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You may copy it, give it away or -re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included -with this eBook or online at www.gutenberg.org/license - - -Title: Journal d'un bourgeois de Paris, 1405-1449 - -Editor: Alexandre Tuetey - -Release Date: February 17, 2017 [EBook #54182] - -Language: French - -Character set encoding: UTF-8 - -*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK JOURNAL D'UN BOURGEOIS DE PARIS *** - - - - -Produced by Clarity, Hélène de Mink, and the Online -Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net (This -file was produced from images generously made available -by The Internet Archive/Canadian Libraries) - - - - - - - -Note sur la transcription: Les erreurs clairement introduites par le -typographe ont été corrigées. L'orthographe d'origine a été conservée et -n'a pas été harmonisée. - -Les mots entre {} sont en exposant dans l'original. - - - - - JOURNAL - D'UN - BOURGEOIS DE PARIS - - 1405-1449 - - - - - IMPRIMERIE G. DAUPELEY-GOUVERNEUR - - A NOGENT-LE-ROTROU. - - - - - JOURNAL - D'UN - BOURGEOIS DE PARIS - - 1405-1449 - - PUBLIÉ - D'APRÈS LES MANUSCRITS DE ROME ET DE PARIS - - PAR - - ALEXANDRE TUETEY - - [Illustration] - - A PARIS - Chez H. CHAMPION - Libraire de la Société de l'Histoire de Paris - Quai Malaquais, 15 - - 1881 - - - - -INTRODUCTION. - - -La chronique anonyme des règnes de Charles VI et de Charles VII, que les -érudits désignent traditionnellement sous le nom de _Journal d'un -bourgeois de Paris_, est depuis longtemps connue et appréciée. On sait, -grâce aux curieuses investigations de M. Longnon[1], que dès l'année 1596 -Étienne Pasquier, dans ses _Recherches de la France_, mit en œuvre cet -important document, mais ce fut en 1653 seulement que Denis Godefroy -inséra, dans son recueil des historiens de Charles VI[2], une suite -d'extraits empruntés au Journal parisien; les passages dont Godefroy a -publié le texte sont généralement tronqués, souvent même arrangés à la -fantaisie de l'éditeur et la langue en est rajeunie. La première édition -complète du _Journal_ parut en 1729, par les soins de l'académicien La -Barre, et remplit les 208 premières pages du volume intitulé: _Mémoires -pour servir à l'histoire de France et de Bourgogne_; c'est la seule qui -ait reproduit le texte intégral de la chronique parisienne, mais de -nombreuses incorrections déparent ce texte. Les auteurs des grandes -collections historiques publiées de nos jours, comme Buchon, Michaud et -Poujoulat, n'ont fait que copier l'édition de La Barre, en lui donnant -une physionomie plus moderne. - - [1] _Mém. de la Société de l'Histoire de Paris_, t. II, p. 310 et - ss. - - [2] _Histoire de Charles VI, roy de France_, p. 497-528. - - -Notre introduction sera divisée en deux parties: l'une sera consacrée à -une étude des manuscrits du _Journal_ qui sont parvenus jusqu'à nous et à -la recherche de ceux qu'ont connus les anciens éditeurs; l'autre aura -pour but d'établir la personnalité de l'auteur anonyme de cette précieuse -chronique parisienne. - - -I. - -LES MANUSCRITS. - -§ I.--_Manuscrits de Paris._ - -1) Bibliothèque nationale, collection Dupuy, no 275. _Mémoires pour -l'histoire du roi Charles VI._ - -Ce titre ajouté par Pierre Dupuy est celui d'un extrait entièrement écrit -de la main de Claude Dupuy, et communiqué par son fils, Jacques Dupuy, -prieur de Saint-Sauveur, à Denis Godefroy, qui le publia mot pour mot, en -1653, à la suite de son édition de Juvénal des Ursins[3], en y comprenant -même les listes des évêques, prévôts de Paris, prévôts des marchands, -jointes en appendice par Claude Dupuy. La seule indication chronologique -que porte cet extrait est celle placée au-dessous du titre par Pierre -Dupuy, indication se rapportant à l'année 1630. - - [3] _Histoire de Charles VI, roy de France_, p. 497-528. - -Indépendamment de l'extrait de Claude Dupuy, on possède la transcription -exécutée sous les auspices de Pierre de l'Étoile, reproduisant fidèlement -la copie partielle de Dupuy; cette transcription se trouve aux folios 23 -à 61 du manuscrit 10,303 du fonds français[4]. - - [4] Cf. _Mémoires-Journaux de Pierre de L'Estoile_, t. VIII, p. - 321. - -Quant à l'exemplaire complet dû aux soins de Claude Dupuy, dont parle -Godefroy[5], nous n'avons pu en découvrir aucune trace. - - [5] _Histoire de Charles VI._--Cf. _Mémoires de la Soc. de - l'Histoire de Paris_, t. II, p. 312, note 3. - - -2) Bibliothèque nationale, fonds français, no 10,145 (ancien supplément -1984 bis); petit in-folio sur papier, reliure moderne. - -Il y a tout lieu de croire que la copie du Journal parisien, conservée -sous le no 10,145 du fonds français, a servi de base à l'édition de La -Barre; en effet, plusieurs des leçons défectueuses données par le premier -éditeur du Journal appartiennent à ce manuscrit et ne se retrouvent ni -dans le manuscrit de Paris dont nous parlerons plus loin, ni dans le -manuscrit de Rome. - -Voici quelques exemples qui permettront de se rendre compte de l'analogie -existant entre l'édition de La Barre et le manuscrit en question: - - La Barre, p. 91: _et d'une celle aspre gelée_, leçon fautive du - manuscrit 10,145, tandis que la bonne leçon est: _et dura celle - aspre gelée_. - - P. 92: _grant contencion_, leçon du manuscrit 10,145, lisez - _grant tençon_. - - P. 94: _Or bien quel dommage_, leçon du manuscrit 10,145, la - vraie leçon est: _Or voyez quel dommage_. - - P. 105: _ces larrons reposoient_, leçon du manuscrit 10,145, au - lieu de _reperoient_. - - P. 125: _plus ne jetassent_, version du manuscrit 10,145, lisez - _ne gastassent_. - - P. 130: _et ne trouvoient_ ne femme ne enfant qu'ils ne - prinssent, leçon du manuscrit 10,145, la bonne leçon est - _n'esparnoient_. - - P. 174: _tumberel à voire la journée_, suivant le manuscrit - 10,145, tandis qu'il faut lire _tumberel à boue_. - - P. 181: Apres eux _ne venoit_ rien ne que après feu, version du - manuscrit 10,145, vraie leçon: _ne demouroit_. - - P. 186: le roy de France estoit le _droit ourine_ aux larrons, - d'après le manuscrit 10,145, lisez _droit ourme_. - -Comme le montre cet examen comparatif, une certaine conformité paraît -exister entre le texte de La Barre et celui du manuscrit 10,145, et elle -est assez grande pour que l'on puisse rattacher l'édition de La Barre à -ce manuscrit. - -Afin de déterminer la date de la transcription représentée par le no -10,145, nous remarquons que la même main qui a copié ce manuscrit du -Journal a également pris soin de reproduire, très vraisemblablement à la -même époque, les vers qui figurent en tête du manuscrit de Rome sous le -titre de _Bataille du Liège_; cette copie forme une plaquette conservée -sous le no 10,154 du fonds français. A la fin de ce petit volume on lit -la note suivante: - - Ces vers sont tirés d'un manuscript qui a pour titre: _Bataille - du Liège_, cotté 813, 769, ce manuscript a appartenu à Jehan - Maciot, ensuite à la reine de Suède, et enfin est dans la - bibliothèque Vaticane. - -Cette note ne peut s'appliquer qu'au Journal parisien précédé, ainsi que -nous le verrons, de poésies qui répondent bien au titre en question, et -terminé par la signature de ce Maciot, visé dans la note ci-dessus. - -Il semblerait résulter de cet ensemble de faits que la copie du Journal -et celle des pièces de vers initiales, constituant les nos 10,145 et -10,154, ont dû être exécutées, vers la fin du XVIIe siècle, d'après le -volume actuellement conservé dans les collections du Vatican. - - -3) Bibliothèque nationale, fonds français, no 3480. In-folio sur papier, -reliure moderne. _Mémoires de Paris soubz Charles VI et VIIe du nom_. - -Ce manuscrit s'ouvre par un recueil de dépêches diplomatiques relatives -aux négociations de la paix de Vervins, en 1598; ces correspondances -comprennent les 259 premiers folios du volume; les folios 260 à 262 sont -occupés par deux harangues, la première adressée en 1639 à M. de Gassion -par un député de la ville de Caen, la seconde sous forme de lettre de -l'archevêque de Rouen au Cardinal, en date du 29 décembre 1639. - -Au folio 264, sous ce titre: _Mémoires de Paris_, etc. commence une copie -intégrale du Journal parisien, exécutée selon toute apparence dans la -première moitié du XVIIe siècle. Le texte fourni par le manuscrit 3480 -est incontestablement celui qui se rapproche le plus de la version -primitive. Quoique le manuscrit débute, comme celui de Rome, par une -pièce de vers relative à la bataille de Liège, quoiqu'il se termine de la -même façon, et qu'il contienne identiquement les mêmes lacunes que le -manuscrit de Rome, il n'en est point la reproduction pure et simple, on -peut même affirmer qu'il nous offre une transcription, sinon de -l'original lui-même, au moins d'un exemplaire du Journal plus complet que -celui qui est représenté par le volume du fonds de la Reine. - -Une collation attentive de ce nouveau manuscrit avec le texte contenu -dans le manuscrit de Rome nous a permis de rétablir un passage assez -étendu se référant aux événements de l'année 1438; pour faire juger de -l'importance de cette restitution, il suffira de dire que le passage en -question comprend six folios du volume du fonds français. Bien que le -manuscrit 3480 soit à certains égards plus complet que celui du Vatican, -il nous fournit cependant un texte beaucoup moins correct, par suite de -l'inintelligence des scribes qui ont dénaturé le sens de nombreux -passages, nous disons des scribes, parce que l'on remarque deux écritures -distinctes, l'une qui va du folio 264 au folio 351 inclus, l'autre du -folio 352 à 464. - -§ 2.--_Manuscrit de Rome._ - -Le volume catalogué sous le no 1923 du fonds de la reine de Suède est un -petit in-folio sur papier, revêtu d'une reliure rouge assez commune, il -comprend 187 folios et non 250 comme l'a imprimé M. Paul Lacroix dans sa -notice[6]. Les onze premiers folios du manuscrit contiennent une assez -longue pièce de vers en deux parties intitulées: la _Bataille du Liège_ -et les _Sentences du Liège_. Cette insipide poésie, relative à la prise -d'armes des Liégeois contre leur évêque en 1408, n'est guère qu'une -fastidieuse énumération des seigneurs bourguignons envoyés par Jean -Sans-Peur pour réprimer cette rébellion; elle commence ainsi: _A l'onneur -de toute noblesse et en exaussant gentillesse_. - - [6] Champollion-Figeac, _Documents historiques_, t. III, p. 275. - -La pièce en question sert pour ainsi dire de prologue au Journal et -paraît n'avoir été mise en tête du volume que pour accompagner le récit -tronqué par lequel débute l'extrait de Godefroy. Ce fragment de Journal, -qui se trouve au folio 12 de notre manuscrit, se rapporte à la fin de -l'année 1408 et au commencement de l'année 1409; il a précisément trait à -la révolte des Liégeois contre leur évêque, en septembre 1408, et à -l'entrée solennelle de Charles VI à Paris, le 17 mars suivant. C'est -seulement au folio 13 que commence le Journal parisien proprement dit, -tel que nous le lisons dans La Barre et tel que l'ont reproduit tous les -éditeurs subséquents. A partir de là le Journal se continue sans -interruption dans l'ordre chronologique et finit bien à l'année 1449, par -le passage qu'avait déjà indiqué M. Paul Lacroix. - -L'écriture du manuscrit de Rome est sans conteste du XVe siècle, -néanmoins nous ne saurions considérer ce texte comme l'original de la -Chronique parisienne si intéressante pour l'histoire des règnes de -Charles VI et Charles VII. Voici l'ensemble des déductions sur lesquelles -repose notre opinion. En premier lieu, la présence de ces poésies qui -n'ont qu'un rapport bien indirect avec le Journal parisien, ensuite une -interversion dans la suite des événements qui font l'objet du Journal. -Comme nous l'avons déjà remarqué, la _Bataille_ et les _Sentences du -Liège_ sont suivies d'un fragment incomplet du commencement, se -rattachant aux faits des années 1408 et 1409 mentionnés plus haut, ce -fragment se termine par un lambeau de journal relatif à un orage -épouvantable survenu à Paris le 30 juin 1411. Telle est la matière d'un -folio, le douzième du manuscrit; au folio suivant, nous tombons sur un -passage que tous les éditeurs sans exception ont rapporté à l'année 1408, -tandis qu'en réalité les événements racontés par le chroniqueur -appartiennent à l'année 1405. L'auteur du Journal parisien relate, entre -autres faits, l'arrivée de l'évêque de Liège à Paris; or ce voyage, au -dire de chroniqueurs bien informés[7], eut lieu au mois de septembre -1405 et nullement en septembre 1408, époque à laquelle le prélat aux -prises avec une situation extrêmement critique ne pouvait songer à un -aussi lointain voyage. - - [7] Voici un passage de la _Chronique de Jean Stavelot_ (p. 95) - qui détermine nettement l'époque du voyage de Jean de Bavière: - «_Comment monsangneur de Liege s'en alat noblement a - Paris_.--L'an M CCCC et V, le secon jour de septembre, soy partit - monsangneur Johans de Bealwiers de Liege et chevalchat vers - monsangneur le duc de Bourgongne à Paris, son seroige.» - -Il n'est point possible d'admettre, pour le manuscrit original d'une -œuvre historique, une semblable confusion dans le récit des événements. -On nous objectera peut-être que ce défaut de suite peut provenir de -lacunes causées par des mutilations dont le manuscrit aurait eu à -souffrir; mais ce n'est pas le cas en ce qui concerne ces folios 12 et -13, aucune trace de lacération n'est visible. A ce point de vue spécial, -le manuscrit de Rome a été de notre part l'objet d'un examen attentif; -comme les éditeurs s'accordaient à signaler des feuillets déchirés et que -généralement ces lacunes coïncident avec des fins de pages, nous avons -vérifié avec le plus grand soin les endroits incomplets et nous avons pu -constater qu'aucun feuillet n'avait été arraché. Ce qui a levé tous nos -doutes à cet égard, c'est que l'une des lacunes, relative à la -publication de la paix faite à Paris le 1er avril 1412, existe dans le -manuscrit en haut du folio 22 vº, et ne peut par conséquent provenir que -d'un exemplaire du journal déjà incomplet, dont notre volume ne serait -que la reproduction. Une nouvelle particularité viendrait non seulement à -l'appui de cette thèse, mais tendrait encore à faire admettre un original -aujourd'hui perdu. La main d'un annotateur du xvie siècle signale entre -les folios 60 et 61 l'absence de _trois_ feuillets, et cependant l'œil -le plus exercé ne peut apercevoir la moindre trace de lacération; il -faudrait donc supposer, ou que ce chiffre est donné au hasard et d'une -façon purement approximative, ou que l'auteur de la note avait -connaissance d'un manuscrit plus complet. La lacune dont il s'agit est -d'autant plus regrettable qu'elle porte sur un passage contenant le récit -de la mort de Jean Sans-Peur; peut-être ce passage a-t-il été supprimé -dans le texte primitif, en raison des attaques violentes à l'adresse des -Armagnacs, dont l'auteur du Journal, bourguignon passionné, avait dû -entremêler sa narration. - -Un dernier argument à faire valoir en faveur de l'existence d'un -manuscrit original se tire du fait suivant que personne n'a relevé -jusqu'ici. - -Le chroniqueur parisien raconte, à la date du 6 juin 1429, la naissance -d'un enfant phénoménal à Aubervilliers, et joint à la description de ce -monstrueux produit un dessin qu'il mentionne à deux reprises en ces -termes: _Ainsi comme cette figure est, comme vous voyez_. Le manuscrit de -Rome ne contient à cet endroit aucun genre d'illustration; le copiste, ne -se sentant probablement aucun goût artistique, s'est contenté de ménager -dans la marge la place nécessaire pour l'exécution du croquis, place qui -est restée en blanc[8]. - - [8] Le manuscrit d'Aix décrit plus loin contient un croquis très - grossièrement exécuté et dénué de toute valeur artistique. - - -Dans ses ingénieuses conjectures sur l'auteur du Journal parisien, M. -Longnon a montré tout l'attrait que ce précieux document avait pour les -érudits dès la seconde moitié du XVIe siècle; on voit à ce moment ce -vieux livre, lu et relu, passer de main en main[9]. La couche épaisse de -crasse qui recouvre les bords du manuscrit de Rome témoigne en effet d'un -fréquent usage. De nombreuses annotations remplissent les marges de ce -volume; elles sont dues à deux mains différentes. L'une des écritures, -assez grosse et assez nettement tracée, offre beaucoup d'analogie avec -les premières pages d'un manuscrit du fonds français (no 24,726) -intitulé: _Veilles et observations sur la lecture de plusieurs autheurs -françois_ par Claude Fauchet. Aussi nous n'hésitons pas à lui attribuer -la paternité de ces notes, et surtout de la remarque suivante, si souvent -reproduite, qui se trouve au folio 181 vº dans la marge de droite: «Il -semble que l'autheur ait esté homme d'église ou docteur en quelque -faculté, pour le moins de robe longue.» - -Elle est certainement du président Fauchet et permet d'établir avec -certitude la provenance du Journal, qui des mains de Fauchet passa en -celles de Petau pour entrer ensuite dans la bibliothèque de la reine -Christine. - -Une autre écriture, avons-nous dit, se remarque encore sur les marges, -celle-ci est beaucoup plus ténue et présente tous les déliés des -écritures courantes du XVIe siècle. Elle doit être en effet de la seconde -moitié de ce siècle, et postérieure en tous cas à l'année 1567, car l'une -des observations du commentateur, consignée en marge du manuscrit, à -propos d'un vent violent qui s'éleva à Paris le 7 octobre 1434, porte ce -qui suit: - - Vent pareil à celuy qui fut l'an 1567, le lundi, mardi et - mercredi, 14, 15 et 16 de juillet et le dimenche 7 septembre. - -Quelle est au point de vue historique la valeur du manuscrit qui renferme -la version la plus ancienne du Journal parisien. Le texte contenu dans ce -manuscrit est-il, comme le présume M. Paul Lacroix, beaucoup plus ample -que celui de l'édition donnée par La Barre? Il est hors de doute que plus -d'une rectification pourra, grâce à cet exemplaire, être apportée au -texte du Journal parisien, et que des omissions assez importantes seront -réparées; mais il serait illusoire de chercher à combler des lacunes qui -se remarquent dans toutes les éditions. Ces lacunes regrettables existent -également dans le manuscrit de Rome; elles ne sont point le résultat de -lacérations opérées sur ce volume, mais proviennent, nous l'avons dit, -d'une cause toute différente. - - [9] _Mémoires de la Société de l'Histoire de Paris_, t. II, p. - 311 à 313. - - - § 3.--_Manuscrit d'Aix._ - -Le manuscrit 316 de la bibliothèque d'Aix, que M. Quicherat nous a -signalé d'après le catalogue récemment publié par M. U. Robert[10], fait -partie de la collection Méjanes et provient de la bibliothèque d'un -amateur également célèbre, Charles de Baschi, marquis d'Aubais, comme le -montre une étiquette à ses armes, collée à l'intérieur de la couverture. -C'est un volume in-folio de 364 pages, mesurant 30 cent. de haut sur 21 -cent. de large, relié en maroquin rouge, avec armoiries dorées sur les -plats et sur le dos, assez difficiles à déterminer, mais qui sembleraient -avoir quelque analogie avec celles de la maison d'Aumont[11]. Au premier -folio se lisent les mots: _Ch. Charost._ 1721. Le titre inscrit au dos du -volume est: _La bataille du Liège_. - - [10] U. Robert. _Inventaire sommaire des manuscrits des - bibliothèques de France_, t. I, p. 9, no 319. - - [11] Suivant la description que nous devons à l'obligeance de M. - Gaut, bibliothécaire de la ville d'Aix, l'écusson porte sept - merlettes placées 2, 3, 2; il a pour supports des griffons, et - pour cimier un casque avec une merlette. - -Le manuscrit d'Aix appartient à deux époques différentes, ou plutôt il se -compose de deux transcriptions distinctes qui ont été juxtaposées. -L'écriture des 28 premières pages et des pages 197 à 364 se rapporte au -milieu du xviie siècle; quant à celle des folios 29 à 196, suivant -l'opinion d'un érudit distingué, M. Tamizey de Larroque, elle serait de -la fin du xvie siècle. La portion du Journal transcrite au XVIIe siècle -se réfère aux années 1411 à 1427, tout le reste de la chronique est du -XVIe siècle. - -Ce volume comprend absolument les mêmes matières que les autres -manuscrits du Journal parisien, c'est-à-dire: 1º un poème sur la -_bataille du Liège_, fol. 1 à 16; 2º les _Sentences du Liège_, fol. 17 à -22; 3º le Journal du prétendu bourgeois de Paris, sous cet intitulé: -_Charles VI, roi de France, IIIIc VIII_, fol. 28 à 364. - -La chronique débute par cette phrase tronquée concernant la défaite des -Liégeois: «Dont il leur print mal, car il en mourut là plus de XXVI mil.» -Il se termine au fol. 364 par le paragraphe relatif «au moult bel -eschaffaut fait en la grant rue Saint-Martin devant la fontaine Maubué.» - -Le texte du Journal parisien contenu dans le manuscrit d'Aix n'est pas -sans valeur, parce qu'il nous donne ce curieux passage de l'année 1438, -en déficit dans le ms. de Rome, que nous publions pour la première fois -d'après le volume 3480 du fonds français; il doit par conséquent dériver -soit de ce manuscrit, soit plutôt d'un original qui ne nous est point -parvenu. Une collation attentive de ce fragment, faite par les soins de -M. Ch. Joret, professeur à la faculté des lettres d'Aix, ne nous a fourni -que des variantes de peu d'importance; grâce à l'obligeance du même -érudit, nous avons pu constater que les lacunes si regrettables du -manuscrit de Rome ne seront point comblées par celui de la Méjanes. - - -Tels sont à notre connaissance les manuscrits du Journal parisien qui -subsistent aujourd'hui. Il nous semble nécessaire de donner une -classification de ces manuscrits et d'indiquer ceux qui nous ont servi -pour l'établissement de notre texte. En première ligne, se place un -original inconnu dont la trace est perdue. De cet original plus ou moins -mutilé dérivent trois manuscrits: le premier, copié au XVe siècle, c'est -celui du Vatican; le second, transcrit au XVIIe, aujourd'hui le manuscrit -3480 du fonds français; le troisième, en deux parties à peu près d'égale -étendue, écrites, l'une au XVIe, l'autre au XVIIe siècle, constitue le -manuscrit d'Aix. C'est du manuscrit de Rome que semblent dériver la copie -du fonds français no 10,145, ainsi que les divers extraits conservés sous -les nos 275 de Dupuy et 10,303 du fonds français. - -Le manuscrit de Rome, qui a conservé l'orthographe du XVe siècle se -rapprochant le plus de la version originale, a servi de base à notre -texte; mais nous avons relevé avec le plus grand soin, dans le no 3480 du -fonds français, les variantes de nature à compléter ou rectifier le texte -fourni par le manuscrit du fonds de la Reine. Tous les passages que nous -avons mis entre crochets indiquent les lacunes fort nombreuses du -manuscrit de Paris. - -Nous manquerions à tous nos devoirs, si avant de terminer cette partie de -notre introduction nous ne reconnaissions le zèle et le dévouement avec -lequel MM. Robert de Lasteyrie et Aug. Longnon nous ont aidé de leurs -conseils, le premier pour l'établissement du texte, le second pour la -révision des épreuves. Qu'ils veuillent recevoir ici l'expression de -notre vive et profonde gratitude. - - -II. - -L'AUTEUR DU JOURNAL PARISIEN. - -§ 1.--_Opinions émises jusqu'à ce jour._ - -Dès la fin du XVIe siècle, les érudits ont cherché à soulever le voile -sous lequel se cache l'auteur de l'intéressante chronique, depuis -longtemps connue sous le nom de _Journal d'un bourgeois de Paris_. -Étienne Pasquier et le président Fauchet appelèrent les premiers -l'attention sur ce précieux document qu'ils attribuèrent à un personnage -ecclésiastique, homme d'église ou théologien; c'est notamment Fauchet qui -inscrivit en marge du plus ancien manuscrit de notre Journal la note -suivante: «Il semble que l'autheur ait esté homme d'eglise ou docteur en -quelque faculté, tout au moins de robe longue.» Cette mention se trouve -précisément en regard du passage tant de fois cité où le narrateur se met -en scène au milieu des clercs qui argumentèrent contre Fernand de -Cordoue, ce jeune Espagnol, dont le savoir prodigieux émerveilla -l'Université. - -Au milieu du XVIIe siècle, Denis Godefroy inséra dans son recueil -consacré au règne de Charles VI, des extraits de notre chronique et la -donna comme l'œuvre d'un bourgeois de Paris. - -Au XVIIIe, l'académicien de La Barre, à qui nous sommes redevable de la -première édition complète du Journal parisien, fort embarrassé de -concilier l'attribution de ce texte à un bourgeois de Paris avec le -passage signalé plus haut, trouva commode d'imaginer deux auteurs -successifs, l'un bourgeois de Paris pour la première partie, l'autre -suppôt de l'Université pour la seconde, à partir de l'année 1431. Bien -que cette opinion ait été adoptée sans conteste par les éditeurs des -collections historiques, tels que Buchon et Michaud, elle ne saurait -soutenir la discussion: comme l'a très justement observé M. Jules -Quicherat[12], le Journal parisien n'a qu'un style, qu'un esprit et qu'un -auteur. - - [12] _Procès de Jeanne d'Arc_, t. IV, p. 461. - -De nos jours de nouvelles hypothèses se sont produites et pour la -première fois l'on a essayé de dénommer l'auteur présumé du Journal. MM. -Vallet de Viriville et de Beaucourt[13], se fondant sur le chapitre de la -chronique de Mathieu d'Escouchy, relatif au _josne clerc natif des -Espaingnes_, ont cru pouvoir considérer comme l'auteur de la chronique -des règnes de Charles VI et Charles VII un théologien bien connu, Jean de -l'Olive, l'un des docteurs de l'Université qui assistèrent à la dispute -du collège de Navarre; mais la seule présence de Jean de l'Olive à -l'examen du clerc espagnol dans une assemblée comptant, au dire de -l'auteur du Journal, plus de cinquante des plus parfaits clercs de -l'Université suffit-elle pour justifier des conclusions aussi -affirmatives? Nous ne le pensons pas. - - [13] Vallet de Viriville, _Histoire de Charles VII_, t. III, p. - 97.--De Beaucourt, _Chronique de Mathieu d'Escouchy_, t. I, p. - 72. - -Récemment, l'un de nos chercheurs les plus ingénieux et les plus heureux -a repris la question, et dans un intéressant mémoire[14] a émis de -nouvelles conjectures qui méritent un plus sérieux examen. - - [14] _Conjectures sur l'auteur du Journal parisien de 1409 à - 1449_, dans les _Mémoires de la Société de l'Histoire de Paris_, - t. II, p. 310 à 329. - - -En effet, grâce au rapprochement fort habile de certaines particularités -recueillies çà et là dans l'œuvre qui nous occupe, grâce surtout à une -coïncidence remarquable entre un passage du Journal qui nous montre le -chroniqueur animé de sentiments peu bienveillants à l'égard de l'évêque -Denis du Moulin et un procès intenté par ce prélat au curé de -Saint-Nicolas-des-Champs, M. Longnon n'est pas éloigné de penser que -l'auteur du Journal parisien serait Jean Beaurigout, qui exerçait en 1440 -les fonctions curiales à Saint-Nicolas-des-Champs. - -Cette attribution nouvelle qui repose sur un ensemble de faits -rigoureusement déduits, n'a soulevé jusqu'ici aucune objection. Est-ce à -dire que l'on doive accepter sans discussion les conjectures de M. -Longnon et considérer désormais le curé Beaurigout comme ce conteur plein -de verve, auquel nous devons l'une des plus curieuses chroniques du XVe -siècle? ce n'est point notre sentiment. Notre tâche d'éditeur nous impose -l'obligation de soumettre à une impartiale critique les résultats obtenus -par M. Longnon et de voir s'ils concordent en tous points avec les -données de notre Journal. - -M. Longnon s'appuie tout d'abord sur le récit d'événements qui se -passèrent à Paris, au mois d'août 1413 et au mois de février 1414, pour -placer la demeure du prétendu bourgeois de Paris dans le quartier de la -ville situé sur la rive droite de la Seine, son jugement est fondé; mais, -après avoir conclu d'une mention, spécieuse à la vérité, de -Saint-Nicolas-des-Champs, que l'auteur du Journal demeurait en 1413 à -proximité de cette église, notre confrère trouvant, sous l'année 1435, le -récit d'un événement particulier au cimetière de Saint-Nicolas[15] en -arrive à considérer que le personnage ecclésiastique auquel on doit le -Journal était vraisemblablement le curé de cette paroisse. N'est-ce pas -là un peu s'aventurer, et, avant de tirer parti d'incidents se rattachant -au séjour du chroniqueur à Paris, pendant les années 1413 et 1414, avant -de les faire entrer dans l'argumentation qui permet d'attribuer le -_Journal parisien_ à Jean Beaurigout, curé de Saint-Nicolas-des-Champs en -1440, ne fallait-il pas démontrer que, dès 1413, ce personnage se -trouvait investi de fonctions pastorales dans cette église; là est le -côté faible de la thèse de M. Longnon, côté que ce critique n'a pas au -reste cherché à dissimuler lorsqu'il dit lui-même n'avoir pas rencontré -de mention nominative de Beaurigout comme curé de Saint-Nicolas -antérieure à l'année 1440. - - [15] Il s'agit du récit d'un mouvement populaire dirigé le 4 août - 1413 contre la faction cabochienne, où nous voyons l'auteur du - Journal nous dire que l'hôtel de Jean de Troyes fut pillé en - moins de temps «que on ne seroit allé de Saint-Nicolas-des-Champs - à Saint-Laurent.» M. Longnon estime qu'en prenant ainsi - Saint-Nicolas pour point de départ, l'anonyme désigne l'édifice - le plus rapproché de sa demeure. - -Aussi notre premier soin a-t-il été de fixer autant que possible le temps -pendant lequel ce curé de Saint-Nicolas-des-Champs a conservé le -gouvernement de sa paroisse et de rechercher en même temps le nom de son -prédécesseur. La tâche était ardue, les archives du XVe siècle ne -fournissant que des renseignements très vagues et très clairsemés sur la -personnalité des curés de Saint-Nicolas-des-Champs. On savait jusqu'ici -que, le 18 mai 1399[16], les paroissiens de Saint-Nicolas-des-Champs, -voulant agrandir leur église et construire trois chapelles, entrèrent en -arrangement avec leur curé, Guillaume de Kaer, chanoine de Notre-Dame, -docteur en décret, qui venait de succéder à Pierre Mignot. - - [16] Arch. nat., S 3453. - -Au commencement du XVe siècle, le curé de Saint-Nicolas-des-Champs était -donc Guillaume de Kaer; durant quel laps de temps exerça-t-il les -fonctions curiales? Les registres capitulaires de Notre-Dame ne nous -renseignent que sur l'existence du chanoine, mais ne nous apprennent rien -sur le curé de Saint-Nicolas-des-Champs, aussi serait-on en droit de -supposer une résignation de sa cure au profit de Jean Beaurigout, si de -longues et minutieuses investigations dans les archives du chapitre de -Notre-Dame ne nous avaient fait découvrir un document décisif qui lève -tous les doutes à cet égard. En 1416, Guillaume de Kaer se trouvait -engagé dans un procès contre un épicier de Paris, Philippe Boussac, -procès qui fut porté devant l'officialité de Sens; comme Guillaume de -Kaer, en sa qualité de chanoine de Notre-Dame était exempt de la -juridiction épiscopale, l'official de Sens adressa, le 12 octobre 1416, -une requête au chapitre de Notre-Dame, à l'effet de faire citer devant -son tribunal Guillaume de Kaer, lequel dans ce document est qualifié de -curé de Saint-Nicolas-des-Champs[17]; aussi sommes-nous en droit de -penser qu'il conserva le gouvernement de sa cure jusqu'à sa mort, arrivée -le 29 septembre 1418. En présence d'un texte aussi formel, que deviennent -toutes ces déductions basées sur les différents passages où l'auteur -du Journal indique en quelque sorte le lieu de sa demeure? elles -tombent forcément et ne peuvent d'aucune façon s'appliquer à Jean -Beaurigout, puisque à cette époque il n'avait rien de commun avec -Saint-Nicolas-des-Champs et que rien n'autorise à croire qu'il aurait -fixé son domicile à proximité de cette église. - - [17] Voici les termes mêmes de la requête en question: - «Venerabilem virum et discretum, magistrum Guillelmun de Kaer, - presbyterum, decretorum doctorem, ecclesie Parisiensis canonicum, - curatumque ecclesie parrochialis Sancti Nicholai de Campis - Parisiensis.» (Arch. nat., L 408, no 129.) - -Si jusqu'en 1418 Jean Beaurigout semble absolument étranger à -Saint-Nicolas-des-Champs, l'on ne saurait mettre en doute qu'il fut le -successeur immédiat de Guillaume de Kaer et qu'il resta curé de -Saint-Nicolas-des-Champs pour toute la durée de la domination anglaise; -c'est ce qui ressort d'un acte de désaisine du mois de juillet 1421, pour -une maison sise rue Saint-Martin et vendue à Anceau Langlois, prêtre, -acte où nous voyons intervenir «venerable et discrete personne, messire -Jehan Beaurigot, curé de S. Nicolas des Champs[18].» On peut donc -affirmer avec certitude que c'est le même personnage qui, en 1429, se -déclara publiquement l'un des adhérents de la politique anglaise, en -jurant devant le Parlement l'exécution du traité de Troyes. Ce fait vient -à l'appui de la thèse soutenue par M. Longnon, et il semblera tout -naturel d'établir un rapprochement entre les actes de ce curé parisien, -partisan non déguisé de la domination étrangère, et le Journal de ce -prétendu bourgeois de Paris où percent à chaque page les sentiments de -haine acharnée que nourrit l'auteur contre la faction des Armagnacs. - - [18] Arch. nat., S 1448{1}, fol. 186 vº. - -Gardons-nous toutefois de céder à cet entraînement, reprenons le texte du -Journal parisien et poursuivons l'examen des particularités qui semblent -aux yeux de M. Longnon justifier l'attribution du Journal au curé -Beaurigout. - -Le seul fait que l'on puisse signaler pour la période comprise entre les -années 1418 et 1436 est celui qui est relaté à la date de septembre 1435, -et encore concerne-t-il non l'église de Saint-Nicolas-des-Champs, mais -son cimetière. Il s'agit d'un seigneur anglais, le neveu du sire de -Falstaff, tué à l'assaut tenté contre la ville de Saint-Denis, et dont -les restes furent enterrés dans le cimetière de Saint-Nicolas, après -avoir subi une sorte de cuisson dans une chaudière pour séparer les os de -la chair. Il est certain que l'auteur du Journal entre dans des détails -minutieux sur cette opération; mais, parce que le cimetière de -Saint-Nicolas-des-Champs est désigné comme lieu de sépulture de ce -chevalier anglais, est-ce suffisant pour en conclure que le curé de -Saint-Nicolas était vraisemblablement l'auteur du Journal? Notre anonyme -ne rapporte-t-il pas un trait absolument analogue en 1429, lorsqu'il -raconte la mort de Glasdale, dont le corps fut également ramené à Paris, -«despecé par quartiers, boullu, embasmé» et mis dans une chapelle à -Saint-Merry? L'auteur ne compte-t-il pas le nombre des cierges qui -brûlaient nuit et jour devant le corps de ce capitaine? Il faut convenir -que ces détails recueillis par le narrateur et qui ne pouvaient guère -intéresser que le clergé de Saint-Merry n'ont pas plus d'importance que -ceux dont notre chroniqueur nous entretient à propos de la mort du neveu -de Falstaff. - -Voilà donc en quoi se résume, pour la période postérieure à 1418, le seul -et unique fait relatif, non à l'église, mais au cimetière de -Saint-Nicolas. En continuant à raisonner dans l'hypothèse qui permettrait -de rattacher à Jean Beaurigout le Journal parisien, l'on est -involontairement frappé du profond silence que garde ce curé dans le -cours de son existence sur tout ce qui peut toucher son église. Comment -s'expliquer, par exemple, que dans un laps de temps qui comprend plus de -vingt années, il n'ait pas trouvé une particularité digne de fixer son -attention et de prendre place dans un memento composé de notes -journalières, lorsqu'une grande partie de la chronique n'est remplie que -de ces incidents de la vie quotidienne, de ces menus détails auxquels se -complaît l'auteur? Il est vraiment surprenant que l'anonyme auquel -nous devons le Journal parisien, s'il doit s'identifier avec le -curé de Saint-Nicolas-des-Champs, ne souffle mot de la réédification -de son église, qui eut lieu en 1420, et qu'il ne parle point d'une -transaction conclue le 25 janvier 1421, entre le curé joint aux -marguilliers de Saint-Nicolas d'une part, et les religieux de -Saint-Martin-des-Champs d'autre part, au sujet de la construction -d'un nouveau presbytère attenant à l'église[19]. Si Jean Beaurigout, -curé de Saint-Nicolas-des-Champs de 1419 à 1440 (au moins), est bien -l'auteur de notre Journal, comment se fait-il que sa chronique ne -renferme aucune allusion à un fait assez curieux qui se passa au mois -de janvier 1439, et qui dut fortement émouvoir la personne du curé -de Saint-Nicolas, à raison du scandale causé dans son église? Voici -de quoi il est question. Vers le milieu de janvier 1439, un libelle -diffamatoire visant le prieur de Saint-Martin-des-Champs et plusieurs -autres personnages fut placardé dans l'église de Saint-Nicolas; -l'officialité, saisie de l'affaire, lança un monitoire contre les -auteurs inconnus de ce méfait. - - [19] Arch. nat., S 3453. - -Le dimanche 8 février, un sermon fut prêché à Saint-Nicolas-des-Champs, -par un religieux jacobin, qui exposa «en quel inconvenient de conscience -s'estoient mis ceulx qui avoient fait ung libelle diffamatoire.» Suivant -le compte du receveur de Saint-Martin-des-Champs[20], auquel nous -empruntons ces détails, après le sermon le prieur de Saint-Martin fit -offrir une collation au prédicateur «en attendant le disner, en l'ostel -du Gros Tournois, devant l'eglise de Sainct Nicolas.» Toutes ces -particularités, qui ne présentent à nos yeux qu'un intérêt très -restreint, avaient une tout autre importance dans le milieu où vivait un -homme d'église du XVe siècle. Pour le curé de Saint-Nicolas-des-Champs, -l'apposition d'un libelle diffamatoire dans son église, le sermon prêché -par ce jacobin, étaient autant d'événements de nature à produire -impression sur son esprit et qu'il n'eût pas manqué de rappeler dans sa -chronique. - - [20] Arch. nat., LL 1383, fol. 130 rº, 159 vº. - -Or, comme il est facile de s'en convaincre, l'auteur du Journal parisien, -pour toute l'année 1439, ne mentionne même pas l'église de -Saint-Nicolas-des-Champs, pas plus qu'il ne s'en occupe en 1440 et 1441, -au moment où le curé Beaurigout était en procès avec son évêque. Nous -touchons ici au principal argument, dont s'est servi M. Longnon, pour -justifier l'attribution du Journal parisien à Jean Beaurigout; à première -vue, il paraît décisif, tellement le jugement sévère porté par notre -chroniqueur sur l'évêque de Paris cadre bien avec l'animosité que -Beaurigout devait nourrir à cette époque contre Denis du Moulin, son -adversaire en cour du Parlement. Mais, en relisant le passage sur lequel -s'appuie M. Longnon et que ce critique reproduit en entier dans ses -_Conjectures_, on constate facilement qu'il comprend plusieurs détails -sans lien aucun avec le procès soutenu par Jean Beaurigout au Parlement -de Paris; ce n'est que très incidemment, en effet, que l'auteur du -Journal arrive à dire que Denis du Moulin «avoit plus de cinquante procès -au Parlement et que de lui n'avoit on rien sans procès.» Par quel -enchaînement d'idées cette réflexion est-elle amenée, s'agit-il dans ce -qui précède de l'église de Saint-Nicolas-des-Champs et de son curé? -Nullement, le chroniqueur commence par nous apprendre qu'en 1440, le -cimetière des Innocents fut mis en interdit pendant quatre mois, et ce -par suite des prétentions exagérées de l'évêque de Paris, qui réclamait -une somme d'argent dépassant les ressources de l'église des Innocents; -c'est donc l'église des Innocents et non celle de Saint-Nicolas-des-Champs -qui est en question. Comprendrait-on dans la bouche du curé de cette -dernière église une diatribe à propos du cimetière et de l'église -des Innocents qui lui sont absolument étrangers, tandis que lui-même, -en procès pour sa propre paroisse, garderait le silence sur ce -qui l'intéresse personnellement; ce n'est pas admissible, à moins -de prétendre que l'auteur de notre Journal ait voulu cacher avec -un soin jaloux sa personnalité. Plus loin, après avoir montré l'esprit -processif et cupide de l'évêque Denis du Moulin, le chroniqueur insiste -longuement sur certains procédés vexatoires imaginés par ce prélat et ses -officiers pour extorquer de l'argent, en faisant rendre compte -d'exécutions testamentaires, dont la trace s'était perdue. Quel rapport -cela a-t-il avec le procès du curé Beaurigout et l'administration de la -paroisse de Saint-Nicolas-des-Champs? Les préoccupations du chroniqueur -sont de tout autre nature. S'il nous parle du cimetière des Innocents, -s'il juge à propos de nous entretenir des testaments et de leur -exécution, c'est que ses intérêts personnels étaient en jeu, tandis que -la cure de Saint-Nicolas-des-Champs, comme le prouve surabondamment -l'ensemble de son Journal, devait lui être complètement étrangère. - -Un point qui n'est pas sans importance et que M. Longnon a laissé dans -l'ombre est celui qui touche à la personne de l'auteur du Journal, -considéré comme membre de l'Université de Paris. Jean Beaurigout ne nous -apparaît dans la dissertation de M. Longnon que comme un homme d'église -assez obscur d'ailleurs; nulle part on n'entrevoit le suppôt de -l'Université, et cependant, à moins de tenir l'auteur du Journal parisien -pour l'un de ces «clercs enflés de science», qu'il tourne en ridicule -dans quelque endroit de ses mémoires, nous devons croire qu'il occupa un -rang assez élevé dans le corps universitaire, puisqu'il se met au nombre -«des parfaits clercs» qui prirent part à la dispute du collège de -Navarre. Beaurigout était-il un théologien, ou appartenait-il à quelque -autre faculté, comme beaucoup de gens d'église de son temps qui n'étaient -que simples maîtres ès-arts ou bacheliers en décret? rien ne nous -renseigne à cet égard; en tout cas, il faut bien que son rôle ait été -singulièrement effacé pour que pendant plus de quarante ans il soit resté -en dehors de tout ce qui s'est passé au sein de l'Université. - -§ 2.--_Opinion personnelle du présent éditeur._ - -On le voit, l'opinion émise par M. Longnon soulève certaines objections -auxquelles il nous paraît difficile de répondre, et nous ne saurions -considérer comme irréfutable l'attribution du Journal au curé Beaurigout. -Reprenons l'examen de notre chronique et voyons si le texte conforme aux -manuscrits ne peut nous apporter aucune donnée nouvelle. Dans plusieurs -passages déjà signalés par la critique, l'auteur du Journal parle de sa -personne, mais en termes si ambigus qu'il ne laisse point pénétrer son -individualité. Ainsi l'on savait bien jusqu'à présent qu'en mai 1427, il -se trouva parmi les personnages ecclésiastiques qui accompagnèrent une -procession jusqu'à Montmartre; mais quel parti peut-on tirer d'un -renseignement aussi vague? Ici le manuscrit de Rome devient d'un précieux -secours, et nous permet de restituer ce passage de façon à introduire un -élément nouveau dans la discussion[21]. En effet il n'est pas indifférent -de savoir qu'au lieu d'_eschevins enfondrez_, il faut lire _chemins -effondrés_, qu'il s'agit d'une cérémonie exclusivement religieuse et que, -le lundi qui précéda l'Ascension (26 mai 1427), ce fut _la procession de -Nostre-Dame_ qui se rendit à Montmartre. En présence de déclarations -aussi explicites, n'est-il pas permis de supposer avec quelque -vraisemblance que l'auteur du Journal parisien, qui est, ne l'oublions -pas, un homme d'église, pouvait bien faire partie du clergé de -Notre-Dame, soit à titre de chanoine, soit à titre de chapelain? On nous -objectera sans doute que cette procession, comme la plupart de celles qui -avaient lieu à cette époque, pouvait comprendre non seulement les prêtres -de Notre-Dame, mais encore ceux d'autres églises. - - [21] Nous reproduisons le texte de notre chroniqueur, tel qu'il - se trouve dans La Barre et dans toutes les éditions: «Le lundy - devant l'_Ascension de Nostre Dame et sa compaignie_ furent à - Montmartre, et ce jour ne cessa de plouvoir depuis environ neuf - heures au matin jusques à trois heures après disner, non pas - qu'ils se musassent pour la pluie, mais pour certain les - _eschevins_ furent si très fort _enfondrez_ entre Montmartre et - Paris que nous mismes une heure largement à venir de Montmartre à - Saint-Ladre.» - -Nous répondrons que notre chroniqueur n'entend point parler d'une de ces -processions _générales_ qui mettaient en mouvement toute la population -parisienne, et où l'on voyait cheminer côte à côte prêtres, suppôts de -l'Université, magistrats et bourgeois, celles-là sont toujours bien -clairement désignées dans notre Journal; l'auteur n'a en vue qu'une -procession _ordinaire_ du clergé de Notre-Dame, qui se rendait chaque -année à Montmartre, le jour de la fête des Rogations, cérémonie -particulière à l'église cathédrale, à laquelle ne devaient participer que -les prêtres appartenant au corps de Notre-Dame[22]. - - [22] Les registres capitulaires de Notre-Dame établissent - constamment une distinction entre les processions propres à - Notre-Dame et les processions générales; dans la première - catégorie peuvent être rangées les processions qui se faisaient - traditionnellement chaque année à Saint-Martin-des-Champs et à - Montmartre. Il suffit de parcourir les registres capitulaires du - XVe siècle pour rencontrer, pour ainsi dire chaque année, mention - des processions de la fête des Rogations particulières à - Notre-Dame. - - En voici quelques exemples: - - 1434.--«Veneris XX et ultima aprilis. Fiant processiones - Rogationum, ut in anno precedenti.» (Arch. nat., LL 217, fol. 94.) - - 1435.--«Veneris XX maii. Fiant processiones in ebdomada proxime - venienti ........ prout in anno preterito, propter guerras et - pericula, et fiat statio ante Sanctum Nicolaum.» (Arch. nat., LL - 217, fol. 147.) - - 1443.--«Veneris XXIV maii. Fiat die lune proxima processio - Ecclesie apud Sanctum Montem martyrum.» (Arch. nat., LL 218, fol. - 437.) - -Le passage du Journal relatif à la procession du 26 mai 1427 avait déjà -frappé l'attention du plus ancien possesseur connu du manuscrit de Rome, -le président Fauchet, qui inscrivit en marge de son volume la réflexion -suivante: «Il semble que l'autheur fut du corps de Nostre Dame.» Du -moment que notre chroniqueur, auquel on ne peut refuser la qualité -d'homme d'église, se met en scène parmi les prêtres qui prirent part à -une procession spéciale au clergé de Notre-Dame, n'est-il pas rationnel -de croire qu'il appartenait lui-même à ce clergé? Bien que Beaurigout ait -été l'un des chapelains de l'autel Saint-Léonard en l'église cathédrale, -sa personne semble _a priori_ devoir être écartée; en effet, les -registres synodaux de Notre-Dame[23] qui à partir de 1428 donnent les -noms de tous les chapelains année par année, ne nous montrent Jean -Beaurigout comme titulaire de cette chapellenie qu'à une époque qui ne -saurait être antérieure à l'année 1435[24]. Eu égard au rang important -que l'auteur du Journal devait occuper dans l'Université, c'est plutôt -dans le corps des chanoines que dans celui des chapelains que ce -personnage doit être recherché. - - [23] Arch. nat., LL 446. - - [24] Jean Beaurigout figure parmi les chapelains de Saint-Léonard - à la date du 23 février 1436 dans le registre des chapellenies de - Notre-Dame (Arch. nat., LL 192, fol. 1). - -Nos investigations ont donc forcément dû prendre une autre direction; à -force de compulser les registres capitulaires de Notre-Dame et de -comparer les données que nous y avons recueillies avec le texte de notre -chronique, nous croyons pouvoir établir que l'homme d'église, à qui nous -sommes redevables du Journal parisien, est précisément un chanoine de -Notre-Dame, Jean Chuffart, successeur de l'illustre Gerson dans le poste -de chancelier de l'église de Paris. - -Cette nouvelle hypothèse surprendra peut-être au premier abord, mais elle -est basée sur de longues et patientes recherches, et peut se défendre par -des arguments non moins sérieux et non moins probants que ceux dont on -s'est servi jusqu'à ce jour. A l'appui de nos conjectures nous avons -relevé à divers points de vue de nombreux indices qui permettront de se -former une opinion sur l'individualité de notre chroniqueur; pour plus de -clarté nous grouperons ces témoignages de nature différente sous un -certain nombre de propositions ou de théorèmes que nous essayerons de -démontrer. - -_a._ L'AUTEUR DU JOURNAL PARISIEN APPARTIENT AU CLERGÉ DE NOTRE-DAME. - -Nous attribuons, avons-nous dit, le Journal parisien à Jean Chuffart, -chanoine de Notre-Dame de Paris; examinons d'abord si l'époque de son -existence peut concorder avec les années extrêmes de notre Journal. Jean -Chuffart, originaire de Tournai, maître ès arts et licencié en droit -canon, succéda le 8 mai 1420 à Jean de Saint-Verain, décédé, et mourut le -8 mai 1451, chancelier de l'église cathédrale[25]; ces dates cadrent -parfaitement avec la période qu'embrasse la chronique anonyme des règnes -de Charles VI et Charles VII. Reste maintenant à examiner si le texte -même de ce document ne contrarie point notre hypothèse. De 1420 à 1449, -il n'est pour ainsi dire pas une année du Journal qui ne contienne -quelques particularités relatives à Notre-Dame ou au corps capitulaire. -L'auteur trahit involontairement sa qualité, soit qu'il décrive avec un -véritable luxe de détails la cérémonie des obsèques de Charles VI, la -réception du régent à Notre-Dame en 1424, le sacre du jeune roi -d'Angleterre en 1431, soit qu'il parle des processions de 1426, 1427, -1429, 1431, soit qu'il mentionne les élections des différents prélats qui -se succédèrent sur le trône épiscopal de Paris, élections auxquelles il -dut prendre part comme chanoine de Notre-Dame. S'il consacre un -paragraphe à l'élection de Nicolas Fraillon demeurée sans résultat, c'est -que Nicolas Fraillon fut choisi et recommandé par le chapitre, qui par ce -choix se mit en opposition avec le gouvernement anglais[26]. - - [25] Arch. nat., LL 215, fol. 268; LL 220, fol. 40. - - [26] D'après un recueil d'actes capitulaires conservé à la - Bibliothèque nationale, Jean Chuffart fut l'un des trois - chanoines délégués, le 11 novembre 1426, auprès du roi - d'Angleterre, pour lui notifier le choix du chapitre et demander - son agrément (Mss. latin 17740, fol. 262). - -Dans diverses occasions, l'auteur du Journal parisien nous entretient de -cérémonies religieuses qui se passaient à Notre-Dame et qui -n'intéressaient que le clergé de la cathédrale; nous voulons parler des -ordinations faites par l'évêque de Paris à la fin de la semaine sainte. A -deux reprises différentes, en 1433 et 1439, il mentionne la venue à Paris -d'un prélat étranger pour la célébration des offices de la semaine sainte -et la collation des ordres; il observe même à l'année 1433 que cet évêque -«les fit si matin que grande partie de toutes ordres à ce jour -faillirent.» Ces détails dans la bouche de notre chroniqueur ne peuvent -s'expliquer qu'en admettant sa présence habituelle au sein du clergé de -Notre-Dame, seul au courant de toutes ces particularités. - -Lorsque l'auteur du Journal nous apprend qu'au mois de juillet 1427 -l'évêque de Paris interdit à toute femme l'entrée du chœur du «moustier» -pendant la durée des offices, de quel «moustier» veut-il parler, si ce -n'est de l'église cathédrale, et qui pouvait connaître ce règlement -transitoire en dehors des chanoines et chapelains? Une réflexion analogue -vient à l'esprit en lisant ce paragraphe où le chroniqueur prend soin de -noter que le dimanche 26 janvier 1428 (v. st.) on commença à dire les -heures canoniales à Saint-Jacques de la Boucherie comme à Notre-Dame, et -il est permis de se demander pour qui un détail aussi insignifiant -pouvait présenter quelqu'intérêt, si ce n'est pour un prêtre de -Notre-Dame? On pourrait en dire autant de l'article du Journal relatif à -la refonte de la grosse cloche de Notre-Dame, connue sous le nom de -_Jacqueline_: l'exactitude des renseignements donnés par notre auteur -n'indique-t-elle pas jusqu'à un certain point la source officielle à -laquelle ils sont puisés? D'après les délibérations capitulaires de cette -époque, Jean Chuffart fut précisément l'un des commissaires désignés par -le chapitre pour présider à divers travaux préliminaires, veiller -notamment à ce qu'il ne fût distrait aucune portion de métal provenant de -la cloche brisée[27]; ce fut le même personnage qui fit marché avec un -charpentier pour la descente de la cloche Jacqueline. - - [27] Arch. nat., LL 216, fol. 191. - -Lors de l'entrée du régent à Paris le 18 décembre 1434, notre chroniqueur -met dans son récit qu'à la bastide Saint-Denis se tenaient «les enfans de -cuer de Nostre Dame qui moult chantoient melodieusement». Cette mention -qui, en elle-même, n'offre pas grand intérêt, mérite cependant d'être -remarquée, parce que les registres capitulaires témoignent de la -sollicitude avec laquelle le chancelier de l'église de Paris s'occupait -des enfants de chœur de Notre-Dame et de leurs intérêts[28], sollicitude -qui ne se démentit pas un instant; par son testament, Jean Chuffart -laissa aux enfants de chœur de Notre-Dame une maison sise rue -Saint-Denis, en même temps qu'il légua son hôtel du Bourget à ceux de -Saint-Germain l'Auxerrois[29]. - - [28] On voit notamment que le 27 avril 1433, pendant la maladie - de Raoul le Fourbeur, maître des enfants de chœur, Jean Chuffart - et Pierre d'Orgemont furent chargés par le chapitre de pourvoir à - la subsistance de ces enfants (Arch. nat., LL 217, fol. 42). - - [29] Testament de Jean Chuffart, Arch. nat., S 851. - -La main d'un prêtre de Notre-Dame mêlé aux incidents de la vie -capitulaire se retrouve à tout instant dans la rédaction du Journal -parisien, il est facile de s'en rendre compte en parcourant un recueil -d'actes dressé pendant la domination anglaise par le notaire du chapitre -de Notre-Dame, Nicolas Sellier; ce recueil nous permet de compléter le -récit de quelques menus faits rappelés sommairement dans notre Journal. -Ainsi en 1426, le chroniqueur parle en termes assez vagues d'une -procession à Saint-Magloire au sujet de certains hérétiques plus -amplement mentionnés dans une portion de son Journal aujourd'hui perdue. -Le protocole de Nicolas Sellier contient les principales pièces de la -procédure instruite contre ces hérétiques et rend intelligible une suite -de faits dont l'ensemble est difficile à saisir. D'après ce registre, un -clerc du nom de Guillaume Vignier, et ses associés, maître Ange Jouen, -Jean l'Amy, Ambroise Maloisel de Gênes et Philippe de Roques se -laissèrent circonvenir par un prêtre nommé Rodigue, qui, pensant leur -extorquer de l'argent, leur fit espérer la découverte de trésors au moyen -de sortilèges; ces malheureux furent l'objet de poursuites dirigées par -Jean Graveran, inquisiteur de la foi, et tinrent prison une année durant. -Par suite d'un conflit de juridiction que souleva l'évêque de Paris, le -pape Martin V dut intervenir et désigner des commissaires chargés de -juger le procès; savoir, les évêques de Noyon et de Thérouanne; lors de -la vacance du siège épiscopal de Paris, le chapitre se vit obligé de -suivre cette affaire et de prendre en main la défense des droits de -l'évêque. Cette intervention du corps capitulaire explique jusqu'à un -certain point la mention spéciale consacrée par l'un de ses membres à -d'obscurs hérétiques[30]. - - [30] Bibl. nat., ms. lat. 17740, fol. 261. - -Sous la date du 25 mai 1431, l'auteur du Journal donne tout au long le -texte des indulgences accordées par le pape Martin V en l'honneur de la -fête du Saint-Sacrement; nous n'avons pas été peu surpris de retrouver -ces mêmes indulgences reproduites mot pour mot à la fin du protocole de -Nicolas Sellier[31]. - - [31] _Ibid._, fol. 398. - -Dans sa relation des obsèques d'Isabeau de Bavière, notre chroniqueur -constate que l'abbé de Sainte-Geneviève célébra l'office des morts à -Notre-Dame; si ce détail a pris place dans son récit, c'est qu'il s'agit -d'un fait exceptionnel, en dehors des traditions de l'église de Paris. En -effet, le même protocole nous a conservé la teneur d'une déclaration de -l'abbé de Sainte-Geneviève portant que la célébration du service funèbre -par lui faite en vertu d'une autorisation du chapitre de Notre-Dame ne -préjudiciera en rien aux immunités du même chapitre[32]. - - [32] _Ibid._, fol. 24. - -Nous arrivons maintenant à ce curieux passage du Journal qui est un des -arguments les plus importants de la thèse de M. Longnon. On ne saurait se -dissimuler la coïncidence remarquable qui existe entre la sortie -véhémente du chroniqueur parisien dirigée contre Denis du Moulin et le -procès soutenu à la même date par Jean Beaurigout, curé de -Saint-Nicolas-des-Champs, contre son évêque; mais loin de contrarier -notre système, ce rapprochement tendrait plutôt à le fortifier et nous -confirme dans l'opinion que notre anonyme doit être un membre du clergé -de Notre-Dame, et non Beaurigout. Si l'auteur du Journal a inséré dans -son récit quelques lignes visant particulièrement l'évêque et ses procès -au Parlement, c'est que le chapitre de Notre-Dame, dont il était membre, -se trouvait personnellement engagé dans le procès de Beaurigout, qu'il -avait pris fait et cause pour ce curé de Saint-Nicolas-des-Champs, l'un -des chapelains de l'église cathédrale; il y avait là une affaire -d'exemption intéressant le corps capitulaire tout entier. Il suffit de -parcourir les délibérations des chanoines pour juger de l'importance que -le chapitre attachait à ce débat; de mars à mai 1441, c'est presque à -chaque séance que l'on s'occupe de cette fastidieuse question, soit de la -procédure au Parlement entre l'évêque et le chapitre «sur le fait de -l'exemption de Notre-Dame», à propos du curé de Saint-Nicolas-des-Champs. -Tantôt, le corps capitulaire propose de s'entendre avec l'évêque pour la -nomination d'arbitres, tantôt il désigne des chanoines chargés de -conseiller le curé de Saint-Nicolas-des-Champs et de recueillir les -ressources nécessaires pour la poursuite du procès, ou bien encore il -délègue quelques-uns de ses membres auprès du premier président du -Parlement[33]. Bref, il est incontestable qu'au début de l'année 1441, -cette affaire préoccupa vivement, passionna même les chanoines, surtout -le chancelier Jean Chuffart, que nous voyons figurer en 1438, 1439 et -1440 parmi les chanoines munis de pleins pouvoirs à l'effet de suivre les -causes du chapitre au Parlement, et aux requêtes du palais[34]. Ce point -établi, doit-on éprouver quelque surprise de rencontrer dans le Journal -parisien une allusion à l'esprit processif de Denis du Moulin? Quant aux -développements que consacre notre chroniqueur «à la pratique bien -estrange» imaginée par l'évêque de Paris «ou ses tres deloyaulx -complices» peut-être paraîtront-ils moins extraordinaires dans la bouche -du chanoine Jean Chuffart qui remplit les fonctions de commissaire -délégué par l'évêque de Paris pour les causes testamentaires dans la -ville et le diocèse de Paris et qui, par conséquent, eut dans ses -attributions le règlement des diverses questions que pouvait soulever -l'exécution des testaments[35], nul doute que le caractère inquisitoire -de la mesure prise par l'évêque de Paris dans un but purement fiscal -n'ait fortement indisposé Jean Chuffart. En voyant l'auteur présumé du -Journal parisien nous mettre dans la confidence de ses griefs contre -l'évêque Denis du Moulin et manifester son mécontentement, l'on a moins -de peine à s'expliquer le décousu de cette partie de notre chronique. - - [33] Arch. nat., LL 218, fol. 82, 84, 85, 86, 93, 104, 105, 166. - - [34] Bibl. nat., ms. lat. 17740, fol. 82, 124. - - [35] C'est ce qui ressort de deux actes insérés dans le censier - de Saint-Nicolas-des-Champs en date du 2 juillet 1435; ces actes - sont: le premier une décharge donnée à un exécuteur - testamentaire, le second la fixation d'une pension alimentaire. - Arch. nat., LL 861, fol. 18, 19, 126. - -Il n'est pas indifférent de déterminer le quartier de Paris habité par le -chanoine Jean Chuffart. Rien ne nous empêche d'admettre, conformément aux -conclusions de M. Longnon, que, pour la période de sa vie antérieure à -1420, il ait élu domicile sur la rive droite de la Seine, un peu plus -tard nous constatons son établissement définitif dans la Cité. En effet, -peu de temps après sa réception comme chanoine de Notre-Dame, il acquit -moyennant 200 écus d'or la maison du cloître qu'occupait son prédécesseur -Jean de Saint-Verain[36]; c'est là que s'écoula toute son existence. La -maison claustrale de Jean Chuffart, située non loin du port Saint-Landry, -était attenante à la maison du chanoine Pasquier de Vaulx, derrière -laquelle se trouvait un jardin aboutissant à la rivière; cette proximité -du fleuve explique les détails circonstanciés que donne l'auteur du -journal à partir de 1420 sur les débordements de la Seine du côté de -l'île Notre-Dame, des Ormeteaux et de la Grève, dont plus que personne il -était à même de suivre les progrès. - - [36] Arch. nat., LL 215, fol. 424; LL 216, fol. 3. - -Dans l'hypothèse qui place l'habitation de notre chroniqueur près de -Notre-Dame, on conçoit qu'il s'attache à relater tout ce qui concerne -l'église cathédrale, le Palais, la Sainte-Chapelle, l'Hôtel-Dieu sur -lequel il est bien informé, puisqu'il se fait l'écho des doléances des -malades au sujet des maigres reliefs du sacre de Henri VI et qu'il nous -fait connaître le chiffre des malades enlevés par l'épidémie de 1439. On -comprend également que l'ouverture d'un marché devant l'église de la -Madeleine en 1436 ait frappé son attention, de même que le baptême de -l'enfant phénoménal né à Aubervilliers, baptême qui eut lieu dans -l'église de Saint-Christophe en la Cité. Le curé de cette église étant à -la nomination du chapitre et faisant partie du clergé de Notre-Dame, il -ne serait point extraordinaire que notre chanoine eût été curieux -d'assister à cette cérémonie, pour examiner à son aise et tenir entre ses -mains le phénomène en question, comme on le voit par le récit du journal -parisien. Un passage inédit de notre chronique (année 1438) signale dans -le voisinage immédiat de la maison habitée par notre anonyme la chambre -de maître Hugues; ne s'agirait-il point ici d'une de ces chambres -dépendant des maisons canoniales et qui servaient de logement au clergé -inférieur de Notre-Dame[37]? Il est difficile de vérifier jusqu'à quel -point cette assertion pourrait se trouver fondée. - - [37] Nous citerons comme exemple la _chambre_ de la maison - claustrale de Jean Gerson, habitée par un chapelain de Notre-Dame - qui fut exclu pour indignité, et transmise le 9 septembre 1422 à - Jean Ansel, chanoine de Saint-Jean-le-Rond (Arch. nat., LL 215, - fol. 381). - -Tels sont les principaux arguments qui nous permettent de rattacher -l'œuvre du prétendu bourgeois de Paris à un membre du clergé de -Notre-Dame, le chanoine et chancelier Jean Chuffart. - - -_b._ L'AUTEUR DU JOURNAL PARISIEN, ANGLO-BOURGUIGNON D'ABORD, SE RALLIE -EN 1436 AU PARTI NATIONAL. - - -De tous les chroniqueurs des règnes de Charles VI et Charles VII dont les -écrits ont été conservés, aucun ne se distingue par une couleur aussi -accentuée que l'auteur de notre journal. Fervent bourguignon dès -l'origine et partisan déclaré de la faction des bouchers, il embrasse la -cause anglaise et ne prend pas la peine de déguiser son aversion -profonde pour les Armagnacs qu'il rend responsables de toutes les -calamités qui désolèrent Paris sous la domination étrangère. Ce caractère -si nettement accusé de la chronique anonyme de 1405 à 1449 doit selon -nous se retrouver chez son auteur et dans les principales phases de son -existence; la persistance de ses sentiments hostiles à l'égard des -Français ou Armagnacs permet de le compter au nombre de ces représentants -du clergé parisien qui, dans maintes occasions solennelles, affirmèrent -hautement leurs sympathies pour le gouvernement anglais. Cette pensée -était venue à M. Longnon lorsqu'à l'appui de sa thèse il nous montrait le -curé de Saint-Nicolas-des-Champs (c'est-à-dire Jean Beaurigout) jurant le -26 août 1429 l'exécution du traité de Troyes; nous suivrons son exemple -et nous chercherons le chanoine de Notre-Dame auquel nous attribuons le -journal parisien dans les rangs des prêtres anglo-bourguignons. Bien que -la plupart des personnages ecclésiastiques qui prêtèrent serment entre -les mains du Parlement ne soient désignés que par leurs titres de curés -ou de prieurs, nous avons cependant remarqué deux noms inscrits en tête -de la liste donnée par le greffier Fauquembergue, ceux de Pasquier de -Vaulx et de Jean Chuffart, tous deux chanoines de Notre-Dame. Jean -Chuffart, que M. Quicherat, dans la table des Procès de Jeanne d'Arc, -appelle un notable de Paris, est bien le dignitaire du chapitre que nous -connaissons; il peut donc prendre place parmi ces membres du clergé qui -n'attendirent point qu'on vînt leur demander le serment de fidélité, mais -qui s'empressèrent de consacrer par une adhésion spontanée le fameux -traité de Troyes. A cette même époque, le chanoine Jean Chuffart était, -paraît-il, fort bien vu du gouvernement anglais, si l'on en juge par un -mandement du roi Henri VI, à l'adresse du Parlement de Paris, portant -évocation d'une cause pendante entre le chapitre de Saint-Marcel et le -même personnage, mandement dans lequel le roi le qualifie de «nostre -amé»[38]. Néanmoins, il ne faut pas se dissimuler que Jean Chuffart, tout -en acceptant comme beaucoup d'autres la domination anglaise, ne devint -point anglais de cœur et d'âme; bourguignon il était, bourguignon il -resta, et lorsque le traité d'Arras rétablit la paix depuis si longtemps -rompue entre le roi de France et le duc de Bourgogne, il suivit sans -hésitation le parti du souverain légitime; nous en donnerons plus loin -une preuve non équivoque. - - [38] Ce mandement, en date du 11 décembre 1430, est annexé à un - accord homologué au Parlement de Paris le 11 avril 1431 (Arch. - nat., X{IC} 141). - -Les mêmes fluctuations se remarquent chez l'auteur du journal parisien, à -partir de la reddition de Paris à Charles VII; autant le chroniqueur se -montre précédemment adversaire intraitable des Armagnacs, autant il se -radoucit et change de ton. Les Armagnacs disparaissent complètement de -la scène politique et deviennent les Français; quant à Charles de Valois, -il n'est plus nommé que le roi de France. Pour expliquer une aussi rapide -évolution, est-il nécessaire de recourir au système de l'académicien La -Barre qui concluait à l'existence de deux auteurs distincts, ou bien -doit-on admettre un remaniement de l'œuvre primitive? Nous ne le pensons -pas. Rien de plus simple, de plus facile à concevoir avec l'hypothèse que -nous émettons plus haut. Après la soumission de Paris aux Français, -l'homme d'église, quel qu'il soit, auquel nous devons le journal -parisien, au lieu de quitter la capitale à la suite des Anglais, se -rallie à la cause nationale, ainsi que le dénote l'apaisement de son -esprit; s'il conserve encore quelqu'animosité, ce n'est point contre la -personne de Charles VII, mais contre celle du Dauphin et des «faulx -gouverneurs» dont les exactions répétées ruinaient les Parisiens, gens -d'église et autres; c'est contre les gens de guerre et leurs chefs, dont -le brigandage s'exerçait en toute liberté aux portes mêmes de Paris. Il a -compassion de la situation misérable faite à Paris, à cette ville qu'il -aimait par-dessus tout; il déplore toutes ces oppressions, toutes ces -tailles, toutes ces _males gaignes_, toute cette cherté dont personne -n'avait souci, le roi moins que personne. - -Loin de perdre au départ de l'étranger, le chanoine Jean Chuffart, -quoique compromis par une profession de foi anglaise faite publiquement, -y gagna un siège de conseiller-clerc au Parlement de Paris, qu'il obtint -le 12 novembre 1437[39]. On observera que cette réception de Jean -Chuffart en qualité de conseiller suivit de très près le retour du -Parlement de Poitiers à Paris, que mentionne l'auteur du journal, en -l'accompagnant de réflexions en faveur du régime nouveau qui rappela -«aucuns bourgoys par doulceur, leur pardonnant tout tres doulcement, sans -reprouche et sans mal mettre eulx ne leurs biens.» Au début de l'année -1442 le chroniqueur constate que le Parlement interrompit ses plaidoiries -et ne les reprit que le 21 février; le motif de la suspension des séances -touche tellement à la vie intime du Parlement et offre si peu d'intérêt -pour tout autre qu'un parlementaire que celui qui en a pris note devait -tenir par un lien quelconque à cette cour souveraine. Voici en effet ce -que nous apprend le registre des plaidoiries à la date du 19 février -1442: «Ce jour est recommencié le Parlement à tenir, lequel avoit et a -cessé par faulte de paiement de gaiges depuis le vendredi avant Noel -derrainement passé jusques à huy[40].» - - [39] Arch. nat., X{1a} 1482, fol. 40 rº. - - [40] _Ibid._, X{1a} 4799, fol. 30 rº. - -Un fait caractéristique, sur lequel personne n'a insisté jusqu'ici, est -l'esprit d'opposition qui anime l'auteur du journal parisien sous tous -les régimes qui se sont succédés à Paris de 1409 à 1449. Durant la -domination anglaise, bien qu'il se montre l'ennemi acharné des Armagnacs, -il ne cesse d'attaquer les personnages du parti anglo-bourguignon chargés -de la direction des affaires, notamment l'évêque de Thérouanne, -chancelier de France pour les Anglais, qu'il qualifie «d'homme tres -cruel, moult hay du peuple». Après la réduction de Paris sous l'autorité -de Charles VII, il s'en prend aux «faulx gouverneurs» et surtout au -connétable de Richemont qu'il ne craint pas d'accuser de trahison. Quelle -est la cause de cette hostilité systématique? D'où vient que notre -chroniqueur parle toujours avec une certaine aigreur de ceux qui sont au -pouvoir, tout en respectant la personne du souverain? A nos yeux, le -chroniqueur resta toute sa vie homme d'opposition, parce que dévoré d'une -ambition démesurée qu'il ne put jamais satisfaire, il brigua constamment -les charges officielles sans arriver au but de ses désirs; son rêve, on -le voit bien, était d'entrer dans le conseil du roi, et son langage -trahit plus d'une fois cette secrète envie. Ouvrez notamment le journal à -l'année 1439, vous y verrez notre anonyme se plaindre de l'absence -prolongée du roi de France «qui se tenoit tousjours en Berry par les -mauvais conseils qu'il avoit»; en 1441, déplorant les excès commis par -les gens de guerre, excès encouragés par leurs chefs, il s'écrie: «Ainsi -estoit ce roy Charles le VIIe gouverné, voire py que je ne le dy, car ilz -le tenoient comme on fait ung enfent en tutelle.» - -Le chancelier Jean Chuffart nous paraît, mieux que tout autre, répondre à -ces données du Journal; la haute situation qu'il occupait dans le monde -ecclésiastique et universitaire lui permettait de prétendre aux faveurs -du souverain dont il avait embrassé la cause après l'expulsion des -Anglais. Avec une habileté remarquable, Jean Chuffart avait longtemps -d'avance préparé les voies; dans un mémoire politique adressé à la reine -Isabeau de Bavière, mémoire qui semble devoir lui être attribué, nous le -voyons tracer tout un programme de gouvernement à l'adresse du roi de -France[41]. Ce fut peine perdue, jamais Charles VII ne daigna jeter les -yeux sur lui et ne songea à l'appeler dans ses conseils; ce prince avait -trop conscience du rôle néfaste joué par sa mère pour introduire dans -son entourage l'un des conseillers les plus intimes de cette reine; on -comprend que mis à l'écart et méconnu, notre anonyme n'ait jamais manqué -l'occasion de battre en brèche tous ceux que Charles VII honorait de sa -confiance. - - [41] L'auteur de ce factum dévoile ses visées secrètes dans deux - paragraphes consacrés à l'éloge des _clercs_ que le souverain - devrait appeler dans ses conseils: «Un roy, dit-il, doit savoir - qui sont les meilleurs clercs de son royaume et universités et - autrement, et les promouvoir..... et doit le roy souverainement - amer un clerc preudomme et est tres grant tresor d'un tel homme.» - Il ajoute plus loin «que le roy devroit avoir avec luy des - meilleurs aagés clers, preudommes, saiges et expers et bien - renommés qu'il pourroit finer» (Advis à Isabelle de Bavière, - _Bibliothèque de l'École des chartes_, 6e série, t. II, p. 145, - 150). - - -_c._ L'AUTEUR DU JOURNAL PARISIEN FAIT UN VOYAGE AU SIÈGE DE MEAUX. - -Entre toutes les chroniques du XVe siècle, le Journal parisien des règnes -de Charles VI et de Charles VII est celle qui nous fournit les -informations les plus précises et les plus détaillées sur le siège de -Meaux par les Anglais. Dans le récit palpitant d'intérêt que nous a -laissé notre anonyme, il y a une variété et une abondance de -renseignements vraiment surprenante, et l'on se demande comment un -Parisien, un homme d'église surtout, pouvait connaître avec cette -exactitude minutieuse les moindres incidents de ce siège, notamment les -exploits sinistres du bâtard de Vauru, racontés dans ce style coloré qui -rend si attachante la lecture de notre journal. Ne serait-on pas tenté de -croire que notre chroniqueur était témoin oculaire des faits qu'il -rapporte? Tout lecteur attentif du journal parisien remarquera -l'insistance que met l'auteur à rappeler la présence du roi d'Angleterre -au siège de Meaux; à deux reprises différentes il répète que Henri V y -passa les fêtes de Noël et des Rois; or nous voyons par les registres -capitulaires de Notre-Dame que Jean Chuffart, à qui nous attribuons le -journal parisien, fut précisément l'un des chanoines qui, vers le milieu -de janvier 1422, eurent mission de se rendre auprès du roi d'Angleterre -afin de lui présenter des lettres du chapitre concernant l'élection de -Jean Courtecuisse comme évêque de Paris, élection qui n'avait point -l'agrément du souverain anglais. N'est-il pas curieux de constater que -dans la partie du journal parisien qui coïncide avec l'époque de ce -voyage, l'auteur, après avoir dépeint la situation désespérée des -laboureurs de la Brie ruinés par les déprédations des Anglais, nous -entretient précisément de Jean Courtecuisse, cet évêque de Paris élu par -l'Université, le clergé et le Parlement, qui ne pouvait prendre -possession de son siège, parce qu'il n'était pas dans les bonnes grâces -du roi d'Angleterre? N'est-ce point là une allusion transparente à la -mission que venait de remplir le prêtre à qui nous serions redevable du -Journal parisien? Si d'une part il est difficile d'admettre que le -chroniqueur qui s'étend si longuement sur le siège de Meaux n'ait pas été -à même de vérifier personnellement bien des faits, comment supposer -d'autre part qu'un homme d'église de Paris se soit hasardé à entreprendre -un voyage aussi périlleux en plein pays ennemi, sans être protégé par une -délégation d'un caractère officiel analogue à celle dont les chanoines -Perrière et Chuffart eurent la charge et l'honneur peu enviables dans ces -temps troublés[42]? - - [42] «Mercurii quarta mensis februarii (1421), capitulantibus - dominis, provisio medii mensis januarii novissime preteriti de - gratia concessa est magistris G. Perriere et Jo. Chuffart qui - nuper fuerunt in acie coram Meldis et regi Anglie presentaverunt - litteras capituli super excusacione quod capitulum non promovit - dominum electum Parisiensem venire et stare Parisius, sicut - credebat ipse dominus rex.» (Arch. nat., LL 215, 356.) - - -_d._ L'AUTEUR DU JOURNAL EST UN HAUT PERSONNAGE DE L'UNIVERSITÉ DE PARIS. - -L'une des conditions essentielles que doit remplir l'auteur du Journal -parisien est d'appartenir au corps universitaire, non à un titre infime, -mais dans un rang éminent; c'est du reste ce que laisse entrevoir le -passage bien connu où le narrateur se compte lui-même parmi les membres -les plus considérables de l'Université. D'après le sentiment du président -Fauchet, exprimé dans une note mise à la marge du manuscrit de Rome, -l'auteur de notre journal devait être un homme d'église ou docteur de -quelque faculté. Si tout chez notre chroniqueur annonce l'homme d'église, -il ne s'ensuit pas nécessairement, comme l'ont supposé Étienne Pasquier -et Denis Godefroy[43], qu'il doive être un théologien; on pourrait citer -plus d'un chanoine de Notre-Dame n'ayant aucun grade en la faculté de -théologie. Ceci posé, voyons si le chanoine-chancelier de Notre-Dame se -trouve dans les conditions requises. - - [43] Cf. A. Longnon, _Conjectures sur l'auteur du Journal - parisien_, p. 311, 313. - -Lors de sa réception comme chanoine en 1420, Jean Chuffart prend le titre -de maître ès-arts et licencié en décret. Dès cette époque il occupait -dans le corps universitaire une situation considérable, car l'année -suivante il était appelé au poste de recteur pour le quartier d'octobre à -décembre (1421). A cette occasion, Jean Chuffart fit demander aux -chanoines ses confrères la continuation des distributions capitulaires -qu'il devait perdre en prenant possession de sa dignité, Jean Voignon et -Nicolas Fraillon furent chargés le 15 octobre 1421 de conférer avec le -nouveau recteur qui obtint gain de cause et vint le 30 octobre remercier -le chapitre de la faveur qu'on voulait bien lui accorder[44]. Ce n'est -que le 30 juillet 1437 que Jean Chuffart, depuis longtemps déjà -chancelier de l'église de Paris[45] et jouissant en cette qualité du -privilège de faire passer les examens de la maîtrise ès-arts[46] et de la -licence en théologie[47], se fit recevoir docteur en décret. La veille du -jour fixé pour la cérémonie, il pria ses confrères d'assister à la -dispute scolastique ainsi qu'au dîner qui devait couronner la fête, le -chapitre répondit évasivement que tous feraient de leur mieux pour se -rendre à son invitation[48]. - - [44] «Mercurii XV mensis octobris.--Magistri Johannes Voygnon et - N. Fraillon loquentur cum magistro Chuffart qui huc accedens ex - eo quod est rector Universitatis et non poterit accedere ad - ecclesiam pro lucrando, ut solitus est, requisivit quod sibi - darentur sue distribuciones, ac si veniret ad ecclesiam, offerens - se facturum pro ecclesia et singularibus.--Jovis, penultima - mensis octobris.--Magister J. Chuffart, rector universitatis, - regraciatus est dominos de gratia sibi facta et concessione - provisionis IIII{or} solidorum pro die.» (Arch. nat., LL 215, p. - 342, 344, 345.) - - [45] Jean Chuffart fut reçu chancelier de Notre-Dame le 7 - septembre 1426 (Ibid., LL 216, p. 173). - - [46] En 1436 et 1442 le chancelier Chuffart obtint du chapitre - l'autorisation de faire passer les examens de maître ès-arts dans - la maison claustrale d'Albert le Rogneur (Ibid., LL 217, p. 197; - LL 218, p. 225). - - [47] D'après le compte du bedeau de la faculté de théologie, Jean - Chuffart conféra la licence le 1er avril 1434; l'année suivante, - à la date du 23 décembre, ce fut son délégué qui examina les - licenciés (Bibl. nat., ms. lat. 5494, fol. 160, 177). - - [48] «Lune XXIX julii 1437.--Hodie, magister J. Chuffart, - cancellarius et canonicus ecclesie Parisiensis, qui die crastina - intendit facere festum suum doctoris cum aliis doctoribus, - supplicavit dominis capitulantibus ut vellent sibi et suis sociis - facere honorem in scolis et in prandio, cui responsum est ut - domini facient ut melius poterunt.» (Arch. nat., LL 217, p. 321.) - -Une fois en possession du titre de docteur, Jean Chuffart ne borna point -là son ambition et voulut entrer dans le corps enseignant. Après la mort -de Jean Hubert, il devint régent en la faculté de décret; le 20 octobre -1437 il acquit des exécuteurs testamentaires de ce même Jean Hubert une -maison située dans le haut de la rue du Clos Bruneau à l'enseigne de -Saint-Eustache, et servant d'école de décret. C'est là qu'il ouvrit ses -cours et qu'il professa jusqu'à sa mort, en 1451; par son testament il -légua cette maison avec ses bancs et pupitres «à la venerable faculté de -Decret en l'université de Paris» qui lui avait procuré «plusieurs -prouffiz» et fait «grant courtoisie» lors de sa réception comme docteur. - -Jean Chuffart appartenait à la nation de Picardie, qui l'aida dans sa -carrière, et que notre chanoine, en fils reconnaissant, obligea plus -d'une fois de ses deniers; dans l'expression de ses dernières volontés, -il ne l'oublia pas et l'inscrivit pour un legs de 20 écus d'or[49]. - - [49] Voici l'article du testament relatif à la nation de - Picardie: «Item, je donne à ma mere, la nacion de Picardie en - l'université de Paris, par le moyen de laquelle j'ay eu plusieurs - promocions, vint escus d'or pour aider à avoir ung calice ou - aucuns aournemens pour faire le service en lad. nacion, ou pour - aidier à parfaire leurs escolles en la rue au Feurre.» (Arch. -nat., S. 851.) - -On le voit, le chancelier Jean Chuffart répond à toutes les exigences de -notre journal. Non seulement il occupait dans l'université un rang élevé, -mais encore il faisait partie du corps enseignant; aussi pouvait-il, sans -orgueil exagéré, se compter au nombre de ces _parfaits clercs_ qui -soutinrent au collège de Navarre une discussion publique contre Fernand -de Cordoue. En rehaussant ainsi la valeur de sa personne, Jean Chuffart -obéit probablement à un sentiment d'irritation motivé par les attaques -dont il fut l'objet au sein de l'université. La faculté de théologie ne -put jamais lui pardonner son élévation au poste de chancelier de l'église -de Paris et ne cessa de demander que le chancelier de Notre-Dame fût -choisi à l'avenir parmi les maîtres en théologie à l'exclusion de tous -autres; elle finit par triompher et, le 4 mai 1444, fit présenter au -chapitre les bulles d'Eugène IV faisant droit à cette réclamation[50]. - - [50] Arch. nat., LL 218, p. 575. - - -_e._ L'AUTEUR DU JOURNAL EST L'UN DES CLERCS ATTACHÉS A LA MAISON -D'ISABEAU DE BAVIÈRE. - -Le Journal parisien renferme çà et là quelques mentions relatives à -Isabeau de Bavière dans la dernière période de son existence, à un moment -où, reléguée dans l'hôtel de Saint-Paul, cette reine était en quelque -sorte oubliée de tous; il nous paraît difficile de croire que certaines -de ces mentions soient un pur effet du hasard. A la rigueur on comprend -qu'un chroniqueur, un chroniqueur parisien surtout, ait inséré dans son -récit ce qui a trait aux funérailles de la reine déchue, qu'il se soit -trouvé à même de remarquer les larmes versées par Isabeau de Bavière lors -du passage de son petit-fils devant l'hôtel de Saint-Paul; mais il n'est -guère admissible qu'une personne étrangère à son entourage ait pu écrire -ce que rapporte l'auteur du Journal à l'année 1424, alors qu'Isabeau de -Bavière se consumait dans la pauvreté et dans l'abandon. - -Voici au reste en quels termes s'exprime notre chroniqueur: - - En icellui temps, estoit la royne de France demourante à Paris, - mais elle estoit si pouvrement gouvernée qu'elle n'avoit tous les - jours que VIII sextiers de vin tout au plus pour elle et son - tinel, ne le plus de Paris qui leur eust demandé: «Où est la - royne?» ilz n'en eussent sceu parler. - - Tant en tenoit on pou de compte, que à paine en challoit il au - peuple, pour ce que on disoit qu'elle estoit cause des grans - maulx et douleurs qui pour lors estoient sur terre. - - Item, la royne de France ne se mouvoit de Paris, ne tant ne - quant, et estoit aussi comme se ce feust une femme d'estrange - païs enfermée tout temps en l'ostel de Sainct-Paul ..... et bien - gardoit son lieu comme femme vefve doit faire. - -Ce langage n'est pas celui d'un indifférent, c'est le langage que pouvait -tenir l'un de ces clercs qui vivaient autour de la reine et qui formaient -son conseil; quel autre pouvait savoir que la veuve de Charles VI était -rationnée au point qu'on lui mesurait la quantité de vin nécessaire à la -consommation de sa maison? Ces clercs honorés de la confiance d'Isabeau -de Bavière, pendant cette domination anglaise qui pesait si lourdement -sur elle, étaient Jean Chuffart, son chancelier, et Anselme Happart, son -confesseur. Tous deux sont nommés dans le testament que fit la reine -le 2 septembre 1431 et figurent au nombre de ses exécuteurs -testamentaires[51]. De ces deux personnages, le premier seul se trouve en -harmonie avec les données essentielles de notre Journal, car Anselme -Happart, connu comme maître en théologie de l'université de Paris et -gouverneur de l'hôpital Saint-Gervais, ne semble pas avoir rempli de -fonctions curiales à Paris et surtout ne fit point partie du clergé de -Notre-Dame. Reste donc la personne de Jean Chuffart, chancelier et -principal conseiller d'Isabeau de Bavière, qu'il convient de soumettre à -un examen sérieux. - - [51] Arch. nat., Mémoriaux de la chambre des comptes, P 2298. - -Le chancelier de la reine Isabeau n'est pas un inconnu; sa personnalité a -déjà été mise en lumière par notre regretté maître, feu Vallet de -Viriville, qui, dans une notice servant d'éclaircissement à un mémoire -politique intitulé: _Advis à la reine Isabelle_[52], s'est attaché à -démontrer que cet intéressant document ne pouvait être attribué qu'à l'un -des deux conseillers désignés plus haut. Le savant historien de Charles -VII, basant son appréciation sur divers indices, notamment sur la -connaissance familière des coutumes et pratiques de la chancellerie que -dénote ce mémoire, n'est pas éloigné de croire que ce «traicté pour le -gouvernement de la maison du roy et du royaulme de France» fut rédigé -sous les auspices du chancelier d'Isabeau de Bavière. Cette attribution -nous semble parfaitement justifiée; il est en effet naturel de supposer -que celui qui vaquait tous les jours aux affaires de la reine et -jouissait de toute sa confiance était mieux que personne en situation -d'énoncer un ensemble de vues politiques et de faire goûter ses conseils. -Sans nous arrêter davantage sur ce point difficile à éclaircir, voyons si -l'époque de l'entrée en fonctions du chancelier d'Isabeau coïncide avec -les détails que fournit l'auteur du Journal parisien sur l'aïeule du roi -d'Angleterre et sur son genre de vie. Lors de l'élection de Nicolas -Fraillon à l'évêché de Paris, c'est-à-dire vers la fin de 1426, Jean -Chuffart est mentionné dans les registres capitulaires de Notre-Dame, -avec le titre de chancelier de la reine[53]; mais il n'est pas douteux -qu'il occupait déjà ce poste en 1425; à la date du 9 novembre, le -chanoine Jean Chuffart présenta au chapitre un vase précieux au nom d'une -personne qui voulut garder l'anonyme, mais qui très vraisemblablement -était la reine Isabeau[54]. Il y a donc de fortes présomptions pour que -notre chanoine fût en rapport avec Isabeau de Bavière dès l'année 1424, -ce qui permettrait d'expliquer le profond respect et la déférence toute -particulière que manifeste l'auteur de la chronique parisienne lorsqu'il -est amené à parler de la reine déchue. Ajoutons que Jean Chuffart est -désigné dans le testament d'Isabeau de Bavière parmi ses exécuteurs -testamentaires, non à titre purement honorifique, comme les évêques de -Thérouanne, de Paris, de Noyon et de Meaux, mais comme l'un de ceux dont -le concours fut jugé indispensable. Aussi, plus de onze ans après la mort -de la reine (le 28 février 1447), nous le voyons à titre d'exécuteur -testamentaire demander au chapitre de Notre-Dame l'inscription de l'obit -d'Isabeau de Bavière[55]. Constatons enfin que suivant le témoignage de -Jean Chartier, l'historiographe officiel de Charles VII, lorsque la -dépouille mortelle de la pauvre reine fut transportée à Saint-Denis sur -un petit bateau, quatre personnes seulement l'accompagnèrent à sa -dernière demeure, «comme se c'eust esté la plus petite bourgoise de -Paris[56]» et que l'un de ceux qui conduisaient le deuil était -précisément le chancelier Chuffart; aussi n'est-il pas sans intérêt de -rappeler que dans le récit des obsèques d'Isabeau de Bavière inséré par -notre anonyme dans sa chronique, cette circonstance du voyage funéraire à -Saint-Denis par la Seine n'est pas oubliée. En présence de tous ces -indices, il nous semble impossible que le prêtre de Notre-Dame, à qui -nous attribuons le Journal parisien, ne soit pas en même temps sinon le -chancelier, au moins l'un des conseillers les plus intimes de la reine -Isabeau. - - [52] Les renseignements donnés par M. Vallet de Viriville dans sa - note-appendice sont généralement exacts. Le savant érudit est - cependant tombé dans l'erreur en comptant parmi les dignités - obtenues par Jean Chuffart celle d'abbé de Saint-Maur-des-Fossés, - au moins pour les années postérieures à 1436; c'est à tort qu'il - lui applique le passage satirique du Journal parisien concernant - l'abbé de Saint-Maur, considéré comme général des aides; à cette - époque (en 1440) l'abbé de Saint-Maur était Jean le Maunier. - - [53] Arch. nat., LL 216, p. 77. - - [54] _Ibid._, LL 216, p. 28. - - [55] _Ibid._, LL 219, p. 265. - - [56] _Chronique de Charles VII_, édit. Vallet de Viriville, t. I, - p. 211. - - -_f._ L'AUTEUR DU JOURNAL SE RATTACHE AU CLERGÉ DE SAINTE-OPPORTUNE, DE -SAINT-GERMAIN-L'AUXERROIS, DE SAINT-LAURENT ET DE SAINT-EUSTACHE. - -Peu de clercs parisiens au XVe siècle eurent le talent de réunir autant -de prébendes et de bénéfices que vénérable et _discrète_ personne, Me -Jean Chuffart. Quoiqu'il fût chanoine et chancelier de Notre-Dame, son -ambition ne se trouva point satisfaite, et pour ainsi dire jusqu'à la fin -de sa carrière, il ne cessa d'aspirer à de nouvelles dignités. Le 3 -février 1433, Jean Chuffart fit exprimer par son protecteur, le cardinal -de Sainte-Croix (mentionné à cette époque dans le Journal parisien), ses -réserves au sujet d'un canonicat vacant dans l'église de -Sainte-Opportune; sept jours après, il fut reçu chanoine en remplacement -de Jean des Prés qui échangea sa prébende contre la chapellenie de -Saint-Éloi à Sainte-Geneviève, chapellenie dont Jean Chuffart était -titulaire[57]. Jean Chuffart resta jusqu'à sa mort chanoine de -Sainte-Opportune, et légua à cette collégiale la nue propriété de la -maison qu'il possédait dans le cloître de Sainte-Opportune, avec 32 sous -de rente sur un autre immeuble lui appartenant, sis rue Saint-Denis, à -l'enseigne des Rats et de la Corne de Cerf[58]. - - [57] Arch. nat., LL 498, fol. 4 vº. - - [58] Testament de Jean Chuffart, Arch. nat., S 851. - -Le canonicat de Sainte-Opportune, qui était des plus modestes, ne fut -pour Jean Chuffart qu'un acheminement à de plus importants bénéfices. Un -siège canonial s'étant trouvé vacant à Saint-Germain-l'Auxerrois par -suite de la résignation d'Hervé Fresnoy, il l'obtint le 8 octobre 1438. -Seulement ses visées étaient plus ambitieuses, il désirait non une simple -prébende, mais la dignité de doyen que laissait libre la mort de Jean -Vivien; ses efforts furent couronnés de succès. L'élection de Jean -Chuffart comme doyen suivit de très près sa réception comme chanoine; -nommé le 24 octobre 1438, il fut installé le 7 novembre suivant[59]. Ne -s'estimant point satisfait, le même personnage, sur la fin de sa -carrière, ajouta à ces nombreux bénéfices des fonctions pastorales à -Saint-Laurent, où il remplaça Louis le Mercier le 3 janvier 1442[60], et -à Saint-Eustache, où nous le voyons prêter serment comme curé le 27 -décembre 1448[61]. - - [59] Arch. nat., LL 498, fol. 45, 60. - - [60] _Ibid._, L 417, no 57. - - [61] _Ibid._, LL 498, fol. 175 vº. - -Mais, nous objectera-t-on, l'accession de Jean Chuffart à toutes ces -dignités n'a aucun rapport avec le Journal parisien ni son auteur; nous -répondrons que l'ensemble de ces particularités nous paraît fournir un -nouvel argument en faveur de l'attribution de cette chronique au -chancelier de Notre-Dame. Une lecture attentive de la portion du Journal -comprise entre les années 1437 et 1449 met en évidence ce fait curieux, -que pour cette seule période de douze années les mentions relatives à -l'église et au cimetière des Innocents sont en nombre infiniment plus -considérable que dans tout le reste du récit. Comment s'expliquer le soin -minutieux avec lequel notre anonyme a noté tout ce qui intéresse l'église -des Innocents, et pourquoi à cette époque plutôt qu'à une autre? Pour -quelle raison a-t-il inséré dans le journal de ces douze dernières années -des détails d'un intérêt aussi restreint que l'inauguration d'une simple -chapelle le 15 août 1437, tandis que pour une période bien plus étendue, -il ne s'arrête qu'aux faits de nature à frapper l'attention de tout le -monde, tels que la représentation picturale de la danse macabre, et le -sermon prêché par le cordelier Richard? Pour qu'à un certain moment de -son existence, le chroniqueur parisien ait pris intérêt à fixer le -souvenir de tout ce qui pouvait concerner l'église et le cimetière des -Innocents, il faut que le cercle quotidien de ses occupations l'y ait en -quelque sorte amené. Or, Jean Chuffart, chanoine de Sainte-Opportune -depuis 1433, se trouvait par ce fait mêlé à l'administration intérieure -de la paroisse des Innocents, puisque le chapitre de Sainte-Opportune -avait non seulement le droit de présentation à cette cure, mais encore -droit de collation des différentes chapellenies. Les délibérations -capitulaires conservées depuis l'année 1451 nous montrent le chapitre -nommant les chapelains des autels de Notre-Dame, de Saint-Denis et -Saint-Antoine, de Saint-Michel, de Saint-Louis, faisant réparer la maison -presbytérale, recevant un nouveau vicaire perpétuel ou curé des -Innocents, réglant en un mot toutes questions ayant trait au spirituel et -au temporel de l'église[62]. De plus, le vicaire perpétuel n'exerçait -aucun acte de son ministère sans le soumettre au contrôle du -chapitre[63]. Ces points établis, devrons-nous nous étonner de rencontrer -dans le Journal parisien à la date de juin 1437 un long paragraphe -relatif à la profanation de l'église des Innocents par des mendiants et à -l'interruption du service divin, paragraphe rédigé avec une précision de -détails qu'on aurait droit de trouver extraordinaire dans la plume de -tout autre qu'un habitué de la paroisse ou d'un chanoine de -Sainte-Opportune? - - [62] Arch. nat., LL 96, fol. 6, 11 vº, 33 vº. - - [63] Exemple, la déclaration faite par Simon de Bergères le 28 - octobre 1451 pour l'inhumation dans l'église du maître de - l'hôpital Sainte-Catherine. Ibid., fol. 14 vº. - -Qu'on lise le récit de la «belle prédication» faite en 1449 aux Innocents -par l'évêque Guillaume Chartier, et de la _procession bien piteuse_ des -enfants de toutes les écoles qui partirent des Innocents pour se rendre -à Notre-Dame, et l'on nous dira si la personnalité du chanoine de -Sainte-Opportune et de Notre-Dame ne semble pas s'y révéler à tous les -yeux. Celle du chanoine et doyen de Saint-Germain-l'Auxerrois apparaît -avec non moins de certitude dans d'autres circonstances dignes de -remarque. Le chapitre de Saint-Germain-l'Auxerrois possédait d'ancienneté -sur le cimetière des Innocents un droit de propriété foncière qui, -souvent contesté, donna naissance à d'interminables procès; c'est en -vertu de ce droit qu'il se prétendait fondé à instituer les fossoyeurs, à -accorder ou refuser les permissions de sépulture, à octroyer les -autorisations nécessaires pour l'érection de croix, tombes et épitaphes -dans le cimetière, sous les charniers et entre les piliers des charniers. - -En nous rappelant que Jean Chuffart était chanoine et doyen de -Saint-Germain-l'Auxerrois dès 1438, n'y a-t-il point quelque chose de -caractéristique dans l'intérêt particulier que manifeste l'auteur du -Journal parisien pour certains faits d'une importance secondaire relatifs -au cimetière des Innocents, notamment en 1441, lorsqu'il nous apprend que -quatre mois durant les inhumations y furent suspendues par suite des -prétentions exagérées de l'évêque de Paris qui réclamait une somme -d'argent excédant les ressources de l'église? Si notre anonyme semble -prendre à cœur cette affaire au point d'exprimer en termes amers tout le -mécontentement qu'il en ressent, c'est qu'il est lui-même victime de la -cupidité de l'évêque Denis du Moulin; au lieu de voir dans ce passage, -comme le fait M. Longnon, le langage d'un des adversaires de l'évêque en -cour de Parlement, nous avons une explication plus naturelle à proposer. - -Jean Chuffart, en sa qualité de chanoine de Saint-Germain-l'Auxerrois, se -trouvait, ainsi que ses confrères, directement intéressé au débat soulevé -par l'évêque, et surtout ne devait être que médiocrement satisfait -d'avoir à s'imposer un sacrifice pécuniaire. L'extrait suivant des -délibérations capitulaires de Saint-Germain-l'Auxerrois prouve que les -chanoines de cette collégiale durent payer une certaine somme d'argent -pour obtenir la «réconciliation» ou bénédiction nouvelle des lieux -profanés: - - Anno 1440, penultima die decembris, capitulantibus dominis, - concluserunt quod magister Nicasius predictus (Nicaise Joye, l'un - des chanoines) tradat pro prosequcione reconciliacionis - cimisterii Sanctorum Innocentium, prout ceteri ad quos pertinet, - vi solidos Parisiensium[64]. - - [64] Arch. nat., LL 498, fº 87 vº. - -Poursuivant l'analyse de notre Journal, nous arrivons à ce passage bien -connu où le chroniqueur parisien raconte sous la date du 11 octobre 1442 -l'installation d'une recluse dans sa logette du cimetière des -Innocents. Ici encore se dévoile l'individualité du chanoine de -Saint-Germain-l'Auxerrois. Il semble que l'auteur du Journal, lorsqu'il -nous parle de _la_ recluse, soit parfaitement au courant de ce qui la -concerne. - -Effectivement, la nouvelle recluse des Innocents n'était pas une -étrangère pour le doyen de Saint-Germain-l'Auxerrois, puisque dans la -séance capitulaire tenue le 2 août 1442, Jeannette la Verrière fit -demander par Jean Boileau, curé de l'église de Sainte-Croix en la Cité, -la permission de construire dans le cimetière des Innocents, près de -l'église, un réduit où elle se proposait de finir ses jours dans la -prière. Les chanoines appelés à délibérer sur cette requête prirent en -considération le pieux dessein de Jeanne la Verrière et accordèrent -l'autorisation nécessaire[65]. Il n'est donc pas étonnant que, dans son -Journal, notre chanoine ait mentionné la cérémonie imposante par laquelle -la recluse était retranchée du nombre des vivants. - - [65] «_Licentia edificandi reclusagium in cimeterio Innocentium - Johannete la Verriere._ Anno Domini MCCCCXLII, die secunda mensis - augusti. In eodem capitulo, pro parte Johannete la Veriere - extitit dominis humiliter supplicatum per dominum Johannem - Boyleau, curatum S{a} Crucis in Civitate, quod cum ipsa mota - devocione intenderet vitam suam finire in reclusagio seu loco - clauso, et locus valde aptus ad hoc apparuerat sibi fiendus in - cimiterio Innocentium prope ecclesiam ejusdem loci, in quodam - loco ubi est jardinum, quod placeret ipsis dominis dare licentiam - edificandi ibidem aliquam parvum domum ubi ipsa posset habitare - et in reclusagio vivere, et ipsa oraret Deum pro ipsis. Quiquidem - domini, habita prius deliberacione super requesta hujusmodi, - nolentes impedire devocionem dicte Johannete, ymo pocius eam ad - meliorem vitam dirigere, sibi de gratia speciali hoc concesserunt - licentiam faciendi habitacionem ad hoc aptam sive opportunam - dederunt.» (Arch. nat., LL 498, fol. 108 vº.) - -Jean Chuffart, si l'on se place à un point de vue personnel, voyait d'un -œil sympathique ces pauvres cloîtrées; il en donna un témoignage l'année -même de sa mort. Dans l'expression de ses dernières volontés, il n'eut -garde d'oublier les recluses de Paris qui étaient alors au nombre de -trois, deux aux Innocents et une à Sainte-Marie l'Égyptienne, et laissa à -chacune d'elles trois aunes de drap noir pour s'en faire une robe ou un -manteau[66]. - - [66] Testament de Jean Chuffart, Arch. nat., S 851. - -Le dépouillement attentif des registres capitulaires de -Saint-Germain-l'Auxerrois nous révèle une particularité intéressante qui -tendrait une fois de plus à confirmer l'attribution du Journal parisien -au chanoine Jean Chuffart. Voici ce dont il s'agit. Le chroniqueur -racontant l'entrée du connétable de Richemont à Paris en 1436 nous donne -des détails d'une précision extraordinaire et que l'on ne rencontre nulle -part ailleurs; ainsi aucun texte contemporain ne mentionne le passage de -Jean l'Archer par la rue Saint-Martin, ni le meurtre de ces deux -bourgeois inoffensifs, _tres bons mesnagers et hommes d'honneur_, qui -furent massacrés devant Saint-Merry. Ne semble-t-il pas que le narrateur -ait eu connaissance de ces menus faits par quelque témoin oculaire, car -il tombe sous le sens que dans un moment aussi critique un homme d'église -ne pouvait prendre plaisir à courir les rues sous les flèches des -Anglais? Or, voici ce que nous apprennent les registres capitulaires -cités plus haut. Trois ans après l'expulsion des Anglais, le 30 avril -1440, une pauvre femme, sœur Gillette, veuve de Jean le Prêtre, -appartenant à la communauté de la Chapelle Haudry, se présente devant le -chapitre de Saint-Germain-l'Auxerrois, et, ce qui ne laisse aucun doute -sur son identité, elle vient pour solliciter des chanoines le dégrèvement -de quatre livres de rente qu'elle devait au corps capitulaire pour sa -maison sise devant Saint-Merry, maison qui tombait en ruine[67]. Ne -peut-on admettre que notre chanoine, avide de se renseigner sur les -incidents peu connus du départ des Anglais, ait profité de cette occasion -pour recueillir de la bouche de cette malheureuse veuve la relation de la -fin tragique de son mari et des circonstances au milieu desquelles cette -fin s'était produite? Sans insister outre mesure sur une coïncidence qui -n'est peut-être due qu'au hasard, nous ne croyons pas inutile de la -signaler à l'attention des érudits. - - [67] «Anno Domini MCCCCXL, die penultima mensis aprilis, - capitulantibus dominis. Venit ibidem soror Gileta, vidua - deffuncti Johannis le Prestre, ad presens de Cappella Haudry, - dixit et exposuit quod quedam domus que est sita ante Sanctum - Medericum, quam ipsa possidet, ad presens est valde ruynosa, et - ipsi domini consueverunt recipere supra ipsam domum quatuor - libras redditus, quem redditum non posset solvere de presenti, - nisi per ipsos dominos fuerit de dicto redditu facta remissio; - quiquidem domini commiserunt magistrum Nicasium Joye et dominum - Eustachium de Fonte ad conveniendum cum magistro dicte Cappelle - Haudry super hoc et super XL solidos redditus quos ipsa Cappella - recepit supra quamdam domum que pertinet ad communitatem - ecclesie, et quicquid fecerunt habebunt repportare.» (Arch. nat., - LL 498, fol. 79 vº.) - - -_g._ L'AUTEUR DU JOURNAL APPARTIENT AU CLERGÉ DE LA COLLÉGIALE DE -SAINT-MARCEL. - -De toutes les prébendes que recueillit Jean Chuffart dans le cours de sa -longue existence, celle de Saint-Marcel fut la première dans l'ordre -chronologique. Reçu chanoine de cette collégiale le 26 janvier 1432 au -lieu et place de Jean Perrin[68], il obtint en 1437 le premier rang dans -le chapitre. La date de sa réception comme doyen de Saint-Marcel peut se -préciser par un acte du 7 septembre 1437, où nous voyons Jean Chuffart -résigner la chapellenie de Sainte-Catherine en l'église paroissiale de -Boulogne pour le doyenné de Saint-Marcel[69]. - - [68] Arch. nat., LL 34, fol. 95. - - [69] Arch. nat., L 422, no 36. - -Le Journal parisien ne renferme que peu d'indications qui puissent se -référer au chanoine de Saint-Marcel. Cependant nous citerons le -paragraphe relatant une course des Armagnacs à Saint-Marcel dans la nuit -du 7 mai 1433, c'est-à-dire à une époque où Jean Chuffart était déjà -membre de la collégiale; cette incursion, peu importante en elle-même, -dut causer au chanoine des préoccupations d'autant plus vives qu'il -possédait dans ce bourg une maison devant l'Hôtel-Dieu, au coin de la rue -de Bièvre, avec terres labourables, jardin et vignes. - -C'est en nous mettant au même point de vue que nous relèverons dans le -Journal parisien une double mention concernant Vitry-sur-Seine; la -première, de l'année 1432, est relative à l'effondrement de l'église, qui -fut foudroyée le jour de la Saint-Jean-Baptiste, au moment des vêpres; la -seconde, du commencement de l'année 1434, nous renseigne sur le pillage -et l'incendie du village par les Armagnacs. Pour qu'un chroniqueur ait -cru devoir conserver le souvenir d'accidents locaux relativement aussi -peu importants, il faut que ses intérêts personnels ou ceux de la -communauté à laquelle il appartenait se soient trouvés engagés. Or le -chapitre de Saint-Marcel avait des possessions à Vitry, et lors de la -répartition des gros revenus faite entre les chanoines le 22 février -1437[70], Vitry et les grands cens de Saint-Marcel furent attribués à -Jean Chuffart qui, aux termes d'un bail passé le 24 août 1431, exploitait -déjà sur le territoire de l'Hay et de Chevilly des biens d'une certaine -importance[71]. - - [70] _Ibid._, LL 35, fol. 18 vº. - - [71] Ce bail, sur parchemin, est revêtu du sceau de Jean Chuffart - (Arch. nat., S 311{a}, no 57). Nous saisissons cette occasion - pour signaler à nos lecteurs la signature du même personnage qui - se trouve plusieurs fois répétée dans le registre constatant les - prêts de titres faits par le notaire du chapitre de Notre-Dame - (Arch. nat., LL 460). - - -_h._ L'AUTEUR DU JOURNAL PARISIEN EXPLOITE DES VIGNES A SAINT-MARCEL. - -Un fait que l'on ne saurait mettre en doute, c'est que l'homme d'église à -qui doit être attribué le Journal parisien se livrait à la culture de la -vigne dans de vastes proportions et que la majeure partie de ses -vignobles se trouvaient situés du côté de Saint-Marcel; notre texte va -nous permettre d'établir ces divers points. - -Les nombreux lecteurs du Journal parisien savent avec quel soin minutieux -l'auteur note les accidents climatériques, les variations de la valeur -des denrées, l'abondance ou la rareté des plantes potagères et des -fruits, le prix du vin et du blé; mais personne n'a remarqué jusqu'ici -l'importance extrême que notre chroniqueur semble attacher à la culture -des vignes, ainsi qu'à tous ces détails qui ne peuvent guère intéresser -qu'un vigneron, tels que l'époque de la floraison des vignes (en 1421), -les gelées désastreuses qui, par parenthèse, le désolent au-delà de toute -expression, la quantité de vin produite par un arpent, l'époque et le -prix des vendanges, les dévastations systématiques des gens de guerre -dans les vignobles. Si l'auteur du Journal enregistre maintes et maintes -fois dans ses éphémérides la «grant foison» des hannetons, ce n'est pas, -comme on pourrait le croire, dans un but futile, mais parce que ces -insectes dévastaient les arbres plantés dans les vignes et jardins, tels -que les amandiers et noyers. Il n'est pas d'année où l'on ne rencontre -quelques lignes relatives aux vignes et vendanges, et plusieurs pages ne -suffiraient pas pour relever tout ce qui a trait à ce sujet; nous nous -bornerons à citer en note les passages les plus caractéristiques[72]. - - [72] «Item, en cellui an (1430) fut tres bel aost et tres belles - vendenges et furent les vertjus hastifs, car aussitost qu'ilz - estoient entonnez, ilz commençoient à boullir ou à gieter pour - mieulx dire, et furent les vins tres bons..... Item..... (en - septembre 1436) on commença à vendenger, mais oncques mais les - vendenges ne cousterent autant comme ilz firent celle année et si - ne furent oncques mais vendangeurs et vendangeresses à si grant - marché..... En toutes les portes de Paris avoit II ou III sergens - de par les gouverneurs de Paris, qui, sans loy et sans droit et - par force, faisoient paier à chascun hotteur II doubles, a - chascune charrette qui amenoit cuves où il eust vendenge VIII - blans.....» - -De telles particularités, l'on est forcé d'en convenir, n'auraient point -pris place dans le Journal parisien, si son auteur n'eût été directement -intéressé dans la question; un propriétaire de vignes pouvait seul se -préoccuper du prix de la journée des vendangeurs et vendangeuses, et de -l'octroi payé aux portes de Paris pour l'entrée des cuves des vendanges. -Nous dirons plus, les vignes en question étaient sur le territoire de -Saint-Marcel; ce fait ressort d'une façon évidente d'un passage du -journal où l'auteur parle des vendanges de l'année 1424, «les plus belles -que oncques on eust veu d'aage de homme»; après s'être étendu sur -l'abondance exceptionnelle de la récolte et le renchérissement des -futailles, il ajoute: «Tout homme de quelque estat, senon les -gouverneurs,» de tant de queues de vin qu'ilz cuillirent chascun paia -très grant rançon, car tous ceulx qui avoient vin devers la porte -Sainct-Jaques et celle de Bordelles, paoient de chascune queue IIII solz -parisis, forte monnoye, et de poinsons, de caques, de barilz, au feur des -queues.» - -Il est clair que si le chroniqueur note le prix que devaient payer «tous -ceulx qui avoient vin devers la porte Sainct-Jaques et de Bordelles», -c'est que ses vignes à lui se trouvaient dans les parages de ces deux -portes. - -Il convient maintenant d'examiner si le chanoine Chuffart répond à ces -données de la chronique parisienne. - -Par décision du 26 mai 1427, le chapitre de Notre-Dame lui avait concédé -à titre viager une maison dans le bourg de Saint-Marcel, moyennant une -rente annuelle de six livres, et sous la réserve que toutes les terres -que Jean Chuffart pourrait acquérir sur le territoire de Saint-Marcel -seraient hypothéquées en garantie du revenu[73]; le domaine en question -se composant de maison, cour et jardin, était situé dans la grande rue du -bourg, vis-à-vis l'Hôtel-Dieu, et comprenait des vignes d'une étendue -assez considérable pour nécessiter l'établissement d'un pressoir dans -l'immeuble appartenant au chapitre de Notre-Dame; ce fait qui se -produisit au début de l'année 1430 constituait une grave atteinte aux -droits du chapitre de Saint-Marcel, lequel se réservait le pressurage de -toutes les vignes comprises dans l'étendue de sa juridiction. Le 30 -février 1430, Jean Chuffart annonça au chapitre de Notre-Dame son -intention de tenir tête aux chanoines de Saint-Marcel qui exigeaient la -démolition du pressoir nouvellement édifié[74], ajoutant qu'il n'avait -agi de la sorte qu'en vue des intérêts de l'église de Paris, assertion -qui s'écartait un peu de la vérité; en effet, Jean Chuffart, en parlant -ainsi, ne se proposait d'autre but que de se ménager l'appui de ses -confrères. Le chanoine de Notre-Dame opposa une résistance d'autant plus -vive qu'en l'année 1430 il y eut une récolte des plus abondantes et que -les vins furent d'excellente qualité. Le procès s'engagea au Châtelet; -les chanoines de Saint-Marcel, dans leur séance du 21 septembre 1430, -décidèrent qu'ils interjetteraient appel de tout jugement rendu au profit -de Jean Chuffart qui l'autoriserait à faire usage pour sa vendange du -pressoir litigieux[75]. Deux jours après, une sentence de la prévôté de -Paris déclarait qu'il n'y avait pas lieu de tenir compte du délai de -produire requis par le chapitre de Saint-Marcel[76]. Jean Chuffart eut -donc gain de cause en première instance, mais les chanoines de -Saint-Marcel ayant interjeté appel au Parlement, leur adversaire voulut -absolument utiliser son pressoir pour les vendanges de l'année et fit -rendre par provision un arrêt en date du 30 septembre 1430, par lequel il -obtint de faire pressurer la vendange de ses vignes pour l'année -courante, le droit de chacune des parties étant pleinement réservé[77]. - - [73] Arch. nat., LL 216, p. 94. - - [74] _Ibid._, LL 216, p. 189. - - [75] _Ibid._, LL 34, p. 90. - - [76] _Ibid._, Y 5230, fol. 75. - - [77] _Ibid._, X{1a} 1481, fol. 35 rº. - - -L'affaire suivit son cours, et un mandement d'Henri VI, roi d'Angleterre, -rendu le 11 décembre 1430 à la requête du chapitre de Saint-Marcel, -ordonna au Parlement de procéder au principal dans la cause pendante -entre Jean Chuffart et les chanoines. Dès la fin de janvier 1431, les -chanoines de Saint-Marcel proposèrent d'entrer en arrangement, ce qui fut -accepté, et le procès se termina par un accord homologué au Parlement le -11 avril 1431[78]. Les registres capitulaires de Saint-Marcel nous -montrent comment intervint une transaction entre le chapitre et son -adversaire; Jean Chuffart vint en personne à la séance du 20 mars 1431 -et, en présence de l'évêque de Paris appelé pour la circonstance, -sollicita à titre gracieux l'autorisation de construire dans sa maison du -bourg Saint-Marcel un petit pressoir sans arbre, et d'en faire usage, sa -vie durant, pour la vendange de ses vignes. Le chapitre accéda à cette -demande le 4 mai suivant, à charge d'une redevance annuelle de 12 deniers -parisis, et, pour couper court à toute contestation, s'empressa l'année -suivante d'admettre Jean Chuffart parmi ses membres[79]. Voilà donc un -ensemble de faits qui établit catégoriquement la possession de vignes par -notre auteur du côté de la porte Bordelles. - - [78] Arch. nat., Xic 141; LL 216, p. 233. - - [79] _Ibid._, LL 34, fol. 91 vº, 95. - -Indépendamment de ses vignobles de Saint-Marcel, le chanoine Jean -Chuffart exploitait encore à Fontenay, depuis le 22 novembre 1426, quatre -arpents de vignes qu'il s'était fait concéder par le chapitre de -Notre-Dame, avec un pressoir refait à neuf et deux masures adjacentes, -moyennant 8 livres parisis de rente annuelle[80]; il possédait également -des vignes sur le territoire de Villejuif. En 1430 le même chanoine -récolta une partie des vins de Mons[81]. Au commencement d'octobre 1436, -lors de la perception d'une taxe de quatre sols sur chaque queue de vin -entrée à Paris, Jean Chuffart, qui remplissait alors les fonctions de -chambrier clerc, saisit le chapitre de la question en ce qui concernait -les vignes de Mons[82] et s'occupa avec ses confrères des voies et moyens -à mettre en œuvre pour échapper à cet impôt. Ne peut-on rapprocher ce -fait de ce passage du Journal relatif aux vendanges de 1436, où l'auteur -se plaint longuement, et avec une certaine amertume, de la cherté de ces -vendanges et des droits élevés que les gouverneurs de Paris faisaient -percevoir aux portes de Paris sur chaque «hotteur» et sur chaque -charrette amenant des cuves de vendange? - - [80] _Ibid._, LL 216, p. 72. - - [81] _Ibid._, LL 216, p. 220. - - [82] _Ibid._, LL 217, p. 252. - -Jean Chuffart, avons-nous dit plus haut, fut investi par le chapitre de -l'office de chambrier clerc, et pendant plus de vingt années ne cessa de -veiller sur le temporel de Notre-Dame. Lorsqu'au mois d'octobre 1433 les -chanoines jugèrent à propos de centraliser entre les mains de -quelques-uns d'eux l'administration de leurs biens qui ne faisait que -péricliter, ils choisirent Jean Chuffart avec deux de ses confrères. On -voit par le règlement rédigé à cette époque que les trois chanoines -délégués avaient pour mission de recevoir tout ce qui appartenait à -Notre-Dame, tant des offices de la chambre, des anniversaires, des -matines, des stations, que des rentes et revenus afférents aux enfants de -chœur et aux prévôtés; ils devaient également faire déposer dans les -greniers et celliers du chapitre les grains et vins amenés à Paris. Le 13 -juillet 1444, Jean Chuffart, tant en son nom qu'au nom de ses collègues -d'Orgemont et Moustardier, rendit compte de sa gestion et se fit délivrer -quittance en règle. - -La multiplicité et variété extrême des détails dans lesquels devaient -entrer celui ou ceux des chanoines qui s'occupaient du temporel de -Notre-Dame explique aisément pourquoi l'auteur du Journal, qui était, ne -l'oublions pas, du corps de Notre-Dame, attache une si grande importance -à toutes ces particularités relatives au prix du vin et du blé, à -l'abondance ou à la rareté des biens de la terre, céréales, fruits et -légumes; on comprend mieux le soin avec lequel le chroniqueur note les -accidents de la température, tels que les gelées de mai, les pluies -excessives, les chaleurs prolongées, les dégâts des hannetons, tout ce -qui en un mot pouvait compromettre les récoltes. L'auteur du Journal, -quoique s'intéressant d'une façon toute spéciale aux vignes, ne néglige -point les autres cultures; aussi le voit-on s'apitoyer sur les malheurs -des habitants des campagnes ruinés par les incursions des gens de guerre -qui prenaient tout ce qui pouvait s'emporter et détruisaient le reste. -Cette sollicitude n'est point une simple question d'humanité: Jean -Chuffart faisait valoir des terres de labour aux environs de Paris, -notamment à l'Hay et à Chevilly, au Bourget et à Blanc-Mesnil, il est -tout naturel qu'il s'inquiète du sort des laboureurs. - - -_i._ L'AUTEUR DU JOURNAL APPARTIENT A PLUSIEURS CONFRÉRIES PARISIENNES. - -Dans maintes occasions, l'auteur du Journal témoigne d'un certain intérêt -pour les confréries parisiennes, il connaît leur situation morale et -pécuniaire; il éprouve un réel chagrin lorsqu'il nous montre les -confréries épuisant leurs ressources pour acquitter leur part des lourdes -contributions imposées aux Parisiens. Ainsi, au mois de septembre 1437, -notre chroniqueur ne manque pas de nous dire que les conseillers de -Charles VII firent main basse sur l'argent monnayé «qui estoit ou tresor -des confreries». En 1441, lors du siège de Pontoise et de la venue du roi -à Saint-Denis, notre Journal nous apprend que les confréries parisiennes -furent menacées dans leur existence. «Les faulx conseilliers» du roi -projetèrent non seulement de s'emparer de tout l'argent possédé par les -confréries, mais encore d'en réduire le nombre; ils réussirent à les -diminuer de moitié et portèrent un coup funeste au service religieux. -Notre chroniqueur ne se borne pas à nous entretenir des confréries à un -point de vue général, il laisse parfois deviner ses préférences -personnelles pour telle ou telle confrérie dont il devait être membre; on -remarque notamment que dans la relation fort succincte des obsèques de la -duchesse de Bedford, il consacre une mention spéciale à la Grande -Confrérie aux Bourgeois. Or nous savons par le testament de Jean Chuffart -que ce chanoine était membre de la Grande Confrérie aux Bourgeois et de -la confrérie de Saint-Augustin qui avaient leur siège à Notre-Dame, et -qu'il faisait également partie de celle des merciers en l'église des -Innocents. En pensant à cette dernière confrérie, il est difficile de ne -point se reporter au long paragraphe de notre journal relatif à la mise -en interdit de l'église des Innocents en 1437; pendant vingt-deux jours, -dit le chroniqueur, le service divin fut interrompu, et les confréries -qui avaient leurs services assignés dans cette église se transportèrent -en la chapelle Saint-Josse. - - -Voici, pour nous résumer, les résultats que nous avons obtenus par -l'étude attentive du Journal parisien. - -En premier lieu, l'auteur du Journal se désigne au nombre des prêtres qui -participèrent à une procession du clergé de Notre-Dame, circonstance qui -permet au président Fauchet d'émettre cette opinion que notre chroniqueur -devait appartenir «au corps de Notre-Dame»; or, Jean Chuffart nous -apparaît dès 1420 comme chanoine de cette église. - -2º L'auteur du Journal, sympathique d'abord à la cause -anglo-bourguignonne, abandonne cette cause et embrasse le parti de -Charles VII après 1436; or nous voyons Jean Chuffart prêter serment aux -Anglais en 1429, et se rallier ensuite au gouvernement français en -acceptant dès 1437 un poste de conseiller au Parlement de Paris. - -3º L'auteur du Journal s'occupe des moindres incidents du siège de Meaux -et rapporte des particularités inconnues de tout autre chroniqueur; or -Jean Chuffart se rendit, en janvier 1422, auprès du roi d'Angleterre, -avec une mission officielle du chapitre de Notre-Dame. - -4º L'auteur du Journal se met en scène parmi les plus parfaits clercs de -l'Université et montre par là qu'il devait occuper dans le monde -universitaire une situation importante; or nous constatons que Jean -Chuffart fut recteur de l'Université en 1422 et qu'il fit partie du corps -enseignant en qualité de docteur régent de la faculté de décret. - -5º L'auteur du Journal se révèle dans plusieurs passages de sa chronique -comme l'un des clercs attachés à la maison d'Isabeau de Bavière; or, Jean -Chuffart remplit pendant nombre d'années les fonctions de chancelier de -cette reine. - -6º L'auteur du Journal témoigne à une certaine époque d'un intérêt -particulier pour l'église et le cimetière des Innocents; or, à cette même -époque, Jean Chuffart, soit comme chanoine de Sainte-Opportune, soit -comme chanoine et doyen de Saint-Germain-l'Auxerrois, eut journellement à -s'occuper de l'église et du cimetière des Innocents. - -7º, 8º L'auteur du Journal parle souvent de Saint-Marcel et de la récolte -des vins faite sur le territoire de Saint-Marcel; or, Jean Chuffart, -chanoine et doyen de la collégiale de ce nom, possédait et exploitait -dans ce bourg des vignes d'une certaine importance. - -Enfin l'auteur note dans son Journal le prix des denrées, les variations -atmosphériques de toute nature, les dégâts causés aux récoltes; or, Jean -Chuffart, comme chambrier clerc de Notre-Dame, fut constamment chargé de -veiller au temporel du chapitre et dut se préoccuper de tous ces -accidents, de tous ces détails relatifs aux biens de la terre auxquels -s'intéresse tout particulièrement l'auteur du Journal. - -On voit que l'attribution du Journal parisien au chanoine Jean Chuffart -peut se défendre par de nombreux et sérieux arguments. - -Nous espérons donc que le public voudra bien accueillir nos conjectures -sans défaveur, et que M. Longnon lui-même, si nous ne réussissons pas à -le convaincre, reconnaîtra que ces conjectures s'appuient sur un ensemble -de faits à tout le moins digne d'attention. - - - - -JOURNAL D'UN BOURGEOIS DE PARIS DE 1405 A 1449. - - [1405][83]. - - -1. ..... Et environ dix ou doze jours après, furent changées les -serreures et clefs des portes de Paris, et furent faiz monseigneur de -Berry et monseigneur de Bourbon cappitaines de la ville de Paris, et vint -si grant foueson de gens d'armes à Paris que aux villaiges d'entour ne -demeurerent aussi comme nulles gens; toutesvoies les gens du dessusdit -duc de Bourgongne ne prenoient riens sans paier, et comptoient tous les -soirs à leurs hostes et poioient tout sec en la ville de Paris[84]. Et -estoient, ce temps durant, les portes de Paris fermées, ce non IIII, -c'est assavoir la porte Sainct-Denis, Sainct-Anthoine, Sainct-Jacque et -Sainct-Honoré. Et le dixiesme jour de septembre ensuivant furent murées -de plastre la porte du Temple, la porte Sainct-Martin et celle de -Montmartre[85]. - - [83] C'est à tort que tous les éditeurs du Journal parisien, - depuis La Barre, ont rapporté à l'année 1408 ce fragment initial - de notre chronique; en effet, les mesures relatives à la clôture - des portes et le voyage de l'évêque de Liège à Paris eurent lieu - en 1405, ainsi qu'il résulte de la chronique du Religieux de - Saint-Denis, de Juvénal des Ursins et de la chronique liégeoise - de Jean de Stavelot. - - [84] Nous ne savons jusqu'à quel point cette allégation de notre - auteur est fondée; en effet, les déprédations multipliées des - gens de guerre obligèrent Charles VI à rendre, le 6 novembre - 1405, une ordonnance enjoignant aux bandes armées de retourner - dans leur pays. La mise à exécution de cette ordonnance, publiée - à Paris le mercredi 11 novembre 1405, fut confiée au prévôt de - Paris qui devait, s'il trouvait en sa prévôté «aucunes d'icelles - gens d'armes pillans et prenans aucunes choses sur les subgiez - sans paier raisonnablement», en tirer punition exemplaire. (Arch. - nat., Y 2, fol. 227 rº.) Ces mesures de rigueur suivirent les - lettres données au Bois de Vincennes le 12 octobre précédent et - publiées à Paris le 15 octobre, lettres par lesquelles le Roi - avait interdit aux ducs de Bourgogne et d'Orléans de procéder - l'un contre l'autre par voie de fait ou d'injure. (_Ibid._, fol. - 226 vº.) - - [85] Entre autres dispositions prises à Paris dans la crainte - d'une entrée à main armée du duc d'Orléans, Monstrelet rapporte - que l'on fit abattre «plusieurs apentis d'aucunes maisons, afin - que par les rues on peust plus facilement traire, lancier et - gecter pierres sans empeschement.» Une procédure engagée au - Parlement, en juillet 1407, contre la prévôté de Paris et la - prévôté des marchands, permet de compléter les notions un peu - vagues fournies par le chroniqueur bourguignon. Voici, d'après le - registre du Parlement (Arch. nat., X{1a} 4787, fol. 577 vº), - l'exposé présenté au nom du procureur du roi: «Le procureur du - roy dit que n'a que II ans ou environ que à Paris avoit molt de - gens d'armes, pour quoy fu ordonné de pourveoir à pluseurs - maisons notables et châteaux de Paris, comme au Louvre, - St-Antoinne, le Palaiz et les Chastellès, entre lesquelx fu - ordonné que les maisons qui estoient devant le Petit Chastellet - au Petit Pont seroient demolies et abbatues, pour faire front - audit Chastellet.» La démolition s'opéra de nuit, «à falos, à - grant foison de gens.» - -2. Et le vendredi ensuivant, XIIe jour dudit moy, aryva à Paris l'evesque -du Liege[86], et lui fist faire serement le prevost de Paris et autres, à -l'entrée de la porte Sainct-Denis, que il ne seroit contre le roy, -n'encontre la ville, ne lui, ne les siens, mais leur seroit garant de -trestout son povair, et ainsi le promist-il par la foy de son corps et -par son signeur, et après entra à Paris et fut logé en l'ostel de la -Trimoullie[87]. Et icellui jour après sa venue, fut crié ce, que on mist -des lanternes à bas les rues et de l'eaue aux huis, et aussi le fist-on. -Et le XIXe jour dudit moys de septembre, fut crié et commandé que on -estoupast les pertuys qui donnoient clarté dedens les celiers. Et le -XXIIIIe jour ensuivant, fut commandé par trestous les [fevres[88]] et -marechaux[89] de Paris et chauderonniers que on feist des chaisnes[90] -comme autresfoiz avoient esté, et lesdiz ouvriers de fer commancerent le -lendemain et ouvrerent festes et dimenches et par nuit et jour. Et le -XXVIe jour dudit moys de septembre, fut crié[91] parmy Paris que, qui -auroit puissance d'avoir armeure, si en achetast pour garder la bonne -ville de Paris. - - [86] Jean de Bavière.--La Chronique de Jean de Stavelot fait - connaître quelques particularités intéressantes sur son séjour à - Paris: les grands seigneurs français ayant eu l'idée de faire le - soir quelques parties de dés en l'hôtel habité par l'évêque de - Liège, le sort favorisa tellement ce prélat qu'il leur gagna tout - leur argent. «Adonc, raconte le chroniqueur, uns des prinches - mult yreis deist: «Queil dyable de priestre a-t-y chi? Comment, - nos gangnerat ilh tout nostre argent?» Adonc monsangneur de Liege - soy levat del tauble et dist en chourchant: «Je ne suy pas - preistre, et de vostre argent je n'ay que faire.» Et le prist et - le jetta et l'espandit partout, dont y pluseur orent grant - mervelle de sa grant liberaliteit.» (P. 96.) - - [87] L'hôtel de la Trémoille, logis seigneurial de la famille de - ce nom, bien connu au XVe siècle sous la dénomination de «maison - des Carneaux», à cause des créneaux qui couronnaient ses murs de - clôture, était situé dans la rue des Bourdonnais et s'étendait le - long de la rue de Béthisy jusqu'à la rue Tirechape. (Legrand, - _Paris en 1380_, fol. 62.) Après l'entrée des Bourguignons à - Paris, il fut occupé par Jean de la Trémoille, seigneur de - Jonvelle (Sauval, t. III, p. 312). Lorsque Charles VII rentra en - possession de sa capitale, les détenteurs de cet hôtel, en vertu - d'un appointement en date du 28 mars 1437, furent obligés «de - s'en departir et d'en laisser joïr maistres Adam de Cambray, - premier président au Parlement, et Gilet de Vitry.» (Arch. nat., - X{1a} 1482, fol. 15 vº.) - - [88] Ce mot manque dans le manuscrit de Paris. - - [89] Ms. de Paris: marchands. - - [90] Plus de six cents chaînes de fer furent forgées en huit - jours, les ouvriers serruriers ayant reçu ordre de laisser toute - autre besogne, afin d'expédier ce travail dans le plus bref - délai. (Religieux de Saint-Denis, édit. Bellaguet, t. III, p. - 309.) - - [91] Ms. de Paris: commandé. - -3. Et le Xe jour d'octobre ensuivant, jour de sabmedi, vint telle esmeute -en la ville de Paris, comme on pouroit gueres veoir sans savoir pourquoy; -mais on disoit que le duc d'Orleans estoit à la porte de Sainct-Anthoine -à toute sa puissance, dont il n'estoit riens; et les gens du duc de -Bourgongne s'armerent, car les gens de Paris furent si esmeuz, comme ce -tout le monde feust contre eulx et les voulsist destruire, et si ne sceut -on oncques pourquoy ce feust. - - - [1408.] - -4. ..... dont il leur print mal, car il en mourut là plus de XXVI mil, et -fut le XXIIIe jour de septembre cccc et huit, et en tant que la guerre -dura, par feu, par fain, par froit, à l'espée plus de XIIIIm; or sont -bien quarante mil[92]. - - - [92] Aucune des éditions du Journal ne contient ce passage mutilé - et peu intelligible, qui s'applique à la révolte des Liégeois - contre leur évêque, révolte comprimée par le duc de Bourgogne. - Monstrelet (édit. Douët d'Arcq, t. I, p. 355) rapporte «que le - XXIIIe jour de septembre (1408) yssirent de la cité de Liege bien - 50,000 hommes ou environ»; le même chroniqueur (t. I, p. 365), - ainsi que Le Fèvre de Saint-Remy, évalue à 28,000 le nombre des - combattants de cette ville qui périrent dans cette rencontre. - Juvénal des Ursins (édit. Michaud, p. 448) indique un chiffre un - peu moins élevé, 20 à 24,000, mais atténue dans des proportions - exagérées les pertes des Bourguignons. - - -5. Le XVIe jour de novembre ensuivant, à ung sabmedi, les davantdiz -signeurs, c'est assavoir Navarre, Loys, etc., enmenerent le roy à Tours, -dont le peuple fut moult troublé; et disoient bien que, ce le duc de -Bourgogne eust (esté) icy, qu'ilz ne l'eussent pas fait, ainsi le firent; -et là fut, que là que à Chartres, XVII sepmaines, et par plusieurs foys y -fut le prevost des marchans[93] et des bourgois de Paris, qui y furent -mandez, et si n'y arresterent oncques preu pour eulx ne pour le peuple. - - [93] Charles Cul-d'Oe, qui occupa avec honneur la prévôté des - marchands dans des temps difficiles, fut envoyé à Tours pour - obtenir le retour du roi à Paris; en 1411, il se rendit à Melun - avec mission de négocier un rapprochement entre les ducs - d'Orléans et de Bourgogne (Juv. des Ursins). Devenu complètement - impopulaire lors de la sédition cabochienne, il prit la fuite - avec plus de trois cents bourgeois, fut destitué et remplacé par - Pierre Gencien. On le retrouve à Paris quelques années plus tard, - au milieu de circonstances non moins critiques. Le lundi 22 août - 1418, une troupe armée envahit le Louvre pour en arracher trois - ou quatre prisonniers, «entre lesquelz estoit maistre Charles - Cul-d'Oe qui fu amené au Chastellet et baillié au lieutenant du - prevost de Paris, qui vix pro tunc vivus evasit.» (Arch. nat., - X{1a} 1480, fol. 143.) S'il faut en croire le Religieux de - Saint-Denis (t. VI, p. 267), Cul-d'Oe, tiré de la bastille - Saint-Antoine, aurait été sauvé du massacre des prisonniers par - Capeluche. Quoi qu'il en soit, il est certain qu'il parvint à - s'échapper et à quitter Paris une seconde fois; en 1421, sa - maison rue de la Tournelle était occupée par Louis de Robersac, - chevalier (Sauval, t. III, p. 289). Charles Cul-d'Oe mourut très - vraisemblablement de 1435 à 1436, car sa veuve, Jacqueline - Quipie, était alors en procès avec Jean de Villiers, seigneur de - l'Isle-Adam, au sujet de la propriété d'un immeuble non désigné, - mais qui doit être un grand hôtel avec jardin, sis rue de la - Tonnellerie et donnant sur la rue des Prouvaires (Arch. nat., - X{1a} 1482, fol. 3 vº; cf. Sauval, t. III, p. 310). - - - [1409.] - -6. Le neufviesme jour de mars ensuivant revint le duc de Bourgongne à -tout noble gent, et le XVIIe jour dudit moys de mars à ung dymenche -amenerent le roy à Paris, qui fut receu le tres plus honnorablement qu'on -vit passé à deux cens ans, car tous les sergens, comme du guet, ceulx de -la marchandise, ceulx à cheval, ceulx à verge, ceulx de la XIIne avoient -diverses livrées toutes especialment de chapperons, et tous les bourgois -allerent à l'encontre de lui. Devant lui avoit XII trompettes et grant -foueson menestrées, et, partout où il passoit, on crioit [tres -joieusement]: «Nouel!» et gectoit on viollettes et fleurs sur lui, et au -soir soupoient les gens emmy les rues par tres joyeuse chere, et firent -feus tout partout Paris, et bassynoient de bassins tout parmy Paris[94]. -Et le lendemain vint la royne et le daulphin, si refust la joie si tres -grande comme le jour de devant ou plus, car la royne vint le plus -honnorablement qu'on l'avoit oncques veue entrer à Paris depuis qu'elle -vint la premiere foys. - - [94] Ce récit de la rentrée de Charles VI à Paris a été reproduit - ou plutôt analysé par Godefroy dans ses extraits de notre - journal; il n'est peut-être pas sans intérêt d'en rapprocher la - version inédite que donne le greffier Nicolas de Baye: «Ce jour, - le roy nostre sire est retourné et rentré à Paris environ v - heures après midi à moult grant compagnie....... et a l'en crié: - «Noé», par toutes les rues où a passé, et aussy au soyr l'en a - fait par les rues publiquement feus en signe de joye et de leesse - pour la revenue dudit seigneur.» (Arch. nat., X{1a} 4788, fol. - 252 vº.) - -7. Le XXVIe jour de juing ensuivant, fut fait le Saint Pere, c'est -assavoir Pierre de Candye[95], et le lundi VIIIe jour de juillet -ensuivant fut sceu à Paris. On en fist moult noble feste, comme quant le -roy vint de Tours, comme devant est dit, et par tous les moustiers de -Paris on sonnoit moult fort et toute nuyt aassi. - - [95] Pierre de Candia, de l'ordre des Frères Mineurs, maître en - théologie à Paris, fut élu pape par le concile de Pise le 26 juin - 1409, et prit le nom d'Alexandre V, ses compétiteurs Grégoire XII - et Benoît XIII ayant été condamnés par sentence du 5 juin - précédent. Selon Nicolas de Baye, la nouvelle de son élection - parvint au roi le dimanche soir 7 juillet, et dès le lundi matin, - entre six et sept heures, le Parlement en fut avisé, «dont cedit - jour fut faicte moult grant et joyeuse feste à Paris, par toute - la ville, tant en feux que en mengiers publiques.» (Arch. nat., - X{1a} 1479, fol. 82.) Alexandre V occupa peu de temps le trône - pontifical; il mourut le 4 mai 1410, laissant la réputation d'un - excellent théologien, «sed parum peritus in tanto regimine», - ainsi que le remarque le greffier du Parlement (Arch. nat., X{1a} - 1479, fol. 114). - -8. L'an mil IIIIe et IX, le jour de la my aoust, fist tel tonnoyre, -environ entre cinq ou six heures au matin, que une ymaige de Nostre Dame, -qui estoit sur le moustier de Sainct-Ladre, de forte pierre et toute -neufve, fut de tonnoyrre tempestée et rompue parmi le mylieu, et portée -bien loing de là; et à l'entrée de la Villette Sainct-Ladre[96] au bout -de devers Paris, furent deux hommes tempestez, dont l'un fut tué tout -mort, et ses soulliers et ses chausses, son gippon furent touz dessirez, -et si n'avoit point le corps entamé; et l'autre homme fut tout afollé. - - [96] La Villette Saint-Ladre, dépendance de l'hôpital - Saint-Lazare, connue dès le XIIe siècle, n'était au XVe qu'un - lieu assez désert et mal famé; c'est là que les deux prétendus - clercs pendus par ordre du prévôt Guillaume de Tignonville, - rôdant et «espiant les chemins» dans ces parages, avaient assommé - un compagnon qui portait à Bruges une lettre de change (Arch. - nat., X{2a} 14, fol. 299 rº). - -9. Item, le lundi VIIe jour d'octobre ensuivant, assavoir IIIIe et IX, -fut prins ung nommé Jehan de Montagu, grant maistre d'ostel du roy de -France, emprès Sainct-Victor, et fut mis en Petit Chastellet; dont il -avint telle esmeute à Paris à l'eure qu'on le print, comme ce tout Paris -fust plain de Sarazins, et si ne savoit nul pourquoy ils -s'esmouvoient[97]. Et le print ung nommé Pierre des Essars, qui pour lors -estoit prevost de Paris; et furent les lanternes commandées à alumer, -comme autresfois, et de l'eaue à l'uis, et toutes les nuys le plus bel -guet à pié et à cheval qu'on vit gueres oncques à Paris, et le faisoient -les mestiers l'un après l'autre. - - [97] Ms. de Rome: s'enfuyoient. - -10. Et le XVIIe jour dudit moys d'octobre, jeudy, fut le dessusdit grant -maistre d'ostel mis en une charrette, vestu de sa livrée, d'une -houppelande de blanc et de rouge, et chapperon de mesmes, une chauce -rouge et l'autre blanche, ungs esperons dorez, les mains liées devant, -une croix de boys entre ses mains, hault assis en la charrette, deux -trompettes devant lui, et en cel estat mené es halles. Là lui on coupa la -teste, et après fut porté le corps au gibet de Paris, et pendu au plus -hault, en chemise, à toutes ses chausses et esperons dorés, dont la -rumeur dura à aucun des signeurs de France, comme Berry, Bourbon, Alençon -et plusieurs autres[98]. - - [98] La fin tragique de Jean de Montaigu, victime du ressentiment - de Jean Sans-Peur, souleva la réprobation générale: ce n'est pas - seulement à Paris qu'il fut, comme le dit Juvénal des Ursins (p. - 451), «moult plaint de tout le peuple», mais le revers de fortune - si subit éprouvé par le grand-maître et l'iniquité de sa - condamnation excitèrent partout une profonde commisération; on en - trouve un témoignage bien curieux dans un procès plaidé en la - Cour des aides le 17 juin 1412, relativement à l'office d'élu - d'Avranches. Voici les propos imputés à celui que l'on voulait - déposséder de cet office: «Henry de Creux, esleu d'Avranches, - contre Guillaume Biote, dit que quant le grant maistre d'ostel fu - executé et que les nouvelles lui vinrent, il lui en despleust - moult et dist publiquement que c'estoit mal fait, et maudist - ceulx qui avoient ce fait, disant qu'ilz avoient mieulx gaigné à - avoir la teste copée que lui.» (Arch. nat., Z{1a} 5, fol. 304 - rº.) Après l'exécution de Jean de Montaigu, ses biens furent - confisqués, mais sa veuve et ses enfants ne se trouvèrent pas - aussi dénués de ressources que le donne à penser M. Merlet dans - sa biographie du grand-maître (_Bibl. de l'École des chartes_, 3e - série, t. III, p. 248), car on voit, peu de temps après (de mars - à juillet 1410), Jacqueline de la Grange, sa veuve, plaider - contre le duc Louis de Bavière, qui avait été gratifié de la - terre de Marcoussis, pour obtenir la jouissance du château de - Marcoussis et de mille livres de rente à titre de douaire; le duc - de Bavière se défendit en alléguant qu'au moment de son mariage - Jean de Montaigu ne possédait rien à Marcoussis et que, - d'ailleurs, Jacqueline était bien pourvue de joyaux, linge, - vaisselle et autres biens que la reine lui avait rendus. (Arch. - nat., X{1a} 4788, fol. 447, 527.) - - - - [1410.] - -11. Dont il advint l'année ensuivant mil IIIIc et X, environ la fin -d'aoust, que chascun en droit soy admena tant de gens d'armes autour de -Paris, que à XX lieues environ estoit tout degasté; car le duc de -Bourgongne et ses freres admenerent leur puissance de devers Flandres et -Bourgongne, mais ilz ne prenoient que vivres ceulx au duc de Bourgongne -ne à ses aidans, mais trop largement en prenoient. Et les gens de Berry -et de ses aidans pilloient, roboient, tuoient en eglise et dehors eglise, -especialment ceulx au conte d'Armignac et les Bretons[99] dont si grant -charté s'ensuivy [de pain][100], que plus d'un moys, le sextier de bonne -farine valloit LIIII frans [ou LX], dont les pauvres gens de ville comme -au desespoir, fuoient; et leur firent plusieurs escarmouches et en -tuerent moult. - - [99] Toutes les chroniques contemporaines, notamment celles de - Juvénal des Ursins et de Monstrelet, entrent dans certains - détails sur les désordres commis par les gens de guerre autour de - Paris; cependant on nous saura gré de signaler l'exposé impartial - de la situation, dû à la plume de Nicolas de Baye: «Armignagues, - Bretons, Brebançons, Lorreins et Bourgoignons, conclut le digne - greffier du Parlement, ont tout pillé et emmené ce que ont peu - emmener et rançonné, en grant deshonneur du roy et du royaume.» - (Arch. nat., X{1a} 4789, fol. 2.) - - [100] Les courses des gens de guerre ne furent pas l'unique cause - de cette grande cherté; l'année 1410 fut une année de disette - générale, ainsi que semble le témoigner le passage suivant - extrait d'une plaidoirie du 23 juillet 1411: «Combien que l'an - passé aient esté longuement (dans le pays de Cotentin) sans - manger de pain pour la stérilité.» (_Ibid._, fol. 163.) - -12. Et tout ce n'estoit que pour l'envie qu'ilz avoient, pour ce que les -gens de Paris amoient tant le duc de Bourgongne et le prevost de Paris -nommé Pierre des Essars, pour ce qu'il gardoit si bien la ville de Paris. -Car toute nuyt et toute jour il alloit tout parmy la ville de Paris, tout -armé, lui et grant foison de gens d'armes, et faisoit faire aux gens de -Paris toutes les nuys le plus bel guet qu'ilz povoient, et ceux qui n'y -povoient aller faisoient veiller davant leur maison, et faire grans feuz -par toutes les rues jusques au jour, et y avoit quarteniers, -cinquanteniers, diseniers qui ce ordonnoient. Dont ceulx de devers Berry -tindrent si court ceulx de Paris par devers la porte Sainct-Jacques, -Sainct-Marceau[101], Sainct-Michel, que les vignes demourerent à -vendenger et les semailles, et plus, à quatre lieues entour de Paris -devers lesdictes portes, jusques à la sainct Climent encore -vendengeoit-on, et par la grace de Dieu il y avoit tres pou de pouris, -car il fist tres bel temps, mays ilz ne se povoient eschaufer es cuves. -Et si ne venoit pain à Paris qu'i ne couvenist aller querre à force de -gens d'armes par eaue et par terre. Et y avoit ung chevalier logé à la -Chappelle-St-Denis, nommé messire Morelet de Betencourt[102], qui alloit -querre le pain à Sainct-Brice[103] et ailleurs, lui et ses gens, tant que -ce contens dura, qui dura jusques à la Toussains. - - [101] C'est par erreur que le ms. de Rome ajoute la porte - Bordelle; la porte Bordelle et la porte Saint-Marceau ne sont - qu'une seule et même porte conduisant au bourg Saint-Marcel; - appelée d'abord porte Bordelle, elle prit plus tard le nom de - porte Saint-Marcel. - - [102] Regnaud de Béthencourt, dit Morelet, chevalier bourguignon, - chambellan des ducs Philippe le Hardi et Jean Sans-Peur, apparaît - fréquemment dans les documents du temps de Charles VI et Charles - VII. Nous le voyons en 1406, sous prétexte de deniers à lui dus - par le roi, saisir au passage une somme d'argent que l'on - apportait à Paris pour la reine (Arch. nat., X{1a} 1478, fol. 279 - vº). L'année suivante, Morelet de Béthencourt se trouva compromis - dans un procès fait par le bailli de Rouen à son serviteur Gilet - Harenc, procès qui révéla l'existence de «certaine dampnable - entreprise» et l'envoi de fausses lettres closes à un bourgeois - de Rouen au nom du vidame d'Amiens; le fait parut assez grave - pour motiver un ordre d'arrestation de la personne de Morelet, - ordre adressé le 7 août 1407 par le prévôt de Paris à Mathieu - d'Arly, chambellan du roi (Arch. nat., X{2a} 15, fol. 158 vº). - Toutefois, l'affaire ne paraît pas avoir eu de suite. Au mois - d'août de l'année 1410, Morelet de Béthencourt, obligé de quitter - Chartres où le duc de Bourgogne l'avait envoyé (Cousinot, _Geste - des nobles_, p. 131), revint aux environs de Paris et fut chargé - par Charles VI de veiller à l'approvisionnement de la capitale; - il résulte d'un procès engagé en 1413 au Parlement que le roi, - lui devant «XIIc escuz pour le service qu'il avoit fait de faire - venir les vivres à Paris,» lui abandonna la propriété d'une - maison en cette ville (Arch. nat., X{1a} 4790, fol. 19 vº). En - 1412, le même chevalier favorisait le vol à main armée d'un - chariot chargé d'objets précieux appartenant au duc de Bavière - (Monstrelet, t. II, p. 245). Morelet de Béthencourt rentra dans - Paris à la suite des Bourguignons et obtint pour sa part des - biens confisqués la maison de Jean Haudry, sise rue - Geoffroy-Lasnier (Sauval, t. III, p. 321). Pendant l'occupation - anglaise, il exerça les fonctions de chevalier du guet et fut - chargé à ce titre d'arrêter Sauvage de Fromonville. En 1428, une - action lui fut intentée au Parlement par la veuve d'un sergent - tué dans cette expédition (Arch. nat., X{1a} 4795, fol. 231 vº). - Partisan dévoué de la domination étrangère, il assista, le 21 - décembre 1431, à la tenue du Parlement par le roi d'Angleterre - et, le 12 janvier 1436, siégea dans le conseil réuni pour aviser - aux moyens d'assurer la défense de Paris (Arch. nat., X{1a} 1481, - fol. 48, 112 vº). Messire Morelet suivit probablement les Anglais - après leur expulsion en 1436. Il avait épousé l'une des filles de - Jean de Troyes, comme le montre le procès engagé en 1424 entre - les enfants de ce personnage (Arch. nat., X{1a} 4793, fol. 396). - - [103] Saint-Brice-sous-Forêt (Seine-et-Oise, arr. de Pontoise, - cant. d'Écouen). - -13. Et ung pou devant, avoit presché devant le roy le ministre des -Mathurins[104], tres bonne personne, et monstra la crualité que ilz -faisoient par deffaulte de bon conseil, disant qu'il failloit qu'il y -eust des traistres en ce royaulme; dont ung prelat, nommé le cardinal de -Bar, qui estoit audit sermon, le desmenty et nomma «villain chien», dont -il fut moult hay de l'Université et du commun, mais à pou lui en fu, car -il praticoit grandement avecques les autres qui portoient chascun une -bende, dont il estoit embassadeur par le duc de Berry, et portoit celle -bende[105], et tous iceulx de par luy. Et ce tindrent tellement en celle -bende qu'il couvint que ledit prevost fust desposé[106] pour l'envie -qu'ilz avoient sur le commun de Paris qu'il gardoit si bien, car aucuns -et le plus de la bende[107] cuidoient de certain que on deust piller -Paris. Et tout le mal qui ce faisoit de delà, chascun disoit que ce -faisoit le conte d'Armignac, tant estoit de malle voulenté plain, et pour -certain on avoit autant de pitié de tuer ces gens comme de chiens; et -quelconques estoit tué de delà, on disoit: «C'est un Armignac[108]», car -ledit conte estoit tenu pour tres cruel homme et tirant et sans pitié. Et -certain, ceulx de ladite bende eussent fait du mal plus largement, ce ne -fust le froit et la famine qui les fist traictier comme une chose non -achevée, comme pour en charger arbitres. Et fut fait environ le VIe jour -de novembre mil IIIIc et X[109], et s'en alla chascun à sa terre jusques -à ce que on les mandast, et qui a perdu si a perdu; mais le royaulme de -France ne recouvra la perte et le dommaige qu'ilz firent en vingt ans -ensuivant, tant viengne bien. - - [104] Renaud de la Marche, docteur en théologie, l'un des plus - célèbres orateurs de cette époque, se fit remarquer par la - virulence de son langage dans le sermon qu'il prononça, au mois - de mai 1408, contre l'antipape Benoît XIII et les porteurs de sa - bulle, «preschez» publiquement au parvis Notre-Dame. Le discours - auquel notre chroniqueur fait allusion termina la carrière de - Renaud de la Marche, dont le successeur, frère Etienne, est - mentionné dès l'année 1411. - - [105] Ms. de Rome: dont il estoit embassadeur, car le duc de - Berry portoit celle bande. - - [106] Pierre des Essarts, nommé prévôt de Paris le 30 avril 1408 - au lieu et place de Guillaume de Tignonville, fut reçu Je 5 mai - suivant et prêta serment en séance du Parlement (Arch. nat., - X{1a} 1479, fol. 26); ses lettres d'institution, insérées au - Livre rouge vieil du Châtelet (Arch. nat., Y 2, fol. 255), le - qualifient maître de l'hôtel du roi et capitaine de la ville de - Paris. A la suite du traité de Bicêtre conclu entre les princes - le 2 novembre 1410, Des Essarts dut se démettre de sa charge et - fut remplacé le 8 novembre par Bruneau de Saint-Clair qui remplit - les fonctions de prévôt jusqu'au 12 septembre 1411; après sa - disgrâce, il se retira avec le duc de Bourgogne en Flandre. - (Chronique des Cordeliers, édit. Douët d'Arcq, p. 205.) - - [107] Les mss. portent ici un «qui» inutile au sens. - - [108] Si à cette époque les partisans du duc d'Orléans recevaient - la qualification méprisante d'«Armagnac», associée souvent aux - mots de «traître, larron, coupaut» (Arch. nat., JJ 171, fol. 231, - et Z{1a} 5, fol. 248 rº), ils appliquaient à leur tour aux - Bourguignons l'appellation injurieuse de «maillet» que l'on - considérait comme flétrissante: c'est ainsi qu'un notaire du roi, - traité de «mailletus, mastinus, proditor, latro», fit infliger à - l'auteur de ces propos une condamnation à 30 livres d'amende et - 30 livres de dommages-intérêts avec réparation honorable (Arch. - nat., X{1a} 56, fol. 369 vº). En 1412, les habitants de Soissons - tenant le parti du duc de Bourgogne se virent qualifiés de «faulx - vuillains maallès» (Arch. nat., X{2a} 17, 30 juin). - - [109] Il faut voir dans le récit assez obscur de notre - chroniqueur une allusion au départ des princes stipulé par le - traité de Bicêtre. - -14. Et en ce temps fut la riviere de Saine si petite, car oncques on ne -la vit à la sainct Jehan d'esté plus petite qu'elle estoit à la sainct -Thomas devant Noel; et neantmoins, par la grace de Dieu, on avoit à Paris -en ce temps, environ cinq sepmaines après l'allée des gens d'armes, tres -bon blé pour XVIII ou pour vingt solz parisis le sextier. - - [1411.] - -15. _Nota_ que le mardi darrain jour de juing IIIIc et XI, jour de sainct -Paul, environ huit heures après disner, gresla, venta, tonna, espartit le -plus fort que homme qui adonq fust eust oncques veu[110]. - - [110] Cette note, relative au terrible orage dont parle Juvénal - des Ursins (p. 464), se trouve dans les manuscrits de Rome et de - Paris, à la suite des extraits se rapportant à la fin de l'année - 1408 et au commencement de l'année 1409; nous la rétablissons en - tête de l'année 1411. - -L'an mil CCCC et XI ensuivant, recommancerent ceulx de la bende à -faire[111] leur mauvaise vie, car en aoust, vers la fin, vindrent devant -Paris, du costé de devers Sainct-Denis, et deffierent le duc de -Bourgongne, et fist chascun son assemblée vers Montdidyer. Mais que les -bandez sceurent la belle compaignie que Bourgongne avoit, ilz ne -l'oserent oncques assaillir, et si les attendit-il par cinq sepmaines. -Quant le duc vit la chose, il dist que ilz n'avoient guerre que au roy et -à la bonne ville de Paris, lors renvoya ses communes et les convoya[112] -grant païs[113]. - - [111] Les mots «à faire» manquent dans le ms. de Rome. - - [112] Ms. de Rome: renvoia. - - [113] Les faits ne sont pas présentés sous leur vrai jour; on - sait que les communes de Flandre abandonnèrent le duc de - Bourgogne malgré ses instances et en dépit des humbles - supplications que leur adressa le duc de Brabant (cf. le récit de - Monstrelet, t. II, p. 182). - -16. Et les faulx bendez Armignaz commencerent à faire tout le pis que ilz -povoient, et vindrent au plus pres de Paris, en plaines vendenges, c'est -assavoir, environ mynuit entre sabmedy et dimenche, IIIe jour -d'octobre mil IIIIc et XI, furent à Pantin, à Sainct-Ouin, à la -Chappelle-Sainct-Denis, à Monmartre, à Glinencourt et par tous les -villaiges d'entour Paris dudit costé, et assegerent Sainct-Denis. Et -firent tant de maulx, comme eussent fait Sarazins, car ilz pendoient les -gens, [les uns] par les poulces, autres par les piez, les autres tuoient -et rançonnoient, et efforçoient femmes, et boutoient feuz, et quiconcques -ce feist, on disoit: «Ce font les Armignaz[114]», et ne demeuroit -personne esdiz villaiges que eulx mesmes. Cependent vint Pierre des -Essars à Paris, et fut prevost comme devant[115], et fist tant que on -cria parmy Parys que on abandonnoit les Armignaz, et qui pouroit les tuer -si les tuast et prinst leurs biens[116]. Si [y alla moult de gens qui -plusieurs foys leur] firent dommaige et, par especial, compaignons de -villaige, que on nommoit brigans[117], qui s'assemblerent et firent du -mal assez soubz l'ombre de tuer les Armignaz. - - [114] Ms. de Paris: Ce sont les Armagnacs qui eux mesmes se - pendent. - - [115] Pierre des Essarts fut remis en possession de la prévôté de - Paris le 11 septembre 1411, Bruneau de Saint-Clair ayant résigné - son office entre les mains du roi ou de son grand conseil (Arch. - nat., X{1a} 1479, fol. 172 vº). - - [116] En vertu de lettres du 3 octobre 1411, par lesquelles - Charles VI déclarait rebelles et désobéissants les princes et - seigneurs d'Orléans, Bourbon, Alençon, Armagnac, Albret, et les - abandonnait corps et biens; ces lettres, suivies le 14 octobre - d'un mandement au prévôt de Paris pour la convocation de - l'arrière-ban, sont insérées dans le 1er volume des Ordonnances - du Parlement (Arch. nat., X{1a} 8602, fol. 286, 288). Une - commission spéciale fut instituée le 7 mai 1412 pour la vente des - biens confisqués après la forfaiture des princes du sang: elle se - composait du sire de Blaru, d'Eustache de l'Aître, de Nicole - d'Orgemont et de Guillaume le Clerc (Arch. nat., JJ 166, fol. 112 - vº). Une ordonnance de novembre 1412 confirma les ventes et - cessions de biens faites par ces commissaires royaux (_Ibid._, JJ - 167, fol. 57. _Ordonnances des rois de France_, t. X, p. 34). - - [117] Voy. dans le Religieux de Saint-Denis (t. IV, p. 455) le - chapitre consacré au soulèvement des paysans qui, désignés sous - le nom de «brigands», exploitèrent les grands chemins et - rançonnèrent indistinctement tous les partis. - -17. En ce temps prindrent ceulx de Paris chapperons de drap pers et la -croix Saint Andrieu, ou millieu ung escu à la fleur de lis[118]; et en -maint de quinze jours avoit à Paris cent milliers, que hommes que enfens, -signez devant et derriere de ladicte croix, car nul n'yssoit de Paris qui -ne l'avoit. - - [118] On voit par un compte de la recette de Paris pour 1412, - publié en extrait par Sauval (t. III, p. 266), qu'en suite d'une - commission du 9 octobre 1411, le prévôt de Paris donna ordre aux - baillis, prévôts et capitaines royaux de faire prendre pour - enseignes, à tous vassaux et sujets du roi portans armes, «le - signe du sautoir blanc et de la fleur de lis d'or sur l'écu - d'azur». - -18. Item, le XIIIe jour d'octobre, prindrent les Arminaz le pont de -Sainct-Cloud par ung faulx traistre qui en estoit cappitaine, que on -nommoit Colinet de Pisex[119], qui leur vendy et livra, et furent tuez -moult de bonnes gens qui estoient dedens, et tous les biens perduz, dont -il y avoit grant foison, car tous les villaiges d'entour y avoient leurs -biens, qui furent tous perduz par le faulx traistre. - - [119] La trahison de Colinet de Puiseux, que taisent plusieurs - chroniqueurs, tels que Juvénal des Ursins et l'auteur de la - Chronique des Cordeliers, est attestée par des textes quasi - officiels. Voici en quels termes le greffier du Parlement, N. de - Baye, en parle dans son journal: «lequel pont de St-Cloud avoit - livré un appellé Colinet de Puiseux qui en avoit la garde, et qui - pour ce et aucuns de ses complices ont esté decapitez, et ledit - Colinet esquartelé.» (Arch. nat., X{1a} 1479, fol. 179 vº.) Un - arrêt extrait des Jugés du Parlement (Arch. nat., X{1a} 59, fol. - 22 vº) mentionne également la prise du pont de Saint-Cloud «par - la mauvaistié et traïson de Colinet de Puiseux». - -19. Item, le XXIIIIe[120] jour d'octobre, prindrent Sainct-Denis, comme -Sainct-Cloud par traïson d'aucuns qui estoient dedens, si comme on disoit -que le signeur de Chaalons[121] en estoit consentent, lequel estoit au -duc de Bourgongne. - - [120] Ms. de Paris: XIII. - - [121] Jean de Châlon, sire d'Arlay, prince d'Orange, avait été - préposé à la garde de la ville et de l'abbaye de Saint-Denis le 3 - octobre 1411, mais, après plusieurs attaques vigoureusement - repoussées, il ne voulut pas, faute de munitions, exposer la - ville au péril d'un assaut et, le lundi 11 octobre, il la rendit - aux ducs de Berry et d'Orléans par un traité que reproduit le - Religieux de Saint-Denis (t. IV, p. 501). - -20. Quant les bendez furent maistres des deux, de Sainct-Cloud et -Sainct-Denis, ilz s'enorgueillirent tellement qu'ilz venoient jusques aux -portes de Paris, car leurs signeurs estoient logez à Monmartre[122] et -veoient[123] jusques dedens Paris, et qui y entroit et yssoit, dont ceulx -de Paris avoient grant doubte. En ce temps avoit à Paris ung escuier -nommé Enguerren de Bournonville[124] et ung nommé Amé de Vrey[125] qui -moult leur firent d'escarmouches et de jour et de nuit, car les Arminaz -doubtoient plus ces deux hommes que le conte de Sainct-Paul et toute sa -puissance, qui lors estoit comme cappitaine de Paris, et portait en sa -baniere fleur de bourache. - - [122] Montmartre était occupé par le sire de Gaule qui, de ce - point, surveillait toutes les allées et venues des gens de guerre - dans Paris. (Juvénal des Ursins, p. 469.) - - [123] Ms. de Paris: venoient. - - [124] Enguerran de Bournonville, écuyer picard, attaché à la - personne du duc de Guyenne après le traité de Bicêtre, reçut avec - Amé de Viry et le sire de Heilly le commandement de l'un des - trois corps avec lesquels le duc de Bourgogne reprit Saint-Cloud; - l'année suivante, lors de l'expédition de Bourges, il figure au - nombre des chefs qui conduisirent l'avant-garde de l'armée royale - et finit misérablement ses jours en suite de la prise de Soissons - en mai 1414 (Cf. Monstrelet). - - [125] Les mss. portent «Brey».--Amé de Viry, chevalier savoisien, - qui, en 1409, osa s'attaquer au duc de Bourbon et lui fit guerre - ouverte, fut nommé bailli de Mâcon le 4 novembre 1411, peu de - jours avant l'attaque de Saint-Cloud où il paya de sa personne; - après s'être signalé par de nouveaux actes d'hostilité envers le - duc de Bourbon, il prit une part active à l'expédition de Bourges - pendant laquelle il mourut (Monstrelet, t. II, _passim_; Arch. - nat., Xia 1479, fol. 174, 210). - -21. Item, le XVIe jour d'octobre, estoient les Arminaz emprès le moullin -à vent au-dessus de Sainct-Ladre. Adong yssirent ceulx de Paris sans -gouverneur[126] et allerent sur eulx tous nuds d'armes, fors que de trait -et de picques de Flandres, et les autres estoient bien armez et vindrent -sur la chaussée à eulx, et tantost en tuerent bien de LX à IIIIxx, et -leur osterent quant qu'ilz avoient jusques aux brayes, et plus en eussent -tué largement, ce ne fust le chemin qui estoit estroit et la nuyt qui -venoit, car non pourtant moult de ceulx de Paris furent navrez, ainsi -advint[127]....... - - [126] Le récit de cette sortie désordonnée se trouve tout au long - dans Juvénal des Ursins (p. 469); on voit que les Armagnacs - s'étaient mis en embuscade derrière Montmartre, non loin du - gibet, et fondirent sur les gens du comte de Saint-Pol qui - parvinrent à rentrer dans Paris par la porte Saint-Honoré; deux à - trois cents malheureux Parisiens payèrent de leur vie leur - imprudente équipée. La note gaie de cette piteuse aventure est - l'histoire de cet «homme de pratique» qui sortit armé de toutes - pièces et qui, bon gré mal gré, fut entraîné à Saint-Denis par la - mule qu'il montait. - - [127] Il y a ici une lacune qui correspond au bas du folio 16 du - ms. de Rome, mais elle ne résulte point d'une lacération qu'aucun - indice matériel ne permet de supposer; en marge, on lit la note - suivante dont l'écriture appartient à la seconde moitié du XVIe - siècle: «Desunt ... fueillez», note où le nombre des feuillets - reste en blanc. L'absence de ces feuillets est d'autant plus - regrettable qu'ils contenaient probablement le récit d'un - événement essentiellement parisien, le pillage et l'incendie du - château de Bicêtre où disparurent tant de trésors artistiques. - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . -22. Adong estoient ceulx de Paris moult esbahiz, car on ne savoit -nulle nouvelle du duc de Bourgongne, et cuidoit-on qu'il fust mort, et il -estoit allé traicter aux Englois en Engleterre, et revint à Paris le plus -tost qu'il pot, et y entra le XXIIIe jour d'octobre oudit an[128], et -amena en sa compaignie bien de VII à VIIIm Englois avec ses gens[129]. -Et le XXVe jour dudit moys allerent les Angloys escarmoucher au moulin à -vent, et tuerent moult des Arminaz et de leurs chevaulx par force de -traict. - - [128] Cette date du 23 octobre, assignée à l'entrée du duc de - Bourgogne à Paris, est aussi celle donnée par Monstrelet, mieux - renseigné que Juvénal des Ursins qui indique le 30 octobre; elle - est adoptée du reste par M. Gachard dans son Itinéraire de Jean - Sans-Peur (_Rapport sur les archives de Dijon_, p. 218). - - [129] Ce contingent anglais, que commandait le comte d'Arundel, - paraît avoir été accueilli avec défiance par la population - parisienne dont le mécontentement s'accentua encore lorsqu'il - fallut contribuer au payement de ses services. La corporation des - bouchers surtout, quoique fort affectionnée au duc de Bourgogne, - les vit de très mauvais œil; ainsi, en novembre 1411, un des - Anglais qui venaient d'abattre une maison à - Saint-Germain-des-Prés fut tué, près des murs, par un valet - boucher, convaincu, sur la foi de certains bruits, «que les - Anglois avoient prins complot de tuer tous les bouchers de - Paris.» (Rémission de mars 1412. Arch. nat., JJ 166, fol. 76 vº.) - -23. Item, le VIIIe jour de novembre ensuivant oudit an, fist chascune -disenne selon sa puissance de compaignons vestus de jacques et armez, et -firent leur monstre cedit jour, et furent bien XVI ou XVII cens, tretous -fors hommes. Et ce jour, environ dix heures de nuit, party de Paris le -duc de Bourgongne, avec lui les compaignons dessusdiz et les Anglois, et -alla toute nuyt à Sainct-Cloud, et party par la porte Sainct-Jacques et, -quant il fut devant le pont de Sainct-Cloud, il fut le point du -jour[130]. Adong il fist assaillir ledit pont et la ville qui estoit -toute plaine de tres puissans gens d'armes Arminaz qui moult se -deffendirent, mais pou leur valut, car tantost furent desconfiz et tous -mis à l'espée, et furent bien VIc tués. Et le faulx traistre qui avoit -vendu ledit pont fut prins en l'eglise de Sainct-Cloud, au plus hault du -clocher, vestu en habit d'un prestre. Il fut admené à Paris en prinson, -et le duc de Bourgongne fist mettre le feu dedens le pont leveys, dont il -s'en noya bien iiic [de paour et] de haste d'entrer en la tour. Et dit on -que ce fut ung des beaux assaulx que on eust point veu passé a long -temps[131], car une partie de la plus grant force des Arminaz estoient en -la tour, si que on ne la peust avoir si legierement, et aussi tous les -Arminaz de Sainct-Denis y vindrent de l'autre costé de l'eaue, si ne -porent riens faire l'un à l'autre que gaster leur traict. Lors fist le -duc de Bourgongne retraire ses gens, et s'en revint à Paris pour aller -assaillir ceulx de Sainct-Denis. [Et le lendemain allerent à -Sainct-Denis] le prevost, et Enguerren et ceulx de Paris, mais ilz n'y en -trouverent nulz: tous s'en estoient fuiz la nuyt de devant, et passé la -rivyere par ung pont de boys qu'ilz avoient fait en ladicte ville de -Sainct-Denys. - - [130] Ms. de Paris: il y fust au poinct du jour. - - [131] Voici, d'après une lettre de rémission du mois de janvier - 1412 (Arch. nat., JJ 165, fol. 249 vº), les nouvelles de «la - besongne» de Saint-Cloud qui circulaient à Hesdin au mois de - novembre 1411. On racontait «que les Armaignacs avoient esté tous - desconfis, et y avoient les Picquars tres bien fait leur devoir, - et que nous et nostre tres cher et amé cousin le duc de - Bourgongne et nos gens y avions acquis grant honneur, et - aussy.... que les Anglois y avoient bien fait et avoient prins - Manssart du Bos, chevalier, et autres qui s'estoient mis contre - nostredit cousin le duc de Bourgogne.» - -24. Et ce jour que noz gens furent à Sainct-Denys estoit la vigille -sainct Martin d'yver, et fut ce jour faicte procession generalle à -Nostre-Dame de Paris, et là, devant tout le peuple, fut maudicte et -excommuniée toute la compaignie des Arminaz, et tous leurs aidans[132] et -confortans[133], et furent nommez par nom tous les grans signeurs de la -maldicte bande, c'est assavoir: le duc de Berry, le duc de Bourbon, le -conte d'Alençon, le faulx conte d'Arminac, le connestable[134], -l'archevesque de Sens[135] frere du devantdit Montaigu, Robert de -Tuillieres lieutenant du prevost de Paris, frere Jacques le Grant[136] -augustin, qui le pis conseilloit de tous; et furent excommuniez de la -bouche du Sainct Pere, tellement qu'ilz ne povoient estre absoulz par -prestre nul, ne prelat, que du Sainct Pere et en article de mort. Et ii -ou iii foys devant avoit [esté] faicte à Paris telle procession et tel -excommuniement sur la faulce bande. - - [132] Ms. de Paris: amis. - - [133] C'est au parvis Notre-Dame que, le 13 novembre 1411, en - présence du duc de Bourgogne et au milieu d'une affluence - considérable de peuple, un frère mineur, dont Monstrelet ne cite - pas le nom (voy. t. II, p. 210), déclara excommuniés le duc - d'Orléans et ses complices. Les bulles d'Urbain V, sur lesquelles - fut basée l'excommunication, étaient celles que ce pape fulmina - contre les Grandes Compagnies de 1364 à 1369; on trouve inséré - dans le premier registre des Ordonnances du Parlement (Arch. - nat., Xia 8602, fol. 241) le texte de la principale de ces bulles - qui commence par ces mots: _Quam sit plena periculis_. - - [134] Charles, sire d'Albret, connétable de France depuis la mort - de Louis de Sancerre. - - [135] Jean de Montaigu, prélat guerrier, constamment armé de - toutes pièces, portant une hache en guise de crosse (Monstrelet, - t. II, p. 192), avait été banni une première fois en 1409, après - la mort de son frère; il trouva sur le champ de bataille - d'Azincourt une fin qui couronna dignement une carrière toute - militaire. - - [136] Jacques le Grand, moine augustin, hardi prédicateur, - s'éleva dans un sermon prononcé en présence de la reine contre le - luxe excessif et les désordres des dames de la cour. Admis à - prêcher devant le roi, il attaqua avec une égale violence les - exactions de ceux qui étaient à la tête des affaires. Fidèle - adhérent des Armagnacs, il fit partie de la députation envoyée, - au commencement de l'année 1412, par les princes confédérés - auprès du roi d'Angleterre afin de négocier une alliance, - députation qui, dans son passage à travers le Maine, fut - poursuivie et arrêtée par le bailli de Caen, lequel s'assura de - leurs personnes et envoya à Paris leurs lettres et instructions. - La gravité du fait motiva une réunion extraordinaire du conseil à - Saint-Pol, sous la présidence de Charles VI: il y fut procédé à - l'examen des papiers saisis, et le chancelier de Guyenne donna - lecture d'un «petit advisement» sur le gouvernement, de la - composition de frère Le Grant, trouvé au milieu de ces documents. - (Cf. Monstrelet, Juvénal des Ursins et le Religieux de - Saint-Denis.) - -25. Item, le jeudi XIIe jour de novembre, oudit an, fut mené le faulx -traistre Colinet de Pisex, lui VIIe, es halles de Paris, lui estant en la -charrette sur ung aiz plus hault que les autres, une croix de fust en ses -mains, vestu comme il fut prins, comme ung prestre. En telle maniere fut -mis en l'eschauffaust et despoullié tout nu, et lui coppa on la teste à -lui VIe, et le VIIe fut pendu, car il n'estoit pas de leur faulce bande. -Et ledit Colinet, faulx traistre, fut despecé les quatre membres, et à -chascune des maistres portes de Paris l'un de ses menbres pandu, et son -corps en ung sac au gibet, et leurs testes es halles sur six lances, -comme faulx traistres qu'ilz estoient; car on disoit tout -certainement[137] que ledit Colinet, par sa faulce et desloyaute traïson, -fist dommaige de plus de IIm lyons[138] en France, sans plusieurs bonnes -gens qui estoient avec lui, qu'il fist tuer les uns, les autres -rançonner, les autres emmener en tel lieu que en ouy puis nouvelles, puis -fist-on maintes justices. - - [137] Ms. de Paris: mesmement. - - [138] Ici, un mot est resté en blanc dans le manuscrit de Paris. - -26. Ce pendent, alla monseigneur de Guienne et de Bourgongne devant -Estampes[139] qui estoit de la bande, et y furent par plusieurs jours, -tant que par miner, que par assault, ilz se rendirent au roy à sa -voulenté. Et fut prins le cappitaine nommé Bourdon, lequel fut mené en -prinson en Flandres, et depuis ot sa paix. Puis refut prins ung autre -chevalier de la bande, nommé messire Manssart du Bois[140], ung des beaux -chevaliers que on peust veoir, lequel ot la teste couppée es halles de -Paris, et de sa force de ses espaulles, depuis qu'il ot la teste couppée, -bouta le tronchet si fort qu'à pou tint qu'il ne l'abaty, dont le -bourreau ot telle freour, car il en mouru tantost après six jours, et -estoit nommé maistre Guieffroy. Après fut bourrel Cappeluche, son varlet. - - [139] Au témoignage de Monstrelet (t. II, p. 222), les ducs de - Guyenne et de Bourgogne partirent de Paris le 23 novembre, tandis - que suivant l'Itinéraire de Jean Sans-Peur dressé par M. Gachard, - le duc de Bourgogne aurait quitté Paris vers le 20 novembre et - aurait séjourné du 20 au 27 à Corbeil où se trouvait le duc de - Guyenne; d'après une lettre de rémission d'avril 1412 (Arch. - nat., JJ 166, fol. 118), ce ne fut que le 5 ou 6 décembre «qu'ils - entreprindrent le voyage d'aler à Estampes.» Louis de Bosredon, - sénéchal de Berry, chargé de défendre cette place, opposa une - vigoureuse résistance et ne se rendit qu'à la dernière extrémité; - quoique Juvénal des Ursins prétende qu'il ne fut point considéré - comme prisonnier et qu'il n'eut aucune rançon à payer, il est - constant que le duc de Bourgogne le fit mener au château de Lille - en compagnie d'autres seigneurs et ne le relâcha que moyennant - bonne finance. (Chronique des Cordeliers, p. 214.) - - [140] Mansart du Bois est compté au nombre des chevaliers de - renom faits prisonniers à Saint-Cloud par le duc de Bourgogne, - qu'il avait imprudemment défié peu de mois auparavant; enfermé au - Châtelet, il n'en sortit que pour aller au dernier supplice. A la - sollicitation de ses amis, on lui avait promis sa grâce s'il - consentait à prêter serment au duc de Bourgogne; mais il refusa - en disant «qu'il n'avoit fait chose pour laquelle il deust avoir - remission.» (Juvénal des Ursins.) Onze ans auparavant, plus - heureux que dans cette circonstance, il avait obtenu des lettres - de rémission pour le meurtre involontaire d'un berger qui lui - avait répondu arrogamment un jour où il était sorti dans la - campagne préoccupé par l'indisposition «d'une sienne fille malade - de la boce.» (Arch. nat., JJ 155, fol. 42 vº.) Mansart du Bois - fut décapité et son corps pendu à Montfaucon, ce qui a fait dire - au Religieux de Saint-Denis que ce seigneur fut pendu (t. IV, p. - 593). - - - [1412.] - -27. Et en cedit an fut fait connestable de France le conte de -Sainct-Paul, nommé messire Galleren[141], et alla en la conté d'Alençon; -et là estoit messire Anthoine de Craon, lequel devoit avoir journée au -conte d'Alençon, lequel n'osa oncques venir, si s'en revint ledit -connestable. Et en revenant le cuida ruyner et[142] destruire le signeur -de Gaucourt qui avoit bien en sa compaignie mil hommes d'armes, mais par -la grace de Dieu ledit Gaucourt et ses gens furent desconffys -honteusement; et en furent tuez bien vic, et bien cent noyez, et bien -cinquante des plus gros prins, mais Gaucourt eschappa par bon -cheval[143]. En icellui temps se firent plusieurs escarmouches, dont on -ne fait nulle mencion, car on ne faisoit rien à droit, pour les traistres -dont le roy estoit tout advironné[144]. - - [141] Waleran de Luxembourg, comte de Ligny et de Saint-Pol, - nommé grand-maître des eaux et forêts en 1402 et grand bouteiller - de France le 29 octobre 1410, reçut en 1411 le gouvernement de - Paris et l'épée de connétable de France au lieu de Charles - d'Albret, déchu de ses fonctions comme rebelle. - - [142] Les mots «_ruyner et_» manquent dans le ms. de Rome. - - [143] L'événement militaire auquel le chroniqueur fait allusion - dans ce paragraphe est la bataille de Saint-Remy-du-Plain, gagnée - le 10 mai 1412 par le connétable de Saint-Pol sur les Orléanais - commandés par le sire de Gaucourt (Cf. Monstrelet, t. II, p. - 249). - - [144] Rien ne saurait mieux refléter l'état des esprits à cette - époque profondément troublée que le curieux langage tenu contre - le roi par un certain Jacques Mestreau, roi d'armes de Champagne, - langage qui fut considéré comme séditieux et qui valut à son - auteur un emprisonnement au Châtelet de Paris. Mestreau «estant - surprins de vin ou autrement mal conseillié,» s'écriait: «Où sont - les proudommes chevaliers de ce royaume? Ne pevent ilz trouver - bon accord entre nosseigneurs?» Et, ajoutent les lettres royaux - auxquelles nous empruntons ces détails, «aussi a peu dire que les - seigneurs de nostre sang estoient mal conseilliez de ce qu'ilz - mettoient les Angloiz en ce royaume, pour ce qu'ilz pourroient - destruire le pays, et que s'eust esté prouffitable chose que - Jehan nostre oncle de Berry, feust venu à Paris pour trouver et - mettre aucun bon remede en ce royaume et mettre bon accord entre - les seigneurs dessusdiz. Et avec ce semblablement a peu dire que - nous estions en adventure de faire ainsi en France comme on avoit - fait en Angleterre, se Dieu n'y pourveoit et que on y mist - remede, laquelle chose il entendoit estre que les seigneurs de ce - royaume se rebelleroient à l'encontre de nous et nostre couronne; - et que on avoit osté de nostre Conseil les bons proudommes qui - desja s'en estoient alez, comme le sire de Blarru, le sire de - Torcy et autres, et que nous estions mal conseilliez, et qu'il - n'avoit nulz proudommes entour nous, et que ceulx qui se sont - armez à l'encontre de nous feroient de nous ainsi que l'en avoit - fait en Angleterre.» (Rémission de février 1412; Arch. nat., JJ - 166, fol. 11 vo.) Vers le même temps, un habitant de Senlis fit - entendre ces «maugracieuses parolles»: «On savoit bien que ce - s'estoit du roy, et qu'il ne faisoit raison ne justice et qu'il - se gouvernoit par ce faulx traiste.» (Arch. nat., Z{1a} 5, fol. - 336 rº.) - -28. En l'an IIIIc et XII, VIe jour de may, ce mist le roy sur les champs, -avecques lui son aisné filx le duc de Guienne, le duc de Bourgongne et -plusieurs autres, et allerent droit en Ausserre, là furent aucuns jours. -De là se departirent et allerent assegier la cité de Bourges en Berry, où -estoit le duc de Berry, anxien de bien pres de IIIIxx ans, oncle dudit -roy de France, maistre et menistre de toute traïson de ladite bande, -cruel contre le menu peuple autant que fut oncques tirant sarasin, et aux -siens comme aux autres; pourquoy il estoit assiégé. - -29. Et sitost que ceulx de Paris sceurent que le roy estoit en la terre -de ses ennemis, par commun conseil ilz ordonnerent les plus piteuses -processions qui oncques eussent esté veues de aage de homme: c'est -assavoir, le penultime jour de may oudit an, jour de lundi, firent -procession ceulx du Palais de Paris, les ordres mendians et autres[145], -tous nuds piez, portans plusieurs sainctu[ai]res moult dignes, portant la -saincte vraye croix du Pallays, ceulx de Parlement, de quelque estat -qu'ilz fussent; tous deux et deux, quelques xxxm personnes après -avecques, tous nuds piez. - - [145] Voici l'itinéraire de cette procession: les Jacobins, les - Carmes et les Bernardins, tous nu-pieds et portant la vraie - croix, allèrent à Saint-Martin-des-Champs par la rue Saint-Denis - et revinrent par la rue Saint-Martin à la Sainte-Chapelle. (Arch. - nat., X{1a} 4789, fol. 278 vº.) - -30. Le mardy derrenier jour de may, oudit an, partie des parroisses de -Paris firent procession, et leurs parroissiens autour de leurs -parroisses: tous les prestres revestuz de chappe ou de sourpeliz, chascun -portant ung sierge en sa main et reliques, tous piez nudz; la chasse -sainct Blanchart, de sainct Magloire, avecques [bien] iic petiz enfens -devant, tous piez nudz, chascun cierge ou chandelle en sa main; tous les -parroissiens qui avoient puissance, une torche en leur main, tous piez -nudz, femmes et hommes. - -31. Le mercredi ensuivant, premier jour de juing, oudit an, en la forme -et maniere du mardi, fut faite la procession. - -32. Le jeudy ensuivant fut le jour du Sainct Sacrement; la procession fut -faicte comme on a accoustumé. - -33. Le vendredi ensuivant, IIIe jour de juing, oudit an, fut faicte la -plus belle procession[146] qui oncques fut gueres veue; car toutes les -parroisses et ordres, de quelque estat qu'ilz fussent, allerent tous nuds -piez, portant, comme devant est dit, saintu[ai]re ou cierge en habit de -devocion, du commun plus de XLm personnes avecques, tous nuds piez et à -jeun, sans autres secrettes abstinances, bien plus de IIIIm torches -allumées. En ce point allerent portant les sainctes reliques à -Sainct-Jehan en Greve; là prindrent le precieulx corps Nostre Seigneur, -que les faulx juifs boullirent[147], en grant pleur, en grans lermes, en -grant devocion, et fut livré à IIII evesques, lesquelx le porterent dudit -moustier à Saincte-Geneviefve, à telle compaignie du peuple commun, car -on affirmoit que ilz estoient plus de LII mil; là chanterent la grant -messe moult devottement, puis rapporterent les sainctes reliques où ilz -les avoient prinses, à jeun. - - [146] Il s'agit d'une procession générale du clergé de Notre-Dame - à Sainte-Geneviève, ainsi décrite par le greffier Nicolas de - Baye: Le clergé, accompagné de nombre de bourgeois et - bourgeoises, tous nu-pieds, est «alé quérir _corpus Domini_ à - Saint-Jean en Greve, ouquel fu fait le miracle des Billettes, et - puiz fu porté à Nostre-Dame, et l'atendi la court à la porte du - Palaiz et de là à Nostre-Dame et de Nostre-Dame à - Saincte-Genevieve.» (Arch. nat., Xia 1479, fol. 203 vº.) - - [147] Ms. de Paris: _voulurent_, avec une demi-ligne laissée en - blanc. - -34. Le sabmedi ensuivant IIIIe jour dudit moys, oudit an, toute -l'Université, de quelque estat qu'il fust, sur peine de privacion, furent -à la procession, et les petiz enffens des escolles, tous nuds piez, -chascun ung cierge allumé en sa main, aussi bien le plus grant que le -plus petit, et assemblerent en celle humilité aux Mathurins[148], de là -s'en vindrent à Saincte-Katherine-du-Val-des-Escolliers, portant tant de -sainctes reliques que sans nombre; là chanterent la grant messe, puis -revindrent à cueur jeun. - - [148] Ms. de Paris: Augustins. - -35. Le dimenche ensuivant, Ve jour dudit moys, oudit an, vindrent ceulx -de Sainct-Denis en France à Paris, tous piez nudz, et apporterent sept -corps saints, la saincte oriflamble, celle qui fut portée en Flandres, le -sainct clou, la saincte couronne que deux abbez portoient, acompaignez de -XIII banieres de procession; et à l'encontre d'eulx alla la parroisse -Sainct-Huitace pour le corps sainct Huitace, qui estoit en l'une -desdictes chasses, et s'en allerent droit au Palays de Paris [tous]; là -dirent la grant messe en grant devocion, puis s'en allerent. - -36. La sepmaine ensuivant, tous les jours [firent] moult piteuses -processions chascun à son tour, et les villaiges d'entour Paris -semblablement venoient moult devottement, tous nuds piez, priant Dieu que -par sa saincte grace paix fust refourmée entre le roy et les signeurs de -France, car par la guerre tout France estoit moult empirée d'amis et de -chevance, car on ne trouvoit rien au plain païs qui ne lui portoit. - -37. Item, le lundy ensuivant, VIe jour dudit moys de juing[149], oudit -an, allerent ceulx de Sainct-Martin-des-Champs, avecques eulx -plusieurs parroisses[150] de Paris et du villaige (_sic_), tous nudz -piez, acompaignez comme devant de luminaire et de reliques, à -Sainct-Germain-des-Prez. Là dirent la grant messe en grant devocion, et -les autres parroisses allerent aux Martirs et là chanterent la grant -messe, et ceulx de Saincte-Katherine-du-Val-des-Escolliers vindrent -chanter la grant messe à Sainct-Martin-des-Champs. - - [149] Ce jour, un coup de tonnerre d'une violence extrême - retentit soudainement à Paris; le greffier du Parlement est le - seul qui ait pris soin de noter cette perturbation atmosphérique: - «Hic subito et nullis aut paucis indiciis previis, insonuit - tonitru horridius quam unquam auditum fuerit hominum memoria.» - (Arch. nat., X{1a} 4789, fol. 281 rº.) - - [150] Ms. de Paris: processions. - -38. Item, les mardi et mercredi, VIIe et VIIIe jours dudit moys, oudit -an, fist on procession, les parroissiens autour de leurs parroisses. - -39. Item, le jeudi IXe jour dudit moys, oudit an, furent plusieurs -parroisses, acompaignées de tres grant peuple d'eglise et de commun, tous -nuds piez, à grant reliquiaire et luminaire, et en ce point allerent à -Boullongne-la-Petite; là firent leur devocion et dirent la grant messe, -puis s'en revindrent. - -40. Item, le vendredi ensuivant, Xe jour dudit moys, oudit an, fut faicte -une procession generalle, une des plus honnourables que on eust oncques -veue: car toutes les eglises, colleges et parroisses y furent tous, nudz -piez, et tant de peuple que sans nombre, car le jour de devant avoit esté -commandé que de chascun hostel y fust une personne. Et pour celle devote -procession plusieurs parroisses des villaiges d'entour Paris y vindrent -en grant devocion et de moult loing, comme de plus de quatre grosses -lieues, comme de par delà Villeneufve-Sainct-George, de Mongisson[151] et -d'autres villes voisines, et vindrent à toutes les reliques dont ilz -porent finer, tous nuds piez, tres anxiens hommes, femmes grosses et -petiz enfens, chascun cierge ou chandelle en sa main. - - [151] Montgeron, cant. de Villeneuve-Saint-Georges - (Seine-et-Oise). - -41. Les sabmedi et dimenche, XIe et XIIe jours dudit moys, oudit an, on -fist procession commune autour des parroisses. - -42. Le lundi, XIIIe jour dudit moys, oudit an, vindrent ceulx de -Sainct-Mor-des-Fossez acompaignez de XVIII banieres, des reliques tres -grant foison, vingt croix, tous piez nudz, à Nostre-Dame de Paris -chanterent la grant messe. - -43. Le mardi ensuivant, le XIIIIe jour dudit moys, oudit an, allerent -ceulx de Paris en procession à Sainct-Anthoine-des-Champs, là dirent la -grant messe. - -44. Le mercredi ensuivant, XVe jour dudit moys, oudit an, fut faicte -[une] procession autour des parroisses. - -45. Le jeudi ensuivant, XVIe jour dudit moys, oudit an, firent les -parroisses de Paris les processions aux Martirs et à Montmartre; là -chanterent la grant messe. - -46. Le vendredi ensuivant, allerent à Sainct-Denis en France, c'est -assavoir Sainct-Paul et Sainct-Huytasse, les gens tous nudz piez; là -dirent la grant messe[152]. - - [152] Ces processions parisiennes, qui mettaient en mouvement des - milliers de personnes, ne se faisaient pas toujours avec le - recueillement désirable et donnaient parfois lieu à des scènes de - désordre. Nous trouvons, en ce qui concerne la procession de - Saint-Denis, un exemple d'autant plus curieux qu'il fait entrer - en scène la famille le Goix: «La femme J. des Oches, fille Thomas - le Goix, et la femme Guillaume le Goix, qui estoient alées avec - autres à la procession à Saint-Denis,» furent battues et - injuriées par un individu que l'abbaye de Saint-Denis réclama - comme son justiciable, malgré l'opposition des offensés, lesquels - se fondant sur la qualité d'officiers du roi qui leur - appartenait, prétendaient que le cas était privilégié (Arch. - nat., X{1a} 4789, fol. 294 rº). - -47. Et tant comme on fist ces processions, ne fist jour qu'il ne pleust -tres fort[153], que les trois premiers jours. Pour vray ceulx de Meaulx -vindrent à Sainct-Denis, et de Pontoise et de Gonnesse, et de par delà -vindrent à Paris en procession. - - [153] Le greffier du Parlement, plus explicite que notre auteur, - parle ainsi de la température de ces diverses journées: «Mercredi - XV juin, a fait moult grant froit, et a tombé pluies qui ont - succédé à grant chaleur hative qui estoit cheue par horribles - tonnerres.--«Venredi XVIIe jour de juin, cedit jour et toute la - nuit a aussy fort venté que fist passé a X ans.» (Arch. nat., - X{1a} 1479, fol. 204, 205.) - -48. Le sabmedi ensuivant firent ceulx de Chastellet, tous grans et petiz, -procession. - -49. Le dimenche ensuivant, procession aux parroisses. - -50. Le lundi ensuivant, Sainct-Nicolas, Sainct-Saulveur, Sainct-Laurens -allerent à Nostre-Dame de Boulongne-la-Petite, en la maniere que dit est -devant, le jeudi IXe jour de moys. - -51. Tretout le temps que le roy fut hors de Paris, firent ceulx de Paris -et ceulx des villaiges d'entour procession[154], comme devant est dit, et -alloient chascun jour par ordre en procession aux pellerinaiges de -Nostre-Dame entour Paris, comme au Blanc-Mesnil[155], comme au -Mesche[156] et aux lieux plus renommez de devocion. - - [154] Pendant tout ce mois et le mois suivant, le clergé de - Paris, avec un zèle infatigable, fit procession sur procession: - ainsi, il y eut le 22 juin procession à Saint-Marcel; le 4 - juillet, procession de la Sainte-Chapelle à Saint-Denis; le 13 - juillet, ce fut à Sainte-Catherine-du-Val-des-Écoliers, où l'on - porta la vraie croix et le chef de saint Louis (Arch. nat., X{1a} - 1479, fol. 205, X{1a} 4789, fol. 298, 300). - - [155] La chapelle du Blanc-Mesnil (Seine-et-Oise, canton de - Gonesse) est mentionnée dans le compte des menus plaisirs - d'Isabeau de Bavière pour les années 1416-1417 (Arch. nat., KK - 49, fol. 29). Cette reine, «pour faire faire une quinzaine de - Nostre-Dame,» y envoya un pèlerin avec un cierge de cire pesant - quinze livres. - - [156] Sur la requête du curé et des paroissiens de Creteil, une - confrérie fut instituée en la chapelle de Notre-Dame du Mesche, - par lettres patentes de Charles VI, rendues au mois d'août 1394, - accompagnées d'une bulle pontificale et d'une lettre pastorale de - l'évêque de Paris (Arch. nat., Y2, fol. 203 vº). Pendant tout le - XVe siècle, la chapelle en question resta en faveur auprès des - fidèles. On voit même le Parlement, par un arrêt du 23 décembre - 1486, infliger comme pénitence un pèlerinage, nu-pieds, jusqu'en - l'église et chapelle de N.-D. du Mesche (Arch. nat., X{2a} 51). - -52. Et fut vray que le sabmedi, XIe jour dudit moys de juing[157], ariva -le roy de France, avec son oust devant la cité de Bourges en Berry, et -quant ilz furent devant, ilz assaillirent la ville moult asprement, et -les Arminaz se deffendirent moult fort, mais moult furent agrevez; si -demanderent triefves[158], si furent données deux heures non plus. Ung -pou avant que les treves furent faillies, yssirent hors les faulx -traistres à grant compaignie, cuidant trayr et sourprendre noz gens qui -point ne s'en gardoient; mais l'avangarde les reculla moult asprement, et -si ferirent en eulx si cruelment que tous les firent flatir jusques aux -portes, et là furent de si pres hastez les traistres que le sire de -Gaucourt conduisoit, que en la place en demoura plus de VII{XX} hommes de -nom, tous mors, et foison prins[159], lesquelx recognurent qu'ilz -cuidoient emmener le roy par force et tuer le duc de Bourgongne, mais -Dieu les en garda celle foys; puis passèrent plusieurs jours sans aucun -assault. - - [157] Les manuscrits portent «IIIe jour», ce qui ne concorde ni - avec la chronique ni avec les événements. - - [158] Les trêves auxquelles le chroniqueur fait allusion furent - conclues le mercredi 14 juin; dans la sortie que tentèrent les - assiégés ce jour-là, ils perdirent environ 120 des leurs, entre - autres Guillaume Bouteiller, qui avait été fait prisonnier à - l'assaut de Saint-Cloud avec Mansart du Bois et relâché peu après - (Monstrelet, t. II, p. 275). - - [159] Ms. de Paris: Tous mors et frissons. - -53. Ce pendent eulx rendirent ceulx du chastel de Sansserre, lesquelx -avoient fait moult de grief en l'ost, car au commencement du siege, par -ceulx là et par autres, pain y estoit si cher que ung homme n'eust pas -esté saoul de pain à ung repas pour III solz p., mais tantost après, -[par] la grace de Dieu, il vint assez de vivres; et si estoient bien en -l'ost plus de L mil hommes à cheval, sans ceulx de pié qui estoient grant -foison. - -54. Item, vers la fin de juillet, quant tout le pauvre commun, et de -bonnes villes et de plat païs furent tous mengez, les ungs par tailles, -les autres par pillaige, ilz firent tant que ilz firent traicter au jeune -duc de Guienne, qui aisné filx du roy estoit et qui avoit espousée la -fille au duc de Bourgongne, tant qu'il leur accorda par faulx traistres -privez[160] qui estoient entour le roy, qu'ilz les feroit [tous] estre en -la bonne paix du roy, et ainsi le fist il, qui [que] le voulsist veoir; -car chascun estoit moult agrevé de la guerre pour le grant chault qu'il -faisoit; [car on disoit que de aage de homme qui fust, n'avoit on veu -faire si grant chault[161] comme il faisoit], et si ne plut point [depuis -la sainct Jehan Baptiste], qu'il ne fust deux jours en septembre. Si -furent les Arminaz si grevez qu'ilz estoient comme tous desconfiz par -tout le royaulme de France[162], quant ce faulx conseil traicté fut ainsi -machiné, et fut ordonné qu'ilz vendroient tous en la cité d'Aussoirre. - - [160] Ms. de Paris: princes. - - [161] Le lundi 15 août 1412, la chaleur fut si forte qu'au dire - d'un contemporain «en issant des églises ou maisons et à venir en - rue sembloit que l'on venist à la bouche d'un four chaut, tant - estoit l'air eschauffé» (Arch. nat., X{1a} 4789, fol. 321 rº). - - [162] Les mots «de France» manquent dans le ms. de Rome. - -55. En ce temps furent plusieurs communes, comme de Paris, de Rouen et de -plusieurs autres bonnes villes[163] ........................ devant eulx -et gaingnerent tantost la ville, et moult tuerent de gens du plain païs, -que tous se rebellerent en tout le païs de Beausse, car ilz avoient tant -de paine et de charge de gens d'armes, qu'ilz ne savoient ausquelz obeir. -Si se tindrent [aux] Arminaz qui là estoient les plus fors, pour le temps -que la malle guerre commença. Et quant lesdictes communes vindrent à -Dreux, ilz les trouverent si rebelles qu'ilz les tuerent tous, et les -faulx traistres Arminaz gens d'armes[164], qui les devoient secourir, -s'enfouirent au chastel de ladicte ville et laisserent tuer les pauvres -gens. Et puis furent assegez de noz gens de commun si asprement qu'ilz ne -se poaient plus tenir, quant ung chevalier, qui estoit [maistre] -gouverneur desdictes communes, comme faulx traistre, fist laisser -l'assault, et print grant argent des Arminaz, et fut du tout de la bande. -Et si disoit on que c'estoit ung des bons de France, et ne se savoit on -en qui fier, car il mist noz gens en tel estat qu'i leur convint partir à -mynuyt pour eulx en venir à Paris, ou autrement eussent esté touz tuez -par les faulx traistres et autres gentilzhommes, qui tant les hayoient -qui ne les povoient souffrir, pour ce qu'ilz besongnoient si bien; car -qui les eust creuz, ilz eussent nettoié le royaulme de France des faulx -traistres en mains d'ung an, mais aultrement ne pot estre, car nul -proudomme ne fust escouté en ce temps. Et pour ce fust faicte paix du -tout à leur gré, qui que le voulsist voir, car le roy estoit touzjours -malade, et son aisné filz ouvroit à sa voulenté plus que de raison, et -creoit les jeunes et les folz; si en faisoient lesdiz bandez tout à leur -guise. Et fist on par[165] la joie d'icelle paix les feuz avau Paris. Le -premier sabmedi d'aoust mil iiiic et xii et le premier mardi de -septembre, fut criée parmi Paris à trompettes[166]..... - - [163] Cette phrase tronquée termine le folio 21 vº du ms. de - Rome. Bien que la main d'un annotateur du XVIe siècle ait signalé - l'absence d'un nombre indéterminé de feuillets, nous ne pensons - pas que cette lacune puisse être considérable. Il y est - évidemment question de la participation au siège de Dreux des - bourgeois de Paris, sous la conduite du capitaine des - arbalétriers André Roussel et de l'échevin Jean de l'Olive (Voy. - Juvénal des Ursins, p. 477). La même lacune existe dans le ms. de - Paris. - - [164] Les mots: «gens d'armes» manquent dans le ms. de Rome. - - [165] Le ms. de Rome donne une leçon fautive «et fist on que la - joie.» - - [166] D'après le Religieux de Saint-Denis (t. IV, p. 723), le - traité d'Auxerre fut publié, dans les carrefours de Paris, le 12 - septembre; mais, dès le 27 août, le Parlement en avait été - officiellement avisé par le premier président Henri de Marle à - son retour d'Auxerre, et des processions générales furent faites - à l'occasion de la paix le lundi 29, de Notre-Dame à - Sainte-Geneviève (Arch. nat., X{1a} 1479, fol. 202, 212). - -56. Mais il fut autrement, car il fut mis es carrieres de -Nostre-Dame-des-Champs[167]..... Et le penultieme jour dudit moys, oudit -an, vint le roy au Boys de Vincennes[168], et le duc de Bourgongne à -Paris[169], et allerent les bourgoys au devant par commandement. - - [167] Ce passage incomplet, dont le sens est fort obscur, se - trouve dans le ms. de Rome, en tête du fol. 22 vº. - - [168] Les mots «de Vincennes» manquent dans le ms. de Rome. - - [169] Jean Sans-Peur accompagnait le duc de Guyenne, qui fit son - entrée à Paris ayant le comte de Vertus à ses côtés et derrière - lui les ducs de Bourgogne et de Bourbon (Cf. le Religieux de - Saint-Denis et Juvénal des Ursins). - -57. Item, le mardi XXVIIe jour de septembre, jour sainct Cosme et sainct -Damien, fut despendu par nuyt du gibet [de Paris Jehan] de Montaigu, -jadis grant maistre d'ostel du roy, lequel avoit eu la teste couppée pour -ses demerites, et fut porté à Marcoussis[170], aux Celestins, lesquelz il -avoit fondez en sa vie. - - [170] Les château et seigneurie de Marcoussis, échus par - confiscation à Louis, duc de Guyenne, puis au duc de Bavière, - constituèrent le douaire de Catherine d'Alençon lors de son - mariage avec le frère de la reine Isabeau (Arch. nat., JJ 167, - fol. 164). Quant aux fondations faites par le grand maître en - faveur du monastère qu'il avait construit, elles furent - confirmées par lettres royaux d'août 1410 et de mai 1414 - (_Ibid._, JJ 165, fol. 223 rº, JJ 168, fol. 49). - -58. Item, le dimenche XXIIIe jour d'octobre ensuivant, entra le roy à -Paris, et fut faicte à sa venue la plus grant feste et joye du commun, -qu'on avoit veue passé avoit XII ans, [car petiz et grans] bassinoient; -et vint avecques le roy le duc de Bourbon, et le conte de Vertus, nepveu, -et plusieurs autres, et furent avec le roy à Paris, moult amez du roy et -du commun qui avoit grant joie de la paix que on cuidoit qu'ilz tenissent -bonnement, et ilz ne tendoient que à la destrucion du roy et especialment -de la bonne ville de Paris et des bons habitans. - - - [1413.] - -59. Et firent tant par leur maulvais malice, pour mieulx venir à leur -maleureuse intencion, que plusieurs qui bonnement amoient et avoient amé -le roy et le prouffit commun, furent du tout de leur malvaise et faulce -intencion, comme le frere de la royne de France, Pierre des Essars -prevost de Paris, et plusieurs autres, et par especial ledit prevost qui -ce povoit venter que prevost de Paris, puis cent ans devant, n'avoit eu -aussi grant grace que ledit prevost avoit et du roy et du commun. Mais -si mal se porta qu'il convint qu'il s'en fouist[171], lui et plusieurs -des autres des plus grans, comme le frere de la royne, duc de Baviere, le -duc de Bar Edouart, Jaques de la Riviere, et plusieurs autres chevaliers -et escuiers; et fut en la fin de fevrier mil IIIIc et XII, et demoura la -chose plusieurs jours, aussi comme se on les eust oubliez. - - [171] Pierre des Essarts quitta précipitamment Paris au mois de - mars 1413, après la découverte du complot tramé par un de ses - serviteurs qui devait s'emparer du pont et de la tour de - Charenton, mais il fut assez mal avisé pour y revenir vers le - milieu du mois suivant. - -60. Et ce pendant l'Université, qui moult amoit le roy et le commun, fist -tant par grant diligence et grant sens qu'ilz orent tous ceulx, par -escript, de la maldicte et faulce traïson, et la greigneur partie de tous -les grans en estoient, tant gentilz comme villains. Et quant -l'Université, par grant cure, orent mis en escript especialment tous -ceulx qui povoient nuire, ce pendent revindrent les dessusdiz qui fuiz -s'en estoient, et firent les bons varletz, et brasserent ung mariaige de -la femme au conte de Mortaing[172], qui mort estoit, au frere de la -royne, duc de Baviere, et estoit leur maleureuse intencion de faire leurs -nopces loing et de emmener le roy, pour estre maistres de Paris et en -faire toute leur voulenté qui moult estoit malvaise. Et l'Université qui -tout savoit ce, le fist savoir au duc de Bourgongne et au prevost des -marchans[173] qui avoit nom Andriet d'Espernon[174], né de Quinquenpoit, -et aux eschevins[175]. Si firent tantost armer la bonne ville et clercs -devantdiz, comme parurent[176], et ceux s'enfuirent ou chastel de -Sainct-Anthoine et là se bouterent par force. Et le frere de la royne -fist le bon varlet, et servoit le roy aussi comme s'il n'en sceust rien, -et ne se mut oncques d'avec le roy. - - [172] Catherine d'Alençon, veuve de Pierre de Navarre, mort dans - l'expédition de Bourges, se maria en secondes noces avec le duc - Louis de Bavière qui, le 4 mars 1413, en considération de ce - mariage, reçut le comté de Mortain (Arch. nat., JJ 167, fol. - 163). Le 29 septembre 1413, la reine Isabeau donna en outre à son - frère la valeur de 2000 écus en vaisselle d'or qui devait lui - être offerte le jour de ses noces (_Ibid._, KK 48). Le roi de - Navarre s'était engagé, de son côté, à remettre aux futurs époux - une somme de 50,000 francs, mais il ne tint pas sa promesse, car - le duc de Bavière et sa femme lui intentèrent, à ce sujet, une - action au Parlement (avril 1414, Arch. nat., X{1a} 4790, fol. 62 - vº). - - [173] «Prevost des marechaulx,» d'après les mss. de Rome et de - Paris. - - [174] André d'Épernon, et non d'Éperneuil, comme l'appelle le - Religieux de Saint-Denis, changeur à Paris, était fils de Jacques - d'Épernon, bourgeois de Paris, établi dans le quartier - Saint-Germain-des-Prés, où il occupait la maison des Trois - Corbillons, dans la censive de l'abbaye (Arch. nat., LL 1037, - fol. 57, 74). Après le décès de Jacques d'Épernon, sa veuve, - Jeanne, vint demeurer chez son fils. André d'Épernon succéda, le - mercredi 16 mars 1413, à Pierre Gencien «qui lors estoit absent» - et prêta serment le même jour entre les mains du duc de Guyenne - (Arch. nat., KK 1009, fº 1); il prit une part active à l'émeute - cabochienne qui força la Bastille pour s'emparer de la personne - de Pierre des Essarts. En sa qualité de changeur, André avait été - chargé, en 1411, de la levée d'un subside consenti en faveur de - la ville de Paris, pour laquelle il donna quittance d'une somme - de 1,000 liv. t. reçue du Parlement (Arch. nat., X{1a} 1479, fol. - 182 vº). Après l'échec du parti populaire à Paris, il fut - dépossédé, le 9 septembre 1413, de la prévôté des marchands au - profit de Pierre Gencien, et disparut un moment de la scène - politique. On le retrouve le 11 avril 1418, à la séance - solennelle du Parlement où le président de Vailly exposa, à son - retour de Montereau, le résultat des négociations ouvertes avec - le duc de Bourgogne (Arch. nat., X{1a} 1480, fol. 133). Le 10 - août suivant, il fit partie de la députation parisienne envoyée - auprès du Dauphin pour le prier d'adhérer au traité de paix - (Religieux de Saint-Denis) et figure, le 26 août, parmi ceux qui - prêtèrent serment au duc de Bourgogne. Il reparaît comme changeur - du trésor en 1421 et 1422 (Arch. nat., KK 33), et comme trésorier - des guerres en 1428 (_Ibid._, X{1a} 1480, fol. 400 vº); mais il - n'existait plus au mois de juin 1431 (_Ibid._, Y 5231, fol. 40). - - [175] Les échevins alors en fonctions étaient Jean de Troyes, - Jean de l'Olive, Robert de Belloy et Garnier de Saint-Yon, les - trois premiers élus le 20 février 1412, le dernier nommé le 23 - octobre suivant au lieu de Denis de Saint-Yon, décédé en - septembre (Arch. nat., KK 1009, fol. 1). - - [176] Passage inintelligible dans le ms. de Paris; le scribe, - n'ayant pu lire le texte qu'il avait sous les yeux, s'est borné à - reproduire les mots avec leurs abréviations. - -61. Tantost après fut la ville armée, et assegerent [ledit chastel] et -jurerent que jamais ne s'en partiroient tant que les eussent prins par -force; et quant ceulx qui dedens le chastel estoient virent tant de gens -et si esmeus, si se rendirent vers le soir au duc de Guienne et de -Bourgongne, qui en respondirent, ou les gens de Paris les eussent tous -despeciez, car ilz estoient bien xxiiii mil. Lors furent prins bien et -estroictement et menez au Louvre, et fut le Ve jour de may mil IIIIc et -XIII, jour de vendredi. Et ledit prevost demoura dedens Sainct-Anthoine -encore IIII ou VI jours après, et fut allé querre et admené au Louvre -environ l'eure de mynuit, et là fut emprinsonné. - -62. Et la sepmaine de devant l'Ascencion fut la ville de rechief armée, -et allerent en l'ostel de Sainct-Paul, où le frere de la royne estoit, et -là le prindrent, voulsist ou non, et rompirent l'uys de la chambre où il -estoit, et prindrent avecques lui XIII ou XIIII, que dames, que -damoiselles, qui bien savoient la malvaistié[177], et furent tous menez -au Louvre[178] pelle melle. Et si cuidoit ledit frere de la royne le -lendemain espouser sa femme, mais sa chance tourna contre sa voulenté. - - [177] Ce fut non le 12 mai, comme le dit Juvénal des Ursins, mais - le mardi 22 mai qu'Hélion de Jacqueville, à la tête des - cabochiens armés, envahit l'hôtel Saint-Pol et s'assura de la - personne du duc de Bavière. Pendant que ce prince se voyait - emprisonné en la «tour delez le Louvre» (Arch. nat. X{1a} 1479, - fol. 256), Catherine de Villiers, Bonne Visconti, Isabeau - Maréchal, Marguerite Aubin, Isabeau des Barres, dames d'honneur - de la reine, étaient emmenées à la conciergerie du palais. Le - même jour on arrêta pour les conduire à la conciergerie: Renaud - d'Angennes, chambellan du dauphin et autrefois son gouverneur, - Jean de Nielle, chancelier du dauphin et de la reine depuis le 14 - mars, Charles de Villiers, Raoul Cassinel et Conrad Bayer, - maîtres de l'hôtel de la reine, Jean Picard, son secrétaire, Jean - de Nantouillet, Enguerran de Marcognet et plusieurs autres - seigneurs attachés à la maison du roi et à celle du duc de - Guyenne. - - [178] Le château du Louvre avait alors pour capitaine Renaud - d'Angennes, qui touchait 1200 livres de gages; mais le prévôt des - marchands et les échevins, auxquels le roi avait «baillié la - garde de toute la forteresse de Paris,» détenaient non-seulement - les clefs des portes Saint-Honoré et de Montmartre, mais encore - celle de la «grosse tour qui est devant le Louvre,» où fut - enfermé le duc de Bavière. Un certain Guillaume de Cologne, - investi du soin de garder cette tour, fut l'objet de soupçons et - dépossédé de son office (Arch. nat., X{1a} 4789, fol. 272, 430 - rº, 435 vº). - -63. Le mercredi, vigille de l'Ascencion, derrain jour de may, oudit an -IIIIc et XIII, fut amené ledit prevost, du Louvre au Palais, en prinson. - -64. Et cedit jour, fut nommé le pont de la Planche de Mibray le pont de -Nostre-Dame[179], et le nomma le roy de France Charles, et frappa de la -hie sur le premier pieu, et le duc de Guienne, son aisné filz après, et -le duc de Berry et de Bourgongne, et le sire de la Trimoullie[180], et -estoit heure de dix heures de jour au matin. - - [179] La construction du pont Notre-Dame, commencée au mois de - mai de l'année 1413, était décidée dès la fin de l'année - précédente. La propriété de la rivière de Seine, depuis le vieux - pont jusqu'à l'île Notre-Dame, appartenant à l'abbaye de - Saint-Magloire (Arch. nat., X{1a} 4793, fol. 172), la ville de - Paris dut préalablement transiger avec cette maison; aux termes - d'un acte du 23 décembre 1412, un accensement des travers et - largeur de la Seine fut fait au prévôt des marchands et aux - échevins pour la construction d'un pont de douze toises de large - avec l'espace de cinq toises au-dessus du pont et de trois toises - au-dessous (_Ibid._, K 950, no 11). En juillet 1414, c'est-à-dire - un peu plus d'une année après la pose du premier pieu, Charles VI - permit au prévôt des marchands de parfaire le pont commencé - au-dessus du grand pont «en venant du lieu de la Planche *de - Mibray à la place Saint-Denis-la-Chartre» et concéda les revenus - à provenir des maisons, moulins et habitations qui seraient - édifiées sur ce pont (Arch. nat., K 950, no 12). Vers la fin de - 1414, l'œuvre était en bonne voie, comme en témoigne une - délibération capitulaire, qui autorisa le prévôt des marchands et - les échevins, représentés par Robert Louvet, clerc de la ville, à - disposer de l'île Notre-Dame pour y descendre et y faire - travailler plusieurs grosses pièces de bois destinées au nouveau - pont (_Ibid._, LL 215, fol. 13). A la même époque, on s'occupait - aussi de dégager les abords du pont; le 10 octobre fut achetée, - de Pierre Auberée, tanneur, une maison sise en la rue de la - Tannerie, au coin de la ruelle des Planches de Mibray, et qu'on - devait démolir pour «faire l'entrée et le chemin» du pont - Notre-Dame (_Ibid._, K 495{8}, fol. 35). L'œuvre nouvelle - touchait alors à son achèvement, car, le 16 janvier 1415, le - prévôt des marchands demanda au chapitre la concession, pour une - année, de la pointe de l'île Notre-Dame, afin d'y construire les - maisons que la ville se proposait d'édifier sur le nouveau pont - (_Ibid._, LL 215, fol. 29, 30). Le pont Notre-Dame n'était pas - établi dans des conditions de solidité et de durée désirables, - car dès l'année 1440, des réparations étaient devenues - nécessaires «pour obvier à la démolicion et destruccion dudit - pont» et par arrêt du 13 février 1440, à l'occasion d'un procès - entre le chapitre et la Ville, le Parlement affecta à ces - réparations une somme de 600 l. prise sur les deniers «yssans des - moulins.» (_Ibid._, X{1a} 1482, fº 134.) - - [180] Probablement Georges de la Trémoille, grand chambellan de - France, que le duc de Bourgogne sauva de la fureur populaire en - 1413. - -65. Et en cedit moys de may print la ville chapperons blancs, et en -firent bien faire de III à IIII mil, et en print le roy ung, et Guyenne -et Berry et Bourgongne, et avant que la fin du moys fust, tant en avoit à -Paris, que tout partout vous ne veissez gueres autres chapperons, et en -prindrent hommes d'eglise et femmes d'onneur marchandes qui atout -vendoient les denrées. - -66. Item, le Xe jour du moys de juing mil IIIIc et XIII, jour sainct -Landry, vigille de la Penthecoste, fut mené messire Jaques de la -Riviere[181], chevalier, et Symonnet Petit-Meny[182], escuier; eulx deux -furent prins au Palais du roy, et de là trainez [jusques] es halles de -Parys, c'est assavoir Jaques de la Riviere, car il estoit mort et ce -estoit tué d'une pinte plaine de vin, dont il s'estoit feru sur la teste -si grant cop qu'il ce cassa le test et la cervelle. Et ledit Symonnet fut -trainé jusques à la Heaumerie[183] et là mis en la charrette sur ung ais -assis, une croix en sa main, le mort trainé jusques es halles, et là -orent les testes couppées. Et dirent à la mort que de eulx deux ce avoit -esté la plus belle prinse qui eust esté faicte pour le royaulme, passé -avoit xx ans, et iceulx avoient esté prins au chastel de Sainct-Anthoine, -comme devant est dit. - - [181] Seigneur d'Auneau, fils de Bureau de la Rivière et de - Marguerite, dame d'Auneau et de Rochefort. Ses biens furent - saisis, mais sa mère en obtint mainlevée le 6 septembre 1413. Il - courut plusieurs versions sur sa mort, les uns admettant - l'hypothèse d'un suicide, les autres penchant pour un assassinat - dans la prison (Cf. Monstrelet, édit. Douët d'Arcq, t. II, p. - 370). - - [182] Simon du Mesnil, dit le Jeune, écuyer tranchant du duc de - Guyenne; sa veuve obtint, le 17 août 1413, restitution de ses - biens qui avaient été confisqués (Arch. nat., JJ 167, fol. 249). - - [183] La rue de la Heaumerie conduisait de la rue de la - Vieille-Monnaie à la rue Saint-Denis. - -67. Item, le jeudi ensuivant, ung autre nommé Colin de Brie[184], -escuier, fut prins oudit lieu comme devant est dit, et prins au Palays, -trayné comme Symonnet devant dit, et couppé sa teste es halles, de -ladicte bande, tres plain de tyrannie, tres laide et cruelle personne, et -recognut plusieurs traïsons, car il avoit eu pencée de faire [de par] le -prevost de Paris[185]; car il cuida trahir ceulx du pont de Charenton, et -là fut prins, à tout finance qu'il cuidoit faire passer pour ledit -prevost, qui cuidoit passer par ledit pont celle nuyt. - - [184] Colin de Brie, ancien page du roi, que Monstrelet et - Saint-Remy appellent plus exactement Thomelin de Brie. - - [185] Un blanc après ce mot dans le ms. de Paris. - -68. Item, le premier jour de juillet mil IIIIc et XIII, fut ledit prevost -prins dedens le Palays, trayné sur une claye jusques à la Heaumerie ou -environ[186], et puis assis sur ung ais en la charrette, tenant[187] une -croix de boys en sa main, vestu d'une houppelande noire dechicquetée[188] -fourrée de martres, unes chausses blanches, ungs escafinons noirs en ses -piez, en ce point mené es halles de Paris, et là on lui couppa la teste, -et fut mise plus hault que les autres [plus] de trois piez. Et si est -vray que, depuis qu'il fut mis sur la claie jusques à sa mort, il ne -faisoit touzjours que rire, comme il faisoit en sa grant majesté, dont le -plus des gens le tenoient pour vray foul; car tous ceulx qui le veoient -plouroient si piteusement que vous ne ouyssiez oncques parler de plus -grans pleurs pour mort de homme, et lui tout seul rioit, et estoit sa -pencée que le commun le gardast de mourir. Mais il avoit en sa voulenté, -s'il eust plus vesqu, de trahir la ville et de la livrer es mains de ses -ennemis, et de faire lui mesmes tres grans et cruelles occisions, et -piller et rober les bons habitans de la bonne ville de Paris, qui tant -l'aymoient loyaulment; car il ne commandoit rien qu'ilz ne feissent à -leur povoir, comme il apparoit qu'il avoit prins si grant orgueil en soy, -car il avoit assez offices pour six ou pour huit[189] filx de contes ou -de bannerez. Premierement, il estoit prevost de Paris, il estoit grant -bouteillier[190], maistre des eaues et des forestz; grant general -cappitaine de Paris, de Cherebourgs, de Montargis; grant fauconnier, et -plusieurs autres offices, dont il cuillyt si grant orgueil et laissa -raison, et tantost fortune le fist mener à celle honteuse fin. Et saichez -que, quant il vit qu'il convenoit qu'il mourust, il s'agenoulla devant le -bourel, et baisa ung petit ymaige d'argent que le bourel avoit en sa -poictrine, et lui pardonna sa mort moult doulcement, et pria à tous les -signeurs que son fait ne fust point crié tant qu'il fust décollé, [et on -lui octroya.] - - [186] Le prévôt fut traîné sur une claie attachée à la queue - d'une charrette depuis le palais «jusques devant l'ostel de la - Coquille en la grant rue Saint-Denis,» et de là mis sur cette - charrette, conduit aux halles sous bonne escorte et décapité en - vertu d'un jugement rendu par commissaires (Arch. nat., X{1a} - 1479, fol. 247 vº). - - [187] Ms. de Rome: «ies tout jus» au lieu de «tenant.» - - [188] Ms. de Paris: d'échiquier. - - [189] Ms. de Paris: cinc. - - [190] Pierre des Essarts, pourvu le 21 juillet 1410 de la charge - de grand bouteiller de France, en remplacement du comte de - Tancarville, fut institué souverain maître et réformateur des - eaux et forêts le 5 mars 1411. En ce qui concerne l'office de - grand fauconnier du roi, s'il faut s'en rapporter au P. Anselme - (_Hist. généal. de la maison de France_, t. VIII, p. 750), Des - Essarts ne semble pas en avoir été titulaire, même - temporairement, Eustache de Gaucourt ayant rempli les fonctions - de grand fauconnier depuis l'année 1406 jusqu'à sa mort, survenue - en 1415. On voit dans les remontrances présentées par - l'Université, en février 1412, que Pierre des Essarts recevait - 6000 francs par an pour la capitainerie de Cherbourg, 2000 francs - pour celle de la ville et du château de Montargis et pareille - somme pour celle d'Évreux (Religieux de Saint-Denis, t. IV, p. - 755). Suivant Monstrelet (t. II, p. 318), il aurait été capitaine - de Nevers et non pas d'Évreux. Après la fin tragique du prévôt de - Paris, ses biens furent naturellement confisqués, mais Marie de - Ruilly, sa veuve, en obtint la restitution le 5 août 1413 (Arch. - nat., JJ 167, fol. 269); toutefois, le château et la seigneurie - de la Motte-Tilly, dont il prenait le titre, restèrent entre les - mains du roi qui les donna, en décembre 1420, à Jean de Puligny, - garde de ses joyaux (_Ibid._, JJ 172, fol. 22 vº). Lorsque les - circonstances le permirent, la veuve de Pierre et ses héritiers - demandèrent la révision de son procès (_Ibid._, X{1a} 1480, fol. - 50). - -69. [Ainsi fut décollé] Pierre des Essars, et son corps mené au gibet et -pendu au plus hault. Et devant environ deux ans, le duc de Breban, frere -du duc de Bourgongne, qui veoit bien son oultraigeux gouvernement, lui -dist en l'ostel du roy: «Prevost de Paris, Jehan de Montagu a mis XXII -ans à soy faire coupper la teste, mais vrayement vous n'y en mettrez pas -trois»; et non fist il, car il n'y mist que deux et demy despuis le mot, -et disoit on par esbatement parmy Paris que ledit duc estoit prophete -vray disant. - -70. Item, vers la fin dudit moys, recommencerent ceulx de la maldicte -bande à venir pres de Paris, comme autresfois avoient esté, et vuyderent -ceulx des villaiges d'entour Paris tout ce qu'ilz avoient et l'amenerent -à Paris. Et lors fut fait ung traité pour faire la paix[191] et devoit -estre fait à Pontoise, et y alla le duc de Berry le XXe jour dudit moys, -jour saincte Marguerite, et le duc de Bourgongne le lendemain vigille de -la Magdeleine. Et là furent environ dix jours pour cuider faire la paix, -et firent tant qu'elle fut oncques faicte, ne eust esté aucunes demandes -que lesdiz bandez demanderent, qui estoient inraisonnables, car ilz -demandoient aucuns de ceulx de Paris pour en faire leur plaine voulenté, -et autres choses touchans vengence tres cruelle, laquelle chose ne leur -fut point accordée. Mais à celle fin que la paix ne teinst, ceulx qui de -par le roy y estoient allez firent tant que lesdiz bandez envoyerent à -sauf-conduit leurs embassadeurs avecques la compaignie de Berry et -Bourgongne, et ceulx de Paris, pour parler au roy à bouche, et entrerent -le jour sainct Pierre, premier jour [du moys] d'aoust ensuivant, qui -[fut] au mardi, et parlerent au roy à bouche tout à leur volenté, qui -leur fist faire tres bonne chere[192]. Quant est des demandes et des -responces, je me tays, car trop longue chose seroit, mais bien scay que -ilz demandoient touzjours à leur povoir la destrucion de la bonne ville -de Paris et des habitans. - - [191] Voici, d'après des sources authentiques, la marche suivie - pour les négociations: Les ambassadeurs du roi se rencontrèrent - d'abord à Ivry-la-Chaussée avec ceux des princes du sang et - s'entretinrent à Verneuil avec les princes en personne. Le - rapport qu'ils adressèrent à la suite de ces entrevues fut - l'objet d'une communication faite au Parlement par le chancelier, - le jeudi 13 juillet. L'un des points stipulés dans les premiers - pourparlers portait que les seigneurs «estans à Verneuil se - trairoient à Vernon qui seroit mis sous la main du roi de - Sicile», que les ducs de Berry et de Bourgogne se rendraient à - Mantes et qu'il serait fait choix d'une place intermédiaire pour - entrer en conférences. Les princes du sang envoyèrent leurs - députés à Pontoise où se trouvaient les ducs de Berry et de - Bourgogne, et le vendredi 28 juillet, ces députés, que nomme le - Religieux de Saint-Denis (t. V, p. 96), présentèrent leurs - propositions dont le texte, sous forme de cédule développée par - Guillaume Seignet et accompagnée d'un projet de traité - (_tractatus Pontisare_), fut communiqué au Parlement le 2 août. - La cour, appelée à donner son avis, déclara que la cédule était - «bonne, juste et nécessaire» et qu'il fallait conseiller au roi - de la recevoir (Arch. nat., X{1a} 1479, fol. 249 et seq.). Le - même jour, le chapitre de Paris tint une séance solennelle où - siégèrent l'évêque de Paris, les abbés de Saint-Victor et de - Saint-Magloire ainsi qu'un grand nombre de personnages - ecclésiastiques, et donna son adhésion pleine et entière au - traité, ratifiant en quelque sorte la décision prise dans sa - séance du 12 juillet, où il s'était déjà prononcé en faveur de la - conclusion de la paix (_Ibid._, LL 215, fol. 179, 187). - - [192] L'exactitude de cette assertion ne nous semble pas - démontrée, au moins en ce qui touche la date indiquée par - l'auteur du journal; car, s'il faut en croire le Religieux de - Saint-Denis (t. V, p. 120), le duc de Berry ayant manifesté - l'intention de conduire auprès du roi les ambassadeurs des - princes, sur le refus opposé par le duc de Bourgogne, il fut - décidé qu'ils resteraient à Beaumont-sur-Oise. Ce témoignage est - corroboré par celui du greffier du Parlement qui, rendant compte - de la séance du 3 août, rapporte que les ambassadeurs attendaient - à Beaumont la réponse à leurs propositions (Arch. nat., X{1a} - 1479, fº 251 et s.). - -71. Item, le jeudi IIIe jour dudit moys d'aoust, fut l'Université de -Paris à Sainct-Paul demander congié au roy de proposer le lendemain -certaines choses qui moult estoient proufitables pour la paix du -royaulme; laquelle chose leur fut octroiée[193]. Et le lendemain, jour de -vendredi, quatriesme jour d'aoust, comme se le dyable les eust -conseillez, proposerent tout au contraire de ce qu'ilz avoient devant -conseillé par plusieurs foys, car leur premiere demande fut que on meist -hors tous les prisonniers qui de la traïson, dont Pierre des Essars et -messire Jaques de la Riviere et Petit-Menil avoient eu les testes -coppées[194], estoient droit maistres et menistres,--et estoient le duc -de Baviere, frere de la royne de France, messire Edouart, duc[195] de -Bar, le sire de Boyssay et deux de ses filz[196], Anthoine des -Essars[197] frere dudit Pierre des Essars, et plusieurs autres, lesquelx -estoient emprinsonnez au Louvre, au Palays et au Petit-Chastellet,--en -après, que [tous ceulx] qui contrediroient leurs demandes touchant la -paix, fussent tous habandonnez, leurs corps et leurs biens. Après, assés -autres demandes firent ilz, et ne proposerent point [pour] la paix de -ceulx qui avoient gardé à leur povoir la ville de Paris et qui avoient -esté consentans d'emprinsonner les devantdiz prinsonniers pour leurs -demerites. Et si savoient ilz bien que tous les bandez les hayoient -jusques à la mort. Iceulx hayz estoient maistre Jehan de Troyes[198], -mire juré de la ville de Paris, concierge du Palays, deux de ses filx, -ung nommé Jehan le Gouayz et ses deux filx[199], bouchers, Denisot -Caboche[200], Denisot de Saint-Yon[201], tous deux bouchers, ledit -Caboche cappitaine du pont de Charenton, ledit de Saint-Yon cappitaine de -Sainct-Cloud. Iceulx estoient en la presence, quant le propos fut -octroié, qui leur sembla moult dure chose, et s'en vindrent tantost en -l'ostel de la ville, et là assemblerent gens, et leur monstrerent comment -la paix qui estoit traictée n'estoit point à l'onneur du roy, ne du duc -de Bourgongne, ne au prouffit de la bonne ville ne des habitans, mais à -l'onneur desdiz bandez, qui tant de foys avoient menty leur foy. Mais, jà -pour ce, le menu commun qui ja estoit assemblé en la place de Greve, -armez touz à leur povoir, qui moult desiroient la paix, ne vouldrent -oncques recevoir leurs parolles, mais ilz commencerent touz à une voix à -crier: «La paix! la paix! et qui ne la vieult, si se traie au lieu -senestre, et qui la vieult se traie au costé dextre.» Lors se trairent -tous au costé dextre, car nul n'osa contredire à tel peuple. - - [193] Pareille démarche fut faite le même jour par le premier - président du Parlement. Le lendemain le Parlement, la Chambre des - comptes et le chapitre de Notre-Dame se joignirent à l'Université - et furent reçus à dix heures du matin, dans la grande cour de - l'hôtel Saint-Paul, où un maître en théologie, Ursin de - Tarevande, porta la parole au nom de l'Université et conclut en - faveur de la paix. - - [194] Ms. de Paris: tranchées. - - [195] Le mot «duc» manque dans le ms. de Rome. - - [196] Robert de Boissay, chambellan du roi; l'un de ses fils, - Jean de Boissay, maître des requêtes de l'hôtel (Religieux de - Saint-Denis, t. V, 21, 45), était aussi, depuis 1408, chanoine de - Notre-Dame (Arch. nat., LL 213, fol. 88). Un fils de Robert de - Boissay est indiqué comme chambellan du dauphin, le 22 fév. 1413 - (_Ibid._, X{1a} 1479, fol. 49). - - [197] Antoine des Essarts, écuyer, valet tranchant, garde de - l'épargne et de la librairie du roi, est du nombre des officiers - visés dans les remontrances que l'Université adressa au roi, en - 1412, au sujet de la dilapidation des deniers royaux, et sa - gestion fut qualifiée de «povre gouvernement» (Monstrelet, t. II, - p. 315). Il fut véhémentement soupçonné par le duc d'Orléans - d'avoir trempé dans la mort de son père (Arch. nat., X{1a} 1479, - fol. 161 vº). Le 20 novembre 1411, Antoine des Essarts remplaça - Thibaud du Méseray en qualité de concierge du Palais et conserva - ce poste un peu plus d'une année. Arrêté en même temps que son - frère le prévôt, il échappa à la mort grâce à ses amis; c'est - alors qu'il fit ériger dans l'église Notre-Dame de Paris la - statue de saint Christophe (Chronique des Cordeliers, p. 216). Il - avait épousé la fille de Jean Noble, «espicier et varlet de - chambre du roi» (Arch. nat., KK 31-32, fol. 59). - - [198] Jean de Troyes, chirurgien juré du roi dès l'année 1397, - fut alors mêlé à une affaire criminelle où il était partie - plaignante pour «bateures et navreures» que lui avait faites sur - le grand pont un individu armé (Arch. nat., X{2a} 12, fol. 20); - il figure en 1412 parmi les juges établis contre les Armagnacs - (_Ibid._, X{1a} 1479, fol. 212 vº) et devint ensuite échevin. On - sait le rôle actif qu'il joua dans les événements de l'année - 1413, principalement comme orateur des factieux. Frappé, après - l'échec de son parti, par une sentence de bannissement (Douët - d'Arcq, _Choix de pièces inédites_, t. I, p. 367), il se réfugia - en Flandre, auprès du duc de Bourgogne, et ne revint à Paris - qu'en 1418, à la suite des Bourguignons; réintégré dans - l'échevinage, il prêta serment à Jean Sans-Peur, le 25 août 1418, - et fut nommé, avec Jacques de Rouen, «commissaire sur le fait de - la réformacion.» (Arch. nat., X{1a} 1480, fol. 156.) Il mourut - avant la fin de 1424, comme le montre un procès relatif à la - succession de sa femme Jeanne, morte en 1421 (_Ibid._, X{1a} - 1480, fº 302 vº; X{1a} 4793, fº 393; X{1a} 4794, fº 15 vº). Le - fougueux chirurgien laissa sept fils et sept filles. L'un de ses - fils, Digne, devint notaire au Châtelet; le plus connu est Henri - de Troyes, qui exerça la même profession que son père. Il paraît - en 1425 comme chirurgien juré du Châtelet dans un procès intenté - par les chirurgiens de Paris à la corporation des barbiers (Arch. - nat., X{1a} 64, fol. 164). Quant aux filles de Jean de Troyes, - Jeanne épousa successivement Guillaume Lommoy, procureur du roi - au Châtelet, et Nicolas Chaon; Jacquette fut mariée à Nicolas - l'Estoffé, qui prêta serment au duc de Bourgogne, le 26 août - 1418; Jeannette fut femme de Colinet de Neuville, qui, bien que - banni en 1413, devint plus tard receveur des aides et échevin; - enfin, Philippote convola avec un chevalier de renom, Morelet de - Bethencourt (Arch. nat., X{1a} 64, fol. 65 vº). - - [199] Thomas le Gouays, ou plutôt le Gois, boucher de la - boucherie Sainte-Geneviève, avait trois fils: Guillemin ou Guiot, - Guillaume et Jean. GUILLEMIN ou GUIOT le Gois participa à - l'incendie du château de Bicêtre et fut tué à la fin de l'année - 1411 en combattant avec le comte de la Marche les garnisons - orléanaises du Puiset et de Janville; son corps fut enterré à - Sainte-Geneviève de Paris (Juvénal des Ursins, p. 473). GUILLAUME - le Gois, dit le Jeune, eut l'entreprise de la «boucherie et - poullailerie de madame de Brabant,» comme on le voit par le - procès qu'il intenta à son associé, en 1411 (Arch. nat., X{1a} - 4789, fº 88 rº); la même année le roi lui fit don de tous les - biens de Guillaume de Calleville, son chambellan rebelle (Arch. - nat., JJ 168, fol. 71 vº). Banni le 12 décembre 1413, il se - retira en Artois, auprès du duc de Bourgogne (Chronique des - Cordeliers, p. 219). A partir de ce moment, Guillaume mena une - existence assez accidentée: en 1419, il fut fait prisonnier au - château de Chilly et conduit à Montlhery par les Armagnacs - (_Ibid._, JJ 171, fol. 61 vº; X{1a} 4792, fol. 168). Sa détention - ne fut pas de longue durée; en août 1420, il plaidait avec la - dame de Chevreuse au sujet de l'administration de la terre de - Montrouge (_Ibid._, X{1a} 4792, fol. 239 vº). Il mourut de 1421 à - 1423 et sa veuve se remaria avec Pierre l'Escuier. La maison à - trois pignons qu'il possédait dans la rue de la Boucherie, au - mont Sainte-Geneviève, resta entre les mains de sa femme (Arch. - nat., X{1a} 1480, fº 377 vº; X{1a} 4796, fº 86, 102 vº, 294; - X{1a} 4797, fº 120). JEAN le Gois, qui attacha son nom au néfaste - traité de Troyes (Cousinot, p. 178), passa par les mêmes - vicissitudes que son frère; un instant concierge du château du - bois de Vincennes, il sut réparer les disgrâces du sort par son - dévouement à la cause anglaise qui récompensa largement ses - services et lui confia, dès l'année 1419, les importantes - fonctions de gouverneur général des finances. (Cf. Longnon, - _Paris pendant la domination anglaise_, p. 39 et 70.) - - [200] Simonnet le Coutellier, dit Caboche, écorcheur de la grande - boucherie, le même, selon toute apparence, que Simon Caboche, - dont l'oncle Jean Caboche, religieux de Cîteaux, avait ouvert en - 1412, sans l'autorisation du chapitre de N.-D., une école dans la - paroisse de Saint-Germain-l'Auxerrois (Arch. nat., LL 214, fol. - 41, 43). Il se réfugia en Flandre et son expulsion fut promise - par le duc de Bourgogne au roi de France (Religieux de - Saint-Denis, t. V, p. 385). On le revit à Paris lors des - sanglantes journées d'août 1418 (Juvénal des Ursins, p. 543). - - [201] Il faut lire ici «Chaumont,» car il s'agit non de Denis de - Saint-Yon, mort en 1412, mais de Denisot de Chaumont, écorcheur - en la grande boucherie, et non pelletier, comme le veut - Saint-Remy (t. I, p. 75). Investi de la garde du pont de - Saint-Cloud, Denisot eut aussi mission de lever, avec plusieurs - de ses pareils, un emprunt forcé sur la bourgeoisie de Paris - (Religieux de Saint-Denis, t. V, 63); il fut banni le 12 décembre - 1413 (Douët d'Arcq, _Choix de pièces inédites_, t. I, p. 367), - quitta la capitale en même temps que Caboche, les Gois et les - Saint-Yon (Arch. nat., X{1a} 1479, fol. 257) et revint en 1418, - témoin le serment qu'il prêta le 25 août à Jean Sans-Peur. - -72. Cependent le duc de Guienne et le duc de Berry ce misdrent au chemin -pour venir en Greve; mais, quant ilz furent devant l'ostel d'Anjou[202], -on ne les osa oncques laisser entrer en Greve pour paour que aucune -mocion de peuple ne se feist, et s'en allerent au Louvre, et en osterent -le duc de Bar et le duc de Baviere à trompettes, et à aussi grant honneur -furent admenez, comme s'ilz venissent de faire le plus bel fait c'om -puist faire en ce monde de sarazinesmie ou d'autre part. Et en venant -querre les prinsonniers dessusdiz, c'est assavoir, le duc de Baviere, le -duc de Bar et autres qui estoient au Louvre, ilz encontrerent le duc de -Bourgongne qui s'en alloit à Sainct-Paoul et de ce ne savoit riens. Si -fut moult esbahy quant on lui dist la chose; toutesvoyes il dissimula -celle foys, et alla avecques eulx au Louvre, regardant faire l'exploit -devantdit. Après ce fait ilz revindrent au Palays et crioit-on: «Nouel!» -partout où ilz passoient. Audit Palays estoit le sire de Boyssay, deux de -ses enfans (et) Anthoine des Essars, qui furent tous delivrez plainement, -qui que le voulsist veoir, fust tort ou droit. Et tantost le duc de -Guienne, qui ouvroit à voulenté, habandonna le corps et les biens de tous -ceulx qui savoit bien qui avoient causé de les emprinsonner. Pour lors -estoit concierge du Palays[203] maistre Jehan de Troyes devant nommé, et -là demouroit; mais après l'abandonnement, en mains de heure que on ne -seroit allé de Sainct-Nicolas à Sainct-Laurens, l'ostel dudit de Troyes -fut tout pillié et desnué de tous biens, ses serviteurs prins, menez en -diverses prinsons. Le bonhomme soy sauva le mieulx qu'il pot, et tous les -autres par tel party, c'est assavoir, les Gouais, les enffens dudit de -Troyes, les enfans Sainct-Yon[204] et Caboche, et plusieurs autres, qui -la bonne ville s'estoient avancez de garder à leur povoir; mais fortune -leur fut si perverse à celle heure que, se ilz eussent esté trouvez, fut -des gentilz ou du commun[205], ilz eussent esté tous despeciez, et si ne -savoit on pourquoy, fors que on disoit qu'ilz estoient trop couvoiteux. -Or voy on com peu de fiance partout, car le jour de devant ilz eussent -peu, s'ilz eussent voulu, faire assembler la ville de Paris en une place. -Ainsi leur advint par fureur de prince, par murmure de peuple, et furent -tous leurs biens mis en la main du roy; ainsi fust. - - [202] L'hôtel d'Anjou, situé dans la rue de la Tixeranderie, - occupait tout l'espace compris entre cette rue, la rue du Coq, la - rue de la Verrerie et celle des Coquilles; en 1421, il fut - délivré à Laurent des Bordes par les commissaires des - confiscations (Sauval, t. III, p. 289). - - [203] L'office de concierge du Palais était fort ambitionné à - cause des avantages considérables qui y étaient attachés: - indépendamment du logement, des profits des étaux, des jardins et - de 400 livres de gages, le concierge du Palais prélevait chaque - année sur les merciers, sous forme d'étrennes, la somme de 25 - écus d'or et une bourse brodée (Sauval, t. III, p. 275). Les - prédécesseurs de Jean de Troyes furent Thibaud du Méseray, qui - occupa le poste en question de 1402 à 1411 (Arch. nat., X{1a} - 1478, fol. 55 rº); Antoine des Essarts, reçu le 20 novembre 1411 - à l'emploi vacant par suite de la résignation de Thibaud du - Méseray (_Ibid._ X{1a} 1479, fol. 150). Ce fut vers le mois de - mars de l'année 1413 que Jean de Troyes remplaça A. des Essarts - (_Ibid._, X{1a} 4789, fº 410 rº), qui rentra en fonctions cinq - mois plus tard; en 1416, deux prétendants à ce poste, Jean - Jouvenel et David de Brimeu, plaidaient devant le Parlement, - Jouvenel affirmant que ledit office lui avait été donné le 4 août - 1413, tandis que la reine Isabeau réclamait de son côté la - conciergerie que le roi lui avait cédée le 25 février 1413 - (_Ibid._, X{1a} 4791, fº 22, 25). Un arrêt du 22 janvier 1417 fit - rentrer la conciergerie du Palais dans le domaine royal et décida - qu'à l'avenir elle serait confiée à «aucune bonne personne» aux - gages anciens de 3 sous par jour et d'un muid de blé par an - (_Ibid._, X{1a} 1480, fol. 79). - - [204] Jean, Garnier et Robert de Saint-Yon, bouchers de la grande - boucherie de Paris. On trouvera plus loin, sous l'année 1436, une - note spéciale à Jean de Saint-Yon. Quant à Garnier (ou Garnot) de - Saint-Yon, l'un des meneurs les plus actifs de la conspiration de - 1413, on le voit déjà, en décembre 1408, emprisonné à la - Conciergerie, se faire réclamer comme clerc non marié par - l'évêque de Paris (Arch. nat., X{1a} 4788, fol. 283, 288). Ce fut - lui, et non Jean, comme tendrait à le faire croire Juvénal des - Ursins, qui devint échevin après la mort de Denis de Saint-Yon. - Adjoint aux commissaires chargés d'instruire le procès des - prisonniers armagnacs, il fut banni le 12 décembre 1413 et se - retira avec son frère Jean auprès du duc de Bourgogne (Chronique - des Cordeliers, p. 219). Il rentra après le triomphe des - Bourguignons et prêta serment à Jean Sans-Peur, le 24 août 1418; - en 1419 il devint garde de la librairie royale du Louvre. Pendant - les dernières années de l'occupation anglaise, Garnier, alors - l'un des élus sur le fait des aides (_Ibid._, Z{1a} 10, fol. 8 - vº), assista, avec son frère Jean, aux assemblées où furent - concertées les mesures que réclamait la sécurité de la capitale - (_Ibid._, X{1a} 1481, fol. 112 vº). Après la reddition de Paris à - Charles VII, il fut expulsé par le connétable de Richemont; mais, - bientôt rappelé, il fut admis, avec Jacques de Saint-Yon, à - prêter serment de fidélité au roi, sans être tenu à fournir - caution ni à se renfermer en son hôtel (_Ibid._, X{1a} 1482, fol. - 4 vº).--Robert ou Robin de Saint-Yon, marchand boucher et - monnoyer du serment de France, paraît s'être adonné exclusivement - aux affaires de son commerce, fort étendu d'ailleurs, et c'est à - ce seul point de vue qu'il se trouve mentionné à diverses - reprises: en 1414, dans le registre de la prévôté de Paris, pour - contestation relative à l'achat de bœufs; en 1420, plaidant avec - les fermiers du poisson, aux Halles (_Ibid._, X{1a} 4792, fol. - 252 rº); il s'occupait aussi du commerce des vins (_Ibid._, X{1a} - 64, fol. 70) et reçut sa part des biens confisqués (Longnon, - _Paris pendant la domination anglaise_, p. 68). - - [205] Ms. de Paris: «trouvez par des gens du commun.» - -73. Advint après, que le duc de Guienne et les autres vindrent à -Sainct-Paoul, et changerent, ce propre jour de vendredi, le prevost de -Paris, qui estoit allé en Picardie pour le roy, [et] estoit nommé le -Borgne de la Heuse, et la baillerent à ung des serviteurs au duc -d'Orleans mort, qui estoit breton, et estoit nommé Tanneguy du -Chastel[206]. Ilz changerent deux des eschevins[207] et misdrent deux -autres, c'est assavoir, Perrin Oger[208], changeur, Guillaume -Cirasse[209], charpentier, qui avoient renommée d'estre de la bande; ilz -laisserent Andry d'Espernon prevost des marchans, pour sa tres bonne -renommée. - - [206] D'après Juvénal des Ursins (p. 489), le gouvernement de la - prévôté de Paris fut alors confié à messire Tanneguy du Chatel et - à messire Bertrand de Montauban, «deux vaillans chevaliers.» - - [207] Trois des échevins appartenant à la faction cabochienne, - Jean de Troyes, Garnier de Saint-Yon et Robert du Belloy furent - remplacés le 17 août 1413 (Arch. nat., KK 1009, fol. 1 vº) par - Pierre Auger, Guillaume Cirasse et Jean Marcel; un seul membre de - l'ancien échevinage conserva ses fonctions jusqu'au mois - d'octobre 1415 (_Ibid._, X{1a} 4792, fol. 233; KK 495{3} fol. - 48). - - [208] Pierre Oger ou Auger, notable bourgeois de Paris, chargé, - en 1411, par le prévôt de Paris, de garder l'abbaye de - Saint-Denis, que Robinet Fretel, chevalier picard, n'avait pu - préserver du pillage, s'acquitta de cette mission avec succès et - garantit le monastère de tout dommage pendant trois semaines - (Religieux de Saint-Denis, t. V, p. 567). Le poste d'échevin, - auquel il fut appelé lors de la réaction de 1413, fut la juste - récompense des services signalés qu'il rendit à la tête des - habitants du quartier de Saint-Germain-l'Auxerrois (Cf. Juvénal - des Ursins, p. 488, Cousinot, _Geste des nobles_, p. 149). Le 28 - janvier 1415, il fut mis en possession, par la prévôté de Paris, - d'une rente de 40 s. avec les arrérages sur une maison de la rue - des Arcis (Arch. nat., Y 5228, fol. 32 rº). Il mourut avant - l'année 1430, laissant une veuve, Catherine la Remonde (_Ibid._, - X{1a} 4796, fol. 293; X{1a} 68, fol. 51 vº). - - [209] Guillaume Cirasse était un charpentier huchier de Paris, - fort habile en son métier, si l'on en juge par les travaux dont - l'exécution lui fut confiée. En 1404, il fit les armoires du - greffe en la Tournelle du Parlement (Arch. nat., X{1a} 1478, fol. - 299 rº). En 1413, il travailla pour le duc de Berry et lui - fournit entre autres «parties de son mestier» une couchette - garnie de marches destinée à la chambre qu'occupait ce prince à - l'hôtel de Giac (_Ibid._, KK 250, fol. 75 vº). On connaît par - Juvénal des Ursins (p. 487, 488) le rôle considérable joué par - Cirasse, alors quartenier de la porte Baudoyer et du cimetière - Saint-Jean, lors des troubles de l'année 1413, et la réponse - énergique qu'il fit aux bouchers dans l'assemblée tumultueuse du - 2 août. Appelé au poste d'échevin, il se rendit, le lundi 7 août, - au Parlement en compagnie de Jean Jouvenel, avocat du roi, et de - J. le Bugle, procureur de la ville de Paris, et invita la Cour à - suspendre ses plaidoiries «afin d'obvier à plusieurs entreprises - et empeschemens que plusieurs pertourbleurs de la paix se - pourroient efforcer de faire» (Arch. nat., X{1a} 1479, fol. 257). - Dans l'exercice de ses fonctions d'échevin, Guillaume Cirasse fut - à même de rendre service à plus d'un haut personnage, témoin la - gratification de cent écus d'or que lui alloua le duc de Berry, - le 4 janvier 1414, en considération «des bons et agreables - services et plaisirs qu'il en avoit reçu» (Arch. nat, KK 250, - fol. 34). Nommé prévôt des marchands le 12 septembre 1417, il - assista en cette qualité à la séance tenue par le Parlement le 8 - avril 1418, séance où le président Jean de Vailly exposa le - résultat des négociations ouvertes avec le duc de Bourgogne - (_Ibid._, X{1a} 1480, fol. 133 vº). Destitué par les - Bourguignons, il demeura étranger aux agitations de la politique. - Il possédait une «masure» rue Neuve-Saint-Merry, citée dans des - lettres de mai 1427 (_Ibid._, JJ 174, fol. 90), c'est le seul - immeuble que nous lui connaissions. - -74. Item, ilz firent les deux ducz devantdiz, de Baviere et de Bar, -cappitaines, l'un de Sainct-Anthoine et l'autre du Louvre; et autres, de -Sainct-Cloud, du pont de Charenton firent cappitaines, tous haynneux[210] -du commun. - - [210] Ms. de Paris: anciens. - -75. Item, le sabmedi ensuivant, fist cerchier autour de Paris pour -trouver aucuns [des gouverneurs] devantdiz, mais nul n'en trouva; et ce -jour fut [crié] que on meist[211] des lanternes par nuyt. - - [211] Ms. de Paris: fut ce qu'on n'eust. - -76. Item, le dimenche ensuivant, vie jour d'aoust mil IIIIc XIII, fut -criée la paix par tous les carrefours de Paris[212], et que nul ne se -meslast de chose que les signeurs feissent, et que nul ne feist armée, si -non par le commandement des quaterniers, et cinquanteniers ou diseniers. - - [212] Suivant le Religieux de Saint-Denis (t. V, p. 136), la - publication de la paix conclue entre les princes eut lieu le 8 - août; vers la même époque, Tanneguy du Châtel, assisté de - Remonnet de la Guerre, fit enlever et porter au Louvre, ainsi - qu'à la Bastille, toutes les chaînes des rues de Paris, ordonna - aux bourgeois de remettre leurs armes et défendit même le port de - «bastons invasibles et deffensables» (Saint-Remy, t. I, p. 154, - Monstrelet, t. II, p. 458, Chronique des Cordeliers, p. 220). - -77. Item, le mercredi ensuivant, fut fait sire Henry de Marle[213] -chancelier de France, et fut [depposé] maistre Huystace de l'Estre[214] -qui l'avoit esté environ deux moys, et l'avoit esté fait par les -bouchers devant diz, et avoient depposé messire Ernault de Corbye[215], -qui bien avoit maintenu l'office plus de trente ans. - - [213] Henri le Corgne, dit de Marle, quatrième président du - Parlement le 29 janvier 1393, premier président le 22 mai 1403 - (Arch. nat., X{1a} 1478, fº 112 vº), fut élu chancelier de France - au scrutin, le 8 août 1413, par 44 voix contre 26 données à Simon - de Nanterre, 6 à J. de Saulx, chancelier de Bourgogne, et 18 à - Arnaud de Corbie (_Ibid._, X{1a} 1479, fol. 257). - - [214] Eustache de l'Aître, maître des requêtes de l'hôtel du roi - dès 1399, président en la Chambre des comptes en novembre 1410 - (Arch. nat., X{1a} 1479, fol. 137), est cité parmi les juges - institués contre les Armagnacs (_Ibid._, fol. 212 vº); il occupa - le poste de chancelier, auquel l'avait appelé la faction - cabochienne, «par environ ung mois, et fut depoincté» le 3 ou 4 - août 1413 (_Ibid._, fol. 257). Banni en vertu de sentence - prononcée au Châtelet le 14 mai 1414, il trouva un refuge auprès - du duc de Bourgogne (Chronique des Cordeliers, p. 219). En - décembre 1415, Jean Sans-Peur l'envoya en ambassade à Paris avec - Jean de Toulongeon; ces députés, logés à la Sirène, rue de la - Harpe, furent gardés à vue jusqu'au retour des ambassadeurs du - roi (Juvénal des Ursins, p. 527). Après la surprise de Paris et - le massacre des Armagnacs, Eustache de l'Aître recueillit la - succession de Henri de Marle, et, comme chancelier de France, - présida la réouverture du Parlement, le 25 juillet 1418 (Arch. - nat., X{1a} 1480, fol. 139); mais la mort surprit le nouveau - chancelier, le 14 juin 1420, au moment même où il venait - d'obtenir l'évêché de Beauvais. Voici en quels termes le greffier - Fauquembergue relate cet événement: «Mardi, XVIIIe jour de juin - (1420). Ce jour, vindrent nouvelles ou Palais de la mort et - trespas de maistre Eustache de l'Aître, chancelier de France, - esleu evesque de Beauvès, qui le venredi precedent estoit - trespassé epidimié ou dyocese de Sens, ou service et en la - compaignie du roy; et le jour precedent avoit esté dit et relaté - communement en Paris que l'election dudit de l'Aître avoit esté - confermée par le pape, qui lui a plus cousté que proufité. - _Utinam proficiat ad salutem anime, cui misericorditer parcat - Deus, justus judex misericors in sempiternum._» (Arch. nat, X{1a} - 1480, fol. 217 vº.) - - [215] Arnaud de Corbie, reçu premier président du Parlement le 2 - janvier 1373, succéda, en 1388, à Pierre de Giac en qualité de - chancelier; il exerça donc ces fonctions pendant environ - vingt-cinq ans, comme en témoigne le greffier du Parlement, - d'après lequel le grand âge d'Arnaud de Corbie,--il avait alors - près de 88 ans,--empêcha seul sa réélection. - -78. Et fut cappitaine de Paris[216] le duc de Berry le vendredy -ensuivant. Et ce jour revint le prevost, c'est assavoir le Borgne de la -Heuse, et fut remis en sa prevosté, et l'autre, voulsist ou non, depposé. -Et ainsi ouvroit fortune à la vollée en ce royaulme, [et] qu'il n'y avoit -ne gentil, ne autre qui sceust quel [estat] estoit le meilleur: les grans -s'entrehayoient[217], les moyens estoient grevés par sussides, les tres -pouvres ne trouvoient où gaigner. - - [216] Le duc de Berry remplaça, dans la charge de capitaine de - Paris, Hélion de Jacqueville, l'un des principaux meneurs de la - sédition cabochienne, lequel se trouvait à Montereau dans - l'attente des événements et se hâta de gagner les états du duc de - Bourgogne (Monstrelet, t. II, p. 399). - - [217] Ms. de Paris: les grans seigneurs hayoient. - -79. Item, le XVIe jour d'aoust oudit an, furent murées la porte -Sainct-Martin [et celle du Temple], et fist si chault que les raisins -d'entour Paris estoient presque bons à vendenger[218] en icellui temps. - - [218] Ms. de Paris: presque tous à vendenge. - - -80. Item, le XXIIIe jour dudit moys d'aoust, fut despendu le devantdit -prevost et Jaques de la Riviere, et furent mis en terre benoiste par -nuyt, et n'y avoit que deux torches, car on le fist tres celéement pour -le commun, et furent mis aux Maturins. - -81. Item, la IIIe[219] sepmaine d'aoust ou environ, furent commencez -hucquez[220] par ceulx qui gouvernoient, où il avoit foison feulles -d'argent, et en escript d'argent: «le droit chemin», et estoient de drap -vyollet, et avant que la fin d'aoust fust, tant en avoit à Paris que sans -nombre, et especialment ceulx de la bande, qui estoient revenus, à cens -et à milliers la portoient. Et lors commencerent à gouverner, et misdrent -en tel estat tous ceulx qui s'estoient meslez du gouvernement du roy et -de la bonne ville de Paris, et qui y avoient mis tout le leur, que les -ungs s'enfuyoient en Flandres, autres en l'Empire ou oultre mer, ne leur -challoit où, mais se tenoient moult eureux quant ilz povoient eschapper -comme truans, [ou comme] paiges, ou comme porteurs d'afeutreure[221], ou -en autre maniere, quelle que ce fust, et nul si hardy d'oser parler -contre eulx[222]. - - [219] Ms. de Paris: quatriesme. - - [220] Ces casaques violettes, en étoffe de deux tons, avec une - grande croix blanche et la devise en question, richement garnie - de perles, furent inaugurées, le 31 août, à l'entrée des princes, - par les prévôt des marchands, échevins et bourgeois de Paris - (Cousinot, _Geste des nobles_, p. 150, Juvénal des Ursins, p. - 490). - - [221] «Porteurs d'asentienne,» leçon du ms. de Paris, ne présente - aucun sens, tandis que «porteurs d'afeutrure» s'explique - aisément; il s'agit de vendeurs d'objets de harnachement. - - [222] Ms. de Paris: «Comme eulx.» - -82. Item, celle dicte sepmaine, s'en alla le duc de Bourgongne hors de -Paris[223] et fist le mariaige de une de ses filles, comme on disoit, -mais de ce n'en estoit. - - [223] Jean Sans-Peur prolongea son séjour à Paris jusqu'au 22 - août; suivant l'itinéraire publié par M. Gachard (_Archives de - Dijon_), il se trouvait le 23 à Pont-Sainte-Maxence, le 27 à - Douai et le 29 à Lille. - -83. Item, le vendredi XVe jour de septembre mil IIIIc et XIII, fut osté -le corps du faulx traistre Colinet de Pisieux du gibet, et ses iiii -menbres des portes, qui devant avoit vendu le pont de Sainct-Cloud; et -neantmoins [il] estoit mieulx digne d'estre [ars ou] baillé aux chiens -que d'estre mis en terre benoiste, sauf la chrestienté[224], mais ainsi -faisoient à leur voulenté les faulx bandez. - - [224] Ms. de Paris: parenté. - - -84. Item, le jour sainct Mathieu ensuivant, [fut] deffermée la porte -Sainct-Martin qui avoit esté murée par commandement des bandez, et par -eulx fut faicte desmurer, qui ainsi gouvernoient tout, ne nul n'en osoit -parler. Et environ X ou XII jours [devant] fut desposé le prevost des -marchans, c'est assavoir Andriet d'Espernon, et y fut remis Pierre -Gencien[225], qui moult avoit esté contraire au menu commun, et s'en -estoit fouy par ses faiz avecques les bandez, qui le remirent en son -office, fut tort ou droit. - - [225] Pierre Gentien, l'un des fils de Jean Gentien, receveur - général des aides sous Charles V, et de Jeanne la Gentienne dite - la Baillete, fut deux fois prévôt des marchands, la première du - 20 janvier 1412 au 16 mars 1413, la seconde du 9 septembre 1413 - au 10 octobre 1415 (Arch. nat., KK 1009, fol. 1), et remplit - pendant près de vingt années (1399-1418) les fonctions de général - maître des monnaies. Le bruit public l'accusa d'avoir altéré le - poids et le titre des espèces d'or et d'argent, de concert avec - Pierre des Essarts et Michel de Lailler; c'est ce qui ressort des - remontrances adressées au roi par l'Université en février 1412. - Mais cette imputation, dont la faction cabochienne se fit une - arme pour lui enlever une première fois la prévôté des marchands, - ne paraît point justifiée: en tout cas, le retrait de la prévôté - en 1415 n'eut point le caractère d'une disgrâce, car Pierre - Gentien conserva non seulement le poste de général des monnaies - jusqu'au 28 mai 1418 (Arch. nat., Z{1b} 2), mais encore fut nommé - trésorier de France (_Ibid._, X{1a} 4793, fol. 99). - -85. Item, le XXVe jour de septembre mil IIIIc et XIII, demistrent le -Borgne de la Heuse de la prevosté de Paris, et firent[226] prevost de -Paris ung de leur bande nommé Andri Marchant[227]. En conclusion, il ne -demoura [oncques] nul officier du roy que le duc de Bourgongne eust -ordonné, qui ne fust osté ne depposé, sans leur faire aucun bien; et -faisoient crier la paix aux sabmediz es halles, et tout le plat païs -estoit plain de gens d'armes de par eulx. Et firent tant par _placebo_ -qu'ilz orent tous les greigneurs[228] bourgoiz de la ville de Paris de -leur bande, qui par semblant avant avoient moult amé le duc de Bourgongne -pour le temps qu'il estoit à Paris, mais ilz se tournerent[229] tellement -contre lui qu'ilz eussent mis corps et chevance pour le destruire lui et -les siens; ne personne, tant fust grant, n'osoit de lui parler que on le -sceust, qu'il ne fust tantost prins et mis en diverses prinsons, ou mis à -grant finance ou banny. Et mesmes les petiz enfans qui chantoient aucunes -foiz une chançon[230] qu'on avoit faicte de lui; où on disoit: - - Duc de Bourgongne, - Dieu te ramaint à joye. - -estoient foullez en la boue et navrez villaynement desdiz bandez; ne nulz -n'osoit les regarder ne parler ensemble en my les rues, tant les -doubtoit-on pour leur cruaulté, et à chascun mot: «Faulx traistre, chien -bourgoignon, je regny Deu, ce vous ne serez pilliez.» - - [226] Ms. de Paris: fust. - - [227] André Marchand faisait partie du Parlement, non à titre - d'avocat, ainsi qu'il est qualifié par Lefèvre de Saint-Remy, - mais comme conseiller lay (depuis 1392 au moins). Suivant le - Journal de Nicolas de Baye, il fut reçu prévôt de Paris le - vendredi 22 septembre, par vertu «de l'eleccion faicte de lui au - grant conseil.» (Arch. nat., X{1a} 1479, fol. 267.) Supplanté, - malgré son opposition, par Tanneguy du Châtel le 23 octobre 1414, - il se fit réintégrer le lendemain dans sa charge par lettres - royaux (_Ibid._, X{1a} 4790, fol. 146), mais bientôt son - compétiteur parvint à l'écarter définitivement. Après son départ - de la prévôté, André Marchand fut successivement nommé bailli de - Chartres le 14 décembre 1415, bailli de Sens le 27 décembre - suivant, et enfin bailli d'Évreux; il resta en possession de ce - dernier office jusqu'au 20 septembre 1418, date de son - remplacement par Guillaume de Crannes (_Ibid._, X{1a} 1480, fol. - 39, 40, 148). Les Bourguignons maîtres de Paris mirent la main - sur ses biens; sa maison, sise rue de l'Arbre-Sec, échut en - partage au duc de Bourgogne, en vertu de lettres de don du 8 - octobre 1422, et dès 1421 cette maison était occupée au nom de - Philippe le Bon par Mathieu Regnaud, maître de sa Chambre aux - deniers (Sauval, t. III, p. 293, 312). André Marchand obtint - comme compensation le poste important de gouverneur et capitaine - d'Orléans et se signala par le zèle avec lequel il servit la - cause de Charles VII: en 1424, il faisait arrêter et incarcérer - un individu venant de Paris, trouvé porteur d'une croix de - Saint-André et d'un lion couronné en argent, insignes des partis - bourguignon et anglais (Arch. nat., X{2a} 18, 20 janvier, 15 mars - 1424). - - [228] Ms. de Paris: les greniers des bourgoiz. - - [229] Ms. de Paris: s'estonnerent. - - [230] Vers la même époque se colportait de ville en ville une - ballade contre les Parisiens, dont mention est faite dans les - lettres de rémission accordées le 2 septembre 1413 à Florent - d'Encre, capitaine de Melun, qui avait mis «à la gehenne» un - individu venu dans cette ville avec une harpe et la ballade en - question; ce malheureux, soupçonné d'espionnage, confessa avoir - été envoyé par l'archevêque de Sens et fut expédié à Paris au - Petit-Châtelet et à la Conciergerie (Arch. nat., JJ 167, fol. - 267). - -86. Et en ce temps estoit touzjours le roy mallade et enferme, et ilz -tenoient son ainsné filx, qui estoit duc de Guienne et avoit espousé la -fille du duc de Bourgongne, dedens le Louvre de si pres, que homme ne -pooit parler à lui, ne nuyt ne jour, que eulx; dont le povre commun de -Paris avoit moult de destrece au cuer, qu'ilz n'avoient aucun chef qui -pour eulx parlast, mais autre chose[231] n'en povoient faire. Ainsi -gouvernerent lesdiz bandez tout octembre, novembre, [decembre], janvier -mil IIIIc et XIII. - - [231] Ce mot manque dans le ms. de Rome. - - - [1414.] - - -87. Item, à l'entrée de fevrier oudit an, vint le duc de Bourgongne à -Sainct-Denis, et fut le IXe jour dudit moys[232], et le sabmedi ensuivant -il cuidoit entrer à Paris pour parler au roy, mais on lui ferma les -portes, et furent murées comme autres foiz avoient esté; avecques ce tres -grant foison de gens d'armes les gardoient jour et nuyt, et nulle de deçà -les pons n'estoit ouverte que celle de Sainct-Anthoine, et (de) delà -celle de Sainct-Jaques[233]. Et estoit garde [de la porte] de -Sainct-Denis le sire de Gaule[234], et [de] celle de Sainct-Martin Louys -Bourdon qui donna tant de peine à Estampes, et le duc de Berry gardoit le -Temple, Orleans Sainct-Martin des Champs, Arminac [l'ostel] d'Arthoys qui -estoit le droit chief d'eulx, Alençon Behaingne[235]; brief tous -estoient deça les pons, et si n'avoient hardement d'ouvrir nulles des -portes, tant fut pou. - - [232] L'itinéraire dressé par M. Gachard fait arriver le duc de - Bourgogne à Saint-Denis dès le 7 février; c'est de Saint-Denis - que Jean Sans-Peur data le 11 février les lettres qui furent - secrètement placardées dans Paris au portail de Notre-Dame et au - Palais (Monstrelet, t. II, p. 434). Après sa tentative - infructueuse, le duc de Bourgogne partit le 16 février «environ - minuit ou le point du jour», suivant le témoignage de Nicolas de - Baye (Arch. nat., X{1a} 1479, fol. 285 vº). - - [233] C'est ce que disent aussi les autres chroniqueurs, - notamment Monstrelet (t. II, p. 431). Des notions précises sur la - durée de la clôture des portes de Paris, en ce qui concerne la - rive gauche, sont fournies par un procès plaidé au Parlement en - mai 1418; au rapport de Martin Fouassier, fermier du droit des - chaussées des portes Saint-Jacques et Saint-Michel, la porte - Saint-Michel resta fermée à partir de l'année 1413 jusqu'en 1418; - il en fut de même des portes Saint-Germain et de Nesle, et toute - la circulation se faisait par la porte Saint-Jacques (Arch. nat., - X{1a} 4792, fol. 46 rº). - - [234] Lors du déploiement de forces militaires devant Notre-Dame - et devant l'hôtel de ville fait à l'approche du duc de Bourgogne, - l'arrière-garde était commandée par Bernard d'Armagnac, Louis de - Bosredon et Jean de Gaule, le même qui occupait Montmartre - pendant les événements de l'année 1411 (Monstrelet, t. II, p. - 430). - - [235] L'hôtel de Bohême ou de Soissons, situé à l'entrée de la - rue de Nesle et tenant par derrière aux rues de Flandre et de - Grenelle, appartenait au duc d'Orléans; lors de l'occupation - anglaise, ce vaste hôtel et ses dépendances furent donnés le 26 - mai 1425 par le roi d'Angleterre à Robert de Willougby. (Cf. - Longnon, _Paris pendant la domination anglaise_, p. 156.) - -88. Et couvint ce sabmedi devant, que ceulx qui admenoient les biens à -Paris, comme le pain de Sainct-Brice, comme autres biens et vivres, -plusieurs furent jusques à une heure sonnée pour attendre que on ouvrist -la porte, mais oncques ne fut en leur hardement de l'ouvrir, tant ilz -avoient grant paour du duc de Bourgongne; [et couvint que lesdictes -bonnes gens si remenassent leurs denrées, et les menerent en l'ost du duc -de Bourgongne] qui fist crier sur la hart, que on ne prinst riens sans -poier, et là vendirent leurs denrées bien. - -89. Et fut ainsi Paris fermé bien XIIII jours, que homme n'osoit ne ne -povoit besongner aux champs, et si n'y avoit nulz gens d'armes sur les -champs plus pres que Sainct-Denis[236] où estoit le duc de Bourgongne et -ses gens, qui nul mal ne faisoient à creature nulle. Et disoit-on qu'il -ne vouloit rien à homme nul que au roy Loys, duc d'Anjou, pour ce que -ledit Loys avoit ung filx, lequel avoit espousé une des filles audit duc -de Bourgongne; et sans savoir [cause] pour quoy, ledit Loys fist -despartir son filx de ladicte fille dudit duc de Bourgongne, et la -renvoya comme une bien povre ou simple dame à son pere ledit duc[237]. Et -plus fort, avoit tant fait au duc de Bretaingne, qu'il donna en mariaige -une sienne fille qui n'avoit mie encores III ans à cedit filx du roy -Loys, qui estoit mary à la fille devant dicte, fille du duc de -Bourgongne. - - [236] Le fait n'est pas entièrement exact, car, suivant - l'assertion d'un témoin oculaire, le duc de Bourgogne, arrivé - devant Paris, fit ranger ses troupes en bataille entre Chaillot - et Montmartre, et, ajoute le narrateur, «disoit l'en que les - coureux de son ost avoient couru jusques ou marchié des - Pourceaulx», c'est-à-dire près de la porte Saint-Honoré (Arch. - nat., X{1a} 1479, fol. 284, 285). - - [237] Louis II, roi de Sicile, après avoir agréé, en 1410, la - main de Catherine de Bourgogne, fille de Jean Sans-Peur, pour son - fils aîné Louis d'Anjou, comte de Guise, jugea à propos de - renvoyer cette jeune princesse et la fit reconduire le 20 - novembre 1413 par Louis de Loigny, maréchal de France, avec un - brillant cortège. Reçue à Beauvais par les seigneurs - bourguignons, elle fut ramenée à Amiens et de là à Lille - (Monstrelet, t. II, p. 414). - -90. Et en celle dicte sepmaine, firent crier sur la hart que nul du -commun ne se armast, et que on obeist au duc de Baviere et au conte -d'Arminac, qui estoient deux des hommes du monde qui plus hayoient les -bonnes gens de Paris. Ainsi estoit tout gouverné, comme vous avez ouy. - -91. Item, le sabmedi ensuivant, XVIIe jour de fevrier oudit an, fut crié -ledit de Bourgongne [à trompettes] parmy les carrefours de Paris, banny -comme faulx traistre, murdrier, lui et tous les siens, [et habandonnez -corps et biens], sans pitié ne sans mercy[238]. - - [238] Dès l'arrivée de Jean Sans-Peur sous les murs de Paris, en - vertu d'une décision prise en conseil royal, le duc de Bourgogne - fut réputé ennemi du roi et traité comme tel; le chapitre de - Notre-Dame de Paris, réuni le vendredi 9 février, décida que les - chapelains, clercs des matines, seraient convoqués le lendemain - matin et que défenses leur seraient faites de prêter aucun - concours au duc de Bourgogne, lequel devait être considéré - désormais comme ennemi du roi (Arch. nat., LL 214, fol. 273). - -92. Item, en icelluy temps, chantoient les petiz enfans au soir, en -allant au vin ou à la moustarde, tous communement: - - Vostre c.n[239] a la toux, commere, - Vostre c.n a la toux, la toux. - - [239] Le mot est en toutes lettres dans le ms. de Rome. - -93. Si advint par le plaisir Dieu que ung mauvais eir corrumpu chut sur -le monde, qui plus de cent mil personnes à Paris mit en tel (estat)[240] -qu'ilz perdirent le boire et le menger, le repouser, et avoient tres -forte fievre deux ou trois foys [le jour], et especialment toutes foys -qu'ilz mengeoient, et leur sembloient toutes choses quelxconques ameres -et tres maulvaises et puantes; touzjours trembloient où qu'ilz fussent. -Et avecques ce, qui pis estoit, on perdoit tout le povoir de son corps, -que on n'osoit toucher à soy de nulle part que ce fust, tant estoient -grevez ceulx qui de ce mal estoient attains; et dura bien sans cesser -trois sepmaines ou plus, et commença à bon escient à l'entrée du moys de -mars oudit an, et le nommoit-on le tac ou le horion[241]. Et ceulx qui -[point n']en avoient ou qui [en] estoient gueriz, disoient par -esbatement: «En as tu? Par ma foy! tu as chanté: - - Vostre c.n a la toux, commere.» - -Car avec tout le mal devant dit, on avoit la toux si fort et la rume et -l'enroueure, que on ne chantoit qui rien fust de haultes messes à Paris. -Mais sur tous les maulx la toux estoit si cruelle à tous, jour et nuyt, -que aucuns hommes par force de toussir furent rompus par les genitoires -toute leur vie; et aucunes femmes qui estoient grosses, qui n'estoient -pas à terme, orent leurs enfans sans compaignie de personne, par force de -tousser, qu'il convenoit mourir à grant martire et mere et enfant. Et -quant ce venoit sur la garison, [ilz] gectoient grant foison sanc [bete] -par la bouche et par le nez et par dessoubz, qui moult les esbahissoit, -et neantmoins personne n'en mouroit; mais à peine en povoit personne -estre guery, car depuis que l'apetiz de menger fut aux personnes revenu, -si fut il plus de six sepmaines après, avant que on feust nettement -guery; ne fisissien nul ne savoit dire quel mal c'estoit. - - [240] Ce mot est resté en blanc dans le ms. de Paris. - - [241] Cette maladie, dont Nicolas de Baye décrit les symptômes - observés sur lui-même, puisqu'il déclare en avoir été atteint, - fut déterminée par un vent «merveilleux, puant et tout plein de - froidures», dont on subit les atteintes en février et mars (Juv. - des Ursins, p. 496); elle sévit à Paris avec une telle violence - que, depuis le 1er mars jusqu'au 19, les plaidoiries du Parlement - furent suspendues (Arch. nat., X{1a} 4790, fol. 49 et 50), et - causa un tel émoi au sein de la population parisienne que le - chapitre de Notre-Dame crut devoir ordonner, le 20 mars 1414, des - processions pour le dimanche suivant: «Fiant processiones - generales die dominica proxima, tam propter infirmitatem - currentem quam alias, in ecclesia Parisiensi.» (_Ibid._, LL 214, - fol. 301.) Cependant le mal redoutable, que N. de Baye appelle - _lues aut pestis aerea_, n'était qu'une épidémie de coqueluche - (Monstrelet, t. II, p. 463). - -94. Item, le derrenier jour de mars oudit an, vigille de Pasques -flouries, menerent les devantdiz bandez le roy et son ainsné filx -ostoier[242] contre le duc de Bourgongne et lui firent assegier -Compingne. Aussi lui firent passer la sepmaine peneuse et les Pasques en -celle bonne besongne. - - [242] Ms. de Paris: _escris_ (probablement pour _escrier_). - -95. Et ce pendant ceulx qui devoient garder la ville, comme le roy Loys, -le prevost de Paris et leurs bandez, firent et ordonnerent une tres -grosse taille, et firent crier parmy Paris que chascun portast la bande, -et tantost plusieurs la prindrent tout à plain, et fut ou moys d'avril -après Pasques. - -96. Et en cedit moys fut ars le pont à Choisy[243] tretout; et si ne pot -homme savoir qui ce avoit fait, mais moult de bonnes gens y perdirent -tout le leur entierement. - - [243] Choisy-au-Bac, sur l'Aisne, près de son embouchure dans - l'Oise (Oise, arr. et cant. de Compiègne), place importante - connue à cette époque sous le nom de Pont-à-Choisy et dont les - partis bourguignon et armagnac se disputèrent tour à tour la - possession. L'accident dont parle le Journal parisien est - également mentionné par Juvénal des Ursins qui nous apprend que - l'incendie, qui consuma le village et le pont, coïncida avec - l'arrivée du roi. En 1418, les Bourguignons s'emparèrent du - Pont-à-Choisy que commandait en 1427 Jean d'Abbecourt, écuyer - (Arch. nat., X{1a} 4795, fol. 26.) Deux années plus tard, la - forteresse de Choisy se rendit à Charles VII; reprise en 1430 par - le duc de Bourgogne, elle fut démolie (Monstrelet, t. III, p. - 267; t. IV, p. 354, 382). - -97. Item, ou moys d'avril IIIIc XIIII, la darraine sepmaine, fut prinse -Compigne[244], par ainsi que ceulx qui dedens estoient ne se armeront -jamais contre le roy pour quelque homme du monde, sur peine de perdre -corps et biens sans mercy, et de estre reputez pour traistres à -touzjours. - - [244] Suivant Lefèvre de Saint-Remy (t. I, p. 161), Compiègne se - rendit le 7 mai 1414: le roi, la reine et le duc de Guyenne y - dînèrent le 8 mai (P. Cochon, p. 424). Une lettre de rémission - accordée à un cordonnier de cette ville en novembre 1414 (Arch. - nat., JJ 168, fol. 5 rº) complète les détails que donnent les - chroniqueurs, notamment Juvénal des Ursins, sur les opérations du - siège; on voit par ce document que, dans la sortie où fut - enclouée la grosse pièce d'artillerie nommée la _Bourgeoise_, les - habitants parvinrent à s'emparer de sept canons: «Lesquelx gens, - est-il dit, prindrent certains canons, qui par nostre - commandement avoient esté dreciez contre icelle ville, jusques au - nombre de sept qu'ilz emporterent dedens icelle.» - -98. Item, de là eulx en allerent à Soissons, et assegerent la ville et y -firent plusieurs assaulx où ilz gaignerent pou; car dedens estoit -Enguerren de Bournonville, ung homme moult prisié en armes, qui en estoit -cappitaine. Si la gardoit si songneusement jour et nuyt que oncques n'y -porent riens gaigner [en] ycellui temps, car ledit Enguerran ne laissoit -reposer ceulx de l'ost ne par nuyt ne par jour, et en prenoit souvent et -menu[245] de bons prinsonniers. Et advint à ung assault où il estoit, que -le bastard de Bourbon[246] y sourvint et se mist en la meslée tres -asprement, et Enguerran le navra à mort. Si laisserent ceulx de l'ost -l'assault, et Enguerran s'en alla en la cité, lui et ses gens. - - [245] Ms. de Paris: mesme. - - [246] Hector, bâtard de Bourbon, issu de Louis II, duc de - Bourbon, frère de Jean I de Bourbon, créé chevalier en 1409, - accompagna le maréchal Boucicaut à Gênes, prit part à la défense - de Dun-le-Roi et de Bourges en 1412 contre l'armée royale et fut - mortellement blessé le 10 mai 1414 d'un coup de flèche qui lui - traversa la gorge. - -99. Item, le XXe jour de may, oudit an, [advint][247] que fortune, qui -avoit tant amé Enguerran, le fist troubler aux gens de ladicte ville, par -quoy une tres grant murmure s'esmut contre luy, et machinerent que, -quant il yroit à la monstre pour veoir ses gens, ilz livreroient la ville -à ceulx de l'ost et sauveroient leurs vies, s'ilz povoient. Si avint que -Enguerren sceut leur voulenté, et se meslerent l'un à l'autre de parolle, -et les autres de fait. Adong yssit ung homme en larrecin hors de la -ville, qui dist en l'ost: «Se vous voullez assaillir la cité, vous -l'aurez en present, car ceulx de la ville se sont meslez aux gens -Enguerran, et ne trouverez personne qui la deffende, car tous sont couruz -à la meslée.» Tantost la ville fut assaillie tres asprement[248] et fut -tantost prinse et habandonnée à tous, et tous [les] biens et les corps. -Là fut prins Enguerren, qui bien se deffendit, et plusieurs autres -gentilz hommes de sa compaignie[249]; mais rien ne leur valut, car tous -furent prins, et liez et admenez par charrettées à Paris[250], et en -moururent tous par le jugement des bandez qui faisoient du tout à leur -vouloir. - - [247] Nous restituons le mot _advint_ qui manque aux mss. de Rome - et de Paris. - - [248] Lors de la prise de Soissons, l'abbaye de Saint-Médard, - convertie en forteresse et occupée par les gens du duc de - Bourgogne, se rendit volontairement au roi (Rel. de Saint-Denis, - t. V, p. 321). Vingt hommes de la garnison bourguignonne furent - pendus la veille de la Pentecôte à un gibet dressé près du logis - du roi. Quant aux serviteurs de l'abbaye et aux habitants du pays - réfugiés à Saint-Médard en nombre assez considérable, ils durent - composer pour leurs biens avec le connétable d'Albret, le duc de - Bar et le comte d'Armagnac, dans les mains desquels ils versèrent - la somme de 7,147 francs. Enfin, ils obtinrent le 5 juillet 1414 - des lettres de rémission (Arch. nat., JJ 168, fol. 27 vº). - - [249] Voici les noms de quelques-uns de ces gentilshommes, qui - furent faits prisonniers en même temps qu'Enguerran de - Bournonville: PIERRE DE MENOU, chevalier, capitaine «du commun» - de Soissons, tomba ainsi que son père, «le viel seigneur de - Menou, remply d'aage et de richesse,» au pouvoir des assiégeants; - au moment même de son exécution, il intercéda pour son père, - affirmant qu'il l'avait entraîné dans le parti bourguignon (Rel. - de Saint-Denis, t. V, p. 329); le père fut épargné, mais les - biens de sa famille furent confisqués et attribués au duc de - Bourbon en dédommagement des pertes que lui avait fait subir - Pierre de Menou par le pillage et l'incendie de divers châteaux - de Beauvaisis (Arch. nat., JJ 167, fol. 482). RAOUL DU PLESSIS, - dit Guynaye, chevalier, originaire du pays de Caux (Chron. norm. - de P. Cochon), que Monstrelet (t. III, p. 11) appelle Gilles du - Plessis, fut pris à Soissons dans l'abbaye de Saint-Médard et - exécuté à Paris; sa tête fut placée à la porte du lieu de sa - naissance. Jeanne de Villiers, sa veuve, et ses filles Charlotte - et Robinette obtinrent la restitution de ses biens et la remise - de son corps pour l'inhumer en terre sainte (Arch. nat., JJ 168, - fol. 226). SIMON DE CRAON, chevalier, qui s'opposa à la sortie - projetée par Enguerran de Bournonville, fut gracié à la requête - du duc de Bar, des comtes d'Eu et d'Alençon, qui firent prendre - en considération ses efforts pour déterminer la reddition de la - place. La rémission qui lui fut accordée en mai 1414 invoque - comme circonstance atténuante l'impossibilité où il se serait - trouvé de quitter Soissons, s'étant porté caution pour 200 livres - tournois (_Ibid._, JJ 167, fol. 589). GUILLAUME DE CRANNES, - écuyer au service d'Enguerran de Bournonville, pris lors de - l'assaut dans l'église Notre-Dame par Henri l'Allemand, - chambellan du roi, fut conduit à Laon, condamné à être décapité, - livré à l'exécuteur et gracié au moment suprême, à la prière du - comte d'Alençon, qui alla le chercher au lieu de l'exécution et - le ramena avec lui (_Ibid._, JJ 167, fol. 611).--Parmi les - rémissions accordées à des habitants de Soissons, nous citerons - celle de Mathieu de Corcy, bourgeois de cette ville, eu égard au - mariage de sa fille avec Jean Pigeon qui l'avait fait son - prisonnier (_Ibid._, fol. 585), et une autre grâce accordée à un - malheureux qui était resté deux jours suspendu aux portes de la - ville (_Ibid._, JJ 168, fol. 259 rº). - - [250] Au nombre des prisonniers amenés à Paris le 28 mai, sur des - chariots attelés de quatre chevaux, sous la garde du prévôt de - Paris et du prévôt des marchands, on cite seulement un personnage - de marque, savoir Raoul du Plessis (Rel. de Saint-Denis, t. V, p. - 327; Monstrelet, t. III, p. 11). - -100. Et fut la ville prinse le XXIe jour de may IIIIc et XIIII, à ung -lundi après digner[251], et Enguerran ot la teste couppée en ladicte -ville le XXVIe jour dudit moys, et plusieurs autres, et plusieurs en -furent penduz, et les femmes de religion et autres prudes femmes et -bonnes pucelles efforcées, et tous les hommes[252] rançonnez, et les -petiz enffans, et les eglises et reliques pillées, et livres[253] et -vestemens; et avant qu'il fut dix jours après la prinse de la ville, elle -fut si pillée au net qu'i n'y demoura chose que on peust emporter. Et dit -on que on n'ouyt oncques parler que les Sarazins feissent pis que firent -ceulx de l'ost en ladicte ville par le mauvais conseil qui [pour] lors -estoit entour le bon roy, dont homme n'osoit parler. - - [251] La ville de Soissons fut prise d'assaut le lundi 21 mai, - entre trois et quatre heures de l'après-dînée; on en reçut la - nouvelle à Paris le mardi matin, et le même jour eut lieu, en - l'honneur de cet événement, une procession solennelle de - Notre-Dame à Saint-Magloire (Arch. nat., X{1a} 1479, fol. 296, - X{1a} 4790, fol. 81 vº). Le greffier du Parlement, en - enregistrant ce fait d'armes, ajoute: «Et ibi infinita facta sunt - crimina.» - - [252] Ms. de Paris: biens. - - [253] Ms. de Rome: livrées. - -101. Item, quant ilz eurent fait du pis qu'ilz porent en ladicte ville, -ilz menerent le bon roy[254] à Laon, et entra dedens sans noise et sans -tançon[255], car ilz prindrent exemple à ceulx de Soissons. - - [254] Le mot _bon_ manque dans le ms. de Rome. - - [255] Ms. de Paris: sans façon. - - -102. Item, il est vray que ceulx de la bande, qui pour lors gouvernoient -le royaulme à Paris et ailleurs, firent faire les feus comme on fait à la -Sainct Jehan, aussitost que ilz sceurent la nouvelle de la destruction de -la ville, comme se [ce] eussent esté Sarazins ou mescreans que on eust -destruis, ne il n'estoit nul qui de ce osast parler ne [en] avoir pitié -devant les bandez [et bandées], dont vous eussiez veu à cesdiz feuz et à -la vigille Sainct Jehan et Sainct Pere[256] plus de IIII mil femmes, -toutes d'estat, non pas d'onneur, toutes bandées, et des hommes sans -nombre; et estoient si obstinez à celle faulce bande qu'il ne leur estoit -pas advis qu'il fust digne de vivre qui ne la portoit. Et s'aucun homme -en parlast par aventure, se on le povoit savoir, il estoit mis à grant -finance ou banny, ou longue peine de prinson sans mercy. - - [256] Ces réjouissances publiques eurent lieu le 28 juin, lors de - la réception des lettres royales annonçant la déconfiture des - Bourguignons dans le Hainaut; à cette occasion, de grands feux - furent allumés dans les carrefours, et les danses au son des - instruments se prolongèrent toute la nuit (Religieux de - Saint-Denis, t. V, p. 341). - -103. Item, de Laon s'en alla le roy à Peronne[257] et là vindrent ceulx -de Gant, et de Bruges[258] et du Franc, et des autres bonnes villes de -Flandres parlemanter[259], et aussy y vint la dame de Houllende[260] et -ne firent rien. - - [257] Si l'on suit l'itinéraire que permettent de tracer les - lettres de rémission du Trésor des chartes, Charles VI se - trouvait à Saint-Jean-des-Vignes, près Soissons, le 18 mai, à - Laon le 30 mai, à Saint-Quentin du 13 au 24 juin. Suivant le - Religieux de Saint-Denis (t. V, p. 347), le roi serait arrivé à - Péronne le 29 juin et en serait reparti le 20 juillet; le 24 du - même mois il était devant Bapaume (Saint-Remy, t. I, p. 167). - - [258] Ms. de Paris: Bourges. - - [259] Les députés flamands qui vinrent trouver Charles VI à - Péronne représentaient les quatre _membres_ ou _mestiers_ du pays - de Flandre, c'est-à-dire les habitants de Gand, de Bruges, - d'Ypres et du Franc; suivant la chronique des Cordeliers - (Monstrelet, t. VI, p. 222), ils avaient été secrètement mandés - par lettres royaux que des mains invisibles transmirent dans - toutes les villes de Flandre et s'en retournèrent chargés de - présents; avant leur départ, le roi leur fit donner pour cent - marcs d'argent en vaisselle dorée (Monstrelet, t. III, p. 16). - - [260] Marguerite de Bourgogne, sœur de Jean Sans-Peur et femme - de Guillaume IV de Bavière, comte de Hollande et de Hainaut, - avait reçu mission de négocier la paix avec le roi de France. - Après une tentative infructueuse faite à Saint-Quentin, elle fit - une nouvelle démarche à Péronne, en compagnie de son frère, le - duc de Brabant. - - -104. Item, de là s'en alla le roy devant la cité d'Arras, et y fut moult -longuement le siege[261]. - - [261] Le siège d'Arras commença le 28 juillet; c'est à cette date - que le duc de Bourbon et le connétable d'Albret arrivèrent avec - l'avant-garde sous les murs de la place (Religieux de - Saint-Denis, t. V, p. 370). - -105. Item, en cedit an IIIIc et XIIII fut commencée par lesdiz bandez une -confrairie de sainct Laurent aux Blans Manteaux, le jour de l'Invencion -Sainct Estienne, IIIe jour d'aoust, et disoient que ce estoit la -confrarie des vrays et bons catholiques envers Dieu et leur droit -signeur, et fut la Sainct Laurens au vendredy. Et le dimenche ensuivant -firent leur feste à Sainct Laurens, et furent plus de IIIIc tous bandez, -[et n'osoit] homme ne femme estre ou moustier ne à leur feste, s'il -n'avoit la bande, et aucunes personnes d'onneur qui y estoient alés veoir -leurs amis pour la feste Sainct Laurens qui se faisoit au dimenche, en -furent en tres grant danger de leur bien, pour ce qu'ilz n'avoient point -de bande. - -106. Item, en ce temps estoient guerres par toute France, et si y avoit -si grant marché de vivre [à Paris], de pain et de vin; car on avoit une -pinte de bon vin sain et net pour ung denier parisis, blanc et vermoil en -C lieux à Paris, et pain à la vallue, et en toute celle année ne fut -trouvé du creu d'icelle vin qui devenist gras, ne bouté, ne puant. - -107. Item, ceulx de l'ost en avoient grant charté[262], car ilz furent -moult devant Arras sans riens faire. - - [262] Les besoins étaient si grands que pendant le siège le roi - fut obligé de demander au parlement de Paris un emprunt de mille - livres parisis (Arch. nat., X{1a} 1479, fol. 304). - -108. Item, quant ilz virent que tretout encherissoit, leurs biens et -tretout, et leurs chevaulx mouroient de fain partout, si firent crier la -paix le XIe jour de septembre[263] environ trois heures après mynuit à -ung mardi, et quant ilz partirent des tentes après le cry qui avoit esté -tel: que homme nul, sur peine de la hart, ne mist feu en son logeys. Mais -les Gascons, qui estoient en l'aide[264] de la bande, firent le -contraire, car ilz mirent le feu partout où ilz peurent, en despit [de -ce] que on s'en alloit ainsi; et fut le feu si grant que couru au -pavillon du roy par darriere, et eust esté le roy ars qui ne l'eust mis -hors par devers le meilleur. Et dient ceulx qui se salverent, que ou feu -demoura plus de Vc hommes qui furent ars, qui estoient malades dedens les -tentes. - - [263] Monstrelet (t. III, p. 32) indique une date différente qui - nous semble plus exacte; suivant lui, la paix conclue par - l'entremise du duc de Brabant et de la comtesse de Hainaut aurait - été publiée devant la tente du roi le mardi 4 septembre à huit - heures. - - [264] Ms. de Paris: en le halde. - -109. Item, le jeudi ensuivant, fut sceu à Paris, et ne vistes[265], ne -ouistes oncques plus belle sonnerie à Paris que on y fist cellui jour, -que depuis le matin jusques au soir en tous les moustiers de Paris on -sonnoit, et faisoit on grant joye pour l'amour de la paix. - - [265] «Et ne vistes» manque dans le ms. de Rome. - -110. Item, ce jeudi XIIIe jour de septembre, ung jeune homme osta la -bande à l'ymage [de] sainct Huistace[266] que on lui avoit baillée, [et -la deschica en despit de ceulx qui lui avoient baillée]. Et tantost fut -prins, fust tort ou droit, lui fut le poing coppé sur le pont Allaiz[267] -devant Sainct Huistace, et fut banny à touzjours mais; et si ne fust -oncques homme qui osast dire le contraire, tant estoit tout mal gouverné -et de maulvaises gens. - - [266] Le Religieux de Saint-Denis (t. V, p. 447) est plus - explicite; ce fut un artisan qui, dans l'église Saint-Eustache, - arracha l'écharpe ou bande blanche dont l'image de saint André - était parée. - - [267] Le Pont Alais était une passerelle recouvrant, au bas de la - rue Montmartre et de la rue Traînée, un cloaque où venaient se - déverser les immondices des halles. - -111. Et si sachez que tous ceulx qui devant Arras avoient esté, ou la -plus grant partie, quant ilz venoient, estoient si descharnez, si palles, -si empirez qu'il sembloit qu'ilz eussent esté en prinson VI ou VIII moys -au pain et à l'eaue, et n'en apporterent que pesché, et en mourut plus de -XI mil quant ilz vindrent à leur aise[268]. - - [268] L'armée royale fut décimée pendant le siège par une - «malladie de flux de ventre» qui fit de nombreuses victimes, - entre autres Amé de Sarrebruck; le duc Louis de Bavière et le - connétable en furent atteints (Saint-Remy, t. I, p. 182). - -112. Item, le XIe jour d'octobre ensuivant, ung jeudi, fut fait ung champ -de bataille à Sainct-Ouyn, d'un Breton[269] et d'un Portingalois, et -estoit l'un au duc de Berry et l'autre au duc de Bourgongne; et furent -mis ou champ à oultrance, mais ilz ne firent chose dont on doye parler, -car on dist tantost,: «ho!» qu'ilz devoient faire armes. Et fist ce faire -le duc de Berry pour le Breton, qui estoit de la bande, dont il avoit -moult grant paour, car le Portingallois se maintenoit en son harnoys si -tres ligierement, que chascun lui donnoit la victoire, mais on ne pot -oncques dire lequel la deust avoir au vray. - - [269] Le champion breton était un écuyer du nom de Guillaume de - la Haye qui périt dans les massacres de 1418 (_Documents relatifs - à la surprise de Paris_, publiés par M. J. Garnier dans le - Bulletin de la Société de l'Hist. de Paris, 1877, p. 52); le - Religieux de Saint-Denis (t. V, p. 411) lui donne pour adversaire - un chevalier portugais appelé Jean de Metz, le même sans doute - que Jean du Mez, seigneur de Croy, marqué sur l'état des - officiers de Philippe le Bon en qualité de chambellan et de - bailli de Lille (cf. Labarre). - -113. Item, le sabmedi ensuivant, XIIIe jour dudit moys d'octobre, oudit -an, s'en vint le roy à Paris, à belle compaignie de ceulx de Paris, et -plut tout le jour si tres fort[270] qu'il n'y avoit si jolis qui n'eust -voulu estre à couvert. Et soudainement, environ huit heures de nuyt, -commencerent les bonnes gens de Paris sans commandement à faire feus, et -à baciner le plus grandement que on eust veu passé c ans devant, et les -tables en my les rues [drecées à tous venans, par toutes les rues] de -Paris qui point aient de renon. - - [270] Ms. de Paris: tant. - -114. Item, le XXIIIe jour d'octobre, depposerent le prevost, c'est -assavoir, Andry Marchant, et firent lesdiz bandez prevost ung chevalier -de la court du duc d'Orleans, qui estoit baron, nommé messire Tanneguy du -Chastel[271], et ne le fut que deux jours et deux nuys, pour ce qu'il -n'estoit pas bien de leur accort. La IIIe journée ensuivant fut reffait -prevost sire Andry Marchant, tres cruel et sans pitié, comme davant est -dit. - - [271] Tanneguy du Châtel, chambellan du roi et du duc de Guyenne, - fut institué prévôt de Paris le mardi 23 octobre, entre quatre et - cinq heures après midi, en vertu de lettres du roi publiées au - Châtelet par Jean de Vailly, l'un des présidents du Parlement - (Arch. nat., Y, 5228, fol. 28 vº). La veille, André Marchant - s'était présenté au Parlement afin de mettre opposition à la - réception de Tanneguy du Châtel, disant «qu'il estoit venu à sa - cognoissance que messire Tanneguy du Chastel, par le moien de - monseigneur de Guienne ou autrement, avoit impetré son office de - prevost.» En acceptant les fonctions de prévôt, Tanneguy déclara - le mardi matin qu'il «se deporteroit dudit office toutes fois - qu'il plairoit» au duc de Guyenne. Le mercredi 24 octobre, André - Marchant, ayant obtenu lettres royales auxquelles le Parlement - obtempéra, parvint à se faire réintégrer dans sa charge (Arch. - nat., X{1a} 4790, fol. 146). - -115. Item, en cedit temps, entre la Sainct Remy et Noël, lesdiz bandez, -qui tout gouvernoient, firent bannir toutes les femmes de ceulx que -devant avoient bannyz sans mercy, qui estoit moult grant pitié à veoir, -car toutes estoient femmes de honneur et d'estat, et la plus grant -partie de elles n'avoit oncques eslongné Paris sans honneste compaignie; -et ilz estoient acompaignées de sergens très crueulx, selon signeur, -mesniée duicte. Et qui plus leur destraingnoit le cueur, c'estoit que on -les envoyoit toutes ou païs du duc d'Orleans, tout au contraire du païs -où leurs amys et mariz estoient; et encores autre chose qui leur venoit -au devant, car toutes femmes sont vittuperées d'estre menées à -Orléans[272], et là les envoyoit on le plus; mais autrement ne povoit -estre pour le temps, car tout estoit gouverné par jeunes signeurs, senon -le duc de Berry et le conte d'Arminac. - - [272] Il est assez difficile de s'expliquer pourquoi; ne - serait-ce point parce qu'on avait coutume d'y interner des femmes - de mœurs légères? Voici ce qui peut jusqu'à un certain point - justifier cette hypothèse. Dans une affaire criminelle jugée au - Parlement en 1407, Guillemette de Gouy prétendait avoir été - violentée par un laboureur d'Arcueil; mais sa vertu n'étant point - à l'abri de tout soupçon, une vieille femme nommée la Renaudine - l'avait engagée à ne pas donner suite à sa plainte et à se - désister moyennant finance, car, disait la vieille, «autrement - elle seroit menée à Orléans» (Arch. nat., X{2a} 14, fol. 375). - -116. Item, les festes de Nouel ensuivant, c'est assavoir, IIIIc et XIIII, -fut fait par le roy le conte d'Alençon duc d'Alençon, et fut faicte -duchié qui n'estoit que conté, ne oncques mais n'avoit esté duchié -jusques à cellui jour; ainsi en fut[273]. - - [273] Le comté d'Alençon fut érigé en duché en faveur de Jean, - comte d'Alençon, par lettres données à Paris dans la - Sainte-Chapelle du Palais le 1er janvier 1415, en présence des - ducs d'Orléans et de Bourbon, des comtes de Vertus, de la Marche, - de Vendôme et d'autres conseillers et chambellans du roi (Arch. - nat., JJ 168, fol. 210 rº). - - - [1415.] - - -117. Item, à l'entrée de fevrier ensuivant, jouxterent le roy et les -grans[274] signeurs en la grant rue Sainct-Anthoine, entre -Sainct-Anthoine et Saincte-Katherine du Val des Escolliers, et y avoit -barrieres. En ces jouctes[275] vint le duc de Breban pour traicter la -paix, et jouxta et gaigna le prix. - - [274] «Grans» manque dans le ms. de Rome. - - [275] Ces joutes faisaient partie du programme des fêtes données - à Paris en l'honneur des ambassadeurs anglais, fêtes qui - commencèrent le 10 février et qui durèrent trois jours; le roi y - tournoya avec le duc d'Alençon, et le duc de Brabant jouta avec - le duc d'Orléans (Monstrelet, t. III, p. 60). - - -118. Ad ce temps estoient les Anglois à Paris pour traicter d'ung -mariaige à une des filles du roy de France[276]. - - [276] Ce fut le mercredi 8 août 1414 que le Parlement prit, à la - requête du duc de Berry, les dispositions nécessaires pour - recevoir l'ambassade anglaise conduite par le comte de Dorset et - deux évêques accompagnés d'une nombreuse suite; seize membres du - Parlement eurent mission de se rendre à cheval jusqu'à la - Chapelle-Saint-Denis pour y attendre l'arrivée de l'ambassade; - les autres conseillers restèrent dans la salle du Palais donnant - sur la Seine pour faire accueil aux «messagiers» d'Angleterre - (Arch. nat., X{1a} 1479, fol. 304). Les Anglais, logés «en - l'ostel du Temple» (J. des Ursins), étaient encore à Paris le 12 - mars 1415, jour où leur visite était annoncée au Parlement - (_Ibid._, X{1a} 4790, fol. 219 vº). - -119. Item, le mardi XIXe jour, (fut) depposé de la prevosté de Paris -Andry Marchant, qui autresfois avoit été depposé par ses desmerites, mais -il finoit[277] touzjours par argent, fors que à celle foys en ladicte -prevosté fut remis sire Tenneguy du Chastel la IIe ou la IIIe foys. - - [277] Ms. de Paris: Fuioit. - -120. Mais en ce temps aussi estoient chevaliers d'Espaigne et de -Portingal, dont trois du Portingal[278], bien renommez de chevallerie -prindrent par ne sçay quelle folle entreprinse champ de bataille encontre -trois chevaliers de France, c'est assavoir, François de Gringnos, la -Rocque, Morigon[279]; et fut à oultrance ordonné au XXIe jour de -fevrier, vigille Sainct Pere, à Sainct-Ouyn, et fut avant soleil resconcé -qu'ilz entrassent en champ, mais en bonne vérité de Dieu, ilz ne mirent -pas tant que on mettroit à aller de la porte Sainct-Martin à celle de -Sainct-Anthoine, à cheval, que les Portingalloys ne fussent desconfiz par -les trois Françoys, dont la Roque fut le meilleur. - - [278] Les trois chevaliers portugais se nommaient Alvar Continge, - Pierre Gonsalve de Mallefaye et Jean Gonsalve. Au lieu de Jean - Gonsalve qu'indique Monstrelet (t. III, p. 61), Saint-Remy (t. I, - p. 209) mentionne un champion appelé Rumaindres, nom qui paraît - totalement défiguré. - - [279] FRANÇOIS DE GRIGNOLS, chambellan du roi, s'était déjà fait - connaître par ses goûts chevaleresques. Vers le commencement de - l'année 1406, il avait conçu le dessein, avec Jean de Garancières - et le sire de Boqueaux, de faire «certaines joustes ou passes - d'armes à Royaumont»; le roi, craignant la surexcitation des - esprits, interdit formellement ces joutes par mandement du 25 - janvier 1406 au prévôt de Paris (Arch. nat., X{1a} 8602, fol. - 194). François de Grignols prit part à l'expédition dirigée par - Charles VI contre les Bourguignons, et fut du nombre des otages - envoyés aux assiégés de Compiègne lors des pourparlers relatifs à - la reddition de cette place (Rel. de Saint-Denis, t. V, p. 307). - Il occupa le poste de capitaine et de gouverneur de la Rochelle - jusqu'au 25 octobre 1414, date de son remplacement par Tanneguy - du Châtel (Arch. nat., X{1a} 4790, fol. 146). Il s'attacha - ensuite à la personne du dauphin, auprès duquel il était le jour - de l'entrevue de Montereau (Chron. des Cordeliers, p. 281); selon - le Religieux de Saint-Denis (t. VI, p. 372), le duc de Bourgogne - y aurait été reçu par Tanneguy du Châtel, François de Grignols et - le vicomte de Narbonne. Grignols suivit dès lors la fortune de - Charles VII, qui lui confia en 1423 une mission importante; il - fit le voyage d'Écosse en compagnie du comte de Bucan avec une - flotte considérable et dut ramener le comte de Douglas et le - contingent écossais (Stevenson, _Wars of the English in France_, - I, p. 6). Enfin il trouva la mort à la bataille de Verneuil - (Monstrelet, t. IV, p. 196).--Les écrivains contemporains ne sont - pas d'accord sur l'identité de LA ROCQUE: Archambaud de la Roque, - écuyer gascon, selon Juvénal des Ursins (p. 503); François de - Roque, chevalier poitevin, d'après le Religieux de Saint-Denis - (t. V, p. 413).--Quant à MAURIGON (de Songnacq), écuyer gascon, - ce fut l'un des capitaines chargés, en 1417, de la défense de - Pontoise qu'il dut rendre aux Bourguignons. Retiré à Paris, il - fut l'une des premières victimes des massacres de 1418 et reçut - la sépulture dans la cour de Saint-Martin-des-Champs (Religieux - de Saint-Denis, t. VI, p. 247, 251; Cousinot, _Geste des nobles_, - 159). - -121. Item, le sabmedi ensuivant, vigille Sainct Mathieu, fut la paix -criée parmy Paris à trompettes[280] et disoit chascun que ce avoit fait -le duc de Breban; et fist on à ce sabmedy plus de feuz parmy Paris que -toutes les autres foys devant dictes, et si estoit les IIII temps des -Brandons. - - [280] A la suite de plusieurs conférences tenues par le grand - conseil du roi avec le duc de Brabant et les gens du duc de - Bourgogne, la paix pourparlée à Arras fut définitivement conclue - et publiée à son de trompe le 23 février, et non le 24, comme le - dit Monstrelet (t. III, p. 60); voici à cet égard ce que nous - apprennent les Reg. capitulaires de N. D.: «Sabbati xxiii - februarii, nichil actitum est in presenti capitulo propter - solemnitatem pacis hujus regni hodie publicate, et quia dominus - Aquitanie et omnes alii domini venerunt ad ecclesiam Parisiensem» - (Arch. nat., LL 215, fol. 37). La publication des lettres de la - paix au Parlement eut lieu le 16 mars, et les princes du sang, - ainsi que les membres de la Cour, en jurèrent l'observation - (Arch. nat., X{1a} 1480, fol. II vº). Pareil serment fut exigé du - prévôt des marchands et des échevins le mardi 19 mars (Arch. - nat., X{1a} 4790, fol. 224, 225). - -122. Item, environ sept ou huit jours en mars, fut Saine si cruelle à -Paris que ung moulle de buche valloit IX ou X solz parisis, et ung cent -de costeretz, qui les voulloit avoir bons, XXVIII ou XXXII solz p.; le -sac de charbon, XII s. p.; bourrées, foing, semblablement[281]; tuylle, -plastre, en la maniere. Et si sachez que depuis la Toussaint jusques à -Pasques, ne fut oncques jour qu'il ne cheist (eaue) de jour ou de nuyt, -et dura la grant eaue jusques en my-avril[282] que on ne povoit aller es -marez entre Sainct-Anthoine et le Temple, ne dedens la ville, ne dehors. - - [281] Ms. de Paris: sable. - - [282] Ms. de Paris: jusques ou moys d'avril. - -123. Item, le XVIIe jour d'avril[283] fut monseigneur de Guienne en -l'ostel de la ville, et ordonna trois eschevins nouveaulx, c'est -assavoir, Pierre de Grant-Rue[284], Andriet d'Esparnon et Jehan de -Louviers[285], et depposa Pierre Oger, Jehan Marcel[286], Guillaume -Cirasse. - - [283] Le 18 avril 1415, suivant le Cartulaire de la prévôté des - marchands (Arch. nat., KK 1009, fol. I vº); c'est donc à tort que - le ms. de Paris donne la date du XXVII avril. - - [284] Pierre de Grand-Rue, épicier, l'un des fournisseurs - ordinaires du roi, comme on le voit par le compte de l'hôtel des - années 1405 à 1409, qui mentionne l'achat chez ce marchand «de - cire pour le cierge benoist de Pâques et pour le seel secret du - roy, ainsi que de plusieurs espices de chambres confites» (Arch. - nat., KK 31-32). Il ne fut échevin que quelques mois; on le perd - ensuite de vue complètement; tout ce que l'on sait, c'est qu'il - ne vivait plus au 27 mars, date sous laquelle le registre de la - prévôté mentionne une maison de la rue Saint-Denis, attenante aux - hoirs ou ayants-cause de feu Pierre de Grand-Rue (Arch. nat., Y - 5231, fol. 13). - - [285] Jean de Louviers le jeune, bourgeois de Paris, partisan de - la cause bourguignonne, fut dépossédé de ses fonctions d'échevin - le 10 octobre 1415 et rétabli le 10 juin 1418 après l'entrée des - Bourguignons (Arch. nat., KK 1009, fol. 3 rº). Il prêta serment à - Jean Sans-Peur le 25 août suivant. - - [286] Jean Marcel, drapier, l'un des échevins nommés le 17 août - 1413 et évincés en avril 1415, rentra dans la vie politique en - 1418 par sa prestation de serment au duc de Bourgogne faite le 25 - août. Le 2 janvier 1419, les bourgeois de Paris le déléguèrent - avec Imbert des Champs pour siéger chaque jour à l'hôtel de ville - et veiller «au bon gouvernement» de la capitale (Arch. nat., - X{1a} 1480, fol. 163). Jean Marcel possédait alors une maison rue - des Bourdonnais, provenant de Denisot Mauduit (Sauval, t. III, p. - 293). - -124. Item, le jour Sainct Marc ensuivant, fut criée parmy Paris la paix à -trompettes, sur peine de perdre corps et biens qui la contrediroit. - -125. Item, le moys d'aoust ensuivant, au commencement aryva le roy -d'Engleterre à toute sa puissance en Normendie, et print port emprès -Harefleu, et assegea Harefleu et les bonnes villes d'entour. - -126. Item, monsieur de Guienne, filz ainsné du roy, se party de Paris le -premier jour de septembre, à ung dimenche au soir, à trompes, et n'avoit -que jeunes gens avec lui, et party pour aller contre[287] les -Angloys[288]; et le roy de France, son pere, se parti le IXe jour -ensuivant pour aller après son filx, et alla à Sainct-Denis au giste. Et -tantost après fut cueillie à Paris la plus grant taille qu'on eust vu -cueillir d'aage de homme, qui nul bien ne fist pour le prouffit du -royaulme de France[289], ains estoit tout gouverné par lesdiz bandez, car -Harefleu fut prins par les Engloys oudit moys de septembre, le XIIIIe -jour[290], et tout le pais gasté et robbé, et faisoient autant de mal les -gens d'armes de France aux pouvres gens, comme faisoient les Angloys, et -nul autre bien n'y firent. - - [287] Ms. de Paris: au devant des Anglais. - - [288] Le duc de Guyenne se dirigea sur Rouen, où devaient se - réunir tous les vassaux aptes au métier des armes, convoqués en - vertu de lettres royales; d'intéressants détails sur les mesures - de défense prises en Normandie lors de la descente des Anglais - sont révélés par des lettres de rémission accordées en septembre - 1415 à Guillaume de Lescaux, chevalier (Arch. nat., JJ 168, fol. - 246 rº). - - [289] «De France» manque dans le ms. de Rome. - - [290] Monstrelet et Juvénal des Ursins s'accordent à donner la - date du 22 septembre, qui n'est pas exacte; l'auteur de notre - Journal est mieux renseigné. En effet, le roi d'Angleterre était - en possession d'Harfleur dès le 16 septembre, ainsi qu'il résulte - de lettres de ce jour, où il propose au dauphin de vider leur - querelle par un duel (Rymer, t. IV, 2e partie, p. 147). C'est le - dimanche 22 septembre que le bruit de la reddition d'Harfleur se - répandit dans Paris: «Ipsa die dominica, dicitur quod Hariflotum - fuit perditum» (Arch. nat., LL 215, fol. 72). - -127. Et si fist[291] bien, VII ou VIII sepmaines puis que les Angloys -furent arivez, aussi bel temps comme on vit oncques point faire en aoust -et en vendenges, jour de vie de homme, et aussi bonne année de tous les -biens, mais neantmoins, pour ce, ne s'avanssa oncques nulz[292] des -signeurs de France de combatre les Anglois qui là furent. - - [291] Ms. de Paris: si y furent. - - [292] Ms. de Paris: oncques mais. - -128. Item, les dessusdiz bandez, le Xe jour d'octobre, l'an mil IIIIc et -XV, firent à leur posté ung prevost des marchans nouvel et quatre -eschevyns, c'est assavoir, le prevost des marchans, Philippe de -Breban[293], filx d'un impositeur; les eschevins, Jehan du Pré, -espicier[294], Estienne de Bonpuis, pelletier[295], Regnault Pidoye, -changeur[296], Guillaume d'Ausserre, drappyer. Et si estoient le roy et -monseigneur de Guienne à ce jour en Normendie, l'un à Rouen, et l'autre à -Vernon[297]; ne oncques ceulx de Paris n'en sceurent rien, tant que ce -fut fait, et furent moult esbahiz le prevost des marchans et les -eschevins qui devant estoient, quant on les depposa sans autre[298] -mandement du roy ne du duc de Guienne, ne sans le sceu des bourgoys de -Paris[299]. - - [293] Philippot de Breban ou Braban, riche changeur parisien, - exerça la charge de prévôt des marchands du 10 octobre 1415 au 12 - septembre 1417. A cette date, pour cause de «certaine maladie en - quoy il estoit encheu», et de son âge avancé, il demanda à être - relevé de ses fonctions et fut remplacé par Guillaume Cirasse - (Arch. nat., KK 1009, fol. 2 vº). Le 9 août 1420, il s'associa - avec quinze de ses confrères pour l'exploitation des monnaies de - Paris, Tournai, Châlons, Troyes, Mâcon, Nevers et Auxerre (Arch. - nat., Z{1b} 58, fol. 159); Philippot de Braban dirigea alors la - monnaie de Saint-Quentin, et, par suite de l'inexécution de ses - engagements, un procès lui fut intenté en 1432 par ses - co-associés (_Ibid._, X{1a} 4796, fol. 303, 304). Le 3 octobre - 1421, lorsque Pierre de Landes, l'un des seize changeurs réunis - en association, obtint l'entreprise de la monnaie de Paris, - Philippot de Braban et Germain Vivien se portèrent caution pour - lui jusqu'à concurrence de 8000 livres tournois (_Ibid._, Z{1b} - 362). Tout en exerçant la profession de changeur, Braban avait le - titre d'ouvrier et monnoyer du serment de France (_Ibid._, X{1a} - 4794, fol. 217). - - [294] Jean du Pré, épicier, valet de chambre du duc de Berry, - fournit à ce prince en 1410 «des parties de plons et fondeures - pour les reparacions des fontaines» de Bicêtre et Gentilly (Arch. - nat., KK 250, fol. 76); quoique originaire de Rouen et ne pouvant - faire partie de l'administration municipale, il fut désigné par - Tanneguy du Châtel pour entrer dans l'échevinage (Arch. nat., - X{1a} 4795, fol. 55). - - [295] Etienne de Bonpuits, marchand pelletier, l'un des - fournisseurs du duc de Berry, auquel il fit livraison le 18 - décembre 1410 de plusieurs «parties de pelleterie» destinées au - comte d'Eu, son fils, comme cadeau de Noël (Arch. nat., KK 250, - fol. 55 vº). A la date du 16 décembre 1413, Martin Gouge, évêque - de Poitiers, en considération des «bons et agreables services» - que lui avaient rendus Étienne de Bonpuits et Denisette sa femme, - leur céda un hôtel sis au bourg de Saint-Germain-des-Prés, dans - la censive de l'abbaye (Arch. nat., LL 1037, fol. 71 vº). Au mois - d'avril 1418, Étienne de Bonpuits fut adjoint aux négociateurs - chargés de traiter avec les ambassadeurs du duc de Bourgogne et - se rendit à Montereau en compagnie de Jean de Vailly, président - au Parlement, et de J. Tudert, doyen de Notre-Dame (Arch. nat., - X{1a} 1480, fol. 133 vº). Dès l'entrée des Bourguignons à Paris, - il prit la fuite et fut remplacé comme échevin le 10 juin 1418 - (_Ibid._, KK 1009, fol. 3 rº), tous ses biens furent confisqués - et attribués d'abord à Henri Gregory, anglais, puis à Jean de - Saint-Yon. (Cf. Longnon, _Paris pendant la domination anglaise_, - p. 270.) - - [296] Renaud Pis-d'Oue, changeur-orfèvre du roi et de la cour - (Arch. nat., KK 29), est cité en 1416 parmi les changeurs - présents à la lecture des ordonnances faite au comptoir de la - cour des Monnaies (Arch. nat., Z{1b} 2). Il se fit relever de ses - fonctions d'échevin le 16 août 1417, mais continua à prendre part - aux délibérations politiques; il assistait à la séance du - Parlement tenue le 18 avril 1418, lorsque le président de Vailly - exposa le résultat de ses négociations avec le duc de Bourgogne - (Arch. nat., X{1a} 1480, fol. 134). Devenu suspect aux - Bourguignons, il dut quitter Paris; on fit main basse sur ses - biens et son bel hôtel de la rue des Bourdonnais fut donné le 30 - mars 1424 à un chevalier anglais, Jean de Haveford (Longnon, - _Paris sous la domination anglaise_, p. 125). Les rentes qu'il - prenait sur les terres de Robert, duc de Bar, passèrent en 1427 - aux mains de Jean de Luxembourg, seigneur de Beaurevoir (Arch. - nat., JJ 173, fol. 326). Pis-d'Oue, chargé en 1423 de - négociations relatives à la délivrance du comte d'Angoulême, se - rendit en Angleterre avec un sauf-conduit que lui donna Henri VI - (Rymer, t. IV, part. II, p. 94). Il mourut quelques années après; - le 26 avril 1428 sa succession était ouverte au profit de ses - enfants, Jean et Colette Pis-d'Oue (Arch. nat., X{1a} 4795, fol. - 247). - - [297] Charles VI se trouvait à Vernon le lundi 7 octobre et - rejoignit le duc de Guyenne à Rouen le samedi suivant (Juv. des - Ursins, p. 507). - - [298] Ms. de Paris: avoir. - - [299] Ce fut Tanneguy du Châtel qui, le 10 octobre 1415, vint en - l'hôtel de ville accompagné de Robert le Maçon et de Jean Louvet, - et qui, de son propre mouvement, renouvela l'échevinage sans - suivre aucune des règles usitées en pareil cas, notamment sans - s'astreindre rigoureusement à choisir comme échevins des - bourgeois nés à Paris. Juvénal des Ursins (p. 509) raconte que - l'annonce de la prochaine arrivée du duc de Bourgogne faite par - un banni du nom de Colin, propriétaire de l'hôtel du Boisseau, à - la porte du Temple, inspira des craintes aux gouverneurs de Paris - qui changèrent aussitôt l'échevinage et firent murer les portes. - -129. Item, le XXe jour dudit moys ensuivant, les signeurs de France -ouïrent dire que les Anglois s'en alloient par la Picardie, si les tint -monseigneur de Charrollays si court et de si près qu'ilz ne porent passer -par où ilz cuidoyent. Adonq allerent après tous les princes de France, -sinon vi ou vii, et les trouverent en ung lieu nommé Agincourt, près de -Rousseauville; et en ladicte place, le jour Sainct Crespin et Crespinien, -se combatirent à eulx; et estoient les Françoys plus la moictié que -Angloys, et si furent Françoys desconfys et tuez, et prins des plus grans -de France. - -130. Item, tout premierement, le duc de Breban[300], le conte de -Nevers[301], freres du duc de Bourgongne, le duc d'Alençon[302], le duc -de Bar[303], le connestable de France Charles de Labrait[304], le conte -de Marle[305], le conte de Roussy[306], le conte de Psalmes[307], le -conte de Vaudesmons[308], le conte de Dampmartin[309], le marquis du -Pont. Ceulx cy nommez furent tous mors en la bataille, et bien trois mil -esperons dorez sur les autres; mais de ceulx qui furent prins et menez en -Angleterre, le duc d'Orleans, le duc de Bourbon, le conte d'Eu[310], le -conte de Richemont[311], le conte de Vendosme[312], le mareschal -Boussiquault[313], le filx du roy d'Ermenie[314], le sire de Torsy, le -sire de Helly[315], le sire de Mouy, [monseigneur de Savoysi] et -plusieurs autres chevaliers et escuiers dont on ne scet les noms. -Oncques, puis que Dieu fut né, ne fut fait telle prinse en France par -Sarazins ne par autres, car avec eulx furent mors plusieurs bailliz de -France[316], qui avoient avecques eulx admenez les communes de leurs -bailliaiges, qui tous furent mis à l'espée, comme le bailly de Vermendoys -et ses gens, le bailly de Mascon et ses gens, celuy de Sens et ses gens, -celuy de Senliz et ses gens, celuy de Caen et ses gens, le bailly de -Meaulx et ses gens; et disoit on communement que ceulx qui prins estoient -n'avoient pas esté bons ne loyaulx à ceulx qui moururent en bataille. - - [300] Antoine de Bourgogne, duc de Brabant, deuxième fils de - Philippe le Hardi, duc de Bourgogne, et de Marguerite, comtesse - de Flandre. - - [301] Philippe de Bourgogne, comte de Nevers, troisième fils de - Philippe le Hardi. - - [302] Jean Ier, duc d'Alençon. - - [303] Édouard III, duc de Bar. - - [304] Charles d'Albret, nommé connétable en 1402. - - [305] Robert de Bar, comte de Marle et de Soissons, grand - bouteiller de France. - - [306] Jean VI, comte de Roucy et de Braine. - - [307] Jean V, comte de Salm, ne mourut pas à Azincourt; il fut - tué seize ans plus tard à la bataille de Bulgnéville. - - [308] Ferri de Lorraine, comte de Vaudémont. - - [309] Charles de la Rivière, comte de Dammartin, souverain maître - des eaux et forêts, réussit à s'échapper sain et sauf, et ne - mourut qu'en 1427 (Cf. Monstrelet, t. III, p. 124). - - [310] Charles d'Artois, comte d'Eu, resta vingt-trois ans captif - en Angleterre, et mourut le 25 juillet 1472. - - [311] Artus de Bretagne, comte de Richemont, rentra en France en - 1421, épousa le 20 octobre 1423 Marguerite de Bourgogne, veuve du - duc de Guyenne. Il devint plus tard connétable de France et duc - de Bretagne. - - [312] Louis de Bourbon, deuxième fils de Jean de Bourbon et de - Catherine de Vendôme, conduit à la tour de Londres, ne sortit de - prison qu'en 1426, contribua à la levée du siège d'Orléans. - - [313] Jean le Meingre, dit Boucicaut, maréchal de France depuis - le 23 décembre 1391, mourut en captivité en 1421. - - [314] Le dernier roi d'Arménie, Léon III, mort en 1393 et enterré - aux Célestins de Paris, ne laissa qu'un enfant naturel, Guy ou - Guyot. - - [315] Jacques, seigneur de Heilly, maréchal de Guyenne, - gouverneur de la Rochelle depuis le 14 mai 1411, déjà fait - prisonnier par les Anglais en 1413. - - [316] Les baillis étaient si fréquemment renouvelés qu'il n'est - pas facile de savoir quels étaient les baillis alors en - fonctions. Nous nous bornerons à donner le nom du dernier - titulaire que nous rencontrions avant la bataille, suivi de celui - de son successeur; quelquefois seulement celui de ce dernier: - MACON. Philippe de Bonnay, nommé le 27 décembre 1415 (Arch. nat., - X{1a} 1480, fol. 40).--SENS. Guy d'Aigreville, reçu le 9 octobre - 1411 (_Ibid._, X{1a} 1479, 173 vº). André Marchant, nommé le 27 - décembre 1415.--SENLIS. Trouillart de Maucreux, reçu le 12 - septembre 1411. Guillaume de Han, nommé le 27 décembre 1415 - (_Ibid._, fol. 172 vº; X{1a} 1480, fol. 40).--CAEN. Girard - d'Esquay, 7 juin 1412 (Arch. nat., X{1a} 4789, fol. 283). Olivier - de Mauny, nommé le 7 décembre 1415 (_Ibid._, X{1a} 1480, fol. 39 - vº).--MEAUX. Guillaume de Noiray, reçu le 6 octobre 1413 - (_Ibid._, X{1a} 1479, 267).--VERMANDOIS. Pierre de Beauvoir, - seigneur de Bellefontaine, reçu le 15 mars 1414 (Arch. nat., - X{1a} 1479, fol. 288), tué à Azincourt, remplacé le 19 décembre - 1415 par Thomas de Larzi (_Ibid._, X{la} 4791, fol. 17 vº). - -131. Environ trois sepmaines après, vint le duc de Bourgongne assez près -de Paris, moult troublé de la mort de ses freres et de ses hommes, pour -cuider parler au roy ou au duc de Guienne, mais on lui manda qu'il ne -fust si hardy de venir à Paris. Et fist on tantost murer les portes, -comme autresfois, et se logerent plusieurs cappitaines au Temple, à -Sainct-(Martin)[317] et es places devant dictes, par deffaulte de -signeurs; et furent toutes les ruelles d'entour les lieux devant diz -prinses desdiz cappitaines ou de leurs gens, et les pouvres gens boutez -hors de leurs maisons, et à grant priere et à [grant peine] avoient ilz -le couvert de leur hostel, et ceste larronnaille couchoit en leurs lictz, -comme ilz feissent à xi ou à xii lieues de Paris; et n'estoit homme qui -en osast parler ne porter coustel, qui ne fust mis en diverses prinsons -[comme au Temple, à Sainct-Martin, à Sainct-Magloire[318], en Tyron et en -autres diverses prinsons]. - - [317] Le mot entre crochets est resté en blanc dans le ms. de - Paris. - - [318] Le couvent de Saint-Magloire, situé entre les rues Aubry le - Boucher, Saint-Denis, Quincampoix, Saint-Magloire et - Salle-au-Comte, communiquait avec la rue Saint-Denis par un - passage, avec la rue Quincampoix par le cul-de-sac de Venise. - -132. Item, environ la fin de novembre, l'an mil IIIIc et XV, le duc de -Guienne, ainsné filx du roy de France, moult plain de sa voulenté plus -que de raison, acoucha malade et trespassa le XVIIIe jour de decembre -oudit [an], jour mercredi des IIII Temps[319]. Et furent faictes ses -vigilles le dimenche ensuivant à Nostre-Dame de Paris, et fu aporté du -Louvre sur les espaulles de quatre hommes, et n'y avoit que six hommes à -cheval, c'est assavoir devant; après, les quatre ordres mendians et les -autres colleges [de Paris]; après sur ung grant cheval, lui et son paige; -sur ung autre fut le chevalier du guet[320], après grant piece le prevost -de Paris; après le corps, fut le duc de Berry, le conte d'Eu et ung -autre. En ce point fut porté à Nostre-Dame de Paris, et là fut enterré le -lendemain. - - [319] Louis, duc de Guyenne, dont Nicolas de Baye nous a laissé - un portrait peu flatté, menait une vie fort irrégulière, - employant la nuit à veiller et «po faire» et le jour à dormir, - dînant à trois ou quatre heures après midi et soupant à minuit. - Aussi, pour nous servir des expressions du digne greffier, avec - une existence aussi accidentée «estoit aventure qu'il vesquist - longuement». Ce jeune prince, tombé malade en l'hôtel de Bourbon, - succomba le 18 décembre 1415 aux atteintes d'une violente - dyssenterie compliquée de fièvre pernicieuse. Des obsèques - solennelles, auxquelles assistèrent le duc de Berry et le comte - de Ponthieu, lui furent faites à Notre-Dame le lundi 23 décembre - à dix heures du matin; son corps ne fut point transporté à - Saint-Denis, comme le prétend Monstrelet (t. III, p. 131), mais - enterré dans l'église même de Notre-Dame entre «le grant autel et - les chaieres où se sient le prestre et diacre à la grant messe» - (Arch. nat., X{la} 1480, fol. 40); il y reposait encore en - novembre 1416, ainsi que le prouve une donation de 120 livres de - rente sur les biens de N. d'Orgemont (_Ibid._, JJ 170, fol. 57). - Pour donner une idée du luxe de luminaire déployé à la cérémonie - funèbre du duc de Guyenne, il suffira de dire qu'après la - célébration du service, la cire fondue par ordre du chapitre - produisit une masse de 2150 livres (_Ibid._, LL 215, fol. 85). - - [320] Le chevalier du guet était vraisemblablement Bertrand - d'Enfernet, qui exerçait cet office à la date du 13 octobre 1414 - (Arch. nat., X{la} 4790, fol. 146). - -133. Item, en ce temps fut le pain tres cher, car le pain que on avoit -devant pour viii blans valloit v solz parisis, et bon vin pour ii deniers -parisis la pinte. En ce temps furent les portes murées, comme autresfoys, -pour le duc de Bourgongne qui estoit pres de Paris, et grant foison de -gens d'armes; par quoy fromaiges et œufz [furent si chers] que on -n'avoit que trois oefz pour ung blanc, et ung fromaige commun (pour) III -ou IIII solz parisis. - -134. Et Paris estoit gardé par gens estranges, et estoient leurs -cappitaines ung nommé Remonnet de la Guerre[321], Barbasan[322] et -autres, tous mauvais et sans pitié. Et pour mieulx faire leur voulenté -manderent le conte d'Armignac, personne escommeniée, comme devant est -dit, nommé Bernart, et de celui firent connestable de France à ung lundi -en la fin de decembre[323]. Et le prevost de Paris, ou moys ensuivant, -fut fait admiral de France, gouverneur de la Rochelle; et fut depposé -d'estre admiral une mauvaise personne nommée Clignet de Breban[324], qui -moult fist de mal en France, tant[325] comme il fut admiral. - - [321] Raymonnet de la Guerre, brave et habile capitaine gascon, - tué dans les massacres de 1418 (le 12 juin) avec le connétable - d'Armagnac et le chancelier de Marle, tint presque constamment la - campagne contre les Anglais et Bourguignons; on le voit en - octobre 1415 passer par le comté d'Étampes à la tête d'un corps - de mille hommes (Arch. nat., JJ 169, fol. 5 rº), tenir garnison à - Saint-Denis en décembre, conduire une expédition au pays de - Santers le 24 janvier 1416 et retourner à Paris vers la fin - d'avril (Monstrelet, t. III, p. 131, 133, 141). - - [322] Arnaud Guilhem, seigneur de Barbazan en Bigorre, célèbre - capitaine qui illustra le règne de Charles VII, fut accusé - d'avoir trempé dans l'assassinat de Montereau et se défendit - énergiquement de toute participation à cet attentat. Chargé par - le dauphin de la défense de Melun, il tomba en même temps que - cette place au pouvoir des Anglais qui le retinrent prisonnier et - l'enfermèrent le 24 février 1430 au Château-Gaillard (Chron. de - P. Cochon, p. 464). Barbazan fut tué à la bataille de - Bulgnéville. - - [323] Bernard d'Armagnac fut élevé à la dignité de connétable de - France par lettres du 30 décembre 1415. - - [324] Pierre de Breban, dit Clignet, seigneur de Landreville, - pourvu par lettres du 1er avril 1405 de la charge d'amiral de - France au lieu de Renaud de Trie, fut remplacé le 27 avril 1408 - par Jacques de Châtillon; mais il continua à porter le titre - d'amiral de France et défendit ses droits devant le Parlement - (Arch. nat., X{la} 4790, fol. 36 rº, 120 vº). Breban occupa, en - 1411, le poste de gouverneur du comté de Vertus (_Ibid._, JJ 160, - fol. 49 vº). Lors du siège de Montaimé en Champagne, il s'échappa - de ce château, déguisé en valet (_Ibid._, JJ 165, fol. 245; JJ - 166, fol. 8). Il possédait alors à Paris, dans la rue - Neuve-Saint-Merry, un fort bel hôtel que firent vendre des - marchands de Lubeck, ses créanciers. Le principal enchérisseur de - cet immeuble fut Hélion de Jacqueville (_Ibid._, X{la} 4789, fol. - 226 vº). - - [325] «Tant» manque dans le ms. de Rome. - -135. Item, le duc de Bourgongne estoit touzjours en la Brie, ne ne povoit -parler au roy, ne le roy à luy, pour puissance qu'ilz eussent eulx deux; -car les traistres de France disoient au roy, quant il demandoit, qui -moult le demandoit souvent, que plusieurs foys on l'avoit mandé, mais il -ne daignoit venir; et d'autre part mandoient[326] au duc de Bourgongne, -qui estoit à Laingny, que le roy lui deffendoit sa terre, sur peine -d'estre repputé [pour] traistre faulx[327]. - - [326] Ms. de Paris: mandement. - - [327] Pendant que le duc de Bourgogne était à Lagny (du 10 - décembre 1415 au 27 janvier 1416) avec «moult grant nombre de - gens d'armes de pluseurs nacions qui tenoient toute la Brie et - partie de la Champaigne et les rivieres de Marne et de Seinne», - une députation composée de Jean de Vailly, président au - Parlement, de Simon de Nanterre et de l'évêque de Chartres, vint - le trouver «pour traicter et apaiser les besoignes», mais ce fut - en pure perte (Arch. nat., X{la} 1480, fol. 41). - - - [1416.] - - -136. Item, le XIIe jour [du moys] de fevrier, fut fait par les dessusdiz -bandez ledit conte d'Armignac seul[328] de tout le royaulme de France, à -qui qu'il en despleust, car le roy estoit tousjours mal dispousé. En -celui temps, s'en alla le duc de Bourgongne en son païs. - - [328] Les mss. de Rome et de Paris n'indiquent pas de lacune. - -137. Item, le premier jour de mars IIIIc et XV ensuivant, jour Sainct -Aulbin, entra l'empereur roy de Hongrie à Paris, à ung dimenche[329], et -vint par la porte Sainct-Jacques et fut logé au Louvre; et le IIe mardi -ensuivant, furent envoiées semondre les damoiselles de Paris et des -bourgoises les plus honnestes, et leur donna à disner en l'ostel de -Bourbon, le Xe jour ensuivant après sa venue, et à chascune aucun jouel. - - [329] Au moment de l'arrivée de l'empereur Sigismond, les corps - constitués de Paris, tels que l'échevinage, le Parlement, la - Chambre des comptes, tous à cheval, allèrent au-devant du - souverain allemand, les uns jusqu'à Étampes, les autres jusqu'à - Longjumeau, le duc de Berry et sa suite jusqu'au moulin à vent - vers Bourg-la-Reine (Arch. nat., X{la} 4791, fol. 45 vº). Le 8 - mars, à huit heures du matin, l'empereur se rendit à Notre-Dame, - où une réception solennelle lui avait été préparée dès le 28 - février. Mais là comme ailleurs il laissa une réputation de - parcimonie bien méritée; reçu à son entrée dans la nef par - l'évêque de Paris entouré des chanoines, au son des grosses - cloches Marie et Jacqueline, il entendit la messe dite en son - honneur, mais ne donna rien à l'offrande. Après la messe, - Sigismond alla visiter les reliques et le trésor de Notre-Dame - qu'il admira beaucoup, mais ne fit aucune largesse pour les - reliques, se bornant à gratifier les enfants de chœur d'un - pauvre écu. Le dimanche suivant, l'empereur honora de sa présence - le Palais où il se fit également montrer les reliques et poussa - la générosité jusqu'à offrir un demi-franc (_Ibid._, LL 215, fol. - 93, 94). Lors de sa visite au Parlement, qui eut lieu le 16 mars, - Sigismond prit fait et cause pour l'une des parties plaidantes, - Guillaume Seignet, qui réclamait l'office de sénéchal de - Beaucaire, et l'arma chevalier, ce qui ne plut que médiocrement - au roi et à son conseil (_Ibid._, X{la} 4791, fol. 54 vº; - Monstrelet, t. III, p. 138). - -138. Item, il fut à Paris environ trois sepmaines, et puis s'en alla -devers Engleterre[330] pour avoir les prinsonniers du sang de France, qui -là estoient de la prinse d'Egincourt. - - [330] L'empereur Sigismond quitta Paris le mercredi avant Pâques - fleuries (20 mars) pour se rendre en Angleterre, et passa par - Beauvais, Saint-Riquier et Calais; il fit à Londres un séjour - d'un mois à cinq semaines (Monstrelet, t. III, p. 136; - Saint-Remy, t. I, p. 229). - - -139. Item, [commençant] la sepmaine penneuse ensuivant, qui fut [entrant] -le XIIIe[331] jour d'avril IIIIc XV, entreprindrent aucuns des bourgois -de Paris[332] de prendre ceulx qui ainsi tenoient Paris en subgection, et -devoient ce faire le jour de Pasques, qui furent le XIXe jour d'avril, -mais ilz ne le firent point par sens[333], car il fut sceu par ceulx de -la bande, qui les prindrent et les misdrent en prinson. - - [331] Ms. de Paris: XIIII. - - [332] Indépendamment des principaux chefs de la conspiration - nommés plus loin, Thierry de la Bée, couturier, fut banni du - royaume «comme consentant et coulpable de certaine commocion et - monopole que aucuns habitans de Paris cuidierent mettre à - execucion le jour de Pasques». Son hôtel à Paris rue de la - Ferronnerie, ainsi qu'un autre hôtel à Chaillot (_Challoyau_) - échurent à Mengin de Trèves, valet de chambre du dauphin (nov. - 1417, Arch. nat., JJ 170, fol. 125). L'ancien échevin, Jean de - l'Olive, paraît avoir été impliqué dans ce complot, car une rente - que J. de l'Olive, «nagueres condempné pour crime de leze - majesté», possédait sur une maison rue Aubry le Boucher, passa en - mars 1417 à G. Belier, chapelain en l'église Saint-Leu et - Saint-Gilles (_Ibid._, JJ 169, fol. 349). - - [333] Ms. de Paris: Ilz ne le firent pas secrets. - -140. Et le XXIIIIe jour dudit moys d'avril IIIIc XVI, fut [mené] en ung -tumberel à boue, le doyen de Tours, chanoyne de Paris, frere de l'evesque -de Paris de devant cellui qui pour lors estoit, nommé Nicole d'Orgemont, -filx de feu Pierre d'Orgemont[334]. En ce point, vestu d'un grant mantel -[de] viollet, et chapperon de mesmes, fut mené es halles de Paris, [et] -en une charrette devant estoient deux hommes de honneur sur deux aiz, -chascun une croix de boys en sa main; et avoit l'un esté eschevin de -Paris, et l'autre estoit homme de honneur et estoit en ars nommé maistre -Regnault[335], et l'eschevin Robert de Belloy[336]. Et à ces deux on -coppa les testes, voyant ledit d'Orgemont, lequel n'avoit que ung pié, et -après la justice fut ramené [sans oster dudit tumberel] en prinson ou -chastel de Sainct-Anthoine, et environ quatre jours après, fut presché ou -parviz Nostre-Dame et condampné en chartre perpetuelle au pain et à -l'eaue. - - [334] Nicolas d'Orgemont, dit le Boiteux d'Orgemont, archidiacre - d'Amiens, chanoine de Notre-Dame de Paris, de - Saint-Germain-l'Auxerrois et de Champeaux en Brie, maître des - comptes, expia cruellement le double tort qu'il eut de faire - partie en 1412 de la commission instituée contre les Armagnacs - (Arch. nat., X{la} 1479, fol. 212 vº) et de posséder une fortune - considérable. Ses envieux et ses ennemis lui firent un crime - irrémissible de n'avoir point révélé le complot qui se tramait - dans Paris, complot dont il avait eu connaissance le mercredi - avant Pâques. Arrêté le mardi 21 avril dans sa maison du cloître - Notre-Dame, il fut aussitôt emprisonné en la Bastille, et le - vendredi suivant, le chancelier H. de Marle, assisté du prévôt de - Paris, de Robert le Maçon, de Pierre de l'Esclat, de Robert de - Tuillières, le fit amener au Châtelet dans la chambre des fiefs, - et là, en présence des chanoines assemblés, lui donna lecture des - lettres qui le déclaraient déchu de tous offices royaux et lui - infligeaient une amende de quatre-vingt mille écus. Pour - respecter l'immunité ecclésiastique, le chapitre de Notre-Dame - fut chargé pour la forme de lui faire son procès; la sentence du - chapitre, prononcée le 30 avril 1416 (Arch. nat., LL 215, fol. - 498) le condamna à perdre tous ses bénéfices et à tenir prison - perpétuelle «au pain de doleur et à eaue d'angoisse» (_Ibid._, - X{la} 1480, fol. 54). Ce même jour, Nicolas d'Orgemont, extrait - de la Bastille et remis au chapitre, fut conduit sur le parvis - Notre-Dame où il fut prêché sur «l'eschaffaut» au milieu d'une - affluence énorme de populaire. Dès le 4 mai, les chanoines - intercédèrent auprès du roi pour qu'une prison ecclésiastique fût - assignée à leur confrère et afin qu'on lui donnât un confesseur; - néanmoins, d'Orgemont ne fut transféré à Meung-sur-Loire, dans - les prisons de l'évêque d'Orléans, que le samedi 18 juillet; à - partir du mois d'août, sa captivité devint de plus en plus - rigoureuse et ne tarda pas à entraîner sa mort (_Ibid._, LL 215, - fol. 99-120, _passim_). Il n'existait plus au mois de novembre - 1416, comme le prouve la donation de 120 livres de rente sur ses - terres de Méry-sur-Oise faite à l'église Notre-Dame (_Ibid._, JJ - 170, fol. 56 vº). Emeline de Nostemberg, dame d'honneur de la - reine, obtint à titre gracieux 502 livres de rente sur ses biens - confisqués, à condition de donner décharge d'une somme de dix - mille livres dont le roi lui avait fait présent lors de son - mariage (_Ibid._, JJ 169, fol. 322). Jean Taranne se fit adjuger - pour 1500 livres le grand hôtel que d'Orgemont possédait à - Gonesse (_Ibid._, fol. 312 vº), tandis que Hugues de Guingamp, - maître des comptes, acquérait, moyennant 410 livres, une vieille - tour à Fontenay et un hôtel à Montreuil (_Ibid._, JJ 170., fol. - 74). - - [335] «Maître Regnaut Maillet», qualifié homme d'église et curé - par le greffier du Parlement (Arch. nat., X{la} 1480, fol. 54). - - [336] Robert de Belloy, riche drapier et échevin pendant la - période cabochienne; après son exécution, Jeanne sa veuve et sa - fille Gilles de Belloy obtinrent la restitution de ses biens - confisqués (Arch. nat., JJ 169, fol. 155 vº). Il laissa aussi un - fils, Jean de Belloy, qui arriva plus tard à l'échevinage. Robert - possédait une maison rue de la Ferronnerie. - -141. Item, le premier sabmedi de may ensuivant furent decollez pour ce -fait trois moult honnestes hommes, et de moult bonne renommée, c'est -assavoir, le signeur de l'Ours[337], de la porte Baudet, ung tainturier -nommé Durant de Bry[338], ung marchant de laton et espinglier nommé Jehan -Perquin; et estoit ledit tainturier maistre de la soixantaine des -arbalestiers de Paris. - - [337] Le possesseur de l'hôtel de l'Ours, sis en la rue de la - Porte Baudoyer, était un sergent d'armes du roi, nommé Jean - Roche, qui passait pour un «grans riche homs», partisan dévoué du - duc de Bourgogne à Paris. Après son exécution, les Armagnacs - s'emparèrent de ses biens et réduisirent ses proches à - l'indigence; la femme de Jean Roche, sa fille Jeannette avec son - mari Jacquet Guillaume, l'un des conjurés de 1430, tombèrent dans - une situation extrêmement précaire, et à la suite de la vente à - Alexandre des Marais, changeur, d'une maison sise rue - Saint-Antoine à l'enseigne de la Huchette, ils furent emprisonnés - au Châtelet à cause de dépositions faites par témoins supposés; - mais ils firent valoir des circonstances atténuantes et obtinrent - des lettres de rémission (Longnon, _Paris sous la domination - anglaise_, p. 119-127). Quant à l'hôtel de l'Ours, il subit - encore de singulières vicissitudes. Ensuite du complot de 1430, - son propriétaire Jacquet Guillaume fut exécuté, et la femme dudit - Jacquet bannie du royaume; l'hôtel resta vide et en quelque sorte - abandonné. Au mois d'août 1430, maître Jehan Carrelier, «commis à - louer et recevoir les loyers de l'ostel de l'Ours,» demanda - d'urgence que l'on y fît certaines réparations, faute desquelles - «briefment ledit hostel devendroit en non valeur et en ruyne»; - l'autorité compétente fit droit à cette requête (Arch. nat., Y - 5230, fol. 36 vº). En 1436, au moment de l'expulsion des Anglais, - l'hôtel de l'Ours était occupé par Jacquet de Raye, «espicier», - partisan bien connu de la cause anglaise, qui fut banni (_Ibid._, - X{la} 1481, fol. 120). - - [338] Ce nom est orthographié «De Vry» dans le ms. de Rome, et - «Debry» dans le ms. de Paris. - -142. Item, le VIIe jour de may, fut crié parmy Paris, que nul ne fust si -hardy de faire assemblée à corps, ne à nopces, ne en quelque maniere sans -le congié du prevost de Paris. En ce temps avoit, quant on faisoit -nopces, certains commissaires et sergens aux despens de l'espousé, pour -garder que homme ne murmurast de rien. - -143. Item, le VIIIe jour de may, vendredi, furent ostées les -chaisnes de fer qui estoient à Paris et furent portées à la porte -Sainct-Anthoine[339]. En ce temps estoit [touzjours] le pain si cher que -petiz mesnaiges n'en povoient avoir leur saoul, car la charté dura moult -longuement, et coustoit bien la XIIne, que on avoit devant pour XVIII -deniers, IIII solz parisis. - - [339] Les chaînes de fer enlevées le vendredi 8 mai «à foison de - gens d'armes» (Arch. nat., X{la} 1480, fol. 55) et portées «ou - chastel de la bastille St-Anthoine» furent restituées deux jours - après sur la demande du prévôt des marchands et des échevins, - «pour icelles estre tournées et converties au prouffit, - fortifficacion, emparement et decoracion de Paris,» à condition - qu'il serait rendu compte de leur emploi ou des deniers qui en - proviendraient. (Lettres de Charles VI du 10 mai 1416: _ibid._, K - 950, no 22.) - -144. Item, le sabmedi ensuivant, IXe jour dudit moys, furent ostées les -armeures aux bouchers en leurs maisons, tant de Sainct-Germain, de -Sainct-Marcel, de Saincte-Geneviefve [et] de Paris. - -145. Item, le lundi ensuivant, fut crié parmy Paris, sur peine d'estre -repputé vray[340] traistre, que tout homme, prestre, clerc ou lay, -portast ou envoiast toutes ses armeures, quelles qu'elles fussent, ou -espées, ou badelaires, ou hachetes, ou quelque armeure qu'il eust, au -chastel de Sainct-Anthoine. - - [340] Ms. de Rome: traistre. - -146. Item, le vendredi, XVe jour dudit moys, firent lesdiz commencer à -abatre la grant boucherie de Paris[341], et le dimenche ensuivant -vendirent les bouchers de ladicte boucherie leurs chars sur le pont -Nostre-Dame, moult esbahiz pour les franchises qu'ilz avoient en la -boucherie, qui leur furent toutes ostées[342]; et sembloit ce dimenche -que les[diz] bouchers eussent [eu] quinze jours ou trois sepmaines [de -temps] à faire leurs estaulx, tant furent bien ordonnez du vendredi -jusques au dimenche. - - [341] En vertu de lettres du 13 mai 1416, publiées le 15 du même - mois, portant que la grande boucherie, sise devant le Châtelet, - serait «du tout demolie» et abattue jusqu'au ras du sol, et que - l'écorcherie derrière le Grand Pont serait supprimée (Arch. nat., - K 950, no 23; Y 3, fol. 46 rº). Cette mesure d'ordre public, qui - frappait la puissante corporation des bouchers, trouvait sa - justification dans la nécessité de dégager les abords du Grand - Châtelet et de faire cesser l'insalubrité notoire de la grande - boucherie. - - [342] Ce ne fut qu'une installation provisoire. Afin de remplacer - les trente-deux étaux que renfermait la grande boucherie démolie, - le roi, par lettres publiées le 21 août, ordonna l'établissement - de quatre nouvelles boucheries, comportant quarante étaux, en la - halle de Beauvais, près du Châtelet en face Saint-Leufroy, près - du Petit Pont, et autour des murs du cimetière Saint-Gervais; il - supprima en même temps la communauté «que avoient les bouchiers - tueurs et escorcheurs de la grant boucherie» et abolit leurs - privilèges (Arch. nat., Y 3, fol. 47). - -147. Item, le vendredi ensuivant, furent commencées à murer les portes -comme autresfoys. - -148. Item, le lendemain de la Sainct Laurens ensuivant, firent crier -lesdiz bandez parmy Paris, que nul ne fust si hardy d'avoir à sa fenestre -coffre ne pot, ne hotte, ne coste en jardin, ne bouteille à vin aigre à -sa fenestre qui fust sur rue, sur peine de perdre corps et biens, ne que -nulz ne se baingnast en la riviere sur peine d'estre pendu par la gorge. - -149. Item, le jour de Sainct Laurens ensuivant, firent chanter lesdiz -bandez aux Quinze-Vingt, fust tort ou droit, et y avoit commissaires et -sergens qui faisoient chanter devant eulx telz prebstres qu'ilz -vouloient, malgré ceulx dudit lieu, lesquelx vouloient que on leur fist -droit de certains prinsonniers qui estoient à Graville[343], lesquelx -furent prins en la franchise par l'oultraige du prevost de Paris; et -furent prins le XXVe jour de may, vigille de l'Ascencion -Nostre-Seigneur[344], et fut avant la Sainct Laurens ensuivant que on -chantast ne messe ne vespres en ladicte eglise. - - [343] Le ms. de Rome donne, mais d'une manière peu lisible, à - _grauille_; celui de Paris écrit _greuille_ en toutes lettres. - - [344] Par suite de l'arrestation de ces malfaiteurs, opérée par - les gens du roi du Châtelet au mépris de l'immunité des - Quinze-Vingts, la célébration des offices avait été suspendue. - L'évêque de Paris se joignit aux Quinze-Vingts pour demander - réparation; l'affaire, portée devant le Parlement, reçut le 30 - mai une solution: le procureur du roi et l'évêque, d'un commun - accord, arrêtèrent les poursuites, et il fut convenu que dans les - huit jours le service religieux serait repris par les - Quinze-Vingts, sans préjudice de leurs droits et privilèges - (Arch. nat., X{la} 1480, fol. 58). - -150. Item, la premiere sepmaine de septembre ensuivant, fist on deffense -aux bouchiers que plus ne vendissent leur char sur le pont Nostre-Dame, -et en celle dicte sepmaine commencerent à vendre en la halle de -Beauvays[345], à Petit-Pont, à la porte Baudays, et environ xv jours -après commencerent à vendre devant Sainct-Lieufray[346] au -Trou-Pugnais[347]. - - [345] Seize étaux de bouchers furent édifiés en la halle de - Beauvais «es halles de Paris»; leur revenu, estimé 2,500 livres - tournois, se monta pour l'année 1418 à 2,378 livres parisis. Le - 22 avril 1418, Charles VI en abandonna la propriété à l'abbaye de - Saint-Denis pour l'indemniser du prêt de 20,000 francs par elle - consenti, sacrifice d'autant plus lourd que les religieux durent - pour se procurer cette somme vendre la châsse d'or où reposait le - corps de saint Louis (Arch. nat., K 59, no 19). Après les - observations présentées par G. le Tur, faisant fonctions de - procureur du roi, le Parlement, ayant égard aux nécessités - pressantes du moment, se résigna le 27 avril à enregistrer ces - lettres, «combien qu'elles semblassent dommageables et - préjudiciables au roy» (_Ibid._, X{la} 1480, fol. 135). - - [346] La chapelle de Saint-Leufroy se trouvait près du Grand - Châtelet entre le quai et la grande boucherie; l'emplacement de - la boucherie qui fut établie sur ce point est déterminé par un - article du compte des confiscations de 1421 mentionnant la - démolition d'une maison au bout du Pont-aux-Meuniers «pour ce que - l'on vouloit illec faire une boucherie» (Sauval, t. III, p. 283). - - [347] Il y avait alors à Paris plus d'un de ces cloaques, appelés - _Trous punais_, où venaient se perdre les immondices et s'écouler - le sang provenant des tueries d'animaux; le plus connu est celui - du cul-de-sac Gloriette, où il y eut une boucherie du même nom. - -151. Item, en celle sepmaine fut crié que nul sergent à cheval ne -demourast hors de la ville de Paris, sur peine de perdre son office. - -152. Item, fut crié celle dicte sepmaine que lesdiz estaulx de boucherie -seroient baillez au prouffit du roy au plus offrant[348], et que lesdiz -bouchiers n'y auroient quelque franchise. - - [348] Suivant le compte de l'ordinaire de la prévôté de Paris - pour 1417 (Sauval, t. III, p. 274) les étaux des nouvelles - boucheries furent mis aux enchères en l'auditoire civil du - Châtelet, le vendredi 2 octobre. - -153. Item, le mois d'octobre ensuivant, fut commencée la boucherie du -cymetiere Sainct-Jehan, et fut achevée, et [y] vindrent vendre ceulx de -derriere Sainct-Gervais, le premier dimenche de febvrier oudit an. - - - [1417.] - -154. Item, le XXe jour de febvrier[349] oudit an, fut crié que on ne -prinst nulle monnoye à Paris que celle du roy[350], qui moult fist grant -dommaige aux gens de Paris, car la monnoye du duc de Bretagne et du duc -de Bourgongne estoient prinses comme celles du roy, dont plusieurs -marchans, riches et pouvres, et autres gens qui en avoient perdirent -moult, car pour la deffence homme n'en eust eu quelque neccessité senon -au buillon; mais environ ung moys après, on reprint les dessusdictes -monnoyes[351], et deffendues comme davant furent. - - [349] Ms. de Paris: XXIe jour de febvrier. - - [350] Voici la désignation des monnaies dont le cours et la - valeur furent réglés par l'autorité royale: 1º deniers d'or fin, - dits _écus à la couronne_, valant 22 sols 6 deniers tournois la - pièce; 2º petits deniers d'or fin, dits _petits écus à la - couronne_, d'une valeur de 15 sols tournois; 3º deniers blancs - d'argent, appelés _gros_, valant 20 deniers tournois la pièce; 4º - deniers blancs d'argent, nommés _demi gros_ et _quarts de gros_, - reçus pour 10 deniers tourn. et 5 d. t. pièce; 5º blancs _deniers - à l'écu_ de 10 d. t. la pièce; 6º petits blancs, appelés _demi - blancs à l'écu_, de 5 d. t.; 7º doubles deniers tournois de 2 d. - t. la pièce; 8º petits parisis, petits tournois, valant 1 den. - parisis et 1 den. tournois; 9º petites mailles, valant une maille - tournoise. Les dispositions qui prohibèrent toutes monnaies - frappées dans le royaume, en ne laissant subsister que la monnaie - royale, sont insérées dans un mandement du 20 janvier 1417, - enjoignant au bailli de Mâcon, sénéchal de Lyon, de faire publier - dans l'étendue de son ressort l'interdiction des espèces - étrangères; pareilles lettres à l'adresse du prévôt de Paris - furent remises le 19 février à son lieutenant par les généraux - maîtres des monnaies (Arch. nat., Z{1b} 58, fol. 142, 143). - - [351] Rien ne prouve que cette assertion soit exacte, tandis - qu'il est hors de doute que les monnaies de Bretagne et de - Bourgogne restèrent prohibées; à la date du 7 juin 1417, nous - voyons rendre à Robin Charon, épicier, demeurant sur le - Petit-Pont, 18 fr. 4 s. de blancs, de dix deniers tournois la - pièce, «lesquelx lui furent tous coppez, pour ce qu'ilz n'avoient - point de cours» (Arch. nat., Z{1b} 2). - - -155. Item, le IIIe jour d'avril oudit an, trespassa monseigneur de -Guienne, ainsné filx du roy de France, à Compigne[352], qui avoit esté xv -moys ou environ Dalphin[353]. - - [352] Ms. de Paris: accompaigné. - - [353] Jean, duc de Touraine (et non de Guyenne), quatrième fils - de Charles VI, marié le 29 juin 1406 à Jacqueline de Hainaut, - mourut à Compiègne vers le 4 ou 5 avril 1417 (_Bibl. de l'École - des Chartes_, 4e série, t. IV, p. 480). Bien que sa mort eût été - amenée par une cause toute naturelle, les Bourguignons firent - peser sur l'entourage du roi une accusation des plus graves, dont - Monstrelet se fait l'écho (t. III, p. 168) et que répète l'auteur - anonyme de la Chronique des Cordeliers (t. VI, p. 234). Suivant - le bruit public, le duc de Touraine et même son frère le duc de - Guyenne auraient été victimes d'un empoisonnement. L'accusation - fut nettement formulée par le duc de Bourgogne dans certaines - lettres scellées de son sceau et signées de sa main, lesquelles - furent placardées sur les portes de plusieurs églises de Rouen; - ces lettres qui contenaient des menaces de mort contre les - conseillers de Charles VI, qu'elles traitaient de «rapineurs, - dissipeurs, traistres, empoisonneurs et murtriers», furent - envoyées à Paris et apportées au Parlement le 24 mai 1417 par le - lieutenant du prévôt; lecture publique en fut donnée, et - l'original rendu au chancelier. Le 10 juillet suivant, le - procureur du roi, analysant les lettres en question, s'exprime en - ces termes au sujet du prétendu empoisonnement du Dauphin: «En - oultre, lesdictes lettres contiennent libelle diffamatoire, et en - especial en tant qu'elles font mencion de l'empoisonnement de feu - monsr. de Guienne et de feu monsr. le Dauphin, et sont choses - controuvées et diffamatoires, et est vray que lesdiz seigneurs - après leur mort furent ouvers en presence de medicins et autres, - et n'y avoit quelque signe de empoisonnement» (Arch. nat., X{la} - 4791, fol. 275). Le 21 juillet 1417, le Parlement rendit un arrêt - conforme aux conclusions du procureur du roi données le 16 - juillet précédent, déclara les susdites lettres «mauvaises, - sedicieuses et scandaleuses,» et ordonna qu'elles seraient - déchirées en la Cour, «rompues et arses publiquement en la ville - de Paris» (_Ibid._, X{la} 1480, fol. 92, 99). - -156. Item, ledit roy Louys, l'an mil IIIIc [XVII], trespassa environ -trois jours en la fin[354]. - - [354] Louis II, roi de Sicile, beau-père de Charles VII, mourut à - Angers le 30 avril 1417, suivant des informations précises tirées - du livre d'heures du roi René et des comptes de l'hôtel de la - duchesse d'Anjou (Arch. nat., KK 243, fol. 47 vº); il fut enterré - le 1er mai. - -157. Item, en icelluy temps, on avoit vin sain et net pour ung denier la -pinte, mais de grosses tailles [trois ou quatre] tous les ans; et n'osoit -nul parler du duc de Bourgongne, qu'il ne fust en peril[355] de perdre -le corps ou la chevance, ou d'estre banny. - - [355] Ms. de Paris: En grand danger. - -158. Item, le XXIXe jour de may ensuivant, vigille de la Penthecoste, fut -crié que nul ne prinst quelque monnoie que celle du coing du roy -seullement, et que on ne marchandast que à solz et à livres[356]; et -furent aussi criez à prendre petiz moutons d'or pour XVI solz parisis, -qui n'en valloient pas plus de XI solz parisis[357]. - - [356] «Que nul de quelque condicion ou estat qu'il soit ne face - aucuns contraulx ou marchiez à sommes de mars d'or ou d'argent, - ne à pièces d'or, mais seulement à solz et à livres.» (Lettres du - 20 janvier 1417: Arch. nat., Z{1b} 58, fol. 142.) L'application - de cette mesure souleva de nombreuses difficultés, à chaque - instant des contestations étaient soumises au jugement de la - prévôté de Paris «pour cause des lettres de change que les - marchands faisoient les uns aux autres pour avoir change en - divers pays;» aussi le 8 août 1417, le lieutenant du prévôt - exposa-t-il en la Chambre des monnaies l'embarras qu'il - éprouvait, demandant l'avis des généraux maîtres qui déclarèrent - que, pour toutes lettres de change passées avant le 10 mai, - chaque cent d'écus valant 18 sols parisis pièce se solderait par - 118 moutons au cours de 20 sols tournois pièce (_Ibid._, Z{1b} - 2). - - [357] Un mandement de Charles VI adressé le 10 mai 1417 aux - généraux maîtres des monnaies prescrivit la fabrication dans tous - les ateliers monétaires du royaume de deniers d'or fin, appelés - moutons, à 23 carats, qui devaient avoir cours pour 20 den. - tournois la pièce (Arch. nat., Z{1b} 58, fol. 144 vº). Le 14 juin - suivant, un nouveau mandement au bailli de Meaux donna cours aux - petits moutons (_Ibid._, fol. 148). - -159. Et le lundi ensuivant, premier jour des festes de Penthecoste, -commencerent les gens de Paris, c'est assavoir, de quelque estat qu'ilz -fussent, prebstres ou clercs, ou autres, à curer les voiries[358] ou à -faire curer à leur argent; et fut celle queullecte si aspre, qu'il -falloit que chascun, de quelque estat qu'il fust, de v jours en v jours -en baillast argent, et quant on poyoit pour cent on ny en mettoit mie XL, -et avoient les gouverneurs le remenant[359]. - - [358] L'auteur du journal, probablement atteint par cette taxe, - exhale son mécontentement. Cependant il était vraiment urgent de - «curer les voiries»; divers témoignages puisés à des sources - authentiques montrent jusqu'à quel point Paris laissait à désirer - sous le rapport de la salubrité. Malgré des défenses maintes fois - renouvelées, notamment en janvier 1404, les habitants - continuaient à jeter des immondices dans la Seine; en 1414, le - chapitre de Notre-Dame, voisin d'un foyer permanent d'infection, - s'émut de cet état de choses et, voulant y porter remède, chargea - trois de ses membres d'en conférer avec le prévôt des marchands - (Arch. nat., LL 214, fol. 318). Du reste, le nettoyage des rues, - mal organisé, ne se faisait que d'une façon très imparfaite; des - lettres du 25 janvier 1415 accordant l'exemption du guet aux - voituriers chargés de l'enlèvement des boues, laissent échapper - cet aveu caractéristique: «Par default de tumbereaux, nostre - ville est à present tres orde et pleine de boues, ordures, et - immundices» (_Ibid._, Y 3, fol. 100). (Cf. le mémoire de M. - Lecaron sur les _travaux publics de Paris au moyen âge_, Mémoires - de la Soc. de l'hist. de Paris, t. III, p. 108). - - [359] Ms. de Paris: revenu. - -160. Item, celle dicte sepmaine, fut fait le pont leveys à la porte -Sainct-Anthoine, et celle année furent faictes les maisons entre les -bastilles et l'escorcherie aux Tuilleries[360]. - - [360] L'écorcherie établie aux Tuileries Saint-Honoré, sur la - Seine, en vertu des lettres d'août 1416 citées plus haut. En ce - qui concerne les maisons dont la construction est ici mentionnée, - nous savons qu'à cette époque les échevins édifièrent avec une - partie du «Pont-Neuf XXX ou XL maisons d'entre la tour de Billy - et la porte Saint-Honoré, et firent provision d'artillerie, de - canons et de pouldres» (Arch. nat., X{la} 4793, fol. 99). - -161. Item, en cellui temps, fut prins de par le prevost de Paris ung -nommé Loys Bourdon, chevalier, qui tant fit de peine au chastel -d'Estampes, comme devant est dit, et fut noyé pour ses demerites. Et fut -la royne privée du tout, que plus ne seroit au conseil, et lui fut son -estat amendry. Et demourerent les choses en ce point, sinon que tousjours -prenoient lesdiz gouverneurs desquelx vouloient et les bannissoient; et -si failloit qu'ilz allassent où lesdiz gouverneurs vouloient, et en mains -de trois sepmaines en bannirent plus de VIIIc[361], sans ceulx qui -demourerent en prinson. - - [361] Le Parlement lui-même fut enveloppé dans ces mesures de - proscription; le 30 août 1417, on l'avisa que le roi ou plutôt - son entourage avait décidé l'éloignement de Paris de treize - conseillers, du procureur du roi, de deux notaires, du greffier - criminel, de quatre huissiers, «soubz umbre, disait-on, de ce que - on les souspeçonnoit d'estre favorisans ou affectez au duc de - Bourgongne.» Malgré la démarche faite en faveur des suspects par - le Parlement tout entier, la décision du grand conseil fut - maintenue et les membres de la Cour frappés de bannissement - durent quitter Paris; cependant, pour atténuer ce qu'un tel - procédé avait d'arbitraire, chacun des bannis obtint lettres de - sauf-conduit du roi et du Parlement, portant que le roi «envoyoit - iceulz conseillers et officiers en certaines parties de ce - royaulme pour certaines besoingnes touchant le fait du roy et de - la court» (Arch. nat., X{la} 1480, fol. 104). - -162. Item, en ce temps, à l'issue d'aoust, s'esmeut[362] le duc de -Bourgongne pour venir à Paris, et vint en conquestant villes, cités, -chasteaulx, et partout faisoit crier, de par le roy et le daulphin, et -de par luy que on n'y paiast nulles subsides; dont les gouverneurs de -Paris prinrent si grant haine contre lui qu'ilz faisoient [faire -processions[363] et faisoient] prescher qu'ilz savoient bien de vray -qu'il voulloit estre roy de France, et que par lui et que par son conseil -estoient les Engloys en Normendie. Et par toutes les rues de Paris avoit -espies, qui estoient residans et demourans à Paris, qui leurs propres -voisins faisoient prendre et emprinsonner; et nul homme, après ce qu'ilz -estoient prins, n'en osoit parler aucunement, qu'il ne fust en peril de -sa chevance ou de sa vie. - - [362] Ms. de Paris: se surent. - - [363] Pendant les mois d'août, de septembre et d'octobre, les - processions succédèrent aux processions. Indépendamment de celles - que le chapitre de Notre-Dame ordonna de faire trois fois par - semaine dans les églises soumises à son autorité, presque chaque - dimanche eut lieu une procession générale; le 22 août à - Sainte-Geneviève avec les châsses de Saint-Merry, Saint-Benoit et - Saint-Marcel; le 2 septembre à Saint-Germain-l'Auxerrois; le 19 - septembre à Saint-Magloire; le 3 octobre à Notre-Dame; le 17 - octobre aux Carmélites (Arch. nat., LL 215, fol. 164-170). - -163. Item, à l'entrée de septembre [mil] IIIIc XVII, aproucha le duc de -Bourgongne de Paris[364], et gaigna l'Isle Adam, Pons Sainte-Messent, -Senliz, Beaumont. Adonq fut la porte Sainct-Denis fermée, et furent -abatues les arches pour faire ung pont leveys, et fut deux moys fermée en -la droicte saison de vendanges. - - [364] Jean Sans-Peur, parti d'Arras le 9 août 1417, prit - possession le 24 août de Montdidier, le 26 de Beauvais, et dans - les premiers jours de septembre de Pontoise, de Provins et de - Beaumont-sur-Oise. - -164. Item, environ VIII ou IX jours en septembre, fut depposé Breban -devantdit de la prevosté des marchans[365], et fut fait prevost Estienne -de Bonpuis, lequel ne le fut que cinq jours, et fut mis en la prevosté -ung faiseur de cofres [et de bans], nommé Guillaume Syrasse, le XIIe jour -de septembre oudit an. - - [365] Philippe de Breban, malade et déjà avancé en âge, fut - relevé de ses fonctions sur sa demande. Guillaume Cirasse, son - successeur, fut remplacé dans ses fonctions d'échevin par Henri - Mauloué, secrétaire du roi. Peu de temps auparavant (le 16 août), - Regnaut Pis d'Oe avait cédé la place à Simon Taranne (Arch. nat., - KK 1009, fol. 2 vº). - -165. En ce temps vindrent les Bourguignons devant Sainct-Cloud, et lors -fut le pont rompu, et les Bourguignons assaillirent la tour à engins[366] -et l'endommaigerent moult, mais point ne fut prinse à celle foys, ains la -laisserent, mais ilz tindrent si[367] le païs autour de Paris, que -quelque marée ne venoit à Paris de nulle part. - - [366] C'est le 16 septembre que le duc de Bourgogne fit mettre le - siège devant la grosse tour de Saint-Cloud. - - [367] Entre les mots _tindrent si_ et _le païs_, on a laissé un - blanc dans le ms. de Paris. - -166. Item, la livre de beurre sallé valloit II solz parisis, et vendoit -on II œufs ou III au plus IIII deniers parisis; ung petit haren caqué vi -den. parisis; le freys haren vint environ les octabes Sainct-Denis III ou -IIII pennyers, et vendoit on la piece III ou IIII blans tout lavé[368], -et le pouldré II blans rien mains; et le vin que on avoit en aoust pour -ii deniers coustoit en septembre ensuivant IIII ou VI deniers parisis. - - [368] Ms. de Rome: tout lancé. - -167. Item, en ce temps avoit si pesme douleur à Paris, que nul n'osoit -aller vendenger hors Paris, devers la porte Sainct-Jaques, de toutes -pars, comme à Chastillon, à Banuex, à Fontenay, Vanves[369], Icy, -[Clamart], Montrouge[370]; car les Bourgongnons hayoient moult les -bourgoys de Paris, et ilz venoient fourrer jusques aux forsbourgs de -Paris, et quelque personne qu'ilz trouvoient estoit prins et emmené en -leur ost. Et avecques eulx avoit moult de gens de Paris qui avoient esté -banniz, qui tous les congnoissoient par enquerir ou autrement; et s'ilz -estoient de quelque renon, ilz estoient cruellement traictez et mis à si -grant rançon, comme on les povoit mettre, et s'ilz eschappoient par -aucune aventure et venoient à Paris, et on le savoit, on leur mettoit -sur[371] qu'ilz s'estoient fait prendre de leur bon gré, et estoient mis -en prinson. - - [369] Ms. de Paris: Vavernes. - - [370] Jean Sans-Peur séjourna huit jours à Montrouge, où son - logis est connu sous le nom de l'arbre sur lequel fut planté son - étendard, l'_Arbre Sec_ ou l'_Orme Haudon_ (cf. Monstrelet, t. - III, p. 217; Chron. des Cordeliers, t. VI, p. 240). - - [371] Ms. de Paris: on leur mettoit ceux. - -168. Item, en ce temps fut fait cappitaine de la porte du Temple ung -nommé Symonnet du Boys[372], qui estoit clerc Jaquot l'Empereur[373] -garde des coffres du roy, et de la porte Sainct-Martin ung nommé -Jehannin Nepveu, chauderonnier, filz d'un chauderonnier nommé Colin -[Nepveu]. - - [372] Ce Simonnet du Bois ne serait-il pas le personnage de ce - nom inscrit sur la liste des prisonniers annexée à la dépêche du - 4 juin 1418 au duc de Bourgogne (_Documents relatifs à la - surprise de Paris par les Bourguignons_, publiés par M. J. - Garnier dans le Bull. de la Société de l'hist. de Paris, - mars-avril 1877). - - [373] Jacques l'Empereur, maître et enquêteur des forêts et - garennes du roi par tout le royaume en 1381, occupait en 1404 le - poste d'échanson du roi, uni à celui de garde des joyaux et de - l'épargne. Il remplit ces fonctions jusqu'en 1418; fait - prisonnier par les Bourguignons, il parvint à échapper aux - massacres et fut remplacé le 6 août par l'un des partisans de la - faction cabochienne, Jean de Puligny, dit Chapelain, premier - valet de chambre du roi, banni le 31 décembre 1413, qui - recueillit en même temps une bonne partie des biens délaissés par - son prédécesseur (Longnon, _Paris pendant la domination - anglaise_, p. 31, 79). Jacques l'Empereur avait épousé avant 1404 - Eude Pis-d'Oe, veuve de Guillaume de Sens, président au Parlement - (Arch. nat., X{la} 4786, fol. 281 rº). - -169. Item, en cestuy mois d'octobre, fut faicte une grosse taille de sel; -car [pou] fu de gens qui fussent de nulle renommée, à qui on ne envoiast -II sextiers ou III, au gros[374] ung muy ou demy muy; et [si] le -couvenoit paier tantost et le porteur, ou avoir sergens en garnison, ou -estre mis en prinson au Palays, et coustoit le sextier IIII escus de -XVIII solz parisis pour piece. - - [374] Ms. de Paris: sestiers en gros. - -170. Item, la plus grant partie des cappitaines qui estoient dans Paris, -on les paioit des advoynes que on avoit amenées à Paris pour estre -bien[375] salvement[376], et avoient congié de prendre ce qu'ilz povoient -[piller][377] autour de Paris, à II ou III lieues environ, et ilz ne s'en -faignoient pas[378]. En ce temps firent les bouchiers de -Sainct-Germain-des-Prez leur boucherie en une rue qui est entre les -Cordeliers et la porte Sainct-Germain[379], en ung lieu en maniere de -celier où on descendoit à degrez qui avoient dix marches. - - [375] Ms. de Paris: bien seurement. - - [376] A l'approche des Bourguignons, on se hâta de mettre à - l'abri non seulement les grains, mais encore le bétail; ainsi - nous voyons le 15 septembre 1417 l'Hôtel-Dieu de Paris demander - au chapitre l'autorisation de disposer de l'île Notre-Dame pour y - placer les bœufs et moutons qu'il avait fait rentrer dans Paris - par crainte des incursions ennemies (Arch. nat., LL 215, fol. - 168). - - [377] Ms. de Paris: Et avoient congié de piller tout ce qu'ilz - povoient. - - [378] Ce que dit l'auteur du Journal des déprédations exercées - par les gens de guerre chargés de défendre la capitale n'a rien - qui doive surprendre; l'argent faisant absolument défaut aux - conseillers du roi, les gens de guerre n'étaient pas payés. Dès - le 18 septembre 1417 le dauphin en était réduit à solliciter du - chapitre un prêt de 12 à 15 mille francs sur les joyaux de - Notre-Dame; son chancelier Robert le Maçon revint à la charge le - 8 octobre, en exposant l'urgence de la situation. Jean Louvet, - président de Provence, voulant se rendre compte par lui-même des - ressources capitulaires, se fit montrer le même jour le trésor de - Notre-Dame; bref, après bien des négociations, le chapitre - consentit le 9 novembre à prêter une somme de 3,000 francs - augmentée le 15 novembre de 500 francs, et garantie par le dépôt - d'un fleuron de la couronne comprenant dix-neuf grosses perles, - dix rubis, trois saphirs et huit diamants; ce fleuron, remis le - 17 novembre 1417, fut retiré le 31 janvier suivant, et remplacé - par une chapelle rouge, dite aux anges (Arch. nat., LL 215, fol. - 169-171). Dans les circonstances critiques que traversa Paris en - ce moment, le chapitre de Notre-Dame s'imposa de réels - sacrifices: il avait déjà donné le 27 août, à titre gracieux, - cent francs à la ville de Paris pour subvenir à la mise en état - des fossés de l'enceinte depuis la porte Saint-Jacques jusqu'à la - Seine (_Ibid._, fol. 166). - - [379] Les tueries et les étaux du bourg Saint-Germain se - trouvaient dans ces «forsbours» dont parle Guillebert de Metz et - qui correspondent à la rue des Boucheries-Saint-Germain, - aujourd'hui la partie supérieure de la rue de l'École de - Médecine. - -171. Item, en ce temps valloit le caque de haren XVI livres[380] parisis. -Item, que autour de Paris, de quelque part que ce feust, n'osoit homme -aller qu'il ne fust desrobé, et, s'il se revenchoit ou deffendoit, il -estoit tué des gens d'armes de Paris mesmes, qui yssoient toutesfois -qu'ilz vouloient hors de Paris pour piller; car quant ilz revenoient, ilz -estoient aussi troussez de biens que fait le heriçon de pommes; et nul -n'en osoit parler, car ainsi plaisoit aux gouverneurs de Paris. - - [380] Ms. de Paris: XV liv. parisis. - -172. Item, en icellui temps, allerent les Bourguignons [devant -Corbeil[381], et] fourerent le païz[382] tout entour et firent plusieurs -assaulx, mais pas ne le prindrent à celle foys, car ilz se retrairent -vers Chartres, mais la nuyt Sainct Climent ariverent devant Paris si -soudainement que merveilles[383], et les gens d'armes de Paris les -allerent sovent escarmoucher, mais touzjours y perdoient grant [foison -de] soudayers de Paris, et ceulx qui eschappoient s'en revenoient par les -villaiges d'entour Paris, et pilloient, roboient, rançonnoient, et avec -ce admenoient tout le bestail qu'i povoient trouver, comme beufs, vaches, -chevaux, asnes, asnesses, jumens, porcs, brebis, moutons, [chevres], -chevreaulx et toute autre chose dont ilz povoient avoir argent; et en -eglise prenoient ilz livres et toute autre chose qu'ilz povoient happer, -et en abbayes de dames autour de Parys prindrent ilz messel, brevieres et -toutes autres choses qu'ilz povoient piller; et quelque personne qui s'en -plaignoit à justice ou au connestable, ou aux cappitaines, tout bel luy -estoit de soy tayre. Et vray est que les gens aucuns qui venoient de -Normendie à Paris, qui estoient eschappez des Angloys par rançon ou -autrement, après et avoient esté prins des Bourguignons, et puis à demie -lieue ou environ, estoient reprins des François et traictez si -cruellement et par tyrannie comme Sarazins; mais ilz par leurs -seremenz[384], c'est assavoir, aucuns bons marchans, hommes de honneur, -qui avoient esté prinsonniers à tous les trois devant diz, dont ilz -estoient eschappez par argent, juroient et affermoient que plus amoureux -leur avoient esté les Angloys que les Bourguignons, et les Bourguignons -plus amoureux cent foyz que ceulx de Paris, et de pitance et de rançon, -et de paine[385] de corps et de prison, qui moult leur estoit esbahissant -chose, et à tout bon chrestien doit estre. - - [381] Après la levée du siège de Corbeil (28 octobre), Jean - Sans-Peur passa par Chartres que ses gens occupaient depuis le - 14, se dirigea sur Tours afin de délivrer Isabeau de Bavière de - l'étroite captivité qu'elle subissait, et revint à Chartres le 8 - novembre en compagnie de la reine. - - [382] Ms. de Paris: soyerent les païs. - - [383] L'auteur du Journal, qui ne dissimule point ses sympathies - pour la cause bourguignonne, glisse à dessein sur la conspiration - qui devait éclater à Paris dans la nuit de la Saint-Clément (23 - novembre) et livrer aux troupes de Jean Sans-Peur la porte - Bordelle; ce complot, qu'avait tramé un curé de Champagne, P. - Jeannin, dit Michel, fut dévoilé à Tanneguy du Châtel par l'un - des conjurés, un pelletier de la rue Saint-Jacques, et la - tentative que firent les Bourguignons sous les ordres d'Hector de - Saveuse échoua complètement. On instruisit aussitôt le procès de - P. Jeannin qui avait été incarcéré au Châtelet, et un arrêt du - Parlement en date du 26 novembre 1417, arrêt cité par Mlle Dupont - dans son édition de Fenin, dont nous n'avons pu retrouver le - texte, rendit le coupable à l'évêque de Paris (Cf. Juv. des - Ursins, p. 537). - - [384] Ms. de Paris: sermons. - - [385] Ms. de Paris: deppence de corps. - -173. Item, [ung pou] après la Toussains, enchery tellement la buche que -le cent de bons costeretz valloit II frans, et XXIIII solz moyenne buche, -et celle de Bondiz XX solz parisis. - -174. Item, la buche de molle valloit X solz parisis le molle, et dura -celle charté tout l'yver. - -175. Item, en ce temps fut la char si chere, que ung petit quartier de -mouton valloit VII ou VIII solz parisis, et ung petit morsel de beuf de -bon androit II [solz parisis] qu'on avoit en octobre pour VI deniers -parisis, une froissure de mouton II ou III blans, une teste de mouton VI -deniers parisis, la livre de beurre sallé VIII blans[386]. - - [386] L'approvisionnement de Paris ne se faisait qu'avec une - extrême difficulté, aucun marchand ne voulant s'exposer aux - risques que faisaient courir les allées et venues continuelles - des gens de guerre; aussi la cherté des vivres alla toujours - croissant, et les embarras de la situation préoccupèrent vivement - le prévôt des marchands et les échevins, comme le prouve la - démarche qu'ils firent auprès du Parlement le 16 novembre 1417. - «Ce jour, vindrent le lieutenant du prevost de Paris, les prevost - des marchans, eschevins et autres officiers du roy et habitans de - la ville de Paris, pour avoir advis et deliberacion et provision - à ce que on puist seurement amener vivres à Paris, et obvier à ce - que aucunes roberies ou extorcions ne soient faictes indeuement - aux marchans» (Arch. nat., X{la} 1480, fol. 110 vº). - -176. Item, ung bien petit porc coustoit LX solz ou IIII frans. - - - [1418.] - - -177. Item, ou moys de janvier oudit an, fut le prevost de Paris devant -Montlehery[387], et lui rendirent ceulx [de] dedens de par traictié -d'argent. - - [387] Ms. de Paris: Montierry. - -178. Item, de là s'en alla à Chevreuse[388], et gaigna la ville et fist -tout piller, quant que homme povoit apporter à charroy ou autrement, -comme ilz firent à Soissons, et moult y ot des bonnes gens du païs tuez -sans pitié. - - [388] Lors de la prise de Chevreuse que Tanneguy du Châtel enleva - d'assaut (Cousinot, _Geste des nobles_, p. 168), Guillaume - Maradon, curé de Chevreuse, âgé de 72 ans, fut emmené à Paris et - mis à la Bastille; le pauvre prêtre protesta contre son - incarcération, disant qu'il était clerc, écolier de l'Université - de Paris, que depuis vingt-deux ans il remplissait les fonctions - curiales à Chevreuse et qu'il avait toujours fait son devoir «de - preschier ses paroissiens et les amonester pour demourer en - l'obeissance du roy» (Arch. nat., X{la} 4792, fol. 48 vº). - -179. Item, la darraine sepmaine de janvier oudit an, alla le roy devant -Senliz pour le prendre par force ou autrement, et fut la cité habandonnée -avant qu'elle fust assaillie. - -180. Item, en icellui temps[389] toutes les bonnes villes de Normendie, -comme Rouen, Montivillier, Dyeppe, et plusieurs autres, quant ilz virent -comment Caen, Harefleu, Falaise et plusieurs bonnes villes du païs -avoient esté prinses des Angloys, sans avoir secours du roy de France -pour messaige qu'ilz envoiassent, se rendirent au duc de Bourgongne[390]. - - [389] Le ms. de Paris ajoute ici: estoient. - - [390] Les Bourguignons entrèrent à Rouen par la porte - Saint-Hilaire le mercredi 12 janvier 1418; Caen était tombée au - pouvoir des Anglais le samedi 4 septembre 1417 (P. Cochon, - _Chron. normande_, p. 432) et Falaise capitula le 20 novembre - 1417. - -181. Item, que le jour Sainct-Martin d'yver IIIIc XVII fut fait pappe -ung cardinal nommé Martin[391] par l'acort[392] et consentement de tous -les roys chrestiens, et en fist on feste par toute chrestienté, senon à -Paris, ne on n'en osoit parler; car le IIIIe sabmedi de karesme oudit an, -pour ce que le recteur toucha au conseil, que ce lui sembloit bon que on -feist solempnité du Sainct-Pere, qui tant avoit cousté à faire, et si y -avoit on mis plus de II ans et demy, pour tant fut mis en prinson, et X -ou XII maistres avecques lui[393]. - - [391] Martin V, de la famille Colonna, cardinal diacre, élu pape - au concile de Constance le 11 novembre 1417, consacré et couronné - le 21 novembre, mourut à Rome dans la nuit du 20 au 21 février - 1431. - - [392] Ms. de Paris: par la Cour. - - [393] Notre chroniqueur dénature complètement les faits qui - occasionnèrent l'arrestation du recteur de l'Université et de - certains des maîtres venus à sa suite. Voici ce qui se passa à la - séance du Parlement tenue sous la présidence du Dauphin, le - samedi 26 février 1418: Raoul de la Porte, docteur régent en la - faculté de théologie, grand maître du collège de Navarre, au nom - de l'Université et en présence du recteur, prit la parole et - demanda que la collation des bénéfices nouvellement attribuée aux - évêques demeurât entre les mains du pape; c'est alors que le - dauphin fit arrêter Pierre Forget, recteur de l'Université, et - plusieurs autres membres de l'Université qui avaient donné leur - adhésion aux doctrines soutenues par Raoul de la Porte. Forget - tint prison en l'hôtel de Me Pierre d'Yerres, chanoine du Palais - et curé de Saint-André-des-Arts, mais fut élargi le lendemain; - quant aux maîtres incarcérés en même temps que lui, ils ne furent - mis en liberté que le 7 mars, après s'être rendus chez le dauphin - et l'avoir supplié de les laisser partir (Arch. nat., X{la} 1480, - fol. 120-122). - -182. Item, estoit touzjours le siege devant Senliz de par le roy, et -saichez que pou de gens dedens Senliz avoit[394], mais touzjours yssoient -[ou] par nuyt ou par jour, et souvent firent si grant dommaige à l'ost du -roy que le connestable jura la destruction de ladicte cité à feu et à -sang, et fist crier à trompes, le XIIe jour d'avril, que tous les gens -d'armes qui à Paris estoient, de quelque estat qu'ilz fussent, allassent -devant Senliz, sur peine de perdre harnoys et chevaulx. Et tant en y alla -et tant en y avoit sur les champs de toutes pars, que la sepmaine peneuse -Paris fut si desgarny de buche, que, qui eust donné en Greve XX solz -parisis d'un costeret, on n'en eust peu finer. Et à Pasques ensuivant, -coustoit le quarteron d'œufs VIII blans, et ung tres petit fromaige -blanc [VI ou VII blans, la livre de viel beurre sallé] VII ou VIII blans, -une petite piece de beuf ou mouton V ou VI blans, et tout par le mauvais -gouvernement du prevost de Paris et des marchans. - - [394] Jean Sans-Peur avait confié la défense de Senlis à un - capitaine d'une bravoure éprouvée, Jean bâtard de Thian, qui - après le siège fut nommé bailli et reçut en récompense de ses - services le domaine de Mouchy-le-Vieux, plus quatre cents livres - de rente provenant de la confiscation de feu Guillaume le - Bouteiller (Arch. nat., JJ 172, fol. 62). - -183. Item, celle année, le jour des grans Pasques, nega toute jour, aussi -fort qu'on veist oncques faire à Nouel, et si n'eust-on finé en Greve [de -buche], qui eust donné ung franc d'ung quarteron. - -184. Item, le XIIIIe jour d'avril IIIIc XVIII, fut faicte la solempnité -du pappe Martin par les eglises à Paris et environ, tres simplement[395]. - - [395] La célébration du pontificat de Martin V, qui avait été - ajournée par ordre du roi signifié au chapitre de Notre-Dame le - 29 novembre 1417, eut lieu le 14 avril 1418 avec un pompeux - appareil. L'archevêque de Tours officia à Notre-Dame, et, dans - toutes les églises, un _Te Deum_ fut chanté, avec les cloches - sonnant à toute volée, au milieu d'une foule considérable qui se - pressait à cette solennité (Arch. nat., LL 215, fol. 177, 193). - -185. Item, le XXIIIIe jour d'avril oudit an, revint le roy et son ost de -devant Senliz, où il avoit esté depuis le moys de janvier[396], et ne la -pot oncques prendre, et si lui cousta que en cannons que [en] autre -artillerie, avec autre despence plus de IIc mil frans; et si furent -souvent ses gens tuez, rançonnez de ceulx de la cité, et ses tentes arses -et prinse son artillerie. Et au derrenier s'en parti le roy et le -connestable [à tres petit honneur, dont les gens d'armes qui avec le -connestable] estoient furent si enragez de ce qu'ilz orent failly à leur -intencion de piller Senliz, qu'ilz se tindrent si près de Paris de toutes -pars, que homme n'osoit aller plus loing de Paris que Sainct-Laurens tout -au plus qu'il ne fust desrobé ou tué. - - [396] «Dimenche XXIIIIe jour d'avril, le roy retourna de Creilg,» - où il s'était tenu pendant le siège de Senlis, «et entra ce jour - à Paris par la porte Saint-Anthoine» (Arch. nat., X{la} 1480, - fol. 174 vº). - -186. Et vray fut que l'année de may[397], les gens de l'ostel du roy -allerent, comme acoustumé est, au boys de Boulongne, pour apporter du may -pour l'ostel du roy, les gens d'armes de Montmartre, [à] la -Ville-l'Evesque, à l'entrée de Paris vindrent sur eulx à force, et les -navrerent de plusieurs plaies, et puis les desroberent de tout ce qu'ilz -porent, et fut bien eureux desdiz serviteurs du roy qui se pot sauver en -gippon ou en chemise tout à pié. En celluy temps alloient femmes -d'onneur bien acompaignées veoir leurs[398] heritaiges pres de Paris, à -demie lieue, qui furent efforcées, et leur compaignie bastue, navrée et -desrobbée. - - [397] Ms. de Paris: lendemain; le mot _comme_ a été laissé en - blanc. - - [398] _Leurs_ manque dans le ms. de Rome. - -187. Item, vray fut que les aucuns desdiz gens d'armes furent plains de -si grant cruaulté et tyrannye qu'ilz rostirent hommes et enfans au feu -quant ilz ne povoient paier leur rançon, et quant on s'en plaignoit au -connestable [ou au prevost], leur responce estoit: «S'ilz n'y fussent pas -allées, ce se feussent les Bourguignons, vous n'en parlissiez pas[399].» - - [399] Cette phrase est conçue en ces termes dans le ms. de Paris: - «la responce estoit: S'ils n'y fussent point allez, si c'estoient - les Bourguignons, vous n'en parleriez pas.» - -188. Ainsi commença tout à encherir à Paris, car deux œufs coustoient -IIII deniers parisis, ung petit fromaige blanc VII ou VIII blans, la -livre de beurre XI ou XII blans, ung petit haren sor de Flandres III -deniers ou IIII deniers parisis, et ne venoit quelque chose de dehors à -Paris, pour les gens d'armes dessusdiz. - -189. Ainsi estoit[400] Paris gouverné faulcement, et tant hayoient ceulx -qui gouvernoient ceulx qui n'estoient de leur bande, qu'ilz proposerent -que par toutes les rues ilz les prendroient[401] et tueroient sans mercy, -et les femmes ilz noieroient; et avoient prinses par leurs forces les -toilles de Paris aux marchans et à autres sans paier, disant que c'estoit -pour [faire des tantes et des pavillons pour le roy, et c'estoit pour -faire] les sacs pour noyer lesdictes femmes. Et encore plus, ilz -proposerent que, avant les Bourguignons venissent à Paris, ne que la paix -se feist, ilz rendroient Paris au roy d'Engleterre, et [touz] ceulx qui -pas ne devoient mourir devoient avoir ung escu noir [à] une croix rouge, -et en firent faire plus de XVI mil, qui depuis furent trouvées en leurs -maisons. Mais Dieu qui scet les choses abscondées[402], regarda en pitié -son peuple et esveilla Fortune, qui en soursault[403] se leva comme chose -estourdie, et mist les pans à la saincture, et donna hardement à aucuns -de Paris[404] de faire assavoir aux Bourguignons que ilz, tout -hardiement, venissent le dimenche ensuivant, qui estoit XXIXe jour de -may, à heure de mynuyt, et ilz les mettroient dedens Paris par la porte -Sainct-Germain, et que point n'y eust de faulte, et que pas ne leur -fauldroient pour mourir, et que point ne doubtassent fortune, car bien -sceussent que [toute] la plus grant partie du peuple estoit des leurs. - - [400] Ms. de Paris: estre. - - [401] Ms. de Paris: entreroient. - - [402] Ms. de Paris: absouldées. - - [403] Ms. de Paris: son sault. - - [404] Au sujet des conjurés qui ouvrirent les portes de Paris aux - Bourguignons, voy. Longnon, _Paris sous la domination anglaise_, - p. 35, note 1. - -190. En icelle sepmaine s'esmeurent les Bourguignons de Pontoise, et -vindrent au jour dit [et] à l'eure en Garnelles, et là compterent leurs -gens, et ne se trouverent que environ VI ou VIIc chevaulx[405], quant -Fortune leur dist que avec eulx seroit [la] journée. Adonc prindrent cuer -et hardement, et vindrent à la porte Sainct-Germain entre une heure et -deux devant le jour, et en estoit chef le signeur de l'Isle-Adam[406] et -le beau sire de Bar[407], et entrerent dedens Paris, le XXIXe jour de -may, criant: «Nostre Dame! la paix! Vive le roy et le dalphin et la -paix!» Et tantost Fortune, qui tant avoit nourry lesdiz bandez, vit que -nul gré ne lui savoient de son bien, vint avecques lesdiz -Bourguignons[408] à toutes manieres d'armes et des communes[409] de -Paris, et leur fist rompre leurs portes, et effundrer leurs tresors et -piller, et tourna sa roe si despitement en soy vengent de leurs -ingratitudes, pour ce que de paix n'avoient cure; [quar tout joyeulx -estoit qui se povoit mucer en cave, ou] en celier, ou en quelque destour. - - [405] Ms. de Paris: VII ou VIIIc chevaulx. - - [406] Jean de Villiers, seigneur de l'Isle-Adam, capitaine de - Pontoise au moment de l'entrée des Bourguignons, fut reçu - maréchal de France le 17 juin 1418, au lieu de Boucicaut, et - rivalisa de «pilleries et de roberies» avec Guy de Bar et Claude - de Chastellux. Juvénal des Ursins évalue à 100,000 écus les - profits réalisés par chacun de ces capitaines lors de la surprise - de Paris; on sait, du reste, que Jean de Villiers vendit à Robin - Clément, changeur sur le Pont, un rubis balay provenant des - joyaux de la couronne, estimé dix mille francs (Arch. nat., X{la} - 4795, fol. 193). Le 8 juin 1421, sur la dénonciation de Jean de - Beaussault, demeurant en la rue des Vieux-Augustins, près de la - chapelle de Sainte-Marie-l'Égyptienne, L'Isle-Adam, accusé - d'avoir voulu livrer Paris au dauphin, fut arrêté par ordre du - duc d'Exeter, capitaine de Paris, et conduit à la Bastille; mais, - comme il était très populaire, son arrestation produisit une - certaine émotion dans Paris et le bruit s'y répandit que les - Anglais l'avaient tué et voulaient emmener le roi hors de la - capitale (_Ibid._, X{la} 1480, fol. 234). Une commission - instruisit son procès, mais les charges n'étant point - suffisantes, il obtint son élargissement, le 10 septembre 1422, - sous caution fournie par Regnier Pot, Jean de la Trémoille et - autres chambellans du roi, et des lettres royaux du 20 novembre - 1423 l'innocentèrent de toute accusation (_Ibid._ X{2a} 16, fol. - 424, 466). Du reste les Anglais n'épargnèrent rien pour - l'attacher à leur cause, témoin les nombreuses libéralités dont - il fut l'objet (cf. Longnon, _Paris pendant la domination - anglaise_, p. 313, 340). Réintégré au rang de maréchal de France, - il prêta serment le 3 mai 1432 (Arch. nat., X{la} 1481, fol. 55 - vº). Ce fut en pure perte; le seigneur de l'Isle-Adam, rallié à - Charles VII, chassa les Anglais de Paris en 1436, comme il avait - chassé les Armagnacs en 1418, et périt peu de temps après dans - une émeute à Bruges. - - [407] Guy de Bar, seigneur de Presles, chambellan du duc de - Bourgogne, bailli d'Auxois, nommé le 29 mai 1418 prévôt de Paris - en remplacement de Tanneguy du Châtel et installé le 31 mai - (Arch. nat., X{la} 1480, fol. 137), occupa ce poste jusqu'au 3 - février 1419. Il fut reçu le 11 mai 1424 en l'office de bailli de - Sens et d'Auxerre (_Ibid._, fol. 297). Guy de Bar, quoiqu'ayant - déjà prélevé de fortes rançons, eut sa part des confiscations - (cf. Longnon, _Paris pendant la domination anglaise_, p. 192). - - [408] Ms. de Paris: bourgeois. - - [409] Ms. de Rome: de commune. - -191. Et quant le prevost de Paris, nommé Tenneguy du Chastel, vit Fortune -ainsi contre luy, et que les Bourguignons taschoient à emprinsonner les -autres en plusieurs prinsons diverses, et le commun à piller, vint à -Sainct-Paul, et print le daulphin ainsné filx du roy et s'en fouy atout -droit à Meleun, qui moult troubla la ville de Paris. Et plusieurs autres -des plus gros de la bande, comme maistre Robert le Maçon[410], chancelier -du dalphin, l'evesque de Clermont, le grant presidant de Provence[411], -l'un des maulvais chrestiens du monde, et plusieurs autres de leur -bande, se bouterent[412] dedens le chasteau de la porte Sainct-Anthoine, -et par ce furent sauvez et par le dalphin qu'ilz avoient, et firent moult -d'assaulx à ceulx qui par là passoient, de traict dont foison avoient. - - [410] Robert le Maçon, légiste de naissance obscure, originaire - de Château-du-Loir, et anobli en mars 1401 (Arch. nat., JJ 155, - fol. 279), s'éleva par son mérite aux plus hautes dignités; - maître des requêtes de l'hôtel en 1414 (Arch. nat., X{la} 1479, - fol. 290 vº), il gagna la confiance de la reine Isabeau, qui le - nomma son chancelier et le chargea de plusieurs missions, en - récompense desquelles il reçut, le 5 novembre 1415, 500 francs, - et, le 7 août 1416, 1,000 francs (_Ibid._, KK 47, fol. 12, 13). - Il entra bientôt, en qualité de chancelier, au service du - dauphin, alors duc de Touraine, et prit part à l'importante - délibération relative aux finances qui eut lieu en mai 1417 - (_Ibid._ X{la} 1480, fol. 92 vº). C'est grâce à son dévouement - que le dauphin parvint à s'échapper lors de la surprise de Paris - par les Bourguignons, Robert le Maçon lui ayant cédé son propre - cheval au péril de sa vie; cet acte méritoire est rappelé dans - les lettres du 7 novembre 1420, par lesquelles le dauphin lui - accorda un droit de péage sur le vin et le sel passant par la - Loire au château de Trèves en Anjou, dont il était seigneur - (_Ibid._, X{la} 8604, fol. 53). Le 31 mai 1418, au moment même où - son maître voulut tenter de recouvrer Paris, Robert le Maçon - adressa de Melun aux autorités du Dauphiné une missive dont le - texte est joint à la chronique de Fénin (édit. Dupont, p. - 267-268). - - [411] Jean Louvet, président des aides et des comptes en - Provence, venu à Paris en 1415 à la suite du roi de Sicile, - s'attacha à la personne du dauphin, sur lequel il exerça la plus - funeste influence; ce fut lui qui, le 8 octobre 1417, vint à - Notre-Dame avec Jean Coignet et se fit montrer, au nom du - dauphin, le trésor et les reliques, afin de voir par lui-même ce - qui pourrait en être détaché sans inconvénient dans ce moment - critique. La reine Isabeau utilisa ses services et dans sa - reconnaissance lui alloua mille francs par lettres du 30 - septembre 1416 (Arch. nat., KK 47, fol. 13). Lors des événements - de 1418, le président de Provence s'estima heureux d'échapper aux - mains des Bourguignons, en ne perdant que sa chaîne d'or - (_Ibid._, X{la} 4793, fol. 296). L'un des ennemis acharnés du duc - de Bourgogne, il accompagnait le dauphin le jour de l'attentat de - Montereau. - - [412] Ms. de Paris: «se vouloient,» avec un mot laissé en blanc. - -192. Le dimenche au soir, le lundi, le mardi ensuivant, convint faire -grant guet et feus parmy Paris pour paour de eulx. Et en icelluy temps se -fournirent de gens d'armes des fuyans de leur bande, et le mercredi -ensuivant, environ VIII heures du matin, yssirent du chastel et allerent -ouvrir la porte par dedens la ville, qui que le voulsist veoir, et -avecques eulx entra grant foison de gens d'armes, et entrerent en la -grant rue Sainct-Anthoine, criant: «A mort! à mort! Ville gaingnée! Vive -le roy et le dalphin et le roy d'Engleterre! Tuez tout! tuez tout[413]!» - - [413] Ms. de Paris: tuez, tuez, tuez tout! - -193. Item, vray est que dimenche XXIXe jour de may, à l'entrée des -Bourguignons[414], avant qu'il fust nonne de jour, on [eust] trouvé à -Paris gens de tous estatz, comme moynes, ordres mendiens, femmes, hommes, -portans la croix de Sainct-Andry ou de Troye ou d'autre matiere, plus de -deux cens mille, sans les enffans. Lors fut Paris moult esmeu, et se arma -le peuple moult plustost que les gens d'armes, et avant que les gens -d'armes fussent venus, estoient [tant aprouchez lesdiz bandez par force -qu'ilz estoient] à l'endroit de Tyron[415]. Adonq vint le nouveau prevost -de Paris à force de gent, et tantost à l'aide de la commune respoussa -fort, abatant et occiant à grans tas jusque dehors la porte -Sainct-Anthoine, et tantost le peuple, moult eschauffé contre lesdiz -bandez, vindrent par toutes les hostelleries de Paris querant les gens de -ladicte bande, et quant[416] qu'ilz en porent trouver, de quelque estat -qu'il feust, [fust] prinsonnier ou non, aux gens d'armes estoit [amené] -en my la rue, et tantost tué sans pitié de grosses haches et d'autres -armes; et n'estoit homme [nul], à celui jour, qui ne portast quelque -armeure dont ilz feroient lesdiz bandez en passant par emprès, depuis -qu'ilz estoient tous mors estanduz; [et] femmes et enfens, et gens sans -puissance, qui ne leur povoient pis faire, les maudisoient en passant par -emprès, disans: «Chiens traistres, vous estes mieulx que à vous -n'appartient, encore en y a il, que pleust à Dieu que tous feussent en -tel estat.» Et si n'eussiez trouvé à Paris rue de nom, où n'eust aucune -occision, et en mains que on yroit cent pas de terre depuis que mors -estoient, ne leur demouroit que leurs brayes; et estoient en tas comme -porcs ou millieu de la boe, qui moult grant pitié estoit, car pou fu -celle sepmaine jour[417] qu'il ne pleust moult fort. Et furent celle -journée[418] à Paris mors à l'espée ou d'aultres armes, en my les rues, -sans aucuns qui furent tuez es maisons, cinq cens vingt deux hommes, et -plut tant fort celle nuyt que oncques ne sentirent nulle malle odeur, -mais furent lavez par force de la pluie leurs plaies, que au matin n'y -avoit que sang bete, ne ordure sur leurs plaies. - - [414] A côté de cette relation de l'entrée des Bourguignons dans - Paris, due à la plume passionnée de l'un de leurs dévoués - partisans, on ne lira pas sans intérêt le récit calme et - impartial inséré dans les registres capitulaires de Notre-Dame - par un homme d'église, Nicolas le Sellier, qui remplissait à - cette époque les fonctions de notaire du chapitre: «Veneris XXVII - maii, dominica sequenti, post primam horam noctis medie, - intraverunt Burgundi Parisius per portam Sancti Germani que per - nonnullos custodes clavium fuit eis aperta; erant capitanei - dominus de l'Isle Adam et le Veau de Bar, cum quatuor milibus - hominibus, ut dicebatur, defferentibus crucem Sancti Andree, et - ante horam octavam ipsius diei dominice opportuit quod omnes - tenentes partem regis, qui tunc dicebantur Armeniaci, defferrent - ipsam crucem; plures fuerunt ipsa die depredati, comes Armeniaci, - cancellarius Francie et plures valentes viri capti.» (Arch. nat., - LL 215, fol. 197.) - - [415] L'hôtel appartenant à l'abbaye de Tiron était situé dans la - rue de ce nom que l'ouverture de la rue de Rivoli a divisée en - deux tronçons, l'un aboutissant à la rue François-Miron, l'autre - à la rue du roi de Sicile. - - [416] Ms. de Paris: et ce qu'ilz. - - [417] «Jour» manque dans le ms. de Rome. - - [418] Les mots «dimanche vingt neuf may», introduits dans le - texte par les éditeurs du journal, ne se trouvent point dans les - mss. et doivent être supprimés, avec d'autant plus de raison - qu'ils dénaturent le récit en rapportant ces 522 victimes au jour - même de l'entrée des Bourguignons, où il n'y eut, de l'aveu d'un - témoin digne de foi (le greffier Clément de Fauquembergue), que - deux à trois personnes tuées pour avoir crié: «Vive Armagnac!» - - -194. Item, en ces jours devant diz prenoit on les Arminalx par tout Paris -et hors Paris. Entre lesquelx furent prins plusieurs grans de renom et -tres mauvais couraige, comme Bernard d'Armignac[419], connestable de -France, aussi cruel homme que fut oncques Noyron[420]; Henry de -Marle[421], chancelier de France; Jehan Gaude[422], maistre de -l'artillerie, le pire de tous;--quant les pouvres ouvriers lui -demandoient leur salaire de leur besongne, il leur disoit: «Avez-vous -point chascun ung[423] petit blanc, pour à chascun ung chevestre avoir -pour vous aller pandre? Senglante chenaille, c'est pour vostre preu!»; et -n'en avoient autre chose, et par ainsi espargna si tres grant trésor plus -que le roy n'avoit;--maistre Robert de Tuillieres[424]; maistre Oudart -Baillet[425]; l'abbé de Sainct-Denys en France[426], tres faulx papelart; -Remonnet de la Guerre, cappitaine des plus fors larrons que on peust -trouver en place, car ilz faisoient pis que Sarazins; maistre Pierre de -l'Esclat[427]; maistre Pierre le Gaiant[428], personne sismatique, herite -contre la foy, et avoit esté presché en Greve, digne d'ardoir. - - [419] Bernard d'Armagnac réussit à se cacher, lors de l'entrée - des Bourguignons, dans l'habitation d'un maçon voisine de son - hôtel, mais sa retraite ayant été découverte, il fut emmené - prisonnier le 31 mai au Petit-Châtelet et transféré le 6 juin - suivant dans la grosse tour du Palais (Arch. nat., X{la} 1480, - fol. 138, 139). C'est là, ou plutôt dans la cour du Palais, qu'il - subit le 12 juin une mort ignominieuse; son corps, exposé aux - outrages de la populace pendant trois jours, traîné dans les rues - avec ceux du chancelier et de Remonnet de la Guerre, reçut un - semblant de sépulture dans la cour du prieuré de - Saint-Martin-des-Champs, au milieu d'un fumier, s'il faut en - croire la chronique de J. Raoulet (J. Chartier, éd. Vallet, t. - III, p. 163). L'hôtel qu'occupait Bernard d'Armagnac, près du - collège des Bons-Enfants, fut donné au comte de Charolais par - lettres du 21 juillet 1418 (Arch. nat., JJ 170, fol. 168). - - [420] Ms. de Rome: aussi cruel homme qui fut oncques noyer. - - [421] Le chancelier Henri de Marle, emprisonné le 6 juin dans la - grosse tour du Palais, avec son fils l'évêque de Coutances, - partagea le sort du connétable. Après sa mort, Augustin Ysbarre, - bourgeois de Paris, prit, le 16 octobre 1422, possession de son - hôtel, situé près de la rue aux Oues (cf. Longnon, _Paris pendant - la domination anglaise_, p. 58). Pierre le Clerc, valet de - chambre du duc de Bourgogne, obtint au mois d'août 1418 200 - livres de rente sur l'ensemble des biens du chancelier (Arch. - nat., JJ 171, fol. 109). Nous ne savons en quelles mains passa - son hôtel du Blanc-Mesnil (Arch. nat., JJ 170, fol. 242). - - [422] Jean Gaudé, simple écuyer de cuisine en 1408 (Arch. nat., - X{la} 55, fol. 28 vº), devint maître et garde de l'artillerie - royale; il se signala par ses rapines et profita du désarroi - général pour mettre en gage quelques-uns des joyaux de la - couronne; il emprunta notamment à un riche marchand lucquois - établi à Paris, Gauvain Trente, huit cents francs sur un balay - qui valait bien huit mille écus. Quoique son nom figure sur la - liste des prisonniers qui accompagne la dépêche adressée le 4 - juin 1418 au duc de Bourgogne par ses officiers, on ne saurait - cependant affirmer qu'il ait été enveloppé dans le massacre; en - tout cas, ses biens furent confisqués et donnés, au mois d'août - 1418, à Simon de Neuville, valet de chambre du roi (Arch. nat., - JJ 171, no 189). Jean Gaudé avait deux maisons dans Paris, l'une - à l'enseigne du Cygne, rue Saint-Germain-l'Auxerrois, l'autre rue - Arnoul-de-Charonne, sans compter divers héritages à Chatou - (Sauval, III, 310, 312, 319, 326). - - [423] Les mots «chacun ung» sont ajoutés dans le ms. de Paris qui - remplace «pour achater ung chevestre» par «pour à chacun ung - chevestre avoir». Le reste de la phrase est défiguré: «Sanglante - chenallie, c'est pour vostre pren.» - - [424] Robert de Tuillières, d'abord simple sergent au Châtelet - avec son frère Guillaume (Arch. nat., Y2, fol. 172 vº), devint - lieutenant criminel du prévôt de Paris (avant 1404); reçu - trésorier de France avec Michel de Lallier, en vertu de lettres - du 25 septembre 1409 (Arch. nat., Z 5187, fol. 218), il quitta - Paris lors de la réaction cabochienne et resta quelque temps - absent (_Ibid._, X{la} 8602, fol. 285 vº). Dans un sauf-conduit - que lui délivra le roi d'Angleterre le 27 novembre 1415, il est - qualifié de conseiller du duc d'Orléans (_Rôles français_, t. II, - p. 225). En sa qualité de lieutenant criminel il ne pouvait - échapper aux haines féroces d'une vile multitude et dut succomber - sous les coups des meurtriers dans la sinistre journée du 12 - juin. Guillaume de Foletemps, l'un de ceux qui firent entrer les - Bourguignons, et Étienne Morel, valet de chambre du roi et - contrôleur de la dépense du duc de Bourgogne, se partagèrent ses - dépouilles; le second reçut pour sa part l'hôtel de Robert de - Tuillières, sis à Paris rue de l'Arbre-Sec, garni de ses meubles, - jusqu'à concurrence de 400 livres de rente (Arch. nat., JJ 170, - no 256; JJ 171, no 195). Robert de Tuillières laissa une veuve et - des enfants; sa sœur, Marguerite de Tuillières, épousa Miles du - Breuil, notaire du roi au Châtelet, dont la maison, rue de la - Parcheminerie, fut également confisquée (Sauval, III, 314). - - [425] Oudart Baillet, conseiller en la grand' chambre du - Parlement depuis le 22 septembre 1413, fut aussi l'une des - victimes de la fureur populaire; il siégea encore le samedi 28 - mai, veille de l'entrée des Bourguignons; sa maison, rue - Aubry-le-Boucher, fut donnée à bail pour trois ans à Jean Seguin - (Sauval, III, 291). - - [426] Philippe de Villette, abbé de Saint-Denis, éprouva bien des - vicissitudes, témoin ce curieux épisode: Après la prise du pont - de Saint-Cloud, en 1411, il fut emmené de Saint-Denis à Paris et - enfermé pendant dix à douze jours dans un galetas près de - Saint-Eustache; les écuyers qui s'étaient chargés de sa personne - voulurent le mettre à composition et lui réclamèrent huit cents - écus; le malheureux abbé ne sachant que répondre et requérant - justice, ces écuyers lui demandèrent ironiquement de quelle - justice il entendait parler, «s'il voloit que l'en menast copper - sa teste es halles, ou que l'en le feroit pas, mais seroit mis en - un sac en la riviere.» (Arch. nat., X{la} 4789, fol. 452 vº.) - Lors des massacres qui ensanglantèrent la prison de Saint-Éloi, - voisine du Palais, où Philippe de Villette avait été enfermé, - l'abbé, revêtu de ses ornements pontificaux, officiait au pied de - l'autel, et il dut passer par de terribles angoisses en voyant - suspendues au-dessus de sa tête les lames dégouttantes de sang - que brandissaient les assassins. Grâce à l'intervention de Jean - de Villiers, l'abbé de Saint-Denis fut épargné, mais il succomba - le 27 juin au château de l'Isle-Adam, où il avait trouvé un - refuge, aux atteintes de l'épidémie régnante (Religieux de - Saint-Denis, t. VI, p. 273). L'hôtel qu'il occupait à Paris, rue - de Bièvre, fut confisqué (Sauval, III, 296). - - [427] Pierre de l'Esclat, maître des requêtes de l'hôtel depuis - 1397, «que le bon temps couroit», chargé de belles «embexades», - où il sut faire de beaux profits, passait pour avoir une fortune - d'au moins vingt mille écus (Arch. nat., X{2a} 18, avril 1426); - comme conseiller de la reine Isabeau, il recevait cinq cents - livres par an (_Ibid._, KK 48, fol. 22). Constamment fidèle au - parti armagnac, il fut emprisonné en 1409 avec Jean de Montaigu - et se racheta à prix d'argent. Il participa ensuite à la - rébellion des princes et perdit pour cette cause ses fonctions de - maître des requêtes de l'hôtel (_Ibid._, X{la} 4789, fol. 238 - vº). Après l'échec des Cabochiens, il prit part de nouveau aux - délibérations du Parlement. Lors de la révolution bourguignonne, - il fut arrêté et mis à mort le 12 juin 1418. Sa veuve, Jeanne - Porchière, et sa sœur, Jeanne de l'Esclat, se réfugièrent à - Orléans (_Ibid._, X{2a} 18, avril 1426, X{2a} 21, juillet 1431). - Cf. au sujet de ses biens confisqués, Longnon, _Paris pendant la - domination anglaise_, p. 62. - - [428] Ms. de Paris: Pierre le Grand. - -195. Item, il alla après ce à court de Romme, et quant il revint, il fut -plus maistre en Chastellet que devant, et les lettres dont il se mesloit, -c'on avoit avant pour VIII solz parisis, il en failloit bailler XXIIII -solz parisis, et si failloit il paier par sa main. - -196. Item, l'evesque de Clermont[429], qui estoit tout le pire contre la -paix, et plusieurs autres[430]. Et tant en avoit au Palays, au -Chastellet, Petit et Grant, à Sainct-Martin, à Sainct-Anthoine, à Tyron, -au Temple, que on ne les savoit où mettre. - - [429] Martin Gouge de Charpaigne, évêque de Clermont, chancelier - du duc de Guyenne, incarcéré en 1409 avec Jean de Montaigu, - parvint à s'échapper de Paris à la faveur d'un déguisement, mais - fut arrêté par Georges de la Trémoille, seigneur de Sully, son - ennemi personnel, qui le retint dans les prisons de son château - de Sully jusqu'à sa délivrance par le dauphin (Cousinot, _Geste - des nobles_, p. 172). Le bel hôtel de l'évêque de Clermont fut - successivement donné: en décembre 1418 à Jacques de Montberon, - maréchal de France (Arch. nat., JJ. 170, no 286), le 29 avril - 1423 à Guy le Bouteiller, seigneur de la Roche-Guyon (Longnon, - _Paris pendant la domination anglaise_, p. 88). - - [430] Une liste détaillée des principaux prisonniers faits par - les Bourguignons à leur entrée dans Paris est annexée à la - dépêche du 4 juin 1418, publiée par M. J. Garnier. Nous - essayerons de compléter sur certains points les indications - qu'elle nous fournit et de rectifier quelques noms.--MABRIGOIR - est le même que Maurigon, écuyer gascon, emprisonné et massacré - avec le connétable d'Armagnac (Gousinot, _Geste des nobles_, p. - 169).--GUILLAUME BATAILLE, chevalier de la suite du dauphin, l'un des - acteurs du drame de Montereau.--JEAN COIGNET, ALEXANDRE LE BOURSIER, - commissaires généraux sur le fait des finances.--MORELET DE - MARANCOURT n'est peut-être pas différent de Morelet de Montmaur, - qui, enfermé à la Bastille, échappa au massacre du 21 - août.--ANDRÉ GIFFET ou GIFFART, trésorier de France, tué dans les - prisons du Châtelet.--HENRI L'ALEMANT, chambellan du roi. - -197. Item, [ce pendent] estoient touzjours les Arminaz à la porte -Sainct-Anthoine, pour quoy on faisoit toutes les nuys tres grans feuz, et -n'estoit nuyt que on ne criast alarme, et faisoit-on cris à trompe à -mynuit, après mynuit, davant mynuit, et neantmoins tout ce plaisoit au -peuple, pour ce que de bon cuer le faisoient. - -198. Item, le peuple s'advisa de faire en la parroisse Sainct-Huitasse la -confrarie Sainct-Andry[431], et la firent à ung jeudy, IXe jour de juing, -et chascun qui s'y mettoit avoit ung chappeau de roses vermeilles. Et -tant s'i mist de gens de Paris, que les maistres de la confrarie disoient -et affermoient qu'ilz avoient fait faire plus de LX douzaines de -chappeaulx, mais avant qu'il fust doze heures, les chappeaulx furent -failliz; mais le moustyer de Sainct-Huistace estoit tout plain de -gens[432], mais pou y avoit homme, prebstre ne autre, qui n'eust en sa -teste chappeau de roses vermeilles, et sentoit tant bon au moustier, -comme s'il fust lavé d'eau rose. - - [431] Au mois de septembre 1418, s'établit une autre confrérie en - l'église Saint-Eustache, sous l'invocation de saint Sébastien, - saints Jean Baptiste et l'Évangeliste (Arch. nat., JJ 170, no - 198); mais les registres du Trésor des chartes ne mentionnent - point celle de saint Andry, instituée en juin. - - [432] Ms. de Paris: monde. - -199. Item, en celle sepmaine, ceulx de Rouen demanderent à ceulx de Paris -aide[433], et [on] leur envoya IIIc lances et IIIc hommes de traict pour -ovier[434] aux Engloys. - - [433] Deux chevaucheurs, G. Poulain et G. le Fournier, furent - dépêchés de Rouen à Paris, «par l'ordonnance du bailli, devers - les seigneurs de Chastellus, l'un des marechaulx de France, et le - prevost de Paris» (Arch. nat., JJ 170, no 142, 143). Des lettres - du 26 juin instituèrent Claude de Chastellux lieutenant général - et capitaine au duché de Normandie (_Ibid._, no 147), mais elles - n'eurent aucun effet; le seul secours qui parvint à Rouen, à part - le contingent parisien, se composa de quatre mille hommes envoyés - par Jean Sans-Peur (Cf. Monstrelet, t. III, p. 281). - - [434] Ms. de Paris: nuire. - -200. Item, le dimenche ensuivant, XIIe jour de juing, environ XI heures -de nuyt, on cria alarme, [comme on faisoit souvent alarme] à la porte -Sainct-Germain; les autres crioient à la porte [de] Bordelles. Lors -s'esmut le peuple vers la place Maubert et environ, puis après ceulx de -deçà les pons, [comme] des Halles et de Greve et de tout Paris, et -coururent vers les portes dessusdictes, mais nulle part ne trouverent -[nulle] cause de crier alarme. Lors se leva[435] la deesse de Discorde, -qui estoit en la tour de Mau-Conseil, [et esveilla] Ire la forcenée[436] -et Convoitise et Enragerie et Vengence, et prindrent armes de toutes -manieres et bouterent hors d'avec eulx Raison, Justice, Memoyre de Dieu -et Atrempance[437], moult honteusement. Et quant Ire et Convoitise virent -le commun de leur accort, si les eschauffa plus et plus, et vindrent au -Palays du roy. Lors Ire la desvée leur gecta sa semence tout ardant sur -leurs testes; lors furent eschauffez oultre mesure, et rompirent portes -et barres, et entrerent es prinsons dudit Pallays à mynuit, heure moult -esbahissant à homme sourprins; et Convoitise qui estoit leur cappitaine, -et portoit la baniere devant, qui avec lui menoit Traïson et Vengence qui -commencerent à crier haultement: «Tuez, tuez ces faulx[438] traistres -Arminaz! Je reny bieu, se ja pié en eschappe en ceste nuyt.» Lors -Forcenerie la desvée, et Murtre[439] et Occision occirent, abatirent, -tuerent, murtrirent tout ce qu'ilz trouverent es prinsons, sans mercy, -fut de tort ou de droit, sans cause ou à cause; et Convoitise avoit les -pans à la saincture, avec Rapine sa fille et son filx Larrecin, qui, tost -après qu'ilz estoient mors ou avant, leur ostoient tout ce qu'ilz -avoient, et ne volut pas Convoitise que on leur laissast neis leurs -brayes, pour tant qu'ilz vaulsissent iiii deniers[440], qui estoit un des -plus grans cruaultés et inhumanité chrestienne [à aultre de quoy on peust -parler. Quant Murtre et] Occision avoit fait ce, revenoit tout le jour -Convoitise, Ire, Vengence, qui, dedens les corps humains qui mors -estoient, boutoient toutes manieres d'armes, et en tous lieux et tant -que, avant que prime fust de jour, orent de coupz de taille et d'estoc ou -visaige, tant que en n'y povoit homme congnoistre quel qu'il fust, ce ne -fut le connestable et le chancelier qui furent cogneuz ou lict où tuez -estoient. Après, allerent cedit peuple par l'ennortement de leurs deesses -qui les menoient, c'est assavoir, Ire, Convoitise et Vengence, par toutes -les prinsons publicques de Paris, c'est assavoir, à Sainct-Eloy, au Petit -Chastellet, au Grant Chastellet, au Four l'Evesque, à Sainct-Magloire, à -Sainct-Martin-des-Champs, au Temple, et partout firent comme devant est -dit du Pallays. Et n'estoit homme [nul] qui en celle nuyt ou jour, eust -osé parler de Raison ou de Justice, ne demander où elle estoit enfermée, -car Ire les avoit mises en si profonde fosse, que on ne les pot oncques -trouver [toute] celle nuyt, ne la journée ensuivant. Si en parla le -prevost de Paris au peuple, et le seigneur de l'Isle-Adam, en leur -admonestant [Pitié], Justice et Raison; mais Ire et Forcenerie respondit -par la bouche du peuple: «Maulgré bieu, sire, de vostre Justice, de -vostre Pitié [et] de vostre Raison! mauldit soit de Dieu qui aura ja -pitié de ces faulx traistres Arminaz Angloys ne que [de] chiens! car par -eulx est le royaulme de France tout destruit et gasté, et si l'avoient -vendu aux Engloys.» - - [435] Ms. de Paris: s'esleva. - - [436] Ms. de Paris: Ire la sornée. - - [437] Ms. de Paris: atremance. - - [438] Ms. de Rome: chiens. - - [439] Ms. de Paris: murmure. - - [440] Ms. de Paris: pour tant qu'ilz ne vaulsissent que iii - deniers. - -201. Item, est [vray] que devant chascune desdictes prinsons, avant qu'il -fust dix heures de jour, estoient tous entassez comme se feussent chiens -ou moutons, et n'en avoit nulle pitié disant: «Aussi ont ilz fait sacs -pour nous noyer et noz femmes et noz enfens, et ont fait faire estandars -pour le roy d'Engleterre et pour ses chevaliers, pour mettre sur les -portes de Paris, quant ilz l'auront livré aux Englois. Item, ilz ont fait -escussons à une rouge croix, plus de XXX milliers, dont ilz avoient -proposé de seigner les huys de ceulx qui devoient estre tuez ou non. Si -ne nous en parlez plus de par le diable, que pour vous n'en laisserons -riens à faire par le sang Dieu!» Quant le prevost vit qu'ilz estoient -ainsi eschauffez de la faulce Ire qui les menoit, si n'osa plus parler -[de Raison], de Pitié, ne de Justice, et leur dist: «Mes amys, faictes ce -qu'il vous plaira.» Ainsi s'en allerent es prinsons dessusdictes, et -quant ilz trouvoient trop fortes prinsons où ilz ne povoient entrer, si -boutoient dedens force [de] feu, et ceulx qui dedens estoient n'avoient -riens de quoy leur aider, si estraingnoient[441] et ardoient là dedens à -grant martire. Et ne laisserent en prinson de Paris, sinon au Louvre, -pour ce que le roy y estoit[442], quelque prinsonnier qu'ilz ne tuassent -ou par feu ou par glayve[443]. Et tant tuerent de gens à Paris, que -hommes que femmes, depuis celle heure de mynuit jusques au lendemain XII -heures, qui furent nombrez à mille cinq cens dix huit; et furent le -connestable, le chancelier, ung cappitaine nommé Remonnet de la Guerre, -maistre Pierre de l'Esclat, maistre Pierre Gaiant, maistre Guillaume -Paris[444], l'evesque de Coustances, filx du chancelier de France[445], -en la court de darriere devers la Cousture, et furent deux jours entiers -au pié du degré du Palays sur la pierre de marbre, et puis furent -enterrez ces VII[446] à Sainct-Martin en ladicte court de derriere la -Cousture, et tous les autres à la Trinité[447]; entre lesquelx mors -furent trouvez tuez IIII evesques du faulx et dampnable conseil[448], et -deux des presidens de Parlement[449]. - - [441] Ms. de Rome: estaingnoient. - - [442] Charles VI avait été conduit au Louvre le 1er juin «après - disner»; son Conseil y tint séance le jeudi 2 juin (Arch. nat., - X{la} 1480, fol. 108). - - [443] Ms. de Paris: ou par sang. - - [444] Pierre le Gayant et Guillaume Paris, tous deux clercs - criminels de la prévôté de Paris, le premier antérieurement à - l'année 1402 (Arch. nat., X{la} 1479, fol. 6 vº; Y 2, fol. 204), - tombèrent probablement au Grand Châtelet sous les coups de la - populace qui se précipita à l'assaut de cette prison; leurs biens - confisqués furent attribués à Colette, veuve de Jean de Dammart, - valet de chambre du roi (_Ibid._, JJ 171, no 193). Pierre le - Gayant était possesseur d'une maison sise rue des Arsis et - attenante à celle de Marivaux (Sauval, III, 308); au mois de - décembre 1408, il avait été poursuivi pour hérésie; entre autres - énormités, on l'accusait d'avoir craché sur la croix. Dans sa - défense, Le Gayant déclare «estre né près de Paris, avoir vecu - bien et loyaument, estre bon notaire et avoir exercé l'office de - clerc criminel du Châtelet XVII ans» (Arch. nat., X{la} 4788, - fol. 183). - - [445] Jean de Marle, reçu le 11 décembre 1409 maître des requêtes - de l'hôtel à la place de Pierre Trousseau, évêque de Poitiers, - fut nommé évêque de Coutances au début de l'année 1414 et céda - ses fonctions à son frère Arnaud de Marle, que le Parlement admit - le 25 avril par considération pour le chancelier (Arch. nat., - X{la} 1479, fol. 96 vº, 292 vº). - - [446] Ms. de Paris: un. - - [447] La Trinité, hôpital situé rue Saint-Denis, en face la rue - Saint-Sauveur. C'est probablement dans son enclos, compris entre - les rues Grenetat et Guérin-Boisseau, que furent enterrées les - victimes. - - [448] Guillaume de Cantiers, évêque d'Évreux, Pierre Fresnel, - évêque de Lisieux, Jean d'Achery, docteur en théologie, évêque de - Senlis, tels sont, avec Jean de Marle, les quatre évêques qui - périrent dans les massacres du 12 juin 1418; par raffinement de - cruauté, le cadavre de Jean d'Achery fut traîné hors des portes - par une corde attachée à ses pieds. Quant aux évêques de Bayeux - et de Saintes, que Monstrelet (t. III, p. 270) compte au nombre - des victimes, ils réussirent à s'échapper. - - [449] Parmi les membres du Parlement tués dans l'émeute du 12 - juin, on peut citer les conseillers Jean de Vitry, dont les biens - confisqués furent donnés, jusqu'à concurrence de 200 livres de - rente, à Jean Caucousin (Arch. nat., JJ 170, no 251), et Oudart - Gentien, qui faisait partie du Parlement depuis 1403 et qui subit - le même sort que son frère, Benoît Gentien, religieux de - Saint-Denis (Cf. Longnon, _Paris pendant la domination anglaise_, - p. 323). Deux procureurs au Parlement, Oudart Correl et Jean de - Combes, furent également mis à mort (Sauval, III, 317. Arch. - nat., X{1c} 124). - -202. Item, celle sepmaine fut depposé de la prevosté des marchans -Guillaume Cyrasse, et y fut mis sire Noel Marchant[450]. - - [450] Guillaume Cirasse ayant été déchargé de la prévôté des - marchands le lundi 6 juin 1418, les maréchaux de France de - Chastellux et de l'Isle-Adam, assistés de Guy de Bar, le - remplacèrent par Noël Marchand, bourgeois de Paris. Le vendredi - suivant, 10 juin, l'échevinage fut complètement renouvelé: - Étienne de Bonpuits, Jean Dupré, Henri Mauloué et Simon Taranne, - qui avaient pris la fuite, firent place à Michel Thibert, - boucher, place aux Veaux, Marcellet Testard, qui devint trésorier - de la reine Isabeau, Jean de Louviers le jeune, ancien échevin, - et Pierre le Voyer (Arch. nat., KK 1009, fol. 2 vº, 3 rº). - -203. Item, en celui temps, on attendoit monseigneur de Bourgongne de jour -en jour, et si n'estoit homme qui peust savoir au vray où il estoit, dont -le peuple fut plus felon, et n'osoit le prevost de Paris faire justice. - -204. Item, celle sepmaine fut fait procureur du roy ung nommé Vincent -Lormoy[451]. - - [451] L'office de procureur du roi au Châtelet était exercé en - 1413 par Guillaume Lormoy, que Guillaume Marescot déposséda le 2 - octobre, en vertu de lettres de substitution qu'il produisit au - Parlement (Arch. nat., X{la} 1479, fol. 267 vº). Nous ignorons - quels liens de parenté existaient entre ce Guillaume Lormoy et - Vincent Lormoy qui, appelé en 1418 aux mêmes fonctions, ne - conserva ce poste que fort peu de temps, car, le 22 septembre - 1421, ses exécuteurs testamentaires demandèrent au Parlement à - être déchargés «de certain tapis vermeil semé d'arbres orbatus et - d'un livre en françois contenant plusieurs livres de devocion» - dont l'évêque de Paris et le procureur général du roi se - disputaient la propriété et que Vincent Lormoy avait reçus en - dépôt (_Ibid._, X{la} 1480, fol. 241; P 1189). - -205. Item, le XXe[452] jour de juing, fut faicte justice d'ung nommé -Boutart[453], qui estoit sergent à cheval, demourant en la grant rue -Sainct-Denis, l'ung des plus mauvais de tous ceulx de la bande, et pour -ce que si mauvais estoit contre le duc de Bourgongne, et [que] moult bel -parleur estoit et grande faconde de homme, il recongnut à sa fin que -quant il vouloit il estoit à l'estroit conseil des bandez, et avoit eu -commission de par le prevost et les autres, environ devant VIII ou IX -jours que les Bourguignons aryvassent à Paris, de faire tuer tout le -quartier des Halles, c'est assavoir, hommes, femmes et enffens, lesquelx -qu'il eust voulu, et leurs biens confisquez à luy et à ceulx qui luy -eussent aidé à fayre ladicte occision. La sepmaine que lesdiz -Bourguignons entrerent à Paris, devoit ce estre fait, et recognut que ung -nommé Simonnet Taranne[454] avoit ung autre quartier pour faire -semblablement[455], et autres de leur maldit conseil devoient ainsi faire -par tout Paris. Mais Dieu qui scet les choses abscondites, qui mua le -conseil d'Olofernes par main de femme, les fist cheoir en la fosse qu'ilz -avoient faicte, comme devant est dit. - - [452] Ms. de Paris: XXIe. - - [453] Pierre Boudaut, sergent à cheval au Châtelet, est mentionné - dans un compte de la prévôté de Paris comme porteur de mandements - notifiant la mise aux enchères, le vendredi 2 octobre 1416, en - l'auditoire du Châtelet, des étaux créés dans les nouvelles - boucheries de Paris (Sauval, III, 274). - - [454] Simon Taranne, fils du changeur Jean Taranne, était échevin - de Paris au moment de l'entrée des Bourguignons. Plus heureux que - son père mis à mort dans l'émeute du 21 août 1418, il réussit à - s'échapper. (Au sujet de ses biens confisqués, cf. Longnon, - _Paris pendant la domination anglaise_, p. 173, 216). - - [455] Ms. de Paris: semblable. - -206. Item, le sabmedi ensuivant, fut decapité Guillaume d'Ausserre[456], -drappier, esleu de Sainct-Eloi, aagé de plus de LXVI ans, qui avoit de -moult belles filles à Paris, toutes femmes d'honneur et[457] d'estat, -lesquelles il vilena moult, car il congnut tant de traïsons contre le -roy et son royaulme, que lui et ceulx de ladicte bande avoient machinées -et fait aliance aux Englois, que fort seroit à croire; et encusa autres, -desquelx furent decapitez ung sergent d'armes, nommé Monmelian, lequel -avoit fait par son pourchaz decapiter le sieur de l'Ours de la porte -Baudet, [et lequel seigneur de l'Ours, environ six sepmaines] après que -les Bourguignons furent entrez à Paris, fut despendu, lui et plusieurs -autres, du gibet, et furent mis en terre saincte, et fait leur service -honnestement. - - [456] Guillaume d'Auxerre, riche drapier de la Cité, originaire - de Bourges, occupa l'échevinage du 10 octobre 1415 au 30 août - 1416; il possédait deux maisons à Paris, l'une rue de la Harpe, - au coin de la rue Percée, l'autre rue Vieille-Plâtrière (Sauval, - III, 295, 316); une partie de ses biens fut la récompense des - services rendus par Jean de l'Isle, l'un des complices de - Perrinet le Clerc (Arch. nat., JJ 171, no 192). Sa veuve Jeanne, - retirée à Bourges, obtint des lettres de rémission le 12 juin - 1427 (Longnon, _Paris pendant la domination anglaise_, p. 266). - Sa fille Marguerite avait épousé Thomas du Han. En même temps que - G. d'Auxerre, furent exécutés maître Pierre la Gode, avocat au - Parlement (Arch. nat., X{la} 1480, fol. 133 vº), et Philippe de - Corbie, maître des requêtes de l'hôtel depuis 1408, suspect au - duc de Bourgogne (Cf. Monstrelet, t. III, p. 201). La maison que - Pierre la Gode possédait rue des Barres passa en novembre 1418 à - Philippot de Juilly, valet tranchant du roi (Arch. nat., JJ 170, - no 139). Philippe de Corbie avait la seigneurie de Sèvres et - Meudon, comme on le voit par le procès qu'engagèrent les tuteurs - et curateurs de ses enfants pour en obtenir la restitution - (_Ibid._, X{la} 4797, fol. 90 vº). - - [457] «D'honneur et» manque dans le ms. de Rome. - -207. Item, ou moys de juing, fut la porte Sainct-Anthoine murée, et -n'avoit à Paris que deux portes ouvertes, c'est assavoir, la porte -Sainct-Denis et celle de Sainct-Germain. - -208. Item, en celle année ne fut nouvelle du Landit, ce ne fu à la fin -que on vendy ung pou de souliers de Breban en trois estaulx en la grant -rue Sainct-Denis, emprès les Filles-Dieu. - -209. Item, la vigille Sainct Jehan furent remises les chesnes de fer[458] -au boutz des rues de Paris, et cuida on tout trouver; mais il s'en -faillit iiic que les bandez en leur vivant avoient degasté en leur -prouffit, on ne scet en quel lieu, et les refist-on moult hastivement. - - [458] Peu de temps avant l'entrée des Bourguignons, Pierre Emery, - bon marchand de Paris, qui avait la confiance du connétable - d'Armagnac, fut chargé d'enlever les chaînes des rues de Paris. - Après sa fin tragique à la Conciergerie, on retrouva chez lui - 29,356 livres de fer en verges et en petites pièces, que l'on - déposa partie à la halle au blé, partie dans l'hôtel de la - Trémoille. Robert le Doyen, quartenier du quartier des Halles, - jugea à propos d'employer ce fer à la réfection des chaînes de - son quartier. Une action judiciaire lui fut intentée par Jeanne - Emery, fille de Pierre Emery, mariée à Thomas de Herlay, à la - suite de laquelle Robert le Doyen se vit condamné, par arrêt du - 10 juin 1430, à payer 342 livres 16 s. par., représentant la - valeur de ces 29,000 livres de fer, dont la provenance fut jugée - douteuse. Robert le Doyen actionna à son tour la prévôté des - marchands en garantie de tous frais et dommages; un arrêt - intervenu le 28 mars 1431 fit droit à sa requête et rendit la - prévôté des marchands responsable de 19,885 livres et demie de - fer en verges et de 862 livres en petites pièces, évaluées 243 - livres parisis; en outre, un supplément d'enquête au sujet des - chaînes du quartier de Saint-Germain-l'Auxerrois fut ordonné - (Arch. nat., X{la} 1481, fol. 43; X{la} 67, fol. 104, 151). - Indépendamment de cette masse considérable que nous voyons - utilisée, il y eut certainement nombre de chaînes «degastées» au - profit de diverses personnes, témoin celles qui furent achetées à - un canonnier peu de temps après la surprise de Paris (_Ibid._, JJ - 171, no 214). - -210. Item, le dimenche IIIe jour de juillet, fut faicte une des plus -belles processions que on eust veu oncques[459]. Toutes les eglises de -Paris s'assemblerent à Nostre-Dame de Paris et de là vindrent à grant -luminaire [et sainctuaires] à Sainct-Marry[460], à Sainct-Jehan en Greve, -et là moult bien devottement prindrent le corps Nostre Seigneur que les -faulx juifz boullirent[461] et l'apporterent moult reverentement, faisans -grans louanges à Dieu, à Sainct-Martin-des-Champs; et alloient les gens -de l'Université deux et deux, c'est assavoir, emprès chascun maistre -alloit ung bourgois au dessoubz de lui, et tous les autres semblablement. - - [459] En présence de l'effervescence populaire qui était loin - d'être calmée, le 24 juin 1418, l'Université de Paris, - représentée par son recteur et un certain nombre de députés, se - joignit au Chapitre de Notre-Dame pour tenter la pacification des - esprits au moyen d'une procession solennelle où serait intercalée - une prédication. Le 27 juin, après mûre délibération, bien qu'il - semblât aux chanoines fort hasardeux de convoquer le peuple «et - de lui prêcher la paix et justice», à moins de le faire avec une - extrême prudence, on décida la procession solennelle, après - s'être assuré le concours du conseil royal, des échevins et de - l'Université. Les dernières dispositions furent prises le 30 - juin: deux chanoines furent chargés de régler avec les députés de - l'Université l'ordre de la procession, pour éviter tout conflit - qui pourrait s'élever pendant la cérémonie entre le Chapitre et - l'Université au sujet de la préséance de l'un ou l'autre de ces - corps (Arch. nat., LL 215, fol. 201). - - [460] «Sainct-Marry» manque dans le ms. de Rome. - - [461] Ms. de Paris: voulurent. - -211. Item, le vendredy ensuivant vindrent les Arminalz de Meaux jusques -devant Paris, et bouterent le feu à la Villette, à la Chappelle et -ailleurs es granches plaines de blez nouveaulx. Si cria on alerme à -Paris, si s'enfouirent, et en eulx en allant [allerent coupper les cordes -des Arminalz qui penduz estoient au petit gibet de Paris[462]; et en eulx -en allant] prindrent grant proie de bestail, [et] prinsonniers pouvres -laboureurs en leurs lis, et le commun de Paris s'arma, mais on ne leur -volt ouvrir la porte sitost, pour ce que sans chief estoient. Tosts[463] -après vint le prevost de Paris, qui yssit à grant compaignie, et eulx le -suyvirent moult asprement. Et fut vray que les Arminas povoient bien -estre à plus de trois lieues loing ains que le prevost yssist, ne le -commun qui moult s'en tint mal comptent, toutes voies suivirent ilz tant -leurs annemys à pié qu'ilz rescouirent[464] presque tous les -prinsonniers, et furent jusques à Langny-sur-Marne, et là leur fut dit -que la grosse bataille povoit [ja] bien estre à trois grosses lieues -loing; lors s'en revindrent le mieulx qu'ilz porent, moult las, car moult -faisoit grant chault, et on ne trouvoit rien nulle part que es bonnes -villes, car pour la guerre on y mettoit tout. Quant ilz furent venus à -Paris, si furent moult courroucez et vouldrent aller tuer les -prinsonniers arminalx du Chastellet, se n'eust esté le cappitaine de -Paris[465] qui par doulces parolles les appaisa. Et tantost après on fist -faire les barrieres devant Chastellet, mais neantmoins convint il mener -les gros prinsonniers à tres grant compaignie de gens d'armes à la porte -Sainct-Anthoine, ou autrement eussent esté tuez du peuple. - - [462] Le petit gibet doit s'entendre des fourches patibulaires - qui furent érigées vers 1416 «outre Saint-Laurent, hors Paris, - sur une petite montagne», à proximité de l'ancienne et grande - justice, dont l'état de délabrement exigeait des réparations - (Sauval, t. III, p. 273). - - [463] Ms. de Paris: item. - - [464] Ms. de Paris: recouvrirent. - - [465] Charles de Lens, amiral de France, remplissait les - fonctions de capitaine de Paris au nom du duc de Bourgogne (Cf. - Monstrelet, t. III, p. 273). - -212. Item, vray est que en icellui temps Soissons se rendit aux -Bourguignons, et prindrent des gros bourgoys de la ville qui estoient -Arminalx, desquelx ilz firent justice, car ilz congneurent à la mort que -dedens iiii jours [ilz avoient en pencée] de tuer par nuyt ou par jour -tous ceulx qui estoient de la partie au duc de Bourgongne, et femmes et -enfens faire noyer en sacs qu'ilz avoient tous propres fais faire à -femmes moult voulentaires à la faulce traistre bande. - -213. Item, vray est qu'ilz avoient fait faire monnoye de plon tres grant -foison, et en devoient bailler aux diseniers de la ville de Paris, selon -ce qu'ilz avoient de gens en leurs dizaines qui estoient de la bande, et -n'en devoit avoir [nul] autre que ceulx; et devoient aller parmy les -maisons lesdiz bandez par tout Paris à force de gens armez portant -ladicte bande, disant partout: «Avez vous point de telle monnoye?» S'ilz -disoient: «Veez en ci!» ilz passoient oultre [sans plus dire]; s'ilz -disoient: «Nous n'en avons point!» ilz devoient tout estre mis à l'espée, -et les femmes et enfans noyez. Et estoit la monnoye telle: ung pou plus -grant que ung blanc de IIII deniers parisis, en la pille ung escu à deux -lieppars l'un sur l'autre, et une estoille sur l'escu, en la croix; à ung -des quingnez une estoille, à chascun bout de la croix une couronne[466]. - - [466] Notre chroniqueur avait annexé à son récit un dessin - représentant cette monnaie; ainsi s'explique le début de sa - description: «Et estoit la monnoie telle», c'est-à-dire «telle» - qu'elle se trouvait figurée dans le texte; malheureusement ce - dessin n'est que grossièrement indiqué dans le ms. de Rome et ne - peut donner aucune idée d'une pièce dont il n'existe probablement - aucun spécimen. - -214. Item, le jeudi XIIIIe jour de juillet vint la royne à Paris, et la -admena le duc de Bourgongne et la presenta au roy au Louvre, laquelle -avoit esté longtemps comme bannie et hors de France par les bandez, se le -duc de Bourgongne ne l'eust secourue, qui tousjours en son exil l'onnoura -comme sa dame, et la rendy à son signeur le roy de France, moult -honnorablement le jour dessusdit. Et fut à leur venue la porte -Sainct-Anthoine desmurée, et furent les bourgois de Paris vestuz tous de -pers; et furent receus avecque telle honneur et joye que oncques dame ou -signeur avoit esté en France, car par tout où ilz passoient, on crioit à -haulte voix «Nouel!» et pou y avoit gent qui ne plourassent de joie et de -pitié[467]. - - [467] Voy., au sujet de la réception enthousiaste qui fut faite - au duc de Bourgogne et à la reine, Monstrelet (t. III, p. 273), - ainsi que la chronique des Cordeliers (t. VI, p. 260), où l'on - constate que, pendant le séjour du roi au Louvre, Jean Sans-Peur - habita son hôtel d'Artois, et qu'aussitôt le retour de Charles VI - à Saint-Pol il alla lui-même se loger à proximité dans un grand - hôtel situé devant l'hôtel des Tournelles, dit l'Hôtel-Neuf. - -215. Item, la sepmaine ensuivant, avoit à Sainct-Denis en France ung -[cappitaine] nommé Jehan Bertran[468], aussi bon homme d'armes et aussi -proud'homme pour son signeur comme nul c'om sçeust en tout le royaulme de -France, mais pas n'estoit de grant lignaige. Si acroissoit sa renommée -de jour en jour[469] pour le bon sens et proesse qu'il avoit; si en orent -les Picquars si grant envie qu'ilz l'espierent le lundi ensuivant que la -royne vint à Paris, entre Paris et Sainct-Denis endroit la Chappelle de -la ville[470], et là l'assaillirent en traïson et le navrerent de lances -et d'espées; moult se deffendi longuement, mais riens ne lui vallu, car -il n'estoit que lui cinquiesme; enfin le despecerent tout et murtrirent, -dont le duc de Bourgongne fut si dolent quant il le sceut, que il -commença à lermer moult fort des yeulx, mais autre chose n'en osa faire -pour paour d'esmouvoir le commun, qui fut si esmeu quant ilz le sceurent -que à tres grant peine furent apaisiez[471]. - - [468] Jean Bertrand, capitaine de Saint-Denis, exerçait d'abord - dans cette ville la profession de boucher. Compromis en 1413 dans - la sédition cabochienne, il fut banni le 28 juillet 1414 et se - retira auprès des Bourguignons. Il figure, comme «bouchier de - Saint-Denis», parmi les fauteurs de troubles qu'énumère le - mandement royal du 30 août 1416 (Cf. Monstrelet, t. III, p. 154). - Le récit de sa mort, donné par l'auteur de notre journal, est - conforme, sauf quelques détails, à celui que nous lisons dans les - lettres de rémission accordées en mai 1420 à deux écuyers qui - avaient participé à cet événement. D'après ces lettres, - quelques-uns des gens de guerre servant sous l'étendard de Jean - de Luxembourg, ayant été dépouillés par Jean Bertrand et ayant - obtenu de lui, pour toute réponse à la réclamation de leurs - biens, qu'il se garderait bien d'eux, «se mirent en aguet en la - Chappelle Saint-Denis lez Paris» et l'attendirent au passage. - Bertrand, retournant à Saint-Denis et se méfiant de quelque - piège, poussa sur les compagnons embusqués et en blessa un, nommé - le bastard Remi, d'un coup de lance; c'est alors que les autres - fondirent sur lui et le laissèrent mort sur place (Arch. nat., JJ - 171, nos 115 et 117). - - [469] Ms. de Paris: si augmentoit sa renommée tous les jours. - - [470] Ms. de Paris: entre la Chappelle et la ville. - - [471] Ms. de Paris: rassasiez. - -216. Item, en ce temps, les Arminalz faisoient moult souvent grans griefz -autour de Paris, et prindrent celle sepmaine mesmes Moret[472] en -Gastinoys, et tuerent grant partie du peuple sans mercy. - - [472] Ms. de Paris: Milly. - -217. Item, le XXe jour dudit moys de juillet, les Angloys prindrent le -Pont-de-l'Arche[473] par deux cappitaines failliz et recreans, l'un nommé -Guillaume, et l'autre Robinet de Bracquemont, et le rendirent par leur -mauvaistie, avant que les tryeves fussent faillies, car ilz sçavoient -bien que le secours venoit de Paris tres grant, pour y estre à la -journée. - - [473] Pont-de-l'Arche se rendit aux Anglais après quelques jours - de siège; la capitulation conclue par Jean de Graville, Pierre de - Rouville, Jacques de Chiffrevast, Jean d'Iffreville et Robert de - Braquemont, est un peu antérieure au 19 juillet 1418 (Rymer, t. - IV, 3e partie, 58). Les deux capitaines auxquels notre - chroniqueur impute la reddition de Pont-de-l'Arche étaient Robert - de Braquemont, dit Robinet (amiral de France depuis le 22 avril - 1417, nommé le 2 janvier 1418 lieutenant général pour le roi dans - les bailliages de Rouen, Gisors, Caux), et son frère Guillaume de - Braquemont; ce qui justifierait jusqu'à un certain point cette - opinion, c'est la faveur qui s'attacha à la personne de Pierre de - Rouville, gendre de Robert de Braquemont, complètement rallié à - la cause anglaise (Voir la notice de M. Ch. de Beaurepaire, - _Bibl. de l'École des chartes_, 1875). - -218. Item, en icellui temps avoit à Paris ung chevalier du guet[474], -nommé messire Gaultier Rallart, qui nulles foys n'alloit au guet qui -n'eust devant lui III ou IIII menestriers jouans de haulx instrumens, qui -moult estoit estrange chose au peuple, car ilz disoient qu'il sembloit -qu'il deist aux malfaicteurs: «Fuiez vous en, car je vien.» - - [474] Voici les noms des chevaliers du guet qui se succédèrent à - Paris de 1408 à 1436.--1º FLORENT D'ENCRE, chambellan de Jean - Sans-Peur, est cité comme chevalier du guet le 20 avril 1409 - (Arch. nat., Z 5187, fol. 144); au mois de septembre 1413 il - était capitaine de Melun (_Ibid._, JJ 167, fol. 267). 2º BERTRAND - D'ENFERNET occupait le poste de chevalier du guet le 13 octobre - 1414; à cette date, le Parlement lui défend de s'attaquer à Colin - de la Chapelle, sergent à verge et collecteur du guet des métiers - (_Ibid._, X{la} 4790, fol. 146). 3º GAUCHER RAILLART, capitaine - bourguignon, qui conduisit les Parisiens au siège de Montlhéry - (Monstrelet, t. III, p. 291; Cousinot, p. 173) et qui prit part à - l'expédition dirigée contre la tour du Tramblay (Arch. nat., - X{la} 1480, fol. 208), représente cet étrange chevalier du guet - mis en scène dans le Journal parisien. 4º MORELET DE BÉTHENCOURT - remplit la charge de chevalier du guet pendant l'occupation - anglaise, au moins durant toute la période comprise entre les - années 1428 et 1436. - -219. Item, touzjours faisoient les pouvres gens le guet[475] et feux, et -veillier toute nuyt. Et si estoit la buche si chiere que touzjours la -buche de Bondiz coustoit XIII ou XIIII solz parisis, [celle de Griesve la -plus petite estoit à XXVI solz parisis, le molle à X solz parisis], le -sac de charbon XIII ou XIIII solz parisis[476], et nul temps on n'avoit -que ii ou iii œufs pour ung blanc, la livre de beurre au meilleur marché -VI blans, tres petit vin pour VI deniers parisis à la pinte. - - [475] Ce n'est pas seulement sur les remparts et aux portes de - l'enceinte que se faisait le guet. En effet le Chapitre de - Notre-Dame décida, le 27 juillet, que toutes les nuits on - veillerait à la porte du cloître, près de Saint-Jean-le-Rond, et - que tous les habitants du cloître attachés à Notre-Dame seraient - astreints à ce service, sous peine, pour chaque absent, de 2 sous - d'amende (Arch. nat., LL 215, fol. 204). - - [476] Ms. de Paris: XIIII ou XV. - -220. Item, le dimenche XXIe jour d'aoust, fut fait en Paris une grant -[esmeute][477] terrible et orrible et merveilleuse; car pour la cause que -tout estoit si cher à Paris [et] que on ne gaingnoit rien pour les -Arminaz qui estoient autour de Paris, s'esmut le peuple celui jour, et -tuerent et abatirent ceulx qu'i porent sçavoir qui estoient de ladicte -bande, et comme dervez s'en furent en[478] Chastellet et l'assaillirent -de droit assault; et cilz qui dedens estoient, qui bien savoient la malle -voulenté du commun, especial aux Arminalx, eulx deffendirent moult -efforceement[479], et gectoient tuilles et pierres et ce qu'ilz -povoient[480] pour cuider eslonguer leurs vies. Mais ce ne leur vallut -rien, car le Chastellet fut eschellé de toutes pars, et descouvert[481] -et prins par force, et tous ceulx de dedens mis à l'espée, et la plus -grant partie fist on saillir sur les carreaulx, où la grant compaignie -estoit du peuple qui les occioient sans mercy de plus de cent plaies -mortelles; car trop souffroit le peuple de griefz par eulx, car riens ne -povoit venir à Paris qui ne fust rançonné deux foys plus qu'il ne -valloit, et toutes nuys guet de feu, de lanternes en my les rues, aux -portes[482], faire gens d'armes et riens gaigner, et tout cher plus que -de raison[483] par les faulx bandez qui tenoient maintes bonnes villes -d'entour Paris, comme Sens, Moret, Meleun, Meaulx en Brye, Crecy[484], -Compigne, Mont-le-Hery, et plusieurs autres forteresses et -chasteaulx[485], où ilz faisoient tous les maulx que on peust faire ne -pencer. Car par eulx fut plus martiré de gens que ne firent les anxiens -annemys de chrestienté, comme Dyoclecien et Maximien, et autres qui -firent à Romme martirer plusieurs sains et saintes, mais leur tyrannie -n'estoit point acomparegée[486] ausdiz bandez, comme Dieu scet; par quoy -ledit peuple estoit ainsi esmeu contre eulx, comme davant est dit. - - [477] L'émeute commença le samedi 20 août, vers dix heures du - soir, et dura toute la nuit ainsi que le jour suivant (Arch. - nat., X{la} 1480, fol. 142, 143; Conclusions de la nation - d'Allemagne, reg. 7 des Arch. de l'Université). Une foule de gens - armés, appartenant aux classes les plus infimes de la société, se - porta d'abord au Grand Châtelet et renouvela les scènes du 12 - juin; on peut citer parmi ceux qui furent «précipités es prisons» - Aimeri de Vauboulon, Pierre de Campignolles, Jean Tesson, J. de - Courbes (Sauval, III, 294). - - [478] Ms. de Paris: s'enfuirent au. - - [479] Ms. de Paris: moult efforçoient. - - [480] Ms. de Paris: ce qu'ilz trouvoient. - - [481] Ms. de Paris: destruict. - - [482] Au commencement de septembre 1418, Paris se trouvant - dégarni par suite de l'envoi de ses défenseurs au siège de - Montlhéry et au secours de Rouen, les mesures les plus - rigoureuses furent prises pour assurer la garde de la ville; des - lettres de Charles VI, en date du 4 septembre 1418, autorisèrent - les prévôt des marchands et échevins à contraindre toutes - personnes privilégiées ou non, officiers royaux, gens d'église, à - faire le guet, avec faculté d'infliger aux contrevenans des - amendes graduées jusqu'à 20 sols parisis (Arch. nat., K 950, no - 25). - - [483] Tout ce membre de phrase manque dans le ms. de Rome. - - [484] Après la reddition de Crécy en Brie, qui eut lieu vers le - mois de janvier 1421, «les gens d'eglise, nobles, bourgois, - manans et habitans de cette ville» obtinrent une rémission - générale (Arch. nat., JJ 171, no 283). - - [485] Entre autres Brie-Comte-Robert, alors occupé par les - «desobeissans» (Arch. nat., X{la} 4793, fol. 17). - - [486] Ms. de Paris: accompagnée. - -221. Item, dudit Chastellet, quant ilz orent mis à l'espée tous ceulx -qu'ilz porent trouver, s'en allerent au Petit Chastellet, où ilz orent -moult fort assault; mais ce ne leur vallu riens, car tous furent tuez -comme ceulx du Grant Chastellet, de là s'esmurent[487] pour venir au -chasteau de Sainct-Anthoine. Lors vint le duc de Bourgongne à eulx, qui -les cuida apaisier par doulces parolles, mais riens n'y valu; car ilz -s'en fuirent, comme gens dervez, droit au chasteau et l'assaillirent à -force, et percerent portes [et tout] à pierres qu'ilz gectoient encontre; -et nul si hardy de en hault qui s'osast monstrer, car ilz leur envoyoient -sajettes et cannons si tres dru que merveilles. Grant pitié en avoit le -duc de Bourgongne, qui là affouy [à grant haste], acompaignié de -plusieurs grans signeurs et gens d'armes, pour leur cuider faire -cesser[488] l'assault pour la compaignie qu'il admenoit, mais oncques, -pour puissance qu'il eust, ne lui, ne sa compaignie ne les porent -apaisier, si ne leur monstroit tous les prinsonniers qui là estoient, et -s'ilz n'estoient admenez ou Chastellet de Paris, que ilz disoient que -ceulx que on mettoit oudit chasteau estoient touzjours delivrez par -argent, et les boutoit on [hors] par les champs, et faisoient après plus -de maulx que devant, et pour ce les vouloient avoir. Et quant le duc de -Bourgongne vit la chace ainsi, que bien veoit qu'ilz disoient verité, si -leur delivra, par ainsi que nul mal ne leur feroient, et ainsi fut -accordé d'une part et d'autre, et furent admenez par les gens du duc de -Bourgongne, et estoient, que ung que autre, environ vingt[489]. Quant ilz -vindrent pres du Chastellet, si furent moult esbahiz, car ilz trouverent -si grant nombre de peuple, que oncques, pour puissance qu'ilz eussent, ne -les porent[490] sauver qu'ilz ne fussent tous martirez de plus de cent -plaies; et là furent tuez cinq chevaliers, tous grans signeurs, comme -Enguerran de Malcongnat[491] et son filx, premier chambellan du roy -nostre sire, monseigneur Ecthor de Chartres[492] et plusieurs autres, -Charlot Poupart[493], argentier du roy, le vielz Taranne[494] et ung de -ses filx, dont le duc de Bourgongne fut moult troublé, mais autre chose -n'en osa faire. - - [487] Ms. de Paris: survindrent. - - [488] Ms. de Paris: pour leur faire cuider laisser l'assaut. - - [489] Sept prisonniers, suivant la chronique des Cordeliers (p. - 263), huit ou neuf d'après le récit du greffier Clément de - Fauquembergue, furent extraits de la Bastille et confiés aux - massacreurs; parmi les victimes, indépendamment de celles - mentionnées ci-après, il faut compter Étienne de Mauregard, - secrétaire du roi (Religieux de Saint-Denis, t. VI, p. 265). Deux - chevaliers, Jacquelin Trousseau et Jacques de Montmor, grâce «à - l'ayde et intercession d'aucuns de leur cognoissance», réussirent - à préserver leur existence (Arch. nat., X{1a} 1480, fol. 142, - 143). - - [490] Ms. de Paris: sceurent sauver. - - [491 Enguerran de Marcognet, premier écuyer d'écurie du duc - d'Orléans en 1393, puis chambellan de Charles VI, s'unit en - premières noces avec Jeanne Sance, veuve de Jean le Breton, et lui - constitua, par acte passé le 4 octobre 1393 sous le sceau de la - prévôté de Paris, un douaire de trois mille francs d'or, dont les - deux tiers furent donnés par le duc d'Orléans, la somme totale - devant être remise entre les mains d'un ami de l'épousée, Simon de - Dammartin, bourgeois de Paris (Arch. nat., Y 2, fol. 238). - Enguerran de Marcognet contracta un second mariage qui, - semble-t-il, ne fut pas heureux, puisque sa femme, Michelle, se - vit réduite à assigner son mari devant le Châtelet, pour lui - réclamer une pension alimentaire. Elle survécut nombre d'années à - son mari, et son testament fut enregistré le 15 juillet 1433 par - le Parlement. Enguerran de Marcognet remplit jusqu'au 31 octobre - 1411 les fonctions de bailli de Melun (Arch. nat., X{1a} 1479, - fol. 173 vº); il laissa deux enfants, Isabeau et Louis de - Marcognet, probablement issus de son premier mariage. (Longnon, - _Paris pendant la domination anglaise_, p. 65.) - - [492] Hector de Chartres, que Juvénal des Ursins qualifie de - maître de l'hôtel du roi, était, en 1408, maître des eaux et - forêts pour les pays de Picardie et de Normandie (Arch. nat., KK - 16, fol. 159 vº). - - [493] Le 5 juin 1390, Charles Poupart, valet de chambre du roi, - fut nommé argentier au lieu d'Arnoul Boucher (Arch. nat., KK 21, - fol. 2); en 1412, l'Université le signala dans ses remontrances - au roi comme coupable de dilapidations; on lui reprochait d'avoir - acquis «grans rentes et possessions», ce qu'il n'avait pu faire, - disait-on, avec les seuls gages de son office (Monstrelet, t. II, - p. 312). - - [494] Jean Taranne, riche changeur sur le Pont, était dès 1416 - l'un des notables de sa corporation (Arch. nat., Z{1b} 2). - Concessionnaire, avec Michel de Lailler, des trente-deux loges - édifiées sur le pont Saint-Michel (Sauval, III, 271), il exerçait - en même temps la profession d'orfèvre, et fournit à la cour de - grandes nefs d'argent doré entre autres pièces importantes - d'orfèvrerie (Arch. nat., KK 29, fol. 115 et suiv.). Il fut l'un - des prisonniers de la Bastille que Capeluche décapita au - Châtelet; celui de ses fils qui périt avec lui n'est point - Simonnet Taranne, lequel parvint à s'échapper. Après la mort de - Jean Taranne, sa veuve se retira à Orléans, chez Étienne - l'Amirant (_Ibid._, X{2a} 18, avril 1426). Au sujet de ses biens, - cf. Longnon, _Paris pendant la domination anglaise_, p. 173. - -222. Item, après ce l'occision, droit en l'ostel de Bourbon[495] s'en -allerent, et misdrent à mort aucuns prinsonniers; (qu)'ilz y trouverent -en une chambre une queue plaine de chausses-trapes, et une grant baniere -comme estandart, où il avoit ung dragon figuré, qui par la gueule[496] -gectoit feu et sang. Si furent plus meuz en ire que davant, et la -portèrent tout parmy Paris, les espées [toutes] nues, criant sans raison: -«Veez cy la baniere que le roy d'Angleterre avoit envoiée aux faulx -Arminalz, en signifiance de la mort dont ilz nous devoient faire mourir.» -Et ainsi criant, quant ilz orent partout monstré, la porterent au duc de -Bourgongne, et quant il l'ot veue, sans plus dire, fut mise à terre, et -marcherent dessus, et en print chascun qui en pot avoir sa piece, et en -misdrent les pieces au boutz de leurs espées et de leurs haches. - - [495] L'hôtel de Bourbon, situé près du Louvre, entre les rues - des Poulies et d'Autriche, affectait la forme d'une croix - irrégulière, dont trois branches aboutissaient aux voies - publiques et la quatrième à l'hôtel de Marigny; reconstruit vers - 1390, cet hôtel passait pour l'une des plus somptueuses demeures - du vieux Paris; après l'adjudication qui en fut faite, en - novembre 1425, au profit du chapitre de - Saint-Germain-l'Auxerrois, il devint la propriété du duc de - Bedford le 2 décembre 1426. Marie d'Anjou, la jeune épouse ou - fiancée du dauphin, y trouva un refuge au moment de l'invasion - des Bourguignons à Saint-Paul et fut témoin de toutes ces scènes - de désordre (Voy. A. Berty, _Topographie historique du Vieux - Paris_, t. I, p. 33). - - [496] Ms. de Paris: gorge. - -223. Item, toute celle nuyt ne dormirent[497], ne ne cesserent de querir -et de demander partout se on savoit nulz Arminalx; aucuns en trouverent -qui furent tuez et mis à mort sur les carreaulx tous nuds. - - [497] Ms. de Paris: ne demourerent. - -224. Item, le lundi ensuivant, XXIIe jour d'aoust, [furent] encusées -aucunes femmes, lesquelles furent tuées et mises sur les carreaulx sans -robbe que de leur chemise, et ad ce faire estoit plus enclin le bourreau -que nulz des autres; entre lesquelles femmes il tua une femme grosse, qui -en ce cas n'avoit aucune coulpe, dont il advint ung pou de jours après -qu'il en fut prins et mis en Chastellet, lui IIIe de ses complices, et au -bout de trois jours après eurent les testes coppées[498]. Et ordonna le -bourreau la maniere au nouveau bourreau comment il devoit copper teste, -et fut deslié et ordonna le tronchet pour son coul et pour sa face, et -osta du boys au bout de la doloaire et à son coustel, tout ainsi comme -s'il voulsist faire ladicte office à ung autre, dont tout le monde estoit -esbahy; après ce, cria mercy à Dieu et fut décollé par son varlet. - - [498] Capeluche couronna ses méfaits par l'outrageante - familiarité avec laquelle il traita le duc de Bourgogne, se - permettant de toucher la main de ce prince et de l'appeler son - «beau-frère»; arrêté le 23 août dans un cabaret des Halles et - condamné à mort par un jugement du prévôt de Paris, il fut - décapité le vendredi 26 août avec deux de ses complices, et - «eurent chascun d'eulx ung poing copé es halles de Paris, et leur - corps mis au gibet» (Arch. nat., X{la} 1480, fol. 144). Afin - d'éviter tout mouvement populaire le jour de cette triple - exécution, les bourgeois de Paris en armes occupèrent les - carrefours. - -225. Item, en celui temps, vers la fin du moys d'aoust, faisoit si grant -chalour de jour et de nuyt, que homme ne femme ne povoit dormir par nuyt, -et avec ce estoit tres grant mortalité de boce et d'espidymie, et tout -sur jeune gent et sur enfens. - -226. Item, celuy an, demouroient les blez et les advoynes [aux champs] à -sayer tout autour de Paris, que nul n'y osoit aller pour les Arminaz qui -tuoient tous ceulx qu'ilz povoient prendre qui estoient de Paris. Pour -quoy la commune de Paris s'esmut, et allerent devant Montlehery[499], et -y furent [environ] X ou XII jours, et firent le mieulx qu'ilz porent, et -eussent gaigné le chastel et les traistres de dedens, se n'eussent esté -aucuns gentilzhommes[500] qui avec eulx estoient, qui les devoient garder -et mener; mais, quant ilz virent que la commune besongnoit si bien, si -parlementerent aux Arminalx qui bien veoient qu'ilz ne povoient -longuement durer contre la commune, qui si asprement les assailloit de -jour et de nuyt, et prindrent grant argent des Arminaz, par ainsi qu'ilz -feroient lever le siege, et ainsi firent ilz quant ilz orent l'argent. Si -firent entendant aux bonnes gens, que vrayement il venoit ung tres grant -secours à ceulx du chastel, et qui se pouroit sauver, si se sauvast, que -plus ne seroient là, et se partirent. Quant ce virent la commune, si se -departirent [de là] moult courcez, et quant ilz vindrent pres de Paris, -on leur ferma les portes, et demourerent à Sainct-Germain, à -Sainct-Marcel, à Nostre-Dame-des-Champs, ii ou iii jours et nuys; et les -Arminalz, tantost après le departement du siege[501], couroient jusques -au bout desdiz villaiges où estoient noz gens pour les cuider -sourprendre, mais oncques pour leur puissance ne les porent grever. Et si -n'avoient nul cappitaine que de ceulx de Paris, car les gentilzhommes qui -les avoient laissez cuidoient que les Arminalz les deussent tous tuer, -mais oncques Arminaz ne les oserent assaillir; et vray estoit que qui -eust laissé faire les communes, il n'y eust demouré Arminac en France en -mains de deux moys qu'ilz n'eussent mis à fin; et pour ce les hayoient -les gentilzhommes qui ne vouloient que la guerre, et ilz la vouloient -mettre à fin. Quant on vit qu'ilz avoient si grant voulenté d'affiner la -guerre, on les laissa entrer dedens Paris, et allerent faire leur labour; -et les Arminalz faisoient du pis qu'ilz povoient, car ilz tuoient femmes -et enfens, et boutoient feux autour de Paris[502], et si n'estoit homme -nul qui y meist remede aucun. - - [499] Ce n'est point de leur plein gré que les Parisiens - entreprirent cette expédition. Voici ce que porte l'un des - registres du Parlement à la date du 30 août: «Par l'ordonnance - des gens du conseil du roy, on fist vuidier de Paris les gens de - menu peuple pour aler en la compaignie de certain nombre de gens - d'armes au siege de Montlehery»; l'éloignement de cette populace - remuante étant le seul moyen d'éviter le retour des désordres qui - avaient ensanglanté les rues de Paris. (Arch. nat., X{la} 1480, - fol. 144 vº.) - - [500] Louis de Berghes, seigneur de Cohen, et Gautier de Ruppes, - capitaines bourguignons, étaient avec Gaucher Raillart, chevalier - du guet de Paris, à la tête des gens de guerre qui accompagnèrent - la milice parisienne au siège de Montlhéry (Cousinot, _Geste des - nobles_, p. 173; Monstrelet, t. III, p. 291; Chron. des - Cordeliers, p. 264). - - [501] A l'approche de Tanneguy du Châtel, lieutenant du dauphin, - qui entra le 10 septembre à Étampes, les Bourguignons levèrent - précipitamment le siège de Montlhéry, abandonnant ou brûlant leur - matériel (Cousinot, _Geste des nobles_, p. 174). Dans la nuit du - mardi 13, la garnison de Montlhéry s'enhardit jusqu'à faire une - incursion aux portes mêmes de Paris. «Ce jour, après mynuit, - raconte le greffier Clément de Fauquembergue, vindrent courir - devant Paris les gens d'armes de la garnison de Montlehery et - autres favorisans du conte d'Armaignac, et bouterent le feu en - pluseurs maisons du fourbourg de Saint-Germain-des-Prez, et se y - tindrent jusques au plain jour, et y tuerent IIII ou V personnes» - (Arch. nat., X{la} 1480, fol. 146). - - [502] Après les courses faites par les partisans du dauphin dans - le bourg Saint-Germain-des-Prés, où ils avaient «bouté feuz, tué - et meudry gens, emmené aucuns d'eulx prinsonniers» et mis les - maisons au pillage, les habitants, désireux de se mettre à l'abri - de pareilles tentatives, demandèrent à l'abbé de - Saint-Germain-des-Prés la permission d'établir des barrières en - bois; l'abbé Guillaume fit droit à leur requête et le 23 novembre - 1418 accorda l'autorisation demandée (Arch. nat., K 59, no 22). - -227. Et d'autre part estoient les Angloys devant Rouen de toutes pars -assiegez, qui moult faisoient de grief de toutes pars à ceulx de Rouen, -et[503] si n'estoit homme nul qui aucun secours leur envoiast; si leur -convint perdre l'abbaye de Saincte-Katherine-du-Mont de Rouen[504], dont -furent moult affoiblyz, mais à souffrir leur convint; et tout ce estoit -par les faulx traistres de France qui ne vouloient que la guerre; car -bien savoient tous combien de rançon ilz devoient paier, se prins -estoient. - - [503] Ce membre de phrase est omis dans toutes les éditions. - - [504] Les Anglais s'emparèrent le 30 août du fort - Sainte-Catherine, qui dominait la ville et le fleuve (Vallet, - _Hist. de Charles VII_, t. I, p. 117). - -228. Alloit ainsi le [royaulme de] France de pis [en pis], et povoit on -mieulx dire la Terre Deserte que la terre de France. Et tout ce estoit, -ou la plus grant partie, par le duc de Bourgongne qui estoit le plus long -homme en toutes ses besongnes c'om peust trouver[505] car il ne se -mouvoyt d'une cité [quant il y estoit, ne que] se paix fust partout, se -le peuple par force de plaintes ne l'esmouvoit, dont tout enchery en -Paris [de plus en plus][506]. Car il estoit en septembre le commencement -d'yver que on se devoit garnir, et ung cent de bonne buche valloit -touzjours II frans, ung sac de charbon, XVI solz parisis; le moulle X ou -XII solz parisis; la livre de beurre sallé, VII ou VIII blans en -gros[507]; œufs, II deniers parisis la piece; ung petit fromaige, III -solz parisis; bien petites poires ou pommes, ung denier la piece; deux -petiz oingnons, II deniers parisis; bien petit vin pour II ou III blans, -et ainsi de toutes choses. - - [505] L'un des annotateurs du manuscrit de Rome, frappé de cette - attaque dirigée contre le duc de Bourgogne par un Bourguignon, a - inscrit à la marge la remarque suivante: «Contre le duc de - Bourgongne, combien que l'autheur soit pour lui» (fol. 54 vº). - Dans le ms. de Paris, le mot _long_, qui donne un sens - défavorable à la phrase, est remplacé par _grant_, mais cette - leçon nous paraît mauvaise. - - [506] Le renchérissement prodigieux des denrées fit cruellement - souffrir la population parisienne. Les documents contemporains - témoignent de la dureté des temps et de l'extrême difficulté de - la vie matérielle. Le 17 août 1418, le chapitre de Notre-Dame, - ayant égard à la pauvreté de l'Hôtel-Dieu, à la perte de ses - revenus, à la cherté et au manque de vivres nécessaires à - l'entretien des pauvres et des serviteurs de cet établissement, - autorisa son maître à recevoir des exécuteurs testamentaires du - doyen J. Chanteprime les 400 francs légués à l'Hôtel-Dieu. - Quelques jours plus tard, le duc de Bourgogne étant venu à - Notre-Dame et ayant laissé un noble d'or pour le clergé - inférieur, les malheureux prêtres se disputèrent ce présent avec - acharnement, telle était leur pénurie (Arch. nat., LL 215, fol. - 206, 207). Voici maintenant les réflexions que suggère au - greffier du Parlement l'état misérable de la capitale à la - mi-octobre: «Combien que le peuple de Paris fut grandement - diminué tant par le fait des guerres comme de l'epidimie, - neantmoins estoient les vivres en grant chierté à Paris, et - vendoit-on busche, blefs et avoines à plus hault pris que on - n'avoit fait longtemps avant.» (Arch. nat., X{la} 1480, fol. - 151.) - - [507] Ms. de Paris: et gros œufs. - -229. Item, en cellui moys de septembre, fut mandé le duc de Bretaigne de -par le roy, et y vint à Corbeil, de là à Sainct-Mordes-Fossez[508]. Et -là vint la royne, le duc de Bourgongne et plusieurs autres signeurs; là -firent-[ilz] une paix telle quelle, [que] voulsist ou non la royne. Tout -fut pardonné aux Arminalz, les maulx qu'ilz avoient faiz, et si estoit -tout prouvé[509] contre eulx qu'ilz estoient consentans de la venue du -roy d'Engleterre, et qu'ilz en avoient eu grans deniers dudit roy; item, -de empoisonner[510] les deux ainsnez filz du roy de France, et savoit-on -bien que ce avoit esté et fait faire, et de l'empoisonnement du duc de -Holende, et de bouter hors la royne de France de son royaulme[511]. Et si -convint tout mettre ce à nyant, ou se non ilz eussent destruit tout le -royaulme de France et livré aux Engloys le daulphin qu'ilz avoient devers -eulx. Ainsi fut faicte celle paix, qui que en fust courcé ou joyeulx, et -fut criée parmy Paris à quatre trompes et à six menestriers, le lundi -XIXe jour de septembre l'an IIIIc XVIII[512]. - - [508] Jean VI, duc de Bretagne, mari de Jeanne de France, - troisième fille de Charles VI, fut chargé de négocier la paix - entre le dauphin et le duc de Bourgogne; il vint à Corbeil en - compagnie des ducs d'Anjou et d'Alençon et se rencontra le 13 - septembre, au pont de Charenton, avec Jean Sans-Peur, qui le - reçut à dîner en son logis de Conflans-Sainte-Honorine; mais les - négociations ne purent aboutir immédiatement et se continuèrent - les jours suivants à Saint-Maur-des-Fossés, où fut délibéré le - traité de paix connu sous le nom de traité de Saint-Maur; ce - pacte fut conclu le 16 septembre 1418 au château de Vincennes, en - présence des ducs de Bourgogne, de Bretagne et de la reine, qui - ne paraît pas, quoi qu'en dise le chroniqueur, avoir soulevé de - difficulté (Arch. nat., X{la} 1480, fol. 147). - - [509] Ms. de Paris; tout premier. - - [510] Ms. de Paris: emprisonner. - - [511] Toutes ces accusations, est-il besoin de le dire, sont - mensongères et représentent autant d'imputations calomnieuses - inventées par les Bourguignons qui, dès 1417, s'en firent une - arme contre le connétable d'Armagnac. - - [512] Ce même jour, le chancelier Eustache de l'Aître fit publier - au Parlement le traité de paix, dont la teneur existe dans le - registre des Ordonnances (Arch. nat., X{la} 8603, fol. 36). - -230. Item, en cedit moys, au commencement, [fut] depposé de la prevosté -de Paris le Beau de Bar[513], et y fut mis ung escuier nommé Jacques -Lamben[514]. - - [513] Guy de Bar, envoyé vers Rouen en qualité de lieutenant - général de Normandie, ne perdit point sa charge de prévôt de - Paris, comme le prouvent les lettres rendues le 20 août 1418, qui - le maintinrent dans ses fonctions et déclarèrent que Jacques - Lamban, bailli de Vermandois, n'était que provisoirement commis à - la garde de la prévôté, en l'absence du titulaire (Arch. nat., - X{la} 8603, fol. 32 vº). - - [514] Jacques Lamban, seigneur de Semeuse, châtelain de Rethel - jusqu'en 1404 et signalé en 1413 comme l'un des fauteurs de la - conspiration cabochienne (Monstrelet, t. VI, p. 117), se réfugia - auprès du duc de Bourgogne, qui utilisa ses services. Ainsi le - futur prévôt de Paris figure au nombre des commissaires nommés - pour la mise à exécution de l'ordonnance du 7 avril 1415, portant - réformation des duché et comté de Bourgogne (Dom Plancher, _Hist. - de Bourgogne_, t. IV, p. 433). Lamban revint à Paris le 15 - décembre 1415 avec une députation composée du prince d'Orange et - de plusieurs autres conseillers et familiers de Jean Sans-Peur - (Juvénal des Ursins, p. 526). L'année suivante, le même fit - partie d'une autre délégation chargée de conférer avec les - députés de Brabant au sujet du droit que prétendait le duc de - Bourgogne sur l'administration des biens appartenant aux enfants - du duc de Brabant, tué à Azincourt (D. Plancher, t. IV, p. 448). - C'est le vendredi 19 août 1418 que Lamban, alors bailli de - Vermandois, fut temporairement institué prévôt de Paris, jusqu'au - retour de Guy de Bar, c'est-à-dire jusqu'en octobre 1418 (Arch. - nat., Y 1, fol. 1). - - -231. Item, cedit moys de septembre, estoit à Paris et autour la mortalité -si tres cruelle[515], que on eust veu puis IIIc ans par le dit des -anciens; car nul n'eschapoit qui fust feru de l'espidimie, especialment -jeunes gens et enfans. Et tant en mouru vers la fin dudit moys, et si -hastivement, qu'il convint faire es cymetieres [de Paris] grans fosses, -où on en mettoit XXX ou XL en chascune, et estoient arangés comme lars, -et puis [ung pou] pouldrez par dessus de terre; et touzjours jour et nuyt -on n'estoit en rue que on ne rencontrast Nostre Seigneur, que on portoit -aux malades, et tretous avoient la plus belle cognoissance de Dieu Nostre -Seigneur à la fin, que on vit oncques avoir à chrestiens. Mais au dict -des clercs, on ne avoit oncques veu ne ouy parler de mortalité qui fust -si desvée, ne plus aspre, ne dont moins eschappast de gens qui feru en -fussent; car en moins de cinq sepmaines trespassa en ville de Paris plus -de L mil personnes. Et tant trespassa de gens de l'Eglise que on -enterroit IIII, ou VI, ou huit chefs de hostel à une messe à notte, et -convenoit marchander aux presbtres pour combien ilz la chanteroient[516], -et bien souvent en convenoit paier XVI ou XVIII solz parisis, et d'une -messe basse IIII solz parisis. - - [515] Le mercredi 28 septembre, par suite de la «grant mortalité» - régnant à Paris et en plusieurs parties du royaume, le Parlement - dut suspendre ses plaidoiries, et l'on voit, le 3 novembre - suivant, que l'évêque, «pour doubte de l'epidimie ayant cours à - Paris», s'était retiré dans l'abbaye de Saint-Maur (Arch. nat., - X{la} 1480, fol. 148, 153). - - [516] Ms. de Paris: pour combien ilz l'achetteroient. - -232. Item, en ce temps, qui estoit environ XII jours en octobre, -n'estoit pas encore cessée la mortalité aucunement[517] ne les Arminaz -pour paix ne pour autre chose ne laissoient à faire comme davant tretous -le pis qu'ilz povoient, et venoient souvent jusques emprès de Paris -prendre proies et hommes et femmes, et menoient en leurs garnisons, ne -nul n'en osoit mot dire, et pour vray il ressembloit que au duc de -Bourgongne en fust apoy, et apoisoit le peuple de douces parolles. - - [517] Une procession solennelle à Saint-Victor eut lieu le 5 - octobre, «pour occasion des guerres et grans mortalitez estans en - ce royaume», et ce même jour, suivant les injonctions de l'évêque - de Paris ou de ses vicaires, la population parisienne s'imposa, - ce qui n'était déjà que trop entré dans ses habitudes, une - abstinence générale de viande (Arch. nat., X{la} 1480, fol. 149 - vº). - -233. Item, tout le moys d'octobre et de novembre, fut la mort ainsi -cruelle comme davant est dit, et quant on la vit si dervée que on ne -savoit mais où les enterrer, on fist grans fosses, aux Sains-Innocens -cinq, à la Trinité quatre, aux autres selon leur grandeur, et en chascune -on mettoit VIc personnes ou environ. Et fut vray que les cordouanniers de -Paris compterent le jour de leur confrarie Sainct Crespin et Sainct -Crespinien[518] les mors de leur mestier, et compterent et trouverent -qu'ilz estoient trespassez bien XVIIIc, tant maistres que varletz, en ces -deux moys en ladicte ville. Et ceulx de l'Ostel-Dieu, ceulx qui faisoient -les fosses es cymetieres de Paris, affermoient que entre la Nativité -Nostre-Dame et sa Concepcion, avoient enterré de la ville de Paris plus -de cent mille personnes[519], et en IIII ou V cens n'en mouroit pas XII -anciens, que tous enfens et jeunes gens. - - [518] Le 23 mai 1430, Henri VI, roi d'Angleterre, confirma les - privilèges de la confrérie des «maîtres et varlets cordouanniers, - dite de Saint Crespin et Saint Crespinien», qui comptait déjà - plus de cinquante années d'existence, et l'autorisa à se faire - représenter en justice par un examinateur du Châtelet (Longnon, - _Paris pendant la domination anglaise_, p. 310). Depuis le règne - de Charles V, cette confrérie faisait, chaque année, célébrer un - service dans la chapelle de Notre-Dame consacrée aux saints - Crépin et Crépinien; en 1432, les garçons cordonniers, formant - une confrérie distincte, admirent dans leur association les - maîtres du métier, qui avaient une confrérie à Saint-Barthélemy, - et la redevance de 20 sols, annuellement payée à Notre-Dame, fut - doublée (Arch. nat., LL 216, fol. 170). - - [519] L'auteur de la chronique des Cordeliers rend le même - témoignage: «Et y fu, dit-il en parlant de l'épidémie parisienne, - celle an la mortalité si grande qu'il y moru près de IIIIXX mil - personnes.» (Monstrelet, t. VI, p. 265.) - -234. Item, les Arminalz tenoient touzjours les villes et forteresses -devant dictes, et tindrent Paris en si grant subgection que ung enffant -de XIIII ans mengoit bien pour VIII deniers de pain à l'eure, et coustoit -la XIIne VI solz parisis, que on avoit eue pour VII ou VIII blans, ung -bien petit fromaige X ou XII blans, le quarteron d'œufs V ou VI solz -parisis; la char d'un bon mouton, le bœuf XXXVIII frans; ainsi petite -bûche comme de Marne toute verte, XL solz parisis ou III frans le cent, -la buche de molle XII solz le molle[520], meschantes bourrées où il -n'avoit que feilles, le cent XXXVI solz parisis[521], ung quarteron de -poires d'Engoisses IIII solz parisis, de pommes II solz ou VI blans, la -livre de beurre sallé VIII blans, ung petit fromaige venant de la -Frisselle[522] XVI deniers parisis, une paire de soulliers que on avoit -devant pour VIII blans [en mil] IIIIc XVIII, coustoient XVI ou XVIII -blans, et toutes autres choses, quelles qu'elles fussent, estoient ainsi -cheres à Paris partout. - - [520] La rareté et le prix exagéré de la «marchandise de busche» - nécessitèrent des mesures exceptionnelles; le Parlement décida, - dans sa séance du 26 novembre, que les verdiers feraient abattre - dans les forêts royales de Bondy, Saint-Germain-en-Laye, Senart - et Pommeraye, trois cents arpents de bois de chauffage pour les - vendre à marchands solvables à raison de six à huit livres - l'arpent; le prix de vente au détail fut ainsi fixé: «le mole de - busche» ne pourrait dépasser 6 sols parisis, et le cent de menus - cotrets 16 sols parisis; au 22 décembre la valeur du cent de - petits cotrets s'éleva à 16 sols, des moyens à 20 sols, et des - meilleurs à 24 sols parisis. Bien qu'il y eût un tarif en quelque - sorte officiel, les marchands ne se gênaient pas pour vendre à - leur fantaisie, et la tâche du commissaire chargé par le - Parlement de surveiller le commerce du bois n'était pas exempte - de difficultés; le 22 décembre, Guillaume Rose, avocat au - Parlement, délégué par la Cour, ayant voulu mettre à prix - «certaine busche» arrivée à Paris par bateau, le marchand le - menaça de le jeter dans la rivière et fut condamné, pour sa - rébellion, à faire amende honorable et à tenir prison (Arch. - nat., X{la} 1480, fol. 159-164). Aucune décision ne fut prise - dans la séance du 26 novembre «ou regard du pain et des autres - vivres qui estoient à grant chierté à Paris.» - - [521] Ms. de Paris: XXV solz. - - [522] Ms. de Paris: la Foiselle. - -235. Item, en ce moys de novembre, fut remis le Beau[523] de Bar, c'est -assavoir, messire Guy de Bar, dit le Beau, en la prevosté de Paris, comme -devant[524]. - - [523] Ms. de Paris: Le Veau de Bar. - - [524] Guy de Bar reprit possession de la prévôté de Paris le - lundi 10 octobre et prêta de nouveau devant le Parlement le - serment habituel (Arch. nat., X{la} 1480, fol. 150). D'après le - registre Doux Sire (_Ibid._, Y 1, fol. 1), la rentrée de Guy de - Bar serait du 3 octobre, mais la mention inscrite sur les - registres du Parlement nous semble plus exacte. - - -236. Item, en cedit moys de novembre, orent lesdiz bouchiers congié de -refaire la grant boucherie de Paris, de devant le Chastellet[525], et fut -commencé à querir les fondemens le mercredy XIe jour de novembre. - - [525] En vertu de lettres d'août 1418, portant rétablissement de - la grande boucherie et autorisant sa reconstruction sur son - ancien emplacement, la corporation des bouchers obtint en même - temps l'annulation de toutes les condamnations et proscriptions - prononcées par Bernard d'Armagnac, et la restitution de ses - anciens privilèges (Arch. nat., JJ 170, no 263). Ces lettres - furent publiées en séance du Parlement le 3 octobre 1418 - (_Ibid._, X{la} 1480, fol. 249) et insérées au volume des - Ordonnances (_Ibid._, X{la} 8603, fol. 38). - -237. Et environ XII jours après fist crier le roy à trompes qu'il -pardonnoit à tout homme, fust Arminac ou autre, quelque chose que on luy -eust mesfait[526], ce non à troys, le président de Provence, maistre -Robert le Maçon et Remon Raguier[527]; ces troys avoient fait tant de -traïson contre le roy qu'il ne leur volt pardonner, car par eulx troys se -faisoient tous les maulx devant diz à Paris[528]. - - [526] L'autorité royale rendit, le 13 novembre 1418, l'ordonnance - qui confirmait le traité de Saint-Maur, mais en exceptait - nommément les conseillers intimes du dauphin, «infracteurs et - perturbateurs» de ladite paix, et, comme tels, déclarés rebelles - et ennemis du roi; deux jours après, dans un conseil tenu à - Saint-Paul, en présence du recteur de l'Université, du prévôt de - Paris, du prévôt des marchands, des échevins et d'une nombreuse - assistance, Charles VI fit donner lecture de ces lettres que le - Parlement publia et enregistra dans sa séance du jeudi 17 - novembre (Arch. nat., X{la} 1480, fol. 156; X{la} 8603, fol. 40). - - [527] Raymond Raguier, trésorier général de la reine et des - guerres, remplissait, dès 1409, les fonctions de maître de la - Chambre aux Deniers (Arch. nat., KK 31-32). En 1412, l'Université - le signala, dans ses remontrances au roi, comme coupable de - dilapidations; néanmoins, il ne fut pas disgracié et devint, de - 1417 à 1418, l'un des généraux commissaires sur le fait des - finances (_Ibid._, X{la} 1480, fol. 92). Sa haute situation le - désignait au ressentiment des Bourguignons; ne pouvant - l'atteindre dans sa personne, ils le frappèrent dans ses biens; - le grand hôtel de Raymond Raguier, situé rue Bourtibourg, fut - occupé par l'évêque de Thérouanne, chancelier de France, avec les - autres maisons que R. Raguier possédait dans cette rue. Jean de - Villiers, seigneur de l'Isle-Adam, revendiqua un autre immeuble, - rue de la Heaumerie, comme lui ayant été vendu par ledit Raymond - ou donné par le roi (Sauval, p. 291 et 304; _Longnon, Paris - pendant la domination anglaise_, p. 315). - - [528] «A Paris» manque dans le ms. de Rome. - -238. Item, la sepmaine d'après party le roy[529] et monseigneur de -Bourgongne pour aller contre les Angloys, et allerent loger à Pontoise, -et là furent jusques à trois sepmaines après Noel[530] sans riens faire, -se non menger tout le païs d'autour. Et les Angloys estoient devant -Rouen[531], et le dalphin ou ses gens gastoient le païs de Touraine[532]; -et les autres estoient autour de Paris, et venoient jusques aux portes de -Paris piller, tuer, ne oncques le duc de Bourgongne ne les siens ne -s'avancerent aucunement de contester aux Engloys ne Arminaz. Et pour ce, -enchery tretout de plus en plus à Paris, car riens n'y povoit venir pour -ceulx devant diz[533]. En icellui temps coustoit ung petit pourcel VI ou -VII frans, et toute char enchery tellement que pouvres gens n'en -mengeoient point; mais en celle année fut tant de choulx que tout Paris -en fut gouverné tout l'yver, car febves et poys estoient oultraigeusement -chers. - - [529] Charles VI, après avoir entendu, le 12 novembre, une messe - dite en son honneur à Notre-Dame, partit le 24, accompagné de la - reine et du duc de Bourgogne, avec le dessein plus ou moins - arrêté de porter secours à la ville de Rouen; le lendemain de son - départ, le Parlement se joignit au clergé de la Sainte-Chapelle - et se rendit processionnellement à Notre-Dame (Arch. nat., X{la} - 1480, fol. 153, 155, 158). - - [530] Jean Sans-Peur séjourna à Pontoise du 24 novembre au 28 - décembre (Gachard, _Archives de Dijon_, p. 240). - - [531] Dans la dernière période du siège de Rouen, alors que la - détresse de la vaillante population rouennaise était extrême, le - gouvernement de Charles VI fit une suprême tentative pour venir - en aide à la cité assiégée; le 7 décembre 1418, il conféra au - chancelier de l'Aître, assisté du grand maître de l'hôtel, - Thibaud de Neufchâtel, du prévôt Guy de Bar et de quelques autres - personnages, le pouvoir d'aliéner jusqu'à dix mille livres de - terre du domaine royal (Arch. nat., X{la} 8603, fol. 42). Le 10 - décembre, le Parlement de Paris, instruit de la situation - critique de Rouen par lettres des capitaine, gens d'armes et - bourgeois assiégés, «faisant mencion de leur estat moult - piteable», se cotisa pour offrir mille francs au roi (_Ibid._, - X{la} 1480, fol. 161). - - [532] Après avoir réduit Georges de la Trémoille dans son château - de Sully, le dauphin mit le siège devant la ville de Tours, le 26 - novembre; au bout de cinq semaines, le capitaine bourguignon, qui - commandait à Tours, composa avec le prince Charles et lui rendit - la place par traité du 30 décembre (Cf. Vallet de Viriville, - _Histoire de Charles VII_, t. I, p. 140). - - [533] L'arrivage des vivres devenant de jour en jour plus - difficile, le Parlement dut aviser au moyen d'assurer - l'approvisionnement de la capitale; dans sa séance du 22 octobre, - un capitaine bourguignon, nommé Callot d'Ully, à la tête de 200 - hommes d'armes et de 200 hommes de trait, fut spécialement chargé - d'escorter les vivres destinés à la subsistance de Paris. Par la - même occasion, le Parlement s'occupa aussi de régler la - «distribucion» et principalement l'«appreciacion» des denrées - dont le prix avait atteint des proportions exagérées; à cet - effet, il adjoignit au prévôt des marchands et aux échevins deux - conseillers, Mes Hugues le Coq et Jacques le Fer, avec un maître - des comptes, Gilles de Clamecy (Arch. nat., X{la} 1480, fol. - 152). - -239. Item, en ce temps valloit une bonne livre de chandelle VIII blans, -ou VII de mains. - -240. Item, on paoit en ce temps, tout homme qui vendoit vin, de chascune -queue en gros, huit solz parisis; et cil[534] qui l'achatoit autant, et -du poinson IIII solz parisis, et se on la vendoit à detail de vin, à IIII -deniers autres VIII solz parisis, à VI deniers XII solz parisis. Et fut -commencée ceste doloreuse praticque environ la Toussaint IIIIc XVIII. - - [534] Ms. de Paris: qui vouloit vendre. - - - [1419.] - - -241. Item, le XXe jour de janvier, oudit an IIIIc XVIII, entrerent les -Engloys dedens Rouen[535], et la gaignerent par leur force, et parce -qu'ilz n'avoient de quoy vivre dedens la cité, mais moult la tindrent -longuement contre les Angloys, comme environ VI ou VII moys. - - [535] La date du 20 janvier ici indiquée est celle de la - réception triomphale du roi d'Angleterre à Rouen. Suivant la - chronique Normande de P. Cochon, ce fait se serait passé le 19 - janvier; quant au traité qui fit tomber cette ville au pouvoir - des Anglais, il fut conclu le 13 janvier 1419 (Rymer, t. IV, 3e - partie, p. 82). C'est le mardi 17 janvier que l'on apprit à Paris - la capitulation de Rouen «par defaulte de vivres», car, ajoute le - greffier du Parlement, «autrement par force d'armes ou par - assaulz la ville n'estoit pas prenable» (Arch. nat., X{la} 1480, - fol. 166). - -242. Item, après ce vindrent devers Paris pour gaigner le remenant de -France, et nul ne les contredisoit que ceulx des bonnes villes qui leur -tenoient ung pou de pié, mais tantost les convenoit rendre, car nulz des -gentilzhommes ou pou s'en mesloient[536] pour la haingne des Bourguignons -et Arminalx; et par ce vint si grant cherté à Paris de toutes choses dont -on povoit vivre, car tous les plus grans estoient esbahiz. Et valloit ung -sextier de blé IIII ou V frans oudit an mil IIIIc XVIII; petit pain pour -VIII solz parisis la XIIne; une petite piece de char, VI blans; une -froissure de mouton, XII deniers; [pour] ung petit frommaige, IIII solz -parisis; trois œufs, III blans; la livre de beurre sallé, IIII solz -parisis; ung quarteron de petites pommes, XVI deniers; chascune poire, -IIII deniers; le cent de harens sors, III escuz; le cent de haren -cacqué, IIII frans; deux petis oingnons, ung denier; deux chefs d'auls, -IIII deniers; IIII navez, II deniers; ung boessel de bons pois, X ou XI -solz parisis, et feves autant; buche chere comme devant est dit; le cent -de noys, XVI deniers; la pinte d'uylle d'olive, VI solz parisis; la livre -de sain doulx, XII blans; la chopine, XVIII deniers; la livre de fromaige -de presse, III solz parisis. Brief, tout [ce de quoy creature humaine -povoit vivre] estoit tant cher que chascun denier coustoit quatre -[deniers] de toutes choses, se non de mettaulx comme arain ou estain; -arain avoit-on pour VI deniers la livre; estain pour X deniers la livre -ou pour VIII deniers; la livre de potin IIII deniers parisis; mais argent -valloit en ce temps X frans le marc; ung des petiz moutons devant diz de -XVI solz valloit XX solz parisis. - - [536] Ms. de Paris: marchoient. - -243. Item, la premiere sepmaine de fevrier oudit an, fut prinse Mante par -les Angloys, et plusieurs forteresses d'autour[537]; et n'estoit homme -qui y meist aucun remede, car les signeurs de France estoient si courcez -l'ung à l'autre, car le dalphin de France estoit contre son pere à cause -du duc de Bourgongne qui estoit avec le roy, et tous les autres signeurs -du sang de France estoient prinsonniers au roy d'Angleterre de la -bataille d'Agincourt du jour Sainct Crespin, et son frere devant dit. - - [537] D'après Cl. de Fauquembergue: «Jeudi, IXe jour de fevrier, - vindrent nouvelles (à Paris) de la reddicion faicte au roy - d'Angleterre de la ville de Mante, et que les Anglois estoient à - siège devant Pontoyse.» (Arch. nat., X{la} 1480, fol. 170.) - Vernon se rendit également aux envahisseurs (Chron. des - Cordeliers, p. 266), ainsi que nombre de places dont la - nomenclature est donnée par Monstrelet (t. III, p. 309). - -244. Item, en ce moys de fevrier oudit an, l'an mil IIIIc XVIII, fut -depposé le Beau de Bar de la prevosté de Paris, et fut fait prevost de -Paris ung nommé Gilles de Clamecy[538], natif de la ville de Paris; ce -que on n'avoit oncques [mais] veu d'aage de homme qui à celuy temps fust -trouvé [en vie], que de la nacion de Paris on eust fait prevost. - - [538] Gilles de Clamecy, licencié ès lois, reçu le 29 juillet - 1406 conseiller en la Chambre des enquêtes à la recommandation de - son oncle, J. Chanteprime, qui résigna ses fonctions en sa - faveur, passa en 1417 à la Chambre des comptes en qualité de - maître et fut remplacé le 12 novembre au Parlement par Pierre le - Bescot (Arch. nat., X{la} 1478, fol. 283; X{la} 1480, fol. 110). - Les services qu'il rendit dans la crise que traversait la - population parisienne le mirent en évidence, et il fut appelé le - vendredi 3 février 1419 au poste éminent de prévôt de Paris. Le 5 - octobre suivant, Gilles de Clamecy ayant ouï dire «qu'il n'estoit - mie bien agreable oudit office à aucuns des habitans de la ville - de Paris», remit sa démission entre les mains du comte de - Saint-Pol et des membres du grand Conseil royal; mais, au scrutin - qui eut lieu le 6 octobre, il réunit la majorité des suffrages et - fut obligé de conserver sa charge, malgré le refus persistant - qu'il opposa (Arch. nat., X{la} 1480, fol. 194). Gilles de - Clamecy habitait dès 1399 un hôtel sis rue des Poulies, adjacent - à celui du trésorier Jean Coignet (_Ibid._, JJ 172, no 193; - Berty, _Topographie historique du vieux Paris_, t. I, p. 93). - C'est dans cette demeure que vinrent le trouver, le 2 décembre - 1420, les chanoines Nicolas Fraillon et Pierre d'Orgemont, pour - solliciter l'autorisation nécessaire à l'effet de réunir leurs - collègues absents, en vue de l'élection épiscopale (Arch. nat., - LL 215, fol. 649). Le prévôt de Paris accorda l'autorisation - demandée; ce fut l'un de ses derniers actes, car il ne tarda pas - à céder la place à Jean du Mesnil. Gilles de Clamecy resta - néanmoins en faveur et obtint des Anglais, en compensation des - sommes dues pour ses services, le château et la châtellenie de - Bazoches, les seigneuries de Vauxceré et de Vieil-Arcy, - confisquées sur Guillaume de Champeaux et sa sœur, avec le bel - hôtel parisien appartenant au duc d'Alençon, dit l'hôtel - d'Autriche (_Ibid._, JJ 172, no 257; Sauval, III, 313). En 1423, - «messire Gilles de Clamessye de Parys,» chevalier, est nommé - parmi les conseillers du régent, qui le chargea en 1430 de faire - une enquête dans les pays d'Anjou et du Maine sur les abus commis - par Thomas Ruault, trésorier de ce pays, et Thomas Owerton - (_Ibid._, X{2a} 20, fol. 20); en 1434, il est porté pour 600 - livres de gages sur le tableau des payements effectués par la - recette générale de Normandie. (J. Stevenson, _Wars of the - English in France_, vol. II, part. 11, p. 531.) - -245. Item, ou moys de mars ensuivant, valloit le marc d'argent XIIII -frans; le sextier de bon blé, C solz parisis; la pinte de bonne huylle de -noix, VII ou VIII solz. - -246. Item, ou[539] moys de mars ensuivant, environ XV jours, fut le blé -si cher que le sextier valloit VIII frans; et environ VIII jours à -l'yssue dudit moys, fut crié par les carrefours de Paris que nul ne fust -si hardy qu'il vendist blé seigle plus de III frans le sextier, le -meilleur sextier de mestail plus de LX solz parisis, le meilleur froment -plus de LXXII solz parisis le sextier, et que nul moulnier ne prenist -point de la moulture que argent, c'est assavoir, VIII blans pour sextier, -et que chascun boulenger feist bon pain blanc, pain bourgois et pain -festiz à toute sa fleur, et de certain poix[540] dit ou cry[541]. Quant -les marchans qui alloient aux blez et les boullengiers ouirent le cry, -si cesserent de cuire, et les marchans d'aller hors; et aussi ilz n'y -alloient point, [et n'allassent] que à une lieue de Paris que ce ne fust -sur leur vye, car les Angloys sans cesser [venoient] toutes les sepmaines -une foys ou deux jusques au pont de Sainct-Cloud, et les Arminaz jusques -aux portes de Paris sans cesser, et nul homme n'osoit yssir. - - [539] Ms. de Paris: en ce moys. - - [540] Ms. de Paris: pris. - - [541] Ce règlement du mois de mars 1419, relatif à la meunerie et - boulangerie parisiennes, ne se trouve point dans les registres du - Châtelet, mais d'autres règlements de même nature furent - promulgués cette année; ainsi nous savons que les boulangers se - plaignirent d'être grevés par une ordonnance du prévôt de Paris - publiée le jeudi 30 août 1419 (Arch. nat., X{la} 4792, fol. 161 - ro). - -247. Item, en la darraine sepmaine[542] de mars, l'an mil IIIIc XVIII, la -IIIIe sepmaine de karesme, qui eust donné es Halles de Paris, ou en la -place Maubert, XX solz d'une XIIne de pain, il n'en eust peu finer. Vray -est que aucuns boullengiers cuisoient, et n'en povoit avoir chascun que -ung ou deux tout[543] au plus, et y avoit tousjours quelque L ou LX -personnes à l'uys qui attendoient qu'il fust cuyt, et le prenoient tout -venant du four. En ce point estoit la cité de Paris gouvernée, et pour -vray en tout le karesme povres gens ne mengeoient que pain aussi noir et -mal savouré[544] c'om pouroit faire. Vers la fin de karesme vint des -hannons de foys à autres, mais on vendoit le sac XXVI solz parisis c'om -avoit veu avoir pour V blans autres fois, et n'en avoit on que bien pou -pour V ou VI blans; et vint ung pou de figgues grasses et rudes, et si en -vendoit on la livre deux solz; et touzjours ung haren caqué bon VIII -deniers parisis; ung sor VI deniers; une petite seiche, III ou IIII -blans; et enchérirent tant les oingnons que une petite bote de [XX ou] de -XXIIII oingnons valloit[545] IIII solz parisis. - - [542] Le mot «sepmaine» est laissé en blanc dans le ms. de Paris. - - [543] «Tout» manque dans le ms. de Rome. - - [544] Ms. de Paris: plus assesonné. - - [545] «Valloit» manque dans le ms. de Rome. - -248. Item, ung pou devant mars, fut pillée la ville de[546] -Soissons[547], et grant occision faicte de hommes, de femmes et d'enfens -par les Arminalx. - - [546] «La ville de» manque dans le même ms. - - [547] Soissons fut pris par escalade le 8 mars au point du jour. - Le Religieux de Saint-Denis (t. VI, p. 317) donne les détails les - plus complets sur cet exploit des partisans du Dauphin. - -249. Item, oudit an, en mars, fut faicte grant occision en la cité de -Sens, que le seigneur de Guittré[548] y fist, pour ce que ceulx de la -cité vouloient mettre les Bourguignons dedens sans son seu, car il en -estoit bailly. - - [548] Ms. de Paris: seigneur Guiatre. - -250. Item, en ce temps furent Pasques le XVIe jour d'avril IIIIc XIX. -Lors fut la char si chere que ung beuf, qu'on avoit veu donner maintes -foys pour VIII frans ou pour dix tout au plus, coustoit L frans; ung veau -IIII ou V frans; ung mouton LX solz ou IIII frans. Toute char que on -povoit menger, fust vollaille ou autre, estoit tant chere, car ung homme -eust bien mengé à son repas pour VI blans de bon beuf, ou mouton, ou -lart; et n'avoit-on que II œufs pour II blans; ung fromaige mol, VI ou -VIII blans; la livre de beurre sallé XIIII blans; le froys, XVIII blans; -une froessure de mouton, II solz ou VIII blans; ung pié de mouton, IIII -deniers; la teste de mouton, III ou IIII blans. Et touzjours couroient -les Arminaz[549], comme devant est dit, tuoient, pilloient, boutoient feu -partout sur femmes, sur hommes [et] sur grains, et faisoient pis que -Sarazins, et nul ne les contredisoit; car le duc de Bourgongne estoit -touzjours avec le roy à Prouvins, et ne s'en bougeoient, et y furent -jusques au XXVIIIe jour de may IIIIc XIX qu'ilz vindrent à Pontoise[550], -c'est assavoir le roy, la royne, le duc de Bourgongne, et passerent [par] -devant Paris par le bout de Sainct-Laurens sans entrer à Paris, dont on -fut moult esbahy [à Paris; de Pontoise allerent à Meurlan et] orent -treves aux Arminalx trois moys ensuivans[551]; et là parlementerent aux -Engloys aussi par treves de faire aucun mariaige[552]; et fut une dure -chose au roy de France, que lui, qui devoit estre le souverain roy des -chrestiens, convint qu'il obeist à son anxien ennemy mortel, pour estre -contre son enfant et ceulx de la bande qui nonobstant treves pilloient -tousjours et roboient comme devant. - - [549] La garnison de Meaux s'enhardit jusqu'à pousser une pointe - aux environs de Paris et fit, le 11 mai, une tentative «pour - escheller le pont de Charenton et entrer dedens le chastel du - Bois de Vincennes.» (Arch. nat., X{la} 1480, fol. 177 vº.) - - [550] A la date du 26 mai 1419, le duc de Bourgogne, accompagné - du roi et de la reine, quitta Provins où il avait séjourné plus - de quatre mois (du 22 janvier au 25 mai), passa la nuit au - château du Bois-de-Vincennes et se dirigea le lendemain sur - Pontoise pour se trouver à Meulan le 30 mai et y traiter avec les - Anglais. - - [551] C'est le dimanche 28 mai que fut publiée à Paris la trêve - conclue le 14 mai entre les Bourguignons et les gens du dauphin - (Arch. nat., X{la} 1480, fol. 186 vº). - - [552] Il s'agit des pourparlers concernant le mariage de - Catherine de France avec le roi d'Angleterre; le 23 juin, des - commissaires spéciaux nommés par Henri V furent chargés de suivre - les négociations relatives à l'union projetée - (Champollion-Figeac, _Lettres des rois et reines_, t. II, p. - 345). - -251. Item, en ce temps estoit la tres grant charté de toute vitaille, -comme devant est dit, et valloient quatre chefs d'aulx bien petiz IIII -deniers parisis. - -252. Item, le VIIIe et le IXe jour de juing ensuivant, après les triefves -devant dictes environ six jours, vint tant de biens à Paris, de lars, de -fromaiges de presse, qu'ilz estoient es Halles entassez aussi hault que -ung homme, et fut donné pour II blans ou pour III frans ce qui coustoit -six la sepmaine de devant; et vint tant d'aulx à Paris, que ce qui -coustoit XII ou XVI solz la sepmaine de devant estoit donné pour V ou -pour VI blans; et vint grant foison de pain de Corbeil, de Meleun et du -plat païs d'entour Paris, qu'ilz avoient des biens des bonnes villes, et -si en vint d'Amiens et de par delà, mais pou amenda du marché de -touzjours, fors qu'il estoit plus blanc. - -253. Item, la vigille de la Trinité, vint tant de poisson à Paris que on -avoit IIII ou V bonnes solles pour ung gros, et l'autre marée à la -vallue; et fut la Trinité le jour Sainct Barnabé, XIe jour de juing l'an -mil IIIIc XIX. - -254. Item, la sepmaine ensuivant, fut crié que on prenist les moutons -devant diz de XVI solz pour XXIIII solz parisis[553], dont les marchans -de loing furent plus eslongnez[554] que devant de venir marchander à -Paris, ne nul n'y venoit qui de la monnoye tenist compte ou pris[555] -qu'elle couroit en ce temps; car il couroit à Paris blans de Bourgongne -de VIII deniers parisis piece, que on appelloit lubres, qui ne valoient -mie trois deniers, et avec ce estoient rouges comme meriaux[556]. Si -eussiez veu par tout Paris où marchandise couroit touzjours debat, fust -à pain ou à vin, ou à autre chose. - - [553] Par lettres du 18 juin 1419 à l'adresse du prévôt de Paris, - publiées «es lieux notables et accoutumez» de la ville de Paris, - Charles VI ordonna que les deniers d'or, «appeliez moutons, - lesquelx avoient cours pour XX solz tournois la piece,» seraient - pris dorénavant dans toute l'étendue du royaume pour trente sols - tournois; cette surélévation du cours des moutons avait pour but - de faire cesser l'exportation de l'or, spéculation à laquelle se - livraient plusieurs marchands étrangers. (Arch. nat., Z{1b} 58, - fol. 153 vº.) La rareté des espèces d'or donna naissance à de - nombreuses contestations: ainsi le chapitre de Notre-Dame avait - prêté au roi une certaine somme en petits moutons d'or; on voulut - au mois de juillet 1419 la rembourser en monnaie blanche, mais - cette monnaie était déjà tellement discréditée que le chapitre - refusa, demandant à être payé en monnaie d'or de valeur - équivalente; après longue discussion où le duc de Bourgogne - allégua que les chanoines n'avaient déboursé que de l'argent - blanc, la question en litige fut déférée au Parlement (_Ibid._, - LL 215, fol. 240). - - [554] Ms. de Paris: estonnez. - - [555] Ms. de Paris: païs. - - [556] Ms. de Paris: memoriaux. - -255. Item, en icellui temps fist tant le duc de Bourgongne que paix fust -faicte entre le Dalphin et le roy de France, son pere, et tous les -Angloys, comme en maniere de traicté, tant que la dicte paix fut faicte -entre Meleun et Corbeil, en ung lieu dit le Poncel, à une lieue de Meleun -emprès Poully; et là jurerent touz les vassaulx d'une part et d'autre à -tenir ladicte paix, sans jamais aller à l'encontre de ce qui fait en -estoit; et fut le mardi XIe jour de juillet, et en fut faicte tres grant -feste à Paris[557]; et fut confermée le XIXe jour dudit moys ladicte paix -de tous les signeurs qui pour lors estoient en France[558]. Et tous les -jours [à Paris] et especialment de nuyt faisoit on tres grant feste pour -ladicte paix à menestriers et autrement. - - [557] Dès que l'on reçut à Paris la nouvelle du traité qui venait - d'être signé entre le dauphin et le duc de Bourgogne, - c'est-à-dire le mercredi 12 juillet, on fit sonner les cloches et - chanter le _Te Deum_ en signe d'allégresse; le lendemain et le - surlendemain des processions solennelles se rendirent aux églises - de Sainte-Catherine-du-Val-des-Écoliers et de Sainte-Geneviève - (Arch. nat., X{la} 1480, fol. 189). - - [558] Les lettres de Charles VI ratifiant le traité du Ponceau - furent enregistrées au Parlement le 20 juillet (Arch. nat., X{la} - 8603, fol. 50); leur publication faite dans Paris le même jour - donna lieu à de nouvelles réjouissances publiques: «Et fuerunt in - vespere facti ignes per totam villam cum maximo gaudio et - exultacione tocius populi.» (_Ibid._, LL 215, fol. 240.) - -256. Item, le penultime jour dudit moys, fut la feste Sainct Huistace, -qui fut faicte moult joieusement, et l'endemain, jour Sainct Germain, -tourna en si grant tribulacion que oncques fist feste; car à dix heures, -ainsi qu'ilz cuidoient [ordonner] d'aller jouer au Marais, comme coustume -estoit, vint à Paris ung grant effroy, car, par la porte Sainct-Denis, -quelque XX ou XXX personnes, si effroyez comme gens qui estoient, n'avoit -gueres, eschappez de la mort; et bien y paroit, car les aucuns estoient -navrez, les autres le cueur leur failloit de paour et de chault et de -faing, et sembloient mieulx mors que vifs. Si furent artez à la porte et -leur demanda on l'achoison dont grant douleur leur venoit, et ilz -prindrent à larmoyer en disant: «Nous sommes de Pontoyse qui a esté à -ceste journée, au matin, prinse des Angloys [pour certain[559]], et puis -ont tué, navré tout ce qu'ilz ont trouvé en leur voye, et bien se tient -pour bien euré qui peut eschapper de leur main, car oncques Sarazins ne -firent pis aux chrestiens qu'ilz font.» Et ainsi qu'ilz disoient et -regardoient ceulx qui gardoient la porte devers Sainct-Ladre, et veoient -venir grans tourbes[560] de hommes, femmes et enfens, les ungs navrez, -les autres despoulliez; l'autre portoit deux enfens entre ses bras ou en -hostes, et estoient les femmes, les unes sans chapperon, les autres en -ung povre corcet, autres en leur chemise; povres prebstres qui n'avoient -que leur chemise ou ung seurpeliz vestu, la teste toute descouverte, et -en venant faisoient si grans pleurs, criz et lamentacions, en disant: -«Dieu, gardez nous par vostre grace de desespoir, car huy au matin -estions en nos maisons aises [et manans], et à medy ensuivant sommes -comme gens en exil querans nostre pain.» Et en ce disant, les aucuns se -pasmoient, les autres s'asseoient à terre si las et si doloreus que plus -ne povoient; car moult avoient perdu aucuns de sang, les autres estoient -moult affebliz de porter leurs enfans, car la journée estoit tres chaude -et vaine. Et eussiez trouvé entre Paris et le Landit quelque iiic ou -iiiic ainsi assiz, qui recordoient leurs grans douleurs et leurs grans -pertes de chevances et d'amys, car pou y avoit personne qu'il neust aucun -amy ou amye ou enffant demouré à Pontoyse. Si leur croissoit leur douleur -tellement, quant il leur souvenoit de leurs amis qui estoient demourez -entre ces crueulx tirans Angloys, que le povre cueur ne les povoit -soustenir, car foibles estoient moult pour ce que encore n'avoit le plus -beu ne mangé, et aucunes femmes grosses acoucherent en la fuite, qui tost -après moururent; et n'est nul si dur cueur qui eust veu leur grant -desconfort qui se fust tenu de plourer ou larmoier. Et [toute] la -sepmaine ensuivant ne finerent que de ainsi venir, [que] de Pontoise -[que] des villaiges d'entour, et estoient parmy Paris moult esbahiz à -grans tropeaulx. Car [toute] vitaille estoit moult chere, especialment -pain et vin, [car on n'avoit point de vin] qui riens vaulsist, pour moins -de viii deniers la pinte; ung petit pain blanc viii deniers parisis; les -autres choses de quoy homme povoit vivre, par cas pareil. - - [559] En général, les chroniqueurs s'accordent à dire que les - Anglais s'emparèrent de Pontoise par escalade; c'est aussi ce que - rapporte Clément de Fauquembergue. Cependant il existe une autre - version, celle du greffier du chapitre de Notre-Dame, qui se fait - l'écho du bruit public et laisse à entendre que la trahison ne - fut pas étrangère à cet événement. Voici en quels termes ce - personnage mentionne la prise de Pontoise: «Die lune, de mane, - venerunt nova Parisius, vera, proh dolor! quod per prodicionem - Anglici ceperant Pontisaram, propter quod plurima negocia - manserunt indiscussa.» (Arch. nat., LL 215, fol. 242.) - - [560] Ms. de Paris: troupes. - -257. Item, le peuple de Paris estoit moult esmerveillé du roy et du duc -de Bourgongne, que, quant Pontoise fut prinse, comme dit est, ilz -estoient à Sainct-Denis bien acompaignez de gens d'armes[561], et ne -firent aucun secours à ceulx de Pontoise, ains vuyderent l'endemain le -bagaige et allerent au pont de Charenthon, et de là à Laingny, et -passerent au plus pres de Paris sans entrer ens, dont [tout] le peuple -[de Paris] fut moult esbahi[562] et se tint pour mal comptent; car il -sembloit proprement que tous s'en fouissent devant les Angloys, qu'ilz -eussent grant haine à ceulx de Paris et du royaulme; car en ce temps -n'avoyt chevalier de renon d'armes à Paris, ne cappitaine nul[563], non -plus que le prevost de Paris et cellui des marchans, qui n'avoient pas -acoustumé à mener fait de guerre. Et pour ce les Anglois, qui savoient -bien que à Paris n'avoit que la commune, car touzjours avoient-ilz des -amys à Paris et ailleurs, vindrent la vigille Sainct Laurens[564] -ensuivant devant Paris jusques auprès de Paris[565], sans ce que nulz -leur contredeist; mais assaillir n'oserent Paris pour la commune, qui -tantost se misdrent sur les murs pour deffendre la ville, et fussent -voulentiers ladicte commune aux champs yssue, mais les gouverneurs ne -voldrent laisser homme yssir. Quant ce virent les Angloys, ilz s'en -allerent pillant, tuant, robant, prenant gens à rançon, et le lendemain, -jour Sainct Laurens, revindrent faire une cource jusques devant Paris, et -s'en retournerent vers Pontoise. - - [561] Jean Sans-Peur séjourna à Saint-Denis du 23 au 30 juillet, - et à Lagny du 31 juillet au 6 août (Gachard, _Archives de Dijon_, - p. 241). - - [562] «Fut moult esbahi» manque dans le ms. de Rome. - - [563] La capitainerie de Paris avait été confiée, vers le milieu - de janvier 1419, à un enfant, Philippe de Bourgogne, comte de - Saint-Pol, que suppléa le duc de Clarence (Fenin, éd. Dupont, p. - 119). - - [564] Mercredi matin, 9 août, arrivèrent sous les murs de Paris - les Anglais commandés par le duc de Clarence; après s'être - arrêtés devant la porte Saint-Denis près de la maison de - Saint-Lazare, vers midi ils regagnèrent Argenteuil. Par suite de - cette incursion, le 10 août, jour de saint Laurent, «cessa le - marchié et foire acoustumés chascun an ledit jour estre tenu ou - forsbourc de Saint-Lorens leiz Paris.» Le 11 août, les Anglais - jugèrent à propos de rebrousser chemin et de revenir à Pontoise - (Arch. nat., X{la} 1480, fol. 191). - - [565] Les mots «jusques auprès de Paris» manquent dans le ms. de - Rome. - -258. Item, ce jour Sainct Laurens, tonna et esparty le plus terriblement -et le plus longuement que on eust veu d'aage de homme, et plut à la -value, car celle tempeste dura plus de quatre heures sans cesser. Ainsi -estoit le monde en doubte de la guerre Nostre Seigneur et de celle de -l'ennemy. - -259. Item, [environ] XII jours après, commencerent [les bouchers] -derechief à refaire la grant boucherie. En ce temps n'estoit nouvelle -fors que du mal que les Angloys faisoient en France, car de jour en jour -gangnoient villes et chasteaux, et minoient tout le royaume de France de -chevance et gens, et tout envoyoient en Engleterre . . . . . . . . . . . -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . -. . . . .[566] - - [566] Cette lacune regrettable, qui devait selon toute apparence - contenir le récit du drame de Montereau, existe dans le ms. de - Rome aussi bien que dans le ms. de Paris. Dans le premier, elle - correspond au bas du folio 60 vº. Bien que la main d'un - annotateur du XVIe siècle ait constaté à cet endroit l'absence de - trois feuillets, aucun indice matériel ne permet de supposer la - moindre lacération. - -260. .....comment, et[567] les grans[568] signeurs de France prins des -Angloys tout par orgueil, faire sacrilege c foys le jour, violer eglises, -menger char au vendredi [à cuire], efforcer filles et femmes et dames de -religion, rostir hommes et enfans; brief, je croy que les tyrans de -Romme, comme Neron, Dio(c)lecian, Dacien et les autres ne firent oncques -la tyrannie qu'ilz font et ont fait. Tous ces fais devantdiz de -pardurable perdicion que chascun scet, estoient tous mis à nyant, quant à -la justice corporelle, de la divine je me teys, quant la deesse de -Discorde et son pere Sathan, à qui ilz sont, leur fist la faulce traïson -doloreuse faire, dont tout le royaulme est à perdicion, se Dieu n'en a -pitié [ou] y vueille de sa grace [ouvrer], qu'ilz soient en tel estat -qu'ilz le veullent cognoistre et qu'ilz ne puissent nuire à nulli, comme -ilz ont fait le temps passé, car par leurs [faiz] oultraigeux devantdiz -meurent de fain les gens aux champs et à la ville, et de froit. Car -aussitost qu'ilz orent fait leur dampnable voulenté du bon duc[569], -tous ceulx des garnisons coururent çà et là, pillant, robant, rançonnant, -boutant feus, par quoy tout enchery tellement[570] que le blé, qui ne -valloit que XL solz[571] parisis, valu tantost après VI ou VII frans; -[ung sextier de pois ou de febves X ou XII frans]; frommaige, œufs, -beurre, aulx, ongnons, buche, char, bref toutes choses de quoy gens et -bestes [et enffans] povoient vivre, encherirent tellement que tres petite -buche valloit III frans le cent[572]. Et pour celle charté fut ordonné -le boys de Vicennes à estre coppé, et costoit le molle XVI ou XVIII solz -parisis, et n'en avoit on que XXXII pour molle; une somme de charbon, III -frans, que on avoit eue autres foys [aussi bonne] pour V ou pour VI solz. - - [567] Ces deux mots ont été ajoutés au XVe siècle en haut du fol. - 61 rº du ms. de Rome et sont d'une écriture analogue à celle du - texte; au lieu de _comment_, le ms. de Paris porte _convient_. - - [568] «Grans» manque dans le ms. de Rome. - - [569] Plus d'une année après la catastrophe du pont de Montereau, - le Parlement de Paris procédait à une enquête sur l'assassinat de - Jean Sans-Peur, perpétré par les «gens ou officiers de Charles - soi-disant dauphin,» et chargeait, le 23 janvier 1421, l'un de - ses conseillers, Jean de Saint-Romain, d'informer à l'encontre de - certains prisonniers détenus à la Conciergerie (Arch. nat., X{2a} - 16, fol. 397). Le 13 février suivant, l'instruction était assez - avancée pour que le Parlement se réunît à l'effet d'expédier le - procès de ceux «que on disoit estre coulpables et consentans de - la mort du feu duc de Bourgogne.» Trois séances furent consacrées - à l'examen de la cause; à la séance du mercredi 19 février 1421 - assistaient le duc d'Exeter, capitaine de Paris, Lourdin de - Saligny, Renier Pot, le sire de Courcelles et autres chevaliers - du grand Conseil royal. Comme les registres criminels de cette - époque font défaut, le sort des malheureux accusés d'avoir trempé - dans le meurtre de Jean Sans-Peur reste inconnu, et nous sommes - réduits aux indications sommaires contenues au registre du - Conseil, qui ne donne même pas leurs noms (_Ibid._, X{la} 1480, - fol. 228, 229). - - [570] Une lettre de rémission, accordée à une pauvre femme que la - misère avait chassée de Paris au mois de novembre 1419, témoigne - «de la grant famine et chierté de vivres qui lors estoit à Paris» - (Arch. nat., JJ 173, fol. 193 vo). - - [571] Ms. de Paris: XV solz. - - [572] A la suite de la prise de Pontoise, qui fermait l'une des - voies de ravitaillement de la capitale, quelques marchands ayant - voulu «rencherir oultrageusement leur busche», l'échevinage - parisien fut obligé de tarifer le bois de chauffage; des jurés se - transportèrent sur le port afin d'examiner les arrivages et pour - débattre les prix. «Les aucuns disoient que le cent de ladicte - busche valoit bien XXXII solz, les autres disoient XXXVI, et - finalement fu mise à XL solz» le cent, chiffre d'ailleurs fixé à - un marchand au début de l'année 1419. Malgré cette évaluation - basée sur le maximum, un marchand vendit sa bûche jusqu'à LX sols - le cent (Arch. nat., X{la} 4792, fol. 158, 159). Quant aux coupes - faites dans le bois de Vincennes, elles avaient été décidées le 9 - février 1419 par le Parlement, qui ordonna «de hastivement coper - et abatre les bois du roy environ Saint-Cloud et certaine - quantité du boys de Vincennes pour faire merrian et bois [de] - chauffage» (_Ibid._, X{la} 1480, fol. 170 vo). Malgré toutes les - mesures prises pour assurer l'approvisionnement de Paris, la - rareté toujours croissante du combustible se fit sentir à un tel - point que l'on fut obligé d'en régler la consommation; ainsi le - chapitre, ayant acheté pour 25 francs de bois spécialement - destiné à chauffer ceux qui veillaient toutes les nuits au - cloître de Notre-Dame, fixa à deux grosses bûches et à deux - cotrets la quantité de bois qui serait délivrée à chaque chanoine - de garde au _terrain_ (_Ibid._, LL 215, fol. 248). Le Parlement - n'éprouva pas moins de difficultés pour obtenir du receveur de - Paris un peu de bois nécessaire à son chauffage (_Ibid._, X{la} - 1480, fol. 203). - -261. Item, les petis enfens ne mengeoient point de lait, car pinte -coustoit X deniers ou XII. Certes, en ycellui temps pouvres gens ne -mengeoient ne char ne gresse, car ung petit enffant eust bien mengé pour -III blans de char à son repas. La pinte de bon sain doulx, IIII ou V solz -parisis; ung pié de mouton, IIII deniers; ung pié de beuf, VII blans, et -les trippes à la vallue; beurre sallé, IIII solz; ung œuf, VIII deniers; -ung petit frommaige, VII solz parisis; une paire de soulliers à homme, -VIII solz parisis; ungs patins, VIII blans; brief et toutes autres choses -quelxconques estoient [encheries] pour la mort du bon duc, et se ne -gaignoit on denier. Et si ne valloit rien la monnoye blanche[573], car -ung blanc de XVI deniers ne valloit pas plus de III deniers parisis en -argent, et ung escu d'or du temps passé valloit XXXVIII solz -parisis[574]; [pour] ung marc d'argent, XIIII frans[575]. Et pour ce -point, pour la feible monnoye, ne venoit point de marchandise à Paris, et -si estoient les Angloys tous les jours jusques aux portes de Paris, s'ilz -vouloient, et les Arminaz d'autre costé, qui estoient aussi mauvays; et -alloit chascun II ou III foys la sepmaine au guet, une foys parmy la -ville, l'autre foys sur les eschifflez[576]; et si estoit le fin cueur de -l'yver, et touzjours plevoyt et faisoit tres froit[577]. Et furent les -vendenges celle année, l'an mil IIIIc XIX, les plus ordes [et -pluvieuses], les raisins pouris, les plus feibles vins que on eust -oncques veu d'aage de homme, et si cousta celle année IIII foys plus -qu'ilz n'avoient fait d'aage de homme qui fust en vie, et tout par les -maulx qu'ilz faisoient partout; car, pour certain qui avoit à V ou VI -lieues près de Paris, la queue lui coustoit V ou VI frans tant seullement -à admener, et en convoy de gens d'armes à une lieue pres de Paris, XVI ou -XX solz parisis, sans vendenger, labourer, reloyer, autre despence. Et -quant tout ot esté vendengé et recuilli, ilz n'orent ne force ne vertu, -ne couleur, et n'en estoit gueres ou pou qui sentissent se non le pourry; -car le plus n'avoient point esté ordonnez en vendenges à leur droit, pour -la paour que on avoit des dessusdiz, et pour la doubte que on avoit tout -temps de leur traïson. La nuyt de la saincte feste de Toussaint, oncques -[on] ne sonna à Paris pour les trespassez, comme coustume est, se non -guare-feu; et neantmoins toutes ces pouvretez, miseres et doleurs, -oncques à pape ne à emperiere, n'à roy, n'à duc, si comme je croy, on ne -fist autant de service après leur trespassement, n'aussi solempnel en une -cité, comme on a fait pour le bon duc de Bourgongne, à qui Dieu pardoint. - - [573] Par ordonnance du 17 janvier 1420, Charles VI prescrivit la - fabrication de petits deniers blancs qui devaient avoir cours - pour 5 deniers tournois la pièce, et de doubles deniers parisis - valant 2 deniers parisis pièce, que M. A. de Barthélemy (_Essai - sur la monnaie parisis_) signale comme fort rares (Arch. nat., - X{lb} 58, fol. 154). - - [574] Nous voyons dans un procès plaidé au Parlement (Arch. nat., - X{la} 4792, fol. 190 vº) un individu réclamer le payement d'une - créance «en escus en or ou au pris et à la valeur qu'ilz valent - de present, c'est assavoir XLII solz pour chascun escu.» - - [575] Le prix du marc d'argent s'éleva de plus en plus: on le - voit fixé le 17 janvier 1420 à 16 livres 10 sols. Une ordonnance - du 9 avril suivant accorda aux marchands qui apporteraient de - l'argent à la monnaie de Paris une prime de 30 sols tournois, en - sus du prix de 16 livres 10 sols tournois alloué pour chaque - marc. Le 11 février 1421, alors que le marc d'argent valait 26 - livres tournois, la prime fut portée à 40 sols tournois (Arch. - nat., Z{1b} 58, fol. 154, 155, 162). - - [576] Les échiffles étaient des guérites placées de distance en - distance sur les remparts, comme on le voit par l'exemple suivant - tiré des comptes de la ville de Paris: «cy après s'ensuivent les - eschiffles et les bastides estans sur les murs de Paris» (Arch. - nat., KK 403, fol. 24). - - [577] La saison s'annonçait effectivement comme très rigoureuse, - si nous en jugeons par une lettre de rémission accordée à un - laboureur des environs de Corbeil, qui avait volé des pourceaux à - des marchands de passage, attendu que les gens de la campagne «ne - gagnoient rien pour les neges et gelées qui lors estoient moult - grandes et pour les Armignacs qui souvent les assailloient» - (Arch. nat., JJ 171, fol. 50). - -262. Item, à Nostre-Dame de Paris fut fait le jour Sainct Michel le plus -piteusement que faire se pot, et y avoit ou moustier iii mil libvres de -cire, toutes en cierges et en torches; et là ot ung moult piteux sermon -que fist le recteur de l'Université, nommé maistre Jehan l'Archer[578]. -Et après ce le firent toutes les parroisses de Paris [et toutes les -confraries de Paris] l'une après l'autre, et partout faisoit-on la -presentacion de grans cierges et de grans torches, et estoient les -moustiers encourtinez de noyres sarges. Et chantoit on le _Subvenite_ des -Mors et vigilles à neuf pseaulmes, et par tous les moustiers estoient -après mis [les armes[579]] du bon duc trespassé et du sire de -Novaille[580] qui fut mort avec luy, dont Dieu vueille avoir les ames et -de tous les autres trespassez, et vueille donner grace à nous et à toute -ceste gent de le congnoistre, comme nous devons, et nous doint ce que -disoit à ses apostres: «Paix soit avec vous!» car par ceste maldicte -guerre tant de maulx ont esté fais que je cuide que en telx LX ans passez -par devant, il n'avoit pas eu ou royaulme de France, comme il a esté [de -mal] puis XII ans en ça. Helas! tout premier Normendie en est toute -exillée, et la plus grant partie, qui soulloit faire labourer et estre en -son [lieu], lui, sa femme, sa mesnie, et estre sans danger, marchans, -marchandises, gens d'eglise, moynes, nonnains, gens de tous estaz, ont -esté boutez hors de leurs lieux, estrangers comme ce eussent esté bestes -sauvaiges, dont il convient que les uns truandent qui soulloient donner, -les autres servent qui soulloient estre serviz, les autres larrons et -meurdriers par desespoir, bonnes pucelles, bonnes proudes femmes venir à -honte par effors ou autrement, qui par neccessité sont devenues -mauvaises; tant de moynes, tant de prebstres, tant de dames de religion -et d'autres gentes femmes avoir tout laissé par force et mis corps et ame -au desespoir, Dieu scet bien comment. Helas! tant d'enfans mors [nez] par -faulte d'ayde, tant de mors sans confession, par tyrannie et en autre -maniere, tant de mors sans sepulture en forestz et en autre destour, -tant de mariaiges qui ont esté delaissez à faire, tant d'eglises arses et -bruies, et chappelles, maisons Dieu, malladeries où on soulloit faire le -sainct service Nostre Seigneur et les œuvres de misericorde, où il n'a -mais que les places, tant d'avoir mussé, qui jamais bien ne fera, et de -joyaulx d'eglise et de reliques, et d'autres qui jamais bien ne feront, -ce n'est d'adventure. Brief, je cuide que homme ne pourroit[581], pour -sens qu'il ait, bien dire les grans, miserables, enormes et dampnables -pechez qui se sont ensuyviz et faiz puis la tres maleureuse et dampnable -venue de Bernart, le conte d'Arminac, connestable de France; car, -oncques, puis que le nom vint en France de Bourguignon et d'Arminac, tous -les maulx que on pourroit pencer ne dire ont esté tous commis ou royaulme -de France, tant que la clamour du sang innocent [espandu] crie devant -Dieu vengence. Et cuide en ma conscience que ledit conte d'Arminac estoit -ung ennemy en fourme de homme, car je ne voy nul qui ait esté à lui, ou -qui de lui se renomme, ou qui porte sa bende, qui tienne point la loy ne -foy chrestienne, ains se maintiennent envers tous ceulx dont ilz ont la -maistrise, comme gens qui auroient renyé leur creatour, comme il appert -par tout le royaulme de France. Car j'ose bien dire que le roy -d'Angleterre n'eust esté tant hardy de mettre le pié en France [par -guerre], ce n'eust esté la discencion qui a esté de ce maleureux nom, et -fust encore toute Normendie françoyse, ne le noble sanc de France ainsi -espandu, ne les signeurs dudit royaume ainsi menez en exil, ne la -bataille perdue, ne tant de bonnes gens mors n'eussent oncques esté en la -piteuse journée d'Egincourt, où tant perdit le roy de ses bons et loyaulx -amys, ce ne fust l'orgueil de ce maleureux nom Arminac[582]. Hélas! à -faire cestes maleureuses œuvres ilz n'en auront de remenant que le -pechié, et s'ilz n'en font amendement durant la povre vie du corps ilz en -seront en tres cruelle, miserable [et pardurable] dampnacion; car certes -on ne peut riens mesconter à Dieu, car il scet tout, plain de -misericorde, ne s'y fie homme nulz, ne en longue vie n'en autre chose de -folle esperance ou de vaine gloire, car en verité il fera à chascun droit -selon sa deserte. Helas! je ne cuide mie, que depuis le temps du[583] roy -Clovis qui fut le premier roy chrestien, que France fust aussi desollée -et divisée comme elle est aujourduy, car le Dalphin ne tand à autre chose -jour et nuyt, lui et les siens, que de gaster tout le païs de son pere à -feu et à sang; et les Angloys d'autre costé font autant de mal que les -Sarrazins. Mais encore vaut-il trop mielx estre prins des Angloys que du -Dalphin ou de ses gens[584], qui se dient Arminaz; et le povre roy et la -royne depuis la prinse de Pontoise ne se meuvent[585] de Troyes à povre -mesnie, comme futifs[586] et deschassez hors de leur lieu par leur propre -enfant, qui est grant pitié à pancer à toute bonne personne. - - [578] Jean l'Archer, docteur en théologie, élu recteur le 23 juin - 1419, devint procureur de la nation de France le 13 janvier 1422 - (Du Boulay, _Hist. Univ._, t. V, p. 341). Dans maintes occasions, - l'Université le chargea de porter la parole; il fut l'un des - orateurs qui requirent, en l'hôtel de Saint-Pol, la punition des - meurtriers de Jean Sans-Peur (Monstrelet, t. IV, p. 19). En 1424, - il vint au Parlement, toujours au nom de l'Université, demander - l'enregistrement des lettres conservatoires de ses privilèges, - octroyées par Charles VI, lettres dont on avait différé la - publication pour éviter «rumeurs et tumultes de peuple»; Jean - l'Archer s'acquitta de cette mission délicate dans les séances - des 7 et 15 décembre 1424 (Arch. nat., X{la} 1480, fol. 312 vº; - X{la} 4794, fol. 11 vº). - - [579] Ces mots, qui ne se trouvent point dans les mss. de Rome et - de Paris, ont été suppléés par les éditeurs. - - [580] Archambaud de Foix, seigneur de Navailles, grièvement - blessé en essayant de défendre le duc de Bourgogne, succomba au - bout de quelques jours à l'hôpital de Montereau. - - [581] Ms. de Paris: pourra. - - [582] Le mot _Armagnac_ était plus que jamais une appellation - injurieuse, et les commissaires parisiens «sur le fait des - crimineulx infracteurs de paix, tenans le dampnable parti - d'Armagnac et de cellui qui se dit daulphin,» ne plaisantaient - pas sur ce point; ils infligèrent à un individu ayant faussement - accusé un autre d'appartenir au parti armagnac, la peine du - pilori avec une mitre sur laquelle serait écrit: _faulx - accuseur_, et amende honorable (Arch. nat., JJ 171, no 90). - - [583] Les mots «temps du» manquent dans le ms. de Rome. - - [584] Ms. de Rome: des gens du dalphin. - - [585] Ms. de Paris: mouvoient. - - [586] Ms. de Paris: comme fut ilz dechassez. - -263. Item, fist le roy à Troyes la feste de Toussaint en l'an mil IIIIc -XIX, et ceulx de Paris ne povoient avoir nulle vraie nouvelle de son -retour, dont moult estoient courcez les bons. - -264. Item, fist le roy à Troyes son Nouel, parce que on ne l'osoit oster -de Troyes, pour faute de puissance et de compaignie et pour paour des -Angloys et des Arminalz; car chascun d'eulx le taschoit à prendre, et par -especial les Arminaz pour avoir leur paix. La IIIe cause, tout estoit si -cher à Paris que le plus saige ne s'i savoit vivre[587]; especialment -pain et buche y estoit si chere que oncques puis IIc ans avoit esté, et -la char, car à Nouel, ung quartier de mouton, quant il estoit bon, -coustoit XXIIII solz parisis; pour la char d'un mouton, VI frans; une -oue[588] XVI solz parisis, et l'autre à la vallue. En ce temps, il -n'estoit nouvelles sur mesnaigeres d'œufs ne de fromaiges de Brie, ne de -poix ne de febves, car les Arminalz destruisoient tout et prenoient -femmes et enfens à rançon, et les Angloys d'autre costé. Et convint -prendre treves aux Engloys par force, qui estoient anxiens ennemis du -roy, et furent données depuis la moittié de decembre jusques ou moys de -mars. - - [587] La cherté excessive des denrées et le manque de travail - chassèrent de Paris le pauvre peuple, témoin ce barbier qui, - voyant «que vivres estoient lors moult chiers à Paris où il - n'avoit pas bien de quoy vivre,» abandonna son ouvroir sis au - coin de la rue de la Vieille-Pelleterie, devant - Saint-Denis-de-la-Châtre, et s'en alla à Mehun-sur-Yèvre. Pris - comme bourguignon par la garnison d'Étampes et relâché, il mena - pendant près de deux ans une existence vagabonde, voyageant - d'Avignon à Aix et Marseille, de Marseille à Chambéry et Nice; de - retour enfin à Paris et emprisonné au Châtelet, ce malheureux - obtint lettres de rémission (Arch. nat., JJ 172, no 190). - - [588] Ms. de Paris: queue. - - - [1420.] - - -265. Passa decembre, janvier, fevrier que oncques le roy ne la royne ne -vindrent à Paris, ains estoient touzjours à Troyes, et touzjours -couroient autour de Paris les Arminalz, pillant, robant, boutant feuz, -tuant, efforçant femmes et filles, femmes de religion. Et à dix lieues -autour de Paris ne demouroit au villaige nulle personne que aux bonnes -villes, [et quant ilz s'en fuioient aux bonnes villes] et s'ilz -apportoient quelque chose, fust vitaille ou autre chose, tout leur estoit -osté des gens d'armes, des ungs ou des autres, fust Bourguignon ou -Arminac, chascun faisoit bien son personnaige; et ainsi le plus, fust -femmes ou hommes, quant ilz venoient aux bonnes villes, y venoient nudz -de tous biens, et convenoit que les bonnes villes fournissent tous les -villaiges, par quoy le pain enchery tant. Car en ce temps on n'avoit pas -trop bon blé pour X frans le sextier, dont chascun franc valloit XVI solz -parisis, et si coustoit le sextier à mouldre VIII ou X solz parisis, sans -ce que le munier en prenoit à mau prouffit. - -266. Item, pour ce fut ordonné que le blé, quant on le bailleroit au -moulnier, seroit pesé, et randroit la farine par poix, et avoit on du -sextier [pesant] VIII deniers, et le moulnier du mouldre IIII solz -parisis. - -267. Item, en ce temps, on ne faisoit point de pain blanc et si n'en -faisoit-on point de mains de VIII deniers parisis la piece, par quoy -pouvres gens n'en povoient finer, et le plus de pouvres gens ne -mangeoient que pain de noix. - -268. Item, en ce temps en karesme, estoit celle charté, car il n'y avoit -ny espices, ne figgues, ne raisins, ne admendes, de chascun ce coustoit -la livre V solz parisis; l'uylle d'olive, IIII solz parisis. - -269. Item, la tainture estoit si chere que une aulne de drap à taindre -en vert ancre coustoit XIIII solz parisis, et autre couleurs[589] à la -value. - - [589] Ms. de Paris: autres coustoient. - -270. Item, en ce temps de mars, l'an mil IIIIc XIX, faillirent les treves -des Angloys, et on leur demanda autres treves en attendant le duc de -Bourgongne[590], mais le roy angloys ne volt oncques[591] nulles -donner, s'il n'avoit le chasteau de Beaumont, et Corbeil et -Pont-Saincte-Messance, et pluseurs autres choses, mais on ne lui en -accorda nulle. Si commença la guerre comme devant, et tous, ungs et -autres n'avoient envie que sur la ville de Paris seullement, [et -seullement] pour la richesse qu'ilz cuidoient à eulx usurper, ne à nulle -autre chose ne tendoient que à piller tout. - - [590] Vers la fin de février, une députation, composée de - Guillaume le Clerc, conseiller au Parlement, de Jean de - Saint-Yon, de Guillaume Rose et de Jean de Betisy, se rendit - auprès du roi d'Angleterre pour obtenir une prolongation de la - trêve. Dès le retour de ces ambassadeurs, il y eut une séance - extraordinaire au Parlement, tenue le 29 février, et en présence - du comte de Saint-Pol, des prévôts de Paris et des marchands, des - quarteniers et bourgeois, Guillaume le Clerc exposa le résultat - des négociations. Henri V consentait à proroger les trêves - jusqu'au 12 mars, «pourveu que on lui feroit bailler et delivrer - le chastel et forteresse de Beaumont» (sur Oise), déclarant qu'au - cas contraire il porterait le siège devant cette place et ferait - arrêter les marchandises et vivres chargés en Normandie par des - marchands de Paris et destinés à l'approvisionnement de la - capitale. Cette considération décida l'assemblée à acquiescer aux - conditions posées par le roi d'Angleterre; aussi fut-il conclu - «_a majori parte_ qu'il estoit plus expedient..... de faire - bailler et delivrer ladicte forteresse qui estoit mal emparée, - mal garnie et mal avitaillée,» que d'attendre sa prise par force - d'armes. Le comte de Saint-Pol reçut mission de remettre Beaumont - entre les mains du roi d'Angleterre (Arch. nat., X{la} 1480, fol. - 208). - - [591] «Oncques» manque dans le ms. de Rome. - -271. Item, en cellui karesme, le jour du grant vendredy qui fut le Ve -jour d'avril, vindrent les Arminalz comme deables dechaisnez, et -coururent autour de Paris, tuant, robant et pillant. Et icellui jour -bouterent le feu au fort de Champigny-sur-Marne et ardirent femmes et -enfens, hommes, beufs, vaches, brebiz et autre bestail, advoine, blé et -autre grain, et quant aucuns des hommes sailloient pour la destresse du -feu, ilz mettoient leurs lances à l'androit, et ains qu'ilz fussent à -terre, ilz estoient percez de III ou IIII lances ou de leurs haches; -celle tres cruelle felonnie firent là et ailleurs cedit jour, et -l'endemain, vigille de Pasques, firent autant ou pis à ung chastel nommé -Croissy[592]. - - [592] Croissy-Beaubourg (Seine-et-Marne, arr. de Meaux, cant. de - Lagny). - -272. Item, la sepmaine de devant, estoient allez les marchans de Paris et -d'ailleurs vers Chartres et ou proche, pour faire venir de la vitaille -pour la ville de Paris, qui grant mestier en avoit[593], mais aussi tost -qu'ilz furent partiz, les Arminalz le sceurent par faulx traistres, de -quoy Paris estoit bien garny. Si leur allerent au devant jusques à -Gallardon[594] et là les assegerent; pour quoy à Pasques ot si grant -charté de char que le plus de gens de Paris ne mengerent ce jour que du -lart, qui en povoit avoir; car le quartier d'ung bon mouton coustoit bien -XXXII solz parisis, une petite queue de mouton X solz parisis, une teste -de veel et la froissure XII solz chascune, VI solz parisis la vache, le -porc au prix, car de beuf n'y avoit point à Paris pour le jour. Et pour -vray les bouchers de la grant boucherie de Beauvays juroient et -affermoient par la foy de leurs corps, qu'ilz avoient veu par maintes -années devant passées que en l'ostel d'un tout seul boucher de Paris, à -ung tel jour, on avoit tué plus de char que on ne fist en toutes les -boucheries de Paris, ne autour. - - [593] Au nord de Paris, les arrivages de vivres se faisaient, non - sans difficulté, par Creil, où des marchands avaient été envoyés - en vertu des ordres du comte de Saint-Pol; comme l'on entravait - leurs opérations, deux frères, Gillet et Jacquotin de Coquerel, - se chargèrent, «à la requeste et instance du prevost des - marchans,» de porter à Creil des lettres du même comte et furent - surpris à leur retour par un parti d'Armagnacs qui les emmena à - Meaux (Arch. nat., X{la} 4793, fol. 13). - - [594] Le siège de Gallardon, dirigé par le dauphin en personne, - eut lieu à la suite de la bataille de Baugé et se termina le 25 - juin 1421 par la prise d'assaut de cette ville, qui fut - complètement démantelée de 1442 à 1443. Les opérations militaires - dans le pays chartrain gênèrent considérablement les Parisiens, - «qui en estoient souvent mis en l'estroicte disette de vivres.» - (Chronique de Chastellain, t. I, p. 235.) - -273. Item, encore fist le roy sa Pasque à Troyes celle année, l'an mil -IIIIc XX. - -274. Item, celle année estoient les viollettes ou moys de janvier, bleues -[et jaunes], plus que l'année d'avant n'avoient esté en mars. - -275. Item, à Pasques mil IIIIc et XX, qui furent le VIIe jour d'avril, -estoient ja les roses, et furent toutes passées quinze jours en may, et -en l'entrée de may vendoit [on des] serises bonnes, et estoient les blez -plus meurs en la fin de may qu'en l'année devant à la Sainct Jehan, et -autres biens par cas semblable, qui fut grant bien pour le pouvre peuple, -car touzjours estoit le tres cher temps [de toutes choses[595]], comme -devant est dit, et de vesture encore plus. Drap de XVI solz valloit XL -solz parisis, l'aune de bonne toille XII solz, fustayne XVI solz parisis, -sarge XVI solz, et chausses et soulliers encore plus que devant. - - [595] Une lettre de rémission, octroyée pour vol de blé dans un - grenier de l'hôtel de ville, vol commis par «un povre varlet - dechargeur du vin et du pain de Corbeil en Greve», atteste «le - cher temps qui couroit» à Paris durant l'année 1420, de - lamentable memoire (Arch. nat., JJ 171, no 131). - -276. Item, en ce temps estoient les Arminalz plus achenez à cruaulté que -oncques mais, et tuoient, pilloient[596], efforçoient, ardoient eglises -et les gens dedens, femmes grosses et enffans, brief ilz faisoient tous -les maulx en tyrannie et en cruaulté qui pussent estre faiz par deable ne -par homme; par quoy il convint que on traictast au roy d'Engleterre, qui -estoit l'ancien ennemy de France, maugré que on en eust, pour la cruaulté -des Arminalz, et lui fut donnée une des filles de France, nommée -Katherine. Et vint gesir dedens l'abbaye de Sainct-Denis le VIIIe jour de -may mil IIIIc et XX, et l'endemain passa par [devant] la porte -Sainct-Martin par dehors la ville, et avoit bien en sa compaignie, comme -on disoit, VIIm hommes de traict et tres grant compaignie de gens -d'estoffe[597]; et portoit on devant luy ung heaume couronné d'une -couronne d'or pour cognoissance, et portoit en sa devise une queue de -regnart de broderie. Et alla gesir au pont de Charenton, pour aller à -Troyes pour veoir le roy, et là lui fut presenté quatre charretées de -moult bon vin de par ceulx de Parys, dont il ne tint pas grant compte par -semblant. - - [596] Ms. de Paris: roboient. - - [597] Ms. de Paris: gens d'Escosse. - -277. Item, celle journée, ne laissa-on yssir personne de ceulx du commun -de Paris[598]. - - [598] Toute cette phrase et la fin de la précédente sont omises - dans les éditions. - -278. Item, de là alla à Troyes[599] sans contredit des Arminalz qui -s'estoient vantez qu'ilz le combatroient, mais oncques ne s'oserent -monstrer. - - [599] Henri V fit son entrée à Troyes, le lundi 20 mai, avec une - escorte de 12,000 combattants, accompagné de son frère le duc de - Clarence et d'autres grands seigneurs de l'Angleterre; ses - fiançailles avec Catherine de France furent célébrées en l'église - Saint-Pierre de Troyes par l'archevêque de Sens, Henri de Savoisy - (Voyez la lettre adressée le 22 mai 1420 par le roi d'Angleterre - au duc de Glocester, son frère; Rymer, t. IV, 3e partie, p. 175; - Fenin-Dupont, p. 135; Arch. nat., X{la} 1480, fol. 215). - -279. Item, le jour de la Trinité mil IIIIc XX, qui fut le IIe jour de -juing, espousa à Troyes ledit roy angloys la fille de France[600]; et le -lundy ensuivant, quant les chevaliers de France et d'Engleterre voldrent -faire une jouxtes pour la solempnité du mariaige de tel prince, comme -acoustumé est, le roy d'Angleterre, pour qui on voulloit faire les -jouxtes pour lui faire plaisir, dist, oians[601] tous, de son movement: -«Je prie à monseigneur le roy, de qui j'ay [espousée la] fille, et à tous -ses serviteurs, et à mes serviteurs je commande, que demain au matin nous -soyons tous prestz pour aller mettre le siege devant la cité de Sens, où -les annemys de monseigneur le roy sont, et là pourra chascun de nous -jouxter [et] tournoier, et monstrer sa proesse et son hardement, car [la] -plus belle prœsse n'est ou monde que de faire justice des mauvays, affin -que le pouvre peuple [se] puisse vivre.» Adonc le roy lui octroya, et -chascun s'i accorda, et ainsi fut fait; et tant firent que le jour Sainct -Barnabé, XIe jour dudit moys de juing, fut la cité prinse[602], et de là -vindrent assegier Montereau-où-fault-Yonne[603]. - - [600] C'est bien le dimanche 2 juin, et non le 3, comme le - prétendent Monstrelet et Lefèvre de Saint-Remy, que s'accomplit - le mariage du roi Henri V d'Angleterre et de Catherine de France; - le témoignage d'un contemporain, Jean Ofort, qui précise le jour - et l'heure de la cérémonie, ne laisse aucun doute à cet égard - (Lettre du 6 juin 1420, datée du siège de Sens, Rymer, t. IV, 3e - partie, p. 177; Fenin-Dupont, p. 136). - - [601] Ms. de Paris: avant tous. - - [602] Sens se rendit aux Anglais après quelques jours de siège, - six ou sept au plus, et non pas douze, comme l'affirme Monstrelet - (t. III, p. 402); le roi d'Angleterre était dès le mercredi 6 - juin sous les murs de cette ville qui capitula le mardi suivant. - Après la reddition de Sens, connue à Paris le 12 juin (Arch. - nat., X{la} 1480, fol. 217), Jean le Hongre en fut institué - capitaine (_Ibid._, X{la} 64, fol. 50). - - [603] Tous les éditeurs du Journal parisien ont inséré en cet - endroit le texte du traité de Troyes, qui figure dans les - manuscrits de Rome et de Paris sous la rubrique suivante: «Cy - ensuit le traicté faict entre les roys de France et d'Angleterre - et tout leur conseil.» Comme ce document important a été - fidèlement reproduit dans le volume XI des _Ordonnances des rois - de France_ (p. 86), d'après le registre 171 du Trésor des - chartes, et que nous ne pourrions relever que des variantes - insignifiantes, nous croyons pouvoir nous dispenser d'en donner - ici une nouvelle édition, laquelle aurait d'ailleurs pour - inconvénient de couper le récit du chroniqueur. - - -280. Item, tant furent devant Monteriau en l'an mil IIIIc XX que ceulx de -dedens se rendirent, sauf leur vie, en paiant une somme d'argent[604]. -Entre les autres estoit le sire de Guitry[605], l'un des plus plain de -cruaulté et de tirannye qui fut ou monde, lequel fut delivré avec les -autres, qui depuis fist tant de tirannye ou païs de Gastinoys et ailleurs -que fist oncques sarazin. - - [604] La reddition du château de Montereau eut lieu le 1er - juillet 1420; ce même jour, Charles VI ou plutôt son gendre le - roi d'Angleterre accorda aux habitants de la ville qui s'étaient - réfugiés dans le château des lettres de rémission portant - délivrance pleine et entière de leurs biens (Arch. nat., JJ 171, - no 175). Par d'autres lettres de pareille date, données «en - l'ost» devant Montereau, l'un des principaux défenseurs de la - place, Charles de Montmor, dit Morelet, chevalier, obtint - rémission et abolition pour sa participation à la résistance de - la ville et du château (_Ibid._, no 196). - - [605] Guillaume de Chaumont, seigneur de Guitry, nommé bailli - d'Évreux le 27 décembre 1415 (Arch. nat., X{la} 1480, fol. 40), - concourut à la défense d'Harfleur et fut autorisé le 8 avril 1416 - à se rendre auprès des Anglais pour traiter de sa rançon, à la - condition de laisser un bon lieutenant à la tête de son bailliage - (_Ibid._, X{la} 4790, fol. 71 vº). Lors des événements de 1418, - il se rangea dans le parti du dauphin, qui le nomma maître - enquêteur et général réformateur des eaux et forêts de France et - lui donna le comté de Chaumont. Il paraît avoir assisté, sinon - pris part, à l'assassinat de Jean Sans-Peur sur le pont de - Montereau (Chron. des Cordeliers, p. 281). A la suite de ce - tragique événement, un capitaine bourguignon, Guillaume de - Bierre, l'ayant accusé de complicité, fut par lui provoqué en - champ clos, et, le 15 juillet 1420, le roi d'Angleterre délivra - un sauf-conduit au seigneur de Guitry pour lui et pour cinquante - hommes d'armes de son escorte (Champollion, _Lettres de rois et - reines_, t. II, p. 383). Guillaume de Chaumont fut tué à la - bataille de Verneuil. - -281. Item, de là vindrent le roy d'Angleterre et les Bourguignons devant -Meleun et misdrent le siege. - -282. Item, en ce temps estoient plaines vendenges à la my-aoust, et -touzjours couroient les Arminalz plus que devant; et par eulx enchery -tant la chose, especialment à Paris, que une paire de souliers valloit X -solz parisis, une paire de chausses pou bonnes II frans ou XL solz; -toutes choses de quoy homme se povoit aider, au prix. - -283. Item, ung escu d'or de XVIII solz valloit en ce temps IIII frans ou -plus; ung [bon] noble d'Engleterre valloit VIII frans[606]. - - [606] A la date du 26 février 1420, il y eut une nouvelle - émission d'écus à la couronne, conformes au type précédemment - adopté, dont le cours fut fixé à 40 sols parisis; les moutons - d'or valaient à cette époque, officiellement du moins, 26 sols 8 - deniers parisis (Arch. nat., Z{1b} 58, fol. 154 vº). - -284. Item, en ce temps avoit si grant faulte de change à Paris que les -pouvres gens n'avoient nulles aumosnes ou bien pou; car en ce temps IIII -vielz deniers parisis valloient mieulx que ung gros de XVI deniers qui -pour lors couroit[607], et faisoit-on de tres mauvays lubres de VIII -deniers, qui par devant furent tant refusez, et par justice defenduz les -gros dessusdiz. Et pour plus grever le povre commun, fut mis le pain de -VIII deniers à X[608], et celui de seze à vingt. - - [607] Ces gros ou blancs deniers, de fabrication récente, avaient - été frappés en vertu de lettres du 6 mai 1420 à l'adresse des - généraux des monnaies (Arch. nat., Z{1b} 58, fol. 156 rº). Ils - tombèrent dans le discrédit le plus complet, à un tel point qu'à - la fin du mois de janvier 1421, lors de la distribution d'un gros - de seize deniers faite aux chanoines de Notre-Dame, le notaire du - Chapitre ne put s'empêcher de remarquer que ces gros étaient de - la faible monnaie et que les six deniers autrefois distribués - valaient beaucoup plus (_Ibid._, LL 215, fol. 309). - - [608] Un règlement, délibéré en séance du Conseil royal et publié - le 3 juillet 1420, détermina le prix et le poids du pain; des - peines rigoureuses furent édictées contre ceux qui se rendirent - coupables d'infractions. Ainsi le prévôt de Paris condamna un - boulanger au pilori avec deux pains pendus à son cou, pour avoir - façonné et mis en vente pain blanc du poids de douze onces et - pain bis de quinze onces, lesquels devaient peser seize onces; le - prix de vente du pain blanc, qui avant le 3 juillet 1420 était de - 10 deniers parisis, avait été réduit à 8 deniers; celui du pain - bis, de 8 deniers à 6 deniers. Toutefois, bien qu'il y eût - récidive, la peine infamante infligée par le prévôt de Paris fut - commuée par le Parlement et convertie en une amende de 10 livres, - avec obligation imposée au boulanger de faire moudre 2 setiers de - froment pour être distribués aux pauvres en pains de quatre - deniers chaque (Arch. nat., X{2a} 16, fol. 392). - -285. Item, une livre de bonne chandelle valloit dix blans[609]; ung œuf -IIII deniers; la livre de fromaige de presse VIII blans. - - [609] Ms. de Paris: XV blans. - -286. Item, à la Sainct Remy, le propre jour, fut crié le pain de V blans -à II solz parisis, celui de X deniers à XII deniers; ung œuf, VI -deniers; ung harenc caqué, XII deniers; ung haren pouldré, V blans[610]. - - [610] Le hareng constituait au XVe siècle la principale - alimentation du pauvre, surtout en temps de carême, témoin la - distribution de 78 milliers de harengs saurs et caqués faite par - ordre du roi, en 1408 et 1409, à plusieurs «hospitaulx, - maisons-Dieu et autres povres gens (Arch. nat., KK 32, fol. 52, - 92).» Aussi ne faut-il point s'étonner du soin tout particulier - avec lequel l'administration s'occupait de «mettre à pris - raisonnable» cet important article de consommation; le 17 février - 1420, dans une séance du Parlement tenue en présence du - chancelier, du prévôt de Paris et des officiers du Châtelet, il - fut décidé que le prévôt tiendrait la main à ce que le hareng ne - dépassât point le prix de vente déjà fort élevé du vendredi 16 - février (_Ibid._, X{la} 1480, fol. 200 vº). - -287. Item, en celle saison estoit le vin si cher que une queue de vin du -creu d'entour Paris, on la vendoit XXI ou XXII frans ou plus; et en celle -année plusieurs qui furent cuilliz ou moys d'aoust devindrent gras ou -aigres. - -288. Item, en ce temps couroient touzjours devant Paris et venoient -jusques aux portes de Paris les Arminalz, et boutoient feuz, prenoient -marchans à l'entrée de Paris, et n'estoit homme que on laissast yssir. Et -sembloit que aucuns de ceulx qui gouvernoient en ce temps eussent aucune -aliance avec eulx, car nul marchant n'alloit de Paris ou ne venoit à -Paris tant segretement qu'ilz ne sceussent aucunement l'allée ou la -venue; par quoy Paris demoura si nu de tous biens, especialment de pain -et de buche, que ung sextier de bonne farine valloit XVI ou XVII frans, -la meschante buche de Marne IIII frans, et toutes choses au pris, car -l'ost du roy qui touzjours estoit devant Meleun sans riens faire -degastoient tant de biens que on s'en sentoit bien XX lieues tout autour. - -289. Item, fut là tout octobre, et le XVIIe jour de novembre, jour -Sainct-Germain, à ung dimenche, entrerent noz signeurs dedens Meleun, et -se rendirent tous ceulx [de] dedens à la voulenté [du roy][611]; car tous -mouroient de fain, et mengeoient leurs chevaulx ceulx qui en avoient. - - [611] Juvénal des Ursins se trompe lorsqu'il nous dit que les - défenseurs de Melun purent quitter la ville, «sauves leurs vies - et sans estre mis à aucune rançon ou finance.» Cette assertion - ferait croire à une générosité qui n'était point dans le - caractère du roi anglais; les habitants de la ville payèrent à - beaux deniers sonnants la rémission qui leur fut accordée le 21 - novembre 1420 (Arch. nat., JJ 171, no 134); vingt mille francs - payables moitié «dedans» Noël, moitié «dedans» Pâques, tel fut le - chiffre de la rançon stipulée, charge d'autant plus lourde - qu'elle pesa sur les seuls bourgeois; non seulement le clergé - mais encore les nobles furent exceptés de cette contribution; les - habitants durent en outre «remparer» et mettre en état dans le - délai d'une année les portes, murs et fossés ruinés par un siège - de plusieurs mois. - -290. Item, le jeudy ensuivant, furent admenez à Paris environ de V ou à -VIc prinsonniers de ladicte ville de Meleun, et furent mis en diverses -prinsons[612]. - - [612] Les prisonniers de Melun furent amenés par bateaux à Paris - et enfermés les uns en la bastille Saint-Antoine, les autres au - Châtelet, d'autres encore au Palais et au Temple; ceux du - Châtelet périrent pour la plupart de faim et de misère dans les - basses fosses où on les avait jetés (Cf. Juvénal des Ursins, p. - 561). On n'épargna que ceux qui pouvaient financer, comme Pierre - de Vaudetar, ancien valet de chambre du roi, mis en liberté - moyennant 2,000 livres, ou Étienne de Commargon, qui avait été - incarcéré au Châtelet (Arch. nat,, JJ 171, no 350; JJ 172, no - 246). Le Parlement de Paris vaqua du 22 janvier au 17 mai au - procès de ces malheureux: de toutes ces séances, la plus - importante fut celle du 12 mars, à laquelle assistèrent le - chancelier, Lourdin de Saligny, Renier Pot et nombre de - personnages; les samedis 15 et 29 mars furent écartelés deux des - prisonniers condamnés par le Parlement, Tanneguy de Coesmerel et - Jean Gault (_Ibid._, X{la} 1480, fol. 227-233). - -291. Item, depuis que la ville de Meleun fut prinse, furent noz signeurs -de France[613], c'est assavoir, [le roy de France], le roy d'Engleterre, -les deux roynes, le duc de Bourgongne, le duc Rouge[614] et plusieurs -autres signeurs, tant de France que d'ailleurs, demourans à Meleun et à -Corbeil jusques au premier jour de decembre, jour Sainct Eloy, qui fut à -ung dimenche. Et cedit jour entrerent à Paris à grant noblesse, car toute -la grant rue Sainct-Denis par où ilz entrerent, depuis la seconde porte -jusques à Nostre-Dame de Paris, estoient encourtinées les rues et parées -moult noblement, et la plus grant partie des gens de Paris qui avoient -puissance furent vestuz de rouge couleur. Et fut fait en la rue de la -Kalende[615] devant le Palais, ung [moult] piteux mistere de la passion -Nostre Seigneur au vif, selon que elle est figurée autour du cueur de -Nostre-Dame de Paris; et duroient les eschauffaux environ cent pas de -long, venant de la rue de la Kalande jusques aux murs du Palais, et -n'estoit homme qui veist le mistere à qui le cueur n'apiteast. Ne oncques -princes ne furent receuz à plus grant joye qu'ilz furent, car ilz -encontroient par toutes les rues processions de prebstres revestuz de -chappes et de seurpeliz, [portans saintuaires], chantans _Te Deum -laudamus_ ou _Benedictus qui venit_; et fut entre V et VI heures après -medi, et toute nuyt quant ilz revenoient en leurs eglises; et ce -faisoient si liement et de si joyeux cueur[616], et le commun par cas -pareil, car rien qu'ilz feissent pour complaire ausdiz signeurs ne leur -ennuyoit, et si avoit tres grant pouvreté de fain la plus grant partie, -especialment le menu peuple; car ung pain, que on avoit ou temps devant -pour IIII deniers parisis, coustoit XL deniers parisis, le sextier de -farine XXIIII frans, [le sextier] de pois ou de feves bonnes XX frans. - - [613] «De France» manque dans le ms. de Rome. - - [614] Louis III de Bavière, dit le Barbu, frère de la reine - Isabeau. - - [615] La rue de la Calandre en la Cité, conduisant en droite - ligne du Palais à Notre-Dame, donnait d'un bout rue de la - Barillerie et de l'autre rue du Marché-Palu, vis-à-vis celle de - Saint-Christophe. - - [616] La présence du clergé parisien ne fut pas si spontanée que - veut bien le dire l'auteur du Journal: il y eut en quelque sorte - dans cette circonstance ce que l'on pourrait appeler un service - commandé, car le 29 novembre, sur l'invitation adressée par - Charles VI au Parlement et appuyée par ses conseillers, qui - insistaient pour que les églises se rendissent - processionnellement avec leurs reliques jusqu'à la porte - Saint-Denis à la rencontre des rois de France et d'Angleterre, le - chapitre de Notre-Dame décida que la procession de l'église - cathédrale ne dépasserait pas l'Hôtel-Dieu, mais que les autres - églises s'avanceraient aussi loin qu'elles pourraient (Arch. - nat., LL 215, fol. 299). - -292. Item, le lendemain, IIe jour dudit moys, entra la royne, avecques -elle la royne d'Engleterre, la femme du duc de Clarence[617] frere du roy -d'Engleterre, dedens Paris, à telle joie comme devant est dit du jour du -dimenche, et vindrent lesdictes roynes par la porte Sainct-Anthoine, et -furent les rues tandues par où ilz vindrent et leur compaignie, comme -devant est dit. - - [617] Marguerite Holland, veuve de J. de Beaufort, marquis de - Somerset, épousa en secondes noces le duc de Clarence; elle - accompagnait la reine d'Angleterre qui, ainsi que sa mère, avait - établi son séjour à Corbeil durant le siège de Melun (Arch. nat., - X{la} 1480, fol. 224). - -293. Item, avant qu'il fust huit jours passez après leur venue, enchery -tant le blé et la farine que le sextier de blé fourment valloit à la -mesure de Paris, es Halles dudit Paris, XXX frans de la monnoie qui lors -couroit, et la farine bonne valloit XXXII frans, et autre grain au -pris[618], selon qu'il estoit; et n'y avoit point de pain à moins de -XXIIII deniers parisis pour piece, qui estoit à tout le bran[619], et le -plus pesant ne pesoit que vingt onczes ou environ. En icellui temps -avoient povres gens et pouvres prebstres mal temps, que on ne leur -donnoit que II solz parisis pour leur messe[620]; et pouvres gens[621] ne -mengeoient point de pain que choulx et naveaulx, et telz potaiges sans -pain ne sel. - - [618] Ms. de Rome: au poix. - - [619] Ms. de Paris: vren. - - [620] Comme on peut le voir par les délibérations capitulaires de - Notre-Dame, les chanoines eux-mêmes n'étaient pas beaucoup mieux - partagés; le 22 janvier 1421, il fut décidé «propter maliciam et - caristiam temporis» que tout chanoine qui assisterait aux messes - ou vêpres bénéficierait de quatre sols parisis, et de douze - deniers en plus lorsqu'il serait aux matines (Arch. nat., LL 215, - fol. 309). - - [621] «Gens» manque dans le ms. de Rome. - -294. Item, tant enchery le pain avant que Nouel fust, que cil de IIII -blans valloient VIII blans, et n'estoit nul qui encore en peust finer, se -il n'alloit devant le jour ches boullengers[622] et donner pintes et -choppines aux maistres et aux varletz pour en avoir. Et si n'y avoit vin -en ce temps qui ne coustast XII deniers la pinte du moins; mais on ne le -plaignoit point qui en povoit avoir, car quant ce venoit environ VIII -heures, il y avoit si tres grant presse à l'uys des boullengiers que nul -ne le croyroit qui ne l'auroit veu. Et les pouvres creatures, qui pour -leurs pouvres maris qui estoient aux champs ou pour leurs enfans [qui -mouroient de fain en leurs maisons, quant ilz] n'en povoient avoir pour -leur argent ou pour la presse, après celle heure, ouyssez parmy Paris -piteux plains, [piteux criz], piteuses lamentacions, et petiz enfans -crier: «Je meur de fain.» Et sur les fumiers parmy Paris (en) IIIIc XX, -peussiez trouver cy dix, cy vingt ou XXX enfans, filz et filles, qui là -mouroient de fain et de froit, et n'estoit si dur cueur qui par nuyt les -ouist crier: «Helas! je meur de fain!» qui grant pitié n'en eust; mais -les pouvres mesnaigiers ne leur povoient ayder, car on n'avoit ne pain, -ne blé, ne buche, ne charbon; et si estoit le pouvre peuple tant oppressé -des guetz, qu'il failloit faire de nuyt et de jour, qu'ilz ne savoient -eulx aider ne à autruy. - - [622] Si le pain était devenu aussi rare et aussi cher, c'est que - les boulangers, se jugeant lésés par certaines ordonnances de la - prévôté de Paris publiées vers la fin d'avril ou le commencement - de mai 1420, avaient considérablement restreint la panification. - Le Parlement s'émut de cet état de choses et, voulant y porter - remède, ordonna, dans sa séance du 12 mai, à son premier huissier - de faire crier à son de trompe que, sous peine de la hart, les - boulangers se missent en devoir de cuire autant de pain que par - le passé. De plus, le Parlement, croyant remarquer que les - officiers du Châtelet ne procédaient que civilement contre les - boulangers, infligea un blâme sévère au prévôt de Paris et à ses - lieutenants et leur recommanda de punir avec une extrême rigueur - tout délinquant. Malgré ces mesures coercitives, la situation ne - s'améliora guère, puisque nous voyons les conseillers s'assembler - le 15 juin pour délibérer sur «les faultes, abus ou monopoles que - faisoient les boulangers et musniers de Paris.» Le 12 juillet - suivant, intervint un arrêt qui défendit à tout boulanger de - s'entremettre de meunerie; ce même arrêt condamna un certain - nombre de gros meuniers à crier merci et à demander pardon à la - Cour, chacun d'eux à porter un cierge allumé d'une livre en - l'église Notre-Dame par le Grand-Pont et le pont Notre-Dame, avec - distribution d'une quantité déterminée de pains aux principaux - établissements hospitaliers de Paris (Arch. nat., X{la} 1480, - fol. 109, 217, 219 vº). - -295. Item, en ce moys de decembre, fut déposé de la prevosté de Paris -Clamecy, et fut institué prevost de Paris ung chevalier nommé [monsr] -Jehan, signeur du Mesnil[623], XVIIe jour de decembre, jour Sainct Ladre. - - [623] Jean du Mesnil, chevalier, chambellan du roi et maître de - son hôtel, fut gratifié le 5 octobre 1418 d'un logement dans les - dépendances de l'hôtel de Saint-Pol (Arch. nat., JJ 170, no 208). - Il figure parmi les ambassadeurs du roi qui vinrent au Parlement - le 29 avril 1420, avec mission de faire connaître la marche des - négociations ouvertes à Troyes (_Ibid._, X{la} 1480, fol. 213). - Reçu prévôt de Paris le mardi 17 décembre 1420, en vertu de - lettres royaux rendues en conseil le jour précédent (_Ibid._, - fol. 225), il établit sa demeure dans une maison sise rue - Vieille-du-Temple, provenant de Jean de Vailly qui avait quitté - Paris pour siéger au Parlement de Poitiers (Sauval, III, 288). - C'est à peine si Jean du Mesnil eut le temps de prendre - possession de sa charge; la mort l'enleva dans les premiers jours - de mars 1421 (Arch. nat., X{la} 1480, fol. 230 vº). - -296. Item, le jour Sainct Estienne ensuivant, fut institué prevost des -marchans ung nommé maistre Hugues le Coq[624]. - - [624] Hugues le Coq, conseiller au Parlement de Paris, nommé - prévôt des marchands le jeudi 26 décembre 1420, après la mort de - Noel Marchant (Arch. nat., KK 1009, fol. 3 vº), était déjà initié - à la gestion des affaires municipales, ayant été appelé le 19 - septembre 1419 à prendre part aux délibérations du Conseil qui - s'assemblait quotidiennement à l'hôtel de ville. En récompense de - ses services, Hugues le Coq obtint le 26 juin 1423 les biens - confisqués sur son frère Pierre le Coq et son neveu Jeannin - Anchier (Longnon, _Paris sous la domination anglaise_, p. 102). - Lorsqu'en 1429 il quitta la prévôté des marchands, il continua à - siéger au Parlement en qualité de conseiller et remplit plusieurs - missions de confiance. Au mois d'octobre 1430, la Cour l'envoya à - Rouen auprès du roi d'Angleterre, en compagnie de Jacques - Branlard, président aux Enquêtes, pour solliciter le payement des - gages arriérés; le même conseiller fut commis avec le greffier - Jean de l'Epine à dresser l'inventaire des biens de la duchesse - de Bedford (Arch. nat., X{la} 1481, fol. 34, 35, 61). Hugues le - Coq redevint prévôt des marchands le 23 juillet 1434. Marié en - premières noces à Jeanne de Langres, défunte avant 1427 (Sauval, - III, 301), et en secondes à Jacquette Gudin, il possédait, rue - des Prouvaires, un immeuble attenant à l'hôtel de Jean de Lommoy, - notaire et secrétaire du roi (Arch. nat., Y 5230, fol. 56 vº). - Après la réduction de la capitale sous l'autorité de Charles VII, - l'ancien prévôt des marchands fut enveloppé dans les mesures de - proscription et perdit tous ses biens qui furent dévolus à Henri - Lestauf (Arch. nat., PP 118; Mémorial Bourges, I, fol. 2). - -297. Item, le jour Sainct Jehan-Euvangeliste ensuivant, XXVIIe jour de -decembre, fut institué evesque de Paris ung nommé maistre Jehan -Courtecuisse[625], maistre en theologie et proudomme. - - [625] Jean Courtecuisse, docteur en théologie, aumônier du roi de - 1409 à 1421, porta la parole dans maintes circonstances - importantes, notamment en 1408 pour combattre la bulle du pape - Benoît XIII (Juvénal des Ursins, p. 447); le 15 octobre 1418, il - eut charge de remontrer au roi et au duc de Bourgogne l'état - précaire de Paris et les difficultés de tout genre qui - entravaient le ravitaillement (Arch. nat., X{la} 1480, fol. 151). - Son élection à l'évêché de Paris rencontra une vive opposition: - les rois de France et d'Angleterre ainsi que le duc de Bourgogne, - qui désiraient transférer à l'évêché de Paris Philibert de - Montjeu, élu d'Amiens, poursuivirent Jean Courtecuisse de leur - hostilité. Une véritable pression fut exercée sur le chapitre; la - veille même de l'élection, l'un des chanoines, Jean du Moulin, - premier chapelain de Charles VI, rapporta une conversation qu'il - avait eue le mardi précédent, dans la chapelle royale de - Saint-Pol, avec Lourdin de Saligny et Renier Pot; ces deux - chevaliers l'avaient sondé sur les intentions du chapitre, - ajoutant que la coutume d'Angleterre ne permettait point d'élire - une autre personne que celle ayant l'agrément du roi. Le chapitre - passa outre, et son choix se porta sur Jean Courtecuisse - (_Ibid._, LL 215, fol. 291-304). - -298. Item, ce jour party la fille de France, nommée Katherine, que le roy -d'Engleterre avoit espousée et fut menée en Engleterre[626], et fut une -piteuse departie, especialment du roy de France et de sa fille. - - [626] Catherine de France quitta Paris après les fêtes de Noël - avec le roi d'Angleterre, qu'accompagnaient ses frères, les ducs - de Bedford et de Clarence; elle fit le 31 décembre son entrée - solennelle à Rouen et reçut de cette ville de magnifiques - présents (P. Cochon, Chron. norm., p. 440). La nouvelle reine - d'Angleterre débarqua le 1er février sur le sol anglais et fut - couronnée le 23 dans l'abbaye de Westminster. - -299. Item, le roy d'Angleterre laissa pour estre cappitaine de Paris son -frere le duc de Clarence, et deux autres contes qui pou de bien firent à -Paris[627]. - - [627] Thomas Beaufort, duc d'Exeter, oncle du roi d'Angleterre, - fut adjoint au duc de Clarence et, après son départ, lui succéda - dans le gouvernement de la capitale (Champollion, _Lettres de - rois et reines_, t. II, p. 388). A la même époque, Henri V nomma - Jean Holland, comte de Huntingdon, capitaine du Bois de - Vincennes, et Gilbert Humphreville, comte de Kent, capitaine de - Melun (Monstrelet, t. IV, p. 23; G. Chastellain, t. I, p. 203). - -300. Item, en ce temps estoit le blé si cher, que le sextier de bon blé -valloit XXXII frans et plus[628]; le sextier d'orge, XXVII frans ou -XXVIII frans; ung pain de XVI onces à toute la paille, VIII blans; de -feves, de pois, nul pouvre homme n'en mangeoit qui ne les luy donnoit. - - [628] Il n'y a rien d'excessif dans l'évaluation donnée par - l'auteur de notre Journal: le setier de blé atteignit bien le - prix de 32 francs et dépassa de beaucoup la taxe officielle - imposée par deux commissaires du Parlement, Jean Aguenin et - Quentin Massue; c'est au moins ce que prétendirent certains - boulangers qui s'en étaient autorisés pour «apeticier» leurs - pains; la Cour leur enjoignit de se présenter par devant les - commissaires qui leur feraient délivrer «es greniers par les - marchans le meilleur blé et au plus hault pris, pour xxvi frans - chascun sextier» (Arch. nat., X{la} 1480, fol. 233). - -301. Item, une pinte de vin moien pour mesnaige coustoit XVI deniers -parisis tout le mains, qu'on avoit eu meilleur le temps precedant ou -aussi bon pour ii deniers parisis. - - - [1421.] - - -302. Item, en ce temps, à la Chandeleur, pour conforter pouvres gens, -furent remises sus les enffans de l'ennemy d'enfer, c'est assavoir, -imposicions, quatriesmes, et males toutes[629], et en furent gouverneurs -gens oyseurs qui ne savoient mais de quoy vivre, qui pinçoient tout[630] -de si pres que toutes marchandises laissoient à venir à Paris, tant pour -la monnoye, comme pour les subsides. Par quoy si grant charté -s'ensuivi[631] que à Pasques ung bon beuf coustoit IIc frans ou -plus[632]; ung bon veel XII frans; la fliche de lart VIII ou X frans; ung -pourcel XVI ou XX frans; ung [petit] frommaige tout blanc VI solz -parisis, et toute vyande au prix; ung cent d'œufz coustoit XVI solz -parisis. Et toute jour et toute nuyt avoit parmy Paris, pour la charté -devant dicte, les longs plains, lamentacions, douleurs, criz piteables, -que oncques je croy que Jheremie le prophete ne fist plus doloreux, quant -la cité de Jherusalem fut toute destruite et que les enffans de Israel -furent menez en Babilonie en chetivoison; car jour et nuyt crioient -hommes, femmes, petiz enffans: «Helas! je meur de froit,» l'autre de -fain. Et en bonne vérité il fist le plus long yver que homme eust veu, -passé avoit XL ans, car les feriers de Pasques il negoit, il geloit et -faisoit toute la douleur de froit que on povoit pencer. Et pour la grant -pouvreté que aucuns des bons habitans de la bonne ville de Paris veoient -souffrir, firent tant qu'ilz acheterent maisons III ou IIII dont ilz -firent hospitaulx pour les pouvres enffans qui mouroient de fain parmy -Paris, et avoient potaige et bon feu et bien couchez; et en mains de -trois moys avoit en chascun hospital bien XL liz ou plus bien fourniz, -que les bonnes gens de Paris y avoient donnez; et estoit l'ung en la -Heaumerie, ung autre devant le Pallays, et l'autre en la place Maubert. -Et en vérité, quant ce vint sur le doulx temps, comme en avril, ceulx qui -[en yver] avoient fait leurs buvraiges comme despence de pommes ou de -prunelles, quant plus n'y en avoit, ilz vuydoient leurs pommes -ou leurs prunelles en my la rue, en intencion que les porcs de -Sainct-Anthoine[633] les mengeassent. Mais les porcs n'y venoient pas à -temps, car aussitost qu'elles y estoient gectées, elles estoient prinses -de pouvres gens, de femmes, d'enfans qui les mengeoient par grant saveur, -qui estoit une tres grant pitié, chascun pour soy mesmes, car ilz -mengeoient ce que les pourceaulx ne daignoient menger; ilz mengeoient -trougnons de choux sans pain ne sans cuire, les herbetes des champs sans -pain et sans sel. Brief, il estoit si cher temps[634] que pou des -mesnaigers de Paris mangeoient leur saoul de pain, car de char ne -mengeoient-ilz point, ne de feves, ne de pois, que verdure, qui estoit -merveilleusement chere. - - [629] De toutes ces contributions, celle qui offrait le caractère - le plus vexatoire était l'imposition connue sous le nom de - _quatrième_ [denier], levée sur le vin vendu au détail; il n'en - est pas qui ait suscité autant de procès, comme en font foi les - registres de la Cour des aides pendant la domination anglaise. - Les commis pouvaient commencer leurs visites «es celiers à VI - heures en esté et en yver à VII heures du matin,» et bien qu'il - leur fût défendu d'aller «es hostelz des bourgois fere queste, - s'il n'y avoit taverne et enseigne,» ils s'arrogeaient cependant - ce droit (Arch. nat., Z{1a} 7, fol. 32, 140); aussi c'était à qui - mettrait en œuvre toutes les ruses possibles pour déjouer la - perspicacité des collecteurs. Cet impôt s'affermait par - quartiers: les Halles, la Cité, la Grève, Oultre-Petit-Pont - formaient autant de régions distinctes. Entre autres taxes qui - grevaient à Paris les objets de consommation, on peut citer: - l'imposition du 12e denier pour livre sur le bétail à pied - fourché vendu à Paris (_Ibid._, Z{1a} 9, fol. 79); l'imposition - de 12 deniers par livre sur le poisson de mer débité aux halles - (_Ibid._, Z{1a} 7, fol. 171 vº); l'imposition de la busche, droit - perçu sur le bois de chauffage vendu à Paris; l'imposition - foraine, droit d'exportation qui se payait non seulement à Paris, - mais encore dans tout le royaume, droit auquel étaient assujettis - les objets fabriqués, tels que les draps, «les joyaulx» - d'orfévrerie; non seulement les bourgeois parisiens qui faisaient - sortir des articles de cette nature, mais encore les marchands - étrangers, emportant des pièces d'orfévrerie, devaient acquitter - cet impôt entre les mains d'un receveur spécial (_Ibid._, Z{1a} - 7, fol. 79). - - [630] Ms. de Paris: pignoient tous. - - [631] Ms. de Paris: s'esmeut. - - [632] La spéculation, comme toujours, exagéra les prix et - contribua à accroître la cherté, déjà si grande; aussi fut-on - obligé de prendre des mesures radicales. A ce moment, «comme y - avoit grant faulte de vivres à Paris», des marchands étaient - allés chercher en Savoie quatre-vingts bœufs et les avaient mis - en vente à trois ou quatre reprises différentes, sans conclure - aucune affaire, ne trouvant pas apparemment les offres assez - élevées, excellent moyen pour rendre _annonam caristiorem_ et - pour augmenter la misère publique; aussi le bétail fut-il saisi - et vendu au marché de Paris (Arch. nat., X{la} 4793, fol. 204 - vº). - - [633] Les pourceaux privilégiés de l'abbaye de Saint-Antoine - avaient seuls le droit de vaguer dans les rues. - - [634] Eu égard à la cherté du temps, le maître de l'hôtel-Dieu de - Paris fut autorisé le 20 février 1421 à faire placarder sur les - portes de l'église Notre-Dame et dans Paris des cédules énumérant - les besoins de l'hôtel-Dieu et faisant un appel pressant à la - compassion du peuple (Arch. nat., LL 215, fol. 313). La misère, - si forte à Paris, n'était pas moindre dans les pays qui - touchaient à l'Ile-de-France; des témoignages irrécusables sont - fournis par les documents contemporains. Une lettre de rémission - parle «de la grant detresse de famine et de fain, qui pour lors - estoit grant et excessive ou païs de Beauvoisin» (_Ibid._, JJ - 171, fol. 260). Une autre lettre nous apprend que dans la Brie - les vivres «estoient en si grant chierté que le menu peuple y - mouroit de fain, et se partoient lors par famine d'icellui païs - et s'en aloient à l'avanture en païs où ilz pensoient à gaingnier - et avoir vivres à marchié competent (_Ibid._, no 503).» Les - régions qui n'avaient pas été éprouvées par le fléau de la guerre - souffraient elles-mêmes de la disette; le compte de l'hôtel du - dauphin pour l'année 1421 mentionne, pour justifier un supplément - de dépenses, «la grant chierté des vivres qui lors estoit» - (_Ibid._, KK 50, fol. 3). - -303. Item, ou moys de mars vers la fin, es foiriers de Pasques, prindrent -journée de combatre les Arminalz contre le duc de Clarence, qui estoit -cappitaine de Paris, et le duc d'Ostet[635] et frere ainsné du roy -angloys; et devoit estre la bataille entre Angers et le Mans sur la -riviere du Loir[636]. Si alla veoir la place le duc de Clarence avant que -le jour de la bataille fust, laquelle place estoit ou païs des Arminalz, -et lui convint passer ladicte riviere par ung pont bien estroit, et fut -bien acompaigné de XVc hommes d'onneur et de Vc archers. Ses annemis, qui -touzjours avoient des amis partout, le sceurent et firent deux embuches -en ung boys où il lui convenoit passer après la riviere; et devant oultre -le boys avoit bien IIIIc hommes armez [au cler] sur une petite montaigne, -lesquelx les Angloys povoient bien veoir. Si n'en tindrent compte, car -ilz cuidoient que plus n'en y eust que ceulx là, dont ilz furent deceuz; -car en la vallée avoit une grosse bataille d'Arminalz, sans les deux -embuches devant dictes, qui, aussitost qu'ilz virent que les Angloys -furent[637] dedens le boys, yssirent par derriere, et allerent rompre le -pont, et puis les vindrent acuillir par derriere et par les costez, et -les autres par devant; et ainsi furent tous mis à l'espée[638], senon -environ IIc, comme menestrées et autres qui eschapperent par bien fouir, -et refirent le pont le mieulx qu'ilz porent et s'enfouirent à leurs -logeys. Et quant ceulx des logeys qui estoient demourez le sceurent, ilz -se mirent comme tous enragez es faulsbourgs du Mans, et mirent le feu, et -tuerent femmes et enfens, et hommes vieulx et jeunes sans mercy. Et fut -la vigille de Pasques, qui fut le XXIe jour de mars IIIIc XX[639]. - - [635] S'agirait-il de Humphroy, duc de Glocester, frère du roi - Henri V? Cependant aucun chroniqueur ne signale sa présence dans - le camp du duc de Clarence. - - [636] Baugé-en-Vallée (Maine-et-Loire), entre Beaufort et la - Flèche. - - [637] Ms. de Paris: estoient. - - [638] Pour se servir des expressions de P. de Fenin (p. 155, éd. - Dupont), «la fleur de la seignourie d'Engleterre» resta sur le - champ de bataille. Parmi ceux qui succombèrent aux côtés du duc - de Clarence, on peut citer lord Roos, maréchal d'Angleterre, et - son frère sir William Roos, Gilbert Humphreville, comte de Kent, - sir John Gray, comte de Tancarville. Nombre de personnages de - distinction, entre autres Jean Beaufort, comte de Sommerset, et - Jean Holland, comte de Huntingdon, tombèrent au pouvoir du - dauphin qui leur offrit à Tours un repas somptueux pour lequel on - dépensa six cents livres (Arch. nat., KK 50, fol. 3). La nouvelle - de la défaite de Baugé parvint à Paris le 4 avril 1421 (_Ibid._, - X{la} 1480, fol. 231 vº), et le lundi 14 un service solennel fut - célébré à Notre-Dame pour le défunt duc de Clarence (_Ibid._, LL - 215, fol. 319). - - [639] L'auteur du Journal se trompe d'un jour; la veille de - Pâques tombait cette année le samedi 22 mars. - -304. Item, en ce moys fut ordonné garde de la justice de la prevosté de -Paris sire Jehan de la Baulme, signeur de Waleffin[640]. - - [640] Jean de la Baume-Montrevel, seigneur de Valfin, et non Jean - de la Vallée, seigneur de Valestin, comme portent les manuscrits, - était l'un des chambellans et conseillers de Charles VI; il - devint le 17 mars 1405 chambellan du duc d'Orléans, qui lui donna - l'ordre du Porc-Épic (Arch. nat., K 57, no 9{26}), passa ensuite - au service du duc de Bourgogne qui en fit son échanson, puis son - chambellan. Appelé le vendredi 14 mars 1421 à la prévôté de - Paris, vacante par le décès de Jean du Mesnil, il remplaça - Gaucher Jayer, procureur général du roi, qui avait été - provisoirement chargé des fonctions de prévôt le mardi précédent - (Arch. nat., Y 1, fol. 4). Jean de la Baume occupa en ce moment - un hôtel de la rue du Temple, près de Sainte-Avoye, confisqué sur - Thibaud de Chantemerle (Sauval, t. III, p. 269). Au bout de deux - mois, il se retira de la prévôté et eut pour successeur Pierre de - Marigny, maître des requêtes de l'hôtel, installé le samedi 3 mai - (Arch. nat., X{la} 1480, fol. 230 vº, 233 rº). C'est alors que le - roi d'Angleterre, par lettres du 8 juillet 1421, lui confia le - commandement militaire de la capitale. Au début de l'année 1422, - Jean de Baume se fit nommer maréchal de France et fut reçu le 3 - février, malgré l'opposition de Claude de Chastellux (_Ibid._, - fol. 246 rº). Il termina, paraît-il, sa carrière en 1436; son - testament est du 25 janvier 1435 (v. st.). Cf. Anselme, _Hist. - généal._, t. VII, p. 41. - -305. Item, le sabmedy XIIe jour d'avril ensuivant, fut criée la monnoye à -Rouen, que le gros de XVI deniers parisis ne vauldroit que IIII deniers -parisis, et le noble LX solz tournois, et l'escu XXX solz tournois[641]. - - [641] Conformément à une ordonnance de Henri V, roi d'Angleterre, - donnée à Rouen le 11 avril 1421 (_Lettres de rois et reines_, t. - II, p. 389). - -306. Item, le mardi ensuivant, en fut si grant escry à Paris que chascun -cuidoit certainement que on feist ainsi le mercredi ou le sabmedi -ensuivant de la monnoie comme on avoit fait à Rouen, dont tous vivres -encherirent tant que on n'en povoit finer; car une pinte de huille qui ne -valloit que V solz ou XVI blans cousta avant le sabmedi XII solz parisis; -la livre de chandelle X solz parisis; la livre de beurre sallé X solz -parisis, et toutes autres choses au prix. Et vendoit chascun marchant -ainsi qu'il voulloit toutes denrées, car nul n'y metoit aucun remede pour -le prouffit publique, mais disoit on que tous ceulx qui y devoient mettre -le meilleur remede estoient marchans eulx mesmes; par quoy le povre -peuple souffroit tant de pouvreté, de fain, de froit et de toute autre -meschance, que nul ne le scet que Dieu de paradis, car quant le tueur des -chiens avoit tué des chiens, les pouvres gens le suyvoient aux champs -pour avoir la char ou les trippes pour leur menger. - -307. Item, le dimenche devant la Penthecoste commencerent les bouchiers à -vendre char à la porte de Paris, et laisserent le cymetiere Sainct-Jehan, -Petit-Pont, la halle de Beauvays et les autres boucheries qui par devant -avoient esté faictes. - -308. Item, en cel an fut yver si long et si dyvers qu'il faisoit tres -grant froit jusques en la fin de may, et en la fin de juing n'estoient -pas les vignes encore fleuries; et si fut si grant année de channilles -que le fruict fut tout degasté, et furent en celle année trouvés à Paris -en aucuns lieux escorpions que on n'avoit point en ce temps acoustumé à -veoir. - -309. Item, en ce temps à la porte Sainct-Honoré fut veue dessoubz le pont -en l'eaue une source comme de sang ung pou moins rouge, et fut apperceue -le jour Sainct Pere et Sainct Paul qui fut au dimenche, et dura jusques -au mercredy ensuivant; et en furent les gens qui y alloient moult -esbahiz, et tant qu'il convint que la porte fust fermée et le pont levé -deux jours[642] pour la grant multitude du peuple qui là alloit, et si ne -pot oncques personne savoir la signifiance de la chose. - - [642] «Et le pont levé deux jours» manque dans le ms. de Rome. - -310. Item, le jeudy ensuivant, vigille Sainct Martin, furent criées les -monnoies à Paris, que le gros de XVI deniers ne vauldroit que IIII -deniers parisis, le blanc de IIII deniers I denier parisis; une piece de -monnoie de II deniers parisis qui pour lors estoit[643] ne valloit que -une maille; qui moult dommaiga pouvres gens et ne fist prouffit que à -ceulx qui avoient rentes et revenues[644]. - - [643] Ms. de Paris: une pièce de monnoie qui pour lors estoit de - III deniers. - - [644] Une ordonnance du 26 juin, applicable dans tout le royaume - et publiée le jeudi 3 juillet au Parlement ainsi que dans Paris, - régla à la fois le cours des monnaies et le mode de payement des - rentes et loyers; ce fut une mesure désastreuse pour la - population parisienne; ces lettres portaient en effet que «toutes - debtes deues,» soit pour loyers de maisons, soit pour rentes et - gages quelconques, échus depuis la Saint Jean 1420 jusqu'au jour - de la publication, devraient être payées en monnaie comptée à - l'ancien prix, et, pour les termes suivants, d'après le nouveau - cours fixé comme il suit: l'écu d'or, 30 sols tournois; le mouton - d'or, 20 sols tournois; le gros de 20 deniers tournois, 5 - deniers; le blanc de 10 deniers tournois, 2 deniers obole, et la - monnaie noire, une maille (Arch. nat., Z{1b} 58, fol. 163, 164). - -311. Item, le jour sainct Martin, entra le roy d'Engleterre à Paris à -belle compaignie[645], et si ne savoit-on rien de sa venue, tant qu'il -fut à Sainct-Denis en France. - - [645] Clément de Fauquembergue dit au contraire que le roi Henri - V fit son entrée le 4 juillet «en compagnie de petit nombre - d'archiers et gens d'armes.» (Arch. nat., X{la} 1480, fol. 236.) - -312. Item, en ce temps estoient les loups si affamez qu'ilz desterroient -à leurs pattes les cors des gens que on enterroit aux villaiges et aux -champs; car partout où on alloit, on trouvoit des mors et aux champs et -aux villes de la grant povreté qu'ilz [du cher temps et de la famine] -souffroient, par la maldicte guerre qui touzjours croissoit de jour en -jour de mal en pire. - -313. Item, en ce temps estoit [tres] grant mortalité, et tous mouroient -de chaleur qui ou chief les prenoit et puis la fievre, et mouroient sans -rien ou pou empirer de leur char, et toutes femmes ou les plus jeunes -gens. En ce temps estoit le vin si cher que chascune pinte de vin moyen -coustoit IIII solz parisis; et si n'amendoit point le pain, et si y avoit -en ce temps à Paris plus de blé que homme qui fust né en ce temps [y] -eust oncques veu de son aage, car on tesmoignoit qu'il y en avoit pour -bien gouverner Paris [pour plus] de deux ans entiers, et si n'estoit -point [encore] cuilly l'aoust de nul grain. - -314. Item, en ce temps estoit une grosse murmure [à Paris] pour le cry -devantdit de la monnoye, car tous les gros (_sic_), ceulx du Pallays, du -Chastellet se faisoient poier en forte monnoye[646], et tout le demainne -du roy, comme impositeurs, quatriesmes et toutes subsides; et ne -prenoient le gros que pour iiii deniers parisis, et le mettoient en -toutes choses aux pouvres gens pour XVI deniers parisis. Sy se coursa le -commun et firent parlement en la maison de ville; quant les gouverneurs -les virent, si orent paour, et firent crier que le terme des maisons -premier venant se paieroit en XII gros pour ung franc, et ce pendant on y -remedieroit le mieulx que on pouroit, et estoit environ X ou XII jours -après la Sainct Jehan, l'an mil CCCCXXI. Et fut dit ou cry que la -darraine sepmaine d'aoust chascun qui tenoit maison à titre de louaige, -ou qui devoit cens ou rente, allast parler à son hoste, ou censier ou -rentier, savoir en quelle monnoye ilz se vouldroient paier après la -Sainct Remy, et, ouye leur responce, ilz estoient quictes pour renoncer -au louaige[647], ou cens ou rente; dont le peuple se deporta et fut -apaisié, pour ce que encore avoient deux moys de terme à prendre ou -renoncer, et que le terme de la Sainct Remy venant seroit poié, comme on -l'avoit acoustumé devant, xii gros pour ung franc. - - [646] L'obligation d'acquitter tout impôt en forte monnaie excita - une indignation générale et indisposa les esprits. A ce sujet, un - boucher de Beauvais laissa échapper ces paroles singulièrement - significatives: «Il nous vauldroit mieulx, s'écria-t-il, que on - nous coppast les testes, que nous faire pour noz cens paier forte - monnoie, ou que nous les coppissions aux juges qui nous y - vouldroient contraindre; ilz nous vouldroient faire estre - larrons, s'il nous faloit paier noz cens en forte monnoie» (Arch. - nat., JJ 171, no 483). - - [647] Les locataires des maisons possédées par le chapitre de - Notre-Dame s'empressèrent pour la plupart d'user de cette faculté - et déclarèrent leur intention de renoncer «au louage» des - immeubles qu'ils occupaient, parce que l'ordonnance récemment - publiée les mettait dans l'alternative de payer à partir de la - Saint Remy en forte monnoie ou de signifier leur congé aux - propriétaires. Le chapitre, bien avisé, comprit les difficultés - de la situation et consentit à recevoir ses loyers en monnaie - courante, non seulement pour le terme qui allait échoir, mais - encore pour les termes suivants (Arch. nat., LL 215, fol. 337). - Une ordonnance générale, rendue le 15 décembre 1421 et publiée le - 17 dans les carrefours, réglementa les payements (_Ibid._, X{la} - 8603, fol. 76). - -315. Item, en ce temps estoient les loups si affamez qu'ilz entroient de -nuyt es bonnes villes et faisoient moult de dyvers dommaiges, et souvent -passoient la riviere de Saine et plusieurs autres à neu; et aux -cymetieres qui estoient aux champs, aussi tost que on avoit enterré les -corps, ilz venoient par nuyt et les desterroient et les mangoient; et les -gembes que on pendoit aux portes mengerent ilz en saillant, et les femmes -et enfans en plusieurs[648] lieux. - - [648] «Plusieurs» manque dans le ms. de Rome. - -316. Item, la premiere sepmaine du mois d'aoust, l'an mil CCCCXXI, fut -institué prevost de Paris Pierre dit le Barrat[649]. - - [649] Pierre le Verrat, seigneur de Crosne, écuyer d'écurie du - roi, institué bailli de Montargis le 27 décembre 1415, résigna - ses fonctions le 30 mai 1416 (Arch. nat., X{la} 1480, fol. 58). - Après l'attentat de Montereau, il fut envoyé en Picardie et en - Champagne avec mission de notifier aux habitants des bonnes - villes la fin tragique du duc de Bourgogne et resta absent près - de trois mois (_Ibid._, KK 17, fol. 75 vº). Capitaine du château - de Vincennes vers le milieu de l'année 1420, il fut nommé prévôt - de Paris le 31 juillet 1421 et figure au début de l'année 1423 - parmi les officiers du régent qui négocièrent la reddition de - Meulan (Monstrelet, t. IV, p. 138). Pierre le Verrat se signala - par de nombreux services rendus dans maintes occurrences, - notamment à l'occasion de la garde des forteresses de Sens, de - Melun, du Bois de Vincennes, et reçut pour ses gages arriérés une - portion de la châtellenie de la Queue-en-Brie, confisquée sur - Jeanne Gencien, avec la terre de Grandpré, plus une maison dite - «la maison de Buye (Arch. nat., JJ 172, nos 214, 227).» Pendant - qu'il était capitaine de Sens, il lui arriva une assez singulière - mésaventure; en 1426, cinq otages confiés à sa garde par le comte - de Salisbury trompèrent la surveillance du lieutenant de Pierre - le Verrat, alors à Paris, et s'échappèrent par les fossés; le - comte de Salisbury rendit Le Verrat civilement responsable de - l'évasion et l'assigna devant le Parlement de Paris (_Ibid._, - X{la} 4795, fol. 5). A la date du 14 novembre 1432, le même - personnage, désormais fixé à Paris, fut chargé par le Parlement - d'arrêter toutes les dispositions concernant les obsèques et - funérailles de la duchesse de Bedford et prit part, le 12 janvier - 1436, aux délibérations du Conseil tenu à l'effet d'organiser la - défense de la capitale menacée (_Ibid._, X{la} 1481, fol. 63, 112 - vº). Après l'expulsion des Anglais, il dut se retirer auprès du - duc de Bourgogne, dont il devint l'un des conseillers (La Barre, - t. II, p. 185). Ses biens confisqués furent attribués au sieur de - Coetivy avec 2,000 saluts d'or provenant du douaire de sa fille. - Pierre le Verrat, qui décéda avant septembre 1440, avait épousé - Catherine Alory, veuve de Guillaume Barbery; sa fille Denise fut - mariée à un marchand lucquois établi à Paris, Jacques Bernardini, - qui, en 1436, se réfugia à la Bastille avec les Anglais et se - retira à Rouen. Les autres filles de Catherine Alory, nées de son - premier mariage, épousèrent Pierre de Landes, Jean Chanteprime et - Jean Piédefer (Arch. nat., X{la} 4798, fol. 283; X{1c} 135; X{2a} - 23, fol. 64 PP 118; Memorial Bourges fol. 19). - - -317. Item, en cellui temps[650], print le roy d'Engleterre Dreux[651], -Bonneval, Espernon[652] et autres villes, par traicté que les Arminalx -qui dedens estoient s'en allerent sauvement, que puis firent tant de -maulx que nul ne le croiroit. - - [650] Ms. de Rome: moys. - - [651] Dreux, assiégé le 18 juillet, se rendit aux Anglais le 20 - août, la garnison, privée de son chef Amaury d'Estissac, n'ayant - opposé qu'une faible résistance; à la suite de la capitulation, - les habitants obtinrent en septembre 1421 des lettres d'abolition - dont le bénéfice fut étendu même aux absents (Arch. nat., JJ 171, - nos 442 à 449). - - [652] Avec Bonneval et Épernon, les Anglais réduisirent entre - autres places Gallardon, Nogent-le-Roi, Tillières et Croisy. - -318. Item, en ce temps estoit tout fruict si cher que on n'avoit que IIII -pommes pour ung blanc; le cent de noix valloit[653] IIII solz; deux -poires VI blans; deux livres de chandelle pour XVI solz parisis; ung -petit fromaige XIII solz parisis; ung œuf III blans; ung boisseau de -feves ou pois II frans; la livre de beurre XXVIII blans; la pinte de -huylle XVI solz parisis; une paire de souliers de cordouan XXIIII solz; -la paire de basanne XVI solz; la pinte de vin IIII solz; la char plus -chere que oncques mais. - - [653] «Valloit» manque dans le ms. de Rome. - -319. Item, en ce temps, print le roy d'Angleterre deux villes moult -nuysans à Paris, que les Arminalz tenoient, assavoir, Baugency[654] et -Villeneufve-le-Roy[655], et de là s'en vint devant Meaulx, droict à la -Sainct-Remy. - - [654] Les mss., au lieu de «Rangenay», portent «Baugency», où - l'on sait que le roi d'Angleterre conduisit ses troupes avant de - mettre le siège devant Villeneuve-sur-Yonne (Monstrelet, t. IV, - p. 70). - - [655] Villeneuve-sur-Yonne, dont les partisans du dauphin - s'étaient emparés au mois de février 1421, tomba entre les mains - du roi Henri V le 27 septembre, après un siège de deux ou trois - jours (Arch. nat., X{la} 1480, fol. 241); en 1429, cette place, - toujours au pouvoir des Anglais, avait pour capitaine Pierre - Grassart, qui commandait en même temps à la Charité (_Ibid._, JJ - 174, fol. 149 vº). - -320. Item, en ce temps estoit le duc de Bourgongne devant Sainct-Requier -en Pontieu, et là tenoit le siege, et comme il volt aller à -Boulongne-sur-la-mer en pelerinaige, les Arminalz le seurent et le -cuiderent sourprendre, mais la Vierge Marie y fist miracle, car une -partie de ses gens le laissa et s'enfuirent comme consentans de la venue -des Arminalz; mais malgré eulx, par la grace de Dieu [et de sa glorieuse -mere], les Arminalz furent tous[656] desconfiz, et en demoura bien XIc -sur la place, sans les cappitaines qui furent prins, et tous les grans -qui là estoient, [qui] furent menez en diverses prinsons[657]. - - [656] «Tous» manque dans le ms. de Rome. - - [657] Après avoir levé le siège de Saint-Riquier, Philippe le Bon - livra bataille, le samedi 30 août, aux troupes dauphinoises qui - venaient au secours de cette place, et, malgré la panique qui - faillit compromettre le sort de la journée, remporta un avantage - signalé sur ses adversaires. Parmi les capitaines français faits - prisonniers se trouvaient Poton de Saintrailles, le bâtard de la - Hire, Gilles et Louis de Gamaches, Raoul de Gaucourt. Quant au - chiffre des morts donné par l'auteur du Journal parisien, il est - fort exagéré; l'estimation la plus élevée est celle de Lefèvre de - Saint-Remy, qui évalue à 6 ou 700 la perte des deux partis; le - chiffre moyen indiqué par Monstrelet et G. Chastellain est de 4 à - 500, dont le sixième environ représente celle des Bourguignons. - Par convention spéciale conclue au mois de novembre 1421, la - reddition de Saint-Riquier aux Bourguignons servit de rançon aux - prisonniers français; les habitants, à l'exception du maire J. de - Bersaque et de quelques autres individus, obtinrent, le 28 août - 1422, des lettres de rémission (Arch. nat., JJ 172, no 145). - -321. Item, le IIIe jour de novembre ensuivant mil IIIIc XXI, fut -derechief la monnoie criée, que les gros de XVI deniers ne seroient mis -que pour II deniers[658], et firent autre monnoie qui ne valloit que II -deniers tournois[659], dont le peuple fut si oppressé et grevé que povres -gens ne povoient vivre; car comme choux, poreaux, ongnons, verjus, etc., -on n'avoit à moins de II blans, car ilz ne valloient que ung denier après -le cry. Et qui tenoit à louaige maison ou autre chose, il en convenoit -paier VIII foys plus que le louaige, c'est assavoir, du franc VIII frans, -de VIII frans, LXIIII frans; [ainsi] des autres choses, dont le povre -peuple ot tant à souffrir de fain et de froit que nul ne le scet que -Dieu. Et si geloit aussi fort à la Toussaint qu'il fist oncques à Nouel, -et ne fynoit [on] de rien qui n'avoit menue monnoye. - - [658] Indépendamment de l'ordonnance spéciale fixant le cours du - gros et mentionnant l'émission de nouvelles espèces, ordonnance - datée du 12 octobre et publiée le 3 novembre dans les carrefours - de Paris, un mandement du 31 octobre à l'adresse du prévôt de - Paris, également publié le 3 novembre, interdit non seulement la - circulation, mais encore la conservation des anciennes monnaies, - dont le dépôt devait être opéré sous peine de confiscation et - d'amende arbitraire, et réglementa le prix des denrées et - marchandises ainsi que le salaire des ouvriers suivant un tarif - uniforme (Arch. nat., X{la} 8603, fol. 74 vo; Z{1b} 58, fol. - 165). - - [659] Il s'agit de doubles tournois blancs portant une fleur de - lys couronnée, à un denier douze grains de loy, et de neuf sols - quatre deniers obole au marc de Paris. Ces doubles qui «au commun - langaige furent appelez niquets» devaient avoir cours pour deux - tournois pièce; quant aux simples tournois au type d'une fleur de - lys sans couronne, ils valaient un tournois. - -322. Item, en ce temps avoit à Paris le premier presidant de Parlement, -nommé Philippe de Morvillier[660], le plus cruel tirant que homme eust -oncques veu à Paris, car pour une parolle contre sa voulenté, ou pour -sourfaire aucune denrée, il faisoit percer langues, il faisoit mener bons -marchans en tumbereaux parmy Paris, il faisoit gens tourner ou pillory; -brief il faisoit jugemens si crueulx et si terribles et si espoventables -que homme nul n'osoit parler contre luy ne appeller de luy, et avec ce -faisoit paier si grans amendes et si pesantes que tous ceulx qui venoient -entre ses mains s'en sentoient toutes leurs vies, ou de villennie ou de -chevance, ou de partie de leurs corps. - - [660] Philippe de Morvilliers, avocat au Parlement de Paris, - plaida dans diverses affaires criminelles de novembre 1412 à - février 1414; compromis dans la conspiration de Pâques 1416, il - fut banni en même temps que le mercier Colin du Pont (Cousinot, - _Geste des nobles_, p. 160). C'est alors qu'il fut chargé de - présider le Parlement établi en Picardie par le duc de Bourgogne - (Monstrelet, t. III, p. 145, 234). Après l'entrée des - Bourguignons à Paris, Philippe de Morvilliers fut appelé, le 12 - juillet 1418, au poste de premier président du Parlement, vacant - par suite de la révocation de Robert Mauger. D'importantes - missions lui furent confiées, la plupart affectant un caractère - politique. Il était à Montereau lors de l'assassinat de Jean - Sans-Peur, eut grand'peine à s'échapper et revint à Troyes, fut - envoyé en Flandre auprès du nouveau duc de Bourgogne, se rendit - ensuite en Normandie vers le roi d'Angleterre et revint à Paris à - la fin de décembre 1419. Il visita le duc de Bretagne en décembre - 1422 (Arch. nat., X{la} 1480, fol. 265); on le voit faire de - fréquents voyages à Rouen où le mandait le duc de Bedford; l'une - de ces absences se prolongea du 3 novembre 1425 au 3 avril 1426 - (Stevenson, _Wars of the English in France_, vol. II, 1re partie, - p. 57, 65). De nombreuses donations récompensèrent ses services; - le premier président du Parlement occupait en 1421 une maison rue - de la Bretonnerie, faisant le coin de la rue Pernelle-Saint-Paul, - dont le roi l'avait gratifié, indépendamment de plusieurs hôtels - sis rue Vieille-du-Temple et rue de la Mortellerie (Arch. nat., - JJ 172, no 185). Si en 1421 Philippe de Morvilliers exerçait au - sein de la capitale une autorité despotique qui le rendait aussi - impopulaire, c'est que le roi l'avait «commis à la police de sa - bonne ville de Paris.» Chassé de Paris par le retour de Charles - VII et dépossédé de sa charge de premier président, il mourut le - 25 juillet 1438 et fut inhumé avec Jeanne du Drac, sa femme, à - Saint-Martin-des-Champs (Cf. Longnon, _Paris pendant la - domination anglaise_, p. 29, 41, 229). - -323. Item, en ce temps il ordonna, de sa maistrise et de son orgueil, que -nul orfevre ne nul d'autre mestier ne changeroit pour nul besoing à son -amy ne à aultre or pour monnoye, ne monnoye pour or que les -changeurs[661]; et si n'y avoit si hardy changeur qui eust osé prendre -d'ung escu d'or pour change que II deniers tournoys[662], qu'i ne lui -eust fait tantost amender [de II ou] de IIIc livres de bonne monnoye. - - [661] Cette prohibition, au moins en ce qui concerne les - orfèvres, remontait au lundi 18 décembre 1419; voici le texte - même de la décision prise ce jour par les généraux maîtres des - monnaies: «Fu dit aux maistres du mestier d'orfevrerie que il - estoit venu à la cognoissance du comptoir que plusieurs orfevres - faisoient fait de change publiquement, qui estoit contre les - ordonnances du fait des monnoies, et pour ce leur fu enjoint et - defendu de par le roy que doresnavant ilz ne s'entremeissent de - faire fait de change (Arch. nat., Z{1b} 2).» Un arrêt, rendu par - le Parlement le 31 décembre 1421 au profit des maîtres jurés du - métier de changeur, interdit aux orfèvres l'achat de toute - monnaie d'or en circulation dans le royaume, et pour les besoins - de leur profession leur ordonna de se pourvoir auprès des - généraux maîtres des monnaies (_Ibid._, X{la} 1480, fol. 244). - - [662] L'un des articles de l'ordonnance du 31 octobre 1421 - enjoignait effectivement aux changeurs de délivrer «aux marchans - ou populaires qui requerront et vouldront avoir or pour et ou - lieu de la nouvelle monnoie» l'écu neuf à raison de dix-huit sols - parisis, et le salut à raison de vingt sols parisis de cette même - monnaie, «sans pour ce prendre, recevoir ne exiger que deux - tournois pour piece d'or et non plus» (Arch. nat., Z{1b} 58, fol. - 165 vo). - -324. Item, en ce temps, estoit uncores le roy d'Angleterre devant Meaulx, -qui là perdoit moult de ses gens de fain, de froit; car environ quinze -jours ou troys sepmaines devant Nouel, plut tant fort jour et nuyt, et -tant negea au hault païs que Sainne fut si desrivée et si grant que en -Greve elle estoit jusques par deça le moustier du Sainct-Esperit[663] -plus de deux lances, et en la grant court du Pallays tout oultre le -moustier de Nostre-Dame, de dessoubz la Saincte-Chappelle et en la place -Maubert [emprès] la Croix-Hemon[664]. Et [ne] dura [que] dix jours, et -puis commença descroistre le dimenche devant Nouel[665], et tant qu'elle -mist à croistre il geloit si fort que tout Paris estoit prins de glace -et de gelée, et ne povoit-on mouldre à nul moulin à eaue nulle part que à -ceulx au vent, pour les grans eaues. - - [663] L'hôpital du Saint-Esprit formait un carré, limité à - l'ouest par la place de Grève, à l'est par la rue des - Vieilles-Garnisons, au sud par l'Hôtel de ville qui touchait à la - chapelle de l'hôpital. - - [664] La Croix-Hémon était le nom du carrefour auquel - aboutissaient les rues Saint-Victor, de la - Montagne-Sainte-Geneviève, des Noyers, de Bièvre et la place - Maubert. - - [665] Une procession en l'honneur de sainte Geneviève fut - organisée le 20 décembre, afin que cette sainte, par son - intercession auprès du Tout-Puissant, daignât faire cesser le - fléau dévastateur. Fort heureusement, dans la nuit la Seine - commença à décroître, ce qui n'empêcha point, dit le greffier du - chapitre Notre-Dame, la procession d'avoir lieu (Arch. nat., LL - 215, fol. 350). - -325. Item, en ce temps, toute maleureuseté estoit à Paris par lui qu'il -faisoit paier à tout homme qui n'avoit point de puissance selon sa -qualité, argent fin, l'un IIII marcs[666], l'autre III, l'autre II, -l'autre III ou IIII onces, et pour faire celle meschante monnoye davant -dicte; et qui estoit reffusant, tantost avoit sergens en sa maison et -estoit mené en prinsons diverses, et ne povoit on parler à lui, et le -convenoit paier, et n'eust eu plus vaillant au monde, puis que ce -president l'avoit dit. Et estoient de son conseil deux autres tirans, -Jehan Dole[667] et Pierre d'Orgemont, qui misdrent Pierre d'Orgemont -était, de même que Jean Dole, commissaire et gouverneur des -finances du royaume (Arch. nat., X{la} 1480, fol. 230 vº). -marchandise si au bas, que homme ne vendoit ne n'achetoit que seullement -pain et vin, car ung homme estoit tout chargé de dix frans en monnoye, et -pour ce n'en portoit on point dehors. Et si estoit chascun si grevé de -paier sa maison que plusieurs renoncerent en ce temps à leurs propres -heritaiges pour la rente, et s'en alloient par desconfort vendre leurs -biens sur les carreaux, et se partoient de Paris comme gens[668] -desesperez. Les ungs alloient à Rouen, les autres à Senliz, les autres -devenoient brigans de boys[669] ou Arminalz, et faisoient tant de maulx -après, comme eussent fait les Sarasins, et tout par le faulx gouvernement -des devantdiz loups ravissans, qui faisoient contre la deffence du Vieil -Testament et du Nouvel, car ilz mengeoient la char à tout le sang, et si -prenoient la brebiz et la laine. Helas! la grant pitié d'aller parmy la -ville de Paris, fust à feste ou autre jour, car vrayement on y veoit plus -de gens demandans l'aumosne que d'autres, qui maudisoient leurs vies C -mille foys le jour, car trop avoient à souffrir. Car en ce temps on leur -donnoit tres pou, car chascun avoit tant à faire de soy que pou povoit -ayder à aultre nulle personne, ne vous eussiez esté en [quelque] -compaignie que vous ne veissiez les ungs lamenter ou plourer à grosses -lermes, maudisant leur nativité, les autres fortune, [les autres] les -signeurs, les autres les gouverneurs, en criant à haulte voix bien -souvent et asseurement[670]: «Helas! hélas! vray tres doulx Dieu, quant -nous cessera ceste pesme douleur et[671] ceste doloreuse vie et de -dampnable guerre»; en disant maintes foys: «[Vray Dieu] _vindica -[sanguinem] Sanctorum_! Venge le sang des bonnes creatures qui meurent -[sans deserte] par ces faulx traistres Arminalx.» - - [666] Cet emprunt forcé, voté par les gens des Trois États - assemblés à Paris, emprunt que Juvénal des Ursins (p. 562) - appelle «l'impost des marcs d'argent,» mécontenta vivement la - population parisienne qui pour huit francs versés en argent ne - recevait que sept francs au monnayage (Chastellain, t. I, p. - 313). Si l'auteur du Journal parisien s'élève aussi vivement - contre cette contribution, c'est qu'elle frappa indistinctement - les bourgeois, marchands et gens d'église. M. Douët d'Arcq - (_Recueil de pièces inédites sur le règne de Charles VI_, t. II, - p. 417) a donné des extraits du compte de Jean Courtillier, - changeur, chargé de recevoir l'impôt des marcs d'argent dans les - quartiers de la Cité et de l'Université (Arch. nat., KK 323). Le - marc d'argent qui, en 1391, valait 6 livres 2 sols tournois, - avait atteint, dans la période comprise entre le 3 février et le - 3 novembre 1421, le prix de 28 livres tournois, mais après le 3 - novembre il retomba à 6 livres 3 sols tournois; quant au marc - d'or fin, il valait alors 70 livres 5 sols tournois. - - [667] Jean Dole ou Doule, avocat au Trésor dès 1401, plaida - également au Parlement jusqu'à 1419; il ne fut jamais, quoi qu'en - dise Blanchard (_Généal. des maistres des Requestes de l'hôtel_, - p. 122), avocat général; le compte du Trésor de 1420 le qualifie - conseiller du roi et avocat en Parlement (Arch. nat., KK 17, fol. - 49 vº); à cette époque, il fit un voyage en Normandie auprès du - roi d'Angleterre et se rendit également pour les affaires de - l'État auprès du duc de Bourgogne. Il fut nommé, avant mars 1421, - maître des Requêtes de l'Hôtel et trésorier de France (Arch. - nat., KK 33, fol. 6 vº). P. Cochon (Chronique normande, p. 437), - l'appelle «l'un des plus avanchiez d'autour le roy d'Angleterre,» - qui l'envoya à Troyes, en compagnie des comtes de Kent et de - Warwick, pour négocier son mariage avec Catherine, fille de - Charles VI (Juvénal des Ursins, p. 557). Dole siégeait avec - Pierre d'Orgemont dans la séance extraordinaire tenue par le - Parlement le 12 mars 1421 pour le jugement des prisonniers de - Melun. Le 9 septembre 1421, il fut, ainsi que l'évêque de - Thérouanne, investi du gouvernement des finances (Arch. nat., - X{la} 1480, fol. 230 vº, 240 vº). Après la mort de Henri V, il - devint conseiller du régent et, en cette qualité, assista le 24 - septembre 1425 à la lecture de la bulle du pape Martin V, - interdisant tout duel entre le duc de Bourgogne et le duc de - Glocester (Stevenson, _Wars of the English_, vol. II, 2e partie, - p. 414). - - [668] «Gens» manque dans le ms. de Rome. - - [669] Les lettres de rémission de cette époque abondent en - détails curieux sur le genre de vie et les exploits de ces - «brigans de bois, aguetteurs de chemins», qui avaient établi leur - repaire dans les forêts de Lyons, de Bray, de Jouy, du pays - d'Auge. Ces malheureux, poussés à bout par la misère, - contraignaient les habitants des campagnes à leur porter des - vivres ou faisaient irruption pendant la nuit dans les villes, - disant «qu'ilz mouroient de fain et qu'ilz ne vouloient que - soupper» (Arch. nat., JJ 172, no 502). L'un de ces «brigans» ou - «Armignaz» (on leur donnait indifféremment l'un ou l'autre de ces - noms), songeant au salut de son âme, donna, à cette intention, un - assemblage hétéroclite d'objets pillés, savoir, une peau - «d'escureux», un bissac de toile «ouquel avoit deux balances, du - vif argent, noix de Galles, coupperose, rigolice, et environ dix - livres de cire» (_Ibid._, no 609). Ces brigands et leurs - émissaires étaient impitoyablement traqués et justiciés, témoin - ce «messagier» qui fut apprehendé et, pour ses démérites, - décapité à Vernon (_Ibid._, no 597). - - [670] Ms. de Rome: «à sceu» au lieu de «bien souvent et - asseurement.» - - [671] Ms. de Paris: en. - -326. Item, en ce moys de decembre, le Ve jour d'icelluy, ot la fille de -France en Angleterre ung filx nommé Henry[672]. - - [672] Catherine de Valois mit au monde le 6 décembre, au château - de Windsor, un fils qui eut pour parrains le duc de Bedford et - l'évêque d'Exeter. Le 23 octobre précédent, le chapitre de - Notre-Dame, après avoir pris connaissance des lettres adressées - par la reine d'Angleterre aux habitants de la ville de Paris en - vue d'obtenir une heureuse délivrance, décida à cet effet qu'une - messe solennelle de Notre-Dame serait célébrée le lendemain dans - la cathédrale et que le prévôt des marchands, destinataire - desdites lettres, en serait avisé (Arch. nat., LL 215, fol. 344). - -327. Item, le lundy devant Noel, l'andemain Sainct Thomas, furent -apportées les nouvelles à Paris, dont on sonna partout moult grandement, -et fist on par tout Paris les feux comme à la Sainct Jehan[673]. - - [673] Le mercredi suivant (24 décembre), des processions - générales à l'église Notre-Dame fêtèrent cet heureux événement - (Arch. nat., X{la} 1480, fol. 244). - - - [1422.] - - -328. Item, [en ce temps], la vigille de la Thyephaine, vint à Paris le -duc de Bourgongne[674], qui admena foison de gens d'armes qui firent -moult de mal aux villaiges d'entour Paris, car il ne demoura riens après -eulx qu'ilz peussent (emporter)[675], s'il n'estoit trop chault ou trop -pesant; et les Arminalx estoient au costé de la porte Sainct-Jacques, de -Sainct-Germain, de Bordelles jusques à Orleans, qui faisoient des maulx -tant que oncques firent tyrans Sarazins. - - [674] Philippe le Bon entra le 5 janvier à Paris avec le comte de - Saint-Pol et toute sa chevalerie, et fut «receu des Parisiens - tres solemnellement» (Monstrelet, t. IV, p. 78). Après avoir - visité Charles VI au Bois-de-Vincennes, il partit le vendredi 16 - janvier, en compagnie du chancelier de France, des évêques de - Thérouanne et de Beauvais, pour rejoindre le roi d'Angleterre - occupé au siège de Meaux (Arch. nat., X{la} 1480, fol. 245). - - [675] Lacune d'un mot dans les mss. - -329. Item, en ce temps estoit le roy d'Angleterre devant Meaulx, et y -fist son Nouel et sa Thyephaine, qui en toute la Brie avoit ses gens qui -partout pilloient; et, pour iceulx et pour les devantdiz, on ne povoit -labourer ne semer nulle part. Souvent on s'en plaignoit aux signeurs -dessusdiz, mais ilz ne s'en faisoient que mocquer ou rire, et en -faisoient leurs gens pis trop que davant, dont le plus des laboureurs -cesserent de labourer, et furent comme desesperez, et laisserent femmes -et enffans, en disant l'un à l'autre: «Que ferons nous[676]? Mettons tout -en la main du deable, ne nous chault que nous devenons; autant vault -faire du pis qu'on peut comme du mieulx. Mieulx nous vaulsist servir les -Sarazins que les Chrestiens, et pour ce faisons du pis que nous pourrons. -Aussi bien ne nous peut on que tuer ou que prendre; car par le faulx -gouvernement des trestres gouverneurs, il nous fault renyer femmes et -enfans, et fouir au boys comme bestes esgarées; non pas ung an ne deux, -mais il a ja XIIII ou XV ans que ceste dance doloreuse commença, et la -plus grant partie des signeurs de France en sont mors à glaive, ou par -poison, ou par traïson, ou sans confession, ou de quelque mauvaise mort -contre nature.» - - [676] «Que ferons nous» manque dans le ms. de Rome. - -330. Item, en ce temps n'avoit point à Paris de evesque, car maistre -Jehan Courtecuisse devant dit, esleu par l'Université et par le clergé et -par Parlement, ne plaisoit point au roy d'Angleterre, et pour ce ne fut -il tout cel an aucunement possesseur de l'evesché, mais demoura tout ce -temps à Sainct-Germain-des-Prez, car il n'estoit pas bien asseur en son -hostel à Paris, pour ce qu'il n'estoit en la grace du roy -d'Angleterre[677]. - - [677] Jean Courtecuisse, comme l'on sait, avait été élu - contrairement au vœu exprimé par le roi d'Angleterre, qui avait - inutilement usé de tous les moyens pour empêcher cette élection, - allant même jusqu'aux menaces, ainsi que le montre le langage - tenu le 24 décembre 1420 par le premier chapelain de Charles VI, - langage textuellement reproduit par l'un des chanoines de - Notre-Dame, Jean Voygnon: «Messeigneurs, dit-il, je viengs de la - Court, et m'a chargé mons. le premier chapelain de vous dire ce - que je vous diré. Il m'a dit que messire Lourdin de Saligny et - messire Regnier Pot, chevaliers, sont venus à lui et li ont dit - de par le roy d'Angleterre que il vous deist que vous elisissiez - cellui pour qui il vous avoit ou a prié, et se vous faictes - aultrement, l'eglise de Paris en pourra bien avoir à souffrir, et - cellui que vous eslirez n'ara pas beau demourer en ce royaume.» - (Arch. nat., LL 215, fol. 304.) Bien que l'élection de Jean - Courtecuisse eût été confirmée par bulle du 16 juin 1421, le - nouvel évêque n'avait point trouvé grâce auprès du roi - d'Angleterre, et le 31 août 1421, à la requête de l'Université, - le Parlement dut lui donner lettres recommandatoires à l'adresse - de Henri V (_Ibid._, X{la} 1480, fol. 239). Le chapitre de - Notre-Dame lui-même écrivit en sa faveur le 20 octobre (_Ibid._, - LL 215, fol. 343). Le roi anglais se montra inflexible et, au - début de l'année 1422, témoigna tout son déplaisir de la présence - à Paris de l'élu, s'en prenant au chapitre qui n'avait pas trouvé - moyen de l'éloigner (_Ibid._, fol. 353). Jean Courtecuisse fut - transféré à l'évêché de Genève le 12 juin 1422 et mourut le 4 - mars 1423; il n'oublia point, dans ses dispositions - testamentaires, le chapitre de Notre-Dame et lui légua 1,200 écus - d'or, sans préjudice des donations énumérées dans un acte du 28 - juillet 1422 (_Ibid._, fol. 511). Pour conserver le souvenir de - ces libéralités, le chapitre institua un obit solennel chaque - année (_Ibid._, fol. 343). - -331. Item, pour la bienvenue du duc de Bourgongne devantdit on fist crier -que une petite monnoye nommée noireis, qui ne valloit que une poictevine, -vauldroit une maille tournoise[678]; et fut tout le bien qu'il nous fist -pour lors à la ville de Paris, qui tant l'amoit et qui tant avoit eu à -souffrir et encore avoit et de rechief pour lui et pour son pere, qui -tant fut long et negligent en ces choses toutes, que Dieu scet. Et -vraiement le filx en tenoit bien les taches, car il eust bien fait en ung -quart d'an[679] ce où il mettoit deux ou trois ans, et faisoit bien -semblant que de la mort de son pere pou ou nyant lui chausist; car certes -il menoit telle vie dampnable et de jour et de nuyt, comme avoit fait le -duc d'Orleans et les autres signeurs qui estoient mors moult -honteusement, et estoit gouverné par jeunes chevaliers plains de folie et -de oultrecuidance, et gouvernoit selon ce qu'ilz se gouvernoient, et eulx -selon lui, et en vérité de Dieu à nul d'eulx ne challoit [que] d'acomplir -sa voulenté. - - [678] L'ordonnance générale du 15 décembre 1421, publiée le - samedi 17 janvier 1422, en vue de fixer définitivement le cours - des monnaies d'or et d'argent, telles que saluts, demi-saluts, - nobles, demi-nobles, quarts de nobles, blancs deniers et gros, - assimile comme valeur le double denier parisis à la maille - tournoise (Arch. nat., X{la} 8603, fol. 77 vº). - - [679] «D'an» manque dans le ms. de Rome. - -332. Item, en ce temps fut desposé de la prevosté de Paris cil qui est -nommé davant le Warrat, et fut le bailli de Vermandois[680] de -Champluisant[681]. - - [680] Nous restituons «de Vermandois» d'après le même ms. - - [681] Simon de Champluisant, licencié ès lois, bailli de - Vermandois, était originaire de Noyon; reçu prévôt de Paris le - mardi 3 février 1422, il prêta serment en présence du Parlement - et non entre les mains du chancelier, comme le portaient ses - lettres d'institution que la Cour fit rectifier. Lorsqu'il quitta - la prévôté le 1er décembre suivant, le duc de Bedford récompensa - ses services en lui attribuant la charge de quatrième président - au Parlement, sans qu'il fût procédé à aucune élection, et il fut - installé le 2 décembre. Simon de Champluisant ne resta pas - inactif dans le nouveau poste qui lui était confié; on le voit - figurer au nombre des commissaires désignés le 18 septembre 1423 - pour ouvrir une enquête sur les abus commis au Châtelet; le 24 - février 1424, le Parlement lui donna mission de visiter les - merciers «et merceries de ceintures et autres joyaux d'or et - d'argent.» Le président de Champluisant mourut à la fin de - l'année 1426, laissant un fils nommé Charles, que l'on qualifie - d'écuyer; ses obsèques, auxquelles assistèrent les présidents et - conseillers, eurent lieu le lundi 30 décembre (Arch. nat., X{la} - 1480, fol. 246, 264, 283, 290, 363). - -333. Item, le roy d'Angleterre fist son Nouel, sa Thiephaine et sa -quarantaine devant Meaulx. - -334. Item, le IIe jour de mars IIIIc XXI, le signeur d'Auphemont[682] -cuida venir conforter les Arminalx de Meaulx, et vint environ minuyt, -acompaigné de cent fers de lance, et savoit bien par où on povoit mieulx -entrer en la cité par sur les murs; et là les Arminalx de dedens avoient -mises eschelles apuyées aux murs pour monter ledit signeur d'Aulphemont -et ses gens, et avoient lesdiz Arminalx couvertes les eschelles de draps -de lit pour sembler à ceulx de l'ost, quant ilz tournoient pour faire le -guet, que ce fussent les murs qui blans estoient à celluy androit, et -aussi le cuidoit le guet en passant par celluy androit. Quant le guet fut -passé, ceulx de dedens virent que temps estoit de faire monter ledit -signeur, si firent le signe que faire devoient quant temps seroit de -monter, et monterent par les eschelles qui moult estoient près à près. - - [682] Guy de Nesle, seigneur d'Offemont, l'un des gentilshommes - qui prirent fait et cause pour le Dauphin en Picardie, coopéra à - la prise de Saint-Riquier, et, à la suite du combat livré le 31 - août 1421, rendit cette place au duc de Bourgogne en échange des - capitaines français restés entre ses mains (Fenin-Dupont, p. 157, - 170). Fait prisonnier par les Anglais et grièvement blessé, le - seigneur d'Offemont obtint en juillet 1422 des lettres de - rémission et d'abolition sous la caution de son oncle, Raoul de - Coucy, évêque de Noyon, d'Aubert, seigneur de Cauny, et de Jean - de Flavy (Arch. nat., JJ 172, no 117). C'est dans la nuit du - lundi 9 mars qu'eut lieu la tentative infructueuse de Guy de - Nesle; cette date est fournie par la relation insérée au registre - du Conseil (_Ibid._, X{la} 1480, fol. 248) et par la Chronique - des Cordeliers (p. 309). Le lendemain, à deux heures après midi, - les Anglais pénétrèrent par escalade dans la ville de Meaux dont - les défenseurs s'étaient retirés dans le Marché. - -335. Item, la moitié des gens dudit d'Aulphemont alla esmouvoir l'ost, -pensant[683], que quant il seroit monté lui et l'autre moitié de ses -gens, qu'il vendroit compaignie[684] de ceulx de la ville pour secourer -les autres, mais il advint autrement. Quar, en la propre eschelle par où -ledit signeur montoit, avoit devant lui iiii ou v ribaulx, montans comme -lui, dont l'un avoit à son col unes besaces qui [toutes] estoient plaines -de harens sors que ledit larron avoit emblées en venant à ung marchant; -comme il estoit presque au plus hault de l'eschelle, et sa besace lui -eschappe, qui pesoit et estoit fort loyée, et encontre ledit signeur -d'Aulphemont sur la teste et le trebuche de si hault comme il estoit -dedens les fossez. Quant ses gens l'entendirent, si dirent l'ung à -l'autre: «Aidons à monsigneur. Helas! monsigneur est cheu!» Çà et là es -fossez avoit des Anglois du commun qui faisoient le guet, si cuidoient -que ceulx qu'ilz ouoient parler[685] fussent de leurs gens; mais, quant -ilz ouirent dire: «Aide à monsigneur!», [si] furent esbahiz, car bien -savoient que nul homme de nom n'avoient[686] celle nuyt avec eulx au -guet, et cuiderent que ceulx de la ville descendissent sur eulx. Si -cuiderent eslonger la place pour l'aller dire en l'ost, mais, pour ce -qu'il estoit après mynuit, que leurs corps estoient travailliez de -veiller, adventure les mena tout droit aux eschelles. Si ouirent que on -plaignoit trop le signeur, si dirent: «Monsigneur, de par le deable, pert -vous mors tretous[687]». Et crierent alarme, si furent les Arminalx si -effraiez qu'ilz s'enfouirent qui mieulx mieulx, et fut ledit signeur -prins par ung qui estoit queux de la cuisine du roy angloys, et dix ou -XII autres qui furent menez au roy d'Engleterre comme prinsonniers. - - [683] Les mss. donnent: l'ost puissant. - - [684] Ms. de Rome: accompagné de ceulx. - - [685] Ms. de Paris: ceulx qui avoient parlé. - - [686] Ms. de Paris: n'avoit esté. - - [687] Ms. de Paris: Par vous morrons trestous. - -336. Item, ceulx qui dedens la ville estoient savoient bien que la minne -que le roy d'Angleterre avoit fait faire estoit pres de[688] parcée, et -sceurent bien le lendemain que le sire d'Auphemont estoit prins et autres -assès, et que le plus des habitans estoient contre eulx, s'ilz eussent -peu ou osé. Si prindrent conseil ensemble qu'ilz porteroient leurs biens -et leurs vivres au Marché, qui moult estoit fort, et bouteroient le feu -en la ville, et tueroient tous ceulx qui ne seroient de leur malle -intencion dampnable; et ainsi commencerent à porter leurs biens oudit -Marché, et tellement et de tel cueur y entendirent, qu'ilz delaisserent -et oublierent tout entierement la garde des murs de la ville. Ung bon -proudomme des habitans de ladicte ville, quant il vit qu'ilz estoient en -ce point, si soy pensa, s'il povoit, qu'il garderoit la cité d'ardoir, et -monta sur les murs, et fist assavoir aux Angloys leur voulenté, et que -hardiement assaillissent, que personne ne leur contrediroit; si lui -baillerent une eschelle, et descendit, et fut mené au roy -d'Angleterre[689] et lui dist qu'il voulloit qu'on lui coppast le col, se -ainsi n'estoit, comme devant est dit. Si la fist tantost le roy assaillir -et la print sans avoir guieres de peine[690]. Quant les habitans de la -ville se virent ainsi sourprins, si se bouterent es eglises çà et là où -ilz porent et cuiderent mieulx eulx sauver; et quant le roy angloys -apperceut ainsi leur meschief, si fist crier partout que chascun revenist -à son propre hostel, et que chascun feist son labour, comme devant -faisoient. Et ainsi le firent, et le roy d'Angleterre mist le siege -devant le Marché de la dicte ville. - - [688] Ms. de Paris: presque. - - [689] «D'Angleterre» manque dans le ms. de Rome. - - [690] La fin de la phrase, «si la fist, etc.,» manque dans - l'édition de La Barre. - -337. Item, en ce temps avoit ou chastel de Oursay[691] XX murdriers ou -XXX, qui le VIe jour d'avril prindrent le pont et le chasteau de -Meullent[692], et fut avecques eulx le cappitaine de Estampes[693]; dont -tout enchery après merveilleusement en cellui an, l'an mil CCCC XXI à -Paris, pour ce qu'il ne venoit nulz vivres en ce temps à Paris que de -Rouen[694], si convenoit passer par là allant et venant; dont ceulx de -Paris furent moult esbahiz[695]. Mais par la grace de Dieu ilz ne s'y -tindrent que XIIII jours ou environ qu'ilz ne s'en allassent frans et -quictes par traicté, et emporterent tout ce qu'ilz voldrent emporter; car -on ne povoit pour lors mieulx faire, pour ce que le siege estoit -touzjours devant Meaulx. - - [691] Ms. de Paris: Coursy. - - [692] Ms. de Paris: Melun. - - [693] Louis Paviot ou Patiot, capitaine d'Étampes, s'empara le - dimanche 5 avril du pont de Meulan, mais, assiégé aussitôt par le - comte de Salisbury, il se vit obligé de rendre la place le 15 - avril. Lors du second siège que soutint Meulan en 1423, Louis - Paviot qui commandait la garnison fut tué d'un coup de canon - (Cousinot, _Geste des nobles_, p. 184, 189). - - [694] Aussitôt que la prise de Meulan fut connue à Paris, - c'est-à-dire dès le mardi 7 avril, défenses furent faites au nom - du roi de renchérir vivres ou marchandises (Arch. nat., X{la} - 1480, fol. 250). On se plaignait toujours «de la chierté du - temps»; le blé valait dans les premiers mois de 1422 seize sols - parisis le setier (_Ibid._, KK 33, fol. 43); à l'entrée du - carême, le maître de l'Hôtel-Dieu, eu égard à la cherté et à la - pénurie des subsistances, obtint de faire manger aux malades du - lait, du beurre et des œufs (_Ibid._, LL 215, fol. 359). - - [695] Ms. de Paris: troublez. - -338. Item, en celle année estoit la plus belle apparance es vignes en -tout le royaulme de France que on eust oncques veu, mais la nuyt Sainct -Marc et la nuyt ensuivant furent toutes gelées [entierement], et sembloit -proprement que on eust bouté le feu partout de fait advisé, tant estoient -brouyes jusques à la terre. - -339. Item, celle année mil CCCCXXII fut la grant année de hannetons, de -Pasques jusques à la Sainct-Jehan. - -340. Item, le premier dimenche de may ensuivant, se rendirent ceulx du -Marché de Meaulx à la voulenté du roy d'Engleterre; et fist on parmy -Paris les feuz et tres grant feste[696]. - - [696] Aux termes de la capitulation conclue entre le duc - d'Exeter, les comtes de Warwick et de Conversan, W. de - Hungerford, au nom du roi d'Angleterre, et Philippe Mallet, - Perron de Luppé, Jean d'Aunay, Sinador de Girême et plusieurs - autres capitaines, pour les assiégés, la garnison du Marché de - Meaux se rendit non pas le dimanche 3 mai, mais le 2 mai; le - texte anglais de ce traité se trouve parmi les _Acta publica_ de - Rymer (t. IV, 4e vol., p. 64). Monstrelet en donne une analyse - (t. IV, p. 93). L'acte de la reddition de Meaux fut lu et publié - à Paris le mercredi 5 mai, à l'issue du sermon prêché lors de la - procession générale de Notre-Dame à Sainte-Geneviève (Arch. nat., - X{la} 1480, fol. 251). Quant aux habitants de Meaux qui avaient - pris part au siège, Henri V leur accorda le 14 mai 1422 des - lettres de rémission portant restitution de leurs biens, à la - condition de jurer la paix et de réparer avant la Toussaint les - remparts et portes de la ville, y compris le pont réunissant la - Cité au Marché (Arch. nat., JJ 172, no 98); la même faveur fut - étendue au mois d'octobre 1425 à trente-sept habitants du Marché - également compromis dans la rébellion (_Ibid._, JJ 173, fol. 195 - vº). - -341. Item, le jeudi ensuivant, envoia à Paris le roy d'Angleterre bien -cent prinsonniers dudit chastel, et estoient liez IIII et IIII, et furent -mis dedens le [chastel du] Louvre; et le deuxiesme jour après furent -remis en bateaux et menez en diverses prinsons en Normendie et en -Angleterre[697]. - - [697] Les prisonniers de guerre amenés à Paris furent pour la - plupart transportés par bateaux de Paris à Caudebec et de - Harfleur à Portsmouth. Le roi Henri V chargea Jean Harpeley, - lieutenant du capitaine de Rouen, et Robert Witgreve de conduire - en Angleterre ceux des captifs dont on espérait tirer bonne - rançon, comme Perron de Luppé, Guichard de Chissay, capitaine de - Meaux, et il fit répartir entre divers châteaux, notamment ceux - de Flint, Holt, Nottingham et Conway, cent cinquante de ces - malheureux d'abord enfermés à la Tour de Londres (Rymer, _Acta - publica_, t. IV, 4e vol., p. 66). L'un des chevaliers qui - négocièrent la capitulation, Philippe Mallet, revenait à peine - d'Angleterre, où il avait subi une longue captivité comme - prisonnier d'Azincourt; repris à Meaux, il fut mis une seconde - fois à rançon (Arch. nat., JJ 172, no 650). - -342. Item, le mardy ensuivant, on en admena de rechief bien cent et -cinquante, et l'evesque au Louvre comme les autres, et [le vendredi -ensuivant, XVe jour de may, furent mis en] bateaux comme les autres -devantdiz, mais les premiers ne furent point ferrez, mais ceulx cy le -furent deux et deux, chascun par une des jambes, senon l'evesque de -Meaulx[698] et ung chevalier qui avecques lui estoit. Ces deux furent -entre eulx deux en ung batel petit, et tous les autres comme porcs en -tas, et en ce point furent menez comme les autres devantdiz; et n'avoient -III et IIII à l'eure que ung pain bien noir pesant deux livres, et tres -pou de pitance, et de l'eaue à boire. Et ce pourquoy ferrez estoient et -non les autres, la cause est [pour ce] que natifs du païs estoient et -d'environ, et estoient avecques ce tous de renon de chevance, mais les -laboureurs du païs en icellui temps n'avoient nulz pires ennemis, car ilz -estoient pires à leurs voisins que n'eussent esté [les] Sarazins. - - [698] Robert de Girême, emmené en Angleterre et remis entre les - mains de l'archevêque de Cantorbéry, conformément à un ordre de - Henri VI donné le 8 février 1424, fut confié à la garde du - capitaine de la Tour de Londres; c'est sans doute dans cette - prison que le prélat meldois mourut en 1426 (Rymer, t. IV, 4e - vol., p. 105). - -343. Item, le Ve jour de may, fut le bastart de Vauru[699] trainé parmy -toute la ville de Meaulx, et puis la teste coppée, et son corps pendu à -ung arbre, lequel il avoit nommé à son vivant l'Arbre de Vauru, et estoit -ung ourme; et dessus lui fut mise sa teste en une lance au plus hault de -l'arbre, et son estandart dessus son corps. - - [699] Ms. de Paris: de Bavon. - -344. Item, emprès lui fut pendu ung larron murdrier nommé Denis de -Vauru[700], lequel se nommoit son cousin, pour la grant cruaulté dont il -estoit plain, car on n'ouy oncques parler de plus cruel chrestien en -tirannie, que tout homme de labour qu'il povoit trouver[701] et atrapper, -ou faire atrapper, quant il veoit qu'ilz ne povoient de leur rançon -finer, il les faisoit mener liez à queues de chevaulx à son ourme tout -batant, et s'il ne trouvoit bourrel prest, lui mesme les pandoit, ou -cellui qui fut pandu avecques lui, qui se[702] disoit son cousin. Et pour -certain tous ceulx de ladicte garnison ensuivoient la cruaulté des deux -tirans davantdiz. - - [700] S'il faut en croire Monstrelet (t. IV, p. 96), Denis de - Vauru, cousin du bâtard, aurait été décapité aux Halles de Paris - en même temps que Louis Gast et Jean de Rouvres. - - [701] Ce mot manque dans le ms. de Rome. - - [702] Ms. de Rome: qui ce.--Ms. de Paris: pour ce se disoit. - -345. Et bien paru par une dampnable cruaulté que ledit de Vauru fist que -c'estoit le plus cruel que oncques gueres fut Noiron ne autre; car quant -il print ungs jeunes homs en faisant son labour, il le loia à la queue de -son cheval et le mena batant jusques à Meaulx, et puis le fist gehenner, -pour laquelle doulour le jeune homme lui acorda ce qu'il demandoit pour -cuider eschever la grant tyrannie qu'il lui faisoit souffrir, et fut à si -grant finance que telx iii ne l'eussent peu paier. Le jeune homme manda à -sa femme, laquelle il avoit espousée en cel an, et estoit assès pres de -terme d'avoir enffent, la grant somme en quoy il s'estoit assis pour -eschever la mort et le quassement de ses membres. Sa femme qui moult -l'amoit y vint, qui cuida ameliorer le cueur du tirant [plus que pour -l'omme], mais riens n'y esploita, ains lui dist, que s'il n'avoit la -rançon à certain jour nommé, qu'il le pandroit à son orme. La jeune femme -commanda à son mary à Dieu, moult tendrement plourant, et luy d'autre -part plouroit moult fort pour la pitié qu'il avoit d'elle. Adong se -departi la jeune femme maudisant fortune, et fist le plus tost qu'elle -pot finance, mais ne pot pas au jour qui nommé [luy] estoit, mais environ -huit jours après. Aussi (tost) que le jour que le tirant avoit dit fut -passé, il fist mourir le jeune homme, comme il avoit fait mourir les -autres, à son ourme sans pitié et sans mercy. La jeune femme vint -aussitost qu'elle pot avoir fait finance, si vint au tirant, et lui -demanda son mary en plorant moult fort, car tant lassée estoit que [plus] -ne se povoit soustenir, [tant pour l'eure du travail qui aprouchoit] que -pour le chemin qu'elle avoit fait, qui moult estoit grant; brief tant de -douleur avoit qu'il la convint pasmer. Quant elle revint, si se leva -moult piteusement quant au secret de nature, et demanda son mary de -rechief, et tantost lui fut respondu que ja ne le verroit tant que sa -rançon fust paiée. Si attendi encore et vit plusieurs laboureurs admener -devant lesdiz tirans, lesquelz aussi tost qu'ilz ne povoient paier leur -rançon, estoient noyez ou panduz sans mercy; si ot tres grant paour de -son mary, car son povre cueur lui jugeoit moult mal; neantmoins [amour] -la tint de si pres, qu'elle leur bailla ladicte rançon de son mary. -Aussitost qu'ilz orent la pecune, ilz lui dirent qu'elle s'en allast -d'illec, et que son mary estoit mort ainsi que les autres villains. Quant -elle ouyt leur tres crueulle parolle, si ot tel deul à son cueur que -nulle plus, et parla à eulx comme femme desesperée et[703] forcenée qui -son sens perdoit pour la grant douleur de son cuer. Quant le faulx et -cruel tirant, le bastart de Vauru, vit qu'elle disoit parolles qui pas ne -lui plaisoient, si la fist batre de bastons, et mener tout batant à son -ourme et lui fist acoller, et la fist lier, et puis lui fist copper -[tous] ses dras si tres cours que on la povoit veoir jusques au nombril, -qui estoit une des grans inhumanités c'om pourroit pencer. Et dessus luy -avoit IIIIxx ou cent hommes panduz, les uns bas, les autres hault; [les -bas, aucunes foiz, quant le vent les faisoit brandeler,] touchoient à sa -teste, qui tant lui faisoient de freour que elle ne se povoit soustenir -sur piez; si luy coppoient les cordes dont elle estoit liée la char de -ses bras; si crioit la povre lasse moult hault criz et piteux plains. En -celle doloreuse douleur où elle estoit, vint la nuyt, si se desconforta -sans mesure, comme celle qui trop de martire souffroit, et quant il lui -souvenoit de l'orrible lieu où elle estoit, qui tant estoit espoventable -à humaine nature, si recommançoit sa douleur si piteusement en disant: -«Sire Dieu, quant me cessera ceste pesme douleur que je seuffre.» Si cria -tant fort et longuement que de la cité la povoit-on bien ouir, mais il -n'y avoit nul qui l'eust osée aller[704] oster dont elle estoit, que -n'eust esté mort. En ces douleurs et[705] doloreus criz le mal de son -enffant la print, tant pour la douleur de ses criz, comme de la froidure -du vent qui par dessoubz l'assailloit de toutes pars, ces ondées la -hasterent plus et plus; si cria tant hault que les loups qui là -reperoient pour la charongne, vindrent à son cry droit à elle, et de -toutes pars [l'assaillirent], especialment au pouvre ventre qui -descouvert estoit, et lui ouvrirent à leurs cruelles dens, et tirerent -l'enffent hors par pieces, et le remenant de son corps despecerent tout. -Ainsi fina celle pouvre creature et autres assès, et fut ou moys de mars -en karesme, l'an mil CCCC XX. - - [703] «Desesperée et» manque dans le ms. de Rome. - - [704] «Aller» manque dans le même ms. - - [705] «Douleurs et» manque dans le même ms. - -346. Item, en ce temps, le sabmedi XXIIIe jour de may, firent crier -soubdainement les gouverneurs de Paris que nul, de quelque estat qu'il -fust, ne prinst gros[706] ne ne feist prendre sur [tres] grosses peines, -et que on les portast tous aux changeurs ordonnez pour ce changer, -lesquelx estoient quatre, qui avoient chascun une banyere de France à -leur change. Et n'avoit on du marc pesant des bons gros que VIII solz -parisis, des mauvais aussi comme rien, qui fut une tres esbahissant chose -à Paris aux riches et aux pouvres, car le plus n'avoient aultre monnoye; -si perdoient moult, car le meilleur qui soulloit valloir XVI deniers -parisis ne valloit que I denier ou I tournois. Si y ot grant murmure du -peuple, mais à souffrir leur couvint, quelque necessité qu'ilz eussent de -pain ou de vin, par deffaulte d'autre monnoye. Car vray est que iceulx -gros furent ainsi deffenduz à prendre, pour gros tres mauvais que le -Dalphin ou les Arminalx faisoient faire en son nom, qui par eulx estoient -envoyez à Paris et es autres bonnes villes non tenant leur partie -dampnable, par faulx marchans qui après ce encore gaingnoient par grant -decepcion; car quant la monnoye fut criée que plus ne eust de cours, tout -le meilleur d'iceulx gros faulx on n'en avoit que une maille tournoise, -et pour celle cause fut ainsi deffendue que nul n'en feist aucun tresor. - - [706] Par un mandement du 22 mai à l'adresse du prévôt de Paris, - Charles VI ordonna de faire crier et publier solennellement que - les deniers gros ne fussent acceptés à aucun prix, mais fussent - portés au marc pour billon en la plus proche des monnaies royales - ou chez les changeurs institués _ad hoc_; cette démonétisation - subite du gros, succédant à une énorme dépréciation, n'avait - d'autre but que d'arrêter l'émission des deniers blancs fabriqués - au nom du dauphin, identiques à ceux qui sortaient des ateliers - royaux et que l'on voulait discréditer en les déclarant «faulx et - mauvais tant en poix comme en loy» (Arch. nat., Z{1b} 56, fol. - 170 vº). - -347. Item, le XXVe jour de may, jour sainct Urban, furent à Paris -decapitez deux des cappitaines de la rebellion de Meaulx, c'est assavoir, -maistre Jehan de Rouvres, et ung chevalier qui estoit bailli de ladicte -ville, nommé messire Loys Gas[707]. - - [707] Jean de Rouvres et Louis Gast subirent la peine capitale le - mardi 26 mai, le jour même où le Parlement prononça son arrêt - confirmant la sentence du prévôt de Paris, dont les condamnés - avaient interjeté appel. Les biens de Jean de Rouvres, confisqués - et donnés à Jean de Rinel, notaire et secrétaire du roi - d'Angleterre (Longnon, _Paris sous la dom. angl._, p. 108), - furent réclamés par Simon l'Uillier et Marion l'Uillière, - beau-frère et belle-sœur de Jean de Rouvres, auxquels on - accorda, à titre de compensation, un hôtel à la Ville-Évrard, - provenant de Thomas d'Aunoy (_Ibid._, p. 109). Un autre - secrétaire du roi d'Angleterre, Jean Milet, se fit délivrer sur - les biens de Louis Gast le domaine de la Bergeresse en Brie - (_Ibid._, p. 100).--Louis Gast eut pour successeur dans sa charge - de bailli Jean Choart, clerc de la prévôté de Paris et - examinateur au Châtelet, reçu le 23 août (Arch. nat., X{la} 1480, - fol. 250 vº). - -348. Item, ce jour, vint la royne d'Angleterre au Boys de Vincennes à -moult belle compaignie de chevaliers et de dames[708]. - - [708] Pendant que l'on procédait à Paris à l'exécution des - défenseurs de Meaux, la jeune reine d'Angleterre venait rejoindre - au château de Vincennes son royal époux (Arch. nat., X{la} 1480, - fol. 252 vº). - -349. Item, le XXIXe jour dudit moys de may, vint la royne à Paris[709] et -portoit on devant sa litiere deux manteaulx d'armines, dont le peuple ne -savoit que pencer sur ce, se non que ce estoit signe qu'elle estoit royne -de France et d'Angleterre. - - [709] L'entrée solennelle de la reine d'Angleterre eut lieu le - samedi 30, et non le 29 (Arch. nat., X{la} 1480, fol. 253). - -350. Item, pour l'amour du roy d'Angleterre et de la royne, et des -signeurs dudit païs, firent les [gens de] Paris les festes de la -Penthecoste, qui fut le derrain jour de may, le mistere de la passion -Sainct George en l'ostel de Nelle[710]. - - [710] Cette représentation théâtrale, organisée par «aucuns - habitans qui s'entremetoient d'iceulz jeus», dura deux jours - consécutifs, les mardi 2 et mercredi 3 juin. La nouveauté du - spectacle attira une brillante affluence; l'élite de la noblesse - anglo-française, se pressant sur les pas du roi et de la reine - d'Angleterre, assista à la fête; ce genre de divertissement, - malgré les malheurs des temps, était alors très goûté même dans - les petites villes. Nous citerons comme exemple «les jeux ou - personnages des Trois Roys» donnés à Chauny, en l'église - Notre-Dame, le jour des Rois de l'année 1420 (Arch. nat., JJ 171, - fol. 156 vº), et le jeu de la passion de saint Barthélemy - représenté à Senlis le 6 janvier 1427 (_Ibid._, JJ 173, fol. - 298). - -351. Item, l'endemain de la Feste-Dieu, se party le roy d'Angleterre de -Paris[711] et enmena à Senlis le roy et la royne de France et sa femme. -Et la sepmaine ensuivant, fut prins ung armeurier de la Heaumerie, nommé -maistre Jehan ***, lequel estoit ou avoit esté armeurier du roy, et sa -femme, et ung boullenger du coing de la Heaumerie, nommé ***, lequel -boullenger ot la teste coppée ung pou de temps après; et fut prins ledit -armeurier à Couppeaulx lez Saint-Marcel dehors Paris, et sa femme aussi, -et furent emprinsonnez au Pallays. Et disoit on qu'ilz avoient marchandé -aux Arminalx de livrer la ville de Paris le dimenche ensuivant, qui -estoit XXIe jour de juing IIIIc XXII, et que pour celle cause les -Arminalz de Compigne s'estoient plus tost rendus[712] en esperance que en -celle journée on pillast Paris. Mais Dieu, qui ordonne et nous devisons, -les en garda, dont ilz se tindrent moult à deceupz, car ilz estoient -assés fors et bien envitaillez pour tenir ung an entier la place, comme -il apparoit quant ilz issirent. Ilz estoient plus de cent hommes d'armes -à cheval, et bien mil de pié, et bien vc foles malles femmes, qui tous -firent serment aux roys que jamais ne s'armeroient contre le roy de -France ne d'Angleterre; et ainsi s'en allèrent frans et quictes, -emportans chascun ce qu'il pot emporter, sans aucune autre aide de -chevaulx ou de charrettes, et s'en alloient moult joyeusement en celle -intencion de piller Paris. - - [711] Henri V quitta Paris le vendredi 11 juin et passa la nuit à - Saint-Denis; son intention était d'aller prendre possession de - Compiègne dont la reddition venait d'être stipulée par traité - conclu avec les partisans du Dauphin (Arch. nat., X{la} 1480, - fol. 253). - - [712] D'après Monstrelet (t. IV, p. 103), Guillaume de Gamaches, - capitaine de Compiègne, rendit cette place au duc de Bedford le - 18 juin 1422, afin de racheter la liberté de son frère, Philippe - de Gamaches, abbé de Saint-Faron de Meaux, fait prisonnier par - les Anglais. - -352. Item, en celle année fist merveilleusement chault en juing et en -juillet, et n'y pleut que une foys, dont les terres se sentissent, pour -quoy les potaiges et les marès furent aussi que tous ars aux champs, et -ne rendirent pas la moitié de leur semence; et convint aracher les -advoynes et les orges à la main, racine et tout sans faulcher ne soyer. -Et pour celle grant challeur fut si grant année d'enfans mallades de la -verolle que oncques de vie de homme on eust veu, et tant en estoient -couvers que on ne les congnoissoit; et plusieurs grans hommes l'avoient, -especialment des Angloys, et disoit on que le roy d'Angleterre en ot sa -part. Et vray est que moult de petis enffans en furent si aggrevez que -les ungs en mouroient, les autres en perdoient la veue corporelle. - -353. Item, en celle année mil IIIIc XXII, fut largement fruict et si bon -que on doit ou peut demander, et tres bons blez et largement; et vray est -qu'il fut si tres pou de vin que en deux arpens on ne trouvoit que ung -caque de vin, ou ung poinsson tout au plus. - -354. [Item, en la darraine sepmaine d'aoust estoient plaines vendanges.] - -355. Item, en cel an, ou moys de juing, deffierent les Arminalx le duc de -Bourgongne et toute sa puissance, et devoit estre la journée le IIe -mercredy d'aoust, et le XIIe jour dudit moys, et devoit estre la bataille -en leurs marches sur la riviere de Loire vers la Charité-sur-Loire[713]. -Si fist le duc de Bourgongne une tres belle assemblée, et vint en la -place où estoit devisé que la bataille serait[714], et là fut devant la -journée que ce devoit estre et après iii ou iiii jours. Mais les -Arminalx, quant ilz sceurent sa puissance, ilz ne se oserent oncques[715] -monstrer, et n'orent point de honte de eulx enfouir sans cop frapper, et -tant que le duc de Bourgongne les attendoit, qui les avoit bel attendre, -car ilz savoient que le plus des [grans] garnisons de Normendie estoient -venus en l'aide du duc de Bourgongne; là tournerent ilz et firent -occisions grandes[716], bouterent feus, ardirent eglises et tous les -maulx que on peut pencer, comme eussent fait Sarazins. - - [713] L'auteur du Journal relate ici d'une manière assez confuse - la campagne dirigée par le duc de Bourgogne contre les troupes - dauphinoises, qui, après s'être emparées de la Charité, avaient - mis le siège devant Cosne; d'après un arrangement intervenu le 30 - juin, la garnison anglo-bourguignonne de cette ville devait - capituler le 16 août, si elle n'était secourue avant cette - époque. Philippe le Bon se présenta le 15 août sous les murs de - la place et y attendit vainement le Dauphin; c'est alors que ce - prince fit sans résultat appréciable une pointe sur la Charité, - l'attitude résolue des dauphinois ayant déterminé sa retraite. - - [714] Ms. de Paris: se feroit. - - [715] «Oncques» manque dans le ms. de Rome. - - [716] «Grandes» manque dans le même ms. - -356. Item, en ce moys d'aoust, le darrain jour, à ung dimenche, trespassa -le roy d'Angleterre Henry au Boys de Vincennes[717], qui pour lors estoit -regent de France, comme davant est dit; et fut audit Boys tout mort, pour -l'ordonner comme à tel prince affiert, jusques [au jour de] l'Exaltacion -Saincte Croix en septembre. Et ce jour après disner fut porté à -Sainct-Denis sans entrer à Paris, et le lendemain, jour des octabes -Nostre Dame, fut fait son service à Sainct-Denis en France, et tousjours -y avoit cent torches ardans en chemin comme aux eglises. - - [717] Henri V rendit le dernier soupir au château de Vincennes le - lundi 31 août à deux heures du matin, entouré de son frère le duc - de Bedford, de son oncle le duc d'Exeter et de quelques autres - grands dignitaires; son corps fut transporté le 15 septembre en - l'abbaye de Saint-Denis (Arch. nat., X{la} 1480, fol. 257, 259). - -357. Item, de Sainct-Denis fut porté à Pontoise et de là à Rouen[718]. - - [718] Le cortège funéraire, accompagné des princes anglais, entra - à Rouen le 19 septembre et, après la célébration d'un service - dans la cathédrale, s'achemina vers Abbeville, Hesdin, Boulogne - et Calais; la dépouille mortelle du roi, confiée à un navire le 5 - octobre, arriva à Londres le 12 novembre et fut inhumée dans - l'abbaye de Westminster (Voyez dans Rymer, t. IV, 4, p. 81, les - ordres donnés les 5 et 15 octobre pour les funérailles de Henri - V.--Cf. P. Cochon, p. 445; Chastellain, t. I, p. 333). - -358. Item, le sabmedi après la Saincte Croix en septembre, vint le roy de -France et la royne à Paris[719], qui moult avoit esté grant piece à -Senliz; et moult fut le peuple de Paris joyeulx de leur venue et -crioient, parmy les rues où ilz passoient, moult haultement «Nouel!» et -faisoient bien signe que moult amoient leur souverain signeur loyalment. - - [719] Charles VI fit son entrée à Paris le samedi 19 septembre et - retourna à l'hôtel de Saint-Paul où il devait bientôt s'éteindre - dans le plus triste abandon (Arch. nat., X{la} 1480, fol. 259 - rº). - -359. Item, ilz firent au soir des feuz parmy Paris, et dançoient et -monstroient signe de leesce moult grant de la venue dudit signeur. - -360. Item, le sabmedy ensuivant après la venue du roy et de la royne, qui -fut le XXVe jour de septembre l'an mil IIIIc XXII, fut decollé et -escartellé es halles de Paris ung nommé messire de Bloquiaulx[720], -chevalier et grant terrien et grant signeur, lequel estoit de la maldicte -bande ung des souverains; et congnut et confessa que par lui estoit ou -avoit esté tué et murdry, de laboureurs et autres, [plus] de VI à VIIc -hommes, sans ce qu'il avoit bouté feux, pillié eglises, efforcé pucelles -et femmes de religion et autres, et si fut le principal de piller la -ville de Soissons. - - [720] Raoul de Boqueaux, chambellan du roi, institué le 13 - novembre 1413 capitaine et garde du château et de la tour du pont - de Choisy (-sur-Oise), fut fait prisonnier dans cette forteresse - vers le mois de novembre 1422; on lui imputait, entre autres - méfaits, la mort de Guy de Harcourt, bailli de Vermandois. C'est - en 1418 que le même personnage enleva par surprise la cité de - Soissons qui fut alors «desnuée de tous biens.» (Monstrelet, t. - III, p. 292; t. IV, p. 131; Arch. nat., X{la} 4793, fol. 251 vº.) - -361. Item, le XXIe jour du moys d'octobre, vigille de XIm Vierges, -trespassa de ce siecle le bon roy Charles, qui plus longuement regna que -nul roy chrestien dont on eust memoire, car il regna roy de France XLIII -ans. Et fut en (son) hostel de Sainct-Pol comme il estoit trespassé -dedens son lict en sa chambre, le visaige tretout descouvert deux ou -trois jours, la croix aux piez de son lict, et bel luminaire; et là le -veoit chascun qui vouloit, pour prier pour luy. - -362. Item, il fut ordonné à Sainct-Paul, comme à tel prince appartenoit, -et y mist on, tant pour l'ordonnance comme pour attendre aucun des -signeurs du sanc de France pour le compaigner à mettre en terre; car il -fut à Sainct-Paul depuis le jour de son trespassement devantdit jusques -au XIe jour de novembre ensuivant, jour Sainct Martin. Mais oncques n'y -ot à le compaigner cellui jour nul du sanc de France quant il fut porté à -Nostre-Dame de Paris ne en terre, ne nul signeur que ung duc -[d'Engleterre], nommé le duc de Betefort[721], frere de feu le roy Henry -d'Angleterre, et son peuple et ses serviteurs, qui moult faisoient grant -deul pour leur perte, et especialment le menu commun de Paris crioit -quant on le portoit parmy les rues: «A! tres cher prince, jamais n'arons -si bon, jamais ne te verrons. Maldicte soit la mort! jamais n'arons que -guerre, puisque tu nous as laissé. Tu vas en repos, nous demourons en -toute tribulacion et en toute douleur, car nous sommes bien taillez que -nous ne soions en la maniere de la chetyvoison des enffans de Israël, -quant ilz furent menez en Babilonie.» Ainsi disoit le peuple en faisant -grans plains, parfons suspirs et piteux. - - [721] Jean, duc de Bedford, de retour à Paris depuis le 5 - novembre, avait fait visite le jour même de son arrivée à la - reine Isabeau en l'hôtel de Saint-Paul, où était exposé le corps - du roi. - -363. _Item, la maniere comment il fut porté à Nostre-Dame de Paris._ - -Il y avoit que evesques que abbés, dont les IIII avoient la mitre -blanche, dont l'ung estoit l'evesque de Paris novel[722], car il avoit -chanté premierement à Paris le jour de la Toussains comme evesque, lequel -attendit le corps du roy à l'entrée de Sainct-Paul pour lui donner de -l'eaue benoiste au partir hors dudit lieu; et tous les autres entrerent -dedens ledit lieu, senon lui, c'est assavoir, tous les mendians[723], -l'Université en son estat, tous les colleges, tout le Parlement[724], le -Chastellet, le commun, et lors fut apporté hors de Sainct-Paul. Quant -tout fut assemblé, lors commencerent les serviteurs tel et si grant -deul, comme devant est dit. - - [722] Jean de la Rochetaillée, patriarche de Constantinople, - venait de prendre possession du siège épiscopal de Paris, vacant - par la translation de Jean Courtecuisse à l'évêché de Genève. - - [723] Les quatre ordres mendiants: Franciscains, Jacobins, Carmes - et Augustins. - - [724] Les présidents du Parlement appelés à tenir les quatre - coins du poêle accompagnèrent le corps du roi depuis l'hôtel de - Saint-Paul jusqu'à Saint-Denis. - -364. _La maniere comment il fut porté à Nostre-Dame et à Sainct-Denis et -enterré_[725]. - - [725] Le ms. de Paris donne un intitulé un peu différent: «La - maniere comment il fut porté à Saint-Denis en France et premier à - Nostre-Dame.» - -Il fut porté tout en la maniere que on porte le corps Nostre Seigneur à -la feste Sainct Saulveur, et ung drap d'or sur lui porté (à) quatre -proches ou à six; et le portoient les serviteurs sur leurs espaulles, et -estoient bien trente ou plus, car il pesoit bien, comme on disoit. - -365. Item, il estoit hault comme une toise, largement couché en envers en -ung lict, le visaige descouvert ou sa semblance, couronne d'or, tenant en -une de ses mains ung sceptre royal, et en l'autre une maniere de main -faisant la benediction de deux doyz, et estoient dorez et si longs qu'ilz -advenoient à sa couronne. - -366. Item, tout devant alloient les mendians, l'Université; après, les -eglises de Paris; après, Nostre-Dame de Paris et le Pallais après; et -chantoient ceulx la et non autres. Et tout le peuple qui estoit en my les -rues et aux fenestres ploroient et crioient, comme se chascun veist -mourir la rien que plus amast, et vraiement leurs lamentacions [estoient] -assès semblables à ceulx de Geremie le prophete qui crioit au dehors de -Jherusalem, quant elle fut destruite: «_Quomodo sedet sola civitas plena -populo_[726].» - - [726] C'est le début même des _Lamentations_ de Jérémie; le texte - complet est celui-ci: _Quomodo sedet sola civitas plena populo? - facta est quasi vidua domina gentium, princeps provinciarum facta - est sub tributo_. - -367. Item, là avoit VII croces, c'est assavoir, l'evesque de Paris -nouvel, celui de Beauvays[727] et celui de Terouenne[728], l'abbé de -Sainct-Denis[729], celui de Sainct-Germain-des-Prez[730], celui de -Sainct-Magloire[731], celui de Sainct-Crespin et Sainct-Crespinien[732]; -et estoient les prebstres et clercs tous d'un renc, les signeurs du -Pallays, comme le prevost, le chancelier et les autres de l'autre renc; -et devant y avoit IIc L torches que les pouvres serviteurs portoient, -tous vestuz de noir, qui moult [fort] plouroient, et ung pou devant y -avoit dix huit crieurs de corps. - - [727] Pierre Cauchon, prélat dévoué aux Anglais, célèbre par le - triste rôle qu'il joua dans le procès de Jeanne d'Arc. - - [728] Louis de Luxembourg, évêque de Thérouanne, chancelier de - France sous la domination anglaise et plus tard archevêque de - Rouen. - - [729] Jean de Bourbon, frère de Gérard, seigneur de la Boulaye, - succéda en 1418 à Philippe de Villette et passa en 1430 à - l'abbaye de Saint-Wandrille par permutation avec Guillaume le - Farrechal. - - [730] Jean Bourron (1419-1436). - - [731] Pierre Louvel, abbé de Saint-Magloire de 1417 à 1447. - - [732] Jean de Servaville, abbé de Saint-Crépin-le-Grand, de - Soissons. - -368. Item, il avoit XXIIII croix de religieux, et d'autres sonnans leurs -cloches [devant]. Ainsi fut porté, et estoit après le corps tout seul le -duc de Bedfort, frere de feu le roy Henry d'Angleterre, qui tout seul -faisoit le deul, ne quelque homme du sang de France n'y avoit. Ainsi fut -porté ce lundy à Nostre-Dame de Paris, où il avoit IIc L torches qui -toutes estoient alumées. Là furent dictes vigilles, et l'endemain bien -matin sa messe, et après sa messe fut porté en la maniere devant dicte à -Sainct-Denis, et fut après son service enterré emprès son pere et sa -mere; et y alla de Paris plus de xviii mil personnes, tant petiz que -grans, et fut faicte une donnée à tous de huit doubles, qui pour lors -valloient II deniers tournois la piece, et n'avoit pour lors plus grant -monnoye ne plus petite[733], ce n'estoit or[734]. - - [733] «Ne plus petite» manque dans le ms. de Rome. - - [734] Depuis le mois de juin 1422, c'est-à-dire à partir de la - publication du mandement de Charles VI au prévôt de Paris, le - cours de toutes monnaies blanches, quelles qu'elles fussent, - avait été interdit, à l'exception du double valant deux deniers - tournois et du petit tournois estimé un denier tournois; les - autres espèces d'argent ne devaient être acceptées qu'au marc - pour billon (Arch. nat., Z{1b} 58, fol. 172 rº). - -369. Item, on donna à disner à tous venans, et fut le mercredy qu'il fut -enterré; et quant il fut enterré et couvert, et que l'evesque de Paris, -qui avoit dicte la messe, et son diacre l'abbé de Sainct-Denis et le -sou-diacre l'abbé de Sainct-Crespin, qu'ilz orent dit les commandaces des -Trespassez, ung herault cria haultement que chascun priast pour son ame, -et que Dieu voulsist sauver et garder le duc Henry de Lanclastre, roy de -France et d'Angleterre; et, en criant ce cry, tous les serviteurs du roy -trespassé tournerent ce dessus dessoubz leurs maces, leurs verges, leurs -espées, comme ceulx qui plus n'estoient officiers. - -370. Item, le duc de Bedfort, au revenir, fist porter l'espée du roy de -France davant luy, comme regent, dont le peuple murmuroit fort, mais -souffrir à celle foys le convint. - -371. Item, à tel jour proprement, le jour Sainct-Martin d'yver, et -avecques à telle heure comme il entra à Paris au revenir de son sacre, -au XLIIIe an de son regne, fut il porté enterrer à Sainct-Denis le jour -Sainct-Martin d'yver; et disoient aucuns anciens qu'ilz avoient veu son -pere venir du sacre, et vint en estat royal, c'est assavoir, tout vestu -d'escarlatte vermeille, de housse, de chapperon fourré, comme à estat -royal appartient[735]; et en telle maniere fut porté enterrer à -Sainct-Denis. Et aussi, comme on disoit, avoit esté cestuy roy à son -sacre ainsi ordonné de souliers d'asur semés de fleur de lis d'or, vestu -d'un manteau de drap d'or vermeil, fourré d'armines, et comme chascun le -pot veoir; mais plus noble compaignie [ot] à son sacre qu'il n'ot à son -enterrement. Et son pere ot aussi noble compaignie ou plus à son -enterrement que à son sacre, car il fut porté [enterrer] de ducz et de -contes, et non d'autre gent, qui tous estoient vestuz [des] armes de -France, et y avoit plus de prelaz, de chevaliers et d'escuiers de -renommée qu'il n'y avoit à compaigner ce bon roy à ses darrains jours de -toutes gens, de quelque estat que ce fust. Et veu ce, les grans -lamentacions que le pouvre peuple faisoit de si debonnaire avoir perdu, -et le pou d'amis qu'ilz avoient, et la foison d'ennemis, n'est pas -merveilles se ilz se doubtoient moult la fureur de leurs ennemis et se -ilz disoient la lamentacion Jeremie le prophete: «_Quomodo sedet sola -civitas._» Et car touzjours faisoient iceulx ennemis de pis en pis, et -convint en ce temps abatre le chastel de Beaumont, et fut abatu[736]. - - [735] Tout le membre de phrase, depuis «c'est assavoir» jusqu'au - mot «appartient», manque dans les éditions du Journal. - - [736] Le château de Beaumont-sur-Oise fut démoli par ordre du duc - de Bedford (Monstrelet, t. IV, p. 175). - -371. Item, en decembre, les blans de deux blans en la premiere sepmaine -furent criez à prendre partout, ung pou devant Nouel. - -372. Item, en icellui temps, fut desmis le prevost de Paris devant nommé, -qui avoit esté bailly de Vermandoys, et fut esleu ung nommé messire Simon -Morhier, chevalier[737]. - - [737] Simon Morhier, maître de l'hôtel de la reine Isabeau, fit - partie de la députation envoyée à Troyes en 1419 sous la conduite - de Philippe de Morvilliers; institué prévôt de Paris le mardi 1er - décembre 1422, il conserva ces fonctions pendant toute la durée - de la domination anglaise; d'importantes donations rémunérèrent - ses services (Cf. Longnon, _Paris pendant la domination - anglaise_, p. 147). Après l'expulsion des Anglais, il devint - gouverneur de Dreux, puis trésorier de France en Normandie en - 1438 et se fixa à Rouen (Voyez la notice consacrée à ce - personnage par Vallet de Viriville dans les _Mémoires de la - Société des Antiquaires de France_, t. XXV, à propos du monument - funéraire de Blanche de Popincourt, première femme du prévôt - parisien, inhumée en 1422 dans l'église du Mesnil-Aubry). - - - [1423.] - - -373. Item, en icellui temps, le premier jour de l'an, prindrent les -Arminalx le pont de Meullent[738], qui tant cousta que Dieu le scet; car -il les convint asseger, et ilz se tindrent fort et puissamment, et -coururent jusques à Mante souvent piller et rober, ou ailleurs, comme -acoustumé l'avoient. - - [738] Suivant Monstrelet (t. IV, p. 134) la forteresse du pont de - Meulan fut enlevée le 14 janvier par Jean de Graville, accompagné - de cinq cents combattants. Cousinot (_Geste des nobles_, p. 189) - attribue la prise de cette place à un capitaine nommé Yvonnet de - Garencières, qui en confia la garde à son lieutenant Louis - Paviot. En tout cas, Jean de Graville prit part à la défense de - Meulan contre les Anglais. - -374. Item, le dixiesme jour après qu'ilz orent pris Meullent, à la -conjuncion du moys de janvier, XIIe jour, fist le plus aspre froit que -homme eust veu faire; car il gela si terriblement, que en mains de trois -jours, le vin aigre, le verjus[739] geloit dedans les caves et celiers, -et pendoient les glaçons es voultes des caves; et fut la riviere de -Saine, qui grande estoit, toute prinse, et les puis gelez en mains de -IIII jours, et dura celle aspre gelée XVIII jours entiers. Et si avoit -tant negé avant que celle aspre gelée commençast environ ung jour ou deux -devant, comme on avoit veu XXX ans devant; et, pour l'aspreté de celle -gellée et de la nege, il faisoit si tres froit que personne ne faisoit -quelque labour que souller[740], crocer, jouer à la pelote ou autres jeus -pour soy eschauffer; et vray est qu'elle fut si forte qu'elle dura en -glaçons, en cours, en rues, pres de fontaines[741], jusques pres de la -Nostre Dame en mars. Et vray est que les coqs et gelines avoient les -crestes [gelées] jusques à la teste. - - [739] Ms. de Paris: vin. - - [740] Ms. de Paris: saulter. - - [741] Ms. de Paris: prez et fontaines. - -375. Item, en icellui moys [de fevrier], furent sarmentez tous ceulx de -Paris[742], c'est assavoir, bourgoiz, mesnaigers, charrettiers, bergers, -vachers, porchers des abbayes, et les chamberieres et les moynes mesmes, -d'estre bons et loyaux au duc de Bedfort, frere de feu Henry roy -d'Angleterre, regent de France, de lui obeïr en tout et par tout, et de -nuire de tout leur povoir à Charles qui se disoit roy de France et à tous -ses alliez et complices[743]. Les ungs de bon cuer le firent, les autres -de tres malvese volenté. - - [742] Philippe de Morvilliers et Simon de Champluisant, - présidents au Parlement, assistés de Nicolas Fraillon, maître des - requêtes de l'hôtel, furent délégués le 21 décembre 1422 en - qualité de commissaires dans les établissements religieux de - Paris, tels que chapitres, abbayes, couvents des ordres - mendiants, avec mission spéciale de faire jurer en leur présence - sur les Évangiles l'observation du traité de Troyes, suivant une - formule annexée à leurs lettres de nomination. Dès le 4 janvier - 1423, les chanoines de Notre-Dame ainsi que le clergé des églises - sujettes prêtèrent le serment exigé entre les mains de Simon de - Champluisant et de Nicolas Fraillon (Arch. nat., LL 215, fol. - 392, 516). - - [743] Si les Anglais jugèrent à propos de lier par une prestation - de serment jusqu'aux gens de la plus infime condition, c'est que - «celui qui se disoit roy de France» comptait de nombreux - partisans, non seulement à Paris, mais encore dans le nord de la - France, témoin le langage séditieux tenu à cette époque par un - pauvre savetier de Noyon qui se permit de proclamer: «Que le - Daulphin seroit maistre et roy, et que à luy devoit competer le - royaume de France et non à autre, et que s'il venoit devant - Noyon, on lui ouvreroit les portes de la ville.» (Arch. nat., JJ - 172, no 406.) - -376. Item, en icellui temps, cuiderent les Arminalx faire lever le siege -qui devant le pont de Meullent estoit, mais ilz n'oserent, pour ce que -trop pou estoient et moult doubtoient les communes qui trop les haoient, -et à bonne cause estoit, car tous les pires Sarazins de ce monde ne leur -eussent pas fait plus de tirannie qu'ilz faisoient quant ilz les -prenoient. Et quant ilz virent la puissance dudit regent, si lui -manderent journée de bataille au vendredy, XXVIe jour de fevrier. Et la -sepmaine devant celui jour, on ne cessoit jour et nuyt de prendre gens à -Paris, que on souspeçonnoit estre de leur party, et estoient mis en -prinsons[744]. - - [744] La découverte, vers Noël 1422, d'un complot tramé contre le - gouvernement anglais par quelques bourgeois parisiens, entre - autres Michel de Lallier, motiva les mesures de rigueur prises - par le duc de Bedford à son retour de Normandie, c'est-à-dire dès - le 5 janvier 1423. C'est probablement à cette conjuration que se - rattache une affaire mentionnée au registre criminel du Parlement - (21 mai 1423). Michelette d'Auxerre, veuve de Guiot le Bossu, - accueillit et cacha dans sa demeure un messager du parti - français, et se chargea même de faire tenir à divers habitants de - Paris les lettres dont cet envoyé était porteur; arrêtée pour ce - fait, elle fut appliquée à la question, condamnée à l'exposition - au pilori et au bannissement; le Parlement commua sa peine en un - emprisonnement d'un mois (Arch. nat., X{2a} 16, fol. 453 vº). - -377. Item, en celle sepmaine on fist IIII jours ensuivant -processions[745], et ne fist homme à Paris quelque labour en ces jours. - - [745] Ces processions eurent lieu dans toutes les églises «par - l'advis et ordonnance des gens du conseil du roy et de l'evesque - de Paris»; elles commencèrent le samedi 13 février et se - poursuivirent le jeudi 18 février et jours suivants; le Parlement - décida le 18 février que chacun de ses membres, pour donner - l'exemple, irait dans sa paroisse accompagner la procession. Le - jeudi 25 février, la Cour se joignit au cortège de la - Sainte-Chapelle; enfin le vendredi 5 mars, il y eut procession - générale à Sainte-Catherine-du-Val-des-Écoliers. Durant cette - période, des indulgences spéciales furent accordées par l'évêque - de Paris à tous ceux qui prieraient avec persévérance pour les - combattants occupés au siège de Meulan (Arch. nat., X{la} 1480, - fol. 269 vº, 270 rº). - -378. Item, quant ce vint à la journée que combatre se devoient les -Arminalx, vint à IIII lieues pres ou environ ung conte d'Escosse[746] qui -estoit bien acompaigné, mais il attendoit le secours de Tanguy du -Chastel, qui lui avoit promis qu'il le secoureroit, mais il lui joua de -son mestier dont Gannelon joua à son vivant, car il n'y vint ne n'y -envoya. Quant ce vit le conte d'Escosse qu'il fut trahy, si se retraict -le plus bel qu'il pot pour sauver ses gens et luy vers le païs des -Arminalx, et là ot grant tançon entre luy et Tanguy et grosses parolles; -par quoy ledit conte se party de leur compaignie et s'en alla en son -païs. Et ceulx de Meullenc qui dedens estoient assegez, ne se sceurent -comment conseillier; car bien apperceurent que Tanguy, en qui ilz se -fioient le plus, les avoit trahyz. Si se fierent pou ou demourant des -Arminalx, car ilz n'avoient à menger se pou non, et bien savoient que les -communes les haoient tres mortellement, comme ceulx qui bien l'avoient -desservi [à eulx], comme devant est dit, de leur cruaulté et tyrannie. Si -n'oserent attendre plus, ne eulx fier en leur fortune, ains se rendirent -bon gré mal gré à la voulenté du duc de Bedfort, regent, lequel les print -tous à mercy le premier jour de mars l'an mil IIIIc XXII[747], pour ce -que à grant foison estoient gentilz hommes, car ilz estoient bien de C à -IIIIxx cottes d'armes. Sy soy panssa que moult appetissoit la puissance -des autres et que la sienne croistroit, dont il fut deceu, car aussitost -qu'ilz porent yssir, ilz ne tindrent oncques ne foy ou serment qu'ilz -eussent fait, mais firent pis qu'ilz n'avoient fait devant, dont le -peuple fut moult à malle paix, mais à souffrir le convint. - - [746] Jean Stuart, comte de Bucan, fils de Robert, duc d'Albanie, - régent d'Écosse et cousin germain du roi Jacques Ier, était - gendre du comte de Douglas; nommé connétable de France par le - dauphin après la victoire de Baugé, il succomba trois ans plus - tard à la bataille de Verneuil. La mésintelligence qui éclata - entre ce capitaine et Tanneguy du Châtel ne fut point l'unique - cause de son départ. Charles VII envoya le comte de Bucan en - Écosse avec une flotte «pour charger et amener le comte de - Douglas et les gens d'armes et de trait du pays d'Escosse», - lesquels en effet ne tardèrent pas à arriver sous la conduite des - comtes de Douglas et de Bucan (Stevenson, _Wars of the English in - France_, t. II, part. 1, p. 25). - - [747] V. dans Monstrelet (t. IV, p. 188) les articles de la - capitulation accordée le 1er mars 1423 à la garnison de Meulan - par le comte de Salisbury, Jean Falstaff et autres représentants - du duc de Bedford. Le Parlement de Paris fut avisé le 3 mars de - la reddition de cette place par lettres closes du même duc de - Bedford, publiquement lues «à la fenestre de la sale» du Palais, - ainsi que l'appointement passé avec les assiégés (Arch. nat., - X{la} 1480, fol. 270 rº). - -379. Item, en avril ensuivant après Pasques qui furent le IIIIe jour -d'avril l'an mil IIIIcXXIII, fut fait ung grant conseille[748] en la cité -d'Amiens de nos signeurs, et là firent mariaiges et aliances de maintenir -la guerre contre les Arminalx[749], et fut donnée la seur du duc de -Bourgongne au regent de France[750]. Et après leurs diz mariaiges -vindrent à Paris, c'est assavoir, le duc de Bedfort, le conte de -Salsebry[751], le conte de Suffort[752] et plusieurs autres signeurs -[d'Angleterre; ne n'y vint quelque signeur] de France, se non Angloys, -lesquelx menoient le plus grant estat de vesture et de joyaulx que on -eust oncques veu d'aage de homme nul, ne nul ne s'entremetoit du -gouvernement du royaulme que eulx. - - [748] Ms. de Paris: concille. - - [749] Une copie vidimée du traité d'alliance conclu à Amiens le - 17 avril 1423 entre Jean duc de Bedford, Philippe duc de - Bourgogne et Jean duc de Bretagne, fut apportée au Parlement le - samedi 23 avril par l'évêque de Paris (Arch. nat., X{la} 1480, - fol. 273 rº); ce traité stipulait que chacun des contractants - serait tenu de mettre 500 hommes d'armes à la disposition de - celui d'entre eux qui se trouverait avoir besoin d'aide (Cf. - Monstrelet, t. IV, p. 147). - - [750] Anne de Bourgogne épousa Jean, duc de Bedford, à Troyes le - 14 juin 1423, mourut à Paris le 13 novembre 1432 et fut enterrée - aux Célestins (Vallet de Viriville, _Hist. de Charles VII_, t. I, - p. 366 note). Le mariage d'Arthur de Richemond, frère du duc de - Bretagne, avec Marguerite de Bourgogne, veuve du duc de Guyenne, - fut célébré le 10 octobre 1423. - - [751] Thomas de Montagu, comte de Salisbury, tué au siège - d'Orléans le 3 novembre 1428. - - [752] William de la Pole, comte de Suffolk et de Dreux, - gouverneur du pays chartrain en 1423, prit part aux batailles de - Cravant et de Verneuil. - -380. Item, en celui an, furent tous les figuiers, rommarins, les trailles -des marays et tres grant partie des vignes toutes gelées, et des noyers, -de la gelée devant dicte, especialment tout ce qui estoit dehors de la -terre, et environ la my-may commencerent à gecter de terre. - -381. Item, en cel an IIIIc XXIII, la IIe sepmaine de juing, allerent les -Angloys devant Oursay[753] qui tant avoit fait de mal en France, -especialment autour de Paris, de toutes pars; car les larrons qui -estoient dedens le chastel, estoient pires que Sarazins qui oncques -feussent. Et n'est nul qui creust la douleur et la tyrannie qu'ilz -faisoient souffrir aux chrestiens qu'ilz prenoient, car, premier, nulz -n'eschappoit d'eulx quant ilz le prenoient qu'il ne perdist quant que il -avoit, s'ilz povoient; et, après celle cruelle rançon, quant ilz avoient -tout ce que les pouvres gens ou les riches povoient finer, les faisoient -ilz aucunes foys mourir de fain ou d'autre cruelle mort. Et pour ce, -aussitost que on mist le siege devant, ceulx de Paris et des villaiges -d'entour y allerent de bon cueur, et fut assegé ledit chastel moult -asprement. Moult se deffendirent les larrons qui dedens estoient, car -bien avoient de quoy, car grant temps avoit qu'ilz n'avoient fait que -gaigner par roberies, mais leur deffence rien ne leur valu, car avant -huit jours ensuivant ilz furent si honteusement prins qu'ilz furent -admenez à Paris, chascun ung chevestre dedens le col bien estroit fermé, -acoupplez l'ung à l'autre, comme chiens, venans à pié depuys ledit -chastel jusques à Paris, et estoient environ cinquante, sans les femmes -et petis paiges. - - [753] Wavrin (édit. Dupont, t. I, p. 215) est le seul chroniqueur - qui signale la présence du comte de Salisbury à la prise d'Orsay. - -382. Item, ceulx que on tenoit à gentilz hommes venoient ung pou après -les devant diz et n'avoient point de corde au col, mais ilz tenoient -chascun en la dextre main une espée toute nue par le millieu de -l'alemelle ou environ, la pointe contre la poictrine en signe de gens -renduz à la voulenté du prince; et furent admenez le jour Sainct Gervais -et Sainct Prothais qui fut celle année au sabmedi[754]. - - [754] Monstrelet ajoute à ces détails que les prisonniers furent - conduits à l'hôtel des Tournelles en présence du duc de Bedford - et de sa femme, laquelle intercéda en faveur de ces malheureux et - obtint leur mise en liberté. - -383. Item, tantost après fut faicte une grosse taille et emprunt, qui -fist tant de grief aux pouvres gens, que tres grant foison s'en allerent -hors de Paris demourer[755]. - - [755] Le clergé parisien paya sa part de cet emprunt forcé; le 31 - mai 1423 le chapitre de Notre-Dame fut appelé à délibérer sur - l'assiette d'une taille de huit mille francs demandée pour - chasser les ennemis des forteresses voisines de Paris; après de - longs débats, la somme fut réduite à deux mille francs, payables - moitié en juillet, moitié en août (Arch. nat., LL 215, fol. 404, - 406). - -384. Item, la derraine sepmaine du moys de juillet, fut ordonné par -l'evesque de Paris que nulle femme ne seroit ou cueur du moustier quant -on feroit le divin office, ne nul homme bisgame ou sans couronne ne -toucheroit aux reliques, ne à quelque chose qui fust sacrée ou beniste, -ne ne serviroit le prebstre à l'austel, mais ce ne dura gueres. - -385. Item, en ce temps fut faicte monnoie noire de III tournois la piece, -que on n'osa faire oncques courir, pour ce que celle de II tournois -estoit blanche et celle de trois tournois noire; le peuple en fut si mal -comptent qu'il la convint laisser, et si estoit [toute] assennié[756]. - - [756] Afin de donner satisfaction au peuple de Paris «acoustumé à - marchander à parisis», ces deniers noirs d'émission récente, dont - le cours avait été fixé à trois tournois pièce, furent cotés deux - parisis (ordonnance du 6 septembre 1423). Indépendamment de la - monnaie noire ci-mentionnée, le gouvernement anglais ordonna par - un mandement du 31 mai 1424 la fabrication de petits parisis - noirs, évalués un denier parisis pièce (Arch. nat., Z{1b} 58, - fol. 181 rº). - -386. Item, en ce temps venoient à Paris les loups toutes les nuys, et en -prenoit on souvent III ou IIII à une foys, et estoient portez [par mi -Paris] panduz par les piez de derriere, et leur donnoit on de l'argent -grant foison. - -387. Item, le jour de l'Invencion Sainct Estienne, IIIe jour d'aoust, fut -faicte grant feste à Paris au soir, comme de faire grans feus, dancer -tout ainsi comme à la Sainct Jehan[757]; mais ce estoit moult piteuse -chose à pancer pourquoy la feste se faisoit, car mieulx on deust avoir -plouré; car, comme on disoit que IIIm ou plus furent mors des Arminalx -par armes[758] et quelque IIm prins et quelque XVc noiez pour eschever -la cruelle mort que ceulx qui les suivoient leur promettoient. Or, veez, -quel dommaige et quel pitié par toute chrestienté, car pou d'iceulx qui -ainsi sont mors ont petite souvenance de leur Createur à l'eure, et ceulx -qui les occient aussi pou, car le plus n'y vont que pour la convoitise, -et non point pour l'amour de leurs signeurs dont ilz se renomment, ne -pour l'amour de Dieu, ne pour charité aucune, dont ilz sont tous en peril -d'estre honteusement mors au siecle, et les ames à perdicion. - - [757] Il s'agit de la victoire de Cravant remportée le samedi 31 - juillet par les troupes anglo-bourguignonnes sur l'armée du - dauphin que commandait le connétable d'Écosse, Jean Stuart de - Darnley; la nouvelle de ce brillant fait de guerre parvint à - Paris le mardi 3 août, fort avant dans la soirée. Pour célébrer - ce succès des armes anglaises, il y eut à Paris processions sur - processions, le mercredi 4 août à Notre-Dame, le vendredi 6 août - à Saint-Germain-l'Auxerrois, le mercredi 11 à la Sainte-Chapelle, - ce dernier jour, en présence du duc et de la duchesse de Bedford - (Arch. nat., X{la} 1480, fol. 280 rº). - - [758] Pareil chiffre est donné par Clément de Fauquembergue et - Cousinot de Montreuil (_Chron. de la Pucelle_, p. 214). - -388. Item, quans lieux demourez inhabitez, comme villes, chasteaulx, -moustiers, abbayes et autres, helas! helas! quans orphelins on peut en -terre chrestienne trouver, et quantes pouvres femmes vefves et chetives -par telz occisions. Helas! se ung chascun de nous regardoit [bien] se -autel douleur nous estoit advenue ou promise, com grant douleur et com -grant hayne nous perceroit les cueurs de noz ventres, et com grant -voulenté nous aurions de en estre vengez, et tout, pour ce que nous -n'avons nul regart au temps qui est à advenir, lequel est moult doubteux -tant au regart de cruelle mort par vengence divine, pour la joye que nous -avons du mal d'autruy et de la destruction dont on nous peut tous juger -homicides, car on dit que bonne voulenté est reputée pour fait. Et si dit -Nostre Seigneur par la bouche de l'apostre: «Qui de glaive ferra, de -glaive mourra!» Nous faisons semblant, comme fist Calcas, ung devineur de -Troyes la grant, lequel alla à son dieu qui estoit nommé Appollo, par le -congé du roy Priant, pour demander lesquelx seroient vaincuz ou ceulx de -la grant Troye ou les Gregois; si lui fut respondu que en la fin Troye -seroit destruite, pourquoy il laissa sa cité et [ses amys], et s'en alla -par devers les Gregoys, et leur dist le respons d'Appollo, par quoy ilz -luy firent moult grant joye pour celle foys pour le respons [d'Appollo]. -Ouquel Appollo le dyable conversoit, qui dist à Calcas que les Gregoys -vaincroient, mais il leur cela la tres grant douleur qui leur en advint, -car tous perirent, car tres pou en eschappa, que tous ne fussent occis ou -perilliez en mer à leur retour, ne Calcas n'ot oncques puis joye que ung -pou, quant il vint avecques les Gregois, ne oncques puis on ne se fia en -luy. Or veez quelle douleur il en advint aux deux parties pour vouloir -avoir vengence[759], car l'Escripture tesmoigne que là moururent par -glaive ou par feu plus de XXII milliers de hommes, dont tres grant -partie d'Orient demoura vefve [et orpheline] de toute chevalerie, car pou -ou neant en eschappa qui peust rapporter les nouvelles plaines de -douleurs en son pays. Et pour ce pour l'amour de Dieu ayons pitié de nous -mesmes, en crainant la main de Nostre Sauveur Jhesu Crist, car nul ne -scet que à l'ueil lui pend, car à telle mesure que nous mesurons nous -serons mesurez. - - [759] Ms. de Paris: vengement. - -389. Item, la derraine sepmaine d'aoust, vint le duc de Bourgongne à -Paris[760] à petit preu pour le peuple, car il avoit grant compaignie qui -tout degastoient aux villaiges d'entour Paris, et les Englois aussi y -estoient. En icelluy temps le vin estoit tres cher plus que long temps -n'avoit esté, et si y avoit tres pou raisins es vignes, et encores ce pou -degastoient lesdiz Angloys et Bourguignons, comme eussent fait porcs, et -n'estoit nul qui en osast parler. Ainsi estoit le peuple gouverné par la -malle et convoiteuse voulenté des gros, qui gouvernoient Paris, qui -touzjours estoient avec les signeurs, et n'avoient nulle pitié du povre -peuple qui tant avoit de pouvreté. Mais firent lesdiz gouverneurs, pour -complaire aux signeurs, à ung lundi, VIe jour de septembre, après disner, -environ trois heures, crier la monnoye, que trois doubles ou niquès ne -vauldroient que ung blanc, qui devant valloient VI tournois[761]; dont le -peuple se troubla moult[762], et de ce advint que on ne pot, celle -journée ne l'endemain, ne pain ne vin à Paris pour son argent finer[763]. - - [760] Philippe le Bon, accompagné du comte de Richemond, fit son - entrée à Paris le vendredi 27 août; il trouva près de la Chapelle - (Saint-Denis) le duc de Bedford, avec lequel il se rendit chez la - reine Isabeau. Le duc de Bourgogne quitta la capitale le mercredi - 23 février 1424, se dirigeant vers Amiens (Arch. nat., X{la} - 1480, fol. 281 vº et 290). - - [761] Un mandement royal au prévôt de Paris, publié le 6 - septembre 1423, fixa de la manière suivante le cours des doubles - deniers de deux tournois pièce: désormais six de ces doubles - devaient valoir un grand blanc de dix deniers tournois de - nouvelle fabrication, et trois doubles un petit blanc de cinq - deniers tournois (Arch. nat., Z{1b} 58, fol. 177 vº). Le - gouvernement anglais voulait par ce moyen empêcher la contrefaçon - des deniers en question faite sous le couvert du dauphin; à peine - les blancs de 10 d. t. furent-ils frappés que l'on vit circuler - de faux blancs aux armes de France et d'Angleterre jusques dans - Paris (_Ibid._, Z{1b} 3, fol. 9 vº). Cette dépréciation soudaine - troubla profondément les marchés et transactions: c'est ainsi que - le chapitre de Notre-Dame, bénéficiant de la situation, décida de - payer les ouvriers de ses moulins à raison de six doubles pour - deux blancs, malgré les conventions passées avant l'abaissement - de la monnaie, cinq doubles valant alors deux blancs de 8 deniers - (_Ibid._, LL 215, fol. 419). - - [762] «Dont le peuple se troubla moult» manque dans le ms. de - Rome. - - [763] Après la publication de l'ordonnance du 6 septembre 1423, - les denrées et la main-d'œuvre subirent un renchérissement - tellement excessif, que, le vendredi 10 septembre, le Parlement - dut intervenir et ordonna au prévôt de Paris de prendre les - mesures nécessaires pour faire cesser cet état de choses (Arch. - nat., X{la} 1480, fol. 283 rº). - -390. Item, en ce temps, les Anglois prenoient aucunes foys une forteresse -sur les Arminalx au matin, et si ilz en perdoient aucunes foys deux au -soir, ainsi duroit la guerre de Dieu mauldite. - -391. Item, en ce temps, ou moys de septembre, fist tant l'evesque de -Paris, qui estoit patriarche, qu'il fut arcevesque de Rouen par faulte de -souffisance[764], et le jour Sainct Denis ensuivant, IXe jour d'octobre, -fut fait ung autre evesque de Paris nommé[765] Jehan de Vienne[766]. - - [764] Jean de Rochetaillée, patriarche de Constantinople, - administrateur de l'évêché de Paris, transféré en 1423 à - l'archevêché de Rouen, refusa tout d'abord d'abandonner le siège - épiscopal de Paris, alléguant au mois d'août 1423, dans un procès - qu'il soutenait au sujet de la régale, que si le pape, à ce qu'on - disait, lui avait donné «licence d'aler à l'archeveschié de - Rouen», il l'ignorait et n'en «estoit mie certifié deument.» - (Arch. nat., X{la} 4793, fol. 341 rº.) C'est en pure perte que ce - prélat se fit délivrer lettres royales le maintenant en - possession de l'évêché, lettres qui furent présentées au chapitre - le 12 septembre; il dut céder et composa avec les chanoines - (_Ibid._, LL 215, fol. 416). - - [765] Ms. de Paris: qui se nommoit. - - [766] Jean de Nant, archevêque de Vienne, transféré à l'évêché de - Paris par bulle de Martin V du 27 juin 1423, se fit recevoir le - 24 septembre suivant; dès le 6 septembre, se trouvant en l'abbaye - de Saint-Victor, il exprima le désir d'établir sa demeure dans la - maison de son oncle, Jean de Vienne, amiral de France; le - chapitre, se rendant à ses vœux, lui permit de traverser la - Seine de Saint-Victor à Saint-Antoine et de séjourner à Paris à - condition de ne point pénétrer dans la Cité. La date du 9 octobre - donnée par le Journal est celle de l'entrée solennelle du nouvel - évêque, qui, pour célébrer son intronisation, convia les - chanoines à un grand dîner (Arch. nat., LL 215, fol. 415-418). - Jean de Nant resta en possession de l'évêché de Paris jusqu'à sa - mort, survenue le 7 octobre 1426; son exécuteur testamentaire, - Guillaume de Chauvirey, préchantre de Lyon, chanoine de Besançon, - présenta le 28 avril 1427 le testament du prélat pour être - enregistré au Parlement (_Ibid._, X{la} 9807, fol. 28 rº). La - succession de Jean de Nant n'était pas encore liquidée en 1436; à - cette époque, le chapitre de N.-D. ordonna de dresser - l'inventaire de biens déposés dans une chambre de la rue - Saint-Pierre-aux-Bœufs et confiés à la garde d'un chanoine, - serviteur dudit évêque (_Ibid._, LL 217, fol. 193). - -392. Item, en ce moys de septembre devantdit, orent journée de bataille -ensemble les Arminalx et les Angloys, et fut en Normendie environ -Avranches; et furent desconfis bien IIIIm Angloys tous mors en la -place[767], dont ce fut pitié et est qu'il fault que chrestienté -destruise ainsi l'un l'autre, et certes ce ne fut pas sans grant -destruction des autres, car tout le peuple les avoit en trop mortel haine -et les ungs et les autres. - - [767] Sans doute, l'auteur du Journal veut parler de la victoire - de la Gravelle, au Maine, que remporta le 26 septembre Jean - d'Harcourt, comte d'Aumale; les Anglais, commandés par W. Pole, - laissèrent sur le champ de bataille environ quinze cents morts et - perdirent plusieurs centaines de prisonniers, dont leur chef; - c'est à la suite de cette affaire que le comte d'Aumale fit une - tentative infructueuse pour enlever Avranches de vive force - (Cousinot, _Chron. de la Pucelle_, p. 214). - -393. Item, quant ledit evesque de Vienne fut receu evesque de Paris, il -fist faire XL jours tout ensuivant procession, que Dieu par sa grace -voulsist mettre la paix en la chrestienté et apaisier le temps qui trop -estoit contraire pour les semailles, car il fut bien iiii moys tous -entiers ou plus que oncques ne cessa de plouvoir de jour ou de nuyt. - -394. [Item, en ce temps avoit ou chastel de Yvry-la-Chaussé[768] une -grant compaignie de larrons qui se disoient Arminalx ou de la bende, -ausquelx rien, s'il n'estoit trop chault ou trop pesant, ne leur -eschappoit, et, qui pis est, tuoient, boutoient feux, efforçoient femmes -et filles, pendoient hommes, s'ilz ne paioient rançon à leur guise, ne -marchandise nulle par là ne povoit eschapper.] - - [768] Ivry-la-Bataille (Eure, arr. d'Évreux, cant. de - Saint-André), anciennement Ivry-la-Chaussée, place forte de - Normandie, appartenant au comte Arthur de Richemond, tomba entre - les mains de Géraud de la Pallière, gentilhomme gascon au service - de Charles VII, qui l'enleva «par eschielle et faulte de guet»; - l'écuyer anglais du nom de Pierre Glé, auquel la garde de ce - château avait été confiée, obtint le 20 mars 1424 des lettres de - rémission pour sa négligence (Arch. nat., JJ 172, no 442). - -395. Item, en icelui temps, le monde estoit [moult] esbahi pour le temps -[pluvieux] qui tant duroit et le doulx temps qu'il faisoit. De la -Sainct-Remy jusques environ la Sainct-Thomas l'apostre, faisoit si tres -doulx temps, que la violete jaune[769] estoit aussi commune comme elle a -esté aucunes foys en mars, ne ne gela point en icelui temps, et disoit -chascun que yver estoit tout passé; mais Dieu qui ordonne, et nous -devisons, commença à faire geler à la Sainct Thomas, et gela de plus en -plus fort, et dura jusques à la Chandeleur sans cesser. Et en ce temps -qu'i geloit si asprement avoit si grant marché de choulx à Paris que on -en avoit une charretée pour XII blans, on en avoit assès pour IIII ou -pour VI personnes pour ung noiret[770] qui ne valloit que une poitevine -ou environ, et avoit on pois, feves pour II solz parisis le boessel. - - [769] Ms. de Paris: jeune. - - [770] Le noiret était un petit denier noir, de la valeur d'une - maille tournoise, comme on le voit par le mandement du 22 juin - 1423 fixant le cours de la menue monnaie (Arch. nat., Z{1b} 58, - fol. 179). - -396. Item, de fruict à grant habundance et tres bon on avoit à -Nouel et après ung quarteron de pommes de roumau ou de capendu pour -IIII deniers et pour moins. - -397. Item, en ce temps, toutes gens qui avoient maisons y renonçoient, -puis qu'elles estoient chargées de rentes, car nulz des censiers ne -vouloient rien laisser de leurs rentes et amoient mieulx tout perdre que -faire humanité à ceulx qui leur devoient rente, tant estoit la foy -petite, et par celle deffaulte de foy on eust trouvé à Paris de maisons -vuydes et croisées saines et entieres plus de XXIIII milliers où nulli ne -habitoit. - -398. Item, en ce temps, bien pou après ou devant Nouel, fut reprinse -Compigne par les Arminalx[771], et avecques ce prindrent [tres] grant -foison blez que on amenoit à Paris [du païs] de Picardie. Et tantost que -les nouvelles furent sceues à Paris, le prevost de Paris y mena grant -foison de gens de Paris pour les asseger, mais il n'y fist chose dont on -doye parler, que gaster finance et donner peine aux pouvres gens. - - [771] Trois à quatre cents partisans français, sous la conduite - d'Yvon du Puis, de Gautier de Broussart et d'Angelot de Laux, - escaladèrent au point du jour la ville de Compiègne; presque - aussitôt après Lionnel de Bournonville et le seigneur de - l'Isle-Adam, joints «à ceulx de Paris», dirigèrent contre les - occupants une attaque qui échoua complètement; c'est à cette - expédition avortée que fait allusion notre chroniqueur (cf. - Monstrelet, t. IV, p. 174, Cousinot, _Geste des nobles_, p. 194). - Au début de l'année 1424, le duc de Bedford fit assiéger - Compiègne, et s'en rendit maître; la capitulation conclue avec le - capitaine français fut suivie de lettres de rémission accordées - le 4 avril 1424 aux bourgeois qui, par «leur negligence et faulte - de deue garde et deffense», avaient laissé prendre la ville, à - l'exception toutefois «des officiers et habitans consentans et - coulpables de la prise d'icelle ville» (Arch. nat., JJ 172, no - 448). - -399. Item, en ce temps n'avoit en France nul signeur, ne nul chevalier de -nom, ne Angloys, ne autre, et pour ce estoient les Arminalx si hardiz et -si entreprenans. - - - [1424.] - - -400. Item, à l'issue de fevrier, oudit an, IIIIc XXIII, ce rendirent -ceulx du Crotay[772] et ceulx de Mont-Aguillon[773] aux Angloys leurs -vies sauves, et s'en allerent franchement, qui tant de maulx avoient -fait, car ilz s'estoient tenus plus d'un an. - - [772] Les château et ville du Crotoy se rendirent le 3 mars 1424, - en vertu de conventions passées au mois d'octobre 1423 entre - Raoul le Bouteiller, représentant le duc de Bedford, et Jacques - d'Harcourt (Arch. nat., X{la} 1480, fol. 291 vº). L'une des - principales dispositions de ce traité (Monstrelet, t. IV, p. 166) - portait que les habitants pourraient conserver leurs biens en - prêtant serment au régent; un bourgeois de Paris, Jacques de - Lailler, qui s'était trouvé au Crotoy, invoqua le bénéfice de cet - article, et obtint en conséquence des lettres de rémission qui - furent entérinées au Parlement (Arch. nat., X{2a} 16, fol. 477 - vº; voir d'autres lettres du 27 mai 1424, Arch. nat., JJ 172, no - 477). - - [773] Montaiguillon, château fort, situé entre Provins et - Nogent-sur-Seine (commune de Louan), fut assiégé par le comte de - Salisbury en personne, qui, après un siège meurtrier, parvint à - réduire cette forteresse et en ordonna la démolition (Monstrelet, - t. IV, p. 154, Cousinot, _Geste des nobles_, p. 195). - -401. Item, en ce temps riens ne se faisoit que par l'Angloys, ne nul des -signeurs de France ne se mesloit du gouvernement du royaulme. En icellui -temps estoit la royne de France demourante à Paris, mais elle estoit si -pouvrement gouvernée qu'elle ne avoit tous les jours que VIII sextiers de -vin tout au plus pour elle et son tinel; ne le plus de ceulx de Paris, -qui leur eust demandé: «Où est la royne?» ilz n'en eussent sceu parler. -Tant en tenoit-on pou de compte, que à paine en challoit il au peuple, -pour ce que on disoit qu'elle estoit cause des grans maulx et douleurs -qui pour lors estoient sur terre. - -402. Item, tout l'yver[774] et tout le karesme jusques après Pasques qui -furent le XXIIIe jour d'avril l'an mil CCCC XXIIII, environ le may, on -alla assegier Gaillon[775], Sedanne[776], Nangis et autres forteresses, -lesquelles furent toutes prinses des Angloys, et s'en allerent les -Arminalx desdiz, leurs vies sauves, senon ceulx de la garnison du chastel -de Sedanne, qui furent tous mis à l'espée, et les autres firent pis la -moitié qu'ilz n'avoient fait devant. - - [774] L'hiver de 1424 se prolongea outre mesure, car suivant le - témoignage d'un contemporain, le samedi premier avril «il neiga - et gela bien fort plus que long temps par avant n'avoit fait» - (Arch. nat., X{la} 1480, fol. 193 vº). - - [775] La forteresse archiépiscopale de Gaillon, que les gens du - dauphin avaient enlevée le 16 avril 1424, fut réduite par les - Anglais le 8 juillet suivant et aussitôt démolie (P. Cochon, - _Chron. normande_, p. 449; Monstrelet, t. IV, p. 186). - - [776] Sézanne (Marne, arr. d'Épernay), battue en brèche par le - comte de Salisbury depuis le 6 avril, opposa une résistance - désespérée et dut être enlevée d'assaut; ses habitants, traités - avec une extrême rigueur, périrent misérablement (Arch. nat., - X{la} 4796, fol. 77 vº. Cf. A. Longnon, _Les limites de la France - et l'étendue de la domination anglaise à l'époque de la mission - de Jeanne d'Arc_, p. 48). - -403. Item, en ce temps, le regent de France fist asseger à l'entrée de -juillet ceulx qui estoient dedens Yvry-la-Chaussée qui avoient pou de -vivres[777], et estoit leur esperance toute de eulx garnir de vivres des -biens qui estoient sur terre en cellui moys, especialment de tous blez et -de potaiges pour toute l'année, car de char avoient ilz touzjours assez. -Mais on dit bien souvent que ung pansse ly asgne et autre ly asgnier, et -Dieu qui mua le propos de Oloferne, tourna leur joie, quant ilz cuiderent -estre plus asseurez, en tristour; car ilz furent de si pres prins qu'ilz -n'orent point de povoir de cuillir ne blé, ne vin, ne potaige, pour quoy -il convint qu'ilz traictassent au regent. Et fut leur traicté tel: qu'ilz -se devoient rendre à la voulenté du prince, s'ilz n'avoient dedens quinze -jours secours ou moys d'aoust, lequel leur fut accordé, et de ce -baillerent ostaiges bons et suffisans tous gentilz hommes; car bien -estoient oudit chastel IIIIc hommes d'armes, tout de renon, si orent -grant esperance au secours que point ne leur fauldroit audit jour. Si -sceurent les Arminalx le jour, si firent grant assemblée de toute leur -puissance, et eulx mirent au chemin par devers Chartres, tuant, robant, -pillant, prenant hommes et femmes, brief, ilz faisoient tout mal. D'autre -part, le regent qui estoit devant le chastel d'Yvry-la-Chaussée fist -semondre son ost partout, et quant ilz furent venuz, si furent armez à -dix milliers tous hommes deffensables, lesquelx il ordonna moult -saigement, car il se mist en une plaine moult belle; et, par derriere lui -avoit ung tertre moult hault, par quoy il n'avoit garde par derriere, car -nul ne peust bonnement descendre ladicte montaigne par devers eulx sans -grant travail. En ce temps, Arminalx approucherent plus et plus l'ost du -regent; quant il le sceut, si fist ordonner ses batailles et les pria de -bien faire, et là les attendy de pié quoy en moult belle ordonnance. Les -Arminalx envoierent coureux montez d'avantaige pour aviser l'ost dudit -regent; quant les coureux virent son ost en si belle ordonnance, si s'en -retournerent comme gens effraiez à leurs gens, en leur disant que tres -grant folie seroit d'assembler, et que le mieulx seroit de s'en retourner -chascun en sa garnison. Si s'aviserent puis après ce d'une traïson, car -ilz envoierent à une lieue pres de l'ost du regent environ Vc hommes -d'armes bien montez et armez, lesquelx firent semblant de [venir pour] -lever le siege, dont ilz n'avoient talent ne hardement; et ceulx qui -estoient dedans le chastel eulx orguillirent et commencerent à crier et -braire, en disant parolles moult villeneuses et despiteuses au regent et -à ses gens, car ilz cuiderent bien à celle foys estre secouruz et -delivrez, quant ilz virent les cinq cens hommes, car leur pencée estoit -que ce fust l'avangarde des Arminalx, mais autrement estoit, car ilz -n'estoient ainsi venuz que pour ce que bien savoient que le regent les -attendroit en la place; si ne se bougerent du lieu où ilz estoient, dont -les deux osts povoient veoir l'un l'autre. Et, ce pendent que là se -tenoient, les Arminalx faisoient retourner leur charroy et leur trayn le -plus tost qu'ilz povoient pour eulx en fuir sans riens perdre ne sans -coup ferir. - - [777] Géraud de la Pallière, assiégé dès le 15 juin par le comte - de Suffolk, capitula le 5 juillet, c'est-à-dire promit de rendre - la place le 15 août, s'il n'était secouru à cette date. - -404. Quant ceulx qui devant l'ost du regent estoient venus orent tant -esté illec, que bien fut l'ost à pié[778] eslongné iii ou iiii grosses -lieues, si monterent moult tost et s'enfouirent après leurs gens qui -tiroient vers le Perche; et ce jour estoit lundy, vigille de la -Nostre-Dame my-aoust mil IIIIc XXIIII. Quant ilz furent pres de Verneil -ou Perche, si firent une grant traïson, car ilz prindrent grant foison de -leurs soudaiers escossays, qui bien savoient parler le langaige -d'Engleterre, et leur lierent les mains, et les mirent aux queues des -chevaulx, et les touillerent de sanc en maniere de plaies en mains, en -bras et en visaige, et ainsi les menerent devant Verneil, criant et -braiant à haulx criz en langaige d'Angloys: «Mal veismes ceste doloreuse -journée! quant nous cessera ceste douleur?» Quant les Angloys qui dedens -la ville estoient virent la douleur contrefaicte, si furent moult -esbahiz, et fermerent leurs portes et se mirent en hault pour deffendre -leur ville. Et quant les Arminalx virent cecy, leur monstrerent le sire -de Torcy[779] qui s'estoit rendu à eulx, qui estoit lié comme les autres -par traïson, qui leur dist que toute la chevalerie d'Angleterre estoit -morte en celui jour devant Yvry, et que pour neant se tandroient, que -jamais n'auroient secours, et ce tesmoignerent les autres qui bien -parloient anglois, et jurerent par leur serement que ainsi estoit. Si ne -se sceurent comment conseiller, car ilz tenoient le sire de Torcy l'un -des bons et vrais chevaliers qui fust avec le regent, et veoient les -autres liez aux queues des chevaulx, qui parloient leur langaige et leur -affermoient la chose estre toute vraye, et si avoient pou de vivres; si -s'acorderent que ilz se randroient, leurs vies sauves, ainsi leur fut -accordé. Mais quant les Arminalx furent dedens la ville, si firent trop -grant mal, car ilz mirent tous ceulx qu'ilz porent atraper à mort, et -plusieurs femmes et enffans, et se logerent en la ville et tout leur -trayn. Ceulx qui porent eschapper s'en fouirent qui mieulx mieulx, les -aucuns arriverent en l'ost du regent, qui moult furent esbahiz quant ilz -virent ceulx de l'ost qui faisoient bonne chere et liée[780], si -conterent leur adventure au regent, et on avoit dit au regent qu'ilz -faisoient semblant de fouir, affin qu'il donnast congé à ses gens, et -celle pancée avoient ilz de lui courir [sur], s'il leur eust donné -congié; mais aussitost qu'il sceut la chose, si soy departy et parlemanta -à ceulx du chastel qu'ilz avoient pancée de faire, que bien sceussent que -tous mourroient de malle mort, s'ilz ne se randoient, si se randirent à -lui, et en fist ce qu'il volt; il en fist pandre, il en delivra la plus -grant partie, qui depuis firent tant de maulx tant que cest hydeux temps -dura[781]. - - [778] Ms. de Paris: à peu. - - [779] Jean d'Estouteville, seigneur de Torcy, qui devint plus - tard grand maître des arbalétriers de France, n'avait guère que - dix-neuf ans au moment de la bataille de Verneuil; malgré son - jeune âge, il représentait alors la famille privée de son chef, - car son père, Guillaume d'Estouteville, prisonnier des Anglais - depuis l'année 1419, se trouvait encore en leur pouvoir le 9 mai - 1427, date du sauf-conduit donné à l'un de ses serviteurs qui se - rendait en France pour traiter de sa rançon (Rymer, t. IV, partie - IV, p. 127). - - [780] Ms. de Paris: liesse. - - [781] Les mss. de Rome et Paris, au lieu de «temps dura», portent - «duraançon», leçon inintelligible. - -405. Après ce s'esmeut ledit regent, duc de Bedfort, à tout son ost, le -plus tost qu'il pot, et suivy les Arminalx jour et nuyt, (tant) que, le -jeudi d'après la my-aoust qui fut au mardy, aproucha des Arminalx tant -qu'ilz virent l'un et l'autre. Quant ilz virent le regent, si esmeurent -leur gent et virent qu'ilz estoient bien dix huit mil combatans, et -firent esmer par leurs heraulx les gens dudit regent, qu'ilz dirent par -leur foy qu'ilz n'estoient pas dix mil au plus. Quant ce ouirent les -Arminalx, qui de Lombars avoient grant planté moult bien montez, si leur -dirent: «Nous ordonnerons en telle maniere, que vous de Lombardie, qui si -bien estes montez, quant la bataille sera bien esmeue, vous serez IIIm de -vous qui par derriere eulx vendrez, et tuerez tout sans prendre homme à -rançon.» A ce s'acorderent les Lombars, le regent d'autre part ordonna sa -bataille, et fut en une belle plaine, si n'ot de quoy se fermer. Si fist -descendre ses gens à pié, et fist lier tous les chevaulx de son ost -derriere l'ost, les testes devers le cul, III ou IIII d'espès, et tous -furent ainsi liez ensemble, que mesmes les chevaulx ne se povoient -mouvoir l'un sans l'autre, car moult estoient court liez. Quant orent -ainsi ordonné les deux osts leurs batailles, et qu'ilz furent en -ordonnance, les Arminalx, qui moult estoient pecheurs, firent demander au -regent qu'il avoit en pençée et que il vauldroit mieulx faire ung bon -traicté que combatre, car moult se doubtoient pour leurs pechez. Le -regent tout asseuré leur manda que tant de foys avoient leur foy mentie, -que jamais on ne les devoit croire, et que bien sceussent que à lui -jamais n'auroient traicté ne paix, tant qu'il les eust combatus. Adonq il -n'y ot plus parlé, les deux osts vindrent l'un contre l'autre, [et -commencerent à frapper et mallier l'un sur l'autre] de toutes manieres -d'armeures[782] de guerre que on peust pancer, de traict ou d'autre -chose. Là eussiez ouy tant doloreux criz et plaintes, tant hommes cheoir -à terre, que puis n'en releverent, l'un chacer[783], l'autre fouir, l'un -mort sus, l'autre gesir à terre gueulle baiée, tant sanc espandu de -chrestiens, qui oncques n'avoient veu en leur vivant l'un l'autre, et si -venoient ainsi tuer l'un l'autre pour ung pou de pecune qu'ilz en -attendoient à avoir. La bataille fut moult cruelle, que on ne savoit qui -en avoit le meilleur. Les Arminalx avoient grant fiance aux Lombars -qu'ilz avoient ordonnez [de] venir par derriere rompre la bataille du -regent de France, lesquelx n'oserent oncques ce faire quant ilz virent la -haye des chevaulx qui par derriere estoit. Si ne leur fut à gueres qui -gaignast ou perdist, mais qu'ilz eussent du pillaige; si tuerent les -pouvres varletz et paiges qui dessus les chevaulx estoient, et orent le -cueur failli de aider à leur gent, et prindrent tous les bons chevaulx et -tout ce qui dessus estoit troussé, et ainsi s'en fouirent sans plus -revenir vers leur païs; ainsi s'en allerent honteusement comme couars et -convoiteus. Quant les Arminalx virent qu'ilz ne venoient point, si furent -moult esbahiz; si leur fut dit par ung herault comment les Lombars s'en -estoient fouiz sans cop ferir pour le pillaige, si furent les Arminalx si -esbahiz qu'ilz ne sorent quel conseil prendre; et si estoient entrez en -bataille plus de XVm[784], mais leur pechié leur nuisoit tant qu'ilz ne -povoient faire chose où ilz eussent honneur oncques, puis que le duc de -Bourgongne fut tué par eulx. Quant les Angloys les virent esbahiz, si se -ralient et leur courent sur moult asprement de tout leur povoir, et -prennent terre sur eulx plus et plus, si asprement que les Arminalx ne -porent plus souffrir l'estour, ains s'en commencerent à fouir moult -honteusement pour sauver leurs vies, et les gens du regent les -poursuivirent jusques devant Verneuil ou Perche. Là fu grant l'occision -et cruelle des Arminalx, car là furent mors par armes par le dit des -heraux bien neuf milliers[785]. Et si fut prins le duc d'Alençon[786] et -mort le conte d'Aumalle[787] filx du conte de Harecourt, et le conte de -Ghayglas[788] escossois[789] mort, et le conte de Boucan mort, et le -conte de Tonnoyre mort[790], et le conte de Vantadour[791] mort, et le -viconte de Nerbonne[792], lequel ot la teste coppée depuis qu'il fut -mort, et son corps pandu au gibet et sa teste en une lance moult hault. - - [782] Ms. de Paris: armes. - - [783] Ms. de Paris: cacher. - - [784] Ms. de Paris: XVIII mil. - - [785] Le roi d'armes Montjoie fit, paraît-il, le relevé des - pertes subies par l'armée franco-écossaise; c'est du moins ce qui - ressort de l'extrait relatif à la bataille de Verneuil que - reproduit Stephenson (_Wars of the English_, vol. II, part. II, - p. 395). - - [786] Jean II, duc d'Alençon, retenu prisonnier par les Anglais, - se trouvait en 1425 au Crotoy, lorsque le régent lui offrit sa - liberté et ses domaines à condition de prêter serment de fidélité - au roi d'Angleterre; le jeune duc refusa énergiquement de - souscrire à ces conditions et préféra garder prison; il fut - néanmoins relâché peu après et assista en 1428, à Chinon, à la - présentation de Jeanne d'Arc (Monstrelet, t. IV, p. 241, 316). - - [787] Jean d'Harcourt, comte d'Aumale, remplit en 1417 les - fonctions de capitaine général de Normandie et fut nommé le 15 - avril de cette même année capitaine de Rouen. - - [788] Ms. de Rome: le conte de Ghay. - - [789] Archibald, comte de Douglas, nommé duc de Touraine par - Charles VII, l'un des chefs du contingent écossais, était - beau-père du comte de Bucan qui fut tué ainsi que lui. - - [790] Louis de Chalon, comte de Tonnerre, l'un des chevaliers - échappés au désastre d'Azincourt (_Chron. des Cord._, p. 229). - - [791] Jacques, comte de Ventadour, avait contribué à la victoire - de Baugé; fait prisonnier à la bataille de Cravant, où il eut un - œil crevé, il succomba à la journée de Verneuil. - - [792] Guillaume d'Avaugour, vicomte de Narbonne, acquit une - triste notoriété par sa participation à l'assassinat de Jean - Sans-Peur, ce qui explique la haine des Anglo-Bourguignons - s'acharnant sur son cadavre. - -406. Item, furent trouvez mors de la partie des Arminalx bien IIm IIIc -LXXV cottes d'armes. - -407. Item, de ceulx du regent, furent environ trouvez IIIm mors, et tres -pou y ot de mors de gens de nom[793]. - - [793] Les Anglais éprouvèrent des pertes tellement sensibles - qu'au dire de Cousinot de Montreuil, le duc de Bedford, annonçant - sa victoire, interdit en quelque sorte toutes réjouissances, - attendu que «combien qu'ils eussent eu l'honneur, toutesfois ils - avoient beaucoup de dommage» (Cousinot, _Chron. de la pucelle_, - p. 226). - -408. Quant ceulx qui dedens la ville s'estoient mis, virent la grant -desconfiture, si ne sceurent comment conseiller fors que de eulx rendre à -la mercy du regent[794], et ainsi le firent. Si furent les ungs navrez, -les autres bien demy mors, et en ce point furent boutez hors de la ville -à leur grant confusion, tous nuds de toutes leurs armeures. - - [794] Les lettres de rémission accordées le 11 août 1424 aux - habitants de Verneuil, «pour le fait d'avoir baillé entrée de la - ville et du chastel» aux ennemis du roi d'Angleterre, mentionnent - le traité conclu après la défaite du 17 août pour la reddition de - la place qu'occupaient les gens du dauphin, mais ne rappellent - qu'une seule clause de ce traité, clause stipulant que les - habitants ne seraient point inquiétés (Arch. nat., JJ 172, no - 585). - -409. Item, les Lombars qui avoient pillié les chevaulx devantdiz ne -tindrent pas tous ensemble leur chemin, par quoy l'une partie fut -encontrée devers Chartres, et furent tous destroussez et grant foison de -tuez et navrez; laquelle bataille dessusdicte fut le jeudi XVIIe jour du -moys d'aoust, l'an mil CCCC XXIV. Et le vendredy ensuivant, [dix -huitiesme] jour dudit moys, fist on les feus par tout Paris et moult -grant feste pour la perte des Arminalx[795], car on disoit qu'ilz -s'estoient vantez, que se ilz eussent eu le dessus de noz gens, qu'ilz -n'eussent espargné ne femmes, ne enfens, ne heraux, ne menestriers, que -tout ne fust mort à l'espée. - - [795] Un _Te Deum_, chanté à Notre-Dame le mercredi 16 août, - célébra la réduction du château d'Ivry par le duc de Bedford; - après la victoire de Verneuil, il y eut deux jours de - processions, les samedi 19 et dimanche 20 août (Arch. nat., LL - 215, fol. 455; X{la} 1480, fol. 305 vº). - -410. Item, le jour de la Nativité Nostre-Dame en septembre vint le regent -à Paris[796], et fut Paris paré partout où il devoit passer, et les rues -parées, nettoyées. Et furent au devant de lui ceulx de Paris vestus de -vermeil, et vint environ cinq heures après disner, et allerent une partie -des processions de Paris aux champs au devant de lui jusques oultre la -Chappelle-[de]-Sainct-Denis, et quant ilz encontrerent, si chanterent -haultement: _Te Deum laudamus_ et autres louanges à Dieu. Ainsi vint -dedens Paris bien aconvoyé de processions et de ceulx de la ville, et -partout où il passoit, on crioit haultement: «Nouel!» Quant il vint au -coing de la rue aux Lombars, là joua ung homme despartisé le plus -habillement que on avoit oncques veu. - - [796] Clément de Fauquembergue, autre témoin oculaire, rapporte - dans son Journal que le duc de Bedford vint à Paris accompagné du - comte de Salisbury et qu'ils descendirent à Notre-Dame pour - rendre grâces du succès de leurs armes; les gens du conseil du - roi, avec les principaux officiers et bourgeois de Paris qui - attendaient les nobles visiteurs au champ du Landit, se - joignirent à leur cortège; enfin, ajoute le greffier, si les rues - furent parées et des feux de joie allumés, ce fut par ordre - supérieur, en témoignage de réjouissance (Arch. nat., X{la} 1480, - fol. 308 rº). - -411. Item, devant le Chastellet avoit ung moult [bel] mistere du Vieilz -Testament et du Nouvel, que les enfens de Paris firent, et fut fait sans -parler ne sans signer, comme se ce feussent ymaiges eslevez[797] contre -ung mur. Après, quant il ot moult regardé le mistere, il s'en alla à -Nostre-Dame, où il fut receu comme se ce feust Dieu, car les processions -qui n'avoient pas esté aux champs et les chanoynes de Nostre-Dame le -receurent à la plus grant honneur, en chantant hympnes et louanges que -ilz peurent, et jouoit on des orgues et de trompes, et sonnoient toutes -les cloches. Brief, on ne vit oncques plus d'onneur faire quant les -Roumains faisoient leur triumphe que on lui fist à celle journée et à sa -femme, qui touzjours alloit après [lui], quelque part qu'il allast. - - [797] Ms. de Rome: enlevez. - -412. Item, celle année furent les plus belles vendenges que oncques on -eust veu d'aage de homme, et tant de vin que la fustaille fut si chiere -que on vendoit II ou III queues vuides une queue de vin; ung poinson sans -loyer, XVI ou XVIII solz parisis, et, brief, plusieurs mirent leur vin -en cuves qu'ilz firent enfoncer. Et fut le vin à si grant marché [avant -la fin de vendenge] que on avoit la pinte pour ung double, dont les trois -ne valloient que ung blanc, et pour I denier en avoit on la pinte environ -la Sainct Remy qui fut au dimenche celle année. - -413. Item, au soir que le regent fut entré[798] à Paris, comme devant est -dit, on fist par tout Paris feus et tres grant joye, et fut la Nativité -Nostre-Dame au vendredy. - - [798] Ms. de Paris: arrivé. - -414. Item, tout homme de quelque estat, senon les gouverneurs, de tant de -queues[799] de vin qu'ilz cuillirent, chascun paia tres grant rançon, car -tous ceulx qui avoient vin devers la porte Sainct-Jacques et celle de -Bordelles, paioient de chascune queue III solz parisis, forte monnoye, et -de poinsons, de caques, de barilz au feur des queues; et si avoient à -leurs despens les Angloys par delà la porte Sainct-Jacques, et l'autre -porte pour les Arminalx qui touzjours couroient en ce païs là[800]. - - [799] Ms. de Paris: cuves. - - [800] Dès l'année 1422, une taille de huit cents livres avait été - ordonnée par le roi en son grand conseil sur les possesseurs de - terres et héritages sis au-delà de la porte Saint-Jacques, afin - de résister aux ennemis qui occupaient Marcoussis, Orsay et - autres forteresses (Arch. nat., X{la} 4793, fol. 238 vº). - -415. Item, au costé de deça les pons ne paioient que la moytié, pour ce -que les faulx mauvays n'y couroient point, et si ne avoient nulles gens -d'armes. - -416. Item, ou moys de novembre, fut marié le sire de Toulongion[801] en -l'ostel du duc de Bourgongne, qui estoit frere au signeur de la -Trimoullie, lequel y vint par sauf conduit, et si fut marié le sire -d'Esequalle[802], anglois, et firent jouxtes plus de XV jours tous les -jours sans cesser[803], et puis s'en alla le duc de Bourgongne en son -païs. Et quant il s'en fut allé, le regent print l'ostel de Bourbon pour -sien[804] la premiere sepmaine de decembre, et là firent [moult] grant -feste qui cousta moult; et pour ce fut assise une tres grosse taille et -lourde, et fut XV jours devant Nouel, et quant elle fut assise, tous les -grans signeurs s'en allerent à Rouen. - - [801] Jean de la Trémoille, seigneur de Jonvelle, grand-maître de - l'hôtel et chambellan du duc Philippe de Bourgogne, épousa dans - les premiers jours de novembre Jacqueline d'Amboise, dame de la - reine Isabeau, sœur de Louis d'Amboise et nièce de Pierre II - d'Amboise; Georges de la Trémoille, frère aîné de Jean, au - service de Charles VII, muni d'un sauf-conduit, assista aux fêtes - de ce mariage qui eurent lieu en l'hôtel d'Artois (Voy. - Fenin-Dupont, p. 224, et _Chartrier de Thouars_, p. 21, le texte - de lettres du 10 septembre 1433 concernant la succession de - Jacqueline d'Amboise). - - [802] Thomas de Scales, capitaine de Verneuil en 1424, de - Domfront de 1433 à 1434, de Vire en 1437 et sénéchal de Normandie - au moment de la réduction de cette province, périt de mort - violente en 1460 à la suite de la reddition par lui faite de la - Tour de Londres, laissant comme héritière de son nom une fille - unique, Élisabeth, issue de son mariage avec Emma, fille de John - Walesborough, laquelle épousa en premières noces Antoine Widwille - (Wavrin, édit. Dupont, t. II, p. 230). - - [803] Ces joutes eurent lieu en décembre 1424; le compte de - l'Ordinaire pour l'année 1425 (Sauval, t. III, p. 275) mentionne - parmi les épaves une bourse boutonnée de perles, qu'une femme - avait trouvée à Saint-Paul près de la barrière du champ clos, - laquelle bourse contenait sept écus et un franc à cheval. - - [804] Précédemment le duc de Bedford habitait l'hôtel de Clisson - qui lui fut donné par lettres de juin 1424 (Longnon, _Paris - pendant la domination anglaise_, p. 135-136). - -417. Item, en ce temps couroient blans de VIII deniers parisis, petiz -blans aux armes de France et d'Angleterre, et couroit niquez et noirez, -IIII pour ung nicquet, niquez III pour I blanc; et si avoit tres grant -foison de blans de VIII deniers aux armes de Bretaigne, dont plusieurs -marchans, bourgois et autres qui en avoient, furent trompez, car -soudainement, le IXe jour de decembre, fut publié qu'ilz ne courroient -que pour VII deniers parisis. Ainsi perdirent tous ceulx qui en avoient -la VIIIe partie de leur pecune. - -418. Item, la royne de France ne se mouvoit de Paris ne tant ne quant, et -estoit aussi comme se ce feust une femme d'estrange païs, enfermée tout -temps en l'ostel de Sainct-Paul, où le noble roy Charles le VIe trespassa -de ce siecle, son bon mary que Dieu pardoint, et bien gardoit son lieu, -comme femme vefve doit faire. - -419. Item, en icellui temps s'en allerent les Anglois en la conté de -Haynault, et là furent jusques après la Sainct-Jehan Baptiste, pour ce -qu'ilz vouloient avoir la terre de la contesse[805] que ung des freres -du regent de France avoit prinse plus par voulenté que par raison, et -l'espousa; et si estoit-elle mariée en France au conte de Haynault, frere -du conte de Sainct-Paul. Si encommença une tres doloreuse guerre. - - [805] Jacqueline de Bavière, comtesse de Hollande et de Hainaut, - veuve en 1417 de Jean, dauphin de France, épousa en secondes - noces Jean de Bourgogne, duc de Brabant; mais, ne pouvant vivre - en bonne harmonie avec lui, elle fit casser son mariage par la - cour de Rome, et contracta au mois de mars 1423 une nouvelle - union avec Humphroi, duc de Glocester, frère du roi Henri V - d'Angleterre. C'est à la suite de ce mariage que Humphroi de - Glocester éleva du chef de sa femme des prétentions sur le - Hainaut, et les soutint à main armée en dirigeant dès le mois de - novembre 1424 une expédition contre les domaines du duc Jean (Cf. - Fenin-Dupont, p. 227; Monstrelet, t. IV, p. 210). - - - [1425.] - - -420. Item, après Pasques, l'an mil IIIIc XXV, fut si grant année de -hannetons en France, que tous les fruictz furent gastez et grant partie -des vignes. - -421. Item, en ce temps rendirent ceulx d'Estampes le chastel au duc de -Bourgongne et plusieurs forteresses d'entour, et après allerent les -Angloys, de par le regent, devant la cité du Mans[806]. - - [806] C'est au comte de Salisbury que fut confiée la direction - des opérations militaires dans le Maine. Le siège de la ville du - Mans se prolongea jusqu'au mois d'août 1425; suivant le traité - conclu entre les habitants et le célèbre capitaine anglais, la - place devait se rendre le 10 août, à midi, si elle n'était - secourue dans ce délai; le président Philippe de Morvilliers, à - son retour de Rouen, communiqua le 8 août le texte même de cette - convention. Pour fêter cet heureux événement, il y eut le - lendemain procession générale de Notre-Dame à Sainte-Catherine du - Val des Écoliers (Arch. nat., X{la} 1480, fol. 330 rº). - -422. Item, l'an mil CCCC XXIIII, fut faicte la Danse Macabre aux -Innocens, et fut commencée environ le moys d'aoust et achevée ou karesme -ensuivant[807]. - - [807] Il s'agit, comme l'on sait, des fameuses fresques dont - furent ornés les charniers des Innocents; les sujets constituant - cette décoration lugubre ont été transmis à la postérité par - l'imagerie populaire et se trouvent reproduits en fac-similé dans - _Paris et ses historiens_, p. 283 et suiv., d'après les éditions - de Guyot Marchant. Il est bon de remarquer que la date fournie - par le ms. de Rome placerait l'exécution de ces peintures entre - le mois d'août 1424 et le carême de l'année 1425; le ms. de Paris - indique l'année 1425. - -423. Item, après Pasques, ung pou devant la Sainct-Jehan, ceulx de la rue -Sainct-Martin et des rues d'entour orent congié de faire ouvrir la porte -Sainct-Martin à leurs coustz et despens, et de faire le pont leveys, les -barrieres, brief et tout ce qu'à la porte convenoit pour lors, qui moult -estoit endommaigée; car l'arche du pont estoit rompue, et les murs -d'entour de toutes pars, et toutes les barrieres pouries, et toutes les -serreures enroullies. Brief il sembloit que on ne l'eust point ouverte -puys quarante ans, tant estoit tout desmolly et empiré; mais les habitans -de la grant rue Sainct-Martin y firent si grant diligence et si bonne de -leur peine et de leur argent, que on povoit bien dire que ilz avoient le -cueur à l'euvre, car chascune dizene à son tour y alloit, et portoient -pelles, houes, et hottes et penniers, et amplirent et vuyderent ce que y -failloit ainsi faire, et tiroient les grans pierres des fossez, pesans -une queue de vin ou plus. Et avec eulx se mettoient prebstres et clercs, -qui de leur aider faisoient toute leur puissance, et firent par bonne -diligence, tant de leurs corps pener que bien paier ouvriers, qu'elle fut -plus tost faicte que chascun y povoit passer chevaulx et charrettes, VII -sepmaines, que le commun peuple ne la jugoit, car tous ou le plus -disoient qu'il seroit avant la Sainct-Remy qu'on y peust passer, et gens -et harnoys, comme dit est, y passerent tout à leur aise l'an mil IIIIc -XXV, et dist on que, passé avoit XXX ans, on n'y avoit veu passer autant -de gens comme ce jour y passa. Et cedit jour la garderent les dizeniers -du quartier, et le quartenier et le cinquantenier, et firent bonne chere -ce jour de Sainct-Laurens, qui fut au mercredy. - -424. Item, le darrenier dimenche du moys d'aoust, fut fait ung esbatement -en l'ostel nommé d'Arminac[808], en la rue Sainct-Honoré, que on mist -IIII aveugles tous armez en ung [parc], chascun ung baston en sa main, et -en ce lieu avoit ung fort pourcel, lequel ilz devoient avoir s'ilz le -povoient tuer. Ainsi fut fait, et firent celle bataille si estrange, car -ilz se donnerent tant de grans colz de ces bastons, que de pis leur en -fut, car quant [le mieulx] cuidoient frapper le pourcel, ilz frappoient -l'un sur l'autre, car se ilz n'eussent esté armez pour vray, ilz -l'eussent[809] tué l'un l'autre. - - [808] L'hôtel d'Armagnac, qui servait de demeure au connétable - Bernard d'Armagnac, était situé à proximité du collège des - Bons-Enfants et de l'église Saint-Honoré. - - [809] Ms. de Paris: s'eussent tué. - -425. Item, le sabmedi vigille du dimenche devant dit, furent menez lesdiz -aveugles parmi Paris, tous armez, une grant baniere devant, où il avoit -ung pourcel pourtraict, et devant eulx ung homme jouant du bedon. - -426. Item, le jour Sainct-Leu et Sainct-Gilles, qui fut au sabmedy -premier jour de septembre, proposerent aucuns de la parroisse faire ung -esbatement nouvel, et le firent, et fut tel ledit esbatement: ilz -prindrent une perche bien longue de six toises ou pres, et la ficherent -en terre, et au droit bout de hault mirent ung pannier et dedens une -grasse oue et six blans, et oingnirent tres bien la perche, et puis fut -crié que qui pouroit aller querre ladicte oue en rampant contremont sans -aide, la perche et pannier il auroit, et l'oue et les VI blans; mais -oncques nul, tant sceut il bien gripper, n'y pot avenir. Mais au soir ung -jeune varlet, qui avoit grippé le plus hault, ot l'oue, non pas le -pennyer, ne les vi blans, ne la perche; et fut fait ce droit devant -Quinquempoit, en la rue aux Oues. - -427. Et le mercredy suivant, on coppa la teste à ung chevalier, mauvès -brigant, nommé messire Estienne de Favieres, né de Brie, tres mauvès -larron et pire que larron, et furent penduz aucuns de ses disciples au -gibet de Paris et en autres gibetz. - -428. Item, en celui mois, les Arminalx laisserent Rochefort[810] où ilz -estoient assegez de noz gens, et si vindrent plus IIII temps que noz gens -n'estoient pour lever le siege. Mais quant les Arminalx virent que noz -gens estoient de si bonne ordonnance, ilz n'oserent approucher se non de -bien loing, et firent une escarmouche bien aspre de leur traict, et les -autres contre eulx moult asprement, especialment ceulx de Paris qui moult -les greverent de leur traict, dont plusieurs de delà furent navrez, aussi -furent plusieurs de noz gens. Mais quant les Arminalx virent la bonne -voulenté que noz gens avoient de eulx deffendre, comme il apparoit à -eulx, ilz orent paour et tindrent la chose en estat, et en ce faisant -firent vuyder leur bagaige le plus tost qu'ilz peurent. Et quant ilz -sceurent que ce fut fait, ilz firent maniere d'entrer dedens Rochefort, -mais ilz firent autrement, car ilz firent bouter le feu dedens, et -ardirent blez et lars et autres biens qu'ilz ne povoient emporter, à fin -telle que les autres n'en amandassent de rien; et quant ilz virent que le -feu montoit hault et que on ne le pouroit destaindre, ilz s'en allerent -[ainsi] sans plus faire. Ung pou après noz gens allèrent dedens, ilz n'y -trouverent que les paroys, si s'en revint chascun en son lieu. - - [810] Le château de Rochefort en Yveline (Seine-et-Oise, arr. de - Rambouillet, canton de Dourdan), enlevé en 1426 par les Anglais - sous la conduite du sire de Scales, fut recouvré en 1427 par - Géraud de la Pallière, capitaine gascon au service de Charles - VII, mais il retomba l'année suivante au pouvoir du comte de - Salisbury (Cf. Chron. de J. Raoulet, c. 17, de Cousinot le - Chancelier, p. 202, de Cousinot de Montreuil, p. 256). - -429. Item, en ce temps fut ouverte la porte de Montmartre ou moys de -septembre, et ou moys d'octobre fut fait le pont leveys. - -430. Item, en ce temps couroit une monnoie à Paris, nommée placques[811], -pour XII deniers parisis, et estoient de par le duc de Bourgongne; -lesquelles placques, quant on vit que chascun en avoit ou pou ou grant, -on les cria parmy Paris, le sabmedi XIIe jour de novembre mil IIIIc XXV, -à VIII doubles qui avoient esté prins pour neuf doubles, dont grant -murmure fut, mais à souffrir le convint, quoy que le cueur en -doulust[812]. - - [811] Sous le nom de «placques», il faut entendre une monnaie - flamande, frappée par les ducs de Bourgogne et ayant cours dans - les Pays-Bas; l'atelier monétaire de Tournai, pendant toute la - durée de la domination anglaise, en fabriqua d'analogues pour le - compte de Charles VII. M. de Saulcy, dans ses _Recherches sur les - monnaies du système flamand frappées à Tournai_ (t. XXXVII des - _Mém. de la Soc. des Antiq. de France_), assimile avec raison aux - plaques de Flandres les doubles gros de 14 deniers tournois et - aux demi-plaques les petits gros de 7 deniers tournois, - d'émission française. - - [812] Par un mandement à l'adresse du prévôt de Paris, publié le - samedi 17 novembre 1425 (Arch. nat., Z{1b} 60, fol. 4 rº), il fut - interdit à tout marchand de prendre les monnaies flamandes, dites - placques, pour plus de huit doubles, et les demi-placques connues - sous la dénomination de «gros de Flandres» pour plus de quatre - doubles; le prétexte mis en avant pour justifier cette mesure - était la nécessité de réagir contre la surélévation de ces - espèces, de meilleur titre et par conséquent fort recherchées. - Une nouvelle ordonnance du 13 mars 1429 abaissa encore le cours - des plaques qui furent mises à 7 doubles pièce, et des - demi-plaques ou gros dans la même proportion (_Ibid._, fol. 17 - rº). - - - [1426.] - - -431. Item, la premiere sepmaine de janvier mil IIIIc XXV, vint une grant -plainte[813] à Paris de laboureurs pour larrons brigans qui estoient -entour à XII, à XVI[814], à XX lieues de Paris environ, et faisoient tant -de maulx que nul ne le diroit, et si n'avoient point d'aveu et nul -estandart, et estoient pouvres gentilz hommes qui ainsi devenoient -larrons de jour et de nuyt. Quant le prevost de Paris ouyt la plainte, si -print les compaignons de la LXne de Paris, d'arbalestiers et d'archiers, -et les mena hastivement où on lui avoit dit que ces larrons reperoient, -et tant fist que en mains de VIII jours il en print plus de IIc et les -envoya en diverses prinsons es bonnes villes dont plus pres estoit, et le -mercredy, IXe jour du moys de janvier mil IIIIc, en admena à Paris deux -charettées des plus gros, et n'estoient que XX ou environ. - - [813] Ms. de Rome: planté. - - [814] Ms. de Paris: ou à XV. -432. Item, en ce temps avoit tousjours guerre le frere du regent de -France au duc de Bourgongne, et firent plusieurs escarmouches les -Flamens et les Anglois de la partie dudit frere du regent[815]. - - [815] Notre chroniqueur fait probablement allusion aux hostilités - qui résultèrent de la fuite précipitée de la duchesse Jacqueline - de Bavière, retenue prisonnière à Gand par le duc de Bourgogne. - Monstrelet (t. IV, p. 253, 256), après avoir raconté quelques-uns - des épisodes de la lutte engagée, notamment la déroute des - Anglais envoyés par le duc de Glocester sous le commandement du - seigneur de Fitzwalter, se borne à mentionner «plusieurs - rencontres et grans escarmuces» dont le pays de Hollande fut le - théâtre et qui tournèrent pour la plupart à la confusion des gens - de la duchesse Jacqueline de Bavière. - -433. Item, en ce temps on crioit les harens froys parmy Paris à la moitié -de karesme, environ la Sainct-Benoist, et en vint grant foison à Paris. - -434. Item, on avoit aussi bons poys qu'il en fut oncques nulz, le boessel -pour III blans ou XIIII deniers; feves pour X deniers ou pour XII -deniers. - -435. Item, en ce temps commença la guerre entre les Angloys et les -Bretons, et [prindrent] les Angloys la ville de Sainct-James-de -Beuveron[816], et la garnirent de vivres et la fortifierent moult; et les -Bretons les assegerent dedens la ville en mars, l'an mil CCCC XXV, et là -furent jusques après Pasques l'an mil IIIIc XXVI, qui traicterent -ensemble sans cop ferir; et disoit on communement que aucuns des grans de -Bretaigne, evesques[817] ou autres, en orent de l'argent, dont la -commune de Bretaigne en fut trop mal comptent, mais ilz l'endurerent pour -celle foys. - - [816] Saint-James-de-Beuvron, place normande sur les confins de - la Bretagne, occupée par les Anglais que commandait Thomas de - Rameston, lieutenant du comte de Suffolk, fut investie par le - comte de Richemont, rallié depuis peu à la cause de Charles VII - et créé connétable. L'armée bretonne, qui se montait d'après la - Chronique de la Pucelle (p. 240) à quinze ou seize mille - combattants, donna l'assaut et, après avoir essuyé un sanglant - échec, fut obligée de lever le siège et de battre en retraite - (cf. Monstrelet, t. IV, p. 286). - - [817] Cousinot le Chancelier, dans les quelques lignes qu'il - consacre au siège de Saint-James-de-Beuvron, parle de la «malice - et traïson de l'evesque de Nantes» (J. de Malestroit) qui aurait - fait échouer l'entreprise (_Geste des nobles_, p. 199). - -436. Item, en ce temps estoit recommancée la guerre entre le duc de -Bourgongne et le frere du regent de France, et fut adong levée une grosse -taille, qui moult greva le menu peuple. - -437. Item ou moys de juing ensuivant, furent les eaues si grandes par -toute France que la propre nuyt de la Sainct-Jehan, l'an mil IIIIc XXVI, -quant le feu fut bien alumé et que les gens danssoient autour, et que le -feu fut abatu, la riviere creut tant quelle vint destaindre le feu, et -print on ce que on pot avoir du feu hastivement, et le boys qui n'estoit -pas encore tout ars, et le porta on vers la croix, et là fut ars le -remenant de la buche. Mais avant qu'il fust IIII jours ou six après, elle -fut si desmesurée qu'elle passa la croix, et furent les marays de Paris -plains d'eaue; et commença à l'antrée de juing, et fut avant X ou XII -jours, ou moys de juillet, qui sont bien XL jours, qu'elle fust tant -apetissée que d'estre marchande, et furent les gaignages des bas païs -[avecques] tous perduz. Pour ce fut faicte une procession generalle la -sepmaine d'après la Sainct Jehan, mercredy devant Sainct-Pere et -Sainct-Paul, qui fut moult solempnelle et piteuse; et allerent les -parroisses à Nostre-Dame, et porterent la chace de la benoiste vierge -Marie, c'est assavoir, par le pont qui est derriere l'Ostel Dieu, et puis -par la rue premiere d'oultre le Petit Chastellet, et allerent par dessus -le Pont-Neuf, et après par le Grant-Pont, et revindrent par le pont -Nostre-Dame en la grant eglise; et là chanterent une messe de la Vierge -Marie moult devotement, et fist on ung moult piteux sermon, et le fist -frere Jaques de Touraine[818], religieux de l'ordre Sainct-Françoys[819]. - - [818] Ms. de Paris: frère Jacques Tourans. - - [819] Jacques de Touraine, alias _Texier_ ou _Textoris_, docteur - en théologie de l'Université de Paris, est bien connu par le rôle - qu'il joua dans le procès de Jeanne d'Arc; appelé à siéger parmi - ses juges, cet ardent cordelier se signala par sa partialité et - revint à Paris avec ses confrères pour soumettre aux Facultés les - pièces de la procédure; les Anglais rétribuèrent son zèle par une - allocation de cent livres indépendante de la somme de vingt sols - tournois par jour qui lui fut payée pendant son séjour à Rouen - (cf. Quicherat, _Procès de Jeanne d'Arc_, t. V, p. 197, 203). - Deux ans plus tard, nous voyons Jacques de Touraine porter la - parole au nom de l'Université dans l'affaire de Me Paul (ou - Paoul) Nicolas, bachelier formé en théologie, exclu du corps - enseignant pour avoir tenu des propos séditieux et pour avoir - fomenté la discorde entre les suppôts de sa nation (Arch. nat., - X{la} 4797, fol. 44 rº, 46 rº); le même orateur, toujours délégué - par l'Université, se présenta le 7 mai 1433 devant le Parlement - et démontra «moult plainement et notablement par raisons et - escriptures» que l'ordonnance touchant la collation des bénéfices - par distribution alternative était «moult convenable et utile» et - devait être observée et exécutée (_Ibid._, fol. 66 vº, 83 vº). - Jacques de Touraine n'existait plus en 1450 lors de la révision - du procès de Jeanne d'Arc. - -438. Item, en ce temps fut le Landit ou lieu acoustumé, qui n'avoit mais -sis puis l'an mil IIIIc XVIII[820]. - - [820] «Le mercredi 12 juin 1426, dit Clément de Fauquembergue, - l'evesque de Chalon (Jean IV de Sarrebruck, 1420-1438) en - l'absence de l'evesque de Paris a fait la bénédiction du Lendit - que on n'avoit tenu long temps a pour le peril et empeschement - des guerres.» (Arch. nat., X{la} 4794, fol. 256 rº.) - -439. Item, en celle année IIIIc XXVI, fut tant de serises que maintes -foys on en avoit es halles de Paris IX livres pour ung blanc de IIII -deniers parisis; mais, tout courant plus de six sepmaines, on en avoit VI -livres pour IIII deniers parisis, et durerent jusques à la my aoust, que -on avoit la livre touzjours pour deux deniers, ou au plus pour II -doubles, qui ne valloient pas IIII tournois. - -440. Item, en septembre, le jour Saincte-Croix, qui fut au sabmedy, fut -la porte Sainct-Martin, comme davant avoit esté, fermée sans murer, et -demoura fermée jusques au VIIe jour de decembre ensuivant, l'endemain de -la feste Sainct-Nicolas d'yver; et furent les dizeniers du quartier et -plusieurs autres gens d'onneur, à laquelle peticion et requeste ladicte -porte avoit esté ouverte. Là fut le prevost des marchans et les eschevins -qui à la porte ouvrir dirent: «Entre vous, bourgoys[821] et mesnaigers, -ceste porte soit ouverte et gardée à voz perilz.» Et ainsi fut ouverte la -porte [Sainct-Martin] au sabmedi VIIe jour de decembre. - - [821] Ms. de Paris: Entres, bons bourgoys. - -441. Item, le dimenche XVIe jour dudit moys, fut faicte procession -generalle à Sainct-Magloire [encontre] aucuns hereses[822] qui avoient -herré contre nostre foy, comme devant est dit, ou moys de may mil IIIIc -XXIIII, de leurs invocacions et de ce qui fut fait, c'est assavoir, par -maistre Guillaume l'Amy[823], maistre Angle du Temple et plusieurs -autres, en la prouchaine rue d'emprès le Temple, du renc du Temple, et -est nommé la rue Portefin[824]. - - [822] Sous la rubrique: _De causa tangente fidem_, le registre - capitulaire de Notre-Dame pour l'année 1426 donne quelques - détails sur la procédure instruite contre divers individus - entachés d'hérésie, notamment contre maître Guillaume Vignier, - clerc, et ses complices laïques. Suivant l'exposé présenté par - l'inquisiteur de la foi dans la séance capitulaire du 9 novembre - 1426, l'évêque de Paris, joint à l'inquisiteur, ayant revendiqué, - contrairement aux prétentions de l'Université, le droit de juger - les hérétiques incarcérés, le souverain pontife délégua en - qualité de commissaires les évêques de Thérouanne et de Noyon, en - présence desquels les chanoines de Notre-Dame, le siège épiscopal - vacant, durent comparaître; ils déclarèrent à l'inquisiteur - qu'après avoir pris connaissance de la sentence rendue par - l'évêque de Paris et de l'appellation interjetée par - l'Université, ils rendraient réponse. Le sous-inquisiteur, frère - Martin, s'opposa le même jour à la mise en liberté d'un certain - Radigo, condamné pour fait d'hérésie _ad carceris oblietas_. A la - date du 11 novembre, le chapitre désigna quatre fondés de - procuration chargés de suivre cette affaire dont les registres - capitulaires ne font plus mention (Arch. nat., LL 216, fol. 67, - 69). - - [823] Peut-être s'agit-il de Guillaume l'Amy, clerc en la Chambre - des comptes, qui dressa les 12 et 23 juin 1420 l'inventaire des - châteaux de Beauté et de Vincennes (_Revue archéolog_., 1854, p. - 456) et que nous voyons figurer en 1431 avec Pierre Verrat et - Hugues de Dicy parmi les exécuteurs testamentaires de Marie de - Passy, veuve de Robert de Châtillon (Arch. nat., X{la} 67, fol. - 157 vº). Il mourut avant 1435, laissant une veuve, Antoinette de - Maignac, qui soutint plusieurs procès au Parlement au sujet de la - succession de son mari (_Ibid._, X{la} 1481, fol. 120; X{la} 74, - fol. 189 vº). - - [824] La rue Portefin, aujourd'hui Portefoin, comprise entre la - rue du Temple et celle des Enfants-Rouges, s'appelait au XIIIe - siècle rue des Poulies et tira son nom actuel de l'hôtel qu'y - possédait Jean Portefin. - -442. Item, y fut proposé à ladicte procession que le Sainct-Pere vouloit -que l'Université en feist son devoir, et à ce faire leur ordonna III ou -IIII evesques pour estre avecques eulx, c'est assavoir, l'evesque de -Terouanne[825], qui pour lors estoit chancellier de France, et l'evesque -de Beauvays[826]. - - [825] Louis de Luxembourg, évêque de Thérouanne, nommé chancelier - de France en remplacement de Jean le Clerc, démissionnaire, par - lettres du 7 février 1425 (Arch. nat., X{la} 8603, fol. 89 vº), - fut installé le même jour dans ses fonctions et prêta serment - entre les mains du duc de Bedford (_Ibid._, X{la} 1480, fol. 315 - vº). - - [826] Pierre Cauchon occupa le siège épiscopal de Beauvais de - 1420 à 1430 et fut appelé à l'évêché de Lisieux par bulle du 29 - janvier 1432. - - - [1427.] - - -443. Item, le VIIe jour de janvier IIIIc XXVI, fut crié que les doubles -[du coing de France, les IIII] ne vauldroient que ung blanc I denier la -piece, et que ceulx qui [estoient] signés aux armes d'Angleterre ne se -changeroient point[827]. - - [827] L'ordonnance du 20 novembre 1426, publiée «à cry publique - par les carrefours de Paris» le 7 janvier 1427, tout en prohibant - les doubles aux armes de France, donna cours aux doubles frappés - en Normandie, à raison de trois pour un petit blanc, et - n'autorisa comme monnaies d'or que les saluts, les nobles, - demi-nobles et quarts de nobles; quant aux écus et petits moutons - d'or, qui subirent, comme l'on voit, une assez forte - dépréciation, l'ordonnance officielle ne réglementa point leur - cours. En ce qui concerne les saluts, à la suite des réclamations - populaires, les changeurs eurent ordre de les prendre pour 21 - sols 4 deniers parisis la pièce (Arch. nat., Z{1b} 60, fol. 13 - rº; X{la} 8603, fol. 95 vº). Le nouveau règlement, relatif aux - monnaies, est également mentionné dans les registres capitulaires - de Notre-Dame. «Martis sequentis moneta cecidit, dit le greffier - du chapitre, nam duplices, quorum tres valebant album de cugno - Francie, fuerunt omnino prohibiti et tres de cugno Anglie - manserunt in suo valore, et omnes monete auri fuerunt prohibite - recipi, preterquam salutes de cugno Anglie, de Burgundia, - Flandria et Britannia, et sic cecidit omnis que non habuit signum - leopardi cum lilio.» (_Ibid._, LL 216, fol. 77.) - -444. Item, escus d'or, que on prenoit pour XXIII solz, furent mis à XVIII -solz. - -445. Item, petis moutons d'or, pour ce qu'ilz estoient aux armes de -France [comme les escus], furent mis à XII solz parisis, qui devant en -valloient XV solz; et vray est que le lendemain que le cry fut fait, on -ne eust eu ne pain ne vin, ne quelque neccessité des doubles françoys, ne -les changeurs n'en vouloient donner deniers ne oboles[828]; et si n'avoit -le peuple menu autre monnoye que celle, qui rien ne leur valu. Et quant -ce virent aucuns que la perte leur estoit grande, si maudisoient fortune -en appert et à secret, disans leurs voulentés des gouverneurs. Et vray -fut que plusieurs gectoient par dessus les changes en la riviere leur -monnoye, pour ce que rien n'en povoient avoir, car de VIII ou de X solz -parisis on ne eust eu que IIII blans ou V au plus, et en fut gecté, celle -sepmaine que la monnoie fut criée, en la riviere plus de cinquante -fleurins ou la value en monnoye par droit desespoir. - - [828] Ce n'est pas tout à fait exact: l'autorité prit des mesures - pour recevoir les doubles défendus jusqu'à concurrence de 20 sols - par personne. Voici, d'après le registre officiel de la Cour des - Monnaies (Arch. nat., Z{1b} 3, fol. 77 vº), le texte même de la - délibération relative au change des doubles que l'on jugeait à - propos de retirer de la circulation: «Dimenche, ve jour de - janvier, l'an mil ccccxxvi, fut deliberé en l'ostel de monsr le - premier president où estoient ledit monsr le president, sire - Michel de Lalier, conseillier du roy nostre sire en sa Chambre - des comptes, et les generaulx maistres des monnoies, que, à cause - de ce qu'il estoit ordonné abatre le cours aux doubles faiz aux - armes de France et de Bourgongne, il estoit expediant ordonner - sur le grant pont de Paris viii changeurs auxquelx seroit baillé - à chascun d'iceulx cent livres tournois en petiz deniers parisis - noirs, pour iceulx bailler en change au peuple, et que à chascun - d'iceulx seroit mis à leur change une baniere aux armes de - France. Et pour ce faire furent ordonnez Jaquet Trotet, Pierre - Chauviau, Alixandre des Marés, Gaucher Vivien, Gabriel Closier, - Macelet de Genillac, Robin Climent et Jehan Huve.» - - «Lundi VIe jour dudit mois de janvier, de relevée, en la monnoie - de Paris où estoient les generaulx maistres des monnoies, furent - mandez les changeurs cy dessus nommez, ausquelx fut dit et exposé - qu'il avoit esté ordonné par le conseil du roy nostre sire que, - pour obvier _à la clameur du peuple_, à cause de ce que on avoit - entencion de abatre le cours aux doubles faiz aux armes de France - et de Bourgongne, il leur seroit baillé à chascun cent livres - tournois en petiz parisis de l'argent du roy pour iceulx bailler - au peuple, chascun denier pour ung bon double, ausquelx changeurs - fut enjoint et commandé que ainsi le feissent sur peinne de - l'amende.» - -446. Item, en ce temps, le regent de France estoit touzjours en -Angleterre, ne nul signeur n'avoit en France, et se parti ledit regent de -Paris le jour Sainct Eloy, premier jour de decembre IIIIc XXV[829]. - - [829] Avant son départ pour l'Angleterre, le duc de Bedford fit - rendre le 26 novembre 1425 des lettres nommant le comte de - Warwick son lieutenant dans les pays de France, Vermandois, - Champagne, Brie et Gâtinais; le comte de Salisbury au même titre - en Normandie, Anjou, Maine, Vendômois, Chartrain, Beauce; le - comte de Suffolk, lieutenant en la basse marche de Normandie. Ces - lettres furent publiées au Châtelet le jeudi 13 décembre (Arch. - nat., X{la} 8603, fol. 90 rº). - -447. Item, en ce temps, estoit le siege devant Moymer en Champaigne[830], -et là estoit le conte de Salcebry, qui moult estoit chevallereux et bon -homme d'armes et substil en tous ses faiz. - - [830] Moymer ou Montaimé, place forte située non loin de Vertus, - était occupée en 1425 par Eustache de Conflans; le comte de - Salisbury en fit le siège et ne s'en rendit maître qu'au prix de - lourds sacrifices. Vers le mois d'octobre 1425, le président - Jacques Branlard fut chargé de recouvrer une aide destinée au - payement des gens de guerre qui assiégeaient cette forteresse - (Cf. Stevenson, _Wars of the English_, vol. II, part. 1, p. 56). - Après la reddition de la place, le capitaine anglais en ordonna - le démantèlement et confia le soin de cette opération à Jean - Blanchard, fermier de la prévôté d'Épernay, qui y vaqua huit - jours et y employa quinze ou seize charpentiers (Arch. nat., JJ - 174, fol. 97 rº). - -448. Item, en celle année fut faicte une ordonnance de par le prevost de -Paris et de par les signeurs de Parlement, que nul sergent à cheval, ne -nul sergent à verge, s'il n'estoit marié ou s'il ne se marioit, -n'officeroit plus[831]; et fut le terme de eulx marier depuis la -Toussaint jusques à Quasimodo ou après, sans passer l'Ascencion de -Nostre-Seigneur. - - [831] L'ordonnance réorganisatrice du Châtelet, rendue en mai - 1425 et publiée le 23 octobre suivant, défendait de recevoir à - l'office de sergent tout individu n'étant pas «lay ou marié, ou - portant tonsure ou continuelment portant habit royé ou party.» - (Arch. nat., Y 1, fol. 79 vº.) Le mercredi 11 septembre 1426, le - Parlement imposa aux sergents du Châtelet, qui, au temps de la - publication de l'ordonnance précitée, «estoient clercs non - mariez», l'obligation de se marier dans le délai de la Chandeleur - prochaine, sous peine de voir leurs offices déclarés vacants - (_Ibid._, X{la} 1480, fol. 357 vº). C'est à cette mesure, dont le - prévôt de Paris fut chargé d'assurer la mise à exécution, que - doit se référer ce passage de notre chronique. - -449. Et en cel an fut tres grant yver, car le premier jour de l'an -commença à geler, et dura XXXVI jours sans cesser, et pour ce fut la -verdure toute faillie, car il n'estoit nouvelle de choulx, ne de porée, -ne de persil, ne de herbes. - -450. Item, en ce temps fut fait evesque de Paris maistre Nicolle Frallon, -et fut receu à Nostre-Dame de Paris[832] le [sabmedy] XXVIIIe jour de -decembre IIIIc XXVI[833]. - - [832] «De Paris» manque dans le ms. de Rome. - - [833] Nicolas Fraillon, docteur _in utroque jure_, conseiller au - Parlement, devint maître des requêtes de l'hôtel le 26 novembre - 1412; reçu chanoine de Notre-Dame le 26 mars 1406 et official le - 17 octobre 1426 (Arch. nat., LL 212c, fol. 547, LL 215, fol. - 288), il fut élu évêque de Paris le 28 décembre 1426, - contrairement au vœu exprimé par le régent et le duc de - Bourgogne, qui recommandèrent au choix du chapitre Jacques du - Châtelier; mais, malgré son intronisation, Fraillon n'occupa que - temporairement le siège épiscopal et fut remplacé le 8 avril 1427 - par son rival muni de bulles apostoliques (_Ibid._, LL 216, fol. - 89). Ne pouvant garder l'épiscopat, Fraillon se contenta de - l'archidiaconé de Paris, où Jacques Jouvenel des Ursins le - remplaça le 13 avril 1441. Il était à cette dernière date en - procès avec Guillaume Évrard au sujet de la cure de - Saint-Gervais: un arrêt du 11 septembre 1441 le débouta de ses - prétentions (_Ibid._, X{la} 1481, fol. 214 vº). Il habitait dans - le cloître Notre-Dame une maison donnant sur le cloître - Saint-Denis de la Châtre (_Ibid._, LL 215, fol. 107). - -451. Item, il fut avant la fin de mars que verdure yssist de terre et -encore n'en avoit on point pour moins de II deniers; car il gela tres -fort à glace presque tout le moys de fevrier, pour ce fut verdure si -chere. - -452. Item, le Ve jour d'avril à ung sabmedi, vigille du dimenche [perdu], -vint le regent à Paris[834], qui avoit demoré en Angleterre XVI moys -pour cuider traicter paix entre le duc de Bourgongne, frere de sa femme, -et son frere le duc de Clocestre, mais il n'y pot mettre paix à celle -foys[835]. - - [834] Le duc de Bedford rentra en France vers la fin de février - 1427; le jeudi 27 de ce mois, le chancelier et autres du conseil - royal partirent de Paris pour aller en Picardie au-devant de ce - prince qui revenait d'Angleterre (Arch. nat., X{la} 1480, fol. - 368 rº). - - [835] Le différend qui divisait les ducs de Bourgogne et de - Glocester s'envenima au point qu'un gage de bataille fut échangé; - le Parlement de Paris, voyant la querelle se prolonger, jugea à - propos d'intervenir et s'avisa, le 13 août 1427, «de rescripre - lettres closes exhortatives à fin de paix et concorde.» (Arch. - nat., X{la} 1480, fol. 381 rº.) - -453. Item, vint le cardinal de Vincestre[836] le derrain jour d'avril -ensuivant IIIIc XXVII, lequel estoit oncle au regent de France et avoit -plus grant tynel avec lui, quant il vint, que le regent de France, [qui -estoit gouverneur de France] et d'Angleterre. - -454. Item, le moys d'avril et du moys de may jusques environ III ou IIII -jours en la fin, ne cessa de faire tres grant froit, et ne fut guere -sepmaine qu'il ne gelast [ou greslast] tres fort, et touz jours plouvoit. -Et le lundi devant l'Ascencion la procession de Nostre-Dame et sa -compaignie furent à Montmartre; et ce jour ne cessa de plouvoir depuis -environ IX heures au matin jusques à troys heures après disner, non pas -qu'ilz se musassent pour la pluye, mais pour certain les chemins furent -si tres fort enfondrés entre Montmartre et Paris que nous mismes une -heure largement à venir de Montmartre à Sainct-Ladre. Et de là vint la -procession par Sainct-Laurens, et, au departir de Sainct-Laurens, il -estoit environ une heure ou plus, la pluie s'efforça plus fort que -devant. Et à celle heure s'en alloit le regent et sa femme par la porte -Sainct-Martin, et encontrerent la procession dont ilz tindrent moult pou -de compte, car ilz chevaulchoient moult fort, et ceulx de la procession -ne porent reculler, si furent moult toulliez [de la boue que les piez des -chevaulx gectoient] par devant et darriere, mais oncques n'y ot [nul] si -gentil qui, pour chasse ne pour procession, se daingnast ung pou -arrester. Ainsi s'en vint à Paris la procession le plus tost qu'elle pot, -et si fut entre II et III heures quant ilz vindrent à Sainct-Merry. A -cellui jour se parti le regent pour aller devers le duc de -Bourgongne[837], comme devant est dit, qui fut le XXVIe jour de may l'an -mil CCCC XXVII. - - [836] Henri de Beaufort, évêque de Lincoln, puis de Winchester, - promu au cardinalat en 1426 par le pape Martin V, reçut le 27 - mars 1427, dans l'église de Notre-Dame de Calais, le chapeau de - cardinal des mains de son neveu le duc de Bedford; il mourut le - 11 avril 1447. - - [837] Jean de Lancastre se rendit à Lille, où il eut plusieurs - entrevues avec le duc de Bourgogne pour apaiser le différend - existant entre ce prince et le duc de Glocester (Monstrelet, t. - IV, p. 258). - -455. Item, le premier jour de juing oudit an, fist l'evesque de Paris sa -feste, et fut confermé evesque; et ne fut plus parlé de l'election qui -davant avoit esté faicte, c'est assavoir, de messire Nicolle Frallon, -lequel avoit esté esleu de tout le chappitre de Nostre-Dame, mais -nonobstant l'ellection du chappitre ledit Nicollas Frallon en fut -débouté, et l'autre dedens bouté, car ainsi le plaisoit aux gouverneurs; -et estoit nommé le grant tresorier de Rains et en son propre nom messire -Jaques[838]. - - [838] Jacques du Châtelier, trésorier de Reims, originaire de - Bourgogne, vint le 16 octobre 1426 annoncer au chapitre de - Notre-Dame la mort de l'évêque Jean de Nant et se mit sur les - rangs pour recueillir sa succession. Le régent et sa femme se - joignirent au duc de Bourgogne pour écrire en sa faveur au - chapitre et le firent recommander par le chancelier de - Thérouanne, l'archevêque de Rouen et l'évêque de Noyon. Le 8 - avril 1427, Jacques du Châtelier, représenté par Jacques - Branlard, se fit mettre en possession de l'évêché de Paris qu'il - s'était fait adjuger par la cour de Rome malgré l'élection de - Nicolas Fraillon; après sa consécration en l'église de - Sainte-Geneviève, il fut reçu à Notre-Dame le dimanche 1er juin - avec le cérémonial accoutumé. Le nouvel évêque, reconnaissant de - l'appui que lui avait prêté le Parlement, l'invita à sa première - entrée _in pontificalibus_, ainsi qu'au dîner qui eut lieu le - même jour en son hôtel épiscopal, et, non content de ce, vint en - personne remercier la compagnie (Arch. nat., X{la} 1480, fol. 375 - vº, 376 rº; LL 216, fol. 61, 72, 89, 91, 95). - -456. Item, en cel an fut la riviere de Saine si tres grande[839], car à -la Penthecoste, qui fut le VIIIe jour de juing, estoit ladicte riviere à -la croix de Greve, et se tint en ce point jusques au bout des festes, et -le jeudy elle crut de pres de pié et demy de hault; et fut l'isle -Nostre-Dame couverte, et aux Ormetiaux[840] qui sont deça de l'autre -costé de la riviere, devers l'eglise de Sainct-Paul, presque toute la -terre estoit couverte; et ce n'estoit mie trop grant merveille, car -depuis la moittié du moys d'avril jusques au lundy de la Penthecoste, qui -fut le IXe jour de juing l'an mil IIIIc XXVII ne fina de plovoir[841], et -touzjours jusques à cellui jour faisoit tres grant froit comme à l'entrée -de mars. Et en ce temps faisoit on processions moult piteuses et dedens -Paris[842] et aux villaiges; car, le mercredi des feriers de la saincte -feste de Penthecoste, furent à[843] la beneïsson dix gros villaiges de -devers la porte Sainct-Jacques, comme Vanves, Meudon, Clamart, Yssi, -etc., et furent jusques à dix parroisses, tant qu'ilz furent bien de V à -VIc personnes ou plus, femmes, enfens, vieilz et jeunes, la plus grant -partie nudz piez, à croix et bannieres, chantant hymnes et louanges à -Dieu nostre sire, pour la pitié de la grant eaue et pour la pitié de la -froidure qu'il faisoit, car à ce jour n'eust on point trouvé une vigne en -fleur. - - [839] De mémoire d'homme, suivant le témoignage d'un contemporain - (Arch. nat., X{la} 1480, fol. 376 vº), la Seine n'avait atteint - une pareille élévation; aussi ce débordement fut-il désastreux. - Le chapitre de Notre-Dame eut particulièrement à en souffrir: il - fut obligé de réparer les dégâts causés par l'inondation à une - grande maison sise au port Saint-Landry et de remettre partie du - fermage dû par un boucher près de l'Hôtel-Dieu, lequel amodiait - l'herbe de l'île Notre-Dame alors couverte par les eaux (_Ibid._, - LL 216, fol. 98, 99). - - [840] Il s'agit du quai des Célestins, alors nommé quai des - Ormes,--des _Ormeteaux_,--à cause des arbres de cette essence que - Charles V et Charles VI y avaient fait planter. - - [841] Suivant le greffier du chapitre de Notre-Dame, le temps - pluvieux aurait duré jusqu'au milieu du mois de juillet (Arch. - nat., LL 216, fol. 99). - - [842] Pendant le mois de juin, «des oroisons et prieres» furent - ordonnées pour conjurer «l'indisposicion du temps et la tres - grant inundacion des eaues et rivieres qui avoient fait de tres - grans dommages» (Arch. nat., X{la} 4795, fol. 109 vº). Le mardi - 10 juin, des processions générales se rendirent de Notre-Dame à - Saint-Germain-l'Auxerrois; le lendemain, ce fut l'évêque et le - chapitre de Paris qui allèrent au Lendit pour y faire la - bénédiction; le 16 juin, nouvelle procession avec la châsse de - Sainte-Geneviève; le 14 juillet, autre procession aux Jacobins - (_Ibid._, X{la} 1480, fol. 376 vº; LL 216, fol. 96, 99). - - [843] Les mss. portent: fut le jour de. - -457. Item, en ce point vindrent à Paris, et de là à la beneïsson au -Landit, et puis à Sainct-Denis en France, et là firent leurs devocions, -et puis s'en revindrent tous jeuns à Paris, et telz y eut jusques en leur -lieu, qui sont pres de dix lieues de terre. Et quant ilz passerent parmy -Paris au retourner, il avoit bien dur cueur à qui le sang ne muast en -pitié jusques aux lermes; car là eussiez veu tant de vieilles gens, tous -nudz piez, tant de petiz enffens comme de XII ans ou de XIIII, si -travaillez, car cellui jour fist si grant chault que merveilles. - -458. Item, le jeudy ensuivant, crut tant l'eaue que l'isle Nostre-Dame -fut couverte, et devant l'isle, aux Ormetiaux, estoit tant creue que on y -eust bien mené bateaux ou nacelles, et toutes les maisons d'entour qui -basses estoient, comme le sellier et le premier estage, estoient plaines; -telles y avoit dont le sellier estoit plain du hault de deux hommes, et -là estoit pitié, car les vins si estoient par dessus l'eaue. Et en aucuns -lieux, en estables qui estoient basses de III ou IIII degrez, l'eaue crut -tant là entour que les chevaulx, qui fort liez là estoient, ne porent -tous estre rescoux qu'ilz ne fussent noyez, les aucuns pour la grandeur -de l'eaue qui sourdit en mains de deux heures de plus du hault de ung -homme là endroit et ailleurs; car elle crut tant le vendredi et le -sabmedi ensuivant qu'elle s'espandit jusques devant l'ostel de la ville, -et fut plus d'un hault pié largement en l'ostel du mareschal qui demeure -à l'opposite devant du costé de la Vannerie[844] et jusques au VIe degré -de la croix de Greve, droit devant l'ostel de la ville au droit de la -croix, et fut avant environ la Sainct-Eloy que on peust aller en la -Mortellerie[845]. Et bref elle fut plus grande pres de deux piez de hault -qu'elle n'avoit esté en l'année de devant, et par tous les lieux où elle -fut, comme en blez, en avoynes, es marès, elle degasta tout et secha -tellement que celle année ne firent oncques bien[846], car elle y fut -bien V ou VI sepmaines. - - [844] La rue de la Vannerie partait de la rue Planche-Mibray et - aboutissait à la place de Grève; elle a disparu en 1855, lors du - percement de l'avenue Victoria. - - [845] La rue de la Mortellerie, parallèle à la Seine, commençait - à la Grève et finissait au carrefour de l'Ave-Maria. - - [846] Ms. de Paris: ne furent avec bien. - -459. [Item, en ce temps fut ordonnée une grosse taille et cuillie sans -mercy[847].] - - [847] Le gouvernement anglais fit effectivement lever une aide - pour le recouvrement de Montargis et autres «forteresses voisines - estans entre les rivieres de Seine et Loire»; mention en est - faite dans un procès soutenu en 1428 à la Cour des Aides par les - habitants de Nemours, qui furent taxés à 200 livres, somme - excessive, prétendirent-ils, attendu qu'ils ne comptaient pas «de - present plus de cinquante feux, et ilz souloient bien estre IIIIc - et plus» (Arch. nat., Z{1a} 7, fol. 128 rº). A Paris, le régent - demanda également un subside au clergé pour concourir au même - but. Le lundi 11 août, le chapitre de Notre-Dame, convoqué à cet - effet, décida de consigner par écrit tout ce que le roi devait à - Notre-Dame, «de quo nichil solvit», et de présenter cette note à - son conseil; le 1er septembre, c'est-à-dire quatre jours avant la - levée du siège de Montargis, les chanoines s'assemblèrent afin de - délibérer sur l'aide destinée aux troupes anglaises (_Ibid._, LL - 216, fol. 101, 104). - -460. Item, en ce temps, environ XV jours en juillet, fist mettre le -regent le siege devant Montargis[848]. Et le VIe jour d'aoust ensuivant -fut ordonné que on ne feroit plus pain que de II deniers parisis et de I -denier piece, et ainsi fut fait, et bien avoit VIII ou IX ans que on n'en -avoit point [fait] à Paris, qui mains vaulsist de II deniers. - - [848] Dès la seconde moitié du mois de juin, le prévôt de Paris - reçut mandat de fournir l'armée assiégeante de viande et de - vivres; le 24 juin, il réunit à cet effet les bouchers et - vendeurs et les mit en demeure d'envoyer soixante «chiefs - d'aumaille» (gros bétail), soixante porcs et cent moutons; sur - cette commande forcée, les bouchers de la grande boucherie - devaient à eux seuls livrer pour leur part cinq aumailles, vingt - porcs et vingt moutons; ils s'y refusèrent absolument. Alors deux - examinateurs du Châtelet, Jacques Cardon et Jean le Coletier, se - présentèrent en l'écorcherie de Paris et, s'adressant - successivement à divers bouchers, notamment à Thomas Thibert et - Robert de Saint-Yon, jurés de la corporation, leur ordonnèrent, - sous peine d'emprisonnement, d'expédier du bétail au siège de - Montargis (Arch. nat., X{la} 4795, fol. 151 rº). - -461. Item, celle dicte sepmaine [mesmes], fut crié et publié que les -escus d'or ne les moutons d'or n'auroient plus de cours pour nul prix que -pour tant d'or[849]. - - [849] Un mandement du 8 août 1427, publié le 9 août, à la seule - fin «d'abatre le cours aux escuz et aux doubles faictz aux armes - de France», prohiba d'une manière absolue toutes monnaies d'or et - d'argent autres que les monnaies en voie de fabrication et ne - laissa dans la circulation que les saluts et angelots d'or, - nobles et fractions de nobles, grands blancs de dix deniers, - petits blancs de cinq deniers, enfin les doubles de Normandie de - trois pour un petit blanc (Arch. nat., Z{1b} 60, fol. 16 rº). - -462. Item, celle année, fut moult largement fruict et bon, car on avoit -le cent de bonnes prunes pour I denier, et nulles n'estoient verouses, et -de tout autre fruict largement, especialment d'amendes avoit tant sur les -arbres qu'ilz en rompirent tous; et fist aussi bel aoust qu'il fist -oncques d'aage de homme vivant, quoy que devant eust fait grant froidure -et grant pluie, comme dit est, mais en pou de heure Dieu laboure, comme -il appert ceste année, car les blez furent bons et largement. - -463. Item, le XVIIIe jour d'aoust ensuivant l'an mil IIIIc XXVII, se -parti de Paris le regent, qui touzjours enrichissoit son païs d'aucune -chose de ce royaulme, et si n'y rapportoit riens que une taille quant il -revenoit. Et touz les jours couroient[850] les murtriers et larrons -autour de Parys, comme touzjours pillant et robant, prenant, ne nul ne -disoit: _Dimitte_. - - [850] Ms. de Paris: arrivoient. - -464. Le dimenche d'après la my-aoust, qui fut le XVIIe jour d'aoust oudit -an mil IIIIc XXVII, vint à Paris XII penanciers, comme ilz disoient, -c'est assavoir, ung duc et ung conte, et dix hommes tous à cheval, et -lesquelx se disoient tres bons chrestiens, et estoient de la Basse -Egipte; et encore disoient qu'ilz avoient esté chrestiens autresfois, et -n'avoit pas grant temps que les chrestiens les avoient subjugués et tout -leur païs et tous fais christianner ou mourir ceulx qui ne le vouloient -estre; ceulx qui furent baptisez furent signeurs du païs comme devant, et -promistrent d'estre bons et loyaulx et de garder la loy[851] de -Jhesu-Crist jusques à la mort. Et avoient roy et royne en leur païs, qui -demouroient en leur signeurie parce qu'ilz furent christiennez. - - [851] Ms. de Rome: foy. - -465. Item, vray est, comme ilz disoient, que, après aucuns temps qu'ilz -orent prins la foy chrestienne, les Sarazins les vindrent assaillir, -quant ilz se virent comme pou fermes en nostre foy à tres pou d'achoison, -sans endurer gueres la guerre et sans faire leur devoir de leur païs -deffendre que tres pou, se randirent à leurs ennemys et devindrent -Sarazins comme devant, et renoierent[852] Nostre Signeur. - - [852] Ms. de Paris: renoncerent. - -466. Item, il advint après que les chrestiens, comme l'empereur -d'Allemaigne, le roy de Poullaine et autres signeurs, quant ilz sorent -qu'ilz orent ainsi faulcement et sans grant peine laissée nostre foy et -qu'ilz estoient devenus sitost Sarazins et ydolatres, leur coururent sur -et les vainquirent tantost, comme s'ilz cuidoient que on laissast en leur -païs, comme à l'autre fois, pour devenir chrestiens. Mais l'empereur et -les autres signeurs, par grant deliberacion de conseil, dirent que jamais -ne tenroient terre en leur païs, se le pappe ne le consentoit, et qu'il -convenoit que là allassent au Sainct-Pere à Romme; et là allerent tous, -petiz et grans, à moult grant peine pour les enffans. Quant là furent, -ilz confesserent en general leurs pechez. Quant le pappe ot ouye leur -confession, par grant deliberacion de conseil, leur donna en penance -d'aller VII ans ensuivant parmy le monde, sans coucher en lict, et pour -avoir aucun confort pour leur despence, ordonna, comme on disoit, que -tout evesque et abbé portant crosse leur donroit pour une foys dix livres -tournois, et leur bailla lettres faisant mencion de ce aux prelatz -d'eglise et leur donna sa beneisson, puis se departirent. Et furent -avant cinq ans par le monde qu'ilz venissent à Paris, et vindrent le -XVIIe jour d'aoust l'an mil IIIIc XXVII, les doze devant diz, et le jour -Sainct Jehan Decolace vint le commun, lequel on ne laissa point entrer -dedens Paris; mais par justice furent logez à la Chappelle-Sainct-Denis, -et n'estoient point plus en tout, de hommes, de femmes et d'enfens de -cent ou six vingt ou environ. Et quant ilz se partirent de leur païs, -estoient mil ou XIIc, mais le remenant estoit [mort] en la voye, et leur -roy et leur royne, et ceulx qui estoient en vie avoient esperance d'avoir -encore des biens mondains, car le Sainct-Pere leur avoit promis qu'il -leur donroit païs pour habiter bon et fertille, mais qu'ilz de bon cuer -achevacent leur penance. - -467. Item, quant ilz furent à la Chappelle, on ne vit oncques plus grant -allée de gens à la beneïsson du Landit que là alloit de Paris, de -Sainct-Denis et d'entour Paris pour les veoir. Et vray est que les -enffans d'icelx estoient tant habilles filx et filles que nulz plus, et -le plus et presque tous avoient les deux oreilles percées, et en chascune -oreille ung anel d'argent ou deux en chascune, et disoient que ce estoit -gentillesse en leur païs. - -468. Item, les hommes estoient tres noirs, les cheveulx crespez, les plus -laides femmes que on peust veoir et les plus noires; toutes avoient le -visage deplaié, chevelx noirs comme la queue d'un cheval, pour toutes -robbes une vieille flaussoie tres grosse d'un lien de drap ou de corde -liée sur l'espaulle, et dessoubz ung povre roquet ou chemise pour tous -paremens. Brief, ce estoient les plus povres creatures que on vit oncques -venir en France de aage de homme. Et neantmoins leur povreté, en la -compaignie avoit sorcieres qui regardoient es mains des gens et disoient -ce que advenu leur estoit ou à advenir, et mirent contans en plusieurs -mariaiges, car elles disoient (au mari): «Ta femme [ta femme t'a fait] -coux», ou à la femme: «Ton mary t'a fait coulpe.» Et qui pis estoit, en -parlant aux creatures, par art magicque, ou autrement, ou par l'ennemy -d'enfer, ou par entregent d'abilité, faisoient vuyder[853] les bources -aux gens et le mettoient en leur bource, comme on disoit. Et vrayement, -je y fu III ou IIII foys pour parler à eulx, mais oncques ne m'aperceu -d'un denier de perte, ne ne les vy regarder en main, mais ainsi le disoit -le peuple partout, tant que la nouvelle en vint à l'evesque de Paris, -lequel y alla et mena avec lui ung frere meneur, nommé le Petit Jacobin, -lequel par le commandement de l'evesque fist là une belle predicacion, en -excommuniant tous ceulx et celles qui ce faisoient et qui avoient creu et -monstré leurs mains[854]. Et convint qu'ilz s'en allassent, et se -partirent le jour de Nostre-Dame en septembre, et s'en allerent vers -Pontoise. - - [853] Ms. de Rome: faisoient vuides les bources. - - [854] Ce que l'auteur du Journal raconte des bohémiennes qui - lisaient l'avenir dans la main des visiteurs est parfaitement - exact; l'autorité ecclésiastique fut même obligée de réagir - contre l'entraînement populaire et fit célébrer, le dimanche 14 - septembre, des processions générales aux Jacobins, relativement à - ceux qui avaient montré leurs mains aux Égyptiens. Voici en quels - termes le fait est rapporté dans les registres capitulaires de - Notre-Dame (Arch. nat., LL 216, fol. 205): «Veneris XII - septembris, die dominica proxima, fient processiones generales ad - Jacobitas pro facto illorum qui exhibuerunt manus suas illis - extraneis de Egipto ad devinandum plura que petebant ab eis.» - -469. Item, le vendredy Ve jour de septembre l'an mil IIIIc XXVII, fut -levé le siege par [les gens de] cellui qui se dit dalphin, qui estoit -devant Montargis[855]. Et furent les Angloys moult grevez, car trop se -fioient en leur force, et furent trouvez desarmez de leurs ennemys, qui -bien en tuerent VIc ou plus, que marchans de vivre que hommes d'armes, et -leur convint laisser le siege au droit temps que on cueult les biens. - - [855] La levée du siège de Montargis fut, pour employer les - expressions de Cousinot de Montreuil (_Chronique de la Pucelle_, - p. 247), «une bien vaillante entreprise mise à effet» par La - Hire, aidé du bâtard d'Orléans; les Anglais, placés sous les - ordres des comtes de Warwick et de Suffolk, éprouvèrent un - sanglant échec qu'un narrateur parisien, Cl. de Fauquembergue, se - borne à mentionner en deux lignes: «Ce jour (vendredi 5 - septembre), par puissance d'armes les ennemis leverent le siege - que tenoit le conte de Sulfok devant Montargis.» (Arch. nat., - X{la} 1480, fol. 384 rº.) - -470. Item, en cel an faisoit aussi grant chault à la Sainct Remy ou -pres[856] qu'il avoit fait à la Sainct Jehan, car en cel an ne fist pas -plus d'ung moys d'esté. Par quoy les vignes apporterent si pou que le -plus n'apporterent que ung caque de vin en l'arpent, et encore mains telz -y avoit; moult se tenoit eureux qui en avoit en l'arpent ung muy ou une -queue, et tout par le long yver qui tant dura que on vit oncques mais si -long; et vraiement on trouvoit es almandiers après la feste de Toussains -des almandes toutes vertes bonnes à peler comme à la my-aoust, et -estoient de tres bon goust. - - [856] Ms. de Paris: auprès. - -471. Item, en ce temps fut le vin tres cher, car on avoit tres petit vin -pour VIII deniers parisis pinte, et si estoit la monnoye tres bonne. - -472. Item, en cel an, ou pou devant, vint à Paris une femme nommée -Margot, assez jeune, comme de XXVIII à XXX ans, qui estoit du païs de -Henault, laquelle jouoit le mieulx à la palme que oncques homme eust veu, -et avec ce jouoit devant main derriere main tres puissanment, tres -malicieusement, tres abillement, comme povoit faire homme, et pou venoit -de hommes à qui elle ne gaignast, se ce n'estoit les plus puissans -joueux. Et estoit le jeu de Paris où le mieulx on jouoit en la rue -Garnier-Sainct-Ladre, qui estoit nommé le Petit Temple[857]. - - [857] L'immeuble où se tenait le jeu de paume de la rue - Grenier-Saint-Lazare appartenait, au commencement du XVIe siècle, - au couvent des Chartreux de Paris, comme le prouve une sentence - des requêtes du Palais rendue le 21 avril 1501 au profit de ces - religieux qui réclamaient les loyers dus par les «locateurs de - certaines maisons assises en la rue Garnier-Saint-Ladre, où pend - pour enseigne Melusine et le jeu de Paulme» (Arch. nat., X{3a} - 13, fol. 2 rº). La plupart des jeux de paume, fréquentés par la - population parisienne au XVe siècle, furent établis dans des - plâtrières, exemple celui qui existait dès 1415 «en la - plastrerie» de la rue Bourg-l'Abbé; un autre jeu non moins connu - occupait «l'ostel de G. Soret en la rue de la Plaistriere», près - de la porte Saint-Honoré (_Ibid._, JJ 172, no 166). C'est - probablement le même que Sauval (t. II, p. 125) cite comme annexé - à l'hôtel de Calais, au coin de la rue Plâtrière. Une autre rue - du même quartier, la rue du Pélican, possédait également un jeu - de paume, dont l'emplacement, avec une bâtisse neuve y attenante, - fut revendiqué en 1437 par Aimeri Marchand, conseiller au - Parlement, Jean de Vaudetar, avocat au Châtelet, et Barthélemy - Claustre, au détriment du propriétaire, Colin Drouet, maréchal - (Arch. nat., X{la} 1482, fol. 30 vº). Sur la rive gauche existait - un jeu de paume dans l'hôtel dénommé le séjour d'Orléans, sis en - la rue Saint-André-des-Arts (Sauval, t. III, p. 332). - -473. Item, en ce temps, environ quinze jours devant la Sainct Remy, cheut -ung mauvais air corrumpu, dont une tres malvaise maladie avint que on -appelloit la dando, et n'estoit nul ne nulle qui aucunement ne s'en -sentist dedens le temps qu'elle dura. Et la maniere comment elle prenoit: -elle commençoit es rains et es espaulles, et n'estoit [nul] quant elle -prenoit qui ne cuidast avoir la gravelle, tant faisoit cruelle douleur, -et après ce à tous venoient les assées ou fortes[858] frissons, et -estoit-on bien VIII ou X ou XV jours que on ne povoit ne boire, ne -menger, ne dormir, les uns plus, les autres mains; après ce venoit une -toux si tres mauvaise à chascun que quant on estoit au sermon, on ne -povoit entendre ce que le sermonneur disoit, pour la grant noise des -tousseurs. - - [858] Ms. de Paris: les avez ou force frissons. - -474. Item, elle ot tres forte durée jusques après la Toussains bien XV -jours ou plus. Et ne eussez gueres trouvé homme ne femme qui ne eust la -bouche ou le nes tout eslevé de grosse rongne pour l'assées, et quant on -encontroit l'un l'autre, [on demandoit: «As tu point eu de la dando».] -S'il disoit non, on lui respondoit tantost: «Or te garde bien, que -vraiement tu en gousteras[859] ung morcelet». Et vrayment on ne mantoit -pas, que pour vray, il fut pou, fust petit ou grant, femme ou enfens, qui -n'eust en ce temps ou assées, ou frissons, ou la toux qui trop duroit -longuement. - - [859] Ms. de Rome: bouteras. - -475. Item, le XVe jour de decembre ensuivant, fut prins ung escuier nommé -Sauvage de Fremonville[860] dedens le chastel de l'Isle-Adam, par force, -lui et deux varletz, car plus n'y avoit de gens quant il fut prins. Assez -fut qui le lia, et fut mis sur ung cheval, les piez liez et les mains, -sans chaperon, en ce point admené à Baignollet où le regent estoit, qui -tantost commanda que sans nul delay on le allast pandre au gibet -hastivement, sans estre ouy en ses deffences, car on avoit grant paour -qu'il ne fust rescoux, car de tres grant lignaige estoit. Ainsi fut amené -au gibet, acompaigné du prevost de Paris et de plusieurs gens, et avec -estoit ung nommé Pierre Baillé[861] qui avoit esté varlet cordouannier à -Paris, et puis fut sergent à verge, et puis receveur de Paris, et lors -estoit grant tresorier du Meinne. Lequel Pierre Baillé ne voult oncques, -quant ledit Sauvaige demanda confession, qu'il vesquist si longuement, -mais lui fist tantost monter l'eschelle, et monta après en deux ou trois -eschelons en lui disant grosses parolles. Le Sauvaige ne lui respondit -pas à sa voulenté, pour quoy ledit Pierre lui donna ung grant cop de -baston, et en donna[862] V ou VI au bourrel pour ce qu'il l'interrogoit -du sauvement de son ame. Quant le bourrel vit que l'autre avoit si malle -voulenté, si ot paour que ledit Baillé ne lui feist pis, si se hasta -plustost qu'il ne devoit pour la paour [et le pendit]; mais, pour ce que -trop se hasta, la corde rompi ou se desnoua, et cheut ledit jugié sur les -rains, et furent tous rompus et une jambe brisée, mais en celle douleur -lui convint remonter, et fut pandu et estranglé. Et pour vray dire, on -lui pourtoit une tres malle grace, especialment de plusieurs meurdres -tres orribles, et disoit on qu'il avoit tué de sa main ou païs de -Flandres ou de Haynault ung evesque. - - [860] Sauvage de Fremainville, hardi chef de partisans, excellait - dans les coups de main et entreprises aventureuses. Vers 1419, - servant la cause bourguignonne, il avait enlevé de vive force le - château de Saint-Germain-en-Laye (Arch. nat., JJ 171, no 203). - Lors du voyage que fit le duc de Bedford, au mois de décembre - 1425, d'Amiens à Doullens, Fremainville fut assez mal avisé pour - se mettre en embuscade sur le passage du régent qui n'échappa que - fortuitement et ne lui pardonna pas ce guet-apens. Par ses - ordres, Morelet de Béthencourt, chevalier du guet, réunit une - troupe d'archers et d'arbalétriers, lesquels, pour faire plus - grande diligence, empruntèrent de gré ou de force des montures - aux religieux de Saint-Martin-des-Champs et se transportèrent à - l'Ile-Adam. Quoique pris à l'improviste, Fremainville opposa une - vive résistance et blessa mortellement l'un des assaillants, un - sergent du nom de Colin l'Aignel, dont la veuve intenta un procès - à Morelet de Béthencourt, gratifié par le roi de 200 livres de - rente sur les biens dudit Fremainville. Par arrêt du 23 décembre - 1429, le Parlement réduisit les prétentions de la veuve Colin - l'Aignel à une somme de 100 livres une fois payée (Arch. nat., - X{la} 4795, fol. 192 vº, 193 rº, 231 vº, 241 vº; X{la} 67, fol. - 27 vº). - - [861] Pierre Baillé, personnage de basse extraction et de mince - valeur, dut son élévation à un dévouement sans bornes à la cause - anglaise; il occupait dès 1425 le poste de receveur et payeur de - la ville de Paris (Arch. nat., X{la} 1480, fol. 337 vº), - peut-être même avait-il succédé à Jean Cointaut, qui s'était - enfui lors de l'entrée des Bourguignons. Il était en même temps - receveur des domaines et confiscations (A. Longnon, _Paris - pendant la domination anglaise_, p. 265) et trésorier du duc de - Bedford (Arch. nat., Z{1b} 3, fol. 167 rº). Vers cette époque, il - remplaça comme receveur du Maine Richard Ruaut (accord du 6 - juillet 1428, _Ibid._, X{1c} 136). Après l'expulsion des Anglais - de la capitale, il suivit leur fortune; de nombreuses quittances - nous montrent Pierre Baillé remplissant les fonctions de receveur - général des finances en Normandie de 1437 à 1446 (Stevenson, - _Wars of the English in France_, vol. II, part. 11, p. 372 et - passim). - - [862] Ms. de Rome: donnoit. - - - [1428.] - - -476. Item, en cel an après Pasques, qui furent le IIIIe jour d'avril l'an -mil CCCC XXVIII, fut si grant foison de hannetons que on avoit oncques -veu, et mengerent tellement [vignes], allemandiers, noyers et autres -arbres, que par les contrées où ilz furent n'avoit, especiallement es -noiers, nulles feuilles XV jours devant la Sainct Jehan Baptiste. - -477. Item, le duc de Bourgongne vint à Paris le XXIIe jour de may à ung -sabmedi, vigille de la Penthecoste, et vint sur ung petit cheval en guise -d'archer, et n'eust point esté congneu du peuple, ce n'eust esté le -regent qui le compaignoit et la regente après. - -478. Item, il s'en alla le IIe jour de juing ensuivant, vueille du Sainct -Sacrement, qui fut le IIIe jour de juing. - -479. Item, en celle année, fut tant de hannetons que les anxiens disoient -avoir oncques veu, et durerent jusques après la Sainct Jehan, et -gasterent toutes les vignes, et les noiers et les almandiers, et fut -avant la Sainct Pere que on s'en peust delivrer; et si faisoit tres grant -froit à la Sainct Jehan, et touzjours pluvoit, tonnoit, espartissoit. Et -advint que le XIIIe jour de juing le tonnoire chut à Paris sur le clocher -des Augustins, et fouldroia ledit clochier, toute la couverture qui -estoit d'ardoise, et le merrien par dedens, que on estimoit le dommaige -qu'il fist à VIIIc ou mil frans. - -480. Item, le XXVe jour de may, le mardy des festes de la Penthecoste, -l'an mil IIIIc XXVIII, prindrent par traïson les Arminalx la cité du -Mans, et du prendre furent plusieurs de la ville consentans[863], par -ainsi que lesdiz Arminalx promisdrent qu'ilz les garderoient en leur -franchise et seroient avec eulx comme amys, mais sitost qu'ilz orent la -signeurie de la ville, ilz pillerent, roberent, efforcerent filles et -femmes, et firent tous les maulx que on peust faire à ses ennemis à ceulx -qui les cuidoient amis. - - [863] Suivant Cousinot le Chancelier (_Geste des nobles_, p. - 202), et Cousinot de Montreuil (_Chron. de la Pucelle_, p. 251), - les capitaines français chargés de conduire cette entreprise, - entre autres les sires d'Orval, de Bueil et La Hire, étaient de - connivence avec l'évêque Adam Châtelain, le clergé et un certain - nombre de bourgeois qui les introduisirent dans la place. - -481. Item, quant ladicte cité fut prinse, le cappitaine qui y estoit de -par le regent ordonné estoit allé en ung sien affaire environ vingt -lieues loing de la cité[864], quant il sceut la chose comment elle -estoit, s'il fut moult courcé nul ne demande. Il fist finance de IIIc -hommes d'armes, et s'en vint le vendredy ensuivant environ mynuit, et -fist tant qu'il regaigna la cité avant qu'il fust gueres grant jour; car -quant la commune vit la grant cruaulté des Arminalx, ilz les prindrent en -si grant haine qu'ilz laisserent entrer dedens ledit cappitaine, ou au -moins ne se deffendirent ilz que bien pou. Quant ilz furent dedens, ilz -commencerent à crier: «Ville gaignée!» et le cry du cappitaine dedens la -forteresse[865], où une quantité de ses gens se estoient retraictz, quant -la cité fut trahie premier. Quant ilz ouirent le cry de leur cappitaine -ou banniere, si se mirent à lancier et gecter et à laisser cheoir grosses -pierres sur les Arminalx qui les avoient assegez, et leur cappitaine leur -vint par darriere, qui avoit avec lui IIIc hommes, comme devant est dit, -de bonne estoffe; si comprindrent toute la place tellement que les -Arminalx ne porent reculler ne entrer ou chastel. Si se combatirent main -à main moult longuement, mais en la fin furent desconfiz les Arminalx, -car la commune les avoit en si grant haine pour leur mauvestie que, par -les fenestres, ilz leur gectoient grosses pierres dont ilz tuoient eulx -et leurs chevaulx, et quant aucun des Arminalx eschappoit par bon cheval -ou autrement, tantost estoit tué du commun. Et tant firent, c'est -assavoir, le cappitaine, nommé messire Talebot[866], et ceulx du chastel -et la commune, que XII [cens] Arminalx demourerent en la place, sans -ceulx qui furent decollez, qui avoient esté consentans de l'entrée des -Arminalx par traïson, et sans les prinsonniers qui furent tres grant -nombre; car il y avoit XXII ou XXIIII cappitaines d'Arminalx qui estoient -acompaignez de IIIm hommes d'armes et plus[867], dont il appert [bien] -clerement qu'ilz sont bien maleureux quant IIIc hommes les desconfit si -laidement, et pour[868] leur peché, car, se ilz se fussent bien portez -vers ceulx de la ville, selon qu'ilz avoient juré, ilz eussent fait que -saiges. - - [864] Ce capitaine était Jean Talbot qui se tenait en ce moment à - Alençon (_Chron. de la Pucelle_, p. 252). - - [865] Au moment de la surprise de la ville les Anglais s'étaient - retirés dans une tour dite la Tour Ribendelle, située près de la - porte Saint-Vincent (_Chron. de la Pucelle_, p. 252). - - [866] Jean Talbot, sire de Furnival, comte de Shrewsbury, - maréchal de France, l'un des plus vaillants capitaines anglais, - fut mêlé aux principaux faits militaires qui signalèrent cette - époque. Le roi d'Angleterre lui confia la garde des places les - plus importantes de la Normandie: il fut capitaine de Gisors de - 1434 à 1436, de Coutances et du Pont-de-l'Arche en 1435, de - Lisieux, Harfleur, Montivilliers en 1440; cette même année, lui - fut allouée une pension de 300 saluts d'or (V. Stevenson, _Wars - of the English_, vol. II, part. I et II, _passim_). Ses services - avaient déjà été récompensés le 24 août 1434 par le don du comté - de Clermont en Beauvaisis (Arch. nat., JJ 175, fol. 109). Jean - Talbot fut tué à la bataille de Chastillon (20 juillet 1453). - - [867] «Et plus» manque dans le ms. de Rome. - - [868] Ms. de Paris: par. - -482. Item, fut l'année froide si longuement[869] que [tout] le Landit ne -à la Sainct Jehan n'avoit encore nulles bonnes serises, ne bien pou -encore de feves nouvelles, ne blé, ne vigne en fleur. - - [869] «L'indisposicion du temps, qui estoit moult pluvieux et - froit,» pour employer le langage d'un contemporain, détermina une - recrudescence de ferveur religieuse; «les povres laboureurs et - habitans, femmes et petis enfans de Villejuifve» et de quatre ou - cinq villages voisins vinrent le 11 juin à Notre-Dame avec un - appareil inaccoutumé, à la fois religieux et militaire; à côté - des porteurs de croix et bannières marchaient leurs défenseurs, - armés d'arcs, d'arbalètes, de lances et de bâtons pour repousser - au besoin les incursions ennemies (Arch. nat., X{la} 1480, fol. - 404 rº; X{la} 4795, fol. 275 rº). Le dimanche 20 juin, le clergé - de Notre-Dame se rendit processionnellement à Sainte-Geneviève; - le vendredi 2 juillet, tout Paris prit part aux processions - générales où furent portées à Notre-Dame les châsses de saint - Marcel et de sainte Geneviève et autres corps saints de la - Sainte-Chapelle et de différentes églises, avec messe, sermon - solennel et prières au Tout-Puissant pour la conservation des - biens de la terre. Enfin, les dimanches 25 juillet et 22 août, - eurent lieu de nouvelles processions aux Augustins et en l'église - des Carmes (_Ibid._, LL 216, fol. 135; X{la} 4795, fol. 282 rº, - 288 rº, 321). - -483. Item, le jour Sainct Leuffrey, qui fut au lundy XXIe jour de juing, -fut la plus sumptueuse feste faicte au Palays à Paris que homme qui pour -lors vesquist eust oncques veue; car toute personne, de quelque estat -qu'il fust, estoit receu à digner selon son estat; car le regent de -France et sa femme, et la chevallerie furent servis en lieu et de viande -selon leur estat, le clergé premier, comme evesques, prelas, abbés, -prieurs; après, docteurs de toutes sciences, le Parlement; après, le -prevost de Paris et ceulx du Chastellet; après, le prevost des marchans -[et les eschevins et bourgois et marchans] ensemble; [et après le commun -de tous estatz]. Et furent bien à cellui digner[870] que ungs que autres -plus de huit milliers seans à table, car il y ot de pain distribué de -environ III deniers la piece, qui pour lors estoit moult grant, car on -avoit ung sextier de tres bon fourment pour XII solz parisis, si y en ot -bien VIIº douzaines. - - [870] Ce dîner d'apparat fut donné pour fêter la réception de - quatre nouveaux docteurs en décret, deux anglais et deux - français: cinq à six mille personnes y assistèrent, au témoignage - de Clément de Fauquembergue: «Lundi XXIe jour de juing. Ce jour, - dit le greffier, les plaidoieries cesserent à IX heures, et se - leva la court pour aler es escoles de decret au commencement dez - quatre nouveaux docteurs, dont les deux estoient anglois et deux - françois, et fu es dictes escoles le duc de Bedford regent, et - avec lui fu au disner au Palais la duchesse sa femme, seur du duc - de Bourgogne, et pluseurs autres de tous estas, jusques au nombre - de Vm à VIm personnes, si comme on disoit.» (Arch. nat., X{la} - 4795, fol. 283 rº.) - -484. Item, on y but de vin bien XL muis. - -485. Item, y ot bien VIIIc plaz de viande, sans le beuf et le mouton qui -fut sans nombre. - -486. Item, environ le moys d'aoust, l'an IIIIc XXVIII, le conte de -Salsebry avec sa compaignie print la ville de Nogent-le-Roy[871], print -Ianville[872] en Beausse, print Rochefort et de là alla à Chasteaudun et -à Orleans boire (_sic_) devant la ville. Et fut faicte une grosse taille -aussi bien aux villaiges comme es cités; et si leur convint faire finance -de bien IIc voitures, chascune à III ou à IIII chevaulx, pour mener -vivres et artillerie ou pour mener bien IIc queues de vin ou plus, qui -furent prinses dedens Paris; et si estoit le vin si cher que nulz ou pou -des mesnaigers n'en buvoient, car la pinte de moien vin ou moys de -septembre coustoit XII deniers, tres forte monnoie. - - [871] Nogent-le-Roi (Eure-et-Loir, arr. de Dreux), que Giraud de - la Pallière avait recouvré en 1427, fut la première place - conquise par le comte de Salisbury (_Chron. de la Pucelle_, p. - 256).--Janville (Eure-et-Loir, arr. de Chartres), vaillamment - défendu par Prégent de Coetivy et autres capitaines français, fut - enlevé d'assaut le 29 août.--Rochefort se rendit par composition - en même temps que Rambouillet, Châteauneuf-en-Thimerais (_Chron. - de la Pucelle_, p. 256). - - [872] Ms. de Rome: Canville; ms. de Paris: Combeville. - -487. Item, en ce temps, pour la charté du vin, plusieurs se mirent à -brasser servoise, et avant que la Toussains vint[873], en ot bien à Paris -trente brasseurs, et si la amenoit on tous les jours à charretées de -Sainct-Denis et d'ailleurs, et que on la crioit parmy Paris, comme on a -acoustumé à crier le vin, et si n'estoit celle de Paris que à II doubles, -et celle de Sainct-Denis à III doubles, qui valloient IIII deniers -parisis piece. - - [873] «Vint» manque dans le ms. de Rome. - -488. Item, en ce temps, on avoit bons pois pour X deniers le boessel, -bonnes feves pour X deniers, le quarteron d'œufs pour XII deniers -parisis. - -489. Item, en cellui moys de septembre IIIIc XXVIII, à la Saincte Croix, -n'avoit encore nulz raisins que on eust peu dire: «Veez ci une grappe -noire entierement», tant fut l'année froide longuement et tardive. - -490. Item, en cellui temps, ou moys d'aoust, fut faicte une ordonnance -sur les rentes[874], que chascun qui auroit puissance povoit avoir la -livre pour XV livres tournois, pour tant qu'ilz fussent ou eussent esté -grant temps cuillies; et aussi en furent mis hors de ladicte ordonnance -enfans mineurs d'ans, femmes veuves[875], eglises. Et plusieurs autres -ordonnances furent faictes sur lesdictes rentes, lesquelles on peut -savoir ou Chastellet qui veut[876]. - - [874] L'ordonnance relative au rachat des rentes constituées sur - les maisons et héritages de Paris est du 31 juillet 1428; elle - fut publiée au Parlement le samedi 14 août et au Châtelet le - lundi suivant (Arch. nat., X{la} 8605, fol. 8; Y1, fol. 44). Par - suite de la faculté de se rédimer, à raison d'un denier pour - douze deniers, laissée aux propriétaires, il devint nécessaire de - stipuler dans les contrats si la rente était sujette au rachat; - ainsi nous voyons le chapitre de Notre-Dame décider le 20 février - 1435 la démolition d'une maison près de l'église - Saint-Christophe, s'il ne se présentait personne qui voulût - l'accenser pour 60 sols «non rachetables», suivant l'expression - française intercalée dans le texte des registres capitulaires - (_Ibid._, LL 217, fol. 135). - - [875] En ce qui concerne les veuves et les mineurs, un paragraphe - spécial de l'ordonnance du 31 juillet portait que «esdiz rachatz - ne seront point comprinses les rentes deuement admorties et - celles qui appartiennent à femmes vefves et enfans mineurs - d'aage, durant leurs viduitez et majoritez.» - - [876] «Qui veut» manque dans le ms. de Rome. - -491. Item, ladicte ordonnance fut publiée le darrain jour de juillet l'an -mil IIIIc XXVIII. - -492. Item, le vendredy Xe jour de septembre IIIIc XXVIII, fut despandu du -gibet de Paris ung nommé Sauvage de Fromonville, à qui Pierre Baillé fist -tant de desplaisir quant on le pandoit, car il le frappa en l'eschelle -moult cruellement, et si baty le bourrel d'un gros baston qu'il tenoit; -et estoit pour lors ledit Pierre receveur de Paris. - -493. Item, en celui temps, estoit touzjours le conte de Salcebry sur la -riviere de Loire, et prenoit chasteaulx et villes[877] à son vouloir, car -moult estoit expert en armes; si s'en vint devant Orleans et l'assist de -toutes pars, mais Fortune, qui n'est à nully seure amye, lui monstra de -son mestier dont elle sert ses amez sans deffier[878], car plus cuide -estre plus seurement comme à siege, une pierre de canon luy fut presentée -qui lui donna le cop de la mort[879]; dont moult grant dommaige orent -les Angloys, especialment le regent de France, car il se reposoit es -citez de France à son aise lui et sa femme qui partout où il alloit le -suivoit; et quant l'autre fut mort, il luy convint maintenir la guerre, -et party de Paris pour y aller le mercredy, veuillie Sainct Martin d'yver -IIIIc XXVIIII[880], et le conte de Salsebry estoit mort la sepmaine -devant. - - [877] Voir la liste des forteresses réduites par Salisbury, - annexée à la lettre que ce capitaine adressa le 5 septembre 1428 - à la commune de Londres, avec les restitutions et identifications - géographiques dues à la perspicacité de M. A. Longnon (_Les - limites de la France et l'étendue de la domination anglaise à - l'époque de la mission de Jeanne d'Arc_, 1875). - - [878] «Sans deffier» manque dans le ms. de Rome. - - [879] Ce fut le dimanche soir 24 octobre 1429 que le comte de - Salisbury, se tenant en observation à une fenêtre des Tourelles, - eut le visage emporté par un coup de canon qui vint frapper - l'angle de la muraille; transporté à Meung, l'illustre capitaine - y expira huit jours après (Quicherat, _Procès de Jeanne d'Arc_, - t. IV, p. 100). - - [880] Le duc de Bedford établit sa résidence à Mantes, où il se - trouvait à la date du 13 novembre, ainsi que le prouve le voyage - fait par le héraut Maine, porteur de lettres du régent à - l'adresse du comte de Suffolk, donné comme successeur à - Salisbury. De Mantes le régent se transporta à Chartres (Cf. - Vallet de Viriville, _Hist. de Charles VII_, t. II, p. 36). - - - [1429.] - - -494. Item, en ce temps, estoit le IIIIme de la servoise à Paris à VIm VIc -frans, et cellui du vin n'estoit mie à la IIIe partie, car le vin nouvel -de ladicte année[881] estoit si petit et si feible que on n'en tenoit -compte, car tout le meilleur ou la plus grant partie se santoit plus de -verjus que de vin, et si estoit si cher que on faisoit le caque, qui -estoit ung pou plus fort que despence IIII tournois parisis, et ne -eussiez eu nul à moins de IIII frans. - - [881] «De la dicte année» manque dans le ms. de Rome. - -495. En icellui temps convint faire par les bourgois de Paris finance de -farine pour mener en l'ost devant Orleans, et en firent finance de plus -de IIIc chariotz chargez, [lesquelx chariotz et chevaulx et toutes -choses] appartenans à charroy ceulx du plat païs d'entour Paris paierent, -se non qu'ilz furent, quant ilz vindrent à Paris, assignés de leurs -despens jusques à neuf jours ensuivans, et n'y devoient plus demourer, -mais ilz y furent, après les neuf jours, autres IX à leurs despens, et -leurs chevaulx, qui moult les greva. Et le XIIe jour de fevrier, se -partirent à grant compaignie de gens d'armes[882] et allerent -jusques à Estampes sans danger. Quant ilz furent [ung pou] par -delà entre Iainville en Beausse[883] et ung villaige nommé -Rouvray-Sainct-Denis[884], il leur vint bien VIIm[885] Arminalx qui les -amenerent comme un danel[886] fait ung tas de petis enfans. Quant noz -gens virent ce, ilz [se] ordonnerent au mieulx qu'ilz porent et ne se -hoberent; ilz avoient foison grans pieulx, agus à ung bout et ferrés à -l'autre, qu'ilz ficherent en terre en panchant devers leurs ennemis, et -furent mis les archiers et arbalestiers de Paris à ung costé, ausquelx -fut ordonné une elle de noz gens et l'autre elle fut des archiers -angloys, et ou millieu fut ce qu'ilz povoient avoir de grosse bataille, -car ilz n'estoient en tout pas plus de XVc contre VIIm, qui estoient XIII -Arminalx contre deux de noz gens[887]. Quant les Arminalx[888] orent bien -tournoié de loing autour de noz gens, si s'en revindrent et se mirent en -ordonnance en la maniere comme noz gens le manderent qu'ilz voulsissent -que, s'ilz prenoient aucuns des nostres qui fust mis à fin, c'est -assavoir, à rançon, ausquelz ilz respondirent, [especialment] le sire de -Bourbon[889], que jamais Dieu ne lui aidast, se jà pié en eschappoit, -que tout ne fust mis à l'espée et, que se les heraulx y revenoient plus, -qu'ilz fussent mors. Quant les heraulx orent ce dit à noz gens, ilz se -hourderent par darriere de leur charroy et se recommanderent à Nostre -Seigneur, et prierent l'ung l'autre de bien faire, et puis ordonnerent -bonne garde pour le charroy avec les charretiers pour le grant peril -[eschever] qui povoit advenir, et comme il advint; car aucuns et grant -quantité des Arminalx vindrent par derriere, cuidant pillier les biens de -noz gens. Et aucuns des voituriers les virent venir, ilz destellerent -leurs chevaulx et s'en voldrent fuir, mais les Arminalx leur furent au -devant, qui moult les dommaigerent du corps et aucuns de la vie, et après -cuiderent venir au pillaige, mais ilz furent si bien receuz que moult fut -joieux qui se pot sauver. En tant que les larrons furent ainsi gardez de -pillier, les Arminalx aproucherent noz gens, et furent les Gascons qui -estoient bien montez, et la greigneur partie de leur gent, ordonnez -encontre les arbalestiers et archiers et compaignons de Paris, et les -Escossois contre les Anglois, la grosse bataille contre la grosse -bataille. Quant ceulx de Paris virent que ceulx à cheval venoient vers -eulx, ilz commencerent à traire de ars et d'arbalestes moult asprement; -quant Gascons virent ce, ilz baisserent la chere et tournoierent leurs -lances devant eulx pour garder leurs chevaulx du trait, et les poignerent -de l'esperon moult fort, comme cilz qui avoient esperance de les mettre -tous à mort, mais qu'ilz fussent pres; mais les maleureus, les meschans, -les maudiz ne veoient pas le mal qui estoit devant leurs yeulx; car comme -ilz approucherent de noz gens à pointe d'esperon, leurs chevaulx -entrerent dedens les pieux fichiez, et les pieux dedens leurs poitrines, -et en ventres et en jambes, si ne porent aller[890] en avant, mais -churent les aucuns tous mors et les maistres après. Ceulx qui furent -aterrez, crioient aux autres: «Viras! viras!» c'est à dire: «Retournez! -retournez!» Si s'en cuiderent tantost fuir, mais leurs chevaulx, qui -navrez estoient des pieux davantdiz, cheoient tous mors soubz eulx, qui -en abatoient deux ou trois et faisoient trebucher leurs gens qui après -venoient. Quant les Escossois et les autres virent ce, moult furent -esbahiz et eulx prindrent à fuir comme bestes que ung loup espart çà et -là, et noz gens à les suyvir de pres, et à occire et abatre ce qu'ilz -porent attaindre, et en demoura en la place de mors IIIIc et plus, et de -prins grant quantité. Et, comme les meschans eulx cuiderent sauver à -entrer à Orleans, ilz furent apperceuz de ceulx du siege, qui leur -allerent au devant et en tuerent autant ou plus qu'on avoit fait en la -bataille devant dicte. Ainsi leur advint pour leur peché qu'ilz avoient -en pancée que tout fust mis à l'espée, mais tout bel leur fut quant ilz -se porent garder que l'espée de leurs ennemis ne les tuast. Quant noz -gens orent menez leurs vivres en l'ost, ilz s'en revindrent à Paris le -XIXe jour de fevrier, l'an mil IIIIc XXVIII[891], et fut trouvé que de -ceulx de Paris n'estoit mort en la bataille que IIII hommes et des -voituriers qui s'en cuiderent fouir, plus et moult de navrez. Dont c'est -grant pitié et d'une part et d'autre, que fault que chrestienté tue ainsi -l'un l'autre sans savoir cause pourquoy, car l'un sera de cent lieues -loing de l'autre, qui se vendront entretuer, pour gaigner ung pou -d'argent ou le gibet au corps ou enfer à la pauvre ame. - - [882] Ce convoi de vivres de carême, expédié de Paris sous la - conduite de Falstaff et du prévôt Simon Morhier avec 2,000 - Anglais, fut attaqué le 12 février 1429 par 1,500 hommes détachés - de la garnison d'Orléans, auxquels s'était joint le corps - commandé par le comte de Clermont; les Français furent - complètement défaits, et cette déroute est restée célèbre dans - l'histoire sous le nom de «Journée des Harengs». - - [883] Le ms. de Rome et les éditions portent «Canville». La forme - «Iainville» que donne le ms. de Paris est justifiée par ces - paroles de Jean Chartier, relatives à la journée du 12 février - 1429: «Et furent iceulx Jean Fastol et autres (chargés d'escorter - le convoi de vivres) rencontrés pres d'Yenville en Beauce» (Jean - Chartier, _Chronique de Charles VII_, t. I, p. 62). - - [884] Les mss. de Rome et de Paris portent ici «Toumray» ou - «Tommiray»; mais il s'agit ici de Rouvray-Saint-Denis - (Eure-et-Loir, arr. de Chartres, cant. de Janville), dont - l'église était fortifiée et qui tomba au pouvoir du comte de - Salisbury lors de la campagne d'août 1428. Le capitaine anglais - délivra le 27 septembre 1428 des lettres à Jeanne, veuve de - Charlot Boitel, écuyer à Baugency, qui mentionnent la reddition - au roi «des retraiz, manans et habitans de l'eglise fort de la - parroisse de Rouvray-Saint-Denis en Beauce» (Arch. nat., JJ 174, - fol. 108 vº). - - [885] Ms. de Paris: VIIIm. - - [886] Ms. de Rome: une dance. - - [887] Cette proportion est mal établie: il fallait dire XIIII - contre III. - - [888] Tout le passage, depuis les mots «quant les Arminalx» - jusqu'à la phrase qui commence par «Quant les heraulx orent ce - dit à nos gens», manque à toutes les éditions; nous le restituons - d'après le ms. de Rome; le ms. de Paris nous donne une version - incomplète et un peu différente: au lieu de: «noz gens le - manderent», il porte: «avoient faict adoncques le mandement». - - [889] Charles de Bourbon, comte de Clermont, fils aîné du duc de - Bourbon, que les Anglais retenaient captif depuis la bataille - d'Azincourt, obtint le duché de Bourbon en 1434 après la mort de - son père. - - [890] «Aller» manque dans le ms. de Rome. - -496. Item, en ce temps furent commencées à Sainct-Jaques de la Boucherie -à dire les heures canoniaux comme à Nostre-Dame, le XVIe jour de janvier -l'an mil CCCC XXIX, jour de dimenche qui estoit par V. - -497. Item, le duc de Bourgongne revint à Paris le IIIIe jour d'avril, -jour Sainct Ambroise, à moult belle compaignie de chevaliers et -d'escuiers; et après, environ VIII jours, vint à Paris ung cordelier -nommé frere Richart[892], homme de tres grant prudence, scevant à -oraison[893], semeur de bonne doctrine pour ediffier son proisme. Et tant -y labouroit fort que enviz le creroit qui ne l'auroit veu, car tant comme -il fut à Paris il ne fut que une journée sans faire predicacion. Et -commença [le] sabmedi XVIe jour d'avril IIIIc XXIX à Saincte-Genevieve, -et le dimenche ensuivant, et la sepmaine ensuivant, c'est assavoir, le -lundy, le mardy, le mercredy, le jeudy, le vendredy, le sabmedy, le -dimenche aux Innocens; et commençoit son sermon environ cinq[894] heures -au matin, et duroit jusques entre dix et unze heures, et y avoit -touzjours quelque cinq ou six mil personnes à son sermon. Et estoit monté -quant il preschoit sur ung hault eschauffaut qui estoit pres de toise et -demie de hault, le dos tourné vers les Charniers encontre la -Charonnerie[895], à l'androit de la Dance Macabre[896]. - - [891] Trois jours après, le mardi 22 février, eut lieu par ordre - du régent une procession générale en l'honneur de la victoire des - Harengs, à laquelle avait contribué un contingent parisien (Arch. - nat., LL 216, fol. 156). - - [892] Frère Richard, prédicateur populaire qui, par l'ascendant - de sa parole, exerça une immense influence, venait de se faire - entendre à Troyes pendant l'Avent de 1428 et avait excité - l'enthousiasme de ses auditeurs. Il obtint le même succès à - Paris, mais, devenu suspect au gouvernement anglais, il s'enfuit - de la capitale dans la nuit du 30 avril et embrassa avec ardeur - la cause française; on sait qu'il fut le confesseur de la - Pucelle. Une relation inédite concernant cette héroïne, publiée - par M. J. Quicherat (_Revue historique_, 1877, juillet-août), - fournit de curieux détails sur l'entrevue du cordelier Richard et - de la Pucelle, qui eut lieu sous les murs de Troyes en 1429. A la - suite de l'entretien qu'il eut avec Jeanne d'Arc, «le sainct - prudhomme prescha moult grandement au peuple, l'admonestant de - faire leur devoir envers le roy»; il est donc certain que ses - éloquentes exhortations ne furent point étrangères à la - soumission des habitants de Troyes (Cf. _Bibl. de l'École des - chartes_, 1872, p. 95). - - [893] Ms. de Paris: à raison. - - [894] Ms. de Paris: six heures. - - [895] La Charronnerie était la portion de la rue de la - Ferronnerie qui s'étendait de la rue Saint-Denis à celle de la - Lingerie, le long des charniers des Innocents; sous le nom de - Ferronnerie on désignait alors la partie de la rue Saint-Honoré - formant le prolongement de la Charronnerie après la place aux - Chaps. - - [896] Ms. de Paris: encontre la Feronnerie, à l'androit de la - Dance Machabée. - -498. Item, le jour de l'Invencion Sainct Denis, s'en retourna le duc de -Bourgongne en son pays de Flandres; et touzjours estoit le siege devant -Orleans, dont les vivres encherirent fort à Paris, car par contraincte il -y convenoit souvent mener grant foison de farines et d'autres vivres et -choses qui sont neccessaires pour guerre au siege; brief, on en mena tant -que le blé enchery à Paris, de sabmedi à autre, de XX solz parisis à XL -solz parisis, et toutes choses dont homme povoit vivre par cas pareil. -Ainsi, comme devant est dit, se departy le duc de Bourgongne, sans ce que -il feist aucun bien au regart de la paix ou du povre peuple, et disoit on -qu'il alloit combatre les Liegoys. - -499. Item, le cordelier devantdit prescha le jour Sainct Marc ensuivant à -Boulongne-la-Petite, et là ot tant de peuple, comme devant est dit. Et -pour [vray] celle journée, au revenir dudit sermon, furent les gens de -Paris tellement tournez en devocion et esmeuz que en mains de trois -heures ou de quatre eussiez veu plus de cent feux, en quoy les hommes -ardoient tables et tabliers, dés, quartes, billes, billars, nurelis et -toutes choses à quoy on se povoit courcer à maugréer à jeu convoiteux. - -500. Item, les femmes, cellui jour et le lendemain, ardoient devant tous -les attours de leurs testes, comme bourreaux, truffaux, pieces de cuir ou -de balaine qu'ilz mettoient en leurs chapperons pour estre plus roides ou -rebras davant; [les damoiselles laisserent leurs cornes] et leurs queues -et grant foison de leurs pompes. Et vraiement dix sermons qu'il fist à -Paris et ung à Boulongne tournerent plus le peuple à devocion que tous -les sermonneurs qui puis cent ans avoient presché à Paris. - -501. Item, il disoit pour vray que depuis ung pou il estoit venu de -Cirie, comme de Jherusalem, et là encontra plusieurs tourbes de Juifs -qu'il interroga, et ilz lui dirent pour vray que Messias estoit né, -lequel Messias leur devoit rendre leur heritaige, c'est assavoir la Terre -de Promission, et s'en alloient vers Babiloine à tourbes, et selon la -Saincte Escripture celui Messias est Antecrist, lequel doit naistre en la -cité de Babiloine, qui jadis fut chef des royaulmes des Persans, et doit -estre nourry en Bethsaida et converser en Coronaym en sa jouvente, -esquelles Nostre Seigneur dit: «Vhe! vhe! t(ibi) Bethsaida! Vhe! vhe! -Coronaym[897]!» - - [897] La fin de cette phrase, omise dans toutes les éditions, est - une citation empruntée aux Évangiles selon saint Mathieu, XI, 21, - et selon saint Luc, X, 13. Voici le texte rétabli en son entier: - «Vae tibi Corozain, vae tibi Bethsaida, quia si in Tyro et Sidone - factae essent virtutes quae factae sunt in vobis, olim in cilicio - et cinere poenitentiam egissent.» - -502. Item, ledit frere Richart prescha le darrain sermon à Paris le mardy -l'endemain Sainct Marc, XXVIe jour d'avril IIIIc XXIX, et dist au -departir que l'an qui seroit après, c'est assavoir, l'an XXXe, que on -verroit les plus grandes merveilles que on eust oncques veues, et que son -maistre frere Vincent[898] le tesmoingne selon l'Apocalice et -l'escriptures monsr sainct Paul, et ainsi le tesmoingne frere Bernart, -ung des bons prescheurs du monde, si comme on disoit cestuy frere -Richart. Et en celuy temps estoit cellui frere Bernart en predicacion -par delà les Alpes en Ytalie, où il avoit plus converti de peuple à -devocion que tous les prescheurs qui depuis IIc ans devant y avoient -presché. Et pour vray, le mardy que cestuy frere Richart se party de son -sermon, le Xe, que plus n'avoit congié d'en faire à Paris, quant il -commanda sa bonne recommandacion et qu'il commanda à Dieu le peuple de -Paris, et qu'ilz priassent pour luy et il prieroit Dieu pour eulx, les -gens grans et petiz plouroient si piteusement et si fondement, comme -s'ilz veissent porter en terre leurs meilleurs amis, et lui aussi. Et -atant, celui jour ou l'endemain, se cuidoit despartir le proudomme et -s'en aller vers les parties de Bourgongne, mais ses freres firent tant -par priere que encore demoura il à Paris pour confermer par predicacion -le bon ediffiement qu'il avoit commancé. Et en ce temps fist ardre -plusieurs madagoires que maintes sotes [gens] gardoient en lieux repos, -et avoient si grant foy en celle ordure que pour vray ilz creoient -fermement que tant comme ilz l'avoient, mais qu'il fust bien nettement en -beaux drapeaulx de soie ou de lin enveloppé, que jamais jour de leur vie -ne seroient pouvres; et pour certain telx y avoit qu'ilz les baillerent -de leur gré, quant ilz orent ouy comment le proudomme blasmoit tous ceulx -qui ainsi follement creoient, ilz jurerent que oncques, puis qu'ilz les -garderent, ilz ne se virent ung jour qu'ilz ne deussent touzjours plus -que vaillant ilz n'avoient, mais tres grant esperance avoient qu'ilz les -eussent faictz[899] moult riches ou temps avenir, par le mauvais conseil -d'aucunes vieilles femmes qui trop cuident savoir, quant elles se boutent -en telles meschancetés, qui sont droictes sorceries et heresies. - - [898] Saint Vincent Ferrier, prédicateur espagnol de l'ordre des - Frères Mineurs, né à Valence le 22 janvier 1357, mort à Vannes le - 5 avril 1429, et saint Bernardin de Sienne, moine cordelier, - vicaire général de son ordre, mort à Aquila le 20 mai 1444. Ces - illuminés parcoururent l'Europe, annonçant au peuple l'avènement - de l'Antechrist, et propagèrent cette nouvelle doctrine acceptée - par des milliers d'adeptes. (Cf. Vallet de Viriville, _Procès et - condamnation de Jeanne d'Arc_, traduit du latin, 1867, - introduction.) - - [899] «Faictz» manque dans le ms. de Rome. - -503. Item, en celui temps avoit une Pucelle, comme on disoit, sur la -riviere de Loire, qui se disoit prophete, et disoit: «Telle chose -advendra pour vray». Et estoit du tout contraire au regent de France et à -ses aidans[900]. Et disoit on que maugré tous ceulx qui tenoient le siege -devant Orleans, elle entra en la cité à tout grant foison d'Arminalx et -grant quantité de vivres, que oncques ceulx de l'ost ne s'en meurent; et -si les veoient passer à ung traict ou deux d'arc pres de eulx, et si -avoient si grant neccessité de vivres que ung homme eust bien mengé pour -iii blans de pain à son disner. Et plusieurs autres choses de elle -racontoient ceulx qui mieulx amoient les Arminalx que les Bourguignons -ne que le regent de France; ilz affermoient, que quant elle estoit bien -petite, qu'elle gardoit les brebis, que les oiseaulx des bois et des -champs, quant elle les appelloit, ilz venoient menger son pain en son -giron comme privez. _In veritate appocrisium est._ - - [900] Ms. de Paris: gens. - -504. Item, en celui temps leverent le siege les Arminalx et firent partir -les Angloys par force de devant Orleans, mais ilz allerent devant -Vendosme et la prindrent, comme on disoit. Et partout alloit celle -Pucelle armée avec les Arminalx et portoit son estandart, où estoit -[tant] seullement [en] escript Jhesus, et disoit on qu'elle avoit dit à -ung cappitaine angloys[901] qu'il se departist du siege avec sa -compaignie, ou mal leur vendroit et honte à tretous, lequel la diffama -moult de langaige, comme clamer ribaulde et putain; et elle lui dist que -maugré eulx tous ilz partiroient bien bref, mais il ne le verroit jà, et -si seroient grant partie de sa gent tuez. Et ainsi en advint il, car il -se noia le jour devant que l'occision fut faicte, et depuis fut pesché et -[fut] despecé [par quartiers, et boullu et enbosmé, et apporté] à -Sainct-Merry, et fut VIII ou X jours en la chapelle devant le cellier, et -nuyt et jour ardoient devant son corps IIII sierges ou torches, et après -fut emporté en son païs pour enterrer. - - [901] William Glasdale, lieutenant du comte de Salisbury au pays - de Mâconnais en 1424, «moult renommé en fait d'armes», qui fut - chargé de la conduite du siège d'Orléans après la mort de - Salisbury, se noya avec plusieurs centaines d'Anglais le jour de - l'assaut donné à la bastille des Tourelles, au moment de la chute - du pont de bois qui réunissait cette bastille au boulevard des - Tourelles, pont incendié par les Orléanais (Voy. le Journal du - siège, apud Quicherat, _Procès de Jeanne d'Arc_, t. IV, p. 150). - -505. Item, en ce temps s'en alla frere Richart, et le dimenche devant -qu'il s'en devoit aller, fut dit parmy Paris qu'il devoit prescher au -lieu ou bien pres où monseigneur sainct Denis avoit esté descollé et -maint autre martir. Si y alla plus de VIm personnes de Paris, et parti la -plus grant partie le sabmedi au soir à grans tourbes, pour avoir -meilleure place le dimenche au matin, et coucherent aux champs en -vieilles masures et où ilz porent mieulx, mais son fait fut empesché, -comment ce fu, atant m'en tais, mais il ne prescha point, dont les bonnes -gens furent moult troublez, ne plus ne prescha pour celle saison à Paris, -et lui convint partir. - -506. Item, en celui temps tenoient les Arminalx les champs, qui tout -destruisoient, si y furent commis[902] Angloys environ huit mille. Mais -quant ce vint au jour que les Angloys trouverent les Arminalx, ilz -n'estoient pas plus de six mil, et les Arminalx estoient X mil. Si -coururent sus aux Angloys moult asprement et les Angloys ne les -refuserent mie; là ot grant desconfiture d'un lez et d'autre, mais en la -fin ne le porent les Angloys souffrir, car les Arminalx, qui plus -estoient de la moitié que n'estoient les Angloys, les encloyrent de -toutes pars. Là furent Angloys desconfis, et furent bien, comme on -disoit, trouvez mors des Angloys iiiim ou plus, des autres ne sot on le -nombre à Paris[903]. - - [902] «Commis» manque dans le ms. de Rome. - - [903] Notre chroniqueur fait allusion à la victoire de Patay - remportée par la Pucelle le 18 juin 1429, où les Anglais - perdirent plus de 2,000 des leurs restés sur le champ de - bataille, sans compter les prisonniers, au nombre desquels se - trouvèrent leurs principaux chefs, tels que Talbot, Scales. Dans - ses _Chroniques d'Engleterre_, Wavrin évalue la force numérique - de l'armée française à 12 ou 13,000 hommes, mais ce calcul est - empreint d'exagération. - -507. Item, le dimenche XIXe jour de juing l'an mil IIIIc XXIX, fut dediée -l'eglise de Sainct-Laurens dehors Paris par reverend pere en Dieu, -l'evesque de Paris, et autres prelaz. - -508. Item, le VIe jour du moys de juing oudit an mil IIIIc XXIX, furent -nées à Hobarvilliers deux enfans qui estoient proprement, ainsi comme -ceste figure est[904]; car pour vray je les vy et les tins entre mes -mains, et avoient, comme vous voyez, deux testes, quatre bras, deux -coulz, quatre jambes, quatre piez, et n'avoient que ung ventre ne que ung -nombril, deux testes, deux dos. Et furent christiennés, et furent trois -jours sur terre pour veoir la grant merveille au peuple de Paris; et pour -vray, du peuple de Paris y fut les veoir plus de dix mil personnes, que -hommes que femmes, et par la grace de Nostre Seigneur la mere en delivra -saine et sauve[905]. Ilz furent nées environ VII heures au matin, et -furent christiannées en la parroisse Sainct-Cristoufle, et la dextre fut -nommée Agnès, la senestre Jehanne, leur pere Jehan Discret, la mere -Gillette, et vesquirent après le baptesme une heure. - - [904] Ce croquis d'après nature, que l'auteur du Journal avait - joint à la description du phénomène, manque au ms. de Rome; ne - pouvant sans doute reproduire le dessin qu'il avait sous les - yeux, le copiste s'est contenté de réserver la place nécessaire à - cette figure. - - [905] Le phénomène d'Aubervilliers, qui pendant deux jours - défraya la curiosité de la population parisienne, suggéra à - Clément de Fauquembergue une notice détaillée insérée dans les - registres du Parlement; son récit est plus complet et diffère en - quelques points de celui de notre Journal (Arch. nat., X{la} - 1481, fol. 13 rº). - -509. Item, en celle propre sepmaine, le dimenche ensuivant, fut né en la -Chanvarie[906], derriere Sainct-Jehan, ung veel qui avoit deux testes, -VIII piez et deux queues; et la sepmaine ensuivant fut né vers -Sainct-Huistace ung pourcellet qui avoit deux testes, mais il n'avoit que -quatre piez. - - [906] La rue de la Chanvrerie était située non derrière l'église - Saint-Jean en Grève, mais à proximité de Saint-Eustache; elle - aboutissait à la rue de Mondetour. - -510. Item, le mardy devant la Sainct Jehan, fut grant esmeute que les -Arminalx devoient entrer celle nuyt à Paris, mais il n'en fut rien. - -511. Item, depuis, sans cesser jour ne nuyt, ceulx de Paris enforcerent -le guet et firent fortifier les murs, et y mirent foison cannons et autre -artillerie; et changerent le prevost des marchans et les eschevins, [et -firent ung nommé Guillaume Sanguin[907] prevost des marchans. Et les -eschevins] furent, c'est assavoir, Ymbert des Champs[908], mercier et -tapissier, Colin de Neufville, poissonnier[909], Jehan de -Dampierre[910], mercier, Remon Marc[911], drapier, et furent faiz et -instituez la premiere sepmaine de juillet[912]. - - [907] Guillaume Sanguin, changeur parisien, maître de l'hôtel des - ducs de Bourgogne, anobli le 22 décembre 1400, possédait un - somptueux hôtel rue des Bourdonnais. Sa fortune considérable lui - permit de rendre d'importants services aux princes et grands - seigneurs; en mars 1412, il prêta plus de 7,000 livres tournois - au duc de Bourgogne (Arch. nat., X{la} 64, fol. 189 vº). Plus - tard, le duc de Bedford lui confia des joyaux que Sanguin garda - jusqu'à sa mort (_Ibid._, X{la} 1482, fol. 225 vº). Compromis - dans la conspiration de 1416 et banni le 6 mai (Monstrelet, t. - III, p. 145), il reparaît sur la scène politique après - l'occupation de Paris par les Bourguignons, comme le montre sa - participation aux pourparlers qui précédèrent la conclusion du - traité de Troyes (_Ibid._, X{la} 1480, fol. 173 vº); en 1423, il - fut en Angleterre l'un des ambassadeurs des Parisiens. En 1432, - il remit à Hugues Rapiout la prévôté des marchands, mais conserva - toujours une certaine influence. Au début de 1436, en présence du - danger qui menaçait la capitale, il fut décidé qu'on lui écrirait - afin qu'il intercédât auprès du duc de Bourgogne en faveur des - Parisiens (_Ibid._, X{la} 1481, fol. 113 rº). Sanguin, mort le 14 - février 1441, fut inhumé aux Innocents dans la chapelle - Saint-Michel. (Cf. _Paris et ses historiens_, p. 340.) - - [908] Imbert des Champs, notable marchand de «touailles» (Arch. - nat., KK 33, fol. 23), l'un des quatre maîtres ou gouverneurs de - la confrérie du Saint-Sépulcre (Lebeuf, édit. Cocheris, t. II, p. - 246), prêta serment à Jean Sans-Peur le 24 août 1418 et fut - appelé le 22 septembre 1419 aux fonctions d'échevin qu'il - conserva jusqu'au 26 décembre 1420 (Arch. nat., KK 1009, fol. 3). - Il obtint en 1431 le poste d'élu sur le fait des aides à Paris - (_Ibid._, Z{1a} 10, fol. 8 vº). Bien qu'il eût pris une part - active au gouvernement de Paris sous les Anglais, notamment en - assistant au conseil du 14 janvier 1436, il accepta sans trop de - répugnance la domination de Charles VII; on le voit taxé à 48 - sols dans le compte de l'aide de janvier 1438 (_Ibid._, KK 284, - fol. 7). Son fils Jean entra dans les ordres et fit solliciter le - 23 septembre 1435 un canonicat de l'église du S.-Sépulcre que le - chapitre de Notre-Dame ne voulut point accorder (_Ibid._, LL 217, - fol. 172, 173). Imbert mourut le 29 juin 1464 et fut inhumé aux - Innocents. - - [909] Nicolas ou Colin de Neufville, vendeur de poisson de mer - aux halles de Paris, banni à la suite de la conspiration - cabochienne en même temps que son beau-père, Jean de Troyes, - revint à Paris avec les Bourguignons et prêta serment à Jean - Sans-Peur le 5 septembre 1418. Échevin en 1429 et en 1436, il - exerça en outre de 1433 à 1442 l'emploi de receveur des aides - précédemment occupé par Pierre Giraud (Arch. nat., Z{1a} 9, fol. - 55 rº; X{la} 4797, fol. 176 rº; X{la} 1482, fol. 129 vº). Colin - possédait une maison rue Montmartre (_Ibid._, LL 498, fol. 68). - Il fut inhumé aux Innocents (Lebeuf, _Hist. du diocèse de Paris_, - t. I, p. 203). - - [910] Jean de Dampierre et autres merciers du Palais soutinrent - en 1427 un procès au sujet de la saisie par Simon de Champluisant - de divers objets d'orfévrerie jugés défectueux. Les merciers - rejetèrent la faute sur les orfèvres auxquels incombait la - fabrication. Jean de Dampierre, à qui l'on avait confisqué - trente-une ceintures, allégua pour sa défense qu'il les avait - fait faire par un orfèvre déjà puni pour sa fraude «et mené en - ung tumbereau» (Arch. nat., X{la} 4795, fol. 116, 117; X{la} - 1480, fol. 372 vº; X{la} 1481, fol. 9 vº). Il prêta serment à - Jean Sans-Peur le 30 août 1418 et participa aux délibérations du - conseil réuni le 12 janvier 1436 pour assurer la défense de la - capitale (_Ibid._, X{la} 1481, fol. 112 vº). - - [911] Raymond Marc, changeur et bourgeois de Paris, afferma avec - Arnoulet Ram la monnaie de Paris; déclaré adjudicataire le 9 - janvier 1427, il se trouva redevable envers son prédécesseur, - Pierre de Landes, d'une somme de 400 livres qu'il dut rembourser - aux changeurs du Trésor (Arch. nat., Z{1b} 3, fol. 78 rº; X{2a} - 20, fol. 188; X{la} 4795, fol. 241 rº, 309 rº). A sa sortie de - l'échevinage, il fut commis au gouvernement de l'artillerie de - France, en l'absence de Philibert de Molans, et mourut dans ces - fonctions le 17 décembre 1432. Raymond ne laissa de sa femme, - Marie Dourdin, qu'une fille, Louise Marc, morte en avril 1439 (P. - Anselme, _Hist. généal._ t. VIII, p. 131). - - [912] Ce renouvellement de la municipalité eut lieu le 12 juillet - 1429 (Arch. nat., KK 1009, fol. 3 vº et 4). - -512. Et le dixiesme jour dudit moys vint le duc de Bourgongne à Paris, à -ung jour de dimenche, environ six heures après disner, et n'y demoura que -cinq jours, esquelx cinq jours y ot moult grant conseil; et fut faicte -procession generalle[913], et fut fait ung moult bel sermon à -Nostre-Dame de Paris. Et au Palays fut publiée la chartre ou lettre -comment les Arminalx traicterent jadis la paix en la main du legat du -pappe, et en oultre que tout estoit pardonné d'un costé et d'autre, et -comment ilz firent les grans sermens, c'est assavoir, le dalphin et le -duc de Bourgongne, et comment ilz receurent le precieulx corps Nostre -Seigneur ensemble, et le nombre de chevaliers [de nom] d'un lez et -d'autre. En ladicte lettre ou chartre mirent tous leurs signés et seaulx, -et après comme le duc de Bourgongne voulant et desirant la paix dudit -royaume, et voullant acomplir la promesse qu'il avoit faicte, se submist -à aller en quelque lieu que le dalphin et son conseil vouldroient -ordonner; si fut ordonné par ledit dalphin ou ses complices la place, en -laquelle place le duc de Bourgongne se comparu, lui dixiesme des plus -privez chevalliers qu'il eust, lequel duc de Bourgongne, lui estant à -genoulx devant le dalphin, fut ainsi traiteusement murdry, comme chascun -scet. Après la conclusion de ladicte lettre, grant murmure commença, et -telz avoient grant aliance aux Arminalx qui les prindrent en tres grant -haine. Après la murmure, le regent de France et duc de Bedfort fist faire -silence, et le duc de Bourgongne se plaint de la paix ainsi enfrainte, et -en après de la mort de son pere, et adoncques on fist lever les mains au -peuple que tous seroient bons et loyaux au regent et au duc de -Bourgongne[914]. Et lesdiz signeurs leur promistrent par leurs foys -garder la bonne ville de Paris. - - [913] Il y eut procession générale à Saint-Magloire le vendredi - 15 juillet pour remercier Dieu de l'arrivée du duc de Bourgogne - (Arch. nat., LL 216, fol. 169). - - [914] Le serment d'observer le traité de Troyes, prêté lors de la - cérémonie du 14 juillet par nombre d'habitants de Paris, fut - aussi exigé des personnages ecclésiastiques dans la séance du - Parlement tenue le 26 août; le lendemain et jours suivants, - Philippe de Rully, trésorier de la Sainte-Chapelle, et Marc de - Foras, archidiacre de Thiérache, se transportèrent dans les - églises et couvents et recueillirent les serments du clergé tant - séculier que régulier (Arch. nat., X{la} 1481, fol. 18 rº). - -513. Et le sabmedi ensuivant le duc de Bourgongne se parti de Paris et -emmena sa seur la femme du regent avec luy, [et le regent s'en alla -d'autre part à Pontoise, lui] et ses gens[915], et fut ordonné cappitaine -de Paris le signeur de l'Isle-Adam. Et les Arminalx entrerent celle -sepmaine en la cité d'Ausserre, et puis vindrent à Troyes[916], et -entrerent dedens, sans ce que on leur deffendist. Et quant ceulx des -villaiges de Paris à l'entour sceurent comment ilz conquestoient ainsi -païs, ilz laisserent leurs maisons et apporterent leurs biens es bonnes -villes, et soierent leurs blez avant qu'ilz fussent meurs et apporterent -à la bonne ville de Paris[917]. Après tantost après, entrerent en -Compigne[918] et gaignerent les chastelleries d'entour sans nulle -deffense, et entour Paris prindrent ilz Lusarches et Dampmartin et -plusieurs autres fortes villes. Et ceulx de Paris moult avoient grant -paour, car nul signeur n'y avoit, mais le jour Sainct Jaques, en juillet, -furent ung pou resconfortez, car ce jour vint à Paris le cardinal de -Vicestre[919] et le regent de France, et avoient en leur compaignie -foison de gens d'armes et archiers, bien environ IIII mil, et le sire de -l'Isle-Adam, qui en avoit de Picars bien environ VII cens, sans la -commune de Paris. - - [915] C'est le 4 août que partit le duc de Bedford, se dirigeant - du côté de Corbeil et de Melun; le vendredi 5, l'évêque de Paris - célébra une messe à Notre-Dame en son honneur (Arch. nat., LL - 216, fol. 170). - - [916] Les troupes françaises ne firent que passer devant Auxerre - le 29 juin et prirent possession de Troyes le 11 juillet. - - [917] «De Paris» manque dans le ms. de Rome. - - [918] Charles VII passa près de Crêpy en Valois et de Dammartin - le 14 août et fit son entrée à Compiègne le 18 (_Chron. de la - Pucelle_, p. 326). - - [919] Le cardinal de Winchester, accompagné de son neveu le - régent et de cinq mille hommes d'armes et archers, fit son entrée - à Paris le lundi 25 juillet et s'en retourna à Rouen le 3 août - avec ses seuls familiers, laissant au duc de Bedford le - contingent qu'il avait amené d'Angleterre pour combattre les - «Boemiens» et autres hérétiques, lequel servit à renforcer - l'armée anglaise (Arch. nat., X{la} 1481, fol. 16, 17). - -514. Item, pour vray, le cordelier qui prescha aux Innocens, qui tant -assembloit de peuple à son sermon, comme devant est dit, pour vray -chevaulchoit avec eulx, et aussitost que ceulx de Paris furent certains -qu'il chevaulchoit ainsi et que par son langaige il faisoit ainsi tourner -les cités qui avoient faiz les seremens au regent de France ou à ses -commis, ilz le maudisoient de Dieu et de ses sains[920]; et qui pis est, -les jeus, comme des tables, des boules, [des] dés[921], brief, tous -autres jeus qu'il avoit deffenduz, recommancerent en despit de luy, et -mesmes ung meriau d'estain où estoit empraint le nom de Jhesus, qu'il -leur avoit fait prandre, laisserent ilz, et prindrent tretous la croix -Sainct Andry. - - [920] Dans ses lettres du 7 août 1429 au roi Charles VII, le duc - de Bedford traite le cordelier Richard de «frere mendiant, - appostat et sedicieux» (Monstrelet, t. IV, p. 341). - - [921] A cette époque, la population parisienne s'adonnait aux - jeux de hasard avec une telle passion que le clergé lui-même - cédait parfois à l'entraînement général, témoin l'enquête - ordonnée le 16 mai 1421 par le chapitre de Notre-Dame au sujet - d'un chanoine de Saint-Merry qui ne se contentait pas de jouer - publiquement aux dés, mais tenait encore un jeu dans sa propre - maison (Arch. nat., LL 215, fol. 325). - -515. Item, environ la fin, se rendit aux Arminalx la cité de Beauvays et -la cité de Senlis[922]. - - [922] Senlis se rendit «au roy par traictié» et en reçut des - lettres d'abolition datées du 22 août 1429. - -516. Item, le XXVe jour d'aoust, fut prinse par eulx la ville de -Sainct-Denis, et le lendemain couroient jusques aux portes de Paris, et -n'osoit homme yssir pour vendenger vigne ou verjus, ne aller aux marays -riens cuillir, dont tout encheryt bientost. - -517. Item, la vigille Sainct Laurens, fut fermée la porte Sainct-Martin, -et fut crié que nul ne fust si osé d'aller à Sainct-Laurens par -devocion[923] ne pour nulle marchandise, sur la hart, aussi ne fist on; -et la feste Sainct Laurens fut en la grant court[924] Sainct-Martin, et -là fut grant foison de peuple, mais nulle marchandise ne s'i vendoit, se -non des fromaiges et œufs, et de fruict de toutes manieres, selon la -saison. - - [923] La procession qui se faisait traditionnellement à - Saint-Laurent le jour de la fête de ce saint eut lieu cette année - à l'église du Sépulcre (rue Saint-Denis), à cause des incursions - ennemies. - - [924] Ms. de Paris: rue. - -518. Item, la premiere sepmaine de septembre l'an mil IIIIc XXIX, les -quarteniers, chascun en son endroit, commencerent à fortifier Paris, aux -portes de boulevars, es maisons qui estoient sur les murs affuster canons -et queues plaines de pierres sur les murs[925], redrecer les fossez -dehors la ville [et faire barrieres dehors la ville] et dedens. Et en -icellui temps les Arminalx firent escripre lettres scellées du seel du -conte d'Alençon, et les lettres disoient: «A vous, prevost de Paris et -prevost des marchans et eschevins», et les nommoient par leurs noms, et -leur mandoient des salus par bel langaige largement pour cuider esmouvoir -le peuple l'un contre l'autre et contre eulx, mais on apperçut bien leur -malice, et leur fut mandé que plus ne gastassent leur papier pour ce -faire, et n'en tint oncques compte. - - [925] Au moment de l'attaque de Paris par la Pucelle, les - tailleurs de pierres pour canons furent mandés par l'échevinage - afin de «besogner» de leur métier; un certain Hilaire Caillet fit - pour sa part onze cent soixante-seize boules de canon qu'il livra - aux portes en présence des dizeniers, cinquanteniers et échevins; - mais lorsqu'il s'agit du paiement, une contestation s'éleva entre - Hilaire Caillet et le prévôt des marchands, représentant - l'administration municipale, le tailleur de pierres réclamant - quatre livres par centaine de projectiles, l'un dans l'autre, - tandis que l'échevinage ne voulait allouer que deux francs (Arch. - nat., X{la} 4796, fol. 239-241). - -519. Item, la vigille de la Nativité Nostre-Dame en septembre, vindrent -assaillir aux murs de Paris les Arminalx et le cuidoient prendre -d'assault, mais pou y conquesterent, se ne fu douleur, honte et meschef, -car plusieurs d'eulx furent navrez pour toute leur vie, qui par avant -l'assault estoient tous sains, mais fol ne croit jà tant qu'il prent, -pour eulx le dy, qui estoient plains de si grant mal eur et de si malle -creance que pour le dict d'une creature qui estoit en forme de femme avec -eulx, que on nommoit la Pucelle, qui c'estoit, Dieu le scet, le jour de -la Saincte Nativité Nostre-Dame firent conjuracion, tous d'un accord, de -cellui jour assaillir Paris[926]. Et s'assemblerent bien XII mil ou -plus, et vindrent [environ] heure de grant messe, entre XI et XII, leur -Pucelle avec eulx et tres grant foison chariots, charettes et chevaulx, -tous chargez de grans bourées à trois hars pour emplir les fossez de -Paris; et commencerent à assaillir entre la porte Sainct-Honoré et la -porte Sainct-Denis, et fut l'assault tres cruel, et en assaillant -disoient moult de villeines parolles à ceulx de Paris. Et là estoit leur -Pucelle, à tout son estandart sur le condos des fossez, qui disoit à -ceulx de Paris: «Rendez-vous, de par Jhesus, à nous tost, car se vous ne -vous rendez avant qu'il soit [la] nuyt, nous y entrerons par force, -vueillez ou non, et tous serez mis à mort sans mercy.» «Voyre, dist ung, -paillarde, ribaulde!» Et traict de son arbaleste droit à elle et lui -perce la jambe tout oultre, et elle de s'enfouir, ung autre persa le pié -tout oultre à cellui qui portoit son estandart; quant il se senti navré, -il leva sa visiere pour veoir à oster le vireton de son pié, et ung autre -lui traict, et le saigne entre les II yeulx et le navre à mort, dont la -Pucelle et le duc d'Allençon jurerent depuis que mieulx ilz aymassent -avoir perdu XL des meilleurs hommes d'armes de leur compaignie. L'assault -fut moult cruel d'une part et d'autre, et dura bien jusques à quatre -heures après disner, sans que on sceust qui eut le meilleur. Ung pou -après IIII heures ceulx de Paris prindrent cuer en eulx, et tellement les -verserent de cannons et d'autre traict qui leur convint par force -reculler et laisser leur assault, et eulx en aller; qui mieulx s'en -povoit aller estoit le plus eureux, car ceulx de Paris avoient de grans -cannons qui gectoient de la porte Sainct-Denis jusques par delà -Sainct-Ladre largement, qui leur gectoient au dos, dont moult furent -espovantez; ainsi furent mis à la fuite, mais homme n'yssi de Paris pour -les suivir, pour paour de leurs embusches. En eulx en allant ilz -bouterent le feu en la granche des Mathurins, emprès les Pocherons, et -mirent de leurs gens qui mors estoient à l'assault, qu'ilz avoient -troussez sur leurs chevaulx, dedens cellui feu à grant foison, comme -faisoient les païens à Romme jadis. Et maudisoient moult leur Pucelle, -qui leur avoit promis que sans nulle faulte ilz gaigneroient à cellui -assault la ville de Paris par force, et qu'elle y gerroit celle nuyt, et -eulx tous, et qu'ilz seroient tous enrichiz des biens de la cité, et que -tous seroient mis, qui y mettraient aucune deffence, à l'espée ou ars en -sa maison; mais Dieu qui mua la grant entreprinse d'Olofernes par une -femme nommée Judihe ordonna par sa pitié autrement qu'ilz ne pansoient. -Car l'endemain[927] y vindrent querir par sauf conduit leurs mors, et le -herault qui vint avec eulx fut sarmenté du cappitaine de Paris combien il -y avoit eu de navrez de leurs gens, lequel jura qu'ilz estoient bien -quinze cens, dont bien Vc ou plus estoient mors ou navrez à mort. Et vray -est que en cellui assault n'avoit aussi comme nulz hommes d'armes que -environ XL ou L Anglois qui moult y firent bien leur devoir; car la plus -grant partie de leur charroy, en quoy ilz avoient admené leurs bourrées, -ceulx de Paris leur osterent, car bien ne leur devoit pas venir de -voulloir faire telle occision le jour de la Saincte Nativité Nostre-Dame. - - [926] Une relation circonstanciée de l'attaque de Paris par la - Pucelle, due à Nicolas Sellier, greffier du chapitre de - Notre-Dame, se trouve insérée dans les délibérations - capitulaires. Comme elle ne figure point parmi les témoignages - des chroniqueurs et historiens recueillis par M. Quicherat - (_Procès de Jeanne d'Arc_, t. IV) et qu'elle nous semble inédite, - nous pensons qu'il y a quelque intérêt à en reproduire le texte: - - Mercurii VII septembris. - - Hodie fit processio solemnis ad Sanctam Genovefam in Monte pro - malicia temporis et hostilitate inimicorum sedanda et pacificanda, - in qua intererunt canonici Palacii cum vera cruce. Et est sciendum - quod ipsi inimici dederunt insultum contra villam Parisiensem, - credentes eam capere et quotquot personas utriusque sexus - repperirent in ea, prout juraverant quemadmodum ipsimet - asserebant, interficere, et in vespere cessaverunt et se - retraxerunt. In crastinum vero, in die festi Nativitatis beate - Marie Virginis, cum eorum Puella, in qua tanquam in Deum suum - confidebant, iterum circa unam horam post meridiem suum insultum - inceperunt fortissimeque in eodem insultu continuaverunt, - fortissime totis viribus dimicantes usque ad mediam noctem, sed - obstante resistencia civium Parisiensium cum fiducia Dei et - gloriose Virginis cujus festum in eadem villa Parisiensi - honorificè celebrabatur, nichil finaliter fecerunt, nonnullos - Anglicos et alios vulneraverunt et paucissimos interfecerunt, de - suis quamplurimos perdiderunt, quorum non fuit numerus cognitus, - quia dictum est quod ipsos combusserunt. Eorum Puella in femore - vulnerata fuit, et credo quod propter hoc recesserunt, eciam una - videbant socios suos morientes et mortuos, et mortem timentes - retrocesserunt, dimiserunt maximum numerum boretarum ex quibus - volebant implere fossata ville et aliquas in eis dimiserunt paucas - tamen. Puella defferens suum vexillum venit super fossata, in quo - loco fuit, ut dicitur, vulnerata, VIc LX scalas dimiserunt et bene - IIIIor milia gallice _de clayes_, habuerunt ad illa omnia - afferendum bene trecentum quadrigas quas ipsimet ad colla - trahentes adduxerunt oneratas pisside, borretis, scalis et - _clayes_, quarum quadrigarum plures reduxerunt ad Sanctum - Dyonisium defferentes in eis suos vulneratos, alie Parisius - adducte fuerunt in crastinum, et reliquam partem combuxerunt, quia - repperte fuerunt rote centum, quare residuum earum presumitur - fuisse combustum in ipsa nocte ante recessum eorum, et sic - vituperose recesserunt. In crastinum Dalphinus eorum Rex fecit - celebrari plures missas in Sancto Dyonisio pro rege Karolo sexto, - suo patre. (Arch. nat., LL 216, fol. 173.) - - On lit cette note en marge du registre: De insultu inimicorum - contra villam Parisiensem malè consultorum: Ista Puella finaliter - fuit capta durante obsidione Compendii et in fine Rothomagi - condempnata et combusta. - - [927] Le lendemain de l'assaut donné à Paris, des reliques - égarées on ne sait par quel hasard furent trouvées dans les - champs et offertes au chapitre de Notre-Dame par un garçon de la - confrérie de S. Crépin et S. Crépinien; le 9 décembre 1429, par - décision des chanoines, ces reliques durent être soumises à - l'examen de l'official (Arch. nat., LL 216, fol. 182). - -520. Item, environ III ou IIII jours après, vint le regent à Paris[928] -et envoya de ses gens à Sainct-Denis, mais les Arminalx s'en estoient -partis sans riens paier de leurs despens, car ilz promettoient à ceulx de -Sainct-Denis de les paier des biens de Paris, quant ilz seroient entrez -dedens, mais ilz faillirent à leur intencion, pour quoy ilz tromperent -leurs hostes de Sainct-Denis et d'ailleurs. Et qui pis fut pour eulx, le -regent et les prevost de Paris et des marchans et eschevins de Paris les -orent en grant indignacion, pour ce que sitost se randirent aux Arminalx -sans cop ferir, et en furent condampnez en trs grans amendes, comme vous -orez cy après declairer pour vray. - - [928] La présence du régent à Paris est signalée le dimanche 18 - septembre; ce jour-là il vint faire ses dévotions à Notre-Dame - assez tard avant dîner, et déposa sur le grand autel une pièce - d'or en témoignage de munificence (Arch. nat., LL 216, fol. 175). - -521. Item, le vendredy derrain jour de septembre l'an mil IIIIc XXIX, -vint à Paris le duc de Bourgongne, à moult belle compaignie[929] et tant -grant qu'il convint que on les logeast es maisons des mesnaigiers et en -maisons vuydes, dont moult avoit à Paris, et avec porcs et vaches -couchoient leurs chevaulx. Et vint par la porte[930] Sainct-Martin et -amena avec lui sa seur, femme du duc de Bedfort, regent de France, qui -avec lui estoit, et avoit devant lui dix heraux, tous vestus de costes -d'armes du signeur à qui chascun estoit, et autant de trompettes; et en -celle pompe ou vaine gloire allerent par la rue Maubué à madame -Saincte-Avoye[931] faire leurs oblacions, et de là allerent à -Sainct-Paul. - - [929] Jean de Lancastre, accompagné des gens du conseil royal, du - prévôt des marchands, des échevins, se porta à la rencontre de - son beau-frère, le duc de Bourgogne, et se joignit à son cortège. - - [930] Ms. de Rome: rue. - - [931] Sainte-Avoye, communauté de pauvres femmes fondée en 1288 - par J. Sequence, chevecier de Saint-Merry, dans la rue - Sainte-Avoye à son point d'intersection avec la rue Rambuteau; ce - couvent, auquel étaient annexés une chapelle et un hôpital, a été - démoli lors du percement de la rue Rambuteau. - -522. Environ huit jours [après], vint le cardinal de Vincestre à belle -compaignie[932] et puis firent plusieurs conseilz, tant que enfin, à la -requeste de l'Université, de Parlement et de la bourgoisie de Paris, fut -ordonné que le duc anglois de Bedfort seroit gouverneur de Normendie, et -que le duc de Bourgongne seroit regent de France[933]. Ainsi fut fait, -mais moult laissoit envis le duc de Bedfort ledit gouvernement, si -faisoit sa femme, mais à faire leur convint[934]. Et quant les Anglois -furent partiz, qui partirent à ung sabmedi au soir, et allerent à -Sainct-Denis, faisant du mal assez, le duc de Bourgongne se parti après, -et print trefves aux Arminalx jusques à Nouel ensuivant, c'est assavoir, -pour la ville de Paris et pour les faulxbourgs d'autour tant seullement; -et tous les villaiges d'entour Paris estoient apatiz aux Arminalx, ne -homme de Paris n'osoit mettre le pié hors des faulxbourgs qui ne fust -mort, ou perdu, ou rançonné de plus qu'il n'avoit vaillant, ne si osoit -revancher; et si ne venoit rien à Paris pour vie de corps d'homme, qui ne -fust rançonné II ou III foys plus qu'elle ne valloit. Le cent de petis -costeretz valloit XXIIII solz parisis; le molle, VII[935] solz ou VIII -solz; II œufs, IIII deniers parisis; ung petit fromaige tout nouvel -fait, IIII blans; le boessel de poys, XIIII ou XV blans; et si couroit -tres forte monnoye, ne il n'estoit nouvelle, ne pour Toussains ne pour -autre feste en cellui temps, de haren froys, ne de quelque marée à Paris. - - [932] C'est le jeudi six octobre que «vint et entra à Paris le - cardinal d'Excestre, auquel fu au devant le duc de Bourgongne à - grant compaignie» (Arch. nat., X{la} 1481, fol. 18 vº). - - [933] Des lettres données le 13 octobre 1429 à la relation du - grand conseil tenu par le régent, assisté du cardinal - d'Angleterre, du duc de Bourgogne, du sire de Scales, de Jean - Falstaff, confièrent le gouvernement de Paris et des bailliages - limitrophes ainsi que la lieutenance à Philippe le Bon qui - s'était assuré l'adhésion du duc de Bedford, «occupé, disait-on, - au gouvernement du royaume, mesmement du duchié de Normandie». - Les lettres du 13 octobre furent publiées le même jour au Palais, - dans la grande salle sur la Seine, au milieu d'un concours - empressé de population, en présence du duc de Bourgogne qui fit - également promulguer la trêve conclue avec Charles VII (Arch. - nat., X{la} 8605, fol. 14). - - [934] Le duc de Bedford et sa femme quittèrent Paris le lundi 17 - octobre, en compagnie du duc de Bourgogne qui «les convoya - jusques à Saint-Denis où ilz demourerent tous au giste, et le - mardi ensuivant parti le duc de Bourgongne pour aler en son païs - de Flandres pour attendre et recevoir sa fiancée fille du roy de - Portugal» (Arch. nat., X{la} 1481, fol. 18 vº). - - [935] Ms. de Rome: XII. - -523. Item, le duc de Bourgongne, quant il ot esté environ quinze jours à -Paris, il se departy la vigille Sainct-Luc et emmena avec lui ses -Picquars qu'il avoit amenez, environ VIm, aussi fors larrons qu'il avoit -entré à Paris, puis que la maleureuse guerre estoit commencée, et comme -il paru bien en toutes les maisons où ilz furent logez. Et aussitost -qu'ilz furent partiz hors des portes de Paris, ilz n'encontroient homme -qu'ilz ne desrobassent ou batissent. Quant l'avangarde fut partie, le duc -de Bourgongne fist crier, comme une maniere d'apaiser gens simples, que -se on veoit que les Arminalx venoient assaillir[936] Paris, que on soy -deffendist le mieulx qu'on pouroit, et laissa sans garnison ainsi la -ville de Paris. Veez là tout le bien qu'il y fist pour la ville; or -n'estoient point les Anglois noz amis, pour ce que on les mist hors du -gouvernement. - - [936] Ms. de Paris: vinssent assieger. - -524. Item, avant que Nouel fust et que les trefves faillissent, firent -tant de maulx les Arminalx entour Paris, que oncques les tirans de Romme, -ne larrons de bois, ne murdriers, ne firent oncques plus grans tyrannies -souffrir à chrestiens qu'ilz faisoient, et avec la tyrannie prenoient -quanque avoient ceulx qui cheoient en leurs mains, jusques à vendre femme -et enfans, qui les eust peu vendre: et personne nulle ne leur -contredisoit, car le regent de France, duc de Bedfort, n'avoit cause de -s'en mesler, pour ce que on avoit fait le duc de Bourgongne regent, -lequel ot en icellui termine grant tribulacion. Car, comme il ot fait -tout bien et bel ordonner et appareiller tout quanque puet et doit -appartenir à nopces de si grant prince, et comme tout fut apresté, qu'il -n'atendoit de jour en jour que la dame qu'il devoit prendre à femme, qui -estoit fille du roy de Portugal[937], laquelle s'estoit mise en mer, et -quant elle fuyt[938] et sa mesniée pres de l'Escluse, aussi comme à une -veue, et que on commançoit ja la feste de sa venue, il vint ung vent qui -lui fut si contraire que elle fu eslongnée en pou de heure en ung -loingtain païs, qu'il fut plus de XL jours avant que on sceust la -certeneté en quel païs elle estoit arivée, et lui convint par force en la -terre son pere ariver en Arragon, et après fut elle ramenée au duc de -Bourgongne saine et sauve[939]. Et ce estoit la cause pourquoy il -entrelaissa ainsi Paris cellui temps. - - [937] C'est à tort que le ms. de Rome qualifie cette princesse de - «fille du roy d'Aragon», le ms. de Paris la désigne comme fille - du roi de Portugal. - - [938] Ms. de Rome: lui. - - [939] Isabelle, fille de Jean Ier roi de Portugal et de Philippe - de Lancastre, que le duc de Bourgogne épousa à Bruges le 10 - janvier 1430, était arrivée en vue du port de l'Écluse, - lorsqu'une violente tempête jeta le navire qui la portait sur les - côtes d'Angleterre, ainsi qu'en fait foi l'ordre de payement - délivré le 6 décembre 1429 à Guillaume Aleyn, clerc de l'hôtel du - roi d'Angleterre, pour les dépenses de la fille du roi de - Portugal récemment débarquée dans le pays et allant en Flandre - (Rymer, _Acta publica_, t. IV, p. 151). Isabelle de Portugal - n'eut donc pas à retourner dans les états de son père. - - - [1430.] - - -525. Et par celle faulte [et] que nul gouverneur n'avoit à Paris, ne qui -obviast à l'encontre des ennemis, et que rien ne venoit à Paris qui ne -fust rançonné deux ou trois foys[940] et qu'il le convenoit vendre, -quant il estoit arivé, si cher que povres gens n'en povoient avoir, si en -advint une grant douleur, car grant foison de povres mesnaigiers, dont -les aucuns avoient femmes et enfens, les autres non, s'en yssirent grant -foison de Paris, comme par maniere d'aler esbatre ou gaigner, et se -desespererent pour la grant pouvreté qu'ilz souffroient, et -s'acompaignerent avec autres qu'ilz trouverent, et commencerent par -l'ennortement de l'ennemi à faire tous les maulx que pevent faire -chrestiens, dont il convint par force que on s'assemblast pour les -prendre. Et en print on à la premiere fois IIIIxx XVII, et ung pou de -jours après on en pandit XII au gibet de Paris le IIe jour de janvier, et -le Xe ensuivant on en mena XI es halles de Paris, et leur coppa on les -testes à tous dix. Le unziesme estoit ung tres bel jeune filx d'environ -XXIIII ans, il fut despoullié et prest pour bander ses yeulx, quant une -jeune fille née des Halles le vint hardiement demander et tant fist par -son bon pourchas qu'il fut remené ou Chastellet, et depuis furent -espousez ensemble[941]. - - [940] Ce qui échappait aux coureurs de Charles VII était pillé - par les Anglais eux-mêmes qui ne se faisaient aucun scrupule - d'arrêter au passage les approvisionnements destinés à la - capitale. Dans les premiers mois de l'année 1430, à l'instigation - des échevins de Paris, divers marchands, notamment Alexandre des - Marais, changeur de la rue des Arsis, Jean de la Poterne, - Guillaume Lorget, Nicolas Scale, Gabriel Fatinant, Benoît Astay - et Jean de Goudonvilliers, commandeur de Saint-Jean de Jérusalem, - formèrent une association et firent charger à frais communs en - Normandie un bateau de blé, de lard, de beurre et d'autres - denrées; le chargement arriva sans encombre jusqu'à Triel le - vendredi après Pâques; là il fut en quelque sorte happé par - Jennequin Rippley et plusieurs Anglais de la garnison de - Pontoise, qui conduisirent le bateau dans cette ville et - s'adjugèrent le contenu. Les marchands lésés n'eurent d'autre - ressource que d'intenter un procès aux pillards par-devant le - Parlement et n'obtinrent qu'un résultat illusoire, c'est-à-dire - l'ouverture d'une enquête ordonnée le 7 septembre 1430 (Arch. - nat., X{2a} 20, fol. 193 vº). - - [941] Le cas n'est pas sans analogues et l'on pourrait citer plus - d'un condamné que sa bonne mine préserva d'une mort ignominieuse, - témoin ce malheureux sur le point d'être pendu à Verneuil et - sauvé du gibet par une jeune fille de quinze ans qui le demanda - pour mari (Arch. nat., JJ 172, no 406). - -526. Item, en cellui temps fut la Pasque le XVIIe jour d'avril, et fut si -tres cher et tres froit; valloit le molle de buche ix solz parisis, et le -costeret et le charbon ainsi cher ou plus, et toutes choses dont on -povoit vivre, se non pommes, dont les pouvres gens[942] avoient tant -seullement admendement; et pour la deffaulte de huylle on mengoit du -beurre en cellui karesme, es Halles, comme en charnaige. - - [942] Ms. de Paris: chrestiens. - -527. Item, le XXIe jour de mars, vindrent les Arminalx proier gens et -bestail, et firent cellui jour moult de maulx. Si le vint on dire à Paris -au sire de Saveuze[943], lequel s'arma lui et sa gent, et avec lui -plusieurs de Paris, avecques lesquelx avoit [ung quartenier], ung -eschevin de Paris et[944] receveur des aides, nommé Colinet de Neuville, -le bastart de Sainct-Paul[945], le bastart de Saveuze, tout fut prins, -[lesquelx], aussitost qu'ilz furent aux champs, se desréerent sans eulx -tenir ensemble, et tous furent prins en mains d'une heure, dont les -Arminalx orent tres grant finance. - - [943] Probablement Philippe de Saveuses, seigneur de Saveuses - après la mort de son frère Hector vers 1426. Monstrelet le cite - fréquemment parmi les seigneurs du parti anglo-bourguignon. - - [944] «De Paris et» manque dans le ms. de Rome. - - [945] Jean de Luxembourg, seigneur de Montmorency, reçut des - Anglais en 1429 le commandement de la forteresse de Meaux et fut - créé chevalier de la main même du duc de Bedford lors de - l'expédition de ce prince sous les murs de Senlis; le bâtard de - Saint-Pol était du nombre des personnages qui assistèrent aux - noces de Philippe le Bon célébrées à Bruges le 10 janvier 1430; - le jeune roi d'Angleterre l'attacha à sa personne comme grand - maître de son hôtel; c'est en cette qualité qu'on le voit figurer - au festin donné au Palais après le sacre de Henri VI, au mois de - décembre 1431 (Monstrelet, t. IV, _passim_). Jean de Luxembourg - prit part en 1452 à la campagne contre les Gantois et y arma - chevalier le comte d'Étampes (G. Chastellain, t. II, p. 235). - -528. Item, quant les Arminalx virent que leurs choses de toutes pars leur -venoient si bien à point, si s'enhardirent et vindrent le vendredy -ensuivant, XXIIIe jour de mars, environ mynuit, à tout eschelles devant -Sainct-Denis, et l'eschellerent et entrerent dedens, et tuerent les -bonnes gens qui faisoient celle nuyt le guet sans mercy; et après -allerent parmy la ville tuant et occiant quanque ilz encontroient, et -pillerent celle nuyt la ville et tuerent grant foison des Picquars qui y -estoient en garnison, et enmenerent presque tous leurs chevaulx, et quant -ilz furent bien troussez, ilz laisserent la ville et s'en allerent à tout -leur pillaige qui moult grant estoit et trop. - -529. Item, en celluy temps furent aucuns des grans de Paris, comme de -Parlement et du Chastellet, et des marchans et gens de mestier, qui -firent ensemble conjuracion[946] de mettre les Arminalx dedens Paris, à -quelque dommaige que ce fust, et devoient estre signez de certains signes -quant les Arminalx entreroient à Paris, et qui n'auroit ce signe estoit -en peril de mort. Et y avoit ung carme nommé frere Pierre d'Allée, qui -estoit porteur et rapporteur des lettres de ung lès et d'autre, mais Dieu -ne voult pas souffrir que si grant homicide fust faicte en la bonne -cité[947] de Paris, car le carme fut prins, qui moult en encusa par -gehenne que on lui fist. Et vray fut que la sepmaine de la Passion, entre -Pasque fleurie et le dimenche devant, on en print plus de CL, et la -vigille de Pasques flouries, on en coppa à VI la teste es Halles[948]; on -en noya, aucuns moururent par force de gehenne, aucuns finerent par -chevance, aucuns s'enfouirent sans revenir. Quant les Arminalx virent -qu'ilz orent failli à leur entreprinse, ilz furent tous desesperez, et -n'esparnoient ne femme ne enfent qu'ilz ne prinssent, [et] venoient -jusques aux portes de Paris sans contredit de nully, mais on attendoit de -jour en jour le duc de Bourgongne, qui n'alla ne vint, passa janvier, -fevrier, mars et avril. - - [946] Les détails les plus précis sur la conspiration d'avril - 1430 et sur les stratagèmes que devaient employer les conjurés - pour introduire les Français sont fournis par les lettres de - rémission accordées à Jean de Calais, révélateur du complot. - Quelques années auparavant, nous rencontrons un personnage du - même nom impliqué dans une affaire de coups et blessures envers - un chanoine du Saint-Sépulcre, écolier de l'Université. Ce Jean - de Calais avait su dégager sa responsabilité, tandis que - Guillaume Doucet, son complice, était condamné à faire amende - honorable à l'Université, dans l'église des Mathurins (Arch. - nat., X{la} 64, fol. 235 vº). Ce qui est hors de doute, c'est que - Jean de Calais était né à Paris et qu'il y rentra après la - réduction de la capitale par Charles VII; il fut même appelé aux - fonctions d'échevin le 23 juillet 1440 (_Ibid._, KK 1009, fol. - 6). Voir la note consacrée à Jean de Calais par M. Longnon - (_Paris pendant la domination anglaise_, p. 303). - - [947] Ms. de Paris: ville. - - [948] Le 8 avril, on exécuta aux Halles les conjurés dont - Fauquembergue donne les noms: JEAN DE LA CHAPELLE, clerc des - comptes, l'âme de la conspiration, fut décapité et écartelé; - grands et petits se disputèrent ses dépouilles; Jean Bourdin, - geôlier des prisons du Châtelet, revendiqua la robe longue de - viollet fourrée que portait Jean de la Chapelle lorsqu'il fut - amené au Châtelet (Arch. nat., Y 5230, fol. 23 rº). Jean de - Villiers, sire de l'Isle-Adam, se fit adjuger ses biens - confisqués (_Ibid._, JJ 174, no 354) et soutint un procès au - Parlement contre la veuve et les enfants mineurs du condamné, - lesquels réclamaient 60 livres de rente (_Ibid._, X{la} 4796, - fol. 224 vº; X{la} 1481, fol. 32 rº). RENAUD SAVIN et PIERRE - MORANT, procureurs au Châtelet, furent décapités; GUILLAUME - PERDRIAU et JEAN LE FRANÇOIS, dit Baudrain, décapités, le second - écartelé; JEAN LE RIGUEUX, boulanger, décapité. Un autre - adhérent, dont ne parle point le greffier du Parlement, mais cité - dans la rémission de Jean de Calais, est ce Jacquet Guillaume - demeurant à l'Ours, à la Porte Baudoyer, déjà connu par les - lettres de rémission qu'il obtint en janvier 1424 (Longnon, - _Paris pendant la domination anglaise_, p. 118); il subit - également la peine capitale, sa femme Jeannette fut bannie du - royaume et ses biens confisqués (Arch. nat., Y 5230, fol. 36 vº). - Quant à JACQUET PERDRIEL, qui parvint à s'échapper, ses biens - saisis, entre autres un hôtel sis rue de la Verrerie, furent - donnés à Jean Stanlawe, trésorier de l'hôtel du duc de Bedford - (_Ibid._, JJ 174, fol. 137 vº). Cf. Longnon, _Paris pendant la - domination anglaise_, p. 303. - -530. Le XXIe jour d'avril, allerent bien IIIc Angloys ou environ pour -cuider prendre ung chastel nommé la Chasse[949], mais [par] leur -convoitise ilz se transporterent à Chele[-Saincte-Baudour[950]] et -pillerent la ville et puis l'abbaye, et s'en vindrent devant ledit -chastel ainsi troussez des biens de l'eglise et des laboureurs, dont il -leur meschut tres griefment; car ce pendent qu'ilz pillerent ladicte -abbaye, les Arminalx eulx assemblerent des garnisons d'entour et les -encloyrent entre le chastel et eulx. Si ne sorent oncques les entendre, -car ceulx de dedens les greverent moult de trait, et ceulx de derriere -les assaillirent si asprement que en bien pou de heure furent tous mors -ou prins; et ainsi donq les Arminalx furent moult enrichiz, car ilz orent -tous leurs chevaulx et tout ce qu'ilz avoient pillié à Chelle, et les -rançons des vivans et la despoulle des mors. - - [949] La forteresse de la Chasse, en la forêt de Montmorency, fut - réduite par le comte de Norfolk en même temps que celles de - Dammartin-en-Goelle et Montjay (Monstrelet, t. IV, p. 495). Ce - lieu fortifié avait pour capitaine en juin 1437 un écuyer du nom - de Jacquet de Sèvres (Arch. nat., Zº{1a} 10, fol. 48 rº). - - [950] Chelles (Seine-et-Marne, arr. de Meaux, cant. de Lagny). - -531. Item, le XXVe jour dudit moys, l'endemain de Sainct-Marc, firent -tant les Arminalx, par leur force ou par traïson, qu'ilz gaignerent -l'abbaye de Sainct-Mor-des-Fossez; et partout leur venoit bien, ne -oncques puis que le conte de Salcebry fut tué devant Orleans, ne furent -les Angloys en place dont il ne leur convint partir à tres grant damage -ou à tres grant honte pour eulx. - -532. Item, celle année, avoit foison roses blanches au jour de Pasques -flouries, qui furent le VIIIe jour d'avril l'an mil IIIIc XXIX, tant -estoit l'année hastive[951]. - - [951] «Tant estoit l'année hastive» manque dans le ms. de Rome. - -533. Item, le XXVIe jour dudit moys, l'an mil IIIIc XXX, firent faire les -gouverneurs de Paris[952] [grans] feus, comme on fait à la Sainct-Jehan -d'esté, pour ce que le peuple s'esbahissoit de ce que les Arminalx -avoient partout le meilleur où ilz venoient, et firent entendre au -peuple que c'estoit pour le jeune roy Henry[953] qui se tenoit roy de -France et d'Angleterre, qui estoit arivé à Boullongne, lui et grant -foison de souldoiers, pour combatre les Arminalx, dont il n'estoit rien, -ne du duc de Bourgongne nouvelle nulle n'estoit. Si estoit le monde aussi -comme au desespoir de ce que on ne gaingnoit rien, et que les gouverneurs -leur faisoient ainsi entendant que brief ilz auroient secours, dont -quelque signeur ne faisoit nul semblant de secours, ne d'aucun traicté, -pour quoy [moult] des mesnaigers de Paris se departoient, de quoy Paris -affeblioit moult. - - [952] «De Paris» manque dans le même ms. - - [953] Le jeudi 28 avril 1430, vint la nouvelle à Paris que le - jeune roi d'Angleterre venait de débarquer à Calais. Pour - célébrer son heureuse arrivée, le chancelier fit chanter un _Te - Deum_ à Notre-Dame et allumer des feux de joie dans les rues de - Paris; le lendemain il y eut processions générales de Notre-Dame - à Sainte-Geneviève (Arch. nat., X{la} 1481, fol. 26 rº; X{la} - 4796, fol. 204 rº). - -534. Item, la sepmaine de may, avoit à la porte Sainct-Antoine -prinsonniers, dont l'un avoit paié sa rançon, et estoit eslargy et alloit -avec les gens du chastel à son plaisir. Si trouva un jour que cellui qui -gardoit les prinsons s'endormy après disner sur ung bang, comme on fait -en esté, si lui osta les clefs ainsi comme il dormoit et ouvry la -prinson, et en deslia trois avec lui, et vindrent où cil dormoit encore, -et autres l'un ça, l'autre là, et frapperent sur eulx pour les tuer, et -en navrerent à mort deux ou trois, avant que les gens qui estoient du -chastel en peussent rien ouyr. Quant ilz sorent comment lesdiz -prinsonniers avoient ouvré, si acoururent à l'aide de leurs compaignons -hastivement, et le signeur de l'Isle-Adam qui leans estoit, qui en estoit -cappitaine et de la ville de Paris, vint tost où cilz estoient. Si les -escrie, et fiert d'une hache qu'il tenoit le premier qu'il trouve, si -l'abat mort; les autres ne porent fuir, si furent tretous prins, et -recongnurent qu'ilz avoient en pencée de tuer tous ceulx qui estoient -dedens le chastel et de livrer le chastel aux Arminalx pour prendre Paris -par traïson ou autrement. Et tantost qu'ilz orent ce dit, si les fist le -cappitaine tous tuer et trayner en la riviere. - -535. Item, en celle année, le XIIe et [le] XIIIe jour de may, gellerent -avecques toutes les vignes, qui estoient les plus belles par apparance de -foison de grappes [et grosses] que homme les eust veues puis XXX ans -devant. Ainsi plut à Dieu qu'il advenist, pour nous donner exemple que en -ce monde n'a rien seur, comme il appert de jour en jour. - -536. Item, le XXIIIe jour de may, fut prinse devant Compigne dame -Jehanne, la Pucelle aux Arminalx, par messire Jehan de Luxembourc et ses -gens[954], et bien mil Anglois qu'ilz venoient à Paris, et furent bien -IIIIc des hommes à la Pucelle que tuez que noyez. Après ce, le dimenche -ensuivant, vindrent les mil Angloys à Paris et allerent asseger les -Arminalx qui estoient dedens l'abbaïe de Sainct-Mor-[des-Fossez], si ne -se tindrent point et rendirent ladicte abbaïe, sauve leur vie, sans rien -emporter que ung baston en leur poing, et estoient bien c; et fut le IIe -jour de juing mil IIIIc XXX. - - [954] C'est le mercredi 24 mai 1430, veille de l'Ascension, que - Jeanne d'Arc fut prise sous les murs de Compiègne. - -537. Item, en celui temps, la livre de beurre sallé valloit III solz -parisis de tres forte monnoye, et la pinte de huylle de noiz, VI solz -parisis. Et pour certain, aussitost que les Arminalx furent departiz, les -Anglois, bon gré ou mal gré de leurs cappitaines, pillerent toute -l'abbaïe et la ville si au net que ilz n'y laisserent pas les culliers au -pot qu'ilz n'emportassent[955], et ceulx de davant à leur entrée avoient -bien pillié, et les derrains encore rien n'y laisserent; quelle pitié! - - [955] Ms. de Paris: apportassent. - -538. Item, en cellui moys de juing, n'estoit encore aucune nouvelle du -roy Henry d'Angleterre, qu'il fut point passé la mer, et les gouverneurs -de Paris firent entendant au peuple des le jour Sainct-George, qu'il -avoit passé la mer par decza, dont ilz firent faire les feus parmy Paris; -dont le menu peuple n'estoit pas bien comptent pour la buche qui tant -estoit chere, et que bien savoient les aucuns qu'il n'estoit point passé -deça la mer[956]. - - [956] L'incrédulité que manifeste l'auteur du journal au sujet de - l'arrivée en France de Henri VI d'Angleterre est inexplicable, - car l'on voit à la date du 13 juin que le jeune roi était attendu - à Paris, ainsi que l'atteste la délibération du Parlement ayant - pour objet de déterminer «en quel estat et en quelz habis» les - membres de la compagnie iraient au-devant du roi; il fut décidé - que les conseillers clercs du Parlement, vêtus de robes longues - en drap _pers_ avec chaperons fourrés, et les lays de simple - drap, montés tous sur des chevaux, se porteraient hors des murs à - la rencontre du souverain (Arch. nat., X{la} 1481, fol. 28 rº). - -539. Item, du duc de Bourgongne n'estoit nulle nouvelle qu'il deust -venir, et si n'estoit il sepmaine qu'on ne l'atandist depuis janvier, et -c'estoit pres de la Sainct-Jehan, mais aussi le donnoient à entendre les -gouverneurs au peuple pour les appaisier, mais ilz disoient, quant on -parloit de son venir, les aucuns et le plus: _Patrem sequitur sua -proles_; «vraiement les enfens ensuivent voulentiers leur pere», et plus -n'en disoient. Et vraiement encore passa juillet que de lui n'estoit -nouvelle, fors qu'il avoit grant foison Picquars, qui des le moys d'avril -avoient mis le siege devant Compigne, mais encore n'y avoient rien fait -ou moys d'aoust. Et vraiement IIIc Anglois faisoient [plus] en armes que -Vc Picquars, et si n'estoit nulz plus fors larrons et mocqueurs de gens; -et les Anglois gangnerent bien XII forteresses entour Paris en ung moys, -et après allerent à Corbeil la IIe sepmaine de juillet. - -540. Item, le XVIIe jour de juillet, à ung lundi, vigille Sainct-Arnoul, -fut la cloche de Nostre-Dame fondue et nommée Jaqueline[957], et fut -faicte par ung fondeur nommé Guillaume Sifflet[958], et pesoit quinze mil -ou environ. - - [957] _Jacqueline_, l'une des deux grosses cloches de Notre-Dame, - avait été offerte par Jean de Montaigu, grand maître de l'hôtel - de Charles VI, et devait son nom à Jacqueline de la Grange, femme - de ce personnage; l'entretien de ce bourdon était ruineux et le - chapitre cherchait à s'en décharger sur l'évêque, comme le montre - un procès plaidé au Parlement en 1426 (Arch. nat., X{la} 4794, - fol. 287 rº; X{la} 65, fol. 187 vº). Cette cloche se brisa le - jour de l'élection de Nicolas Fraillon et sa refonte fut décidée; - le 7 novembre 1429, on avisa le chapitre de N.-D. qu'un individu - s'offrait pour ce travail, qui fut entrepris; c'est bien le lundi - 17 juillet que la nouvelle cloche fut fondue par maître Guillaume - Sifflet qui y employa 17,842 livres de matière, savoir: 11,542 - livres provenant de l'ancienne cloche hors d'usage, 3,200 livres - représentant le poids d'une autre cloche brisée trouvée dans le - vieux beffroi, plus 3,100 livres de métal neuf acheté; - l'opération réussit à merveille, et la cloche fondue sans le - moindre défaut pesait 16,192 livres. Le mercredi 2 août, le - chapitre décida qu'avant de remettre à G. Sifflet son obligation, - la cloche Jacqueline serait visitée en présence des chanoines par - des ouvriers experts (Arch. nat., LL 216, fol. 78, 179, 209, - 210). Quatre années s'étaient à peine écoulées que Jacqueline - nécessitait de nouvelles réparations; le 11 août 1434, Berthelot - de Louvain, serrurier de N.-D., refit un battant de cette cloche, - et les chanoines ne la laissèrent sonner à Noël qu'après s'être - assurés qu'il n'y avait aucun risque à courir (_Ibid._, LL 217, - fol. 106, 124). - - [958] Antérieurement à l'année 1430, Guillaume Sifflet et sa - femme occupaient un hôtel sis en la rue des Étuves, à l'enseigne - de la Pomme de Pin (Arch. nat., Y 5231, fol. 11 vº). - -541. Item, le sire de Roz, ung chevalier angloys, vint à Paris le -mercredi XVIe jour d'aoust l'an mil IIIIc XXX, le plus pompeusement que -on vit oncques chevalier, s'il n'estoit roy ou duc, ou conte; car il -avoit devant lui IIII menesterelz jouans trompes, clerons, tous jouans de -leurs instrumens; mais le vendredy ensuivant, fortune lui fut trop -contraire, car les Arminalx vindrent prendre la proie devers la porte -Sainct-Anthoine, et prindrent beufs, vaches, brebis et autre bestail, et -s'en tournerent atout. Quant le sire de Roz le sceut, il alla à toutes -ses gens après et poursuivy fort, et ung autre chevalier anglois qui -estoit cappitaine du Boys de Vicennes[959], qui le suyvi de pres, et -autres, et virent les Arminalx qui passoient Marne par dela Sainct-Mor; -si les suyvirent, et aucuns se mirent en la riviere, qui bien virent le -gué par où les Arminalx passerent, et allerent oultre. Le sire de Roz -failly à trouver le gué et soy bouta en la riviere trop hardiement, et le -cappitaine du Bois de Vicennes qui aussi faillyt, et ung autre chevalier -nommé monseigneur de Moucy[960], et plusieurs autres qui tous furent -noyez, et grant foison d'Arminalx aussi le furent; mais ceulx qui -passerent besongnerent si bien qu'ilz rescouirent[961] tous les -prinsonniers et la proie, et avec ce prindrent le cappitaine de Langny -messire Jehan Foucault[962], et plusieurs autres tuerent, et plusieurs -d'eulx furent tuez. Et n'estoit gueres quinze jours qu'il ne venist à -Paris III ou IIIIc ou plus ou mains d'Anglois, mais aussitost qu'ilz -alloient sur les Arminalx, touzjours perdoient aussitost qu'ilz -frappoient ensemble, et les Arminalx les mettoient tous à mort; -et disoit que c'estoit pour ce, que puis le siege fut mis devant -Orleans, quele onte de Salcebry pilla et fist piller l'eglise -Nostre-Dame-de-Clery[963], lequel mourut tantost après par cas de -meschief d'une piece de cannon qui rompit. - - [959] Jean de Honneford, chevalier anglais, était capitaine du - Bois de Vincennes de 1425 à 1426, mais exerçait-il encore ce - commandement en 1430? Il est permis d'en douter, avec d'autant - plus de raison que, d'après Monstrelet, le duc de Bourgogne, - après le départ de Jean de Bedford en 1429, renouvela - complètement le personnel chargé de garder les points fortifiés - voisins de la capitale, ce qui s'accorde avec un document cité - par le P. Anselme dans son _Hist. généal._ (t. VI, p. 668), où le - seigneur de Mouchy, dont est question plus loin, figure à la date - du 29 mars 1429 en qualité de capitaine du Bois de Vincennes. - Voici les noms des officiers qui se succédèrent au château du - Bois de 1418 à 1426: en 1418, Ch. Boistel; ensuite, Andry de - Salins jusqu'au mois de juin 1420; puis, Pierre le Verrat, - remplacé à la fin de décembre de la même année par un chevalier - anglais, le comte de Huntington; en 1423, Huguenin de Saubertier; - en 1425, J. de Honneford (Arch. nat., X{la} 4792, fol. 41 rº; - X{la} 4793, fol. 253 rº; X{la} 4794, fol. 45 rº, 179 rº; P 1189. - _Revue archéologique_, année 1854, p. 456). - - [960] Pierre de Trie, dit Patrouillart, seigneur de Mouchy le - Chatel et de Grigny, soutint en 1427 un procès au Parlement avec - Emmeline de Nostemberch, au sujet d'un fief de 200 livres de - rente (Arch. nat., X{la} 4795, fol. 85 rº). Suivant le P. - Beurrier, célestin, que cite le P. Anselme (_Hist. gén._ t. VI, - p. 668), il serait mort en 1433; mais le récit de notre - chroniqueur est conforme à la vérité, car, le 23 septembre 1430, - Guillaume l'Étendard, écuyer, seigneur de Beauchesne, héritier - sous bénéfice d'inventaire de Pierre de Trie, après avoir prêté - au Châtelet serment de féauté et juré l'observation du traité de - Troyes, obtint un répit pour bailler son aveu et dénombrement; en - outre, comme plusieurs des biens qui devaient lui revenir se - trouvaient entre les mains des Français, il déclara faire toutes - oppositions de droit (Arch. nat., Y 5230, fol. 75 rº). - - [961] Ms. de Paris: recouvrerent. - - [962] Jean Foucaut, «vaillant chevalier de Limosin» (Cousinot de - Montreuil, Chron. _de la Pucelle_, p. 335), conduisait les - archers dans l'armée de Charles VII, il fut chargé de la défense - de Lagny au mois de septembre 1429 en compagnie d'Ambroise de - Loré. Après la réduction de Paris en 1436, messire Jean Foucaut, - avec un écuyer du nom de Pierre Jaillet, commandait les gens - d'armes et de trait en garnison à Saint-Denis (Arch. nat., KK - 284, fol. 16). - - [963] C'est au mois de septembre 1428 que le comte de Salisbury - envoya des Anglais «en tres grant nombre en l'eglise de Clery qui - la pillerent et y firent des maux innumerables» (_Chron. de la - Pucelle_, p. 257). - -542. Item, après fut levé le siege qui tant avoit cousté, et tant de -leurs gens prins et mors. - -543. Item, depuis que ce qu'il fist à Lusarches en l'eglise de -Sainct-Cosme et puis à Chele Saincte-Baudour, et tantost après -furent resque tous prins et tuez; et puis que ont ilz fait à -Sainct-Mor-des-Fossez en l'eglise, et partout où ilz pevent avoir le -dessus? Les eglises sont pillées, qui n'y demoure ne livres, ne la -bouette ou couppe où le corps de Nostre-Seigneur repose, ne reliques, -pour tant qu'il y ait or ou argent, ou aucun mettal, qu'ilz ne gettent -soit le corps Nostre-Seigneur, soient reliques. Tout ne leur chault, ou -des corporaulx, n'y laissent ilz nulz qui puissent, et n'y a aucun qui -soit maintenant aux armes, de quel costé qu'il soit, François ou Anglois, -Arminac ou Bourgoignon ou Picquart, à qui il eschappe rien qu'ilz -puissent, s'il n'est trop chault ou trop pesant, dont c'est grant pitié -et dommaige que les signeurs ne sont d'accort. Mais, se Dieu n'en a -pitié, toutte France est en grant danger d'estre perdue, car de toutes -pars on y gaste les biens, on y tue les hommes, on y boute feus, et n'est -estrange ne privé qui point en die: _Dimitte_, mais touzjours va de mal -en pis, comme il appert. - -544. Vray est que le jour Sainct-Augustin, en aoust mil IIIIc XXX, L ou -LX voyturiers ou environ, que de Paris que d'entour, allerent querre des -blez qui pres du Bourgel estoient nouveaux soiez, et estoient aux -bourgois de Paris. Les Arminalx le sceurent par leurs espies dont ilz -avoient assez à Paris, si vindrent sur eulx à grant puissance; si se -combatirent le mieulx qu'ilz porent noz gens de Paris. Mais rien ne leur -valu, car tantost les Arminalx les desconfirent [et en tuerent moult], et -tout le remenant qu'ilz ne tuerent mirent en leurs prinsons, et par leur -grant mauvaistie mirent le feu dedens les blez qui es chariotz et -charrettes estoient, et tout ardoient que rien n'en fut rescous que les -ferreures; et quant ilz veoient aucun de ceulx qui estoit à la terre -navré à mort ou mains que mort, qui remuoit, ilz le prenoient et le -gettoient dedens le feu qui moult grant estoit, car tout le blé et tout -le charroy estoit en feu et en flambe. - -545. Item, sans ceulx qui furent mors, ilz en prindrent bien VIxx ou plus -et tous les chevaulx, et les rançonnerent. Et à celle heure de maleur -ariva le connestable de France à Paris, nommé le signeur de Stanfort, -atout une tres grant compaignie d'Angloys, et passa à une lieue ou -environ pres de la place où ilz se combatoient, et si n'en sot rien, dont -ce fut grant pitié et grant domage; car la plus grant partie de ceulx qui -furent prins estoient tous mesnaigers aians femmes et enfens, qui furent -auques tous à pouvreté par les rançons qu'il leur convint paier, ou estre -mors sans mercy. - -546. Item, le IIIe jour de septembre, à ung dimenche, furent preschées au -parvis Nostre-Dame[964] deux femmes, qui environ demy an devant avoient -esté prinses à Corbeil et admenées à Paris, dont la plus aisnée -Pieronne[965] et estoit de Bretaigne bretonnant; elle disoit et vray -propos avoit que dame Jehanne, qui se armoit avec les Arminalx, estoit -bonne, et ce qu'elle faisoit estoit bien fait et selon Dieu. - - [964] Bien que le manuscrit de Rome porte «puis Nostre-Dame,» la - leçon «parvis» que nous donne le ms. de Paris, leçon adoptée par - M. Vallet de Viriville (_Procès de condamnation de Jeanne d'Arc_, - traduit du latin, 1867, p. LXIV), nous semble préférable. - - [965] Pieronne la Bretonne ou Perinaïk, ainsi que la nomme M. de - la Villemarqué, était l'une des pénitentes du frère Richard; elle - suivit Jeanne d'Arc à sa sortie de Sully, fut prise à Corbeil par - les Anglo-Bourguignons, jugée à Paris en cour d'église, et périt - comme la Pucelle sur le bûcher (Vallet de Viriville, _Procès de - condamnation de Jeanne d'Arc_, p. LXIV). - -547. Item, elle recognut avoir deux foys receu le precieux corps -Nostre-Seigneur en ung jour. - -548. Item, elle affermoit et juroit que Dieu s'apparoit souvant à elle en -humanité, et parloit à elle comme amy fait à autre, et que la darraine -foys qu'elle l'avoit veu, il estoit long vestu de robe blanche, et avoit -une hucque vermeille par dessoubz, qui est aussi comme blaspheme. Si ne -s'en volt oncques revocquer de l'afermer en son propos qu'elle veoit Dieu -souvent [vestu] ainsi, par quoy cedit jour elle fut jugée à estre arce, -et le fut, et mourut en ce propos cedit jour de dimenche, et l'autre fut -délivrée pour celle heure. - -549. Item, le lendemain jour de lundy, IIIIe jour de septembre mil IIIIc -XXX, venoit par la riviere XXIII fonces chargées de vivres et d'autre -marchandise; si ot grosses parolles entre les gens d'armes et les -mariniers, et à celle heure ariverent les Arminalx moult cruellement sur -eulx, et pour le descort qui entre eulx estoit, et especialment en XIII -de leurs fonces ilz orent trop pou de deffence en eulx; et furent prins -bien VIxx personnes[966] et plus sans les mors, et les dix qui n'avoient -point de descort le firent si bien qu'ilz passerent eulx et leurs dix -fonces et vindrent à port sauvement, et pour ce descort entre gens en -doubte est trop grant peril, comme il appert à ce royaulme de France. - - [966] «Personnes» manque dans le ms. de Rome. - -550. Item, l'endemain que le sire de Stanfort[967] fut arivé à -Paris[968], il fist aller asseger la ville de Brie-Conte-Robert et la -print d'assault au IIe jour, mais il n'ot pas si tost le chastel, mais -tost après se rendirent ceulx de dedens. Quant est de monseigneur de -Bourgongne, n'estoit nulle nouvelle grant piece après la Sainct Remy ne -de personne qui bien voulsist[969] à la bonne ville de Paris, et bien y -apparoit, car il n'y avoit que ung pou de ne scay quelx larrons à Langny, -mais nul ne y mettoit remede que toutes les sepmaines ne prinssent à -quelque porte de Paris ou bien pres hommes, femmes, enfens, bestail sans -nombre dont ilz avoient grant finance et touzjours or ou argent, et ceulx -qui ne povoient paier leurs rançons estoient acoupplez à cordes et gectez -en la riviere de Marne, ou panduz par les gorges, ou en vieilles caves -liez sans jamais leur donner que menger. Et si n'estoit rien qui de -quelque bien pour corps humain, qui peust ariver à Paris sans estre en -leur danger, tant gardoient bien tous les passaiges par terre et par -eaue, et tellement à la Sainct Remy IIIIc XXX la buche estoit si chere -que le cent de petis costeretz de Bondy ou de Boulongne-la-Petite -coustoit XXIIII solz parisis forte monnoie, que on soulloit avoir pour VI -ou pour VII solz, et le molle de buche X solz parisis, que on soulloit -avoir pour VIII ou pour IX blans. - - [967] Ms. de Rome: le seigneur d'Estanfort. - - [968] Selon Fauquembergue, Humphrey, comte de Stafford, - connétable de France pour le roi d'Angleterre, quitta Paris le - vendredi 1er septembre et y revint le lundi 9 octobre, après la - «recouvrance et demolicion de la forteresse de la Queue en Brie» - et de diverses autres places, telles que Brie-Comte-Robert - enlevée à Jacques de Milly, et Jean de la Haye, Grand-Puits, - Rampillon (Monstrelet, t. IV, p. 405; Arch. nat., X{la} 1481, - fol. 32 rº, 34 vº). - - [969] Ms. de Paris: bien vouast. - -551. Item, en cellui an fut tres bel aost et tres belles vendenges, et -furent les vertjus hastifs, car aussitost qu'ilz estoient entonnez, ils -commençoient à boullir ou à gieter pour mieulx dire; et furent les vins -tres bons, et en avoit on assez bon compte, car on avoit une pinte de bon -vin pour tout homme d'onneur pour VI deniers parisis la pinte, aussi c'om -l'avoit à Rouen pour VI blans, ce[970] tesmoignoient ceulx qui en -bevoient[971] que tres bien cognoissoient que estoit bon vin. - - [970] Ms. de Rome: et. - - [971] Ms. de Paris: venoient. - - - [1431.] - - -552. Item, passa septembre, octobre, novembre, [decembre,] janvier -jusques au penultime jour, qui estoit la feste Saincte Bauldour, que le -duc de Bedfort, lequel on disoit le regent de France, vint à tres belle -compaignie[972], car il amena avec lui bien cinquante six bateaux, et XII -fonsses, tous chargez de biens de quoy corps de homme doit vivre, et ne -les volt oncques laisser qu'il ne les veist touzjours, ou feist veoir, -tant qu'ilz fussent à Paris. Et disoit tout le peuple que passé a IIIIc -ans, ne vint si grant foison de biens pour une foys, et disoit on par -maniere d'esbatement: «Le duc de Bedfort a amené par le plus fort temps -pour estre en riviere qu'on vit oncques gueres faire.» Car le vent fut -sans cesser bien trois sepmaines si tres cruel qu'on le vit oncques, et -touzjours il plouvoit, et les eaues si tres parfaictement grandes, et les -Arminalx qui de toutes pars mettoient grans embusches pour le destruire -et sa compaignie, mais oncques ne l'oserent assaillir; et si fu tesmoigné -par les heraux qu'ilz estoient bien IIII contre ung, et disoit on pour ce -que en ce fort temps et contremont l'eaue, que le duc de Bourgongne en -feroit venir aval eaue du païs d'amont dans[973] telz temps, car il est -regent de France, et verra on bien comment il besongnera bien, mais il -sera avant après Pasques l'an mil CCCC XXXI, car à present il est trop -embesongné pour sa femme qui a geu nouvellement d'un beau filx qui fut -christianné le jour Sainct-Anthoine en janvier, mais il fut né le ..... -jour du moys de .....[974]; et on dit communement que la premiere année -du mariaige on doit complaire à l'espousée, et que ce sont tretoutes -nopces, et pour celle cause n'a peu assez vacquer devant Compigne tant -qu'il l'eust prinse. Ainsi disoit on du duc de Bourgongne, et pis assez, -car ceulx de Paris especialment l'amoient tant comme on povoit amer -prince; et en vérité il n'en tenoit compte s'ilz avoient faing ou soif, -car tout se perdoit par sa negligence, aussi bien en son païs de -Bourgongne comme entour Paris; et pour ce disoient ilz ainsi, comme gens -moult troublez pour ce que on ne gaignoit rien, car marchandise ne -couroit point; par ce mouroient les pouvres gens de fain et de pouvreté, -dont ilz le maudisoient souvent et menu, moult doloreusement et à secret -et en appert, comme desesperez et non creans qu'il tiengne jamais nulle -chose qu'il promette. - - [972] Le duc de Bedford, venant de Rouen, rentra à Paris le mardi - 30 janvier à quatre heures après midi, avec toute une cargaison - de vivres et provisions destinés aux habitants de Paris, - impatiemment attendue, si l'on en juge par la procession qui eut - lieu à Notre-Dame le 12 janvier pour la préservation des biens - arrivant par la Seine (Arch. nat., LL 216, fol. 231). Cette - flottille, grâce à l'escorte du régent, arriva à bon port et fut - amarrée entre Saint-Denis et Paris (_Ibid._, X{la} 1481, fol. 39 - rº). - - [973] Ms. de Rome: deux. - - [974] Les dates sont restées en blanc dans les mss. de Rome et de - Paris; ce fils d'Isabelle de Portugal, qui reçut le nom - d'Antoine, vit le jour à Bruxelles le 30 septembre 1430, mais il - ne vécut qu'une année. Sa mort causa un vif chagrin au duc de - Bourgogne, qui s'écria, rapporte Monstrelet (t. IV, p. 430): - «Pleust à Dieu que je fusse mort aussi josne, je me tenrois bien - heurés.» - -553. Item, après la venue du regent, bien pou [de temps], encheri tant le -blé à Paris que le sextier [de blé], qui ne valloit devant sa venue que -XL solz parisis, ou XLII ou environ, valu ou moys ensuivant LXXII solz -ou V frans, tout mesalé, dont le pain appetissa tant[975] que le pain -d'un blanc tres noir et tres mesalé ne pesoit gueres plus de XII onces, -et en mangoit bien ungs laboureurs III ou quatre par jour; car pouvres -gens n'avoient ne vin ne pitance, se non ung pou de noiz et du pain et de -l'eaue, car pois ne feves ne mangoient point, car ilz coustoient trop en -achapt et plus en cuire, et pour ce s'apetissoit moult Paris de gens. - - [975] L'autorité s'émut de ce renchérissement et prit les mesures - nécessaires pour y porter remède; le prévôt de Paris ordonna aux - officiers du Châtelet de se transporter chez les boulangers de - Paris, tandis que le Parlement chargeait de son côté un boulanger - de la rue Saint-Antoine, au four Saint-Éloy, de faire la - «visitacion» du pain dans les boutiques des boulangers forains - (Arch. nat., X{la} 1481, fol. 41 vº, 42 rº). - -554. Item, en cellui mars, le regent fist faire aux pouvres gens de Paris -certains gens d'armes dont trop furent grevez, mais à faire leur convint. -Après on alla à Gournay[976] et fut prins, et après alla on à la tour de -Montgay[977] et fut prinse par composicion le dix huitiesme jour de mars, -et puis allerent devant Langny, et là firent par plusieurs foys grans -assaulx, [mais] en la fin n'y orent point de honneur, car ceste malle -œuvre se faisoit la sepmaine peneuse; mais ceulx de dedens eulx -deffendirent si bien que pour certain fut gecté en la ville IIIIc et XII -pierres de cannon en ung jour, qui ne firent oncques mal à personne que à -ung seul coq qui en fut tué, dont fut grant merveille, que bel fut à -ceulx du regent et de Paris de laisser leur siege et de s'en venir[978], -et s'en vindrent la veuillie de Pasques qui furent cellui an le premier -jour d'avril l'an mil CCCC XXXI; et disoit on par mocquerie qu'ilz -estoient ainsi revenus pour eulx confesser et ordonner à Pasques en -leurs parroisses. - - [976] Dès l'année 1431, la garde de Gournay fut confiée à Thomas - Kyriel, chevalier anglais, qui était encore pourvu de ce - commandement en 1433 et 1434; lors de la campagne de 1449, qui se - termina par l'expulsion des Anglais, Gournay avait pour capitaine - Guillaume Carwan, lequel traita de la reddition de cette place - (Arch. nat., JJ 175, fol. 41.--Listes de places fortes tenues par - les Anglais dans Stevenson, _Wars of the English_, vol. II, part. - II, pag. 544, 622). - - [977] La tour de Montjay était située au nord-ouest de Lagny, sur - le territoire de Villevaudé (Seine-et-Marne). En 1419, un écuyer, - du nom de Girard Rolin, qui commandait à Lagny, était en même - temps capitaine de cette petite forteresse; c'est dans la grosse - tour de Montjay que furent alors enfermés des gens de la garnison - de Meaux faits prisonniers et mis à grosse rançon par le même - Girard Rolin (Arch. nat., X{la} 63, fol. 409 rº). - - [978] «De laisser leur siege et de s'en venir» manque dans le ms. - de Rome. - -555. Item, environ la my avril, pour la grant charté de tous vivres et -pour les mauvaises gaignes qui pour lors à Paris estoient, à ung sabmedi, -XIIIIe jour dudit moys d'avril, la vigille de _Misericordia Domini_, fut -nombré que par eaue que par terre se parti de Paris bien XIIc personnes -sans les enfans, parce qu'ilz n'avoient de quoy vivre et qu'ilz -perissoient de fain. - -556. Item, le lundy ensuivant, se parti environ C hommes d'armes de Paris -et allerent vers Chevreuse[979] à une [vieille] forte maison nommée -Damiette[980], où avoit bien XL larrons dedens qui faisoient tous les -maulx qui pevent estre fais; et furent prins et admenez à Paris le jeudy -ensuivant, et furent par nombre tous acoupplez ensemble, XXIX, tous -jeunes hommes qui le plus vieil n'avoit point plus de XXXVI ans. - - [979] A cette époque Chevreuse et Marcoussis avaient un capitaine - commun, Gauvain le Roy, cité dans des lettres de rémission du 8 - février 1432 (Arch. nat., JJ 175, fol. 28). - - [980] Damiette (Seine-et-Oise), commune de - Saint-Remy-lez-Chevreuse. - -557. Item, le sabmedi ensuivant, furent pandus XIII au gibet de Paris, et -deux quant on les print devant leur forteresse, et neuf qui eschapperent -comme saiges. - -558. Item, le XXIIe jour d'avril l'an mil CCCC XXXI, allerent les gens du -regent, qui avoient esté à Damiette, à la Motte, et prindrent cent -murdriers qui là estoient, dont en pandit VI audit lieu, et en admena à -Paris tous, comme davant est dit, tous acoupplez et liez de cordes, le -XXVIe jour dudit moys, le nombre de IIIIXX [XIIII]. - -559. Item, le lundy ensuivant, derrain jour d'avril, on pandit au gibet -de Paris des larrons qui estoient de la prinse de la Motte, XXXII. - -560. Item, le vendredy ensuivant, [IIIIe jour de may], des larrons qui à -la Motte avoient esté prins on pandit au gibet de Paris XXX; ainsi furent -panduz en ce lundy et vendredy LXII de ces larrons. - -561. Item, le XXVe jour de may, vendredy ensuivant, fut faicte une -procession generalle à Nostre-Dame de Paris, et de là on alla aux -Augustins. Là fut faicte une predicacion, en laquelle predicacion fut -monstré et déclaré le tres hault bien espirituel que pappe Martin, Ve de -ce nom, avoit donné et octroié à la feste du Sainct Sacrement à tous -loyaux chrestiens qui seroient en estat d'avoir celui bien[981], c'est -assavoir, vray confées et repentant; vray fut que celui XXVe jour fut le -vendredy davant la Feste Dieu. Ce jour prescha ung maistre en theologie -et devisa au peuple comment pappe Urbain, quart de ce nom, ordonna -premierement à celebrer ladicte solempnité tout temps le jeudy premier -après les octabes de Penthecoste, et les pardons qu'il y donna, c'est -assavoir, aux premieres vespres, à matines, à la procession, à la grant -messe, aux vespres du jour, pour chascune de ces quatre, C jours de leurs -penitences enjoinctes. - - [981] Ces indulgences pour la fête du Saint-Sacrement furent - accordées par Martin V en vertu de bulles du 26 mai 1428. - -562. Item, à ceulx qui seroient à prime, tierce, sexte, none, complie -ledit jour, pour chascune heure XL jours, et pour ceulx qui seront aux -dictes heures durans les octaves, pour chascun jour C jours de pardon. - -563. Item, ladicte feste fut premierement [establie[982]] par Gilles -l'Augustin[983] mil IIIIc XVIII[984], en celui an, l'ordonna ledit pappe -Urbain, IIIIe de ce nom, et le jour Sainct Urbain fut faicte la -predicacion. - - [982] Ce mot indispensable au sens n'est donné par aucun - manuscrit. - - [983] Vraisemblablement Egidio Colonna, connu en France sous le - nom de Gilles de Rome, général de l'ordre des Augustins et - théologien éminent, auteur du _De regimine principum_; ce - personnage mourut en 1316. - - [984] Ms. de Paris: mil IIIIc XVIII.--Cette date n'est pas plus - exacte que celle de 1418 donnée par le ms. de Rome; la fête du - Saint-Sacrement fut instituée par le pape Urbain IV en 1264, dans - la dernière année de son pontificat. - -564. Item, vray est que pappe Martin, le cinquiesme de ce nom, lequel -trespassa l'an mil IIIIc XXX, donna et octroia à tous ceulx qui en estat -de grace juneroient la vigille du Sainct Sacrement ou feroient autre -penitance par le conseil de leur confesseur, pour ce que en icellui temps -il fait chault et greve[985] moult à jeuner à aucunes gens, il donne--à -chascun qui bonnement fera celui jour ladicte penitance--C jours de -pardon; et qui sera aux premieres vespres, à matines, à la messe, aux -secondes vespres, à chascune heure IIc jours de pardon; et qui sera à -toutes les autres heures du jour, pour chascune heure IIIIxx jours de -pardon; pour chascune heure des octabes, c'est assavoir, matines, messe -et vespres, cent jours de pardon, et pour les autres heures, pour -chascune quarante jours. - - [985] Ms. de Paris: gehenne. - -565. Item, à tous prelatz qui ont dignité, qui seroient aucunement -empeschez pour le bien de l'Eglise ou pour le bien commun, ou pour la -foy, qui ne pevent estre au sainct service celui jour, ou les octabes, il -leur octroie autel pardon, comme se ilz y estoient presens, car bonne -voulenté est reputée pour le fait. - -566. Item, à tous ceulx qui devottement et à jeun sans fabler, ne sans -bouter l'un l'autre cent jours de pardon, [et pour tous ceulx qui ce jour -recevront Nostre Seigneur cent jours de pardon.] - -567. Item, à tous prebstres, qui devottement celui jour et chascun jour -des octabes celebreront en la reverence de la feste, [pour chascun jour -cent jours de vray pardon]. - -568. Item, se aucunes eglises sont entredictes par cas de hastif meschef, -comme aucunes fois avient en aucunes terres, il octroie que celui jour et -les octabes on puist celebrer es dictes terres ou eglises, à portes -toutes ouvertes, sains sonnans, c'est assavoir, tous excommeniez et tous -ceulx par qui l'entredict seroit seroient hors boutez de l'eglise et du -service. - -569. Item, à tous ceulx qui devottement envoieront ou porteront lumiere à -convoier le precieux Sainct Sacrement le jour, ou quant on le porte à -aucun malade par la ville, ou qui le convoiront allant et venant en -devocion et reverance, pour chascune foys cent jours, et pour tous ceulx -qui le feroient voulentiers et ne pevent, L jours de pardon. - -570. Item, il ordonne que tous prelatz ou curez, de quelque estat qu'ilz -soient, tous les ans d'ores en avant, le dimenche des octabes de la -Penthecoste, ilz prononcent ou facent prononcer le dessusdit pardon aux -bons chrestiens, à ce que par negligence ne les perdent. - -571. Ainsi furent les dessusdiz pardons publiez, premierement en l'eglise -de Sainct-Augustin, à Paris, le jour Sainct Urban pappe et martir, XXVe -jour de juing mil IIIIc XXXI. - -572. Item, la vigille du Sainct Sacrement en cellui an, qui fut le XXXe -jour de may oudit an XXXI, dame Jehanne qui avoit esté prinse devant -Compigne, que on nommoit la Pucelle, icellui jour fut fait ung -preschement à Rouen, elle estant en ung eschauffaut que chascun la povoit -veoir bien clerement, vestue en habit de homme, et là lui fut demonstré -les grans maulx doloreux qui par elle estoient advenus en Chrestienté, -especialment ou royaulme de France, comme chascun scet, et comment le -jour de la Saincte Nativité Nostre-Dame elle estoit venue assaillir la -ville de Paris à feu et à sang, et plusieurs grans pechez enormes qu'elle -avoit fait et fait faire, et comment à Senliz et ailleurs elle avoit fait -ydolatrer le simple peuple, car par sa faulce ypocrisie ilz la suyvoient -comme saincte pucelle, car elle leur donnoit à entendre que le glorieux -archange sainct Michel, saincte Katherine et saincte Marguerite et -plusieurs autres sains et sainctes se apparoient à lui souvent et -parloient [à lui], comme amy fait à l'autre, et non pas comme Dieu a fait -aucunes fois à ses amis par revelacions, mais corporelment et bouche à -bouche ou amy à autre. - -573. Item, vray est qu'elle disoit estre aagée environ de XVII ans[986], -sans avoir honte que maugré pere et mere et parens et amis, que souvent -alloit à une belle fontaine ou païs de Louraine, laquelle elle nommoit -Bonne Fontaine aux Fées Nostre-Seigneur, et en cellui lieu tous ceulx du -païs, quant ilz avoient fievres, ilz alloient pour recouvrer garison. Et -là alloit souvent ladicte Jehanne la Pucelle soubz ung grant arbre qui la -fontaine ombreoit, et s'apparurent à lui saincte Katherine et saincte -Marguerite, qui lui dirent qu'elle allast à ung cappitaine que ilz lui -nommerent[987], laquelle y alla sans prendre congié à pere ne à mere; -lequel cappitaine la vesti en guise de homme, et l'arma et lui sainct -l'espée, et lui bailla ung escuier et IIII varletz, et en ce point fut -montée sur ung bon cheval. Et en ce point vint au roy de France et lui -dist que du commendement de Dieu[988] estoit venue à lui, et qu'elle le -feroit estre le plus grant signeur du monde, et qu'il fust ordonné que -tretous ceulx qui lui desobeiroient fussent occis sans mercy, et que -sainct Michel et plusieurs anges lui avoient baillé une coronne moult -riche pour lui, et si avoit une espée en terre aussi pour lui, mais elle -ne lui baudroit tant que sa guerre fust faillie[989]. Et tous les jours -chevaulchoit avec le roy, à grant foison de gens d'armes, sans aucune -femme, vestue, atachée et armée en guise de homme, ung gros baston en sa -main, et quant aucun de ses gens mesprenoit, elle frappoit dessus de son -baston grans coulz, en maniere de femme tres cruelle. - - [986] M. Quicherat conjecturait, non sans raison, que l'âge de 27 - ans assigné à la Pucelle par les éditeurs de notre chronique ne - pouvait provenir que d'une erreur de transcription; les mss. de - Rome et de Paris nous permettent de rétablir la vraie leçon, XVII - ans, la seule qui soit conforme aux données historiques. - - [987] Robert de Baudricourt, capitaine de Vaucouleurs. - - [988] Ms. de Rome: de lui. - - [989] Ms. de Paris: Mais elle ne lui vaudroit tant qu'elle fust - faillie. - -574. Item, dist que elle est certaine de estre (en) paradis en la fin de -ses jours. - -575. Item, dist que elle est toute certaine que ce est sainct Michel et -saincte Katherine et saincte Marguerite qui à lui parlent souvent, et -quant elle veult, et que bien souvent les a veuz avec couronnes d'or en -leurs testes, et que tout ce qu'elle fait est du commandement de Dieu, -et, plus fort, dit qu'elle scet grant partie des choses à advenir. - -576. Item, plusieurs foys a prins le precieux sacrement de l'autel toute -armée, vestue en guise de homme, les cheveulx rondiz, chapperon -deschicqueté, gippon, chausses vermeilles atachées à foison aguillettes, -dont aucuns grans signeurs et dames lui disoient en la reprenant de la -derision de sa vesture, que ce estoit pou priser Nostre Seigneur de le -recevoir en tel habit, femme qu'elle estoit, laquelle leur respondit -promptement, car pour rien n'en feroit autrement et que mieulx aimeroit -mourir que laisser l'abit de homme pour nulle defense, et que, se elle -vouloit, elle feroit tonner et autres merveilles, et que une foys on -(volt) lui faire [de son corps] desplaisir, mais elle sailly d'une haulte -tour en bas sans soy blecier aucunement[990]. - - [990] Allusion à la chute que fit Jeanne d'Arc en essayant de - s'échapper du château de Beaurevoir en Cambresis, où elle avait - été enfermée par Jean de Luxembourg; mais cette tentative - d'évasion ne se rattache nullement aux obsessions dont l'héroïne - aurait été l'objet durant sa captivité de la part d'un écuyer de - Jean de Luxembourg, Aymon de Macy. - -577. Item, en plusieurs lieux elle fist tuer hommes et femmes tant en -bataille comme de vengence voluntaire, car qui n'obeïssoit aux lettres -qu'elle faisoit elle faisoit tantost mourir sans pitié quant elle en -avoit povoir, et disoit et affermoit que elle ne faisoit nulle rien que -par le commandement que Dieu lui mandoit tres souvent par l'archange -sainct Michel, saincte Katherine et saincte Marguerite, lesquelx lui -faisoient ce faire, et non pas comme Nostre Seigneur faisoit à Moyse au -mont de Synaï, mais proprement lui disoient des choses secretes à -advenir, et qu'ilz lui avoient ordonné et ordonnoient toutes les choses -qu'elle faisoit, fust en son habit ou autrement. - -578. Telles faulces erreurs et pires avoit assez[991] dame Jehanne, et -lesquelles lui furent toutes declairées devant [tout] le peuple, dont ilz -orent moult grant orreur quant ilz ouirent raconter les grans erreurs -qu'elle avoit eues contre nostre foy et avoit encore, car pour chose que -on lui demonstrast ses grans malefices et erreurs, elle ne s'en effroioyt -ne esbahissoit, ains respondoit hardiement aux articles que on lui -proposoit devant elle, comme celle qui estoit toute plaine de l'ennemy -d'enfer; et bien y paru, car elle veoit les clercs de l'Université de -Paris[992] qui si humblement la prioient qu'elle se repentist et revocast -de celle malle erreur, et que tout luy seroit pardonné par penitance, ou, -se non, elle seroit devant tout le peuple arse et son ame dampnée ou fons -d'enfer, et lui fut monstré l'ordonnance et la place où le feu devoit -estre fait pour l'ardoir bientost, se elle ne se revocquoit. Quant elle -vit que c'estoit à certes, elle cria mercy et soy revocqua de bouche, et -fut sa robe ostée et vestue en habit de femme, mais aussitost qu'elle se -vit en tel estat, elle recommença son erreur comme devant, demandant son -habit de homme. Et tantost elle fut de tous jugée à mourir, et fut liée à -une estache qui estoit sur l'eschaffaut qui estoit fait de plastre, et le -feu sus lui, et là fut bientost estainte et sa robbe toute arse, et puis -fut le feu tiré ariere, et fut veue de tout le peuple toute nue et tous -les secrez qui pevent estre ou doyvent [estre] en femme, pour oster les -doubtes du peuple. Et quant ilz orent assez et à leur gré veue toute -morte liée à l'estache, le bourel remist le feu grant sur sa pouvre -charongne qui tantost fut toute comburée, et os et char mise en cendre. -Assez avoit là et ailleurs qui disoient [qu'elle estoit martire et pour -son droit signeur, autres disoient] que non et que mal avoit fait qui -l'avoit tant gardée. Ainsi disoit le peuple[993], mais quelle mauvestie -ou bonté qu'elle eust faicte, elle fut arse celui jour. - - [991] Ms. de Paris: celle dame. - - [992] Les clercs de l'Université de Paris dont veut parler - l'auteur du Journal sont vraisemblablement Gérard Feuillet, - Jacques de Touraine, Nicolas Midy, Maurice du Quesnoy et - Guillaume le Boucher, tous docteurs et professeurs en la faculté - de théologie de Paris, qui dans la séance du 18 avril adjurèrent - Jeanne d'Arc de renoncer à ses erreurs et de se soumettre à - l'Église (Quicherat, _Procès de Jeanne d'Arc_, t. I, p. 375). - - [993] Tout ce qui est de nature à nous éclairer sur les - manifestations de l'opinion publique au moment où Jeanne d'Arc - remplissait sa sublime mission mérite de fixer l'attention des - érudits; aussi lira-t-on avec intérêt, croyons-nous, les propos - tenus à Abbeville sur la Pucelle l'année même de sa mort, tels - que nous les trouvons rapportés dans des lettres de rémission du - 6 juillet 1432, lettres dont personne à notre connaissance n'a - tiré parti. «Après que nos ennemis et adversaires, estant en leur - compaignie la femme vulgaument nommée la Pucelle, furent venus en - nostre ville de Paris, un certain jour, lesd. supplians (deux - habitants d'Abbeville) estans en la compaignie d'un nommé Colin - Broyart devant et assez pres de l'ostel d'un mareschal nommé - Guillaume du Pont en nostre ville d'Abbeville, entendirent que - aucuns parloient des faiz et abusions de ladicte nommée - vulgaument la Pucele, et par especial un herault, auquel herault - ledit Petit eust dit: _Bran! bran! et que chose que dist ne fist - icele femme n'estoit que abusion_, et pareillement le dirent - ledit Colin et autres dessusdiz, _et que à icele femme l'en ne - devoit adjouster foy, et que ceulx qui en icele avoient creance - estoient folz et sentoient la persinée_, ou paroles semblables en - substance.» (Arch. nat., JJ 175, no 125.) - -579. Et celle sepmaine fut prins le plus mauvais et le plus tirant et le -mains piteux de tous les cappitaines qui fussent de tous les Arminalx, et -estoit nommé pour sa mauvestie La Hire; et fut prins par povres -compaignons et fut mis ou chastel de Dourdan[994]. - - [994] Étienne de Vignolles, dit La Hire, en ce moment chargé de - la défense de Louviers, fut fait prisonnier par les Bourguignons - au sortir de cette place, mais sa captivité ne fut pas de longue - durée, car il assista à la bataille dite du Berger livrée près de - Beauvais vers le 12 août. - -580. Item, le jour Sainct Martin le Boullant fut faicte une procession -generalle à Sainct-Martin-des-Champs, et fist on une predicacion, et la -fist ung frere de l'ordre sainct Dominique[995] qui estoit inquisiteur de -la foy, maistre en theologie, et prononça de rechief tous les fais de -Jehanne la Pucelle. Et disoit qu'elle avoit dit qu'elle estoit fille de -tres pouvres gens, et que environ l'aage de XIIII ans elle s'estoit ainsi -maintenue en guise de homme, et que son pere et sa mere l'eussent -voulentiers faicte des lors mourir, s'ilz eussent peu sans blecer -conscience, et pour ce se departy de eulx acompaignée de l'ennemy -d'enfer, et depuis vesqui homicide de chrestienté, plaine de feu et de -sanc, jusques à tant qu'elle fut arse; et disoit qu'elle se fust -revocquée, et que on lui ot baillé penitance, c'est assavoir, IIII ans en -prinson à pain et à eaue, dont elle ne fist oncques jour, mais se faisoit -servir en la prinson comme une dame, et l'ennemy s'apparu à lui lui IIIe, -c'est assavoir, sainct Michel, saincte Katherine et saincte Marguerite, -comme elle disoit, qui moult avoit [grant] paour qui ne la perdist, c'est -assavoir, iceulx ennemy ou ennemiz en la fourme de ces III sains, et lui -dist: «Meschante creature, qui pour paour de la mort[996] as laissé ton -habit, n'aies paour, nous te garderons moult bien de tous.» Par quoy sans -attendre se despouilla et se revestit de toutes ses robbes qu'elle -vestoit quant elle chevauchoit, que boutées avoit ou feurre de son lict, -et se fia en l'ennemy tellement qu'elle dist qu'elle se repantoit de ce -que oncques avoit laissé son habit. Quant l'Université ou ceulx de par -elle virent ce et qu'elle estoit ainsi obstinée, si fut livrée à la -justice laie pour mourir. Quant elle se vit en ce point, elle appella les -ennemys qui se apparoient à lui en guise de sains, mais oncques, puis -qu'elle fut jugée, nul ne s'apparut à elle pour invocacion qu'elle sceust -faire, adong s'avisa, mais ce fut trop tart. Encore dist il en son sermon -qu'ilz estoient IIII, dont les III avoient esté prinses, c'est assavoir, -ceste Pucelle, et Peronne et sa compaigne, et une qui est avec les -Arminalx, nommée Katherine de la Rochelle[997], laquelle dit, que quant -on sacre le precieulx corps Nostre Seigneur, que elle veoit merveilles du -hault secret de Nostre Seigneur Dieu; et disoit que toutes ces quatre -pouvres femmes frere Richart le cordelier, qui après lui avoit si grant -suyte quant il prescha à Paris aux Innocens et ailleurs, les avoit toutes -ainsi gouvernées, car il estoit leur beau pere, et que le jour de Noel en -la ville de Jarguiau il bailla à ceste dame Jehanne la Pucelle trois foys -le corps Nostre Seigneur, dont il estoit moult à reprandre, et l'avoit -baillé à Peronne celui jour deux foys, par le tesmoing de leur -confession et d'aucuns qui presens furent aux heures qu'il leur bailla le -precieux sacrement. - - [995] Jean Graverent, dominicain, docteur et professeur en - théologie, succéda dans l'office de grand inquisiteur de France à - Jacques Suzay, que cite du Boulay à l'année 1422 (_Hist. Univ._ - t. V, p. 323); il s'abstint de prendre part au procès de Jeanne - d'Arc et délégua ses pouvoirs à Jean Lemaître (Quicherat, _Procès - de Jeanne d'Arc_, t. I, p. 2). Ce Jean Graverent était l'un des - partisans déclarés de la cause anglaise à Paris, comme en - témoigne la prestation de serment qu'il fit devant le Parlement - le vendredi 26 août 1429, en qualité de prieur des Jacobins; il - ne doit pas être confondu avec son homonyme, Jean Graverent, qui - remplit les fonctions curiales dans l'église Saint-Christophe de - la Cité, de 1437 à 1453, lequel n'était lors de son installation - que maître ès-arts et bachelier en théologie (Arch, nat., LL 217, - fol. 322; LL 220, fol. 427). - - [996] «De la mort» manque dans le ms. de Rome. - - [997] Catherine de la Rochelle s'était rencontrée avec Jeanne - d'Arc à Jargeau et à Montfaucon en Berry vers le mois de décembre - 1429; après la prise de l'illustre héroïne, cette aventurière - vint à Paris, y fut arrêtée et traduite devant l'official qui lui - fit subir un interrogatoire; elle déposa contre Jeanne d'Arc, - donnant à entendre qu'elle sortirait de prison par le secours du - diable, si l'on ne faisait bonne garde. L'autorité ecclésiastique - relâcha sa prisonnière, car au mois de juillet 1431 Catherine de - la Rochelle se trouvait de nouveau dans les rangs des Armagnacs - (Quicherat, _Procès de Jeanne d'Arc_, t. I, p. 100, 295; t. V, p. - 473; Vallet de Viriville, _Procès de condamnation de Jeanne - d'Arc_, préface, p. LXI-LXV). - -581. Item, cel année fut la Sainct Dominique au dimenche, et ce jour -revint le regent à Paris, lequel avoit esté espié des Arminalx. Quant il -cuida passer Mante, ilz le cuiderent prendre, mais comme bien advisé -repassa la riviere et vint jour et nuyt, tant qu'il fut à Paris, et vint -par la porte Sainct-Jacques le jour Sainct Dominique, et ses gens -tindrent pié à leurs ennemis tant que de toutes pars en demoura plus que -mestier ne fust. La nouvelle de ce courut jusques à ceulx de l'ost qui -estoient devant Loviers, si laisserent II ou III cappitaines le siege à -toutes leurs gens, qui cuidoient que le regent fust prins; quant ilz -sorent que non estoit, si se enhardirent et allerent jusques devant -Beauvays et s'embuscherent, si fut dit à ceulx de la cité, si se -hasterent d'yssir qui mieulx mieulx. Les gens du regent sorent leur -maniere par leurs espies, si en yssi une partie qui se mirent entre la -ville et les Arminalx, et les autres vindrent par devant et les -assaillirent moult asprement[998], et eulx se deffendirent moult bien, -mais quant ilz virent venir par darriere les autres, si cuiderent que -plus fussent trop qu'ilz n'estoient. Si se desconfirent de eulx mesmes, -et furent prins les plus gros cappitaines ou tuez, et entre les autres -avoit ung meschant nommé Guillaume le Berger[999] qui faisoit les gens -ydolatres en luy, et chevaulchoit de costé, et monstroit de foys en -autres ses mains et ses piez et son costé, et estoient tachez de sanc -comme sainct Françoys. Et fut prins ung cappitaine nommé Poton de -Sainct-Traille, de moult grant renommée, et autres assez, et furent -[menez] à Rouen. - - [998] Cette rencontre entre les Anglais commandés par les comtes - de Warwick, d'Arondel, de Salisbury, de Suffolk, et les Français - sous les ordres du maréchal de Boussac, de Poton de Saintrailles, - de Louis de Waucourt et de La Hire eut lieu vers le 12 août entre - Beauvais et Savignies; elle est connue dans l'histoire sous le - nom de bataille du Berger (v. _Lefèvre de Saint-Remy_, édit. - Buchon, c. CCXXII). - - [999] Guillaume de Mende, dit le Petit Berger, visionnaire idiot - substitué à la Pucelle par Renaud de Chartres, archevêque de - Reims, eut une piteuse odyssée: tombé au pouvoir des Anglais, - conduit d'abord à Rouen, puis ramené à Paris pour être donné en - spectacle lors de l'entrée du roi d'Angleterre, il finit par - disparaître sans laisser de traces. Suivant un chroniqueur - bourguignon, Lefèvre de Saint-Remy (édit. Buchon, p. 526), «le - pauvre bregier fut gecté en la riviere de Seine» et noyé sans - autre forme de procès. - -582. Item, le jour de la my aoust mil IIIIc XXXI, cuisy ung boulenger en -la rue Sainct-Honoré du pain bien largement de tres belle farine, et -quant il fut cuit bien et bel, il fut de couleur de cendre, dont il fu si -grant parler à Paris que le plus disoient que c'estoit signifiance de -tres grant mal advenir, les autres disoient que c'estoit miracle, pour ce -que cuit avoit esté le jour de l'Assumpcion Nostre Dame; brief, Paris -estoit tout esbahi de ceste merveille, et n'y avoit celui qui n'en -jugeast en aucune maniere. Et fut le boullenger prins et sa farine -pareillement, et en fist le prevost de Paris cuire, et quant il fut cuit -et ordonné le mieulx que faire se povoit, il fu trouvé autel que l'autre -ou plus lait; si se conseilla la justice, et du blé veoir voldrent et ne -virent point ou blé nulle deffaulte, si en firent mouldre et cuire de -rechief, mais il fut autel comme devant est dit. Là avoit aucuns marchans -qui blé congnoissoient, qui dirent que en aucun païs où ilz avoient esté -avoient mengé de tel pain plusieurs foys, especialment en aucunes -contrées de Bourgongne, et est tres bon et savoureux à menger, et advient -par une herbe qui croist avec le blé souvent, que on nomme la roivolle, -et vray estoit; mais le peuple de Paris ne s'en povoit appaisier, et -n'estoit pas filx de bonne mere qui n'avoit ung morsel de ce pain pour -monstrer l'un à l'autre pour la coulleur. - -583. Item, en octobre ensuivant, le XXVe jour, se partirent de la ville -de Louviers, qui bien l'avoient tenue cinq moys ou environ contre les -Anglois[1000]; et fu par composicion qu'ilz emporterent tout ce qu'ilz -porent emporter, et si orent grant finance avec, et encore estoit en la -composicion que les Angloys ne devoient à tous les habitans de la ville -reproucher ne faire aucun grief par pillaige ou autrement; mais de ce se -parjurerent, car aussitost que la garnison fut yssue, ilz firent tout le -contraire de ce qu'ilz avoient promis, et si firent abatre les murs de -tout entour; quant ilz orent fait leur voulenté, qui ne fu gueres à leur -honneur, ilz allerent à Rouen, c'est assavoir, les plus grans pour eulx -aisier. Et disoit on qu'il vendroit tant de buche, mais que la ville de -Louviers fut délivrée, que chascun en vauldroit mieulx; mais tantost -après, environ huit jours, elle enchery de [tournois] à Paris, ou plus. -Et disoient les gouverneurs et faisoient dire de jour en jour que le duc -de Bourgongne venoit à Paris, et que pour vray il admenoit avec lui ung -legat du pappe, et que eulx deux devoient mettre bonne paix entre Charles -qui se disoit roy de France [et Henry qui se disoit roy de France] et -d'Angleterre, mais cela n'estoit que pour appaisier le peuple qui moult -estoit en grant oppression; car, en vérité, le duc de Bourgongne ne -tenoit compte de tous ceulx de Paris ne du royaume en rien qui soit, et -pour ce vint Henry à Paris bien acompaigné, et y fut sacré et couronné. - - [1000] Le recouvrement de Louviers tenait tellement à cœur aux - Anglais qu'ils n'épargnèrent aucun sacrifice pour se rendre - maîtres de cette place; trois jours après la mort de Jeanne - d'Arc, c'est-à-dire le 3 juin 1431, le roi d'Angleterre, par un - mandement à l'adresse de Thomas Blount, ordonnait la dépense - d'engins de guerre destinés au siège de Louviers (Arch. nat., K - 63, no 1315). - -584. Item, le jour Sainct André, darrain jour de novembre, vint gesir -Henry, aagé de IX ans ou environ, en l'abbaïe de Sainct-Denis en France, -à ung vendredy, lequel se nommoit roy de France et d'Angleterre. - -585. Item, le dimenche ensuivant, premier jour des Advens, vint ledit roy -à Paris par la porte Sainct-Denis, laquelle porte devers les champs avoit -les armes de la ville, c'est assavoir, ung escu si grant qu'il couvroit -toute la maçonnerie de la porte, et estoit à moitié de rouge et le dessus -d'azur semé de fleurs de lis, et au travers de l'escu avoit une neuf -d'argent, grande comme pour trois hommes. - -586. Item, à l'entrée de la ville par dedens estoit le prevost des -marchans et les eschevins, tous rangés et vestuz[1001] de vermeil, -chascun ung chappel en sa teste, et aussi tost que le roy entra dedens la -ville ilz lui mirent ung grant ciel d'azur sur la teste, semé de fleurs -de lis d'or, et le porterent sur lui les IIII eschevins[1002] tout en la -fourme et maniere c'om fait à Nostre Seigneur à la Feste-Dieu, et plus, -car chascun crioit: Nouel! par où il passoit. - - [1001] Ms. de Rome: tous rouges et tous vestuz. - - [1002] Les quatre échevins en exercice au mois de décembre 1431 - étaient Marcel Testart et Guillaume de Troyes nommés le 30 - juillet 1430 au lieu et place d'Imbert des Champs et de Nicolas - de Neufville, Robert Climent, changeur, et Henri Aufray qui - avaient succédé le 1er septembre 1431 à Jean de Dampierre et à - Raymond Marc (Arch. nat., KK 1009, fol. 3, 4). - -587. Item, devant lui avoit les IX preux et les IX preues dames, et après -foison chevaliers et escuiers, et entre les autres estoit Guillaume qui -se disoit le Berger, qui avoit monstré ses plaies comme sainct Françoys, -dont devant est parlé, mais il ne povoit avoir joie, car il estoit fort -lié de bonnes cordes comme ung larron. - -588. Item, après devant le roy avoit quatre evesques, celui de -Paris[1003], le chancelier[1004], celui de Noyon[1005] et ung -d'Angleterre[1006], et après estoit le cardinal de Vincestre. - - [1003] Jacques du Châtelier, évêque de Paris depuis 1427. - - [1004] Louis de Luxembourg, évêque de Thérouanne, chancelier de - France pour les Anglais. - - [1005] Jean de Mailly, évêque de Noyon, doyen de - Saint-Germain-l'Auxerrois, qui assista au procès et au supplice - de Jeanne d'Arc, remplit successivement les charges de conseiller - au Parlement (1411), de maître des requêtes de l'hôtel (1418) et - de président en la Chambre des comptes (1424). - - [1006] Probablement l'évêque de Norwick, alors Guillaume Alnewick - (1426-1436). Parmi les personnages de distinction que nomme - Monstrelet dans sa relation de l'entrée du jeune roi anglais - figure l'évêque de Nyorc; il nous paraît difficile d'admettre un - autre nom que celui de l'évêque de Norwick, constamment attaché à - la personne du roi, comme en font foi les lettres concernant la - régence du duc de Bedford, données à Rouen le 12 octobre 1431 «à - la relacion du grant conseil, ouquel estoient monsr le cardinal - d'Angleterre, les evesques de Beauvais, de Noyon et de Norwich» - (Arch. nat., X{la} 8605, fol. 20 vº, 21). - -589. Item, encore devant le roy y avoit XXV heraux et XXV trompettes, et -en ce point vint à Paris et regarda moult les serainnes du Ponceau -Sainct-Denis, car là avoit trois serainnes moult bien ordonnées, et ou -milieu avoit ung lis qui par ses fleurs et boutons gectoit vin et lait, -et là buvoit qui vouloit ou qui povoit, et dessus avoit ung petit bois où -il avoit hommes sauvages qui faisoient esbatemens en plusieurs manieres, -et jouoient des escus moult joieusement que chascun veoit tres -voulentiers. Après s'en vint devant la Trinité[1007] où il avoit sus -eschaffaut le mistere depuis la Concepcion Nostre Dame jusques que Joseph -la mena en Egipte pour le roy Herode qui fist decoller ou tuer VIIxx IIII -milliers d'enfans masles; tout cela estoit ou mistere, et duroient les -eschauffaux depuis ung pou par delà Sainct-Sauveur[1008] jusques au bout -de la rue Dernetal[1009] où il a une fontaine que on dit la Fontaine de -la Royne. - - [1007] La Trinité, hôpital situé rue Saint-Denis, en face de - Saint-Sauveur. - - [1008] L'église de Saint-Sauveur, au coin de la rue de ce nom et - de la rue Saint-Denis. - - [1009] C'est dans la rue Darnetal, aujourd'hui Gréneta, - conduisant de la rue Saint-Denis à la rue Saint-Martin, que se - trouvait l'entrée principale de l'hôpital de la Trinité. - -590. Item, de là vint à la porte Sainct-Denis où on fist la decolacion -du glorieux martir monsr sainct Denis, et à l'entrée de la porte les -eschevins laisserent le ciel qu'ilz portoient, et le prindrent les -drappiers et le porterent jusques aux Innocens; et là fut fait une chace -d'un cerf tout vif, qui fut moult plaisant à veoir. - -591. Item, là laisserent les drappiers le ciel et le prindrent les -espiciers jusques devant le Chastellet, où avoit moult bel mistere, car -là avoit droit encontre le Chastellet à venir de front le lit de justice. -Là avoit ung enfant du grant [du] roy et de son aage, vestu en estat -royal, housse vermeille et chapperon fourré, deux couronnes pendans, qui -estoient tres riches à veoir à ung chascun, sur sa teste, à son costé -dextre estoit tout le sanc de France, c'est assavoir, tous les grans -signeurs de France, comme Anjou, Berry, Bourgongne, etc., et ung pou -loing de eulx estoient les clercs et après les bourgoys, et à senestre -estoient tous les grans signeurs d'Angleterre, qui tous faisoient maniere -de donner conseil au jeune roy, bon et loyal, et chascun avoit vestu sa -cotte de ses armes, et estoient iceulx de bonnes gens qui ce faisoient. -Et là laisserent les espiciers le ciel, et le prindrent les changeurs et -le porterent jusques au palays royal, et là baisa les sainctes reliques, -et puis se parti; et là prindrent le ciel les orfevres et le porterent -parmy la rue de Kalende et parmy la Vieille Jurie[1010] jusques davant -Sainct-Denis de la Chartre, et n'ala point à Nostre-Dame celle journée. -Quant ce vint devant Sainct-Denis de la Chartre, les orfevres laisserent -le ciel, et le prindrent les merciers qui le porterent jusques à l'ostel -d'Anjou, et là le prindrent les peletiers qui le porterent jusques devant -Sainct-Anthoine le Petit[1011], et après le prindrent les bouchers qui le -porterent jusques à l'ostel des Tournelles. Quant ilz furent devant -l'ostel de Sainct-Paul, la royne de France, Ysabel, femme de feu le roy -Charles VIe de ce nom, estoit aux fenestres, avec elle dames et -damoiselles; quant elle vit le jeune roy Henry, filx de sa fille, à -l'endroit d'elle, il osta tantost son chapperon et la salua, et tantost -elle s'enclina vers luy moult humblement et se tourna d'autre part -plorant. Et là prindrent les sergens d'armes le ciel, car c'est leur -droit, et fut baillé au prieur de Saincte-Katherine dont ilz sont -fondeurs. - - [1010] La rue de la Juiverie constituait la partie centrale de la - rue de la Cité; elle continuait la rue du Marché-Palu et - aboutissait à la rue de la Lanterne où se voyait l'église - Saint-Denis de la Chartre. - - [1011] L'hôpital de Saint-Antoine le Petit était situé entre la - rue Saint-Antoine et celle du Roi-de-Sicile. - -592. Item, le XVIe jour de decembre[1012], à ung dimenche, vint ledit roy -Henry du pallays royal à Nostre-Dame de Paris[1013], c'est assavoir, à -pié bien matin, acompaigné des processions de la bonne ville de Paris qui -tous moult chantoient melodieusement. Et en ladicte eglise avoit ung -eschaffaut qui avoit bien de long et de large (_sic_), et montoit sus à -bien grans degrez larges que dix hommes et plus y povoient monter de -front, et quant on estoit dessus, on povoit aller par dessoubz le cruxifi -autant dedens le cueur comme on avoit fait par dehors, et estoit tout -paint et couvert d'azur les degrés, et tout semé de fleurs de lis; et par -là monta lui et sa compaignie et descendit dedens le cueur, et là fut -sacré de la main du cardinal de Vincestre. - - [1012] Le ms. de Rome porte «octobre», mais le mot «decembre» a - été restitué en marge. - - [1013] Le chapitre de Notre-Dame n'eut pas trop à se louer des - procédés de l'entourage du roi d'Angleterre; non seulement les - officiers royaux s'adjugèrent, au dire de Monstrelet (t. V, p. - 5), le pot d'argent doré qui avait contenu le vin de la messe, - mais ils réclamèrent encore l'étoffe suspendue au-dessus du - trône. Ils poussèrent si loin leurs exigences qu'une députation - de chanoines dut se rendre au Palais, où se tenait le conseil, et - représenter au cardinal d'Angleterre et au chancelier tout le - tort que l'on causait à l'église. En fin de compte, le plus clair - bénéfice que le chapitre retira de cette dispendieuse cérémonie - fut l'offrande d'un noble d'or faite aux reliques de Notre-Dame - par le jeune roi (Arch. nat., LL 216, fol. 269). - -593. Item, après son sacre vint au Palais disner lui et sa -compaignie[1014] et digna en la grant salle à la grant table de marbre, -et tout le remenant parmy la salle çà et là, car il n'y avoit nulle -ordonnance, car le commun de Paris y estoit entré des le matin, les ungs -pour veoir, les autres pour gourmander, les autres pour piller ou pour -desrober viandes ou autre chose; car icellui jour à icelle assemblée -furent emblez en la presse plus de XL chapperons, et coppés[1015] mordans -de saintures grant nombre; car si grant presse y ot pour le sacre du roy, -que l'Université, ne le Parlement, ne le prevost des marchans, ne -eschevins n'osoient entreprendre de monter à mont pour le peuple, dont il -y avoit tres grant nombre. Et vray est que ilz cuiderent monter devant II -ou III foys à mont, mais le commun les reboutoit arriere si fierement, -que par plusieurs foys leur convenoit trebucher l'un sur l'autre, voire -IIIIxx ou cent à une foys, et là besongnoient les larrons. Quant tout fut -escoulé le commun, ilz monterent après, et quant ilz furent en la salle, -tout estoit si plain, que à peine trouverent ilz où ilz se peussent -asseoir; neantmoins s'assirent ilz aux tables qui pour eulx ordonnées -estoient, mais ce fu avec savetiers, moustardiers, lieux ou vendeurs de -vin de buffet, aides à maçons, que on cuida faire lever, mais quant on en -faisoit lever ung ou deux, il s'en asseoit VI ou VIII d'autre costé. - - [1014] Entre autres personnages présents à ce dîner de gala, - Monstrelet (t. V, p. 5) mentionne le cardinal de Winchester, le - fameux Pierre Cauchon, Jean de Mailly, évêque de Noyon, les - comtes de Stafford, de Mortain et de Salisbury. - - [1015] Ms. de Paris: chapperons et cappes. - -594. Item, ilz furent si mal servis que personne nulle ne s'en louoit, -car le plus de la viande, especialment pour le commun, estoit cuide des -le jeudi de devant, qui moult sembloit estrange chose aux Françoys, car -les Anglois estoient chefz de la besongne, et ne leur challoit quelle -honneur il y eust, mais qu'ilz en fussent délivrez; et vraiement oncques -personne ne s'en loua, mesmement les malades de l'Ostel Dieu disoient que -oncques si pouvre ne si nu relief de tout bien ilz ne virent à Paris. - -595. Item, le jour Sainct Thomas l'Apostre ensuivant, à ung vendredy, fut -dicte une messe solempnelle en la grant salle du Palays, le roy estant en -estat royal, tout le Parlement en estat, c'est assavoir, à chapperons -fourez et manteaulx, et après la messe lui firent plusieurs demandes -raisonnables, lesquelles il leur octroia, et aussi firent certains -seremens qui leur furent demandés, qui sont selon Dieu et verité, car -autrement ne voldrent ilz[1016]. - - [1016] Dans le compte-rendu de la séance tenue le vendredi 21 - décembre, Clément de Fauquembergue ne dit mot de la requête - adressée au roi d'Angleterre par le Parlement, mais on devine - sans peine que ces demandes durent porter sur l'éternelle - question des gages de la Cour, «dont estoient deubz arrerages de - deux ans et demi» et au sujet desquels Richard Chaucey et Jacques - Branlart, envoyés à Rouen au mois de juillet 1431, n'avaient pu - obtenir qu'une réponse évasive. Quant au serment dont parle - l'auteur du Journal, il fut exigé de tous les assistants, - «conseillers, officiers, subgiez et habitans de Paris» dans les - termes suivants (Arch. nat., X{la} 4796, fol. 294 vº; X{la} 1481, - fol. 48 rº): «Vous jurez et promettez que à nostre souverain - segneur, Henry, par la grace de Dieu roy de France et - d'Angleterre, cy present, vous obeirez diligemment et loyalment, - et serez ses loiaulz officiers et vrais subgiez de ses hoirs - perpetuelment, comme vray roy de France, et que jamais à nul - autre pour roy de France ne obeirez ou favoriserez; item, que - vous ne serez en aide, conseil ou consentement que nostredit - souverain segneur ne ses hoirs de France et d'Angleterre perdent - la vie ou membre, ou soient pris de mauvaise prise, ou qu'ilz - seuffrent dommage ou diminucion en leurs personnes de leurs - estas, segnouries ou biens quelconques, mais se vous savez ou - congnoissiez aucune chose estre faicte, pourpensée ou machinée, - qui leur puist porter dommage ou prejudice, ou à leurs - adversaires prouffit, aide ou confort ou faveur, comment que ce - soit, vous l'empescherez en tant que vous pourrez et saurez, et - pour vous mesmes par messages ou lettres le ferez savoir ausdiz - rois ou à leurs principaulx officiers ou autres leurs gens et - bien vueillans, ausquelz pourrez avoir accès, tout le plustost - qu'il vous sera possible, sans dissimulacion aucune, et - entenderez et vous emploierez de tous voz povoirs à la garde, - tuicion et defense de sa bonne ville de Paris.» Après la - publication de ce serment le roi dit en anglais et fit répondre - par le comte de Warwick qu'il «garderoit et maintendroit» le - Parlement. - -596. Item, vray est que ledit roy ne fut à Paris que jusques à l'endemain -de Noel. Ilz firent unes petites joustes l'endemain de son sacre[1017]; -mais, pour certain, maintes foys on a veu à Paris enfans de bourgoys, que -quant ilz se marioient, tous mestiers, comme orfebvres, orbateurs, brief -gens de tous joieux mestiers en amendoient plus que ilz n'ont fait du -sacre du roy et de ses joustes et de tous ses Angloys, mais espoir c'est -pour ce que on ne les entend point [parler et que ilz ne nous entendent -point]; je m'en rapporte à ce qui en est, car pour ce qu'il faisoit trop -grant froit en celui temps et que les jours estoient cours, ilz firent -ainsi pou de largesse. - - [1017] Les vainqueurs de ce tournoi, qui eut lieu en l'hôtel de - Saint-Paul, furent du côté des Anglais le comte d'Arondel et du - côté des Français le bâtard de Saint-Pol (Monstrelet, t. V, p. - 6). - -597. Item, vray est que l'endemain de Noel, jour Sainct Estienne, le roy -se departy de Paris sans faire aucuns biens à quoy on s'atendoit, comme -delivrer prinsonniers, de faire cheoir malles toutes, comme imposicions, -gabelles, quatriesmes et telles mauvaises coustumes qui sont contre loy -et droit, mais oncques personnes, ne à secret ne en appert, on n'en ouy -louer. Et si ne fist on oncques à Paris autant de honneur à roy, comme on -lui fist à sa venue et à son sacre, voire veu le pou de peuple, les males -gaignes, le cueur d'yver, la grant charté de vivres, especialment de -boys; car ung meschant fagot de bois tout vert valloit touzjours iiii -deniers ou vi tournois; et vray est qu'il faisoit si fort yver qu'il -n'estoit sepmaine qu'il ne gelast tres fort deux ou trois jours, ou il -negoit jour et nuyt, et avecques touzjours il plouvoit, et si commença -dès la Toussains. - -[1432.] - -598. Et le XIIIe jour de janvier, après l'allée du roy proprement, gela -si asprement XVII jours ensuivans que [Saine], qui estoit tres grande, -comme jusques dedans la Mortelerie, fut toute prinse de la gelée jusques -à Corbeil, et si print en une maniere de admiracion, car le lundy dont -elle print, le mardy tout le jour il pleut et toute nuyt, et cessa ung -pou devant le jour et faisoit chault, et au point du jour celuy mardy, -aussitost que la pluie fut cessée, celle tres mauvaise [et forte] gellée -commença qui dura, comme davant est dit, XVII jours. Et, après celle -gelée que la riviere estoit ainsi prinse, le jour Sainct Paul il commença -à degeler tant doulcement et de nuit et de jour, que la riviere fut toute -degelée par pieces, sans faire quelque mal à pons ne à moulins, avant -qu'il fust VI jours après. Et si disoient les mariniers qu'elle avoit -plus de deux piez de espais, et bien y apparoit, car on alloit par -dessus, on y charpantoit piex pour mettre au devant des moulins pour -rompre la glace au degel, on y levoit engins pour frapper les piex, mais -oncques ne s'en desmantoit. Et pour vray, par la grace de Nostre -Seigneur, elle fut ainsi doulcement desgellée, comme dit est, mais moult -grant dommaige fist, car il avoit grant foison vins, blez, lars, œufs, -fromaiges qui estoient arivez à Mante pour venir à Paris, mais tout ou -bien pres fut perdu pour les marchans, car moult avoit pleu devant, qui -tout empira pour la longueur du temps, et si leur coustoit tant en garde -que autres frais qu'ilz perdirent presque tout. - -599. Item, en cellui temps, costoit bien ung meschant cousteret de vieulx -chevrons V deniers ou VI, car autre boys n'y avoit, et pour ce le regent -abandonna le boys des bruyeres aux bonnes gens, qui secouru ung pou -Paris. - -600. Item, le XXe jour de fevrier l'an mil CCCC XXXI, ariva le cardinal -de Saincte-Croix de Jherusalem[1018], legat du pape, pour faire paix -entre les deux roys, dont l'un estoit nommé Charles de Valoys et se -disoit par droicte ligne estre roy de France, et l'autre estoit nommé -Henry, lequel se disoit roy d'Angleterre par succession de ligne, et de -France par le conquest de son feu pere; lequel legat en fist tres -grandement son devoir, que tous deux luy promistrent qu'ilz s'en -soubmettroient du tout sur ce qui ordonné en seroit au grant concille qui -devoit estre celle année à Balle en Allemaigne[1019]; après qu'il ot ouy -leurs responces, il s'en parti de Paris[1020] et alla aux autres signeurs -chrestiens partout. - - [1018] Nicolas Albergati, prieur des Chartreux à Florence, devint - évêque de Bologne en 1417, légat du saint siège en 1422, cardinal - du titre de Sainte-Croix en 1426; il remplit plusieurs missions - importantes et joua un rôle considérable dans les négociations du - traité d'Arras. Le jour même de son arrivée à Paris, mercredi 20 - février, il se rendit à Notre-Dame, et, après cette visite - obligée, il vint loger en l'hôtel d'un drapier bien connu, Martin - de Neauville, sis rue Saint-Antoine, pendant que ses gens et - chevaux prenaient leur gîte dans les hôtelleries voisines (Arch. - nat., X{la} 1481, fol. 50 vº). - - [1019] Le concile général pour l'extinction du schisme et la - réformation de l'Eglise s'ouvrit à Bâle le 15 décembre 1431 et - tint ses séances jusqu'au 16 mai 1443. - - [1020] Le cardinal de Sainte-Croix ne fit pas long séjour à - Paris, car le 26 mars le duc de Bedford, accompagné du chancelier - et de plusieurs membres du Parlement, vint trouver le cardinal à - Corbeil pour y tenir une conférence au sujet des conditions de la - paix projetée (Arch. nat., X{la} 1481, fol. 53 vº). - -601. Item, le moys de[1021] mars ensuivant, furent les eaues si grandes, -car en Greve à Paris elles estoient devant l'Ostel de la Ville, en la -place Maubert jusques à la moictié du marché au pain, et tous les marays -depuis la porte Sainct-Martin jusques à my voye de la porte -Sainct-Anthoine tous plains jusques à VIII jours du moys d'avril; ne -depuis Noel jusques après Pasques de l'an XXXII, qui furent le XXe jour -d'avril, on ne menga point de verdure, car pour faire une escuelle[1022] -coustoit ung blanc sans l'apareil; et bonnes feves coustoient XII blans -le boessel; pois XIIII ou XV. - - [1021] «Moys de» manque dans le ms. de Rome. - - [1022] Ms. de Paris: «une escuellée,» avec un mot laissé en - blanc. - -602. Item, la premiere sepmaine de mars, vindrent les Arminalx cuider -prendre Rouen[1023] et furent bien VII ou VIIIxx qui firent tant, par -l'aide que on leur fist, que par eschelles ilz gaingnerent la plus grosse -tour du chastel; mais ceulx de la ville le sceurent tantost, si garderent -tres bien le remenant du chastel qu'il n'y en pot plus entrer, ne ilz -n'en porent yssir. Si furent si esbahiz qu'il convint qu'ilz se -rendissent à la voulenté de ceulx de la ville, et le XVIe et XVIIe jour -dudit moys de mars on en fit mourir C et XIIII, sans ceulx qui furent à -rançon ou noiez. - - [1023] La surprise du château de Rouen dirigée par Guillaume de - Ricarville, de connivence avec un «écheleur» béarnais, Pierre de - Biou, eut lieu le 3 février 1432. Malgré un heureux début, le - défaut d'entente fit échouer cet audacieux coup de main; les - Anglais joints aux habitants de Rouen, après un siège en règle - qui dura douze jours, recouvrèrent la grosse tour du château - restée au pouvoir des assaillants (Cf. Monstrelet, t. V, p. 12; - Vallet de Viriville, _Histoire de Charles VII_, t. II, p. - 289-290). - -603. Item, touzjours geloit ou gresloit, ou il faisoit trop grant froit -oultre mesure, car le sabmedi Ve jour d'avril l'an mil CCCC XXXI gresla -et nega toute jour. Et le dimenche ensuivant, que on dit le dimenche -perdu, gela si fort et si asprement que entre mynuit et le point du jour -que tous les bourgons et fleurs d'arbres qui estoient dehors yssues, et -tous les noyers, tout fut ars et bruy de la gelée. - -604. Item, le sabmedi ensuivant, vigille de Pasques flouries, fut prinse -la ville de Chartres par grant traïson[1024], car il y repparoit ung -homme d'Orleans qui moult sembloit estre bon marchant, et pour ce avoit -il sauf conduit d'aller et venir à Chartres, et ja estoit congneu par -toute la ville comme le meilleur bourgoys qui y feust. En celui temps -avoit en la cité grant faulte de sel, si leur dist qu'il leur en -ameneroit X ou XII charrettées à ung jour qu'il leur dist, si s'y -acorderent; si vint la vigille de Pasques fleuries, à toutes les -charrettes, en chascune deux grans queues, en chascune avoit deux hommes -bien armez, et à chascune deux hommes d'armes comme charretiers vestus de -roques, guietres en leurs jambes, ung fouait chascun en leur main, et si -avoient celle nuyt fait bien IIIm hommes d'armes embuschez es villaiges -d'entour, et gardoient les chemins que nul ne le peust faire savoir à -ceulx de la cité. Quant ilz furent ainsi ordonnez, si se mirent au chemin -lesdiz charretiers et vindrent à la porte[1025], le traictour appella les -portiers qu'ilz lui ouvrissent tantost la porte, car il leur amenoit, -comme il leur dist, grant foison sel et des alloses. Si ilz convoicterent -la vitaille et l'allerent dire au cappitaine[1026], lequel vint tost et -vit le traistre; si ne s'en deffia point, pour ce que souvent repairoit -avec eulx, et lui fist ouvrir la porte, et lui donna ung pannier -d'allouses le traistre pour [plus] l'abuser. Quant ilz orent mis deux ou -III de leurs charrettes dedans, ilz en arresterent une sus le pont -[leveys, et tuerent le limonnier, et fut le pont] arresté, lors yssirent -ceulx qui estoient dedans les queues à toutes grosses haches, et tuerent -les portiers; et tantost l'embuche vint, acourant qui mieulx mieulx, et -entrerent en la ville à force, et gaignerent les portes et la ville, car -si matin estoit que les gens estoient encores en leurs lictz. -L'evesque[1027] s'arma quant il ouy dire la chose, et vint contre eulx -atout ung pou de gent, mais ce ne luy valu rien, car il fut tué, et de -ses gens et la plus grant partie des bourgoys prins et mis en diverses -prinsons; ainsi les trahy le faulx traistre, et disoit on qu'il en devoit -avoir IIII mil salus d'or. Pour celle prinse de Chartres enchery moult le -pain[1028] à Paris, car moult de bien[1029] en venoit avant la prinse. - - [1024] C'est par l'entremise de deux marchands de Chartres, - nommés l'un Jean Ansel ou G. le Sueur, l'autre Guillaume - Bouffineau ou le Petit Guillemin, et grâce au stratagème imaginé - par eux que les Français enlevèrent cette place au parti - anglo-bourguignon. (Cf. Vallet de Viriville, _Histoire de Charles - VII_, t. II, p. 292). Lorsque Chartres fut tombé au pouvoir de - Charles VII, Thibaud de Charmes, issu de la maison d'Armagnac, - qui, paraît-il, avait «esté cause principal de la reduire», en - fut nommé bailli et capitaine et conserva la garde de cette ville - (Arch. nat., Z{1a} 12, fol. 19 vº). - - [1025] Il s'agit de la porte Saint-Michel, dans la direction de - Blois. - - [1026] Suivant Monstrelet (t. V, p. 24), le capitaine de la - garnison de Chartres était alors un certain Guillaume de - Villeneuve qui réussit à s'échapper. - - [1027] Jean de Fetigny, bourguignon de cœur et d'origine, évêque - de Chartres depuis 1419, périt de la main du bâtard d'Orléans. - - [1028] Ms. de Rome: de bien. - - [1029] Ms. de Rome: moult de bon. - -605. Item, avec ce faisoit si grant froit tous les jours et ung vent si -grant que tant pou de fruict qui estoit demouré sur les arbres fut [tout] -abatu par le vent qui tant estoit fort et froit; et avec ce geloit tous -les matins tres fort, et dura celle tres grant froidure jusques après la -Translacion de Sainct Nicolas en may. Et vrayement on n'eust pas trouvé -en cent almandiers L almandes, ne prunes, ne quelque fruict, que tout ne -fust tout rompu du vent ou gasté, ne des noiers n'eust on trouvé une -toute seulle noix de la grant froidure qu'il faisoit tous les matins. Ne -en cellui temps n'estoit encore aussi comme point de verdure, et ce qui -en estoit, si n'estoit ce que vieille porée qui avoit regecté, et -vraiement II ou III personnes en eussent bien mangé pour ung blanc, ou de -choulx; et si estoient frommaiges tant chers que ung bien petit qui -estoit tout pissant coustoit III ou IIII blans, et n'avoit on que V œufs -pour II blans. - -606. Item, le premier jour de may IIIIc XXXII, fut fait le signeur de -l'Isle-Adam mareschal de France[1030], et celle sepmaine on alla -assegier Langny; et pour ce que prevost de Paris estoit et saiges homs, -il fu ordonné à garder vers Chartres, et la cuida reprendre par l'aide de -aucuns qui dedens estoient, mais on advisa leurs voulentez, dont ilz -furent mors honteusement, et failly le prevost à son intencion par celle -cause. - - [1030] Jean de Villiers, seigneur de l'Isle-Adam, tombé en - disgrâce et dépossédé de sa charge de maréchal de France le 12 - janvier 1421, y fut réintégré par le duc de Bedford le 2 mai - 1432; le samedi 3 mai, il présenta au Parlement ses nouvelles - lettres de provision et prêta le serment accoutumé, ces mêmes - lettres furent publiées le surlendemain à l'heure des plaidoiries - (Arch. nat., X{la} 1481, fol. 55 vº). - -607. Item, la premiere sepmaine de juing ensuivant, fut fait Gilles de -Clamecy, chevalier, garde ou commis de la prevosté de Paris, tant que -l'autre fust revenu. - -608. Item, celle sepmaine mesmes, cuiderent livrer aux Arminalx aucuns de -Pontoise et aucuns Anglois avec eulx aliez la ville de Pontoise, mais ilz -furent apperceuz et prins, et recongnurent que leur voulenté estoit de -tout tuer, hommes et femmes et enfens, pour quoy ilz furent mors -honteusement, et leur lignaige [à hontaige], et femmes et enfans mis à -pouvreté. En celui temps n'estoit nouvelle du duc de Bourgongne. - -609. Item, en celui an, le jour Sainct Jehan Baptiste, fist une fortune -de temps si grande de tonnoirre et de fouldre, laquelle fist moult de -maulx en plusieurs lieux, et par especial à Victry, car le clocher qui -estoit de pierre fut abatu et fouldroié, et au cheoir rompit la -couverture et puis les voultes, qui cheurent dedens le moustier, et -affollerent moult de creatures et en tuerent cinq tous mors, qui estoient -venus pour ouyr les vespres du jour. Et le jour Sainct Pere et Sainct -Paul ensuivant, gresla si terriblement qu'il fut trouvé gresle qui avoit -XVI poulces de tour, l'autre comme billes à biller, de plus menue et de -plus grosse, et fut vers Langny et Meaulx. - -610. Item, le XXIIIe jour de juillet, fut mis hors de la prevosté des -marchans Guillaume Sanguin, et y fut ordonné ung signeur de Parlement -nommé maistre Hugues Rappiot, et ung pou devant on avoit changé des -eschevins deux[1031]. - - [1031] Hugues Rapiout exerça la charge de lieutenant civil de la - prévôté de Paris durant cette période critique qui suivit - l'entrée des Bourguignons. Témoin des excès populaires qu'il ne - put empêcher, il fut mandé le 22 août 1418 au Parlement où le - président Philippe de Morvilliers lui adressa une verte semonce - au sujet «des inconveniens et esclandes avenuz» les jours - précédents, avec injonction d'avoir à prendre les mesures - nécessaires pour éviter le retour de semblables désordres. - Rapiout échangea bientôt ses fonctions de lieutenant en la - prévôté contre celles d'avocat du roi au Châtelet, c'est le titre - qu'il prend le 30 juillet 1421; moins d'un an après, le 15 juin - 1422, il fut reçu président des requêtes du Palais, au lieu et - place de Robert Piédefer; les premiers temps de la domination - anglaise lui valurent aussi l'office de commissaire sur le fait - des confiscations et forfaitures. De 1422 à 1423 il remplit - plusieurs missions de confiance; après avoir accompagné Philippe - de Morvilliers dans son voyage à Mantes auprès du régent, il se - rendit en ambassade, avec Roland de Dunkerque, auprès des ducs de - Savoie et de Lorraine. Nommé peu après maître des requêtes de - l'Hôtel, il conserva cette charge jusqu'en 1436; au 15 mars de - cette dernière année, c'est-à-dire à la veille de la réduction de - Paris par Charles VII, on le voit au nombre des fidèles qui - renouvelèrent leur serment entre les mains du chancelier. Il - était également à cette époque conseiller du roi au Trésor; il - occupa la prévôté des marchands deux années durant, savoir, de - 1432 à 1434 (Arch. nat., X{la} 1480, fol. 143 vº, 238 rº, 253 vº, - 285 rº; X{la} 1481, fol. 114 vº, 118 rº. Blanchard, _Généalogies - des maîtres des requestes de l'hostel du Roy_, p. 128). Hugues - Rapiout possédait la châtellenie de Livry en Launoy et Corberon, - avec le fief de Torcy en Brie, pour lesquels il rendit hommage - les 17 mai 1425 et 18 décembre 1431; c'est comme seigneur de - Livry qu'il soutint un procès en 1429 avec le grand prieur de - l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem au sujet du droit exclusif de - vendre le vin à Livry (Arch. nat., P 1, nos 110 et 113; X{la} 67, - fol. 82 rº). Il mourut avant la fin de 1441, laissant une veuve - (_Ibid._, Z 5192, fol. 60 vº). - - Le jour même où Hugues Rapiout fut appelé à la prévôté des - marchands, c'est-à-dire le mercredi 23 juillet 1432, deux nouveaux - échevins, Louis Gobert et Jacques de Raye, remplacèrent Marcel - Testart et Guillaume de Troyes; c'est vraisemblablement à cette - mutation que fait allusion l'auteur du Journal, et non à celle du - 1er septembre de l'année précédente (Arch. nat., KK 1009, fol. 4). - -611. Item, le dimenche jour Sainct Laurens, cuiderent prendre les Anglois -Langny et gaignerent le boullevart, et fut mise la baniere du regent -dessus, mais gueres n'y demoura, car ceulx de dedens yssirent, qui -estoient reposez[1032], et vindrent sur eulx par devant, et ceulx qui -venus estoient à l'aide de ceulx de Langny vindrent hastivement par -derriere[1033]. Si orent les Angloys trop à faire, et avec ce leva une si -grant challour cellui jour à l'eure qu'ilz (s'entre encontrerent), qu'on -avoit--grant temps avoit--ne veue ne sentie, dont les Angloys orent pis -que de leurs ennemis, et leur convint reculler par force; et là furent -bien mors, tant par leurs ennemis que par la challeur du temps, IIIc -Angloys ou plus, et ce ne fut mie grant merveille, car les Arminalx -estoient bien, si comme on tesmoignoit, V contre II, qui est grant chose -à telle besongne[1034]. Et convint qu'ilz meissent leurs tantes où -premier s'estoient logez quant ilz mirent le siege devant Langny, et de -maleur comme Fortune, quant elle commence à nuire, elle fait de mal en -pis, car elle leur fu contraire en plusieurs manieres, car entre le lundy -et le mardy ensuivant, de nuyt, la riviere de Marne si desriva par telle -maniere qu'elle crut celle nuyt de IIII piez de hault. Et vray fut que le -moys de juillet fut si pluieux qu'il plut bien XXIIII jours tout de reng, -et puis si vint ou moys d'aoust une challeur trop merveilleuse plus que -acoustumance, car elle ardoit toutes les vignes en verjus, et pour ce et -pour le vin que on menoit en l'ost, enchery tant le vin à Paris que -cellui que on donnoit pour VI deniers en juillet, à la my aoust il -coustoit III blans, et encore n'en povoit on finer pour son argent, car -chascun cloit sa taverne à cop. - - [1032] Ms. de Paris: dispersés. - - [1033] Raoul de Gaucourt, le bâtard d'Orléans et Rodrigue de - Villandrando commandaient l'armée de secours expédiée par le - gouvernement de Charles VII; tout l'honneur de la victoire, - remportée le 10 août 1432, revient au fameux capitaine de - routiers, qui par la rapidité de ses mouvements et son habile - stratégie décida du succès. Le récit complet de cette brillante - action se trouve dans la biographie de ce personnage. (J. - Quicherat, _Rodrigue de Villandrando_, p. 73-77.) - - [1034] Cette assertion n'est pas exacte, le duc de Bedford - disposait de forces à peu près égales à celles de son adversaire, - dix à onze mille combattants étaient en ligne de part et d'autre - (V. Vallet de Viriville, _Hist. de Charles VII_, t. II, p. 295). - -612. Item, le mercredy des octaves de l'Assumpcion Nostre Dame, jour -Sainct Bernard, laissa le duc de Bedfort, regent, lui et sa compaignie, -le siege de Langny[1035], et furent si pres prins qu'ilz laisserent leurs -cannons et leurs viandes toutes prestes à menger, et grant foison de -queues de vin, dont on avoit si grant disete à Paris, et de pain par cas -pareil, dont le blé enchery à Paris tellement, car le sextier monta le -sabmedy ensuivant de XVI solz parisis[1036]. Veez là comment tout en -alloit: quant toute la Brie fut destruite des ungs, les autres gastoient -Beausse et Gastinoys, et tout le païs, de quelque part qu'ilz -tournassent, estoit pis que les Sarazins, qui contre la loy de Dieu -sont, ilz fussent entrez, car il n'estoit rien qui tant leur pleust que -tiranner les pouvres laboureurs de droicte tirannie. Et pour ce que le -siege fut levé si honteusement, ceulx que on disoit Arminalx furent -hardiz à mal faire, que on n'osoit yssir de Paris, et si estoit -commencement de faire les vendenges, qui trop grant dommaige estoit à -Paris après le siege de Langny, qui tant l'avoit dommaigé de tous biens -dont on eust peu vivre, et de toutes manieres de cannons et d'artillerie -dont on peut grever ses ennemis; car vraiement gens à ce recongnoissans -juroient et affermoient que bien avoit cousté plus de cent et cinquante -mil salus d'or, dont la piece valloit XXII solz parisis, bonne monnoie. - - [1035] Fauquembergue glisse, à dessein, sur la déconfiture du - régent et l'annonce en ces termes discrets et mesurés: «Mardi - XIXe jour d'aoust, le duc de Bedford, regent, qui avoit tenu - siege de gens d'armes devant la ville de Laigny par l'espace de - trois mois ou environ, leva sondit siege et retourna à Paris» - (Arch. nat., X{la} 1481, fol. 60 rº). - - [1036] Grande était la détresse de la population parisienne, si - l'on en juge par la délibération du chapitre de Notre-Dame, du 22 - août 1432, ordonnant des processions, «tant que durera la misere - du temps present» (Arch. nat., LL 216, fol. 305). - -613. Item, il y avoit en ce temps une piece d'or qui n'estoit pas de fin -or, et les nommoit on dourderès, et valloient XVI solz parisis; tantost -après furent criées à XIIII solz parisis[1037] [et moult en y avoit], par -quoy on perdy moult. - - [1037] Le nom de «dourderès» ou «dourdrets» servait à désigner - une monnaie d'or de frappe bourguignonne, en circulation à Paris, - mais dont le cours, paraît-il, était facultatif; un mandement du - roi d'Angleterre au prévôt de Paris, en date du 30 août 1432, - interdit de prendre les «durdrecs faictz aux armes du duc de - Bourgoigne» pour une somme supérieure à quatorze sols parisis et - les placques flamandes pour plus de sept doubles pièce, personne - n'étant d'ailleurs obligé de les accepter; ce mandement fut rendu - exécutoire par la publication qui en fut faite au Châtelet de - Paris, le samedi 6 septembre 1432, en présence des avocats et - procureur du roi» (Arch. nat., Z{1b} 60, fol. 22 rº). Une autre - dénomination, celle de «cliquars», était encore appliquée à cette - monnaie (Arch. nat., X{la} 1480, fol. 382 rº). - -614. Item, en la fin d'aoust, fut mise en prinson l'abbesse de -Sainct-Anthoine[1038] et aucunes de ses nonnains, que on disoit qu'ilz -avoient esté consentans de vouloir, à la faveur du nepveu de ladicte -abbesse qui se faisoit moult amy de la cité de Paris, trahir ladicte -ville de Paris par la porte Sainct-Anthoine; et devoient premier tuer les -portiers, et après tout tuer sans rien espargner, comme il estoit après -la prinse d'eulx commune renommée. - - [1038] Emerance de Calonne, abbesse de Saint-Antoine-des-Champs - depuis 1419, fut arrachée de son couvent avec quelques-unes de - ses religieuses et emmenée au Châtelet de Paris, le mercredi 3 - septembre, sous la conduite du prévôt Simon Morhier et de son - lieutenant criminel, Jean l'Archer. Les seuls renseignements que - l'on possède sur cette conspiration d'août 1432 se réduisent à la - mention fort brève insérée au Conseil par Fauquembergue qui - renvoie au registre criminel de Jean de l'Épine, malheureusement - perdu (Arch. nat., X{la} 1481, fol. 61 rº). Emerance de Calonne - ne tarda guère à être remise en liberté et reprit la direction de - son abbaye, mais elle s'acquitta si mal de sa tâche, que l'année - même qui précéda sa mort, en 1439, l'abbé de Cîteaux fut obligé - d'intervenir et d'ordonner une enquête. On accusait, non sans - raison, l'abbesse d'avoir dilapidé les biens de son couvent; - comme le montrent les débats engagés au Parlement le 30 octobre - 1439, elle avait vendu «des joyaulx de l'eglise bien de XVI à - XVIIIm escus et entre les autres une vraye croix dont elle a eu - XVIc escus»; aussi l'abbaye, autrefois si florissante et dans - laquelle «anciennement aucuns des bourgois de Paris avoient - acoustumé de mettre leurs filles», se trouva-t-elle dans une - situation des plus précaires, ne comptant plus que six - religieuses «là où en souloit avoir XXIIII, et si meurent de fain - et vivent d'ausmone» (Arch. nat., X{la} 4798, fol. 119 vº). - -615. Item, le XIe jour de septembre, prindrent les Angloys en une forte -maison nommée Maurepas[1039] le signeur de Macy[1040], le plus cruel -tirant de sang humain qui fust en France, et bien cent larrons avec luy, -entre lesquelx en avoit ung nommé Mainguet, qui recongnut que dedens ung -vieulx puiz avoit gecté en ung jour VII hommes l'ung après l'autre, et -après les tuer de grosses pierres, sans plusieurs autres murdres qu'il -recongnut. - - [1039] Maurepas (Seine-et-Oise, arr. de Rambouillet, cant. de - Chevreuse) possédait un château du XIe siècle, aujourd'hui ruiné, - dont il ne subsiste qu'une portion de donjon; cette forteresse - servait de repaire à des partisans français qui faisaient de - fréquentes incursions dans les environs de Paris; on les voit, au - mois de juillet 1432, pousser une pointe jusqu'à Notre-Dame des - Champs, où ils enlevèrent 177 moutons dans l'hôtel de Gilles de - Moulins, notaire du roi et audiencier de la chancellerie; les - Chartreux de Vauvert perdirent par la même occasion 300 bêtes à - laine qu'ils recouvrèrent en partie (Arch. nat., X{la} 4797, fol. - 49 vº; Accord du 7 mai 1433, X{1c} 145). - - [1040] Probablement Aymon de Mouchy, seigneur de Massy, - personnage bien connu par le rôle peu honorable qu'il joua dans - la captivité de Jeanne d'Arc, âgé de 56 ans lors du procès de - réhabilitation, lequel se permit certaines privautés à l'égard de - l'illustre héroïne enfermée dans le château de Beaurevoir, et qui - vint plus tard la visiter dans sa prison de Rouen, en compagnie - des comtes de Warwick et de Stafford (V. Quicherat, _Procès de - Jeanne d'Arc_, t. III, p. 121). - -616. Item, en cellui an, faillirent les blez, et fut si grant charté que -ung sextier de bon blé valloit VII frans[1041], forte monnoie, et l'orge -valloit IIII frans; et estoit à la Toussains. - - [1041] Ms. de Paris, «VII livres parisis»; un peu plus loin, - «IIII livres.» - -617. Item, en celluy temps, estoit tres grant mortalité sur jeunes gens -et sur petis enffans, et tout d'espidimie. - -618. Item, le IIe jour d'octobre ensuivant, fut prinse la ville de -Provins et le chastel par les Angloys[1042] et fut pillée et robbée, et -tué gens, comme coustume est à telz gens de faire, et dient que c'est -droicte usance de guerre. - - [1042] Dans la nuit du jeudi 2 au vendredi 3 octobre 1432, quatre - cents Anglais détachés des garnisons de Meaux, Corbeil, - Brie-Comte-Robert, sous les ordres de Jean Raillart, de Maudon de - Lussac, de Richard Husson et de Thomas Guérard, capitaine de - Montereau, escaladèrent les remparts, et après un combat acharné, - où l'un de leurs meilleurs chevaliers, Henri de Hungerford, - perdit la vie, pénétrèrent dans la ville par la porte au Pain, - au-dessus de la poterne Farneron; les assaillants mirent tout au - pillage, arrachant les reliques de leurs châsses, massacrant même - d'inoffensifs bourgeois réfugiés au pied des autels dans l'église - Saint-Ayoul (Bourquelot, _Histoire de Provins_, t. II, p. 85, - 86). - -619. Item, en cellui temps, fut fait à Ausserre ung concille pour -traicter de la paix des deux roys, et plusieurs signeurs de toutes les -deux parties y furent, et de par le duc de Bourgongne plusieurs[1043]. - - [1043] Les conférences d'Auxerre devaient s'ouvrir le 8 juillet, - mais divers incidents, tels que la mort du maréchal de Bourgogne, - les retardèrent jusqu'à la fin de novembre. D'après les - instructions en date du 8 mai (Dom Plancher, _Histoire de - Bourgogne_, t. IV, p. 159, et preuves CXXIII), les ambassadeurs - bourguignons étaient Charles de Poitiers, évêque de Langres, - l'évêque de Nevers, Jean de Blaisy, abbé de Saint-Seine, le - chancelier Nicolas Rolin, le prince d'Orange; Antoine de - Toulongeon, maréchal de Bourgogne; Jean de la Trémoille, sire de - Jonvelle; Antoine de Vergy, seigneur de Champlitte, et quelques - autres dont la personnalité est plus effacée. - -620. Item, en cellui temps estoit touzjours la mortalité à Paris, -laquelle asailli la duchesse de Bedfort, femme du regent de France, seur -du duc de Bourgongne, nommée Anne, la plus plaisant de toutes dames qui -adong furent en France, car elle estoit bonne et belle, et de bel aage, -car elle n'avoit que XXVIII ans quant elle trespassa; et certes, elle -estoit bien amée du peuple de Paris[1044]. Et vray est qu'elle trespassa -en l'ostel de Bourbon, emprès le Louvre, le XIIIe jour de novembre, deux -heures après minuyt entre le jeudy et le vendredy[1045], dont ceulx de -Paris pardirent moult de leur esperance, mais à souffrir leur convint. - - [1044] Pendant son séjour à Paris, Anne de Bourgogne fit preuve - d'une véritable sollicitude pour la classe populaire et ne - craignit point de visiter elle-même les pauvres malades de - l'Hôtel-Dieu, auxquels elle laissa de nombreux témoignages de sa - libéralité. - - [1045] Rien ne put conjurer ce fatal événement, ni l'assistance - dévouée de Raoul Palouyn, médecin confesseur attaché à la - personne de la duchesse de Bedford, ni l'intervention du clergé - de Notre-Dame qui, à la prière de la régente, alla chercher - processionnellement la châsse de Ste Geneviève le lundi 10 - novembre, comme dans les calamités publiques, et célébra une - messe solennelle à l'intention de l'illustre malade (Arch. nat., - LL 216, fol. 318). - -621. Item, le sabmedy ensuivant, elle fut enterrée [aux Celestins et son -cueur fut enterré] aux Augustins[1046], et au porter le corps en terre -avoient tous ceulx de Sainct-Germain, et les prebstres de la Confrarie -des Bourgoys, chascun une estolle noire et ung sierge ardant en leur -main, et ilz chantoient en allant, en portant le corps en terre -seullement, les Angloys en la guise du païs moult piteusement[1047]. - - [1046] Son tombeau en marbre noir, placé dans le sanctuaire des - Célestins, à peu de distance du maître-autel, était surmonté - d'une statue en marbre blanc, aujourd'hui conservée dans le musée - du Louvre. M. de Guilhermy dans ses _Inscriptions de la France_, - anc. diocèse de Paris, t. I, p. 438, reproduit le texte de - l'inscription funéraire que porte une plaque de plomb retrouvée - en 1847 lors de la destruction des Célestins et déposée au musée - de Cluny. - - [1047] Les obsèques et funérailles de la duchesse de Bedford - furent réglées par Regnault Doriac, conseiller en la Chambre des - comptes, et Pierre le Verrat, écuyer, investis de ce soin par le - Parlement qui délégua, le 15 janvier 1433, Guillaume Cotin et - Philippe de Nanterre, pour ouïr le compte de ces commissaires; - l'inventaire des biens de la régente fut dressé par Hugues le - Coq, conseiller, et Jean de l'Épine, greffier criminel du - Parlement (Arch. nat., X{la} 1481, fol. 63 rº; X{la} 68, fol. 3 - rº). - -622. Item, s'en alla la sepmaine d'après le regent à Mante et y demoura -environ trois sepmaines, et puis revint à Paris. Et en celle sepmaine, -ceulx qui estoient allez (à) Ausserre pour traicter de la paix -revindrent, et ne firent rien que despendre bien largement et gaster le -temps[1048]; et quant ilz furent revenus, on fist entendent au peuple que -tres bien besongné avoient, mais le contraire estoit. Et quant le peuple -le sceut au vray, si commencerent à murmurer moult fort contre ceulx qui -y avoient esté, dont plusieurs furent mis en prinson, dissimulant que -c'estoit à fin celle que le peuple ne s'esmeust, et quant ilz avoient -paié leurs despens largement, on les mettoit hors. - - [1048] Cette assemblée pour la conclusion de la paix générale ne - produisit aucun résultat, les négociateurs français ayant élevé - des prétentions inadmissibles au sujet du retour en France des - princes du sang prisonniers en Angleterre (Voir à ce sujet la - lettre adressée, le 15 décembre 1432, au duc de Bourgogne par le - cardinal de Sainte-Croix, Dom Plancher, _Hist. de Bourgogne_, t. - IV, preuves). - -623. Item, quant les larrons qui estoient sur les champs sceurent de vray -qu'ilz n'orent rien fait et de la mort de la regente, ilz devindrent si -esragez que oncques les paiens, ne loups erragez, ne firent pire à -chrestiens qu'ilz faisoient aux bonnes gens de labour et aux bons -marchans. Et pour certain il n'estoit sepmaine qu'ilz ne venissent II ou -III foys jusques aux portes de Paris, et faisoient si grant cruaulté -qu'ilz prenoient moynes, nonnains, prebstres, femmes, petis enffans, -hommes vielx de LX ou IIIIXX ans, et nul n'eschappoit de leurs mains sans -paier grant rançon ou mourir; et si n'estoit nul signeur, quel qu'il -fust, qui y meist tant soit pou de contredit. - - - [1433.] - - -624. Item, le jeudi VIIIe jour de janvier, fist le regent l'obseque de sa -femme aux Celestins, et fist faire une donnée à chascun de II blans, et y -furent bien XIIII milliers à la donnée, et y ot bien IIIIc livres de -cire[1049]. - - [1049] Le Parlement convié par le duc de Bedford assista le - mercredi 7 janvier aux vigiles célébrées à deux heures après midi - dans l'église des Augustins, et se rendit le lendemain en - chaperons fourrés à la messe des funérailles qui eut lieu à neuf - heures du matin, puis au dîner offert en l'hôtel des Tournelles - (Arch. nat., X{la} 1481, fol. 64 rº). - -625. Item, en cellui temps gella si fort que Saine qui moult grande -estoit, car elle passoit la Mortellerie en Greve, et pour certain y gella -si fort que en deux jours et en une nuit, elle fut si fermement gellée -qu'elle dura jusques après la Sainct Vincent. Et pour ce encherirent tous -vivres[1050], especialment tout grain dont on povoit faire farine, car le -froument coustoit VIII frans; petites feves de deux ans ou de trois, que -on soulloit donner aux pourceaulx, coustoient V frans le sextier; orge, V -ou VI frans; vesse, nelle, tout se vandoit ainsi cher à la value; ne on -ne mangoit à Paris que pain que on soulloit faire pour les chiens, et -estoit si petit de IIII deniers parisis qu'il passoit bien par dessobz la -main d'un homme. - - [1050] A l'entrée du carême de l'année 1433, l'évêque de Paris, - ayant égard à la cherté de l'huile et des autres vivres, permit - au clergé d'user de beurre et de lait (Arch. nat., LL 216, fol. - 330). Le compte de l'Hôtel-Dieu de Paris pour l'exercice - 1432-1433 témoigne de la misère qui régnait à Paris; on voit un - notable, Imbert des Champs, élu de Paris, demander et obtenir la - réduction d'une rente, dont était chargée sa maison sous les - piliers des Halles, alléguant que cette maison, «pour la malice - du temps de present et depopulacion de la ville de Paris, luy - estoit comme de nul proffit.» (Archives de l'assistance - publique.) - - -626. Item, le IIIIe jour de fevrier, se party le regent[1051] et alla en -Normendie cuillir une grosse taille de IIc mil frans que on lui avoit -octroiée, quant il fut à Mante, comme dit est par davant[1052]. - - [1051] C'est le jeudi 5 février que le régent quitta Paris, se - rendant à Rouen et de là à Calais (Arch. nat., X{la} 1481, fol. - 64 vº). - - [1052] Les gens des trois «estaz du duchié de Normandie,» - convoqués à Mantes au mois de novembre 1432, votèrent une aide de - deux cent mille livres tournois, payable par tiers et destinée à - l'entretien des garnisons se trouvant dans les villes et - forteresses du duché (Arch. nat., K 63, no 24{4}). - -627. Item, en celle sepmaine fut deppointé de toutes offices royalles le -president, c'est assavoir, Phelippe de Morvillier[1053], et fut ordonné -en son lieu comme commis, maistre Robert Pié-de-Fer[1054], demourant pour -lors empres la porte Sainct-Martin. - - [1053] Le motif de cette disgrâce ne nous est pas connu; tout ce - que l'on sait par les registres du Parlement, c'est qu'il y eut - une action intentée à Philippe de Morvilliers par le procureur du - roi, action qui fut déférée à une commission spéciale, composée - de membres du Parlement et du grand conseil, dont les séances se - tinrent en l'hôtel du chancelier, pendant tout le mois de - février; mais dès le 5 février un «appointement défavorable» au - président fut prononcé par le chancelier en présence du régent, - ce qui suggéra au greffier cette réflexion: «Dieu lui doint bon - advis et pacience.» Le lundi 9 février, Robert Piédefer, nommé - président en vertu de lettres royales, était installé dans ses - fonctions par Louis de Luxembourg et prêtait entre ses mains le - serment d'usage; quant à Philippe de Morvilliers, il resta à - l'écart jusqu'à la fin de la domination anglaise, et ne reprit - son rang que le lundi 16 avril 1436 (Arch. nat., X{la} 1481, fol. - 65 rº, 120 vº). - - [1054] Robert Piédefer, avocat puis conseiller au Châtelet, entra - au Parlement le 14 août 1410 comme conseiller en la Chambre des - enquêtes; les événements dont Paris fut le théâtre en 1413 le - mirent en lumière, il est en effet nommé par le Religieux de - S.-Denis (t. V, p. 33) au nombre des commissaires chargés - d'instruire le procès des prisonniers de la sédition cabochienne. - Lors de la réorganisation du Parlement après l'entrée des - Bourguignons à Paris, Robert Piédefer succéda à Jean de - Quatremares, en qualité de président des Requêtes du Palais, et, - s'étant fait recevoir maître des requêtes de l'hôtel vers le 15 - juin 1422, il céda momentanément son office à Hugues Rapiout; - mais il ne tarda point à reprendre son poste qu'il conserva - jusqu'à l'année 1433, et en juillet 1429 il coopérait avec - l'échevinage aux mesures nécessitées par la situation critique de - la ville de Paris. Le 9 février 1433, en suite de la retraite - forcée de Philippe de Morvilliers, il fut créé président et - installé par le chancelier Louis de Luxembourg qui reçut son - serment; il siégea jusqu'à la fin de la domination anglaise, ce - qui ne l'empêcha point, lorsque Paris ouvrit ses portes à Charles - VII, d'être maintenu dans sa charge. La mort le frappa dans - l'exercice de ses fonctions le jeudi 17 juillet 1438, et tout le - Parlement tint à honneur d'assister à ses obsèques qui furent - célébrées le lendemain aux Innocents, où Robert Piédefer fut - inhumé ainsi que Jeanne d'Ally, sa femme; au XVIIe siècle, son - épitaphe se voyait encore sur une lame de cuivre placée contre le - mur de la chapelle d'Orgemont. Il était seigneur de - Saint-Just-en-Chaussée (Oise). (Arch. nat., X{la} 1479, fol. 126 - vº, 140 rº; X{la} 1480, fol. 139 vº, 253 vº; X{la} 1481, fol. 65 - rº; X{la} 1482, fol. 85 vº; KK 33, fol. 70; Lebeuf, _Histoire du - diocèse de Paris_, édition Cocheris, t. I, p. 199; Blanchard, - _Les présidents à mortier du Parlement de Paris_, p. 71, - _Généalogies des maistres des requestes de l'hostel_, p. 124.) - Piédefer possédait trois maisons rue Saint-Martin en dehors de - l'enceinte, l'une de ces maisons à l'enseigne de la Coupe; il - était également propriétaire de plusieurs masures dans la rue de - la Fausse-Poterne-Nicolas-Ydron, près de la rue - Grenier-Saint-Lazare (Arch. nat., S 1384 A). - -628. Item, la darraine sepmaine de mars, fut fait ung concille à -Corbeil[1055], et là furent en celui temps tout le remenant du karesme et -plus. A ce concille estoit [le cardinal] de la Croix et l'evesque de -Paris, et plusieurs autres evesques et grans signeurs, et grans clercs -d'une part et d'autre; et fut envoié à Paris par le concille ung evesque -qui estoit venu avec le cardinal à Corbeil, lequel fist le divin office -la sepmaine peneuse, comme d'assoultes, comme du cresme, prebstres, -dyacres, soubz-dyacres, acolites couronnés, mais il les fist si matin que -tres grant partie de toutes ordres à ce jour faillirent; après s'en alla -à Corbeil celui jour mesmes. - - [1055] Ce congrès se réunit non à Corbeil, mais dans un village - ignoré sis entre Corbeil et Melun; ce point ressort d'une lettre - du prieur de S.-Innocent du 10 avril 1433, à l'adresse de N. - Rolin, chancelier de Bourgogne (Dom Plancher, _Histoire de - Bourgogne_, t. IV, preuves, p. CXXIX), ainsi que de la réponse - faite en juillet 1433 par le roi d'Angleterre et son conseil aux - articles remis par Hue de Lannoy et le trésorier du Boulenois - (Stevenson, _Wars of the English_, vol. II, part. I, p. 253). Il - ne sortit rien de ces nouvelles conférences, les députés de - Charles VII persistant à réclamer, avant d'entrer en - négociations, le retour des princes du sang prisonniers en - Normandie; le cardinal de Sainte-Croix voyant l'insuccès des - pourparlers annonça son intention de se rendre en personne auprès - du roi de France. - -629. Item, en celle année, l'an mil CCCC XXXII, fist si grant froit que -jusques bien pres de Pasques XXXII, geloit tous les jours, mesmes le jour -Sainct Marc fist il si grant froit que on le portoit à grant peine, car -après disner nega et gresla moult terriblement. - -630. Item, faisoit tres grant froit à la Penthecoste, qui fut cel an le -derrain jour de may mil IIIIc XXXIII. - -631. Item, en ce temps, se maria nostre regent de France, le duc de -Bedfort, le XXe jour d'avril, l'endemain de Quasimodo, et print par -mariaige la fille au conte de Sainct-Paul, niepce du chancelier de -France[1056]. - - [1056] Jean de Lancastre épousa, à Thérouanne, Jacqueline de - Luxembourg, âgée de dix-sept ans, «frisque, belle et gracieuse,» - suivant l'expression de Monstrelet (t. V, p. 56). La nouvelle - duchesse de Bedford était la fille aînée de Pierre de Luxembourg, - comte de S.-Paul, et la nièce du chancelier Louis de Luxembourg; - les noces se firent avec grande pompe en l'hôtel épiscopal de - Thérouanne. - -632. Item, le VIIe jour de may, vindrent les Arminalx à mynuit en la -ville de Sainct-Marcel lez Paris, et firent moult de maulx, car ilz -prindrent hommes, femmes et enfans, dont ilz orent moult grant finance, -et ainsi eulx en allerent, tuant, occiant, boutans feus en mostiers, et à -celle foys cuillirent moult grant proye qui moult greva Paris; car pour -celle prinse enchery tout plus que devant, et ainsi s'en allerent [à -Chartres. Tantost après allerent] devant Crespi en Valloys, laquelle -ville les Angloys avoient prinse ung pou devant, mais elle fut par -traïson rendue aux Arminalx, qui fut douleur sur douleur aux bons -mesnaigers de la ville[1057]. - - [1057] D'après Monstrelet (t. V, p. 68), les gens du roi Charles - prirent «par eschiellement, à ung point du jour» Crespy en - Valois, et comme de coutume livrèrent la ville au pillage; la - garnison commandée par le bâtard de Thian fut faite prisonnière, - ainsi que son capitaine. - -633. Item, en juing ensuivant, fut fait de rechief ung conseil à Corbeil, -lequel devoit estre pour faire treves ou paix ou abstinance de guerre -entre les deux roys; mais l'evesque de Terouanne, chancelier de par le -roy Henry en France, en cel espace de temps qui fut entre le premier -conseil et cestuy dernier, alla cestuy evesque et assembla les garnisons -de Normendie, et les admena à Paris la premiere sepmaine de juillet, et -après alla au conseil à Corbeil. Et quant on cuida qu'il deust seeller -ledit traicté qui devant avoit esté accordé par le cardinal et par le -chancelier du roy Charles, evesque de Rains[1058], et par les autres -signeurs, il n'en voulut rien faire; dont chascun se departi comme par -mal talant, et s'en alla le cardinal au grant concille à Balle, pour -rapporter comme ledit conseil s'estoit departi, et l'arcevesque de Rains -se departi moult dolent, et monstroit son volt et sa maniere qu'il fust -moult courcé de ce que la chose ainsi alloit, mais autre chose n'en pot -faire. Cestuy chancelier de par le roy Henry, après le departement, mena -ou envoia ces gens qu'il avoit admenés droit à Milly en Gastinoys[1059], -et gaignerent moustier et ville, et ardirent tout et firent pis que -Sarazins, ne que paiens aux Sarazins. - - [1058] Renaud de Chartres, archevêque de Reims, chancelier de - Charles VII, dont la néfaste influence mit tout en œuvre pour - ruiner les projets de Jeanne d'Arc et entraîner la perte de - l'illustre héroïne. - - [1059] Milly (Seine-et-Oise, arr. d'Étampes, ch.-l. de canton) - avait déjà soutenu un siège contre le comte de Salisbury dans les - premiers mois de l'année 1425 (Arch. nat., JJ 173, fol. 95). - -634. Item, en ce temps de l'an mil IIIIc XXXIII, coustoit le blé seigle -IIII livres parisis ou plus, et l'autre au cas pareil; la darraine -sepmaine de juing, ariva de Normendie tant grant foison blé que le -premier sabmedi de juillet on cria parmy Paris bon blé mectail à XXIIII -solz parisis, ce que on n'avoit oncques mais veu crier le blé comme -charbon; et le mercredy[1060] ensuivant fut le pain de VIII deniers mis à -IIII deniers, car il fut cedit an tres bon blé et grant foison; et si -fist moult bel aoust, mais tres grant mortalité estoit en celui temps, -especialment sur petis enfens, de boce ou de verolle plate. Et [encore] -en cellui temps, n'estoit oncques puys venu le duc de Bourgongne à Paris -que vous avez devant ouy, ne le regent depuis qu'il fut marié n'estoit -retourné à Paris, et laissoit du tout regenter le devant dit evesque de -Terouanne[1061] lui et ses aliez. - - [1060] Ms. de Paris: sabmedi. - - [1061] Dès le départ du duc de Bedford, l'évêque de Thérouanne - avait été autorisé, par ordonnance du 5 février 1433, à réunir - les gens du grand conseil toutes les fois qu'il le jugerait à - propos; d'autres lettres, rendues à Calais le 29 mai 1433, - commirent le chancelier au gouvernement du royaume pour le temps - que durerait l'absence du régent (Arch. nat., X{la} 8605, fol. 23 - rº et vº). - -635. Item, en cel an, fist le plus bel aoust que on eust oncques veu -d'aage de homme, et furent les blés et les potaigés tres bons, mais si -grant mortalité [estoit de boce et d'espidimie que puis la grant -mortalité] qui fut l'an mil IIIc XLVIII[1062], ne fut veue si grande [ne -si dervée]; car pour seignée ne pour cristoire, ne pour bonne garde, nul -ne nulle qui fut frappé de la boce qui pour lors couroit n'en povoit -point eschapper, senon par la mort; et commença des le moys de mars l'an -mil IIIIc XXXIII et dura ainsi cruellement jusques à bien pres de l'an -mil IIIIc XXXIIII, [car touzjours jeunes gens mouraient[1063]]. - - [1062] Le fait est exact, l'année 1348 est marquée au nombre des - années les plus calamiteuses dont les historiens nous aient gardé - le souvenir. - - [1063] Conformément aux instructions du conseil royal, l'autorité - ecclésiastique, représentée par le chapitre de Notre-Dame, - organisa une procession générale qui dut se rendre le dimanche 23 - août à la Montagne Sainte-Geneviève, dans le but d'adresser à la - fois des prières à Dieu pour l'apaisement de l'épidémie régnante - et des actions de grâce pour l'abondance des biens de la terre; - le vendredi 4 septembre on se rendit processionnellement à - Sainte-Geneviève et l'on descendit la châsse de la sainte (Arch. - nat., LL 217, fol. 59, 61). - -636. Item, en cellui temps, en la darraine sepmaine de septembre, firent -aucuns de Paris, gens qui avoient bonne chevance[1064], une conjuracion -ensemble bien maudite, car ilz avoient ordonné qu'ilz feroient entrer à -Paris grant foison d'Escossois qui auroient la croix rouge, et seroient -IIc ou plus, et admeneroient cent des plus fors et hardiz de leurs gens -qui auroient la croix blanche et auroient les mains liées bien simplement -et armez à couvert; et devoient venir par la porte Sainct-Denis et par la -porte Sainct-Anthoine, et devoient embucher entour Paris bien pres III ou -IIIIm Arminalx en querieres et ailleurs en destours, dont assez et trop -avoit entour Paris; et puis devoient admener leurs prinsonniers environ -medy, que les portiers disnent, et devoient tous les portiers tuer [et] -tous ceulx qu'ilz eussent trouvez allans ou venans, fust aux champs ou à -la ville, et devoient gaigner les deux bastides devant dictes, et envoier -tantost querir leurs embusches, et mettre tout à l'espée. Mais Dieu qui -ot pitié de la cité, donna congnoissance de leur dampnable conseil et -leur tourna leur fait, comme dit le Psalmiste[1065]: _Lacum apperuit et -fodit, et incidit in foveam quam fecit_, car les uns furent -decollez[1066], les autres banniz et perdirent leur chevance, et mirent -leurs femmes et enfans en mandicité, et en reprouche eulx et leurs hoirs, -et furent en haine de toutes les deux parties. - - [1064] Les principaux conjurés étaient Jean Trotet, boulanger; - Vincent, dit le Beaubourgeois; Jean Simon, dit d'Arras, - cordonnier; Gossouin du Luet, orfèvre; et Michel Garcye, - saulcier; mais le promoteur et l'organisateur du complot paraît - avoir été Jean Trotet. La conspiration devait éclater le 9 - octobre et c'est par la porte Saint-Denis que les adhérents - devaient introduire les Écossais de Charles VII (Cf. Longnon, - _Paris pendant la domination anglaise_, _passim_). - - [1065] Voici le texte exact de cette citation empruntée au Psaume - VII, v. 16: _Lacum aperuit et effodit eum, et incidit in foveam - quam fecit_. - - [1066] JEAN TROTET, VINCENT, dit LE BEAUBOURGEOIS, et cinq ou six - de leurs complices, dont les noms sont restés inconnus, furent - exécutés. le Beaubourgeois, dit D'ARRAS, réussit à s'échapper de Paris - au moyen d'un bateau, mais revint de Lagny au mois d'avril 1434, et - s'étant engagé à faire des révélations obtint sa grâce. JEAN DU - BOIS, dit BOUQUET, cordonnier, ayant prêté son concours à - l'évasion de Jean Simon, fut impliqué dans l'affaire et gracié le - même jour que Jean Simon. GOSSOUIN DU LUET, orfèvre à Paris, qui - trempa également dans le complot, en fut quitte pour une - détention au Châtelet, où il subit la question, et obtint des - lettres de rémission, le 10 février 1435. MICHEL GARCYE, saulcier - à Paris, qui avait dans l'église S.-Jacques-de-la-Boucherie - appris la venue d'un messager de Lagny, fut emprisonné au - Châtelet pour n'avoir point dévoilé la conspiration; des lettres - de rémission lui furent octroyées le 10 février 1435 «en - contemplacion du cardinal de S. Ange, legat au S. Concille à - Balle, qui en avoit prié le duc de Bedfort.» (Cf. Longnon, _Paris - pendant la domination anglaise_.) - -637. Item, celle sepmaine mesmes, avoit autres qui avoient vendue ladicte -ville pour paiement d'argent qu'ilz en devoient avoir, et devoient venir -la vigille Sainct Denis atout nacelles, et entrer par les fossez d'entre -la porte Sainct-Denis et la porte Sainct-Honoré, pour ce que il ne -demoure personne là endroit, et devoient tout tuer, comme devant est dit; -et, pour vray, ilz ne savoient rien l'un de l'autre, selon leur -confession et selon le cry que on fist es Halles quant on les decolla. Et -iceulx de ces nacelles devoient entrer le jour Sainct Denis, et avoient -pancée moult cruelle et plaine de sang et aux champs et à la ville, et à -femmes et enfens, mais le glorieux martir monsr sainct Denis ne volt pas -souffrir qu'ilz feissent telle cruaulté en la bonne cité de Paris, qu'il -a autres foys gardée par sa saincte priere de tel peril et de plusieurs -autres plus grans. - - - [1434.] - - -638. Item, le vendredy, XXIXe jour de janvier mil IIIIc XXXIII, venoit à -Paris grant foison de bestail, comme bien II mil pors, grant foison -[bestes à cornes et grant foison] brebiz; les Arminalx, qui avoient leurs -espies, leur vindrent au devant ung pou par delà Sainct-Denis, dont -cappitaine estoit ung nommé la Hire, plus deux foys que ceulx qui -convoioient le bestail, si furent tost desconfis; et tuerent la plus -grant partie, et prindrent la proie et les marchans, et les mirent à tres -grant rançon, et quant ilz orent tout tué, ilz firent sercher le champ et -les prinsonniers, et tous ceulx qu'ilz trouverent mors ou vifs qui -portoient ou par saing d'Anglois[1067] ou parloient angloys, ilz leur -copperent les gorges et aux mors et aux vifs, qui estoit grant inhumanité -de retourner ou champ et copper la gorge aux chrestiens qu'ilz avoient -tuez. - - [1067] Ms. de Paris: Qui estoit ou de sang anglois. - -639. Item, la sepmaine d'après, vindrent à Victry par nuyt et pillerent -et ardirent tout, si furent l'endemain suyviz ung pou de ceulx de Paris; -si y ot XIII povres laboureux qui allerent après ceulx de Paris, et -laisserent ung pou la compaignie pour cuider gangner et rescouvrer aucune -chose du leur, si les adviserent les Arminalx et vindrent à eulx; et -tantost les prindrent et leur copperent les gorges. - -640. En cellui temps ilz gangnerent la ville et chastel de Beaumont, et -le XXVIIe jour de fevrier, fut faicte prinse de chevaulx et de gens -dedens Paris, le plus que on pot, et quant ilz furent là, tout bel leur -fut[1068] de eulx en rafouir bientost, et eulx qui s'en rafuioient ne se -faingnirent pas de piller en revenant vaches, beufs et tout ce qu'ilz -porent, non pas ce qu'ilz voldrent, comme il appert clerement que le -meilleur ne vault rien. - - [1068] Ms. de Paris: tout bel heure fust. - -641. Item, en cellui temps, il n'estoit nulle nouvelle du regent, ne -homme ne gouvernoit que l'evesque de Terouanne, chancelier de France, -lequel estoit moult hay du peuple, car on disoit à secret et bien souvent -en appert qu'il ne tenoit que à luy que la paix ne fust en France, dont -il estoit tant maudit et tous ses complices que [fut] oncques l'empereur -Noiron, mais je ne scay s'il avoit deservi ou non, mais Dieu le scet -bien. - -642. Item, en cel an mil IIIIc XXXIIII, furent Pasques le XXVIIe jour de -mars [l'an mil IIIIc XXXIIII], et fu tres fort yver et aspre en gellée, -car il commença à geller [environ] VIII ou XV jours devant Nouel, et dura -bien XXX jours sans cesser jour qu'il ne gelast fort. Et aucuns des -clercs de Paris qui estoient enflez de science affermerent que pour -certain celle grant froidure dureroit jusques à la my may ou plus, mais -Dieu qui tout scet fist autrement, [que pour vray] oncques homme n'avoit -veu à son vivant tel mars, car oncques ne plut tout le moys de mars, et -si fist si tres chault que par maintes foys on n'avoit veu faire plus -chault à la Sainct Jehan d'esté qu'il fist tout ledit moys. Et le karesme -fut si plantureux de harens sors et blans que à la my karesme on avoit la -caque de bon haren blanc pour XXIIII solz ou pour XXVI solz parisis; on -avoit le quarteron de bon haren sor pour dix deniers ou pour II blans, et -du blanc pareillement; bons pois pour VI blans ou pour VII blans; feves -pour IIII blans; huylle pour VII blans la pinte, toute la meilleure que -on peust trouver à Paris. - -643. Item, tout le moys d'avril ne plut point, mais la darraine sepmaine -dudit moys, le XXVIIIe jour, le jour Sainct Vital, gella tant fort que -toutes les vignes furent celle nuyt gelées et tous les mareys, et si y -avoit adong la plus belle apparance de foison vin que on eust veu X ans -devant, mais bien apparu que pou sont les choses de ce monde seures, car -avec la gelée vint tant de hannetons et de channilles que tout le fruict -fut tout degasté d'icelle vermine, et estoient les pommiers et les -pruniers sans fueille comme à Nouel. - -644. Et en celui temps croissoit plus et plus fort la guerre, car ceulx -qui se disoient Françoys, comme de Langny et des autres forteresses -d'entour Paris, couroient tous les jours jusques aux portes de -Paris[1069], pilloient, tuoient hommes, pour ce que à nul des signeurs ne -challoit de mettre la guerre à fin, pour ce que leurs souldoiers point ne -paioient et qu'ilz n'avoient autre chose que ce qu'ilz embloient en -tuant, en prenant hommes de tous estatz, femmes, enfans. - - [1069] Dès le commencement de l'année 1434, les environs - immédiats de Paris offraient si peu de sécurité que l'on n'osait - même plus se hasarder en dehors de l'enceinte; c'est ainsi que le - 26 février le chapitre de Notre-Dame se rendait en procession à - Saint-Étienne-des-Grés, au lieu d'aller à Notre-Dame-des-Champs, - et ce «à cause des guerres», les mercredi 3 et vendredi 5 mars, - pour les mêmes motifs, la procession de Notre-Dame, qui devait se - transporter à Saint-Victor et à Saint-Marcel, dirigea ses pas - vers la chapelle du Cardinal Lemoine et vers S.-Hilaire au Mont - Sainte-Geneviève (Arch. nat., LL 217, fol. 85, 86). - -645. Item, à l'entrée de may, l'an mil IIIIc XXXIV, vint le conte -d'Arondel et ung chevalier d'Angleterre nommé Tallebot, et reprindrent -par force Beaumont[1070], et furent pandus aucuns des larrons qui dedens -furent prins; et après allerent devant le chastel de Crauil en -Beauvoisin[1071], et puis s'en revindrent sans plus rien faire. - - [1070] Beaumont-sur-Oise, dont le château avait été rétabli par - Amado de Vignolles, frère de La Hire, fut occupé sans résistance - par Jean Talbot, joint au maréchal de L'Isle-Adam, à l'évêque de - Thérouanne et au Gallois d'Aunay; la prise de possession de cette - ville fut suivie de lettres de rémission accordées le 28 juin - 1434 aux habitants absents de leurs demeures, à condition de - rentrer dans le délai de quinze jours et de prêter serment de - fidélité, excepté seulement le prieur de la ville et «tous autres - qui ont esté cause et occasion de faire venir les ennemis et - faire remparer ledit chastel.» (Arch. nat., JJ 175, fol. 107; - Monstrelet, t. V, p. 91.) - - [1071] Creil, où Amado de Vignolles s'était réfugié après - l'abandon du château de Beaumont, soutint un siège de six - semaines, durant lequel le frère de La Hire fut mortellement - blessé; un traité pour la reddition de cette place fut passé le - 13 juin 1434 entre Talbot et Georges, bâtard de Senneterre, - capitaine du château et de la ville de Creil, agissant au nom des - habitants. Ce traité stipulait que les assiégés ouvriraient leurs - portes le 20 juin au soleil levant et que jusqu'à ce moment - toutes opérations militaires seraient suspendues (Arch. nat., JJ - 175, fol. 107; Monstrelet, t. V, p. 92). - -646. Item, en ce moys de juillet, fut desposé de la prevosté des marchans -maistre Hugues Rappiot, et changez deux des eschevins[1072]. - - [1072] «Le vendredi XXIIIe jour de juillet l'an mil CCCC XXXIIII, - honnorable homme et saige, maistre Hugues le Coq, conseiller du - roy nostre sire en sa court de Parlement, fut esleu prevost des - marchans ou lieu de maistre Hugues Rapiout qui avoit fait son - temps, et pour nouveaulx eschevins furent esleuz maistre Loys - Galet, examinateur ou Chastellet de Paris, et sire Luques du - Pleis, ou lieu de sires Jaques de Roye et Loys Gobert qui avoient - fait leur temps, tous iceulx prevost et eschevins natifz de la - ville de Paris.» (Arch. nat., KK 1009, fol. 4.) - -647. Item, en cellui temps, n'estoit nulle nouvelle du regent ne du duc -de Bourgongne, ne que si fussent mors, et donnoit on tous les jours -entendre au peuple qu'ilz devoient venir bien bref, puis l'un, puis -l'autre, et les ennemis venoient tous les jours au plus pres de Paris -prendre les proies, car nulz n'y remedioit, ne Angloys, ne Françoys, ne -quelque chevalier ou signeur; et si estoit tousjours le conseil à Balle -en Allemaigne, dont on n'ouoit aussi nulles nouvelles. - -648. Item, en ce temps, à la Sainct Remy, on avoit bon blé fourment pour -XXIIII solz parisis. - -649. Item, ou moys d'aoust, le IIe jour, se troublerent en la Normendie -les Angloys à aucunes communes de Normans[1073], et en mirent bien à -l'espée XIIc, et fut emprès Sainct-Sauveur-sur-Dyve[1074]. - - [1073] Cette déroute des communes normandes poursuivies et - taillées en pièces près de Saint-Pierre-sur-Dive est bien - antérieure au mois d'août 1434, car l'on sait que Richard - Venables et son lieutenant Waterhoo, qui avaient sous leurs - ordres quelques centaines de pillards anglais avec lesquels ils - organisèrent ce guet-apens, furent décapités à Rouen le 22 juin; - quant au chiffre de douze cents morts, il concorde bien avec - celui que donne Monstrelet (t. V, p. 104). (Cf. Vallet de - Viriville, _Histoire de Charles VII_, t. II, p. 335.) - - [1074] «Sur» manque dans le ms. de Rome. - -650. Item, le VIIe jour d'octobre, qui fut au jeudy, commença le plus -terrible vent de quoy en eust point veu puis L ans devant[1075], et -estoit environ deux heures après disner, et dura jusques entre dix et -unze de nuit; et en ce pou de temps fist cheoir à Paris maisons et -cheminées sans nombre, et aux champs abatyt noyers, pommiers sans nombre. -Et pour certain il fist cheoir une vieille salle pres de ma maison, où il -avoit de grosses pierres de taille, mais le vent en gicta trois pesanz -comme ung caque d'eaue ou de vin plus de XIIII piez loing en ung autre -jardin. Et vraiement il leva une poultre toute en l'air de ladicte salle, -et fut assise sur les murs du jardin, chascun bout portant sur l'un des -murs, sans aucunement grever les murs, comme se XX hommes l'eussent -assise le plus doulcement que faire se peust, et si avoit bien IIII -toises de longueur, et si fut bien portée du vent, comme dit est, V ou VI -toises loing de là où elle fut levée du vent, et je vous jure que ce vy -ge à mes yeulx aussi bien qu'oncques je vy rien de ce monde, ne je n'en -creusse [homme], se veu ne l'eusse. - - [1075] L'ouragan du 7 octobre 1433, dont ce Journal décrit les - ravages, paraît avoir vivement frappé l'imagination des - Parisiens; notre chroniqueur n'est pas le seul qui ait noté ses - impressions. Fauquembergue, témoin oculaire de cette lutte des - éléments déchaînés, a inséré dans l'un de ses registres une - relation succincte de ce trouble atmosphérique, agrémentée de - citations classiques: «Septima die mensis octobris, ruinose domus - excelse, vento valido exagitate fuerunt cum eversione tectorum et - caminorum, et nusquam visus fuit tantus ventorum impetus apud - Parisienses, quos Omnipotens tueatur, qui luctantes ventos - tempestatesque sonoras imperio premit, vinclisque ac carcere - firmat, Virgilio testante» (Arch. nat., X{la} 4797, fol. 208 rº). - En marge du manuscrit de Rome, la main de l'un des annotateurs a - tracé la note suivante, dont l'écriture appartient aux dernières - années du XVIe siècle: «Vent pareil à celuy qui fut l'an 1567, le - lundi, mardi et mercredi 14, 15 et 16 de juillet et le dimanche 7 - septembre.» - -651. Item, dedens le boys de Vicennes y fist si grant tempeste que, en -mains de V heures, abaty ledit vent plus de IIIc LX des plus gros arbres -qui y fussent, les racines contre mont, sans les petiz arbres dont on ne -parle point; brieff, il fist tant de maulx en bien pou de heure que c'est -une grant admiracion. - -652. Item, le vin fut si cher que on ne buvoit point à moins de III blans -vin qui valust rien; mais on avoit à la Sainct Andry le meilleur fourment -pour XXII solz parisis et autre grain à bon marché au cas pareil. - -653. Item, le regent revint de Normendie à Paris, et admena sa femme le -sabmedy XVIIIe jour de decembre, l'an mil IIIIc XXXIV, environ entre une -et deux heures après disner, et fist on aller au devant de lui aux champs -les processions des mandiens et des parroisses, revestus et portans croix -et encenssiers, comme on feroit à Dieu; et à la bastide Sainct-Denis -estoient les enffens de cuer de Nostre-Dame qui moult chantoient -melodieusement, quant il entra à la porte Sainct-Denis avec sa femme, et -crioit le peuple abusé à haulte voix: Nouel! Brief, on lui faisoit telle -honneur comme on doit faire à Dieu[1076]. - - [1076] Cet enthousiasme populaire était factice: tous les détails - de la réception du régent furent réglés à l'avance par le grand - conseil, qui décida le 15 décembre que chaque «college et corps, - acompagnié de ses suppostz habilliez le plus honnestement que - possible,» se porterait à la rencontre du prince anglais et que - le Parlement irait jusqu'à Saint-Ladre, programme qui fut exécuté - en tous points; le samedi 18 décembre, les présidents et - conseillers, en chaperons fourrés, partirent du Palais à neuf - heures du matin et reçurent le duc de Bedford avec sa jeune - épouse, qui descendirent en l'hôtel du chancelier Louis de - Luxembourg, oncle de la duchesse (Arch. nat., X{la} 1481, fol. 94 - vº, 95 rº). - -654. Item, des dictes communes qui furent tuées emprès -Sainct-Sauveur-sur-Dyve des Anglois, n'estoit plus parlé, fors que quant -on parloit à Paris que c'estoit pitié, aucuns disoient que bien l'avoient -deservy, aucuns Anglois disoient, quant on en parloit, que c'avoit esté à -bonne cause et que les villains voulloient destourber aux gentilz hommes -à faire leur voulenté, et que ce avoit esté à bon droit. - -655. Item, en cellui temps, n'estoit nouvelle du conseil de Balle ne en -sermon ne autre part à Paris, ne que s'ilz fussent touz en Jherusalem. - - - [1435.] - - -656. Item, en cellui an, fist moult doulx temps jusques à la Sainct -Andry, et cellui jour commença à geller si fort que merveilles, et dura -ung quart d'an--IX jours mains--sans point desgeller; et si nega bien XL -jours sans cesser ou de jour ou de nuyt. Et fut abandonnée la place de -Greve pour la porter à tumbereaux, car il fut commandé de par le roy que -on l'ostast hors des rues, mais on n'en savoit tant oster que l'endemain -n'en eust comme devant, et la convint mettre aval les rues en grans tas -[comme mules de foing, tout] parmy Paris, car oncques tant comme il gela -et nega si fort, ne plut ne ne desgela. Et pour vray la glace, avant -qu'elle fust toute fondue, il fut l'Annunciacion Nostre Dame en mars, -qui est VII jours à l'yssue. - -657. Item, le regent se party de Paris, luy et sa femme, le Xe jour de -fevrier. - -658. Item, le duc de Bourgongne ne vint, ne alla à Paris, depuis que -devant est dit. - -659. Item, le vin fut si cher celle année que du plus petit on n'avoit -point la pinte à mains de III blans, et si ne povoit on finer point de -servoise qui vaulsist pour les mauldites subsides qui furent dessus -mises, ne vendoit servoise qui ne paiast VII blans pour chascune -sepmaine, et sans le IIIIe et l'imposicion[1077]. - - [1077] La cherté excessive du vin durant les années 1434 et 1435 - accrut dans de fortes proportions la consommation des bières et - cervoises qui constituèrent l'unique boisson des Parisiens; en - effet, un procès intenté en 1435 à un «cervoisier», Jean de - Vitry, sergent d'armes du roi, par Jean Bouchacier et ses - compagnons, fermiers des cervoises de Paris pour l'année - commencée le 1er octobre 1434, nous apprend que, «pour la faulte - du vin ceste année, il fut vendu grant quantité de cervoise en - gros à plusieurs bourgois et gens notables.» Malgré les - prétentions des fabricants de cervoises qui se refusaient à payer - le quatrième denier sur leurs ventes en gros et invoquaient entre - autres immunités celles dont jouissaient les arbalétriers de la - soixantaine, la Cour des aides donna raison aux fermiers et - condamna deux «cervoisiers» à payer le quatrième denier de la - vente de 24 «brassins de servoise et biere froide» d'une part et - de 18 d'autre, à raison de 16 caques par brassin et de 24 sous - parisis par caque, en n'exceptant que la quantité strictement - nécessaire à leur consommation personnelle (Arch. nat., Z{1a} 9, - fol. 183-184; Z{1a} 10, fol. 101 rº). - -660. Item, le fruict fut tant cher que on vendoit ung cent de bonnes -pommes de Cappendu ung pou grosses XVI solz parisis. - -661. Item, il recommença à geller en la fin de mars, et ne fut jour qu'il -ne gelast jusques après Pasques, qui furent le XVIIe jour d'avril, et -furent les vignes qui estoient en vallées et les marès touz gelez, et -tous les bourdelays qui es trailles des jardins estoient, et tous les -figuiers mors, et tous les loriers grans et petiz, et le bel pin de -Sainct-Victor qui estoit le plus bel que on sceust en France, et la plus -grant partie des serisiers aussi moururent celle année pour la grant -froidure qui dura sans pluvoir ne sans desgeler que trop pou plus d'un -quart d'an. - -662. Item, en celle année, eust on trouvé en cours umbragez dessobz fyens -de grans glaçons, et en vérité je en vy le jour Sainct Yves, et furent -trouvez en ung arbre creux en cel an, par compte fait, VIIxx oiseaux mors -de froit et plus. - -663. Item, en celle année, les almandiers ne flourirent point que pou, ou -neant pour vray. - -664. Item, le jeudy absolu que on vent le lart, qui fut le XIIIIe [jour] -du moys d'avril, vint à Paris le duc de Bourgongne[1078], à moult noble -compaignie de signeurs et de dames, et admena avec lui sa femme la -duchesse et ung bel filx qu'elle avoit eue de lui en mariaige[1079], et -avec ce amena trois jeunes jouvenceaux qui moult beaulx estoient, qui -n'estoient pas de mariaige[1080], et une belle pucelle, et le plus vieulx -n'avoit pas plus de dix ans ou environ. Et avoit en sa compaignie trois -chariotz tous couvers de draps d'or, et une litiere pour son filx de -mariaige, car les autres chevaulchoient tres bien; et pour sa gouvernance -de lui et ses gens avoit bien cent chariotz et quelque vingt charrettes, -qui sont XIxx, tous chargez d'armeures, d'artillerie, de char sallée, de -poisson sallé, de frommaiges, de vins de Bourgongne. Brief, il avoit -toute pourveance que on peut ou doit avoir en temps de guerre ou de paix, -car aussi il avoit foison pavillons pour loger aux champs, se mestier -eust esté, et chascun chariot avoit tous les jours XL solz parisis, et -les charrettes II frans. - - [1078] Le duc de Bourgogne et sa suite logèrent en l'hôtel - d'Artois; le dimanche suivant, jour de Pâques, ils entendirent à - Notre-Dame la grand'messe célébrée par l'évêque de Paris, qui les - reçut solennellement à la grande porte de l'église, avec les - chanoines et tout le clergé, et leur présenta la sainte croix et - l'eau bénite (Arch. nat., LL 217, fol. 142, 143). - - [1079] C'est le comte de Charolais, qui fut plus tard Charles le - Téméraire; il était né le 10 novembre 1433. - - [1080] Philippe le Bon eut, comme l'on sait, une nombreuse - progéniture illégitime, huit bâtards et sept bâtardes; l'une - d'elles, Marie, épousa, le 30 septembre 1448, Pierre de - Bauffremont. - -665. Item, il fist sa Pasque à Paris et tint court planiere à tous -venans, et l'endemain l'Université proposa devant lui sur le fait de la -paix. Et le mardy ensuivant, il fist faire ung moult bel obseque aux -Celestins pour feue la duchesse de Bedfort, sa seur, qui là estoit -enterrée[1081], et là fist moult riche offrande d'argent et de -luminaire, et tous prebstres, qui là voldrent aller, orent messe[1082]. - - [1081] La sépulture de la duchesse de Bedford qui se trouvait - dans l'église des Célestins, près de la chapelle d'Orléans, a été - retrouvée lors des fouilles faites aux Célestins en 1847; à la - suite de cette découverte les restes mortels d'Anne de Bourgogne - ont été transportés à Dijon. Sur sa tombe se lisait cette - épitaphe: «Cy gist madame Anne de Bourgongne, espouse de tres - noble prince monseigneur Jehan, duc de Bedfort et regent de - France, et fille de tres noble prince monseigneur Jehan, duc de - Bourgongne, laquelle trespassa à Paris le XIIIIe jour de novembre - l'an MCCCC et XXXII.» Près du corps de la duchesse de Bedford fut - déposé le cœur de son frère Philippe le Bon (Le P. Louys - Beurrier, _Histoire du monastère et couvent des Pères Célestins_, - p. 370; de Guilhermy, _Inscriptions de la France_, t. I, p. 438). - - [1082] Ms. de Paris: Ouirent messe. - -666. Item, le mercredy ensuivant, les damoiselles et les bourgoises de -Paris allerent prier moult piteusement à la duchesse qu'elle eust la paix -du royaulme pour recommandée, laquelle leur fist responce moult doulce et -moult benigne en disant: «Mes bonnes amies, c'est une des choses de ce -monde[1083] dont j'ay plus grant desir, et dont je prie plus mon seigneur -et jour et nuyt, pour le tres grant besoing que je voy qu'il en est, et -pour certain je scay bien que mon seigneur en a tres grande[1084] -voulenté de y exposer corps et chevance.» Si la mercierent moult, et -prindrent congé et se départirent. - - [1083] «De ce monde» manque dans le ms. de Rome. - - [1084] Ms. de Paris: tres bonne. - -667. Item, le jeudy ensuivant, XXIe jour d'avril, se departy de Paris le -duc et sa femme pour estre le premier jour de juillet à Arras, au -conseil. - -668. Et la premiere sepmaine de may, fut desconfit et prins le conte -d'Arondel[1085], et ses gens mors de par les Arminalx, et fust -navré[1086], et fut devant Gerberoy. - - [1085] Jean Fitz-Allan, comte d'Arundel, seigneur de Mautravers, - lieutenant général du roi sur le fait de la guerre «es païs - d'entre les rivieres de Seine, Loire et la mer, du 1er juin 1433 - au 1er mai ensuivant,» devait aux termes de «l'endenture» faite - le 11 juin 1433 avec Jean Stanlaw, trésorier général des finances - en Normandie, tenir la campagne avec 200 lances et 600 archers. - Il eut mission de recouvrer Bonsmoulins, Laigle et autres places - normandes occupées par les partisans de Charles VII (Arch. nat., - K 63, no 24{5}, no 24{8}). Le duc de Bedford le récompensa, le 8 - septembre 1434, par le don du duché de Touraine et de deux mille - livres tournois de revenu en terres dans la Normandie (_Ibid._, - JJ 175, fol. 131, 132). Au commencement de mai 1435 le comte - d'Arundel, ayant appris que Xaintrailles et La Hire mettaient en - état de défense la vieille forteresse de Gerberoy, marcha - rapidement contre eux, espérant les surprendre; mais il fut - complètement défait sous les murs de Gerberoy et blessé au pied - d'un coup de couleuvrine; transporté à Beauvais, il y mourut peu - après des suites de sa blessure (Monstrelet, t. V, p. 118; - Guillaume Gruel, p. 379; J. Chartier, t. I, p. 169). - - [1086] «Et fust navré» manque dans le ms. de Rome. - -669. Item, de nuyt, entre le darrain jour de may et le premier jour de -juing après mynuit, fut prinse la ville de Sainct-Denis par les -Arminalx[1087], dont tant de mal s'ensuivy que la ville de Paris fut si -assegée que de nulle part n'y povoit venir nulz biens par riviere ne par -autre part. Et venoient tous les jours jusques aux portes de Paris[1088], -et à tous ceulx qu'ilz trouvoient en allant ou en venant qui estoient de -Paris, ilz les tuoient, et femmes et filles prenoient à force, et -faisoient sayer les blez auprès de Paris, ne nul n'y mettoit contredit, -et après s'acoustumerent que tous ceulx qu'ilz prenoient ilz leur -coppoient les gorges, fucent laboureux ou autres, et les mettoient en my -les chemins, et à femmes aussi bien. - - [1087] Cet audacieux coup de main, qui donnait aux Français toute - latitude pour intercepter les arrivages de vivres à Paris, déjà - si difficiles, fut dirigé par les capitaines de Melun et de - Lagny; ce dernier, Jean Foucaut, chevalier d'une bravoure - éprouvée, à la tête de trois à quatre cents combattants suivant - Fauquembergue (Arch. nat., X{la} 1481, fol. 101 rº), de douze - cents d'après Monstrelet (t. V, p. 125). - - [1088] Une surveillance attentive fut organisée à Paris, le long - de la Seine, pour empêcher toute surprise; dès le 3 juin, Jean - Haussecul, boucher de la grande boucherie, vint trouver les - chanoines de Notre-Dame de la part du prévôt des marchands et - leur exposa la nécessité pressante de faire guet sur le - «Terrain,» à cause de la présence des ennemis à Saint-Denis; - cette requête fut accueillie le 14 juin; une nouvelle démarche - fut faite auprès du chapitre en vue de se procurer les fonds - nécessaires pour solder les gens de guerre que l'on devait - envoyer au siège de S.-Denis. Dans la seconde quinzaine de mars - 1436, l'imminence du danger fit redoubler de précautions; à la - date du 20, le chancelier signifia aux chanoines domiciliés dans - le cloître «qu'ils eussent à faire murer, en raison du danger des - guerres, les portes de leurs maisons donnant sur la riviere» - (Arch. nat., LL 217, fol. 150, 152, 203). - -670. Après, vers la fin d'aoust, vint grant foison d'Angloys, c'est -assavoir, le sire de Huillebit[1089], le sire d'Escalle, le sire de -Staufort, et son nepveu le bastart de Sainct-Paul[1090], et plusieurs -autres signeurs d'Angleterre. Et la derraine sepmaine d'aoust, -assegerent ceulx qui dedens Sainct-Denis estoient et leur osterent la -riviere qu'on nomme Crout, et à faire leurs logeys despecerent les -maisons de Sainct-Ouin, de Haubervilliers, de la Chappelle, brief de tous -les villaiges d'entour, qu'il n'y demoura ne huys ne fenestres, ne -traillis de fer, ne quelque chose que on peust emporter; ne n'y demoura -aux champs, despuis qu'ilz furent logez, feves ne pois, ne quelque autre -chose, et si y avoit encore des biens sur terre, mais quelque chose n'y -demoura, et coppoient les vignes atout le grain et en couvroient leurs -logeys, et quant ilz estoient ung pou à sejour, ilz alloient piller tous -les villaiges d'entour Sainct-Denis. Quant ceulx qui dedens Sainct-Denis -estoient se virent ainsi encloz, si yssoient souvent sur eulx et en -tuoient tres grant foison, et quant dedens estoient ilz les tuoient par -cannons grans et petis, et especialment par petis longs cannons qu'ilz -appeloient couleubvres, et qui en estoit frappé à peine povoit il -eschaper sans mort. - - [1089] Robert de Willougby, illustre capitaine anglais, que la - libéralité du régent gratifia successivement du comté de Vendôme - confisqué sur Louis de Bourbon (20 septembre 1424) et du comté de - Beaumont-sur-Oise (12 septembre 1431), était gouverneur de - Pontoise lorsqu'il fut appelé au commandement des forces - militaires chargées de garder la capitale; mais ses efforts ne - purent empêcher la révolution de 1436. - - [1090] Jean de Luxembourg, bâtard de S.-Paul, seigneur de - Haubourdin, figure effectivement au nombre des capitaines tenant - le parti d'Angleterre qui vinrent mettre le siège devant S.-Denis - et fut «l'un des principaulz à faire certain traictié et - convenance avecques ceulx qui estoient en garnison en icelle - ville de S. Denis» pour la rendre aux Anglais; ces faits sont - rappelés dans les lettres de rémission qu'il obtint de Charles - VII en février 1446 (Arch. nat., JJ 177, fol. 104). - -671. Item, l'endemain de la Nativité Nostre-Dame, leverent ung assault à -ceulx de Sainct-Denis, mais tant bien se deffendirent qu'ilz tuerent -grant foison d'Anglois et de bien gros chevaliers et autres; et fut tué -le nepveu au sire de Facetost[1091], et après fut despecé par pieces et -cuit en une chaudiere ou cymetiere de Sainct-Nicolas tant et largement -que les os laisserent la char, et puis furent tres bien nettoiez, ilz -furent mis en ung coffre pour porter en Angleterre, et les trippes et la -char et l'eaue furent enfouys en une grant fosse oudit cymetiere de -Sainct-Nicolas. - - [1091] C'était sans doute un neveu du fameux Jean Falstalf. - -672. Item, celle année, fist le plus bel aoust, et bon blé et foison. - -673. Item, celle année, les moriers ne porterent nulles mores, mais il -fut tant de pesches que on n'en vit oncques mais tant, car on avoit le -cent de tres belles pour II deniers parisis ou II tournoys, ou pour -mains. - -674. Item, il ne fut nulles almendes. - -675. Item, encore estoit le conseil à Arras, et on n'en ouoit aucunes -nouvelles à Paris en celui temps. - -676. Item, le duc de Bedfort qui avoit esté regent de France depuis la -mort du roy de Angleterre Henry, et estoit trespassé à Rouen le XIIIIe -jour de septembre, jour Saincte Croix[1092]. - - [1092] Jean de Lancastre, duc de Bedford, dévoré par le chagrin - que lui causait l'écroulement de la domination anglaise, ne put - supporter la ruine de toutes ses espérances après la conclusion - du traité d'Arras et mourut au château de Rouen le 14 septembre - 1435. Son corps, embaumé et mis dans un cercueil de plomb, fut - inhumé le 30 septembre dans le chœur de la cathédrale de Rouen, - du côté gauche, aux pieds de Henri Courtmantel; ses exécuteurs - testamentaires lui firent élever un magnifique tombeau de marbre - noir, achevé dès l'année 1446 (_celebre monumentum ac speciosa - sepultura artificiosissime composita_). Ce tombeau fut mutilé par - les Calvinistes en 1562 et complètement détruit en 1734 (Cf. - _Bibl. de l'École des chartes_, t. XXXIV, p. 348; l'abbé Cochet, - _Répertoire archéologique de la Seine-Inférieure_, p. 436). - -677. Item, les Arminalx de Sainct-Denis prindrent le dimenche XXIIIIe -jour de septembre l'an mil IIIIc XXXV treves, et celle propre nuyt, ceulx -de leur party prindrent le pont de Meurlan[1093], dont ceulx qui estoient -dedens Sainct-Denis, quant on cuida traicter avec eulx, ilz furent pires -que devant; et convint à eulx traicter, par ainsi qu'ilz s'en yroient à -tout ce qu'ilz vouldroient ou pourroient emporter sans quelque contredit -de nully, et aussi leur fut acordé par les signeurs qui tenoient le -siege. Et se partirent le jour Saincte Aure, IIIIe jour d'octobre, tout -mocquant des Anglois, en disant: «Recommandez nous aux roys qui sont -enterrez en l'abbaïe de Sainct-Denis et à tous noz compaignons, -cappitaines et autres qui là dedens sont enterrez.» Et estoient bien de -XIIII à XVc, tres bien montez et abillez, et aux escarmouches et assaulx -en mourut bien environ IIIIc, et ce n'eust esté qu'ilz avoient tres grant -faulte d'eaue doulce et de vin et de sel, et si n'avoient admené nulz -mires avec eulx, par quoy plusieurs navrez moururent par deffaulte -d'appareil, et si leur avoit on osté leur riviere, se n'eust esté ce, on -n'eust pas eu si bon marché de leur departie. - - [1093] Le pont de Meulan fut «prins d'eschielle» sur les Anglais - par le sire de Rambouillet et un écuyer français du nom de Pierre - Jaillet, lequel se fit instituer capitaine de cette forteresse, - comme le montrent les lettres de rémission délivrées en sa faveur - au mois de mars 1446 pour levée abusive de péages (Arch. nat., JJ - 177, fol. 131). Au moment de la surprise de septembre 1435, le - capitaine anglais était Richard Merbury qui dut évacuer la place - (Arch. nat., K 63, no 1030; J. Chartier, t. I, p. 181). - -678. Item, deux jours après vindrent devant Paris, pillant, robant, -prenant hommes, femmes et enfans, car il n'estoit personne qui aux champs -osast yssir, et les Anglois estoient dedens Sainct-Denis qui pilloient la -ville sans rien y laisser à leur povoir; ainsi fut la ville de -Sainct-Denis destruicte, et quant ilz orent tout pillié [à leur povoir], -si firent abatre les portes et les murs, et en firent ville champestre; -et tant comme le siege dura, il n'estoit sepmaine que l'evesque de -Terouanne, qui estoit chancellier, ne couchast en l'ost une foys ou deux, -et fist faire en l'isle de Sainct-Denis une petite forteresse toute -environnée de grans fossez tres parfons. - -679. Item, la royne de France, Ysabel, femme de feu Charles le VIme, -trespassa en l'ostel de Sainct-Paul le sabmedi XXIIIIe jour de septembre -l'an mil IIIIc XXXV[1094], et fut trois jours que chascun la veoit qui -vouloit; et après fut ordonnée comme il appartenoit à telle dame, et fut -gardée jusques au XIIIe jour [jeudy] d'octobre qu'elle fut apportée à -Nostre-Dame, à IIII heures après disner; et y avoit XIIII[1095] sonneurs -devant le corps et cent torches, et n'y avoit compaignie de femmes -d'estat que la dame de Baviere, et ne scay quantes damoiselles après le -corps, qui estoit en hault levé sur les espaulles de XVI hommes vestuz de -noir; et estoit sa representacion moult bien faicte, car elle estoit -couchée si proprement qu'il sembloit qu'elle dormist, et tenoit ung -ceptre royal en sa main dextre. Celle journée, furent dictes ses vigilles -moult sollempnellement, et fut prelat l'abbé de Saincte-Geneveve[1096] et -là furent toutes les processions de Paris. - - [1094] Isabeau de Bavière rendit le dernier soupir le jeudi 29 - septembre un peu avant minuit; ses serviteurs et familiers - transportèrent son corps à Notre-Dame le jeudi 13 octobre sur une - litière, précédée par les huissiers du Parlement qui faisaient - faire place aux membres de la Cour, les présidents tenant les - quatre coins du poêle dont la litière était recouverte. Bien que - la reine déchue n'eût laissé qu'une bien maigre somme (80 livres - tournois) à la fabrique de Notre-Dame, le clergé de la cathédrale - se rendit processionnellement à Saint-Paul, et n'épargna rien - pour que le service fût digne d'une souveraine, prêtant même un - sceptre, une couronne et autres ornements royaux pour la - décoration du chœur; la cérémonie funèbre se fit en présence de - Louis de Luxembourg, chancelier de France, de Jacques du - Châtelier, évêque de Paris, des seigneurs de Scales et de - Willougby et de quelques autres personnages (Arch. nat., X{la} - 1481, fol. 107 rº; LL 217, fol. 175-178). Après la célébration de - la messe, la dépouille d'Isabeau de Bavière, pieusement - accompagnée par les présidents du Parlement jusqu'au port - S.-Landry, fut confiée à un bateau où se trouvaient seulement ses - exécuteurs testamentaires, notamment son confesseur et son - chancelier, et conduite dans cet appareil à S.-Denis, où elle - reçut la sépulture à côté de son mari (J. Chartier, t. I, p. - 211). - - [1095] Ms. de Paris «XXIIII». - - [1096] Pierre Caillou, élu abbé de Sainte-Geneviève en 1433, - reçut ses bulles en 1435 et remplit les fonctions abbatiales - jusqu'au 27 août 1466, date de sa mort. - - -680. Item, le lendemain, fut mise en la riviere de Saine après sa messe -en ung batel, et fut portée enterrer à Sainct-Denis en France, car on ne -l'osa porter par terre pour les Arminalx dont les champs estoient -touzjours plains, et tous les villaiges d'entour Paris. - -681. Item, aussitost que le pont de Meulen fut prins, tout enchery à -Paris[1097], se non le vin, mais le blé que on avoit pour XX solz parisis -monta tantost après à II frans; fromaige, beurre, huille, pain, tout -enchery ainsi de pres de la moitié ou du tiers; et la char, et sain doulx -IIII blans la choppine. - - [1097] Dans la séance du Parlement, tenue le 12 octobre, Jean - Chouart, procureur du roi au Châtelet, demanda que la Cour voulût - bien adjoindre quelques conseillers au prévôt des marchands, aux - échevins et aux conseillers du Châtelet, à l'effet «de pourveoir - au fait de la policie de ceste ville, pour ce que toutes denrées, - obstant la prinse du pont de Mellant par les adversaires, - encherissent tres fort de jour en jour»; le Parlement désigna le - président Piédefer et quatre autres membres de la compagnie, afin - de prendre les mesures nécessaires (Arch. nat., X{la} 1481, fol. - 107 rº). Les registres capitulaires de N.-D. témoignent aussi de - la cherté excessive et de la difficulté que l'on éprouvait pour - se procurer les objets de première nécessité; le 30 août 1435, - les cheveciers de Saint-Merry vinrent se plaindre au chapitre de - la maigreur de leurs revenus. «Par suite des guerres et de la - misere des temps, helas! trop notoire», disaient-ils, ces revenus - étaient tellement diminués qu'ils ne pouvaient plus suffire aux - charges d'un seul des cheveciers ainsi qu'à son modeste entretien - (Arch. nat., LL 217, fol. 265). - -682. Item, en cellui temps, n'estoit nulle nouvelle du conseil d'Arras, -ne que s'ilz fucent à IIc lieux de Paris. - -683. Item, en cellui conseil ne firent rien qui prouffitast à Paris, car -chascun vouloit tenir le parti[1098] dont le prouffit lui venoit. - - [1098] Ms. de Paris: la partie. - -684. Item, quant les Françoys ou Arminalx virent qu'ilz ne porent trouver -autre accort, ilz se misdrent sus plus fort que devant, et se mirent en -Normendie à puissance, et en pou de temps gaignerent des meilleurs pors -de mer qui y soient, comme Montyvillier[1099], Dieppe, Harefleu et autres -bonnes villes et chastellenies assez, et après vindrent plus pres de -Paris, et gaignerent Corbeil[1100], le Bois de Vicenne[1101], Beauté, -Pontoise, Sainct-Germain-en-Laie[1102], et autres villes et chasteaux -assis[1103] autour de Paris, par quoy nul bien ne povoit venir en la -ville de Paris de Normendie ne d'ailleurs, ne pour monter ne pour avaller -aucuns biens[1104]. Et pour ce, tous biens furent tres chiers en karesme, -et especialment harens caqué, car pour certain le caqué coustoit XIIII -frans, et le sor aussi cher à la value, et n'amanda de rien tout le -karesme; et environ Pasques tant enchery le blé qu'il valloit IIII frans, -qui ne valloit à la Chandelleur que XX solz parisis le meilleur. - - [1099] A Montivilliers commandait pour les Anglais Clément - Overton; à Dieppe Jean Salvayn, chevalier, bailli de Rouen; à - Harfleur Guillaume Myners (Arch. nat., K 63, no 34{6}; Stevenson, - _Wars of the English_, t. II, part. 2, p. 541). - - [1100] Corbeil avait alors pour capitaine un certain Ferrières - qui livra la place moyennant finance payée par le duc de Bourbon - (Berry, édit. Godefroy, p. 392); ses gens firent une pointe - audacieuse et réussirent à s'emparer du pont de Charenton. Ce - fâcheux incident fut annoncé au Parlement le mercredi 11 janvier - 1436, en présence de l'évêque de Paris, du sire de Willougby, de - Simon Morhier, du prévôt des marchands et des échevins (Arch. - nat., X{la} 1481, fol. 112 vº). - - [1101] Le château du Bois de Vincennes tomba au pouvoir des - Français le 19 février 1436. Un Écossais de la garnison, de garde - au donjon et gagné à prix d'or, donna accès à dix partisans - déterminés conduits par Guillaume de la Barre, lesquels - escaladèrent la forteresse et s'en rendirent maîtres presque sans - coup férir (Cf. Vallet de Viriville, _Histoire de Charles VII_, - t. II, p. 349). - - [1102] Saint-Germain-en-Laye était défendu par une garnison peu - importante, composée de trois lances à cheval, de sept à pied et - de trente archers sous les ordres d'un chevalier gascon nommé - Louis d'Espoy, qui y commandait dès 1431; on voit déjà à cette - époque l'un des archers de la garnison emprisonné pour avoir - voulu livrer la place; l'époque de sa réduction ne nous est pas - connue (Arch. nat., K 63, no 1024; Stevenson, _Wars of the - English_, t. II, 2e partie, p. 543). - - [1103] Ms. de Paris: assès autour de Paris. - - [1104] Un seul exemple donnera une idée de la difficulté des - communications entre Paris et le nord-ouest de la France. Au mois - d'octobre 1435, Pierre Cauchon, Guillaume Érard, docteur en - théologie, et Jean de Rinel, ambassadeurs du roi d'Angleterre au - congrès d'Arras, suivirent pour leur retour l'itinéraire suivant: - après avoir gagné par la Flandre Calais et Boulogne, ils - s'embarquèrent à Boulogne pour le Tréport, du Tréport se - rendirent à Dieppe, de Dieppe à Caudebec, et arrivèrent ainsi à - Rouen. Jean de Rinel, dont le voyage ne devait se terminer qu'à - Paris, dut faire le trajet de Rouen à Mantes par eau et de Mantes - à Paris par terre (Arch. nat., K 64, no 119). - -685. Item, en ce temps que chascun avoit aprins à gaigner, estoient les -gaignes si mauvaises que les bonnes femmes qui avoient aprins à gaigner -V ou VI blans pour jour se donnoient voulentiers pour II blans et se -vivoient dessus. - -686. Item, le vendredy de la IIIe sepmaine de karesme, furent envoiez les -Anglois en tous les villaiges d'entour Pontoise pour bouter le feu -partout, et en blez et en advoynes, et en poys et en feves qui dedens les -maisons estoient, et en après pillerent tout ce qu'ilz porent trouver, et -qui pis est, tretous ceulx à qui les biens estoient admenerent -prinsonniers, dont ilz orent moult grant finance. Et pour vray fut dit en -la ville de Paris par gens dignes de foy tous ordonnez pour mouldre, de -bons blez avoient ars pour vivre VIm personnes demy an, et ceulx de Paris -en avoient tres grant neccessité, comme devant est dit. Et toute ceste -mallefice et dyabolicque guerre soustenoient et maintenoient trois -evesques; c'est assavoir: le chancellier, homme tres cruel, qui estoit -evesque de Terouanne; l'evesque qui fut de Beauvays, qui pour lors estoit -evesque de Lisieux, et l'evesque de Paris. Et, pour certain, par leur -fureur, sans pitié on faisoit à secret et en appert moult [mourir] de -peuple, ou par noyer ou autrement, sans ceulx qui mouroient par bataille. - - [1436.] - - -687. Item, la sepmaine devant Pasques flouries, l'an mil IIIIc XXXV, on -fist aller commissaires par tout Paris pour savoir combien de blé ou de -farine chascun avoit, ou d'avoyne, ou de feves, ou de poys. - -688. Item, les devantdiz gouverneurs firent faire en celuy karesme à tous -ceulx de Paris le serment[1105], sur peine de dampnacion de l'ame, sans -espargnier prebstre ne religieux, qu'ilz seroient bons et loyaux au roy -Henry d'Angleterre, et qui ne vouloit faire, il perdoit ses biens et -estoit banny, ou il avoit pis, et n'estoit nul homme qui parler en osast -ne faire semblant; et si faillirent les harens quinze jours devant -Pasques et les oingnons, car VI[1106] oingnons ung pou gros coustoient -IIII deniers parisis, et tout estoit tant cher[1107], pour ce que nul -n'osoit rien apporter à Paris qui ne fust en peril d'estre tué. - - [1105] Cette nouvelle prestation de serment eut lieu le jeudi 15 - mars 1436 en séance solennelle du Parlement tenue sous la - présidence du chancelier, évêque de Thérouanne. Au nombre des - prélats et autres personnages considérables qui vinrent jurer sur - les saints Évangiles d'être bons et loyaux envers le roi - d'Angleterre, nous signalerons les évêques de Lisieux, de Paris, - de Meaux, les abbés de Saint-Denis, de Saint-Germain-des-Prés, de - Saint-Victor, de Saint-Maur-des-Fossés, de Sainte-Geneviève, le - prieur de Saint-Martin-des-Champs, Jean Le Clerc, Jean de - Courcelles, Simon Morhier, Gilles de Clamecy, Hugues le Coq, - prévôt des marchands, avec quantité de bourgeois et notables - Parisiens, dont le registre du Parlement donne une longue - énumération (Arch. nat., X{la} 1481, fol. 118 ro). - - [1106] D'après le ms. de Paris, un seul oignon aurait coûté 4 - deniers parisis. - - [1107] Eu égard à la cherté des vivres (_propter caristiam - victualium_), l'évêque de Paris et le chapitre de Notre-Dame - permirent à leurs ouailles d'user pendant le temps du carême de - beurre et d'œufs (Arch. nat., LL 217, fol. 199). - -689. Item, il convint par la force des devantdiz gouverneurs que chascun -portast la croix rouge, sur peine de la vie et de perdre le sien[1108]; -et tous les gouverneurs portoient une grant bande blanche toute plaine de -croisettes rouges. - - [1108] L'ordonnance rendue le 16 mars 1436 au nom du roi - d'Angleterre et publiée au Parlement le 17 contenait défenses aux - habitants de Paris de porter autre enseigne que la croix rouge et - imposait ce signe de ralliement à tous les gens de guerre et à - «tous autres qui d'ores en avant iront et seront ordonnez aler - aux guetz et aux gardes des portes et murs d'icelle ville, soit - de jour, soit de nuit.» (Arch. nat., X{la} 8605, fol. 33 ro.) - -690. Item, le mercredy de la sepmaine peneuse, se departirent de Paris -environ IIIIc Anglois, pour ce que on ne les paoit point de leurs gaiges, -et le jeudi absolu ensuivant estoient encore à Nostre-Dame des Champs, et -là firent du pis qu'ilz porent, et mengerent celui jour tous les œufs et -fromaiges qu'ilz porent [trouver] là et ailleurs par où ilz tindrent le -chemin, et roberent et pillerent les eglises de croix, de calices et de -nappes, et toutes les maisons des bonnes gens; brief, après eulx, ne -demouroit rien en plus que après feu, mais environ III ou IIII jours -après ilz furent rencontrés tellement qu'ilz furent presque tous mis à -mort. - -691. Item, le mardy des festes de Pasques, les gouverneurs de Paris -firent partir de Paris, environ minuyt, bien VI ou VIIIc Anglois pour -aller bouter le feu en tous les petiz villaiges et grans qui sont entre -Paris et Pontoise sur la riviere de Saine, et quant ilz furent à -Sainct-Denis, ilz pillerent l'abbaïe. Et vray est que en l'abbaïe aucuns -prenoient les reliques pour l'argent avoir qui autour estoit, et de fait -l'un regarda le prebstre qui chantoit la messe, et pour ce qu'elle lui -sembloit trop longue, quant le prebstre ot dit _Agnus Dei_ et qu'il usoit -le precieux sacrement, aussi tost qu'il ot prins le precieux sang, ung -grant ribaut saut avant, et tantost print calice et les corporaulx, et -s'en va; les autres prindrent les nappes de tous les autelz et tout ce -qu'ilz porent trouver en l'eglise de Sainct-Denis, et s'en alloient atout -faire les douleurs que noz evesques et les gouverneurs leur avoient -ordonné à faire. Mais le signeur de l'Isle-Adam, qui estoit yssu de -Pontoise et estoit sur les champs, vint contre eulx et les mist presque -tous à mort, et les chassa tuant et occiant depuis par delà Espinel[1109] -jusques aux portes de Paris, c'est assavoir, la bastide Sainct-Denis, -mais cellui jour, environ IIc s'estoient espartis es villaiges, quant ilz -sorent la chose comment elle alloit, ilz se mirent dedens Sainct-Denis en -une tour c'on nomme la tour du Velin[1110]. Quant le sire de l'Isle-Adam -vit qu'ilz furent là, si dist qu'il n'en partiroit point tant qu'il les -eust mors ou vis; si laissa de ses gens, et firent tant qu'ilz les -prindrent, et tantost furent tous mis à mort sans rançon; et fut le -vendredy des festes de Pasques, l'an mil CCCC XXXVI, et furent cel an -Pasques le VIIIe jour d'avril, et fut celle année bissextre, dimenche -courant par G. - - [1109] Épinay-sur-Seine (Seine, arr. et cant. de Saint-Denis). - - [1110] La tour de Velin ou du Venin, attenante à l'abbaye de - Saint-Denis et plus connue sous le nom de tour du Salut, servit - de refuge au seigneur de Brichanteau, neveu de Morhier, qui s'y - tint jusqu'au jour de l'entrée du connétable de Richemont à - Paris; jugeant alors la situation désespérée, il abandonna ce - dernier rempart des Anglais et fut massacré dans la plaine (Cf. - Vallet de Viriville, _Histoire de Charles VII_, t. II, p. 362). - -692. Item, en cellui vendredy d'après Pasques, vindrent devant Paris les -signeurs de la bande devantdicte, c'est assavoir, le conte de Richemont -qui estoit connestable de France de par le roy Charles, le bastart -d'Orleans, le signeur de l'Isle-Adam et plusieurs autres signeurs droict -à la porte Sainct-Jaque, et parlerent aux portiers, disant: «Laissez nous -entrer dedens Paris paisiblement, ou vous serez tous mors par famine, par -cher temps ou autrement.» Les gardes de la porte regarderent par dessus -les murs et virent tant de peuple armé qu'ilz ne cuidoient mie que toute -la puissance du roy Charles peust finer de la moitié d'autant de gens -d'armes comme ilz povoient veoir. Si orent paour, et doubterent moult la -fureur, si se consentirent à les bouter dedens la ville. - -_L'antrée des Francoys à Paris en l'an mil IIIIc XXXVI._ - -693. Et entra le premier le signeur de l'Isle-Adam par une grant -eschelle que on lui avalla, et mist la baniere de France dessus la porte, -criant: «Ville gaignée!» Le peuple en sceut parmy Paris la nouvelle, si -prindrent tantost la croix blanche droicte, ou la croix Sainct Andry. -L'evesque de Terouanne, chancellier de France, quant il vit la besongne -ainsi tournée, si manda le prevost et le signeur de Huillebit et tous les -Anglois, et furent tous armez au mieulx qu'ilz porent. D'autre part, -ceulx de Paris prindrent cuer par ung bon bourgois nommé Michel de -Lalier[1111] et autres plusieurs qui estoient cause de la dicte -entrée[1112]; si firent armer le peuple et allerent droit à la porte -Sainct-Denis, et furent tantost [quelque] III ou IIIIm hommes, que de -Paris que des villaiges, qui tant avoient grant haine aux Anglois et aux -gouverneurs, que autre chose ne desiroient que les destruire. Comme ilz -estoient à garder ladicte porte, et les gouverneurs davantdiz orent -assemblé leurs Anglois, si firent trois batailles, en l'une le sire de -Huillebit, en l'autre le chancellier et le prevost, et en l'autre Jehan -l'Archer[1113], ung des plus crueulx chrestiens du monde, et estoit -lieutenent du prevost ung gros villain comme ung cagoux[1114]. Et pour ce -que ilz craignoient moult le quartier des Halles, y fut envoié le prevost -atoute son armée, et en allant trouva ung sien compere, ung tres bon -marchant nommé[1115] Le Vavasseur[1116], qui lui dist: «Monsieur mon -compere, aiez pitié de vous, car je vous prometz qu'il convient à ceste -foys faire la paix, ou nous sommes tous destruictz.--Comment, dist il, -traistre! es tu tourné,» et sans plus dire, le fiert de son espée par le -travers du visaige, dont il chut, et après le fist tuer par ses gens. Le -chancellier et ses gens alloit par la grant rue Sainct-Denis, Jehan -l'Archer alloit par la rue Sainct-Martin, lui et sa compaignie, et -n'avoit celui qui n'eust bien en sa compaignie II ou IIIc hommes tous -armez ou archers, et crioient le plus orriblement que oncques on vyt -crier gens: «Sainct George! sainct George! traistres Francoys, vous -serés[1117] tous mors!» Et ce traistre L'Archer crioit que on tuast tout, -mais ilz ne trouvèrent homme parmy les rues, ce ne fu en la rue -Sainct-Martin qu'ilz trouvèrent devant Sainct-Merry ung nommé Jehan le -Prebstre et ung autre nommé Jehan des Croustez, lesquelx estoient tres -bons mesnaigers et hommes de honneur, qu'ilz tuerent plus de dix foys. -En après allerent criant, comme davant est dit, et tirant aux fenestres, -especialment aux boutz des rues, de leurs fleches, mais les chesnes qui -estoient tendues parmy Paris leur firent perdre toute leur force. Ainsi -allerent à la porte Sainct-Denis où ilz furent bien receuz, car quant -virent tant de peuple et qu'ilz virent qu'on leur gecta IIII ou V canons, -si furent moult esbahiz, et au plus tost qu'ilz porent s'en fouirent tous -vers la porte Sainct-Anthoine et se bouterent tous dedens la forteresse. -Tantost après vindrent parmy Paris le connestable devantdit et les autres -signeurs, aussi doulcement comme se toute leur vie ne se feussent point -meuz hors de Parys, qui estoit ung bien grant miracle, car deux heures -devant qu'ilz entrassent, leur intencion estoit et à ceulx de leur -compaignie de piller Paris et de mettre tous ceulx qui les contrediroient -à mort; et, par le recort d'eulx, bien cent charretiers[1118] et plus qui -venoient après l'ost admenerent blez et autres vitailles, disant: «On -pillera Paris, et quant nous aurons vendu nostre vitaille à ces villains -de Paris, nous chargerons noz charrettes du pillaige de Paris et -remporterons or et argent et mesnaige, dont nous serons tous riches -toutes noz vies.» Mais les gens de Paris, aucuns bons chrestiens et -chrestiennes, se mirent dedens les eglises et appelloient la glorieuse -Vierge Marie et monsieur sainct Denis, qui apporta la foy en France, -qu'ilz voulsissent deprier à Nostre Seigneur qu'il ostast toute la fureur -des princes devant nommez, et de leur compaignie. Et vraiement bien fut -apparant que monsr sainct Denis avoit esté advocat [de la cité par devers -la glorieuse Vierge Marie, et] la glorieuse Vierge Marie par devers -Nostre Seigneur Jhesu-Crist, car quant ilz furent entrez dedens et qu'ilz -virent que on avoit rompue à force la porte Sainct-Jaque pour leur donner -entrée, ilz furent si meuz de pitié et de joye qu'ilz ne se porent -[oncques] tenir de larmoier. Et disoit le connestable, aussitost qu'il se -vit dedens la ville, aux bons habitans de Paris: «Mes [bons] amys, le bon -roy Charles vous remercie C mil foys, et moy de par luy, de ce que si -doulcement vous lui avez rendue sa mestresse cité de son royaulme, et -s'aucun, de quelque estat qu'il soit, a mesprins par devers monsigneur le -roy, soit absent ou autrement, il lui est tout pardonné[1119].» Et -tantost sans descendre fist crier à son de trompe que nul ne fust si -hardi, sur peine d'estre pandu par la gorge, de soy loger en hostel de -bourgois ou de mesnaiger oultre sa voulenté, ne de reproucher, ne de -faire quelque desplaisir, ou piller personne de quelque estat, non s'il -n'estoit natif d'Angleterre et souldoier; dont le peuple de Paris les -print en si grant amour que, avant qu'il fust l'endemain, n'y avoit celui -qui n'eust mis son corps et sa chevance pour destruire les Angloys. Après -ce cry furent cerchées les hostelleries pour trouver les Angloys, et tous -ceulx qui furent trouvez furent mis à rançon et pillez, et plusieurs -mesnaigers et bourgois qui s'enfouirent avec le chancelier dedens la -porte Sainct-Anthoine, ceulx là furent pillez, mais oncques personne, de -quelque estat qu'il fust ne de quelque langue, ne tant eust mal fait -contre le roy, n'en fut tué. - - [1111] Michel de Laillier, maître des comptes sous Charles VI, - servit en cette qualité le gouvernement anglais et prêta même le - serment du 15 mars 1436; il n'en est pas moins vrai qu'il joua le - principal rôle dans la reddition de Paris (Cf. Vallet de - Viriville, _Histoire de Charles VII_, t. II, p. 354). - - [1112] Après Michel de Laillier, on peut citer, au nombre des - partisans les plus dévoués de la cause française, les bourgeois - qui constituèrent le nouvel échevinage, notamment Jean de Belloy - qui, est-il dit dans un procès plaidé à la Cour des aides, «a - servy monsr de Bourgongne et a beaucoup labeuré par l'ordonnance - dudit seigneur à remettre Paris en l'obeissance du roy» (Arch. - nat., Z{1a} 10, fol. 9 vº). - - [1113] Jean l'Archer, lieutenant criminel de la prévôté de Paris - pendant l'occupation anglaise, était examinateur au Châtelet dès - le début du XVe siècle. En 1402, il fut chargé de débarrasser les - abords de la grande boucherie des étaux et paniers empiétant sur - la voie publique (Arch. nat., Y2, fol. 204 rº). Nommé lieutenant - criminel du prévôt de Paris à la suite de la réaction - bourguignonne de 1418, il occupait ce poste le 31 mars 1425; à - cette date, le chanoine Pierre d'Orgemont fut chargé de lui - présenter, au nom du chapitre et des paroissiens des églises - Saint-Christophe, de Saint-Pierre-aux-Bœufs et de Sainte-Marine - de la Cité, une pétition tendant à l'expulsion des femmes de - mauvaise vie qui avaient élu domicile autour de l'hôtel de l'Ours - et du Lion (_Ibid._, LL 217, fol. 140). Le 28 février 1432, le - chapitre de Notre-Dame nomma Jean l'Archer franc-sergent de - l'église de Paris. Le lieutenant criminel du prévôt de Paris, - objet de l'exécration universelle, suivit les Anglais dans leur - retraite le 17 avril 1436; trois jours après, les chanoines - déclarèrent l'office de franc-sergent vacant, attendu que ledit - l'Archer était allé «soy rendre ennemy du roy nostre sire et - demourer en l'obeissance du roy d'Angleterre», et ils le - remplacèrent par Jean de Hacqueville, drapier. Le successeur de - L'Archer comme lieutenant-criminel fut Jean Truquan; ses biens - furent attribués en 1437 à Ambroise de Loré (Arch. nat., PP 118, - Mémorial Bourges, fol. 11). En 1401, Jean l'Archer possédait à la - porte Baudoyer une maison à l'enseigne du Chaudron (_Ibid._, Z - 5184, fol. 68 vo). - -694. Item, l'endemain de l'antrée, jour de sabmedi, vint tant de -biens à Paris qu'on avoit le blé pour XX solz parisis, [qui le -mercredy devant coustoit XLVIII ou L solz]; et fut le vieulx marché -de devant la Magdeleine ouvert, et y vendist on le blé, qui plus de -XVIII ou XX ans avoit esté fermé, et on ot celui jour VII œufs -pour I blanc, et le jour de devant on n'en avoit que V pour II -blans, et autres vitailles au cas pareil. - - [1114] Ms. de Paris: cacque ou cacqué. - - [1115] Avant «le Vavasseur» il y a un blanc dans le ms. de Paris. - - [1116] Guillaume le Vavasseur, gros boulanger-meunier, s'enrichit - par des spéculations sur les grains et farines, spéculations qui - prirent parfois le caractère d'abus et d'exactions et tombèrent - sous le coup d'une répression sévère. Le 17 juillet 1420, année - signalée par une cherté excessive du pain, dix meuniers de Paris, - Guillaume le Vavasseur en tête, furent condamnés par le Parlement - à crier merci et demander pardon au procureur général du roi, à - se rendre par le Grand-Pont et le pont Notre-Dame jusqu'en - l'église Notre-Dame, tenant en leur main un cierge ardent d'une - livre qu'ils devaient déposer devant l'image de Notre-Dame, enfin - à tenir prison en la Conciergerie jusqu'à ce qu'ils eussent fait - cuire et distribuer aux établissements hospitaliers de la - capitale une certaine quantité de pains, dans la proportion d'un - muid de blé pour Le Vavasseur et Rappan et d'un demi-muid pour - les autres meuniers. Le Parlement défendit en outre à tout - boulanger, sous peine de cent livres d'amende et d'exposition au - pilori, de s'entremettre de meunerie, mais il déclara en même - temps que la condamnation infligée aux meuniers n'aurait rien - d'infamant (Arch. nat., X{la} 1480, fol. 219 vº). - - [1117] «Serés» manque dans le ms. de Rome. - - [1118] Ms. de Rome: charrettes. - - [1119] Les lettres d'abolition accordées aux habitants de Paris - par Charles VII furent solennellement publiées à Notre-Dame et en - l'hôtel de ville le samedi 14 avril, en présence de «tres noble - et puissant prince monsr le conte de Richemont, connestable de - France, monseigneur le bastart d'Orleans, le seigneur de - l'Isle-Adam, le sire de Ternant et autres seigneurs, nobles, gens - d'eglise, bourgois et habitans de la ville de Paris en moult - grant nombre.» On les fit publier le même jour dans les - carrefours de Paris; le texte de ces lettres données à Poitiers - le 28 février, avec mention officielle des publications, est - inséré au Livre vert vieil second (Arch. nat., Y4, fol. 1). - -695. Item, ceulx qui se bouterent en la porte Sainct-Anthoine eulx -trouverent moult esbahiz quant ilz se virent enfermez là dedens, car ilz -estoient tant que tout estoit plain, et eussent esté tantost affamez. Si -parlerent au connestable et finerent avec luy par grant[1120] finance -qu'ilz s'en iroient sains et saulx par sauf-conduit; et ainsi vuiderent -la place le mardy XVIIe jour d'avril l'an mil IIIIc XXXVI[1121]; et pour -certain oncques gens ne furent autant mocquez ne huyez[1122] comme ilz -furent, especialment le chancelier, le lieutenent du prevost, le maistre -des bouchers[1123] et tous ceulx qui avoient esté coupables de -l'oppression que on faisoit au pouvre commun, car en verité oncques les -Juifs qui furent menez en Caldée en chetivoison[1124] ne furent pis menez -que estoit le pouvre peuple de Paris; car nulle personne n'osoit yssir -hors de Paris sans congé, ne rien porter sans passe porte, tant fust pou -de chose, et disoit on: «Vous allez en tel lieu, revenez à telle heure ou -ne revenez plus.» - - [1120] «Luy» et «grant» manquent dans le ms. de Rome. - - [1121] La capitulation fut conclue le dimanche 15 avril, ainsi - qu'en témoigne la note suivante due à Fauquembergue: «Dimenche, - XVe jour dudit moys, fu fait traictié de la reddicion dudit - chastel de la Bastille par monsr le connestable avec l'evesque de - Therouanne.» (Arch. nat., X{la} 1481, fol. 120 vº.) - - [1122] Suivant Monstrelet (t. V, p. 221) et J. Chartier (t. I, p. - 228), les Parisiens accompagnèrent les Anglais de leurs huées et - leur crièrent en guise d'adieu: «A la keuwe et au regnard!» par - allusion à l'emblème du roi Henri V, qui était, comme l'on sait, - une queue de renard. - - [1123] Jean de Saint-Yon, maître des bouchers de la grande - boucherie et grènetier de Paris sous la domination anglaise, fut - emprisonné en 1408 à la Conciergerie à la suite de scènes - tumultueuses qui s'étaient passées près du Châtelet, où éclate la - violence de son caractère. «Villain puant, s'était-il écrié en - s'adressant à son adversaire, je vous creverai l'œil.» Se - prétendant au service du duc de Bourgogne, il parvint à se - soustraire à la juridiction peu clémente du prévôt de Paris et - fit porter ou pour mieux dire enterrer l'affaire au Parlement - (Arch. nat., X{la} 4788, fol. 188 rº). Compromis dans la - révolution cabochienne, il fut banni le 23 mai 1413 (Douët - d'Arcq, _Pièces inédites relatives au règne de Charles VI_, t. I, - p. 368). En 1417, il joua un rôle assez actif dans la prise de - Beaumont par les bannis, après laquelle il vint à Paris, où il - fut arrêté et mis au Châtelet à la requête de Milet de Bragelonne - qui se plaignait d'avoir été victime d'une trahison; nonobstant - sa profession de boucher, il se fit réclamer comme clerc par - l'évêque de Paris et allégua pour sa défense qu'il était «de bon - lignage à Paris, et fu avec les enfans de la ville en l'ostel de - Sens par l'ordonnance de feu monsr de Guienne, et fu à siege - devant Arras, a esté dizinier au temps qui est de present» - (_Ibid._, X{la} 4792, fol. 7 vº). Chargé en 1419 d'une mission - secrète auprès du duc de Bourgogne, il fut encore, en février - 1420, du nombre des ambassadeurs envoyés auprès du roi - d'Angleterre pour la prolongation de la trêve (_Ibid._, X{la} - 1480, fol. 207 vº; cf. Longnon, _Paris pendant la domination - anglaise_, passim). Il remplit même en 1421 les fonctions de - maire à Bordeaux (Rymer, t. IV, 3e partie, p. 197). Dès lors, il - fut comblé de biens et d'honneurs; en 1423, il était trésorier et - gouverneur général des finances du roi d'Angleterre et fit partie - du conseil du régent (Stevenson, _Wars of the English_, vol. II, - 2e partie, p. 536). La réduction de Paris sous l'autorité de - Charles VII et l'expulsion des Anglais amenèrent l'effondrement - de sa fortune; ses biens confisqués échurent en partage à Olivier - du Val (Arch. nat., PP 118, Mémorial Bourges, fol. 1). - - [1124] Ms. de Paris: chetifves prisons. - -696. Item, nulz n'osoit aller sur les murs sur peine de la hart[1125] et -si ne gaignoit le peuple, de quelque labour qu'il fust, denier; car, pour -vray, les Angloys furent moult long temps gouverneurs de Paris, mais je -cuide en ma conscience que oncques nulz ne fist semer ne blé ne advoyne, -ne faire une cheminée en hostel qui y fust, ce ne fut le regent duc de -Bedfort, lequel faisoit touzjours maçonner, en quelque païs qu'il fust, -et estoit sa nature toute contraire aux Angloys, car il ne vouloit avoir -guerre à quelque personne, et les Angloys, de leur droicte nature, -veullent touzjours guerreer leurs voisins sans cause, par quoy ilz -meurent tous mauvaisement, car adong en estoit mort en France plus de -LXXVI mil. - - [1125] L'un des articles de l'ordonnance du 16 mars 1436 - exprimait cette défense dans les termes suivants: «Que personne - ne voise sur les murs et portes, exceptez ceulz qui seront - ordonnez y aler pour la garde d'iceulz par les capitaines des - gens de guerre au regard de leurs gens et par les prevost des - marchans, eschevins et quarteniers au regard des habitans - d'icelle ville» (Arch. nat., X{la} 8605, fol. 33 rº). - -697. Item, le vendredy ensuivant, pour la grace que Dieu avoit faicte à -la ville de Paris, fut faicte la plus solempnelle procession qui fust -faicte, passé avoit C ans, car toute l'Université, petis et grans, furent -à Saincte-Katherine-du-Val-des-Escolliers, chascun ung cierge ardant en -sa main, et estoient plus de IIII mil, sans autres personnes que -prebstres ou escolliers; et pour certain oncques on ne vit cierge qui -destaingnist depuis les lieux dont ilz partirent jusques à ladicte -eglise, que on tenoit à droict miracle, car il faisoit ung temps pluieux -et venteux. Et celles choses doivent bien donner à tout bon chrestien -voulenté et devocion de remercier nostre Createur, et especialment de -l'antrée qui fut si benignement et si doulcement faicte, comme vous avez -ouy devant, et en deveroit on faire tous les ans louange à Nostre -Seigneur, car, comme ce fut droicte prophecie, l'offertoire de la saincte -messe de celui jour en parle assez de ce faire, car il dit: _Erit vobis -hic dies memorialis, et diem festum celebrabitis solempnem Domino in -progenies vestras legitimum sempiternum. Alleluya, Alleluya, -Alleluya_[1126]! - - [1126] L'offertoire du vendredi de Pâques contient effectivement - ces paroles extraites de l'Exode, XII. - -698. Item, le dimenche ensuivant, fut faicte procession generalle[1127] -tres sollempneement, et ce jour plut tant fort que la pluie ne cessa -tant que la procession dura, qui dura bien IIII heures que aller que -venir; et furent les signeurs de Saincte-Genevieve moult agrevez de la -pluie, car ilz estoient tous nudz piez, mais especialment ceulx qui -portoient le precieux corps de madame saincte Genevieve et sainct Marcel -orent moult de paine, car à grant paine se soustenoient sur les carreaux, -et vrayment ilz estoient si trempez de la pluye comme s'ilz eussent esté -gectez dedans Sainne; et pour certain ilz suoient si fort qu'ilz -desgoutoient tous par le visaige de sueur, tant estoient vains et -travaillez; et pour certain oncques nulz de tous ceulx n'en fut oncques -maumis, ne mallade, ne decouragé, qui me semble droit miracle de madame -saincte Genevieve qui peut bien faire par ses merites par devers Nostre -Seigneur, et plus que tant, comme il appert par devers Nostre Seigneur, -en sa saincte legende, comment par plusieurs foys elle a sauvé la bonne -ville de Paris, l'une foys de cher temps, l'autre foys des grans eaues et -de plusieurs autres perilz. - - [1127] La procession générale du 22 avril, où l'on porta - solennellement la châsse de sainte Geneviève, fut organisée par - les soins du chapitre de Notre-Dame qui prit l'initiative de - cette cérémonie dans sa séance du mercredi 18 avril, «afin de - rendre grâces à Dieu de l'heureuse entrée à Paris du connétable - de Richemont et des autres seigneurs de France au nom du roi et - du duc de Bourgogne.» (Arch. nat., LL 217, fol. 207.) - -699. Après ce, fist on ung prevost des marchans du devantdit Michel de -Lalier[1128], après fist on eschevins nouveaulx, dont l'un fut Colinet de -Neufville, Jehan de Grantrue[1129], Jehan de Belloy[1130], Pierre de -Langres[1131], tous quatre natifs de la bonne ville de Paris; et fut fait -prevost de Paris ung chevalier nommé messire Phelippe de Ternant[1132], -chevalier, signeur de Ternant, de Toisy et de la Mote, conseillier du roy -nostre sire et garde de la prevosté de Paris. - - [1128] Dès le 14 avril, Michel de Laillier fut institué prévôt - des marchands par le connétable de Richemont qui désigna - également les échevins (Arch. nat., X{la} 1481, fol. 120 vº). - Mais le nouveau corps municipal n'entra régulièrement en - fonctions que le lundi 23 juillet 1436, jour de sa prestation de - serment entre les mains de Jean Tudert, doyen de Paris (_Ibid._, - KK 1009, fol. 5 vº). Les échevins en exercice au moment de - l'expulsion des Anglais étaient Louis Galet, Luquin du Pleis, - Jean de Dampierre et Thomas Orlant (_Ibid._, X{la} 1481, fol. 112 - vº, 118 vº; KK 4953, fol. 55). - - [1129] En juin 1433, Jean de Grandrue, bourgeois de Paris, - soutint avec sa femme Marguerite Augière un procès au Parlement - contre Philippot Auger qui se refusait à payer une rente sur un - immeuble démoli par les gens «qui ont été à Saint-Denis» et - demandait une réduction basée sur «la sterilité du temps et la - mutacion des monnoies» (Arch. nat., X{la} 4797, fol. 76 vº; Y - 5232, fol. 47 vº). Reçu clerc des comptes en 1436 au lieu d'André - du Buc, il acquit en 1455 une maison place Maubert, à l'enseigne - du Cheval-Rouge, dans la censive de l'abbaye de Sainte-Geneviève - (_Ibid._, S 1648, fol. 157 rº). - - [1130] Jean de Beloy, écuyer, fils de l'échevin Robert de Beloy - exécuté en 1416, trouva un refuge auprès de Jean Sans-Peur, qui - l'attacha à sa maison en qualité de panetier; le 27 juillet 1418, - Jean de Beloy obtint 200 livres de rente sur les biens confisqués - de Perrin Pilot, marchand et bourgeois de Paris, mis à mort comme - partisan de Bernard d'Armagnac. Quatre ans après, pour le - dédommager des pertes qu'il avait subies au siège de Montlhéry, - on renouvela en sa faveur le don fait en 1418 (Arch. nat., JJ - 170, no 285; JJ 172, no 42). Il entra dans l'échevinage parisien - le 12 décembre 1422; l'année suivante, le régent le gratifia d'un - prisonnier, le vicomte du Tremblay, dont il tira une rançon de - 1,200 écus (_Ibid._, X{la} 4793, fol. 326 rº). Après la réduction - de la capitale, le nouveau gouvernement le nomma grènetier de - Paris, fonctions qu'il remplit du 26 avril 1436 au 27 novembre - 1437; ce poste lui fut vivement disputé par Colinet Caudillon, - valet de chambre et premier barbier du roi. Le 20 août 1437, - Charles VII fit délivrer des lettres d'État à Jean de Beloy, - «lequel, par l'ordonnance de nostre chancellier et autres gens de - nostre grant conseil estans à Paris, se part presentement de - nostre ville de Paris pour aler par devers nostre tres cher et - tres amé frere et cousin le duc de Bourgoigne, pour poursuir et - faire diligence d'avoir delivrance et paiement de la somme de - XIIm frans à nous promise et ordonnée pour asseoir et entretenir - le siege que nous entendons à l'aide de Dieu briefment fere, - asseoir et mettre devant Monstereau» (_Ibid._, Z{1a} 10, fol. 59 - vº). Il mourut peu après, laissant une veuve, Ysabelle Morel, et - un fils en bas âge, Garnot, placé sous la tutelle de Nicolle - Chapelle, avocat au Châtelet, et de Jean Tillart, examinateur. La - sœur de Jean de Beloy, Gille, épousa Thomas Thibert; sa mère, - Jeanne, possédait une maison rue de la Ferronnerie, attenante à - la place aux Pourceaux (_Ibid._, Z{1a} 12, fol. 134 rº; X{la} 69, - fol. 39 vº). - - [1131] Pierre de Landes, changeur, recueillit de la succession de - ses parents «bonne chevance», ce qui lui permit en 1420 - d'affermer, avec Philippot de Brabant et autres associés, - l'exploitation des monnaies du nord de la France et de prêter au - roi une somme de mille écus d'or garantie par l'évêque de - Beauvais (Arch. nat., X{la} 4794, fol. 291 rº; X{la} 4796, fol. - 304 rº; X{la} 4797, fol. 158 vº). Pierre de Landes succéda en - juillet 1421 à Renaud Thumery comme maître particulier de la - monnaie de Paris, sous la caution de deux de ses confrères, - Philippot de Brabant et Germain Vivien. Resté à la tête de - l'atelier monétaire de Paris jusqu'au 7 janvier 1427, il le - transmit à Remon Marc (_Ibid._, KK 323, fol. 46 rº; Z{1b} 362; - X{2a} 20, fol. 188 rº). Charles VII n'oublia point les services - rendus à sa cause par P. de Landes et, dès le mois de juin 1436, - le créa général maître des monnaies; mais il ne fut reçu que le - 22 février 1437, sur l'ordre exprès du roi (_Ibid._, Z{1b} 3, - fol. 186 vº). En 1441, le roi le nomma, avec Gaucher Vivien, - «général réformateur» des monnaies dans tout le royaume, et - renouvela ses pouvoirs les 5 novembre 1442 et 11 avril 1444, - après la réduction du nombre des généraux maîtres (_Ibid._, Z{1b} - 60, fol. 38 rº, 42 vº, 53 vº). Il remplaça Michel de Laillier - comme prévôt des marchands le 23 juillet 1438; à l'expiration de - sa magistrature, le 23 juillet 1440, il fut maintenu «pour ce que - à ce temps il estoit absent pour les affaires de la ville;» de - même, le 30 juillet 1442, cette fois «à la prière et par lettres - missibles du roy.» Il céda la prévôté en 1444 à Jean Baillet - (_Ibid._, KK 1009, fol. 6). Pierre de Landes laissa de son - mariage avec Colette Barbière, fille de Guillaume Barbier, - écuyer, un fils, Denis, mineur en 1447; sa fille, Pernelle, - mariée à Jean de Vaudetar, fut inhumée à Saint-Merry. - - [1132] Philippe de Ternant, seigneur de la Motte de Thoisy, - chevalier, chambellan du duc de Bourgogne, n'occupa que - temporairement le poste de prévôt de Paris; institué le 14 avril - 1436, il eut pour successeur Ambroise de Loré, chargé de la - prévôté de Paris le 23 février 1437 et installé définitivement le - 12 mars suivant (Arch. nat., Y 1, fol. 4 vº). - -700. Item, la darraine sepmaine de may, furent prins les os du conte -d'Arminac et du chancelier de France, sire Henry de Marle, et de son filx -l'evesque de Coustances, et ung nommé maistre Jehan Paris, et ung autre -nommé Remonnet de la Guerre, qui estoient enterrez en la grant cour de -darriere Sainct-Martin-des-Champs, en ung grant fumier qui là est; et -furent enterrez leurs os en l'eglise de Sainct-Martin des Champs, c'est -assavoir, le conte d'Arminac dedens le cueur, à dextre du grant autel. - -701. Item, quant les François furent affermez avec le Parlement et les -grans bourgoys et le conseil, ilz se plaignirent que le roy estoit tres -pouvre, et toute sa gent, et qu'il convenoit avoir de l'argent, où qu'il -fust prins. Si leur fut dit: «Il faut faire ung emprunt[1133].» Et ainsi -fut fait, especialment tres grief sur ceulx que on cuidoit qu'ilz -aimassent mieulx les Angloys que les Françoys. Et fut l'emprunt tres -grant, et se monta à tres grosse somme d'argent et d'or, car ilz furent -pou à Paris de mesnaigiers qui n'en poiassent pou ou grant. Quant ilz -orent celle grant somme d'argent, ilz s'appointerent pour aller devant -Crail[1134], et y furent environ trois sepmaines ou ung moys que à -aller, que à venir, que à mener vitaille et artillerie, et quant tout fut -prest et que on y ot moult despendu sans cop frapper, se bien pou non, -ilz leverent le siege et s'en revindrent tretous sans savoir cause -pourquoy, comme on disoit, se non que on leur fist entendant que grant -foison d'Angloys venoient pour lever le siege. Ainsi fut là despendu -mauvaisement grant partie de l'emprunt. - - [1133] Le connétable de Richemont tint conseil le 25 avril au - sujet des subsides qu'il comptait demander au clergé et aux - habitants de Paris; les chanoines de Notre-Dame, tout en - protestant de leur pauvreté, se saignèrent d'une somme de cent - francs qui fut remise au connétable le 26 avril. La bourgeoisie - parisienne, de son côté, pour se dégrever quelque peu, voulut à - son tour imposer le clergé; c'est alors qu'une députation du - chapitre se joignit le 30 août au recteur de l'Université pour - faire entendre ses protestations au connétable (Arch. nat., LL - 217, fol. 208). - - [1134] Guillaume Gruel, historiographe d'Artus de Richemont, nous - apprend qu'«environ le premier jour de may fut advisé de mettre - le siege devant Creil»; le connétable y vint en personne, mais se - retira aussitôt, laissant la conduite de l'entreprise au bâtard - d'Orléans, son lieutenant, qui perdit quelques semaines en vains - efforts sous les murs de la place et dut lever le siège (Gruel, - coll. Michaud, t. III, p. 209). - -702. Quant ilz furent revenus à Paris, si leur convint faire nouvelle -finance. Si leur fut donné en conseil qu'il convenoit faire cheoir la -monnoie[1135], mais pour ce qu'ilz n'avoient point assez de monnoye -forgée au coing du roy Charles, ilz firent crier le mercredy XXVIe [jour] -de may l'an mil CCCC XXXVI les blans de VIII deniers qui estoient au -coing de Henry, qui se disoit roy d'Angleterre et de France, ilz les -mistrent à VII deniers[1136], si valloient mieulx plus de VI blans pour -franc que ceulx qu'ilz forgerent au coing du roy Charles, si comme en -disoient ceulx à ce recongnoissans. - - [1135] Toutes ces mesures relatives au cours des monnaies furent - concertées par les généraux maîtres des monnaies réunis en - assemblée extraordinaire au Palais le vendredi 21 juin 1436; dans - ce conseil, auquel assistèrent le doyen Jean Tudert, le prévôt - des marchands et le bailli de Senlis, «fut appoinctié que pour - certaines causes le mercredi prouchain ensuivant seroit publié le - mandement du roy nostre sire pour mettre les blans aux armes de - France et d'Angleterre à VII deniers parisis la piece, et oultre - que le VIIe jour de juillet ensuivant seroient publiées les - monnoies que le roy fait faire, et oster le cours aux monnoyes - d'Angleterre.» (Arch. nat., Z{1b} 3, fol. 181 vº.) - - [1136] La date de 1437, donnée par le ms. de Rome et par toutes - les éditions, est inexacte; le mandement de Charles VII - interdisant de prendre les grands blancs aux armes de France et - d'Angleterre pour plus de sept deniers est du 26 juin 1436; il - fut publié au Châtelet de Paris le mercredi 27 juin et à son de - trompe «es lieus et places acoustumées» par Laurent Goris, crieur - du roi. Le matin du même jour, une visite générale des changes - sur le Grand-Pont se fit par les soins des maîtres des monnaies, - qui saisirent chez Guillaume le Breton et Jean le Riche des - dourdrets, moutons d'or et florins du Rhin, qu'on leur rendit - cisaillés le 6 juillet (Arch. nat., Z{1b} 3, fol. 181 vº, 182 rº; - Z{1b} 60, fol. 27 rº). - -703. Item, le jeudy XIIe jour de juillet ensuivant, firent de tous poins -cheoir les blans que devant avoient mis à VII deniers, et les salus -d'or, qui pour le temps qu'ilz mirent les blans à VII deniers valloient -XXIIII solz parisis, [ilz les mirent à XX solz parisis[1137]]. Et la -sepmaine de devant s'estoient les Anglois raliez et couroient à une lieue -pres de Paris, et boutoient feus, et tuoient femmes et enffans, et -destruioient quanque ilz encontroient. - - [1137] Par mandement du 12 juillet 1436 publié le même jour, - Charles VII ordonna la fabrication de deniers d'or fin, dits écus - à la couronne, d'une valeur de vingt-cinq sols tournois, régla le - cours des grands blancs à l'écu de France à dix sols tournois et - des petits blancs à cinq sols, enfin retira complètement de la - circulation les nobles, demi-nobles et quarts de nobles, saluts, - angelots, ainsi que les blancs «derrenierement appreciez à sept - deniers parisis, lesquels ne devoient estre pris qu'au marc pour - billon» (Arch. nat., Y 4, fol. 9 rº; Z{1b} 60, fol. 27 vº). - Malgré le mandement royal, il y eut force tentatives pour écouler - les monnaies prohibées; aussi fut-on obligé «par cry fait le - mercredi 1er août 1436 d'interdire de rechief et d'abondant à - tous» de faire circuler les monnaies d'or et d'argent défendues, - sous peine de perdre sa monnaie et d'amende arbitraire (_Ibid._, - Y 4, fol. 9 vº). - -704. Item, en celui temps, en la fin de juing, ung caymant[1138] ferit -l'enffant d'une caymende dedens l'eglise des Innocens, celle leva sa -quenoille et le cuida frapper sur la teste. Si reculla, elle l'assena ung -bien pou ou visaige, si lui fist une tres petite esgratigneure, dont ung -bien pou de sang yssit, mais pour certain ilz en furent XXII jours en -prinson; et en ces XXII jours oncques l'evesque de Paris ne volt -reconcilier l'eglise, s'il n'avoit[1139]....., et les deux pouvres gens -n'avoient pas tant vaillant en toutes choses comme la somme qu'il -demandoit. Et pour ce que ledit evesque ne le volt faire, s'il n'estoit -paié à sa guise, en tous les XXII jours oncques messe, matines, ne -vespres, ne corps en terre ou cymetiere ne fut, ne le sainct service fait -de nulle heure, ne l'eaue benoiste, et les confraries qui avoient en -ladicte eglise leurs journées assignées, ilz alloient faire leur service -à Sainct-Josse[1140] en la rue Aubry-le-Boucher. - - [1138] L'intrusion des mendiants dans les églises, notamment à - Notre-Dame, donna naissance à de tels abus que l'autorité - ecclésiastique dut prendre des mesures de rigueur. Une - délibération capitulaire du 5 janvier 1428 décida que les - quemandeurs d'aumônes ne seraient plus autorisés à vaguer dans - l'intérieur de Notre-Dame ni à s'asseoir autour du chœur, mais - qu'ils se tiendraient près des portes, en raison du bruit qu'ils - faisaient au point d'empêcher la célébration des offices dans le - chœur et les chapellenies, et à cause des ordures dont leurs - enfants souillaient l'église. Bientôt l'audace des mendiants ne - connut plus de bornes, et le chapitre, tout en usant de certains - ménagements, ordonna qu'ils seraient expulsés du pourtour du - chœur et confinés dans la nef (Arch. nat., LL 216, fol. 116, - 185). - - [1139] Ce passage est resté en blanc dans les mss. qui nous sont - parvenus. - - [1140] La chapelle Saint-Josse dépendant de la cure de - Saint-Laurent se trouvait à l'angle formé par les rues - Quincampoix et Aubry-le-Boucher; édifiée au XIe siècle, elle fut - reconstruite en 1679 et démolie en 1791. - -705. Item, en celle année fut tant de cerises que on avoit la livre pour -I denier tournois, voire telle fois fut VI livres pour ung blanc de IIII -deniers parisis, et durerent jusques à la Nostre-Dame my aoust. - -706. Item, celle année fut la Sainct Laurens au vendredy, et fist on la -foire comme autresfoiz de toutes marchandises acoustumées à ladicte -journée. - -707. Item, ou moys de septembre ensuivant, on commença à vendenger, mais -oncques mais les vendenges ne cousterent autant comme ilz firent celle -année, et si ne furent oncques [mais] vendengeurs ne vendengeresses à si -grant marché, car on avoit au commencement IIII femmes tout jour pour II -blans, et, [tel jour fut, on en avoit V pour II blans], et hotteurs pour -II blans ou pour III, et si avoit on tres grant marché de vivres, et si -ne furent aussi cheres, passé à cinquante ans; car en toutes les portes -de Paris avoit II ou III sergens de par les gouverneurs de Paris, qui -sans loy et sans droit et par force faisoient paier à chascun hotteur II -doubles, à chascune charrette qui amenoit cuves où il eust vendenge -VIII blans, XVI de II, VIII solz parisis de III; et ceulx des -garnisons d'entour Paris, comme le Bois de Vincennes[1141], comme -Sainct-Cloud[1142], le Pont-de-Charenton, avoient de chascun villaige -VIII ou X queues de vin de rançon, et autant ou plus qu'ilz en pilloient -de nuyt et de jour, sans les grans patiz qu'ilz avoient; et tesmoignoient -les gens dignes de foy que au Boys de Vicennes tant seullement en ot -bien celle année IIIc queues, et les autres ainsi ce qu'ilz porent, non -pas tant qu'i voldrent. - - [1141] Des lettres de rémission furent accordées le 28 mai 1438 à - Girard de Semur, lieutenant de Jacques de Chabannes à Corbeil, à - Regnaut le Pelé, Jean de Castelnau, Pierre de Cidrac et autres - compagnons de guerre faisant partie des garnisons de Corbeil et - du Bois de Vincennes, pour leurs courses et dévastations au - détriment «des villaiges et platz pays environ lesdictes places;» - l'autorité royale voulut bien excuser ces excès, eu égard «aus - grans faultes et longs delaiz ou paiement de leurs gaiges et - soldées», raison malheureusement trop fondée (Arch. nat., Y 4, - fol. 35 vº). - - [1142] Le capitaine du pont de Saint-Cloud au mois de décembre - 1437 était Adenet de Trœchelles qui imposa aux habitants de - Sèvres l'obligation de faire le guet tant que Pontoise et - Chevreuse seraient occupés par les Anglais (Arch. nat., X{la} - 1482, fol. 43 vº); au mois de mars 1439, Michel Quentin - commandait ce point fortifié. - -708. Et en celuy temps n'estoit nouvelle du roy nullement, ne que se il -fust à Romme ou en Jherusalem. Et pour certain, oncques puis l'entrée de -Paris nulz des cappitaines francoys ne fist quelque bien dont on doye -aucunement parler, senon rober et pillier par nuyt et par jour; et les -Angloys menoient guerre en Flandres, en Normendie, devant Paris, ne nul -ne les contredisoit, et si gaignoient touzjours quelque forte place; et -le jour Sainct Cosme et Sainct Damyen vindrent ilz jusques à -Sainct-Germain-des-Prez, ne oncques nulz des gens d'armes de Paris ne -s'en voldrent mouvoir, et disoient que on ne les paioit point[1143]. Et -en verité quanque pouvres gens de bonne ville en leur obeyssance povoient -gaigner estoit pour eulx, et de ceulx des villaiges ce qu'ilz avoient -gaigné ou à gaigner leur ostoient ilz, ne nulle chose ne leur demouroit -ne que après feu, et pour certain ilz disoient qu'ilz avoient aussi cher, -ou mieulx, cheoir es mains des Angloys comme es mains des Françoys. - - [1143] Le fait est exact, au moins en ce qui concerne les - garnisons des forteresses situées dans le rayon immédiat de - Paris; les gens de guerre se trouvant à Saint-Denis, au Bois de - Vincennes et à Lagny, ayant manifesté l'intention d'évacuer ces - places «par faulte de payement de leurs gaiges», le connétable de - Richemont se fit délivrer une somme de 637 livres, déposée entre - les mains du changeur Renaud Thumery, pour être appliquée au - payement de la solde arriérée (Arch. nat., X{la} 1482, fol. 20 - rº). - -709. Item, en ce temps, les bouchers de Sainct-Germain-des-Prez firent -une boucherie au bout du pont Sainct-Michel, comme on tourne à aller aux -Augustins[1144], et commencerent à vendre la vigille de Toussains, jour -Sainct-Quentin. - - [1144] Une décision des «commissaires sur le fait de la justice - souveraine» autorisa provisoirement les bouchers de la boucherie - de Saint-Germain-des-Prés «à tenir leurs estaulx et à vendre - leurs chars sur la riviere de Seine, au long des murs, devant - l'ostel où souloit pendre la Coronne, pres du pont - Saint-Michiel;» le Parlement prorogea successivement jusqu'au - Carême Prenant et jusqu'à la Saint-Jean-Baptiste de l'année 1437 - le délai de Noël 1436 primitivement assigné aux bouchers pour - l'exploitation de leur privilège (Arch. nat., X{la} 1482, fol. 3 - rº, 11 vº). - -710. Item, le jour Sainct-Clement ensuivant, vint le connestable à Paris -et admena sa femme, seur du duc de Bourgongne[1145], et avoit esté femme -au duc de Guienne, filx du roy de France, et vint avecques lui -l'arcevesque de Rains, chancelier de France, et le Parlement du roy, et -entrerent par la porte de Bordelles qui nouvellement avoit esté desmurée. - - [1145] Marguerite de Bourgogne, fille de Jean Sans-Peur, veuve du - duc de Guyenne depuis 1415, épousa en secondes noces Artus de - Bretagne, comte de Richemont; le mariage conclu à Amiens en - l'année 1422 fut célébré peu après à Dijon en grande pompe. - Madame de Guyenne, comme l'appelle toujours Gruel, mourut le jour - de la Chandeleur 1442 (édit. Michaud, p. 190, 218). «Le tres - grant deuil» ressenti par le connétable ne l'empêcha point - d'épouser, cette même année, Catherine de Luxembourg. - -711. Item, le jeudy ensuivant, vigille Sainct Andry, fut crié à son de -trompe que le Parlement du roy [Charles], qui depuis sa despartie de -Paris avoit esté tenu à Poityers, et sa Chambre des comptes à Bourges en -Berry, se tiendroit desormais au Palays Royal à Paris, en la fourme et -maniere que ses predecesseurs roys de France l'avoient acoustumé à faire, -et commencerent le jour Sainct Eloy, premier jour de decembre l'an mil -CCCC XXXVI[1146]. Et ainsi fut fait, et furent rappellez aucuns bourgoys -par doulceur, qu'on avoit mis hors après la departie des Angloys, pour ce -que moult estoient favoureux aux Engloys pour leurs offices ou autres -causes, et leur fut tout pardonné tres doulcement, sans reprouche ne sans -malmettre eulx ne leurs biens[1147]. - - [1146] Tous les manuscrits portent 1437, il faut lire 1436; c'est - le samedi 1er décembre 1436 que le Parlement de Paris fut - réorganisé; la séance d'ouverture fut présidée par l'archevêque - de Reims, chancelier de France, assisté des archevêque de - Toulouse, évêque de Paris, abbé de Saint-Denis, du bâtard - d'Orléans, du maréchal de Rieux, du sire de Gaucourt, d'Adam de - Cambrai, de Jean de Tudert (Arch. nat., X{la} 1482, fol. 2 rº). - Ce même jour, furent également installés les nouveaux généraux - sur le fait des aides, au nombre de trois (_Ibid._, Z{1a} 10, - fol. 1). - - [1147] La mise à exécution de ces mesures d'apaisement fut - confiée au Parlement de Paris, qui s'acquitta de cette tâche - délicate avec toute la discrétion désirable; par délibération du - lundi 10 janvier 1437, il décida de faire venir le lendemain, en - présence du prévôt des marchands et des échevins, tous ceux qui - avaient été frappés d'exil; lesquels «doulcement seront - admonnestez de eulx gouverner et maintenir doulcement en la - ville, sans y faire aucuns monoples, et feront serement d'estre - bons et loyaulx au roy.» Deux jours plus tard, le Parlement prit - de nouvelles conclusions et déclara que le serment des bourgeois - rentrés en grâce serait reçu à huis clos, qu'aucune caution ne - serait exigée d'eux, et qu'il n'y aurait point obligation de - garder leur domicile. La prestation de serment eut lieu le samedi - 15 décembre en présence de l'échevinage (Arch. nat., X{la} 1482, - fol. 4 rº et vº). - -712. Item, celle année, fut tant de navez que on avoit celle année le -boessel pour II doubles, et tant de poreaux que on avoit une grosse bote -pour ung denier, qui l'année devant coustoit IIII doubles et -davantage[1148]. - - [1148] «Et davantage» manque dans le ms. de Rome. - -713. Item, poys, feves furent à si grant marché que on avoit feves pour -dix deniers le boessel belles et grosses, et pour XIIII deniers bons -pois; et tres bon vin partout Paris pour II doubles, blanc et vermeil. - -714. Item, en la fin de novembre, la vigille Sainct Andry, commença à -geler si fort qu'elle dura jusques à Karesme-prenant, qui fut le XIIe -jour de fevrier, et en cellui temps ne plut point, mais moult nega fort. - - - [1437.] - - -715. Item, celle nuyt de Karesme-prenant, à heure de mynuyt ou environ, -prindrent les Angloys la ville de Pontoise[1149] par la grant negligence -du cappitaine qui estoit signeur de l'Isle-Adam, qui n'estoit pas si -saige comme mestier eust esté, car il estoit tres convoiteux, et bien y -paru; car on disoit que au jour que la ville fut prinse qu'il y avoit de -blé plus qu'il n'en failloit pour deux ans tous entiers pour fournir -ladicte ville, et il en avoit tres pou à Paris; mays oncques, pour priere -que ceulx de Paris peussent faire, il n'en volt oncques laisser venir -grain à la ville de Paris, et lui voulloient donner les marchans de -Pontoise de chascun sextier IIII solz parisis. Or perdit tout, -premierement honneur, car il s'enfouyt honteusement sans deffendre ne luy -ne la ville; ainsi par lui furent les bonnes gens tuez et leurs biens -perduz, et ceulx qui ne furent tuez furent mis en divers lieux en -prinsons, et mis à si grant finance qu'ilz ne porent paier, pourquoy -plusieurs moururent dedens les prinsons. Ainsi fut tout ce mal par luy, -et enforça les ennemis, et greva tant par sa mauvese garde Paris et le -païs d'entour que à peine le pouroit on raconter, car aussitost que la -ville fut prinse, III ou IIII jours après le blé enchery à Paris à la -moitié, et tout potaige de grain; car nul n'osoit venir à Paris pour les -Angloys qui partout couroient autour de Paris. Et fut la voeille du -premier dimenche de karesme, vindrent à XII heures de nuyt ou environ -assaillir Paris, pour ce que les fossez estoient gelez, mais ilz furent -si bien reboutez par cannons ou autrement qu'ilz y gaignerent pou et que -tout bel leur fut de leur esloingner. - - [1149] Pontoise fut enlevé par escalade le 12 février 1437 (voir - le récit de J. Chartier, t. I, p. 234). - -716. Item, la premiere sepmaine de karesme, fut crié à son de trompe que -nul boulenger ne feist plus de pain blanc ne gasteaux, n'eschaudez, affin -que les bourgois qui avoient du blé cuisissent. - -717. Item, la gellée avoit tellement fait mourir toute la verdure que à -la fin de mars on n'en trouvoit quelque pou, se non ung pou de poreaux, -qui coustoient une petite bote IIII deniers que on avoit eue en janvier -pour ung denier; et oignons tres chers, et pommes tres cheres, car le -quarteron de Cappandu [ung] pou grosses coustoit VII blans. Et si ne vint -nulles figgues, mais il fut le meilleur miel que on eust veu grant temps -avoit, et à bon marché, car la pinte ne coustoit que deux blans; et si -avoit on le molle de buche en Greve pour dix blans. - -718. Item, le pain fut moult cher, car le sextier de tres petit seigle -coustoit XLIIII solz ou III frans, et le froument IIII frans. - -719. Item, la sepmaine peneuse, le mercredy XXVIe jour de mars [de] l'an -mil IIIIc XXXVII, furent decolez III hommes, l'un advocat en parlement, -nommé maistre Jaques [de] Luvay[1150], et ung autre de la Chambre des -comptes, nommé maistre Jaques Rousseau[1151], et ung varlet boucher, qui -estoit devenu poursuivant, qui portoit aux ennemis anciens de France -tous les secretz que on faisoit à Paris, et lui envoioient les deux -devantdiz, et ung autre nommé maistre Jehan le Clerc[1152], lequel fut -mené en ung tumberel à boue la journée que les deux dessusdiz furent -decollez, et après condampné perpetuelment en oubliette, pour ce que -clerc estoit, et les deux estoient bisgames; lesquelx recongnurent, -especialment maistre Jaques Rousseau, que quant aucunes bonnes villes que -les Angloys tenoient se vouloient mettre en l'obeissance du roy de -France, et que les bourgoys le mandoient au connestable et au chancelier -qu'on feust prest de ce faire à tel jour, les faulx traistres devant diz -le mandoient aux Englois qui tantost faisoient grans garnisons de gens -d'armes, et faisoient copper testes à desroy, et bannissoient gens, et -prenoient le leur sans mercy, et tuoient et boutoient feus es villaiges -d'entour et menoient tous les biens en leurs garnisons. - - [1150] Aucun personnage de ce nom n'est inscrit sur la liste des - avocats du Parlement qui prêtèrent serment aux Anglais le 15 mars - 1436; mais il y avait alors au nombre des notaires de la - chancellerie un Jacques de Louvain, souvent nommé dans le dernier - registre de Henri VI. C'est peut-être de celui-ci qu'a voulu - parler notre auteur. - - [1151] Jacques Roussel, clerc du roi en la Chambre des comptes - dès l'année 1421, figure parmi ceux qui prêtèrent serment entre - les mains du chancelier, le jeudi 15 mars 1436; il comptait au - rang des plus chauds partisans de la domination étrangère. Vers - 1424, la vieille porte Saint-Martin lui avait été donnée, à vie, - par le roi d'Angleterre, moyennant une redevance annuelle de 70 - sols parisis, mais il renonça presque aussitôt à cette concession - (Arch. nat., KK 403, fol. 21 vo). Les registres du Parlement le - mentionnent plusieurs fois: le 13 septembre 1421, il est donné - comme curateur à Jeannin des Champs, fils de Gilles des Champs, - bailli de Meaux, pour les biens existant à Paris (_Ibid._, X{la} - 4793, fol. 105 rº); en 1424 et 1425, ce même clerc des comptes - soutint un procès contre Luquin du Pleis (_Ibid._, X{la} 64, fol. - 163 rº; X{la} 4794, fol. 130 rº). Après la fin tragique de - Jacques Roussel, sa veuve et ses enfants furent assez heureux - pour se faire délivrer les biens du condamné, biens dont le fisc - devait bénéficier suivant l'usage (_Ibid._, PP 118, Mémorial - Bourges, fol. 5). - - [1152] Ce Jean le Clerc, qualifié de «notables homs, bon clerc et - expert et bien recommendé de souffisance», eut un procès en août - 1426 au Parlement avec Laurent le Berruyer, au sujet de la - prébende de Bayeux, possédée jadis par Jean Courtecuisse. Il - était avocat au Parlement au moment de l'expulsion des Anglais - (Arch. nat., X{la} 1480, fol. 360 rº; X{la} 1481, fol. 118 vº; - X{la} 4794, fol. 233 vº). - -720. Item, la sepmaine de Pasques l'an mil IIIIc XXXVII, fut prins à -Beauvoys en Brie[1153] ung nommé maistre Mille de Saulx[1154], lequel -estoit procureur de parlement, qui avoit autresfoys esté prins et avoit -promis d'estre loyal et avoit baillée sa foy, et mis sa femme et deux -filx qu'il avoit en hostaige; mais de tout ce ne tint compte, ne de -foy[1155], ne de femme, ne d'enfens, mais devint le plus fort larron, -bouteux de feus et de tout autre malefice qui fust en France ny en -Normendie; et si estoit du mauldit conseil des trois devantdiz, et pour -ce ot il la teste coppée, et son varlet, le Xe jour d'avril l'an mil CCCC -XXXVIII; et cestui Mille enseigna plusieurs grans caves et anciennes, -touchans à quarrieres, desquelles on ne savoit riens, parmy lesquelles on -devoit bouter les Angloys dedens Paris, mais Dieu qui tout scet ne le -volt consentir. Ung pou après, [en cellui moys], prindrent les Angloys le -chastel nommé Ourville[1156], qui estoit au Galloys d'Aunoy[1157], lequel -chastel il perdit par sa mauvestie, car les souldoiers qui le devoient -garder, il ne voulloit paier de leurs gaiges, par quoy ilz furent cause -de la prinse du chastel; et fut sa femme prinse et fut admenée à Meaulx -qui estoit en celui temps en l'obeissance des Angloys, comment elle fut -demenée des Angloys, on s'en taist[1158]. - - [1153] Beauvoir, Seine-et-Marne, cant. de Mormant, à vingt-cinq - kilomètres de Melun, possède encore un château entouré de fossés. - - [1154] Miles de Saulx ne nous est connu que par la mention d'un - accord qu'il conclut le 20 février 1421 avec le chapitre de - Notre-Dame, au sujet des biens délaissés par Jean Favre, - chevecier de Notre-Dame, biens dont il s'était rendu acquéreur - (Arch. nat., LL 215, fol. 313). Quant à l'expédition dirigée - contre Beauvoir, elle est racontée tout au long par Gruel; - d'après ce chroniqueur, ce château soutint un assaut qui dura un - jour entier et se rendit le lendemain à discrétion; les assiégés - obtinrent la vie sauve, moyennant une rançon d'un marc d'argent - par tête, mais durent livrer Miles de Saulx qui fut amené à Paris - et décapité par ordre du connétable (Gruel, édit. Buchon, p. - 384). - - [1155] «Ne de foy» manque dans le ms. de Rome. - - [1156] Le château d'Orville, près de Louvres-en-Parisis - (Seine-et-Oise, arr. de Pontoise, cant. de Luzarches). D'après J. - Chartier (t. I, p. 235), il fut «prins d'eschielle»; suivant - Gruel, il aurait été livré par les gens du sire d'Orville à - Guill. Chambrelan, de la garnison de Meaux, puis démoli. - - [1157] Suivant la notice consacrée par M. Fagniez à la famille - des Gallois d'Aulnay (_Mém. de la Société de l'hist. de Paris_, - t. II, p. 299), le personnage ci-indiqué ne serait pas différent - d'un bâtard d'Aulnay, sans prénom connu, partisan de la cause - anglaise, souvent cité par Monstrelet (t. V, p. 27-31); nous - pensons qu'il s'agit plutôt de Jean d'Aulnay dit Galois, - chevalier, seigneur d'Orville, que nous voyons mentionné avec - Isabelle d'Aulnay, sa femme, dans un procès plaidé au Parlement - en juillet 1429 (Arch. nat., X{la} 4796, fol. 127 vº) et en - février 1439 dans une autre affaire avec Colin du Bois (_Ibid._, - X{la} 4798, fol. 11 vº); le même seigneur emmena à Orville un - prisonnier du nom de Jean de Ploisy, qui, mis aux fers dans une - basse fosse, se fit réclamer par le duc de Bedford (_Ibid._, - X{2a} 22, fol. 9 rº). - - [1158] Gruel rapporte que Chambrelan emmena la dame d'Orville - prisonnière avec trois ou quatre de ses femmes, l'une desquelles - fut «forcée»; la même dame ne recouvra la liberté qu'après - payement d'une rançon de quatorze cents écus. - -721. Item, il perdit toute sa chevance, et si fist la prinse de cestuy -chastel tant de mal à Paris que homme ne le pouroit nombrer, car il -estoit sur les chemins de Flandres et de Picardie et de Brie, et brief -sur tous les chemins dont il povoit venir biens à Paris. Brief, il fist -tant de mal à Paris, car il fut prins à l'entrée de juillet que on devoit -cuillir les blez, si convint mettre grant garnison à Sainct-Denis[1159] -pour garder les laboureurs; mais pour certain, on ne savoit duquel on -avoit le meilleur marché, ou des Angloys ou des Francoys; car les -Francoys prenoient patiz et tailles de III mois en III mois, et se les -pouvres laboureurs n'avoient de quoy paier, les gouverneurs les -habandonnoient aux gens d'armes, les Angloys les delivroient quant ilz -les povoient prendre par rançon. - - [1159] L'entretien de cette garnison retomba entièrement à la - charge des habitants de Paris; le 30 janvier 1438, Charles VII - commit Pierre de Brabant, conseiller sur le fait de la justice - des aides, Jean de la Porte, lieutenant criminel du prévôt de - Paris, Simon du Martroy, échevin, et Thomas Pigache, bourgeois de - Paris, à la levée d'une aide de mille livres tournois, - spécialement affectée au payement de la garnison de Saint-Denis; - on voit par le compte de Simon du Martroy (Arch. nat., KK 284, - fol. 19 rº) que la perception de cet emprunt forcé ne put se - faire que partiellement «pour la grant povreté du peuple et la - grant cherté de vivres qui lors estoit.» - -722. En cellui temps fut mis le siege devant Montereau, le jour Sainct -Berthelemy en aoust, dont il convint que ceulx de Paris paiassent une -trop grosse taille[1160] qui moult les greva; car il n'estoit nul qui -gaignast, se non ceulx qui avoient blé ou orge à vendre, et si estoit le -blé tant cher ou droit cuer d'aoust, à l'entrée de septembre, que le plus -petit blé valloit IIII frans, le fourment VI frans, l'orge XL solz -parisis, et si ne mangoit on point de pain blanc. - - [1160] Trente-six mille livres tournois, tel est le chiffre - énorme de l'aide imposée aux habitants de Paris pour subvenir aux - dépenses du siège de Montereau. Comme il était difficile de - réunir une somme pareille en argent monnayé, les Parisiens eurent - la faculté de se libérer en sacrifiant leur vaisselle d'or et - d'argent; par un mandement du 1er septembre 1437 à l'adresse des - généraux maîtres des monnaies, Renaud Thumery, changeur commis à - la monnaie de Paris, reçut ordre de payer pour chaque marc d'or - fin 70 écus d'or, et pour chaque marc d'argent en vaisselle - nouvellement poinçonnée 7 livres 10 sols tournois, afin de - convertir ces matières en espèces (Arch. nat., Z{1b} 60, fol. 28 - vº). - -723. Item, le jour de la my-aoust, chanta on en la chappelle -Sainct-François aux Pelletiers en l'eglise des Innocens la premiere messe -de la glorieuse Assumpcion de la glorieuse Vierge Marie Nostre Dame. - -724. Item, en cellui moys de septembre IIIIc XXXVII, on fist de rechief à -Paris la plus estrange taille qui oncques mais eust esté faicte, car nul -en tout Paris n'en fut excepté, de quelque estat qu'il fust, ne evesque, -abbé, prieur[1161], moyne, nonnains, chanoyne, prebstre, benefficié [ou -sans benefice], ne sergens, menestriers, ne les clercs des parroisses, ne -aucune personne de quelque estat qu'il fust. Et fut premierement faicte -une grosse taille sur les gens[1162] de l'eglise, et après sur les gros -marchans et marchandes, et paioient l'un IIIIm frans, l'autre IIIm ou IIm -frans, VIIIc, VIc, chascun selon son estat; après aux autres mains -riches, à l'un C ou LX, L ou XL, tretout le maindre paia XX frans ou au -dessus, les autres plus petiz au dessobz de XX frans et au dessus de X -frans, nul ne passoit XX frans et nul ne paoit mains de X frans, uns et -autres plus petiz nul ne passoit C solz, ne mains de XL solz parisis. -Après celle doloreuse taille firent une autre tres deshonneste, car les -gouverneurs prindrent es esglises les joyaulx d'argent[1163], comme -encenciers, plaz, burettes, chandelliers, paix, brief de tous vesseaux -d'eglise qui d'argent estoient ilz prenoient sans demander, et en après -ilz prindrent la grigneur partie de tout l'argent monnoyé qui estoit ou -tresor des confraries. Brief, ilz prindrent tant de finance à Paris que à -peine en seroit homme creu, et tout soubz l'ombre de prendre le chastel -de Montereau et la ville. Et furent devant sans rien faire depuis la my -aoust jusques au jeudy XIe jour d'octobre ensuivant, l'endemain de Sainct -Denis, qu'ilz prindrent la ville par assault[1164], et les gens d'armes -se mirent dedens le chastel à garant; après, pluseurs foys parlementerent -ensemble, mais ilz ne porent accorder, si assaillirent le chastel par -pluseurs foys et gecterent de leurs cannons et d'autre traict tant et si -souvent que grandement greverent le chastel et ceulx de dedens. Et aussi -traioient ceulx de dedens à ceulx de dehors, mais pou leur vallu, car ilz -virent bien que longuement ne le povoient tenir le chastel qu'ilz ne -fussent destruiz, si parlementerent au roy, et ad ce s'accorderent que -les Angloys s'en iroient sauves leurs vies, comme estrangiers concquerans -terre, car ilz n'estoient pas venus en France de leur auctorité, et tous -ceulx qui avec eulx estoient de la langue de France se rendirent à la -voulenté du roy; et ainsi fut fait, dont la plus grant partie d'iceulx -Francoys renyez furent panduz par les gorges, et aucuns autres allerent -en longs pellerinaiges, une corde au col. Cest appointement (fut) fait le -sabmedi XIXe jour d'octobre l'an mil IIIIc XXXVII; et le mardi ensuivant -randirent le chastel[1165] et s'en allerent. Et ceulx de Paris s'en -tindrent bien mal comptents, et ne firent pour la prinse du chastel ne -joie, ne feuz allumerent, ne n'en tindrent compte, comme ilz firent pour -la prinse de la ville, car on sonna par tous les mostiers de Paris, et -fist on par tout joye et liesse toute nuyt et feuz et dances, et tout ce -fut delaissé, parce que on avoit ainsi delivré les Angloys et qui -estoient IIIc, tous murdriers et larrons. La plus grant partie d'eulx se -mist à la riviere pour plus emporter de leurs bagaiges, et quant ilz -passerent par devant Paris, il fut crié, sur peine de la hart, que nul ne -nulle ne fust si hosé ne si hardy de leur dire pis de leur nom, dont le -peuple de Paris fut moult mal comptent, mais à souffrir le convint pour -celle foys, car de nulle rien ilz n'osoient parler qui touchast le bien -publicque, car ilz avoient tant d'oppressions, tant des tailles devant -dictes, tant de malles gaignes, tant de grant charté de pain et de tous -autres vivres que oncques[1166] on eust veu puis C ans. Mais l'esperance -de la venue du roy les confortoit, laquelle fut bien en vain, car quant -il vint à Paris, lequel y vint l'endemain de la feste Sainct Martin -d'yver l'an mil IIIIc XXXVII, dont on fist aussi grant feste comme on -pouroit faire à Dieu, car à l'entrée de la bastide Sainct-Denis par où il -entra, tout armé au cler, et le dalphin, jeune d'environ dix ans[1167], -tout armé comme son pere le roy; et à l'entrée les bourgoys luy mirent un -ciel[1168] sur sa teste comme on a à la Sainct Sauveur à porter Nostre -Seigneur, ainsi le porterent jusques à la porte aux Paintres dedens la -ville[1169]. Et entre la dicte porte et la bastide avoit pluseurs beaux -misteres, comme à la porte des Champs avoit angles chantans, à la -fontaine du Ponceau-Sainct-Denis moult de belles choses qui moult longues -seroient à raconter, devant la Trinité la maniere de la Passion, comme on -fist pour le petit roy Henry, quant il fut sacré à Paris, comme davant -est dit. - - [1161] Les mots: «Ne evesque, abbé, prieur» manquent dans le ms. - de Rome. - - [1162] Ms. de Paris: grans. - - [1163] Si les conseillers de Charles VII mirent ainsi à - contribution le trésor des églises, c'est que les finances - royales étaient tellement épuisées que l'on ne pouvait attendre - la réalisation même partielle de l'emprunt de 36,000 livres sur - les habitants de Paris; dès le 22 septembre 1437, le chancelier - de France, le comte de Vendôme et autres membres du conseil royal - exposèrent aux chanoines de Notre-Dame la nécessité de se - procurer immédiatement une somme de douze mille francs en vue du - recouvrement de Montereau, et lui demandèrent l'avance d'un - certain nombre de marcs d'argent. Le chapitre accéda à cette - demande et fit peser par Jean Fournier, orfèvre, et Renaud - Thumery, deux plats d'argent blanc et quatre candélabres d'argent - du grand autel, du poids total de vingt-sept marcs (Arch. nat., - LL 217, fol. 334). - - [1164] Montereau fut emporté «de bel assault» le jeudi 10 octobre - 1437 par Charles VII, qui paya bravement de sa personne en tête - de son armée (Voir la relation de ce brillant fait d'armes - insérée au registre du conseil du Parlement; Arch. nat., X{la} - 1482, fol. 37 vo). - - [1165] Après la prise de la ville, Thomas Guérard, capitaine de - la place pour le roi d'Angleterre, s'était retiré dans le - château; il le rendit le mardi 22 octobre (Arch. nat., X{la} - 1482, fol. 37 vº; J. Chartier, t. I, p. 237). - - [1166] «Oncques» manque dans le ms. de Rome. - - [1167] Le dauphin avait alors quatorze ans accomplis. - - [1168] Ce ciel en drap d'or vermeil porté par le prévôt des - marchands et les échevins fut déposé par les sergents d'armes au - prieuré de Sainte-Catherine-de-la-Culture (Journal parisien de - Jean Maupoint, p. 24). - - [1169] La porte aux Peintres qui, dans le principe, faisait - partie de l'enceinte de Philippe-Auguste, s'élevait près de - l'impasse du même nom, à l'intersection des rues actuelles de - Turbigo et aux Ours prolongée; devenue fausse porte après la - construction de l'enceinte de Charles V, elle fut dégarnie de ses - tours, puis démolie vers 1535. - -725. Item, à la porte aux Paintres aussi, et devant Chastellet et devant -le Pallays, senon que depuis ladicte porte aux Paintres tout fut tandu à -ciel jusques à Nostre-Dame de Paris, senon le Grant Pont. Et quant il fut -devant l'Ostel Dieu ou environ, on ferma les portes de ladicte eglise de -Nostre-Dame, et vint l'evesque de Paris, lequel apporta ung livre sur -lequel le roy jura, comme roy, qu'il tendroit loyalment et bonnement tout -ce que bon roy faire devoit[1170]. Après furent les portes ouvertes, et -entra dedens l'eglise et se vint loger au Palays pour celle nuyt; [et -fist on moult grant joie celle nuyt] comme de bassiner, de faire feus en -my les rues, dancer, menger, et boyre et de sonner pluseurs instrumens. -Ainsi vint le roy à Paris comme devant est dit. - - [1170] Charles VII arriva devant Notre-Dame à quatre heures après - midi, il fut reçu par l'évêque Jacques du Châtelier, qui lui - adressa l'allocution suivante: «Tres chrestien roy, nostre - souverain et droicturier seigneur, les saincts et tres chrestiens - roys de France, vos predecesseurs, qui tant ont honouré et amé - Dieu et l'eglise, si ont acoustumé que, après leur unccion et - sacre en leur premier joyeux advenement en ceste vostre cité, ilz - viennent premier à l'eglise, et devant qu'ilz entrent en ladicte - eglise, ilz doivent faire premier le serement à l'eglise, et - ainsi le devez faire en ensuivant les sainctes voyes et bons - propos de vos predecesseurs, et est le serement tel.» Après cette - exhortation le roi, étendant la main sur les saints Évangiles, - s'exprima en ces termes: «Ainsi comme mes predecesseurs l'ont - juré, je le jure.» Ce cérémonial accompli, Charles VII fit son - entrée solennelle dans la cathédrale et vint baiser les saintes - reliques (Arch. nat., LL 217, fol. 357-359). - -726. Item, le jour Saincte Katherine ensuivant, fut fait ung moult -solempnel service à Sainct-Martin des Champs pour feu le conte d'Arminac -qui fut tué, comme devant est dit, environ dix-neuf ans devant dedens le -Pallays; et y ot bien ce jour XVIIc cierges alumez et de torches à la -value, et tous prebstres qui voldrent dire messe furent paiez; mais on -n'y fist point de donnée, dont on s'esbahyt moult, car telz IIIIm -personnes y allerent, qui n'y fussent ja entrez, s'ilz n'eussent cuidé -que on y eust fait donnée, et le maudirent qui avant prierent pour luy. -Et tout ce service fist faire le conte de Pardriel ou de la Marche[1171], -le mainné filx du conte d'Arminac devant dit, et y fut le roy et -chevaliers d'Anjou et tous ceulx de Nostre-Dame et des collieges de -Paris, tous revestuz. - - [1171] Bernard d'Armagnac, comte de Pardiac et de la Marche, - vicomte de Carlat et de Murat, second fils de Bernard d'Armagnac - et de Bonne de Berry, institué, en 1422, lieutenant et capitaine - général au bailliage de Mâcon et sénéchaussée de Lyon, mourut - vers 1462, laissant de son mariage avec Éléonore de Bourbon un - fils, Jacques d'Armagnac, duc de Nemours. - -727. Item, après dit le service, furent portez les os dudit conte à -Nostre-Dame des Champs, acompaigné de grant luminaire et de gens vestus -tous de noir, et là fut laissé jusques au mercredy suivant; et ce jour -disna le roy à Sainct-Martin des Champs, et le mercredy furent emportez -les os dudit conte en son païs d'Arminalx. - -728. Et en ce temps avoit à Paris foison gens d'armes, et environ XL ou L -larrons qui s'estoient boutez dedens Chevreuse[1172] couroient tous les -jours jusques aux portes de Paris et prenoient hommes, bestes, voitures; -et devers la porte Sainct-Denis ne sçay quelx larrons qui estoient à -Ourville venoient prendre les hommes et les proyes jusques emprès les -portes de Paris, et par ce point venoient toutes les sepmaines, et quant -ilz estoient III ou IIII lieus loing, les gens d'armes qui à Paris -estoient s'armoient tout à loisir et se partoient sans conroy, et tantost -s'en revenoient puis qu'ilz avoient fait maniere. Et pour ce enchery tout -grain, car blé valloit V frans et demy, qui n'estoit que mesteil, orge LX -solz, feves menues V solz parisis le boessel, poys au pris, huylle V solz -parisis la pinte, la livre de beurre [sallé] VI blans, et tout à forte -monnoye[1173]. Et depuis que le roy estoit entré à Paris, tout enchery -comme dit est, pour ces larrons qui touzjours estoient en embusche -emprès Paris, ne roy, ne duc, ne conte, ne prevost, ne cappitaine n'en -tenoit compte, ne que s'ilz fussent à cent lieues loing de Paris. - - [1172] Chevreuse, tombé par surprise au pouvoir des Anglais en - 1437, redevint français peu après, ensuite du rachat qu'on en fit - de Guillaume du Brouillart, chevalier (Cf. J. Chartier, t. I, p. - 235). - - [1173] Malgré le peu de sécurité des communications et la - difficulté extrême des transports, il se trouvait encore des - marchands qui ne craignaient pas d'exposer aux dangers des grands - chemins les produits destinés à l'approvisionnement de la - capitale, témoin ce Jean des Bonnes qui, en l'an 1437, «fist - amener à Paris LXXVIII quaques de haren blanc, deux pipes de - haren sor et cinq ambours de salmons salez» (Arch. nat., X{2a} - 22, 21 mars 1443). - -729. Item, il fu cel an grant année de choulx à Paris[1174] et de navez, -car le boessel ne coustoit que VI deniers parisis, par quoy les gens -appaisoient leur fain et à leurs enfens. - - [1174] «A Paris» manque dans le ms. de Rome. - -730. Item, le fruit failly partout, se non de neffles et de pommes de -boys, et si ne fut nulles noys ne nulles almandes. - -731. Item, le roy se desparti de Paris le IIIe jour de decembre l'an mil -IIIIc XXXVII, sans ce que nul bien y feist à la ville de Paris pour lors, -et sembloit qu'il ne fust venu seullement que pour veoir la ville, et -vraiement sa prinse de Montereau et sa venue cousta plus de LXm frans à -la ville de Paris, où qu'ilz fussent prins. - - - [1438.] - - -732. Item, le jour de la Thiphaine, les larrons de Chevreuse, environ XX -ou XXX, vindrent à la porte Sainct-Jaques et entrerent dedens Paris, et -tuerent ung sergent à verge nommé ***, qui estoit assis à ung huys, et -s'en rallerent franchement, et prindrent trois des portiers gardans la -porte et pluseurs autres pouvres gens, sans la proye qui ne fut pas -petite, et si n'estoit que XII heures de jour ou environ, et disoient: -«Où est vostre roy! Hé[1175] est il mucé?» Et pour les cources que lesdiz -larrons faisoient, enchery tant pain et vin que pou de gens mengeoient de -pain leur saoul, ne pouvres gens ne buvoient point de vin[1176], ne -mengeoient point de char qui ne leur donnoit, ilz ne mengeoient que -navez ou trongnons de choulx mis à la braise sans pain, et toute nuict et -tout jour crioient petis enfans et femmes et hommes: «Je meur! Helas! las -doux Dieu! je meur de fain et de froid!» et toutes fois qu'il venoit à -Paris gens d'armes pour acconvoyer aucuns biens qu'on y amenoit, ilz -amenoient avec eux IIc ou IIIc mesnaigers, pour ce qu'ilz mouroient de -fain à Paris. - - [1175] «Hé» manque dans le ms. de Rome. - - [1176] L'examen de notre journal, en ce qui concerne les - événements de l'année 1438, nous avait permis de constater d'une - part le peu d'étendue des matières comprises sous cette année et - d'autre part le défaut de suite du texte; à ce dernier point de - vue, il est aisé de remarquer que le passage «Item ceux de - Montargis firent semblablement et rendirent ces III places.» ne - pouvait se rattacher à aucun des faits précédemment rapportés, ce - qui laissait entrevoir l'existence d'une lacune. Cette lacune - considérable, qui se retrouve même dans le ms. de Rome, est - comblée dans notre édition à l'aide du manuscrit de Paris, auquel - nous empruntons la fin du paragraphe: _Item, le jour de la - Tiphaine_ à partir des mots _ne mengeoient point de char_, et - tout ce qui suit jusque inclusivement au paragraphe qui commence - ainsi: _Item, en ce temps, le capitaine de Dreux_. Un autre - manuscrit du Journal parisien, celui de la bibliothèque d'Aix, - dont l'existence nous a été révélée pendant l'impression de notre - chronique, renferme également dans son entier le passage inédit - dont nous donnons le texte. - -733. Item, la vigille Sainct Marc, en avril, qui fust à un jeudi fist un -si grant vent qu'il arracha les plus gros ormes de ceulx qui estoient -devant l'Isle-Nostre-Dame, et le sabmedi de devant cheut devant la -chambre Me Hugues un mur devant soudainement emmi la rue, lequel tua III -hommes qui par là passoient et en blessa IIII qui moururent, et ainsi -furent VII hommes mors par ledit mur. En celluy temps faillist le pain à -Paris, car le bled valloit VII frans; febves, pois, VI blans le septier; -et pour certain le pain de II blans ne pesoit que XI onces. - -734. Item, en celle année IIIIc XXXVIII, fust si grant foison de -chenilles qu'ilz degasterent tous les arbres et les fruictz, et le vent -devant dict qui fust la vigille Sainct Marc abatit tant de fruict comme -de cerises, de noix; brief, il fist moult de dommaige par tous lieux, et -abatit plusieurs maisons, cheminées sans nombre, et tant d'arbres portant -fruict, que ce fust une tres grande merveille, et esbahissement du grant -dommaige qu'il fist en plusieurs lieux et presque partout, et si ne dura -que VI heures ou environ. - -735. Item, il fust tant grant charté de verdure celle année que à -l'entrée de may on vendoit--pour faute de porée--choulx, des mauves, des -sauves, de la pareille, des orties, et les cuisoient les pouvres gens -sans gresse, senon sel et eau, et mengeoient sans pain, et dura jusques -après la Sainct Jehan; mais par force de pluye dont grande abondance fut -en celluy temps, vint la verdure environ VIII jours devant la Sainct -Jehan à marché, mais tout grain enchery tousjours, que bon bled valloit -VIII frans le sextier, forte monnoye, et petites febves noires que on -souloit donner aux porcs dix solz pour le boissel. - -736. Item, Seine fust si grande à la Sainct Jehan qu'elle passoit assès -la Croix de Greve. - -737. Item, il faisoit si grant froid à la Sainct Jehan comme il debvroit -faire en febvrier ou en mars. - -738. Item, la premiere sepmaine de may audit an mil IIIIc XXXVIII, (à) -chascune des IIII portes de Paris, deux à la porte et une dessus les -barrieres encontre le mur, on attacha III pieces de toile tres bien -peintes de tres laides histoires; car en chascune avoit painct ung -chevalier des grans signeurs d'Angleterre, icelluy chevallier estoit -pendu par les piez à un gibet, les esperons chaussés; tout armé senon la -teste, et à chascun costé un diable qui l'enchaînoit, et II corbeaux -laidz et hideux qui estoient en bas en son visage, qui luy arrachoient -les yeux de la teste par semblant. - -739. Item, il y avoit escript au premier: GUILHAUME DE LA -POULLE, CHEVALLIER ANGLOIS, COMTE DE SUFFORD ET GRANT MAISTRE -D'HOSTEL DU ROY D'ANGLETERRE, CHEVALIER DE LA JARTIERE, FAULX -PARJURE DE LA FOY MENTIE, DEUX FOIS, ET DE SON SEELLE A NOBLE -CHEVALLIER, TANGUY DU CHASTEL, CHEVALLIER FRANÇOIS. - -740. Item, l'autre estoit: ROBERT, COMTE DE HUILLEBIT, PARJURE -UNE FOIS DE SA FOY MENTIE ET DE SON SEEL AUDIT TANGUY DU CHASTEL, -CHEVALLIER DEVANT DICT. - -741. Item, l'autre estoit nommé THOMAS BLOND, CHEVALLIER, non pas comte, -ne chevallier de la Jartiere, comme les deux autres, mais PARJURE DE SA -FOY MENTIE ET DE SON SEEL A TRÈS NOBLE CHEVALLIER FRANÇOIS, MONSIEUR -TANGUY DU CHASTEL. Ainsi estoit celle tres laide (histoire) encontre -à l'entrée de chascune porte de la ville de Paris. - -742. Item, la nuict de la Sainct Jehan, fust faict ung grant feu devant -la maison de la ville, et ne fust point allumé le droict feu qui estoit -en la place accostumée, pour ce que l'eaue y estoit trop grande, car elle -passoit la Croix, comme devant est dit. - -743. Item, la fille du roy nommée Marie, qui estoit religieuse à Poissy, -alluma le feu d'un costé et le connestable de l'autre, lequel on disoit -estre favorable aux Anglois plus qu'au roy ne que aux François, et -disoient les Anglois qu'ilz n'avoient point paour de guerre, ne de -perdre, tant comme il seroit connestable de France; qu'il en estoit, je -n'en scay rien, mais Dieu le scet bien. Et pour vray, il se monstroit -tres mauvais ou tres couart en toutes ses besongnes, car il alla la -sepmaine d'après la Sainct Jehan devant Ponthoise et, tantost, les menues -gens qui avec luy estoient gaignerent l'une des plus fortes tours qui -fust en la ville, et quant il vit que l'on besongnoit si asprement, il -fist tout laisser, et s'en refouit à Paris, et dict qu'il ne vouloit pas -faire tuer ne les bonnes gens; et pour certain le peuple qui avec luy -estoit juroit, que s'il ne les eust point laissez, que à tres pou de -temps ilz eussent gaigné la ville et chastel. Helas! l'emprise fust si -mal laissée, car il estoit l'entrée d'aoust, et on les laissa en ce -poinct, par quoy ilz firent si grant dommaige des blez qui estoient -entour Paris et entour Sainct-Denis que nul n'osoit aller cuillir ses -grains aux champs; et si ordonna ce noble connestable que chascun arpent, -de quelque gaignage que ce fust, ou bled ou potagé, ou de quelque semence -que ce fust, luy payast IIII solz parisis, sans les patis, sans les -courses. - -744. Item, de chascune queue de vin, IIII solz parisis; de chascun muy, -VIII blans. - -745. Item, parce qu'il s'en revint ainsi, plusieurs de la ville orent -moult à souffrir des Anglois, car les uns furent decapitez, les autres -boutez hors, les autres s'enfouirent et perdirent tous leurs biens. - -746. Item, le mardy XIXe jour d'aoust, trespassa madame Marie de Poissy -au Pallais, et mourust d'espidimie, dont elle fust moult merveilleusement -esprise, comme il apparust, car les mires qui son corps ouvrirent pour -l'ordonner, comme à telle dame appartenoit, furent tantost frapez de -ladicte espidimie, et tous en moururent bien tost après. - -747. Item, elle fust portée en l'abbaye de Poissy, et là fust elle -enterrée tres honnorablement, comme à telle dame appartenoit. - -748. Item, ceste dame estoit une moult grant dame, car elle estoit fille -de roy, seur de roy, bel'ante de roy, dame des relligieuses de Poissy. - -749. Item, le roy, ne nul des signeurs ne venoit à Paris, ne entour, ne -que s'ilz fussent en Hierusalem, et pour ce y avoit si grant charté à -Paris[1177], car on n'y povoit rien apporter qui ne fust rançonné ou -tout robé des larrons qui estoient es garnisons d'entour Paris; car -environ la Sainct Martin d'yver que on a semé, bon bled valloit VII frans -et demy et plus, orge VI frans le sextier, pois et febves VI frans, ung -petit cacque de petit vin vermeil IIII ou V frans, la livre de beurre -sallé IIII solz parisis, huyle de noix XVI blans, celle de chenevis -autant; ne il n'estoit nulz pourceaux à la Sainct Clement, par defaulte -du roy qui ne tenoit compte du pays de France, et se tenoit tousjours en -Berri par les mauvais conseils qu'il avoit. - - [1177] En 1438, la récolte manqua complètement, suivant des - témoignages contemporains; «pour la stérilité du temps, le blé - fut tres chier à Chartres» et la misère fut si grande que - «plusieurs mesnaigiers furent astrains à eulx en aler vivre - ailleurs» (Arch. nat., Z{1a} 12, fol. 20). - -750. Item, cel an, fust moult de noix, si vendoit on le sextier IIII -blans, parce que les marchans de Paris mettoient toutes choses qui garder -se povoient en leurs greniers. - -751. Item, en ce temps, le capitaine de Dreux, de Chevreuse[1178] et -aucuns de leurs gens vindrent faire le serment au connestable à Paris, et -ceulx qui ne le voldrent faire s'en allerent à Rouen. - - [1178] La reddition de ces deux places fut ménagée par Thibaud de - Charmes, capitaine de Chartres, qui, ayant été surpris par les - Anglais en 1436 ou 1437, fut emmené prisonnier à Dreux et - consacra les loisirs de sa captivité «à bastir la reduccion de - Dreux et de Chevreuse»; à cet effet, il fit maints voyages auprès - de Charles VII (Arch. nat., Z{1a} 12, fol. 19 vº). D'après Jean - Chartier (t. I, p. 237), G. Brouillart aurait reçu pour la remise - des ville et château de Dreux une somme de 60,000 à 80,000 écus. - -752. Item, ceulx de Montargis firent semblablement[1179], et rendirent -ces III places. - - [1179] Montargis que les Anglais avaient enlevé par escalade fut - rendu ou pour mieux dire vendu aux gens de Charles VII par un - fameux capitaine de routiers, François de Surrienne, dit - l'Arragonnois (J. Chartier, t. I, p. 235). - -753. Item, Montargis s'estoit autresfoys rendu par ainsi que on devoit -donner grant finance, laquelle ung grant signeur qui la devoit porter la -joua aux dez. Ainsi estoit tout gouverné, et se randirent la darraine -sepmaine, l'an mil IIIIc XXXVIII, du moys d'octobre. - -754. Item, la mortalité fut si grande, especialment à Paris, car il mouru -bien à l'Ostel Dieu en celle année cinq mil personnes, [et parmy la cité -plus de XLV mil], que hommes, que femmes, que enfans; car quant la mort -se boutoit en une maison, elle en emportoit la plus grant partie des -gens, et especialment des plus fors et des plus jeunes[1180]. - - [1180] La maladie épidémique qui détermina une mortalité aussi - effrayante à Paris paraît avoir été ce que l'on appelait la - _bosse_, c'est-à-dire la petite vérole (Arch. nat., X{2a} 22, - août 1441). Jean Chartier (t. I, p. 245) évalue le nombre des - victimes à cinquante mille personnes et, détail lamentable qui - témoigne d'une misère excessive, il ajoute qu'il mourut à - l'Hôtel-Dieu autant de pauvres gens de faim que par la maladie. - Suivant le Journal de Maupoint (p. 25), le nombre des morts fut - si grand que toute sonnerie dans les églises fut interdite. Vers - la fin d'octobre 1438, le mal, bien qu'ayant perdu de son - intensité, continuait à décimer la population parisienne, comme - le montre la délibération suivante prise par le Parlement de - Paris, réduit à treize conseillers, tous les autres étant morts - ou absents: «Jeudi XXVIe octobre 1438, cedit jour, deliberé a - esté, consideré la pestilence de mortalité qui a couru, laquelle - encores du tout n'est cessée, l'absence des conseillers de la - court et que pluseurs en sont trespassez, que le commancement de - Parlement à venir sera continué jusques au premier jour de - decembre prochainement venant» (Arch. nat., X{la} 1482, fol. 92 - vº). - -755. Item, de celle mort trespassa l'evesque de Paris, nommé sire -Jaques[1181], ung homme tres pompeux, convoicteux, plus mondain que son -estat ne requeroit, et trespassa le IIe jour du moys de novembre, l'an -mil IIIIc XXXVIII. - - [1181] Jacques du Châtelier, enlevé par la contagion, fut inhumé - à Notre-Dame dans le chœur, devant la stalle du pénitencier. Son - épitaphe le fait mourir le 2 novembre, et cette date est - généralement admise; elle ne paraît cependant pas entièrement - certaine; en effet, l'exposé de son exécution testamentaire - présenté au Parlement par Adam de Cambray parle du commencement - de décembre. Le règlement de la succession de l'évêque ne laissa - pas que d'offrir quelques difficultés, en raison des réclamations - formées par ses créanciers; Jean Bureau, receveur du domaine de - Paris, jugea même à propos d'installer dans l'hôtel épiscopal, - pour la garde des biens, des sergents qui durent vider les lieux - devant un ordre du Parlement intimé le 10 décembre 1438 (Arch. - nat., X{la} 1482, fol. 92 vº, 99 rº). - -756. Item, en ce temps venoient les loups dedens Paris par la riviere et -prenoient les chiens, et si mengerent ung enffant de nuyt en la place aux -Chatz derriere les Innocens[1182]. - - [1182] La place aux Chats ou aux Chaps, suivant l'orthographe - adoptée par M. Biollay, se trouvait au point de jonction des rues - des Déchargeurs, de la Lingerie, de la Charronnerie et de la - Ferronnerie; elle servait anciennement de marché aux fripiers - ambulants (Biollay, _Les anciennes halles de Paris_, Mém. de la - Société de l'hist. de Paris, t. III, p. 323). - -757. Item, le jour Saincte Geneveve et l'endemain, et le IIIe jour -ensuivant, tonna, esparti, gresla aussi fort comme on vit oncques faire -en esté temps au matin et après disner; et estoit [tout] ainsi cher comme -devant est dit. - - - [1439.] - - -758. Item, ou moys de janvier, fut prins par les Angloys le chastel de -Sainct-Germain-en-Laie[1183], et fut par ung faulx religieux de -Saincte-Geneveve, nommé Carbonnet, lequel estoit prieur de Nanterre, et -se fist privé du cappitaine dudit chastel, et tant fist qu'il y entroit à -quelque heure qu'il voulloit, et savoit touzjours où les clefs estoient, -que on ne se deffioit point de lui; et le mauvais homme alla à Rouen et -promist au conte de Varvic[1184], que se il lui voulloit donner IIIc -salus d'or, qu'il luy randroit le chastel, et on les lui bailla, et le -faulx traistre leur livra le chastel au jour qu'il avoit promis. Et -environ XII ou XV jours après fut prins et recongnut toute la traïson, et -fut jugé à prinson perpetuelle, chargé de gros fers, jambes et bras, et -ne menger jamais que pain et eaue, et tres pou. - - [1183] Le château de Saint-Germain-en-Laye avait été recouvré en - 1436 par le connétable de Richemont qui avait gagné à prix - d'argent le capitaine anglais de cette forteresse (J. Chartier, - t. I, p. 229). - - [1184] Le comte de Warwick avait succédé le 16 juillet 1437 au - duc d'York qui avait remplacé lui-même le duc de Bedford en - qualité de lieutenant du roi d'Angleterre en France. - -759. Item, fut la ville de Paris sans evesque jusques au XXIe jour de -fevrier ensuivant, la vigille de la Chaire Sainct Pierre, que en fist -evesque de Paris l'arcevesque de Tholouze[1185]. Pour ce qu'il estoit du -conseil du roy, il ot l'un et l'autre, et aussitost qu'il fut confermé, -il se transporta à son arcevesché et laissa Paris, que à Pasques et aux -Quatre Temps de la premiere sepmaine de karesme, il convint prendre et -prier autre prelat pour faire les ordres et autel divin service -appartenent à soy de faire. - - [1185] Denis du Moulin, originaire de Meaux, docteur en droit, - successivement chanoine de Vienne, de Chartres, de Reims, de - Tours et d'Embrun, fut appelé à l'archevêché de Toulouse le 21 - avril 1423, remplit de 1423 à 1439 plusieurs missions importantes - que lui confia Charles VII; nommé évêque de Paris au commencement - de l'année 1439, il eut pour successeur à Toulouse son frère - Pierre du Moulin, mais ne prit possession de son diocèse que vers - le mois d'août ou de septembre, le chapitre de Notre-Dame - conserva de mars à juillet «l'administracion de l'eveschié de - Paris, _sede vacante_» (Arch. nat., X{la} 1482, fol. 101 vº). - -760. Et en celui temps il n'avoit ne roy ne evesque qui tenist compte de -la cité de Paris, et se tenoit le roy tousjours en Berry, ne il ne tenoit -compte de l'Isle de France, ne de la guerre, ne de son peuple, ne que -s'il fust prinsonnier aux Sarazins. Et dit on par commun langaige: Selon -signeur, mesnie duicte. Car en verité les Angloys couroient toutes les -sepmaines deux ou III foiz [autour de Paris], et pilloient, tuoient et -rançonnoient, et pour certain le connestable, ne les cappitaines ne s'en -avanssoient de leur deffendre aucunement, ne que s'ilz fussent de leur -party. - -761. Item, en celui temps, avoit si cher temps à Rouen que le sextier de -bien povre blé coustoit X frans, et tous vivres au prix; et trouvoit on -tous les jours en my les rues les petiz enffans mors que les chiens -mengoient ou les porcs, et tout par la cruaulté de l'arcevesque[1186], -qui estoit homme plain de sang, et avec lui le prevost qui avoit esté de -Paris, messire Symon Morhier[1187], qui eslevé leur a tant de malles -[toutes], que nul ne povoit vivre en la cité de Rouen, s'il n'estoit à -eulx, ou se il n'estoit moult riche par avant; ainsi estoit tout -gouverné. - - [1186] Louis de Luxembourg, chancelier de France pour les - Anglais, évêque de Thérouanne, se fit transférer au siège - archiépiscopal de Rouen le 24 octobre 1436, et fit son entrée - solennelle dans son église le 9 août de l'année suivante; il - mourut en Angleterre le 18 septembre 1443 et fut inhumé dans - l'église d'Ely qu'il avait désignée comme lieu de sa sépulture - dans son testament fait à Rouen, le 15 septembre 1438 (_Gallia - christiana_, t. XI, preuves, p. 56). - - [1187] Simon Morhier occupait à cette époque le poste de - trésorier et général gouverneur des finances du roi d'Angleterre - en Normandie; il dut recevoir de nombreuses malédictions pour les - _maletoltes_ et autres impositions levées sur les habitants de - Rouen (Arch. nat., K 65, 1; K 65, 131). - -762. Item, en cellui an, l'an mil CCCC XXXVIII, fut si largement verdure, -comme poirée, choulx, poreaulx, navez, persin, cerfeuil, et toute autre -verdure appartenant à corps de homme nourir; car ou moys de janvier -jusques à la Sainct Jehan, on avoit plus de verdure pour ung tournois à -la Chandeleur et devant et après, que on avoit eu l'année de devant en -avril ne en may pour deux blans ou III. - -763. Item, environ huit jours après la Sainct Pere, fut le persil et le -cerfeuil tant cher que on n'en povoit finer; pour vray, on vendoit IIII -doubles ou VI deniers autant de persil ou de cerfeul que on avoit eu -quinze jours devant pour ung neret. - -764. Item, à la Sainct Jehan ou environ, enchery tant le blé que pour -vray ung sextier de bon mesteil valloit VIII frans, et ung sextier de -seigle valloit VI frans; et la mesure de suif VI solz parisis; la pinte -d'uylle de noix, VI solz; la livre de chandelle, IIII blans. - -765. Item, en cellui temps, vint le connestable à Paris et amena avec lui -ung grant tas de larrons, et fist entendant qu'il estoit venu pour -prendre Pontoise, et les mena environ la ville, et la regarda tant -seullement de loing, et dist qu'elle estoit moult forte à prendre, et -qu'il n'avoit pas assez gens, et s'en retourna sans autre chose faire, -lui et ses larrons, tout gastant les blés, les gangnaiges et les -eritaiges des bonnes gens, avant qu'ilz fussent bons, especialment les -serises qui commançoient à rougir, et ce qu'ilz ne povoient menger, comme -feves nouvelles et pois, apportoient ilz à grans sachées. - -766. Item, la darraine sepmaine de juing, vint ung autre aussi mauvais ou -pire, nommé le conte de Perdriel, qui fut filz du conte d'Arminal qui fut -tué pour ses demerites, et admena une autre grant compaignie de larrons -et de meurdriers qui pour leur mauvaise vie et detestable gouvernement -furent nommez les Escorcheurs; et pour vray ilz n'estoient pas mal -nommez, car aussitost qu'ilz venoient en quelque ville ou villaige, il -convenoit soy rançonner à eulx à grant finance, ou ilz degastoient tous -les blez qui y estoient, qui encore estoient tous vers. Et firent -entendant qu'ilz devoient prendre Meaulx d'assault, ou par gens qui leur -devoient livrer, ou par composicion ou autrement, et firent charger -cannons et prendre tout le pain que on trouvoit, et orent de l'argent -largement, car on cuidoit qu'ilz deussent trop bien faire la besongne, -mais ilz ne passerent guere par delà le chastel de Dampmartin, et là -pilloient, tuoient, rançonnoient les blés et tous autres gaignaiges, sans -autre bien faire. Ainsi besongnoit le noble connestable de France, nommé -Artus, conte de Richemont. Et pour vray les prinsonniers des Anglois -disoient à Paris et ailleurs, quant ilz avoient paiée leur rançon et -qu'ilz estoient en leurs lieux, que les Anglois disoient [plainement]: -«Par Sainct George! vous povez bien crier et braire à vostre connestable -[qu'il vous secoure, car par Sainct Edouart! tant qu'il sera -connestable], nous n'avons point paour que nous soions combatuz qu'il -puisse, car quant il veult faire une armée pour faire le bon varletz et -pour avoir de vostre argent, nous le savons de par lui ou de par autre -touzjours III ou IIII jours davant, car par Sainct George! lui bon -Anglois, et à secret et en appert.» Mais aucuns tenoient qu'ilz le -disoient pour le mettre en hayne du roy et du commun, mais la plus saine -partie le tenoit pour tres mauvays homme et tres couart. Brief, il ne lui -challoit [ne de roy], ne de prince, ne du commun, ne de ville ne de -chastel que les Angloys preissent, [mais qu'il eust de l'argent, ne lui -challoit] du demourant ne de quel part. Brief, il n'estoit à rien bon au -regart de la guerre, et laissoit et souffroit aux gros qui avoient les -grans greniers plains de blez et d'autres grains, vendre aux povres gens -tout comme ilz voulloient, mais qu'il en eust aucun emolument ou -prouffit, il ne lui challoit comment ilz le vendissent; et tant les -laissa faire à leur guise, que la premiere sepmaine de juillet, qui -voulloit avoir ung sextier de bon blé, il coustoit IX frans tres bonne -monnoye; et les feves pour faire mouldre, VI frans. Et pour ce que le -peuple ne se povoit taire, il fist le bon varlet, et fist mettre le siege -devant la cité de Meaulx, mais ce fu quant ilz orent tous cuilliz leurs -saigles et leurs potaiges. Et ne faisoit mie en deux moys ce qu'il deust -avoir fait en VIII jours, car il commença des le moys de may à dire à ses -gens qu'il se convenoit ordonner pour y aller, et si fut avant le -XIXe[1188] jour de juillet qu'il ne ses gens y meissent le siege; -lesquelles gens estoient les plus mauvaises gens que on eust oncques veu -ou royaulme de France, et se faisoient appeller les Escorcheurs, car telx -les devoit on appeller et[1189] tenir partout où ilz passoient, car après -eulx ne demouroit rien ne qu'après feu. - - [1188] Ms. de Paris «XIII». - - [1189] «Appeller et» manque dans le ms. de Rome. - -767. Item, ilz assaillirent la ville le XIIe jour d'aoust -ensuivant[1190], et la prindrent par force, et y ot aucuns prins à qui on -coppa les testes[1191]. - - [1190] Pendant la première quinzaine d'août, la vie publique à - Paris fut en quelque sorte suspendue, les mardi 4, mercredi 5 et - jeudi 6 furent consacrés à des processions générales «faictes - pour la prosperité de l'ost et siege qui est devant Meaulx contre - les Anglois»; du 10 au 15 août le Parlement suspendit ses - plaidoiries. «Per hanc ebdomadam, dit le greffier, non fuit - litigatum, ut quilibet melius intelligeret custodie ville, - propter aciem Anglicorum contra sedem gencium nostrarum in villa - Meldis existentem, accedentem» (Arch. nat., X{la} 4798, fol. 104 - rº). - - [1191] Entre autres le bâtard de Thian, «à qui le connétable fit - tout le premier couper la teste (Berry, éd. Godefroy, p. 402), et - ung gentilhomme nommé Carbonnel de Chaule» (Monstrelet, t. V, p. - 388). - -768. Item, le Marché ne pot estre prins, et se mirent bien VIc Angloys -dedens, qui le tindrent moult bien, jusques à ce que le roy vint à Paris -la IIe foys puis l'antrée des Françoys, et y entra par la porte -Sainct-Anthoine, le IXe jour de septembre, l'endemain de la Nativité -Nostre Dame; et le jeudy ensuivant alla à Sainct-Denis faire chanter pour -sa seur dame Marie de Poyssi[1192]. - - [1192] Marie de France, deuxième enfant de Charles VI et - d'Isabeau de Bavière, vouée dès sa naissance (24 août 1393) à la - vie monastique, fit sa profession au couvent de Poissy, le - dimanche de la Trinité (10 juin) de l'année 1408; toute sa vie - s'écoula dans le silence du cloître; elle mourut de la peste à - Paris au Palais, le 19 août 1438, et fut enterrée dans l'église - de Poissy. - -769. Item, le dimenche ensuivant, rendirent les Angloys le Marché de -Meaulx, leurs vies sauves et leurs biens, et furent admenez par eaue à -Paris, et y furent deux jours sur la riviere, es bateaux. - -770. Item, le darrain jour de septembre, se parti le roy de Paris et alla -à Orleans, et l'endemain, entre le jeudy et le vendredy, vindrent les -Angloys environ minuyt en la ville de Nostre-Dame-des-Champs, et -bouterent feux, et prindrent hommes et biens ce qu'i porent. - -771. Item, le XXIIIIe jour d'aoust, l'an mil IIIIc XXXIX, fut prins en la -riviere de Saine, devant les Bernardins[1193] ou environ, ung poisson qui -avoit entre queue et teste VII[1194] piez et demy au pié du roy [de -Chastellet] largement. - - [1193] Le couvent des Bernardins, situé entre la rue de ce nom et - la Bièvre, occupait une grande partie du clos du Chardonnet et - possédait d'immenses jardins qui devaient aboutir à la Seine, à - la hauteur du quai actuel de la Tournelle. - - [1194] Ms. de Paris: VIII. - -772. Item, en celui temps, especialment tant comme roy fut à Paris, -furent les loups si esragez de menger cher de homme, de femme ou -d'enfens, que en la darraine sepmaine de septembre estranglerent et -mangerent XIIII personnes, que grans que petiz, entre Montmartre et la -porte Sainct-Anthoine, que dedens les vignes que dedens les marès; et -s'ilz trouvoient ung tropeau de bestes, ilz assailloient le berger et -laissoient les bestes. La vigille Sainct Martin fut tant chassé ung loup -terrible et orrible que on disoit que lui tout seul avoit fait plus des -douleurs devant dictes que tous les autres; celui jour fut prins et -n'avoit point de queue, et pour ce fut nommé Courtaut, et parloit autant -de lui comme [on fait] d'un larron de bois ou d'un cruel cappitaine, et -disoit on aux gens qui alloient aux champs: «Gardez vous de Courtaut». -Icellui jour fut mis en une brouette, la gueule ouverte, et mené parmy -Paris, et laissoient les gens toutes choses à faire, fust boire, fust -menger, ou autre chose neccessaire que [que] ce fust, pour aller veoir -Courtaut, et pour vray, il leur vallu plus de X frans la cuillette[1195]. - - [1195] Jean Chartier (t. I, p. 245) consacre tout un paragraphe - de sa chronique aux loups qui infestaient les environs de Paris; - il nous apprend que la Chambre des comptes allouait pour chaque - loup capturé une prime de 20 sols parisis, payée par les soins de - Michel de Laillier, «outre ce qu'on en pouvoit recevoir parmy la - ville de Paris, où on les portoit exposez en veue». Suivant le - même chroniqueur, ces carnassiers étranglèrent dans le plat pays - de soixante à quatre-vingts personnes. - -773. Item, en celle année fut tant de gland de chesne que on le vendoit à -la halle au blé emprès l'avoyne, à aussi grans sachées comme blé. - -774. Item, le XVIe jour de decembre, vindrent les loups soubdainement et -estranglerent IIII femmes mesnaigeres, et le vendredy ensuyvant ilz en -affollerent XVII entour Paris, dont il en mouru les unze de leur morsure. - -775. Et fesoient en ce temps ceulx qui gouvernoient de par le roy -nouvelles subcides, car ilz ordonnerent que quelque beste à corne, comme -beufs ou vaches, qui seroit vendu au marché paieroit IIII solz parisis; -le pourcel VIII blans; le mouton ou brebis IIII blans. Et avec ce firent -une tres grosse taille et tres grevable, car qui n'avoit poié devant que -XL solz, il paioit VI livres, car elle doubla deux foys; et aussitost -comme ilz venoient [pour estre] paiez et on ne les paioit, on avoit -tantost après sergens en garnison qui moult grevoient le povre commun, -car quant ilz estoient dedens les maisons, ilz les convenoit gouverner de -grans despens, car c'estoient les varletz au deable, ilz faisoient du mal -trop plus que on ne leur commandoit[1196]. - - [1196] Un procès plaidé à la Cour des aides en janvier 1441 - montre avec quelle rigueur procédaient les sergents royaux contre - ceux qui apportaient le moindre retard au payement de leurs - taxes. Lors de l'aide établie en 1439 sur la ville de Paris pour - le recouvrement de Meaux, aide dont Guillaume Colombel était - receveur, Pierre Enfrie, imposé à 60 sols parisis, ayant obtenu - un dégrèvement de 20 sols, fit alors un premier payement de - vingt-deux sols; vers la fin de septembre 1440 les sergents lui - firent commandement de payer le reste de sa contribution, il se - transporta aussitôt avec eux chez le receveur, offrit un écu à la - mère dudit receveur qui ne put lui rendre la monnaie et le pria - de revenir. Le 27 octobre, il rencontra, sur le pont des - Changeurs, les sergents qui lui renouvelèrent leur commandement - et qui malgré son offre de payer séance tenante «le prindrent - bien impetueusement par les bras, et mirent la main à lui et le - menerent es prisons de la Conciergerie du Palais, et en le menant - y avoit une concavité de terre plaine d'eaue, où le firent - marchié dedans.» Nicolas de Neufville fit relâcher le plaignant - qui s'acquitta immédiatement envers le receveur et dut payer en - outre le salaire des deux sergents qui l'avaient mis en état - d'arrestation (Arch. nat., Z{1a} 12, fol. 126 vº, 127 rº). - - -[1440.] - - -776. Item, en cellui an, en janvier et fevrier, vint moult grant foison -porcs, mais les faulx gouverneurs, quant ilz virent la grant habundance, -ilz firent tant encherir le sel que le boesseau de sel coustoit XXII solz -parisis, et encore on n'en povoit finer pour son argent; et furent à -Paris perduz tres grant foison porcs c'on avoit tuez, par deffaulte de -sel, car les gouverneurs ne vouloient que on l'amenast que par -chevallées, pour vendre plus à leur voulenté; et disoit on tout pour vray -que tout ce faulx gouvernement ne procedoit que du faulx malice de l'abbé -de Sainct-Mor des Fossez[1197]. - - [1197] Jean le Maunier, abbé de Saint-Maur-des-Fossés, fut l'un - des trois généraux sur le fait de la justice des aides nommés par - Charles VII à la suite de la réduction de Paris et installés le - 1er décembre 1436 par le doyen Jean Tudert, après leur prestation - de serment entre les mains du chancelier; Jean le Maunier - siégeait encore en la Chambre des aides le 24 mai 1441, comme le - prouve la réception de Me Jean Colas, conseiller au Parlement en - qualité de général des aides, faite «sans prejudice des offices, - gaiges, prouffiz et prerogatives de mess. l'abbé de S. Mor, - maistres Thibaud de Victry, Jehan de Croissy et Pierre de Breban, - generaulx sur ledit fait;» c'est à ce titre de justicier en - matière d'aides qu'il est pris à partie par l'auteur de notre - journal exaspéré, comme devaient l'être ses contemporains, par - l'accumulation des tailles, subsides et contributions de toute - nature levées sur les Parisiens (Arch. nat., Z{1a} 10, fol. 1 rº, - 124 rº; Z{1a} 12, fol. 185 vº). - -777. Item, en celle année fut tant de tauppes que tous les jardins en -estoient gastez. - -778. Item, en celle année furent les Escorcheurs en Bourgongne, et en une -grant court du païs myrent toutes les bestes à corne, comme vaches [et] -beufz qui labouroient aux champs qu'ilz porent trouver, sans les bestes à -laines et pourceaulx et autre bestail, et tous firent mourir de fain, -parce qu'ilz furent trop sans menger là dedens; et fut pour ce que les -gens du païs ne porent paier si grant rançon qu'ilz demandoient. - -779. Item, en celle année furent les Escorcheurs devant Avranches et y -mirent le siege, et en estoit chef le connestable le conte de Richemont; -et estoient bien XL mil contre VIIIm Anglois, et firent lever le siege à -grant deshonneur, voulsissent ou non[1198]. - - [1198] Avranches fut investi vers Noël de l'année 1439; le - connétable de Richemont chargé des opérations du siège n'avait - avec lui qu'un corps de six mille hommes, composé en grande - partie de routiers recrutés de côté et d'autre, dépourvus - d'artillerie et sans argent (Cf. G. Gruel, édit. Michaud, t. III, - p. 214). - -780. Item, en cellui temps, le roy et son filx furent à descort par le -conseil d'aucuns des signeurs de France, comme le duc d'Anjou, le -connestable, lesquelx furent avec le roy, et le duc de Bourbon[1199] avec -le dalphin, et ung grant nombre que on nommoit les plus larrons qui -fussent ou remenant du monde, et estoient nommez les Escorcheurs; et -faisoient guerre au povre peuple, si forte que on n'osoit yssir hors des -bonnes villes, et quelque personne qu'ilz encontrassent, ilz luy -demandoient: «Qui vive!» S'il estoit de leur party, il n'estoit -seullement que desrobbé de quanqu'il avoit, et s'il estoit d'autre party, -il estoit tué et desrobbé, ou mené en prinson, dont jamais il n'yssoit, -tant estoit tyré, gehainé et mis à grant rançon, que jamais ne la povoit -paier, et par celle cause mouroit en leurs prinsons. - - [1199] Charles, duc de Bourbon, dont le père, le duc Jean, était - mort en captivité chez les Anglais. Prince vaniteux et médiocre, - il fut l'un des chefs de la Praguerie. - -781. Item, ilz mengeoient char en karesme, fromaige, lait et œufs comme -en autre temps. En celui temps se bouterent dedens Corbeil, et dedens le -Boys de Vicennes et à Beauté[1200]. - - [1200] D'après le journal de Maupoint (p. 26), pendant que Jean - Foucaut occupait Corbeil au nom du duc de Bourbon, «Mr de Mouy» - s'emparait de Vincennes. - -782. Item, le premier dimenche de may, l'an mil IIIIc XL, environ une -douzaine de ces Escorcheurs vindrent à Paris, et après disner allerent -jouer en l'isle Nostre-Dame avec autres gens, et regarderent les toylles -des bourgoys de Paris que on blanchissoit, et tres bien les adviserent, -et quant ce vint sur le soir ilz firent semblant s'en venir, et se -mucerent en lieu qu'ilz avoient espié, et à mynuit ou pres[1201] vindrent -en ladicte ysle et prindrent toutes les toilles de lin sans prendre une -toute seulle de chanvre, et navrerent les gardes de plusieurs playes, et -dit on qu'ilz valloient bien IIIIc livres parisis, et s'en allerent droit -à Corbeil; et ung vieil chevalier nommé messire Jehan Foucault, et le -cappitaine du Boys de Vincennes[1202] qui les deussent avoir rescoussés, -s'en allerent partir à butin à Corbeil[1203]. - - [1201] Ms. de Paris: Plus. - - [1202] «De Vincennes» manque dans le ms. de Rome. - - [1203] Une seule chronique, celle de Maupoint, entre dans - quelques détails sur l'heureux coup de main de ces routiers qui, - au cœur de Paris, enlevèrent 61 pièces de toiles fines, tuèrent - deux hommes et emmenèrent deux femmes, au grand émoi des - Parisiens stupéfiés de tant d'audace. - -783. Item, celle année mil IIIIc XL, fut tant de hannettons et si -largement[1204] que on ne les avoit oncques mais veu venir à si grant -habundance, mais il fist si tres grant froit la premiere sepmaine de -juing et si grant vent et pluye qu'ilz n'orent point de longue durée. - - [1204] «Et si largement» manque dans le ms. de Rome. - -784. Item, il fut tant de tauppes partout que on n'avoit oncques mais -veu, car pour vray ilz gastoient toutes les semences que on mettoit en -terre; et si avoit tant de lors qu'il ne demouroit rien en arbre qui -fruict portast, ne cosses de pois ou de feves. - -785. Item, en ce temps, avoit moult cruelle guerre entre le roy et son -filx, et estoit le duc de Bourbon à l'aide du filx contre le pere, et se -tenoit en fortes villes ou païs de Bourbonnays, acompaigné de foison gens -d'armes qui tout destruioient son païs. Et d'autre part le roy estoit ou -païs de Berry, car pour certain on alloit bien X ou XII lieues que on -n'eust trouvé que boire ne que menger, ne fruict, ne autre chose, et si -estoit ou droit cuer d'aoust; et tuoient et coppoient les gorges les uns -aux autres, fut prebstre, ou clerc, ou moynne, nonnain, menesterel ou -herault, femmes ou enfens; brief il n'estoit homme ne femme qui s'osast -mettre en chemin pour chose qu'il eust à faire, et prenoient les villes -les uns aux autres. Corbeil fut prins au nom du duc de Bourbon; Beauté et -le Boys et les autres estoient de par le roy. Et ceulx de Corbeil -allerent faire une cource pour piller sur les champs, et aussitost qu'ilz -furent ung pou esloingnez de Corbeil, ceulx de la ville leur fermerent -les portes, et leur cappitaine que on nommoit messire Jehan Foucault, -chevalier, se bouta dedens le chastel et lui et ceulx qui estoient -demourez pour garder la ville. Et tantost ceulx de la ville, quant ilz -virent qu'il s'enfferma ou chastel, l'assegerent; et quant ilz se virent -ainsi assegez, si jouerent atout, car ilz avoient assez cannons et -artillerie, dont ilz dommaigerent moult ceulx de la ville, [que homme de -la ville] n'estoit tant hardy d'approucher vers eulx. En ce temps le roy -et son filx furent accordez, et par ainsi que toutes les places que le -duc de Bourbon avoit prinses la guerre durant furent rendues au roy par -le traicté fait entre eulx signeurs; et par ce point fut le chastel -delivré de Foucault et d'un grant tas de larrons qui avec lui estoient. -Et fut ladicte paix criée parmy Paris du roy et de son filx le jour -madame Saincte Anne, XXVIIIe jour de juillet, et fist on les feux parmy -Paris[1205]. - - [1205] Voici, d'après le Livre vert vieil second du Châtelet - (Arch. nat., Y 4, fol. 45 rº), le texte du mandement adressé au - prévôt de Paris pour la publication de la paix, dont Monstrelet - (t. V, p. 415) ne donne que la substance: - - _Lettres de la paix faicte entre le Roy nostre sire et ceulx de - son sang._ - - «Charles, par la grace de Dieu roy de France, au prevost de Paris - ou à son lieutenant, salut. Savoir vous faisons que nostre tres - cher et tres amé filz, le daulphin de Viennois, et nostre tres - cher et tres amé cousin, le duc de Bourbon, sont venus devers nous - en toute humilité et obeissance, et les avons mis et receuz en - nostre bonne grace et tout pardonné, pour quoy voulons et - ordonnons que toute guerre et voye de fait à cause de la division - d'entre nous et nosdiz filz et cousin cessent, et que d'ores en - avant ne soient pris nulz prisonniers, laboureurs ne autres - quelzconques, ne bestial, que l'en ne face nulles courses, ne - praigne places ou forteresses, et ne rançonnent blez, et ne soient - abatues nulles forteresses es pays de nostredit cousin de Bourbon, - et que d'ores en avant toutes gens, de quelque estat qu'ilz - soient, puissent aler et venir seurement, faisans leurs besongnes, - sans ce que on leur mefface aucunement. Sy vous mandons et - commandons expressement que ceste nostre presente voulenté et - ordonnance vous faictes crier et publier solemnelement et à son de - trompe en nostre ville de Paris, et par tous les lieux de vostre - prevosté acoustumez à faire criz et publicacions, en maniere que - aucun n'en puisse pretendre ygnorance, et icelles faictes garder - et tenir sans enfraindre. Donné à Cucy, le XVIIe jour de juillet, - l'an de grace mil quatre cens quarente et de nostre regne le - XVIIIe, soubz nostre seel ordonné en l'absence du grant. Ainsi - signé: Par le Roy, en son grant conseil, J. de Dijon. _Au dos - desquelles lettres estoit escript ce qui s'ensuit_: Publiées en - jugement ou Chastellet de Paris, monsr le prevost tenant le siege, - le jeudi XXVIIIe jour de juillet l'an mil CCCC quarante, publiées - aussi ce mesmes jour à son de trompe par les carrefours et lieux - acoustumez à faire criz en la ville de Paris.» - -786. Et celle année mil IIIIc XL fut tres fructueuse de tous biens, tres -bons et à bon marché, car on avoit aussi bon blé pour XVI solz parisis -[comme l'année de devant pour V frans; aussi bonnes feves pour IIII -blans, comme l'année devant pour VII ou pour VIII solz parisis]; tres -bons pois pour VI blans, et si grant marché de tout fruict, comme on -voulloit demander; car on avoit le cent de grosses pesches pour II -deniers parisis, poires d'Angoisse ou de Calliau-pepin tres grosses pour -IIII deniers le quarteron, le cent de prunes de Damas pour VII deniers, -le cent de [tres] bonnes nois pour IIII tournois. - -787. Item, en ce temps, la ville de Harefleu estoit assegée des Angloys, -pour quoy le roy fist une grant assemblée de gens d'armes pour qui il -convint faire une grosse taille et lever subsides plus grans que -autresfoys; car une queue de vin paioit aux portes de Paris XX blans, qui -ne paioit l'année devant que VIII blans. - -788. Item, quant l'assemblée des gens d'armes fut faicte, ilz prindrent -leur chemin à venir parmy Paris pour querir leurs neccessitez, et y -furent bien IIII ou V jours; et estoient espartiz es villaiges d'entour -Paris, et tout à leur povoir gasterent, car il estoit le droit cueur de -vendenge. - -789. Item, en ce temps estoit tres grant nouvelle de la Pucelle, dont -devant a esté faicte mencion, laquelle fut arce à Rouen par ses -demerites; et y avoit adong maintes personnes qui estoient moult abusez -d'elle, qui creoient fermement que par sa saincteté elle se fust eschapée -du feu et que on eust arce une autre, cuidant que ce fust elle; mais elle -fut bien veritablement arce et toute la cendre de son corps fut pour vray -gectée en la riviere pour les sorceries qui s'en fussent peu ensuivre. - -790. Item, en cellui temps, en admenerent les gens d'armes une[1206], -laquelle fut à Orleans tres honnorablement receue, et quant elle fut pres -de Paris, la grant erreur recommença de croire fermement que c'estoit la -Pucelle; et pour celle cause l'Université et le Parlement la firent venir -à Paris bon gré mal gré, et fut monstrée au peuple au Pallays sur la -pierre de marbre en la grant court, et là fut preschée et traictée[1207] -sa vie et tout son estat, et dit qu'elle n'estoit pas pucelle, et -qu'elle avoit esté mariée à ung chevalier dont elle avoit eu deux filx. -Et avecque ce disoit qu'elle avoit fait aucune chose, dont il convint -qu'elle allast au Sainct Pere, comme de main mise sur pere [ou] mere, -prebstre ou clerc, violentement, et que pour garder son honneur; car, -comme elle disoit, elle avoit frappée sa mere par mesaventure, comme elle -cuidoit ferir une autre, et pour ce qu'elle eust bien eschevée sa mere, -se n'eust esté la grant ire où elle estoit, car sa mere la tenoit pour ce -qu'elle voulloit batre une sienne commere. Et pour celle cause lui -convenoit aller à Romme; et pour ce elle y alla vestue comme ung homme, -et fu comme souldoier en la guerre du Sainct Pere Eugene, et [fist] -homicide en ladicte guerre par deux foys, et quant elle fut à Paris, -encore retourna en la guerre, et fut en garnison et puis s'en alla. - - [1206] Il s'agit de la fausse pucelle Claude, qui se faisait - appeler Jeanne du Lys; cette aventurière, mariée en novembre 1436 - à un chevalier lorrain du nom de Robert des Armoises, dont elle - eut deux fils, mena une existence pleine de péripéties de tout - genre. Au début de sa carrière, Claude des Armoises eut, comme - l'on sait, maille à partir avec l'Inquisition de Cologne, et ne - parvint à s'échapper que grâce à la protection du comte Ulrich de - Wurtemberg. Rentrée en France, la fausse pucelle fut mêlée aux - événements militaires dont le Poitou était le théâtre en 1439, et - vint à Orléans vers les mois de juillet et septembre de la même - année. Après l'examen judiciaire dont cette intrigante fut - l'objet à Paris au mois d'août 1440, elle disparaît complètement - de la scène historique (Cf. Vallet de Viriville, _Procès de - condamnation de Jeanne d'Arc_, p. lxix à lxxj; _Histoire de - Charles VII_, t. II, p. 366-369). - - [1207] Ms. de Rome: et toute sa vie. - -791. Item, le IXe jour d'octobre, fut receu à Nostre-Dame de Paris, c'est -assavoir, le jour de monsr Sainct Denis, l'evesque de Paris, lequel -estoit arcevesque de Thoulouze, ainsi fut il arcevesque et evesque de -Paris, et fut nommé Denis de Moulins. - -792. Item, en cellui moys, fut faicte une grosse taille[1208] pour aller -rescourre Harefleu que les Angloys avoient assegé, et fut cuillie, et -puis n'en firent autre chose Françoys; et ceulx de Harefleu par force de -famine se randirent aux Angloys, et si estoient bien les Françoys vingt -mil, comme on disoit, ou plus, et les Angloys n'estoient pas [plus de] -VIIIm qui touzjours gaignoient païs. Et vrayement il sembloit que les -signeurs de France fouissent touzjours devant [eulx], especialment le -roy, qui avoit avec lui tant de larrons; car les roys estrangers disoient -aux marchans du païs de France, quant ilz alloient en leur païs, que le -roy de France estoit le droit ourme aux larrons de chrestienté. Et pour -certain ilz ne mentoient mie, car tant en y avoit en l'Isle-de-France -qu'elle estoit toute peuplée de gens pires que ne furent oncques -Sarazins, comme il apparoit par les grans enormes pechez et tyrannie -qu'ilz faisoient au pouvre peuple de tout le païs où le roy les menoit, -comme des enffans nouveaulx, mais la plus grant tyrannie que on eust -oncques [bien] veue, car ilz les ostoient aussitost qu'ilz estoient nez -de leur mere et les eussent plustost laissez mourir sans baptesme que -jamais pere ne mere les eussent euz sans grant rançon. - - [1208] L'aide levée par ordre du roi en la ville et vicomté de - Paris «pour la recouvrance de Harfleu» reçut dès l'origine une - autre destination; c'est ainsi que dès le 4 octobre 1440 le - Parlement de Paris, saisissant avec empressement l'occasion qui - s'offrait de rentrer dans ses gages arriérés, défendit à Me Adam - Houdon, receveur de l'aide en question, «de vuider ses mains des - deniers de sa recepte, telement que la court ne soit paiée de mil - frans, dont elle a esté assignée sur ledit aide, sur peine de le - recovrer sur lui.» (Arch. nat., X{la} 1482, fol. 151 vº; Z{1a} - 12, fol. 148 vº.) - -793. Item, ilz prenoient les petiz enffans qu'ilz trouvoient parmy les -chemins aux villaiges ou ailleurs, et les enfermoient en huches, et là -mouroient de fain et d'autre mesaise, qui ne les rançonnoit de grant -rançon. - -794. Item, quant ung proudhomme avoit une jeune femme et ilz le povoient -prendre, et il ne povoit paier la rançon que on lui demandoit, ilz le -tourmentoient et tyrannoient moult grevement; et les aucuns mettoient en -grans huches, et puis prenoient leurs femmes et les mettoient par force -sur le couvercle de la huche où le bon homme estoit, et crioient: -«Villain, en despit de toy, ta femme sera chevauchée cy endroit.» Et -ainsi le faisoient, et quant ilz avoient fait leur malle ouvre, ilz -laissoient le povre homme[1209] perir là dedens, s'il ne paioit la rançon -qu'ilz lui demandoient. Et si n'estoit roy ne nul prince qui pour ce -s'avanssast de faire aucune aide au pouvre peuple, mais disoient à ceulx -qui s'en plaignoient: «Il fault qu'ilz vivent, se ce fussent les Angloys, -vous n'en parlassiez pas, vous avez trop de bien.» - - [1209] «Homme» manque dans le ms. de Rome. - - - [1441.] - - -795. Item, le sabmedi, XIIIIe jour de janvier l'an mil IIIIc XL, entra le -duc d'Orleans à Paris, qui avoit esté prinsonnier aux Angloys ou païs -d'Angleterre par l'espace de XXV ans et plus[1210]. Quant il ot esté -environ huit jours à Paris, il se departy de Paris, lui et sa femme[1211] -qu'il avoit admenée avec lui, et se party de Paris le jeudy ensuivant -qu'il fut venu à Paris, et alla veoir son païs d'Orleanoys. Et ceulx de -Paris luy donnerent de beaux dons à sa departie, et il les print tres -voulentiers, et encore convint il faire une taille pour luy aider, dont -le clergé paia la moitié[1212], pour ce qu'il promist par la foy de son -corps de faire paix entre le roy de France et d'Angleterre; pour ce le -clergé fut plus incliné[1213] à luy aider à ladicte taille, car tout se -perdoit par la maudite guerre. Il est vray que on pandit ung larron, -lequel estoit coustumier quant il veoit ung petit enffant, en maillot ou -autrement, il l'ostoit à la mere et tantost le gectoit ou feu sans pitié, -qui tantost ne le rançonnoit, et en fist mourir aucuns par sa cruaulté -comme Herodes. - - [1210] Charles d'Orléans, prisonnier des Anglais depuis la - bataille d'Azincourt, ne recouvra la liberté qu'en 1440, - moyennant une rançon de 400 mille écus, suivant le témoignage de - Jean Chartier; on sait que dès le 2 avril 1437, Charles d'Orléans - donna pouvoir d'engager ses villes et châtellenies d'Orléans et - de Blois jusqu'à concurrence de 42,000 écus ou saluts d'or (Arch. - nat., K 64, no 3714). Il fit son entrée à Paris, le 14 janvier - 1441, à cinq heures de l'après-midi, et avant de descendre en - l'hôtel des Tournelles, vint à l'improviste visiter Notre-Dame; - il y retourna le mardi suivant (17 janvier) en compagnie du - bâtard d'Orléans et de l'archevêque de Narbonne, et fut reçu - solennellement par l'évêque, assisté des chanoines, au milieu des - acclamations populaires (Arch. nat., LL 218, fol. 27). - - [1211] Marie de Clèves, fille d'Adolphe, duc de Clèves, et de - Marie de Bourgogne, était la nièce de Philippe le Bon; son - mariage avec Charles d'Orléans, négocié par le duc de Bourgogne, - fut célébré à Saint-Omer, le samedi 26 novembre 1440 (Monstrelet, - t. V, p. 438). La nouvelle duchesse obéissant aux mêmes - sentiments de dévotion que son mari, se rendit à son tour à - Notre-Dame, le mercredi 18 janvier, entre midi et une heure, et y - entendit une messe (Arch. nat., LL 218, fol. 29). - - [1212] Conformément à la requête présentée en l'hôtel de ville de - Paris, le 19 janvier 1441, les chanoines de Notre-Dame, convoqués - le lendemain, décidèrent qu'il serait offert au duc d'Orléans, à - titre de don gratuit et au nom du clergé de la ville et du - diocèse, une somme de 500 francs, pour aider au payement de sa - rançon et surtout en considération de la paix dont le duc faisait - espérer la conclusion prochaine (_Ibid._, fol. 30). - - [1213] Ms. de Paris: enclin. - -796. Item, en cellui an mil IIIIc XL, fut le cymetiere des Innocens par -l'espace de quatre moys que on n'y enterra oncques personne, petit ne -grant, ne on n'y fist procession ne recommandacion pour quelque personne, -et tout par l'evesque qui pour lors estoit, qui en voulloit avoir trop -grant somme d'argent, et l'eglise estoit trop povre. Et fut nommé cellui -evesque maistre Denis des Moulins, lequel estoit arcevesque de Thoulouze, -patriarche d'Antioche, evesque de Paris, et du grant conseil du roy -Charles le VIe (_sic_) de ce nom; et si disoit on qu'il n'en estoit pas -comptent, et si estoit homme ancien et tres pou piteux à quelque -personne, s'il ne recevoit argent ou aucun don qui le vaulsist, et pour -vray on disoit qu'il avoit plus de cinquante procès en Parlement[1214], -car de lui n'avoit on rien sans procès. - - [1214] L'esprit singulièrement processif de l'évêque Denis du - Moulin apparaît dans maintes circonstances. M. Auguste Longnon, - dans ses _Conjectures sur l'auteur du Journal parisien_, a fait - connaître son différend avec le curé de Saint-Nicolas-des-Champs, - Jean Beaurigout, mais ce n'est pas la seule affaire où l'on voit - l'évêque intervenir comme partie; le dépouillement sommaire des - registres du Parlement et de la Cour des aides pour les années - 1440 à 1442 nous fait connaître les causes suivantes: 1º Contre - Adam Houdon, receveur de l'aide pour le recouvrement d'Harfleur, - 24 mars 1441 (Arch. nat., Z{1a} 12, fol. 160 vº).--2º Contre les - religieux de Saint-Eloi, juin 1442 (_Ibid._, X{la} 4799, fol. 97 - rº).--3º Contre le chapitre de Notre-Dame au sujet du drap d'or - dû pour l'entrée de l'évêque en l'église de Paris, 23 juillet - 1442 (_Ibid._, X{1c} 163).--4º Contre Jean Clerc, garde de la - monnaie de Paris, au sujet de la léproserie de Corbeil, 22 - septembre 1442 (_Ibid._, X{la} 71, fol. 397 rº).--5º Contre - Nicaise Joye et Étienne Petit, chapelains de Notre-Dame, 1er - février 1443 (_Ibid._, LL 218, fol. 394).--6º Contre les clercs - des matines (_Ibid._, X{la} 73, fol. 117 rº).--7º Contre le - chapitre de Notre-Dame relativement aux revenus de l'archidiaconé - de Brie, 3 septembre 1444 (_Ibid._ X{la} 73, fol. 147 vº). Denis - du Moulin eut pour principal adversaire le chapitre de - Notre-Dame, c'est ce qui semble ressortir de la délibération - capitulaire du 21 juin 1443, ainsi conçue: «Prosequantur - diligenter omnes processus inchoati et inchoandi contra dominum - episcopum Parisiensem.....» (_Ibid._, LL 218, fol. 446.) - -797. Item, [il ou] ses tres desloyaux complices trouverent une praticque -bien estrange, car ilz alloient parmy Paris, et quant ilz veoient huys -fermez, ilz demandoient aux voisins d'entour: «Pourquoy sont ces huy -fermez? Ha! sire, respondoient ilz, les gens en sont trespassez. Et n'ont -ilz nulz hoirs qui y fussent demourez? Ha! sire, ilz demeurent ailleurs.» -Et tant faisoient qu'ilz par leurs decevans parolles savoient où ilz [se] -demouroient, et tantost les faisoient citer pour rendre compte de leurs -testamens, et se par aucune adventure pour long temps, posé qu'ilz -eussent bien acomply leur testament et qu'ilz le se provassent -bien[1215], si ne peussent ilz chevir, s'ilz tantost ne apportassent leur -testament, et y eust X ou XII ans, et s'ilz l'apportassent, si leur -costoit il argent par leur subtille cautelle. - - [1215] «Bien» manque dans le ms. de Rome. - -798. Item, celle année fut moult bonne, car on avoit le sextier de bon -fourment pour XVI solz parisis; le sextier de noix pour XXIIII solz -parisis, et le crioit on parmy Paris, comme on fait le charbon à III -blans le boesseau, la pinte d'uylle V blans, bonnes pommes de may pour II -blans le boesseau, la pinte de vin II deniers, feves pour X deniers, pois -pour IIII blans, navez pour IIII deniers le boesseau. Mais les Angloys -couroient souvent jusques aux portes de Paris, et si n'y avoit que ung -seul cappitaine d'Angleterre, nommé Tallebot[1216], qui faisoit visaige -et tenoit pié encontre le roy et sa puissance, et pour vray il sembloit -au semblant qu'ilz monstroient que moult le doubtassent, car touzjours -eulx eslongnoient de lui XX ou XXX lieues, et il chevauchoit parmy France -plus hardiement qu'ilz ne faisoient. Et si tailloit tous les ans le roy -deux foys son peuple du mains pour aller combatre Tallebot, et si n'en -faisoit on rien; par quoy le peuple du villaige fut tant grevé comme au -pain querir, especialment laboureurs, car le blé, qui leur avoit cousté -en semence IIII frans [le sextier, ne leur valloit que XVI solz parisis -ou XX solz au plus, et l'avoyne, qui avoit cousté III frans], ne leur -rendoit que XIII solz parisis, et pareillement de tous grains; et, après, -les patis, les tailles et les cources sans pitié; et qui pis est, les -cappitaines firent une ordonnance aux chasteaux d'entour Paris, où il y -avoit pons à passer, comme Charenton, le pont de Sainct-Cloud et autres -pons, que quelque personne qui y passeroit paieroit passaige, fust à pié -ou à cheval; au pont de Sainct-Cloud toute personne qui y entroit ou -issoit, et y entrast cent fois le jour, tant de doubles lui convenoit -paier sans mercy, une charrette vuyde ou plaine VI doubles, ung chariot -XII doubles. - - [1216] Jean Talbot commandait alors la place de Creil; l'auteur - de notre Journal n'est pas seul à exalter ses mérites; Jean - Maupoint, dans son Journal (p. 25), rend également hommage à sa - vaillance et ajoute même «qu'il estoit aimé des François, pour ce - que il faisoit honnorablement sa guerre.» - -799. Item, le XIXe jour de may, jour Sainct Yves, fist mettre le roy le -siege devant Creel[1217] par le connestable, et y vint et son filx avec -lui. - - [1217] Suivant la montre passée le 22 septembre 1439, la garnison - anglaise de Creil comprenait trente lances à cheval, dix à pied - et cent vingt archers (Arch. nat., K 65, 132). - -800. Item, le [mardy] XXIIIe jour de may, vigille de l'Ascencion Nostre -Seigneur, on fist crier le pain de II doubles à II parisis, pesant le -blanc XXIIII onces; et le pain faitiz à toute sa fleur, de II deniers -parisis, pesant XXXII onces tout cuit. - -801. Item, le jour de l'Ascencion Nostre Seigneur, furent prins parmy -Paris plus de IIIc povres hommes laboureurs par le commandement d'un -droit cruel tirant, qui pour lors estoit presidant, nommé maistre ***, -pour mener en l'ost devant Creel; et les espioient les sergens à l'yssue -des eglises et mettoient moult rudement la main à eulx, et -faisoient[1218] trop pis que on ne leur commandoit, mais qui pis, qui en -parloit tant fust pou, il estoit mis en prinson villainement, et lui -coustoit moult. Mais, comme ilz estoient entre les mains de ces ennemis -sergens, et qui devoient ou cuidoient partir, Nostre Seigneur les -conforta grandement, car environ deux heures après disner, vint ung -herault de par le roy et de par le connestable, tout batant, qui aporta -lettres au prevost de Paris et des marchans et à la ville, lesquelles -faisoient mencion que la ville de Creel et le chastel estoient -rendus[1219], par ainsi que les souldoiers qui dedens estoient[1220] s'en -estoient allez atout leurs bagues franchement, lesquelx, si comme on -disoit, estoient bien Vc[1221] d'ommes de fait. Quant les povres -laboureurs devant diz ouyrent les nouvelles, si furent moult -resconfortez, et ceulx de Paris moult resjouys, et firent moult grant -joye; et sonna on par toutes les eglises de Paris moult haultement, et -après soupper on fist grans feus comme à la Sainct Jehan ou plus, et -dansoit on parmy Paris, et les enfens crioient «Nouel!» moult haultement. - - [1218] Ms. de Paris: frapoient. - - [1219] Creil se rendit le 24 mai et non le 24 juin, comme le dit - Vallet de Viriville (_Histoire de Charles VII_, t. II, p. 426); - le vendredi 26 mai des processions solennelles célébrèrent ce - fait de guerre: «Facte fuerunt, écrit le greffier du Parlement, - processiones generales pro pace et victoria domini nostri regis, - _de la prise_ castri et ville Credolii» (Arch. nat., X{la} 4798, - fol. 358 rº). - - [1220] «S'en iroient ou» manque dans le ms. de Rome. - - [1221] Ms. de Paris: VIc. - -802. Item, le jeudy ensuivant, vint le Dalphin à Paris et fut logé en -l'ostel des Tournelles, emprès la porte Sainct-Anthoine, et n'y demoura -que une nuyt, ne ne se monstra point à Paris, ne son pere le roy n'y vint -point[1222], pour ce que on leva la plus grant taille à Paris, selon la -grant povreté d'argent et de gaingne qui pour lors estoit, que on eust -veue puis cinquante ans; car on faisoit premier tres grans empruns à tous -ceulx de Parlement, de Chastellet et de toutes les cours de praticques, -sur paine de tous perdre leurs biens, et les convenoit paier ou estre mis -en prinson, et avoir sergens en son hostel en garnison, qui tout -gastoient aussitost que ilz y estoient, car ilz faisoient tres -oultraigeuse despence et autres mauvaises besongnes plus que on ne leur -commandoit. - - [1222] Les mots «ne son pere le roy n'y vint point» manquent dans - le ms. de Rome. - -803. Item, après celui prest furent assis autres[1223] grosses tailles, -et cuidoit le peuple que on ne leur demandast rien, mais après commença -la grant douleur au peuple d'icelle taille, car nulz ne nulle n'en -eschapa, et tres grevement furent assis; car qui n'avoit poié devant que -XX solz, il paioit IIII livres; celui de XL solz à X frans; celui de X -frans à XL frans; et si n'y avoit point de mercy, car, qui estoit -refusant, ses biens estoient venduz en my la rue et son corps en prinson. - - [1223] Ms. de Rome: à tres. - -804. Item, fut mis le siege davant Pontoise le mardy des festes de -Penthecoste qui fut le IIIIe jour de juing, l'an mil IIIIc XLI, et le -sabmedi ensuivant, vint le roy à Paris comme ung homme estrange, et son -filx, et se loga pres du chastel de Sainct-Anthoine, lui et son filx, -comme s'ilz eussent paour que on leur feist aucun grief, dont on n'avoit -talent ne voulenté. Et le jour de la Trinité manda l'Université environ -cinq heures après disner, et leur demanda ayde d'argent pour paier ses -gens; après parla aux bourgoys qu'il avoit si tres grevement taillez, -n'avoit encore pas ung moys, et leur demanda, que comment que ce fust, à -force ou autrement, qu'ilz luy feissent bientost finance de XX mil escus -d'or[1224]. - - [1224] C'est en vue du siège de Pontoise que Charles VII demanda - aux habitants de Paris de nouveaux sacrifices pécuniaires, plus - lourds encore que les précédents; le clergé, qui, cette fois, - avait à payer pour sa quote-part une somme de 3,000 francs, ne - pouvant à bref délai se procurer des ressources suffisantes, - recourut à son expédient habituel, l'aliénation temporaire de ses - joyaux; le 23 juin, le chapitre de Notre-Dame remit à titre de - prêt une quantité de 30 marcs d'argent représentée par un chef de - S. Denis (alias S. Nicaise), avec diadème orné de perles et un - pied d'argent aux armes d'Isabeau de Bavière. Ces joyaux furent - dégagés six mois plus tard (Arch. nat., LL 218, fol. 112, 116, - 207). - -805. Item, depuis que le roy fut devant Pontoise, ne fut jour que on ne -feist à Paris procession, l'Université, les religieux ou les -parroisses[1225]. - - [1225] Pendant les mois de juin et de juillet, des processions - solennelles organisées par les soins du clergé de Notre-Dame - eurent lieu dans l'ordre suivant: le mardi 6 juin à Saint-Honoré, - le mercredi 7 à Sainte-Geneviève, le mercredi 21 aux Cordeliers, - le jeudi 22 aux Carmélites, le vendredi 23 à Sainte-Geneviève - pour la descente de la châsse, le mardi 27 à Saint-Jean-en-Grève, - le mardi 4 juillet à Saint-Martin-des-Champs, le mardi 25 à - Saint-Jacques-de-l'Hôpital, le mercredi 26 à Notre-Dame (Arch. - nat., LL 218, fol. 107, 114, 115, 126, 136, 141). Le Parlement - assista aux processions des 22 et 23 juin, comme le constate - cette note du greffier: «His diebus, facte fuerunt processiones - solemnes, in quibus fuerunt domini de curia, ut Deus juvet - dominum nostrum Regem, dominumque Dalphinum et dominos ac gentes - eorum obsidionis quam tenent ante villam Pontisare» (Arch. nat., - X{la} 4798, fol. 374 rº). - -806. Item, la darraine sepmaine de juillet, vint le roy à Sainct-Denis, -et fut là trois sepmaines entieres, lui [et la plus grant partie de] sa -gent[1226]; et là faisoit conseilz tous les jours et conspiracions, l'une -foys de laisser le siege, l'autre foys de prendre tout l'argent que les -confraries de Paris avoient, et disoient les faulx conseilliers que trop -y avoit confraries à Paris de la moitié, et tant firent par leur grant -mauvaistie que la plus grant partie des confraries furent apeticées de la -moitié ou plus; car à la plus grant partie où on disoit III ou IIII -messes, deux à note et deux basses, on ne chanta que une basse, et où il -y avoit XX ou XXX cierges, que III ou IIII pointes, sans torches ne sans -honneur à Dieu. Et de toutes pars où le roy et tous les grans en general -qui estoient avec lui savoient les Angloys, ilz s'en fuyoient d'autre -part, puis à Poissy, puis à Maubuisson, [puis à l'Isle-Adam, puis à -Conflans], puis s'en rafuioient à Sainct-Denis[1227]; et touzjours avoit -en leur compaignie III Françoys contre ung Angloys, lesquelx Françoys ne -faisoient tous les jours que piller et rober, gaster toutes les vignes, -tous les fruicts, copper les arbres tout chargez de fruict, qui ne les -rançonnoit, et abattre[1228] les maisons couvertes de tuylles; brief, -tout estoit rançonné aux champs et à la ville. Et si le savoient bien les -signeurs, mais ilz estoient tretous sans pitié, que quant on s'en -plaignoit, ilz disoient: «Se ce feussent les Angloys, vous n'en -parlassiez [pas] tant, il convient[1229] qu'ilz vivent où que [ce] soit.» -Ainsi estoit ce roy Charles le VIIme gouverné, voire pis que je ne dy, -car ilz le tenoient comme on fait ung enfent en tutelle. - - [1226] Ms. de Paris: lui et ses gens. - - [1227] Au sujet de ces allées et venues pendant le siège de - Pontoise, voir la Chronique de Gruel (éd. Michaud, p. 217). - - [1228] Ms. de Rome: bastre. - - [1229] Ms. de Rome: ilz, comment qu'ilz vivent. - -807. Item, touzjours estoient devant Pontoise, si advint ung jour de -jeudy en septembre, le jour Saincte Croix, que les aucuns des Françoys -allerent devant la cité d'Evreulx, et fut rendue sans sang espandre que -pou, car d'un costé et d'autre n'y ot mort que V hommes[1230]. - - [1230] Un hardi coup de main dirigé, le 15 septembre 1441, par - Robert de Floques, capitaine de Conches, fit tomber Évreux au - pouvoir des Français. S'il faut ajouter foi au témoignage de Jean - Chartier, les assaillants se seraient introduits subrepticement - par un trou pratiqué dans la muraille; d'après le héraut Berry - (Godefroy, p. 417), ils seraient entrés grâce aux intelligences - nouées avec deux pêcheurs de la ville. - -808. Item, le XIXe jour de septembre ensuivant, fut prinse par force -d'assault Pontoise, et furent tuez à l'assault IIIIc Angloys ou environ, -et des Françoys environ X ou XI[1231]. - - [1231] Certains chroniqueurs, notamment Jean Chartier et - Monstrelet, s'accordent à évaluer la perte des Anglais à cinq - cents morts; d'autres, tels que Gruel et Maupoint, indiquent un - chiffre plus élevé, celui de huit cents hommes hors de combat; - mais, de l'aveu général, les Français ne perdirent que quelques - combattants, quarante en prenant le maximum; quant aux - prisonniers, leur nombre peut être fixé à environ quatre cents. - -809. Item, plusieurs Angloys furent mis à mort en celiers et en caves et -autres lieux où ilz furent trouvez mussez, et si en ot à l'Ostel Dieu de -trouvez qui orent malle estraine[1232]. - - [1232] Ms. de Paris: estraincte. - -810. Item, le XXVe jour dudit moys de septembre, emmenerent les gens -d'armes les prinsonniers qu'ilz avoient admenez à Paris après la prinse -de Pontoise en leurs forteresses, moult piteusement, car ilz les menoient -au pain de douleur, II et II acoupplez de tres fors chevestres, tout -ainsi comme on mene chiens à la chace, eulx montez sur grans chevaulx qui -moult tost alloient; et les prinsonniers estoient sans chapperon, touz -nudz teste, chascun ung povre haillon vestu, tous sans chausses ne -souliers la plus grant partie; brief on leur avoit tout osté jusques aux -brayes. Et en emmenerent LIII de l'ostellerie [du Coq] et du Paon[1233] -de la grant rue Sainct-Martin; et tous qui ne se povoient rançonner, ilz -les menoient en Greve vers le Port-au-Foin, et les lioient piez et mains -sans mercy mains que de chiens, et là les noyoient, voyant tout le -peuple; et moult en y ot de noyez et de enmenez en forteresses, comme -devant est dit, car plus de gens d'armes avoit delà les pons sans -comparaison qu'il ne avoit deça les pons[1234], et toutes voyes gueres -hostellerie n'ot deça ne delà où il n'eust [par] foison prinsonniers, -especialment où estoient les gens d'armes. - - [1233] Le prieuré de Saint-Martin-des-Champs possédait dans la - rue Saint-Martin une grande maison avec cours, étables et de - nombreuses dépendances, connue dès le XIVe siècle sous le nom - d'hôtel du Paon; cette maison, attenante à l'hôtel du Coq et - aboutissant par derrière à la rue des Ménestrels, fut louée en - 1426 à Jean Garet, sergent à verge au Châtelet, et passa le 16 - septembre 1440 entre les mains de Richard Petit, procureur du roi - au Châtelet (Arch. nat., S 1370). - - [1234] «Deça les pons» manque dans le ms. de Rome. - -811. Item, ce XXVe jour, vint le roy à Paris environ les IIII heures -après digner[1235], et ne vint point le Dalphin ce jour. - - [1235] Dès son retour à Paris, dans l'après-midi du lundi 25 - septembre, Charles VII s'empressa de venir à Notre-Dame pour y - faire ses dévotions, et fut reçu avec le cérémonial accoutumé par - l'évêque et les chanoines revêtus de leurs chapes de soie (Arch. - nat., LL 218, fol. 166). - -812. Item, le roy s'en alla derechief en son païs de Berry à celle fin -que on ne lui demandast quelque relache de malles tostes, dont tant y -avoit en France, et aussi pour une grosse taille que les gouverneurs -voulloient cuillir, laquelle ilz cuillirent, fust tort ou droit. - -813. Item, quant le roy se fut party de Paris, ung pou après, le XVe jour -d'octobre, l'an IIIIc XLI, vint le duc d'Orleans à Paris prendre une -beschée sur la povre ville de Paris, et puis s'en retourna en son païs le -XXe jour dudit moys, sans nul bien fayre pour la paix ne pour autre chose -quelconque. - -814. Item, en ce sainct temps de l'Advenement de Nostre Seigneur, on -troubla tellement l'Université que oncques n'y ot predicacion faicte ne à -Noel ne es octabes, ne jusques au jour des Brandons[1236]. - - [1236] L'Université, prenant la défense de ses suppôts menacés - dans leurs libertés et franchises, suspendit ses leçons et - prédications depuis le 30 novembre 1441 jusqu'au 18 février 1442; - rétablie dans ses privilèges par l'autorité royale, elle se - rendit processionnellement à Saint-Magloire le 16 février, et fit - prêcher un sermon solennel par un théologien de grand renom, - Thomas de Courcelles (Journal de Maupoint, p. 28). - - - [1442.] - - -815. Item, après ce cessa le Parlement, et fut avant le VIIIe jour de -karesme que ceulx de Parlement plaidoiassent aucune cause, qui fut -[celle] année le XXIe[1237] jour de fevrier[1238]. - - [1237] Ms. de Paris: XXe. - - [1238] Le Parlement, privé de ses gages et ne pouvant, malgré ses - réclamations réitérées, obtenir satisfaction à ce sujet, prit la - résolution extrême d'interrompre le cours de la justice; les - plaidoiries cessèrent le vendredi avant Noël et ne reprirent que - le 19 février (Journal de Maupoint, p. 28). - -816. Item, le penultime jour de janvier, trespassa la femme du conte de -Richemont, connestable de France, qui fut premier espousée au duc -Louis[1239] de Guienne, filx du roy de France Charles le VIe de ce nom, -et fut fille de Jehan[1240], duc de Bourgongne, conte de Flandres et de -plusieurs autres contés et duchez; et trespassa en la rue de Jouy[1241], -et fut enterrée le Ve jour de fevrier en l'eglise de Nostre-Dame-du-Carme -à Paris, et fut porté son cueur à Nostre-Dame de Liesse ou de -Liansse[1242], lequel qu'on veult. - - [1239] «Louis» manque dans le ms. de Rome. - - [1240] Ms. de Rome: Phelippe. Le nom de «Jehan» a été rétabli en - interligne par une main moderne; le ms. de Paris porte «Jehan». - - [1241] Au rapport digne de foi de deux chroniqueurs, Jean - Chartier et Gruel, ce serait le 2 février 1442, jour de la - Chandeleur, que Marguerite de Bourgogne, comtesse de Richemont, - mourut, à la suite d'une longue maladie, dans l'hôtel du - Porc-Épic, situé rue de Jouy, près de la rue Saint-Antoine. «Son - corps fut convoyé de belle notable seigneurie et des quatre - ordres de mandiens et autres gens d'eglise jusques à Nostre-Dame - des Carmes, où elle fut sepulturée.» (Chartier, t. II, p. 34; - Gruel, édit. Michaud, t. III, p. 218.) Plus de trois années - après, le 3 septembre 1445, le connétable de Richemont fit - remettre au chapitre de Notre-Dame six nobles d'Angleterre, pour - être distribués aux prêtres qui avaient fait le service de sa - femme, «dum fuit inhumata in ecclesia Carmelitarum.» (Arch. nat., - LL 219, fol. 66.) - - [1242] Notre-Dame-de-Liesse (Aisne, arr. de Laon, cant. de - Sissonne). - -817. Item, en celle année fut si grant année d'oignons que environ -Pasques fleuries, qui furent celle année le jour de l'Anunciacion Nostre -Dame, ne valloit le grant boessel de Bourgongne que VI deniers parisis; -et en icellui temps vint tant de figgues à Paris que la livre de la -meilleure ne coustoit que IIII deniers parisis, et raisins tres bons IIII -deniers parisis, feves les plus belles à XII deniers parisis, poys tres -bons à IIII blans. - -818. Item, ou moys d'avril après Pasques mil IIIIc XLII, furent les eaues -si grandes[1243] qu'ilz estoient le jour de Pasques, qui furent le -premier jour d'avril celle année IIIIc XLII, qu'ilz venoient jusques -devant l'ostel de la ville, en la place de Greve et plus, et puis fut -elle marchande, et tantost après, à l'entrée de may, vint derechief aussi -grande comme devant, qui moult fist de mal aux gangnaiges des bas païs -sur riviere. - - [1243] Suivant le Journal de Maupoint (p. 29), le débordement de - la Seine eut une durée d'un mois, de la mi-mars à la mi-avril. - -819. Item, entre le sabmedi et le dimenche devant l'Ascencion, qui fut le -VIe jour de may, que on a acoustumé d'aller à Sainct-Spire de Corbeil en -pellerinaige, environ neuf heures de nuyt commença la plus grant pluye -que oncques mais d'aage de homme, tant fust vieulx, eust esté veue, car -depuys celle heure jusques au jour elle ne cessa et chut si tres -habundamment que es plus larges places des grans rues de Paris elle -alloit es moustiers, dedens les celiers, par dessus le seuil des huys -haulx, et levoit les queues de vin jusques aux planchers; et avec ce -tonnoit et espartissoit si terriblement que tout Paris en fut espovanté, -et ceulx qui estoient allez à Sainct-Spire nous dirent qu'ilz n'en -ouyrent rien ne de la pluye ne du tonnoirre. - -820. Item, celle sepmaine, le IIIIe jour, le vendredy devant le sabmedi -que celle terrible pluye chut, furent veues entre Villejuive et -Paris[1244] plus de IIIIc corbeaulx qui s'entrebastirent de becs, -d'ongles et d'elles si tres fort que firent oncques gens en bataille -mortelle, et en ladicte place ilz espandirent foison de leur sang, et -faisoient si orribles criz que tres grant paour et freour en avoient -ceulx qui les [virent et] oïrent. - - [1244] La leçon «Pareil», fournie par le ms. de Rome, pourrait se - rapporter à Paray, localité située au-delà de Villejuif, mais la - variante du ms. de Paris nous semble plus rationnelle. - -821. Item, le IIIe jour de juing, l'an mil IIIIc XLII, fut dediée -l'eglise de Sainct-Anthoine le Petit par reverend pere en Dieu maistre -Denis de Moulins, lors evesque de Paris, archevesque de Tholouze, -patriarche d'Antioche et conseiller du roy nostre sire. - -822. Item, celle année, fut le plus bel aoust et les plus belles -vendenges que on eust veu puis L ans devant, et tant de vin que on avoit -pour II deniers parisis ou pour II deniers tournois la pinte, sain et -net; pommes grosses de Cappendu, de Romieau pour ung double le quarteron; -grosses poires d'Angoisse pour II doubles. - -823. Item, le XIe jour d'octobre, au jeudy, fut la recluse, nommée -Jehanne la Voiriere[1245], mise par maistre Denis des Moulins, lors -evesque de Paris, en une mesonnete toute neufve dedens le cymetiere des -Innocens, et fist on ung bel sermon devant elle et devant moult grant -foison de peuple, qui là estoit pour le jour. - - [1245] Jeanne la Verrière est la première recluse des Innocents - dont on ait fait mention spéciale; mais le compte des offrandes - et aumônes royales pour les années 1408 et 1422 prouve qu'il - était d'usage de donner à la «recluse de Saint-Innocent» huit - livres parisis par année, réparties en huit termes. Jeanne la - Verrière fut remplacée par Alix la Bougrotte, morte le 29 juin - 1466. Ces deux recluses paraissent s'être cloîtrées - volontairement; il n'en est pas de même de Renée de Vendômois, - qui fut condamnée le 20 mars 1486, pour adultère et assassinat de - son mari, à la réclusion perpétuelle en une logette construite à - ses frais dans le cimetière des Innocents: le fait a déjà été - signalé par l'abbé Lebeuf dans son _Histoire du diocèse de Paris_ - (édit. Cocheris, t. I, p. 109). Quant au procès-verbal de la mise - en cellule dressé par le greffier du Parlement à la date du 19 - septembre 1486, il n'est pas connu et mérite d'être reproduit - (Arch. nat., X{2a} 51): «Du mardi dix neufvieme jour de septembre - mil quatre cens quatre vingt six, au Conseil. Les presidens de - Parlement, icelui vacant, ont ordonné et ordonnent que Renée de - Vendosmoys, prisonniere ou Petit Chastellet, sera menée - publicquement ou cymetiere des Sains Innocens à Paris par les - greffier criminel de ladicte court et huissiers d'icelle, - avecques aucuns sergens à verge du Chastellet, pour illec estre - recluse et enmurée, selon l'arrest donné par ladicte court le - xxije jour de mars derrainement passé, et sera l'une des clefz de - la maison de ladicte Renée baillée aux marregliers de ladicte - eglise des Sains Ignoscens, et l'autre aportée par devers le - greffe criminel de ladicte court. En ensuivant laquelle - ordonnance, le lendemain ensuivant, ladicte Renée fut menée à - unze heures dudit jour audit lieu des Ignoscens, devant l'eglise - duquel lieu fut leu publicquement ledit arrest; et ce fait fut - mise selon le contenu d'icelui en la chambre basse faicte propice - pour icelle Regnée, fermant à deux clez et à deux serrures, l'une - desquelles clez fut baillée à Jaques le Moyne et Dominique de - Moyencourt, marregliers desdits Sains Ignoscens, presens Jehan - Dousse et Drouet Danchel, et l'autre clef apportée au greffe - criminel de ladicte court, lesquelz marregliers ont promis rendre - ladicte clef toutes et quantes fois que par lesdis presidens ou - ladicte court de Parlement, icelle seant, sera ordonné.» - - - [1443.] - - -824. Item, en cel an fut le plus long yver que oncques homme vivant eust -veu, car il commença proprement la vigille Sainct Nicolas en decembre à -geler, et ne cessa jusques environ le quinziesme jour d'avril qui fut le -lundy de la sepmaine peneuse, et puis recommença à l'entrée de may, l'an -mil CCCC XLIII, et gela les quinze premiers jours tres fort, qui moult -empira les vignes et les hannetons aussi. - -825. Item, en cel an furent pois et feves tres mauvais à cuire et tous -plains de cossons et tres chers, car ung boessel de bons poys coustoit VI -solz parisis et feves IIII solz parisis ou plus[1246]; et advint parce -que l'esté fut tres chault et sans pluie. Mais touz fruis furent à tres -grant marché, car en la fin du moys d'aoust on avoit tres belles pommes -de Cappendu le quarteron pour II doubles; le cent de noix pour II deniers -parisis et autres fruis à la value; le molle de bonne buche, VIII blans; -le cent de costeretz pour XX solz parisis; mais ongnons furent tres -chers, car six ongnons gros coustoient iiii deniers parisis. - - [1246] «Ou plus» manque dans le ms. de Rome. - -826. Item, celle année mil CCCC XLIII, fut bien IIII moys et plus sans -plouvoir point en yver ne en esté, par quoy les vins furent de tres -mauvaise garde, et tost tiroient à egreur et devenoient roux et de malle -saveur, et pour ce furent ilz celle année à bon marché. - -827. Item, le jour Saincte Marguerite, XXe jour de juillet mil IIIIc -XLIII, vint le Dalphin à Paris, et pour sa venue fist on une grosse -taille[1247]. - - [1247] Le passage du Dauphin à Paris fut marqué par un acte - d'autorité qui indisposa fortement contre lui le Parlement. Dans - l'après-dînée du mardi 23 juillet, le jeune prince fit venir les - présidents de la Cour au sujet de l'enregistrement des lettres - portant don en faveur de Charles d'Anjou, comte du Maine, des - seigneuries de Gien et de Saint-Maixent, et exigea la suppression - de la formule _de expresso mandato domini regis per dominum - Dalphinum_; de plus, avec la ténacité qui le caractérisait, il - signifia au Parlement «que jusques à ce que ainsi feust fait, il - ne partiroit de Paris, combien que lui feust necessité de partir - d'icelle ville hastivement pour acomplir la charge que le roy luy - avoit baillée qui le touchoit moult grandement», et ajouta même - que, «se son voiage estoit aucunement retardé, le roy n'en seroit - content, et y pourroit avoir trop grant dommaige» (Arch. nat., - X{la} 1482, fol. 249 rº). - -828. Item, la IIe sepmaine d'aoust, ledit Dalphin fut devant Dieppe et -par force il leva le siege que les Angloys avoient tenu devant ladicte -ville par l'espace de grant temps, et là furent mors grant foison -d'Angloys et de bons marchans[1248]. - - [1248] C'est le 15 août 1443 que fut emportée d'assaut, sous les - yeux du dauphin, la bastille édifiée au sommet de la falaise du - Polet. Trois cents Anglais succombèrent dans cette journée. (Cf. - Vallet de Viriville, _Histoire de Charles VII_, t. II, p. 449.) - -829. Item, que on ne doit de rien jurer qui soit à advenir, car le -premier jour de septembre ensuivant, ung prinsonnier de la prinse de -Pontoise, qui avoit esté par pluseurs foys condampné à noier ou d'autre -pire mort, et touzjours avoit esté enferré es prinsons de Sainct-Martin -des Champs, vendu et revendu de rançon à plus grant rançon, le premier -jour de septembre fut marié à une [belle] jeune femme bien née, et y ot -tres belle feste; et de bonne foy ilz n'atendoient tous les jours que la -mort, lui et son compaignon, qui fut delivré celui jour sur sa foy. Ainsi -ouvra Fortune en ces deux hommes, et pour ce nul ne se doit deffier de -Nostre Seigneur, ne soy desesperer pour nulle paine. - -830. Item, en la fin d'aoust vint le Dalphin à Paris et y fut environ III -jours, et après alla à Meaulx, et là fut aucuns jours que oncques n'alla -à l'eglise que tous les jours aller chacer et faire telles vanités ou -pis, et avec lui avoit quelque [mil] larrons qui toute destruisirent -l'Isle-de-France; et leur donna cestuy Dalphin sur chascune vache qu'ilz -prendroient demy escu, et sur chascun cheval ung escu, et qui voulloit -vendenger, il convenoit qu'il rançonnast sa vigne à grant rançon. Et -toute ceste doloreuse tempeste que ainsi se souffroit de par[1249] le -Dalphin et des gouverneurs faulx et traistres au roy, ne se faisoit que -pour ce que le pouvre peuple ne povoit pas paier les grans tailles[1250] -et autres subsides à quoy on le mettoit de jour en jour, et faisoient -entendant que on faisoit ces aides pour aller devant le Mans, les autres -disoient devant Rouen, les autres [disoient] devant Mante. Et faisoient -ainsi entendant les faulx gouverneurs au peuple, et tant tindrent ces -faulces parolles que le peuple estoit tout apaisié de leurs domaiges, -pour esperance que on avoit qu'ilz feissent aucune chose de bien, mais -leur esperance fut toute vaine, car ilz tindrent tant le povre peuple en -celle esperance que l'yver commença; lors fut dit par les faulx -gouverneurs que on ne pourroit tenir siege jusques au temps nouvel, et -que le roy avoit moult à faire où il estoit tres grant besoing, et que -son filx allast par devers luy et sa compaignie hastivement. Ainsi se -party le Dalphin le XIIIIe jour d'octobre l'an mil IIIIc XLIII, quant il -ot sa part de la taille, sans faire aucun bien que.....[1251] tout le -païs [et] destruire. - - [1249] Lacune d'un ou deux mots grattés dans le ms. de Rome. - - [1250] Les tailles se succédaient pour ainsi dire d'année en - année, et l'on a peine à comprendre comment la population - parisienne pouvait suffire à des exigences toujours croissantes - et sans cesse renouvelées. A peine venait-on de lever les - contributions nécessitées par les sièges de Harfleur et de - Pontoise, qu'au mois de juin 1442 «fut mis sus en la ville et - vicomté de Paris par le Roy ung ayde» dont Henry des Danès fut - receveur, et dont l'assiette fut faite par les quarteniers et - dizeniers (Arch. nat., Z{1a} 13, fol. 120 vº). - - [1251] Lacune d'un mot par suite du grattage signalé plus haut. - -831. Item, en ce temps furent deffendues toutes predicacions dès devant -la my-aoust jusques à la Concepcion Nostre Dame en decembre. - - - [1444.] - - -832. En icellui temps n'estoit nouvelle de roy, ne de reyne[1252], ne de -quelque signeur de France à Paris, ne que se ilz fussent à IIc lieues, -mais que les gouverneurs soubz leurs umbres faisoient tailles sans -cesser, disant que le roy et ses subgectz, mais qu'ilz eussent l'argent, -qu'ilz yroient concquester toute Normendie, mais quant la taille estoit -cuillie et qu'ilz l'avoient par devers eulx, plus ne leur en challoit que -de jouer au dez, ou chacer au boys, ou dancer, ne ne faisoient mais, -comme on soulloit faire, ne joutes, ne tournois, ne nulz faiz d'armes -pour paour des horions; brief, tous les signeurs de France estoient tous -devenus comme femmes, car ilz n'estoient hardiz que sur les pouvres -laboureurs et sur les pouvres marchans, qui estoient sans nulles armes. -Et quant ilz virent que le povre peuple n'avoit plus de quoy paier la -taille, ilz firent crier que nulz ne prinst plus quelque monnoye que ce -fust, ne de Bourgongne, ne d'Angleterre, ne de Flandres, ne de quelque -autre païs, que celle qui auroit ung chappellet autour de la croix ou de -la pille[1253]. Helas! le pouvre peuple n'avoit pour cellui temps que -celle monnoye qui fut deffendue à prendre, dont il fut tant grevé que -c'est grant pitié à panser, car ce fu une des grans tailles qui eust esté -faicte, passé avoit grant temps, car il convenoit la nouvelle monnoie à -leur volenté achater, ne nul n'en osoit parler. Et fut fait ce cry et -ceste ordonnance le jour de la Chere Sainct Pierre, qui fut au sabmedy, -dont le peuple qui vint au pardon à Sainct-Denis furent mallement grevez -et fort dommaigez[1254], car pou y avoit de gens qui vindrent devers -Normendie, dont il vint grant peuple à celle foys, qui eussent autre -monnoye que Englesche, ou de Bourgongne, Flandres ou de Bretaigne; par -quoy ilz furent moult grevez pour le changement de la monnoye qu'il -failloit qu'ilz feissent partout où ilz furent. - - [1252] «Ne de reyne» manque dans le ms. de Rome. - - [1253] Par ordonnance royale rendue à Saumur le 19 novembre 1443, - publiée à Paris le 21 janvier 1444, fut défendu le cours de - toutes monnaies d'or et d'argent autres que les suivantes: - «deniers d'or appellez escuz, fabriquez presentement», deniers - grands blans ayant cours pour dix deniers tournois piece, petits - blans de cinq deniers tournois, doubles petits deniers tournois - et parisis noirs (Arch. nat., Y 4, fol. 70 vº; Z{1b} 60, fol. 51 - vº). - - [1254] Un conflit assez grave s'éleva lors du pardon de - Saint-Denis entre l'autorité ecclésiastique et le pouvoir royal. - A la suite des prohibitions récemment édictées et afin d'en - atténuer jusqu'à un certain point les effets désastreux, ordre - fut donné aux changeurs du Grand Pont de tenir boutique ouverte - le jour de la Chaire saint Pierre, ainsi que les dimanche et - mardi suivants; sur ce, l'évêque de Paris fit citer devant sa - juridiction les changeurs coupables d'avoir exercé leur industrie - pendant les jours fériés. Comme il s'agissait d'une mesure - d'ordre public, à la date du 9 mai 1444 Charles VII donna - commission au Parlement et au prévôt de Paris pour annuler toutes - citations, monitions et condamnations prononcées en cour d'Église - contre les changeurs. Ce mandement, pouvant en quelque sorte être - considéré comme la contre-partie des plaintes dont l'auteur de - notre Journal se fait l'écho, il est intéressant de mettre en - regard de son récit la version officielle, telle que nous la - donne ce mandement. «Et soit ainsi que de nouvel, c'est assavoir, - le samedi jour de la Chiere Sainct Pierre, les monnoies estranges - et anciennes, tant d'or comme blanches et noires, autres que les - escuz blancs et tournois de nostre coing derrenierement ordonné, - ayent esté deffendues de par nous sur les peines en tel cas - introduictes, et pour subvenir à la grant necessité qui estoit de - recouvrer monnoie de nostredit coing pour occasion de ladicte - deffense des autres monnoyes que de celles de nostre coing ayent - cours à present, et pour servir et fournir nos subgectz et le - peuple qui habondoit de toutes pars à Paris pour le pardon de - Sainct-Denis, qui a esté le mardi ensuivant, ait esté ordonné de - par les gens de nostre conseil, generaulx maistres de noz - monnoies, que ledit samedi, dymanche et mardi ensuivant, - nonobstant que se fussent jours de festes, tous les changeurs qui - ont acoustumé excercer office de change sur le Grant Pont à - Paris, vendroient garniz de nostre monnoie, telle que dit est, - pour fournir et servir nosditz subgectz de Paris et forains.» - (Arch. nat., Z{1b} 60, fol. 55 rº.) - -833. Item, en cellui temps avoit touzjours en Saincte Eglise deux pappes, -l'un nommé Eugene et l'autre Felix; cestuy Eugene tenoit toute la partie -de France, et l'autre tenoit la partie de Savoye et d'aucunes contrées -environ son païs[1255]. - - [1255] Quoique l'Université de Paris eût reconnu l'antipape Félix - V, créé par le concile de Bâle, Charles VII déclara par lettres - du 21 novembre 1440, publiées à Paris le 2 janvier 1441, son - intention de rester sous l'obédience du pape Eugène IV (Arch. - nat., Y 4, fol. 49 vº). - -834. Item, celle année, fut tant d'ongnons que on avoit le boessel pour -II doubles ou pour II deniers, aussi bons que on eust oncques veu; et de -poreaux la plus belle bote des Halles pour I denier ou pour I tournois, -ne oncques n'encherirent en tout le karesme; bons pois pour III blans, -feves pour III blans; bon vin II deniers. - -835. Item, à la my karesme, que on chante en Saincte Eglise _Letare -Jherusalem_, à la messe, tonna tant fort que on eust oncques ouy puis L -ans, et fut entre III et V heures sans cesser, et chut sur l'eglise de -Sainct-Martin des Champs, et abaty la croix et le cochet[1256] et une -pomme de pierre qui pesoit bien une queue de vin, et rompy le moustier -en plusieurs lieux, tant que on disoit qu'il ne seroit pas bien reparé -pour IIIc escuz d'or. - - [1256] Ms. de Rome «clocher». - -836. Item, en celui temps, le chancellier alla à Tours où le roy estoit -pour traicter de la paix de France et d'Angleterre, mais il cuida parler -au roy, soubdainement ung mal le print, dont il mouru hastivement, qui -fut grant dommaige, car bon proudomme estoit pour le royaulme[1257]. - - [1257] Renaud de Chartres, archevêque de Reims, chancelier de - France depuis le 28 mars 1424, mourut subitement à Tours le 4 - avril 1444, et fut enterré aux Cordeliers de cette ville. Le - Parlement de Paris fit chanter le mercredi 22 avril une messe - solennelle pour le repos de son âme: «Jeudi, XVIe jour d'avril. - Qua die non fuit litigatum, sed deliberatum quod, non-obstante - decessu defuncti domini cancellarii, magistri requestarum - sigillabunt litteras justicie, sigillo eis tradito, prout antea - faciebant, et quod ad anime remedium ipsius domini defuncti - cancellarii cantabitur de requiem cras una magna missa in capella - aule Palacii, solemniter, qua die, que fuit mercurii, fuit - celebrata missa.» (Arch. nat., X{la} 4800, fol. 100 rº.) - -837. Item, fut faicte une des piteuses et la plus devote[1258] procession -que on eust oncques veue à Paris, car l'evesque de Paris et celui de -Beauvays, et deux abbez[1259] porterent le corps Nostre Seigneur de -Sainct-Jehan en Greve sur leurs espaules, et de là allerent aux Billettes -querre à grant reverence le quanivet de quoy le faulx Juif avoit depicqué -la char Nostre Seigneur, et de là furent portez avec la saincte croix et -autres reliques sans nombre[1260] à Saincte-Katherine du -Val-des-Escolliers; et y avoit devant plus de Vc torches allumées, et de -peuple bien IX ou X mil personnes, sans ceulx de l'eglise; et avoit après -ces sainctes reliques tout le mistere du Juif qui estoit en une charrette -lié, où il avoit espines, comme se on le menast ardoir, et après venoit -la justice, et sa femme et ses enfens; et parmy [les rues avoit deux -eschaffaux de tres piteux misteres, et furent] les rues parées comme à la -Sainct Sauveur. Et fut faicte celle procession, pour ce que on avoit -bonne esperance d'avoir paix entre le roy de France et d'Angleterre, et -fut le XVe jour de may, au vendredy, l'an mil CCCC XLIIII. - - [1258] Ms. de Rome «douce». - - [1259] Au nombre des prélats qui prirent part à la procession - solennelle du 15 mai 1444 figurent l'évêque Denis du Moulin, - l'évêque de Limoges, l'évêque de Beauvais, qui célébra l'office à - Sainte-Catherine-du-Val-des-Écoliers, les abbés de Saint-Maur, de - Saint-Magloire, de Lagny, de Saint-Germain des Prés, suivis d'une - foule que le prieur Jean Maupoint évalue à quarante mille - personnes. - - [1260] Voir dans le Journal de Maupoint (p. 31) l'énumération des - reliques qui furent portées processionnellement le 15 mai 1444. - -838. Item, le IIIe jour de juing ensuivant, fut la IIIe feste de la -Penthecoste. Le mercredy des Quatre Temps, furent criées les treves de -paix entre le roy de France et d'Angleterre, commençans le premier jour -de juing mil IIIIc XLIIII, et sur la mer le XXVIe jour dudit moys, et -furent publiées cedit moys parmy la France, et [en] Normendie, et en -Bretaigne et par tout le royaulme de France[1261]. - - [1261] Les trêves conclues à Tours le 28 mai 1444 devaient - commencer pour la Guyenne et la Gascogne le 15 juin suivant, pour - toutes les autres parties du royaume le 1er juin, «et au regard - de la mer le premier jour de juillet ensuivant, à heure de soleil - levant.» A la suite des lettres dont le texte est inséré au - registre vert vieil second (Arch. nat., Y 4, fol. 81 vo), on lit - la mention de leur publication à Paris, faite le mercredi 3 juin, - en présence du prévôt de Paris, de Jean de Longueil, son - lieutenant civil, de Jean Bezon, son lieutenant criminel, des - prévôt des marchands et échevins, de Jean Tillart, Hugues - Boucher, Nicolas Rosnel et Girard Colletier, examinateurs au - Châtelet. Le 4 août de l'année suivante, on présenta au Parlement - les lettres du roi d'Angleterre confirmatives de la trêve de - Tours. - -839. Item, en cel an fut le Landit, qui n'avoit esté puis l'an mil CCCC -XXVI, et fut fait dedens la ville [de] Sainct-Denis[1262]; et fut grant -debat[1263] entre l'evesque de Paris pour la beneïsson et l'abbé de -Sainct-Denis, car l'abbé disoit la ville estre à soy de son droit et que -à lui appartenoit la beneïsson; l'evesque disoit que passé IIIc ans -l'avoient faicte ses devanciers evesques de Paris, et la feroit. Quant -l'abbé vit cecy, lui fist faire deffence sur grosse peine de faire -ladicte beneïsson, et l'evesque de Paris alla à ung autre costé du -marché, et fist faire la beneïsson par ung maistre en theologie nommé -maistre Jehan de l'Olive, né de la ville de Paris[1264]. - - [1262] Charles VII rétablit la foire du Landit par lettres du 15 - avril 1444, publiées à son de trompe le mardi 12 mai, et ordonna - que la foire se tiendroit «au dedens de la ville de Saint-Denis, - pour ce que ledit lieu ou place où elle souloit estre tenue n'est - encores seur à l'occasion des guerres ..... et que les loges qui - y souloient estre pour logier et retraire les marchans qui y - aloyent et leurs denrées sont abatues et du tout en ruyne.» - (Arch. nat., Y 4, fol. 80 vo.) - - [1263] Ce débat entre l'évêque de Paris, le chapitre de - Notre-Dame, d'une part, et l'abbé de Saint-Denis, d'autre part, - fut porté au Parlement; après les plaidoiries des 24 et 25 mai, - intervint un arrêt, à la date du 2 juin, qui décida que les - parties commettraient un évêque pour procéder à la bénédiction, - auquel évêque devaient se joindre les processions parisiennes - (Arch. nat., X{la} 74, fol. 115 rº; X{la} 4800, fol. 302 rº, 304 - rº). - - [1264] La bénédiction du Landit, avec procession solennelle, eut - lieu sous les auspices du chapitre de Notre-Dame le mercredi 10 - juin. Jean de l'Olive, maître en théologie, délégué par - l'autorité royale, prononça le sermon obligé et donna la - bénédiction (Arch. nat., LL 218, fol. 587). - -840. Item, le XIIe jour de juillet, fut faicte procession -generalle[1265], et fut celui jour reporté le precieux corps de monsr -sainct Cloud en la ville du sainct, dont il avoit esté apporté pour les -guerres, bien avoit XVI ans ou environ, et avoit esté à Sainct-Syphorien -derriere Sainct-Denis de la Chartre celui temps en garde en une châsse, -et le vindrent querre les bonnes gens des villes d'entour Sainct-Cloud à -procession, en chantant à Dieu louanges. - - [1265] Suivant les dispositions arrêtées par les chanoines de - Notre-Dame le 10 juillet, la procession du dimanche 12 juillet, - en l'honneur de la châsse de saint Cloud déposée en l'église de - Saint-Symphorien, devait se rendre de Notre-Dame en l'église - Saint-Honoré où serait célébrée une messe et prêché un sermon - pour la paix générale et l'union de l'Église (_Ibid._, fol. 605). - -841. Item, le XIIe jour de juillet, l'an mil IIIIc XLIIII, fut ouverte la -porte de Sainct-Martin, qui n'avoit esté mais ouverte, puis le moys -d'aoust mil IIIIc XXIX que la Pucelle vint devant Paris, le jour de la -Nostre-Dame en septembre ensuivant, que on fist premier la feste de -sainct Laurens en la grant court Sainct-Martin. - -842. Item, à l'entrée de juillet vint une grant compaignie de larrons et -de murdriers qui se logerent es villaiges qui sont autour de Paris, et -tellement, jusques à VI ou environ VIII lieues de Paris, homme n'osoit -aller aux champs [ne venir à Paris, ne on n'osoit cuillir aux champs] -quelque chose que ce fust, car nulle voiture n'estoit d'eulx prinse que -ne fust rançonnée à VIII ou à X frans; ne nulle beste prinse, fust asne, -vache ou pourcel, qui ne fust plus rançonné qui ne valloit; ne homme, de -quelque estat qu'il fust, fust moyne, prebstre, ne religieux de quelque -ordre, fust nonnain, [fust] menesterel, fust herault, fust femme ou -enffent de quelque aage, que s'il yssoit dehors Paris, qui ne fust en -grant peril de sa vie; mays se on ne lui ostoit sa vie, il estoit -despoullié tout nu, tous sans ung seul excepter, de quelque estat qu'il -fust; et quant on s'en plaignoit aux gouverneurs de Paris, ilz -respondoient: «Il fault qu'ilz vivent, le roy y mettra bien bref remede.» -Et de ceste compaignie estoient principalx Pierre Regnault, Floquart, -Lextrac[1266] et plusieurs autres, tous menbres d'Antecrist, car tous -estoient larrons et murdriers, boutefeux, efforceux de toutes femmes, et -leur compaignie. - - [1266] Pierre Renault, Robert de Floques, dit Floquet, Arnaud de - la Lande, dit Lestrac, chef de routiers, qui acquirent une - sanglante renommée par leurs exploits dans la période comprise - entre les années 1438 et 1445 (Cf. Tuetey, _les Écorcheurs sous - Charles VII_, t. I, _passim_). - -843. Item, en cellui an alla le roy en Lorrenne, et le Dalphin son filx -en Allemaigne, guerrier [ceulx qui rien ne leur demandoient], et mena avec -lui ces malles gens devant dictes, qui tant faisoient de maulx que [le -roy contraint] et tous ses gouverneurs tellement mangerent le [peuple que -nul bien ne lui povoit venir], où que il fust; car il laissoit son -royaulme qui estoit tout meslé d'Angloys qui fournissoient et enforçoient -leurs chasteaulx, et ilz alloient lui et son filx en estranges terres où -ilz n'avoient rien, despendre, et gaster ses gens et la finance de son -royaulme[1267], et en bonne foy ilz ne faisoient en X ou en XII ans, ne -pour eulx ne pour autre, quelque chose que ce fust pour le bien du -royaulme qu'ilz ne deussent avoir fait en III ou en IIII moys. - - [1267] Tout ce passage n'est composé que de fragments rattachés - les uns aux autres; ces lacunes existant dans le ms. de Rome - proviennent du grattage minutieux de trois lignes, que l'un des - possesseurs du volume, vraisemblablement le président Fauchet, a - pris soin de rétablir en marge; ces restitutions nous paraissent - acceptables, seulement l'examen attentif de la première ligne - grattée nous permet de proposer avec certitude l'addition des - mots «et mena avec lui», qui complètent bien le sens de la - phrase. Quant au ms. de Paris, il laisse en blanc tout ce que - nous avons mis entre crochets. - -844. Item, le IIIIe jour de septembre, cesserent les sermons jusques au -XIIIe jour de mars, qui fut dimenche devant _Ramis Palmarum_, et fut fait -à Sainct-Magloire; la cause fut pour ce que on fist une grosse taille où -on voulloit asservir tous les suspos de l'Université de Paris. Si alla le -recteur, pour deffendre et garder les libertés et franchises de ladicte -Université, parler aus esleuz[1268]; si y ot aucuns desdiz esleuz qui -mirent la main au recteur[1269], par quoy sermons cesserent. - - [1268] Il s'agit des élus sur le fait des aides institués à - Paris, élus dont le nombre avait été réduit à quatre par arrêt de - la Chambre des aides du 20 octobre 1442 (Arch. nat., Z{1a} 13, - fol. 166 vº). A la date du 5 avril 1445, c'est-à-dire quelques - mois après les incidents rapportés par l'auteur du Journal, ces - élus étaient Jean le Carnier, Enguerran de Thumery, Martin - Ponchier et Lubin Raguier, ce dernier au lieu et place d'Alain - Dionis, décédé (Arch. nat., Z{1a} 15, fol. 13 vº). Deux de ces - personnages peuvent se reconnaître dans un passage des - Instructions données par l'Université, en décembre 1445, à ses - députés auprès de Charles VII. L'Université y déclare qu'elle n'a - nullement l'intention de porter plainte contre les officiers - royaux, mais qu'elle s'élève uniquement contre les auteurs des - excès scandaleux commis au grand détriment du recteur, son chef, - et de ses suppôts «scilicet Grandinum de Tu. et Petrum de Carnay» - (lisez Enguerran de Thumery et Jean le Carnier).--Cf. Du Boulay, - _Hist. Univ._, t. V, p. 537. - - [1269] Le recteur ainsi malmené devait être Martin Chaboz, en - possession du rectorat depuis le mois de décembre. Dans - l'assemblée générale tenue le 12 décembre par le corps - universitaire, toutes les facultés et nations prirent fait et - cause pour leur recteur, à raison du traitement injurieux dont il - avait été victime. C'est du moins le témoignage que rend le - procureur de la nation de France (V. Du Boulay, _Hist. Univ._, t. - V, p. 534). - -845. En celui temps fut apporté le circoncis de Nostre Seigneur[1270] à -Paris, et ceulx qui l'aporterent disoient que le roy et le Dalphin et -Charles d'Anjou avoient impetré lettres à nostre Sainct Pere le pape -Eugene, que tous ceulx qui prendroient une lettre qu'ilz bailleroient, -qu'ilz seroient absoulz de peine et de coulpe à l'eure de la mort, mays -qu'ilz fussent vrays confées et repentans; et tres chier coustoit [une] -ceste lettre, car les riches en paioient XL solz parisis, et les moyens -XXXII ou XX solz parisis et les povres à la value, et tauxoient ces -lettres à journées d'un ouvrier, II solz pour jour, le riche à XX ou XXX -journées, le mains riche à mains; et disoient que l'evesque de Paris leur -avoit octroié à ce faire en sa dyocese. Par quoy le peuple print par -devocion plus de Vc de ces lettres, et aussi pour la reparacion de -Nostre-Dame de Coulombes[1271], qui avoit esté destruite par les guerres. -Et quant ilz orent emporté la saincte relique, l'evesque de Paris fist -commandement par toutes les parroisses de Paris que tous ceulx qui -avoient prins ces dictes lettres les lui portassent sur peine -d'excommenie, et plusieurs de ceulx qui les avoient prinses, pour paour -d'encourir en celle sentence, les lui porterent pour paour d'estre en -indignacion du prelat et aussi de maleïsson pour beneïsson[1272]; et -quant ilz les portoient, on les pandoit à ung crochet en son estude; et -n'en fist on plus pour celle eure jusques à une autre foys que on les -devoit visiter plus à loisir, et ceulx qui les avoient portées ne les -porent avoir pour celle foys, dont moult furent troublez. - - [1270] Cette relique célèbre, connue au moyen âge sous le nom de - «joyau d'argent» et conservée dans l'abbaye bénédictine de - Coulombs, au diocèse de Chartres, était en grande vénération - auprès des fidèles, notamment auprès des femmes qui allaient - devenir mères. Elle fut envoyée en Angleterre en 1421, lors des - couches de Catherine de France, mariée au roi Henri V; après la - naissance de son fils, le précieux joyau fut déposé en la - Sainte-Chapelle, et passa, en 1427, entre les mains de l'abbé de - Saint-Magloire (Lettre de Henri VI, roi d'Angleterre, 24 mai - 1427, _Gallia christiana_, t. VIII, preuves, p. 389). - - [1271] L'abbaye de Notre-Dame de Coulombs, au diocèse de - Chartres, eut beaucoup à souffrir des guerres avec les Anglais; - ravagée par l'incendie, détruite même au ras du sol dans - quelques-unes de ses parties, elle ne possédait plus à cette - époque que douze religieux (_Gallia christiana_, t. VIII, - preuves, p. 398). - - [1272] Ms. de Rome: benediction. - -846. Item, après fut aportée la chace de sainct Sebastien, et fu par les -parroisses comme celle de davant, et tous ceulx qui se mirent en la -confrarie dudit sainct paoient chascun VIII deniers. - - - [1445.] - - -847. Item, le jour de l'Ascencion, qui fut le jour Sainct Jehan en may, -et le lendemain, gela à glace, par laquelle gelée les vignes furent -gellées; par quoy le vin enchery si fort que le vin, que on donnoit par -devant à II deniers, fut tantost mis à VI deniers parisis. - -848. Item, en celle sepmaine, fut apportée à Paris la chace sainct -Quentin, et fut portée par les eglises de Paris, et ceulx qui le -conduisoient faisoient pandre ung grant fleau, comme il est au poydz du -roy, et là se fesoient peser hommes et femmes, et eulx estans en la -balence, on les tiroit tant qu'ilz perdoient terre, et en ce faisant, on -nommoit sur eulx plusieurs sains ou sainctes, et après ilz se rachetoient -de blé ou d'argent ou de ce qu'ilz vouloient, et moult firent grant -cuillette d'argent à Paris iceulx questeurs de pardons en celluy temps. - -849. Item, le mercredy de la feste de la Penthecoste, chut le tonnoirre -en l'eglise de Nostre-Dame-de-Liesse, environ VI heures au matin, et tua -dedens l'eglise de Nostre-Dame IIII hommes, et affola bien XXVIII ou XXX -personnes de leurs menbres et aucuns de leur sens, et leva du pavement -les quareaulx [et barreaux] de fer. - -850. Item, le IIe jour d'aoust, fut faicte une procession generalle de -toutes les parroisses de Paris à Nostre-Dame, et de Nostre-Dame allerent -à Nostre-Dame des Champs par grant devocion, car vray est que grant temps -avoit que ung moyne de Sainct-Denis en France, pour le temps que les -Angloys gouvernoient le royaulme, print le clou et la couronne à -Sainct-Denis, et à celle fin que les Angloys ne l'otassent de ladicte -abbaïe et l'emportassent en leur païs, ledit moyne print ces deux -precieux joyaulx, et les porta honnorablement à Bourges en Berry, où -estoit adong le roy de France Charles VIIe de ce nom. Et le premier jour -d'aoust furent apportées par le vouloir du roy et des signeurs du sang -royal, et par le pourchas de l'abbé de Sainct-Denis en France, nommé -Gamaches par seurnom[1273], à Nostre-Dame des Champs, et le lundy IIe -jour d'aoust IIIIc XLIIII (sic), furent apportées à Sainct-Magloire par -tres honorables processions, à grant luminaire, et là furent celle -journée jusques à l'endemain qui fut le jour de l'Invencion Sainct -Estienne, IIIe jour dudit moys. Et ce jour vindrent à Paris l'abbé de -Sainct-Denis et tout le couvent, tous revestus de chappes de drap -d'or ou de soye, et avecques eulx toutes les parroisses à banieres et -à croys, et à tres grant foison peuple, et à tres grant foison torches -alumées vindrent à Sainct-Magloire celui jour; et là fut dit une messe -[tres] solempnelle, et après congé à l'abbé et à tout son couvent, lequel -les convoya jusques hors de Paris, vestu et tout aourné comme evesque, -et tout son couvent revestu de chappes, et avec ces sainctes reliques -alla tant de peuple de Paris que à paine seroit creu qui ne l'auroit -point veu. - - [1273] Philippe de Gamaches, d'une famille noble du Vexin, entra - de bonne heure dans les ordres. Après avoir fait profession - religieuse en l'abbaye de Saint-Denis, il quitta ce monastère - pour échapper à la domination anglo-bourguignonne, et se retira à - Saint-Faron de Meaux, où il fut élevé à la dignité d'abbé vers le - mois de novembre 1420. On connaît la part active qu'il prit à la - défense de Meaux contre le roi Henri V. Fait prisonnier en même - temps que l'évêque, il obtint la vie sauve, grâce à la reddition - de Compiègne, effectuée par son frère Guillaume, capitaine de - cette place au nom du dauphin. Philippe de Gamaches entra dans - les conseils de Charles VII et devint abbé de Saint-Denis en mars - 1442 ou 1443; il mourut le 28 janvier 1464. (Rel. de Saint-Denis, - t. VI, p. 453; Vallet de Viriville, _Histoire de Charles VII_, t. - I, p. 381.) - -851. Item, le lundi XVIe jour d'aoust, trespassa en la ville de Chaalons -la femme du Dalphin de France, nommée Marguerite, fille du roy -d'Escosse[1274]; et en celui temps fut fait chancelier de France le -frere à l'archediacre de Paris et archevesque de Rains, tous deux enfans -de [feu] maistre Jaques Jouvenel[1275]. - - [1274] Marguerite d'Écosse tomba malade le 7 août 1445, à la - suite d'un pèlerinage qu'elle fit du château de Sarry, près - Châlons, à Notre-Dame de l'Épine, et mourut à Châlons le 16 août, - à l'âge de 21 ans; son corps, inhumé dans la cathédrale, à gauche - du grand autel, fut transporté le 1er novembre 1479, par ordre de - Louis XI, dans la chapelle du Saint-Sépulcre, érigée aux frais de - cette princesse, en l'abbaye de Saint-Laon de Thouars (Cf. - Mathieu d'Escouchy, éd. Beaucourt, t. III, p. 143-145). Lorsque - la mort de la dauphine fut connue à Paris, les chanoines de - Notre-Dame, réunis capitulairement le mercredi 25 août, - décidèrent qu'un service solennel aurait lieu dans le chœur de - la cathédrale, et fixèrent au lundi 30 août la célébration de - cette messe funèbre (Arch. nat., LL 219, fol. 63). - - [1275] Guillaume Jouvenel des Ursins fut institué chancelier de - France par lettres données à Sarry-lez-Châlons le 16 juin 1445; - il exerça cette charge jusqu'à sa mort, survenue le 23 juin 1472; - son frère, Jacques Jouvenel des Ursins, archidiacre de Paris, - remplaça Renaud de Chartres comme archevêque de Reims. Tous deux - étaient fils de Jean Jouvenel des Ursins et de Michelle de Vitry. - -852. Item, la IIe sepmaine d'octobre, la vigille des octabes Sainct -Denis, fut ouverte la porte de Montmartre, à ung vendredy. - -853. Item, le roy ne nulz des signeurs de France n'alloient ne venoient à -Paris, et tout temps faisoit on grosses tailles[1276], sans ce que on -feist aucun bien pour le commun; et touzjours s'enforçoient les Angloys -et avitalloient leurs forteresses, et ne faisoient ne treves ne paix, et -ne challoit au roy comment tout en allast, que de chevaulcher de pais en -autre, touzjours bien acompaigné de XX mil ou plus de larrons qui tout -son païs[1277] mettoient à destruction. - - [1276] Notre chroniqueur veut probablement faire allusion à - l'aide extraordinaire que le roi venait «de mettre sus pour le - fait de la provision des gens d'armes.» Cette taille nouvelle, - qui pesait lourdement «sur les subgectz», se montait à la somme - de 300,000 francs (Arch. nat., Z{1a} 15, fol. 116 rº). - - [1277] Ce mot est laissé en blanc dans le ms. de Paris. - -854. Item, en cel an fut la plus terrible maladie de la verolle depuis la -my aoust jusques après la Sainct Andry, que on eust oncques veue, -especialment sur petiz enfans, car en la ville de Paris on eust veu -durant celui temps plus de VI milliers; et moult en mourut de celle -malladie, et mouroient depuis qu'ilz estoient gueriz de celle verolle -maudicte, et moult en furent malades plusieurs hommes et femmes de toutes -aages, especialment à Paris. - -855. Item, en cellui temps, vint ung jeune cordelier à Paris de la nacion -de Troyes en Champaigne, ou d'environ, petit homme, tres doulx regart, et -avoit ung nommé Jehan Creté[1278], aagé de XXI ans ou environ, lequel fu -tenu à ung des meilleurs prescheurs qui oncques eust esté à Paris depuis -cent ans; et vraiement on ne vit oncques homme lire plustost qu'il disoit -son sermon, et sembloit proprement qu'il sceust tout le Vieil Testament -et le Nouvel, et toute la Legende Dorée et tous les anciens livres de -toutes nacions du monde, et oncques on ne le vit faillir de revenir à son -propos, et partout où il preschoit, le moustier estoit tout plain de -monde. - - [1278] Jean Creté était effectivement un prédicateur populaire - fort en renom à cette époque. Un article du compte de Jean de - Visen mentionne, à la date du 27 juin 1452, le payement de 110 - sols à Jean Creté, frère mineur, docteur en théologie, pour ses - frais de séjour à Auxerre pendant quinze jours, «durant lequel - tems il a chascun jour preschié et sermoné pour toujours induire - le peuple à bien faire.» (Lettre de l'abbé Lebeuf, _Mercure de - France_, 1730, t. I, p. 2616.) - -856. Item, il se departi de Paris environ VIII jours devant Nouel et alla -prescher ou royaulme d'Angleterre. - - - [1446.] - - -857. Item, le XXIIIIe jour de fevrier, l'an mil IIIIc XLV[1279] fut -desdiée l'eglise des Innocens par reverend pere en Dieu l'evesque de -Paris, nommé messire Denis des Moulins. - - [1279] Le ms. de Rome donne par erreur XLIIII. - -858. Item, le premier lundi de mars ensuivant, furent renouvellées les -treves du premier jour d'avril jusques au premier jour d'avril de l'année -ensuivant, et fut crié par les carrefours de Paris[1280]. - - [1280] Les trêves entre la France et l'Angleterre furent - successivement prorogées à Londres les 13 août et 19 décembre - 1445, et, à cette dernière date, jusqu'au 1er avril 1447 (Voir - dans Mathieu d'Escouchy, édit. Beaucourt, t. III, p. 145, le - tableau sommaire des négociations depuis le traité de Tours - jusqu'à la rupture). - -859. Item, à ung mardi, XIIe jour d'avril, l'an mil IIIIc XLV, en la -sepmaine peneuse, entre la minuyt et prime du jour, gela si tres -fort[1281] que toutes les vignes furent toutes perdues et tous les noiers -cuiz de la gelée; et après vint tant de hannetons et de channilles et -d'autre orde vermine que toute celle année n'y ot ne vin, ne verjus, ne -fruit [par toute la France; et fut le XVIIe jour de la lune de mars, et -furent Pasques] le XVIIe jour d'avril en cel an mil IIIIc XLVI. - - [1281] Cette gelée désastreuse du mardi 12 avril 1446, qui ruina - totalement les vignes et arbres fruitiers autour de Paris dans un - rayon de cinquante lieues, est également mentionnée dans le - Journal de Maupoint (p. 36). - -860. Item, en celluy an vint ung jeune homme[1282] qui n'avoit que XX ans -ou environ, qui savoit tous les VII ars liberaux, par le tesmoing de tous -les clercs de l'Université de Paris, et si savoit jouer de tous -instrumens, chanter et deschanter mieulx que nul autre, paindre et -enluminer mieulx que oncques on sceust à Paris ne ailleurs. - - [1282] S'il faut ajouter foi aux sources indiquées par M. Vallet - de Viriville dans son _Histoire de Charles VII_, t. III, p. 96, - l'époque de l'arrivée à Paris du jeune clerc espagnol, connu sous - le nom de Fernand de Cordoue, coïnciderait avec les Avents de - l'année 1445. Fernand de Cordoue paraît s'être en quelque sorte - esquivé de Paris afin d'éluder certaines questions - embarrassantes. Il se rendit d'abord à Gand auprès du duc de - Bourgogne avec l'intention de passer en Angleterre; mais n'ayant - pu mettre son projet à exécution, il dirigea sa course du côté de - l'Allemagne. Suivant la version la plus accréditée, il serait - mort à Rome, en 1486, sous-diacre du pape, à l'âge de 65 ans (V. - Mathieu d'Escouchy, l. I, c. 8. De la venue à Paris d'un josne - clerc natif des Espaingnes). - -861. Item, en fait de guerre, nul plus appert, et jouoit d'une espée à -deux mains si merveilleusement que nul ne s'i comparast, car quant il -veoit son ennemy, il ne failloit point à saillir sur luy XX ou XXIIII pas -à ung sault. - -862. Item, il est maistre en ars, maistre en medecine, docteur en loix, -docteur en decret, docteur en theologie, et vraiement il a disputé à nous -au colliege de Navarre, qui estions plus de cinquante des plus parfaiz -clercs de l'Université de Paris et plus de III mil autres clercs, et a si -haultement bien respondu à toutes les questions que on lui a faictes que -c'est une droicte merveille à croire qui ne l'auroit veu. - -863. [Item, il parle latin trop subtil, grec, ebreu, caldicque, arabicque -et tous autres langaiges.] - -864. Item, il est chevalier en armes, et vraiement, se ung homme povoit -vivre C ans sans boire, sans menger et sans dormir, il ne auroit pas les -sciences qu'il scet tout par cueur aprinses; et pour certain il nous fist -tres grant freour, car il scet plus que ne puet savoir nature humaine, -car il reprent tous les IIII docteurs de Saincte Eglise; bref, c'est de -sa sapience la non pareille chose du monde. Et nous avons en Escripture -que Ante-Crist sera engendré en advoutire[1283] de pere chrestian et de -mere juive qui se faindra chrestianne, et chascun cuidera qu'elle le -soit, il sera né de par le deable en temps de toutes guerres, et que -toutes jeunes gens seront deguisés d'abit, tant femmes que hommes, tant -par orgueil comme par luxure, et sera grant hayne contre les grans -signeurs pour ce qu'ilz seront tres cruelx au menu peuple. - - [1283] Ms. de Paris «adventure». - -865. Item, toute sa science sera de par le dyable, et il cuidera qu'elle -soit de par nature, il sera chrestien jusques à XXVIII ans de son aage, -et visitera en celui temps les grans signeurs du monde pour monstrer sa -grant sapience et pour avoir grant renommée d'iceulx, au XXVIIIe an -vendra de Jherusalem. Et quant les Juifs incredules verront sa grant -sapience, ilz creront en luy et diront que c'est Messias qui promis leur -estoit, et l'aoureront comme Dieu. Adong envoyera ses disciples par le -monde, et God et Magod le suyveront, et regnera par III ans et demy, à -XXXII ans les dyables l'emporteront. Et adong les Juifs qui auront esté -deceupz, ilz se convertiront à la foy chrestienne, et après vendront -Enoch et Helye, et après sera tout chrestien, et sera l'Euvangille de -Sainct (Jehan) qui dit: _Et fiet unum oville et unus pastor_[1284], adong -approuvé, et le sang de ceulx qu'il aura fait tormenter, pour ce qu'ilz -ne vouldrent adourer, criera à Dieu vengence, et adong vendra sainct -Michel, qui le trebuchera, lui et touz ses ministres, ou parfons puis -d'enfer. Ainsi comme davant est dit, le raconterent les devantdiz -docteurs de celluy homme devant dit, lequel est venu d'Espaigne en -France, et pour vray selon Danyel et l'Apocalipce, Antecrist doit nestre -en Babiloine en Caldée. - - [1284] Cette citation est extraite de l'Évangile de saint Jean, - c. X, v. 16. - -866. Item, en celuy an mil CCCC XLVI, fut le moys de may le plus froit et -le plus pluvieux que on eust oncques veu d'aage de homme vivant, car -oncques jour ne fut qu'il ne gelast ou qu'il ne pleust, et fut avant la -feste de la Trinité, qui fu le XIIe jour de juing, que le temps se -eschauffast. - -867. Item, la sepmaine devant l'Ascencion, fut crié parmy Paris que les -ribauldes ne porteroient plus de sainctures d'argent, ne coletz -renversez, ne pennes de gris en leurs robbes ne de menu ver, et qu'ilz -allassent demourer es bordeaux ordonnez, comme ilz estoient ou temps -passé[1285]. - - [1285] Toutes ces défenses existaient de longue date et l'on ne - fit que remettre en vigueur des prescriptions tombées en - désuétude. Ainsi, en 1422, il était interdit aux «femmes - amoureuses» de porter «habit fourré de gris à colet rabatu» - (Arch. nat., X{la} 4793, fol. 97 vº), et le compte de l'ordinaire - de Paris pour 1426 (Sauval, t. III, p. 270) mentionne la vente - d'une houppelande de drap pers, fourrée par le collet de penne de - gris, confisquée sur une femme de mœurs dissolues, ainsi qu'une - ceinture sur tissu de soie noire avec garniture d'argent. - -868. Item, la vigille de l'Ascencion, fut enterré le prevost de Paris, -nommé Ambroys Loré[1286], baron de Juillé[1287], mains amant le bien -commun que nul prevost qui devant luy eust esté puis XL ans. Car il avoit -une des femmes que on peust veoir en tout Paris, la plus belle et -honneste, et fille de nobles gentilz gens de grant ancienneté[1288]; et -[si estoit] si luxurieux que on disoit pour vray qu'il avoit III ou IIII -concubignes qui estoient droictes communes, et supportoit partout les -femmes folieuses[1289], dont trop avoit à Paris par sa lascheté, et -acquist une tres mauvese renommée de tout le peuple, car à paine povoit -on avoir droit des folles femmes de Paris, tant les supportoit, et leurs -macquerelles. - - [1286] Ambroise de Loré, baron d'Ivry, l'une des plus belles - figures militaires du XVe siècle, fit une guerre acharnée aux - Anglais et joua un rôle important dans les événements qui - signalèrent le règne de Charles VII. En récompense de ses - services, Charles VII le gratifia de divers biens confisqués sur - les partisans des Anglais, notamment d'une maison dans l'enclos - du Palais, provenant de Pierre Rousseau; il lui confia la garde - de la prévôté de Paris le 11 mars 1437, et afin de rendre plus - efficace son autorité, par lettres du 5 avril 1438, il l'institua - commissaire spécial et «general refformateur» sur les malfaiteurs - dans toute l'étendue du royaume (Arch. nat., Z 5195, fol. 22 rº; - Y 4, fol. 29 rº). Ambroise de Loré mourut à Paris du 23 au 24 mai - 1446, à l'âge de 50 ans. - - [1287] Tous les mss. portent baron de «Juille maint». Il y a - évidemment une erreur des copistes. - - [1288] Catherine de Marcilly, baronne d'Ivry, laissa un fils, - Ambroise de Loré, écuyer, et une fille, également nommée Ambroise - de Loré, qui fut mariée à Robert d'Estouteville, prévôt de Paris - en 1447, laquelle vécut jusqu'en 1466. - - [1289] Ms. de Paris «soulieuses». - -869. Item, après son trespassement, le VIIe jour d'aoust, on ordonna pour -estre prevost de Paris Jehan d'Estouteville[1290], chevalier, conseiller -et chambellan du roy nostre sire, mil IIIIc XLVI, ou jour devantdit, -courant le dimenche par B. - - [1290] Jean d'Estouteville, grand-maître des arbalétriers de - France, fut institué prévôt de Paris, le 24 juillet 1446, au lieu - et place d'Ambroise de Loré (Arch. nat., PP 118, Mémorial K, fol. - 49), mais il n'occupa que temporairement la prévôté et se démit - de sa charge en faveur de son frère, Robert d'Estouteville, qui - lui succéda le 28 mars 1447 (_Ibid._, Y 1, fol. 4 vº). - -870. Item, le IIIe jour de septembre ensuivant, fut crié à trompes parmy -Paris que on portast à Pontoise tous vivres pour la solempnité de la -feste de la Nativité de la Vierge Marie, qui fut le jeudy ensuyvant, -pour cause de certains pardons et indulgences que nostre sire le roy, et -monseigneur le Dalphin, et monseigneur de Bourgongne[1291] avoient -impetrez par devant nostre Sainct Pere le pape Eugene, c'est assavoir, -pour l'eglise Nostre Dame de Pontoise, qui moult estoit empirée par les -guerres et par les longs sieges qui devant avoient esté par plusieurs -foys, tant d'Anglois comme de Françoys. - - [1291] Ms. de Paris: Mons. de Bourbon. - -871. Item, ledit pardon commença à doze heures de nuyt, la vigille de la -Nativité Nostre-Dame, et dura jusques à mynuyt de la journée d'icelle -feste, qui sont XXIIII heures; et fut ledit plain pardon comme il est à -Romme, [mais celuy de Romme] dure plus longuement, et fault estre vray -confees et repentant. - -872. Item, celle année mil IIIIc XLVI, fut le vin si cher que on ne avoit -point de vin qui vaulsist rien, qui ne coutast X ou XII deniers parisis -la pinte; et fut si pou de vins[1292] que on avoit point le sextier qui -ne coutast du moins XVI blans, et si pou de noiz que le cent en coustoit -IIII blans, que on avoit l'année precedente pour II deniers parisis ou -pour II tournoys. - - [1292] Ms. de Paris: verjus. - -873. Item, celle année, vint à Paris par eaue ou à charroy, que on avoit -le quarteron pour VI deniers parisis, les plus grosses poires d'Angoisse, -ou pour II blans au plus, et si estoient de si bonne garde qu'elles ne -empirerent point jusques à la my mars. Et de vray les tas en estoient es -Halles de Paris, comme je vy oncques de charbon à la Croix de Greve, non -pas ung tant seullement, mais VI ou VII tas, sans garde, et des pommes -autant ou plus qui furent apportées du païs de Languedoq, de Normendie et -de plusieurs autres païs. - - [1447.] - - -874. Item, celle année, fut né ung filx de la royne de France, le jour -des Innocens, après Noel, qui furent celle année le mercredy; et fut né à -ung chastel nommé le Motiz en Touraine, et fut nommé Charles, duc de -Berry[1293]. - - [1293] Charles de France, qui devint plus tard duc de Guyenne et - de Normandie, fut le dernier né de Marie d'Anjou; il vit le jour - le 28 décembre 1446 au château de Montils-lès-Tours. Un _Te Deum_ - chanté dans toutes les églises de Paris le 1er janvier 1447 - célébra cet heureux événement. - -875. Item, celuy an, fut le grant pardon au Mont Sainct-Michel par deux -foys, c'est assavoir, en may, l'an mil IIIIc XLVI, le ... et ... -septembre ensuivant oudit an. - -876. Item, en may, l'an mil IIIIc XLVII, le dimenche XVIIIe jour, -l'endemain de la Sainct Jehan Porte-Latine. - -877. Item, le dimenche ensuivant, qui fut le XIIIIe jour de may mil IIIIc -XLVII, fut faicte procession de nostre mere l'Université à Nostre-Dame de -Paris, que on priast pour feu pape Eugene[1294], qui trespassa le IIIe -jour de fevrier, le jour Sainct Blaise. - - [1294] Eugène IV, qui occupait le trône pontifical depuis 1431, - mourut à Rome le 23 février 1447. - -878. Item, fut institué après lui pape Nicolas, Ve de ce nom[1295], et -touzjours estoit pappe Felix, duc des Savoysiens[1296], en sa voulenté -premiere, c'est assavoir, de vouloir estre pappe, sans vouloir aucunement -soy condescendre que à sa voulenté, et disoit que le sainct concille de -Balle l'avoit ordonné, sans nulle priere qu'il en fist aucunement, et -pour pape se tenoit. - - [1295] Thomas de Sarzane, cardinal-évêque de Bologne, élu pape le - 6 mars 1447, prit le nom de Nicolas V. «On le tenoit pour tres - sage, prudent et homme de honneste vie.» (Mathieu d'Escouchy, t. - I, p. 113.) - - [1296] Amédée VIII, duc de Savoie, anti-pape connu sous le nom de - Félix V, élu à Bâle le 5 novembre 1437, et couronné le 24 juillet - 1440, ne parvint à faire reconnaître son autorité que par - quelques états de l'Allemagne. Le 7 avril 1449, il consentit à se - retirer, et reçut de Nicolas V le titre de légat du Saint-Siège. - -879. Item, en celluy temps, estoit le vin à Paris si cher, et ne buvoit -le povre peuple que servoise, ou bochet, ou biere, ou cidre, ou peré, ou -telx manieres de buvraiges; et en ce temps, environ la my may, ariva tant -de vins en la ville de Sainct-Denis en France, pour le Landit qui devoit -estre le moys ensuivant, qui furent prisiez à XI mil queues et environ -VIIc muys, que de Bourgongne que de France. Et après le Landit, en fut -tant ramené à Paris que on avoit aussi bon vin pour IIII doubles ou pour -VI deniers que on avoit devant pour XII doubles, et bientost après ot on -tres bon vin pour IIII deniers pinte. - -880. Item, ou moys de septembre, l'an mil IIIIc XLVII, trespassa de ce -siecle reverend pere en Dieu, monseigneur l'evesque de Paris, le XVe jour -de septembre, nommé messire Denis de Moulins, patriarche d'Antioche, -arcevesque de Thouloze, et fut enterré à Nostre-Dame de Paris[1297]. - - [1297] Denis du Moulin décéda le vendredi 25 septembre 1447, - laissant un fils, Jean du Moulin, et un frère, Pierre du Moulin, - archevêque de Toulouse, qui soumirent ses dernières dispositions - au Parlement de Paris le 11 septembre 1448 (Arch. nat., X{la} - 9807, fol. 33-34). Ses exécuteurs testamentaires furent Jean de - Penchard, archidiacre de Brie, Mathurin le Texier, chanoine de - Meaux, et Jacques de Marchères. Une tombe en cuivre jaune lui fut - érigée à Notre-Dame, au bas du grand autel, à droite; elle était - ornée d'une longue épitaphe, qui se trouve reproduite dans - l'Épitaphier de Notre-Dame (Arch. nat., LL 488 bis), avec la - représentation de la crosse pastorale et de l'anneau du prélat. - -881. Item, le jour Sainct Nicolas en decembre, fut fait par ellection -evesque de Paris messire Guillaume Charetier, homme de tres bonne -renommée, et estoit chanoyne de Nostre-Dame de Paris[1298]. - - [1298] Guillaume Chartier, chanoine de Notre-Dame depuis le 9 - janvier 1431, fut appelé à l'évêché de Paris le 4 décembre 1447. - (Voir à cette date, dans les reg. cap. de N.-D., le procès-verbal - de son élection.) - -882. Item, en cellui temps, fut decollé maistre Pierre Mariette, pour le -contans qu'il avoit mis entre le Dalphin et le duc de Bourgongne, pour sa -grant mauvestie et desloyaute traïson[1299]. - - [1299] Guillaume Mariette, secrétaire du roi, abusa de ses - fonctions pour contrefaire le sceau du roi et celui du dauphin, - et pour fabriquer de fausses lettres de créances; mais le - principal grief à lui imputé fut l'échange d'une correspondance - chiffrée avec le duc de Bourgogne et son chancelier. Arrêté au - mois d'octobre 1447 et conduit prisonnier au château de Loches, - puis écroué le 5 février suivant dans les prisons royales de - Lyon, il parvint à s'évader; mais il fut repris. Une commission, - dont faisaient partie le chancelier Yves de Scepeaulx, Louis de - Laval, seigneur de Châtillon, gouverneur du Dauphiné, Me Regnier - de Bouligny, Me Guy Pape, Guillaume Becay, instruisit son procès, - et Mariette, sacrifié d'avance, fut condamné à la peine capitale, - décapité et écartelé publiquement à Tours au mois d'avril 1448 - (Cf. Mathieu d'Escouchy, t. III, p. 265-341; Vallet de Viriville, - _Histoire de Charles VII_, t. III, p. 113, 114). - - - [1448.] - - -883. Item, le XIIe jour d'avril, l'an mil CCCC XLVIII, fut confermé abbé -de Sainct-Magloire frere Jehan Jamelin[1300], lequel avoit esté tout -nourry en ladicte abbaye, né de la cité de Paris, et le sacra et beney -l'evesque de Meaulx[1301], lequel avoit esté moyne de Sainct-Magloire, -et estoit avec ce abbé de Sainct-Mor et prieur de Sainct-Eloy de devant -le Pallays; et fut à sa beneïsson l'abbé de Sainct-Denis, l'abbé de -Sainct-Germain-des-Prez[1302], l'abbé de Sainct-Victour[1303], l'abbé de -Saincte-Geneveve[1304]. - - [1300] Jean Jamelin, ou plutôt Hamelin, succéda comme abbé de - Saint-Magloire à Pierre Louvel, décédé le 10 février 1447. Son - élection se fit au mois de mars 1448, comme le montre la lettre - du chapitre de Notre-Dame aux religieux de Saint-Magloire, leur - donnant licence de procéder à l'élection de leur abbé (Arch, - nat., LL 219, fol. 421). - - [1301] Jean le Maunier, abbé de Saint-Maur-des-Fossés, dut - succéder dans le prieuré de Saint-Éloy à Guillaume de Corbigny, - que l'on voit cité comme prieur en 1424 (Arch. nat., LL 167, fol. - 50 rº). Il était en possession du siège épiscopal de Meaux depuis - le mois de janvier 1447. A cette date, une partie des chanoines - de Meaux l'avaient nommé évêque, tandis que les autres - désignaient Jean Haguenin, grand doyen de l'église de Meaux, mais - l'élection de Jean le Maunier fut ratifiée, et le nouvel évêque - prêta serment au roi le 11 juillet 1447. Il mourut le 22 juin - 1458. - - [1302] Hervé Morillon, abbé de Saint-Germain des Prés de 1439 au - 25 février 1460. - - [1303] André Barré, de Villiers-le-Bel, élu abbé de Saint-Victor - le 21 mai 1423, mourut le 25 octobre 1448. - - [1304] Pierre Caillou, abbé de Sainte-Geneviève, officia aux - obsèques de la reine Isabeau; la consécration de l'abbé de - Saint-Magloire et la réception de l'évêque de Paris furent - probablement les dernières cérémonies auxquelles il prit part. - Peu de temps après il se fit suppléer, et mourut dans un âge - avancé le 27 août 1466. - -884. Item, la darraine sepmaine d'avril, vint à Paris une damoiselle, -laquelle on disoit estre amie publiquement au roy de France, sans foy et -sans loy et sans verité à la bonne royne qu'il avoit espousée, et bien y -apparoit qu'elle menoit aussi grant estat comme une contesse ou duchesse, -et alloit et venoit bien souvent avecques la bonne royne de France, sans -ce qu'elle eust point honte de son peché, dont la royne avoit moult de -douleur à son cueur, mais à souffrir luy convenoit pour lors. Et le roy -pour plus monstrer et magnifester son grant pechié et sa grant honte, et -d'elle aussi, luy donna le chastel de Beauté[1305], le plus bel chastel -et jolis et le mieulx assis qui fust en toute l'Isle de France. Et se -nommoit et se faisoit nommer la belle Agnès, et pour ce que le peuple de -Paris ne lui fist telle reverence comme son grant orgueil demandoit, que -elle ne pot celler, elle dist au departir que ce n'estoient que villains, -et que se elle eust cuidé que on ne luy eust fait plus grant honneur que -on ne lui fist, elle n'y eust jà entré ne mis le pié, qui eust esté -domaige, mais il eust esté petit. Ainsi s'en alla la belle Agnès le -dixiesme jour de may ensuivant à son peché comme devant. Helas! quelle -pitié, quant le chef du royaulme donne si malle exemple à son peuple, car -s'ilz font ainsi ou pis, il n'en oseroit parler, car on dit en ung -proverbe: «Selon signeur, mesnie duyte», comme nous avons d'une dame -royne de Babiloine, nommée Semiramis, qui fut une des neuf preuses, qui -fist de son propre filx son amy ou son ribault, et quant elle vit que son -peuple en murmuroit, elle fist crier publicquement par tout son royaulme, -que qui vouldroit prendre sa mere, sa fille ou sa seur, par mariaige ou -par folle amour ou autrement, qu'elle en donnoit à tout son peuple, quel -qu'il fust, licence et povoir de ce faire, et le commandoit. Dont il vint -moult de maulx oudit royaulme de Caldée, car les hommes efforçoient les -femmes, les filles, les nonnains, dont maint homicide fut fait depuis -celle loy que Semiramis fist pour couvrir sa grant luxure; car quant ung -grant signeur ou dame fait publicquement grans pechez, ses chevaliers et -son peuple en est plus hardy à pecher. - - [1305] Le château de Beauté, construit par Charles V, était une - maison de plaisance située à l'extrémité du bois de Vincennes, à - la droite de Nogent, dans une situation charmante dominant la - vallée de la Marne. Ce manoir comprenait une tour à trois étages, - avec plate-forme (chaque étage se composant d'une chambre), plus - un corps de bâtiment où se trouvait une grande chambre, dite _sur - la fontaine_, avec deux galeries (_Revue archéologique_, année - 1854, p. 456). Charles V mourut au château de Beauté, qui servit - également de résidence (en 1389) à son second fils, le duc - d'Orléans (Arch. nat., KK 30, fol. 62). En 1439, le château de - Beauté, alors au pouvoir du duc de Bourbon et de ses écorcheurs, - fut repris par les gens du connétable de Richemont. Agnès Sorel, - que Charles VII gratifia de cette maison, en reçut le nom de Mlle - de Beauté. Dès 1444, elle avait cette qualification. (Vallet de - Viriville, _Recherches historiques sur Agnès Sorel_, dans la - Bibl. de l'École des chartes, 3e série, t. I, p. 313.) - -884. Item, en celui an, fut si bon marché de pain et de vin que ung homme -laboureur avoit assez de pain pour II tournois à vivre pour ung jour; -tres bon vin pour tout homme pour II deniers parisis la pinte, blanc et -vermeil; à la Sainct Jehan, le quarteron d'œufs pour VIII deniers -parisis; ung tres grant fromaige pour VI deniers; la livre de bon beurre -pour VIII deniers parisis. - -885. Item, à ung dimenche courant par F, celui an, le jour de la -Magdeleine, fut sacré et beney l'evesque de Paris en l'abbaïe de -Sainct-Victor lez Paris, et celui jour fut faicte une procession à -Sainct-Germain l'Aucerroys, et là fut ordonné que on iroit rachater des -chrestiens qui estoient es mains du soldant, auxquelx on faisoit souffrir -moult de martires; et le IIe ou IIIe jour après ce partirent de Paris -aucuns des freres de Sainct-Mathurin et autres pour aller oudit voyaige -piteux. - -886. Item, le dimenche ensuivant, IIIIe jour d'aoust, fut receu ledit -evesque à Nostre-Dame de Paris, et partyt de Sainct-Victor sur ung -cheval blanc, et vint à Saincte-Geneveve, et de là fut porté à -Nostre-Dame de Paris à tres grant honneur[1306]. - - [1306] Guillaume Chartier, sacré à Saint-Victor le 28 juillet par - l'évêque de Laon, assisté des évêques de Noyon et d'Alby, fit son - entrée solennelle à Notre-Dame le dimanche 4 août, en présence - des évêques de Noyon et de Senlis, de l'abbé de Sainte-Geneviève, - du sire de Montmorency, de Hugues Bureau, etc. Voir le récit - détaillé de cette cérémonie dans les registres capitulaires de - Notre-Dame (Arch. nat., LL 219, fol. 482). - -887. Item, celle année, fut la riviere de Saine si petite que à la -Toussains on venoit de la place Maubert tout droit à Nostre-Dame de -Paris, à l'aide de quatre petites pierres, et hommes et femmes [et petis -enfans] sans moullier leurs piez, et devant les Augustins, jusques au -pont Sainct-Michel, en quatre ou cinq lieux, en telle maniere, pour venir -au Palays du roy par la porte de derriere. - -888. Item, celui an, furent commandées à fester les festes de madame -Saincte Genevieve, comme le jour du dimenche, par l'evesque de Paris -devant nommé, et la feste de madame Saincte Katherine, lesquelles on -festoit devant aus us et coustumes. - -889. Item, monseigneur de Paris dessusdit fist une belle predicacion aux -Innocens le jeudi absolu, et donna absolucion à tous les trespassez qui -par faulte d'amis ou de pecune ou par mauvais procureurs, avoient esté -[ou estoient] nommez es eglises, excommeniez par negligence ou autrement -après leur trespassement jusques à XXX jours. Et en cellui temps le bon -proudomme visita les registres et y mist tres bonne ordonnance contre -ceulx de la court de l'Eglise qui ainsi tost faisoient excommenier une -personne, fust tort ou droit; et le dimenche que on dit _Misericordia -Domini_ fist dire vigilles et les commendassions l'endemain, et messe -tres solempnelle par toutes les parroisses de Paris, et aux Innocens deux -foys la procession. - -890. Item, en ce temps furent prins caymens, larrons et meurtriers, -lesquelx par jehaine ou autrement confesserent avoir emblé enfens, à l'un -avoir crevé les yeulx, à autres avoir coppé les jambes, aux autres les -piez et autres maulx assez et trop. Et estoient femmes avec ces murtriers -pour mieulx decevoir les peres et les meres et les enfens, et demouroient -comme logez es hostelz III ou IIII jours, et quant ilz veoient leur -point, en plein marché, païs ou ailleurs ilz embloient ainsi les enfens -et les martiroient, comme devant est dit. - - - [1449.] - - -891. En ce temps, en la fin de mars mil IIIIc XLVIII, furent aucuns -prins, qui encuserent tous les autres. Et de ces caymens furent panduz -ung homme et une femme le mercredy XXIIIe jour d'avril, emprès le molin -au vent ou chemin de Sainct-Denis en France, mil IIIIc XLIX[1307]. - - [1307] Ici, les mss. de Rome et de Paris répètent, en le - tronquant, le passage relatif à la consécration de l'évêque - Guillaume Chartier. «Item, à ung dimanche courant par F.» Il est - à noter que dans les deux mss. cette reproduction partielle - s'arrête identiquement au même point: «et là fut ordonné que on - iroit.» - -892. Item, aucuns desdiz caymens qui estoient de la compaignie d'iceulx -devantdiz furent mis en prinson, car on disoit qu'ilz avoient fait ung -roy et une royne par leur derision, et fut prouvé contre eulx que ilz -avoient à petiz enfens--qu'ilz avoient emblez es villaiges ou -ailleurs--coppé les jambes, crevé les yeulx, et assez et trop de telz -murdres faiz où ilz reperoient, et estoient tres grans compaignies de -telz larrons à Paris et ailleurs. - -893. Item, le XIIIIe jour d'avril IIIIc XLIX, furent à ung mercredy -publiées lettres que le pape Nicollas estoit paisiblement demouré en la -papalité, du bon gré de Felix, duc de Savoye, et ledit Felix--estoit par -l'ordonnance du conseil--fust ordonné cardinal et legat. - -894. Item, le jeudy ensuivant, Ve jour dudit moys, fut faicte grant joye -à Paris pour lesdictes nouvelles, et fist on les feus parmy les rues, -comme on fait à la Sainct Jehan. - -895. Item, le vendredy ensuivant, fist on procession generalle à -Sainct-Victour lez Paris, et furent bien X mil personnes, et ne fist on -rien à Paris, ne que au dimenche. - -896. Item, en celuy temps, estoit si grant marché d'œufs qu'on avoit à -l'Ascencion ung quarteron pour VI deniers parisis; ung frommaige pour -IIII ou V deniers; et bon vin pour deux doubles; et ung pain pour vivre -ung homme pour ung bon double, dont les III valloient III deniers -parisis; mais de poires ne de pommes ne furent nulles celle année; et si -furent les hannetons à grant puissance, qui moult firent de maulx. - -897. Item, en cellui moys de may, fut gaigné sur les Angloys le -Pont-de-l'Arche[1308], et le mardy XXVIIe jour de may furent faictes -processions generalles au Pallays du roy en la Saincte-Chappelle[1309], -et là furent monstrez la precieuse couronne de quoy Nostre Seigneur Dieu -fut couronné, et le fer de la lance, et ung des cloux dont il fut percé, -et autres dignes reliques largement qui n'avoient esté monstrées au -peuple puis la prinse de Pontoise, qui fut l'an mil IIIIc[1310]. - - [1308] Jean de Brézé, capitaine de Louviers, assisté d'un - marchand de cette ville, nommé Guillaume Houel, se rendit maître - par surprise de la ville et du château de Pont-de-l'Arche, le - matin du 15 mai 1449 (Mathieu d'Escouchy, t. I, p. 164). - - [1309] Jean Juvénal des Ursins, archevêque de Reims, vint la - veille de ce jour trouver le chapitre de Notre-Dame et lui - demanda, au nom des chanoines de la Sainte-Chapelle, de vouloir - bien rehausser l'éclat de la cérémonie en assistant au service - solennel qui serait célébré à la Sainte-Chapelle, ainsi qu'à - l'exposition des saintes reliques; séance tenante, le chapitre - prit une décision conforme au vœu qui lui était exprimé (Arch. - nat., LL 219, fol. 684). - - [1310] Les mss. portent: mil IIIIc I. - -898. Item, le XXXe jour de may, fist ung terrible tonnoirre, environ IIII -heures après digner, qui descouvry tout le clochier des Augustins d'un -costé et d'autre, et rompy gros chevrons, et rompyt le bras à ung -cruxefis sur l'autel, et abaty de la couverture du moustier grant partie. - -899. Item, en cellui temps, on avoit bon blé froment pour VIII solz et -pour mains, et bon blé seigle pour XV ou XVI blans, mais on gaignoyt pou. - -900. Item, en celuy an, environ la Sainct Jehan, fut prins le -Pont-de-l'Arche, et environ la my-aoust fut prins Mante[1311], -Vernon[1312] et plusieurs villes et chasteaulx que les Angloys tenoient -en Normendie. - - [1311] L'appointement et accord pour la reddition de Mantes est - du 28 août 1449; le texte de ce traité conclu à Saint-Lazare, - près Mantes, et portant entre autres signatures celles de Pierre - de Brézé et de Guillaume Cousinot, est inséré dans la chronique - de Jean Chartier (t. II, p. 97). Le capitaine de Mantes, Thomas - de Sainte-Barbe, lieutenant de Thomas de Hos, était alors absent - de la ville. - - [1312] Vernon, qui avait pour capitaine Jean d'Ormond, écuyer, - fils du comte d'Ormond, ouvrit ses portes à Dunois vers la même - époque, le 27 août suivant les uns, le 5 septembre suivant les - autres (Voir dans Jean Chartier, t. II, p. 203, le récit des - pourparlers qui précédèrent la remise de cette place entre les - mains du lieutenant de Charles VII). - -901. En cel an fut le grant pardon general en la cité d'Evreux, et y vint -le roy de France, sans venir ne luy ne la royne en la bonne cité de -Paris. - -902. Item, en cel an, fut faicte une procession bien piteuse[1313], le -XIIIe jour d'octobre, des enffans, de IIII ordres mendians et de toutes -les escolles de Paris, de valetons et de pucelles, et furent nombrez à -XII mil Vc enfens et plus, et tous vindrent aux Innocens en la grant rue -Sainct-Denis. Et là fut chanté une messe, et là fut moult bien -honorablement prins l'un des Sains Innocens et porté par deux devotes -personnes à Nostre-Dame de Paris, et les enfans pres, tous portans cierge -ou chandelle de cire en sa main; et fut faicte une moult belle -predicacion par ung maistre en theologie, et au revenir pres de leurs -eglises commençoient _Inviolata_ jusques dedens l'eglise, et disoient une -anthaine du sainct ou saincte de l'eglise et une oroison. - - [1313] La procession enfantine du lundi 13 octobre, organisée par - les soins de l'évêque de Paris et du chapitre, partit des - Innocents pour se rendre à Notre-Dame, où Jean de l'Olive, alors - sous-chantre, célébra une messe solennelle devant l'image de - Notre-Dame, au son des orgues et des grosses cloches, Jacqueline - et Marie. Au sortir de la cathédrale, le cortège dirigea ses pas - du côté de Sainte-Geneviève. Dans la relation de cette imposante - cérémonie (Arch. nat., LL 219, fol. 668), le nombre des milliers - d'enfants qui y participèrent est resté en blanc. - -903. Item, le dimenche XIXe jour d'octobre mil IIIIc XLIX, entra le roy -en la ville de Rouen[1314] par la voulenté du commun et malgré les -Anglois, et le lundy ensuivant on sonna par tous les moustiers de Paris. -Et l'endemain fist on des feus pour la joye de l'antrée de ladicte ville -qui fut faicte sans sanc espandre; et se bouterent les Anglois dedens le -pallays qu'ilz avoient fait faire, que mestier leur fut, car le commun de -la ville moult pou les avoit cher, pour ce que [trop] de mal leur avoient -fait ou temps qu'ilz seigneurisoient. - - [1314] Charles VII prit possession de Sainte-Catherine de Rouen - et d'une portion de la ville le 19 octobre 1449. Trois jours - après, il fit mettre le siège devant le pont et le château de - Rouen, que les Anglais évacuèrent en vertu d'un appointement - ratifié le 29 octobre par le duc de Sommerset (Arch. nat., Y 4, - fol. 108 vº). L'occupation complète de la ville par les troupes - françaises ne s'effectua que le 26 octobre; quant à l'entrée de - Charles VII, elle n'eut lieu que le 10 novembre suivant. - -904. Item, le jour Sainct Simon et Sainct Jude, fut [faicte] la plus -belle procession à Sainct-Martin des Champs, que on eust veue puis cent -ans devant, car ceulx de Nostre-Dame acompaignez de toute l'Université et -de toutes les parroisses de Paris allerent querre le precieulx corps -Nostre Seigneur à Sainct-Jehan-en-Greve, acompaignez de bien L mil -personnes, tant de Parlement que d'autres, et parmy les rues où ilz -passerent, les firent encourtinez comme le jour du Sainct Sacrement. Et -fut fait en la grant rue Sainct-Martin, devant la Fontaine Maubué[1315] -ou pres, ung moult bel eschaffaut où on fist une tres belle histoire de -paix et de guerre qui longue chose seroit à racompter, que pour ce on -delaissa[1316]. - - [1315] La maison de la fontaine Maubuée, donnant sur la rue - Saint-Martin et formant le coin de la dite fontaine, appartenait - en 1428 à Jeanne de Ruilly, veuve de Jean de la Marche, maître - des requêtes de l'hôtel, qui la bailla à cens le 7 septembre de - cette année à Jean Vyaut, maçon, bourgeois de Paris (Arch. nat., - KK 4953, fol. 88 rº). - - [1316] A la fin de l'exemplaire de notre Journal, conservé au - Vatican, se trouve la mention suivante, déjà reproduite par M. - Paul Lacroix dans la notice qu'il a consacrée à ce manuscrit: - - _Amen, - Prince puissant, si belliqueux. - (Signé:) Maciot._ - - - - - INDEX ALPHABÉTIQUE. - - - A. - - Accaparement de grains et denrées, 342, 347; - -- du sel, 350. - - Agnès Sorel, dame de Beauté, 387, 388. - - Ail, son prix, 121, 125, 130. - - Airain, métal; prix de la livre, 121. - - Aistre (Eustache de l'), chancelier de France, 42. - - Albret (Charles d'), connétable de France, 16, 64. - - Alençon (comté d'), 18; - -- (duché d'), 58. - -- (Catherine d'), duchesse en Bavière, 28, 30. - -- (Jean Ier, comte, puis duc d'), 6, 16, 18, 47, 58, 64. - -- (Jean II, duc d'), 198, 243, 245. - - Allée (Pierre d'), religieux carme, 252. - - Allemagne, 219, 300, 375. - - Alliances entre les ducs de Bedford et de Bourgogne, 185. - - Alpes (les), 236. - - Amandes, prix de la livre, 136; - leur abondance, 218; - durent jusqu'après la Toussaint, 221; - leur rareté, 283; - leur absence, 307, 338. - - Amandiers rongés par les hannetons, 224, 225; - dévastés par le vent, 283; - sans fleurs, 304. - - Amiens (Somme), 125, 185. - - Amy (Guillaume l'), clerc des comptes, 210. - - Angers (Maine-et-Loire), 151. - - Anges chantans à la porte St-Denis lors de l'entrée de Charles VII, - 336. - - Anglais, 14, 15, 59-392 _passim_. - - Angleterre, 14, 65, 69, 97, 110, 114, 129, 134, 140, 148, 169, 185, - 195, 196, 212, 213, 214, 276, 307, 318, 340, 356, 357, 370, 372, 380. - - Anjou, 276, 337. - -- (Charles d'), 376. - -- (Louis II, roi de Sicile, duc d'), 48, 50. - -- (Louis d'), comte de Guise, 48. - -- (René, duc d'), 351. - - Antechrist (l'), 235, 375, 381, 382. - - Antioche (Denis du Moulin, patriarche d'), 357, 366, 385. - - Apocalypse (l'), 235, 382. - - Apollon, 188. - - Approvisionnement de Paris, 8, 125, 138, 143, 149, 168, 192, 248, 249, - 260, 261, 280, 283, 295, 297, 306, 311, 318, 329, 332, 341, 342, 384, - 385. - - Aragon, 249. - - Arbres fruitiers coupés par les gens de guerre, 362. - - Archer (Jean l'), lieutenant criminel de la prévôté de Paris, 315, 316, - 319. - -- (Jean l'), recteur de l'Université de Paris, 132. - - Archers et arbalétriers de Paris, 72, 231, 232. - - Argent, valeur du marc, 121, 122, 131. - - Armagnac (pays d'), 337. - -- (Bernard VII, comte d'), connétable de France, 7, 10, 16, 47, 48, - 58, 68, 69, 85, 86, 87, 92, 97, 98, 134, 323, 336, 337, 346. - -- (Bernard d'), comte de Pardiac et de la Marche, 337, 346. - - Armagnacs (les), 10, 11, 12, 14, 15, 16, 24, 25, 26, 92-310 _passim_. - - Arménie (fils du roi d'), 65. - - Armes enlevées aux bouchers de Paris, 72; - -- portées à la Bastille, 73. - - Arras (Pas-de-Calais), 55, 56, 305, 307, 310. - - Artillerie parisienne, 239, 243. - -- de Corbeil, 352. - - Arundel (Jean Fitz-Allan, comte d'), 299, 305. - - Atours des femmes brûlés publiquement, 235. - - Aubervilliers (Seine), 238, 307. - - Aumale (Jean de Harcourt, comte d'), 198. - - Auxerre (Yonne), 19, 25, 241, 289, 290. - -- (Guillaume d'), drapier et échevin de Paris, 63, 100, 101. - - Avoines, leur prix, 359; - arrachées à la main, 175; - laissées sur pied dans les champs, 111; - rentrées dans Paris, 81; - gâtées par les inondations, 217. - - Avranches (Manche), 191, 350. - - Azincourt (Pas-de-Calais), 64, 69, 121, 134. - - - B. - - Babylone, 150, 178, 235, 382, 388. - - Bagneux (Seine), 80. - - Bagnolet (Seine), 223. - - Baignades interdites à Paris, 73. - - Baillé (Pierre), receveur de Paris, 224, 229. - - Baillet (Oudard), conseiller au Parlement de Paris, 93. - - Bâle (Suisse), 281, 294, 300, 302, 385. - - Bande blanche avec croisettes rouges, insigne des chefs du parti - anglais, 313. - - Bannière de France arborée par les changeurs, 173; - placée en 1436 sur la porte Saint-Jacques, 315. - - Bannissement de femmes parisiennes à Orléans, 58. - -- des Bourguignons en 1417, 78. - -- des conjurés de 1433, 296. - -- de partisans des Anglais en 1436, 328. - - Bar (Édouard III, duc de), 28, 36, 39, 42, 64. - -- (Guy de), prévôt de Paris, 88, 91, 97, 99; 102, 114, 117, 121. - -- (Louis, cardinal de), 9. - - Barbazan (Arnaud-Guilhem, seigneur de), 67. - - Bataille de Baugé, 151; - -- du Berger, 272; - -- de Cravant, 187; - -- de la Gravelle, 191; - -- des Harengs, 231-233; - -- de Patay, 238; - -- de Verneuil, 195. - - Baume (Jean de la), prévôt de Paris, 152. - - Bavière (dame de), 309. - -- (Isabeau de). Voy. _Isabeau_. - -- (Louis le Barbu, duc en), 27, 28, 29, 30, 36, 39, 42, 48, 144. - - Beauce, 26, 228, 231, 286. - - Beaugency (Loiret), 157. - - Beaumont-sur-Oise (Seine-et-Oise), 79, 137, 181, 298, 299. - - Beauté-sur-Marne (Seine), 311, 351, 352, 387. - - Beauvais (Oise), 243, 272. - -- (Guillaume IV de Hollande, évêque de), 372. - -- (Pierre Cauchon, évêque de), 179, 210, 312. - - Beauvoir (Seine-et-Marne), 331. - - Bedford (Jean, duc de), régent de France, 178-307 _passim_, 320. - - Belloy (Jean de), échevin de Paris, 321. - -- (Robert de), échevin de Paris, 71. - - Berger (Guillaume de Mende, dit le Petit), visionnaire, 272, 274. - - Bernard (frère) ou saint Bernardin de Sienne, cordelier, 235, 236. - - Berry, 276, 342, 344, 352, 364. - -- (Charles, duc de), 384. - -- (Jean, duc de), 1, 6, 7, 8, 9, 16, 19, 31, 34, 35, 38, 43, 47, 56, - 57, 58, 67. - - Bertrand (Jean), capitaine de Saint-Denis, 104. - - Bétail enlevé par les gens de guerre, 83, 297, 350; - rançonné par les gens du dauphin, 369, 374. - - Béthencourt (Morelet de), chevalier du guet, 8. - - Bethsaida, 235. - - Beurre, son prix, 87, 106, 130, 157, 388; - -- frais, son prix, 124; - -- salé, son prix, 80, 83, 86, 113, 117, 120, 124, 131, 153, 255, - 337, 342; - -- consommé pendant le carême de 1430, 250. - - Bière, boisson du pauvre en 1447, 385. - - Blanc-Mesnil (Seine-et-Oise), pèlerinage à la chapelle, 24. - - Blancs, leur cours, 131, 154, 181, 201, 202, 324, 325; - -- aux armes de France et d'Angleterre, 202; - -- aux armes de Bretagne, 202. - -- de Bourgogne, dits _lubres_, 125. - - Blé (prix du), 11, 120, 130, 136, 148, 234, 262, 286, 288, 310, 311, - 318, 339, 342, 345, 353, 359; - -- froment (prix du), 122, 145, 227, 291, 300, 301, 330, 333, 358; - -- méteil (prix du), 122, 295, 337, 345; - -- son abondance, 11, 154, 175, 218, 227, 295, 300, 301, 307, 318, - 353, 358, 359; - sa cherté, 120, 122, 136, 145, 148, 262, 288, 291, 310, 311, 329, - 333, 337, 339, 342, 345, 347; - soumis à la taxe, 122; - crié dans les rues comme le charbon, 295; - perdu lors de la prise de Pontoise, 329; - amené à Paris de Picardie, 192; - de Normandie, 295. - - Blés nouveaux brûlés près de Paris, 102, 259; - à Rochefort-en-Yveline, 205; - autour de Pontoise, 312; - -- ravagés par les gens de guerre, 341, 346; - -- coupés verts, 242, 306; - -- laissés sur pied dans les champs, 111; - -- gâtés en 1427 par les inondations, 217; - -- mûrs en 1420 à la fin de mai, 138. - - Blount (Thomas), chevalier anglais, 340. - - Boce ou petite vérole, maladie épidémique, 111, 295, 342. - - Bochet, boisson du pauvre en 1447, 385. - - Bohémiens, leur venue à Paris, 219-221. - - Bois (Mansart du), chevalier, 18. - -- (Simonnet du), capitaine de la porte du Temple, 80. - - Bois de chauffage, son prix, 60, 83, 86, 106, 113, 117, 130, 131, 248, - 250, 261, 330, 367; - -- sa rareté, 143, 146, 255, 261, 274, 279. - - Bois de Vincennes, coupé en 1419, 131. - - Boissay (Robert de), chambellan du roi, 36, 39. - - Boisseau de Bourgogne, mesure, 365. - - Bonne aventure dite par les Bohémiens, 220. - - Bonneval (Eure-et-Loir), 157. - - Bonpuits (Etienne de), pelletier et échevin de Paris, 63, 79. - - Boqueaux (Raoul de), chevalier, 177. - - Bosredon (Louis de), 18, 47, 78. - - Bouchers de Paris, 37, 43, 72, 74, 75, 81, 82, 118, 129, 153, 276. - -- de la Grande Boucherie de Paris, 73, 118, 129; - -- de Beauvais, 138. - - Boucicaut (Jean le Meingre, dit), maréchal de France, 65. - - Boudaut (Pierre), sergent à cheval au Châtelet de Paris, 99. - - Boulangers de Paris obligés de cuire pain «blanc, bourgeois et festiz», - 122; - ne suffisent à la consommation, 123, 146; - -- ne doivent faire gâteaux ni échaudés, 330. - - Boulogne (Seine), 22, 234, 235; - -- église de Notre Dame, 23. - - Boulogne-sur-Mer (Pas-de-Calais), 157, 254. - - Bourbon (Charles de), comte de Clermont, 231, 351, 352, 353. - -- (Hector, bâtard de), 51. - -- (Jean, duc de), 1, 6, 16, 27, 65. - - Bourbonnais, 352. - - Bourges (Cher), 19, 24, 328, 378. - - Bourget (le) (Seine), 259. - - Bourgogne, 236, 262, 273, 276, 350, 385; - -- (boisseau de), 365; - -- (monnaies de), 75, 125, 206, 370, 371; - -- (vins de), 304, 385. - -- (Anne de), duchesse de Bedford, 185, 214, 225, 227, 230, 241, 247, - 289, 291, 304. - -- (Antoine de), duc de Brabant, 34, 58, 60, 64. - -- (Catherine de), fille de Jean Sans-Peur, 48. - -- (Isabelle de Portugal, duchesse de), 249, 262, 304, 305. - -- (Jean Sans-Peur, duc de), 1-133 _passim_, 165, 198, 241, 365. - -- (Marguerite de), comtesse de Richemont, 327, 328. - -- (Philippe de), comte de Nevers, 64. - -- (Philippe le Bon, duc de), 137, 144, 157, 163, 165, 175, 176, 189, - 202, 203, 207, 208, 214, 215, 225, 233, 234, 240, 241, 247, 248, - 249, 253, 254, 255, 260, 262, 274, 284, 289, 295, 300, 303, 304, - 305, 384, 386. - - Bourguignons, 79, 80, 82, 83, 87, 88-90, 100, 101, 103, 120, 123, 134, - 136, 141, 189, 237, 258. - - Bournonville (Enguerrand de), écuyer, 13, 16, 51, 52. - - Bourreau de Paris, 18, 33, 34, 110, 224, 229. - - Bourreaux, garniture de chaperon, 235. - - Bourrées, leur prix, 60, 117. - - Brabant (souliers de), 101. - - Braquemont (Guillaume et Robert de), capitaines du Pont-de-l'Arche, - 105. - - Brasseurs de cervoise, 228, 303. - - Breban (Philippot de), changeur et prévôt des marchands, 62, 79. - -- (Pierre de), dit Clignet, amiral de France, 68. - - Bretagne, 207, 208, 259, 373; - -- (blancs aux armes de), 202; - -- (monnaies de), 75, 371. - -- (Jean VI, duc de), 48, 113. - - Bretons, 7, 207. - - Brie, 164, 205, 286, 332. - -- (Tolin de), écuyer, 32. - - Brie-comte-Robert (Seine-et-Marne), 260. - - Brigands de bois, paysans révoltés, 12, 162, 248; - -- gentilshommes devenus brigands autour de Paris, 206. - - Bruges (Belgique), 54. - - Bucan (Jean Stuart, comte de), 184, 198. - - Bûche de Bondy, 83, 106; - -- de Grève, 106; - -- de Marne, 117, 143; - -- de molle, 83, 106, 113, 117, 131, 261. - - - C. - - Caboche (Simonnet le Coutellier, dit), écorcheur de la Grande - Boucherie, 38, 40. - - Cabochienne (révolution), 38, 39, 40. - - Caen (Calvados), 84; - -- (bailli de), 66. - - Calchas, 188. - - Candia (Pierre de), pape sous le nom d'Alexandre V, 5. - - Canons mis sur les remparts de Paris, 239, 243, 245; - -- employés par la garnison de Corbeil, 352; - -- petits canons longs dits «couleuvres», 307. - - Capeluche, bourreau, 18, 110. - - Capitaines de la Bastille, 254; - -- du Bois de Vincennes, 257; - -- de la ville de Paris, 1, 14, 33, 42, 43, 103, 128, 148, 151, 241, - 246, 254. - - Carbonnet, prieur de Nanterre, 344. - - Carrières de Notre-Dame-des-Champs, 26; - -- servent d'embuscade pour les Armagnacs, 296; - -- les caves y attenantes doivent servir à l'introduction des Anglais - dans Paris, 332. - - Catherine de France, reine d'Angleterre, 139, 140, 144, 145, 148, 163, - 174. - -- de la Rochelle, aventurière, 271. - - Ceintures d'argent interdites aux ribaudes, 382. - - Célestins de Marcoussis, 27. - - Cerfeuil, son prix, 345. - - Cerises, leur abondance et leur prix, 209, 326; - -- mûres en mai 1420, 138; - -- retardées en 1428, 227; - -- abattues par le vent en 1438, 339; - -- enlevées avant leur maturité par les gens de guerre, 346. - - Cerisiers gelés en 1434, 303. - - Cervoise fabriquée en 1428, 228; - -- soumise aux mêmes droits que le vin, 230, 303; - -- boisson du pauvre en 1447, 385. - - Chaînes de fer de la ville de Paris, 3, 72, 101, 317. - - Chaldée (royaume de), 319, 382, 388. - - Chaleurs excessives à Paris, 25, 43, 111, 175, 285, 286, 298, 367. - - Châlon (Jean de), 13. - - Châlons (Marne), 378. - - Chambre des comptes, sa rentrée à Paris en 1436, 328. - - Champagne, 212, 379. - - Champ-clos (combat en), 56, 59, 60. - - Champigny (Seine), 137. - - Champluisant (Simon de), prévôt de Paris, 165, 181. - - Champs (Imbert des), mercier et échevin de Paris, 239. - - Chandelles, leur prix, 120, 142, 153, 157, 345. - - Change des monnaies, 160, 173, 211, 212, 371. - - Changeurs de Paris, 276; - -- soumis à un tarif, 160; - -- arborent la bannière de France, 173; - -- refusent les doubles français, 211; - -- obligés de tenir boutique ouverte pendant le pardon de St-Denis, - 371. - - Chanson populaire sur le duc de Bourgogne, 46; - -- satyrique répétée par les enfants, 49, 50. - - Chapeau de roses vermeilles porté par les membres de la confrérie de - Saint-André, 95. - - Chaperons blancs, 31; - -- de drap pers, 12. - - Charbon, son prix, 60, 106, 113, 131; - -- sa pénurie, 146, 250. - - Charenton (Seine), 32, 38, 42, 128, 139, 326, 359. - - Charité (la) (Nièvre), 176. - - Charles VI, roi de France, 4-144 _passim_, 174, 177, 179, 202, 365. - - Charles VII, roi de France, 121, 126, 135, 173, 183, 221, 241, 267, - 274, 281, 294, 314-392 _passim_. - - Charles de France, duc de Berry, fils de Charles VII, 384. - - Charolais (Philippe de Bourgogne, comte de), 64. - - Chartier (Guillaume), évêque de Paris, 386, 388, 389. - - Chartres (Eure-et-Loir), 4, 82, 138, 194, 199, 282, 283, 284, 294. - -- (évêque de): Jean de Fétigny, 283. - -- (Hector de), maître de l'hôtel de Charles VI, 109. - - Chasse d'un cerf représentée aux Innocents en 1431, 276. - - Chasse (la) (Seine-et-Oise), 253. - - Châsses de saint Sébastien et de saint Quentin apportées à Paris, 377. - - Châteaudun (Eure-et-Loir), 228. - - Châtel (Tanneguy du), prévôt de Paris, 41, 57, 59, 78, 84, 89, 184, - 340. - - Châtelier (Jacques du), évêque de Paris, 215, 220, 238, 275, 293,312, - 325, 336, 343. - - Châtillon-sous-Bagneux (Seine), 80. - - Chaudronniers de Paris, 3, 81. - - Chaumont (Denisot de), écorcheur de la Grande Boucherie, 38. - - Chausses, leur prix, 141. - - Chelles (Seine-et-Marne), 253, 258. - - Chenilles, 153, 299, 339, 380. - - Cherbourg (Manche). Pierre des Essarts, capitaine de cette ville, 33. - - Cherté excessive à Paris, 7, 83, 87, 106, 113, 117, 119, 120, 121, 124, - 125, 128, 130, 131, 135, 136, 138, 139, 141, 145, 146, 149, 150, - 151, 153, 154, 168, 234, 264, 279, 291, 294, 311, 313, 335, 337, - 338, 339, 341, 343; - -- à Rouen, 345. - - Chevaliers du guet à Paris, 67, 105, 106. - - Chevaux mangés au siège de Melun, 143. - - Chevreuse (Seine-et-Oise), 84, 264, 337, 338, 342. - - Chiens mangés par les pauvres, 153; - -- par les loups dans Paris, 343; - -- dévorant les enfants morts dans les rues de Rouen, 345. - - Choisy-au-Bac (Oise), 50. - - Choux, leur abondance, 120, 192, 338; - leur rareté, 283; - -- leur prix, 158; - -- seule nourriture du pauvre, 145, 339. - - Cidre, boisson du pauvre en 1447, 385. - - Cirasse (Guillaume), charpentier et échevin de Paris, 41, 61, 79, 99. - - Clamart (Seine), 80, 216. - - Clamecy (Gilles de), prévôt de Paris, 121, 128, 147, 284. - - Clarence (Thomas de Lancastre, duc de), capitaine de Paris, 148, 151. - - Claude des Armoises, fausse pucelle, 354, 355. - - Clerc (Jean le), avocat au Parlement de Paris, 331. - - Clermont (Martin Gouge, évêque de), 89, 94. - - Cloche de Notre-Dame refondue en 1430, 256. - - Clovis, 135. - - Communes normandes, leur déroute en 1434, 300, 302. - - Compiègne (Oise), 50, 51, 76, 107, 175, 192, 242, 255, 256, 262, 266. - - Concile de Bâle, 281, 294, 300, 302, 385. - - Conférences d'Amiens, 185; - -- d'Arras, 305, 307, 310; - -- d'Auxerre, 289, 290; - -- de Corbeil, 293, 294. - - Conflans (Seine-et-Oise), 362. - - Confrérie aux bourgeois (Grande), 290. - -- de Saint-André en la paroisse Saint-Eustache, 95; - -- de Saint-Crépin et de Saint-Crépinien à Notre-Dame, 116; - -- de Saint-Laurent en l'église des Blancs-Manteaux, 55; - -- de Saint-Sébastien, 377. - - Confréries parisiennes, 133, 362; - -- leur trésor, 333, 362. - -- de l'église des Innocents, 325. - - Conspiration de 1416, 70; - -- de 1422, 175; - -- de 1430, 251; - -- de 1432, 288; - -- de 1433, 296, 297; - -- de 1437, 330-331. - - Coq (Hugues le), prévôt des marchands, 147. - - Corbeaux (bataille de), 366. - - Corbeil (Seine-et-Oise), 82, 113, 125, 126, 137, 144, 256, 259, 280, - 293, 294, 311, 351, 352; - -- église Saint-Spire, 365, 366. - - Corbie (Arnaud de), chancelier de France, 43. - - Cordonniers de Paris, 116. - - Coronaym, 235. - - Cotrets, leur prix, 60, 83, 85, 248, 250, 261, 280, 367; - -- de Bondy, 261; - -- de Boulogne, 261. - - Couleuvrines employées à Saint-Denis, 307. - - Courtaud, loup fameux tué à Paris, 348, 349. - - Courtecuisse (Jean), évêque de Paris, 147, 164. - - Coutances (Manche) (Jean de Marle, évêque de), 98. - - Craon (Antoine de), 18. - - Crécy-en-Brie (Seine-et-Marne), 107. - - Creil (Oise), 299, 323, 359, 360. - - Crépy-en-Valois (Oise), 294. - - Creté (Jean), moine cordelier, 379, 380. - - Croissy-Beaubourg (Seine-et-Marne), 137. - - Croix de saint André ou blanche, insigne du parti bourguignon, 12, 90, - 243, 315; - -- rouge, insigne du parti anglais, 296, 313. - - Crotoy (le) (Somme), 193. - - Crould (le), rivière, 307, 308. - - Croûtes (Jean des), mesnager de Paris, 316. - - Cruauté des gens de guerre, 11, 82, 83, 86, 87, 107, 112, 123, 124, - 127, 129, 136, 137, 139, 170, 171, 172, 225, 288, 291, 297, 298, - 306, 325, 351, 352, 356, 357. - - - D. - - Dacien, 129. - - Damiette (Seine-et-Oise), 264. - - Dammartin (Seine-et-Oise), 242, 346. - - -- (Charles de la Rivière, comte de), 65. - - Dampierre (Jean de), mercier et échevin de Paris, 240. - - Dando (la), maladie épidémique, 222, 223. - - Daniel, 382. - - Danse Macabre peinte au charnier des Innocents, 203, 234. - - Débâcle de la Seine en 1432, 280. - - Décollation de saint Denis figurée à la porte Saint-Denis, 276. - - Dégel de 1432, 280. - - Deniers parisis, leur cours, 142, 154; - -- noirs, leur cours, 187. - - Denrées, leur abondance, 55, 62, 125, 318, 353, 358; - -- leur cherté, 67, 80, 83, 87, 106, 113, 117, 120, 121, 123, 124, - 125, 128, 130, 131, 135, 136, 142, 143, 153, 168, 250, 264, 341, - 342; - -- peines infligées à ceux qui les surfaisaient, 159. - - Dépopulation de Paris, 162, 192, 250, 263, 264, 339. - - Désastres causés par le débordement de la Seine en 1427, 217. - - Dieppe (Seine-Inférieure), 84, 310, 368. - - Dîner d'apparat donné en 1428 au Palais, 227; - -- en 1431 à la Table de marbre, 277. - - Dioclétien, 107, 129. - - Discret (Jean), habitant d'Aubervilliers, 239. - - Dole (Jean), gouverneur des finances, 161. - - Doubles, leur cours, 180, 189, 201, 210, 228, 390; - -- au coin de France dépréciés, 210, 211; - -- aux armes d'Angleterre, 211. - - Douglas (Archibald, comte de), 198. - - Dourdan (Seine-et-Oise), 270. - - Dourdrets, monnaie d'or, leur cours, 287. - - Drap, prix de l'aune à teindre en vert ancre, 136; - -- sa valeur, 139. - - Drapiers de Paris, 276. - - Dreux (Eure-et-Loir), 26, 157, 342. - - - E. - - Ecartèlement (supplice de l'), 17, 177. - - Echaudés, défenses aux boulangers d'en cuire, 330. - - Echevins de Paris, 29, 41, 61, 62, 64, 209, 227, 239, 246, 274, 276, - 277, 284, 300. - - Ecluse (l') (Flandre), 249. - - Ecoles de Paris, 21, 392. - - Ecorcheurs (les), routiers ainsi nommés, 346, 347, 350, 351, 375. - - Ecossais, 232, 296; - -- Jean Stuart, comte écossais, 184. - - Ecu noir à croix rouge, insigne des Armagnacs, 87, 97. - - Ecus d'or, leur cours, 131, 141, 153, 211, 218; - -- leur change, 160. - - Egypte, 275; - -- (Basse), 219. - - Embaumement du corps de W. Glasdale, 237; - -- de Marie de France, sœur de Charles VII, 341. - - Emotion populaire à Paris, 3, 6, 29, 30, 38-40, 90-91, 96, 106, 107, - 108, 110, 155, 239, 290. - - Empereur (Jacques l'), garde de l'épargne, 80. - - Enfant phénoménal d'Aubervilliers, 238. - - Enfants pauvres recueillis dans des hôpitaux créés _ad hoc_, 150; - -- morts dans les rues de Rouen, mangés par les porcs, 345; - -- morts de faim sur des fumiers, 146; - -- dans des huches, 356; - -- jetés au feu, 87, 129, 357; - -- volés et martyrisés par les mendiants, 389, 390; - -- se rendent en procession aux Innocents, 392. - - Enoch, 382. - - Entrée de Catherine de France, reine d'Angleterre, à Paris, 145, 174; - -- de Charles VI, 5, 27, 57, 144, 177; - -- de Charles VII, 330, 347, 361, 364; - -- de Charles d'Orléans, 308, 356, 364; - -- du connétable de Richemont, 327; - -- de Henri V, roi d'Angleterre, 144, 154; - -- de Henri VI, 274; - -- de Henri Beaufort, cardinal de Winchester, 247; - -- d'Isabeau de Bavière, 5, 104, 145, 177; - -- de Jean de Bavière, évêque de Liège, 2; - -- de Jean, duc de Bedford, 200, 246, 301; - -- de Jean Sans-Peur, duc de Bourgogne, 4, 14, 27, 104; - -- de Philippe le Bon, duc de Bourgogne, 144, 163, 225, 233, 240, - 247, 304; - -- de Sigismond, empereur d'Allemagne, 69; - -- du sire de Roos, 256. - -- des Bourguignons à Paris, 88-90; - -- des Français en 1436, 314-317. - - Epernon (Eure-et-Loir), 157. - -- (André d'), prévôt des marchands, 28, 42, 45, 61. - - Epices, prix de la livre, 136. - - Epiciers de Paris, 276. - - Epidémies parisiennes, 49, 50, 111, 115, 116, 154, 175, 222, 223, 288, - 295, 341, 342, 379; - -- au siège d'Arras, 56. - - Epinay-sur-Seine (Seine), 314. - - Esclat (Pierre de l'), maître des requêtes de l'hôtel, 94, 98. - - Espagne, 382. - - Espagnols, 59. - - Espions des Armagnacs à Paris, 259; - -- des Anglais à Paris, 331. - - Essarts (Antoine des), garde de l'épargne, 36, 39. - -- (Pierre des), prévôt de Paris, 6, 8, 9, 11, 12, 16, 27, 28, 29, 30, - 32, 33, 34, 35, 44. - - Estouteville (Jean d'), prévôt de Paris, 383. - - Etain, métal, prix d'une livre, 121. - - Etampes (Seine-et-Oise), 17, 47, 78, 203, 230. - -- (Louis Paviot, capitaine d'), 168. - - Etendard figurant un dragon vomissant des flammes, 110; - -- du bâtard de Vauru, 170; - -- de la Pucelle, 237, 245. - - Eu (Charles d'Artois, comte d'), 65, 67. - - Eugène IV, pape, 355, 371, 376, 384, 385. - - Evreux (Eure), 362, 391. - - Excommunication lancée contre les Armagnacs, 16; - -- contre les Bohémiens, 221. - - Exécutions capitales à Paris, 6, 17, 18, 32, 53, 71, 99, 100, 101, 110, - 170, 173, 174, 177, 205, 252, 296, 297, 330, 331, 332, 386. - - - F. - - Fagots de bois vert, leur prix, 279. - - Falaise (Calvados), 84. - - Falstaff (le sire de), 307. - - Famine au siège d'Arras, 55; - -- à Melun, 143; - -- à Paris, 10, 129, 145, 146, 150, 151, 153, 154, 262, 263, 264, - 338, 339. - - Farine, son prix, 7, 143, 145; - -- rendue par les meuniers d'après le poids du blé, 136; - -- conduite au siège d'Orléans, 230, 234. - - Favières (Etienne de), chevalier, 205. - - Félix V, antipape, 371, 385, 390. - - Fernand de Cordoue, clerc espagnol, 381. - - Fête donnée en 1424 en l'hôtel de Bourbon, 202; - -- de Saint-Eustache, 126; - -- de Sainte-Geneviève et de Sainte-Catherine, 389. - - Fêtes populaires à Paris, 5, 27, 57, 104, 126, 144, 145, 169, 174, 177, - 187, 199, 200, 201, 227, 275, 335, 336, 360, 390. - - Feux allumés dans les rues, 8, 90, 95, 106, 107, 234. - -- de joie à Paris, 26, 54, 57, 60, 163, 169, 177, 187, 199, 201, 253, - 255, 336, 353, 360, 390, 392. - -- de la Saint-Jean, 208, 253, 340. - - Fèves, leur prix, 130, 145, 157, 192, 207, 228, 281, 291, 298, 329, - 337, 339, 342, 347, 353, 358, 365, 367, 371; - -- leur cherté, 120, 121, 130, 136, 149, 263; - -- noires, consommées par les porcs, leur prix, 340; - -- nouvelles, vilipendées par les gens de guerre, 346; - -- détestables en 1443, 367. - - Figues, leur prix, 123, 136, 365; - -- leur rareté, 330. - - Figuiers gelés en 1423 et 1435, 185, 303. - - Flamands, 207. - - Flandre, 7, 14, 18, 21, 44, 224, 234, 327, 332, 365; - -- (hareng saur de), 87; - -- (monnaies de), 370, 371. - - Floquart (Robert de Floques ou), chef de routiers, 375. - - Florins, monnaie, 212. - - Foire du Landit, 101, 127, 209, 373; - -- Saint-Laurent, 243, 326, 374. - - Fontaine aux Fées (la) de Jeanne d'Arc, 267. - - Fontenay-aux-Roses (Seine), 80. - - Fortifications de Paris, 239, 243. - - Foucaut (Jean), capitaine de Lagny, 258, 351, 352, 353. - - Foudre (accidents causés par la), 5, 6, 225, 284, 371, 377, 391. - - Fraillon (Nicolas), évêque de Paris, 213, 215. - - Franc (le) de Bruges, 54. - - Français, 64, 83, 299, 310, 314, 316, 323, 327, 333, 335, 340, 347, - 355, 362, 363, 384. - - France, _passim_. - - Froids rigoureux à Paris, 10, 132, 146, 150, 153, 182, 213, 214, 225, - 279, 280, 282, 283, 291, 293, 298, 302, 303, 340, 352, 367. - - Fromages, leur prix, 67, 86, 87, 113, 117, 120, 124, 125, 130, 131, - 150, 157, 248, 283, 388, 390. - -- de presse, 121, 125, 142; - -- de Brie, 136; - -- de la Frisselle, 117. - - Fruits, leur abondance, 175, 192, 218, 367; - -- leur cherté, 157;--leur rareté, 338, 353; - -- gâtés par les hannetons, 203; - par les chenilles, 339, 380; - -- abattus par le vent, 283, 339. - - Funérailles d'Anne de Bourgogne, duchesse de Bedford, 290; - -- de Charles VI, roi de France, 178-180; - -- de Henri V, roi d'Angleterre, 176; - -- d'Isabeau de Bavière, 309; - -- de Marguerite de Bourgogne, comtesse de Richemont, 365. - - Futaine, prix de l'aune, 139. - - - G. - - Gaillon (Seine-et-Oise), 193. - - Gallardon (Eure-et-Loir), 138. - - Gallois d'Aulnay (Le), seigneur d'Orville,332. - - Gand (Belgique), 54. - - Ganelon, 184. - - Gascons, 55, 232. - - Gast (Louis), bailli de Meaux, 173. - - Gâtinais, 141, 286. - - Gaucourt (Raoul de), 19, 24. - - Gaude (Jean), maître de l'artillerie, 92. - - Gaule (sire de), 47. - - Gayant (Pierre le), clerc criminel dela prévôté de Paris, 94, 98. - - Gelées à Paris, 150, 159, 161, 182, 185, 192, 213, 214, 254, 279, 280, - 282, 291, 293, 298, 299, 302, 303, 329, 330, 367, 377, 380, 382. - - Gens de guerre, leur affluence à Paris, 1, 7, 46, 66, 67, 82, 163, 189, - 337, 354, 363; - -- leurs incursions et leurs excès, 7, 11, 34, 53, 66, 80, 82, 83, - 85, 86, 102, 105, 107, 111, 112, 116, 119, 123, 124, 127, 129, - 130, 136, 137, 143, 163, 164, 176, 182, 186, 189, 191, 194, 196, - 218, 225, 248-249, 251, 261, 291, 294, 297, 298, 299, 300, 306, - 307, 308, 312, 325, 327, 338, 344, 346, 347, 348, 351, 356, 362, - 374. - - Gentien (Pierre), prévôt des marchands de Paris, 45. - - Gerberoy (Oise), 305. - - Gibet de Paris, 6, 17, 34, 44, 101, 102, 205, 223, 224, 250, 264. - - Gilles l'Augustin, 265. - - Glaces à Paris, 161, 182, 213, 214, 302, 303; - -- de deux pieds d'épaisseur en 1432, 280. - - Glands vendus par sacs à la halle au blé, 349. - - Glasdale (William), capitaine anglais, 237. - - Glocester (Humphroi, duc de), 203, 207, 208, 214. - - Gog, 382. - - Gois (le), 37, 40; - -- Jean le Gois, boucher de la boucherie Sainte-Geneviève, 37. - - Gonesse (Seine-et-Oise), 23. - - Gournay-sur-Marne (Seine-et-Oise), 263. - - Grand (Jacques le), moine augustin, 16. - - Grandrue (Jean de), échevin de Paris, 321. - -- (Pierre de), épicier et échevin de Paris, 61. - - Grecs, 188. - - Grêle désastreuse à Paris, 282, 284, 293, 343. - - Grignols (François de), chevalier, 59. - - Gros, leur cours, 142, 153, 154, 155, 158, 173; - -- contrefaits, en circulation à Paris, 173. - - Guerre (Raymonnet de la), capitaine gascon, 67, 93, 98, 323. - - Guet à Paris, 6, 8, 90, 106, 107, 132, 146, 239. - - Guieffroy (maître), bourreau de Paris, 18. - - Guitry (Guillaume de Chaumont, seigneur de), 123, 141. - - Guyenne (Louis, duc de), 17, 19, 25, 29, 31, 38, 39, 40, 46, 50, 61, - 64, 66, 67, 364. - -- (Marguerite de Bourgogne, duchesse de), 327, 364, 365. - - - H. - - Hainaut (comté de), 202, 222, 224. - -- (Jacqueline de Bavière, comtesse de), 202. - - Hannetons, leur abondance et leurs dégâts, 169, 203, 224, 225, 299, - 352, 380, 390; - -- détruits par la gelée, 367. - - Hannons, poisson de carême, prix du sac, 123. - - Hareng, son prix, 80, 82, 87, 121, 123, 142, 298, 311; - -- fait défaut en 1436, 313; - -- caqué, 142; - -- poudré, 142, 167, 298, 311; - -- saur de Flandre, 87; - -- frais, 207, 248; - -- blanc, 298. - - Harfleur (Seine-Inférieure), 61, 62, 84, 310, 354, 355. - - Heilly (Jacques, seigneur d'), 65. - - Helye, 382. - - Henri V, roi d'Angleterre, 61, 87, 90, 137 à 183 _passim_. - - Henri VI, roi de France et d'Angleterre, 180, 254, 255, 274, 275, 276, - 277, 278, 279, 281, 312, 336. - - Hérétiques, procession à leur sujet, 209. - - Hérode, 275, 357. - - Heuse (le Borgne de la), prévôt de Paris, 40, 41, 43, 45. - - Hivers calamiteux à Paris, 150, 153, 158, 159, 182, 213, 214, 279, 280, - 282, 291, 298, 302, 303, 338, 339, 367. - - Hollande (Guillaume IV de Bavière, comte de), 114. - -- Marguerite de Bourgogne, (dame de), 54. - - Holopherne, 100, 194, 246. - - Hongrie (roi de), 69. - - Hôpitaux créés pour recevoir les enfants pauvres, 150. - - Horion (le), maladie épidémique, 49. - - Hugues (maître), 339. - - Huile d'olive, son prix, 121, 136, 153, 157, 298, 337, 358; - -- de noix, son prix, 122, 255, 342, 345; - -- de chenevis, son prix, 342; - -- fait défaut dans le carême de 1430, 250. - - Huques (casaques) de drap violet avec devise brodée, 44. - - - I. - - Ile-de-France, 344, 355, 369, 388. - - Indulgences pour la fête du Saint-Sacrement, 265. - - Inondations à Lagny, 286; - -- à Paris, 60, 61, 160, 161, 208, 215-217, 262, 280, 281, 291, 340, - 365. - - Interdit sur l'église des Innocents, 325; - -- sur le cimetière des Innocents, 357. - - Isabeau de Bavière, reine de France, 5, 78, 104, 105, 114, 124, 135, - 136, 144, 145, 174, 177, 193, 202, 276, 309. - - Isle-Adam (l') (Seine-et-Oise), 79, 223, 362. - -- (Jean de Villiers, seigneur de l'), 88, 97, 241, 242, 254, 283, 314, - 329. - - Issy (Seine), 80, 216. - - Ivry-la-Bataille (Eure), 191, 194, 196. - - - J. - - Jacobin (le petit), frère mineur, 221. - - Jacqueline, grosse cloche de Notre-Dame, 256. - - Jamelin (Jean), abbé de St-Magloire, 386. - - Janville (Eure-et-Loir), 228, 231. - - Jargeau (Loiret), 271. - - Jean *** (maître), armurier du roi, 174. - - Jeanne d'Arc, héroïne française, 236, 237, 244, 245, 246, 255, 259, - 266-271, 354, 374. - - Jeanne la Verrière, recluse des Innocents, 366. - - Jérémie, 150, 179, 181. - - Jérusalem, 150, 179, 235, 302, 327, 341, 382. - - Jeux au Marais, 126; - -- organisés pendant l'hiver de 1423, 182; - -- en août et septembre 1425, 204, 205; - -- de paume, 222; - -- de tables et de billes brûlés publiquement, 234; - -- remis en honneur, 243. - - Joutes à Paris, 58; - -- projetées pour le mariage d'Henri V, 140; - -- pour le mariage des seigneurs anglo-bourguignons, 201; - -- faites à l'occasion du sacre d'Henri VI, 279; - -- à Saint-Ouen, 56, 60. - - Jouvenel des Ursins (Guillaume), chancelier de France, 370. - -- (Jacques), archidiacre de Paris, archevêque de Reims, 379. - - Joyau d'argent, relique, 376. - - Judith, 246. - - Juifs, 235, 319, 382. - - - L. - - Laboureurs ruinés par les exactions, 359; - -- emmenés de force au siège de Creil, 359. - - Lagny (Seine-et-Marne), 68, 103, 128, 258, 260, 263, 284, 285, 286, - 287, 299. - - La Hire (Etienne de Vignolles, dit), capitaine français, 270, 297. - - Lait, son prix, 131. - - Lallier (Michel de), prévôt des marchands, 315, 321. - - Lamban (Jacques), garde de la prévôté de Paris, 114. - - Landes (Pierre de), changeur et échevin de Paris, 322. - - Landit (foire du), 101, 127, 209, 373, 385; - -- (bénédiction du), 216, 220, 373. - - Languedoc, 384. - - Lanternes allumées dans les rues, 3, 6, 42, 107. - - Laon (Aisne), 53. - - Lard, son prix, 150. - - Lauriers gelés, 303. - - Légende Dorée, livre, 380. - - Légende de sainte Geneviève, 321. - - Lestrac (Arnaud de la Lande, dit), chef de routiers, 375. - - Liège (Jean de Bavière, évêque de), 2. - - Liégeois, 234. - - Lisieux (Pierre Cauchon, évêque de), 312. - - Lit de justice figuré devant le Châtelet en 1431, 276. - - Loir (le), rivière, 151. - - Loire (la), fleuve, 176, 229, 236. - - Loirs, leurs dégâts, 352. - - Lombardie, 197. - - Lombards, 197, 198, 199. - - Loré (Ambroise de), prévôt de Paris, 383. - - Lormoy (Vincent), procureur du roi au Châtelet à Paris, 99. - - Lorraine, 267, 375. - - Louis, dauphin de France, 351, 352, 353, 359, 360, 361, 364, 368, 369, - 375, 376, 378, 384, 386. - - Loups affamés déterrant les morts, 154, 156; - -- tués dans Paris, 187; - -- traversant la Seine, 343; - -- dévorant - femmes et enfants, 348, 349. - - Louvet (Jean), président des aides et comptes de Provence, 89, 118. - - Louviers (Eure), 272, 273, 274. - -- (Jean de), échevin de Paris, 61. - - Loyers des maisons, leur payement, 155, 158, 162. - - Lubres, monnaie bourguignonne, leur cours, 126, 142. - - Lusarches (Seine-et-Oise), 242; - -- église de Saint-Côme, 258. - - Luvay (Jacques de), avocat au Parlement de Paris, 330. - - Luxembourg (Jacqueline de), duchesse de Bedford, 294, 301, 303. - -- (Jean de), 255. - - - M. - - Mâcon (bailli de), 66. - - Maçon (Robert le), chancelier du dauphin, 89, 118. - - Magog, 382. - - Mailles, menue monnaie, 154, 165, 173. - - Maillet (maître Renaud), 71. - - Maine (Pierre Baillé, grand trésorier du), 224. - - Mainguet, larron, 288. - - Maisons inhabitées à Paris, 192. - -- démolies par les gens de guerre, 362. - - Maladies épidémiques, 288; - nommées le _tac_ ou le _horion_, 49, 50; - -- la _boce_, 111, 295, 342; - -- la vérole, 175, 379; - -- la _dando_, 222, 223. - - Mans (le) (Sarthe), 151, 152, 203, 225, 226, 369. - - Mantes (Seine-et-Oise), 121, 182, 272, 280, 290, 292, 369, 391. - - Marais de Paris inondés, 208, 217, 281; - -- infestés par les loups, 348. - - Marc (Raymond), échevin de Paris, 240. - - Marc d'argent, son prix en 1419, 121, 122, 131; - -- impôt des marcs d'argent en 1421, 161. - - Marcel (Jean), drapier et échevin de Paris, 61. - - Marchand (André), prévôt de Paris, 45, 57, 59. - -- (Noël), prévôt des marchands, 99. - - Marche (Bernard d'Armagnac, comte de la), 337. - - Marcognet (Enguerrand de), chambellan de Charles VI, 108. - - Marcoussis (Seine-et-Oise), Célestins, 27. - - Margot, joueuse de paume, 222. - - Marguerite d'Ecosse, dauphine, 378. - - Marie d'Anjou, reine de France, 384, 387, 391. - - Marie de France, fille de Charles VI, religieuse à Poissy, 340, 341, - 348. - - Mariette (Guillaume), secrétaire du roi, 386. - - Marle (Henri de), chancelier de France, 42, 92, 97, 98, 323. - -- (Jean de), évêque de Coutances, 98, 323. - -- (Robert de Bar, comte de), 65. - - Marne, rivière, 257, 261;--débordée en 1432, 286. - - Martin V, pape, 85, 86, 264, 265. - - Massacres de 1418, 91, 96-98, 106, 107, 108, 110, 111. - - Massy (Aymon de Mouchy, seigneur de), 288. - - Mât de cocagne à Paris, 205. - - Mathurins (Renaud de la Marche, ministre des), 9. - - Maubuisson (Seine-et-Oise), 362. - - Maurepas (Seine-et-Oise), 288. - - Maurigon de Songnacq, écuyer gascon, 59. - - Mauves cuites et mangées par les pauvres, 339. - - Maximien, 107. - - Meaux (Seine-et-Marne), 23, 102, 107, 157, 160, 164, 166-169, 170, 171, - 173, 284, 332, 346, 347, 369. - -- (bailli de), 66, 173. - -- (évêques de): Jean le Maunier, 386; - -- Robert de Girême, 170. - -- (Marché de), 167, 168, 169, 347, 348. - - Médecins victimes de la contagion, 341. - - Melun (Seine-et-Marne), 89, 107, 125, 126, 141, 143, 144. - - Mendiants, causent du scandale dans l'église des Innocents, 325; - -- volent et martyrisent des enfants, 389, 390; - -- sont pris et pendus, 390. - - Ménétriers jouant devant le chevalier du guet, 106; - -- devant le sire de Roos, 256; - -- publiant le traité de Saint-Maur-des-Fossés, 114; - -- fêtant la paix du Ponceau, 126. - - Merciers de Paris, 276. - - Méreau d'étain avec le nom de Jésus, 243. - - Mesnil (Jean du), prévôt de Paris, 147. - -- (Simon du), dit le Jeune, écuyer, 31, 32, 36. - - Messe célébrée au Palais en 1431, 278. - - Messes marchandées aux prêtres, 115; - -- dites par les confréries, 362. - - Messias, 235, 382. - - Meudon (Seine-et-Oise), 216. - - Meulan (Seine-et-Oise), 124, 168, 182, 183, 184, 308, 310. - - Meuniers, prix du setier de mouture, 122, 136. - - Miel, sa qualité et son prix, 330. - - Milly (Seine-et-Oise), 295. - - Misère extrême à Paris, 146, 150, 151, 154, 158, 162, 250, 262, 263, - 264, 279, 291, 338, 339. - - Moïse, 268. - - Monmelian, sergent d'armes, 101. - - Monnaie (forte), 155, 201, 228, 248, 255, 337, 340;--noire, 187; - -- jetée dans la Seine par le peuple, 212; - -- de plomb fabriquée en 1418 par les Armagnacs, 103. - - Monnaies, leur cours, 75, 77, 121, 125, 131, 141, 142, 153, 154, 155, - 157, 165, 173, 180, 181, 187, 189, 202, 206, 210, 211, 218, 287, - 324, 370; - -- d'Angleterre, 370, 371; - -- de Bretagne, 75, 202, 371; - -- de Bourgogne, 75, 125, 206, 370, 371; - -- de Flandre, 370, 371. - - Montaigu (Jean de), archevêque de Sens, 16. - -- (Jean de), grand maître de l'hôtel du roi, 6, 16, 27, 34. - - Montaiguillon (Seine-et-Marne), 193. - - Montargis (Loiret), 218, 221, 342. - -- (capitaine de), 33. - - Montdidier (Somme), 11. - - Montereau-faut-Yonne (Seine-et-Marne), 140, 141, 333, 334, 338. - - Montgeron (Seine-et-Oise), 22. - - Montilz-lès-Tours (Indre-et-Loire), 384. - - Montivilliers (Seine-Infér.), 84, 310. - - Montjay (Seine-et-Marne), 263. - - Montlhéry (Seine-et-Oise), 84, 107, 111. - - Montrouge (Seine), 80. - - Mont-Saint-Michel (le) (Manche), 385. - - Moret (Seine-et-Marne), 105, 107. - - Morhier (Simon), prévôt de Paris, 181, 192, 206, 212, 223, 227, 243, - 246, 273, 284, 315, 316, 345, 360. - - Mortain (Pierre de Navarre, comte de), 28. - - Mortalité exceptionnelle au siège d'Arras, 56; - -- à Paris, 111, 115, 116, 154, 288, 289, 295, 342, 379. - - Morvilliers (Philippe de), premier président du Parlement de Paris, 159, - 161, 292. - - Motte (la) (Seine-et-Oise), 264. - - Mouchy (Pierre de Trie, seigneur de), 257. - - Moulin (Denis du), évêque de Paris, 344, 355, 357, 366, 367, 372, 373, - 376, 377, 380, 385. - - Moulin à vent sur la route de Saint-Denis, 390. - - Moutons d'or, leur cours, 77, 121, 125, 211, 218. - - Mouy (J. ou Ch. de Soyecourt, seigneur de), 65. - - Moymer ou Montaimé (Marne), 212. - - Mûriers sans fruits, 307. - - Mystère de la Passion représenté à Paris en 1420, 144; en 1437, 336; - -- de la Passion saint Georges représenté en 1422 à l'hôtel de Nesle, - 174; - -- du Vieux et du Nouveau Testament représenté en 1424 devant le - Châtelet, 200; - -- de la Vierge représenté en 1431 devant la Trinité, 275; - -- représentés à l'entrée de Charles VII entre la bastille - Saint-Denis et la porte aux Peintres, 336; - -- du Juif profanateur d'une hostie, 372. - - - N. - - Nangis (Seine-et-Marne), 193. - - Nanterre (Carbonnet, prieur de), 344. - - Narbonne (Guillaume d'Avaugour, vicomte de), 199. - - Navailles (Archambaud de Foix, seigneur de), 133. - - Navarre (Charles III, roi de), 4. - - Navets, leur abondance et leur prix, 121, 328, 338, 358; - seule nourriture du pauvre, 145, 339. - - Nèfles, seul fruit en 1437, 338. - - Négociations politiques, 34, 35, 54, 58, 59, 114, 124, 126, 185, 289, - 290, 293, 294, 310. - - Neiges, leur abondance à Paris, 86, 150, 160, 182, 279, 282, 293, 302, - 329. - - Néron, 92, 129, 171, 298. - - Neuville (Colin de), poissonnier et échevin de Paris, 239, 251, 321. - - Neveu (Jeannin et Colin), chaudronniers, 81. - - Nicolas V, pape, 385, 390. - - Niquets, monnaie, leur cours, 189, 202. - - Nobles d'Angleterre, leur cours, 141, 153. - - Nogent-le-Roi (Eure-et-Loir), 228. - - Noirets, deniers noirs, leur cours, 165, 192, 202. - - Noix, leur abondance et leur prix, 121, 157, 342, 354, 358, 367; - -- leur rareté, 338, 384; - -- seule nourriture du pauvre en 1431, 263; - -- abattues par le vent, 283, 339; - -- criées dans les rues comme le charbon, 358. - -- (pain de), 136. - - Normandie, 61, 64, 79, 83, 84, 133, 134, 169, 176, 191, 247, 292, 294, - 295, 300, 301, 310, 311, 327, 331, 370, 371, 373, 384, 391. - - Notre-Dame de Cléry (Loiret), 258. - - Notre-Dame de Coulombs (Eure-et-Loir), abbaye, 376. - - Notre-Dame de Liesse (Aisne), 365, 377. - - Notre-Dame du Mesche (Seine), chapelle, 24. - - Noyers gelés, 185, 282, 283, 380; - -- rongés par les hannetons, 224, 225. - - Noyon (Jean de Mailly, évêque de), 275. - - - O. - - Octroi sur les cuves de vendange, 326; - -- sur le vin, 354. - - OEufs, leur prix, 67, 80, 86, 87, 106, 113, 117, 120, 131, 142, 150, - 157, 228, 248, 283, 318, 388, 390. - - Offemont (Guy de Nesle, seigneur d'), 166, 167. - - Oger (Pierre), changeur et échevin de Paris, 41, 61. - - Oies, leur prix, 135. - - Oignons, leur prix, 113, 121, 123, 130, 158, 313, 330, 365, 368, 371. - - Oiseaux morts de froid en 1435, 303. - - Olive (Jean de l'), maître en théologie, 374. - - Orages avec tonnerre et grêle, 11, 129, 225, 343, 366. - - Ordonnances sur le cours des monnaies, 75, 77, 125, 153, 154, 165, 173, - 181, 187, 189, 202, 206, 210, 211, 218, 287, 324, 370; - -- sur le rachat des rentes, 228, 229; - -- sur les ribaudes, 382; - -- relatives aux sergents du Châtelet, 213. - - Orfèvres de Paris, 276; - -- défense d'exercer le change, 159, 160. - - Orge, son prix, 148, 288, 291, 333, 337, 342. - - Orges arrachées à la main, 175. - - Orgemont (Nicolas d'), chanoine de Notre-Dame de Paris, 70, 71. - -- (Pierre d'), père de Nicolas d'Orgemont, 70. - -- (Pierre d'), gouverneur des finances, 161. - - Orient, 189. - - Orléanais, 357. - - Orléans (Loiret), 58, 163, 228, 229, 230, 233, 234, 236, 237, 253, 258, - 282, 348, 354. - -- (Charles, duc d'), 47, 57, 58, 65, 356, 357, 364. - -- (Jean, bâtard d'), comte de Dunois, 314. - -- (Louis, duc d'), 3, 41, 165. - -- (Marie de Clèves, duchesse d'), 357. - - Ormes déracinés par le vent, 339. - - Orsay (Seine-et-Oise), 168, 186. - - Orties cuites et mangées par les pauvres, 339. - - Orville (Seine-et-Oise), 332, 337. - - Ostet (duc d'), frère du roi Henri V, 151. - - Ouragan de 1434, 301; - -- de 1438, 339. - - Ours (Jean de la Roche, possesseur de l'hôtel de l'), 71, 101. - - - P. - - Pain, sa cherté et son prix, 25, 67, 72, 117, 120, 123, 128, 135, 136, - 142, 146, 149, 218, 263, 283, 286, 291, 295, 330, 335, 338, 359, 388, - 390; - -- son poids, 339; - -- blanc, 136, 330, 333; - -- bourgeois, 122; - -- de couleur cendrée, 273; - -- _festiz_, 122, 359; - -- noir, 123; - -- noir et _mesalé_, 263; - -- de noix, 136; - -- bon pour les chiens consommé par la population, 291. - -- amené de Saint-Brice-sous-Forêt pour l'approvisionnement de Paris, - 9, 48; - -- de Corbeil, de Melun et d'Amiens, 125. - - Paix d'Arras, 60; - -- d'Auxerre, 25; - -- de Cusset, 353; - -- du Ponceau, 126; - -- de Saint-Maur-des-Fossés, 114. - - Pantin (Seine), 11. - - Pardiac (Bernard d'Armagnac, comte de), 337, 346. - - Pardon d'Evreux, 391; - -- du Mont-Saint-Michel, 385; - -- de Pontoise, 384; - -- de Rome, 384; - -- de Saint-Denis, 370. - - Paris (Guillaume, _alias_ Jean), clerc criminel de la prévôté de Paris, - 98, 323. - - Paris (Seine). Abbaye de _Saint-Antoine-des-Champs_; - abbesse: Emerance de Calonne, 287, 288; - -- de _Sainte-Geneviève_, 21, 234, 389; - abbé: Pierre Caillou, 309, 387; - clergé: 321; - -- de _Saint-Germain-des-Prés_; abbés: Jean Bourron, 179; - Hervé Morillon, 387; - -- de _Saint-Magloire_, 209, 375, 378; - abbés: Pierre Louvel, 179; - Jean Jamelin, 386; - religieux: Jean le Maunier, 386; - -- de _Saint-Victor_, 6, 388, 390; - abbé: André Barré, 387. - -- Bastille Saint-Antoine, 29, 32, 42, 58, 61, 71, 73, 90, 95, 108, 254, - 317, 318, 361; - -- Saint-Denis, 302, 314, 335, 336. - -- Bois de Boulogne, 86. - -- Boucherie du Petit-Pont, 153; - -- du pont Saint-Michel, 327; - -- de Saint-Leufroy, 74. - -- Bouchers de la Grande-Boucherie, 73, 74, 118, 129; - -- de la grande boucherie de Beauvais, 138, 153; - -- du cimetière Saint-Jean, 75, 153; - -- de Sainte-Geneviève, 72; - -- de St-Germain-des-Prés, 72, 82, 327; - -- de Saint-Marcel, 72. - -- Carrières de Notre-Dame-des-Champs, 26. - -- Chapelle de Sainte-Avoye, 247; - -- de Saint-Josse, 326. - -- Chapitre de Notre-Dame, 215. - -- Château du Louvre, 29, 30, 36, 39, 42, 46, 67, 69, 97, 104, 169, 170, - 289. - -- Châtelet, 23, 94, 97, 103, 107, 108, 110, 118, 155, 178, 200, 227, - 250, 251, 276, 336, 360; - -- Grand-Châtelet, 95, 97, 108; - -- Petit-Châtelet, 6, 36, 95, 97, 108, 208; - -- pied de roi du Châtelet, mesure, 348. - -- Cimetières, 115, 116; - -- des Innocents, 116, 203, 234, 242, 271, 357, 367; - charniers, 234; - recluses, 366, 367; - -- de Saint-Nicolas-des-Champs, 307; - -- de la Trinité, 116. - -- Cinquanteniers, 204. - -- Collège de Navarre, 381. - -- Cour Saint-Martin-des-Champs, 243, 323, 374. - -- Couvent des Augustins, 389; - -- des Bernardins, 348; - -- des Cordeliers, 82; - -- des Filles-Dieu, 101; - -- des Mathurins, 21, 44, 388. - -- Croix de Grève, 215, 217, 340, 384. - -- Croix-Hémon (la), 160. - -- Dizainiers, 204, 209. - -- Ecorcherie des Tuileries, 78. - -- Eglise des Augustins, 225, 264, 266, 290, 327, 391; - -- des Billettes, 372; - -- des Célestins, 290, 291, 304; - -- de Notre-Dame, 23, 67, 102, 132, 144, 160, 178, 179, 180, 200, 208, - 213, 214, 233, 241, 264, 276, 277, 309, 336, 337, 355, 377, 385, - 386, 388, 389, 392; - Jacqueline, cloche, 256; - -- de Notre-Dame-des-Carmes, 365; - -- de Notre-Dame-des-Champs, 337, 377, 378; - -- de Saint-Antoine-des-Champs, 23; - -- de Saint-Antoine-le-Petit, 276, 366; - -- de Saint-Denis-de-la-Châtre, 276, 374; - -- de Saint-Eustache, 56, 95, 239; - -- de Saint-Germain-l'Auxerrois, 290, 388; - -- de Saint-Germain-des-Prés, 22; - -- des Saints-Innocents, 325, 343, 380, 389, 392; - chapelle - de Saint-François-aux-Pelletiers, 333; - -- de Saint-Jacques-de-la-Boucherie, 233; - -- de Saint-Jean-en-Grève, 21, 102, 239, 372, 392; - -- de Saint-Laurent, 39, 55, 86, 124, 214, 238; - -- de Saint-Lazare, 5; - -- de Saint-Martin-des-Champs, 22, 102, 270, 323, 336, 371, 392; - -- de Saint-Merry, 102, 214, 237, 316; - -- de Saint-Nicolas-des-Champs, 39; - -- de Saint-Paul, 216, 247; - -- de St-Sauveur, 275; - -- de Saint-Symphorien, 374. - -- Enfants de chœur de Notre-Dame, 302. - -- Evêques: Denis du Moulin, 344, 355, 357, 366, 367, 372, 373, 376, - 377, 380, 385; - -- - Guillaume Chartier, 386, 388, 389; - Jacques du Châtelier, 215, 220, 238, 275, 293, 312, 325, 336, 343; - Jean Courtecuisse, 147, 164; - Jean de la Rochetaillée, 178, 179, 187, 190; - Jean de Nant, 190, 191; - Nicolas Fraillon, 213, 215. - -- Fontaine Maubuée, 393; - -- du Ponceau-Saint-Denis, 336; - -- de la Reine, 275. - -- Grange des Mathurins, 246. - -- Halles, 6, 17, 18, 32, 46, 71, 74, 96, 123, 125, 145, 177, 209, 250, - 252, 297, 371, 384; - -- Halle de Beauvais, 74, 153; - -- Halle au blé, 349. - -- Heaumerie (la), 150; - -- (armurier de la), 174. - -- Hôpital du Saint-Esprit, 160; - -- de la Trinité, 98, 275. - -- Hôpitaux pour les enfants pauvres, 150. - -- Hôtel d'Anjou, 38, 276; - -- d'Armagnac, 204; - -- d'Artois, 47, 201; - -- de Bohême ou de Nesle, 47, 174; - -- de Bourbon, 69, 109, 202, 289; - -- du Coq et du Paon, 363; - -- de l'Ours, 71; - -- de Saint-Paul, 30, 35, 39, 40, 89, 177, 178, 202, 276, 309; - -- des Tournelles, 276, 360; - -- de la Trémoille, 2. - -- Hôtel-Dieu, 116, 208, 278, 336, 342. - -- Hôtel-de-Ville, 38, 155, 217, 281, 340, 365. - -- Ile Notre-Dame, 215, 216, 339, 351. - -- Jeux de paume, 222. - -- Marais inondés, 208, 217; - infestés par les loups, 348. - -- Marché au pain de la place Maubert, 281; - -- de la Madeleine dans la Cité, 318. - -- Palais, 20, 21, 30, 32, 36, 39, 81, 94, 96, 97, 98, 144, 150, 155, - 160, 175, 179, 180, 227, 241, 276, 277, 278, 328, 336, 337, 341, - 354, 387, 389, 391. - -- Paroisse de Saint-Christophe, 238; - -- de Saint-Eustache, 21, 23, 95; - -- de Saint-Laurent, 23; - -- de Saint-Leu et Saint-Gilles, 205; - -- de Saint-Martin-des-Champs, 22; - -- de Saint-Nicolas-des-Champs, 23; - -- de Saint-Paul, 23; - -- de Saint-Sauveur, 23. - -- Parvis de Notre-Dame, 71, 259. - -- Place aux Chaps, 343; - -- de Grève, 38, 85, 86, 94, 96, 160, 281, 291, 302, 363, 365; - -- Maubert, 96, 123, 150, 160, 281, 389. - -- Planche de Mibray (la), 30. - -- Ponceau Saint-Denis (le), 275. - -- Ponts: pont Alais, 56; - -- Grand-Pont, 208, 336; - -- Petit-Pont, 74, 153; - -- Pont-Neuf (ou pont Saint-Michel), 208, 327, 389; - -- pont Notre-Dame, 30, 73, 74, 208. - -- Port au foin, 363. - -- Porte Baudoyer, 71, 72, 74, 101; - -- de Bordelles (ou Saint-Marcel), 8, 96, 163, 201, 328; - -- de Montmartre, 2, 206, 379; - -- aux Peintres, 336; - -- Saint-Antoine, 2, 3, 47, 60, 72, 78, 90, 91, 95, 101, 103, 104, - 145, 254, 257, 281, 288, 296, 317, 318, 347, 348, - 360; - -- Saint-Denis, 2, 47, 79, 101, 126, 245, 274, 275, 296, 297, 302, - 315, 317, 337; - -- Saint-Germain, 82, 88, 96, 101, 163; - -- Saint-Honoré, 2, 153, 245, 297; - -- Saint-Jacques, 2, 8, 15, 47, 69, 80, 163, 201, 216, 272, 314, 315, - 317, 338; - -- Saint-Martin, 2, 43, 45, 47, 60, 80, 139, 203, 209, 214, 243, 247, - 281, 292, 374; - -- Saint-Michel, 8; - -- du Temple, 2, 43, 47, 80. - -- Prieuré de Sainte-Catherine-du-Val-des-Ecoliers, 21, 22, 58, 276, - 320, 372; - -- de Saint-Eloi; prieur: Jean le Maunier, 387; - -- de Saint-Martin-des-Champs, 47, 66, 98, 337; - couture du prieuré, 98, 323. - -- Prison du For-l'Evêque, 97; - -- du Palais, 96, 97; - -- de St-Eloi, 97; - -- de Saint-Magloire, 66, 97; - -- de Saint-Martin-des-Champs, 66, 95, 97, 368; - -- du Temple, 66, 95, 97; - -- de Tiron, 66, 91, 95. - -- Quai des Ormeteaux, 215, 216. - -- Quarteniers, 204, 243. - -- Quartier de Clignancourt, 11; - -- de Coupeau-lez-St-Marcel, 174; - -- de Grenelle, 88; - -- des Halles, 100, 316; - -- du Marais, 126 - -- de Montmartre, 11, 13, 23, 86, 214, 348; - -- de Notre-Dame-des-Champs, 111, 313, 348; - -- des Porcherons, 246; - -- des Quinze-Vingts, 73; - -- de Saint-Germain-des-Prés, 111, 164, 327; - -- de Saint-Laurent, 243; - -- de Saint-Marcel, 111, 294; - -- de la Ville-l'Evêque, 86. - -- Quinze-Vingts, 73. - -- Rue Aubry-le-Boucher, 326; - -- de la Calandre, 144, 276; - -- de la Chanvrerie, 239; - -- de la Charronnerie, 234; - -- Darnetal, 275; - -- Grenier-Saint-Lazare, 222; - -- de la Heaumerie, 32; - -- de Jouy, 365; - -- des Lombards, 200; - -- Maubuée, 247; - -- de la Mortellerie, 217, 280, 291; - -- aux Oues, 205; - -- Portefoin, 210; - -- Quinquempoix, 28, 205; - -- Saint-Antoine, 58, 90; - -- Saint-Denis, 99, 101, 144, 316, 392; - -- Saint-Honoré, 204, 273; - -- Saint-Martin, 203, 204, 316, 363, 393; - -- de la Vannerie, 217; - -- de la Vieille-Juiverie, 276. - -- Sainte-Chapelle, 160, 391. - - Parlement de Paris, 20, 98, 164, 178, 212, 227, 247, 251, 277, 278, - 323, 328, 354, 357, 360, 364. - - Partisans de Charles VII emprisonnés à Paris, 183; - -- de la domination anglaise, reçus en grâce, 328. - - Pâtis, contributions de guerre, 326, 333, 341, 359. - - Paume (Jeu de), 222. - - Péages levés à Paris en 1441, 359. - - Pêches, leur abondance et leur prix, 307, 353. - - Peintures sur toile insultantes pour les Anglais, 340. - - Pèlerinages à la chapelle du Blanc-Mesnil, 24; - -- à la chapelle de Notre-Dame-du-Mesche, 24; - -- à Boulogne-sur-Mer, 157; - -- à Saint-Spire de Corbeil, 365. - - Pelletiers de Paris, 276. - - Perche, 195. - - Péronne (Somme), 54. - - Perquin (Jean), épinglier, 72. - - Persans, 235. - - Persil, son prix, 345. - - Phénomène d'Aubervilliers, 238. - - Picardie, 40, 64, 192, 332. - - Picards, 105, 242, 248, 251, 256, 258. - - Piédefer (Robert), président au Parlement de Paris, 292. - - Pierronne la Bretonne, fausse pucelle, 259, 260, 271. - - Pillage de Chelles, 253; - -- du quartier de Notre-Dame-des-Champs à Paris, 313; - -- projeté de Paris en 1436, 317; - -- de Provins, 288; - -- de l'abbaye de Saint-Denis, 251, 313; - -- de l'abbaye de Saint-Maur-des-Fossés, 255; - -- de Soissons, 53. - - Pin de Saint-Victor gelé en 1435, 303. - - Pis-d'Oue (Renaud), changeur et échevin de Paris, 63. - - Placques, monnaie flamande, leur cours, 206. - - Plaidoiries du Parlement suspendues en 1442, 364. - - Pluvieux (temps), 23, 57, 61, 132, 160, 191, 214, 216, 262, 279, 280, - 286, 320, 321, 339, 352, 365, 366, 382. - - Poiré, boisson du pauvre en 1447, 385. - - Poireaux, leur prix, 158, 329, 330, 371. - - Poires, leur prix, 113, 120, 157; - --leur absence, 390; - --d'Angoisse, 117, 353, 366, 384; - --de Calliau-pépin, 353. - - Pois, leur prix, 120, 121, 130, 145, 148, 157, 192, 207, 228, 248, 263, - 281, 298, 329, 339, 342, 353, 358, 365, 367, 371. - - Poisson de sept pieds et demi pêché dans la Seine, 348; - --de mer, son prix, 123, 125. - - Poissy (Seine-et-Oise), 362; - --abbaye, 340, 341. - - Poitevine, menue monnaie, son cours, 165, 192. - - Poitiers (Vienne), 328. - - Pole (William), comte de Suffolk, 340. - - Pologne (roi de), 219. - - Pommes, leur prix, 113, 117, 120, 157; - --leur abondance, 384; - --leur absence, 390; - --nourriture des pauvres en 1430, 250; - --de Romiau, 192, 366; - --de Capendu, 192, 303, 330, 366, 367; - --de bois, 338; - --de mai, 358. - - Pommiers ravagés par les chenilles et hannetons, 299. - - Pont (marquis du), 65. - - Pont-de-l'Arche (Eure), 105, 390, 391. - - Pontoise (Seine-et-Oise), 23, 34, 88, 119, 124-129, 135, 176, 221, 241, - 284, 311-314, 329, 341, 346, 361-363, 368, 383, 391; - --église de Notre-Dame, 384; - --hôtel-Dieu, 363. - - Pont-Sainte-Maxence (Oise), 79, 137. - - Porc à deux têtes, 239. - - Portes de Paris, 1, 3, 8, 13, 14, 97, 248, 314, 337; - --fermées et murées, 2, 43, 47, 66, 67, 73, 79, 101, 209, 243, 253; - --rouvertes, 45, 104, 203, 206, 209, 328, 374, 379; - --membres de supplicié y attachés, 17; - détachés, 44; - --peintures sur toile insultantes pour les Anglais y fixées, 340. - - Portugais, 59, 60. - - Portugal (Isabelle, fille de Jean Ier, roi de), duchesse de Bourgogne, - 249, 262. - - Potin, métal, prix de la livre, 121. - - Pouilly-le-Fort (Seine-et-Marne), 126. - - Poupart (Charles), argentier de Charles VI, 109. - - Pourceaux de l'abbaye Saint-Antoine, 150; - --destinés à l'approvisionnement de Paris, 297; - --font défaut en 1438, 342; - --dévorant les enfants morts dans les rues de Rouen, 345. - - Pré (Jean du), épicier et échevin de Paris, 63. - - Prédications de l'Université suspendues, 364, 369, 375, 376. - - Prêtre (Jean le), mesnager de Paris, 316. - - Prévôts de Paris. - Voir aux mots: _Bar (de), Baume (de la), Champluisant (de), - Châtel (du), Clamecy (de), Essarts (des), Estouteville (d'), - Heuse (de la), Lamban, Loré (de), Marchand, Mesnil (du), Morhier, - Ternant (de) et Verrat (le)_. - - Prévôts des marchands de la ville de Paris. Voir aux mots: _Breban - (de), Cirasse, Coq (le), Cul-d'Oe, Epernon (d'), Gentien, Laillier - (de), Landes, Marchand, Rapiout et Sanguin_. - - Priam, roi des Troyens, 188. - - Prisons de Paris, 66, 91, 95, 96, 97, 143, 183. - - Processions parisiennes, 16, 20-24, 79, 102, 144, 184, 191, 200, 208, - 209, 214, 216, 240, 264, 270, 277, 302, 309, 320, 321, 361, 372, 374, - 377, 385-392. - - Provins (Seine-et-Marne), 124, 288. - - Prunes, leur prix, 218; - --leur absence, 283; - --de Damas, leur prix, 354. - - Pruniers ravagés par les chenilles et hannetons, 299. - - Publications à son de trompe à Paris, 3, 6 à 383, _passim_. - - Pucelles fausses.--Voir _Catherine de la Rochelle, Claude des Armoises, - Pierronne_. - - Puiseux (Colinet de), 12, 15, 17, 44. - - - Q. - - Quatrième, imposition sur le vin vendu au détail, 149, 155; - --sur la cervoise, 230, 303. - - - R. - - Raguier (Raymond), trésorier général des guerres, 118. - - Raillart (Gaucher), chevalier du guet à Paris, 105. - - Raisins, leur prix, 136, 365; - -- pourris sur pied, 132; - -- détruits par les gens de guerre, 189; - -- encore verts en septembre 1428, 228; - -- de treille, dits _bordelais_, gelés, 303. - - Rapiout (Hugues), prévôt des marchands, 284, 300. - - Recluses des Innocents, 366, 367. - - Regnault (Pierre), chef de routiers, 375. - - Reims (Jacques du Châtelier, trésorier de), 215. - -- (Jacques Jouvenel des Ursins, archevêque de), 379. - -- (Renaud de Chartres, archevêque de), chancelier de France, 294, 328, - 331, 372. - - Reliquaires enlevés par les gens de guerre, 313. - - Reliques portées en procession, 20, 21, 22, 102, 144, 208, 372, 374, - 376-378, 392; - -- montrées au peuple, 391. - - Rentes constituées (ordonnance sur le rachat des), 228, 229. - - Ribaudes de Paris, 382, 383. - - Richard (frère), cordelier, prédicateur populaire, 233-237, 242, 243, - 271. - - Richemont (Artus de Bretagne, comte de), connétable de France, 65, - 314-364, _passim_. - -- (Marguerite de Bourgogne, comtesse de), 327, 364, 365. - - Rivière (Jacques de la), chevalier, 28, 31, 32, 35, 44. - - Robes fourrées de menu vair et de gris interdites aux ribaudes, 382. - - Rochefort-en-Yveline (Seine-et-Oise), 205, 228. - - Rochelle (la) (Charente-Inférieure) (gouverneur de), 68. - - Rochetaillée (Jean de), évêque de Paris, 178, 179, 180, 190. - - Rocque (La), chevalier français, 59, 60. - - Romains, 200. - - Romarins gelés en 1423, 185. - - Rome, 94, 107, 129, 219, 246, 248, 327, 355, 384. - - Roos ou Ross (sire de), chevalier anglais, 256, 257. - - Roses fleuries en avril 1420, 138; - -- blanches fleuries en avril 1430, 253. - - Roucy (Jean VI, comte de), 65. - - Rouen (Seine-Inférieure), 25, 64, 84, 95, 112, 119, 120, 153, 162, 168, - 176, 202, 261, 266, 272, 273, 281, 308, 342-345, 354, 369, 392. - -- abbaye de Sainte-Catherine-au-Mont, 112. - -- archevêques: Jean de Rochetaillée, 190; - -- Louis de Luxembourg, 345. - -- château, 281, 392. - - Rousseauville (Pas-de-Calais), 64. - - Roussel (Jacques), clerc en la chambre des comptes, 330, 331. - - Rouvray-Saint-Denis (Eure-et-Loir), 231. - - Rouvres (Jean de), l'un des capitaines de Meaux, 173. - - Rues de Paris tendues pour l'entrée des reines de France et - d'Angleterre,145; - -- de Charles VII, 336; - -- pour la procession de 1449, 392. - - - S. - - Sacre de Henri VI, roi d'Angleterre, 274, 277, 279, 336. - - Sacrilège dans l'église de Saint-Eustache, 56. - - Saindoux, son prix, 121, 131, 310. - - Saint-Brice-sous-Forêt (Seine-et-Oise), 9, 48. - - Saint-Cloud (Seine-et-Oise), 12, 13, 15, 38, 42, 44, 79, 123, 326, 359, - 374. - - Sainte-Croix (Nicolas Albergati, cardinal de), 280, 281, 293, 294. - - Saint-Denis (Seine), 11, 13 à 385, _passim_. - -- (abbaye de), 139, 179, 180, 274, 308, 313, 314, 377, 378. - -- (abbés de): Jean de Bourbon, 179, 180; - Philippe de Gamaches, 373, 378, 387; - Philippe de Villette, 93. - -- (île de), 309. - -- (moulin à vent sur le chemin de), 390. - -- (tour du Velin), 314. - - Saint-Germain-en-Laye (Seine-et-Oise), 311; - -- (château de), 344. - - Saint-James-de-Beuvron (Manche), 207. - - Saint-Maur-des-Fossés (Seine), 23, 113, 253, 255, 257, 258; - -- (Jean le Maunier, abbé de), 350, 387. - - Saint-Ouen (Seine), 11, 56, 60, 307. - - Saint-Paul (Jean de Luxembourg, bâtard de), 251, 306. - -- (Waleran de Luxembourg, comte de), connétable de France, 14, 18. - - Saintrailles (Poton de), chevalier français, 272. - - Saint-Riquier (Somme), 157. - - Saint-Sauveur-sur-Dive (Manche), 300, 302. - - Saint-Yon (famille), bouchers de la Grande Boucherie, 40. - -- (Jean de), maître des bouchers, 319. - - Salisbury (Thomas de Montagu, comte de), 185, 212, 228, 220, 230, 253, - 258. - - Salm (Jean V, comte de), 65. - - Saluts d'or, monnaie, leur valeur, 287, 325. - - Sancerre (Cher), 25. - - Sanguin (Guillaume), prévôt des marchands, 239, 284. - - Sarrasins (gens de guerre comparés aux), 6, 11 à 355, _passim_. - - Sauges cuites et mangées par les pauvres, 339. - - Saulx (Miles de), procureur au Parlement de Paris, 331, 332. - - Sauvage de Fremainville, écuyer, 223, 224, 229. - - Saveuse (Philippe, seigneur de), 251. - -- (le bâtard de), 251. - - Savoie, 371, 385. - - Savoisy (Charles, seigneur de), 65. - - Scales (Thomas de), capitaine anglais, 201, 306. - - Scorpions à Paris, 153. - - Sèche, poisson, son prix, 123. - - Seigle, son prix, 295, 330, 345, 391. - - Seine (la), fleuve, 310, 313, 321, 348; - -- très basse, 10, 389; - -- débordée, 60, 61, 160, 161, 208, 215-217, 280, 340, 365; - -- très haute et gelée, 182, 280, 291; - -- traversée par les loups, 156. - - Sel, son prix, 81; son renchérissement, 350. - - Semailles retardées ou empêchées par les gens de guerre, 8, 164; - -- par les pluies, 191. - - Sémiramis, reine de Babylone, 388. - - Senlis (Oise), 79, 84, 85, 86, 162, 174, 177, 243, 267. - -- (bailli de), 66. - - Sens (Yonne), 107, 123, 140. - -- (bailli de), 66. - - Serge, son prix, 139. - - Sergents d'armes, 276. - - Sergents à cheval du Châtelet, 5, 74, 99, 213; - -- à verge du Châtelet, 5, 213, 224, 338; - -- de la douzaine au Châtelet, 5; - -- du guet, 5; - -- de la marchandise, 5; - -- aux repas de noces, 72; - -- envoyés comme garnisaires, 81, 161, 349, 360; - -- placés aux portes de Paris pour la perception de l'octroi sur - la vendange, 326. - - Serment exigé des habitants de Paris, 182, 312; - -- prêté aux portes de Notre-Dame par Charles VII, 336. - - Sermons prêchés par le ministre des Mathurins, 9; - -- par Jean l'Archer, recteur de l'Université, 132; - -- par Jacques de Touraine, religieux cordelier, 208; - -- par le petit Jacobin contre les Bohémiens, 221; - -- par frère Richard à Paris et à Boulogne, 234, 235; - -- à Notre-Dame en 1429, 241; - -- aux Augustins en 1431 par un maître en théologie, 264-265; - -- à Saint-Martin-des-Champs par Jean Graverent, 270; - -- par le cordelier Jean Creté, 380; - -- aux Innocents par Guillaume Chartier, 389; - -- par un maître en théologie, 392; - -- devant la recluse des Innocents, 367; - -- fait à la pucelle à Rouen, 266; - -- interrompus par la toux des assistants, 223. - - Sézanne (Marne), 193, 194. - - Sièges d'Arras, 55-56; - -- d'Avranches, 350; - -- de Bourges, 19, 24, 25; - -- de Brie-comte-Robert, 260; - -- de Creil, 324, 359; - -- de Dieppe, 368; - -- d'Harfleur, 61, 62, 354; - -- d'Ivry-la-Chaussée, 194, 196; - -- de Lagny, 263, 284, 285, 286, 287; - -- de Louviers, 272; - -- de Meaux, 157, 160, 164, 166-169, 347, 369; - -- de Melun, 141, 143; - -- de Meulan, 182, 183, 184; - -- de Montargis, 218, 221; - -- de Montereau, 140, 333, 334; - -- de Montlhéry, 111, 112; - -- de Moymer, 212; - -- d'Orléans, 229, 230, 233, 234, 236, 237; - -- d'Orsay, 186; - -- de Pontoise, 361; - -- de Rochefort, 205; - -- de Rouen, 112, 119, 120; - -- de Saint-James-de-Beuvron, 207; - -- de St-Denis, 307-309; - -- de St-Riquier, 157; - -- de Senlis, 84, 85, 86; - -- de Soissons, 51-53. - - Sifflet (Guillaume), fondeur, 256. - - Sigismond, empereur d'Allemagne, 69. - - Sinaï, 268. - - Soissons (Aisne), 51, 52, 53, 84, 103, 123, 177. - -- (abbaye de St-Crépin-le-Grand): Jean de Servaville, abbé, 179, 180. - - Soles, poisson, leur prix, 125. - - Sonneries dans les églises, 5, 56; - --interdites en 1419 la nuit de la Toussaint, 132; - -- pour la naissance de Henri VI, roi d'Angleterre, 163; - -- à l'entrée du duc de Bedford en 1424, 200; - -- pour la prise de Montereau, 335; - de Creil, 360; - de Rouen, 392. - - Souliers, leur prix, 117, 131, 139, 141; - -- de basane, 157; - -- de Brabant, 101; - -- de cordouan, 157. - - Stafford (Humphrey, comte de), connétable de France, 259, 260, 306. - - Statue en pierre de Notre-Dame à Saint-Lazare, 5. - - Suffolk (William de la Pole, comte de), 185, 340. - - Suif, prix de la mesure, 345. - - Surprise de Chartres, 282; - -- du Mans, 225; - -- de Pontoise, 329; - -- de Provins, 288; - -- de Rouen, 281; - -- de Saint-Denis, 251, 306. - - Symptômes de maladies épidémiques, 49, 50, 154, 222, 223. - - Syrie, 235. - - - T. - - Tableaux peints sur toile attachés aux portes de Paris, 340. - - Tac (le), maladie épidémique, 49. - - Taille du sel levée en 1417, 81; - -- levée par le comte de Salisbury, 228; - -- levée en Normandie par le duc de Bedford, 292. - - Tailles levées à Paris, 50, 62, 186, 202, 208, 217, 323, 369, 370, 379; - -- pour les sièges de Montereau, 333, 334; - de Meaux, 349; - de Pontoise, 360, 361, 364; - -- pour la délivrance d'Harfleur, 354, 355; - -- pour la rançon du duc d'Orléans, 357; - -- contre Talbot, 359; - -- pour la venue du Dauphin, 368; - sur l'Université, 375. - - Talbot (Jean), capitaine anglais, 225, 226, 299, 359. - - Taranne (Jean), changeur, 109. - -- (Simon), échevin de Paris, 100. - - Taupes, leurs dégâts, 350, 352. - - Taxe sur le vin vendu en gros et en détail, 120, 341; - -- sur le vin récolté en 1424, 201; - -- sur les denrées, 149, 341; - -- sur le bétail vendu au marché, 349. - -- pour le nettoyage de Paris, 77. - - Teinture en vert, son prix, 137. - - Temple (Me Angle du), hérétique, 210. - - Ternant (Philippe de), seigneur de la Motte de Toisy, prévôt de Paris, - 323. - - Thérouanne (Louis de Luxembourg, évêque de), chancelier de France, 179, - 210, 275, 294, 295, 298, 309, 312, 315, 316, 318, 319, 345. - - Toile, prix de l'aune, 139. - - Toiles réquisitionnées par les Armagnacs, 87; - -- de lin volées par les écorcheurs, 351. - - Tonnerre (Louis de Chalon, comte de), 198. - - Torcy (Jean d'Estouteville, seigneur de), 65, 196. - - Toulongeon (Jean de la Trémoille, seigneur de), 201. - - Toulouse (Denis du Moulin, archevêque de), 344, 355, 357, 366, 385. - - Touraine, 119, 384. - -- (Jacques de), religieux cordelier, 208. - -- (Jean, duc de), 76. - - Tours (Indre-et-Loire), 4, 5, 372. - - Traités d'Amiens, 185; - -- du Ponceau, 126; - -- de Troyes, 140. - - Treilles des marais gelées, 185, 299, 303. - - Trémoille (Georges de la), 31. - -- (Jean de la), seigneur de Toulongeon, 201. - - Trésor des confréries parisiennes, 334. - - Trêves de 1419, 124; - -- de 1429, 248; - -- de Corbeil, 294; - -- de Londres, 380; - -- de Tours, 373. - - Troie, 188. - - Troyes (Aube), 135, 136, 138, 139, 140, 242, 379. - -- (Jean de), chirurgien juré du roi, 36, 39, 40. - - Truffaux, garniture de chaperon, 235. - - Tuiles, leur prix, 60. - - Tuillières (Robert de), lieutenant criminel au Châtelet de Paris, 16, - 93. - - - U. - - Université de Paris, 9, 21 28, 35, 85, 102, 132, 164, 178, 179, 210, - 247, 269, 271, 277, 304, 320, 354, 361, 364, 375, 381, 385, 392. - - Urbain IV, pape, 265, 266. - - - V. - - Valfin (Jean de la Baume, seigneur de), prévôt de Paris, 152. - - Vanves (Seine), 80, 216. - - Vases d'argent des églises, 334. - - Vaudémont (Ferry de Lorraine, comte de), 65. - - Vauru (Denis de), 170, 171. - -- (le bâtard de), 170, 171, 172. - -- (l'arbre de), 170, 171, 172. - - Vavasseur (Guillaume le), boulanger-meunier à Paris, 316. - - Veau à deux têtes, 239. - - Vendanges, 11, 79; - -- entravées et rançonnées par les gens de guerre, 8, 80, 243, 326, - 369; - -- détestables en 1419, 132; - -- faites à la mi-août en 1420, 141; - -- en août 1422, 175; - -- très belles en 1424, 200; - en 1430, 261; - en 1432, 287; - en 1442, 366; - -- très chères en 1436, 326. - - Vendangeurs, prix de leur journée en 1436, 326. - - Vendôme (Loir-et-Cher), 237. - -- (Louis de Bourbon, comte de), 65. - - Ventadour (Jacques, comte de), 199. - - Vent persistant en 1431, 262; - -- glacial en 1432, 283; - -- très violent en 1434, 301; - en 1438, 339; - en 1440, 352. - - Verdure, son abondance, 345; - -- sa cherté, 213, 281, 283, 330, 339. - - Vermandois (Pierre de Beauvoir, bailli de), 66. - -- (Simon de Champluisant, bailli de), 165, 181. - - Verneuil (Eure), 195, 198, 199. - - Vernon (Eure), 64, 391. - - Vérole (épidémies de petite), 175, 295, 379. - - Verrat (Pierre le), prévôt de Paris, 156, 165. - - Vert (prix de la teinture en), 137. - - Vertus (Philippe d'Orléans, comte de), 27. - - Viande de boucherie, son prix, 83, 86, 117, 120, 124, 131, 135, 138, - 150; - -- sa cherté, 119, 124, 130, 131, 135, 138, 150, 157, 338; - -- consommée au dîner du Palais en 1428, 227. - - Vienne (Jean de Nant, archevêque de), transféré à l'évêché de Paris, - 190, 191. - - Vignes, 8; - -- leur floraison retardée, 153, 216, 227, 228; - -- gelées, 169, 185, 254, 299, 303, 367, 377, 380; - -- infestées par les loups, 348; - -- ravagées par les gens de guerre, 189, 307, 362; - -- par les hannetons, 203, 224, 225; - -- rôties par le soleil, 286; - -- donnent un produit médiocre, 132, 221. - - Villejuif (Seine), 366. - - Villeneuve-St-George (Seine-et-Oise), 22. - - Villeneuve-sur-Yonne (Yonne), 157. - - Villette (Philippe de), abbé de Saint-Denis, 93. - - Villette-Saint-Lazare (la), près Paris, 6, 102. - - Vin, son prix, 67, 76, 86, 106, 113, 128, 201, 261, 286, 329, 358, 377, - 380, 384, 385; - -- son abondance, 55, 200, 201, 366, 388, 390; - -- sa cherté, 143, 146, 149, 154, 157, 175, 189, 222, 228, 230, 280, - 301, 303, 329, 338, 342, 371; - -- vendu en gros et en détail frappé d'une taxe, 120, 341; - -- récolté en 1424 frappé d'une taxe, 201; - -- de bonne qualité récolté à Paris, 261; - -- de mauvaise qualité, 132, 230, 368; - -- offert au roi d'Angleterre, 139; - -- de Bourgogne, 385; - -- amené pour le Landit, 385. - - Vinaigre gelé dans les caves, 182. - - Vincennes (Seine), 27. - -- (Bois de), 131, 301. - -- (château du Bois de), 174, 176, 257, 311, 326, 351, 352. - - Vincent (frère), ou saint Vincent Ferrier, prédicateur espagnol, 235. - - Violettes fleuries en janvier 1420, 138; - -- jaunes pendant l'hiver de 1423, 191. - - Viry (Amé de), chevalier, 13. - - Vitry (Seine), 284, 298. - - Voirie parisienne, 77. - - Voitures réquisitionnées en 1428 à Paris, 228; - -- pour le transport de farines au siège d'Orléans, 230. - - Vols commis au Palais pendant le dîner du sacre de Henri VI, 277. - - Vry (Durand de), teinturier, 72. - - - W. - - Warwick (Richard de Beauchamp, comte de), 344. - - Willougby (Robert de), capitaine anglais, 306, 315, 340. - - Winchester (Henri de Beaufort, cardinal de), 214, 242, 247, 275, 277. - - - - - TABLE DES MATIÈRES. - - - Pages - - Introduction I - - Journal d'un bourgeois de Paris de 1405 à 1449 1 - - Index alphabétique 395 - - Table des matières 415 - - - Imprimerie DAUPELEY-GOUVERNEUR, à Nogent-le-Rotrou. - - - - - -End of the Project Gutenberg EBook of Journal d'un bourgeois de Paris, -1405-1449, by Alexandre Tuetey - -*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK JOURNAL D'UN BOURGEOIS DE PARIS *** - -***** This file should be named 54182-0.txt or 54182-0.zip ***** -This and all associated files of various formats will be found in: - http://www.gutenberg.org/5/4/1/8/54182/ - -Produced by Clarity, Hélène de Mink, and the Online -Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net (This -file was produced from images generously made available -by The Internet Archive/Canadian Libraries) - - -Updated editions will replace the previous one--the old editions -will be renamed. - -Creating the works from public domain print editions means that no -one owns a United States copyright in these works, so the Foundation -(and you!) can copy and distribute it in the United States without -permission and without paying copyright royalties. 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It exists -because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from -people in all walks of life. - -Volunteers and financial support to provide volunteers with the -assistance they need, are critical to reaching Project Gutenberg-tm's -goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will -remain freely available for generations to come. In 2001, the Project -Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure -and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations. -To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation -and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4 -and the Foundation web page at http://www.pglaf.org. - - -Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive -Foundation - -The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit -501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the -state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal -Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification -number is 64-6221541. Its 501(c)(3) letter is posted at -http://pglaf.org/fundraising. Contributions to the Project Gutenberg -Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent -permitted by U.S. federal laws and your state's laws. - -The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S. -Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered -throughout numerous locations. Its business office is located at -809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email -business@pglaf.org. Email contact links and up to date contact -information can be found at the Foundation's web site and official -page at http://pglaf.org - -For additional contact information: - Dr. Gregory B. Newby - Chief Executive and Director - gbnewby@pglaf.org - - -Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg -Literary Archive Foundation - -Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide -spread public support and donations to carry out its mission of -increasing the number of public domain and licensed works that can be -freely distributed in machine readable form accessible by the widest -array of equipment including outdated equipment. Many small donations -($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt -status with the IRS. - -The Foundation is committed to complying with the laws regulating -charities and charitable donations in all 50 states of the United -States. 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