais à -l'Institut, où Halévy me sermonne sur mon abstention des séances de -l'École. - -* - -9 _mai._--Je vais visiter la maison des Champs-Élysées du prince -Napoléon[444]. Charmant résultat auquel je ne m'attendais pas. J'y -trouve Mme Duret avec son mari; aimable femme sans prétention. - -Je vais de là voir Mme de Lagrange; elle me dit que Berryer travaille -trop. Hier, à l'Institut, F..., qui est dans un triste état, me -conseillait de m'abstenir de la moindre fatigue: c'est pour avoir voulu -forcer qu'il en est venu à ne pouvoir même lire sans fatigue. Nous nous -sommes rappelé Blondel qui est mort à la peine à Saint-Thomas d'Aquin. -J'attribue à un travail forcé ma rechute de l'année dernière à cette -époque. - -* - -10 _mai._--Villot est venu me chercher à une heure, nous avons été -ensuite voir les Rubens, je trouve là Mme de Nadaillac, la fille de Mme -Delessert. - -* - -11 _mai._--Parti pour Champrosay à onze heures; grand bonheur de m'y -voir. Je vois ces pauvres voisins, dont la douleur fend le cœur. - -On trouve toujours quelque chose de changé; voilà qu'on me bâtit dans -la plaine au-dessous de mes fenêtres une baraque dont le toit me cache -un morceau de la rivière. On abat le mur de Villot. Tout passe, et nous -passons. - -* - -22 _mai._--J'ai été à Paris à neuf heures dix. Mon début à l'école -pour juger les figures. J'allais voir Mercey et le ministre, pour les -remercier; je n'ai trouvé personne. - -Mme de Forget; le petit Raphaël et M. Moore que j'ai remercié de la -photographie dudit; Autran et sa femme très aimable; elle m'a donné une -médaille de mon père, de Marseille. - -Petite station au Jardin des Plantes avant de partir. Parti avec les -Parchappe. - -En somme, bonne journée, sans la fatigue que je redoutais. - -Berryer m'a invité ces jours-ci à passer quelques jours avec lui à -Augerville; désolé de le refuser dans l'attente où je suis du bon -cousin. - -* - -23 _mai._--Sujets: _Tancrède en prison_ après sa poursuite d'une -fausse Clorinde (je crois). Le chevalier gascon, qui est, je crois, -Raymond, l'insulte, etc. Flambeau, prison (_Jérusalem_). - -Le _Corsaire en prison_[445], Gulnare, le poignard, etc. On pourrait en -faire un effet de jour sans inconvénient. - -_D. Raphaël et ses compagnons surpris par les corsaires dans l'île de -Minorque (Gil Blas)._ D. Raphaël amené ou plutôt apporté chez la belle -esclave de son maître à Alger. - -_Les Nymphes rapportent le corps de Léandre_, Héro se précipite dans le -lointain.--Revoir les _Métamorphoses_ d'Ovide. - -_Les deux Chevaliers._ Ubalde et le Danois trouvant une barque avec un -vieillard, etc. (_Jérusalem._) - -_L'Aventure de la bague_ dans _Gil Blas._ Celui-ci et ses amis déguisés -en alguazils, la dame au lit éplorée, vieille femme, etc.--Voir -costumes du vieux Molière. - -_Tancrède baptisant Clorinde._ - -_Tancrède_ (de Voltaire) _rapporte mourant de la bataille des -Sarrasins._ Aménaïde en pleurs. Argire, soldats, chevaliers, -prisonniers, drapeaux et flambeaux; quelque chose comme la composition -pour le sujet des _deux frères_ dont l'un est tué par l'autre et -ramené à sa mère; se rappeler le croquis pour le sujet du _Vampire_ de -Dumas[446]. - -_Juliette sur son lit_, la mère, le père, les musiciens, la nourrice. - -_Bornéo au tombeau de Juliette._ - -_Athalie interroge Éliacin._ - -_Junie entraînée par les soldats._ Néron l'observe, flambeaux, etc. - -_Renaud arrête le bras d'Armide_ qui veut le frapper (_Jérusalem_). - -_Tancrède blessé retrouvé par Herminie._ - -Sujets de _Sémiramis._ - -Romans de Voltaire. - -_Le prince Léon prisonnier._ - -_Fleur de lis au tombeau de Brandimart._ - -_Brabantio maudit sa fille_ (après la séance du doge). Othello, Iago, -etc. - -_Diane de Poitiers demande à François Ier la grâce de son -père._ - -_La dame infortunée aux pieds d'Amadis_ dans le lac du château. - -_Frappement du rocher._ Israélites buvant avidement, chameaux, -etc.[447]. - -* - -24 _mai._--Mme Villot m'invite à aller la voir le soir pour me -rencontrer avec une personne mystérieuse, amie de Mme Sand. J'y -vais malgré mon rhume et à travers un temps diluvien. Je trouve Mme -Plessis[448], charmante personne qui me fait promettre d'écrire à Mme -Sand. Elle est sur le point de m'embrasser dans la soirée quand je lui -dis que je ne crois pas à cette petite personne appelée _âme_ dont on -nous gratifie. - -Le bon général Parchappe veut m'avoir à dîner pour le lendemain. Je -promets malgré le rhume. - -* - -25 _mai._--Dîné chez Mme Parchappe. Mme Franchetti qui s'y trouve vient -d'arriver ce jour même pour s'installer chez Minoret. Elle est forcée -d'accepter l'hospitalité de Mme Parchappe sous peine de coucher sur des -matelas mouillés. - -* - -26 _mai._--Je songe, en ébauchant mon _Christ descendu dans le -tombeau_[449], à une composition analogue qu'on voit partout du -Barocci[450]; et je songe en même temps à ce que dit Boileau pour tous -les arts: «Rien n'est beau que le vrai.» Rien n'est vrai dans cette -maudite composition: gestes contournés, draperies volantes sans sujet, -etc. Réminiscences des divers styles des maîtres. Les maîtres, mais -je parle des plus grands et dont le style est très marqué, sont vrais -à travers cela, sans quoi ils ne seraient pas beaux. Les gestes de -Raphaël sont naïfs, malgré l'étrangeté de son style; mais ce qui est -odieux, c'est l'imitation de cette étrangeté par des imbéciles, qui -sont faux de gestes et d'intention par-dessus le marché. - -Ingres, qui n'a jamais su composer un sujet comme la nature le -présente, se croit semblable à Raphaël en singeant[451] certains -gestes, certaines tournures qui lui sont habituelles, qui ont même chez -lui une certaine grâce qui rappelle celle de Raphaël; mais on sent -bien, chez ce dernier, que tout cela sort de lui et n'est pas cherché. - -* - -28 _mai._--Je vais le soir chez Mme Villot: j'y trouve Mme Franchetti, -Parchappe, etc., une dame de Suberval et ses filles: l'une de ces -dernières me promet la recette du _pigeon Pise._ - -* - -29 _mai._--Promenade le matin dans la forêt. - - -[444] Palais pompéien de l'avenue Montaigne, qui vient de disparaître -pour faire place à une maison de rapport. - - -[445] Delacroix avait déjà traité ce sujet à l'aquarelle et l'avait -exposé au Salon de 1831. (Voir _Catalogne Robaut_, n° 338.) - -[446] Drame fantastique en cinq actes et dix tableaux, par Alexandre -Dumas et Auguste Maquet, représenté le 30 décembre 1851 sur le théâtre -de l'Ambigu. - -[447] La plupart de ces dessins ou croquis de Delacroix ont figuré à -la vente posthume du maître et sont aujourd'hui disséminés dans les -collections d'artistes et d'amateurs. - -[448] Probablement Mme _Arnould-Plessy_, la célèbre comédienne, qui -peut-être désirait obtenir un rôle dans une pièce de George Sand, et -qui, connaissant les excellentes relations d'Eugène Delacroix avec -celle-ci, l'avait prié d'intervenir en sa faveur. - -[449] Delacroix a plusieurs fois répété ce sujet, qu'il affectionnait. -(Voir _Catalogue Robaut_, n° 1034.) À propos de cette composition, -Baudelaire écrit: «Dites-moi si vous vîtes jamais mieux exprimée la -solennité nécessaire de la _Mise au tombeau._ Croyez-vous sincèrement -que Titien eût inventé cela? Il eût conçu, il a conçu la chose -autrement; mais je préfère cette manière-ci. Le décor, c'est le caveau -lui-même, emblème de la vie souterraine que doit mener longtemps la -religion nouvelle! Au dehors, l'air et la lumière qui glisse en rampant -dans la spirale. La mère va s'évanouir, elle se soutient à peine.» - -[450] _Le Christ porté au tombeau_, tableau qui se trouve dans l'église -de Sinigaglia. - -[451] Baudelaire l'appelait: _l'adorateur rusé de Raphaël._ - - * * * * * - -5 _juin._--Arrivée de M. Lamey. Il arrive seul à la maison comme je -m'apprêtais pour aller le chercher. J'avais mal compris l'heure de son -départ. - -* - -20 _juin._--Nous allons au Musée avec le bon cousin. Il est très frappé -des antiquités assyriennes. - -* - -24 _juin._--Départ du bon cousin. Je suis tout triste du vide qu'il me -laisse. - - * * * * * - -3 _juillet._--Premier jour à l'église[452] avec Andrieu. - -_Sur les accessoires._--Mercey a dit un grand mot dans son livre sur -l'Exposition: le beau dans les arts, c'est la vérité idéalisée. Il -a tranché la question pendante entre les pédants et les véritables -artistes; il a supprimé l'équivoque qui permettait aux partisans du -_beau_ partout de masquer leur impuissance à trouver le vrai. - -Les accessoires font énormément pour l'effet et doivent néanmoins -être toujours sacrifiés. Dans un tableau bien ordonné, ce que -j'appelle _accessoires_ est infini. Non seulement des meubles, de -petits détails des fonds sont accessoires, mais les draperies et les -figures elles-mêmes, et dans les figures principales, les parties de -ces figures. Dans un portrait qui montre les mains, les mains sont -accessoires. D'abord elles doivent être subordonnées à la tête, mais -souvent une main doit attirer l'attention, moins qu'une partie du -vêtement, du fond, etc. Ce qui fait que les mauvais peintres ne peuvent -arriver au beau qui est _ce vrai idéalisé_ dont parle Mercey, c'est -qu'outre le défaut de conception générale de leur ouvrage dans le sens -du _vrai_, leurs accessoires, au lieu de concourir à l'effet général, -le détournent au contraire par l'application donnée presque toujours -à faire ressortir certains détails qui devraient être subordonnés. Il -y a plusieurs manières de produire ce mauvais résultat: d'une part, -le soin excessif apporté à faire ressortir ces détails, pour montrer -de l'habileté; de l'autre, l'habitude générale de faire exactement -d'après nature tous ces accessoires destinés à concourir à l'effet. -Comment le peintre, en copiant tous ces morceaux d'après des objets -réels, comme ils sont et sans les modifier profondément, pourra-t-il -ôter ou ajouter, donner à des objets inertes en eux-mêmes la puissance -nécessaire à l'impression? - -* - -_Nancy_, 10 _juillet._--Parti pour Plombières à sept heures du matin. -Arrivé à Nancy à deux heures. Mauvaise disposition qui m'empêche de -dîner; je me couche à huit heures environ. - -J'avais été au Musée en arrivant, pour revoir les deux esquisses de -Rubens; à la première vue, elles ne m'ont plus paru si belles; mais -bientôt le charme a opéré, et je suis devenu immobile devant elles, -et cela quoique j'allasse de l'une à l'autre, mais sans pouvoir les -quitter. Il y a à écrire vingt volumes sur l'effet particulier de ces -ouvrages. C'est le charme du je ne sais quoi, une saveur incroyable, -au milieu de négligences, mais celles-ci dues à ce que les ouvrages ne -sont que des esquisses. - -* - -_Plombières_, 11 _juillet._--Levé à quatre heures pour partir à cinq -heures. Hier soir, je me croyais au moment de faire une maladie à -Nancy. Ce matin, je me trouve remis, grâce à ma tempérance. - -Je dors une partie du voyage après avoir déjeuné d'une moitié de -poulet. Trouvé, d'Épinal jusqu'à Plombières, un sieur Algis, je crois, -qui a été assez bon garçon et qui m'a fermé les fenêtres quand j'en -avais besoin. Il est fort comme un Turc, et cependant il lutte comme je -l'ai fait toute ma vie contre le déjeuner. Il est grand fumeur et avoue -néanmoins tous les inconvénients de son habitude. Il dit comme moi -qu'il est impossible de s'arrêter à un cigare: un par hasard, dit-il, -fait plutôt du bien; mais c'est fumer beaucoup et presque constamment -que veut le fumeur de profession. Il prétend que, toutes les fois qu'il -lui est arrivé de suspendre ce plaisir pendant quelques jours, il se -sent un autre homme pour le travail, pour l'activité de l'esprit, celle -même de la passion pour les femmes. Sitôt l'habitude reprise, apathie, -indifférence complète: elle suffit, mais sans satisfaire, à ce qu'il -paraît. - -Arrivés à Plombières à midi. Toute la population réunie pour voir -revenir l'Empereur de la messe. Il m'aperçoit en passant. J'étais sur -la porte de Parizot, qui ne peut me loger que dans l'espèce de grenier -où habite sa vieille mère. J'y reste dans l'espoir de mieux. - -Bal le soir, qui me tient au supplice une partie de la nuit à cause des -allées et venues; de même à peu près les jours suivants, et quoique je -me couche de bonne heure, je n'en dors que plus mal. - -Mon compagnon de route prétend qu'il a remarqué que, s'il s'expose au -soleil après avoir mangé, sa digestion est mauvaise. Il me semble que -j'ai éprouvé ici la même chose. Quand je sors après déjeuner et que -je vais à la promenade des Dames, j'en ressens une lourdeur qui tient -peut-être à ces espaces découverts qu'il faut traverser. - -* - -12 _juillet._--Je trouve aujourd'hui Fleury qui est ici avec sa femme -et sa fille. Enchanté de le retrouver; mais avec mon indisposition, -impossible de profiter de rien. - -On m'avait assigné cinq heures du matin pour prendre mes bains... - -Je trouve Barre[453] comme je causais sur la place avec Mocquart; -celui-ci me présente à Mme Guyon[454] qui loge avec lui et l'excellent -Possoz; elle est très aimable et encore, très bien: des yeux charmants, -avec une bouche qui annonce des penchants redoutables. - -Le soir, promenade au bord de la petite rivière, dans les nouveaux -endroits disposés depuis l'année dernière; tout cela est charmant. - -Quelques mots de conversation avec M. Schneider me fatiguent grandement -et me font manquer d'aller retrouver Fleury. - -* - -14 _juillet._--Dans Dumas: «La reine fut toujours femme: elle se -glorifiait d'être aimée.» Certaines âmes ont cette aspiration vers la -sympathie de tous ceux qui les entourent, et ce ne sont pas les âmes -les moins généreuses en ce monde. - -Après une promenade que le soleil me gâte toujours un peu, je suis -monté fatigué à l'établissement pour la première fois et pour lire -les journaux. Rentré chez moi et ressorti à quatre heures passées, et -retrouvé ce maudit soleil qui m'a chassé de la musique que j'avais -entendue de la route de Luxeuil. La vulgarité, l'inanité de cette -musique suffisait déjà à me mettre en fuite. Le bon Possoz m'a mené -avant-hier soir à la ferme Jacquot; c'est une promenade charmante et où -je ne rencontrerai personne. - -Aujourd'hui, après dîner, sorti par la route d'Épinal. J'y ai fait des -découvertes charmantes, des roches, des bois, et surtout des eaux, des -eaux dont on ne peut se lasser. On éprouve un désir incessant de s'y -plonger, d'être saint Jean, d'être l'arbre qui s'y baigne, d'être tout, -excepté un malheureux homme malade et ennuyé. - -* - -23 _juillet._--Je vais ce matin vers la route de Remiremont; je monte -avec peine au calvaire. Je reviens prendre un nouveau chemin, derrière -la fabrique. J'y trouve des aspects nouveaux et charmants. Les journées -se passent sans trop d'ennui et surtout assez vite. Je reçois à dîner -une lettre de Paris que j'ouvre avec empressement... - -Le soir, assez tard à rétablissement; je me sens plus fort. - -* - -24 _juillet._--Mollesse, abattement, quoique je fusse bien hier. Je -prends la hauteur au-dessus de la promenade de l'Empereur et je reviens -par le bas. - -Point d'émotions. Temps triste qui finit par de la pluie vers neuf ou -dix heures. - -* - -25 _juillet._--Le magistrat, à ce que me raconte le monsieur de Metz, -mon voisin de table, qui conseille de ne pas plaider quand la cause est -bonne! - -* - -26 _juillet._--Dîné chez Perrier avec M. Yrvoix[455] de chez l'Empereur -et deux MM. Thomas et une demoiselle d'opéra, maîtresse de l'un d'eux. -Le bon Possoz, qui en était, nous a quittés pour aller le soir chez -l'Empereur. - -* - -27 _juillet._--Départ de l'Empereur à sept heures.--Je continue ma -promenade jusqu'au délicieux ruisseau de la route de Saint-Loup. - -Je lis depuis trois ou quatre jours les _Paysans_ de Balzac, après -avoir été forcé de renoncer à _Ange Pitou_[456], de Dumas, excédé de -cet incroyable mauvais. Le _Collier de la Reine_[457], plein des mêmes -inconvénients et des mêmes intempérances, avait au moins des passages -intéressants. - -Les _Paysans_ m'ont intéressé au commencement; mais ils deviennent en -avançant presque aussi insupportables que les bavardages de Dumas: -toujours les mêmes détails lilliputiens, par lesquels il croit donner -quelque chose de frappant à chacun de ses personnages. Quelle confusion -et quelle minutie! À quoi bon des portraits en pied de misérables -comparses dont la multiplicité ôte tout l'intérêt de l'ouvrage! Ceci -n'est pas de la littérature, comme disait Mocquart l'autre jour. C'est -comme tout ce qu'on fait: on marque tout, on épuise la matière et avant -tout la curiosité du lecteur; Balzac, que j'ai déjà jugé sur d'autres -pièces analogues, est cependant de premier ordre, quoique plein des -défauts que je viens de dire. Il veut tout dire aussi, et il le redit -encore après. - -* - -30 _juillet._--Au milieu du jour, encouragé par le temps couvert et -quoique dans une disposition passable, je suis monté par la route de -Luxeuil. Arrivé à l'endroit où sont les bouleaux qui se renversent les -uns sur les autres, j'en ai fait péniblement au soleil un croquis assez -confus. Je n'ai pas résisté à descendre par une pente abrupte vers ce -petit ruisseau délicieux dont on entend le murmure de la route. J'ai -trouvé là des choses charmantes, rochers clairsemés, sentiers sous le -bois, clairières et endroits touffus. J'ai bu de ce charmant ruisseau. - -* - -31 _juillet._--Promenade vers midi du côté est derrière la fabrique -que j'avais faite le matin avec bonheur il y a huit ou dix jours. -La chaleur et l'insipidité croissante de la vue ne m'ont pas permis -d'aller plus loin. - -Le soir encore vers la route de Saint-Loup; je ne puis m'en rassasier. -Le soir, le soleil est en face au lieu d'être derrière comme le matin; -en se couchant il dore les derniers plans sur les montagnes les plus -élevées; j'en ai fait un croquis. - -Depuis quelques jours, mauvais temps froid et couvert. - -J'attribue à cela un certain malaise. - -Grande conversation avec Lenormant[458] jusqu'à dix heures à -l'établissement. - - -[452] Il s'agissait de la décoration de l'église Saint-Sulpice, à -laquelle le peintre P. Andrieu collabora. - -[453] _Jean-Auguste Barre_, sculpteur, né en 1811, élève de J.-J. -Barre, son père, et de Cortot, auteur d'un grand nombre de statues et -surtout de bustes. - -[454] Mme _Émilie Guyon_ (1821-1878) était une des actrices les plus en -vogue de l'époque. Elle devint eu 1858 sociétaire du Théâtre-Français. - -[455] M. _Yrvoix_ était attaché à la ponce secrète de l'Empereur. - -[456] Ce roman, paru en 1853, est une suite de _Joseph Balsamo_ et du -_Collier de la Reine._ - -[457] Cette deuxième partie des _Mémoires d'un médecin_ avait paru en -1849-1850. - - - * * * * * - -1er _août._--Le matin, meilleure disposition; encore au -chemin de Saint-Loup et fait un croquis que j'ai colorié dans la -journée. - -* - -2 _août._--Après dîner, une des plus délicieuses promenades que j'aie -faites ici: j'étais dispos, l'esprit tranquille, tout me charmait. J'ai -fait un croquis de la ferme Jacquot et, plus haut sur la route près de -la table ronde de pierre, une vue générale de la vallée[459]. Admiré -encore le fond sauvage avec bouleaux, sources et rochers. - -Je ne pouvais m'arracher à tout cela: quel charme grandiose! Et -personne près de moi n'y prenait garde. Je rencontrais à chaque instant -des groupes: les hommes ne s'entretenaient que d'argent; je l'ai -remarqué. - -Revenu lentement achever la soirée à l'établissement. J'y trouve -Mme Marbouty[460]; conversation jusqu'à dix heures passées. Elle -a des révélations: un esprit lui parle et lui dicte des choses -merveilleuses. Cet esprit lui a appris à guérir sa mère qui a -quatre-vingt-deux ans et qui était dans un état désespéré. Je lui ai -demandé pourquoi elle ne profitait pas du même moyen pour se guérir -elle-même; je ne sais ce qu'elle m'a répondu. J'ai rendez-vous avec -elle après déjeuner demain pour savoir ce que lui a dicté son génie. -Elle est tout étonnée que je n'aie pas aussi des révélations. - -* - -3 _août._--Mon voisin de table me dit que M. Lhéritier[461] dit à un -malade agité ou surexcité par le bain: «Ne le prenez que de trois -quarts d'heure ou d'une demi-heure.» - -M. Turck[462], au contraire, dit dans un cas analogue: «Prenez trois -heures de bain.» - -* - -_Champrosay_, 11 _août._--Parti de Paris pour Champrosay. - -Je ne suis pas encore content de ma santé. Je n'ose me remettre à -l'église[463]. - -Parti à onze heures. Je lais route avec Revenaz[464] et un de ses amis. -Nous traversons la plaine par la chaleur la plus intense. - -* - -12 _août._--Je sors à six heures du matin par la campagne. Délicieuse -promenade. Je vais au bord de la rivière et fais un croquis vers -la cabane de Degoty. Je rapporte un faisceau de nénufars et de -sagittaires; je patauge pendant près d'une heure sur les bords glaiseux -de la rivière avec délices pour conquérir ces pauvres plantes. Cette -débauche me rappelle Charenton, l'enfance, la pêche à la ligne!... Je -rentre brûlé. - -Nous avons une abondance de fruits dont nous n'avons jamais joui -jusqu'ici; jusqu'à présent n'en mangeant qu'à dîner, ils ne mont point -encore fait mal. - -* - -13 _août._--Je recommence à la même heure matinale la promenade d'hier. -Je m'arrête avant la fontaine de Baÿvet pour faire un croquis que je -regrettais de n'avoir pas fait la veille; c'est un des meilleurs du -petit calepin que j'ai emporté à Plombières. - -On passait mon carreau au siccatif; je suis resté le plus longtemps -que j'ai pu dehors, me couchant à l'ombre non loin de la rivière, près -du petit pont qui traverse un vivier. Je m'étais assis au bas de la -rivière même, mais sans descendre jusqu'aux roseaux, abrité par mon -parasol, en face de cette île remplie de roseaux qui se forme dans les -basses eaux. - -Assis encore près de la fontaine de Baÿvet qui n'est plus qu'un filet -d'eau, mais charmant et coulant entre les herbes. - -J'ai passé le reste de la journée dans la cour à l'ombre, assis dans -mon fauteuil qu'on m'avait descendu pour donner le temps aux carreaux -de sécher. - -Le soir après dîner, sorti avec Jenny dans la campagne; la pauvre femme -est souffrante comme à Bordeaux. Elle n'est restée qu'un instant avec -moi, et je suis rentré qu'il faisait presque nuit; j'étais resté à me -promener en long et en large devant la fontaine. Le soir, éclaircie, -espérance de pluie pas réalisée. - -* - -19 _août._--Travailler n'est pas seulement pour produire des ouvrages, -c'est pour donner du prix au temps; on est plus content de soi et de -sa journée quand on a remué des idées, bien commencé ou achevé quelque -chose. - -Lire des mémoires, des histoires consolant des misères ordinaires de la -vie par le tableau des erreurs et des misères humaines. - ---_La dernière scène de_ Roméo et Juliette. - ---_Les Capulet, les Montaigu, le père Laurence._ - - -[458] _Charles Lenormant_ (1802--1859), archéologue et historien, -fut successivement inspecteur des Beaux-Arts, conservateur du -Musée des antiques, professeur au Collège de France, directeur du -_Correspondant_, membre de l'Académie des inscriptions, etc. C'était un -homme fort instruit, doué d'un goût très vif pour les arts. - -[459] _Le val d'Ajol, vu de la Feuillée Dorothée._ - -[460] _Mme Marbouty_, plus connue en littérature sous le nom de _Claire -Brunne_, auteur de nombreux romans et de pièces de théâtre. - -[461] Le _docteur Lhéritier_, membre de l'Académie de médecine, était -médecin inspecteur des eaux de Plombières. - -[462] Le docteur _Léopold Turck_, qui avait siégé comme représentant du -peuple à l'Assemblée de 1848, était revenu sous l'Empire à Plombières, -où il exerçait la médecine. - -[463] L'église Saint-Sulpice. - -[464] Parent de M. Moreau et grand admirateur de Delacroix. (Voir -_Catalogue Robaut_, nos 565, 566 et 1232.) - - - * * * * * - - -3 _septembre._--Je suis souffrant depuis mardi soir; la veille, dîner -chez Barbier avec Malakoff et sa prétendue, Mme de Montijo, etc. - -Toute la fin de la semaine j'interromps la peinture, je lis -Saint-Simon. Toutes ces aventures de tous les jours prennent sous cette -plume un intérêt incroyable. Toutes ces morts, tous ces accidents -oubliés depuis si longtemps consolent du néant où l'on se sent -soi-même. - -Lu aussi les commentaires de Lamartine sur l'_Iliade_; je me propose -d'en extraire quelque chose. Cette lecture réveille en moi l'admiration -de tout ce qui ressemble à Homère, entre autres du Shakespeare, du -Dante. Il faut avouer que nos modernes (je parle des Racine, des -Voltaire) n'ont pas connu ce genre de sublime, ces naïvetés étonnantes -qui poétisent les détails vulgaires et en font des _peintures_ pour -l'imagination et qui la ravissent. Il semble que ces hommes se croient -trop grands seigneurs pour nous parler comme à des hommes, de notre -sueur, des mouvements naïfs de notre nature, etc., etc. - -* - -5 _septembre._--Je vais chez les Parchappe, où sont les Barbier. Je les -trouve tout en fête à l'Ermitage. Je reviens par la plus belle nuit du -monde. - -Je suis souffreteux depuis quelques jours. J'ai interrompu la peinture. - -J'ai avancé beaucoup quelques tableaux: - -Les _Chevaux sortant de la mer_[465]. - -L'_Arabe blessé au bras et son cheval_[466]. - -Le _Christ au tombeau dans la caverne, flambeaux_[467], etc. - -Le _Petit Ivanhoë et Rebecca_[468]. - -Le _Centaure et Achille_[469]. - -Le _Lion et te Chasseur embusqué_, effet de soir[470]. - -L'ébauche de l'_Othello_ sur le corps de Desdémone. - -J'ai composé: _Troupes marocaines dans les montagnes_[471]. - ---Villot me dit de coller du papier sur la voûte de ma chapelle avant -d'y coller le tableau. Cela est adopté par les décorateurs et fort -recommandé. - -* - -6 _septembre._--J'écris à M. Berryer:--«En fin de compte, je me suis -réfugié ici, où j'ai retrouvé du mieux; mais ce n'est pas tout; voici -ce qui m'attendait à Champrosay: l'homme qui me louait mon petit -pied-à-terre m'apprend au déballé qu'il va vendre sa maison, et que -j'avise d'ici à peu. Me voilà troublé dans mes habitudes, quoique j'y -fusse médiocrement; mais enfin j'y suis, et il y a quinze ans que je -viens dans le pays, que j'y vois les mêmes gens, les mêmes bois, les -mêmes collines. Qu'eussiez-vous fait à ma place, cher cousin, vous -qui vous êtes laissé murer dans l'appartement que vous occupez depuis -quarante ans, plutôt que d'en chercher un autre? Probablement ce que -j'ai fait; c'est-à-dire que j'ai acheté la maison, qui n'est pas chère -et qui, avec quelques petits changements en sus du prix d'achat, me -composera un petit refuge approprié à mon humble fortune. Il me faut -donc, à l'heure qu'il est, retourner sous deux jours à Paris, faire -un mois de ce travail ajourné sans cesse et venir encore de temps en -temps ici, voir ce qui s'y fait pour les arrangements que je vous ai -dits. - -«Vous aurez bien vu, en ouvrant ma lettre, mon cher cousin, que je ne -vous en disais tant que parce que je n'avais rien de bon à vous dire, -au moins pour ce qui me concerne. Tout ce bavardage que je vous fais -ici de mes petites affaires, j'aurais voulu vous en étourdir sous les -ombrages d'Augerville et au bord de l'Essonne. Vous voyez que je ne le -puis malheureusement pas, et vous pensez bien, je l'espère, que c'est -contre ma plus chère volonté.» - -* - -_Paris_, 9 _septembre._--Parti de Champrosay à sept heures; trouvé là -Leroy d'Étiolés. - -* - -11 _septembre._--Je retourne travailler à Saint-Sulpice; je fais -beaucoup à l'_Héliodore_[472]. Le lendemain, impuissance ... - -* - -14 _septembre._--Je vais au Louvre voir le dessin de Masson, en -comparaison de mon tableau[473].--Belles restaurations des tableaux -espagnols. Contours noirs dans plusieurs parties du Murillo; sont-ils -de lui?--Revu l'étrange _Baptême du Christ_ de Rubens jeune. - -* - -15 _septembre._--Copié un passage de _Jane Eyre_[474]. - -* - -17 _septembre._--Vu de Rudder[475], qui me parle de la Marbouty dans le -sens que je connaissais. - -* - -19 _septembre._--Donné aujourd'hui à Haro la _Petite Vue de Dieppe_ -pour y mettre une bordure noire.---L'esquisse de _Mirabeau_ pour -rentoiler[476]. - -Aujourd'hui, dîner chez Mme de Forget avec Mme Menéval, un M. Dufour, -compagnon de Batta à Tripoli; il me parle beaucoup de lui, toujours -fumant, toujours avec son opium. Il me parle beaucoup de ce calme de -la vie dans ces pays; l'insouciance de nos petites affaires et de nos -petits plaisirs. - -M. Yvan me donne son remède contre la fièvre; il est général en Russie, -et cela lui a réussi quand la quinine était impuissante: faire sécher -du gros sel gris au soleil ou sur une assiette sur le feu, en mettre -une poignée dans un verre d'eau qu'on avale. (Consulter cependant.) - ---_Frappement du rocher_: Hommes, femmes, animaux épuisés, chameaux, -empressement vers la source. - - -[465] Voir _Catalogue Robaut_, n° 1410. - -[466] Voir _Catalogue Robaut_, n° 1175. - -[467] Voir _Catalogue Robaut_, n° 1103. - -[468] Voir _Catalogue Robaut_, n° 1000. - -[469] Voir _Catalogue Robaut_, n° 1438. - -[470] Voir _Catalogue Robaut_, n° 1227. - -[471] Voir _Catalogue Robaut_, n° 1277. - -[472] Voir _Catalogue Robaut_, n° 1340. - -[473] _Dante et Virgile_, l'eau-forte _d'Adolphe Masson_, est encore -inédit. - -[474] Roman anglais de _Currer Bell_, pseudonyme de _Charlotte -Brontë._ Ce livre, qui eut un grand retentissement en Angleterre, fut -immédiatement traduit en français. - -[475] _Louis-Henri de Rudder_ (1807-1881), peintre élève de Gros et de -Charlet. - -[476] _Mirabeau et Dreux-Brézé._ Voir _Catalogue Robaut_, -nos 359 et 360. - - - - -1859 - - -_Champrosay,_9 _janvier.--Sur la difficulté de conserver l'impression -du croquis primitif.--De la nécessité des sacrifices._--Sur les -artistes qui, comme Vernet, finissent _tout de suite_, et du mauvais -effet qui en résulte. Voir mes notes du 4 avril 1854[477]. - -Promenade à la forêt et visite au couvent en ruine de l'Ermitage. -Stupidité des démolisseurs, tant fanatiques religieux que fanatiques -révolutionnaires. Solidité de ces constructions de moines. Voir mes -notes du 13 mai 1853[478]. - ---Avantages de l'éducation suivant Labruyère.--L'éducation se fait avec -les honnêtes gens. Voir mes notes du 8 mars 1853[479]. - ---Sur les choses inachevées, impressions d'ébauches à propos du chêne -d'Antain. Que _Michel-Ange_ doit une partie de son effet au manque de -proportions. Voir mes notes du 9 mai 1853[480]. - ---Tirade sur Girardin qui revenait sans cesse à cette époque sur le -labourage à la vapeur. La moralité ne me paraît pas devoir gagner à -dispenser les hommes de travail. Auront-ils une patrie? se lèveront-ils -pour la défendre? Voir mes notes du 17 mai 1853[481]. - ---_Sur la couleur._ Que les Rubens et les Titien ont employé des -couleurs brillantes, et David des couleurs ternes. Excès de sobriété -préconisé chez les modernes. Voir mes notes du 13 novembre 1857[482]. - ---Sur le mot _distraction._ On la cherche dans les travaux de toute -sorte, y compris ceux de l'esprit; on se distrait avec des ouvrages -qui ont servi à d'autres de distraction Voir mes notes du 9 novembre -1857[483]. - ---Sur l'_ébauche_ et sur le _fini._ Les improvisations de Chopin plus -hardies que l'ouvrage; on ne gâte pas en finissant, quand on est grand -artiste. Voir mes notes du 20 avril 1853[484]. - ---Perfection de Mozart qui ne brille pas par le voisinage du mauvais. -Voir mes notes du 18 avril 1853[485]. - ---Il y a aussi les génies fougueux, dont le temps consacre les -imperfections, Rubens, etc. - -[477] Voir t. II, p 324. - -[478] Voir t. II, p. 191 et 192. - -[479] Voir t. II, p. 182 et suiv. - -[480] Voir t. II, p. 185 et 186. - -[481] Voir t. II, p. 198. - -[482] Voir t. III, p. 297. - -[483] Voir t. III, p. 296. - -[484] Voir t. II, p. 163 et 164. - -[485] Non retrouvées. - - - * * * * * - -1er _mars._--DICTIONNAIRE. - -_Tableau._ Faire un tableau, l'art de le conduire depuis l'ébauche -jusqu'au fini. C'est une science et un art tout à la fois; pour s'en -acquitter d'une manière vraiment savante, une longue expérience est -indispensable. - -L'art est si long que, pour arriver à _systématiser_[486] certains -principes qui, au fond, régissent chaque partie de l'art, il faut la -vie entière. Les talents nés trouvent d'instinct le moyen d'arriver à -exprimer leurs idées; c'est chez eux un mélange _d'élans spontanés_ -et de _tâtonnements_, à travers lesquels l'idée se fait jour avec -un charme peut-être plus particulier que celui que peut offrir la -production d'un maître consommé. - -Il y a dans l'aurore du talent quelque chose de naïf et de hardi en -même temps qui rappelle les grâces de l'enfance et aussi son heureuse -insouciance des conventions qui régissent les hommes faits. C'est ce -qui rend plus surprenante la hardiesse que déploient à une époque -avancée de leur carrière les maîtres illustres. Être _hardi_[487], -quand on a un passé à compromettre, est le plus grand signe de la force. - -Napoléon met, je crois, Turenne au-dessus de tous les capitaines, parce -qu'il remarque que ses plans étaient plus audacieux à mesure qu'il -avançait en âge. Napoléon lui-même a donné l'exemple de cette qualité -extraordinaire. - -Dans les arts en particulier, il faut un sentiment bien profond pour -maintenir l'originalité de sa pensée en dépit des habitudes auxquelles -le talent lui-même est fatalement enclin à s'abandonner. Après avoir -passé une grande partie de sa vie à accoutumer le public à son génie, -il est très difficile à l'artiste de ne pas se répéter, de renouveler, -en quelque sorte, son talent, afin de ne pas tombera son tour dans ce -même inconvénient de la banalité et du lieu commun qui est celui des -hommes et des écoles qui vieillissent. - -Gluck[488] a donné l'exemple le plus remarquable de cette force -de volonté qui n'était autre que celle de son génie. Rossini a -toujours été se renouvelant jusqu'à son dernier chef-d'œuvre, -qui prématurément a clos son illustre carrière de chefs-d'œuvre. -Raphaël, Mozart, etc., etc. - -_Hardiesse._ Il ne faudrait cependant pas attribuer cette hardiesse, -qui est le cachet des grands artistes, uniquement à ce don de -renouvellement ou de rajeunissement du talent par des moyens d'effets -nouveaux. Il est des hommes qui donnent leur mesure du premier coup, -et dont la sublime monotonie est la principale qualité. Michel-Ange -n'a point varié la physionomie de ce terrible talent qui a renouvelé -lui-même toutes les écoles modernes et leur a imprimé un élan -irrésistible. - -Rubens a été Rubens tout de suite. Il est remarquable qu'il n'a pas -même varié son exécution, qu'il a très peu modifiée, même après l'avoir -reçue de ses maîtres. S'il copie Léonard de Vinci, Michel-Ange, le -Titien,--et il a copié sans cesse,--il semble qu'il s'y soit montré -plus Rubens que dans ses ouvrages originaux. - -_Imitation._ On commence toujours par imiter. - -Il est bien convenu que ce qu'on appelle _création_ dans les grands -artistes n'est qu'une manière particulière à chacun de voir, de -coordonner et de rendre la nature. Mais non seulement ces grands hommes -n'ont rien créé dans le sens propre du mot, qui veut dire: de _rien_ -faire _quelque chose_; mais encore ils ont dû, pour former leur talent -ou pour le tenir en haleine, imiter leurs devanciers et les imiter -presque sans cesse, volontairement ou à leur insu. - -Raphaël, le plus grand des peintres, a été le plus _appliqué à -imiter_[489]: imitation de son maître, laquelle a laissé dans son -style des traces qui ne se sont jamais effacées; imitation de l'antique -et des maîtres qui l'avaient précédé, mais en se dégageant par degrés -des langes dont il les avait trouvés enveloppés; imitation de ses -contemporains et des écoles étrangères, telles que l'Allemand Albert -Dürer, le Titien, Michel-Ange, etc. - -Rubens a imité sans cesse, mais de telle sorte qu'il est difficile -de...[490]. - -_Imitateurs._ On peut dire de Raphaël, de Rubens, qu'ils ont beaucoup -imité, et l'on ne peut sans injure les qualifier d'_imitateurs._ On -dira plus justement qu'ils ont eu beaucoup d'imitateurs, plus occupés -à calquer leur style dans de médiocres ouvrages, qu'à développer chez -eux un style qui leur fût propre. Les peintres qui se sont formés en -imitant leurs ouvrages, mais qui ont calqué le style de ces grands -hommes dans leurs ouvrages propres et qui n'en ont reproduit que de -_faibles parties_[491] par défaut d'originalité... - - -[486] Dans un autre art, les écrits théoriques de Richard Wagner sont -la plus éclatante démonstration de cette idée. - -[487] Voir notre Étude, p. XXXIII. - -[488] On sait que _Gluck_ composa ses plus belles œuvres et donna -le plus frappant exemple de hardiesse à un âge où généralement les -forces créatrices ont diminué, quand elles ne se sont pas complètement -éteintes chez la plupart des artistes. Il en fut de même pour ce -Titien, que Delacroix aima si passionnément dans la seconde partie de -sa carrière d'artiste. - - * * * * * - -8 _août._--Voir dans l'_Annuaire_ de 1858, de l'Académie de -Bruxelles, à la page 139, une note ainsi conçue: «Sous le rapport -politique d'ailleurs, le métier des peintres n'occupait qu'un rang -comparativement inférieur. Il ne pouvait rivaliser avec les métiers -des bouchers, des poissonniers, des tailleurs, des forgerons, des -boulangers.» (Pour l'article sur la situation des artistes chez les -anciens et les modernes.--À faire pour le Dictionnaire de l'Académie.) - -* - -9 _août._--«Malgré les travers qu'on lui a reprochés, la violence de -son caractère, son esprit irritable, sarcastique, son amour presque -maladif de la solitude...» (Article de Clément sur Michel-Ange. _Revue -des Deux Mondes_ du 1er juillet 1859.) - -* - -_Strasbourg_, 23 _août._--J'écris à Mme de Forget: - -«Je vous donne quelques nouvelles de mon voyage et de mon séjour. - -«Je suis arrivé sans trop de poussière et de chaleur, même sans trop -d'embarras, quoique tous les départs fussent encombrés de la foule des -curieux de province qui étaient venus à Paris admirer nos splendeurs, -que j'ai fuies autant que j'ai pu. - -«La distraction et la locomotion n'ont pas suffi à me remettre encore; -j'espère que le repos profond dont je jouis ici avec mon bon parent -dissipera ce malaise. Quel que soit l'état de la santé, et en l'absence -de plaisirs plus vifs, le seul changement de lieu suffit pour procurer -un grand agrément. Cette ville semble bien primitive ou, si vous -voulez, bien arriérée en comparaison de Paris. - -«Je n'entends parler qu'allemand; cela me rassure un peu sur la crainte -d'être troublé dans mes promenades par la rencontre de connaissances -importunes; mais où ne rencontre-t-on pas des importuns? Je lis, -je dors beaucoup, je me promène un peu et je jouis infiniment du -tête-à-tête de mon cousin, dont j'aime l'esprit et l'expérience, et -qui a précisément les mêmes goûts que moi: cela va durer ainsi jusqu'à -ce que j'aille joindre pour peu de jours seulement mon brave cousin de -Champagne, qui se trouve sur ma route pour retourner à Paris. - -«Tout cela me conduira jusqu'au 10 septembre environ, et Dieu veuille -qu'alors j'aie repris assez de forces pour me remettre à mon travail, -que je désirais pousser cet automne. - -«Comment allez-vous? Comment gouvernez-vous votre imagination? Car -c'est là le grand point: on est heureux quand on croit l'être, et si -votre esprit, au contraire, est ailleurs, toutes les distractions -du monde ne font rien pour la satisfaction. Je suis sûr que vous -seriez rafraîchie par la vue de ces bonnes campagnes et de ces belles -promenades qui commencent tout de suite hors des murs de cette ville. -Point de bruit, peu de voitures et de toilette; en un mot, on est à -cent ans en arrière; cela ferait fuir tout le monde et cela m'enchante. - -«_P. S._--Je lis avec délices un très vieux livre que je n'avais pas -lu ou que je ne me rappelais plus: le _Bachelier de Salamanque_, de -Lesage. Lisez ou relisez-le; vous verrez à quelle distance cela met -tous nos hommes de génie.» - -* - -25 _août._--Préface de la dernière édition de Boileau. - - -[489] Dans son étude sur Raphaël, Delacroix avait déjà énoncé et -développé cette idée qui lui semblait féconde en points de vue -intéressants: «Beaucoup de critiques, dit-il, seront peut-être tentés -de lui reprocher (à Raphaël) ce qui me semble, à moi, la marque la plus -sûre du plus incomparable talent, je veux parler de l'adresse avec -laquelle il sut imiter, et du parti prodigieux qu'il tira, non pas -seulement des anciens ouvrages, mais de ceux de ses émules et de ses -contemporain.» - -[490] Inachevé dans le manuscrit. - -[491] Dans cette même étude sur Raphaël, le maître ajoutait à propos -des imitateurs: «Il y a plusieurs manières d'imiter: chez les uns, -c'est une nécessité de leur nature indigente qui les précipite à la -suite des beaux ouvrages. Ils croient y rallumer leur flamme sans -chaleur, et appellent cela y puiser de l'inspiration... Chez les -autres, l'imitation est comme une condition indispensable du succès. -C'est elle qui s'exerce dans les écoles sous les yeux et sous la -direction d'un même maître. Réussir, c'est approcher le plus possible -de ce type unique. Imiter la nature est bien le prétexte, mais la palme -appartient seulement à celui qui l'a vue des mêmes yeux et l'a rendue -de la même manière que le maître. Ce n'est pas là l'imitation chez -Raphaël. On peut dire que son originalité ne paraît jamais plus vive -que dans les idées qu'il emprunte. Tout ce qu'il touche, il le relève, -et le fait vivre d'une vie nouvelle. C'est bien lui qui semble alors -reprendre ce qui lui appartient, et féconder des germes stériles qui -n'attendaient que sa main pour donner leurs vrais fruits.» (_Revue de -Paris_, t. II, 1830.) - - * * * * * - -9 _septembre._--Les cousins sont arrivés dans la nuit. - -Promenade le matin avec le cousin dans la plaine riante où sont ses -pièces. J'y ai dessiné. - -Je trouve dans Bayle: «Notez que les dogmes des philosophes païens -étaient si mal liés et si mal combinés.....» (Thalès.) - - * * * * * - -12 _octobre._--Les vraies beautés dans les arts sont éternelles, et -elles seraient admises dans tous les temps; mais elles ont l'habit -de leur siècle: il leur en reste quelque chose, et malheur surtout -aux ouvrages qui paraissent dans les époques où le goût général est -corrompu! - -On nous peint la vérité toute nue: je ne le conçois que pour des -vérités abstraites; mais toute vérité dans les arts se produit par des -moyens dans lesquels la main de l'homme se fait sentir, par conséquent -avec la forme _convenue_[492] et adoptée dans le temps où vit l'artiste. - -Le langage de son temps donne une couleur particulière à l'ouvrage -du poète; cela est si vrai qu'il est impossible de donner, dans une -traduction faite beaucoup plus tard, une idée exacte d'un poème. Celui -de _Dante_, malgré toutes les tentatives plus ou moins heureuses, ne -sera jamais rendu dans sa beauté naïve par la langue de Racine et de -Voltaire. Homère de même. Virgile, venu dans une époque plus raffinée, -qui ressemblait à la nôtre, Horace même, malgré la concision de son -langage, seront rendus plus heureusement en français; l'abbé Delille -a traduit Virgile; Boileau eût traduit Horace; ce serait donc moins -la difficulté résultant de la diversité des langues que de l'esprit -différent des époques qui serait un obstacle à une vraie traduction. -L'italien du Dante n'est pas l'italien de nos jours; des idées antiques -vont à une langue antique. Nous appelons naïfs ces auteurs anciens: -c'est leur époque qui l'était, par rapport à la nôtre seulement. - -Les usages d'une époque diffèrent entièrement; la manière d'être -expressif, d'être plaisant, de s'exprimer, en un mot, sont en -harmonie avec la tournure des esprits. Nous ne voyons les Italiens du -quatorzième siècle qu'à travers la _Divine Comédie_; ils vivaient comme -nous, mais s'égayaient des choses plaisantes de leur temps. - -* - -25 _octobre._--Le mot de M. Pasquier, en parlant de Solferino: «C'est -comme la confiance; cela se gagne, cela ne se commande pas.» - -Hugo disait à Berryer: «_Nous sommes tous comme cela._» Il faisait -allusion à la crainte de devenir aveugle. - -* - -_Augerville_, 31 _octobre._--Montaigne[493] ayant été élu maire de -Bordeaux..... (_Revue britannique._) - - -[492] Cette idée paraît bien l'avoir préoccupé à cette époque, car à -la date du 1er septembre, sur un album qu'il avait emporté -à Strasbourg, Delacroix écrivait: «Le réaliste le plus obstiné est -bien forcé d'employer, pour rendre la nature, certaines conventions de -composition ou d'exécution. S'il est question de la composition, il ne -peut prendre un morceau isolé ou même une collection de morceaux pour -en faire un tableau... Le réaliste obstiné corrigera dans un tableau -cette inflexible perspective qui fausse la vue des objets à force de -justesse.» (EUGÈNE DELACROIX, _sa vie et ses œuvres_, p. 406 et 407.) - -[493] Les lacunes du Journal en 1859, si intéressants que soient les -passages qui nous restent, sont d'autant plus regrettables que ce -fut l'année de sa plus belle exposition, celle aussi où la critique -manifesta vis-à-vis du maître le plus impitoyable acharnement. -Delacroix avait envoyé au Salon la _Montée au Calvaire_, le _Christ -descendu au tombeau_, un _Saint Sébastien, Ovide en exil chez les -Scythes, Herminie et les bergers, Rebecca enlevée par le templier, -Hamlet, Les bords du fleuve Sébou._ Les vrais artistes qui ont conservé -le souvenir de cette exposition se la rappellent comme une des plus -imposantes du peintre. Il eût été curieux de retrouver dans les notes -intimes de Delacroix la trace des amertumes et des légitimes colères -que l'injustice de ses contemporains dut susciter en lui après tant -d'années de luttes! - - - - -1860 - - -3 _janvier._--Extrait de _Consuelo:_ «...Comme le héros fabuleux, -Consuelo était descendue dans le Tartare pour en tirer son ami, et elle -en avait rapporté l'épouvante et l'égarement.» - ---Article sur l'Égypte, de M. Lèbre[494]: «...Les justes, au contraire, -présentent des offrandes aux dieux, cueillent les fruits des arbres de -vie, ou, des faucilles à la main, moissonnent les campagnes du ciel; -d'autres se baignent et jouent dans des bassins d'eau primordiale.» - -* - -15 _janvier._--DICTIONNAIRE. - -_Hardiesse._ Il faut une grande hardiesse pour oser _être soi_; c'est -surtout dans nos temps de décadence que cette qualité est rare. Les -artistes primitifs ont été hardis avec naïveté et pour ainsi dire sans -le savoir; en effet, la plus grande des hardiesses, c'est de sortir -du convenu et des habitudes; or, des gens qui viennent les premiers -n'ont point de précédents à craindre; le champ était libre devant eux; -derrière eux, aucun précédent pour enchaîner leur inspiration. Mais -chez les modernes, au milieu de nos écoles corrompues et intimidées -par des précédents bien faits pour enchaîner des élans présomptueux, -rien de si rare que cette confiance qui seule fait produire les -chefs-d'œuvre. - -Bonaparte dit à Sainte-Hélène, en parlant de l'amiral Brueys[495], -celui qui mourut si glorieusement à Aboukir: «Il n'avait pas dans la -bonté de ses plans cette confiance, etc.», ni la véritable hardiesse, -celle qui est fondée sur une originalité native. Il faut reconnaître -qu'on rencontre trop fréquemment, chez le commun des artistes, une -confiance aveugle dans des forces que s'attribue une vaniteuse -médiocrité. Des hommes dépourvus d'idées et de toute espèce d'invention -se prennent bonnement pour des génies et se proclament tels. - -DICTIONNAIRE.--_Préface._--Ce qu'il importe dans un Dictionnaire[496] -des Beaux-Arts, ce n'est pas de savoir si Michel-Ange était un grand -citoyen (l'histoire du portefaix qu'il perce d'une lance pour étudier -l'agonie d'un homme expirant sur une croix), comme il était le plus -grand artiste; mais comment se forma tout à coup son style à la suite -des tâtonnements d'écoles qui sortaient à peine des langes d'une timide -enfance, et quelle influence ce style prodigieux a eue sur tout ce qui -l'a suivi. - -Le lecteur se trouvera aussi dispensé de retrouver pour la millième -fois l'histoire ridicule du Corrège, mais il apprendra peut-être avec -plaisir ce que les nombreux historiens des artistes célèbres n'ont pas -redit assez: c'est combien les pas que ce grand homme a fait faire à -la peinture ont été surprenants, et combien, sous ce rapport, il se -rapproche de Michel-Ange lui-même. - -* - -16 _janvier._--DICTIONNAIRE (_Pour la Préface du._) Un dictionnaire -de ce genre sera relativement nul s'il est l'ouvrage d'un seul homme -de talent; il serait meilleur encore, ou plutôt il serait le meilleur -possible, s'il était l'ouvrage de plusieurs hommes de talent, mais à -la condition que chacun d'eux traite son sujet sans la participation -de ses confrères. Fait commun, il retomberait dans la _banalité_[497], -et ne s'élèverait pas beaucoup au-dessus d'un ouvrage composé en -société par de médiocres artistes. Chaque article amendé par chacun des -collaborateurs perdrait son originalité pour prendre sous le niveau des -corrections une unité banale et sans fruit pour l'instruction. - -C'est le fruit de l'expérience qu'il faut trouver dans un ouvrage de -ce genre. Or, l'expérience est toujours fructueuse chez les hommes -doués d'originalité; chez les artistes vulgaires, elle n'est qu'un -apprentissage un peu plus long des recettes qu'on trouve partout. - -On trouvera dans ce manuel des articles sur quelques artistes célèbres, -mais on n'y traitera ni de leur caractère, ni des événements de leur -vie. On y trouvera analysés plus ou moins longuement leur style -particulier, la manière dont chacun d'eux a adopté ce style, la partie -technique de l'art. - -* - -17 _janvier._--Le but principal d'un Dictionnaire des Beaux-Arts -n'est pas de récréer, mais d'instruire. Donner ou éclairer certains -principes essentiels, éclairer l'inexpérience avec plus ou moins de -succès, montrer la route à suivre et signaler les écueils sur les -routes dangereuses ou proscrites par le goût, telle est la marche qu'il -est bon de s'y proposer. Or, où trouve-t-on de meilleures applications -de principes que dans l'exemple des grands maîtres qui ont porté à la -perfection les différentes branches des arts? Quoi de plus instructif -que leurs erreurs elles-mêmes? Car l'admiration qu'inspirent ces hommes -privilégiés et venus les premiers ne doit pas être une admiration -aveugle; les adorer dans toutes leurs parties serait, particulièrement -pour de jeunes aspirants, ce qu'il y aurait de plus dangereux; -la plupart des artistes, même parmi ceux qui sont capables d'une -certaine perfection, sont enclins à s'appuyer sur les faiblesses des -grands hommes et à s'en autoriser. Ces parties qui, chez les hommes -privilégiés, sont généralement des exagérations de leur sentiment -particulier, deviennent facilement, chez de faibles imitateurs, de -grossières _bévues_; des écoles entières ont été fondées sur des côtés -mal interprétés des maîtres, et de déplorables erreurs ont été la -suite de ce zèle inconsidéré à s'inspirer des mauvais côtés des hommes -remarquables, ou plutôt de l'impuissance de reproduire quelque chose de -leurs sublimes parties. - -* - -18 _janvier._--Malheureusement, chaque homme ne peut suffire qu'à une -tâche restreinte; peut-être que beaucoup d'hommes capables d'écrire -d'excellentes choses sur la peinture ou sur les arts en général (je -parle toujours, non de simples critiques, mais d'hommes du métier en -état de répandre une véritable instruction) ont été retenus par l'idée -de l'insuffisance d'un seul homme, occupé d'ailleurs de l'exercice -même de sa profession, à faire un ouvrage sur ces matières si peu -approfondies. - -_Faire un livre_[498] est une besogne à la fois si respectable et -si menaçante, qu'elle a glacé plus dune fois l'homme de talent prêt -à prendre la plume pour consacrer quelques loisirs à l'instruction -de ceux qui sont moins avancés que lui dans la carrière. Le livre a -mille avantages sans doute: il enchaîne, il déduit les principes, -il développe, il résume, il est un monument; enfin, à ce titre, il -flatte l'amour-propre de son auteur au moins autant qu'il éclaire les -lecteurs; mais il faut un plan, des transitions; l'auteur d'un livre -s'impose la tâche de ne rien omettre de ce qui a trait à sa matière. - -Le dictionnaire, au contraire, supprime une grande partie... S'il n'a -pas le sérieux du livre, il n'en offre pas la fatigue; il n'oblige -pas le lecteur haletant à le suivre dans sa marche et dans ses -développements; bien que le dictionnaire soit ordinairement l'ouvrage -des compilateurs proprement dits, il n'exclut pas l'originalité -des idées et des aperçus: mal inspiré serait celui qui ne verrait -dans le dictionnaire de Bayle, par exemple, que des compilations. -Il soulage l'esprit, qui a tant de peine à s'enfoncer dans de longs -développements, à suivre avec l'attention convenable ou à classer et -à diviser les matières. On le prend et on le quitte; on l'ouvre au -hasard, et il n'est pas impossible d'y trouver, dans la lecture de -quelques fragments, l'occasion d'une longue et fructueuse méditation. - -* - -19 _janvier._--Il s'est trouvé un homme comme Michel-Ange, qui était -peintre, architecte, sculpteur et poète. Un tel homme serait le plus -prodigieux des phénomènes, s'il était un grand poète en même temps -qu'il est le plus grand des sculpteurs et des peintres; mais la nature, -heureusement pour, les artistes qui marchent de loin sur ses traces, -et pour les consoler apparemment de lui être si inférieurs, n'a pas -permis qu'il fût aussi le premier des poètes. Il a écrit sans doute, -quand il était las de peindre ou d'édifier; mais sa vocation était -d'animer le marbre et l'airain, et non de disputer la palme aux Dante -et aux Virgile, ni même aux Pétrarque. Il a fait des pièces de courte -haleine, comme il convient à un homme qui a autre chose à faire que -de méditer longuement sur des rimes. S'il n'eût fait que ses sonnets, -il est probable que la postérité ne se fût pas occupée de lui. Cette -imagination dévorante avait besoin de se répandre sans cesse, et -quoique sans cesse rongé de mélancolie et même de découragement,--son -histoire le dit à chaque instant,--il avait besoin de s'adresser à -l'imagination des hommes en même temps qu'il en évitait la société. Il -n'admettait près de lui que des petites gens, que des subalternes, ses -praticiens qu'il pouvait à son gré écarter de son chemin, qu'il aimait -à ses heures et qu'il accueillait volontiers, quand il était fatigué de -la fréquentation forcée des grands qui lui dérobaient son temps et le -forçaient à des observances de civilité. - -La pratique d'un art demande un homme tout entier[499]; c'est un -devoir de s'y consacrer pour celui qui en est véritablement épris. -Peinture, sculpture, sont presque le même art dans ces siècles de -renouvellement où les encouragements vont trouver le talent, où la -foule des talents médiocres n'a pas encore éparpillé la bonne volonté -des Mécènes et dérouté l'admiration du public; mais quand les écoles se -sont multipliées, que les médiocres talents abondent, qu'ils réclament -chacun une part de la munificence publique ou de celle des grands, à -qui accordera-t-on de prendre la place de plusieurs hommes en exerçant -à soi tout seul?... Que si l'on peut concevoir un seul homme professant -à la fois la sculpture, la peinture et même l'architecture, à cause des -liens qui unissent ces arts qui ne sont séparés que dans les époques -de décadence, on ne reconnaîtra pas aussi facilement la possibilité de -joindre[500]... - -* - -25 _janvier._--DICTIONNAIRE. - -_Du goût des nations._ - -_L'amour des détails chez les Anglais._ - -_Du terrible._ - -_Du goût italien en musique, en art, etc._ - -* - -26 _janvier.--Charlet_[501]. Je ne suivrai pas l'auteur de la _Vie de -Charlet_[502] dans la partie anecdotique de son histoire. Cette partie -y occupe une grande place; ami du grand artiste, il a connu une foule -de particularités, et il fait ressortir comme il le doit les parties -honorables de son caractère. Il s'en est fait en quelque sorte un pieux -devoir, et on ne peut que lui donner des éloges à cet égard, comme -pour les parties de son ouvrage où il fait ressortir les qualités de -l'illustre dessinateur. - -Telle n'est pas la tâche d'un contemporain de Charlet, artiste comme -lui, qui entreprend de ramener le public à une estime de ses ouvrages -égale à leur mérite. En étalant aux yeux la partie intime de sa vie, il -se trouve en contradiction avec cette opinion dans laquelle il n'a fait -que s'affermir de plus en plus. - -* - -27 _janvier.--Architecture_[503]. L'architecture est tombée de nos -jours dans une complète dégradation; c'est un art qui ne sait plus -où il en est; il veut faire du nouveau, et il n'y a pas d'hommes -nouveaux. La bizarrerie tient lieu de cette nouveauté tant cherchée -et est si peu nouvelle et originale, précisément parce qu'elle -est cherchée. Les anciens sont arrivés par degrés au comble de la -perfection, non pas tout d'un coup, non pas en se disant qu'il fallait -absolument étonner les esprits, mais en montant par degrés et presque -sans s'en douter à cette perfection qui a été le fruit du génie appuyé -sur la tradition. Qu'espèrent les architectes en rompant avec toutes -les traditions? - -On s'est lassé, dit-on, de l'architecture grecque, que les Romains, -tout grands qu'ils ont été, ont respectée, sauf les modifications -que leurs usages les ont conduits à adopter. Après les ténèbres du -moyen âge, la Renaissance, qui a été véritablement celle du goût, -c'est-à-dire du bon sens, c'est-à-dire du beau dans tous les genres, en -est revenue à ces proportions admirables dont il faudra toujours, en -dépit de toutes les prétentions à l'originalité, reconnaître l'empire -incontestable. Nos usages modernes, si différents en une foule de -points de ceux des anciens, s'y adaptent pourtant merveilleusement. De -l'air, de la lumière, une large circulation, des aspects grandioses, -répondent de plus en plus à cet élargissement graduel de nos villes et -de nos habitations. La vie renfermée et inquiète de nos pères, occupés -sans cesse à se défendre dans les maisons, à épier l'attaquant par des -meurtrières qui laissaient à peine pénétrer le jour, les rues étroites, -ennemies du développement des lignes que comporte le génie antique, -convenaient à une société opprimée et sans cesse sur le qui-vive. - -Que nous veulent donc ces constructeurs de bâtiments à la mode du Paris -du quinzième siècle? Ne semble-t-il pas qu'à chacune de ces meurtrières -qu'ils appellent des fenêtres, nous allons voir à chaque instant des -hommes l'arquebuse à la main, ou que nous allons voir retomber une -herse derrière les portes garnies de gonds formidables et de clous -menaçants? - -Les architectes ont abdiqué; il en est qui se défient d'eux-mêmes et -de leurs confrères à ce point qu'ils vous disent avec une espèce de -candeur qu'il n'y a plus d'inventeurs, et même que l'invention n'est -plus possible. - -Il faut donc se rejeter dans le passé, et comme, suivant eux, le goût -antique a fait son temps, ils s'inspirent du gothique qui leur semble -presque du neuf dans leur rajeunissement, à cause de la désuétude -dans laquelle il était tombé, et se jettent dans le gothique pour -paraître nouveaux. Quel gothique et quelle nouveauté! Il en est -qui avouent naïvement que le cercle est fermé, que les proportions -grecques les fatiguent par leur monotonie; qu'il n'y a plus de retour -que dans celles des monuments des siècles de barbarie; encore, s'ils -se servaient des proportions de cet art qu'on croyait enseveli en y -joignant quelques lueurs d'une invention propre!... Ils n'inventent -pas, ils calquent le gothique. - -* - -30 _janvier._--DICTIONNAIRE. - -_Sujets de tableaux._--Il est des artistes qui ne peuvent choisir leurs -sujets que dans des ouvrages qui prêtent au vague. - -Peut-être que les Anglais sont plus à l'aise en prenant leurs sujets -dans Racine et dans Molière que dans Shakespeare et lord Byron. - -Plus l'ouvrage qui donne l'idée du tableau est parlait, moins un art -voisin qui s'en inspire aura de chances de faire un effet égal sur -l'inspiration. Cervantes, Molière, Racine, etc. - -* - -31 _janvier.--Sur l'âme._ Jacques avait de la peine à se persuader que -ce qu'on appelle l'_âme_, cet _être_ impalpable,--si on peut appeler -un _être_ ce qui n'a point de corps, ce qui ne peut tomber sous le -sens,--puisse continuer à être ce quelque chose qu'il sent, dont il ne -peut douter, quand l'habitation formée d'os, de chair, dans laquelle -circule le sang, où fonctionnent les nerfs, a cessé d'être cette usine -en mouvement, ce laboratoire de vie qui se soutient au milieu des -éléments contraires à travers tant d'accidents et de vicissitudes. - -Quand l'œil a cessé de voir, que deviennent les sensations qui -arrivent à cette pauvre âme, réfugiée je ne sais où, par le moyen de -cette manière de fenêtre ouverte sur la création visible? L'âme se -souvient, direz-vous, de ce qu'elle a vu, et s'exerce et se console -par le souvenir; mais si la mémoire, qui supplée à sa manière la -vue, ou l'ouïe, ou les sens enfin que nous perdons tour à tour, vient -à s'éteindre, quel sera l'aliment de cette flamme que personne n'a -vue? Que devient-elle quand, acculée dans ses refuges extrêmes par la -paralysie ou l'imbécillité, elle est contrainte enfin par la cessation -définitive de la vie, de l'exil pour jamais, de se séparer de ces -organes qui ne sont plus qu'une argile inerte? Exilée de ce corps, -que quelques-uns appellent sa prison, assiste-t-elle au spectacle de -cette décomposition mortelle, quand des prêtres viennent en cérémonie -murmurer des patenôtres sur cette argile insensible, ou quand une -voix s'élève par hasard pour lui adresser un dernier adieu? Au bord -de cette tombe qui va se fermer, recueille-t-elle sa part de ces -momeries funèbres? Que devient-elle à cet instant suprême où, forcée -de s'exiler tout à fait de ce corps qu'elle animait ou de qui elle -recevait l'animation, que devient sa condition dans ce veuvage de tous -les sens et au moment où le sang se retire et se glace, cesse de donner -l'impulsion à ce bizarre composé de matière et d'esprit, à peu près -comme le balancier d'une horloge qui en s'arrêtant arrête les rouages -et le mouvement? - -Jacques s'affligeait de ce doute mortel, etc.,--et toutefois il -sacrifiait à la gloire... Il passait des journées et des nuits à polir -un ouvrage ou des ouvrages destinés, à ce qu'il espérait, à perpétuer -son nom. Cette singulière contradiction de la recherche d'une vaine -renommée à laquelle sa cendre serait insensible, ne pouvait, d'une -part, ni le corriger de sa recherche, ni de l'autre lui donner l'espoir -de se survivre et de se sentir admiré quand il ne se sentirait plus -vivre. - -Un ami de Jacques était un matérialiste parfait: c'était un homme pour -qui ce petit domaine que nous appelons la science n'avait pas de coin -qu'il n'eût fouillé et approfondi. Il se demandait avec chagrin d où -cette âme immortelle aurait obtenu ce privilège de l'être toute seule -au milieu de tout ce que nous voyons; à moins de faire décidément de -cette âme des portions, des émanations du grand être, il lui semblait -qu'elle dût partager le sort commun, naître, si quelque chose qui n'est -rien peut naître, se développer dans sa nature et périr. Pourquoi, se -disait-il, si elle ne doit finir, aurait-elle commencé jamais? - -Les âmes innombrables de toutes les créatures humaines, y compris -celles des idiots, des Hottentots et de tant d'hommes qui ne diffèrent -en rien de la brute, auraient existé de toute éternité? Car enfin, -la matière, sauf ses modifications successives, est dans ce cas: il -fallait donc dans cette immensité de riens quelque chose destinée un -jour à donner l'intelligence à celle-ci. Pourquoi, si l'esprit ne se -perd pas, les créations des grandes âmes ne participent-elles pas à ce -privilège? - -Un bel ouvrage semble contenir une partie du génie de son auteur. Le -tableau, qui est de la matière, n'est beau que parce qu'il est animé -par un certain souffle, qui ne parvient pas plus à le préserver de la -destruction que notre âme chétive à faire durer notre chétif corps. -Au contraire, dans ce dernier cas, c'est souvent cette intempérante, -folle, déréglée, avare, qui précipite son compagnon, j'allais dire -inséparable, dans mille dangers et dans mille hasards. - - -[494] _Revue des Deux Mondes_, 15 juillet 1842, sur les _Études -égyptiennes en France._ L'auteur rappelle la représentation sur les -tombeaux du jugement des âmes par les dieux. - -[495] L'amiral _Brueys d'Aigalliers_ (1753-1798). - -[496] Delacroix écrivait à propos de ce projet de dictionnaire: «On -pourra contester le titre de dictionnaire donné à un pareil ouvrage, -à défaut d'un meilleur. On l'appellera, si l'on veut, le recueil des -idées qu'un seul homme a pu avoir sur un art, ou sur les arts en -général, pendant une carrière assez longue. Au lieu de faire un livre -où l'on aurait cherché à classer par ordre d'importance chacune des -matières...» (_Eugène Delacroix, sa vie et ses œuvres_, p. 431.) - -[497] Toujours extrait du même fragment: «Il faut presque en venir à -cette conclusion que plus le dictionnaire sera fait par des hommes -médiocres, plus il sera vraiment un dictionnaire, c'est-à-dire un -recueil des théories et des pratiques ayant cours. De là une banalité -d'aperçus complète. Un article ne pourra présenter une certaine -originalité, c'est-à-dire émaner d'un esprit ayant des idées en propre, -sans trancher avec ceux qui ne font que résumer les idées de tout le -monde sur la matière.» (EUGÈNE DELACROIX, _sa vie et ses œuvres_, p. -432.) - -[498] «L'auteur a le plus grand respect pour ce qu'on appelle un livre; -mais combien y a-t-il de gens qui lisent véritablement un livre? Il en -est bien peu, à moins que ce ne soit un livre d'histoire ou un roman.» -(EUGÈNE DELACROIX, _sa vie et ses œuvres_, p. 434.) - -[499] C'est ce que Molière a si bien exprimé dans ce beau vers de sa -_Gloire du Val-de-Grâce_: - -Et les emplois de feu demandent tout un homme! - - -[500] La suite manque dans le manuscrit. - -[501] Voir l'étude enthousiaste de Delacroix sur _Charlet_ dans la -_Revue des Deux Mondes_ du 1er juillet 1862. - -[502] _Charlet, sa vie, ses lettres_, etc., par M. de La Combe. - -[503] Rapprocher ce morceau de ce qu'il a écrit sur le même sujet à la -fin du premier volume du Journal (Voir t. I, p. 424 et p. 451.) - - * * * * * - -8 _février._--Balzac dit dans ses _Petits Bourgeois_: «Dans les arts, -il arrive un point de perfection au-dessous duquel reste le talent et -qu'atteint seul le génie. Il est si peu de différence entre l'œuvre -du génie et l'œuvre du talent, etc. Il y a plus, le vulgaire y est -trompé, le cachet est une certaine apparence de facilité; en un mot, -son œuvre doit paraître ordinaire au premier aspect, tant elle est -toujours naturelle, même dans les sujets les plus élevés, etc.» - -Tirer la déduction à propos des ouvrages comme ceux de Decamps et -Dupré, en un mot de tous ceux qui emploient des moyens outrés. Il est -bien rare que les grands hommes soient outrés dans leurs ouvrages. -Examiner cela. - -Lawrence, Turner, Reynolds, en général tous les grands artistes -anglais, sont entachés d'exagération, particulièrement dans l'effet qui -empêche de les classer parmi les grands maîtres; ces effets outrés, ces -ciels sombres, ces contrastes d'ombre et de lumière, auxquels du reste -ils ont été conduits par leur propre ciel nuageux et variable, mais -qu'ils ont exagérés outre mesure, laissant parler, plus haut que leurs -qualités, les défauts qu'ils tiennent de la mode et du parti pris. -Ils ont des tableaux magnifiques, mais qui ne présenteront pas cette -éternelle jeunesse des vrais chefs-d'œuvre, exempts, j'oserais dire, -tous d'enduré et d'efforts. - -* - -22 _février.--Réalisme._ Le réalisme devrait être défini l'_antipode_ -de l'art[504]. Il est peut-être plus odieux dans la peinture et dans -la sculpture que dans l'histoire et le roman; je ne parle pas de la -poésie, car par cela seul que l'instrument du poète est une pure -convention, un langage mesuré, en un mot, qui place tout d'abord le -lecteur au-dessus du terre à terre de la vie de tous les jours, ce -serait une plaisante contradiction dans les termes, qu'une poésie -réaliste, si on pouvait concevoir même ce monstre. Qu'est-ce que -serait, en sculpture par exemple, un art réaliste? De simples moulages -sur nature seraient toujours au-dessus de limitation la plus parfaite -que la main de l'homme puisse produire; car peut-on concevoir que -l'esprit ne guide pas la main de l'artiste, et croira-t-on possible en -même temps que, malgré toute son application à imiter, il ne teindra -pas ce singulier travail de la couleur de son esprit, à moins qu'on -n'aille jusqu'à supposer que l'œil seul et la main soient suffisants -pour produire, je ne dirai pas seulement une imitation exacte, mais -même quelque ouvrage que ce soit? Pour que le réalisme ne soit pas -un mot vide de sens, il faudrait que tous les hommes eussent le même -esprit, la même façon de concevoir les choses. - -Voir ce que j'ai dit dans les petits calepins bleus[505] sur la -contradiction qu'il y a au théâtre entre le système qui veut suivre -les événements comme ils sont et celui qui les présente et les dispose -dans un certain ordre en vue de l'effet. Car quel est le but suprême -de toute espèce d'art, si ce n'est l'effet? La mission de l'artiste -consiste-t-elle seulement à disposer des matériaux et à laisser le -spectateur en tirer comme il pourra une délectation quelconque, -chacun à sa manière? N'y a-t-il pas, indépendamment de l'intérêt que -l'esprit trouve dans la marche simple et claire d'une composition, -dans le charme des situations habilement ménagées, une sorte de sens -moral attaché même à une fable, qui la fera ressortir avec plus de -succès que celui qui a disposé à l'avance toutes les parties de la -composition, de telle sorte que le spectateur ou le lecteur soit amené -sans s'en apercevoir à en être saisi et charmé? Que trouve-je dans un -grand nombre d'ouvrages modernes? Une énumération[506] de tout ce qu'il -faut présenter au lecteur, surtout celle des objets matériels, des -peintures minutieuses de personnages, qui ne se peignent pas eux-mêmes -par leurs actions. Je crois voir ces chantiers de construction où -chacune des pierres taillées à part s'offre à ma vue, mais sans rapport -à sa place dans l'ensemble du monument. Je les détaille l'une après -l'autre au lieu de voir une voûte, une galerie, bien plus un palais -tout entier dans lequel corniches, colonnes, chapiteaux, statues même, -ne forment qu'un ensemble ou grandiose ou simplement agréable, mais où -toutes les parties sont fondues et coordonnées par un art intelligent. - -Dans la plupart des compositions modernes, je vois l'auteur appliqué à -décrire avec le même soin un personnage accessoire et les personnages -qui doivent occuper le devant de la scène. Il s'épuise à me montrer -sous toutes ses faces le subalterne qui ne paraît qu'un instant, et -l'esprit s'y attache comme au héros de l'histoire. Le premier des -principes, c'est celui de la nécessité des sacrifices[507]. - -Des portraits séparés, quelle que soit leur perfection, ne peuvent -former un tableau. Le sentiment particulier peut seul donner l'unité, -et elle ne s'obtient qu'en ne montrant seulement que ce qui mérite -d'être vu. - -L'art, la poésie, vivent de fictions. Proposez au réaliste de -profession de peindre les objets surnaturels: un dieu, une nymphe, un -monstre, une furie, toutes ces imaginations qui transportent l'esprit! - -Les Flamands, si admirables dans la peinture des scènes familières de -la vie, et qui, chose singulière, y ont porté l'espèce d'idéal que ce -genre comporte comme tous les genres, ont échoué généralement (il faut -en excepter Rubens) dans les sujets mythologiques ou même simplement -historiques ou héroïques, dans des sujets de la fable ou tirés des -poètes. Ils affublent de draperies ou d'accessoires mythologiques -des figures peintes d'après nature, c'est-à-dire d'après de simples -modèles flamands, avec tout le scrupule qu'ils portent ailleurs dans -limitation d'une scène de cabaret. Il en résulte des disparates -bizarres qui font d'un Jupiter et d'une Vénus des habitants de Bruges -ou d'Anvers travestis, etc. (Rappeler le tombeau du maréchal de -Saxe[508].) - -Le réalisme est la grande ressource des novateurs dans les temps où les -écoles alanguies et tournant à la manière, pour réveiller les goûts -blasés du public, en sont venues à tourner dans le cercle des mêmes -inventions. Le retour à la nature est proclamé un matin par un homme -qui se donne pour inspiré. - -Les Carrache, et c'est l'exemple le plus illustre qu'on puisse citer, -ont cru qu'ils rajeunissaient l'école de Raphaël. Ils ont cru voir dans -le maître des défaillances dans le sens de l'imitation matérielle. -Il n'est pas bien difficile, en effet, de voir que les ouvrages de -Raphaël, que ceux de Michel-Ange, du Corrège et de leurs plus illustres -contemporains, doivent à l'imagination leur charme principal, et que -l'imitation du modèle y est secondaire et même tout à fait effacée. Les -Carrache, hommes très supérieurs, on ne peut le nier, hommes savants et -doués d'un grand sentiment de l'art, se sont dit un jour qu'il fallait -reprendre pour leur compte ce qui avait échappé à ces devanciers -illustres, ou plutôt ce qu'ils avaient dédaigné; ce dédain même leur a -peut-être paru une sorte d'impuissance de réunir dans leurs ouvrages -des qualités de nature diverse qui leur parurent, à eux, faire partie -intégrante de la peinture. Ils ouvrirent des écoles; c'est à eux, il -faut le dire, que commencent les écoles comme on les comprend de nos -jours, à savoir: l'étude assidue et préférée du modèle vivant, se -substituant presque entièrement à l'attention soutenue, donnée à toutes -les parties de l'art dont celle-ci n'est qu'une partie. - -Les Carrache se sont flattés sans doute que, sans déserter la largeur -et le sentiment profond de la composition, ils introduiraient -dans leurs tableaux des détails d'une imitation plus parfaite et -s'élèveraient ainsi au-dessus des grands maîtres qui les avaient -précédés. Ils ont conduit en peu de temps leurs disciples et sont -descendus eux-mêmes à une imitation plus réelle, il est vrai, mais qui -détachait l'esprit des parties plus essentielles du tableau conçu en -vue de plaire avant tout à l'imagination. Les artistes ont cru que le -moyen d'atteindre la perfection était de faire des tableaux une réunion -de morceaux imités fidèlement... - -David est un composé singulier de réalisme et d'idéal. - -Les Vanloo ne copiaient plus le modèle; bien que la trivialité de -leurs formes fût tombée dans le dernier abaissement, ils tiraient tout -de leur mémoire et de la pratique. Cet art-là suffisait au moment. -Les grâces factices, les formes énervées et sans accent de nature -suffisaient à ces tableaux jetés dans le même moule, sans originalité -d'invention, sans aucune des grâces naïves qui feront durer les -ouvrages des écoles primitives. - -David a commencé par abonder dans cette manière; c'était celle de -l'école dont il sortait. Dénué, je crois, d'une originalité bien -vive, mais doué d'un grand sens, né surtout au déclin de cette école -et au moment où l'admiration quelque peu irréfléchie de l'antique se -faisait jour, grâce encore à des génies médiocres comme les Mengs -et les Winckelmann, il fut frappé, dans un heureux moment, de la -langueur, de la faiblesse de ces honteuses productions de son temps; -les idées philosophiques qui grandissaient en même temps, les idées de -grandeur et de liberté du peuple se mêlèrent sans doute à ce dégoût -qu'il ressentit pour l'école dont il était issu. Cette répulsion, -qui honore son génie et qui est son principal titre de gloire, le -conduisit à l'étude de l'antique. Il eut le courage de refouler toutes -ses habitudes; il s'enferma pour ainsi dire avec le _Laocoon_, avec -l'_Antinoüs_, avec le _Gladiateur_, avec toutes les mâles conceptions -du génie antique. Il eut le courage de se refaire un talent, semblable -en ceci à l'immortel Gluck, qui, arrivé à un âge avancé, avait renoncé -à sa manière italienne, pour se retremper dans des sources plus pures -et plus naïves. Il fut le père de toute l'école moderne en peinture -et en sculpture; il réforma jusqu'à l'architecture, jusqu'aux meubles -à l'usage de tous les jours. Il fit succéder Herculanum et Pompéi au -style bâtard et Pompadour, et ses principes eurent une telle prise sur -les esprits, que son école ne lui fut pas inférieure et produisit des -élèves dont quelques-uns marchent ses égaux. Il règne encore à quelques -égards, et, malgré de certaines transformations apparentes dans le goût -de ce qui est l'école aujourd'hui, il est manifeste que tout dérive -encore de lui et de ses principes. Mais quels étaient ces principes, et -jusqu'à quel point s'y est-il confiné et y a-t-il été fidèle? - -Sans doute, l'antique a été la base, la pierre angulaire de son -édifice: la simplicité, la majesté de l'antique, la sobriété de la -composition, celle des draperies, portée plus loin encore que chez le -Poussin, mais dans l'imitation des parties, etc. - -David a immobilisé en quelque sorte la sculpture; car son influence -a dominé ce bel art aussi bien que la peinture. Si David a eu sur la -peinture une influence si complète, il a eu sur un art voisin, et qui -n'était pas le sien, plus d'influence encore. - - -[504] Cette question du _réalisme_ dans l'art, qu'il avait déjà -examinée à maintes reprises et à propos de laquelle nous avons -tenté de résumer son opinion dans notre Étude, on la trouve traitée -fragmentairement dans plusieurs passages de l'ouvrage déjà cité: «Le -but de l'artiste, écrit Delacroix, n'est pas de reproduire exactement -les objets: il serait arrêté aussitôt par l'impossibilité de le faire. -Il y a des effets très communs qui échappent entièrement à la peinture -et qui ne peuvent se traduire que par des équivalents: c'est à l'esprit -qu'il faut arriver, et les équivalents suffisent pour cela. Il faut -intéresser avant tout. Devant le morceau de nature le plus intéressant, -qui peut assurer que c'est uniquement par ce que voient nos yeux -que nous recevons du plaisir? L'aspect d'un paysage nous plaît non -seulement par son agrément propre, mais par mille traits particuliers -qui portent l'imagination au delà de cette vue même.» (EUGÈNE -DELACROIX, _sa vie et ses œuvres_, p. 403.) - -[505] Non retrouvés. - -[506] «Ce qui fait l'infériorité de la littérature moderne, dit-il un -peu plus loin, c'est la prétention de tout rendre: l'ensemble disparaît -noyé dans les détails, et l'ennui en est la conséquence.» (EUGÈNE -DELACROIX, _sa vie et ses œuvres,_ p. 408.) - -[507] Cette nécessité des _sacrifices_ sur laquelle il s'est longuement -étendu en ce qui concerne la peinture, il l'appliquait aux compositions -littéraires: «Dans certains romans comme ceux de Cooper, par exemple, -il faut lire un volume de conversation et de description pour trouver -un moment intéressant: ce défaut dépare singulièrement les ouvrages -de Walter Scott, et rend bien difficile de les lire: aussi l'esprit -se promène languissant au milieu de cette monotonie et de ce vide -où l'auteur semble se complaire à se parler à lui-même.» (EUGÈNE -DELACROIX, _sa vie et ses œuvres_, p. 408.) - -[508] Voir t. III, p. 87. - - - * * * * * - -1er _mars._--Réunir sujets de tableaux pour composer à -Champrosay. - ---Emporter livre de notes pour matériaux, et quelques livres de la -bibliothèque faciles à lire: Cours d'étude; volumes de Voltaire et de -Saint-Simon; _Jérusalem délivrée_, le volume de l'Arioste; les sujets -d'_Ivanhoë_, de _Roméo_; la Vie de Charlet[509]. - ---Acheter couleurs à l'aquarelle en tubes; s'en servir pour indiquer -l'effet, et le chercher ainsi à l'avance. - -* - -3 _mars._--Je suis sorti pour la troisième fois hier; je suis resté une -grande demi-heure assis dans le Luxembourg. Aujourd'hui, le temps était -aigre, je suis revenu plus tôt. - -Par quelle singularité la littérature la plus grave se trouve-t-elle -le lot du peuple qui a passé et passe encore pour le plus léger et -le plus frivole de la terre? Les anciens eux-mêmes, qui ont posé les -règles des choses de l'imagination dans tous les genres, ne présentent -point d'exemples d'un sentiment aussi soutenu de l'ordre. Il y a un -certain décousu dans les ouvrages des plus beaux génies de l'antiquité; -ils divaguent volontiers. Comme ils ont droit à tous nos respects, -nous leur passons tous leurs écarts. Nous ne sommes pas d'aussi bonne -composition pour nos hommes de talent. Un livre mal fait dans son -ensemble ne peut se sauver par la beauté des détails, ni même par -l'ingénieuse conception de l'ouvrage lui-même. Il faut que toutes -les parties, ingénieuses ou non, concourent dans une certaine mesure -à la connexion du tout, et par contre il faut, dans un ouvrage bien -ordonné et logiquement conduit, que les détails n'en déparent point la -conception. Quand une pièce de théâtre avait entraîné le public à la -représentation, l'auteur n'avait rempli que la moitié de sa tâche; il -fallait que l'ouvrage, comme on disait, se soutînt à la lecture. - -Il est probable que Shakespeare n'était guère soucieux de cette seconde -partie de son obligation envers son public. Quand il avait produit -à la représentation l'effet qu'il s'était promis, quand la galerie -surtout était satisfaite, il est probable qu'il ne s'inquiétait plus -de l'opinion des puristes; d'abord, la grande majorité de ce public ne -savait pas lire, et eût-il pu lire, en aurait-il eu le loisir, attendu -qu'il se composait ou de jeunes fats de la cour, plus occupés de leurs -plaisirs que de littérature, ou de marchands de marée, peu disposés à -éplucher les beautés littéraires? - -Qui sait ce que devenait le manuscrit, le canevas sur lequel l'auteur -avait monté sa pièce, et dont les bribes, distribuées aux acteurs -pour apprendre leurs rôles, devenaient ce qu'elles pouvaient et -étaient recueillies au hasard par de faméliques imprimeurs, avec toute -licence de les accommoder à leur guise ou de suppléer aux lacunes? Ne -semble-t-il pas que ces pièces pleines de fantaisie,--je parle de ce -que Shakespeare intitule des comédies,--ou que ces drames à effet, -tantôt lugubres, tantôt grotesques, ces tragédies, où les héros, et -les valets se trouvent confondus et parlent chacun leur langage, dont -l'action, capricieusement conduite, se passe dans vingt lieux à la fois -ou embrasse un espace de temps illimité, ne semble-t-il pas, dis-je, -que de telles œuvres, avec leurs beautés et leurs défauts, ne -doivent plaire qu'aux adeptes capricieux et ne peuvent attacher qu'une -nation plus frivole que réfléchie? - -Pour ma part, je crois que le goût, que le tour d'esprit d'une nation -dépend étrangement de celui des hommes célèbres qui, les premiers, ont -écrit ou peint, ou produit chez elle des ouvrages dans quelque genre -que ce soit. Si Shakespeare était né à Gonesse, au lieu de naître à -Strafford-sur-Avon, à une époque de notre histoire où l'on n'avait -pas eu encore ni Rabelais, ni Montaigne, ni Malherbe, ni, à bien plus -forte raison, Corneille, on eût vu se produire dans notre pays non -seulement un autre théâtre (voir en Espagne Calderon), mais encore une -autre littérature. Que le caractère anglais ait ajouté à de semblables -ouvrages quelque chose de sa rudesse, je le croirai sans peine; quant -à cette prétendue barbarie que les Anglais ont montrée à certaines -époques de leur histoire et qu'on donne pour une des causes de la pente -de Shakespeare à ensanglanter la scène outre mesure, je ne crois pas, -en interrogeant bien nos annales, que nous en devions beaucoup, en fait -de cruauté, à nos voisins les Anglais, ni que les tragédies en action -qui ont jeté une teinte si sombre, notamment sur les règnes des Valois, -aient pu nous donner une éducation propre à adoucir les mœurs ni la -littérature. - -Pour avoir banni les massacres de notre scène, laquelle n'a commencé -à briller qu'à une époque plus radoucie, notre nation n'en est pas -plus humaine dans son histoire que la nation anglaise; des époques -récentes et de redoutable mémoire ont montré que le barbare et même -le sauvage vivaient toujours dans l'homme civilisé, et que la gaieté -dans les ouvrages de l'esprit pouvait se rencontrer avec des mœurs -passablement farouches. L'esprit de société, qui peut-être est un -instinct plus développé de notre nature française, a pu contribuer à -polir davantage la littérature; mais il est plus probable encore que -les chefs-d'œuvre de nos grands hommes sont venus à propos pour -décrier les tentatives bizarres ou burlesques des époques précédentes, -et pour tourner les esprits vers le respect de certaines règles -éternelles de goût et de convenance qui ne sont pas moins celles de -toute véritable sociabilité que celles des ouvrages de l'esprit. On -nous dit souvent que Molière, par exemple, ne pouvait paraître que chez -nous; je le crois bien, il était l'héritier de Rabelais, sans parier -des autres. - -* - -8 _mars.--Sur Rubens. Sa verve; la monotonie de certains retours dans -son dessin._ Recopier ici ce que je trouve dans l'agenda de 1852 à -la suite de mes observations sur les sublimes tapisseries de la mort -d'Achille. «Le parti pris de Rubens en outrant certaines formes montre -qu'il était dans la situation d'un artiste qui exerce le métier qu'il -sait bien, sans chercher à l'infini des perfectionnements[510].» - -Dans le même cahier, au 6 février, à propos d'un concert et de la -musique des hommes dans le genre de Mendelssohn, etc.: «Ce n'est point -cette heureuse facilité des grands maîtres qui prodiguent les motifs -les plus heureux, etc.[511].» - -J'ajoute ceci aujourd'hui que j'ai acquis, depuis le jour où furent -écrites ces réflexions, huit années d'expérience. Il est bon et à -propos d'écrire les idées quand elles viennent, même si vous n'êtes -pas occupé d'un travail suivi pour lequel ces idées puissent venir à -propos. Mais toutes ces réflexions prennent la forme du moment. Le jour -où elles peuvent s'utiliser dans un travail d'une certaine étendue, -il faut se garder d'avoir trop d'égard à la forme qu'on leur a donnée -dans le premier moment. On sent le placage dans les ouvrages médiocres. -Voltaire devait noter ses idées. Son secrétaire le dit. Pascal nous en -laisse la preuve dans ses _Pensées_, qui sont des matériaux pour un -ouvrage. Mais ces hommes-là, en recueillant la matière dans le creuset, -rencontraient la forme qu'ils pouvaient et se livraient avant tout à la -suite des idées plutôt qu'à leur forme, et ne s'imposaient pas, à coup -sûr, le fastidieux travail de retrouver celles qu'ils avaient notées, -ou de les enchâsser dans la forme qu'ils leur ont donnée d'abord. Il ne -faut pas être trop difficile. Tout homme de talent qui compose ne doit -pas se traiter en ennemi. Il doit supposer que ce que son inspiration -lui a fourni a sa valeur. L'homme qui relit et qui tient la plume pour -se corriger est plus ou moins un autre homme que celui du premier jet. -Il y a deux choses que l'expérience doit apprendre: la première, c'est -qu'il faut beaucoup corriger; la seconde, c'est qu'il ne faut pas trop -corriger. - -* - -10 _mars._--Essayer des cigarettes de thé vert. Je vois dans un ancien -calepin que c'est une mode d'en fumer à Pétersbourg. Elles n'ont pas, -du moins, l'inconvénient d'être narcotiques. - -* - -14 _mars._--J'ai été voir l'exposition du boulevard, j'en suis revenu -mal disposé. Il y faisait froid. Les Dupré, les Rousseau m'ont ravi. -Pas un Decamps[512] ne m'a fait plaisir: c'est vieilli, c'est dur et -mou, filandreux; de l'imagination toujours, mais nul dessin; rien ne -devient ennuyeux comme ce fini obstiné sur ce faible dessin. Il est -jauni comme du vieil ivoire, et les ombres noires. - -Mme Sand est venue me dire adieu bien amicalement. Elle voulait m'en -traîner ce soir à _Orphée_[513]. - -* - -28 _mars._--Guillemardet venu hier dans la journée. Je lui ai dit ce -que j'avais sur le cœur, cela m'a soulagé. Je regrettais vivement -d'être obligé de changer pour lui de sentiment; ce qu'il m'a dit de -X... ma fait impression. Il est bien changé et a été bien souffrant. - -* - -20 _mars._--Toujours fatigué le matin. - - -[509] Delacroix songeait alors à écrire l'article sur _Charlet_ qu'il -ne fit paraître que deux ans plus tard. - -[510] Voir t. II, p. 73 et 74. - -[511] Voir t. II. p. 83. - -[512] Il est intéressant de noter ici un revirement de l'opinion -d'Eugène Delacroix sur Decamps. On se rappelle que, dans les premières -années du Journal, il va jusqu'à prononcer le mot de _génie_ à propos -d'une de ses compositions. - -[513] C'est en 1860 que Mme Viardot reprit, avec le plus grand succès, -l'_Orphée_ de Gluck au Théâtre-Lyrique. - - - * * * * * - -3 _avril_.--Fragilité des ouvrages de peinture et autres. - -Je lis une _Vie de Léonard de Vinci_ d'un M. Clément (_Revue des Deux -Mondes_, 1er avril 1860). C'est le pendant à une _Vie de -Michel-Ange_, très bonne, du même, publiée l'année dernière. J'y suis -frappé surtout de la disparition notée par lui de presque tous ses -ouvrages, tableaux, manuscrits, dessins, etc. Il n'y a personne qui -ait produit davantage et laissé si peu de chose. Cela me rappelle ce -que Lonchamps[514] dit de Voltaire: qu'il ne croyait jamais avoir -fait assez pour sa réputation. Un peintre, dont les ouvrages sont -uniques, est exposé à bien plus de chances de destruction, ou, ce qui -est peut-être pis, d'altération; il a bien plus de sujet de chercher à -produire beaucoup d'ouvrages pour que quelques-uns au moins puissent -surnager. - -Ce serait un ouvrage curieux qu'un Commentaire sur le traité de la -peinture de Léonard. Broder sur cette sécheresse donnerait matière à -tout ce qu'on voudrait. - -Voir dans cette vie de Léonard la lettre qu'il écrit au duc de Milan, -où il lui détaille toutes ses inventions. J'y ai trouvé qu'il avait eu -une idée qui répond à celle que j'avais à Dieppe, dans un article sur -l'art militaire[515], d'avoir des chariots qui transportent de petits -détachements de soldats au milieu de l'ennemi, etc. Il dit: «Je fais -des chariots couverts que l'_on ne saurait détruire_, avec lesquels -on pénètre dans les rangs de l'ennemi et on détruit son artillerie. -Il n'est si grande quantité de gens armés qu'on ne puisse rompre par -ce moyen, et derrière ces chariots, l'infanterie peut s'avancer sans -obstacles et sans danger.» Il a tout prévu, il dit: «Dans le cas où -on serait en mer, je puis employer beaucoup de moyens offensifs et -défensifs, et entre autres _construire des vaisseaux à l'épreuve des -bombardes_, etc.» - -L'auteur de l'article parle des divers tableaux de la _Cène_, des -peintres célèbres qui ont précédé Léonard: le _Cénacle_ de Giotto, -celui de Ghirlandajo... Les compositions austères sont raides, les -personnages ne marquent ni par leur expression, ni par leur attitude, -etc. Plus jeunes chez l'un de ces maîtres, déjà plus vivaces chez -l'autre, ils ne concourent point à l'action, qui n'a rien de cette -unité puissante et de cette prodigieuse variété que Léonard devait -mettre dans son chef-d'œuvre. Si l'on se reporte au temps où -cet ouvrage fut exécuté, on ne peut qu'être émerveillé du progrès -immense que Léonard fit faire à son art. Presque le contemporain de -Ghirlandajo, condisciple de Lorenzo di Credi et du Pérugin, qu'il avait -rencontré dans l'atelier de Verrocchio, il rompt d'un coup avec la -peinture traditionnelle du quinzième siècle; il arrive sans erreurs, -sans défaillances, sans exagérations et comme d'un seul bond, à ce -naturalisme judicieux et savant, également éloigné de l'imitation -servile et d'un idéal vide et chimérique. Chose singulière! le plus -méthodique des hommes, celui qui parmi les maîtres de ce temps s'est -le plus occupé des procédés d'exécution, qui les a enseignés avec une -telle précision que les ouvrages de ses meilleurs élèves sont tous les -jours confondus avec les siens, cet homme, dont la _manière_ est si -caractérisée, n'a _point de rhétorique_[516]. Toujours attentif à la -nature, la consultant sans cesse, il ne s'imite jamais _lui-même_; le -plus savant des maîtres en est aussi le plus naïf, et il s'en faut que -ses deux émules, Michel-Ange et Raphaël, méritent au même degré que lui -cet éloge. - -* - -6 _avril._--J'ai été aujourd'hui à Saint-Sulpice. Boulangé n'avait -rien fait et n'avait pas compris un mot de ce que je voulais. Je lui -ai donné l'idée des cadres en grisailles[517] et de la guirlande, -le pinceau à la main et avec furie. Chose étonnante! je suis revenu -fatigué et non énervé. Il me semble que c'est l'entrée en scène de la -santé après tant de petites rechutes. - -* - -7 _avril._--À Saint-Sulpice, où Boulangé ne m'attendait pas. Cet infâme -coquin ne vient pas, ne travaille pas et m'attribue ces retards sous -prétexte de changements. Il n'y était pas effectivement, je suis rentré -furieux et lui ai écrit eu conséquence. - -* - -8 _avril._--Varcollier venu, puis Mme R... et Mme Colonna[518] avec qui -j'avais rendez-vous. Je me suis engagé à la recevoir et à aller la voir. - -Carrier venu à quatre heures, enthousiasmé surtout de l'intérieur. Il -remarque la petite _Andromède_[519]; et à ce propos je me rappelle -celle de Rubens que j'ai vue il y a longtemps. J'en ai vu deux, au -reste, une à Marseille chez Pellico, l'autre chez Hilaire Ledru[520] -à Paris, très belles de couleur toutes les deux; mais elles me font -songer à cet inconvénient de la main de Rubens qui peint tout comme à -l'atelier, et dont les figures ne sont pas modifiées par des effets -différents et appropriés dans les scènes qu'il a à peindre; de là cette -uniformité des plans; il semble que toutes les figures soient comme les -modèles sur la table, éclairés par le même jour et à la même distance -du spectateur. Véronèse en cela bien différent. - -* - -9 _avril._--Je trouve dans Bayle que Laïs n'aimait pas Aristippe, qui -était un homme propre et convenable, et s'en faisait payer chèrement ce -qu'elle donnait pour rien à Diogène, sale et puant. - ---Je vais faire une seconde séance à l'église pour le ton de fruits; -j'en suis sorti plus fatigué que l'autre jour; j'en conclus que je -ne suis pas remis. Boulangé s'est rangé; mais c'est un drôle de -personnage..... - -* - -10 _avril._--Ébauche au pastel. - -Denuelle[521] vient m'exposer que le crédit alloué pour les ornements -de la chapelle est sur le point d'être atteint. Je lui dis que je suis -résolu à faire achever à mes frais, si c'est nécessaire. (Il pourra se -trouver une petite compensation dans les dégâts apportés par l'humidité -à la guirlande du haut.) - -Pour ébaucher sur un panneau au pastel, il ne serait pas nécessaire -qu'il fût encollé. Ne pourrait-on encoller le panneau de manière que -le pastel, une fois arrivé au degré nécessaire, fût fixé, en exposant -le panneau à une vapeur d'eau chaude qui, en amollissant la colle, -fixerait le pastel? On pourrait alors passer un second encollage sur le -tout afin de conserver le brillant du pastel et repeindre à l'huile. -Sur cette ébauche au pastel, on pourrait encore revenir avec de -l'aquarelle. - -* - -11 _avril._--Dîné chez Mme Herbelin. Une heure avant d'y aller, j'ai -été sur le point de m'excuser. En somme, je me suis très bien trouvé -d'y être allé. Nadaud[522] nous a donné des choses délicieuses: le -_Fortifions nos côtes_ est charmant. - -Je trouve dans l'_Entretien de Lamartine_, prêté par Didot, sur -Chateaubriand, des citations de ses billets à Mme Récamier, entre -autres celle-ci: «Venez vite..... mes dispositions d'âme triste ne -changent pas. Oh! que je suis triste! Venez; de l'ennui de l'isolement, -je passe à l'ennui de la foule; décidément je ne puis supporter -l'ennui du monde.» Lamartine ajoute: «On voit par la vicissitude de -ses désirs qu'il s'est retourné toute sa vie dans son lit de gloire, -d'ambition, de cours, de fêtes, sans trouver, comme on dit, une bonne -place. Toujours mal où il est, toujours bien où il n'est pas, homme -d'impossible même en attachement.» - -* - -12 _avril.--Sur Shakespeare, Molière, Rossini_, etc. - -Je trouve dans un calepin écrit à Augerville pendant mon séjour en -juillet 1855 (Mme Jaubert s'y trouvait): «Je voyais tout à l'heure ces -demoiselles bleues, vertes, jaunes, qui se jouaient sur les herbes -le long de la rivière. À l'aspect de ces papillons qui ne sont pas -des papillons, bien que leurs corps présentent de l'analogie, dont -les ailes se déploient un peu comme celles des sauterelles, et qui ne -sont pas des sauterelles, j'ai pensé à cette inépuisable variété de -la nature, toujours conséquente à elle-même, mais toujours diverse, -affectant les formes les plus variées avec l'usage des mêmes organes. -L'idée du vieux Shakespeare s'est offerte aussitôt à mon esprit, qui -crée avec tout ce qu'il trouve sous sa main. Chaque personnage placé -dans telle circonstance se présente à lui tout d'une pièce avec son -caractère et sa physionomie. Avec la même donnée humaine il ajoute ou -il ôte, il modifie sa manière et vous fait des hommes de son invention -qui pourtant sont vrais... C'est là un des plus sûrs caractères du -génie. Molière est ainsi, Cervantes est ainsi, Rossini avec son alliage -est ainsi; s'il diffère de ces hommes, c'est par une exécution plus -nonchalante. Par une bizarrerie qui ne se rencontre pas souvent chez -les hommes de génie, il est paresseux, il a des formules, des placages -habituels qui allongent sa manière, qui se sentent bien toujours de sa -facture, mais ne sont pas marqués d'un cachet de force et de vérité. -Quant à sa fécondité, elle est inépuisable, et là où il l'a voulu il -est vrai et idéal à la fois.» - -* - -13 _avril.--Sur les sonorités en musique.--Sur l'Opéra._ Voir mes notes -écrites à Champrosay en mai 1855[523]. - -Mon cher petit Chopin s'élevait beaucoup contre l'école qui attache -à la sonorité particulière des instruments une partie importante de -l'effet de la musique. On ne peut nier que certains hommes, Berlioz -entre autres, sont ainsi, et je crois que Chopin, qui le détestait, -en détestait d'autant plus sa musique qui n'est quelque chose qu'à -laide des trombones opposés aux flûtes et aux hautbois en concordant -ensemble. Voltaire définit le beau _ce qui doit charmer l'esprit -et les sens._ Un motif musical peut parler à l'imagination sur un -instrument borné à ses sons propres comme le piano par exemple, et -qui n'a par conséquent qu'une manière d'émouvoir les sens; mais on ne -peut nier cependant que la réunion de divers instruments ayant chacun -une sonorité différente ne donne plus de force et plus de charme à -la sensation. À quoi servirait d'employer tantôt la flûte, tantôt la -trompette, l'une pour annoncer un guerrier, l'autre pour disposer l'âme -à des émotions tendres et bocagères? Dans le piano même, pourquoi -employer tour à tour les sons étouffés ou les sons éclatants, si ce -n'est pour renforcer l'idée exprimée? Il faut blâmer la sonorité mise -à la place de l'idée exprimée, et encore faut-il avouer qu'il y a dans -certaines sonorités, indépendamment de l'expression pour l'âme, un -plaisir pour les sens. Je me rappelle que la voix de....., chanteur -froid et sans beaucoup d'expression, avait par la seule émission du -son un charme incroyable. Il en est de même dans la peinture: un -simple trait exprime moins et plaît moins qu'un dessin qui rend les -ombres et les lumières; ce dernier, à son tour, exprimera moins qu'un -tableau, si ce dernier est amené au degré d'harmonie où le dessin et -la couleur se réunissent dans un effet unique. Il faut se rappeler ce -peintre ancien qui, ayant exposé une peinture représentant un guerrier, -faisait entendre en même temps, derrière une tapisserie, des fanfares -de trompettes. - -Les modernes ont inventé un genre qui réunit tout ce qui semble pouvoir -charmer l'esprit et les sens: c'est l'opéra[524]. La déclamation -chantée a plus de force que celle qui n'est que parlée. L'ouverture -dispose à ce que l'on va entendre, bien que d'une manière vague. Le -récitatif expose les situations et établit le dialogue avec plus de -force que ne ferait une simple déclamation, et l'air, qui est en -quelque sorte le point d'admiration, le moment de la passion par -excellence dans chaque scène, complète la sensation par la réunion de -la poésie et de tout ce que la musique peut y ajouter; joignez à cela -l'illusion des décorations, les mouvements gracieux de la danse, en un -mot la pompe et la variété du spectacle. - -Malheureusement, tous les opéras sont ennuyeux parce qu'ils nous -tiennent trop longtemps dans une situation que j'appellerai abusive. Le -spectacle qui tient les sens et l'esprit en échec fatigue plus vite. -Vous êtes promptement rassasié de la vue d'une galerie de tableaux; que -sera-ce d'un opéra qui réunit dans un même cadre l'effet de tous les -arts ensemble? - -* - -14 _avril._--Hier 13 et vendredi, malgré le présage, je suis rentré -dans mon atelier après ma longue convalescence; ce que j'ai à faire -dans l'espace de trois semaines ou un mois est incroyable. Finir pour -Estienne les _Chevaux qui se battent dans l'écurie_[525], les _Chevaux -sortant de la mer_[526], _Ugolin_[527]; presque achevé l'esquisse -de l'_Héliodore_ destinée à Dutilleux; ébaucher et avancer les deux -_tableaux de bataille_ d'Estienne; le _Camp arabe la nuit_; le _Chef -arabe en tête de ses troupes et les femmes qui lui présentent du -lait_[528]; l'_Abreuvoir au Maroc_[529]; avancer beaucoup les quatre -tableaux des _Saisons_ pour Hartmann[530], etc., etc. Reprendre et -achever l'esquisse du _saint Étienne_[531]. - -* - -15 _avril.--Sur les caractères au moment des révolutions politiques._ -(Voir mes notes écrites à Augerville, le 21 octobre 1859.) - -Toutes les révolutions mettent en fièvre les natures basses et prêtes -à mal faire. Les âmes traîtresses posent le masque; elles ne peuvent se -contenir à la vue du désordre universel qui semble offrir des proies -à saisir. Ni le blâme du bienfaiteur que tous ces coquins, enveloppés -dans leur peau de renard, flattaient encore dans l'attente de nouveaux -bienfaits, ni le mépris des honnêtes gens, ni enfin la crainte d'être -vus ce qu'ils sont, rien ne peut leur opposer de frein. Il leur semble -que le monde n'est plus fait que pour les scélérats. Ils se trouvent à -l'aise an milieu du silence des hommes honnêtes; ils se flattent qu'il -n'en est plus pour les juger et leur infliger l'infamie qu'ils méritent. - -* - -28 _avril._ - - Les _Arabes autour du feu._............. 2,500 francs. - Une toile de trente, _Fantassins en - chasse_[532].............................. 3,000 " - Une toile de trente.......................... 3,000 " - L'_Angélique et Médor_[533]............. 2,800 " - - -[514] _Pierre Charpentier de Lonchamps_ (1740-1817), littérateur, -auteur d'un _Tableau historique des gens de lettres._ - -[515] Voir t. II, p 450 et suiv. - -[516] On se rappelle ce que Delacroix entendait par cette expression de -_rhétorique_ appliquée aux ouvrages de l'esprit. Nous avons longuement -insisté sur ce point dans notre Étude, p. XXXII. - -[517] Il s'agit ici d'ornements en grisailles qui servent de lien entre -le plafond ovale et les écoinçons dans lesquels sont peints des anges -en grisaille. (Voir _Catalogue Robaut_, p. 362 et 363.) - -[518] _Adèle d'Affry, princesse Colonna di Castiglione_, dite -_Marcello_, sculpteur (1837-1879). - -[519] Voir _Catalogue Robaut_, nos 1001 et 1002. - -[520] _Hilaire Ledru_, peintre, né à Douai. - -[521] _Dominique--Alexandre Denuelle_ (1818-1879), archéologue et -peintre décorateur, était attaché à la commission des monuments -historiques. - -[522] _Gustave Nadaud_ (1820-1893), chansonnier et compositeur. - -[523] Non retrouvées. - -[524] Voir notre Étude, p. XLIII et XLIV. - -[525] Ce tableau est ainsi décrit: «Trois Arabes couchés à terre sur -des couvertures sont réveillés en sursaut par deux chevaux, un blanc et -un roux qui se sont détachés et se mordent avec acharnement. Les deux -bêtes affolées s'enlacent dans un choc furieux et forment un groupe -d'une ampleur superbe.» (Voir _Catalogue Robaut_, n° 1409.) - -[526] Voir _Catalogue Robaut_, n° 1410. - -[527] Ce tableau, qui a figuré récemment à la deuxième exposition des -Cent chefs-d'œuvre, est indiqué à l'année 1849 dans le _Catalogue -Robaut_. Il s'agit probablement ici d'une variante de l'œuvre primitive. - -[528] Voir _Catalogue Robaut_, n° 1440. - -[529] Voir _Catalogue Robaut_, n° 1442. - -[530] Voir _Catalogue Robaut_, nos 1428, 1430, 1432, 1434. - -[531] Une variante sans doute du beau tableau de 1853. (Voir _Catalogue -Robaut_, nos 1210, 1211 et 1212.) - -[532] Il s'agit ici vraisemblablement du tableau qui figure au -_Catalogue Robaut_ sous le n° 1448. - -[533] Sujet tiré du _Roland furieux_ de l'Arioste. - - * * * * * - -_Champrosay_, 19 _mai._--Parti pour Champrosay. J'y ai travaillé -beaucoup aux tableaux commandés par M. Estienne. - - * * * * * - -2 _juin.--Sacrifice d'Abraham,_ pour Surville[534]. - ---Ombre du _blanc_, linge, etc.: _Violet de Mars._ (_Ton de zinc royal_ -et _vert émeraude._) - ---Arrivée du bon cousin à onze heures du soir. - - -[534] _Surville_, ancien comédien, devenu marchand de tableaux. - - * * * * * - -6 _juillet._--Donné à M. Charles Nègre[535] deux études avec un petit -carton pour essai: - -1° La _Femme noyée_ du plafond du Louvre[536]; - -2° Études pour l'_Hercule_[537]. - -* - -_Dieppe_, 18 _juillet._--Parti de Paris pour Dieppe après un -désappointement que m'a valu le changement des heures. Je comptais -prendre le chemin de fer à huit heures et demie; arrivé à la gare, on -m'annonce que je ne partirai qu'à une heure par le train express. Je -retourne à la maison où je vais tuer le temps jusqu'à l'heure dite, -sauf le temps que j'ai passé à déjeuner à ce café du chemin de fer, rue -Saint-Lazare. Jenny partait pour Champrosay à midi. Je trouve à la gare -de Rouen Mme de Salvandy, fille cadette de Rivet. - -Arrivé à cinq heures, trouvé à la gare Mme Grimblot dont j'admire, -en marchant derrière elle et avant de la reconnaître, l'imposante -crinoline. Elle habite Dieppe tout à fait. Je ne me suis pas enquis des -motifs qui pouvaient la porter à une résolution si grave. - -J'étais un peu après installé à l'hôtel Victoria sur le port, ainsi que -je le désirais, et j'y faisais à six heures le plus détestable dîner -avec des rogatons. Les hôtels n'ont eu garde de ne pas adopter la mode -des dîners modernes qui font la cuisine en abrégé et vous servent des -restes; ils font au reste comme les grands seigneurs: la cuisine s'en -va comme tant de bonnes choses. Je me suis un moment applaudi de cette -mauvaise chère, en pensant que je n'éprouverais pas la tentation de -manger trop, étant venu ici pour me mettre au régime. - -À la jetée après dîner et tout d'un temps, quoique la nuit arrivât. -J'ai longé la plage et l'établissement, et ai été visiter les rochers à -la gauche des bains; mais l'obscurité m'a chassé. - -* - -19 _juillet._--Je passe ma journée presque entière sur la jetée. Je -vois sortir le yacht anglais; j'avais les yeux dessus lorsque est tombé -ce malheureux qui s'est noyé et qu'on n'a retrouvé que le lendemain. - -Je vais le soir à Saint-Remy; magnifique effet de cette bizarre -architecture éclairée par deux ou trois chandelles fumantes plantées çà -et là pour rendre les ténèbres visibles. On ne peut rien voir de plus -imposant. - -J'éprouve de la satisfaction à me trouver isolé ici, m'occupant de mes -petites affaires et me suffisant. J'avais trouvé à la jetée Mme de -Lajudie, l'autre fille de Rivet, que le mauvais temps empêche de se -baigner. - ---Buffon n'aimait que les vers de Racine; encore disait-il: «Il eût été -plus exact en prose,» - -* - -20 _juillet._--Après une très longue séance à la jetée où la mer est -très belle, mais où le soleil me réchauffait un peu malgré le vent, -je suis retourné à Saint-Remy. J'y ai fait un très mauvais croquis -d'une copie de tableau de maître que j'avais dessiné dans un de mes -précédents voyages: _Christ déposé de la croix._ - -Je crois apercevoir Mme.. entrant dans l'église avec un enfant. Je -m'esquive, mais c'est pour retrouver, rue de la Barre, Mme Grimblot -chez son épicier où elle était en voisine. J'ai été chez elle -causer une heure. Elle m'a rappelé d'anciens temps et d'anciennes -connaissances. La pauvre Mirbel est morte pour ainsi dire à temps: -elle serait morte d'ennui et de tristesse. Ses anciens amis ne la -voyaient plu guère. La solitude, qui attend tous ceux qui vivent trop -longtemps, l'entourait déjà prématurément. Elle n'avait pas une grande -fortune pour les dehors qu'elle étalait; elle s'en tirait à force -d'économies, triste situation quand tous ses efforts ne tendaient qu'à -satisfaire des jouissances de vanité. Elle cherchait à attirer chez -elle les personnages du régime qui avait succédé à celui des premiers -Bourbons. Mme Grimblot, dans un temps qui n'était pas encore celui de -sa décadence, l'avait un matin rencontrée sur le pont Neuf, rapportant -de la halle deux maquereaux. Elle ne gagnait plus guère d'argent dans -les derniers temps. - -Le soir, retourné à la jetée par un très beau temps; la mer superbe, -quoique à marée basse. J'y vois tous les effets propres à mon _Christ -marchant sur la mer_[538]. Mme Manceau, que j'y retrouve après tant de -temps, me promet de me chanter _Orphée_, si je vais la voir. - -Je retourne par la plage et rentre encore dans Saint-Remy. Un malaise -de l'estomac me fait encore prolonger avec succès ma promenade jusqu'à -dix heures passées. J'entre à Saint-Jacques, éclairé de même par de -rares chandelles; mais son architecture écrasée ne produit pas le même -effet que celle de Saint-Remy[539]. - -* - -_Samedi_ 21 _juillet._--Pluie toute la journée. Après avoir essayé de -reproduire l'effet de soleil couchant que j'ai vu hier soir, je fais -une promenade sous les arcades pendant la pluie; je me hasarde à gagner -la jetée pendant une éclaircie. J'y trouve les dames Rivet et leurs -maris. Une pluie affreuse me chasse, et je rentre trempé. - -Je pensais, en déjeunant en face de cette famille anglaise, le -mari, la femme et les trois grands dadais de fils, tous plus laids -et ressemblants les uns que les autres à leur auteur, à la morgue -singulière de ces automates à argent, et à leur orgueil stupide de -cette fameuse constitution qui ne leur garantit pas plus de liberté -qu'à nous autres, qu'ils regardent comme de véritables esclaves. Il -faut absolument, dans un pays d'égalité, de partage égal de fortune -entre les enfants, un gouvernement fort et centralisateur pour faire -les grandes choses. Les fortunes particulières sont trop divisées. -L'aristocratie anglaise permet de grands efforts qui n'ont pas -toutefois, sous une infinité de rapports, l'ensemble qu'on peut obtenir -d'un gouvernement qui veille plus particulièrement et avec plus de -puissance aux grands objets qui honorent les nations, aux grandes -entreprises, aux expéditions subites, etc. - -Les bons bourgeois anglais ont la bonté d'être très fiers de leurs -grands seigneurs, qui ne les saluent pas, tirent à eux toute la -substance, et exercent dans toute la plénitude le gouvernement. - -* - -22 _juillet._--Je suis décidément enrhumé; j'ai des moments d'ennui -profond où je veux partir pour Paris. La nuit, je me figure que tout -est perdu. Il faut avouer qu'il est dur au mois de juillet de grelotter -dans sa chambre. J'ai demandé avant-hier qu'on me fît du feu; mais -Mme Gibbon, mon hôtesse, se défiant de ses cheminées qui n'ont jamais -été destinées à cet objet, m'a donné une chaufferette, qui m'a rendu -tolérable le séjour de ma chambre pendant que je lisais. - -J'ai loué des livres pour huit jours. J'ai mis le nez dans un livre -de Dumas intitulé: _Trois mois au Sinaï_[540]. C'est toujours ce ton -cavalier et de vaudeville, qu'il ne peut dépouiller, en parlant même -des Pyramides; c'est un mélange du style le plus emphatique, le plus -coloré, avec les lazzi d'atelier qui seraient tout au plus de mise dans -une partie d'ânes à Montmorency. C'est fort gai, mais fort monotone, et -je n'ai pu aller à la moitié du premier volume. - -J'ai pris _Ursule Mirouet_, de Balzac; toujours ces tableaux d'après -des pygmées dont il montre tous les détails, que le personnage soit -le principal ou seulement un personnage accessoire. Malgré l'opinion -surfaite du mérite de Balzac, je persiste à trouver son genre faux -d'abord et faux ensuite ses caractères. Il dépeint les personnages, -comme Henry Monnier, par des dictons de profession, par les dehors, -en un mot; il sait les mots de portière, d'employé, l'argot de chaque -type. Mais quoi de plus faux que ces caractères arrangés et tout -d'une pièce? Son médecin et les amis de son médecin, ce vertueux curé -Chaperon dont la vie sage et jusqu'à la forme de son habit, dont -il ne nous fait pas grâce, reflète la vertu, cette Ursule Mirouet, -merveille de candeur dans sa robe blanche et avec sa ceinture bleue, -qui convertit à l'église son incrédule d'oncle? - -Personne n'est parfait, et les grands peintres de caractères montrent -les hommes comme ils sont. - ---Hier, tristesse et ennui extrême; probablement je me portais plus -mal. Samedi soir, j'ai fait au Pollet une promenade plus triste encore. -J'ai été hier du côté du cours Bourbon. Pourquoi ne me suis-je pas -trouvé heureux de m'y voir quand dans le moment même il me semblait -que, lorsque j'y suis venu dans un autre voyage, je m'y suis trouvé -très heureux? Le souvenir fait complètement illusion. - -Aujourd'hui, après déjeuner, j'ai été voir Mme Manceau, qui m'a chanté -très bien des morceaux d'_Orphée._ Ensuite au rocher au bas du château. -Revenu par la plage et regardé les exercices des soldats, la formation -du carré, la marche en carré, etc. - -* - -25 _juillet._--Aujourd'hui, très souffrant. Je reçois une lettre de -Jenny et de Mme de Forget: je récris. - -* - -_Champrosay_, 27 _juillet._--Je pars à midi moins un quart; arrivé à -Paris à quatre heures vingt minutes. J'ai le temps d'arriver au plus -vite pour partir à cinq heures un quart par le chemin de Corbeil. - -La jeune dame que je croyais sous la tutelle de l'homme silencieux et -désagréable du coin, en face d'elle. La langue de la jeune personne -se dénoue, à ma grande surprise, dans la salle de la douane, pour -s'adresser à moi avec une amabilité extrême; mon âge et le chemin de -fer de Corbeil m'empêchent de donner suite à cette charmante aventure. -Elle ressemblait à Mme D... - -J'arrive à six heures, enchanté de me trouver chez moi. - -* - -31 _juillet._--Je commence à aller mieux. Je dîne chez Baÿvet avec -M. Darblay[541] qui me fait politesse. Legendre et Féray[542] s'y -trouvent. Je rencontre aussi le maire Renoux et sa femme. - - -[535] _Charles Nègre_, photographe fort habile qui exécutait des -reproductions pour les artistes par des procédés scientifiques qui ont -abouti à l'héliogravure. - -[536] Voir _Catalogue Robaut_, n° 296. - -[537] Voir _Catalogue Robaut_, nos 298 à 308. - -[538] Voir _Catalogue Robaut_, nos 1202 à 1204. - -[539] Delacroix, en écrivant cette note, a dû interposer les noms des -deux églises de Dieppe, dans un moment de confusion; car rien n'est -plus massif que Saint-Remy avec ses énormes colonnes, trois fois plus -grosses que celles de Saint-Jacques. - -[540] Le véritable titre de cet ouvrage en deux Volumes, paru en 1838, -est: _Quinze jours au Sinaï_, nouvelles impressions de voyage. - -[541] _Stanislas Darblay_, grand industriel qui se consacra d'abord -au commerce des grains et entreprit ensuite de relever dans la vallée -d'Essonnes l'industrie du papier. M. Darblay était alors député de -Seine-et-Oise. - -[542] _Ernest Féray_, manufacturier; ancien maire d'Essonnes, fut -envoyé en 1871 par le département de Seine-et-Oise à l'Assemblée -nationale. - - - - - * * * * * - -1er _août._--Je lis toujours Voltaire avec délices. - -À propos d'un article sur _Hamlet_ dans le volume des _Mélanges_ de -littérature. À travers les obscurités de cette traduction scrupuleuse, -qui ne peut rendre le mot propre en anglais, on retrouve son naturel -qui ne craint pas les idées les plus basses ni les plus gigantesques, -son énergie que les autres nations croiraient dureté, ses hardiesses -que des esprits accoutumés aux tours étranges prendraient pour du -galimatias. Mais sous ces voiles on découvrira de la vérité, de la -profondeur, et je ne sais quoi qui attache et qui remue beaucoup plus -que ne ferait l'élégance... C'est un diamant brut qui a des taches; si -on le polissait, il perdrait de son poids. Ne semble-t-il pas qu'on -peut dire la même chose du Puget? Voyez-le au Louvre, entouré de -tous les ouvrages de son temps, conçus dans le style de la correction -classique et irréprochable, si cette correction et une certaine -élégance froide sont un mérite. Au premier abord, il vous choque par -quelque chose de bizarre, de mal conçu dans l'ensemble et de confus; si -vous attachez vos yeux sur une des parties comme un bras, une jambe, un -torse, aussitôt toute cette force vous gagne; il écrase tout, vous ne -pouvez vous en détacher. - -* - -6 _août._--Je dois rendre justice à Dumas et à Balzac. Il y a, dans la -peinture des remords de son maître de poste (c'est dans la dernière -partie d'_Ursule Mirouet)_, des traits d'une grande vérité. J'écris -ceci à Champrosay après la mort de la mère Bertin. L'agitation que j'ai -remarquée dans un de ses héritiers m'a rappelé certains mouvements -du _Mirouet_ de Balzac, et, chose singulière, m'a fait faire plus -que jamais des réflexions sur l'avantage d'être honnête, quand cet -avantage, qui consiste dans la paix de la conscience, ne viendrait -qu'après cette nécessité pour une âme noble de ne pas se dégrader par -des bassesses intéressées. Ces sentiments m'ont rappelé ce que j'ai lu -ces jours-ci dans Voltaire, et dont il faut que je recherche les termes -précis, à savoir, quand un livre vous élève, inspire des sentiments -d'honneur et de vertu, ce livre est jugé, il est bon, etc. - -Il y aurait pourtant des restrictions: celui de Balzac, faux dans -une foule de parties, est mauvais par là; il est bon par la peinture -vraie de cette grossière nature qui, toute dépourvue quelle est de -délicatesse native, ne peut porter le poids du remords. - -Dumas m'a plu aussi avec ses _Mémoires d'Horace_ insérés dans le -_Siècle_[543]. C'est une idée heureuse, et le peu que j'en ai lu m'a -paru finement et singulièrement arrangé. - -* - -9 _août._--Je retourne chez Mme Barbier, qui m'invite. Elle était seule -avec son fils, et j'ai passé une agréable soirée. - -Elle m'avait promis de venir chez moi avec la duchesse Colonna; c'est -ce qu'elle a fait deux jours après, c'est-à-dire le dimanche, pendant -que j'étais chez M. Darblay. - -* - -12 _août._--Chez M. Darblay avec M. et Mme Baÿvet vers trois heures, -malgré de grandes craintes de pluie à cause de celle du matin. -Cependant, nous avons eu un temps admirable. Dîner avec Baÿvet en -revenant à sept heures et demie; je mourais de faim depuis trois heures. - -* - -14 _août._--Promenade vers deux heures par la route de Soisy, le -derrière du parc de la Folie; remonté par un petit bois délicieux; -traversé les carrières et trouvé en face l'allée verte qui m'a mené au -chemin de l'Ermitage. - -Je lis en rentrant dans Voltaire (_Mélanges d'histoire et de -philosophie_, tome II) son article de la _Chimère du souvenir._ - - -[543] Le _Siècle_ publiait alors en feuilleton cette fantaisie sur Rome -ancienne, soi-disant tirée d'un manuscrit trouvé à la bibliothèque du -Vatican. - - - * * * * * - - -2 _octobre._--J'écris à M. Lamey: «Que dites-vous de tout ce qui se -passe? Le hasard et les passions des hommes ne cesseront-ils pas -d'amener les combinaisons les plus étranges, pour faire damner ceux -qui en sont victimes, et pour occuper les loisirs des gobe-mouches au -nombre desquels je me range, par l'avidité avec laquelle je dévore ces -journaux impertinents et menteurs qui se jouent de notre soif pour les -nouvelles?» - -* - -13 _octobre._--Je voyage avec M. G..., de Juvisy. Il dit que M. -Magne disait qu'il avait appris à raisonner et à se conduire d'après -Condillac. - -* - -21 _octobre._--Ce Rubens est admirable; quel enchanteur! Je le boude -quelquefois, je le querelle sur ses grosses formes, sur son défaut -de recherche et d'élégance. Qu'il est supérieur à toutes ces petites -qualités qui sont tout le bagage des autres! Il a du moins, lui, le -courage d'être lui; il vous impose ces prétendus défauts qui tiennent -à cette force qui l'entraîne lui-même et nous subjugue en dépit des -préceptes qui sont bons pour tout le monde excepté pour lui. Bayle -faisait profession d'estimer les anciens ouvrages de Rossini plus que -les derniers, qui sont pourtant regardés comme supérieurs parla foule; -il donne cette raison que, dans sa jeunesse, il ne cherchait pas à -faire de la _musique forte_, et c'est vrai. Rubens ne se châtie pas, et -il fait bien. En se permettant tout, il vous porte au delà de la limite -qu'atteignent à peine les plus grands peintres; il vous domine, il vous -écrase sous tant de liberté et de hardiesse. - -Je remarque aussi que sa principale qualité, s'il est possible qu'il en -faille préférer quelqu'une, c'est la prodigieuse saillie, c'est-à-dire -la prodigieuse vie. Sans ce don, point de grand artiste; c'est à -réaliser le problème de la saillie et de l'épaisseur qu'arrivent -seulement les plus grands artistes. J'ai dit ailleurs, je crois, que, -même en sculpture, il se trouvait des gens qui avaient le secret de -ne point faire saillant; cela deviendra évident pour tout homme doué -de quelque sentiment qui comparera le Puget à toutes les sculptures -possibles, je n'en excepte pas même l'antique. Il réalise la vie -par la saillie comme personne n'a pu le faire; de même pour Rubens -à l'égard des peintres. Titien, Véronèse sont plats à côté de lui; -remarquons en passant que Raphaël, malgré le peu de couleur et de -perspective aérienne, est en général très saillant dans les figures -individuellement. On n'en dirait pas autant de ses modernes imitateurs. -On ferait une bonne plaisanterie sur la recherche du plat, si estimé -dans les arts à la mode, y compris l'architecture. - -* - -22 _octobre._--Le don d'inventer puissamment qui est le génie. - -_Beati mites, quoniam ipsi possidebunt terram._ - - * * * * * - -13 _novembre._--Je fais pour la centième fois cette réflexion en -lisant Rémusat, homme de mérite d'ailleurs: la littérature moderne -met de la sensiblerie partout; ce style imagé à tout propos, mêlé à -un sérieux pédantesque et attendri que vous ne trouvez jamais dans -Voltaire, et dont, par parenthèse, Rousseau est l'inventeur, donne à un -traité sur la centralisation (c'est le cas pour Rémusat) le ton d'une -ode ou d'une élégie. - -* - -_Paris_, 25 _novembre._--Je poursuis toujours mon travail; ma -résolution et ma santé se soutiennent. Que je bénirais le ciel -d'achever d'ici à un mois ou six semaines, comme je le calcule, mon -travail de l'église! Il y a une dizaine de jours que je suis revenu de -Champrosay avec un gros rhume que j'y avais attrapé, non pas au milieu -de mes voyages continuels, bien propres à me le donner, mais pour avoir -dîné chez l'excellente Mme Moutié, laquelle étant sourde, j'ai été -obligé de crier à ses oreilles toute la soirée, de sorte que ma gorge -fatiguée s'est trouvée saisie à ma sortie de chez elle par le froid -qu'il faisait. - ---Nous avons nommé hier à l'Institut l'insipide Signol[544]. -Meissonier a été jusqu'à seize voix. Il ne lui restait plus -pour adversaires que ledit Signol et l'antique Hesse, tous deux -représentants ou nourrissons de l'_École._ Les deux factions, -frémissant de voir entrer à l'Académie un talent original, se sont -réunies pour l'accabler. En le faisant sur la tête de Signol, elles ont -accompli un acte encore plus funeste que si elles l'eussent fait sur -Hesse, qui est un vieillard et ne laisse pas d'élèves après lui pour -perpétuer le goût de l'école de David, que je préfère d'ailleurs à ce -goût mêlé d'antique et de Raphaël, genre bâtard qui est celui d'Ingres -et de ceux qui le suivent. - -* - -26 _novembre._--J'écris à M. Lamey: - -«Nous avons en nous comme une roue qui fait tout mouvoir comme dans un -moulin. Il faut absolument la faire tourner, sans cela elle se rouille, -et tout s'arrête dans notre machine, corps et esprit. Votre excellent -régime vous entretient dans cette bonne disposition; moi, il me faut -exercice et travail. - -«Vous me demandez des nouvelles du bon Guillemardet: il est de sa -personne d'une mauvaise et bien chancelante santé, et il vient -d'éprouver un malheur de famille. Il a perdu sa nièce, Mme Coquille, -qui vient de mourir après une maladie qui a duré plus de quinze ans -et dans un âge où elle pouvait encore se promettre de vivre. Il y a -vraiment des existences condamnées à des souffrances particulières, ce -qui ne les garantit pas des chagrins et des souffrances qui affligent -tous les hommes en général. Le pauvre Félix que vous avez connu, -l'oncle de cette même Coquille, s'est vu, avant trente ans, assassiné -lentement par une maladie implacable qui le retranchait du nombre des -vivants, de son vivant même, en lui interdisant toute espèce de plaisir -et en l'accablant de maux incessants. - -«Tenons-nous bien, cher et respectable ami. Que dans trente ans nous -puissions nous revoir encore tantôt à Paris, tantôt à Strasbourg! - -«Je lisais dernièrement l'histoire du vieux Law, mort sous Charles -II à cent quarante et quelques années. Il se portait comme un charme -et n'observait aucun régime particulier. Le roi voulut le voir: on -l'accabla de prévenances et, entre autres, d'excès de nourriture -auxquels il n'était nullement accoutumé; une indigestion l'emporta. À -l'ouverture de son corps, on ne trouva pas un organe malade ou affaibli. - -«Voilà de beaux exemples à se proposer. Vous voyez que vous avez le -temps de faire des projets, pourvu toutefois que les rois ne vous -donnent pas d'indigestions.» - -J'écris sous la même inspiration à Mme Sand: - -«Sachez, ma bien chère amie, que quelques années de trop, qui délient -dans I intelligence certains ressorts, rendent singulièrement lourds -ceux qui nous font mouvoir et digérer. Je crois certainement au -perfectionnement de notre esprit par le fait de l'âge; je parle d'un -bon esprit, sain naturellement et juste surtout. Mais, ô condition -cruelle de l'implacable nature! il n'y a bientôt plus ni corps, ni -circulation dans ce corps pour aider cet esprit; l'homme de bien s'en -va quand il commence à bien faire, disait Thémistocle. Bref, vous voilà -hors d'affaire avec un renouvellement de santé. - -«Quel bonheur, comme vous le dites si justement, de revoir autour de -soi tout ce qu'on aime et de revenir à cette lumière qui vous montre -de si belles choses! Que trouverons-nous au delà? La nuit, l'affreuse -nuit. Il n'y aura pas mieux; c'est du moins mon triste pressentiment: -ces tristes limbes dans lesquels Achille, qui n'était plus qu'une -ombre, se promenait en regrettant, non pas de n'être plus un héros, -mais l'esclave d'un paysan pour endurer le froid et la chaleur sous -ce soleil dont grâce au ciel nous jouissons encore (quand il ne pleut -pas).» - - -[544] Émile Signol (1804-1892) se présentait à l'Institut depuis 1849, -année où il se trouvait en concurrence avec Delacroix. - - * * * * * - -4 _décembre._--«Monsieur, malgré toutes les sympathies que je ne -puis manquer d'avoir pour les idées émises dans votre mémoire, je ne -puis, en ma qualité de membre du conseil municipal, me joindre à votre -protestation. C'est dans le sein du conseil seulement que je puis -faire valoir les raisons qui, au nom du goût, militent en faveur de la -conservation de la belle fontaine[545] et de l'allée; mais il ne m'est -pas interdit de faire des vœux sincères pour que le président du -Sénat et les sénateurs adressent à l'Empereur des demandes, et, s'il le -faut, des supplications, pour que le projet de la Ville soit modifié -dans le sens de celui de M. de Gisors.» - -* - -23 _décembre.--Sujets des Mille et une Nuits_: - -_Le sultan Shariar_, revenant pour dire adieu à sa femme, _la trouve -dans les bras d'un de ses officiers._ Il tire son sabre, etc. - -_Shahzenan et Shariar montés sur l'arbre_; la jeune dame assise au -bas, ayant sur ses genoux la tête du géant endormi, leur fait signe de -descendre (leur frayeur). - -_L'histoire du médecin Douba_: la tête coupée qui parle, le corps par -terre, le bourreau son sabre à la main, les assistants effrayés et le -roi grec avec le livre empoisonné sur ses genoux, dont il sent déjà les -effets, et qui chancelle sur son trône. - -_Le roi des îles Noires_ (dans l'histoire du pêcheur) furieux de la -tendresse de sa femme pour le noir, son amant, qu'il avait lui-même -blessé et qui est là couché, tire son sabre pour la tuer: elle l'arrête -par son geste et le rend moitié homme, moitié marbre. - -_Histoire du premier calender._ Ayant été visiter le roi son oncle, son -cousin le mène dans un tombeau qu'il fait bâtir avec plâtre, truelle, -etc. (avec la dame de sa foi). Il ouvre une trappe, y fait descendre la -dame, et, en y descendant, la congédie. - -Après que le calender s'est réfugié près de son oncle, ils cherchent -ensemble le tombeau: ils y pénètrent dans une grande salle souterraine -et trouvent sur un lit, dont les rideaux étaient fermés, les deux corps -carbonisés du fils et de la sœur. Colonnes, lampes, provisions, etc. - -* - -29 _décembre.--Sujets de Roméo_: - -_La scène du bal_: Roméo en pèlerin baise la main de Juliette; -promeneurs, musiciens, etc. Au moment où les invités se retirent, -Tybalt, qui a reconnu Roméo, veut l'insulter, Capulet le retient. On -voit les invités se retirer; vases et flambeaux, etc. - -_Juliette et la nourrice_: celle-ci s'assied et diffère de répondre aux -questions impatientes de Juliette. - -_Mercutio tué par Tybalt_; ses malédictions. Roméo présent, il a voulu -se jeter entre eux. - -La scène qui doit précéder celle-ci, celle du commencement, où une -bagarre, commencée par la querelle des domestiques, dégénère en -bataille générale des partisans des Capulets et des Montaigus. Le -prince arrive au milieu du tumulte; Capulet et Montaigu, etc., etc. - -_Roméo au désespoir chez le Père Laurence._ Il veut se tuer; la -nourrice est présente. - -Autre _scène du bal_, pendant qu'on reconduit les invités; Juliette -demande à la nourrice qui est le cavalier qui lui a parlé. - -_Adieux de Roméo et de Juliette sur le balcon._ - -_Juliette, seule dans sa chambre_, boit le poison (la fiole). - -_Roméo demandant du poison à l'apothicaire famélique._ - -_Roméo contemple Juliette couchée dans le tombeau ..._ Autrement, -il la tire du monument comme dans le petit tableau. En adoptant le -dénouement de Shakespeare, on peut le faire contemplant Juliette avant -de boire le poison. Le corps de Paris, alors étendu par terre, ajoute -au pittoresque. - -_Juliette réveillée se jette sur Roméo mourant ou mort._ Le corps de -Paris, pareillement étendu un peu plus loin. On pourrait voir le Père -Laurence, descendant par un escalier au fond, qui vient tout alarmé. - -Dernière scène: _Les parents réunis autour des corps des deux jeunes -gens_; le prince, assistants, etc. - -_Juliette à son balcon_, Roméo au bas; il lui envoie un baiser. - - -_Sujets d'Ivanhoë_: - -_Le pèlerin introduit près de lady Rowena_; elle est sur une espèce de -trône; des femmes arrangent ses cheveux pour la nuit. Le pèlerin, un -peu couvert d'un capuchon, s'agenouille devant elle. Elle fait apporter -par ses femmes du vin et une coupe. Elle y trempe ses lèvres et la lui -passe. C'est le moment où les femmes présentent le vin qu'il faut -prendre. Dans le fond, d'autres femmes et un serviteur avec un flambeau -qui attend. Il y a de grands flambeaux allumés dans l'appartement. - -_Ivanhoë couronné par lady Rowena au tournoi._ Il s'évanouit presque, -les juges courent retirer son casque. Dans le fond d'un côté, le duc -voit avec étonnement ce qui se passe. On peut aussi voir le prince Jean. - -_L'ermite de Copmanhurst_[546]. - -_Les écuyers viennent conduire à Ivanhoë tes chevaux et les armes de -leur maître._ Il est devant sa tente. - -_La scène dans la forêt_, où Cédric, Athelstas, Rowena et leurs gens -s'arrêtent en entendant les gémissements d'Isaac et de Rebecca. -Celle-ci vient baiser le bas de la robe de Rowena encore à cheval, -ainsi que les autres (Walter Scott les faisait descendre). On voit au -bord de la route la litière où se trouve Ivanhoë qu'on peut apercevoir. - -_Gurth attaché sur un cheval_, etc. - -_Isaac dans le caveau avec Front de Bœuf._ - -_Le Templier vient enlever Rebecca_ dans la chambre d'Ivanhoë; fureur -impuissante de celui-ci. - -_Front de Bœuf brûlant dans son lit._ - -_Le pèlerin éveillant le Juif._ - -_Gurth et Wamba voyant venir la caravane._ - -_Le chevalier dans la cabane de l'ermite._ - -_Isaac devant Beaumanoir et Conrad présentant la lettre._ - -_Ulrique racontant son histoire à Cédric._ - -_Rebecca enlevée par les Africains_; Boisguilbert les suit, etc. - -La scène du _Jugement de la Juive_: un témoin dépose. - -_L'apparition d'Athelstas en fantôme devant Cédric_, Richard, les dames. - -_Athelstas sortant du caveau et trouvant à table le sacristain et -l'ermite._ - -_Mort de Boisguilbert._ Le grand maître descendu de son siège. Rebecca -un peu plus loin et son père près d'elle. Gardes, trompettes, peuple, -échafauds. - -_Isaac et sa fille chez eux_; flambeaux, ameublement. On introduit -Gurth, qui compte l'argent, ou plutôt le Juif le compte. Rebecca sur un -sofa. - -_Rebecca le fait venir dans sa chambre_; elle lui donne une bourse; -elle le congédie; le domestique juif l'éclairé. Wamba et Athelstas -devant Front de Bœuf. - -_Le Templier et Rebecca dans la tour._ - -* - -31 _décembre._--Sous ce titre: _Cours de dessin_, mettre les _Études -d'après nature, d'après les maîtres. Études d'animaux de toutes sortes. -Études d'après l'antique.--Anatomie_ et même _paysage_, le tout -_photographie._ - -Réunir sous ce titre: _Illustrations_, d'après Walter Scott et L. -Byron, les compositions tirées de leurs ouvrages et sur divers sujets -ne pouvant faire des ouvrages séparés comme le _Faust_ et l'_Hamlet._ - -De même pour Gœthe. Ainsi aux compositions déjà faites pour le -_Berlichingen_, seraient jointes celles qui ne sont qu'en projet et -sans prétention à un genre d'exécution semblable. - -De même pour Shakespeare. Ainsi _Othello, Roméo et Juliette, Antoine et -Cléopâtre, Henri IV_, etc. - - -[545] La fontaine de Médicis au jardin du Luxembourg. - -[546] Delacroix s'était déjà occupé de ce sujet. (Voir _Catalogue -Robaut_, n° 567.) - - - - -1861 - - -1er _janvier._--J'ai commencé cette année en poursuivant mon -travail de l'église comme à l'ordinaire; je n'ai fait de visites que -par cartes, qui ne me dérangent point, et j'ai été travailler toute la -journée; heureuse vie! Compensation céleste de mon isolement prétendu! -Frères, pères, parents de tous les degrés, amis vivant ensemble se -querellent et se détestent plus ou moins sans un mot que trompeur. - -La peinture me harcèle et me tourmente de mille manières à la vérité, -comme la maîtresse la plus exigeante; depuis quatre mois, je fuis dès -le petit jour et je cours à ce travail enchanteur, comme aux pieds -de la maîtresse la plus chérie; ce qui me paraissait de loin facile -à surmonter me présente d'horribles et incessantes difficultés; mais -d'où vient que ce combat éternel, au lieu de m'abattre, me relève; au -lieu de me décourager, me console et remplit mes moments, quand je l'ai -quitté? Heureuse compensation de ce que les belles années ont emporté -avec elles; noble emploi des instants de la vieillesse qui m'assiège -déjà de mille côtés, mais qui me laisse pourtant encore la force de -surmonter les douleurs du corps et les peines de l'âme! - ---Sur les _luisants jaunâtres dans les chairs._--Je trouve dans un -calepin, à la date du 11 octobre 1852[547], une expérience que je -faisais sur des figures (de l'Hôtel de ville) rougeâtres ou violâtres, -en risquant des luisants de _jaune de Naples._ Bien que ce soit contre -la loi qui veut les luisants froids, en les mettant jaunes sur des tons -de chairs violets, le contraste fait que l'effet est produit.--Dans la -_Kermesse_, etc. - -* - -15 _janvier._--J'écris entre autres choses à Berryer: «_Finir_ demande -un cœur d'acier: il faut prendre un parti surtout, et je trouve des -difficultés où je n'en prévoyais point. Pour tenir à cette vie, je me -couche de bonne heure, sans rien faire d'étranger à mon propos, et ne -suis soutenu, dans ma résolution de me priver de tout plaisir, et au -premier rang celui de rencontrer ceux que j'aime, que par l'espoir -d'achever. Je crois que j'y mourrai. C'est dans ce moment que vous -apparaît votre propre faiblesse, et combien ce que l'homme appelle -un ouvrage _fini_ ou _complet_ contient de parties incomplètes ou -impossibles à compléter.» - -* - -16 _janvier._--Sur Charlet. - -En voyant un _Empereur à cheval_, de lui, _pataugeant dans un marais_, -d'un fini malheureux, en comparaison du sublime _Menuet_, et autres -ouvrages de son premier temps, qui est incomparablement le plus beau, -je note qu'un talent n'est jamais stationnaire. S'il se transforme -forcément, il n'arrive guère que la naïveté persiste. Racine en est un -exemple. - -Ce même jour, je mets à côté des plus beaux croquis de Raphaël ce même -_Menuet._ Il ne perd rien. Cela me rappelle la pensée de Montesquieu: -«Deux beautés médiocres se défont; deux grandes beautés se font valoir -et brillent à l'envi l'une de l'autre.» (Vérifier ces termes.) - - -[547] Voir t. II, p. 125. - - * * * * * - -4 _avril._--J'ai été voir le vieux Forster[548] en sortant de -Saint-Philippe à trois heures. Le pauvre homme a le bras cassé et mille -accidents qui ont compliqué son accident. Il me dit qu'il s'est retiré -de bonne heure de la lice, et il blâme les artistes qui s'exposent trop -longtemps à la critique. - -Il a raison, si véritablement la décadence est un effet constant de -l'âge avancé. Il avait, du reste, une raison excellente de s'abstenir -de bonne heure du travail de sa profession, qu'il m'a dit tout -simplement lui avoir été antipathique toute sa vie, et qu'il n'avait -embrassée que sur la volonté expresse de ses parents auxquels il ne se -sentit pas le courage de résister. - -* - -24 _avril._--Dîné chez M. de Morny. - -Demander à M. Buon à voir les moulages antiques de M. Ravaisson. - - -[548] _François Forster_ (1790-1872), graveur, grand prix de Rome en -1814, auteur d'un grand nombre de planches devenues classiques. Il -était membre de l'Académie des Beaux-Arts depuis 1844. - - * * * * * - -_Augerville_, 7 _septembre._--De Mlle de Lespinasse. Elle parle de -Diderot: «C'est un homme fort extraordinaire; il n'est pas à sa place -dans la société.» - - - - -1862 - - -24 _janvier._--Riesener venu avec sa fille aînée. - -Je lui ai prêté deux aquarelles: - -1° _La cour de M. Bell_ à Tanger. - -2° _L'église de Valmont_, le fond très soigné. Vitraux, etc., avec -gouache. Le tout dans un carton. - -* - -25 _janvier.--Tobie rend la vue à son père._ - -_Le Christ prêchant dans la barque._ - - * * * * * - -11 _mars._--Localité du clair de l'enfant de la _Médée: vermillon, -indigo, blanc._ - -Localité de l'ombre: _vermillon, blanc, vert de zinc_; ton frais de -clair: _laque, blanc, ocre jaune, blanc._ - - -Prêté à Riesener: Aquarelles: - -1° _Entrée du bois à Valmont_ sur le haut de la colline, -arbres gouachés. - -2° Dans le même endroit, avec le banc de jardin et clairs également -gouaches. - -3° Un _Bord du lac._ - -4° Une feuille sur laquelle sont deux sujets, dont une _Vue de -Tancarville._ - - * * * * * - -_Augerville_, 9 _octobre_[549].--Arrivé le mardi. - -Il ne faut pas être injuste pour notre nation. Elle a présenté -de nos jours, dans les arts, un phénomène dont je ne connais pas -d'exemple ailleurs. Après les merveilles de la Renaissance, qui a vu -particulièrement la sculpture égaler, surpasser même la sculpture -italienne, la France, il faut le dire, a subi la décadence dont -l'Italie lui donnait l'exemple, comme elle lui avait donné celui de ses -chefs-d'œuvre. Le règne des Carrache, très glorieux encore, a amené -pour l'Italie, comme pour la France, une série d'écoles abâtardies -dont le Vanloo a été le dernier mot. Il était réservé à notre pays de -ramener à son tour le goût du simple et du beau. Les ouvrages de nos -philosophes avaient réveillé le sentiment de la nature et le culte des -anciens. David résuma, dans ses peintures, ce double résultat. Il est -difficile de se figurer ce que fût devenue dans ses mains une nouveauté -si hardie pour l'époque où elle se produisit, s'il eût possédé les -qualités extraordinaires d'un Michel-Ange ou d'un Raphaël. Elle fut -toutefois d'une portée immense au milieu du renouvellement général -des idées et de la politique. De grands artistes continuèrent David, -et quand cet héritage, tombé dans des mains moins habiles, sembla -atteint de la langueur dont les plus belles écoles ont donné tour à -tour l'exemple, un second renouvellement, semblable pour la fécondité -des idées qu'il venait remuer à celui qu'avait opéré David, montra -des faces de l'art toutes nouvelles dans l'histoire de la peinture. -Après Gros, issu de David, mais original par tant de côtés, Prud'hon -alliant la noblesse de l'antique à la grâce des Léonard et des Corrège, -Géricault, plus romantique et plus épris à la fois de la vigueur des -Florentins, ouvraient des horizons infinis et autorisaient toutes les -nouveautés. - -* - -12 _octobre._--Dieu est en nous. C'est cette présence intérieure qui -nous fait admirer le beau, qui nous réjouit quand nous avons bien -fait et nous console de ne pas partager le bonheur du méchant. C'est -lui sans doute qui fait l'inspiration dans les hommes de génie et qui -les enchante au spectacle de leurs propres productions. Il y a des -hommes de vertu comme des hommes de génie; les uns et les autres sont -inspirés et favorisés de Dieu. Le contraire serait donc vrai: il y -aurait donc des natures chez lesquelles l'inspiration divine n'agit -point, qui commettent le crime froidement, qui ne se réjouissent jamais -à la vue de l'honnête et du beau. Il y a donc des favoris de l'Être -éternel. Le malheur qui semble souvent, et trop souvent, s'attacher -à ces grands cœurs ne les fait pas heureusement succomber dans -leur court passage: la vue des méchants comblés des dons de la fortune -ne doit point les abattre; que dis-je? ils sont consolés souvent en -voyant l'inquiétude, les terreurs qui assiègent les êtres mauvais, leur -rendent amères leurs prospérités. Ils assistent souvent, dès cette -vie, à leur supplice. Leur satisfaction intérieure d'obéir à la divine -inspiration est une récompense suffisante: le désespoir des méchants -traversés dans leurs injustes jouissances est...[550]. - - -[549] Cette lettre du 9 octobre et la suivante du 12 octobre se -trouvent sur un carnet contenant des croquis pris à Augerville et -appartenant à M. Chéramy. - -[550] Inachevé dans le manuscrit. - - - - -1863 - - -1er _février_[551].--_La reine de Saba_ (au crayon). - -[551] Extrait d'un agenda portant la date de 1863 et resté entre les -mains de Jenny Le Guillou. - - * * * * * - -5 _mars._--Aujourd'hui, envoyé à M. Laguerre 200 francs pour solde -de tout arriéré[552]. - -* - -26 _mars._--Carrier, qui est venu me voir, m'a promis des Alken[553]. - - -[552] On trouve collée à la page la note du docteur Laguerre, avec ces -mots de la main de Delacroix: «Payé à M. Laguerre le 5 mars 1863. E. D.» - -[553] Note écrite au crayon. - - * * * * * - -13 _avril._--Aujourd'hui, M. Burty a emporté, pour faire des essais -lithographiques, quatre dessins ou calques, dont une feuille avec la -_Femme tenant un miroir_[554], croquis à la plume; un calque sur papier -huilé, qui m'a servi pour la _Muse au cygne_, à l'Hôtel de ville. - -* - -14 _avril.--Sur le Beau._ C'est toujours une question sur laquelle il -est difficile de se mettre d'accord; le terme n'est nullement défini, -il est entendu qu'il n'est question que du Beau dans les arts. Le -Beau de la peinture au fond et de tous les autres arts, à la façon -dont je crois qu'on doit le comprendre, serait bien la même chose; -néanmoins...[555]. - -Je trouve dans mes calepins cette définition de Mercey, qui tranche -l'équivoque entre la beauté qui ne consiste que dans les lignes pures, -et celle qui consiste dans l'impression sur l'imagination par tout -autre moyen: _Le Beau est Le vrai idéalisé_[556]. - -* - -17 _avril._--La D... venue. - -Dutilleux est venu ensuite. Il a vu _Macbeth_[557], qui lui a paru -abominable... Décoration, costumes, fantasmagorie complète, et rien -de l'âme du grand Anglais. Rien n'est traduit; il est sorti désolé. À -quelques jours de là, il a vu _Britannicus_, par les mêmes acteurs; -il croyait renaître, il était ravi par ce style, cette force et cette -simplicité. - -* - -23 _avril._--J'ai dîné chez Bertin, comme toujours avec plaisir; j'y -ai trouvé Antony Deschamps[558]; c'est le seul homme avec lequel je -parle musique avec plaisir, parce qu'il aime Cimarosa autant que moi. -Je lui disais que le grand inconvénient de la musique était l'absence -d'imprévu par l'accoutumance qu'on prend des morceaux. Le plaisir que -donnent les belles parties s'affaiblit par cette absence d'imprévu, et -l'attente où vous êtes des parties faibles et des longueurs que vous -connaissez également, peut changer en une sorte de martyre l'audition -d'un morceau qui vous a ravi la première fois, alors que les endroits -négligés passaient avec les autres et servaient presque de lien à la -composition. La peinture, qui ne vous prend pas à la gorge et dont vous -pouvez détourner les yeux à volonté, n'offre pas cet inconvénient; vous -voyez tout à la fois et au contraire vous vous habituez dans un tableau -qui vous plaît à ne regarder que les belles parties dont on ne peut se -lasser. - -Il y avait là un M. Trélat avec une voix charmante... Mais pourquoi ces -gens-là n'ont-ils jamais, avec leur belle voix, l'idée de vous chanter -de belle musique? Antoni me disait que toute la musique d'aujourd'hui -se ressemblait. Tout cela est petit, coquet. L'élégie nous inonde là -comme partout: peinture, littérature, théâtre. - -Un compositeur fait un _Faust,_ et il n'oublie que l'_Enfer_; le -caractère principal d'un semblable sujet, cette terreur mêlée au -comique, il ne s'en est pas douté. - -_Don Juan_ est compris autrement; je vois toujours au-dessus du -libertin la griffe du diable qui l'attend. - - -[554] Voir _Catalogue Robaut_, n° 1323. - -[555] Le manuscrit est inachevé. - -[556] Voir t. III, p. 336 et 337. - -[557] _Macbeth_, traduction en vers de _Jules Lacroix_, représentée à -l'Odéon en février 1863. - -[558] Voir t. II, p. 311. - - * * * * * - -4 _mai._--Le système, tant prôné par les romantiques, du mélange -du comique et du tragique comme le pratique Shakespeare, peut être -apprécié comme on voudra. Le génie de Shakespeare a droit d'y -accoutumer l'esprit par la force, par la franchise des intentions -et la grandeur du plan, mais je crois ce genre interdit à un génie -secondaire; nous devons à cette maladroite intention nombre de -mauvaises pièces et de mauvais romans: les meilleurs parmi ces -derniers, pendant ces trente dernières années, en sont furieusement -gâtés: ceux de Dumas, ceux de Mme Sand, etc. - -Mais ce n'est pas le seul inconvénient que la littérature moderne -présente à cet endroit; on n'écrit pas aujourd'hui un sermon, un -voyage, un rapport même sur la première affaire venue où on ne prenne -tour à tour tous les tons. Thiers lui-même, dans sa belle histoire, -et tout imbu qu'il est des traditions et des grands exemples de -notre langue, n'a pu résister à ces péroraisons, fins de chapitres, -réflexions entachées du style pleurard et sentimental. Un homme qui -écrit un voyage décrit tous les couchers de soleil, tous les paysages -qu'il rencontre avec un comique attendrissant, qu'il croit fait pour -gagner le lecteur. Ce mélange des styles dans chaque morceau est pour -ainsi dire à chaque ligne. «Et on écrit aujourd'hui, dit Voltaire, -des histoires en style d'opéra-comique», etc. _Il est bon que chaque -chose soit à sa place._ Quand cet homme étonnant écrit la _Pucelle_, -il ne tire pas le lecteur du style léger et badin, il ne sort pas du -ton de la plaisanterie; quand, au contraire, dans l'_Essai sur les -mœurs_, il consacre à la Pucelle une page éloquente, il ne montre -que l'admiration et le regret pour l'héroïne, sans toutefois le faire -dans un style d'une apologie emphatique ou d'une oraison funèbre. - -On ne peut lire aujourd'hui une comédie ou un vaudeville sans avoir son -mouchoir à la main, pour s'essuyer les yeux aux passages où l'auteur a -voulu s'adresser à la sensibilité de son lecteur. - -* - -_Vendredi_, 8 _mai._--J'écris à Dutilleux: - -«Mon cher ami, quand j'ai vu avant-hier dans vos mains et sous vos yeux -la petite esquisse de _Tobie_[559], elle m'a paru misérable, quoique -cependant je l'eusse faite avec plaisir. Enfin, quoi qu'il en soit de -cette impression, je me suis rappelé après votre départ que vous aviez -regardé avec plaisir le _Petit lion_[560] qui était sur un chevalet. Je -souhaite bien ne pas me tromper en pensant qu'il a pu vous plaire: je -vous l'aurais envoyé tout de suite sans les petites touches nécessaires -à son achèvement et que j'ai faites hier. Recevez-le avec le même -plaisir que j'ai à vous l'envoyer, et vous me rendrez bien heureux. - -«Il est encore frais dans de certaines parties: évitez la poussière -pendant deux ou trois jours.» - - -[559] Voir _Catalogue Robaut_, n° 1450. - -[560] Voir _Catalogue Robaut_, n° 1449. - - * * * * * - -_Champrosay_, 16 _juin._--Revenu à Champrosay après mes quinze jours de -maladie. - -* - -22 _juin_[561].--(Au crayon.) Le premier mérite d'un tableau est d'être -une fête pour l'œil. Ce n'est pas à dire qu'il n'y faut pas de la -raison: c'est comme les beaux vers;... toute la raison du monde ne les -empêche pas d'être mauvais, s'ils choquent l'oreille. On dit: _avoir de -l'oreille_; tous les yeux ne sont pas propres à goûter les délicatesses -de la peinture. Beaucoup ont l'œil faux ou inerte; ils voient -littéralement les objets, mais l'exquis, non. - - -[561] C'est la dernière des notes qu'on ait retrouvées sur les calepins -de Delacroix, qui mourut le 13 août suivant. - - -FIN DU TOME TROISIÈME. - - - - -TABLE CHRONOLOGIQUE DES TROIS VOLUMES -DU JOURNAL D'EUGÈNE DELACROIX - - - TOME PREMIER - - (1822-1849) - - 1822 - 1823 - 1824 - 1825 - 1830 - 1832 (Voyage au Maroc) - 1834 - 1840 - 1843 - 1844 - 1846 - 1847 - 1849 - - TOME II - - (1850-1854) - - 1850 - 1851 - 1852 - 1853 - 1854 - - TOME III - - (1855-1803) - - 1855 - 1856 - 1857 - 1858 - 1859 - 1860 - 1861 - 1862 - 1863 - - - - - - -End of the Project Gutenberg EBook of Journal de Eugène Delacroix, Tome 3, by -Eugène Delacroix - -*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK JOURNAL DE EUGÈNE DELACROIX *** - -***** This file should be named 54600-0.txt or 54600-0.zip ***** -This and all associated files of various formats will be found in: - http://www.gutenberg.org/5/4/6/0/54600/ - -Produced by Laura Natal Rodriguez and Marc D'Hooghe at -Free Literature (online soon in an extended version, also -linking to free sources for education worldwide ... 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You may copy it, give it away or re-use it under the terms of -the Project Gutenberg License included with this eBook or online at -www.gutenberg.org. If you are not located in the United States, you'll have -to check the laws of the country where you are located before using this ebook. - -Title: Journal de Eugène Delacroix, Tome 3 - 1855-1863 - -Author: Eugène Delacroix - -Release Date: April 24, 2017 [EBook #54600] - -Language: French - -Character set encoding: UTF-8 - -*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK JOURNAL DE EUGÈNE DELACROIX *** - - - - -Produced by Laura Natal Rodriguez and Marc D'Hooghe at -Free Literature (online soon in an extended version, also -linking to free sources for education worldwide ... MOOC's, -educational materials,...) Images generously made available -by the Internet Archive. - - - - - - -</pre> - - -<div class="figcenter" style="width: 500px;"> -<img src="images/cover.jpg" width="500" alt="" /> -</div> - -<h1>JOURNAL</h1> - -<h3>DE</h3> - -<h2>EUGÈNE DELACROIX</h2> - -<h4>TOME TROISIÈME</h4> - -<h4>1855-1863</h4> - -<h4>SUIVI D'UNE TABLE ALPHABÉTIQUE</h4> - -<h4>DES NOMS ET DES ŒUVRES CITÉS</h4> - -<h4>NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS PAR MM. PAUL FLAT ET RENÉ PIOT</h4> - -<h4><i>Portraits et fac-simile</i></h4> - - -<h5>PARIS</h5> - -<h5>LIBRAIRIE PLON</h5> - -<h5>PLON-NOURRIT ET C<sup>ie</sup> IMPRIMEURS-ÉDITEURS</h5> - -<h5>RUE GARANCIÈRE 10<sup>e</sup></h5> - - -<h5>1895</h5> - - - -<hr class="full" /> - -<div class="figcenter" style="width: 475px;"> -<img src="images/delacroix02.jpg" width="475" alt="" /> -</div> - -<p><span class="pagenum"><a name="Page_1" id="Page_1">[p. 1]</a></span></p> - -<h3>JOURNAL</h3> - -<h4>DE</h4> - -<h3>EUGÈNE DELACROIX</h3> - - - -<hr class="chap" /> -<h3><a name="c1855" id="c1855">1855</a></h3> - - -<p><i>Paris</i>, 8 <i>janvier.</i>—Dîné chez Mme de Blocqueville<a name="NoteRef_1_1" id="NoteRef_1_1"></a><a href="#Note_1_1" class="fnanchor">[1]</a> avec Cousin<a name="NoteRef_2_2" id="NoteRef_2_2"></a><a href="#Note_2_2" class="fnanchor">[2]</a>. -Singulière maison.</p> - -<p>Cousin, en sortant, m'assure que, toutes informations prises, elle est -fort honnête, sauf les petits loisirs que lui laisse l'absence de son -mari, avec qui elle vit mal, mais qui ne fait que des apparitions.</p> - -<p>Je m'accroche à lui pour retourner chez Thiers<a name="NoteRef_3_3" id="NoteRef_3_3"></a><a href="#Note_3_3" class="fnanchor">[3]</a>; il n'y était pas, ni -sa femme. Mme Dosne m'invite pour le vendredi de la semaine suivante.</p> - -<p><span class="pagenum"><a name="Page_2" id="Page_2">[p. 2]</a></span></p> - -<p class="center">*</p> - -<p>9 <i>janvier.</i>—Dîné enfin chez la princesse<a name="NoteRef_4_4" id="NoteRef_4_4"></a><a href="#Note_4_4" class="fnanchor">[4]</a>, après avoir refusé -deux fois, je crois, à cause de mon malaise, suite de la grippe.—Se -rappeler une sonate de Mozart qu'elle joue seule.</p> - -<p>Berryer y est venu, ainsi que les dames de Vaufreland. Il m'a mené chez -Mme de Lagrange, à qui je devais une visite depuis le dîner que j'y -avais fait il y a longtemps déjà, le jour où j'avais causé longuement -avec la princesse.</p> - -<p>—Magnifique sujet: <i>Noé sacrifiant avec sa famille après le déluge</i>: -les animaux se répandent sur la terre, les oiseaux dans les airs; les -monstres condamnés par la sagesse divine gisent à moitié enfouis dans -la vase; les branches dégouttantes se redressent vers le ciel<a name="NoteRef_5_5" id="NoteRef_5_5"></a><a href="#Note_5_5" class="fnanchor">[5]</a>.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>20 <i>janvier.</i>—Chez Viardot<a name="NoteRef_6_6" id="NoteRef_6_6"></a><a href="#Note_6_6" class="fnanchor">[6]</a>. Musique de Gluck chantée admirablement -par sa femme.</p> - -<p>Le philosophe Chenavard ne disait plus que la musique est le dernier -des arts! Je lui disais que les paroles de ces opéras étaient -admirables. Il faut des grandes divisions tranchées; ces vers arrangés -sur ceux de Racine et par conséquent défigurés, font un effet bien plus -puissant avec la musique.</p> - -<p><span class="pagenum"><a name="Page_3" id="Page_3">[p. 3]</a></span></p> - -<p>Le lendemain dimanche, chez Tattet<a name="NoteRef_7_7" id="NoteRef_7_7"></a><a href="#Note_7_7" class="fnanchor">[7]</a>. Membrée<a name="NoteRef_8_8" id="NoteRef_8_8"></a><a href="#Note_8_8" class="fnanchor">[8]</a> a chanté des morceaux -de sa composition; celui des <i>Étudiants</i> serait mauvais, même avec la -plus belle musique. C'est un petit opéra sans récitatif, c'est-à-dire -que le récit et le chant ne font qu'un; c'est fatigant pour l'esprit, -qui n'est ni au récit ni à la musique, tout en courant à chaque instant -après l'un et l'autre. Nouvelle preuve qu'il ne faut pas sortir des -<i>lois</i> qui ont été trouvées au commencement sur tous les arts. Racontez -ce qu'il vous plaira avec les récitatifs, mais avec le chant ne faites -chanter que la passion, sur des paroles que mon esprit devine avant que -vous les disiez.</p> - -<p>Il ne faut point partager l'attention: les beaux vers sont à leur place -dans la tragédie parlée; dans l'opéra, la musique seule doit m'occuper.</p> - -<p>Chenavard convenait, sans que je l'en priasse, qu'il n'y a rien à -comparer à l'émotion que donne la musique: elle exprime des nuances -incomparables. Les dieux pour qui la nourriture terrestre est trop -grossière, ne s'entretiennent certainement qu'en musique. Il faut, à -l'honneur mérité de la musique, retourner le mot de Figaro: <i>Ce qui ne -peut pas être chanté, on le parle.</i> Un Français devait dire ce que dit -Beaumarchais.</p> - -<p><span class="pagenum"><a name="Page_4" id="Page_4">[p. 4]</a></span></p> - -<p>—Dîné chez Thiers: Cousin, Mme de Rémusat que j'ai revue avec plaisir, -etc.</p> - -<p>Chez Tattet ensuite, où j'ai entendu Membrée.</p> - -<p>Ce qui met la musique au-dessus des autres arts (il y a de grandes -réserves à faire pour la peinture, précisément à cause de sa grande -analogie avec la musique), c'est qu'elle est complètement de -convention, et pourtant c'est un langage complet; il suffit d'entrer -dans son domaine.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>24 <i>janvier.</i>—Au bal de Morny, le soir. Mérimée me parle d'un nommé -Lacroix qui vend de bon papier.</p> - -<p>Je remarque encore l'étonnante perfection des Flamands à côté de quoi -que ce soit: il y avait là un joli Watteau, qui devenait complètement -factice, comme je l'avais déjà remarqué antérieurement.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>25 <i>janvier.</i>—Dîné chez Payen<a name="NoteRef_9_9" id="NoteRef_9_9"></a><a href="#Note_9_9" class="fnanchor">[9]</a>.—Mme Barbier ensuite.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>28 <i>janvier.</i>—Chez Thiers le soir; il me parle des ressources -prodigieuses que Napoléon trouva dans son génie et dans son audace -infatigable pendant la mémorable campagne de 1814.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>29 <i>janvier.</i>—Dîné chez Mme de Blocqueville avec</p> - -<p><span class="pagenum"><a name="Page_5" id="Page_5">[p. 5]</a></span></p> - -<p>Thiers, Cousin, la duchesse d'Istrie, une Mme de Léotaud, et un M. de -Beaumont<a name="NoteRef_10_10" id="NoteRef_10_10"></a><a href="#Note_10_10" class="fnanchor">[10]</a> qui fait partie du jury de l'Exposition; fort aimable et -convenable de tous points, et bon appréciateur de toutes choses.</p> - -<p>En sortant, chez Fould. Bal. Figures de coquins de toute espèce.</p> - -<p>—Cousin, au dîner, avait raconté l'anecdote suivante: Louis XIV avait -tenu un conseil particulier entre Louvois, Turenne, Condé et lui, sur -un plan de campagne, en recommandant un secret absolu; huit jours -après, il lui revient que son plan est connu. Interpellant Turenne, il -le lui dit et ajouta, connaissant son inimitié pour Louvois: «Ce sera -ce coquin de Louvois!» Turenne répond: «Non, Sire, c'est moi.» À cela -le Roi lui dit: «Vous l'aimez donc toujours!»</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>30 <i>janvier.</i>—Chez Mme de Lagrange. Je suis arrivé malheureusement de -bonne heure, c'est-à-dire à dix heures. Qui croirait que c'est encore -une heure indue le soir à Paris?</p> - -<p>J'ai trouvé là le vieux Rambuteau<a name="NoteRef_11_11" id="NoteRef_11_11"></a><a href="#Note_11_11" class="fnanchor">[11]</a> qui est aveugle et qui me dit, -quand on lui dit qui j'étais, qu'il<span class="pagenum"><a name="Page_6" id="Page_6">[p. 6]</a></span> était très fâché de n'avoir pas -été ainsi prévenu de ma présence chez Mme de Blocqueville, la première -fois que j'y dînai; qu'il m'aurait dit à quel point il avait toujours -admiré mes peintures. Or le vieux scélérat ne m'a jamais adressé la -parole, dans le temps qu'il était préfet, que pour me recommander de ne -pas gâter son église de Saint-Denis du Saint-Sacrement. Ce tableau de -treize pieds<a name="NoteRef_12_12" id="NoteRef_12_12"></a><a href="#Note_12_12" class="fnanchor">[12]</a>, payé 6,000 francs, avait été donné à Robert Fleury, -qui, ne s'y sentant pas porté, m'avait proposé de le faire à sa place, -avec l'agrément, cela va sans dire, de l'administration. Varcollier, -moins apprivoisé dans ce temps avec moi et avec ma peinture, -consentit dédaigneusement à ce changement de personne, le préfet plus -difficilement encore, à ce que je crois, dans la profonde défiance où -il était de mes minces talents.</p> - -<p>L'adversité rend aux hommes toutes les vertus que la prospérité leur -enlève.</p> - -<p>Cela me rappelle que, quand je fus revoir Thiers, au retour de son -petit exil, il déplora la mesquinerie des commandes qu'on me faisait; -à l'entendre, j'aurais dû avoir tout à faire et être magnifiquement -récompensé.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>31 <i>janvier.</i>—Fortoul,—Dumas ensuite.</p> - -<p>Je suis resté au coin de mon feu à cause du dégel. Puis, repris à dix -heures d'un beau courage, j'ai été prendre l'air.</p> - -<hr class="b2" /> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_1_1" id="Note_1_1"></a><a href="#NoteRef_1_1"><span class="label">[1]</span></a> <i>Louise-Adélaïde d'Eckmühl, marquise de Blocqueville</i>, -était la dernière fille du maréchal Davoust, dont elle a fait revivre -dans un livre important la sévère figure. Elle est aussi l'auteur de -plusieurs ouvrages de psychologie mystique.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_2_2" id="Note_2_2"></a><a href="#NoteRef_2_2"><span class="label">[2]</span></a> <i>Victor Cousin</i>, qui depuis 1852 n'occupait plus sa chaire -de philosophie à la Sorbonne, travaillait alors à ses <i>Études sur -les femmes et la société du dix-septième siècle</i>, et avait déjà fait -paraître <i>Madame de Longueville</i> (1853) et <i>Madame de Sablé</i> (1854).</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_3_3" id="Note_3_3"></a><a href="#NoteRef_3_3"><span class="label">[3]</span></a> Delacroix, habitant à cette époque rue Notre-Dame de -Lorette, était par conséquent tout à fait voisin de M. Thiers.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_4_4" id="Note_4_4"></a><a href="#NoteRef_4_4"><span class="label">[4]</span></a> La princesse <i>Marcellini Czartoryska.</i></p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_5_5" id="Note_5_5"></a><a href="#NoteRef_5_5"><span class="label">[5]</span></a> Ce sujet de tableau n'a pas été traité par Delacroix.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_6_6" id="Note_6_6"></a><a href="#NoteRef_6_6"><span class="label">[6]</span></a> <i>Louis Viardot</i> (1800-1883), littérateur. On lui doit un -grand nombre de traductions d'ouvrages espagnols et russes. Il avait en -1841 fondé avec George Sand et Pierre Leroux la <i>Revue indépendante</i> et -pris un moment la direction du théâtre italien à la salle Ventadour en -1838. C'est là qu'il connut la célèbre cantatrice <i>Pauline Garcia</i>, qui -devint sa femme en 1840.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_7_7" id="Note_7_7"></a><a href="#NoteRef_7_7"><span class="label">[7]</span></a> <i>Alfred Tattet</i>, banquier très répandu dans le monde -artistique et littéraire, ami fidèle d'Alfred de Musset, qui lui dédia -quelques-unes de ses poésies.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_8_8" id="Note_8_8"></a><a href="#NoteRef_8_8"><span class="label">[8]</span></a> <i>Edmond Membrée</i> (1820-1882), compositeur français, élève -de Carafa. Il écrivit notamment les chœurs de l'<i>Œdipe-Roi</i>, de J. -Lacroix, joué au Théâtre-Français en 1858.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_9_9" id="Note_9_9"></a><a href="#NoteRef_9_9"><span class="label">[9]</span></a> <i>Anselme Payen</i> (1795-1871), chimiste, professeur à -l'École centrale et au Conservatoire des arts et métiers, membre de -l'Académie des sciences.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_10_10" id="Note_10_10"></a><a href="#NoteRef_10_10"><span class="label">[10]</span></a> <i>Adalbert de Beaumont</i>, peintre et littérateur, qui -exposa à plusieurs Salons et écrivit dans divers journaux et revues des -articles sur les questions d'art.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_11_11" id="Note_11_11"></a><a href="#NoteRef_11_11"><span class="label">[11]</span></a> Le <i>comte de Rambuteau</i> (1781-1869) avait été préfet -de la Seine sous la monarchie de Juillet. Ce fut lui qui commença -dans Paris les travaux d'embellissement qui devaient plus tard, sous -l'administration du baron Haussmann, transformer la capitale.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_12_12" id="Note_12_12"></a><a href="#NoteRef_12_12"><span class="label">[12]</span></a> Ce tableau, <i>Pieta</i>, fut peint directement sur le mur. -(Voir <i>Catalogue Robaut</i>, n° 768.)</p> - -<p><span class="pagenum"><a name="Page_7" id="Page_7">[p. 7]</a></span></p></div> - -<hr class="b2" /> - -<p>2 <i>février.</i>—Dîné avec Mme de Forget.—Chez Mme Cerfbeer ensuite. J'ai -fait les deux choses.</p> - -<p>Beaucoup causé avec Eugène<a name="NoteRef_13_13" id="NoteRef_13_13"></a><a href="#Note_13_13" class="fnanchor">[13]</a>, que j'aime beaucoup.</p> - -<p>Chez Cerfbeer<a name="NoteRef_14_14" id="NoteRef_14_14"></a><a href="#Note_14_14" class="fnanchor">[14]</a> ensuite, où l'on étouffait; j'ai causé avec -Pontécoulant<a name="NoteRef_15_15" id="NoteRef_15_15"></a><a href="#Note_15_15" class="fnanchor">[15]</a> et avec sa femme. Il me disait assez justement que -la prise de Sébastopol serait l'empêchement irrémédiable à la paix; -que l'Empereur, en 1812, n'avait pas rétabli le royaume de Pologne -pour ne pas fermer tout retour à la paix, bien persuadé que la Russie -n'abandonnerait jamais ses prétentions sur la Pologne et en ferait -toujours un objet d'amour-propre au premier chef, comme elle en fait un -de sa possession de la Crimée, le talisman véritable qui lui ouvre le -chemin à la domination de l'Orient.</p> - -<p>En sortant, je me suis promené sur le boulevard avec délices: -j'aspirais la fraîcheur du soir, comme si c'était chose rare. Je me -demandais, avec raison, pourquoi les hommes s'entassent dans des -chambres malsaines, au lieu de circuler à l'air pur, qui ne coûte rien. -Ils ne causent que de choses insipides qui ne leur apprennent rien et -ne les corrigent de rien; ils<span class="pagenum"><a name="Page_8" id="Page_8">[p. 8]</a></span> font avec application des parties de -cartes ou bâillent solitairement au milieu de la cohue, quand ils ne -trouvent personne à ennuyer.</p> - -<hr class="b2" /> - -<p>3 <i>février.</i>—Chez Viardot.—Delangle<a name="NoteRef_16_16" id="NoteRef_16_16"></a><a href="#Note_16_16" class="fnanchor">[16]</a>.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>5 <i>février.</i>—Chez Thiers, le soir: j'y suis resté très longtemps; -il m'a accaparé, et nous avons parlé guerre; il a mis en poudre mon -système.</p> - -<p>En sortant et très tard, chez Halévy: calorifères étouffants. Sa -pauvre femme emplit sa maison de vieux pots et de vieux meubles; -cette nouvelle folie le mènera à l'hôpital. Il est changé et -vieilli: il a l'air d'un homme entraîné malgré lui. Comment peut-il -travailler sérieusement au milieu de ce tumulte? Son nouveau poste à -l'Académie<a name="NoteRef_17_17" id="NoteRef_17_17"></a><a href="#Note_17_17" class="fnanchor">[17]</a> doit prendre beaucoup sur son temps et l'écarter de plus -en plus de la sérénité et de la tranquillité que demande le travail.</p> - -<p>Sorti de ce gouffre le plus tôt que j'ai pu. L'air de la rue m'a semblé -délicieux.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p><i>6 février.</i>—Dîné chez la princesse. Elle me plaît toujours: elle -avait une robe dont elle ne savait que faire; l'étoffe en était si -magnifique qu'elle ressemblait à une cuirasse de vingt aunes; grâce à -cette ampleur ridicule, toutes les femmes se ressemblent en ressemblant -à des tonneaux.</p> - -<p><span class="pagenum"><a name="Page_9" id="Page_9">[p. 9]</a></span></p> - -<p>Après dîner, j'ai été un moment chez Fould et suis revenu pour -l'entendre avec Franchomme; mais le plaisir de la soirée avait été deux -ou trois morceaux de Chopin qu'elle m'avait joués avant mon départ pour -aller chez le ministre.</p> - -<p>Grzymala, à dîner, nous a soutenu que Mme Sand avait accepté de -Meyerbeer de l'argent pour les articles qu'elle a faits à sa louange. -Je ne puis le croire et j'ai protesté. La pauvre femme a bien besoin -d'argent: elle écrit trop et pour de l'argent; mais descendre jusqu'au -métier des feuilletonistes à gages, c'est ce que je ne puis croire!</p> - -<p>Berryer venu chez la princesse.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>7 <i>février.</i>—Soupe chez la fameuse comtesse de Païva. Ce luxe -effrayant me déplaît; on ne rapporte aucun souvenir de semblables -soirées: on est plus lourd le lendemain, voilà tout.</p> - -<p>Depuis moins de quinze jours, j'ai travaillé énormément: je suis occupé -maintenant de <i>Foscari</i><a name="NoteRef_18_18" id="NoteRef_18_18"></a><a href="#Note_18_18" class="fnanchor">[18]</a>. J'avais auparavant donné aux <i>Lions</i><a name="NoteRef_19_19" id="NoteRef_19_19"></a><a href="#Note_19_19" class="fnanchor">[19]</a> -une tournure que je crois enfin la bonne, et je n'ai plus qu'à terminer -en changeant le moins possible.</p> - -<p><span class="pagenum"><a name="Page_10" id="Page_10">[p. 10]</a></span></p> - -<p class="center">*</p> - -<p>11 <i>février.</i>—Dîner chez Bornot.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>15 <i>février.</i>—Dîné chez Lefuel avec Arago, Français, etc.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>19 <i>février.</i>—Berryer m'écrit ce soir pour me demander si j'ai un -moyen de trouver une place pour jeudi prochain, jour de son élection. -Je lui réponds:</p> - -<p>«Mon cher cousin, je m'empresse de vous dire que je n'espère qu'en vous -pour trouver place à une séance aussi intéressante pour moi. Je n'ai -quasiment bue des ennemis dans le palais Mazarin. Ils me veulent à la -porte de toutes les façons; recevez-moi au moins pour ce jour, qui -m'est cher à plus d'un titre. Votre mille fois affectionné et dévoué.»</p> - -<p>En réponse à cette lettre, Berryer n'a pu m'envoyer qu'un billet dans -les amphithéâtres haut perchés de l'Institut. En arrivant à midi et -demi par la neige et le froid, j'ai trouvé que la queue remplissait -jusqu'à la porte de la rue, c'est-à-dire tous les escaliers et passages -qui conduisent audit amphithéâtre, lequel était plein, de sorte que ces -bonnes gens, parmi lesquelles il y en avait qui prétendaient que ce -côté était excellent, attendaient, ou l'évanouissement de quelque dame, -ou je ne sais quel prodige pour se glisser dans l'intérieur; et ils -étaient là deux cents!</p> - -<p>Je boude un peu Berryer. En pareille situation, j'aurais voulu placer -mon cousin. Tous ses amis de Frohsdorf et autres étaient, j'en suis -sûr, bien installés,<span class="pagenum"><a name="Page_11" id="Page_11">[p. 11]</a></span> et avaient apporté leurs grandes oreilles pour -l'écouter... Je me trompe: ils étaient là pour dire qu'ils y avaient -été.</p> - -<hr class="b2" /> -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_13_13" id="Note_13_13"></a><a href="#NoteRef_13_13"><span class="label">[13]</span></a> <i>Eugène de Forget.</i></p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_14_14" id="Note_14_14"></a><a href="#NoteRef_14_14"><span class="label">[14]</span></a> <i>Alphonse Cerfbeer</i> (1797-1859), auteur dramatique.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_15_15" id="Note_15_15"></a><a href="#NoteRef_15_15"><span class="label">[15]</span></a> Le <i>comte de Pontécoulant</i> (1794-1882), officier et -littérateur. Il se battit sous les ordres de Napoléon pendant les -Cent-jours et fut blessé en 1830 dans la campagne de Belgique à la tête -d'un corps de volontaires parisiens qu'il avait organisé. De retour en -France, M. de Pontécoulant s'est occupé de littérature et surtout de -musique.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_16_16" id="Note_16_16"></a><a href="#NoteRef_16_16"><span class="label">[16]</span></a> <i>Delangle</i> était alors premier président de la cour de -Paris.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_17_17" id="Note_17_17"></a><a href="#NoteRef_17_17"><span class="label">[17]</span></a> <i>Halévy</i> avait été nommé secrétaire perpétuel de -l'Académie des beaux-arts le 29 juillet 1854.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_18_18" id="Note_18_18"></a><a href="#NoteRef_18_18"><span class="label">[18]</span></a> C'est la fameuse toile des <i>Deux Foscari</i>, que les -admirateurs du maître ont pu voir pour la dernière fois à l'exposition -de ses œuvres au palais des Beaux-Arts en 1885, car elle ne figurait -pas à l'Exposition universelle de 1889. Elle appartient actuellement au -duc d'Aumale et constitue l'un des plus précieux joyaux de sa galerie. -(Voir <i>Catalogue Robaut</i>, n<sup>os</sup> 1272 et 1273.)</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_19_19" id="Note_19_19"></a><a href="#NoteRef_19_19"><span class="label">[19]</span></a> Voir <i>Catalogue Robaut</i>, n° 1278.</p></div> - -<hr class="b2" /> - -<p>4 <i>mars.</i>—Symphonie de Gounod<a name="NoteRef_20_20" id="NoteRef_20_20"></a><a href="#Note_20_20" class="fnanchor">[20]</a> à deux heures.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>5 <i>mars.</i>—Concert de l'aimable princesse. Le <i>concerto</i> de Chopin -a produit peu d'effet. Ils s'obstinent à le jouer au lieu de -ses délicieux petits morceaux. La pauvre princesse et son piano -disparaissent sur ce théâtre. Quand la Viardot a préludé, pour chanter -des mazurkas de Chopin arrangées pour la voix, on a senti l'artiste; -c'est ce que me disait Delaroche, qui était près de moi, dans cette -place où j'avais été relégué, après avoir offert la mienne aux dames de -Vautreland.</p> - -<p>Ces courts fragments de symphonie d'Haydn entendus hier m'ont ravi -autant que le reste m'a rebuté. Je ne puis plus consentir à prêter mes -oreilles ou mon attention qu'à ce qui est excellent.</p> - -<p>—<i>Sur le respect immodéré des maîtres</i>: citer la froideur de certains -Titien, <i>le Christ au tombeau</i>, etc., etc.<a name="NoteRef_21_21" id="NoteRef_21_21"></a><a href="#Note_21_21" class="fnanchor">[21]</a>.</p> - -<p><span class="pagenum"><a name="Page_12" id="Page_12">[p. 12]</a></span></p> - -<p>—<i>Oculos habent et non vident</i> veut dire: De la rareté des bons juges -en peinture.</p> - -<p>—Sur le <i>style...</i> ne pas confondre avec la <i>mode.</i></p> - -<p class="center">*</p> - -<p>13 <i>mars.</i>—Dîné chez la princesse, à mon corps défendant... J'ai -refusé si souvent que j'y vais par devoir. Bon morceau de Mozart joué -par elle avec basse, violon et violoncelle, précédé d'un morceau de -Mendelssohn joué par la princesse de Chimay, ennuyeux de tout point.</p> - -<p>Je me sauve après le morceau de Mozart et j'évite la <i>Polonaise</i> de -Chopin, dont nous étions menacés.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>14 <i>mars.</i>—J'ai quitté mon travail acharné sur mes <i>Lions</i>, pour aller -à une heure voir la salle d'exposition.</p> - -<p>En revenant, chez Riesener.</p> - -<p>Je suis depuis quelque temps dans un mauvais état de santé: l'estomac -est capricieux, et c'est lui pourtant qui conduit tout le reste. À -présent, mon malaise me prend au milieu de la journée, et je peux -quelquefois faire une séance à la fin du jour. Je me lève très matin.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>15 <i>mars.</i>—Dîné chez Bertin; ce bon Delsarte m'a dit que Mozart avait -outrageusement pillé Galuppi<a name="NoteRef_22_22" id="NoteRef_22_22"></a><a href="#Note_22_22" class="fnanchor">[22]</a>,<span class="pagenum"><a name="Page_13" id="Page_13">[p. 13]</a></span> à peu près sans doute comme Molière -a pillé partout où il a trouvé. Je lui ai dit que <i>ce qui était Mozart</i> -n'avait pas été pris à Galuppi ni à personne. Il met Lulli au-dessus de -tout, même de Gluck, qu'il admire pourtant fort.</p> - -<p>Il a chanté des chansonnettes anciennes et charmantes, chantées avec le -goût qu'il y met. Je lui ai fait remarquer que s'il prenait la peine de -chanter avec le même soin la musique des grands musiciens qu'il n'aime -pas, elle ferait autant d'effet, et peut-être davantage. Il a chanté le -bel air de <i>Telasco</i>, toujours avec le même ravissement pour moi.</p> - -<p>On passe à certains artistes leurs excentricités sur un point, sans -diminuer de l'estime de leur talent: Delsarte est une espèce de fou -dans sa conduite; ses projets pour le bonheur de l'humanité, sa volonté -persévérante de se faire pendant quelque temps médecin homéopathe, et -enfin sa préférence ridicule et exclusive pour l'ancienne musique, -qui est le pendant de son excentricité en manière de se conduire, le -classent avec Ingres, par exemple, dont on dit qu'il se conduit comme -un enfant, et qui a des préférences et des antipathies également -sottes... Il manque quelque chose à ces gens-là. Ni Mozart, ni Molière, -ni Racine ne devaient avoir de sottes préférences, ni de sottes -antipathies; leur <i>raison</i>, par conséquent, était à la hauteur de leur -<i>génie</i>, ou plutôt était <i>leur génie même.</i></p> - -<p><span class="pagenum"><a name="Page_14" id="Page_14">[p. 14]</a></span></p> - -<p>Le stupide public abandonne aujourd'hui Rossini pour Gluck, comme il a -abandonné autrefois Gluck pour Rossini; une chansonnette de l'an 1500 -est mise au-dessus de tout ce que Cimarosa a produit. Passe pour ce -stupide troupeau à qui il faut absolument changer d'engouement, par la -raison qu'il n'a de goût et de discernement sur rien! mais des hommes -de métier, artistes ou à peu près, qu'on qualifie d'hommes supérieurs, -sont inexplicables de se prêter lâchement à toutes ces sottises...</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>16 <i>mars.</i>—C'est à partir de ce jour que j'ai été pris d'indisposition -et forcé d'interrompre tout travail pendant un assez long temps.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>23 <i>mars.</i>—Je remarque ce matin, en examinant des croquis<a name="NoteRef_23_23" id="NoteRef_23_23"></a><a href="#Note_23_23" class="fnanchor">[23]</a> que j'ai -faits d'après des figures de la galerie d'Apollon (sculptures sur les -corniches) et copiés d'après le livre gravé que Duban m'avait prêté, -l'incorrigible froideur de ces morceaux. Je ne peux l'attribuer, malgré -la largeur d'exécution, qu'à l'excessive timidité, qui ne permet jamais -à l'artiste de s'écarter du modèle, et cela dans des figures accroupies -sur des corniches et dans lesquelles la fantaisie était plus que -permise.</p> - -<p>C'est par amour de la perfection que ces figures<span class="pagenum"><a name="Page_15" id="Page_15">[p. 15]</a></span> sont imparfaites. -Il y a un peu du reflet de cette exactitude outrée dans toute l'école -qui commence au Poussin et aux Carrache. La sagesse est sans doute une -qualité, mais elle n'ajoute pas de charme. Je compare la grâce des -figures d'un Corrège, d'un Raphaël, d'un Michel-Ange, d'un Bonasone, -d'un Primatice, à celle d'une ravissante femme, qui vous enchante sans -qu'on sache pourquoi. Je compare, au contraire, la froide correction -des figures du style français à ces grandes femmes bien bâties, mais -dépourvues de charme.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>25 <i>mars.</i>—Hier samedi, continuation du malaise, mais avec quelque -mieux. Je lis toujours le roman de Dumas, de <i>Nanon de Lartigues</i><a name="NoteRef_24_24" id="NoteRef_24_24"></a><a href="#Note_24_24" class="fnanchor">[24]</a>: -je dors par intervalles. Ce roman est charmant au commencement; puis, -comme à l'ordinaire, viennent des parties ennuyeuses, mal digérées ou -emphatiques. Je ne vois pas encore poindre tout à fait dans celui-ci -les passages prétendus dramatiques et passionnés, comme il en introduit -dans tous ses romans, même les plus comiques.</p> - -<p>Ce mélange du comique et du pathétique est décidément de mauvais goût. -Il faut que l'esprit sache où il est, et même il faut qu'il sache où -on le mené. Nous autres Français, familiarisés depuis longtemps<span class="pagenum"><a name="Page_16" id="Page_16">[p. 16]</a></span> avec -cette manière d'envisager les arts, nous aurions de la peine, à moins -d'une très grande habitude de l'anglais, par exemple, à nous faire -une idée de l'effet contraire dans les pièces de Shakespeare. Nous ne -pouvons imaginer ce que serait une bouffonnerie sortant de la bouche -du grand prêtre, d'une Athalie, ou seulement la plus petite atteinte -vers le style familier. La Comédie ne présente le plus souvent que des -passions très sérieuses dans celui qui les éprouve, mais dont l'effet -est de provoquer le rire, plutôt que l'émotion tragique.</p> - -<p>Je crois que Chasles avait raison quand il me disait dans une -conversation sur Shakespeare, dont j'ai parlé dans un de ces calepins: -«Ce n'est ni un comique ni un tragique proprement dit; son art est à -lui, et cet art est autant psychologique que poétique; il ne peint -point l'ambitieux, le jaloux, le scélérat consommé, mais un certain -jaloux, un certain ambitieux, qui est moins un type qu'une nature -avec ses nuances particulières.» Macbeth, Othello, Iago, ne sont rien -moins que des types; les particularités ou plutôt les singularités -de ces caractères peuvent les faire ressembler à des individus, -mais ne donnent pas l'idée absolue de chacune de leurs passions. -Shakespeare possède une telle puissance de réalité qu'il nous fait -adopter son personnage comme si c'était le portrait d'un homme que -nous eussions connu. Les familiarités qu'il met dans les discours de -ses personnages, ne nous choquent pas plus sans doute que celles que<span class="pagenum"><a name="Page_17" id="Page_17">[p. 17]</a></span> -nous rencontrerions chez les hommes qui nous entourent, qui ne sont -point sur un théâtre, mais tour à tour affligés, exaltés ou même rendus -ridicules par les différentes situations que comporte la vie comme elle -est; de là des hors-d'œuvre qui ne choquent point dans Shakespeare, -comme ils feraient sur notre théâtre. Hamlet, au beau milieu de sa -douleur et de ses projets de vengeance, fait mille bouffonneries avec -Polonius, avec des étudiants; il s'amuse à instruire les acteurs qu'on -lui amène, pour représenter une mauvaise tragédie. Il y a en outre -dans toute la pièce un souffle puissant et même une progression et un -développement de passions et d'événements qui, bien qu'irréguliers -dans nos habitudes, prennent un caractère d'unité qui établit dans le -souvenir celle de la pièce. Car, si cette qualité souveraine ne se -trouvait pas avec les inconvénients dont nous venons de parler, ces -pièces n'auraient pas mérité de conserver l'admiration des siècles. Il -y a une logique secrète, un ordre inaperçu dans ces entassements de -détails, qui sembleraient devoir être une montagne informe et où l'on -trouve des parties distinctes, des repos ménagés, et toujours la suite -et la conséquence.</p> - -<p>Je remarque ici même, à ma fenêtre, la grande similitude que -Shakespeare a en cela avec la nature extérieure, celle par exemple -que j'ai sous les yeux, j'entends sous le rapport de cet entassement -de détails dont il semble cependant que l'ensemble fasse un tout pour -l'esprit. Les montagnes que j'ai parcourues<span class="pagenum"><a name="Page_18" id="Page_18">[p. 18]</a></span> pour venir ici, vues à -distance, forment les lignes les plus simples et les plus majestueuses; -vues de près, elles ne sont même plus des montagnes, ce sont des -parties de rochers, des prairies, des arbres en groupes ou séparés, des -ouvrages des hommes, des maisons, des chemins, occupant l'attention -tour à tour.</p> - -<p>Cette unité, que le génie de Shakespeare établit pour l'esprit à -travers ses irrégularités, est encore une qualité qui est propre à lui.</p> - -<p>Mon pauvre Dumas, que j'aime beaucoup et qui se croit sans doute un -Shakespeare, ne présente à l'esprit ni des détails aussi puissants, -ni un ensemble qui constitue dans le souvenir une unité bien marquée. -Les parties ne sont point pondérées; son comique, qui est sa meilleure -partie, semble parqué dans de certains endroits de ses ouvrages; puis, -tout à coup, il vous fait entrer dans le drame sentimental, et ces -mêmes personnages qui vous faisaient rire deviennent des pleureurs et -des déclamateurs. Qui reconnaîtrait, dans ces joyeux mousquetaires du -commencement de l'ouvrage, ces êtres de mélodrame engagés à la fin dans -cette histoire d'une certaine milady, que l'on juge en forme et qu'on -exécute au milieu de la tempête et de la nuit? C'est le défaut habituel -de Mme Sand. Quand vous avez fini de lire son roman, vos idées sur ses -personnages sont entièrement brouillées; celui qui vous divertissait -par ses saillies ne sait plus que vous faire verser des larmes<span class="pagenum"><a name="Page_19" id="Page_19">[p. 19]</a></span> sur sa -vertu, sur son dévouement à ses semblables, ou parle le langage d'un -thaumaturge inspiré; je citerais cent exemples de cette déception du -lecteur.</p> - -<p>—Le jeune Armstrong venu; il m'a parlé de Tuilier<a name="NoteRef_25_25" id="NoteRef_25_25"></a><a href="#Note_25_25" class="fnanchor">[25]</a>, qui a laissé -cent mille livres sterling pour fonder une retraite pour les artistes -pauvres ou infirmes; il vivait avaricieusement avec une vieille -servante. Je me rappelle l'avoir reçu chez moi une seule fois, quand je -demeurais au quai Voltaire; il me fit une médiocre impression; il avait -l'air d'un fermier anglais: habit noir assez grossier, gros souliers et -mine dure et froide.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>31 <i>mars.</i>—Je vais mieux: j'ai repris mon travail. M... venue vers -quatre heures voir mes tableaux; elle m'engage à venir lundi pour -entendre Gounod. Elle avait un châle vert qui lui nuisait horriblement, -et cependant elle conserve son charme. L'esprit fait beaucoup en -amour; on pourrait devenir amoureux de cette femme-là, qui n'est plus -jeune, qui n'est point jolie et qui est sans fraîcheur. Singulier -sentiment que celui-là! Ce qui est au fond de tout cela est toujours -la possession, mais la possession de quoi, dans une femme qui n'est -pas jolie? Celle de ce corps qui n'a rien d'agréable? Car, si c'est de -l'esprit qu'on est amoureux, on en jouit tout autant sans posséder ce -corps sans<span class="pagenum"><a name="Page_20" id="Page_20">[p. 20]</a></span> attraits: mille femmes jolies sont là qui ne vous donnent -pas une distraction. L'envie de tout avoir d'une personne qui nous a -émus, une certaine curiosité, mobile puissant en amour, l'illusion -peut-être de pénétrer plus avant dans cette âme et dans cet esprit, -tous ces sentiments se réunissent en un seul; et qui nous dit qu'au -moment où nos yeux ne croient voir qu'un objet extérieur dépourvu -d'attraits, certains charmes sympathiques ne nous poussent pas à notre -insu? L'expression des yeux suffit à charmer<a name="NoteRef_26_26" id="NoteRef_26_26"></a><a href="#Note_26_26" class="fnanchor">[26]</a>.</p> - -<hr class="b2" /> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_20_20" id="Note_20_20"></a><a href="#NoteRef_20_20"><span class="label">[20]</span></a> <i>Charles Gounod</i> (1818-1893), grand prix de Rome de -musique en 1839, n'avait pas encore produit ses œuvres importantes. -<i>Faust</i> ne fut joué qu'en 1859.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_21_21" id="Note_21_21"></a><a href="#NoteRef_21_21"><span class="label">[21]</span></a> Delacroix a déjà formulé, en des années antérieures, un -jugement analogue à celui que nous trouvons ici et qui parait pour le -moins déconcertant. On retrouvera plus loin, dans l'année 1857, une -sorte d'amende honorable, présentée par lui-même. Voir sur ce point -notre Étude, p. XLVII.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_22_22" id="Note_22_22"></a><a href="#NoteRef_22_22"><span class="label">[22]</span></a> <i>Balthazar Galuppi</i>, compositeur bouffe italien, né -en 1706, mort en 1785. De 1729 à 1777, il écrivit cinquante-quatre -partitions. Ses œuvres peuvent être citées comme un exemple de la -facilité en même temps que de l'inconsistance du style italien.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_23_23" id="Note_23_23"></a><a href="#NoteRef_23_23"><span class="label">[23]</span></a> Ces croquis datent de 1849, époque à laquelle Delacroix -fut chargé de peindre la partie centrale de la galerie. (Voir -<i>Catalogue Robaut</i>, n<sup>os</sup> 1107 à 1118.)</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_24_24" id="Note_24_24"></a><a href="#NoteRef_24_24"><span class="label">[24]</span></a> <i>Nanon de Lartigues</i>, première partie du roman -d'Alexandre Dumas: la <i>Guerre des femmes</i>, publié en 1844 dans la -<i>Patrie</i>, et plus tard en deux volumes.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_25_25" id="Note_25_25"></a><a href="#NoteRef_25_25"><span class="label">[25]</span></a> Delacroix, lors de son premier voyage en Angleterre -(1825), considérait <i>Turner</i> (1775-1851) comme un véritable -réformateur. (Voir t. I, p. 39, en note.)</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_26_26" id="Note_26_26"></a><a href="#NoteRef_26_26"><span class="label">[26]</span></a> C'est en des passages comme celui-ci que se fait le mieux -apercevoir l'analogie avec Stendhal, cette parenté spirituelle que nous -notions dans notre Étude et qui avait frappé plusieurs de ceux qui le -connurent.</p></div> - - - -<hr class="b2" /> - -<p>21 <i>avril.</i>—Dîné chez Legouvé avec Goubaux, Patin, etc., etc.</p> - - - -<hr class="tb" /> - -<p>2 <i>mai.</i>—Ce soir chez l'insipide Païva. Quelle société! Quelles -conversations! Des jeunes gens avec barbe et sans barbe; des jeunes -premiers de quarante-cinq ans, des barons et des ducs allemands, des -journalistes, et tous les jours de nouvelles figures!</p> - -<p>Amaury Duval y est venu. Je n'ai commencé à pouvoir ouvrir la bouche -qu'avec lui; j'étais pétrifié de tant d'inutilité et d'insipidité. Le -bon X... croit être là en société. Comme on ne jure que par lui, qu'il -fait là un excellent dîner chaque semaine et qu'il y mène sa donzelle, -qu'on le consulte même sur les talents du cuisinier, qu'il décide s'il -faut le conserver<span class="pagenum"><a name="Page_21" id="Page_21">[p. 21]</a></span> ou le changer, il est là comme autrefois le Mondor -de l'ancien régime dans certains salons; il bâille, il dort pendant -qu'on lui parle; au demeurant, c'est un bon garçon.</p> - -<p>En sortant de cette peste assoupissante à onze heures et demie et en -respirant l'air de la rue, je me suis cru à un régal; j'ai marché une -heure avec moi-même, peu satisfait néanmoins, morose, faisant retour -sur mille objets désagréables et me plaçant en esprit au milieu de tous -ces dilemmes que pose l'existence telle qu'elle est; celui-ci surtout -qui est le fond de tous les raisonnements possibles à cet endroit: -solitude, ennui, torpeur, société avec et sans liens, rage de tous les -moments et surtout aspiration à la solitude. Conclusion: rester dans la -solitude, sans traverser d'autre épreuve, puisque le vœu suprême est -enfin d'être tranquille, quand la tranquillité devrait être une sorte -d'anéantissement.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>4 <i>mai.</i>—Chez Nieuwerkerke le soir; Levassor<a name="NoteRef_27_27" id="NoteRef_27_27"></a><a href="#Note_27_27" class="fnanchor">[27]</a> nous a fait la scène -de l'<i>Anglais à Inkermann.</i></p> - -<p class="center">*</p> - -<p>14 <i>mai.</i>—J'ai eu à dîner Varcollier, Gautier<a name="NoteRef_28_28" id="NoteRef_28_28"></a><a href="#Note_28_28" class="fnanchor">[28]</a> et les aimables -hommes qui m'ont été agréables pour mon exposition.</p> - -<p>Bonne soirée; Dauzats en était.</p> - -<p><span class="pagenum"><a name="Page_22" id="Page_22">[p. 22]</a></span></p> - -<p class="center">*</p> - -<p>15 <i>mai.</i>—Inauguration de l'Industrie. J'ai été ensuite, et -imprudemment, à l'exposition des tableaux, avec Dauzats et revenu avec -lui jusque chez moi. J'y ai eu très froid.</p> - -<p>J'ai vu l'exposition d'Ingres<a name="NoteRef_29_29" id="NoteRef_29_29"></a><a href="#Note_29_29" class="fnanchor">[29]</a>. Le ridicule, dans cette exhibition, -domine à un grand degré; c'est l'expression complète d'une incomplète -intelligence; l'effort et la prétention sont partout; il ne s'y trouve -pas une étincelle de naturel.</p> - -<p>Dauzats, en revenant, me conte l'histoire des travaux de Chenavard.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>22 <i>mai.</i>—Dumas me fait demander le matin si je suis chez moi; je lui -réponds que j'y serai à deux heures. Il me demande des notes sur les -choses les plus inutiles à savoir pour un public, comment je m'y prends -dans ma peinture, mes idées sur<span class="pagenum"><a name="Page_23" id="Page_23">[p. 23]</a></span> la couleur, etc. Il me demande, pour -prolonger la séance, à dîner avec moi; je saisis cette occasion de -passer quelques bons moments. Il va faire une course et revient à sept -heures passées, au moment où j'allais dîner tout seul, mourant de faim.</p> - -<p>Après notre dîner, nous allons en fiacre chercher une petite qu'il -protège, et nous allons voir la tragédie et la comédie italiennes. Il -n'est qu'un motif qui puisse engager à aller à un pareil spectacle: -celui de se fortifier dans la connaissance de l'italien. Rien n'est -plus ennuyeux.</p> - -<p>Dumas me disait qu'il était en train de procès qui devaient assurer -son avenir, quelque chose comme 800,000 francs pour commencer, sans -compter le reste. Le pauvre garçon commence à s'ennuyer d'écrire jour -et nuit et de n'avoir jamais le sou. «Je suis au bout», m'a-t-il dit, -«je laisse à moitié faits deux romans... je m'en irai, je voyagerai et -je verrai, à mon retour, s'il s'est rencontré un Alcide pour achever -ces deux entreprises imparfaites.» Il est persuadé qu'il va laisser, -comme Ulysse, un arc que personne ne pourra bander; en attendant, il -ne se trouve pas vieilli et agit, sous plusieurs rapports, comme un -jeune homme. Il a des maîtresses, les fatigue même; la petite que nous -avons été prendre pour aller au spectacle lui a demandé grâce; elle -se mourait de la poitrine, au train dont il y allait. Le bon Dumas la -voit tons les jours en père, a soin de l'essentiel dans le ménage, et -ne s'inquiète pas des délassements<span class="pagenum"><a name="Page_24" id="Page_24">[p. 24]</a></span> de sa protégée! Heureux homme! -heureuse insouciance! Il mérite de mourir comme les héros, sur le champ -de bataille, sans connaître les angoisses de la fin, la pauvreté sans -remède et l'abandon.</p> - -<p>Il me disait qu'avec ses deux enfants, il est comme seul. Ils vont l'un -et l'autre à leurs affaires et le laissent se faire consoler par son -Isabelle. D'un autre côté, Mme Cavé me disait le lendemain que sa fille -se plaignait de la société d'un père qui n'était jamais à la maison... -Étrange monde!</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>25 <i>mai.</i>—Au conseil.—Auparavant, j'ai été avec Jenny voir des seaux -à rafraîchir le vin de Champagne.</p> - -<p>Les collègues, comme les autres, remarquent mon Salon<a name="NoteRef_30_30" id="NoteRef_30_30"></a><a href="#Note_30_30" class="fnanchor">[30]</a>, et me -parlent des compliments qu'ils en entendent faire.</p> - -<p><span class="pagenum"><a name="Page_25" id="Page_25">[p. 25]</a></span></p> - -<p>Je reste après la séance, par un beau soleil, à lire les journaux.</p> - -<p>Je vais chez Gervais le remercier des couleurs qu'il m'a apportées -hier, et je rentre, mourant de faim. Je voulais, avant dîner, aller -voir la bonne Alberthe: je remets cela.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>26 <i>mai.</i>—Dîné chez Mme Villot; j'y ai trouvé Mme Herbelin, -Rodakowski<a name="NoteRef_31_31" id="NoteRef_31_31"></a><a href="#Note_31_31" class="fnanchor">[31]</a>, Ferré et Nieuwerkerke. Nouvelle sortie contre les -fleurs qui jonchent la table.</p> - -<p>Le soir, à neuf heures, Nieuwerkerke me mène chez le prince Napoléon, -pour le premier jour de ses soirées... Quelle foule! Quels visages! Le -républicain Barye, le républicain Rousseau, le républicain Français, le -royaliste Un Tel, l'orléaniste Celui-ci; tout cela se pressant et se -coudoyant. Il y avait des femmes charmantes, Mme Barbier entre autres, -infiniment à son avantage.</p> - -<p>Je suis sorti tard, et ai été prendre une glace au café de Foy: celles -du prince étaient détestables.</p> - -<p><span class="pagenum"><a name="Page_26" id="Page_26">[p. 26]</a></span></p> - -<p>Ma nuit a été mauvaise dans la première partie; je me suis relevé qu'il -faisait petit jour et me suis promené; cela m'a remis... J'ai joui de -ce moment solennel où la nature reprend des forces, où royalistes et -républicains sont endormis d'un commun sommeil.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>29 <i>mai.</i>—Aujourd'hui j'ai eu à dîner: Mérimée, Nieuwerkerke, Biolay, -Halévy, Villot, Viel-Castel<a name="NoteRef_32_32" id="NoteRef_32_32"></a><a href="#Note_32_32" class="fnanchor">[32]</a>, Arago, Pelletier et Lefuel; ils ont -paru s'amuser et se trouver sans façon. Je redoutais cette corvée, -et elle s'est changée en plaisir; je voudrais être logé de manière à -renouveler souvent ces parties-là.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>31 <i>mai.</i>—Dîné chez Moreau avec Français<a name="NoteRef_33_33" id="NoteRef_33_33"></a><a href="#Note_33_33" class="fnanchor">[33]</a>, Mouilleron<a name="NoteRef_34_34" id="NoteRef_34_34"></a><a href="#Note_34_34" class="fnanchor">[34]</a>, les deux -Rousseau<a name="NoteRef_35_35" id="NoteRef_35_35"></a><a href="#Note_35_35" class="fnanchor">[35]</a>, Martinet<a name="NoteRef_36_36" id="NoteRef_36_36"></a><a href="#Note_36_36" class="fnanchor">[36]</a>, etc.</p> - - -<hr class="b2" /> -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_27_27" id="Note_27_27"></a><a href="#NoteRef_27_27"><span class="label">[27]</span></a> <i>Levassor</i>, célèbre acteur comique, qui excellait dans -les rôles à travestissements.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_28_28" id="Note_28_28"></a><a href="#NoteRef_28_28"><span class="label">[28]</span></a> <i>Théophile Gautier.</i></p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_29_29" id="Note_29_29"></a><a href="#NoteRef_29_29"><span class="label">[29]</span></a> À côté de ce jugement si sévère, et qui était évidemment -l'expression définitive de sa pensée, il est intéressant de noter -ce fragment de lettre que Delacroix écrivait au critique d'art Th. -Silvestre, après l'envoi de son livre: <i>Histoire des artistes vivants, -français et étrangers</i>: «Je n'ai pas encore lu la <i>biographie</i> -d'Ingres, c'est-à-dire relu, car je suis encore à votre dernier envoi, -dont je ne vous ai rien dit cet automne, parce que je suis parti très -brusquement. Déjà, sur ce que vous m'en aviez dit à la volée, je -vous avais exprimé mon sentiment. Je vous avais <i>supplié d'ôter les -personnalités</i>, qui sont déjà une dérogation aux usages d'autrefois en -parlant des vivants, même quand on en dit du bien. Avec cette franchise -que vous aimez et dont j'use quelquefois pour mon compte, je vous -disais que je regretterais que vous n'eussiez pas fait des changements -dans ce sens, pour vous, pour moi, pour tout le monde.» (<i>Corresp.,</i> t. -II, p. 136.) M. Burty ajoute très justement en note que le passage en -question «montre avec quel tact Delacroix désirait que l'on n'imitât -pas dans son camp les furibonderies de ses adversaires».</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_30_30" id="Note_30_30"></a><a href="#NoteRef_30_30"><span class="label">[30]</span></a> À propos de ce Salon de 1855, Baudelaire avait écrit -cette conclusion enthousiaste, qui venait après une étude détaillée -des œuvres offertes au public: «Homme privilégié, la Providence lui -garde des ennemis en réserve! Homme heureux parmi les heureux! Non -seulement son talent triomphe des obstacles, mais il en fait naître -de nouveaux, pour en triompher encore, il est aussi grand que les -anciens dans un siècle et dans un pays où les anciens n'auraient pas -pu vivre... Les nobles artistes de la Renaissance eussent été bien -coupables de n'être pas grands, féconds et sublimes, encouragés et -excités qu'ils étaient par une compagnie illustre de seigneurs et de -prélats, que dis-je? par la multitude elle-même, qui était artiste en -ces âges d'or. Mais l'artiste moderne qui s'est élevé si haut malgré -son siècle, qu'en dirons-nous, si ce n'est de certaines choses que ce -siècle n'acceptera pas, et qu'il faut laisser dire aux âges futurs?» -(Voir les <i>Curiosités esthétiques.</i>) À cet article enthousiaste -Delacroix répondait ainsi: «Cher Monsieur, je n'ai reçu qu'ici votre -article par-dessus les toits, Vous êtes trop bon de me dire que vous -le trouvez encore trop modeste; je suis heureux de voir quelle a été -votre impression sur mon exposition. Je vous avouerai que je n'en -suis pas mécontent, et quelque chose de moi-même m'a gagné plus qu'à -l'ordinaire en voyant la réunion de ces tableaux. Puisse le bon public -avoir des yeux, mais surtout les vôtres, car ils jugent encore plus -favorablement, j'en suis sûr, que je ne fais.» (<i>Corresp.</i>, t. II, p. -121.)</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_31_31" id="Note_31_31"></a><a href="#NoteRef_31_31"><span class="label">[31]</span></a> <i>Rodakowski</i> avait remporté une première médaille à -l'Exposition universelle de 1855, et Delacroix avait puissamment -contribué à faire obtenir cette récompense à une œuvre qu'il jugeait -des plus remarquables, le portrait du général Dembinski, déjà exposé en -1852 et dont il est question plus haut (tome II, p. 156).</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_32_32" id="Note_32_32"></a><a href="#NoteRef_32_32"><span class="label">[32]</span></a> Le comte <i>Horace de Viel-Castel</i> (1798-1864), -littérateur. Il entra en 1853 dans l'administration des Beaux-Arts et -devint peu de temps après conservateur du Musée des souverains, poste -qu'il occupa jusqu'en 1862.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_33_33" id="Note_33_33"></a><a href="#NoteRef_33_33"><span class="label">[33]</span></a> <i>François-Louis Français</i>, élève de Gigoux et de Corot, -est membre de l'Académie des beaux-arts depuis 1890.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_34_34" id="Note_34_34"></a><a href="#NoteRef_34_34"><span class="label">[34]</span></a> <i>Adolphe Mouilleron</i> (1820-1881), lithographe fort -estimé. On lui doit entre autres œuvres une superbe lithographie de -la <i>Ronde de nuit</i> de Rembrandt.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_35_35" id="Note_35_35"></a><a href="#NoteRef_35_35"><span class="label">[35]</span></a> <i>Théodore</i> et <i>Philippe Rousseau.</i></p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_36_36" id="Note_36_36"></a><a href="#NoteRef_36_36"><span class="label">[36]</span></a> <i>Louis Martinet</i>, peintre, élève de Gros, a organisé un -grand nombre d'expositions, et notamment en 1864 l'exposition posthume -des œuvres d'Eugène Delacroix. Louis Martinet a longtemps dirigé le -placement des œuvres d'art à nos Salons annuels.</p></div> - -<hr class="b2" /> - -<p>1<sup>er</sup> <i>juin.</i>—Au conseil, toujours dans la salle des -Cariatides; il est question des billets de bal. Je fais une sortie -contre l'exigence de n'en demander que<span class="pagenum"><a name="Page_27" id="Page_27">[p. 27]</a></span> pour des personnes intimes; il -est curieux de voir tous ces épiciers, tous ces marchands de papier et -tous ces précieux se trouver de meilleur ton et de meilleure compagnie -que tel cordonnier et tel tailleur qui aura été invité par mégarde et -qu'ils craignent de coudoyer. Je leur ai dit que la société française -de nos jours n'était faite que de ces bottiers et de ces épiciers, et -qu'il ne fallait pas y regarder de si près.</p> - -<p>Je vais ensuite à l'Exposition. Celle d'Ingres m'a paru autre que la -première fois, et je lui sais gré de beaucoup de qualités. Je trouve là -Mme Villot et une de ses amies.</p> - -<p>C'est le soir que j'ai revu la bonne Alberthe, qui me fait amitiés -tant qu'elle peut. On s'est occupé pendant très longtemps d'un grand -chien qui remplissait toute la chambre et sur lequel l'admiration ne -tarissait pas. Je déteste qu'on s'occupe longtemps de ces personnages -épisodiques, tels que les <i>chiens</i> et les <i>enfants</i>[37], qui -n'intéressent jamais que leurs propriétaires ou ceux qui les ont mis au -monde.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>2 <i>juin.</i>—Je fais mes paquets.</p> - -<p>Chez le prince Napoléon le soir. J'y trouve Solange[38]<span class="pagenum"><a name="Page_28" id="Page_28">[p. 28]</a></span> et sa cousine -Augustine que je ne reconnaissais pas d'abord.</p> - -<p>Dans la journée, Moreau était venu me prendre pour aller chez le -lithographe Sirouy[39], qui fait une planche d'après la petite <i>Entrée -des croisés.</i></p> - -<p class="center">*</p> - -<p><i>Champrosay</i>, 3 <i>juin.</i>—Parti à une heure et demie pour Champrosay. -Pluie comme à l'ordinaire; le temps se remet le soir. Je rencontre en -montant Candas, qui vient me faire un salut que je crois intéressé, -Quantinet, puis le maire et Hippolyte Rodrigues et son fils, qui -passent achevai et m'apprennent qu'Halévy s'installe à Fromont.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>4 <i>juin.</i>—Aussitôt levé, je déballe mes toiles et fais ma palette; je -travaille beaucoup dans cette journée, qui est la première que je passe -ici.</p> - -<p>Avant dîner, promenade par le mur de Baÿvet; je trouve encore les -traces de l'inscription au charbon sur son mur; je suis tous les ans, -avec un mélancolique intérêt, l'effacement de ces plaintes de ce pauvre -amoureux. Cette inscription fragile a survécu de beaucoup probablement -au sentiment qui l'a dictée; celui qui l'a écrite est peut-être disparu -depuis longtemps, aussi bien que la Célestine qui l'a inspirée.</p> - -<p><span class="pagenum"><a name="Page_29" id="Page_29">[p. 29]</a></span></p> - -<p>Je descends vers la route. Le petit bois de Baÿvet est coupé. Je -remonte par la route des Dames; je vais jusqu'au chêne Prieur, je -tourne à gauche, puis à gauche encore, jusqu'à l'allée de l'Ermitage, -au carrefour où je trouve un autre grand chêne. Je reviens avec -ravissement pour dîner.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>5 <i>juin.</i>—Je prends le matin une tasse de thé, contrairement à mes -habitudes. Une promenade dans le jardin me conduit à une sortie dans -la campagne: je vais par les champs jusqu'à Soisy; je me fonds devant -cette nature paisible.</p> - -<p>Malheureusement, ma débauche du matin porte malheur au reste de la -journée. J'essaye, sans succès, de travailler à la <i>Clorinde</i>[40]; je -ne sors d'une espèce d'assoupissement, que je ne puis vaincre, que -pour dîner, et tout de suite après, confiné dans ma mauvaise humeur et -dans les petites allées de mon jardin, je fais en long et en large une -promenade de près de deux heures, sans fruit, pour dissiper cette noire -humeur qui m'a accompagné jusqu'au lit et fait quereller ma pauvre -Jenny.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>6 <i>juin.</i>—En rentrant de ma promenade dans la<span class="pagenum"><a name="Page_30" id="Page_30">[p. 30]</a></span> forêt, vers dix heures, -je trouve un article de la <i>Presse</i>, très bon pour moi. J'extrais ces -pensées de Marc-Aurèle[41] qui y sont citées:</p> - -<p>«Il faut partir de la vie comme l'olive mûre tombe en bénissant la -terre sa nourrice et en rendant grâces à l'arbre qui l'a produite. -Vivre trois ans ou trois âges d'homme, qu'importe quand l'arène est -close? Eh! qu'importe, pendant qu'on la parcourt? Mourir est aussi une -des actions de la vie; la mort, comme la naissance, a sa place dans le -système du monde. La mort n'est peut-être qu'un changement de place. -O homme tu as été citoyen dans la grande cité; va-t'en avec un cœur -paisible; celui qui te congédie est sans colère.»</p> - -<p>J'avais fait le matin la plus délicieuse promenade. Je me lève un peu -tard malheureusement. Revenu par l'allée qui longe l'Ermitage venant du -chêne Prieur jusqu'à la grande qui traverse tout le bois.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p><i>Paris</i>, 7 <i>juin.</i>—J'ai été à Paris pour le banquet de l'Hôtel de -ville donné en l'honneur du lord-maire; faute d'être averti, j'ai -manqué la cérémonie du matin qui a été, dit-on, fort imposante; il -s'agissait de la présentation par le lord-maire de l'adresse de la -corporation de Londres à la municipalité de Paris.<span class="pagenum"><a name="Page_31" id="Page_31">[p. 31]</a></span> Les costumes du -lord-maire et des aldermen valaient la peine d'être vus.</p> - -<p>Je suis parti à onze heures par l'omnibus de Lyon, escorté de -Julie[42]; en arrivant, et par une chaleur étouffante, j'ai été au -Jardin des Plantes: il y a deux beaux lions, de jeunes lions, etc. -Je mourais de chaud à les regarder: j'ai remarqué qu'en général le -ton clair qui se remarque sous le ventre, sous les pattes, etc., se -mariait plus doucement avec le reste de la peau que je ne le fais -ordinairement: j'exagère le blanc. Le ton des oreilles est brun, mais -en dehors seulement.</p> - -<p>De là, chez Sirouy, le lithographe, voir la planche qu'il a commencée -(les <i>Croisés</i> de Moreau)[43]; ensuite, à la maison, où je me suis -senti très fatigué, très accablé. J'ai une nature singulière: ces -déplacements, dès le matin, me causent toujours une fatigue nerveuse -extrême, et je peux me remettre pour très peu de chose.</p> - -<p>Le soleil me nuit toujours; je me rappelle l'homme d'Épinal qui me -disait que s'il se mettait au soleil après son déjeuner, il éprouvait -un malaise considérable.</p> - -<p>À peine m'étais-je habillé que je me suis senti<span class="pagenum"><a name="Page_32" id="Page_32">[p. 32]</a></span> rafraîchi et rajeuni, -et la soirée m'a fort ennuyé. Le banquet donné dans la salle des Fêtes -était splendide; les lustres faisaient un effet magnifique; j'étais à -côté d'un pauvre Anglais qui ne savait pas un mot de français; j'ai -presque oublié mon anglais; je cherchais tous mes mots; nous faisions -mutuellement semblant de comprendre ce que nous nous disions, et nous -n'en avons guère dit.</p> - -<p>Fouché m'a ramené.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p><i>Champrosay</i>, 8 <i>juin.</i>—De retour à Champrosay vers une heure et par -le chemin de Lyon.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>10 <i>juin.</i>—J'ai été, après dîner, voir Halévy; il y avait là Boilay -et sa femme, et quelques personnes inconnues. Je leur promets de dîner -avec eux jeudi. Ils veulent encore m'avoir dimanche prochain.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p><i>Paris</i>, 11 <i>juin.</i>—À Paris, comme l'autre jour, pour le bal de -l'Hôtel de ville. Je trouve Quantinet dans la voiture jusqu'à Paris.</p> - -<p>Du chemin de fer, je vais à l'Hôtel de ville pour parler pour le -protégé de Bixio; de là chez Haro et enfin chez moi. Après un peu de -repos, toujours aussi nécessaire, chez Mme de Forget jusqu'à six heures.</p> - -<p>J'ai renoncé à aller dîner chez Champeaux avec ces messieurs du lundi, -voulant être de bonne heure à l'Hôtel de ville.</p> - -<p>Très belle fête. La cour nouvellement arrangée fait<span class="pagenum"><a name="Page_33" id="Page_33">[p. 33]</a></span> beaucoup d'effet, -mais ce sera une déplorable idée pour le jour; elle ôtera la lumière et -la respiration à une partie de l'Hôtel de ville.</p> - -<p>Rentré à onze et demie par une pluie subite; j'étais, précisément dans -une calèche découverte; une espèce de tablier de cuir a préservé mon -beau pantalon blanc.</p> - -<p>J'ai revu Blondel[44]. Nous nous promettons toujours de nous voir; il -y a trop longtemps que nous nous sommes vus. Il ne reste probablement -plus dans chacun de nous une parcelle de l'Eugène et du Léon de 1810.</p> - -<p>Vu un instant Mme Barbier, Mme Villot, etc.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p><i>Champrosay</i>, 14 <i>juin.</i>—J'étais engagé à dîner aujourd'hui par -Rodrigues et Halévy. J'arrive à Fromont après avoir fait une visite à -Mme Parchappe. Je ne trouve que la bonne Mme Rodrigues; ces messieurs -sont à Paris et m'y ont écrit; or je suis ici depuis plus de deux jours.</p> - -<p>Me voilà retenu et dînant avec cette bonne dame et des enfants: cela -a fini mieux que je ne pensais. Après dîner, grande promenade dans le -parc avec le jeune Rodrigues[45], jeune nourrisson de la peinture,<span class="pagenum"><a name="Page_34" id="Page_34">[p. 34]</a></span> -suçant le lait de Picot[46], et me fatiguant un peu de sa naïve -conversation; mais grâce à sa bonne volonté, je prends l'air, au milieu -des plus beaux arbres du monde. La vue de la Seine, de la terrasse d'en -bas, est très belle et a même de la grandeur.</p> - -<p>Pendant le dîner la pluie recommence avec fureur. Tout était mouillé -pendant notre promenade.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>15 <i>juin.</i>—Pluie continuelle. Vent furieux, qui n'a pas cessé un -instant pendant toute la journée.</p> - -<p>Je lis dans la <i>Presse</i> quelques feuillets de Mme Sand, de l'<i>Histoire -de sa vie</i>; elle parle aujourd'hui de ses relations avec Balzac. Elle -est forcée, la pauvre femme, de payer un tribut d'admiration à tout -le monde. Dans cette prose imprimée de son vivant et adressée à des -contemporains, elle parle de lui en des termes bien admiratifs[47]. -Elle est forcée de faire une grosse part à toutes ces célébrités de -son temps, elle qui vit encore, pour qu'on ne lui reproche pas d'avoir -de l'envie; c'est l'un des mille inconvénients de son entreprise. Elle -parle beaucoup des sentiments paternels de de Latouche[48] à son égard, -de sa fraternelle<span class="pagenum"><a name="Page_35" id="Page_35">[p. 35]</a></span> amitié pour Arago<a name="NoteRef_49_37" id="NoteRef_49_37"></a><a href="#Note_49_37" class="fnanchor">[49]</a>. Quelle entreprise! et surtout -pour une personne dans sa situation: parler de soi, quand la nécessité -de le faire de son vivant ne permet pas la franchise qui, seule, -donnerait de l'intérêt à son ouvrage, sinon sur son propre compte, au -moins sur tous les originaux dont elle aspire à laisser le portrait à -la postérité. Elle a la faiblesse de parler de sa théorie en matière -de romans, de ce <i>besoin d'idéal</i>, c'est son expression favorite, qui -consiste à représenter les hommes <i>comme ils devraient être.</i> Balzac, -dit-elle, l'encourage dans cette tentative, se proposant, lui, de les -peindre <i>tels qu'ils sont</i><a name="NoteRef_50_38" id="NoteRef_50_38"></a><a href="#Note_50_38" class="fnanchor">[50]</a>, prétention qu'il pense avoir justifiée -et au delà.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>16 <i>juin.</i>—À la fin de la journée, après avoir été m'asseoir le cul -par terre dans mon jardin, pour jouir du soleil, si rare à présent, -et qui m'a guéri complètement de mon malaise, repris le <i>Hamlet</i> et -<i>Polonius</i><a name="NoteRef_51_39" id="NoteRef_51_39"></a><a href="#Note_51_39" class="fnanchor">[51]</a>, et suis dans une excellente situation.</p> - -<p><span class="pagenum"><a name="Page_36" id="Page_36">[p. 36]</a></span></p> - -<p>Dîné chez Parchappe. Ennui profond; pas l'intérêt le plus mince, et -le <i>loto</i> pour finir, avec de vieilles femmes et des adolescents. Il -faut avouer que j'y ai pris de l'intérêt à la fin parce que j'ai gagné. -Étrange animal que l'homme!</p> - -<p>Je me suis promené plus d'une demi-heure devant ma maison, dans la -crotte; j'avais besoin de respirer. Il était près de minuit quand je -suis rentré de cette partie de plaisir.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>17 <i>juin.</i>—Je pense, le lendemain dimanche, en me levant, au charme -particulier de l'École anglaise. Le peu que j'ai vu m'a laissé des -souvenirs. Chez eux, il y a une finesse<a name="NoteRef_52_40" id="NoteRef_52_40"></a><a href="#Note_52_40" class="fnanchor">[52]</a> réelle qui domine toutes -les intentions de pastiche qui se produisent çà et là, comme dans notre -triste école; la finesse chez nous est ce qu'il y a de plus rare: -tout a l'air d'être fait avec de gros outils et, qui pis est, par -des esprits obtus et vulgaires. Otez Meissonier, Decamps, un ou deux -autres encore, quelques tableaux de la jeunesse d'Ingres, tout est<span class="pagenum"><a name="Page_37" id="Page_37">[p. 37]</a></span> -banal, émoussé, sans intention, sans chaleur. Il n'y a qu'à jeter les -yeux sur ce sot et banal journal de l'<i>Illustration</i>, fabriqué chez -nous par des artistes de pacotille, et le comparer au pareil recueil -publié chez les Anglais, pour avoir une idée de ce degré de commun, de -mollesse, d'insipidité, qui caractérise la plupart de nos productions. -Ce prétendu pays de dessin n'en offre réellement nulle trace, et les -tableaux les plus prétentieux pas davantage. Dans ces petits dessins -anglais, chaque objet presque est traité avec l'intérêt qu'il demande: -paysages, vues maritimes, costumes, actions de guerre, tout cela est -charmant, touché juste, et surtout dessiné... Je ne vois pas chez nous -ce qu'on peut comparer à Leslie<a name="NoteRef_53_41" id="NoteRef_53_41"></a><a href="#Note_53_41" class="fnanchor">[53]</a>, à Grant<a name="NoteRef_54_42" id="NoteRef_54_42"></a><a href="#Note_54_42" class="fnanchor">[54]</a>, à tous ceux de cette -école qui procèdent partie de Wilkie<a name="NoteRef_55_43" id="NoteRef_55_43"></a><a href="#Note_55_43" class="fnanchor">[55]</a>,<span class="pagenum"><a name="Page_38" id="Page_38">[p. 38]</a></span> partie de Hogarth<a name="NoteRef_56_44" id="NoteRef_56_44"></a><a href="#Note_56_44" class="fnanchor">[56]</a>, avec -un peu de la souplesse et de la facilité introduites par l'école d'il y -a quarante ans, les Lawrence et consorts, qui brillaient par l'élégance -et la légèreté.</p> - -<p>Si l'on regarde une autre phase<a name="NoteRef_57_45" id="NoteRef_57_45"></a><a href="#Note_57_45" class="fnanchor">[57]</a>, qui est chez eux toute nouvelle, -ce qu'on appelle l'École sèche, souvenir des Flamands primitifs, on -trouve sous cette apparence de réminiscence dans l'aridité du procédé, -un sentiment de vérité réel et tout à fait local. Quelle bonne foi, -au milieu de cette prétendue imitation des vieux tableaux! Comparez, -par exemple, l'<i>Ordre d'élargissement</i> de Hunt<a name="NoteRef_58_46" id="NoteRef_58_46"></a><a href="#Note_58_46" class="fnanchor">[58]</a> ou de<span class="pagenum"><a name="Page_39" id="Page_39">[p. 39]</a></span> Millais<a name="NoteRef_59_47" id="NoteRef_59_47"></a><a href="#Note_59_47" class="fnanchor">[59]</a>, -je ne sais plus lequel, avec nos primitifs, nos byzantins, entêtés -de style, qui, les yeux fixés sur les images d'un autre temps, n'en -prirent que la raideur, sans y ajouter de qualités propres.</p> - -<p>Cette cohue de tristes médiocrités est énorme; pas un trait de vérité, -de la vérité qui vient de l'âme; pas un seul comme cet enfant qui dort -sur les bras de sa mère, et dont les petits cheveux soyeux, le sommeil -si plein de vérité, dont tous les traits, jusqu'aux jambes rouges et -les pieds, sont singuliers d'observation, mais surtout de sentiment. -Les Flandrin, voilà pour le grand style! Qu'y a-t-il, dans les tableaux -de ces gens-là, du vrai homme qui les a peints? Combien du Jules Romain -dans celui-ci, combien du Pérugin ou d'Ingres son maître dans celui-là, -et partout la prétention au sérieux, au grand homme... à l'art sérieux, -comme dit Delaroche!</p> - -<p>Leys, le Flamand<a name="NoteRef_60_48" id="NoteRef_60_48"></a><a href="#Note_60_48" class="fnanchor">[60]</a>, me paraît fort intéressant aussi, mais il n'a -pas, avec l'air d'une exécution plus indépendante, cette bonhomie des -Anglais; je vois un effort, une manière, quelque chose qui m'inquiète -sur la parfaite bonne foi du peintre, et les autres sont au-dessous de -lui.</p> - -<p><span class="pagenum"><a name="Page_40" id="Page_40">[p. 40]</a></span></p> - -<p>Gautier a fait plusieurs articles sur l'École anglaise: il a commencé -par là. Arnoux<a name="NoteRef_61_49" id="NoteRef_61_49"></a><a href="#Note_61_49" class="fnanchor">[61]</a>, qui le déteste, m'a dit chez Delamarre<a name="NoteRef_62_50" id="NoteRef_62_50"></a><a href="#Note_62_50" class="fnanchor">[62]</a> que -c'était une flatterie de sa part pour le <i>Moniteur</i>, dans lequel il -écrit. Je veux bien, pour moi, lui faire l'honneur d'attribuer à son -bon goût cette espèce de prédilection marquée tout d'abord pour des -étrangers; cependant ses remarques ne m'ont nullement mis sur la trace -même des sentiments que j'exprime ici. C'est par la comparaison avec -d'autres tableaux et dans lesquels on croit admirer chez nous des -qualités analogues qu'il fallait avoir le courage de faire ressortir le -mérite des Anglais; je ne trouve rien de cela. Il prend un tableau, le -décrit à sa manière, fait lui-même un tableau qui est charmant, mais -il n'a pas fait un acte de véritable critique; pourvu qu'il trouve à -faire chatoyer, miroiter les expressions macaroniques qu'il trouve -avec un plaisir qui vous gagne quelquefois, qu'il cite l'Espagne et la -Turquie, l'Alhambra et l'Atmeïdan de Constantinople, il est content, il -a atteint son but d'écrivain curieux, et je crois qu'il ne voit pas au -delà. Quand il en sera aux Français, il fera pour chacun d'eux ce qu'il -fait pour les Anglais. Il n'y aura ni enseignement<a name="NoteRef_63_51" id="NoteRef_63_51"></a><a href="#Note_63_51" class="fnanchor">[63]</a> ni philosophie -dans une pareille critique.</p> - -<p><span class="pagenum"><a name="Page_41" id="Page_41">[p. 41]</a></span></p> - -<p>C'est ainsi qu'il avait fait l'année dernière l'analyse des tableaux si -intéressants de Janmot<a name="NoteRef_64_52" id="NoteRef_64_52"></a><a href="#Note_64_52" class="fnanchor">[64]</a>; il ne m'avait donné aucune idée de cette -personnalité vraiment intéressante qui sera noyée dans le vulgaire, -dans le <i>chic</i>, qui domine tout ici. Quel intérêt il y aurait pour un -critique un peu fin à comparer ces tableaux, tout imparfaits qu'ils -sont sous le rapport de l'exécution, avec ces tableaux aussi naïfs, -mais d'une inspiration si différente! Ce Janmot a vu Raphaël, Pérugin, -etc., comme les Anglais ont vu Van Eyck, Wilkie, Hogarth et autres; -mais ils sont tout aussi originaux après cette étude. Il y a chez -Janmot un parfum dantesque remarquable. Je pense, en le voyant, à ces -anges du purgatoire du fameux Florentin; j'aime ces robes vertes comme -l'herbe des prés au mois de mai, ces têtes inspirées ou rêvées qui sont -comme des réminiscences d'un autre monde. On ne rendra pas à ce<span class="pagenum"><a name="Page_42" id="Page_42">[p. 42]</a></span> naïf -artiste une parcelle de la justice à laquelle il a droit. Son exécution -barbare le place malheureusement à un rang qui n'est ni le second, ni -le troisième, ni le dernier; il parle une langue qui ne peut devenir -celle de personne; ce n'est pas même une langue; mais on voit ses -idées à travers la confusion et la naïve barbarie de ses moyens de les -rendre. C'est un talent tout singulier chez nous et dans notre temps; -l'exemple de son maître Ingres, si propre à féconder par l'imitation -pure et simple de ses procédés, cette foule de suivants dépourvus -d'idées propres, aura été impuissant à donner une exécution à ce talent -naturel qui pourtant ne sait pas sortir des langes, qui sera toute sa -vie semblable à l'oiseau qui traîne encore la coquille natale et qui -se traîne encore tout barbouillé des mucus au milieu desquels il s'est -formé.</p> - -<p>—Dîné chez Halévy avec Mme Ristori<a name="NoteRef_65_53" id="NoteRef_65_53"></a><a href="#Note_65_53" class="fnanchor">[65]</a>, Janin, Laurent Jan, Fouché, -le fils de Baÿvet, qui est un joli garçon (je mentionne ceci à cause -de la laideur du père et de la mère), un M. Caumartin, célèbre par une -cruelle aventure, à ce qu'on m'a conté.</p> - -<p>La Ristori est une grande femme d'une figure froide: on ne dirait -jamais quelle a son genre de talent. Son petit mari a l'air d'être son -fils aîné. C'est un marquis ou un prince romain.</p> - -<p><span class="pagenum"><a name="Page_43" id="Page_43">[p. 43]</a></span></p> - -<p>Laurent Jan a été un peu insupportable, comme à son ordinaire, avec sa -manière assez répandue de faire de l'esprit en prenant le contre-pied -des opinions raisonnables. Sa verve est intarissable, quand il est -lancé, (Janin était muet, et je le regrette: j'aime beaucoup son genre -d'esprit; Halévy de même.) Et cependant, malgré mon peu de sympathie -pour ces charges continuelles et ces éclats de voix qui vous rendent -muet et presque attristé, j'ai eu du plaisir à le voir. Il n'y a pas, -à mon âge, de plaisir plus grand que de se trouver dans la société de -gens intelligents et qui comprennent tout et à demi-mot<a name="NoteRef_66_54" id="NoteRef_66_54"></a><a href="#Note_66_54" class="fnanchor">[66]</a>. Il disait -au petit prince romain blondin, qui se trouvait à côté de lui à table, -que Paris, dont l'opinion met le sceau aux réputations, se composait -de cinq cents personnes d'esprit qui jugeaient et pensaient pour cette -masse d'animaux à deux pieds qui habitent Paris, mais qui ne sont -Parisiens que de nom.</p> - -<p>C'est avec un de ces hommes-là, pensant et jugeant, et surtout jugeant -par eux-mêmes, qu'il fait bon se trouver, dût-on se quereller pendant -le quart d'heure ou la journée que l'on a à passer avec eux. Quand je<span class="pagenum"><a name="Page_44" id="Page_44">[p. 44]</a></span> -compare cette société de dimanche avec celle de la veille, des -Parchappe, je passe bien vite sur les excentricités de mon Laurent Jan, -et je ne pense qu'à cet imprévu, à ce côté artiste en tout qui fait de -lui un précieux original. Les gens qui s'intitulent les sectaires de -la société par excellence ne savent guère à quel point ils sont privés -de la vraie société, c'est-à-dire des plaisirs sociables. Otez-leur la -pluie et le beau temps, les bavardages sur le voisinage et les amis, -il n'y a plus que le whist qui puisse les consoler au milieu de ces -longues heures qu'ils passent en face les uns des autres; mais ils sont -moins privés sans doute parce qu'ils ne peuvent avoir idée du plaisir -dont je parlais tout à l'heure.</p> - -<p>Les gens d'esprit sont rares, et ceux qui le sont dans cette prétendue -société choisie finissent par subir l'ennui par vanité, ou deviennent -hébétés comme tout ce qui les entoure. Que dire, par exemple, d'un -homme comme Berryer, qui ne sait se délasser de ses fatigants travaux -que dans la compagnie de ces gens du monde plus ennuyeux les uns que -les autres! C'est un homme singulier, difficile à déchiffrer, surtout -dans les commencements. Au fond, l'avocat chez lui domine tout; l'homme -a disparu, il est dans le monde comme dans son cabinet ou au barreau; -il subit l'ennui comme il porte sa robe et pour les besoins de la -cause. On voit certaines personnes du monde, capables de s'amuser à -la manière des artistes,—je dis ce mot qui résume ma pensée,—faire<span class="pagenum"><a name="Page_45" id="Page_45">[p. 45]</a></span> -beaucoup de frais pour en attirer et qui éprouvent véritablement du -plaisir à leur conversation.</p> - -<p>La bonne princesse est ainsi: quand elle a reçu ou visité elle-même -ses connaissances du monde, elle a de petits jours où elle aime à voir -des peintres et des musiciens. Plusieurs de ces dames-là ont un amant -dans toutes les classes possibles, afin de connaître tous les genres de -mérite.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>19 <i>juin.</i>—Je reçois, le soir en dînant, la lettre d'Eugène de Forget -qui m'annonce la mort de Mme de Lavalette<a name="NoteRef_67_55" id="NoteRef_67_55"></a><a href="#Note_67_55" class="fnanchor">[67]</a>.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p><i>Paris</i>, 20 <i>juin.</i>—Parti à six heures et demie. Je me fais conduire -chez Mme de Forget, ignorant à quelle heure se faisait le convoi. Je -la trouve affligée. Je lui parle de l'idée inconvenante de faire la -cérémonie dans une petite église qui n'est qu'une sorte d'annexe. Ni -Eugène, à qui j'en parle, ni elle, ne comprennent grandement combien -il fallait au contraire donner d'éclat à cet hommage public, qui a été -si peu public que j'ai été honteux du peu d'empressement, de la tenue -cavalière des assistants.</p> - -<p><span class="pagenum"><a name="Page_46" id="Page_46">[p. 46]</a></span></p> - -<p>Le service étant à midi, je vais chez moi jusqu'à cette heure. -Au milieu du service à l'église ou plutôt à la fin, arrive M. de -Montebello, aide de camp de l'Empereur, sans voiture officielle et en -petit uniforme. Le trait est si fort qu'il croit devoir s'excuser, -prétexter des retards, auprès d'Eugène; il est vrai de dire que -l'Empereur n'avait pas été, à ce que je me crois fondé à croire, averti -en règle; c'était à sa fille ou à son petit-fils qu'il appartenait de -faire cette notification qui peut-être n'a pas été faite du tout. Bref, -moins de personnes encore ont accompagné le corps au cimetière, et, -parmi ces personnes, <i>pas un</i> des anciens amis de M. de Lavalette. J'ai -maudit et je maudis encore la timidité qui m'a empêché de prendre la -parole pour dire là ce que devait sentir toute âme bien placée; mais, -en vérité, devant cet auditoire glacé et même profondément indifférent, -c'était presque impossible; il n'y avait qu'un avocat capable de se -trouver inspiré.</p> - -<p>La mémoire des hommes est bien courte: celle des événements est -aussitôt enterrée que celle des personnages qui y prennent part. Sur -toutes les personnes à qui j'ai dit ces jours-ci que j'avais été à -Paris pour l'enterrement de Mme de Lavalette, pas une n'a imaginé de -laquelle je voulais parler... Que de choses à dire sur cette morte, -morte depuis quarante ans, fantôme imposant, dans rabaissement profond -où nous l'avons vue!</p> - -<p>J'ai été revoir mes pauvres tombeaux, que j'ai<span class="pagenum"><a name="Page_47" id="Page_47">[p. 47]</a></span> trouvés bien -entretenus; mais, dans la folle idée que je pouvais m'échapper pour -retourner le jour même, et de bonne heure encore, dans ma retraite -paisible, je n'ai pas pris le temps d'aller voir le tombeau de ma bonne -tante et du cher Chopin.</p> - -<p>En arrivant chez moi, où j'allais tout brusque pour partir au plus -vite, je trouve la lettre de Guillemardet<a name="NoteRef_68_56" id="NoteRef_68_56"></a><a href="#Note_68_56" class="fnanchor">[68]</a> qui m'annonce que le -lendemain il conduit à sa dernière demeure sa pauvre mère. Dès lors, -j'ai été tranquille sur l'emploi de mon temps et je n'ai plus pensé à -Champrosay.</p> - -<p>Je mourais de fatigue; ces sortes de dérangements m'accablent, mais -me sont salutaires. Cette activité forcée est énervante pour moi, au -moment même, mais elle entretient la vie et la circulation; j'ai dormi -profondément jusqu'à près de sept heures.</p> - -<p>Réveillé par la faim, je crois, et été dîner chez l'Anglais de la -rue Grange-Batelière. J'ai été ensuite prendre du café et fumer -dans le café qui fait l'angle de la rue Montmartre. J'ai joui là, -paresseusement, avec une espèce de plaisir philosophique, de la vue -de cet ignoble lieu, de ces joueurs de dominos, de tous les détails -vulgaires de la vie, de cette foule d'automates, fumeurs, buveurs de -bière, garçons de café. J'ai conçu même le plaisir qu'on peut trouver -à s'oublier jusqu'à la dégradation dans ces distractions. Je suis -rentré, avec la même tranquillité, sans beaucoup<span class="pagenum"><a name="Page_48" id="Page_48">[p. 48]</a></span> réfléchir, ayant -fermé la porte aux émotions entre celles de ma matinée et celles qui -m'attendaient le lendemain matin. Il faisait un froid incroyable: après -deux tours sur le boulevard, j'ai été retrouver mon lit.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p><i>Champrosay</i>, 21 <i>juin.</i>—Levé avant six heures. Comme je n'ai emmené -personne et que je fais tout moi-même, j'ai besoin d'une activité qui -contribue beaucoup à me fatiguer.</p> - -<p>J'arrive à Passy un peu avant neuf heures, je vois et j'embrasse la -pauvre Caroline. Triste cérémonie, qui avait là quelque chose de plus -touchant que toutes celles de ce genre qu'on peut faire à Paris. -L'air de ce lieu est mortel pour toute émotion vraie; l'appareil d'un -convoi, les prêtres qui font la cérémonie, tout cela forme un spectacle -qui fait de cet acte lugubre un acte comme un autre. À Passy, à une -demi-heure de ce Paris empesté, ce convoi, ce service, les figures de -tous ceux qui prennent part à tout cela, tout est changé, tout est -décent, sérieux, et jusqu'à l'attitude des gens qui se mettent aux -fenêtres.</p> - -<p>J'ai été dans la sacristie avec cet excellent ami, cet excellent fils, -pour signer l'acte mortuaire; quand il eut mis son nom sur le registre, -il ajouta au bas <i>son fils</i>; je signai à mon tour, et il me sembla -que j'avais presque le droit de faire de même; ce brave cœur avait -eu la même pensée, et, en retournant à nos places, il me dit avec une -expression déchirante:<span class="pagenum"><a name="Page_49" id="Page_49">[p. 49]</a></span> «<i>C'est que, vois-tu, mon pauvre garçon, tu es -ici Félix</i><a name="NoteRef_69_57" id="NoteRef_69_57"></a><a href="#Note_69_57" class="fnanchor">[69]</a>!» Ce sont ses propres paroles.</p> - -<p>Il m'a fait partir par le chemin de fer, avec un de ses amis; j'avais -résolu le matin de faire des courses nécessaires, j'avais même pensé -à aller voir cette fameuse <i>Mirrha</i><a name="NoteRef_70_58" id="NoteRef_70_58"></a><a href="#Note_70_58" class="fnanchor">[70]</a>, où j'allais par acquit de -conscience. J'avais trop présumé de mes forces ou de mon peu de -sensibilité. Tant d'émotions m'avaient vaincu.</p> - -<p>Je rentrai à pied du chemin de fer, et, après un déjeuner plus que -frugal, j'ai dormi tout accablé avec le ferme propos de retour à -Champrosay pour dîner, ce que j'ai exécuté par une pluie vraiment -affreuse.</p> - -<p>A Draveil, j'ai acheté des côtelettes au boucher, ne sachant pas quel -dîner je trouverais... je n'étais pas attendu.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p><i>Paris</i>, 29 <i>juin.</i>—Je vais dîner à la Taverne.</p> - -<p>Je trouve, en allant aux <i>Anglais</i>, Bornot et sa femme, que je croyais -partis, puis Dauzats et Justin Ouvrié<a name="NoteRef_71_59" id="NoteRef_71_59"></a><a href="#Note_71_59" class="fnanchor">[71]</a>, prenant du café au café -Anglais.</p> - -<p>—<i>Othello.</i> Plaisir noble et complet; la force tragique, -l'enchaînement des scènes et la gradation de l'intérêt me remplissent -d'une admiration qui va porter des<span class="pagenum"><a name="Page_50" id="Page_50">[p. 50]</a></span> fruits dans mon esprit. Je revois -ce Vallak que j'ai vu à Londres il y a trente ans juste, peut-être jour -pour jour (car j'étais là au mois de juin), dans le rôle de Faust. La -vue de cette pièce fort bien arrangée, toute défigurée qu'elle était, -m'avait inspiré l'idée de faire des compositions lithographiées<a name="NoteRef_72_60" id="NoteRef_72_60"></a><a href="#Note_72_60" class="fnanchor">[72]</a>... -Terry, qui faisait le diable, était parfait.</p> - -<p>Je trouve là Mareste qui ne reste que jusqu'au deuxième acte, et -ensuite Grzymala.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p><i>Champrosay</i>, 30 <i>juin.</i>—À neuf heures du matin, au Jury. Je revois -Cockerell<a name="NoteRef_73_61" id="NoteRef_73_61"></a><a href="#Note_73_61" class="fnanchor">[73]</a> et Taylor<a name="NoteRef_74_62" id="NoteRef_74_62"></a><a href="#Note_74_62" class="fnanchor">[74]</a>, vieilles connaissances<span class="pagenum"><a name="Page_51" id="Page_51">[p. 51]</a></span> aussi; je passe là -jusqu'à midi environ à examiner les peintures des Anglais, que j'admire -beaucoup; je suis véritablement émerveillé des moutons de Hunt<a name="NoteRef_75_63" id="NoteRef_75_63"></a><a href="#Note_75_63" class="fnanchor">[75]</a>.</p> - -<p>Je déjeune comme un vrai bourgeois, sous une espèce de treille, dans -un petit café dressé tout fraîchement, dans l'attente de ce public qui -vient si peu à cette glaciale Exposition, dont tout l'effet est manqué, -grâce à ces prix disproportionnés de cinq francs et même d'un franc, -qui ne sont pas dans nos habitudes.</p> - -<p>Contre mes habitudes, je déjeune très bien d'un morceau de jambon -et d'une cruche de bière de Bavière. Je me sens tout heureux, tout -libre, tout épanoui, dans ce vulgaire bouchon établi en plein vent et -regardant passer les rares badauds qui se rendent à l'Exposition.</p> - -<p>De là, je vais à pied, malgré la chaleur, mais avec plaisir, jusque -chez moi, en passant par chez Moreau, à qui j'apprends ce que j'ai fait -pour lui auprès de Morny.</p> - -<p>Rentré vers deux heures, je fais mes paquets, et me hâte de repartir -par le chemin de Lyon. Je suis arrivé<span class="pagenum"><a name="Page_52" id="Page_52">[p. 52]</a></span> à Champrosay toujours avec -ravissement, et par-dessus le marché, avec un appétit excellent.</p> - -<hr class="b2" /> -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_49_37" id="Note_49_37"></a><a href="#NoteRef_49_37"><span class="label">[49]</span></a> Probablement <i>Étienne Arago.</i></p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_50_38" id="Note_50_38"></a><a href="#NoteRef_50_38"><span class="label">[50]</span></a> Ce contraste d'expressions qui explique si exactement le -contraste de talent des deux écrivains, Balzac et George Sand, avait -été trouvé par Balzac lui-même, qui s'en était servi pour caractériser -leur manière à chacun. (Voir à cet égard le livre de M. Ferry, <i>Balzac -et ses amies.</i>)</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_51_39" id="Note_51_39"></a><a href="#NoteRef_51_39"><span class="label">[51]</span></a> <i>Hamlet devant le corps de Polonius</i>, toile qui figure -à l'année 1859 dans le <i>Catalogue Robaut</i>, n° 1387, mais qui fut -évidemment commencée dès l'année 1855.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_52_40" id="Note_52_40"></a><a href="#NoteRef_52_40"><span class="label">[52]</span></a> Chaque fois que l'on touche à l'opinion de Delacroix -sur l'école anglaise de peinture, il convient de se référer à la -belle lettre qu'il écrivit à Théophile Silvestre en 1858, que nous -avons déjà plusieurs fois citée. Et pourtant on y trouve ce passage -qui paraît en contradiction avec ce qu'il note dans son Journal trois -années auparavant: «Je ne me soucie plus de revoir Londres: je n'y -retrouverais aucun de ces souvenirs-là (Wilkie, Lawrence, Fielding, -Bonington), et surtout je ne m'y retrouverais plus le même pour jouir -de ce qui s'y voit à présent. <i>L'école même est changée.</i> Peut-être -m'y verrais-je forcé de rompre des lances pour Reynolds, pour ce -ravissant Gainsborough que vous avez bien raison d'aimer.» Mais ce -n'était là qu'une boutade momentanée, car la fin de la lettre prouve -d'une façon évidente sa sympathie pour le mouvement préraphaélite. -(<i>Corresp.,</i> t. II, p. 190, 191.)</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_53_41" id="Note_53_41"></a><a href="#NoteRef_53_41"><span class="label">[53]</span></a> <i>Charles-Robert Leslie</i>, né à Londres en 1794, mort -en 1859. Il passa sa jeunesse aux États-Unis. Il fit des tableaux -de petite dimension représentant des scènes empruntées aux grands -écrivains, Shakespeare, Cervantes, Molière, Walter Scott. On a dit de -lui «qu'il excellait à faire les portraits vivants des êtres que le -poète avait rêvés». Il exposa à Paris à l'Exposition universelle de -1855.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_54_42" id="Note_54_42"></a><a href="#NoteRef_54_42"><span class="label">[54]</span></a> <i>Francis Grant</i>, né en 1803 dans le comté de Perth, mort -en 1878. Walter Scott écrit dans son Journal à propos de lui: «S'il -persévère dans cette profession (la peinture),—c'était à l'époque -de ses premiers débuts,—il deviendra l'un de nos peintres les plus -éminents.» Il se distingua surtout comme portraitiste et fixa l'image -de plusieurs illustrations anglaises (J. Russell, Macaulay, Disraeli, -Landseer). À l'Exposition universelle de 1855, ses portraits lui -valurent la grande médaille.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_55_43" id="Note_55_43"></a><a href="#NoteRef_55_43"><span class="label">[55]</span></a> À propos d'une œuvre de <i>Wilkie</i> (1785-1841), -Delacroix écrivait en 1858: «Un de mes souvenirs les plus frappants est -celui de son esquisse de <i>John Knox prêchant.</i> Il en a fait depuis un -tableau qu'on m'a affirmé être inférieur à cette esquisse. Je m'étais -permis de lui dire en la voyant, avec une impétuosité toute française, -qu'Apollon lui-même, prenant le pinceau, ne pouvait que la gâter en la -finissant.» (<i>Corresp.</i>, t. II, p. 192.)</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_56_44" id="Note_56_44"></a><a href="#NoteRef_56_44"><span class="label">[56]</span></a> <i>William Hogarth</i>, peintre et graveur, né à Londres en -1697, mort en 1764, est l'auteur d'une longue série de compositions -pittoresques et originales qui eurent une vogue immense et qui lui -valurent le titre de peintre du roi d'Angleterre.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_57_45" id="Note_57_45"></a><a href="#NoteRef_57_45"><span class="label">[57]</span></a> Cette autre phase, c'est l'École préraphaélite, dont -<i>Hunt</i> et <i>Millais</i>, cités plus loin, devaient être deux des plus -illustres représentants. Voici, d'une manière générale, quel jugement -il porte sur elle, en caractérisant du même coup l'essence intime du -génie anglais: «J'ai été frappé de cette prodigieuse <i>conscience</i> que -ce peuple peut apporter même dans les choses d'imagination: il semble -même qu'en revenant à rendre excessifs des détails, ils sont plus dans -leur génie que quand ils imitaient les peintres italiens surtout et les -coloristes flamands. Mais que fait l'écorce? Ils sont toujours Anglais -sous cette transformation apparente. Ainsi, au lieu de faire des -pastiches purs et simples des primitifs italiens, comme la mode en est -venue chez nous, ils mêlent à l'imitation de la manière de ces vieilles -écoles un sentiment infiniment personnel; ils y donnent l'intérêt -provenant de la passion de peindre, intérêt qui manque en général à nos -froides imitations des recettes et du style des écoles qui ont fait -leur temps.» (<i>Corresp.</i>, II. 191.)</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_58_46" id="Note_58_46"></a><a href="#NoteRef_58_46"><span class="label">[58]</span></a> <i>William-Holmant Hunt</i>, un des chefs de l'École -préraphaélite. À partir de 1850, il se lia avec Millais, et ils furent -tous deux les fondateurs de cette école dont le but était de reprendre -les traditions de l'art avant la Renaissance. Il avait envoyé à -l'Exposition universelle de 1855 trois tableaux: les <i>Moutons égarés</i>, -au sujet duquel Delacroix écrira plus loin qu'il «en a été émerveillé» -<i>la Lumière du monde,</i> puis <i>Claudio et Isabelle.</i> «Singulier -phénomène, disait Théophile Gautier, à propos de cette exposition de -Hunt, il n'y a peut-être pas au Salon une toile déconcertant le regard -autant que les <i>Moutons égarés</i> de Hunt. Le tableau qui parait le plus -faux est précisément le plus vrai.»</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_59_47" id="Note_59_47"></a><a href="#NoteRef_59_47"><span class="label">[59]</span></a> <i>John Everett Millais</i> avait envoyé à l'Exposition -universelle de 1855 <i>l'Ordre d'élargissent</i> et le <i>Retour de la colombe -à l'arche.</i></p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_60_48" id="Note_60_48"></a><a href="#NoteRef_60_48"><span class="label">[60]</span></a> Voir t. II, p. 30, en note.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_61_49" id="Note_61_49"></a><a href="#NoteRef_61_49"><span class="label">[61]</span></a> Voir t. II, p. 380, en note.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_62_50" id="Note_62_50"></a><a href="#NoteRef_62_50"><span class="label">[62]</span></a> Voir t. II, p. 381, en note.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_63_51" id="Note_63_51"></a><a href="#NoteRef_63_51"><span class="label">[63]</span></a> Nous avons déjà touché dans notre annotation du deuxième -volume à cette sévérité de jugement à l'égard de Th. Gautier, et nous -nous sommes efforcé d'en préciser les raisons dissimulées. Il nous a -paru intéressant de rapporter ici la lettre de remerciement écrite par -Delacroix au critique, après la lecture de ses réflexions sur l'École -française et sur notre artiste en particulier: «Mon cher Gautier, lui -écrit-il le 22 septembre 1855, je lis en revenant à Paris votre article -mille fois bon et bienveillant sur mon exposition. Je vous en remercie -de cœur au delà de ce que je pense vous exprimer. Oui, vous devez -éprouver de la satisfaction, en voyant que toutes ces folies, dont -autrefois vous preniez le parti à peu près seul, paraissent aujourd'hui -toutes naturelles... J'ai rencontré hier soir une femme que je n'avais -pas vue depuis dix ans, et qui m'a assuré qu'en entendant lire une -partie de votre article, elle avait cru que j'étais mort, pensant qu'on -ne louait ainsi que les gens morts et enterrés.» (<i>Corresp.</i>, t. II, p. -131.)</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_64_52" id="Note_64_52"></a><a href="#NoteRef_64_52"><span class="label">[64]</span></a> <i>Louis Janmot</i>, dit <i>Jan-Louis</i> (1814-1892), peintre, -élève de Victor Orsel et d'Ingres, s'adonna presque exclusivement à la -peinture religieuse. La plupart de ses œuvres portent l'empreinte -d'un mysticisme exalté, mais témoignent aussi trop souvent de -l'insuffisance de l'artiste dans les moyens d'exécution.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_65_53" id="Note_65_53"></a><a href="#NoteRef_65_53"><span class="label">[65]</span></a> La célèbre tragédienne italienne, dont la réputation -égala presque celle de Rachel, était alors dans tout l'éclat de son -talent. Après avoir remporté en Italie les plus grands succès, elle -était venue cette année même, 1855, à Paris, où elle fut accueillie -avec enthousiasme.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_66_54" id="Note_66_54"></a><a href="#NoteRef_66_54"><span class="label">[66]</span></a> Sur Eugène Delacroix comme <i>causeur</i>, Baudelaire écrit: -«Delacroix était, comme beaucoup d'autres ont pu l'observer, un -homme de conversation; mais le plaisant est qu'il avait peur de la -conversation comme d'une débauche, d'une dissipation où il risquerait -de perdre ses forcée. Il commençait par vous dire, quand vous entriez -chez lui: Nous ne causerons pas ce matin, ou que très peu, très peu. Et -puis il bavardait pendant trois heures. Sa causerie était brillante, -subtile, mais pleine de faits, de souvenirs et d'anecdotes: en somme, -une parole nourrissante.»</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_67_55" id="Note_67_55"></a><a href="#NoteRef_67_55"><span class="label">[67]</span></a> <i>Mme de Lavalette</i> s'était rendue célèbre par l'énergie -et le dévouement dont elle avait fait preuve pour sauver son mari, le -comte de Lavalette, condamné à mort par la cour d'assises de la Seine, -pour s'être emparé de l'administration des Postes, au retour de l'île -d'Elbe. Elle avait pénétré dans sa prison, après l'arrêt des assises, -et s'était substituée à lui. Lorsqu'il apprit l'évasion du condamné, -Louis XVIII ne put s'empêcher de dire: «De nous tous, Mme de Lavalette -est la seule qui ait fait son devoir.»</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_68_56" id="Note_68_56"></a><a href="#NoteRef_68_56"><span class="label">[68]</span></a> <i>Louis Guillemardet.</i></p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_69_57" id="Note_69_57"></a><a href="#NoteRef_69_57"><span class="label">[69]</span></a> <i>Félix Guillemardet</i>, qui était mort en 1840.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_70_58" id="Note_70_58"></a><a href="#NoteRef_70_58"><span class="label">[70]</span></a> <i>Mirrha</i>, tragédie italienne d'Alfieri, où la <i>Ristori</i> -remportait alors un éclatant succès à Paris.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_71_59" id="Note_71_59"></a><a href="#NoteRef_71_59"><span class="label">[71]</span></a> <i>Justin Ouvrié</i> (1806-1880), peintre et lithographe, -élève d'Abel de Pujol et de Châtillon, auteur de nombreux tableaux, -aquarelles et lithographies.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_72_60" id="Note_72_60"></a><a href="#NoteRef_72_60"><span class="label">[72]</span></a> Delacroix fait allusion à la série des compositions -lithographiées qu'il exécuta sur le <i>Faust</i> en 1827 et qui eurent -l'honneur de fixer l'attention du vieux Gœthe. «M. Delacroix, dit -Gœthe, dans ses conversations avec Eckermann, est un grand talent, -qui a dans Faust précisément trouvé son vrai aliment. Les Français lui -reprochent trop de rudesse sauvage, mais ici elle est parfaitement à sa -place.—De tels dessins, reprend Eckermann, contribuent énormément à -une intelligence plus complète du poème.—C'est certain, dit Gœthe, -car l'imagination plus parfaite d'un tel artiste nous force à nous -représenter les situations comme il se les est représentées à lui-même. -Et s'il me faut avouer que M. Delacroix a surpassé les tableaux que -je m'étais faits des scènes écrites par moi-même, à plus forte raison -les lecteurs trouveront-ils toutes ces compositions pleines de vie et -allant bien au delà des images qu'ils se sont créées.» (<i>Conversations -de Gœthe.</i>)</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_73_61" id="Note_73_61"></a><a href="#NoteRef_73_61"><span class="label">[73]</span></a> <i>Charles-Robert Cockerell</i> (1788-1853), architecte -anglais. Il avait dans sa jeunesse parcouru l'Orient, et pratiqué -à Égine et à Olympie des fouilles qui lui permirent de découvrir -les beaux marbres dits <i>phigaléens</i> qui se trouvent actuellement au -British Museum. À Naples, à Florence, à Rome, il exécuta d'importants -travaux de reconstitutions archéologiques qui le rendirent rapidement -célèbre. Membre de l'Académie d'architecture d'Angleterre, il fut nommé -également membre associé de l'Institut de France. À Rome, il s'était -lié d'intime amitié avec Ingres et les autres artistes français de la -Villa Médicis.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_74_62" id="Note_74_62"></a><a href="#NoteRef_74_62"><span class="label">[74]</span></a> <i>Baron Taylor</i> (1789-1879), auteur et artiste, -commissaire royal près le Théâtre-Français en 1824, explorateur et -archéologue, inspecteur général des Beaux-Arts en 1848, puis membre -libre de l'Académie des Beaux-Arts, occupa les fonctions les plus -diverses, mais partout témoigna du goût le plus vif pour tout ce qui -touche à la littérature et à l'art. C'est sous sa haute direction que -furent publiés les <i>Voyages pittoresques et romantiques de l'ancienne -France</i>, illustrés par l'élite de nos artistes. Philanthrope ardent, il -a de plus fondé sept associations de secours mutuels, dont celle des -artistes dramatiques.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_75_63" id="Note_75_63"></a><a href="#NoteRef_75_63"><span class="label">[75]</span></a> Voir plus haut, p. 38, en note.</p></div> - - -<hr class="b2" /> - -<p>1<sup>er</sup> <i>juillet.</i>—Toutes ces interruptions nuisent à mes -petits travaux; je ne sais trop à quoi se passent mes journées. -J'essaye de me rappeler mes impressions de la représentation -d'<i>Othello</i>; je colore les croquis que j'y ai faits. Je dors encore -outrageusement et à tort.</p> - -<p>Je vais chez Halévy à six heures, par un soleil ardent. Je trouve là -Gounod, les Zimmerman, Fouché, Boilay que j'aime beaucoup. Après dîner, -promenade vers la rivière.</p> - -<p>Au départ de ces messieurs, je m'esquive, pour faire une visite à Mme -Parchappe, qui m'avait invité à dîner; j'y trouve Mmes Barbier et -Villot.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>2 <i>juillet.</i>—Le matin, je ne puis résister à faire un tour de forêt, -qui ne m'a pas empêché de travailler dans la journée à l'<i>Hamlet</i>, aux -<i>Lions</i>, etc.</p> - -<p>À six heures, je vais chez Mme Barbier. Tour dans le jardin avec ces -dames avant dîner; après le dîner, causerie dans le parc; bref, je -m'amuse. La société des femmes a toujours, malgré ma retraite, un -charme infini; quand nous remontons, je me trouve avec six femmes, -assises en rond et moi avec elles.</p> - -<p>Mme Framelli venait d'arriver et nous attendait; elle m'invite pour -mercredi. Je me promène avant de rentrer, par un clair de lune -magnifique.</p> - -<p><span class="pagenum"><a name="Page_53" id="Page_53">[p. 53]</a></span></p> - -<p class="center">*</p> - -<p>5 <i>juillet.</i>—Les dons naturels dépourvus de la culture peuvent -ressembler à ce chèvrefeuille charmant de grâce, mais sans odeur, que -je vois suspendu aux arbres de la forêt.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>8 <i>juillet.</i>—Dîner chez Barbier avec Danican, etc. Le matin avait eu -lieu la scène désagréable du frère Barbier, qui les a tous vilipendés -dans la rue.</p> - -<p>Toutes mes journées sont monotones, mais remplies çà et là des plaisirs -vifs que me donne la campagne; la chaleur est extrême et m'interdit -presque entièrement la forêt.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p><i>Augerville</i>, 12 <i>juillet.</i>—Parti à deux heures et demie pour Corbeil. -Trouvé cet affreux G... qui me dit effrontément avoir la <i>Jeune fille -dans le cimetière</i><a name="NoteRef_76_64" id="NoteRef_76_64"></a><a href="#Note_76_64" class="fnanchor">[76]</a>; je lui dis qu'elle m'avait été volée, en le -regardant d'une manière qui l'a fait rougir.</p> - -<p>De Corbeil à Malesherbes, voyagé avec une femme distinguée, dont la -conversation était très bien. À Courances, elle se jette dans les bras -d'une vieille paysanne qu'elle accable de caresses: c'était la bonne -qui l'avait élevée; j'ai été très touché. La bonne vieille lui avait -fait un cadeau qu'elle me montra: c'étaient les souliers d'un tout -petit enfant, qui étaient, me dit-elle, ceux de son frère aîné, homme -de soixante-quatre ans.</p> - -<p><span class="pagenum"><a name="Page_54" id="Page_54">[p. 54]</a></span></p> - -<p>J'ai vu ce Gâtinais, cette vieille France toute plate, toute simple, -ces diligences d'autrefois. Si je ne suis pas aussi à mon aise que dans -les chemins de fer, du moins je voyage, je vois, je suis homme; je ne -suis ni une boîte ni un paquet.</p> - -<p>Je quitte ma dame à Malesherbes avec le regret de ne pas savoir son -nom; je trouve là Pinson et son cabriolet découvert, dans lequel nous -faisons le trajet rapidement.</p> - -<p>Je trouve avec Berryer Mme Jaubert, bonne rencontre à la campagne, et -Mme D..., avec une certaine appréhension.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>13 <i>juillet.</i>—Je sors le matin par le plus beau soleil. Je fais un -croquis, près du pont de pierre, de la rivière fuyant au loin, un -bouquet d'arbres très pittoresque sur le devant. Je me promène avec -bonheur, je vais jusqu'aux rochers où le souvenir de M... me suit en -dépit que j'en aie.</p> - -<p>Je remarque dans les rochers à formes humaines et animales de nouveaux -types plus ou moins ébauchés; je dessine même une espèce de sanglier -et une sorte d'éléphant, nombre de corps, de contours, de têtes -de taureau, etc.; on trouverait là d'excellents types d'animaux -fantastiques; ces formes bizarres prennent là une vraisemblance. -Étrange coïncidence! Quel caprice a présidé à la formation de ce rocher -qui est tout alentour le seul de son espèce?</p> - -<p>Dans la journée, promenade en bateau; Berryer<span class="pagenum"><a name="Page_55" id="Page_55">[p. 55]</a></span> s'obstine à vouloir -nous faire passer en remontant sous le pont de pierre. Cela nous vaut -un excellent exercice, qui nous met en nage et nous prépare au dîner. -Nous arrivons quand il est servi déjà. Nous avons à peine le temps de -changer de chemise.</p> - -<p>Le soir, en tournant autour du château après dîner, Cadillan<a name="NoteRef_77_65" id="NoteRef_77_65"></a><a href="#Note_77_65" class="fnanchor">[77]</a> me -parle de Berryer, de sa manière de travailler, etc.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>14 <i>juillet.</i>—Berryer part à six heures du matin pour aller plaider -à Paris. Il se flatte de revenir pour dîner ou, au pis aller, à neuf -heures du soir. À notre grande surprise, comme nous étions à table, à -sept heures et quelque chose, il arrive et achève de dîner avec nous; -j'avais proposé à ces dames de retarder le dîner.</p> - -<p>C'est un tour de force étonnant. Arrivé à Paris et au Palais à onze -heures et demie, il plaide immédiatement pendant deux heures et demie; -il part, laissant le deuxième avocat chargé de l'affaire écouter la -réponse de l'adversaire, et prendre des notes s'il est besoin. Il se -rhabille au Palais, repart et arrive sans éprouver d'interruption.</p> - -<p>Il était parti avec un morceau de pain et de galantine dans ses poches. -Trouvant dans le chemin de fer des gens avec lesquels il est obligé de -lier conversation, il ne mange point et ne peut se dédommager<span class="pagenum"><a name="Page_56" id="Page_56">[p. 56]</a></span> qu'en -allant du chemin de fer au Palais.</p> - -<p>Après le dîner, nous étions en famille devant la maison: nous venions -de prendre le café sur le perron. Je le voyais heureux d'être retourné -dans sa retraite, jouissant de ces fleurs, de ces arbres, la plupart -plantés par lui, après une journée employée comme celle-ci. Voilà de -grands bonheurs!</p> - -<p>Le soir, musique avec Mme Jaubert, <i>Don Juan</i>, etc., pendant que -Berryer, non point encore satisfait, faisait son courrier pour le -lendemain matin.</p> - -<p>Dans la journée, chaleur orageuse et fatigante. Promenade dans un -bateau léger. Nous descendons à terre près le pont de pierre. Assis en -haut du petit labyrinthe, Mme Jaubert me parle de Chenavard.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>15 <i>juillet.</i>—Promenade le matin vers les rochers; j'admire encore les -figures d'hommes et d'animaux, j'y fais de nouvelles et d'étonnantes -découvertes.</p> - -<p>Dans une allée plus vers le haut, je rencontre le malheureux scarabée -luttant contre les fourmis acharnées à sa perte; je l'ai observé -pendant longtemps, culbutant ses ennemies qu'il traînait après lui, -retenu par les pattes, dont chacune était accrochée par deux ou -trois des impitoyables ouvrières. Attaqué par les antennes, couvert -quelquefois par elles, il a fini par succomber; l'ayant laissé une -première fois, je l'ai trouvé immobile et tout à fait vaincu, quand -je suis revenu; je lui ai fait faire encore quelques mouvements, mais -enfin la mort était venue. Les<span class="pagenum"><a name="Page_57" id="Page_57">[p. 57]</a></span> fourmis étaient occupées, à ce qu'il -m'a paru, à l'entraîner à la fourmilière que, du reste, on ne voyait -pas aux environs. Je laissai un moment toute cette tragédie et je fus -m'établir dans le petit pavillon à boule de cuivre où je m'endormis -quelques instants. Au bout d'une demi-heure environ, je revins à mes -fourmis. À ma grande surprise, je ne trouve ni fourmis ni insecte!</p> - -<p>Berryer me dit, au déjeuner, que les fourmis déchiquetaient -ordinairement ces sortes de proies et les emportaient par petits -morceaux. Dans le cas que je viens de voir, je ne puis comprendre qu'un -pareil déménagement ait pu avoir lieu en si peu de temps.</p> - -<p>On a beaucoup philosophé à déjeuner sur les fourmis. Mme Jaubert nous -mentionne un livre de M. Huber<a name="NoteRef_78_66" id="NoteRef_78_66"></a><a href="#Note_78_66" class="fnanchor">[78]</a>, qui est complet sur leur histoire.</p> - -<p>Promenade à Malesherbes: j'adore ces vieilles habitations; le château -laissé à l'abandon; grandes pièces avec de grands portraits d'ancêtres: -tous les Lamoignon et leurs femmes sont encadrés dans les boiseries. -Magnifique tapisserie du seizième siècle. Je dessine l'ajustement des -brides des chevaux.</p> - -<p>Je rejoins la compagnie dans la merveilleuse allée des Charmes. Visite -à la chapelle ruinée et abandonnée. Magnifique statue de Balzac -d'Entraigues: elle est en pierre; celle d'un Lamoignon, je crois, en -marbre, agenouillé et armé, est dans l'endroit obscur.<span class="pagenum"><a name="Page_58" id="Page_58">[p. 58]</a></span> Différence -du style des deux époques, de Henri IV à Louis XIII, l'autre, au -contraire, de Henri II à peu près.</p> - -<p>Promenade avec ces deux dames au bord de la rivière de Malesherbes.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>16 <i>juillet.</i>—Promenade le matin; je m'amuse sur un banc à dessiner la -statue du sire d'Entraigues, que j'ai vue hier<a name="NoteRef_79_67" id="NoteRef_79_67"></a><a href="#Note_79_67" class="fnanchor">[79]</a>.</p> - -<p>Promenade en bateau peu agréable et que nous abrégeons le plus -possible; il pleut et il fait froid, nous laissons le bateau en route -et revenons par l'allée que Berryer a fait achever, par les hauteurs, -jusqu'à la maison.</p> - -<p>Il nous parle, le soir, du Père Antoine, supérieur de la Trappe. Les -femmes ne peuvent entrer dans le couvent, sauf les princesses du sang. -Des amis de Berryer vont à la Trappe, et une dame qui se trouvait avec -eux imagine de s'habiller en garçon pour les accompagner. Le Père -Antoine, avisant ce visage imberbe et devinant le déguisement, prend -tout doucement sous sa robe une serpette avec laquelle il va couper une -rose qu'il offre à l'indiscret androgyne. Les visiteurs ne tardent pas -à tourner les talons.</p> - -<p><span class="pagenum"><a name="Page_59" id="Page_59">[p. 59]</a></span></p> - -<p>Autre anecdote sur le même Père Antoine. Il réclamait auprès de M. -de Villèle pour certains bois qui dominent le couvent, qui, étant la -propriété de l'État, mais devant être aliénés, allaient tomber dans -la main des particuliers et gêneraient le couvent. Il disait, dans sa -demande, qu'un aussi <i>grand ministre</i> ou <i>ministre aussi supérieur</i>, -etc., etc., et sur tous les tons, trouverait bien un moyen d'accommoder -la loi à cette affaire présente. Berryer le plaisantait un peu sur ses -épithètes hyperboliques adressées à M. de Villèle: «Que voulez-vous, -lui dit le Père Antoine, nous autres, pauvres moines, nous n'avons pas -toujours le compas dans l'œil.»</p> - -<p>Nous déchiffrons la <i>Gazza</i><a name="NoteRef_80_68" id="NoteRef_80_68"></a><a href="#Note_80_68" class="fnanchor">[80]</a>. J'étais encore tout plein de <i>Don -Juan</i> de l'autre jour et je ne me trouvais plus d'admiration possible -pour le chef-d'œuvre de Rossini. J'ai vu une fois de plus qu'il ne -faut rien distraire des belles choses, et encore moins les comparer -entre elles. Les parties négligées dans Rossini ne font nullement tort -à l'impression dans la mémoire: ce père, cette fille, ce tribunal, tout -cela est vivant. Les <i>croque-notes</i> de la princesse, qui ne jurent que -par Mozart, ne comprennent pas plus Mozart que Rossini; cette partie -vitale, cette force secrète, qui est tout Shakespeare, n'existe pas -pour eux; il leur faut absolument l'alexandrin et le contre-point: ils -n'admirent, dans Mozart, que la régularité.</p> - -<p><span class="pagenum"><a name="Page_60" id="Page_60">[p. 60]</a></span></p> - -<p class="center">*</p> - -<p>17 <i>juillet.</i>—Bonnes et douces promenades, seul ou avec ces petites -femmes. Dans une grande promenade autour du parc, je me mets une épine -de genévrier dans le doigt en arrangeant une branche pour Mme D...</p> - -<p class="center">*</p> - -<p><i>Champrosay</i>, 18 <i>juillet.</i>—Parti à six heures pour Corbeil. Berryer, -en robe de chambre, est venu m'embarquer. Je pars, le cœur plein de -lui et de mon agréable séjour.</p> - -<p>Tête à tête avec mon automédon, respirant l'air frais, emporté par -l'allée des peupliers et au milieu des eaux remplies de nénufars, je -me retournai plusieurs fois pour le voir de loin, ainsi que ce qu'on -pouvait apercevoir de la maison. J'attends la voiture quelque temps -à Malesherbes; j'essaye, sur la place publique, de m'ôter, avec mon -canif, la petite épine de genévrier.</p> - -<p>Parti dans une affreuse voiture et en mauvaise compagnie. Au reste, je -dors ou sommeille presque tout le temps jusqu'à Corbeil; j'arrive à Ris -vers midi, et je rentre à Champrosay.</p> - -<p>Le soir, je vais chez Barbier.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p><i>Paris</i>, 19 <i>juillet.</i>—Je fais mes paquets dans la journée et je pars -à trois heures. Nous arrivons à Paris pour dîner; je me retrouve sans -trop de déplaisir dans mon atelier, et en face de tout ce que j'ai à -faire.</p> - -<p><span class="pagenum"><a name="Page_61" id="Page_61">[p. 61]</a></span></p> - -<p class="center">*</p> - -<p>20 <i>juillet.</i>—Au conseil et à l'église, où je ne trouve personne.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>22 <i>juillet.</i>—Je dîne sur le boulevard avec le cousin Delacroix<a name="NoteRef_81_69" id="NoteRef_81_69"></a><a href="#Note_81_69" class="fnanchor">[81]</a>.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>26 <i>juillet.</i>—Voir <i>Mirrha</i> avec le cousin. Cette Ristori est vraiment -pleine de talent; mais que ces pièces sont ennuyeuses!</p> - -<p>Je souffre horriblement de la chaleur et de cet ennui. La fatigue de -mes journées employées à l'église<a name="NoteRef_82_70" id="NoteRef_82_70"></a><a href="#Note_82_70" class="fnanchor">[82]</a> est un peu cause de ce malaise, -le soir. J'ai fait tout gratter et j'emplâtre, pour ainsi dire à la -truelle, non seulement les parties creusées, mais toutes les parties -des figures destinées à être lumineuses, telles que chairs, draperies. -Les tableaux y gagneront, mais j'ai failli y prendre la colique des -peintres.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>29 <i>juillet.</i>—Journée insipide, faute de m'être mis à faire quelque -chose de bonne heure; je dîne au Palais-Royal avec le cousin, dans ce -même salon où je dînai un jour avec Rivet, Bonington<a name="NoteRef_83_71" id="NoteRef_83_71"></a><a href="#Note_83_71" class="fnanchor">[83]</a> et compagnie. -Il fut beaucoup question de la D...</p> - -<p><span class="pagenum"><a name="Page_62" id="Page_62">[p. 62]</a></span></p> - -<p>Le cousin me conte l'histoire des Vauréal; le père de celui que je -connais aurait été un comte de Vauréal; c'était un roturier, bossu -et assez disgracié, mais capable d'aimer, puisqu'il s'était épris -de la Menard, danseuse célèbre et que le comte d'Artois, je crois, -favorisait. Le comte était mal reçu de la dame; mais le prince lui -ayant conseillé de s'humaniser quelque peu, elle déclara à son -soupirant qu'elle ne pouvait lui appartenir que quand elle serait -comtesse de Vauréal. Le mariage se fait; le soir des noces, la mariée -disparaît. Elle ne revient sur l'eau qu'à la mort du comte de Vauréal -et pour entrer en usufruit des biens; le comte avait un fils qui -s'arrange tellement quellement avec sa belle-mère. Elle le maria à la -fille d'un colonel Bonneval, mais avec interdiction de coucher avec sa -femme, laquelle n'aurait eu la possession de son mari qu'à la mort de -la Menard. C'est du père ou du grand-père Vauréal que <i>mon</i> grand-père, -qu'on appelait le <i>grand Claude</i>, aurait été régisseur; leurs biens -étaient considérables. Ils auraient, je crois, appartenu à l'évêque de -Reims.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>30 <i>juillet.</i>—Je vais, à cinq heures, chez le cousin. Trouvé Mme -Dufays, et Mme Cavé qui survient. Je la retrouve le soir, en faisant -une promenade, assise près<span class="pagenum"><a name="Page_63" id="Page_63">[p. 63]</a></span> de la Madeleine et en société d'une petite -qu'elle a prise chez elle et à qui elle sert de mentor.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>31 <i>juillet.</i>—Dîné chez Pastoret<a name="NoteRef_84_72" id="NoteRef_84_72"></a><a href="#Note_84_72" class="fnanchor">[84]</a> avec Mercey<a name="NoteRef_85_73" id="NoteRef_85_73"></a><a href="#Note_85_73" class="fnanchor">[85]</a>, Viollet-le-Duc, -Damas-Hinard<a name="NoteRef_86_74" id="NoteRef_86_74"></a><a href="#Note_86_74" class="fnanchor">[86]</a>, etc., etc. Belle galerie pour les tableaux. Je -reviens avec Hittorf<a name="NoteRef_87_75" id="NoteRef_87_75"></a><a href="#Note_87_75" class="fnanchor">[87]</a>.</p> - -<hr class="b2" /> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_76_64" id="Note_76_64"></a><a href="#NoteRef_76_64"><span class="label">[76]</span></a> C'est une des premières œuvres de Delacroix que le -<i>Catalogue Robaut</i> date de 1823. (Voir n° 67.)</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_77_65" id="Note_77_65"></a><a href="#NoteRef_77_65"><span class="label">[77]</span></a> <i>M. de Cadillan</i>, secrétaire de Berryer.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_78_66" id="Note_78_66"></a><a href="#NoteRef_78_66"><span class="label">[78]</span></a> <i>Pierre Huber</i> (1777-1840), naturaliste suisse.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_79_67" id="Note_79_67"></a><a href="#NoteRef_79_67"><span class="label">[79]</span></a> La plupart des croquis de Malesherbes et d'Augerville, -cités ici, sont consignés dans un album de Delacroix, qui fit partie, -sous le n° 664 <i>bis</i>, de la vente posthume, et fut adjugé au sculpteur -Carpeaux pour 120 francs. Ce petit album in-12 oblong démontre la suite -d'idées du maître, car, de 1854 à 1859, il emporta ce carnet chaque -fois qu'il se rendit en villégiature chez Berryer.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_80_68" id="Note_80_68"></a><a href="#NoteRef_80_68"><span class="label">[80]</span></a> La <i>Gazza ladra.</i></p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_81_69" id="Note_81_69"></a><a href="#NoteRef_81_69"><span class="label">[81]</span></a> Le commandant <i>Delacroix</i> figure comme légataire dans le -testament d'Eugène Delacroix, qui laissa à son cousin divers souvenirs -de famille.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_82_70" id="Note_82_70"></a><a href="#NoteRef_82_70"><span class="label">[82]</span></a> L'église <i>Saint-Sulpice</i>, dont il ne termina la -décoration (première chapelle à droite en entrant) qu'en 1857. (Voir -<i>Catalogue Robaut</i>, n<sup>os</sup> 1328 à 1345.)</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_83_71" id="Note_83_71"></a><a href="#NoteRef_83_71"><span class="label">[83]</span></a> <i>Bonington</i> était entré en 1819 dans l'atelier de Gros, -où il rencontra le baron Rivet, qui devint son ami. C'est de la même -époque que date aussi son intimité avec Delacroix. -</p> -<p> -Delacroix professait la plus grande estime pour le talent de Bonington. -Dans une lettre adressée à Soulier en 1831, il écrit: «J'ai eu -quelque temps Bonington dans mon atelier. J'ai bien regretté que tu n'y -sois pas. Il y a terriblement à gagner dans la société de ce luron-là, -et je te jure que je m'en suis bien trouvé.» (<i>Corresp.</i>, t. I, p. -116.)</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_84_72" id="Note_84_72"></a><a href="#NoteRef_84_72"><span class="label">[84]</span></a> Le marquis <i>de Pastoret</i> (1791-1857), homme politique -et littérateur, fut successivement auditeur au Conseil d'État sous le -premier Empire, puis membre du Conseil général et du Conseil d'État -sous la Restauration. Il refusa de reconnaître le gouvernement de la -monarchie de Juillet, et resta jusqu'en 1852 un des représentants les -plus autorisés du parti légitimiste. Rallié à l'Empire, il devint -sénateur et fut appelé en 1855 à faire partie de la Commission -municipale.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_85_73" id="Note_85_73"></a><a href="#NoteRef_85_73"><span class="label">[85]</span></a> <i>Frédéric Bourgeois de Mercey</i> était alors attaché au -ministère d'État comme directeur des Beaux-Arts et chargé de diriger -avec le comte <i>de Chennevières</i> l'organisation de la section des -Beaux-Arts à l'Exposition universelle de 1855.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_86_74" id="Note_86_74"></a><a href="#NoteRef_86_74"><span class="label">[86]</span></a> <i>Damas-Hinard</i> (1805-1891), littérateur, auteur de -travaux littéraires appréciés, notamment du <i>Dictionnaire Napoléon</i>, et -de traductions fort estimées des grands écrivains espagnols. En 1848 il -fut nommé bibliothécaire du Louvre, et devint en 1853 secrétaire des -commandements de l'Impératrice.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_87_75" id="Note_87_75"></a><a href="#NoteRef_87_75"><span class="label">[87]</span></a> <i>Jacques-Ignace Hittorf</i> (1792-1867), né à Cologne, -architecte, élève de Percier. On lui doit, indépendamment de nombreux -monuments, qui témoignent de son réel mérite et de son érudition, les -embellissements des Champs-Élysées, de la place de la Concorde, de -l'avenue de l'Étoile. Ce fut lui qui traça, en qualité d'architecte de -la ville de Paris et du Gouvernement, les plans des immenses travaux -du bois de Boulogne et des deux lacs. Il faisait partie depuis 1853 de -l'Académie des Beaux-Arts.</p></div> - -<hr class="b2" /> - -<p>2 <i>août.</i>—Dîné chez Poinsot avec Chabrier, sa femme, l'amiral -Deloffre<a name="NoteRef_88_76" id="NoteRef_88_76"></a><a href="#Note_88_76" class="fnanchor">[88]</a>, d'Audiffret, etc.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>3 <i>août.</i>—Au conseil, qui se tient dans l'anti-chambre,<span class="pagenum"><a name="Page_64" id="Page_64">[p. 64]</a></span> sur le quai: -aux tentures orange, avec les peintures de Court.</p> - -<p>Je vais ensuite à l'Industrie; je remarque cette fontaine jaillissante -de fleurs gigantesques imitées.</p> - -<p>La vue de toutes ces machines m'attriste profondément. Je n'aime -pas cette matière qui a l'air de faire, toute seule et abandonnée à -elle-même, des choses dignes d'admiration.</p> - -<p>En sortant, je vais voir l'exposition de Courbet, qu'il a réduite à -dix sous. J'y reste seul pendant près d'une heure et j'y découvre un -chef-d'œuvre<a name="NoteRef_89_77" id="NoteRef_89_77"></a><a href="#Note_89_77" class="fnanchor">[89]</a> dans son tableau refusé; je ne pouvais m'arracher -de cette vue. Il y a des progrès énormes, et cependant cela m'a fait -admirer son <i>Enterrement.</i> Dans celui-ci, les personnages sont les uns -sur les autres, la composition n'est pas bien entendue; il y a de l'air -et des parties d'une exécution considérable: les hanches, la cuisse -du modèle nu et sa gorge; la femme du devant qui a un châle; la seule -faute est que le tableau qu'il peint fait amphibologie: il a l'air -d'un <i>vrai ciel</i> au milieu du tableau. On a refusé là un des ouvrages -les plus singuliers de ce temps; mais ce n'est pas un gaillard à se -décourager pour si peu.</p> - -<p>J'ai dîné à l'Industrie entre Mercey et Mérimée; le premier pense comme -moi de Courbet; le second n'aime pas Michel-Ange!</p> - -<p><span class="pagenum"><a name="Page_65" id="Page_65">[p. 65]</a></span></p> - -<p>Détestable musique moderne par les chœurs chantants qui sont à la -mode.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>11 <i>août.</i>—À Montreuil, pour le mariage de la fille aînée de Rivet. -Ce bon ami a paru heureux de me voir; j'ai revu avec beaucoup de -plaisir sa mère, si aimable et de si bonne et ancienne manière; causé -de la couleur avec M. Pierre Rivet, mon ancien élève: il me recommande -l'orpin jaune<a name="NoteRef_90_78" id="NoteRef_90_78"></a><a href="#Note_90_78" class="fnanchor">[90]</a>.</p> - -<p>Vu là Colin<a name="NoteRef_91_79" id="NoteRef_91_79"></a><a href="#Note_91_79" class="fnanchor">[91]</a> et revenu avec Riesener.</p> - -<p>Je dînais chez Chabrier; Vieillard y était, et Poinsot qui a été -aimable. J'étais fatigué de ma journée: ce sont trop d'allées et venues -pour une petite constitution.</p> - -<p>Poinsot nous raconte que Charles<a name="NoteRef_92_80" id="NoteRef_92_80"></a><a href="#Note_92_80" class="fnanchor">[92]</a>, le physicien, se trouvant traqué -pendant la Révolution et n'ayant que cinq ou six sous à dépenser pour -sa nourriture, ne<span class="pagenum"><a name="Page_66" id="Page_66">[p. 66]</a></span> vécut pendant un mois que de pain et d'eau; au bout -d'un mois, il s'aperçut qu'il perdait sensiblement des forces; il y -joignit alors du fromage, et les forces lui revinrent.</p> - -<p>—Penser à trouver une palette qu'on puisse mettre dans l'eau.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>12 <i>août.</i>—Mon cher Guillemardet vient dîner avec moi. Causerie sans -fin à table et promenade sur le boulevard jusqu'à onze heures.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>15 <i>août.</i>—Le matin, déjeuné à l'Hôtel de ville et au <i>Te Deum</i> -ensuite. Grande impression de cette foule en robe de toutes couleurs -et en habits brodés: la musique, l'évêque, tout cela est fait pour -émouvoir; l'église m'a paru, comme toujours, une des mieux faites pour -élever et frapper.</p> - -<p>Réception chez l'Empereur.</p> - -<p>Rentré fatigué; le soir, promenade solitaire faite avec beaucoup de -plaisir; je m'amuse des illuminations; je crois que c'est la première -fois que la foule ne me cause pas d'ennuis.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>18 <i>août.</i>—Arrivée de la reine d'Angleterre. Je sors de l'église vers -trois heures pour rentrer chez moi. Point de voiture! Paris est fou -ce jour-là; on ne rencontre que corps de métiers, femmes de la halle, -filles vêtues de blanc, tout cela bannière en tête et se poussant pour -faire bonne réception.</p> - -<p><span class="pagenum"><a name="Page_67" id="Page_67">[p. 67]</a></span></p> - -<p>Le fait a été que personne n'a rien vu, la Reine étant arrivée à la -nuit; je lai regretté pour toutes ces bonnes gens qui y allaient -de tout leur cœur; j'étais invité par Pastoret à aller voir le -cortège chez lui; j'ai trouvé là Feuillet<a name="NoteRef_93_81" id="NoteRef_93_81"></a><a href="#Note_93_81" class="fnanchor">[93]</a>, Beauchesne<a name="NoteRef_94_82" id="NoteRef_94_82"></a><a href="#Note_94_82" class="fnanchor">[94]</a>, qui m'a -recommandé son fils, candidat aux bourses de l'école de Saint-Cyr<a name="NoteRef_95_83" id="NoteRef_95_83"></a><a href="#Note_95_83" class="fnanchor">[95]</a>.</p> - -<p>Revenu au milieu d'une cohue épouvantable.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>23 <i>août.</i>—Bal à l'Hôtel de ville pour la reine d'Angleterre; chaleur -affreuse.</p> - -<p>J'y trouve Alberthe et sa fille; j'ai fait le tour de l'Hôtel de ville -deux ou trois fois pour conquérir un verre de punch; j'étais glacé, -tant j'étais baigné de sueur. Quelles insipides réunions!</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>25 <i>août.</i>—À Versailles, ce soir. Illuminations devant le château, etc.</p> - -<p>Je ne revois pas avec le plaisir que j'attendais la <i>Bataille -d'Aboukir</i><a name="NoteRef_96_84" id="NoteRef_96_84"></a><a href="#Note_96_84" class="fnanchor">[96]</a>: la crudité des tons est extrême; l'enchevêtrement de -ces hommes et de ces chevaux est un peu inexcusable.</p> - -<p>Revenu par un clair de lune magnifique, et seul. J'ai passé par cette -route de Saint-Cloud, qui m'a rappelé de si bons moments de ma vie de -1826 à 1830.</p> - -<p><span class="pagenum"><a name="Page_68" id="Page_68">[p. 68]</a></span></p> - -<p class="center">*</p> - -<p>26 <i>août.</i>—J'ai eu la visite de la très aimable princesse de -Wittgenstein<a name="NoteRef_97_85" id="NoteRef_97_85"></a><a href="#Note_97_85" class="fnanchor">[97]</a> et de sa fille, celle pour laquelle Liszt m'avait -demandé un dessin; je dois la revoir et dîner chez elle mardi.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>27 <i>août.</i>—Je suis dans un mauvais moment; je retourne à l'église, -après une interruption de huit jours; j'y travaille péniblement; la -chaleur est affreusement continue.</p> - -<p>Le soir, je vais voir l'exposition de l'école de dessin de Lequien -fils. J'y trouve Wey<a name="NoteRef_98_86" id="NoteRef_98_86"></a><a href="#Note_98_86" class="fnanchor">[98]</a> et ses fils; il me promet de me donner le -dessin de Fedel, d'après moi, fait il y a une quarantaine d'années et -si remarquable. Wey me dit que c'est la seule chose remarquable faite -d'après moi.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>28 <i>août.</i>—Dîné chez l'aimable princesse de Wittgenstein; elle avait -un certain comte d'Iri ou d'Uri et un Allemand assez contradicteur et -ennuyeux.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>30 <i>août.</i>—Soulié m'avait écrit qu'il viendrait au courant de -septembre ou fin d'août. Je lui ai demandé de venir dîner aujourd'hui. -J'ai écrit à Villot qui s'est<span class="pagenum"><a name="Page_69" id="Page_69">[p. 69]</a></span> excusé, étant souffrant; à Riesener et à -Schwiter. Le dîner a été gai, et j'en ai été heureux.</p> - -<p>Le matin, travaillé beaucoup à l'église, inspiré par la musique et les -chants d'église. Il y a eu un office extraordinaire à huit heures; -cette musique me met dans un état d'exaltation favorable à la peinture.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>31 <i>août.</i>—Sorti vers trois heures pour voir des logements rues -d'Amsterdam, Pigalle, etc.</p> - -<p>Chez Schwiter<a name="NoteRef_99_87" id="NoteRef_99_87"></a><a href="#Note_99_87" class="fnanchor">[99]</a>, j'ai été frappé là, en voyant sa propre peinture -et le portrait de West, de Lawrence, ainsi que des gravures d'après -Reynolds, de l'influence fâcheuse de toute <i>manière.</i> Ces Anglais, -et Lawrence tout le premier, ont copié aveuglement leur grand-père -Reynolds, sans se rendre compte des entorses qu'il donnait à la vérité; -ces licences, qui ont contribué à donner à sa peinture une sorte -d'originalité, mais qui sont loin d'être justifiables, l'exagération -pour l'effet et même les effets complètement faux qui en sont la -conséquence, ont décidé du style de tous ses suivants, ce qui donne -à toute cette école un air factice que ne rachètent pas certaines -qualités. Ainsi la tête de West, qui est peinte dans la lumière la -plus vive, est accompagnée d'accessoires tels que les vêtements, un -rideau, etc., qui ne participent nullement à cette lumière; en un mot, -elle est dépourvue de toute raison; il s'ensuit qu'elle est fausse -et l'ensemble<span class="pagenum"><a name="Page_70" id="Page_70">[p. 70]</a></span> maniéré. Une tête de Van Dyck ou de Rubens, placée à -côté de semblables résultats, les place tout de suite dans les rangs -les plus secondaires. (Rapprocher ceci de ce que j'ai écrit quelques -jours plus tard à Dieppe sur l'imitation naïve et l'influence des -écoles.)<a name="NoteRef_100_88" id="NoteRef_100_88"></a><a href="#Note_100_88" class="fnanchor">[100]</a>.</p> - -<p>La vraie supériorité, comme je l'ai dit quelque part dans ces petits -souvenirs, n'admet aucune excentricité. Rubens est emporté par son -génie et se livre à des exagérations qui sont dans le sens de son idée -et fondées toujours sur la nature.</p> - -<p>De prétendus hommes de génie comme nous en voyons aujourd'hui, remplis -d'affectation et de ridicule, chez lesquels le mauvais goût le dispute -à la prétention, dont l'idée est toujours obscurcie par des nuages, -qui portent, même dans leur conduite, cette bizarrerie qu'ils croient -un signe de talent, sont des fantômes d'écrivains, de peintres et -de musiciens. Ni Racine, ni Mozart, ni Michel-Ange, ni Rubens, ne -pouvaient être ridicules de cette façon-là; le plus grand génie n'est -qu'un être supérieurement raisonnable. Les Anglais de l'école de -Reynolds ont cru imiter les grands coloristes flamands et italiens; ils -ont cru, en faisant des tableaux enfumés, faire des tableaux vigoureux; -ils ont imité le rembrunissement que le temps donne à tous les tableaux -et surtout cet éclat factice que causent les dévernissages successifs -qui rembrunissent certaines parties en donnant aux<span class="pagenum"><a name="Page_71" id="Page_71">[p. 71]</a></span> autres un éclat qui -n'était pas dans l'intention des maîtres. Ces altérations malheureuses -leur ont fait croire, comme dans le portrait de West, qu'une tête -pouvait être très brillante à côté de vêtements complètement dépourvus -de lumière, et que des fonds pouvaient être très obscurs derrière des -objets éclairés: ce qui est de toute fausseté.</p> - -<hr class="b2" /> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_88_76" id="Note_88_76"></a><a href="#NoteRef_88_76"><span class="label">[88]</span></a> L'amiral <i>Théodore Deloffre</i> (1787-1865) fut -successivement préfet maritime à Cherbourg et membre du Bureau des -longitudes.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_89_77" id="Note_89_77"></a><a href="#NoteRef_89_77"><span class="label">[89]</span></a> Voir ce que nous avons dit dans notre Étude, p. LI-LII, -sur l'impartialité de Delacroix touchant les contemporains en général -et Courbet en particulier.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_90_78" id="Note_90_78"></a><a href="#NoteRef_90_78"><span class="label">[90]</span></a> Le <i>baron Rivet</i>, qui s'était éloigné de la politique -depuis 1852 pour se consacrer à l'administration du chemin de fer de -l'Ouest, habitait alors aux portes de Versailles, au grand Montreuil, -une propriété occupée, avant la Révolution, par deux des filles de -Louis XV, Mesdames Victoire et Adélaïde de France. -</p> -<p> -Le mariage auquel Delacroix fait allusion est celui de la fille aînée -de M. Rivet, qui épousa, en 1855, M. Bourdeau de Lajudie. La mère de M. -Rivet, dont parle ici Delacroix, était fille du général de Gilibert, -dernier sous-gouverneur des Invalides sous la monarchie, et veuve de -M. Léonard Rivet, ancien aide de camp de Dugommier, créé baron comme -préfet de l'Empire, et qui fut plus tard député sous la monarchie de -Juillet. -</p> -<p> -<i>Pierre Rivet</i>, neveu de Mme Rivet mère, était grand amateur de -peinture et fervent admirateur de Delacroix.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_91_79" id="Note_91_79"></a><a href="#NoteRef_91_79"><span class="label">[91]</span></a> <i>Alexandre Colin.</i></p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_92_80" id="Note_92_80"></a><a href="#NoteRef_92_80"><span class="label">[92]</span></a> <i>Jacques-Alexandre-César Charles</i> (1746-1823), physicien, -a popularisé en France les découvertes de Franklin et des frères -Montgolfier. Lors de la création de l'Institut, il entra l'un des -premiers à l'Académie des sciences, et en devint par la suite le -secrétaire.</p></div> <div class="footnote"> - -<p><a name="Note_93_81" id="Note_93_81"></a><a href="#NoteRef_93_81"><span class="label">[93]</span></a> <i>Feuillet de Couches.</i> Voir t. II, p. 177, -en note.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_94_82" id="Note_94_82"></a><a href="#NoteRef_94_82"><span class="label">[94]</span></a> <i>Du Bois de Beauchesne.</i> Voir t. II, p. 375, en note.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_95_83" id="Note_95_83"></a><a href="#NoteRef_95_83"><span class="label">[95]</span></a> <i>Henri Du Bois de Beauchesne</i>, aujourd'hui général de -brigade.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_96_84" id="Note_96_84"></a><a href="#NoteRef_96_84"><span class="label">[96]</span></a> Delacroix a, d'autre part, exprimé toute son admiration -pour le talent du baron <i>Gros.</i> (Voir t. I, p. 374, et t. II, p. 351, -352 et 429.)</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_97_85" id="Note_97_85"></a><a href="#NoteRef_97_85"><span class="label">[97]</span></a> La princesse <i>de Wittgenstein</i> était l'amie et -l'admiratrice passionnée de Liszt; il fut un moment question, en 1861, -du mariage de la princesse avec le grand artiste; mais celui-ci devait -entrer trois ans plus tard dans les ordres.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_98_86" id="Note_98_86"></a><a href="#NoteRef_98_86"><span class="label">[98]</span></a> <i>Francis Wey</i> (1812-1882), littérateur et philologue, -avait été nommé en 1852 inspecteur général des Archives -départementales. Il fut également, de 1853 à 1865, président de la -Société des gens de lettres.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_99_87" id="Note_99_87"></a><a href="#NoteRef_99_87"><span class="label">[99]</span></a> Le baron <i>Schwiter</i> devait être un des légataires de -Delacroix, qui lui laissa par testament divers tableaux anciens.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_100_88" id="Note_100_88"></a><a href="#NoteRef_100_88"><span class="label">[100]</span></a> Voir plus loin, p. <a href="#Page_95">95</a> et <a href="#Page_96">96</a>.</p></div> - -<hr class="b2" /> - -<p>7 <i>septembre.</i>—Le matin, chez Dupré. Vu sa maison: très séduit par cet -air riant.</p> - -<p>Dîné chez Mme de Forget avec Mme Dufays, et revu là M. Jouaut, que je -n'avais pas vu depuis 1830. Il passé des années en Russie; ce n'est -plus le beau garçon de ce temps-là. Il me dit que le changement le -plus considérable qu'il trouve en moi, c'est que je parle moins vite -qu'autrefois et que ma voix est changée.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>10 <i>septembre.</i>—Parti à huit heures par le train express pour aller -à Crose<a name="NoteRef_101_89" id="NoteRef_101_89"></a><a href="#Note_101_89" class="fnanchor">[101]</a>. Voyage très rapide jusqu'à Argenton par l'express, -mais toutes sortes de malheurs à partir de là. Arrivé à Argenton -attendant mes paquets une heure dans la boue et sous la pluie, avant de -m'installer dans cette affreuse petite voiture où j'ai fait un voyage -si insupportable, entre l'enfant qui pissait et les trois femmes qui -vomissaient.</p> - -<p>Je reste à Limoges, tenté un instant de revenir et de m'excuser comme -je pouvais.</p> - -<p><span class="pagenum"><a name="Page_72" id="Page_72">[p. 72]</a></span></p> - -<p class="center">*</p> - -<p>11 <i>septembre.</i>—Arrivé à Limoges vers onze heures, je m'installe pour -la journée à l'hôtel du <i>Grand Périgord</i>; je fais un déjeuner dont -j'avais besoin après l'insupportable voyage. Je vois la ville, le -musée, l'église Saint-Pierre, la cathédrale, Saint-Michel.</p> - -<p>La cathédrale est inachevée, la nef manque. En général, les églises de -tout ce pays sont d'une obscurité lugubre. Je me suis endormi dans la -cathédrale.</p> - -<p>À Saint-Michel, près du musée, où je suis revenu en dernier lieu, j'en -ai fait autant. Ces petits repos m'ont remis tout à fait.</p> - -<p>Je me suis fait raser par un frater et suis venu dîner vers quatre -heures et demie. Excellentissimes champignons, inconnus à Paris.</p> - -<p>Je pars à six heures pour Brive. Dans le coupé, tête à tête avec un -brigadier de gendarmerie, très convenable: tête superbe. Il me quitte -vers neuf heures. Je passe une bonne nuit, tantôt dormant, tantôt -voyant passer à la lueur des quinquets de la voiture le bizarre pays -que je traverse... Uzerche, etc., que je regrette de ne pas voir de -jour.</p> - -<p>Je pensais, en voyant des objets véritablement bizarres, à <i>ce petit -monde</i> que l'homme porte en lui. Les gens qui disent que l'homme -apprend tout par l'éducation sont des imbéciles, y compris les -grands philosophes qui ont soutenu cette thèse. Quelque singuliers -et inattendus que soient les spectacles qui s'offrent à nos yeux, -ils ne nous surprennent jamais<span class="pagenum"><a name="Page_73" id="Page_73">[p. 73]</a></span> complètement; il y a en nous un écho -qui répond à toutes les impressions: ou nous avons vu cela ailleurs, -ou bien toutes les combinaisons possibles des choses sont à l'avance -dans notre cerveau. En les retrouvant dans ce monde passager, nous ne -faisons qu'ouvrir une case de notre cerveau ou de notre âme. Comment -expliquer autrement la puissance incroyable de l'imagination et, comme -dernière preuve, cette puissance incroyable qui est relativement -incomparable dans l'enfance? Non seulement j'avais autant d'imagination -dans l'enfance et dans la jeunesse<a name="NoteRef_102_90" id="NoteRef_102_90"></a><a href="#Note_102_90" class="fnanchor">[102]</a>, mais les objets, sans me -surprendre davantage, me causaient des impressions plus profondes ou -des ravissements incomparables; où aurais-je pris auparavant toutes ces -impressions?</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>12 <i>septembre.</i>—Arrivé à Brive à dix heures. François était venu m'y -chercher, et reparti.</p> - -<p>Je parcours la ville, qui est très jolie; l'église romane, où on -a peint des cannelures et des caissons; le collège ou séminaire, -charmante architecture de la Renaissance.</p> - -<p>Je pars à midi et demi et suis à Crose vers trois heures; je ne puis -vaincre, tout le long du voyage, une somnolence extrême. Frappé de la -vue de Turenne et de ses ruines. Beaucoup d'émotion en arrivant.</p> - -<p><span class="pagenum"><a name="Page_74" id="Page_74">[p. 74]</a></span></p> - -<p>Promenade avec François<a name="NoteRef_103_91" id="NoteRef_103_91"></a><a href="#Note_103_91" class="fnanchor">[103]</a> dans les allées d'herbes, les arbres -fruitiers, figuiers; cette nature me plaît et réveille en moi de douces -impressions; la bonne Mme Verninac heureuse de me voir et me tutoyant. -La femme de François est très bien.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>13, 14 <i>et</i> 15 <i>septembre.</i>—Tous ces jours jusqu'à dimanche, jour -de mon départ, la même vie à peu près; je suis seul, suivant mes -habitudes, jusqu'au déjeuner. L'avant-dernier jour, le 15, je dessine -une partie de la journée les montagnes, de ma fenêtre. Je dessine après -déjeuner et par la chaleur le joli vallon où François a planté des -peupliers; je suis charmé de cet endroit; je remonte par un soleil que -je trouve cuisant et qui me fait toujours une impression de fatigue -pour le reste de la journée; je cueille avec délices quelques figues, -quelques pêches; bien entendu que je m'accuse de mes larcins.</p> - -<p>Comment décrire ce que je trouve charmant dans ce lieu?... C'est un -mélange de toutes les émotions agréables et douces au cœur et à -l'imagination: je pense aux lieux que j'ai vus avec un calme bonheur -dans ma jeunesse, je pense en même temps à mes chers amis, à mon bon -frère, à mon cher Charles, à ma bonne sœur! Seul comme je suis à -présent, il me semblait dans ce lieu, dans ce pays déjà méridional, me -retrouver avec ces êtres chers dans la Touraine,<span class="pagenum"><a name="Page_75" id="Page_75">[p. 75]</a></span> dans la Charente, -lieux qui sont beaux pour moi, beaux pour mon cœur.</p> - -<p>La négligence qui est partout dans ce pauvre Crose, et qui m'avait -choqué d'abord, avait fini par me plaire: rien n y ressemble à nos -habitations d'aujourd'hui... L'herbe pousse où elle veut, la maison se -conserve toute seule.</p> - -<p>Promenade à Turenne<a name="NoteRef_104_92" id="NoteRef_104_92"></a><a href="#Note_104_92" class="fnanchor">[104]</a> un de ces jours; la première fois, elle -avait été marquée par l'événement de la fuite des deux juments, après -lesquelles on avait couru longtemps. Le jour que nous y sommes allés, -il faisait une pluie diluvienne; j'ai été pourtant satisfait de cette -excursion; ce château perché sur le rocher, comme sur un piédestal, est -tout à fait extraordinaire<a name="NoteRef_105_93" id="NoteRef_105_93"></a><a href="#Note_105_93" class="fnanchor">[105]</a>.</p> - -<p>Nous faisons ces courses avec le jeune Dussol, très bon garçon, qui a -dîné presque tous les jours avec nous.</p> - -<p>L'église de Turenne remarquable par un grand air; sa simplicité et même -son dénuement ne lui nuisent pas.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>16 <i>septembre.</i>—Parti à sept heures pour Brive avec François et -Dussol. Nous rencontrons en route<span class="pagenum"><a name="Page_76" id="Page_76">[p. 76]</a></span> le médecin Masseur, et ensuite la -servante de François avec sa charmante sœur, celle que j'avais vue -en guenilles et pieds nus auprès des chevaux, le jour de la course à -Turenne; cette fois, elle était vêtue coquettement et allait à Brive -pour faire des emplettes pour sa noce qui est dans huit jours; son mari -sera un heureux drôle pendant quelques moments... C'est de l'espèce la -plus fine et la plus piquante, la blonde armée de tous ses attraits -particuliers et qui sont incomparables. Je l'avais bien devinée la -première fois.</p> - -<p>Nous parcourons la ville, après avoir assuré ma place pour une heure, -pour Périgueux et Angoulême; nous allons au séminaire, où je dessine, -et nous revenons déjeuner.</p> - -<p>Ce déjeuner, à cette heure, m'a rendu toute la journée insensible aux -beautés du pays que je traversais. La chaleur aussi était excessive; le -coupé de cette diligence était affreux: pas une vitre ne tenait, j'ai -été tantôt grillé par le soleil, tantôt gelé sans pouvoir m'en défendre -par le courant d'air établi entre les deux portières.</p> - -<p>Dans la première partie du voyage, je guettais la maison de campagne de -Mme Rivet, que définitivement je n'ai pas vue.</p> - -<p>Il y avait avec moi dans le coupé un gros et frais jeune homme qui -m'a conté, avec un grand contentement de lui-même, qu'il venait de -Limoges où il avait été faire emplettes de ses cadeaux de noces pour -une<span class="pagenum"><a name="Page_77" id="Page_77">[p. 77]</a></span> jeune personne qu'il allait épouser aussi dans huit jours; je -n'ai côtoyé ainsi, au milieu de mes souffrances, que des gens heureux -ou sur le point de l'être. Il m'a fait entendre, en relevant à tout -moment sa petite moustache blonde, que sa situation ne lui permettait -pas d'aspirer à ce parti, mais que ses avantages extérieurs lui avaient -valu cette aubaine, dont il rendait grâces au dieu Cupidon. Mon homme, -plus amoureux de lui-même que de sa future, fleur de provincial et de -Périgourdin, me quitta sur la route, non sans m'avoir fait admirer de -loin la propriété, la maison la plus belle du pays, disait-il, enfin -toutes les solides perfections que l'amour jetait à ses pieds, sans -compter celle de la jeune infante; il a oublié de me dire si cette -dernière était douée de grâces et d'attraits; mais ce n'était pas là la -partie intéressante pour lui.</p> - -<p>Je traverse, jusqu'à Périgueux, le pays le plus riche et le plus riant, -mais toujours sous le poids de cette chaleur ou de ce vent cuisant.</p> - -<p>J'arrive à Périgueux à la chute complète du jour; une jeune femme toute -pimpante m'avait été donnée pour compagne de prison dans la boîte -incommode où je me trouvais, une poste avant la ville; je traverse -cette jolie ville au milieu des transparents et des illuminations, à -propos des bonnes nouvelles de Sébastopol.</p> - -<p>Je m'informe des places; je suis forcé de changer mes combinaisons. -J'irai à Montmoreau prendre le<span class="pagenum"><a name="Page_78" id="Page_78">[p. 78]</a></span> chemin de fer par Ribérac dans une -espèce de cabriolet portant les dépêches, et je vais dîner à l'hôtel -<i>de France</i>, en face du bureau de la voiture.</p> - -<p>Le repas assez médiocre, servi par une fille très piquante, quoique -déjà mûre, me fait merveille; il n'est pas trop gâté par le voisinage -de commis voyageurs, dont la langue est la même partout et un mélange -curieux d'ineptie et de fatuité; j'avais déjà déjeuné à Brive quand j'y -arrivai de Limoges, en attendant l'heure de partir pour Grose, avec une -réunion semblable.</p> - -<p>À Périgueux, après dîner et en payant à Mme l'hôtesse mes 3 fr. 50, -j'admire la rotondité de sa robe à la mode et cette magnifique toilette -qu'elle promène, de la cour à la cuisine et à la salle à manger. Je -sors enchanté de tout ce que je voyais et particulièrement de la beauté -des femmes que je trouve, dans tous les environs, on ne peut plus -piquantes. Je me promène assez tard sur la grande promenade remplie -de promeneurs de tous étages, de marchands forains, de musiques, de -faiseurs de tours et de loteries. Je trouve même de la <i>vraie beauté</i>, -le piquant uni à une grâce et à une correction qui n'est pas dans le -Nord et que Paris n'offre jamais.</p> - -<p>Enfin, je pars à neuf heures, je crois. Arrangement qui me paraît -d'abord impossible et qui finit par aller tant bien que mal; mon grand -manteau me rend grand service, serré, emboîté et enveloppé jusque -par-dessus les yeux, de peur du serein; je finis par<span class="pagenum"><a name="Page_79" id="Page_79">[p. 79]</a></span> m'engourdir et -enfin j'arrive à Ribérac vers deux heures du matin.</p> - -<p>Arrivée dans cette petite ville où quelques chandelles achevaient -de brûler aux fenêtres, en témoignage de l'allégresse, mais dans -une solitude complète. Entrée sous cette remise d'auberge; prise de -possession d'une chambre, où j'ai dormi tout habillé et profondément -jusqu'à cinq heures du matin.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>17 <i>septembre.</i>—Parti joyeux pour Montmoreau. Réveillé le matin à -Ribérac et juché dans le coupé, avec un jeune militaire et un bon -Périgourdin qui me parle de son vin; et tout ce que je vois m'enchante; -le soleil levant donne à cette jolie et riche nature un attrait -inexprimable. La ressemblance de ce pays avec ma chère forêt réveille -encore des souvenirs délicieux. En traversant des parties de bois, je -crois être avec mon cher Charles et le bon Albert, quand nous allions -chasser, par la rosée, sous les bois et dans les vignes... Point de -description pour de si douces pensées!</p> - -<p>Je remarque, de Ribérac à Montmoreau, les vignes grimpant aux arbres -ou à des perches qui les soutiennent, à la manière italienne; cela -est fort joli et fort pittoresque, et ferait bien en peinture; mon -voisin le militaire, joli jeune homme, qui revient peu enthousiasmé de -la Crimée où il a eu les pieds gelés, me dit que cette méthode n'est -pas la meilleure, sinon pour la vigne elle-même, au moins pour les -productions<span class="pagenum"><a name="Page_80" id="Page_80">[p. 80]</a></span> qui l'environnent, à cause de l'ombre qui résulte de cet -arrangement. Mon chasseur de Vincennes me dit que les Anglais sont des -<i>soldats de parade qui s'en vont trop tôt</i>, malgré la renommée de leur -ténacité. Peut-être, en bons alliés, faisons-nous pour eux, à l'égard -de la bravoure, ce qu'on fait pour les avares dont on veut tirer -quelque chose en les louant de leur générosité...</p> - -<p>J'arrive à Montmoreau; je suis conduit droit au chemin de fer, où je -m'encage vers onze heures et demie.</p> - -<p>À Angoulême, rencontre de Mme Duriez<a name="NoteRef_106_94" id="NoteRef_106_94"></a><a href="#Note_106_94" class="fnanchor">[106]</a>, de sa fille, de son gendre -et de son petit-fils. Je les aide à monter en voiture; cette rencontre -qui était dans les décrets du destin, puisque je m'étais flatté -d'aller les voir à Hurtebize, a rajeuni de bons sentiments et de bons -souvenirs; mais j'étais déjà fatigué de tous mes mouvements des jours -passés; le repos, pendant cette route, m'eût été nécessaire; j'aurais -traversé avec plus de plaisir, avec le recueillement nécessaire, ces -pays aimés pleins de tristesse et de doux souvenirs; au lieu de cela, -chaleur étouffante, conversation soutenue jusqu'au soir, mille sujets -d'une fatigue qui a duré et s'est prolongée à Strasbourg.</p> - -<p>Dîner incroyable à Orléans; véritable pillage dans la salle où tous ces -voyageurs pressés s'arrachaient les morceaux et se tiraient les chaises -et les plats.</p> - -<p>J'arrive à Paris à près de dix heures.</p> - -<p><span class="pagenum"><a name="Page_81" id="Page_81">[p. 81]</a></span></p> - -<p class="center">*</p> - -<p>18 <i>septembre.</i>—Je m'étais flatté que je pourrais repartir le matin -pour Strasbourg. Ma fatigue est extrême; je reste au lit ou sur mon -lit. Je ne sors que pour dîner à la taverne flamande de la rue de -Provence. Je rentre fermer mes malles et je pars à huit heures du soir. -Je ne puis dormir pendant cette route. Bon ménage, orné d'un enfant à -la mamelle tenu par une Alsacienne en costume et d'un enfant de huit à -dix ans qui m'a donné des coups de pied pendant toute la route.</p> - -<p>Au jour, et avant d'arriver, je suis frappé des montagnes boisées avant -Saverne et de la terre rouge qui abonde en ce pays.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p><i>Strasbourg</i>, 19 <i>septembre.</i>—J'arrive vers huit heures; je vais à -pied chez les bons cousins<a name="NoteRef_107_95" id="NoteRef_107_95"></a><a href="#Note_107_95" class="fnanchor">[107]</a>. J'accompagne le long des canaux et de -la rivière l'homme qui traîne mon bagage; je trouve les bons cousins en -train de déjeuner. Joie de me voir et moi heureux de les embrasser; je -me sens de la fatigue; je dors sur le canapé du salon; le dîner, qui -vient ensuite et de trop bonne heure, continue le trouble des jours -précédents.</p> - -<p>Après dîner, le cousin me mène au casino, où il m'inscrit; je n'ai pas -abusé beaucoup de la faveur qui m'était faite; il me fait assister là à -une réunion des membres du bureau de la Société rhénane des amis<span class="pagenum"><a name="Page_82" id="Page_82">[p. 82]</a></span> des -arts; séance peu récréative qui heureusement ne dure pas longtemps.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>20 <i>septembre.</i>—Au déjeuner que je fais avec les cousins et encore -trop tôt, arrive Schiller le graveur<a name="NoteRef_108_96" id="NoteRef_108_96"></a><a href="#Note_108_96" class="fnanchor">[108]</a> qui m'a connu chez Guérin, -quand je commençais à n'y plus aller; il a su mon arrivée par un des -membres d'hier et se met à ma disposition. Nous allons voir chez M. -Simonis le superbe Corrège: <i>Vénus désarmant l'Amour</i>; je ne l'estime -pas d'abord tout ce qu'il vaut.</p> - -<p>Je regrette bien vivement de n'écrire ceci que trois semaines après -l'impression que j'en ai reçue: la science, la grâce, le balancement -des lignes, le charme de la couleur, les licences hardies, tout se -réunit dans ce charmant ouvrage; certains contours durs m'avaient -alarmé; je remarque ensuite qu'ils sont parfaitement motivés par la -nécessité de détacher des parties d'une manière tranchée.</p> - -<p>Autres beaux tableaux dans le même endroit, mais le souvenir se -confond: ce sont des flamands, c'est tout dire. Belle tête de Van Dyck: -homme en armes.</p> - -<p>Nous allons au musée, à la mairie; j'y vois une assez bonne copie de -mon <i>Dante</i>, faite par Brion<a name="NoteRef_109_97" id="NoteRef_109_97"></a><a href="#Note_109_97" class="fnanchor">[109]</a>, un jeune homme qui a fait de bons -sujets d'Alsace. Je<span class="pagenum"><a name="Page_83" id="Page_83">[p. 83]</a></span> vois là des choses assez curieuses: une figure nue -d'homme, de Heim<a name="NoteRef_110_98" id="NoteRef_110_98"></a><a href="#Note_110_98" class="fnanchor">[110]</a>; cet homme avait un sentiment dans le sentiment -des maîtres italiens; ce tableau est très gâté; je vois là son dernier -grand tableau, exposé il y a deux ans<a name="NoteRef_111_99" id="NoteRef_111_99"></a><a href="#Note_111_99" class="fnanchor">[111]</a>, roulé depuis ce temps et -laissé dans un coin comme on l'a apporté. Voilà comment les musées de -province traitent les tableaux.</p> - -<p>Je rencontre avec Schüler, qui m'a mené voir l'horloge rajeunie de la -cathédrale, M. Klotz, l'architecte, frère de Mme Petiti: il me fait les -honneurs de la <i>Maison d'œuvre</i>, et m'autorise à y dessiner.</p> - -<p>Le soir, avec la bonne cousine, chez Hervé: la joie de ce bon et cher -homme à me revoir; il y a de cela quarante-cinq à quarante-huit ans.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>21 <i>septembre.</i>—Le lendemain, je suis tout à fait indisposé; je reste -couché une partie de la journée; j'ai peine à me dérober aux remèdes de -la bonne cousine. Hervé vient me voir pendant que je suis couché. La -journée se passe ainsi.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>23 <i>septembre.</i>—J'écris à Mme de Forget une lettre qui exprime bien -mes ennuis de voyage:</p> - -<p><span class="pagenum"><a name="Page_84" id="Page_84">[p. 84]</a></span></p> - -<p>«J'ai été fort longtemps sans vous écrire; c'est que j'ai fait le -voyage le plus contrarié, je n'oserais pas dire le plus malheureux, -puisque j'y ai eu quelques bons moments en retrouvant des personnes que -j'aime; mais tout a été en dépit de mes prévisions et de mes petites -convenances.</p> - -<p>J'ai traversé Paris en revenant du Périgord, pour aller à Strasbourg, -d'où je vous écris, souffrant, mal disposé pour achever ce qui me -reste à faire, brisé par tous ces soubresauts et ces changements de -régime et de condition. J'ai trouvé dans le pays de mon beau-frère des -personnes que je n'avais pas vues depuis mon extrême jeunesse. Tout -cela est attendrissant et attristant; mais encore il y a des émotions -délicieuses qui s'y mêlent. Les communications dans tous les pays qui -ne sont pas traversés par les chemins de fer sont intolérables: on est -jeté dans d'affreuses carrioles, entassé et confondu avec toute la -famille possible; c'est à tous ces inconvénients que je n'ai pas pu -résister, et quoiqu'à la veille précisément d'aller faire à Baden un -tour de quelques jours, je n'entrevois qu'avec ennui toute espèce de -déplacement.</p> - -<p>J'ai plus d'une fois envié votre calme philosophique, dans votre -jardin, que vous n'êtes pas obligée d'aller chercher à travers des -ennuis de toute sorte. Restez-y donc et ne bougez pas; je ne serai ici -que jusqu'à la fin du mois; je pars, n'étant rien moins que reposé par -ma villégiature. Peut-être, comme on a retardé<span class="pagenum"><a name="Page_85" id="Page_85">[p. 85]</a></span> jusqu'au 15 octobre la -reprise du jury de peinture, irai-je passer quinze jours francs à me -refaire tout seul, au bord de la mer.</p> - -<p>Je vous conterai mes impressions de Baden, où tout le monde ici -m'envoie. C'est demain ou après-demain que je m'embarque pour cette -vallée de Tempe.</p> - -<p>Je n'ose vous prier de me répondre, à moins que ce ne soit très -promptement, comme vous voyez.»</p> - - -<p>Je vais, après dîner, avec la cousine, chez Schüler que je trouve -peignant des paysages; il devait nous mener voir le tombeau du maréchal -de Saxe. Ou plutôt je crois que c'est hier ceci, et aujourd'hui que j'y -ai été le soir avec la cousine.</p> - -<p>Vu les momies et le tombeau; j'en parle dans mes souvenirs de Baden.</p> - -<p>Un de ces matins, chez Ferdinand Lamey: vu son jardin, etc., etc.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p><i>Baden</i>, 25 <i>septembre.</i>—Parti de Strasbourg à huit heures; traversé -la citadelle; jolie route qui me rappelle Anvers et la Belgique. -Traversé le Rhin, arrivé à Baden vers quatre heures. Belles montagnes -de loin se confondant avec l'horizon: le temps un peu brouillé après -mon installation au <i>Cerf.</i> À peine arrivé, et comme à l'ordinaire, -tout me semble triste, et je suis certain de m'ennuyer ici.</p> - -<p>Je fais une aquarelle des montagnes, de ma fenêtre.<span class="pagenum"><a name="Page_86" id="Page_86">[p. 86]</a></span> Je sors, je -rencontre Séchan<a name="NoteRef_112_100" id="NoteRef_112_100"></a><a href="#Note_112_100" class="fnanchor">[112]</a>, peu après Mme Kalergi. Séchan me mène voir ses -travaux vraiment surprenants par la dextérité employée à tout envoyer -de Paris, tout fait. Je vois Lanton avec lui qui, habitant Baden, est -enivré de Baden: tout lui semble charmant; les femmes s'offrent à qui -mieux mieux; on y déjeune, on y dîne, on y chasse le lendemain.</p> - -<p>Benazet m'invite à cette chasse, et je refuse, malgré sa politesse.</p> - -<p>Le soir, après dîner, promenade solitaire, où il faut convenir que je -m'ennuie un peu malgré Lanton. J'entre à la <i>Conversation</i>, où je vois -jouer. Je suis travaillé tout à coup entre la nécessité de faire des -excursions sur les imitations de Séchan, affaire de conscience, et le -désir de ne pas bouger, plus conforme à ma nature.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p><i>Baden, en arrivant</i>, 25 <i>septembre.</i>—J'ai vu hier, à Strasbourg, -avec la bonne cousine Lamey, à l'église Saint-Thomas, le tombeau du -maréchal de Saxe: c'est le meilleur exemple de l'inconvénient que je -signale. L'exécution des figures est merveilleuse, mais elles<span class="pagenum"><a name="Page_87" id="Page_87">[p. 87]</a></span> vous -font presque peur, tant elles sont imitées d'après le modèle vivant. -Son <i>Hercule</i>, quoique de l'école et avec l'inspiration du Puget, n'a -pas ce souffle et cette hardiesse, j'oserai dire ces défectuosités -partielles qu'on voit partout dans ses ouvrages; les proportions de -cet Hercule sont très justes; chaque partie offre des plans exacts et -un grand sentiment de la chair, mais sa pose est insipide; c'est un -Savoyard affligé, et non le fils d'Alemène; il est là, il pourrait -être ailleurs. Cette <i>France affligée</i>, qui conjure la Mort avec une -expression de douleur très juste, est le portrait d'une Parisienne; la -figure de la <i>Mort</i>, figure idéale par excellence, est tout simplement -un squelette articulé, comme il y en a dans tous les ateliers et sur -lequel le sculpteur a jeté un grand drap, qu'il a copié avec soin, en -faisant sentir très exactement, sous les plis et dans les endroits où -on les voit à découvert, les têtes d'os, les creux et les saillies.</p> - -<p>Nos pères, tout barbares dans leurs naïves allégories, dont le gothique -est plein, ont représenté tout autrement les figures symboliques.</p> - -<p>Je me rappelle encore cette petite figure de la <i>Mort</i> qui sonnait -les heures dans la vieille horloge de l'église de Strasbourg, que -j'ai vue au rebut avec toutes celles qui y faisaient leur rôle, le -vieillard, le jeune homme, etc.; «c'est un objet terrible, mais non -pas hideux seulement». Quand ils font des figures de diables ou -d'anges, l'imagination y voit ce qu'ils ont<span class="pagenum"><a name="Page_88" id="Page_88">[p. 88]</a></span> voulu faire, à travers les -gaucheries et l'ignorance des proportions.</p> - -<p>Je ne parle pas du monument du maréchal de Saxe sous le rapport de -l'unité d'impression et de style, il en est entièrement dépourvu, -l'esprit ne sait où se prendre dans ces figures dispersées, dans ces -drapeaux brisés, ces animaux renversés. Et pourtant quel sujet pour -l'imagination d'un vrai artiste sur son seul énoncé! Ce héros armé qui -descend au tombeau son bâton de commandement à la main; cette France, -qu'il a servie, qui s'élance entre lui et le monstre impitoyable qui va -le saisir; ces trophées de sa gloire, vains ornements pour son tombeau; -ces emblèmes des puissances subjuguées, cet aigle, ce lion, ce léopard -expirant!</p> - -<p>—M. Janmot, qui vient me voir ce matin, me dit, à propos des bonnes -ébauches, qu'Ingres dit: <i>On ne finit que sur du fini.</i></p> - -<p class="center">*</p> - -<p>26 <i>septembre.</i>—Le matin renouvelé entièrement encore comme à -l'ordinaire. Je sors de bonne heure. Je commence par l'église, -monument gothique, restauré il y a un siècle et demi et dans lequel -on a prodigué, suivant la mode du temps, les ornements à la Vanloo, -comme à celle de Brive, les cannelures et les caissons à la grecque -du commencement de ce siècle. Deux tombeaux magnifiques dans le -chœur: celui de l'évêque couché et armé avec le squelette sous la -table qui le supporte, et surtout celui du vieux margrave<span class="pagenum"><a name="Page_89" id="Page_89">[p. 89]</a></span> armé et -debout, collé à la muraille, son bâton de commandement à la main, et -son casque à terre, près de lui, le tout dans un arrangement du temps -de la Renaissance du plus beau style; j'ai remarqué sur mon calepin, -ensuite, la différence de ce style avec celui d'un autre tombeau, le -plus important de tous, lequel est dans le style de Vanloo. Malgré la -confusion et le mauvais goût, les plates allégories et le bariolage, -il est encore supérieur à tout ce qui est de notre triste époque, où -la froideur, l'insignifiance et la mesquinerie ôtent toute espèce -d'intérêt.</p> - -<p>Monté, par des marches fort raides, jusqu'au palais grand-ducal, que -je prends pour une espèce de ferme ou couvent; je monte par une allée -exposée au soleil, puis je tourne dans les bois de sapins que j'admire; -après chaque montée, que je crois toujours être la dernière, j'arrive -au vieux château. Ruines rafistolées à l'allemande, pour en faire des -perspectives d'album; bouteilles cassées, débris de cuisine au milieu -de tout cela; le garde-manger était dans la salle des chevaliers. Je -remarque les rochers granitiques comme ceux de la Corrèze; ils sont -plus particulièrement d'une couleur rougeâtre comme le terrain et les -pierres de ces pays-ci.</p> - -<p>J'écris à diverses reprises sur mon calepin. J'admire en descendant une -grande perspective montante sous les pins. Je remarque la couleur de -<i>charbon</i> du fond et des arbres. Je redescends par une grande chaleur -et pressé par la faim. Au bas des degrés, je<span class="pagenum"><a name="Page_90" id="Page_90">[p. 90]</a></span> me trompe de route et -je conçois de l'inquiétude, en sentant ma fatigue et voyant reculer -mon déjeuner. J'arrive enfin tout poudreux, tout hérissé. Je me mets à -table. Voilà toutes sortes d'événements qui ne peuvent pas m'arriver à -Paris et qui font que je ne peux pas y déjeuner avec appétit.</p> - -<p>Je dors ensuite presque toute la journée; un autre se serait fait un -devoir d'aller voir des cascades.</p> - -<p>À six heures chez Mme Kalergi, qui m'avait prié; j'y trouve un prince -Wiasiemski et sa femme, le premier Kalmouck par la face, la seconde -charmante et gracieuse Russe qui m'a semblé mieux le lendemain en -toilette du matin. De plus, une dame russe aussi ou berlinoise, -sentimentale personne, avec qui j'ai fait le lendemain le voyage -d'Eberstein avec Mme Kalergi. Cette dernière me parle beaucoup de -Wagner<a name="NoteRef_113_101" id="NoteRef_113_101"></a><a href="#Note_113_101" class="fnanchor">[113]</a>; elle en raffole comme une sotte, et comme elle raffolait -de la République. Ce Wagner veut innover; il croit être dans la vérité; -il supprime beaucoup des conventions de la musique, croyant que les -conventions ne sont pas fondées sur des lois nécessaires. Il est -démocrate; il écrit aussi des livres sur le bonheur de l'humanité<a name="NoteRef_114_102" id="NoteRef_114_102"></a><a href="#Note_114_102" class="fnanchor">[114]</a>, -lesquels sont absurdes, suivant Mme Kalergi elle-même.</p> - -<p><span class="pagenum"><a name="Page_91" id="Page_91">[p. 91]</a></span></p> - -<p>Je sors d'assez bonne heure; je vais faire, malgré le froid le plus -piquant, une longue promenade sous l'allée qui va à Lichtenthal, -délicieux endroit. Je rencontre, en revenant, Winterhalter<a name="NoteRef_115_103" id="NoteRef_115_103"></a><a href="#Note_115_103" class="fnanchor">[115]</a>, bon -diable, mais très ennuyeux. Il veut absolument aller boire de la -bière, et je le suis. Il me donne l'adresse d'un marchand d'<i>ale</i> et -de <i>porter</i> à Paris, et aussi celle d'un marchand de <i>jambon cru</i> de -Mayence.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>27 <i>septembre.</i>—Je m'achemine de bonne heure et sans la précaution -d'un paletot vers le couvent de Lichtenthal. Délicieuse et matinale -promenade; dans l'église du couvent, la divine surprise, au moment -où j'allais partir, du chant des religieuses; on ne trouverait pas -pareille chose en cent ans, dans toute la France. Je disais à Mme -Kalergi, qui prend fort le parti des Allemands, que chez eux la -musique<a name="NoteRef_116_104" id="NoteRef_116_104"></a><a href="#Note_116_104" class="fnanchor">[116]</a><span class="pagenum"><a name="Page_92" id="Page_92">[p. 92]</a></span> venait pour ainsi dire en pleine terre; chez nous, c'est -une production artificielle.</p> - -<p>Grand Christ en bois peint très expressif et effrayant pendu de côté -et sous les yeux de ces pauvres religieuses quand elles sont dans leur -tribune.</p> - -<p>Que ces voix pures et timbrées avaient d'expression! Quel chant et -quelle simple harmonie! La voix, cette émanation du tempérament -physique plus que de l'âme, semblait trahir les désirs comprimés: je me -le figurais au moins. Je suis revenu enchanté.</p> - -<p>Je passe au petit bazar en plein vent, faire quelques achats. Je -reviens déjeuner et je m'apprête pour aller chez Mme Kalergi; de chez -elle chez son prince, qui me montre un <i>Auguste</i> Delacroix<a name="NoteRef_117_105" id="NoteRef_117_105"></a><a href="#Note_117_105" class="fnanchor">[117]</a>, qu'on -lui avait vendu pour un <i>Eugène.</i> (<i>A Rowland for an Oliver</i>, c'est le -titre d'une pièce anglaise.)</p> - -<p>Promenade par un soleil ardent jusqu'à Eberstein, parlant sentiment, -politique, arts, etc. Château comme toutes ces résidences allemandes: -du faux gothique, des ornements de tous les styles, mais toujours -détestablement et gauchement arrangés. La gaucherie est la muse qui -se tient le plus souvent<span class="pagenum"><a name="Page_93" id="Page_93">[p. 93]</a></span> derrière l'épaule de leurs artistes. Une -demi-gaucherie est presque toute la grâce de leurs femmes.</p> - -<p>Revenu fatigué, je quitte ces dames et reviens dormir une heure. Dîner -ensuite.</p> - -<p>Nouvelle promenade dans la partie des bosquets découverts qui est près -de la rivière, et promenade toujours aussi charmante sous les chênes de -Lichtenthal. Musique affreuse exécutée ce soir par les Badois. Celle -des Autrichiens, le premier jour, était d'une meilleure exécution; mais -ils ne jouent, avec tous leurs talents, que de la musique à l'usage de -la grande foule des auditeurs qui sont là.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>28 <i>septembre.</i>—Promenade le matin, en mauvaise disposition; c'était -la dernière: j'avais encore quelques petits achats à faire. Je monte -par la pente en face de mes fenêtres. L'ardeur du soleil m'en chasse -promptement. Je remarque que j'y suis plus sensible de jour en jour: -je finirai par sympathiser complètement sous ce rapport, comme sous -tant d'autres, avec ma pauvre Jenny. Quelques tours, mais sans charmes, -dans les bosquets à droite de la route qui mène à Lichtenthal et dans -l'allée allemande. Je fais mes paquets et pars à deux heures.</p> - -<p>Voyage rapide; vue de montagnes; changements de voitures. Arrivé le -soir à Strasbourg, avant la nuit. Plaisir de me trouver avec les bons -Lamey.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p><i>Strasbourg</i>, 29 <i>septembre.</i>—Passé une partie de la<span class="pagenum"><a name="Page_94" id="Page_94">[p. 94]</a></span> journée à la -<i>Maison d'œuvre</i> Je la cathédrale, à dessiner<a name="NoteRef_118_106" id="NoteRef_118_106"></a><a href="#Note_118_106" class="fnanchor">[118]</a>. (Je regrette -de n'écrire nies impressions qu'ici, à Dieppe, dix à douze jours -après: j'ai été très frappé de ce que j'ai vu là. J'aurais voulu tout -dessiner.)</p> - -<p>Le premier jour, j'ai été attiré par les ouvrages du quinzième siècle -et du commencement de la renaissance des arts; les statues un peu -roides, un peu gothiques de l'époque antérieure ne m'attiraient pas; -je leur ai rendu justice le lendemain et le jour suivant, car j'y ai -dessiné trois jours avec ardeur, au milieu des interruptions du froid -et de l'incommodité du lieu par le défaut de lumière ou la difficulté -de me placer. Je dessine sous la prétendue statue d'Erwin<a name="NoteRef_119_107" id="NoteRef_119_107"></a><a href="#Note_119_107" class="fnanchor">[119]</a>, car -Erwin est partout ici, comme Rubens est à Anvers, comme César partout -où il y a une enceinte en gazon ressemblant à un camp. La tête, les -mains superbes, mais les draperies déjà chiffonnées et faites de -pratique. De même pour la statue en face de l'homme en manteau fendu -sur l'épaule qui met sa main sur les yeux, la tête levée en l'air. Plus -naïves, les figures de l'homme en robe et en chaperon, agenouillé, -du vieux juge assis dans l'anti-chambre, et des figures des soldats -malheureusement mutilés et couverts d'armures qui sont également dans -l'anti-chambre,<span class="pagenum"><a name="Page_95" id="Page_95">[p. 95]</a></span> mais qui sont d'une époque antérieure.</p> - -<p>Ce soir, après dîner, mais de jour, promenade dans le petit jardin avec -la bonne cousine: elle appréhende, la pauvre femme, la solitude des -dernières années.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>30 <i>septembre.</i>—Retourné, malgré le dimanche, à la <i>Maison -d'œuvre.</i> Nous avions été auparavant faire je ne sais quelle -course avec la bonne cousine; elle ne veut s'en aller qu'après -m'avoir vu entrer. Je me jette sur les figures d'anges des treizième -et quatorzième siècles: les vierges folles, les bas-reliefs d'une -proportion encore sauvage, mais pleins de grâce ou de force.</p> - -<p>J'ai été frappé de la force du <i>sentiment</i>: la <i>science</i> lui est -presque toujours fatale; l'adresse de la main seulement, une -connaissance plus avancée de l'anatomie ou des proportions livre à -l'instant l'artiste à une trop grande liberté; il ne réfléchit plus -aussi purement l'image, les moyens de rendre avec facilité ou en abrégé -le séduisant et l'entraînant à la <i>manière.</i> Les écoles n'enseignent -guère autre chose: quel maître peut communiquer son sentiment -personnel<a name="NoteRef_120_108" id="NoteRef_120_108"></a><a href="#Note_120_108" class="fnanchor">[120]</a>? On ne peut lui prendre que ses <i>recettes</i>; la pente -de l'élève à s'approprier promptement cette facilité d'exécution, qui -est chez l'homme de talent le résultat de l'expérience, dénature la -vocation et ne<span class="pagenum"><a name="Page_96" id="Page_96">[p. 96]</a></span> fait, en quelque sorte, qu'enter un arbre sur un arbre -d'une espèce différente. Il y a de robustes tempéraments d'artistes -qui absorbent tout, qui profitent de tout; bien qu'élevés dans des -<i>manières</i> que leur nature ne leur eût pas inspirées, ils retrouvent -leur route à travers les préceptes et les exemples contraires, -profitent de ce qui est bon, et, quoique marqués quelquefois d'une -certaine empreinte d'école, deviennent des Rubens, des Titien, des -Raphaël, etc.</p> - -<p>Il faut absolument que, dans un moment quelconque de leur carrière, -ils arrivent, non pas à mépriser tout ce qui n'est pas eux, mais à -dépouiller complètement ce fanatisme presque toujours aveugle, qui nous -pousse tous à l'imitation des grands maîtres et à ne jurer que par -leurs ouvrages. Il faut se dire: cela est bon pour Rubens, ceci pour -Raphaël, Titien ou Michel-Ange. Ce qu'ils ont fait les regarde; rien ne -m'enchaîne à celui-ci ou à celui-là.</p> - -<p>Il faut apprendre à se savoir gré de ce qu'on a trouvé; une poignée -d'<i>inspiration naïve</i> est préférable à tout. Molière, dit-on, ferma un -jour Plaute et Térence; il dit à ses amis: «J'ai assez de ces modèles: -je regarde à présent en moi et autour de moi.»</p> - -<hr class="b2" /> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_101_89" id="Note_101_89"></a><a href="#NoteRef_101_89"><span class="label">[101]</span></a> C'est le nom d'une propriété de famille qui appartient -aujourd'hui encore à M. <i>de Verninac</i>, sénateur.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_102_90" id="Note_102_90"></a><a href="#NoteRef_102_90"><span class="label">[102]</span></a> Se reporter dans le second volume à tout ce qu'il dit -sur l'<i>Imagination</i> et sur l'<i>Idéalisation.</i> (Voir t. II, p. 126 et -241.)</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_103_91" id="Note_103_91"></a><a href="#NoteRef_103_91"><span class="label">[103]</span></a> <i>François de Verninac</i>, président du tribunal de Tulle. -Delacroix lui laissa par testament quelques souvenirs de famille.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_104_92" id="Note_104_92"></a><a href="#NoteRef_104_92"><span class="label">[104]</span></a> On voit, à Turenne, les ruines d'un ancien château fort -dont il reste une tour gigantesque, dite Tour de César.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_105_93" id="Note_105_93"></a><a href="#NoteRef_105_93"><span class="label">[105]</span></a> À cet endroit du manuscrit se trouve une esquisse -presque informe qui représente la tour du château. Elle fait -invinciblement penser aux ms de Victor Hugo, faits par le poète dans -son voyage sur les bords du Rhin.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_106_94" id="Note_106_94"></a><a href="#NoteRef_106_94"><span class="label">[106]</span></a> <i>Mme Duriez de Verninac.</i> Dans son testament Delacroix -lui a laissé de nombreux souvenirs.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_107_95" id="Note_107_95"></a><a href="#NoteRef_107_95"><span class="label">[107]</span></a> La famille <i>Lamey</i>, qui habitait Strasbourg, où -M. Lamey occupait le poste de président de Cour.</p></div> <div class="footnote"> - -<p><a name="Note_108_96" id="Note_108_96"></a><a href="#NoteRef_108_96"><span class="label">[108]</span></a> -<i>Chartes-Auguste Schüler</i> (1804-1859), graveur, élève de Guérin et -de Gros, visita l'Allemagne et l'Italie, et retourna se fixer à -Strasbourg, son pays natal, où il se voua à l'enseignement.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_109_97" id="Note_109_97"></a><a href="#NoteRef_109_97"><span class="label">[109]</span></a> <i>Gustave Brion</i> (1824-1878), peintre, élève de Gabriel -Guérin, s'est voué spécialement à la peinture des mœurs alsaciennes -et rhénanes. On lui doit les illustrations de <i>Notre-Dame de Paris</i> et -<i>Les Misérables</i> de Victor Hugo, publiées en 1864.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_110_98" id="Note_110_98"></a><a href="#NoteRef_110_98"><span class="label">[110]</span></a> <i>François-Joseph Heim</i> (1787-1865), peintre, élève -de Vincent, obtint le prix de Rome en 1807. Parmi ses œuvres -les plus importantes, on peut citer le <i>Martyre de saint Cyr et de -sainte Juliette</i>, qu'on peut voir dans une des chapelles de l'église -Saint-Gervais, et <i>Charles X distribuant des récompenses aux artistes à -la fin de l'Exposition</i> de 1824, tableau où figure notamment Delacroix -et qui se trouve aujourd'hui au Louvre.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_111_99" id="Note_111_99"></a><a href="#NoteRef_111_99"><span class="label">[111]</span></a> <i>La défaite des Cimbres et des Teutons</i>, exposé en 1853.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_112_100" id="Note_112_100"></a><a href="#NoteRef_112_100"><span class="label">[112]</span></a> <i>Charles Séchan</i>(1802-1874), peintre décorateur, élève -de Cicéri, s'est fait une place à part pour le goût qu'il apporta dans -l'art décoratif. Le talent qu'il montra en brossant des décors pour les -grands théâtres de Paris et de l'étranger le firent distinguer, et en -1849 il fut chargé de restaurer la galerie d'Apollon, au Louvre; plus -tard, on lui confia les peintures architecturales de Saint-Eustache. -En 1852, au retour d'un voyage à Constantinople, où il entreprit les -décorations intérieures des palais et des kiosques du Sultan, il se -rendit à Baden, où il exécuta les travaux décoratifs du Casino. Il a -publié un volume de <i>Souvenirs.</i></p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_113_101" id="Note_113_101"></a><a href="#NoteRef_113_101"><span class="label">[113]</span></a> Il ne faut pas oublier qu'à cette époque le nom de -<i>Richard Wagner</i> était complètement inconnu en France. Nous sommes -en 1855, c'est-à-dire huit années avant la légendaire tentative -de <i>Tannhäuser</i>, au grand Opéra de Paris. Le nom alors obscur du -poète-musicien n'avait pu être révélé à Eugène Delacroix que par une -étrangère russe ou berlinoise.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_114_102" id="Note_114_102"></a><a href="#NoteRef_114_102"><span class="label">[114]</span></a> Delacroix fait allusion ici aux tentatives politiques -et sociales de R. Wagner. Celui-ci avait participé au mouvement -révolutionnaire de l'Allemagne qui avait suivi le mouvement de 1848 -en France. Il avait dû quitter son pays et s'exiler en Suisse. De -cette époque date la série de ses grandes productions poétiques et -musicales. Mais bien que désormais il ne dût prendre aucune part -active à la propagande des idées socialistes, il leur demeura toujours -très fidèlement et très fermement attaché, au point que ses écrits -théoriques s'en trouvent souvent influencés.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_115_103" id="Note_115_103"></a><a href="#NoteRef_115_103"><span class="label">[115]</span></a> <i>François-Xavier Winterhalter</i> (1808-1873), peintre -allemand, qui pendant tout le règne de Louis-Philippe et pendant les -premières années du second Empire a joui d'une grande vogue. Il fit les -portraits de la plupart des membres de la famille royale, reproduits et -popularisés d'ailleurs par la gravure. On connaît aussi le portrait en -médaillon de l'impératrice Eugénie exposé en 1861, celui de la reine -Victoria, etc.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_116_104" id="Note_116_104"></a><a href="#NoteRef_116_104"><span class="label">[116]</span></a> Delacroix note ici une observation que seuls ont pu -faire ceux qui ont voyagé en Allemagne. Déjà avant d'y être allé, -il rapporte dans son journal un fragment de conversation avec A. de -Musset, dans lequel il observe que les Français ne sont <i>d'instinct</i> ni -musiciens ni peintres. Il faut avoir visité les villes d'Allemagne, non -pas seulement les capitales, comme Leipzig, Dresde, Berlin, mais même -les villes de second ou de troisième ordre, pour se rendre compte du -rôle que joue la musique dans l'éducation nationale.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_117_105" id="Note_117_105"></a><a href="#NoteRef_117_105"><span class="label">[117]</span></a> <i>Auguste Delacroix</i> (1812-1868), peintre, qui se -consacra presque exclusivement à l'aquarelle, et obtint de brillants -succès dans ce genre alors peu recherché. -</p> -<p> -Aucun lien de parenté ne le rattachait à Eugène Delacroix, et celui-ci -s'irritait de cette similitude de nom, qui pouvait créer une confusion -dans l'esprit du public.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_118_106" id="Note_118_106"></a><a href="#NoteRef_118_106"><span class="label">[118]</span></a> Voir <i>Catalogue Robaut</i>, n<sup>os</sup> 1399 à 1402 et -1912.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_119_107" id="Note_119_107"></a><a href="#NoteRef_119_107"><span class="label">[119]</span></a> <i>Erwin de Steinbach</i> (1240-1318), architecte et -sculpteur allemand, construisit la façade ouest de la cathédrale de -Strasbourg et prépara les plans de décoration intérieure de la nef. Il -mourut laissant son travail inachevé; mais son fils <i>Jean</i> acheva son -œuvre d'après des dessins qui sont encore conservés à Strasbourg.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_120_108" id="Note_120_108"></a><a href="#NoteRef_120_108"><span class="label">[120]</span></a> Voir sur ce point notre étude, pages 32, 33, 34. C'est -là une des idées les plus chères à Delacroix et les plus significatives -de son esthétique.</p></div> - - -<hr class="b2" /> - -<p>1<sup>er</sup> <i>octobre.</i>—Nous allons, le cousin, la cousine et moi, -voir le bon Schüler; je le remercie de ses gravures; nous y allons -surtout pour voir le petit portrait qu'il a fait du cousin, pour mettre -en tête de ses<span class="pagenum"><a name="Page_97" id="Page_97">[p. 97]</a></span> œuvres; je les quitte pour aller à la <i>Maison de -l'œuvre.</i></p> - -<p>Les <i>naïfs</i> me captivent de plus en plus; je remarque dans des têtes, -telles que le vieillard à longue barbe et en longue draperie, dans les -têtes de deux statues un peu colossales d'un abbé et d'un roi, qui -sont dans la cour, combien ils ont connu le procédé antique. Je les -dessine à la manière de nos médailles d'après l'antique, par les plans -seulement. Il me semble que l'étude de ces modèles d'une époque réputée -barbare, par moi tout le premier, et remplie pourtant de tout ce qui -fait remarquer les beaux ouvrages, m'ôte mes dernières chaînes, me -confirme dans l'opinion que le <i>beau</i> est partout, et que chaque homme -non seulement le voit, mais doit absolument le rendre à sa manière.</p> - -<p>Où sont ces types grecs, cette régularité dont on s'est habitué à -faire le type invariable du <i>beau?</i> Les têtes de ces hommes et de ces -femmes sont celles qu'ils avaient sous les yeux. Dira-t-on que le -mouvement qui nous porte à aimer une femme qui nous plaît ne participe -nullement de celui qui nous fait admirer la beauté dans les arts? Si -nous sommes faits pour trouver dans cette créature qui nous charme le -genre d'attrait propre à nous captiver, comment expliquer que ces mêmes -traits, ces mêmes grâces particulières pourront nous laisser froids, -quand nous les trouverons exprimés dans des tableaux ou des statues? -Dira-t-on que, ne pouvant nous empêcher<span class="pagenum"><a name="Page_98" id="Page_98">[p. 98]</a></span> d'aimer, nous aimons ce que -nous rencontrons et qui est imparfait, faute de mieux? La conclusion -de ceci serait que notre passion serait d'autant plus vive que notre -maîtresse ressemblerait davantage à la Niobé ou à la Vénus, mais on en -rencontre qui sont ainsi faites et qui ne nous forcent nullement à les -aimer.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>2 <i>octobre.</i>—Je pars de Strasbourg à midi et demi. Séparation tendre, -regrets et adieux.</p> - -<p>Je voyage avec une jeune mère très attentive à son enfant et qui ne -l'a pas laissé une minute: petite femme frêle, blond fade, l'air -intelligent; mais cette tendresse était vraiment touchante.</p> - -<p>Je traverse l'Alsace, la Lorraine, la Champagne. Rien ne nie parle dans -tout cela.</p> - -<p>Désappointement, en arrivant, de trouver une malle étrangère au lieu de -la mienne; cela renverse toute la joie que je me promettais; j'arrive à -une heure du matin chez moi, ayant pris dans ma voiture une jeune femme -et son enfant qui était au chemin de fer, sans ressources pour se faire -conduire chez elle.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>3 <i>octobre.</i>—J'avais déjà pris mon parti de la perte de ma malle; -je ne regrettais que mes croquis de Strasbourg, mais surtout ce même -petit livre dans lequel j'écris; je voyais tout cela dans les mains de -quelque Allemand! La malle revient, et je m'embarque à une heure.</p> - -<p>Je trouve Nieuwerkerke, qui monte dans la même<span class="pagenum"><a name="Page_99" id="Page_99">[p. 99]</a></span> voiture que moi. Il y a -là un ménage étrange: la femme est Belge, coquette avec Nieuwerkerke; -je prends la femme de chambre, qui a les plus beaux traits du monde, -pour une amie ou une parente; heureusement la bévue se fait en moi, et -je ne m'expose pas au crime impardonnable d'adresser une chose aimable -à une pauvre créature, belle comme les anges et accablée du mépris -de sa maîtresse, dont le nez retroussé et la petite figure commune -semblent, au contraire, la classer dans l'emploi des soubrettes.</p> - -<p>Après Rouen, où reste mon séducteur, je fais route avec l'Anglais et -sa femme; je cause et continue la connaissance; je les rencontre le -lendemain matin sur la plage; ils m'invitent à les venir voir, ce que -je leur promets et ce que je n'ai pas encore exécuté.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p><i>Dieppe</i>, 4 <i>octobre.</i>—Pas un seul moment d'ennui: je regarde à ma -fenêtre, je me promène dans ma chambre. Les bateaux entrent et sortent; -liberté complète, absence de figures ennemies ou ennuyeuses; je -retrouve ma vue de l'année dernière; je ne lis pas une ligne.</p> - -<p>Je vais le matin sur la plage, et c'est la que je retrouve l'Anglais et -sa femme.</p> - -<p>Je me sens encore de mon mauvais régime des jours passés; le soir, -après dîner, je ne puis sortir; je reste sur mon canapé. Je relis avec -plaisir mon petit livre, écrits et extraits de la correspondance de -Voltaire. Il dit que les paresseux sont toujours des<span class="pagenum"><a name="Page_100" id="Page_100">[p. 100]</a></span> hommes médiocres. -Je suis toujours dévoré de la passion d'apprendre, non d'apprendre, -comme tant de sots, des choses inutiles; il y a des gens qui ne seront -jamais musiciens, qui s'instruisent à fond du contre-point; d'autres -apprennent l'hébreu ou le chaldéen et s'appliquent à déchiffrer les -hiéroglyphes ou les caractères cunéiformes du palais de Sémiramis. -Le bon Villot, qui ne peut rien tirer de son fonds stérile, est orné -des connaissances les plus variées et les plus inutiles; il a ainsi -la satisfaction de se trouver à tout instant supérieur à l'homme le -plus rare ou le plus éminent, qui ne l'est que dans une partie où il -excelle. Il y a longtemps que j'ai rejeté toute satisfaction pédante. -Quand je sortais du collège, je voulais aussi tout savoir; je suivais -les cours<a name="NoteRef_121_109" id="NoteRef_121_109"></a><a href="#Note_121_109" class="fnanchor">[121]</a>; je croyais devenir philosophe avec Cousin, autre poète -qui s'efforçait d'être un savant; j'allais expliquer Marc-Aurèle en -grec avec feu Thurot<a name="NoteRef_122_110" id="NoteRef_122_110"></a><a href="#Note_122_110" class="fnanchor">[122]</a>, au Collège de France; mais aujourd'hui, -j'en sais trop pour vouloir rien apprendre en dehors de mon cercle; -je suis insatiable des connaissances qui peuvent me faire grand; je -me rappelle, en m'y conformant par une pente toute naturelle,<span class="pagenum"><a name="Page_101" id="Page_101">[p. 101]</a></span> ce que -m'écrivait Beyle: «Ne négligez rien de ce qui peut vous faire grand.»</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>5 <i>octobre.</i>—Dans la journée, je vais voir les falaises près des bains -et seul. Le soir, à la jetée en compagnie de Jenny.</p> - -<p>Je passe des heures sans lectures, sans journaux. Je passe en revue -les dessins que j'ai apportés; je regarde avec passion et sans fatigue -ces photographies d'après des hommes nus, ce poème admirable, ce corps -humain sur lequel j'apprends à lire et dont la vue m'en dit plus que -les inventions des écrivassiers.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>6 <i>octobre.</i>—Dans la journée, bonne promenade avec Jenny, dans le même -lieu qu'hier. Nous avons été assez loin sur le sable. J'ai pris, sur -les rochers découverts par la mer, des coquillages et j'en ai mangé. -Revenu par la grande rue et acheté un châle. Jetée le soir.</p> - -<p>Hier et aujourd'hui, croquis d'après les photographies, d'après -Thevelin.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>7 <i>octobre.</i>—Tous ces matins écrit mes lettres à Vieillard et à -Chabrier pour lui recommander la demande de François<a name="NoteRef_123_111" id="NoteRef_123_111"></a><a href="#Note_123_111" class="fnanchor">[123]</a>, à Clément de -Ris, à Moreau, etc. Dessiné encore d'après les Thevelin.</p> - -<p>Montés, par le mauvais temps qui nous gagne, à la falaise du Pollet. -Descendus ensuite sur la plage<span class="pagenum"><a name="Page_102" id="Page_102">[p. 102]</a></span> qui est au-dessous. Le soir, resté à la -maison: la somnolence me gagne après dîner.</p> - -<p>Je lis, un de ces jours, dans la <i>Revue</i>, que Charles Bonnet<a name="NoteRef_124_112" id="NoteRef_124_112"></a><a href="#Note_124_112" class="fnanchor">[124]</a> -se rendit aveugle par son acharnement à découvrir le mystère de la -génération chez la race intéressante des pucerons; il eut, entre -autres, une séance de trente-quatre jours consécutifs et sans le -moindre relâche, pendant laquelle il eut l'œil appliqué à son -microscope, afin de surveiller les accouchements successifs d'une -<i>puceronne</i> androgyne, c'est-à-dire mâle et femelle, mari et femme -réunis dans le même sujet, comme dans certains genres de plantes. -Est-ce vraiment là un sujet de méditation intéressant à un degré -suffisant soit le bonheur, soit simplement le plaisir de l'humanité? -Était-il bien nécessaire qu'un brave philosophe perdît tant de temps -et surtout perdît les yeux, si utiles pour tant de choses, afin de -s'assurer que le <i>péché d'Adam</i> était véniel, pour la race puceronne, -dans les décrets de la Providence, et qu'il pouvait en résulter un -nombre infini de générations d'affreux animaux? Le philosophe eût fait -un emploi plus raisonnable de son temps, s'il eût découvert un moyen -de mettre obstacle à une pareille fécondité en détruisant pucerons -et puceronnes. Quel chapitre à ajouter à celui qui traiterait de -l'inutilité<a name="NoteRef_125_113" id="NoteRef_125_113"></a><a href="#Note_125_113" class="fnanchor">[125]</a> des savants et surtout des pucerons!</p> - -<p><span class="pagenum"><a name="Page_103" id="Page_103">[p. 103]</a></span></p> - -<p class="center">*</p> - -<p>8 <i>octobre.</i>—Je finis par m'enrhumer, au milieu de ce froid de la -chambre où je me sens gagner à la longue, et à la fenêtre où je me -place souvent le matin à moitié vêtu.</p> - -<p>Je sors, un peu languissant par ce rhume commençant, vers midi ou une -heure; je vais à la jetée; la mer est toute plate et baisse; cette -jetée à claire-voie, qui remplace celle en pierre, amortit les vagues -et ôtera du pittoresque. Une barque à voiles, qui veut absolument -rentrer malgré la marée descendante, va au pied de cette jetée et -jette l'ancre pour ne pas être entraînée hors de la jetée. J'admire -la patience, la peine de ces pauvres gens pour se tirer de là; les -passants, sur la jetée, leur viennent en aide et les remorquent.</p> - -<p>Je viens reprendre Jenny; je dessine un peu. Nous devions faire des -visites à des marchands; nous n'en avons pas le courage; nous prenons -par le dernier bassin et nous montons sur la falaise derrière le -château. Je reviens plus enrhumé encore.</p> - -<p><span class="pagenum"><a name="Page_104" id="Page_104">[p. 104]</a></span></p> - -<p>Petit dîner, agréable comme toujours, quoique plus silencieux, au moins -de ma part; le soir, je sors avec une légère mauvaise humeur; je vais -seul me promener dans la grande rue; je me couche à neuf heures. Je -recule toujours de jour en jour ma visite à la Belge et à l'Anglais que -j'ai rencontrés dans le chemin de fer; j'ai la bonté de me faire un -scrupule de ne point aller les voir.</p> - -<p>—Je ne puis exprimer le plaisir que j'ai eu à revoir ma Jenny<a name="NoteRef_126_114" id="NoteRef_126_114"></a><a href="#Note_126_114" class="fnanchor">[126]</a>. -Pauvre chère femme! Je retrouve sa petite figure maigre, mais les yeux -pétillants du bonheur de trouver à qui parler; je reviens à pied avec -elle, malgré le mauvais temps; je suis pendant plusieurs jours, et -probablement j'y serai tout le temps de mon séjour à Dieppe, sous le -charme de cette réunion au seul être dont le cœur soit à moi sans -réserve.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>9 <i>octobre.</i>—Je me lève plus tard; je ne fais point ma barbe et je -ne sors point; je fais faire du feu; essaye d'arrêter mon rhume à ses -débuts. Je trouve charmant d'être venu à Dieppe pour ne pas sortir de -ma chambre; heureusement que mon imagination ne laisse pas de voyager: -je passe de mes gravures à ce petit livre. Eh! n'est-ce pas voyager -que d'avoir sous ses fenêtres le spectacle le plus animé? Je satisfais -ici ce goût que j'ai toujours eu pour le repos corporel,<span class="pagenum"><a name="Page_105" id="Page_105">[p. 105]</a></span> pour le -<i>retirement</i>, si l'on peut parler ainsi; la pluie et un jour gris -ajoutent à mon plaisir; je me justifie ainsi à moi-même mon aversion -pour le mouvement. J'ai, vers quatre heures, le spectacle d'un bel -arc-en-ciel, avec cette particularité qui m'étonne et que je n ai pas -vu qu'on ait mentionnée: l'arc-en-ciel, parfaitement tracé dans le -ciel, continuant encore à se peindre en avant des maisons qui forment -l'enceinte du port et des arbres qui bornent la vue sur la petite -montagne qui est à droite, au-dessus des marais salés où se décharge -l'Arques en partie; ainsi, le phénomène ne se produit pas à une grande -distance, nous le touchons, pour ainsi dire, du doigt; ces maisons -étaient à cent pas de moi; il y a donc une position de vapeur qui -n'est pas sensible à la vue, assez intense cependant pour se colorer -des couleurs du prisme; on peut calculer presque le lieu précis où il -se dessine; il y avait au-dessus un deuxième arc plus faible, comme -toujours; je n'ai pu le suivre comme l'autre, ailleurs que sur le ciel.</p> - -<p>Je suis ravi de la cheminée à l'anglaise ou à la flamande qui est dans -ma chambre; Jenny me donne l'idée d'en avoir une pareille à Paris, dans -le cas où on aurait une maison à soi; une fois allumée, elle va toute -seule; ce serait excellent dans mon atelier, dans celui de Gros, par -exemple, avec un poêle de l'autre côté. Il y a économie assurément, -profit pour la chaleur, et moins d'incommodités, en ce qu'on a moins à -s'en occuper.</p> - -<p><span class="pagenum"><a name="Page_106" id="Page_106">[p. 106]</a></span></p> - -<p class="center">*</p> - -<p>10 <i>octobre.</i>—La mer belle; le vent d'ouest nous donne de belles -vagues. Journée passée en partie à la jetée et, du reste, je ne sais -trop comment.</p> - -<p>Ces beaux loisirs finiraient par amener le terrible ennui et avec lui -le désir de se renouveler en allant retrouver les pinceaux et les -toiles auxquelles je pense souvent. Il me les faudrait ici.</p> - -<p>Je pense plus que je ne faisais encore l'année dernière, en voyant -à chaque instant ces scènes de mer, ces navires, ces hommes si -intéressants, qu'on n'a pas tiré de tout cela l'intérêt que cela -comporte. Le vaisseau lui-même ne joue pas un assez grand rôle chez les -faiseurs de marine: j'en voudrais faire les héros de la scène; je les -adore; ils me donnent des idées de force, de grâce, de pittoresque; -plus ils sont en désordre, plus je les trouve beaux. Les peintres de -marine les font tellement quellement: les proportions observées, la -position des agrès une fois conforme aux principes de la navigation, -il leur semble que leur besogne soit faite; ils font le reste les yeux -fermés, et comme les architectes indiquent dans un plan leurs colonnes -et leurs principaux ornements. C'est l'exactitude pour l'imagination, -que je demande; leurs cordages sont des lignes tracées à la hâte et -<i>de pratique</i>: ils sont là pour mémoire et semblent ne pouvoir servir -à rien; la couleur et la forme doivent concourir à l'effet que je -demande; mon exactitude consisterait, au contraire, à n'indiquer -fortement que les objets principaux, mais dans leur rapport d'action<span class="pagenum"><a name="Page_107" id="Page_107">[p. 107]</a></span> -nécessaire avec les personnages. Au reste, ce que je demande ici au -genre de la marine, c'est ce que je veux dans tout autre sujet: les -accessoires sont traités avec trop d'indifférence, même chez les plus -grands maîtres; si vous mettez du soin aux figures en négligeant ce qui -les accompagne, vous rappelez mon esprit au métier, à l'impatience de -la main, ou à une certaine dextérité propre à indiquer, seulement par -des à peu près, ce qui complète la vérité des figures, les armes, les -étoffes, les fonds, les terrains...</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>11 <i>octobre.</i>—De bonne heure à la jetée. La mer est très belle; -plusieurs vaisseaux et barques sont entrés déjà; j'en vois plusieurs -encore. Je me tiens là deux ou trois heures sous la pluie et le vent.</p> - -<p>Le reste de la journée, j'éprouve une fatigue qui me tient à la maison -dans une paresse complète, mais non sans charme. Le temps gris et -pluvieux favorise cette inclination nonchalante.</p> - -<p>Le soir, après avoir un peu dormi, je vais à la jetée reprendre Jenny. -La mer est furieuse; j'ai peine à me tenir; je vois passer devant moi, -comme des flèches, deux barques de pêche: la première me fait frémir; -ils ont de la lumière abord. On pourrait tirer parti de ces effets de -nuit.</p> - -<p>Se rappeler les grands nuages entassés sur le Pollet et, dans des -espaces éclairés, les étoiles groupées et brillantes.</p> - -<p><span class="pagenum"><a name="Page_108" id="Page_108">[p. 108]</a></span></p> - -<p class="center">*</p> - -<p>12 <i>octobre.</i>—Je reçois une lettre de Mme de Forget. Elle a voyagé -seule dans le Midi et n'a pu me répondre à Strasbourg, vu le peu de -temps que je lui donnais.</p> - -<p>La mer est plus belle que je ne l'ai encore vue, les lames très -espacées et régulières; je trouve à la jetée John Lemoinne<a name="NoteRef_127_115" id="NoteRef_127_115"></a><a href="#Note_127_115" class="fnanchor">[127]</a>, que je -ne reconnaissais pas d'abord avec son chapeau de voyage sur les yeux et -sa tenue de touriste maritime. Il me dit que le bombardement d'Odessa -va faire autant de tort aux Anglais qu'aux Russes, mais que nous les -mettons un peu en demeure de s'y porter de bonne grâce.</p> - -<p>Je reste longtemps à la jetée, puis longtemps sur le port, où je -m'assieds tout simplement sur une échelle, à regarder des pêcheurs et -leurs bateaux. Je me reprends d'ardeur pour les étudier: je ne puis me -détacher de les regarder.</p> - -<p>Dans l'intention de retourner à la jetée et ne voulant pas rentrer, -j'entre au <i>Café suisse</i> qui fait le coin de la grande rue et je lis -les <i>Débats.</i> Il y avait justement un article de John Lemoinne sur les -annonces dans les journaux anglais.</p> - -<p>Je vais ensuite aux bains m'informer de Guérin<a name="NoteRef_128_116" id="NoteRef_128_116"></a><a href="#Note_128_116" class="fnanchor">[128]</a>. Il arrive -ordinairement le vendredi soir. Jenny était venue avec moi.</p> - -<p>Rentré avec elle, après achats divers, et resté à<span class="pagenum"><a name="Page_109" id="Page_109">[p. 109]</a></span> la maison à ne rien -faire, à raisonner avec elle et à dormir en attendant le dîner. Au -demeurant, bonne vie; le spectacle de ce port est à tout instant une -distraction agréable.</p> - -<p>Le soir, après avoir dormi encore, à la jetée. Temps de chien; on ne -jouit que des mugissements de la mer, car on ne voit que de l'écume sur -un fond obscur. Nous attendons en vain le bateau à vapeur. La veille, -il avait eu des avaries en entrant et avait donné des inquiétudes. -Quelle rage pousse ces animaux à voyager justement la nuit, par une -mer furieuse, exposés doublement à manquer le port, avec toutes les -conséquences de cet accident? Il faut être Anglais, et malheureusement -nous le devenons, pour avoir cette méthodique frénésie; plutôt que de -perdre une heure, c'est-à-dire de respirer, de manger, de vivre à son -aise pendant cette heure. Le temps perdu pour eux est celui qu'ils -donnent à vivre tranquilles ou à s'amuser.</p> - -<p>En repassant sur le port, j'examine encore les bateaux qui s'élèvent et -s'abaissent avec le flot.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>13 <i>octobre.</i>—J'écris à Mme de Forget:</p> - -<p>«J'ai revu aussi avec plaisir le Midi, non pas la Provence, ni le -Languedoc, mais le Périgord, l'Angoumois, pays chers à mon enfance et -à ma première jeunesse, et qui sont le Midi sous beaucoup de rapports. -J'y ai retrouvé des sensations de cet heureux temps et qui m'ont -rappelé des êtres aimés et disparus.<span class="pagenum"><a name="Page_110" id="Page_110">[p. 110]</a></span> J'y ai fait une expérience qui -m'afflige un peu: c'est que ces pays ne me vont plus, au moins sous -un rapport essentiel; la chaleur, le soleil, me fatiguent et me sont -nuisibles; j'en ai souffert, et cela à une époque de l'année où ces -inconvénients sont ordinairement un peu diminués. La Normandie me va -mieux: Dieppe en ce moment est adorable; on n'y rencontre personne, -et la mer y devient de plus en plus intéressante; on y est même fort -mouillé en ce moment où je vous écris, ce qui semble devoir compléter -le bonheur d'un homme qui a peur du soleil.</p> - -<p>Nous nous raconterons tous nos accidents. Je vous ai dit une partie -des miens dans la première partie de mon voyage. Si l'on veut voyager, -il faut absolument consentir à souffrir beaucoup d'inconvénients; on -a même parfois des accès d'une rage comique qu'on se rappelle sans -amertume, mais qui vous désespèrent dans leur temps.</p> - -<p>Je vais reprendre ma vie de Paris, qui a bien, elle aussi, ses -inconvénients, quoique j'en aie philosophiquement supprimé un bon -nombre à tort ou à raison, grâce à un peu plus d'indépendance ou de -sauvagerie, qualités ou défauts qui sont devenus ma nature même.»</p> - -<p>—Je vais voir Guérin vers une heure. Nous causons longuement: il me -parle beaucoup de Chopin, qu'il a connu; de Mme Sand, qu'il voudrait -connaître; de Rousseau et de Lamartine, qu'il aime, malgré son<span class="pagenum"><a name="Page_111" id="Page_111">[p. 111]</a></span> -histoire de César, dont il me parle, laquelle est faite, me dit-il, -en vue de rabaisser César, comme il lui est arrivé déjà de rabaisser -Napoléon, qu'il déteste. Guérin attribue à un ridicule ce sentiment -décrire ces diatribes contre des colosses comme Napoléon et César, et -je crois qu'il a raison.</p> - -<p>Je le quitte pour aller à Saint-Jacques revoir le croquis que j'en -avais fait l'année dernière; j'étais entré un moment à Saint-Remi, que -j'aime toujours; j'entendais chanter du dehors: il y avait des chantres -en chape de cérémonie, le curé, tout le personnel occupé à chanter des -litanies devant un seul auditeur, qui était un garçon de quinze ans. -J'ai trouvé la même singularité à Saint-Jacques.</p> - -<p>Le soir, paresse pour sortir, et mauvais temps.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p><i>Paris</i>, 14 <i>octobre.</i>—Parti pour Paris à midi. Le matin, été à la -jetée pendant qu'on faisait les paquets. J'étais arrivé à Dieppe avec -ravissement; j'en pars avec plaisir; étrange disposition: une fois que -j'eus arrêté le jour de mon départ, j'eus presque hâte de retourner à -Paris. J'ai un grand désir de travailler. Ce mouvement, cette variété -de situation et d'émotion donne à tous les sentiments plus de vivacité; -on résiste mieux, en variant son existence, à l'engourdissement mortel -de l'ennui.</p> - -<p>J'étais, de Dieppe à Rouen, avec trois Anglais, jeunes tous les trois; -et comme je voyageais en première classe, il y avait lieu de penser -qu'ils étaient<span class="pagenum"><a name="Page_112" id="Page_112">[p. 112]</a></span> aisés. Ils étaient très négligés, un d'eux surtout qui -l'était jusqu'à la malpropreté et jusqu'à avoir des habits déchirés. -Je ne m'explique pas ce contraste si tranché avec leurs habitudes -d'autrefois; je l'ai remarqué dans le voyage que j'ai fait à Baden, -de Strasbourg; un des jours qui ont suivi celui-ci, pendant que je -faisais mon examen des tableaux, je rencontrai lord Elcoë, notre -vice-président, dans une tenue presque sale; le bon Cockerell, qui m'a -accompagné jusqu'à la place Louis XV un autre jour, avait une cravate -de couleur très commune; ils sont tout à fait changés; nous avons pris -beaucoup, au contraire, de leurs manières d'autrefois.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>15 <i>octobre.</i>—Première séance du jury. Levée de boucliers de -l'Institut contre la pluralité des médailles.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>22 <i>octobre.</i>—Aujourd'hui, le cousin Delacroix est arrivé; il est -revenu le soir dîner avec Jacob<a name="NoteRef_129_117" id="NoteRef_129_117"></a><a href="#Note_129_117" class="fnanchor">[129]</a> et le gendre de la cousine Jacob, -M. Lesueur, avoué, établi à Rouen; la présence de ce dernier a nui un -peu à l'agrément de la soirée: fort bon garçon d'ailleurs, mais très -bavard, paralysant l'entrain des autres et étouffant leurs voix.</p> - -<p>Le cousin revient le lendemain matin pour connaître le résultat des -votes du jury général, et me quitte peu après.</p> - -<p><span class="pagenum"><a name="Page_113" id="Page_113">[p. 113]</a></span></p> - -<p class="center">*</p> - -<p>27 <i>octobre.</i>—Je lis dans un article de Gautier, sur Robert Fleury: -«Certes, M. Robert Fleury a droit au titre de <i>maître</i>; il a fait des -ouvrages excellents... M. Robert Fleury n'a presque jamais regardé la -nature à air libre, etc.»</p> - - -<hr class="b2" /> -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_121_109" id="Note_121_109"></a><a href="#NoteRef_121_109"><span class="label">[121]</span></a> Cette indication concorde bien avec le passage du -livre de Taine, <i>Opinions de Graindorge</i>, dans lequel il rapporte une -conversation avec Delacroix, qui, lui parlant de sa première jeunesse -et de son ardeur d'apprendre, lui faisait confidence de l'universalité -de ses recherches. Nous avons tenu à faire de cette idée la pensée -maîtresse et le point de départ de notre étude sur le grand artiste.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_122_110" id="Note_122_110"></a><a href="#NoteRef_122_110"><span class="label">[122]</span></a> <i>Jean-François Thurot</i> (1768-1832), philosophe et -helléniste, occupait, en 1812, au Collège de France, la chaire de -langue et de philosophie grecques. Il devint en 1830 membre de -l'Académie des inscriptions, et fut emporté deux ans plus tard par le -choléra.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_123_111" id="Note_123_111"></a><a href="#NoteRef_123_111"><span class="label">[123]</span></a> Sans doute <i>François de Verninac.</i></p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_124_112" id="Note_124_112"></a><a href="#NoteRef_124_112"><span class="label">[124]</span></a> <i>Charles Bonnet</i>, philosophe et naturaliste, né à Genève -en 1720, mort en 1793.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_125_113" id="Note_125_113"></a><a href="#NoteRef_125_113"><span class="label">[125]</span></a> Nous avons eu déjà l'occasion de marquer dans le cours -du deuxième volume que les observations de cette nature constituaient -un des points faibles du Journal. On ne saurait d'ailleurs exiger d'un -esprit, si étendu et si compréhensif fût-il, de ne présenter aucune -lacune. Les passages comme ceux auxquels nous faisons allusion montrent -une foie de plus la profonde divergence existant entre la vision de -l'artiste et celle du savant. Nous n'en pourrions apporter de meilleure -preuve que le passage dans lequel Cuvier juge la découverte de Charles -Bonnet; «Neuf générations de vierge en vierge étaient alors une -merveille inouïe, mais l'admirable patience qu'un si jeune homme avait -mise à les constater, toutes les précautions, toute la sagacité qu'il -lui avait fallu, n'étaient guère moins merveilleuses: elles annonçaient -<i>un esprit dont on pouvait tout attendre</i>.»</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_126_114" id="Note_126_114"></a><a href="#NoteRef_126_114"><span class="label">[126]</span></a> <i>Jenny le Guillou</i> avait pour son maître l'attachement -obstiné et jaloux d'un chien fidèle. Lors des derniers moments du -peintre, ses amis se plaignirent amèrement d'avoir été tenus écartés -par elle.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_127_115" id="Note_127_115"></a><a href="#NoteRef_127_115"><span class="label">[127]</span></a> <i>John Lemoinne</i> (1814-1892), qui était entré à vingt-six -ans à la rédaction du <i>Journal des Débats</i>, était un des plus brillants -journalistes de l'époque.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_128_116" id="Note_128_116"></a><a href="#NoteRef_128_116"><span class="label">[128]</span></a> Le chirurgien <i>Jules Guérin.</i> ( Voir t. II, p. 427 et -note.)</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_129_117" id="Note_129_117"></a><a href="#NoteRef_129_117"><span class="label">[129]</span></a> Cousin de Delacroix.</p></div> - -<hr class="b2" /> - -<p>5 <i>novembre.</i>—J'écris ce matin à Berryer que je n'irai décidément pas -à Augerville: je suis horriblement enrhumé; j'ai pris ce rhume-là dans -mes promenades au jury.</p> - -<p>J'ai été voir ce soir Cerfbeer; j'avais dîné chez lui huit jours -auparavant; il m'avait invité très aimablement à propos des grandes -médailles, surtout sur le bruit que j'avais un avantage plus marqué que -celui qui reste en définitive et me place le cinquième sur la liste; je -lui ai dit que j'en étais réduit à rendre grâce aux dieux que la patrie -eût trouvé quatre citoyens plus vertueux que moi.</p> - -<p>Horace<a name="NoteRef_130_118" id="NoteRef_130_118"></a><a href="#Note_130_118" class="fnanchor">[130]</a> me conte, ces jours passés, au jury, la démarche qu'il -avait faite auprès d'Ingres, lequel a écrit pour refuser la médaille, -outragé profondément d'arriver après Vernet, et encore plus, à ce que -m'ont dit plusieurs personnes, non suspectes en ceci, de l'insolence du -jury spécial de peinture, qui l'avait placé sur la même ligne que moi, -dans l'opération préparatoire.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>6 <i>novembre.</i>—M. Roche arrivé le matin. Je pense<span class="pagenum"><a name="Page_114" id="Page_114">[p. 114]</a></span> que sa venue va -compromettre mon voyage à Alberville; il n'en est rien, il a lui-même -des affaires. Je pars toujours demain.</p> - -<p>Il reste à déjeuner avec moi et revient dîner; je m'acquitte avec -lui de ses déboursés pour les réparations du tombeau de mon frère, à -Bordeaux.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p><i>Augerville</i>, 7 <i>novembre.</i>—Parti pour Augerville: j'arrive à -la gare à huit heures et demie au lieu de neuf heures et demie, -sur l'indication que m'avait donnée Berryer; je passe cette heure -sans m'ennuyer à voir arriver les partants. Je sais attendre plus -qu'autrefois. Je vis très bien avec moi-même; j'ai pris l'habitude de -chercher moins qu'autrefois à me distraire par des choses étrangères, -telles que la lecture, par exemple, qui sert ordinairement à remplir -des moments comme ceux-là. Même autrefois, je n'ai jamais compris les -gens qui lisent en voyage. Dans quels moments sont-ils avec eux-mêmes? -Que font-ils de leur esprit qu'ils ne retrouvent jamais?</p> - -<p>Ce voyage que je redoutais, à cause du froid que mon rhume me rend -plus désagréable, s'est bien passé et même gaiement. J'aime assez, -quelquefois, ce changement d'habitudes. Ne trouvant pas, chez Brunet, -près de la gare, de voiture disponible, je me suis fait conduire à -Fontainebleau, où je me suis arrangé avec M. Bernard, rue de France.</p> - -<p>J'ai déjeuné dans un café borgne, vu l'église et me suis embarqué -joyeusement. Il me fallait autrefois un<span class="pagenum"><a name="Page_115" id="Page_115">[p. 115]</a></span> motif de joie ou d'occupation -intérieure pour n'être pas triste; il est vrai que mon bonheur était -extrême, quand l'imagination avait suffisamment d'aliment; je suis -actuellement plus tranquille, mais non plus froid.</p> - -<p>Brouillard très intense.</p> - -<p>On ne m'attendait pas: ma venue a fait plaisir. Les personnes que je -trouve ne sont pas de nature à changer ma disposition paisible, mais -peu récréée; mais j'aime le lieu et le maître du lieu, dont l'esprit -profond me plaît et m'instruit, particulièrement dans la science de la -vie, quoiqu'il soit loin de professer quoi que ce soit; son exemple -suffit.</p> - -<p>Qu'ai-je fait depuis un mois? Je me suis occupé de ce jury; j'ai vu -assez de platitudes et j'ai subi quelques entraînements de complaisance -pour quelques pauvres diables. Se rappeler la grande chaleur de -Français qui, ayant voté pour lui tout le temps, pour la première -médaille, se réveille indigné de ce qu'on avait oublié M. Corot<a name="NoteRef_131_119" id="NoteRef_131_119"></a><a href="#Note_131_119" class="fnanchor">[131]</a>, -quand il ne se trouvait plus de place pour lui; Dauzats et moi avions, -par une sorte de souvenir, voté pour lui, et nous avions été les seuls.</p> - -<p>M. de la Ferronnays me dit, à propos du danger<span class="pagenum"><a name="Page_116" id="Page_116">[p. 116]</a></span> des chemins de fer, que -les administrateurs lui ont dit souvent qu'il valait toujours mieux -voyager de jour.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>11 <i>novembre.</i>—Vu M. Jouvenet, qui est arrivé le soir; il me dit que -la propriété du maréchal Bugeaud, qui rendait primitivement 7,000 -livres de rente, en rendait 45,000 après les améliorations qu'il y -avait faites. L'impopularité qui s'était attachée à son nom, par suite -des infamies que les journaux se permettaient sur son compte pendant le -règne de Louis-Philippe, durait encore après sa mort. Sa veuve ayant -fait faire un service commémoratif un an ou deux après sa mort, le curé -avait cru devoir faire élever un autel, en plein champ, supposant que -la foule serait trop grande dans l'église; cette même personne que j'ai -citée s'y trouvait, elle, vingt-huitième.</p> - -<p>Mes journées s'écoulent tout doucement, sans plaisirs vifs, il est -vrai. Il me manque une occupation de cœur ou de tête pour m'animer -et donner de la saveur à la vie que je mène ici. Ces diables de repas -font de vous une machine à digérer; on n'a de temps que pour se -promener dans les entractes; mais adieu la pensée ou la plus simple -émotion.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p><i>Paris</i>, 14 <i>novembre.</i>—Parti d'Augerville, avec Berryer, à neuf -heures. Nous revenons ensemble jusqu'à Paris, par Étampes; sa -conversation est des plus intelligentes.</p> - -<p><span class="pagenum"><a name="Page_117" id="Page_117">[p. 117]</a></span></p> - -<p>Quand on est agité dans la vie par mille contrariétés qu'on prend -pour des peines, on ne se représente pas assez ce que sont les pertes -véritables et sans remède qui touchent aux sentiments. Il y a pourtant -de ces natures de roche qui se consolent plus vite de celles-là que -des autres. Berryer me contait, en revenant, que l'un des progrès des -États-Unis consiste à faire assurer son père quand il part pour un de -ces voyages où on est exposé à tout instant à être mis en morceaux dans -les bateaux ou les chemins de fer. Une fois que vous avez la confiance -qu'en cas de malheur on vous rendra votre père en billets de banque, la -famille est tranquille; le père peut aller dans la lune et y rester, -si bon lui semble; je ne doute pas que nous n'arrivions à ce degré de -perfection.</p> - -<p>L'idée de Delamarre<a name="NoteRef_132_120" id="NoteRef_132_120"></a><a href="#Note_132_120" class="fnanchor">[132]</a>, proposée à Berger, quand il était préfet, -d'envoyer les corps de nos parents et de nos amis pour fumer et -fertiliser les plaines arides de la Sologne, était de ce genre. Voilà -une manière inattendue d'utiliser ses proches, quand, par leur mort, -ils semblent n'être plus bons à rien.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>15 <i>novembre.</i>—Jour de la cérémonie de la distribution. Je vais -rejoindre la place de la commission. Très bel et imposant aspect. -Mercey me fait l'algarade<span class="pagenum"><a name="Page_118" id="Page_118">[p. 118]</a></span> de me donner l'alarme sur ce qui devait se -passer: tout s'arrange pour le mieux.</p> - -<p>Je reviens à pied, je prends une mauvaise tasse de café, dans les -Champs-Élysées, qui m'a rendu malade tout le lendemain. Je ne suis pas -sorti après mon dîner; cela réussit toujours mal.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>16 <i>novembre.</i>—Mon cher Guillemardet vient m'embrasser. Villot vient -pendant qu'il était là; il me conte à sa manière ce qui s'est passé -à propos du rappel de Meissonier à la médaille d'honneur. Je ne puis -m'empêcher de l'arrêter au milieu de sa philippique contre ce qu'il -appelle d'horribles coquins, etc.</p> - -<p>Huet<a name="NoteRef_133_121" id="NoteRef_133_121"></a><a href="#Note_133_121" class="fnanchor">[133]</a> et Yvon viennent me voir. M. Hébert<a name="NoteRef_134_122" id="NoteRef_134_122"></a><a href="#Note_134_122" class="fnanchor">[134]</a>, Carrier<a name="NoteRef_135_123" id="NoteRef_135_123"></a><a href="#Note_135_123" class="fnanchor">[135]</a> et le -brave Tedesco<a name="NoteRef_136_124" id="NoteRef_136_124"></a><a href="#Note_136_124" class="fnanchor">[136]</a>.</p> - -<p>Mauvaise disposition. Je vais dîner chez la cousine avec Laity et -le jeune d'Ideville. Je ne mange rien et m'en retourne dans un état -passable. M. Laity partait le soir même.</p> - -<p><span class="pagenum"><a name="Page_119" id="Page_119">[p. 119]</a></span></p> - -<p>Rentré de bonne heure, sans faire de promenade.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>18 <i>novembre.</i>—J'écris à Berryer: «À présent que je suis sorti des -cérémonies, je viens vous redire tout le bonheur que j'ai eu à me -voir ces quelques jours près de vous. Je pense à cette bonté et à cet -admirable esprit présent à tout et dont le charme réuni n'est qu'en -vous.»</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>20 <i>novembre.</i>—Je vais à <i>Trovatore</i> avec un billet d'Alberthe; j'y -souffre, je m'y ennuie, je m'enrhume de nouveau. Rien n'égale la -stérilité de cette musique qui est toute en tapage et où pas un seul -chant ne se fait jour.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>24 <i>novembre.</i>—Je néglige bien mes pauvres souvenirs: je suis trop -distrait à Paris pour écrire, même à bâtons rompus. Depuis quatre ou -cinq jours, je m'enferme pour en finir, s'il est possible, avec ce -rhume; ce me sera aussi un bon prétextée moi-même et aux autres de ne -pas bouger.</p> - -<p>Mme Pierret est venue dans la journée me demander de prendre des -billets pour une loterie que fait ce malheureux Fielding.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>25 <i>novembre</i>.—Rien ne peut surmonter les préjugés régnants: quand -on envoyait les élèves à Rome, du temps de Lebrun et jusqu'à David, -on ne leur recommandait que l'étude du Guide; à présent, le<span class="pagenum"><a name="Page_120" id="Page_120">[p. 120]</a></span> <i>Beau</i> -consiste à reproduire le faire des vieilles fresques, mais ce n'est -que la partie académique qu'ils vont étudier. Ces deux méthodes qui -semblent si opposées se rencontrent dans ce point qui sera toujours le -mot d'ordre de toutes les écoles: imiter le technique de cette école-ci -ou de celle-là. Tirer de son imagination des moyens de rendre la nature -et ses effets, et les rendre suivant son tempérament propre: chimères, -étude vaine que ne donnent ni le prix de Rome, ni l'Institut; copier -l'exécution du Guide ou celle de Raphaël, suivant la mode.</p> - -<hr class="b2" /> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_130_118" id="Note_130_118"></a><a href="#NoteRef_130_118"><span class="label">[130]</span></a> <i>Horace Vernet.</i></p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_131_119" id="Note_131_119"></a><a href="#NoteRef_131_119"><span class="label">[131]</span></a> Il ne faut pas oublier qu'à cette époque, <i>Corot</i> -(1795-1875) était encore fort contesté. Delacroix parvenu à la grande -célébrité, et d'ailleurs admirateur convaincu du talent du paysagiste, -songeait sans doute avec quelque mélancolie que c'était là l'inévitable -sort des originalités tranchées. -</p> -<p> -Corot avait envoyé à l'Exposition universelle de 1855 cinq tableaux, -parmi lesquels le <i>Bain de Diane</i>, aujourd'hui au Musée de Bordeaux.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_132_120" id="Note_132_120"></a><a href="#NoteRef_132_120"><span class="label">[132]</span></a> Sans doute <i>Théodore-Casimir Delamarre</i> (1796-1870), -qui fut directeur de la <i>Patrie</i> et s'occupa activement des questions -économiques et industrielles.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_133_121" id="Note_133_121"></a><a href="#NoteRef_133_121"><span class="label">[133]</span></a> <i>Paul Huet</i> (1804-1866), paysagiste, élève de Guérin et -de Gros, qui peut être classé parmi les meilleurs peintres de l'école -romantique, était intimement lié avec Delacroix depuis l'hiver de 1822. -(Voir <i>Peintres et statuaires romantiques</i>, par Ernest <span class="smcap">Chesneau</span>.)</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_134_122" id="Note_134_122"></a><a href="#NoteRef_134_122"><span class="label">[134]</span></a> <i>Ernest Hébert</i>, peintre, né en 1817, obtint le prix de -Rome en 1839: il devint en 1865 directeur de l'École de Rome, et membre -de l'Académie des Beaux-Arts en 1874.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_135_123" id="Note_135_123"></a><a href="#NoteRef_135_123"><span class="label">[135]</span></a> <i>Carrier</i> figure avec <i>Huet</i> comme légataire sur le -testament de Delacroix.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_136_124" id="Note_136_124"></a><a href="#NoteRef_136_124"><span class="label">[136]</span></a> <i>Tedesco</i> fut, avec <i>Francis Petit</i>, chargé par -Delacroix de classer ses dessins et de préparer la vente de ses -œuvres. «Je m'en rapporte à MM. Francis Petit et Tedesco, dit-il -dans son testament, pour les soins qu'ils mettront à la mise en vente -de mes objets d'art.»</p></div> - -<hr class="b2" /> - -<p>2 <i>décembre.</i>—Dîner chez Mme de Vaufreland: Derryer, la princesse, etc.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>5 <i>décembre.</i>—Dîné chez Mme de Lagrange avec Berryer; le soir, -charades; j'ai trouvé le temps long.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>7 <i>décembre.</i>—Dîné chez Cerfbeer avec Vieillard, Lefèvre<a name="NoteRef_137_125" id="NoteRef_137_125"></a><a href="#Note_137_125" class="fnanchor">[137]</a> et sa -femme, Marchand<a name="NoteRef_138_126" id="NoteRef_138_126"></a><a href="#Note_138_126" class="fnanchor">[138]</a>, Chabrier, etc. Bonne soirée. Beauchesne venu. -Poinsot a été très causeur; on a parlé du beau dans Corneille, etc.</p> - -<p>Je suis très agité de ces affreux logements.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>11 <i>décembre.</i>—Je viens d'examiner des lithographies<span class="pagenum"><a name="Page_121" id="Page_121">[p. 121]</a></span> de -Géricault<a name="NoteRef_139_127" id="NoteRef_139_127"></a><a href="#Note_139_127" class="fnanchor">[139]</a>; je suis frappé de l'absence constante d'unité... -Absence dans la composition en général, absence dans chaque figure, -dans chaque cheval. Jamais ses chevaux ne sont modelés en masse. Chaque -détail s'ajoute aux autres et ne forme qu'un ensemble décousu. C'est le -contraire de ce que je remarque dans mon <i>Christ au tombeau</i> du comte -de Geloës<a name="NoteRef_140_128" id="NoteRef_140_128"></a><a href="#Note_140_128" class="fnanchor">[140]</a>, qui est sous mes yeux. Les détails sont, en général, -médiocres, et échappent en quelque sorte à l'examen. En revanche, -l'ensemble inspire une émotion qui m'étonne moi-même. Vous restez -sans pouvoir vous détacher, et pas un détail ne s'élève pour se faire -admirer ou distraire l'attention. C'est la perfection de cet art-là, -dont l'objet est de faire un effet simultané. Si la peinture produisait -ses effets à la manière de la littérature, qui n'est qu'une suite de -tableaux successifs, le détail aurait quelque droit à se produire en -relief.</p> - -<p>—Je relis ceci en décembre 1856. Cela me rappelle que Chenavard me -disait, il y a deux ans, à Dieppe, qu'il ne regardait pas Géricault -comme un maître, parce qu'il n'a pas l'<i>ensemble</i>; c'est son critérium -à lui pour la qualité de maître. Il la refuse même à Meissonier.</p> - -<p><span class="pagenum"><a name="Page_122" id="Page_122">[p. 122]</a></span></p> - -<p class="center">*</p> - -<p>12 <i>décembre.</i>—Dîné chez la princesse avec Mme Viardot.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>14 <i>décembre.</i>—Dîné chez Mme Pierret avec Durier et Feuillet<a name="NoteRef_141_129" id="NoteRef_141_129"></a><a href="#Note_141_129" class="fnanchor">[141]</a>.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>15 <i>décembre.</i>—Dîné chez Chabrier avec le général Alexandre, Poinsot, -M. Harmand que j'aime beaucoup, M. Joly de Fleury et le sculpteur -sicilien que protège Chabrier.</p> - -<p>Harmand me dit, à propos de la vigne dans la Gironde, que les pertes -considérables consistent en ce que les vieux ceps, qui remontent -souvent à cinquante ans, ne peuvent résister à la maladie; ces souches -produisent à la vérité très peu, mais la qualité des grappes est -excellente. Il faudra donc beaucoup d'années pour que les nouvelles -souches produisent d'abord, mais surtout arrivent à approcher de cette -qualité.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>16 <i>décembre.</i>—Écrit à Chatrousse<a name="NoteRef_142_130" id="NoteRef_142_130"></a><a href="#Note_142_130" class="fnanchor">[142]</a>.</p> - -<hr class="b2" /> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_137_125" id="Note_137_125"></a><a href="#NoteRef_137_125"><span class="label">[137]</span></a> Sans doute <i>Lefèvre-Deumier</i>, bibliothécaire des -Tuileries.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_138_126" id="Note_138_126"></a><a href="#NoteRef_138_126"><span class="label">[138]</span></a> Le <i>comte Marchand</i>, qui suivit l'Empereur à -Sainte-Hélène et qui plus tard accompagna le prince de Joinville pour -ramener en France les cendres de Napoléon.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_139_127" id="Note_139_127"></a><a href="#NoteRef_139_127"><span class="label">[139]</span></a> On trouve dans ce jugement sur <i>Géricault</i> l'influence -manifeste d'une conversation que Delacroix eut avec Chenavard à Dieppe -en 1854. Il est intéressant de rapprocher ce passage du Journal, écrit -en 1855, des notes antérieures sur le même sujet, notamment celles de -1854 et surtout celles des premières années 1823, 1824. (Voir t. I, p. -47, 60, 61, et t. II, p. 454.)</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_140_128" id="Note_140_128"></a><a href="#NoteRef_140_128"><span class="label">[140]</span></a> Voir <i>Catalogue Robaut</i>, n<sup>os</sup> 1034 et 1035.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_141_129" id="Note_141_129"></a><a href="#NoteRef_141_129"><span class="label">[141]</span></a> <i>Feuillet de Conches.</i></p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_142_130" id="Note_142_130"></a><a href="#NoteRef_142_130"><span class="label">[142]</span></a> <i>Émile Chatrousse</i>, sculpteur, né en 1830, élève de Rude -et d'Abel de Pujol. En 1855, il exposa la <i>Résignation</i>, une figure de -femme accroupie au pied de la croix, qu'on peut voir à Saint-Eustache.</p> - -<hr class="chap" /> - -<p><span class="pagenum"><a name="Page_123" id="Page_123">[p. 123]</a></span></p></div> - - - - -<h3><a name="c1856" id="c1856">1856</a></h3> - - -<p>10 <i>janvier.</i>—Aller chez Rossini.—Soirée de Ségalas<a name="NoteRef_143_131" id="NoteRef_143_131"></a><a href="#Note_143_131" class="fnanchor">[143]</a>. Le même en -aura une autre dans quinze jours.—Soirée de Mme Viardot.—Aller chez -Bisson<a name="NoteRef_144_132" id="NoteRef_144_132"></a><a href="#Note_144_132" class="fnanchor">[144]</a>. Tableau ou dessin à lui envoyer.</p> - -<p>Chez Rossini, chez Ségalas ensuite, où le préfet<a name="NoteRef_145_133" id="NoteRef_145_133"></a><a href="#Note_145_133" class="fnanchor">[145]</a> m'a montré une -bienveillance très inaccoutumée. Il s'est prodigué en récits dans -lesquels il ne m'a pas épargné ceux qui étaient à sa louange: sa -fermeté, sa bravoure même dans différentes circonstances critiques ont -été le thème de la conversation dans laquelle je n'ai eu qu'à approuver -du bonnet.</p> - -<p>Chez Rossini auparavant; je contemple avec plaisir cet homme rare: je -l'entoure à plaisir d'une certaine<span class="pagenum"><a name="Page_124" id="Page_124">[p. 124]</a></span> auréole; j'aime à le voir; il n'est -plus le Rossini moqueur d'autrefois.</p> - -<p>J'y trouve la bonne Alberthe, sa fille et Mareste; c'est Boissard qui -m'avait conduit.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>11 <i>janvier.</i>—Aller chez Perpignan avant le conseil.—Chez Philippe -Rousseau<a name="NoteRef_146_134" id="NoteRef_146_134"></a><a href="#Note_146_134" class="fnanchor">[146]</a>, si je peux.—Chez Mouilleron.—Je suis resté chez moi.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>12 <i>janvier.</i>—(Le dîner du préfet.) Au lieu de dîner chez le préfet, -j'ai été chez Mme Sand, voir au cirque sa pièce de <i>Favilla</i><a name="NoteRef_147_135" id="NoteRef_147_135"></a><a href="#Note_147_135" class="fnanchor">[147]</a>. -Excellente donnée que la pauvre amie n'a pas fait ressortir. Je crois -que malgré les belles parties de son talent, elle ne parviendra jamais -à faire une pièce<a name="NoteRef_148_136" id="NoteRef_148_136"></a><a href="#Note_148_136" class="fnanchor">[148]</a>; les situations périssent entre ses mains: -elle ne connaît pas le point intéressant. <i>Le point intéressant</i>, -tout est là; elle le noie dans des détails et émousse continuellement -l'impression qui devrait résulter de la science des caractères. Cette -situation d'un fou aimable, qui se croit le maître d'un château où -on le tolère, devait être une excellente occasion de comique ou de -pathétique; elle ne se doute pas le moins du monde de ce qui lui -manque.</p> - -<p><span class="pagenum"><a name="Page_125" id="Page_125">[p. 125]</a></span></p> - -<p>Cette obstination à poursuivre un talent qui paraît lui être refusé, à -en juger par tant de tentatives infructueuses, la classe, bon gré, mal -gré, dans un rang inférieur. Il est bien rare que les grands talents -ne soient pas portés dune manière presque invincible vers les objets -qui sont de leur domaine: c'est surtout à ce degré que conduit plus -particulièrement l'expérience. Les jeunes gens peuvent se tromper -pendant quelque temps sur leur vocation, mais non les talents mûris et -exercés dans un genre.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>13 <i>janvier.</i>—Dîner chez Baroche<a name="NoteRef_149_137" id="NoteRef_149_137"></a><a href="#Note_149_137" class="fnanchor">[149]</a>.—Mme de Vaufreland.—J'ai -rempli mon programme.</p> - -<p>À dîner, Mérimée me parlait de Dumas avec la plus grande estime: -il le préfère à Walter Scott. Peut-être en vieillissant se fait-il -meilleur?... Peut-être loue-t-il beaucoup de peur d'avoir des ennemis -de sa faveur?...</p> - -<p>Je me suis éclipsé le plus tôt que j'ai pu. J'ai été chez Mme de -Vaufreland; excellentes gens.</p> - -<p>À travers les Champs-Élysées, noyé dans des tourbillons élevés par le -vent le plus furieux et le plus glacial.</p> - -<p>Berryer partait comme j'arrivais.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>14 <i>janvier.</i>—Dîner du deuxième lundi. Trousseau nous dit très bien -que les médecins sont des artistes.<span class="pagenum"><a name="Page_126" id="Page_126">[p. 126]</a></span> Il y a chez eux, comme chez les -peintres et les poètes, une partie scientifique, mais elle ne fait que -les médecins et les artistes médiocres. C'est l'inspiration, c'est le -génie propre du métier qui fait le grand homme.</p> - -<p>J'ai été ensuite, après une assez longue promenade avec Dauzats, chez -Delangle un instant, puis chez Halévy. Toujours grande foule, beaucoup -de jeu, véritable maison de Socrate, trop petite pour contenir tant -d'amis.</p> - -<p>Dans la journée, Th. Frère<a name="NoteRef_150_138" id="NoteRef_150_138"></a><a href="#Note_150_138" class="fnanchor">[150]</a> qui me dit avoir remarqué avec d'autres -mes progrès constants dans les ouvrages de mon exposition, si bien que -le dernier lui paraît le plus ferme, le plus simple, avec les qualités -de couleur, comme avec l'absence de noir, etc.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>15 <i>janvier.</i>—Concert Viardot. Magnifique concert: l'air d'<i>Armide.</i> -Ernst<a name="NoteRef_151_139" id="NoteRef_151_139"></a><a href="#Note_151_139" class="fnanchor">[151]</a>, le violon, m'a fait plaisir; Telefsen me dit chez la -princesse qu'il a été très faible. J'avoue mon impuissance à faire -une grande différence entre les diverses exécutions, quand elles sont -arrivées à un certain degré. Comme je lui parlais de mon souvenir de -Paganini, il me dit que c'était sans doute un homme incomparable. -Les difficultés et les prétendus tours de force que présentent ses -œuvres sont encore pour la plupart indéchiffrables<span class="pagenum"><a name="Page_127" id="Page_127">[p. 127]</a></span> pour les violons -les plus habiles: voilà l'inventeur! Je pensais à tant d'artistes, qui -sont le contraire, dans la peinture, dans l'architecture, dans tout.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>16 <i>janvier.</i>—Jour de Boilay. Aller chez Bisson et chez la princesse. -Resté très tard chez la princesse.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>17 <i>janvier.</i>—Chez Mme Viardot: elle a chanté de nouveau l'air -d'<i>Armide</i>... Sauvez-moi de l'amour!</p> - -<p>Berlioz insupportable, se récriant sans cesse sur ce qu'il appelle la -barbarie et le goût le plus détestable, les trilles et autres ornements -particuliers dans la musique italienne; il ne leur fait même pas grâce -dans les anciens auteurs, comme Hændel; il se déchaîne contre les -fioritures du grand air de D. Anna.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>18 <i>janvier.</i>—Voir Guillemardet, avant le conseil.—Après le -conseil: Guérin, Mesnard<a name="NoteRef_152_140" id="NoteRef_152_140"></a><a href="#Note_152_140" class="fnanchor">[152]</a>, Philippe Rousseau.—Carte à Baroche, -Grosclaude<a name="NoteRef_153_141" id="NoteRef_153_141"></a><a href="#Note_153_141" class="fnanchor">[153]</a>.—Voir à l'Hôtel de ville pour le surplus du payement -du salon de la Paix.—Cerfbeer.</p> - -<p>—À l'Hôtel de ville et flânerie complète; j'aime beaucoup à rôder -ainsi toute une journée dans ce vieux Paris. Quinze jours avant, -j'avais été dans le Marais pour trouver le général G..., à la place -Royale,<span class="pagenum"><a name="Page_128" id="Page_128">[p. 128]</a></span> et j'étais revenu tout le long des boulevards. Aujourd'hui, -j'ai été chez Guérin, que je n'ai pas trouvé, et je suis entré à -Notre-Dame.</p> - -<p>Chez Baroche; lui écrire.</p> - -<p>Le soir, dormi après dîner, malgré toutes sortes de projets.</p> - -<p>Je devais, dans la journée, aller chez Mesnard, au Sénat. Rencontré -Ravaisson<a name="NoteRef_154_142" id="NoteRef_154_142"></a><a href="#Note_154_142" class="fnanchor">[154]</a>, à qui j'ai promis d'envoyer les deux dessins de -Chenavard, place du Palais-Bourbon, 6.</p> - -<p>Le matin, j'avais été chez mon cher Guillemardet. Il me remet un paquet -de mes lettres écrites anciennement à Félix; il est facile d'y voir -combien l'esprit a besoin des années pour se développer dans les vraies -conditions. Il me dit qu'il y voit déjà le même homme que je suis -aujourd'hui. Plus de mauvais goût et d'impertinence que d'esprit, mais -il faut que ce soit ainsi. Ce désaccord singulier entre la force de -l'esprit qu'amène l'âge et l'affaiblissement du corps, qui en est aussi -la conséquence, me frappe toujours et me paraît une contradiction dans -les décrets de la nature. Faut-il y voir un avertissement que c'est -surtout vers<span class="pagenum"><a name="Page_129" id="Page_129">[p. 129]</a></span> les choses de l'esprit qu'il faut se tourner, quand le -corps et les sens nous font défaut? Il est du moins incontestable que -c'est une compensation; mais combien il faut veiller sur soi pour ne -pas lâcher quelquefois la bride à ces recrudescences mensongères, qui -nous font croire que nous pouvons être jeunes ou faire comme si nous -l'étions! Tel est le piège où tout va s'abîmer.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>19 <i>janvier.</i>—Dîné chez Doucet<a name="NoteRef_155_143" id="NoteRef_155_143"></a><a href="#Note_155_143" class="fnanchor">[155]</a>. Je suis revenu avec Dumas, qui -m'a parlé de ses amours avec une <i>vierge</i> veuve d'un premier mari et -<i>avec</i> un second en exercice.</p> - -<p>Pendant qu'on jouait au baccarat chez Doucet, Augier, que j'aime -beaucoup, me parlait de la dignité qu'il y a pour un artiste à ne pas -chercher à gagner trop d'argent, et par conséquent la nécessité de ne -pas le dépenser en objets de pure vanité. Il trouve qu'un artiste peut -vivre dans un intérieur simple. Mme Doucet me disait qu'un dîner qui -coûtait à des personnes dans une position modeste 3 ou 400 francs les -privait d'avoir souvent, pour cinquante francs, trois ou quatre amis, -avec la fortune du pot. Du reste, elle habite dans un petit entresol -très bas de la rue du Bac, mais décoré avec tout le luxe et l'éclat -modernes: dorures, damas, meubles inutiles, rien n'y manque.</p> - -<p><span class="pagenum"><a name="Page_130" id="Page_130">[p. 130]</a></span></p> - -<p class="center">*</p> - -<p>20 <i>janvier.</i>—Le soir, chez Fortoul<a name="NoteRef_156_144" id="NoteRef_156_144"></a><a href="#Note_156_144" class="fnanchor">[156]</a>. Je trouve Barbier et sa -femme, Ravaisson, etc.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>21 <i>janvier.</i>—Delangle, de Royer<a name="NoteRef_157_145" id="NoteRef_157_145"></a><a href="#Note_157_145" class="fnanchor">[157]</a>, Perrier<a name="NoteRef_158_146" id="NoteRef_158_146"></a><a href="#Note_158_146" class="fnanchor">[158]</a>, la princesse -Camerata.—Répondu à Panseron<a name="NoteRef_159_147" id="NoteRef_159_147"></a><a href="#Note_159_147" class="fnanchor">[159]</a>.</p> - -<p>—Le clair de la robe verte de l'homme de la <i>Clorinde: zinc vert, -orange, zinc jaune.</i></p> - -<p>—Chez la princesse Camerata le soir: elle ne me dit pas un mot, -suivant son habitude; V... me dit que c'est par timidité. Nous allons -ensuite chez Perrier. J'y trouve Mme de Pontécoulant. Mme Rodrigues me -dit qu'on fait de la musique chez elle tous les mardis.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>22 <i>janvier.</i>—Dîner chez Mme Herbelin<a name="NoteRef_160_148" id="NoteRef_160_148"></a><a href="#Note_160_148" class="fnanchor">[160]</a>.—Envoyé à M. Ravaisson les -deux têtes du Corrège, de Chenavard.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>23 <i>janvier.</i>—Quelle bévue! Je vais au bal du préfet qui est la -semaine prochaine. Je suis revenu à<span class="pagenum"><a name="Page_131" id="Page_131">[p. 131]</a></span> pied le long de la rivière. -Rencontré Mouilleron, qui m'a promis de m'avoir quelques épreuves de la -<i>Marguerite auprès de l'autel</i><a name="NoteRef_161_149" id="NoteRef_161_149"></a><a href="#Note_161_149" class="fnanchor">[161]</a>. Le lui rappeler.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>27 <i>janvier.</i>—Écrire à M. Lebouc<a name="NoteRef_162_150" id="NoteRef_162_150"></a><a href="#Note_162_150" class="fnanchor">[162]</a> pour les billets de concert -promis à M. Riesener.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>28 <i>janvier.</i>—Dîné chez Mme Viardot avec Berlioz.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>29 <i>janvier.</i>—Mme Mohl<a name="NoteRef_163_151" id="NoteRef_163_151"></a><a href="#Note_163_151" class="fnanchor">[163]</a> demande à voir mon atelier.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>30 <i>janvier.</i>—Concert chez Mme Viardot: l'air d'<i>Iphigénie.</i> La bonne -Sand devant moi, la princesse la place à côté; son mari y était. -Berryer, Mme de Lagrange. Je n'ai pas eu toutefois par la musique le -plaisir d'il y a quinze jours.</p> - -<p>—Le bon Rouvière<a name="NoteRef_164_152" id="NoteRef_164_152"></a><a href="#Note_164_152" class="fnanchor">[164]</a> venu dans la journée. Je lui ai prêté le tableau -du <i>Grec à cheval.</i></p> - -<hr class="b2" /> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_143_131" id="Note_143_131"></a><a href="#NoteRef_143_131"><span class="label">[143]</span></a> <i>Pierre-Salomon Ségalas</i> (1792-1875), chirurgien -français, professeur à la Faculté de médecine, membre du Conseil -municipal, et par conséquent collègue de Delacroix.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_144_132" id="Note_144_132"></a><a href="#NoteRef_144_132"><span class="label">[144]</span></a> <i>Louis-Auguste Bisson</i> s'associa avec son frère -<i>Auguste-Rosalie Bisson</i>, pour perfectionner et exploiter l'art -photographique, auquel il avait été initié par Daguerre. Leurs -recherches, les importants travaux qu'ils eurent à exécuter leur -valurent une première médaille à l'Exposition de 1855.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_145_133" id="Note_145_133"></a><a href="#NoteRef_145_133"><span class="label">[145]</span></a> Le <i>baron Haussman</i>, qui avait succédé le 22 juin 1853 à -M. Berger.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_146_134" id="Note_146_134"></a><a href="#NoteRef_146_134"><span class="label">[146]</span></a> <i>Philippe Rousseau</i> (1808-1887), peintre, élève de Gros -et de Bertin. À l'Exposition de 1855, il avait obtenu une médaille de -2<sup>e</sup> classe.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_147_135" id="Note_147_135"></a><a href="#NoteRef_147_135"><span class="label">[147]</span></a> <i>Maître Favilla</i>, drame en trois actes, de George Sand, -représenté pour la première fois sur le théâtre de l'Odéon le 15 -septembre 1855.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_148_136" id="Note_148_136"></a><a href="#NoteRef_148_136"><span class="label">[148]</span></a> Delacroix s'est étendu à maintes reprises sur -l'impuissance dramatique de <i>George Sand.</i> (Voir t. II, p. 283.)</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_149_137" id="Note_149_137"></a><a href="#NoteRef_149_137"><span class="label">[149]</span></a> <i>Baroche</i> était alors président du Conseil d'État.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_150_138" id="Note_150_138"></a><a href="#NoteRef_150_138"><span class="label">[150]</span></a> <i>Théodore Frère</i>, peintre de genre, né à Paris en 1815. -Élève de Roqueplan, il fit un voyage en Algérie qui influa sur sa -carrière d'artiste.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_151_139" id="Note_151_139"></a><a href="#NoteRef_151_139"><span class="label">[151]</span></a> <i>Henri-William Ernst</i> (1814-1865), violoniste des plus -distingués, qui remporta dans les différentes capitales de l'Europe des -triomphes éclatants.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_152_140" id="Note_152_140"></a><a href="#NoteRef_152_140"><span class="label">[152]</span></a> <i>Jacques-André Mesnard</i> (1792-1858), magistrat et homme -politique, qui devint sénateur et vice-président du Sénat en 1852.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_153_141" id="Note_153_141"></a><a href="#NoteRef_153_141"><span class="label">[153]</span></a> <i>Louis Grosclaude</i>, né a Genève en 1786, peintre de -genre, dont plusieurs toiles ont été au Musée du Luxembourg.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_154_142" id="Note_154_142"></a><a href="#NoteRef_154_142"><span class="label">[154]</span></a> <i>Jean-Gaspard-Félix Ravaisson-Mollien</i>, philosophe -et archéologue, né en 1813. Ses travaux sur Aristote l'avaient fait -remarquer de M. de Salvandy, qui le choisit comme chef de son cabinet, -quand il fut ministre de l'instruction publique en 1837. Nommé quelque -temps plus tard inspecteur général des bibliothèques publiques, puis -en 1853 inspecteur général de l'enseignement supérieur, il devint, -en 1862, conservateur du Musée du Louvre. Il appartient depuis 1839 -à l'Académie des inscriptions et belles-lettres, et depuis 1881 à -l'Académie des sciences morales et politiques.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_155_143" id="Note_155_143"></a><a href="#NoteRef_155_143"><span class="label">[155]</span></a> <i>Camille Doucet</i>, auteur dramatique, membre et secrétaire -perpétuel de l'Académie française, né en 1812. Il était à cette époque -(1856) chef de la division des théâtres au ministère d'État.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_156_144" id="Note_156_144"></a><a href="#NoteRef_156_144"><span class="label">[156]</span></a> <i>Fortoul</i>, alors ministre de l'instruction publique, -mourut cette même année 1856 à Ems, enlevé par une attaque d'apoplexie.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_157_145" id="Note_157_145"></a><a href="#NoteRef_157_145"><span class="label">[157]</span></a> <i>Paul-Henri-Ernest de Royer</i> (1808-1877), était alors -procureur général à la Cour de cassation depuis 1853. Il avait remplacé -M. Delangle. Il fut plus tard ministre de la justice et président de la -Cour des comptes.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_158_146" id="Note_158_146"></a><a href="#NoteRef_158_146"><span class="label">[158]</span></a> <i>Charles Perrier</i> (1835-1860), littérateur. Il a -écrit dans l'<i>Artiste</i> et dans la <i>Revue contemporaine</i> des articles -critiques, notamment sur l'Exposition universelle de 1855. Plus tard, -il fut attaché à l'ambassade de Rome, où il put se livrer à ses goûts -d'artiste et poursuivre ses études d'esthétique. Il revint en France -pour y mourir en 1860.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_159_147" id="Note_159_147"></a><a href="#NoteRef_159_147"><span class="label">[159]</span></a> <i>Panseron</i> (1795-1859), compositeur. (Voir t. II, p. -311.)</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_160_148" id="Note_160_148"></a><a href="#NoteRef_160_148"><span class="label">[160]</span></a> <i>Madame Herbelin</i> avait obtenu une médaille de -1<sup>re</sup> classe à l'Exposition de 1855. (Voir t. II, p. 89.)</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_161_149" id="Note_161_149"></a><a href="#NoteRef_161_149"><span class="label">[161]</span></a> Il s'agit sans doute ici de la lithographie originale de -Delacroix. (Voir <i>Catalogue Robaut</i>, n° 247.)</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_162_150" id="Note_162_150"></a><a href="#NoteRef_162_150"><span class="label">[162]</span></a> <i>Charles Lebouc</i> (1823-1893), violoncelliste distingué, -qui épousa une des filles d'Adolphe Nourrit.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_163_151" id="Note_163_151"></a><a href="#NoteRef_163_151"><span class="label">[163]</span></a> Le salon de <i>madame Mohl</i> était alors un des centres -littéraires les plus fréquentés de Paris. Anglaise d'origine, <i>Mary -Clarke</i> était devenue l'amie de Mme Récamier et de Chateaubriand. Elle -épousa plus tard <i>Jules Mohl</i>, le savant orientaliste, qui devint -membre de l'Académie des inscriptions et belles-lettres. Pendant trente -ans elle sut grouper autour d'elle par le charme de son esprit les -hommes les plus distingués de son époque. (Voir <i>Un salon à Paris, Mme -Mohl et ses intimes</i>, par K. O'Méara.)</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_164_152" id="Note_164_152"></a><a href="#NoteRef_164_152"><span class="label">[164]</span></a> <i>Philibert Rouvière</i> (1809-1865), peintre et acteur. -Il avait débuté dans l'atelier de Gros, où il avait sans doute connu -Delacroix. Plus tard, il s'est presque exclusivement consacré au -théâtre.</p> - -<p><span class="pagenum"><a name="Page_132" id="Page_132">[p. 132]</a></span></p></div> - - -<hr class="b2" /> - -<p>1<sup>er</sup> <i>février.</i>—Dîner chez Benoît Champy<a name="NoteRef_165_153" id="NoteRef_165_153"></a><a href="#Note_165_153" class="fnanchor">[165]</a>.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>5 <i>février.</i>—Chute de ma pauvre Jenny.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>8 <i>février.</i>—Au conseil, il est question de Saint-Denis du -Saint-Sacrement.</p> - -<p>Je visite Saint-Roch, Saint-Eustache et Saint-Denis avec Merruau<a name="NoteRef_166_154" id="NoteRef_166_154"></a><a href="#Note_166_154" class="fnanchor">[166]</a> -et Pastoret<a name="NoteRef_167_155" id="NoteRef_167_155"></a><a href="#Note_167_155" class="fnanchor">[167]</a>.</p> - -<p>Je reviens à pied du Marais.</p> - -<p>En rentrant du conseil, je reçois une lettre déchirante du pauvre -Lamey, qui m'annonce la mort de ma chère cousine.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>10 <i>février.</i>—Dîner chez Mme Herbelin avec Rosa Bonheur.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>21 <i>février.—Sur les chefs-d'œuvre.</i> Sans le chef-d'œuvre, il -n'y a pas de grand artiste: tous ceux qui n'en ont fait qu'un dans leur -vie ne sont pourtant pas grands pour cela. Ceux de cette espèce sont -ordinairement le produit de la jeunesse: une certaine force précoce, -une certaine chaleur qui est dans le sang autant que dans l'esprit, ont -jeté quelquefois un<span class="pagenum"><a name="Page_133" id="Page_133">[p. 133]</a></span> éclat singulier; mais pour être classé, il faut -confirmer la confiance que les premiers ouvrages ont donnée du talent -par ceux que l'âge mûr, l'âge de la vraie force, vient ajouter et -ajoute presque toujours, quand le talent est d'une force réelle.</p> - -<p>Des hommes très brillants n'ont jamais fait de chefs-d'œuvre; -ils ont presque toujours fait des ouvrages qui ont passé pour des -chefs-d'œuvre au moment de leur apparition, à raison de la mode, -de l'à-propos, tandis que de véritables chefs-d'œuvre de finesse -ou de profondeur passaient inaperçus dans la foule, ou amèrement -critiqués, à cause de leur étrangeté apparente et de leur éloignement -des idées du moment, pour reparaître plus tard à la vérité dans tout -leur jour et être estimés à leur valeur, quand on a oublié les formes -de convention<a name="NoteRef_168_156" id="NoteRef_168_156"></a><a href="#Note_168_156" class="fnanchor">[168]</a> qui ont donné la vogue aux ouvrages éphémères très -vantés d'abord; il est rare que cette justice ne soit pas rendue tôt ou -tard aux grandes productions de l'esprit humain dans tous les genres; -ce serait, avec les persécutions dont la vertu est presque toujours -l'objet, un argument de plus en faveur de l'immortalité de l'âme. Il -faut espérer que de si grands hommes, méprisés ou persécutés de leur -vivant, trouveront une récompense qui les a fuis dans le terrestre -séjour, quand ils seront parvenus dans une sphère où ils<span class="pagenum"><a name="Page_134" id="Page_134">[p. 134]</a></span> jouiront d'un -bonheur dont nous n'avons pas l'idée, mais auquel se mêlerait celui de -voir, d'en haut, la justice que leur garde la postérité.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>25 <i>février</i>.—Feuilleton admirable de Gautier<a name="NoteRef_169_157" id="NoteRef_169_157"></a><a href="#Note_169_157" class="fnanchor">[169]</a> sur la mort de -Heine, dans le <i>Moniteur</i> de ce jour.</p> - -<p>Je lui écris: «Mon cher Gautier, votre oraison funèbre de Heine est un -vrai chef-d'œuvre dont je ne puis m'empêcher de vous complimenter. -Son impression me suit toujours, et il ira rejoindre ma collection -d'<i>excerptæ célèbres.</i> Eh quoi! votre art, qui a tant de ressources -que le nôtre n'a pas, est-il donc cependant, dans de certaines -conditions, plus éphémère que la fragile peinture? Que deviendront -quatre pages charmantes écrites dans un feuilleton entre le catalogue -des actions vertueuses des quatre-vingt-six départements et le narré -d'un vaudeville d'avant-hier? Pourquoi n'a-t-on pas averti quelques -hommes zélés pour les vrais et grands talents? Je ne savais pas même la -mort de ce pauvre Heine: j'aurais voulu sentir devant cette bière qui -emportait tant de feu et d'esprit ce que vous avez si bien senti. Je -vous envoie ce petit hommage, moins pour les obligations que je vous ai -d'ailleurs, que pour le plaisir triste et doux que j'ai eu à vous lire. -Mille amitiés sincères.»</p> - -<p><span class="pagenum"><a name="Page_135" id="Page_135">[p. 135]</a></span></p> - -<p>—J'ai été chez Delangle, qui a été aimable pour moi. J'y ai vu -Béranger<a name="NoteRef_170_158" id="NoteRef_170_158"></a><a href="#Note_170_158" class="fnanchor">[170]</a>: nous nous sommes rappelé notre connaissance dans la -triste circonstance de la mort du cher Wilson.</p> - -<p>J'ai été ensuite chez Thayer: il demeure dans un vaste terrain planté, -occupé par plusieurs maisons. Moreau, qui était là, venait d'entrer -dans un bal, chez des personnes inconnues, croyant se trouver chez -ledit Thayer: luxe à la mode, ameublements, dorures, valetaille, etc. -Les petits fuient les grands; il y a un buffet, comme aux Tuileries, où -des hommes en habit noir vous servent le thé, les glaces, etc.</p> - -<hr class="b2" /> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_165_153" id="Note_165_153"></a><a href="#NoteRef_165_153"><span class="label">[165]</span></a> <i>Benoît Champy</i>(1805-1872), magistrat et homme -politique. Avocat, puis député, il devint en 1856 président du tribunal -de la Seine.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_166_154" id="Note_166_154"></a><a href="#NoteRef_166_154"><span class="label">[166]</span></a> <i>Charles Merruau</i> (1807-1882), professeur, puis -rédacteur en chef du <i>Constitutionnel</i>; il fut nommé en 1850 secrétaire -général de la Préfecture de la Seine.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_167_155" id="Note_167_155"></a><a href="#NoteRef_167_155"><span class="label">[167]</span></a> Le <i>marquis de Pastoret</i>, sénateur, faisait partie -depuis 1855 de la commission municipale.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_168_156" id="Note_168_156"></a><a href="#NoteRef_168_156"><span class="label">[168]</span></a> Voir au début du deuxième volume le développement d'une -idée similaire à propos de la musique. C'est ce qu'il appelait d'une -formule générale la <i>rhétorique.</i></p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_169_157" id="Note_169_157"></a><a href="#NoteRef_169_157"><span class="label">[169]</span></a> Ce feuilleton de Th. <i>Gautier</i> sur H. <i>Heine</i> n'est -autre que la très belle et très éloquente étude qui fut insérée dans -la traduction des œuvres de H. Heine, et dans laquelle le critique -avait fait mieux que dépasser la manière un peu étroite que lui -reproche trop souvent Delacroix.</p></div> - - - -<hr class="b2" /> - -<p>6 <i>mars.</i>—Dîner chez Bertin. Fait le croquis pour le prince Demidoff, -et aussi pour Benoît Fould<a name="NoteRef_171_159" id="NoteRef_171_159"></a><a href="#Note_171_159" class="fnanchor">[171]</a>.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>9 <i>mars.</i>—Chez Lefuel avec Cavelier<a name="NoteRef_172_160" id="NoteRef_172_160"></a><a href="#Note_172_160" class="fnanchor">[172]</a>. Causé chez lui des travaux -du Louvre.</p> - -<p><span class="pagenum"><a name="Page_136" id="Page_136">[p. 136]</a></span></p> - -<p class="center">*</p> - -<p>15 <i>mars.</i>—Journée passée à l'Hôtel de ville jusqu'à une heure du -matin, en attendant les couches de l'Impératrice<a name="NoteRef_173_161" id="NoteRef_173_161"></a><a href="#Note_173_161" class="fnanchor">[173]</a>.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>16 <i>mars.</i>—Andrieu commence à travailler à l'église<a name="NoteRef_174_162" id="NoteRef_174_162"></a><a href="#Note_174_162" class="fnanchor">[174]</a>.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>20 <i>mars.</i>—Boulangé<a name="NoteRef_175_163" id="NoteRef_175_163"></a><a href="#Note_175_163" class="fnanchor">[175]</a> est venu pour la première fois à l'église. -J'y ai été le matin. Désappointement. Je me suis entêté l'année -dernière en travaillant trop longtemps. J'en ai trop fait sur de -mauvaises données.</p> - -<p>Le soir, chez Bixio et chez Bertin.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>27 <i>mars.</i>—Emporter à la campagne les tableaux pour Beugniet, -l'esquisse pour Dutilleux<a name="NoteRef_176_164" id="NoteRef_176_164"></a><a href="#Note_176_164" class="fnanchor">[176]</a>, l'<i>Arabe descendu de cheval</i><a name="NoteRef_177_165" id="NoteRef_177_165"></a><a href="#Note_177_165" class="fnanchor">[177]</a>, le -<i>Petit Combat</i>, aquarelle faite à Dieppe.</p> - -<p>Emporter Edgar Poë, le <i>Petit Christ</i><a name="NoteRef_178_166" id="NoteRef_178_166"></a><a href="#Note_178_166" class="fnanchor">[178]</a>, de Roché,<span class="pagenum"><a name="Page_137" id="Page_137">[p. 137]</a></span> la <i>Pieta</i><a name="NoteRef_179_167" id="NoteRef_179_167"></a><a href="#Note_179_167" class="fnanchor">[179]</a> -de l'église, les <i>Convulsionnaires</i><a name="NoteRef_180_168" id="NoteRef_180_168"></a><a href="#Note_180_168" class="fnanchor">[180]</a>, l'<i>Ovide</i><a name="NoteRef_181_169" id="NoteRef_181_169"></a><a href="#Note_181_169" class="fnanchor">[181]</a>, le <i>Chiron</i>, -pour Moreau.</p> - -<p>Finir avant de partir les <i>Lions</i>, de Détrimont, la <i>Barque</i><a name="NoteRef_182_170" id="NoteRef_182_170"></a><a href="#Note_182_170" class="fnanchor">[182]</a>, de -Morny, le <i>Cavalier grec</i><a name="NoteRef_183_171" id="NoteRef_183_171"></a><a href="#Note_183_171" class="fnanchor">[183]</a>, pour Tedesco, le tableau pour Haro, -l'<i>Hamlet.</i></p> - -<p>Reporter le <i>Roméo</i><a name="NoteRef_184_172" id="NoteRef_184_172"></a><a href="#Note_184_172" class="fnanchor">[184]</a> à Mme Delessert.</p> - -<hr class="b2" /> -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_170_158" id="Note_170_158"></a><a href="#NoteRef_170_158"><span class="label">[170]</span></a> <i>Béranger</i> mourut l'année suivante.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_171_159" id="Note_171_159"></a><a href="#NoteRef_171_159"><span class="label">[171]</span></a> C'est sans doute l'esquisse <i>d'Ovide chez les Scythes</i>, -un des meilleurs tableaux du maître, et qui fut exposé en 1859. -</p> -<p> -M. Moreau ayant demandé un tableau à Delacroix pour M. Benoît Fould, -Delacroix lui écrit le 11 mars 1856: «Je m'étais occupé tout de suite -de chercher des sujets pour répondre au désir que vous m'avez si -aimablement exprimé de la part de M. B. Fould. Après avoir hésité -quelque temps, je me suis rappelé une esquisse que j'ai traitée, il -y a un an environ, dans le projet d'en faire un tableau. Je crois le -sujet assez favorable, avec figures, animaux, paysages, etc. C'est -<i>Ovide exilé chez les Scythes</i>, auquel les naïfs habitants apportent -des fruits, du laitage, etc.» (<i>Corresp.</i>, t. II, p. 140 et 141, et -<i>Catalogue Robaut</i>, n° 1376.)</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_172_160" id="Note_172_160"></a><a href="#NoteRef_172_160"><span class="label">[172]</span></a> <i>Jules Cavelier</i> (1814-1894), statuaire, élève de David -d'Angers, auteur d'un grand nombre d'œuvres fort importantes et -membre de l'Académie des Beaux-Arts depuis 1865.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_173_161" id="Note_173_161"></a><a href="#NoteRef_173_161"><span class="label">[173]</span></a> Le Prince impérial naquit le 16 mars 1856.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_174_162" id="Note_174_162"></a><a href="#NoteRef_174_162"><span class="label">[174]</span></a> Saint-Sulpice.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_175_163" id="Note_175_163"></a><a href="#NoteRef_175_163"><span class="label">[175]</span></a> <i>Louis Boulangé</i>, peintre, élève de Delacroix, qui -lui écrit le 13 mars 1856: «Vous me rendriez bien service, s'il vous -était possible de vous mettre à mon travail de Saint-Sulpice. Ce ne -serait pas pour les ornements, mais pour les fonds des deux tableaux -pour lesquels vous avez promis de m'aider... Je ne puis continuer mes -figures, sans que ces parties soient très avancées.» (<i>Corresp.</i>, t. -II, p. 140 et 141.)</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_176_164" id="Note_176_164"></a><a href="#NoteRef_176_164"><span class="label">[176]</span></a> <i>Saint Michel terrassant le dragon</i>, que Dutilleux avait -demandé pour M. Le Gentil, d'Arras. (Voir <i>Catalogue Robault</i>, n° -1287.)</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_177_165" id="Note_177_165"></a><a href="#NoteRef_177_165"><span class="label">[177]</span></a> Voir <i>Catalogue Robault</i>, n° 1175.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_178_166" id="Note_178_166"></a><a href="#NoteRef_178_166"><span class="label">[178]</span></a> Voir <i>Catalogue Robault</i>, n° 1289.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_179_167" id="Note_179_167"></a><a href="#NoteRef_179_167"><span class="label">[179]</span></a> Réduction de la peinture murale de l'église du -Saint-Sacrement. (Voir <i>Catalogue Robaut</i>, n° 769.)</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_180_168" id="Note_180_168"></a><a href="#NoteRef_180_168"><span class="label">[180]</span></a> Voir <i>Catalogue Robaut</i>, n° 1316.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_181_169" id="Note_181_169"></a><a href="#NoteRef_181_169"><span class="label">[181]</span></a> Sans doute le tableau d'<i>Ovide chez les Scythes</i>, -commandé par M. Moreau pour M. Fould.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_182_170" id="Note_182_170"></a><a href="#NoteRef_182_170"><span class="label">[182]</span></a> Voir <i>Catalogue Robaut</i>, n<sup>os</sup> 1218 et 1219.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_183_171" id="Note_183_171"></a><a href="#NoteRef_183_171"><span class="label">[183]</span></a> Ce tableau ne fut terminé qu'en 1859. (Voir <i>Catalogue -Robaut</i>, n° 1389.)</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_184_172" id="Note_184_172"></a><a href="#NoteRef_184_172"><span class="label">[184]</span></a> Ce tableau avait dû subir une restauration. (Voir -<i>Catalogue Robaut</i>, n° 939.)</p></div> - - -<hr class="b2" /> - -<p>2 <i>avril.</i>—Donné à Haro:</p> - -<p>L'étude sur carton d'après les arbres sur le lac de Valmont; vieux -carton mal équarri pour le maroufler.</p> - -<p>L'étude sur toile pour rentoiler, faite à Champrosay, de la fontaine de -Baÿvet, effet de soleil couchant.</p> - -<p><i>Le Christ portant sa croix</i><a name="NoteRef_185_173" id="NoteRef_185_173"></a><a href="#Note_185_173" class="fnanchor">[185]</a>, sur carton, à parqueter.</p> - -<p>Lui redemander l'<i>Arabe assis</i> et les études de <i>Chats</i><a name="NoteRef_186_174" id="NoteRef_186_174"></a><a href="#Note_186_174" class="fnanchor">[186]</a> au bitume.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>6 <i>avril.</i>—Je lis avec beaucoup d'intérêt depuis quelques jours -la traduction d'<i>Edgar Poë</i><a name="NoteRef_187_175" id="NoteRef_187_175"></a><a href="#Note_187_175" class="fnanchor">[187]</a>, de<span class="pagenum"><a name="Page_138" id="Page_138">[p. 138]</a></span> Baudelaire. Il y a dans ces -conceptions vraiment extraordinaires, c'est-à-dire extra-humaines, -un attrait de fantastique qui est attribué à quelques natures du -Nord ou de je ne sais où, mais qui est refusé, à coup sûr, à nos -natures françaises. Ces gens-là ne se plaisent que dans ce qui est -hors ou extra-nature: nous ne pouvons, nous autres, perdre à ce point -l'équilibre, et la raison doit être de tous nos écarts. Je conçois à -la rigueur une débauche du genre de celle-là, mais tous ces contes -sont sur le même ton. Je suis sûr qu'il n'y a pas un Allemand qui -ne se trouve là comme chez lui. Bien qu'il y ait un talent des plus -remarquables dans ces conceptions, je crois qu'il est d'un ordre -inférieur à celui qui consiste à peindre le vrai. J'accorde que la -lecture de <i>Gil Blas</i> ou de l'Arioste ne donne pas des sensations -de cet ordre, et quand ce ne serait que comme moyen de varier nos -jouissances, ce genre a son mérite et tient l'imagination en éveil; -mais on n'en peut prendre à de fortes doses, et cette continuité -dans l'horrible ou l'impossible rendu probable est pour nous un -travers d'esprit. Il ne faut pas croire que ces auteurs-là aient plus -d'imagination que ceux qui se contentent de décrire les choses comme -elles sont, et il est certainement plus facile d'inventer par ce -moyen des situations<span class="pagenum"><a name="Page_139" id="Page_139">[p. 139]</a></span> frappantes, que par la route battue des esprits -intelligents de tous les siècles.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>8 <i>avril.</i>—Dîner chez la princesse, qui va partir.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>9 <i>avril.</i>—Chez Mme d'Haussonville<a name="NoteRef_188_176" id="NoteRef_188_176"></a><a href="#Note_188_176" class="fnanchor">[188]</a>.</p> - -<p>J'ai songé hier dans une course à Saint-Sulpice à faire quelque -chose sur la marche nécessaire que suivent tous les arts, qui vont -toujours se raffinant de plus en plus; l'origine de cette idée vient -de l'impression que m'ont faite hier chez la princesse les morceaux de -Mozart que Gounod a passés en revue: mon impression a été confirmée ce -soir chez Mme d'Haussonville, en entendant l'air des <i>Nozze</i> chanté -par Mme Viardot. Bertin me disait de cette musique qu'elle est trop -pleine de délicatesse et d'une expression portée aux dernières limites -pour aller au public. Ce n'est pas cela qu'il faut dire: dans les -époques comme les nôtres, le public arrive à cet amour du détail avec -les ouvrages qui l'ont mis en goût de raffiner sur tout. Ce n'est pas, -au contraire, dans notre temps, pour le public qu'il faut peindre à -grands traits: ce serait bien plutôt pour les esprits infiniment rares -qui s'élèvent au-dessus des intelligences communes, qui se nourrissent -encore des beautés des grandes époques, en un mot qui aiment le beau, -c'est-à-dire la simplicité.</p> - -<p><span class="pagenum"><a name="Page_140" id="Page_140">[p. 140]</a></span></p> - -<p>Il faut donc des tableaux à grands traits; dans les âges primitifs, les -ouvrages des arts sont ainsi: le fond de mon idée était la nécessité -d'être de son temps. Voltaire, dans le <i>Huron</i>, lui fait dire: <i>Les -tragédies des Grecs sont bonnes pour des Grecs</i>, et il a raison; -de là le ridicule de tenter de remonter le courant et de faire de -l'archaïsme. Racine paraît raffiné déjà en comparaison de Corneille; -mais combien on a raffiné depuis Racine! Walter Scott, Rousseau -d'abord, sont allés creuser ces sentiments d'impressions vagues et de -mélancolie, que les anciens ont à peine soupçonnées; nos modernes ne -peignent plus seulement les sentiments; ils décrivent l'extérieur, ils -analysent tout.</p> - -<p>Dans la musique, le perfectionnement des instruments ou l'invention -d'instruments nouveaux donne la tentation d'aller plus avant dans -certaines imitations. On en viendra à imiter matériellement le bruit du -vent, de la mer, d'une cascade. Mme Ristori, l'année dernière, dans la -<i>Pia</i><a name="NoteRef_189_177" id="NoteRef_189_177"></a><a href="#Note_189_177" class="fnanchor">[189]</a>, rendait d'une manière très vraie, mais très repoussante, -l'agonie du personnage. Ces objets, dont Boileau dit qu'il faut les -<i>offrir à l'oreille</i> et les <i>éloigner des yeux</i>, sont maintenant du -domaine des arts; il faut nécessairement perfectionner au théâtre -les décorations et les costumes. Il est même évident que ce n'est -pas tout à fait de mauvais goût. Il faut raffiner sur tout, il faut -contenter tous les sens: on en viendra à exécuter des symphonies,<span class="pagenum"><a name="Page_141" id="Page_141">[p. 141]</a></span> en -même temps qu'on offrira aux yeux de beaux tableaux pour en compléter -l'impression<a name="NoteRef_190_178" id="NoteRef_190_178"></a><a href="#Note_190_178" class="fnanchor">[190]</a>.</p> - -<p>On dit que Zeuxis ou un autre célèbre peintre dans l'antiquité avait -exposé un tableau représentant un guerrier ou les horreurs de la -guerre: il faisait jouer de la trompette derrière le tableau pour -exalter encore davantage les bons spectateurs. On ne pourra plus faire -une bataille sans brûler un peu de poudre aux environs, pour exciter -complètement l'émotion ou mieux pour la réveiller.</p> - -<p>Pour être plus près de la vérité, il y a déjà une vingtaine d'années, -on avait été, sur la scène de l'Opéra, jusqu'à faire les décorations -réelles comme dans l'opéra de la <i>Juive</i><a name="NoteRef_191_179" id="NoteRef_191_179"></a><a href="#Note_191_179" class="fnanchor">[191]</a> et dans celui de -<i>Gustave</i><a name="NoteRef_192_180" id="NoteRef_192_180"></a><a href="#Note_192_180" class="fnanchor">[192]</a>. Dans le premier, on voyait de vraies statues sur la -scène et autres accessoires qu'on imite ordinairement par la peinture; -dans <i>Gustave</i>, il y avait de vrais rochers, imités à la vérité, mais -par des blocs saillants. Ainsi, par l'amour de l'illusion, on arrivait -à la supprimer tout à fait. On conçoit que des colonnes ou des statues -placées sur la scène dans la condition où on voit ordinairement les -décorations et éclairées par des lumières venant de tous côtés perdent -toute espèce<span class="pagenum"><a name="Page_142" id="Page_142">[p. 142]</a></span> d'effet; c'est à cette époque qu'on introduisit sur la -scène de vraies armures, etc.; on revenait ainsi à l'enfance de l'art -à force de perfectionnements. Les enfants, dans leurs jeux, quand ils -imitent la représentation d'une pièce, se servent, pour faire des -arbres, de vraies branches d'arbres; on devait faire ainsi aux époques -où on a inventé le théâtre. On nous dit que les pièces de Shakespeare -ont été en général représentées dans des espèces de granges, et on n'y -faisait pas tant de façon. Les changements perpétuels de décoration -qui, pour le dire en passant, semblent le fait d'un art déjà perverti -plutôt qu'avancé, étaient exprimés par un écriteau: Ceci est une forêt; -ceci est une prison, etc. Dans ce cadre de convention, l'imagination -du spectateur voyait s'agiter des personnages animés de passions -prises sur la nature, et cela suffisait. L'indigence de l'invention -s'appuie volontiers sur ces prétendues innovations. La description qui -foisonne dans les romans modernes est un signe de stérilité: il est -incontestablement plus facile de décrire l'extérieur des choses que de -suivre délicatement le développement des caractères et la peinture du -cœur.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>14 <i>avril.</i>—Livré depuis le mois de novembre: répétitions:</p> - -<p> -<i>Grec à cheval</i> <span class="linenum2">1,200 fr.</span><br /> -<br /> -<span class="pagenum"><a name="Page_143" id="Page_143">[p. 143]</a></span> -<i>Cavalier grec et turc</i>(Tedesco)<a name="NoteRef_193_181" id="NoteRef_193_181"></a><a href="#Note_193_181" class="fnanchor">[193]</a> <span class="linenum2"> 1,600 "</span><br /> - -<i>Clorinde</i><a name="NoteRef_194_182" id="NoteRef_194_182"></a><a href="#Note_194_182" class="fnanchor">[194]</a> <span class="linenum2"> 2,000 "</span><br /> - -Les <i>Lions</i> en petit<a name="NoteRef_195_183" id="NoteRef_195_183"></a><a href="#Note_195_183" class="fnanchor">[195]</a> <span class="linenum2"> 2,000 "</span><br /> - -Petit <i>Marocain à cheval</i> (Barye) <span class="linenum2"> 300 "</span><br /> - -<i>Hamlet et Polonius</i><a name="NoteRef_196_184" id="NoteRef_196_184"></a><a href="#Note_196_184" class="fnanchor">[196]</a> <span class="linenum2"> 1,000 "</span><br /> - -Vendu il y a un mois le <i>Marino Faliero</i><a name="NoteRef_197_185" id="NoteRef_197_185"></a><a href="#Note_197_185" class="fnanchor">[197]</a> <span class="linenum2">12,000 "</span><br /> - -Il me reste à faire:<br /> - -L'<i>Ovide</i> de M. Fould<a name="NoteRef_198_186" id="NoteRef_198_186"></a><a href="#Note_198_186" class="fnanchor">[198]</a> <span class="linenum2"> 6,000 "</span><br /> - -Le tableau de M. Demidoff <span class="linenum2"> 3,000 "</span><br /> - -L'<i>Empereur du Maroc</i><a name="NoteRef_199_187" id="NoteRef_199_187"></a><a href="#Note_199_187" class="fnanchor">[199]</a> <span class="linenum2"> 2,500 "</span><br /> - -L'<i>Herminie</i><a name="NoteRef_200_188" id="NoteRef_200_188"></a><a href="#Note_200_188" class="fnanchor">[200]</a> <span class="linenum2"> 2,000 "</span><br /> -</p> - - -<p>Beugniet en veut un petit; Détrimont aussi.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>16 <i>avril.</i>—Il faut retourner chez Mme d'Haussonville.</p> - -<p><i>Du besoin de raffinement dans les temps de décadence</i> (même sujet -qu'au 9 avril précédent). Les plus grands esprits ne peuvent s'y -soustraire: on croit trouver un genre nouveau en mettant des détails<span class="pagenum"><a name="Page_144" id="Page_144">[p. 144]</a></span> -là où les anciens n'en mettaient pas. Les Anglais, les Germaniques nous -ont toujours poussés dans cette route. Shakespeare est très raffiné. -En peignant avec une grande profondeur de sentiment que les anciens -négligeaient ou ne connaissaient même pas, il découvrit tout un petit -monde de sentiments qui sont chez tous les hommes de tous les temps à -l'état confus et qui ne semblent pas destinés à arriver à la lumière, -ou à être analysés, avant qu'un génie particulièrement doué ait porté -le flambeau dans les coins secrets de notre âme. Il semble qu'il faut -à l'écrivain une érudition prodigieuse; mais on sait combien il est -facile de prendre le change à ce sujet, et ce qu'il y a de réel sous -cette apparence de science universelle.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>22 <i>avril.</i>—Rossini est venu dans la journée.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>23 <i>avril.</i>—Chez Rossini, à neuf heures et demie. Musique. -Vivier<a name="NoteRef_201_189" id="NoteRef_201_189"></a><a href="#Note_201_189" class="fnanchor">[201]</a>, Bottesini<a name="NoteRef_202_190" id="NoteRef_202_190"></a><a href="#Note_202_190" class="fnanchor">[202]</a>, et une dame qui a joué des morceaux de -Rameau pour piano.</p> - - -<hr class="b2" /> -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_185_173" id="Note_185_173"></a><a href="#NoteRef_185_173"><span class="label">[185]</span></a> Voir <i>Catalogue Robaut</i>, n° 1313, comme disposition.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_186_174" id="Note_186_174"></a><a href="#NoteRef_186_174"><span class="label">[186]</span></a> Voir <i>Catalogue Robaut</i>, n° 785.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_187_175" id="Note_187_175"></a><a href="#NoteRef_187_175"><span class="label">[187]</span></a> Baudelaire envoyait à Delacroix tout ce qu'il -produisait: salons, études littéraires, traductions, poésies, et -l'on trouve dans la correspondance du peintre plusieurs lettres de -remerciement prouvant que celui-ci avait compris et goûté la manière -du poète: «Je vous dois beaucoup de remerciements pour les <i>Fleurs du -mal</i>, lui écrit-il en 1858; je vous en ai déjà parlé en l'air, mais -cela mérite tout autre chose.» (<i>Corresp.</i>, t. II, p. 178.)</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_188_176" id="Note_188_176"></a><a href="#NoteRef_188_176"><span class="label">[188]</span></a> <i>Madame d'Haussonville</i> était fille du duc de Broglie. -Son mari, le comte d'Haussonville, succéda en 1809 à M. Viennet à -l'Académie française.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_189_177" id="Note_189_177"></a><a href="#NoteRef_189_177"><span class="label">[189]</span></a> <i>Pia dei Tolomeï</i>, drame en cinq actes et en vers de -<i>Carlo Marenco</i>, joué avec un grand succès en 1855, à Paris, par Mme -Ristori.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_190_178" id="Note_190_178"></a><a href="#NoteRef_190_178"><span class="label">[190]</span></a> Cette prédiction devait se réaliser trente années plus -tard par les soins d'un peintre étranger expert en toutes réclames, et -trop connu pour qu'il soit besoin de rappeler son nom.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_191_179" id="Note_191_179"></a><a href="#NoteRef_191_179"><span class="label">[191]</span></a> Cet opéra d'Halévy et de Scribe fut représenté le 23 -février 1835.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_192_180" id="Note_192_180"></a><a href="#NoteRef_192_180"><span class="label">[192]</span></a> <i>Gustave III, ou le Bal masqué</i>, opéra en cinq actes, -d'Auber, paroles de Scribe, représenté à l'Académie royale de musique -le 27 février 1833. Au troisième acte, la scène se passait aux environs -de Stockholm, dans un site sauvage, la nuit, au milieu de roches de -formes sinistres.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_193_181" id="Note_193_181"></a><a href="#NoteRef_193_181"><span class="label">[193]</span></a> Voir <i>Catalogue Robaut</i>, n° 1293.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_194_182" id="Note_194_182"></a><a href="#NoteRef_194_182"><span class="label">[194]</span></a> Voir <i>Catalogue Robault</i>, n° 1290.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_195_183" id="Note_195_183"></a><a href="#NoteRef_195_183"><span class="label">[195]</span></a> Voir <i>Catalogue Robault</i>, n° 1308.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_196_184" id="Note_196_184"></a><a href="#NoteRef_196_184"><span class="label">[196]</span></a> Répétition et variante du tableau de Delacroix de 1843. -(Voir <i>Catalogue Robault</i>, n° 943.)</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_197_185" id="Note_197_185"></a><a href="#NoteRef_197_185"><span class="label">[197]</span></a> Il est curieux de constater que ce tableau, exposé en -1827, ne trouva acquéreur qu'en 1856, c'est-à-dire près de trente ans -après sa première apparition. (Voir <i>Catalogue Robault</i>, n° 160.)</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_198_186" id="Note_198_186"></a><a href="#NoteRef_198_186"><span class="label">[198]</span></a> <i>Ovide chez les Scythes.</i> Ce tableau, qui a figuré à -la deuxième exposition des Cent chefs-d'œuvre, en 1892, appartient -aujourd'hui à M. de Sourdeval. (Voir <i>Catalogue Robault</i>, n° 1376.)</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_199_187" id="Note_199_187"></a><a href="#NoteRef_199_187"><span class="label">[199]</span></a> Voir <i>Catalogue Robault</i>, n° 1441.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_200_188" id="Note_200_188"></a><a href="#NoteRef_200_188"><span class="label">[200]</span></a> Voir <i>Catalogue Robault</i>, n° 1384 et <i>supplément.</i></p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_201_189" id="Note_201_189"></a><a href="#NoteRef_201_189"><span class="label">[201]</span></a> <i>Eugène Vivier</i>, qui s'est placé au premier rang des -cornistes de son époque.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_202_190" id="Note_202_190"></a><a href="#NoteRef_202_190"><span class="label">[202]</span></a> <i>Giovanni Bottesini</i>, contrebassiste italien, qui n'eut -pas de rival comme virtuose. Il était en 1856 chef d'orchestre au -Théâtre-Italien.</p></div> - -<hr class="b2" /> - -<p>2 <i>mai.</i>—Se rappeler l'histoire de la Toison d'or, réelle, -c'est-à-dire la manière actuelle encore de recueillir l'or dans le -Pactole, et les lieux où s'est passée la fable de Jason: peaux de -mouton noir attachées<span class="pagenum"><a name="Page_145" id="Page_145">[p. 145]</a></span> à des perches et traînées dans le lit du fleuve -qui est très profond.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>6 <i>mai.</i>—Travaillé le matin au <i>Christ</i> de M. Roché. À trois heures et -demie à Saint-Sulpice. Nous dessinons les cartons du plafond.</p> - -<p>Je reviens dîner; je dors toute la soirée malgré mon projet d'aller -voir Autran<a name="NoteRef_203_191" id="NoteRef_203_191"></a><a href="#Note_203_191" class="fnanchor">[203]</a>, et je me couche à minuit, à peu près.</p> - -<p>J'ai lu le soir à Jenny plusieurs scènes d'<i>Athalie.</i></p> - -<p class="center">*</p> - -<p>8 <i>mai.</i>—Dîner chez Mme de Forget. Je mourrai de tous ces dîners<a name="NoteRef_204_192" id="NoteRef_204_192"></a><a href="#Note_204_192" class="fnanchor">[204]</a>.</p> - -<p>—Charmant ton demi-teinte de fond de terrain, roches, etc. Dans le -rocher, derrière l'Ariane, le ton de <i>terre d'ombre naturelle et blanc</i> -avec <i>laque jaune.</i></p> - -<p>—Le ton local chaud pour la chair à côté de <i>laque</i> et <i>vermillon: -jaune de zinc, vert de zinc, cadmium</i>, un peu de <i>terre d'ombre, -vermillon.</i>—Vert dans le même genre: <i>chrome clair, ocre jaune, vert -émeraude.</i>—Le <i>chrome clair</i> fait mieux que tout cela, mais il est -dangereux alors, il faut supprimer les <i>zincs.</i></p> - -<p>—Cette nuance en mêlant avec ce ton de <i>laque</i> et <i>blanc.</i></p> - -<p><span class="pagenum"><a name="Page_146" id="Page_146">[p. 146]</a></span></p> - -<p>—<i>Bleu de Prusse, ocre de ru, vert neutre</i> qui entre bien dans la -chair.</p> - -<p>—<i>Laque jaune, ocre jaune, vermillon.</i></p> - -<p>—<i>Terre de Sienne naturelle. Cassel.</i></p> - -<p>—Ces tons verdâtres sont une excellente localité avec un ton de <i>rouge -Van Dyck</i> ou <i>indien</i> et <i>blanc</i> rompu avec un gris mélangé et rompu -lui-même.</p> - -<p>—<i>Terre d'ombre, blanc cobalt.</i> Joli gris.</p> - -<p>—Ce ton, avec <i>vermillon laque</i>, donne un ton de demi-teinte charmant -pour chair fraîche.</p> - -<p>—Avec <i>terre d'Italie vermillon</i> localité plus chaude.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>9 <i>mai.</i>—Chez Benoît. Dans la journée à Saint-Sulpice, chez Wyld<a name="NoteRef_205_193" id="NoteRef_205_193"></a><a href="#Note_205_193" class="fnanchor">[205]</a>, -chez Alberthe.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>10 <i>mai.</i>—Peinture esquisse pour l'ami de Dutilleux.</p> - -<p>Dessin à Wey.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>11 <i>mai.</i>—Demander à Haro cartons pour mettre derrière tableau. Chez -le baron Michel<a name="NoteRef_206_194" id="NoteRef_206_194"></a><a href="#Note_206_194" class="fnanchor">[206]</a> à trois heures. Il me dit que les remèdes de ses -amis les médecins n'avaient fait qu'empirer sa maladie, un<span class="pagenum"><a name="Page_147" id="Page_147">[p. 147]</a></span> catarrhe -à la vessie survenu sans cause apparente. L'hygiène seule la guéri -radicalement. Il ne boit pas de vin.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>12 <i>mai.</i>—Ricourt venu.</p> - -<p>Vous trouvez que vous n'êtes jamais assez savant.—Le dessin -d'Ingres.—La bouteille d'huile grasse et d'huile blanche de -Decamps.—Pas une touche fausse dans les hommes de sentiment.—Étudier -sans relâche avant; une fois en scène, faites des fautes, s'il le faut, -mais <i>exécutez librement.</i></p> - -<p class="center">*</p> - -<p>15 <i>mai.</i>—Chez Mme de Forget un instant le soir.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p><i>Champrosay</i>, 17 <i>mai.</i>—Parti pour Champrosay à onze heures un quart -par le chemin de Lyon. Pluie battante à Villeneuve-Saint-Georges, comme -déjà l'an dernier et presque tous les ans.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>18 <i>mai.</i>—Journée d'inertie. On doit coller du papier demain.</p> - -<p>Je dors toute la journée sans me décider à sortir. Je lis l'<i>Essai sur -les mœurs</i>, de Voltaire, et j'en suis ravi.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>19 <i>mai.</i>—Je compose toute la matinée pendant qu'on colle le papier.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>20 <i>mai.</i>—Sur l'âme après la mort. Je trouve ceci dans un article sur -la <i>Religion actuelle</i>, de M. Jules<span class="pagenum"><a name="Page_148" id="Page_148">[p. 148]</a></span> Simon, dans la <i>Presse</i>: «Pour -quiconque ne soumet pas sa raison, etc., nous pouvons faire beaucoup de -conjectures à notre avantage et avoir de belles espérances, mais non -point aucune assurance.»</p> - -<p>Je commence à travailler.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>22 <i>mai.</i>—Mme Villot venue à Champrosay avec la petite Stella. Elles -ont dîné avec moi et sont reparties le soir.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>26 <i>mai.</i>—Acheter la <i>Presse</i> de dimanche 25 mai, article de -Saint-Victor<a name="NoteRef_207_195" id="NoteRef_207_195"></a><a href="#Note_207_195" class="fnanchor">[207]</a> sur le <i>Cid.</i> Aller voir Mme Lamey.</p> - -<p><span class="pagenum"><a name="Page_149" id="Page_149">[p. 149]</a></span></p> - -<p>J'ai travaillé beaucoup à Champrosay. J'ai ébauché sur la toile, où -j'avais commencé il y a beaucoup d'années, le <i>Fils qui porte le corps -de son père sur le champ de bataille</i> et que j'avais abandonné tout -à fait; j'y ai ébauché le <i>Templier emportant Rebecca du château de -Frondeley pendant le sac et l'incendie de ce repaire</i><a name="NoteRef_208_196" id="NoteRef_208_196"></a><a href="#Note_208_196" class="fnanchor">[208]</a>.</p> - -<p>J'ai ébauché également les <i>Chevaux qui se battent dans l'écurie</i><a name="NoteRef_209_197" id="NoteRef_209_197"></a><a href="#Note_209_197" class="fnanchor">[209]</a>, -et un petit sujet: <i>Cheval en liberté que son maître s'apprête à seller -et qui joue avec un chien</i><a name="NoteRef_210_198" id="NoteRef_210_198"></a><a href="#Note_210_198" class="fnanchor">[210]</a>.</p> - -<p>Avancé les esquisses de M. Hartman, l'<i>Ugolin</i>, la <i>Pieta</i>, etc.</p> - -<p>J'ai reçu ce matin la lettre de Bouchereau, qui m'annonce qu'il va -venir.</p> - -<p>Je suis parti par le dernier convoi le soir.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p><i>Paris</i>, 27 <i>mai.</i>—Bouchereau est venu justement me réveiller au -milieu de la journée; j'ai été heureux de le revoir. Il dîne avec moi -jeudi.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>29 <i>mai.</i>—Dîné chez moi avec Bouchereau.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>30 <i>mai.</i>—«.....Quant à la beauté de la figure, aucune femme ne l'a -jamais égalée... Cependant ses traits n'étaient pas jetés dans ce moule -régulier qu'on nous a faussement enseigné à révérer dans les ouvrages<span class="pagenum"><a name="Page_150" id="Page_150">[p. 150]</a></span> -classiques du paganisme: «<i>Il n'y a pas de beauté exquise</i>, dit lord -Verulam, parlant avec justesse de tous les genres de beauté, <i>sans une -certaine étrangeté dans les proportions.</i>» (Edgar Poë.)</p> - -<p>J'ai été dans la journée inviter F. Leroy à venir dîner lundi avec -Bouchereau: j'ai eu grand plaisir à le revoir.</p> - -<p>En rentrant, continué ma lecture d'Edgar Poë; cette lecture réveille -en moi ce sens du mystérieux qui me préoccupait davantage autrefois -dans ma peinture, et qui a été, je crois, détourné par mes travaux -surplace, sujets allégoriques, etc., etc. Baudelaire dit dans sa -préface <i>que je rappelle en peinture ce sentiment d'idéal si singulier -et se plaisant dans le terrible</i><a name="NoteRef_211_199" id="NoteRef_211_199"></a><a href="#Note_211_199" class="fnanchor">[211]</a>. Il a raison; mais l'espèce de -décousu et l'incompréhensible qui se mêle à ses conceptions<span class="pagenum"><a name="Page_151" id="Page_151">[p. 151]</a></span> ne va -pas à mon esprit. Sa métaphysique et ses recherches sur l'âme, la vie -future, sont des plus singulières et donnent beaucoup à penser. Son Van -Kirck parlant de l'âme, pendant le sommeil magnétique, est un morceau -bizarre et profond qui fait rêver. Il y a de la monotonie dans la -fable de toutes ses histoires; ce n'est, à vrai dire, que cette lueur -fantasmagorique dont il éclaire ces figures confuses, mais effrayantes, -qui fait le charme de ce singulier et très original poète et philosophe.</p> - - -<hr class="b2" /> -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_203_191" id="Note_203_191"></a><a href="#NoteRef_203_191"><span class="label">[203]</span></a> <i>Joseph Autran</i> (1813-1877), poète, qui succéda à -Ponsard à l'Académie française.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_204_192" id="Note_204_192"></a><a href="#NoteRef_204_192"><span class="label">[204]</span></a> Delacroix écrivait, un an plus tard: «Quelque -retiré qu'on vive à Paris, il est impossible de se soustraire à -cette inquiétude perpétuelle dans laquelle on vit, et qui agit -indubitablement sur les ouvrages de l'esprit.» (<i>Corresp.</i>, t. II, p. -108.)</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_205_193" id="Note_205_193"></a><a href="#NoteRef_205_193"><span class="label">[205]</span></a> <i>William Wyld</i> (1806-1889), peintre anglais, élève de -Louis Francia, fut, avec Bonington, un des propagateurs de l'aquarelle -en France. En 1883, il accompagna Horace Vernet de Rome à Alger.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_206_194" id="Note_206_194"></a><a href="#NoteRef_206_194"><span class="label">[206]</span></a> Le <i>baron Michel</i> (1786-1856), médecin militaire, qui -prit part à toutes les campagnes de l'Empire et devint médecin en chef -de l'hôpital du Gros-Caillou et des Invalides.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_207_195" id="Note_207_195"></a><a href="#NoteRef_207_195"><span class="label">[207]</span></a> À cette époque déjà Paul <i>de Saint-Victor</i> écrivait -dans la <i>Presse</i> cette série de feuilletons dramatiques qu'il devait -continuer plus tard au <i>Moniteur universel</i>, et dans lesquels, sous -prétexte de faire le compte rendu des pièces nouvelles, il exécutait -d'admirables variations littéraires sur les grandes œuvres -classiques. On se rappelle la série de ses études sur le drame grec, -qui furent réunies plus tard sous le titre des <i>Deux Masques.</i> À propos -de cet article sur le <i>Cid</i> qu'on trouvera dans la <i>Presse</i> du 25 mai -1856, et dont M. Burty a cité un fragment dans la <i>Correspondance de -Delacroix</i>, voici ce que Delacroix écrivait à Paul de Saint-Victor: -«Je trouve ce matin dans la <i>Presse</i> votre article sur le <i>Cid</i>, et je -ne puis m'empêcher de vous en faire compliment du fond de ma retraite -momentanée. Quel dommage que vous dépensiez votre verve et votre -esprit dans des feuilles qui se dispersent si vite! c'est au point -que revenant demain ou après-demain à Paris, je ne sais si je pourrai -trouver à acheter le numéro paru depuis deux jours.» Puis ensuite, -discutant avec le critique une des idées qu'il a émises, il termine -en disant: «Ma lettre n'est à autre fin que de vous parler de mon -émotion. C'est une pente que je suis quelquefois et à coup sûr. J'écris -cette lettre avec plus de plaisir que presque toutes les autres.» -(<i>Corresp.</i>, tome II, p. 144, 145.) Il ne faut pas oublier d'ailleurs -que Paul de Saint-Victor avait été l'un de ses enthousiastes partisans, -et qu'il avait écrit, notamment après la décoration du Palais-Bourbon, -une série d'articles qui comptent parmi les plus remarquables -commentaires de l'œuvre du maître peintre.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_208_196" id="Note_208_196"></a><a href="#NoteRef_208_196"><span class="label">[208]</span></a> Voir <i>Catalogue Robaut</i>, n° 1383.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_209_197" id="Note_209_197"></a><a href="#NoteRef_209_197"><span class="label">[209]</span></a> Voir <i>Catalogue Robaut</i>, n° 1409.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_210_198" id="Note_210_198"></a><a href="#NoteRef_210_198"><span class="label">[210]</span></a> Voir <i>Catalogue Robaut</i>, n° 1317.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_211_199" id="Note_211_199"></a><a href="#NoteRef_211_199"><span class="label">[211]</span></a> Voici quel est le passage de Baudelaire qui vient -justement à l'appui de la précédente note: «Au sein de cette -littérature où l'air est raréfié, l'esprit peut éprouver cette vaste -angoisse, cette peur prompte aux larmes, et ce malaise au cœur, -qui habitent les lieux immenses et singuliers. Mais l'admiration est -la plus forte, et d'ailleurs <i>l'art est si grand!</i> Les fonds et les -accessoires y sont appropriés aux sentiments des personnages. Solitude -de la nature et agitation des villes, tout y est décrit nerveusement et -fantastiquement. Comme <i>notre Eugène Delacroix</i>, qui a élevé son art à -la hauteur de la grande poésie, Edg. Poë aime à agiter ses figures sur -des fonds violâtres et verdâtres, où se révèlent <i>la phosphorescence -de la pourriture et la senteur de l'orage.</i>» (Préface des <i>Histoires -extraordinaires.</i>) -</p> -<p> -C'était là une idée chère à Baudelaire, dont le goût inné pour le -<i>mystérieux</i> et le <i>bizarre</i> s'était accru encore à la suite de sa -longue fréquentation avec l'œuvre du poète américain. Il suffit de -lire les savoureuses et pénétrantes études qui précèdent les premières -et les nouvelles <i>Histoires extraordinaires</i>, pour se rendre compte de -l'intoxication puissante qu'il avait subie. Dans sa préface des <i>Fleurs -du mal</i>, Th. Gautier commente très finement cet état d'esprit.</p></div> - -<hr class="b2" /> - -<p>6 <i>juin.</i>—J'ai été hier, en sortant de l'Hôtel de ville, voir la -fameuse Exposition agricole. Toutes les têtes sont tournées; on -est dans l'admiration de toutes ces belles imaginations: machines -à exploiter la terre, bêtes de tous les pays amenées à un concours -fraternel de tous les peuples; pas un petit bourgeois qui, sortant de -là, ne se sache un gré infini d'être né dans un siècle si précieux.</p> - -<p>J'ai éprouvé pour mon compte la plus grande tristesse au milieu de -ce rendez-vous bizarre: ces pauvres animaux ne savent ce que leur -veut cette foule stupide; ils ne reconnaissent pas ces gardiens de -hasard qu'on leur a donnés; quant aux paysans qui ont accompagné leurs -bêtes chéries, ils sont couchés près de leurs élèves, lançant sur les -promeneurs désœuvrés des regards inquiets, attentifs à prévenir les -insultes ou les agaceries impertinentes qui ne leur sont pas ménagées.</p> - -<p><span class="pagenum"><a name="Page_152" id="Page_152">[p. 152]</a></span></p> - -<p>Le plus simple bon sens eût suffi pour convaincre de l'inutilité de -cette réunion, avant qu'on l'ait effectuée. La vue même de ces animaux -si divers de forme et de propriétés suffira-t-elle pour convaincre de -la folie qu'il y aurait à les transplanter, à les isoler des conditions -dans lesquelles ils se sont développés et de l'influence du climat -natal? La nature a voulu qu'une vache fût petite en Bretagne et grande -en Écosse. Était-il bien nécessaire d'assembler de si loin et dans un -même lieu ces naïfs?...</p> - -<p>En entrant dans cette exposition de machines destinées à labourer, à -ensemencer, à moissonner, je me suis cru dans un arsenal et au milieu -de machines de guerre; je me figure ainsi ces balistes, ces catapultes, -instruments grossiers et hérissés de pointes de fer, ces chars armés de -faux et de lames acérées; ce sont là les engins de <i>Mars</i> et non de la -blonde <i>Cérès.</i></p> - -<p>La complication de ces instruments effroyables contraste singulièrement -avec l'innocence de la destination; quoi! cette effroyable machine -armée de crocs et de pointes, hérissée de lames tranchantes, est -destinée à donner à l'homme son pain de tous les jours! La charrue, -que je m'étonne de ne pas voir placée parmi les constellations, comme -la <i>lyre</i> et le <i>chariot</i>, ne sera plus qu'un instrument tombé dans le -mépris! Le cheval aussi a fait son temps.</p> - -<p>Ces petites machines à vapeur, avec leurs pistons, leur balancier, leur -gueule enflammée, sont les chevaux de la future société. L'affreux et -lugubre tintamarre<span class="pagenum"><a name="Page_153" id="Page_153">[p. 153]</a></span> de ses roues... Don Quichotte eût mis sa lance en -arrêt!</p> - -<p>Laissez à la Hongrie les bœufs affligés de cornes, dont ils ne -savent que faire!... À quoi bon dans nos plaines ces vaches descendues -des Alpes de la Suisse? ces bœufs avec cornes ou sans cornes, de -climats et de constitutions divers, qui réclament une nourriture -particulière et des soins?...</p> - -<p>Quant à ces légumes poussés à une humidité et une chaleur factices, -laissez-les aux curieux d'Argenteuil pour les moules en carton, -comme l'idéal de l'asperge et du navet, plus propre à étonner la vue -qu'à réjouir l'appétit: tous ces petits parterres, venus là pour la -circonstance, semblables à ces forêts que les enfants improvisent dans -leurs jeux en plantant des branches en terre.</p> - -<p>Pauvres peuples abusés, vous ne trouvez pas le bonheur dans l'absence -du travail! Voyez ces oisifs condamnés à traîner le fardeau de leurs -journées et qui ne savent que faire de ce temps que les machines leur -abrègent encore. Voyager était autrefois une distraction pour eux; se -tirer de la torpeur de chaque jour, voir d'autres climats, d'autres -mœurs, donnait le change à cet ennemi qui leur pèse et les poursuit. -À présent, ils sont transportés avec une rapidité qui ne laisse rien -voir; ils comptent les étapes par les stations de chemin de fer qui se -ressemblent toutes; quand ils ont parcouru toute l'Europe, il semble -qu'ils ne sont pas sortis de ces gares insipides qui<span class="pagenum"><a name="Page_154" id="Page_154">[p. 154]</a></span> paraissent les -suivre partout comme leur oisiveté et leur incapacité de jouir. Les -costumes, les usages variés, qu'ils allaient chercher au bout du monde, -ils ne tarderont pas à les trouver semblables partout.</p> - -<p>Déjà l'Ottoman qui se promenait en robe et en pantoufles sous un -ciel toujours riant, s'est emprisonné dans les ignobles habits de la -prétendue civilisation: ils ont des vêtements serrés, comme dans les -pays où l'air libre est un ennemi dont il faut se garantir; ils ont -adopté ces couleurs monotones qui sont celles des peuples du Nord, -qui vivent dans la boue et dans les frimas. Au lieu du spectacle du -Bosphore riant sous le soleil et qu'ils contemplaient tranquillement, -ils s'enferment dans de petites salles de spectacle pour y voir des -vaudevilles français; vous retrouvez ces vaudevilles, ces journaux, -<i>tout ce bruit pour rien</i>, dans toutes les parties du monde, comme -l'éternelle gare, avec ses cyclopes et ses sifflements sauvages.</p> - -<p>On ne fera pas trois lieues sans cet accompagnement barbare: les -champs, les montagnes en seront sillonnés: on se rencontrera comme se -rencontrent les oiseaux, dans les plaines de l'air... Voir n'est plus -rien: il faut arriver pour repartir! On ira de la Bourse de Paris à -celle de Saint-Pétersbourg; les affaires réclameront tout le monde, -quand il n'y aura plus de moissons à recueillir au moyen des bras, des -champs à surveiller et à améliorer par des soins intelligents.<span class="pagenum"><a name="Page_155" id="Page_155">[p. 155]</a></span> Cette -soif d'acquérir des richesses, qui donneront si peu de jouissance, aura -fait de ce monde un monde de courtiers. On dit que c'est une fièvre qui -est aussi nécessaire à la vie des sociétés, que la vraie fièvre l'est -au corps humain dans certaines maladies et au dire des médecins.</p> - -<p>Quelle est donc cette maladie nouvelle que n'ont point connue tant de -sociétés éclipsées aujourd'hui et qui ont pourtant étonné le monde par -les grandes et véritablement utiles entreprises, par des conquêtes -dans le domaine des grandes idées, par de vraies richesses employées à -augmenter la splendeur des États et à relever à leurs yeux les sujets -de ces États? Que n'emploie-t-on cette activité impitoyable à creuser -de vastes canaux pour l'écoulement de ces inondations fatales qui nous -consternent, ou pour élever des digues capables de les contenir! C'est -ce qu'a fait l'Égypte, qui a discipliné les eaux du Nil et opposé les -Pyramides à l'envahissement des sables du désert; c'est ce qu'ont fait -les Romains, qui ont couvert le monde ancien de leurs routes, de leurs -ponts et aussi de leurs arcs de triomphe.</p> - -<p>Qui élèvera une digue aux mauvais penchants? Quelle main fera rentrer -dans leur lit le débordement des passions viles? Où est le peuple -qui élèvera une digue contre la cupidité, contre la basse envie, -contre la calomnie, qui flétrit les honnêtes gens dans le silence ou -dans l'impuissance des lois? Quand cette autre machine, la presse -impitoyable, serait-elle<span class="pagenum"><a name="Page_156" id="Page_156">[p. 156]</a></span> disciplinée? Quand est-ce que l'honneur, la -réputation de l'homme intègre ou de l'homme éminent, et par conséquent -envié, ne sera plus en butte aux calomnies empoisonnées du premier -inconnu?</p> - -<p>(Coudre tout cela aux réflexions du mois de mai 1853<a name="NoteRef_212_200" id="NoteRef_212_200"></a><a href="#Note_212_200" class="fnanchor">[212]</a>, à propos de -celles de Girardin sur la France labourée à la mécanique.)</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>8 <i>juin.</i>—Dîner chez la princesse, qui part après-demain et qui m'a -fait demander mon jour pour Grzymala.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>9 <i>juin.</i>—Dîner du lundi. Chez Autran, le soir.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>10 <i>juin.</i>—MM. Pelouze et Marguerite doivent venir.</p> - -<p>Dîné chez Marguerite. Revu le <i>petit Christ</i>, qui m'a fait plaisir. Ce -qui m'a frappé davantage, c'est la <i>Vierge évanouie</i>, du fond. Il y a -décidément, parmi les grands, des génies fougueux, indisciplinés, quand -ils croient être corrects, n'obéissant qu'à l'instinct qui sans doute -se trompe quelquefois: ainsi Michel-Ange, Shakespeare, Puget, voilà -des gens qui ne conduisent pas leur génie, mais qui en sont conduits; -Corneille est un des plus saillants: il tombe dans des abominations, -en descendant du ciel. Mais ces hommes-là? en revanche, sont les -initiateurs<span class="pagenum"><a name="Page_157" id="Page_157">[p. 157]</a></span> et les pasteurs du troupeau. Ce sont les monuments souvent -informes, mais qui sont éternels et qui dominent dans les déserts, -comme au milieu des civilisations les plus raffinées, dont elles -demeurent le point de départ et en même temps la critique, par les -caractères éternels de leurs belles parties.</p> - -<p>Il y a également incontestablement des génies divins qui obéissent à -leur naturel, mais qui lui commandent aussi: les Virgile, les Racine, -ne tombent jamais dans les énormités. Ils sont entrés dans une route -qui avait été ouverte par des géants; ils ont laissé derrière eux les -blocs informes, les essais trop audacieux, et s'emparent des cœurs -d'un empire moins contesté.</p> - -<p>Quand les hommes de la première espèce veulent se réformer, agir -méthodiquement, ils tombent dans la froideur et sont au-dessous ou -plutôt à côté d'eux-mêmes: ceux de la seconde classe tiennent en bride -leur imagination, ils se réforment ou se dirigent à leur gré, sans -tomber dans des contradictions ou des erreurs choquantes. (Voir mes -notes du 16 novembre 1857.)</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>11 <i>juin.</i>—Teinte locale de l'enfant grand de la seconde <i>Médée</i><a name="NoteRef_213_201" id="NoteRef_213_201"></a><a href="#Note_213_201" class="fnanchor">[213]</a>: -<i>brun, rouge</i> et <i>blanc.</i> Cesser d'être<span class="pagenum"><a name="Page_158" id="Page_158">[p. 158]</a></span> cru par ces tons de l'ombre -<i>chauds</i>, légèrement orangés et, dans les chairs, rompus de <i>vert</i>, de -<i>rose</i>, de <i>jaune</i> et <i>blanc</i>.</p> - -<p>Les clairs de la Médée, de sa joue, de sa gorge, du torse, etc., basés -sur le ton de <i>terre d'ombre blanc et laque jaune</i> avec <i>blanc et -laque.</i> Le <i>cadmium</i> avec des tons rompus domine dans la localité; peu -de tons rouges; cependant un peu de tons de <i>brun rouge blanc</i> avec -<i>laque jaune</i> et <i>terre d ombre et blanc</i> (cette dernière combinaison -excellente pour beaucoup de localités un peu brunes).</p> - -<p>Pour le ton <i>vert rose chaud</i> de la joue dans une femme fraîche et -brune, le <i>cadmium et blanc, jaune zinc clair et vert émeraude, blanc -et laque</i> ou <i>vermillon et blanc</i>, suivant l'effet; le <i>blanc et vert -émeraude</i>, qui est un vert froid, s'y marie bien.</p> - -<p>En substituant l'<i>ocre de ru</i> et <i>blanc</i> au <i>cadmium</i>, on a des -localités de sujets plus bruns: le <i>vermillon</i> et <i>blanc</i> y convient -avec le <i>zinc jaune</i> et <i>vert</i>, de même.</p> - -<p>Un mélange de tous ces tons fait une excellente localité de chair.</p> - -<p><span class="pagenum"><a name="Page_159" id="Page_159">[p. 159]</a></span></p> - -<p class="center">*</p> - -<p>14 <i>juin.</i>—Je dîne à côté d'Auber, à l'Hôtel de ville. Il me dit que, -malgré une vie heureuse, il ne voudrait pas recommencer à vivre, à -cause de ces mille amertumes dont la vie est semée. Ceci est d'autant -plus remarquable qu'Auber est un voluptueux complet: à l'âge où il est, -il jouit encore de la compagnie d'une femme.</p> - -<p>Le souverain bien serait la tranquillité; pourquoi donc ne pas -commencer de bonne heure à mettre cette tranquillité au-dessus de tout? -Si l'homme est destiné à trouver un jour que le calme est au-dessus de -tout, pourquoi ne pas se mettre à une vie qui donne ce calme anticipé, -mêlé toutefois à quelques-unes des douceurs qui ne sont pas les affreux -bouleversements que causent les passions? Mais qu'il faut veiller sur -soi pour s'en garantir, quand elles sont devenues si redoutables!</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>21 <i>juin.</i>—Dîner des maires. Je cause longuement avec J... d'une -grande affaire.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>24 <i>juin.</i>—Chez Thiers le soir. Je lui ai fait compliment de son -conseil.</p> - -<p>Delaroche y était: il fait le léger, le narquois.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>25 <i>juin.</i>—Prêté à Andrieu vingt-trois gravures des <i>Admirandæ -romanæ antiquitates, etc.</i></p> - -<p>Demi-teinte foncée ou claire pour la chair, se mêlant soit au -<i>cadmium</i>, soit au <i>vermillon</i>, soit à la<span class="pagenum"><a name="Page_160" id="Page_160">[p. 160]</a></span> <i>laque: Terre d'Italie</i> -naturelle, <i>noir, laque jaune, vert de zinc</i> ou <i>émeraude, blanc.</i> Ce -ton étant préparé foncé, si on le rend clair avec plus de <i>blanc</i>, -forme un clair neutre verdâtre, qui s'unit à tout.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>28 <i>juin.</i>—Parti à Champrosay à cinq heures. Je trouve en route Bec: -chaleur du diable.</p> - -<p>Chevalier<a name="NoteRef_214_202" id="NoteRef_214_202"></a><a href="#Note_214_202" class="fnanchor">[214]</a> au chemin de fer, qui veut absolument que j'aille -déjeuner ou dîner avec lui. Jour pris pour lundi.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>29 <i>juin.</i>—Écrire à Guillemardet. Parler à Haro pour Leroux<a name="NoteRef_215_203" id="NoteRef_215_203"></a><a href="#Note_215_203" class="fnanchor">[215]</a> de -Passy.</p> - -<p>Je trouve dans un article de Pelletan dans la <i>Presse</i> sur le fameux -progrès, cette citation extraite des derniers ouvrages du grand homme -d'État, à qui nous avons dû de faire tant d'expériences dans le sens du -progrès indéfini, laquelle excite la profonde tristesse de son élève, -qui ne lui répond que le sanglot à la bouche:</p> - -<p>«Le progrès indéfini et continu est une chimère partout démontrée par -l'histoire et par la nature; mais le perfectionnement, etc. L'humanité -monte et descend sans cesse sur sa route, mais elle ne descend ni ne -remonte indéfiniment.»</p> - -<p><span class="pagenum"><a name="Page_161" id="Page_161">[p. 161]</a></span></p> - -<p>—Je dîne aujourd'hui avec Villot et sa femme. Nous parlons peinture -toute la soirée: cela me met en bonne disposition.</p> - -<p>—J'ai été mécontent hier, en arrivant, de ce que j'avais laissé ici -l'<i>Herminie</i>, le <i>Boisguilbert enlevant Rebecca</i><a name="NoteRef_216_204" id="NoteRef_216_204"></a><a href="#Note_216_204" class="fnanchor">[216]</a>, les esquisses -pour Hartmann, etc.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>30 <i>juin.</i>—Michel Chevalier vient me chercher à trois heures: fin -de journée que je redoutais et qui se passe assez bien. Je fais -connaissance avec toute sa parenté. J'emporte un épi de blé d'Égypte. -Je reviens à pied le soir et assez fatigué. J'espérais trouver ma -pauvre Jenny en route.</p> - -<hr class="b2" /> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_212_200" id="Note_212_200"></a><a href="#NoteRef_212_200"><span class="label">[212]</span></a> Voir t. II, p. 198.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_213_201" id="Note_213_201"></a><a href="#NoteRef_213_201"><span class="label">[213]</span></a> Delacroix avait exécuté une première fois en 1838 une -composition de <i>Médée furieuse</i>, au sujet de laquelle Th. Gautier avait -écrit qu'elle était «peinte avec une fougue, un emportement et un éclat -de couleur que Rubens ne désavouerait pas». Nous trouvons au <i>Catalogue -Robaut</i> (n° 1435) une autre <i>Médée furieuse</i>, indiquée comme variante -du tableau de 1838. Il ajoute cette intéressante anecdote: «Delacroix -avait fixé à huit mille francs le prix de cette toile avant de l'avoir -achevée. Surpris des difficultés d'exécution, il crut pouvoir demander -à M. Émile Péreire (l'acheteur) de l'indemniser des efforts inattendus -qu'il avait dû faire. M. Péreire s'empressa de modifier les conditions -primitives. Mais Delacroix, pris de scrupule, retira ses nouvelles -prétentions. M. Péreire les maintint quand même, et porta ainsi à dix -mille francs le prix du tableau, qui fut cédé plus tard pour trente -mille à M. Laurent Richard, et atteignit le chiffre de cinquante-neuf -mille francs à la vente faite par cet amateur.»</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_214_202" id="Note_214_202"></a><a href="#NoteRef_214_202"><span class="label">[214]</span></a> <i>Michel Chevalier</i> (1806-1879). Le célèbre économiste -avait fait partie de la commission de l'Exposition universelle de 1855, -et avait sans doute noué des relations amicales avec Delacroix.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_215_203" id="Note_215_203"></a><a href="#NoteRef_215_203"><span class="label">[215]</span></a> Sans doute <i>Jean-Marie Leroux</i> (1788-1865), graveur et -dessinateur, élève de David.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_216_204" id="Note_216_204"></a><a href="#NoteRef_216_204"><span class="label">[216]</span></a> L'<i>Herminie</i> et l'<i>Enlèvement de Rebecca</i> devaient -figurer plus tard à l'Exposition de 1859, cette Exposition qui fut pour -Delacroix, suivant l'expression de Burty, un <i>véritable Waterloo.</i> -Dans le commentaire du <i>Catalogue Robaut</i> (n° 1383), E. Chesneau dit -à propos de l'<i>Enlèvement de Rebecca</i>: «On a peine à se défendre d'un -mouvement d'irritation, quand on a été témoin comme nous de l'attitude -du public dans les galeries du Salon de 1859, devant les huit tableaux, -plus admirables les uns que les autres, que le maître y avait envoyés. -On s'attroupait devant l'<i>Enlèvement</i>, devant <i>Ovide</i>, devant <i>les -Bords du Sébou</i>, devant l'<i>Herminie</i>, et l'on riait, et l'on faisait -échange de quolibets. Je n'ai pas souvenir, dans ma vie de critique -déjà si longue, d'un si honteux scandale.»</p></div> - - -<hr class="b2" /> - -<p>1<sup>er</sup> <i>juillet.</i>—Je vais le soir chez Parchappe. Peu de -mouvement dans les idées. J'avais été prendre Mme Villot pour y aller -tous deux, et nous avions tourné dans son jardin. Elle est émerveillée -de Dumas fils.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>2 <i>juillet.</i>—Chez Rodrigues le soir. Je ne trouve<span class="pagenum"><a name="Page_162" id="Page_162">[p. 162]</a></span> que sa mère et les -jeunes gens. Il arrive au moment où je pars.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>3 <i>juillet.</i>—Mme Villot vient chez moi avec Dumas, qui passe la -journée chez elle. J'y dîne avec Dauzats, Mme Herbelin, Bixio, -Villemot, Mme Barbier qui arrive après une odyssée variée, qui l'a fait -venir à Juvisy dans une charrette de boucher.</p> - -<p>Je crois que c'est ce jour que je reçois mes lettres de Paris. Le -cousin arrive la semaine prochaine, et je pars lundi.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>4 <i>juillet.</i>—Je passe la journée à la maison. Je remonte dans ce seul -jour le tableau de l'<i>Herminie</i><a name="NoteRef_217_205" id="NoteRef_217_205"></a><a href="#Note_217_205" class="fnanchor">[217]</a>, à ma grande satisfaction. La -veille, l'avait été celui d'<i>Ugolin</i><a name="NoteRef_218_206" id="NoteRef_218_206"></a><a href="#Note_218_206" class="fnanchor">[218]</a>, qui en avait bon besoin.</p> - -<p>Après le dîner je m'endors et me suis couché sans sortir.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>5 <i>juillet.</i>—Travaillé à l'<i>Arabe qui va seller son cheval</i><a name="NoteRef_219_207" id="NoteRef_219_207"></a><a href="#Note_219_207" class="fnanchor">[219]</a>. -Promenade vers deux heures, en courant après Jenny que je ne trouve -pas. Je vais jusqu'à près de Soisy; je remonte vers le Chêne-Prieur, -mais ne vais pas jusque-là: pris par l'allée aux Fougères jusque chez -Baÿvet. Tourné dans son allée, toujours occupé de ma recherche; puis -pris l'allée de Draveil dans le<span class="pagenum"><a name="Page_163" id="Page_163">[p. 163]</a></span> sens des murs des divers parcs, -remonté au Chêne-d'Antain par le chemin que nous prenions autrefois en -venant de l'enclos de Candas. Je me suis assis en face de ce géant, -qui est maintenant entouré de coupes abattues: je m'y suis presque -endormi un instant et suis revenu par l'allée tournante de Mainville à -Champrosay.</p> - -<p>En rentrant, retourné un peu à mon ébauche avec succès (la tête du -cheval) et fait un somme jusqu'à cinq heures.</p> - -<p>Chez Barbier ensuite. Dîner et soirée fort gais. Mme Franchetti y est -venue et a contribué à rendre la réunion aimable. Mme Barbier n'est pas -aussi enchantée que Mme Villot de l'esprit de Dumas fils<a name="NoteRef_220_208" id="NoteRef_220_208"></a><a href="#Note_220_208" class="fnanchor">[220]</a>; Barbier -dit avec raison que rien n'est plus fatigant que ce jeu d'esprit -perpétuel et de mots à propos de tout.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>8 <i>juillet.</i>—Commencé le <i>Paysage de Tanger au bord de la mer</i><a name="NoteRef_221_209" id="NoteRef_221_209"></a><a href="#Note_221_209" class="fnanchor">[221]</a>, -la <i>Fontaine mauresque</i><a name="NoteRef_222_210" id="NoteRef_222_210"></a><a href="#Note_222_210" class="fnanchor">[222]</a>, l'<i>Embarquement</i>, la <i>Procession à Tanger -pour porter les cadeaux</i>, le <i>Bazar de Mequinez</i> dans le petit livre de -croquis<a name="NoteRef_223_211" id="NoteRef_223_211"></a><a href="#Note_223_211" class="fnanchor">[223]</a>.</p> - -<p>Le bon cousin<a name="NoteRef_224_212" id="NoteRef_224_212"></a><a href="#Note_224_212" class="fnanchor">[224]</a> arrive le soir à onze heures et<span class="pagenum"><a name="Page_164" id="Page_164">[p. 164]</a></span> demie. Je -l'installe et le trouve heureux de notre combinaison.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>9 <i>juillet.</i>—Parler à Haro de la lithographie de Leroux<a name="NoteRef_225_213" id="NoteRef_225_213"></a><a href="#Note_225_213" class="fnanchor">[225]</a>, d'après -le tableau que je lui ai donné<a name="NoteRef_226_214" id="NoteRef_226_214"></a><a href="#Note_226_214" class="fnanchor">[226]</a>.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>10 <i>juillet.</i>—Guillemardet dîne avec nous et le neveu de Lamey.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>11 <i>juillet.</i>—Je vais au conseil et voir Buloz, pour l'ouvrage de -Lamey.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>12 <i>juillet.</i>—Où est la petite vue sur toile peinte à l'huile <i>d'après -nature?...</i> Je crois que je l'ai donnée à rentoiler.</p> - -<p>Nous allons voir les <i>Femmes savantes</i> et <i>Amphitryon</i>, le cousin et -moi<a name="NoteRef_227_215" id="NoteRef_227_215"></a><a href="#Note_227_215" class="fnanchor">[227]</a>.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>18 <i>juillet.</i>—Guillemardet vient dîner.</p> - -<p><span class="pagenum"><a name="Page_165" id="Page_165">[p. 165]</a></span></p> - -<p class="center">*</p> - -<p>22 <i>juillet.</i>—Départ du bon cousin; je l'accompagne par un beau -soleil du matin, mourant d'envie de m'embarquer avec lui. Il est triste -de me quitter.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>24 <i>juillet.</i>—Travaillé à la <i>Médée</i><a name="NoteRef_228_216" id="NoteRef_228_216"></a><a href="#Note_228_216" class="fnanchor">[228]</a>.</p> - -<p>Je ne sors pas depuis le départ du cousin. Je défends ma porte et -m'enterre dans ma solitude.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>28 <i>juillet.</i>—Repris le travail de l'église avec Andrieu. Il avait -travaillé jusqu'au 17 pour compléter le mois, lorsque j'étais parti -pour Champrosay vers le 2 ou 3.</p> - - -<hr class="b2" /> -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_217_205" id="Note_217_205"></a><a href="#NoteRef_217_205"><span class="label">[217]</span></a> Voir <i>Catalogue Robaut</i>, n° 1384.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_218_206" id="Note_218_206"></a><a href="#NoteRef_218_206"><span class="label">[218]</span></a> Voir <i>Catalogue Robaut</i>, n<sup>os</sup> 1063-1065.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_219_207" id="Note_219_207"></a><a href="#NoteRef_219_207"><span class="label">[219]</span></a> Voir <i>Catalogue Robaut</i>, n° 1817.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_220_208" id="Note_220_208"></a><a href="#NoteRef_220_208"><span class="label">[220]</span></a> Il est certain que Delacroix préférait encore le père au -fils, qui n'avait alors que trente et un ans.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_221_209" id="Note_221_209"></a><a href="#NoteRef_221_209"><span class="label">[221]</span></a> Voir <i>Catalogue Robaut</i>, n° 1348.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_222_210" id="Note_222_210"></a><a href="#NoteRef_222_210"><span class="label">[222]</span></a> Voir <i>Catalogue Robaut</i>, n° 1442.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_223_211" id="Note_223_211"></a><a href="#NoteRef_223_211"><span class="label">[223]</span></a> Le petit livre de croquis dont il est question ici est -celui qui a été reproduit dans ce Journal, t. I, p. 145. (<i>Voyage au -Maroc.</i>)</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_224_212" id="Note_224_212"></a><a href="#NoteRef_224_212"><span class="label">[224]</span></a> Le <i>cousin Lamey.</i></p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_225_213" id="Note_225_213"></a><a href="#NoteRef_225_213"><span class="label">[225]</span></a> <i>Eugène Leroux</i> (1811-1863), lithographe, qui a -reproduit plusieurs tableaux d'après Delacroix et surtout d'après -Decamps.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_226_214" id="Note_226_214"></a><a href="#NoteRef_226_214"><span class="label">[226]</span></a> <i>Saint Sébastien.</i> (Voir <i>Catalogue Robaut</i>, n° -1381.) Delacroix avait gardé une sincère reconnaissance envers M. -Haro, qui, en 1855, avait vaincu ses résistances et l'avait décidé à -exposer. C'est M. Haro qui avait installé la salle où Delacroix réunit -trente-cinq de ses œuvres choisies, qui furent si remarquées.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_227_215" id="Note_227_215"></a><a href="#NoteRef_227_215"><span class="label">[227]</span></a> Eugène Delacroix, qui avait depuis longtemps ses -entrées à la Comédie-Française, put applaudir ce soir-là MM. <i>Provost, -Geffroy, Régnier, Got</i>, Mmes <i>Nathalie, Bonval</i> et <i>Thénard</i> dans la -première pièce, où Mlle <i>Édile Riquer</i> continuait ses débuts par le -rôle d'Henriette, et MM. <i>Samson, Régnier, Beauvallet, Geffroy</i> et Mlle -<i>Judith</i> dans <i>Amphitryon.</i> L'administrateur général était alors M. -<i>Empis.</i></p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_228_216" id="Note_228_216"></a><a href="#NoteRef_228_216"><span class="label">[228]</span></a> Voir <i>Catalogue Robaut</i>, n° 1403.</p></div> - - - -<hr class="b2" /> - -<p>7 <i>août.</i>—Je ne vais pas à Saint-Sulpice, devant aller au Val<a name="NoteRef_229_217" id="NoteRef_229_217"></a><a href="#Note_229_217" class="fnanchor">[229]</a> -pour la première fois. J'y trouve Chaix<a name="NoteRef_230_218" id="NoteRef_230_218"></a><a href="#Note_230_218" class="fnanchor">[230]</a> et Jalabert<a name="NoteRef_231_219" id="NoteRef_231_219"></a><a href="#Note_231_219" class="fnanchor">[231]</a>, avec -lesquels je reviens le soir. J'avais promis un peu à regret à Mme Fould -de revenir samedi.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>8 <i>août.</i>—Les plus beaux ouvrages des arts sont ceux qui expriment la -pure fantaisie de l'artiste: de là l'infériorité de l'École française -en sculpture et en peinture, qui fait toujours passer l'étude du -modèle<span class="pagenum"><a name="Page_166" id="Page_166">[p. 166]</a></span> avant l'expression du sentiment qui domine le peintre ou le -sculpteur. Les Français, à toutes les époques, sont toujours retombés -avec des styles ou des engouements d'école suffisants dans cette route, -qui se croit la seule vraie et qui est la plus fausse de toutes. Leur -amour de la raison en tout leur a fait...<a name="NoteRef_232_220" id="NoteRef_232_220"></a><a href="#Note_232_220" class="fnanchor">[232]</a>.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>9 <i>août.</i>—Après la matinée et travail à l'église, parti à cinq heures -pour Saint-Germain pour aller au Val. Fait route avec M. de Romilly et -sa machine de physique. Mme Fould était en avant avec Pastré. Remonté -dans ma chambre vers dix heures, ce qui est l'habitude de la maison. Je -ne me suis couché qu'à minuit; je me suis promené dans ma chambre et le -petit salon, admirant, mais sans envier le luxe du lieu.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>10 <i>août.</i>—Je passe la journée au Val. Je cause dans la bibliothèque -avec Fould<a name="NoteRef_233_221" id="NoteRef_233_221"></a><a href="#Note_233_221" class="fnanchor">[233]</a>. Mme Fould me parle de sa maladie.</p> - -<p>Promenade avec elle et Romilly dans la forêt et en voiture. Il fait -toujours une chaleur affreuse depuis plus de quinze jours.</p> - -<p>Lagnier vient dîner, il est inconsolable de vieillir. Le jeune Achille -Fould<a name="NoteRef_234_222" id="NoteRef_234_222"></a><a href="#Note_234_222" class="fnanchor">[234]</a> vient aussi et s'en retourne avec nous.</p> - -<p><span class="pagenum"><a name="Page_167" id="Page_167">[p. 167]</a></span></p> - -<p class="center">*</p> - -<p>15 <i>août.</i>—J'attendais Louis Fould, qui n'est pas venu. J'ai travaillé -au <i>Bord de mer de Tanger</i>, ne pouvant aller à l'église. Je me suis -dispensé du <i>Te Deum</i> et du banquet municipal d'hier jeudi.</p> - -<p>Dîné avec Schwiter, rue Montorgueil; le pauvre garçon est tout plein de -ses illustres connaissances: il pourra éprouver des déceptions de ce -côté. Je l'aime beaucoup.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>18 <i>août.</i>—J'ai promis à Robert, de Sèvres, un tableau pour un de ses -amis, pour le mois de janvier environ.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>25 <i>août.</i>—J'ai reçu la lettre où on me demande lettres et -souvenirs... J'ai éprouvé de la tristesse de cet adieu anticipé.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>26 <i>août.</i>—Repris aujourd'hui le tableau de <i>Jacob</i>, à -Saint-Sulpice<a name="NoteRef_235_223" id="NoteRef_235_223"></a><a href="#Note_235_223" class="fnanchor">[235]</a>. J'ai beaucoup fait dans la journée:<span class="pagenum"><a name="Page_168" id="Page_168">[p. 168]</a></span> remonté le -groupe entier, etc. L'ébauche était très bonne.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>27 <i>août.</i>—Je mène la vie d'un cénobite, et tous mes jours se -ressemblent<a name="NoteRef_236_224" id="NoteRef_236_224"></a><a href="#Note_236_224" class="fnanchor">[236]</a>. Je travaille tous les jours à Saint-Sulpice, sauf les -dimanches, et ne vois personne.</p> - - -<hr class="b2" /> -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_229_217" id="Note_229_217"></a><a href="#NoteRef_229_217"><span class="label">[229]</span></a> Le <i>Val Notre-Dame</i>, ancienne abbaye, propriété de la -famille Fould, située près d Argenteuil.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_230_218" id="Note_230_218"></a><a href="#NoteRef_230_218"><span class="label">[230]</span></a> <i>Chaix-d'Est-Ange</i> (1800-1876), avocat, ancien bâtonnier -de l'ordre, qui devint procureur général en 1857, puis sénateur, -vice-président du conseil d'État. Grand amateur d'art, il réunit dans -ses galeries un certain nombre d'œuvres du plus haut mérite.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_231_219" id="Note_231_219"></a><a href="#NoteRef_231_219"><span class="label">[231]</span></a> <i>Jalabert</i>, peintre, né en 1819, élève de Paul -Delaroche.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_232_220" id="Note_232_220"></a><a href="#NoteRef_232_220"><span class="label">[232]</span></a> La suite manque dans le manuscrit.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_233_221" id="Note_233_221"></a><a href="#NoteRef_233_221"><span class="label">[233]</span></a> M. <i>Fould</i> fut nommé, en 1857, membre de l'Académie des -Beaux-Arts.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_234_222" id="Note_234_222"></a><a href="#NoteRef_234_222"><span class="label">[234]</span></a> <i>Achille Fould</i>, aujourd'hui député des Hautes-Pyrénées.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_235_223" id="Note_235_223"></a><a href="#NoteRef_235_223"><span class="label">[235]</span></a> Les compositions de Saint-Sulpice étaient en train -depuis six années; car le 22 janvier 1850, Delacroix écrivait déjà -à son praticien M. Lassalle-Bordes: «J'ai remis de jour en jour à -répondre à votre bonne lettre, dont je vous remercie bien, parce que -j'étais précisément en travail de me décider sur le sujet de mes -peintures à Saint-Sulpice: oui, mon cher ami, j'en suis encore là; -cependant je suis à peu près fixé, comme vous allez voir. Voici d'abord -ce qui m'est arrivé. La chapelle était celle des fonts baptismaux, les -sujets allaient d'eux-mêmes: <i>baptême, péché originel, expiation.</i> Je -fais agréer mes sujets par le curé, et je compose mes tableaux. Au bout -de trois mois, je reçois une lettre à la campagne, qui m'apprend que -la chapelle des fonts baptismaux se trouve sous le porche de l'église, -au lieu d'être dans celle que je devais peindre... La juste colère que -j'en ai ressentie m'a cassé bras et jambes: j'avais beau faire, je ne -pouvais m'occuper que de cela. Enfin, comme il faut que tout finisse, -je crois que nous consacrerons définitivement la chapelle aux Saints -Anges. J'hésite encore entre plusieurs, quoique je les aie à peu près -tous composés. Le plafond sera <i>l'Ange Michel terrassant le démon.</i>» -(<i>Corresp.,</i> t. II, p. 34.)</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_236_224" id="Note_236_224"></a><a href="#NoteRef_236_224"><span class="label">[236]</span></a> Dans une lettre du 24 août 1857, adressée à Constant -Dutilleux, il parle de «son rude travail de Saint-Sulpice qu'il -poursuivra encore tout le mois suivant». Il ajoute: «Ce travail, tant -retardé et interrompu sans cesse, aurait pu être achevé dans cette -campagne; mais la clarté douteuse de la fin de l'automne me forcera -à lâcher prise, mais avec la résolution d'achever au printemps.» -(<i>Corresp.</i>, t. II, p. 147.)</p></div> - - -<hr class="b2" /> - - -<p>7 <i>septembre.</i>—Je vois de ma fenêtre un parqueteur qui travaille nu, -jusqu'à la ceinture, dans la galerie; je remarque, en comparant sa -couleur à celle de la muraille extérieure, combien les demi-teintes -de la chair sont colorées, en comparaison des matières inertes. J'ai -observé la même chose avant-hier sur la place Saint-Sulpice, où un -polisson était monté sur les statues de la fontaine au soleil: l'orangé -mat dans les clairs, les violets les plus vifs pour le passage de -l'ombre et des reflets dorés dans les ombres qui s'opposaient au sol. -L'orangé et le violet dominaient alternativement ou se mêlaient. Le ton -doré tenait du vert. La chair n'a sa vraie couleur qu'en plein air<span class="pagenum"><a name="Page_169" id="Page_169">[p. 169]</a></span> et -surtout au soleil; qu'un homme mette la tête à la fenêtre, il est tout -autre que dans l'intérieur; de là la sottise des études d'atelier, qui -s'appliquent à rendre cette couleur fausse.</p> - -<p>J'ai vu ce matin le chanteur à la fenêtre, en face de la maison, c'est -ce qui m'a fait écrire ceci.</p> - -<p>Je renvoie à Passy ce qui m'avait été demandé...</p> - -<p>J'écris aussi au cousin à propos de la lettre de Saint-René Taillandier.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>25 <i>septembre.</i>—Dernier jour de mon travail à Saint-Sulpice.</p> - -<p>Je travaille comme les deux jours précédents aux Enfants<a name="NoteRef_237_225" id="NoteRef_237_225"></a><a href="#Note_237_225" class="fnanchor">[237]</a>.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>29 <i>septembre.</i>—Je rencontre ce soir dans ma promenade Godde<a name="NoteRef_238_226" id="NoteRef_238_226"></a><a href="#Note_238_226" class="fnanchor">[238]</a>, qui -me dit avoir vu dans des lettres de Latour<a name="NoteRef_239_227" id="NoteRef_239_227"></a><a href="#Note_239_227" class="fnanchor">[239]</a> qu'il était l'homme le -plus inhabile de la main, et qu'il s'était donné son adresse à force de -travail. Il m'en cite encore un autre.</p> - - -<hr class="b2" /> -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_237_225" id="Note_237_225"></a><a href="#NoteRef_237_225"><span class="label">[237]</span></a> Quatre fresques en grisaille (écoinçons du plafond) -pour la chapelle des Saints-Anges, à Saint-Sulpice. (Voir <i>Catalogue -Robaut</i>, n<sup>os</sup> 1342 à 1345.)</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_238_226" id="Note_238_226"></a><a href="#NoteRef_238_226"><span class="label">[238]</span></a> <i>Étienne-Hippolyte Godde</i> (1781-1869), architecte en -chef de la ville de Paris, qui s'occupa tout particulièrement de la -restauration des édifices religieux et de l'agrandissement de l'Hôtel -de ville.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_239_227" id="Note_239_227"></a><a href="#NoteRef_239_227"><span class="label">[239]</span></a> <i>Maurice Quentin de Latour</i>, le fameux pastelliste du -XVIII<sup>e</sup> siècle.</p> - -<p><span class="pagenum"><a name="Page_170" id="Page_170">[p. 170]</a></span></p></div> - - -<hr class="b2" /> - -<p><i>Ante</i>, 1<sup>er</sup> <i>octobre.</i>—Parti à sept heures pour Ante. -Désappointement au chemin de fer. Le convoi n'arrête pas à Châlons. -M. Blaize, des Vosges, que je rencontre à propos, me fait partir. À -Châlons vers dix heures et demie.</p> - -<p>Promenades dans la ville: la cathédrale, pierres tumulaires; -Notre-Dame, passage du roman au gothique.</p> - -<p>J'attends jusqu'à deux heures passées pour partir. J'éprouve au -commencement de la route de Sainte-Menehould combien le voyage en -voiture favorise la rêverie, au contraire du chemin de fer. Bientôt -l'insipidité de la route crayeuse et monotone l'emporte.</p> - -<p>Arrivé à Sainte-Menehould à six heures environ. Je trouve le cousin qui -m'amène à Ante, où nous dînons gaiement.</p> - - - -<hr class="b2" /> - -<p>2 <i>octobre.</i>—Pluie affreuse jusqu'à près de deux heures; ma ressource -est la promenade dans le jardin des fleurs.</p> - -<p>Le soir, dans les pierres du haut, le chien fait lever un lapin.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>3 <i>octobre.</i>—C'est ce jour que nous allons à la pêche. Pendant ce -temps, le cousin Delacroix reste à chasser.</p> - -<p>Quand nous revenons du moulin, le bon juge de paix nous -rejoint.—Joyeux dîner ensuite.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>5 <i>octobre.</i>—Le matin, dessiné des moutons: nous montons avec le -troupeau. Sensation de plaisir venant du beau temps.</p> - -<p><span class="pagenum"><a name="Page_171" id="Page_171">[p. 171]</a></span></p> - -<p>En rentrant, lu les traductions de Dante et autres. Je remarquais -combien notre langue pratique se plie difficilement à la traduction des -poètes tout à fait naïfs comme Dante. La nécessité de la rime ou de -sauver la vulgarité d'un mot force à des circonlocutions qui énervent -le sens, et cependant nous lisions la veille des fables de La Fontaine, -aussi naïf, plus orné, qui dit tout sans ornements parasites et sans -périphrases.</p> - -<p>Il ne faut dire que ce qui est à dire: voilà la qualité qu'il faut -réunir à l'élégance. Les Deschamps<a name="NoteRef_240_228" id="NoteRef_240_228"></a><a href="#Note_240_228" class="fnanchor">[240]</a> et autres modernes, qui ont -senti, comme je le fais, combien est fade cette poésie, qui a des -formules toutes prêtes et qui est celle du dix-huitième siècle, ont des -passages où le sentiment de l'original se retrouve: mais tout cela est -aussi barbare que le serait une langue étrangère; en un mot, ce n'est -pas traduit en français, et l'élégance est absente. Dans Horace, que -nous lisions ensuite, même élégance, mais aussi même force: il n'y a -pas de vrai poète sans cela.</p> - -<p>—Le soir à table: nous dînons tard. Une nuée de cousins est arrivée -à la grande et légitime humeur du cousin. Nous achevions en paix de -dîner; il a fallu réchauffer les plats, se serrer et assister, l'arme -au bras, et sans lâcher pied, à l'assaut que la troupe a livré à la -victuaille.</p> - -<p><span class="pagenum"><a name="Page_172" id="Page_172">[p. 172]</a></span></p> - -<p>J'ai été me promener à la clarté des étoiles qui brillaient -admirablement.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>6 <i>octobre.</i>—Je m'échappe le matin, et pendant ce temps les nouveaux -arrivés se mettent à table pour déjeuner.</p> - -<p>J'avais été sur la hauteur revoir la vue de la maison du cousin.</p> - -<p>Conversation, promenade sous les noisetiers et dîné à une heure; reste -de la journée assez insipide, à cause du dîner de bonne heure. J'avais -dessiné le matin une vue très étendue, vers la droite, marquée au 6 -octobre dans l'album. C'est ce qui m'avait mis en retard.</p> - -<p>Après déjeuner, esquivé la première partie de la promenade et acheminé -par le jardin, à moitié chemin du même endroit.</p> - -<p>Le matin et dans ce moment, éprouvé les plus douces sensations à la vue -de cette nature.</p> - -<p>Le soir, nous nous réfugions dans la salle de billard, éclairée avec -des bougies placées de çà et de là; le bischoff et la partie nous -conduisent jusqu'à onze heures.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>7 <i>octobre.</i>—Je sors encore le matin par le jardin dans les coteaux et -le petit bois. Dessiné les soleils.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>8 <i>octobre.</i>— Nous partons à sept heures pour<span class="pagenum"><a name="Page_173" id="Page_173">[p. 173]</a></span> Givry<a name="NoteRef_241_229" id="NoteRef_241_229"></a><a href="#Note_241_229" class="fnanchor">[241]</a>. Beau -soleil; je fais un dernier croquis du terrain qui monte, de la fenêtre -au nord.</p> - -<p>Vu La Neuville-au-Bois, pays de La Valette. Vu, j'allais dire revu, -Givry!</p> - -<p>Ce lieu, que je ne connaissais que par les récits de tous ceux que j'ai -aimés, a réveillé leur souvenir avec une douce émotion. J'ai vu la -maison paternelle<a name="NoteRef_242_230" id="NoteRef_242_230"></a><a href="#Note_242_230" class="fnanchor">[242]</a> comme elle est, mais, à ce que je suppose, sans -beaucoup de changement; la pierre de ma grand'mère est encore à l'angle -du cimetière, que l'on va exproprier, comme on fait de tout. Cette -cendre n'aura qu'à déménager, comme les marchands qu'on envoie tenir -boutique ailleurs.</p> - -<p>Je vois, en arrivant, un vieux Delacroix, en blouse, ancien officier -qui, à mon nom, me presse à plusieurs reprises les mains, presque les -larmes aux yeux.</p> - -<p>Je suis dans une mauvaise disposition de santé, et j'assiste au -déjeuner du bon juge de paix sans presque toucher à rien.</p> - -<p>L'étang de Givry, etc.;—la halle, etc.</p> - -<p>Nous repartons vers dix heures et demie avec le juge de paix; nous -traversons une partie de forêt.</p> - -<p>Vu Le Chatellier, origine des Berryer: c'est là qu'étaient les Vauréal. -On me conte leur histoire.</p> - -<p>Arrivé à Revigny et parti vers deux heures, seul une grande partie de -la route. J'ai beaucoup joui de ce voyage par le beau temps.</p> - -<p><span class="pagenum"><a name="Page_174" id="Page_174">[p. 174]</a></span></p> - -<p>Je couche pour la première fois dans mon appartement du premier.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p><i>Paris</i>, 9 <i>octobre.</i>—Fait de souvenir deux vues à l'huile de chez -le cousin. J'apprends le soir, par Boissard, la mort de ce pauvre -Chassériau.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>10 <i>octobre.</i>—Convoi du pauvre Chassériau<a name="NoteRef_243_231" id="NoteRef_243_231"></a><a href="#Note_243_231" class="fnanchor">[243]</a>. J'y trouve Dauzats, -Diaz et le jeune Moreau<a name="NoteRef_244_232" id="NoteRef_244_232"></a><a href="#Note_244_232" class="fnanchor">[244]</a> le peintre. Il me plaît assez. Je rentre -de l'église avec Émile Lassalle<a name="NoteRef_245_233" id="NoteRef_245_233"></a><a href="#Note_245_233" class="fnanchor">[245]</a>.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p><i>Augerville.</i> 11 <i>octobre.</i>—Parti à sept heures pour Fontainebleau et -arrivé à Augerville vers une heure par un beau temps: première partie -du voyage agréable à traverser la forêt.</p> - -<p>Je trouve à Augerville Batta, Cadillan, Richomme et la bru de Berryer: -il va demain et après-demain à Paris.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>12 <i>octobre.</i>—Il faut le complément du souvenir<span class="pagenum"><a name="Page_175" id="Page_175">[p. 175]</a></span> pour que la -jouissance soit parfaite, et malheureusement on ne peut à la fois jouir -et se souvenir de la jouissance. C'est l'idéal ajouté au réel. La -mémoire dégage le moment délicieux ou fait l'illusion nécessaire.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>13 <i>octobre.</i>—En présence de ce bois, le cri d'une grive éveille en -moi le souvenir de moments analogues et dont le souvenir me plaît plus -que le moment présent.</p> - -<p>Le contentement de soi est le plus grand des contentements, et, dans -un sens qui n'est pas si détourné qu'il peut le paraître, on veut -être content de l'opinion que les autres ont de vous. Seulement les -uns puisent ce sentiment dans la vertu, les autres dans les avantages -extérieurs qui attirent les yeux de l'envie.</p> - -<p>J'admire cette multitude de petites toiles d'araignée que le brouillard -du matin fait découvrir à l'œil en les chargeant d'humidité. Quelle -quantité de mouches ou d'insectes doivent se prendre dans ces filets -pour nourrir les tissandières, et quelle multitude de ces dernières -offertes à l'appétit des oiseaux, etc.!</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>15 <i>octobre.</i>—Je rencontre une limace exactement mouchetée comme une -panthère: anneaux larges sur le dos et sur les flancs, devenant des -taches et des points à la tête, près du ventre qui est clair comme dans -les quadrupèdes.</p> - -<p><span class="pagenum"><a name="Page_176" id="Page_176">[p. 176]</a></span></p> - -<p class="center">*</p> - -<p>17 <i>octobre.</i>—Je lis dans la <i>Grèce</i><a name="NoteRef_246_234" id="NoteRef_246_234"></a><a href="#Note_246_234" class="fnanchor">[246]</a>, d'About: «On peut dire -que le peuple grec n'a aucun penchant pour aucune sorte de débauche, -et qu'il use de tous les plaisirs avec une égale sobriété. Il est -sans passion, et je crois que de tout temps il a été de même, car les -habitudes monstrueuses dont l'histoire l'accuse, etc.»</p> - -<p>Il prétend aussi qu'il n'est pas né pour l'agriculture, et je crains -qu'il n'ait raison. «L'agriculture réclame plus de patience, plus de -persévérance, plus d'esprit de suite, que les Hellènes n'en ont jamais -eu, etc.»</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>18 <i>octobre.</i>—Promenade, avant dîner, avec Richomme et Batta, dans le -petit chemin boisé, au bas des rochers que j'ai dessinés, il y a deux -ans, et revenu par le moulin Baudon. Charmants paysages et effets de -soir.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>19 <i>octobre.</i>—Promenade avec Berryer et Cadillan dans la campagne; -plaine du haut. Vu les murs extérieurs du parc.</p> - -<p>Cette campagne, toute plate et sans routes sablées, m'a fait un effet -charmant. Le bon Cadillan éprouvait la même chose: il semblait que nous -respirions plus librement.</p> - -<p>Berryer me contait le soir que Pariset<a name="NoteRef_247_235" id="NoteRef_247_235"></a><a href="#Note_247_235" class="fnanchor">[247]</a> lui disait<span class="pagenum"><a name="Page_177" id="Page_177">[p. 177]</a></span> que chaque -découverte un peu importante qu'il semblait que l'on fit en médecine, -ne faisait que lui expliquer ou même lui faire comprendre un trait -d'Hippocrate encore obscur.</p> - -<p>Tous les soirs, pendant que ces messieurs font leur partie interminable -de billard, je me promène devant le château. J'ai eu au commencement -de la semaine des clairs de lune délicieux. Nous avons eu une éclipse -presque totale qui a donné à la lune cette couleur sanglante qu'on voit -racontée dans les poètes et que Berryer me disait ne pas connaître: -il en est de cela comme de Pariset avec Hippocrate. Les grands hommes -voient ce que le vulgaire ne voit point: c'est pour cela qu'ils sont -des grands hommes; ce qu'ils ont découvert et souvent crié sur les -toits, est négligé ou incompris de ceux à qui ils s'adressent. Le -temps, mais plus souvent un autre homme de leur trempe, retrouve le -phénomène et le montre à la foule à la fin.</p> - -<p>Je voudrais me rappeler si Virgile, dans la description de la tempête, -fait tourner le ciel sur la tête de ses matelots, comme je l'ai vu en -allant à Tanger, dans ce coup de vent où le ciel, pendant la nuit, -était sans nuages et où il semblait, à cause des mouvements du navire, -que la lune et les étoiles fussent dans un continuel et immense -mouvement.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p><i>Champrosay</i>, 21 <i>octobre.</i>—Parti d'Augerville avec Berryer et -Cadillan. Temps magnifique.</p> - -<p>J'éprouve toujours cet appétit de la nature, cette<span class="pagenum"><a name="Page_178" id="Page_178">[p. 178]</a></span> fraîcheur -d'impression qui n'est ordinaire que dans la jeunesse. Je crois que la -plupart des hommes ne les connaissent pas. Ils disent: Voilà du beau -temps, voilà de grands arbres, mais tout cela ne les pénètre pas d'un -contentement particulier, ravissant, qui est une poésie en action.</p> - -<p>D'Étampes à Juvisy, je voyage avec eux; il se trouve dans le même -wagon cette personne si belle, d'une beauté étrange et faite pour la -peinture. Elle frappe même mes voisins, dont l'un, grand esprit sous -bien des rapports, est Français sous le rapport des sentiments que -j'exprimais là-haut. J'ai fait le lendemain des croquis de souvenir, de -cette belle créature.</p> - -<p>Arrivé à Champrosay vers deux heures, Jenny n'avait pas reçu la lettre -par laquelle je la prévenais de mon arrivée.</p> - -<p>Le général<a name="NoteRef_248_236" id="NoteRef_248_236"></a><a href="#Note_248_236" class="fnanchor">[248]</a> vient m'inviter pour dîner le lendemain avec -Pélissier<a name="NoteRef_249_237" id="NoteRef_249_237"></a><a href="#Note_249_237" class="fnanchor">[249]</a>. Je refuse aujourd'hui l'invitation de Mme Barbier.</p> - -<p>Le dîner que je fais et la sottise de me coucher presque aussitôt après -m'ont rendu malade deux jours.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>22 <i>octobre.</i>—Mal disposé et souffrant toute la journée, je me traîne -chez Parchappe et j'assiste à son dîner auquel manquait Pélissier, ne -touchant qu'à un peu de rôti, etc.</p> - -<p><span class="pagenum"><a name="Page_179" id="Page_179">[p. 179]</a></span></p> - -<p class="center">*</p> - -<p>23 <i>octobre.</i>—Toute la journée du malaise; je travaille pourtant à -l'<i>Arabe qui porte la selle à son cheval</i><a name="NoteRef_250_238" id="NoteRef_250_238"></a><a href="#Note_250_238" class="fnanchor">[250]</a>.</p> - -<p>Vers trois heures, promenade dans la forêt avec ma pauvre Jenny, qui -est tout heureuse.</p> - -<p>En rentrant, pris de mal de tête violent et d'indisposition. Je me -couche sans dîner.</p> - -<p>Mérimée dînait chez Barbier. Je n'ai pu y aller, quoique je voulusse le -consulter sur l'étiquette des réceptions de Fontainebleau.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>24 <i>octobre.</i>—Meilleure disposition. Je déjeune un peu. Petite -promenade en pantoufles vers la fontaine de Baÿvet, et petit dîner qui -me réussit.</p> - -<hr class="b2" /> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_240_228" id="Note_240_228"></a><a href="#NoteRef_240_228"><span class="label">[240]</span></a> <i>Émile Deschamps</i> et son frère <i>Antony</i> ont traduit en -vers vingt chants de la <i>Divine Comédie.</i></p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_241_229" id="Note_241_229"></a><a href="#NoteRef_241_229"><span class="label">[241]</span></a> <i>Givry en Argonne.</i></p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_242_230" id="Note_242_230"></a><a href="#NoteRef_242_230"><span class="label">[242]</span></a> Le père de Delacroix était né à Givry, le 15 avril 1741.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_243_231" id="Note_243_231"></a><a href="#NoteRef_243_231"><span class="label">[243]</span></a> <i>Théodore Chassériau</i> (1819-1856) avait été un des -admirateurs et un des imitateurs de Delacroix, bien qu'avec le temps -il fût arrivé à dégager sa personnalité. «Il avait pour amis, écrit -Ch. Blanc, la plupart des écrivains romantiques, tels que M. Th. -Gautier, qui lui soufflaient l'audace, lui conseillaient la fièvre, lui -recommandaient Rubens, Véronèse, Delacroix et le soleil.»</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_244_232" id="Note_244_232"></a><a href="#NoteRef_244_232"><span class="label">[244]</span></a> Il s'agit ici de M. <i>Gustave Moreau</i>, aujourd'hui membre -de l'Académie des Beaux-Arts.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_245_233" id="Note_245_233"></a><a href="#NoteRef_245_233"><span class="label">[245]</span></a> <i>Émile Lassalle</i>, né en 1813, mort en 1871, lithographe, -a reproduit notamment le <i>Dante et Virgile</i> et la <i>Médée</i> de Delacroix.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_246_234" id="Note_246_234"></a><a href="#NoteRef_246_234"><span class="label">[246]</span></a> <i>La Grèce contemporaine</i>, qui venait de paraître.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_247_235" id="Note_247_235"></a><a href="#NoteRef_247_235"><span class="label">[247]</span></a> <i>Étienne Pariset</i> (1770-1847), médecin, connu surtout -par ses recherches sur les maladies épidémiques.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_248_236" id="Note_248_236"></a><a href="#NoteRef_248_236"><span class="label">[248]</span></a> Le général <i>Parchappe.</i></p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_249_237" id="Note_249_237"></a><a href="#NoteRef_249_237"><span class="label">[249]</span></a> Le maréchal <i>Pélissier, duc de Malakoff.</i></p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_250_238" id="Note_250_238"></a><a href="#NoteRef_250_238"><span class="label">[250]</span></a> Voir <i>Catalogue Robaut</i>, n° 1317.</p></div> - - -<hr class="b2" /> - - -<p>1<sup>er</sup> <i>novembre.</i>—Café à la mode d'Athènes d'après le livre -d'About: «On grille le grain sans le brûler; on le réduit en poudre -impalpable, soit dans un mortier, soit dans un moulin très serré. On -met l'eau sur le feu jusqu'à ce quelle soit en ébullition; on la retire -pour y jeter une cuillerée de café et une cuillerée de sucre en poudre -par chaque tasse que l'on veut faire, etc. Ainsi préparé, le café peut -se prendre sans inconvénient dix fois par jour: on ne boirait pas -impunément tous les jours cinq tasses de café français. C'est que le -café des Turcs et des Grecs est un tonique <i>délayé</i>, et le nôtre est un -tonique <i>concentré.</i>»</p> - -<p>—Ce matin, Haro est venu me voir à Champrosay:<span class="pagenum"><a name="Page_180" id="Page_180">[p. 180]</a></span> je l'ai revu avec -plaisir. Il a déjeuné avec moi, et nous avons beaucoup causé.</p> - -<p>—Dîné chez Barbier. Rodakowski m'apprend le retour delà princesse.</p> - -<p>—Dans la journée, longue promenade dans la forêt avec Jenny. Revu -nos anciennes promenades. Vu Mainville: ce qui était alors de petits -taillis sont des bois épais. Le beau temps vraiment étonnant qui -éclaire tout cela depuis très longtemps ajoute un agrément infini.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>3 <i>novembre.</i>—Revenu de Champrosay. Trouvé à l'embarcadère M. -Talabot<a name="NoteRef_251_239" id="NoteRef_251_239"></a><a href="#Note_251_239" class="fnanchor">[251]</a>, revenu avec sa femme et Rodakowski chez Mérimée. Passé -chez Delaroche avant de rentrer.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>4 <i>novembre.</i>—Recommandé le neveu de Montfort<a name="NoteRef_252_240" id="NoteRef_252_240"></a><a href="#Note_252_240" class="fnanchor">[252]</a> pour une -demi-bourse vacante à Chaptal.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>6 <i>novembre.</i>—Enterrement du pauvre Delaroche<a name="NoteRef_253_241" id="NoteRef_253_241"></a><a href="#Note_253_241" class="fnanchor">[253]</a>. Je suis resté une -heure à la porte de l'église par une gelée intense, et j'ai dû enfin me -sauver avant la fin, tant le froid m'avait pénétré.</p> - -<p><span class="pagenum"><a name="Page_181" id="Page_181">[p. 181]</a></span></p> - -<p>Le matin, enterrement aussi triste: celui de Tattet; j'ai revu ce -salon où nous avons passe des moments gais et agréables chez la bonne -Marlière.</p> - -<p>Dumas fils et Penguilly<a name="NoteRef_254_242" id="NoteRef_254_242"></a><a href="#Note_254_242" class="fnanchor">[254]</a> me parlaient des effets de la digestion -dans plusieurs cas: un nommé Rougé, athlète de son métier, ne mangeait -rien avant de lutter: il avait alors toute sa force. Penguilly nous -disait que l'étape du matin était excellente et se faisait gaiement, -quand les soldats sont en marche. Le matin, ils partent à jeun. Après -le déjeuner, elle se fait péniblement.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>10 <i>novembre.</i>—Dîner du lundi. Panseron nous dit qu'après un travail -de onze mois très assidu, il demandait à Auber un congé<a name="NoteRef_255_243" id="NoteRef_255_243"></a><a href="#Note_255_243" class="fnanchor">[255]</a>, se -fondant sur cette assiduité pendant tout ce temps. Auber lui dit: -«Monsieur, quand on a beaucoup travaillé pendant onze mois, il faut -encore travailler pendant le douzième pour ne pas se rouiller et se -tenir en haleine.»</p> - -<p>Le soir, vu About<a name="NoteRef_256_244" id="NoteRef_256_244"></a><a href="#Note_256_244" class="fnanchor">[256]</a> chez Mme Cavé.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>15 <i>novembre.</i>—Dîné chez Perrier avec Halévy, Auber, Clapisson<a name="NoteRef_257_245" id="NoteRef_257_245"></a><a href="#Note_257_245" class="fnanchor">[257]</a> -très aimable et très prévenant.</p> - -<p><span class="pagenum"><a name="Page_182" id="Page_182">[p. 182]</a></span></p> - -<p class="center">*</p> - -<p>20 <i>novembre.</i>—Au <i>Barbier</i>, avec le billet d'Alberthe, et plaisir -bien plus vif que je ne m'y attendais.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>21 <i>novembre.</i>—Je vais chez Rossini, j'y trouve Danton<a name="NoteRef_258_246" id="NoteRef_258_246"></a><a href="#Note_258_246" class="fnanchor">[258]</a> et -Thierry<a name="NoteRef_259_247" id="NoteRef_259_247"></a><a href="#Note_259_247" class="fnanchor">[259]</a>.—Le matin au conseil. Dans la journée chez Chabrier qui -est malade, Saint-René Taillandier, Berryer que je ne trouve pas.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>22 <i>novembre.</i>—Thierry vient me trouver à table pour parler de -l'Institut<a name="NoteRef_260_248" id="NoteRef_260_248"></a><a href="#Note_260_248" class="fnanchor">[260]</a>.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>23 <i>novembre.</i>—Je vais à Saint-Germain dîner chez la bonne Alberthe; -j'y trouve Saint-Germain. Il faudra l'avoir avec elle et Mareste. Je -trouve Hédouin en venant.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>24 <i>novembre.</i>—Je pourrais mettre au Salon: le <i>Petit paysage avec -Grecs</i><a name="NoteRef_261_249" id="NoteRef_261_249"></a><a href="#Note_261_249" class="fnanchor">[261]</a>, le <i>Christ</i><a name="NoteRef_262_250" id="NoteRef_262_250"></a><a href="#Note_262_250" class="fnanchor">[262]</a> de Troyon, le <i>Paysage</i> que j'ai donné à -Piron et l'<i>Ovide</i> de M. Fould<a name="NoteRef_263_251" id="NoteRef_263_251"></a><a href="#Note_263_251" class="fnanchor">[263]</a>.</p> - -<p><span class="pagenum"><a name="Page_183" id="Page_183">[p. 183]</a></span></p> - -<p>Je vais à l'ouverture du conseil général.</p> - -<p>De là, je retourne chez moi attendre Bornot qui vient me prendre à -trois heures pour le mariage de ses filles<a name="NoteRef_264_252" id="NoteRef_264_252"></a><a href="#Note_264_252" class="fnanchor">[264]</a>.</p> - -<p>Le soir, en me promenant, je me figure que je pourrai reprendre les -articles sur le <i>Beau</i>; il y a plusieurs divisions à faire.....</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>25 <i>novembre.</i>—Mariage des filles de Bornot: à dîner, près de M. -Barthe<a name="NoteRef_265_253" id="NoteRef_265_253"></a><a href="#Note_265_253" class="fnanchor">[265]</a>, il me recommande à la Bibliothèque un très beau manuscrit -des heures d'Anne de Bretagne.</p> - - -<hr class="b2" /> -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_251_239" id="Note_251_239"></a><a href="#NoteRef_251_239"><span class="label">[251]</span></a> <i>Paulin Talabot</i> (1799-1885), ingénieur, directeur -général des chemins de fer de Paris à Lyon et à la Méditerranée, député -sous l'Empire.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_252_240" id="Note_252_240"></a><a href="#NoteRef_252_240"><span class="label">[252]</span></a> <i>Antoine-Alphonse Montfort</i>, peintre, élève de Gros et -d'Horace Vernet, né à Paris en 1802, contemporain et sans doute ami de -Delacroix. Il a passé sa vie à peindre des sujets de Syrie, d'Arabie, -de Palestine, etc.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_253_241" id="Note_253_241"></a><a href="#NoteRef_253_241"><span class="label">[253]</span></a> <i>Paul Delaroche</i>, dont la santé était altérée depuis -quelque temps, mourut presque subitement le 4 novembre 1856.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_254_242" id="Note_254_242"></a><a href="#NoteRef_254_242"><span class="label">[254]</span></a> <i>Penguilly L'Haridon.</i> (Voir t. I, p. 271.)</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_255_243" id="Note_255_243"></a><a href="#NoteRef_255_243"><span class="label">[255]</span></a> <i>Panseron</i> (1795-1859) était professeur de chant au -Conservatoire, dont <i>Auber</i> était alors le directeur.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_256_244" id="Note_256_244"></a><a href="#NoteRef_256_244"><span class="label">[256]</span></a> <i>Edmond About</i> (1828-1885) était encore au début de -sa carrière. Indépendamment de la <i>Grèce contemporaine</i> et du <i>Roi -des montagnes</i> (1856), il avait publié en 1855 un <i>Voyage à travers -l'Exposition des Beaux-Arts</i> (peinture et sculpture).</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_257_245" id="Note_257_245"></a><a href="#NoteRef_257_245"><span class="label">[257]</span></a> <i>Louis Clapisson</i> (1808-1866), compositeur, auteur de -nombreux opéras-comiques.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_258_246" id="Note_258_246"></a><a href="#NoteRef_258_246"><span class="label">[258]</span></a> <i>Joseph-Arsène Danton</i> (1814-1866), littérateur, alors -membre du Conseil supérieur de l'Instruction publique.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_259_247" id="Note_259_247"></a><a href="#NoteRef_259_247"><span class="label">[259]</span></a> <i>Édouard Thierry</i> était à cette époque chargé du -feuilleton littéraire au <i>Moniteur universel.</i></p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_260_248" id="Note_260_248"></a><a href="#NoteRef_260_248"><span class="label">[260]</span></a> Il s'agissait du fauteuil devenu vacant par suite de la -mort de <i>Paul Delaroche.</i> Delacroix fut élu membre de l'Académie des -Beaux-Arts le 11 janvier suivant (1857).</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_261_249" id="Note_261_249"></a><a href="#NoteRef_261_249"><span class="label">[261]</span></a> Voir <i>Catalogue Robaut</i>, n° 1389.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_262_250" id="Note_262_250"></a><a href="#NoteRef_262_250"><span class="label">[262]</span></a> C'est le tableau du <i>Christ sur le lac de Genézareth.</i> -«Ce tableau, dit le <i>Catalogue Robaut</i> (n° 1214), est le premier de la -série. Il figure à l'exposition Durand-Ruel en 1878. C'est celui que le -peintre Troyon avait acheté à la montre du marchand Beugniet, et que -Mme Troyon mère donna comme souvenir, après la mort de son fils, à M. -Frémyn.»</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_263_251" id="Note_263_251"></a><a href="#NoteRef_263_251"><span class="label">[263]</span></a> Voir <i>Catalogue Robaut</i>, n° 1376.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_264_252" id="Note_264_252"></a><a href="#NoteRef_264_252"><span class="label">[264]</span></a> Voir, sur la famille <i>Bornot</i>, t. I, p. 403, en note.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_265_253" id="Note_265_253"></a><a href="#NoteRef_265_253"><span class="label">[265]</span></a> <i>Félix Barthe</i> (1795-1863), magistrat, qui fut ministre -de l'instruction publique et de la justice sous la monarchie de Juillet -et sénateur sous l'Empire.</p></div> - -<hr class="b2" /> - - -<p>1<sup>er</sup> <i>décembre.</i>—Boulangé, venu le matin, me donne la -manière de fixer la détrempe pour repeindre à l'huile, ayant le ton -frais de dessous:</p> - -<p>Peindre la détrempe avec de la colle coupée: 6 parties d'eau, une -partie de colle. Passer ensuite de l'amidon bien passé et bien battu; -passer lentement avec une brosse large. Pour peindre à la détrempe une -toile à l'huile et par conséquent pour retoucher un tableau à l'huile, -mêler à la détrempe de la bière qu'on rend plus forte en la faisant -recuire.</p> - -<p>Le vernis Sœhnée bon pour vernir la détrempe.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>7 <i>décembre.</i>—Se rappeler le magnifique sujet<span class="pagenum"><a name="Page_184" id="Page_184">[p. 184]</a></span> mentionné ailleurs, -de <i>Noé sacrifiant</i>, avec sa famille, aptes le déluge;... les animaux -se répandent sur la terre;... les oiseaux dans les airs, les monstres -condamnés par la sagesse divine gisant à moitié enfouis dans la vase. -Les branches des arbres distillent encore les eaux et se redressent -vers le ciel.</p> - -<p>Ce jour, posé une heure et demie chez Mme Herbelin<a name="NoteRef_266_254" id="NoteRef_266_254"></a><a href="#Note_266_254" class="fnanchor">[266]</a>: Mme Villot -y était. Je vais, en sortant de là, voir M. Mesnard, au Luxembourg. -M. Mesnard me dit qu'il croit que le travail que l'œil et le -cerveau font sur la couleur, contribue beaucoup à la fatigue que -cause la peinture: le fait est qu'il me faut une disposition de santé -complètement bonne pour travailler à la peinture. Pour écrire, ce -n'est pas aussi nécessaire: les idées peuvent me venir, quand je suis -souffrant et que je tiens la plume. À mon chevalet et le pinceau à la -main, ce n'est pas de même.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>8 <i>décembre.</i>—Dîné à l'Hôtel de ville pour la clôture du conseil -général. Revenu, bien malgré moi, avec B..., qui ne veut pas me lâcher, -etc.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>9 <i>décembre.</i>—Mauvaise disposition et pourtant quelque bon travail sur -le <i>Saint Jean-Baptiste</i><a name="NoteRef_267_255" id="NoteRef_267_255"></a><a href="#Note_267_255" class="fnanchor">[267]</a> que je destine à Robert, de Sèvres.</p> - -<p><span class="pagenum"><a name="Page_185" id="Page_185">[p. 185]</a></span></p> - -<p>Je fais une longue promenade de quatre à six heures: Paris me paraît -charmant. De la place Louis XV je traverse les Tuileries pour rentrer -par la rue de la Paix; ce beau jardin est tout à fait abandonné: que de -souvenirs il me rappelle de ma jeunesse!</p> - -<p>Le soir, chez Thiers, il n'y avait que Roger<a name="NoteRef_268_256" id="NoteRef_268_256"></a><a href="#Note_268_256" class="fnanchor">[268]</a>. Je vois le portrait -de Delaroche, faible ouvrage, sans caractère et sans exécution. On -peut dire des choses fermes, raisonnables, intéressantes même, et l'on -n'a pas fait cependant de la littérature;... en peinture de même. Ce -portrait flamand, en pied, d'un homme en noir, qu'il me montre, est -admirable et plaira toujours, et cela par l'<i>exécution.</i></p> - -<p class="center">*</p> - -<p>12 <i>décembre.</i>—Dîné chez Mme d'Annibeau: Gisors, Halévy, Perrier, -Frémy<a name="NoteRef_269_257" id="NoteRef_269_257"></a><a href="#Note_269_257" class="fnanchor">[269]</a>, etc., etc.</p> - -<p>Le soir, à l'Opéra-Comique, voir l'<i>Avocat Pathelin</i><a name="NoteRef_270_258" id="NoteRef_270_258"></a><a href="#Note_270_258" class="fnanchor">[270]</a>.</p> - -<p>Causé avec Rouland, qui est très bon et très simple<a name="NoteRef_271_259" id="NoteRef_271_259"></a><a href="#Note_271_259" class="fnanchor">[271]</a>.</p> - -<p><span class="pagenum"><a name="Page_186" id="Page_186">[p. 186]</a></span></p> - -<p>Mozart écrit quelque part, dans une lettre, à propos de ce principe -que la musique peut exprimer toutes les passions, toutes les douleurs, -toutes les souffrances: «Néanmoins, dit-il, les passions, violentes ou -non, ne doivent jamais être exprimées jusqu'au dégoût, et <i>la musique, -même dans les situations les plus horribles, ne doit pas affecter -l'oreille, mais la flatter et la charmer, et par conséquent rester -toujours musique.</i>»</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>14 <i>décembre.</i>—Chez Billault<a name="NoteRef_272_260" id="NoteRef_272_260"></a><a href="#Note_272_260" class="fnanchor">[272]</a>. Vu là Mlle Gérard, peintre, élève -de Delaroche, qui m'a fait de son maître un triste portrait, qui -confirme bien l'opinion que j'en ai toujours eue. Les Bornot y étaient. -Vielliard venu dans la journée.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>16 <i>décembre.</i>—Chez Frémy: Gisors, Halévy, les mêmes personnes à peu -près que chez d'Annibeau; Boulatignier<a name="NoteRef_273_261" id="NoteRef_273_261"></a><a href="#Note_273_261" class="fnanchor">[273]</a> y était.</p> - -<p>Je m'enrhume dans la journée de la manière la plus sotte.</p> - -<p>Je me suis fait rouler dans une grande voiture chez Mme de Forget, pour -voir son plafond<a name="NoteRef_274_262" id="NoteRef_274_262"></a><a href="#Note_274_262" class="fnanchor">[274]</a>, chez Andrieu,<span class="pagenum"><a name="Page_187" id="Page_187">[p. 187]</a></span> puis chez Galimard<a name="NoteRef_275_263" id="NoteRef_275_263"></a><a href="#Note_275_263" class="fnanchor">[275]</a>, qui m'a -surpris et causé du dégoût, par la quantité de petites machines qu'on -fait jouer, pour faire manquer mon élection.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>22 <i>décembre</i>.—François I<sup>er</sup> et Mlle de Saint-Vallier.</p> - -<p>—<i>Roméo et Juliette</i>: la <i>Scène des musiciens</i>, du père et de la fille -sur le lit, qu'on croit morte.</p> - -<p>—<i>Samson et Dalila.</i></p> - -<p>—<i>Les hommes et Noé sacrifiant après le déluge.</i></p> - -<p class="center">*</p> - -<p>29 <i>décembre.</i>—Voltaire invité, dans une réunion d'amis, à raconter -une histoire de voleur, dit: «Messieurs, il était une fois un fermier -général... Ma foi, j'ai oublié le reste.»</p> - -<p>Il avait un fonds de philosophie et de détachement, et ce n'est pas de -cela qu'il faudrait le blâmer.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>31 <i>décembre.</i>—L'article sur Charlet<a name="NoteRef_276_264" id="NoteRef_276_264"></a><a href="#Note_276_264" class="fnanchor">[276]</a>. Il y a des talents qui -viennent au monde tout prêts et armés de toutes pièces... Il a dû avoir -dès le commencement cette espèce de plaisir que les hommes les plus -expérimentés trouvent dans le travail, à savoir une sorte<span class="pagenum"><a name="Page_188" id="Page_188">[p. 188]</a></span> de maîtrise, -d'assurance de la main, concordant avec la netteté de la conception. -Bonington a eu cela aussi: cette main était si habile qu'elle devançait -la pensée; ses remaniements ne venaient que de cette facilité si -grande, que tout ce qu'il posait sur la toile était charmant; seulement -chacun de ces détails ne se coordonnant pas souvent, des tâtonnements -pour retrouver l'ensemble lui faisaient quelquefois abandonner ses -ouvrages commencés. Il faut remarquer aussi que, dans cette espèce -d'improvisation, il entrait un terme de plus que dans celle de Charlet, -à savoir la couleur.</p> - - -<hr class="b2" /> -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_266_254" id="Note_266_254"></a><a href="#NoteRef_266_254"><span class="label">[266]</span></a> Mme Herbelin fit en effet le portrait de Delacroix. -C'était une miniature sur ivoire qui figura au Salon de 1857. (V. <i>Cat. -Robaut</i>, p. LIV, n° 88.)</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_267_255" id="Note_267_255"></a><a href="#NoteRef_267_255"><span class="label">[267]</span></a> Voir <i>Catalogue Robault</i>, n<sup>os</sup> 858 et 904. -L'œuvre est ainsi décrite: «La scène s'encadre dans l'architecture -sévère d'une prison, percée au fond d'un soupirail cintré, garni de -barreaux, où apparaissent des têtes de curieux.»</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_268_256" id="Note_268_256"></a><a href="#NoteRef_268_256"><span class="label">[268]</span></a> Sans doute le <i>comte Roger du Nord</i> (1802-1881), ancien -député sous la monarchie de Juillet, et grand ami de M. Thiers.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_269_257" id="Note_269_257"></a><a href="#NoteRef_269_257"><span class="label">[269]</span></a> <i>Louis Frémy</i> (1807-1891), administrateur et homme -politique, ancien conseiller d'État, alors gouverneur du Crédit -foncier.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_270_258" id="Note_270_258"></a><a href="#NoteRef_270_258"><span class="label">[270]</span></a> <i>Maître Pathelin</i>, opéra-comique, dont la musique est de -<i>François Bazin</i> et les paroles de <i>de Leuven</i> et <i>Ferdinand Lenglé.</i> -Les auteurs ont résumé en un acte les principaux épisodes de la vieille -<i>Farce de maistre Pathelin.</i> Cette œuvre fut représentée le 12 -décembre 1856 à l'Opéra-Comique.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_271_259" id="Note_271_259"></a><a href="#NoteRef_271_259"><span class="label">[271]</span></a> <i>Gustave Bouland</i> (1806-1878), magistrat et homme -politique, occupait alors le poste de procureur général près la Cour -d'appel de Paris. Il devint, en 1859, ministre de l'instruction -publique, puis, en 1864, gouverneur de la Banque de France.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_272_260" id="Note_272_260"></a><a href="#NoteRef_272_260"><span class="label">[272]</span></a> <i>Billault</i> (1805-1863), homme politique et -jurisconsulte, était à cette époque ministre de l'Intérieur.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_273_261" id="Note_273_261"></a><a href="#NoteRef_273_261"><span class="label">[273]</span></a> <i>Joseph Boulatignier</i>, né en 1805, homme politique -et administrateur, conseiller d'État, était membre de la commission -municipale de Paris.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_274_262" id="Note_274_262"></a><a href="#NoteRef_274_262"><span class="label">[274]</span></a> Ce plafond, <i>un ciel léger avec petits nuages</i>, était -exécuté dans la chambre à coucher de Mme la baronne de Forget par -<i>Boulangé</i>, élève de Delacroix. (Voir <i>Corresp.,</i> t. II, p. 148 et -149.)</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_275_263" id="Note_275_263"></a><a href="#NoteRef_275_263"><span class="label">[275]</span></a> <i>Galimard</i> (1813-1880), peintre, qui sous divers -pseudonymes a écrit des comptes rendus de Salons dans la <i>Patrie</i>, -l'<i>Artiste</i> et la <i>Revue des Beaux-Arts.</i></p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_276_264" id="Note_276_264"></a><a href="#NoteRef_276_264"><span class="label">[276]</span></a> Sous ce titre: <i>Charlet, sa vie, ses lettres</i>, le -colonel de La Combe fit paraître en 1856 un livre qui est un pieux -monument élevé à la mémoire de Charlet. C'est sans doute la lecture de -ce livre qui a inspiré à Delacroix les réflexions qu'il consigne ici. -</p> -<p> -Plus tard, en 1862, Delacroix consacrera à Charlet et à son œuvre un -très important article dans la <i>Revue des Deux Mondes.</i></p> - -<hr class="chap" /> - -<p><span class="pagenum"><a name="Page_189" id="Page_189">[p. 189]</a></span></p></div> - - - - -<h3><a name="c1857" id="c1857">1857</a></h3> - - -<p>1<sup>er</sup> <i>janvier</i><a name="NoteRef_277_265" id="NoteRef_277_265"></a><a href="#Note_277_265" class="fnanchor">[277]</a>.—Poussin définit le <i>beau</i><a name="NoteRef_278_266" id="NoteRef_278_266"></a><a href="#Note_278_266" class="fnanchor">[278]</a> la -<i>délectation.</i> Après avoir examiné toutes les pédantesques définitions -modernes, telles que la <i>splendeur du vrai</i> ou que le beau est la -<i>régularité</i>, qu'il est ce qui ressemble le plus à Raphaël ou à -l'antique, et autres sottises, j'avais trouvé en moi sans beaucoup de -peine la définition que je trouve dans Voltaire, article <i>Aristote, -Poétique</i>, du <i>Dictionnaire philosophique</i>, quand il cite la sotte -réflexion de Pascal, qui dit qu'on ne dit pas beauté <i>géométrique</i> ou -beauté <i>médicinale</i>, et qu'on dit à tort <i>beauté poétique</i>, parce qu'on -connaît l'objet de la géométrie et de la médecine, mais qu'on ne sait -pas ce que c'est que le modèle naturel qu'il faut imiter pour trouver -cet agrément qui est l'objet de la poésie. À cela Voltaire répond: «On -sent assez combien ce morceau de Pascal est pitoyable. On sait bien -qu'il<span class="pagenum"><a name="Page_190" id="Page_190">[p. 190]</a></span> n'y a rien de beau dans une médecine, ni dans les propriétés -d'un triangle, et que <i>nous n'appelons beau que ce qui cause à notre -âme et à nos sens du plaisir et de l'admiration.</i>»</p> - - -<p><i>Sur le Titien</i><a name="NoteRef_279_267" id="NoteRef_279_267"></a><a href="#Note_279_267" class="fnanchor">[279]</a>.—On fait l'éloge d'un contemporain dont la place -n'est pas marquée encore; ce sont même souvent les moins dignes d'être -loués qui sont l'objet des éloges. Mais l'éloge du Titien!... On me -dira que je rappelle ce jurisconsulte dévot qui avait fait le <i>Mémoire -en faveur de Dieu.....</i></p> - -<p>Il se passe de mes éloges<a name="NoteRef_280_268" id="NoteRef_280_268"></a><a href="#Note_280_268" class="fnanchor">[280]</a>... sa grande ombre...</p> - -<p>Il semble effectivement que ces hommes du seizième siècle ont laissé -peu de chose à faire: ils ont parcouru le chemin les premiers et -semblent avoir touché<span class="pagenum"><a name="Page_191" id="Page_191">[p. 191]</a></span> la borne dans tous les genres; et pourtant dans -le chemin de ces gens, on a vu des talents montrant quelque nouveauté. -Ces talents, venus dans des époques de moins en moins favorables aux -grandes tentatives, à la hardiesse, à la nouveauté, à la naïveté, ont -rencontré des bonnes fortunes, si l'on veut, qui n'ont pas laissé -de plaire à leur siècle moins favorisé, mais avide également de -jouissances.</p> - -<p>Dans cette heptarchie ou gouvernement de sept, le sceptre, le -gouvernement se partage avec une certaine égalité, sauf le seul -Titien qui, bien que faisant partie, etc., ne ferait qu'une manière -de vice-roi dans ce gouvernement du beau domaine de la peinture. On -peut le regarder comme le créateur du paysage. Il y a introduit cette -largeur qu'il a mise dans le rendu des figures et des draperies.</p> - -<p>On est confondu de la force, de la fécondité, de cette -universalité<a name="NoteRef_281_269" id="NoteRef_281_269"></a><a href="#Note_281_269" class="fnanchor">[281]</a> de ces hommes du seizième siècle. Nos petits tableaux -misérables faits pour nos misérables habitations... La disparition de -ces Mécènes dont les palais étaient pendant une suite de générations -l'asile<span class="pagenum"><a name="Page_192" id="Page_192">[p. 192]</a></span> des beaux ouvrages, qui étaient dans les familles comme des -titres de noblesse... Ces corporations de marchands commandaient des -travaux qui effrayeraient les souverains de nos jours et des artistes -de taille à accomplir toutes les tâches... Déjà moins de cent ans -après, le Poussin ne fait que de petits tableaux.</p> - -<p>Il faut renoncer à imaginer même ce que devaient être des Titien dans -leur nouveauté et leur fraîcheur<a name="NoteRef_282_270" id="NoteRef_282_270"></a><a href="#Note_282_270" class="fnanchor">[282]</a>. Nous voyons ces admirables -ouvrages après trois cents ans de vernis, d'accidents, de réparations -pires que leurs malheurs...</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>4 <i>janvier.—Les Cyclopes préparant l'appartement de Psyché.</i> -(Contrastes, Vénus ou Psyché est là, etc.)</p> - -<p>On ne peut nier que dans le Raphaël l'élégance ne l'emporte sur le -naturel, et que cette élégance ne dégénère souvent en manière. Je -sais bien qu'il y a le charme, le je ne sais quoi. (C'est comme dans -Rossini: Expression, mais surtout élégance.)</p> - -<p><i>Si l'on vivait cent vingt ans, on préférerait Titien à tout.</i> Ce n'est -pas l'homme des jeunes gens.<span class="pagenum"><a name="Page_193" id="Page_193">[p. 193]</a></span> Il est le moins maniéré et par conséquent -le plus varié des peintres. Les talents maniérés n'ont qu'une pente, -qu'une habitude; ils suivent l'impulsion de la main bien plus qu'ils -ne la dirigent. Le talent le moins maniéré doit être le plus varié: il -obéit à chaque instant à une émotion vraie, il faut qu'il rende cette -émotion; la parure, une vaine montre de sa facilité ou de son adresse -ne l'occupent point; il méprise au contraire tout ce qui ne le conduit -pas à une plus vive expression de sa pensée: c'est celui qui dissimule -le plus l'exécution ou qui a l'air d'y prendre le moins garde.</p> - -<p>Sur le Titien, Raphaël et Corrège, voir Mengs<a name="NoteRef_283_271" id="NoteRef_283_271"></a><a href="#Note_283_271" class="fnanchor">[283]</a>... Il y a un travail -à faire là-dessus.</p> - -<p>Il y a des gens qui ont naturellement du goût, mais chez ceux-là -même il s'augmente avec l'âge et s'épure. Le jeune homme est pour le -bizarre, pour le forcé, pour l'ampoulé. N'allez pas appeler <i>froideur</i> -ce que j'appelle <i>goût.</i> Ce goût que j'entends est une lucidité de -l'esprit qui sépare à l'instant ce qui est digne d'admiration de ce qui -n'est que faux brillant. En un mot, c'est la <i>maturité de l'esprit.</i></p> - -<p>Chez Titien commence cette <i>largeur de faire</i> qui tranche avec la -sécheresse de ses devanciers et qui est la perfection de la peinture. -Les peintres qui<span class="pagenum"><a name="Page_194" id="Page_194">[p. 194]</a></span> recherchent cette sécheresse primitive toute -naturelle clans des écoles qui s'essayent et qui sortent de sources -presque barbares, sont comme des hommes faits qui, pour se donner un -air naïf, imiteraient le parler et les gestes de l'enfance. Cette -largeur du Titien, qui est la fin de la peinture, est aussi éloignée -de la sécheresse des premiers peintres que de l'abus monstrueux de la -touche et de la manière lâche des peintres de la décadence de l'art. -L'antique est ainsi.</p> - -<p>J'ai sous les yeux maintenant les expressions de l'admiration de -quelques-uns de ses contemporains. Leurs éloges ont quelque chose -d'incroyable: que devaient être en effet ces prodigieux ouvrages dans -lesquels aucune partie ne portait de traces de négligence, mais dans -lesquels, au contraire, la finesse de la touche, le fondu, la vérité -et l'éclat incroyable des teintes étaient dans toute leur fraîcheur, -et auxquelles le temps ni les accidents inévitables n'avaient encore -rien enlevé! Arétin<a name="NoteRef_284_272" id="NoteRef_284_272"></a><a href="#Note_284_272" class="fnanchor">[284]</a>, dans un dialogue instructif sur les peintures -de ce temps, après avoir détaillé<span class="pagenum"><a name="Page_195" id="Page_195">[p. 195]</a></span> avec admiration quantité de ses -ouvrages, s'arrête en disant: «Mais je me retiens et passe doucement -sur ses louanges, parce que je suis son compère et parce qu'il faudrait -être absolument aveugle pour ne pas voir le soleil.»</p> - -<p>Il dit après et je pourrais le mettre avant: «Notre Titien est donc -divin et sans égal dans la peinture, etc.» Il ajoute: «Concluons que, -quoique jusqu'ici il y ait eu plusieurs excellents peintres, ces trois -méritent et tiennent le premier rang: Michel-Ange, Raphaël et Titien.»</p> - -<p>...Je sais bien que cette qualité de coloriste est plus fâcheuse que -recommandable auprès des écoles modernes qui prennent la recherche -seule du dessin pour une qualité et qui lui sacrifient tout le reste. -Il semble que le coloriste n'est préoccupé que des parties basses<a name="NoteRef_285_273" id="NoteRef_285_273"></a><a href="#Note_285_273" class="fnanchor">[285]</a> -et en quelque sorte terrestres de la peinture, qu'un beau dessin est -bien plus beau quand il est accompagné<span class="pagenum"><a name="Page_196" id="Page_196">[p. 196]</a></span> d'une couleur maussade, et -que la couleur n'est propre qu'à distraire l'attention qui doit se -porter vers des qualités plus sublimes, qui se passent aisément de -son prestige. C'est ce qu'on pourrait appeler le côté <i>abstrait</i> delà -peinture, le contour étant l'objet essentiel; ce qui met en seconde -ligne, indépendamment de la couleur, d'autres nécessités de la peinture -telles que l'expression, la juste distribution de l'effet et la -composition elle-même.</p> - -<p>L'école qui imite avec la peinture à l'huile les anciennes fresques -commet une étrange méprise. Ce que ce genre a d'ingrat, sous le rapport -de la couleur et des difficultés matérielles qu'il impose à un talent -timide, demande chez le peintre une légèreté, une sûreté, etc.. La -peinture à l'huile porte au contraire à une perfection dans le rendu -qui est le contraire de cette peinture à grands traits; mais il faut -que tout y concorde, la magie des fonds, etc...</p> - -<p>C'est une espèce de dessin plus propre à s'allier aux grandes lignes -de l'architecture dans des décorations qu'à exprimer les finesses et -le précieux des objets. Aussi le Titien, chez lequel le rendu est si -prodigieux, malgré l'entente large des détails, a-t-il peu cultivé -la fresque. Paul Véronèse lui-même, qui y semble plus propre par une -largeur plus grande encore et par la nature des scènes qu'il aimait à -représenter, en a fait un très petit nombre<a name="NoteRef_286_274" id="NoteRef_286_274"></a><a href="#Note_286_274" class="fnanchor">[286]</a>.</p> - -<p><span class="pagenum"><a name="Page_197" id="Page_197">[p. 197]</a></span></p> - -<p>Il faut dire aussi qu'à l'époque où la fresque fleurit de préférence, -c'est-à-dire dans les premiers temps de la renaissance de l'art, la -peinture n'était pas encore maîtresse de tous les moyens dont elle a -disposé depuis. À partir des prodiges d'illusion dans la couleur et -dans l'effet dont la peinture à l'huile a donné le secret, la fresque a -été peu cultivée et presque entièrement abandonnée.</p> - -<p>Je ne disconviens pas que le grand style, le <i>style épique</i> dans la -peinture, si l'on peut ainsi parler, n'ait vu en même temps décroître -son règne; mais des génies tels que les Michel-Ange et les Raphaël -sont rares. Ce moyen de la fresque qu'ils avaient illustré et dont -ils avaient fait l'emploi aux plus sublimes conceptions, devait périr -dans des mains moins hardies. Le génie d'ailleurs sait employer avec -un égal succès les moyens les plus divers. La peinture à l'huile sous -le pinceau de Rubens a égalé, pour le feu et la largeur, l'ampleur -des fresques les plus célèbres, quoique avec des moyens différents; -et pour ne pas sortir de cette école vénitienne dont Titien est le -flambeau, les grands tableaux de ce maître admirable, ceux de<span class="pagenum"><a name="Page_198" id="Page_198">[p. 198]</a></span> Véronèse -et même du Tintoret<a name="NoteRef_287_275" id="NoteRef_287_275"></a><a href="#Note_287_275" class="fnanchor">[287]</a> sont des exemples de la verve unie à la -puissance, aussi bien que dans les fresques les plus célèbres: ils -montrent seulement une autre face delà peinture. Le perfectionnement -des moyens matériels, en perdant peut-être du côté de la simplicité de -l'impression, découvre des sources d'effets de variété et de richesse, -etc...</p> - -<p>Ces changements sont ceux qu'amènent nécessairement le temps et des -inventions nouvelles: il est puéril de vouloir remonter le courant -des âges et d'aller chercher dans des maîtres primitifs. Ils semblent -croire que l'indigence du moyen est sobriété magistrale, etc...</p> - -<p>La fresque dans nos climats est sujette à plus d'accidents. Encore dans -le Midi est-il bien difficile de la maintenir. Elle pâlit, elle se -détache du mur.</p> - -<p>La plupart des livres sur les arts sont faits par des gens qui ne sont -pas artistes<a name="NoteRef_288_276" id="NoteRef_288_276"></a><a href="#Note_288_276" class="fnanchor">[288]</a>: de là tant de fausses notions et de jugements portés -au hasard du caprice et de la prévention. Je crois fermement que tout -homme qui a reçu une éducation libérale peut parler pertinemment d'un -livre, mais non pas d'un ouvrage de peinture ou de sculpture.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p><i>Dimanche</i> 11 <i>janvier.</i>—Essais d'un Dictionnaire<span class="pagenum"><a name="Page_199" id="Page_199">[p. 199]</a></span> des Beaux-Arts. -Extrait d'un Dictionnaire philosophique des Beaux-Arts<a name="NoteRef_289_277" id="NoteRef_289_277"></a><a href="#Note_289_277" class="fnanchor">[289]</a>.</p> - -<p><i>Fresque</i><a name="NoteRef_290_278" id="NoteRef_290_278"></a><a href="#Note_290_278" class="fnanchor">[290]</a>. On fait un grand mérite aux maîtres qui ont excellé -dans la fresque de la hardiesse qui leur a fait exécuter au premier -coup; mais presque toutes sont retouchées à la détrempe.</p> - -<p><i>Faire</i> (le <i>faire</i>).</p> - -<p><i>Français.</i> Le style français dans la mauvaise acception. Voir mes -notes du 23 mars 1855<a name="NoteRef_291_279" id="NoteRef_291_279"></a><a href="#Note_291_279" class="fnanchor">[291]</a>.</p> - -<p><i>Sculpture française.</i> Exécution. Voir mes notes du 6 octobre 1849 et -du 25 septembre 1855<a name="NoteRef_292_280" id="NoteRef_292_280"></a><a href="#Note_292_280" class="fnanchor">[292]</a>.</p> - -<p><span class="pagenum"><a name="Page_200" id="Page_200">[p. 200]</a></span></p> - -<p><i>Modèle.</i> Le modèle qui pose. Emploi du modèle<a name="NoteRef_293_281" id="NoteRef_293_281"></a><a href="#Note_293_281" class="fnanchor">[293]</a>.</p> - -<p><i>Effet.</i> Clair-obscur.</p> - -<p><i>Composition.</i></p> - -<p><i>Accessoires</i><a name="NoteRef_294_282" id="NoteRef_294_282"></a><a href="#Note_294_282" class="fnanchor">[294]</a>. Détails, Draperies, Palette.</p> - -<p><i>Peinture à l'huile.</i></p> - -<p><i>Grâce, Contour.</i> Doit venir le dernier, au contraire de la coutume. Il -n'y a qu'un homme très exercé qui puisse le faire juste.</p> - -<p><i>Pinceau.</i> Beau pinceau. Reynolds disait qu'un peintre devait dessiner -avec le pinceau.</p> - -<p><i>Couleurs.</i> Coloris; son importance. Voir mes notes du 3 janvier -1852<a name="NoteRef_295_283" id="NoteRef_295_283"></a><a href="#Note_295_283" class="fnanchor">[295]</a>.</p> - -<p><i>Couleurs</i> (matérielles) employées dans la peinture.</p> - -<p><i>Dessin</i>, par les milieux ou par le contour.</p> - -<p><i>Beau.</i> Définition de Poussin et de Voltaire. Voir mes notes du -1<sup>er</sup> octobre 1855<a name="NoteRef_296_284" id="NoteRef_296_284"></a><a href="#Note_296_284" class="fnanchor">[296]</a>. Voir ce que dit Voltaire de -Pascal<a name="NoteRef_297_285" id="NoteRef_297_285"></a><a href="#Note_297_285" class="fnanchor">[297]</a>.</p> - -<p><i>Simplicité.</i> Exemple de simplicité, dernier terme de l'art, l'Antique, -etc.</p> - -<p><i>Antique.</i> Parthénon (marbres du Parthénon); Phidias;<span class="pagenum"><a name="Page_201" id="Page_201">[p. 201]</a></span> engouement -moderne pour ce style, au détriment des autres époques.</p> - -<p><i>Académies.</i> Ce qu'en dit Voltaire: quelles n'ont point fait les grands -hommes.</p> - -<p><i>Ombres.</i> Il n'y a pas d'ombres proprement dites: il n'y a que des -reflets. Importance de la délimitation des ombres. Sont toujours trop -fortes. Voir mes notes du 10 juin 1847<a name="NoteRef_298_286" id="NoteRef_298_286"></a><a href="#Note_298_286" class="fnanchor">[298]</a>. Plus le sujet est jeune, -plus les ombres sont légères.</p> - -<p><i>Demi-teintes.</i> La détrempe les donne plus facilement.</p> - -<p><i>Localité.</i> (Importance de la localité.)</p> - -<p><i>Perspective</i> ou <i>dessin.</i></p> - -<p><i>Sculpture.</i> Sculpture moderne, sculpture française. Sa difficulté -après les anciens.</p> - -<p><i>Manière</i><a name="NoteRef_299_287" id="NoteRef_299_287"></a><a href="#Note_299_287" class="fnanchor">[299]</a>.</p> - -<p><i>Maître.</i> Celui qui enseigne.</p> - -<p><i>Maître.</i> Qui a la maestria.</p> - -<p><span class="pagenum"><a name="Page_202" id="Page_202">[p. 202]</a></span></p> - -<p><i>Goût.</i> S'applique à tous les arts.</p> - -<p><i>Flamands, Hollandais.</i></p> - -<p><i>Albert Dürer, Titien, Raphaël</i>, etc.</p> - -<p><i>Panneaux.</i> Peinture sur panneaux.</p> - -<p><i>École de David.</i></p> - -<p><i>Écoles italienne, flamande, allemande, espagnole, française</i>; leur -comparaison.</p> - -<p><i>Expression.</i></p> - -<p><i>Cartons.</i> Études préparatoires pour l'exécution.</p> - -<p><i>Esquisses.</i></p> - -<p><i>Copie.</i></p> - -<p><i>Méthode.</i> Y en a-t-il pour dessiner, peindre, etc.?</p> - -<p><i>Tradition.</i> À suivre jusqu'à David.</p> - -<p><i>Maîtres.</i> Respect exagéré pour ceux à qui on donne ce nom. Voir mes -notes du 30 octobre 1845, à Strasbourg<a name="NoteRef_300_288" id="NoteRef_300_288"></a><a href="#Note_300_288" class="fnanchor">[300]</a>.</p> - -<p><i>Élèves.</i> Différence des mœurs anciennes et modernes dans les élèves.</p> - -<p><i>Technique.</i> Se démontre la palette à la main. Le peu de lumières qu'on -trouve dans les livres à ce sujet.</p> - -<p>Adoration du <i>faux technique</i> dans les mauvaises écoles. Importance du -<i>véritable</i> pour la perfection des ouvrages. C'est dans les plus grands -maîtres qu'il est le plus parfait du monde: Rubens, Titien, Véronèse, -les Hollandais; leur soin particulier; couleurs broyées, préparations, -dessiccation des différentes couches. (Voir <i>Panneaux.</i>) Cette -tradition tout à<span class="pagenum"><a name="Page_203" id="Page_203">[p. 203]</a></span> fait perdue chez les modernes. Mauvais produits, -négligence dans les préparations, toiles, pinceaux, huiles détestables. -Citer des passages d'Oudry.</p> - -<p>David a introduit cette négligence en affectant de mépriser les moyens -matériels.</p> - -<p><i>Vernis.</i> Leurs funestes effets; leur emploi dans les anciennes -peintures très judicieux.</p> - -<p>Il faudrait que les vernis fussent une espèce de cuirasse pour le -tableau, en même temps qu'un moyen de le faire ressortir.</p> - -<p><i>Boucher</i> et <i>Vanloo.</i> Leur école: la manière et l'abandon de toute -recherche et de tout naturel. Procédés d'exécution remarquables. Restes -de la tradition.</p> - -<p><i>Watteau.</i> Très méprisé sous David et remis en honneur. Exécution -admirable. Sa fantaisie ne tient pas en opposition aux Flamands. Il -n'est plus que théâtral à côté des Van Ostade, des Van de Velde, etc. -Il a la liaison du tableau.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>13 <i>janvier.</i>—J'écris à Dutilleux à propos de mon <i>élection...</i><a name="NoteRef_301_289" id="NoteRef_301_289"></a><a href="#Note_301_289" class="fnanchor">[301]</a>.</p> - -<p><span class="pagenum"><a name="Page_204" id="Page_204">[p. 204]</a></span></p> - -<p>Mme Barbier m'envoie ces vers de Dagnan<a name="NoteRef_302_290" id="NoteRef_302_290"></a><a href="#Note_302_290" class="fnanchor">[302]</a> sur mon entrée à -l'Académie;</p> - -<p> -<span style="margin-left: 2.5em;">En nommant Delacroix membre de l'Institut,</span><br /> -<span style="margin-left: 2.5em;">L'Académie enfin a payé son tribut</span><br /> -<span style="margin-left: 2.5em;">Au brillant chef d'école, au maître de génie</span><br /> -<span style="margin-left: 5em;">Que longtemps elle méconnut,</span><br /> -<span style="margin-left: 2.5em;">Bien qu'Apelle et Zeuxis l'eussent dès son début</span><br /> -<span style="margin-left: 5em;">Fait entrer dans leur compagnie,</span><br /> -<span style="margin-left: 5em;">Dont le goût, l'esprit et le but</span><br /> -<span style="margin-left: 5em;">Sont du grec pour l'Académie.</span><br /> -</p> - -<p>—Les longueurs d'un livre<a name="NoteRef_303_291" id="NoteRef_303_291"></a><a href="#Note_303_291" class="fnanchor">[303]</a> sont un défaut capital. Walter Scott, -tous les modernes, etc. Que diriez-vous d'un tableau qui aurait plus de -champ et plus de personnages qu'il n'en faut?</p> - -<p>Voltaire dit dans la préface du <i>Temple du goût</i>: «Je trouve tous les -livres trop longs.»</p> - -<p class="smcap">—Essai du Dictionnaire des Beaux-Arts:</p> - -<p><i>Daguerréotype.</i></p> - -<p><i>Photographie.</i></p> - -<p><i>Illusion, trompe-l'œil.</i> Ce terme, qui ne s'applique ordinairement -qu'à la peinture, pourrait s'appliquer également à certaine -littérature.</p> - -<p><span class="pagenum"><a name="Page_205" id="Page_205">[p. 205]</a></span></p> - -<p><i>Raccourcis.</i> Il y en a toujours, même dans une figure toute droite, -les bras pendants. L'art des raccourcis ou de la perspective et le -dessin sont tout un. Des écoles les ont évités, croyant vraiment n'en -pas présenter parce qu'ils n'en avaient pas de violents. Dans une tête -de profil, l'œil, le front, etc., sont en raccourci; ainsi du reste.</p> - -<p><i>Cadre, bordure.</i> Ils peuvent influer en bien ou en niai sur l'effet -du tableau. L'or prodigué de nos jours.—Leur forme par rapport au -caractère du tableau.</p> - -<p><i>Lumière, point lumineux</i> ou <i>luisant.</i> Pourquoi le ton vrai de l'objet -se trouve-t-il toujours à côté du point lumineux? C'est que ce point ne -se prononce que sur les parties frappées en plein par le jour, qui ne -fuient point sous le jour. Dans une partie arrondie, il n'en est pas -ainsi; tout fuit sous le jour.</p> - -<p><i>Vague</i> (le). Il y a quelque chose d'Obermann sur le vague dans mes -petits livres bleus.—L'église Saint-Jacques à Dieppe, le soir.—La -peinture est plus vague<a name="NoteRef_304_292" id="NoteRef_304_292"></a><a href="#Note_304_292" class="fnanchor">[304]</a> que la poésie, malgré sa forme arrêtée -pour nos yeux. C'est un de ses plus grands charmes.</p> - -<p><span class="pagenum"><a name="Page_206" id="Page_206">[p. 206]</a></span></p> - -<p><i>Liaison.</i> Cet air, ces reflets qui forment un <i>tout</i> des objets les -plus disparates de couleur.</p> - -<p><i>Ébauche.</i> Sur la carrière quelle laisse à l'imagination.—Les édifices -ébauchés, etc. Voir mes notes du 23 mai 1855<a name="NoteRef_305_293" id="NoteRef_305_293"></a><a href="#Note_305_293" class="fnanchor">[305]</a>.—David est tout -matériel par un autre côté. Son respect pour le modèle et le mannequin, -etc.—Se retrouve toujours chez les Vanloo.</p> - -<p><i>Décoration</i> théâtrale.</p> - -<p><i>Décoration</i> des monuments. Voir mes notes du 10 juillet 1847<a name="NoteRef_306_294" id="NoteRef_306_294"></a><a href="#Note_306_294" class="fnanchor">[306]</a>.</p> - -<p><i>Inspiration.</i></p> - -<p><i>Talent.</i> Le talent ou génie: on peut avoir du talent sans génie. À -propos du talent, voir ce que j'en dis dans un des petits livres bleus. -Voir aussi sur le petit monde que l'homme porte en lui. Voir mes notes -du 11 septembre 1855<a name="NoteRef_307_295" id="NoteRef_307_295"></a><a href="#Note_307_295" class="fnanchor">[307]</a>.</p> - -<p><i>Reflets.</i> Tout reflet participe du vert; tout bord de l'ombre, du -violet.</p> - -<p><i>Critique</i><a name="NoteRef_308_296" id="NoteRef_308_296"></a><a href="#Note_308_296" class="fnanchor">[308]</a>. De l'insuffisance de la plupart des critiques. De -son peu d'utilité. La critique suit les productions de l'esprit comme -l'ombre suit le corps.—Il<span class="pagenum"><a name="Page_207" id="Page_207">[p. 207]</a></span> faut lire dans l'<i>Encyclopédie</i> les -articles en rapport avec ceux-ci.</p> - -<p><i>Proportion.</i> Le Parthénon parfait; la Madeleine mauvaise. Grétry -disait qu'on s'appropriait un air en lui donnant un mouvement plus -convenable à la situation; de même on change le caractère d'un -monument, etc. Une proportion trop parfaite nuit à l'impression du -Sublime. Voir mes notes du 9 mai 1853<a name="NoteRef_309_297" id="NoteRef_309_297"></a><a href="#Note_309_297" class="fnanchor">[309]</a>.</p> - -<p><i>Architecte.</i> Voir mes notes du 14 juin 1850<a name="NoteRef_310_298" id="NoteRef_310_298"></a><a href="#Note_310_298" class="fnanchor">[310]</a>.</p> - -<p><i>Fonds</i><a name="NoteRef_311_299" id="NoteRef_311_299"></a><a href="#Note_311_299" class="fnanchor">[311]</a>. L'art de faire les fonds.</p> - -<p><i>Art théâtral.</i> Voir mes notes du 25 mars 1855 sur Shakespeare<a name="NoteRef_312_300" id="NoteRef_312_300"></a><a href="#Note_312_300" class="fnanchor">[312]</a>.</p> - -<p><i>Ciels.</i></p> - -<p><i>Air.</i> Perspective aérienne, air ambiant.</p> - -<p><i>Costume.</i> Exactitude du costume.</p> - -<p><i>Style.</i> Sur l'art d'écrire. Les grands hommes écrivent bien. Voir mes -notes du 1<sup>er</sup> mai et du 24 mai 1853<a name="NoteRef_313_301" id="NoteRef_313_301"></a><a href="#Note_313_301" class="fnanchor">[313]</a>.</p> - -<p><i>Idéal.</i></p> - -<p><i>Préface</i> d'un petit <i>Dictionnaire des Beaux-Arts.</i> Voir mes notes du -31 octobre 1852<a name="NoteRef_314_302" id="NoteRef_314_302"></a><a href="#Note_314_302" class="fnanchor">[314]</a>. Chaque homme de talent ne peut embrasser l'art -entier; il ne peut<span class="pagenum"><a name="Page_208" id="Page_208">[p. 208]</a></span> que noter ce qu'il sait. Rien de trop absolu; le -mot du Poussin sur Raphaël.</p> - -<p><i>Ébauche.</i> La meilleure est celle qui tranquillise le plus le peintre -sur l'issue du tableau.</p> - -<p><i>Distance.</i> Pour éloigner les objets, on les fait ordinairement plus -gris: c'est la touche. Teintes plates aussi.</p> - -<p><i>Paysage.</i></p> - -<p><i>Cheval, animaux.</i> Il n'y faut pas apporter la perfection de dessin des -naturalistes, surtout dans la grande peinture et la grande sculpture. -Géricault trop savant; Rubens et Gros supérieurs; Barye mesquin dans -ses lions. L'Antique est le modèle en cela comme dans le reste.</p> - -<p><i>Luisant.</i> (Renvoi.) Plus un objet est poli ou luisant, moins on en -voit la couleur propre: en effet, il devient un miroir qui réfléchit -les couleurs environnantes<a name="NoteRef_315_303" id="NoteRef_315_303"></a><a href="#Note_315_303" class="fnanchor">[315]</a>.</p> - -<p><i>Natures jeunes.</i> J'ai dit quelque part qu'elles avaient des ombres -plus claires. Je retrouve dans mes notes du 9 octobre 1852<a name="NoteRef_316_304" id="NoteRef_316_304"></a><a href="#Note_316_304" class="fnanchor">[316]</a> ce que -je disais à Andrieu qui peignait la <i>Vénus</i> de l'Hôtel de ville. Elles -ont quelque chose de tremblé, de vague qui ressemble à la vapeur qui -s'élève de terre dans un beau jour d'été. Rubens, dont la manière est -très formelle, vieillit ses femmes et ses enfants.</p> - -<p><i>Gris</i> et <i>couleurs terreuses.</i> L'ennemi de toute peinture est le gris. -La peinture paraîtra presque toujours<span class="pagenum"><a name="Page_209" id="Page_209">[p. 209]</a></span> plus grise qu'elle n'est par sa -position oblique sous le jour: bannir toutes les couleurs terreuses. -Voir mes notes du 15 septembre 1852 sur un feuillet détaché<a name="NoteRef_317_305" id="NoteRef_317_305"></a><a href="#Note_317_305" class="fnanchor">[317]</a>.</p> - -<p><i>Proportions.</i> Dans les arts, tels que la littérature ou la musique, -il est essentiel d'établir une grande proportion dans les parties qui -composent l'ouvrage. Les morceaux de Beethoven trop longs; il fatigue -en occupant trop longtemps de la même idée. Voir mes notes du 10 mars -1849<a name="NoteRef_318_306" id="NoteRef_318_306"></a><a href="#Note_318_306" class="fnanchor">[318]</a>.</p> - -<p><i>Albert Dürer.</i> Le vrai peintre est celui qui connaît toute la -nature<a name="NoteRef_319_307" id="NoteRef_319_307"></a><a href="#Note_319_307" class="fnanchor">[319]</a>. Les figures humaines, les animaux, le paysage traités avec -la même perfection. Voir mes notes du 10 mars 1849<a name="NoteRef_320_308" id="NoteRef_320_308"></a><a href="#Note_320_308" class="fnanchor">[320]</a>. Rubens est de -cette famille.</p> - -<p><i>Accessoires.</i> Voir mes notes du 10 octobre 1855<a name="NoteRef_321_309" id="NoteRef_321_309"></a><a href="#Note_321_309" class="fnanchor">[321]</a>. Si vous traitez -négligemment les accessoires, vous me rappelez un métier à l'impatience -de la main, etc.</p> - -<p><i>Art dramatique.</i> L'exemple de Shakespeare nous fait croire à tort -que le comique et le tragique peuvent<span class="pagenum"><a name="Page_210" id="Page_210">[p. 210]</a></span> se mêler dans un ouvrage. -Shakespeare a un art à lui. Voir mes notes du 25 mars 1855<a name="NoteRef_322_310" id="NoteRef_322_310"></a><a href="#Note_322_310" class="fnanchor">[322]</a>.</p> - -<p>Dans beaucoup de romans modernes français, le comique mêlé au tragique -de certaines parties est insupportable. (<i>Mêmes notes.</i>)</p> - -<p>Ce que dit lord Byron de Shakespeare, qu'il n'y a qu'un goût allemand -ou anglais qui puisse s'y plaire. Voir mes notes du 13 juillet -1850<a name="NoteRef_323_311" id="NoteRef_323_311"></a><a href="#Note_323_311" class="fnanchor">[323]</a>.—Ce qu'il a dit encore de Shakespeare. Voir mes notes du 19 -juin 1850<a name="NoteRef_324_312" id="NoteRef_324_312"></a><a href="#Note_324_312" class="fnanchor">[324]</a>.</p> - -<p><i>Liaison.</i> Art de lier les parties de tableaux par l'effet, la couleur, -la ligne, les reflets, etc.</p> - -<p><i>Lignes.</i> Lignes de la composition. Les <i>lier</i>, les <i>contraster</i>, -éviter l'apprêt cependant.</p> - -<p><i>Fini</i> (le). En quoi consiste celui d'un tableau.</p> - -<p><i>Touche.</i> Beaucoup de maîtres ont évité de la faire sentir, pensant -sans doute se rapprocher de la nature, qui effectivement n'en présente -pas. La touche est un moyen comme un autre de contribuer à rendre la -pensée dans la peinture. Sans doute une peinture peut être très belle -sans montrer la touche, mais il est puéril de penser qu'on se rapproche -de l'effet de la nature en ceci: autant vaudrait-il faire sur son -tableau de véritables reliefs colorés, sous prétexte que les corps sont -saillants!</p> - -<p>Il y a dans tous les arts des moyens d'exécution<span class="pagenum"><a name="Page_211" id="Page_211">[p. 211]</a></span> adoptés et convenus, -et on n'est qu'un connaisseur imparfait quand on ne sait pas lire dans -ces indications de la pensée; la preuve, c'est que le vulgaire préfère, -à tous les autres, les tableaux les plus lisses et les moins touchés, -et les préfère à cause de cela. Tout dépend au reste, dans l'ouvrage -d'un véritable maître, de la distance commandée pour regarder son -tableau. À une certaine distance la touche se fond dans l'ensemble, -mais elle donne à la peinture un accent que le fondu des teintes ne -peut produire. En regardant, par contre, de très près l'ouvrage le plus -fini, on découvrira encore des traces de touches et d'accents, etc... -Il résulterait de là qu'une esquisse bien touchée ne peut faire autant -de plaisir qu'un tableau bien fini, je devrais dire non touché, car il -est bon nombre de tableaux dont la touche est complètement absente, -mais qui sont loin d'être finis. (Voyez le mot <i>Fini.</i>)</p> - -<p>La touche, employée comme il convient, sert à prononcer plus -convenablement les différents plans des objets. Fortement accusée, -elle les fait venir en avant; le contraire les recule. Dans les petits -tableaux même, la touche ne déplaît point. On peut préférer un Téniers -à un Mieris ou à un Van der Meer.</p> - -<p>Que dira-t-on des maîtres qui prononcent sèchement les contours tout -en s'abstenant de la touche? Il n'y a pas plus de contours qu'il n'y -a de touches dans la nature. Il faut toujours en revenir à des moyens -convenus dans chaque art, qui sont le langage de cet<span class="pagenum"><a name="Page_212" id="Page_212">[p. 212]</a></span> art. Qu'est-ce -qu'un dessin au blanc et au noir, si ce n'est une convention à laquelle -le spectateur est habitué et qui n'empêche pas son imagination de voir -dans cette traduction de la nature un équivalent complet?</p> - -<p>Il en est de même de la <i>gravure.</i> Il ne faut pas un œil bien -clairvoyant pour apercevoir cette multitude de tailles dont le -croisement amène l'effet que le graveur veut produire. Ce sont des -touches plus ou moins ingénieuses dans leur disposition qui, tantôt -espacées pour laisser jouer le papier et donner plus de transparence -au travail, tantôt rapprochées les unes des autres pour assourdir la -teinte et lui donner l'apparence de la continuité, rendent par des -moyens de convention, mais que le sentiment a découverts et consacrés -et sans employer la magie de la couleur, non pas pour le sens purement -physique de la vue, mais pour les yeux de l'esprit ou de l'âme, toutes -les richesses de la nature: la peau éclatante de fraîcheur de la jeune -fille, les rides du vieillard, le moelleux des étoffes, la transparence -des eaux, le lointain des ciels et des montagnes.</p> - -<p>Si l'on se prévaut de l'absence de touche de certains tableaux de -grands maîtres, il ne faut pas oublier que le temps amortit la touche. -Beaucoup de ces peintres qui évitent la touche avec le plus grand -soin, sous prétexte qu'elle n'est pas dans la nature, exagèrent le -contour, qui ne s'y trouve pas davantage. Ils pensent ainsi introduire -une précision qui n'est réelle que pour les sens peu exercés des<span class="pagenum"><a name="Page_213" id="Page_213">[p. 213]</a></span> -demi-connaisseurs. Ils se dispensent même d'exprimer convenablement les -reliefs, grâce à ce moyen grossier ennemi de toute illusion; car ce -contour prononcé également et outre mesure annule la saillie en faisant -venir en avant les parties qui dans tout objet sont toujours les pins -éloignées de l'œil, c'est-à-dire les contours. (Voyez <i>Contour</i> ou -<i>Raccourcis.</i>)</p> - -<p>L'admiration exagérée des vieilles fresques a contribué à entretenir -chez beaucoup d'artistes cette propension à outrer les contours. Dans -ce genre de peinture, la nécessité où est le peintre de tracer avec -certitude ses contours (voyez <i>Fresque</i>) est une nécessité commandée -par l'exécution matérielle; d'ailleurs, dans ce genre comme dans la -peinture sur verre, où les moyens sont plus conventionnels que ceux de -la peinture à l'huile, il faut peindre à grands traits; le peintre ne -cherche pas tant à séduire par l'effet de la couleur que par la grande -disposition des lignes et leur accord avec celles de l'architecture.</p> - -<p>La <i>sculpture</i> a sa convention comme la <i>peinture</i> et la <i>gravure.</i> On -n'est point choqué de la froideur qui semblerait devoir résulter de la -couleur uniforme des matières qu'elle emploie, que ce soit le marbre, -le bois, la pierre, l'ivoire, etc. Le défaut de coloration des yeux, -des cheveux, n'est pas un obstacle au genre d'expression que comporte -cet art. L'isolement des figures de ronde bosse, sans rapport avec un -fond quelconque, la convention bien autrement forte des bas-reliefs n'y -nuisent pas davantage.</p> - -<p><span class="pagenum"><a name="Page_214" id="Page_214">[p. 214]</a></span></p> - -<p>La sculpture elle-même comporte la touche; l'exagération de certains -creux ou leur disposition ajoute à l'effet, comme, par exemple, ces -trous percés au vilebrequin dans certaines parties des cheveux ou des -accessoires qui, au lieu d'une ligne creusée d'une manière continue, -adoucissent à distance ce qu'elle avait de trop dur et ajoutent à la -souplesse, donnent l'idée de la légèreté, surtout dans les cheveux, -dont les ondulations ne se suivent pas d'une manière trop formelle.</p> - -<p>Dans la manière dont les ornements sont touchés dans l'architecture, -on retrouve ce degré de légèreté et d'illusion que peut produire la -touche. Dans la manière des modernes, ces ornements sont creusés -uniformément, de façon que, vus de près, ils soient d'une correction -irréprochable: à la distance nécessaire, ce n'est plus que froideur et -même absence complète d'effet. Dans l'Antique, au contraire, on est -étonné de la hardiesse et en même temps de l'à-propos de ces artifices -savants, de ces touches véritables qui outrent la forme dans le sens -de l'effet ou adoucissent la crudité de certains contours pour lier -ensemble les différentes parties.</p> - -<p><i>Écoles.</i> Ce qu'elles se proposent avant tout: imitation d'un certain -technique régnant. Voir mes notes du 25 novembre 1855<a name="NoteRef_325_313" id="NoteRef_325_313"></a><a href="#Note_325_313" class="fnanchor">[325]</a>.</p> - -<p><i>Décadence</i><a name="NoteRef_326_314" id="NoteRef_326_314"></a><a href="#Note_326_314" class="fnanchor">[326]</a>. Les arts, depuis le seizième siècle,<span class="pagenum"><a name="Page_215" id="Page_215">[p. 215]</a></span> point de la -perfection, ne sont qu'une perpétuelle décadence. Le changement opéré -dans les esprits et les mœurs en est plus cause que la rareté -des grands artistes; car le dix-septième, ni le dix-huitième, ni le -dix-neuvième siècle n'en ont pas manqué. L'absence de goût général, -la richesse arrivant graduellement aux classes moyennes, l'autorité -de plus en plus impérieuse d'une stérile critique dont le propre -est d'encourager la médiocrité et de décourager les grands talents, -la pente des esprits dirigée vers les sciences utiles, les lumières -croissantes qui effarouchent les choses de l'imagination, toutes ces -causes réunies condamnent fatalement les arts à être de plus en plus -soumis au caprice de la mode et à perdre toute élévation.</p> - -<p>Il n'y a dans toute civilisation qu'un point précis où il soit donné -à l'intelligence humaine de montrer toute sa force: il semble que -pendant ces moments rapides, comparables à un éclair au milieu d'un -ciel obscur, il n'y ait presque point d'intervalle entre l'aurore de -cette brillante lumière et le dernier terme de sa splendeur. La nuit -qui lui succède est plus ou moins profonde, mais le retour à la lumière -est impossible. Il faudrait une renaissance des mœurs pour en avoir -une dans les arts: ce point se trouve placé entre deux barbaries, l'une -dont la cause est l'ignorance, l'autre plus irrémédiable encore, qui -vient de l'excès et de l'abus des connaissances. Le talent s'agite -inutilement contre les obstacles que<span class="pagenum"><a name="Page_216" id="Page_216">[p. 216]</a></span> lui oppose l'indifférence -générale. Voir mes notes du 25 septembre 1855<a name="NoteRef_327_315" id="NoteRef_327_315"></a><a href="#Note_327_315" class="fnanchor">[327]</a>. Ma promenade à -l'église de Baden sur la décroissance de l'art. Voir aussi ce que je -dis du tombeau du maréchal de Saxe.</p> - -<p><i>École anglaise.</i> Sur Reynolds, Lawrence. Voir ce que j'ai dit au 31 -août 1855<a name="NoteRef_328_316" id="NoteRef_328_316"></a><a href="#Note_328_316" class="fnanchor">[328]</a>.</p> - -<p><i>École anglaise</i> à l'Exposition de 1855. Voir mes notes du 17 juin -1855<a name="NoteRef_329_317" id="NoteRef_329_317"></a><a href="#Note_329_317" class="fnanchor">[329]</a>.</p> - -<p><i>Exagération.</i> Toute exagération doit être dans le sens de la nature et -de l'idée. Voir même note, 31 août 1855<a name="NoteRef_330_318" id="NoteRef_330_318"></a><a href="#Note_330_318" class="fnanchor">[330]</a>.</p> - -<p><i>Licences.</i></p> - -<p><i>Mer, marines.</i> Voir ce que je dis (1855) à Dieppe, sur la manière de -peindre les vaisseaux<a name="NoteRef_331_319" id="NoteRef_331_319"></a><a href="#Note_331_319" class="fnanchor">[331]</a>. Les peintres de marine ne représentent -pas bien la mer en général. On peut leur appliquer le même reproche -qu'aux peintres de paysages. Ils veulent montrer trop de science, ils -font des portraits de vagues, comme les paysagistes font des portraits -d'arbres, de terrains, de montagnes, etc. Ils ne s'occupent pas assez -de l'effet pour l'imagination, que la multiplicité des détails trop -circonstanciés, même quand ils sont vrais, détourne du spectacle -principal qu'est l'immensité ou la profondeur dont un certain art peut -donner l'idée.</p> - -<p><i>Intérêt.</i> Art de le porter sur les points nécessaires.<span class="pagenum"><a name="Page_217" id="Page_217">[p. 217]</a></span> Il ne faut pas -tout montrer. Il semble que ce soit difficile en peinture, où l'esprit -ne peut supposer que ce que les yeux aperçoivent. Le poète sacrifie -sans peine ou passe sous silence ce qui est secondaire. L'art du -peintre est de ne porter l'attention que sur ce qui est nécessaire.</p> - -<p><i>Sacrifices.</i> Ce qu'il faut sacrifier. Grand art que ne connaissent pas -les novices; ils veulent tout montrer.</p> - -<p><i>Classique.</i> À quels ouvrages est-il plus naturel d'appliquer ce nom? -C'est évidemment à ceux qui semblent destinés à servir de modèles, de -règles dans toutes leurs parties. J'appellerais volontiers <i>classiques</i> -tous les ouvrages réguliers, ceux qui satisfont l'esprit, non seulement -par une peinture exacte, ou grandiose ou piquante, des sentiments et -des choses, mais encore par l'unité, l'ordonnance logique, en un mot -par toutes ces qualités qui augmentent l'impression en amenant la -simplicité.</p> - -<p>Shakespeare, à ce compte, ne serait pas classique, c'est-à-dire -propre à être imité dans ses procédés, dans son système. Ses parties -admirables ne peuvent sauver et rendre acceptables ses longueurs, ses -jeux de mots continuels, ses descriptions hors de propos. Son art, -d'ailleurs, est complètement à lui.</p> - -<p>Racine était un romantique<a name="NoteRef_332_320" id="NoteRef_332_320"></a><a href="#Note_332_320" class="fnanchor">[332]</a> pour les gens de<span class="pagenum"><a name="Page_218" id="Page_218">[p. 218]</a></span> son temps. Pour -tous les temps il est classique, c'est-à-dire parfait. Le respect de -la tradition n'est que l'observation des lois du goût sans lesquelles -aucune tradition ne serait durable.</p> - -<p>L'École de David s'est qualifiée à tort d'école classique par -excellence, bien qu'elle se soit fondée sur l'imitation de l'antique. -C'est précisément cette imitation, souvent peu intelligente et -exclusive, qui ôte à cette école le principal <i>caractère</i> des écoles -classiques, qui est la durée. Au lieu de pénétrer l'esprit de l'antique -et de joindre cette étude à celle de la nature, on voit qu'il a été -l'écho d'une époque où on avait la fantaisie de l'antique.</p> - -<p>Quoique ce mot de classique implique des beautés d'un ordre très élevé, -on peut dire aussi qu'il y a une foule de très beaux ouvrages auxquels -cette désignation ne peut s'appliquer. Beaucoup de gens ne séparent pas -l'idée de froideur de celle de classique.</p> - -<p>Il est vrai qu'un bon nombre d'artistes se figurent qu'ils sont -classiques parce qu'ils sont froids. Par une raison analogue, il y en a -qui se croient de la chaleur parce qu'on les appelle des romantiques. -La vraie chaleur est celle qui consiste à émouvoir le spectateur.</p> - -<p><i>Sujet.</i> Importance des sujets. Sujets de la fable<span class="pagenum"><a name="Page_219" id="Page_219">[p. 219]</a></span> toujours neufs; -sujets modernes difficiles à traiter avec l'absence du nu et la -pauvreté des costumes. L'originalité du peintre donne de la nouveauté -aux sujets. La peinture n'a pas toujours besoin d'un sujet. La peinture -des bras et des jambes de Géricault.</p> - -<p><i>Science.</i> De la nécessité pour l'artiste d'être savant. Comment cette -science peut s'acquérir indépendamment de la pratique ordinaire.</p> - -<p>On parle beaucoup de la nécessité pour un peintre d'être -universel<a name="NoteRef_333_321" id="NoteRef_333_321"></a><a href="#Note_333_321" class="fnanchor">[333]</a>. On nous dit qu'il faut qu'il connaisse l'histoire, les -poètes, la géographie même: tout cela n'est rien moins qu'inutile, mais -ne lui est pas plus indispensable qu'à tout homme qui veut orner son -esprit. Il a bien assez à faire d'être savant dans son art, et cette -science, quelque habile ou zélé qu'il soit, il ne la possède jamais -complètement. La justesse de l'œil, la sûreté de la main, l'art de -conduire le tableau depuis l'ébauche jusqu'au complément de l'œuvre, -tant d'autres parties toutes de la première importance, demandent une -application de tous les moments et l'exercice de la vie entière. Il -est peu d'artistes, et je parle de ceux qui méritent véritablement ce -nom, qui ne s'aperçoivent, au milieu ou au déclin de leur carrière, -que le temps leur manque pour apprendre ce qu'ils ignorent, ou pour -recommencer une instruction fausse ou incomplète.</p> - -<p><span class="pagenum"><a name="Page_220" id="Page_220">[p. 220]</a></span></p> - -<p>Rubens, âgé de plus de cinquante ans, dans la mission dont il fut -chargé auprès du roi d'Espagne, employait le temps qu'il ne donnait pas -aux affaires à copier à Madrid les superbes originaux italiens qu'on y -voit encore. Il avait dans sa jeunesse copié énormément. Cet exercice -des copies, entièrement négligé par les écoles modernes, était la -source d'un immense savoir. (Voir <i>Albert Dürer.</i>)</p> - -<p><i>Chair.</i> Sa prédominance chez les coloristes est d'autant plus -nécessaire dans les sujets modernes présentant peu de nu.</p> - -<p><i>Copies, copier</i><a name="NoteRef_334_322" id="NoteRef_334_322"></a><a href="#Note_334_322" class="fnanchor">[334]</a>. Ç'a été l'éducation de presque tous les grands -maîtres. On apprenait d'abord la manière de son maître, comme un -apprenti s'instruit de la manière de faire un couteau sans chercher à -montrer son originalité. On copiait ensuite tout ce qui tombait sous la -main d'œuvres d'artistes contemporains ou antérieurs. La peinture -a commencé par être un simple métier. On était imagier comme on était -vitrier ou menuisier. Les peintres peignaient les boucliers,<span class="pagenum"><a name="Page_221" id="Page_221">[p. 221]</a></span> les -selles, les bannières. Ces peintres primitifs étaient plus ouvriers que -nous: ils apprenaient supérieurement le métier avant de penser à se -donner carrière. C'est le contraire aujourd'hui.</p> - -<p><i>Préface.</i> L'ordre alphabétique que l'auteur a adopté l'a conduit à -donner à cette suite de renseignements le nom de <span class="smcap">Dictionnaire</span>. Ce titre -ne conviendrait véritablement qu'à un livre aussi complet que possible, -présentant avec détail tous les procédés des arts. Serait-il possible -qu'un seul homme fût doué des connaissances indispensables à une -pareille tâche? Non sans doute. Ce sont des renseignements jetés sur -le papier dans la forme qui a paru la plus commode pour lui, eu égard -à la distribution de son temps, dont il occupe une partie à d'autres -travaux. Peut-être aussi a-t-il écouté une insurmontable paresse à -s'embarquer dans la composition d'un livre. Un dictionnaire n'est pas -un livre<a name="NoteRef_335_323" id="NoteRef_335_323"></a><a href="#Note_335_323" class="fnanchor">[335]</a>: c'est un instrument, un outil pour faire des livres ou -toute autre chose. La matière, dans des articles ainsi divisés, s'étend -ou se<span class="pagenum"><a name="Page_222" id="Page_222">[p. 222]</a></span> resserre au gré de la disposition de l'auteur, quelquefois -au gré de sa paresse. Il supprime ainsi les transitions, la liaison -nécessaire entre les parties, l'ordre dans lequel elles doivent être -disposées.</p> - -<p>Quoique l'auteur professe beaucoup de respect pour le livre proprement -dit, il a souvent éprouvé, comme un assez grand nombre de lecteurs, une -sorte de difficulté à suivre avec l'attention nécessaire toutes les -déductions et tout l'enchaînement d'un livre, même quand il est bien -fait. On voit un tableau tout d'un coup, au moins dans son ensemble et -ses principales parties; pour un peintre habitué à cette impression -favorable à la compréhension de l'ouvrage, le livre est comme un -édifice dont le frontispice est souvent une enseigne et dans lequel, -une fois introduit, il lui faut donner successivement une attention -égale aux différentes salles dont se compose le monument qu'il visite, -sans oublier celles qu'il a laissées derrière lui, et non sans chercher -à l'avance, dans ce qu'il connaît déjà, quelle sera son impression à la -fin du voyage.</p> - -<p>On a dit que les rivières sont des chemins qui marchent. On pourrait -dire que les livres sont des portions de tableaux en mouvement dont -l'un succède à l'autre sans qu'il soit possible de les embrasser à -la fois; pour saisir le lien qui les unit, il faut dans le lecteur -presque autant d'intelligence que dans l'auteur. Si c'est un ouvrage -de fantaisie qui ne s'adresse qu'à l'imagination, cette attention peut -devenir un plaisir; une histoire bien composée produit le même<span class="pagenum"><a name="Page_223" id="Page_223">[p. 223]</a></span> effet -sur l'esprit: la suite nécessaire des événements et leurs conséquences -forment un enchaînement naturel que l'esprit suit sans peine. Mais dans -un ouvrage didactique il ne saurait en être de même. Le mérite d'un tel -ouvrage étant dans son utilité, c'est à le comprendre dans toutes ses -parties et à en extraire le sens que s'applique son lecteur. Plus il -déduira facilement la doctrine du livre, plus il aura retiré de fruit -de sa lecture.</p> - -<p>Or est-il un moyen plus simple, plus ennemi de toute rhétorique -que cette division de la matière qu'offre tout naturellement un -dictionnaire?</p> - -<p>Ce dictionnaire traitera la partie philosophique plus que la partie -technique. Cela peut sembler singulier chez un peintre qui écrit sur -les arts: beaucoup de demi-savants ont traité de la philosophie de -l'art. Il semble que leur profonde ignorance de la partie technique -leur ait paru un titre, dans leur persuasion que la préoccupation de -cette partie vitale de tout art était chez l'artiste de profession -un obstacle à des spéculations esthétiques. Il semble presque qu'ils -se soient figuré qu'une profonde ignorance de la partie technique -fût un motif de plus pour s'élever à des considérations purement -métaphysiques; en un mot, que la préoccupation du métier dût rendre -les artistes de profession peu propres à s'élever jusqu'aux sommets -interdits aux profanes de l'esthétique et des spéculations pures. Quel -est l'art dans lequel l'exécution ne suive si intimement l'invention? -Dans la peinture,<span class="pagenum"><a name="Page_224" id="Page_224">[p. 224]</a></span> dans la poésie, <i>la forme se confond avec la -conception.</i> Parmi les lecteurs, les uns lisent pour s'instruire, les -autres pour se divertir.</p> - -<p>Quoique l'auteur soit du métier et en connaisse ce qu'une longue -pratique, aidée de beaucoup de réflexions particulières, puisse en -apprendre, il ne s'appesantira pas autant qu'on pourrait le penser -sur cette partie de l'art qui paraît l'art tout entier à beaucoup -d'artistes médiocres, mais sans laquelle l'art ne serait pas. Il -paraîtra aussi empiéter sur le domaine des critiques en matière -d'esthétique qui croient sans doute que la pratique n'est pas -nécessaire pour s'élever aux considérations spéculatives sur les arts.</p> - -<p>Voir mes notes du 7 mai 1849<a name="NoteRef_336_324" id="NoteRef_336_324"></a><a href="#Note_336_324" class="fnanchor">[336]</a>: «Montaigne écrit à bâtons rompus. -Ce sont les ouvrages les plus intéressants. Après le travail de -l'auteur.... il y a celui du lecteur qui, ayant ouvert un livre pour se -délasser, se trouve engagé presque d'honneur à poursuivre, etc.»</p> - -<p>Des hommes de génie faisant un dictionnaire ne s'entendraient pas; en -revanche, si vous aviez de chacun deux un recueil de leurs observations -particulières, quel dictionnaire ne compterait-on pas avec de -semblables matériaux?... Cette forme doit amener des répétitions? etc. -Tant mieux! les mêmes choses redites d'une autre manière ont souvent... -etc.</p> - -<p><span class="pagenum"><a name="Page_225" id="Page_225">[p. 225]</a></span></p> - -<p><i>Romantisme.</i> Voir mes notes du 17 mai 1853<a name="NoteRef_337_325" id="NoteRef_337_325"></a><a href="#Note_337_325" class="fnanchor">[337]</a>.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p><i>Vendredi</i> 23 <i>janvier.—Notes pour un</i> <span class="smcap">Dictionnaire des Beaux-Arts</span>:</p> - -<p><i>Critique.</i> Son utilité.</p> - -<p><i>Couleur de la chair.</i> La chair n'a sa vraie couleur qu'en plein air: -se rappeler l'effet des polissons qui montaient dans les statues de la -fontaine de la place Saint-Sulpice, et celui du raboteur que je voyais -de ma fenêtre dans la galerie; combien dans ce dernier les demi-teintes -de la chair sont colorées en les comparant aux matières inertes. Voir -mes notes du 7 septembre 1856<a name="NoteRef_338_326" id="NoteRef_338_326"></a><a href="#Note_338_326" class="fnanchor">[338]</a>.</p> - -<p><i>Talents faciles.</i> Il y a des talents qui viennent au monde tout prêts -et armés de toutes pièces: Charlet, Bonington, etc. Voir mes notes du -31 décembre 1856<a name="NoteRef_339_327" id="NoteRef_339_327"></a><a href="#Note_339_327" class="fnanchor">[339]</a>.</p> - -<p><i>Expression.</i> Qu'il ne faut pas la rendre jusqu'à inspirer le dégoût.</p> - -<p>Ce que dit Mozart à ce sujet. Voir mes notes du 12 décembre 1856<a name="NoteRef_340_328" id="NoteRef_340_328"></a><a href="#Note_340_328" class="fnanchor">[340]</a>.</p> - -<p><i>Exécution.</i> Voir mes notes du 9 décembre 1856<a name="NoteRef_341_329" id="NoteRef_341_329"></a><a href="#Note_341_329" class="fnanchor">[341]</a>, à propos du -portrait de Thiers par Delaroche, faible ouvrage sans caractère, et -d'un petit portrait flamand,<span class="pagenum"><a name="Page_226" id="Page_226">[p. 226]</a></span> en pied, admirable morceau qui plaira -toujours par l'exécution.</p> - -<p>Un grand asservissement au modèle chez les Français: tombeau du -maréchal de Saxe, à Strasbourg<a name="NoteRef_342_330" id="NoteRef_342_330"></a><a href="#Note_342_330" class="fnanchor">[342]</a>. Cariatides de la galerie -d'Apollon. Voir mes notes du 23 mars 1855<a name="NoteRef_343_331" id="NoteRef_343_331"></a><a href="#Note_343_331" class="fnanchor">[343]</a>.</p> - -<p><i>Gravure.</i> La gravure est un art qui s'en va, mais sa décadence n'est -pas due seulement aux procédés mécaniques avec lesquels on la supplée, -ni à la photographie, ni à la lithographie, genre qui est loin de la -suppléer, mais plus facile et plus économique.</p> - -<p>Les plus anciennes gravures sont peut-être les plus expressives. Les -Lucas de Leyde, les Albert Dürer, les Marc-Antoine sont de vrais -graveurs, dans ce sens qu'ils cherchent avant tout à rendre l'esprit -du peintre qu'ils veulent reproduire. Beaucoup de ces hommes de génie, -en reproduisant leur propre invention, cédaient tout naturellement à -leur sentiment sans avoir à se préoccuper de traduire une impression -étrangère; les autres, s'appliquant à rendre l'ouvrage d'un autre -artiste, évitaient avec soin de briller à leur manière en déployant une -adresse de la main, propre seulement à détourner de l'impression.</p> - -<p>La perfection de l'outil, c'est-à-dire des moyens matériels de rendre, -a commencé.</p> - -<p>La gravure est une véritable traduction (voyez<span class="pagenum"><a name="Page_227" id="Page_227">[p. 227]</a></span> <i>Traduction</i>), -c'est-à-dire l'art de transporter une idée d'un art dans un autre comme -le traducteur le fait à l'égard d'un livre écrit dans une langue et -qu'il transporte dans la sienne. La langue du graveur, et c'est ici que -se montre son génie, ne consiste pas seulement à imiter par le moyen -de son art les effets de la peinture, qui est comme une autre langue. -Il a, si l'on peut parler ainsi, sa langue à lui qui marque d'un -cachet particulier ses ouvrages, et qui, dans une traduction fidèle de -l'ouvrage qu'il imite, laisse éclater son sentiment particulier.</p> - -<p><i>Coloration dans la gravure.</i> Dans quelle mesure.</p> - -<p><i>Fresque.</i> On aurait tort de supposer que ce genre soit plus difficile -que la peinture à l'huile, parce qu'il demande à être fait au premier -coup.</p> - -<p>Le peintre à fresque exige moins de lui-même matériellement parlant: -il sait aussi que le spectateur ne lui demande aucune des finesses qui -ne s'obtiennent dans l'autre genre que par des travaux compliqués. Il -prend des mesures de manière à abréger par des travaux préparatoires -le travail définitif. Comment serait-il possible qu'il mît la moindre -unité dans un ouvrage qu'il fait comme une mosaïque et pis encore, -puisque chaque morceau, au moment où il le peint, est différent de -ton, c'est-à-dire par parties juxtaposées sans qu'il soit possible -d'accorder celle qui est peinte aujourd'hui avec celle qui a été peinte -hier, s'il ne s'était rendu auparavant un compte exact de l'ensemble -de son tableau? C'est l'office du carton<span class="pagenum"><a name="Page_228" id="Page_228">[p. 228]</a></span> ou dessin dans lequel il -étudie à l'avance les lignes, l'effet et jusqu'à la couleur qu'il veut -exprimer.</p> - -<p>Il ne faut pas non plus prendre au pied de la lettre ce qu'on nous dit -de la merveilleuse facilité de ces faiseurs de fresques à triompher -de ces obstacles. Il n'est presque pas de morceau de fresque qui ait -satisfait son auteur de manière aie dispenser de retouches; elles sont -nombreuses sur les ouvrages les plus renommés. Et qu'importe après -tout qu'un ouvrage soit fait facilement? Ce qui importe, c'est qu'il -produise tout l'effet qu'on a droit d'attendre; seulement il faut dire, -au désavantage de la fresque, que ces retouches faites après coup -avec une espèce de détrempe et même quelquefois à l'huile, peuvent à -la longue trancher sur le tout et contribuer au défaut de solidité. -La fresque se ternit et pâlit de plus en plus avec le temps. Il est -difficile de juger au bout d'un siècle ou deux de ce qu'a pu être une -fresque et des changements que le temps y a produits.</p> - -<p>Les changements qu'elle subit sont en sens inverse de ceux qui altèrent -les tableaux à l'huile. Le noir, l'effet sombre se produit dans ces -derniers par la carbonisation de l'huile, mais plus encore par la -crasse des vernis. La fresque, au contraire, dont la chaux est la base, -contracte par l'effet de l'humidité des lieux où elle a été appliquée, -ou par celle de l'atmosphère, une atténuation sensible de ses teintes.</p> - -<p>Tous ceux qui ont fait de la fresque ont remarqué qu'il se formait du -jour au lendemain à la surface<span class="pagenum"><a name="Page_229" id="Page_229">[p. 229]</a></span> des teintes conservées dans des vases -séparés une sorte de pellicule blanchâtre et comme un voile grisâtre; -cet effet, plus prononcé sur une masse considérable de la même teinte, -se produit à la longue sur la peinture elle-même, la voile en quelque -sorte, et tend à la désaccorder par la suite; car cette atténuation se -produisant surtout sur les teintes où la chaux domine, il en résulte -que celles qui n'en contiennent pas une aussi grande quantité restent -plus vives et amènent par leur crudité relative un effet qui n'était -pas dans la pensée du peintre. On conclura aisément, de l'inconvénient -que nous venons de signaler, que la fresque ne convient pas à nos -climats, où l'air contient beaucoup d'humidité; à la vérité, les -climats chauds leur sont contraires sous un autre rapport, qui est -peut-être plus capital encore.</p> - -<p>Un des grands inconvénients de ce genre est la difficulté de rendre -adhérente au mur la préparation (on aura fait précéder tout ceci -d'une explication sommaire du procédé de la fresque) nécessaire. La -grande sécheresse ici est un ennui qu'il est impossible de combattre. -Toute fresque tend à la longue à se détacher de la muraille contre -laquelle elle est appliquée; c'est la fin la plus ordinaire et la plus -inévitable.</p> - -<p>On pourrait peut-être remédier en partie à cela (expliquer le procédé -de la bourre).</p> - -<p><i>Ébauche.</i> Il est difficile de dire ce qu'était l'ébauche d'un Titien, -par exemple. Chez lui, la touche est si<span class="pagenum"><a name="Page_230" id="Page_230">[p. 230]</a></span> peu apparente, la main de -l'ouvrier se dérobe si complètement, que les routes qu'il a prises -pour arriver à cette perfection restent un mystère. Il reste de lui -des préparations de tableaux, mais dans des sens différents: les unes -sont de simples grisailles, les autres sont comme charpentées à grandes -touches avec des tons presque crus; c'était ce qu'il appelait faire le -lit de la peinture. (C'est ce qui manque particulièrement à David et à -son école.) Mais je ne pense pas qu'aucune puisse mettre sur la voie -des moyens qu'il a employés pour le conduire à cette manière toujours -égale à elle-même qui se remarque dans ses ouvrages finis, malgré des -points de départ aussi différents.</p> - -<p>L'exécution du Corrège présente à peu près le même problème, quoique -la teinte en quelque sorte ivoirée de ses tableaux et la douceur des -contrastes donnent à penser qu'il a dû presque toujours commencer par -de la grisaille. (Parler de Prud'hon, de l'école de David; dans cette -école l'ébauche est nulle, car on ne peut donner ce nom à de simples -frottis qui ne sont que le dessin un peu plus arrêté et recouverts -ensuite entièrement par la peinture.)</p> - -<p><i>Pensée. (Première pensée.)</i> Les premiers linéaments par lesquels -un maître habile indique sa pensée contiendront le germe de tout -ce que l'ouvrage présentera de saillant. Raphaël, Rembrandt, le -Poussin,—je nomme exprès ceux-ci parce qu'ils ont brillé surtout par -la pensée,—jettent sur le papier quelques<span class="pagenum"><a name="Page_231" id="Page_231">[p. 231]</a></span> traits: il semble que -pas un ne soit indifférent. Pour des yeux intelligents, la vie déjà -est partout, et rien dans le développement de ce thème en apparence -si vague ne s'écartera de cette conception à peine éclose au jour et -complète déjà.</p> - -<p>Il est des talents accomplis qui ne présentent pas la même vivacité -ni surtout la même clarté dans cette espèce d'éveil de la pensée à la -lumière; chez ces derniers, l'exécution est nécessaire pour arriver -à l'imagination du spectateur. En général, ils donnent beaucoup à -l'imitation. La présence du modèle leur est indispensable pour assurer -leur marche. Ils arrivent par une autre voie à l'une des perfections de -l'art.</p> - -<p>En effet, si vous ôtez à un Titien, à un Murillo, à un Van Dyck la -perfection étonnante de cette imitation de la nature vivante, cette -exécution qui fait oublier l'art et l'artiste, vous ne trouvez dans -l'invention du sujet ou dans sa disposition qu'un motif souvent dénué -d'intérêt pour l'esprit, mais que le magicien saura bien relever -parla poésie de son coloris et les prodiges de son pinceau. Le relief -extraordinaire, l'harmonie des nuances, l'air et la lumière, toutes -les merveilles de l'illusion, s'étaleront sur ce thème dont l'esquisse -froide et nue ne disait rien à l'esprit.</p> - -<p>Qu'on se figure ce qu'a pu être la première pensée de l'admirable -tableau des <i>Pèlerins d'Emmaüs</i>, de Paul Véronèse: rien de plus -froid que cette disposition, refroidie encore par la présence de ces -personnages<span class="pagenum"><a name="Page_232" id="Page_232">[p. 232]</a></span> étrangers à la scène, de cette famille des donateurs qui -se trouve là, en effet, par la plus singulière convention, de ces -petites filles en robe de brocart jouant avec un chien dans l'endroit -le plus apparent du tableau, de tant d'objets, costumes, architecture, -etc., contraires à la vraisemblance!</p> - -<p>Voyez, au contraire, dans Rembrandt, le croquis de ce sujet qu'il a -traité plusieurs fois et avec prédilection; il fait passer devant -nos yeux cet éclair qui éblouit les disciples au moment où le divin -Maître se transfigure en rompant le pain: le lieu est solitaire; point -de témoins importuns de cette miraculeuse apparition; l'étonnement -profond, le respect, la terreur se peignent dans ces lignes jetées -par le sentiment sur ce cuivre, qui se passe, pour vous émouvoir, du -prestige de la couleur.</p> - -<p>Dans le premier coup de pinceau que Rubens donne à son esquisse, je -vois Mars ou Bellone; les Furies secouant leur torche aux lueurs -sinistres, les divinités paisibles s'élançant en pleurant pour les -arrêter ou s'enfuyant à leur approche; les arcs, les monuments -détruits, les flammes de l'incendie. Il semble dans ces linéaments à -peine tracés que mon esprit devance mon œil et saisisse la pensée -avant presque qu'elle ait pris une forme. Rubens trace la première -idée de son sujet avec son pinceau, comme Raphaël ou Poussin avec leur -plume ou leur crayon. Malheur à l'artiste qui finit trop tôt certaines -parties de l'ébauche! Il faut une bien grande sûreté pour ne<span class="pagenum"><a name="Page_233" id="Page_233">[p. 233]</a></span> pas être -conduit à modifier ces parties quand les autres parties seront finies -au même degré. Voir mes notes du 2 août 1855<a name="NoteRef_344_332" id="NoteRef_344_332"></a><a href="#Note_344_332" class="fnanchor">[344]</a>.</p> - -<p><i>Terrible.</i> La sensation du <i>terrible</i> et encore moins celle de -l'<i>horrible</i> ne peuvent se supporter longtemps. Il en est de même -du <i>surnaturel.</i> Je lis depuis quelques jours une histoire d'Edgar -Poë qui est celle de naufragés qui sont pendant cinquante pages dans -la position la plus horrible et la plus désespérée: rien n'est plus -ennuyeux. On reconnaît le mauvais goût des étrangers. Les Anglais, -les Allemands, tous ces peuples anti-latins n'ont pas de littérateurs -parce qu'ils n'ont aucune idée du goût et de la mesure<a name="NoteRef_345_333" id="NoteRef_345_333"></a><a href="#Note_345_333" class="fnanchor">[345]</a>. Ils vous -assomment avec la situation la plus intéressante.</p> - -<p>Clarisse même, venue dans un temps où il y avait un reflet en -Angleterre des convenances françaises, ne pouvait être imaginée que de -l'autre côté du détroit. Walter Scott, Cooper, à un degré bien plus -choquant, vous noient dans des détails qui ôtent tout l'intérêt. Le -<i>terrible</i> est dans les arts un don naturel comme celui de la <i>grâce.</i> -L'artiste qui n'est pas né pour exprimer cette sensation et qui veut -le tenter, est encore plus ridicule que celui qui veut se faire léger -malgré<span class="pagenum"><a name="Page_234" id="Page_234">[p. 234]</a></span> sa nature. Nous avons parlé ailleurs de la figure que Pigalle a -imaginée pour représenter la mort dans le tombeau du maréchal de Saxe. -Certes le <i>terrible</i> était là à sa place. Shakespeare seul savait faire -parler les esprits.</p> - -<p>Michel-Ange.—Les masques antiques et Géricault.</p> - -<p>Le <i>terrible</i> est comme le <i>sublime</i>, il ne faut pas en abuser.</p> - -<p><i>Sublime.</i> Le <i>sublime</i> est dû le plus souvent, chose singulière, au -défaut de proportion. Voir mes notes du 9 mai 1853<a name="NoteRef_346_334" id="NoteRef_346_334"></a><a href="#Note_346_334" class="fnanchor">[346]</a>. Mozart, Racine -paraissent naturels, étonnent moins que Shakespeare et Michel-Ange.</p> - -<p><i>Prééminence dans les arts.</i> Y en a-t-il qui effectivement soient -supérieurs? Voir mes notes du 20 mai 1853<a name="NoteRef_347_335" id="NoteRef_347_335"></a><a href="#Note_347_335" class="fnanchor">[347]</a>. C'est la question de -Chenavard.</p> - -<p><i>Unité.</i> Voir mes notes du 22 mars 1857<a name="NoteRef_348_336" id="NoteRef_348_336"></a><a href="#Note_348_336" class="fnanchor">[348]</a>. D'<i>Obermann</i>: «L'unité, -sans laquelle il n'y a pas d'ouvrage qui puisse être beau.» J'ajoute -qu'il n'y a que l'homme qui fasse des ouvrages sans unité. La nature, -au contraire, met l'unité même dans les parties d'un tout.</p> - -<p><i>Vague.</i> Même page aussi d'<i>Obermann.</i>—Aussi l'église Saint-Jacques de -Dieppe.</p> - -<p><i>Modèle.</i> Voir mes notes du 5 mars 1857<a name="NoteRef_349_337" id="NoteRef_349_337"></a><a href="#Note_349_337" class="fnanchor">[349]</a>. Asservissement au modèle -dans David. Je lui oppose Géricault,<span class="pagenum"><a name="Page_235" id="Page_235">[p. 235]</a></span> qui imite également, mais plus -librement, et met plus d'intérêt.</p> - -<p><i>Préparations.</i> Tout donne à penser que les préparations des anciennes -écoles flamandes ont été uniformes. Rubens, en les suivant, car il -n'a rien changé à la méthode de ses maîtres sous ce rapport, s'y est -constamment conformé. Le fond était clair, et comme ces écoles se sont -servies presque exclusivement de panneaux, il était lisse. L'usage des -pinceaux a prévalu sur celui des brosses jusqu'aux écoles des derniers -temps.</p> - -<p><i>Effet</i> sur l'imagination. (Voir <i>Intérêt.</i>) Byron dit que les poésies -de Campbell<a name="NoteRef_350_338" id="NoteRef_350_338"></a><a href="#Note_350_338" class="fnanchor">[350]</a> sentent trop le travail... tout le brillant du premier -jet est perdu. Il en est de même des poèmes comme des tableaux, ils -ne doivent pas être trop finis. Le grand art est l'effet, n'importe -comment on le produit. Voir mes notes du 18 juillet 1850<a name="NoteRef_351_339" id="NoteRef_351_339"></a><a href="#Note_351_339" class="fnanchor">[351]</a>.</p> - -<p>«Dans la peinture, et surtout dans le portrait, dit Mme Cavé, dans son -joli traité, c'est l'esprit qui parle à I esprit, et non <i>la science -qui parle à la science.</i>» Cette observation, plus profonde qu'elle ne -l'a peut-être cru elle-même, est le procès fait à la pédanterie de -l'exécution. Je me suis dit cent fois que la <i>peinture</i>, matériellement -parlant, <i>n'était qu'un pont</i><a name="NoteRef_352_340" id="NoteRef_352_340"></a><a href="#Note_352_340" class="fnanchor">[352]</a><span class="pagenum"><a name="Page_236" id="Page_236">[p. 236]</a></span> <i>jeté entre l'esprit du peintre et -celui du spectateur.</i></p> - -<p>La froide exactitude n'est pas l'art: l'ingénieux artifice, quand -il plaît et qu'il exprime, est l'art tout entier. La prétendue -conscience de la plupart des peintres n'est que la perfection apportée -laborieusement à l'art d'ennuyer.</p> - -<p>L'expérience est indispensable pour apprendre tout le parti qu'on -peut tirer de son instrument, mais surtout pour éviter ce qui ne doit -pas être tenté. L'homme sans maturité se jette à tout propos dans des -tentatives insensées en voulant faire rendre à l'art plus qu'il ne peut -ou ne doit; il n'arrive même pas à un certain degré de supériorité dans -les limites du possible. Il ne faut pas oublier que le langage, et -j'applique ceci au langage de tous les arts, est toujours imparfait. -Le grand écrivain supplée à cette imperfection par le tour particulier -qu'il donne à la langue de tout le monde; l'expérience, mais surtout la -confiance dans ses forces, donne au talent cette assurance d'avoir fait -tout ce qui pouvait être fait. Il n'y a que les fous ou les impuissants -qui se tourmentent pour l'impossible. L'homme supérieur sait s'arrêter: -il sait qu'il a fait ce qu'il est possible de faire. Voir mes notes du -25 juin 1850<a name="NoteRef_353_341" id="NoteRef_353_341"></a><a href="#Note_353_341" class="fnanchor">[353]</a>.</p> - -<p>Sans hardiesse et même sans une hardiesse extrême, il n'y a pas de -beautés. Lord Byron vante le genièvre comme son Hippocrène à cause -de la hardiesse<span class="pagenum"><a name="Page_237" id="Page_237">[p. 237]</a></span> qu'il y puisait. Il faut donc presque être <i>hors de -soi, amens</i>, pour être tout ce qu'on peut être. Étrange phénomène qui -ne relève pas notre nature ni l'opinion qu'on doit avoir de tous les -beaux esprits qui ont été chercher dans une bouteille le secret de leur -talent<a name="NoteRef_354_342" id="NoteRef_354_342"></a><a href="#Note_354_342" class="fnanchor">[354]</a>.</p> - -<p><i>Musique d'église.</i> Lord Byron dit qu'il a eu le projet de composer -un poème de Job. «Mais, dit-il, je l'ai trouvé trop sublime: il n'y a -point de poésie qu'on puisse comparer à celle-là.»</p> - -<p>J'en dirai autant de la simple musique d'église.</p> - -<p><i>Architecte.</i> Voir mes notes du 14 juin 1850<a name="NoteRef_355_343" id="NoteRef_355_343"></a><a href="#Note_355_343" class="fnanchor">[355]</a>.</p> - -<p><i>Autorité.</i></p> - -<p><i>Anciens et modernes.</i> Voir l'article de Thierry, <i>Moniteur</i> du 17 -mars, sur l'étude de Virgile par Sainte-Beuve.</p> - -<p>Querelle entre la simplicité et l'élan moderne vers d'autres sources du -beau.</p> - -<p><i>Beau. Vague.</i> Voir dans <i>Obermann</i>, t. I, p. 153.</p> - -<p><i>Liaison.</i> Quand nous jetons les yeux sur les objets qui nous -entourent, que ce soit un paysage ou un intérieur, nous remarquons -entre les objets qui s'offrent à nos regards une sorte de liaison -produite par l'atmosphère qui les enveloppe et par les reflets de tout -genre qui font pour ainsi dire participer chaque objet à une sorte -d'harmonie générale. C'est une sorte de charme dont il semble que la -peinture ne peut se<span class="pagenum"><a name="Page_238" id="Page_238">[p. 238]</a></span> passer; cependant il s'en faut que la plupart -des peintres et même des grands maîtres s'en soient préoccupés. Le -plus grand nombre semble même n'avoir pas remarqué dans la nature -cette harmonie nécessaire qui établit dans un ouvrage de peinture une -unité que les lignes elles-mêmes ne suffisent pas à créer, malgré -l'arrangement le plus ingénieux.</p> - -<p>Il semble presque superflu de dire que les peintres peu portés vers -l'effet et la couleur n'en ont tenu aucun compte; mais ce qui est plus -surprenant, c'est que chez beaucoup de grands coloristes cette qualité -est très souvent négligée, et assurément par un défaut de sentiment à -cet endroit.</p> - -<p><i>Michel-Ange.</i> On peut dire que si son style a contribué à corrompre -le goût, la fréquentation de Michel-Ange a exalté<a name="NoteRef_356_344" id="NoteRef_356_344"></a><a href="#Note_356_344" class="fnanchor">[356]</a> et élevé -successivement au-dessus d'eux-mêmes toutes les générations de peintres -qui sont venues après lui.</p> - -<p>Rubens l'a imité, mais comme il pouvait imiter. Il était imbu -d'ouvrages sublimes, et il s'y était senti porté parce qu'il avait en -lui. Quelle différence entre cette imitation et celle des Carrache!</p> - -<p><span class="pagenum"><a name="Page_239" id="Page_239">[p. 239]</a></span></p> - -<p><i>Réussir.</i> Pour <i>réussir</i> clans un art, il faut le cultiver toute sa -vie. Voir mes notes du 22 mai 1850<a name="NoteRef_357_345" id="NoteRef_357_345"></a><a href="#Note_357_345" class="fnanchor">[357]</a>.</p> - -<p>Après être resté longtemps en Angleterre, il s'était déshabitué de sa -propre langue; il lui fallut du temps pour s'y remettre; tant il faut -se tenir en haleine... Et <i>c'est Voltaire qui parle!</i></p> - -<p><i>Peinture des églises. Ornements peints.</i> Voir, dans mes notes du 22 -avril 1849, ce que m'en dit Isabey à Notre-Dame de Lorette<a name="NoteRef_358_346" id="NoteRef_358_346"></a><a href="#Note_358_346" class="fnanchor">[358]</a>. Il y a -dans le même Agenda, vers la fin, d'autres réflexions sur le même sujet.</p> - -<p><i>Inconvénient des fonds d'or.</i> Même note.</p> - -<p><i>La peinture monumentale</i>, comme l'entendent les modernes.</p> - -<p>—Il faut de toutes mes notes, autres que celles qui s'appliquent au -<span class="smcap">Dictionnaire</span>, faire un ouvrage suivi<a name="NoteRef_359_347" id="NoteRef_359_347"></a><a href="#Note_359_347" class="fnanchor">[359]</a>, au moyen de la <i>jonction des -passages</i> analogues<span class="pagenum"><a name="Page_240" id="Page_240">[p. 240]</a></span> et au moyen de <i>transitions insensibles.</i> Il ne -faut donc pas les détacher et les <i>publier séparément.</i> Par exemple, -mettre ensemble tout ce qui est du <i>spectacle</i> de la nature, etc.</p> - -<p>Des <i>Dialogues</i> permettraient une grande liberté de langage à la -première personne, des transitions faciles, des contradictions, -etc.—Des extraits d'une correspondance rempliraient le même -objet.—Lettres de deux amis, l'un triste, l'autre gai, les deux faces -de la vie.—Lettres et observations critiques.</p> - - -<p><i>Notes pour un</i> <span class="smcap">Dictionnaire des Beaux-Arts</span>:</p> - -<p><i>Avertissement préliminaire.</i></p> - -<p><i>Architecture des églises chrétiennes.</i> Article du <i>Moniteur</i>, 37 mars -1857, sur l'invention de M. Garnaud<a name="NoteRef_360_348" id="NoteRef_360_348"></a><a href="#Note_360_348" class="fnanchor">[360]</a>.</p> - -<p><i>Homère.</i> Rubens est plus homérique que certains antiques. Il -avait un génie analogue. C'est l'esprit qui est tout. Ingres n'a -rien d'homérique que la prétention. Il calque l'extérieur. Rubens -est un Homère en peignant l'esprit et en négligeant le vêtement, -ou plutôt avec le vêtement de son époque.—Tapisseries de la <i>Vie -d'Achille</i><a name="NoteRef_361_349" id="NoteRef_361_349"></a><a href="#Note_361_349" class="fnanchor">[361]</a>. Il est plus homérique que Virgile, c'est qu'il l'était -tout naturellement.</p> - -<p><span class="pagenum"><a name="Page_241" id="Page_241">[p. 241]</a></span></p> - -<p><i>Objets polis.</i> Il semble que par leur nature ils favorisent l'effet -propre à les rendre en ce que leurs clairs sont beaucoup plus vifs et -leurs parties sombres beaucoup plus sombres que dans les objets mats. -Ce sont de véritables miroirs! Là où ils ne sont pas frappés par une -vive lumière, ils réfléchissent avec une intensité extrême les parties -sombres. J'ai dit ailleurs<a name="NoteRef_362_350" id="NoteRef_362_350"></a><a href="#Note_362_350" class="fnanchor">[362]</a> que le ton même de l'objet se trouvait -toujours à côté du point le plus brillant, et ceci s'applique aux -étoffes luisantes, au pelage des animaux comme aux métaux polis.</p> - -<p><i>Exécution.</i> La bonne ou plutôt la vraie exécution est celle qui par la -pratique, en apparence matérielle, ajoute à la pensée, sans laquelle la -pensée n'est pas complète; ainsi sont les beaux vers. On peut exprimer -platement de belles idées.</p> - -<p>L'exécution de David est froide; elle refroidirait des idées plus -élevées et plus animées que les siennes. L'exécution, au contraire, -relève l'idée dans ce qu'elle a de commun ou de faible.</p> - -<p><i>Imagination</i><a name="NoteRef_363_351" id="NoteRef_363_351"></a><a href="#Note_363_351" class="fnanchor">[363]</a>. Elle est la première qualité de l'artiste. Elle -n'est pas moins nécessaire à l'amateur. Je ne conçois pas l'homme dénué -d'imagination et qui achète des tableaux: c'est qu'il a de la vanité -en proportion de ce qui lui manque sous le rapport que j'ai dit. Or, -quoique cela paraisse étrange, le plus grand nombre des hommes en est -dépourvu. Non<span class="pagenum"><a name="Page_242" id="Page_242">[p. 242]</a></span> seulement ils n'ont pas cette imagination ardente ou -pénétrante qui leur peint avec vivacité les objets, qui les introduit -dans leurs causes mêmes, mais ils n'ont pas davantage la compréhension -nette des ouvrages où cette imagination domine.</p> - -<p>Les partisans de l'axiome des sensualistes, que <i>nil in intellectu quod -non fuerit prius in sensu</i>, prétendent en conséquence de ce principe -que l'imagination n'est qu'une espèce de souvenir. Il faudra bien -qu'ils accordent cependant que tous les hommes ont la sensation et la -mémoire, et que très peu ont l'imagination, qu'on prétend se composer -de ces deux éléments. L'imagination chez l'artiste ne se représente -pas seulement tels ou tels objets, elle les combine pour la fin qu'il -veut obtenir; elle fait des tableaux, des images qu'il compose à son -gré. Où est donc l'expérience acquise qui peut donner cette faculté de -composition?</p> - -<p><i>Empâtement.</i> Le vrai talent de l'exécution doit consister à tirer -le meilleur parti possible pour l'effet des moyens matériels. Chaque -procédé a ses avantages et ses inconvénients. Pour ne parler que de -celui de la peinture à l'huile, qui est le plus parfait et le plus -abondant en ressources, il importe d'étudier comment il a été employé -par les diverses écoles et de voir le parti qu'on peut tirer de ces -différentes manières. Mais sans entrer dans le détail de chacune de ces -manières, on peut s'en rendre compte <i>à priori.</i></p> - -<p><span class="pagenum"><a name="Page_243" id="Page_243">[p. 243]</a></span></p> - -<p>Ce qui constitue les avantages de ce genre (la peinture à l'huile), -que les grands maîtres ont porté diversement à la perfection, est: 1° -l'intensité que les tons foncés conservent au moment de l'exécution; -ce qui ne se rencontre ni dans la détrempe, ni dans la fresque, ni -dans l'aquarelle, ni en un mot dans toutes les peintures à l'eau, -laquelle, étant l'unique agent qui délaye les couleurs, les laisse en -s'évaporant beaucoup au-dessous du ton: la peinture à l'huile a la -propriété de conserver les couleurs fraîches pour les marier; 2° la -faculté d'employer suivant l'opportunité tantôt les frottis, tantôt -les empâtements, ce qui favorise incomparablement le rendu, soit des -parties mates, soit des parties transparentes; 3° la possibilité de -revenir à volonté sur la peinture sans l'altérer, et au contraire en -augmentant la vigueur de l'effet ou en atténuant la crudité des tons; -4° la facilité que la fluidité des couleurs, pendant un temps assez -long, donne à l'artiste dans le maniement du pinceau, etc.</p> - -<p>Plusieurs inconvénients: effets du vernis par le temps; nécessité -d'attendre pour retoucher.</p> - -<p>Il est nécessaire de calculer le contraste de l'empâtement et du -glacis, de manière que ce contraste se fasse encore sentir, même quand -les vernis successifs ont produit leur effet, qui est toujours de -rendre le tableau lisse.</p> - -<p><i>Arbres.</i> La manière de les peindre et de les préparer.</p> - -<p>J'ai noté dans un <i>Agenda</i> (29 avril 1854) cette<span class="pagenum"><a name="Page_244" id="Page_244">[p. 244]</a></span> sorte d'ébauche -conforme à la marche naturelle<a name="NoteRef_364_352" id="NoteRef_364_352"></a><a href="#Note_364_352" class="fnanchor">[364]</a>.</p> - -<p><i>Poussière.</i> Le ton de la poussière est la demi-teinte la plus -universelle. En effet, elle est un composé de tous les tons. Les tons -de la palette mêlés ensemble donnent toujours un ton de poussière plus -ou moins intense.</p> - -<p><i>Graveur.</i> Je trouve dans un article de la <i>Presse</i> sur Geoffroi -Tory<a name="NoteRef_365_353" id="NoteRef_365_353"></a><a href="#Note_365_353" class="fnanchor">[365]</a>, du 17 juin 1857, que les anciens graveurs étaient des -artistes; aujourd'hui ils ne sont que des mercenaires!</p> - -<p><i>Intérêt.</i> Mettre de l'intérêt dans un ouvrage, tel est le but -principal que se propose l'artiste; on n'y parvient que par la réunion -de beaucoup de moyens. Un sujet intéressant ne peut parvenir à -intéresser quand il est traité par une main malhabile: ce qui semble, -au contraire, le moins fait pour intéresser, intéresse et captive sous -une main savante et au souffle de l'inspiration. Une sorte d'instinct -fait démêler à l'artiste supérieur où doit principalement résider -l'intérêt de sa composition. L'art de grouper, l'art de porter à -propos la lumière et de colorer avec vivacité ou avec sobriété, l'art -de sacrifier comme celui de multiplier les moyens d'effet, une foule -d'autres qualités du grand artiste sont nécessaires pour exciter -l'intérêt et y concourir dans la mesure convenable;<span class="pagenum"><a name="Page_245" id="Page_245">[p. 245]</a></span> l'exacte vérité -des caractères ou leur exagération, la multiplicité comme la sobriété -des détails, la réunion des masses comme leur dispersion, toutes les -ressources de l'art, en un mot, deviennent sous la main de l'artiste -comme les touches d'un clavier dont il tire certains sons, tandis qu'il -laisse sommeiller certains autres.</p> - -<p>La source principale de l'intérêt vient de l'âme, et elle va à l'âme -du spectateur d'une manière irrésistible. Non pas que toute œuvre -intéressante frappe également tous les spectateurs par cela que -chacun d'eux est censé avoir une âme: on ne peut émouvoir qu'un sujet -doué de sensibilité et d'imagination. Ces deux facultés sont aussi -indispensables au spectateur qu'à l'artiste, quoique dans une mesure -différente.</p> - -<p>Les talents maniérés ne peuvent éveiller un intérêt véritable; ils -peuvent exciter la curiosité, flatter un goût du moment, s'adresser -à des passions qui n'ont rien de commun avec l'art; mais comme le -caractère principal de la manière est le défaut de sincérité dans le -sentiment comme dans l'imitation, ils ne peuvent frapper l'imagination -qui n'est en nous-mêmes qu'une sorte de miroir où la nature telle -qu'elle est vient se réfléchir pour nous donner, par une sorte de -souvenir puissant, les spectacles des choses dont l'âme seule a la -jouissance.</p> - -<p>Il n'y a guère que les maîtres qui excitent l'intérêt, mais ils le font -par des moyens différents, à raison de la pente particulière de leur -génie. Il serait absurde<span class="pagenum"><a name="Page_246" id="Page_246">[p. 246]</a></span> de demander à un Rubens l'espèce d'intérêt -qu'un Léonard ou un Raphaël sait exciter par des détails tels que des -mains, des têtes dans lesquelles la correction s'unit à l'expression. -Il est aussi inutile de demander à ces derniers ces effets d'ensemble, -cette verve, cette largesse que recommandent les ouvrages du plus -brillant des peintres. Le <i>Tobie</i> de Rembrandt ne se recommande pas -par les mêmes qualités que tels tableaux du Titien, dans lesquels la -perfection des détails est loin de nuire à la beauté de l'ensemble, -mais qui ne portent point dans l'imagination cette émotion, ce trouble -même que la naïveté et le nerf des caractères, la singularité et la -profondeur de certains effets font éprouver à l'âme en présence d'un -ouvrage de Rembrandt.</p> - -<p>David faisait consister le mérite à bien copier son modèle, tout en -s'amendant à l'aide de fragments antiques pour en relever la vulgarité.</p> - -<p>Corrège, au contraire, ne jetait un regard sur la nature que pour -s'empêcher de tomber dans des énormités. Tout son charme, tout ce qui -est en lui puissance et effets de génie, sortait de son imagination -pour aller réveiller un écho dans les imaginations faites pour le -comprendre...</p> - -<p><i>Éclectisme dans les arts.</i> Ce mot pédant, introduit dans la langue -par les philosophes de ce siècle, s'applique assez bien aux tentatives -modérées de certaines écoles. On pourrait dire que l'<i>éclectisme</i> est -la bannière française par excellence dans les arts du dessin et<span class="pagenum"><a name="Page_247" id="Page_247">[p. 247]</a></span> dans -la musique. Les Allemands et les Italiens ont eu dans leurs arts des -qualités tranchées dont les unes sont souvent antipathiques aux autres: -les Français semblent avoir cherché de tout temps à concilier ces -extrêmes en atténuant ce qu'ils semblaient avoir de discordant. Aussi -leurs ouvrages sont-ils moins frappants. Ils s'adressent à l'esprit -plus qu'au sentiment. Dans la musique, dans la peinture, ils viennent -après toutes les autres écoles, apportant à petites doses dans leurs -œuvres une somme de qualités qui s'excluent chez les autres, mais -qui s'allient chez eux grâce à leur tempérament.</p> - -<p><i>Sentiment.</i> Le sentiment fait des miracles. C'est par lui qu'une -gravure, qu'une lithographie produit à l'imagination l'effet de la -peinture elle-même. Dans ce grenadier de Charlet, je vois le ton à -travers le crayon; en un mot, je ne désire rien de plus que ce que je -vois. Il me semble que la coloration, que la peinture me gênerait, -nuirait à l'effet de l'ensemble.</p> - -<p>Le sentiment, c'est la touche intelligente qui résume, qui donne -l'équivalent.</p> - -<p><i>Chefs-d'œuvre.</i> Voir mes notes du 21 février 1856<a name="NoteRef_366_354" id="NoteRef_366_354"></a><a href="#Note_366_354" class="fnanchor">[366]</a>.</p> - -<p><i>Intérêt</i> (suite)<a name="NoteRef_367_355" id="NoteRef_367_355"></a><a href="#Note_367_355" class="fnanchor">[367]</a>. Les écoles ne voient tour à tour de perfection -que dans une seule espèce de mérite. Elles condamnent tout ce que les -maîtres à la mode ont condamné. Le dessin est aujourd'hui à la mode: -encore n'est-ce qu'une seule espèce de dessin!<span class="pagenum"><a name="Page_248" id="Page_248">[p. 248]</a></span> Le dessin de David, -dans cette école de David issue de David, n'est plus le vrai dessin...</p> - -<p><i>Originalité.</i> Consiste-t-elle dans la priorité d'invention de -certaines idées, de certaines effets frappants?</p> - -<p><i>École. Faire école.</i> Des hommes médiocres ou au moins secondaires -ont pu <i>faire école</i>, tandis que de très grands hommes n'ont point -eu cet avantage, si c'en est un. Il y a quatre-vingts ans, c'étaient -les Vanloo qui donnaient les prix de Rome et dont le style régnait -en souverain. Dans ce moment s'éleva un talent qui avait sucé leurs -principes et qui devait s'illustrer par des principes tout différents. -David renouvelle l'art, on peut le dire; mais le mérite n'en est pas -seulement à son originalité propre; plusieurs tentatives avaient été -faites: Mengs et autres. La découverte des peintures d'Herculanum avait -poussé les esprits à limitation et à l'admiration de l'antique. Arrive -David, esprit plus vigoureux qu'inventif, plus sectaire qu'artiste, -imbu des idées modernes qui éclataient en tout dans la politique et qui -portaient à l'admiration exclusive des anciens, surtout dans ce dernier -objet résumé pour les arts... Le style <i>énervé</i> et facile des Vanloo -avait fait son temps.</p> - -<p>Cent soixante ans auparavant, un génie bien autrement original que -celui de David, éclos au moment où l'école de Lebrun était dans toute -sa force, n'obtint pas la même fortune. Tout le génie de Puget, toute -sa verve, toute sa force, qui prenait sa source dans l'inspiration<span class="pagenum"><a name="Page_249" id="Page_249">[p. 249]</a></span> de -la nature, ne put faire école en présence des Coysevox, des Coustou, de -toute cette école très considérable elle-même, mais déjà entachée de -manière et d'esprit d'école.</p> - -<p><i>Raffinement.</i> Du raffinement dans les époques de décadence. Voir mes -notes du 9 avril 1856<a name="NoteRef_368_356" id="NoteRef_368_356"></a><a href="#Note_368_356" class="fnanchor">[368]</a>.</p> - -<p><i>Exécution.</i> Son importance. Le malheur des tableaux de David et de son -école est de manquer de cette qualité précieuse sans laquelle le reste -est imparfait et presque inutile. On peut y admirer un grand dessin, -quelquefois de l'ordonnance, comme dans Gérard; de la grandeur, de la -fougue, du pathétique, comme dans Girodet; un vrai goût antique chez -David lui-même, dans les <i>Sabines</i>, par exemple. Mais le charme que -la main de l'ouvrier ajoute à tous ces mérites est absent de leurs -ouvrages et les place au-dessous de ceux des grands maîtres consacrés. -Prud'hon<a name="NoteRef_369_357" id="NoteRef_369_357"></a><a href="#Note_369_357" class="fnanchor">[369]</a> est le seul peintre de cette époque dont<span class="pagenum"><a name="Page_250" id="Page_250">[p. 250]</a></span> l'exécution -soit égale à l'idée et qui plaise par ce côté du talent qu'on appelle -la partie matérielle, mais qui est, quoi qu'on en dise, toute -sentimentale, tout idéale comme la conception elle-même, qu'elle doit -compléter nécessairement. Voir mes notes du 15 décembre 1857<a name="NoteRef_370_358" id="NoteRef_370_358"></a><a href="#Note_370_358" class="fnanchor">[370]</a>. Dans -cette peinture, l'épidémie manque partout.</p> - -<p><i>Style moderne</i> (en littérature). Le style moderne est mauvais: abus -de la sentimentalité, du pittoresque à propos de tout. Si un amiral -raconte des campagnes de mer, il le fait dans un style de romancier -et presque d'humanitaire. On allonge tout, on poétise tout. On veut -paraître ému, pénétré, et l'on croit à tort que ce dithyrambe perpétuel -gagnera l'esprit du lecteur et lui donnera une grande idée de l'auteur -et surtout de la bonté de son cœur. Les mémoires, les histoires même -sont détestables. La philosophie, les sciences, tout ce qui s'écrit à -propos de ces différents objets, est empreint de cette fausse couleur, -de ce style d'emprunt.</p> - -<p>J'en suis fâché pour nos contemporains. La postérité n'ira pas chercher -dans ce qu'ils laisseront, ni surtout dans les portraits qu'ils auront -faits d'eux-mêmes, des modèles de sincérité. Il n'y a pas jusqu'à -l'admirable histoire de Thiers à porter l'empreinte de ce style -pleurard, toujours prêt à s'arrêter en chemin pour gémir sur l'ambition -des<span class="pagenum"><a name="Page_251" id="Page_251">[p. 251]</a></span> conquérants, sur la rigueur des saisons, sur les souffrances -humaines. Ce sont des sermons ou des élégies. Rien de mâle ou qui fasse -l'effet uniquement convenable, et cela, parce que rien n'est à sa -place ou en tient trop et est déclamé en pédagogue plutôt que raconté -simplement.</p> - -<p><i>Autorités.</i> La peste pour les grands talents, et presque la totalité -du talent pour les médiocres. Voir mes notes du 10 octobre 1853<a name="NoteRef_371_359" id="NoteRef_371_359"></a><a href="#Note_371_359" class="fnanchor">[371]</a>. -«Elles sont les lisières qui aident presque tout le monde à marcher -quand on entre dans la carrière, mais elles laissent à presque tout le -monde des marques ineffaçables.»</p> - -<p><i>Modèle.</i> Sur l'emploi du modèle, voir mes notes du 12 octobre<a name="NoteRef_372_360" id="NoteRef_372_360"></a><a href="#Note_372_360" class="fnanchor">[372]</a> et -du 17 octobre 1853<a name="NoteRef_373_361" id="NoteRef_373_361"></a><a href="#Note_373_361" class="fnanchor">[373]</a>.</p> - -<p><i>Opéra.</i> Sur la réunion des différents arts dans ce genre de spectacle, -sur le plaisir qui résulte de cette réunion et aussi sur la fatigue qui -doit gagner plus vite le spectateur en raison de cette surabondance -d'expression, voir calepin d'Augerville, 1854<a name="NoteRef_374_362" id="NoteRef_374_362"></a><a href="#Note_374_362" class="fnanchor">[374]</a>. J'y parle aussi de -la sonorité, que Chopin n'admettait pas comme une source légitime de -sensation.</p> - -<p><i>Exécution.</i> Nous avons dit qu'une bonne exécution était de la plus -grande importance. On irait jusqu'à dire que, si elle n'est pas tout, -elle est le seul moyen qui mette le reste en lumière et qui lui donne -sa valeur. Les écoles de décadence l'ont placée dans<span class="pagenum"><a name="Page_252" id="Page_252">[p. 252]</a></span> une certaine -prestesse de la main, dans une certaine façon cavalière d'exprimer, -dans ce qu'on a appelé la franchise, le beau pinceau, etc. Il est -certain qu'après les grands maîtres du seizième siècle, l'exécution -matérielle change dans la peinture. La peinture des ateliers, une -peinture faite du premier coup, sur laquelle on ne peut guère revenir, -succède à ces exécutions toutes de sentiment, et que chaque maître se -faisait à lui-même, ou plutôt que son instinct lui inspirait suivant le -besoin de son génie. Certes on ne peut faire un Titien avec les moyens -employés par un Rubens et le pointillage, etc. Le Raphaël que j'ai vu -rue Grange-Batelière était fait à petits coups de pinceau... Un peintre -de l'école des Carrache se serait cru déshonoré de peindre avec cette -minutie. À plus forte raison ceux des écoles plus récentes et plus -corrompues des Vanloo.</p> - -<p><i>Style français.</i> Sur la froideur du style français. De cette -correction même dans de grandes écoles comme celle de Louis XIV qui -glace l'imagination tout en satisfaisant l'esprit. Voir mes notes du -23 mars 1855<a name="NoteRef_375_363" id="NoteRef_375_363"></a><a href="#Note_375_363" class="fnanchor">[375]</a>. Chose singulière, jusqu'à l'école de Lebrun, du -Poussin, etc., d'où sont sortis les Coysevox, les Coustou, la sculpture -française joint la fantaisie à la belle exécution et rivalise avec les -écoles d'Italie du grand style. Germain Pilon, Jean Goujon.</p> - -<p><span class="pagenum"><a name="Page_253" id="Page_253">[p. 253]</a></span></p> - -<p><i>Ébauche.</i> Voir mes notes du 2 avril 1855<a name="NoteRef_376_364" id="NoteRef_376_364"></a><a href="#Note_376_364" class="fnanchor">[376]</a>.</p> - -<p><i>Couleur.</i> De sa supériorité ou de son exquisivité, si l'on veut, sous -le rapport de l'effet sur l'imagination. Voir mes notes du 6 juin -1851<a name="NoteRef_377_365" id="NoteRef_377_365"></a><a href="#Note_377_365" class="fnanchor">[377]</a>. Sur la couleur chez Lesueur.</p> - -<p><i>Oppositions.</i> Granet disait que la peinture consistait à mettre du -blanc sur du noir et du noir sur du blanc.</p> - -<p><i>Artiste.</i></p> - -<p><i>Imitation.</i> On donne particulièrement le nom d'arts d'imitation à -la peinture et à la sculpture; les autres arts, comme la musique, la -poésie, n'imitent pas la nature directement, quoique leur but soit de -frapper l'imagination.</p> - -<p><i>De l'antique et des écoles hollandaises.</i> On s'étonnera de voir -réunies dans un même titre des productions en apparence si diverses, -diverses par le temps, mais moins diverses qu'on ne croit par le style -et l'esprit dans lequel elles ont été conçues.</p> - -<p><i>Antique</i><a name="NoteRef_378_366" id="NoteRef_378_366"></a><a href="#Note_378_366" class="fnanchor">[378]</a>. D'où vient cette qualité particulière, ce goût parfait -qui n'est que dans l'antique? Peut-être de ce que nous lui comparons -tout ce qu'on<span class="pagenum"><a name="Page_254" id="Page_254">[p. 254]</a></span> a fait en croyant limiter. Mais encore, que peut-on lui -comparer dans ce qui a été fait de plus parfait dans les genres les -plus divers? Je ne vois point ce qui manque à Virgile, à Horace. Je -vois bien ce que je voudrais dans nos plus grands écrivains et aussi -ce que je n'y voudrais pas. Peut-être aussi que, me trouvant avec ces -derniers dans une communauté, si j'ose dire, de civilisation, je les -vois plus à fond, je les comprends mieux surtout, je vois mieux le -désaccord entre ce qu'ils ont fait et ce qu'ils ont voulu faire. Un -Romain m'eût fait voir dans Horace et dans Virgile des taches ou des -fautes que je ne peux y voir; mais c'est surtout dans tout ce qui nous -reste des arts plastiques des anciens que cette qualité de goût et -de mesure parfaite se trouve au plus haut point de perfection. Nous -pouvons soutenir la comparaison avec eux dans la littérature; dans les -arts, jamais.</p> - -<p>Titien est un de ceux qui se rapprochent le plus de l'esprit de -l'antique. Il est de la famille des Hollandais et par conséquent -de celle de l'antique. Il sait faire d'après nature: c'est ce qui -rappelle toujours dans ses tableaux un type vrai, par conséquent non -passager comme ce qui sort de l'imagination d'un homme, lequel ayant -des imitateurs en donne plus vite le dégoût. On dirait qu'il y a un -grain de folie dans tous les autres; lui seul est de bon sens, maître -de lui, de sa facilité et de son exécution, qui ne le domine jamais -et dont il ne fait point parade. Nous croyons imiter l'antique en le -prenant pour ainsi dire à la lettre, en<span class="pagenum"><a name="Page_255" id="Page_255">[p. 255]</a></span> faisant la caricature de ses -draperies, etc. Titien et les Flamands ont l'esprit de l'antique, et -non l'imitation de ses formes extérieures.</p> - -<p>L'antique ne sacrifie pas à la grâce, comme Raphaël, Corrège et la -Renaissance en général; il n'a pas cette affectation, soit de la force, -soit de l'imprévu, comme dans Michel-Ange. Il n'a jamais la bassesse du -Puget dans certaines parties, ni son naturel par trop naturel.</p> - -<p>Tous ces hommes ont, dans leurs ouvrages, des parties surannées; rien -de tel dans l'antique. Chez les modernes, il y en a toujours trop; chez -l'antique, toujours même sobriété et même force contenue.</p> - -<p>Ceux qui ne voient dans Titien que le plus grand des coloristes sont -dans une grande erreur: il l'est effectivement, mais il est en même -temps le premier des dessinateurs, si on entend par dessin <i>celui de la -nature</i><a name="NoteRef_379_367" id="NoteRef_379_367"></a><a href="#Note_379_367" class="fnanchor">[379]</a>, et non celui où l'imagination du peintre a plus de part, -intervient plus que l'imitation. Non que cette imagination chez Titien -soit servile: il ne faut que comparer son dessin à celui des peintres -qui se sont appliqués à rendre exactement la nature dans les écoles -bolonaise ou espagnole, par exemple. On peut dire que chez les Italiens -le style l'emporte sur<span class="pagenum"><a name="Page_256" id="Page_256">[p. 256]</a></span> tout: je n'entends pas dire par là que tous les -artistes italiens ont un grand style ou même un style agréable, je veux -dire qu'ils sont enclins à abonder chacun dans ce qu'on peut appeler -<i>leur style</i>, qu'on le prenne en bonne ou mauvaise part. J'entends par -là que Michel-Ange abuse de son style, autant que le Bernin ou Piètre -de Cortone, eu égard pour chacun à l'élévation ou à la vulgarité de ce -style: en un mot, leur manière particulière, ce qu'ils croient ajouter -ou ajoutent à leur insu à la nature, éloigne toute idée d'imitation et -nuit à la vérité et à la naïveté de l'expression. On ne trouve guère -cette naïveté précieuse chez les Italiens qu'avant le Titien, qui -la conserve au milieu de cet entraînement de ses contemporains vers -la manière, manière qui vise plus ou moins au sublime, mais que les -imitateurs rendent bien vite ridicule.</p> - -<p>Il est un autre homme dont il faut parler ici, pour le mettre sur la -même ligne que le Titien, si l'on regarde comme la première qualité -la vérité unie à l'idéal: c'est Paul Véronèse. Il est plus libre -que le Titien, mais il est moins fini. Ils ont tous les deux cette -tranquillité, ce calme tempérament qui indique des esprits qui se -possèdent. Paul semble plus savant, moins collé au modèle, partant -plus indépendant dans son exécution. En revanche, le scrupule du -Titien n'a rien qui incline à la froideur: je parle surtout de -celle de l'exécution, qui suffit à réchauffer le tableau; car l'un -et l'autre donnent moins à l'expression que la plupart des grands -maîtres. Cette qualité si rare, ce<span class="pagenum"><a name="Page_257" id="Page_257">[p. 257]</a></span> sang-froid animé, si on peut le -dire, exclut sans doute les effets qui tendent à l'émotion. Ce sont -encore là des particularités qui leur sont communes avec ceux de -l'antique, chez lesquels la forme plastique extérieure passe avant -l'expression. On explique par l'introduction du christianisme cette -singulière révolution qui se fait au moyen âge dans les arts du dessin, -c'est-à-dire la prédominance de l'expression. Le mysticisme chrétien -qui planait sur tout, l'habitude pour les artistes de représenter -presque exclusivement des sujets de la religion qui parlent avant -tout à l'âme, ont favorisé indubitablement cette pente générale à -l'expression. Il en est résulté nécessairement dans les âges modernes -plus d'imperfection dans les qualités plastiques. Les anciens n'offrent -point les exagérations ou incorrections des Michel-Ange, des Puget, des -Corrège; en revanche, le beau calme de ces belles figures n'éveille en -rien cette partie de l'imagination que les modernes intéressent par -tant de points. Cette turbulence sombre de Michel-Ange, ce je ne sais -quoi de mystérieux et d'agrandi qui passionne son moindre ouvrage; -cette grâce noble et pénétrante, cet attrait irrésistible du Corrège; -la profonde expression et la fougue de Rubens; le vague, la magie, le -dessin expressif de Rembrandt: tout cela est de nous, et les anciens ne -s'en sont jamais doutés.</p> - -<p>Rossini est un exemple frappant de cette passion de l'agrément, de la -grâce outrée. Aussi son école est-elle insupportable!</p> - -<p><span class="pagenum"><a name="Page_258" id="Page_258">[p. 258]</a></span></p> - -<hr class="b2" /> -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_277_265" id="Note_277_265"></a><a href="#NoteRef_277_265"><span class="label">[277]</span></a> Nous donnons ci-contre le fac-simile d'une lettre -adressée à cette date par Delacroix à Ingres, à propos de sa -candidature à l'Académie des Beaux-Arts et dont nous devons la -communication à l'obligeance de M. Chéramy.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_278_266" id="Note_278_266"></a><a href="#NoteRef_278_266"><span class="label">[278]</span></a> Sur la question du <i>Beau</i> et la conception de Delacroix -touchant ce point, voir notre Étude, à la page XXVIII, ainsi que -l'appréciation de M. Paul Mantz que nous avons rapportée dans -l'annotation.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_279_267" id="Note_279_267"></a><a href="#NoteRef_279_267"><span class="label">[279]</span></a> Tout ce passage sur le <i>Titien</i> a une très grande -importance pour quiconque veut suivre, en l'approfondissant, le -développement esthétique de Delacroix. Il présente un double intérêt, -tant au point de vue du jugement en lui-même, qui précise le dernier -état de son opinion sur le maître vénitien, qu'au point de vue du -contraste de cette opinion avec celles qu'il avait précédemment émises. -Il n'est point d'artiste en effet sur le compte duquel il ait autant -varié que Titien. On se rappelle certains passages, notamment une page -sur l'<i>Ensevelissement</i>, à laquelle nous n'avons voulu croire qu'après -l'avoir collationnée minutieusement sur les manuscrits originaux. Tout -ce début de l'année 1857 est donc une véritable réparation à la mémoire -du grand Vénitien.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_280_268" id="Note_280_268"></a><a href="#NoteRef_280_268"><span class="label">[280]</span></a> La disposition de ce passage, la concision avec -laquelle les idées sont jetées, sans souci de forme définitive ni de -phrases terminées, marque suffisamment l'intention qu'avait Delacroix -de revenir sur ce sujet et de le traiter avec les développements -qu'il comporte. Il indique à la hâte, se réservant d'y insister, les -principaux points de vue auxquels on pouvait les reprendre. Il n'est -pas jusqu'à cet essai de <i>Dictionnaire des Beaux-Arts</i> auquel nous -allons arriver et qui constitue l'intérêt capital de cette publication, -qui ne nous apparaisse comme un canevas, comme une brève esquisse -destinée à se transformer en études suivies.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_281_269" id="Note_281_269"></a><a href="#NoteRef_281_269"><span class="label">[281]</span></a> Personne mieux que Taine n'a compris l'universalité de -génie de ces hommes du seizième siècle. Dans son <i>Voyage en Italie</i>, et -à propos des mêmes Vénitiens qu'il avait, lui le premier de tous les -critiques français, su percer à jour, il écrit: «Partout les grands -artistes sont les héros et les interprètes de leur peuple, Jordaëns, -Crayer, Rubens en Flandre, Titien, Tintoret, Véronèse à Venise. Leur -instinct et leur intuition les font naturalistes, psychologues, -historiens, philosophes: ils repoussent l'idée qui constitue leur race -et leur âge, et la sympathie universelle et involontaire qui fait -leur génie rassemble et organise en leur esprit, avec les proportions -véritables, les éléments infinis et entre-croisés du monde où ils sont -compris.»</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_282_270" id="Note_282_270"></a><a href="#NoteRef_282_270"><span class="label">[282]</span></a> Se rappeler que dans un autre passage du Journal, -directement opposé à l'opinion de ceux qui considèrent comme un -bienfait la patine du temps, Delacroix déclare que les maîtres ne -reconnaîtraient point leurs chefs-d'œuvre dans les <i>croûtes -enfumées</i> que nous voyons aujourd'hui. Ceci s'accorde parfaitement -d'ailleurs avec les doléances qu'il répétait souvent, au dire de ceux -qui l'ont connu, sur la <i>fragilité de la peinture.</i></p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_283_271" id="Note_283_271"></a><a href="#NoteRef_283_271"><span class="label">[283]</span></a> <i>Raphaël Menys</i> (1728-1779), peintre allemand, auteur -d'un grand nombre d'œuvres importantes en Italie et en Espagne. Il a -laissé plusieurs écrits sur les arts, recueillis et publiés en 1780 à -Parme, sous le titre d'<i>Opere di Antonio Raffaelle Mengs</i>, et qui ont -été depuis traduits en français.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_284_272" id="Note_284_272"></a><a href="#NoteRef_284_272"><span class="label">[284]</span></a> Dans son éloge de Venise, l'<i>Arétin</i> écrit: «Jamais, -depuis que Dieu l'a fait, ce ciel n'a été embelli d'une si charmante -peinture d'ombres et de lumières. L'air était tel que le voudraient -faire ceux qui portent envie à Titien, parce qu'ils ne peuvent être -Titien... Oh! les beaux coups de pinceau qui, de ce côté, coloraient -l'air et le faisaient reculer derrière les palais, comme le pratique -Titien dans ses paysages! En certaines parties apparaissait un vert -azuré, en d'autres un azur verdi, véritablement mélangés par la -capricieuse invention de la nature, maîtresse des maîtres. C'est elle -ici qui, avec des teintes claires ou obscures, noyait ou modelait des -formes selon son idée. Et moi qui sait comme votre pinceau est l'âme de -votre âme, je m'écriai trois ou quatre fois: Titien, où êtes-vous?»</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_285_273" id="Note_285_273"></a><a href="#NoteRef_285_273"><span class="label">[285]</span></a> Sur cette éternelle question du dessin et de la couleur, -à propos de cette division entre dessinateurs et coloristes qui -durera sans doute tant qu'il y aura des dessinateurs et des peintres, -Baudelaire écrivait dans son Salon de 1846, se faisant l'interprète -de la pensée du maître qu'il avait défendu toute sa vie: «On peut -être à la fois coloriste et dessinateur, mais dans un certain sens. -De même qu'un dessinateur peut être coloriste par les grandes masses, -de même un coloriste peut être dessinateur, par une logique complète -de l'ensemble des lignes; mais l'une de ces qualités absorbe toujours -le détail de l'autre. Les coloristes dessinent comme la nature: leurs -figures sont naturellement délimitées par la lutte harmonieuse des -masses colorées.» Dans tous les passages de ses œuvres critiques -où il traite ces intéressantes questions de technique picturale, on -retrouve, commentées et renouvelées par son talent de vision originale -et personnelle, les idées du maître qu'il chérissait, si bien que -l'<i>Art romantique</i> et les <i>Curiosités esthétiques</i> donnent comme un -avant-goût des plus curieux passages de cette année 1857.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_286_274" id="Note_286_274"></a><a href="#NoteRef_286_274"><span class="label">[286]</span></a> Ici encore, et à propos de la <i>fresque</i>, nous ne pouvons -que répéter ce que nous avons déjà dit dans notre étude, à savoir qu'il -manqua toujours à Delacroix de n'avoir pas vu les maîtres vénitiens -chez eux. Nous nous figurons aisément ce qu'eût été son enthousiasme -s'il avait vu au Musée de Vérone l'admirable fresque de Paul Véronèse -symbolisant la musique. Il avait d'ailleurs lui-même parfaitement -conscience des lacunes de ses connaissances en ce qui touche les -maîtres italiens, puisqu'il écrivait à Burty, avec une modestie -vraiment admirable chez un homme de génie: «Qu'il ne voudrait rien -publier avant d'avoir vu les maîtres italiens sur place, et que l'état -de sa santé lui interdisait l'espérance d'un tel voyage.» (<i>Corresp.</i>, -t. II, p. 179.)</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_287_275" id="Note_287_275"></a><a href="#NoteRef_287_275"><span class="label">[287]</span></a> Voir notre Étude, p. XLIX et L.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_288_276" id="Note_288_276"></a><a href="#NoteRef_288_276"><span class="label">[288]</span></a> Delacroix ne voulait pas seulement indiquer par là -les gens qui n'ont point de compétence, technique dans chaque art -individuel, mais surtout ceux qui n'ont pas le sentiment profond et -vivace de la Beauté, c'est-à-dire ce qui ne saurait s'acquérir.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_289_277" id="Note_289_277"></a><a href="#NoteRef_289_277"><span class="label">[289]</span></a> Sur un <i>Projet de Dictionnaire des Beaux-Arts:</i> «Ce -petit recueil est l'ouvrage d'une seule personne qui a passé toute sa -vie à s'occuper de peinture. Il ne peut donc prétendre qu'à donner -sur chaque objet le peu de lumières qu'il a pu acquérir, et encore -ne donnera-t-il que des informations toutes personnelles. L'idée de -faire un livre l'a effrayé. Il faut un grand talent de composition -pour ne mettre dans un livre que ce qu'il faut et pour y mettre tout -ce qu'il faut... Il lui a semblé qu'un dictionnaire n'était pas un -livre, même quand il était tout entier de la même main. Chaque article -séparé ressort mieux et laisse plus de trace dans l'esprit. Il semble -qu'il faille, dans un traité en règle, que le lecteur fasse lui-même, -s'il veut tirer quelque profit de sa lecture, la besogne que l'auteur, -etc... Point de transitions nécessaires.» (<span class="smcap">Eugène Delacroix</span>, <i>sa vie et -ses œuvres</i>, p. 433.)</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_290_278" id="Note_290_278"></a><a href="#NoteRef_290_278"><span class="label">[290]</span></a> À rapprocher ce fragment détaché d'un album: «Il faut -attribuer à la fresque le grand style des écoles italiennes. Le peintre -remplace par l'idéal l'absence des détails. Il lui faut savoir beaucoup -et oser encore plus. La fresque seule pouvait amener à l'exagération -des Primatice et des Parmesan, dans une époque où la peinture sortant -de ses langes devait encore être timide. Je crois, au reste, qu'à moins -d'une organisation très rare et bien variée, il est presque impossible -de réussir également dans l'un et l'autre genre. Je ne peux me figurer -ce qu'eussent été les fresques de Rubens; et les tableaux à l'huile -de Raphaël se ressentent de cette hésitation qu'il a dû éprouver à y -introduire des détails que la fresque ne comporte pas, qu'elle banni! -même.» (<span class="smcap">Eugène Delacroix</span>, <i>sa vie et ses œuvres</i>, p. 413.)</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_291_279" id="Note_291_279"></a><a href="#NoteRef_291_279"><span class="label">[291]</span></a> Voir t. III, p. <a href="#Page_15">15</a>.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_292_280" id="Note_292_280"></a><a href="#NoteRef_292_280"><span class="label">[292]</span></a> Voir t. I. p. 383, et t. III, p. <a href="#Page_86">86</a> et suiv.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_293_281" id="Note_293_281"></a><a href="#NoteRef_293_281"><span class="label">[293]</span></a> C'est une théorie chère à Delacroix. (Voir t. II, p. 238 -et 246.)</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_294_282" id="Note_294_282"></a><a href="#NoteRef_294_282"><span class="label">[294]</span></a> «Entre autres choses, ce qui fait le grand peintre, -c'est la combinaison hardie d'accessoires qui augmente l'impression. -Ces nuages qui volent dans le même sens que le cavalier emporté par son -cheval, les plis de son manteau qui l'enveloppent ou flottent autour -des flancs de sa monture. Cette association puissante... car qu'est-ce -que composer? c'est associer avec puissance...» (<span class="smcap">Eugène Delacroix</span>, <i>sa -vie et ses œuvres</i>, p. 421.)</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_295_283" id="Note_295_283"></a><a href="#NoteRef_295_283"><span class="label">[295]</span></a> Ces notes étaient sans doute inscrites sur un carnet qui -n'a pas été retrouvé.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_296_284" id="Note_296_284"></a><a href="#NoteRef_296_284"><span class="label">[296]</span></a> Voir t. III, p. <a href="#Page_97">97</a>.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_297_285" id="Note_297_285"></a><a href="#NoteRef_297_285"><span class="label">[297]</span></a> Voir t. III, p. <a href="#Page_189">189</a>.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_298_286" id="Note_298_286"></a><a href="#NoteRef_298_286"><span class="label">[298]</span></a> Voir t. I, p. 321 et 322.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_299_287" id="Note_299_287"></a><a href="#NoteRef_299_287"><span class="label">[299]</span></a> Sur une feuille volante, avec ce titre: <i>Les manières</i>, -Delacroix écrivait: «Les lois de la raison et du bon goût sont -éternelles, et les gens de génie n'ont pas besoin qu'on les leur -apprenne. Mais rien ne leur est plus mortel que les prétendues règles, -<i>manières</i>, conventions qu'ils trouvent établies dans les écoles, la -séduction même que peuvent exercer sur eux des méthodes d'exécution -qui ne sont pas conformes à leur manière de sentir et de rendre la -nature.—On les condamne toujours au nom de ces manières en vogue, -et non pas au nom de la raison et de la convenance. Ainsi Gros, par -respect pour la manière de David, etc... On en voit l'influence sur -Rubens lui-même: la vue des Carrache... Nul doute que la manière qui -est sortie de leurs écoles, manière réduite tellement en principe -qu'elle est devenue pendant deux cents ans et qu'elle est encore -la règle de l'exécution en peinture, n'ait porté un coup mortel à -l'originalité de bien des peintres.» (<span class="smcap">Eugène Delacroix</span>, <i>sa vie et ses -œuvres</i>, p. 422.)</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_300_288" id="Note_300_288"></a><a href="#NoteRef_300_288"><span class="label">[300]</span></a> Les carnets de 1845 n'ont pas été retrouves.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_301_289" id="Note_301_289"></a><a href="#NoteRef_301_289"><span class="label">[301]</span></a> «Cher Monsieur et ami... Il n'y a pas de félicitations -qui puissent me flatter plus que les vôtres. La chose a été faite -assez franchement, et cela ajoute à la réussite aux yeux du public. -Vous dites justement que ce succès, il y a vingt ans, m'aurait causé -un tout autre plaisir: j'avais la chance, dans ce cas, de me voir plus -utile que je ne puis l'être maintenant dans une situation de ce genre. -J'aurais eu le temps de devenir professeur à l'École: c'est là que -j'eusse pu exercer quelque influence. Quoi qu'il en soit, je ne partage -pas l'opinion de quelques personnes, amies ou autres, qui m'ont fait -entendre plus d'une fois que je ferais mieux de m'abstenir. Il y a plus -de fatuité que de véritable estime de soi-même à rester dans sa tente: -au reste, je ne manque point ici à mes antécédents, puisqu'une fois mon -parti pris, je n'ai pas cessé de me présenter.» (<i>Corresp.</i>, t. II, p. -157, 158.)</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_302_290" id="Note_302_290"></a><a href="#NoteRef_302_290"><span class="label">[302]</span></a> <i>Isidore Dagnan.</i> Voir t. II, p. 314.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_303_291" id="Note_303_291"></a><a href="#NoteRef_303_291"><span class="label">[303]</span></a> Delacroix écrivait autre part: «La peinture est un art -modeste, il faut aller à lui et l'on y va sans peine; un coup d'œil -suffit. Le livre n'est point cela: il faut l'acheter d'abord, il faut -le lire ensuite page par page, entendez-vous bien, messieurs? et bien -souvent suer pour le le comprendre.»</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_304_292" id="Note_304_292"></a><a href="#NoteRef_304_292"><span class="label">[304]</span></a> «J'éprouve, et sans doute tous les gens sensibles -éprouvent qu'en présence d'un beau tableau, on se sent le besoin -d'aller loin de lui penser à l'impression qu'il a fait naître. Il -se fait alors le travail inverse du littérateur: je le repasse, -détail par détail, dans ma mémoire, et si j'en fais par écrit la -description, je pourrais employer vingt pages à la description de -ce que j'aurais pourtant embrassé tout entier en quelques instants. -Le poème ne serait-il pas, par contre, un tableau dont on me montre -chaque partie, l'une après l'autre? Que ce soit un voile qu'il soulève -successivement.» (<span class="smcap">Eugène Delacroix</span>, <i>sa vie et ses œuvres</i>, p. 418, -419.)</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_305_293" id="Note_305_293"></a><a href="#NoteRef_305_293"><span class="label">[305]</span></a> Non retrouvées.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_306_294" id="Note_306_294"></a><a href="#NoteRef_306_294"><span class="label">[306]</span></a> Non retrouvées.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_307_295" id="Note_307_295"></a><a href="#NoteRef_307_295"><span class="label">[307]</span></a> Voir t. III, p. <a href="#Page_72">72</a> et <a href="#Page_73">73</a>.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_308_296" id="Note_308_296"></a><a href="#NoteRef_308_296"><span class="label">[308]</span></a> Se rappeler ce que Delacroix a écrit sur Théophile -Gautier. Son opinion a d'ailleurs varié à cet égard; pour s'en -convaincre, on peut lire certains billets adressés à Thoré, Baudelaire, -Th. Silvestre, P. de Saint-Victor, Sainte-Beuve. Il est vrai d'ajouter -que certains d'entre eux n'étaient pas seulement des critiques, mais -bien des créateurs. Par <i>critique</i>, Delacroix entend exclusivement -celui qui fait profession de juger autrui.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_309_297" id="Note_309_297"></a><a href="#NoteRef_309_297"><span class="label">[309]</span></a> Voir t. II, p. 186 et 187.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_310_298" id="Note_310_298"></a><a href="#NoteRef_310_298"><span class="label">[310]</span></a> Non retrouvées.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_311_299" id="Note_311_299"></a><a href="#NoteRef_311_299"><span class="label">[311]</span></a> Cette simple indication se réfère à un développement -du Journal dans lequel le maître critique l'obscurité habituelle des -fonds, dans les portraits des anciens peintres. (Voir t. II, p. 136.)</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_312_300" id="Note_312_300"></a><a href="#NoteRef_312_300"><span class="label">[312]</span></a> Voir t. III, p. <a href="#Page_15">15</a> et suiv.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_313_301" id="Note_313_301"></a><a href="#NoteRef_313_301"><span class="label">[313]</span></a> Non retrouvées.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_314_302" id="Note_314_302"></a><a href="#NoteRef_314_302"><span class="label">[314]</span></a> Sans doute des notes écrites au crayon sur des feuilles -volantes et qu'on retrouvera dans <span class="smcap">Eugène Delacroix</span>, <i>sa vie et ses -œuvres</i>, p. 430 et suiv.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_315_303" id="Note_315_303"></a><a href="#NoteRef_315_303"><span class="label">[315]</span></a> Voir t. III, p. <a href="#Page_205">205</a>.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_316_304" id="Note_316_304"></a><a href="#NoteRef_316_304"><span class="label">[316]</span></a> Voir t. II, p. 124.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_317_305" id="Note_317_305"></a><a href="#NoteRef_317_305"><span class="label">[317]</span></a> Voir t. II, p. 136.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_318_306" id="Note_318_306"></a><a href="#NoteRef_318_306"><span class="label">[318]</span></a> Voir t. I, p. 355.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_319_307" id="Note_319_307"></a><a href="#NoteRef_319_307"><span class="label">[319]</span></a> À propos de cette universalité dont Eugène Delacroix -faisait le critérium du génie, Baudelaire écrivait: «Eugène Delacroix -était, en même temps qu'un peintre épris de son métier, un homme -d'éducation générale, au contraire des autres artistes modernes -qui ne sont guère que d'illustres ou d'obscurs rapins, de tristes -spécialistes, vieux ou jeunes, les uns sachant fabriquer des figures -académiques, les autres des fruits, les autres des bestiaux. Eugène -Delacroix aimait tout, savait tout peindre et savait goûter tous les -genres de talent.»</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_320_308" id="Note_320_308"></a><a href="#NoteRef_320_308"><span class="label">[320]</span></a> Voir t. I, p. 353.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_321_309" id="Note_321_309"></a><a href="#NoteRef_321_309"><span class="label">[321]</span></a> Voir t. III, p. <a href="#Page_100">100</a> et <a href="#Page_107">107</a>.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_322_310" id="Note_322_310"></a><a href="#NoteRef_322_310"><span class="label">[322]</span></a> Voir t. III, p. <a href="#Page_15">15</a> et suiv.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_323_311" id="Note_323_311"></a><a href="#NoteRef_323_311"><span class="label">[323]</span></a> Non retrouvées.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_324_312" id="Note_324_312"></a><a href="#NoteRef_324_312"><span class="label">[324]</span></a> Non retrouvées.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_325_313" id="Note_325_313"></a><a href="#NoteRef_325_313"><span class="label">[325]</span></a> Voir t. III, p. <a href="#Page_119">119</a> et <a href="#Page_120">120</a>.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_326_314" id="Note_326_314"></a><a href="#NoteRef_326_314"><span class="label">[326]</span></a> Delacroix aimait à dire, lorsqu'on lui parlait d'un -prétendu progrès des Arts: «Où sont donc vos Phidias? Où sont vos -Raphaël?»</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_327_315" id="Note_327_315"></a><a href="#NoteRef_327_315"><span class="label">[327]</span></a> Voir t. III, p. <a href="#Page_86">86</a> et suiv.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_328_316" id="Note_328_316"></a><a href="#NoteRef_328_316"><span class="label">[328]</span></a> Voir t. III, p. <a href="#Page_69">69</a> et suiv.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_329_317" id="Note_329_317"></a><a href="#NoteRef_329_317"><span class="label">[329]</span></a> Voir t. III, p. <a href="#Page_36">36</a> et suiv.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_330_318" id="Note_330_318"></a><a href="#NoteRef_330_318"><span class="label">[330]</span></a> Voir t. III, p. <a href="#Page_69">69</a> et suiv.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_331_319" id="Note_331_319"></a><a href="#NoteRef_331_319"><span class="label">[331]</span></a> Voir t. III, p. <a href="#Page_106">106</a> et <a href="#Page_107">107</a>.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_332_320" id="Note_332_320"></a><a href="#NoteRef_332_320"><span class="label">[332]</span></a> Il nous a paru intéressant de rapprocher de ce fragment -de Delacroix un fragment de Stendhal qui nous semble conçu à peu près -dans le même esprit. Nous avons d'ailleurs noté déjà dans notre Étude -certaines analogies entre eux: «Le Romanticisme, dit Beyle, est l'art -de présenter aux peuples les œuvres littéraires qui, dans l'état -actuel de leurs habitudes et de leurs croyances, sont susceptibles de -leur donner le plus de plaisir possible. Le Classicisme, au contraire, -leur présente la littérature qui donnait le plus grand plaisir possible -à leurs arrière-grands-pères... Je n'hésite pas à avancer que <i>Racine a -été romantique</i>» (<span class="smcap">Stendhal</span>, <i>Racine et Shakespeare.</i>)</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_333_321" id="Note_333_321"></a><a href="#NoteRef_333_321"><span class="label">[333]</span></a> À peine est-il besoin de faire remarquer que cette -manière de boutade est en contradiction absolue avec les idées qu'il -professait d'habitude et qui constituent l'essence même du génie de -Delacroix.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_334_322" id="Note_334_322"></a><a href="#NoteRef_334_322"><span class="label">[334]</span></a> Ceux qui se rappellent l'exposition des œuvres -de Delacroix au palais des Beaux-Arts ont conservé le souvenir -d'une admirable copie de Raphaël (voir <i>Catalogue Robault</i>, n° 24), -merveilleusement significative de l'énergie avec laquelle il avait su -dompter sa fougue naturelle pour s'assimiler la manière d'un artiste de -tempérament aussi opposé. À propos de cette <i>éducation des peintres</i> -par l'étude des maîtres antérieurs, nous trouvons dans un recueil de -notes laissées par Rurty et publiées par M. Maurice Tourneux l'opinion -de Meissonier, qui perdrait à être commentée: la voici dans toute -sa franchise: «Dans la journée, je lui demandai s'il avait fait au -Louvre des copies peintes.—<i>Jamais! jamais!</i> s'est-il écrié. Et puis, -d'ailleurs, et le temps de copier la peinture des autres!» (<i>Croquis -d'après nature</i>, par Ph. <span class="smcap">Burty</span>.)</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_335_323" id="Note_335_323"></a><a href="#NoteRef_335_323"><span class="label">[335]</span></a> Nous avons déjà touché dans notre Étude à ce point -intéressant. Nous trouvons la même idée reprise et développée dans -une conversation de Baudelaire avec Eugène Delacroix, rapportée dans -l'<i>Art romantique</i>: «La nature n'est qu'un dictionnaire, répétait-il -fréquemment... Pour bien comprendre l'étendue du sens impliqué dans -cette phrase, il faut se figurer les usages ordinaires et nombreux du -dictionnaire. On y cherche le sens des mots, la génération des mots, -enfin on en extrait tous les éléments qui composent une phrase ou un -récit; mais personne n'a jamais considéré le dictionnaire comme une -<i>composition</i> dans le sens poétique du mot. Les peintres qui obéissent -à l'imagination cherchent dans leur dictionnaire les éléments qui -s'accommodent à leur conception... Ceux qui n'ont pas d'imagination -copient le dictionnaire.»</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_336_324" id="Note_336_324"></a><a href="#NoteRef_336_324"><span class="label">[336]</span></a> Voir t. I, p. 439.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_337_325" id="Note_337_325"></a><a href="#NoteRef_337_325"><span class="label">[337]</span></a> Voir t. II, p. 201 et 202.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_338_326" id="Note_338_326"></a><a href="#NoteRef_338_326"><span class="label">[338]</span></a> Voir t. III, p. <a href="#Page_168">168</a>.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_339_327" id="Note_339_327"></a><a href="#NoteRef_339_327"><span class="label">[339]</span></a> Voir t. III, p. <a href="#Page_187">187</a> et <a href="#Page_183">183</a>.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_340_328" id="Note_340_328"></a><a href="#NoteRef_340_328"><span class="label">[340]</span></a> Voir t. III, p. <a href="#Page_186">186</a>.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_341_329" id="Note_341_329"></a><a href="#NoteRef_341_329"><span class="label">[341]</span></a> Voir t. III, p. <a href="#Page_185">185</a>.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_342_330" id="Note_342_330"></a><a href="#NoteRef_342_330"><span class="label">[342]</span></a> Voir t. III, p. <a href="#Page_86">86</a> et suiv.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_343_331" id="Note_343_331"></a><a href="#NoteRef_343_331"><span class="label">[343]</span></a> Voir t. III, p. <a href="#Page_14">14</a>.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_344_332" id="Note_344_332"></a><a href="#NoteRef_344_332"><span class="label">[344]</span></a> Non retrouvées.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_345_333" id="Note_345_333"></a><a href="#NoteRef_345_333"><span class="label">[345]</span></a> Cette affirmation, qu'on ne peut d'ailleurs considérer -que comme un paradoxe chez un artiste qui faisait sa lecture habituelle -de Byron, Shakespeare et Gœthe, suffirait amplement à démontrer -les tendances classiques d'Eugène Delacroix, comme nous nous sommes -appliqué à le faire dans notre Étude.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_346_334" id="Note_346_334"></a><a href="#NoteRef_346_334"><span class="label">[346]</span></a> Voir t. II, p. 185 et suiv.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_347_335" id="Note_347_335"></a><a href="#NoteRef_347_335"><span class="label">[347]</span></a> Voir t. II, p. 204.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_348_336" id="Note_348_336"></a><a href="#NoteRef_348_336"><span class="label">[348]</span></a> Voir t. III, p. <a href="#Page_267">267</a>.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_349_337" id="Note_349_337"></a><a href="#NoteRef_349_337"><span class="label">[349]</span></a> Voir t. III, p. <a href="#Page_260">260</a>.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_350_338" id="Note_350_338"></a><a href="#NoteRef_350_338"><span class="label">[350]</span></a> <i>Thomas Campbell</i> (1767-1844), poète anglais.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_351_339" id="Note_351_339"></a><a href="#NoteRef_351_339"><span class="label">[351]</span></a> Voir t. II, p. 12.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_352_340" id="Note_352_340"></a><a href="#NoteRef_352_340"><span class="label">[352]</span></a> Sur le caractère <i>suggestif</i> de l'œuvre d'art, dans -la pensée de Delacroix, voir notre Étude, p. XXXIX et XL.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_353_341" id="Note_353_341"></a><a href="#NoteRef_353_341"><span class="label">[353]</span></a> Non retrouvées.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_354_342" id="Note_354_342"></a><a href="#NoteRef_354_342"><span class="label">[354]</span></a> Voir t. I, p. 225.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_355_343" id="Note_355_343"></a><a href="#NoteRef_355_343"><span class="label">[355]</span></a> Non retrouvées.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_356_344" id="Note_356_344"></a><a href="#NoteRef_356_344"><span class="label">[356]</span></a> L'article de Delacroix sur <i>Michel-Ange</i> parut à la -<i>Revue de Paris</i> en 1830, c'est-à-dire à l'époque de ses plus ardents -enthousiasmes pour le grand sculpteur, et se terminait ainsi: «Ébloui -de l'éclat d'un si grand génie, et regrettant d'en avoir donné une si -faible idée, c'est bien à lui que nous devons appliquer ce qu'il disait -lui-même du Dante dans ce vers: -</p> -<p> -<span style="margin-left: 2em;">«<i>Quanto dirne si dee non si può dire.</i></span> -</p> -<p> -<span style="margin-left: 2em;">«On ne dira jamais de lui tout ce qu'il en faut dire.»</span> -</p> -<p> -(<span class="smcap">Eugène Delacroix</span>, <i>sa vie et ses œuvres</i>, p. 186.)</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_357_345" id="Note_357_345"></a><a href="#NoteRef_357_345"><span class="label">[357]</span></a> On ne saurait trop regretter la perte de ce carnet -contenant les notes des mois de mai et juin 1850, qui devait renfermer, -autant qu'on peut en juger, tant de réflexions d'un intérêt capital.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_358_346" id="Note_358_346"></a><a href="#NoteRef_358_346"><span class="label">[358]</span></a> Voir t. I, p. 432.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_359_347" id="Note_359_347"></a><a href="#NoteRef_359_347"><span class="label">[359]</span></a> Voilà qui indique clairement les intentions de Delacroix -et répond victorieusement aux allégations de ceux qui pourraient -prétendre que le Journal du maître n'a été, en aucune de ses parties, -composé avec une arrière-pensée de publicité. Sans parler même de -ce <i>Dictionnaire des Beaux-Arts</i> dont les fragments ici jetés, avec -indication fréquente des points de suture, ne peuvent laisser aucun -doute sur ses intentions de derrière la tête, il est bien clair qu'il -y a tel morceau écrit avec un soin, un souci de la forme, raturé -à plusieurs reprises, et repris après coup, sur lequel la simple -inspection du manuscrit original suffit à édifier le lecteur. Puisque -nous en sommes à ce point intéressant, nous ajouterons que dans ces -dernières années, l'année 1855 par exemple, de nombreuses pages, qui -devaient contenir des allusions personnelles ou des jugements un peu -sévères, sont déchirées, et que beaucoup de noms propres ont été -raturés avec une telle énergie qu'il est absolument impossible de rien -discerner.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_360_348" id="Note_360_348"></a><a href="#NoteRef_360_348"><span class="label">[360]</span></a> <i>Antoine-Martin Garnaud</i> (1796-1861), architecte, -grand prix d'architecture en 1817, exécuta de nombreux travaux -d'embellissement dans Paris. Il est l'auteur d'un ouvrage intitulé: -<i>Études sur les églises</i>, depuis l'église rurale jusqu'aux cathédrales.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_361_349" id="Note_361_349"></a><a href="#NoteRef_361_349"><span class="label">[361]</span></a> Se référer au beau passage du Journal sur ces -tapisseries. Voir t. II, p. 69 et suiv.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_362_350" id="Note_362_350"></a><a href="#NoteRef_362_350"><span class="label">[362]</span></a> Voir t. III, p. <a href="#Page_205">205</a>.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_363_351" id="Note_363_351"></a><a href="#NoteRef_363_351"><span class="label">[363]</span></a> Voir notre Étude, p. XXXVIII et XXXIX.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_364_352" id="Note_364_352"></a><a href="#NoteRef_364_352"><span class="label">[364]</span></a> Voir t. II, p. 344 et suiv.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_365_353" id="Note_365_353"></a><a href="#NoteRef_365_353"><span class="label">[365]</span></a> <i>Geoffroi Tory</i> (1485-1533), typographe et graveur, -connu sous le nom de <i>Maître du Pot cassé</i>, à cause de son enseigne et -de la marque qu'il mettait à ses ouvrages.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_366_354" id="Note_366_354"></a><a href="#NoteRef_366_354"><span class="label">[366]</span></a> Voir t. III, p. <a href="#Page_132">132</a> et suiv.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_367_355" id="Note_367_355"></a><a href="#NoteRef_367_355"><span class="label">[367]</span></a> Voir t. III, p. <a href="#Page_244">244</a>.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_368_356" id="Note_368_356"></a><a href="#NoteRef_368_356"><span class="label">[368]</span></a> Voir t. III, p. <a href="#Page_139">139</a> et suiv.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_369_357" id="Note_369_357"></a><a href="#NoteRef_369_357"><span class="label">[369]</span></a> Dans son Étude sur <i>Prud'hon</i> parue à la <i>Revue des -Deux Mondes</i> le 1<sup>er</sup> novembre 1846, voici ce qu'écrivait -Delacroix: «On ne refusera pas à Prud'hon une grande partie der mérites -qui sont ceux de l'antique. Dans la moindre étude sortie de sa main, -on reconnaît un homme profondément inspiré de ces beautés. Il serait -hardi sans doute de dire qu'il les a égalées dans toutes leurs parties. -Il eût retrouvé à lui seul, parmi les modernes, ce secret du grand, du -beau, du vrai, et surtout du simple, qui n'a été connu que des seuls -anciens. Il faut avouer que la grâce chez lui dégénère quelquefois en -afféterie. La coquetterie de sa touche ôte souvent du sérieux à des -figures d'une belle invention. Entraîné par l'expression et oubliant -souvent le modèle, il lui arrive d'offenser les proportions; mais -il sait presque toujours sauver habilement ces faiblesses.» (<span class="smcap">Eugène -Delacroix</span>, <i>sa vie et ses œuvres,</i> p. 206 et 207.)</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_370_358" id="Note_370_358"></a><a href="#NoteRef_370_358"><span class="label">[370]</span></a> Non retrouvées.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_371_359" id="Note_371_359"></a><a href="#NoteRef_371_359"><span class="label">[371]</span></a> Voir t. II, P. 236.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_372_360" id="Note_372_360"></a><a href="#NoteRef_372_360"><span class="label">[372]</span></a> Voir t. II, p. 238 et suiv.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_373_361" id="Note_373_361"></a><a href="#NoteRef_373_361"><span class="label">[373]</span></a> Voir t. II, p. 246.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_374_362" id="Note_374_362"></a><a href="#NoteRef_374_362"><span class="label">[374]</span></a> Non retrouvé.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_375_363" id="Note_375_363"></a><a href="#NoteRef_375_363"><span class="label">[375]</span></a> Voir t. III, p. <a href="#Page_14">14</a> et <a href="#Page_15">15</a>.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_376_364" id="Note_376_364"></a><a href="#NoteRef_376_364"><span class="label">[376]</span></a> Non retrouvées.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_377_365" id="Note_377_365"></a><a href="#NoteRef_377_365"><span class="label">[377]</span></a> Voir t. II, p. 63 et suiv.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_378_366" id="Note_378_366"></a><a href="#NoteRef_378_366"><span class="label">[378]</span></a> Dans un fragment d'album déjà publié, sous le titre: -<i>De l'art ancien et de l'art moderne</i> on lit cette réflexion: «On ne -peut assez répéter que les règles du Beau sont éternelles, immuables, -et que les formes en sont variables. Qui décide de ces règles, et de -ces formes diverses qui sont tenues de se plier à ces règles, toutefois -avec une physionomie différente? Le goût seul, aussi rare peut-être -que le Beau: le goût qui fait deviner le Beau où il est, et qui le -fait trouver aux grands artistes qui ont le don d'inventer.» (<span class="smcap">Eugène -Delacroix</span>, <i>sa vie et ses œuvres</i>, p. 408.)</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_379_367" id="Note_379_367"></a><a href="#NoteRef_379_367"><span class="label">[379]</span></a> Aux lecteurs désireux d'approfondir cette intéressante -distinction entre le «dessin de la nature et celui où l'imagination du -peintre a le plus de part», rien ne saurait être plus précieux que le -commentaire et le développement de cette même idée, repris à plusieurs -reprises par Baudelaire dans ses différentes Études sur Delacroix, et -notamment dans une comparaison qui mérite de demeurer classique entre -le dessin d'Ingres et le dessin de Delacroix. (Voir les <i>Curiosités -esthétiques</i> et l'<i>Art romantique.</i>)</p></div> - -<hr class="b4" /> - -<p>4 <i>février.—Pour faire partie de ta préface du</i> <span class="smcap">Dictionnaire</span>.</p> - -<p>Je désirerais contribuer à apprendre à mieux lire dans les beaux -ouvrages<a name="NoteRef_380_368" id="NoteRef_380_368"></a><a href="#Note_380_368" class="fnanchor">[380]</a>. A Athènes, dit-on, il y avait beaucoup plus de juges des -Beaux-Arts que dans nos modernes sociétés. Le grand goût des ouvrages -de l'antiquité confirme dans cette opinion. L'artiste qui travaille -pour un public éclairé rougit de descendre à des moyens d'effet -désavoués par le goût.</p> - -<p>Le goût a péri chez les anciens, non pas à la manière d'une mode qui -change,—effet qui se produit à chaque instant sous nos yeux et sans -cause absolument nécessaire,—le goût a péri chez les anciens avec les -institutions et les mœurs, quand il a fallu plaire à des vainqueurs -barbares, comme ont été, par exemple, les Romains par rapport aux -Grecs; le goût<span class="pagenum"><a name="Page_259" id="Page_259">[p. 259]</a></span> s'est corrompu surtout quand les citoyens ont perdu -le ressort qui portait aux grandes actions, quand la vertu publique -a disparu; et j'entends par là, non pas une vertu commune à tous les -citoyens et les portant au bien, mais au moins ce simple respect -de la morale qui force le vice à se cacher. Il est difficile de se -figurer des Phidias et des Apelle sous le régime des affreux tyrans du -Bas-Empire et au milieu de l'avilissement des aines.</p> - -<p>Y aurait-il une connexion nécessaire entre le <i>bon</i> et le <i>beau?</i> -Une société dégradée peut-elle se plaire aux choses élevées, dans -quelque genre que ce soit? Il est probable que chez nous aussi, dans -nos sociétés comme elles sont, avec nos mœurs étroites, nos petits -plaisirs mesquins, le beau ne peut être qu'un accident, et cet accident -ne tient pas assez de place pour changer le goût et ramener au beau la -généralité des esprits. Après vient la nuit et la barbarie.</p> - -<p>Il y a donc incontestablement des époques où le beau en art fleurit -plus à l'aise; il est aussi des nations privilégiées pour certains dons -de l'esprit, comme il est des contrées, des climats, qui favorisent -l'expansion du beau.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p><i>Mardi</i>17 <i>février,</i>—Cinquième visite du docteur<a name="NoteRef_381_369" id="NoteRef_381_369"></a><a href="#Note_381_369" class="fnanchor">[381]</a>.</p> - -<hr class="b2" /> -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_380_368" id="Note_380_368"></a><a href="#NoteRef_380_368"><span class="label">[380]</span></a> Nous trouvons dans le livre sur <i>Delacroix</i>, déjà si -souvent cité, un passage relatif à ce projet de <i>Dictionnaire des -Beaux-Arts</i> qui précise bien l'intérêt d'un tel ouvrage et l'esprit -dans lequel il devait être fait, en même temps qu'il le différencie -des autres ouvrages, qui sont les vrais <i>dictionnaires</i> et avec -lesquels il importe de ne point le confondre: «Si vous risquez, dit-il, -dans l'ouvrage d'un seul homme de ne pas vous trouver au courant de -tout ce qu'on peut dire sur le sujet, en revanche vous aurez sur un -grand nombre de points tout le suc de son expérience, et surtout des -informations excellentes dans les parties où il excelle. Au lieu d'une -froide compilation qui ne fera que remettre sous les yeux du lecteur un -extrait de toutes les méthodes, vous aurez celles qui ont conduit un -tel homme à la perfection relative à laquelle il est arrivé. Il n'est -pas un artiste qui n'ait éprouvé dans sa carrière combien quelques -paroles d'un maître expérimenté ont pu être des traits de lumière et -des sources d'intérêt bien autres que ce que ses efforts particuliers -ou un enseignement vulgaire... etc.» (<span class="smcap">Eugène Delacroix</span>, <i>sa vie et ses -œuvres</i>, p. 432.)</p></div> - - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_381_369" id="Note_381_369"></a><a href="#NoteRef_381_369"><span class="label">[381]</span></a> Le <i>docteur Rayer</i> (1793-1867), qui fut professeur à la -Faculté de médecine. -</p> -<p> -Delacroix, depuis longtemps déjà, était atteint d'une affection du -larynx, qui le condamnait fréquemment au repos et à l'isolement.</p> - -<p><span class="pagenum"><a name="Page_260" id="Page_260">[p. 260]</a></span></p></div> - - -<hr class="b2" /> - -<p><i>Jeudi</i> 5 <i>mars.</i>—Aujourd'hui, pendant mon déjeuner, on m'apporte deux -tableaux attribués à Géricault, pour en dire mon avis. Le petit est -une copie très médiocre: costumes de mendiants romains. L'autre, toile -de 12 environ, sujet d'amphithéâtre, bras, pieds, etc., et cadavres -d'enfants, d'un relief admirable, avec des négligences qui sont du -style de l'auteur et ajoutent encore un nouveau prix. Mise à côté du -portrait de David, cette peinture ressort encore davantage. On y voit -tout ce qui a toujours manqué à David, cette forme pittoresque, ce -nerf, cet osé qui est à la peinture ce que la <i>vis comica</i> est à l'art -du théâtre. Tout est égal, l'intérêt n'est pas plus dans la tête que -dans les draperies ou le siège. L'asservissement complet à ce que lui -présentait le modèle est une des causes de cette froideur; mais il -est plus juste de penser que cette froideur était en lui-même: il lui -était impossible de rien trouver au delà de ce que ce moyen imparfait -lui présentait. Il semble qu'il fût satisfait quand il avait bien -imité le petit morceau de nature qu'il avait sous les yeux; toute sa -hardiesse consistait à mettre à côté un fragment, pied, bras, moulé sur -l'antique, et à ramener le plus possible son modèle vivant à ce beau -tout fait que le plâtre lui présenterait.</p> - -<p>Ce fragment de Géricault est vraiment sublime: il prouve plus que -jamais qu'<i>il n'est pas de serpent ni de monstre odieux</i>, etc. C'est -le meilleur argument en faveur du Beau, comme il faut l'entendre. Les -incorrections ne déparent point ce morceau. À côté<span class="pagenum"><a name="Page_261" id="Page_261">[p. 261]</a></span> du pied qui est -très précis et plus ressemblant au naturel, sauf l'idéal propre au -peintre, il y a une main dont les plans sont mous et faits presque -d'idée, dans le genre des figures qu'il faisait à l'atelier, et cette -main ne dépare pas le reste; la finesse du style la met à la hauteur -des autres parties. Ce genre de mérite a le plus grand rapport avec -celui de Michel-Ange, chez lequel les incorrections ne nuisent à rien.</p> - -<p>Je relis avec le plus grand plaisir, dans un agenda du mois de janvier -1852<a name="NoteRef_382_370" id="NoteRef_382_370"></a><a href="#Note_382_370" class="fnanchor">[382]</a>, ce que je dis des tapisseries de Rubens que je vis alors -à Mousseaux et que la liste civile de Louis-Philippe faisait vendre. -Quand je voudrai parler de Rubens ou me mettre dans un entrain -véritable de la peinture, je devrai relire ces notes. J'ai encore le -souvenir très présent de ces admirables ouvrages. L'idée m'était venue, -en relisant ce que j'en dis, de refaire de mémoire tous les sujets (une -suite de la sorte sur un autre motif serait un beau thème). Il faut -absolument que Devéria me trouve les gravures de ces sujets.</p> - -<p>Je note ici ce qu'il faut reporter à l'un des jours du mois dernier, -quand j'étais encore très faible et que je ne m'occupais guère à écrire -dans ce livre: c'est la triste impression que j'ai reçue de la peinture -que m'a faite du caractère de Thiers M. C. B..., qui vint me faire -une petite visite. Il me l'a représenté comme le plus égoïste et le -plus insensible des hommes,<span class="pagenum"><a name="Page_262" id="Page_262">[p. 262]</a></span> cupide, enfin le contraire de ce que je -croyais et le moins capable d'affection. Ce serait, si j'arrivais à -être convaincu de tout cela, une des plus grandes déceptions qu'il pût -m'être réservé d'éprouver. La reconnaissance d'abord et l'affection -que j'ai toujours eue pour lui, sont des sentiments qui combattent -chez moi en sa faveur. Je sais que, bien qu'il me reçoive toujours -affectueusement, il ne m'a jamais recherché; sa petite rancune, quand -je lui tins tête comme je le devais pour son projet insensé de la -restauration du Musée, exécutée en partie sur ses absurdes idées, me -l'avait un peu gâté dans le temps de cette aventure<a name="NoteRef_383_371" id="NoteRef_383_371"></a><a href="#Note_383_371" class="fnanchor">[383]</a>; mais depuis, -je l'avais retrouvé comme auparavant, c'est-à-dire avec cet attrait qui -m'a toujours attiré à lui... Je le plaignais devant C. B... de vivre -au milieu de l'intérieur qu'il s'est fait, de passer sa vie avec des -créatures aussi froides et aussi insipides. Tout cela, selon C. B..., -ne lui fait absolument rien: il n'aime personne et n'est sensible qu'à -ce qui le touche directement dans sa personne ou son amour-propre.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p><i>Samedi</i> 7 <i>mars.</i>—Bertin est venu me voir; je l'ai reçu, quoique je -ne reçoive personne, pour en finir avec ce mal de gorge. J'ai travaillé -dans la journée à un projet de préface pour le <i>Dictionnaire des -Beaux-Arts.</i></p> - -<p><span class="pagenum"><a name="Page_263" id="Page_263">[p. 263]</a></span></p> - -<p><i>Lundi</i> 16 <i>mars.</i>—Il faut maintenant qu'un écrivain soit universel. -La nuance entre le savant et le poète ou le romancier est complètement -abolie. Le moindre roman demande plus d'érudition qu'un traité -scientifique, que dis-je? que vingt traités! Car un savant est, ou un -chimiste, ou un astronome, ou un géographe, ou un antiquaire; il peut -avoir une certaine teinture des connaissances qui touchent à celle dont -il a fait l'occupation de sa vie; mais plus il se renferme dans cette -étude spéciale, plus il obtient de résultats de ses recherches. Il n'en -est pas de même du métier de critique. La nécessité de parler de tout -met dans l'obligation de savoir tout; mais qui peut tout savoir? Si -j'apprenais l'hébreu, les sciences, l'histoire? tout cela, c'est la mer -à boire. Aussi n'en apprennent-ils pas si long! mais il leur faut un -peu l'apparence de tout cela.</p> - -<p>Je suis effrayé de ce qui peut passer sous les yeux d'un homme, comme -Sainte-Beuve par exemple, de lectures diverses, digérées ou non. Voici -aujourd'hui un article sur Tite-Live; il raconte la vie de Tite-Live, -détail peu connu, et dont les lecteurs ne s'étaient jamais embarrassés. -Dans un article toujours trop long sur Virgile, Thierry, du <i>Moniteur</i>, -après avoir parlé de la préférence que notre siècle accorde aux -ouvrages de la première main, primitifs, etc., comme Homère, se demande -si Virgile, venu trente ou quarante siècles après, pouvait faire une -<i>Iliade</i>, et il ajoute: «Si les anciens sont à jamais nos maîtres, -ne dédaignons pas<span class="pagenum"><a name="Page_264" id="Page_264">[p. 264]</a></span> pour cela ceux de leurs disciples qui s'efforcent -vainement de se faire leurs égaux. C'est un grand point de venir le -premier, on prend le meilleur même sans choisir; on peut être simple -même sans savoir ce que c'est que la simplicité; on est court parce -qu'on n'a besoin ni de remplir, ni de passer la mesure de personne; on -s'arrête à temps parce que nulle émulation n'excite à poursuivre au -delà...»</p> - -<p>Ne prendrait-on pas souvent l'absence de l'art pour le comble de -l'art? Si l'art dans la suite de son développement n'aboutit qu'à -produire des articles toujours moindres, on me pardonnera d'avoir une -profonde compassion pour les époques qui ne peuvent se passer du labeur -compliqué de l'art.</p> - -<p>Je demande qu'on ne soit pas trop dupe d'un grand mot: la simplicité, -et qu'on veuille bien ne pas faire de la simplicité la règle du temps -où elle n'est plus possible. C'est le thème de tous les pédants -d'aujourd'hui. Chenavard ne voit rien après ce qui a été fait. -Delaroche se hérissait quand on parlait de l'antique romain; Phidias -avant tout, comme Michel-Ange pour Chenavard! Cependant ce dernier -met Rubens dans sa fameuse heptarchie. Il admire Rubens et écrase -avec Rubens les infortunées tentatives des hommes de notre temps. -Cependant Rubens a paru dans une époque de décadence relative; comment -le donne-t-on dans ce système pour compagnon à Michel-Ange? Il a été -grand d'une autre manière. Cette simplicité qu'on exalte, dont parle -Thierry, tient souvent à des tournures<span class="pagenum"><a name="Page_265" id="Page_265">[p. 265]</a></span> de langage plus incultes dans -les poésies primitives; en un mot, elle est plus dans l'habit de la -pensée que dans la pensée elle-même.</p> - -<p>Beaucoup de gens, surtout dans ce temps où on a cru qu'on allait -retremper la langue et la rajeunir à volonté comme on rase un homme -qui a la barbe trop longue, ne préfèrent Corneille à Racine que parce -que la langue est moins polie dans le premier que dans le dernier de -ces deux poètes. De même pour Michel-Ange et Rubens: la pratique de -la fresque, qui était le moyen de Michel-Ange, force le peintre à une -plus grande simplicité de moyen d'effet; il en résulte, indépendamment -du talent même, et par le fait des moyens matériels, une certaine -grandeur, une nécessité de renoncer aux détails. Rubens, avec un -autre procédé, trouve des effets différents qui satisfont à d'autres -titres. Montesquieu dit bien: <i>Deux beautés communes se défont, deux -grandes beautés se font valoir</i>. Un chef-d'œuvre de Rubens mis en -pendant d'un chef-d'œuvre de Michel-Ange ne pâlira nullement. Si, -au contraire, vous regardez séparé chacun de ces ouvrages, il arrivera -sans doute qu'à proportion de votre impressionnabilité vous serez tout -à celui que vous regardez. Une nature sensible est facilement possédée -et entraînée par le beau; vous serez à celui qui frappe vos yeux dans -le moment. Il faut se servir des moyens qui sont familiers aux temps où -vous vivez; sans cela vous n'êtes pas compris et vous ne vivrez pas. -Ce moyen d'un autre<span class="pagenum"><a name="Page_266" id="Page_266">[p. 266]</a></span> âge que vous allez employer pour parler à des -hommes de votre temps, sera toujours un moyen factice, et les gens qui -viendront après vous, en comparant cette manière d'emprunt aux ouvrages -de l'époque où cette manière était la seule connue et comprise, et -par conséquent supérieurement mise en œuvre, vous condamneront à -l'infériorité comme vous vous y serez condamné vous-même.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p><i>Mardi</i> 17 <i>mars.</i>—Je suis sorti hier avec Jenny pour la première -fois. Il faisait du soleil. J'ai renoncé à aller vers la place -d'Europe; le vent venait de ce côté. Je suis descendu, revenu parles -rues, fatigué; mais cette course m'a donné des forces.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p><i>Mercredi</i> 18 <i>mars.</i>—-Je ne puis me détacher de Casanova<a name="NoteRef_384_372" id="NoteRef_384_372"></a><a href="#Note_384_372" class="fnanchor">[384]</a>.</p> - -<p>Voici trois jours que je sors, et j'en éprouve un grand bien. Hier, -j'ai été en voiture aux Tuileries avec Jenny. Nous sommes venus du Pont -tournant jusqu'à la grille de la rue de Rivoli.</p> - -<p>Se rappeler les observations que m'a suggérées le contraste des statues -du <i>Tibre</i> et du <i>Nil</i>, copies de l'antique, et des groupes de fleurs -et de nymphes du temps de Louis XIV. Le décousu de ceux-ci et la -majestueuse unité de ceux-là. Partout, la même observation entre ce qui -<i>était</i> antique et ce qui <i>est</i> moderne.</p> - -<p><span class="pagenum"><a name="Page_267" id="Page_267">[p. 267]</a></span></p> - -<p class="center">*</p> - -<p><i>Dimanche</i> 22 <i>mars.</i>—Il n'y a que l'homme qui fasse des choses sans -unité. La nature trouve le secret de mettre de l'unité même dans les -parties détachées d'un tout. La branche détachée d'un arbre est un -petit arbre complet.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p><i>Jeudi</i> 26 <i>mars.</i>—J'ai été aujourd'hui chez Haro pour examiner avec -lui si l'on pourrait tirer parti de son local pour faire un atelier. -Nous étions convenus de cette visite il y a huit jours. Je crois qu'au -fond il y était peu enclin et ne s'y est prêté que par complaisance. Il -m'a parlé de frais trop considérables, et l'affaire n'est pas faisable.</p> - -<p>En route pour y aller, la vue de jeunes gens que j'ai rencontrés dans -les rues m'a fait faire plusieurs réflexions qui ne sont pas de la -nature de celles que se font ordinairement les vieillards. Cet âge -qui semble le plus heureux de la vie n'excite nullement mon envie; -tout au plus pour sa force, qui lui donne le moyen de suffire à de -puissants travaux, et point du tout pour les plaisirs qui en sont -l'accompagnement. Ce que je désirerais,—souhait, au reste, aussi -impossible à réaliser que celui de revenir au jeune âge,—ce que je -désirerais, ce serait de m'arrêter au point où je suis et d'y jouir -longtemps des avantages qu'il procure à un esprit, je ne dirai pas -désabusé, mais vraiment raisonnable. Mais l'un n'est pas plus permis -que l'autre.</p> - -<p>J'apprends tout à l'heure chez Weil, chez lequel j'étais descendu un -moment, que le pauvre Margueritte<span class="pagenum"><a name="Page_268" id="Page_268">[p. 268]</a></span> vient de mourir subitement. Quoique -plus âgé que moi, il était encore d'âge à jouir de beaucoup de choses. -Au reste, comme je crois que ce n'était pas une nature distinguée, il -a pu être de ceux qui regrettent les plaisirs des jeunes gens. Il faut -que les jouissances de l'esprit tiennent une grande place pour procurer -ce bonheur calme que j'envisage pour l'homme qui arrive au déclin de la -vie.</p> - -<hr class="b2" /> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_382_370" id="Note_382_370"></a><a href="#NoteRef_382_370"><span class="label">[382]</span></a> Voir t. II, p. 69 et suiv.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_383_371" id="Note_383_371"></a><a href="#NoteRef_383_371"><span class="label">[383]</span></a> Voir t. I, p, 344 et 345.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_384_372" id="Note_384_372"></a><a href="#NoteRef_384_372"><span class="label">[384]</span></a> Son admiration pour <i>Casanova</i>, chose étrange, ne se -démentit pas une fois durant toute sa vie. Voir t. I, p. 260.</p></div> - - -<hr class="b2" /> - -<p><i>Samedi</i> 18 <i>avril.</i>—J'ai été, sur l'invitation de la commission, voir -l'exposition de Delaroche. L'Empereur visitait l'École ce jour-là, et a -achevé par ladite exposition.</p> - -<p>En sortant, voté pour le remplacement de Desnoyers<a name="NoteRef_385_373" id="NoteRef_385_373"></a><a href="#Note_385_373" class="fnanchor">[385]</a>. Revenu très -fatigué.—Sujets pour une bibliothèque:</p> - -<p><i>Auguste s'oppose à la destruction de l'Énéide.</i></p> - -<p><i>Couronnement de Pétrarque ou du Tasse.</i></p> - -<p><i>La Sibylle proposant les volumes à Tarquin et les faisant brûler à -mesure qu'il les refuse.</i></p> - -<p class="center">*</p> - -<p><i>Jeudi</i> 23 <i>avril.</i>—J'ajoute, sur le passage d'<i>Obermann</i><a name="NoteRef_386_374" id="NoteRef_386_374"></a><a href="#Note_386_374" class="fnanchor">[386]</a>, sur -la joie secrète que produit la conformité<span class="pagenum"><a name="Page_269" id="Page_269">[p. 269]</a></span> de pensées avec les autres: -Cette apparence que nous sommes heureux de donner à notre imagination -est un besoin de tous ceux qui composent pour le public, surtout quand -leur inspiration est naïve et sincère. Je me figure que les peintres -ou les écrivains chez lesquels le lieu commun tient une grande place, -n'ont pas autant besoin de cette confirmation qui vient, par la -rencontre d'esprits analogues aux leurs, les rassurer sur la valeur de -leurs propres pensées. C'est un besoin impérieux pour ceux dont les -inventions sont taxées de bizarrerie, et qui, peut-être à cause de -leur originalité, ne trouvent qu'un public rétif et peu disposé à les -comprendre.</p> - -<hr class="b2" /> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_385_373" id="Note_385_373"></a><a href="#NoteRef_385_373"><span class="label">[385]</span></a> Il s'agit de l'élection à l'Académie des Beaux-Arts -d'<i>Achille-Louis Martinet</i> (1800-1877), graveur, en remplacement du -<i>baron Desnoyers</i> (1779-1857), graveur, élève de Lethière, membre de -l'Institut depuis 1816.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_386_374" id="Note_386_374"></a><a href="#NoteRef_386_374"><span class="label">[386]</span></a> L'<i>Obermann</i> devait être un de ses livres de chevet, -car nous le voyons cité déjà à plusieurs reprises dans les précédentes -années du Journal. Il s'en trouve extrait des fragments dans le -manuscrit original, fragments que nous n'avons pas cru devoir -reproduire, non plus que ceux de Balzac sur la condition des artistes, -tirés de la <i>Cousine Bette.</i></p></div> - - -<hr class="b2" /> - -<p><i>Champrosay</i>, 9 <i>mai.</i>—Parti pour Champrosay à une heure un quart. -Pluie affreuse en arrivant; je l'ai reçue tout entière, ainsi que Jenny.</p> - -<p>Nous nous étions arrêtés quelques instants auparavant dans notre ancien -jardin, tout ouvert et ravagé à cause des travaux que fait Candas. J'ai -vu la petite source, qui ne sert plus qu'à laver du linge: tout cela -souillé de savon et croupissant. Les cerisiers que j'ai plantés tout -petits sont devenus énormes. On voit encore la trace des allées que -j'avais tracées. Cela m'a donné des émotions plus douces que tristes. -Je me suis rappelé les années que j'avais passées là.</p> - -<p>J'aime toujours ce pays; je me colle facilement aux lieux que j'habite: -mon esprit, mon cœur même les animent.</p> - -<p><span class="pagenum"><a name="Page_270" id="Page_270">[p. 270]</a></span></p> - -<p class="center">*</p> - -<p>11 <i>mai.</i>—Promenade le matin dans la campagne assez longtemps, sans -pouvoir m'arracher à cette charmante vue de cette verdure, de ce soleil.</p> - -<p>Travaillé beaucoup, en rentrant, à l'article sur le Beau et jusqu'au -dîner.</p> - -<p>—Ce n'est ni le hasard ni le caprice qui ont déterminé le style de -l'architecture et partant celui des autres arts dans les différentes -contrées; nouvelle preuve que le Beau doit varier suivant les climats.</p> - -<p>Au style sévère et pour ainsi dire radical de l'architecture de -l'Égypte s'allient des ornements et une peinture plus simples, -plus élémentaires... Dans cette vaste vallée de l'Égypte, comprise -uniformément entre deux chaînes d'élévation naturelles presque -symétriques, etc., les Pylônes, les Pyramides...</p> - -<p>Le soir, promené dans le jardin et dans la campagne.</p> - -<p>Fatigue et malaise avant de se coucher.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>14 <i>mai.</i>—Je ne doute pas que si Alexandre eût connu le -<i>Misanthrope</i>, il ne l'eût placé dans la fameuse cassette à côté de -l'<i>Iliade</i>; il l'eût fait agrandir pour y placer le <i>Misanthrope.</i></p> - -<p>—On dit d'un homme, pour le louer, qu'il est un homme <i>unique.</i></p> - -<p>—Il faut laisser aux gens qui sentent faiblement les vaines -discussions et les vaines comparaisons.</p> - -<p>—Heureuses les époques qui ont vu.</p> - -<p>—Heureux les artistes qui ont trouvé un public tout préparé, -encourageant <i>les efforts de la Muse.</i></p> - -<p><span class="pagenum"><a name="Page_271" id="Page_271">[p. 271]</a></span></p> - -<p>—Les vrais primitifs, ce sont les talents originaux. Si chaque homme -de talent apporte en lui un modèle particulier, une face nouvelle, -quelle serait la valeur d'une école qui ferait toujours recourir à des -types anciens, puisque ces types eux-mêmes n'étaient que l'expression -de natures individuelles!</p> - -<p>—Et chacun de ces hommes me plaît-il de la même façon? Cette simple -observation ne serait-elle pas la condamnation de l'école qui sans -cesse recourt à des types consacrés? En quoi seraient-ils consacrés -de préférence, puisqu'ils ne sont que l'expression de natures -individuelles comme il en paraît dans tous les temps?</p> - -<p>—Rossini disait à B...: «J'entrevois autre chose que je ne ferai pas. -Si je trouvais un jeune homme de génie, je pourrais le mettre sur une -voie toute nouvelle, et le pauvre Rossini serait éteint tout à fait.»</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>15 <i>mai.</i>—À Champrosay, dans l'allée verte.</p> - -<p>On peut comparer le premier jet de l'écrivain, du peintre, etc., à -ces feux de peloton où deux cents coups de fusil tirés dans l'émotion -du combat atteignent l'ennemi deux ou trois fois; quelquefois deux -ou trois cents coups de feu partent à la fois, et pas un n'atteint -l'ennemi.</p> - -<p>—Vous conviez vos amis à un banquet, et vous leur servez toutes les -rognures de la cuisine.</p> - -<p>—Allée des Fouges.</p> - -<p>Quelquefois des génies pareils se présentent à des<span class="pagenum"><a name="Page_272" id="Page_272">[p. 272]</a></span> époques -différentes. La trempe originelle ne diffère point chez ces talents: -les formes seules des temps où ils vivent établissent une variété. -Rubens, etc.</p> - -<p>Ce n'est point le climat qui a produit un Homère ou un Praxitèle. On -parcourrait vainement la Grèce et ses îles sans y découvrir un poète ou -un sculpteur. En revanche, la nature a fait naître en Flandre, et à une -époque rapprochée de la nôtre, l'Homère de la peinture.</p> - -<p>Il est des époques privilégiées,—il est aussi des climats où l'homme a -moins de besoins, etc.; mais ces influences ne suffisent pas.—Voir mes -notes du 4 février 1857<a name="NoteRef_387_375" id="NoteRef_387_375"></a><a href="#Note_387_375" class="fnanchor">[387]</a>.</p> - -<p>L'influence des mœurs est plus efficace que celle du climat. Sans -doute chez des peuples où la nature est clémente;... mais en l'absence -d'une certaine valeur morale, etc. Il faut qu'un peuple ait le respect -de lui-même pour être difficile en matière de goût et pour tenir en -bride ses orateurs et ses poètes. Les nations chez lesquelles la -politique se traite à coups de poing ou à coups de pistolet n'ont pas -plus de littérature que ceux qui sont épris des combats de gladiateurs.</p> - -<p>—Ne demandez pas à un colonel de cavalerie son opinion sur des -tableaux ou des statues, tout au plus se connaît-il en chevaux!</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>16 <i>mai.</i>—Jenny est allée à Paris. Assis à la<span class="pagenum"><a name="Page_273" id="Page_273">[p. 273]</a></span> place du vieux -marronnier arraché à l'Ermitage.</p> - -<p>Mon cher petit Chopin s'élevait beaucoup contre l'école qui fait -dériver une partie du charme de la musique de la sonorité. Il parlait -en pianiste.</p> - -<p>Voltaire définit le <i>beau</i> ce qui doit charmer l'esprit et les sens. -Un motif musical peut parler à l'imagination sur un instrument qui -n'a qu'une manière de plaire aux sens, mais la réunion de divers -instruments ayant une sonorité différente donnera plus de force à la -sensation. À quoi servirait d'employer tantôt la flûte, tantôt la -trompette? La première s'associera à un rendez-vous de deux amants, la -seconde au triomphe d'un guerrier; ainsi de suite. Dans le piano même, -pourquoi employer tour à tour les sons étouffés ou les sons éclatants, -si ce n'est pour renforcer l'idée exprimée? Il faut blâmer la sonorité -mise à la place de l'idée, et encore faut-il avouer qu'il y a dans -certaines sonorités, indépendamment de l'expression même, un plaisir -pour les sens.</p> - -<p>Il en est de même pour la peinture: un simple trait exprime moins -et plaît moins qu'un dessin qui rend les ombres et les lumières. Ce -dernier exprimera moins qu'un tableau: je suppose toujours le tableau -amené au degré d'harmonie où le dessin et la couleur se réunissent -dans un effet unique. Il faut se rappeler ce peintre ancien qui, ayant -exposé une peinture représentant un guerrier, faisait entendre en même -temps derrière une tapisserie la fanfare d'une trompette.</p> - -<p><span class="pagenum"><a name="Page_274" id="Page_274">[p. 274]</a></span></p> - -<p>Les modernes ont inventé un genre qui réunit tout ce qui doit charmer -l'esprit et les sens. C'est l'opéra. La déclamation chantée a plus de -force que celle qui n'est que parlée. L'ouverture dispose à ce qu'on va -entendre, mais d'une manière vague: le récitatif expose les situations -avec plus de force que ne ferait une simple déclamation, et l'air, qui -est en quelque sorte le point admiratif de chaque scène, complète la -sensation par la réunion de la poésie et de tout ce que la musique peut -y ajouter. Joignez à cela l'illusion des décorations, les mouvements -gracieux de la danse.</p> - -<p>Malheureusement tous les opéras sont ennuyeux, parce qu'ils vous -tiennent trop longtemps dans une situation que j'appellerai abusive. Ce -spectacle, qui tient les sens et l'esprit en échec, fatigue plus vite. -Vous êtes promptement fatigué de la vue d'une galerie de tableaux: que -sera-ce d'un opéra qui réunit dans un même cadre l'effet de tous les -arts ensemble?</p> - -<p>—Je remarque dans cette forêt que non seulement les yeux sont mon -seul moyen pour saisir les objets, mais encore qu'ils sont affectés -agréablement ou désagréablement<a name="NoteRef_388_376" id="NoteRef_388_376"></a><a href="#Note_388_376" class="fnanchor">[388]</a>.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p><i>Lundi</i> 18 <i>mai.</i>—Repris enfin la peinture après plus de quatre mois -et demi. J'ai débuté par le <i>Saint<span class="pagenum"><a name="Page_275" id="Page_275">[p. 275]</a></span> Jean et l'Hérodiade</i><a name="NoteRef_389_377" id="NoteRef_389_377"></a><a href="#Note_389_377" class="fnanchor">[389]</a> que je -fais pour Robert, de Sèvres. Travaillé avec plaisir la matinée.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p><i>Mardi</i> 19 <i>mai.</i>—Jour de la mort du pauvre ami Vieillard...</p> - -<hr class="b2" /> -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_387_375" id="Note_387_375"></a><a href="#NoteRef_387_375"><span class="label">[387]</span></a> Voir t. III, p. <a href="#Page_259">259</a>.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_388_376" id="Note_388_376"></a><a href="#NoteRef_388_376"><span class="label">[388]</span></a> Cette dernière phrase est biffée dans le manuscrit.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_389_377" id="Note_389_377"></a><a href="#NoteRef_389_377"><span class="label">[389]</span></a> Il s'agit sans doute du n° 858 du <i>Catalogue Robaut</i>, ou -d'une répétition plus sommaire, comme Delacroix en fit souvent pour ses -amis.</p></div> - - -<hr class="b2" /> - - -<p><i>Mardi</i> 2 <i>juin.</i>—J'ai été à Paris en proie à l'inquiétude de savoir -si M. Bégin me céderait le logement de manière à commencer.</p> - -<p>Ma première inquiétude a été de ne pas le rencontrer, lui et sa femme. -J'ai donc maudit mon cocher d'aller lentement. J'arrive, je trouve la -dame, elle me donne les meilleures nouvelles. Je cours chez Haro plein -de joie. Un autre ennui m'attendait chez lui: les entrepreneurs sont -diaboliques; les uns n'ont aucune solidité; les autres sont indolents -ou trop chers. Ce n'est rien encore: Haro me parle du formidable tracé, -cause des ennuis les plus grands possibles. Il me rassure pourtant en -partie, ou plutôt je crois l'être, parla possibilité d'une indemnité -proportionnée à la durée de mon bail.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>17 <i>juin, mercredi.</i>—Reçu la lettre de Paul de Musset<a name="NoteRef_390_378" id="NoteRef_390_378"></a><a href="#Note_390_378" class="fnanchor">[390]</a>, qui me -parle du terrain qu'il demande<span class="pagenum"><a name="Page_276" id="Page_276">[p. 276]</a></span> pour son frère. Écrit sur-le-champ au -préfet et à Baÿvet.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>25 <i>juin.</i>—Ce même jour, donné au docteur Rayer 100 francs pour ses -visites précédentes.</p> - -<p><i>Du sublime et de la perfection.</i> Ces deux mots peuvent sembler presque -synonymes. <i>Sublime</i> veut dire tout ce qu'il y a de plus élevé; -<i>parfait</i>, ce qu'il y a de plus complet, de plus achevé.</p> - -<p><i>Perficere</i>, achever complètement pour le comble.</p> - -<p><i>Sublimis</i>, ce qu'il y a de plus haut, ce qui touche le ciel.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p><i>Dimanche</i> 28 <i>juin.</i>—Première visite chez le docteur après l'avoir -payé. Je l'ai trouvé distrait, plus occupé de ses affaires que de ma -fièvre. Il ne se rappelait plus ce qu'il m'avait ordonné.</p> - -<hr class="b2" /> -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_390_378" id="Note_390_378"></a><a href="#NoteRef_390_378"><span class="label">[390]</span></a> Delacroix eut des relations assez suivies avec <i>Paul -de Musset.</i> Lors d'une des candidatures de Delacroix à l'Institut, en -1838, croyons-nous, Paul de Musset avait fait une démarche personnelle -auprès de Paër pour appuyer le peintre. Enfin nous trouvons dans le -précieux travail de M. Maurice Tourneux: <i>Eugène Delacroix devant ses -contemporains</i>, un fragment de lettre, dans lequel Delacroix félicite -Paul de Musset de ses articles: «Mérimée, que vous paraissez admirer -comme je le fais aussi, est simple, mais a un peu l'air de courir après -la simplicité, en haine de l'horrible emphase des hommes du jour. Chez -vous nul effort; toujours le goût le plus fin et rien de trop.»</p></div> - - -<hr class="b2" /> - -<p><i>Mercredi</i> 8 <i>juillet.</i>—Première visite du docteur Laguerre.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p><i>Vendredi</i> 10 <i>juillet.</i>—Deuxième visite du docteur Laguerre.</p> - -<p><span class="pagenum"><a name="Page_277" id="Page_277">[p. 277]</a></span></p> - -<p class="center">*</p> - -<p><i>Samedi</i> 11 <i>juillet.</i>—J'ai été à l'Institut pour la première fois -depuis le mois d'avril.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p><i>Mardi</i> 14 <i>juillet.</i>—Troisième visite du docteur Laguerre.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p><i>Lundi</i> 20 <i>juillet.</i>—Quatrième visite du docteur Laguerre.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p><i>Strasbourg, mardi</i> 28 <i>juillet.</i>—Parti pour Strasbourg<a name="NoteRef_391_379" id="NoteRef_391_379"></a><a href="#Note_391_379" class="fnanchor">[391]</a> à sept -heures. Voyage agréable, beau pays; il faisait étouffant au milieu de -la journée.</p> - -<p>À Nancy, je me suis trouvé seul jusqu'à Strasbourg. Je n'ai plus senti -ni la chaleur ni la poussière. Tout ce trajet a été ravissant.</p> - -<p>Le bon cousin m'attendait à la gare. Enchantés de nous revoir.</p> - -<hr class="b2" /> -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_391_379" id="Note_391_379"></a><a href="#NoteRef_391_379"><span class="label">[391]</span></a> Dans la Correspondance, il n'y a comme trace de ce -voyage à Strasbourg qu'une lettre datée du 5 août 1857, adressée à M. -X..., dans laquelle il recommande un artiste dont nous avons déjà vu le -nom dans le Journal, le sculpteur <i>Debay.</i></p></div> - - -<hr class="b2" /> - - -<p><i>Dimanche</i> 2 <i>août.</i>—Vers sept heures nous avons été à l'Orangerie, -à travers une poussière affreuse; mais j'ai été dédommagé par la vue -du lieu, qui est ravissant. Il n'y a rien comme cela à Paris: aussi y -avait-il très peu de monde!</p> - -<p>Tout ici est différent: ces environs, ces champs et ces prairies -qui touchent aux promenades et se confondent avec elles, ont un air -champêtre et paisible.<span class="pagenum"><a name="Page_278" id="Page_278">[p. 278]</a></span> La population n'a pas cet air évaporé et -impertinent de notre race. C'est dans des contrées connue celle-ci -qu'il faut vivre, quand on est vieux.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p><i>Nancy, samedi</i> 8 <i>août.</i>—Quitté Strasbourg et le bon cousin. Je perds -la canne qu'il m'avait donnée.</p> - -<p>Je m'embarque mal. Société déplaisante dans le chemin de fer. Cependant -la route se fait vite.</p> - -<p>Arrivé à Nancy à trois heures. Retrouvé Jenny, comme nous en étions -convenus. Je n'ai pas bougé de la soirée.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p><i>Dimanche</i> 9 <i>août.</i>—Sorti avant déjeuner. Place Stanislas et -cathédrale.</p> - -<p>J'admire l'unité de style de tout ce qui est bâtiment. Une seule chose -y déroge, c'est la statue même de ce bon roi Stanislas, qui a tout -fait ici, et qui par conséquent est l'auteur de cette unité. On l'a -représenté dans un costume qui rappelle les troubadours de l'Empire, -avec des bottes molles et appuyé sur un sabre à la mameluk. On ne peut -rien voir de plus ridicule.</p> - -<p>La cathédrale entièrement de son temps. J'aime beaucoup cette forme -de clocher en poivrière. L'intérieur est un peu froid, malgré cet -accord de style dans toutes les parties: c'est comme tout ce qui sort -de Vanloo: ordonné, habile, de l'unité, mais froid et sans intérêt. -L'auteur ne met point de cœur à ce qu'il fait; il ne va pas au -cœur de celui qui regarde.</p> - -<p><span class="pagenum"><a name="Page_279" id="Page_279">[p. 279]</a></span></p> - -<p>La place Stanislas avec ses fontaines, et l'Hôtel de ville, semblent -l'ouvrage d'un artiste plus doué.</p> - -<p>Après déjeuner, visité cent choses curieuses. Après la statue de -Drouot, un des héros de Nancy, véritable héros dans tous les sens, -mais pitoyablement représenté comme tous les héros de notre temps, -grâce a l'indigence de la sculpture, vu les murailles anciennes de la -ville; très belle et ancienne porte avec deux grosses tours: le passage -tournant comme dans les fortifications modernes. Le côté de la ville -style de la Renaissance: quelle grâce, quelle légèreté! Comme toutes -ces petites figures, comme ces accessoires s'arrangent bien dans les -lignes de l'architecture! Rien n'est charmant et capricieux comme ces -costumes romains à la Henri II.</p> - -<p>Le palais ducal, transition du gothique à la Renaissance. Les objets -curieux, marbres, peintures, etc., sont entassés en attendant les -réparations du premier étage. Il y a un fragment romain qui m'a frappé: -c'est un cavalier avec la cuirasse, le péplum.—Copie à la gouache de -la tapisserie de Charles le Téméraire, que je regrette de ne pouvoir -étudier.—L'escalier très remarquable. Gros pilier soutenant la voûte, -duquel partent les marches très basses, ainsi disposées, nous dit-on, -pour que les ducs puissent monter à cheval dans la grande salle du -premier.—De distance en distance, repos ménagés avec des bancs, le -tout enferré choisies murailles.</p> - -<p>Tout ici parle du roi René II ou de Stanislas.</p> - -<p><span class="pagenum"><a name="Page_280" id="Page_280">[p. 280]</a></span></p> - -<p>Ce sont les dieux lares de Nancy.</p> - -<p>Nous avons été voir ensuite l'église des Cordeliers, dans laquelle est -une chapelle ronde qu'on appelle les tombeaux des ducs de Lorraine, -quoique leurs corps en aient été arrachés et que les sarcophages aient -été détruits et remplacés à la moderne. La prétendue chapelle ronde est -octogone: la voûte seule, qui paraît de l'époque de la construction, -est d'un style bâtard, à la Louis XIV. Le chœur de l'église -est garni de belles boiseries; sur les côtés de la nef, dans des -enfoncements, sont divers tombeaux de princes de la maison de Lorraine; -le plus précieux sans contredit est celui de la femme de René II, -laquelle lui survécut de longues années et s'était mise dans un couvent -à Pont-à-Mousson: les mains et la tête en pierre blanche, la robe et le -voile en granit et en marbre noir. Voilà le triomphe de l'art ou plutôt -du caractère qu'un artiste de talent sait imprimer à un objet: une -vieille de quatre-vingts ans dont la tête est encapuchonnée, maigre à -faire peur; et tout cela représenté de manière qu'on ne l'oublie jamais -et qu'on n'en puisse détacher les regards.</p> - -<p>De là, à la promenade dont j'ai oublié le nom, auprès de la préfecture; -je ne connais rien d'aussi délicieux, si ce n'est l'Orangerie de -Strasbourg, et très différent de caractère. Ce sont de grands -arbres, de la verdure, quelque chose qui n'a rien de l'aridité des -Champs-Élysées à Paris, ni de la symétrie des Tuileries. La préfecture -est le palais qu'habitait Stanislas.</p> - -<p><span class="pagenum"><a name="Page_281" id="Page_281">[p. 281]</a></span></p> - -<p>De là à l'église de Bon-Secours, où est le tombeau de Stanislas. -Charmant ouvrage dans son genre: c'est une grande chambre carrée plutôt -qu'une église. Dans le chœur, à droite, le tombeau de Stanislas que -j'estime plus que n'a fait, suivant la tradition, le propre auteur de -l'ouvrage. Cet auteur est Vassé<a name="NoteRef_392_380" id="NoteRef_392_380"></a><a href="#Note_392_380" class="fnanchor">[392]</a>, sculpteur dont parle Diderot, -et qu'il cite souvent, autant que je peux m'en souvenir. Le bavard et -insupportable cicérone sacristain qui me montrait l'église raconte -que le pauvre sculpteur se brûla la cervelle de désespoir de voir son -ouvrage surpassé par le tombeau de la femme de Stanislas qui est en -face. Il y a dans son ouvrage une statue couchée, ou plutôt étendue -et abîmée de douleur, de la Charité, qui est fort belle: la tête est -d'une expression qui semble interdite à la sculpture, tant elle est -énergique; elle presse contre elle un enfant qui suce son sein; tout -cela admirablement rendu, les mains, les pieds de même. Stanislas est -représenté dans une espèce de déshabillé, comme on peut le supposer au -moment de sa mort. Il mourut brûlé par accident dans sa chambre.</p> - -<p>Le tombeau qui est en face présente des figures, d'enfants surtout, -d'un travail plus fini et plus précieux; mais en somme je préfère celui -du pauvre Vassé. J'inclinerais à penser qu'il est d'un Italien<a name="NoteRef_393_381" id="NoteRef_393_381"></a><a href="#Note_393_381" class="fnanchor">[393]</a>.</p> - -<p><span class="pagenum"><a name="Page_282" id="Page_282">[p. 282]</a></span></p> - -<p>J'ai été ramené par le cicérone, qui montait sur le siège de mon -fiacre, par le lieu où s'élève la croix de Lorraine, à l'endroit où fut -tué Charles le Téméraire, dans vin lieu qui était autrefois l'étang de -Saint-Jean. Ce détour m'a pris un temps que j'eusse préféré passer au -Musée.</p> - -<p>—Au Musée, où mon tableau<a name="NoteRef_394_382" id="NoteRef_394_382"></a><a href="#Note_394_382" class="fnanchor">[394]</a> est placé trop haut et privé de -lumière. Toutefois il ne m'a pas déplu.</p> - -<p>Beaux Ruysdaël. Grand tableau hétéroclite dans le style de Jordaëns, -et non sans une verve sauvage, de la <i>Transfiguration</i>, tableau en -large où l'on a reproduit et par conséquent délayé, à cause de cette -disposition en largeur, les principaux groupes de Raphaël.</p> - -<p>Deux tableaux, esquisses probablement de Rubens, qui m'ont frappé plus -que tout, non qu'ils présentent dans toutes leurs parties la franchise -de la main de Rubens, mais il y a ce je ne sais quoi qui n'est qu'à -lui. La mer, d'un bleu noir et tourmenté, est d'une vérité idéale. Dans -le <i>Jonas jeté hors de la barque</i>, le monstre du devant semble remuer -et battre l'eau de la queue. On le distingue à peine dans l'ombre du -devant, au milieu de l'écume et des vagues noires et pointues. Dans -l'autre, le <i>saint Pierre</i> a une pose froide; mais l'admirable de cet -homme, c'est que<span class="pagenum"><a name="Page_283" id="Page_283">[p. 283]</a></span> cela ne diminue point l'impression. Je sens devant -ces tableaux ce mouvement intérieur, ce frisson que donne une musique -puissante. O véritable génie, né pour son art! toujours le suc, la -moelle du sujet; avec une exécution qui semble n'avoir rien coûté! -Après cela, on ne peut plus parler de rien, ni s'intéresser à rien. -Près de ces tableaux qui ne sont que des esquisses heurtées, pleines -d'une rudesse de touche qui déroute dans Rubens, on ne peut plus rien -voir.</p> - -<p>Je dois mentionner cependant la grande salle qui précède le Musée, -peinte à fresque par le peintre de Stanislas. On ne peut parler des -figures après celles de Rubens; mais l'ensemble de l'architecture, -peinte également à fresque, forme un ensemble qu'on ne peut plus -produire de nos jours.</p> - -<p>En somme, Nancy est une grande et belle ville, mais triste et monotone: -la largeur des rues et leur alignement me désolent; je vois le but -de ma promenade à une lieue devant moi en droite ligne. Il n'y a que -le <i>West-End</i> à Londres qui soit plus ennuyeux, parce que toutes les -maisons s'y ressemblent, et que les rues y sont plus larges encore et -plus interminables. Strasbourg me plaît cent fois davantage avec ses -rues étroites, mais propres; on y respire la famille, l'ordre, une vie -paisible, sans ennui.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p><i>Plombières, lundi</i> 10 <i>août.</i>—Parti de Nancy a cinq heures du matin. -Éveillé à quatre heures; je<span class="pagenum"><a name="Page_284" id="Page_284">[p. 284]</a></span> crois avoir le temps, et l'omnibus vient -nous chercher, que je n'avais rien apprêté. Je me culbute et je -m'installe avec Jenny dans le chemin de fer.</p> - -<p>Voyage charmant jusqu'à Épinal. Toutes les fois que je vois un vrai -matin, je m'épanouis. Je crois en jouir pour la première fois, et je me -désespère de n'en pas jouir plus souvent.</p> - -<p>Arrivé à Plombières vers onze heures. Trouvé le bon docteur Laguerre, -qui me mène chez M. Sibille et me fait prendre mon premier bain.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>21 <i>août.</i>—Je me suis levé matin. J'ai fait un croquis dans une -condition ravissante à la promenade des Dames, au bord d'un charmant -ruisseau; la rosée couvrant la pente, le soleil à travers les branches. -Monté ensuite très haut à gauche: vues admirables de matin. J'y ai fait -deux croquis.</p> - -<p>Revenu un peu fatigué, mais en somme me portant bien.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>22 <i>août.</i>—Le soir, renouvelé la promenade de la route de Luxeuil. -J'ai été presque jusqu'où j'avais été la première fois. Bois -ravissants; idées charmantes: j'en ai fait deux souvenirs.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>23 <i>août.</i>—Le matin, monté par la colline qui va à la petite Vierge. -Vu là, tout en haut, une petite contrée toute simple et toute -charmante. Souvenirs de Touraine et de Croze. Matinée délicieuse.</p> - -<p><span class="pagenum"><a name="Page_285" id="Page_285">[p. 285]</a></span></p> - -<p>Descendu au bain par une pente raide qui m'a abrégé le chemin, et -repris par la petite rue derrière les moulins. Remonté après déjeuner -à la promenade des Dames; un bon monsieur ressemblant à Vieillard et -à peu près de son âge, qui a lié conversation avec amabilité et à la -française, comme autrefois.</p> - -<p>Cavelier<a name="NoteRef_395_383" id="NoteRef_395_383"></a><a href="#Note_395_383" class="fnanchor">[395]</a> ensuite, que j'ai rencontré.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>25 <i>août.</i>—Le matin, route de Luxeuil. Temps couvert et froid: je -n'ai trouvé de loisir qu'arrivé au commencement des bois. Ravin, -arbre renversé, pentes charmantes avec rochers entremêlés à la -verdure.—Souhaité d'habiter des pays de montagnes.—Odeur délicieuse -comme l'héliotrope.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>28 <i>août.</i>—J'ai pris en goût depuis quelques jours la promenade de -l'Empereur pour le soir, et même pour le matin.</p> - -<p>La lune, dont le quartier se lève sur les monts boisés, m'attendrit et -me retient là jusqu'à ce que le froid me chasse.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>29 <i>août.</i>—Fait mes adieux à l'église de Plombières... J'aime -beaucoup les églises. J'aime à y rester presque seul, à m'asseoir sur -un banc, et je reste là dans une bonne rêverie... On veut en faire -une neuve dans ce pays-ci. Si je reviens à Plombières,<span class="pagenum"><a name="Page_286" id="Page_286">[p. 286]</a></span> quand elle -sera construite, je n'y entrerai pas souvent; c'est l'ancienneté qui -les rend vénérables... Il semble qu'elles sont tapissées de tous les -vœux que les cœurs souffrants y ont exhalés vers le ciel. Qui -peut les remplacer, ces inscriptions, ces ex-voto, ce pavé formé de -pierres tumulaires effacées, ces autels, ces degrés usés par les pas -et les genoux des générations, qui ont souffert là et sur lesquelles -l'antique Église a murmuré les dernières prières? Bref, je préfère -<i>la plus petite église de village</i><a name="NoteRef_396_384" id="NoteRef_396_384"></a><a href="#Note_396_384" class="fnanchor">[396]</a>, comme le temps l'a faite, à -Saint-Ouen de Rouen restauré, ce Saint-Ouen si majestueux, si sombre, -si sublime dans son obscurité d'autrefois, qui est aujourd'hui tout -brillant de ses grattages, de ses vitraux neufs, etc.</p> - -<p>Je me suis enrhumé aujourd'hui en prenant ma dernière douche.</p> - -<p>Le soir, dernière promenade sur la route de Saint-Loup. Je ne peux -m'arracher à ces beautés. De tous<span class="pagenum"><a name="Page_287" id="Page_287">[p. 287]</a></span> côtés, les faucheurs et les -faneuses, et les voitures de loin entassées et traînées par les bons -bœufs.</p> - -<p>Le matin, à la promenade de l'Empereur, jusqu'au bois. En chemin, scène -de faucheurs et de faneuses: effet charmant et rustique... les éclairs -de la <i>faux</i><a name="NoteRef_397_385" id="NoteRef_397_385"></a><a href="#Note_397_385" class="fnanchor">[397]</a>, etc.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>30 <i>août.</i>—Renoncé à mon dernier bain, à cause de mon rhume. J'ai -essayé de m'acheminer par la promenade de l'Empereur: comme il était -déjà plus tard, le soleil m'a chassé.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>31 <i>août.</i>—Parti de Plombières à sept heures du matin. Route avec -quatre religieuses: l'une d'elles dune charmante figure.—Souffrant -toute la route jusqu'à Épinal.</p> - -<p>Arrivé vers dix heures vers l'église sombre et d'un gothique assez -primitif: très restaurée.</p> - -<p>Chaleur affreuse pour gagner le chemin de fer. Réflexions sur la -foule qui se pressait à la gare de cette petite ville. Ce chemin -n'est qu'ébauché: les cloisons ne sont pas posées, et déjà des -myriades d'allants et venants s'y pressent... Il y a vingt ans, il -y avait probablement à peine une voiture par jour, pouvant convoyer -dix ou douze personnes partant de cette petite ville pour affaires -indispensables. Aujourd'hui, plusieurs fois par jour, il y a des -convois de<span class="pagenum"><a name="Page_288" id="Page_288">[p. 288]</a></span> cinq cents et de mille émigrants dans tous les sens. -Les premières places sont occupées par des gens en blouse et qui ne -semblent pas avoir de quoi dîner. Singulière révolution et singulière -égalité! Quel plus singulier avenir pour la civilisation! Au reste, ce -mot change de signification. Cette fièvre du mouvement dans des classes -que des occupations matérielles sembleraient devoir retenir attachées -au lieu où elles trouvent à vivre, est un signe de révolte contre des -lois éternelles.</p> - -<p>À Nancy, vers une heure. Nous restons à la gare jusqu'à trois heures et -demie. Nous retrouvons dans le wagon deux de nos religieuses du matin; -l'une, qui est supérieure de sa communauté, est une femme distinguée; -elle cause avec beaucoup d'amabilité et sans nuance de bigoterie.</p> - -<p>Pluie, orage avant Bar-le-Duc. Je passe avec plaisir devant le berceau -de mon père; en somme, voyage agréable.</p> - -<p>Il y avait dans le wagon un gros Anglais, type de Falstaff, avec deux -abominables filles, qui ont représenté presque jusqu'au bout le rôle de -Loth et ses filles.</p> - -<p>Arrivés à onze heures et demie. Retard de plus d'une heure.</p> - -<hr class="b2" /> -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_392_380" id="Note_392_380"></a><a href="#NoteRef_392_380"><span class="label">[392]</span></a> <i>Louis-Claude Vassé</i> (1716-1772), sculpteur, élève de -Puget et de Bouchardon.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_393_381" id="Note_393_381"></a><a href="#NoteRef_393_381"><span class="label">[393]</span></a> Ce tombeau est attribué à <i>Lambert-Sigisbert Adam</i> -(1700-1759).</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_394_382" id="Note_394_382"></a><a href="#NoteRef_394_382"><span class="label">[394]</span></a> Ce tableau est la <i>Bataille de Nancy</i>, qui figura -au Salon de 1834, et fut donné par l'État au Musée de Nancy. Il -figura aussi à l'Exposition de l'École des Beaux-Arts en 1885. (Voir -<i>Catalogue Robaut</i>, n° 355.)</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_395_383" id="Note_395_383"></a><a href="#NoteRef_395_383"><span class="label">[395]</span></a> <i>Pierre-Jules Cavelier</i> (1814-1894), sculpteur, élève de -David d'Angers, membre de l'Académie des Beaux-Arts depuis 1865.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_396_384" id="Note_396_384"></a><a href="#NoteRef_396_384"><span class="label">[396]</span></a> Nous ne pouvons nous empêcher de rapprocher de ce -passage un fragment du <i>Curé de village</i> de Balzac, de ce Balzac que -Delacroix parait n'avoir jamais compris, bien qu'il se montrât assez -préoccupé de ses œuvres pour en extraire d'importants fragments -dans son Journal. L'analogie de sentiment est complète; c'est la -description de la petite église habitée par le <i>curé Bonnet</i>: «Malgré -tant de pauvreté, cette église ne manquait pas des douces harmonies -qui plaisent aux belles âmes et que les couleurs mettent si bien en -relief... À l'aspect de cette chétive maison de Dieu, si le premier -sentiment était la surprise, il était suivi d'une admiration mêlée de -pitié. N'exprimait-elle pas la misère du pays? Ne s'accordait-elle pas -avec la simplicité naïve du presbytère? Elle était d'ailleurs propre et -très bien tenue. On y respirait comme un parfum de vertus champêtres, -rien n'y trahissait l'abandon. Quoique rustique et simple, elle était -habitée par la prière, <i>elle avait une âme: on la sentait, sans -s'expliquer comment!</i>»</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_397_385" id="Note_397_385"></a><a href="#NoteRef_397_385"><span class="label">[397]</span></a> Ici le manuscrit contient un petit croquis de la main de -Delacroix.</p></div> - - - -<hr class="b2" /> - -<p><i>Paris</i>, 3 <i>septembre.</i>—Visite du docteur Laguerre pour moi.</p> - -<p>Visite du docteur Laguerre pour Jenny.</p> - -<p><span class="pagenum"><a name="Page_289" id="Page_289">[p. 289]</a></span></p> - -<p>J'écris au bon cousin:</p> - -<p>«Malgré la vie solitaire que je mène ici, autant que cela est possible -à Paris, je regretterai souvent notre tranquillité véritable de -Strasbourg et combien elle était salutaire en particulier pour ma santé -délabrée et pour mon esprit inquiet et fatigué. Dans votre paisible -ville, tout me semblait respirer le calme: ici je ne trouve sur tous -les visages qu'une fièvre ardente; les lieux même semblent livrés à -une vicissitude perpétuelle. Ce monde nouveau, bon ou mauvais, qui -cherche à se faire jour à travers nos ruines, est comme un volcan sous -nos pieds et ne permet de reprendre haleine qu'à ceux qui, comme moi, -commencent à se regarder comme étrangers à ce qui se passe, et pour qui -l'espérance se borne à un bon emploi de la journée présente. Je ne suis -encore sorti qu'une fois dans les rues de Paris: j'ai été épouvanté de -toutes ces figures d'intrigants et de prostituées.»</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>4 <i>septembre.</i>—Écrire à M. Voignée d'Arnault, à Sainte-Menehould;</p> - -<p>—À Thiers, pour son livre.</p> - -<p>—Voir M. Lefebvre, jeune peintre, rue du Regard<a name="NoteRef_398_386" id="NoteRef_398_386"></a><a href="#Note_398_386" class="fnanchor">[398]</a>.</p> - -<p>—Chabrier.</p> - -<p>—Chapelle de Riesener.</p> - -<p>—Répondre à Bornot.</p> - -<p><span class="pagenum"><a name="Page_290" id="Page_290">[p. 290]</a></span></p> - -<p>Le matin, aujourd'hui, à l'appartement, et fatigue extrême. Je me suis -trouvé mourant de faim au café des Marcs, qui m'a rappelé ma jeunesse -et une jeunesse bien éloignée.</p> - -<p>—Au milieu de la journée, Berryer est venu me voir. J'ai été bien -heureux de sa visite et confus de ne pas avoir répondu à la bonne -lettre de lui que j'avais trouvée ici.</p> - -<p>Il me dit, en confirmation de ce que je lui disais de mon régime, qu'il -était convaincu que, lorsqu'un organe était affaibli ou souffrant chez -un sujet d'un âge déjà avancé, c'était quelquefois le meilleur moyen de -le guérir que de s'occuper de la santé de tout le reste, et dans mon -cas, et d'après la doctrine du docteur Laguerre à mon égard, donner de -la force au sang, c'est en donner à la gorge et à la poitrine.</p> - -<p>Dans ma promenade dans les rues du faubourg Saint-Germain, j'ai été -frappé de leur contraste avec celles de mon quartier d'aujourd'hui, -qui, j'espère, ne le sera plus dans quelques mois...</p> - -<p>J'ai rencontré le bon Gaubert<a name="NoteRef_399_387" id="NoteRef_399_387"></a><a href="#Note_399_387" class="fnanchor">[399]</a>, vieilli et souffrant.</p> - -<p>Bornot m'écrit pour m'engager à aller à Valmont.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p><i>Dimanche</i> 13 <i>septembre.</i>—J'ai été voir Guillemardet vers onze -heures, et suis resté jusque deux heures et demie.</p> - -<p><span class="pagenum"><a name="Page_291" id="Page_291">[p. 291]</a></span></p> - -<p>J'ai été ensuite au Musée. Deux ou trois jours auparavant j'y -avais fait une séance. Je prise beaucoup la salle de l'École -française moderne. Elle paraît bien supérieure à ce qui l'a précédée -immédiatement. Tout ce qui a suivi Lebrun et surtout le dix-huitième -siècle tout entier n'est que banalité et pratique. Chez nos modernes, -la profondeur de l'intention et la sincérité éclatent jusque dans -leurs fautes. Malheureusement, les procédés matériels ne sont pas -à la hauteur de ceux des devanciers. Tous ces tableaux périront -prochainement.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>15 <i>septembre.</i>—Je vais à pied voir Périn<a name="NoteRef_400_388" id="NoteRef_400_388"></a><a href="#Note_400_388" class="fnanchor">[400]</a> vers trois heures, et -je reviens de même sans trop de fatigue. J'ai été bien heureux de le -revoir. Il était venu souvent en mon absence. Je l'aime beaucoup, et je -crois qu'il éprouve pour moi le même sentiment. Cela est rare à notre -âge. Le bon Guillemardet de même.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>28 <i>septembre.</i>—Je voudrais que ma voix eût la force qui lui manque.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>30 <i>septembre.</i>—Première visite du docteur Laguerre.</p> - -<hr class="b2" /> -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_398_386" id="Note_398_386"></a><a href="#NoteRef_398_386"><span class="label">[398]</span></a> Sans doute <i>Jules Lefebvre</i>, né en 1884, membre de -l'Académie des Beaux-Arts depuis 1891.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_399_387" id="Note_399_387"></a><a href="#NoteRef_399_387"><span class="label">[399]</span></a> Le docteur <i>Léon Gaubert</i> (1805-1866), médecin du -ministère de l'intérieur, et auteur de travaux intéressants sur -l'hygiène.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_400_388" id="Note_400_388"></a><a href="#NoteRef_400_388"><span class="label">[400]</span></a> <i>Alphonse Périn</i> (1798-1875), peintre, élève de Guérin, -qui fit surtout de la peinture religieuse. C'est dans l'atelier de -leur maître commun que s'était nouée cette amitié solide dont parle -Delacroix.</p></div> - - -<hr class="b2" /> - -<p>3 <i>octobre.</i>—Pour peindre en détrempe une toile à<span class="pagenum"><a name="Page_292" id="Page_292">[p. 292]</a></span> l'huile, et par -conséquent pour retoucher un tableau à l'huile, mêler à la détrempe -de la bière, qu'on rend plus forte en la faisant recuire. Le vernis -Sœhnée bien pour vernir la détrempe, pour fixer la détrempe, pour -repeindre ensuite à l'huile ayant le ton <i>frais en dessous.</i> Peindre -en détrempe avec de la colle coupée: six parties d'eau, une partie -de colle. <i>Passer</i> ensuite de l'amidon bien <i>passé</i> et bien <i>battu. -Passer</i> lestement avec une brosse large.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>4 <i>octobre.</i>—Revoir l'<i>Adam et Ève</i><a name="NoteRef_401_389" id="NoteRef_401_389"></a><a href="#Note_401_389" class="fnanchor">[401]</a> ébauché par Andrieu d'après -celui de la bibliothèque de la Chambre.—Revoir le <i>Château de -Saint-Chartin</i>, vu par derrière.—Revoir la <i>Marguerite en prison</i><a name="NoteRef_402_390" id="NoteRef_402_390"></a><a href="#Note_402_390" class="fnanchor">[402]</a> -avec Faust et Méphistophélès, puis l'<i>Aspasie</i><a name="NoteRef_403_391" id="NoteRef_403_391"></a><a href="#Note_403_391" class="fnanchor">[403]</a> jusqu'à la ceinture -grande comme nature; voir un bon croquis dans un album du temps.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>6 <i>octobre.</i>—De Paris, à neuf heures et demie, à Fontainebleau; trouvé -Viardot. A l'hôtel du <i>Cadran bleu</i>, pris une voiture pour Augerville. -Cheminé à distance avec deux personnes qui y allaient aussi, dont M. -Legrand, ami de Berryer. Enchanté de l'embrasser.</p> - -<p>Ma journée m'a fatigué.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p><i>Augerville, vendredi</i> 16 <i>octobre.</i>—Supériorité de<span class="pagenum"><a name="Page_293" id="Page_293">[p. 293]</a></span> la musique: -absence de raisonnement (non de logique). Je pensais tout cela en -entendant le morceau bien simple d'orgue et de basse que nous jouait -Batta ce soir, après lavoir joué avant le dîner. Enchantement que me -cause cet art; il semble que la partie <i>intellectuelle</i> <a name="NoteRef_404_392" id="NoteRef_404_392"></a><a href="#Note_404_392" class="fnanchor">[404]</a> n'ait -point part à ce plaisir. C'est ce qui fait classer l'art de la musique -à un rang inférieur par les pédants.</p> - -<p>Dans la journée, fatigué à suivre Berryer à son arpentage pour son -chemin extérieur. M. de Brézé venu le soir.</p> - -<p>«Les phraseurs, me disait Berryer d'après je ne sais qui, commencent -à Massillon.» Je suis de son avis. Quelle tenue en toutes choses -devaient avoir ces gens, capables de développer si longuement et avec -ce soin et ce respect de l'objet qu'on traite ou de la personne à qui -on s'adresse, et cela avec l'absence de prétention et de l'effet qui a -toujours été en grandissant depuis!</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>19 <i>octobre.</i>—Parti d'Augerville à une heure et demie. On est venu -me prendre de Fontainebleau. Mme de Lagrange partie une demi-heure -auparavant.</p> - -<p>Arbres cassés dans la forêt par un ouragan qui en a déraciné d'énormes. -Feuillage mort contrastant. Cassure blanche.</p> - -<p><span class="pagenum"><a name="Page_294" id="Page_294">[p. 294]</a></span></p> - -<p>Arrivé vers quatre heures. Fait un tour dans le parc par un temps gris -et pluvieux.—Les carpes<a name="NoteRef_405_393" id="NoteRef_405_393"></a><a href="#Note_405_393" class="fnanchor">[405]</a>.—Dîné vers cinq heures; parti à sept -heures moins un quart.</p> - -<hr class="b2" /> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_401_389" id="Note_401_389"></a><a href="#NoteRef_401_389"><span class="label">[401]</span></a> Voir <i>Catalogue Robaut</i>, n° 853 et n° 902.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_402_390" id="Note_402_390"></a><a href="#NoteRef_402_390"><span class="label">[402]</span></a> Voir <i>Catalogue Robaut</i>, n° 251.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_403_391" id="Note_403_391"></a><a href="#NoteRef_403_391"><span class="label">[403]</span></a> Voir <i>Catalogue Robaut</i>, n° 47 et supplément.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_404_392" id="Note_404_392"></a><a href="#NoteRef_404_392"><span class="label">[404]</span></a> Sur l'élément <i>intellectuel</i> des arts, voir le beau -développement du début de l'année 1854, à propos des <i>spécialistes</i> -auxquels, dit-il, «la partie intellectuelle de l'art manque -complètement». (Voir t. II, p 321.)</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_405_393" id="Note_405_393"></a><a href="#NoteRef_405_393"><span class="label">[405]</span></a> Les fameuses carpes de l'étang de la Cour des Fontaines, -situé entre le Jardin Anglais et l'avenue de Maintenon.</p></div> - -<hr class="b2" /> - - -<p><i>Paris</i>, 4 <i>novembre.</i>—Je remarquais un de ces matins, étant au -soleil dans ma galerie, l'effet prismatique de la multitude de petits -poils du drap de ma veste grise. Toutes les couleurs de l'arc-en-ciel -y brillaient comme dans le cristal ou le diamant. Chacun de ces -poils étant poli réfléchissait les plus vives couleurs, lesquelles -changeaient à chaque mouvement que je faisais; nous n'apercevons pas -cet effet en l'absence du soleil, mais...<a name="NoteRef_406_394" id="NoteRef_406_394"></a><a href="#Note_406_394" class="fnanchor">[406]</a>.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>8 <i>novembre.</i>—Donné à Haro le petit Watteau qui me vient de -Barroilhet<a name="NoteRef_407_395" id="NoteRef_407_395"></a><a href="#Note_407_395" class="fnanchor">[407]</a>, pour le restaurer.</p> - -<p>Lui demander les arbres de Valmont, sur carton.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>9 <i>novembre.</i>—Je reçois ce matin une lettre de mon bon Lamey. Chose -singulière: depuis mon réveil, je pensais à lui continuellement; -au plaisir que j'aurais à recevoir de ses nouvelles, et surtout à -l'habitude que nous devrions prendre de nous écrire:<span class="pagenum"><a name="Page_295" id="Page_295">[p. 295]</a></span> c'est justement -ce qu'il me demande dans sa lettre.</p> - -<p>J'écris ceci pour l'idée que m'a suggérée le commencement de cette -lettre. <i>Si va les bene est, ego valeo ...</i> Je me suis mis à réfléchir -sur ce mot <i>valere</i>, qui signifie en français <i>se bien porter</i>, -expression ou plutôt locution qui peint en plusieurs mots une des -situations de l'homme qui est en santé, peut-être à la vérité la -principale et qui est le plus sûr indice de la force, celle de se -trouver sur ses jambes, car l'homme malade est ordinairement couché. -Il n'y a pas en français un mot unique qui exprime être en santé, -et, chose bizarre, le mot latin qui l'exprime a passé toutefois dans -notre langue: c'est le mot <i>valoir.</i> Les Anglais disent d'un homme: -<i>Il vaut tant</i>; c'est comme s'ils disaient: La santé de la bourse est -bonne ou mauvaise. Nous disons: Cette maison vaut cent mille francs, -c'est-à-dire elle a la valeur, la force, la durée probable, en un mot -la santé dune maison de cent mille francs. <i>Valeur</i> vient de <i>valoir</i> -et par conséquent de <span class="smcap">Valere</span>. Il faut en conclure que, dans l'idée de -tout le monde, la première condition pour être valeureux est de se bien -porter. On a de la valeur, on vaut beaucoup: la santé du corps ajoute à -celle de l'âme et souvent n'est pas autre chose.</p> - -<p>La valeur, le courage dans un corps affaibli est une chose rare; encore -dans l'homme qui en est capable, faut-il remarquer combien il sera plus -en possession de cette valeur même, s'il se trouve relativement dans un -meilleur état de santé!</p> - -<p><span class="pagenum"><a name="Page_296" id="Page_296">[p. 296]</a></span></p> - -<p>—<i>Du mot</i> <span class="smcap">Distraction</span>.—Il y a longtemps que j'avais fait des -réflexions analogues sur le mot <i>Distraction</i>, pour exprimer des -plaisirs, des passe-temps. Il vient de <i>distrahere</i>, détacher de, -arracher de. Le vulgaire, quand il dit qu'il se donne des distractions, -ne se dit pas que cette expression est toute négative; elle exprime -la première opération à faire pour aller à une jouissance quelconque: -c'est de se tirer d'abord de l'état d'ennui ou de souffrance dans -lequel on se trouve. Ainsi, <i>je vais me distraire</i> signifie: Je vais -ôter de ma pensée le souvenir du mal présent; je vais oublier, si je -puis, mon chagrin, quitte à trouver ensuite du plaisir par-dessus le -marché. Tous les hommes ont besoin d'être distraits et veulent l'être -continuellement. Il n'y a peut-être que le musulman stupide (il nous -paraît tel à nous autres) qui semble se suffire à lui-même, accroupi -pendant des journées sur un tapis, en tête-à-tête avec sa pipe; encore -est-ce là une sorte de distraction. C'est une occupation fainéante qui -remplit les heures d'une façon machinale.</p> - -<p>Quant à nos distractions, ce sont celles que donnent des lectures, des -spectacles, les cartes, la promenade: il y en a qui s'amusent, d'autres -qui restent des heures interminables avec les occupations que donnent -les travaux de l'esprit; mais, encore un coup, ce sont des personnes -qui charment les heures de la prison par les imaginations d'un état -qui les met hors de l'état présent, c'est-à-dire qui les arrache à -la contemplation<span class="pagenum"><a name="Page_297" id="Page_297">[p. 297]</a></span> de soi-même. Ne peut-il donc arriver que, sans le -secours de ces passe-temps plus ou moins frivoles, on vive en compagnie -de soi-même, sans appeler à son secours, ou la société d'un autre -être, notre pareil, et aussi ennuyé que nous, ou les spectacles que -donnent à notre esprit les inventions d'autres hommes comme nous, qui -ont eux-mêmes cherché dans l'enfantement de ces ouvrages, qui charment -maintenant nos heures, une ressource contre les difficultés de vivre -avec eux-mêmes?</p> - -<p>Pythagore compare le spectacle du monde à celui des jeux Olympiques: -les uns y tiennent boutique et ne songent qu'au profit; les autres -payent de leur personne et cherchent la gloire; d'autres enfin se -contentent de voir les jeux.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>11 <i>novembre.</i>—Dans la journée chez Viardot, que je n'ai pas trouvé. -Ensuite chez Mme de Lagrange. Je conviens de revenir dîner avec elle, -Berryer et Musset. Mme Las Marismas s'y trouve: façon d'Anglaise qui ne -manque pas de charme.</p> - -<p>B... se plaignant à Nice des moustiques, et M. de Landi, le père, lui -disant obligeamment: «Nous en avons douze espèces comme cela.»</p> - -<p class="center">*</p> - -<p><i>Vendredi</i> 13 <i>novembre.</i>—Il est difficile de dire quelles couleurs -employaient les Titien et les Rubens pour faire ces tons de chair si -brillants et restés tels, et en particulier ces demi-teintes dans -lesquelles la<span class="pagenum"><a name="Page_298" id="Page_298">[p. 298]</a></span> transparence du sang sous la peau se fait sentir malgré -le gris que toute demi-teinte comporte. Je suis convaincu pour ma part -qu'ils ont mêlé, pour les produire, les couleurs les plus brillantes. -La tradition était interrompue à David, lequel, ainsi que son école, a -amené d'autres errements.</p> - -<p>Il est passé en principe, pour ainsi dire, que la sobriété était un -des éléments du beau. Je m'explique: après le dévergondage du dessin -et les éclats intempestifs de couleurs qui ont amené les écoles de -décadence à outrager en tous sens la vérité et le goût, il a fallu -revenir à la simplicité dans toutes les parties de l'art. Le dessin -a été retrempé à la source de l'antique: de là une carrière toute -nouvelle ouverte à un sentiment noble et vrai. La couleur a participé -à la réforme; mais cette réforme a été indiscrète, en ce sens qu'on a -cru qu'elle resterait toujours de la couleur atténuée et ramenée à ce -qu'on croyait, à mie simplicité qui n'est pas dans la nature. On trouve -chez David (dans les <i>Sabines</i>, par exemple, qui sont le prototype de -sa réforme) une couleur qui est relativement juste; seulement les tons -que Rubens produit avec des couleurs franches et virtuelles telles que -des <i>verts</i> vifs, des <i>outremers</i>, etc., David et son école croient -les retrouver avec le <i>noir</i> et le <i>blanc</i> pour faire du <i>bleu</i>, le -<i>noir</i> et le <i>jaune</i> pour faire du <i>vert</i>, de l'<i>ocre rouge</i> et du -<i>noir</i> pour faire du <i>violet</i>, ainsi de suite. Encore emploie-t-il des -couleurs terreuses, des <i>terres d'ombre</i><span class="pagenum"><a name="Page_299" id="Page_299">[p. 299]</a></span> ou de <i>Cassel</i>, des <i>ocres</i>, -etc.—Chacun de ces verts, de ces bleus relatifs, joue son rôle dans -cette gamine atténuée, surtout quand le tableau se trouve placé dans -une lumière vive qui, en pénétrant leurs molécules, leur donne tout -l'éclat dont elles sont susceptibles; mais si le tableau est placé dans -l'ombre ou en fuyant sous le jour, la terre redevient terre et les -tons ne jouent plus, pour ainsi dire. Si surtout on le place à côté -d'un tableau coloré comme ceux des Titien et des Rubens, il paraît ce -qu'il est effectivement: terreux, morne et sans vie. <i>Tu es terre et tu -redeviens terre.</i></p> - -<p>Van Dyck emploie des couleurs plus terreuses que Rubens, l'<i>ocre</i>, le -<i>brun rouge</i>, le <i>noir</i>, etc.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p><i>Vendredi</i> 20 <i>novembre.</i>—Je compare ces écrivains qui ont des idées, -mais qui ne savent pas les ordonner, à ces généraux barbares qui -menaient au combat des nuées de Perses ou de Huns combattant au hasard, -sans ordre, sans unité d'efforts, et par conséquent sans résultat. Les -mauvais écrivains se trouvent aussi bien parmi ceux qui ont des idées -que chez ceux qui en sont dépourvus. C'est le sentiment de l'unité et -le pouvoir de la réaliser dans son ouvrage qui font le grand écrivain -et le grand artiste.</p> - -<hr class="b2" /> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_406_394" id="Note_406_394"></a><a href="#NoteRef_406_394"><span class="label">[406]</span></a> La suite manque dans le manuscrit.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_407_395" id="Note_407_395"></a><a href="#NoteRef_407_395"><span class="label">[407]</span></a> <i>Paul Barroilhet</i> (1805-1871). Le célèbre baryton -de l'Opéra était grand amateur de peinture et avait eu de nombreux -tableaux de Delacroix. (Voir le <i>Catalogue Robaut.</i>)</p></div> - - -<hr class="b2" /> - -<p><i>Samedi</i> 5 <i>décembre.</i>—À l'Institut, Gatteaux<a name="NoteRef_408_396" id="NoteRef_408_396"></a><a href="#Note_408_396" class="fnanchor">[408]</a><span class="pagenum"><a name="Page_300" id="Page_300">[p. 300]</a></span> fait une sortie -sur la couleur. Le ministre<a name="NoteRef_409_397" id="NoteRef_409_397"></a><a href="#Note_409_397" class="fnanchor">[409]</a> y était.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>9 <i>décembre.</i>—J'ai toujours fait trop d'honneur à tous les gens que -j'ai vus pour la première fois: je les crois toujours supérieurs.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p><i>Dimanche</i> 20 <i>décembre.</i>—Je reste chez moi, je ne fais point ma -barbe; tantôt, un petit rhume commençant me donne le prétexte de ne pas -bouger. Depuis le commencement de ce mois je me suis remis à travailler.</p> - -<p>L'atelier est entièrement vide. Qui le croirait? Ce lieu, qui m'a -vu entouré de peintures de toutes sortes et de plusieurs qui me -réjouissaient par leur variété et qui chacune éveillaient un souvenir -ou une émotion, me plaît encore dans la solitude. Il semble qu'il soit -doublé. J'ai là dedans une dizaine de petits tableaux que je prends -plaisir à finir. Sitôt que je suis levé, je monte à la hâte, prenant -à peine le temps de me peigner: j'y demeure jusqu'à la nuit, sans -un seul moment de vide ou de regret pour les distractions que les -visites, ou ce qu'on appelle les plaisirs, peuvent donner. Mon ambition -est renfermée dans ces murs. Je jouis des derniers instants qui me -restent pour me voir encore dans ce lieu qui m'a vu tant d'années, et -dans lequel s'est passée en grande partie la dernière période de mon -arrière-jeunesse. Je parle ainsi de moi, parce que, quoique dans un<span class="pagenum"><a name="Page_301" id="Page_301">[p. 301]</a></span> -âge avancé de la vie, mon imagination et un certain je ne sais quoi me -font sentir des mouvements, des élans, des aspirations qui se sentent -encore des belles années. Une ambition effrénée n'a pas asservi mes -facultés au vain désir d'être admiré par les envieux dans quelque poste -en vue, vain hochet des dernières années, sot emploi pour l'esprit -et pour le cœur de ces moments où l'homme au déclin de la vie -devrait plutôt se recueillir dans ses souvenirs ou dans de salutaires -occupations de l'esprit, pour se consoler de ce qui lui échappe, et -remplir ses dernières heures autrement que dans les affaires rebutantes -dans lesquelles les ambitieux consument de longues journées pour être -vus quelques instants ou plutôt pour se voir sous le soleil de la -faveur. Je ne puis quitter sans une vive émotion ces humbles lieux, où -j'ai été tantôt triste et tantôt joyeux pendant tant d'années.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p><i>Mercredi</i> 23 <i>décembre.</i>—Jour de réunion générale de l'Institut pour -la nomination d'un sous-bibliothécaire. La vue de toutes ces figures -m'a amusé. Berryer y était, que je n'avais pas vu et qui est venu à -moi. Nous avons été en sortant voir mon logement. Il me ramène jusque -chez lui, tout en me contant les circonstances du procès de Jeufosse, -dans lequel il vient d'avoir un éclatant succès<a name="NoteRef_410_398" id="NoteRef_410_398"></a><a href="#Note_410_398" class="fnanchor">[410]</a>.</p> - -<p><span class="pagenum"><a name="Page_302" id="Page_302">[p. 302]</a></span></p> - -<p>Jour de sainte Victoire<a name="NoteRef_411_399" id="NoteRef_411_399"></a><a href="#Note_411_399" class="fnanchor">[411]</a>. Je l'ai laissé passer sans m'en -apercevoir, car j'écris ceci le lendemain... Que d'années écoulées, que -de chers objets disparus depuis que nous fêtions ce cher anniversaire!</p> - -<p class="center">*</p> - -<p><i>Jeudi</i> 24 <i>décembre.</i>—Travaillé comme à l'ordinaire toute la journée -pendant qu'on me déménage. J'apprends ce soir la mort du pauvre -Devéria<a name="NoteRef_412_400" id="NoteRef_412_400"></a><a href="#Note_412_400" class="fnanchor">[412]</a>, mort aujourd'hui même, et qu'on enterre demain.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p><i>Lundi</i> 28 <i>décembre.</i>—Déménagé brusquement aujourd'hui<a name="NoteRef_413_401" id="NoteRef_413_401"></a><a href="#Note_413_401" class="fnanchor">[413]</a>. -Travaillé le matin aux <i>Chevaux qui se battent</i>.</p> - -<p>Mon logement est décidément charmant. J'ai eu un peu de mélancolie -après dîner, de me trouver transplanté. Je me suis peu à peu réconcilié -et me suis couché enchanté.</p> - -<p>Réveillé le lendemain en voyant le soleil le plus gracieux sur les -maisons qui sont en face de ma fenêtre. La vue de mon petit jardin -et l'aspect riant de mon atelier me causent toujours un sentiment de -plaisir.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p><i>Mardi</i> 29 <i>décembre.</i>—J'ai été jusqu'au Luxembourg<a name="NoteRef_414_402" id="NoteRef_414_402"></a><a href="#Note_414_402" class="fnanchor">[414]</a><span class="pagenum"><a name="Page_303" id="Page_303">[p. 303]</a></span> pour -m'aguerrir, par le plus beau temps du monde.</p> - -<p>Le soir, M. Hartmann<a name="NoteRef_415_403" id="NoteRef_415_403"></a><a href="#Note_415_403" class="fnanchor">[415]</a>, qui venait me demander ma copie du portrait -d'homme de Raphaël. Nous avons parlé tout le temps de théologie. Il est -un fervent protestant. Haro survenu. Bref, je me suis couché ennuyé et -fatigué.</p> - -<hr class="b2" /> -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_408_396" id="Note_408_396"></a><a href="#NoteRef_408_396"><span class="label">[408]</span></a> <i>Jacques-Édouard Gatteaux</i> (1788-1881), statuaire et -graveur en médailles, membre de l'Institut depuis 1845.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_409_397" id="Note_409_397"></a><a href="#NoteRef_409_397"><span class="label">[409]</span></a> M. <i>Rouland.</i></p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_410_398" id="Note_410_398"></a><a href="#NoteRef_410_398"><span class="label">[410]</span></a> Cette cause célèbre, qui eut un grand retentissement, -fut jugée le 14 décembre 1857, et fournit à Berryer l'occasion d'un de -ses plus beaux succès oratoires.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_411_399" id="Note_411_399"></a><a href="#NoteRef_411_399"><span class="label">[411]</span></a> C'était le jour de la fête de la mère Delacroix, -<i>Victoire Œben</i>, et cet anniversaire évoquait en lui de touchants -souvenirs de jeunesse.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_412_400" id="Note_412_400"></a><a href="#NoteRef_412_400"><span class="label">[412]</span></a> <i>Achille Devéria</i> (1800-1857).</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_413_401" id="Note_413_401"></a><a href="#NoteRef_413_401"><span class="label">[413]</span></a> Delacroix quittait son appartement de la rue Notre-Dame -de Lorette pour s'installer dans l'atelier de la rue Furstenberg, où il -devait mourir quelques années plus tard.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_414_402" id="Note_414_402"></a><a href="#NoteRef_414_402"><span class="label">[414]</span></a> A partir de ce moment, Delacroix ira souvent se reposer -et rêver sous les ombrages du Luxembourg, à l'endroit même où se dresse -actuellement le monument élevé à sa mémoire.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_415_403" id="Note_415_403"></a><a href="#NoteRef_415_403"><span class="label">[415]</span></a> M. <i>Hartmann</i>, amateur distingué dont la galerie -contenait un grand nombre de toiles du maître.</p> - -<hr class="chap" /> - -<p><span class="pagenum"><a name="Page_304" id="Page_304">[p. 304]</a></span></p></div> - - - - -<h3><a name="c1858" id="c1858">1858</a></h3> - - -<p>22 <i>janvier.</i>—Soirée chez Hittorff pour la lecture de Berlioz.</p> - -<hr class="b2" /> - -<p>2 <i>février.</i>—Première visite du docteur Laguerre pour la maladie de -Jenny. Elle est arrêtée depuis avant-hier.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>3 <i>février.</i>—Deuxième visite du docteur.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>4 <i>février.</i>—Troisième visite du docteur. Riesener venu à quatre -heures pour le jardin.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>5 <i>février.</i>—Visite du docteur.—An conseil la matinée; ensuite chez -Alaux<a name="NoteRef_416_404" id="NoteRef_416_404"></a><a href="#Note_416_404" class="fnanchor">[416]</a> et chez Halévy. Je n'ai pas trouvé ce dernier.</p> - -<p>Je vois au conseil une machine destinée à transporter à une vingtaine -de mètres plus loin la colonne de la place du Châtelet. On vient de -planter à la place de la Bourse des marronniers énormes. Bientôt on<span class="pagenum"><a name="Page_305" id="Page_305">[p. 305]</a></span> -transportera des maisons; qui sait? peut-être des villes.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>15 <i>février.</i>—Le bon Duverger venu me voir pour le placement du -médaillon de Nourrit<a name="NoteRef_417_405" id="NoteRef_417_405"></a><a href="#Note_417_405" class="fnanchor">[417]</a> à Versailles. Excellent homme et policé dans -ses explications. Il veut avoir une vieillesse vigoureuse et fait des -actes de jeune homme pour se tenir en haleine, comme de grimper sur les -omnibus quand la voiture est lancée, et autres exercices.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>16 <i>février.</i>—Séance du comité à trois heures à l'Hôtel de ville. Je -vois Flourens<a name="NoteRef_418_406" id="NoteRef_418_406"></a><a href="#Note_418_406" class="fnanchor">[418]</a>. Le préfet<a name="NoteRef_419_407" id="NoteRef_419_407"></a><a href="#Note_419_407" class="fnanchor">[419]</a> nous a dit des choses intéressantes -sur l'invasion des prêtres dans l'instruction publique. Ils accaparent -tout.</p> - -<p>J'ai eu très froid en revenant avec Didot.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>17 <i>février.</i>—Vers quatre heures, comme j'allais sortir, mon cher -Rivet est venu me voir. Il m'a montré de la sensibilité au souvenir de -notre ancienne amitié et m'a promis de venir quelquefois prendre du thé -avec moi et causer.</p> - -<p><span class="pagenum"><a name="Page_306" id="Page_306">[p. 306]</a></span></p> - -<p class="center">*</p> - -<p>18 <i>février.</i>—Chabrier et sa femme venus vers trois heures.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>23 <i>février.</i>—Les anciens sont parfaits dans leur sculpture. -Raphaël<a name="NoteRef_420_408" id="NoteRef_420_408"></a><a href="#Note_420_408" class="fnanchor">[420]</a> ne l'est pas dans son art. Je fais cette réflexion à -propos du petit tableau d'<i>Apollon et Marsyas</i><a name="NoteRef_421_409" id="NoteRef_421_409"></a><a href="#Note_421_409" class="fnanchor">[421]</a>. Voilà un ouvrage -admirable et dont les regards ne peuvent se détacher. C'est un -chef-d'œuvre sans doute, mais le chef-d'œuvre d'un art qui n'est -pas arrivé à sa perfection. On y trouve la perfection d'un talent -particulier avec l'ignorance, résultat du moment où il a été produit. -L'Apollon est collé au fond. Ce fond avec ses petites fabriques est -puéril: la naïveté de limitation l'excuse, et le peu de connaissance -qu'on avait alors de la perspective aérienne. L'Apollon a les jambes -grêles: elles sont d'un modelé faible, les pieds ont l'air de petites -planches emmanchées au bout des jambes: le cou et les clavicules sont -manques, ou plutôt ne sont pas sentis. Il en est<span class="pagenum"><a name="Page_307" id="Page_307">[p. 307]</a></span> à peu près de même du -bras gauche qui tient un bâton; je le répète: le sentiment individuel, -le charme particulier au talent le plus rare, forment l'attrait de ce -tableau. Rien de semblable dans des petits plâtres qui se trouvaient -à côté chez le possesseur du tableau, et qui sont moulés probablement -sur des bronzes antiques. Il s'y trouve des parties négligées ou plutôt -moins achevées que les autres; mais le sentiment, qui anime le tout, ne -va pas sans une connaissance complète de l'art. Raphaël est boiteux et -gracieux.</p> - -<p>L'antique est plein de la grâce sans afféterie de la nature; rien ne -choque; on ne regrette rien; il ne manque rien, et il n'y a rien de -trop. Il n'y a aucun exemple chez les modernes d'un art pareil.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>24 <i>février.</i>—Chez Raphaël nous voyons un art qui se débat dans ses -langes: les parties sublimes font passer sur les parties ignorantes, -sur les naïvetés enfantines qui ne sont que des promesses d'un art plus -complet.</p> - -<p>Dans Rubens il y a une exubérance, une connaissance des moyens de l'art -et surtout une facilité à les appliquer, qui entraîne la main savante -de l'artiste dans des effets outrés, dans des moyens de convention -employés pour frapper davantage.</p> - -<p>Dans Puget<a name="NoteRef_422_410" id="NoteRef_422_410"></a><a href="#Note_422_410" class="fnanchor">[422]</a>, des parties merveilleuses qui<span class="pagenum"><a name="Page_308" id="Page_308">[p. 308]</a></span> dépassent, en vérité -et en énergie, les anciens et Rubens, mais point d'ensemble: des -défaillances à chaque pas, des parties défectueuses assemblées à -grand'peine; l'ignoble, le commun à chaque pas.</p> - -<p>L'antique est toujours égal, serein, complet dans ses détails, et -l'ensemble irréprochable en quelque sorte. Il semble que les ouvrages -soient ceux d'un seul artiste: les nuances de style diffèrent à des -époques diverses, mais n'enlèvent pas à un seul morceau antique cette -valeur singulière qu'ils doivent tous à cette unité de doctrine, à -cette tradition de force contenue et de simplicité, que les modernes -n'ont jamais atteinte dans les arts du dessin, ni peut-être dans aucun -des autres arts.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>26 <i>février.</i>—La conversation que j'ai avec J... à propos de la jambe -imparfaite de la <i>Médée</i>: que les hommes de talent sont frappés d'une -idée à laquelle tout doit être subordonné. De là les parties faibles, -sacrifiées par force; tant mieux si l'idée est venue<span class="pagenum"><a name="Page_309" id="Page_309">[p. 309]</a></span> toute nette et -se développant d'elle-même. Le travail difficile ne s'applique, dans -l'homme de talent, qu'à faire passer les endroits faibles. Comme tout -est faible chez les hommes d'un faible talent, tout étant le produit de -la réflexion ou de réminiscences plus que de l'inspiration, ces lacunes -sont moins sensibles. Toutes les parties de leur ouvrage insipide sont -l'objet d'un travail opiniâtre et soutenu. Une nature avare leur fait -payer cher leur moindre trouvaille. Aux hommes mieux doués le ciel -donne pour rien les idées heureuses et frappantes; c'est à les mettre -en lumière le mieux possible que s'applique pour eux le travail.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>28 <i>février.</i>—(Je relis cela. Le rapporter à ce que j'ai écrit au -commencement de l'année 1860 sur le même sujet<a name="NoteRef_423_411" id="NoteRef_423_411"></a><a href="#Note_423_411" class="fnanchor">[423]</a>; mais avec une -conclusion différente; non pas que je ne trouve toujours l'antique -aussi parfait, mais en le comparant avec les modernes, notamment dans -des médailles de la Renaissance, dans les ouvrages de Michel-Ange, du -Corrège, etc., je trouve dans ces derniers un charme particulier que je -n'ose pas dire qui soit dû à leurs incorrections, mais à une sorte de -piquant indéfinissable qu'on ne trouve pas dans l'antique, lequel vous -donne une admiration plus tranquille. Les anciens embrassaient moins -d'objets,)</p> - -<p>L'art grec était fils de l'art égyptien. Il fallait toute la -merveilleuse aptitude du peuple de la Grèce<span class="pagenum"><a name="Page_310" id="Page_310">[p. 310]</a></span> pour avoir rencontré, en -suivant toutefois une sorte de tradition hiératique comme celle des -Égyptiens, toute la perfection de leur sculpture. C'est la libéralité -de leur esprit qui anime et féconde ces froides images consacrées d'un -autre art soumis à une tradition inflexible. Mais si on les compare aux -modernes, travaillés par tant de nouveautés que la marche des siècles -a amenées par le christianisme, par les découvertes des sciences qui -ont aidé à la hardiesse de l'imagination, enfin par suite de cette -révolution inévitable dans les choses humaines qui ne permet pas qu'une -époque soit semblable à celles qui l'ont précédée...</p> - -<p>Les hardiesses téméraires des grands hommes ont conduit au mauvais -goût; mais chez les grands hommes, les hardiesses ont ouvert la -barrière aux hommes futurs qui leur ressemblent. De même qu'Homère -semble chez les anciens la source d'où tout a découlé, de même chez -les modernes certains génies, j'oserai dire énormes, et il faut le -mot comme signifiant aussi bien la grandeur de ces génies que leur -impossibilité de se renfermer dans de certaines bornes, ont ouvert -toutes les routes parcourues depuis eux, chacun suivant son caractère -particulier, de telle sorte qu'il n'est pas de grands esprits venus à -leur suite qui n'aient été leurs tributaires, qui n'aient trouvé chez -eux les types de leurs inspirations<a name="NoteRef_424_412" id="NoteRef_424_412"></a><a href="#Note_424_412" class="fnanchor">[424]</a>.</p> - -<p><span class="pagenum"><a name="Page_311" id="Page_311">[p. 311]</a></span></p> - -<p>L'exemple de ces hommes primitifs est dangereux pour les faibles -talents ou pour les inexpérimentés. De grands talents, même à leur -début, cèdent facilement à prendre leur propre influence ou les -divagations de leur imagination pour l'effet d un génie semblable à -celui de ces hommes extraordinaires. C'est à d'autres grands hommes -comme eux, mais qui viennent après eux, que leur exemple est utile, -les natures inférieures peuvent imiter à leur aise les Virgile, les -Mozart.....</p> - -<p>Cette mobilité est si naturelle aux hommes que les anciens eux-mêmes, -dont la grandeur à distance nous semble monotone, présentent peu -d'analogies; leurs grands tragiques se suivent sans se ressembler: -Euripide n'a plus la simplicité d'Eschyle, il est plus poignant, il -cherche des effets, des oppositions; les artifices de la composition -s'augmentent avec la nécessité de s'adressera des sources nouvelles -d'intérêt qui se découvrent dans l'âme humaine.</p> - -<p>C'est comme le travail qu'on voit s'opérer dans l'art moderne. -Michel-Ange ne peut appeler au secours de l'effet de ses sculptures -l'art des fonds, le paysage qui augmente l'impression des figures dans -la peinture; mais le pathétique des mouvements, la finesse des plans, -l'expression deviennent des besoins impérieux de sa passion.</p> - -<p>Les plus grands admirateurs, et ils sont rares aujourd'hui, de -Corneille et de Racine sentent bien que, de notre temps, des ouvrages -taillés sur le modèle<span class="pagenum"><a name="Page_312" id="Page_312">[p. 312]</a></span> des leurs nous laisseraient froids. L'indigence -de nos poètes nous prive de tragédies faites pour nous; il nous -manque des <i>génies originaux</i><a name="NoteRef_425_413" id="NoteRef_425_413"></a><a href="#Note_425_413" class="fnanchor">[425]</a>. On n'a encore rien imaginé que -l'imitation de Shakespeare mêlée à ce que nous appelons des mélodrames; -mais Shakespeare est trop individuel, ses beautés et ses exubérances -tiennent trop à une nature originale pour que nous puissions en -être complètement satisfaits quand on vient faire à notre usage du -Shakespeare. C'est un homme à qui on ne peut rien dérober, comme il ne -faut rien lui retrancher. Non seulement il a un génie propre à qui rien -ne ressemble, mais il est Anglais, ses beautés sont plus belles pour -les Anglais, et ses défauts n'en sont peut-être pas aux yeux de ses -compatriotes. Ils en étaient encore bien moins pour ses contemporains. -Ils étaient ravis de ce qui nous choque: les beautés de tous les temps -qui brillent çà et là n'étaient probablement pas ce qui faisait battre -des mains à la galerie d'en haut, celle que fréquentaient les matelots -et les marchands de<span class="pagenum"><a name="Page_313" id="Page_313">[p. 313]</a></span> poisson; et il est probable que les seigneurs de -la cour d'Élisabeth—ils n'avaient pas beaucoup meilleur goût—leur -préféraient les jeux de mots, les traits d'esprit recherchés. Le -lyrisme, le réalisme, toutes ces belles inventions modernes, on a -cru les trouver dans Shakespeare. De ce qu'il fait parler des valets -comme leurs maîtres, de ce qu'il fait interroger un savetier par -César, le savetier en tablier de cuir et répondant en calembours du -coin de la rue, on a conclu que la vérité manquait à nos pères qui ne -connaissaient pas cette veine nouvelle; quand on a vu également un -amant en tête-à-tête avec sa maîtresse débiter deux pages de dithyrambe -à la nature et à la lune, ou un homme dans le paroxysme de la fureur -s'arrêter pour faire des réflexions philosophiques interminables, on a -vu un élément d'intérêt dans ce qui n'est que celui d'un extrême ennui.</p> - -<p>Combien le pour et le contre se trouvent dans la même cervelle! On est -étonné de la diversité des opinions entre hommes différents; mais un -homme d'un esprit sain conçoit toutes les possibilités, sait se mettre -ou se met à son insu à tous les points de vue. Cela explique tous les -revirements d'opinion chez le même homme, et ils ne doivent surprendre -que ceux qui ne sont pas capables de se faire à eux-mêmes des opinions -des choses. En politique, où ce changement est plus fréquent et plus -brusque encore, il tient à des causes entièrement différentes et que je -n'ai pas besoin d'indiquer: cela n'est pas mon sujet.</p> - -<p><span class="pagenum"><a name="Page_314" id="Page_314">[p. 314]</a></span></p> - -<p>Il semble donc qu'un homme impartial ne devrait écrire qu'en deux -personnes pour ainsi dire: de même qu'il y a deux avocats pour une -seule cause. Chacun de ces avocats voit tellement les moyens qui -militent en faveur d'un adversaire, que souvent il va au-devant de ces -moyens; et quand il rétorque les raisons qu'on lui objecte, c'est par -des raisons tout aussi bonnes et qui au moins sont spécieuses. D'où il -suit que le vrai dans toute question ne saurait être absolu; les Grecs, -qui sont la perfection, ne sont pas aussi parfaits; les modernes, qui -offrent plus de défaillances ou de fautes, ne sont pas aussi défectueux -que l'on pense et compensent par des qualités particulières les fautes -et les défaillances dont l'antique paraît exempt.</p> - -<p>Je trouve, dans de vieilles notes d'il y a quatre ans<a name="NoteRef_426_414" id="NoteRef_426_414"></a><a href="#Note_426_414" class="fnanchor">[426]</a>, mon opinion -sur le Titien. Ces jours-ci, sans me les rappeler, mais sous des -impressions différentes, je viens d'en écrire d'autres.</p> - -<p>D'où je conclus qu'il faudrait presque qu'un homme de bonne foi -n'écrivît un ouvrage que comme on instruit une cause; c'est-à-dire, un -thème étant posé, avoir comme un autre personnage en soi qui fasse le -rôle d'un avocat adverse chargé de contredire.</p> - -<p>—Sur l'instabilité des renommées des grands hommes.</p> - -<p>—Du beau antique et du beau moderne.</p> - -<hr class="b2" /> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_416_404" id="Note_416_404"></a><a href="#NoteRef_416_404"><span class="label">[416]</span></a> <i>Jean Alaux</i> (1786-1864), peintre, élève de Vincent, -grand prix de Rome en 1815, membre de l'Académie des Beaux-Arts depuis -1851.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_417_405" id="Note_417_405"></a><a href="#NoteRef_417_405"><span class="label">[417]</span></a> <i>Eugène Vieillard-Duverger</i> (1800-1863), imprimeur -délicat et érudit, était un camarade de jeunesse de Delacroix: -il était fils de <i>Louis Vieillard-Duverger</i>, ancien régisseur de -l'Opéra-Comique, et plus tard directeur d'une agence théâtrale fort -estimée. <i>Adolphe Nourrit</i> avait épousé la sœur <i>d'Eugène Duverger.</i> -Le médaillon du grand artiste, dont il est question ici, n'est que la -reproduction du médaillon de profil qui orne la tombe d'Adolphe Nourrit -au cimetière Montmartre.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_418_406" id="Note_418_406"></a><a href="#NoteRef_418_406"><span class="label">[418]</span></a> <i>Pierre-Jean-Marie Flourens</i> (1794-1867), physiologiste, -élève de Cuvier, professeur au Collège de France, secrétaire perpétuel -de l'Académie des sciences, fut appelé en 1858 à faire partie du -conseil municipal et du conseil général du département de la Seine.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_419_407" id="Note_419_407"></a><a href="#NoteRef_419_407"><span class="label">[419]</span></a> Le <i>baron Haussmann.</i></p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_420_408" id="Note_420_408"></a><a href="#NoteRef_420_408"><span class="label">[420]</span></a> Delacroix écrivait en 1830 clans la <i>Revue de Paris</i>. -où il avait donné une longue étude sur <i>Raphaël</i>: «Raphaël n'a pas -plus qu'un autre atteint la perfection, il n'a pas même, comme c'est -l'opinion commune, réuni à lui seul le plus grand nombre de perfections -possible: mais lui seul a porté à un si haut degré les qualités les -plus entraînantes et qui exercent le plus d'empire sur les hommes: -un charme irrésistible dans son style, une grâce vraiment divine, -qui respire partout dans ses ouvrages, qui voile les défauts et fait -excuser toutes ses hardiesses.»</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_421_409" id="Note_421_409"></a><a href="#NoteRef_421_409"><span class="label">[421]</span></a> Peinture sur bois de l'école italienne, dont il est -difficile d'établir exactement l'auteur. Acheté en 1850 à la vente de -la galerie de M. Duvernay par un savant amateur anglais, M. Morris -Moore, ce tableau fut exposé à Paris en 1859. Depuis quelques années il -fait partie des collections du Louvre (Salon carré).</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_422_410" id="Note_422_410"></a><a href="#NoteRef_422_410"><span class="label">[422]</span></a> Dans son étude sur le grand sculpteur, parue au -<i>Plutarque français</i>, Delacroix écrit en manière de conclusion: «Le -nom de <i>Puget</i> est l'un des plus grands noms que présente l'histoire -des arts. Il est l'honneur de son pays, et, par une bizarrerie -remarquable, l'allure de son génie semble l'opposé du génie français. -De tout temps, sauf de rares exceptions parmi lesquelles Puget est la -plus brillante, la sagesse dans la conception et l'ordonnance et une -sorte de coquetterie dans l'exécution ont caractérisé le goût de notre -nation dans les arts du dessin. Au rebours de ces qualités, Puget -présenta dans ses ouvrages une fougue d'invention et une vigueur de -la main qui approchent de la rudesse, et qui durent étonner dans son -temps, plus qu'elles ne feraient au nôtre. Aussi l'espèce de disgrâce -qu'il subit pendant sa longue carrière doit-elle être attribuée en -grande partie à cette opposition qu'il offrait avec la manière des -artistes ses contemporains, manière qui flattait le goût général. C'est -précisément ce contraste qui le fait si grand aujourd'hui: aux yeux de -la postérité, il efface tout ce que son époque a produit et admiré.»</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_423_411" id="Note_423_411"></a><a href="#NoteRef_423_411"><span class="label">[423]</span></a> Voir t. III, p. <a href="#Page_371">371</a> et suiv.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_424_412" id="Note_424_412"></a><a href="#NoteRef_424_412"><span class="label">[424]</span></a> Sur les génies primitifs et leurs imitateurs, voir la -même idée exprimée par Delacroix le 26 octobre 1853, t. II, p. 258 et -suiv.</p></div> <div class="footnote"> - -<p><a name="Note_425_413" id="Note_425_413"></a><a href="#NoteRef_425_413"><span class="label">[425]</span></a> Du livre déjà cité sur Delacroix nous détachons -ce passage écrit par le maître sous la rubrique <i>De l'art ancien et de -l'art moderne</i>: «Le goût de l'<i>archaïsme</i> est pernicieux. C'est lui qui -persuade à mille artistes qu'on peut reproduire une forme épuisée ou -sans rapport à nos mœurs du moment. Il est impardonnable de chercher -le beau à la manière de Raphaël ou du Dante. Ni l'un ni l'autre, s'il -était possible qu'ils revinssent au monde, ne présenterait les mêmes -caractères dans son talent... Libre à ceux qui imitent aujourd'hui le -style de Raphaël de se croire des Raphaëls. Ce que l'on peut singer, -c'est l'invention, c'est la variété des caractères; et ce qu'un homme -inspiré seul peut faire, c'est de marquer de son style particulier ses -ouvrages inspires.» (<span class="smcap">Eugène Delacroix</span>, <i>sa vie et ses œuvres</i>, p. -409.)</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_426_414" id="Note_426_414"></a><a href="#NoteRef_426_414"><span class="label">[426]</span></a> Voir t. II, p. 470 et suiv.</p> - -<p><span class="pagenum"><a name="Page_315" id="Page_315">[p. 315]</a></span></p></div> - - -<hr class="b2" /> - -<p>5 <i>mars.</i>—Au conseil par un froid glacial. J'y apprends que le bon -Thierry est très malade. Je vais à la rue du Petit-Musc, je le trouve -très changé.</p> - -<p>Je lis en rentrant les lettres de Mlle Rachel<a name="NoteRef_426_415" id="NoteRef_426_415"></a><a href="#Note_426_415" class="fnanchor">[426]</a>.</p> - -<p>Je trouve dans les <i>Salons de Paris</i> de Mme Ancelot, à propos de la -duchesse d'Abrantès<a name="NoteRef_427_416" id="NoteRef_427_416"></a><a href="#Note_427_416" class="fnanchor">[427]</a>: «Ce fut avec tristesse que je la quittai; -j'emportais une vague inquiétude, car j'avais déjà remarqué que -la maladie était toujours et que la mort est souvent la suite du -chagrin. Une certaine modération de caractère et de position défend -la vie contre ce qui l'empêche d'arriver à la vieillesse, et ceux qui -parviennent à ses dernières limites ont fait certainement preuve d'une -sagesse recommandable. Ils ont fait plus: ils ont fait mieux que bien -d'autres, et, si cela ne parie pas toujours en faveur de leur cœur, -c'est un assez bon argument en faveur de leur raison. La duchesse -d'Abrantès n'eut point cette habileté honorable: le désordre amena le -chagrin, qui entraîna la maladie à sa suite.»</p> - -<p><span class="pagenum"><a name="Page_316" id="Page_316">[p. 316]</a></span></p> - -<p class="center">*</p> - -<p>10 <i>mars.</i>—La <i>Vue de Dieppe</i> avec l'<i>Homme qui sort de la mer avec -les deux chevaux</i><a name="NoteRef_428_417" id="NoteRef_428_417"></a><a href="#Note_428_417" class="fnanchor">[428]</a>.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>14 <i>mars.</i>—Les artistes qui cherchent la perfection en tout sont ceux -qui ne peuvent l'atteindre en aucune partie.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>15 <i>mars.</i>—Je suis souffrant depuis quelques jours de l'estomac; je -l'ai fatigué un peu peut-être, et de plus je travaille beaucoup depuis -un mois et demi.</p> - -<p>J'ai sous les yeux dans ma chambre la petite répétition du -<i>Trajan</i><a name="NoteRef_429_418" id="NoteRef_429_418"></a><a href="#Note_429_418" class="fnanchor">[429]</a> et le <i>Christ montant au Calvaire.</i> Le premier est blond -et clair beaucoup plus que l'autre. Le petit Watteau<a name="NoteRef_430_419" id="NoteRef_430_419"></a><a href="#Note_430_419" class="fnanchor">[430]</a> que j'ai mis -à côté de tous les deux a achevé de me démontrer où sont les avantages -des fonds clairs. Dans le <i>Christ</i>, les terrains, surtout ceux du fond, -se confondent presque avec les parties sombres des personnages: la -règle la plus générale est d'avoir toujours des fonds d'une demi-teinte -claire, moins que les chairs, bien entendu,<span class="pagenum"><a name="Page_317" id="Page_317">[p. 317]</a></span> mais calculés de manière -que les accessoires bruns, tels que vêtements, barbe, chevelures, -tranchent en brun pour enlever les objets du premier plan. C'est ce qui -est très remarquable dans le Watteau; il y a même plusieurs parties -qui ont la même valeur que leurs fonds respectifs. Ainsi les bas des -souliers gris ou jaunâtres ne sortent du terrain que par des parties -légèrement plus foncées, etc. Il faudrait d'autres Watteau pour étudier -l'artifice de son effet.</p> - -<p>Dans mon Watteau, les arbres du fond, quoiqu'à un plan peu reculé, sont -extrêmement clairs: il ne s'y trouve pas un seul ton, non plus que dans -les tombeaux, qui rivalise même de loin pour la vigueur avec ceux du -premier plan. Il en résulte même un défaut de liaison que je trouve -choquant quand je le compare avec mon <i>Trajan</i>; chaque petite figure -est isolée, et on voit trop clairement qu'elle a été faite à loisir, -indépendamment de ses voisines.</p> - -<p>C'est aujourd'hui, après y avoir réfléchi ce matin dans mon lit, que -j'ai donné à Haro l'idée qui peut mettre sur la voie de la peinture des -Van Eyck, le problème consistant d'une part dans le moyen à prendre -pour éviter la trop grande quantité d'huile dans les couleurs, et de -l'autre dans celui d'ajouter du vernis en quantité correspondante. Je -lui ai dit de renverser le problème: on broierait les couleurs avec -un vernis qui permettrait de conserver les couleurs fraîches, et on -ajouterait de l'huile en peignant. Il est très frappé de mon idée.</p> - -<p><span class="pagenum"><a name="Page_318" id="Page_318">[p. 318]</a></span></p> - -<p class="center">*</p> - -<p>16 <i>mars.</i>—Varcollier est venu me voir. Il me dit que Trousseau disait -qu'il n'y avait que danger à s'attaquer par des remèdes à toute maladie -chronique, goutte, rhumatisme, migraine. Cicéron disait: <i>Contra -senectutem pugnandum.</i></p> - -<p class="center">*</p> - -<p>18 <i>mars.</i>—Aujourd'hui, première visite du docteur Laguerre pour mon -indigestion.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>21 <i>mars.</i>—Beyle dit de l'<i>Italiana in Algieri</i>: «C'est la perfection -du genre bouffe; aucun autre compositeur vivant ne mérite cette -louange, et Rossini lui-même a bientôt cessé d'y prétendre. Quand -il écrivait l'<i>Italiana</i>, il était dans la fleur du génie et de la -jeunesse; il ne craignait pas de se répéter; il ne cherchait pas à -faire de la <i>musique forte</i>; il vivait dans cet aimable pays de Venise, -le plus gai de l'Italie et peut-être du monde, et certainement le moins -pédant.»</p> - -<hr class="b2" /> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_426_415" id="Note_426_415"></a><a href="#NoteRef_426_415"><span class="label">[426]</span></a> <i>Rachel</i> était morte au mois de janvier de cette même -année.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_427_416" id="Note_427_416"></a><a href="#NoteRef_427_416"><span class="label">[427]</span></a> La <i>duchesse d'Abrantès</i>, née en 1784, morte en 1838, -descendait de la famille impériale des Comnène. Elle épousa en 1799 le -général Junot, l'accompagna dans ses différentes campagnes, et après -sa mort en 1813 se voua à l'éducation de ses enfants. Elle écrivit -de volumineux mémoires où l'on trouve les plus curieux détails sur -la cour impériale Elle était très liée avec Balzac, qui, au moment -de l'apparition de ses mémoires, servit d'intermédiaire pour traiter -avec les éditeurs. On trouve d'intéressants détails sur la duchesse -d'Abrantès dans le livre de M. G. Ferry: <i>Balzac et ses amies.</i></p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_428_417" id="Note_428_417"></a><a href="#NoteRef_428_417"><span class="label">[428]</span></a> Voir <i>Catalogue Robaut</i>, n° 1410.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_429_418" id="Note_429_418"></a><a href="#NoteRef_429_418"><span class="label">[429]</span></a> Il s'agit de l'esquisse de la fameuse toile la <i>Justice -de Trajan</i>, peinte en 1840 et qui est l'honneur du musée de Rouen. -(Voir <i>Catalogue Robaut</i>, n° 693.) «La <i>Justice de Trajan</i> est -peut-être comme couleur la plus belle toile de M. Eugène Delacroix, et -rarement la peinture a donné aux yeux une fête si brillante: la jambe -s'appuyant dans son cothurne de pourpre et d'or au flanc rose de sa -monture est le plus frais bouquet de tons qu'on ait jamais cueilli -sur une palette, même à Venise.» (Th. Gautier, <i>Les Beaux-Arts en -Europe.</i>)</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_430_419" id="Note_430_419"></a><a href="#NoteRef_430_419"><span class="label">[430]</span></a> Delacroix tenait de Barroilhet ce petit tableau de -Watteau, <i>les Apothicaires.</i> Il l'a légué par testament à M. le baron -Schwiter. (<i>Corresp.</i>, t. I, p. VI.)</p></div> - - -<hr class="b2" /> - - -<p>2 <i>avril.</i>—Les deux Grenier<a name="NoteRef_431_420" id="NoteRef_431_420"></a><a href="#Note_431_420" class="fnanchor">[431]</a> venus vers quatre heures; ils m'ont -fait plaisir.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>3 <i>avril.</i>—Je relis plusieurs de mes anciens calepins pour y -rechercher du vin de quinquina que m'avait donné ce brave Boissel. J'y -ai retrouvé des choses passées avec un plaisir doux et pas trop triste.</p> - -<p><span class="pagenum"><a name="Page_319" id="Page_319">[p. 319]</a></span></p> - -<p>Pourquoi ai-je délaissé<a name="NoteRef_432_421" id="NoteRef_432_421"></a><a href="#Note_432_421" class="fnanchor">[432]</a> cette occupation, qui me coûte si peu, -de jeter de temps en temps sur ces livres ce qui se passe dans mon -existence et surtout dans mon cerveau? Il y a nécessairement dans -des notes de ce genre, écrites en courant, beaucoup de choses qu'on -aimerait plus tard à n'y pas retrouver. Les détails vulgaires ne se -laissent pas exprimer facilement, et il est naturel de craindre l'usage -que l'on pourrait faire, dans un temps éloigné, de beaucoup de choses -sans intérêt et écrites sans soin.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>9 <i>avril.</i>—De la correspondance de Voltaire avec le cardinal de -Bernis<a name="NoteRef_433_422" id="NoteRef_433_422"></a><a href="#Note_433_422" class="fnanchor">[433]</a>: «Cette tragédie (celle de <i>Calas</i>) ne m'empêche pas de -faire à <i>Cassandre</i> toutes les corrections que vous m'avez bien voulu -indiquer: malheur à qui ne se corrige pas, soi et ses œuvres! -En relisant une tragédie de <i>Mariamne</i> que j'avais faite il y a -quelque quarante ans, je l'ai trouvée plate et le sujet beau; je l'ai -entièrement changée; il faut se corriger, eût-on quatre-vingts ans. -Je n'aime point les vieillards qui disent:—J'ai pris mon pli.—Eh! -vieux fou, prends-en un autre; rabote tes vers si tu en as fait,<span class="pagenum"><a name="Page_320" id="Page_320">[p. 320]</a></span> et -ton humeur si tu en as. Combattons contre nous-mêmes jusqu'au dernier -moment; chaque victoire est douce. Que vous êtes heureux, Monseigneur! -Vous êtes encore jeune et vous n'avez point à combattre.»</p> - -<p>De Voltaire au cardinal de Bernis<a name="NoteRef_434_423" id="NoteRef_434_423"></a><a href="#Note_434_423" class="fnanchor">[434]</a>: «Je ne sais, Monseigneur, si -notre secrétaire perpétuel a envoyé à Votre Éminence l'<i>Héraclius</i> de -Calderon, que je lui ai remis pour divertir l'Académie. Vous verrez -quel est l'original, de Calderon ou de Corneille. Cette lecture peut -amuser infiniment un homme de goût tel que vous, et c'est une chose, à -mon gré, assez plaisante. Je vois jusqu'à quel point la plus grave de -toutes les nations méprise le sens commun.</p> - -<p>«Voici, en attendant, la traduction très fidèle de la <i>Conspiration -contre César</i> par Cassius et Brutus, qu'on joue tous les jours à -Londres, et qu'on préfère infiniment au <i>Cinna</i> de Corneille. Je vous -supplie de me dire comment un peuple qui a tant de philosophie peut -avoir si peu de goût. Vous me répondrez peut-être que c'est parce -qu'ils sont philosophes; mais quoi! la philosophie mènerait-elle tout -droit à l'absurdité? Et le goût cultivé n'est-il pas même une vraie -partie de la philosophie?»</p> - -<p>Voici la réponse du cardinal qui se montre, à mon avis, plus homme -d'un véritable goût que Voltaire. Celui-ci,—et c'était naturel, tout -prévenu par l'habitude de notre théâtre, dans lequel, malgré son -génie,<span class="pagenum"><a name="Page_321" id="Page_321">[p. 321]</a></span> et quoi qu'il en pût penser lui-même, il n'avait pas innové -véritablement,—ne voit le goût que dans les étroites convenances que -l'habitude, plus qu'une vraie entente de ce qui plaît aux hommes, avait -établies sur notre scène: «Je suis loin de m'élever contre la forme -de Corneille et de Racine. Elle avait eu du moins d'être nouvelle -dans leur main: cette préférence donnée au discours sur l'action est -un système complet: le penchant de notre nation y convient. Cependant -celui de Shakespeare et de Calderon qui a suffi aux Anglais et aux -Espagnols qui ont précédé d'un siècle nos grands ouvrages, dans le -même moment, il faut bien le dire, où notre théâtre se débattait dans -d'incroyables ténèbres, ce système, dis-je, tout critiquable qu'il -est, parle peut-être davantage à l'imagination et ne met pas aussi -perpétuellement l'auteur entre le spectateur et la scène.»</p> - -<p>La véritable innovation,—mais je crois que du temps de Voltaire, -et dans la société où il vivait, elle était impossible à Voltaire -lui-même,—cette innovation eût consisté à mettre seulement dans ces -actions compliquées des Anglais et des Espagnols une espèce d'ordre -et de raison; mais laissons parler l'aimable cardinal, dont l'opinion -est étonnante pour le temps où il vit: «Notre secrétaire perpétuel m'a -envoyé l'<i>Héraclius</i> de Calderon, et je viens de lire le <i>Jules César</i> -de Shakespeare. Ces deux pièces m'ont fait grand plaisir comme servant -à l'histoire de l'esprit humain et du goût particulier des nations. -Il faut<span class="pagenum"><a name="Page_322" id="Page_322">[p. 322]</a></span> pourtant convenir que ces tragédies, tout extravagantes ou -grossières qu'elles sont, n'ennuient point, et je vous dirai, à ma -honte, que ces vieilles rapsodies où il y a de temps en temps des -traits de génie et des sentiments fort naturels, me sont moins odieuses -que les froides élégies de nos tragiques médiocres. Voyez les tableaux -de Paul Véronèse, de Rubens et de tant d'autres peintres flamands ou -italiens, ils pèchent souvent contre les costumes, ils blessent les -convenances et offensent le goût; mais la force de leur pinceau et la -vérité de leur coloris font excuser ces défauts. Il en est à peu près -de même des ouvrages dramatiques. Au reste, je ne suis pas étonné que -le peuple anglais, qui ressemble à certains égards au peuple romain, ou -qui du moins s'est flatté de lui ressembler, soit enchanté d'entendre -les grands personnages de Rome s'exprimer comme la bourgeoisie et -quelquefois comme la populace de Londres. Vous me paraissez étonné -que la philosophie, éclairant l'esprit et rectifiant les idées, -influe si peu sur le goût d'une nation! Vous avez bien raison; mais -cependant vous aurez observé que les mœurs ont encore plus d'empire -sur le goût que les sciences. Il me semble qu'en fait, d'art et de -littérature, les progrès du goût dépendent plus de l'esprit de société -que de l'esprit philosophique. La nation anglaise est politique et -marchande; par là même elle est moins polie, mais moins frivole que la -nôtre. Les Anglais parlent de leurs affaires; notre unique occupation -à nous est de parler<span class="pagenum"><a name="Page_323" id="Page_323">[p. 323]</a></span> de nos plaisirs; il n'est donc pas singulier que -nous soyons plus difficiles et plus délicats que les Anglais sur le -choix de nos plaisirs et sur les moyens de nous en procurer. Au reste, -qu'étions-nous avant le siècle de Corneille? Il nous sied à tous égards -d'être modestes.»</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>12 <i>avril.</i>—Je suis retourné, pour la première fois depuis plus de -quinze mois, au dîner du second lundi. J'ai fait aussi en sortant une -grande promenade sur les boulevards, sans trop m'émouvoir de regret. -Ils m'ont amusé plus qu'autrefois, comme au spectacle.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>13 <i>avril.</i>—J'ai retravaillé, retouché l'<i>Hercule</i> de Chabrier<a name="NoteRef_435_424" id="NoteRef_435_424"></a><a href="#Note_435_424" class="fnanchor">[435]</a>.</p> - -<p>J'ai été à trois heures chez Huet. Ses tableaux m'ont fort -impressionné. Il y a une vigueur rare, encore des endroits vagues, mais -c'est dans son talent. On ne peut rien admirer sans regretter quelque -chose à côté. En somme, grands progrès dans ses bonnes parties. En -voilà assez pour des ouvrages qui restent dans le souvenir, ce qui -m'est arrivé pour ceux-ci. J'y ai pensé avec beaucoup de plaisir toute -la soirée.</p> - -<p>Après dîner, tourné beaucoup dans mon petit jardin. Il m'est d'un grand -secours. J'ai bien besoin de reprendre mes forces tout à fait.</p> - -<p><span class="pagenum"><a name="Page_324" id="Page_324">[p. 324]</a></span></p> - -<p class="center">*</p> - -<p>14 <i>avril.</i>—«Vous oubliez<a name="NoteRef_436_425" id="NoteRef_436_425"></a><a href="#Note_436_425" class="fnanchor">[436]</a>, messieurs, qu'en obligeant M. -Langlois<a name="NoteRef_437_426" id="NoteRef_437_426"></a><a href="#Note_437_426" class="fnanchor">[437]</a> à donner l'entrée le dimanche à 50 centimes, vous lui -enlevez 50 pour 100 de son bénéfice; ce sacrifice que vous lui imposez, -il est juste que vous le payiez, car ici ce serait la Ville qui serait -censée régaler le public du dimanche, et il sera juste aussi que la -Ville paye pour se montrer splendide. Ce sacrifice que vous demandez à -M. Langlois, il y a consenti. Ne lui devait-on aucun dédommagement pour -la disparition de son premier établissement? Il n'y gagnait pas plus -d'argent qu'il ne va en gagner dans le nouveau; mais il ne demandait -rien à personne, et à présent il vous accorde tout ce qui peut diminuer -ses profits matériels, pourvu que vous l'aidiez à montrer les produits -de son talent. Vous ne les estimez pas peu, messieurs, puisqu'en -lui imposant de les exposer le dimanche à un prix réduit des quatre -cinquièmes, vous estimez procurer au peuple un plaisir.</p> - -<p>«Si l'on vous disait que l'Empereur désirerait que la ville de Paris -l'aidât à aller chercher, dans un désert, une pierre abandonnée, et de -fréter avec lui un navire et d'entretenir pendant plusieurs années un -équipage pour cette opération lointaine, sous prétexte que cette pierre -intéresse la gloire des Sésostris qui ont vécu il y a quatre mille -ans, vous lui répondriez peut-être<span class="pagenum"><a name="Page_325" id="Page_325">[p. 325]</a></span> que cette pierre ne regarde pas la -ville de Paris, et que ce serait une mauvaise affaire; et cependant, -messieurs, s'il était vrai qu'une telle proposition vous fût faite -et qu'il fût possible que vous refusassiez de vous y associer, vous -auriez manqué une excellente affaire; à qui le cœur n'a-t-il pas -battu en présence de l'Obélisque de la place Louis XV, en pensant que -la capitale de ce pays-ci contenait ce trophée que l'Angleterre était -toute prête à nous enlever? Combien de millions d'étrangers sont venus -alimenter la fortune de la ville pour admirer, avec tant d'autres -monuments dont Paris est plein, ce magnifique ouvrage, fruit d'une -entreprise désintéressée, la seule de ce genre peut-être qui honore le -passage de la branche aînée des Bourbons et qui embellit Paris à jamais!</p> - -<p>«Vous voyez, messieurs, que le beau peut être utile; le spectacle de -nos grandes actions représenté par la peinture dans des proportions et -avec une illusion qu'aucun tableau ne peut atteindre, est une chose -belle et par le spectacle et par les sentiments qu'il peut inspirer. -La vue de cette colonne de chasseurs de la garde qui traverse le champ -de bataille d'Eylau jusqu'aux derrières de l'armée russe et dont il -ne revient que quelques hommes; celle de ces trois chétifs bataillons -carrés qui, dans la bataille des Pyramides, soutiennent sous le soleil -et dans une plaine immense le choc de l'innombrable et intrépide -cavalerie des mameluks, ce sont des spectacles faits<span class="pagenum"><a name="Page_326" id="Page_326">[p. 326]</a></span> pour moraliser et -enflammer une nation: cela vaut bien les jeux publics que les empereurs -donnaient au peuple de Rome, ces combats de gladiateurs où des esclaves -s'égorgeaient froidement pour gagner leur pain, où l'on immolait cent -lions en un jour et un passable nombre d'hommes.</p> - -<p>«Vous n'en êtes pas à votre essai, messieurs, pour ce qui concerne -l'encouragement du beau; quel est le nom qu'on donne à vos travaux -depuis six ans? On les appelle les embellissements de Paris. Vous -faites des rues larges et des boulevards plus larges encore, pour -faciliter la circulation et donner de l'air là où il n'y avait que -ténèbres et infection; mais vous ornez ces rues et ces boulevards, -vous conservez un vieux bâtiment inutile qu'on appelle la tour -Saint-Jacques, vous décrétez une fontaine monumentale sur le boulevard -de Sébastopol. Vous transportez une colonne avec ses accessoires parce -qu'elle sera plus belle que dans l'endroit où elle se trouve.»</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>24 <i>avril.</i>—Conseil de revision à midi.</p> - -<p>Prêté hier à M. Nanteuil<a name="NoteRef_438_427" id="NoteRef_438_427"></a><a href="#Note_438_427" class="fnanchor">[438]</a> une étude de deux chevaux<a name="NoteRef_439_428" id="NoteRef_439_428"></a><a href="#Note_439_428" class="fnanchor">[439]</a> sur la -même toile (douze environ), faite autrefois aux gardes du corps;—de -profil tous les deux.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>26 <i>avril.</i>—La journée a été bonne. Beaucoup<span class="pagenum"><a name="Page_327" id="Page_327">[p. 327]</a></span> travaillé avec bonne -humeur à la <i>Chasse aux lions</i><a name="NoteRef_440_429" id="NoteRef_440_429"></a><a href="#Note_440_429" class="fnanchor">[440]</a> qui est comme finie ce jour-là.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>27 <i>avril.</i>—De l'éloge de Magendie par M. Flourens<i><a name="NoteRef_441_430" id="NoteRef_441_430"></a><a href="#Note_441_430" class="fnanchor">[441]</a>:</i> «À l'ardeur -de jeunes praticiens vantant le succès de leurs prescriptions il -opposait son expérience, et leur disait avec une douce ironie: «On voit -bien que vous n'avez jamais essayé de rien faire.» Si la simplicité -extrême de ce mode de traitement amenait d'assez justes objections: -«Soyez convaincus, ajoutait-il, que la plupart du temps, lorsque le -trouble se produit, nous ne pouvons en découvrir les causes; tout au -plus en saisissons-nous les effets; notre seule utilité en assistant au -travail de la nature, qui en général tend vers sou état normal, est de -ne point l'interrompre; nous ne devons aspirer qu'à être quelquefois -assez habiles pour l'aider.»</p> - -<p>«Qu'on lui fasse absolument tout ce qu'il voudra: je ne prescris que -cela», disait-il en quittant un jeune garçon dont l'état présentait des -symptômes alarmants. Ordinairement avare de son temps, il prodigue les -visites à cet enfant, mais n'ajoute rien à la médication. Le soir du -troisième jour, tout à coup<span class="pagenum"><a name="Page_328" id="Page_328">[p. 328]</a></span> son front s'obscurcit, et tirant l'oreille -à son malade: «Petit drôle, tu ne m'as pas laissé un instant de repos. -Va te promener maintenant.» Le père lui demande alors ce qu'était la -maladie de l'enfant: «Ce que c'était? Ma foi, je n'en sais rien, ni moi -ni la Faculté tout entière; si elle pouvait être sincère, elle vous le -dirait; ce qu'il y a de certain, c'est que tout est rentré dans l'état -normal.»</p> - -<p>Le résultat de ce travail est que les substances qui ne contiennent -point d'azote (sucre, gomme, etc.) sont impropres à la nutrition. -En effet, bien que les animaux soumis à l'expérience aient de ces -substances à discrétion, ils n'en périssent pas moins d'inanition au -bout de quelques jours. Il y a plus, c'est que, quels que soient les -aliments employés, azotés ou non, il est nécessaire de les varier. Un -lapin et un cochon d'Inde, nourris avec une seule substance, telle -que froment, avoine, orge, choux, carottes, etc., meurent, dit M. -Magendie, avec toutes les apparences de l'inanition, ordinairement dès -la première quinzaine, quelquefois beaucoup plus tôt. Nourris avec les -mêmes substances, données concurremment ou successivement à de petits -intervalles, les animaux vivent et se portent très bien; la conséquence -la plus générale et la plus essentielle à déduire de ces faits, c'est -que la diversité et la multiplicité des aliments sont une règle -d'hygiène très importante. (C'était le principe du docteur Bailly.)</p> - -<p><i>Recherches physiologiques et médicales sur les<span class="pagenum"><a name="Page_329" id="Page_329">[p. 329]</a></span> causes, les symptômes -et le traitement de la qravelle</i><a name="NoteRef_442_431" id="NoteRef_442_431"></a><a href="#Note_442_431" class="fnanchor">[442]</a>. «Les personnes atteintes de -la goutte et de la gravelle, dit Magendie, sont ordinairement de -grands mangeurs de viande, de poisson, de fromage et autres substances -abondantes en azote. La plupart des graviers, une partie des calculs -urinaires, les tophus arthritiques sont formés par l'acide urique, -principe qui contient beaucoup d'azote. En diminuant dans le régime -la proportion des aliments azotés, on parvient à prévenir, et même à -guérir la gravelle.»</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>30 <i>avril.</i>—Mon pauvre Soulier<a name="NoteRef_443_432" id="NoteRef_443_432"></a><a href="#Note_443_432" class="fnanchor">[443]</a> est venu me voir aujourd'hui; -j'en ai eu beaucoup de plaisir. Il est vieux, souffrant. Il est -heureux de ses enfants; mais il est bien isolé dans son coin; point de -distractions et de consolations.</p> - -<hr class="b2" /> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_431_420" id="Note_431_420"></a><a href="#NoteRef_431_420"><span class="label">[431]</span></a> Sans doute <i>Henri-Gustave</i> et <i>Théophile-Yves-René -Grenier de Saint-Martin</i>, fils du peintre <i>Grenier de Saint-Martin</i> -(1793-1867), élève de Guérin et aussi de Delacroix. Ces deux jeunes -gens débutèrent l'un et l'autre au Salon de 1857.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_432_421" id="Note_432_421"></a><a href="#NoteRef_432_421"><span class="label">[432]</span></a> On pourra remarquer que, durant les périodes de -production, le Journal est presque toujours incomplet. C'est surtout -quand il voyage, quand il est aux eaux, en villégiature chez un ami, -à Dieppe par exemple, qu'il se plaît à y écrire: c'est ainsi que ses -séjours à Augerville chez Berryer, où il ne peignait presque jamais, -sont autant d'occasions pour lui de noircir des feuillets. En revanche, -à Paris il écrit peu: c'est ce qui explique que l'on trouve en somme -assez peu d'indications sur ses compositions picturales, et que le -Journal soit à ce point de vue un insuffisant commentaire de son -œuvre d'artiste.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_433_422" id="Note_433_422"></a><a href="#NoteRef_433_422"><span class="label">[433]</span></a> Lettre du 21 juillet 1762.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_434_423" id="Note_434_423"></a><a href="#NoteRef_434_423"><span class="label">[434]</span></a> Lettre du 31 mars 1763.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_435_424" id="Note_435_424"></a><a href="#NoteRef_435_424"><span class="label">[435]</span></a> Variante réduite de l'un des onze tympans de la -<i>Vie d'Hercule</i>, à l'Hôtel de ville. (Voir <i>Catalogue Robaut</i>, -n<sup>os</sup> 1152-1162.)</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_436_425" id="Note_436_425"></a><a href="#NoteRef_436_425"><span class="label">[436]</span></a> C'est évidemment le brouillon d'un rapport qu'il devait -présenter au Conseil municipal.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_437_426" id="Note_437_426"></a><a href="#NoteRef_437_426"><span class="label">[437]</span></a> <i>Jean-Charles Langlois</i> (1789-1870), colonel -d'état-major, peintre de batailles et de nombreux panoramas. Il est -question ici du Panorama de la prise de Malakoff.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_438_427" id="Note_438_427"></a><a href="#NoteRef_438_427"><span class="label">[438]</span></a> <i>Célestin Nanteuil</i> (1813-1873), graveur et lithographe.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_439_428" id="Note_439_428"></a><a href="#NoteRef_439_428"><span class="label">[439]</span></a> Cette toile figura à la vente posthume de Delacroix sous -le n° 211.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_440_429" id="Note_440_429"></a><a href="#NoteRef_440_429"><span class="label">[440]</span></a> Voir <i>Catalogue Robaut</i>, n° 1350.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_441_430" id="Note_441_430"></a><a href="#NoteRef_441_430"><span class="label">[441]</span></a> <i>François Magendie</i>, le célèbre physiologiste, membre -de l'Académie des sciences, était mort le 7 octobre 1865. Son éloge -fut prononcé à l'Académie des sciences par le secrétaire perpétuel -<i>Flourens</i>, qui excellait dans le genre, et dont les <i>Éloges -historiques</i> réunis en volumes témoignent à la fois d'un rare talent d -écrivain et d'une fine observation scientifique.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_442_431" id="Note_442_431"></a><a href="#NoteRef_442_431"><span class="label">[442]</span></a> C'est le titre d'un ouvrage publié pour la première fois -en 1818 par le docteur Magendie.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_443_432" id="Note_443_432"></a><a href="#NoteRef_443_432"><span class="label">[443]</span></a> Delacroix écrivait à <i>Soulier,</i> le 6 décembre 1856: -«Quand boirons-nous à la santé de nos souvenirs? Quand viendras-tu? -Comme j'ai à peu près renoncé à lire, surtout le soir, j'ai des moments -d'inoccupation apparente, qui ne sont pas du tout cet ennui dont je -parlais tout à l'heure: je ferme les yeux, ou je regarde le feu de la -cheminée. Alors je rouvre un livre fermé déjà à beaucoup de chapitres -dans ma mémoire, et je retrouve de délicieux moments, et en première -ligne ceux que nous avons passés ensemble. Je ne passe jamais sur -la place Vendôme sans lever les yeux vers cette mansarde que nous -avons vue si joyeuse. Que d'années depuis tout cela, que de vides!» -(<i>Corresp.,</i> t. II, p. 151.)</p></div> - - -<hr class="b2" /> - -<p>7 <i>mai</i>.—Je dîne pour la première fois au dîner du premier vendredi. -Je m'y amuse et me porte mieux<span class="pagenum"><a name="Page_330" id="Page_330">[p. 330]</a></span> le lendemain. Il faut se remuer. -J'en sors avec Villot et je me promène seul une heure en excellente -disposition.</p> - -<p>Le lendemain je me suis promené encore: je suis entré à Saint-Roch -pour la musique, où j'ai entendu surtout le plus cruel sermon sur la -virginité. Je suis rentré dans une tristesse extrême dont je ne suis -pas débarrassé aujourd'hui dimanche que j'écris ceci.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>8 <i>mai.</i>—MM. Feydeau et Moreau viennent me voir. Je vais à -l'Institut, où Halévy me sermonne sur mon abstention des séances de -l'École.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>9 <i>mai.</i>—Je vais visiter la maison des Champs-Élysées du prince -Napoléon<a name="NoteRef_444_433" id="NoteRef_444_433"></a><a href="#Note_444_433" class="fnanchor">[444]</a>. Charmant résultat auquel je ne m'attendais pas. J'y -trouve Mme Duret avec son mari; aimable femme sans prétention.</p> - -<p>Je vais de là voir Mme de Lagrange; elle me dit que Berryer travaille -trop. Hier, à l'Institut, F..., qui est dans un triste état, me -conseillait de m'abstenir de la moindre fatigue: c'est pour avoir voulu -forcer qu'il en est venu à ne pouvoir même lire sans fatigue. Nous nous -sommes rappelé Blondel qui est mort à la peine à Saint-Thomas d'Aquin. -J'attribue à un travail forcé ma rechute de l'année dernière à cette -époque.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>10 <i>mai.</i>—Villot est venu me chercher à une heure,<span class="pagenum"><a name="Page_331" id="Page_331">[p. 331]</a></span> nous avons été -ensuite voir les Rubens, je trouve là Mme de Nadaillac, la fille de Mme -Delessert.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>11 <i>mai.</i>—Parti pour Champrosay à onze heures; grand bonheur de m'y -voir. Je vois ces pauvres voisins, dont la douleur fend le cœur.</p> - -<p>On trouve toujours quelque chose de changé; voilà qu'on me bâtit dans -la plaine au-dessous de mes fenêtres une baraque dont le toit me cache -un morceau de la rivière. On abat le mur de Villot. Tout passe, et nous -passons.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>22 <i>mai.</i>—J'ai été à Paris à neuf heures dix. Mon début à l'école -pour juger les figures. J'allais voir Mercey et le ministre, pour les -remercier; je n'ai trouvé personne.</p> - -<p>Mme de Forget; le petit Raphaël et M. Moore que j'ai remercié de la -photographie dudit; Autran et sa femme très aimable; elle m'a donné une -médaille de mon père, de Marseille.</p> - -<p>Petite station au Jardin des Plantes avant de partir. Parti avec les -Parchappe.</p> - -<p>En somme, bonne journée, sans la fatigue que je redoutais.</p> - -<p>Berryer m'a invité ces jours-ci à passer quelques jours avec lui à -Augerville; désolé de le refuser dans l'attente où je suis du bon -cousin.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>23 <i>mai.</i>—Sujets: <i>Tancrède en prison</i> après sa<span class="pagenum"><a name="Page_332" id="Page_332">[p. 332]</a></span> poursuite d'une -fausse Clorinde (je crois). Le chevalier gascon, qui est, je crois, -Raymond, l'insulte, etc. Flambeau, prison (<i>Jérusalem</i>).</p> - -<p>Le <i>Corsaire en prison</i><a name="NoteRef_445_434" id="NoteRef_445_434"></a><a href="#Note_445_434" class="fnanchor">[445]</a>, Gulnare, le poignard, etc. On pourrait en -faire un effet de jour sans inconvénient.</p> - -<p><i>D. Raphaël et ses compagnons surpris par les corsaires dans l'île de -Minorque (Gil Blas).</i> D. Raphaël amené ou plutôt apporté chez la belle -esclave de son maître à Alger.</p> - -<p><i>Les Nymphes rapportent le corps de Léandre</i>, Héro se précipite dans le -lointain.—Revoir les <i>Métamorphoses</i> d'Ovide.</p> - -<p><i>Les deux Chevaliers.</i> Ubalde et le Danois trouvant une barque avec un -vieillard, etc. (<i>Jérusalem.</i>)</p> - -<p><i>L'Aventure de la bague</i> dans <i>Gil Blas.</i> Celui-ci et ses amis déguisés -en alguazils, la dame au lit éplorée, vieille femme, etc.—Voir -costumes du vieux Molière.</p> - -<p><i>Tancrède baptisant Clorinde.</i></p> - -<p><i>Tancrède</i> (de Voltaire) <i>rapporte mourant de la bataille des -Sarrasins.</i> Aménaïde en pleurs. Argire, soldats, chevaliers, -prisonniers, drapeaux et flambeaux; quelque chose comme la composition -pour le sujet des <i>deux frères</i> dont l'un est tué par l'autre et -ramené à sa mère; se rappeler le croquis pour le sujet du <i>Vampire</i> de -Dumas<a name="NoteRef_446_435" id="NoteRef_446_435"></a><a href="#Note_446_435" class="fnanchor">[446]</a>.</p> - -<p><span class="pagenum"><a name="Page_333" id="Page_333">[p. 333]</a></span></p> - -<p><i>Juliette sur son lit</i>, la mère, le père, les musiciens, la nourrice.</p> - -<p><i>Bornéo au tombeau de Juliette.</i></p> - -<p><i>Athalie interroge Éliacin.</i></p> - -<p><i>Junie entraînée par les soldats.</i> Néron l'observe, flambeaux, etc.</p> - -<p><i>Renaud arrête le bras d'Armide</i> qui veut le frapper (<i>Jérusalem</i>).</p> - -<p><i>Tancrède blessé retrouvé par Herminie.</i></p> - -<p>Sujets de <i>Sémiramis.</i></p> - -<p>Romans de Voltaire.</p> - -<p><i>Le prince Léon prisonnier.</i></p> - -<p><i>Fleur de lis au tombeau de Brandimart.</i></p> - -<p><i>Brabantio maudit sa fille</i> (après la séance du doge). Othello, Iago, -etc.</p> - -<p><i>Diane de Poitiers demande à François I<sup>er</sup> la grâce de son -père.</i></p> - -<p><i>La dame infortunée aux pieds d'Amadis</i> dans le lac du château.</p> - -<p><i>Frappement du rocher.</i> Israélites buvant avidement, chameaux, -etc.<a name="NoteRef_447_436" id="NoteRef_447_436"></a><a href="#Note_447_436" class="fnanchor">[447]</a>.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>24 <i>mai.</i>—Mme Villot m'invite à aller la voir le soir pour me -rencontrer avec une personne mystérieuse, amie de Mme Sand. J'y -vais malgré mon rhume et à travers un temps diluvien. Je trouve Mme -Plessis<a name="NoteRef_448_437" id="NoteRef_448_437"></a><a href="#Note_448_437" class="fnanchor">[448]</a>,<span class="pagenum"><a name="Page_334" id="Page_334">[p. 334]</a></span> charmante personne qui me fait promettre d'écrire à Mme -Sand. Elle est sur le point de m'embrasser dans la soirée quand je lui -dis que je ne crois pas à cette petite personne appelée <i>âme</i> dont on -nous gratifie.</p> - -<p>Le bon général Parchappe veut m'avoir à dîner pour le lendemain. Je -promets malgré le rhume.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>25 <i>mai.</i>—Dîné chez Mme Parchappe. Mme Franchetti qui s'y trouve vient -d'arriver ce jour même pour s'installer chez Minoret. Elle est forcée -d'accepter l'hospitalité de Mme Parchappe sous peine de coucher sur des -matelas mouillés.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>26 <i>mai.</i>—Je songe, en ébauchant mon <i>Christ descendu dans le -tombeau</i><a name="NoteRef_449_438" id="NoteRef_449_438"></a><a href="#Note_449_438" class="fnanchor">[449]</a>, à une composition analogue qu'on voit partout du -Barocci<a name="NoteRef_450_439" id="NoteRef_450_439"></a><a href="#Note_450_439" class="fnanchor">[450]</a>; et je songe en même temps à ce que dit Boileau pour tous -les arts:<span class="pagenum"><a name="Page_335" id="Page_335">[p. 335]</a></span> «Rien n'est beau que le vrai.» Rien n'est vrai dans cette -maudite composition: gestes contournés, draperies volantes sans sujet, -etc. Réminiscences des divers styles des maîtres. Les maîtres, mais -je parle des plus grands et dont le style est très marqué, sont vrais -à travers cela, sans quoi ils ne seraient pas beaux. Les gestes de -Raphaël sont naïfs, malgré l'étrangeté de son style; mais ce qui est -odieux, c'est l'imitation de cette étrangeté par des imbéciles, qui -sont faux de gestes et d'intention par-dessus le marché.</p> - -<p>Ingres, qui n'a jamais su composer un sujet comme la nature le -présente, se croit semblable à Raphaël en singeant<a name="NoteRef_451_440" id="NoteRef_451_440"></a><a href="#Note_451_440" class="fnanchor">[451]</a> certains -gestes, certaines tournures qui lui sont habituelles, qui ont même chez -lui une certaine grâce qui rappelle celle de Raphaël; mais on sent -bien, chez ce dernier, que tout cela sort de lui et n'est pas cherché.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>28 <i>mai.</i>—Je vais le soir chez Mme Villot: j'y trouve Mme Franchetti, -Parchappe, etc., une dame de Suberval et ses filles: l'une de ces -dernières me promet la recette du <i>pigeon Pise.</i></p> - -<p class="center">*</p> - -<p>29 <i>mai.</i>—Promenade le matin dans la forêt.</p> - -<hr class="b2" /> -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_444_433" id="Note_444_433"></a><a href="#NoteRef_444_433"><span class="label">[444]</span></a> Palais pompéien de l'avenue Montaigne, qui vient de -disparaître pour faire place à une maison de rapport.</p></div> - - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_445_434" id="Note_445_434"></a><a href="#NoteRef_445_434"><span class="label">[445]</span></a> Delacroix avait déjà traité ce sujet à l'aquarelle et -l'avait exposé au Salon de 1831. (Voir <i>Catalogne Robaut</i>, n° 338.)</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_446_435" id="Note_446_435"></a><a href="#NoteRef_446_435"><span class="label">[446]</span></a> Drame fantastique en cinq actes et dix tableaux, par -Alexandre Dumas et Auguste Maquet, représenté le 30 décembre 1851 sur -le théâtre de l'Ambigu.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_447_436" id="Note_447_436"></a><a href="#NoteRef_447_436"><span class="label">[447]</span></a> La plupart de ces dessins ou croquis de Delacroix ont -figuré à la vente posthume du maître et sont aujourd'hui disséminés -dans les collections d'artistes et d'amateurs.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_448_437" id="Note_448_437"></a><a href="#NoteRef_448_437"><span class="label">[448]</span></a> Probablement Mme <i>Arnould-Plessy</i>, la célèbre -comédienne, qui peut-être désirait obtenir un rôle dans une pièce de -George Sand, et qui, connaissant les excellentes relations d'Eugène -Delacroix avec celle-ci, l'avait prié d'intervenir en sa faveur.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_449_438" id="Note_449_438"></a><a href="#NoteRef_449_438"><span class="label">[449]</span></a> Delacroix a plusieurs fois répété ce sujet, qu'il -affectionnait. (Voir <i>Catalogue Robaut</i>, n° 1034.) À propos de cette -composition, Baudelaire écrit: «Dites-moi si vous vîtes jamais mieux -exprimée la solennité nécessaire de la <i>Mise au tombeau.</i> Croyez-vous -sincèrement que Titien eût inventé cela? Il eût conçu, il a conçu la -chose autrement; mais je préfère cette manière-ci. Le décor, c'est le -caveau lui-même, emblème de la vie souterraine que doit mener longtemps -la religion nouvelle! Au dehors, l'air et la lumière qui glisse en -rampant dans la spirale. La mère va s'évanouir, elle se soutient à -peine.»</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_450_439" id="Note_450_439"></a><a href="#NoteRef_450_439"><span class="label">[450]</span></a> <i>Le Christ porté au tombeau</i>, tableau qui se trouve dans -l'église de Sinigaglia.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_451_440" id="Note_451_440"></a><a href="#NoteRef_451_440"><span class="label">[451]</span></a> Baudelaire l'appelait: <i>l'adorateur rusé de Raphaël.</i></p></div> - - -<hr class="b2" /> - -<p>5 <i>juin.</i>—Arrivée de M. Lamey. Il arrive seul à<span class="pagenum"><a name="Page_336" id="Page_336">[p. 336]</a></span> la maison comme je -m'apprêtais pour aller le chercher. J'avais mal compris l'heure de son -départ.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>20 <i>juin.</i>—Nous allons au Musée avec le bon cousin. Il est très frappé -des antiquités assyriennes.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>24 <i>juin.</i>—Départ du bon cousin. Je suis tout triste du vide qu'il me -laisse.</p> - -<hr class="b2" /> - -<p>3 <i>juillet.</i>—Premier jour à l'église<a name="NoteRef_452_441" id="NoteRef_452_441"></a><a href="#Note_452_441" class="fnanchor">[452]</a> avec Andrieu.</p> - -<p><i>Sur les accessoires.</i>—Mercey a dit un grand mot dans son livre sur -l'Exposition: le beau dans les arts, c'est la vérité idéalisée. Il -a tranché la question pendante entre les pédants et les véritables -artistes; il a supprimé l'équivoque qui permettait aux partisans du -<i>beau</i> partout de masquer leur impuissance à trouver le vrai.</p> - -<p>Les accessoires font énormément pour l'effet et doivent néanmoins -être toujours sacrifiés. Dans un tableau bien ordonné, ce que -j'appelle <i>accessoires</i> est infini. Non seulement des meubles, de -petits détails des fonds sont accessoires, mais les draperies et les -figures elles-mêmes, et dans les figures principales, les parties de -ces figures. Dans un portrait qui montre les mains, les mains sont -accessoires. D'abord elles doivent être subordonnées à la tête, mais -souvent une<span class="pagenum"><a name="Page_337" id="Page_337">[p. 337]</a></span> main doit attirer l'attention, moins qu'une partie du -vêtement, du fond, etc. Ce qui fait que les mauvais peintres ne peuvent -arriver au beau qui est <i>ce vrai idéalisé</i> dont parle Mercey, c'est -qu'outre le défaut de conception générale de leur ouvrage dans le sens -du <i>vrai</i>, leurs accessoires, au lieu de concourir à l'effet général, -le détournent au contraire par l'application donnée presque toujours -à faire ressortir certains détails qui devraient être subordonnés. Il -y a plusieurs manières de produire ce mauvais résultat: d'une part, -le soin excessif apporté à faire ressortir ces détails, pour montrer -de l'habileté; de l'autre, l'habitude générale de faire exactement -d'après nature tous ces accessoires destinés à concourir à l'effet. -Comment le peintre, en copiant tous ces morceaux d'après des objets -réels, comme ils sont et sans les modifier profondément, pourra-t-il -ôter ou ajouter, donner à des objets inertes en eux-mêmes la puissance -nécessaire à l'impression?</p> - -<p class="center">*</p> - -<p><i>Nancy</i>, 10 <i>juillet.</i>—Parti pour Plombières à sept heures du matin. -Arrivé à Nancy à deux heures. Mauvaise disposition qui m'empêche de -dîner; je me couche à huit heures environ.</p> - -<p>J'avais été au Musée en arrivant, pour revoir les deux esquisses de -Rubens; à la première vue, elles ne m'ont plus paru si belles; mais -bientôt le charme a opéré, et je suis devenu immobile devant elles, -et cela quoique j'allasse de l'une à l'autre, mais sans pouvoir<span class="pagenum"><a name="Page_338" id="Page_338">[p. 338]</a></span> les -quitter. Il y a à écrire vingt volumes sur l'effet particulier de ces -ouvrages. C'est le charme du je ne sais quoi, une saveur incroyable, -au milieu de négligences, mais celles-ci dues à ce que les ouvrages ne -sont que des esquisses.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p><i>Plombières</i>, 11 <i>juillet.</i>—Levé à quatre heures pour partir à cinq -heures. Hier soir, je me croyais au moment de faire une maladie à -Nancy. Ce matin, je me trouve remis, grâce à ma tempérance.</p> - -<p>Je dors une partie du voyage après avoir déjeuné d'une moitié de -poulet. Trouvé, d'Épinal jusqu'à Plombières, un sieur Algis, je crois, -qui a été assez bon garçon et qui m'a fermé les fenêtres quand j'en -avais besoin. Il est fort comme un Turc, et cependant il lutte comme je -l'ai fait toute ma vie contre le déjeuner. Il est grand fumeur et avoue -néanmoins tous les inconvénients de son habitude. Il dit comme moi -qu'il est impossible de s'arrêter à un cigare: un par hasard, dit-il, -fait plutôt du bien; mais c'est fumer beaucoup et presque constamment -que veut le fumeur de profession. Il prétend que, toutes les fois qu'il -lui est arrivé de suspendre ce plaisir pendant quelques jours, il se -sent un autre homme pour le travail, pour l'activité de l'esprit, celle -même de la passion pour les femmes. Sitôt l'habitude reprise, apathie, -indifférence complète: elle suffit, mais sans satisfaire, à ce qu'il -paraît.</p> - -<p>Arrivés à Plombières à midi. Toute la population<span class="pagenum"><a name="Page_339" id="Page_339">[p. 339]</a></span> réunie pour voir -revenir l'Empereur de la messe. Il m'aperçoit en passant. J'étais sur -la porte de Parizot, qui ne peut me loger que dans l'espèce de grenier -où habite sa vieille mère. J'y reste dans l'espoir de mieux.</p> - -<p>Bal le soir, qui me tient au supplice une partie de la nuit à cause des -allées et venues; de même à peu près les jours suivants, et quoique je -me couche de bonne heure, je n'en dors que plus mal.</p> - -<p>Mon compagnon de route prétend qu'il a remarqué que, s'il s'expose au -soleil après avoir mangé, sa digestion est mauvaise. Il me semble que -j'ai éprouvé ici la même chose. Quand je sors après déjeuner et que -je vais à la promenade des Dames, j'en ressens une lourdeur qui tient -peut-être à ces espaces découverts qu'il faut traverser.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>12 <i>juillet.</i>—Je trouve aujourd'hui Fleury qui est ici avec sa femme -et sa fille. Enchanté de le retrouver; mais avec mon indisposition, -impossible de profiter de rien.</p> - -<p>On m'avait assigné cinq heures du matin pour prendre mes bains...</p> - -<p>Je trouve Barre<a name="NoteRef_453_442" id="NoteRef_453_442"></a><a href="#Note_453_442" class="fnanchor">[453]</a> comme je causais sur la place avec Mocquart; -celui-ci me présente à Mme Guyon<a name="NoteRef_454_443" id="NoteRef_454_443"></a><a href="#Note_454_443" class="fnanchor">[454]</a><span class="pagenum"><a name="Page_340" id="Page_340">[p. 340]</a></span> qui loge avec lui et l'excellent -Possoz; elle est très aimable et encore, très bien: des yeux charmants, -avec une bouche qui annonce des penchants redoutables.</p> - -<p>Le soir, promenade au bord de la petite rivière, dans les nouveaux -endroits disposés depuis l'année dernière; tout cela est charmant.</p> - -<p>Quelques mots de conversation avec M. Schneider me fatiguent grandement -et me font manquer d'aller retrouver Fleury.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>14 <i>juillet.</i>—Dans Dumas: «La reine fut toujours femme: elle se -glorifiait d'être aimée.» Certaines âmes ont cette aspiration vers la -sympathie de tous ceux qui les entourent, et ce ne sont pas les âmes -les moins généreuses en ce monde.</p> - -<p>Après une promenade que le soleil me gâte toujours un peu, je suis -monté fatigué à l'établissement pour la première fois et pour lire -les journaux. Rentré chez moi et ressorti à quatre heures passées, et -retrouvé ce maudit soleil qui m'a chassé de la musique que j'avais -entendue de la route de Luxeuil. La vulgarité, l'inanité de cette -musique suffisait déjà à me mettre en fuite. Le bon Possoz m'a mené -avant-hier soir à la ferme Jacquot; c'est une promenade charmante et où -je ne rencontrerai personne.</p> - -<p>Aujourd'hui, après dîner, sorti par la route d'Épinal. J'y ai fait des -découvertes charmantes, des roches, des bois, et surtout des eaux, des -eaux dont<span class="pagenum"><a name="Page_341" id="Page_341">[p. 341]</a></span> on ne peut se lasser. On éprouve un désir incessant de s'y -plonger, d'être saint Jean, d'être l'arbre qui s'y baigne, d'être tout, -excepté un malheureux homme malade et ennuyé.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>23 <i>juillet.</i>—Je vais ce matin vers la route de Remiremont; je monte -avec peine au calvaire. Je reviens prendre un nouveau chemin, derrière -la fabrique. J'y trouve des aspects nouveaux et charmants. Les journées -se passent sans trop d'ennui et surtout assez vite. Je reçois à dîner -une lettre de Paris que j'ouvre avec empressement...</p> - -<p>Le soir, assez tard à rétablissement; je me sens plus fort.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>24 <i>juillet.</i>—Mollesse, abattement, quoique je fusse bien hier. Je -prends la hauteur au-dessus de la promenade de l'Empereur et je reviens -par le bas.</p> - -<p>Point d'émotions. Temps triste qui finit par de la pluie vers neuf ou -dix heures.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>25 <i>juillet.</i>—Le magistrat, à ce que me raconte le monsieur de Metz, -mon voisin de table, qui conseille de ne pas plaider quand la cause est -bonne!</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>26 <i>juillet.</i>—Dîné chez Perrier avec M. Yrvoix<a name="NoteRef_455_444" id="NoteRef_455_444"></a><a href="#Note_455_444" class="fnanchor">[455]</a> de chez l'Empereur -et deux MM. Thomas et une<span class="pagenum"><a name="Page_342" id="Page_342">[p. 342]</a></span> demoiselle d'opéra, maîtresse de l'un d'eux. -Le bon Possoz, qui en était, nous a quittés pour aller le soir chez -l'Empereur.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>27 <i>juillet.</i>—Départ de l'Empereur à sept heures.—Je continue ma -promenade jusqu'au délicieux ruisseau de la route de Saint-Loup.</p> - -<p>Je lis depuis trois ou quatre jours les <i>Paysans</i> de Balzac, après -avoir été forcé de renoncer à <i>Ange Pitou</i><a name="NoteRef_456_445" id="NoteRef_456_445"></a><a href="#Note_456_445" class="fnanchor">[456]</a>, de Dumas, excédé de -cet incroyable mauvais. Le <i>Collier de la Reine</i><a name="NoteRef_457_446" id="NoteRef_457_446"></a><a href="#Note_457_446" class="fnanchor">[457]</a>, plein des mêmes -inconvénients et des mêmes intempérances, avait au moins des passages -intéressants.</p> - -<p>Les <i>Paysans</i> m'ont intéressé au commencement; mais ils deviennent en -avançant presque aussi insupportables que les bavardages de Dumas: -toujours les mêmes détails lilliputiens, par lesquels il croit donner -quelque chose de frappant à chacun de ses personnages. Quelle confusion -et quelle minutie! À quoi bon des portraits en pied de misérables -comparses dont la multiplicité ôte tout l'intérêt de l'ouvrage! Ceci -n'est pas de la littérature, comme disait Mocquart l'autre jour. C'est -comme tout ce qu'on fait: on marque tout, on épuise la matière et avant -tout la curiosité du lecteur; Balzac, que j'ai déjà jugé<span class="pagenum"><a name="Page_343" id="Page_343">[p. 343]</a></span> sur d'autres -pièces analogues, est cependant de premier ordre, quoique plein des -défauts que je viens de dire. Il veut tout dire aussi, et il le redit -encore après.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>30 <i>juillet.</i>—Au milieu du jour, encouragé par le temps couvert et -quoique dans une disposition passable, je suis monté par la route de -Luxeuil. Arrivé à l'endroit où sont les bouleaux qui se renversent les -uns sur les autres, j'en ai fait péniblement au soleil un croquis assez -confus. Je n'ai pas résisté à descendre par une pente abrupte vers ce -petit ruisseau délicieux dont on entend le murmure de la route. J'ai -trouvé là des choses charmantes, rochers clairsemés, sentiers sous le -bois, clairières et endroits touffus. J'ai bu de ce charmant ruisseau.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>31 <i>juillet.</i>—Promenade vers midi du côté est derrière la fabrique -que j'avais faite le matin avec bonheur il y a huit ou dix jours. -La chaleur et l'insipidité croissante de la vue ne m'ont pas permis -d'aller plus loin.</p> - -<p>Le soir encore vers la route de Saint-Loup; je ne puis m'en rassasier. -Le soir, le soleil est en face au lieu d'être derrière comme le matin; -en se couchant il dore les derniers plans sur les montagnes les plus -élevées; j'en ai fait un croquis.</p> - -<p>Depuis quelques jours, mauvais temps froid et couvert.</p> - -<p>J'attribue à cela un certain malaise.</p> - -<p><span class="pagenum"><a name="Page_344" id="Page_344">[p. 344]</a></span></p> - -<p>Grande conversation avec Lenormant<a name="NoteRef_458_447" id="NoteRef_458_447"></a><a href="#Note_458_447" class="fnanchor">[458]</a> jusqu'à dix heures à -l'établissement.</p> - -<hr class="b2" /> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_452_441" id="Note_452_441"></a><a href="#NoteRef_452_441"><span class="label">[452]</span></a> Il s'agissait de la décoration de l'église -Saint-Sulpice, à laquelle le peintre P. Andrieu collabora.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_453_442" id="Note_453_442"></a><a href="#NoteRef_453_442"><span class="label">[453]</span></a> <i>Jean-Auguste Barre</i>, sculpteur, né en 1811, élève -de J.-J. Barre, son père, et de Cortot, auteur d'un grand nombre de -statues et surtout de bustes.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_454_443" id="Note_454_443"></a><a href="#NoteRef_454_443"><span class="label">[454]</span></a> Mme <i>Émilie Guyon</i> (1821-1878) était une des actrices -les plus en vogue de l'époque. Elle devint eu 1858 sociétaire du -Théâtre-Français.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_455_444" id="Note_455_444"></a><a href="#NoteRef_455_444"><span class="label">[455]</span></a> M. <i>Yrvoix</i> était attaché à la ponce secrète de -l'Empereur.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_456_445" id="Note_456_445"></a><a href="#NoteRef_456_445"><span class="label">[456]</span></a> Ce roman, paru en 1853, est une suite de <i>Joseph -Balsamo</i> et du <i>Collier de la Reine.</i></p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_457_446" id="Note_457_446"></a><a href="#NoteRef_457_446"><span class="label">[457]</span></a> Cette deuxième partie des <i>Mémoires d'un médecin</i> avait -paru en 1849-1850.</p></div> - - - -<hr class="b2" /> - -<p>1<sup>er</sup> <i>août.</i>—Le matin, meilleure disposition; encore au -chemin de Saint-Loup et fait un croquis que j'ai colorié dans la -journée.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>2 <i>août.</i>—Après dîner, une des plus délicieuses promenades que j'aie -faites ici: j'étais dispos, l'esprit tranquille, tout me charmait. J'ai -fait un croquis de la ferme Jacquot et, plus haut sur la route près de -la table ronde de pierre, une vue générale de la vallée<a name="NoteRef_459_448" id="NoteRef_459_448"></a><a href="#Note_459_448" class="fnanchor">[459]</a>. Admiré -encore le fond sauvage avec bouleaux, sources et rochers.</p> - -<p>Je ne pouvais m'arracher à tout cela: quel charme grandiose! Et -personne près de moi n'y prenait garde. Je rencontrais à chaque instant -des groupes: les hommes ne s'entretenaient que d'argent; je l'ai -remarqué.</p> - -<p>Revenu lentement achever la soirée à l'établissement. J'y trouve -Mme Marbouty<a name="NoteRef_460_449" id="NoteRef_460_449"></a><a href="#Note_460_449" class="fnanchor">[460]</a>; conversation jusqu'à dix heures passées. Elle -a des révélations: un esprit lui parle et lui dicte des choses -merveilleuses.<span class="pagenum"><a name="Page_345" id="Page_345">[p. 345]</a></span> Cet esprit lui a appris à guérir sa mère qui a -quatre-vingt-deux ans et qui était dans un état désespéré. Je lui ai -demandé pourquoi elle ne profitait pas du même moyen pour se guérir -elle-même; je ne sais ce qu'elle m'a répondu. J'ai rendez-vous avec -elle après déjeuner demain pour savoir ce que lui a dicté son génie. -Elle est tout étonnée que je n'aie pas aussi des révélations.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>3 <i>août.</i>—Mon voisin de table me dit que M. Lhéritier<a name="NoteRef_461_450" id="NoteRef_461_450"></a><a href="#Note_461_450" class="fnanchor">[461]</a> dit à un -malade agité ou surexcité par le bain: «Ne le prenez que de trois -quarts d'heure ou d'une demi-heure.»</p> - -<p>M. Turck<a name="NoteRef_462_451" id="NoteRef_462_451"></a><a href="#Note_462_451" class="fnanchor">[462]</a>, au contraire, dit dans un cas analogue: «Prenez trois -heures de bain.»</p> - -<p class="center">*</p> - -<p><i>Champrosay</i>, 11 <i>août.</i>—Parti de Paris pour Champrosay.</p> - -<p>Je ne suis pas encore content de ma santé. Je n'ose me remettre à -l'église<a name="NoteRef_463_452" id="NoteRef_463_452"></a><a href="#Note_463_452" class="fnanchor">[463]</a>.</p> - -<p>Parti à onze heures. Je lais route avec Revenaz<a name="NoteRef_464_453" id="NoteRef_464_453"></a><a href="#Note_464_453" class="fnanchor">[464]</a> et un de ses amis. -Nous traversons la plaine par la chaleur la plus intense.</p> - -<p><span class="pagenum"><a name="Page_346" id="Page_346">[p. 346]</a></span></p> - -<p class="center">*</p> - -<p>12 <i>août.</i>—Je sors à six heures du matin par la campagne. Délicieuse -promenade. Je vais au bord de la rivière et fais un croquis vers -la cabane de Degoty. Je rapporte un faisceau de nénufars et de -sagittaires; je patauge pendant près d'une heure sur les bords glaiseux -de la rivière avec délices pour conquérir ces pauvres plantes. Cette -débauche me rappelle Charenton, l'enfance, la pêche à la ligne!... Je -rentre brûlé.</p> - -<p>Nous avons une abondance de fruits dont nous n'avons jamais joui -jusqu'ici; jusqu'à présent n'en mangeant qu'à dîner, ils ne mont point -encore fait mal.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>13 <i>août.</i>—Je recommence à la même heure matinale la promenade d'hier. -Je m'arrête avant la fontaine de Baÿvet pour faire un croquis que je -regrettais de n'avoir pas fait la veille; c'est un des meilleurs du -petit calepin que j'ai emporté à Plombières.</p> - -<p>On passait mon carreau au siccatif; je suis resté le plus longtemps -que j'ai pu dehors, me couchant à l'ombre non loin de la rivière, près -du petit pont qui traverse un vivier. Je m'étais assis au bas de la -rivière même, mais sans descendre jusqu'aux roseaux, abrité par mon -parasol, en face de cette île remplie de roseaux qui se forme dans les -basses eaux.</p> - -<p>Assis encore près de la fontaine de Baÿvet qui n'est plus qu'un filet -d'eau, mais charmant et coulant entre les herbes.</p> - -<p>J'ai passé le reste de la journée dans la cour à<span class="pagenum"><a name="Page_347" id="Page_347">[p. 347]</a></span> l'ombre, assis dans -mon fauteuil qu'on m'avait descendu pour donner le temps aux carreaux -de sécher.</p> - -<p>Le soir après dîner, sorti avec Jenny dans la campagne; la pauvre femme -est souffrante comme à Bordeaux. Elle n'est restée qu'un instant avec -moi, et je suis rentré qu'il faisait presque nuit; j'étais resté à me -promener en long et en large devant la fontaine. Le soir, éclaircie, -espérance de pluie pas réalisée.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>19 <i>août.</i>—Travailler n'est pas seulement pour produire des ouvrages, -c'est pour donner du prix au temps; on est plus content de soi et de -sa journée quand on a remué des idées, bien commencé ou achevé quelque -chose.</p> - -<p>Lire des mémoires, des histoires consolant des misères ordinaires de la -vie par le tableau des erreurs et des misères humaines.</p> - -<p>—<i>La dernière scène de</i> Roméo et Juliette.</p> - -<p>—<i>Les Capulet, les Montaigu, le père Laurence.</i></p> - - -<hr class="b2" /> -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_458_447" id="Note_458_447"></a><a href="#NoteRef_458_447"><span class="label">[458]</span></a> <i>Charles Lenormant</i> (1802—1859), archéologue et -historien, fut successivement inspecteur des Beaux-Arts, conservateur -du Musée des antiques, professeur au Collège de France, directeur du -<i>Correspondant</i>, membre de l'Académie des inscriptions, etc. C'était un -homme fort instruit, doué d'un goût très vif pour les arts.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_459_448" id="Note_459_448"></a><a href="#NoteRef_459_448"><span class="label">[459]</span></a> <i>Le val d'Ajol, vu de la Feuillée Dorothée.</i></p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_460_449" id="Note_460_449"></a><a href="#NoteRef_460_449"><span class="label">[460]</span></a> <i>Mme Marbouty</i>, plus connue en littérature sous le nom -de <i>Claire Brunne</i>, auteur de nombreux romans et de pièces de théâtre.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_461_450" id="Note_461_450"></a><a href="#NoteRef_461_450"><span class="label">[461]</span></a> Le <i>docteur Lhéritier</i>, membre de l'Académie de -médecine, était médecin inspecteur des eaux de Plombières.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_462_451" id="Note_462_451"></a><a href="#NoteRef_462_451"><span class="label">[462]</span></a> Le docteur <i>Léopold Turck</i>, qui avait siégé comme -représentant du peuple à l'Assemblée de 1848, était revenu sous -l'Empire à Plombières, où il exerçait la médecine.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_463_452" id="Note_463_452"></a><a href="#NoteRef_463_452"><span class="label">[463]</span></a> L'église Saint-Sulpice.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_464_453" id="Note_464_453"></a><a href="#NoteRef_464_453"><span class="label">[464]</span></a> Parent de M. Moreau et grand admirateur de Delacroix. -(Voir <i>Catalogue Robaut</i>, n<sup>os</sup> 565, 566 et 1232.)</p></div> - - - -<hr class="b2" /> - - -<p>3 <i>septembre.</i>—Je suis souffrant depuis mardi soir; la veille, dîner -chez Barbier avec Malakoff et sa prétendue, Mme de Montijo, etc.</p> - -<p>Toute la fin de la semaine j'interromps la peinture, je lis -Saint-Simon. Toutes ces aventures de tous les jours prennent sous cette -plume un intérêt incroyable. Toutes ces morts, tous ces accidents -oubliés depuis si longtemps consolent du néant où l'on se sent -soi-même.</p> - -<p><span class="pagenum"><a name="Page_348" id="Page_348">[p. 348]</a></span></p> - -<p>Lu aussi les commentaires de Lamartine sur l'<i>Iliade</i>; je me propose -d'en extraire quelque chose. Cette lecture réveille en moi l'admiration -de tout ce qui ressemble à Homère, entre autres du Shakespeare, du -Dante. Il faut avouer que nos modernes (je parle des Racine, des -Voltaire) n'ont pas connu ce genre de sublime, ces naïvetés étonnantes -qui poétisent les détails vulgaires et en font des <i>peintures</i> pour -l'imagination et qui la ravissent. Il semble que ces hommes se croient -trop grands seigneurs pour nous parler comme à des hommes, de notre -sueur, des mouvements naïfs de notre nature, etc., etc.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>5 <i>septembre.</i>—Je vais chez les Parchappe, où sont les Barbier. Je les -trouve tout en fête à l'Ermitage. Je reviens par la plus belle nuit du -monde.</p> - -<p>Je suis souffreteux depuis quelques jours. J'ai interrompu la peinture.</p> - -<p>J'ai avancé beaucoup quelques tableaux:</p> - -<p>Les <i>Chevaux sortant de la mer</i><a name="NoteRef_465_454" id="NoteRef_465_454"></a><a href="#Note_465_454" class="fnanchor">[465]</a>.</p> - -<p>L'<i>Arabe blessé au bras et son cheval</i><a name="NoteRef_466_455" id="NoteRef_466_455"></a><a href="#Note_466_455" class="fnanchor">[466]</a>.</p> - -<p>Le <i>Christ au tombeau dans la caverne, flambeaux</i><a name="NoteRef_467_456" id="NoteRef_467_456"></a><a href="#Note_467_456" class="fnanchor">[467]</a>, etc.</p> - -<p>Le <i>Petit Ivanhoë et Rebecca</i><a name="NoteRef_468_457" id="NoteRef_468_457"></a><a href="#Note_468_457" class="fnanchor">[468]</a>.</p> - -<p>Le <i>Centaure et Achille</i><a name="NoteRef_469_458" id="NoteRef_469_458"></a><a href="#Note_469_458" class="fnanchor">[469]</a>.</p> - -<p><span class="pagenum"><a name="Page_349" id="Page_349">[p. 349]</a></span></p> - -<p>Le <i>Lion et te Chasseur embusqué</i>, effet de soir<a name="NoteRef_470_459" id="NoteRef_470_459"></a><a href="#Note_470_459" class="fnanchor">[470]</a>.</p> - -<p>L'ébauche de l'<i>Othello</i> sur le corps de Desdémone.</p> - -<p>J'ai composé: <i>Troupes marocaines dans les montagnes</i><a name="NoteRef_471_460" id="NoteRef_471_460"></a><a href="#Note_471_460" class="fnanchor">[471]</a>.</p> - -<p>—Villot me dit de coller du papier sur la voûte de ma chapelle avant -d'y coller le tableau. Cela est adopté par les décorateurs et fort -recommandé.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>6 <i>septembre.</i>—J'écris à M. Berryer:—«En fin de compte, je me suis -réfugié ici, où j'ai retrouvé du mieux; mais ce n'est pas tout; voici -ce qui m'attendait à Champrosay: l'homme qui me louait mon petit -pied-à-terre m'apprend au déballé qu'il va vendre sa maison, et que -j'avise d'ici à peu. Me voilà troublé dans mes habitudes, quoique j'y -fusse médiocrement; mais enfin j'y suis, et il y a quinze ans que je -viens dans le pays, que j'y vois les mêmes gens, les mêmes bois, les -mêmes collines. Qu'eussiez-vous fait à ma place, cher cousin, vous -qui vous êtes laissé murer dans l'appartement que vous occupez depuis -quarante ans, plutôt que d'en chercher un autre? Probablement ce que -j'ai fait; c'est-à-dire que j'ai acheté la maison, qui n'est pas chère -et qui, avec quelques petits changements en sus du prix d'achat, me -composera un petit refuge approprié à mon humble fortune. Il me faut -donc, à l'heure qu'il est, retourner sous deux jours à Paris, faire -un mois de ce travail<span class="pagenum"><a name="Page_350" id="Page_350">[p. 350]</a></span> ajourné sans cesse et venir encore de temps en -temps ici, voir ce qui s'y fait pour les arrangements que je vous ai -dits.</p> - -<p>«Vous aurez bien vu, en ouvrant ma lettre, mon cher cousin, que je ne -vous en disais tant que parce que je n'avais rien de bon à vous dire, -au moins pour ce qui me concerne. Tout ce bavardage que je vous fais -ici de mes petites affaires, j'aurais voulu vous en étourdir sous les -ombrages d'Augerville et au bord de l'Essonne. Vous voyez que je ne le -puis malheureusement pas, et vous pensez bien, je l'espère, que c'est -contre ma plus chère volonté.»</p> - -<p class="center">*</p> - -<p><i>Paris</i>, 9 <i>septembre.</i>—Parti de Champrosay à sept heures; trouvé là -Leroy d'Étiolés.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>11 <i>septembre.</i>—Je retourne travailler à Saint-Sulpice; je fais -beaucoup à l'<i>Héliodore</i><a name="NoteRef_472_461" id="NoteRef_472_461"></a><a href="#Note_472_461" class="fnanchor">[472]</a>. Le lendemain, impuissance ...</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>14 <i>septembre.</i>—Je vais au Louvre voir le dessin de Masson, en -comparaison de mon tableau<a name="NoteRef_473_462" id="NoteRef_473_462"></a><a href="#Note_473_462" class="fnanchor">[473]</a>.—Belles restaurations des tableaux -espagnols. Contours noirs dans plusieurs parties du Murillo; sont-ils -de lui?—Revu l'étrange <i>Baptême du Christ</i> de Rubens jeune.</p> - -<p><span class="pagenum"><a name="Page_351" id="Page_351">[p. 351]</a></span></p> - -<p class="center">*</p> - -<p>15 <i>septembre.</i>—Copié un passage de <i>Jane Eyre</i><a name="NoteRef_474_463" id="NoteRef_474_463"></a><a href="#Note_474_463" class="fnanchor">[474]</a>.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>17 <i>septembre.</i>—Vu de Rudder<a name="NoteRef_475_464" id="NoteRef_475_464"></a><a href="#Note_475_464" class="fnanchor">[475]</a>, qui me parle de la Marbouty dans le -sens que je connaissais.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>19 <i>septembre.</i>—Donné aujourd'hui à Haro la <i>Petite Vue de Dieppe</i> -pour y mettre une bordure noire.—-L'esquisse de <i>Mirabeau</i> pour -rentoiler<a name="NoteRef_476_465" id="NoteRef_476_465"></a><a href="#Note_476_465" class="fnanchor">[476]</a>.</p> - -<p>Aujourd'hui, dîner chez Mme de Forget avec Mme Menéval, un M. Dufour, -compagnon de Batta à Tripoli; il me parle beaucoup de lui, toujours -fumant, toujours avec son opium. Il me parle beaucoup de ce calme de -la vie dans ces pays; l'insouciance de nos petites affaires et de nos -petits plaisirs.</p> - -<p>M. Yvan me donne son remède contre la fièvre; il est général en Russie, -et cela lui a réussi quand la quinine était impuissante: faire sécher -du gros sel gris au soleil ou sur une assiette sur le feu, en mettre -une poignée dans un verre d'eau qu'on avale. (Consulter cependant.)</p> - -<p>—<i>Frappement du rocher</i>: Hommes, femmes, animaux épuisés, chameaux, -empressement vers la source.</p> - -<hr class="b2" /> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_465_454" id="Note_465_454"></a><a href="#NoteRef_465_454"><span class="label">[465]</span></a> Voir <i>Catalogue Robaut</i>, n° 1410.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_466_455" id="Note_466_455"></a><a href="#NoteRef_466_455"><span class="label">[466]</span></a> Voir <i>Catalogue Robaut</i>, n° 1175.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_467_456" id="Note_467_456"></a><a href="#NoteRef_467_456"><span class="label">[467]</span></a> Voir <i>Catalogue Robaut</i>, n° 1103.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_468_457" id="Note_468_457"></a><a href="#NoteRef_468_457"><span class="label">[468]</span></a> Voir <i>Catalogue Robaut</i>, n° 1000.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_469_458" id="Note_469_458"></a><a href="#NoteRef_469_458"><span class="label">[469]</span></a> Voir <i>Catalogue Robaut</i>, n° 1438.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_470_459" id="Note_470_459"></a><a href="#NoteRef_470_459"><span class="label">[470]</span></a> Voir <i>Catalogue Robaut</i>, n° 1227.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_471_460" id="Note_471_460"></a><a href="#NoteRef_471_460"><span class="label">[471]</span></a> Voir <i>Catalogue Robaut</i>, n° 1277.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_472_461" id="Note_472_461"></a><a href="#NoteRef_472_461"><span class="label">[472]</span></a> Voir <i>Catalogue Robaut</i>, n° 1340.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_473_462" id="Note_473_462"></a><a href="#NoteRef_473_462"><span class="label">[473]</span></a> <i>Dante et Virgile</i>, l'eau-forte <i>d'Adolphe Masson</i>, est -encore inédit.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_474_463" id="Note_474_463"></a><a href="#NoteRef_474_463"><span class="label">[474]</span></a> Roman anglais de <i>Currer Bell</i>, pseudonyme de <i>Charlotte -Brontë.</i> Ce livre, qui eut un grand retentissement en Angleterre, fut -immédiatement traduit en français.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_475_464" id="Note_475_464"></a><a href="#NoteRef_475_464"><span class="label">[475]</span></a> <i>Louis-Henri de Rudder</i> (1807-1881), peintre élève de -Gros et de Charlet.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_476_465" id="Note_476_465"></a><a href="#NoteRef_476_465"><span class="label">[476]</span></a> <i>Mirabeau et Dreux-Brézé.</i> Voir <i>Catalogue Robaut</i>, -n<sup>os</sup> 359 et 360.</p> - -<hr class="chap" /> - -<p><span class="pagenum"><a name="Page_352" id="Page_352">[p. 352]</a></span></p></div> - - - - -<h3><a name="c1859" id="c1859">1859</a></h3> - - -<p><i>Champrosay,</i>9 <i>janvier.—Sur la difficulté de conserver l'impression -du croquis primitif.—De la nécessité des sacrifices.</i>—Sur les -artistes qui, comme Vernet, finissent <i>tout de suite</i>, et du mauvais -effet qui en résulte. Voir mes notes du 4 avril 1854<a name="NoteRef_477_466" id="NoteRef_477_466"></a><a href="#Note_477_466" class="fnanchor">[477]</a>.</p> - -<p>Promenade à la forêt et visite au couvent en ruine de l'Ermitage. -Stupidité des démolisseurs, tant fanatiques religieux que fanatiques -révolutionnaires. Solidité de ces constructions de moines. Voir mes -notes du 13 mai 1853<a name="NoteRef_478_467" id="NoteRef_478_467"></a><a href="#Note_478_467" class="fnanchor">[478]</a>.</p> - -<p>—Avantages de l'éducation suivant Labruyère.—L'éducation se fait avec -les honnêtes gens. Voir mes notes du 8 mars 1853<a name="NoteRef_479_468" id="NoteRef_479_468"></a><a href="#Note_479_468" class="fnanchor">[479]</a>.</p> - -<p>—Sur les choses inachevées, impressions d'ébauches à propos du chêne -d'Antain. Que <i>Michel-Ange</i> doit une partie de son effet au manque de -proportions. Voir mes notes du 9 mai 1853<a name="NoteRef_480_469" id="NoteRef_480_469"></a><a href="#Note_480_469" class="fnanchor">[480]</a>.</p> - -<p><span class="pagenum"><a name="Page_353" id="Page_353">[p. 353]</a></span></p> - -<p>—Tirade sur Girardin qui revenait sans cesse à cette époque sur le -labourage à la vapeur. La moralité ne me paraît pas devoir gagner à -dispenser les hommes de travail. Auront-ils une patrie? se lèveront-ils -pour la défendre? Voir mes notes du 17 mai 1853<a name="NoteRef_481_470" id="NoteRef_481_470"></a><a href="#Note_481_470" class="fnanchor">[481]</a>.</p> - -<p>—<i>Sur la couleur.</i> Que les Rubens et les Titien ont employé des -couleurs brillantes, et David des couleurs ternes. Excès de sobriété -préconisé chez les modernes. Voir mes notes du 13 novembre 1857<a name="NoteRef_482_471" id="NoteRef_482_471"></a><a href="#Note_482_471" class="fnanchor">[482]</a>.</p> - -<p>—Sur le mot <i>distraction.</i> On la cherche dans les travaux de toute -sorte, y compris ceux de l'esprit; on se distrait avec des ouvrages -qui ont servi à d'autres de distraction Voir mes notes du 9 novembre -1857<a name="NoteRef_483_472" id="NoteRef_483_472"></a><a href="#Note_483_472" class="fnanchor">[483]</a>.</p> - -<p>—Sur l'<i>ébauche</i> et sur le <i>fini.</i> Les improvisations de Chopin plus -hardies que l'ouvrage; on ne gâte pas en finissant, quand on est grand -artiste. Voir mes notes du 20 avril 1853<a name="NoteRef_484_473" id="NoteRef_484_473"></a><a href="#Note_484_473" class="fnanchor">[484]</a>.</p> - -<p>—Perfection de Mozart qui ne brille pas par le voisinage du mauvais. -Voir mes notes du 18 avril 1853<a name="NoteRef_485_474" id="NoteRef_485_474"></a><a href="#Note_485_474" class="fnanchor">[485]</a>.</p> - -<p>—Il y a aussi les génies fougueux, dont le temps consacre les -imperfections, Rubens, etc.</p> - -<hr class="b2" /> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_477_466" id="Note_477_466"></a><a href="#NoteRef_477_466"><span class="label">[477]</span></a> Voir t. II, p 324.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_478_467" id="Note_478_467"></a><a href="#NoteRef_478_467"><span class="label">[478]</span></a> Voir t. II, p. 191 et 192.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_479_468" id="Note_479_468"></a><a href="#NoteRef_479_468"><span class="label">[479]</span></a> Voir t. II, p. 182 et suiv.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_480_469" id="Note_480_469"></a><a href="#NoteRef_480_469"><span class="label">[480]</span></a> Voir t. II, p. 185 et 186.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_481_470" id="Note_481_470"></a><a href="#NoteRef_481_470"><span class="label">[481]</span></a> Voir t. II, p. 198.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_482_471" id="Note_482_471"></a><a href="#NoteRef_482_471"><span class="label">[482]</span></a> Voir t. III, p. <a href="#Page_297">297</a>.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_483_472" id="Note_483_472"></a><a href="#NoteRef_483_472"><span class="label">[483]</span></a> Voir t. III, p. <a href="#Page_296">296</a>.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_484_473" id="Note_484_473"></a><a href="#NoteRef_484_473"><span class="label">[484]</span></a> Voir t. II, p. 163 et 164.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_485_474" id="Note_485_474"></a><a href="#NoteRef_485_474"><span class="label">[485]</span></a> Non retrouvées.</p> - -<p><span class="pagenum"><a name="Page_354" id="Page_354">[p. 354]</a></span></p></div> - - -<hr class="b2" /> - -<p>1<sup>er</sup> <i>mars.</i>—<span class="smcap">Dictionnaire</span>.</p> - -<p><i>Tableau.</i> Faire un tableau, l'art de le conduire depuis l'ébauche -jusqu'au fini. C'est une science et un art tout à la fois; pour s'en -acquitter d'une manière vraiment savante, une longue expérience est -indispensable.</p> - -<p>L'art est si long que, pour arriver à <i>systématiser</i><a name="NoteRef_486_475" id="NoteRef_486_475"></a><a href="#Note_486_475" class="fnanchor">[486]</a> certains -principes qui, au fond, régissent chaque partie de l'art, il faut la -vie entière. Les talents nés trouvent d'instinct le moyen d'arriver à -exprimer leurs idées; c'est chez eux un mélange <i>d'élans spontanés</i> -et de <i>tâtonnements</i>, à travers lesquels l'idée se fait jour avec -un charme peut-être plus particulier que celui que peut offrir la -production d'un maître consommé.</p> - -<p>Il y a dans l'aurore du talent quelque chose de naïf et de hardi en -même temps qui rappelle les grâces de l'enfance et aussi son heureuse -insouciance des conventions qui régissent les hommes faits. C'est ce -qui rend plus surprenante la hardiesse que déploient à une époque -avancée de leur carrière les maîtres illustres. Être <i>hardi</i><a name="NoteRef_487_476" id="NoteRef_487_476"></a><a href="#Note_487_476" class="fnanchor">[487]</a>, -quand on a un passé à compromettre, est le plus grand signe de la force.</p> - -<p>Napoléon met, je crois, Turenne au-dessus de tous les capitaines, parce -qu'il remarque que ses plans<span class="pagenum"><a name="Page_355" id="Page_355">[p. 355]</a></span> étaient plus audacieux à mesure qu'il -avançait en âge. Napoléon lui-même a donné l'exemple de cette qualité -extraordinaire.</p> - -<p>Dans les arts en particulier, il faut un sentiment bien profond pour -maintenir l'originalité de sa pensée en dépit des habitudes auxquelles -le talent lui-même est fatalement enclin à s'abandonner. Après avoir -passé une grande partie de sa vie à accoutumer le public à son génie, -il est très difficile à l'artiste de ne pas se répéter, de renouveler, -en quelque sorte, son talent, afin de ne pas tombera son tour dans ce -même inconvénient de la banalité et du lieu commun qui est celui des -hommes et des écoles qui vieillissent.</p> - -<p>Gluck<a name="NoteRef_488_477" id="NoteRef_488_477"></a><a href="#Note_488_477" class="fnanchor">[488]</a> a donné l'exemple le plus remarquable de cette force -de volonté qui n'était autre que celle de son génie. Rossini a -toujours été se renouvelant jusqu'à son dernier chef-d'œuvre, -qui prématurément a clos son illustre carrière de chefs-d'œuvre. -Raphaël, Mozart, etc., etc.</p> - -<p><i>Hardiesse.</i> Il ne faudrait cependant pas attribuer cette hardiesse, -qui est le cachet des grands artistes, uniquement à ce don de -renouvellement ou de rajeunissement du talent par des moyens d'effets -nouveaux. Il est des hommes qui donnent leur mesure<span class="pagenum"><a name="Page_356" id="Page_356">[p. 356]</a></span> du premier coup, -et dont la sublime monotonie est la principale qualité. Michel-Ange -n'a point varié la physionomie de ce terrible talent qui a renouvelé -lui-même toutes les écoles modernes et leur a imprimé un élan -irrésistible.</p> - -<p>Rubens a été Rubens tout de suite. Il est remarquable qu'il n'a pas -même varié son exécution, qu'il a très peu modifiée, même après l'avoir -reçue de ses maîtres. S'il copie Léonard de Vinci, Michel-Ange, le -Titien,—et il a copié sans cesse,—il semble qu'il s'y soit montré -plus Rubens que dans ses ouvrages originaux.</p> - -<p><i>Imitation.</i> On commence toujours par imiter.</p> - -<p>Il est bien convenu que ce qu'on appelle <i>création</i> dans les grands -artistes n'est qu'une manière particulière à chacun de voir, de -coordonner et de rendre la nature. Mais non seulement ces grands hommes -n'ont rien créé dans le sens propre du mot, qui veut dire: de <i>rien</i> -faire <i>quelque chose</i>; mais encore ils ont dû, pour former leur talent -ou pour le tenir en haleine, imiter leurs devanciers et les imiter -presque sans cesse, volontairement ou à leur insu.</p> - -<p>Raphaël, le plus grand des peintres, a été le plus <i>appliqué à -imiter</i><a name="NoteRef_489_478" id="NoteRef_489_478"></a><a href="#Note_489_478" class="fnanchor">[489]</a>: imitation de son maître, laquelle<span class="pagenum"><a name="Page_357" id="Page_357">[p. 357]</a></span> a laissé dans son -style des traces qui ne se sont jamais effacées; imitation de l'antique -et des maîtres qui l'avaient précédé, mais en se dégageant par degrés -des langes dont il les avait trouvés enveloppés; imitation de ses -contemporains et des écoles étrangères, telles que l'Allemand Albert -Dürer, le Titien, Michel-Ange, etc.</p> - -<p>Rubens a imité sans cesse, mais de telle sorte qu'il est difficile -de...<a name="NoteRef_490_479" id="NoteRef_490_479"></a><a href="#Note_490_479" class="fnanchor">[490]</a>.</p> - -<p><i>Imitateurs.</i> On peut dire de Raphaël, de Rubens, qu'ils ont beaucoup -imité, et l'on ne peut sans injure les qualifier d'<i>imitateurs.</i> On -dira plus justement qu'ils ont eu beaucoup d'imitateurs, plus occupés -à calquer leur style dans de médiocres ouvrages, qu'à développer chez -eux un style qui leur fût propre. Les peintres qui se sont formés en -imitant leurs ouvrages, mais qui ont calqué le style de ces grands -hommes dans leurs ouvrages propres et qui n'en ont reproduit que de -<i>faibles parties</i><a name="NoteRef_491_480" id="NoteRef_491_480"></a><a href="#Note_491_480" class="fnanchor">[491]</a> par défaut d'originalité...</p> - - -<hr class="b2" /> -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_486_475" id="Note_486_475"></a><a href="#NoteRef_486_475"><span class="label">[486]</span></a> Dans un autre art, les écrits théoriques de Richard -Wagner sont la plus éclatante démonstration de cette idée.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_487_476" id="Note_487_476"></a><a href="#NoteRef_487_476"><span class="label">[487]</span></a> Voir notre Étude, p. XXXIII.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_488_477" id="Note_488_477"></a><a href="#NoteRef_488_477"><span class="label">[488]</span></a> On sait que <i>Gluck</i> composa ses plus belles œuvres et -donna le plus frappant exemple de hardiesse à un âge où généralement -les forces créatrices ont diminué, quand elles ne se sont pas -complètement éteintes chez la plupart des artistes. Il en fut de même -pour ce Titien, que Delacroix aima si passionnément dans la seconde -partie de sa carrière d'artiste.</p> - -<p><span class="pagenum"><a name="Page_358" id="Page_358">[p. 358]</a></span></p></div> - -<hr class="b2" /> - -<p>8 <i>août.</i>—Voir dans l'<i>Annuaire</i> de 1858, de l'Académie de -Bruxelles, à la page 139, une note ainsi conçue: «Sous le rapport -politique d'ailleurs, le métier des peintres n'occupait qu'un rang -comparativement inférieur. Il ne pouvait rivaliser avec les métiers -des bouchers, des poissonniers, des tailleurs, des forgerons, des -boulangers.» (Pour l'article sur la situation des artistes chez les -anciens et les modernes.—À faire pour le Dictionnaire de l'Académie.)</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>9 <i>août.</i>—«Malgré les travers qu'on lui a reprochés, la violence de -son caractère, son esprit irritable, sarcastique, son amour presque -maladif de la solitude...» (Article de Clément sur Michel-Ange. <i>Revue -des Deux Mondes</i> du 1<sup>er</sup> juillet 1859.)</p> - -<p class="center">*</p> - -<p><i>Strasbourg</i>, 23 <i>août.</i>—J'écris à Mme de Forget:</p> - -<p>«Je vous donne quelques nouvelles de mon voyage et de mon séjour.</p> - -<p>«Je suis arrivé sans trop de poussière et de chaleur, même sans trop -d'embarras, quoique tous les départs fussent encombrés de la foule des -curieux de province qui étaient venus à Paris admirer nos splendeurs, -que j'ai fuies autant que j'ai pu.</p> - -<p>«La distraction et la locomotion n'ont pas suffi à<span class="pagenum"><a name="Page_359" id="Page_359">[p. 359]</a></span> me remettre encore; -j'espère que le repos profond dont je jouis ici avec mon bon parent -dissipera ce malaise. Quel que soit l'état de la santé, et en l'absence -de plaisirs plus vifs, le seul changement de lieu suffit pour procurer -un grand agrément. Cette ville semble bien primitive ou, si vous -voulez, bien arriérée en comparaison de Paris.</p> - -<p>«Je n'entends parler qu'allemand; cela me rassure un peu sur la crainte -d'être troublé dans mes promenades par la rencontre de connaissances -importunes; mais où ne rencontre-t-on pas des importuns? Je lis, -je dors beaucoup, je me promène un peu et je jouis infiniment du -tête-à-tête de mon cousin, dont j'aime l'esprit et l'expérience, et -qui a précisément les mêmes goûts que moi: cela va durer ainsi jusqu'à -ce que j'aille joindre pour peu de jours seulement mon brave cousin de -Champagne, qui se trouve sur ma route pour retourner à Paris.</p> - -<p>«Tout cela me conduira jusqu'au 10 septembre environ, et Dieu veuille -qu'alors j'aie repris assez de forces pour me remettre à mon travail, -que je désirais pousser cet automne.</p> - -<p>«Comment allez-vous? Comment gouvernez-vous votre imagination? Car -c'est là le grand point: on est heureux quand on croit l'être, et si -votre esprit, au contraire, est ailleurs, toutes les distractions -du monde ne font rien pour la satisfaction. Je suis sûr que vous -seriez rafraîchie par la vue de ces bonnes campagnes et de ces belles -promenades qui commencent<span class="pagenum"><a name="Page_360" id="Page_360">[p. 360]</a></span> tout de suite hors des murs de cette ville. -Point de bruit, peu de voitures et de toilette; en un mot, on est à -cent ans en arrière; cela ferait fuir tout le monde et cela m'enchante.</p> - -<p>«<i>P. S.</i>—Je lis avec délices un très vieux livre que je n'avais pas -lu ou que je ne me rappelais plus: le <i>Bachelier de Salamanque</i>, de -Lesage. Lisez ou relisez-le; vous verrez à quelle distance cela met -tous nos hommes de génie.»</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>25 <i>août.</i>—Préface de la dernière édition de Boileau.</p> - -<hr class="b2" /> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_489_478" id="Note_489_478"></a><a href="#NoteRef_489_478"><span class="label">[489]</span></a> Dans son étude sur Raphaël, Delacroix avait déjà énoncé -et développé cette idée qui lui semblait féconde en points de vue -intéressants: «Beaucoup de critiques, dit-il, seront peut-être tentés -de lui reprocher (à Raphaël) ce qui me semble, à moi, la marque la plus -sûre du plus incomparable talent, je veux parler de l'adresse avec -laquelle il sut imiter, et du parti prodigieux qu'il tira, non pas -seulement des anciens ouvrages, mais de ceux de ses émules et de ses -contemporain.»</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_490_479" id="Note_490_479"></a><a href="#NoteRef_490_479"><span class="label">[490]</span></a> Inachevé dans le manuscrit.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_491_480" id="Note_491_480"></a><a href="#NoteRef_491_480"><span class="label">[491]</span></a> Dans cette même étude sur Raphaël, le maître ajoutait à -propos des imitateurs: «Il y a plusieurs manières d'imiter: chez les -uns, c'est une nécessité de leur nature indigente qui les précipite -à la suite des beaux ouvrages. Ils croient y rallumer leur flamme -sans chaleur, et appellent cela y puiser de l'inspiration... Chez les -autres, l'imitation est comme une condition indispensable du succès. -C'est elle qui s'exerce dans les écoles sous les yeux et sous la -direction d'un même maître. Réussir, c'est approcher le plus possible -de ce type unique. Imiter la nature est bien le prétexte, mais la palme -appartient seulement à celui qui l'a vue des mêmes yeux et l'a rendue -de la même manière que le maître. Ce n'est pas là l'imitation chez -Raphaël. On peut dire que son originalité ne paraît jamais plus vive -que dans les idées qu'il emprunte. Tout ce qu'il touche, il le relève, -et le fait vivre d'une vie nouvelle. C'est bien lui qui semble alors -reprendre ce qui lui appartient, et féconder des germes stériles qui -n'attendaient que sa main pour donner leurs vrais fruits.» (<i>Revue de -Paris</i>, t. II, 1830.)</p></div> - - -<hr class="b2" /> - -<p>9 <i>septembre.</i>—Les cousins sont arrivés dans la nuit.</p> - -<p>Promenade le matin avec le cousin dans la plaine riante où sont ses -pièces. J'y ai dessiné.</p> - -<p>Je trouve dans Bayle: «Notez que les dogmes des philosophes païens -étaient si mal liés et si mal combinés.....» (Thalès.)</p> - - -<hr class="b2" /> - -<p>12 <i>octobre.</i>—Les vraies beautés dans les arts sont éternelles, et -elles seraient admises dans tous les temps; mais elles ont l'habit -de leur siècle: il leur en reste quelque chose, et malheur surtout -aux ouvrages qui paraissent dans les époques où le goût général est -corrompu!</p> - -<p>On nous peint la vérité toute nue: je ne le conçois que pour des -vérités abstraites; mais toute vérité dans les arts se produit par des -moyens dans<span class="pagenum"><a name="Page_361" id="Page_361">[p. 361]</a></span> lesquels la main de l'homme se fait sentir, par conséquent -avec la forme <i>convenue</i><a name="NoteRef_492_481" id="NoteRef_492_481"></a><a href="#Note_492_481" class="fnanchor">[492]</a> et adoptée dans le temps où vit l'artiste.</p> - -<p>Le langage de son temps donne une couleur particulière à l'ouvrage -du poète; cela est si vrai qu'il est impossible de donner, dans une -traduction faite beaucoup plus tard, une idée exacte d'un poème. Celui -de <i>Dante</i>, malgré toutes les tentatives plus ou moins heureuses, ne -sera jamais rendu dans sa beauté naïve par la langue de Racine et de -Voltaire. Homère de même. Virgile, venu dans une époque plus raffinée, -qui ressemblait à la nôtre, Horace même, malgré la concision de son -langage, seront rendus plus heureusement en français; l'abbé Delille -a traduit Virgile; Boileau eût traduit Horace; ce serait donc moins -la difficulté résultant de la diversité des langues que de l'esprit -différent des époques qui serait un obstacle à une vraie traduction. -L'italien du Dante n'est pas l'italien de nos jours; des idées antiques -vont à une langue antique. Nous appelons naïfs ces auteurs anciens: -c'est leur époque qui l'était, par rapport à la nôtre seulement.</p> - -<p><span class="pagenum"><a name="Page_362" id="Page_362">[p. 362]</a></span></p> - -<p>Les usages d'une époque diffèrent entièrement; la manière d'être -expressif, d'être plaisant, de s'exprimer, en un mot, sont en -harmonie avec la tournure des esprits. Nous ne voyons les Italiens du -quatorzième siècle qu'à travers la <i>Divine Comédie</i>; ils vivaient comme -nous, mais s'égayaient des choses plaisantes de leur temps.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>25 <i>octobre.</i>—Le mot de M. Pasquier, en parlant de Solferino: «C'est -comme la confiance; cela se gagne, cela ne se commande pas.»</p> - -<p>Hugo disait à Berryer: «<i>Nous sommes tous comme cela.</i>» Il faisait -allusion à la crainte de devenir aveugle.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p><i>Augerville</i>, 31 <i>octobre.</i>—Montaigne<a name="NoteRef_493_482" id="NoteRef_493_482"></a><a href="#Note_493_482" class="fnanchor">[493]</a> ayant été élu maire de -Bordeaux..... (<i>Revue britannique.</i>)</p> - -<hr class="b2" /> -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_492_481" id="Note_492_481"></a><a href="#NoteRef_492_481"><span class="label">[492]</span></a> Cette idée paraît bien l'avoir préoccupé à cette époque, -car à la date du 1<sup>er</sup> septembre, sur un album qu'il avait -emporté à Strasbourg, Delacroix écrivait: «Le réaliste le plus obstiné -est bien forcé d'employer, pour rendre la nature, certaines conventions -de composition ou d'exécution. S'il est question de la composition, il -ne peut prendre un morceau isolé ou même une collection de morceaux -pour en faire un tableau... Le réaliste obstiné corrigera dans un -tableau cette inflexible perspective qui fausse la vue des objets à -force de justesse.» (<span class="smcap">Eugène Delacroix</span>, <i>sa vie et ses œuvres</i>, p. -406 et 407.)</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_493_482" id="Note_493_482"></a><a href="#NoteRef_493_482"><span class="label">[493]</span></a> Les lacunes du Journal en 1859, si intéressants que -soient les passages qui nous restent, sont d'autant plus regrettables -que ce fut l'année de sa plus belle exposition, celle aussi où la -critique manifesta vis-à-vis du maître le plus impitoyable acharnement. -Delacroix avait envoyé au Salon la <i>Montée au Calvaire</i>, le <i>Christ -descendu au tombeau</i>, un <i>Saint Sébastien, Ovide en exil chez les -Scythes, Herminie et les bergers, Rebecca enlevée par le templier, -Hamlet, Les bords du fleuve Sébou.</i> Les vrais artistes qui ont conservé -le souvenir de cette exposition se la rappellent comme une des plus -imposantes du peintre. Il eût été curieux de retrouver dans les notes -intimes de Delacroix la trace des amertumes et des légitimes colères -que l'injustice de ses contemporains dut susciter en lui après tant -d'années de luttes!</p> - -<hr class="chap" /> - -<p><span class="pagenum"><a name="Page_363" id="Page_363">[p. 363]</a></span></p></div> - - - - -<h3><a name="c1860" id="c1860">1860</a></h3> - - -<p>3 <i>janvier.</i>—Extrait de <i>Consuelo:</i> «...Comme le héros fabuleux, -Consuelo était descendue dans le Tartare pour en tirer son ami, et elle -en avait rapporté l'épouvante et l'égarement.»</p> - -<p>—Article sur l'Égypte, de M. Lèbre<a name="NoteRef_494_483" id="NoteRef_494_483"></a><a href="#Note_494_483" class="fnanchor">[494]</a>: «...Les justes, au contraire, -présentent des offrandes aux dieux, cueillent les fruits des arbres de -vie, ou, des faucilles à la main, moissonnent les campagnes du ciel; -d'autres se baignent et jouent dans des bassins d'eau primordiale.»</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>15 <i>janvier.</i>—<span class="smcap">Dictionnaire</span>.</p> - -<p><i>Hardiesse.</i> Il faut une grande hardiesse pour oser <i>être soi</i>; c'est -surtout dans nos temps de décadence que cette qualité est rare. Les -artistes primitifs ont été hardis avec naïveté et pour ainsi dire sans -le savoir; en effet, la plus grande des hardiesses, c'est de sortir -du convenu et des habitudes; or, des gens<span class="pagenum"><a name="Page_364" id="Page_364">[p. 364]</a></span> qui viennent les premiers -n'ont point de précédents à craindre; le champ était libre devant eux; -derrière eux, aucun précédent pour enchaîner leur inspiration. Mais -chez les modernes, au milieu de nos écoles corrompues et intimidées -par des précédents bien faits pour enchaîner des élans présomptueux, -rien de si rare que cette confiance qui seule fait produire les -chefs-d'œuvre.</p> - -<p>Bonaparte dit à Sainte-Hélène, en parlant de l'amiral Brueys<a name="NoteRef_495_484" id="NoteRef_495_484"></a><a href="#Note_495_484" class="fnanchor">[495]</a>, -celui qui mourut si glorieusement à Aboukir: «Il n'avait pas dans la -bonté de ses plans cette confiance, etc.», ni la véritable hardiesse, -celle qui est fondée sur une originalité native. Il faut reconnaître -qu'on rencontre trop fréquemment, chez le commun des artistes, une -confiance aveugle dans des forces que s'attribue une vaniteuse -médiocrité. Des hommes dépourvus d'idées et de toute espèce d'invention -se prennent bonnement pour des génies et se proclament tels.</p> - -<p><span class="smcap">Dictionnaire</span>.—<i>Préface.</i>—Ce qu'il importe dans un Dictionnaire<a name="NoteRef_496_485" id="NoteRef_496_485"></a><a href="#Note_496_485" class="fnanchor">[496]</a> -des Beaux-Arts, ce n'est pas de savoir si Michel-Ange était un grand -citoyen (l'histoire du portefaix qu'il perce d'une lance pour étudier<span class="pagenum"><a name="Page_365" id="Page_365">[p. 365]</a></span> -l'agonie d'un homme expirant sur une croix), comme il était le plus -grand artiste; mais comment se forma tout à coup son style à la suite -des tâtonnements d'écoles qui sortaient à peine des langes d'une timide -enfance, et quelle influence ce style prodigieux a eue sur tout ce qui -l'a suivi.</p> - -<p>Le lecteur se trouvera aussi dispensé de retrouver pour la millième -fois l'histoire ridicule du Corrège, mais il apprendra peut-être avec -plaisir ce que les nombreux historiens des artistes célèbres n'ont pas -redit assez: c'est combien les pas que ce grand homme a fait faire à -la peinture ont été surprenants, et combien, sous ce rapport, il se -rapproche de Michel-Ange lui-même.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>16 <i>janvier.</i>—<span class="smcap">Dictionnaire</span> (<i>Pour la Préface du.</i>) Un dictionnaire -de ce genre sera relativement nul s'il est l'ouvrage d'un seul homme -de talent; il serait meilleur encore, ou plutôt il serait le meilleur -possible, s'il était l'ouvrage de plusieurs hommes de talent, mais à -la condition que chacun d'eux traite son sujet sans la participation -de ses confrères. Fait commun, il retomberait dans la <i>banalité</i><a name="NoteRef_497_486" id="NoteRef_497_486"></a><a href="#Note_497_486" class="fnanchor">[497]</a>, -et ne<span class="pagenum"><a name="Page_366" id="Page_366">[p. 366]</a></span> s'élèverait pas beaucoup au-dessus d'un ouvrage composé en -société par de médiocres artistes. Chaque article amendé par chacun des -collaborateurs perdrait son originalité pour prendre sous le niveau des -corrections une unité banale et sans fruit pour l'instruction.</p> - -<p>C'est le fruit de l'expérience qu'il faut trouver dans un ouvrage de -ce genre. Or, l'expérience est toujours fructueuse chez les hommes -doués d'originalité; chez les artistes vulgaires, elle n'est qu'un -apprentissage un peu plus long des recettes qu'on trouve partout.</p> - -<p>On trouvera dans ce manuel des articles sur quelques artistes célèbres, -mais on n'y traitera ni de leur caractère, ni des événements de leur -vie. On y trouvera analysés plus ou moins longuement leur style -particulier, la manière dont chacun d'eux a adopté ce style, la partie -technique de l'art.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>17 <i>janvier.</i>—Le but principal d'un Dictionnaire des Beaux-Arts -n'est pas de récréer, mais d'instruire. Donner ou éclairer certains -principes essentiels, éclairer l'inexpérience avec plus ou moins de -succès, montrer la route à suivre et signaler les écueils sur les -routes dangereuses ou proscrites par le goût, telle est la marche qu'il -est bon de s'y proposer. Or, où trouve-t-on de meilleures applications -de principes que dans l'exemple des grands maîtres qui ont porté à la -perfection les différentes branches des arts? Quoi<span class="pagenum"><a name="Page_367" id="Page_367">[p. 367]</a></span> de plus instructif -que leurs erreurs elles-mêmes? Car l'admiration qu'inspirent ces hommes -privilégiés et venus les premiers ne doit pas être une admiration -aveugle; les adorer dans toutes leurs parties serait, particulièrement -pour de jeunes aspirants, ce qu'il y aurait de plus dangereux; -la plupart des artistes, même parmi ceux qui sont capables d'une -certaine perfection, sont enclins à s'appuyer sur les faiblesses des -grands hommes et à s'en autoriser. Ces parties qui, chez les hommes -privilégiés, sont généralement des exagérations de leur sentiment -particulier, deviennent facilement, chez de faibles imitateurs, de -grossières <i>bévues</i>; des écoles entières ont été fondées sur des côtés -mal interprétés des maîtres, et de déplorables erreurs ont été la -suite de ce zèle inconsidéré à s'inspirer des mauvais côtés des hommes -remarquables, ou plutôt de l'impuissance de reproduire quelque chose de -leurs sublimes parties.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>18 <i>janvier.</i>—Malheureusement, chaque homme ne peut suffire qu'à une -tâche restreinte; peut-être que beaucoup d'hommes capables d'écrire -d'excellentes choses sur la peinture ou sur les arts en général (je -parle toujours, non de simples critiques, mais d'hommes du métier en -état de répandre une véritable instruction) ont été retenus par l'idée -de l'insuffisance d'un seul homme, occupé d'ailleurs de l'exercice -même de sa profession, à faire un ouvrage sur ces matières si peu -approfondies.</p> - -<p><span class="pagenum"><a name="Page_368" id="Page_368">[p. 368]</a></span></p> - -<p><i>Faire un livre</i><a name="NoteRef_498_487" id="NoteRef_498_487"></a><a href="#Note_498_487" class="fnanchor">[498]</a> est une besogne à la fois si respectable et -si menaçante, qu'elle a glacé plus dune fois l'homme de talent prêt -à prendre la plume pour consacrer quelques loisirs à l'instruction -de ceux qui sont moins avancés que lui dans la carrière. Le livre a -mille avantages sans doute: il enchaîne, il déduit les principes, -il développe, il résume, il est un monument; enfin, à ce titre, il -flatte l'amour-propre de son auteur au moins autant qu'il éclaire les -lecteurs; mais il faut un plan, des transitions; l'auteur d'un livre -s'impose la tâche de ne rien omettre de ce qui a trait à sa matière.</p> - -<p>Le dictionnaire, au contraire, supprime une grande partie... S'il n'a -pas le sérieux du livre, il n'en offre pas la fatigue; il n'oblige -pas le lecteur haletant à le suivre dans sa marche et dans ses -développements; bien que le dictionnaire soit ordinairement l'ouvrage -des compilateurs proprement dits, il n'exclut pas l'originalité -des idées et des aperçus: mal inspiré serait celui qui ne verrait -dans le dictionnaire de Bayle, par exemple, que des compilations. -Il soulage l'esprit, qui a tant de peine à s'enfoncer dans de longs -développements, à suivre avec l'attention convenable ou à classer et -à diviser les matières. On le prend et on le quitte; on l'ouvre au -hasard, et il n'est pas<span class="pagenum"><a name="Page_369" id="Page_369">[p. 369]</a></span> impossible d'y trouver, dans la lecture de -quelques fragments, l'occasion d'une longue et fructueuse méditation.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>19 <i>janvier.</i>—Il s'est trouvé un homme comme Michel-Ange, qui était -peintre, architecte, sculpteur et poète. Un tel homme serait le plus -prodigieux des phénomènes, s'il était un grand poète en même temps -qu'il est le plus grand des sculpteurs et des peintres; mais la nature, -heureusement pour, les artistes qui marchent de loin sur ses traces, -et pour les consoler apparemment de lui être si inférieurs, n'a pas -permis qu'il fût aussi le premier des poètes. Il a écrit sans doute, -quand il était las de peindre ou d'édifier; mais sa vocation était -d'animer le marbre et l'airain, et non de disputer la palme aux Dante -et aux Virgile, ni même aux Pétrarque. Il a fait des pièces de courte -haleine, comme il convient à un homme qui a autre chose à faire que -de méditer longuement sur des rimes. S'il n'eût fait que ses sonnets, -il est probable que la postérité ne se fût pas occupée de lui. Cette -imagination dévorante avait besoin de se répandre sans cesse, et -quoique sans cesse rongé de mélancolie et même de découragement,—son -histoire le dit à chaque instant,—il avait besoin de s'adresser à -l'imagination des hommes en même temps qu'il en évitait la société. Il -n'admettait près de lui que des petites gens, que des subalternes, ses -praticiens qu'il pouvait à son gré écarter de son chemin, qu'il<span class="pagenum"><a name="Page_370" id="Page_370">[p. 370]</a></span> aimait -à ses heures et qu'il accueillait volontiers, quand il était fatigué de -la fréquentation forcée des grands qui lui dérobaient son temps et le -forçaient à des observances de civilité.</p> - -<p>La pratique d'un art demande un homme tout entier<a name="NoteRef_499_488" id="NoteRef_499_488"></a><a href="#Note_499_488" class="fnanchor">[499]</a>; c'est un -devoir de s'y consacrer pour celui qui en est véritablement épris. -Peinture, sculpture, sont presque le même art dans ces siècles de -renouvellement où les encouragements vont trouver le talent, où la -foule des talents médiocres n'a pas encore éparpillé la bonne volonté -des Mécènes et dérouté l'admiration du public; mais quand les écoles se -sont multipliées, que les médiocres talents abondent, qu'ils réclament -chacun une part de la munificence publique ou de celle des grands, à -qui accordera-t-on de prendre la place de plusieurs hommes en exerçant -à soi tout seul?... Que si l'on peut concevoir un seul homme professant -à la fois la sculpture, la peinture et même l'architecture, à cause des -liens qui unissent ces arts qui ne sont séparés que dans les époques -de décadence, on ne reconnaîtra pas aussi facilement la possibilité de -joindre<a name="NoteRef_500_489" id="NoteRef_500_489"></a><a href="#Note_500_489" class="fnanchor">[500]</a>...</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>25 <i>janvier.</i>—<span class="smcap">Dictionnaire</span>.</p> - -<p><i>Du goût des nations.</i></p> - -<p><span class="pagenum"><a name="Page_371" id="Page_371">[p. 371]</a></span></p> - -<p><i>L'amour des détails chez les Anglais.</i></p> - -<p><i>Du terrible.</i></p> - -<p><i>Du goût italien en musique, en art, etc.</i></p> - -<p class="center">*</p> - -<p>26 <i>janvier.—Charlet</i><a name="NoteRef_501_490" id="NoteRef_501_490"></a><a href="#Note_501_490" class="fnanchor">[501]</a>. Je ne suivrai pas l'auteur de la <i>Vie de -Charlet</i><a name="NoteRef_502_491" id="NoteRef_502_491"></a><a href="#Note_502_491" class="fnanchor">[502]</a> dans la partie anecdotique de son histoire. Cette partie -y occupe une grande place; ami du grand artiste, il a connu une foule -de particularités, et il fait ressortir comme il le doit les parties -honorables de son caractère. Il s'en est fait en quelque sorte un pieux -devoir, et on ne peut que lui donner des éloges à cet égard, comme -pour les parties de son ouvrage où il fait ressortir les qualités de -l'illustre dessinateur.</p> - -<p>Telle n'est pas la tâche d'un contemporain de Charlet, artiste comme -lui, qui entreprend de ramener le public à une estime de ses ouvrages -égale à leur mérite. En étalant aux yeux la partie intime de sa vie, il -se trouve en contradiction avec cette opinion dans laquelle il n'a fait -que s'affermir de plus en plus.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>27 <i>janvier.—Architecture</i><a name="NoteRef_503_492" id="NoteRef_503_492"></a><a href="#Note_503_492" class="fnanchor">[503]</a>. L'architecture est tombée de nos -jours dans une complète dégradation; c'est un art qui ne sait plus -où il en est; il veut faire du nouveau, et il n'y a pas d'hommes -nouveaux.<span class="pagenum"><a name="Page_372" id="Page_372">[p. 372]</a></span> La bizarrerie tient lieu de cette nouveauté tant cherchée -et est si peu nouvelle et originale, précisément parce qu'elle -est cherchée. Les anciens sont arrivés par degrés au comble de la -perfection, non pas tout d'un coup, non pas en se disant qu'il fallait -absolument étonner les esprits, mais en montant par degrés et presque -sans s'en douter à cette perfection qui a été le fruit du génie appuyé -sur la tradition. Qu'espèrent les architectes en rompant avec toutes -les traditions?</p> - -<p>On s'est lassé, dit-on, de l'architecture grecque, que les Romains, -tout grands qu'ils ont été, ont respectée, sauf les modifications -que leurs usages les ont conduits à adopter. Après les ténèbres du -moyen âge, la Renaissance, qui a été véritablement celle du goût, -c'est-à-dire du bon sens, c'est-à-dire du beau dans tous les genres, en -est revenue à ces proportions admirables dont il faudra toujours, en -dépit de toutes les prétentions à l'originalité, reconnaître l'empire -incontestable. Nos usages modernes, si différents en une foule de -points de ceux des anciens, s'y adaptent pourtant merveilleusement. De -l'air, de la lumière, une large circulation, des aspects grandioses, -répondent de plus en plus à cet élargissement graduel de nos villes et -de nos habitations. La vie renfermée et inquiète de nos pères, occupés -sans cesse à se défendre dans les maisons, à épier l'attaquant par des -meurtrières qui laissaient à peine pénétrer le jour, les rues étroites, -ennemies du développement<span class="pagenum"><a name="Page_373" id="Page_373">[p. 373]</a></span> des lignes que comporte le génie antique, -convenaient à une société opprimée et sans cesse sur le qui-vive.</p> - -<p>Que nous veulent donc ces constructeurs de bâtiments à la mode du Paris -du quinzième siècle? Ne semble-t-il pas qu'à chacune de ces meurtrières -qu'ils appellent des fenêtres, nous allons voir à chaque instant des -hommes l'arquebuse à la main, ou que nous allons voir retomber une -herse derrière les portes garnies de gonds formidables et de clous -menaçants?</p> - -<p>Les architectes ont abdiqué; il en est qui se défient d'eux-mêmes et -de leurs confrères à ce point qu'ils vous disent avec une espèce de -candeur qu'il n'y a plus d'inventeurs, et même que l'invention n'est -plus possible.</p> - -<p>Il faut donc se rejeter dans le passé, et comme, suivant eux, le goût -antique a fait son temps, ils s'inspirent du gothique qui leur semble -presque du neuf dans leur rajeunissement, à cause de la désuétude -dans laquelle il était tombé, et se jettent dans le gothique pour -paraître nouveaux. Quel gothique et quelle nouveauté! Il en est -qui avouent naïvement que le cercle est fermé, que les proportions -grecques les fatiguent par leur monotonie; qu'il n'y a plus de retour -que dans celles des monuments des siècles de barbarie; encore, s'ils -se servaient des proportions de cet art qu'on croyait enseveli en y -joignant quelques lueurs d'une invention propre!... Ils n'inventent -pas, ils calquent le gothique.</p> - -<p><span class="pagenum"><a name="Page_374" id="Page_374">[p. 374]</a></span></p> - -<p class="center">*</p> - -<p>30 <i>janvier.</i>—<span class="smcap">Dictionnaire</span>.</p> - -<p><i>Sujets de tableaux.</i>—Il est des artistes qui ne peuvent choisir leurs -sujets que dans des ouvrages qui prêtent au vague.</p> - -<p>Peut-être que les Anglais sont plus à l'aise en prenant leurs sujets -dans Racine et dans Molière que dans Shakespeare et lord Byron.</p> - -<p>Plus l'ouvrage qui donne l'idée du tableau est parlait, moins un art -voisin qui s'en inspire aura de chances de faire un effet égal sur -l'inspiration. Cervantes, Molière, Racine, etc.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>31 <i>janvier.—Sur l'âme.</i> Jacques avait de la peine à se persuader que -ce qu'on appelle l'<i>âme</i>, cet <i>être</i> impalpable,—si on peut appeler -un <i>être</i> ce qui n'a point de corps, ce qui ne peut tomber sous le -sens,—puisse continuer à être ce quelque chose qu'il sent, dont il ne -peut douter, quand l'habitation formée d'os, de chair, dans laquelle -circule le sang, où fonctionnent les nerfs, a cessé d'être cette usine -en mouvement, ce laboratoire de vie qui se soutient au milieu des -éléments contraires à travers tant d'accidents et de vicissitudes.</p> - -<p>Quand l'œil a cessé de voir, que deviennent les sensations qui -arrivent à cette pauvre âme, réfugiée je ne sais où, par le moyen de -cette manière de fenêtre ouverte sur la création visible? L'âme se -souvient, direz-vous, de ce qu'elle a vu, et s'exerce et se console -par le souvenir; mais si la mémoire, qui supplée à sa<span class="pagenum"><a name="Page_375" id="Page_375">[p. 375]</a></span> manière la -vue, ou l'ouïe, ou les sens enfin que nous perdons tour à tour, vient -à s'éteindre, quel sera l'aliment de cette flamme que personne n'a -vue? Que devient-elle quand, acculée dans ses refuges extrêmes par la -paralysie ou l'imbécillité, elle est contrainte enfin par la cessation -définitive de la vie, de l'exil pour jamais, de se séparer de ces -organes qui ne sont plus qu'une argile inerte? Exilée de ce corps, -que quelques-uns appellent sa prison, assiste-t-elle au spectacle de -cette décomposition mortelle, quand des prêtres viennent en cérémonie -murmurer des patenôtres sur cette argile insensible, ou quand une -voix s'élève par hasard pour lui adresser un dernier adieu? Au bord -de cette tombe qui va se fermer, recueille-t-elle sa part de ces -momeries funèbres? Que devient-elle à cet instant suprême où, forcée -de s'exiler tout à fait de ce corps qu'elle animait ou de qui elle -recevait l'animation, que devient sa condition dans ce veuvage de tous -les sens et au moment où le sang se retire et se glace, cesse de donner -l'impulsion à ce bizarre composé de matière et d'esprit, à peu près -comme le balancier d'une horloge qui en s'arrêtant arrête les rouages -et le mouvement?</p> - -<p>Jacques s'affligeait de ce doute mortel, etc.,—et toutefois il -sacrifiait à la gloire... Il passait des journées et des nuits à polir -un ouvrage ou des ouvrages destinés, à ce qu'il espérait, à perpétuer -son nom. Cette singulière contradiction de la recherche d'une vaine -renommée à laquelle sa cendre serait insensible,<span class="pagenum"><a name="Page_376" id="Page_376">[p. 376]</a></span> ne pouvait, d'une -part, ni le corriger de sa recherche, ni de l'autre lui donner l'espoir -de se survivre et de se sentir admiré quand il ne se sentirait plus -vivre.</p> - -<p>Un ami de Jacques était un matérialiste parfait: c'était un homme pour -qui ce petit domaine que nous appelons la science n'avait pas de coin -qu'il n'eût fouillé et approfondi. Il se demandait avec chagrin d où -cette âme immortelle aurait obtenu ce privilège de l'être toute seule -au milieu de tout ce que nous voyons; à moins de faire décidément de -cette âme des portions, des émanations du grand être, il lui semblait -qu'elle dût partager le sort commun, naître, si quelque chose qui n'est -rien peut naître, se développer dans sa nature et périr. Pourquoi, se -disait-il, si elle ne doit finir, aurait-elle commencé jamais?</p> - -<p>Les âmes innombrables de toutes les créatures humaines, y compris -celles des idiots, des Hottentots et de tant d'hommes qui ne diffèrent -en rien de la brute, auraient existé de toute éternité? Car enfin, -la matière, sauf ses modifications successives, est dans ce cas: il -fallait donc dans cette immensité de riens quelque chose destinée un -jour à donner l'intelligence à celle-ci. Pourquoi, si l'esprit ne se -perd pas, les créations des grandes âmes ne participent-elles pas à ce -privilège?</p> - -<p>Un bel ouvrage semble contenir une partie du génie de son auteur. Le -tableau, qui est de la matière,<span class="pagenum"><a name="Page_377" id="Page_377">[p. 377]</a></span> n'est beau que parce qu'il est animé -par un certain souffle, qui ne parvient pas plus à le préserver de la -destruction que notre âme chétive à faire durer notre chétif corps. -Au contraire, dans ce dernier cas, c'est souvent cette intempérante, -folle, déréglée, avare, qui précipite son compagnon, j'allais dire -inséparable, dans mille dangers et dans mille hasards.</p> - -<hr class="b2" /> -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_494_483" id="Note_494_483"></a><a href="#NoteRef_494_483"><span class="label">[494]</span></a> <i>Revue des Deux Mondes</i>, 15 juillet 1842, sur les -<i>Études égyptiennes en France.</i> L'auteur rappelle la représentation sur -les tombeaux du jugement des âmes par les dieux.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_495_484" id="Note_495_484"></a><a href="#NoteRef_495_484"><span class="label">[495]</span></a> L'amiral <i>Brueys d'Aigalliers</i> (1753-1798).</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_496_485" id="Note_496_485"></a><a href="#NoteRef_496_485"><span class="label">[496]</span></a> Delacroix écrivait à propos de ce projet de -dictionnaire: «On pourra contester le titre de dictionnaire donné à un -pareil ouvrage, à défaut d'un meilleur. On l'appellera, si l'on veut, -le recueil des idées qu'un seul homme a pu avoir sur un art, ou sur les -arts en général, pendant une carrière assez longue. Au lieu de faire un -livre où l'on aurait cherché à classer par ordre d'importance chacune -des matières...» (<i>Eugène Delacroix, sa vie et ses œuvres</i>, p. 431.)</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_497_486" id="Note_497_486"></a><a href="#NoteRef_497_486"><span class="label">[497]</span></a> Toujours extrait du même fragment: «Il faut presque en -venir à cette conclusion que plus le dictionnaire sera fait par des -hommes médiocres, plus il sera vraiment un dictionnaire, c'est-à-dire -un recueil des théories et des pratiques ayant cours. De là une -banalité d'aperçus complète. Un article ne pourra présenter une -certaine originalité, c'est-à-dire émaner d'un esprit ayant des idées -en propre, sans trancher avec ceux qui ne font que résumer les idées -de tout le monde sur la matière.» (<span class="smcap">Eugène Delacroix</span>, <i>sa vie et ses -œuvres</i>, p. 432.)</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_498_487" id="Note_498_487"></a><a href="#NoteRef_498_487"><span class="label">[498]</span></a> «L'auteur a le plus grand respect pour ce qu'on appelle -un livre; mais combien y a-t-il de gens qui lisent véritablement un -livre? Il en est bien peu, à moins que ce ne soit un livre d'histoire -ou un roman.» (<span class="smcap">Eugène Delacroix</span>, <i>sa vie et ses œuvres</i>, p. 434.)</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_499_488" id="Note_499_488"></a><a href="#NoteRef_499_488"><span class="label">[499]</span></a> C'est ce que Molière a si bien exprimé dans ce beau vers -de sa <i>Gloire du Val-de-Grâce</i>: -</p> -<p> -<span style="margin-left: 2em;">Et les emplois de feu demandent tout un homme!</span><br /> -</p> -</div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_500_489" id="Note_500_489"></a><a href="#NoteRef_500_489"><span class="label">[500]</span></a> La suite manque dans le manuscrit.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_501_490" id="Note_501_490"></a><a href="#NoteRef_501_490"><span class="label">[501]</span></a> Voir l'étude enthousiaste de Delacroix sur <i>Charlet</i> -dans la <i>Revue des Deux Mondes</i> du 1<sup>er</sup> juillet 1862.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_502_491" id="Note_502_491"></a><a href="#NoteRef_502_491"><span class="label">[502]</span></a> <i>Charlet, sa vie, ses lettres</i>, etc., par M. de La -Combe.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_503_492" id="Note_503_492"></a><a href="#NoteRef_503_492"><span class="label">[503]</span></a> Rapprocher ce morceau de ce qu'il a écrit sur le même -sujet à la fin du premier volume du Journal (Voir t. I, p. 424 et p. -451.)</p></div> - -<hr class="b2" /> - -<p>8 <i>février.</i>—Balzac dit dans ses <i>Petits Bourgeois</i>: «Dans les arts, -il arrive un point de perfection au-dessous duquel reste le talent et -qu'atteint seul le génie. Il est si peu de différence entre l'œuvre -du génie et l'œuvre du talent, etc. Il y a plus, le vulgaire y est -trompé, le cachet est une certaine apparence de facilité; en un mot, -son œuvre doit paraître ordinaire au premier aspect, tant elle est -toujours naturelle, même dans les sujets les plus élevés, etc.»</p> - -<p>Tirer la déduction à propos des ouvrages comme ceux de Decamps et -Dupré, en un mot de tous ceux qui emploient des moyens outrés. Il est -bien rare que les grands hommes soient outrés dans leurs ouvrages. -Examiner cela.</p> - -<p>Lawrence, Turner, Reynolds, en général tous les grands artistes -anglais, sont entachés d'exagération, particulièrement dans l'effet qui -empêche de les classer parmi les grands maîtres; ces effets outrés, ces -ciels sombres, ces contrastes d'ombre et de lumière, auxquels du reste -ils ont été conduits par leur propre<span class="pagenum"><a name="Page_378" id="Page_378">[p. 378]</a></span> ciel nuageux et variable, mais -qu'ils ont exagérés outre mesure, laissant parler, plus haut que leurs -qualités, les défauts qu'ils tiennent de la mode et du parti pris. -Ils ont des tableaux magnifiques, mais qui ne présenteront pas cette -éternelle jeunesse des vrais chefs-d'œuvre, exempts, j'oserais dire, -tous d'enduré et d'efforts.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>22 <i>février.—Réalisme.</i> Le réalisme devrait être défini l'<i>antipode</i> -de l'art<a name="NoteRef_504_493" id="NoteRef_504_493"></a><a href="#Note_504_493" class="fnanchor">[504]</a>. Il est peut-être plus odieux dans la peinture et dans -la sculpture que dans l'histoire et le roman; je ne parle pas de la -poésie, car par cela seul que l'instrument du poète est une pure -convention, un langage mesuré, en un mot, qui place tout d'abord le -lecteur au-dessus du terre à terre de la vie de tous les jours, ce -serait une plaisante contradiction dans les termes, qu'une poésie -réaliste, si on pouvait concevoir même ce monstre. Qu'est-ce que -serait, en sculpture par exemple, un<span class="pagenum"><a name="Page_379" id="Page_379">[p. 379]</a></span> art réaliste? De simples moulages -sur nature seraient toujours au-dessus de limitation la plus parfaite -que la main de l'homme puisse produire; car peut-on concevoir que -l'esprit ne guide pas la main de l'artiste, et croira-t-on possible en -même temps que, malgré toute son application à imiter, il ne teindra -pas ce singulier travail de la couleur de son esprit, à moins qu'on -n'aille jusqu'à supposer que l'œil seul et la main soient suffisants -pour produire, je ne dirai pas seulement une imitation exacte, mais -même quelque ouvrage que ce soit? Pour que le réalisme ne soit pas -un mot vide de sens, il faudrait que tous les hommes eussent le même -esprit, la même façon de concevoir les choses.</p> - -<p>Voir ce que j'ai dit dans les petits calepins bleus<a name="NoteRef_505_494" id="NoteRef_505_494"></a><a href="#Note_505_494" class="fnanchor">[505]</a> sur la -contradiction qu'il y a au théâtre entre le système qui veut suivre -les événements comme ils sont et celui qui les présente et les dispose -dans un certain ordre en vue de l'effet. Car quel est le but suprême -de toute espèce d'art, si ce n'est l'effet? La mission de l'artiste -consiste-t-elle seulement à disposer des matériaux et à laisser le -spectateur en tirer comme il pourra une délectation quelconque, -chacun à sa manière? N'y a-t-il pas, indépendamment de l'intérêt que -l'esprit trouve dans la marche simple et claire d'une composition, -dans le charme des situations habilement ménagées, une sorte de sens -moral attaché<span class="pagenum"><a name="Page_380" id="Page_380">[p. 380]</a></span> même à une fable, qui la fera ressortir avec plus de -succès que celui qui a disposé à l'avance toutes les parties de la -composition, de telle sorte que le spectateur ou le lecteur soit amené -sans s'en apercevoir à en être saisi et charmé? Que trouve-je dans un -grand nombre d'ouvrages modernes? Une énumération<a name="NoteRef_506_495" id="NoteRef_506_495"></a><a href="#Note_506_495" class="fnanchor">[506]</a> de tout ce qu'il -faut présenter au lecteur, surtout celle des objets matériels, des -peintures minutieuses de personnages, qui ne se peignent pas eux-mêmes -par leurs actions. Je crois voir ces chantiers de construction où -chacune des pierres taillées à part s'offre à ma vue, mais sans rapport -à sa place dans l'ensemble du monument. Je les détaille l'une après -l'autre au lieu de voir une voûte, une galerie, bien plus un palais -tout entier dans lequel corniches, colonnes, chapiteaux, statues même, -ne forment qu'un ensemble ou grandiose ou simplement agréable, mais où -toutes les parties sont fondues et coordonnées par un art intelligent.</p> - -<p>Dans la plupart des compositions modernes, je vois l'auteur appliqué à -décrire avec le même soin un personnage accessoire et les personnages -qui doivent occuper le devant de la scène. Il s'épuise à me montrer -sous toutes ses faces le subalterne qui ne paraît qu'un instant, et -l'esprit s'y attache comme au héros<span class="pagenum"><a name="Page_381" id="Page_381">[p. 381]</a></span> de l'histoire. Le premier des -principes, c'est celui de la nécessité des sacrifices<a name="NoteRef_507_496" id="NoteRef_507_496"></a><a href="#Note_507_496" class="fnanchor">[507]</a>.</p> - -<p>Des portraits séparés, quelle que soit leur perfection, ne peuvent -former un tableau. Le sentiment particulier peut seul donner l'unité, -et elle ne s'obtient qu'en ne montrant seulement que ce qui mérite -d'être vu.</p> - -<p>L'art, la poésie, vivent de fictions. Proposez au réaliste de -profession de peindre les objets surnaturels: un dieu, une nymphe, un -monstre, une furie, toutes ces imaginations qui transportent l'esprit!</p> - -<p>Les Flamands, si admirables dans la peinture des scènes familières de -la vie, et qui, chose singulière, y ont porté l'espèce d'idéal que ce -genre comporte comme tous les genres, ont échoué généralement (il faut -en excepter Rubens) dans les sujets mythologiques ou même simplement -historiques ou héroïques, dans des sujets de la fable ou tirés des -poètes. Ils affublent de draperies ou d'accessoires mythologiques -des figures peintes d'après nature, c'est-à-dire d'après de simples -modèles flamands, avec tout le scrupule qu'ils portent ailleurs dans -limitation<span class="pagenum"><a name="Page_382" id="Page_382">[p. 382]</a></span> d'une scène de cabaret. Il en résulte des disparates -bizarres qui font d'un Jupiter et d'une Vénus des habitants de Bruges -ou d'Anvers travestis, etc. (Rappeler le tombeau du maréchal de -Saxe<a name="NoteRef_508_497" id="NoteRef_508_497"></a><a href="#Note_508_497" class="fnanchor">[508]</a>.)</p> - -<p>Le réalisme est la grande ressource des novateurs dans les temps où les -écoles alanguies et tournant à la manière, pour réveiller les goûts -blasés du public, en sont venues à tourner dans le cercle des mêmes -inventions. Le retour à la nature est proclamé un matin par un homme -qui se donne pour inspiré.</p> - -<p>Les Carrache, et c'est l'exemple le plus illustre qu'on puisse citer, -ont cru qu'ils rajeunissaient l'école de Raphaël. Ils ont cru voir dans -le maître des défaillances dans le sens de l'imitation matérielle. -Il n'est pas bien difficile, en effet, de voir que les ouvrages de -Raphaël, que ceux de Michel-Ange, du Corrège et de leurs plus illustres -contemporains, doivent à l'imagination leur charme principal, et que -l'imitation du modèle y est secondaire et même tout à fait effacée. Les -Carrache, hommes très supérieurs, on ne peut le nier, hommes savants et -doués d'un grand sentiment de l'art, se sont dit un jour qu'il fallait -reprendre pour leur compte ce qui avait échappé à ces devanciers -illustres, ou plutôt ce qu'ils avaient dédaigné; ce dédain même leur a -peut-être paru une sorte d'impuissance de réunir dans leurs ouvrages -des qualités de nature diverse qui leur parurent, à<span class="pagenum"><a name="Page_383" id="Page_383">[p. 383]</a></span> eux, faire partie -intégrante de la peinture. Ils ouvrirent des écoles; c'est à eux, il -faut le dire, que commencent les écoles comme on les comprend de nos -jours, à savoir: l'étude assidue et préférée du modèle vivant, se -substituant presque entièrement à l'attention soutenue, donnée à toutes -les parties de l'art dont celle-ci n'est qu'une partie.</p> - -<p>Les Carrache se sont flattés sans doute que, sans déserter la largeur -et le sentiment profond de la composition, ils introduiraient -dans leurs tableaux des détails d'une imitation plus parfaite et -s'élèveraient ainsi au-dessus des grands maîtres qui les avaient -précédés. Ils ont conduit en peu de temps leurs disciples et sont -descendus eux-mêmes à une imitation plus réelle, il est vrai, mais qui -détachait l'esprit des parties plus essentielles du tableau conçu en -vue de plaire avant tout à l'imagination. Les artistes ont cru que le -moyen d'atteindre la perfection était de faire des tableaux une réunion -de morceaux imités fidèlement...</p> - -<p>David est un composé singulier de réalisme et d'idéal.</p> - -<p>Les Vanloo ne copiaient plus le modèle; bien que la trivialité de -leurs formes fût tombée dans le dernier abaissement, ils tiraient tout -de leur mémoire et de la pratique. Cet art-là suffisait au moment. -Les grâces factices, les formes énervées et sans accent de nature -suffisaient à ces tableaux jetés dans le même moule, sans originalité -d'invention, sans aucune des grâces naïves<span class="pagenum"><a name="Page_384" id="Page_384">[p. 384]</a></span> qui feront durer les -ouvrages des écoles primitives.</p> - -<p>David a commencé par abonder dans cette manière; c'était celle de -l'école dont il sortait. Dénué, je crois, d'une originalité bien -vive, mais doué d'un grand sens, né surtout au déclin de cette école -et au moment où l'admiration quelque peu irréfléchie de l'antique se -faisait jour, grâce encore à des génies médiocres comme les Mengs -et les Winckelmann, il fut frappé, dans un heureux moment, de la -langueur, de la faiblesse de ces honteuses productions de son temps; -les idées philosophiques qui grandissaient en même temps, les idées de -grandeur et de liberté du peuple se mêlèrent sans doute à ce dégoût -qu'il ressentit pour l'école dont il était issu. Cette répulsion, -qui honore son génie et qui est son principal titre de gloire, le -conduisit à l'étude de l'antique. Il eut le courage de refouler toutes -ses habitudes; il s'enferma pour ainsi dire avec le <i>Laocoon</i>, avec -l'<i>Antinoüs</i>, avec le <i>Gladiateur</i>, avec toutes les mâles conceptions -du génie antique. Il eut le courage de se refaire un talent, semblable -en ceci à l'immortel Gluck, qui, arrivé à un âge avancé, avait renoncé -à sa manière italienne, pour se retremper dans des sources plus pures -et plus naïves. Il fut le père de toute l'école moderne en peinture -et en sculpture; il réforma jusqu'à l'architecture, jusqu'aux meubles -à l'usage de tous les jours. Il fit succéder Herculanum et Pompéi au -style bâtard et Pompadour, et ses principes eurent une telle prise sur -les esprits, que son école ne lui fut<span class="pagenum"><a name="Page_385" id="Page_385">[p. 385]</a></span> pas inférieure et produisit des -élèves dont quelques-uns marchent ses égaux. Il règne encore à quelques -égards, et, malgré de certaines transformations apparentes dans le goût -de ce qui est l'école aujourd'hui, il est manifeste que tout dérive -encore de lui et de ses principes. Mais quels étaient ces principes, et -jusqu'à quel point s'y est-il confiné et y a-t-il été fidèle?</p> - -<p>Sans doute, l'antique a été la base, la pierre angulaire de son -édifice: la simplicité, la majesté de l'antique, la sobriété de la -composition, celle des draperies, portée plus loin encore que chez le -Poussin, mais dans l'imitation des parties, etc.</p> - -<p>David a immobilisé en quelque sorte la sculpture; car son influence -a dominé ce bel art aussi bien que la peinture. Si David a eu sur la -peinture une influence si complète, il a eu sur un art voisin, et qui -n'était pas le sien, plus d'influence encore.</p> - - -<hr class="b2" /> -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_504_493" id="Note_504_493"></a><a href="#NoteRef_504_493"><span class="label">[504]</span></a> Cette question du <i>réalisme</i> dans l'art, qu'il avait -déjà examinée à maintes reprises et à propos de laquelle nous avons -tenté de résumer son opinion dans notre Étude, on la trouve traitée -fragmentairement dans plusieurs passages de l'ouvrage déjà cité: «Le -but de l'artiste, écrit Delacroix, n'est pas de reproduire exactement -les objets: il serait arrêté aussitôt par l'impossibilité de le faire. -Il y a des effets très communs qui échappent entièrement à la peinture -et qui ne peuvent se traduire que par des équivalents: c'est à l'esprit -qu'il faut arriver, et les équivalents suffisent pour cela. Il faut -intéresser avant tout. Devant le morceau de nature le plus intéressant, -qui peut assurer que c'est uniquement par ce que voient nos yeux -que nous recevons du plaisir? L'aspect d'un paysage nous plaît non -seulement par son agrément propre, mais par mille traits particuliers -qui portent l'imagination au delà de cette vue même.» (<span class="smcap">Eugène -Delacroix</span>, <i>sa vie et ses œuvres</i>, p. 403.)</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_505_494" id="Note_505_494"></a><a href="#NoteRef_505_494"><span class="label">[505]</span></a> Non retrouvés.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_506_495" id="Note_506_495"></a><a href="#NoteRef_506_495"><span class="label">[506]</span></a> «Ce qui fait l'infériorité de la littérature moderne, -dit-il un peu plus loin, c'est la prétention de tout rendre: l'ensemble -disparaît noyé dans les détails, et l'ennui en est la conséquence.» -(<span class="smcap">Eugène Delacroix</span>, <i>sa vie et ses œuvres,</i> p. 408.)</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_507_496" id="Note_507_496"></a><a href="#NoteRef_507_496"><span class="label">[507]</span></a> Cette nécessité des <i>sacrifices</i> sur laquelle il s'est -longuement étendu en ce qui concerne la peinture, il l'appliquait aux -compositions littéraires: «Dans certains romans comme ceux de Cooper, -par exemple, il faut lire un volume de conversation et de description -pour trouver un moment intéressant: ce défaut dépare singulièrement les -ouvrages de Walter Scott, et rend bien difficile de les lire: aussi -l'esprit se promène languissant au milieu de cette monotonie et de ce -vide où l'auteur semble se complaire à se parler à lui-même.» (<span class="smcap">Eugène -Delacroix</span>, <i>sa vie et ses œuvres</i>, p. 408.)</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_508_497" id="Note_508_497"></a><a href="#NoteRef_508_497"><span class="label">[508]</span></a> Voir t. III, p. <a href="#Page_87">87</a>.</p></div> - - - -<hr class="b2" /> - -<p>1<sup>er</sup> <i>mars.</i>—Réunir sujets de tableaux pour composer à -Champrosay.</p> - -<p>—Emporter livre de notes pour matériaux, et quelques livres de la -bibliothèque faciles à lire: Cours d'étude; volumes de Voltaire et de -Saint-Simon; <i>Jérusalem délivrée</i>, le volume de l'Arioste; les sujets -d'<i>Ivanhoë</i>, de <i>Roméo</i>; la Vie de Charlet<a name="NoteRef_509_498" id="NoteRef_509_498"></a><a href="#Note_509_498" class="fnanchor">[509]</a>.</p> - -<p>—Acheter couleurs à l'aquarelle en tubes; s'en servir pour indiquer -l'effet, et le chercher ainsi à l'avance.</p> - -<p><span class="pagenum"><a name="Page_386" id="Page_386">[p. 386]</a></span></p> - -<p class="center">*</p> - -<p>3 <i>mars.</i>—Je suis sorti pour la troisième fois hier; je suis resté une -grande demi-heure assis dans le Luxembourg. Aujourd'hui, le temps était -aigre, je suis revenu plus tôt.</p> - -<p>Par quelle singularité la littérature la plus grave se trouve-t-elle -le lot du peuple qui a passé et passe encore pour le plus léger et -le plus frivole de la terre? Les anciens eux-mêmes, qui ont posé les -règles des choses de l'imagination dans tous les genres, ne présentent -point d'exemples d'un sentiment aussi soutenu de l'ordre. Il y a un -certain décousu dans les ouvrages des plus beaux génies de l'antiquité; -ils divaguent volontiers. Comme ils ont droit à tous nos respects, -nous leur passons tous leurs écarts. Nous ne sommes pas d'aussi bonne -composition pour nos hommes de talent. Un livre mal fait dans son -ensemble ne peut se sauver par la beauté des détails, ni même par -l'ingénieuse conception de l'ouvrage lui-même. Il faut que toutes -les parties, ingénieuses ou non, concourent dans une certaine mesure -à la connexion du tout, et par contre il faut, dans un ouvrage bien -ordonné et logiquement conduit, que les détails n'en déparent point la -conception. Quand une pièce de théâtre avait entraîné le public à la -représentation, l'auteur n'avait rempli que la moitié de sa tâche; il -fallait que l'ouvrage, comme on disait, se soutînt à la lecture.</p> - -<p>Il est probable que Shakespeare n'était guère soucieux de cette seconde -partie de son obligation envers<span class="pagenum"><a name="Page_387" id="Page_387">[p. 387]</a></span> son public. Quand il avait produit -à la représentation l'effet qu'il s'était promis, quand la galerie -surtout était satisfaite, il est probable qu'il ne s'inquiétait plus -de l'opinion des puristes; d'abord, la grande majorité de ce public ne -savait pas lire, et eût-il pu lire, en aurait-il eu le loisir, attendu -qu'il se composait ou de jeunes fats de la cour, plus occupés de leurs -plaisirs que de littérature, ou de marchands de marée, peu disposés à -éplucher les beautés littéraires?</p> - -<p>Qui sait ce que devenait le manuscrit, le canevas sur lequel l'auteur -avait monté sa pièce, et dont les bribes, distribuées aux acteurs -pour apprendre leurs rôles, devenaient ce qu'elles pouvaient et -étaient recueillies au hasard par de faméliques imprimeurs, avec toute -licence de les accommoder à leur guise ou de suppléer aux lacunes? Ne -semble-t-il pas que ces pièces pleines de fantaisie,—je parle de ce -que Shakespeare intitule des comédies,—ou que ces drames à effet, -tantôt lugubres, tantôt grotesques, ces tragédies, où les héros, et -les valets se trouvent confondus et parlent chacun leur langage, dont -l'action, capricieusement conduite, se passe dans vingt lieux à la fois -ou embrasse un espace de temps illimité, ne semble-t-il pas, dis-je, -que de telles œuvres, avec leurs beautés et leurs défauts, ne -doivent plaire qu'aux adeptes capricieux et ne peuvent attacher qu'une -nation plus frivole que réfléchie?</p> - -<p>Pour ma part, je crois que le goût, que le tour d'esprit d'une nation -dépend étrangement de celui<span class="pagenum"><a name="Page_388" id="Page_388">[p. 388]</a></span> des hommes célèbres qui, les premiers, ont -écrit ou peint, ou produit chez elle des ouvrages dans quelque genre -que ce soit. Si Shakespeare était né à Gonesse, au lieu de naître à -Strafford-sur-Avon, à une époque de notre histoire où l'on n'avait -pas eu encore ni Rabelais, ni Montaigne, ni Malherbe, ni, à bien plus -forte raison, Corneille, on eût vu se produire dans notre pays non -seulement un autre théâtre (voir en Espagne Calderon), mais encore une -autre littérature. Que le caractère anglais ait ajouté à de semblables -ouvrages quelque chose de sa rudesse, je le croirai sans peine; quant -à cette prétendue barbarie que les Anglais ont montrée à certaines -époques de leur histoire et qu'on donne pour une des causes de la pente -de Shakespeare à ensanglanter la scène outre mesure, je ne crois pas, -en interrogeant bien nos annales, que nous en devions beaucoup, en fait -de cruauté, à nos voisins les Anglais, ni que les tragédies en action -qui ont jeté une teinte si sombre, notamment sur les règnes des Valois, -aient pu nous donner une éducation propre à adoucir les mœurs ni la -littérature.</p> - -<p>Pour avoir banni les massacres de notre scène, laquelle n'a commencé -à briller qu'à une époque plus radoucie, notre nation n'en est pas -plus humaine dans son histoire que la nation anglaise; des époques -récentes et de redoutable mémoire ont montré que le barbare et même -le sauvage vivaient toujours dans l'homme civilisé, et que la gaieté -dans les ouvrages de l'esprit pouvait se rencontrer avec des mœurs -passablement<span class="pagenum"><a name="Page_389" id="Page_389">[p. 389]</a></span> farouches. L'esprit de société, qui peut-être est un -instinct plus développé de notre nature française, a pu contribuer à -polir davantage la littérature; mais il est plus probable encore que -les chefs-d'œuvre de nos grands hommes sont venus à propos pour -décrier les tentatives bizarres ou burlesques des époques précédentes, -et pour tourner les esprits vers le respect de certaines règles -éternelles de goût et de convenance qui ne sont pas moins celles de -toute véritable sociabilité que celles des ouvrages de l'esprit. On -nous dit souvent que Molière, par exemple, ne pouvait paraître que chez -nous; je le crois bien, il était l'héritier de Rabelais, sans parier -des autres.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>8 <i>mars.—Sur Rubens. Sa verve; la monotonie de certains retours dans -son dessin.</i> Recopier ici ce que je trouve dans l'agenda de 1852 à -la suite de mes observations sur les sublimes tapisseries de la mort -d'Achille. «Le parti pris de Rubens en outrant certaines formes montre -qu'il était dans la situation d'un artiste qui exerce le métier qu'il -sait bien, sans chercher à l'infini des perfectionnements<a name="NoteRef_510_499" id="NoteRef_510_499"></a><a href="#Note_510_499" class="fnanchor">[510]</a>.»</p> - -<p>Dans le même cahier, au 6 février, à propos d'un concert et de la -musique des hommes dans le genre de Mendelssohn, etc.: «Ce n'est point -cette heureuse facilité des grands maîtres qui prodiguent les motifs -les plus heureux, etc.<a name="NoteRef_511_500" id="NoteRef_511_500"></a><a href="#Note_511_500" class="fnanchor">[511]</a>.»</p> - -<p><span class="pagenum"><a name="Page_390" id="Page_390">[p. 390]</a></span></p> - -<p>J'ajoute ceci aujourd'hui que j'ai acquis, depuis le jour où furent -écrites ces réflexions, huit années d'expérience. Il est bon et à -propos d'écrire les idées quand elles viennent, même si vous n'êtes -pas occupé d'un travail suivi pour lequel ces idées puissent venir à -propos. Mais toutes ces réflexions prennent la forme du moment. Le jour -où elles peuvent s'utiliser dans un travail d'une certaine étendue, -il faut se garder d'avoir trop d'égard à la forme qu'on leur a donnée -dans le premier moment. On sent le placage dans les ouvrages médiocres. -Voltaire devait noter ses idées. Son secrétaire le dit. Pascal nous en -laisse la preuve dans ses <i>Pensées</i>, qui sont des matériaux pour un -ouvrage. Mais ces hommes-là, en recueillant la matière dans le creuset, -rencontraient la forme qu'ils pouvaient et se livraient avant tout à la -suite des idées plutôt qu'à leur forme, et ne s'imposaient pas, à coup -sûr, le fastidieux travail de retrouver celles qu'ils avaient notées, -ou de les enchâsser dans la forme qu'ils leur ont donnée d'abord. Il ne -faut pas être trop difficile. Tout homme de talent qui compose ne doit -pas se traiter en ennemi. Il doit supposer que ce que son inspiration -lui a fourni a sa valeur. L'homme qui relit et qui tient la plume pour -se corriger est plus ou moins un autre homme que celui du premier jet. -Il y a deux choses que l'expérience doit apprendre: la première, c'est -qu'il faut beaucoup corriger; la seconde, c'est qu'il ne faut pas trop -corriger.</p> - -<p><span class="pagenum"><a name="Page_391" id="Page_391">[p. 391]</a></span></p> - -<p class="center">*</p> - -<p>10 <i>mars.</i>—Essayer des cigarettes de thé vert. Je vois dans un ancien -calepin que c'est une mode d'en fumer à Pétersbourg. Elles n'ont pas, -du moins, l'inconvénient d'être narcotiques.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>14 <i>mars.</i>—J'ai été voir l'exposition du boulevard, j'en suis revenu -mal disposé. Il y faisait froid. Les Dupré, les Rousseau m'ont ravi. -Pas un Decamps<a name="NoteRef_512_501" id="NoteRef_512_501"></a><a href="#Note_512_501" class="fnanchor">[512]</a> ne m'a fait plaisir: c'est vieilli, c'est dur et -mou, filandreux; de l'imagination toujours, mais nul dessin; rien ne -devient ennuyeux comme ce fini obstiné sur ce faible dessin. Il est -jauni comme du vieil ivoire, et les ombres noires.</p> - -<p>Mme Sand est venue me dire adieu bien amicalement. Elle voulait m'en -traîner ce soir à <i>Orphée</i><a name="NoteRef_513_502" id="NoteRef_513_502"></a><a href="#Note_513_502" class="fnanchor">[513]</a>.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>28 <i>mars.</i>—Guillemardet venu hier dans la journée. Je lui ai dit ce -que j'avais sur le cœur, cela m'a soulagé. Je regrettais vivement -d'être obligé de changer pour lui de sentiment; ce qu'il m'a dit de -X... ma fait impression. Il est bien changé et a été bien souffrant.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>20 <i>mars.</i>—Toujours fatigué le matin.</p> - -<hr class="b2" /> -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_509_498" id="Note_509_498"></a><a href="#NoteRef_509_498"><span class="label">[509]</span></a> Delacroix songeait alors à écrire l'article sur -<i>Charlet</i> qu'il ne fit paraître que deux ans plus tard.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_510_499" id="Note_510_499"></a><a href="#NoteRef_510_499"><span class="label">[510]</span></a> Voir t. II, p. 73 et 74.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_511_500" id="Note_511_500"></a><a href="#NoteRef_511_500"><span class="label">[511]</span></a> Voir t. II. p. 83.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_512_501" id="Note_512_501"></a><a href="#NoteRef_512_501"><span class="label">[512]</span></a> Il est intéressant de noter ici un revirement de -l'opinion d'Eugène Delacroix sur Decamps. On se rappelle que, dans les -premières années du Journal, il va jusqu'à prononcer le mot de <i>génie</i> -à propos d'une de ses compositions.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_513_502" id="Note_513_502"></a><a href="#NoteRef_513_502"><span class="label">[513]</span></a> C'est en 1860 que Mme Viardot reprit, avec le plus grand -succès, l'<i>Orphée</i> de Gluck au Théâtre-Lyrique.</p> - -<p><span class="pagenum"><a name="Page_392" id="Page_392">[p. 392]</a></span></p></div> - - -<hr class="b2" /> - -<p>3 <i>avril</i>.—Fragilité des ouvrages de peinture et autres.</p> - -<p>Je lis une <i>Vie de Léonard de Vinci</i> d'un M. Clément (<i>Revue des Deux -Mondes</i>, 1<sup>er</sup> avril 1860). C'est le pendant à une <i>Vie de -Michel-Ange</i>, très bonne, du même, publiée l'année dernière. J'y suis -frappé surtout de la disparition notée par lui de presque tous ses -ouvrages, tableaux, manuscrits, dessins, etc. Il n'y a personne qui -ait produit davantage et laissé si peu de chose. Cela me rappelle ce -que Lonchamps<a name="NoteRef_514_503" id="NoteRef_514_503"></a><a href="#Note_514_503" class="fnanchor">[514]</a> dit de Voltaire: qu'il ne croyait jamais avoir -fait assez pour sa réputation. Un peintre, dont les ouvrages sont -uniques, est exposé à bien plus de chances de destruction, ou, ce qui -est peut-être pis, d'altération; il a bien plus de sujet de chercher à -produire beaucoup d'ouvrages pour que quelques-uns au moins puissent -surnager.</p> - -<p>Ce serait un ouvrage curieux qu'un Commentaire sur le traité de la -peinture de Léonard. Broder sur cette sécheresse donnerait matière à -tout ce qu'on voudrait.</p> - -<p>Voir dans cette vie de Léonard la lettre qu'il écrit au duc de Milan, -où il lui détaille toutes ses inventions. J'y ai trouvé qu'il avait eu -une idée qui répond à celle que j'avais à Dieppe, dans un article sur -l'art militaire<a name="NoteRef_515_504" id="NoteRef_515_504"></a><a href="#Note_515_504" class="fnanchor">[515]</a>, d'avoir des chariots qui transportent de<span class="pagenum"><a name="Page_393" id="Page_393">[p. 393]</a></span> petits -détachements de soldats au milieu de l'ennemi, etc. Il dit: «Je fais -des chariots couverts que l'<i>on ne saurait détruire</i>, avec lesquels -on pénètre dans les rangs de l'ennemi et on détruit son artillerie. -Il n'est si grande quantité de gens armés qu'on ne puisse rompre par -ce moyen, et derrière ces chariots, l'infanterie peut s'avancer sans -obstacles et sans danger.» Il a tout prévu, il dit: «Dans le cas où -on serait en mer, je puis employer beaucoup de moyens offensifs et -défensifs, et entre autres <i>construire des vaisseaux à l'épreuve des -bombardes</i>, etc.»</p> - -<p>L'auteur de l'article parle des divers tableaux de la <i>Cène</i>, des -peintres célèbres qui ont précédé Léonard: le <i>Cénacle</i> de Giotto, -celui de Ghirlandajo... Les compositions austères sont raides, les -personnages ne marquent ni par leur expression, ni par leur attitude, -etc. Plus jeunes chez l'un de ces maîtres, déjà plus vivaces chez -l'autre, ils ne concourent point à l'action, qui n'a rien de cette -unité puissante et de cette prodigieuse variété que Léonard devait -mettre dans son chef-d'œuvre. Si l'on se reporte au temps où -cet ouvrage fut exécuté, on ne peut qu'être émerveillé du progrès -immense que Léonard fit faire à son art. Presque le contemporain de -Ghirlandajo, condisciple de Lorenzo di Credi et du Pérugin, qu'il avait -rencontré dans l'atelier de Verrocchio, il rompt d'un coup avec la -peinture traditionnelle du quinzième siècle; il arrive sans erreurs, -sans défaillances, sans exagérations et comme d'un seul bond, à ce -naturalisme<span class="pagenum"><a name="Page_394" id="Page_394">[p. 394]</a></span> judicieux et savant, également éloigné de l'imitation -servile et d'un idéal vide et chimérique. Chose singulière! le plus -méthodique des hommes, celui qui parmi les maîtres de ce temps s'est -le plus occupé des procédés d'exécution, qui les a enseignés avec une -telle précision que les ouvrages de ses meilleurs élèves sont tous les -jours confondus avec les siens, cet homme, dont la <i>manière</i> est si -caractérisée, n'a <i>point de rhétorique</i><a name="NoteRef_516_505" id="NoteRef_516_505"></a><a href="#Note_516_505" class="fnanchor">[516]</a>. Toujours attentif à la -nature, la consultant sans cesse, il ne s'imite jamais <i>lui-même</i>; le -plus savant des maîtres en est aussi le plus naïf, et il s'en faut que -ses deux émules, Michel-Ange et Raphaël, méritent au même degré que lui -cet éloge.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>6 <i>avril.</i>—J'ai été aujourd'hui à Saint-Sulpice. Boulangé n'avait -rien fait et n'avait pas compris un mot de ce que je voulais. Je lui -ai donné l'idée des cadres en grisailles<a name="NoteRef_517_506" id="NoteRef_517_506"></a><a href="#Note_517_506" class="fnanchor">[517]</a> et de la guirlande, -le pinceau à la main et avec furie. Chose étonnante! je suis revenu -fatigué et non énervé. Il me semble que c'est l'entrée en scène de la -santé après tant de petites rechutes.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>7 <i>avril.</i>—À Saint-Sulpice, où Boulangé ne m'attendait pas. Cet infâme -coquin ne vient pas, ne travaille<span class="pagenum"><a name="Page_395" id="Page_395">[p. 395]</a></span> pas et m'attribue ces retards sous -prétexte de changements. Il n'y était pas effectivement, je suis rentré -furieux et lui ai écrit eu conséquence.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>8 <i>avril.</i>—Varcollier venu, puis Mme R... et Mme Colonna<a name="NoteRef_518_507" id="NoteRef_518_507"></a><a href="#Note_518_507" class="fnanchor">[518]</a> avec qui -j'avais rendez-vous. Je me suis engagé à la recevoir et à aller la voir.</p> - -<p>Carrier venu à quatre heures, enthousiasmé surtout de l'intérieur. Il -remarque la petite <i>Andromède</i><a name="NoteRef_519_508" id="NoteRef_519_508"></a><a href="#Note_519_508" class="fnanchor">[519]</a>; et à ce propos je me rappelle -celle de Rubens que j'ai vue il y a longtemps. J'en ai vu deux, au -reste, une à Marseille chez Pellico, l'autre chez Hilaire Ledru<a name="NoteRef_520_509" id="NoteRef_520_509"></a><a href="#Note_520_509" class="fnanchor">[520]</a> -à Paris, très belles de couleur toutes les deux; mais elles me font -songer à cet inconvénient de la main de Rubens qui peint tout comme à -l'atelier, et dont les figures ne sont pas modifiées par des effets -différents et appropriés dans les scènes qu'il a à peindre; de là cette -uniformité des plans; il semble que toutes les figures soient comme les -modèles sur la table, éclairés par le même jour et à la même distance -du spectateur. Véronèse en cela bien différent.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>9 <i>avril.</i>—Je trouve dans Bayle que Laïs n'aimait pas Aristippe, qui -était un homme propre et convenable, et s'en faisait payer chèrement ce -qu'elle donnait pour rien à Diogène, sale et puant.</p> - -<p><span class="pagenum"><a name="Page_396" id="Page_396">[p. 396]</a></span></p> - -<p>—Je vais faire une seconde séance à l'église pour le ton de fruits; -j'en suis sorti plus fatigué que l'autre jour; j'en conclus que je -ne suis pas remis. Boulangé s'est rangé; mais c'est un drôle de -personnage.....</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>10 <i>avril.</i>—Ébauche au pastel.</p> - -<p>Denuelle<a name="NoteRef_521_510" id="NoteRef_521_510"></a><a href="#Note_521_510" class="fnanchor">[521]</a> vient m'exposer que le crédit alloué pour les ornements -de la chapelle est sur le point d'être atteint. Je lui dis que je suis -résolu à faire achever à mes frais, si c'est nécessaire. (Il pourra se -trouver une petite compensation dans les dégâts apportés par l'humidité -à la guirlande du haut.)</p> - -<p>Pour ébaucher sur un panneau au pastel, il ne serait pas nécessaire -qu'il fût encollé. Ne pourrait-on encoller le panneau de manière que -le pastel, une fois arrivé au degré nécessaire, fût fixé, en exposant -le panneau à une vapeur d'eau chaude qui, en amollissant la colle, -fixerait le pastel? On pourrait alors passer un second encollage sur le -tout afin de conserver le brillant du pastel et repeindre à l'huile. -Sur cette ébauche au pastel, on pourrait encore revenir avec de -l'aquarelle.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>11 <i>avril.</i>—Dîné chez Mme Herbelin. Une heure avant d'y aller, j'ai -été sur le point de m'excuser. En somme, je me suis très bien trouvé -d'y être allé.<span class="pagenum"><a name="Page_397" id="Page_397">[p. 397]</a></span> Nadaud<a name="NoteRef_522_511" id="NoteRef_522_511"></a><a href="#Note_522_511" class="fnanchor">[522]</a> nous a donné des choses délicieuses: le -<i>Fortifions nos côtes</i> est charmant.</p> - -<p>Je trouve dans l'<i>Entretien de Lamartine</i>, prêté par Didot, sur -Chateaubriand, des citations de ses billets à Mme Récamier, entre -autres celle-ci: «Venez vite..... mes dispositions d'âme triste ne -changent pas. Oh! que je suis triste! Venez; de l'ennui de l'isolement, -je passe à l'ennui de la foule; décidément je ne puis supporter -l'ennui du monde.» Lamartine ajoute: «On voit par la vicissitude de -ses désirs qu'il s'est retourné toute sa vie dans son lit de gloire, -d'ambition, de cours, de fêtes, sans trouver, comme on dit, une bonne -place. Toujours mal où il est, toujours bien où il n'est pas, homme -d'impossible même en attachement.»</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>12 <i>avril.—Sur Shakespeare, Molière, Rossini</i>, etc.</p> - -<p>Je trouve dans un calepin écrit à Augerville pendant mon séjour en -juillet 1855 (Mme Jaubert s'y trouvait): «Je voyais tout à l'heure ces -demoiselles bleues, vertes, jaunes, qui se jouaient sur les herbes -le long de la rivière. À l'aspect de ces papillons qui ne sont pas -des papillons, bien que leurs corps présentent de l'analogie, dont -les ailes se déploient un peu comme celles des sauterelles, et qui ne -sont pas des sauterelles, j'ai pensé à cette inépuisable variété de -la nature, toujours conséquente à elle-même, mais toujours<span class="pagenum"><a name="Page_398" id="Page_398">[p. 398]</a></span> diverse, -affectant les formes les plus variées avec l'usage des mêmes organes. -L'idée du vieux Shakespeare s'est offerte aussitôt à mon esprit, qui -crée avec tout ce qu'il trouve sous sa main. Chaque personnage placé -dans telle circonstance se présente à lui tout d'une pièce avec son -caractère et sa physionomie. Avec la même donnée humaine il ajoute ou -il ôte, il modifie sa manière et vous fait des hommes de son invention -qui pourtant sont vrais... C'est là un des plus sûrs caractères du -génie. Molière est ainsi, Cervantes est ainsi, Rossini avec son alliage -est ainsi; s'il diffère de ces hommes, c'est par une exécution plus -nonchalante. Par une bizarrerie qui ne se rencontre pas souvent chez -les hommes de génie, il est paresseux, il a des formules, des placages -habituels qui allongent sa manière, qui se sentent bien toujours de sa -facture, mais ne sont pas marqués d'un cachet de force et de vérité. -Quant à sa fécondité, elle est inépuisable, et là où il l'a voulu il -est vrai et idéal à la fois.»</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>13 <i>avril.—Sur les sonorités en musique.—Sur l'Opéra.</i> Voir mes notes -écrites à Champrosay en mai 1855<a name="NoteRef_523_512" id="NoteRef_523_512"></a><a href="#Note_523_512" class="fnanchor">[523]</a>.</p> - -<p>Mon cher petit Chopin s'élevait beaucoup contre l'école qui attache -à la sonorité particulière des instruments une partie importante de -l'effet de la musique.<span class="pagenum"><a name="Page_399" id="Page_399">[p. 399]</a></span> On ne peut nier que certains hommes, Berlioz -entre autres, sont ainsi, et je crois que Chopin, qui le détestait, -en détestait d'autant plus sa musique qui n'est quelque chose qu'à -laide des trombones opposés aux flûtes et aux hautbois en concordant -ensemble. Voltaire définit le beau <i>ce qui doit charmer l'esprit -et les sens.</i> Un motif musical peut parler à l'imagination sur un -instrument borné à ses sons propres comme le piano par exemple, et -qui n'a par conséquent qu'une manière d'émouvoir les sens; mais on ne -peut nier cependant que la réunion de divers instruments ayant chacun -une sonorité différente ne donne plus de force et plus de charme à -la sensation. À quoi servirait d'employer tantôt la flûte, tantôt la -trompette, l'une pour annoncer un guerrier, l'autre pour disposer l'âme -à des émotions tendres et bocagères? Dans le piano même, pourquoi -employer tour à tour les sons étouffés ou les sons éclatants, si ce -n'est pour renforcer l'idée exprimée? Il faut blâmer la sonorité mise -à la place de l'idée exprimée, et encore faut-il avouer qu'il y a dans -certaines sonorités, indépendamment de l'expression pour l'âme, un -plaisir pour les sens. Je me rappelle que la voix de....., chanteur -froid et sans beaucoup d'expression, avait par la seule émission du -son un charme incroyable. Il en est de même dans la peinture: un -simple trait exprime moins et plaît moins qu'un dessin qui rend les -ombres et les lumières; ce dernier, à son tour, exprimera moins qu'un -tableau, si ce dernier est amené au degré d'harmonie<span class="pagenum"><a name="Page_400" id="Page_400">[p. 400]</a></span> où le dessin et -la couleur se réunissent dans un effet unique. Il faut se rappeler ce -peintre ancien qui, ayant exposé une peinture représentant un guerrier, -faisait entendre en même temps, derrière une tapisserie, des fanfares -de trompettes.</p> - -<p>Les modernes ont inventé un genre qui réunit tout ce qui semble pouvoir -charmer l'esprit et les sens: c'est l'opéra<a name="NoteRef_524_513" id="NoteRef_524_513"></a><a href="#Note_524_513" class="fnanchor">[524]</a>. La déclamation -chantée a plus de force que celle qui n'est que parlée. L'ouverture -dispose à ce que l'on va entendre, bien que d'une manière vague. Le -récitatif expose les situations et établit le dialogue avec plus de -force que ne ferait une simple déclamation, et l'air, qui est en -quelque sorte le point d'admiration, le moment de la passion par -excellence dans chaque scène, complète la sensation par la réunion de -la poésie et de tout ce que la musique peut y ajouter; joignez à cela -l'illusion des décorations, les mouvements gracieux de la danse, en un -mot la pompe et la variété du spectacle.</p> - -<p>Malheureusement, tous les opéras sont ennuyeux parce qu'ils nous -tiennent trop longtemps dans une situation que j'appellerai abusive. Le -spectacle qui tient les sens et l'esprit en échec fatigue plus vite. -Vous êtes promptement rassasié de la vue d'une galerie de tableaux; que -sera-ce d'un opéra qui réunit dans un même cadre l'effet de tous les -arts ensemble?</p> - -<p><span class="pagenum"><a name="Page_401" id="Page_401">[p. 401]</a></span></p> - -<p class="center">*</p> - -<p>14 <i>avril.</i>—Hier 13 et vendredi, malgré le présage, je suis rentré -dans mon atelier après ma longue convalescence; ce que j'ai à faire -dans l'espace de trois semaines ou un mois est incroyable. Finir pour -Estienne les <i>Chevaux qui se battent dans l'écurie</i><a name="NoteRef_525_514" id="NoteRef_525_514"></a><a href="#Note_525_514" class="fnanchor">[525]</a>, les <i>Chevaux -sortant de la mer</i><a name="NoteRef_526_515" id="NoteRef_526_515"></a><a href="#Note_526_515" class="fnanchor">[526]</a>, <i>Ugolin</i><a name="NoteRef_527_516" id="NoteRef_527_516"></a><a href="#Note_527_516" class="fnanchor">[527]</a>; presque achevé l'esquisse -de l'<i>Héliodore</i> destinée à Dutilleux; ébaucher et avancer les deux -<i>tableaux de bataille</i> d'Estienne; le <i>Camp arabe la nuit</i>; le <i>Chef -arabe en tête de ses troupes et les femmes qui lui présentent du -lait</i><a name="NoteRef_528_517" id="NoteRef_528_517"></a><a href="#Note_528_517" class="fnanchor">[528]</a>; l'<i>Abreuvoir au Maroc</i><a name="NoteRef_529_518" id="NoteRef_529_518"></a><a href="#Note_529_518" class="fnanchor">[529]</a>; avancer beaucoup les quatre -tableaux des <i>Saisons</i> pour Hartmann<a name="NoteRef_530_519" id="NoteRef_530_519"></a><a href="#Note_530_519" class="fnanchor">[530]</a>, etc., etc. Reprendre et -achever l'esquisse du <i>saint Étienne</i><a name="NoteRef_531_520" id="NoteRef_531_520"></a><a href="#Note_531_520" class="fnanchor">[531]</a>.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>15 <i>avril.—Sur les caractères au moment des révolutions politiques.</i> -(Voir mes notes écrites à Augerville, le 21 octobre 1859.)</p> - -<p>Toutes les révolutions mettent en fièvre les natures<span class="pagenum"><a name="Page_402" id="Page_402">[p. 402]</a></span> basses et prêtes -à mal faire. Les âmes traîtresses posent le masque; elles ne peuvent se -contenir à la vue du désordre universel qui semble offrir des proies -à saisir. Ni le blâme du bienfaiteur que tous ces coquins, enveloppés -dans leur peau de renard, flattaient encore dans l'attente de nouveaux -bienfaits, ni le mépris des honnêtes gens, ni enfin la crainte d'être -vus ce qu'ils sont, rien ne peut leur opposer de frein. Il leur semble -que le monde n'est plus fait que pour les scélérats. Ils se trouvent à -l'aise an milieu du silence des hommes honnêtes; ils se flattent qu'il -n'en est plus pour les juger et leur infliger l'infamie qu'ils méritent.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>28 <i>avril.</i></p> - -<p> -Les <i>Arabes autour du feu.</i> <span class="linenum2">2,500 francs.</span><br /> -Une toile de trente, <i>Fantassins en<br /> -chasse</i><a name="NoteRef_532_521" id="NoteRef_532_521"></a><a href="#Note_532_521" class="fnanchor">[532]</a> <span class="linenum2">3,000 "</span><br /> -Une toile de trente <span class="linenum2">3,000 "</span><br /> -L'<i>Angélique et Médor</i><a name="NoteRef_533_522" id="NoteRef_533_522"></a><a href="#Note_533_522" class="fnanchor">[533]</a> <span class="linenum2">2,800 "</span><br /> -</p> - -<hr class="b2" /> -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_514_503" id="Note_514_503"></a><a href="#NoteRef_514_503"><span class="label">[514]</span></a> <i>Pierre Charpentier de Lonchamps</i> (1740-1817), -littérateur, auteur d'un <i>Tableau historique des gens de lettres.</i></p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_515_504" id="Note_515_504"></a><a href="#NoteRef_515_504"><span class="label">[515]</span></a> Voir t. II, p 450 et suiv.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_516_505" id="Note_516_505"></a><a href="#NoteRef_516_505"><span class="label">[516]</span></a> On se rappelle ce que Delacroix entendait par cette -expression de <i>rhétorique</i> appliquée aux ouvrages de l'esprit. Nous -avons longuement insisté sur ce point dans notre Étude, p. XXXII.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_517_506" id="Note_517_506"></a><a href="#NoteRef_517_506"><span class="label">[517]</span></a> Il s'agit ici d'ornements en grisailles qui servent de -lien entre le plafond ovale et les écoinçons dans lesquels sont peints -des anges en grisaille. (Voir <i>Catalogue Robaut</i>, p. 362 et 363.)</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_518_507" id="Note_518_507"></a><a href="#NoteRef_518_507"><span class="label">[518]</span></a> <i>Adèle d'Affry, princesse Colonna di Castiglione</i>, dite -<i>Marcello</i>, sculpteur (1837-1879).</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_519_508" id="Note_519_508"></a><a href="#NoteRef_519_508"><span class="label">[519]</span></a> Voir <i>Catalogue Robaut</i>, n<sup>os</sup> 1001 et 1002.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_520_509" id="Note_520_509"></a><a href="#NoteRef_520_509"><span class="label">[520]</span></a> <i>Hilaire Ledru</i>, peintre, né à Douai.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_521_510" id="Note_521_510"></a><a href="#NoteRef_521_510"><span class="label">[521]</span></a> <i>Dominique—Alexandre Denuelle</i> (1818-1879), archéologue -et peintre décorateur, était attaché à la commission des monuments -historiques.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_522_511" id="Note_522_511"></a><a href="#NoteRef_522_511"><span class="label">[522]</span></a> <i>Gustave Nadaud</i> (1820-1893), chansonnier et -compositeur.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_523_512" id="Note_523_512"></a><a href="#NoteRef_523_512"><span class="label">[523]</span></a> Non retrouvées.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_524_513" id="Note_524_513"></a><a href="#NoteRef_524_513"><span class="label">[524]</span></a> Voir notre Étude, p. XLIII et XLIV.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_525_514" id="Note_525_514"></a><a href="#NoteRef_525_514"><span class="label">[525]</span></a> Ce tableau est ainsi décrit: «Trois Arabes couchés -à terre sur des couvertures sont réveillés en sursaut par deux -chevaux, un blanc et un roux qui se sont détachés et se mordent avec -acharnement. Les deux bêtes affolées s'enlacent dans un choc furieux et -forment un groupe d'une ampleur superbe.» (Voir <i>Catalogue Robaut</i>, n° -1409.)</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_526_515" id="Note_526_515"></a><a href="#NoteRef_526_515"><span class="label">[526]</span></a> Voir <i>Catalogue Robaut</i>, n° 1410.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_527_516" id="Note_527_516"></a><a href="#NoteRef_527_516"><span class="label">[527]</span></a> Ce tableau, qui a figuré récemment à la deuxième -exposition des Cent chefs-d'œuvre, est indiqué à l'année 1849 dans -le <i>Catalogue Robaut</i>. Il s'agit probablement ici d'une variante de -l'œuvre primitive.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_528_517" id="Note_528_517"></a><a href="#NoteRef_528_517"><span class="label">[528]</span></a> Voir <i>Catalogue Robaut</i>, n° 1440.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_529_518" id="Note_529_518"></a><a href="#NoteRef_529_518"><span class="label">[529]</span></a> Voir <i>Catalogue Robaut</i>, n° 1442.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_530_519" id="Note_530_519"></a><a href="#NoteRef_530_519"><span class="label">[530]</span></a> Voir <i>Catalogue Robaut</i>, n<sup>os</sup> 1428, 1430, -1432, 1434.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_531_520" id="Note_531_520"></a><a href="#NoteRef_531_520"><span class="label">[531]</span></a> Une variante sans doute du beau tableau de 1853. (Voir -<i>Catalogue Robaut</i>, n<sup>os</sup> 1210, 1211 et 1212.)</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_532_521" id="Note_532_521"></a><a href="#NoteRef_532_521"><span class="label">[532]</span></a> Il s'agit ici vraisemblablement du tableau qui figure au -<i>Catalogue Robaut</i> sous le n° 1448.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_533_522" id="Note_533_522"></a><a href="#NoteRef_533_522"><span class="label">[533]</span></a> Sujet tiré du <i>Roland furieux</i> de l'Arioste.</p></div> - - -<hr class="b2" /> - - -<p><i>Champrosay</i>, 19 <i>mai.</i>—Parti pour Champrosay. J'y ai travaillé -beaucoup aux tableaux commandés par M. Estienne.</p> - -<hr class="b2" /> - -<p>2 <i>juin.—Sacrifice d'Abraham,</i> pour Surville<a name="NoteRef_534_523" id="NoteRef_534_523"></a><a href="#Note_534_523" class="fnanchor">[534]</a>.</p> - -<p><span class="pagenum"><a name="Page_403" id="Page_403">[p. 403]</a></span></p> - -<p>—Ombre du <i>blanc</i>, linge, etc.: <i>Violet de Mars.</i> (<i>Ton de zinc royal</i> -et <i>vert émeraude.</i>)</p> - -<p>—Arrivée du bon cousin à onze heures du soir.</p> - -<hr class="b2" /> -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_534_523" id="Note_534_523"></a><a href="#NoteRef_534_523"><span class="label">[534]</span></a> <i>Surville</i>, ancien comédien, devenu marchand de -tableaux.</p></div> - -<hr class="b2" /> - -<p>6 <i>juillet.</i>—Donné à M. Charles Nègre<a name="NoteRef_535_524" id="NoteRef_535_524"></a><a href="#Note_535_524" class="fnanchor">[535]</a> deux études avec un petit -carton pour essai:</p> - -<p>1° La <i>Femme noyée</i> du plafond du Louvre<a name="NoteRef_536_525" id="NoteRef_536_525"></a><a href="#Note_536_525" class="fnanchor">[536]</a>;</p> - -<p>2° Études pour l'<i>Hercule</i><a name="NoteRef_537_526" id="NoteRef_537_526"></a><a href="#Note_537_526" class="fnanchor">[537]</a>.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p><i>Dieppe</i>, 18 <i>juillet.</i>—Parti de Paris pour Dieppe après un -désappointement que m'a valu le changement des heures. Je comptais -prendre le chemin de fer à huit heures et demie; arrivé à la gare, on -m'annonce que je ne partirai qu'à une heure par le train express. Je -retourne à la maison où je vais tuer le temps jusqu'à l'heure dite, -sauf le temps que j'ai passé à déjeuner à ce café du chemin de fer, rue -Saint-Lazare. Jenny partait pour Champrosay à midi. Je trouve à la gare -de Rouen Mme de Salvandy, fille cadette de Rivet.</p> - -<p>Arrivé à cinq heures, trouvé à la gare Mme Grimblot dont j'admire, -en marchant derrière elle et avant de la reconnaître, l'imposante -crinoline. Elle habite Dieppe tout à fait. Je ne me suis pas enquis des -motifs qui pouvaient la porter à une résolution si grave.</p> - -<p><span class="pagenum"><a name="Page_404" id="Page_404">[p. 404]</a></span></p> - -<p>J'étais un peu après installé à l'hôtel Victoria sur le port, ainsi que -je le désirais, et j'y faisais à six heures le plus détestable dîner -avec des rogatons. Les hôtels n'ont eu garde de ne pas adopter la mode -des dîners modernes qui font la cuisine en abrégé et vous servent des -restes; ils font au reste comme les grands seigneurs: la cuisine s'en -va comme tant de bonnes choses. Je me suis un moment applaudi de cette -mauvaise chère, en pensant que je n'éprouverais pas la tentation de -manger trop, étant venu ici pour me mettre au régime.</p> - -<p>À la jetée après dîner et tout d'un temps, quoique la nuit arrivât. -J'ai longé la plage et l'établissement, et ai été visiter les rochers à -la gauche des bains; mais l'obscurité m'a chassé.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>19 <i>juillet.</i>—Je passe ma journée presque entière sur la jetée. Je -vois sortir le yacht anglais; j'avais les yeux dessus lorsque est tombé -ce malheureux qui s'est noyé et qu'on n'a retrouvé que le lendemain.</p> - -<p>Je vais le soir à Saint-Remy; magnifique effet de cette bizarre -architecture éclairée par deux ou trois chandelles fumantes plantées çà -et là pour rendre les ténèbres visibles. On ne peut rien voir de plus -imposant.</p> - -<p>J'éprouve de la satisfaction à me trouver isolé ici, m'occupant de mes -petites affaires et me suffisant. J'avais trouvé à la jetée Mme de -Lajudie, l'autre fille de Rivet, que le mauvais temps empêche de se -baigner.</p> - -<p><span class="pagenum"><a name="Page_405" id="Page_405">[p. 405]</a></span></p> - -<p>—Buffon n'aimait que les vers de Racine; encore disait-il: «Il eût été -plus exact en prose,»</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>20 <i>juillet.</i>—Après une très longue séance à la jetée où la mer est -très belle, mais où le soleil me réchauffait un peu malgré le vent, -je suis retourné à Saint-Remy. J'y ai fait un très mauvais croquis -d'une copie de tableau de maître que j'avais dessiné dans un de mes -précédents voyages: <i>Christ déposé de la croix.</i></p> - -<p>Je crois apercevoir Mme.. entrant dans l'église avec un enfant. Je -m'esquive, mais c'est pour retrouver, rue de la Barre, Mme Grimblot -chez son épicier où elle était en voisine. J'ai été chez elle -causer une heure. Elle m'a rappelé d'anciens temps et d'anciennes -connaissances. La pauvre Mirbel est morte pour ainsi dire à temps: -elle serait morte d'ennui et de tristesse. Ses anciens amis ne la -voyaient plu guère. La solitude, qui attend tous ceux qui vivent trop -longtemps, l'entourait déjà prématurément. Elle n'avait pas une grande -fortune pour les dehors qu'elle étalait; elle s'en tirait à force -d'économies, triste situation quand tous ses efforts ne tendaient qu'à -satisfaire des jouissances de vanité. Elle cherchait à attirer chez -elle les personnages du régime qui avait succédé à celui des premiers -Bourbons. Mme Grimblot, dans un temps qui n'était pas encore celui de -sa décadence, l'avait un matin rencontrée sur le pont Neuf, rapportant -de la halle deux maquereaux. Elle<span class="pagenum"><a name="Page_406" id="Page_406">[p. 406]</a></span> ne gagnait plus guère d'argent dans -les derniers temps.</p> - -<p>Le soir, retourné à la jetée par un très beau temps; la mer superbe, -quoique à marée basse. J'y vois tous les effets propres à mon <i>Christ -marchant sur la mer</i><a name="NoteRef_538_527" id="NoteRef_538_527"></a><a href="#Note_538_527" class="fnanchor">[538]</a>. Mme Manceau, que j'y retrouve après tant de -temps, me promet de me chanter <i>Orphée</i>, si je vais la voir.</p> - -<p>Je retourne par la plage et rentre encore dans Saint-Remy. Un malaise -de l'estomac me fait encore prolonger avec succès ma promenade jusqu'à -dix heures passées. J'entre à Saint-Jacques, éclairé de même par de -rares chandelles; mais son architecture écrasée ne produit pas le même -effet que celle de Saint-Remy<a name="NoteRef_539_528" id="NoteRef_539_528"></a><a href="#Note_539_528" class="fnanchor">[539]</a>.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p><i>Samedi</i> 21 <i>juillet.</i>—Pluie toute la journée. Après avoir essayé de -reproduire l'effet de soleil couchant que j'ai vu hier soir, je fais -une promenade sous les arcades pendant la pluie; je me hasarde à gagner -la jetée pendant une éclaircie. J'y trouve les dames Rivet et leurs -maris. Une pluie affreuse me chasse, et je rentre trempé.</p> - -<p>Je pensais, en déjeunant en face de cette famille anglaise, le -mari, la femme et les trois grands dadais<span class="pagenum"><a name="Page_407" id="Page_407">[p. 407]</a></span> de fils, tous plus laids -et ressemblants les uns que les autres à leur auteur, à la morgue -singulière de ces automates à argent, et à leur orgueil stupide de -cette fameuse constitution qui ne leur garantit pas plus de liberté -qu'à nous autres, qu'ils regardent comme de véritables esclaves. Il -faut absolument, dans un pays d'égalité, de partage égal de fortune -entre les enfants, un gouvernement fort et centralisateur pour faire -les grandes choses. Les fortunes particulières sont trop divisées. -L'aristocratie anglaise permet de grands efforts qui n'ont pas -toutefois, sous une infinité de rapports, l'ensemble qu'on peut obtenir -d'un gouvernement qui veille plus particulièrement et avec plus de -puissance aux grands objets qui honorent les nations, aux grandes -entreprises, aux expéditions subites, etc.</p> - -<p>Les bons bourgeois anglais ont la bonté d'être très fiers de leurs -grands seigneurs, qui ne les saluent pas, tirent à eux toute la -substance, et exercent dans toute la plénitude le gouvernement.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>22 <i>juillet.</i>—Je suis décidément enrhumé; j'ai des moments d'ennui -profond où je veux partir pour Paris. La nuit, je me figure que tout -est perdu. Il faut avouer qu'il est dur au mois de juillet de grelotter -dans sa chambre. J'ai demandé avant-hier qu'on me fît du feu; mais -Mme Gibbon, mon hôtesse, se défiant de ses cheminées qui n'ont jamais -été destinées à cet objet, m'a donné une chaufferette, qui m'a rendu<span class="pagenum"><a name="Page_408" id="Page_408">[p. 408]</a></span> -tolérable le séjour de ma chambre pendant que je lisais.</p> - -<p>J'ai loué des livres pour huit jours. J'ai mis le nez dans un livre -de Dumas intitulé: <i>Trois mois au Sinaï</i><a name="NoteRef_540_529" id="NoteRef_540_529"></a><a href="#Note_540_529" class="fnanchor">[540]</a>. C'est toujours ce ton -cavalier et de vaudeville, qu'il ne peut dépouiller, en parlant même -des Pyramides; c'est un mélange du style le plus emphatique, le plus -coloré, avec les lazzi d'atelier qui seraient tout au plus de mise dans -une partie d'ânes à Montmorency. C'est fort gai, mais fort monotone, et -je n'ai pu aller à la moitié du premier volume.</p> - -<p>J'ai pris <i>Ursule Mirouet</i>, de Balzac; toujours ces tableaux d'après -des pygmées dont il montre tous les détails, que le personnage soit -le principal ou seulement un personnage accessoire. Malgré l'opinion -surfaite du mérite de Balzac, je persiste à trouver son genre faux -d'abord et faux ensuite ses caractères. Il dépeint les personnages, -comme Henry Monnier, par des dictons de profession, par les dehors, -en un mot; il sait les mots de portière, d'employé, l'argot de chaque -type. Mais quoi de plus faux que ces caractères arrangés et tout -d'une pièce? Son médecin et les amis de son médecin, ce vertueux curé -Chaperon dont la vie sage et jusqu'à la forme de son habit, dont -il ne nous fait pas grâce, reflète la vertu, cette Ursule Mirouet, -merveille de candeur dans sa robe blanche et avec sa ceinture bleue, -qui convertit à l'église son incrédule d'oncle?</p> - -<p><span class="pagenum"><a name="Page_409" id="Page_409">[p. 409]</a></span></p> - -<p>Personne n'est parfait, et les grands peintres de caractères montrent -les hommes comme ils sont.</p> - -<p>—Hier, tristesse et ennui extrême; probablement je me portais plus -mal. Samedi soir, j'ai fait au Pollet une promenade plus triste encore. -J'ai été hier du côté du cours Bourbon. Pourquoi ne me suis-je pas -trouvé heureux de m'y voir quand dans le moment même il me semblait -que, lorsque j'y suis venu dans un autre voyage, je m'y suis trouvé -très heureux? Le souvenir fait complètement illusion.</p> - -<p>Aujourd'hui, après déjeuner, j'ai été voir Mme Manceau, qui m'a chanté -très bien des morceaux d'<i>Orphée.</i> Ensuite au rocher au bas du château. -Revenu par la plage et regardé les exercices des soldats, la formation -du carré, la marche en carré, etc.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>25 <i>juillet.</i>—Aujourd'hui, très souffrant. Je reçois une lettre de -Jenny et de Mme de Forget: je récris.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p><i>Champrosay</i>, 27 <i>juillet.</i>—Je pars à midi moins un quart; arrivé à -Paris à quatre heures vingt minutes. J'ai le temps d'arriver au plus -vite pour partir à cinq heures un quart par le chemin de Corbeil.</p> - -<p>La jeune dame que je croyais sous la tutelle de l'homme silencieux et -désagréable du coin, en face d'elle. La langue de la jeune personne -se dénoue, à ma grande surprise, dans la salle de la douane, pour -s'adresser à moi avec une amabilité extrême; mon âge et le chemin de -fer de Corbeil m'empêchent de<span class="pagenum"><a name="Page_410" id="Page_410">[p. 410]</a></span> donner suite à cette charmante aventure. -Elle ressemblait à Mme D...</p> - -<p>J'arrive à six heures, enchanté de me trouver chez moi.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>31 <i>juillet.</i>—Je commence à aller mieux. Je dîne chez Baÿvet avec -M. Darblay<a name="NoteRef_541_530" id="NoteRef_541_530"></a><a href="#Note_541_530" class="fnanchor">[541]</a> qui me fait politesse. Legendre et Féray<a name="NoteRef_542_531" id="NoteRef_542_531"></a><a href="#Note_542_531" class="fnanchor">[542]</a> s'y -trouvent. Je rencontre aussi le maire Renoux et sa femme.</p> - -<hr class="b2" /> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_535_524" id="Note_535_524"></a><a href="#NoteRef_535_524"><span class="label">[535]</span></a> <i>Charles Nègre</i>, photographe fort habile qui exécutait -des reproductions pour les artistes par des procédés scientifiques qui -ont abouti à l'héliogravure.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_536_525" id="Note_536_525"></a><a href="#NoteRef_536_525"><span class="label">[536]</span></a> Voir <i>Catalogue Robaut</i>, n° 296.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_537_526" id="Note_537_526"></a><a href="#NoteRef_537_526"><span class="label">[537]</span></a> Voir <i>Catalogue Robaut</i>, n<sup>os</sup> 298 à 308.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_538_527" id="Note_538_527"></a><a href="#NoteRef_538_527"><span class="label">[538]</span></a> Voir <i>Catalogue Robaut</i>, n<sup>os</sup> 1202 à 1204.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_539_528" id="Note_539_528"></a><a href="#NoteRef_539_528"><span class="label">[539]</span></a> Delacroix, en écrivant cette note, a dû interposer les -noms des deux églises de Dieppe, dans un moment de confusion; car rien -n'est plus massif que Saint-Remy avec ses énormes colonnes, trois fois -plus grosses que celles de Saint-Jacques.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_540_529" id="Note_540_529"></a><a href="#NoteRef_540_529"><span class="label">[540]</span></a> Le véritable titre de cet ouvrage en deux Volumes, paru -en 1838, est: <i>Quinze jours au Sinaï</i>, nouvelles impressions de voyage.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_541_530" id="Note_541_530"></a><a href="#NoteRef_541_530"><span class="label">[541]</span></a> <i>Stanislas Darblay</i>, grand industriel qui se consacra -d'abord au commerce des grains et entreprit ensuite de relever dans la -vallée d'Essonnes l'industrie du papier. M. Darblay était alors député -de Seine-et-Oise.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_542_531" id="Note_542_531"></a><a href="#NoteRef_542_531"><span class="label">[542]</span></a> <i>Ernest Féray</i>, manufacturier; ancien maire d'Essonnes, -fut envoyé en 1871 par le département de Seine-et-Oise à l'Assemblée -nationale.</p></div> - - -<hr class="b2" /> - -<p>1<sup>er</sup> <i>août.</i>—Je lis toujours Voltaire avec délices.</p> - -<p>À propos d'un article sur <i>Hamlet</i> dans le volume des <i>Mélanges</i> de -littérature. À travers les obscurités de cette traduction scrupuleuse, -qui ne peut rendre le mot propre en anglais, on retrouve son naturel -qui ne craint pas les idées les plus basses ni les plus gigantesques, -son énergie que les autres nations croiraient dureté, ses hardiesses -que des esprits accoutumés aux tours étranges prendraient pour du -galimatias. Mais sous ces voiles on découvrira de la vérité, de la -profondeur, et je ne sais quoi qui attache et qui remue beaucoup plus -que ne ferait l'élégance... C'est un diamant brut qui a des taches; si -on le polissait, il perdrait de son poids. Ne semble-t-il pas qu'on -peut dire la même<span class="pagenum"><a name="Page_411" id="Page_411">[p. 411]</a></span> chose du Puget? Voyez-le au Louvre, entouré de -tous les ouvrages de son temps, conçus dans le style de la correction -classique et irréprochable, si cette correction et une certaine -élégance froide sont un mérite. Au premier abord, il vous choque par -quelque chose de bizarre, de mal conçu dans l'ensemble et de confus; si -vous attachez vos yeux sur une des parties comme un bras, une jambe, un -torse, aussitôt toute cette force vous gagne; il écrase tout, vous ne -pouvez vous en détacher.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>6 <i>août.</i>—Je dois rendre justice à Dumas et à Balzac. Il y a, dans la -peinture des remords de son maître de poste (c'est dans la dernière -partie d'<i>Ursule Mirouet)</i>, des traits d'une grande vérité. J'écris -ceci à Champrosay après la mort de la mère Bertin. L'agitation que j'ai -remarquée dans un de ses héritiers m'a rappelé certains mouvements -du <i>Mirouet</i> de Balzac, et, chose singulière, m'a fait faire plus -que jamais des réflexions sur l'avantage d'être honnête, quand cet -avantage, qui consiste dans la paix de la conscience, ne viendrait -qu'après cette nécessité pour une âme noble de ne pas se dégrader par -des bassesses intéressées. Ces sentiments m'ont rappelé ce que j'ai lu -ces jours-ci dans Voltaire, et dont il faut que je recherche les termes -précis, à savoir, quand un livre vous élève, inspire des sentiments -d'honneur et de vertu, ce livre est jugé, il est bon, etc.</p> - -<p>Il y aurait pourtant des restrictions: celui de Balzac,<span class="pagenum"><a name="Page_412" id="Page_412">[p. 412]</a></span> faux dans -une foule de parties, est mauvais par là; il est bon par la peinture -vraie de cette grossière nature qui, toute dépourvue quelle est de -délicatesse native, ne peut porter le poids du remords.</p> - -<p>Dumas m'a plu aussi avec ses <i>Mémoires d'Horace</i> insérés dans le -<i>Siècle</i><a name="NoteRef_543_532" id="NoteRef_543_532"></a><a href="#Note_543_532" class="fnanchor">[543]</a>. C'est une idée heureuse, et le peu que j'en ai lu m'a -paru finement et singulièrement arrangé.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>9 <i>août.</i>—Je retourne chez Mme Barbier, qui m'invite. Elle était seule -avec son fils, et j'ai passé une agréable soirée.</p> - -<p>Elle m'avait promis de venir chez moi avec la duchesse Colonna; c'est -ce qu'elle a fait deux jours après, c'est-à-dire le dimanche, pendant -que j'étais chez M. Darblay.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>12 <i>août.</i>—Chez M. Darblay avec M. et Mme Baÿvet vers trois heures, -malgré de grandes craintes de pluie à cause de celle du matin. -Cependant, nous avons eu un temps admirable. Dîner avec Baÿvet en -revenant à sept heures et demie; je mourais de faim depuis trois heures.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>14 <i>août.</i>—Promenade vers deux heures par la route de Soisy, le -derrière du parc de la Folie;<span class="pagenum"><a name="Page_413" id="Page_413">[p. 413]</a></span> remonté par un petit bois délicieux; -traversé les carrières et trouvé en face l'allée verte qui m'a mené au -chemin de l'Ermitage.</p> - -<p>Je lis en rentrant dans Voltaire (<i>Mélanges d'histoire et de -philosophie</i>, tome II) son article de la <i>Chimère du souvenir.</i></p> - -<hr class="b2" /> -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_543_532" id="Note_543_532"></a><a href="#NoteRef_543_532"><span class="label">[543]</span></a> Le <i>Siècle</i> publiait alors en feuilleton cette fantaisie -sur Rome ancienne, soi-disant tirée d'un manuscrit trouvé à la -bibliothèque du Vatican.</p></div> - - -<hr class="b2" /> - - -<p>2 <i>octobre.</i>—J'écris à M. Lamey: «Que dites-vous de tout ce qui se -passe? Le hasard et les passions des hommes ne cesseront-ils pas -d'amener les combinaisons les plus étranges, pour faire damner ceux -qui en sont victimes, et pour occuper les loisirs des gobe-mouches au -nombre desquels je me range, par l'avidité avec laquelle je dévore ces -journaux impertinents et menteurs qui se jouent de notre soif pour les -nouvelles?»</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>13 <i>octobre.</i>—Je voyage avec M. G..., de Juvisy. Il dit que M. -Magne disait qu'il avait appris à raisonner et à se conduire d'après -Condillac.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>21 <i>octobre.</i>—Ce Rubens est admirable; quel enchanteur! Je le boude -quelquefois, je le querelle sur ses grosses formes, sur son défaut -de recherche et d'élégance. Qu'il est supérieur à toutes ces petites -qualités qui sont tout le bagage des autres! Il a du moins, lui, le -courage d'être lui; il vous impose ces prétendus défauts qui tiennent -à cette force qui l'entraîne lui-même et nous subjugue en dépit des -préceptes<span class="pagenum"><a name="Page_414" id="Page_414">[p. 414]</a></span> qui sont bons pour tout le monde excepté pour lui. Bayle -faisait profession d'estimer les anciens ouvrages de Rossini plus que -les derniers, qui sont pourtant regardés comme supérieurs parla foule; -il donne cette raison que, dans sa jeunesse, il ne cherchait pas à -faire de la <i>musique forte</i>, et c'est vrai. Rubens ne se châtie pas, et -il fait bien. En se permettant tout, il vous porte au delà de la limite -qu'atteignent à peine les plus grands peintres; il vous domine, il vous -écrase sous tant de liberté et de hardiesse.</p> - -<p>Je remarque aussi que sa principale qualité, s'il est possible qu'il en -faille préférer quelqu'une, c'est la prodigieuse saillie, c'est-à-dire -la prodigieuse vie. Sans ce don, point de grand artiste; c'est à -réaliser le problème de la saillie et de l'épaisseur qu'arrivent -seulement les plus grands artistes. J'ai dit ailleurs, je crois, que, -même en sculpture, il se trouvait des gens qui avaient le secret de -ne point faire saillant; cela deviendra évident pour tout homme doué -de quelque sentiment qui comparera le Puget à toutes les sculptures -possibles, je n'en excepte pas même l'antique. Il réalise la vie -par la saillie comme personne n'a pu le faire; de même pour Rubens -à l'égard des peintres. Titien, Véronèse sont plats à côté de lui; -remarquons en passant que Raphaël, malgré le peu de couleur et de -perspective aérienne, est en général très saillant dans les figures -individuellement. On n'en dirait pas autant de ses modernes imitateurs. -On ferait une bonne plaisanterie sur la recherche du plat, si estimé<span class="pagenum"><a name="Page_415" id="Page_415">[p. 415]</a></span> -dans les arts à la mode, y compris l'architecture.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>22 <i>octobre.</i>—Le don d'inventer puissamment qui est le génie.</p> - -<p><i>Beati mites, quoniam ipsi possidebunt terram.</i></p> - - -<hr class="b2" /> - -<p>13 <i>novembre.</i>—Je fais pour la centième fois cette réflexion en -lisant Rémusat, homme de mérite d'ailleurs: la littérature moderne -met de la sensiblerie partout; ce style imagé à tout propos, mêlé à -un sérieux pédantesque et attendri que vous ne trouvez jamais dans -Voltaire, et dont, par parenthèse, Rousseau est l'inventeur, donne à un -traité sur la centralisation (c'est le cas pour Rémusat) le ton d'une -ode ou d'une élégie.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p><i>Paris</i>, 25 <i>novembre.</i>—Je poursuis toujours mon travail; ma -résolution et ma santé se soutiennent. Que je bénirais le ciel -d'achever d'ici à un mois ou six semaines, comme je le calcule, mon -travail de l'église! Il y a une dizaine de jours que je suis revenu de -Champrosay avec un gros rhume que j'y avais attrapé, non pas au milieu -de mes voyages continuels, bien propres à me le donner, mais pour avoir -dîné chez l'excellente Mme Moutié, laquelle étant sourde, j'ai été -obligé de crier à ses oreilles toute la soirée, de sorte que ma gorge -fatiguée s'est trouvée saisie à ma sortie de chez elle par le froid -qu'il faisait.</p> - -<p>—Nous avons nommé hier à l'Institut l'insipide<span class="pagenum"><a name="Page_416" id="Page_416">[p. 416]</a></span> Signol<a name="NoteRef_544_533" id="NoteRef_544_533"></a><a href="#Note_544_533" class="fnanchor">[544]</a>. -Meissonier a été jusqu'à seize voix. Il ne lui restait plus -pour adversaires que ledit Signol et l'antique Hesse, tous deux -représentants ou nourrissons de l'<i>École.</i> Les deux factions, -frémissant de voir entrer à l'Académie un talent original, se sont -réunies pour l'accabler. En le faisant sur la tête de Signol, elles ont -accompli un acte encore plus funeste que si elles l'eussent fait sur -Hesse, qui est un vieillard et ne laisse pas d'élèves après lui pour -perpétuer le goût de l'école de David, que je préfère d'ailleurs à ce -goût mêlé d'antique et de Raphaël, genre bâtard qui est celui d'Ingres -et de ceux qui le suivent.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>26 <i>novembre.</i>—J'écris à M. Lamey:</p> - -<p>«Nous avons en nous comme une roue qui fait tout mouvoir comme dans un -moulin. Il faut absolument la faire tourner, sans cela elle se rouille, -et tout s'arrête dans notre machine, corps et esprit. Votre excellent -régime vous entretient dans cette bonne disposition; moi, il me faut -exercice et travail.</p> - -<p>«Vous me demandez des nouvelles du bon Guillemardet: il est de sa -personne d'une mauvaise et bien chancelante santé, et il vient -d'éprouver un malheur de famille. Il a perdu sa nièce, Mme Coquille, -qui vient de mourir après une maladie qui a duré plus de quinze ans -et dans un âge où elle pouvait encore<span class="pagenum"><a name="Page_417" id="Page_417">[p. 417]</a></span> se promettre de vivre. Il y a -vraiment des existences condamnées à des souffrances particulières, ce -qui ne les garantit pas des chagrins et des souffrances qui affligent -tous les hommes en général. Le pauvre Félix que vous avez connu, -l'oncle de cette même Coquille, s'est vu, avant trente ans, assassiné -lentement par une maladie implacable qui le retranchait du nombre des -vivants, de son vivant même, en lui interdisant toute espèce de plaisir -et en l'accablant de maux incessants.</p> - -<p>«Tenons-nous bien, cher et respectable ami. Que dans trente ans nous -puissions nous revoir encore tantôt à Paris, tantôt à Strasbourg!</p> - -<p>«Je lisais dernièrement l'histoire du vieux Law, mort sous Charles -II à cent quarante et quelques années. Il se portait comme un charme -et n'observait aucun régime particulier. Le roi voulut le voir: on -l'accabla de prévenances et, entre autres, d'excès de nourriture -auxquels il n'était nullement accoutumé; une indigestion l'emporta. À -l'ouverture de son corps, on ne trouva pas un organe malade ou affaibli.</p> - -<p>«Voilà de beaux exemples à se proposer. Vous voyez que vous avez le -temps de faire des projets, pourvu toutefois que les rois ne vous -donnent pas d'indigestions.»</p> - -<p>J'écris sous la même inspiration à Mme Sand:</p> - -<p>«Sachez, ma bien chère amie, que quelques années de trop, qui délient -dans I intelligence certains<span class="pagenum"><a name="Page_418" id="Page_418">[p. 418]</a></span> ressorts, rendent singulièrement lourds -ceux qui nous font mouvoir et digérer. Je crois certainement au -perfectionnement de notre esprit par le fait de l'âge; je parle d'un -bon esprit, sain naturellement et juste surtout. Mais, ô condition -cruelle de l'implacable nature! il n'y a bientôt plus ni corps, ni -circulation dans ce corps pour aider cet esprit; l'homme de bien s'en -va quand il commence à bien faire, disait Thémistocle. Bref, vous voilà -hors d'affaire avec un renouvellement de santé.</p> - -<p>«Quel bonheur, comme vous le dites si justement, de revoir autour de -soi tout ce qu'on aime et de revenir à cette lumière qui vous montre -de si belles choses! Que trouverons-nous au delà? La nuit, l'affreuse -nuit. Il n'y aura pas mieux; c'est du moins mon triste pressentiment: -ces tristes limbes dans lesquels Achille, qui n'était plus qu'une -ombre, se promenait en regrettant, non pas de n'être plus un héros, -mais l'esclave d'un paysan pour endurer le froid et la chaleur sous -ce soleil dont grâce au ciel nous jouissons encore (quand il ne pleut -pas).»</p> - - -<hr class="b2" /> -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_544_533" id="Note_544_533"></a><a href="#NoteRef_544_533"><span class="label">[544]</span></a> Émile Signol (1804-1892) se présentait à l'Institut -depuis 1849, année où il se trouvait en concurrence avec Delacroix.</p></div> - - -<hr class="b2" /> - -<p>4 <i>décembre.</i>—«Monsieur, malgré toutes les sympathies que je ne -puis manquer d'avoir pour les idées émises dans votre mémoire, je ne -puis, en ma qualité de membre du conseil municipal, me joindre à votre -protestation. C'est dans le sein du conseil seulement que je puis -faire valoir les raisons qui, au nom du goût, militent en faveur de la -conservation de la belle<span class="pagenum"><a name="Page_419" id="Page_419">[p. 419]</a></span> fontaine<a name="NoteRef_545_534" id="NoteRef_545_534"></a><a href="#Note_545_534" class="fnanchor">[545]</a> et de l'allée; mais il ne m'est -pas interdit de faire des vœux sincères pour que le président du -Sénat et les sénateurs adressent à l'Empereur des demandes, et, s'il le -faut, des supplications, pour que le projet de la Ville soit modifié -dans le sens de celui de M. de Gisors.»</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>23 <i>décembre.—Sujets des Mille et une Nuits</i>:</p> - -<p><i>Le sultan Shariar</i>, revenant pour dire adieu à sa femme, <i>la trouve -dans les bras d'un de ses officiers.</i> Il tire son sabre, etc.</p> - -<p><i>Shahzenan et Shariar montés sur l'arbre</i>; la jeune dame assise au -bas, ayant sur ses genoux la tête du géant endormi, leur fait signe de -descendre (leur frayeur).</p> - -<p><i>L'histoire du médecin Douba</i>: la tête coupée qui parle, le corps par -terre, le bourreau son sabre à la main, les assistants effrayés et le -roi grec avec le livre empoisonné sur ses genoux, dont il sent déjà les -effets, et qui chancelle sur son trône.</p> - -<p><i>Le roi des îles Noires</i> (dans l'histoire du pêcheur) furieux de la -tendresse de sa femme pour le noir, son amant, qu'il avait lui-même -blessé et qui est là couché, tire son sabre pour la tuer: elle l'arrête -par son geste et le rend moitié homme, moitié marbre.</p> - -<p><i>Histoire du premier calender.</i> Ayant été visiter le roi son oncle, son -cousin le mène dans un tombeau<span class="pagenum"><a name="Page_420" id="Page_420">[p. 420]</a></span> qu'il fait bâtir avec plâtre, truelle, -etc. (avec la dame de sa foi). Il ouvre une trappe, y fait descendre la -dame, et, en y descendant, la congédie.</p> - -<p>Après que le calender s'est réfugié près de son oncle, ils cherchent -ensemble le tombeau: ils y pénètrent dans une grande salle souterraine -et trouvent sur un lit, dont les rideaux étaient fermés, les deux corps -carbonisés du fils et de la sœur. Colonnes, lampes, provisions, etc.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>29 <i>décembre.—Sujets de Roméo</i>:</p> - -<p><i>La scène du bal</i>: Roméo en pèlerin baise la main de Juliette; -promeneurs, musiciens, etc. Au moment où les invités se retirent, -Tybalt, qui a reconnu Roméo, veut l'insulter, Capulet le retient. On -voit les invités se retirer; vases et flambeaux, etc.</p> - -<p><i>Juliette et la nourrice</i>: celle-ci s'assied et diffère de répondre aux -questions impatientes de Juliette.</p> - -<p><i>Mercutio tué par Tybalt</i>; ses malédictions. Roméo présent, il a voulu -se jeter entre eux.</p> - -<p>La scène qui doit précéder celle-ci, celle du commencement, où une -bagarre, commencée par la querelle des domestiques, dégénère en -bataille générale des partisans des Capulets et des Montaigus. Le -prince arrive au milieu du tumulte; Capulet et Montaigu, etc., etc.</p> - -<p><i>Roméo au désespoir chez le Père Laurence.</i> Il veut se tuer; la -nourrice est présente.</p> - -<p>Autre <i>scène du bal</i>, pendant qu'on reconduit les<span class="pagenum"><a name="Page_421" id="Page_421">[p. 421]</a></span> invités; Juliette -demande à la nourrice qui est le cavalier qui lui a parlé.</p> - -<p><i>Adieux de Roméo et de Juliette sur le balcon.</i></p> - -<p><i>Juliette, seule dans sa chambre</i>, boit le poison (la fiole).</p> - -<p><i>Roméo demandant du poison à l'apothicaire famélique.</i></p> - -<p><i>Roméo contemple Juliette couchée dans le tombeau ...</i> Autrement, -il la tire du monument comme dans le petit tableau. En adoptant le -dénouement de Shakespeare, on peut le faire contemplant Juliette avant -de boire le poison. Le corps de Paris, alors étendu par terre, ajoute -au pittoresque.</p> - -<p><i>Juliette réveillée se jette sur Roméo mourant ou mort.</i> Le corps de -Paris, pareillement étendu un peu plus loin. On pourrait voir le Père -Laurence, descendant par un escalier au fond, qui vient tout alarmé.</p> - -<p>Dernière scène: <i>Les parents réunis autour des corps des deux jeunes -gens</i>; le prince, assistants, etc.</p> - -<p><i>Juliette à son balcon</i>, Roméo au bas; il lui envoie un baiser.</p> - -<hr class="b2" /> -<p><i>Sujets d'Ivanhoë</i>:</p> - -<p><i>Le pèlerin introduit près de lady Rowena</i>; elle est sur une espèce de -trône; des femmes arrangent ses cheveux pour la nuit. Le pèlerin, un -peu couvert d'un capuchon, s'agenouille devant elle. Elle fait apporter -par ses femmes du vin et une coupe. Elle y trempe ses lèvres et la lui -passe. C'est le moment où les<span class="pagenum"><a name="Page_422" id="Page_422">[p. 422]</a></span> femmes présentent le vin qu'il faut -prendre. Dans le fond, d'autres femmes et un serviteur avec un flambeau -qui attend. Il y a de grands flambeaux allumés dans l'appartement.</p> - -<p><i>Ivanhoë couronné par lady Rowena au tournoi.</i> Il s'évanouit presque, -les juges courent retirer son casque. Dans le fond d'un côté, le duc -voit avec étonnement ce qui se passe. On peut aussi voir le prince Jean.</p> - -<p><i>L'ermite de Copmanhurst</i><a name="NoteRef_546_535" id="NoteRef_546_535"></a><a href="#Note_546_535" class="fnanchor">[546]</a>.</p> - -<p><i>Les écuyers viennent conduire à Ivanhoë tes chevaux et les armes de -leur maître.</i> Il est devant sa tente.</p> - -<p><i>La scène dans la forêt</i>, où Cédric, Athelstas, Rowena et leurs gens -s'arrêtent en entendant les gémissements d'Isaac et de Rebecca. -Celle-ci vient baiser le bas de la robe de Rowena encore à cheval, -ainsi que les autres (Walter Scott les faisait descendre). On voit au -bord de la route la litière où se trouve Ivanhoë qu'on peut apercevoir.</p> - -<p><i>Gurth attaché sur un cheval</i>, etc.</p> - -<p><i>Isaac dans le caveau avec Front de Bœuf.</i></p> - -<p><i>Le Templier vient enlever Rebecca</i> dans la chambre d'Ivanhoë; fureur -impuissante de celui-ci.</p> - -<p><i>Front de Bœuf brûlant dans son lit.</i></p> - -<p><i>Le pèlerin éveillant le Juif.</i></p> - -<p><i>Gurth et Wamba voyant venir la caravane.</i></p> - -<p><span class="pagenum"><a name="Page_423" id="Page_423">[p. 423]</a></span></p> - -<p><i>Le chevalier dans la cabane de l'ermite.</i></p> - -<p><i>Isaac devant Beaumanoir et Conrad présentant la lettre.</i></p> - -<p><i>Ulrique racontant son histoire à Cédric.</i></p> - -<p><i>Rebecca enlevée par les Africains</i>; Boisguilbert les suit, etc.</p> - -<p>La scène du <i>Jugement de la Juive</i>: un témoin dépose.</p> - -<p><i>L'apparition d'Athelstas en fantôme devant Cédric</i>, Richard, les dames.</p> - -<p><i>Athelstas sortant du caveau et trouvant à table le sacristain et -l'ermite.</i></p> - -<p><i>Mort de Boisguilbert.</i> Le grand maître descendu de son siège. Rebecca -un peu plus loin et son père près d'elle. Gardes, trompettes, peuple, -échafauds.</p> - -<p><i>Isaac et sa fille chez eux</i>; flambeaux, ameublement. On introduit -Gurth, qui compte l'argent, ou plutôt le Juif le compte. Rebecca sur un -sofa.</p> - -<p><i>Rebecca le fait venir dans sa chambre</i>; elle lui donne une bourse; -elle le congédie; le domestique juif l'éclairé. Wamba et Athelstas -devant Front de Bœuf.</p> - -<p><i>Le Templier et Rebecca dans la tour.</i></p> - -<p class="center">*</p> - -<p>31 <i>décembre.</i>—Sous ce titre: <i>Cours de dessin</i>, mettre les <i>Études -d'après nature, d'après les maîtres. Études d'animaux de toutes sortes. -Études d'après l'antique.—Anatomie</i> et même <i>paysage</i>, le tout -<i>photographie.</i></p> - -<p><span class="pagenum"><a name="Page_424" id="Page_424">[p. 424]</a></span></p> - -<p>Réunir sous ce titre: <i>Illustrations</i>, d'après Walter Scott et L. -Byron, les compositions tirées de leurs ouvrages et sur divers sujets -ne pouvant faire des ouvrages séparés comme le <i>Faust</i> et l'<i>Hamlet.</i></p> - -<p>De même pour Gœthe. Ainsi aux compositions déjà faites pour le -<i>Berlichingen</i>, seraient jointes celles qui ne sont qu'en projet et -sans prétention à un genre d'exécution semblable.</p> - -<p>De même pour Shakespeare. Ainsi <i>Othello, Roméo et Juliette, Antoine et -Cléopâtre, Henri IV</i>, etc.</p> - -<hr class="b2" /> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_545_534" id="Note_545_534"></a><a href="#NoteRef_545_534"><span class="label">[545]</span></a> La fontaine de Médicis au jardin du Luxembourg.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_546_535" id="Note_546_535"></a><a href="#NoteRef_546_535"><span class="label">[546]</span></a> Delacroix s'était déjà occupé de ce sujet. (Voir -<i>Catalogue Robaut</i>, n° 567.)</p> - -<hr class="chap" /> - -<p><span class="pagenum"><a name="Page_425" id="Page_425">[p. 425]</a></span></p></div> - - - - -<h3><a name="c1861" id="c1861">1861</a></h3> - - -<p>1<sup>er</sup> <i>janvier.</i>—J'ai commencé cette année en poursuivant mon -travail de l'église comme à l'ordinaire; je n'ai fait de visites que -par cartes, qui ne me dérangent point, et j'ai été travailler toute la -journée; heureuse vie! Compensation céleste de mon isolement prétendu! -Frères, pères, parents de tous les degrés, amis vivant ensemble se -querellent et se détestent plus ou moins sans un mot que trompeur.</p> - -<p>La peinture me harcèle et me tourmente de mille manières à la vérité, -comme la maîtresse la plus exigeante; depuis quatre mois, je fuis dès -le petit jour et je cours à ce travail enchanteur, comme aux pieds -de la maîtresse la plus chérie; ce qui me paraissait de loin facile -à surmonter me présente d'horribles et incessantes difficultés; mais -d'où vient que ce combat éternel, au lieu de m'abattre, me relève; au -lieu de me décourager, me console et remplit mes moments, quand je l'ai -quitté? Heureuse compensation de ce que les belles années ont emporté -avec elles; noble emploi des instants de la vieillesse qui m'assiège -déjà<span class="pagenum"><a name="Page_426" id="Page_426">[p. 426]</a></span> de mille côtés, mais qui me laisse pourtant encore la force de -surmonter les douleurs du corps et les peines de l'âme!</p> - -<p>—Sur les <i>luisants jaunâtres dans les chairs.</i>—Je trouve dans un -calepin, à la date du 11 octobre 1852<a name="NoteRef_547_536" id="NoteRef_547_536"></a><a href="#Note_547_536" class="fnanchor">[547]</a>, une expérience que je -faisais sur des figures (de l'Hôtel de ville) rougeâtres ou violâtres, -en risquant des luisants de <i>jaune de Naples.</i> Bien que ce soit contre -la loi qui veut les luisants froids, en les mettant jaunes sur des tons -de chairs violets, le contraste fait que l'effet est produit.—Dans la -<i>Kermesse</i>, etc.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>15 <i>janvier.</i>—J'écris entre autres choses à Berryer: «<i>Finir</i> demande -un cœur d'acier: il faut prendre un parti surtout, et je trouve des -difficultés où je n'en prévoyais point. Pour tenir à cette vie, je me -couche de bonne heure, sans rien faire d'étranger à mon propos, et ne -suis soutenu, dans ma résolution de me priver de tout plaisir, et au -premier rang celui de rencontrer ceux que j'aime, que par l'espoir -d'achever. Je crois que j'y mourrai. C'est dans ce moment que vous -apparaît votre propre faiblesse, et combien ce que l'homme appelle -un ouvrage <i>fini</i> ou <i>complet</i> contient de parties incomplètes ou -impossibles à compléter.»</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>16 <i>janvier.</i>—Sur Charlet.</p> - -<p><span class="pagenum"><a name="Page_427" id="Page_427">[p. 427]</a></span></p> - -<p>En voyant un <i>Empereur à cheval</i>, de lui, <i>pataugeant dans un marais</i>, -d'un fini malheureux, en comparaison du sublime <i>Menuet</i>, et autres -ouvrages de son premier temps, qui est incomparablement le plus beau, -je note qu'un talent n'est jamais stationnaire. S'il se transforme -forcément, il n'arrive guère que la naïveté persiste. Racine en est un -exemple.</p> - -<p>Ce même jour, je mets à côté des plus beaux croquis de Raphaël ce même -<i>Menuet.</i> Il ne perd rien. Cela me rappelle la pensée de Montesquieu: -«Deux beautés médiocres se défont; deux grandes beautés se font valoir -et brillent à l'envi l'une de l'autre.» (Vérifier ces termes.)</p> - -<hr class="b2" /> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_547_536" id="Note_547_536"></a><a href="#NoteRef_547_536"><span class="label">[547]</span></a> Voir t. II, p. 125.</p></div> - -<hr class="b2" /> - -<p>4 <i>avril.</i>—J'ai été voir le vieux Forster<a name="NoteRef_548_537" id="NoteRef_548_537"></a><a href="#Note_548_537" class="fnanchor">[548]</a> en sortant de -Saint-Philippe à trois heures. Le pauvre homme a le bras cassé et mille -accidents qui ont compliqué son accident. Il me dit qu'il s'est retiré -de bonne heure de la lice, et il blâme les artistes qui s'exposent trop -longtemps à la critique.</p> - -<p>Il a raison, si véritablement la décadence est un effet constant de -l'âge avancé. Il avait, du reste, une raison excellente de s'abstenir -de bonne heure du travail de sa profession, qu'il m'a dit tout -simplement lui avoir été antipathique toute sa vie, et qu'il n'avait -embrassée que sur la volonté expresse<span class="pagenum"><a name="Page_428" id="Page_428">[p. 428]</a></span> de ses parents auxquels il ne se -sentit pas le courage de résister.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>24 <i>avril.</i>—Dîné chez M. de Morny.</p> - -<p>Demander à M. Buon à voir les moulages antiques de M. Ravaisson.</p> - -<hr class="b2" /> -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_548_537" id="Note_548_537"></a><a href="#NoteRef_548_537"><span class="label">[548]</span></a> <i>François Forster</i> (1790-1872), graveur, grand prix de -Rome en 1814, auteur d'un grand nombre de planches devenues classiques. -Il était membre de l'Académie des Beaux-Arts depuis 1844.</p></div> - -<hr class="b2" /> - -<p><i>Augerville</i>, 7 <i>septembre.</i>—De Mlle de Lespinasse. Elle parle de -Diderot: «C'est un homme fort extraordinaire; il n'est pas à sa place -dans la société.»</p> - -<hr class="chap" /> - -<p><span class="pagenum"><a name="Page_429" id="Page_429">[p. 429]</a></span></p> - - - - -<h3><a name="c1862" id="c1862">1862</a></h3> - - -<p>24 <i>janvier.</i>—Riesener venu avec sa fille aînée.</p> - -<p>Je lui ai prêté deux aquarelles:</p> - -<p>1° <i>La cour de M. Bell</i> à Tanger.</p> - -<p>2° <i>L'église de Valmont</i>, le fond très soigné. Vitraux, etc., avec -gouache. Le tout dans un carton.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>25 <i>janvier.—Tobie rend la vue à son père.</i></p> - -<p><i>Le Christ prêchant dans la barque.</i></p> - -<hr class="b2" /> - -<p>11 <i>mars.</i>—Localité du clair de l'enfant de la <i>Médée: vermillon, -indigo, blanc.</i></p> - -<p>Localité de l'ombre: <i>vermillon, blanc, vert de zinc</i>; ton frais de -clair: <i>laque, blanc, ocre jaune, blanc.</i></p> - - -<p>Prêté à Riesener: Aquarelles:</p> - -<p>1° <i>Entrée du bois à Valmont</i> sur le haut de la colline, -<span class="pagenum"><a name="Page_430" id="Page_430">[p. 430]</a></span>arbres gouachés.</p> - -<p>2° Dans le même endroit, avec le banc de jardin et clairs également -gouaches.</p> - -<p>3° Un <i>Bord du lac.</i></p> - -<p>4° Une feuille sur laquelle sont deux sujets, dont une <i>Vue de -Tancarville.</i></p> - -<hr class="b2" /> - -<p><i>Augerville</i>, 9 <i>octobre</i><a name="NoteRef_549_538" id="NoteRef_549_538"></a><a href="#Note_549_538" class="fnanchor">[549]</a>.—Arrivé le mardi.</p> - -<p>Il ne faut pas être injuste pour notre nation. Elle a présenté -de nos jours, dans les arts, un phénomène dont je ne connais pas -d'exemple ailleurs. Après les merveilles de la Renaissance, qui a vu -particulièrement la sculpture égaler, surpasser même la sculpture -italienne, la France, il faut le dire, a subi la décadence dont -l'Italie lui donnait l'exemple, comme elle lui avait donné celui de ses -chefs-d'œuvre. Le règne des Carrache, très glorieux encore, a amené -pour l'Italie, comme pour la France, une série d'écoles abâtardies -dont le Vanloo a été le dernier mot. Il était réservé à notre pays de -ramener à son tour le goût du simple et du beau. Les ouvrages de nos -philosophes avaient réveillé le sentiment de la nature et le culte des -anciens. David résuma, dans ses peintures, ce double résultat. Il est -difficile de se figurer ce que fût devenue dans ses mains une nouveauté -si hardie pour l'époque où elle se produisit, s'il eût possédé les -qualités extraordinaires d'un Michel-Ange ou d'un Raphaël. Elle fut -toutefois d'une portée immense au milieu du renouvellement général -des idées et de la politique. De grands artistes continuèrent David, -et<span class="pagenum"><a name="Page_431" id="Page_431">[p. 431]</a></span> quand cet héritage, tombé dans des mains moins habiles, sembla -atteint de la langueur dont les plus belles écoles ont donné tour à -tour l'exemple, un second renouvellement, semblable pour la fécondité -des idées qu'il venait remuer à celui qu'avait opéré David, montra -des faces de l'art toutes nouvelles dans l'histoire de la peinture. -Après Gros, issu de David, mais original par tant de côtés, Prud'hon -alliant la noblesse de l'antique à la grâce des Léonard et des Corrège, -Géricault, plus romantique et plus épris à la fois de la vigueur des -Florentins, ouvraient des horizons infinis et autorisaient toutes les -nouveautés.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>12 <i>octobre.</i>—Dieu est en nous. C'est cette présence intérieure qui -nous fait admirer le beau, qui nous réjouit quand nous avons bien -fait et nous console de ne pas partager le bonheur du méchant. C'est -lui sans doute qui fait l'inspiration dans les hommes de génie et qui -les enchante au spectacle de leurs propres productions. Il y a des -hommes de vertu comme des hommes de génie; les uns et les autres sont -inspirés et favorisés de Dieu. Le contraire serait donc vrai: il y -aurait donc des natures chez lesquelles l'inspiration divine n'agit -point, qui commettent le crime froidement, qui ne se réjouissent jamais -à la vue de l'honnête et du beau. Il y a donc des favoris de l'Être -éternel. Le malheur qui semble souvent, et trop souvent, s'attacher -à ces grands cœurs ne les<span class="pagenum"><a name="Page_432" id="Page_432">[p. 432]</a></span> fait pas heureusement succomber dans -leur court passage: la vue des méchants comblés des dons de la fortune -ne doit point les abattre; que dis-je? ils sont consolés souvent en -voyant l'inquiétude, les terreurs qui assiègent les êtres mauvais, leur -rendent amères leurs prospérités. Ils assistent souvent, dès cette -vie, à leur supplice. Leur satisfaction intérieure d'obéir à la divine -inspiration est une récompense suffisante: le désespoir des méchants -traversés dans leurs injustes jouissances est...<a name="NoteRef_550_539" id="NoteRef_550_539"></a><a href="#Note_550_539" class="fnanchor">[550]</a>.</p> - -<hr class="b2" /> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_549_538" id="Note_549_538"></a><a href="#NoteRef_549_538"><span class="label">[549]</span></a> Cette lettre du 9 octobre et la suivante du 12 octobre -se trouvent sur un carnet contenant des croquis pris à Augerville et -appartenant à M. Chéramy.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_550_539" id="Note_550_539"></a><a href="#NoteRef_550_539"><span class="label">[550]</span></a> Inachevé dans le manuscrit.</p> - -<hr class="chap" /> - -<p><span class="pagenum"><a name="Page_433" id="Page_433">[p. 433]</a></span></p></div> - - - - -<h3><a name="c1863" id="c1863">1863</a></h3> - - -<p>1<sup>er</sup> <i>février</i><a name="NoteRef_551_540" id="NoteRef_551_540"></a><a href="#Note_551_540" class="fnanchor">[551]</a>.—<i>La reine de Saba</i> (au crayon).</p> - -<hr class="b2" /> -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_551_540" id="Note_551_540"></a><a href="#NoteRef_551_540"><span class="label">[551]</span></a> Extrait d'un agenda portant la date de 1863 et resté -entre les mains de Jenny Le Guillou.</p></div> - - -<hr class="b2" /> - -<p>5 <i>mars.</i>—Aujourd'hui, envoyé à M. Laguerre 200 francs pour solde -de tout arriéré<a name="NoteRef_552_541" id="NoteRef_552_541"></a><a href="#Note_552_541" class="fnanchor">[552]</a>.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>26 <i>mars.</i>—Carrier, qui est venu me voir, m'a promis des Alken<a name="NoteRef_553_542" id="NoteRef_553_542"></a><a href="#Note_553_542" class="fnanchor">[553]</a>.</p> - -<hr class="b2" /> -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_552_541" id="Note_552_541"></a><a href="#NoteRef_552_541"><span class="label">[552]</span></a> On trouve collée à la page la note du docteur Laguerre, -avec ces mots de la main de Delacroix: «Payé à M. Laguerre le 5 mars -1863. E. D.»</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_553_542" id="Note_553_542"></a><a href="#NoteRef_553_542"><span class="label">[553]</span></a> Note écrite au crayon.</p></div> - -<hr class="b2" /> - -<p>13 <i>avril.</i>—Aujourd'hui, M. Burty a emporté, pour faire des essais -lithographiques, quatre dessins ou calques, dont une feuille avec la -<i>Femme tenant un miroir</i><a name="NoteRef_554_543" id="NoteRef_554_543"></a><a href="#Note_554_543" class="fnanchor">[554]</a>, croquis à la plume; un calque sur papier -huilé, qui m'a servi pour la <i>Muse au cygne</i>, à l'Hôtel de ville.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>14 <i>avril.—Sur le Beau.</i> C'est toujours une<span class="pagenum"><a name="Page_434" id="Page_434">[p. 434]</a></span> question sur laquelle il -est difficile de se mettre d'accord; le terme n'est nullement défini, -il est entendu qu'il n'est question que du Beau dans les arts. Le -Beau de la peinture au fond et de tous les autres arts, à la façon -dont je crois qu'on doit le comprendre, serait bien la même chose; -néanmoins...<a name="NoteRef_555_544" id="NoteRef_555_544"></a><a href="#Note_555_544" class="fnanchor">[555]</a>.</p> - -<p>Je trouve dans mes calepins cette définition de Mercey, qui tranche -l'équivoque entre la beauté qui ne consiste que dans les lignes pures, -et celle qui consiste dans l'impression sur l'imagination par tout -autre moyen: <i>Le Beau est Le vrai idéalisé</i><a name="NoteRef_556_545" id="NoteRef_556_545"></a><a href="#Note_556_545" class="fnanchor">[556]</a>.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>17 <i>avril.</i>—La D... venue.</p> - -<p>Dutilleux est venu ensuite. Il a vu <i>Macbeth</i><a name="NoteRef_557_546" id="NoteRef_557_546"></a><a href="#Note_557_546" class="fnanchor">[557]</a>, qui lui a paru -abominable... Décoration, costumes, fantasmagorie complète, et rien -de l'âme du grand Anglais. Rien n'est traduit; il est sorti désolé. À -quelques jours de là, il a vu <i>Britannicus</i>, par les mêmes acteurs; -il croyait renaître, il était ravi par ce style, cette force et cette -simplicité.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>23 <i>avril.</i>—J'ai dîné chez Bertin, comme toujours avec plaisir; j'y -ai trouvé Antony Deschamps<a name="NoteRef_558_547" id="NoteRef_558_547"></a><a href="#Note_558_547" class="fnanchor">[558]</a>; c'est le seul homme avec lequel je -parle musique avec plaisir, parce qu'il aime Cimarosa autant que moi. -Je<span class="pagenum"><a name="Page_435" id="Page_435">[p. 435]</a></span> lui disais que le grand inconvénient de la musique était l'absence -d'imprévu par l'accoutumance qu'on prend des morceaux. Le plaisir que -donnent les belles parties s'affaiblit par cette absence d'imprévu, et -l'attente où vous êtes des parties faibles et des longueurs que vous -connaissez également, peut changer en une sorte de martyre l'audition -d'un morceau qui vous a ravi la première fois, alors que les endroits -négligés passaient avec les autres et servaient presque de lien à la -composition. La peinture, qui ne vous prend pas à la gorge et dont vous -pouvez détourner les yeux à volonté, n'offre pas cet inconvénient; vous -voyez tout à la fois et au contraire vous vous habituez dans un tableau -qui vous plaît à ne regarder que les belles parties dont on ne peut se -lasser.</p> - -<p>Il y avait là un M. Trélat avec une voix charmante... Mais pourquoi ces -gens-là n'ont-ils jamais, avec leur belle voix, l'idée de vous chanter -de belle musique? Antoni me disait que toute la musique d'aujourd'hui -se ressemblait. Tout cela est petit, coquet. L'élégie nous inonde là -comme partout: peinture, littérature, théâtre.</p> - -<p>Un compositeur fait un <i>Faust,</i> et il n'oublie que l'<i>Enfer</i>; le -caractère principal d'un semblable sujet, cette terreur mêlée au -comique, il ne s'en est pas douté.</p> - -<p><i>Don Juan</i> est compris autrement; je vois toujours au-dessus du -libertin la griffe du diable qui l'attend.</p> - -<hr class="b2" /> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_554_543" id="Note_554_543"></a><a href="#NoteRef_554_543"><span class="label">[554]</span></a> Voir <i>Catalogue Robaut</i>, n° 1323.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_555_544" id="Note_555_544"></a><a href="#NoteRef_555_544"><span class="label">[555]</span></a> Le manuscrit est inachevé.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_556_545" id="Note_556_545"></a><a href="#NoteRef_556_545"><span class="label">[556]</span></a> Voir t. III, p. <a href="#Page_336">336</a> et <a href="#Page_337">337</a>.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_557_546" id="Note_557_546"></a><a href="#NoteRef_557_546"><span class="label">[557]</span></a> <i>Macbeth</i>, traduction en vers de <i>Jules Lacroix</i>, -représentée à l'Odéon en février 1863.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_558_547" id="Note_558_547"></a><a href="#NoteRef_558_547"><span class="label">[558]</span></a> Voir t. II, p. 311.</p> - -<p><span class="pagenum"><a name="Page_436" id="Page_436">[p. 436]</a></span></p></div> - -<hr class="b2" /> - -<p>4 <i>mai.</i>—Le système, tant prôné par les romantiques, du mélange -du comique et du tragique comme le pratique Shakespeare, peut être -apprécié comme on voudra. Le génie de Shakespeare a droit d'y -accoutumer l'esprit par la force, par la franchise des intentions -et la grandeur du plan, mais je crois ce genre interdit à un génie -secondaire; nous devons à cette maladroite intention nombre de -mauvaises pièces et de mauvais romans: les meilleurs parmi ces -derniers, pendant ces trente dernières années, en sont furieusement -gâtés: ceux de Dumas, ceux de Mme Sand, etc.</p> - -<p>Mais ce n'est pas le seul inconvénient que la littérature moderne -présente à cet endroit; on n'écrit pas aujourd'hui un sermon, un -voyage, un rapport même sur la première affaire venue où on ne prenne -tour à tour tous les tons. Thiers lui-même, dans sa belle histoire, -et tout imbu qu'il est des traditions et des grands exemples de -notre langue, n'a pu résister à ces péroraisons, fins de chapitres, -réflexions entachées du style pleurard et sentimental. Un homme qui -écrit un voyage décrit tous les couchers de soleil, tous les paysages -qu'il rencontre avec un comique attendrissant, qu'il croit fait pour -gagner le lecteur. Ce mélange des styles dans chaque morceau est pour -ainsi dire à chaque ligne. «Et on écrit aujourd'hui, dit Voltaire, -des histoires en style d'opéra-comique», etc. <i>Il est bon que chaque -chose soit à sa place.</i> Quand cet homme étonnant écrit la <i>Pucelle</i>, -il ne tire pas le lecteur du style léger et badin, il ne sort<span class="pagenum"><a name="Page_437" id="Page_437">[p. 437]</a></span> pas du -ton de la plaisanterie; quand, au contraire, dans l'<i>Essai sur les -mœurs</i>, il consacre à la Pucelle une page éloquente, il ne montre -que l'admiration et le regret pour l'héroïne, sans toutefois le faire -dans un style d'une apologie emphatique ou d'une oraison funèbre.</p> - -<p>On ne peut lire aujourd'hui une comédie ou un vaudeville sans avoir son -mouchoir à la main, pour s'essuyer les yeux aux passages où l'auteur a -voulu s'adresser à la sensibilité de son lecteur.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p><i>Vendredi</i>, 8 <i>mai.</i>—J'écris à Dutilleux:</p> - -<p>«Mon cher ami, quand j'ai vu avant-hier dans vos mains et sous vos yeux -la petite esquisse de <i>Tobie</i><a name="NoteRef_559_548" id="NoteRef_559_548"></a><a href="#Note_559_548" class="fnanchor">[559]</a>, elle m'a paru misérable, quoique -cependant je l'eusse faite avec plaisir. Enfin, quoi qu'il en soit de -cette impression, je me suis rappelé après votre départ que vous aviez -regardé avec plaisir le <i>Petit lion</i><a name="NoteRef_560_549" id="NoteRef_560_549"></a><a href="#Note_560_549" class="fnanchor">[560]</a> qui était sur un chevalet. Je -souhaite bien ne pas me tromper en pensant qu'il a pu vous plaire: je -vous l'aurais envoyé tout de suite sans les petites touches nécessaires -à son achèvement et que j'ai faites hier. Recevez-le avec le même -plaisir que j'ai à vous l'envoyer, et vous me rendrez bien heureux.</p> - -<p>«Il est encore frais dans de certaines parties: évitez la poussière -pendant deux ou trois jours.»</p> - -<hr class="b2" /> -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_559_548" id="Note_559_548"></a><a href="#NoteRef_559_548"><span class="label">[559]</span></a> Voir <i>Catalogue Robaut</i>, n° 1450.</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_560_549" id="Note_560_549"></a><a href="#NoteRef_560_549"><span class="label">[560]</span></a> Voir <i>Catalogue Robaut</i>, n° 1449.</p> - -<p><span class="pagenum"><a name="Page_438" id="Page_438">[p. 438]</a></span></p></div> - -<hr class="b2" /> - -<p><i>Champrosay</i>, 16 <i>juin.</i>—Revenu à Champrosay après mes quinze jours de -maladie.</p> - -<p class="center">*</p> - -<p>22 <i>juin</i><a name="NoteRef_561_550" id="NoteRef_561_550"></a><a href="#Note_561_550" class="fnanchor">[561]</a>.—(Au crayon.) Le premier mérite d'un tableau est d'être -une fête pour l'œil. Ce n'est pas à dire qu'il n'y faut pas de la -raison: c'est comme les beaux vers;... toute la raison du monde ne les -empêche pas d'être mauvais, s'ils choquent l'oreille. On dit: <i>avoir de -l'oreille</i>; tous les yeux ne sont pas propres à goûter les délicatesses -de la peinture. Beaucoup ont l'œil faux ou inerte; ils voient -littéralement les objets, mais l'exquis, non.</p> - -<hr class="b2" /> -<div class="footnote"> - -<p><a name="Note_561_550" id="Note_561_550"></a><a href="#NoteRef_561_550"><span class="label">[561]</span></a> C'est la dernière des notes qu'on ait retrouvées sur les -calepins de Delacroix, qui mourut le 13 août suivant.</p></div> - - -<h4>FIN DU TOME TROISIÈME.</h4> - -<hr class="full" /> - - -<p>TABLE CHRONOLOGIQUE DES TROIS VOLUMES<br /> -DU JOURNAL D'EUGÈNE DELACROIX</p> - -<p> -TOME PREMIER<br /> -<br /> -(1822-1849)<br /> -<br /> -1822 <span class="linenum"> 1</span><br /> -1823 <span class="linenum"> 28</span><br /> -1824 <span class="linenum"> 50</span><br /> -1825 <span class="linenum">140</span><br /> -1830 <span class="linenum">142</span><br /> -1832 (Voyage au Maroc) <span class="linenum">143</span><br /> -1834 <span class="linenum">193</span><br /> -1840 <span class="linenum">195</span><br /> -1843 <span class="linenum">198</span><br /> -1844 <span class="linenum">202</span><br /> -1846 <span class="linenum">218</span><br /> -1847 <span class="linenum">235</span><br /> -1849 <span class="linenum">337</span><br /> -<br /> -TOME II<br /> -<br /> -(1850-1854)<br /> -<br /> -1850 <span class="linenum"> 1</span><br /> -1851 <span class="linenum"> 46</span><br /> -1852 <span class="linenum"> 69</span><br /> -1853 <span class="linenum">139</span><br /> -1854 <span class="linenum">305</span><br /> -<br /> -TOME III<br /> -<br /> -(1855-1803)<br /> -<br /> -<a href="#c1855">1855</a> <span class="linenum"> 1</span><br /> -<a href="#c1856">1856</a> <span class="linenum">123</span><br /> -<a href="#c1857">1857</a> <span class="linenum">189</span><br /> -<a href="#c1858">1858</a> <span class="linenum">304</span><br /> -<a href="#c1859">1859</a> <span class="linenum">352</span><br /> -<a href="#c1860">1860</a> <span class="linenum">363</span><br /> -<a href="#c1861">1861</a> <span class="linenum">425</span><br /> -<a href="#c1862">1862</a> <span class="linenum">429</span><br /> -<a href="#c1863">1863</a> <span class="linenum">433</span><br /> -</p> - -<hr class="chap" /> -<h5> -TABLE ALFABÉTHIQUE DES NOMS ET DES ŒUVRES<br /> -CITÉS DANS LE JOURNAL D'EUGÈNE DELACROIX.<br /> -</h5> - -<p style="margin-left: 15%;"> -A<br /> -<br /> -ABADIE, modèle de Delacroix, I, 104.<br /> -ABD-EL-KADER, II, 393.<br /> -<i>Abigaïl vient apaiser David par des présents</i>, projet de tableau<br /> -<span style="margin-left: 1em;">de Delacroix, I, 335.</span><br /> -ABOVILLE (vicomte D'), ami et voisin de Berryer, II, 485.<br /> -ABOU, pacha marocain, I, 162, 166, 175, 179, 182.<br /> -ABOUT (Edmond), homme de lettres, III, <a href="#Page_176">176</a>, <a href="#Page_179">179</a>, <a href="#Page_181">181</a> et note 3.<br /> -ABRAHAM, juif du Maroc, I, 152, 157, 163, 174, 175, 183.<br /> -ABRANTÈS (duchesse D'), III, <a href="#Page_315">315</a> et note 2.<br /> -<i>Abrégé de la vie des peintres</i>, par Roger de Piles, I, 419, note.<br /> -<i>Abreuvoir au Maroc</i>, toile de Delacroix, III, <a href="#Page_401">401</a>.<br /> -ACHILLE, II, 301, 302; III, <a href="#Page_418">418</a>.<br /> -<i>Acteurs de Tanger</i>, étude de Delacroix, I, 214.<br /> -ADAM (Adolphe), compositeur, I, 317; II, 225 et note 2.<br /> -ADAM (Lambert-Sigisbert), sculpteur, III, <a href="#Page_281">281</a>, note 2.<br /> -<i>Adam et Ève</i>, composition d'Albert Dürer, I, 353.<br /> -<i>Adam et Ève</i>, toile de Delacroix, I, 306; II, 286 et note 4.<br /> -<i>Adam et Ève</i>, peinture décorative de la bibliothèque du Palais-Bourbon,<br /> -<span style="margin-left: 1em;">par Delacroix, I, 257,—toile d'après la même peinture, III, <a href="#Page_292">292</a>.</span><br /> -<i>Adam et Ève chassés du Paradis</i>, toile de Delacroix, II, 135.<br /> -<i>Adam et Ève se cachant après le péché</i>, chaire sculptée à<br /> -<span style="margin-left: 1em;">Notre-Dame d'Answyck, à Malines, II, 25.</span><br /> -ADELINE, modèle de Delacroix, I, 92, 130.<br /> -<i>Adieux de Bornéo et Juliette</i>, toile de Delacroix, II,<br /> -<span style="margin-left: 1em;">273 note 1, 395 note.</span><br /> -<i>Adolphe</i>, roman de Benjamin Constant, I, 438, 442.<br /> -<i>Adoration des Mages</i>, toile de Rubens, musée de Bruxelles, II, 7, 34.<br /> -<i>Adoration des Rois</i>, toile de Rubens, église Saint-Jean,<br /> -<span style="margin-left: 1em;">à Malines, II, 22.</span><br /> -<i>Adoration des Rois</i>, tableau de l'école de David, église de<br /> -<span style="margin-left: 1em;">Chaillou, I, 372.</span><br /> -<i>Agapanthus</i> (l'), toile de Delacroix, I, 354 et note.<br /> -<i>Agnès de Méranie</i>, tragédie de Ponsard, I, 239 note.<br /> -<i>Agonie du Christ</i>, esquisse de Decamps, II, 175.<br /> -ALARD, violoniste, I, 270 note, 364 et note, II, 75, 76.<br /> -ALAUX (Jean), peintre, III, <a href="#Page_304">304</a>.<br /> -ALBERTHE, cousine d'Eugène Delacroix, I, 259 et note, 272, 358;<br /> -<span style="margin-left: 1em;">II, 220, 271, 276, 282, 302; III, <a href="#Page_25">25</a>, <a href="#Page_27">27</a>, <a href="#Page_67">67</a>, <a href="#Page_119">119</a>, <a href="#Page_124">124</a>, <a href="#Page_146">146</a>, <a href="#Page_182">182</a>.</span><br /> -ALBONI (Mme), cantatrice, II, 272, 351 note.<br /> -<i>Alcassar-el-Kebir</i>, aquarelle et tableau de Delacroix, I, 179.<br /> -ALEXANDRE (général), III, <a href="#Page_122">122</a>.<br /> -ALEXANDRE, roi de Macédoine, I, 201; II, 450; III, <a href="#Page_270">270</a>.<br /> -<i>Alexandre et les poèmes d'Homère</i>, peinture décorative de la<br /> -<span style="margin-left: 1em;">bibliothèque du Palais-Bourbon, par Delacroix, I, 257.</span><br /> -ALKAN, musicien et compositeur, I, 364 et note.<br /> -<i>Allée d'arbres</i>, toile de Rousseau, I, 303.<br /> -<i>Allégorie sur la Gloire</i>, croquis de Delacroix, II, 66 et note.<br /> -ALLIER (Antoine), sculpteur, I, 98 et note.<br /> -<i>Amateur</i> (l') <i>d'estampes</i>, peinture par Daumier, II, 62 note.<br /> -AMELOT DE LA HOUSSAYE, littérateur, I, 259 et note.<br /> -<i>Amende honorable</i> (l'), toile de Delacroix, I, 81 note.<br /> -<i>Ames du purgatoire</i> (les), toile de Rubens, musée d'Anvers, II, 27.<br /> -<i>Amphitryon</i>, comédie de Molière, III, <a href="#Page_164">164</a>.<br /> -<i>Anacréon</i>, fresque de Delacroix, à Valmont, I, 193 et note.<br /> -<i>Anastase, ou les Mémoires d'un Grec</i>, traduit de l'anglais, I, 107.<br /> -ANCELOT (Mme), femme de lettres, auteur des <i>Salons de Paris</i>, III, <a href="#Page_315">315</a>.<br /> -ANDRÉ DEL SARTE, maître florentin, I, 29.<br /> -ANDRIEU (Pierre), peintre, élève de Delacroix, I, 439 et note;<br /> -<span style="margin-left: 1em;">II, 36, 87 note 1, 98, 111, 124, 151, 266, 309 note, 374 et note,</span><br /> -<span style="margin-left: 1em;">379, 386; III, <a href="#Page_136">136</a>, <a href="#Page_159">159</a>, <a href="#Page_165">165</a>, <a href="#Page_186">186</a>, <a href="#Page_208">208</a>, <a href="#Page_292">292</a>, <a href="#Page_336">336</a> et note.—(Mme),</span><br /> -<span style="margin-left: 1em;">sa veuve, I, 426, note.</span><br /> -<i>Andromède</i>, toile de Delacroix, II, 137, 375; III, <a href="#Page_395">395</a>.<br /> -<i>Andromède</i>, groupe de Puget, musée du Louvre, I, 202 note 205.<br /> -<i>Ange Pitou</i>, roman d'Alexandre Dumas père, III, <a href="#Page_342">342</a> et note 1.<br /> -<i>Angélique délivrée par Roger</i>, tableau d'Ingres,<br /> -<span style="margin-left: 1em;">musée du Louvre, II, 318.</span><br /> -<i>Angélique et Médor</i>, toile de Delacroix, III, <a href="#Page_402">402</a>.<br /> -ANNIBEAU (Mme D'), amie de Berryer, III, <a href="#Page_185">185</a>, <a href="#Page_186">186</a>.<br /> -<i>Annuaire</i> de l'Académie de Bruxelles, III, <a href="#Page_358">358</a>.<br /> -ANTOINE (le Père), supérieur de la Trappe, III, <a href="#Page_58">58</a>, <a href="#Page_59">59</a>.<br /> -<i>Antoine et Cléopâtre</i>, tragédie de Shakespeare, III, <a href="#Page_424">424</a>.<br /> -<i>Antony</i>, drame d'Alexandre Dumas, II, 237, 408.<br /> -<i>Apollon et Marsyas</i>, peinture sur bois, attribuée<br /> -<span style="margin-left: 1em;">à Raphaël, musée du Louvre, III, <a href="#Page_306">306</a> et note.</span><br /> -<i>Apollon vainqueur du serpent Python</i>, plafond de la galerie d'Apollon,<br /> -<span style="margin-left: 1em;">au Louvre, par Delacroix, I, 448 note 505; II, 37 note, 54 et note, 66, 394.</span><br /> -<span style="margin-left: 1em;">—<i>Id.</i>, autres toiles de Delacroix, même sujet, II, 138, 291.</span><br /> -<i>Apothéose d'Homère</i>, plafond de Ingres, musée du Louvre, II, 317 note.<br /> -<i>Apothicaires</i> (les), petite toile de Watteau, III, <a href="#Page_316">316</a> note 3.<br /> -<i>Arabe accroupi</i>, toile de Delacroix, I, 408; II, 46.<br /> -<i>Arabe à cheval</i>, toile de Delacroix, I, 377.<br /> -<i>Arabe à l'affût du lion</i>, toile de Delacroix, II, 379 et note,<br /> -<span style="margin-left: 1em;">—dessin. II, 379 note,—croquis, II, 379 note.</span><br /> -<i>Arabe assis et son cheval près de lui</i>, petite toile de Delacroix,<br /> -<span style="margin-left: 1em;">II, 336 et note 1; III, <a href="#Page_136">136</a>, <a href="#Page_137">137</a>.</span><br /> -<i>Arabe blessé au bras et son cheval</i>, toile de Delacroix, III, <a href="#Page_348">348</a>.<br /> -<i>Arabe</i> (l') <i>et l'enfant à cheval</i>, toile de Delacroix,<br /> -<span style="margin-left: 1em;">II, 381 et note 3.</span><br /> -<i>Arabe escaladant des rochers pour surprendre un lion</i>, toile de<br /> -<span style="margin-left: 1em;">Delacroix, I, 385.</span><br /> -<i>Arabe qui va seller son cheval</i>, toile de Delacroix, III, <a href="#Page_162">162</a>, <a href="#Page_179">179</a>.<br /> -<i>Arabes autour du feu</i>, toile de Delacroix, III, <a href="#Page_402">402</a>.<br /> -<i>Arabes d'Oran</i>, I, 316.<br /> -ARAGO (François), I, 296 note 333; II, 255 et note.<br /> -ARAGO (Étienne), frère de François, II, 255 note; III, <a href="#Page_35">35</a> et note 1.<br /> -ARAGO (Emmanuel), fils de François, II, 255 note, 279, 312, 334; III, <a href="#Page_10">10</a>, <a href="#Page_26">26</a>.<br /> -ARAGO (Alfred), peintre, inspecteur général des Beaux-Arts, deuxième fils<br /> -<span style="margin-left: 1em;">de François, I, 296 et note 333, 303 note 346; II, 255 note.</span><br /> -ARAGON (D'), I, 243, 276.<br /> -<i>Archange saint Michel</i> (l') <i>terrassant</i><br /> -<span style="margin-left: 1em;"><i>le démon</i>, plafond de la chapelle des</span><br /> -<span style="margin-left: 1em;">Saints-Anges, à l'église Saint-Sulpice,</span><br /> -<span style="margin-left: 1em;">pur Delacroix, I, 411, note 479.</span><br /> -<i>Archimède tué par le soldat</i>, peinture<br /> -<span style="margin-left: 1em;">décorative de la bibliothèque du Palais-Bourbon,</span><br /> -<span style="margin-left: 1em;">par Delacroix, I, 258.</span><br /> -ARENBERG (galerie du due D'), II, 7.<br /> -ARÉTIN (l'), poète satirique italien, III, <a href="#Page_194">194</a> et note.<br /> -ARGENT (D'), II, 147.—(Mme D'), I, 390.<br /> -<i>Ariane</i>, petite toile de Delacroix, I, 376.<br /> -ARIOSTE (l'), poète italien, auteur de <i>Roland furieux</i>,<br /> -<span style="margin-left: 1em;">I, 232; II, 260, 261, 440, 441; III, <a href="#Page_138">138</a>, <a href="#Page_385">385</a>.</span><br /> -ARISTOTE, II, 180, 403.<br /> -<i>Aristote décrit les animaux que lui envoie Alexandre</i>,<br /> -<span style="margin-left: 1em;">peinture décorative de la bibliothèque du Palais-Bourbon,</span><br /> -<span style="margin-left: 1em;">par Delacroix, I, 258, 261 note 267; II, 92.</span><br /> -ARLINCOURT (vicomte D'), poète et romancier, II, 361 et note 2, 362.<br /> -<i>Armide</i>, opéra de Rossini, III, <a href="#Page_126">126</a>, <a href="#Page_127">127</a>.<br /> -<i>Armide arrivant au camp de Godefroi</i>,<br /> -<span style="margin-left: 1em;">projet de tableau de Delacroix, II, 309.</span><br /> -ARNOULD (Sophie), cantatrice, I, 272.<br /> -ARNOULD-PLESSY (Mme), comédienne, III, <a href="#Page_333">333</a>, <a href="#Page_334">334</a> et note 1.<br /> -ARNOUX, peintre et homme de lettres,<br /> -<span style="margin-left: 1em;">I, 274 et note 298, 281, 284, 297, 299;</span><br /> -<span style="margin-left: 1em;">II, 380 et note; III, <a href="#Page_40">40</a>.</span><br /> -ARPENTIGNY (D'), critique, I, 283, 310.<br /> -<i>Arsace et Isménie</i>, roman de Montesquieu, I, 395 et note 467.<br /> -<i>Aspasie</i>, toile de Delacroix, III, <a href="#Page_292">292</a>.<br /> -ASSELINE, secrétaire des commandements des<br /> -<span style="margin-left: 1em;">princes d'Orléans, I, 270 et note 284, 271, 298.</span><br /> -<i>Assumption</i> (l'), copie du tableau<br /> -<span style="margin-left: 1em;">du Poussin, à l'église de Fécamp, I, 399;</span><br /> -<span style="margin-left: 1em;">—toile de Rubens, musée de Bruxelles, II, 7, 34.</span><br /> -<i>Athalie</i>, tragédie de Racine, I, 359, 361; III, <a href="#Page_145">145</a>.<br /> -<i>Attila ramenant la barbarie sur l'Italie ravagée</i>,<br /> -<span style="margin-left: 1em;">peinture décorative de la bibliothèque du Palais-Bourbon,</span><br /> -<span style="margin-left: 1em;">par Delacroix, I, 257, 316 et note 369, 318 note 370, 325, 329 note 385.</span><br /> -AUBER, compositeur, I, 364; II, 75, 76, 378; III, <a href="#Page_141">141</a>,<br /> -<span style="margin-left: 1em;">note 3, 159, 181 et note 2.</span><br /> -AUBERNON (Mme), II, 279 et note 1.<br /> -AUBLÉ (le docteur), de Malesherbes, II, 484, 485.<br /> -AUBRY, marchand de tableaux, I, 307 et note.<br /> -AUDIFFRET (Charles-Louis D'), économiste et homme<br /> -<span style="margin-left: 1em;">politique, II, 375 et note 5; III, <a href="#Page_63">63</a>.</span><br /> -<i>Augerville</i>, propriété de Berryer,<br /> -<span style="margin-left: 1em;">près de Malesherbes, I, 56; II, 353, 355,</span><br /> -<span style="margin-left: 1em;">359 note 2, 367, 482, 492, 494; III, <a href="#Page_113">113</a>,</span><br /> -<span style="margin-left: 1em;"><a href="#Page_114">114</a>, <a href="#Page_116">116</a>, <a href="#Page_174">174</a>, <a href="#Page_177">177</a>, <a href="#Page_251">251</a>, <a href="#Page_292">292</a>, <a href="#Page_293">293</a>, <a href="#Page_319">319</a></span><br /> -<span style="margin-left: 1em;">note 1, <a href="#Page_331">331</a>, <a href="#Page_350">350</a>, <a href="#Page_397">397</a>, <a href="#Page_401">401</a>, <a href="#Page_427">427</a>, <a href="#Page_430">430</a>.</span><br /> -AUGIER (Émile), auteur dramatique, II, 378 et note 4; III, 129.<br /> -AUGUSTE (M.), sculpteur, ami de Delacroix, I, 135<br /> -<span style="margin-left: 1em;">et note 149, 136, 138, 239.</span><br /> -AURAS (Marie), modèle de Delacroix, I, 62.<br /> -AUTRAN (Joseph), poète, III, <a href="#Page_145">145</a> et note 1.<br /> -<br /> -B<br /> -<br /> -BABINET (Jacques), mathématicien, II, 297 et note 3.<br /> -<i>Bacchus</i>, fresque de Delacroix, à Valmont, I, 193 note 196.<br /> -<i>Bachelier de Salamanque</i>, roman de Lesage, III, <a href="#Page_360">360</a>.<br /> -BACON (Roger), II, 190.<br /> -<i>Baigneuse</i> (la), <i>de dos</i>, toile de Delacroix, I, 373, 408.<br /> -<i>Baigneuses</i>, toile de Delacroix, II, 329 et note 1, 334, 411.<br /> -BAILLY (le docteur), I, 48, 124; III, <a href="#Page_328">328</a>.<br /> -<i>Bain mauresque</i>, étude de Delacroix, I, 215.<br /> -BALLESTE, officier français, I, 52.<br /> -BALTARD (Victor), architecte, I, 383 et note 457; II, 94 et note, 229.<br /> -BALZAC (Honoré DE), littérateur et romancier,<br /> -<span style="margin-left: 1em;">I, xxiii; II, 80 et note 3, 178 note 2, 201, 209, 433;</span><br /> -<span style="margin-left: 1em;">III, <a href="#Page_34">34</a>, <a href="#Page_35">35</a> note 2, <a href="#Page_268">268</a> note 2, <a href="#Page_286">286</a> note, <a href="#Page_315">315</a> note 2,</span><br /> -<span style="margin-left: 1em;"><a href="#Page_342">342</a>, <a href="#Page_377">377</a>, <a href="#Page_408">408</a>, <a href="#Page_411">411</a>.—Sa veuve, II, 347.</span><br /> -<i>Baptême de Notre-Seigneur</i>, panneau de Rubens,<br /> -<span style="margin-left: 1em;">église Saint-Jean, à Malines, II, 22.</span><br /> -<i>Baptême du Christ</i>, tableau de Corot,<br /> -<span style="margin-left: 1em;">église Saint-Nicolas du Chardonnet à Paris, I, 289.</span><br /> -<i>Baptême du Christ</i>, de Rubens, musée du Louvre, III, <a href="#Page_350">350</a>.<br /> -BARBEREAU, compositeur, II, 325, 383.<br /> -BARBÈS (Armand), homme politique, I, 362 et note 424.<br /> -BARBIER, beau-père de Fr. Villot, et voisin de campagne<br /> -<span style="margin-left: 1em;">de Delacroix, à Champrosay, I, 292 et note 326, 293, 308;</span><br /> -<span style="margin-left: 1em;">II, 193, 194, 197, 217, 256, 263, 323, 349, 350, 478,</span><br /> -<span style="margin-left: 1em;">481, 492; III, <a href="#Page_53">53</a>, <a href="#Page_60">60</a>, <a href="#Page_130">130</a>, <a href="#Page_163">163</a>, <a href="#Page_179">179</a>, <a href="#Page_180">180</a>, <a href="#Page_347">347</a>, <a href="#Page_348">348</a>.</span><br /> -<span style="margin-left: 1em;">—(Mme), I, 446; II, 157, 161, 194, 197, 211, 213, 218,</span><br /> -<span style="margin-left: 1em;">237, 247, 258, 475; III, <a href="#Page_4">4</a>, <a href="#Page_25">25</a>, <a href="#Page_33">33</a>, <a href="#Page_52">52</a>, <a href="#Page_130">130</a>, <a href="#Page_162">162</a>, <a href="#Page_163">163</a>,</span><br /> -<span style="margin-left: 1em;"><a href="#Page_204">204</a>, <a href="#Page_348">348</a>, <a href="#Page_412">412</a>.</span><br /> -BARBIER jeune, frère de Mme Villot, II, 235; III, <a href="#Page_53">53</a>.<br /> -<i>Barbier de Méquinez</i> (le), tableau<br /> -<span style="margin-left: 1em;">et esquisse de Delacroix, I, 215; II, 378.</span><br /> -<i>Barbier de Séville</i> (le), comédie de<br /> -<span style="margin-left: 1em;">Beaumarchais, I, 108, 123;—opéra de Rossini,</span><br /> -<span style="margin-left: 1em;">II, 155; III, <a href="#Page_182">182</a>.</span><br /> -BARBOTTE, II, 467.<br /> -BAROCCI, maître italien, III, <a href="#Page_334">334</a>.<br /> -BAROCHE, homme politique, III, <a href="#Page_125">125</a> et note, <a href="#Page_127">127</a>, <a href="#Page_128">128</a>.<br /> -<i>Barque</i> (la), toile de Delacroix, III, <a href="#Page_137">137</a>.<br /> -<i>Barque de don Juan</i> (la), toile de Delacroix,<br /> -musée du Louvre, I, 269 note 281, 302.<br /> -BARÈRE (le conventionnel), II, 428.<br /> -BARRE (Jean-Auguste), sculpteur, III, <a href="#Page_339">339</a> et note 1.<br /> -BARRÈRE (Mme DE), I, 325.<br /> -<i>Barricade</i> (la), toile de Meissonier, I, 350.<br /> -BARBOILHET (Paul), chanteur, I, 301; III, 294 et note 3, 316 note 3.<br /> -BARTHE (Félix), magistrat, III, <a href="#Page_183">183</a> et note 2.<br /> -BARYE (Ant.-Louis), sculpteur, I, 285, 296 note 332; III, <a href="#Page_25">25</a>, <a href="#Page_143">143</a>, <a href="#Page_208">208</a>.<br /> -BATAILLE (Nicolas-Auguste), cousin de Delacroix, I, 279, 308<br /> -<span style="margin-left: 1em;">et note 354, 389 note 461, 399 et note 468, 404; II, 116.</span><br /> -<i>Bataille d'Aboukir</i>, tableau de Gros, musée de Versailles, III, <a href="#Page_67">67</a>.<br /> -<i>Bataille d'Eylau</i>, tableau de Gros, musée du Louvre, I, 374.<br /> -<i>Bataille d'Ivry</i>, toile de Rubens, à Florence, I, 330.<br /> -<i>Bataille de Nancy</i> (la), toile de Delacroix, musée de Nancy, III, <a href="#Page_282">282</a> note.<br /> -<i>Bateau</i>, toile de Delacroix, I, 302, 310.<br /> -BATTA (Alexandre), violoncelliste, II, 353 et note 3, 358 à 363, 484;<br /> -<span style="margin-left: 1em;">III, 174, 176, 293, 351.</span><br /> -BATTON (Alexandre), compositeur et pianiste, I, 96 et note 118.<br /> -BAUDELAIRE, poète et littérateur, I, ii, xv, xxxi, 64, 76,<br /> -<span style="margin-left: 1em;">128 note 143, 171 note 181, 211 note 214, 226 note 219,</span><br /> -<span style="margin-left: 1em;">255 note 253, 342 et note 397, 350 note 408; II, 121 note, 152 note 1, 159 note 1,</span><br /> -<span style="margin-left: 1em;">160 note 2, 184 note, 212 note, 286 note 2, 289 note</span><br /> -<span style="margin-left: 1em;">2, 382, 328 note, 424 note; III, <a href="#Page_24">24</a> note, <a href="#Page_27">27</a> note, <a href="#Page_43">43</a> note,</span><br /> -<span style="margin-left: 1em;"><a href="#Page_137">137</a> note 9, <a href="#Page_138">138</a>, <a href="#Page_150">150</a> et note, <a href="#Page_206">206</a> note 4, <a href="#Page_209">209</a>, <a href="#Page_221">221</a> note, <a href="#Page_255">255</a> note,</span><br /> -<span style="margin-left: 1em;"><a href="#Page_334">334</a> note, <a href="#Page_335">335</a> note.</span><br /> -BAUME (M. DE LA), I, 272.<br /> -BAYVET, voisin de campagne de Delacroix, à Champrosay,<br /> -<span style="margin-left: 1em;">II, 244 à 246, 262, 263, 329; III, <a href="#Page_28">28</a>, <a href="#Page_29">29</a>,</span><br /> -<span style="margin-left: 1em;"><a href="#Page_137">137</a>, <a href="#Page_162">162</a>, <a href="#Page_179">179</a>, <a href="#Page_276">276</a>, <a href="#Page_346">346</a>, <a href="#Page_411">411</a>, <a href="#Page_412">412</a>.—fils, III, <a href="#Page_42">42</a>.</span><br /> -<i>Bazar de Méquinez</i> (le), toile de Delacroix, III, <a href="#Page_163">163</a>.<br /> -BAZIN (M.), historien, II, 36, 37, 412.<br /> -BEAUCHESNE (A.-H. du Bois DE), littérateur, II, 375 et note 6;<br /> -<span style="margin-left: 1em;">III, <a href="#Page_67">67</a> et note 2, <a href="#Page_120">120</a>.</span><br /> -BEAUCHESNE (H. du Bois DE), général, fils du précédent,<br /> -<span style="margin-left: 1em;">III, <a href="#Page_67">67</a> et note 3.</span><br /> -BEAUHARNAIS (M. DE), II, 298.<br /> -BEAUMARCHAIS, auteur dramatique et littérateur, III, <a href="#Page_3">3</a>.<br /> -BEAUMONT (Adalbert DE), peintre et littérateur, III, <a href="#Page_5">5</a> et note 1.<br /> -BEAUVALLET, acteur, II, 125 et note; III, <a href="#Page_164">164</a> note 3.<br /> -BECK (M.), II, 207, 210.—(Mme), II, 210.<br /> -BEDEAU (le général), II, 364.<br /> -BEER (G.-J.), docteur en médecine de l'Université de Vienne, I, 259.<br /> -BEETHOVEN, compositeur allemand, I, xliii, 226 note 219, 230, 274,<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">275, 283, 287 note 319, 317, 352, 354 note 417, 355, 363, 365, 384,</span><br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">409, 413, 418, 419, 422; II, 166, 188, 223, 261, 285, 318,</span><br /> -<span style="margin-left: 1em;">323, 326, 327, 361, 363; III, <a href="#Page_209">209</a>.</span><br /> -BELGIOJOSO (princesse), I, 423 note.<br /> -<i>Bélisaire</i>, projet de tableau de Delacroix, I, 130.<br /> -BELLINI, compositeur italien, II, 282.<br /> -BELMONTET, poète, I, 113 et note 133.<br /> -BELOT, marchand de couleurs, I, 84, 96.<br /> -BEN-ABOU, Marocain, I, 163.<br /> -BENAZET, directeur du casino de Bade, III, <a href="#Page_86">86</a>.<br /> -BENJAMIN CONSTANT, voir <i>Adolphe.</i><br /> -BÉRANGER, chansonnier, II, 49; III, <a href="#Page_135">135</a> et note 1.<br /> -BERGER (M.), préfet de la Seine, II, 128 note, 411; III, <a href="#Page_117">117</a>, <a href="#Page_123">123</a> note 3.<br /> -<i>Bergers</i> (les), toile de Rubens, musée de Rouen, I, 387.<br /> -<i>Bergers chaldéens</i> (les), toile et pastel de Delacroix, I, 298.<br /> -<i>Bergers chaldéens</i> (les) <i>inventeurs de l'astronomie</i>, peinture décorative<br /> -<span style="margin-left: 1em;">de la bibliothèque du Palais-Bourbon, par Delacroix, I, 258.</span><br /> -BERGINI, modèle de Delacroix, I, 64, 83, 84.<br /> -<i>Berlichingen</i> (Gœtz de), de Gœthe, III, <a href="#Page_424">424</a>.<br /> -<i>Berlichingen arrivant chez les Bohémiens</i>,<br /> -<span style="margin-left: 1em;">tableau de Delacroix, I, 214; II, 228, 229.</span><br /> -<i>Berlichingen écrivant ses mémoires</i>,<br /> -<span style="margin-left: 1em;">toile de Delacroix, I, 357.</span><br /> -BERLIOZ, compositeur, I, xliii, liv, 365, 371, 417, 422;<br /> -<span style="margin-left: 1em;">II, 83, 370 et note 1, 127; III, <a href="#Page_131">131</a>, <a href="#Page_304">304</a>.</span><br /> -BERNINI, dit le cavalier Bernin, peintre, sculpteur et<br /> -<span style="margin-left: 1em;">architecte italien, III, <a href="#Page_256">256</a>.</span><br /> -BERNIS (le cardinal DE), III, <a href="#Page_319">319</a>, <a href="#Page_320">320</a>.<br /> -BERRYER, avocat et homme politique,<br /> -<span style="margin-left: 1em;">cousin de Delacroix, I, 56 note 64, 293; II, 123 note, 287</span><br /> -<span style="margin-left: 1em;">note 2, 288 note, 304, 353 et note 4, 354, 355, 356 et note,</span><br /> -<span style="margin-left: 1em;">357, 359 et note 2, 360, 361, 362 et note 1, 363, 364, 366,</span><br /> -<span style="margin-left: 1em;">380, 386, 410, 482 et note, 483, 484 à 492, 496; III, <a href="#Page_2">2</a>, <a href="#Page_9">9</a>,</span><br /> -<span style="margin-left: 1em;"><a href="#Page_10">10</a>, <a href="#Page_44">44</a>, <a href="#Page_54">54</a>, <a href="#Page_55">55</a> et note, <a href="#Page_56">56</a>, <a href="#Page_57">57</a>, <a href="#Page_58">58</a> et note, <a href="#Page_59">59</a>, <a href="#Page_60">60</a>, <a href="#Page_113">113</a>, <a href="#Page_114">114</a>,</span><br /> -<span style="margin-left: 1em;"><a href="#Page_116">116</a>, <a href="#Page_120">120</a>, <a href="#Page_125">125</a>, <a href="#Page_131">131</a>, <a href="#Page_173">173</a>, <a href="#Page_174">174</a>, <a href="#Page_176">176</a>, <a href="#Page_177">177</a>, <a href="#Page_182">182</a>, <a href="#Page_290">290</a>, <a href="#Page_292">292</a>, <a href="#Page_293">293</a>,</span><br /> -<span style="margin-left: 1em;"><a href="#Page_297">297</a>, <a href="#Page_301">301</a> et note, <a href="#Page_319">319</a> note 1, <a href="#Page_330">330</a>, <a href="#Page_349">349</a>, <a href="#Page_362">362</a>.</span><br /> -BERRYER (Mme Arthur), belle-fille de Berryer, II, 485.<br /> -BERTHIER (le maréchal), I, 379, 380.<br /> -BERTIN (Édouard), paysagiste, I, 361 et note 423, 367, 412;<br /> -<span style="margin-left: 1em;">II, 84, 85, 96; III, <a href="#Page_12">12</a>, <a href="#Page_124">124</a> note 1, <a href="#Page_135">135</a> à <a href="#Page_139">139</a>, <a href="#Page_262">262</a>, <a href="#Page_434">434</a>.</span><br /> -BERZÉLIUS, chimiste suédois, II, 100 et note.<br /> -BETHMONT (Eugène), avocat et homme politique, II, 287 et note 1.<br /> -BEUGNIET, marchand de tableaux, I, 408 et note 474; II, 75 et note 1,<br /> -<span style="margin-left: 1em;">137, 138, 229, 292, 369, 388, 409; III, <a href="#Page_136">136</a>, <a href="#Page_143">143</a>, <a href="#Page_182">182</a> note 5.</span><br /> -BEUGNOT (Jacques-Claude), homme politique, II, 484 et note.<br /> -BEYLE (Henri). Voir STENDHAL.<br /> -BILLAULT, jurisconsulte et homme<br /> -<span style="margin-left: 1em;">politique, III, <a href="#Page_186">186</a> et note 1.</span><br /> -BISSON (les frères), photographes,<br /> -<span style="margin-left: 1em;">III, <a href="#Page_123">123</a> et note 2, <a href="#Page_127">127</a>.</span><br /> -BIXIO (Alexandre), homme politique, I, 346, 413 et note 483, 446;<br /> -<span style="margin-left: 1em;">II, 146, 255, 312, 475; III, <a href="#Page_32">32</a>, <a href="#Page_136">136</a>, <a href="#Page_162">162</a>;—(Mme), I, 363; II, 475.</span><br /> -BLACHE (le docteur), II, 105 et note 2.<br /> -BLANC (Charles), critique, I, 337 et note 394, 363 et note 426.<br /> -BLANQUI, homme politique, I, 362, 363.<br /> -BLAZE DE BURY, critique, II, 311 et note 1.<br /> -BLOCQUEVILLE (Louise-Adélaïde d'Eckmühl, marquise DE),<br /> -<span style="margin-left: 1em;">fille du maréchal Davoust, III, <a href="#Page_1">1</a> et note 1, <a href="#Page_4">4</a>, <a href="#Page_6">6</a>.</span><br /> -BLONDEL, conseiller d'État, et l'un des exécuteurs<br /> -<span style="margin-left: 1em;">testamentaires de Delacroix, III, <a href="#Page_33">33</a>, et note 1.</span><br /> -BLONDEL (M.-Joseph), peintre, III, <a href="#Page_330">330</a>.<br /> -BOCCHI (Achille), littérateur italien, I, 299 et note 338.<br /> -BOCHER (Édouard), homme politique, I, 344 et note 401.<br /> -BODIN (Félix), publiciste et historien, II, 311 et note 7.<br /> -BOILAY, publiciste, II, 75, 76 note, 89, 106, 168,<br /> -<span style="margin-left: 1em;">312; III, <a href="#Page_26">26</a>, <a href="#Page_32">32</a>, <a href="#Page_52">52</a>, <a href="#Page_127">127</a>.</span><br /> -BOILEAU-DESPRÉAUX, I, 300; II, 328; III, <a href="#Page_140">140</a>, <a href="#Page_334">334</a>, <a href="#Page_360">360</a>, <a href="#Page_361">361</a>.<br /> -BOILEUX, jurisconsulte, I, 311 et note 361.<br /> -BOISSARD, peintre et critique, I, xxiii, 226 et note 219, 299, 317,<br /> -<span style="margin-left: 1em;">350; II, 177, 279, 294, 325, 328, 381, 442, 495; III, <a href="#Page_124">124</a>, <a href="#Page_174">174</a>.</span><br /> -<i>Boissy d'Anglas</i>, toile de Delacroix, musée de Bordeaux,<br /> -<span style="margin-left: 1em;">II, 46 et note 2.</span><br /> -BOMPART, I, 30.<br /> -BONAPARTE (Lucien), I, 272.<br /> -BONINGTON, peintre anglais, I, 256 note 256; II, 278 et note 3;<br /> -<span style="margin-left: 1em;">III, <a href="#Page_36">36</a> note, <a href="#Page_61">61</a> et note 3, <a href="#Page_62">62</a> note, <a href="#Page_146">146</a> note 1, <a href="#Page_188">188</a>, <a href="#Page_225">225</a>.</span><br /> -BONNET (M.), de Bordeaux, II, 138, 291, 380.<br /> -BONNET (Charles), philosophe et naturaliste, III, <a href="#Page_102">102</a> et note 1, <a href="#Page_103">103</a>, note.<br /> -BONNEVAL (colonel), III, <a href="#Page_62">62</a>.<br /> -BONTEMPS (M.), I, 383.<br /> -BONVIN (François), peintre, II, 38 et note 1.<br /> -<i>Bord du lac</i>, à Valmont, aquarelle par Delacroix, III, <a href="#Page_429">429</a>.<br /> -<i>Bords du Sébou</i> (les), toile de Delacroix, III, <a href="#Page_161">161</a> note, <a href="#Page_362">362</a> note.<br /> -BOREL-ROGET (Émile), graveur en médailles, II, 177<br /> -BOREL-ROGET (Albert), fils du précédent, II, 177.<br /> -BORNOT (Louis-Cyr), grand-oncle de Delacroix, I, 392 note.<br /> -BORNOT (M. et Mme)**, cousins de Delacroix, propriétaires<br /> -<span style="margin-left: 1em;">de l'abbaye de Valmont, I, 193 note 195, 279 et note, 293,</span><br /> -<span style="margin-left: 1em;">308 note, 389 et note, 394, 397 à 399, 403 et note, 404,</span><br /> -<span style="margin-left: 1em;">405; III, <a href="#Page_10">10</a>, <a href="#Page_49">49</a>, <a href="#Page_183">183</a> et note 1, <a href="#Page_186">186</a>, <a href="#Page_289">289</a>, <a href="#Page_290">290</a>.</span><br /> -BORNOT (Camille), fils des précédents, I, 403 note.<br /> -BOSSUET, cité I, x, 201, 348.<br /> -BOTZARIS, patriote grec, I, 89 et note 110.<br /> -<i>Bothwell</i>, drame de M. Empis, I, 118 et note 139, 134.<br /> -BOTTESINI (Giovanni), contrebassiste italien, III, <a href="#Page_144">144</a> et note 2.<br /> -BOUCHER (François), peintre, I, 307; II, 136, 139, 180; III, <a href="#Page_203">203</a>.<br /> -BOUCHEREAU, II, 347, 394; III, <a href="#Page_149">149</a>, <a href="#Page_150">150</a>.<br /> -BOULANGÉ (Louis), peintre, élève de Delacroix, III, <a href="#Page_136">136</a> et note 3,<br /> -<span style="margin-left: 1em;"><a href="#Page_183">183</a>, <a href="#Page_186">186</a> note 3, <a href="#Page_394">394</a>, <a href="#Page_396">396</a>.</span><br /> -BOULANGER (Clément), peintre, I, 241 note, 315 note.<br /> -BOULANGER (Louis), peintre, I, 271 et note.<br /> -BOULATIGNIER (Joseph), homme politique, III, <a href="#Page_186">186</a> et note 2.<br /> -BOUQUET, marchand de tableaux I, 357.<br /> -BOURDEAU DE LAJUDIE, gendre du baron Rivet, III, <a href="#Page_65">65</a> note 1.—Mme,<br /> -<span style="margin-left: 1em;">III, <a href="#Page_404">404</a>.</span><br /> -BOURÉE (M.), ancien consul à Tanger, II, 162.<br /> -BOURGES, marchand de couleurs, II, 40.<br /> -<i>Bourreau des crânes</i> (le), vaudeville, II, 220 et note.<br /> -BRACKELEER (Ferdinand DE), peintre belge, II, 26, 28, 29, 30 et note.<br /> -BRAIT DELAMATHE (M.), traducteur de Dante, I, 108.<br /> -BRASCASSAT, peintre, I, 285.<br /> -BRÉZÉ (tombeau de M. DE) à l'église Saint-Ouen de Rouen, I, 387, 388.<br /> -BRÉZÉ (M. DE), III, <a href="#Page_293">293</a>.<br /> -<i>Brewery</i> (la), taverne, I, 74, 97.<br /> -BRION (Gustave), peintre, III, <a href="#Page_82">82</a> et note 2.<br /> -<i>Britannicus</i>, tragédie de Racine, II, 228, 474; III, <a href="#Page_434">434</a>.<br /> -BROHAN (Augustine), comédienne, II, 289 et note 1, 290.<br /> -BRONTE (Charlotte), dite CURRER<br /> -<span style="margin-left: 1em;">BELL, auteur de <i>Jane Eyre</i>, III, <a href="#Page_351">351</a>, note 1.</span><br /> -BRUEYS D'AIGALLIERS (l'amiral), III, <a href="#Page_364">364</a> et note 1.<br /> -BRUYAS (Alfred), critique et amateur, II, 138 et note 5, 162,<br /> -<span style="margin-left: 1em;">169 et note.</span><br /> -BUFFON, I, 111; III, <a href="#Page_405">405</a>.<br /> -BUFFON (statue de), au Jardin des Plantes, I, 239.<br /> -BUGEAUD (le maréchal), III, <a href="#Page_116">116</a>.<br /> -BULOZ (François), publiciste, I, 274 et note, 284, 413 note;<br /> -<span style="margin-left: 1em;">II, 295 à 297, 311 note 1, 334; III, <a href="#Page_164">164</a>.</span><br /> -BURNET (John), graveur et peintre anglais, I, 143 et note.<br /> -BURTY (Philippe), critique, I, 16, 21, 45, 135, 145 note 162, 256 note 256,<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">274 note 298, 315, 342, 420; II, 87 note 1, 91 note, 179 notes 1 et 2,</span><br /> -<span style="margin-left: 1em;">317, 331 note; III, <a href="#Page_22">22</a>, note, <a href="#Page_148">148</a> note, <a href="#Page_161">161</a>, <a href="#Page_220">220</a> note, <a href="#Page_433">433</a>.</span><br /> -BUSSY (Genty DE), administrateur et homme politique, II, 478 et note.<br /> -BYRON (lord), poète anglais, I, 69, 87, 102, 115, 119 à 122, 140<br /> -<span style="margin-left: 1em;">note 157, 205, 213 note 216, 229, 232; II, 13 à 15, 314 note 6, 470,</span><br /> -<span style="margin-left: 1em;">III, <a href="#Page_233">233</a>, note <a href="#Page_2">2</a>, <a href="#Page_235">235</a>, <a href="#Page_236">236</a>, <a href="#Page_237">237</a>, <a href="#Page_374">374</a>, <a href="#Page_424">424</a>.</span><br /> -<br /> -C<br /> -<br /> -CABARRUS (le docteur), I, 368 et note 434.<br /> -CABARRUS, directeur de la banque de Charles III d'Espagne, II, 350.<br /> -CABAT (Louis), peintre paysagiste, I, 361 et note.<br /> -CADDOUR, Marocain, I, 181.<br /> -CADILLAN (DE), secrétaire de Berryer, II, 490, 491; III, <a href="#Page_55">55</a> et note,<br /> -<span style="margin-left: 1em;"><a href="#Page_174">174</a>, <a href="#Page_176">176</a>, <a href="#Page_177">177</a>.</span><br /> -CALDERON, poète dramatique espagnol, III, <a href="#Page_320">320</a>, <a href="#Page_321">321</a>, <a href="#Page_388">388</a>.<br /> -CAMBACÉRÈS (le duc DE), I, 244; II, 376.<br /> -CAMERATA (la princesse), III, 130.<br /> -<i>Camp arabe la nuit</i>, toile de Delacroix, III, <a href="#Page_401">401</a>.<br /> -CAMPBELL (Thomas), poète anglais, III, <a href="#Page_235">235</a> et note 1.<br /> -CANDAS, voisin de campagne de Delacroix, à Champrosay, I, 441;<br /> -<span style="margin-left: 1em;">III, <a href="#Page_28">28</a>, <a href="#Page_269">269</a>.</span><br /> -<i>Canot naufragé</i>, toile de Delacroix, I, 314.<br /> -<i>Capucins</i> (les), toile de Granet, I, 345.<br /> -<i>Captivité à Babylone</i> (la), peinture décorative<br /> -<span style="margin-left: 1em;">de la bibliothèque du Palais-Bourbon, par Delacroix, I, 257.</span><br /> -CARDON (Mme et Mlle), de Fécamp, I, 405.<br /> -CARÊME, cuisinier, II, 483.<br /> -CARRACHE (les): Louis, Augustin et Annibal, maîtres italiens,<br /> -<span style="margin-left: 1em;">I, 203, 374; II, 29, 173, 278 et note 1, 280; III, <a href="#Page_15">15</a>, <a href="#Page_201">201</a>,</span><br /> -<span style="margin-left: 1em;">note 2, <a href="#Page_238">238</a>, <a href="#Page_252">252</a>, <a href="#Page_382">382</a>, <a href="#Page_383">383</a>, <a href="#Page_430">430</a>.</span><br /> -CARRIER, peintre miniaturiste, I, 302 et note 341;<br /> -<span style="margin-left: 1em;">III, <a href="#Page_118">118</a> et note 3, <a href="#Page_395">395</a>, <a href="#Page_433">433</a>.</span><br /> -CASANOVA (<i>Mémoires de</i>), I, 260, 448; III, <a href="#Page_266">266</a> et note.<br /> -<i>Cassandre</i>, tragédie de Voltaire, représentée sous le<br /> -<span style="margin-left: 1em;">titre <i>d'Olympie</i>, III, <a href="#Page_319">319</a>.</span><br /> -CASY (l'amiral), II, 375 et note 4.<br /> -CATALAN, l'un des auteurs de la complainte de Fualdès, II, 362 et note 1.<br /> -CAVAIGNAC (le général), I, 363 et note 425, 447 et note 503; II, 306.<br /> -<i>Cavalier arabe</i>, toile de Delacroix, II, 380.<br /> -<i>Cavalier gaulois</i>, statue de Préault, II, 313 note.<br /> -<i>Cavalier grec et turc</i>, toile de Delacroix, III, <a href="#Page_142">142</a>.<br /> -CAVE (François), inspecteur des Beaux-Arts, I, 241 note 236,<br /> -<span style="margin-left: 1em;">315 et note 367, 379, 408, 421; II, 71, 93.</span><br /> -CAVÉ (Mme), née Élisabeth BLAVOT, artiste peintre, I, 240<br /> -<span style="margin-left: 1em;">et note 236, 369, 379, 425; II, 12, 13 et note, 39, 40, 55, 224;</span><br /> -<span style="margin-left: 1em;">III, <a href="#Page_24">24</a>, <a href="#Page_62">62</a>, <a href="#Page_181">181</a>, <a href="#Page_235">235</a>.</span><br /> -CAVELIER (Pierre-Jules), statuaire, III, <a href="#Page_135">135</a> et note 3, <a href="#Page_285">285</a> et note.<br /> -CAZENAVE (le docteur), II, 129 et note 1; III, <a href="#Page_287">287</a>.<br /> -<i>Cenerentola</i>, opéra de Rossini, II, 271 et note, 281.<br /> -<i>Centaure et Achille</i> (le), toile de Delacroix, III, <a href="#Page_348">348</a>.<br /> -CERFBEER (Alphonse), auteur dramatique, III, <a href="#Page_7">7</a> et note 2, <a href="#Page_113">113</a>, <a href="#Page_120">120</a>, <a href="#Page_127">127</a>.<br /> -CERVANTES, littérateur espagnol, I, 213; II, 405; III, <a href="#Page_374">374</a>, <a href="#Page_398">398</a>.<br /> -CÉSAR, I, 201; II, 450; III, <a href="#Page_94">94</a>, <a href="#Page_111">111</a>, <a href="#Page_313">313</a>.<br /> -CEVALLOS (Pierre), homme d'État espagnol, I, 192 et note 192.<br /> -CHABRIER, ami de Delacroix, I, 314,<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">344, 381, 426; II, 44, 82, 176, 220, 224, 292, 334, 353, 375,</span><br /> -<span style="margin-left: 1em;">379, 495; III, <a href="#Page_63">63</a>, <a href="#Page_65">65</a>, <a href="#Page_101">101</a>, <a href="#Page_120">120</a>, <a href="#Page_122">122</a>, <a href="#Page_182">182</a>, <a href="#Page_289">289</a>, <a href="#Page_306">306</a>, <a href="#Page_323">323</a>.—(Mme),</span><br /> -<span style="margin-left: 1em;">II, 495; III, <a href="#Page_306">306</a>.</span><br /> -CHAIX D'EST-ANGE, avocat et homme politique, II, 297 et note 1, 373;<br /> -<span style="margin-left: 1em;">III, <a href="#Page_165">165</a> et note 3.</span><br /> -CHAMPION, peintre, I, 15, 19, 69, 89.<br /> -CHAMPMARTIN, peintre, I, 35, 78, 97, 98, 103, 104, 108, 300.<br /> -CHAMPY (Benoît), magistrat, III, <a href="#Page_132">132</a> et note 1.<br /> -<i>Chanoine luxurieux</i>, gravure, I, 353.<br /> -CHARCOT (le professeur), I, 145 note 162.<br /> -CHARDIN, maître français, II, 266.<br /> -CHARLES (Jacques-Alexandre-César), physicien, III, <a href="#Page_65">65</a> et note 3.<br /> -CHARLES III, roi d'Espagne, II, 350.<br /> -<i>Charles IX</i>, dessin de Delacroix, I, 93.<br /> -CHARLES LE TÉMÉRAIRE (tapisserie de), à Nancy, III, <a href="#Page_279">279</a>.<br /> -CHARLES-QUINT, II, 195, 196, 201.<br /> -<i>Charles-Quint au monastère de Saint-Just</i>, toile de Delacroix,<br /> -<span style="margin-left: 1em;">II, 195 et note.</span><br /> -CHARLET, peintre, I, 77 et note; II, 38 429, 430 et<br /> -<span style="margin-left: 1em;">note 2; III, <a href="#Page_187">187</a> et note 2, <a href="#Page_188">188</a>, <a href="#Page_225">225</a>, <a href="#Page_247">247</a>, <a href="#Page_371">371</a> et note 1, <a href="#Page_385">385</a> et</span><br /> -<span style="margin-left: 1em;">note, <a href="#Page_426">426</a>.</span><br /> -<i>Charlet, sa vie, ses lettres</i>, par le colonel de La Combe,<br /> -<span style="margin-left: 1em;">III, 187 note 2, 371 note 1.</span><br /> -CHARTON (Édouard), littérateur, II, 466 et note 2.<br /> -<i>Chartreuse de Séville</i> (la), trois dessins de Delacroix, I, 190 note 191.<br /> -CHASLES (Philarète), littérateur et critique, I, ix, 7 et note 8, 32, 66,<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">71, 273 et note 295; II, 90 note 2, 303; III, <a href="#Page_16">16</a>.</span><br /> -<i>Chasse</i> (la), tableau de Soutman, I, 242 et note 238.<br /> -<i>Chasse à l'hippopotame</i> (la), de Rubens, I, 245.<br /> -<i>Chasse aux lions</i> (la), de Rubens, I, 245.<br /> -<i>Chasses de lions</i>, cinq toiles de Delacroix,<br /> -<span style="margin-left: 1em;">II, 314 et note 4, 402, 460 et note 1, 494; III, <a href="#Page_327">327</a>.</span><br /> -CHASSÉRIAU (Théodore), peintre, III, <a href="#Page_174">174</a> et note 1.<br /> -<i>Chasseurs de lions</i>, toile de Delacroix, I, 446; II, 317.<br /> -<i>Chats</i>, étude de Delacroix, II, 46 et note; III, <a href="#Page_137">137</a>.<br /> -CHATEAUBRIAND, I, 415; II, 361; III, <a href="#Page_397">397</a>.<br /> -CHATROUSSE (Émile), sculpteur, III, <a href="#Page_122">122</a> et note 2.<br /> -CHAUDET (Antoine-Denis), peintre et statuaire, I, 309 et note 355.<br /> -<i>Chef arabe en tête de ses troupes, et les femmes qui lui</i><br /> -<span style="margin-left: 1em;"><i>présentent du lait</i>, toile de Delacroix, III, <a href="#Page_401">401</a></span><br /> -CHENAVARD, peintre, I, xxviii, xliv,<br /> -<span style="margin-left: 1em;">347 et note 405, 348, 349, 384, 414, 417; II, 92 note 1, 159 note 2,</span><br /> -<span style="margin-left: 1em;">204, 279, 323, 402, 406, 416, 424 et note, 425 à 432, 434</span><br /> -<span style="margin-left: 1em;">et note, 438, 440 à 442, 446 à 449, 453, 456, 465, 467, 469</span><br /> -<span style="margin-left: 1em;">à 471, 472 note, 473, 477, 495; III, <a href="#Page_2">2</a>, <a href="#Page_3">3</a>, <a href="#Page_22">22</a>, <a href="#Page_56">56</a>, <a href="#Page_121">121</a> et note 1,</span><br /> -<span style="margin-left: 1em;"><a href="#Page_128">128</a>, <a href="#Page_130">130</a>, <a href="#Page_234">234</a>, <a href="#Page_264">264</a>.</span><br /> -CHENNEVIÈRES (le marquis DE), III, <a href="#Page_63">63</a> note 2.<br /> -CHÉRAMY (M.), amateur, II, 350 note; III, <a href="#Page_430">430</a> note.<br /> -CHERUBINI, compositeur italien, I, 97, 294; II, 158, 225, 318, 370.<br /> -<i>Cheval en liberté que son maître va seller et qui joue avec un chien</i>,<br /> -<span style="margin-left: 1em;">toile de Delacroix, III, <a href="#Page_149">149</a>.</span><br /> -<i>Cheval gris terrassé par une lionne</i>, toile de Delacroix, II, 46.<br /> -<i>Cheval montré à des Arabes</i>, toile de Delacroix, II, 378.<br /> -<i>Cheval mourant</i>, croquis de Delacroix, II, 419.<br /> -CHEVALIER (M.), amateur, II, 80.<br /> -CHEVALIER (Michel), économiste, III, <a href="#Page_160">160</a> et note 1, <a href="#Page_161">161</a>.<br /> -<i>Chevalier</i>, toile de Delacroix, II, 378.<br /> -<i>Chevalier de Maison-Rouge</i> (le), roman d'Alex. Dumas père, I, 292.<br /> -CHEVANDIER DE VALDRÔME, paysagiste, II, 168 et note.<br /> -<i>Chevaux qui se battent dans l'écurie</i>,<br /> -<span style="margin-left: 1em;">toile de Delacroix, III, <a href="#Page_149">149</a>, <a href="#Page_302">302</a>, <a href="#Page_401">401</a>.</span><br /> -<i>Chevaux qui sortent de l'eau</i>, toile de Delacroix, II, 137.<br /> -<i>Chevaux qui sortent de la mer</i>, III, <a href="#Page_316">316</a>, <a href="#Page_348">348</a>, <a href="#Page_401">401</a>.<br /> -CHEVIGNÉ, poète, II, 176, 247.<br /> -<i>Child-Harold</i> (le Pèlerinage de), poème de lord Byron, I, 122.<br /> -CHIMAY (la princesse DE), III, <a href="#Page_12">12</a>.<br /> -<i>Chiron</i>, tableau de Delacroix, II, 92; III, <a href="#Page_137">137</a>,<br /> -<span style="margin-left: 1em;">—dessin sous verre, II, 92.</span><br /> -CHOPIN (Frédéric), compositeur et pianiste,<br /> -<span style="margin-left: 1em;">I, liv, 252, 270, 287 et note 319, 288, 294, 310, 311, 314,</span><br /> -<span style="margin-left: 1em;">320, 329, 340, 341, 347, 351, 352, 359, 364 à 366, 308, 369,</span><br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">372, 403, 407, 414; II, 4, 47, 49 à 53, 75, 163, 223, 224, 325</span><br /> -<span style="margin-left: 1em;">et note, 327; III, <a href="#Page_9">9</a>, <a href="#Page_11">11</a>, <a href="#Page_12">12</a>, <a href="#Page_47">47</a>, <a href="#Page_110">110</a>, <a href="#Page_251">251</a>, <a href="#Page_273">273</a>, <a href="#Page_353">353</a>, <a href="#Page_398">398</a>, <a href="#Page_399">399</a>.</span><br /> -<i>Christ</i> (le), tableau de Boissard, I, 317.<br /> -<i>Christ</i> (le), toile de Prud'hon, II, 298.<br /> -<i>Christ</i> (le), statue de Préault,<br /> -<span style="margin-left: 1em;">église Saint-Gervais, à Paris, I, 267 et note 278.</span><br /> -<i>Christ à la colonne</i> (le), toile de Delacroix, I, 358, 409.<br /> -<i>Christ au jardin des Oliviers</i> (le), tableau de Delacroix,<br /> -<span style="margin-left: 1em;">à l'église Saint-Paul-Saint-Louis, I, 105, 106 note 124;</span><br /> -<span style="margin-left: 1em;">II, 222 note 4, 342 et note 3;</span><br /> -<span style="margin-left: 1em;">—aquarelle du même, I, 231;</span><br /> -<span style="margin-left: 1em;">—petite toile du même, I, 357;</span><br /> -<span style="margin-left: 1em;">—pastel du même, I, 229, 240.</span><br /> -<i>Christ au milieu des larrons</i> (le), toile de Van Dyck,<br /> -<span style="margin-left: 1em;">à l'église de Saint-Rombaud de Malines, II, 22.</span><br /> -<i>Christ au pied de la croix</i>, toile de Delacroix, I, 357.<br /> -<i>Christ au tombeau</i> (le), tableau de Delacroix, I, 256, 260, 266 et<br /> -<span style="margin-left: 1em;">note 277, 276 et note 303, 277 à 279, 302 et note 343, 310, 314, 320, 416;</span><br /> -<span style="margin-left: 1em;">III, <a href="#Page_121">121</a>;—même sujet par le même; II, 222, 281; III, <a href="#Page_334">334</a>,</span><br /> -<span style="margin-left: 1em;"><a href="#Page_348">348</a>, <a href="#Page_302">302</a> note; esquisse par le même, I, 357;—dessin par le</span><br /> -<span style="margin-left: 1em;">même, II, 468;—toile du Titien, II, 315; III, <a href="#Page_11">11</a>.</span><br /> -<i>Christ dans la tempête</i> (le), toile de Delacroix, II, 175 et note,<br /> -<span style="margin-left: 1em;">222, 229, 234, 243, 479.</span><br /> -<i>Christ dans le prétoire</i> (le), esquisse de Decamps, II, 165.<br /> -<i>Christ déposé de la croix</i>, croquis de Delacroix, III, <a href="#Page_405">405</a>.<br /> -<i>Christ devant Pilate</i> (le), musée de Rouen, I, 387.<br /> -<i>Christ en croix</i> (le), toile de Delacroix, II, 138, 221 et note;<br /> -<span style="margin-left: 1em;">III, 136;—toile de Chenavard, II, 470.</span><br /> -<i>Christ étendu sur une pierre</i> (le), <i>reçu par les saintes femmes</i>,<br /> -<span style="margin-left: 1em;">composition de Delacroix, I, 240.</span><br /> -<i>Christ foudroyant le monde</i> (le), toile de Rubens, II, 34.<br /> -<i>Christ marchant sur la mer</i> (le), toile de Delacroix, III, <a href="#Page_406">406</a>.<br /> -<i>Christ montant au Calvaire</i> (le), toile de Delacroix, III, <a href="#Page_362">362</a>, note;<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">—toile de Rubens, II, 7 et note, 8; III, <a href="#Page_316">316</a>.</span><br /> -<i>Christ montré au peuple</i> (le), toile de Delacroix, II, 175.<br /> -<i>Christ portant sa croix</i> (le), composition<br /> -<span style="margin-left: 1em;">de Delacroix, I, 239; II, 228, 229; III, <a href="#Page_137">137</a>.</span><br /> -<i>Christ sortant du tombeau </i> (le), toile du Carrache, I, 374;<br /> -<span style="margin-left: 1em;">—toile de Rubens, II, 6.</span><br /> -<i>Christ sortant du tombeau</i> (le), toile de Delacroix, II, 135.<br /> -<i>Christ sur le lac de Génézareth</i> (le), toile de Delacroix, II, 236<br /> -<span style="margin-left: 1em;">et note 1, 368; III, <a href="#Page_182">182</a> et note 5.</span><br /> -<i>Christ sur les genoux du Père éternel</i> (le), toile de Rubens, II, 5.<br /> -<i>Christ vengeur</i> (le), toile de Rubens, II, 7.<br /> -CICÉRI, peintre décorateur, I, 66 note 73, 413.<br /> -CICÉRON, I, 184, note 187; III, <a href="#Page_318">318</a>.<br /> -<i>Cicéron accuse Verres</i>, peinture décorative de la<br /> -<span style="margin-left: 1em;">bibliothèque du Palais-Bourbon, par Delacroix, I, 257.</span><br /> -<i>Cid</i> (le), tragédie de Corneille, III, <a href="#Page_148">148</a> et note.<br /> -CIMAROSA, compositeur italien, I, 230, 293 note 328, 308, 352, 418, 419;<br /> -<span style="margin-left: 1em;">II, 187, 223; III, <a href="#Page_14">14</a>, <a href="#Page_434">434</a>.</span><br /> -<i>Cimetière</i> (le), toile de Ruysdaël, II, 49.<br /> -<i>Cinna</i>, tragédie de Corneille, II, 125, 206; III, <a href="#Page_320">320</a>.<br /> -CLAIRON (Mlle), tragédienne, I, 272 et note 293.<br /> -CLAPISSON (Louis), compositeur, III, <a href="#Page_181">181</a> et note 4.<br /> -<i>Clélie</i>, gravure de Delacroix, II, 474.<br /> -CLÉMENT, critique, III, <a href="#Page_358">358</a>, <a href="#Page_392">392</a>.<br /> -<i>Cléopâtre</i>, toile de Delacroix, I, 315, 409.<br /> -CLÉSINGER, sculpteur, I, 264 note 273, 288, 294, 305,<br /> -<span style="margin-left: 1em;">309, 310, 345, 406, 423, 425.</span><br /> -<i>Clifford (le jeune) portant le corps de son père</i>, I, 215.<br /> -<i>Clorinde</i>, toile de Delacroix. Voir <i>Olinde et Sophronie.</i><br /> -COCHIN (Charles-Nicolas), dessinateur et graveur, I, 203 et note 209.<br /> -COCKERELL (Charles-Robert), architecte anglais, III,<br /> -<span style="margin-left: 1em;"><a href="#Page_50">50</a> et note 2, <a href="#Page_112">112</a>.</span><br /> -CŒDÈS (Louis-Eugène), peintre, I, 374 et note.<br /> -COGNIET (Léon), peintre, I, 78, 96, 106, 117, 122, 133, 134, 136, 351.<br /> -<i>Colère d'Achille</i> (la), tableau de Louis David, II, 86 et note.<br /> -COLET, compositeur et professeur au Conservatoire, I, 286 et note 314, 307.<br /> -COLIN (Alexandre), peintre, I, 277; III, <a href="#Page_65">65</a> et note 2.<br /> -<i>Collier de la reine </i> (le), roman d'Alex. Dumas père,<br /> -<span style="margin-left: 1em;">III, <a href="#Page_342">342</a> et note 1.</span><br /> -COLONNA (la duchesse), II, 309 note; III, <a href="#Page_412">412</a>.<br /> -COLONNA DI CASTIGLIONE (Adèle d'Affry, princesse),<br /> -<span style="margin-left: 1em;">dite MARCELLO, sculpteur, III, <a href="#Page_395">395</a> et note 1.</span><br /> -COMAIRAS, peintre, ami de Delacroix, I, 46 note 52, 84, 109, 113, 137.<br /> -<i>Combat de lions</i>, toile de Delacroix, II, 349 et note;<br /> -<span style="margin-left: 1em;">—esquisse du même, II, 350 note.</span><br /> -<i>Combat du lion et du tigre</i>, toile de Delacroix, II, 370, 476, 479.<br /> -<i>Combat du Giaour et du Pacha</i>, toile de Delacroix, II, 386 note 2.<br /> -<i>Combat d'Hassan et du Giaour</i> (le), tableau de Delacroix,<br /> -<span style="margin-left: 1em;">I, 116 et note 136.</span><br /> -<i>Combattimento</i> (le), de Pinelli, I, 109.<br /> -<i>Comédiens arabes</i> (les), toile de Delacroix, musée de<br /> -<span style="margin-left: 1em;">Tours, I, 270 à 272.</span><br /> -<i>Comte Ory</i> (le), opéra de Rossini, II, 492.<br /> -<i>Comte Palatiano</i> (le), peinture de Delacroix, I, 253.<br /> -<i>Condamnés a Venise</i> (les), composition de Delacroix, I, 68.<br /> -CONDÉ (le grand), II, 354; III, <a href="#Page_5">5</a>.<br /> -CONDILLAC, III, <a href="#Page_413">413</a>.<br /> -CONFLANS (M. DE), I, 131, 139.<br /> -CONFUCIUS, philosophe chinois, cité I, 201.<br /> -<i>Connétable de Bourbon</i> (le) <i>et la Conscience</i>, I, 215.<br /> -<i>Conspiration contre César</i>, III, <a href="#Page_320">320</a>.<br /> -CONSTABLE, peintre anglais, I, 37 note 44, 39, 133, 134, 234.<br /> -<i>Constitutionnel</i> (le), I, 378 note 454, 421; II, 203 note 2.<br /> -<i>Conversations de Gœthe</i> (les), III, <a href="#Page_50">50</a>, note 1.<br /> -<i>Convulsionnaires de Tanger</i> (les), toile de Delacroix, III, <a href="#Page_137">137</a>.<br /> -COOPER (Fenimore), romancier américain, III, <a href="#Page_233">233</a>, <a href="#Page_381">381</a> note.<br /> -COPPOLA, compositeur italien, II, 351.<br /> -COQUANT (l'abbé), de Saint-Sulpice, II, 386, 403.<br /> -COQUILLE (Mme), III, <a href="#Page_416">416</a>, <a href="#Page_417">417</a>.<br /> -CORBIÈRE (M. DE), homme politique, II, 488.<br /> -<i>Corinne</i>, roman de Mme de Staël, citée I, 8.<br /> -<i>Coriolan</i> (ouverture de), Beethoven, I, 409.<br /> -CORNEILLE (Pierre), I, 220; II, 130, 259, 261, 300, 440; III,<br /> -<span style="margin-left: 1em;"><a href="#Page_120">120</a>, <a href="#Page_140">140</a>, <a href="#Page_156">156</a>, <a href="#Page_265">265</a>, <a href="#Page_311">311</a>, <a href="#Page_320">320</a>, <a href="#Page_321">321</a>, <a href="#Page_323">323</a>, <a href="#Page_388">388</a>.</span><br /> -CORNELIS (M.), major d'artillerie belge, II, 30.<br /> -CORNÉLIUS (Pierre DE), graveur allemand, I, 63 note 70; II, 410 et note.<br /> -COROT, peintre, I, li, liii, 81 note 97, 289, 299; II, 394 et note 1,<br /> -<span style="margin-left: 1em;">467 note; III, <a href="#Page_115">115</a> et note.</span><br /> -CORRÈGE (le), maître italien, I, 45, 142, 253, 281, 414; II, 124,<br /> -<span style="margin-left: 1em;">131, 164; III, <a href="#Page_15">15</a>, <a href="#Page_82">82</a>, <a href="#Page_130">130</a>, <a href="#Page_193">193</a>, <a href="#Page_230">230</a>, <a href="#Page_246">246</a>, <a href="#Page_255">255</a>, <a href="#Page_257">257</a>, <a href="#Page_309">309</a>, <a href="#Page_365">365</a>, <a href="#Page_382">382</a>.</span><br /> -<i>Corps de garde</i> (le), toile de Delacroix, I, 322.<br /> -<i>Corsaire en prison</i> (le), peinture de Delacroix, III, <a href="#Page_332">332</a> et note 1.<br /> -CORTONE (Pierre DE), peintre et architecte italien, I, 203 et note 207; III, <a href="#Page_256">256</a>.<br /> -CORVISART (le docteur), I, 381.<br /> -COTTREAU ou COTTEREAU, peintre, I, 303 et note 346.<br /> -COUDER (Louis-Charles-Auguste), peintre, I, 353 et note 413, 408.<br /> -<i>Coup de lance</i> (le), tableau de Rubens, musée d'Anvers, II, 32.<br /> -<i>Cour de M. Bell à Tanger</i> (la), aquarelle par Delacroix, III, <a href="#Page_429">429</a>.<br /> -COURBET, peintre, I, li, xxx; II, 159 et note 1, 160, 246; III, <a href="#Page_64">64</a> et note.<br /> -COURNAULT, ami et l'un des légataires de Delacroix, I, 328 et note 384, 330.<br /> -<i>Couronnement d'épines</i> (le), toile du Titien, musée du Louvre, II, 315.<br /> -<i>Courrier de Lyon</i> (le), mélodrame, II, 352 et note 1.<br /> -<i>Course arabe</i> (la), tableau de Delacroix, I, 246, 252, 255.<br /> -COURT, peintre, II, 46, note 2, III, <a href="#Page_64">64</a>.<br /> -COUSIN, graveur, I, 108.<br /> -COUSIN (Victor), philosophe, II, 77, 94, 130, 297, 440; III, <a href="#Page_1">1</a> et note 2, <a href="#Page_5">5</a>.<br /> -<i>Cousine Bette</i> (la), roman de Balzac, II, 81 note; III, <a href="#Page_268">268</a> note 2.<br /> -COUSTOU (les), sculpteurs, III, <a href="#Page_249">249</a>, <a href="#Page_252">252</a>.<br /> -COUTAN (M.), amateur, I, 46, 71, 73, 78.<br /> -COUTURE (Thomas), peintre, I, xxxiv, xxxv, 255, 269, 288, 309, 310.<br /> -COYSEVOX, sculpteur, III, <a href="#Page_249">249</a>, <a href="#Page_252">252</a>.<br /> -COWLEY (lord), diplomate anglais, II, 371 et note 1.<br /> -CRANACH (Lucas de), maître allemand, II, 27.<br /> -CREDI (Lorenzo di), maître florentin, III, <a href="#Page_393">393</a>.<br /> -<i>Croisés</i> (les), toile de Delacroix, III, <a href="#Page_31">31</a> et note 2.<br /> -CRUVELLI (Mme), cantatrice, II, 154 et note 2, 323 note 1, 370.<br /> -<i>Cuisine de Méquinez</i>, esquisse de Delacroix, I, 215.<br /> -CUVIER (buste de), naturaliste, au Jardin des Plantes, I, 239; II, 293.<br /> -CUVILLIER-FLEURY, littérateur, I, 412 et note 481.<br /> -CZARTORYSKI (le prince Adam), II, 286 et note 1.<br /> -<br /> -D<br /> -<br /> -DACIER (le baron), traducteur de <i>Marc-Aurèle</i>, I, 259.<br /> -DAGNAN (Isidore), peintre, II, 314 et note 3, 350 et note 1, 478;<br /> -<span style="margin-left: 1em;">III, <a href="#Page_204">204</a> et note 1.</span><br /> -DAMAS-HINARD, littérateur, III, <a href="#Page_63">63</a> et note 3.<br /> -<i>Daniel dans la fosse aux lions</i>,<br /> -<span style="margin-left: 1em;">ébauche, par Delacroix, I, 376 et note 444, 412;—tableau du</span><br /> -<span style="margin-left: 1em;">même, musée de Montpellier, II, 57 et note, 138.</span><br /> -DANTAN (Jean-Pierre), statuaire et caricaturiste, II, 114 et note.<br /> -DANTE, I, xx, 68, 71, 87, 106, 108, 111, 113, 121, 122; II, 180;<br /> -<span style="margin-left: 1em;">III, <a href="#Page_171">171</a>, <a href="#Page_348">348</a>, <a href="#Page_361">361</a>, <a href="#Page_369">369</a>.</span><br /> -<i>Dante et Virgile</i>, tableau de Delacroix, I, 8 note 9, 45, 85 note 105;<br /> -<span style="margin-left: 1em;">II, 3 note 1, 152 note 3, 222 note 4, 299; III, <a href="#Page_174">174</a>, note 3;</span><br /> -<span style="margin-left: 1em;">—eau-forte d'Alphonse Masson, III, <a href="#Page_350">350</a>;—copie par Brion, III, <a href="#Page_82">82</a>.</span><br /> -DANTON (Joseph-Arsène), littérateur, III, <a href="#Page_182">182</a> et note 1.<br /> -DARBLAY (Stanislas), industriel, III, <a href="#Page_410">410</a> et note 2, <a href="#Page_412">412</a>.<br /> -DARCIER (Joseph), auteur, chanteur et compositeur, I, 430 et note 495, 431.<br /> -DAUBENTON (buste de), naturaliste, au Jardin des Plantes, I, 239.<br /> -DAUMIER, caricaturiste, I, 342, 408; II, 62 note.<br /> -DAUZATS (Adrien), peintre, I, 273 et note 296; II, 374, 380, 394;<br /> -<span style="margin-left: 1em;">III, <a href="#Page_21">21</a>, <a href="#Page_22">22</a>, <a href="#Page_49">49</a>, <a href="#Page_115">115</a>, <a href="#Page_126">126</a>, <a href="#Page_162">162</a>, <a href="#Page_174">174</a>.</span><br /> -DAVID (Louis), peintre, I, 302, 327, 372; II, 86 et note, 172, 388, 429,<br /> -<span style="margin-left: 1em;">449; III, <a href="#Page_119">119</a>, <a href="#Page_201">201</a> note 2, <a href="#Page_202">202</a>, <a href="#Page_203">203</a>, <a href="#Page_218">218</a>, <a href="#Page_230">230</a>, <a href="#Page_234">234</a>, <a href="#Page_241">241</a>, <a href="#Page_248">248</a>,</span><br /> -<span style="margin-left: 1em;"><a href="#Page_249">249</a>, <a href="#Page_260">260</a>, <a href="#Page_298">298</a>, <a href="#Page_353">353</a>, <a href="#Page_383">383</a>, <a href="#Page_384">384</a>, <a href="#Page_385">385</a>, <a href="#Page_416">416</a>, <a href="#Page_430">430</a>, <a href="#Page_431">431</a>.</span><br /> -DAVID (Charles-Louis-Jules), helléniste, fils de Louis David, I, 286 et note 317.<br /> -<i>David en déroute, fuyant devant Saül</i>, toile de Decamps, II, 175.<br /> -DEBAY, peintre et sculpteur, I, 17 note 24; II, 314; III, <a href="#Page_277">277</a> note.<br /> -DECAISNE (Henri), peintre, I, 93.<br /> -DECAISNE (Joseph), peintre et botaniste, I, 93.<br /> -DECAMPS, peintre, I, li, 79, 271; II, 161 et note 2, 162 note, 165,<br /> -<span style="margin-left: 1em;">168, 169, 174; III, <a href="#Page_36">36</a>, <a href="#Page_147">147</a>, <a href="#Page_377">377</a>, <a href="#Page_391">391</a> et note 1.</span><br /> -DECAZES (duc), homme politique, II, 147.<br /> -DEDREUX-DORCY, peintre, II, 311 et note 5.<br /> -<i>Défaite des Cimbres et des Teutons</i><br /> -<span style="margin-left: 1em;">(la), toile de Heim, III, <a href="#Page_83">83</a> et note 2.</span><br /> -DEFORGE, marchand de tableaux et couleurs, I, 243 et note 240, 361.<br /> -DELABORDE (Mme), II, 313.<br /> -DELACROIX, ancien militaire, III, <a href="#Page_173">173</a>.<br /> -DELACROIX (le général Charles), frère d'Eugène Delacroix, I, 1<br /> -<span style="margin-left: 1em;">note 1, 6, 7, 13, 14, 15, 234 note 226; II, 84 et note 2; III, <a href="#Page_74">74</a>, <a href="#Page_79">79</a>.</span><br /> -DELACROIX (Henriette), sœur d'Eugène Delacroix, I, 11 et note, III, <a href="#Page_74">74</a>.<br /> -DELACROIX (le cousin), I, 320 et note 376; II, 104, 349, 351, 423;<br /> -<span style="margin-left: 1em;">III, <a href="#Page_61">61</a> et note 1, <a href="#Page_62">62</a>, <a href="#Page_112">112</a>, <a href="#Page_162">162</a>, <a href="#Page_170">170</a>, <a href="#Page_174">174</a>.</span><br /> -DELACROIX (Anne-Françoise), grand'-tante d'Eugène Delacroix, I, 392 et note 463.<br /> -<i>Delacroix devant ses contemporains</i>, par Maurice Tourneux, II, 152.<br /> -DELACROIX (Auguste), peintre aquarelliste, III, <a href="#Page_92">92</a> et note 1.<br /> -DELAMARRE (Théodore-Casimir), publiciste, II, 381 et note 1, 386,<br /> -<span style="margin-left: 1em;">III, <a href="#Page_40">40</a>, <a href="#Page_117">117</a> et note.</span><br /> -DELANGLE, procureur général, II, 75, 76 note; III, <a href="#Page_8">8</a>, <a href="#Page_126">126</a>, <a href="#Page_130">130</a>, <a href="#Page_135">135</a>.<br /> -DELAROCHE (Paul), peintre, I, li, xxxvi, 348 et note 406; II, 38, 286<br /> -<span style="margin-left: 1em;">et note 2, 372, 435 et note 1; III, <a href="#Page_11">11</a>, <a href="#Page_159">159</a>, <a href="#Page_180">180</a> et note 3, <a href="#Page_182">182</a></span><br /> -<span style="margin-left: 1em;">note 3, <a href="#Page_185">185</a>, <a href="#Page_186">186</a>, <a href="#Page_225">225</a>, <a href="#Page_264">264</a>, <a href="#Page_268">268</a>.</span><br /> -DELÉCLUZE, critique, II, 152 et note 3, 159 note 2, 178 note 1.<br /> -DELESSERT (M.), préfet de police, I, 284 et note 312, 286, 315, 372; II,<br /> -<span style="margin-left: 1em;">273, 402;—(Mme), I, 296, 300, 303, 320; II, 402.</span><br /> -DELILLE (l'abbé), traducteur de Virgile, III, <a href="#Page_361">361</a>.<br /> -DELOCHES, peintre, I, 94 note 115.<br /> -DELOFFRE (Théodore), amiral, III, <a href="#Page_63">63</a> et note 5.<br /> -DELSARTE, artiste lyrique et musicien, I, 430 et note 494, 431; II,<br /> -<span style="margin-left: 1em;">84 et note 1, 85, 158, 165, 363; III, <a href="#Page_12">12</a>, <a href="#Page_13">13</a>.</span><br /> -<i>Déluge</i> (le), tableau de Girodet, I, 68.<br /> -<i>Déluge</i> (le), toile de Chenavard, II, 470 et note 1.<br /> -DEMAY (Jean-François), peintre, I, xxix, 263 et note 270.<br /> -<i>Dembinski</i> (le général), portrait, par R. Rodakowski, II, 156 note;<br /> -<span style="margin-left: 1em;">III, <a href="#Page_25">25</a> note.</span><br /> -DEMEULEMEESTER (Charles), graveur belge, I, 78 note 92.<br /> -DEMIDOFF (le prince), amateur, II, 121; III, <a href="#Page_135">135</a>, <a href="#Page_143">143</a>.<br /> -<span style="margin-left: 1em;">—(la princesse), I, 246.</span><br /> -<i>Demoiselles de village</i>, tableau de Courbet, II, 159 note 2.<br /> -<i>Démosthène harangue les flots de la mer</i>, peinture décorative de<br /> -<span style="margin-left: 1em;">la bibliothèque du Palais-Bourbon, par Delacroix, I, 257, 261 note 267;</span><br /> -<span style="margin-left: 1em;">II, 92.</span><br /> -DENIS (Ferdinand), littérateur, II, 377 et note 2, 412.<br /> -DENON (le baron), graveur, I, 296 et note 331.<br /> -DENUELLE (Dominique-Alexandre), peintre, III, <a href="#Page_396">396</a> et note.<br /> -DÉSAUGIERS, chansonnier, II, 355, 362 et note 1.<br /> -DESCARTES, II, 462.<br /> -<i>Descente de croix</i> (la), toile de Rubens,<br /> -<span style="margin-left: 1em;">cathédrale d'Anvers, II, 399.</span><br /> -DESCHAMPS DE SAINT-AMAND (Émile), littérateur, III, <a href="#Page_171">171</a> et note.<br /> -DESCHAMPS DE SAINT-AMAND (Antony), littérateur, II, 311 et note 6;<br /> -<span style="margin-left: 1em;">III, <a href="#Page_171">171</a> et note, <a href="#Page_434">434</a> et note 3, <a href="#Page_435">435</a>.</span><br /> -<i>Desdémone aux pieds de son père</i>, toile<br /> -<span style="margin-left: 1em;">de Delacroix, et études diverses</span><br /> -<span style="margin-left: 1em;">du même sujet par le même, I,</span><br /> -<span style="margin-left: 1em;">332, 357, 377, 429; II, 138, 154.</span><br /> -<i>Desdémone dans sa chambre</i>, toile de Delacroix, II, 138.<br /> -<i>Déserteur</i>(le), pièce de Sedaine, I, 219 à 222.<br /> -DESGRANGES (Antoine-Jérôme), interprète, I, 178 et note 185, 180;<br /> -<span style="margin-left: 1em;">II, 44 et note.</span><br /> -DESNOYERS (le baron), graveur, III, <a href="#Page_268">268</a> et note 1.<br /> -DESPORTES (Auguste), poète et auteur dramatique, I, 412 et note 482.<br /> -<i>Dessin sans maître</i> (le), par Mme Cavé, II, 13 note.<br /> -DÉTRIMONT, marchand de tableaux, III, <a href="#Page_137">137</a>, <a href="#Page_143">143</a>.<br /> -<i>Deux chevaux se battant</i>, toile de Delacroix, II, 378 et note 1.<br /> -<i>Deux lutteurs</i> (les), toile de Courbet, II, 160.<br /> -DEVÉRIA (Achille), peintre, I, 81 note 99, 271; III, <a href="#Page_261">261</a>, <a href="#Page_302">302</a> et note;<br /> -<span style="margin-left: 1em;">—(Eugène), I, 81 note.</span><br /> -DEVINCK, membre du Conseil municipal de Paris, II, 78 et note 4, 314.<br /> -DIAZ DE LA PENA, peintre, I, 333; II, 239; III, <a href="#Page_174">174</a>.<br /> -<i>Dictionnaire des Beaux-Arts,</i> projet d'ouvrage esthétique, par Delacroix,<br /> -<span style="margin-left: 1em;">I, xxxi, 59 et note 66; III, <a href="#Page_199">199</a> et note 1, <a href="#Page_204">204</a>, <a href="#Page_207">207</a>, <a href="#Page_225">225</a>,</span><br /> -<span style="margin-left: 1em;"><a href="#Page_239">239</a> et note 3, <a href="#Page_240">240</a>, <a href="#Page_258">258</a> et note, <a href="#Page_262">262</a>, <a href="#Page_354">354</a>, <a href="#Page_363">363</a>, <a href="#Page_364">364</a>, <a href="#Page_370">370</a>, <a href="#Page_374">374</a>.</span><br /> -<i>Dictionnaire philosophique</i> de Voltaire, III, <a href="#Page_189">189</a>.<br /> -DIDEROT, I, 123, 220, 247, 260, 427, 444; III, <a href="#Page_281">281</a>, <a href="#Page_428">428</a>.<br /> -DIDOT (Ambroise-Firmin), éditeur, I, 97; II, 85 et note, 285; III, <a href="#Page_305">305</a>, <a href="#Page_397">397</a>.<br /> -DIMIER (Abel), sculpteur, I, 53 et note 59, 91, 107, 112, 122, 123.<br /> -<i>Discours sur les arts</i>, du peintre Reynolds, II, 162 et note 3.<br /> -DITITIA, Juive, dessinée par Delacroix, I, 153.<br /> -<i>Divine Comédie</i> (la), de Dante, II, 403 note 2; III, <a href="#Page_171">171</a> note, <a href="#Page_362">362</a>.<br /> -<i>Dombrowski,</i> nouvelle de Nicolas Gogol, II, 264.<br /> -DOMINIQUIN (Domenico Zampieri, dit le), maître italien, II, 173.<br /> -DONIZETTI, compositeur italien, I, 341 note 396; II, 281 note 2, 282, 303.<br /> -<i>Don Juan</i>, opéra de Mozart, I, 25, 54, 86, 264 et note 272, 266, 275;<br /> -<span style="margin-left: 1em;">II, 319; III, <a href="#Page_56">56</a>, <a href="#Page_59">59</a>.</span><br /> -<i>Don Quichotte</i>, roman de Cervantes, II, 264.<br /> -<i>Don Quichotte dans sa librairie</i>, toile de Delacroix, I, 81 note 98,<br /> -<span style="margin-left: 1em;">82, 83, 90 à 97.</span><br /> -DOSNE (M.), beau-père de M. Thiers, I, 364 et note 427;—(Mme), II, 270; III, <a href="#Page_1">1</a>.<br /> -DOUCET (Camille), auteur dramatique, III, <a href="#Page_129">129</a> et note.—(Mme), III, <a href="#Page_129">129</a>.<br /> -<i>Douloureuse Passion de Notre-Seigneur</i>, par la Sœur Cath. Emmerich, I, 276.<br /> -DOUX (Mme), II, 496.<br /> -DOW (Gérard), maître hollandais, I, 151 et note 170.<br /> -<i>Drachme du tribut</i> (la), peinture décorative de la bibliothèque du<br /> -<span style="margin-left: 1em;">Palais-Bourbon, par Delacroix, I, 257, 261 note 267.</span><br /> -DREUX-BRÉZÉ (marquis DE), II, 472 et note, 473.<br /> -DROLLING, peintre, I, 87 note 107, 88, 137.<br /> -DROUOT (statue du général), à Nancy, III, <a href="#Page_279">279</a>.<br /> -DUBAN, architecte, I, 367 et note 433, 421, 439, 448 note 505; II, 38; III, <a href="#Page_14">14</a>.<br /> -DUBUFE (Claude-Marie), peintre, I, 285, 347, 350 et note 407, 351.<br /> -DUBUFE (Édouard), peintre, II, 197 et note.<br /> -DUFAYS, I, 277, 284, 297, 306.—(Mme), III, <a href="#Page_62">62</a>, <a href="#Page_71">71</a>.<br /> -DUFOUR, III, <a href="#Page_351">351</a>.<br /> -DUFRESNE (Jean-Henri), peintre, I, 59 note 67, 61, 66, 69, 72, 76, 77,<br /> -<span style="margin-left: 1em;">81, 90 à 92, 102, 107 à 109, 117, 122 à 124, 127, 129.</span><br /> -DUGLÉ (Mme), I, 395, 405.<br /> -DUMAS (Alexandre) père, I, 292, 300; II, 114, 115 note, 117,<br /> -<span style="margin-left: 1em;">201, 244, 249, 250, 280 et note 2, 284, 289, 314, 330, 347, 418,</span><br /> -<span style="margin-left: 1em;">420, 445; III, <a href="#Page_6">6</a>, <a href="#Page_15">15</a> et note, <a href="#Page_18">18</a>, <a href="#Page_22">22</a>, <a href="#Page_23">23</a>, <a href="#Page_125">125</a>, <a href="#Page_129">129</a>, <a href="#Page_332">332</a> et note 2,</span><br /> -<span style="margin-left: 1em;"><a href="#Page_340">340</a>, <a href="#Page_342">342</a>, <a href="#Page_408">408</a>, <a href="#Page_411">411</a>, <a href="#Page_412">412</a>, <a href="#Page_436">436</a>.</span><br /> -DUMAS (Alexandre) fils, II, 432; III, <a href="#Page_161">161</a>, <a href="#Page_162">162</a>, <a href="#Page_163">163</a>, <a href="#Page_181">181</a>.<br /> -DUPASLOUP (Mgr), évêque d'Orléans, II, 355 et note 1, 356, 357, 485.<br /> -DUPIN ainé, avocat et homme politique, II, 43 et note, 362 note 1.<br /> -DUPONCHEL, ancien directeur de l'Opéra, I, 118 et note 138, 317<br /> -DUPRÉ (Jules), peintre, I, 254, 296, 376, 384; III, <a href="#Page_71">71</a>, <a href="#Page_377">377</a>, <a href="#Page_391">391</a>.<br /> -DUPUYTREN, chirurgien, I, 430; II, 140.<br /> -DURAND-RUEL, marchand de tableaux, I, 333; III, <a href="#Page_182">182</a> note 5.<br /> -DÜRER (Albert), maître allemand, I, 353, 375; II, 18, 85; III, <a href="#Page_202">202</a>,<br /> -<span style="margin-left: 1em;"><a href="#Page_209">209</a>, <a href="#Page_220">220</a>, <a href="#Page_226">226</a>, <a href="#Page_357">357</a>.</span><br /> -DURIEU (Eugène), administrateur, I, 420 et note 488; II, 113 et note,<br /> -<span style="margin-left: 1em;">177, 207, 270, 376, 377, 379, 388, 401, 418, 466; III, <a href="#Page_122">122</a>.</span><br /> -DURIEZ, cousin de Delacroix, I, 378 et note 452.<br /> -DUTILLEUX (Constant), peintre, l'un des exécuteurs testamentaires de<br /> -<span style="margin-left: 1em;">Delacroix, I, 204 note 210; III, <a href="#Page_136">136</a> et note 4, <a href="#Page_146">146</a>, <a href="#Page_168">168</a> note 1, <a href="#Page_204">204</a>,</span><br /> -<span style="margin-left: 1em;"><a href="#Page_274">274</a> note 2, <a href="#Page_401">401</a>, <a href="#Page_434">434</a>, <a href="#Page_437">437</a>.</span><br /> -DUVAL (Amaury), peintre, I, 367 et note 430; III, <a href="#Page_20">20</a>.<br /> -DUVAL (Georges), littérateur et historien, I, 240 et note 234.<br /> -DUVERGER (Eugène), imprimeur, I, 413, 414; III, <a href="#Page_304">304</a> et note.<br /> -<span style="margin-left: 1em;">Voir VIEILLARD-DUVERGER.</span><br /> -<br /> -E<br /> -<br /> -<i>École des bourgeois</i> (l'), comédie de Dallainval, II, 490.<br /> -<i>École des maris</i> (l'), comédie de Molière, II, 228.<br /> -ÉDOUARD, I, 73, 75, 96, 107, 135, 136.<br /> -<i>Éducation d'Achille</i> (l'), peinture décorative de la bibliothèque<br /> -<span style="margin-left: 1em;">du Palais-Bourbon, par Delacroix, I, 257.</span><br /> -<i>Éducation de la Vierge</i> (l'), toile de Delacroix, II, 235 note 2,<br /> -<span style="margin-left: 1em;">238, 240, 246.</span><br /> -<i>Église de Valmont</i> (l'), aquarelle par Eug. Delacroix, III, <a href="#Page_429">429</a>.<br /> -ELCOË (lord), III, <a href="#Page_112">112</a>.<br /> -<i>Elévation en croix</i> (l'), de Rubens, à Anvers, II, 28, 29, 251, 280.<br /> -ELGIN (lord), archéologue anglais, I, 135 et note 151.<br /> -<i>Elisire d'amore</i> (l'), opéra de Donizetti, I, 342 et note 396.<br /> -<i>Embarquement</i> (l'), toile de Delacroix, III, <a href="#Page_163">163</a>.<br /> -<i>Emblèmes</i> (le livre des), de Bocchi, I, 299 et note 338.<br /> -ÉMÉRIC-DAVID, archéologue et critique, I, 203 et note 206.<br /> -<i>Émile</i> (l'), de J.-J. Rousseau, II, 465.<br /> -ÉMILIE ROBERT, modèle de Delacroix, I, 39, 44, 53, 59, 62, 68, 71.<br /> -EMMERICH (Sœur Catherine), extatique allemande, I, 276.<br /> -<i>Empereur à cheval</i> (l'), tableau de Charlet, III, <a href="#Page_427">427</a>.<br /> -<i>Empereur du Maroc</i> (l'), toile de Delacroix, III, <a href="#Page_143">143</a>.<br /> -<i>Empereurs turcs</i> (les), projet de tableau de Delacroix, I, 231.<br /> -<i>Encan de Pertinax</i> (l'), projet de tableau de Delacroix, I, 336.<br /> -<i>Encyclopédie</i> (l'), III, <a href="#Page_207">207</a>.<br /> -<i>Énée changé en dieu,</i> projet de tableau de Delacroix, I, 215.<br /> -<i>Énée suivant la Sibylle, qui le précède avec le rameau d'or</i>,<br /> -<span style="margin-left: 1em;">projet de tableau de Delacroix, I, 336.</span><br /> -<i>Enfant</i> (l'), copie par Delacroix d'un tableau de Raphaël, II, 106.<br /> -<i>Enfer</i> (l'), de Dante, traduction par Brait Delamathe,<br /> -<span style="margin-left: 1em;">I, 108 et note 126;—traduction de M. Louis Ratisbonne, II, 403 et note 2.</span><br /> -<i>Enlèvement de Rebecca</i>, toile de Delacroix, III, <a href="#Page_161">161</a> et note 1, <a href="#Page_362">362</a>, note.<br /> -<i>Enlèvement des filles de Leucippe</i>, toile de Rubens, musée de Munich,<br /> -<span style="margin-left: 1em;">I, 332 note.</span><br /> -<i>Enlèvement des Sabines</i> (l') tableau de David, musée du Louvre,<br /> -<span style="margin-left: 1em;">I, 136 note; III, <a href="#Page_249">249</a>, <a href="#Page_298">298</a>.</span><br /> -<i>Enterrement</i> (l'), toile de Courbet, musée du Louvre, III, <a href="#Page_64">64</a>.<br /> -ENTRAGUES (statue de Balzac d'), à Malesherbes, III, <a href="#Page_57">57</a>, <a href="#Page_58">58</a>.<br /> -ENTRAGUES (Henriette de Balzac D'), maîtresse de Henri IV, II, 485.<br /> -<i>Entrée d'Alexandre à Babylone</i>, tableau de Lebrun, II, 315.<br /> -<i>Entrée des croisés à Constantinople</i>, toile de Delacroix, musée du<br /> -<span style="margin-left: 1em;">Louvre, II, 222, note 4.</span><br /> -<i>Entrée du bois à Valmont</i>, aquarelle par Delacroix, III, <a href="#Page_429">429</a>.<br /> -<i>Entretiens</i> de Lamartine, III, <a href="#Page_397">397</a>.<br /> -ERNST (Henri-William), violoniste, III, <a href="#Page_126">126</a> et note 2.<br /> -ERWIN DE STEINBACH, architecte et sculpteur allemand, III, <a href="#Page_94">94</a> et note 2.<br /> -<span style="margin-left: 1em;">—(Jean), son fils, III, <a href="#Page_94">94</a> note 2.</span><br /> -ESCHYLE, III, <a href="#Page_311">311</a>.<br /> -<i>Esprit des lois</i> (l'), de Montesquieu, II, 465.<br /> -<i>Essai sur les mœurs et l'esprit des nations</i>, par Voltaire, II, 201;<br /> -<span style="margin-left: 1em;">III, <a href="#Page_147">147</a>, <a href="#Page_436">436</a>.</span><br /> -<i>Étang du Louroux</i> (l'), étude de Delacroix, I, 410.<br /> -<i>Étudiants</i> (les), de Membrée, III, <a href="#Page_3">3</a>.<br /> -<i>Eugène Delacroix</i> (documents nouveaux), de Th. Silvestre, II, 270 note.<br /> -<i>Eugène Delacroix à l'Exposition du boulevard des Italiens</i>,<br /> -<span style="margin-left: 1em;">par H. de la Madelène, II, 78 note 2.</span><br /> -<i>Eugène Delacroix devant ses contemporains</i>, par Maurice Tourneux,<br /> -<span style="margin-left: 1em;">II, 91 note, 179 note, 276 note.</span><br /> -<i>Eugène Delacroix, sa vie, son œuvre</i>, par M. Piron, I, 9 note 12<br /> -<span style="margin-left: 1em;">12, 10, 12 note 16, 32 note 39, 60 note 68; II, 236 note 2, 254 note;</span><br /> -<span style="margin-left: 1em;">III, <a href="#Page_438">438</a> note. <i>Eugène Delacroix. L'œuvre complet</i>,</span><br /> -<span style="margin-left: 1em;">par Alfred Robaut, <i>passim.</i></span><br /> -EUGÉNIE (l'impératrice), II, 197 note, 388, 403; III, <a href="#Page_63">63</a> note 3,<br /> -<span style="margin-left: 1em;"><a href="#Page_91">91</a> note 1, <a href="#Page_136">136</a>.</span><br /> -<i>Eugénie Grandet</i>, roman de Balzac, II, 437.<br /> -EURIPIDE, II, 300; III, <a href="#Page_311">311</a>.<br /> -<i>Évêque de Liège</i> (1'), toile de Delacroix, II, 222 note 4.<br /> -<br /> -F<br /> -<br /> -<i>Fac-simile de dessins et croquis d'Eugène Delacroix</i>, par Alfred<br /> -<span style="margin-left: 1em;">Robaut, soixante-dix planches, II, 270 note.</span><br /> -<i>Fantassins en chasse,</i> toile de Delacroix, III, <a href="#Page_402">402</a>.<br /> -<i>Fataliste</i> (le), nouvelle de N. Gogol, II, 264.<br /> -FAUCHER (Léon), économiste et homme politique, I, 344 et note 402.<br /> -<i>Faust</i> (gravures du), par Delacroix, I, 63, 73; III, <a href="#Page_50">50</a> note 1, <a href="#Page_424">424</a>.<br /> -<i>Favilla (Maître)</i>, pièce de George Sand, III, <a href="#Page_124">124</a> et note 2.<br /> -FEDEL, architecte, I, 16 note 22, 17 et suiv., 69, 73, 78, 84, 96, 109,<br /> -<span style="margin-left: 1em;">133; III, <a href="#Page_68">68</a>.</span><br /> -FÉLIX, voir GUILLEMARDET.<br /> -<i>Femme à la rivière</i>, toile de Delacroix, I, 332.<br /> -<i>Femme au bain</i> (la), toile de Delacroix, I, 143, 144.<br /> -<i>Femme au lit</i>, étude de Delacroix, II, 8.<br /> -<i>Femme capricieuse</i> (la), toile de Delacroix, I, 214.<br /> -<i>Femme d'Alger avec un lévrier</i>, toile de Delacroix, II, 476.<br /> -<i>Femme enlevée par des hommes à cheval</i>, esquisse par Delacroix,<br /> -<span style="margin-left: 1em;">I, 331 et note 386, 332.</span><br /> -<i>Femme impertinente</i> (la), toile de Delacroix, I, 414, 415 et note 484;<br /> -<span style="margin-left: 1em;">II, 60 et note.</span><br /> -<i>Femme morte</i>, étude de Delacroix, I, 74.<br /> -<i>Femme noyée</i>, étude de Delacroix, pour le plafond de la galerie<br /> -<span style="margin-left: 1em;">d'Apollon, au Louvre, III, <a href="#Page_403">403</a>.</span><br /> -<i>Femme nue et debout</i>, projet de toile de Delacroix, I, 306.<br /> -<i>Femme qui se lave les pieds</i>, toile de Delacroix, I, 314.<br /> -<i>Femme qui se peigne</i>, toile de Delacroix, I, 384, 385, 415, 443.<br /> -<i>Femme tenant un miroir</i>, croquis de Delacroix, III, <a href="#Page_433">433</a>.<br /> -<i>Femme turque</i>, toile de Delacroix, I, 357.<br /> -<i>Femmes à la fontaine</i>, toile de Delacroix, II, 379.<br /> -<i>Femmes d'Alger</i>, tableau de Delacroix, musée du Louvre, I, 243<br /> -<span style="margin-left: 1em;">note 242 , 291, 314, 342, 343; II, 222 note 4.</span><br /> -<i>Femmes d'Alger dans leur intérieur</i>, variante du précédent.<br /> -<i>Femmes savantes</i> (les), comédie de Molière, II, 433; III, <a href="#Page_164">164</a>.<br /> -<i>Femmes turques au bain</i>, toile de Delacroix, II, 334 et note 2, 344.<br /> -FÉNELON, II, 442.<br /> -FERAY (Ernest), manufacturier, III, <a href="#Page_410">410</a> et note 2.<br /> -FERRONNAYS (M. DE LA), diplomate, II, 365, 366; III, <a href="#Page_115">115</a>.<br /> -FERRUSSAC, peintre, élève de Delacroix, II, 87 note 1.<br /> -FEUILLET DE CONCHES, diplomate et écrivain, II, 177 et note;<br /> -<span style="margin-left: 1em;">III, <a href="#Page_67">67</a> et note 1, <a href="#Page_122">122</a> et note 1.</span><br /> -<i>Fiancée d'Abydos</i> (la), poème de lord Byron, I, 115.<br /> -<i>Fiancée d'Abydos</i> (la), petite toile de Delacroix, I, 373, 377;<br /> -<span style="margin-left: 1em;">II, 138, 157 note 2.</span><br /> -<i>Fiancée de Lammermoor</i> (la), aquarelle de Delacroix, I, 231.<br /> -FIELDING (les frères), aquarellistes anglais, I, 32 note 40, 61, 62, 70 à 72,<br /> -<span style="margin-left: 1em;">74, 75, 81, 93, 97, 102, 103, 105 à 107, 110, 113, 114,</span><br /> -<span style="margin-left: 1em;">116, 130, 132, 133, 134, 136, 137, 290; III, <a href="#Page_36">36</a> note, <a href="#Page_119">119</a>.</span><br /> -<i>Fileuse</i> (la), toile de Courbet, II, 160 et note 1.<br /> -<i>Fille du capitaine</i> (la), nouvelle de Pouchkine, II, 360, 363, 365.<br /> -<i>Fils portant le corps de son père sur le champ de bataille</i>, toile<br /> -<span style="margin-left: 1em;">de Delacroix, III, <a href="#Page_149">149</a>.</span><br /> -<i>Flagellation de saint Paul</i> (la), toile de Rubens, église Saint-Antoine<br /> -<span style="margin-left: 1em;">de Padoue, à Anvers, II, 26, 167.</span><br /> -FLANDRIN (Hippolyte), peintre, I, 254 note; II, 94 et note; III, <a href="#Page_34">34</a> note 1, <a href="#Page_39">39</a>.<br /> -FLAUBERT (Gustave), romancier, I, xiii.<br /> -<i>Fleurs du mal</i> (les), poésies de Baudelaire, I, 226 note 219; III, <a href="#Page_138">138</a> note.<br /> -FLEURY (Joseph-Nicolas-Robert), dit RORERT-FLEURY, peintre, I, 261 et note 268, 345;<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">II, 228 et note 1, 272 et note; III, <a href="#Page_6">6</a>, <a href="#Page_113">113</a>, <a href="#Page_339">339</a>, <a href="#Page_340">340</a>.</span><br /> -FLEURY (Tony-Robert), peintre, fils du précédent, I, 261, note 268.<br /> -FLEURY (Léon), paysagiste, I, 261 note 268.<br /> -FLINCK, maître hollandais, II, 31.<br /> -FLORIS (Franz), maître flamand, II, 3 note 2.<br /> -FLOURENS (Pierre-Jean-Marie), physiologiste, III, <a href="#Page_305">305</a> et note 2.<br /> -<i>Flûte enchantée</i> (la), opéra de Mozart, I, 413, 422; II, 10, 147, 319.<br /> -FONTAINE, architecte, I, 199 et note 203, 425; II, 457.<br /> -<i>Fontaine dans une rue à Alger</i>, I, 215.<br /> -<i>Fontaine mauresque</i>, toile de Delacroix, III, <a href="#Page_163">163</a>.<br /> -FORBIN (comte DE), directeur des musées royaux, I, 3 note 3, 136 et note 152, 137.<br /> -FORDE (Mme), sœur de M. Williams, à Séville, I, 191.<br /> -FORGET (Mme DE), amie de Delacroix, I, 240, 254, 273, 275,<br /> -<span style="margin-left: 1em;">279, 283, 286, 288, 293, 294, 297, 310, 314, 319, 322, 333,</span><br /> -<span style="margin-left: 1em;">341, 353, 359, 361, 379, 417, 419, 426; II, 75, 80, 87, 119,</span><br /> -<span style="margin-left: 1em;">156, 181, 193, 220, 314, 327, 331, 334, 346, 368, 369, 375,</span><br /> -<span style="margin-left: 1em;">379, 384, 388, 391, 468, 474; III, <a href="#Page_7">7</a>, <a href="#Page_32">32</a>, <a href="#Page_45">45</a>, <a href="#Page_71">71</a>, <a href="#Page_83">83</a>, <a href="#Page_108">108</a>, <a href="#Page_109">109</a>,</span><br /> -<span style="margin-left: 1em;"><a href="#Page_145">145</a>, <a href="#Page_147">147</a>, <a href="#Page_186">186</a>, <a href="#Page_331">331</a>, <a href="#Page_351">351</a>, <a href="#Page_358">358</a>, <a href="#Page_409">409</a>.</span><br /> -FORGET (Eugène DE), fils de la précédente, III, <a href="#Page_7">7</a> et note 1, <a href="#Page_45">45</a>.<br /> -FORSTER (François), graveur, III, <a href="#Page_427">427</a> et note.<br /> -FORTOUL, littérateur et homme politique, I, 426; II, 163 et note,<br /> -<span style="margin-left: 1em;">280; III, <a href="#Page_6">6</a>, <a href="#Page_130">130</a> et note 1.</span><br /> -<i>Foscari</i>, toile de Delacroix, I, 265 et note 276,,; II, 353 et<br /> -<span style="margin-left: 1em;">note 2; III, <a href="#Page_9">9</a> et note 1.</span><br /> -FOUCHÉ (Joseph), duc d'Otrante, I, 116, 244; II, 376.<br /> -FOUCHÉ, III, <a href="#Page_32">32</a>, <a href="#Page_42">42</a>, <a href="#Page_52">52</a>.<br /> -FOULD (Achille), homme politique et financier, I, 360; II, 158 et note 1,<br /> -<span style="margin-left: 1em;">180, 223, 234, 287, 291 note 3, 296; III, <a href="#Page_5">5</a>, <a href="#Page_9">9</a>, <a href="#Page_165">165</a> note 2, <a href="#Page_166">166</a>.</span><br /> -<span style="margin-left: 1em;">—(Mme), III, <a href="#Page_165">165</a>, <a href="#Page_166">166</a>.</span><br /> -<span style="margin-left: 1em;">—(Achille) le jeune, III, <a href="#Page_166">166</a> et note 3.</span><br /> -FOULD (Benoît), III, <a href="#Page_135">135</a> et note 2, <a href="#Page_137">137</a> note 3, <a href="#Page_143">143</a>, <a href="#Page_146">146</a>, <a href="#Page_182">182</a>.<br /> -FOULD (Louis), III, <a href="#Page_167">167</a>.<br /> -FOURIER (Ch.), philosophe, I, 428, 429.<br /> -FOX (M.), homme d'État anglais, I, 226.<br /> -FRA BARTOLOMEO, maître italien, I, 400.<br /> -FRAMELLI (Mme), III, <a href="#Page_52">52</a>.<br /> -FRANÇAIS (François-Louis), peintre, III, <a href="#Page_10">10</a>, <a href="#Page_25">25</a>, <a href="#Page_26">26</a> et note 2, <a href="#Page_115">115</a>.<br /> -FRANCHETTI (Mme), III, <a href="#Page_163">163</a>, <a href="#Page_334">334</a>, <a href="#Page_335">335</a>.<br /> -FRANCHOMME (Auguste-Joseph), violoncelliste, I, 270 et note 283;<br /> -<span style="margin-left: 1em;">II, 363, 370; III, <a href="#Page_9">9</a>.</span><br /> -FRANÇOIS Ier, II, 196, 201.<br /> -<i>François Ier</i>, tableau du Titien, musée du Louvre, I, 73.<br /> -FRANKLIN (Benjamin), I, 127.<br /> -FRÉDÉRIC II, roi de Prusse, cité, I, 201.<br /> -FRÉMIET (Emmanuel), sculpteur animalier, II, 71 et note 2.<br /> -FRÉMY (Louis), administrateur et homme politique, III, <a href="#Page_185">185</a> et note 2, <a href="#Page_186">186</a>.<br /> -<i>Frépillon</i>, propriété de la famille Riesener, près de<br /> -<span style="margin-left: 1em;">Saint-Leu-Taverny, I, 135.</span><br /> -FRÈRE (Théodore), peintre, III, <a href="#Page_126">126</a> et note 1.<br /> -FRESNOY (M. DU), amateur, I, 110 et note 130.<br /> -<i>Freyschütz</i>, opéra de Weber, II, 16.<br /> -FROMENTIN (Eugène), peintre, I, xxxiv; II, cité 5 note 1, 24.<br /> -<i>Fualdès</i> (la complainte de), II, 362 et note 1.<br /> -<br /> -G<br /> -<br /> -GABRIEL (M.), vaudevilliste, I, 281.<br /> -GAINSBOROUGH (Thomas), peintre anglais, II, 162; III, <a href="#Page_36">36</a> note.<br /> -GALIMARD, peintre, III, <a href="#Page_187">187</a> et note 1.<br /> -GALUPPI (Balthazar), compositeur italien, III, <a href="#Page_12">12</a> et note 1, <a href="#Page_13">13</a>.<br /> -GAMELIN (Jacques), peintre, I, 309 et note 356.<br /> -GARCIA (Manuel) père, chanteur, I, 247 note 243, 248, 249.—(Manuel),<br /> -<span style="margin-left: 1em;">son fils, musicien, I, 247 et note 243, 250, 317, 318.</span><br /> -GARCIA (Marie), dite Mme Malibran, cantatrice, I, 247 note 243, 248, 249, 250.<br /> -GARCIA (Pauline), dite Mme Viardot, cantatrice, I, 247 note 243; III, <a href="#Page_2">2</a> note 3.<br /> -GARNAUD (Antoine-Martin), architecte, III, <a href="#Page_240">240</a> et note.<br /> -GASSIES, peintre, I, 136 et note 154, 137.<br /> -GATTEAUX (Jacques-Édouard), statuaire, graveur en médailles, III, <a href="#Page_299">299</a> et note.<br /> -GAUBERT (le docteur Léon), III, <a href="#Page_290">290</a> et note.<br /> -GAULTIER (Racine), dit Prudent, pianiste et compositeur, I, 351 et note 412, 355.<br /> -GAULTRON, peintre, élève de Delacroix, I, 254 et note 251, 293, 389,<br /> -<span style="margin-left: 1em;">395, 397, 409, 410.</span><br /> -GAUTIER (Théophile), poète est littérateur, I, ii, xxiii, 1, 58, 226 note 219,<br /> -<span style="margin-left: 1em;">254, 255, 296 et note 329, 350, 377 note 450, 439 note 498;</span><br /> -<span style="margin-left: 1em;">II, 157 et note 1, 201, 202 note, 213, 227 note 2, 273 note 1,</span><br /> -<span style="margin-left: 1em;">377 note 1, 410 et note; III, <a href="#Page_21">21</a> et note 2, <a href="#Page_38">38</a> note 3, <a href="#Page_40">40</a> et note 3, <a href="#Page_113">113</a>,</span><br /> -<span style="margin-left: 1em;"><a href="#Page_134">134</a> et note, <a href="#Page_157">157</a> note, <a href="#Page_174">174</a> note 1, <a href="#Page_206">206</a> note 4, <a href="#Page_316">316</a> note 2.</span><br /> -GAVARD, éditeur, I, 408 et note 475.<br /> -<span style="margin-left: 1em;">—(Charles), son fils, diplomate, II, 325.</span><br /> -<span style="margin-left: 1em;">—(Mlle Élise), sa fille, II, 325.</span><br /> -GAVET (M.), agent de change, I, 335 et note 390.—(Mme), fille de M. Bornot,<br /> -<span style="margin-left: 1em;">I, 335, note 390, 403 note 461.</span><br /> -GAY-LUSSAC, physicien et chimiste, I, 344.<br /> -<i>Gazza ladra</i> (la), opéra de Rossini, III, <a href="#Page_59">59</a> et note.<br /> -GELOËS (le comte DE), amateur, I, 267 note 277, 302 et note 343, 347, 416;<br /> -<span style="margin-left: 1em;">II, 138, 222 note 1; III, <a href="#Page_121">121</a>.</span><br /> -<i>Génie arrivant à l'immortalité</i>, deux dessins de Delacroix,<br /> -<span style="margin-left: 1em;">I, 400 et note 470; II, 340.</span><br /> -GÉRARD (baron), peintre, I, 17, 130 note 144, 138 et note 156, 236;<br /> -<span style="margin-left: 1em;">II, 363, 374; III, <a href="#Page_249">249</a>.</span><br /> -GÉRARD (Mlle), peintre, III, <a href="#Page_186">186</a>.<br /> -GÉRICAULT, peintre, I, 15, 31, 32 et note 39, 46 et note 54, 60 et note 58,<br /> -<span style="margin-left: 1em;">73, 78, 79, 82, 88, 93, 96, 98 109, 115, 117, 132 à 135,</span><br /> -<span style="margin-left: 1em;">253, 269; II, 29, 76, 92 et note 1, 252, 429, 430, 454 et note;</span><br /> -<span style="margin-left: 1em;">III, <a href="#Page_121">121</a> et note 1, <a href="#Page_208">208</a>, <a href="#Page_219">219</a>, <a href="#Page_234">234</a>, <a href="#Page_235">235</a>, <a href="#Page_260">260</a>, <a href="#Page_431">431</a>.</span><br /> -GERVAIS, marchand de couleurs, I, 286; III, 25.<br /> -GHIBERTI (Lorenzo), sculpteur et architecte florentin, I, 399 et note 469.<br /> -GHIRLANDAJO (le), maître florentin, III, <a href="#Page_393">393</a>.<br /> -<i>Giaour</i> (le), poème de lord Byron, I, 115, 116.<br /> -<i>Giaour au bord de la mer</i> (un), toile de Delacroix, I, 376 et note 445.<br /> -<i>Giaour foulant aux pieds de son cheval le pacha</i>, toile de Delacroix,<br /> -<span style="margin-left: 1em;">II, 386 et note 2.</span><br /> -GIHAUT, éditeur d'estampes, I, 73, 81, 97.<br /> -<i>Gil Blas</i>, roman de Le Sage, II, 264; III, <a href="#Page_138">138</a>, <a href="#Page_332">332</a>.<br /> -GIORGIONE (le), maître vénitien, I, 88.<br /> -GIOTTO, maître florentin, II, 180; III, <a href="#Page_393">393</a>.<br /> -GIRARDIN (Émile DE), publiciste, II, 198 et note, 413; III, <a href="#Page_156">156</a>, <a href="#Page_353">353</a>.<br /> -GIRODET, I, 68, 84 et note, 195; III, <a href="#Page_249">249</a>.<br /> -GISORS (Alphonse-Henri DE), architecte, I, 235 et note; III, <a href="#Page_185">185</a> <a href="#Page_186">186</a>, <a href="#Page_419">419</a>.<br /> -GLUCK, compositeur allemand, I, 422, 426; III, <a href="#Page_2">2</a>, <a href="#Page_13">13</a>, <a href="#Page_14">14</a>, <a href="#Page_355">355</a> et note,<br /> -<span style="margin-left: 1em;"><a href="#Page_384">384</a>, <a href="#Page_391">391</a> note 2.</span><br /> -GODDE (Étienne-Hippolyte), architecte, III, <a href="#Page_169">169</a> et note 2.<br /> -GODWIN (William), romancier anglais, I, 100 note.<br /> -GŒTHE, I, xxvi, 65, 220, 222, 260; III, <a href="#Page_50">50</a> note 1, <a href="#Page_233">233</a> note 2, <a href="#Page_424">424</a>.<br /> -<i>Gœtz de Berlichingen</i>, de Gœthe. Voir <i>Berlichingen.</i><br /> -GOGOL (Nicolas), romancier russe, II, 264.<br /> -GONDOLFI (Mme Camilla), peintre, II, 38<br /> -GOUBAUX, auteur dramatique, II, 96 et note 2; III, <a href="#Page_20">20</a>.<br /> -GOUJON (Jean), sculpteur, II, 129; III, <a href="#Page_252">252</a>.<br /> -GOUJON (l'abbé), vicaire de Saint-Sulpice, I, 385.<br /> -GOULEUX, camarade d'enfance de Delacroix, I, 50.<br /> -GOUNOD (Charles), compositeur, II, 82, 314, 360, 369;<br /> -<span style="margin-left: 1em;">III, 11 et note 1, 19, 52, 139.</span><br /> -GOYA, maître espagnol, I, 73, 82, 83, 187 note 190.<br /> -GOZLAN (Léon), romancier et auteur dramatique, II, 378 et note 3.<br /> -GRACIAN (Balthazar), Jésuite espagnol, I, 259 et note 263.<br /> -<i>Grandes opérations militaires,</i> de Jomini, II, 292.<br /> -<i>Grandeur et décadence des Romains</i>, de Montesquieu, I, 403.<br /> -GRANET, peintre, I, 136 et note 153, 345; III, <a href="#Page_253">253</a>.<br /> -GRANGE (Mme DE LA), amie de Berryer, II, 386, 482, 495, 496;<br /> -<span style="margin-left: 1em;">III, <a href="#Page_2">2</a>, <a href="#Page_5">5</a>, <a href="#Page_120">120</a>, <a href="#Page_131">131</a>, <a href="#Page_293">293</a>, <a href="#Page_297">297</a>, <a href="#Page_330">330</a>.</span><br /> -GRANT (François), peintre anglais, III, <a href="#Page_37">37</a> et note 2.<br /> -<i>Grec à cheval</i> (le), tableau de Delacroix, III, <a href="#Page_131">131</a>, <a href="#Page_137">137</a>, <a href="#Page_142">142</a>.<br /> -<i>Grèce contemporaine</i> (la), d'Edmond About, III, <a href="#Page_176">176</a> et note 1,<br /> -<span style="margin-left: 1em;"><a href="#Page_181">181</a> note 3.</span><br /> -GRENIER DE SAINT-MARTIN, peintre, élève de Delacroix, I, 274 et note,<br /> -<span style="margin-left: 1em;">290, 291, 306; II, 374.—(Henri-Gustave et Théophile-Yves-René),</span><br /> -<span style="margin-left: 1em;">fils du précédent, III, <a href="#Page_318">318</a> et note.</span><br /> -GRÉTRY, compositeur, I, 123; III, <a href="#Page_207">207</a>.<br /> -GRIMBLOT (Mme), III, <a href="#Page_403">403</a>, <a href="#Page_405">405</a>.<br /> -GRISI (Mme), cantatrice, II, 154, 293.<br /> -GROS (baron), peintre, I, 9, 61, 65, 115, 130, 149, 302, 374;<br /> -<span style="margin-left: 1em;">II, 3 note 1, 172, 251, 252, 388, 429; III, <a href="#Page_67">67</a> note 4, <a href="#Page_105">105</a>,</span><br /> -<span style="margin-left: 1em;"><a href="#Page_201">201</a> note 2, <a href="#Page_208">208</a>, <a href="#Page_431">431</a>.</span><br /> -GROS-CHAMELIER (M.), I, 186.<br /> -GROSCLAUDE (Louis), peintre, III, <a href="#Page_127">127</a> et note 2.<br /> -GRZYMALA (le comte), amateur, I, 302 et note 342, 318, 320; II, 163,<br /> -<span style="margin-left: 1em;">169, 222, 388; III, <a href="#Page_9">9</a>, <a href="#Page_50">50</a>, <a href="#Page_156">156</a>.</span><br /> -GUASCO, I, 317, 318.<br /> -GUDIN (Théodore), peintre de paysages et de marines, I, 410 et note.<br /> -<i>Guêpes</i> (les), d'Alphonse Karr, II, 213 note.<br /> -GUERCHIN (le), maître italien, I, 203.<br /> -GUÉRIN (Gabriel), peintre, I, 44; III, <a href="#Page_82">82</a> et notes 1 et 2.<br /> -GUÉRIN (Jules), chirurgien, II, 427 et note; III, <a href="#Page_108">108</a> et note 2, <a href="#Page_110">110</a>,<br /> -<span style="margin-left: 1em;"><a href="#Page_111">111</a>, <a href="#Page_127">127</a>, <a href="#Page_128">128</a>.</span><br /> -<i>Guerre des femmes</i> (la), roman de Dumas père, III, <a href="#Page_15">15</a> note.<br /> -<i>Guetteurs de lion</i>, toile de Delacroix, II, 330 et note 1.<br /> -GUIDE (Guido Reni, dit le), maître italien, I, 359; II, 278 et note 2;<br /> -<span style="margin-left: 1em;">III, <a href="#Page_119">119</a>, <a href="#Page_120">120</a>.</span><br /> -<i>Guillaume Tell</i>, opéra de Rossini, II, 296, 301, 351;—tragédie<br /> -<span style="margin-left: 1em;">de Schiller, II, 300.</span><br /> -GUILLEMARDET (Félix), ami de Delacroix, I, xiii, 2, 3 note 3, 13,<br /> -<span style="margin-left: 1em;">15, 16 note 19, 24, 27, 45 note 51, 93, 107, 112 note 132, 115, 123, 408;</span><br /> -<span style="margin-left: 1em;">II, 43, 121, 379; III, <a href="#Page_49">49</a> et note 1, <a href="#Page_67">67</a>, <a href="#Page_118">118</a>, <a href="#Page_127">127</a>, <a href="#Page_128">128</a>, <a href="#Page_160">160</a>, <a href="#Page_164">164</a>,</span><br /> -<span style="margin-left: 1em;"><a href="#Page_290">290</a>, <a href="#Page_291">291</a>, <a href="#Page_391">391</a>, <a href="#Page_416">416</a>, <a href="#Page_417">417</a>.</span><br /> -<span style="margin-left: 1em;">—(Louis), I, 413; III, <a href="#Page_47">47</a> et note.</span><br /> -<span style="margin-left: 1em;">—(Caroline), I, 115; III, <a href="#Page_48">48</a>.</span><br /> -<span style="margin-left: 1em;">—(Édouard), frère de Félix, I, 15, 16 et suiv.; 19, 89, 102, 104,</span><br /> -<span style="margin-left: 1em;">115, 130; III, <a href="#Page_128">128</a>, <a href="#Page_290">290</a>.</span><br /> -GUILLEMARDET (Mme), I, 66, 71, 80, 99.<br /> -GUIZOT, historien et homme politique, II, 77.<br /> -<i>Gustave III ou le Bal masqué</i>, opéra d'Auber, III, <a href="#Page_141">141</a> et note 3.<br /> -GUYON (Mme Émilie), comédienne, III, <a href="#Page_339">339</a> et note 2.<br /> -<br /> -H<br /> -<br /> -HABENECK, violoniste, I, 354 et note 417.<br /> -HÆNDEL, compositeur allemand, III, <a href="#Page_127">127</a>.<br /> -HALÉVY (Jacques), compositeur, I, 317, 408; II, 38, 75, 77, 78,<br /> -<span style="margin-left: 1em;">96 note 1, 105, 106, 139, 235 et note 1, 237, 272, 312, 378,</span><br /> -<span style="margin-left: 1em;">402, 410, 496; III, <a href="#Page_8">8</a> et note 2, <a href="#Page_26">26</a>, <a href="#Page_28">28</a>, <a href="#Page_32">32</a>, <a href="#Page_33">33</a>, <a href="#Page_42">42</a>, <a href="#Page_43">43</a>, <a href="#Page_52">52</a>, <a href="#Page_126">126</a>,</span><br /> -<span style="margin-left: 1em;"><a href="#Page_141">141</a> note 2, <a href="#Page_181">181</a>, <a href="#Page_185">185</a>, <a href="#Page_186">186</a>, <a href="#Page_304">304</a>, <a href="#Page_330">330</a>.—(Mme), II, 106, 235, 496; III, <a href="#Page_8">8</a>.</span><br /> -<i>Hamlet</i>, toile de Delacroix, I, 357, 408; II, 479.<br /> -<i>Hamlet ayant tué Polonius</i>, toile de Delacroix, II, 330 et note 3,<br /> -<span style="margin-left: 1em;">476, 479; III, <a href="#Page_35">35</a> et note 3, <a href="#Page_143">143</a> et note 3.</span><br /> -HARO, expert, I, 408, 410, 420, 439; II, 46, 124, 375, 381;<br /> -<span style="margin-left: 1em;">III, <a href="#Page_32">32</a>, <a href="#Page_137">137</a>, <a href="#Page_146">146</a>, <a href="#Page_160">160</a>, <a href="#Page_164">164</a>, <a href="#Page_179">179</a>, <a href="#Page_267">267</a>, <a href="#Page_275">275</a>, <a href="#Page_294">294</a>, <a href="#Page_317">317</a>, <a href="#Page_351">351</a>.</span><br /> -<span style="margin-left: 1em;">— (Mme), II, 124.</span><br /> -HARTMANN, amateur, III, <a href="#Page_149">149</a>, <a href="#Page_161">161</a>, <a href="#Page_303">303</a> et note 2, <a href="#Page_401">401</a>.<br /> -HAUSSMANN (Le baron), préfet de la Seine, III, <a href="#Page_123">123</a> et note 3, <a href="#Page_124">124</a>,<br /> -<span style="margin-left: 1em;"><a href="#Page_305">305</a> et note 3.</span><br /> -HAUSSOSVILLE (Mme D'), III, <a href="#Page_139">139</a> note, <a href="#Page_143">143</a>.<br /> -HAUSSOULLIER, peintre et graveur, I, 263 et note 271.<br /> -HAY (M.), consul général et chargé d'affaires d'Angleterre au Maroc,<br /> -<span style="margin-left: 1em;">I, 154 et note 173, 157, 158.</span><br /> -HAYDN, compositeur allemand, I, 270, 426; II, 276, 325, 326; III, <a href="#Page_11">11</a>.<br /> -HAYDON, peintre anglais, I, 135 et note 150.<br /> -HÉBERT (Ernest), peintre, III, <a href="#Page_118">118</a> et note 2.<br /> -HECQUET, I, 413.<br /> -HÉDOUIN (Edmond), peintre et graveur, I, 253 et note 248, 255, 302;<br /> -<span style="margin-left: 1em;">II, 92; III, <a href="#Page_182">182</a>.</span><br /> -HEIM (François-Joseph), peintre, III, <a href="#Page_83">83</a> et note 1.<br /> -HEINE (Henri), poète et littérateur, III, <a href="#Page_134">134</a> et note.<br /> -HÉLÈNE, modèle de Delacroix, I, 52, 84, 92, 93, 95, 104.<br /> -<i>Héliodore chassé du temple</i>, tableau de Delacroix (chapelle des<br /> -<span style="margin-left: 1em;">Saints-Anges, à Saint-Sulpice), I, 411 note 479; II, 467; III, <a href="#Page_350">350</a>.</span><br /> -<span style="margin-left: 1em;">—Esquisse du même, III, <a href="#Page_401">401</a>.</span><br /> -<i>Héliodore chassé du temple</i>, tableau de Francesco Solimena, I, 203 note 208.<br /> -HENNEQUIN (Amédée), ami de Berryer, II, 353 et note 4, 358, 362, 363, 366, 368.<br /> -HENRI IV, II, 485.<br /> -<i>Henri IV dans sa maison</i>. petite toile de Delacroix, I, 311.<br /> -<i>Henri IV</i>, drame de Shakespeare, III, <a href="#Page_424">424</a>.<br /> -<i>Héraclius</i>, tragédie de Calderon, III, <a href="#Page_320">320</a>, <a href="#Page_321">321</a><br /> -HERBAUT, I, 344, 372.<br /> -HERBELIN (Mme), peintre, II, 89 et note 1, 137, 157, 175;<br /> -<span style="margin-left: 1em;">III, <a href="#Page_35">35</a>, <a href="#Page_130">130</a> et note 5, <a href="#Page_132">132</a>, <a href="#Page_162">162</a>, <a href="#Page_184">184</a> et note <a href="#Page_3">3</a>96.</span><br /> -<i>Hercule étouffant Antée</i>, toile de Delacroix, II, 314 et note 3.<br /> -<i>Hercule ramène Alceste du fond des enfers</i>, tympan décoratif<br /> -<span style="margin-left: 1em;">de l'Hôtel de ville, par Delacroix, I, 216.</span><br /> -<i>Hercule et Diomède</i>, toile de Delacroix, II, 286 et note 4.<br /> -HERMANT (Adolphe), dit Hermann, violoniste, II, 314 et note 2.<br /> -<i>Herminie et les bergers</i>, toile de Delacroix, II, 291;<br /> -<span style="margin-left: 1em;">III, <a href="#Page_143">143</a>, <a href="#Page_161">161</a> et note 1, <a href="#Page_162">162</a>, <a href="#Page_362">362</a> note.</span><br /> -<i>Hérodote interroge les traditions des Mages</i>, peinture décorative,<br /> -<span style="margin-left: 1em;">de la bibliothèque du Palais-Bourbon, par Delacroix, I, 257.</span><br /> -<i>Hésiode et la Muse</i>, peinture décorative de la bibliothèque<br /> -<span style="margin-left: 1em;">du Palais-Bourbon, par Delacroix, I, 257.</span><br /> -HESSE (Nicolas-Auguste), peintre, III, <a href="#Page_416">416</a>.<br /> -HETZEL, libraire et littérateur, II, 269 et note 2.<br /> -HIPPOCRATE, II, 367; III, <a href="#Page_177">177</a>.<br /> -<i>Hippocrate refuse les présents du roi de Perse</i>, peinture décorative<br /> -<span style="margin-left: 1em;">de la bibliothèque du Palais-Bourbon, par Delacroix, I, 258.</span><br /> -HIS (Charles), publiciste, I, 271 et note 287.—(Mme), II, 342 et note.<br /> -<i>Histoire de la Révolution</i>, par Michelet, I, 302.<br /> -<i>Histoire de la vie et des ouvrages de Raphaël</i>, par Quatremère<br /> -<span style="margin-left: 1em;">de Quincy, I, 108 et note 127.</span><br /> -<i>Histoire de l'Égypte sous Méhémet-Ali</i>, par Maugin, I, 108.<br /> -<i>Histoire de ma vie,</i> par George Sand, III, <a href="#Page_34">34</a> et note 2.<br /> -HITTORF (Jacques-Ignace), architecte, III, <a href="#Page_63">63</a> et note 4, <a href="#Page_304">304</a>.<br /> -HOGARTH (William), peintre et graveur anglais, III, <a href="#Page_38">38</a>, <a href="#Page_41">41</a>.<br /> -HOMÈRE, II, 72, 258, 260, 301, 302, 388; III, <a href="#Page_240">240</a>, <a href="#Page_263">263</a>, <a href="#Page_272">272</a>,<br /> -<span style="margin-left: 1em;"><a href="#Page_310">310</a>, <a href="#Page_348">348</a>, <a href="#Page_361">361</a>.</span><br /> -<i>Homme dévoré par un lion</i>, toile de Delacroix, I, 351 et note, 357.<br /> -<i>Hommes couchés, après le bain</i>, I, 215.<br /> -<i>Hommes jouant aux échecs</i>, toile de Delacroix, I, 357.<br /> -HORACE, I, 75 note 87; III, <a href="#Page_171">171</a>, <a href="#Page_254">254</a>, <a href="#Page_361">361</a>.<br /> -<i>Hortensias</i>, toile de Delacroix, I, 347, 354.<br /> -HOUDETOT (le comte D'), administrateur et homme politique,<br /> -<span style="margin-left: 1em;">I, 137 et note; II, 313</span><br /> -HOUSSAYE (Arsène), littérateur, II, 290 et note 1.<br /> -HUBER (Pierre), naturaliste suisse, III, <a href="#Page_57">57</a> et note.<br /> -HUET (Paul), peintre paysagiste, II, 377 et note 1; III, <a href="#Page_118">118</a><br /> -<span style="margin-left: 1em;">et notes 1 et 3, <a href="#Page_323">323</a>.</span><br /> -HUGO (Victor), liii, liv, I, 210 et note 215, 363, 371; II, 201, 302.<br /> -<i>Huguenots</i> (les), opéra de Meyerbeer, I, 268; II, 300, 301.<br /> -HUGUES (Henri), cousin de Delacroix, I, 9 note 11, 13, 19, 25, 58,<br /> -<span style="margin-left: 1em;">63, 71, 97, 255.</span><br /> -HUNT (William-Holmant), peintre anglais, III, <a href="#Page_38">38</a> et note 3, <a href="#Page_51">51</a>.<br /> -<br /> -I<br /> -<br /> -IDEVILLE (comte D'), diplomate, II, 369; III, <a href="#Page_118">118</a>.<br /> -<i>Iliade</i> (l'), III, <a href="#Page_263">263</a>, <a href="#Page_270">270</a>, <a href="#Page_348">348</a>.<br /> -INGRES, peintre, xlix, li, lii; I, 84 et note, 87, 139, 195, 345,<br /> -<span style="margin-left: 1em;">366; II, 161, 286, 317 et note, 352 et note 2, 375 et note 3;</span><br /> -<span style="margin-left: 1em;">III, <a href="#Page_22">22</a>, <a href="#Page_27">27</a>, <a href="#Page_36">36</a>, <a href="#Page_42">42</a>, <a href="#Page_88">88</a>, <a href="#Page_113">113</a>, <a href="#Page_147">147</a>, <a href="#Page_335">335</a>, <a href="#Page_416">416</a>.</span><br /> -<i>Intérieur d'Oran</i> (Un), toile de Delacroix, I, 314.<br /> -<i>Intérieur de harem</i>, toile de Delacroix, II, 292.<br /> -<i>Intérieur d'un potier en Italie</i>, esquisse de Decamps, II, 175.<br /> -<i>Iphigénie en Aulide,</i> tragédie lyrique de Glück, I, 422.<br /> -IRÈNE, amie de Delacroix, II, 151.<br /> -ISABEY (J.-B.), peintre miniaturiste, I, 416 et note 485, 432; II, 310,<br /> -<span style="margin-left: 1em;">445, 448, 449, 455; III, <a href="#Page_239">239</a>.—(Mme et Mlle), II, 445.</span><br /> -<i>Italiana in Algieri</i> (l'), opéra-bouffe de Rossini, III, <a href="#Page_318">318</a>.<br /> -<i>Ivanhoé</i>, roman de Walter Scott, III, <a href="#Page_421">421</a>.<br /> -<i>Ivanhoé</i>, tableau de Delacroix, I, 46.<br /> -<i>Ivanhoé et Rebecca</i>, petite toile de Delacroix, III, <a href="#Page_348">348</a>.<br /> -<br /> -J<br /> -<br /> -JACOB (Henri), lithographe, I, 72.<br /> -JACOB, cousin de Delacroix, I, 72; II, 349; III, <a href="#Page_112">112</a> et note.<br /> -JACQUAND, peintre, I, 333 et note 389.<br /> -JACQUET, marchand de curiosités, I, 306 et note 351.<br /> -JACQUINOT (le général Charles), cousin de Delacroix, I, 53, 56.<br /> -JADIN, paysagiste, I, 271 et note 286.<br /> -JALABERT, peintre, II, 227 et note 2; III, <a href="#Page_165">165</a>.<br /> -JAN (Laurent), journaliste, I, 243 et note 241, 256, 257, 316; III, <a href="#Page_42">42</a>, <a href="#Page_43">43</a>, <a href="#Page_44">44</a>.<br /> -<i>Jane Eyre</i>, roman de Charlotte Bronte, III, <a href="#Page_351">351</a> et note 1.<br /> -<i>Jane Shore</i>, aquarelle, lithographie et peinture de Delacroix, I, 74,<br /> -<span style="margin-left: 1em;">79, 92, 93, 95, 104.</span><br /> -JANIN (Jules), critique, II, 105 et note 1; III, <a href="#Page_42">42</a>, <a href="#Page_43">43</a>.<br /> -JANMOT (Louis, dit Jan-Louis), peintre, III, <a href="#Page_41">41</a> et note 1, <a href="#Page_88">88</a>.<br /> -<i>Jardin de Méquinez</i>, aquarelle de Delacroix, I, 214.<br /> -JAUBERT (Mme), écrivain, I, 423 et note 490; II, 123 note, 355 note 2,<br /> -<span style="margin-left: 1em;">359 note 2; III, <a href="#Page_54">54</a>, <a href="#Page_56">56</a>, <a href="#Page_57">57</a>, <a href="#Page_397">397</a>.</span><br /> -JENNY. Voir LE GUILLOU.<br /> -<i>Jérusalem délivrée</i> (la), poème du Tasse, I, 375; II, 291 et note 4;<br /> -<span style="margin-left: 1em;">III, <a href="#Page_29">29</a> note, <a href="#Page_385">385</a>.</span><br /> -<i>Jésus flagellé</i>, toile de Rubens, musée d'Anvers, II, 6.<br /> -<i>Jésus qui veut foudroyer le monde</i>, toile de Rubens, musée<br /> -<span style="margin-left: 1em;">d'Anvers, II, 5.</span><br /> -<i>Jeune femme qui se peigne</i>, toile de Delacroix, II, 306 et note.<br /> -<i>Jeune fille dans le cimetière</i>, toile de Delacroix, III, <a href="#Page_53">53</a> et note.<br /> -<i>Jeune homme qui déjeune</i>, petite toile de Meissonier, II, 220.<br /> -<i>Jeune marin expirant</i>, sculpture par Allier, I, 98.<br /> -<i>Job et ses amis</i>, tableau de Decamps, II, 165, 174.<br /> -JOLY DE FLEURY, magistrat, III, <a href="#Page_122">122</a>.<br /> -JOLY GRANGEDOR, peintre, élève de Delacroix, II, 87 note 1.<br /> -JOMINI (baron), général et écrivain suisse, II, 292.<br /> -JORDAENS, maître flamand, I, 303; III, <a href="#Page_282">282</a>.<br /> -<i>Joseph</i>, opéra de Méhul, I, 96.<br /> -<i>Joseph Balsamo</i>, roman d'Alexandre Dumas père, II, 115, 117,<br /> -<span style="margin-left: 1em;">123, 433; III, <a href="#Page_342">342</a> note 1.</span><br /> -<i>Joséphine</i> (l'Impératrice), portrait par Prud'hon, I, 301 et note 340.<br /> -<i>Josué arrêtant le soleil</i>, aquarelle de Decamps, II, 165 et note.<br /> -JOUAUT, III, <a href="#Page_71">71</a>.<br /> -JOURNÉ (Mme), fille de M. Bornot, I, 403 note.<br /> -JOUVENET (J.), peintre, II, 173.<br /> -<i>Jugement de Paris</i> (le), toile de Raphaël, I, 283.<br /> -<i>Jugement dernier</i> (le), toile de Chenavard, II, 470.<br /> -<i>Juif errant</i> (le), opéra d'Halévy, II, 96 et note 1.<br /> -<i>Juifs de Méquinez</i>, toile de Delacroix, I, 214, 311.<br /> -<i>Juive</i> (la), opéra d'Halévy, III, <a href="#Page_141">141</a> et note 2<br /> -<i>Juives de Méquinez</i>, toile de Delacroix, I, 214.<br /> -<i>Juives de Tanger</i>, toile de Delacroix, I, 214.<br /> -<i>Jules César</i>, tragédie de Shakespeare, III, <a href="#Page_321">321</a>.<br /> -JULES ROMAIN, maître italien, III, <a href="#Page_39">39</a>.<br /> -JULIE, servante de Delacroix, II, 330, 438; III, <a href="#Page_31">31</a>.<br /> -<i>Juliette sur le lit</i>, tableau de Delacroix, I, 214.<br /> -JUSSIEU (Joseph DE), botaniste, I, 344, 447 note.<br /> -<span style="margin-left: 1em;">—(Adrien), son fils, I, 447 et note.</span><br /> -<i>Justinien</i>, toile de Delacroix, II, 387 note 1.<br /> -<br /> -K<br /> -<br /> -<i>Kaïd goûtant le lait que lui offrent les paysans</i>, dessin à la plume,<br /> -<span style="margin-left: 1em;">de Delacroix, I, 214.</span><br /> -KALERJI (Mme), amie de Chopin, I, 359, 369, 371, 372, 431;<br /> -<span style="margin-left: 1em;">III, <a href="#Page_86">86</a>, <a href="#Page_90">90</a>, <a href="#Page_91">91</a>, <a href="#Page_92">92</a>.</span><br /> -KANT, philosophe allemand, II, 443.<br /> -KARR (Alphonse), littérateur, II, 213 et note.<br /> -KAYSER (DE), peintre, II, 411.<br /> -KERDREL (M. DE), homme politique, II, 488.<br /> -KIATKOWSKI, ami de Chopin, II, 223.<br /> -KLOTZ, architecte de Strasbourg, III, <a href="#Page_83">83</a>.<br /> -KNEPFLER, peintre, I, 278.<br /> -<i>Knox le puritain prêchant devant Marie Stuart</i>, esquisse de Wilkie, I, 196 note.<br /> -<br /> -L<br /> -<br /> -LABBÉ, I, 247.<br /> -LABLACHE (Mlle Mariette), cantatrice, II, 176 et note 3.<br /> -<i>Labourage nivernais</i>, toile de Rosa Bonheur, musée du Luxembourg,<br /> -<span style="margin-left: 1em;">I, 351 note.</span><br /> -LA BRUYÈRE, II, 182; III, <a href="#Page_352">352</a>.<br /> -<i>Lac</i> (le), poésie de Lamartine, I, 366.<br /> -LACÉPÈDE (DE), naturaliste, I, 239.<br /> -LA COMBE (le colonel DE), auteur d'un ouvrage sur <i>Charlet</i>,<br /> -<span style="margin-left: 1em;">III, <a href="#Page_187">187</a> note 2, <a href="#Page_371">371</a> note 2.</span><br /> -LACROIX (Gaspard-Jean), peintre paysagiste, I, 288 et note 320, 289,<br /> -<span style="margin-left: 1em;">291, 307 et note 352.</span><br /> -<i>Lady Macbeth</i>, toile de Delacroix, I, 377 et note 450.<br /> -LAFONT (Émile), peintre, I, 431 et note 497.<br /> -LA FONTAINE, II, 51, 216, 390, 396, 440; III, 171.<br /> -LAGNIER, III, <a href="#Page_166">166</a>.<br /> -LAGUERRE (le docteur), III, <a href="#Page_276">276</a>, <a href="#Page_277">277</a>, <a href="#Page_284">284</a>, <a href="#Page_288">288</a>, <a href="#Page_290">290</a>, <a href="#Page_291">291</a>, <a href="#Page_304">304</a>,<br /> -<span style="margin-left: 1em;"><a href="#Page_318">318</a>, <a href="#Page_433">433</a> et note 2.</span><br /> -LAITY, ancien lieutenant d'artillerie, II, 314 et note 1; III, <a href="#Page_118">118</a>.<br /> -LAJUDIE (Mme DE), fille aînée du baron Rivet, III, <a href="#Page_65">65</a> et note, <a href="#Page_404">404</a>.<br /> -LAMARTINE, I, 87, 91, 346, 367, 415; II, 347 et note,,;<br /> -<span style="margin-left: 1em;">III, <a href="#Page_110">110</a>, <a href="#Page_348">348</a>, <a href="#Page_397">397</a>.</span><br /> -LAMBERT (Eugène), peintre, II, 87 et note 1.<br /> -LAMBERT (Mme), fille de M. Bornot, I, 403 note.<br /> -LAMEY, cousin de Delacroix, I, 75 note 86; III, <a href="#Page_81">81</a> et note, <a href="#Page_82">82</a>, <a href="#Page_93">93</a>, <a href="#Page_96">96</a>,<br /> -<span style="margin-left: 1em;"><a href="#Page_132">132</a>, <a href="#Page_163">163</a> et note 5, <a href="#Page_161">161</a>, <a href="#Page_165">165</a>, <a href="#Page_277">277</a>, <a href="#Page_278">278</a>, <a href="#Page_289">289</a>, <a href="#Page_294">294</a>, <a href="#Page_335">335</a>, <a href="#Page_336">336</a>,</span><br /> -<span style="margin-left: 1em;"><a href="#Page_413">413</a>, <a href="#Page_416">416</a>.—(Mme), I, 105; III, <a href="#Page_83">83</a>, <a href="#Page_85">85</a>, <a href="#Page_86">86</a>, <a href="#Page_96">96</a>, <a href="#Page_132">132</a>.</span><br /> -LAMEY (Ferdinand), III, <a href="#Page_85">85</a>.—(Mme), III, <a href="#Page_148">148</a>.<br /> -LAMORICIÈRE (le général), I, 447 et note 503; II, 364.<br /> -LAMY (Eugène), peintre et dessinateur, II, 174 et note.<br /> -LANDON (Paul), peintre et littérateur, II, 401 et note.<br /> -LANGLOIS (Jean-Charles), peintre, III, <a href="#Page_324">324</a> et note 2.<br /> -LANTON, III, 86.<br /> -LAPORTE (M DE), consul de France au Maroc, I, 150 et note 168.—(Mme), I, 394.<br /> -LARCHEZ, I, 105.<br /> -LARIBE, I, 30.<br /> -LA RIVE, tragédien, I, 272.<br /> -LARIVIÈRE,peintre, II, 311 et note 2.<br /> -LARREY (le baron), chirurgien, I, 286 et note 316.<br /> -LAS MARISMAS (Mme), III, <a href="#Page_297">297</a>.<br /> -LASSALLE (Émile), peintre, élève de Delacroix, I, 274 et note 297, 290;<br /> -<span style="margin-left: 1em;">II, 87 note 1; III, <a href="#Page_174">174</a> et note 3.</span><br /> -LASSALLE-BORDES, peintre, élève de Delacroix, I, 260 note 267, 261;<br /> -<span style="margin-left: 1em;">III, <a href="#Page_167">167</a> note.</span><br /> -LASSUS (J.-B.-Antoine), architecte, I, 343 et note 399; II, 177.<br /> -LASTEYBIE (le comte DE), archéologue, II, 152 et note 2.<br /> -LATOUCHE (Henri DE), littérateur, III, <a href="#Page_34">34</a> et note 3.<br /> -LATOUR (Maurice-Quentin DE), pastelliste, III, <a href="#Page_169">169</a> et note 3.<br /> -LAUGIER (Jean-Nicolas), graveur, I, 130 et note 144.<br /> -LAUGIER (Stanislas), chirurgien, I, 306 et note 349.<br /> -LAURE, modèle, I, 92, 93, 104, 130, 131.<br /> -LAURENCEAU(Baron), ami de Berryer, II, 487, 490.—(Baronne), II, 487.<br /> -LAURENS (Joseph-Bonaventure), littérateur et compositeur, I, 326 et note 383.<br /> -LAURENS (Jules), peintre, lithographe et graveur, I, 326 et note 383,<br /> -<span style="margin-left: 1em;">424 et note 491; II, 37.</span><br /> -LAVALETTE (le comte DE), III, <a href="#Page_45">45</a> note, <a href="#Page_46">46</a>, <a href="#Page_173">173</a>.—(Mme DE), II, 391;<br /> -<span style="margin-left: 1em;">III, <a href="#Page_45">45</a> et note.</span><br /> -LAVOYPIERRE, cuisinier, II, 483.<br /> -LAWRENCE, peintre anglais, II, 162 et note 1; III, <a href="#Page_36">36</a> note, <a href="#Page_38">38</a>, <a href="#Page_69">69</a>, <a href="#Page_216">216</a>, <a href="#Page_377">377</a>.<br /> -LEBLOND (Frédéric), ami de Delacroix, I, xiii; I, 43 et note, 53,<br /> -<span style="margin-left: 1em;">72, 66, 69, 71, 72, 74 à 76, 82, 90, 91, 94, 96, 102, 103, 107,</span><br /> -<span style="margin-left: 1em;">117, 124, 127, 129, 130, 132, 135 à 139, 247, 281, 290, 307,</span><br /> -<span style="margin-left: 1em;">308, 317, 318, 354, 369.—(Mme), I, 282, 308, 354.</span><br /> -LEBORNE (Joseph-Louis), peintre, I, 92.<br /> -LEBOUC (Charles), violoncelliste, III, 131 et note 2.<br /> -LÈBRE, archéologue, III, <a href="#Page_363">363</a>.<br /> -LEBRUN (Charles), peintre, I, 368; II, 91, 173, 315; III, <a href="#Page_119">119</a>, <a href="#Page_248">248</a>, <a href="#Page_252">252</a>, <a href="#Page_291">291</a>.<br /> -LECOMTE (Hippolyte), peintre, II, 76 et note 1.<br /> -LECZINSKI (Stanislas Ier), roi de Pologne, III, <a href="#Page_278">278</a>, <a href="#Page_279">279</a>,<br /> -<span style="margin-left: 1em;"><a href="#Page_280">280</a>, <a href="#Page_281">281</a>, <a href="#Page_283">283</a>.</span><br /> -<i>Léda</i>, fresque de Delacroix, à Valmont, I, 193 et note 196.<br /> -LEDRU (Hilaire), peintre, III, <a href="#Page_395">395</a> et note 3.<br /> -LEDRU DES ESSARTS (le général), voisin de campagne de Delacroix,<br /> -<span style="margin-left: 1em;">à Champrosay, I, 445 et note.</span><br /> -LEDRU-ROLLIN, homme politique, II, 376.<br /> -LEFEBVRE, marchand de tableaux, I, <a href="#Page_357">357</a> et note.<br /> -LEFEBVRE (Charles), peintre, I, 290 et note; II, 292.<br /> -LEFEBVRE (Jules), peintre, III, <a href="#Page_289">289</a> et note.<br /> -LEFÈVRE-DEUMIER, littérateur et poète, II, 314 et note 6, 386;<br /> -<span style="margin-left: 1em;">III, <a href="#Page_120">120</a> et note 1.—(Mme), sculpteur, II, 314 et note 6; III, 120.</span><br /> -LEFRANC, marchand de couleurs, I, 316; II, 411.<br /> -LEFUEL, architecte, II, 229 et note 2; III, <a href="#Page_10">10</a>, <a href="#Page_26">26</a>, <a href="#Page_135">135</a>.<br /> -LEGENDRE, III, <a href="#Page_410">410</a>.<br /> -<i>Législation</i> (la), peinture décorative de la bibliothèque<br /> -<span style="margin-left: 1em;">du Palais-Bourbon, par Delacroix, I, 257.</span><br /> -LEGOUVÉ (E.), auteur dramatique, III, <a href="#Page_20">20</a>.<br /> -LEGRAND, ami de Berryer, III, <a href="#Page_292">292</a>.<br /> -LEGRAND (Mme Pierre), fille de M. Bornot, I, 403 note 471.<br /> -LEGROS (Pierre), sculpteur, II, 129 et note 2.<br /> -LE GUILLOU (Jenny), gouvernante de Delacroix, I, 256 note 257, 315 et note 365,<br /> -<span style="margin-left: 1em;">383, 406, 434, 442, 444; II, 1, 15, 25, 103 et note, 123,</span><br /> -<span style="margin-left: 1em;">134, 185, 186, 202, 210, 228, 242, 247 et note 1, 256, 269,</span><br /> -<span style="margin-left: 1em;">286, 328 à 331, 333, 336, 380, 387, 411, 417, 425, 427, 430,</span><br /> -<span style="margin-left: 1em;">438, 447, 477, 492; III, <a href="#Page_24">24</a>, <a href="#Page_29">29</a>, <a href="#Page_93">93</a>, <a href="#Page_101">101</a>, <a href="#Page_103">103</a>, <a href="#Page_104">104</a> et note.</span><br /> -<span style="margin-left: 1em;"><a href="#Page_105">105</a>, <a href="#Page_107">107</a>, <a href="#Page_108">108</a>, <a href="#Page_132">132</a>, <a href="#Page_145">145</a>, <a href="#Page_101">101</a>, <a href="#Page_179">179</a>, <a href="#Page_180">180</a>, <a href="#Page_266">266</a>, <a href="#Page_269">269</a>, <a href="#Page_272">272</a>, <a href="#Page_278">278</a>,</span><br /> -<span style="margin-left: 1em;"><a href="#Page_284">284</a>, <a href="#Page_288">288</a>, <a href="#Page_304">304</a>, <a href="#Page_347">347</a>, <a href="#Page_409">409</a>, <a href="#Page_433">433</a> et note.</span><br /> -LEHMANN, peintre, II, 81 et note 1, 89, 106, 295.<br /> -LEHON (Mme), II, 378.<br /> -LEHON fils, II, 378,<br /> -LEIBNITZ, philosophe allemand, II, 442.<br /> -LELEUX (Adolphe-Pierre), peintre, I, 235 et note 229, 253, 302.<br /> -<i>Lélia</i>, toile de Delacroix, I, 324, 332 et note 387.<br /> -LELIÈVRE, peintre, I, 46, 53, 56, 57, 75, 84, 99, 105, 106.<br /> -<span style="margin-left: 1em;">—Mme, I, 54, 55, 92.</span><br /> -LEMAITRE (Frederick), acteur, II, 201 et note.<br /> -LEMERCIER (Népomucène), littérateur, I, 81, note 96.<br /> -LEMOINNE (John), journaliste, III, <a href="#Page_108">108</a> et note 1.<br /> -LEMOLE (M.), amateur, I, 93.<br /> -LENOBLE, homme d'affaires de Delacroix, I, 297, 328, 335.<br /> -LENORMANT (Charles), archéologue et historien, III, <a href="#Page_344">344</a> et note 1.<br /> -LÉON X (le pape), II, 377.<br /> -<i>Léonore</i>, opéra de Beethoven, appelé aussi <i>Fidelio</i>,<br /> -<span style="margin-left: 1em;">I, 297 et note 334, 417.</span><br /> -LÉOTAUD (Mme DE), III, <a href="#Page_5">5</a>.<br /> -LEQUIEN fils, dessinateur, III, <a href="#Page_68">68</a>.<br /> -LERMINIER, publiciste, I, 317.<br /> -LEROUX (Eugène), lithographe, III, <a href="#Page_164">164</a> et note 1.<br /> -LEROUX (Jean-Marie), graveur et dessinateur, III, <a href="#Page_160">160</a> et note 2.<br /> -LEROUX (Pierre), publiciste, I, 325 et note 382; III, <a href="#Page_2">2</a> note 3.<br /> -LEROY (F.), III, <a href="#Page_150">150</a>.<br /> -LEROY D'ETIOLES, chirurgien, III, <a href="#Page_350">350</a>.<br /> -LESAGE, peintre, II, 396.<br /> -LESAGE, romancier, III, <a href="#Page_360">360</a>.<br /> -LESLIE (Charles-Robert), peintre anglais, III, <a href="#Page_37">37</a> et note 1.<br /> -LESPINASSE (Mlle DE), femme de lettres, III, <a href="#Page_428">428</a>.<br /> -LESSERT (Mme DE), III, <a href="#Page_331">331</a>.<br /> -LESSORE (Émile-Aubert), paysagiste, I, 311 et note, 335.<br /> -LESUEUR, peintre, I, 203, 300, 304; II, 63, 64, 91, 129, 171; III, <a href="#Page_253">253</a>.<br /> -<i>Lettre sur les spectacles</i>, de J.-J. Rousseau, II, 407.<br /> -<i>Lettres sur l'Egypte</i>, par Savary, I, 107 et note.<br /> -<span style="margin-left: 1em;">—<i>Sur la Grèce</i>, I, 107, note.</span><br /> -LEVASSOR, acteur comique, II, 419 et note 2; III, <a href="#Page_21">21</a> et note 1.<br /> -LEVEL, sculpteur, II, 495.<br /> -LEYGUE, peintre, élève de Delacroix, II, 87 note 1.<br /> -LEYS (Henri), peintre belge, II, 30 et note; III, <a href="#Page_39">39</a>.<br /> -LEWIS, romancier anglais, I, 213 et note.<br /> -LHÉRITIER (le docteur), III, <a href="#Page_345">345</a> et note 1.<br /> -<i>Liberté de</i> 1830 (la), toile de Delacroix, musée du Louvre, I, 337.<br /> -<i>Lion</i> (le), gravure de Denon, I, 296.<br /> -<i>Lion</i> (un), tableau de Delacroix, I, 234 note.<br /> -<i>Lion</i> (un), pastel de Delacroix, I, 239.<br /> -<i>Lion</i>(le petit), tableau de Delacroix, II, 418<br /> -<i>Lion dans les montagnes</i>, toile de Delacroix, II, 61.<br /> -<i>Lion guettant sa proie</i>, tableau de Delacroix, II, 292 et note.<br /> -<i>Lion</i> (un), toile de Van Thulden, à Bruxelles, II, 8.<br /> -<i>Lion et le Sanglier</i> (le), toile de Delacroix, II, 137.<br /> -<i>Lion et l'Homme mort</i> (le), toile de Delacroix, I, 291, 293, 301.<br /> -<i>Lion terrassant un sanglier</i>, toile de Delacroix, II, 138.<br /> -<i>Lions</i>, deux toiles de Delacroix, II, 340 et note 1; III, <a href="#Page_137">137</a>, <a href="#Page_143">143</a>.<br /> -<i>Lions</i> (deux), toile de Delacroix, II, 138.<br /> -LISETTE, paysanne du Louroux, I, 2, 4, 5, 6, 14.<br /> -LISZT, pianiste et compositeur allemand, I, 288 note 319; II, 47; III, <a href="#Page_68">68</a> et note 1.<br /> -<i>Loges du Vatican</i> (les), I, 79 note.<br /> -LONCHAMPS (Pierre-Charpentier DE), littérateur, III, <a href="#Page_392">392</a> et note 1.<br /> -LOPEZ ou LOPÈS, peintre, I, 27 note 36, 45, 53, 72, 75, 104.<br /> -LORD-MAIRE de Londres (le), III, <a href="#Page_30">30</a>, <a href="#Page_31">31</a>.<br /> -<i>Loth</i>, toile de Rubens, musée du Louvre, II, 388.<br /> -Louis XIV, III, <a href="#Page_5">5</a>.<br /> -Louis XVI, II, 350, 376.<br /> -LOUIS-PHILIPPE, I, 79 et note, 171.<br /> -<i>Louroux</i> (le), propriété du général Charles Delacroix, en Touraine, I, 1.<br /> -Louvois, III, <a href="#Page_5">5</a>.<br /> -LUCAS DE LEYDE, maître hollandais, I, 386; II, 4 et note; III, <a href="#Page_226">226</a>.<br /> -LUCCA DELLA ROBBIA, sculpteur florentin, II, 437.<br /> -<i>Lucrèce et Tarquin</i>, toile de Titien, I, 273.<br /> -<i>Lucrezia Borgia</i>, opéra de Donizetti, II, 281 et note 2, 293, 302.<br /> -LULLI, musicien et compositeur, III, <a href="#Page_13">13</a>.<br /> -<i>Lumière du monde</i> (la), toile de Hunt, III, <a href="#Page_38">38</a> note 3.<br /> -LUNA (Ch. DE), peintre, II, 94.<br /> -<i>Lutte de Jacob avec l'ange</i> (la), peinture décorative de la chapelle<br /> -<span style="margin-left: 1em;">des Saints-Anges, à Saint-Sulpice, par Delacroix, I, 411 note.</span><br /> -<i>Lycurgue consulte la Pythie</i>, peinture décorative de la bibliothèque<br /> -<span style="margin-left: 1em;">du Palais-Bourbon, par Delacroix, I, 257 note 260, 261 note 267; II, 92.</span><br /> -LYONNE (M. DE), I, 272.<br /> -<br /> -M<br /> -<br /> -<i>Macbeth</i>, tableau de Fielding, I, 116.<br /> -<i>Macbeth</i>, traduction en vers de J. Lacroix, III, <a href="#Page_434">434</a> et note 2.<br /> -MACHIAVEL, II, 445.<br /> -<i>Madeleine dans le désert</i> (la), toile de Delacroix, I, 279.<br /> -<i>Madeleine en prière</i>, toile de Delacroix, II, 274 et note.<br /> -MAGE, I, 71, 73.<br /> -MAGENDIE (François), physiologiste, III, <a href="#Page_327">327</a>, <a href="#Page_328">328</a>, <a href="#Page_329">329</a> et note 1.<br /> -MAGNE, homme d'État, III, <a href="#Page_413">413</a>.<br /> -MAINDRON (Hippolyte), sculpteur, I, 296 et note.<br /> -MAISON (le maréchal), II, 478.<br /> -<i>Maître Pathelin</i>, opéra-comique de Fr. Bazin, III, <a href="#Page_185">185</a> et note 3.<br /> -<i>Maîtres d'autrefois</i> (les), ouvrage d'Eug. Fromentin, II, 5 note 1,<br /> -<span style="margin-left: 1em;">7 note, 24 note.</span><br /> -<i>Maîtres et petits maîtres</i>, ouvrage de Ph. Burty, I, 420 note 487.<br /> -MALHERBE, III, <a href="#Page_388">388</a>.<br /> -MALIBRAN (la), cantatrice, I, 247, 248, 249, 250.<br /> -MALLEVILLE, I, 346.<br /> -MANCEY (M.), II, 176.—(Mme), II, 176.<br /> -MANCEAU (M.), membre du Conseil municipal de Paris, II, 78, 87,<br /> -<span style="margin-left: 1em;">147, 464.—(Mme), II, 147, 454, 456, 462; III, <a href="#Page_409">409</a>.</span><br /> -MARBOUTY (Mme), ou Claire Brunne, écrivain, III, <a href="#Page_344">344</a> et note 3, <a href="#Page_351">351</a>.<br /> -MARC-ANTOINE RAIMONDI, graveur italien, II, 273 et note 2; III, <a href="#Page_226">226</a>.<br /> -<i>Marc-Aurèle mourant</i>, toile de Delacroix, musée de Lyon, I, 274,<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">351 et note 411; III, <a href="#Page_30">30</a> note.</span><br /> -MARC-AURÈLE, empereur romain, III, <a href="#Page_30">30</a>, <a href="#Page_100">100</a>.<br /> -MARCELLINI CZARTORYSKA (la princesse), I, 408 et note 476, 414;<br /> -<span style="margin-left: 1em;">II, 163, 169, 222, 224, 285, 309, 358 et note, 360, 362, 365, 494, 496;</span><br /> -<span style="margin-left: 1em;">III, 2 et note 1, 8, 11, 12, 120, 122, 126, 127, 131, 139, 156.</span><br /> -MARCHAND (le comte), III, <a href="#Page_120">120</a> et note 2.<br /> -<i>Marchand d'oranges</i>, toile de Delacroix, II, 138.<br /> -<i>Marché aux chevaux</i> (le), toile de Rosa Bonheur, II, 226 note 1.<br /> -<i>Marché d'Arabes</i> (le), aquarelle de Delacroix, I, 214.<br /> -<i>Marcus Sextus</i>, tableau de Guérin, I, 44.<br /> -<i>Mare au Diable</i> (la), roman de George Sand, I, 302.<br /> -<i>Maréchal marocain</i>, toile de Delacroix, II, 137.<br /> -MARESTE (le baron DE), I, 272 et note, 358; III, <a href="#Page_50">50</a>, <a href="#Page_124">124</a>, <a href="#Page_182">182</a>.<br /> -MARET, duc de Bassano, II, 486 et note.<br /> -<i>Marguerite auprès de l'autel</i>, lithographie originale de Delacroix,<br /> -<span style="margin-left: 1em;">III, <a href="#Page_131">131</a> et note 1.</span><br /> -<i>Marguerite en prison</i>, lithographie de Delacroix, III, <a href="#Page_292">292</a>.<br /> -MARGUERITTE, III, <a href="#Page_267">267</a>.<br /> -<i>Mariage mystique de sainte Catherine</i>, toile de Rubens, à Anvers, II, 6.<br /> -<i>Mariage secret</i> (le) (<i>Il matrimonio segreto</i>),<br /> -<span style="margin-left: 1em;">opéra bouffe de Cimarosa, I, 277, 293 et note 328, 419.</span><br /> -<i>Marianne</i>, tragédie de Voltaire, III, <a href="#Page_319">319</a>.<br /> -MARIE, modèle, I, 25, 133.<br /> -MARIE-LOUISE (l'impératrice), II, 374.<br /> -<i>Marie Stuart</i>, opéra de Niedermeyer, I, 249.<br /> -<i>Marino Faliero</i>, toile de Delacroix, II, 222 note 4; III, <a href="#Page_143">143</a> et note 4.<br /> -MARIO, chanteur italien, II, 282, 327.<br /> -MARIVAUX, II, 272.<br /> -MARLIANI (la comtesse), amie de Chopin, I, 252 et note 246, 305, 310,<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">325, 326, 345, 406; II, 243.</span><br /> -<i>Maroc</i> (voyage au), cahier de notes et de croquis de Delacroix,<br /> -<span style="margin-left: 1em;">appartenant autrefois à M. le professeur Charcot, qui l'a légué à la</span><br /> -<span style="margin-left: 1em;">bibliothèque du Louvre, I, 145.</span><br /> -<i>Marocain à cheval</i>, toile de Delacroix, III, <a href="#Page_143">143</a>.<br /> -<i>Marocain montant à cheval</i>, toile de Delacroix, II, 476, 479.<br /> -<i>Marocains</i> (les deux), toile de Delacroix, II, 229.<br /> -<i>Marocains endormis</i>, tableau de Delacroix, I, 255, 291.<br /> -MAROCUETTI, sculpteur, I, 97 et note 119, 104, 108.<br /> -<i>Marquise de Pescara</i> (portrait de la), I, 75 et note 85.<br /> -MARRAST (Armand), homme politique, I, 344 note 402.<br /> -MARS (Mlle), tragédienne, I, 268, 290 et note 321, 291.<br /> -MARTIGNAC (vicomte DE), homme politique, II, 359.<br /> -MARTIN (Jean-Blaise), chanteur, II, 402 et note 2.<br /> -MARTIN-DELESTRE, peintre, I, 305.<br /> -MARTINET (Achille-Louis), graveur, III, <a href="#Page_268">268</a> note 1.<br /> -MARTINET (Louis), peintre, III, <a href="#Page_26">26</a> et note 5.<br /> -<i>Martyre de saint Cyr et de sainte Juliette</i> (le),<br /> -<span style="margin-left: 1em;">toile de Heim, église Saint-Gervais, III, <a href="#Page_83">83</a> note 1.</span><br /> -<i>Martyre de saint Pierre</i> (le), toile de Rubens, à Cologne, II, 167.<br /> -<i>Massacre de Scio</i> (le), tableau de Delacroix, I, 37, 39 note 45, 85 note 106,<br /> -<span style="margin-left: 1em;">107, 123, 125, 132, 235 note 228; II, 222 note 4, 281 note, 353 et note 1,</span><br /> -<span style="margin-left: 1em;">381 et note 2.</span><br /> -<i>Massacre des Innocents</i> (le), de Raphaël, gravure, I, 96.<br /> -MASSILLON, III, <a href="#Page_293">293</a>.<br /> -MASSON (Adolphe), aquafortiste, III, <a href="#Page_350">350</a> et note 2.<br /> -MASSON (Alphonse), graveur, I, 235 et note 228.<br /> -<i>Mater dolorosa</i>, esquisse de Delacroix, I, 325.<br /> -MATHILDE (la princesse), II, 179 et note 3.<br /> -<i>Mauprat</i>, drame tiré du roman de George Sand, II, 283 et note.<br /> -MAUZAISSE (J.-B.), peintre et lithographe, I, 27 note 37; II, 28.<br /> -MAXIME DU CAMP, littérateur et critique, I, viii.<br /> -MAYER, peintre, I, 134 et note 147.<br /> -<i>Mazeppa</i>, croquis et dessin de Delacroix, I, 73, 86.<br /> -<i>Médée</i>, toiles diverses de Delacroix, I, 70, 274 note 297, 324;<br /> -<span style="margin-left: 1em;">II, 222 note 4.</span><br /> -<i>Mêlée furieuse</i>, toile de Delacroix, III, 157 et note, 165,<br /> -<span style="margin-left: 1em;">174 note 3, 308.</span><br /> -<i>Méditations poétiques</i> (les), de Lamartine, I, 415.<br /> -MEER (Van der), maître hollandais, III, <a href="#Page_211">211</a>.<br /> -MÉHUL, compositeur, I, 96.<br /> -MEISSONIER, peintre, I, 350 et note 408, 351, 408, 414, 417; II, 220, 435;<br /> -<span style="margin-left: 1em;">III, <a href="#Page_36">36</a>, <a href="#Page_118">118</a>, <a href="#Page_121">121</a>, <a href="#Page_220">220</a> note, <a href="#Page_416">416</a>.</span><br /> -<i>Mélanges d'histoire et de philosophie</i>, par Voltaire, III, <a href="#Page_413">413</a>.<br /> -<i>Melmoth</i> ou l'<i>Amende honorable</i>, toile de Delacroix, I, 81.<br /> -MEMBRÉE (Edmond), compositeur, III, <a href="#Page_3">3</a> et note 2, <a href="#Page_4">4</a>.<br /> -<i>Mémoire sur la peinture</i>, I, 59 et note 66.<br /> -<i>Mémoires de Dumas</i>, II, 280, note 2.<br /> -<i>Mémoires d'Horace</i>, par A. Dumas père, III, <a href="#Page_412">412</a>.<br /> -<i>Mémoires d'un bourgeois de Paris</i>, du docteur Véron, II, 225 note 1,<br /> -<span style="margin-left: 1em;">247 note 2, 258.</span><br /> -MÉNARD (la), danseuse, III, <a href="#Page_62">62</a>.<br /> -MÉNARD (Louis), critique d'art, I, 311 et note.<br /> -MÉNARD (René), peintre, I, 311 note.<br /> -MENDELSSOHN, I, 294, 326; II, 83, 327; III, <a href="#Page_12">12</a>, <a href="#Page_389">389</a>.<br /> -MÉNESSIER (Mme), I, 346, 363.<br /> -MENEVAL (le baron DE), I, 379 et note 455, 380, 432; II, 224.<br /> -MENEVAL (Mme), III, <a href="#Page_351">351</a>.<br /> -MENGS (Raphaël), peintre et écrivain allemand, III, <a href="#Page_193">193</a> et note, <a href="#Page_248">248</a>, <a href="#Page_384">384</a>.<br /> -MENJAUD, acteur, I, 74 et note 83.<br /> -<i>Menuet</i> (le), dessin de Charlet, III, <a href="#Page_427">427</a>. Voir CHARLET.<br /> -MERCEY (Frédéric Bourgeois DE), peintre et écrivain, I, 358 et note 419;<br /> -<span style="margin-left: 1em;">II, 38, 295, 313, 379; III, <a href="#Page_63">63</a> et note 2, <a href="#Page_64">64</a>, <a href="#Page_117">117</a>, <a href="#Page_331">331</a>, <a href="#Page_336">336</a>, <a href="#Page_337">337</a>, <a href="#Page_434">434</a>.</span><br /> -MÉRIMÉE (Prosper), littérateur et romancier, I, 346; II, 179 et note 1,<br /> -<span style="margin-left: 1em;">221, 264, 317; III, <a href="#Page_4">4</a>, <a href="#Page_26">26</a>, <a href="#Page_64">64</a>, <a href="#Page_125">125</a>, <a href="#Page_179">179</a>, <a href="#Page_180">180</a>, <a href="#Page_276">276</a> note.</span><br /> -MERRUAU (Charles), journaliste, III, <a href="#Page_132">132</a> et note 2.<br /> -MESNARD (Jacques-André), homme politique, III, <a href="#Page_127">127</a> et note 1, <a href="#Page_128">128</a>, <a href="#Page_184">184</a>.<br /> -<i>Métamorphoses</i> (les) d'Ovide, III, <a href="#Page_332">332</a>.<br /> -<i>Meunier d'Angibault</i> (le), roman de George Sand, I, 222 et note 218.<br /> -MEYERBEER, I, xliv, 346, 371, 372; II, 282, 293, 297, 299, 300, 301; III, 9.<br /> -MÉZY (DE), I, 372.<br /> -MICHAUD (Joseph), dit Michaud aîné, littérateur, et non Michaud jeune<br /> -<span style="margin-left: 1em;">comme il est dit, II, 361 et note 1, 362.</span><br /> -MICHEL (le baron), médecin militaire, III, <a href="#Page_146">146</a> et note 2.<br /> -MICHEL-ANGE, I, xx, xxxiii, 1, 2, 44, 50, 51, 83, 87, 98, 111, 142,<br /> -<span style="margin-left: 1em;">181, 196, 202, 203, 227, 299, 407, 410, 414; II, 28, 29, 92,</span><br /> -<span style="margin-left: 1em;">136, 160, 2, 185, 188 et note, 395, 428, 429, 435, 440, 469,</span><br /> -<span style="margin-left: 1em;">470, 471, 477, 478, 496; III, <a href="#Page_15">15</a>, <a href="#Page_64">64</a>, <a href="#Page_70">70</a>, <a href="#Page_96">96</a>, <a href="#Page_156">156</a>, <a href="#Page_195">195</a>, <a href="#Page_197">197</a>, <a href="#Page_234">234</a>,</span><br /> -<span style="margin-left: 1em;"><a href="#Page_238">238</a> et note, <a href="#Page_255">255</a>, <a href="#Page_256">256</a>, <a href="#Page_257">257</a>, <a href="#Page_261">261</a>, <a href="#Page_264">264</a>, <a href="#Page_265">265</a>, <a href="#Page_309">309</a>, <a href="#Page_311">311</a>, <a href="#Page_252">252</a>, <a href="#Page_356">356</a>,</span><br /> -<span style="margin-left: 1em;"><a href="#Page_357">357</a>, <a href="#Page_358">358</a>, <a href="#Page_364">364</a>, <a href="#Page_365">365</a>, <a href="#Page_369">369</a>, <a href="#Page_382">382</a>, <a href="#Page_394">394</a>, <a href="#Page_430">430</a>.</span><br /> -<i>Michel-Ange dans son atelier</i>, toile de Delacroix, musée de Montpellier,<br /> -<span style="margin-left: 1em;">I, 384, 444, 446; II, 138; III, <a href="#Page_352">352</a>.</span><br /> -MICHELET, historien, I, 302, 317.<br /> -MICKIEWICZ (Adam), poète polonais, II, 53 et note.<br /> -MIERIS (Franz VAN), maître hollandais, III, <a href="#Page_211">211</a>.<br /> -MILLAIS (John Everin), peintre anglais, III, <a href="#Page_38">38</a> notes 2 et 3, <a href="#Page_39">39</a> et note 1.<br /> -<i>Mille et une Nuits</i> (les), III, <a href="#Page_419">419</a>.<br /> -MILLET, peintre, II, 160 et note 2, 161.<br /> -<i>Milton soigné par ses filles</i>, tableau de Delacroix, I, 25.<br /> -MINORET, voisin de campagne de Delacroix, à Champrosay, I, 445;<br /> -<span style="margin-left: 1em;">II, 185, 212, 265; III, <a href="#Page_334">334</a>.</span><br /> -MIRABEAU, II, 472, 473.<br /> -<i>Mirabeau répondant au marquis de Dreux-Brézé</i>, toile de Delacroix,<br /> -<span style="margin-left: 1em;">II, 472 et note; III, <a href="#Page_351">351</a> et note 3;</span><br /> -<span style="margin-left: 1em;">—toile de Chenavard, II, 472 et note, 473.</span><br /> -MIRBEL (Mme DE), peintre en miniature, I, 383 et note 456; III, <a href="#Page_405">405</a>.<br /> -MIRÈS, financier, II, 312 et note 3, 313.<br /> -<i>Mirrha</i>, tragédie d'Alfieri, III, <a href="#Page_49">49</a> et note 2, <a href="#Page_61">61</a>.<br /> -<i>Misanthrope</i> (le), I, 74 note 83; II, 433; III, <a href="#Page_270">270</a>.<br /> -MITHRIDATE, I, 402.<br /> -MOCQUART, littérateur et homme politique, II, 76 et note 2, 77;<br /> -<span style="margin-left: 1em;">III, <a href="#Page_339">339</a>, <a href="#Page_342">342</a>.</span><br /> -MOHL (Jules), orientaliste, III, <a href="#Page_131">131</a> note 3.—(Mme), III, <a href="#Page_131">131</a> et note 3.<br /> -<i>Moine</i> (le), roman de Lewis, I, 213 note 216.<br /> -<i>Moïse</i>, statue de Michel-Ange, II, 496.<br /> -<i>Moïse frappant le rocher</i>, toile de Delacroix, II, 309.<br /> -<i>Moïse</i>, opéra de Rossini, I, 69, 70, 137.<br /> -MOLÉ, (le comte), homme politique, I, 344, 360.<br /> -MOLIÈRE, I, 301, 315, 428; II, 412, 433, 440; III, <a href="#Page_13">13</a>, <a href="#Page_96">96</a>, <a href="#Page_332">332</a>, <a href="#Page_370">370</a> note 1,<br /> -<span style="margin-left: 1em;"><a href="#Page_374">374</a>, <a href="#Page_389">389</a>, <a href="#Page_397">397</a>, <a href="#Page_398">398</a>.</span><br /> -<i>Moniteur</i> (le), II, 158 et note 2, 386, 410, 406; III, <a href="#Page_40">40</a>, <a href="#Page_134">134</a>,<br /> -<span style="margin-left: 1em;"><a href="#Page_237">237</a>, <a href="#Page_240">240</a>, <a href="#Page_263">263</a>.</span><br /> -MONTAIGNE, I, iv, 227, 439; II, 441; III, <a href="#Page_224">224</a>, <a href="#Page_362">362</a>.<br /> -MONNIER (Henry), littérateur et comédien, III, <a href="#Page_408">408</a>.<br /> -MONTEBELLO (le comte DE), III, <a href="#Page_46">46</a>.<br /> -<i>Monte-Cristo (le comte de)</i>, roman d'Alexandre Dumas père,<br /> -<span style="margin-left: 1em;">I, 259, 277, 285, 287.</span><br /> -<i>Montée au Calvaire</i> (la), toile de Rubens, musée de Bruxelles,<br /> -<span style="margin-left: 1em;">II, 5 et note 2.</span><br /> -MONTESQUIEU, I, 390, 391, 395 et note 467, 402, 403; II, 134; III, <a href="#Page_427">427</a>.<br /> -MONTFORT (Antoine-Alphonse), peintre, III, <a href="#Page_180">180</a> et note 2.<br /> -MONTIJO (Mme DE), III, <a href="#Page_347">347</a>.<br /> -MONTPENSIER (le duc DE), I, 270 note, 281.<br /> -<i>Monument d'Eugène Delacroix</i> au jardin du Luxembourg, III, <a href="#Page_303">303</a>.<br /> -MOORE (Morris), amateur anglais, III, <a href="#Page_306">306</a> note 2, <a href="#Page_331">331</a>.<br /> -MOREAU (M.), collectionneur, I, 269 et note 281, 288; II, 155 note,<br /> -<span style="margin-left: 1em;">291 note 3, 296, 330 et note 2; III, <a href="#Page_26">26</a>, <a href="#Page_28">28</a>, <a href="#Page_31">31</a> et note 2, <a href="#Page_51">51</a>,</span><br /> -<span style="margin-left: 1em;"><a href="#Page_101">101</a>, <a href="#Page_135">135</a> et note 2, <a href="#Page_330">330</a>.</span><br /> -MOREAU (Gustave), peintre, III, <a href="#Page_174">174</a> et note 2.<br /> -MOREAU-NÉLATON (Adolphe) fils, collectionneur, II, 330 note 2.<br /> -MORNAY (Charles, comte DE), diplomate, ami de Delacroix, I, 22,<br /> -<span style="margin-left: 1em;">145 note 161, 146 note 163, 148 à 151 note 169, 164, 268 et note 280, 296,</span><br /> -<span style="margin-left: 1em;">302, 311, 323, 325, 340, 347, 409.</span><br /> -MORNY (duc DE), homme politique, I, 295; II, 75 et note 2, 378;<br /> -<span style="margin-left: 1em;">III, <a href="#Page_4">4</a>, <a href="#Page_51">51</a>, <a href="#Page_137">137</a>.</span><br /> -<i>Mort de saint Jean-Baptiste</i> (la), peinture décorative de la bibliothèque<br /> -<span style="margin-left: 1em;">du Palais-Bourbon, par Delacroix, I, 257; II, 90 note 1.</span><br /> -<i>Mort de Pline l'Ancien</i> (la), peinture décorative de la bibliothèque<br /> -<span style="margin-left: 1em;">du Palais-Bourbon, par Delacroix, I, 258.</span><br /> -<i>Mort de Sardanapale</i>, toile de Delacroix, I, 209 et note 213.<br /> -<i>Mort de Sélim</i> (la), projet de tableau de Delacroix, d'après<br /> -<span style="margin-left: 1em;">lord Byron, II, 115.</span><br /> -<i>Mort de Valentin</i>, tableau de Delacroix, I, 239 et note 231, 252,<br /> -<span style="margin-left: 1em;">287, 288, 291.</span><br /> -MOTTEZ (Victor-Louis), peintre, I, 367 et note 431.<br /> -MOUILLERON (Adolphe), lithographe, III, <a href="#Page_26">26</a> et note 3, <a href="#Page_124">124</a>, <a href="#Page_131">131</a>.<br /> -<i>Mousquetaires</i> (les <i>Trois</i>), d'Alex. Dumas père, I, 311.<br /> -MOUTIÉ (Mme), III, <a href="#Page_415">415</a>.<br /> -<i>Moutons égarés</i>, toile de Munt, III, <a href="#Page_38">38</a> note 3, <a href="#Page_51">51</a>.<br /> -MOZART, I, xliv, 21, 55, 230, 266, 268, 270, 274, 275, 283, 294,<br /> -<span style="margin-left: 1em;">297, 308, 317, 352, 360, 365, 368, 371, 409, 413, 414, 418,</span><br /> -<span style="margin-left: 1em;">419, 422, 426: II, 82, 160, 166, 167, 169, 187, 190, 222, 223,</span><br /> -<span style="margin-left: 1em;">260, 261, 285, 286, 289, 309, 319, 323, 325, 328, 352, 440;</span><br /> -<span style="margin-left: 1em;">III, <a href="#Page_2">2</a>, <a href="#Page_12">12</a>, <a href="#Page_13">13</a>, <a href="#Page_59">59</a>, <a href="#Page_70">70</a>, <a href="#Page_139">139</a>, <a href="#Page_186">186</a>, <a href="#Page_225">225</a>, <a href="#Page_234">234</a>, <a href="#Page_311">311</a>, <a href="#Page_353">353</a>, <a href="#Page_355">355</a>.</span><br /> -<i>Muley-Abd-el-Rhaman</i>, tableau de Delacroix, I, 206 et note.<br /> -MÜLLER (Louis), peintre, I, 254 et note, 255.<br /> -MURILLO, maître espagnol, I, xxxviii, 144, 187, 190, 229; II, 286;<br /> -<span style="margin-left: 1em;">III, <a href="#Page_231">231</a>, <a href="#Page_350">350</a>.</span><br /> -<i>Musiciens juifs de Mogador</i>, tableau de Delacroix, I, 175 et note 182, 310.<br /> -MUSSET (Alfred DE), II, 90 et note 2.<br /> -MUSSET (Paul DE), III, <a href="#Page_275">275</a> et note 2, <a href="#Page_297">297</a>.<br /> -MUSTAPHA, II, 76 et note 3.<br /> -<br /> -N<br /> -<br /> -<i>Nabuchodonosor</i>, opéra de Verdi, I, 293 et note 328.<br /> -NADAILLAC (Mme DE), amie de Berryer, III, <a href="#Page_331">331</a>.<br /> -NADAUD (Gustave), chansonnier, II, 312 et note 1, 374; III, <a href="#Page_397">397</a> et note.<br /> -NALDI (Giuseppe), chanteur italien, I, 249, et note.—(Mme), I, 249.<br /> -<span style="margin-left: 1em;">—(Mlle), cantatrice, I, 249 note.</span><br /> -<i>Nanon de Lartigues</i>, roman d'Alex. Dumas père, III, <a href="#Page_15">15</a>.<br /> -NANTEUIL (Célestin), graveur, III, <a href="#Page_326">326</a> et note 1.<br /> -NAPOLÉON Ier, I, 113, 115, 236, 379 et note 455, 380;<br /> -<span style="margin-left: 1em;">II, 31, 75, 224, 276, 374, 376, 486, 487, 496;</span><br /> -<span style="margin-left: 1em;">III, <a href="#Page_4">4</a>, <a href="#Page_7">7</a> et note <a href="#Page_3">3</a>, <a href="#Page_111">111</a>, <a href="#Page_354">354</a>, <a href="#Page_355">355</a>, <a href="#Page_364">364</a>.</span><br /> -NAPOLÉON III, I, 345, 426; II, 306, 313, 393, 403; III, <a href="#Page_46">46</a>, <a href="#Page_66">66</a>,<br /> -<span style="margin-left: 1em;"><a href="#Page_268">268</a>, <a href="#Page_339">339</a>, <a href="#Page_341">341</a> et note, <a href="#Page_342">342</a>.</span><br /> -NAPOLÉON (le prince Jérôme), II, 147; III, <a href="#Page_25">25</a>, <a href="#Page_27">27</a>, <a href="#Page_330">330</a>.<br /> -<i>Napoléon au tribunal d'Alexandre et de César</i>, par Jomini, II, 292.<br /> -NASSAU, modèle de Delacroix, I, 65, 66.<br /> -NASSAU (le duc DE), II, 16.<br /> -<i>Naufrage</i>, toile de Delacroix, II, 292, 306.<br /> -<i>Naufrage de la Méduse</i> (le), tableau de Géricault, musée du Louvre,<br /> -<span style="margin-left: 1em;">I, 22 note 31, 46 note 54, 78, 88 note 108, 136 note 152; II, 92 note 1, 251.</span><br /> -NAVEZ (François-Joseph), peintre belge, II, 3 et note 3.<br /> -NÈGRE (Charles), photographe, III, <a href="#Page_403">403</a> et note 1.<br /> -<i>Nègre de Tombouctou</i> (le), aquarelle de Delacroix, I, 215.<br /> -NELSON (l'amiral), II, 168.<br /> -NEMOURS (le duc DE), I, 273.<br /> -<i>Neveu de Rameau</i> (le), de Diderot, I, 260 et note 266.<br /> -NEY (le maréchal), I, 379; II, 359 note 1.<br /> -NIEDERMEYER, compositeur suisse, I, 367.<br /> -NIEL (M.), bibliothécaire au ministère de l'intérieur, I, 260 et note 265.<br /> -NIEUWERKERKE (le comte DE), directeur général des Musées, II, 179 et note 2;<br /> -<span style="margin-left: 1em;">III, <a href="#Page_21">21</a>, <a href="#Page_25">25</a>, <a href="#Page_26">26</a> 98, <a href="#Page_99">99</a>.</span><br /> -<i>Nina, ou la Folle par amour</i>, opéra de Coppola, II, <a href="#Page_351">351</a> et note.<br /> -NISARD (M.), littérateur et critique, II, 295 et note 2.<br /> -<i>Noce juive au Maroc</i> (la), tableau de Delacroix, 1, 154 et note 174.<br /> -NODIER (Charles), littérateur, bibliothécaire de l'Arsenal, II, 80 et note 2.<br /> -<i>Norma</i> (la), opéra de Bellini, II, 293, 487.<br /> -NOURRIT (Adolphe), chanteur, II, 235 note 1; III, <a href="#Page_131">131</a> note 2, <a href="#Page_305">305</a> et note 1.<br /> -<i>Nouvelles russes</i>, de Nicolas Gogol, II, 264 et note 1.<br /> -<i>Nozze di Figaro</i>, opéra de Mozart, I, 21, 25; II, 488; III, <a href="#Page_139">139</a>.<br /> -<i>Numa et Égérie</i>, peinture décorative de la bibliothèque du<br /> -<span style="margin-left: 1em;">Palais-Bourbon, par Delacroix, I, 257, note 260.</span><br /> -<i>Nymphe endormie</i>, toile de Delacroix, I, 331 et note.<br /> -<i>Nymphes de la mer</i> (les) <i>détellent les chevaux du Soleil</i>,<br /> -<span style="margin-left: 1em;">projet de tableau de Delacroix, pour la galerie d'Apollon, et non</span><br /> -<span style="margin-left: 1em;">exécuté, I, 336.</span><br /> -<br /> -O<br /> -<br /> -<i>Obermann</i>, de Pivert de Senancour, I, 206, 207; III, 205, 234,<br /> -<span style="margin-left: 1em;">237, 268 et note 2.</span><br /> -<i>Obéron</i> opéra de Weber, II, 82 et note.<br /> -<i>Odalisque</i>, diverses toiles de Delacroix, I, 291, 357, 358;<br /> -<span style="margin-left: 1em;">II, 479, 481.</span><br /> -OÈBÈNE ou ŒBEN (Victoire), mère d'Eugène Delacroix, I, vii; 7 note 7;<br /> -<span style="margin-left: 1em;">III, <a href="#Page_302">302</a> note 1.</span><br /> -<i>Olinde et Sophronie</i>, toile de Delacroix, II, 291 et note 4, 330,<br /> -<span style="margin-left: 1em;">335, 336 et note 2, 340; III, <a href="#Page_29">29</a> note, <a href="#Page_143">143</a>.</span><br /> -ONSLOW (Georges), compositeur, I, 283 et note 311, 354.<br /> -<i>Ophélia dans le ruisseau</i>, toile de Delacroix, II, 138.<br /> -<i>Orange</i> (l'), gravure de Debucourt, I, 186.<br /> -<i>Ordre d'élargissement</i> (l'), toile de Millais, III, <a href="#Page_38">38</a>, <a href="#Page_39">39</a> note 1.<br /> -O'REILLY (Mme), II, 80.<br /> -ORLÉANS (la duchesse D'), I, 273.<br /> -<i>Orphée</i>, de Glück, III, <a href="#Page_391">391</a> et note 2, <a href="#Page_409">409</a>.<br /> -<i>Orphée apportant la civilisation à la Grèce</i>, peinture décorative<br /> -<span style="margin-left: 1em;">de la bibliothèque du Palais-Bourbon, par Delacroix, I, 257, 262 note 269,</span><br /> -<span style="margin-left: 1em;">265 et note 274, 280, 285, 287 note 319, 289.</span><br /> -ORSEL (Victor), peintre, I, 367 et note 432.<br /> -OSSUNA (le duc D'), I, 360.<br /> -<i>Othello</i>, tragédie de Shakespeare, III,.<br /> -<i>Othello</i> toile de Delacroix, I, 284, 291 et note 324.<br /> -<i>Othello</i>, opéra de Rossini, I, 293 et note 328; III, <a href="#Page_52">52</a>.<br /> -OTTIN, sculpteur, II, 375 et notes 2 et 3.<br /> -OTWAY (Thomas), poète anglais, I, 70 et note 77.<br /> -OUDRY (Jean-Baptiste), peintre animalier, II, 162 et note 2; III, <a href="#Page_203">203</a>.<br /> -OUVRIÉ (Justin), peintre et lithographe, III, <a href="#Page_49">49</a> et note 3<br /> -<i>Ovide chez les barbares</i>, peinture décorative de la bibliothèque<br /> -<span style="margin-left: 1em;">du Palais-Bourbon, par Delacroix, I, 257; II, 92.</span><br /> -<i>Ovide exilé chez les Scythes</i>, toile de Delacroix, II, 291 et note 3;<br /> -<span style="margin-left: 1em;">III, <a href="#Page_135">135</a> note 2, <a href="#Page_137">137</a>, <a href="#Page_143">143</a> et note 5, <a href="#Page_161">161</a> note, <a href="#Page_182">182</a>, <a href="#Page_362">362</a> note.</span><br /> -<br /> -P<br /> -<br /> -<i>Pacha de Laroche</i> (le), croquis de Delacroix, I, 214.<br /> -PAËR (Ferdinand), compositeur et pianiste, I, 114 et note 134; III, <a href="#Page_276">276</a> note.<br /> -PAGANINI, violoniste, III, <a href="#Page_126">126</a>.<br /> -PAÏVA (la comtesse DE), III, <a href="#Page_9">9</a>, <a href="#Page_20">20</a>.<br /> -<i>Paix consolant les hommes</i> (la) <i>et ramenant l'abondance</i>,<br /> -<span style="margin-left: 1em;">peinture décorative du salon de la Paix, à l'Hôtel de ville,</span><br /> -<span style="margin-left: 1em;">par Delacroix, II, 134 note.</span><br /> -<i>Paix mettant le feu à des armes</i> (la), esquisse de Delacroix d'après<br /> -<span style="margin-left: 1em;">Rubens, I, 329.</span><br /> -<i>Palatiano</i> (portrait du comte), par Delacroix, I, 253; II, 405 et note.<br /> -<i>Panhypocrisiade</i>, poème satirique de Népomucène Lemercier, I, 81 note 96, 83.<br /> -PANSERON, compositeur, II, 311 et note 3; III, <a href="#Page_130">130</a> et note 4, <a href="#Page_181">181</a> et note 2.<br /> -PAPETY, peintre, II, 447 et note.<br /> -PAPPLETON, I, 84.<br /> -PARCHAPPE (le général), voisin de campagne de Delacroix à Champrosay,<br /> -<span style="margin-left: 1em;">II, 197 note 1, 237 et note 2; III, <a href="#Page_36">36</a>, <a href="#Page_44">44</a>, <a href="#Page_161">161</a>, <a href="#Page_178">178</a> et note 1, <a href="#Page_331">331</a>,</span><br /> -<span style="margin-left: 1em;"><a href="#Page_334">334</a>, <a href="#Page_348">348</a>.—(Mme), II, 197 note 1; III, <a href="#Page_33">33</a>, <a href="#Page_52">52</a>, <a href="#Page_334">334</a>, <a href="#Page_335">335</a>.</span><br /> -PARISET (Étienne), médecin et littérateur, II, 367 et note; III, <a href="#Page_176">176</a>, <a href="#Page_177">177</a>.<br /> -PARODI (Mme), cantatrice, II, 293.<br /> -PASCAL (Blaise), II, 190, 446, 453 note; III, <a href="#Page_189">189</a>, <a href="#Page_390">390</a>.<br /> -PASCOT (Charles), oncle de Delacroix, I, 19 note 28, 27.<br /> -PASQUIER (le duc), homme politique, III, <a href="#Page_362">362</a>.<br /> -<i>Passion</i> (la petite), suite de gravures sur bois d'Albert Dürer, I, 375.<br /> -PASTA (Mme), cantatrice, I, 26, 71, 248, 250; II, 293.<br /> -PASTORET (le marquis DE), littérateur, III, <a href="#Page_63">63</a> et note 1, <a href="#Page_67">67</a>, <a href="#Page_132">132</a> et note 3.<br /> -PASTRÉ, II, 478.<br /> -PATIN (Gui), II, 177; III, <a href="#Page_20">20</a>.<br /> -PATIN (Henri-Joseph-Guillaume), professeur et littérateur, III, <a href="#Page_20">20</a>.<br /> -PENGUILLY L'HARIDON (Octave), peintre, I, 271 et note 289; III, <a href="#Page_181">181</a> et note 1.<br /> -PAYEN (Anselme), chimiste, III, <a href="#Page_4">4</a> et note.<br /> -<i>Paysage avec Grecs</i>, toile de Delacroix, III, <a href="#Page_182">182</a> et note 4.<br /> -<i>Paysage de Tanger, au bord de la mer</i>, toile de Delacroix,<br /> -<span style="margin-left: 1em;">III, <a href="#Page_163">163</a>, <a href="#Page_167">167</a>.</span><br /> -<i>Paysans</i> (les), roman de Balzac, III, <a href="#Page_342">342</a>.<br /> -PAW (Thomas), I, 287.<br /> -<i>Pêche miraculeuse</i> (la), toile de Rubens, église Sainte-Marie<br /> -<span style="margin-left: 1em;">de Malines, II, 22.</span><br /> -<i>Pêche miraculeuse</i> (la), esquisse de Decamps, II, 165.<br /> -PÉCOURT, peintre, II, 250 note 2.—(Mme), II, 250.<br /> -PEÏSSE (Louis), littérateur, I, 378 et note 454; II, 203 et note 2, 295 note 2.<br /> -<i>Pèlerins d'Emmaüs</i> (les), toile de Delacroix, II, 137, 157 et note 2.<br /> -<span style="margin-left: 1em;">—toile de P. Véronèse, musée du Louvre, III, <a href="#Page_231">231</a>.</span><br /> -PÉLISSIER, duc DE MALAKOFF (le maréchal), III, <a href="#Page_178">178</a> et note 2, <a href="#Page_347">347</a>.<br /> -PELLETAN (Eugène), écrivain, I, 273 et note 294; III, <a href="#Page_160">160</a>.<br /> -PELLETIER, administrateur, II, 311 et note 4.<br /> -PELLETIER (Laurent-Joseph), paysagiste, I, 347 et note 404, 349; III, <a href="#Page_26">26</a>.<br /> -PELLICO (Silvio), III, <a href="#Page_395">395</a>.<br /> -PELOUZE (Théophile-Jules), chimiste, II, 79 et note 1; III, <a href="#Page_156">156</a>.<br /> -PELOUZE (Mme), II, 288 note 1.<br /> -<i>Pensées</i> (les), de Pascal, II, 446<br /> -PEPILLO, matador, I, 191.<br /> -PERCIER, architecte, I, 199 et note 203, 425.<br /> -<i>Père de famille</i> (le), drame de Diderot, I, 427.<br /> -PÉRIGNON, peintre, directeur du musée de Dijon, II, 89 et note 2.<br /> -PÉRIN (Alphonse), peintre, III, <a href="#Page_291">291</a> et note.<br /> -PERPIGNAN, peintre, camarade d'atelier de Delacroix, I, 44 note 50, 100,<br /> -<span style="margin-left: 1em;">102, 132, 286, 287; III, <a href="#Page_124">124</a>.</span><br /> -PERRIER (M.), II, 114, 353, 411; III, <a href="#Page_341">341</a>.<br /> -PERRIER (Charles), littérateur, III, <a href="#Page_130">130</a> et note 3, <a href="#Page_181">181</a>, <a href="#Page_185">185</a>.<br /> -PERRIN (Émile), directeur de l'Opéra-Comique, II, 75 et note 2, 92, 105.<br /> -PÉRUGIN (Pietro Vannucci, dit le), maître italien, II, 66, 180;<br /> -<span style="margin-left: 1em;">III, <a href="#Page_41">41</a>, <a href="#Page_393">393</a>.</span><br /> -PESCATORE, II, 484.<br /> -<i>Pestiférés de Jaffa</i> (les), toile de Gros, musée du Louvre, I, 374.<br /> -PETETIN (Anselme), publiciste, I, 253 et note 247.<br /> -PETIT, peintre, I, 37.<br /> -PETIT (Francis), expert, II, 236, 243 et note 4; III, <a href="#Page_118">118</a> note 4.<br /> -PETITI (Mme), III, <a href="#Page_83">83</a>.<br /> -<i>Petits Bourgeois</i> (les), roman de Balzac, III, <a href="#Page_377">377</a>.<br /> -PÉTRARQUE, II, 49; III, <a href="#Page_369">369</a>.<br /> -<i>Pharsale</i> (la), poème épique de Lucain, I, 352.<br /> -PHIDIAS, I, 47, 425; II, 180; III, <a href="#Page_214">214</a> note 2, <a href="#Page_259">259</a>, <a href="#Page_264">264</a>.<br /> -<i>Philosophie</i> (la), peinture décorative de la bibliothèque<br /> -<span style="margin-left: 1em;">du Palais-Bourbon, par Delacroix, I, 257.</span><br /> -<i>Phrosine et Mélidor</i>, tableau, I, 33 et note 42.—Opéra-comique<br /> -<span style="margin-left: 1em;">de Méhul, 33 note 42.—Gravure de Prud'hon, 33 note 42.</span><br /> -<i>Pia de Tolomeï</i>, drame de Carlo Marenco, III, <a href="#Page_140">140</a> et note.<br /> -PICOT (François-Édouard), peintre, II, 457; III, <a href="#Page_34">34</a> et note 1.<br /> -<i>Pierre de Portugal</i>, tragédie de Lucien Arnault, I, 130 et note 146.<br /> -PIERRET, peintre, ami de Delacroix, I, xiii, 2 note 2, 12 et note 17,<br /> -<span style="margin-left: 1em;">13, 15, 19, 21 à 23, 30, 34, 37, 39, 41, 44, 45, 50, 58, 71</span><br /> -<span style="margin-left: 1em;">à 76, 79, 81, 83, 84, 90 à 94, 96, 99, 101 note 122, 106, 109, 113,</span><br /> -<span style="margin-left: 1em;">114, 117 note 137, 118 note 138, 123, 124, 133, 136 à 138, 148, 171</span><br /> -<span style="margin-left: 1em;">note 180, 183, 188 note 189, 243, 259, 283, 297, 298, 300, 305, 314,</span><br /> -<span style="margin-left: 1em;">316, 318, 319, 331, 341, 343, 368, 418, 429; II, 74, 81 note,</span><br /> -<span style="margin-left: 1em;">103 note, 162 note, 177, 193, 205, 206, 214 note, 266, 270,</span><br /> -<span style="margin-left: 1em;">294, 299, 371, 372, 373.—(Henry), son fils, I, 314, 418,</span><br /> -<span style="margin-left: 1em;">429; II, 372, 373, 379, 388, 466, 469.—(Mme), II, 270,</span><br /> -<span style="margin-left: 1em;">373, 379, 383, 466, 469; III, <a href="#Page_119">119</a>, <a href="#Page_122">122</a>.</span><br /> -<i>Pieta</i>, peinture murale de Delacroix, dans l'église Saint-Denis<br /> -<span style="margin-left: 1em;">du Saint-Sacrement, III, <a href="#Page_6">6</a> et note.—Réduction de la peinture murale,</span><br /> -<span style="margin-left: 1em;">III, <a href="#Page_137">137</a> et note 1, <a href="#Page_149">149</a>.—Groupe en pierre de Clésinger, I, 407.</span><br /> -PIGALLE, sculpteur, III, <a href="#Page_234">234</a>.<br /> -PILES (Roger DE), peintre et écrivain, I, 419.<br /> -PILON (Germain), III, <a href="#Page_252">252</a>.<br /> -PINDARE, II, 258, 259.<br /> -PINELLI, peintre et graveur italien, I, 109 et note 129, 113.<br /> -PIRANESI, graveur italien, II, 269 et note 1.<br /> -PIRON, ami de Delacroix, I, 12 et note 16, 22, 39, 66, 73, 266, 268 à 324,<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">378; II, 236 note 2, 245, 254 note, 351, 373 et note; III, <a href="#Page_182">182</a>, <a href="#Page_433">433</a> note.</span><br /> -PISARONI (Mme), cantatrice, II, 154 note 2.<br /> -PISCATORY, homme politique et diplomate, I, 431 et note 496.<br /> -<i>Plaideurs sans procès</i> (les), comédie d'Étienne, I, 133 et note 146.<br /> -PLANAT, peintre, I, 94 note 116.<br /> -PLANCHE (Gustave), critique, I, 309; II, 334.<br /> -PLANET (Henry), peintre, élève et collaborateur de Delacroix,<br /> -<span style="margin-left: 1em;">I, 260 et note 267, 265 note 275, 305, 314.</span><br /> -PLATON, I, 77; II, 258, 443.<br /> -PLESSIS (Mme), voir ARNOULD-PLESSY.<br /> -PLUTARQUE, II, 449.<br /> -POE (Edgar), I, xxiv; III, <a href="#Page_136">136</a>, <a href="#Page_137">137</a>, <a href="#Page_150">150</a> et note, <a href="#Page_233">233</a>.<br /> -<i>Poésie</i> (la), peinture décorative de la bibliothèque du Palais-Bourbon,<br /> -<span style="margin-left: 1em;">par Delacroix, I, 257.</span><br /> -POINSOT (Louis), géomètre, I, 314, 344, 345 et note 403; II, 130, 374,<br /> -<span style="margin-left: 1em;">375, 379, 382, 386, 495; III, <a href="#Page_63">63</a>, <a href="#Page_65">65</a>, <a href="#Page_120">120</a>, <a href="#Page_122">122</a>.</span><br /> -POIREL, I, 252.<br /> -PONIATOWSKI (le prince), I, 368.<br /> -PONSARD, auteur dramatique, I, 239 et note 232; II, 323 note 2.<br /> -PONTÉCOULANT (le comte DE), littérateur, III, <a href="#Page_7">7</a> et note 3.<br /> -<span style="margin-left: 1em;">—(Mme DE), III, <a href="#Page_130">130</a>.</span><br /> -PONTOIS (M. DE), I, 371.<br /> -PORLIER (Mme), fille de M. Bornot, I, 403 note 471.<br /> -<i>Portement de croix</i> (le), composition de Delacroix pour l'église<br /> -<span style="margin-left: 1em;">Saint-Sulpice, I, 241.—Toile de Rubens, II, 25, 34.</span><br /> -<i>Portrait à la main</i>, copie par Delacroix d'un tableau de Raphaël,<br /> -<span style="margin-left: 1em;">musée du Louvre, II, 106.</span><br /> -POSSOZ, membre du Conseil municipal de Paris, II, 117 et note; III, <a href="#Page_340">340</a>, <a href="#Page_342">342</a>.<br /> -POTHEY, graveur sur bois, II, 468.<br /> -POTOCKA (Mme), I, 359, 366; II, 163.<br /> -POUCHKINE, poète russe, I, 346; II, 360.<br /> -POUJADE (Eugène), diplomate, I, 369.<br /> -POUSSIN, maître français, I, xxxviii, 76, 137, 203, 399; II, 63 et note,<br /> -<span style="margin-left: 1em;">73, 64, 129 à 132, 163, 170 à 174, 182 note, 183, 186, 189, 193,</span><br /> -<span style="margin-left: 1em;">211, 221, 225, 397; III, <a href="#Page_15">15</a>, <a href="#Page_189">189</a>, <a href="#Page_200">200</a>, <a href="#Page_208">208</a>, <a href="#Page_230">230</a>, <a href="#Page_232">232</a>, <a href="#Page_252">252</a>, <a href="#Page_385">385</a>.</span><br /> -POZZO DI BORGO (DE), diplomate, II, 486.<br /> -PRADIER, sculpteur, I, 410.<br /> -PRÉAULT (Auguste), sculpteur, I, 267, 271 et note 291, 352; II, 93,<br /> -<span style="margin-left: 1em;">201, 266, 313 et note, 368, 369 et note I, 375.</span><br /> -<i>Précieuses ridicules</i> (les), comédie de Molière, II, 293.<br /> -<i>Preciosa</i>, opéra de Weber, II, 318 et note 2.<br /> -<i>Présents de noces</i> (Tanger), toile de Delacroix, II, 292.<br /> -<i>Presse</i> (la), II, 201, 237; III, <a href="#Page_30">30</a>, <a href="#Page_34">34</a>, <a href="#Page_148">148</a>, <a href="#Page_160">160</a>, <a href="#Page_244">244</a>.<br /> -PRIMATICE (le), maître italien, III, <a href="#Page_15">15</a>, <a href="#Page_199">199</a> note 2.<br /> -<i>Procession à Tanger pour porter les cadeaux</i>, toile de Delacroix,<br /> -<span style="margin-left: 1em;">III, 163.</span><br /> -<i>Prophète</i> (le), opéra de Meyerbeer, I, 368, 369, 371; II, 301.<br /> -PROUDHON (G.-J.), philosophe et publiciste, I, 342.<br /> -<i>Provincial à Paris</i> (un), roman de Balzac, II, 433.<br /> -PROVOST, modèle de Delacroix, I, 54.<br /> -PRUDENT, voir GAULTIER (Racine).<br /> -PRUD'HON, peintre, I, 253, 256 et note 257, 282, 301 et note 340, 302, 304,<br /> -<span style="margin-left: 1em;">330; II, 172, 298, 429; III, <a href="#Page_230">230</a>, <a href="#Page_249">249</a> et note 2, <a href="#Page_431">431</a>.</span><br /> -<i>Pucelle</i> (la), de Voltaire, III, <a href="#Page_436">436</a>.<br /> -PUGET (Pierre), sculpteur, I, 202 et note 205, 227, 263, 328; II, 254<br /> -<span style="margin-left: 1em;">et note, 435, 471 et note, 472; III, <a href="#Page_87">87</a>, <a href="#Page_156">156</a>, <a href="#Page_248">248</a>, <a href="#Page_255">255</a>, <a href="#Page_257">257</a>, <a href="#Page_307">307</a></span><br /> -<span style="margin-left: 1em;">et note, <a href="#Page_308">308</a> note, <a href="#Page_411">411</a>, <a href="#Page_414">414</a>.</span><br /> -<i>Puits salé</i>, petite place de Dieppe, II, 442.<br /> -<i>Puritani</i> (i), opéra de Bellini, I, 279 et note 308.<br /> -PYTHAGORE, III, <a href="#Page_297">297</a>.<br /> -<i>Python (Apollon vainqueur du serpent)</i>, plafond de Delacroix,<br /> -<span style="margin-left: 1em;">galerie d'Apollon au Louvre, II, 60.</span><br /> -<br /> -Q<br /> -<br /> -QUANTINET (M.), voisin de campagne de Delacroix, à Champrosay,<br /> -<span style="margin-left: 1em;">I, 384, 437; II, 185, 213; III, <a href="#Page_28">28</a>, <a href="#Page_32">32</a>.</span><br /> -<span style="margin-left: 1em;">—(Mme), I, 376, 437, 442, 446.</span><br /> -QUATREMÈRE DE QUINCY, archéologue, I, 108 et note 127.<br /> -QUERELLES (Mme DE), I, 292, 374; II, 314, 327.<br /> -QUÉRU (M. DE), ami de Berryer, II, 487.<br /> -<i>Quinze jours au Sinaï</i>, par A. Dumas père, III, 408 et note.<br /> -<br /> -R<br /> -<br /> -RABELAIS, III, <a href="#Page_388">388</a>, <a href="#Page_389">389</a>.<br /> -RACHEL (Mlle), tragédienne, I, 279 note 307, 359, 360, 361; II, 90 et note 1,<br /> -<span style="margin-left: 1em;">125; III, <a href="#Page_315">315</a> et note 1.</span><br /> -RACINE (Jean), I, xliv; 220, 300, 359, 361, 402, 428; II, 97, 167,<br /> -<span style="margin-left: 1em;">187, 206, 259, 260, 300, 301, 303, 395, 396, 440, 469, 480;</span><br /> -<span style="margin-left: 1em;">III, <a href="#Page_13">13</a>, <a href="#Page_70">70</a>, <a href="#Page_140">140</a>, <a href="#Page_157">157</a>, <a href="#Page_217">217</a>, <a href="#Page_234">234</a>, <a href="#Page_265">265</a>, <a href="#Page_311">311</a>, <a href="#Page_321">321</a>, <a href="#Page_348">348</a>, <a href="#Page_361">361</a>, <a href="#Page_374">374</a>,</span><br /> -<span style="margin-left: 1em;"><a href="#Page_405">405</a>, <a href="#Page_427">427</a>.—(Louis), II, 328.</span><br /> -RADOÏSKA (la princesse), I, 422.<br /> -RAIMONDI (Marc-Antoine), graveur italien, voir MARC-ANTOINE.<br /> -RAISSON (Horace), homme de lettres, I, 16 note 21; II, 23, 372 et note 1.<br /> -RAMBUTEAU (le comte DE), administrateur, III, <a href="#Page_5">5</a> et note 2.<br /> -RAMEAU, compositeur, I, 413; III, <a href="#Page_144">144</a>.<br /> -RAPHAËL, maître italien, I, xxxiv, 1, 29, 45, 82, 96, 105, 108 et note 127,<br /> -<span style="margin-left: 1em;">196, 229, 248, 273, 281, 283, 289, 304, 388, 414; II, 49, 65</span><br /> -<span style="margin-left: 1em;">et note, 66, 83, 106, 131, 132, 136, 180, 204, 395, 426, 429,</span><br /> -<span style="margin-left: 1em;">477, 478; III, <a href="#Page_15">15</a>, <a href="#Page_41">41</a>, <a href="#Page_90">90</a>, <a href="#Page_120">120</a>, <a href="#Page_189">189</a>, <a href="#Page_192">192</a>, <a href="#Page_193">193</a>, <a href="#Page_195">195</a>, <a href="#Page_197">197</a>, <a href="#Page_202">202</a>,</span><br /> -<span style="margin-left: 1em;"><a href="#Page_208">208</a>, <a href="#Page_214">214</a> note 2, <a href="#Page_220">220</a> note, <a href="#Page_230">230</a>, <a href="#Page_232">232</a>, <a href="#Page_246">246</a>, <a href="#Page_252">252</a>, <a href="#Page_255">255</a>, <a href="#Page_282">282</a>, <a href="#Page_303">303</a>,</span><br /> -<span style="margin-left: 1em;"><a href="#Page_306">306</a> et note 1, <a href="#Page_307">307</a>, <a href="#Page_312">312</a> note, <a href="#Page_331">331</a>, <a href="#Page_335">335</a>, <a href="#Page_355">355</a>, <a href="#Page_356">356</a> et note, <a href="#Page_357">357</a></span><br /> -<span style="margin-left: 1em;">et note 2, <a href="#Page_382">382</a>, <a href="#Page_394">394</a>, <a href="#Page_414">414</a>, <a href="#Page_416">416</a>, <a href="#Page_427">427</a>, <a href="#Page_430">430</a>.</span><br /> -<i>Raphaël</i>, roman de Lamartine, I, 415.<br /> -RATISBONNE (Louis), publiciste, II, 403 et note 2, 405.<br /> -RAVAISSON-MOLLIEN (Jean-Gaspard-Félix), archéologue, III, <a href="#Page_128">128</a>, <a href="#Page_130">130</a>, <a href="#Page_428">428</a>.<br /> -RAYER (le docteur), I, 314, 344; II, 83; III, <a href="#Page_259">259</a>, <a href="#Page_276">276</a>.<br /> -RÉCAMIER (Mme), III, <a href="#Page_397">397</a>.<br /> -<i>Réception de l'empereur Abd-ehr-Rhaman</i> (la), tableau de Delacroix, I, 171 note 181.<br /> -REDORTE (Mathieu DE LA), homme politique, I, 371 et note 436.<br /> -REGNIER, peintre, I, 39.<br /> -REMBRANDT, maître hollandais, I, xxix, xxxviii; I, 263, 414;<br /> -<span style="margin-left: 1em;">II, 7, 40, 41, 65, 66, 169, 170, 221, 397, 399, 442, 446;</span><br /> -<span style="margin-left: 1em;">III, <a href="#Page_230">230</a>, <a href="#Page_232">232</a>, <a href="#Page_246">246</a>, <a href="#Page_257">257</a>.</span><br /> -RÉMUSAT (le comte Charles DE), homme politique, I, 246, 286, 372;<br /> -<span style="margin-left: 1em;">II, 297 et note 2; III, <a href="#Page_415">415</a>.</span><br /> -<i>Renaud et Armide</i>, toile de Delacroix, II, 203.<br /> -<i>Rencontre de cavaliers maures</i>, tableau de Delacroix, I, 149 note 167.<br /> -RENÉ II (le roi), III, <a href="#Page_279">279</a>, <a href="#Page_280">280</a>.<br /> -<i>René</i>, roman de Chateaubriand, I, 81.<br /> -<i>Repas chez Simon</i> (le), gravure de Raimondi, voir RAIMONDI.<br /> -<i>République</i> (la), tableau de Dubufe, I, 347, 350.<br /> -<i>Rêve</i> (le), tableau de Lehmann, II, 81 note.<br /> -RENAZ, amateur, III, <a href="#Page_345">345</a> et note 4.<br /> -<i>Révoltés du Caire</i> (les), tableau de Girodet, musée de Versailles, I, 84.<br /> -<i>Revue britannique</i>, II, 196.<br /> -<i>Revue des Deux Mondes</i>, I, 78, 256 note 257, 274 note 299, 281, 317, 371<br /> -<span style="margin-left: 1em;">II, 13 note, 178 note 2, 387 note 2, 407, 430 note 2;</span><br /> -<span style="margin-left: 1em;">III, <a href="#Page_187">187</a> note 2, <a href="#Page_249">249</a> note 2, <a href="#Page_358">358</a> et note, <a href="#Page_363">363</a> note, <a href="#Page_371">371</a> note 1, <a href="#Page_392">392</a>.</span><br /> -REYNOLDS, peintre anglais, II, 162 et note 3, 178 et note 1;<br /> -<span style="margin-left: 1em;">III, <a href="#Page_36">36</a> note, <a href="#Page_69">69</a>, <a href="#Page_70">70</a>, <a href="#Page_200">200</a>, <a href="#Page_216">216</a>, <a href="#Page_377">377</a>.</span><br /> -RICHETZKI (M.), I, 368.<br /> -RICHOMME, ami de Berryer, II, 482 et note, 484, 485, 487, 490, 491, 492;<br /> -<span style="margin-left: 1em;">III, <a href="#Page_174">174</a>, <a href="#Page_176">176</a>.</span><br /> -RICOURT (Achille), directeur de l'<i>Artiste</i>, II, 284 et note 1; III, <a href="#Page_147">147</a>.<br /> -RIESENER (Henri-François), oncle de Delacroix, I, 9 note 10, 14, 16,<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">17, 19, 24, 53, 118, 135 et note 148.</span><br /> -RIESENER (Léon), cousin de Delacroix, peintre, I, 9 et note 10, 14,<br /> -<span style="margin-left: 1em;">32 note 40, 53, 58, 63, 66, 122, 135, 261, 262, 293, 299, 320,</span><br /> -<span style="margin-left: 1em;">395; II, 102, 116 note, 136, 157 et note 1, 161, 177, 193,</span><br /> -<span style="margin-left: 1em;">205, 206, 214 note, 270, 294, 310, 313, 341, 342, 377, 380,</span><br /> -<span style="margin-left: 1em;">381, 402, 473; III, <a href="#Page_12">12</a>, <a href="#Page_65">65</a>, <a href="#Page_69">69</a>, <a href="#Page_131">131</a>, <a href="#Page_289">289</a>, <a href="#Page_304">304</a>, <a href="#Page_429">429</a>.</span><br /> -RIESENER (Mme) mère, tante de Delacroix, II, 341 et note.<br /> -RIESENER (Mme), I, v, 293; II, 78 note 5, 157 note 1, 310, 350.<br /> -RIS (le comte L. Clément DE), critique d'art, I, 256 et note 258; III, 101.<br /> -RISTORI (Mme), tragédienne italienne, III, <a href="#Page_42">42</a> et note, <a href="#Page_61">61</a>, <a href="#Page_140">140</a> et note.<br /> -RIVET (le baron Charles), homme politique, ami de Delacroix,<br /> -<span style="margin-left: 1em;">I, 256 et note 256, 273, 341, 408; II, 153 et note 2, 181, 281;</span><br /> -<span style="margin-left: 1em;">III, 61 et note 3, 65, 305, 403, 404.</span><br /> -RIVET (Mlle), fille aînée du baron, III, <a href="#Page_65">65</a> et note 1.<br /> -RIVET (Mme), mère du baron, III, <a href="#Page_65">65</a> et note 1, <a href="#Page_76">76</a>.<br /> -RIVET (Pierre), peintre, neveu de Mme Rivet mère, élève de Delacroix,<br /> -<span style="margin-left: 1em;">III, <a href="#Page_65">65</a> et note 1.</span><br /> -RIVIÈRE (M.), I, 117 et note 137, 132.<br /> -ROBAUT (Alfred), lithographe et critique d'art I, 81 note 97, 105 note 123,<br /> -<span style="margin-left: 1em;">116 note 135, 450 note 506; II, 81 note 1, 222 note, 270 note, 329 note,</span><br /> -<span style="margin-left: 1em;">372 note, 379 note, 457 <i>et passim.</i></span><br /> -ROBELLEAU (M.), I, 308.—(Mme), I, 292.<br /> -ROBERETTI, I, 317, 318.<br /> -ROBERT, de Sèvres, amateur, III, <a href="#Page_167">167</a>, <a href="#Page_184">184</a>, <a href="#Page_275">275</a>.<br /> -<i>Robert Bruce</i>, opéra de Rossini, I, 240 et note 235.<br /> -<i>Robert le Diable</i>, opéra de Meyerbeer, II, 296, 300.<br /> -ROBERT-FLEURY (Joseph-Nicolas Robert Fleury, dit), peintre, I, 261 et note 268.<br /> -ROBERT-FLEURY (Tony), peintre, I, 261 note 268.<br /> -ROCHÉ, architecte, I, 234 et note 226, 239, 282; II, 175; III, <a href="#Page_113">113</a>, <a href="#Page_136">136</a>, <a href="#Page_145">145</a>.<br /> -<span style="margin-left: 1em;">—(Mme), I, 240 note 233.</span><br /> -RODAKOWSKI (Henri), peintre polonais, II, 156, 220, 226 et note 2,<br /> -<span style="margin-left: 1em;">353, 384, 475; III, <a href="#Page_25">25</a> et note 1, <a href="#Page_180">180</a>.—(Mme), sa mère, <a href="#Page_226">226</a> note 2.</span><br /> -RODRIGUES (Hippolyte), financier et littérateur, II, 312 et note 2;<br /> -<span style="margin-left: 1em;">III, 28, 33, 161.—(Mme), III, <a href="#Page_33">33</a>, <a href="#Page_130">130</a>.—(Georges), III, <a href="#Page_33">33</a> et note 2.</span><br /> -ROEHN, peintre, II, 98 et note.<br /> -ROGER DU NORD (le comte), homme politique, III, <a href="#Page_185">185</a> et note 1.<br /> -<i>Roger délivrant Angélique</i>, tableau d'Ingres, musée du Louvre,<br /> -<span style="margin-left: 1em;">I, 84 et note 104.</span><br /> -ROGET (Émile), graveur en médailles, voir BOREL-ROGET.<br /> -<i>Roméo et Juliette</i>, deux toiles de Delacroix, 1° les <i>Adieux</i>;<br /> -<span style="margin-left: 1em;">2° la <i>Scène des tombeaux des Capulets</i>, II, 395 et note; III, <a href="#Page_137">137</a>.</span><br /> -<i>Roméo et Juliette</i>, tragédie de Shakespeare, III, <a href="#Page_420">420</a>, <a href="#Page_424">424</a>.<br /> -<i>Romeo e Giuletta</i>, opéra de Zingarelli, I, 27 note 35.<br /> -ROMERO, matador, I, 191.<br /> -ROMIEU, homme de lettres, II, 75.<br /> -ROSA BONHEUR (Mlle), peintre, I, 351 et note 410; II, 226 et note; III, <a href="#Page_132">132</a>.<br /> -<i>Roses trémières</i>, étude de pastel de Delacroix, II, 409.<br /> -ROSSINI, compositeur italien, I, 55, 230, 266, 286, 418, 419, 422;<br /> -<span style="margin-left: 1em;">II, 153 note 1, 155, 160, 167, 177, 190, 282, 328, 474;</span><br /> -<span style="margin-left: 1em;">III, <a href="#Page_14">14</a>, <a href="#Page_59">59</a>, <a href="#Page_123">123</a>, <a href="#Page_124">124</a>, <a href="#Page_144">144</a>, <a href="#Page_182">182</a>, <a href="#Page_192">192</a>, <a href="#Page_257">257</a>, <a href="#Page_271">271</a>, <a href="#Page_318">318</a>, <a href="#Page_355">355</a>, <a href="#Page_397">397</a>, <a href="#Page_398">398</a>.</span><br /> -ROUGET (Georges), peintre, ami de Delacroix, I, 16 note 23, 55, 58, 72,<br /> -<span style="margin-left: 1em;">75, 79, 81, 92, 93, 102, 103, 117, 122.</span><br /> -ROULAND (Gustave), magistrat et homme politique, III, <a href="#Page_185">185</a> et note 4,<br /> -<span style="margin-left: 1em;"><a href="#Page_300">300</a> et note.</span><br /> -ROUSSEAU (J.-J.), I, 123, 124, 326, 437; II, 191, 246, 407, 442, 444, 469;<br /> -<span style="margin-left: 1em;">III, <a href="#Page_110">110</a>, <a href="#Page_140">140</a>.</span><br /> -ROUSSEAU (Philippe), peintre, III, <a href="#Page_26">26</a> et note 4, <a href="#Page_124">124</a>, <a href="#Page_127">127</a>.<br /> -ROUSSEAU (Théodore), paysagiste, I, 254, 303, 420, 422; III, 25,<br /> -<span style="margin-left: 1em;"><a href="#Page_26">26</a> et note 4, <a href="#Page_391">391</a>.</span><br /> -ROUVIÈRE (Philibert), peintre et acteur, III, <a href="#Page_131">131</a> et note 4.<br /> -ROYER (Ernest DE), magistrat et homme politique, III, <a href="#Page_130">130</a> et note 2.<br /> -RUBEMPRÉ (Mme Alberte DE), I, 297 et note 335; II, 156.<br /> -RUBENS, maître flamand, I, xxix, xxxiii et suiv.; 73, 142 à 144,<br /> -<span style="margin-left: 1em;">149 et note 167, 229, 240, 242, 244, 245, 248, 253, 254, 262,</span><br /> -<span style="margin-left: 1em;">263, 275 note 301, 282, 289, 296, 300, 303, 304, 329 à 332 et</span><br /> -<span style="margin-left: 1em;">note 387, 359, 374, 375, 387, 391, 448; II, 3, 5 et note 1, 6,</span><br /> -<span style="margin-left: 1em;">7, 8, 14, 22, 23, 24 et note, 26, 27, 39, 40, 41, 49, 63, 69,</span><br /> -<span style="margin-left: 1em;">70, 73 et note, 83, 86, 124, 125, 136, 150, 155, 167, 170,</span><br /> -<span style="margin-left: 1em;">171, 241, 250, 251 et note, 252, 276, 280, 285, 388, 396,</span><br /> -<span style="margin-left: 1em;">399, 426, 440, 471, 477; III, <a href="#Page_70">70</a>, <a href="#Page_94">94</a>, <a href="#Page_96">96</a>, <a href="#Page_197">197</a>, <a href="#Page_199">199</a> note 2,</span><br /> -<span style="margin-left: 1em;"><a href="#Page_201">201</a> note 2, <a href="#Page_202">202</a>, <a href="#Page_208">208</a>, <a href="#Page_209">209</a>, <a href="#Page_220">220</a>, <a href="#Page_232">232</a>, <a href="#Page_235">235</a>, <a href="#Page_238">238</a>, <a href="#Page_240">240</a>, <a href="#Page_246">246</a>, <a href="#Page_252">252</a>,</span><br /> -<span style="margin-left: 1em;"><a href="#Page_257">257</a>, <a href="#Page_261">261</a>, <a href="#Page_264">264</a>, <a href="#Page_265">265</a>, <a href="#Page_272">272</a>, <a href="#Page_282">282</a>, <a href="#Page_283">283</a>, <a href="#Page_297">297</a>, <a href="#Page_299">299</a>, <a href="#Page_307">307</a>, <a href="#Page_308">308</a>, <a href="#Page_322">322</a>,</span><br /> -<span style="margin-left: 1em;"><a href="#Page_331">331</a>, <a href="#Page_337">337</a>, <a href="#Page_350">350</a>, <a href="#Page_353">353</a>, <a href="#Page_356">356</a>, <a href="#Page_357">357</a>, <a href="#Page_381">381</a>, <a href="#Page_389">389</a>, <a href="#Page_395">395</a>, <a href="#Page_413">413</a>, <a href="#Page_414">414</a>.</span><br /> -RUDDER (Louis-Henri DE), peintre, III, <a href="#Page_351">351</a> et note 2.<br /> -RUYSDAEL, maître hollandais, I, 296; II, 49, 397; III, <a href="#Page_282">282</a>.<br /> -<br /> -S<br /> -<br /> -<i>Sacrifice d'Abraham</i> (le), opéra de Cimarosa, I, 308.<br /> -<i>Saint Antoine de Padoue et la Vierge</i>, toile de Rubens,<br /> -<span style="margin-left: 1em;">église Saint-Antoine de Padoue, à Anvers, II, 26.</span><br /> -<i>Saint Benoît</i>, tableau de Rubens, I, 254, 275; II, 8.<br /> -<i>Saint-Denis du Saint-Sacrement</i> (église de), ou <i>Saint-Louis</i>,<br /> -<span style="margin-left: 1em;">à Paris, I, 288.</span><br /> -<i>Saint Étienne recueilli par les saintes femmes et des disciples</i>,<br /> -<span style="margin-left: 1em;">toile de Delacroix, musée d'Arras, I, 335 et note 391.</span><br /> -<span style="margin-left: 1em;">—Esquisse par Delacroix, III, <a href="#Page_401">401</a>.</span><br /> -<i>Saint François</i>, toile de Rubens, musée d'Anvers, II, 5, 6, 8<br /> -<i>Saint Georges</i>, petite toile de Delacroix, musée de Grenoble, II, 369.<br /> -<i>Saint-Germain des Prés</i> (église de), II, 94.<br /> -<i>Saint Hubert</i>, gravure d'Albert Dürer, I, 353.<br /> -<i>Saint Jean dans la chaudière</i>, église Saint-Jean de Malines, II, 22.<br /> -<i>Saint Jean écrivant</i>, église Saint-Jean de Malines, II, 22.<br /> -<i>Saint Jean-Baptiste</i>, église Saint-Jean de Malines, II, 22.<br /> -<span style="margin-left: 1em;">—Toile de Delacroix, III, <a href="#Page_184">184</a> et note 2.</span><br /> -<i>Saint Just</i>, tableau de Rubens, musée de Bordeaux, I, 262; II, 150.<br /> -<i>Saint Liévin</i>, toile de Rubens, musée de Bruxelles, II, 7 et note 1, 34.<br /> -<i>Saint Michel terrassant le dragon</i>, toile de Delacroix, III, <a href="#Page_136">136</a> note 4.<br /> -<i>Saint Paul</i>, musée d'Anvers, II, 6.<br /> -<i>Saint Pierre</i>, toile de Rubens, église Saint-Pierre, à Cologne,<br /> -<span style="margin-left: 1em;">II, 18.—Panneau du même, église de Malines, II, 24.</span><br /> -<i>Saint Pierre délivré de prison</i>, dessin d'Ingres, I, 139.<br /> -<i>Saint Sébastien à terre et les Saintes femmes</i>, toile de Delacroix,<br /> -<span style="margin-left: 1em;">I, 298, 414; II, 138, 146.—(Variante) II, 406; III, <a href="#Page_164">164</a> note 2, <a href="#Page_362">362</a> note.</span><br /> -<i>Saint Sépulcre</i> (église Saint-Jacques), à Dieppe, II, 415.<br /> -<i>Saint Thomas</i>, toile de Delacroix, II, 138.<br /> -<i>Sainte Anne</i>, esquisse de Delacroix, I, xxx.<br /> -<i>Saints Anges</i> (les), composition projetée pour l'église de<br /> -<span style="margin-left: 1em;">Saint-Sulpice, I, 385.</span><br /> -SAINT-GEORGES (Jules-Henri Vernoy DE), auteur dramatique, II, 75.<br /> -SAINT-GERMAIN, III, <a href="#Page_182">182</a>.<br /> -<i>Saint Léon</i>, roman de Godwin, I, 100.<br /> -SAINT-MARC GIRARDIN, professeur et littérateur, II, 407 et note.<br /> -SAINT-MARCEL, paysagiste, élève de Delacroix, I, 319 et note 373; II, 87 note 1.<br /> -SAINT-PRIX, comédien, II, 97 et note.<br /> -SAINT-RENÉ TAILLANDIER, littérateur, II, 37 et note 3; III, <a href="#Page_169">169</a>, <a href="#Page_182">182</a>.<br /> -SAINT-SIMON (duc DE), historien, III, <a href="#Page_347">347</a>, <a href="#Page_385">385</a>.<br /> -SAINT-SIMON (le comte DE), socialiste, I, 428.<br /> -SAINT-VICTOR (Paul DE), critique, III, <a href="#Page_148">148</a> et note.<br /> -SAINTE-BEUVE, critique, I, xi; II, 177, 178 et note, 367, 380;<br /> -<span style="margin-left: 1em;">III, <a href="#Page_237">237</a>, <a href="#Page_263">263</a>.</span><br /> -<i>Saisons</i> (les), quatre toiles ébauches de Delacroix, III, <a href="#Page_401">401</a>.<br /> -<i>Salons de Paris</i> (les), de Mme Ancelot, III, <a href="#Page_315">315</a>.<br /> -SALTER (Élisabeth), modèle de Delacroix, I, 3, 68, 88 note 108.<br /> -SALVANDY (Mme DE), fille cadette du baron Rivet, III, <a href="#Page_403">403</a>.<br /> -<i>Samaritain</i> (un), toile de Delacroix, I, 377; II, 75, 78 et note 2.<br /> -<i>Samaritain dans l'auberge</i> (le), toile de Decamps, II, 174.<br /> -<i>Samson et Dalila</i>, toile de Delacroix, I, 377, 438; II, 229 et note 1, 291.<br /> -<i>Samson tournant la meule</i>, dessin de Decamps, I, 286.<br /> -SAND (George), I, xxv, 207 et note 212, 222 note 218, 262, 264 et note 273, 266,<br /> -<span style="margin-left: 1em;">270, 276, 283, 287, 292, 294, 296, 298, 305 note 348, 309, 311,</span><br /> -<span style="margin-left: 1em;">340 et note 395, 341, 345, 372, 406; II, 74 et note, 75, 87, 220,</span><br /> -<span style="margin-left: 1em;">238, 249 note, 250 note 1, 283 et note, 300, 410; III, <a href="#Page_9">9</a>, <a href="#Page_18">18</a>, <a href="#Page_34">34</a></span><br /> -<span style="margin-left: 1em;">et note 2, <a href="#Page_35">35</a> note 2, <a href="#Page_110">110</a>, <a href="#Page_124">124</a> et notes 2 et 3, <a href="#Page_131">131</a>, <a href="#Page_333">333</a>, <a href="#Page_334">334</a>,</span><br /> -<span style="margin-left: 1em;"><a href="#Page_391">391</a>, <a href="#Page_417">417</a>, <a href="#Page_436">436</a>.</span><br /> -SAND (Maurice), fils de George Sand, élève de Delacroix, II, 87 et note 1.<br /> -<i>Satyre dans les filets</i>, composition de Delacroix, II, 284 et note 2.<br /> -SAVARY (Charles-Étienne), orientaliste, I, 107 note 125.<br /> -SAXE (tombeau du maréchal DE), à Strasbourg, III, 86, <a href="#Page_88">88</a>, <a href="#Page_226">226</a>, <a href="#Page_382">382</a>.<br /> -<i>Scène des tombeaux des Capulets (Roméo et Juliette)</i>, toile de<br /> -<span style="margin-left: 1em;">Delacroix, II, 395 note.</span><br /> -SCHEFFER (Ary), peintre, I, 71.<br /> -SCHEFFER (Henry), peintre, frère d'Ary Scheffer, I, 66, 69, 72,<br /> -<span style="margin-left: 1em;">74, 76, 80, 81, 89, 95, 97, 127, 136, 138, 299, 320; II, 222.</span><br /> -SCHILLER, II, 299, 300.<br /> -SCHIRMER (Jean-Guillaume), peintre allemand, II, 37 et note 2.<br /> -SCHNEIDER, industriel et homme politique, III, <a href="#Page_340">340</a>.<br /> -SCHNETZ (Jean-Hector), peintre, I, 79 et note 94.<br /> -SCHUBERT, compositeur allemand, I, 415.<br /> -SCHULER (Charles-Auguste), graveur, III, <a href="#Page_82">82</a> et note 1, <a href="#Page_83">83</a>, <a href="#Page_85">85</a>, <a href="#Page_96">96</a>.<br /> -SCHWITER (le baron), ami et l'un des exécuteurs testamentaires de<br /> -<span style="margin-left: 1em;">Delacroix, III, <a href="#Page_69">69</a> et note, <a href="#Page_167">167</a>.</span><br /> -<i>Science du bonhomme Richard</i> (la), par Franklin, I, 127.<br /> -<i>Sciences</i> (les), peinture décorative de la bibliothèque du<br /> -<span style="margin-left: 1em;">Palais-Bourbon, par Delacroix, I, 257.</span><br /> -SCOTT (Walter), romancier anglais, I, 137, 232, 284; II, 264, 265,<br /> -<span style="margin-left: 1em;">302; III, <a href="#Page_125">125</a>, <a href="#Page_140">140</a>, <a href="#Page_204">204</a>, <a href="#Page_233">233</a>, <a href="#Page_381">381</a> note, <a href="#Page_422">422</a>, <a href="#Page_424">424</a>.</span><br /> -SCRIBE (Eugène), auteur dramatique, I, 346.<br /> -SÉBASTIEN (Don), roi de Portugal, I, 161 et note 177, 180.<br /> -<i>Sébou</i>( la rivière), au Maroc, I, 164.<br /> -SÉCHAN (Charles), peintre décorateur, III, <a href="#Page_86">86</a> et note.<br /> -<i>Secret</i> (le), opéra-comique de Solié, II, 462 et note 1.<br /> -SEDAINE, auteur dramatique, I, 219, 220.<br /> -SÉGALAS (Pierre-Salomon), chirurgien, III, <a href="#Page_123">123</a> et note 1.<br /> -SÉGALAS (Mme Anaïs), femme de lettres, II, 80 et note 1.<br /> -SÉGUR (général DE), II, 292.<br /> -<i>Sémiramis</i>, opéra de Rossini, II, 153 et note 1, 157, 160, 167,<br /> -<span style="margin-left: 1em;">282, 468, 474.</span><br /> -<i>Sénèque se fait ouvrir les veines</i>, peinture décorative de<br /> -<span style="margin-left: 1em;">la bibliothèque du Palais-Bourbon, par Delacroix, I, 258, 290.</span><br /> -<i>Séville</i> (Chartreuse de), I, 190.<br /> -SHAKESPEARE, I, 219 à 222, 232, 274, 301; II, 187, 206, 258,<br /> -<span style="margin-left: 1em;">200, 285, 303, 395 note, 440; III, <a href="#Page_16">16</a> à <a href="#Page_18">18</a>, <a href="#Page_59">59</a>, <a href="#Page_144">144</a>, <a href="#Page_156">156</a>, <a href="#Page_207">207</a>,</span><br /> -<span style="margin-left: 1em;"><a href="#Page_269">269</a>, <a href="#Page_210">210</a>, <a href="#Page_217">217</a>, <a href="#Page_234">234</a>, <a href="#Page_312">312</a>, <a href="#Page_313">313</a>, <a href="#Page_321">321</a>, <a href="#Page_348">348</a>, <a href="#Page_374">374</a>, <a href="#Page_386">386</a> à <a href="#Page_388">388</a>, <a href="#Page_397">397</a>,</span><br /> -<span style="margin-left: 1em;"><a href="#Page_398">398</a>, <a href="#Page_421">421</a>, <a href="#Page_436">436</a>.</span><br /> -SHEPPARD (Mme), II, 117, 119, 419, 424.<br /> -SHERIDAN, orateur et auteur dramatique anglais, I, 226.<br /> -<i>Shore (Jane)</i>, aquarelle et lithographie de Delacroix, I, 70, 79, 95.<br /> -<i>Sibylle au rameau d'or</i> (la), toile de Delacroix, I, 279 et note 307;<br /> -<span style="margin-left: 1em;">II, 90 note 1.</span><br /> -SIDI-MOHAMMED-BEN-SERROUR, aventurier marocain, I, 231.<br /> -SIDI-TAIEB BIAS OU BIAZ, Marocain, de Tanger, I, 146 note 163, 164, 165, 166, 177.<br /> -SIGNOL (Émile), peintre, II, 222 et note 3, 311; III, <a href="#Page_416">416</a> et note.<br /> -SIGNORELLI (Luca), maître italien, II, 277 et note<br /> -SIMART, sculpteur, II, 375 et note 3.<br /> -SIMON (Jules), philosophe et homme politique, III, <a href="#Page_148">148</a>.<br /> -SIBOUY (Achille), lithographe, III, <a href="#Page_28">28</a> et note 2.<br /> -SOCRATE, I, 34; III, <a href="#Page_126">126</a>.<br /> -<i>Socrate et son démon</i>, peinture décorative de la bibliothèque du<br /> -<span style="margin-left: 1em;">Palais-Bourbon, par Delacroix, I, 258, 290.</span><br /> -SOLANGE (Mlle), fille de George Sand, depuis Mme Clésinger, I, 264 note 273,<br /> -<span style="margin-left: 1em;">305 et note 348, 307, 407; III, <a href="#Page_28">28</a> et note 1.</span><br /> -<i>Soleil couchant</i>, peinture et dessin à la plume de Delacroix,<br /> -<span style="margin-left: 1em;">I, 214.—Esquisse de Delacroix, II, 246.</span><br /> -SOLIÉ, compositeur et chanteur, II, 462 et note 1.<br /> -SOLIMÈNE (François), maître italien, I, 203 et note 208.<br /> -SOPHOCLE, II, 121.<br /> -SOULIÉ (Eudore), conservateur du musée de Versailles,<br /> -<span style="margin-left: 1em;">I, 259 et note 261, 260; III, <a href="#Page_68">68</a>.</span><br /> -SOULIER, peintre, ami de Delacroix, I, xiii, 16 note 21, 53, 56, 65,<br /> -<span style="margin-left: 1em;">70, 72, 74, 75, 81, 84, 89, 90, 95 note 117, 99, 102, 106, 107, 109,</span><br /> -<span style="margin-left: 1em;">113, 117, 127, 130, 132, 137 à 139, 290, 298, 318, 319, 329,</span><br /> -<span style="margin-left: 1em;">331, note 386; II, 294; III, <a href="#Page_329">329</a> et note.</span><br /> -SOULT (le maréchal), I, 106, 243; II, 286.<br /> -SOUTMAN, peintre et graveur hollandais, I, 242 et note 238, 244.<br /> -SOUTY, marchand de couleurs, I, 303.<br /> -<i>Souvenirs de la Terreur</i>, de G. Duval, I, 240.<br /> -SPARRE (Mme DE), I, 249 et note 244.<br /> -<i>Spectateur</i> (le), d'Addison, II, 231, 232, 258, 260.<br /> -SPONTINI, compositeur italien, I, 284 et note 313; II, 323 note, 370 et note 1.<br /> -STAËL (Mme DE), I, 59, 79.<br /> -STAHL, pseudonyme de Hetzel. Voy. HETZEL.<br /> -STANISLAS, voir LECZINSKI.<br /> -STENDHAL, pseudonyme de Henri BEYLE, I, xi, 55, 411 et note 478;<br /> -<span style="margin-left: 1em;">II, 178 et note 2, 275, 365; III, <a href="#Page_20">20</a> note, <a href="#Page_101">101</a>, <a href="#Page_318">318</a>, <a href="#Page_360">360</a>, <a href="#Page_395">395</a>, <a href="#Page_414">414</a>.</span><br /> -STEUBEN (Charles), peintre d'histoire et de portraits, I, 79 et note 95.<br /> -<i>Stratonice</i>, tableau d'Ingres, II, 318.<br /> -SUDERVAL (Mme DE), III, <a href="#Page_333">333</a>.—(Mlles), III, <a href="#Page_335">335</a>.<br /> -SUBETTI, musicien, I, 368.<br /> -SURVILLE, comédien, puis marchand de tableaux, III, <a href="#Page_402">402</a> et note 3.<br /> -<i>Susanne</i>, toile de Delacroix, I, 408; II, 46.<br /> -<i>Susanne</i>, toile attribuée à Rubens, I, 303.<br /> -<span style="margin-left: 1em;">—Toile de P. Véronèse, II, 38.</span><br /> -SUZANNET (famille DE), amie de Berryer, II, 366;—(Mme DE), II, 402.<br /> -<br /> -T<br /> -<br /> -TALABOT (Paulin), ingénieur, III, <a href="#Page_180">180</a> et note 1.<br /> -TALLEYRAND (prince DE), I, vi et s.; II, 486.<br /> -TALMA, tragédien, I, 247; II, 98, 143, 144.<br /> -<i>Tom O'Shanter</i>, toile de Delacroix, I, 376 et note 442.<br /> -<i>Tancrède</i>, opéra de Rossini, I, 19, 83.<br /> -<i>Tasse en prison</i>, tableaux et dessin de Delacroix, I, 4 et note 5, 34,<br /> -<span style="margin-left: 1em;">39 et note 48, 83.</span><br /> -TATTET (Alfred), banquier, III, <a href="#Page_3">3</a> et note 1, <a href="#Page_4">4</a>, <a href="#Page_181">181</a>.<br /> -TAUREL (François), peintre, I, 32 et note 41; 54, 75.<br /> -TAUTIN (la mère), I, 61 et note 69, 62, 63, 70, 72, 97, 134.<br /> -TAYLOR (le baron), littérateur et artiste, III, <a href="#Page_50">50</a> et note 3.<br /> -TEDESCO, marchand de tableaux, II, 137; III, <a href="#Page_118">118</a> et note 4, <a href="#Page_137">137</a>, <a href="#Page_142">142</a>.<br /> -TELEFSEN, III, <a href="#Page_126">126</a>.<br /> -<i>Telémaque (les Aventures de)</i>, par Fénelon, II, 442.<br /> -<i>Templier emportant Rebecca du château de Frondeley pendant</i><br /> -<span style="margin-left: 1em;"><i>le sac et l'incendie</i>, toile de Delacroix, III, <a href="#Page_149">149</a>.</span><br /> -<i>Temps luttant contre le chaos</i> (le), <i>sur le bord de l'abîme</i>,<br /> -<span style="margin-left: 1em;">projet de tableau de Delacroix, I, 89.</span><br /> -TÉNIERS (David), maître flamand, III, <a href="#Page_211">211</a>.<br /> -TERRY, acteur anglais, III, <a href="#Page_50">50</a>.<br /> -THAYER, III, <a href="#Page_135">135</a>.<br /> -<i>Théologie</i> (la), peinture décorative de la bibliothèque<br /> -<span style="margin-left: 1em;">du Palais-Bourbon, par Delacroix, I, 257.</span><br /> -<i>Thermopyles</i> (les), toile de David, musée du Louvre, I, 327.<br /> -THEVELIN, dessinateur, II, 376, 401, 427; III, <a href="#Page_101">101</a>.<br /> -THIBAUT (Germain), membre du conseil municipal de Paris, II, 161 et note 1.<br /> -THIERRY (Alexandre), chirurgien, II, 79 et note 2.<br /> -THIERRY (Edouard), publiciste, II, 228 et note 2; III, <a href="#Page_182">182</a> et note 2,<br /> -<span style="margin-left: 1em;"><a href="#Page_237">237</a>, <a href="#Page_263">263</a>, <a href="#Page_264">264</a>, <a href="#Page_315">315</a>.</span><br /> -THIERRY (Mlle), violoniste, I, 368.<br /> -THIERS (M.), historien et homme politique, I, 243, 246, 258 note 260,<br /> -<span style="margin-left: 1em;">270, 276, 289, 292, 298, 344, 364, 426; II, 77 et note, 311 et</span><br /> -<span style="margin-left: 1em;">note 7, 485; III, <a href="#Page_1">1</a> et note 3, <a href="#Page_4">4</a>, <a href="#Page_5">5</a>, <a href="#Page_6">6</a>, <a href="#Page_8">8</a>, <a href="#Page_159">159</a>, <a href="#Page_185">185</a> et note 1,</span><br /> -<span style="margin-left: 1em;"><a href="#Page_225">225</a>, <a href="#Page_250">250</a>, <a href="#Page_261">261</a>, <a href="#Page_289">289</a>, <a href="#Page_436">436</a>.</span><br /> -THIL, I, 104, 107, 132.<br /> -THOMAS, marchand de tableaux, I, 342, 357 et note 418; II, 137, 138,<br /> -<span style="margin-left: 1em;">222, 281, 369.</span><br /> -THUROT (Jean-François), helléniste, III, <a href="#Page_100">100</a> et note 2.<br /> -<i>Tigre</i> (un), petite toile de Delacroix, II, 137.<br /> -<i>Tigre attaquant le cheval et l'homme</i>, toile de Delacroix, II, 303<br /> -<span style="margin-left: 1em;">et note 2, 380.—Croquis du même, 402.</span><br /> -<i>Tigre</i> (le) <i>et le serpent</i>, petit tableau de Delacroix, II, 78.<br /> -<i>Tigre qui lèche sa patte</i>, toile de Delacroix, II, 40.<br /> -TINTORET (le), maître vénitien, I, 299.<br /> -TITE-LIVE, III, <a href="#Page_263">263</a>.<br /> -TITIEN, maître vénitien, I, xxxiii; 73, 76, 144, 273, 284, 289, 298,<br /> -<span style="margin-left: 1em;">321; II, 27, 124, 131, 136, 145, 266, 315, 397, 399, 429; III, <a href="#Page_11">11</a>,</span><br /> -<span style="margin-left: 1em;"><a href="#Page_96">96</a>, <a href="#Page_190">190</a> et note 1, <a href="#Page_191">191</a> et note, <a href="#Page_192">192</a>, <a href="#Page_193">193</a>, <a href="#Page_194">194</a>, <a href="#Page_195">195</a>, <a href="#Page_196">196</a>, <a href="#Page_197">197</a>,</span><br /> -<span style="margin-left: 1em;"><a href="#Page_202">202</a>, <a href="#Page_229">229</a>, <a href="#Page_231">231</a>, <a href="#Page_246">246</a>, <a href="#Page_252">252</a>, <a href="#Page_254">254</a>, <a href="#Page_235">235</a>, <a href="#Page_256">256</a>, <a href="#Page_297">297</a>, <a href="#Page_299">299</a>, <a href="#Page_314">314</a>, <a href="#Page_353">353</a>,</span><br /> -<span style="margin-left: 1em;"><a href="#Page_356">356</a>, <a href="#Page_357">357</a>, <a href="#Page_414">414</a>.</span><br /> -<i>Tobie</i>, esquisse de Delacroix, III, <a href="#Page_437">437</a>.<br /> -<i>Tobie</i>, toile de Rembrandt, III, <a href="#Page_246">246</a>.<br /> -<i>Tobie guéri par son fils</i>, esquisse de Rubens, II, 7.<br /> -TOPFFER (Rodolphe), écrivain genevois, I, 329.<br /> -TORRIGIANI, sculpteur florentin, I, 192 et note 193.<br /> -TORY (Geoffroi), typographe et graveur, III, <a href="#Page_244">244</a> et note 2.<br /> -<i>Trajan donne audience à tous les peuples de l'Empire romain</i>,<br /> -<span style="margin-left: 1em;">projet de tableau de Delacroix, I, 215.</span><br /> -<i>Trajan (justice de)</i>, I, 385, note 460.—Esquisse du même sujet,<br /> -<span style="margin-left: 1em;">III, <a href="#Page_316">316</a> et note 2, <a href="#Page_317">317</a>.</span><br /> -<i>Transfiguration</i> (la), toile de Rubens, musée de Nancy, III, <a href="#Page_282">282</a>.<br /> -TRÉLAL, III, <a href="#Page_435">435</a>.<br /> -TRÉLAL, (le docteur Ulysse), II, 389 et note.<br /> -TRIQUETI (le baron DE), peintre et sculpteur, I, 319 et note 374.<br /> -<i>Tristes</i> (les), poème de Belmontet, I, 113 note 133.<br /> -<i>Troupes marocaines dans les montagnes</i>, tuile de Delacroix, III, <a href="#Page_349">349</a>.<br /> -TROUSSEAU (le docteur), II, 139 et note, 140; III, <a href="#Page_125">125</a>, <a href="#Page_318">318</a>.<br /> -<i>Trovatore (il)</i>, opéra de Verdi, III, <a href="#Page_119">119</a>.<br /> -TROYON, peintre, III, <a href="#Page_182">182</a> et note 5.<br /> -<i>Turc moulant à cheval</i> (le), aquatinte de Delacroix, I, 72, 73, 93.<br /> -<i>Turc qui caresse son cheval</i> (le), aquarelle de Delacroix, I, 108.<br /> -TURCK (le docteur Léopold), III, <a href="#Page_345">345</a> et note 2.<br /> -TURENNE, III, <a href="#Page_5">5</a>, <a href="#Page_354">354</a>.<br /> -TURNER (William), peintre anglais, I, 39 note 47; III, <a href="#Page_19">19</a> et note, <a href="#Page_377">377</a><br /> -TYSKIEWIEZ (le comte), archéologue polonais, I, 314 et note 363.<br /> -<br /> -U<br /> -<br /> -UGALDE (Mme), cantatrice, I, 361.<br /> -<i>Ugolin</i>, toile de Delacroix, I, 319 et note 372, 377, 378, 438;<br /> -<span style="margin-left: 1em;">II, 57 note; III, <a href="#Page_149">149</a>, <a href="#Page_162">162</a>, <a href="#Page_401">401</a>.</span><br /> -<i>Ulysse</i>, tragédie de Ponsard, II, 323.<br /> -<i>Une famille juive</i>, tableau de Delacroix, I, 152 note 171.<br /> -<i>Ursule Mirouet</i>, roman de Balzac, III, <a href="#Page_408">408</a>, <a href="#Page_411">411</a>.<br /> -<br /> -V<br /> -<br /> -<i>Val d'Ajol vu de la Feuillée Dorothée</i> (le), croquis par Delacroix,<br /> -<span style="margin-left: 1em;">III, <a href="#Page_344">344</a> note 2.</span><br /> -<i>Val d'Andorre</i> (le), opéra-comique d'Halévy, I, 361.<br /> -VALETTE (M. DE LA), I, 105.<br /> -<i>Valentin</i> (la mort de), I, 287.<br /> -VALLAK, acteur anglais, III, <a href="#Page_50">50</a>.<br /> -VALLON (M. DE), I, 372.<br /> -VALON (le vicomte DE), littérateur français, I, 344 et note 400.<br /> -<i>Vampire</i> (le), drama fantastique d'Alex. Dumas père et Aug. Maquet,<br /> -<span style="margin-left: 1em;">III, <a href="#Page_332">332</a> et note 2.</span><br /> -VANDAMME (le général), I, 381; II, 292.<br /> -VAN DER VELDE, maître hollandais, III, <a href="#Page_203">203</a>.<br /> -VAN DYCK, maître flamand, I, xxxiv; 88, 143, 253; II, 22, 25, 39;<br /> -<span style="margin-left: 1em;">III, <a href="#Page_70">70</a>, <a href="#Page_82">82</a>, <a href="#Page_231">231</a>.</span><br /> -VAN EYCK, maître flamand I, 331; II, 136; III, <a href="#Page_41">41</a>, <a href="#Page_317">317</a>.<br /> -VAN HUTHEN, II, 30, 34.<br /> -VAN ISAKER, amateur belge, I, 291 et note 323.<br /> -VANLOO (les), peintres, I, 257, 281, 307, 391; II, 136, 139, 173, 279;<br /> -<span style="margin-left: 1em;">III, <a href="#Page_88">88</a>, <a href="#Page_89">89</a>, <a href="#Page_203">203</a>, <a href="#Page_206">206</a>, <a href="#Page_248">248</a>, <a href="#Page_252">252</a>, <a href="#Page_278">278</a>, <a href="#Page_383">383</a>, <a href="#Page_430">430</a>.</span><br /> -VAN ORLEY, maître flamand, II, 3 note 2.<br /> -VAN OSTADE, maître hollandais, I, 17; III, <a href="#Page_203">203</a>.<br /> -VAN THULDEN (Théodore), maître flamand, II, 3 note 2, 8 et note.<br /> -VANNI (Francesco), peintre et graveur italien, II, 277.<br /> -VARCHI (Benedetto), historien et poète florentin, II, 429 et note.<br /> -VARCOLLIER, administrateur, I, 315 et note 366, 373; II, 82, 92, 93,<br /> -<span style="margin-left: 1em;">102, 103, 106, 220, 467; III, <a href="#Page_6">6</a>, <a href="#Page_21">21</a>, <a href="#Page_318">318</a>, <a href="#Page_395">395</a>.</span><br /> -VARROQUIER, grand-oncle de Berryer, II, 488, 489.<br /> -<i>Vase de fleurs</i>, composition de Delacroix, I, 354 et note 415.<br /> -VATEL, ancien directeur des Italiens, II, 237.<br /> -VASSÉ (Louis-Claude), sculpteur, III, <a href="#Page_281">281</a> et note 1.<br /> -VAU (Albert DE), II, 349.<br /> -VAUDOYER (Léon), architecte, I, 421 et note 489.<br /> -VAUFRELAND (La vicomtesse DE), amie de Berryer, III, <a href="#Page_11">11</a>, <a href="#Page_120">120</a>, <a href="#Page_125">125</a>;<br /> -<span style="margin-left: 1em;">—(Mlle DE), II, 490, 492; III, <a href="#Page_11">11</a>.</span><br /> -VAURÉAL (le comte DE), III, <a href="#Page_62">62</a>, <a href="#Page_173">173</a>.<br /> -VAURÉAL (DE), fils du précédent, III, <a href="#Page_62">62</a>, <a href="#Page_173">173</a>.<br /> -VELASQUEZ, maître espagnol, I, 75, 85, 87 à 91, 93, 96, 110.<br /> -VELPEAU (le docteur), II, 295 et note 1, 432.<br /> -<i>Vénus désarmant l'Amour</i>, tableau du Corrège, III, <a href="#Page_82">82</a>.<br /> -VERDI (J.), compositeur italien, I, 282.<br /> -VERNET (Horace), peintre, I, 138; III, <a href="#Page_113">113</a> et note, <a href="#Page_352">352</a>.<br /> -VERNINAC SAINT-MAUR (DE), beau-frère de Delacroix, I, 11 note 15.<br /> -VERNINAC (Charles DE), neveu de Delacroix, I, 3, 24 note 32.<br /> -VERNINAC (Mme Duriez DE), III, <a href="#Page_80">80</a> et note.<br /> -VERNINAC (Raymond DE), I, 51, 52.<br /> -VERNINAC (François DE), III, <a href="#Page_71">71</a> note, <a href="#Page_73">73</a>, <a href="#Page_74">74</a> et note, <a href="#Page_75">75</a>, <a href="#Page_76">76</a>, <a href="#Page_101">101</a> et note;<br /> -<span style="margin-left: 1em;">—(Mme DE), III, <a href="#Page_74">74</a>.</span><br /> -VÉRON (le docteur), publiciste, I, 360 et note 420; II, 185, 224, 225,<br /> -<span style="margin-left: 1em;">228, 247, 249, 250 note 1, 258, 287, 290, 295.</span><br /> -VÉRON (Th.), peintre, élève de Delacroix, II, 87 note 1.<br /> -VERROCCHIO, maître florentin, III, <a href="#Page_393">393</a>.<br /> -VÉRONÈSE (Paul), maître vénitien, I, 76, 142, 143, 174, 205, 229,<br /> -<span style="margin-left: 1em;">298, 321; II, 27, 38, 40, 41, 136, 170, 171, 237, 315, 381;</span><br /> -<span style="margin-left: 1em;">III, <a href="#Page_196">196</a>, <a href="#Page_197">197</a> note, <a href="#Page_198">198</a>, <a href="#Page_202">202</a>, <a href="#Page_231">231</a>, <a href="#Page_256">256</a>, <a href="#Page_322">322</a>, <a href="#Page_395">395</a>, <a href="#Page_414">414</a>.</span><br /> -<i>Vestale</i> (la), opéra de Spontini, I, 284 note 313; II, 323, 355,<br /> -<span style="margin-left: 1em;">370 et note 1, 373.</span><br /> -VIARDOT (Louis), littérateur, II, 311, 360, 405; III, <a href="#Page_2">2</a> et note 3,<br /> -<span style="margin-left: 1em;"><a href="#Page_8">8</a>, <a href="#Page_292">292</a>, <a href="#Page_297">297</a>.</span><br /> -VIARDOT (Mme), cantatrice, I, 372 et note 438; III, <a href="#Page_11">11</a>, <a href="#Page_122">122</a>, <a href="#Page_123">123</a>, <a href="#Page_126">126</a>,<br /> -<span style="margin-left: 1em;"><a href="#Page_127">127</a>, <a href="#Page_131">131</a>, <a href="#Page_139">139</a>, <a href="#Page_391">391</a> note 2. Voir Pauline GARCIA.</span><br /> -<i>Vicomte de Bragelonne</i> (le), roman d'Alex. Dumas père, II, 433.<br /> -VICTORIA (la Reine), III, <a href="#Page_66">66</a>, <a href="#Page_67">67</a>.<br /> -<i>Vie d'Achille</i>, tapisseries de Rubens, II, 69 et suiv.;<br /> -<span style="margin-left: 1em;">III, <a href="#Page_240">240</a> et note 2.</span><br /> -<i>Vie d'Hercule</i>, onze compositions, par Delacroix, II, 87 et note 2;<br /> -<span style="margin-left: 1em;">III, <a href="#Page_323">323</a>.</span><br /> -<i>Vie de Léonard de Vinci</i>, par M. Clément, III, <a href="#Page_392">392</a>.<br /> -<i>Vie de Michel-Ange</i>, par M. Clé, III, <a href="#Page_392">392</a>.<br /> -VIEGRA, II, 237.<br /> -VIEILLARD, ami de Delacroix, I, 254, 281, 285, 290, 302, 314,<br /> -<span style="margin-left: 1em;">323, 334, 345; II, 163, 220, 221, 224, 288, 380, 495; III,</span><br /> -<span style="margin-left: 1em;"><a href="#Page_65">65</a>, <a href="#Page_101">101</a>, <a href="#Page_120">120</a>, <a href="#Page_186">186</a>, <a href="#Page_275">275</a>, <a href="#Page_285">285</a>.</span><br /> -VIEILLARD (Mme), I, 277.<br /> -VIEILLARD-DUVERGER (Eugène), imprimeur. Voir DUVERGER.<br /> -VIEILLARD-DUVERGER (Louis), régisseur de l'Opéra-Comique,<br /> -<span style="margin-left: 1em;">puis directeur d'agence théâtrale, III, <a href="#Page_305">305</a> note 1.</span><br /> -VIEL-CASTEL (le comte Horace DE), littérateur, III, <a href="#Page_26">26</a> et note 1.<br /> -<i>Vierge couronnée</i> (la), toile de Rubens, musée de Bruxelles, II, 7.<br /> -<i>Vierge levant le voile</i> (la), toile de Raphaël, I, 273, 281, 283.<br /> -<i>Vieux Caporal</i> (le), drame de Dumanoir et d'Ennery, II, 201 et note.<br /> -<i>Villa Palmier</i> (la), roman d'Alex. Dumas, II, 445.<br /> -VILLELE (DE), homme politique, III, <a href="#Page_59">59</a>.<br /> -VILLEMAIN, ingénieur, II, 44.<br /> -VILLEMAIN, littérateur, II, 37, 312, 339.<br /> -VILLOT (Frédéric), graveur, ami de Delacroix, I, 202, 231, 243, 273,<br /> -<span style="margin-left: 1em;">280, 281, 285, 298, 300, 307, 308, 314, 316, 319, 321, 324,</span><br /> -<span style="margin-left: 1em;">329, 333, 367, 374, 376, 381 à 384, 408, 429; II, 84, 89, 122,</span><br /> -<span style="margin-left: 1em;">237 et note 3, 238, 243, 256, 296, 312, 339, 381, 384, 475,</span><br /> -<span style="margin-left: 1em;">481; III, <a href="#Page_68">68</a>, <a href="#Page_100">100</a>, <a href="#Page_118">118</a>, <a href="#Page_161">161</a>, <a href="#Page_330">330</a>, <a href="#Page_331">331</a>, <a href="#Page_349">349</a>;—(Georges), fils de</span><br /> -<span style="margin-left: 1em;">Frédéric, I, 446 et note 500; II, 235;—(Mme), I, 243, 358,</span><br /> -<span style="margin-left: 1em;">376, 381, 382; II, 46, 157, 193, 207, 208, 235, 237, 243, 247,</span><br /> -<span style="margin-left: 1em;">250, 256, 263, 296, 334, 492; III, <a href="#Page_25">25</a>, <a href="#Page_27">27</a>, <a href="#Page_33">33</a>, <a href="#Page_148">148</a>, <a href="#Page_161">161</a>, <a href="#Page_162">162</a>,</span><br /> -<span style="margin-left: 1em;"><a href="#Page_163">163</a>, <a href="#Page_184">184</a>, <a href="#Page_333">333</a>.</span><br /> -VIMONT (Alexandre), peintre, élève de Delacroix, I, 236 et note 230; II, 411.<br /> -VINCI (Léonard DE), maître italien, I, 88, 354; II, 277, 278 et note;<br /> -<span style="margin-left: 1em;">III, <a href="#Page_246">246</a>, <a href="#Page_356">356</a>, <a href="#Page_392">392</a>, <a href="#Page_393">393</a>, <a href="#Page_431">431</a>.</span><br /> -VIOLLET-LE-DUC, architecte, I, 343 note 399; III, <a href="#Page_63">63</a>.<br /> -VIRGILE, II, 258, 259, 260, 300; III, 157, 177, 237, 240, 254,<br /> -<span style="margin-left: 1em;">263, 311, 361, 369.</span><br /> -<i>Virgile et Dante</i>, tableau de Delacroix. Voir <i>Dante.</i><br /> -VISCONTI, architecte, II, 295 et note 3, 304 et note, 308.<br /> -<i>Vision d'Ézéchiel</i> (la), toile de Raphaël, II, 49.<br /> -<i>Visites</i> (les), gravure de Debucourt, I, 186.<br /> -<i>Vitrail de Taillebourg</i> (le), toile camaïeu de Delacroix, I, 231.<br /> -VIVIER (Eugène), corniste, III, <a href="#Page_144">144</a> et note 1.<br /> -<i>Vœu de Louis XIII</i> (le), toile d'Ingres, cathédrale de Montauban, II, 318.<br /> -VOLTAIRE, I, 123, 124, 229, 314, 348, 419, 423, 427; II, 16, 177,<br /> -<span style="margin-left: 1em;">178, 189, 181, 190, 249, 264, 450, 409; III, <a href="#Page_99">99</a>, <a href="#Page_140">140</a>, <a href="#Page_147">147</a>,</span><br /> -<span style="margin-left: 1em;"><a href="#Page_187">187</a>, <a href="#Page_189">189</a>, <a href="#Page_200">200</a>, <a href="#Page_201">201</a>, <a href="#Page_239">239</a>, <a href="#Page_273">273</a>, <a href="#Page_319">319</a> à <a href="#Page_321">321</a>, <a href="#Page_332">332</a>, <a href="#Page_333">333</a>, <a href="#Page_348">348</a>, <a href="#Page_361">361</a>,</span><br /> -<span style="margin-left: 1em;"><a href="#Page_385">385</a>, <a href="#Page_390">390</a>, <a href="#Page_392">392</a>, <a href="#Page_399">399</a>, <a href="#Page_410">410</a>, <a href="#Page_411">411</a>, <a href="#Page_413">413</a>, <a href="#Page_415">415</a>, <a href="#Page_436">436</a>.</span><br /> -VOUTIER (M.), I, 51, 52.<br /> -<i>Vue de Dieppe</i>, aquarelle de Delacroix, III, <a href="#Page_316">316</a>, <a href="#Page_351">351</a>.<br /> -<i>Vue de ma fenêtre</i>, toile de Delacroix, I, 378.<br /> -<i>Vue de Tancarville</i>, aquarelle par Delacroix, III, <a href="#Page_430">430</a>.<br /> -<i>Vue de Tanger</i>, toile de Delacroix, II, 138.<br /> -<i>Vue de Venise</i>, toile de Ziem, II, 226, 227 note.<br /> -<i>Vulcain dans sa forge</i>, toile de Rubens, musée de Bruxelles, II, 388.<br /> -<br /> -W Y Z<br /> -<br /> -WAGNER (Richard), compositeur allemand, III, <a href="#Page_90">90</a> et note 1, <a href="#Page_91">91</a> note,<br /> -<span style="margin-left: 1em;"><a href="#Page_354">354</a> note 1.</span><br /> -WAPPERS (le baron), peintre belge, II, 38 et note 3.<br /> -WASHINGTON, I, 117.<br /> -WATTEAU, peintre, I, 295, 296, 351; II, 397; III, <a href="#Page_4">4</a>, <a href="#Page_203">203</a>, <a href="#Page_294">294</a>,<br /> -<span style="margin-left: 1em;"><a href="#Page_316">316</a> et note 3, <a href="#Page_317">317</a>.</span><br /> -WEBER, compositeur allemand, I, 230, 419; II, 82 note, 166, 163.<br /> -WEILL, marchand de tableaux, I, 357 et note 418; II, 137, 138, 368,<br /> -<span style="margin-left: 1em;">380, 402; III, <a href="#Page_267">267</a>.</span><br /> -<i>Weislingen enlevé</i>, lithographie de Delacroix, I, 214.<br /> -WERDET, maître d'écriture de Delacroix, I, 285.<br /> -WERTHEIMER (M), amateur, I, 242 et note 239.<br /> -WEST, peintre américain, III, <a href="#Page_69">69</a>, <a href="#Page_71">71</a>.<br /> -WEY (Francis-Alphonse), littérateur, I, 295 et note 330; III, <a href="#Page_68">68</a> et note 2, <a href="#Page_146">146</a>.<br /> -WILKIE, peintre anglais, I, 196 et note 200; II, 162; III, <a href="#Page_36">36</a> note,<br /> -<span style="margin-left: 1em;">37 et note 3, 41.</span><br /> -WILLIAMS (M.), à Séville, I, 190, 191, 192.<br /> -WILSON (Daniel) père, II, 288 et note 1; III, <a href="#Page_135">135</a>.<br /> -WILSON-QUANTINET, I, 408.<br /> -WINCKELMANN, archéologue allemand, III, <a href="#Page_384">384</a>.<br /> -WINTERHALTER (François-Xavier), peintre allemand, III, <a href="#Page_91">91</a> et note 1.<br /> -WITTGENSTEIN (la princesse DE), III, <a href="#Page_68">68</a> et note 1.<br /> -WURTEMBERG (le prince DE), II, 485.<br /> -WYLD (William), peintre anglais, III, <a href="#Page_146">146</a> et note 1.<br /> -<br /> -YVAN, général russe, III, <a href="#Page_351">351</a>.<br /> -YVON (Adolphe), peintre, II, 314 et note 7; III, <a href="#Page_118">118</a>.<br /> -YRVOIX, de la maison de l'Empereur, III, <a href="#Page_341">341</a> et note.<br /> -<br /> -ZIEGLER (Jules-Claude), peintre, II, 38 et note 2.<br /> -ZIEM, peintre, II, 226, 227 note.<br /> -ZIMMERMANN, compositeur et pianiste, I, 285, 395 et note;<br /> -<span style="margin-left: 1em;">II, 265 et note; III, <a href="#Page_52">52</a>.</span><br /> -ZUCHELLI, chanteur italien, I, 54.<br /> -ZURBARAN, maître espagnol, I, 189.<br /> -</p> - - -<p>FIN DE LA TABLE ALPHABÉTIQUE.</p> - - - - - - - - - - - -<pre> - - - - - -End of the Project Gutenberg EBook of Journal de Eugène Delacroix, Tome 3, by -Eugène Delacroix - -*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK JOURNAL DE EUGÈNE DELACROIX *** - -***** This file should be named 54600-h.htm or 54600-h.zip ***** -This and all associated files of various formats will be found in: - http://www.gutenberg.org/5/4/6/0/54600/ - -Produced by Laura Natal Rodriguez and Marc D'Hooghe at -Free Literature (online soon in an extended version, also -linking to free sources for education worldwide ... MOOC's, -educational materials,...) Images generously made available -by the Internet Archive. - -Updated editions will replace the previous one--the old editions will -be renamed. - -Creating the works from print editions not protected by U.S. copyright -law means that no one owns a United States copyright in these works, -so the Foundation (and you!) can copy and distribute it in the United -States without permission and without paying copyright -royalties. Special rules, set forth in the General Terms of Use part -of this license, apply to copying and distributing Project -Gutenberg-tm electronic works to protect the PROJECT GUTENBERG-tm -concept and trademark. Project Gutenberg is a registered trademark, -and may not be used if you charge for the eBooks, unless you receive -specific permission. If you do not charge anything for copies of this -eBook, complying with the rules is very easy. You may use this eBook -for nearly any purpose such as creation of derivative works, reports, -performances and research. They may be modified and printed and given -away--you may do practically ANYTHING in the United States with eBooks -not protected by U.S. copyright law. Redistribution is subject to the -trademark license, especially commercial redistribution. - -START: FULL LICENSE - -THE FULL PROJECT GUTENBERG LICENSE -PLEASE READ THIS BEFORE YOU DISTRIBUTE OR USE THIS WORK - -To protect the Project Gutenberg-tm mission of promoting the free -distribution of electronic works, by using or distributing this work -(or any other work associated in any way with the phrase "Project -Gutenberg"), you agree to comply with all the terms of the Full -Project Gutenberg-tm License available with this file or online at -www.gutenberg.org/license. - -Section 1. General Terms of Use and Redistributing Project -Gutenberg-tm electronic works - -1.A. By reading or using any part of this Project Gutenberg-tm -electronic work, you indicate that you have read, understand, agree to -and accept all the terms of this license and intellectual property -(trademark/copyright) agreement. If you do not agree to abide by all -the terms of this agreement, you must cease using and return or -destroy all copies of Project Gutenberg-tm electronic works in your -possession. If you paid a fee for obtaining a copy of or access to a -Project Gutenberg-tm electronic work and you do not agree to be bound -by the terms of this agreement, you may obtain a refund from the -person or entity to whom you paid the fee as set forth in paragraph -1.E.8. - -1.B. "Project Gutenberg" is a registered trademark. It may only be -used on or associated in any way with an electronic work by people who -agree to be bound by the terms of this agreement. 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