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-The Project Gutenberg EBook of Journal d'un bourgeois de Paris, 1405-1449, by
-Alexandre Tuetey
-
-This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
-almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or
-re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
-with this eBook or online at www.gutenberg.org/license
-
-
-Title: Journal d'un bourgeois de Paris, 1405-1449
-
-Editor: Alexandre Tuetey
-
-Release Date: February 17, 2017 [EBook #54182]
-
-Language: French
-
-Character set encoding: UTF-8
-
-*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK JOURNAL D'UN BOURGEOIS DE PARIS ***
-
-
-
-
-Produced by Clarity, Hélène de Mink, and the Online
-Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net (This
-file was produced from images generously made available
-by The Internet Archive/Canadian Libraries)
-
-
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-
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-
-Note sur la transcription: Les erreurs clairement introduites par le
-typographe ont été corrigées. L'orthographe d'origine a été conservée et
-n'a pas été harmonisée.
-
-Les mots entre {} sont en exposant dans l'original.
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-
-
-
- JOURNAL
- D'UN
- BOURGEOIS DE PARIS
-
- 1405-1449
-
-
-
-
- IMPRIMERIE G. DAUPELEY-GOUVERNEUR
-
- A NOGENT-LE-ROTROU.
-
-
-
-
- JOURNAL
- D'UN
- BOURGEOIS DE PARIS
-
- 1405-1449
-
- PUBLIÉ
- D'APRÈS LES MANUSCRITS DE ROME ET DE PARIS
-
- PAR
-
- ALEXANDRE TUETEY
-
- [Illustration]
-
- A PARIS
- Chez H. CHAMPION
- Libraire de la Société de l'Histoire de Paris
- Quai Malaquais, 15
-
- 1881
-
-
-
-
-INTRODUCTION.
-
-
-La chronique anonyme des règnes de Charles VI et de Charles VII, que les
-érudits désignent traditionnellement sous le nom de _Journal d'un
-bourgeois de Paris_, est depuis longtemps connue et appréciée. On sait,
-grâce aux curieuses investigations de M. Longnon[1], que dès l'année 1596
-Étienne Pasquier, dans ses _Recherches de la France_, mit en œuvre cet
-important document, mais ce fut en 1653 seulement que Denis Godefroy
-inséra, dans son recueil des historiens de Charles VI[2], une suite
-d'extraits empruntés au Journal parisien; les passages dont Godefroy a
-publié le texte sont généralement tronqués, souvent même arrangés à la
-fantaisie de l'éditeur et la langue en est rajeunie. La première édition
-complète du _Journal_ parut en 1729, par les soins de l'académicien La
-Barre, et remplit les 208 premières pages du volume intitulé: _Mémoires
-pour servir à l'histoire de France et de Bourgogne_; c'est la seule qui
-ait reproduit le texte intégral de la chronique parisienne, mais de
-nombreuses incorrections déparent ce texte. Les auteurs des grandes
-collections historiques publiées de nos jours, comme Buchon, Michaud et
-Poujoulat, n'ont fait que copier l'édition de La Barre, en lui donnant
-une physionomie plus moderne.
-
- [1] _Mém. de la Société de l'Histoire de Paris_, t. II, p. 310 et
- ss.
-
- [2] _Histoire de Charles VI, roy de France_, p. 497-528.
-
-
-Notre introduction sera divisée en deux parties: l'une sera consacrée à
-une étude des manuscrits du _Journal_ qui sont parvenus jusqu'à nous et à
-la recherche de ceux qu'ont connus les anciens éditeurs; l'autre aura
-pour but d'établir la personnalité de l'auteur anonyme de cette précieuse
-chronique parisienne.
-
-
-I.
-
-LES MANUSCRITS.
-
-§ I.--_Manuscrits de Paris._
-
-1) Bibliothèque nationale, collection Dupuy, no 275. _Mémoires pour
-l'histoire du roi Charles VI._
-
-Ce titre ajouté par Pierre Dupuy est celui d'un extrait entièrement écrit
-de la main de Claude Dupuy, et communiqué par son fils, Jacques Dupuy,
-prieur de Saint-Sauveur, à Denis Godefroy, qui le publia mot pour mot, en
-1653, à la suite de son édition de Juvénal des Ursins[3], en y comprenant
-même les listes des évêques, prévôts de Paris, prévôts des marchands,
-jointes en appendice par Claude Dupuy. La seule indication chronologique
-que porte cet extrait est celle placée au-dessous du titre par Pierre
-Dupuy, indication se rapportant à l'année 1630.
-
- [3] _Histoire de Charles VI, roy de France_, p. 497-528.
-
-Indépendamment de l'extrait de Claude Dupuy, on possède la transcription
-exécutée sous les auspices de Pierre de l'Étoile, reproduisant fidèlement
-la copie partielle de Dupuy; cette transcription se trouve aux folios 23
-à 61 du manuscrit 10,303 du fonds français[4].
-
- [4] Cf. _Mémoires-Journaux de Pierre de L'Estoile_, t. VIII, p.
- 321.
-
-Quant à l'exemplaire complet dû aux soins de Claude Dupuy, dont parle
-Godefroy[5], nous n'avons pu en découvrir aucune trace.
-
- [5] _Histoire de Charles VI._--Cf. _Mémoires de la Soc. de
- l'Histoire de Paris_, t. II, p. 312, note 3.
-
-
-2) Bibliothèque nationale, fonds français, no 10,145 (ancien supplément
-1984 bis); petit in-folio sur papier, reliure moderne.
-
-Il y a tout lieu de croire que la copie du Journal parisien, conservée
-sous le no 10,145 du fonds français, a servi de base à l'édition de La
-Barre; en effet, plusieurs des leçons défectueuses données par le premier
-éditeur du Journal appartiennent à ce manuscrit et ne se retrouvent ni
-dans le manuscrit de Paris dont nous parlerons plus loin, ni dans le
-manuscrit de Rome.
-
-Voici quelques exemples qui permettront de se rendre compte de l'analogie
-existant entre l'édition de La Barre et le manuscrit en question:
-
- La Barre, p. 91: _et d'une celle aspre gelée_, leçon fautive du
- manuscrit 10,145, tandis que la bonne leçon est: _et dura celle
- aspre gelée_.
-
- P. 92: _grant contencion_, leçon du manuscrit 10,145, lisez
- _grant tençon_.
-
- P. 94: _Or bien quel dommage_, leçon du manuscrit 10,145, la
- vraie leçon est: _Or voyez quel dommage_.
-
- P. 105: _ces larrons reposoient_, leçon du manuscrit 10,145, au
- lieu de _reperoient_.
-
- P. 125: _plus ne jetassent_, version du manuscrit 10,145, lisez
- _ne gastassent_.
-
- P. 130: _et ne trouvoient_ ne femme ne enfant qu'ils ne
- prinssent, leçon du manuscrit 10,145, la bonne leçon est
- _n'esparnoient_.
-
- P. 174: _tumberel à voire la journée_, suivant le manuscrit
- 10,145, tandis qu'il faut lire _tumberel à boue_.
-
- P. 181: Apres eux _ne venoit_ rien ne que après feu, version du
- manuscrit 10,145, vraie leçon: _ne demouroit_.
-
- P. 186: le roy de France estoit le _droit ourine_ aux larrons,
- d'après le manuscrit 10,145, lisez _droit ourme_.
-
-Comme le montre cet examen comparatif, une certaine conformité paraît
-exister entre le texte de La Barre et celui du manuscrit 10,145, et elle
-est assez grande pour que l'on puisse rattacher l'édition de La Barre à
-ce manuscrit.
-
-Afin de déterminer la date de la transcription représentée par le no
-10,145, nous remarquons que la même main qui a copié ce manuscrit du
-Journal a également pris soin de reproduire, très vraisemblablement à la
-même époque, les vers qui figurent en tête du manuscrit de Rome sous le
-titre de _Bataille du Liège_; cette copie forme une plaquette conservée
-sous le no 10,154 du fonds français. A la fin de ce petit volume on lit
-la note suivante:
-
- Ces vers sont tirés d'un manuscript qui a pour titre: _Bataille
- du Liège_, cotté 813, 769, ce manuscript a appartenu à Jehan
- Maciot, ensuite à la reine de Suède, et enfin est dans la
- bibliothèque Vaticane.
-
-Cette note ne peut s'appliquer qu'au Journal parisien précédé, ainsi que
-nous le verrons, de poésies qui répondent bien au titre en question, et
-terminé par la signature de ce Maciot, visé dans la note ci-dessus.
-
-Il semblerait résulter de cet ensemble de faits que la copie du Journal
-et celle des pièces de vers initiales, constituant les nos 10,145 et
-10,154, ont dû être exécutées, vers la fin du XVIIe siècle, d'après le
-volume actuellement conservé dans les collections du Vatican.
-
-
-3) Bibliothèque nationale, fonds français, no 3480. In-folio sur papier,
-reliure moderne. _Mémoires de Paris soubz Charles VI et VIIe du nom_.
-
-Ce manuscrit s'ouvre par un recueil de dépêches diplomatiques relatives
-aux négociations de la paix de Vervins, en 1598; ces correspondances
-comprennent les 259 premiers folios du volume; les folios 260 à 262 sont
-occupés par deux harangues, la première adressée en 1639 à M. de Gassion
-par un député de la ville de Caen, la seconde sous forme de lettre de
-l'archevêque de Rouen au Cardinal, en date du 29 décembre 1639.
-
-Au folio 264, sous ce titre: _Mémoires de Paris_, etc. commence une copie
-intégrale du Journal parisien, exécutée selon toute apparence dans la
-première moitié du XVIIe siècle. Le texte fourni par le manuscrit 3480
-est incontestablement celui qui se rapproche le plus de la version
-primitive. Quoique le manuscrit débute, comme celui de Rome, par une
-pièce de vers relative à la bataille de Liège, quoiqu'il se termine de la
-même façon, et qu'il contienne identiquement les mêmes lacunes que le
-manuscrit de Rome, il n'en est point la reproduction pure et simple, on
-peut même affirmer qu'il nous offre une transcription, sinon de
-l'original lui-même, au moins d'un exemplaire du Journal plus complet que
-celui qui est représenté par le volume du fonds de la Reine.
-
-Une collation attentive de ce nouveau manuscrit avec le texte contenu
-dans le manuscrit de Rome nous a permis de rétablir un passage assez
-étendu se référant aux événements de l'année 1438; pour faire juger de
-l'importance de cette restitution, il suffira de dire que le passage en
-question comprend six folios du volume du fonds français. Bien que le
-manuscrit 3480 soit à certains égards plus complet que celui du Vatican,
-il nous fournit cependant un texte beaucoup moins correct, par suite de
-l'inintelligence des scribes qui ont dénaturé le sens de nombreux
-passages, nous disons des scribes, parce que l'on remarque deux écritures
-distinctes, l'une qui va du folio 264 au folio 351 inclus, l'autre du
-folio 352 à 464.
-
-§ 2.--_Manuscrit de Rome._
-
-Le volume catalogué sous le no 1923 du fonds de la reine de Suède est un
-petit in-folio sur papier, revêtu d'une reliure rouge assez commune, il
-comprend 187 folios et non 250 comme l'a imprimé M. Paul Lacroix dans sa
-notice[6]. Les onze premiers folios du manuscrit contiennent une assez
-longue pièce de vers en deux parties intitulées: la _Bataille du Liège_
-et les _Sentences du Liège_. Cette insipide poésie, relative à la prise
-d'armes des Liégeois contre leur évêque en 1408, n'est guère qu'une
-fastidieuse énumération des seigneurs bourguignons envoyés par Jean
-Sans-Peur pour réprimer cette rébellion; elle commence ainsi: _A l'onneur
-de toute noblesse et en exaussant gentillesse_.
-
- [6] Champollion-Figeac, _Documents historiques_, t. III, p. 275.
-
-La pièce en question sert pour ainsi dire de prologue au Journal et
-paraît n'avoir été mise en tête du volume que pour accompagner le récit
-tronqué par lequel débute l'extrait de Godefroy. Ce fragment de Journal,
-qui se trouve au folio 12 de notre manuscrit, se rapporte à la fin de
-l'année 1408 et au commencement de l'année 1409; il a précisément trait à
-la révolte des Liégeois contre leur évêque, en septembre 1408, et à
-l'entrée solennelle de Charles VI à Paris, le 17 mars suivant. C'est
-seulement au folio 13 que commence le Journal parisien proprement dit,
-tel que nous le lisons dans La Barre et tel que l'ont reproduit tous les
-éditeurs subséquents. A partir de là le Journal se continue sans
-interruption dans l'ordre chronologique et finit bien à l'année 1449, par
-le passage qu'avait déjà indiqué M. Paul Lacroix.
-
-L'écriture du manuscrit de Rome est sans conteste du XVe siècle,
-néanmoins nous ne saurions considérer ce texte comme l'original de la
-Chronique parisienne si intéressante pour l'histoire des règnes de
-Charles VI et Charles VII. Voici l'ensemble des déductions sur lesquelles
-repose notre opinion. En premier lieu, la présence de ces poésies qui
-n'ont qu'un rapport bien indirect avec le Journal parisien, ensuite une
-interversion dans la suite des événements qui font l'objet du Journal.
-Comme nous l'avons déjà remarqué, la _Bataille_ et les _Sentences du
-Liège_ sont suivies d'un fragment incomplet du commencement, se
-rattachant aux faits des années 1408 et 1409 mentionnés plus haut, ce
-fragment se termine par un lambeau de journal relatif à un orage
-épouvantable survenu à Paris le 30 juin 1411. Telle est la matière d'un
-folio, le douzième du manuscrit; au folio suivant, nous tombons sur un
-passage que tous les éditeurs sans exception ont rapporté à l'année 1408,
-tandis qu'en réalité les événements racontés par le chroniqueur
-appartiennent à l'année 1405. L'auteur du Journal parisien relate, entre
-autres faits, l'arrivée de l'évêque de Liège à Paris; or ce voyage, au
-dire de chroniqueurs bien informés[7], eut lieu au mois de septembre
-1405 et nullement en septembre 1408, époque à laquelle le prélat aux
-prises avec une situation extrêmement critique ne pouvait songer à un
-aussi lointain voyage.
-
- [7] Voici un passage de la _Chronique de Jean Stavelot_ (p. 95)
- qui détermine nettement l'époque du voyage de Jean de Bavière:
- «_Comment monsangneur de Liege s'en alat noblement a
- Paris_.--L'an M CCCC et V, le secon jour de septembre, soy partit
- monsangneur Johans de Bealwiers de Liege et chevalchat vers
- monsangneur le duc de Bourgongne à Paris, son seroige.»
-
-Il n'est point possible d'admettre, pour le manuscrit original d'une
-œuvre historique, une semblable confusion dans le récit des événements.
-On nous objectera peut-être que ce défaut de suite peut provenir de
-lacunes causées par des mutilations dont le manuscrit aurait eu à
-souffrir; mais ce n'est pas le cas en ce qui concerne ces folios 12 et
-13, aucune trace de lacération n'est visible. A ce point de vue spécial,
-le manuscrit de Rome a été de notre part l'objet d'un examen attentif;
-comme les éditeurs s'accordaient à signaler des feuillets déchirés et que
-généralement ces lacunes coïncident avec des fins de pages, nous avons
-vérifié avec le plus grand soin les endroits incomplets et nous avons pu
-constater qu'aucun feuillet n'avait été arraché. Ce qui a levé tous nos
-doutes à cet égard, c'est que l'une des lacunes, relative à la
-publication de la paix faite à Paris le 1er avril 1412, existe dans le
-manuscrit en haut du folio 22 vº, et ne peut par conséquent provenir que
-d'un exemplaire du journal déjà incomplet, dont notre volume ne serait
-que la reproduction. Une nouvelle particularité viendrait non seulement à
-l'appui de cette thèse, mais tendrait encore à faire admettre un original
-aujourd'hui perdu. La main d'un annotateur du xvie siècle signale entre
-les folios 60 et 61 l'absence de _trois_ feuillets, et cependant l'œil
-le plus exercé ne peut apercevoir la moindre trace de lacération; il
-faudrait donc supposer, ou que ce chiffre est donné au hasard et d'une
-façon purement approximative, ou que l'auteur de la note avait
-connaissance d'un manuscrit plus complet. La lacune dont il s'agit est
-d'autant plus regrettable qu'elle porte sur un passage contenant le récit
-de la mort de Jean Sans-Peur; peut-être ce passage a-t-il été supprimé
-dans le texte primitif, en raison des attaques violentes à l'adresse des
-Armagnacs, dont l'auteur du Journal, bourguignon passionné, avait dû
-entremêler sa narration.
-
-Un dernier argument à faire valoir en faveur de l'existence d'un
-manuscrit original se tire du fait suivant que personne n'a relevé
-jusqu'ici.
-
-Le chroniqueur parisien raconte, à la date du 6 juin 1429, la naissance
-d'un enfant phénoménal à Aubervilliers, et joint à la description de ce
-monstrueux produit un dessin qu'il mentionne à deux reprises en ces
-termes: _Ainsi comme cette figure est, comme vous voyez_. Le manuscrit de
-Rome ne contient à cet endroit aucun genre d'illustration; le copiste, ne
-se sentant probablement aucun goût artistique, s'est contenté de ménager
-dans la marge la place nécessaire pour l'exécution du croquis, place qui
-est restée en blanc[8].
-
- [8] Le manuscrit d'Aix décrit plus loin contient un croquis très
- grossièrement exécuté et dénué de toute valeur artistique.
-
-
-Dans ses ingénieuses conjectures sur l'auteur du Journal parisien, M.
-Longnon a montré tout l'attrait que ce précieux document avait pour les
-érudits dès la seconde moitié du XVIe siècle; on voit à ce moment ce
-vieux livre, lu et relu, passer de main en main[9]. La couche épaisse de
-crasse qui recouvre les bords du manuscrit de Rome témoigne en effet d'un
-fréquent usage. De nombreuses annotations remplissent les marges de ce
-volume; elles sont dues à deux mains différentes. L'une des écritures,
-assez grosse et assez nettement tracée, offre beaucoup d'analogie avec
-les premières pages d'un manuscrit du fonds français (no 24,726)
-intitulé: _Veilles et observations sur la lecture de plusieurs autheurs
-françois_ par Claude Fauchet. Aussi nous n'hésitons pas à lui attribuer
-la paternité de ces notes, et surtout de la remarque suivante, si souvent
-reproduite, qui se trouve au folio 181 vº dans la marge de droite: «Il
-semble que l'autheur ait esté homme d'église ou docteur en quelque
-faculté, pour le moins de robe longue.»
-
-Elle est certainement du président Fauchet et permet d'établir avec
-certitude la provenance du Journal, qui des mains de Fauchet passa en
-celles de Petau pour entrer ensuite dans la bibliothèque de la reine
-Christine.
-
-Une autre écriture, avons-nous dit, se remarque encore sur les marges,
-celle-ci est beaucoup plus ténue et présente tous les déliés des
-écritures courantes du XVIe siècle. Elle doit être en effet de la seconde
-moitié de ce siècle, et postérieure en tous cas à l'année 1567, car l'une
-des observations du commentateur, consignée en marge du manuscrit, à
-propos d'un vent violent qui s'éleva à Paris le 7 octobre 1434, porte ce
-qui suit:
-
- Vent pareil à celuy qui fut l'an 1567, le lundi, mardi et
- mercredi, 14, 15 et 16 de juillet et le dimenche 7 septembre.
-
-Quelle est au point de vue historique la valeur du manuscrit qui renferme
-la version la plus ancienne du Journal parisien. Le texte contenu dans ce
-manuscrit est-il, comme le présume M. Paul Lacroix, beaucoup plus ample
-que celui de l'édition donnée par La Barre? Il est hors de doute que plus
-d'une rectification pourra, grâce à cet exemplaire, être apportée au
-texte du Journal parisien, et que des omissions assez importantes seront
-réparées; mais il serait illusoire de chercher à combler des lacunes qui
-se remarquent dans toutes les éditions. Ces lacunes regrettables existent
-également dans le manuscrit de Rome; elles ne sont point le résultat de
-lacérations opérées sur ce volume, mais proviennent, nous l'avons dit,
-d'une cause toute différente.
-
- [9] _Mémoires de la Société de l'Histoire de Paris_, t. II, p.
- 311 à 313.
-
-
- § 3.--_Manuscrit d'Aix._
-
-Le manuscrit 316 de la bibliothèque d'Aix, que M. Quicherat nous a
-signalé d'après le catalogue récemment publié par M. U. Robert[10], fait
-partie de la collection Méjanes et provient de la bibliothèque d'un
-amateur également célèbre, Charles de Baschi, marquis d'Aubais, comme le
-montre une étiquette à ses armes, collée à l'intérieur de la couverture.
-C'est un volume in-folio de 364 pages, mesurant 30 cent. de haut sur 21
-cent. de large, relié en maroquin rouge, avec armoiries dorées sur les
-plats et sur le dos, assez difficiles à déterminer, mais qui sembleraient
-avoir quelque analogie avec celles de la maison d'Aumont[11]. Au premier
-folio se lisent les mots: _Ch. Charost._ 1721. Le titre inscrit au dos du
-volume est: _La bataille du Liège_.
-
- [10] U. Robert. _Inventaire sommaire des manuscrits des
- bibliothèques de France_, t. I, p. 9, no 319.
-
- [11] Suivant la description que nous devons à l'obligeance de M.
- Gaut, bibliothécaire de la ville d'Aix, l'écusson porte sept
- merlettes placées 2, 3, 2; il a pour supports des griffons, et
- pour cimier un casque avec une merlette.
-
-Le manuscrit d'Aix appartient à deux époques différentes, ou plutôt il se
-compose de deux transcriptions distinctes qui ont été juxtaposées.
-L'écriture des 28 premières pages et des pages 197 à 364 se rapporte au
-milieu du xviie siècle; quant à celle des folios 29 à 196, suivant
-l'opinion d'un érudit distingué, M. Tamizey de Larroque, elle serait de
-la fin du xvie siècle. La portion du Journal transcrite au XVIIe siècle
-se réfère aux années 1411 à 1427, tout le reste de la chronique est du
-XVIe siècle.
-
-Ce volume comprend absolument les mêmes matières que les autres
-manuscrits du Journal parisien, c'est-à-dire: 1º un poème sur la
-_bataille du Liège_, fol. 1 à 16; 2º les _Sentences du Liège_, fol. 17 à
-22; 3º le Journal du prétendu bourgeois de Paris, sous cet intitulé:
-_Charles VI, roi de France, IIIIc VIII_, fol. 28 à 364.
-
-La chronique débute par cette phrase tronquée concernant la défaite des
-Liégeois: «Dont il leur print mal, car il en mourut là plus de XXVI mil.»
-Il se termine au fol. 364 par le paragraphe relatif «au moult bel
-eschaffaut fait en la grant rue Saint-Martin devant la fontaine Maubué.»
-
-Le texte du Journal parisien contenu dans le manuscrit d'Aix n'est pas
-sans valeur, parce qu'il nous donne ce curieux passage de l'année 1438,
-en déficit dans le ms. de Rome, que nous publions pour la première fois
-d'après le volume 3480 du fonds français; il doit par conséquent dériver
-soit de ce manuscrit, soit plutôt d'un original qui ne nous est point
-parvenu. Une collation attentive de ce fragment, faite par les soins de
-M. Ch. Joret, professeur à la faculté des lettres d'Aix, ne nous a fourni
-que des variantes de peu d'importance; grâce à l'obligeance du même
-érudit, nous avons pu constater que les lacunes si regrettables du
-manuscrit de Rome ne seront point comblées par celui de la Méjanes.
-
-
-Tels sont à notre connaissance les manuscrits du Journal parisien qui
-subsistent aujourd'hui. Il nous semble nécessaire de donner une
-classification de ces manuscrits et d'indiquer ceux qui nous ont servi
-pour l'établissement de notre texte. En première ligne, se place un
-original inconnu dont la trace est perdue. De cet original plus ou moins
-mutilé dérivent trois manuscrits: le premier, copié au XVe siècle, c'est
-celui du Vatican; le second, transcrit au XVIIe, aujourd'hui le manuscrit
-3480 du fonds français; le troisième, en deux parties à peu près d'égale
-étendue, écrites, l'une au XVIe, l'autre au XVIIe siècle, constitue le
-manuscrit d'Aix. C'est du manuscrit de Rome que semblent dériver la copie
-du fonds français no 10,145, ainsi que les divers extraits conservés sous
-les nos 275 de Dupuy et 10,303 du fonds français.
-
-Le manuscrit de Rome, qui a conservé l'orthographe du XVe siècle se
-rapprochant le plus de la version originale, a servi de base à notre
-texte; mais nous avons relevé avec le plus grand soin, dans le no 3480 du
-fonds français, les variantes de nature à compléter ou rectifier le texte
-fourni par le manuscrit du fonds de la Reine. Tous les passages que nous
-avons mis entre crochets indiquent les lacunes fort nombreuses du
-manuscrit de Paris.
-
-Nous manquerions à tous nos devoirs, si avant de terminer cette partie de
-notre introduction nous ne reconnaissions le zèle et le dévouement avec
-lequel MM. Robert de Lasteyrie et Aug. Longnon nous ont aidé de leurs
-conseils, le premier pour l'établissement du texte, le second pour la
-révision des épreuves. Qu'ils veuillent recevoir ici l'expression de
-notre vive et profonde gratitude.
-
-
-II.
-
-L'AUTEUR DU JOURNAL PARISIEN.
-
-§ 1.--_Opinions émises jusqu'à ce jour._
-
-Dès la fin du XVIe siècle, les érudits ont cherché à soulever le voile
-sous lequel se cache l'auteur de l'intéressante chronique, depuis
-longtemps connue sous le nom de _Journal d'un bourgeois de Paris_.
-Étienne Pasquier et le président Fauchet appelèrent les premiers
-l'attention sur ce précieux document qu'ils attribuèrent à un personnage
-ecclésiastique, homme d'église ou théologien; c'est notamment Fauchet qui
-inscrivit en marge du plus ancien manuscrit de notre Journal la note
-suivante: «Il semble que l'autheur ait esté homme d'eglise ou docteur en
-quelque faculté, tout au moins de robe longue.» Cette mention se trouve
-précisément en regard du passage tant de fois cité où le narrateur se met
-en scène au milieu des clercs qui argumentèrent contre Fernand de
-Cordoue, ce jeune Espagnol, dont le savoir prodigieux émerveilla
-l'Université.
-
-Au milieu du XVIIe siècle, Denis Godefroy inséra dans son recueil
-consacré au règne de Charles VI, des extraits de notre chronique et la
-donna comme l'œuvre d'un bourgeois de Paris.
-
-Au XVIIIe, l'académicien de La Barre, à qui nous sommes redevable de la
-première édition complète du Journal parisien, fort embarrassé de
-concilier l'attribution de ce texte à un bourgeois de Paris avec le
-passage signalé plus haut, trouva commode d'imaginer deux auteurs
-successifs, l'un bourgeois de Paris pour la première partie, l'autre
-suppôt de l'Université pour la seconde, à partir de l'année 1431. Bien
-que cette opinion ait été adoptée sans conteste par les éditeurs des
-collections historiques, tels que Buchon et Michaud, elle ne saurait
-soutenir la discussion: comme l'a très justement observé M. Jules
-Quicherat[12], le Journal parisien n'a qu'un style, qu'un esprit et qu'un
-auteur.
-
- [12] _Procès de Jeanne d'Arc_, t. IV, p. 461.
-
-De nos jours de nouvelles hypothèses se sont produites et pour la
-première fois l'on a essayé de dénommer l'auteur présumé du Journal. MM.
-Vallet de Viriville et de Beaucourt[13], se fondant sur le chapitre de la
-chronique de Mathieu d'Escouchy, relatif au _josne clerc natif des
-Espaingnes_, ont cru pouvoir considérer comme l'auteur de la chronique
-des règnes de Charles VI et Charles VII un théologien bien connu, Jean de
-l'Olive, l'un des docteurs de l'Université qui assistèrent à la dispute
-du collège de Navarre; mais la seule présence de Jean de l'Olive à
-l'examen du clerc espagnol dans une assemblée comptant, au dire de
-l'auteur du Journal, plus de cinquante des plus parfaits clercs de
-l'Université suffit-elle pour justifier des conclusions aussi
-affirmatives? Nous ne le pensons pas.
-
- [13] Vallet de Viriville, _Histoire de Charles VII_, t. III, p.
- 97.--De Beaucourt, _Chronique de Mathieu d'Escouchy_, t. I, p.
- 72.
-
-Récemment, l'un de nos chercheurs les plus ingénieux et les plus heureux
-a repris la question, et dans un intéressant mémoire[14] a émis de
-nouvelles conjectures qui méritent un plus sérieux examen.
-
- [14] _Conjectures sur l'auteur du Journal parisien de 1409 à
- 1449_, dans les _Mémoires de la Société de l'Histoire de Paris_,
- t. II, p. 310 à 329.
-
-
-En effet, grâce au rapprochement fort habile de certaines particularités
-recueillies çà et là dans l'œuvre qui nous occupe, grâce surtout à une
-coïncidence remarquable entre un passage du Journal qui nous montre le
-chroniqueur animé de sentiments peu bienveillants à l'égard de l'évêque
-Denis du Moulin et un procès intenté par ce prélat au curé de
-Saint-Nicolas-des-Champs, M. Longnon n'est pas éloigné de penser que
-l'auteur du Journal parisien serait Jean Beaurigout, qui exerçait en 1440
-les fonctions curiales à Saint-Nicolas-des-Champs.
-
-Cette attribution nouvelle qui repose sur un ensemble de faits
-rigoureusement déduits, n'a soulevé jusqu'ici aucune objection. Est-ce à
-dire que l'on doive accepter sans discussion les conjectures de M.
-Longnon et considérer désormais le curé Beaurigout comme ce conteur plein
-de verve, auquel nous devons l'une des plus curieuses chroniques du XVe
-siècle? ce n'est point notre sentiment. Notre tâche d'éditeur nous impose
-l'obligation de soumettre à une impartiale critique les résultats obtenus
-par M. Longnon et de voir s'ils concordent en tous points avec les
-données de notre Journal.
-
-M. Longnon s'appuie tout d'abord sur le récit d'événements qui se
-passèrent à Paris, au mois d'août 1413 et au mois de février 1414, pour
-placer la demeure du prétendu bourgeois de Paris dans le quartier de la
-ville situé sur la rive droite de la Seine, son jugement est fondé; mais,
-après avoir conclu d'une mention, spécieuse à la vérité, de
-Saint-Nicolas-des-Champs, que l'auteur du Journal demeurait en 1413 à
-proximité de cette église, notre confrère trouvant, sous l'année 1435, le
-récit d'un événement particulier au cimetière de Saint-Nicolas[15] en
-arrive à considérer que le personnage ecclésiastique auquel on doit le
-Journal était vraisemblablement le curé de cette paroisse. N'est-ce pas
-là un peu s'aventurer, et, avant de tirer parti d'incidents se rattachant
-au séjour du chroniqueur à Paris, pendant les années 1413 et 1414, avant
-de les faire entrer dans l'argumentation qui permet d'attribuer le
-_Journal parisien_ à Jean Beaurigout, curé de Saint-Nicolas-des-Champs en
-1440, ne fallait-il pas démontrer que, dès 1413, ce personnage se
-trouvait investi de fonctions pastorales dans cette église; là est le
-côté faible de la thèse de M. Longnon, côté que ce critique n'a pas au
-reste cherché à dissimuler lorsqu'il dit lui-même n'avoir pas rencontré
-de mention nominative de Beaurigout comme curé de Saint-Nicolas
-antérieure à l'année 1440.
-
- [15] Il s'agit du récit d'un mouvement populaire dirigé le 4 août
- 1413 contre la faction cabochienne, où nous voyons l'auteur du
- Journal nous dire que l'hôtel de Jean de Troyes fut pillé en
- moins de temps «que on ne seroit allé de Saint-Nicolas-des-Champs
- à Saint-Laurent.» M. Longnon estime qu'en prenant ainsi
- Saint-Nicolas pour point de départ, l'anonyme désigne l'édifice
- le plus rapproché de sa demeure.
-
-Aussi notre premier soin a-t-il été de fixer autant que possible le temps
-pendant lequel ce curé de Saint-Nicolas-des-Champs a conservé le
-gouvernement de sa paroisse et de rechercher en même temps le nom de son
-prédécesseur. La tâche était ardue, les archives du XVe siècle ne
-fournissant que des renseignements très vagues et très clairsemés sur la
-personnalité des curés de Saint-Nicolas-des-Champs. On savait jusqu'ici
-que, le 18 mai 1399[16], les paroissiens de Saint-Nicolas-des-Champs,
-voulant agrandir leur église et construire trois chapelles, entrèrent en
-arrangement avec leur curé, Guillaume de Kaer, chanoine de Notre-Dame,
-docteur en décret, qui venait de succéder à Pierre Mignot.
-
- [16] Arch. nat., S 3453.
-
-Au commencement du XVe siècle, le curé de Saint-Nicolas-des-Champs était
-donc Guillaume de Kaer; durant quel laps de temps exerça-t-il les
-fonctions curiales? Les registres capitulaires de Notre-Dame ne nous
-renseignent que sur l'existence du chanoine, mais ne nous apprennent rien
-sur le curé de Saint-Nicolas-des-Champs, aussi serait-on en droit de
-supposer une résignation de sa cure au profit de Jean Beaurigout, si de
-longues et minutieuses investigations dans les archives du chapitre de
-Notre-Dame ne nous avaient fait découvrir un document décisif qui lève
-tous les doutes à cet égard. En 1416, Guillaume de Kaer se trouvait
-engagé dans un procès contre un épicier de Paris, Philippe Boussac,
-procès qui fut porté devant l'officialité de Sens; comme Guillaume de
-Kaer, en sa qualité de chanoine de Notre-Dame était exempt de la
-juridiction épiscopale, l'official de Sens adressa, le 12 octobre 1416,
-une requête au chapitre de Notre-Dame, à l'effet de faire citer devant
-son tribunal Guillaume de Kaer, lequel dans ce document est qualifié de
-curé de Saint-Nicolas-des-Champs[17]; aussi sommes-nous en droit de
-penser qu'il conserva le gouvernement de sa cure jusqu'à sa mort, arrivée
-le 29 septembre 1418. En présence d'un texte aussi formel, que deviennent
-toutes ces déductions basées sur les différents passages où l'auteur
-du Journal indique en quelque sorte le lieu de sa demeure? elles
-tombent forcément et ne peuvent d'aucune façon s'appliquer à Jean
-Beaurigout, puisque à cette époque il n'avait rien de commun avec
-Saint-Nicolas-des-Champs et que rien n'autorise à croire qu'il aurait
-fixé son domicile à proximité de cette église.
-
- [17] Voici les termes mêmes de la requête en question:
- «Venerabilem virum et discretum, magistrum Guillelmun de Kaer,
- presbyterum, decretorum doctorem, ecclesie Parisiensis canonicum,
- curatumque ecclesie parrochialis Sancti Nicholai de Campis
- Parisiensis.» (Arch. nat., L 408, no 129.)
-
-Si jusqu'en 1418 Jean Beaurigout semble absolument étranger à
-Saint-Nicolas-des-Champs, l'on ne saurait mettre en doute qu'il fut le
-successeur immédiat de Guillaume de Kaer et qu'il resta curé de
-Saint-Nicolas-des-Champs pour toute la durée de la domination anglaise;
-c'est ce qui ressort d'un acte de désaisine du mois de juillet 1421, pour
-une maison sise rue Saint-Martin et vendue à Anceau Langlois, prêtre,
-acte où nous voyons intervenir «venerable et discrete personne, messire
-Jehan Beaurigot, curé de S. Nicolas des Champs[18].» On peut donc
-affirmer avec certitude que c'est le même personnage qui, en 1429, se
-déclara publiquement l'un des adhérents de la politique anglaise, en
-jurant devant le Parlement l'exécution du traité de Troyes. Ce fait vient
-à l'appui de la thèse soutenue par M. Longnon, et il semblera tout
-naturel d'établir un rapprochement entre les actes de ce curé parisien,
-partisan non déguisé de la domination étrangère, et le Journal de ce
-prétendu bourgeois de Paris où percent à chaque page les sentiments de
-haine acharnée que nourrit l'auteur contre la faction des Armagnacs.
-
- [18] Arch. nat., S 1448{1}, fol. 186 vº.
-
-Gardons-nous toutefois de céder à cet entraînement, reprenons le texte du
-Journal parisien et poursuivons l'examen des particularités qui semblent
-aux yeux de M. Longnon justifier l'attribution du Journal au curé
-Beaurigout.
-
-Le seul fait que l'on puisse signaler pour la période comprise entre les
-années 1418 et 1436 est celui qui est relaté à la date de septembre 1435,
-et encore concerne-t-il non l'église de Saint-Nicolas-des-Champs, mais
-son cimetière. Il s'agit d'un seigneur anglais, le neveu du sire de
-Falstaff, tué à l'assaut tenté contre la ville de Saint-Denis, et dont
-les restes furent enterrés dans le cimetière de Saint-Nicolas, après
-avoir subi une sorte de cuisson dans une chaudière pour séparer les os de
-la chair. Il est certain que l'auteur du Journal entre dans des détails
-minutieux sur cette opération; mais, parce que le cimetière de
-Saint-Nicolas-des-Champs est désigné comme lieu de sépulture de ce
-chevalier anglais, est-ce suffisant pour en conclure que le curé de
-Saint-Nicolas était vraisemblablement l'auteur du Journal? Notre anonyme
-ne rapporte-t-il pas un trait absolument analogue en 1429, lorsqu'il
-raconte la mort de Glasdale, dont le corps fut également ramené à Paris,
-«despecé par quartiers, boullu, embasmé» et mis dans une chapelle à
-Saint-Merry? L'auteur ne compte-t-il pas le nombre des cierges qui
-brûlaient nuit et jour devant le corps de ce capitaine? Il faut convenir
-que ces détails recueillis par le narrateur et qui ne pouvaient guère
-intéresser que le clergé de Saint-Merry n'ont pas plus d'importance que
-ceux dont notre chroniqueur nous entretient à propos de la mort du neveu
-de Falstaff.
-
-Voilà donc en quoi se résume, pour la période postérieure à 1418, le seul
-et unique fait relatif, non à l'église, mais au cimetière de
-Saint-Nicolas. En continuant à raisonner dans l'hypothèse qui permettrait
-de rattacher à Jean Beaurigout le Journal parisien, l'on est
-involontairement frappé du profond silence que garde ce curé dans le
-cours de son existence sur tout ce qui peut toucher son église. Comment
-s'expliquer, par exemple, que dans un laps de temps qui comprend plus de
-vingt années, il n'ait pas trouvé une particularité digne de fixer son
-attention et de prendre place dans un memento composé de notes
-journalières, lorsqu'une grande partie de la chronique n'est remplie que
-de ces incidents de la vie quotidienne, de ces menus détails auxquels se
-complaît l'auteur? Il est vraiment surprenant que l'anonyme auquel
-nous devons le Journal parisien, s'il doit s'identifier avec le
-curé de Saint-Nicolas-des-Champs, ne souffle mot de la réédification
-de son église, qui eut lieu en 1420, et qu'il ne parle point d'une
-transaction conclue le 25 janvier 1421, entre le curé joint aux
-marguilliers de Saint-Nicolas d'une part, et les religieux de
-Saint-Martin-des-Champs d'autre part, au sujet de la construction
-d'un nouveau presbytère attenant à l'église[19]. Si Jean Beaurigout,
-curé de Saint-Nicolas-des-Champs de 1419 à 1440 (au moins), est bien
-l'auteur de notre Journal, comment se fait-il que sa chronique ne
-renferme aucune allusion à un fait assez curieux qui se passa au mois
-de janvier 1439, et qui dut fortement émouvoir la personne du curé
-de Saint-Nicolas, à raison du scandale causé dans son église? Voici
-de quoi il est question. Vers le milieu de janvier 1439, un libelle
-diffamatoire visant le prieur de Saint-Martin-des-Champs et plusieurs
-autres personnages fut placardé dans l'église de Saint-Nicolas;
-l'officialité, saisie de l'affaire, lança un monitoire contre les
-auteurs inconnus de ce méfait.
-
- [19] Arch. nat., S 3453.
-
-Le dimanche 8 février, un sermon fut prêché à Saint-Nicolas-des-Champs,
-par un religieux jacobin, qui exposa «en quel inconvenient de conscience
-s'estoient mis ceulx qui avoient fait ung libelle diffamatoire.» Suivant
-le compte du receveur de Saint-Martin-des-Champs[20], auquel nous
-empruntons ces détails, après le sermon le prieur de Saint-Martin fit
-offrir une collation au prédicateur «en attendant le disner, en l'ostel
-du Gros Tournois, devant l'eglise de Sainct Nicolas.» Toutes ces
-particularités, qui ne présentent à nos yeux qu'un intérêt très
-restreint, avaient une tout autre importance dans le milieu où vivait un
-homme d'église du XVe siècle. Pour le curé de Saint-Nicolas-des-Champs,
-l'apposition d'un libelle diffamatoire dans son église, le sermon prêché
-par ce jacobin, étaient autant d'événements de nature à produire
-impression sur son esprit et qu'il n'eût pas manqué de rappeler dans sa
-chronique.
-
- [20] Arch. nat., LL 1383, fol. 130 rº, 159 vº.
-
-Or, comme il est facile de s'en convaincre, l'auteur du Journal parisien,
-pour toute l'année 1439, ne mentionne même pas l'église de
-Saint-Nicolas-des-Champs, pas plus qu'il ne s'en occupe en 1440 et 1441,
-au moment où le curé Beaurigout était en procès avec son évêque. Nous
-touchons ici au principal argument, dont s'est servi M. Longnon, pour
-justifier l'attribution du Journal parisien à Jean Beaurigout; à première
-vue, il paraît décisif, tellement le jugement sévère porté par notre
-chroniqueur sur l'évêque de Paris cadre bien avec l'animosité que
-Beaurigout devait nourrir à cette époque contre Denis du Moulin, son
-adversaire en cour du Parlement. Mais, en relisant le passage sur lequel
-s'appuie M. Longnon et que ce critique reproduit en entier dans ses
-_Conjectures_, on constate facilement qu'il comprend plusieurs détails
-sans lien aucun avec le procès soutenu par Jean Beaurigout au Parlement
-de Paris; ce n'est que très incidemment, en effet, que l'auteur du
-Journal arrive à dire que Denis du Moulin «avoit plus de cinquante procès
-au Parlement et que de lui n'avoit on rien sans procès.» Par quel
-enchaînement d'idées cette réflexion est-elle amenée, s'agit-il dans ce
-qui précède de l'église de Saint-Nicolas-des-Champs et de son curé?
-Nullement, le chroniqueur commence par nous apprendre qu'en 1440, le
-cimetière des Innocents fut mis en interdit pendant quatre mois, et ce
-par suite des prétentions exagérées de l'évêque de Paris, qui réclamait
-une somme d'argent dépassant les ressources de l'église des Innocents;
-c'est donc l'église des Innocents et non celle de Saint-Nicolas-des-Champs
-qui est en question. Comprendrait-on dans la bouche du curé de cette
-dernière église une diatribe à propos du cimetière et de l'église
-des Innocents qui lui sont absolument étrangers, tandis que lui-même,
-en procès pour sa propre paroisse, garderait le silence sur ce
-qui l'intéresse personnellement; ce n'est pas admissible, à moins
-de prétendre que l'auteur de notre Journal ait voulu cacher avec
-un soin jaloux sa personnalité. Plus loin, après avoir montré l'esprit
-processif et cupide de l'évêque Denis du Moulin, le chroniqueur insiste
-longuement sur certains procédés vexatoires imaginés par ce prélat et ses
-officiers pour extorquer de l'argent, en faisant rendre compte
-d'exécutions testamentaires, dont la trace s'était perdue. Quel rapport
-cela a-t-il avec le procès du curé Beaurigout et l'administration de la
-paroisse de Saint-Nicolas-des-Champs? Les préoccupations du chroniqueur
-sont de tout autre nature. S'il nous parle du cimetière des Innocents,
-s'il juge à propos de nous entretenir des testaments et de leur
-exécution, c'est que ses intérêts personnels étaient en jeu, tandis que
-la cure de Saint-Nicolas-des-Champs, comme le prouve surabondamment
-l'ensemble de son Journal, devait lui être complètement étrangère.
-
-Un point qui n'est pas sans importance et que M. Longnon a laissé dans
-l'ombre est celui qui touche à la personne de l'auteur du Journal,
-considéré comme membre de l'Université de Paris. Jean Beaurigout ne nous
-apparaît dans la dissertation de M. Longnon que comme un homme d'église
-assez obscur d'ailleurs; nulle part on n'entrevoit le suppôt de
-l'Université, et cependant, à moins de tenir l'auteur du Journal parisien
-pour l'un de ces «clercs enflés de science», qu'il tourne en ridicule
-dans quelque endroit de ses mémoires, nous devons croire qu'il occupa un
-rang assez élevé dans le corps universitaire, puisqu'il se met au nombre
-«des parfaits clercs» qui prirent part à la dispute du collège de
-Navarre. Beaurigout était-il un théologien, ou appartenait-il à quelque
-autre faculté, comme beaucoup de gens d'église de son temps qui n'étaient
-que simples maîtres ès-arts ou bacheliers en décret? rien ne nous
-renseigne à cet égard; en tout cas, il faut bien que son rôle ait été
-singulièrement effacé pour que pendant plus de quarante ans il soit resté
-en dehors de tout ce qui s'est passé au sein de l'Université.
-
-§ 2.--_Opinion personnelle du présent éditeur._
-
-On le voit, l'opinion émise par M. Longnon soulève certaines objections
-auxquelles il nous paraît difficile de répondre, et nous ne saurions
-considérer comme irréfutable l'attribution du Journal au curé Beaurigout.
-Reprenons l'examen de notre chronique et voyons si le texte conforme aux
-manuscrits ne peut nous apporter aucune donnée nouvelle. Dans plusieurs
-passages déjà signalés par la critique, l'auteur du Journal parle de sa
-personne, mais en termes si ambigus qu'il ne laisse point pénétrer son
-individualité. Ainsi l'on savait bien jusqu'à présent qu'en mai 1427, il
-se trouva parmi les personnages ecclésiastiques qui accompagnèrent une
-procession jusqu'à Montmartre; mais quel parti peut-on tirer d'un
-renseignement aussi vague? Ici le manuscrit de Rome devient d'un précieux
-secours, et nous permet de restituer ce passage de façon à introduire un
-élément nouveau dans la discussion[21]. En effet il n'est pas indifférent
-de savoir qu'au lieu d'_eschevins enfondrez_, il faut lire _chemins
-effondrés_, qu'il s'agit d'une cérémonie exclusivement religieuse et que,
-le lundi qui précéda l'Ascension (26 mai 1427), ce fut _la procession de
-Nostre-Dame_ qui se rendit à Montmartre. En présence de déclarations
-aussi explicites, n'est-il pas permis de supposer avec quelque
-vraisemblance que l'auteur du Journal parisien, qui est, ne l'oublions
-pas, un homme d'église, pouvait bien faire partie du clergé de
-Notre-Dame, soit à titre de chanoine, soit à titre de chapelain? On nous
-objectera sans doute que cette procession, comme la plupart de celles qui
-avaient lieu à cette époque, pouvait comprendre non seulement les prêtres
-de Notre-Dame, mais encore ceux d'autres églises.
-
- [21] Nous reproduisons le texte de notre chroniqueur, tel qu'il
- se trouve dans La Barre et dans toutes les éditions: «Le lundy
- devant l'_Ascension de Nostre Dame et sa compaignie_ furent à
- Montmartre, et ce jour ne cessa de plouvoir depuis environ neuf
- heures au matin jusques à trois heures après disner, non pas
- qu'ils se musassent pour la pluie, mais pour certain les
- _eschevins_ furent si très fort _enfondrez_ entre Montmartre et
- Paris que nous mismes une heure largement à venir de Montmartre à
- Saint-Ladre.»
-
-Nous répondrons que notre chroniqueur n'entend point parler d'une de ces
-processions _générales_ qui mettaient en mouvement toute la population
-parisienne, et où l'on voyait cheminer côte à côte prêtres, suppôts de
-l'Université, magistrats et bourgeois, celles-là sont toujours bien
-clairement désignées dans notre Journal; l'auteur n'a en vue qu'une
-procession _ordinaire_ du clergé de Notre-Dame, qui se rendait chaque
-année à Montmartre, le jour de la fête des Rogations, cérémonie
-particulière à l'église cathédrale, à laquelle ne devaient participer que
-les prêtres appartenant au corps de Notre-Dame[22].
-
- [22] Les registres capitulaires de Notre-Dame établissent
- constamment une distinction entre les processions propres à
- Notre-Dame et les processions générales; dans la première
- catégorie peuvent être rangées les processions qui se faisaient
- traditionnellement chaque année à Saint-Martin-des-Champs et à
- Montmartre. Il suffit de parcourir les registres capitulaires du
- XVe siècle pour rencontrer, pour ainsi dire chaque année, mention
- des processions de la fête des Rogations particulières à
- Notre-Dame.
-
- En voici quelques exemples:
-
- 1434.--«Veneris XX et ultima aprilis. Fiant processiones
- Rogationum, ut in anno precedenti.» (Arch. nat., LL 217, fol. 94.)
-
- 1435.--«Veneris XX maii. Fiant processiones in ebdomada proxime
- venienti ........ prout in anno preterito, propter guerras et
- pericula, et fiat statio ante Sanctum Nicolaum.» (Arch. nat., LL
- 217, fol. 147.)
-
- 1443.--«Veneris XXIV maii. Fiat die lune proxima processio
- Ecclesie apud Sanctum Montem martyrum.» (Arch. nat., LL 218, fol.
- 437.)
-
-Le passage du Journal relatif à la procession du 26 mai 1427 avait déjà
-frappé l'attention du plus ancien possesseur connu du manuscrit de Rome,
-le président Fauchet, qui inscrivit en marge de son volume la réflexion
-suivante: «Il semble que l'autheur fut du corps de Nostre Dame.» Du
-moment que notre chroniqueur, auquel on ne peut refuser la qualité
-d'homme d'église, se met en scène parmi les prêtres qui prirent part à
-une procession spéciale au clergé de Notre-Dame, n'est-il pas rationnel
-de croire qu'il appartenait lui-même à ce clergé? Bien que Beaurigout ait
-été l'un des chapelains de l'autel Saint-Léonard en l'église cathédrale,
-sa personne semble _a priori_ devoir être écartée; en effet, les
-registres synodaux de Notre-Dame[23] qui à partir de 1428 donnent les
-noms de tous les chapelains année par année, ne nous montrent Jean
-Beaurigout comme titulaire de cette chapellenie qu'à une époque qui ne
-saurait être antérieure à l'année 1435[24]. Eu égard au rang important
-que l'auteur du Journal devait occuper dans l'Université, c'est plutôt
-dans le corps des chanoines que dans celui des chapelains que ce
-personnage doit être recherché.
-
- [23] Arch. nat., LL 446.
-
- [24] Jean Beaurigout figure parmi les chapelains de Saint-Léonard
- à la date du 23 février 1436 dans le registre des chapellenies de
- Notre-Dame (Arch. nat., LL 192, fol. 1).
-
-Nos investigations ont donc forcément dû prendre une autre direction; à
-force de compulser les registres capitulaires de Notre-Dame et de
-comparer les données que nous y avons recueillies avec le texte de notre
-chronique, nous croyons pouvoir établir que l'homme d'église, à qui nous
-sommes redevables du Journal parisien, est précisément un chanoine de
-Notre-Dame, Jean Chuffart, successeur de l'illustre Gerson dans le poste
-de chancelier de l'église de Paris.
-
-Cette nouvelle hypothèse surprendra peut-être au premier abord, mais elle
-est basée sur de longues et patientes recherches, et peut se défendre par
-des arguments non moins sérieux et non moins probants que ceux dont on
-s'est servi jusqu'à ce jour. A l'appui de nos conjectures nous avons
-relevé à divers points de vue de nombreux indices qui permettront de se
-former une opinion sur l'individualité de notre chroniqueur; pour plus de
-clarté nous grouperons ces témoignages de nature différente sous un
-certain nombre de propositions ou de théorèmes que nous essayerons de
-démontrer.
-
-_a._ L'AUTEUR DU JOURNAL PARISIEN APPARTIENT AU CLERGÉ DE NOTRE-DAME.
-
-Nous attribuons, avons-nous dit, le Journal parisien à Jean Chuffart,
-chanoine de Notre-Dame de Paris; examinons d'abord si l'époque de son
-existence peut concorder avec les années extrêmes de notre Journal. Jean
-Chuffart, originaire de Tournai, maître ès arts et licencié en droit
-canon, succéda le 8 mai 1420 à Jean de Saint-Verain, décédé, et mourut le
-8 mai 1451, chancelier de l'église cathédrale[25]; ces dates cadrent
-parfaitement avec la période qu'embrasse la chronique anonyme des règnes
-de Charles VI et Charles VII. Reste maintenant à examiner si le texte
-même de ce document ne contrarie point notre hypothèse. De 1420 à 1449,
-il n'est pour ainsi dire pas une année du Journal qui ne contienne
-quelques particularités relatives à Notre-Dame ou au corps capitulaire.
-L'auteur trahit involontairement sa qualité, soit qu'il décrive avec un
-véritable luxe de détails la cérémonie des obsèques de Charles VI, la
-réception du régent à Notre-Dame en 1424, le sacre du jeune roi
-d'Angleterre en 1431, soit qu'il parle des processions de 1426, 1427,
-1429, 1431, soit qu'il mentionne les élections des différents prélats qui
-se succédèrent sur le trône épiscopal de Paris, élections auxquelles il
-dut prendre part comme chanoine de Notre-Dame. S'il consacre un
-paragraphe à l'élection de Nicolas Fraillon demeurée sans résultat, c'est
-que Nicolas Fraillon fut choisi et recommandé par le chapitre, qui par ce
-choix se mit en opposition avec le gouvernement anglais[26].
-
- [25] Arch. nat., LL 215, fol. 268; LL 220, fol. 40.
-
- [26] D'après un recueil d'actes capitulaires conservé à la
- Bibliothèque nationale, Jean Chuffart fut l'un des trois
- chanoines délégués, le 11 novembre 1426, auprès du roi
- d'Angleterre, pour lui notifier le choix du chapitre et demander
- son agrément (Mss. latin 17740, fol. 262).
-
-Dans diverses occasions, l'auteur du Journal parisien nous entretient de
-cérémonies religieuses qui se passaient à Notre-Dame et qui
-n'intéressaient que le clergé de la cathédrale; nous voulons parler des
-ordinations faites par l'évêque de Paris à la fin de la semaine sainte. A
-deux reprises différentes, en 1433 et 1439, il mentionne la venue à Paris
-d'un prélat étranger pour la célébration des offices de la semaine sainte
-et la collation des ordres; il observe même à l'année 1433 que cet évêque
-«les fit si matin que grande partie de toutes ordres à ce jour
-faillirent.» Ces détails dans la bouche de notre chroniqueur ne peuvent
-s'expliquer qu'en admettant sa présence habituelle au sein du clergé de
-Notre-Dame, seul au courant de toutes ces particularités.
-
-Lorsque l'auteur du Journal nous apprend qu'au mois de juillet 1427
-l'évêque de Paris interdit à toute femme l'entrée du chœur du «moustier»
-pendant la durée des offices, de quel «moustier» veut-il parler, si ce
-n'est de l'église cathédrale, et qui pouvait connaître ce règlement
-transitoire en dehors des chanoines et chapelains? Une réflexion analogue
-vient à l'esprit en lisant ce paragraphe où le chroniqueur prend soin de
-noter que le dimanche 26 janvier 1428 (v. st.) on commença à dire les
-heures canoniales à Saint-Jacques de la Boucherie comme à Notre-Dame, et
-il est permis de se demander pour qui un détail aussi insignifiant
-pouvait présenter quelqu'intérêt, si ce n'est pour un prêtre de
-Notre-Dame? On pourrait en dire autant de l'article du Journal relatif à
-la refonte de la grosse cloche de Notre-Dame, connue sous le nom de
-_Jacqueline_: l'exactitude des renseignements donnés par notre auteur
-n'indique-t-elle pas jusqu'à un certain point la source officielle à
-laquelle ils sont puisés? D'après les délibérations capitulaires de cette
-époque, Jean Chuffart fut précisément l'un des commissaires désignés par
-le chapitre pour présider à divers travaux préliminaires, veiller
-notamment à ce qu'il ne fût distrait aucune portion de métal provenant de
-la cloche brisée[27]; ce fut le même personnage qui fit marché avec un
-charpentier pour la descente de la cloche Jacqueline.
-
- [27] Arch. nat., LL 216, fol. 191.
-
-Lors de l'entrée du régent à Paris le 18 décembre 1434, notre chroniqueur
-met dans son récit qu'à la bastide Saint-Denis se tenaient «les enfans de
-cuer de Nostre Dame qui moult chantoient melodieusement». Cette mention
-qui, en elle-même, n'offre pas grand intérêt, mérite cependant d'être
-remarquée, parce que les registres capitulaires témoignent de la
-sollicitude avec laquelle le chancelier de l'église de Paris s'occupait
-des enfants de chœur de Notre-Dame et de leurs intérêts[28], sollicitude
-qui ne se démentit pas un instant; par son testament, Jean Chuffart
-laissa aux enfants de chœur de Notre-Dame une maison sise rue
-Saint-Denis, en même temps qu'il légua son hôtel du Bourget à ceux de
-Saint-Germain l'Auxerrois[29].
-
- [28] On voit notamment que le 27 avril 1433, pendant la maladie
- de Raoul le Fourbeur, maître des enfants de chœur, Jean Chuffart
- et Pierre d'Orgemont furent chargés par le chapitre de pourvoir à
- la subsistance de ces enfants (Arch. nat., LL 217, fol. 42).
-
- [29] Testament de Jean Chuffart, Arch. nat., S 851.
-
-La main d'un prêtre de Notre-Dame mêlé aux incidents de la vie
-capitulaire se retrouve à tout instant dans la rédaction du Journal
-parisien, il est facile de s'en rendre compte en parcourant un recueil
-d'actes dressé pendant la domination anglaise par le notaire du chapitre
-de Notre-Dame, Nicolas Sellier; ce recueil nous permet de compléter le
-récit de quelques menus faits rappelés sommairement dans notre Journal.
-Ainsi en 1426, le chroniqueur parle en termes assez vagues d'une
-procession à Saint-Magloire au sujet de certains hérétiques plus
-amplement mentionnés dans une portion de son Journal aujourd'hui perdue.
-Le protocole de Nicolas Sellier contient les principales pièces de la
-procédure instruite contre ces hérétiques et rend intelligible une suite
-de faits dont l'ensemble est difficile à saisir. D'après ce registre, un
-clerc du nom de Guillaume Vignier, et ses associés, maître Ange Jouen,
-Jean l'Amy, Ambroise Maloisel de Gênes et Philippe de Roques se
-laissèrent circonvenir par un prêtre nommé Rodigue, qui, pensant leur
-extorquer de l'argent, leur fit espérer la découverte de trésors au moyen
-de sortilèges; ces malheureux furent l'objet de poursuites dirigées par
-Jean Graveran, inquisiteur de la foi, et tinrent prison une année durant.
-Par suite d'un conflit de juridiction que souleva l'évêque de Paris, le
-pape Martin V dut intervenir et désigner des commissaires chargés de
-juger le procès; savoir, les évêques de Noyon et de Thérouanne; lors de
-la vacance du siège épiscopal de Paris, le chapitre se vit obligé de
-suivre cette affaire et de prendre en main la défense des droits de
-l'évêque. Cette intervention du corps capitulaire explique jusqu'à un
-certain point la mention spéciale consacrée par l'un de ses membres à
-d'obscurs hérétiques[30].
-
- [30] Bibl. nat., ms. lat. 17740, fol. 261.
-
-Sous la date du 25 mai 1431, l'auteur du Journal donne tout au long le
-texte des indulgences accordées par le pape Martin V en l'honneur de la
-fête du Saint-Sacrement; nous n'avons pas été peu surpris de retrouver
-ces mêmes indulgences reproduites mot pour mot à la fin du protocole de
-Nicolas Sellier[31].
-
- [31] _Ibid._, fol. 398.
-
-Dans sa relation des obsèques d'Isabeau de Bavière, notre chroniqueur
-constate que l'abbé de Sainte-Geneviève célébra l'office des morts à
-Notre-Dame; si ce détail a pris place dans son récit, c'est qu'il s'agit
-d'un fait exceptionnel, en dehors des traditions de l'église de Paris. En
-effet, le même protocole nous a conservé la teneur d'une déclaration de
-l'abbé de Sainte-Geneviève portant que la célébration du service funèbre
-par lui faite en vertu d'une autorisation du chapitre de Notre-Dame ne
-préjudiciera en rien aux immunités du même chapitre[32].
-
- [32] _Ibid._, fol. 24.
-
-Nous arrivons maintenant à ce curieux passage du Journal qui est un des
-arguments les plus importants de la thèse de M. Longnon. On ne saurait se
-dissimuler la coïncidence remarquable qui existe entre la sortie
-véhémente du chroniqueur parisien dirigée contre Denis du Moulin et le
-procès soutenu à la même date par Jean Beaurigout, curé de
-Saint-Nicolas-des-Champs, contre son évêque; mais loin de contrarier
-notre système, ce rapprochement tendrait plutôt à le fortifier et nous
-confirme dans l'opinion que notre anonyme doit être un membre du clergé
-de Notre-Dame, et non Beaurigout. Si l'auteur du Journal a inséré dans
-son récit quelques lignes visant particulièrement l'évêque et ses procès
-au Parlement, c'est que le chapitre de Notre-Dame, dont il était membre,
-se trouvait personnellement engagé dans le procès de Beaurigout, qu'il
-avait pris fait et cause pour ce curé de Saint-Nicolas-des-Champs, l'un
-des chapelains de l'église cathédrale; il y avait là une affaire
-d'exemption intéressant le corps capitulaire tout entier. Il suffit de
-parcourir les délibérations des chanoines pour juger de l'importance que
-le chapitre attachait à ce débat; de mars à mai 1441, c'est presque à
-chaque séance que l'on s'occupe de cette fastidieuse question, soit de la
-procédure au Parlement entre l'évêque et le chapitre «sur le fait de
-l'exemption de Notre-Dame», à propos du curé de Saint-Nicolas-des-Champs.
-Tantôt, le corps capitulaire propose de s'entendre avec l'évêque pour la
-nomination d'arbitres, tantôt il désigne des chanoines chargés de
-conseiller le curé de Saint-Nicolas-des-Champs et de recueillir les
-ressources nécessaires pour la poursuite du procès, ou bien encore il
-délègue quelques-uns de ses membres auprès du premier président du
-Parlement[33]. Bref, il est incontestable qu'au début de l'année 1441,
-cette affaire préoccupa vivement, passionna même les chanoines, surtout
-le chancelier Jean Chuffart, que nous voyons figurer en 1438, 1439 et
-1440 parmi les chanoines munis de pleins pouvoirs à l'effet de suivre les
-causes du chapitre au Parlement, et aux requêtes du palais[34]. Ce point
-établi, doit-on éprouver quelque surprise de rencontrer dans le Journal
-parisien une allusion à l'esprit processif de Denis du Moulin? Quant aux
-développements que consacre notre chroniqueur «à la pratique bien
-estrange» imaginée par l'évêque de Paris «ou ses tres deloyaulx
-complices» peut-être paraîtront-ils moins extraordinaires dans la bouche
-du chanoine Jean Chuffart qui remplit les fonctions de commissaire
-délégué par l'évêque de Paris pour les causes testamentaires dans la
-ville et le diocèse de Paris et qui, par conséquent, eut dans ses
-attributions le règlement des diverses questions que pouvait soulever
-l'exécution des testaments[35], nul doute que le caractère inquisitoire
-de la mesure prise par l'évêque de Paris dans un but purement fiscal
-n'ait fortement indisposé Jean Chuffart. En voyant l'auteur présumé du
-Journal parisien nous mettre dans la confidence de ses griefs contre
-l'évêque Denis du Moulin et manifester son mécontentement, l'on a moins
-de peine à s'expliquer le décousu de cette partie de notre chronique.
-
- [33] Arch. nat., LL 218, fol. 82, 84, 85, 86, 93, 104, 105, 166.
-
- [34] Bibl. nat., ms. lat. 17740, fol. 82, 124.
-
- [35] C'est ce qui ressort de deux actes insérés dans le censier
- de Saint-Nicolas-des-Champs en date du 2 juillet 1435; ces actes
- sont: le premier une décharge donnée à un exécuteur
- testamentaire, le second la fixation d'une pension alimentaire.
- Arch. nat., LL 861, fol. 18, 19, 126.
-
-Il n'est pas indifférent de déterminer le quartier de Paris habité par le
-chanoine Jean Chuffart. Rien ne nous empêche d'admettre, conformément aux
-conclusions de M. Longnon, que, pour la période de sa vie antérieure à
-1420, il ait élu domicile sur la rive droite de la Seine, un peu plus
-tard nous constatons son établissement définitif dans la Cité. En effet,
-peu de temps après sa réception comme chanoine de Notre-Dame, il acquit
-moyennant 200 écus d'or la maison du cloître qu'occupait son prédécesseur
-Jean de Saint-Verain[36]; c'est là que s'écoula toute son existence. La
-maison claustrale de Jean Chuffart, située non loin du port Saint-Landry,
-était attenante à la maison du chanoine Pasquier de Vaulx, derrière
-laquelle se trouvait un jardin aboutissant à la rivière; cette proximité
-du fleuve explique les détails circonstanciés que donne l'auteur du
-journal à partir de 1420 sur les débordements de la Seine du côté de
-l'île Notre-Dame, des Ormeteaux et de la Grève, dont plus que personne il
-était à même de suivre les progrès.
-
- [36] Arch. nat., LL 215, fol. 424; LL 216, fol. 3.
-
-Dans l'hypothèse qui place l'habitation de notre chroniqueur près de
-Notre-Dame, on conçoit qu'il s'attache à relater tout ce qui concerne
-l'église cathédrale, le Palais, la Sainte-Chapelle, l'Hôtel-Dieu sur
-lequel il est bien informé, puisqu'il se fait l'écho des doléances des
-malades au sujet des maigres reliefs du sacre de Henri VI et qu'il nous
-fait connaître le chiffre des malades enlevés par l'épidémie de 1439. On
-comprend également que l'ouverture d'un marché devant l'église de la
-Madeleine en 1436 ait frappé son attention, de même que le baptême de
-l'enfant phénoménal né à Aubervilliers, baptême qui eut lieu dans
-l'église de Saint-Christophe en la Cité. Le curé de cette église étant à
-la nomination du chapitre et faisant partie du clergé de Notre-Dame, il
-ne serait point extraordinaire que notre chanoine eût été curieux
-d'assister à cette cérémonie, pour examiner à son aise et tenir entre ses
-mains le phénomène en question, comme on le voit par le récit du journal
-parisien. Un passage inédit de notre chronique (année 1438) signale dans
-le voisinage immédiat de la maison habitée par notre anonyme la chambre
-de maître Hugues; ne s'agirait-il point ici d'une de ces chambres
-dépendant des maisons canoniales et qui servaient de logement au clergé
-inférieur de Notre-Dame[37]? Il est difficile de vérifier jusqu'à quel
-point cette assertion pourrait se trouver fondée.
-
- [37] Nous citerons comme exemple la _chambre_ de la maison
- claustrale de Jean Gerson, habitée par un chapelain de Notre-Dame
- qui fut exclu pour indignité, et transmise le 9 septembre 1422 à
- Jean Ansel, chanoine de Saint-Jean-le-Rond (Arch. nat., LL 215,
- fol. 381).
-
-Tels sont les principaux arguments qui nous permettent de rattacher
-l'œuvre du prétendu bourgeois de Paris à un membre du clergé de
-Notre-Dame, le chanoine et chancelier Jean Chuffart.
-
-
-_b._ L'AUTEUR DU JOURNAL PARISIEN, ANGLO-BOURGUIGNON D'ABORD, SE RALLIE
-EN 1436 AU PARTI NATIONAL.
-
-
-De tous les chroniqueurs des règnes de Charles VI et Charles VII dont les
-écrits ont été conservés, aucun ne se distingue par une couleur aussi
-accentuée que l'auteur de notre journal. Fervent bourguignon dès
-l'origine et partisan déclaré de la faction des bouchers, il embrasse la
-cause anglaise et ne prend pas la peine de déguiser son aversion
-profonde pour les Armagnacs qu'il rend responsables de toutes les
-calamités qui désolèrent Paris sous la domination étrangère. Ce caractère
-si nettement accusé de la chronique anonyme de 1405 à 1449 doit selon
-nous se retrouver chez son auteur et dans les principales phases de son
-existence; la persistance de ses sentiments hostiles à l'égard des
-Français ou Armagnacs permet de le compter au nombre de ces représentants
-du clergé parisien qui, dans maintes occasions solennelles, affirmèrent
-hautement leurs sympathies pour le gouvernement anglais. Cette pensée
-était venue à M. Longnon lorsqu'à l'appui de sa thèse il nous montrait le
-curé de Saint-Nicolas-des-Champs (c'est-à-dire Jean Beaurigout) jurant le
-26 août 1429 l'exécution du traité de Troyes; nous suivrons son exemple
-et nous chercherons le chanoine de Notre-Dame auquel nous attribuons le
-journal parisien dans les rangs des prêtres anglo-bourguignons. Bien que
-la plupart des personnages ecclésiastiques qui prêtèrent serment entre
-les mains du Parlement ne soient désignés que par leurs titres de curés
-ou de prieurs, nous avons cependant remarqué deux noms inscrits en tête
-de la liste donnée par le greffier Fauquembergue, ceux de Pasquier de
-Vaulx et de Jean Chuffart, tous deux chanoines de Notre-Dame. Jean
-Chuffart, que M. Quicherat, dans la table des Procès de Jeanne d'Arc,
-appelle un notable de Paris, est bien le dignitaire du chapitre que nous
-connaissons; il peut donc prendre place parmi ces membres du clergé qui
-n'attendirent point qu'on vînt leur demander le serment de fidélité, mais
-qui s'empressèrent de consacrer par une adhésion spontanée le fameux
-traité de Troyes. A cette même époque, le chanoine Jean Chuffart était,
-paraît-il, fort bien vu du gouvernement anglais, si l'on en juge par un
-mandement du roi Henri VI, à l'adresse du Parlement de Paris, portant
-évocation d'une cause pendante entre le chapitre de Saint-Marcel et le
-même personnage, mandement dans lequel le roi le qualifie de «nostre
-amé»[38]. Néanmoins, il ne faut pas se dissimuler que Jean Chuffart, tout
-en acceptant comme beaucoup d'autres la domination anglaise, ne devint
-point anglais de cœur et d'âme; bourguignon il était, bourguignon il
-resta, et lorsque le traité d'Arras rétablit la paix depuis si longtemps
-rompue entre le roi de France et le duc de Bourgogne, il suivit sans
-hésitation le parti du souverain légitime; nous en donnerons plus loin
-une preuve non équivoque.
-
- [38] Ce mandement, en date du 11 décembre 1430, est annexé à un
- accord homologué au Parlement de Paris le 11 avril 1431 (Arch.
- nat., X{IC} 141).
-
-Les mêmes fluctuations se remarquent chez l'auteur du journal parisien, à
-partir de la reddition de Paris à Charles VII; autant le chroniqueur se
-montre précédemment adversaire intraitable des Armagnacs, autant il se
-radoucit et change de ton. Les Armagnacs disparaissent complètement de
-la scène politique et deviennent les Français; quant à Charles de Valois,
-il n'est plus nommé que le roi de France. Pour expliquer une aussi rapide
-évolution, est-il nécessaire de recourir au système de l'académicien La
-Barre qui concluait à l'existence de deux auteurs distincts, ou bien
-doit-on admettre un remaniement de l'œuvre primitive? Nous ne le pensons
-pas. Rien de plus simple, de plus facile à concevoir avec l'hypothèse que
-nous émettons plus haut. Après la soumission de Paris aux Français,
-l'homme d'église, quel qu'il soit, auquel nous devons le journal
-parisien, au lieu de quitter la capitale à la suite des Anglais, se
-rallie à la cause nationale, ainsi que le dénote l'apaisement de son
-esprit; s'il conserve encore quelqu'animosité, ce n'est point contre la
-personne de Charles VII, mais contre celle du Dauphin et des «faulx
-gouverneurs» dont les exactions répétées ruinaient les Parisiens, gens
-d'église et autres; c'est contre les gens de guerre et leurs chefs, dont
-le brigandage s'exerçait en toute liberté aux portes mêmes de Paris. Il a
-compassion de la situation misérable faite à Paris, à cette ville qu'il
-aimait par-dessus tout; il déplore toutes ces oppressions, toutes ces
-tailles, toutes ces _males gaignes_, toute cette cherté dont personne
-n'avait souci, le roi moins que personne.
-
-Loin de perdre au départ de l'étranger, le chanoine Jean Chuffart,
-quoique compromis par une profession de foi anglaise faite publiquement,
-y gagna un siège de conseiller-clerc au Parlement de Paris, qu'il obtint
-le 12 novembre 1437[39]. On observera que cette réception de Jean
-Chuffart en qualité de conseiller suivit de très près le retour du
-Parlement de Poitiers à Paris, que mentionne l'auteur du journal, en
-l'accompagnant de réflexions en faveur du régime nouveau qui rappela
-«aucuns bourgoys par doulceur, leur pardonnant tout tres doulcement, sans
-reprouche et sans mal mettre eulx ne leurs biens.» Au début de l'année
-1442 le chroniqueur constate que le Parlement interrompit ses plaidoiries
-et ne les reprit que le 21 février; le motif de la suspension des séances
-touche tellement à la vie intime du Parlement et offre si peu d'intérêt
-pour tout autre qu'un parlementaire que celui qui en a pris note devait
-tenir par un lien quelconque à cette cour souveraine. Voici en effet ce
-que nous apprend le registre des plaidoiries à la date du 19 février
-1442: «Ce jour est recommencié le Parlement à tenir, lequel avoit et a
-cessé par faulte de paiement de gaiges depuis le vendredi avant Noel
-derrainement passé jusques à huy[40].»
-
- [39] Arch. nat., X{1a} 1482, fol. 40 rº.
-
- [40] _Ibid._, X{1a} 4799, fol. 30 rº.
-
-Un fait caractéristique, sur lequel personne n'a insisté jusqu'ici, est
-l'esprit d'opposition qui anime l'auteur du journal parisien sous tous
-les régimes qui se sont succédés à Paris de 1409 à 1449. Durant la
-domination anglaise, bien qu'il se montre l'ennemi acharné des Armagnacs,
-il ne cesse d'attaquer les personnages du parti anglo-bourguignon chargés
-de la direction des affaires, notamment l'évêque de Thérouanne,
-chancelier de France pour les Anglais, qu'il qualifie «d'homme tres
-cruel, moult hay du peuple». Après la réduction de Paris sous l'autorité
-de Charles VII, il s'en prend aux «faulx gouverneurs» et surtout au
-connétable de Richemont qu'il ne craint pas d'accuser de trahison. Quelle
-est la cause de cette hostilité systématique? D'où vient que notre
-chroniqueur parle toujours avec une certaine aigreur de ceux qui sont au
-pouvoir, tout en respectant la personne du souverain? A nos yeux, le
-chroniqueur resta toute sa vie homme d'opposition, parce que dévoré d'une
-ambition démesurée qu'il ne put jamais satisfaire, il brigua constamment
-les charges officielles sans arriver au but de ses désirs; son rêve, on
-le voit bien, était d'entrer dans le conseil du roi, et son langage
-trahit plus d'une fois cette secrète envie. Ouvrez notamment le journal à
-l'année 1439, vous y verrez notre anonyme se plaindre de l'absence
-prolongée du roi de France «qui se tenoit tousjours en Berry par les
-mauvais conseils qu'il avoit»; en 1441, déplorant les excès commis par
-les gens de guerre, excès encouragés par leurs chefs, il s'écrie: «Ainsi
-estoit ce roy Charles le VIIe gouverné, voire py que je ne le dy, car ilz
-le tenoient comme on fait ung enfent en tutelle.»
-
-Le chancelier Jean Chuffart nous paraît, mieux que tout autre, répondre à
-ces données du Journal; la haute situation qu'il occupait dans le monde
-ecclésiastique et universitaire lui permettait de prétendre aux faveurs
-du souverain dont il avait embrassé la cause après l'expulsion des
-Anglais. Avec une habileté remarquable, Jean Chuffart avait longtemps
-d'avance préparé les voies; dans un mémoire politique adressé à la reine
-Isabeau de Bavière, mémoire qui semble devoir lui être attribué, nous le
-voyons tracer tout un programme de gouvernement à l'adresse du roi de
-France[41]. Ce fut peine perdue, jamais Charles VII ne daigna jeter les
-yeux sur lui et ne songea à l'appeler dans ses conseils; ce prince avait
-trop conscience du rôle néfaste joué par sa mère pour introduire dans
-son entourage l'un des conseillers les plus intimes de cette reine; on
-comprend que mis à l'écart et méconnu, notre anonyme n'ait jamais manqué
-l'occasion de battre en brèche tous ceux que Charles VII honorait de sa
-confiance.
-
- [41] L'auteur de ce factum dévoile ses visées secrètes dans deux
- paragraphes consacrés à l'éloge des _clercs_ que le souverain
- devrait appeler dans ses conseils: «Un roy, dit-il, doit savoir
- qui sont les meilleurs clercs de son royaume et universités et
- autrement, et les promouvoir..... et doit le roy souverainement
- amer un clerc preudomme et est tres grant tresor d'un tel homme.»
- Il ajoute plus loin «que le roy devroit avoir avec luy des
- meilleurs aagés clers, preudommes, saiges et expers et bien
- renommés qu'il pourroit finer» (Advis à Isabelle de Bavière,
- _Bibliothèque de l'École des chartes_, 6e série, t. II, p. 145,
- 150).
-
-
-_c._ L'AUTEUR DU JOURNAL PARISIEN FAIT UN VOYAGE AU SIÈGE DE MEAUX.
-
-Entre toutes les chroniques du XVe siècle, le Journal parisien des règnes
-de Charles VI et de Charles VII est celle qui nous fournit les
-informations les plus précises et les plus détaillées sur le siège de
-Meaux par les Anglais. Dans le récit palpitant d'intérêt que nous a
-laissé notre anonyme, il y a une variété et une abondance de
-renseignements vraiment surprenante, et l'on se demande comment un
-Parisien, un homme d'église surtout, pouvait connaître avec cette
-exactitude minutieuse les moindres incidents de ce siège, notamment les
-exploits sinistres du bâtard de Vauru, racontés dans ce style coloré qui
-rend si attachante la lecture de notre journal. Ne serait-on pas tenté de
-croire que notre chroniqueur était témoin oculaire des faits qu'il
-rapporte? Tout lecteur attentif du journal parisien remarquera
-l'insistance que met l'auteur à rappeler la présence du roi d'Angleterre
-au siège de Meaux; à deux reprises différentes il répète que Henri V y
-passa les fêtes de Noël et des Rois; or nous voyons par les registres
-capitulaires de Notre-Dame que Jean Chuffart, à qui nous attribuons le
-journal parisien, fut précisément l'un des chanoines qui, vers le milieu
-de janvier 1422, eurent mission de se rendre auprès du roi d'Angleterre
-afin de lui présenter des lettres du chapitre concernant l'élection de
-Jean Courtecuisse comme évêque de Paris, élection qui n'avait point
-l'agrément du souverain anglais. N'est-il pas curieux de constater que
-dans la partie du journal parisien qui coïncide avec l'époque de ce
-voyage, l'auteur, après avoir dépeint la situation désespérée des
-laboureurs de la Brie ruinés par les déprédations des Anglais, nous
-entretient précisément de Jean Courtecuisse, cet évêque de Paris élu par
-l'Université, le clergé et le Parlement, qui ne pouvait prendre
-possession de son siège, parce qu'il n'était pas dans les bonnes grâces
-du roi d'Angleterre? N'est-ce point là une allusion transparente à la
-mission que venait de remplir le prêtre à qui nous serions redevable du
-Journal parisien? Si d'une part il est difficile d'admettre que le
-chroniqueur qui s'étend si longuement sur le siège de Meaux n'ait pas été
-à même de vérifier personnellement bien des faits, comment supposer
-d'autre part qu'un homme d'église de Paris se soit hasardé à entreprendre
-un voyage aussi périlleux en plein pays ennemi, sans être protégé par une
-délégation d'un caractère officiel analogue à celle dont les chanoines
-Perrière et Chuffart eurent la charge et l'honneur peu enviables dans ces
-temps troublés[42]?
-
- [42] «Mercurii quarta mensis februarii (1421), capitulantibus
- dominis, provisio medii mensis januarii novissime preteriti de
- gratia concessa est magistris G. Perriere et Jo. Chuffart qui
- nuper fuerunt in acie coram Meldis et regi Anglie presentaverunt
- litteras capituli super excusacione quod capitulum non promovit
- dominum electum Parisiensem venire et stare Parisius, sicut
- credebat ipse dominus rex.» (Arch. nat., LL 215, 356.)
-
-
-_d._ L'AUTEUR DU JOURNAL EST UN HAUT PERSONNAGE DE L'UNIVERSITÉ DE PARIS.
-
-L'une des conditions essentielles que doit remplir l'auteur du Journal
-parisien est d'appartenir au corps universitaire, non à un titre infime,
-mais dans un rang éminent; c'est du reste ce que laisse entrevoir le
-passage bien connu où le narrateur se compte lui-même parmi les membres
-les plus considérables de l'Université. D'après le sentiment du président
-Fauchet, exprimé dans une note mise à la marge du manuscrit de Rome,
-l'auteur de notre journal devait être un homme d'église ou docteur de
-quelque faculté. Si tout chez notre chroniqueur annonce l'homme d'église,
-il ne s'ensuit pas nécessairement, comme l'ont supposé Étienne Pasquier
-et Denis Godefroy[43], qu'il doive être un théologien; on pourrait citer
-plus d'un chanoine de Notre-Dame n'ayant aucun grade en la faculté de
-théologie. Ceci posé, voyons si le chanoine-chancelier de Notre-Dame se
-trouve dans les conditions requises.
-
- [43] Cf. A. Longnon, _Conjectures sur l'auteur du Journal
- parisien_, p. 311, 313.
-
-Lors de sa réception comme chanoine en 1420, Jean Chuffart prend le titre
-de maître ès-arts et licencié en décret. Dès cette époque il occupait
-dans le corps universitaire une situation considérable, car l'année
-suivante il était appelé au poste de recteur pour le quartier d'octobre à
-décembre (1421). A cette occasion, Jean Chuffart fit demander aux
-chanoines ses confrères la continuation des distributions capitulaires
-qu'il devait perdre en prenant possession de sa dignité, Jean Voignon et
-Nicolas Fraillon furent chargés le 15 octobre 1421 de conférer avec le
-nouveau recteur qui obtint gain de cause et vint le 30 octobre remercier
-le chapitre de la faveur qu'on voulait bien lui accorder[44]. Ce n'est
-que le 30 juillet 1437 que Jean Chuffart, depuis longtemps déjà
-chancelier de l'église de Paris[45] et jouissant en cette qualité du
-privilège de faire passer les examens de la maîtrise ès-arts[46] et de la
-licence en théologie[47], se fit recevoir docteur en décret. La veille du
-jour fixé pour la cérémonie, il pria ses confrères d'assister à la
-dispute scolastique ainsi qu'au dîner qui devait couronner la fête, le
-chapitre répondit évasivement que tous feraient de leur mieux pour se
-rendre à son invitation[48].
-
- [44] «Mercurii XV mensis octobris.--Magistri Johannes Voygnon et
- N. Fraillon loquentur cum magistro Chuffart qui huc accedens ex
- eo quod est rector Universitatis et non poterit accedere ad
- ecclesiam pro lucrando, ut solitus est, requisivit quod sibi
- darentur sue distribuciones, ac si veniret ad ecclesiam, offerens
- se facturum pro ecclesia et singularibus.--Jovis, penultima
- mensis octobris.--Magister J. Chuffart, rector universitatis,
- regraciatus est dominos de gratia sibi facta et concessione
- provisionis IIII{or} solidorum pro die.» (Arch. nat., LL 215, p.
- 342, 344, 345.)
-
- [45] Jean Chuffart fut reçu chancelier de Notre-Dame le 7
- septembre 1426 (Ibid., LL 216, p. 173).
-
- [46] En 1436 et 1442 le chancelier Chuffart obtint du chapitre
- l'autorisation de faire passer les examens de maître ès-arts dans
- la maison claustrale d'Albert le Rogneur (Ibid., LL 217, p. 197;
- LL 218, p. 225).
-
- [47] D'après le compte du bedeau de la faculté de théologie, Jean
- Chuffart conféra la licence le 1er avril 1434; l'année suivante,
- à la date du 23 décembre, ce fut son délégué qui examina les
- licenciés (Bibl. nat., ms. lat. 5494, fol. 160, 177).
-
- [48] «Lune XXIX julii 1437.--Hodie, magister J. Chuffart,
- cancellarius et canonicus ecclesie Parisiensis, qui die crastina
- intendit facere festum suum doctoris cum aliis doctoribus,
- supplicavit dominis capitulantibus ut vellent sibi et suis sociis
- facere honorem in scolis et in prandio, cui responsum est ut
- domini facient ut melius poterunt.» (Arch. nat., LL 217, p. 321.)
-
-Une fois en possession du titre de docteur, Jean Chuffart ne borna point
-là son ambition et voulut entrer dans le corps enseignant. Après la mort
-de Jean Hubert, il devint régent en la faculté de décret; le 20 octobre
-1437 il acquit des exécuteurs testamentaires de ce même Jean Hubert une
-maison située dans le haut de la rue du Clos Bruneau à l'enseigne de
-Saint-Eustache, et servant d'école de décret. C'est là qu'il ouvrit ses
-cours et qu'il professa jusqu'à sa mort, en 1451; par son testament il
-légua cette maison avec ses bancs et pupitres «à la venerable faculté de
-Decret en l'université de Paris» qui lui avait procuré «plusieurs
-prouffiz» et fait «grant courtoisie» lors de sa réception comme docteur.
-
-Jean Chuffart appartenait à la nation de Picardie, qui l'aida dans sa
-carrière, et que notre chanoine, en fils reconnaissant, obligea plus
-d'une fois de ses deniers; dans l'expression de ses dernières volontés,
-il ne l'oublia pas et l'inscrivit pour un legs de 20 écus d'or[49].
-
- [49] Voici l'article du testament relatif à la nation de
- Picardie: «Item, je donne à ma mere, la nacion de Picardie en
- l'université de Paris, par le moyen de laquelle j'ay eu plusieurs
- promocions, vint escus d'or pour aider à avoir ung calice ou
- aucuns aournemens pour faire le service en lad. nacion, ou pour
- aidier à parfaire leurs escolles en la rue au Feurre.» (Arch.
-nat., S. 851.)
-
-On le voit, le chancelier Jean Chuffart répond à toutes les exigences de
-notre journal. Non seulement il occupait dans l'université un rang élevé,
-mais encore il faisait partie du corps enseignant; aussi pouvait-il, sans
-orgueil exagéré, se compter au nombre de ces _parfaits clercs_ qui
-soutinrent au collège de Navarre une discussion publique contre Fernand
-de Cordoue. En rehaussant ainsi la valeur de sa personne, Jean Chuffart
-obéit probablement à un sentiment d'irritation motivé par les attaques
-dont il fut l'objet au sein de l'université. La faculté de théologie ne
-put jamais lui pardonner son élévation au poste de chancelier de l'église
-de Paris et ne cessa de demander que le chancelier de Notre-Dame fût
-choisi à l'avenir parmi les maîtres en théologie à l'exclusion de tous
-autres; elle finit par triompher et, le 4 mai 1444, fit présenter au
-chapitre les bulles d'Eugène IV faisant droit à cette réclamation[50].
-
- [50] Arch. nat., LL 218, p. 575.
-
-
-_e._ L'AUTEUR DU JOURNAL EST L'UN DES CLERCS ATTACHÉS A LA MAISON
-D'ISABEAU DE BAVIÈRE.
-
-Le Journal parisien renferme çà et là quelques mentions relatives à
-Isabeau de Bavière dans la dernière période de son existence, à un moment
-où, reléguée dans l'hôtel de Saint-Paul, cette reine était en quelque
-sorte oubliée de tous; il nous paraît difficile de croire que certaines
-de ces mentions soient un pur effet du hasard. A la rigueur on comprend
-qu'un chroniqueur, un chroniqueur parisien surtout, ait inséré dans son
-récit ce qui a trait aux funérailles de la reine déchue, qu'il se soit
-trouvé à même de remarquer les larmes versées par Isabeau de Bavière lors
-du passage de son petit-fils devant l'hôtel de Saint-Paul; mais il n'est
-guère admissible qu'une personne étrangère à son entourage ait pu écrire
-ce que rapporte l'auteur du Journal à l'année 1424, alors qu'Isabeau de
-Bavière se consumait dans la pauvreté et dans l'abandon.
-
-Voici au reste en quels termes s'exprime notre chroniqueur:
-
- En icellui temps, estoit la royne de France demourante à Paris,
- mais elle estoit si pouvrement gouvernée qu'elle n'avoit tous les
- jours que VIII sextiers de vin tout au plus pour elle et son
- tinel, ne le plus de Paris qui leur eust demandé: «Où est la
- royne?» ilz n'en eussent sceu parler.
-
- Tant en tenoit on pou de compte, que à paine en challoit il au
- peuple, pour ce que on disoit qu'elle estoit cause des grans
- maulx et douleurs qui pour lors estoient sur terre.
-
- Item, la royne de France ne se mouvoit de Paris, ne tant ne
- quant, et estoit aussi comme se ce feust une femme d'estrange
- païs enfermée tout temps en l'ostel de Sainct-Paul ..... et bien
- gardoit son lieu comme femme vefve doit faire.
-
-Ce langage n'est pas celui d'un indifférent, c'est le langage que pouvait
-tenir l'un de ces clercs qui vivaient autour de la reine et qui formaient
-son conseil; quel autre pouvait savoir que la veuve de Charles VI était
-rationnée au point qu'on lui mesurait la quantité de vin nécessaire à la
-consommation de sa maison? Ces clercs honorés de la confiance d'Isabeau
-de Bavière, pendant cette domination anglaise qui pesait si lourdement
-sur elle, étaient Jean Chuffart, son chancelier, et Anselme Happart, son
-confesseur. Tous deux sont nommés dans le testament que fit la reine
-le 2 septembre 1431 et figurent au nombre de ses exécuteurs
-testamentaires[51]. De ces deux personnages, le premier seul se trouve en
-harmonie avec les données essentielles de notre Journal, car Anselme
-Happart, connu comme maître en théologie de l'université de Paris et
-gouverneur de l'hôpital Saint-Gervais, ne semble pas avoir rempli de
-fonctions curiales à Paris et surtout ne fit point partie du clergé de
-Notre-Dame. Reste donc la personne de Jean Chuffart, chancelier et
-principal conseiller d'Isabeau de Bavière, qu'il convient de soumettre à
-un examen sérieux.
-
- [51] Arch. nat., Mémoriaux de la chambre des comptes, P 2298.
-
-Le chancelier de la reine Isabeau n'est pas un inconnu; sa personnalité a
-déjà été mise en lumière par notre regretté maître, feu Vallet de
-Viriville, qui, dans une notice servant d'éclaircissement à un mémoire
-politique intitulé: _Advis à la reine Isabelle_[52], s'est attaché à
-démontrer que cet intéressant document ne pouvait être attribué qu'à l'un
-des deux conseillers désignés plus haut. Le savant historien de Charles
-VII, basant son appréciation sur divers indices, notamment sur la
-connaissance familière des coutumes et pratiques de la chancellerie que
-dénote ce mémoire, n'est pas éloigné de croire que ce «traicté pour le
-gouvernement de la maison du roy et du royaulme de France» fut rédigé
-sous les auspices du chancelier d'Isabeau de Bavière. Cette attribution
-nous semble parfaitement justifiée; il est en effet naturel de supposer
-que celui qui vaquait tous les jours aux affaires de la reine et
-jouissait de toute sa confiance était mieux que personne en situation
-d'énoncer un ensemble de vues politiques et de faire goûter ses conseils.
-Sans nous arrêter davantage sur ce point difficile à éclaircir, voyons si
-l'époque de l'entrée en fonctions du chancelier d'Isabeau coïncide avec
-les détails que fournit l'auteur du Journal parisien sur l'aïeule du roi
-d'Angleterre et sur son genre de vie. Lors de l'élection de Nicolas
-Fraillon à l'évêché de Paris, c'est-à-dire vers la fin de 1426, Jean
-Chuffart est mentionné dans les registres capitulaires de Notre-Dame,
-avec le titre de chancelier de la reine[53]; mais il n'est pas douteux
-qu'il occupait déjà ce poste en 1425; à la date du 9 novembre, le
-chanoine Jean Chuffart présenta au chapitre un vase précieux au nom d'une
-personne qui voulut garder l'anonyme, mais qui très vraisemblablement
-était la reine Isabeau[54]. Il y a donc de fortes présomptions pour que
-notre chanoine fût en rapport avec Isabeau de Bavière dès l'année 1424,
-ce qui permettrait d'expliquer le profond respect et la déférence toute
-particulière que manifeste l'auteur de la chronique parisienne lorsqu'il
-est amené à parler de la reine déchue. Ajoutons que Jean Chuffart est
-désigné dans le testament d'Isabeau de Bavière parmi ses exécuteurs
-testamentaires, non à titre purement honorifique, comme les évêques de
-Thérouanne, de Paris, de Noyon et de Meaux, mais comme l'un de ceux dont
-le concours fut jugé indispensable. Aussi, plus de onze ans après la mort
-de la reine (le 28 février 1447), nous le voyons à titre d'exécuteur
-testamentaire demander au chapitre de Notre-Dame l'inscription de l'obit
-d'Isabeau de Bavière[55]. Constatons enfin que suivant le témoignage de
-Jean Chartier, l'historiographe officiel de Charles VII, lorsque la
-dépouille mortelle de la pauvre reine fut transportée à Saint-Denis sur
-un petit bateau, quatre personnes seulement l'accompagnèrent à sa
-dernière demeure, «comme se c'eust esté la plus petite bourgoise de
-Paris[56]» et que l'un de ceux qui conduisaient le deuil était
-précisément le chancelier Chuffart; aussi n'est-il pas sans intérêt de
-rappeler que dans le récit des obsèques d'Isabeau de Bavière inséré par
-notre anonyme dans sa chronique, cette circonstance du voyage funéraire à
-Saint-Denis par la Seine n'est pas oubliée. En présence de tous ces
-indices, il nous semble impossible que le prêtre de Notre-Dame, à qui
-nous attribuons le Journal parisien, ne soit pas en même temps sinon le
-chancelier, au moins l'un des conseillers les plus intimes de la reine
-Isabeau.
-
- [52] Les renseignements donnés par M. Vallet de Viriville dans sa
- note-appendice sont généralement exacts. Le savant érudit est
- cependant tombé dans l'erreur en comptant parmi les dignités
- obtenues par Jean Chuffart celle d'abbé de Saint-Maur-des-Fossés,
- au moins pour les années postérieures à 1436; c'est à tort qu'il
- lui applique le passage satirique du Journal parisien concernant
- l'abbé de Saint-Maur, considéré comme général des aides; à cette
- époque (en 1440) l'abbé de Saint-Maur était Jean le Maunier.
-
- [53] Arch. nat., LL 216, p. 77.
-
- [54] _Ibid._, LL 216, p. 28.
-
- [55] _Ibid._, LL 219, p. 265.
-
- [56] _Chronique de Charles VII_, édit. Vallet de Viriville, t. I,
- p. 211.
-
-
-_f._ L'AUTEUR DU JOURNAL SE RATTACHE AU CLERGÉ DE SAINTE-OPPORTUNE, DE
-SAINT-GERMAIN-L'AUXERROIS, DE SAINT-LAURENT ET DE SAINT-EUSTACHE.
-
-Peu de clercs parisiens au XVe siècle eurent le talent de réunir autant
-de prébendes et de bénéfices que vénérable et _discrète_ personne, Me
-Jean Chuffart. Quoiqu'il fût chanoine et chancelier de Notre-Dame, son
-ambition ne se trouva point satisfaite, et pour ainsi dire jusqu'à la fin
-de sa carrière, il ne cessa d'aspirer à de nouvelles dignités. Le 3
-février 1433, Jean Chuffart fit exprimer par son protecteur, le cardinal
-de Sainte-Croix (mentionné à cette époque dans le Journal parisien), ses
-réserves au sujet d'un canonicat vacant dans l'église de
-Sainte-Opportune; sept jours après, il fut reçu chanoine en remplacement
-de Jean des Prés qui échangea sa prébende contre la chapellenie de
-Saint-Éloi à Sainte-Geneviève, chapellenie dont Jean Chuffart était
-titulaire[57]. Jean Chuffart resta jusqu'à sa mort chanoine de
-Sainte-Opportune, et légua à cette collégiale la nue propriété de la
-maison qu'il possédait dans le cloître de Sainte-Opportune, avec 32 sous
-de rente sur un autre immeuble lui appartenant, sis rue Saint-Denis, à
-l'enseigne des Rats et de la Corne de Cerf[58].
-
- [57] Arch. nat., LL 498, fol. 4 vº.
-
- [58] Testament de Jean Chuffart, Arch. nat., S 851.
-
-Le canonicat de Sainte-Opportune, qui était des plus modestes, ne fut
-pour Jean Chuffart qu'un acheminement à de plus importants bénéfices. Un
-siège canonial s'étant trouvé vacant à Saint-Germain-l'Auxerrois par
-suite de la résignation d'Hervé Fresnoy, il l'obtint le 8 octobre 1438.
-Seulement ses visées étaient plus ambitieuses, il désirait non une simple
-prébende, mais la dignité de doyen que laissait libre la mort de Jean
-Vivien; ses efforts furent couronnés de succès. L'élection de Jean
-Chuffart comme doyen suivit de très près sa réception comme chanoine;
-nommé le 24 octobre 1438, il fut installé le 7 novembre suivant[59]. Ne
-s'estimant point satisfait, le même personnage, sur la fin de sa
-carrière, ajouta à ces nombreux bénéfices des fonctions pastorales à
-Saint-Laurent, où il remplaça Louis le Mercier le 3 janvier 1442[60], et
-à Saint-Eustache, où nous le voyons prêter serment comme curé le 27
-décembre 1448[61].
-
- [59] Arch. nat., LL 498, fol. 45, 60.
-
- [60] _Ibid._, L 417, no 57.
-
- [61] _Ibid._, LL 498, fol. 175 vº.
-
-Mais, nous objectera-t-on, l'accession de Jean Chuffart à toutes ces
-dignités n'a aucun rapport avec le Journal parisien ni son auteur; nous
-répondrons que l'ensemble de ces particularités nous paraît fournir un
-nouvel argument en faveur de l'attribution de cette chronique au
-chancelier de Notre-Dame. Une lecture attentive de la portion du Journal
-comprise entre les années 1437 et 1449 met en évidence ce fait curieux,
-que pour cette seule période de douze années les mentions relatives à
-l'église et au cimetière des Innocents sont en nombre infiniment plus
-considérable que dans tout le reste du récit. Comment s'expliquer le soin
-minutieux avec lequel notre anonyme a noté tout ce qui intéresse l'église
-des Innocents, et pourquoi à cette époque plutôt qu'à une autre? Pour
-quelle raison a-t-il inséré dans le journal de ces douze dernières années
-des détails d'un intérêt aussi restreint que l'inauguration d'une simple
-chapelle le 15 août 1437, tandis que pour une période bien plus étendue,
-il ne s'arrête qu'aux faits de nature à frapper l'attention de tout le
-monde, tels que la représentation picturale de la danse macabre, et le
-sermon prêché par le cordelier Richard? Pour qu'à un certain moment de
-son existence, le chroniqueur parisien ait pris intérêt à fixer le
-souvenir de tout ce qui pouvait concerner l'église et le cimetière des
-Innocents, il faut que le cercle quotidien de ses occupations l'y ait en
-quelque sorte amené. Or, Jean Chuffart, chanoine de Sainte-Opportune
-depuis 1433, se trouvait par ce fait mêlé à l'administration intérieure
-de la paroisse des Innocents, puisque le chapitre de Sainte-Opportune
-avait non seulement le droit de présentation à cette cure, mais encore
-droit de collation des différentes chapellenies. Les délibérations
-capitulaires conservées depuis l'année 1451 nous montrent le chapitre
-nommant les chapelains des autels de Notre-Dame, de Saint-Denis et
-Saint-Antoine, de Saint-Michel, de Saint-Louis, faisant réparer la maison
-presbytérale, recevant un nouveau vicaire perpétuel ou curé des
-Innocents, réglant en un mot toutes questions ayant trait au spirituel et
-au temporel de l'église[62]. De plus, le vicaire perpétuel n'exerçait
-aucun acte de son ministère sans le soumettre au contrôle du
-chapitre[63]. Ces points établis, devrons-nous nous étonner de rencontrer
-dans le Journal parisien à la date de juin 1437 un long paragraphe
-relatif à la profanation de l'église des Innocents par des mendiants et à
-l'interruption du service divin, paragraphe rédigé avec une précision de
-détails qu'on aurait droit de trouver extraordinaire dans la plume de
-tout autre qu'un habitué de la paroisse ou d'un chanoine de
-Sainte-Opportune?
-
- [62] Arch. nat., LL 96, fol. 6, 11 vº, 33 vº.
-
- [63] Exemple, la déclaration faite par Simon de Bergères le 28
- octobre 1451 pour l'inhumation dans l'église du maître de
- l'hôpital Sainte-Catherine. Ibid., fol. 14 vº.
-
-Qu'on lise le récit de la «belle prédication» faite en 1449 aux Innocents
-par l'évêque Guillaume Chartier, et de la _procession bien piteuse_ des
-enfants de toutes les écoles qui partirent des Innocents pour se rendre
-à Notre-Dame, et l'on nous dira si la personnalité du chanoine de
-Sainte-Opportune et de Notre-Dame ne semble pas s'y révéler à tous les
-yeux. Celle du chanoine et doyen de Saint-Germain-l'Auxerrois apparaît
-avec non moins de certitude dans d'autres circonstances dignes de
-remarque. Le chapitre de Saint-Germain-l'Auxerrois possédait d'ancienneté
-sur le cimetière des Innocents un droit de propriété foncière qui,
-souvent contesté, donna naissance à d'interminables procès; c'est en
-vertu de ce droit qu'il se prétendait fondé à instituer les fossoyeurs, à
-accorder ou refuser les permissions de sépulture, à octroyer les
-autorisations nécessaires pour l'érection de croix, tombes et épitaphes
-dans le cimetière, sous les charniers et entre les piliers des charniers.
-
-En nous rappelant que Jean Chuffart était chanoine et doyen de
-Saint-Germain-l'Auxerrois dès 1438, n'y a-t-il point quelque chose de
-caractéristique dans l'intérêt particulier que manifeste l'auteur du
-Journal parisien pour certains faits d'une importance secondaire relatifs
-au cimetière des Innocents, notamment en 1441, lorsqu'il nous apprend que
-quatre mois durant les inhumations y furent suspendues par suite des
-prétentions exagérées de l'évêque de Paris qui réclamait une somme
-d'argent excédant les ressources de l'église? Si notre anonyme semble
-prendre à cœur cette affaire au point d'exprimer en termes amers tout le
-mécontentement qu'il en ressent, c'est qu'il est lui-même victime de la
-cupidité de l'évêque Denis du Moulin; au lieu de voir dans ce passage,
-comme le fait M. Longnon, le langage d'un des adversaires de l'évêque en
-cour de Parlement, nous avons une explication plus naturelle à proposer.
-
-Jean Chuffart, en sa qualité de chanoine de Saint-Germain-l'Auxerrois, se
-trouvait, ainsi que ses confrères, directement intéressé au débat soulevé
-par l'évêque, et surtout ne devait être que médiocrement satisfait
-d'avoir à s'imposer un sacrifice pécuniaire. L'extrait suivant des
-délibérations capitulaires de Saint-Germain-l'Auxerrois prouve que les
-chanoines de cette collégiale durent payer une certaine somme d'argent
-pour obtenir la «réconciliation» ou bénédiction nouvelle des lieux
-profanés:
-
- Anno 1440, penultima die decembris, capitulantibus dominis,
- concluserunt quod magister Nicasius predictus (Nicaise Joye, l'un
- des chanoines) tradat pro prosequcione reconciliacionis
- cimisterii Sanctorum Innocentium, prout ceteri ad quos pertinet,
- vi solidos Parisiensium[64].
-
- [64] Arch. nat., LL 498, fº 87 vº.
-
-Poursuivant l'analyse de notre Journal, nous arrivons à ce passage bien
-connu où le chroniqueur parisien raconte sous la date du 11 octobre 1442
-l'installation d'une recluse dans sa logette du cimetière des
-Innocents. Ici encore se dévoile l'individualité du chanoine de
-Saint-Germain-l'Auxerrois. Il semble que l'auteur du Journal, lorsqu'il
-nous parle de _la_ recluse, soit parfaitement au courant de ce qui la
-concerne.
-
-Effectivement, la nouvelle recluse des Innocents n'était pas une
-étrangère pour le doyen de Saint-Germain-l'Auxerrois, puisque dans la
-séance capitulaire tenue le 2 août 1442, Jeannette la Verrière fit
-demander par Jean Boileau, curé de l'église de Sainte-Croix en la Cité,
-la permission de construire dans le cimetière des Innocents, près de
-l'église, un réduit où elle se proposait de finir ses jours dans la
-prière. Les chanoines appelés à délibérer sur cette requête prirent en
-considération le pieux dessein de Jeanne la Verrière et accordèrent
-l'autorisation nécessaire[65]. Il n'est donc pas étonnant que, dans son
-Journal, notre chanoine ait mentionné la cérémonie imposante par laquelle
-la recluse était retranchée du nombre des vivants.
-
- [65] «_Licentia edificandi reclusagium in cimeterio Innocentium
- Johannete la Verriere._ Anno Domini MCCCCXLII, die secunda mensis
- augusti. In eodem capitulo, pro parte Johannete la Veriere
- extitit dominis humiliter supplicatum per dominum Johannem
- Boyleau, curatum S{a} Crucis in Civitate, quod cum ipsa mota
- devocione intenderet vitam suam finire in reclusagio seu loco
- clauso, et locus valde aptus ad hoc apparuerat sibi fiendus in
- cimiterio Innocentium prope ecclesiam ejusdem loci, in quodam
- loco ubi est jardinum, quod placeret ipsis dominis dare licentiam
- edificandi ibidem aliquam parvum domum ubi ipsa posset habitare
- et in reclusagio vivere, et ipsa oraret Deum pro ipsis. Quiquidem
- domini, habita prius deliberacione super requesta hujusmodi,
- nolentes impedire devocionem dicte Johannete, ymo pocius eam ad
- meliorem vitam dirigere, sibi de gratia speciali hoc concesserunt
- licentiam faciendi habitacionem ad hoc aptam sive opportunam
- dederunt.» (Arch. nat., LL 498, fol. 108 vº.)
-
-Jean Chuffart, si l'on se place à un point de vue personnel, voyait d'un
-œil sympathique ces pauvres cloîtrées; il en donna un témoignage l'année
-même de sa mort. Dans l'expression de ses dernières volontés, il n'eut
-garde d'oublier les recluses de Paris qui étaient alors au nombre de
-trois, deux aux Innocents et une à Sainte-Marie l'Égyptienne, et laissa à
-chacune d'elles trois aunes de drap noir pour s'en faire une robe ou un
-manteau[66].
-
- [66] Testament de Jean Chuffart, Arch. nat., S 851.
-
-Le dépouillement attentif des registres capitulaires de
-Saint-Germain-l'Auxerrois nous révèle une particularité intéressante qui
-tendrait une fois de plus à confirmer l'attribution du Journal parisien
-au chanoine Jean Chuffart. Voici ce dont il s'agit. Le chroniqueur
-racontant l'entrée du connétable de Richemont à Paris en 1436 nous donne
-des détails d'une précision extraordinaire et que l'on ne rencontre nulle
-part ailleurs; ainsi aucun texte contemporain ne mentionne le passage de
-Jean l'Archer par la rue Saint-Martin, ni le meurtre de ces deux
-bourgeois inoffensifs, _tres bons mesnagers et hommes d'honneur_, qui
-furent massacrés devant Saint-Merry. Ne semble-t-il pas que le narrateur
-ait eu connaissance de ces menus faits par quelque témoin oculaire, car
-il tombe sous le sens que dans un moment aussi critique un homme d'église
-ne pouvait prendre plaisir à courir les rues sous les flèches des
-Anglais? Or, voici ce que nous apprennent les registres capitulaires
-cités plus haut. Trois ans après l'expulsion des Anglais, le 30 avril
-1440, une pauvre femme, sœur Gillette, veuve de Jean le Prêtre,
-appartenant à la communauté de la Chapelle Haudry, se présente devant le
-chapitre de Saint-Germain-l'Auxerrois, et, ce qui ne laisse aucun doute
-sur son identité, elle vient pour solliciter des chanoines le dégrèvement
-de quatre livres de rente qu'elle devait au corps capitulaire pour sa
-maison sise devant Saint-Merry, maison qui tombait en ruine[67]. Ne
-peut-on admettre que notre chanoine, avide de se renseigner sur les
-incidents peu connus du départ des Anglais, ait profité de cette occasion
-pour recueillir de la bouche de cette malheureuse veuve la relation de la
-fin tragique de son mari et des circonstances au milieu desquelles cette
-fin s'était produite? Sans insister outre mesure sur une coïncidence qui
-n'est peut-être due qu'au hasard, nous ne croyons pas inutile de la
-signaler à l'attention des érudits.
-
- [67] «Anno Domini MCCCCXL, die penultima mensis aprilis,
- capitulantibus dominis. Venit ibidem soror Gileta, vidua
- deffuncti Johannis le Prestre, ad presens de Cappella Haudry,
- dixit et exposuit quod quedam domus que est sita ante Sanctum
- Medericum, quam ipsa possidet, ad presens est valde ruynosa, et
- ipsi domini consueverunt recipere supra ipsam domum quatuor
- libras redditus, quem redditum non posset solvere de presenti,
- nisi per ipsos dominos fuerit de dicto redditu facta remissio;
- quiquidem domini commiserunt magistrum Nicasium Joye et dominum
- Eustachium de Fonte ad conveniendum cum magistro dicte Cappelle
- Haudry super hoc et super XL solidos redditus quos ipsa Cappella
- recepit supra quamdam domum que pertinet ad communitatem
- ecclesie, et quicquid fecerunt habebunt repportare.» (Arch. nat.,
- LL 498, fol. 79 vº.)
-
-
-_g._ L'AUTEUR DU JOURNAL APPARTIENT AU CLERGÉ DE LA COLLÉGIALE DE
-SAINT-MARCEL.
-
-De toutes les prébendes que recueillit Jean Chuffart dans le cours de sa
-longue existence, celle de Saint-Marcel fut la première dans l'ordre
-chronologique. Reçu chanoine de cette collégiale le 26 janvier 1432 au
-lieu et place de Jean Perrin[68], il obtint en 1437 le premier rang dans
-le chapitre. La date de sa réception comme doyen de Saint-Marcel peut se
-préciser par un acte du 7 septembre 1437, où nous voyons Jean Chuffart
-résigner la chapellenie de Sainte-Catherine en l'église paroissiale de
-Boulogne pour le doyenné de Saint-Marcel[69].
-
- [68] Arch. nat., LL 34, fol. 95.
-
- [69] Arch. nat., L 422, no 36.
-
-Le Journal parisien ne renferme que peu d'indications qui puissent se
-référer au chanoine de Saint-Marcel. Cependant nous citerons le
-paragraphe relatant une course des Armagnacs à Saint-Marcel dans la nuit
-du 7 mai 1433, c'est-à-dire à une époque où Jean Chuffart était déjà
-membre de la collégiale; cette incursion, peu importante en elle-même,
-dut causer au chanoine des préoccupations d'autant plus vives qu'il
-possédait dans ce bourg une maison devant l'Hôtel-Dieu, au coin de la rue
-de Bièvre, avec terres labourables, jardin et vignes.
-
-C'est en nous mettant au même point de vue que nous relèverons dans le
-Journal parisien une double mention concernant Vitry-sur-Seine; la
-première, de l'année 1432, est relative à l'effondrement de l'église, qui
-fut foudroyée le jour de la Saint-Jean-Baptiste, au moment des vêpres; la
-seconde, du commencement de l'année 1434, nous renseigne sur le pillage
-et l'incendie du village par les Armagnacs. Pour qu'un chroniqueur ait
-cru devoir conserver le souvenir d'accidents locaux relativement aussi
-peu importants, il faut que ses intérêts personnels ou ceux de la
-communauté à laquelle il appartenait se soient trouvés engagés. Or le
-chapitre de Saint-Marcel avait des possessions à Vitry, et lors de la
-répartition des gros revenus faite entre les chanoines le 22 février
-1437[70], Vitry et les grands cens de Saint-Marcel furent attribués à
-Jean Chuffart qui, aux termes d'un bail passé le 24 août 1431, exploitait
-déjà sur le territoire de l'Hay et de Chevilly des biens d'une certaine
-importance[71].
-
- [70] _Ibid._, LL 35, fol. 18 vº.
-
- [71] Ce bail, sur parchemin, est revêtu du sceau de Jean Chuffart
- (Arch. nat., S 311{a}, no 57). Nous saisissons cette occasion
- pour signaler à nos lecteurs la signature du même personnage qui
- se trouve plusieurs fois répétée dans le registre constatant les
- prêts de titres faits par le notaire du chapitre de Notre-Dame
- (Arch. nat., LL 460).
-
-
-_h._ L'AUTEUR DU JOURNAL PARISIEN EXPLOITE DES VIGNES A SAINT-MARCEL.
-
-Un fait que l'on ne saurait mettre en doute, c'est que l'homme d'église à
-qui doit être attribué le Journal parisien se livrait à la culture de la
-vigne dans de vastes proportions et que la majeure partie de ses
-vignobles se trouvaient situés du côté de Saint-Marcel; notre texte va
-nous permettre d'établir ces divers points.
-
-Les nombreux lecteurs du Journal parisien savent avec quel soin minutieux
-l'auteur note les accidents climatériques, les variations de la valeur
-des denrées, l'abondance ou la rareté des plantes potagères et des
-fruits, le prix du vin et du blé; mais personne n'a remarqué jusqu'ici
-l'importance extrême que notre chroniqueur semble attacher à la culture
-des vignes, ainsi qu'à tous ces détails qui ne peuvent guère intéresser
-qu'un vigneron, tels que l'époque de la floraison des vignes (en 1421),
-les gelées désastreuses qui, par parenthèse, le désolent au-delà de toute
-expression, la quantité de vin produite par un arpent, l'époque et le
-prix des vendanges, les dévastations systématiques des gens de guerre
-dans les vignobles. Si l'auteur du Journal enregistre maintes et maintes
-fois dans ses éphémérides la «grant foison» des hannetons, ce n'est pas,
-comme on pourrait le croire, dans un but futile, mais parce que ces
-insectes dévastaient les arbres plantés dans les vignes et jardins, tels
-que les amandiers et noyers. Il n'est pas d'année où l'on ne rencontre
-quelques lignes relatives aux vignes et vendanges, et plusieurs pages ne
-suffiraient pas pour relever tout ce qui a trait à ce sujet; nous nous
-bornerons à citer en note les passages les plus caractéristiques[72].
-
- [72] «Item, en cellui an (1430) fut tres bel aost et tres belles
- vendenges et furent les vertjus hastifs, car aussitost qu'ilz
- estoient entonnez, ilz commençoient à boullir ou à gieter pour
- mieulx dire, et furent les vins tres bons..... Item..... (en
- septembre 1436) on commença à vendenger, mais oncques mais les
- vendenges ne cousterent autant comme ilz firent celle année et si
- ne furent oncques mais vendangeurs et vendangeresses à si grant
- marché..... En toutes les portes de Paris avoit II ou III sergens
- de par les gouverneurs de Paris, qui, sans loy et sans droit et
- par force, faisoient paier à chascun hotteur II doubles, a
- chascune charrette qui amenoit cuves où il eust vendenge VIII
- blans.....»
-
-De telles particularités, l'on est forcé d'en convenir, n'auraient point
-pris place dans le Journal parisien, si son auteur n'eût été directement
-intéressé dans la question; un propriétaire de vignes pouvait seul se
-préoccuper du prix de la journée des vendangeurs et vendangeuses, et de
-l'octroi payé aux portes de Paris pour l'entrée des cuves des vendanges.
-Nous dirons plus, les vignes en question étaient sur le territoire de
-Saint-Marcel; ce fait ressort d'une façon évidente d'un passage du
-journal où l'auteur parle des vendanges de l'année 1424, «les plus belles
-que oncques on eust veu d'aage de homme»; après s'être étendu sur
-l'abondance exceptionnelle de la récolte et le renchérissement des
-futailles, il ajoute: «Tout homme de quelque estat, senon les
-gouverneurs,» de tant de queues de vin qu'ilz cuillirent chascun paia
-très grant rançon, car tous ceulx qui avoient vin devers la porte
-Sainct-Jaques et celle de Bordelles, paoient de chascune queue IIII solz
-parisis, forte monnoye, et de poinsons, de caques, de barilz, au feur des
-queues.»
-
-Il est clair que si le chroniqueur note le prix que devaient payer «tous
-ceulx qui avoient vin devers la porte Sainct-Jaques et de Bordelles»,
-c'est que ses vignes à lui se trouvaient dans les parages de ces deux
-portes.
-
-Il convient maintenant d'examiner si le chanoine Chuffart répond à ces
-données de la chronique parisienne.
-
-Par décision du 26 mai 1427, le chapitre de Notre-Dame lui avait concédé
-à titre viager une maison dans le bourg de Saint-Marcel, moyennant une
-rente annuelle de six livres, et sous la réserve que toutes les terres
-que Jean Chuffart pourrait acquérir sur le territoire de Saint-Marcel
-seraient hypothéquées en garantie du revenu[73]; le domaine en question
-se composant de maison, cour et jardin, était situé dans la grande rue du
-bourg, vis-à-vis l'Hôtel-Dieu, et comprenait des vignes d'une étendue
-assez considérable pour nécessiter l'établissement d'un pressoir dans
-l'immeuble appartenant au chapitre de Notre-Dame; ce fait qui se
-produisit au début de l'année 1430 constituait une grave atteinte aux
-droits du chapitre de Saint-Marcel, lequel se réservait le pressurage de
-toutes les vignes comprises dans l'étendue de sa juridiction. Le 30
-février 1430, Jean Chuffart annonça au chapitre de Notre-Dame son
-intention de tenir tête aux chanoines de Saint-Marcel qui exigeaient la
-démolition du pressoir nouvellement édifié[74], ajoutant qu'il n'avait
-agi de la sorte qu'en vue des intérêts de l'église de Paris, assertion
-qui s'écartait un peu de la vérité; en effet, Jean Chuffart, en parlant
-ainsi, ne se proposait d'autre but que de se ménager l'appui de ses
-confrères. Le chanoine de Notre-Dame opposa une résistance d'autant plus
-vive qu'en l'année 1430 il y eut une récolte des plus abondantes et que
-les vins furent d'excellente qualité. Le procès s'engagea au Châtelet;
-les chanoines de Saint-Marcel, dans leur séance du 21 septembre 1430,
-décidèrent qu'ils interjetteraient appel de tout jugement rendu au profit
-de Jean Chuffart qui l'autoriserait à faire usage pour sa vendange du
-pressoir litigieux[75]. Deux jours après, une sentence de la prévôté de
-Paris déclarait qu'il n'y avait pas lieu de tenir compte du délai de
-produire requis par le chapitre de Saint-Marcel[76]. Jean Chuffart eut
-donc gain de cause en première instance, mais les chanoines de
-Saint-Marcel ayant interjeté appel au Parlement, leur adversaire voulut
-absolument utiliser son pressoir pour les vendanges de l'année et fit
-rendre par provision un arrêt en date du 30 septembre 1430, par lequel il
-obtint de faire pressurer la vendange de ses vignes pour l'année
-courante, le droit de chacune des parties étant pleinement réservé[77].
-
- [73] Arch. nat., LL 216, p. 94.
-
- [74] _Ibid._, LL 216, p. 189.
-
- [75] _Ibid._, LL 34, p. 90.
-
- [76] _Ibid._, Y 5230, fol. 75.
-
- [77] _Ibid._, X{1a} 1481, fol. 35 rº.
-
-
-L'affaire suivit son cours, et un mandement d'Henri VI, roi d'Angleterre,
-rendu le 11 décembre 1430 à la requête du chapitre de Saint-Marcel,
-ordonna au Parlement de procéder au principal dans la cause pendante
-entre Jean Chuffart et les chanoines. Dès la fin de janvier 1431, les
-chanoines de Saint-Marcel proposèrent d'entrer en arrangement, ce qui fut
-accepté, et le procès se termina par un accord homologué au Parlement le
-11 avril 1431[78]. Les registres capitulaires de Saint-Marcel nous
-montrent comment intervint une transaction entre le chapitre et son
-adversaire; Jean Chuffart vint en personne à la séance du 20 mars 1431
-et, en présence de l'évêque de Paris appelé pour la circonstance,
-sollicita à titre gracieux l'autorisation de construire dans sa maison du
-bourg Saint-Marcel un petit pressoir sans arbre, et d'en faire usage, sa
-vie durant, pour la vendange de ses vignes. Le chapitre accéda à cette
-demande le 4 mai suivant, à charge d'une redevance annuelle de 12 deniers
-parisis, et, pour couper court à toute contestation, s'empressa l'année
-suivante d'admettre Jean Chuffart parmi ses membres[79]. Voilà donc un
-ensemble de faits qui établit catégoriquement la possession de vignes par
-notre auteur du côté de la porte Bordelles.
-
- [78] Arch. nat., Xic 141; LL 216, p. 233.
-
- [79] _Ibid._, LL 34, fol. 91 vº, 95.
-
-Indépendamment de ses vignobles de Saint-Marcel, le chanoine Jean
-Chuffart exploitait encore à Fontenay, depuis le 22 novembre 1426, quatre
-arpents de vignes qu'il s'était fait concéder par le chapitre de
-Notre-Dame, avec un pressoir refait à neuf et deux masures adjacentes,
-moyennant 8 livres parisis de rente annuelle[80]; il possédait également
-des vignes sur le territoire de Villejuif. En 1430 le même chanoine
-récolta une partie des vins de Mons[81]. Au commencement d'octobre 1436,
-lors de la perception d'une taxe de quatre sols sur chaque queue de vin
-entrée à Paris, Jean Chuffart, qui remplissait alors les fonctions de
-chambrier clerc, saisit le chapitre de la question en ce qui concernait
-les vignes de Mons[82] et s'occupa avec ses confrères des voies et moyens
-à mettre en œuvre pour échapper à cet impôt. Ne peut-on rapprocher ce
-fait de ce passage du Journal relatif aux vendanges de 1436, où l'auteur
-se plaint longuement, et avec une certaine amertume, de la cherté de ces
-vendanges et des droits élevés que les gouverneurs de Paris faisaient
-percevoir aux portes de Paris sur chaque «hotteur» et sur chaque
-charrette amenant des cuves de vendange?
-
- [80] _Ibid._, LL 216, p. 72.
-
- [81] _Ibid._, LL 216, p. 220.
-
- [82] _Ibid._, LL 217, p. 252.
-
-Jean Chuffart, avons-nous dit plus haut, fut investi par le chapitre de
-l'office de chambrier clerc, et pendant plus de vingt années ne cessa de
-veiller sur le temporel de Notre-Dame. Lorsqu'au mois d'octobre 1433 les
-chanoines jugèrent à propos de centraliser entre les mains de
-quelques-uns d'eux l'administration de leurs biens qui ne faisait que
-péricliter, ils choisirent Jean Chuffart avec deux de ses confrères. On
-voit par le règlement rédigé à cette époque que les trois chanoines
-délégués avaient pour mission de recevoir tout ce qui appartenait à
-Notre-Dame, tant des offices de la chambre, des anniversaires, des
-matines, des stations, que des rentes et revenus afférents aux enfants de
-chœur et aux prévôtés; ils devaient également faire déposer dans les
-greniers et celliers du chapitre les grains et vins amenés à Paris. Le 13
-juillet 1444, Jean Chuffart, tant en son nom qu'au nom de ses collègues
-d'Orgemont et Moustardier, rendit compte de sa gestion et se fit délivrer
-quittance en règle.
-
-La multiplicité et variété extrême des détails dans lesquels devaient
-entrer celui ou ceux des chanoines qui s'occupaient du temporel de
-Notre-Dame explique aisément pourquoi l'auteur du Journal, qui était, ne
-l'oublions pas, du corps de Notre-Dame, attache une si grande importance
-à toutes ces particularités relatives au prix du vin et du blé, à
-l'abondance ou à la rareté des biens de la terre, céréales, fruits et
-légumes; on comprend mieux le soin avec lequel le chroniqueur note les
-accidents de la température, tels que les gelées de mai, les pluies
-excessives, les chaleurs prolongées, les dégâts des hannetons, tout ce
-qui en un mot pouvait compromettre les récoltes. L'auteur du Journal,
-quoique s'intéressant d'une façon toute spéciale aux vignes, ne néglige
-point les autres cultures; aussi le voit-on s'apitoyer sur les malheurs
-des habitants des campagnes ruinés par les incursions des gens de guerre
-qui prenaient tout ce qui pouvait s'emporter et détruisaient le reste.
-Cette sollicitude n'est point une simple question d'humanité: Jean
-Chuffart faisait valoir des terres de labour aux environs de Paris,
-notamment à l'Hay et à Chevilly, au Bourget et à Blanc-Mesnil, il est
-tout naturel qu'il s'inquiète du sort des laboureurs.
-
-
-_i._ L'AUTEUR DU JOURNAL APPARTIENT A PLUSIEURS CONFRÉRIES PARISIENNES.
-
-Dans maintes occasions, l'auteur du Journal témoigne d'un certain intérêt
-pour les confréries parisiennes, il connaît leur situation morale et
-pécuniaire; il éprouve un réel chagrin lorsqu'il nous montre les
-confréries épuisant leurs ressources pour acquitter leur part des lourdes
-contributions imposées aux Parisiens. Ainsi, au mois de septembre 1437,
-notre chroniqueur ne manque pas de nous dire que les conseillers de
-Charles VII firent main basse sur l'argent monnayé «qui estoit ou tresor
-des confreries». En 1441, lors du siège de Pontoise et de la venue du roi
-à Saint-Denis, notre Journal nous apprend que les confréries parisiennes
-furent menacées dans leur existence. «Les faulx conseilliers» du roi
-projetèrent non seulement de s'emparer de tout l'argent possédé par les
-confréries, mais encore d'en réduire le nombre; ils réussirent à les
-diminuer de moitié et portèrent un coup funeste au service religieux.
-Notre chroniqueur ne se borne pas à nous entretenir des confréries à un
-point de vue général, il laisse parfois deviner ses préférences
-personnelles pour telle ou telle confrérie dont il devait être membre; on
-remarque notamment que dans la relation fort succincte des obsèques de la
-duchesse de Bedford, il consacre une mention spéciale à la Grande
-Confrérie aux Bourgeois. Or nous savons par le testament de Jean Chuffart
-que ce chanoine était membre de la Grande Confrérie aux Bourgeois et de
-la confrérie de Saint-Augustin qui avaient leur siège à Notre-Dame, et
-qu'il faisait également partie de celle des merciers en l'église des
-Innocents. En pensant à cette dernière confrérie, il est difficile de ne
-point se reporter au long paragraphe de notre journal relatif à la mise
-en interdit de l'église des Innocents en 1437; pendant vingt-deux jours,
-dit le chroniqueur, le service divin fut interrompu, et les confréries
-qui avaient leurs services assignés dans cette église se transportèrent
-en la chapelle Saint-Josse.
-
-
-Voici, pour nous résumer, les résultats que nous avons obtenus par
-l'étude attentive du Journal parisien.
-
-En premier lieu, l'auteur du Journal se désigne au nombre des prêtres qui
-participèrent à une procession du clergé de Notre-Dame, circonstance qui
-permet au président Fauchet d'émettre cette opinion que notre chroniqueur
-devait appartenir «au corps de Notre-Dame»; or, Jean Chuffart nous
-apparaît dès 1420 comme chanoine de cette église.
-
-2º L'auteur du Journal, sympathique d'abord à la cause
-anglo-bourguignonne, abandonne cette cause et embrasse le parti de
-Charles VII après 1436; or nous voyons Jean Chuffart prêter serment aux
-Anglais en 1429, et se rallier ensuite au gouvernement français en
-acceptant dès 1437 un poste de conseiller au Parlement de Paris.
-
-3º L'auteur du Journal s'occupe des moindres incidents du siège de Meaux
-et rapporte des particularités inconnues de tout autre chroniqueur; or
-Jean Chuffart se rendit, en janvier 1422, auprès du roi d'Angleterre,
-avec une mission officielle du chapitre de Notre-Dame.
-
-4º L'auteur du Journal se met en scène parmi les plus parfaits clercs de
-l'Université et montre par là qu'il devait occuper dans le monde
-universitaire une situation importante; or nous constatons que Jean
-Chuffart fut recteur de l'Université en 1422 et qu'il fit partie du corps
-enseignant en qualité de docteur régent de la faculté de décret.
-
-5º L'auteur du Journal se révèle dans plusieurs passages de sa chronique
-comme l'un des clercs attachés à la maison d'Isabeau de Bavière; or, Jean
-Chuffart remplit pendant nombre d'années les fonctions de chancelier de
-cette reine.
-
-6º L'auteur du Journal témoigne à une certaine époque d'un intérêt
-particulier pour l'église et le cimetière des Innocents; or, à cette même
-époque, Jean Chuffart, soit comme chanoine de Sainte-Opportune, soit
-comme chanoine et doyen de Saint-Germain-l'Auxerrois, eut journellement à
-s'occuper de l'église et du cimetière des Innocents.
-
-7º, 8º L'auteur du Journal parle souvent de Saint-Marcel et de la récolte
-des vins faite sur le territoire de Saint-Marcel; or, Jean Chuffart,
-chanoine et doyen de la collégiale de ce nom, possédait et exploitait
-dans ce bourg des vignes d'une certaine importance.
-
-Enfin l'auteur note dans son Journal le prix des denrées, les variations
-atmosphériques de toute nature, les dégâts causés aux récoltes; or, Jean
-Chuffart, comme chambrier clerc de Notre-Dame, fut constamment chargé de
-veiller au temporel du chapitre et dut se préoccuper de tous ces
-accidents, de tous ces détails relatifs aux biens de la terre auxquels
-s'intéresse tout particulièrement l'auteur du Journal.
-
-On voit que l'attribution du Journal parisien au chanoine Jean Chuffart
-peut se défendre par de nombreux et sérieux arguments.
-
-Nous espérons donc que le public voudra bien accueillir nos conjectures
-sans défaveur, et que M. Longnon lui-même, si nous ne réussissons pas à
-le convaincre, reconnaîtra que ces conjectures s'appuient sur un ensemble
-de faits à tout le moins digne d'attention.
-
-
-
-
-JOURNAL D'UN BOURGEOIS DE PARIS DE 1405 A 1449.
-
- [1405][83].
-
-
-1. ..... Et environ dix ou doze jours après, furent changées les
-serreures et clefs des portes de Paris, et furent faiz monseigneur de
-Berry et monseigneur de Bourbon cappitaines de la ville de Paris, et vint
-si grant foueson de gens d'armes à Paris que aux villaiges d'entour ne
-demeurerent aussi comme nulles gens; toutesvoies les gens du dessusdit
-duc de Bourgongne ne prenoient riens sans paier, et comptoient tous les
-soirs à leurs hostes et poioient tout sec en la ville de Paris[84]. Et
-estoient, ce temps durant, les portes de Paris fermées, ce non IIII,
-c'est assavoir la porte Sainct-Denis, Sainct-Anthoine, Sainct-Jacque et
-Sainct-Honoré. Et le dixiesme jour de septembre ensuivant furent murées
-de plastre la porte du Temple, la porte Sainct-Martin et celle de
-Montmartre[85].
-
- [83] C'est à tort que tous les éditeurs du Journal parisien,
- depuis La Barre, ont rapporté à l'année 1408 ce fragment initial
- de notre chronique; en effet, les mesures relatives à la clôture
- des portes et le voyage de l'évêque de Liège à Paris eurent lieu
- en 1405, ainsi qu'il résulte de la chronique du Religieux de
- Saint-Denis, de Juvénal des Ursins et de la chronique liégeoise
- de Jean de Stavelot.
-
- [84] Nous ne savons jusqu'à quel point cette allégation de notre
- auteur est fondée; en effet, les déprédations multipliées des
- gens de guerre obligèrent Charles VI à rendre, le 6 novembre
- 1405, une ordonnance enjoignant aux bandes armées de retourner
- dans leur pays. La mise à exécution de cette ordonnance, publiée
- à Paris le mercredi 11 novembre 1405, fut confiée au prévôt de
- Paris qui devait, s'il trouvait en sa prévôté «aucunes d'icelles
- gens d'armes pillans et prenans aucunes choses sur les subgiez
- sans paier raisonnablement», en tirer punition exemplaire. (Arch.
- nat., Y 2, fol. 227 rº.) Ces mesures de rigueur suivirent les
- lettres données au Bois de Vincennes le 12 octobre précédent et
- publiées à Paris le 15 octobre, lettres par lesquelles le Roi
- avait interdit aux ducs de Bourgogne et d'Orléans de procéder
- l'un contre l'autre par voie de fait ou d'injure. (_Ibid._, fol.
- 226 vº.)
-
- [85] Entre autres dispositions prises à Paris dans la crainte
- d'une entrée à main armée du duc d'Orléans, Monstrelet rapporte
- que l'on fit abattre «plusieurs apentis d'aucunes maisons, afin
- que par les rues on peust plus facilement traire, lancier et
- gecter pierres sans empeschement.» Une procédure engagée au
- Parlement, en juillet 1407, contre la prévôté de Paris et la
- prévôté des marchands, permet de compléter les notions un peu
- vagues fournies par le chroniqueur bourguignon. Voici, d'après le
- registre du Parlement (Arch. nat., X{1a} 4787, fol. 577 vº),
- l'exposé présenté au nom du procureur du roi: «Le procureur du
- roy dit que n'a que II ans ou environ que à Paris avoit molt de
- gens d'armes, pour quoy fu ordonné de pourveoir à pluseurs
- maisons notables et châteaux de Paris, comme au Louvre,
- St-Antoinne, le Palaiz et les Chastellès, entre lesquelx fu
- ordonné que les maisons qui estoient devant le Petit Chastellet
- au Petit Pont seroient demolies et abbatues, pour faire front
- audit Chastellet.» La démolition s'opéra de nuit, «à falos, à
- grant foison de gens.»
-
-2. Et le vendredi ensuivant, XIIe jour dudit moy, aryva à Paris l'evesque
-du Liege[86], et lui fist faire serement le prevost de Paris et autres, à
-l'entrée de la porte Sainct-Denis, que il ne seroit contre le roy,
-n'encontre la ville, ne lui, ne les siens, mais leur seroit garant de
-trestout son povair, et ainsi le promist-il par la foy de son corps et
-par son signeur, et après entra à Paris et fut logé en l'ostel de la
-Trimoullie[87]. Et icellui jour après sa venue, fut crié ce, que on mist
-des lanternes à bas les rues et de l'eaue aux huis, et aussi le fist-on.
-Et le XIXe jour dudit moys de septembre, fut crié et commandé que on
-estoupast les pertuys qui donnoient clarté dedens les celiers. Et le
-XXIIIIe jour ensuivant, fut commandé par trestous les [fevres[88]] et
-marechaux[89] de Paris et chauderonniers que on feist des chaisnes[90]
-comme autresfoiz avoient esté, et lesdiz ouvriers de fer commancerent le
-lendemain et ouvrerent festes et dimenches et par nuit et jour. Et le
-XXVIe jour dudit moys de septembre, fut crié[91] parmy Paris que, qui
-auroit puissance d'avoir armeure, si en achetast pour garder la bonne
-ville de Paris.
-
- [86] Jean de Bavière.--La Chronique de Jean de Stavelot fait
- connaître quelques particularités intéressantes sur son séjour à
- Paris: les grands seigneurs français ayant eu l'idée de faire le
- soir quelques parties de dés en l'hôtel habité par l'évêque de
- Liège, le sort favorisa tellement ce prélat qu'il leur gagna tout
- leur argent. «Adonc, raconte le chroniqueur, uns des prinches
- mult yreis deist: «Queil dyable de priestre a-t-y chi? Comment,
- nos gangnerat ilh tout nostre argent?» Adonc monsangneur de Liege
- soy levat del tauble et dist en chourchant: «Je ne suy pas
- preistre, et de vostre argent je n'ay que faire.» Et le prist et
- le jetta et l'espandit partout, dont y pluseur orent grant
- mervelle de sa grant liberaliteit.» (P. 96.)
-
- [87] L'hôtel de la Trémoille, logis seigneurial de la famille de
- ce nom, bien connu au XVe siècle sous la dénomination de «maison
- des Carneaux», à cause des créneaux qui couronnaient ses murs de
- clôture, était situé dans la rue des Bourdonnais et s'étendait le
- long de la rue de Béthisy jusqu'à la rue Tirechape. (Legrand,
- _Paris en 1380_, fol. 62.) Après l'entrée des Bourguignons à
- Paris, il fut occupé par Jean de la Trémoille, seigneur de
- Jonvelle (Sauval, t. III, p. 312). Lorsque Charles VII rentra en
- possession de sa capitale, les détenteurs de cet hôtel, en vertu
- d'un appointement en date du 28 mars 1437, furent obligés «de
- s'en departir et d'en laisser joïr maistres Adam de Cambray,
- premier président au Parlement, et Gilet de Vitry.» (Arch. nat.,
- X{1a} 1482, fol. 15 vº.)
-
- [88] Ce mot manque dans le manuscrit de Paris.
-
- [89] Ms. de Paris: marchands.
-
- [90] Plus de six cents chaînes de fer furent forgées en huit
- jours, les ouvriers serruriers ayant reçu ordre de laisser toute
- autre besogne, afin d'expédier ce travail dans le plus bref
- délai. (Religieux de Saint-Denis, édit. Bellaguet, t. III, p.
- 309.)
-
- [91] Ms. de Paris: commandé.
-
-3. Et le Xe jour d'octobre ensuivant, jour de sabmedi, vint telle esmeute
-en la ville de Paris, comme on pouroit gueres veoir sans savoir pourquoy;
-mais on disoit que le duc d'Orleans estoit à la porte de Sainct-Anthoine
-à toute sa puissance, dont il n'estoit riens; et les gens du duc de
-Bourgongne s'armerent, car les gens de Paris furent si esmeuz, comme ce
-tout le monde feust contre eulx et les voulsist destruire, et si ne sceut
-on oncques pourquoy ce feust.
-
-
- [1408.]
-
-4. ..... dont il leur print mal, car il en mourut là plus de XXVI mil, et
-fut le XXIIIe jour de septembre cccc et huit, et en tant que la guerre
-dura, par feu, par fain, par froit, à l'espée plus de XIIIIm; or sont
-bien quarante mil[92].
-
-
- [92] Aucune des éditions du Journal ne contient ce passage mutilé
- et peu intelligible, qui s'applique à la révolte des Liégeois
- contre leur évêque, révolte comprimée par le duc de Bourgogne.
- Monstrelet (édit. Douët d'Arcq, t. I, p. 355) rapporte «que le
- XXIIIe jour de septembre (1408) yssirent de la cité de Liege bien
- 50,000 hommes ou environ»; le même chroniqueur (t. I, p. 365),
- ainsi que Le Fèvre de Saint-Remy, évalue à 28,000 le nombre des
- combattants de cette ville qui périrent dans cette rencontre.
- Juvénal des Ursins (édit. Michaud, p. 448) indique un chiffre un
- peu moins élevé, 20 à 24,000, mais atténue dans des proportions
- exagérées les pertes des Bourguignons.
-
-
-5. Le XVIe jour de novembre ensuivant, à ung sabmedi, les davantdiz
-signeurs, c'est assavoir Navarre, Loys, etc., enmenerent le roy à Tours,
-dont le peuple fut moult troublé; et disoient bien que, ce le duc de
-Bourgogne eust (esté) icy, qu'ilz ne l'eussent pas fait, ainsi le firent;
-et là fut, que là que à Chartres, XVII sepmaines, et par plusieurs foys y
-fut le prevost des marchans[93] et des bourgois de Paris, qui y furent
-mandez, et si n'y arresterent oncques preu pour eulx ne pour le peuple.
-
- [93] Charles Cul-d'Oe, qui occupa avec honneur la prévôté des
- marchands dans des temps difficiles, fut envoyé à Tours pour
- obtenir le retour du roi à Paris; en 1411, il se rendit à Melun
- avec mission de négocier un rapprochement entre les ducs
- d'Orléans et de Bourgogne (Juv. des Ursins). Devenu complètement
- impopulaire lors de la sédition cabochienne, il prit la fuite
- avec plus de trois cents bourgeois, fut destitué et remplacé par
- Pierre Gencien. On le retrouve à Paris quelques années plus tard,
- au milieu de circonstances non moins critiques. Le lundi 22 août
- 1418, une troupe armée envahit le Louvre pour en arracher trois
- ou quatre prisonniers, «entre lesquelz estoit maistre Charles
- Cul-d'Oe qui fu amené au Chastellet et baillié au lieutenant du
- prevost de Paris, qui vix pro tunc vivus evasit.» (Arch. nat.,
- X{1a} 1480, fol. 143.) S'il faut en croire le Religieux de
- Saint-Denis (t. VI, p. 267), Cul-d'Oe, tiré de la bastille
- Saint-Antoine, aurait été sauvé du massacre des prisonniers par
- Capeluche. Quoi qu'il en soit, il est certain qu'il parvint à
- s'échapper et à quitter Paris une seconde fois; en 1421, sa
- maison rue de la Tournelle était occupée par Louis de Robersac,
- chevalier (Sauval, t. III, p. 289). Charles Cul-d'Oe mourut très
- vraisemblablement de 1435 à 1436, car sa veuve, Jacqueline
- Quipie, était alors en procès avec Jean de Villiers, seigneur de
- l'Isle-Adam, au sujet de la propriété d'un immeuble non désigné,
- mais qui doit être un grand hôtel avec jardin, sis rue de la
- Tonnellerie et donnant sur la rue des Prouvaires (Arch. nat.,
- X{1a} 1482, fol. 3 vº; cf. Sauval, t. III, p. 310).
-
-
- [1409.]
-
-6. Le neufviesme jour de mars ensuivant revint le duc de Bourgongne à
-tout noble gent, et le XVIIe jour dudit moys de mars à ung dymenche
-amenerent le roy à Paris, qui fut receu le tres plus honnorablement qu'on
-vit passé à deux cens ans, car tous les sergens, comme du guet, ceulx de
-la marchandise, ceulx à cheval, ceulx à verge, ceulx de la XIIne avoient
-diverses livrées toutes especialment de chapperons, et tous les bourgois
-allerent à l'encontre de lui. Devant lui avoit XII trompettes et grant
-foueson menestrées, et, partout où il passoit, on crioit [tres
-joieusement]: «Nouel!» et gectoit on viollettes et fleurs sur lui, et au
-soir soupoient les gens emmy les rues par tres joyeuse chere, et firent
-feus tout partout Paris, et bassynoient de bassins tout parmy Paris[94].
-Et le lendemain vint la royne et le daulphin, si refust la joie si tres
-grande comme le jour de devant ou plus, car la royne vint le plus
-honnorablement qu'on l'avoit oncques veue entrer à Paris depuis qu'elle
-vint la premiere foys.
-
- [94] Ce récit de la rentrée de Charles VI à Paris a été reproduit
- ou plutôt analysé par Godefroy dans ses extraits de notre
- journal; il n'est peut-être pas sans intérêt d'en rapprocher la
- version inédite que donne le greffier Nicolas de Baye: «Ce jour,
- le roy nostre sire est retourné et rentré à Paris environ v
- heures après midi à moult grant compagnie....... et a l'en crié:
- «Noé», par toutes les rues où a passé, et aussy au soyr l'en a
- fait par les rues publiquement feus en signe de joye et de leesse
- pour la revenue dudit seigneur.» (Arch. nat., X{1a} 4788, fol.
- 252 vº.)
-
-7. Le XXVIe jour de juing ensuivant, fut fait le Saint Pere, c'est
-assavoir Pierre de Candye[95], et le lundi VIIIe jour de juillet
-ensuivant fut sceu à Paris. On en fist moult noble feste, comme quant le
-roy vint de Tours, comme devant est dit, et par tous les moustiers de
-Paris on sonnoit moult fort et toute nuyt aassi.
-
- [95] Pierre de Candia, de l'ordre des Frères Mineurs, maître en
- théologie à Paris, fut élu pape par le concile de Pise le 26 juin
- 1409, et prit le nom d'Alexandre V, ses compétiteurs Grégoire XII
- et Benoît XIII ayant été condamnés par sentence du 5 juin
- précédent. Selon Nicolas de Baye, la nouvelle de son élection
- parvint au roi le dimanche soir 7 juillet, et dès le lundi matin,
- entre six et sept heures, le Parlement en fut avisé, «dont cedit
- jour fut faicte moult grant et joyeuse feste à Paris, par toute
- la ville, tant en feux que en mengiers publiques.» (Arch. nat.,
- X{1a} 1479, fol. 82.) Alexandre V occupa peu de temps le trône
- pontifical; il mourut le 4 mai 1410, laissant la réputation d'un
- excellent théologien, «sed parum peritus in tanto regimine»,
- ainsi que le remarque le greffier du Parlement (Arch. nat., X{1a}
- 1479, fol. 114).
-
-8. L'an mil IIIIe et IX, le jour de la my aoust, fist tel tonnoyre,
-environ entre cinq ou six heures au matin, que une ymaige de Nostre Dame,
-qui estoit sur le moustier de Sainct-Ladre, de forte pierre et toute
-neufve, fut de tonnoyrre tempestée et rompue parmi le mylieu, et portée
-bien loing de là; et à l'entrée de la Villette Sainct-Ladre[96] au bout
-de devers Paris, furent deux hommes tempestez, dont l'un fut tué tout
-mort, et ses soulliers et ses chausses, son gippon furent touz dessirez,
-et si n'avoit point le corps entamé; et l'autre homme fut tout afollé.
-
- [96] La Villette Saint-Ladre, dépendance de l'hôpital
- Saint-Lazare, connue dès le XIIe siècle, n'était au XVe qu'un
- lieu assez désert et mal famé; c'est là que les deux prétendus
- clercs pendus par ordre du prévôt Guillaume de Tignonville,
- rôdant et «espiant les chemins» dans ces parages, avaient assommé
- un compagnon qui portait à Bruges une lettre de change (Arch.
- nat., X{2a} 14, fol. 299 rº).
-
-9. Item, le lundi VIIe jour d'octobre ensuivant, assavoir IIIIe et IX,
-fut prins ung nommé Jehan de Montagu, grant maistre d'ostel du roy de
-France, emprès Sainct-Victor, et fut mis en Petit Chastellet; dont il
-avint telle esmeute à Paris à l'eure qu'on le print, comme ce tout Paris
-fust plain de Sarazins, et si ne savoit nul pourquoy ils
-s'esmouvoient[97]. Et le print ung nommé Pierre des Essars, qui pour lors
-estoit prevost de Paris; et furent les lanternes commandées à alumer,
-comme autresfois, et de l'eaue à l'uis, et toutes les nuys le plus bel
-guet à pié et à cheval qu'on vit gueres oncques à Paris, et le faisoient
-les mestiers l'un après l'autre.
-
- [97] Ms. de Rome: s'enfuyoient.
-
-10. Et le XVIIe jour dudit moys d'octobre, jeudy, fut le dessusdit grant
-maistre d'ostel mis en une charrette, vestu de sa livrée, d'une
-houppelande de blanc et de rouge, et chapperon de mesmes, une chauce
-rouge et l'autre blanche, ungs esperons dorez, les mains liées devant,
-une croix de boys entre ses mains, hault assis en la charrette, deux
-trompettes devant lui, et en cel estat mené es halles. Là lui on coupa la
-teste, et après fut porté le corps au gibet de Paris, et pendu au plus
-hault, en chemise, à toutes ses chausses et esperons dorés, dont la
-rumeur dura à aucun des signeurs de France, comme Berry, Bourbon, Alençon
-et plusieurs autres[98].
-
- [98] La fin tragique de Jean de Montaigu, victime du ressentiment
- de Jean Sans-Peur, souleva la réprobation générale: ce n'est pas
- seulement à Paris qu'il fut, comme le dit Juvénal des Ursins (p.
- 451), «moult plaint de tout le peuple», mais le revers de fortune
- si subit éprouvé par le grand-maître et l'iniquité de sa
- condamnation excitèrent partout une profonde commisération; on en
- trouve un témoignage bien curieux dans un procès plaidé en la
- Cour des aides le 17 juin 1412, relativement à l'office d'élu
- d'Avranches. Voici les propos imputés à celui que l'on voulait
- déposséder de cet office: «Henry de Creux, esleu d'Avranches,
- contre Guillaume Biote, dit que quant le grant maistre d'ostel fu
- executé et que les nouvelles lui vinrent, il lui en despleust
- moult et dist publiquement que c'estoit mal fait, et maudist
- ceulx qui avoient ce fait, disant qu'ilz avoient mieulx gaigné à
- avoir la teste copée que lui.» (Arch. nat., Z{1a} 5, fol. 304
- rº.) Après l'exécution de Jean de Montaigu, ses biens furent
- confisqués, mais sa veuve et ses enfants ne se trouvèrent pas
- aussi dénués de ressources que le donne à penser M. Merlet dans
- sa biographie du grand-maître (_Bibl. de l'École des chartes_, 3e
- série, t. III, p. 248), car on voit, peu de temps après (de mars
- à juillet 1410), Jacqueline de la Grange, sa veuve, plaider
- contre le duc Louis de Bavière, qui avait été gratifié de la
- terre de Marcoussis, pour obtenir la jouissance du château de
- Marcoussis et de mille livres de rente à titre de douaire; le duc
- de Bavière se défendit en alléguant qu'au moment de son mariage
- Jean de Montaigu ne possédait rien à Marcoussis et que,
- d'ailleurs, Jacqueline était bien pourvue de joyaux, linge,
- vaisselle et autres biens que la reine lui avait rendus. (Arch.
- nat., X{1a} 4788, fol. 447, 527.)
-
-
-
- [1410.]
-
-11. Dont il advint l'année ensuivant mil IIIIc et X, environ la fin
-d'aoust, que chascun en droit soy admena tant de gens d'armes autour de
-Paris, que à XX lieues environ estoit tout degasté; car le duc de
-Bourgongne et ses freres admenerent leur puissance de devers Flandres et
-Bourgongne, mais ilz ne prenoient que vivres ceulx au duc de Bourgongne
-ne à ses aidans, mais trop largement en prenoient. Et les gens de Berry
-et de ses aidans pilloient, roboient, tuoient en eglise et dehors eglise,
-especialment ceulx au conte d'Armignac et les Bretons[99] dont si grant
-charté s'ensuivy [de pain][100], que plus d'un moys, le sextier de bonne
-farine valloit LIIII frans [ou LX], dont les pauvres gens de ville comme
-au desespoir, fuoient; et leur firent plusieurs escarmouches et en
-tuerent moult.
-
- [99] Toutes les chroniques contemporaines, notamment celles de
- Juvénal des Ursins et de Monstrelet, entrent dans certains
- détails sur les désordres commis par les gens de guerre autour de
- Paris; cependant on nous saura gré de signaler l'exposé impartial
- de la situation, dû à la plume de Nicolas de Baye: «Armignagues,
- Bretons, Brebançons, Lorreins et Bourgoignons, conclut le digne
- greffier du Parlement, ont tout pillé et emmené ce que ont peu
- emmener et rançonné, en grant deshonneur du roy et du royaume.»
- (Arch. nat., X{1a} 4789, fol. 2.)
-
- [100] Les courses des gens de guerre ne furent pas l'unique cause
- de cette grande cherté; l'année 1410 fut une année de disette
- générale, ainsi que semble le témoigner le passage suivant
- extrait d'une plaidoirie du 23 juillet 1411: «Combien que l'an
- passé aient esté longuement (dans le pays de Cotentin) sans
- manger de pain pour la stérilité.» (_Ibid._, fol. 163.)
-
-12. Et tout ce n'estoit que pour l'envie qu'ilz avoient, pour ce que les
-gens de Paris amoient tant le duc de Bourgongne et le prevost de Paris
-nommé Pierre des Essars, pour ce qu'il gardoit si bien la ville de Paris.
-Car toute nuyt et toute jour il alloit tout parmy la ville de Paris, tout
-armé, lui et grant foison de gens d'armes, et faisoit faire aux gens de
-Paris toutes les nuys le plus bel guet qu'ilz povoient, et ceux qui n'y
-povoient aller faisoient veiller davant leur maison, et faire grans feuz
-par toutes les rues jusques au jour, et y avoit quarteniers,
-cinquanteniers, diseniers qui ce ordonnoient. Dont ceulx de devers Berry
-tindrent si court ceulx de Paris par devers la porte Sainct-Jacques,
-Sainct-Marceau[101], Sainct-Michel, que les vignes demourerent à
-vendenger et les semailles, et plus, à quatre lieues entour de Paris
-devers lesdictes portes, jusques à la sainct Climent encore
-vendengeoit-on, et par la grace de Dieu il y avoit tres pou de pouris,
-car il fist tres bel temps, mays ilz ne se povoient eschaufer es cuves.
-Et si ne venoit pain à Paris qu'i ne couvenist aller querre à force de
-gens d'armes par eaue et par terre. Et y avoit ung chevalier logé à la
-Chappelle-St-Denis, nommé messire Morelet de Betencourt[102], qui alloit
-querre le pain à Sainct-Brice[103] et ailleurs, lui et ses gens, tant que
-ce contens dura, qui dura jusques à la Toussains.
-
- [101] C'est par erreur que le ms. de Rome ajoute la porte
- Bordelle; la porte Bordelle et la porte Saint-Marceau ne sont
- qu'une seule et même porte conduisant au bourg Saint-Marcel;
- appelée d'abord porte Bordelle, elle prit plus tard le nom de
- porte Saint-Marcel.
-
- [102] Regnaud de Béthencourt, dit Morelet, chevalier bourguignon,
- chambellan des ducs Philippe le Hardi et Jean Sans-Peur, apparaît
- fréquemment dans les documents du temps de Charles VI et Charles
- VII. Nous le voyons en 1406, sous prétexte de deniers à lui dus
- par le roi, saisir au passage une somme d'argent que l'on
- apportait à Paris pour la reine (Arch. nat., X{1a} 1478, fol. 279
- vº). L'année suivante, Morelet de Béthencourt se trouva compromis
- dans un procès fait par le bailli de Rouen à son serviteur Gilet
- Harenc, procès qui révéla l'existence de «certaine dampnable
- entreprise» et l'envoi de fausses lettres closes à un bourgeois
- de Rouen au nom du vidame d'Amiens; le fait parut assez grave
- pour motiver un ordre d'arrestation de la personne de Morelet,
- ordre adressé le 7 août 1407 par le prévôt de Paris à Mathieu
- d'Arly, chambellan du roi (Arch. nat., X{2a} 15, fol. 158 vº).
- Toutefois, l'affaire ne paraît pas avoir eu de suite. Au mois
- d'août de l'année 1410, Morelet de Béthencourt, obligé de quitter
- Chartres où le duc de Bourgogne l'avait envoyé (Cousinot, _Geste
- des nobles_, p. 131), revint aux environs de Paris et fut chargé
- par Charles VI de veiller à l'approvisionnement de la capitale;
- il résulte d'un procès engagé en 1413 au Parlement que le roi,
- lui devant «XIIc escuz pour le service qu'il avoit fait de faire
- venir les vivres à Paris,» lui abandonna la propriété d'une
- maison en cette ville (Arch. nat., X{1a} 4790, fol. 19 vº). En
- 1412, le même chevalier favorisait le vol à main armée d'un
- chariot chargé d'objets précieux appartenant au duc de Bavière
- (Monstrelet, t. II, p. 245). Morelet de Béthencourt rentra dans
- Paris à la suite des Bourguignons et obtint pour sa part des
- biens confisqués la maison de Jean Haudry, sise rue
- Geoffroy-Lasnier (Sauval, t. III, p. 321). Pendant l'occupation
- anglaise, il exerça les fonctions de chevalier du guet et fut
- chargé à ce titre d'arrêter Sauvage de Fromonville. En 1428, une
- action lui fut intentée au Parlement par la veuve d'un sergent
- tué dans cette expédition (Arch. nat., X{1a} 4795, fol. 231 vº).
- Partisan dévoué de la domination étrangère, il assista, le 21
- décembre 1431, à la tenue du Parlement par le roi d'Angleterre
- et, le 12 janvier 1436, siégea dans le conseil réuni pour aviser
- aux moyens d'assurer la défense de Paris (Arch. nat., X{1a} 1481,
- fol. 48, 112 vº). Messire Morelet suivit probablement les Anglais
- après leur expulsion en 1436. Il avait épousé l'une des filles de
- Jean de Troyes, comme le montre le procès engagé en 1424 entre
- les enfants de ce personnage (Arch. nat., X{1a} 4793, fol. 396).
-
- [103] Saint-Brice-sous-Forêt (Seine-et-Oise, arr. de Pontoise,
- cant. d'Écouen).
-
-13. Et ung pou devant, avoit presché devant le roy le ministre des
-Mathurins[104], tres bonne personne, et monstra la crualité que ilz
-faisoient par deffaulte de bon conseil, disant qu'il failloit qu'il y
-eust des traistres en ce royaulme; dont ung prelat, nommé le cardinal de
-Bar, qui estoit audit sermon, le desmenty et nomma «villain chien», dont
-il fut moult hay de l'Université et du commun, mais à pou lui en fu, car
-il praticoit grandement avecques les autres qui portoient chascun une
-bende, dont il estoit embassadeur par le duc de Berry, et portoit celle
-bende[105], et tous iceulx de par luy. Et ce tindrent tellement en celle
-bende qu'il couvint que ledit prevost fust desposé[106] pour l'envie
-qu'ilz avoient sur le commun de Paris qu'il gardoit si bien, car aucuns
-et le plus de la bende[107] cuidoient de certain que on deust piller
-Paris. Et tout le mal qui ce faisoit de delà, chascun disoit que ce
-faisoit le conte d'Armignac, tant estoit de malle voulenté plain, et pour
-certain on avoit autant de pitié de tuer ces gens comme de chiens; et
-quelconques estoit tué de delà, on disoit: «C'est un Armignac[108]», car
-ledit conte estoit tenu pour tres cruel homme et tirant et sans pitié. Et
-certain, ceulx de ladite bende eussent fait du mal plus largement, ce ne
-fust le froit et la famine qui les fist traictier comme une chose non
-achevée, comme pour en charger arbitres. Et fut fait environ le VIe jour
-de novembre mil IIIIc et X[109], et s'en alla chascun à sa terre jusques
-à ce que on les mandast, et qui a perdu si a perdu; mais le royaulme de
-France ne recouvra la perte et le dommaige qu'ilz firent en vingt ans
-ensuivant, tant viengne bien.
-
- [104] Renaud de la Marche, docteur en théologie, l'un des plus
- célèbres orateurs de cette époque, se fit remarquer par la
- virulence de son langage dans le sermon qu'il prononça, au mois
- de mai 1408, contre l'antipape Benoît XIII et les porteurs de sa
- bulle, «preschez» publiquement au parvis Notre-Dame. Le discours
- auquel notre chroniqueur fait allusion termina la carrière de
- Renaud de la Marche, dont le successeur, frère Etienne, est
- mentionné dès l'année 1411.
-
- [105] Ms. de Rome: dont il estoit embassadeur, car le duc de
- Berry portoit celle bande.
-
- [106] Pierre des Essarts, nommé prévôt de Paris le 30 avril 1408
- au lieu et place de Guillaume de Tignonville, fut reçu Je 5 mai
- suivant et prêta serment en séance du Parlement (Arch. nat.,
- X{1a} 1479, fol. 26); ses lettres d'institution, insérées au
- Livre rouge vieil du Châtelet (Arch. nat., Y 2, fol. 255), le
- qualifient maître de l'hôtel du roi et capitaine de la ville de
- Paris. A la suite du traité de Bicêtre conclu entre les princes
- le 2 novembre 1410, Des Essarts dut se démettre de sa charge et
- fut remplacé le 8 novembre par Bruneau de Saint-Clair qui remplit
- les fonctions de prévôt jusqu'au 12 septembre 1411; après sa
- disgrâce, il se retira avec le duc de Bourgogne en Flandre.
- (Chronique des Cordeliers, édit. Douët d'Arcq, p. 205.)
-
- [107] Les mss. portent ici un «qui» inutile au sens.
-
- [108] Si à cette époque les partisans du duc d'Orléans recevaient
- la qualification méprisante d'«Armagnac», associée souvent aux
- mots de «traître, larron, coupaut» (Arch. nat., JJ 171, fol. 231,
- et Z{1a} 5, fol. 248 rº), ils appliquaient à leur tour aux
- Bourguignons l'appellation injurieuse de «maillet» que l'on
- considérait comme flétrissante: c'est ainsi qu'un notaire du roi,
- traité de «mailletus, mastinus, proditor, latro», fit infliger à
- l'auteur de ces propos une condamnation à 30 livres d'amende et
- 30 livres de dommages-intérêts avec réparation honorable (Arch.
- nat., X{1a} 56, fol. 369 vº). En 1412, les habitants de Soissons
- tenant le parti du duc de Bourgogne se virent qualifiés de «faulx
- vuillains maallès» (Arch. nat., X{2a} 17, 30 juin).
-
- [109] Il faut voir dans le récit assez obscur de notre
- chroniqueur une allusion au départ des princes stipulé par le
- traité de Bicêtre.
-
-14. Et en ce temps fut la riviere de Saine si petite, car oncques on ne
-la vit à la sainct Jehan d'esté plus petite qu'elle estoit à la sainct
-Thomas devant Noel; et neantmoins, par la grace de Dieu, on avoit à Paris
-en ce temps, environ cinq sepmaines après l'allée des gens d'armes, tres
-bon blé pour XVIII ou pour vingt solz parisis le sextier.
-
- [1411.]
-
-15. _Nota_ que le mardi darrain jour de juing IIIIc et XI, jour de sainct
-Paul, environ huit heures après disner, gresla, venta, tonna, espartit le
-plus fort que homme qui adonq fust eust oncques veu[110].
-
- [110] Cette note, relative au terrible orage dont parle Juvénal
- des Ursins (p. 464), se trouve dans les manuscrits de Rome et de
- Paris, à la suite des extraits se rapportant à la fin de l'année
- 1408 et au commencement de l'année 1409; nous la rétablissons en
- tête de l'année 1411.
-
-L'an mil CCCC et XI ensuivant, recommancerent ceulx de la bende à
-faire[111] leur mauvaise vie, car en aoust, vers la fin, vindrent devant
-Paris, du costé de devers Sainct-Denis, et deffierent le duc de
-Bourgongne, et fist chascun son assemblée vers Montdidyer. Mais que les
-bandez sceurent la belle compaignie que Bourgongne avoit, ilz ne
-l'oserent oncques assaillir, et si les attendit-il par cinq sepmaines.
-Quant le duc vit la chose, il dist que ilz n'avoient guerre que au roy et
-à la bonne ville de Paris, lors renvoya ses communes et les convoya[112]
-grant païs[113].
-
- [111] Les mots «à faire» manquent dans le ms. de Rome.
-
- [112] Ms. de Rome: renvoia.
-
- [113] Les faits ne sont pas présentés sous leur vrai jour; on
- sait que les communes de Flandre abandonnèrent le duc de
- Bourgogne malgré ses instances et en dépit des humbles
- supplications que leur adressa le duc de Brabant (cf. le récit de
- Monstrelet, t. II, p. 182).
-
-16. Et les faulx bendez Armignaz commencerent à faire tout le pis que ilz
-povoient, et vindrent au plus pres de Paris, en plaines vendenges, c'est
-assavoir, environ mynuit entre sabmedy et dimenche, IIIe jour
-d'octobre mil IIIIc et XI, furent à Pantin, à Sainct-Ouin, à la
-Chappelle-Sainct-Denis, à Monmartre, à Glinencourt et par tous les
-villaiges d'entour Paris dudit costé, et assegerent Sainct-Denis. Et
-firent tant de maulx, comme eussent fait Sarazins, car ilz pendoient les
-gens, [les uns] par les poulces, autres par les piez, les autres tuoient
-et rançonnoient, et efforçoient femmes, et boutoient feuz, et quiconcques
-ce feist, on disoit: «Ce font les Armignaz[114]», et ne demeuroit
-personne esdiz villaiges que eulx mesmes. Cependent vint Pierre des
-Essars à Paris, et fut prevost comme devant[115], et fist tant que on
-cria parmy Parys que on abandonnoit les Armignaz, et qui pouroit les tuer
-si les tuast et prinst leurs biens[116]. Si [y alla moult de gens qui
-plusieurs foys leur] firent dommaige et, par especial, compaignons de
-villaige, que on nommoit brigans[117], qui s'assemblerent et firent du
-mal assez soubz l'ombre de tuer les Armignaz.
-
- [114] Ms. de Paris: Ce sont les Armagnacs qui eux mesmes se
- pendent.
-
- [115] Pierre des Essarts fut remis en possession de la prévôté de
- Paris le 11 septembre 1411, Bruneau de Saint-Clair ayant résigné
- son office entre les mains du roi ou de son grand conseil (Arch.
- nat., X{1a} 1479, fol. 172 vº).
-
- [116] En vertu de lettres du 3 octobre 1411, par lesquelles
- Charles VI déclarait rebelles et désobéissants les princes et
- seigneurs d'Orléans, Bourbon, Alençon, Armagnac, Albret, et les
- abandonnait corps et biens; ces lettres, suivies le 14 octobre
- d'un mandement au prévôt de Paris pour la convocation de
- l'arrière-ban, sont insérées dans le 1er volume des Ordonnances
- du Parlement (Arch. nat., X{1a} 8602, fol. 286, 288). Une
- commission spéciale fut instituée le 7 mai 1412 pour la vente des
- biens confisqués après la forfaiture des princes du sang: elle se
- composait du sire de Blaru, d'Eustache de l'Aître, de Nicole
- d'Orgemont et de Guillaume le Clerc (Arch. nat., JJ 166, fol. 112
- vº). Une ordonnance de novembre 1412 confirma les ventes et
- cessions de biens faites par ces commissaires royaux (_Ibid._, JJ
- 167, fol. 57. _Ordonnances des rois de France_, t. X, p. 34).
-
- [117] Voy. dans le Religieux de Saint-Denis (t. IV, p. 455) le
- chapitre consacré au soulèvement des paysans qui, désignés sous
- le nom de «brigands», exploitèrent les grands chemins et
- rançonnèrent indistinctement tous les partis.
-
-17. En ce temps prindrent ceulx de Paris chapperons de drap pers et la
-croix Saint Andrieu, ou millieu ung escu à la fleur de lis[118]; et en
-maint de quinze jours avoit à Paris cent milliers, que hommes que enfens,
-signez devant et derriere de ladicte croix, car nul n'yssoit de Paris qui
-ne l'avoit.
-
- [118] On voit par un compte de la recette de Paris pour 1412,
- publié en extrait par Sauval (t. III, p. 266), qu'en suite d'une
- commission du 9 octobre 1411, le prévôt de Paris donna ordre aux
- baillis, prévôts et capitaines royaux de faire prendre pour
- enseignes, à tous vassaux et sujets du roi portans armes, «le
- signe du sautoir blanc et de la fleur de lis d'or sur l'écu
- d'azur».
-
-18. Item, le XIIIe jour d'octobre, prindrent les Arminaz le pont de
-Sainct-Cloud par ung faulx traistre qui en estoit cappitaine, que on
-nommoit Colinet de Pisex[119], qui leur vendy et livra, et furent tuez
-moult de bonnes gens qui estoient dedens, et tous les biens perduz, dont
-il y avoit grant foison, car tous les villaiges d'entour y avoient leurs
-biens, qui furent tous perduz par le faulx traistre.
-
- [119] La trahison de Colinet de Puiseux, que taisent plusieurs
- chroniqueurs, tels que Juvénal des Ursins et l'auteur de la
- Chronique des Cordeliers, est attestée par des textes quasi
- officiels. Voici en quels termes le greffier du Parlement, N. de
- Baye, en parle dans son journal: «lequel pont de St-Cloud avoit
- livré un appellé Colinet de Puiseux qui en avoit la garde, et qui
- pour ce et aucuns de ses complices ont esté decapitez, et ledit
- Colinet esquartelé.» (Arch. nat., X{1a} 1479, fol. 179 vº.) Un
- arrêt extrait des Jugés du Parlement (Arch. nat., X{1a} 59, fol.
- 22 vº) mentionne également la prise du pont de Saint-Cloud «par
- la mauvaistié et traïson de Colinet de Puiseux».
-
-19. Item, le XXIIIIe[120] jour d'octobre, prindrent Sainct-Denis, comme
-Sainct-Cloud par traïson d'aucuns qui estoient dedens, si comme on disoit
-que le signeur de Chaalons[121] en estoit consentent, lequel estoit au
-duc de Bourgongne.
-
- [120] Ms. de Paris: XIII.
-
- [121] Jean de Châlon, sire d'Arlay, prince d'Orange, avait été
- préposé à la garde de la ville et de l'abbaye de Saint-Denis le 3
- octobre 1411, mais, après plusieurs attaques vigoureusement
- repoussées, il ne voulut pas, faute de munitions, exposer la
- ville au péril d'un assaut et, le lundi 11 octobre, il la rendit
- aux ducs de Berry et d'Orléans par un traité que reproduit le
- Religieux de Saint-Denis (t. IV, p. 501).
-
-20. Quant les bendez furent maistres des deux, de Sainct-Cloud et
-Sainct-Denis, ilz s'enorgueillirent tellement qu'ilz venoient jusques aux
-portes de Paris, car leurs signeurs estoient logez à Monmartre[122] et
-veoient[123] jusques dedens Paris, et qui y entroit et yssoit, dont ceulx
-de Paris avoient grant doubte. En ce temps avoit à Paris ung escuier
-nommé Enguerren de Bournonville[124] et ung nommé Amé de Vrey[125] qui
-moult leur firent d'escarmouches et de jour et de nuit, car les Arminaz
-doubtoient plus ces deux hommes que le conte de Sainct-Paul et toute sa
-puissance, qui lors estoit comme cappitaine de Paris, et portait en sa
-baniere fleur de bourache.
-
- [122] Montmartre était occupé par le sire de Gaule qui, de ce
- point, surveillait toutes les allées et venues des gens de guerre
- dans Paris. (Juvénal des Ursins, p. 469.)
-
- [123] Ms. de Paris: venoient.
-
- [124] Enguerran de Bournonville, écuyer picard, attaché à la
- personne du duc de Guyenne après le traité de Bicêtre, reçut avec
- Amé de Viry et le sire de Heilly le commandement de l'un des
- trois corps avec lesquels le duc de Bourgogne reprit Saint-Cloud;
- l'année suivante, lors de l'expédition de Bourges, il figure au
- nombre des chefs qui conduisirent l'avant-garde de l'armée royale
- et finit misérablement ses jours en suite de la prise de Soissons
- en mai 1414 (Cf. Monstrelet).
-
- [125] Les mss. portent «Brey».--Amé de Viry, chevalier savoisien,
- qui, en 1409, osa s'attaquer au duc de Bourbon et lui fit guerre
- ouverte, fut nommé bailli de Mâcon le 4 novembre 1411, peu de
- jours avant l'attaque de Saint-Cloud où il paya de sa personne;
- après s'être signalé par de nouveaux actes d'hostilité envers le
- duc de Bourbon, il prit une part active à l'expédition de Bourges
- pendant laquelle il mourut (Monstrelet, t. II, _passim_; Arch.
- nat., Xia 1479, fol. 174, 210).
-
-21. Item, le XVIe jour d'octobre, estoient les Arminaz emprès le moullin
-à vent au-dessus de Sainct-Ladre. Adong yssirent ceulx de Paris sans
-gouverneur[126] et allerent sur eulx tous nuds d'armes, fors que de trait
-et de picques de Flandres, et les autres estoient bien armez et vindrent
-sur la chaussée à eulx, et tantost en tuerent bien de LX à IIIIxx, et
-leur osterent quant qu'ilz avoient jusques aux brayes, et plus en eussent
-tué largement, ce ne fust le chemin qui estoit estroit et la nuyt qui
-venoit, car non pourtant moult de ceulx de Paris furent navrez, ainsi
-advint[127].......
-
- [126] Le récit de cette sortie désordonnée se trouve tout au long
- dans Juvénal des Ursins (p. 469); on voit que les Armagnacs
- s'étaient mis en embuscade derrière Montmartre, non loin du
- gibet, et fondirent sur les gens du comte de Saint-Pol qui
- parvinrent à rentrer dans Paris par la porte Saint-Honoré; deux à
- trois cents malheureux Parisiens payèrent de leur vie leur
- imprudente équipée. La note gaie de cette piteuse aventure est
- l'histoire de cet «homme de pratique» qui sortit armé de toutes
- pièces et qui, bon gré mal gré, fut entraîné à Saint-Denis par la
- mule qu'il montait.
-
- [127] Il y a ici une lacune qui correspond au bas du folio 16 du
- ms. de Rome, mais elle ne résulte point d'une lacération qu'aucun
- indice matériel ne permet de supposer; en marge, on lit la note
- suivante dont l'écriture appartient à la seconde moitié du XVIe
- siècle: «Desunt ... fueillez», note où le nombre des feuillets
- reste en blanc. L'absence de ces feuillets est d'autant plus
- regrettable qu'ils contenaient probablement le récit d'un
- événement essentiellement parisien, le pillage et l'incendie du
- château de Bicêtre où disparurent tant de trésors artistiques.
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-22. Adong estoient ceulx de Paris moult esbahiz, car on ne savoit
-nulle nouvelle du duc de Bourgongne, et cuidoit-on qu'il fust mort, et il
-estoit allé traicter aux Englois en Engleterre, et revint à Paris le plus
-tost qu'il pot, et y entra le XXIIIe jour d'octobre oudit an[128], et
-amena en sa compaignie bien de VII à VIIIm Englois avec ses gens[129].
-Et le XXVe jour dudit moys allerent les Angloys escarmoucher au moulin à
-vent, et tuerent moult des Arminaz et de leurs chevaulx par force de
-traict.
-
- [128] Cette date du 23 octobre, assignée à l'entrée du duc de
- Bourgogne à Paris, est aussi celle donnée par Monstrelet, mieux
- renseigné que Juvénal des Ursins qui indique le 30 octobre; elle
- est adoptée du reste par M. Gachard dans son Itinéraire de Jean
- Sans-Peur (_Rapport sur les archives de Dijon_, p. 218).
-
- [129] Ce contingent anglais, que commandait le comte d'Arundel,
- paraît avoir été accueilli avec défiance par la population
- parisienne dont le mécontentement s'accentua encore lorsqu'il
- fallut contribuer au payement de ses services. La corporation des
- bouchers surtout, quoique fort affectionnée au duc de Bourgogne,
- les vit de très mauvais œil; ainsi, en novembre 1411, un des
- Anglais qui venaient d'abattre une maison à
- Saint-Germain-des-Prés fut tué, près des murs, par un valet
- boucher, convaincu, sur la foi de certains bruits, «que les
- Anglois avoient prins complot de tuer tous les bouchers de
- Paris.» (Rémission de mars 1412. Arch. nat., JJ 166, fol. 76 vº.)
-
-23. Item, le VIIIe jour de novembre ensuivant oudit an, fist chascune
-disenne selon sa puissance de compaignons vestus de jacques et armez, et
-firent leur monstre cedit jour, et furent bien XVI ou XVII cens, tretous
-fors hommes. Et ce jour, environ dix heures de nuit, party de Paris le
-duc de Bourgongne, avec lui les compaignons dessusdiz et les Anglois, et
-alla toute nuyt à Sainct-Cloud, et party par la porte Sainct-Jacques et,
-quant il fut devant le pont de Sainct-Cloud, il fut le point du
-jour[130]. Adong il fist assaillir ledit pont et la ville qui estoit
-toute plaine de tres puissans gens d'armes Arminaz qui moult se
-deffendirent, mais pou leur valut, car tantost furent desconfiz et tous
-mis à l'espée, et furent bien VIc tués. Et le faulx traistre qui avoit
-vendu ledit pont fut prins en l'eglise de Sainct-Cloud, au plus hault du
-clocher, vestu en habit d'un prestre. Il fut admené à Paris en prinson,
-et le duc de Bourgongne fist mettre le feu dedens le pont leveys, dont il
-s'en noya bien iiic [de paour et] de haste d'entrer en la tour. Et dit on
-que ce fut ung des beaux assaulx que on eust point veu passé a long
-temps[131], car une partie de la plus grant force des Arminaz estoient en
-la tour, si que on ne la peust avoir si legierement, et aussi tous les
-Arminaz de Sainct-Denis y vindrent de l'autre costé de l'eaue, si ne
-porent riens faire l'un à l'autre que gaster leur traict. Lors fist le
-duc de Bourgongne retraire ses gens, et s'en revint à Paris pour aller
-assaillir ceulx de Sainct-Denis. [Et le lendemain allerent à
-Sainct-Denis] le prevost, et Enguerren et ceulx de Paris, mais ilz n'y en
-trouverent nulz: tous s'en estoient fuiz la nuyt de devant, et passé la
-rivyere par ung pont de boys qu'ilz avoient fait en ladicte ville de
-Sainct-Denys.
-
- [130] Ms. de Paris: il y fust au poinct du jour.
-
- [131] Voici, d'après une lettre de rémission du mois de janvier
- 1412 (Arch. nat., JJ 165, fol. 249 vº), les nouvelles de «la
- besongne» de Saint-Cloud qui circulaient à Hesdin au mois de
- novembre 1411. On racontait «que les Armaignacs avoient esté tous
- desconfis, et y avoient les Picquars tres bien fait leur devoir,
- et que nous et nostre tres cher et amé cousin le duc de
- Bourgongne et nos gens y avions acquis grant honneur, et
- aussy.... que les Anglois y avoient bien fait et avoient prins
- Manssart du Bos, chevalier, et autres qui s'estoient mis contre
- nostredit cousin le duc de Bourgogne.»
-
-24. Et ce jour que noz gens furent à Sainct-Denys estoit la vigille
-sainct Martin d'yver, et fut ce jour faicte procession generalle à
-Nostre-Dame de Paris, et là, devant tout le peuple, fut maudicte et
-excommuniée toute la compaignie des Arminaz, et tous leurs aidans[132] et
-confortans[133], et furent nommez par nom tous les grans signeurs de la
-maldicte bande, c'est assavoir: le duc de Berry, le duc de Bourbon, le
-conte d'Alençon, le faulx conte d'Arminac, le connestable[134],
-l'archevesque de Sens[135] frere du devantdit Montaigu, Robert de
-Tuillieres lieutenant du prevost de Paris, frere Jacques le Grant[136]
-augustin, qui le pis conseilloit de tous; et furent excommuniez de la
-bouche du Sainct Pere, tellement qu'ilz ne povoient estre absoulz par
-prestre nul, ne prelat, que du Sainct Pere et en article de mort. Et ii
-ou iii foys devant avoit [esté] faicte à Paris telle procession et tel
-excommuniement sur la faulce bande.
-
- [132] Ms. de Paris: amis.
-
- [133] C'est au parvis Notre-Dame que, le 13 novembre 1411, en
- présence du duc de Bourgogne et au milieu d'une affluence
- considérable de peuple, un frère mineur, dont Monstrelet ne cite
- pas le nom (voy. t. II, p. 210), déclara excommuniés le duc
- d'Orléans et ses complices. Les bulles d'Urbain V, sur lesquelles
- fut basée l'excommunication, étaient celles que ce pape fulmina
- contre les Grandes Compagnies de 1364 à 1369; on trouve inséré
- dans le premier registre des Ordonnances du Parlement (Arch.
- nat., Xia 8602, fol. 241) le texte de la principale de ces bulles
- qui commence par ces mots: _Quam sit plena periculis_.
-
- [134] Charles, sire d'Albret, connétable de France depuis la mort
- de Louis de Sancerre.
-
- [135] Jean de Montaigu, prélat guerrier, constamment armé de
- toutes pièces, portant une hache en guise de crosse (Monstrelet,
- t. II, p. 192), avait été banni une première fois en 1409, après
- la mort de son frère; il trouva sur le champ de bataille
- d'Azincourt une fin qui couronna dignement une carrière toute
- militaire.
-
- [136] Jacques le Grand, moine augustin, hardi prédicateur,
- s'éleva dans un sermon prononcé en présence de la reine contre le
- luxe excessif et les désordres des dames de la cour. Admis à
- prêcher devant le roi, il attaqua avec une égale violence les
- exactions de ceux qui étaient à la tête des affaires. Fidèle
- adhérent des Armagnacs, il fit partie de la députation envoyée,
- au commencement de l'année 1412, par les princes confédérés
- auprès du roi d'Angleterre afin de négocier une alliance,
- députation qui, dans son passage à travers le Maine, fut
- poursuivie et arrêtée par le bailli de Caen, lequel s'assura de
- leurs personnes et envoya à Paris leurs lettres et instructions.
- La gravité du fait motiva une réunion extraordinaire du conseil à
- Saint-Pol, sous la présidence de Charles VI: il y fut procédé à
- l'examen des papiers saisis, et le chancelier de Guyenne donna
- lecture d'un «petit advisement» sur le gouvernement, de la
- composition de frère Le Grant, trouvé au milieu de ces documents.
- (Cf. Monstrelet, Juvénal des Ursins et le Religieux de
- Saint-Denis.)
-
-25. Item, le jeudi XIIe jour de novembre, oudit an, fut mené le faulx
-traistre Colinet de Pisex, lui VIIe, es halles de Paris, lui estant en la
-charrette sur ung aiz plus hault que les autres, une croix de fust en ses
-mains, vestu comme il fut prins, comme ung prestre. En telle maniere fut
-mis en l'eschauffaust et despoullié tout nu, et lui coppa on la teste à
-lui VIe, et le VIIe fut pendu, car il n'estoit pas de leur faulce bande.
-Et ledit Colinet, faulx traistre, fut despecé les quatre membres, et à
-chascune des maistres portes de Paris l'un de ses menbres pandu, et son
-corps en ung sac au gibet, et leurs testes es halles sur six lances,
-comme faulx traistres qu'ilz estoient; car on disoit tout
-certainement[137] que ledit Colinet, par sa faulce et desloyaute traïson,
-fist dommaige de plus de IIm lyons[138] en France, sans plusieurs bonnes
-gens qui estoient avec lui, qu'il fist tuer les uns, les autres
-rançonner, les autres emmener en tel lieu que en ouy puis nouvelles, puis
-fist-on maintes justices.
-
- [137] Ms. de Paris: mesmement.
-
- [138] Ici, un mot est resté en blanc dans le manuscrit de Paris.
-
-26. Ce pendent, alla monseigneur de Guienne et de Bourgongne devant
-Estampes[139] qui estoit de la bande, et y furent par plusieurs jours,
-tant que par miner, que par assault, ilz se rendirent au roy à sa
-voulenté. Et fut prins le cappitaine nommé Bourdon, lequel fut mené en
-prinson en Flandres, et depuis ot sa paix. Puis refut prins ung autre
-chevalier de la bande, nommé messire Manssart du Bois[140], ung des beaux
-chevaliers que on peust veoir, lequel ot la teste couppée es halles de
-Paris, et de sa force de ses espaulles, depuis qu'il ot la teste couppée,
-bouta le tronchet si fort qu'à pou tint qu'il ne l'abaty, dont le
-bourreau ot telle freour, car il en mouru tantost après six jours, et
-estoit nommé maistre Guieffroy. Après fut bourrel Cappeluche, son varlet.
-
- [139] Au témoignage de Monstrelet (t. II, p. 222), les ducs de
- Guyenne et de Bourgogne partirent de Paris le 23 novembre, tandis
- que suivant l'Itinéraire de Jean Sans-Peur dressé par M. Gachard,
- le duc de Bourgogne aurait quitté Paris vers le 20 novembre et
- aurait séjourné du 20 au 27 à Corbeil où se trouvait le duc de
- Guyenne; d'après une lettre de rémission d'avril 1412 (Arch.
- nat., JJ 166, fol. 118), ce ne fut que le 5 ou 6 décembre «qu'ils
- entreprindrent le voyage d'aler à Estampes.» Louis de Bosredon,
- sénéchal de Berry, chargé de défendre cette place, opposa une
- vigoureuse résistance et ne se rendit qu'à la dernière extrémité;
- quoique Juvénal des Ursins prétende qu'il ne fut point considéré
- comme prisonnier et qu'il n'eut aucune rançon à payer, il est
- constant que le duc de Bourgogne le fit mener au château de Lille
- en compagnie d'autres seigneurs et ne le relâcha que moyennant
- bonne finance. (Chronique des Cordeliers, p. 214.)
-
- [140] Mansart du Bois est compté au nombre des chevaliers de
- renom faits prisonniers à Saint-Cloud par le duc de Bourgogne,
- qu'il avait imprudemment défié peu de mois auparavant; enfermé au
- Châtelet, il n'en sortit que pour aller au dernier supplice. A la
- sollicitation de ses amis, on lui avait promis sa grâce s'il
- consentait à prêter serment au duc de Bourgogne; mais il refusa
- en disant «qu'il n'avoit fait chose pour laquelle il deust avoir
- remission.» (Juvénal des Ursins.) Onze ans auparavant, plus
- heureux que dans cette circonstance, il avait obtenu des lettres
- de rémission pour le meurtre involontaire d'un berger qui lui
- avait répondu arrogamment un jour où il était sorti dans la
- campagne préoccupé par l'indisposition «d'une sienne fille malade
- de la boce.» (Arch. nat., JJ 155, fol. 42 vº.) Mansart du Bois
- fut décapité et son corps pendu à Montfaucon, ce qui a fait dire
- au Religieux de Saint-Denis que ce seigneur fut pendu (t. IV, p.
- 593).
-
-
- [1412.]
-
-27. Et en cedit an fut fait connestable de France le conte de
-Sainct-Paul, nommé messire Galleren[141], et alla en la conté d'Alençon;
-et là estoit messire Anthoine de Craon, lequel devoit avoir journée au
-conte d'Alençon, lequel n'osa oncques venir, si s'en revint ledit
-connestable. Et en revenant le cuida ruyner et[142] destruire le signeur
-de Gaucourt qui avoit bien en sa compaignie mil hommes d'armes, mais par
-la grace de Dieu ledit Gaucourt et ses gens furent desconffys
-honteusement; et en furent tuez bien vic, et bien cent noyez, et bien
-cinquante des plus gros prins, mais Gaucourt eschappa par bon
-cheval[143]. En icellui temps se firent plusieurs escarmouches, dont on
-ne fait nulle mencion, car on ne faisoit rien à droit, pour les traistres
-dont le roy estoit tout advironné[144].
-
- [141] Waleran de Luxembourg, comte de Ligny et de Saint-Pol,
- nommé grand-maître des eaux et forêts en 1402 et grand bouteiller
- de France le 29 octobre 1410, reçut en 1411 le gouvernement de
- Paris et l'épée de connétable de France au lieu de Charles
- d'Albret, déchu de ses fonctions comme rebelle.
-
- [142] Les mots «_ruyner et_» manquent dans le ms. de Rome.
-
- [143] L'événement militaire auquel le chroniqueur fait allusion
- dans ce paragraphe est la bataille de Saint-Remy-du-Plain, gagnée
- le 10 mai 1412 par le connétable de Saint-Pol sur les Orléanais
- commandés par le sire de Gaucourt (Cf. Monstrelet, t. II, p.
- 249).
-
- [144] Rien ne saurait mieux refléter l'état des esprits à cette
- époque profondément troublée que le curieux langage tenu contre
- le roi par un certain Jacques Mestreau, roi d'armes de Champagne,
- langage qui fut considéré comme séditieux et qui valut à son
- auteur un emprisonnement au Châtelet de Paris. Mestreau «estant
- surprins de vin ou autrement mal conseillié,» s'écriait: «Où sont
- les proudommes chevaliers de ce royaume? Ne pevent ilz trouver
- bon accord entre nosseigneurs?» Et, ajoutent les lettres royaux
- auxquelles nous empruntons ces détails, «aussi a peu dire que les
- seigneurs de nostre sang estoient mal conseilliez de ce qu'ilz
- mettoient les Angloiz en ce royaume, pour ce qu'ilz pourroient
- destruire le pays, et que s'eust esté prouffitable chose que
- Jehan nostre oncle de Berry, feust venu à Paris pour trouver et
- mettre aucun bon remede en ce royaume et mettre bon accord entre
- les seigneurs dessusdiz. Et avec ce semblablement a peu dire que
- nous estions en adventure de faire ainsi en France comme on avoit
- fait en Angleterre, se Dieu n'y pourveoit et que on y mist
- remede, laquelle chose il entendoit estre que les seigneurs de ce
- royaume se rebelleroient à l'encontre de nous et nostre couronne;
- et que on avoit osté de nostre Conseil les bons proudommes qui
- desja s'en estoient alez, comme le sire de Blarru, le sire de
- Torcy et autres, et que nous estions mal conseilliez, et qu'il
- n'avoit nulz proudommes entour nous, et que ceulx qui se sont
- armez à l'encontre de nous feroient de nous ainsi que l'en avoit
- fait en Angleterre.» (Rémission de février 1412; Arch. nat., JJ
- 166, fol. 11 vo.) Vers le même temps, un habitant de Senlis fit
- entendre ces «maugracieuses parolles»: «On savoit bien que ce
- s'estoit du roy, et qu'il ne faisoit raison ne justice et qu'il
- se gouvernoit par ce faulx traiste.» (Arch. nat., Z{1a} 5, fol.
- 336 rº.)
-
-28. En l'an IIIIc et XII, VIe jour de may, ce mist le roy sur les champs,
-avecques lui son aisné filx le duc de Guienne, le duc de Bourgongne et
-plusieurs autres, et allerent droit en Ausserre, là furent aucuns jours.
-De là se departirent et allerent assegier la cité de Bourges en Berry, où
-estoit le duc de Berry, anxien de bien pres de IIIIxx ans, oncle dudit
-roy de France, maistre et menistre de toute traïson de ladite bande,
-cruel contre le menu peuple autant que fut oncques tirant sarasin, et aux
-siens comme aux autres; pourquoy il estoit assiégé.
-
-29. Et sitost que ceulx de Paris sceurent que le roy estoit en la terre
-de ses ennemis, par commun conseil ilz ordonnerent les plus piteuses
-processions qui oncques eussent esté veues de aage de homme: c'est
-assavoir, le penultime jour de may oudit an, jour de lundi, firent
-procession ceulx du Palais de Paris, les ordres mendians et autres[145],
-tous nuds piez, portans plusieurs sainctu[ai]res moult dignes, portant la
-saincte vraye croix du Pallays, ceulx de Parlement, de quelque estat
-qu'ilz fussent; tous deux et deux, quelques xxxm personnes après
-avecques, tous nuds piez.
-
- [145] Voici l'itinéraire de cette procession: les Jacobins, les
- Carmes et les Bernardins, tous nu-pieds et portant la vraie
- croix, allèrent à Saint-Martin-des-Champs par la rue Saint-Denis
- et revinrent par la rue Saint-Martin à la Sainte-Chapelle. (Arch.
- nat., X{1a} 4789, fol. 278 vº.)
-
-30. Le mardy derrenier jour de may, oudit an, partie des parroisses de
-Paris firent procession, et leurs parroissiens autour de leurs
-parroisses: tous les prestres revestuz de chappe ou de sourpeliz, chascun
-portant ung sierge en sa main et reliques, tous piez nudz; la chasse
-sainct Blanchart, de sainct Magloire, avecques [bien] iic petiz enfens
-devant, tous piez nudz, chascun cierge ou chandelle en sa main; tous les
-parroissiens qui avoient puissance, une torche en leur main, tous piez
-nudz, femmes et hommes.
-
-31. Le mercredi ensuivant, premier jour de juing, oudit an, en la forme
-et maniere du mardi, fut faite la procession.
-
-32. Le jeudy ensuivant fut le jour du Sainct Sacrement; la procession fut
-faicte comme on a accoustumé.
-
-33. Le vendredi ensuivant, IIIe jour de juing, oudit an, fut faicte la
-plus belle procession[146] qui oncques fut gueres veue; car toutes les
-parroisses et ordres, de quelque estat qu'ilz fussent, allerent tous nuds
-piez, portant, comme devant est dit, saintu[ai]re ou cierge en habit de
-devocion, du commun plus de XLm personnes avecques, tous nuds piez et à
-jeun, sans autres secrettes abstinances, bien plus de IIIIm torches
-allumées. En ce point allerent portant les sainctes reliques à
-Sainct-Jehan en Greve; là prindrent le precieulx corps Nostre Seigneur,
-que les faulx juifs boullirent[147], en grant pleur, en grans lermes, en
-grant devocion, et fut livré à IIII evesques, lesquelx le porterent dudit
-moustier à Saincte-Geneviefve, à telle compaignie du peuple commun, car
-on affirmoit que ilz estoient plus de LII mil; là chanterent la grant
-messe moult devottement, puis rapporterent les sainctes reliques où ilz
-les avoient prinses, à jeun.
-
- [146] Il s'agit d'une procession générale du clergé de Notre-Dame
- à Sainte-Geneviève, ainsi décrite par le greffier Nicolas de
- Baye: Le clergé, accompagné de nombre de bourgeois et
- bourgeoises, tous nu-pieds, est «alé quérir _corpus Domini_ à
- Saint-Jean en Greve, ouquel fu fait le miracle des Billettes, et
- puiz fu porté à Nostre-Dame, et l'atendi la court à la porte du
- Palaiz et de là à Nostre-Dame et de Nostre-Dame à
- Saincte-Genevieve.» (Arch. nat., Xia 1479, fol. 203 vº.)
-
- [147] Ms. de Paris: _voulurent_, avec une demi-ligne laissée en
- blanc.
-
-34. Le sabmedi ensuivant IIIIe jour dudit moys, oudit an, toute
-l'Université, de quelque estat qu'il fust, sur peine de privacion, furent
-à la procession, et les petiz enffens des escolles, tous nuds piez,
-chascun ung cierge allumé en sa main, aussi bien le plus grant que le
-plus petit, et assemblerent en celle humilité aux Mathurins[148], de là
-s'en vindrent à Saincte-Katherine-du-Val-des-Escolliers, portant tant de
-sainctes reliques que sans nombre; là chanterent la grant messe, puis
-revindrent à cueur jeun.
-
- [148] Ms. de Paris: Augustins.
-
-35. Le dimenche ensuivant, Ve jour dudit moys, oudit an, vindrent ceulx
-de Sainct-Denis en France à Paris, tous piez nudz, et apporterent sept
-corps saints, la saincte oriflamble, celle qui fut portée en Flandres, le
-sainct clou, la saincte couronne que deux abbez portoient, acompaignez de
-XIII banieres de procession; et à l'encontre d'eulx alla la parroisse
-Sainct-Huitace pour le corps sainct Huitace, qui estoit en l'une
-desdictes chasses, et s'en allerent droit au Palays de Paris [tous]; là
-dirent la grant messe en grant devocion, puis s'en allerent.
-
-36. La sepmaine ensuivant, tous les jours [firent] moult piteuses
-processions chascun à son tour, et les villaiges d'entour Paris
-semblablement venoient moult devottement, tous nuds piez, priant Dieu que
-par sa saincte grace paix fust refourmée entre le roy et les signeurs de
-France, car par la guerre tout France estoit moult empirée d'amis et de
-chevance, car on ne trouvoit rien au plain païs qui ne lui portoit.
-
-37. Item, le lundy ensuivant, VIe jour dudit moys de juing[149], oudit
-an, allerent ceulx de Sainct-Martin-des-Champs, avecques eulx
-plusieurs parroisses[150] de Paris et du villaige (_sic_), tous nudz
-piez, acompaignez comme devant de luminaire et de reliques, à
-Sainct-Germain-des-Prez. Là dirent la grant messe en grant devocion, et
-les autres parroisses allerent aux Martirs et là chanterent la grant
-messe, et ceulx de Saincte-Katherine-du-Val-des-Escolliers vindrent
-chanter la grant messe à Sainct-Martin-des-Champs.
-
- [149] Ce jour, un coup de tonnerre d'une violence extrême
- retentit soudainement à Paris; le greffier du Parlement est le
- seul qui ait pris soin de noter cette perturbation atmosphérique:
- «Hic subito et nullis aut paucis indiciis previis, insonuit
- tonitru horridius quam unquam auditum fuerit hominum memoria.»
- (Arch. nat., X{1a} 4789, fol. 281 rº.)
-
- [150] Ms. de Paris: processions.
-
-38. Item, les mardi et mercredi, VIIe et VIIIe jours dudit moys, oudit
-an, fist on procession, les parroissiens autour de leurs parroisses.
-
-39. Item, le jeudi IXe jour dudit moys, oudit an, furent plusieurs
-parroisses, acompaignées de tres grant peuple d'eglise et de commun, tous
-nuds piez, à grant reliquiaire et luminaire, et en ce point allerent à
-Boullongne-la-Petite; là firent leur devocion et dirent la grant messe,
-puis s'en revindrent.
-
-40. Item, le vendredi ensuivant, Xe jour dudit moys, oudit an, fut faicte
-une procession generalle, une des plus honnourables que on eust oncques
-veue: car toutes les eglises, colleges et parroisses y furent tous, nudz
-piez, et tant de peuple que sans nombre, car le jour de devant avoit esté
-commandé que de chascun hostel y fust une personne. Et pour celle devote
-procession plusieurs parroisses des villaiges d'entour Paris y vindrent
-en grant devocion et de moult loing, comme de plus de quatre grosses
-lieues, comme de par delà Villeneufve-Sainct-George, de Mongisson[151] et
-d'autres villes voisines, et vindrent à toutes les reliques dont ilz
-porent finer, tous nuds piez, tres anxiens hommes, femmes grosses et
-petiz enfens, chascun cierge ou chandelle en sa main.
-
- [151] Montgeron, cant. de Villeneuve-Saint-Georges
- (Seine-et-Oise).
-
-41. Les sabmedi et dimenche, XIe et XIIe jours dudit moys, oudit an, on
-fist procession commune autour des parroisses.
-
-42. Le lundi, XIIIe jour dudit moys, oudit an, vindrent ceulx de
-Sainct-Mor-des-Fossez acompaignez de XVIII banieres, des reliques tres
-grant foison, vingt croix, tous piez nudz, à Nostre-Dame de Paris
-chanterent la grant messe.
-
-43. Le mardi ensuivant, le XIIIIe jour dudit moys, oudit an, allerent
-ceulx de Paris en procession à Sainct-Anthoine-des-Champs, là dirent la
-grant messe.
-
-44. Le mercredi ensuivant, XVe jour dudit moys, oudit an, fut faicte
-[une] procession autour des parroisses.
-
-45. Le jeudi ensuivant, XVIe jour dudit moys, oudit an, firent les
-parroisses de Paris les processions aux Martirs et à Montmartre; là
-chanterent la grant messe.
-
-46. Le vendredi ensuivant, allerent à Sainct-Denis en France, c'est
-assavoir Sainct-Paul et Sainct-Huytasse, les gens tous nudz piez; là
-dirent la grant messe[152].
-
- [152] Ces processions parisiennes, qui mettaient en mouvement des
- milliers de personnes, ne se faisaient pas toujours avec le
- recueillement désirable et donnaient parfois lieu à des scènes de
- désordre. Nous trouvons, en ce qui concerne la procession de
- Saint-Denis, un exemple d'autant plus curieux qu'il fait entrer
- en scène la famille le Goix: «La femme J. des Oches, fille Thomas
- le Goix, et la femme Guillaume le Goix, qui estoient alées avec
- autres à la procession à Saint-Denis,» furent battues et
- injuriées par un individu que l'abbaye de Saint-Denis réclama
- comme son justiciable, malgré l'opposition des offensés, lesquels
- se fondant sur la qualité d'officiers du roi qui leur
- appartenait, prétendaient que le cas était privilégié (Arch.
- nat., X{1a} 4789, fol. 294 rº).
-
-47. Et tant comme on fist ces processions, ne fist jour qu'il ne pleust
-tres fort[153], que les trois premiers jours. Pour vray ceulx de Meaulx
-vindrent à Sainct-Denis, et de Pontoise et de Gonnesse, et de par delà
-vindrent à Paris en procession.
-
- [153] Le greffier du Parlement, plus explicite que notre auteur,
- parle ainsi de la température de ces diverses journées: «Mercredi
- XV juin, a fait moult grant froit, et a tombé pluies qui ont
- succédé à grant chaleur hative qui estoit cheue par horribles
- tonnerres.--«Venredi XVIIe jour de juin, cedit jour et toute la
- nuit a aussy fort venté que fist passé a X ans.» (Arch. nat.,
- X{1a} 1479, fol. 204, 205.)
-
-48. Le sabmedi ensuivant firent ceulx de Chastellet, tous grans et petiz,
-procession.
-
-49. Le dimenche ensuivant, procession aux parroisses.
-
-50. Le lundi ensuivant, Sainct-Nicolas, Sainct-Saulveur, Sainct-Laurens
-allerent à Nostre-Dame de Boulongne-la-Petite, en la maniere que dit est
-devant, le jeudi IXe jour de moys.
-
-51. Tretout le temps que le roy fut hors de Paris, firent ceulx de Paris
-et ceulx des villaiges d'entour procession[154], comme devant est dit, et
-alloient chascun jour par ordre en procession aux pellerinaiges de
-Nostre-Dame entour Paris, comme au Blanc-Mesnil[155], comme au
-Mesche[156] et aux lieux plus renommez de devocion.
-
- [154] Pendant tout ce mois et le mois suivant, le clergé de
- Paris, avec un zèle infatigable, fit procession sur procession:
- ainsi, il y eut le 22 juin procession à Saint-Marcel; le 4
- juillet, procession de la Sainte-Chapelle à Saint-Denis; le 13
- juillet, ce fut à Sainte-Catherine-du-Val-des-Écoliers, où l'on
- porta la vraie croix et le chef de saint Louis (Arch. nat., X{1a}
- 1479, fol. 205, X{1a} 4789, fol. 298, 300).
-
- [155] La chapelle du Blanc-Mesnil (Seine-et-Oise, canton de
- Gonesse) est mentionnée dans le compte des menus plaisirs
- d'Isabeau de Bavière pour les années 1416-1417 (Arch. nat., KK
- 49, fol. 29). Cette reine, «pour faire faire une quinzaine de
- Nostre-Dame,» y envoya un pèlerin avec un cierge de cire pesant
- quinze livres.
-
- [156] Sur la requête du curé et des paroissiens de Creteil, une
- confrérie fut instituée en la chapelle de Notre-Dame du Mesche,
- par lettres patentes de Charles VI, rendues au mois d'août 1394,
- accompagnées d'une bulle pontificale et d'une lettre pastorale de
- l'évêque de Paris (Arch. nat., Y2, fol. 203 vº). Pendant tout le
- XVe siècle, la chapelle en question resta en faveur auprès des
- fidèles. On voit même le Parlement, par un arrêt du 23 décembre
- 1486, infliger comme pénitence un pèlerinage, nu-pieds, jusqu'en
- l'église et chapelle de N.-D. du Mesche (Arch. nat., X{2a} 51).
-
-52. Et fut vray que le sabmedi, XIe jour dudit moys de juing[157], ariva
-le roy de France, avec son oust devant la cité de Bourges en Berry, et
-quant ilz furent devant, ilz assaillirent la ville moult asprement, et
-les Arminaz se deffendirent moult fort, mais moult furent agrevez; si
-demanderent triefves[158], si furent données deux heures non plus. Ung
-pou avant que les treves furent faillies, yssirent hors les faulx
-traistres à grant compaignie, cuidant trayr et sourprendre noz gens qui
-point ne s'en gardoient; mais l'avangarde les reculla moult asprement, et
-si ferirent en eulx si cruelment que tous les firent flatir jusques aux
-portes, et là furent de si pres hastez les traistres que le sire de
-Gaucourt conduisoit, que en la place en demoura plus de VII{XX} hommes de
-nom, tous mors, et foison prins[159], lesquelx recognurent qu'ilz
-cuidoient emmener le roy par force et tuer le duc de Bourgongne, mais
-Dieu les en garda celle foys; puis passèrent plusieurs jours sans aucun
-assault.
-
- [157] Les manuscrits portent «IIIe jour», ce qui ne concorde ni
- avec la chronique ni avec les événements.
-
- [158] Les trêves auxquelles le chroniqueur fait allusion furent
- conclues le mercredi 14 juin; dans la sortie que tentèrent les
- assiégés ce jour-là, ils perdirent environ 120 des leurs, entre
- autres Guillaume Bouteiller, qui avait été fait prisonnier à
- l'assaut de Saint-Cloud avec Mansart du Bois et relâché peu après
- (Monstrelet, t. II, p. 275).
-
- [159] Ms. de Paris: Tous mors et frissons.
-
-53. Ce pendent eulx rendirent ceulx du chastel de Sansserre, lesquelx
-avoient fait moult de grief en l'ost, car au commencement du siege, par
-ceulx là et par autres, pain y estoit si cher que ung homme n'eust pas
-esté saoul de pain à ung repas pour III solz p., mais tantost après,
-[par] la grace de Dieu, il vint assez de vivres; et si estoient bien en
-l'ost plus de L mil hommes à cheval, sans ceulx de pié qui estoient grant
-foison.
-
-54. Item, vers la fin de juillet, quant tout le pauvre commun, et de
-bonnes villes et de plat païs furent tous mengez, les ungs par tailles,
-les autres par pillaige, ilz firent tant que ilz firent traicter au jeune
-duc de Guienne, qui aisné filx du roy estoit et qui avoit espousée la
-fille au duc de Bourgongne, tant qu'il leur accorda par faulx traistres
-privez[160] qui estoient entour le roy, qu'ilz les feroit [tous] estre en
-la bonne paix du roy, et ainsi le fist il, qui [que] le voulsist veoir;
-car chascun estoit moult agrevé de la guerre pour le grant chault qu'il
-faisoit; [car on disoit que de aage de homme qui fust, n'avoit on veu
-faire si grant chault[161] comme il faisoit], et si ne plut point [depuis
-la sainct Jehan Baptiste], qu'il ne fust deux jours en septembre. Si
-furent les Arminaz si grevez qu'ilz estoient comme tous desconfiz par
-tout le royaulme de France[162], quant ce faulx conseil traicté fut ainsi
-machiné, et fut ordonné qu'ilz vendroient tous en la cité d'Aussoirre.
-
- [160] Ms. de Paris: princes.
-
- [161] Le lundi 15 août 1412, la chaleur fut si forte qu'au dire
- d'un contemporain «en issant des églises ou maisons et à venir en
- rue sembloit que l'on venist à la bouche d'un four chaut, tant
- estoit l'air eschauffé» (Arch. nat., X{1a} 4789, fol. 321 rº).
-
- [162] Les mots «de France» manquent dans le ms. de Rome.
-
-55. En ce temps furent plusieurs communes, comme de Paris, de Rouen et de
-plusieurs autres bonnes villes[163] ........................ devant eulx
-et gaingnerent tantost la ville, et moult tuerent de gens du plain païs,
-que tous se rebellerent en tout le païs de Beausse, car ilz avoient tant
-de paine et de charge de gens d'armes, qu'ilz ne savoient ausquelz obeir.
-Si se tindrent [aux] Arminaz qui là estoient les plus fors, pour le temps
-que la malle guerre commença. Et quant lesdictes communes vindrent à
-Dreux, ilz les trouverent si rebelles qu'ilz les tuerent tous, et les
-faulx traistres Arminaz gens d'armes[164], qui les devoient secourir,
-s'enfouirent au chastel de ladicte ville et laisserent tuer les pauvres
-gens. Et puis furent assegez de noz gens de commun si asprement qu'ilz ne
-se poaient plus tenir, quant ung chevalier, qui estoit [maistre]
-gouverneur desdictes communes, comme faulx traistre, fist laisser
-l'assault, et print grant argent des Arminaz, et fut du tout de la bande.
-Et si disoit on que c'estoit ung des bons de France, et ne se savoit on
-en qui fier, car il mist noz gens en tel estat qu'i leur convint partir à
-mynuyt pour eulx en venir à Paris, ou autrement eussent esté touz tuez
-par les faulx traistres et autres gentilzhommes, qui tant les hayoient
-qui ne les povoient souffrir, pour ce qu'ilz besongnoient si bien; car
-qui les eust creuz, ilz eussent nettoié le royaulme de France des faulx
-traistres en mains d'ung an, mais aultrement ne pot estre, car nul
-proudomme ne fust escouté en ce temps. Et pour ce fust faicte paix du
-tout à leur gré, qui que le voulsist voir, car le roy estoit touzjours
-malade, et son aisné filz ouvroit à sa voulenté plus que de raison, et
-creoit les jeunes et les folz; si en faisoient lesdiz bandez tout à leur
-guise. Et fist on par[165] la joie d'icelle paix les feuz avau Paris. Le
-premier sabmedi d'aoust mil iiiic et xii et le premier mardi de
-septembre, fut criée parmi Paris à trompettes[166].....
-
- [163] Cette phrase tronquée termine le folio 21 vº du ms. de
- Rome. Bien que la main d'un annotateur du XVIe siècle ait signalé
- l'absence d'un nombre indéterminé de feuillets, nous ne pensons
- pas que cette lacune puisse être considérable. Il y est
- évidemment question de la participation au siège de Dreux des
- bourgeois de Paris, sous la conduite du capitaine des
- arbalétriers André Roussel et de l'échevin Jean de l'Olive (Voy.
- Juvénal des Ursins, p. 477). La même lacune existe dans le ms. de
- Paris.
-
- [164] Les mots: «gens d'armes» manquent dans le ms. de Rome.
-
- [165] Le ms. de Rome donne une leçon fautive «et fist on que la
- joie.»
-
- [166] D'après le Religieux de Saint-Denis (t. IV, p. 723), le
- traité d'Auxerre fut publié, dans les carrefours de Paris, le 12
- septembre; mais, dès le 27 août, le Parlement en avait été
- officiellement avisé par le premier président Henri de Marle à
- son retour d'Auxerre, et des processions générales furent faites
- à l'occasion de la paix le lundi 29, de Notre-Dame à
- Sainte-Geneviève (Arch. nat., X{1a} 1479, fol. 202, 212).
-
-56. Mais il fut autrement, car il fut mis es carrieres de
-Nostre-Dame-des-Champs[167]..... Et le penultieme jour dudit moys, oudit
-an, vint le roy au Boys de Vincennes[168], et le duc de Bourgongne à
-Paris[169], et allerent les bourgoys au devant par commandement.
-
- [167] Ce passage incomplet, dont le sens est fort obscur, se
- trouve dans le ms. de Rome, en tête du fol. 22 vº.
-
- [168] Les mots «de Vincennes» manquent dans le ms. de Rome.
-
- [169] Jean Sans-Peur accompagnait le duc de Guyenne, qui fit son
- entrée à Paris ayant le comte de Vertus à ses côtés et derrière
- lui les ducs de Bourgogne et de Bourbon (Cf. le Religieux de
- Saint-Denis et Juvénal des Ursins).
-
-57. Item, le mardi XXVIIe jour de septembre, jour sainct Cosme et sainct
-Damien, fut despendu par nuyt du gibet [de Paris Jehan] de Montaigu,
-jadis grant maistre d'ostel du roy, lequel avoit eu la teste couppée pour
-ses demerites, et fut porté à Marcoussis[170], aux Celestins, lesquelz il
-avoit fondez en sa vie.
-
- [170] Les château et seigneurie de Marcoussis, échus par
- confiscation à Louis, duc de Guyenne, puis au duc de Bavière,
- constituèrent le douaire de Catherine d'Alençon lors de son
- mariage avec le frère de la reine Isabeau (Arch. nat., JJ 167,
- fol. 164). Quant aux fondations faites par le grand maître en
- faveur du monastère qu'il avait construit, elles furent
- confirmées par lettres royaux d'août 1410 et de mai 1414
- (_Ibid._, JJ 165, fol. 223 rº, JJ 168, fol. 49).
-
-58. Item, le dimenche XXIIIe jour d'octobre ensuivant, entra le roy à
-Paris, et fut faicte à sa venue la plus grant feste et joye du commun,
-qu'on avoit veue passé avoit XII ans, [car petiz et grans] bassinoient;
-et vint avecques le roy le duc de Bourbon, et le conte de Vertus, nepveu,
-et plusieurs autres, et furent avec le roy à Paris, moult amez du roy et
-du commun qui avoit grant joie de la paix que on cuidoit qu'ilz tenissent
-bonnement, et ilz ne tendoient que à la destrucion du roy et especialment
-de la bonne ville de Paris et des bons habitans.
-
-
- [1413.]
-
-59. Et firent tant par leur maulvais malice, pour mieulx venir à leur
-maleureuse intencion, que plusieurs qui bonnement amoient et avoient amé
-le roy et le prouffit commun, furent du tout de leur malvaise et faulce
-intencion, comme le frere de la royne de France, Pierre des Essars
-prevost de Paris, et plusieurs autres, et par especial ledit prevost qui
-ce povoit venter que prevost de Paris, puis cent ans devant, n'avoit eu
-aussi grant grace que ledit prevost avoit et du roy et du commun. Mais
-si mal se porta qu'il convint qu'il s'en fouist[171], lui et plusieurs
-des autres des plus grans, comme le frere de la royne, duc de Baviere, le
-duc de Bar Edouart, Jaques de la Riviere, et plusieurs autres chevaliers
-et escuiers; et fut en la fin de fevrier mil IIIIc et XII, et demoura la
-chose plusieurs jours, aussi comme se on les eust oubliez.
-
- [171] Pierre des Essarts quitta précipitamment Paris au mois de
- mars 1413, après la découverte du complot tramé par un de ses
- serviteurs qui devait s'emparer du pont et de la tour de
- Charenton, mais il fut assez mal avisé pour y revenir vers le
- milieu du mois suivant.
-
-60. Et ce pendant l'Université, qui moult amoit le roy et le commun, fist
-tant par grant diligence et grant sens qu'ilz orent tous ceulx, par
-escript, de la maldicte et faulce traïson, et la greigneur partie de tous
-les grans en estoient, tant gentilz comme villains. Et quant
-l'Université, par grant cure, orent mis en escript especialment tous
-ceulx qui povoient nuire, ce pendent revindrent les dessusdiz qui fuiz
-s'en estoient, et firent les bons varletz, et brasserent ung mariaige de
-la femme au conte de Mortaing[172], qui mort estoit, au frere de la
-royne, duc de Baviere, et estoit leur maleureuse intencion de faire leurs
-nopces loing et de emmener le roy, pour estre maistres de Paris et en
-faire toute leur voulenté qui moult estoit malvaise. Et l'Université qui
-tout savoit ce, le fist savoir au duc de Bourgongne et au prevost des
-marchans[173] qui avoit nom Andriet d'Espernon[174], né de Quinquenpoit,
-et aux eschevins[175]. Si firent tantost armer la bonne ville et clercs
-devantdiz, comme parurent[176], et ceux s'enfuirent ou chastel de
-Sainct-Anthoine et là se bouterent par force. Et le frere de la royne
-fist le bon varlet, et servoit le roy aussi comme s'il n'en sceust rien,
-et ne se mut oncques d'avec le roy.
-
- [172] Catherine d'Alençon, veuve de Pierre de Navarre, mort dans
- l'expédition de Bourges, se maria en secondes noces avec le duc
- Louis de Bavière qui, le 4 mars 1413, en considération de ce
- mariage, reçut le comté de Mortain (Arch. nat., JJ 167, fol.
- 163). Le 29 septembre 1413, la reine Isabeau donna en outre à son
- frère la valeur de 2000 écus en vaisselle d'or qui devait lui
- être offerte le jour de ses noces (_Ibid._, KK 48). Le roi de
- Navarre s'était engagé, de son côté, à remettre aux futurs époux
- une somme de 50,000 francs, mais il ne tint pas sa promesse, car
- le duc de Bavière et sa femme lui intentèrent, à ce sujet, une
- action au Parlement (avril 1414, Arch. nat., X{1a} 4790, fol. 62
- vº).
-
- [173] «Prevost des marechaulx,» d'après les mss. de Rome et de
- Paris.
-
- [174] André d'Épernon, et non d'Éperneuil, comme l'appelle le
- Religieux de Saint-Denis, changeur à Paris, était fils de Jacques
- d'Épernon, bourgeois de Paris, établi dans le quartier
- Saint-Germain-des-Prés, où il occupait la maison des Trois
- Corbillons, dans la censive de l'abbaye (Arch. nat., LL 1037,
- fol. 57, 74). Après le décès de Jacques d'Épernon, sa veuve,
- Jeanne, vint demeurer chez son fils. André d'Épernon succéda, le
- mercredi 16 mars 1413, à Pierre Gencien «qui lors estoit absent»
- et prêta serment le même jour entre les mains du duc de Guyenne
- (Arch. nat., KK 1009, fº 1); il prit une part active à l'émeute
- cabochienne qui força la Bastille pour s'emparer de la personne
- de Pierre des Essarts. En sa qualité de changeur, André avait été
- chargé, en 1411, de la levée d'un subside consenti en faveur de
- la ville de Paris, pour laquelle il donna quittance d'une somme
- de 1,000 liv. t. reçue du Parlement (Arch. nat., X{1a} 1479, fol.
- 182 vº). Après l'échec du parti populaire à Paris, il fut
- dépossédé, le 9 septembre 1413, de la prévôté des marchands au
- profit de Pierre Gencien, et disparut un moment de la scène
- politique. On le retrouve le 11 avril 1418, à la séance
- solennelle du Parlement où le président de Vailly exposa, à son
- retour de Montereau, le résultat des négociations ouvertes avec
- le duc de Bourgogne (Arch. nat., X{1a} 1480, fol. 133). Le 10
- août suivant, il fit partie de la députation parisienne envoyée
- auprès du Dauphin pour le prier d'adhérer au traité de paix
- (Religieux de Saint-Denis) et figure, le 26 août, parmi ceux qui
- prêtèrent serment au duc de Bourgogne. Il reparaît comme changeur
- du trésor en 1421 et 1422 (Arch. nat., KK 33), et comme trésorier
- des guerres en 1428 (_Ibid._, X{1a} 1480, fol. 400 vº); mais il
- n'existait plus au mois de juin 1431 (_Ibid._, Y 5231, fol. 40).
-
- [175] Les échevins alors en fonctions étaient Jean de Troyes,
- Jean de l'Olive, Robert de Belloy et Garnier de Saint-Yon, les
- trois premiers élus le 20 février 1412, le dernier nommé le 23
- octobre suivant au lieu de Denis de Saint-Yon, décédé en
- septembre (Arch. nat., KK 1009, fol. 1).
-
- [176] Passage inintelligible dans le ms. de Paris; le scribe,
- n'ayant pu lire le texte qu'il avait sous les yeux, s'est borné à
- reproduire les mots avec leurs abréviations.
-
-61. Tantost après fut la ville armée, et assegerent [ledit chastel] et
-jurerent que jamais ne s'en partiroient tant que les eussent prins par
-force; et quant ceulx qui dedens le chastel estoient virent tant de gens
-et si esmeus, si se rendirent vers le soir au duc de Guienne et de
-Bourgongne, qui en respondirent, ou les gens de Paris les eussent tous
-despeciez, car ilz estoient bien xxiiii mil. Lors furent prins bien et
-estroictement et menez au Louvre, et fut le Ve jour de may mil IIIIc et
-XIII, jour de vendredi. Et ledit prevost demoura dedens Sainct-Anthoine
-encore IIII ou VI jours après, et fut allé querre et admené au Louvre
-environ l'eure de mynuit, et là fut emprinsonné.
-
-62. Et la sepmaine de devant l'Ascencion fut la ville de rechief armée,
-et allerent en l'ostel de Sainct-Paul, où le frere de la royne estoit, et
-là le prindrent, voulsist ou non, et rompirent l'uys de la chambre où il
-estoit, et prindrent avecques lui XIII ou XIIII, que dames, que
-damoiselles, qui bien savoient la malvaistié[177], et furent tous menez
-au Louvre[178] pelle melle. Et si cuidoit ledit frere de la royne le
-lendemain espouser sa femme, mais sa chance tourna contre sa voulenté.
-
- [177] Ce fut non le 12 mai, comme le dit Juvénal des Ursins, mais
- le mardi 22 mai qu'Hélion de Jacqueville, à la tête des
- cabochiens armés, envahit l'hôtel Saint-Pol et s'assura de la
- personne du duc de Bavière. Pendant que ce prince se voyait
- emprisonné en la «tour delez le Louvre» (Arch. nat. X{1a} 1479,
- fol. 256), Catherine de Villiers, Bonne Visconti, Isabeau
- Maréchal, Marguerite Aubin, Isabeau des Barres, dames d'honneur
- de la reine, étaient emmenées à la conciergerie du palais. Le
- même jour on arrêta pour les conduire à la conciergerie: Renaud
- d'Angennes, chambellan du dauphin et autrefois son gouverneur,
- Jean de Nielle, chancelier du dauphin et de la reine depuis le 14
- mars, Charles de Villiers, Raoul Cassinel et Conrad Bayer,
- maîtres de l'hôtel de la reine, Jean Picard, son secrétaire, Jean
- de Nantouillet, Enguerran de Marcognet et plusieurs autres
- seigneurs attachés à la maison du roi et à celle du duc de
- Guyenne.
-
- [178] Le château du Louvre avait alors pour capitaine Renaud
- d'Angennes, qui touchait 1200 livres de gages; mais le prévôt des
- marchands et les échevins, auxquels le roi avait «baillié la
- garde de toute la forteresse de Paris,» détenaient non-seulement
- les clefs des portes Saint-Honoré et de Montmartre, mais encore
- celle de la «grosse tour qui est devant le Louvre,» où fut
- enfermé le duc de Bavière. Un certain Guillaume de Cologne,
- investi du soin de garder cette tour, fut l'objet de soupçons et
- dépossédé de son office (Arch. nat., X{1a} 4789, fol. 272, 430
- rº, 435 vº).
-
-63. Le mercredi, vigille de l'Ascencion, derrain jour de may, oudit an
-IIIIc et XIII, fut amené ledit prevost, du Louvre au Palais, en prinson.
-
-64. Et cedit jour, fut nommé le pont de la Planche de Mibray le pont de
-Nostre-Dame[179], et le nomma le roy de France Charles, et frappa de la
-hie sur le premier pieu, et le duc de Guienne, son aisné filz après, et
-le duc de Berry et de Bourgongne, et le sire de la Trimoullie[180], et
-estoit heure de dix heures de jour au matin.
-
- [179] La construction du pont Notre-Dame, commencée au mois de
- mai de l'année 1413, était décidée dès la fin de l'année
- précédente. La propriété de la rivière de Seine, depuis le vieux
- pont jusqu'à l'île Notre-Dame, appartenant à l'abbaye de
- Saint-Magloire (Arch. nat., X{1a} 4793, fol. 172), la ville de
- Paris dut préalablement transiger avec cette maison; aux termes
- d'un acte du 23 décembre 1412, un accensement des travers et
- largeur de la Seine fut fait au prévôt des marchands et aux
- échevins pour la construction d'un pont de douze toises de large
- avec l'espace de cinq toises au-dessus du pont et de trois toises
- au-dessous (_Ibid._, K 950, no 11). En juillet 1414, c'est-à-dire
- un peu plus d'une année après la pose du premier pieu, Charles VI
- permit au prévôt des marchands de parfaire le pont commencé
- au-dessus du grand pont «en venant du lieu de la Planche *de
- Mibray à la place Saint-Denis-la-Chartre» et concéda les revenus
- à provenir des maisons, moulins et habitations qui seraient
- édifiées sur ce pont (Arch. nat., K 950, no 12). Vers la fin de
- 1414, l'œuvre était en bonne voie, comme en témoigne une
- délibération capitulaire, qui autorisa le prévôt des marchands et
- les échevins, représentés par Robert Louvet, clerc de la ville, à
- disposer de l'île Notre-Dame pour y descendre et y faire
- travailler plusieurs grosses pièces de bois destinées au nouveau
- pont (_Ibid._, LL 215, fol. 13). A la même époque, on s'occupait
- aussi de dégager les abords du pont; le 10 octobre fut achetée,
- de Pierre Auberée, tanneur, une maison sise en la rue de la
- Tannerie, au coin de la ruelle des Planches de Mibray, et qu'on
- devait démolir pour «faire l'entrée et le chemin» du pont
- Notre-Dame (_Ibid._, K 495{8}, fol. 35). L'œuvre nouvelle
- touchait alors à son achèvement, car, le 16 janvier 1415, le
- prévôt des marchands demanda au chapitre la concession, pour une
- année, de la pointe de l'île Notre-Dame, afin d'y construire les
- maisons que la ville se proposait d'édifier sur le nouveau pont
- (_Ibid._, LL 215, fol. 29, 30). Le pont Notre-Dame n'était pas
- établi dans des conditions de solidité et de durée désirables,
- car dès l'année 1440, des réparations étaient devenues
- nécessaires «pour obvier à la démolicion et destruccion dudit
- pont» et par arrêt du 13 février 1440, à l'occasion d'un procès
- entre le chapitre et la Ville, le Parlement affecta à ces
- réparations une somme de 600 l. prise sur les deniers «yssans des
- moulins.» (_Ibid._, X{1a} 1482, fº 134.)
-
- [180] Probablement Georges de la Trémoille, grand chambellan de
- France, que le duc de Bourgogne sauva de la fureur populaire en
- 1413.
-
-65. Et en cedit moys de may print la ville chapperons blancs, et en
-firent bien faire de III à IIII mil, et en print le roy ung, et Guyenne
-et Berry et Bourgongne, et avant que la fin du moys fust, tant en avoit à
-Paris, que tout partout vous ne veissez gueres autres chapperons, et en
-prindrent hommes d'eglise et femmes d'onneur marchandes qui atout
-vendoient les denrées.
-
-66. Item, le Xe jour du moys de juing mil IIIIc et XIII, jour sainct
-Landry, vigille de la Penthecoste, fut mené messire Jaques de la
-Riviere[181], chevalier, et Symonnet Petit-Meny[182], escuier; eulx deux
-furent prins au Palais du roy, et de là trainez [jusques] es halles de
-Parys, c'est assavoir Jaques de la Riviere, car il estoit mort et ce
-estoit tué d'une pinte plaine de vin, dont il s'estoit feru sur la teste
-si grant cop qu'il ce cassa le test et la cervelle. Et ledit Symonnet fut
-trainé jusques à la Heaumerie[183] et là mis en la charrette sur ung ais
-assis, une croix en sa main, le mort trainé jusques es halles, et là
-orent les testes couppées. Et dirent à la mort que de eulx deux ce avoit
-esté la plus belle prinse qui eust esté faicte pour le royaulme, passé
-avoit xx ans, et iceulx avoient esté prins au chastel de Sainct-Anthoine,
-comme devant est dit.
-
- [181] Seigneur d'Auneau, fils de Bureau de la Rivière et de
- Marguerite, dame d'Auneau et de Rochefort. Ses biens furent
- saisis, mais sa mère en obtint mainlevée le 6 septembre 1413. Il
- courut plusieurs versions sur sa mort, les uns admettant
- l'hypothèse d'un suicide, les autres penchant pour un assassinat
- dans la prison (Cf. Monstrelet, édit. Douët d'Arcq, t. II, p.
- 370).
-
- [182] Simon du Mesnil, dit le Jeune, écuyer tranchant du duc de
- Guyenne; sa veuve obtint, le 17 août 1413, restitution de ses
- biens qui avaient été confisqués (Arch. nat., JJ 167, fol. 249).
-
- [183] La rue de la Heaumerie conduisait de la rue de la
- Vieille-Monnaie à la rue Saint-Denis.
-
-67. Item, le jeudi ensuivant, ung autre nommé Colin de Brie[184],
-escuier, fut prins oudit lieu comme devant est dit, et prins au Palays,
-trayné comme Symonnet devant dit, et couppé sa teste es halles, de
-ladicte bande, tres plain de tyrannie, tres laide et cruelle personne, et
-recognut plusieurs traïsons, car il avoit eu pencée de faire [de par] le
-prevost de Paris[185]; car il cuida trahir ceulx du pont de Charenton, et
-là fut prins, à tout finance qu'il cuidoit faire passer pour ledit
-prevost, qui cuidoit passer par ledit pont celle nuyt.
-
- [184] Colin de Brie, ancien page du roi, que Monstrelet et
- Saint-Remy appellent plus exactement Thomelin de Brie.
-
- [185] Un blanc après ce mot dans le ms. de Paris.
-
-68. Item, le premier jour de juillet mil IIIIc et XIII, fut ledit prevost
-prins dedens le Palays, trayné sur une claye jusques à la Heaumerie ou
-environ[186], et puis assis sur ung ais en la charrette, tenant[187] une
-croix de boys en sa main, vestu d'une houppelande noire dechicquetée[188]
-fourrée de martres, unes chausses blanches, ungs escafinons noirs en ses
-piez, en ce point mené es halles de Paris, et là on lui couppa la teste,
-et fut mise plus hault que les autres [plus] de trois piez. Et si est
-vray que, depuis qu'il fut mis sur la claie jusques à sa mort, il ne
-faisoit touzjours que rire, comme il faisoit en sa grant majesté, dont le
-plus des gens le tenoient pour vray foul; car tous ceulx qui le veoient
-plouroient si piteusement que vous ne ouyssiez oncques parler de plus
-grans pleurs pour mort de homme, et lui tout seul rioit, et estoit sa
-pencée que le commun le gardast de mourir. Mais il avoit en sa voulenté,
-s'il eust plus vesqu, de trahir la ville et de la livrer es mains de ses
-ennemis, et de faire lui mesmes tres grans et cruelles occisions, et
-piller et rober les bons habitans de la bonne ville de Paris, qui tant
-l'aymoient loyaulment; car il ne commandoit rien qu'ilz ne feissent à
-leur povoir, comme il apparoit qu'il avoit prins si grant orgueil en soy,
-car il avoit assez offices pour six ou pour huit[189] filx de contes ou
-de bannerez. Premierement, il estoit prevost de Paris, il estoit grant
-bouteillier[190], maistre des eaues et des forestz; grant general
-cappitaine de Paris, de Cherebourgs, de Montargis; grant fauconnier, et
-plusieurs autres offices, dont il cuillyt si grant orgueil et laissa
-raison, et tantost fortune le fist mener à celle honteuse fin. Et saichez
-que, quant il vit qu'il convenoit qu'il mourust, il s'agenoulla devant le
-bourel, et baisa ung petit ymaige d'argent que le bourel avoit en sa
-poictrine, et lui pardonna sa mort moult doulcement, et pria à tous les
-signeurs que son fait ne fust point crié tant qu'il fust décollé, [et on
-lui octroya.]
-
- [186] Le prévôt fut traîné sur une claie attachée à la queue
- d'une charrette depuis le palais «jusques devant l'ostel de la
- Coquille en la grant rue Saint-Denis,» et de là mis sur cette
- charrette, conduit aux halles sous bonne escorte et décapité en
- vertu d'un jugement rendu par commissaires (Arch. nat., X{1a}
- 1479, fol. 247 vº).
-
- [187] Ms. de Rome: «ies tout jus» au lieu de «tenant.»
-
- [188] Ms. de Paris: d'échiquier.
-
- [189] Ms. de Paris: cinc.
-
- [190] Pierre des Essarts, pourvu le 21 juillet 1410 de la charge
- de grand bouteiller de France, en remplacement du comte de
- Tancarville, fut institué souverain maître et réformateur des
- eaux et forêts le 5 mars 1411. En ce qui concerne l'office de
- grand fauconnier du roi, s'il faut s'en rapporter au P. Anselme
- (_Hist. généal. de la maison de France_, t. VIII, p. 750), Des
- Essarts ne semble pas en avoir été titulaire, même
- temporairement, Eustache de Gaucourt ayant rempli les fonctions
- de grand fauconnier depuis l'année 1406 jusqu'à sa mort, survenue
- en 1415. On voit dans les remontrances présentées par
- l'Université, en février 1412, que Pierre des Essarts recevait
- 6000 francs par an pour la capitainerie de Cherbourg, 2000 francs
- pour celle de la ville et du château de Montargis et pareille
- somme pour celle d'Évreux (Religieux de Saint-Denis, t. IV, p.
- 755). Suivant Monstrelet (t. II, p. 318), il aurait été capitaine
- de Nevers et non pas d'Évreux. Après la fin tragique du prévôt de
- Paris, ses biens furent naturellement confisqués, mais Marie de
- Ruilly, sa veuve, en obtint la restitution le 5 août 1413 (Arch.
- nat., JJ 167, fol. 269); toutefois, le château et la seigneurie
- de la Motte-Tilly, dont il prenait le titre, restèrent entre les
- mains du roi qui les donna, en décembre 1420, à Jean de Puligny,
- garde de ses joyaux (_Ibid._, JJ 172, fol. 22 vº). Lorsque les
- circonstances le permirent, la veuve de Pierre et ses héritiers
- demandèrent la révision de son procès (_Ibid._, X{1a} 1480, fol.
- 50).
-
-69. [Ainsi fut décollé] Pierre des Essars, et son corps mené au gibet et
-pendu au plus hault. Et devant environ deux ans, le duc de Breban, frere
-du duc de Bourgongne, qui veoit bien son oultraigeux gouvernement, lui
-dist en l'ostel du roy: «Prevost de Paris, Jehan de Montagu a mis XXII
-ans à soy faire coupper la teste, mais vrayement vous n'y en mettrez pas
-trois»; et non fist il, car il n'y mist que deux et demy despuis le mot,
-et disoit on par esbatement parmy Paris que ledit duc estoit prophete
-vray disant.
-
-70. Item, vers la fin dudit moys, recommencerent ceulx de la maldicte
-bande à venir pres de Paris, comme autresfois avoient esté, et vuyderent
-ceulx des villaiges d'entour Paris tout ce qu'ilz avoient et l'amenerent
-à Paris. Et lors fut fait ung traité pour faire la paix[191] et devoit
-estre fait à Pontoise, et y alla le duc de Berry le XXe jour dudit moys,
-jour saincte Marguerite, et le duc de Bourgongne le lendemain vigille de
-la Magdeleine. Et là furent environ dix jours pour cuider faire la paix,
-et firent tant qu'elle fut oncques faicte, ne eust esté aucunes demandes
-que lesdiz bandez demanderent, qui estoient inraisonnables, car ilz
-demandoient aucuns de ceulx de Paris pour en faire leur plaine voulenté,
-et autres choses touchans vengence tres cruelle, laquelle chose ne leur
-fut point accordée. Mais à celle fin que la paix ne teinst, ceulx qui de
-par le roy y estoient allez firent tant que lesdiz bandez envoyerent à
-sauf-conduit leurs embassadeurs avecques la compaignie de Berry et
-Bourgongne, et ceulx de Paris, pour parler au roy à bouche, et entrerent
-le jour sainct Pierre, premier jour [du moys] d'aoust ensuivant, qui
-[fut] au mardi, et parlerent au roy à bouche tout à leur volenté, qui
-leur fist faire tres bonne chere[192]. Quant est des demandes et des
-responces, je me tays, car trop longue chose seroit, mais bien scay que
-ilz demandoient touzjours à leur povoir la destrucion de la bonne ville
-de Paris et des habitans.
-
- [191] Voici, d'après des sources authentiques, la marche suivie
- pour les négociations: Les ambassadeurs du roi se rencontrèrent
- d'abord à Ivry-la-Chaussée avec ceux des princes du sang et
- s'entretinrent à Verneuil avec les princes en personne. Le
- rapport qu'ils adressèrent à la suite de ces entrevues fut
- l'objet d'une communication faite au Parlement par le chancelier,
- le jeudi 13 juillet. L'un des points stipulés dans les premiers
- pourparlers portait que les seigneurs «estans à Verneuil se
- trairoient à Vernon qui seroit mis sous la main du roi de
- Sicile», que les ducs de Berry et de Bourgogne se rendraient à
- Mantes et qu'il serait fait choix d'une place intermédiaire pour
- entrer en conférences. Les princes du sang envoyèrent leurs
- députés à Pontoise où se trouvaient les ducs de Berry et de
- Bourgogne, et le vendredi 28 juillet, ces députés, que nomme le
- Religieux de Saint-Denis (t. V, p. 96), présentèrent leurs
- propositions dont le texte, sous forme de cédule développée par
- Guillaume Seignet et accompagnée d'un projet de traité
- (_tractatus Pontisare_), fut communiqué au Parlement le 2 août.
- La cour, appelée à donner son avis, déclara que la cédule était
- «bonne, juste et nécessaire» et qu'il fallait conseiller au roi
- de la recevoir (Arch. nat., X{1a} 1479, fol. 249 et seq.). Le
- même jour, le chapitre de Paris tint une séance solennelle où
- siégèrent l'évêque de Paris, les abbés de Saint-Victor et de
- Saint-Magloire ainsi qu'un grand nombre de personnages
- ecclésiastiques, et donna son adhésion pleine et entière au
- traité, ratifiant en quelque sorte la décision prise dans sa
- séance du 12 juillet, où il s'était déjà prononcé en faveur de la
- conclusion de la paix (_Ibid._, LL 215, fol. 179, 187).
-
- [192] L'exactitude de cette assertion ne nous semble pas
- démontrée, au moins en ce qui touche la date indiquée par
- l'auteur du journal; car, s'il faut en croire le Religieux de
- Saint-Denis (t. V, p. 120), le duc de Berry ayant manifesté
- l'intention de conduire auprès du roi les ambassadeurs des
- princes, sur le refus opposé par le duc de Bourgogne, il fut
- décidé qu'ils resteraient à Beaumont-sur-Oise. Ce témoignage est
- corroboré par celui du greffier du Parlement qui, rendant compte
- de la séance du 3 août, rapporte que les ambassadeurs attendaient
- à Beaumont la réponse à leurs propositions (Arch. nat., X{1a}
- 1479, fº 251 et s.).
-
-71. Item, le jeudi IIIe jour dudit moys d'aoust, fut l'Université de
-Paris à Sainct-Paul demander congié au roy de proposer le lendemain
-certaines choses qui moult estoient proufitables pour la paix du
-royaulme; laquelle chose leur fut octroiée[193]. Et le lendemain, jour de
-vendredi, quatriesme jour d'aoust, comme se le dyable les eust
-conseillez, proposerent tout au contraire de ce qu'ilz avoient devant
-conseillé par plusieurs foys, car leur premiere demande fut que on meist
-hors tous les prisonniers qui de la traïson, dont Pierre des Essars et
-messire Jaques de la Riviere et Petit-Menil avoient eu les testes
-coppées[194], estoient droit maistres et menistres,--et estoient le duc
-de Baviere, frere de la royne de France, messire Edouart, duc[195] de
-Bar, le sire de Boyssay et deux de ses filz[196], Anthoine des
-Essars[197] frere dudit Pierre des Essars, et plusieurs autres, lesquelx
-estoient emprinsonnez au Louvre, au Palays et au Petit-Chastellet,--en
-après, que [tous ceulx] qui contrediroient leurs demandes touchant la
-paix, fussent tous habandonnez, leurs corps et leurs biens. Après, assés
-autres demandes firent ilz, et ne proposerent point [pour] la paix de
-ceulx qui avoient gardé à leur povoir la ville de Paris et qui avoient
-esté consentans d'emprinsonner les devantdiz prinsonniers pour leurs
-demerites. Et si savoient ilz bien que tous les bandez les hayoient
-jusques à la mort. Iceulx hayz estoient maistre Jehan de Troyes[198],
-mire juré de la ville de Paris, concierge du Palays, deux de ses filx,
-ung nommé Jehan le Gouayz et ses deux filx[199], bouchers, Denisot
-Caboche[200], Denisot de Saint-Yon[201], tous deux bouchers, ledit
-Caboche cappitaine du pont de Charenton, ledit de Saint-Yon cappitaine de
-Sainct-Cloud. Iceulx estoient en la presence, quant le propos fut
-octroié, qui leur sembla moult dure chose, et s'en vindrent tantost en
-l'ostel de la ville, et là assemblerent gens, et leur monstrerent comment
-la paix qui estoit traictée n'estoit point à l'onneur du roy, ne du duc
-de Bourgongne, ne au prouffit de la bonne ville ne des habitans, mais à
-l'onneur desdiz bandez, qui tant de foys avoient menty leur foy. Mais, jà
-pour ce, le menu commun qui ja estoit assemblé en la place de Greve,
-armez touz à leur povoir, qui moult desiroient la paix, ne vouldrent
-oncques recevoir leurs parolles, mais ilz commencerent touz à une voix à
-crier: «La paix! la paix! et qui ne la vieult, si se traie au lieu
-senestre, et qui la vieult se traie au costé dextre.» Lors se trairent
-tous au costé dextre, car nul n'osa contredire à tel peuple.
-
- [193] Pareille démarche fut faite le même jour par le premier
- président du Parlement. Le lendemain le Parlement, la Chambre des
- comptes et le chapitre de Notre-Dame se joignirent à l'Université
- et furent reçus à dix heures du matin, dans la grande cour de
- l'hôtel Saint-Paul, où un maître en théologie, Ursin de
- Tarevande, porta la parole au nom de l'Université et conclut en
- faveur de la paix.
-
- [194] Ms. de Paris: tranchées.
-
- [195] Le mot «duc» manque dans le ms. de Rome.
-
- [196] Robert de Boissay, chambellan du roi; l'un de ses fils,
- Jean de Boissay, maître des requêtes de l'hôtel (Religieux de
- Saint-Denis, t. V, 21, 45), était aussi, depuis 1408, chanoine de
- Notre-Dame (Arch. nat., LL 213, fol. 88). Un fils de Robert de
- Boissay est indiqué comme chambellan du dauphin, le 22 fév. 1413
- (_Ibid._, X{1a} 1479, fol. 49).
-
- [197] Antoine des Essarts, écuyer, valet tranchant, garde de
- l'épargne et de la librairie du roi, est du nombre des officiers
- visés dans les remontrances que l'Université adressa au roi, en
- 1412, au sujet de la dilapidation des deniers royaux, et sa
- gestion fut qualifiée de «povre gouvernement» (Monstrelet, t. II,
- p. 315). Il fut véhémentement soupçonné par le duc d'Orléans
- d'avoir trempé dans la mort de son père (Arch. nat., X{1a} 1479,
- fol. 161 vº). Le 20 novembre 1411, Antoine des Essarts remplaça
- Thibaud du Méseray en qualité de concierge du Palais et conserva
- ce poste un peu plus d'une année. Arrêté en même temps que son
- frère le prévôt, il échappa à la mort grâce à ses amis; c'est
- alors qu'il fit ériger dans l'église Notre-Dame de Paris la
- statue de saint Christophe (Chronique des Cordeliers, p. 216). Il
- avait épousé la fille de Jean Noble, «espicier et varlet de
- chambre du roi» (Arch. nat., KK 31-32, fol. 59).
-
- [198] Jean de Troyes, chirurgien juré du roi dès l'année 1397,
- fut alors mêlé à une affaire criminelle où il était partie
- plaignante pour «bateures et navreures» que lui avait faites sur
- le grand pont un individu armé (Arch. nat., X{2a} 12, fol. 20);
- il figure en 1412 parmi les juges établis contre les Armagnacs
- (_Ibid._, X{1a} 1479, fol. 212 vº) et devint ensuite échevin. On
- sait le rôle actif qu'il joua dans les événements de l'année
- 1413, principalement comme orateur des factieux. Frappé, après
- l'échec de son parti, par une sentence de bannissement (Douët
- d'Arcq, _Choix de pièces inédites_, t. I, p. 367), il se réfugia
- en Flandre, auprès du duc de Bourgogne, et ne revint à Paris
- qu'en 1418, à la suite des Bourguignons; réintégré dans
- l'échevinage, il prêta serment à Jean Sans-Peur, le 25 août 1418,
- et fut nommé, avec Jacques de Rouen, «commissaire sur le fait de
- la réformacion.» (Arch. nat., X{1a} 1480, fol. 156.) Il mourut
- avant la fin de 1424, comme le montre un procès relatif à la
- succession de sa femme Jeanne, morte en 1421 (_Ibid._, X{1a}
- 1480, fº 302 vº; X{1a} 4793, fº 393; X{1a} 4794, fº 15 vº). Le
- fougueux chirurgien laissa sept fils et sept filles. L'un de ses
- fils, Digne, devint notaire au Châtelet; le plus connu est Henri
- de Troyes, qui exerça la même profession que son père. Il paraît
- en 1425 comme chirurgien juré du Châtelet dans un procès intenté
- par les chirurgiens de Paris à la corporation des barbiers (Arch.
- nat., X{1a} 64, fol. 164). Quant aux filles de Jean de Troyes,
- Jeanne épousa successivement Guillaume Lommoy, procureur du roi
- au Châtelet, et Nicolas Chaon; Jacquette fut mariée à Nicolas
- l'Estoffé, qui prêta serment au duc de Bourgogne, le 26 août
- 1418; Jeannette fut femme de Colinet de Neuville, qui, bien que
- banni en 1413, devint plus tard receveur des aides et échevin;
- enfin, Philippote convola avec un chevalier de renom, Morelet de
- Bethencourt (Arch. nat., X{1a} 64, fol. 65 vº).
-
- [199] Thomas le Gouays, ou plutôt le Gois, boucher de la
- boucherie Sainte-Geneviève, avait trois fils: Guillemin ou Guiot,
- Guillaume et Jean. GUILLEMIN ou GUIOT le Gois participa à
- l'incendie du château de Bicêtre et fut tué à la fin de l'année
- 1411 en combattant avec le comte de la Marche les garnisons
- orléanaises du Puiset et de Janville; son corps fut enterré à
- Sainte-Geneviève de Paris (Juvénal des Ursins, p. 473). GUILLAUME
- le Gois, dit le Jeune, eut l'entreprise de la «boucherie et
- poullailerie de madame de Brabant,» comme on le voit par le
- procès qu'il intenta à son associé, en 1411 (Arch. nat., X{1a}
- 4789, fº 88 rº); la même année le roi lui fit don de tous les
- biens de Guillaume de Calleville, son chambellan rebelle (Arch.
- nat., JJ 168, fol. 71 vº). Banni le 12 décembre 1413, il se
- retira en Artois, auprès du duc de Bourgogne (Chronique des
- Cordeliers, p. 219). A partir de ce moment, Guillaume mena une
- existence assez accidentée: en 1419, il fut fait prisonnier au
- château de Chilly et conduit à Montlhery par les Armagnacs
- (_Ibid._, JJ 171, fol. 61 vº; X{1a} 4792, fol. 168). Sa détention
- ne fut pas de longue durée; en août 1420, il plaidait avec la
- dame de Chevreuse au sujet de l'administration de la terre de
- Montrouge (_Ibid._, X{1a} 4792, fol. 239 vº). Il mourut de 1421 à
- 1423 et sa veuve se remaria avec Pierre l'Escuier. La maison à
- trois pignons qu'il possédait dans la rue de la Boucherie, au
- mont Sainte-Geneviève, resta entre les mains de sa femme (Arch.
- nat., X{1a} 1480, fº 377 vº; X{1a} 4796, fº 86, 102 vº, 294;
- X{1a} 4797, fº 120). JEAN le Gois, qui attacha son nom au néfaste
- traité de Troyes (Cousinot, p. 178), passa par les mêmes
- vicissitudes que son frère; un instant concierge du château du
- bois de Vincennes, il sut réparer les disgrâces du sort par son
- dévouement à la cause anglaise qui récompensa largement ses
- services et lui confia, dès l'année 1419, les importantes
- fonctions de gouverneur général des finances. (Cf. Longnon,
- _Paris pendant la domination anglaise_, p. 39 et 70.)
-
- [200] Simonnet le Coutellier, dit Caboche, écorcheur de la grande
- boucherie, le même, selon toute apparence, que Simon Caboche,
- dont l'oncle Jean Caboche, religieux de Cîteaux, avait ouvert en
- 1412, sans l'autorisation du chapitre de N.-D., une école dans la
- paroisse de Saint-Germain-l'Auxerrois (Arch. nat., LL 214, fol.
- 41, 43). Il se réfugia en Flandre et son expulsion fut promise
- par le duc de Bourgogne au roi de France (Religieux de
- Saint-Denis, t. V, p. 385). On le revit à Paris lors des
- sanglantes journées d'août 1418 (Juvénal des Ursins, p. 543).
-
- [201] Il faut lire ici «Chaumont,» car il s'agit non de Denis de
- Saint-Yon, mort en 1412, mais de Denisot de Chaumont, écorcheur
- en la grande boucherie, et non pelletier, comme le veut
- Saint-Remy (t. I, p. 75). Investi de la garde du pont de
- Saint-Cloud, Denisot eut aussi mission de lever, avec plusieurs
- de ses pareils, un emprunt forcé sur la bourgeoisie de Paris
- (Religieux de Saint-Denis, t. V, 63); il fut banni le 12 décembre
- 1413 (Douët d'Arcq, _Choix de pièces inédites_, t. I, p. 367),
- quitta la capitale en même temps que Caboche, les Gois et les
- Saint-Yon (Arch. nat., X{1a} 1479, fol. 257) et revint en 1418,
- témoin le serment qu'il prêta le 25 août à Jean Sans-Peur.
-
-72. Cependent le duc de Guienne et le duc de Berry ce misdrent au chemin
-pour venir en Greve; mais, quant ilz furent devant l'ostel d'Anjou[202],
-on ne les osa oncques laisser entrer en Greve pour paour que aucune
-mocion de peuple ne se feist, et s'en allerent au Louvre, et en osterent
-le duc de Bar et le duc de Baviere à trompettes, et à aussi grant honneur
-furent admenez, comme s'ilz venissent de faire le plus bel fait c'om
-puist faire en ce monde de sarazinesmie ou d'autre part. Et en venant
-querre les prinsonniers dessusdiz, c'est assavoir, le duc de Baviere, le
-duc de Bar et autres qui estoient au Louvre, ilz encontrerent le duc de
-Bourgongne qui s'en alloit à Sainct-Paoul et de ce ne savoit riens. Si
-fut moult esbahy quant on lui dist la chose; toutesvoyes il dissimula
-celle foys, et alla avecques eulx au Louvre, regardant faire l'exploit
-devantdit. Après ce fait ilz revindrent au Palays et crioit-on: «Nouel!»
-partout où ilz passoient. Audit Palays estoit le sire de Boyssay, deux de
-ses enfans (et) Anthoine des Essars, qui furent tous delivrez plainement,
-qui que le voulsist veoir, fust tort ou droit. Et tantost le duc de
-Guienne, qui ouvroit à voulenté, habandonna le corps et les biens de tous
-ceulx qui savoit bien qui avoient causé de les emprinsonner. Pour lors
-estoit concierge du Palays[203] maistre Jehan de Troyes devant nommé, et
-là demouroit; mais après l'abandonnement, en mains de heure que on ne
-seroit allé de Sainct-Nicolas à Sainct-Laurens, l'ostel dudit de Troyes
-fut tout pillié et desnué de tous biens, ses serviteurs prins, menez en
-diverses prinsons. Le bonhomme soy sauva le mieulx qu'il pot, et tous les
-autres par tel party, c'est assavoir, les Gouais, les enffens dudit de
-Troyes, les enfans Sainct-Yon[204] et Caboche, et plusieurs autres, qui
-la bonne ville s'estoient avancez de garder à leur povoir; mais fortune
-leur fut si perverse à celle heure que, se ilz eussent esté trouvez, fut
-des gentilz ou du commun[205], ilz eussent esté tous despeciez, et si ne
-savoit on pourquoy, fors que on disoit qu'ilz estoient trop couvoiteux.
-Or voy on com peu de fiance partout, car le jour de devant ilz eussent
-peu, s'ilz eussent voulu, faire assembler la ville de Paris en une place.
-Ainsi leur advint par fureur de prince, par murmure de peuple, et furent
-tous leurs biens mis en la main du roy; ainsi fust.
-
- [202] L'hôtel d'Anjou, situé dans la rue de la Tixeranderie,
- occupait tout l'espace compris entre cette rue, la rue du Coq, la
- rue de la Verrerie et celle des Coquilles; en 1421, il fut
- délivré à Laurent des Bordes par les commissaires des
- confiscations (Sauval, t. III, p. 289).
-
- [203] L'office de concierge du Palais était fort ambitionné à
- cause des avantages considérables qui y étaient attachés:
- indépendamment du logement, des profits des étaux, des jardins et
- de 400 livres de gages, le concierge du Palais prélevait chaque
- année sur les merciers, sous forme d'étrennes, la somme de 25
- écus d'or et une bourse brodée (Sauval, t. III, p. 275). Les
- prédécesseurs de Jean de Troyes furent Thibaud du Méseray, qui
- occupa le poste en question de 1402 à 1411 (Arch. nat., X{1a}
- 1478, fol. 55 rº); Antoine des Essarts, reçu le 20 novembre 1411
- à l'emploi vacant par suite de la résignation de Thibaud du
- Méseray (_Ibid._ X{1a} 1479, fol. 150). Ce fut vers le mois de
- mars de l'année 1413 que Jean de Troyes remplaça A. des Essarts
- (_Ibid._, X{1a} 4789, fº 410 rº), qui rentra en fonctions cinq
- mois plus tard; en 1416, deux prétendants à ce poste, Jean
- Jouvenel et David de Brimeu, plaidaient devant le Parlement,
- Jouvenel affirmant que ledit office lui avait été donné le 4 août
- 1413, tandis que la reine Isabeau réclamait de son côté la
- conciergerie que le roi lui avait cédée le 25 février 1413
- (_Ibid._, X{1a} 4791, fº 22, 25). Un arrêt du 22 janvier 1417 fit
- rentrer la conciergerie du Palais dans le domaine royal et décida
- qu'à l'avenir elle serait confiée à «aucune bonne personne» aux
- gages anciens de 3 sous par jour et d'un muid de blé par an
- (_Ibid._, X{1a} 1480, fol. 79).
-
- [204] Jean, Garnier et Robert de Saint-Yon, bouchers de la grande
- boucherie de Paris. On trouvera plus loin, sous l'année 1436, une
- note spéciale à Jean de Saint-Yon. Quant à Garnier (ou Garnot) de
- Saint-Yon, l'un des meneurs les plus actifs de la conspiration de
- 1413, on le voit déjà, en décembre 1408, emprisonné à la
- Conciergerie, se faire réclamer comme clerc non marié par
- l'évêque de Paris (Arch. nat., X{1a} 4788, fol. 283, 288). Ce fut
- lui, et non Jean, comme tendrait à le faire croire Juvénal des
- Ursins, qui devint échevin après la mort de Denis de Saint-Yon.
- Adjoint aux commissaires chargés d'instruire le procès des
- prisonniers armagnacs, il fut banni le 12 décembre 1413 et se
- retira avec son frère Jean auprès du duc de Bourgogne (Chronique
- des Cordeliers, p. 219). Il rentra après le triomphe des
- Bourguignons et prêta serment à Jean Sans-Peur, le 24 août 1418;
- en 1419 il devint garde de la librairie royale du Louvre. Pendant
- les dernières années de l'occupation anglaise, Garnier, alors
- l'un des élus sur le fait des aides (_Ibid._, Z{1a} 10, fol. 8
- vº), assista, avec son frère Jean, aux assemblées où furent
- concertées les mesures que réclamait la sécurité de la capitale
- (_Ibid._, X{1a} 1481, fol. 112 vº). Après la reddition de Paris à
- Charles VII, il fut expulsé par le connétable de Richemont; mais,
- bientôt rappelé, il fut admis, avec Jacques de Saint-Yon, à
- prêter serment de fidélité au roi, sans être tenu à fournir
- caution ni à se renfermer en son hôtel (_Ibid._, X{1a} 1482, fol.
- 4 vº).--Robert ou Robin de Saint-Yon, marchand boucher et
- monnoyer du serment de France, paraît s'être adonné exclusivement
- aux affaires de son commerce, fort étendu d'ailleurs, et c'est à
- ce seul point de vue qu'il se trouve mentionné à diverses
- reprises: en 1414, dans le registre de la prévôté de Paris, pour
- contestation relative à l'achat de bœufs; en 1420, plaidant avec
- les fermiers du poisson, aux Halles (_Ibid._, X{1a} 4792, fol.
- 252 rº); il s'occupait aussi du commerce des vins (_Ibid._, X{1a}
- 64, fol. 70) et reçut sa part des biens confisqués (Longnon,
- _Paris pendant la domination anglaise_, p. 68).
-
- [205] Ms. de Paris: «trouvez par des gens du commun.»
-
-73. Advint après, que le duc de Guienne et les autres vindrent à
-Sainct-Paoul, et changerent, ce propre jour de vendredi, le prevost de
-Paris, qui estoit allé en Picardie pour le roy, [et] estoit nommé le
-Borgne de la Heuse, et la baillerent à ung des serviteurs au duc
-d'Orleans mort, qui estoit breton, et estoit nommé Tanneguy du
-Chastel[206]. Ilz changerent deux des eschevins[207] et misdrent deux
-autres, c'est assavoir, Perrin Oger[208], changeur, Guillaume
-Cirasse[209], charpentier, qui avoient renommée d'estre de la bande; ilz
-laisserent Andry d'Espernon prevost des marchans, pour sa tres bonne
-renommée.
-
- [206] D'après Juvénal des Ursins (p. 489), le gouvernement de la
- prévôté de Paris fut alors confié à messire Tanneguy du Chatel et
- à messire Bertrand de Montauban, «deux vaillans chevaliers.»
-
- [207] Trois des échevins appartenant à la faction cabochienne,
- Jean de Troyes, Garnier de Saint-Yon et Robert du Belloy furent
- remplacés le 17 août 1413 (Arch. nat., KK 1009, fol. 1 vº) par
- Pierre Auger, Guillaume Cirasse et Jean Marcel; un seul membre de
- l'ancien échevinage conserva ses fonctions jusqu'au mois
- d'octobre 1415 (_Ibid._, X{1a} 4792, fol. 233; KK 495{3} fol.
- 48).
-
- [208] Pierre Oger ou Auger, notable bourgeois de Paris, chargé,
- en 1411, par le prévôt de Paris, de garder l'abbaye de
- Saint-Denis, que Robinet Fretel, chevalier picard, n'avait pu
- préserver du pillage, s'acquitta de cette mission avec succès et
- garantit le monastère de tout dommage pendant trois semaines
- (Religieux de Saint-Denis, t. V, p. 567). Le poste d'échevin,
- auquel il fut appelé lors de la réaction de 1413, fut la juste
- récompense des services signalés qu'il rendit à la tête des
- habitants du quartier de Saint-Germain-l'Auxerrois (Cf. Juvénal
- des Ursins, p. 488, Cousinot, _Geste des nobles_, p. 149). Le 28
- janvier 1415, il fut mis en possession, par la prévôté de Paris,
- d'une rente de 40 s. avec les arrérages sur une maison de la rue
- des Arcis (Arch. nat., Y 5228, fol. 32 rº). Il mourut avant
- l'année 1430, laissant une veuve, Catherine la Remonde (_Ibid._,
- X{1a} 4796, fol. 293; X{1a} 68, fol. 51 vº).
-
- [209] Guillaume Cirasse était un charpentier huchier de Paris,
- fort habile en son métier, si l'on en juge par les travaux dont
- l'exécution lui fut confiée. En 1404, il fit les armoires du
- greffe en la Tournelle du Parlement (Arch. nat., X{1a} 1478, fol.
- 299 rº). En 1413, il travailla pour le duc de Berry et lui
- fournit entre autres «parties de son mestier» une couchette
- garnie de marches destinée à la chambre qu'occupait ce prince à
- l'hôtel de Giac (_Ibid._, KK 250, fol. 75 vº). On connaît par
- Juvénal des Ursins (p. 487, 488) le rôle considérable joué par
- Cirasse, alors quartenier de la porte Baudoyer et du cimetière
- Saint-Jean, lors des troubles de l'année 1413, et la réponse
- énergique qu'il fit aux bouchers dans l'assemblée tumultueuse du
- 2 août. Appelé au poste d'échevin, il se rendit, le lundi 7 août,
- au Parlement en compagnie de Jean Jouvenel, avocat du roi, et de
- J. le Bugle, procureur de la ville de Paris, et invita la Cour à
- suspendre ses plaidoiries «afin d'obvier à plusieurs entreprises
- et empeschemens que plusieurs pertourbleurs de la paix se
- pourroient efforcer de faire» (Arch. nat., X{1a} 1479, fol. 257).
- Dans l'exercice de ses fonctions d'échevin, Guillaume Cirasse fut
- à même de rendre service à plus d'un haut personnage, témoin la
- gratification de cent écus d'or que lui alloua le duc de Berry,
- le 4 janvier 1414, en considération «des bons et agreables
- services et plaisirs qu'il en avoit reçu» (Arch. nat, KK 250,
- fol. 34). Nommé prévôt des marchands le 12 septembre 1417, il
- assista en cette qualité à la séance tenue par le Parlement le 8
- avril 1418, séance où le président Jean de Vailly exposa le
- résultat des négociations ouvertes avec le duc de Bourgogne
- (_Ibid._, X{1a} 1480, fol. 133 vº). Destitué par les
- Bourguignons, il demeura étranger aux agitations de la politique.
- Il possédait une «masure» rue Neuve-Saint-Merry, citée dans des
- lettres de mai 1427 (_Ibid._, JJ 174, fol. 90), c'est le seul
- immeuble que nous lui connaissions.
-
-74. Item, ilz firent les deux ducz devantdiz, de Baviere et de Bar,
-cappitaines, l'un de Sainct-Anthoine et l'autre du Louvre; et autres, de
-Sainct-Cloud, du pont de Charenton firent cappitaines, tous haynneux[210]
-du commun.
-
- [210] Ms. de Paris: anciens.
-
-75. Item, le sabmedi ensuivant, fist cerchier autour de Paris pour
-trouver aucuns [des gouverneurs] devantdiz, mais nul n'en trouva; et ce
-jour fut [crié] que on meist[211] des lanternes par nuyt.
-
- [211] Ms. de Paris: fut ce qu'on n'eust.
-
-76. Item, le dimenche ensuivant, vie jour d'aoust mil IIIIc XIII, fut
-criée la paix par tous les carrefours de Paris[212], et que nul ne se
-meslast de chose que les signeurs feissent, et que nul ne feist armée, si
-non par le commandement des quaterniers, et cinquanteniers ou diseniers.
-
- [212] Suivant le Religieux de Saint-Denis (t. V, p. 136), la
- publication de la paix conclue entre les princes eut lieu le 8
- août; vers la même époque, Tanneguy du Châtel, assisté de
- Remonnet de la Guerre, fit enlever et porter au Louvre, ainsi
- qu'à la Bastille, toutes les chaînes des rues de Paris, ordonna
- aux bourgeois de remettre leurs armes et défendit même le port de
- «bastons invasibles et deffensables» (Saint-Remy, t. I, p. 154,
- Monstrelet, t. II, p. 458, Chronique des Cordeliers, p. 220).
-
-77. Item, le mercredi ensuivant, fut fait sire Henry de Marle[213]
-chancelier de France, et fut [depposé] maistre Huystace de l'Estre[214]
-qui l'avoit esté environ deux moys, et l'avoit esté fait par les
-bouchers devant diz, et avoient depposé messire Ernault de Corbye[215],
-qui bien avoit maintenu l'office plus de trente ans.
-
- [213] Henri le Corgne, dit de Marle, quatrième président du
- Parlement le 29 janvier 1393, premier président le 22 mai 1403
- (Arch. nat., X{1a} 1478, fº 112 vº), fut élu chancelier de France
- au scrutin, le 8 août 1413, par 44 voix contre 26 données à Simon
- de Nanterre, 6 à J. de Saulx, chancelier de Bourgogne, et 18 à
- Arnaud de Corbie (_Ibid._, X{1a} 1479, fol. 257).
-
- [214] Eustache de l'Aître, maître des requêtes de l'hôtel du roi
- dès 1399, président en la Chambre des comptes en novembre 1410
- (Arch. nat., X{1a} 1479, fol. 137), est cité parmi les juges
- institués contre les Armagnacs (_Ibid._, fol. 212 vº); il occupa
- le poste de chancelier, auquel l'avait appelé la faction
- cabochienne, «par environ ung mois, et fut depoincté» le 3 ou 4
- août 1413 (_Ibid._, fol. 257). Banni en vertu de sentence
- prononcée au Châtelet le 14 mai 1414, il trouva un refuge auprès
- du duc de Bourgogne (Chronique des Cordeliers, p. 219). En
- décembre 1415, Jean Sans-Peur l'envoya en ambassade à Paris avec
- Jean de Toulongeon; ces députés, logés à la Sirène, rue de la
- Harpe, furent gardés à vue jusqu'au retour des ambassadeurs du
- roi (Juvénal des Ursins, p. 527). Après la surprise de Paris et
- le massacre des Armagnacs, Eustache de l'Aître recueillit la
- succession de Henri de Marle, et, comme chancelier de France,
- présida la réouverture du Parlement, le 25 juillet 1418 (Arch.
- nat., X{1a} 1480, fol. 139); mais la mort surprit le nouveau
- chancelier, le 14 juin 1420, au moment même où il venait
- d'obtenir l'évêché de Beauvais. Voici en quels termes le greffier
- Fauquembergue relate cet événement: «Mardi, XVIIIe jour de juin
- (1420). Ce jour, vindrent nouvelles ou Palais de la mort et
- trespas de maistre Eustache de l'Aître, chancelier de France,
- esleu evesque de Beauvès, qui le venredi precedent estoit
- trespassé epidimié ou dyocese de Sens, ou service et en la
- compaignie du roy; et le jour precedent avoit esté dit et relaté
- communement en Paris que l'election dudit de l'Aître avoit esté
- confermée par le pape, qui lui a plus cousté que proufité.
- _Utinam proficiat ad salutem anime, cui misericorditer parcat
- Deus, justus judex misericors in sempiternum._» (Arch. nat, X{1a}
- 1480, fol. 217 vº.)
-
- [215] Arnaud de Corbie, reçu premier président du Parlement le 2
- janvier 1373, succéda, en 1388, à Pierre de Giac en qualité de
- chancelier; il exerça donc ces fonctions pendant environ
- vingt-cinq ans, comme en témoigne le greffier du Parlement,
- d'après lequel le grand âge d'Arnaud de Corbie,--il avait alors
- près de 88 ans,--empêcha seul sa réélection.
-
-78. Et fut cappitaine de Paris[216] le duc de Berry le vendredy
-ensuivant. Et ce jour revint le prevost, c'est assavoir le Borgne de la
-Heuse, et fut remis en sa prevosté, et l'autre, voulsist ou non, depposé.
-Et ainsi ouvroit fortune à la vollée en ce royaulme, [et] qu'il n'y avoit
-ne gentil, ne autre qui sceust quel [estat] estoit le meilleur: les grans
-s'entrehayoient[217], les moyens estoient grevés par sussides, les tres
-pouvres ne trouvoient où gaigner.
-
- [216] Le duc de Berry remplaça, dans la charge de capitaine de
- Paris, Hélion de Jacqueville, l'un des principaux meneurs de la
- sédition cabochienne, lequel se trouvait à Montereau dans
- l'attente des événements et se hâta de gagner les états du duc de
- Bourgogne (Monstrelet, t. II, p. 399).
-
- [217] Ms. de Paris: les grans seigneurs hayoient.
-
-79. Item, le XVIe jour d'aoust oudit an, furent murées la porte
-Sainct-Martin [et celle du Temple], et fist si chault que les raisins
-d'entour Paris estoient presque bons à vendenger[218] en icellui temps.
-
- [218] Ms. de Paris: presque tous à vendenge.
-
-
-80. Item, le XXIIIe jour dudit moys d'aoust, fut despendu le devantdit
-prevost et Jaques de la Riviere, et furent mis en terre benoiste par
-nuyt, et n'y avoit que deux torches, car on le fist tres celéement pour
-le commun, et furent mis aux Maturins.
-
-81. Item, la IIIe[219] sepmaine d'aoust ou environ, furent commencez
-hucquez[220] par ceulx qui gouvernoient, où il avoit foison feulles
-d'argent, et en escript d'argent: «le droit chemin», et estoient de drap
-vyollet, et avant que la fin d'aoust fust, tant en avoit à Paris que sans
-nombre, et especialment ceulx de la bande, qui estoient revenus, à cens
-et à milliers la portoient. Et lors commencerent à gouverner, et misdrent
-en tel estat tous ceulx qui s'estoient meslez du gouvernement du roy et
-de la bonne ville de Paris, et qui y avoient mis tout le leur, que les
-ungs s'enfuyoient en Flandres, autres en l'Empire ou oultre mer, ne leur
-challoit où, mais se tenoient moult eureux quant ilz povoient eschapper
-comme truans, [ou comme] paiges, ou comme porteurs d'afeutreure[221], ou
-en autre maniere, quelle que ce fust, et nul si hardy d'oser parler
-contre eulx[222].
-
- [219] Ms. de Paris: quatriesme.
-
- [220] Ces casaques violettes, en étoffe de deux tons, avec une
- grande croix blanche et la devise en question, richement garnie
- de perles, furent inaugurées, le 31 août, à l'entrée des princes,
- par les prévôt des marchands, échevins et bourgeois de Paris
- (Cousinot, _Geste des nobles_, p. 150, Juvénal des Ursins, p.
- 490).
-
- [221] «Porteurs d'asentienne,» leçon du ms. de Paris, ne présente
- aucun sens, tandis que «porteurs d'afeutrure» s'explique
- aisément; il s'agit de vendeurs d'objets de harnachement.
-
- [222] Ms. de Paris: «Comme eulx.»
-
-82. Item, celle dicte sepmaine, s'en alla le duc de Bourgongne hors de
-Paris[223] et fist le mariaige de une de ses filles, comme on disoit,
-mais de ce n'en estoit.
-
- [223] Jean Sans-Peur prolongea son séjour à Paris jusqu'au 22
- août; suivant l'itinéraire publié par M. Gachard (_Archives de
- Dijon_), il se trouvait le 23 à Pont-Sainte-Maxence, le 27 à
- Douai et le 29 à Lille.
-
-83. Item, le vendredi XVe jour de septembre mil IIIIc et XIII, fut osté
-le corps du faulx traistre Colinet de Pisieux du gibet, et ses iiii
-menbres des portes, qui devant avoit vendu le pont de Sainct-Cloud; et
-neantmoins [il] estoit mieulx digne d'estre [ars ou] baillé aux chiens
-que d'estre mis en terre benoiste, sauf la chrestienté[224], mais ainsi
-faisoient à leur voulenté les faulx bandez.
-
- [224] Ms. de Paris: parenté.
-
-
-84. Item, le jour sainct Mathieu ensuivant, [fut] deffermée la porte
-Sainct-Martin qui avoit esté murée par commandement des bandez, et par
-eulx fut faicte desmurer, qui ainsi gouvernoient tout, ne nul n'en osoit
-parler. Et environ X ou XII jours [devant] fut desposé le prevost des
-marchans, c'est assavoir Andriet d'Espernon, et y fut remis Pierre
-Gencien[225], qui moult avoit esté contraire au menu commun, et s'en
-estoit fouy par ses faiz avecques les bandez, qui le remirent en son
-office, fut tort ou droit.
-
- [225] Pierre Gentien, l'un des fils de Jean Gentien, receveur
- général des aides sous Charles V, et de Jeanne la Gentienne dite
- la Baillete, fut deux fois prévôt des marchands, la première du
- 20 janvier 1412 au 16 mars 1413, la seconde du 9 septembre 1413
- au 10 octobre 1415 (Arch. nat., KK 1009, fol. 1), et remplit
- pendant près de vingt années (1399-1418) les fonctions de général
- maître des monnaies. Le bruit public l'accusa d'avoir altéré le
- poids et le titre des espèces d'or et d'argent, de concert avec
- Pierre des Essarts et Michel de Lailler; c'est ce qui ressort des
- remontrances adressées au roi par l'Université en février 1412.
- Mais cette imputation, dont la faction cabochienne se fit une
- arme pour lui enlever une première fois la prévôté des marchands,
- ne paraît point justifiée: en tout cas, le retrait de la prévôté
- en 1415 n'eut point le caractère d'une disgrâce, car Pierre
- Gentien conserva non seulement le poste de général des monnaies
- jusqu'au 28 mai 1418 (Arch. nat., Z{1b} 2), mais encore fut nommé
- trésorier de France (_Ibid._, X{1a} 4793, fol. 99).
-
-85. Item, le XXVe jour de septembre mil IIIIc et XIII, demistrent le
-Borgne de la Heuse de la prevosté de Paris, et firent[226] prevost de
-Paris ung de leur bande nommé Andri Marchant[227]. En conclusion, il ne
-demoura [oncques] nul officier du roy que le duc de Bourgongne eust
-ordonné, qui ne fust osté ne depposé, sans leur faire aucun bien; et
-faisoient crier la paix aux sabmediz es halles, et tout le plat païs
-estoit plain de gens d'armes de par eulx. Et firent tant par _placebo_
-qu'ilz orent tous les greigneurs[228] bourgoiz de la ville de Paris de
-leur bande, qui par semblant avant avoient moult amé le duc de Bourgongne
-pour le temps qu'il estoit à Paris, mais ilz se tournerent[229] tellement
-contre lui qu'ilz eussent mis corps et chevance pour le destruire lui et
-les siens; ne personne, tant fust grant, n'osoit de lui parler que on le
-sceust, qu'il ne fust tantost prins et mis en diverses prinsons, ou mis à
-grant finance ou banny. Et mesmes les petiz enfans qui chantoient aucunes
-foiz une chançon[230] qu'on avoit faicte de lui; où on disoit:
-
- Duc de Bourgongne,
- Dieu te ramaint à joye.
-
-estoient foullez en la boue et navrez villaynement desdiz bandez; ne nulz
-n'osoit les regarder ne parler ensemble en my les rues, tant les
-doubtoit-on pour leur cruaulté, et à chascun mot: «Faulx traistre, chien
-bourgoignon, je regny Deu, ce vous ne serez pilliez.»
-
- [226] Ms. de Paris: fust.
-
- [227] André Marchand faisait partie du Parlement, non à titre
- d'avocat, ainsi qu'il est qualifié par Lefèvre de Saint-Remy,
- mais comme conseiller lay (depuis 1392 au moins). Suivant le
- Journal de Nicolas de Baye, il fut reçu prévôt de Paris le
- vendredi 22 septembre, par vertu «de l'eleccion faicte de lui au
- grant conseil.» (Arch. nat., X{1a} 1479, fol. 267.) Supplanté,
- malgré son opposition, par Tanneguy du Châtel le 23 octobre 1414,
- il se fit réintégrer le lendemain dans sa charge par lettres
- royaux (_Ibid._, X{1a} 4790, fol. 146), mais bientôt son
- compétiteur parvint à l'écarter définitivement. Après son départ
- de la prévôté, André Marchand fut successivement nommé bailli de
- Chartres le 14 décembre 1415, bailli de Sens le 27 décembre
- suivant, et enfin bailli d'Évreux; il resta en possession de ce
- dernier office jusqu'au 20 septembre 1418, date de son
- remplacement par Guillaume de Crannes (_Ibid._, X{1a} 1480, fol.
- 39, 40, 148). Les Bourguignons maîtres de Paris mirent la main
- sur ses biens; sa maison, sise rue de l'Arbre-Sec, échut en
- partage au duc de Bourgogne, en vertu de lettres de don du 8
- octobre 1422, et dès 1421 cette maison était occupée au nom de
- Philippe le Bon par Mathieu Regnaud, maître de sa Chambre aux
- deniers (Sauval, t. III, p. 293, 312). André Marchand obtint
- comme compensation le poste important de gouverneur et capitaine
- d'Orléans et se signala par le zèle avec lequel il servit la
- cause de Charles VII: en 1424, il faisait arrêter et incarcérer
- un individu venant de Paris, trouvé porteur d'une croix de
- Saint-André et d'un lion couronné en argent, insignes des partis
- bourguignon et anglais (Arch. nat., X{2a} 18, 20 janvier, 15 mars
- 1424).
-
- [228] Ms. de Paris: les greniers des bourgoiz.
-
- [229] Ms. de Paris: s'estonnerent.
-
- [230] Vers la même époque se colportait de ville en ville une
- ballade contre les Parisiens, dont mention est faite dans les
- lettres de rémission accordées le 2 septembre 1413 à Florent
- d'Encre, capitaine de Melun, qui avait mis «à la gehenne» un
- individu venu dans cette ville avec une harpe et la ballade en
- question; ce malheureux, soupçonné d'espionnage, confessa avoir
- été envoyé par l'archevêque de Sens et fut expédié à Paris au
- Petit-Châtelet et à la Conciergerie (Arch. nat., JJ 167, fol.
- 267).
-
-86. Et en ce temps estoit touzjours le roy mallade et enferme, et ilz
-tenoient son ainsné filx, qui estoit duc de Guienne et avoit espousé la
-fille du duc de Bourgongne, dedens le Louvre de si pres, que homme ne
-pooit parler à lui, ne nuyt ne jour, que eulx; dont le povre commun de
-Paris avoit moult de destrece au cuer, qu'ilz n'avoient aucun chef qui
-pour eulx parlast, mais autre chose[231] n'en povoient faire. Ainsi
-gouvernerent lesdiz bandez tout octembre, novembre, [decembre], janvier
-mil IIIIc et XIII.
-
- [231] Ce mot manque dans le ms. de Rome.
-
-
- [1414.]
-
-
-87. Item, à l'entrée de fevrier oudit an, vint le duc de Bourgongne à
-Sainct-Denis, et fut le IXe jour dudit moys[232], et le sabmedi ensuivant
-il cuidoit entrer à Paris pour parler au roy, mais on lui ferma les
-portes, et furent murées comme autres foiz avoient esté; avecques ce tres
-grant foison de gens d'armes les gardoient jour et nuyt, et nulle de deçà
-les pons n'estoit ouverte que celle de Sainct-Anthoine, et (de) delà
-celle de Sainct-Jaques[233]. Et estoit garde [de la porte] de
-Sainct-Denis le sire de Gaule[234], et [de] celle de Sainct-Martin Louys
-Bourdon qui donna tant de peine à Estampes, et le duc de Berry gardoit le
-Temple, Orleans Sainct-Martin des Champs, Arminac [l'ostel] d'Arthoys qui
-estoit le droit chief d'eulx, Alençon Behaingne[235]; brief tous
-estoient deça les pons, et si n'avoient hardement d'ouvrir nulles des
-portes, tant fut pou.
-
- [232] L'itinéraire dressé par M. Gachard fait arriver le duc de
- Bourgogne à Saint-Denis dès le 7 février; c'est de Saint-Denis
- que Jean Sans-Peur data le 11 février les lettres qui furent
- secrètement placardées dans Paris au portail de Notre-Dame et au
- Palais (Monstrelet, t. II, p. 434). Après sa tentative
- infructueuse, le duc de Bourgogne partit le 16 février «environ
- minuit ou le point du jour», suivant le témoignage de Nicolas de
- Baye (Arch. nat., X{1a} 1479, fol. 285 vº).
-
- [233] C'est ce que disent aussi les autres chroniqueurs,
- notamment Monstrelet (t. II, p. 431). Des notions précises sur la
- durée de la clôture des portes de Paris, en ce qui concerne la
- rive gauche, sont fournies par un procès plaidé au Parlement en
- mai 1418; au rapport de Martin Fouassier, fermier du droit des
- chaussées des portes Saint-Jacques et Saint-Michel, la porte
- Saint-Michel resta fermée à partir de l'année 1413 jusqu'en 1418;
- il en fut de même des portes Saint-Germain et de Nesle, et toute
- la circulation se faisait par la porte Saint-Jacques (Arch. nat.,
- X{1a} 4792, fol. 46 rº).
-
- [234] Lors du déploiement de forces militaires devant Notre-Dame
- et devant l'hôtel de ville fait à l'approche du duc de Bourgogne,
- l'arrière-garde était commandée par Bernard d'Armagnac, Louis de
- Bosredon et Jean de Gaule, le même qui occupait Montmartre
- pendant les événements de l'année 1411 (Monstrelet, t. II, p.
- 430).
-
- [235] L'hôtel de Bohême ou de Soissons, situé à l'entrée de la
- rue de Nesle et tenant par derrière aux rues de Flandre et de
- Grenelle, appartenait au duc d'Orléans; lors de l'occupation
- anglaise, ce vaste hôtel et ses dépendances furent donnés le 26
- mai 1425 par le roi d'Angleterre à Robert de Willougby. (Cf.
- Longnon, _Paris pendant la domination anglaise_, p. 156.)
-
-88. Et couvint ce sabmedi devant, que ceulx qui admenoient les biens à
-Paris, comme le pain de Sainct-Brice, comme autres biens et vivres,
-plusieurs furent jusques à une heure sonnée pour attendre que on ouvrist
-la porte, mais oncques ne fut en leur hardement de l'ouvrir, tant ilz
-avoient grant paour du duc de Bourgongne; [et couvint que lesdictes
-bonnes gens si remenassent leurs denrées, et les menerent en l'ost du duc
-de Bourgongne] qui fist crier sur la hart, que on ne prinst riens sans
-poier, et là vendirent leurs denrées bien.
-
-89. Et fut ainsi Paris fermé bien XIIII jours, que homme n'osoit ne ne
-povoit besongner aux champs, et si n'y avoit nulz gens d'armes sur les
-champs plus pres que Sainct-Denis[236] où estoit le duc de Bourgongne et
-ses gens, qui nul mal ne faisoient à creature nulle. Et disoit-on qu'il
-ne vouloit rien à homme nul que au roy Loys, duc d'Anjou, pour ce que
-ledit Loys avoit ung filx, lequel avoit espousé une des filles audit duc
-de Bourgongne; et sans savoir [cause] pour quoy, ledit Loys fist
-despartir son filx de ladicte fille dudit duc de Bourgongne, et la
-renvoya comme une bien povre ou simple dame à son pere ledit duc[237]. Et
-plus fort, avoit tant fait au duc de Bretaingne, qu'il donna en mariaige
-une sienne fille qui n'avoit mie encores III ans à cedit filx du roy
-Loys, qui estoit mary à la fille devant dicte, fille du duc de
-Bourgongne.
-
- [236] Le fait n'est pas entièrement exact, car, suivant
- l'assertion d'un témoin oculaire, le duc de Bourgogne, arrivé
- devant Paris, fit ranger ses troupes en bataille entre Chaillot
- et Montmartre, et, ajoute le narrateur, «disoit l'en que les
- coureux de son ost avoient couru jusques ou marchié des
- Pourceaulx», c'est-à-dire près de la porte Saint-Honoré (Arch.
- nat., X{1a} 1479, fol. 284, 285).
-
- [237] Louis II, roi de Sicile, après avoir agréé, en 1410, la
- main de Catherine de Bourgogne, fille de Jean Sans-Peur, pour son
- fils aîné Louis d'Anjou, comte de Guise, jugea à propos de
- renvoyer cette jeune princesse et la fit reconduire le 20
- novembre 1413 par Louis de Loigny, maréchal de France, avec un
- brillant cortège. Reçue à Beauvais par les seigneurs
- bourguignons, elle fut ramenée à Amiens et de là à Lille
- (Monstrelet, t. II, p. 414).
-
-90. Et en celle dicte sepmaine, firent crier sur la hart que nul du
-commun ne se armast, et que on obeist au duc de Baviere et au conte
-d'Arminac, qui estoient deux des hommes du monde qui plus hayoient les
-bonnes gens de Paris. Ainsi estoit tout gouverné, comme vous avez ouy.
-
-91. Item, le sabmedi ensuivant, XVIIe jour de fevrier oudit an, fut crié
-ledit de Bourgongne [à trompettes] parmy les carrefours de Paris, banny
-comme faulx traistre, murdrier, lui et tous les siens, [et habandonnez
-corps et biens], sans pitié ne sans mercy[238].
-
- [238] Dès l'arrivée de Jean Sans-Peur sous les murs de Paris, en
- vertu d'une décision prise en conseil royal, le duc de Bourgogne
- fut réputé ennemi du roi et traité comme tel; le chapitre de
- Notre-Dame de Paris, réuni le vendredi 9 février, décida que les
- chapelains, clercs des matines, seraient convoqués le lendemain
- matin et que défenses leur seraient faites de prêter aucun
- concours au duc de Bourgogne, lequel devait être considéré
- désormais comme ennemi du roi (Arch. nat., LL 214, fol. 273).
-
-92. Item, en icelluy temps, chantoient les petiz enfans au soir, en
-allant au vin ou à la moustarde, tous communement:
-
- Vostre c.n[239] a la toux, commere,
- Vostre c.n a la toux, la toux.
-
- [239] Le mot est en toutes lettres dans le ms. de Rome.
-
-93. Si advint par le plaisir Dieu que ung mauvais eir corrumpu chut sur
-le monde, qui plus de cent mil personnes à Paris mit en tel (estat)[240]
-qu'ilz perdirent le boire et le menger, le repouser, et avoient tres
-forte fievre deux ou trois foys [le jour], et especialment toutes foys
-qu'ilz mengeoient, et leur sembloient toutes choses quelxconques ameres
-et tres maulvaises et puantes; touzjours trembloient où qu'ilz fussent.
-Et avecques ce, qui pis estoit, on perdoit tout le povoir de son corps,
-que on n'osoit toucher à soy de nulle part que ce fust, tant estoient
-grevez ceulx qui de ce mal estoient attains; et dura bien sans cesser
-trois sepmaines ou plus, et commença à bon escient à l'entrée du moys de
-mars oudit an, et le nommoit-on le tac ou le horion[241]. Et ceulx qui
-[point n']en avoient ou qui [en] estoient gueriz, disoient par
-esbatement: «En as tu? Par ma foy! tu as chanté:
-
- Vostre c.n a la toux, commere.»
-
-Car avec tout le mal devant dit, on avoit la toux si fort et la rume et
-l'enroueure, que on ne chantoit qui rien fust de haultes messes à Paris.
-Mais sur tous les maulx la toux estoit si cruelle à tous, jour et nuyt,
-que aucuns hommes par force de toussir furent rompus par les genitoires
-toute leur vie; et aucunes femmes qui estoient grosses, qui n'estoient
-pas à terme, orent leurs enfans sans compaignie de personne, par force de
-tousser, qu'il convenoit mourir à grant martire et mere et enfant. Et
-quant ce venoit sur la garison, [ilz] gectoient grant foison sanc [bete]
-par la bouche et par le nez et par dessoubz, qui moult les esbahissoit,
-et neantmoins personne n'en mouroit; mais à peine en povoit personne
-estre guery, car depuis que l'apetiz de menger fut aux personnes revenu,
-si fut il plus de six sepmaines après, avant que on feust nettement
-guery; ne fisissien nul ne savoit dire quel mal c'estoit.
-
- [240] Ce mot est resté en blanc dans le ms. de Paris.
-
- [241] Cette maladie, dont Nicolas de Baye décrit les symptômes
- observés sur lui-même, puisqu'il déclare en avoir été atteint,
- fut déterminée par un vent «merveilleux, puant et tout plein de
- froidures», dont on subit les atteintes en février et mars (Juv.
- des Ursins, p. 496); elle sévit à Paris avec une telle violence
- que, depuis le 1er mars jusqu'au 19, les plaidoiries du Parlement
- furent suspendues (Arch. nat., X{1a} 4790, fol. 49 et 50), et
- causa un tel émoi au sein de la population parisienne que le
- chapitre de Notre-Dame crut devoir ordonner, le 20 mars 1414, des
- processions pour le dimanche suivant: «Fiant processiones
- generales die dominica proxima, tam propter infirmitatem
- currentem quam alias, in ecclesia Parisiensi.» (_Ibid._, LL 214,
- fol. 301.) Cependant le mal redoutable, que N. de Baye appelle
- _lues aut pestis aerea_, n'était qu'une épidémie de coqueluche
- (Monstrelet, t. II, p. 463).
-
-94. Item, le derrenier jour de mars oudit an, vigille de Pasques
-flouries, menerent les devantdiz bandez le roy et son ainsné filx
-ostoier[242] contre le duc de Bourgongne et lui firent assegier
-Compingne. Aussi lui firent passer la sepmaine peneuse et les Pasques en
-celle bonne besongne.
-
- [242] Ms. de Paris: _escris_ (probablement pour _escrier_).
-
-95. Et ce pendant ceulx qui devoient garder la ville, comme le roy Loys,
-le prevost de Paris et leurs bandez, firent et ordonnerent une tres
-grosse taille, et firent crier parmy Paris que chascun portast la bande,
-et tantost plusieurs la prindrent tout à plain, et fut ou moys d'avril
-après Pasques.
-
-96. Et en cedit moys fut ars le pont à Choisy[243] tretout; et si ne pot
-homme savoir qui ce avoit fait, mais moult de bonnes gens y perdirent
-tout le leur entierement.
-
- [243] Choisy-au-Bac, sur l'Aisne, près de son embouchure dans
- l'Oise (Oise, arr. et cant. de Compiègne), place importante
- connue à cette époque sous le nom de Pont-à-Choisy et dont les
- partis bourguignon et armagnac se disputèrent tour à tour la
- possession. L'accident dont parle le Journal parisien est
- également mentionné par Juvénal des Ursins qui nous apprend que
- l'incendie, qui consuma le village et le pont, coïncida avec
- l'arrivée du roi. En 1418, les Bourguignons s'emparèrent du
- Pont-à-Choisy que commandait en 1427 Jean d'Abbecourt, écuyer
- (Arch. nat., X{1a} 4795, fol. 26.) Deux années plus tard, la
- forteresse de Choisy se rendit à Charles VII; reprise en 1430 par
- le duc de Bourgogne, elle fut démolie (Monstrelet, t. III, p.
- 267; t. IV, p. 354, 382).
-
-97. Item, ou moys d'avril IIIIc XIIII, la darraine sepmaine, fut prinse
-Compigne[244], par ainsi que ceulx qui dedens estoient ne se armeront
-jamais contre le roy pour quelque homme du monde, sur peine de perdre
-corps et biens sans mercy, et de estre reputez pour traistres à
-touzjours.
-
- [244] Suivant Lefèvre de Saint-Remy (t. I, p. 161), Compiègne se
- rendit le 7 mai 1414: le roi, la reine et le duc de Guyenne y
- dînèrent le 8 mai (P. Cochon, p. 424). Une lettre de rémission
- accordée à un cordonnier de cette ville en novembre 1414 (Arch.
- nat., JJ 168, fol. 5 rº) complète les détails que donnent les
- chroniqueurs, notamment Juvénal des Ursins, sur les opérations du
- siège; on voit par ce document que, dans la sortie où fut
- enclouée la grosse pièce d'artillerie nommée la _Bourgeoise_, les
- habitants parvinrent à s'emparer de sept canons: «Lesquelx gens,
- est-il dit, prindrent certains canons, qui par nostre
- commandement avoient esté dreciez contre icelle ville, jusques au
- nombre de sept qu'ilz emporterent dedens icelle.»
-
-98. Item, de là eulx en allerent à Soissons, et assegerent la ville et y
-firent plusieurs assaulx où ilz gaignerent pou; car dedens estoit
-Enguerren de Bournonville, ung homme moult prisié en armes, qui en estoit
-cappitaine. Si la gardoit si songneusement jour et nuyt que oncques n'y
-porent riens gaigner [en] ycellui temps, car ledit Enguerran ne laissoit
-reposer ceulx de l'ost ne par nuyt ne par jour, et en prenoit souvent et
-menu[245] de bons prinsonniers. Et advint à ung assault où il estoit, que
-le bastard de Bourbon[246] y sourvint et se mist en la meslée tres
-asprement, et Enguerran le navra à mort. Si laisserent ceulx de l'ost
-l'assault, et Enguerran s'en alla en la cité, lui et ses gens.
-
- [245] Ms. de Paris: mesme.
-
- [246] Hector, bâtard de Bourbon, issu de Louis II, duc de
- Bourbon, frère de Jean I de Bourbon, créé chevalier en 1409,
- accompagna le maréchal Boucicaut à Gênes, prit part à la défense
- de Dun-le-Roi et de Bourges en 1412 contre l'armée royale et fut
- mortellement blessé le 10 mai 1414 d'un coup de flèche qui lui
- traversa la gorge.
-
-99. Item, le XXe jour de may, oudit an, [advint][247] que fortune, qui
-avoit tant amé Enguerran, le fist troubler aux gens de ladicte ville, par
-quoy une tres grant murmure s'esmut contre luy, et machinerent que,
-quant il yroit à la monstre pour veoir ses gens, ilz livreroient la ville
-à ceulx de l'ost et sauveroient leurs vies, s'ilz povoient. Si avint que
-Enguerren sceut leur voulenté, et se meslerent l'un à l'autre de parolle,
-et les autres de fait. Adong yssit ung homme en larrecin hors de la
-ville, qui dist en l'ost: «Se vous voullez assaillir la cité, vous
-l'aurez en present, car ceulx de la ville se sont meslez aux gens
-Enguerran, et ne trouverez personne qui la deffende, car tous sont couruz
-à la meslée.» Tantost la ville fut assaillie tres asprement[248] et fut
-tantost prinse et habandonnée à tous, et tous [les] biens et les corps.
-Là fut prins Enguerren, qui bien se deffendit, et plusieurs autres
-gentilz hommes de sa compaignie[249]; mais rien ne leur valut, car tous
-furent prins, et liez et admenez par charrettées à Paris[250], et en
-moururent tous par le jugement des bandez qui faisoient du tout à leur
-vouloir.
-
- [247] Nous restituons le mot _advint_ qui manque aux mss. de Rome
- et de Paris.
-
- [248] Lors de la prise de Soissons, l'abbaye de Saint-Médard,
- convertie en forteresse et occupée par les gens du duc de
- Bourgogne, se rendit volontairement au roi (Rel. de Saint-Denis,
- t. V, p. 321). Vingt hommes de la garnison bourguignonne furent
- pendus la veille de la Pentecôte à un gibet dressé près du logis
- du roi. Quant aux serviteurs de l'abbaye et aux habitants du pays
- réfugiés à Saint-Médard en nombre assez considérable, ils durent
- composer pour leurs biens avec le connétable d'Albret, le duc de
- Bar et le comte d'Armagnac, dans les mains desquels ils versèrent
- la somme de 7,147 francs. Enfin, ils obtinrent le 5 juillet 1414
- des lettres de rémission (Arch. nat., JJ 168, fol. 27 vº).
-
- [249] Voici les noms de quelques-uns de ces gentilshommes, qui
- furent faits prisonniers en même temps qu'Enguerran de
- Bournonville: PIERRE DE MENOU, chevalier, capitaine «du commun»
- de Soissons, tomba ainsi que son père, «le viel seigneur de
- Menou, remply d'aage et de richesse,» au pouvoir des assiégeants;
- au moment même de son exécution, il intercéda pour son père,
- affirmant qu'il l'avait entraîné dans le parti bourguignon (Rel.
- de Saint-Denis, t. V, p. 329); le père fut épargné, mais les
- biens de sa famille furent confisqués et attribués au duc de
- Bourbon en dédommagement des pertes que lui avait fait subir
- Pierre de Menou par le pillage et l'incendie de divers châteaux
- de Beauvaisis (Arch. nat., JJ 167, fol. 482). RAOUL DU PLESSIS,
- dit Guynaye, chevalier, originaire du pays de Caux (Chron. norm.
- de P. Cochon), que Monstrelet (t. III, p. 11) appelle Gilles du
- Plessis, fut pris à Soissons dans l'abbaye de Saint-Médard et
- exécuté à Paris; sa tête fut placée à la porte du lieu de sa
- naissance. Jeanne de Villiers, sa veuve, et ses filles Charlotte
- et Robinette obtinrent la restitution de ses biens et la remise
- de son corps pour l'inhumer en terre sainte (Arch. nat., JJ 168,
- fol. 226). SIMON DE CRAON, chevalier, qui s'opposa à la sortie
- projetée par Enguerran de Bournonville, fut gracié à la requête
- du duc de Bar, des comtes d'Eu et d'Alençon, qui firent prendre
- en considération ses efforts pour déterminer la reddition de la
- place. La rémission qui lui fut accordée en mai 1414 invoque
- comme circonstance atténuante l'impossibilité où il se serait
- trouvé de quitter Soissons, s'étant porté caution pour 200 livres
- tournois (_Ibid._, JJ 167, fol. 589). GUILLAUME DE CRANNES,
- écuyer au service d'Enguerran de Bournonville, pris lors de
- l'assaut dans l'église Notre-Dame par Henri l'Allemand,
- chambellan du roi, fut conduit à Laon, condamné à être décapité,
- livré à l'exécuteur et gracié au moment suprême, à la prière du
- comte d'Alençon, qui alla le chercher au lieu de l'exécution et
- le ramena avec lui (_Ibid._, JJ 167, fol. 611).--Parmi les
- rémissions accordées à des habitants de Soissons, nous citerons
- celle de Mathieu de Corcy, bourgeois de cette ville, eu égard au
- mariage de sa fille avec Jean Pigeon qui l'avait fait son
- prisonnier (_Ibid._, fol. 585), et une autre grâce accordée à un
- malheureux qui était resté deux jours suspendu aux portes de la
- ville (_Ibid._, JJ 168, fol. 259 rº).
-
- [250] Au nombre des prisonniers amenés à Paris le 28 mai, sur des
- chariots attelés de quatre chevaux, sous la garde du prévôt de
- Paris et du prévôt des marchands, on cite seulement un personnage
- de marque, savoir Raoul du Plessis (Rel. de Saint-Denis, t. V, p.
- 327; Monstrelet, t. III, p. 11).
-
-100. Et fut la ville prinse le XXIe jour de may IIIIc et XIIII, à ung
-lundi après digner[251], et Enguerran ot la teste couppée en ladicte
-ville le XXVIe jour dudit moys, et plusieurs autres, et plusieurs en
-furent penduz, et les femmes de religion et autres prudes femmes et
-bonnes pucelles efforcées, et tous les hommes[252] rançonnez, et les
-petiz enffans, et les eglises et reliques pillées, et livres[253] et
-vestemens; et avant qu'il fut dix jours après la prinse de la ville, elle
-fut si pillée au net qu'i n'y demoura chose que on peust emporter. Et dit
-on que on n'ouyt oncques parler que les Sarazins feissent pis que firent
-ceulx de l'ost en ladicte ville par le mauvais conseil qui [pour] lors
-estoit entour le bon roy, dont homme n'osoit parler.
-
- [251] La ville de Soissons fut prise d'assaut le lundi 21 mai,
- entre trois et quatre heures de l'après-dînée; on en reçut la
- nouvelle à Paris le mardi matin, et le même jour eut lieu, en
- l'honneur de cet événement, une procession solennelle de
- Notre-Dame à Saint-Magloire (Arch. nat., X{1a} 1479, fol. 296,
- X{1a} 4790, fol. 81 vº). Le greffier du Parlement, en
- enregistrant ce fait d'armes, ajoute: «Et ibi infinita facta sunt
- crimina.»
-
- [252] Ms. de Paris: biens.
-
- [253] Ms. de Rome: livrées.
-
-101. Item, quant ilz eurent fait du pis qu'ilz porent en ladicte ville,
-ilz menerent le bon roy[254] à Laon, et entra dedens sans noise et sans
-tançon[255], car ilz prindrent exemple à ceulx de Soissons.
-
- [254] Le mot _bon_ manque dans le ms. de Rome.
-
- [255] Ms. de Paris: sans façon.
-
-
-102. Item, il est vray que ceulx de la bande, qui pour lors gouvernoient
-le royaulme à Paris et ailleurs, firent faire les feus comme on fait à la
-Sainct Jehan, aussitost que ilz sceurent la nouvelle de la destruction de
-la ville, comme se [ce] eussent esté Sarazins ou mescreans que on eust
-destruis, ne il n'estoit nul qui de ce osast parler ne [en] avoir pitié
-devant les bandez [et bandées], dont vous eussiez veu à cesdiz feuz et à
-la vigille Sainct Jehan et Sainct Pere[256] plus de IIII mil femmes,
-toutes d'estat, non pas d'onneur, toutes bandées, et des hommes sans
-nombre; et estoient si obstinez à celle faulce bande qu'il ne leur estoit
-pas advis qu'il fust digne de vivre qui ne la portoit. Et s'aucun homme
-en parlast par aventure, se on le povoit savoir, il estoit mis à grant
-finance ou banny, ou longue peine de prinson sans mercy.
-
- [256] Ces réjouissances publiques eurent lieu le 28 juin, lors de
- la réception des lettres royales annonçant la déconfiture des
- Bourguignons dans le Hainaut; à cette occasion, de grands feux
- furent allumés dans les carrefours, et les danses au son des
- instruments se prolongèrent toute la nuit (Religieux de
- Saint-Denis, t. V, p. 341).
-
-103. Item, de Laon s'en alla le roy à Peronne[257] et là vindrent ceulx
-de Gant, et de Bruges[258] et du Franc, et des autres bonnes villes de
-Flandres parlemanter[259], et aussy y vint la dame de Houllende[260] et
-ne firent rien.
-
- [257] Si l'on suit l'itinéraire que permettent de tracer les
- lettres de rémission du Trésor des chartes, Charles VI se
- trouvait à Saint-Jean-des-Vignes, près Soissons, le 18 mai, à
- Laon le 30 mai, à Saint-Quentin du 13 au 24 juin. Suivant le
- Religieux de Saint-Denis (t. V, p. 347), le roi serait arrivé à
- Péronne le 29 juin et en serait reparti le 20 juillet; le 24 du
- même mois il était devant Bapaume (Saint-Remy, t. I, p. 167).
-
- [258] Ms. de Paris: Bourges.
-
- [259] Les députés flamands qui vinrent trouver Charles VI à
- Péronne représentaient les quatre _membres_ ou _mestiers_ du pays
- de Flandre, c'est-à-dire les habitants de Gand, de Bruges,
- d'Ypres et du Franc; suivant la chronique des Cordeliers
- (Monstrelet, t. VI, p. 222), ils avaient été secrètement mandés
- par lettres royaux que des mains invisibles transmirent dans
- toutes les villes de Flandre et s'en retournèrent chargés de
- présents; avant leur départ, le roi leur fit donner pour cent
- marcs d'argent en vaisselle dorée (Monstrelet, t. III, p. 16).
-
- [260] Marguerite de Bourgogne, sœur de Jean Sans-Peur et femme
- de Guillaume IV de Bavière, comte de Hollande et de Hainaut,
- avait reçu mission de négocier la paix avec le roi de France.
- Après une tentative infructueuse faite à Saint-Quentin, elle fit
- une nouvelle démarche à Péronne, en compagnie de son frère, le
- duc de Brabant.
-
-
-104. Item, de là s'en alla le roy devant la cité d'Arras, et y fut moult
-longuement le siege[261].
-
- [261] Le siège d'Arras commença le 28 juillet; c'est à cette date
- que le duc de Bourbon et le connétable d'Albret arrivèrent avec
- l'avant-garde sous les murs de la place (Religieux de
- Saint-Denis, t. V, p. 370).
-
-105. Item, en cedit an IIIIc et XIIII fut commencée par lesdiz bandez une
-confrairie de sainct Laurent aux Blans Manteaux, le jour de l'Invencion
-Sainct Estienne, IIIe jour d'aoust, et disoient que ce estoit la
-confrarie des vrays et bons catholiques envers Dieu et leur droit
-signeur, et fut la Sainct Laurens au vendredy. Et le dimenche ensuivant
-firent leur feste à Sainct Laurens, et furent plus de IIIIc tous bandez,
-[et n'osoit] homme ne femme estre ou moustier ne à leur feste, s'il
-n'avoit la bande, et aucunes personnes d'onneur qui y estoient alés veoir
-leurs amis pour la feste Sainct Laurens qui se faisoit au dimenche, en
-furent en tres grant danger de leur bien, pour ce qu'ilz n'avoient point
-de bande.
-
-106. Item, en ce temps estoient guerres par toute France, et si y avoit
-si grant marché de vivre [à Paris], de pain et de vin; car on avoit une
-pinte de bon vin sain et net pour ung denier parisis, blanc et vermoil en
-C lieux à Paris, et pain à la vallue, et en toute celle année ne fut
-trouvé du creu d'icelle vin qui devenist gras, ne bouté, ne puant.
-
-107. Item, ceulx de l'ost en avoient grant charté[262], car ilz furent
-moult devant Arras sans riens faire.
-
- [262] Les besoins étaient si grands que pendant le siège le roi
- fut obligé de demander au parlement de Paris un emprunt de mille
- livres parisis (Arch. nat., X{1a} 1479, fol. 304).
-
-108. Item, quant ilz virent que tretout encherissoit, leurs biens et
-tretout, et leurs chevaulx mouroient de fain partout, si firent crier la
-paix le XIe jour de septembre[263] environ trois heures après mynuit à
-ung mardi, et quant ilz partirent des tentes après le cry qui avoit esté
-tel: que homme nul, sur peine de la hart, ne mist feu en son logeys. Mais
-les Gascons, qui estoient en l'aide[264] de la bande, firent le
-contraire, car ilz mirent le feu partout où ilz peurent, en despit [de
-ce] que on s'en alloit ainsi; et fut le feu si grant que couru au
-pavillon du roy par darriere, et eust esté le roy ars qui ne l'eust mis
-hors par devers le meilleur. Et dient ceulx qui se salverent, que ou feu
-demoura plus de Vc hommes qui furent ars, qui estoient malades dedens les
-tentes.
-
- [263] Monstrelet (t. III, p. 32) indique une date différente qui
- nous semble plus exacte; suivant lui, la paix conclue par
- l'entremise du duc de Brabant et de la comtesse de Hainaut aurait
- été publiée devant la tente du roi le mardi 4 septembre à huit
- heures.
-
- [264] Ms. de Paris: en le halde.
-
-109. Item, le jeudi ensuivant, fut sceu à Paris, et ne vistes[265], ne
-ouistes oncques plus belle sonnerie à Paris que on y fist cellui jour,
-que depuis le matin jusques au soir en tous les moustiers de Paris on
-sonnoit, et faisoit on grant joye pour l'amour de la paix.
-
- [265] «Et ne vistes» manque dans le ms. de Rome.
-
-110. Item, ce jeudi XIIIe jour de septembre, ung jeune homme osta la
-bande à l'ymage [de] sainct Huistace[266] que on lui avoit baillée, [et
-la deschica en despit de ceulx qui lui avoient baillée]. Et tantost fut
-prins, fust tort ou droit, lui fut le poing coppé sur le pont Allaiz[267]
-devant Sainct Huistace, et fut banny à touzjours mais; et si ne fust
-oncques homme qui osast dire le contraire, tant estoit tout mal gouverné
-et de maulvaises gens.
-
- [266] Le Religieux de Saint-Denis (t. V, p. 447) est plus
- explicite; ce fut un artisan qui, dans l'église Saint-Eustache,
- arracha l'écharpe ou bande blanche dont l'image de saint André
- était parée.
-
- [267] Le Pont Alais était une passerelle recouvrant, au bas de la
- rue Montmartre et de la rue Traînée, un cloaque où venaient se
- déverser les immondices des halles.
-
-111. Et si sachez que tous ceulx qui devant Arras avoient esté, ou la
-plus grant partie, quant ilz venoient, estoient si descharnez, si palles,
-si empirez qu'il sembloit qu'ilz eussent esté en prinson VI ou VIII moys
-au pain et à l'eaue, et n'en apporterent que pesché, et en mourut plus de
-XI mil quant ilz vindrent à leur aise[268].
-
- [268] L'armée royale fut décimée pendant le siège par une
- «malladie de flux de ventre» qui fit de nombreuses victimes,
- entre autres Amé de Sarrebruck; le duc Louis de Bavière et le
- connétable en furent atteints (Saint-Remy, t. I, p. 182).
-
-112. Item, le XIe jour d'octobre ensuivant, ung jeudi, fut fait ung champ
-de bataille à Sainct-Ouyn, d'un Breton[269] et d'un Portingalois, et
-estoit l'un au duc de Berry et l'autre au duc de Bourgongne; et furent
-mis ou champ à oultrance, mais ilz ne firent chose dont on doye parler,
-car on dist tantost,: «ho!» qu'ilz devoient faire armes. Et fist ce faire
-le duc de Berry pour le Breton, qui estoit de la bande, dont il avoit
-moult grant paour, car le Portingallois se maintenoit en son harnoys si
-tres ligierement, que chascun lui donnoit la victoire, mais on ne pot
-oncques dire lequel la deust avoir au vray.
-
- [269] Le champion breton était un écuyer du nom de Guillaume de
- la Haye qui périt dans les massacres de 1418 (_Documents relatifs
- à la surprise de Paris_, publiés par M. J. Garnier dans le
- Bulletin de la Société de l'Hist. de Paris, 1877, p. 52); le
- Religieux de Saint-Denis (t. V, p. 411) lui donne pour adversaire
- un chevalier portugais appelé Jean de Metz, le même sans doute
- que Jean du Mez, seigneur de Croy, marqué sur l'état des
- officiers de Philippe le Bon en qualité de chambellan et de
- bailli de Lille (cf. Labarre).
-
-113. Item, le sabmedi ensuivant, XIIIe jour dudit moys d'octobre, oudit
-an, s'en vint le roy à Paris, à belle compaignie de ceulx de Paris, et
-plut tout le jour si tres fort[270] qu'il n'y avoit si jolis qui n'eust
-voulu estre à couvert. Et soudainement, environ huit heures de nuyt,
-commencerent les bonnes gens de Paris sans commandement à faire feus, et
-à baciner le plus grandement que on eust veu passé c ans devant, et les
-tables en my les rues [drecées à tous venans, par toutes les rues] de
-Paris qui point aient de renon.
-
- [270] Ms. de Paris: tant.
-
-114. Item, le XXIIIe jour d'octobre, depposerent le prevost, c'est
-assavoir, Andry Marchant, et firent lesdiz bandez prevost ung chevalier
-de la court du duc d'Orleans, qui estoit baron, nommé messire Tanneguy du
-Chastel[271], et ne le fut que deux jours et deux nuys, pour ce qu'il
-n'estoit pas bien de leur accort. La IIIe journée ensuivant fut reffait
-prevost sire Andry Marchant, tres cruel et sans pitié, comme davant est
-dit.
-
- [271] Tanneguy du Châtel, chambellan du roi et du duc de Guyenne,
- fut institué prévôt de Paris le mardi 23 octobre, entre quatre et
- cinq heures après midi, en vertu de lettres du roi publiées au
- Châtelet par Jean de Vailly, l'un des présidents du Parlement
- (Arch. nat., Y, 5228, fol. 28 vº). La veille, André Marchant
- s'était présenté au Parlement afin de mettre opposition à la
- réception de Tanneguy du Châtel, disant «qu'il estoit venu à sa
- cognoissance que messire Tanneguy du Chastel, par le moien de
- monseigneur de Guienne ou autrement, avoit impetré son office de
- prevost.» En acceptant les fonctions de prévôt, Tanneguy déclara
- le mardi matin qu'il «se deporteroit dudit office toutes fois
- qu'il plairoit» au duc de Guyenne. Le mercredi 24 octobre, André
- Marchant, ayant obtenu lettres royales auxquelles le Parlement
- obtempéra, parvint à se faire réintégrer dans sa charge (Arch.
- nat., X{1a} 4790, fol. 146).
-
-115. Item, en cedit temps, entre la Sainct Remy et Noël, lesdiz bandez,
-qui tout gouvernoient, firent bannir toutes les femmes de ceulx que
-devant avoient bannyz sans mercy, qui estoit moult grant pitié à veoir,
-car toutes estoient femmes de honneur et d'estat, et la plus grant
-partie de elles n'avoit oncques eslongné Paris sans honneste compaignie;
-et ilz estoient acompaignées de sergens très crueulx, selon signeur,
-mesniée duicte. Et qui plus leur destraingnoit le cueur, c'estoit que on
-les envoyoit toutes ou païs du duc d'Orleans, tout au contraire du païs
-où leurs amys et mariz estoient; et encores autre chose qui leur venoit
-au devant, car toutes femmes sont vittuperées d'estre menées à
-Orléans[272], et là les envoyoit on le plus; mais autrement ne povoit
-estre pour le temps, car tout estoit gouverné par jeunes signeurs, senon
-le duc de Berry et le conte d'Arminac.
-
- [272] Il est assez difficile de s'expliquer pourquoi; ne
- serait-ce point parce qu'on avait coutume d'y interner des femmes
- de mœurs légères? Voici ce qui peut jusqu'à un certain point
- justifier cette hypothèse. Dans une affaire criminelle jugée au
- Parlement en 1407, Guillemette de Gouy prétendait avoir été
- violentée par un laboureur d'Arcueil; mais sa vertu n'étant point
- à l'abri de tout soupçon, une vieille femme nommée la Renaudine
- l'avait engagée à ne pas donner suite à sa plainte et à se
- désister moyennant finance, car, disait la vieille, «autrement
- elle seroit menée à Orléans» (Arch. nat., X{2a} 14, fol. 375).
-
-116. Item, les festes de Nouel ensuivant, c'est assavoir, IIIIc et XIIII,
-fut fait par le roy le conte d'Alençon duc d'Alençon, et fut faicte
-duchié qui n'estoit que conté, ne oncques mais n'avoit esté duchié
-jusques à cellui jour; ainsi en fut[273].
-
- [273] Le comté d'Alençon fut érigé en duché en faveur de Jean,
- comte d'Alençon, par lettres données à Paris dans la
- Sainte-Chapelle du Palais le 1er janvier 1415, en présence des
- ducs d'Orléans et de Bourbon, des comtes de Vertus, de la Marche,
- de Vendôme et d'autres conseillers et chambellans du roi (Arch.
- nat., JJ 168, fol. 210 rº).
-
-
- [1415.]
-
-
-117. Item, à l'entrée de fevrier ensuivant, jouxterent le roy et les
-grans[274] signeurs en la grant rue Sainct-Anthoine, entre
-Sainct-Anthoine et Saincte-Katherine du Val des Escolliers, et y avoit
-barrieres. En ces jouctes[275] vint le duc de Breban pour traicter la
-paix, et jouxta et gaigna le prix.
-
- [274] «Grans» manque dans le ms. de Rome.
-
- [275] Ces joutes faisaient partie du programme des fêtes données
- à Paris en l'honneur des ambassadeurs anglais, fêtes qui
- commencèrent le 10 février et qui durèrent trois jours; le roi y
- tournoya avec le duc d'Alençon, et le duc de Brabant jouta avec
- le duc d'Orléans (Monstrelet, t. III, p. 60).
-
-
-118. Ad ce temps estoient les Anglois à Paris pour traicter d'ung
-mariaige à une des filles du roy de France[276].
-
- [276] Ce fut le mercredi 8 août 1414 que le Parlement prit, à la
- requête du duc de Berry, les dispositions nécessaires pour
- recevoir l'ambassade anglaise conduite par le comte de Dorset et
- deux évêques accompagnés d'une nombreuse suite; seize membres du
- Parlement eurent mission de se rendre à cheval jusqu'à la
- Chapelle-Saint-Denis pour y attendre l'arrivée de l'ambassade;
- les autres conseillers restèrent dans la salle du Palais donnant
- sur la Seine pour faire accueil aux «messagiers» d'Angleterre
- (Arch. nat., X{1a} 1479, fol. 304). Les Anglais, logés «en
- l'ostel du Temple» (J. des Ursins), étaient encore à Paris le 12
- mars 1415, jour où leur visite était annoncée au Parlement
- (_Ibid._, X{1a} 4790, fol. 219 vº).
-
-119. Item, le mardi XIXe jour, (fut) depposé de la prevosté de Paris
-Andry Marchant, qui autresfois avoit été depposé par ses desmerites, mais
-il finoit[277] touzjours par argent, fors que à celle foys en ladicte
-prevosté fut remis sire Tenneguy du Chastel la IIe ou la IIIe foys.
-
- [277] Ms. de Paris: Fuioit.
-
-120. Mais en ce temps aussi estoient chevaliers d'Espaigne et de
-Portingal, dont trois du Portingal[278], bien renommez de chevallerie
-prindrent par ne sçay quelle folle entreprinse champ de bataille encontre
-trois chevaliers de France, c'est assavoir, François de Gringnos, la
-Rocque, Morigon[279]; et fut à oultrance ordonné au XXIe jour de
-fevrier, vigille Sainct Pere, à Sainct-Ouyn, et fut avant soleil resconcé
-qu'ilz entrassent en champ, mais en bonne vérité de Dieu, ilz ne mirent
-pas tant que on mettroit à aller de la porte Sainct-Martin à celle de
-Sainct-Anthoine, à cheval, que les Portingalloys ne fussent desconfiz par
-les trois Françoys, dont la Roque fut le meilleur.
-
- [278] Les trois chevaliers portugais se nommaient Alvar Continge,
- Pierre Gonsalve de Mallefaye et Jean Gonsalve. Au lieu de Jean
- Gonsalve qu'indique Monstrelet (t. III, p. 61), Saint-Remy (t. I,
- p. 209) mentionne un champion appelé Rumaindres, nom qui paraît
- totalement défiguré.
-
- [279] FRANÇOIS DE GRIGNOLS, chambellan du roi, s'était déjà fait
- connaître par ses goûts chevaleresques. Vers le commencement de
- l'année 1406, il avait conçu le dessein, avec Jean de Garancières
- et le sire de Boqueaux, de faire «certaines joustes ou passes
- d'armes à Royaumont»; le roi, craignant la surexcitation des
- esprits, interdit formellement ces joutes par mandement du 25
- janvier 1406 au prévôt de Paris (Arch. nat., X{1a} 8602, fol.
- 194). François de Grignols prit part à l'expédition dirigée par
- Charles VI contre les Bourguignons, et fut du nombre des otages
- envoyés aux assiégés de Compiègne lors des pourparlers relatifs à
- la reddition de cette place (Rel. de Saint-Denis, t. V, p. 307).
- Il occupa le poste de capitaine et de gouverneur de la Rochelle
- jusqu'au 25 octobre 1414, date de son remplacement par Tanneguy
- du Châtel (Arch. nat., X{1a} 4790, fol. 146). Il s'attacha
- ensuite à la personne du dauphin, auprès duquel il était le jour
- de l'entrevue de Montereau (Chron. des Cordeliers, p. 281); selon
- le Religieux de Saint-Denis (t. VI, p. 372), le duc de Bourgogne
- y aurait été reçu par Tanneguy du Châtel, François de Grignols et
- le vicomte de Narbonne. Grignols suivit dès lors la fortune de
- Charles VII, qui lui confia en 1423 une mission importante; il
- fit le voyage d'Écosse en compagnie du comte de Bucan avec une
- flotte considérable et dut ramener le comte de Douglas et le
- contingent écossais (Stevenson, _Wars of the English in France_,
- I, p. 6). Enfin il trouva la mort à la bataille de Verneuil
- (Monstrelet, t. IV, p. 196).--Les écrivains contemporains ne sont
- pas d'accord sur l'identité de LA ROCQUE: Archambaud de la Roque,
- écuyer gascon, selon Juvénal des Ursins (p. 503); François de
- Roque, chevalier poitevin, d'après le Religieux de Saint-Denis
- (t. V, p. 413).--Quant à MAURIGON (de Songnacq), écuyer gascon,
- ce fut l'un des capitaines chargés, en 1417, de la défense de
- Pontoise qu'il dut rendre aux Bourguignons. Retiré à Paris, il
- fut l'une des premières victimes des massacres de 1418 et reçut
- la sépulture dans la cour de Saint-Martin-des-Champs (Religieux
- de Saint-Denis, t. VI, p. 247, 251; Cousinot, _Geste des nobles_,
- 159).
-
-121. Item, le sabmedi ensuivant, vigille Sainct Mathieu, fut la paix
-criée parmy Paris à trompettes[280] et disoit chascun que ce avoit fait
-le duc de Breban; et fist on à ce sabmedy plus de feuz parmy Paris que
-toutes les autres foys devant dictes, et si estoit les IIII temps des
-Brandons.
-
- [280] A la suite de plusieurs conférences tenues par le grand
- conseil du roi avec le duc de Brabant et les gens du duc de
- Bourgogne, la paix pourparlée à Arras fut définitivement conclue
- et publiée à son de trompe le 23 février, et non le 24, comme le
- dit Monstrelet (t. III, p. 60); voici à cet égard ce que nous
- apprennent les Reg. capitulaires de N. D.: «Sabbati xxiii
- februarii, nichil actitum est in presenti capitulo propter
- solemnitatem pacis hujus regni hodie publicate, et quia dominus
- Aquitanie et omnes alii domini venerunt ad ecclesiam Parisiensem»
- (Arch. nat., LL 215, fol. 37). La publication des lettres de la
- paix au Parlement eut lieu le 16 mars, et les princes du sang,
- ainsi que les membres de la Cour, en jurèrent l'observation
- (Arch. nat., X{1a} 1480, fol. II vº). Pareil serment fut exigé du
- prévôt des marchands et des échevins le mardi 19 mars (Arch.
- nat., X{1a} 4790, fol. 224, 225).
-
-122. Item, environ sept ou huit jours en mars, fut Saine si cruelle à
-Paris que ung moulle de buche valloit IX ou X solz parisis, et ung cent
-de costeretz, qui les voulloit avoir bons, XXVIII ou XXXII solz p.; le
-sac de charbon, XII s. p.; bourrées, foing, semblablement[281]; tuylle,
-plastre, en la maniere. Et si sachez que depuis la Toussaint jusques à
-Pasques, ne fut oncques jour qu'il ne cheist (eaue) de jour ou de nuyt,
-et dura la grant eaue jusques en my-avril[282] que on ne povoit aller es
-marez entre Sainct-Anthoine et le Temple, ne dedens la ville, ne dehors.
-
- [281] Ms. de Paris: sable.
-
- [282] Ms. de Paris: jusques ou moys d'avril.
-
-123. Item, le XVIIe jour d'avril[283] fut monseigneur de Guienne en
-l'ostel de la ville, et ordonna trois eschevins nouveaulx, c'est
-assavoir, Pierre de Grant-Rue[284], Andriet d'Esparnon et Jehan de
-Louviers[285], et depposa Pierre Oger, Jehan Marcel[286], Guillaume
-Cirasse.
-
- [283] Le 18 avril 1415, suivant le Cartulaire de la prévôté des
- marchands (Arch. nat., KK 1009, fol. I vº); c'est donc à tort que
- le ms. de Paris donne la date du XXVII avril.
-
- [284] Pierre de Grand-Rue, épicier, l'un des fournisseurs
- ordinaires du roi, comme on le voit par le compte de l'hôtel des
- années 1405 à 1409, qui mentionne l'achat chez ce marchand «de
- cire pour le cierge benoist de Pâques et pour le seel secret du
- roy, ainsi que de plusieurs espices de chambres confites» (Arch.
- nat., KK 31-32). Il ne fut échevin que quelques mois; on le perd
- ensuite de vue complètement; tout ce que l'on sait, c'est qu'il
- ne vivait plus au 27 mars, date sous laquelle le registre de la
- prévôté mentionne une maison de la rue Saint-Denis, attenante aux
- hoirs ou ayants-cause de feu Pierre de Grand-Rue (Arch. nat., Y
- 5231, fol. 13).
-
- [285] Jean de Louviers le jeune, bourgeois de Paris, partisan de
- la cause bourguignonne, fut dépossédé de ses fonctions d'échevin
- le 10 octobre 1415 et rétabli le 10 juin 1418 après l'entrée des
- Bourguignons (Arch. nat., KK 1009, fol. 3 rº). Il prêta serment à
- Jean Sans-Peur le 25 août suivant.
-
- [286] Jean Marcel, drapier, l'un des échevins nommés le 17 août
- 1413 et évincés en avril 1415, rentra dans la vie politique en
- 1418 par sa prestation de serment au duc de Bourgogne faite le 25
- août. Le 2 janvier 1419, les bourgeois de Paris le déléguèrent
- avec Imbert des Champs pour siéger chaque jour à l'hôtel de ville
- et veiller «au bon gouvernement» de la capitale (Arch. nat.,
- X{1a} 1480, fol. 163). Jean Marcel possédait alors une maison rue
- des Bourdonnais, provenant de Denisot Mauduit (Sauval, t. III, p.
- 293).
-
-124. Item, le jour Sainct Marc ensuivant, fut criée parmy Paris la paix à
-trompettes, sur peine de perdre corps et biens qui la contrediroit.
-
-125. Item, le moys d'aoust ensuivant, au commencement aryva le roy
-d'Engleterre à toute sa puissance en Normendie, et print port emprès
-Harefleu, et assegea Harefleu et les bonnes villes d'entour.
-
-126. Item, monsieur de Guienne, filz ainsné du roy, se party de Paris le
-premier jour de septembre, à ung dimenche au soir, à trompes, et n'avoit
-que jeunes gens avec lui, et party pour aller contre[287] les
-Angloys[288]; et le roy de France, son pere, se parti le IXe jour
-ensuivant pour aller après son filx, et alla à Sainct-Denis au giste. Et
-tantost après fut cueillie à Paris la plus grant taille qu'on eust vu
-cueillir d'aage de homme, qui nul bien ne fist pour le prouffit du
-royaulme de France[289], ains estoit tout gouverné par lesdiz bandez, car
-Harefleu fut prins par les Engloys oudit moys de septembre, le XIIIIe
-jour[290], et tout le pais gasté et robbé, et faisoient autant de mal les
-gens d'armes de France aux pouvres gens, comme faisoient les Angloys, et
-nul autre bien n'y firent.
-
- [287] Ms. de Paris: au devant des Anglais.
-
- [288] Le duc de Guyenne se dirigea sur Rouen, où devaient se
- réunir tous les vassaux aptes au métier des armes, convoqués en
- vertu de lettres royales; d'intéressants détails sur les mesures
- de défense prises en Normandie lors de la descente des Anglais
- sont révélés par des lettres de rémission accordées en septembre
- 1415 à Guillaume de Lescaux, chevalier (Arch. nat., JJ 168, fol.
- 246 rº).
-
- [289] «De France» manque dans le ms. de Rome.
-
- [290] Monstrelet et Juvénal des Ursins s'accordent à donner la
- date du 22 septembre, qui n'est pas exacte; l'auteur de notre
- Journal est mieux renseigné. En effet, le roi d'Angleterre était
- en possession d'Harfleur dès le 16 septembre, ainsi qu'il résulte
- de lettres de ce jour, où il propose au dauphin de vider leur
- querelle par un duel (Rymer, t. IV, 2e partie, p. 147). C'est le
- dimanche 22 septembre que le bruit de la reddition d'Harfleur se
- répandit dans Paris: «Ipsa die dominica, dicitur quod Hariflotum
- fuit perditum» (Arch. nat., LL 215, fol. 72).
-
-127. Et si fist[291] bien, VII ou VIII sepmaines puis que les Angloys
-furent arivez, aussi bel temps comme on vit oncques point faire en aoust
-et en vendenges, jour de vie de homme, et aussi bonne année de tous les
-biens, mais neantmoins, pour ce, ne s'avanssa oncques nulz[292] des
-signeurs de France de combatre les Anglois qui là furent.
-
- [291] Ms. de Paris: si y furent.
-
- [292] Ms. de Paris: oncques mais.
-
-128. Item, les dessusdiz bandez, le Xe jour d'octobre, l'an mil IIIIc et
-XV, firent à leur posté ung prevost des marchans nouvel et quatre
-eschevyns, c'est assavoir, le prevost des marchans, Philippe de
-Breban[293], filx d'un impositeur; les eschevins, Jehan du Pré,
-espicier[294], Estienne de Bonpuis, pelletier[295], Regnault Pidoye,
-changeur[296], Guillaume d'Ausserre, drappyer. Et si estoient le roy et
-monseigneur de Guienne à ce jour en Normendie, l'un à Rouen, et l'autre à
-Vernon[297]; ne oncques ceulx de Paris n'en sceurent rien, tant que ce
-fut fait, et furent moult esbahiz le prevost des marchans et les
-eschevins qui devant estoient, quant on les depposa sans autre[298]
-mandement du roy ne du duc de Guienne, ne sans le sceu des bourgoys de
-Paris[299].
-
- [293] Philippot de Breban ou Braban, riche changeur parisien,
- exerça la charge de prévôt des marchands du 10 octobre 1415 au 12
- septembre 1417. A cette date, pour cause de «certaine maladie en
- quoy il estoit encheu», et de son âge avancé, il demanda à être
- relevé de ses fonctions et fut remplacé par Guillaume Cirasse
- (Arch. nat., KK 1009, fol. 2 vº). Le 9 août 1420, il s'associa
- avec quinze de ses confrères pour l'exploitation des monnaies de
- Paris, Tournai, Châlons, Troyes, Mâcon, Nevers et Auxerre (Arch.
- nat., Z{1b} 58, fol. 159); Philippot de Braban dirigea alors la
- monnaie de Saint-Quentin, et, par suite de l'inexécution de ses
- engagements, un procès lui fut intenté en 1432 par ses
- co-associés (_Ibid._, X{1a} 4796, fol. 303, 304). Le 3 octobre
- 1421, lorsque Pierre de Landes, l'un des seize changeurs réunis
- en association, obtint l'entreprise de la monnaie de Paris,
- Philippot de Braban et Germain Vivien se portèrent caution pour
- lui jusqu'à concurrence de 8000 livres tournois (_Ibid._, Z{1b}
- 362). Tout en exerçant la profession de changeur, Braban avait le
- titre d'ouvrier et monnoyer du serment de France (_Ibid._, X{1a}
- 4794, fol. 217).
-
- [294] Jean du Pré, épicier, valet de chambre du duc de Berry,
- fournit à ce prince en 1410 «des parties de plons et fondeures
- pour les reparacions des fontaines» de Bicêtre et Gentilly (Arch.
- nat., KK 250, fol. 76); quoique originaire de Rouen et ne pouvant
- faire partie de l'administration municipale, il fut désigné par
- Tanneguy du Châtel pour entrer dans l'échevinage (Arch. nat.,
- X{1a} 4795, fol. 55).
-
- [295] Etienne de Bonpuits, marchand pelletier, l'un des
- fournisseurs du duc de Berry, auquel il fit livraison le 18
- décembre 1410 de plusieurs «parties de pelleterie» destinées au
- comte d'Eu, son fils, comme cadeau de Noël (Arch. nat., KK 250,
- fol. 55 vº). A la date du 16 décembre 1413, Martin Gouge, évêque
- de Poitiers, en considération des «bons et agreables services»
- que lui avaient rendus Étienne de Bonpuits et Denisette sa femme,
- leur céda un hôtel sis au bourg de Saint-Germain-des-Prés, dans
- la censive de l'abbaye (Arch. nat., LL 1037, fol. 71 vº). Au mois
- d'avril 1418, Étienne de Bonpuits fut adjoint aux négociateurs
- chargés de traiter avec les ambassadeurs du duc de Bourgogne et
- se rendit à Montereau en compagnie de Jean de Vailly, président
- au Parlement, et de J. Tudert, doyen de Notre-Dame (Arch. nat.,
- X{1a} 1480, fol. 133 vº). Dès l'entrée des Bourguignons à Paris,
- il prit la fuite et fut remplacé comme échevin le 10 juin 1418
- (_Ibid._, KK 1009, fol. 3 rº), tous ses biens furent confisqués
- et attribués d'abord à Henri Gregory, anglais, puis à Jean de
- Saint-Yon. (Cf. Longnon, _Paris pendant la domination anglaise_,
- p. 270.)
-
- [296] Renaud Pis-d'Oue, changeur-orfèvre du roi et de la cour
- (Arch. nat., KK 29), est cité en 1416 parmi les changeurs
- présents à la lecture des ordonnances faite au comptoir de la
- cour des Monnaies (Arch. nat., Z{1b} 2). Il se fit relever de ses
- fonctions d'échevin le 16 août 1417, mais continua à prendre part
- aux délibérations politiques; il assistait à la séance du
- Parlement tenue le 18 avril 1418, lorsque le président de Vailly
- exposa le résultat de ses négociations avec le duc de Bourgogne
- (Arch. nat., X{1a} 1480, fol. 134). Devenu suspect aux
- Bourguignons, il dut quitter Paris; on fit main basse sur ses
- biens et son bel hôtel de la rue des Bourdonnais fut donné le 30
- mars 1424 à un chevalier anglais, Jean de Haveford (Longnon,
- _Paris sous la domination anglaise_, p. 125). Les rentes qu'il
- prenait sur les terres de Robert, duc de Bar, passèrent en 1427
- aux mains de Jean de Luxembourg, seigneur de Beaurevoir (Arch.
- nat., JJ 173, fol. 326). Pis-d'Oue, chargé en 1423 de
- négociations relatives à la délivrance du comte d'Angoulême, se
- rendit en Angleterre avec un sauf-conduit que lui donna Henri VI
- (Rymer, t. IV, part. II, p. 94). Il mourut quelques années après;
- le 26 avril 1428 sa succession était ouverte au profit de ses
- enfants, Jean et Colette Pis-d'Oue (Arch. nat., X{1a} 4795, fol.
- 247).
-
- [297] Charles VI se trouvait à Vernon le lundi 7 octobre et
- rejoignit le duc de Guyenne à Rouen le samedi suivant (Juv. des
- Ursins, p. 507).
-
- [298] Ms. de Paris: avoir.
-
- [299] Ce fut Tanneguy du Châtel qui, le 10 octobre 1415, vint en
- l'hôtel de ville accompagné de Robert le Maçon et de Jean Louvet,
- et qui, de son propre mouvement, renouvela l'échevinage sans
- suivre aucune des règles usitées en pareil cas, notamment sans
- s'astreindre rigoureusement à choisir comme échevins des
- bourgeois nés à Paris. Juvénal des Ursins (p. 509) raconte que
- l'annonce de la prochaine arrivée du duc de Bourgogne faite par
- un banni du nom de Colin, propriétaire de l'hôtel du Boisseau, à
- la porte du Temple, inspira des craintes aux gouverneurs de Paris
- qui changèrent aussitôt l'échevinage et firent murer les portes.
-
-129. Item, le XXe jour dudit moys ensuivant, les signeurs de France
-ouïrent dire que les Anglois s'en alloient par la Picardie, si les tint
-monseigneur de Charrollays si court et de si près qu'ilz ne porent passer
-par où ilz cuidoyent. Adonq allerent après tous les princes de France,
-sinon vi ou vii, et les trouverent en ung lieu nommé Agincourt, près de
-Rousseauville; et en ladicte place, le jour Sainct Crespin et Crespinien,
-se combatirent à eulx; et estoient les Françoys plus la moictié que
-Angloys, et si furent Françoys desconfys et tuez, et prins des plus grans
-de France.
-
-130. Item, tout premierement, le duc de Breban[300], le conte de
-Nevers[301], freres du duc de Bourgongne, le duc d'Alençon[302], le duc
-de Bar[303], le connestable de France Charles de Labrait[304], le conte
-de Marle[305], le conte de Roussy[306], le conte de Psalmes[307], le
-conte de Vaudesmons[308], le conte de Dampmartin[309], le marquis du
-Pont. Ceulx cy nommez furent tous mors en la bataille, et bien trois mil
-esperons dorez sur les autres; mais de ceulx qui furent prins et menez en
-Angleterre, le duc d'Orleans, le duc de Bourbon, le conte d'Eu[310], le
-conte de Richemont[311], le conte de Vendosme[312], le mareschal
-Boussiquault[313], le filx du roy d'Ermenie[314], le sire de Torsy, le
-sire de Helly[315], le sire de Mouy, [monseigneur de Savoysi] et
-plusieurs autres chevaliers et escuiers dont on ne scet les noms.
-Oncques, puis que Dieu fut né, ne fut fait telle prinse en France par
-Sarazins ne par autres, car avec eulx furent mors plusieurs bailliz de
-France[316], qui avoient avecques eulx admenez les communes de leurs
-bailliaiges, qui tous furent mis à l'espée, comme le bailly de Vermendoys
-et ses gens, le bailly de Mascon et ses gens, celuy de Sens et ses gens,
-celuy de Senliz et ses gens, celuy de Caen et ses gens, le bailly de
-Meaulx et ses gens; et disoit on communement que ceulx qui prins estoient
-n'avoient pas esté bons ne loyaulx à ceulx qui moururent en bataille.
-
- [300] Antoine de Bourgogne, duc de Brabant, deuxième fils de
- Philippe le Hardi, duc de Bourgogne, et de Marguerite, comtesse
- de Flandre.
-
- [301] Philippe de Bourgogne, comte de Nevers, troisième fils de
- Philippe le Hardi.
-
- [302] Jean Ier, duc d'Alençon.
-
- [303] Édouard III, duc de Bar.
-
- [304] Charles d'Albret, nommé connétable en 1402.
-
- [305] Robert de Bar, comte de Marle et de Soissons, grand
- bouteiller de France.
-
- [306] Jean VI, comte de Roucy et de Braine.
-
- [307] Jean V, comte de Salm, ne mourut pas à Azincourt; il fut
- tué seize ans plus tard à la bataille de Bulgnéville.
-
- [308] Ferri de Lorraine, comte de Vaudémont.
-
- [309] Charles de la Rivière, comte de Dammartin, souverain maître
- des eaux et forêts, réussit à s'échapper sain et sauf, et ne
- mourut qu'en 1427 (Cf. Monstrelet, t. III, p. 124).
-
- [310] Charles d'Artois, comte d'Eu, resta vingt-trois ans captif
- en Angleterre, et mourut le 25 juillet 1472.
-
- [311] Artus de Bretagne, comte de Richemont, rentra en France en
- 1421, épousa le 20 octobre 1423 Marguerite de Bourgogne, veuve du
- duc de Guyenne. Il devint plus tard connétable de France et duc
- de Bretagne.
-
- [312] Louis de Bourbon, deuxième fils de Jean de Bourbon et de
- Catherine de Vendôme, conduit à la tour de Londres, ne sortit de
- prison qu'en 1426, contribua à la levée du siège d'Orléans.
-
- [313] Jean le Meingre, dit Boucicaut, maréchal de France depuis
- le 23 décembre 1391, mourut en captivité en 1421.
-
- [314] Le dernier roi d'Arménie, Léon III, mort en 1393 et enterré
- aux Célestins de Paris, ne laissa qu'un enfant naturel, Guy ou
- Guyot.
-
- [315] Jacques, seigneur de Heilly, maréchal de Guyenne,
- gouverneur de la Rochelle depuis le 14 mai 1411, déjà fait
- prisonnier par les Anglais en 1413.
-
- [316] Les baillis étaient si fréquemment renouvelés qu'il n'est
- pas facile de savoir quels étaient les baillis alors en
- fonctions. Nous nous bornerons à donner le nom du dernier
- titulaire que nous rencontrions avant la bataille, suivi de celui
- de son successeur; quelquefois seulement celui de ce dernier:
- MACON. Philippe de Bonnay, nommé le 27 décembre 1415 (Arch. nat.,
- X{1a} 1480, fol. 40).--SENS. Guy d'Aigreville, reçu le 9 octobre
- 1411 (_Ibid._, X{1a} 1479, 173 vº). André Marchant, nommé le 27
- décembre 1415.--SENLIS. Trouillart de Maucreux, reçu le 12
- septembre 1411. Guillaume de Han, nommé le 27 décembre 1415
- (_Ibid._, fol. 172 vº; X{1a} 1480, fol. 40).--CAEN. Girard
- d'Esquay, 7 juin 1412 (Arch. nat., X{1a} 4789, fol. 283). Olivier
- de Mauny, nommé le 7 décembre 1415 (_Ibid._, X{1a} 1480, fol. 39
- vº).--MEAUX. Guillaume de Noiray, reçu le 6 octobre 1413
- (_Ibid._, X{1a} 1479, 267).--VERMANDOIS. Pierre de Beauvoir,
- seigneur de Bellefontaine, reçu le 15 mars 1414 (Arch. nat.,
- X{1a} 1479, fol. 288), tué à Azincourt, remplacé le 19 décembre
- 1415 par Thomas de Larzi (_Ibid._, X{la} 4791, fol. 17 vº).
-
-131. Environ trois sepmaines après, vint le duc de Bourgongne assez près
-de Paris, moult troublé de la mort de ses freres et de ses hommes, pour
-cuider parler au roy ou au duc de Guienne, mais on lui manda qu'il ne
-fust si hardy de venir à Paris. Et fist on tantost murer les portes,
-comme autresfois, et se logerent plusieurs cappitaines au Temple, à
-Sainct-(Martin)[317] et es places devant dictes, par deffaulte de
-signeurs; et furent toutes les ruelles d'entour les lieux devant diz
-prinses desdiz cappitaines ou de leurs gens, et les pouvres gens boutez
-hors de leurs maisons, et à grant priere et à [grant peine] avoient ilz
-le couvert de leur hostel, et ceste larronnaille couchoit en leurs lictz,
-comme ilz feissent à xi ou à xii lieues de Paris; et n'estoit homme qui
-en osast parler ne porter coustel, qui ne fust mis en diverses prinsons
-[comme au Temple, à Sainct-Martin, à Sainct-Magloire[318], en Tyron et en
-autres diverses prinsons].
-
- [317] Le mot entre crochets est resté en blanc dans le ms. de
- Paris.
-
- [318] Le couvent de Saint-Magloire, situé entre les rues Aubry le
- Boucher, Saint-Denis, Quincampoix, Saint-Magloire et
- Salle-au-Comte, communiquait avec la rue Saint-Denis par un
- passage, avec la rue Quincampoix par le cul-de-sac de Venise.
-
-132. Item, environ la fin de novembre, l'an mil IIIIc et XV, le duc de
-Guienne, ainsné filx du roy de France, moult plain de sa voulenté plus
-que de raison, acoucha malade et trespassa le XVIIIe jour de decembre
-oudit [an], jour mercredi des IIII Temps[319]. Et furent faictes ses
-vigilles le dimenche ensuivant à Nostre-Dame de Paris, et fu aporté du
-Louvre sur les espaulles de quatre hommes, et n'y avoit que six hommes à
-cheval, c'est assavoir devant; après, les quatre ordres mendians et les
-autres colleges [de Paris]; après sur ung grant cheval, lui et son paige;
-sur ung autre fut le chevalier du guet[320], après grant piece le prevost
-de Paris; après le corps, fut le duc de Berry, le conte d'Eu et ung
-autre. En ce point fut porté à Nostre-Dame de Paris, et là fut enterré le
-lendemain.
-
- [319] Louis, duc de Guyenne, dont Nicolas de Baye nous a laissé
- un portrait peu flatté, menait une vie fort irrégulière,
- employant la nuit à veiller et «po faire» et le jour à dormir,
- dînant à trois ou quatre heures après midi et soupant à minuit.
- Aussi, pour nous servir des expressions du digne greffier, avec
- une existence aussi accidentée «estoit aventure qu'il vesquist
- longuement». Ce jeune prince, tombé malade en l'hôtel de Bourbon,
- succomba le 18 décembre 1415 aux atteintes d'une violente
- dyssenterie compliquée de fièvre pernicieuse. Des obsèques
- solennelles, auxquelles assistèrent le duc de Berry et le comte
- de Ponthieu, lui furent faites à Notre-Dame le lundi 23 décembre
- à dix heures du matin; son corps ne fut point transporté à
- Saint-Denis, comme le prétend Monstrelet (t. III, p. 131), mais
- enterré dans l'église même de Notre-Dame entre «le grant autel et
- les chaieres où se sient le prestre et diacre à la grant messe»
- (Arch. nat., X{la} 1480, fol. 40); il y reposait encore en
- novembre 1416, ainsi que le prouve une donation de 120 livres de
- rente sur les biens de N. d'Orgemont (_Ibid._, JJ 170, fol. 57).
- Pour donner une idée du luxe de luminaire déployé à la cérémonie
- funèbre du duc de Guyenne, il suffira de dire qu'après la
- célébration du service, la cire fondue par ordre du chapitre
- produisit une masse de 2150 livres (_Ibid._, LL 215, fol. 85).
-
- [320] Le chevalier du guet était vraisemblablement Bertrand
- d'Enfernet, qui exerçait cet office à la date du 13 octobre 1414
- (Arch. nat., X{la} 4790, fol. 146).
-
-133. Item, en ce temps fut le pain tres cher, car le pain que on avoit
-devant pour viii blans valloit v solz parisis, et bon vin pour ii deniers
-parisis la pinte. En ce temps furent les portes murées, comme autresfoys,
-pour le duc de Bourgongne qui estoit pres de Paris, et grant foison de
-gens d'armes; par quoy fromaiges et œufz [furent si chers] que on
-n'avoit que trois oefz pour ung blanc, et ung fromaige commun (pour) III
-ou IIII solz parisis.
-
-134. Et Paris estoit gardé par gens estranges, et estoient leurs
-cappitaines ung nommé Remonnet de la Guerre[321], Barbasan[322] et
-autres, tous mauvais et sans pitié. Et pour mieulx faire leur voulenté
-manderent le conte d'Armignac, personne escommeniée, comme devant est
-dit, nommé Bernart, et de celui firent connestable de France à ung lundi
-en la fin de decembre[323]. Et le prevost de Paris, ou moys ensuivant,
-fut fait admiral de France, gouverneur de la Rochelle; et fut depposé
-d'estre admiral une mauvaise personne nommée Clignet de Breban[324], qui
-moult fist de mal en France, tant[325] comme il fut admiral.
-
- [321] Raymonnet de la Guerre, brave et habile capitaine gascon,
- tué dans les massacres de 1418 (le 12 juin) avec le connétable
- d'Armagnac et le chancelier de Marle, tint presque constamment la
- campagne contre les Anglais et Bourguignons; on le voit en
- octobre 1415 passer par le comté d'Étampes à la tête d'un corps
- de mille hommes (Arch. nat., JJ 169, fol. 5 rº), tenir garnison à
- Saint-Denis en décembre, conduire une expédition au pays de
- Santers le 24 janvier 1416 et retourner à Paris vers la fin
- d'avril (Monstrelet, t. III, p. 131, 133, 141).
-
- [322] Arnaud Guilhem, seigneur de Barbazan en Bigorre, célèbre
- capitaine qui illustra le règne de Charles VII, fut accusé
- d'avoir trempé dans l'assassinat de Montereau et se défendit
- énergiquement de toute participation à cet attentat. Chargé par
- le dauphin de la défense de Melun, il tomba en même temps que
- cette place au pouvoir des Anglais qui le retinrent prisonnier et
- l'enfermèrent le 24 février 1430 au Château-Gaillard (Chron. de
- P. Cochon, p. 464). Barbazan fut tué à la bataille de
- Bulgnéville.
-
- [323] Bernard d'Armagnac fut élevé à la dignité de connétable de
- France par lettres du 30 décembre 1415.
-
- [324] Pierre de Breban, dit Clignet, seigneur de Landreville,
- pourvu par lettres du 1er avril 1405 de la charge d'amiral de
- France au lieu de Renaud de Trie, fut remplacé le 27 avril 1408
- par Jacques de Châtillon; mais il continua à porter le titre
- d'amiral de France et défendit ses droits devant le Parlement
- (Arch. nat., X{la} 4790, fol. 36 rº, 120 vº). Breban occupa, en
- 1411, le poste de gouverneur du comté de Vertus (_Ibid._, JJ 160,
- fol. 49 vº). Lors du siège de Montaimé en Champagne, il s'échappa
- de ce château, déguisé en valet (_Ibid._, JJ 165, fol. 245; JJ
- 166, fol. 8). Il possédait alors à Paris, dans la rue
- Neuve-Saint-Merry, un fort bel hôtel que firent vendre des
- marchands de Lubeck, ses créanciers. Le principal enchérisseur de
- cet immeuble fut Hélion de Jacqueville (_Ibid._, X{la} 4789, fol.
- 226 vº).
-
- [325] «Tant» manque dans le ms. de Rome.
-
-135. Item, le duc de Bourgongne estoit touzjours en la Brie, ne ne povoit
-parler au roy, ne le roy à luy, pour puissance qu'ilz eussent eulx deux;
-car les traistres de France disoient au roy, quant il demandoit, qui
-moult le demandoit souvent, que plusieurs foys on l'avoit mandé, mais il
-ne daignoit venir; et d'autre part mandoient[326] au duc de Bourgongne,
-qui estoit à Laingny, que le roy lui deffendoit sa terre, sur peine
-d'estre repputé [pour] traistre faulx[327].
-
- [326] Ms. de Paris: mandement.
-
- [327] Pendant que le duc de Bourgogne était à Lagny (du 10
- décembre 1415 au 27 janvier 1416) avec «moult grant nombre de
- gens d'armes de pluseurs nacions qui tenoient toute la Brie et
- partie de la Champaigne et les rivieres de Marne et de Seinne»,
- une députation composée de Jean de Vailly, président au
- Parlement, de Simon de Nanterre et de l'évêque de Chartres, vint
- le trouver «pour traicter et apaiser les besoignes», mais ce fut
- en pure perte (Arch. nat., X{la} 1480, fol. 41).
-
-
- [1416.]
-
-
-136. Item, le XIIe jour [du moys] de fevrier, fut fait par les dessusdiz
-bandez ledit conte d'Armignac seul[328] de tout le royaulme de France, à
-qui qu'il en despleust, car le roy estoit tousjours mal dispousé. En
-celui temps, s'en alla le duc de Bourgongne en son païs.
-
- [328] Les mss. de Rome et de Paris n'indiquent pas de lacune.
-
-137. Item, le premier jour de mars IIIIc et XV ensuivant, jour Sainct
-Aulbin, entra l'empereur roy de Hongrie à Paris, à ung dimenche[329], et
-vint par la porte Sainct-Jacques et fut logé au Louvre; et le IIe mardi
-ensuivant, furent envoiées semondre les damoiselles de Paris et des
-bourgoises les plus honnestes, et leur donna à disner en l'ostel de
-Bourbon, le Xe jour ensuivant après sa venue, et à chascune aucun jouel.
-
- [329] Au moment de l'arrivée de l'empereur Sigismond, les corps
- constitués de Paris, tels que l'échevinage, le Parlement, la
- Chambre des comptes, tous à cheval, allèrent au-devant du
- souverain allemand, les uns jusqu'à Étampes, les autres jusqu'à
- Longjumeau, le duc de Berry et sa suite jusqu'au moulin à vent
- vers Bourg-la-Reine (Arch. nat., X{la} 4791, fol. 45 vº). Le 8
- mars, à huit heures du matin, l'empereur se rendit à Notre-Dame,
- où une réception solennelle lui avait été préparée dès le 28
- février. Mais là comme ailleurs il laissa une réputation de
- parcimonie bien méritée; reçu à son entrée dans la nef par
- l'évêque de Paris entouré des chanoines, au son des grosses
- cloches Marie et Jacqueline, il entendit la messe dite en son
- honneur, mais ne donna rien à l'offrande. Après la messe,
- Sigismond alla visiter les reliques et le trésor de Notre-Dame
- qu'il admira beaucoup, mais ne fit aucune largesse pour les
- reliques, se bornant à gratifier les enfants de chœur d'un
- pauvre écu. Le dimanche suivant, l'empereur honora de sa présence
- le Palais où il se fit également montrer les reliques et poussa
- la générosité jusqu'à offrir un demi-franc (_Ibid._, LL 215, fol.
- 93, 94). Lors de sa visite au Parlement, qui eut lieu le 16 mars,
- Sigismond prit fait et cause pour l'une des parties plaidantes,
- Guillaume Seignet, qui réclamait l'office de sénéchal de
- Beaucaire, et l'arma chevalier, ce qui ne plut que médiocrement
- au roi et à son conseil (_Ibid._, X{la} 4791, fol. 54 vº;
- Monstrelet, t. III, p. 138).
-
-138. Item, il fut à Paris environ trois sepmaines, et puis s'en alla
-devers Engleterre[330] pour avoir les prinsonniers du sang de France, qui
-là estoient de la prinse d'Egincourt.
-
- [330] L'empereur Sigismond quitta Paris le mercredi avant Pâques
- fleuries (20 mars) pour se rendre en Angleterre, et passa par
- Beauvais, Saint-Riquier et Calais; il fit à Londres un séjour
- d'un mois à cinq semaines (Monstrelet, t. III, p. 136;
- Saint-Remy, t. I, p. 229).
-
-
-139. Item, [commençant] la sepmaine penneuse ensuivant, qui fut [entrant]
-le XIIIe[331] jour d'avril IIIIc XV, entreprindrent aucuns des bourgois
-de Paris[332] de prendre ceulx qui ainsi tenoient Paris en subgection, et
-devoient ce faire le jour de Pasques, qui furent le XIXe jour d'avril,
-mais ilz ne le firent point par sens[333], car il fut sceu par ceulx de
-la bande, qui les prindrent et les misdrent en prinson.
-
- [331] Ms. de Paris: XIIII.
-
- [332] Indépendamment des principaux chefs de la conspiration
- nommés plus loin, Thierry de la Bée, couturier, fut banni du
- royaume «comme consentant et coulpable de certaine commocion et
- monopole que aucuns habitans de Paris cuidierent mettre à
- execucion le jour de Pasques». Son hôtel à Paris rue de la
- Ferronnerie, ainsi qu'un autre hôtel à Chaillot (_Challoyau_)
- échurent à Mengin de Trèves, valet de chambre du dauphin (nov.
- 1417, Arch. nat., JJ 170, fol. 125). L'ancien échevin, Jean de
- l'Olive, paraît avoir été impliqué dans ce complot, car une rente
- que J. de l'Olive, «nagueres condempné pour crime de leze
- majesté», possédait sur une maison rue Aubry le Boucher, passa en
- mars 1417 à G. Belier, chapelain en l'église Saint-Leu et
- Saint-Gilles (_Ibid._, JJ 169, fol. 349).
-
- [333] Ms. de Paris: Ilz ne le firent pas secrets.
-
-140. Et le XXIIIIe jour dudit moys d'avril IIIIc XVI, fut [mené] en ung
-tumberel à boue, le doyen de Tours, chanoyne de Paris, frere de l'evesque
-de Paris de devant cellui qui pour lors estoit, nommé Nicole d'Orgemont,
-filx de feu Pierre d'Orgemont[334]. En ce point, vestu d'un grant mantel
-[de] viollet, et chapperon de mesmes, fut mené es halles de Paris, [et]
-en une charrette devant estoient deux hommes de honneur sur deux aiz,
-chascun une croix de boys en sa main; et avoit l'un esté eschevin de
-Paris, et l'autre estoit homme de honneur et estoit en ars nommé maistre
-Regnault[335], et l'eschevin Robert de Belloy[336]. Et à ces deux on
-coppa les testes, voyant ledit d'Orgemont, lequel n'avoit que ung pié, et
-après la justice fut ramené [sans oster dudit tumberel] en prinson ou
-chastel de Sainct-Anthoine, et environ quatre jours après, fut presché ou
-parviz Nostre-Dame et condampné en chartre perpetuelle au pain et à
-l'eaue.
-
- [334] Nicolas d'Orgemont, dit le Boiteux d'Orgemont, archidiacre
- d'Amiens, chanoine de Notre-Dame de Paris, de
- Saint-Germain-l'Auxerrois et de Champeaux en Brie, maître des
- comptes, expia cruellement le double tort qu'il eut de faire
- partie en 1412 de la commission instituée contre les Armagnacs
- (Arch. nat., X{la} 1479, fol. 212 vº) et de posséder une fortune
- considérable. Ses envieux et ses ennemis lui firent un crime
- irrémissible de n'avoir point révélé le complot qui se tramait
- dans Paris, complot dont il avait eu connaissance le mercredi
- avant Pâques. Arrêté le mardi 21 avril dans sa maison du cloître
- Notre-Dame, il fut aussitôt emprisonné en la Bastille, et le
- vendredi suivant, le chancelier H. de Marle, assisté du prévôt de
- Paris, de Robert le Maçon, de Pierre de l'Esclat, de Robert de
- Tuillières, le fit amener au Châtelet dans la chambre des fiefs,
- et là, en présence des chanoines assemblés, lui donna lecture des
- lettres qui le déclaraient déchu de tous offices royaux et lui
- infligeaient une amende de quatre-vingt mille écus. Pour
- respecter l'immunité ecclésiastique, le chapitre de Notre-Dame
- fut chargé pour la forme de lui faire son procès; la sentence du
- chapitre, prononcée le 30 avril 1416 (Arch. nat., LL 215, fol.
- 498) le condamna à perdre tous ses bénéfices et à tenir prison
- perpétuelle «au pain de doleur et à eaue d'angoisse» (_Ibid._,
- X{la} 1480, fol. 54). Ce même jour, Nicolas d'Orgemont, extrait
- de la Bastille et remis au chapitre, fut conduit sur le parvis
- Notre-Dame où il fut prêché sur «l'eschaffaut» au milieu d'une
- affluence énorme de populaire. Dès le 4 mai, les chanoines
- intercédèrent auprès du roi pour qu'une prison ecclésiastique fût
- assignée à leur confrère et afin qu'on lui donnât un confesseur;
- néanmoins, d'Orgemont ne fut transféré à Meung-sur-Loire, dans
- les prisons de l'évêque d'Orléans, que le samedi 18 juillet; à
- partir du mois d'août, sa captivité devint de plus en plus
- rigoureuse et ne tarda pas à entraîner sa mort (_Ibid._, LL 215,
- fol. 99-120, _passim_). Il n'existait plus au mois de novembre
- 1416, comme le prouve la donation de 120 livres de rente sur ses
- terres de Méry-sur-Oise faite à l'église Notre-Dame (_Ibid._, JJ
- 170, fol. 56 vº). Emeline de Nostemberg, dame d'honneur de la
- reine, obtint à titre gracieux 502 livres de rente sur ses biens
- confisqués, à condition de donner décharge d'une somme de dix
- mille livres dont le roi lui avait fait présent lors de son
- mariage (_Ibid._, JJ 169, fol. 322). Jean Taranne se fit adjuger
- pour 1500 livres le grand hôtel que d'Orgemont possédait à
- Gonesse (_Ibid._, fol. 312 vº), tandis que Hugues de Guingamp,
- maître des comptes, acquérait, moyennant 410 livres, une vieille
- tour à Fontenay et un hôtel à Montreuil (_Ibid._, JJ 170., fol.
- 74).
-
- [335] «Maître Regnaut Maillet», qualifié homme d'église et curé
- par le greffier du Parlement (Arch. nat., X{la} 1480, fol. 54).
-
- [336] Robert de Belloy, riche drapier et échevin pendant la
- période cabochienne; après son exécution, Jeanne sa veuve et sa
- fille Gilles de Belloy obtinrent la restitution de ses biens
- confisqués (Arch. nat., JJ 169, fol. 155 vº). Il laissa aussi un
- fils, Jean de Belloy, qui arriva plus tard à l'échevinage. Robert
- possédait une maison rue de la Ferronnerie.
-
-141. Item, le premier sabmedi de may ensuivant furent decollez pour ce
-fait trois moult honnestes hommes, et de moult bonne renommée, c'est
-assavoir, le signeur de l'Ours[337], de la porte Baudet, ung tainturier
-nommé Durant de Bry[338], ung marchant de laton et espinglier nommé Jehan
-Perquin; et estoit ledit tainturier maistre de la soixantaine des
-arbalestiers de Paris.
-
- [337] Le possesseur de l'hôtel de l'Ours, sis en la rue de la
- Porte Baudoyer, était un sergent d'armes du roi, nommé Jean
- Roche, qui passait pour un «grans riche homs», partisan dévoué du
- duc de Bourgogne à Paris. Après son exécution, les Armagnacs
- s'emparèrent de ses biens et réduisirent ses proches à
- l'indigence; la femme de Jean Roche, sa fille Jeannette avec son
- mari Jacquet Guillaume, l'un des conjurés de 1430, tombèrent dans
- une situation extrêmement précaire, et à la suite de la vente à
- Alexandre des Marais, changeur, d'une maison sise rue
- Saint-Antoine à l'enseigne de la Huchette, ils furent emprisonnés
- au Châtelet à cause de dépositions faites par témoins supposés;
- mais ils firent valoir des circonstances atténuantes et obtinrent
- des lettres de rémission (Longnon, _Paris sous la domination
- anglaise_, p. 119-127). Quant à l'hôtel de l'Ours, il subit
- encore de singulières vicissitudes. Ensuite du complot de 1430,
- son propriétaire Jacquet Guillaume fut exécuté, et la femme dudit
- Jacquet bannie du royaume; l'hôtel resta vide et en quelque sorte
- abandonné. Au mois d'août 1430, maître Jehan Carrelier, «commis à
- louer et recevoir les loyers de l'ostel de l'Ours,» demanda
- d'urgence que l'on y fît certaines réparations, faute desquelles
- «briefment ledit hostel devendroit en non valeur et en ruyne»;
- l'autorité compétente fit droit à cette requête (Arch. nat., Y
- 5230, fol. 36 vº). En 1436, au moment de l'expulsion des Anglais,
- l'hôtel de l'Ours était occupé par Jacquet de Raye, «espicier»,
- partisan bien connu de la cause anglaise, qui fut banni (_Ibid._,
- X{la} 1481, fol. 120).
-
- [338] Ce nom est orthographié «De Vry» dans le ms. de Rome, et
- «Debry» dans le ms. de Paris.
-
-142. Item, le VIIe jour de may, fut crié parmy Paris, que nul ne fust si
-hardy de faire assemblée à corps, ne à nopces, ne en quelque maniere sans
-le congié du prevost de Paris. En ce temps avoit, quant on faisoit
-nopces, certains commissaires et sergens aux despens de l'espousé, pour
-garder que homme ne murmurast de rien.
-
-143. Item, le VIIIe jour de may, vendredi, furent ostées les
-chaisnes de fer qui estoient à Paris et furent portées à la porte
-Sainct-Anthoine[339]. En ce temps estoit [touzjours] le pain si cher que
-petiz mesnaiges n'en povoient avoir leur saoul, car la charté dura moult
-longuement, et coustoit bien la XIIne, que on avoit devant pour XVIII
-deniers, IIII solz parisis.
-
- [339] Les chaînes de fer enlevées le vendredi 8 mai «à foison de
- gens d'armes» (Arch. nat., X{la} 1480, fol. 55) et portées «ou
- chastel de la bastille St-Anthoine» furent restituées deux jours
- après sur la demande du prévôt des marchands et des échevins,
- «pour icelles estre tournées et converties au prouffit,
- fortifficacion, emparement et decoracion de Paris,» à condition
- qu'il serait rendu compte de leur emploi ou des deniers qui en
- proviendraient. (Lettres de Charles VI du 10 mai 1416: _ibid._, K
- 950, no 22.)
-
-144. Item, le sabmedi ensuivant, IXe jour dudit moys, furent ostées les
-armeures aux bouchers en leurs maisons, tant de Sainct-Germain, de
-Sainct-Marcel, de Saincte-Geneviefve [et] de Paris.
-
-145. Item, le lundi ensuivant, fut crié parmy Paris, sur peine d'estre
-repputé vray[340] traistre, que tout homme, prestre, clerc ou lay,
-portast ou envoiast toutes ses armeures, quelles qu'elles fussent, ou
-espées, ou badelaires, ou hachetes, ou quelque armeure qu'il eust, au
-chastel de Sainct-Anthoine.
-
- [340] Ms. de Rome: traistre.
-
-146. Item, le vendredi, XVe jour dudit moys, firent lesdiz commencer à
-abatre la grant boucherie de Paris[341], et le dimenche ensuivant
-vendirent les bouchers de ladicte boucherie leurs chars sur le pont
-Nostre-Dame, moult esbahiz pour les franchises qu'ilz avoient en la
-boucherie, qui leur furent toutes ostées[342]; et sembloit ce dimenche
-que les[diz] bouchers eussent [eu] quinze jours ou trois sepmaines [de
-temps] à faire leurs estaulx, tant furent bien ordonnez du vendredi
-jusques au dimenche.
-
- [341] En vertu de lettres du 13 mai 1416, publiées le 15 du même
- mois, portant que la grande boucherie, sise devant le Châtelet,
- serait «du tout demolie» et abattue jusqu'au ras du sol, et que
- l'écorcherie derrière le Grand Pont serait supprimée (Arch. nat.,
- K 950, no 23; Y 3, fol. 46 rº). Cette mesure d'ordre public, qui
- frappait la puissante corporation des bouchers, trouvait sa
- justification dans la nécessité de dégager les abords du Grand
- Châtelet et de faire cesser l'insalubrité notoire de la grande
- boucherie.
-
- [342] Ce ne fut qu'une installation provisoire. Afin de remplacer
- les trente-deux étaux que renfermait la grande boucherie démolie,
- le roi, par lettres publiées le 21 août, ordonna l'établissement
- de quatre nouvelles boucheries, comportant quarante étaux, en la
- halle de Beauvais, près du Châtelet en face Saint-Leufroy, près
- du Petit Pont, et autour des murs du cimetière Saint-Gervais; il
- supprima en même temps la communauté «que avoient les bouchiers
- tueurs et escorcheurs de la grant boucherie» et abolit leurs
- privilèges (Arch. nat., Y 3, fol. 47).
-
-147. Item, le vendredi ensuivant, furent commencées à murer les portes
-comme autresfoys.
-
-148. Item, le lendemain de la Sainct Laurens ensuivant, firent crier
-lesdiz bandez parmy Paris, que nul ne fust si hardy d'avoir à sa fenestre
-coffre ne pot, ne hotte, ne coste en jardin, ne bouteille à vin aigre à
-sa fenestre qui fust sur rue, sur peine de perdre corps et biens, ne que
-nulz ne se baingnast en la riviere sur peine d'estre pendu par la gorge.
-
-149. Item, le jour de Sainct Laurens ensuivant, firent chanter lesdiz
-bandez aux Quinze-Vingt, fust tort ou droit, et y avoit commissaires et
-sergens qui faisoient chanter devant eulx telz prebstres qu'ilz
-vouloient, malgré ceulx dudit lieu, lesquelx vouloient que on leur fist
-droit de certains prinsonniers qui estoient à Graville[343], lesquelx
-furent prins en la franchise par l'oultraige du prevost de Paris; et
-furent prins le XXVe jour de may, vigille de l'Ascencion
-Nostre-Seigneur[344], et fut avant la Sainct Laurens ensuivant que on
-chantast ne messe ne vespres en ladicte eglise.
-
- [343] Le ms. de Rome donne, mais d'une manière peu lisible, à
- _grauille_; celui de Paris écrit _greuille_ en toutes lettres.
-
- [344] Par suite de l'arrestation de ces malfaiteurs, opérée par
- les gens du roi du Châtelet au mépris de l'immunité des
- Quinze-Vingts, la célébration des offices avait été suspendue.
- L'évêque de Paris se joignit aux Quinze-Vingts pour demander
- réparation; l'affaire, portée devant le Parlement, reçut le 30
- mai une solution: le procureur du roi et l'évêque, d'un commun
- accord, arrêtèrent les poursuites, et il fut convenu que dans les
- huit jours le service religieux serait repris par les
- Quinze-Vingts, sans préjudice de leurs droits et privilèges
- (Arch. nat., X{la} 1480, fol. 58).
-
-150. Item, la premiere sepmaine de septembre ensuivant, fist on deffense
-aux bouchiers que plus ne vendissent leur char sur le pont Nostre-Dame,
-et en celle dicte sepmaine commencerent à vendre en la halle de
-Beauvays[345], à Petit-Pont, à la porte Baudays, et environ xv jours
-après commencerent à vendre devant Sainct-Lieufray[346] au
-Trou-Pugnais[347].
-
- [345] Seize étaux de bouchers furent édifiés en la halle de
- Beauvais «es halles de Paris»; leur revenu, estimé 2,500 livres
- tournois, se monta pour l'année 1418 à 2,378 livres parisis. Le
- 22 avril 1418, Charles VI en abandonna la propriété à l'abbaye de
- Saint-Denis pour l'indemniser du prêt de 20,000 francs par elle
- consenti, sacrifice d'autant plus lourd que les religieux durent
- pour se procurer cette somme vendre la châsse d'or où reposait le
- corps de saint Louis (Arch. nat., K 59, no 19). Après les
- observations présentées par G. le Tur, faisant fonctions de
- procureur du roi, le Parlement, ayant égard aux nécessités
- pressantes du moment, se résigna le 27 avril à enregistrer ces
- lettres, «combien qu'elles semblassent dommageables et
- préjudiciables au roy» (_Ibid._, X{la} 1480, fol. 135).
-
- [346] La chapelle de Saint-Leufroy se trouvait près du Grand
- Châtelet entre le quai et la grande boucherie; l'emplacement de
- la boucherie qui fut établie sur ce point est déterminé par un
- article du compte des confiscations de 1421 mentionnant la
- démolition d'une maison au bout du Pont-aux-Meuniers «pour ce que
- l'on vouloit illec faire une boucherie» (Sauval, t. III, p. 283).
-
- [347] Il y avait alors à Paris plus d'un de ces cloaques, appelés
- _Trous punais_, où venaient se perdre les immondices et s'écouler
- le sang provenant des tueries d'animaux; le plus connu est celui
- du cul-de-sac Gloriette, où il y eut une boucherie du même nom.
-
-151. Item, en celle sepmaine fut crié que nul sergent à cheval ne
-demourast hors de la ville de Paris, sur peine de perdre son office.
-
-152. Item, fut crié celle dicte sepmaine que lesdiz estaulx de boucherie
-seroient baillez au prouffit du roy au plus offrant[348], et que lesdiz
-bouchiers n'y auroient quelque franchise.
-
- [348] Suivant le compte de l'ordinaire de la prévôté de Paris
- pour 1417 (Sauval, t. III, p. 274) les étaux des nouvelles
- boucheries furent mis aux enchères en l'auditoire civil du
- Châtelet, le vendredi 2 octobre.
-
-153. Item, le mois d'octobre ensuivant, fut commencée la boucherie du
-cymetiere Sainct-Jehan, et fut achevée, et [y] vindrent vendre ceulx de
-derriere Sainct-Gervais, le premier dimenche de febvrier oudit an.
-
-
- [1417.]
-
-154. Item, le XXe jour de febvrier[349] oudit an, fut crié que on ne
-prinst nulle monnoye à Paris que celle du roy[350], qui moult fist grant
-dommaige aux gens de Paris, car la monnoye du duc de Bretagne et du duc
-de Bourgongne estoient prinses comme celles du roy, dont plusieurs
-marchans, riches et pouvres, et autres gens qui en avoient perdirent
-moult, car pour la deffence homme n'en eust eu quelque neccessité senon
-au buillon; mais environ ung moys après, on reprint les dessusdictes
-monnoyes[351], et deffendues comme davant furent.
-
- [349] Ms. de Paris: XXIe jour de febvrier.
-
- [350] Voici la désignation des monnaies dont le cours et la
- valeur furent réglés par l'autorité royale: 1º deniers d'or fin,
- dits _écus à la couronne_, valant 22 sols 6 deniers tournois la
- pièce; 2º petits deniers d'or fin, dits _petits écus à la
- couronne_, d'une valeur de 15 sols tournois; 3º deniers blancs
- d'argent, appelés _gros_, valant 20 deniers tournois la pièce; 4º
- deniers blancs d'argent, nommés _demi gros_ et _quarts de gros_,
- reçus pour 10 deniers tourn. et 5 d. t. pièce; 5º blancs _deniers
- à l'écu_ de 10 d. t. la pièce; 6º petits blancs, appelés _demi
- blancs à l'écu_, de 5 d. t.; 7º doubles deniers tournois de 2 d.
- t. la pièce; 8º petits parisis, petits tournois, valant 1 den.
- parisis et 1 den. tournois; 9º petites mailles, valant une maille
- tournoise. Les dispositions qui prohibèrent toutes monnaies
- frappées dans le royaume, en ne laissant subsister que la monnaie
- royale, sont insérées dans un mandement du 20 janvier 1417,
- enjoignant au bailli de Mâcon, sénéchal de Lyon, de faire publier
- dans l'étendue de son ressort l'interdiction des espèces
- étrangères; pareilles lettres à l'adresse du prévôt de Paris
- furent remises le 19 février à son lieutenant par les généraux
- maîtres des monnaies (Arch. nat., Z{1b} 58, fol. 142, 143).
-
- [351] Rien ne prouve que cette assertion soit exacte, tandis
- qu'il est hors de doute que les monnaies de Bretagne et de
- Bourgogne restèrent prohibées; à la date du 7 juin 1417, nous
- voyons rendre à Robin Charon, épicier, demeurant sur le
- Petit-Pont, 18 fr. 4 s. de blancs, de dix deniers tournois la
- pièce, «lesquelx lui furent tous coppez, pour ce qu'ilz n'avoient
- point de cours» (Arch. nat., Z{1b} 2).
-
-
-155. Item, le IIIe jour d'avril oudit an, trespassa monseigneur de
-Guienne, ainsné filx du roy de France, à Compigne[352], qui avoit esté xv
-moys ou environ Dalphin[353].
-
- [352] Ms. de Paris: accompaigné.
-
- [353] Jean, duc de Touraine (et non de Guyenne), quatrième fils
- de Charles VI, marié le 29 juin 1406 à Jacqueline de Hainaut,
- mourut à Compiègne vers le 4 ou 5 avril 1417 (_Bibl. de l'École
- des Chartes_, 4e série, t. IV, p. 480). Bien que sa mort eût été
- amenée par une cause toute naturelle, les Bourguignons firent
- peser sur l'entourage du roi une accusation des plus graves, dont
- Monstrelet se fait l'écho (t. III, p. 168) et que répète l'auteur
- anonyme de la Chronique des Cordeliers (t. VI, p. 234). Suivant
- le bruit public, le duc de Touraine et même son frère le duc de
- Guyenne auraient été victimes d'un empoisonnement. L'accusation
- fut nettement formulée par le duc de Bourgogne dans certaines
- lettres scellées de son sceau et signées de sa main, lesquelles
- furent placardées sur les portes de plusieurs églises de Rouen;
- ces lettres qui contenaient des menaces de mort contre les
- conseillers de Charles VI, qu'elles traitaient de «rapineurs,
- dissipeurs, traistres, empoisonneurs et murtriers», furent
- envoyées à Paris et apportées au Parlement le 24 mai 1417 par le
- lieutenant du prévôt; lecture publique en fut donnée, et
- l'original rendu au chancelier. Le 10 juillet suivant, le
- procureur du roi, analysant les lettres en question, s'exprime en
- ces termes au sujet du prétendu empoisonnement du Dauphin: «En
- oultre, lesdictes lettres contiennent libelle diffamatoire, et en
- especial en tant qu'elles font mencion de l'empoisonnement de feu
- monsr. de Guienne et de feu monsr. le Dauphin, et sont choses
- controuvées et diffamatoires, et est vray que lesdiz seigneurs
- après leur mort furent ouvers en presence de medicins et autres,
- et n'y avoit quelque signe de empoisonnement» (Arch. nat., X{la}
- 4791, fol. 275). Le 21 juillet 1417, le Parlement rendit un arrêt
- conforme aux conclusions du procureur du roi données le 16
- juillet précédent, déclara les susdites lettres «mauvaises,
- sedicieuses et scandaleuses,» et ordonna qu'elles seraient
- déchirées en la Cour, «rompues et arses publiquement en la ville
- de Paris» (_Ibid._, X{la} 1480, fol. 92, 99).
-
-156. Item, ledit roy Louys, l'an mil IIIIc [XVII], trespassa environ
-trois jours en la fin[354].
-
- [354] Louis II, roi de Sicile, beau-père de Charles VII, mourut à
- Angers le 30 avril 1417, suivant des informations précises tirées
- du livre d'heures du roi René et des comptes de l'hôtel de la
- duchesse d'Anjou (Arch. nat., KK 243, fol. 47 vº); il fut enterré
- le 1er mai.
-
-157. Item, en icelluy temps, on avoit vin sain et net pour ung denier la
-pinte, mais de grosses tailles [trois ou quatre] tous les ans; et n'osoit
-nul parler du duc de Bourgongne, qu'il ne fust en peril[355] de perdre
-le corps ou la chevance, ou d'estre banny.
-
- [355] Ms. de Paris: En grand danger.
-
-158. Item, le XXIXe jour de may ensuivant, vigille de la Penthecoste, fut
-crié que nul ne prinst quelque monnoie que celle du coing du roy
-seullement, et que on ne marchandast que à solz et à livres[356]; et
-furent aussi criez à prendre petiz moutons d'or pour XVI solz parisis,
-qui n'en valloient pas plus de XI solz parisis[357].
-
- [356] «Que nul de quelque condicion ou estat qu'il soit ne face
- aucuns contraulx ou marchiez à sommes de mars d'or ou d'argent,
- ne à pièces d'or, mais seulement à solz et à livres.» (Lettres du
- 20 janvier 1417: Arch. nat., Z{1b} 58, fol. 142.) L'application
- de cette mesure souleva de nombreuses difficultés, à chaque
- instant des contestations étaient soumises au jugement de la
- prévôté de Paris «pour cause des lettres de change que les
- marchands faisoient les uns aux autres pour avoir change en
- divers pays;» aussi le 8 août 1417, le lieutenant du prévôt
- exposa-t-il en la Chambre des monnaies l'embarras qu'il
- éprouvait, demandant l'avis des généraux maîtres qui déclarèrent
- que, pour toutes lettres de change passées avant le 10 mai,
- chaque cent d'écus valant 18 sols parisis pièce se solderait par
- 118 moutons au cours de 20 sols tournois pièce (_Ibid._, Z{1b}
- 2).
-
- [357] Un mandement de Charles VI adressé le 10 mai 1417 aux
- généraux maîtres des monnaies prescrivit la fabrication dans tous
- les ateliers monétaires du royaume de deniers d'or fin, appelés
- moutons, à 23 carats, qui devaient avoir cours pour 20 den.
- tournois la pièce (Arch. nat., Z{1b} 58, fol. 144 vº). Le 14 juin
- suivant, un nouveau mandement au bailli de Meaux donna cours aux
- petits moutons (_Ibid._, fol. 148).
-
-159. Et le lundi ensuivant, premier jour des festes de Penthecoste,
-commencerent les gens de Paris, c'est assavoir, de quelque estat qu'ilz
-fussent, prebstres ou clercs, ou autres, à curer les voiries[358] ou à
-faire curer à leur argent; et fut celle queullecte si aspre, qu'il
-falloit que chascun, de quelque estat qu'il fust, de v jours en v jours
-en baillast argent, et quant on poyoit pour cent on ny en mettoit mie XL,
-et avoient les gouverneurs le remenant[359].
-
- [358] L'auteur du journal, probablement atteint par cette taxe,
- exhale son mécontentement. Cependant il était vraiment urgent de
- «curer les voiries»; divers témoignages puisés à des sources
- authentiques montrent jusqu'à quel point Paris laissait à désirer
- sous le rapport de la salubrité. Malgré des défenses maintes fois
- renouvelées, notamment en janvier 1404, les habitants
- continuaient à jeter des immondices dans la Seine; en 1414, le
- chapitre de Notre-Dame, voisin d'un foyer permanent d'infection,
- s'émut de cet état de choses et, voulant y porter remède, chargea
- trois de ses membres d'en conférer avec le prévôt des marchands
- (Arch. nat., LL 214, fol. 318). Du reste, le nettoyage des rues,
- mal organisé, ne se faisait que d'une façon très imparfaite; des
- lettres du 25 janvier 1415 accordant l'exemption du guet aux
- voituriers chargés de l'enlèvement des boues, laissent échapper
- cet aveu caractéristique: «Par default de tumbereaux, nostre
- ville est à present tres orde et pleine de boues, ordures, et
- immundices» (_Ibid._, Y 3, fol. 100). (Cf. le mémoire de M.
- Lecaron sur les _travaux publics de Paris au moyen âge_, Mémoires
- de la Soc. de l'hist. de Paris, t. III, p. 108).
-
- [359] Ms. de Paris: revenu.
-
-160. Item, celle dicte sepmaine, fut fait le pont leveys à la porte
-Sainct-Anthoine, et celle année furent faictes les maisons entre les
-bastilles et l'escorcherie aux Tuilleries[360].
-
- [360] L'écorcherie établie aux Tuileries Saint-Honoré, sur la
- Seine, en vertu des lettres d'août 1416 citées plus haut. En ce
- qui concerne les maisons dont la construction est ici mentionnée,
- nous savons qu'à cette époque les échevins édifièrent avec une
- partie du «Pont-Neuf XXX ou XL maisons d'entre la tour de Billy
- et la porte Saint-Honoré, et firent provision d'artillerie, de
- canons et de pouldres» (Arch. nat., X{la} 4793, fol. 99).
-
-161. Item, en cellui temps, fut prins de par le prevost de Paris ung
-nommé Loys Bourdon, chevalier, qui tant fit de peine au chastel
-d'Estampes, comme devant est dit, et fut noyé pour ses demerites. Et fut
-la royne privée du tout, que plus ne seroit au conseil, et lui fut son
-estat amendry. Et demourerent les choses en ce point, sinon que tousjours
-prenoient lesdiz gouverneurs desquelx vouloient et les bannissoient; et
-si failloit qu'ilz allassent où lesdiz gouverneurs vouloient, et en mains
-de trois sepmaines en bannirent plus de VIIIc[361], sans ceulx qui
-demourerent en prinson.
-
- [361] Le Parlement lui-même fut enveloppé dans ces mesures de
- proscription; le 30 août 1417, on l'avisa que le roi ou plutôt
- son entourage avait décidé l'éloignement de Paris de treize
- conseillers, du procureur du roi, de deux notaires, du greffier
- criminel, de quatre huissiers, «soubz umbre, disait-on, de ce que
- on les souspeçonnoit d'estre favorisans ou affectez au duc de
- Bourgongne.» Malgré la démarche faite en faveur des suspects par
- le Parlement tout entier, la décision du grand conseil fut
- maintenue et les membres de la Cour frappés de bannissement
- durent quitter Paris; cependant, pour atténuer ce qu'un tel
- procédé avait d'arbitraire, chacun des bannis obtint lettres de
- sauf-conduit du roi et du Parlement, portant que le roi «envoyoit
- iceulz conseillers et officiers en certaines parties de ce
- royaulme pour certaines besoingnes touchant le fait du roy et de
- la court» (Arch. nat., X{la} 1480, fol. 104).
-
-162. Item, en ce temps, à l'issue d'aoust, s'esmeut[362] le duc de
-Bourgongne pour venir à Paris, et vint en conquestant villes, cités,
-chasteaulx, et partout faisoit crier, de par le roy et le daulphin, et
-de par luy que on n'y paiast nulles subsides; dont les gouverneurs de
-Paris prinrent si grant haine contre lui qu'ilz faisoient [faire
-processions[363] et faisoient] prescher qu'ilz savoient bien de vray
-qu'il voulloit estre roy de France, et que par lui et que par son conseil
-estoient les Engloys en Normendie. Et par toutes les rues de Paris avoit
-espies, qui estoient residans et demourans à Paris, qui leurs propres
-voisins faisoient prendre et emprinsonner; et nul homme, après ce qu'ilz
-estoient prins, n'en osoit parler aucunement, qu'il ne fust en peril de
-sa chevance ou de sa vie.
-
- [362] Ms. de Paris: se surent.
-
- [363] Pendant les mois d'août, de septembre et d'octobre, les
- processions succédèrent aux processions. Indépendamment de celles
- que le chapitre de Notre-Dame ordonna de faire trois fois par
- semaine dans les églises soumises à son autorité, presque chaque
- dimanche eut lieu une procession générale; le 22 août à
- Sainte-Geneviève avec les châsses de Saint-Merry, Saint-Benoit et
- Saint-Marcel; le 2 septembre à Saint-Germain-l'Auxerrois; le 19
- septembre à Saint-Magloire; le 3 octobre à Notre-Dame; le 17
- octobre aux Carmélites (Arch. nat., LL 215, fol. 164-170).
-
-163. Item, à l'entrée de septembre [mil] IIIIc XVII, aproucha le duc de
-Bourgongne de Paris[364], et gaigna l'Isle Adam, Pons Sainte-Messent,
-Senliz, Beaumont. Adonq fut la porte Sainct-Denis fermée, et furent
-abatues les arches pour faire ung pont leveys, et fut deux moys fermée en
-la droicte saison de vendanges.
-
- [364] Jean Sans-Peur, parti d'Arras le 9 août 1417, prit
- possession le 24 août de Montdidier, le 26 de Beauvais, et dans
- les premiers jours de septembre de Pontoise, de Provins et de
- Beaumont-sur-Oise.
-
-164. Item, environ VIII ou IX jours en septembre, fut depposé Breban
-devantdit de la prevosté des marchans[365], et fut fait prevost Estienne
-de Bonpuis, lequel ne le fut que cinq jours, et fut mis en la prevosté
-ung faiseur de cofres [et de bans], nommé Guillaume Syrasse, le XIIe jour
-de septembre oudit an.
-
- [365] Philippe de Breban, malade et déjà avancé en âge, fut
- relevé de ses fonctions sur sa demande. Guillaume Cirasse, son
- successeur, fut remplacé dans ses fonctions d'échevin par Henri
- Mauloué, secrétaire du roi. Peu de temps auparavant (le 16 août),
- Regnaut Pis d'Oe avait cédé la place à Simon Taranne (Arch. nat.,
- KK 1009, fol. 2 vº).
-
-165. En ce temps vindrent les Bourguignons devant Sainct-Cloud, et lors
-fut le pont rompu, et les Bourguignons assaillirent la tour à engins[366]
-et l'endommaigerent moult, mais point ne fut prinse à celle foys, ains la
-laisserent, mais ilz tindrent si[367] le païs autour de Paris, que
-quelque marée ne venoit à Paris de nulle part.
-
- [366] C'est le 16 septembre que le duc de Bourgogne fit mettre le
- siège devant la grosse tour de Saint-Cloud.
-
- [367] Entre les mots _tindrent si_ et _le païs_, on a laissé un
- blanc dans le ms. de Paris.
-
-166. Item, la livre de beurre sallé valloit II solz parisis, et vendoit
-on II œufs ou III au plus IIII deniers parisis; ung petit haren caqué vi
-den. parisis; le freys haren vint environ les octabes Sainct-Denis III ou
-IIII pennyers, et vendoit on la piece III ou IIII blans tout lavé[368],
-et le pouldré II blans rien mains; et le vin que on avoit en aoust pour
-ii deniers coustoit en septembre ensuivant IIII ou VI deniers parisis.
-
- [368] Ms. de Rome: tout lancé.
-
-167. Item, en ce temps avoit si pesme douleur à Paris, que nul n'osoit
-aller vendenger hors Paris, devers la porte Sainct-Jaques, de toutes
-pars, comme à Chastillon, à Banuex, à Fontenay, Vanves[369], Icy,
-[Clamart], Montrouge[370]; car les Bourgongnons hayoient moult les
-bourgoys de Paris, et ilz venoient fourrer jusques aux forsbourgs de
-Paris, et quelque personne qu'ilz trouvoient estoit prins et emmené en
-leur ost. Et avecques eulx avoit moult de gens de Paris qui avoient esté
-banniz, qui tous les congnoissoient par enquerir ou autrement; et s'ilz
-estoient de quelque renon, ilz estoient cruellement traictez et mis à si
-grant rançon, comme on les povoit mettre, et s'ilz eschappoient par
-aucune aventure et venoient à Paris, et on le savoit, on leur mettoit
-sur[371] qu'ilz s'estoient fait prendre de leur bon gré, et estoient mis
-en prinson.
-
- [369] Ms. de Paris: Vavernes.
-
- [370] Jean Sans-Peur séjourna huit jours à Montrouge, où son
- logis est connu sous le nom de l'arbre sur lequel fut planté son
- étendard, l'_Arbre Sec_ ou l'_Orme Haudon_ (cf. Monstrelet, t.
- III, p. 217; Chron. des Cordeliers, t. VI, p. 240).
-
- [371] Ms. de Paris: on leur mettoit ceux.
-
-168. Item, en ce temps fut fait cappitaine de la porte du Temple ung
-nommé Symonnet du Boys[372], qui estoit clerc Jaquot l'Empereur[373]
-garde des coffres du roy, et de la porte Sainct-Martin ung nommé
-Jehannin Nepveu, chauderonnier, filz d'un chauderonnier nommé Colin
-[Nepveu].
-
- [372] Ce Simonnet du Bois ne serait-il pas le personnage de ce
- nom inscrit sur la liste des prisonniers annexée à la dépêche du
- 4 juin 1418 au duc de Bourgogne (_Documents relatifs à la
- surprise de Paris par les Bourguignons_, publiés par M. J.
- Garnier dans le Bull. de la Société de l'hist. de Paris,
- mars-avril 1877).
-
- [373] Jacques l'Empereur, maître et enquêteur des forêts et
- garennes du roi par tout le royaume en 1381, occupait en 1404 le
- poste d'échanson du roi, uni à celui de garde des joyaux et de
- l'épargne. Il remplit ces fonctions jusqu'en 1418; fait
- prisonnier par les Bourguignons, il parvint à échapper aux
- massacres et fut remplacé le 6 août par l'un des partisans de la
- faction cabochienne, Jean de Puligny, dit Chapelain, premier
- valet de chambre du roi, banni le 31 décembre 1413, qui
- recueillit en même temps une bonne partie des biens délaissés par
- son prédécesseur (Longnon, _Paris pendant la domination
- anglaise_, p. 31, 79). Jacques l'Empereur avait épousé avant 1404
- Eude Pis-d'Oe, veuve de Guillaume de Sens, président au Parlement
- (Arch. nat., X{la} 4786, fol. 281 rº).
-
-169. Item, en cestuy mois d'octobre, fut faicte une grosse taille de sel;
-car [pou] fu de gens qui fussent de nulle renommée, à qui on ne envoiast
-II sextiers ou III, au gros[374] ung muy ou demy muy; et [si] le
-couvenoit paier tantost et le porteur, ou avoir sergens en garnison, ou
-estre mis en prinson au Palays, et coustoit le sextier IIII escus de
-XVIII solz parisis pour piece.
-
- [374] Ms. de Paris: sestiers en gros.
-
-170. Item, la plus grant partie des cappitaines qui estoient dans Paris,
-on les paioit des advoynes que on avoit amenées à Paris pour estre
-bien[375] salvement[376], et avoient congié de prendre ce qu'ilz povoient
-[piller][377] autour de Paris, à II ou III lieues environ, et ilz ne s'en
-faignoient pas[378]. En ce temps firent les bouchiers de
-Sainct-Germain-des-Prez leur boucherie en une rue qui est entre les
-Cordeliers et la porte Sainct-Germain[379], en ung lieu en maniere de
-celier où on descendoit à degrez qui avoient dix marches.
-
- [375] Ms. de Paris: bien seurement.
-
- [376] A l'approche des Bourguignons, on se hâta de mettre à
- l'abri non seulement les grains, mais encore le bétail; ainsi
- nous voyons le 15 septembre 1417 l'Hôtel-Dieu de Paris demander
- au chapitre l'autorisation de disposer de l'île Notre-Dame pour y
- placer les bœufs et moutons qu'il avait fait rentrer dans Paris
- par crainte des incursions ennemies (Arch. nat., LL 215, fol.
- 168).
-
- [377] Ms. de Paris: Et avoient congié de piller tout ce qu'ilz
- povoient.
-
- [378] Ce que dit l'auteur du Journal des déprédations exercées
- par les gens de guerre chargés de défendre la capitale n'a rien
- qui doive surprendre; l'argent faisant absolument défaut aux
- conseillers du roi, les gens de guerre n'étaient pas payés. Dès
- le 18 septembre 1417 le dauphin en était réduit à solliciter du
- chapitre un prêt de 12 à 15 mille francs sur les joyaux de
- Notre-Dame; son chancelier Robert le Maçon revint à la charge le
- 8 octobre, en exposant l'urgence de la situation. Jean Louvet,
- président de Provence, voulant se rendre compte par lui-même des
- ressources capitulaires, se fit montrer le même jour le trésor de
- Notre-Dame; bref, après bien des négociations, le chapitre
- consentit le 9 novembre à prêter une somme de 3,000 francs
- augmentée le 15 novembre de 500 francs, et garantie par le dépôt
- d'un fleuron de la couronne comprenant dix-neuf grosses perles,
- dix rubis, trois saphirs et huit diamants; ce fleuron, remis le
- 17 novembre 1417, fut retiré le 31 janvier suivant, et remplacé
- par une chapelle rouge, dite aux anges (Arch. nat., LL 215, fol.
- 169-171). Dans les circonstances critiques que traversa Paris en
- ce moment, le chapitre de Notre-Dame s'imposa de réels
- sacrifices: il avait déjà donné le 27 août, à titre gracieux,
- cent francs à la ville de Paris pour subvenir à la mise en état
- des fossés de l'enceinte depuis la porte Saint-Jacques jusqu'à la
- Seine (_Ibid._, fol. 166).
-
- [379] Les tueries et les étaux du bourg Saint-Germain se
- trouvaient dans ces «forsbours» dont parle Guillebert de Metz et
- qui correspondent à la rue des Boucheries-Saint-Germain,
- aujourd'hui la partie supérieure de la rue de l'École de
- Médecine.
-
-171. Item, en ce temps valloit le caque de haren XVI livres[380] parisis.
-Item, que autour de Paris, de quelque part que ce feust, n'osoit homme
-aller qu'il ne fust desrobé, et, s'il se revenchoit ou deffendoit, il
-estoit tué des gens d'armes de Paris mesmes, qui yssoient toutesfois
-qu'ilz vouloient hors de Paris pour piller; car quant ilz revenoient, ilz
-estoient aussi troussez de biens que fait le heriçon de pommes; et nul
-n'en osoit parler, car ainsi plaisoit aux gouverneurs de Paris.
-
- [380] Ms. de Paris: XV liv. parisis.
-
-172. Item, en icellui temps, allerent les Bourguignons [devant
-Corbeil[381], et] fourerent le païz[382] tout entour et firent plusieurs
-assaulx, mais pas ne le prindrent à celle foys, car ilz se retrairent
-vers Chartres, mais la nuyt Sainct Climent ariverent devant Paris si
-soudainement que merveilles[383], et les gens d'armes de Paris les
-allerent sovent escarmoucher, mais touzjours y perdoient grant [foison
-de] soudayers de Paris, et ceulx qui eschappoient s'en revenoient par les
-villaiges d'entour Paris, et pilloient, roboient, rançonnoient, et avec
-ce admenoient tout le bestail qu'i povoient trouver, comme beufs, vaches,
-chevaux, asnes, asnesses, jumens, porcs, brebis, moutons, [chevres],
-chevreaulx et toute autre chose dont ilz povoient avoir argent; et en
-eglise prenoient ilz livres et toute autre chose qu'ilz povoient happer,
-et en abbayes de dames autour de Parys prindrent ilz messel, brevieres et
-toutes autres choses qu'ilz povoient piller; et quelque personne qui s'en
-plaignoit à justice ou au connestable, ou aux cappitaines, tout bel luy
-estoit de soy tayre. Et vray est que les gens aucuns qui venoient de
-Normendie à Paris, qui estoient eschappez des Angloys par rançon ou
-autrement, après et avoient esté prins des Bourguignons, et puis à demie
-lieue ou environ, estoient reprins des François et traictez si
-cruellement et par tyrannie comme Sarazins; mais ilz par leurs
-seremenz[384], c'est assavoir, aucuns bons marchans, hommes de honneur,
-qui avoient esté prinsonniers à tous les trois devant diz, dont ilz
-estoient eschappez par argent, juroient et affermoient que plus amoureux
-leur avoient esté les Angloys que les Bourguignons, et les Bourguignons
-plus amoureux cent foyz que ceulx de Paris, et de pitance et de rançon,
-et de paine[385] de corps et de prison, qui moult leur estoit esbahissant
-chose, et à tout bon chrestien doit estre.
-
- [381] Après la levée du siège de Corbeil (28 octobre), Jean
- Sans-Peur passa par Chartres que ses gens occupaient depuis le
- 14, se dirigea sur Tours afin de délivrer Isabeau de Bavière de
- l'étroite captivité qu'elle subissait, et revint à Chartres le 8
- novembre en compagnie de la reine.
-
- [382] Ms. de Paris: soyerent les païs.
-
- [383] L'auteur du Journal, qui ne dissimule point ses sympathies
- pour la cause bourguignonne, glisse à dessein sur la conspiration
- qui devait éclater à Paris dans la nuit de la Saint-Clément (23
- novembre) et livrer aux troupes de Jean Sans-Peur la porte
- Bordelle; ce complot, qu'avait tramé un curé de Champagne, P.
- Jeannin, dit Michel, fut dévoilé à Tanneguy du Châtel par l'un
- des conjurés, un pelletier de la rue Saint-Jacques, et la
- tentative que firent les Bourguignons sous les ordres d'Hector de
- Saveuse échoua complètement. On instruisit aussitôt le procès de
- P. Jeannin qui avait été incarcéré au Châtelet, et un arrêt du
- Parlement en date du 26 novembre 1417, arrêt cité par Mlle Dupont
- dans son édition de Fenin, dont nous n'avons pu retrouver le
- texte, rendit le coupable à l'évêque de Paris (Cf. Juv. des
- Ursins, p. 537).
-
- [384] Ms. de Paris: sermons.
-
- [385] Ms. de Paris: deppence de corps.
-
-173. Item, [ung pou] après la Toussains, enchery tellement la buche que
-le cent de bons costeretz valloit II frans, et XXIIII solz moyenne buche,
-et celle de Bondiz XX solz parisis.
-
-174. Item, la buche de molle valloit X solz parisis le molle, et dura
-celle charté tout l'yver.
-
-175. Item, en ce temps fut la char si chere, que ung petit quartier de
-mouton valloit VII ou VIII solz parisis, et ung petit morsel de beuf de
-bon androit II [solz parisis] qu'on avoit en octobre pour VI deniers
-parisis, une froissure de mouton II ou III blans, une teste de mouton VI
-deniers parisis, la livre de beurre sallé VIII blans[386].
-
- [386] L'approvisionnement de Paris ne se faisait qu'avec une
- extrême difficulté, aucun marchand ne voulant s'exposer aux
- risques que faisaient courir les allées et venues continuelles
- des gens de guerre; aussi la cherté des vivres alla toujours
- croissant, et les embarras de la situation préoccupèrent vivement
- le prévôt des marchands et les échevins, comme le prouve la
- démarche qu'ils firent auprès du Parlement le 16 novembre 1417.
- «Ce jour, vindrent le lieutenant du prevost de Paris, les prevost
- des marchans, eschevins et autres officiers du roy et habitans de
- la ville de Paris, pour avoir advis et deliberacion et provision
- à ce que on puist seurement amener vivres à Paris, et obvier à ce
- que aucunes roberies ou extorcions ne soient faictes indeuement
- aux marchans» (Arch. nat., X{la} 1480, fol. 110 vº).
-
-176. Item, ung bien petit porc coustoit LX solz ou IIII frans.
-
-
- [1418.]
-
-
-177. Item, ou moys de janvier oudit an, fut le prevost de Paris devant
-Montlehery[387], et lui rendirent ceulx [de] dedens de par traictié
-d'argent.
-
- [387] Ms. de Paris: Montierry.
-
-178. Item, de là s'en alla à Chevreuse[388], et gaigna la ville et fist
-tout piller, quant que homme povoit apporter à charroy ou autrement,
-comme ilz firent à Soissons, et moult y ot des bonnes gens du païs tuez
-sans pitié.
-
- [388] Lors de la prise de Chevreuse que Tanneguy du Châtel enleva
- d'assaut (Cousinot, _Geste des nobles_, p. 168), Guillaume
- Maradon, curé de Chevreuse, âgé de 72 ans, fut emmené à Paris et
- mis à la Bastille; le pauvre prêtre protesta contre son
- incarcération, disant qu'il était clerc, écolier de l'Université
- de Paris, que depuis vingt-deux ans il remplissait les fonctions
- curiales à Chevreuse et qu'il avait toujours fait son devoir «de
- preschier ses paroissiens et les amonester pour demourer en
- l'obeissance du roy» (Arch. nat., X{la} 4792, fol. 48 vº).
-
-179. Item, la darraine sepmaine de janvier oudit an, alla le roy devant
-Senliz pour le prendre par force ou autrement, et fut la cité habandonnée
-avant qu'elle fust assaillie.
-
-180. Item, en icellui temps[389] toutes les bonnes villes de Normendie,
-comme Rouen, Montivillier, Dyeppe, et plusieurs autres, quant ilz virent
-comment Caen, Harefleu, Falaise et plusieurs bonnes villes du païs
-avoient esté prinses des Angloys, sans avoir secours du roy de France
-pour messaige qu'ilz envoiassent, se rendirent au duc de Bourgongne[390].
-
- [389] Le ms. de Paris ajoute ici: estoient.
-
- [390] Les Bourguignons entrèrent à Rouen par la porte
- Saint-Hilaire le mercredi 12 janvier 1418; Caen était tombée au
- pouvoir des Anglais le samedi 4 septembre 1417 (P. Cochon,
- _Chron. normande_, p. 432) et Falaise capitula le 20 novembre
- 1417.
-
-181. Item, que le jour Sainct-Martin d'yver IIIIc XVII fut fait pappe
-ung cardinal nommé Martin[391] par l'acort[392] et consentement de tous
-les roys chrestiens, et en fist on feste par toute chrestienté, senon à
-Paris, ne on n'en osoit parler; car le IIIIe sabmedi de karesme oudit an,
-pour ce que le recteur toucha au conseil, que ce lui sembloit bon que on
-feist solempnité du Sainct-Pere, qui tant avoit cousté à faire, et si y
-avoit on mis plus de II ans et demy, pour tant fut mis en prinson, et X
-ou XII maistres avecques lui[393].
-
- [391] Martin V, de la famille Colonna, cardinal diacre, élu pape
- au concile de Constance le 11 novembre 1417, consacré et couronné
- le 21 novembre, mourut à Rome dans la nuit du 20 au 21 février
- 1431.
-
- [392] Ms. de Paris: par la Cour.
-
- [393] Notre chroniqueur dénature complètement les faits qui
- occasionnèrent l'arrestation du recteur de l'Université et de
- certains des maîtres venus à sa suite. Voici ce qui se passa à la
- séance du Parlement tenue sous la présidence du Dauphin, le
- samedi 26 février 1418: Raoul de la Porte, docteur régent en la
- faculté de théologie, grand maître du collège de Navarre, au nom
- de l'Université et en présence du recteur, prit la parole et
- demanda que la collation des bénéfices nouvellement attribuée aux
- évêques demeurât entre les mains du pape; c'est alors que le
- dauphin fit arrêter Pierre Forget, recteur de l'Université, et
- plusieurs autres membres de l'Université qui avaient donné leur
- adhésion aux doctrines soutenues par Raoul de la Porte. Forget
- tint prison en l'hôtel de Me Pierre d'Yerres, chanoine du Palais
- et curé de Saint-André-des-Arts, mais fut élargi le lendemain;
- quant aux maîtres incarcérés en même temps que lui, ils ne furent
- mis en liberté que le 7 mars, après s'être rendus chez le dauphin
- et l'avoir supplié de les laisser partir (Arch. nat., X{la} 1480,
- fol. 120-122).
-
-182. Item, estoit touzjours le siege devant Senliz de par le roy, et
-saichez que pou de gens dedens Senliz avoit[394], mais touzjours yssoient
-[ou] par nuyt ou par jour, et souvent firent si grant dommaige à l'ost du
-roy que le connestable jura la destruction de ladicte cité à feu et à
-sang, et fist crier à trompes, le XIIe jour d'avril, que tous les gens
-d'armes qui à Paris estoient, de quelque estat qu'ilz fussent, allassent
-devant Senliz, sur peine de perdre harnoys et chevaulx. Et tant en y alla
-et tant en y avoit sur les champs de toutes pars, que la sepmaine peneuse
-Paris fut si desgarny de buche, que, qui eust donné en Greve XX solz
-parisis d'un costeret, on n'en eust peu finer. Et à Pasques ensuivant,
-coustoit le quarteron d'œufs VIII blans, et ung tres petit fromaige
-blanc [VI ou VII blans, la livre de viel beurre sallé] VII ou VIII blans,
-une petite piece de beuf ou mouton V ou VI blans, et tout par le mauvais
-gouvernement du prevost de Paris et des marchans.
-
- [394] Jean Sans-Peur avait confié la défense de Senlis à un
- capitaine d'une bravoure éprouvée, Jean bâtard de Thian, qui
- après le siège fut nommé bailli et reçut en récompense de ses
- services le domaine de Mouchy-le-Vieux, plus quatre cents livres
- de rente provenant de la confiscation de feu Guillaume le
- Bouteiller (Arch. nat., JJ 172, fol. 62).
-
-183. Item, celle année, le jour des grans Pasques, nega toute jour, aussi
-fort qu'on veist oncques faire à Nouel, et si n'eust-on finé en Greve [de
-buche], qui eust donné ung franc d'ung quarteron.
-
-184. Item, le XIIIIe jour d'avril IIIIc XVIII, fut faicte la solempnité
-du pappe Martin par les eglises à Paris et environ, tres simplement[395].
-
- [395] La célébration du pontificat de Martin V, qui avait été
- ajournée par ordre du roi signifié au chapitre de Notre-Dame le
- 29 novembre 1417, eut lieu le 14 avril 1418 avec un pompeux
- appareil. L'archevêque de Tours officia à Notre-Dame, et, dans
- toutes les églises, un _Te Deum_ fut chanté, avec les cloches
- sonnant à toute volée, au milieu d'une foule considérable qui se
- pressait à cette solennité (Arch. nat., LL 215, fol. 177, 193).
-
-185. Item, le XXIIIIe jour d'avril oudit an, revint le roy et son ost de
-devant Senliz, où il avoit esté depuis le moys de janvier[396], et ne la
-pot oncques prendre, et si lui cousta que en cannons que [en] autre
-artillerie, avec autre despence plus de IIc mil frans; et si furent
-souvent ses gens tuez, rançonnez de ceulx de la cité, et ses tentes arses
-et prinse son artillerie. Et au derrenier s'en parti le roy et le
-connestable [à tres petit honneur, dont les gens d'armes qui avec le
-connestable] estoient furent si enragez de ce qu'ilz orent failly à leur
-intencion de piller Senliz, qu'ilz se tindrent si près de Paris de toutes
-pars, que homme n'osoit aller plus loing de Paris que Sainct-Laurens tout
-au plus qu'il ne fust desrobé ou tué.
-
- [396] «Dimenche XXIIIIe jour d'avril, le roy retourna de Creilg,»
- où il s'était tenu pendant le siège de Senlis, «et entra ce jour
- à Paris par la porte Saint-Anthoine» (Arch. nat., X{la} 1480,
- fol. 174 vº).
-
-186. Et vray fut que l'année de may[397], les gens de l'ostel du roy
-allerent, comme acoustumé est, au boys de Boulongne, pour apporter du may
-pour l'ostel du roy, les gens d'armes de Montmartre, [à] la
-Ville-l'Evesque, à l'entrée de Paris vindrent sur eulx à force, et les
-navrerent de plusieurs plaies, et puis les desroberent de tout ce qu'ilz
-porent, et fut bien eureux desdiz serviteurs du roy qui se pot sauver en
-gippon ou en chemise tout à pié. En celluy temps alloient femmes
-d'onneur bien acompaignées veoir leurs[398] heritaiges pres de Paris, à
-demie lieue, qui furent efforcées, et leur compaignie bastue, navrée et
-desrobbée.
-
- [397] Ms. de Paris: lendemain; le mot _comme_ a été laissé en
- blanc.
-
- [398] _Leurs_ manque dans le ms. de Rome.
-
-187. Item, vray fut que les aucuns desdiz gens d'armes furent plains de
-si grant cruaulté et tyrannye qu'ilz rostirent hommes et enfans au feu
-quant ilz ne povoient paier leur rançon, et quant on s'en plaignoit au
-connestable [ou au prevost], leur responce estoit: «S'ilz n'y fussent pas
-allées, ce se feussent les Bourguignons, vous n'en parlissiez pas[399].»
-
- [399] Cette phrase est conçue en ces termes dans le ms. de Paris:
- «la responce estoit: S'ils n'y fussent point allez, si c'estoient
- les Bourguignons, vous n'en parleriez pas.»
-
-188. Ainsi commença tout à encherir à Paris, car deux œufs coustoient
-IIII deniers parisis, ung petit fromaige blanc VII ou VIII blans, la
-livre de beurre XI ou XII blans, ung petit haren sor de Flandres III
-deniers ou IIII deniers parisis, et ne venoit quelque chose de dehors à
-Paris, pour les gens d'armes dessusdiz.
-
-189. Ainsi estoit[400] Paris gouverné faulcement, et tant hayoient ceulx
-qui gouvernoient ceulx qui n'estoient de leur bande, qu'ilz proposerent
-que par toutes les rues ilz les prendroient[401] et tueroient sans mercy,
-et les femmes ilz noieroient; et avoient prinses par leurs forces les
-toilles de Paris aux marchans et à autres sans paier, disant que c'estoit
-pour [faire des tantes et des pavillons pour le roy, et c'estoit pour
-faire] les sacs pour noyer lesdictes femmes. Et encore plus, ilz
-proposerent que, avant les Bourguignons venissent à Paris, ne que la paix
-se feist, ilz rendroient Paris au roy d'Engleterre, et [touz] ceulx qui
-pas ne devoient mourir devoient avoir ung escu noir [à] une croix rouge,
-et en firent faire plus de XVI mil, qui depuis furent trouvées en leurs
-maisons. Mais Dieu qui scet les choses abscondées[402], regarda en pitié
-son peuple et esveilla Fortune, qui en soursault[403] se leva comme chose
-estourdie, et mist les pans à la saincture, et donna hardement à aucuns
-de Paris[404] de faire assavoir aux Bourguignons que ilz, tout
-hardiement, venissent le dimenche ensuivant, qui estoit XXIXe jour de
-may, à heure de mynuyt, et ilz les mettroient dedens Paris par la porte
-Sainct-Germain, et que point n'y eust de faulte, et que pas ne leur
-fauldroient pour mourir, et que point ne doubtassent fortune, car bien
-sceussent que [toute] la plus grant partie du peuple estoit des leurs.
-
- [400] Ms. de Paris: estre.
-
- [401] Ms. de Paris: entreroient.
-
- [402] Ms. de Paris: absouldées.
-
- [403] Ms. de Paris: son sault.
-
- [404] Au sujet des conjurés qui ouvrirent les portes de Paris aux
- Bourguignons, voy. Longnon, _Paris sous la domination anglaise_,
- p. 35, note 1.
-
-190. En icelle sepmaine s'esmeurent les Bourguignons de Pontoise, et
-vindrent au jour dit [et] à l'eure en Garnelles, et là compterent leurs
-gens, et ne se trouverent que environ VI ou VIIc chevaulx[405], quant
-Fortune leur dist que avec eulx seroit [la] journée. Adonc prindrent cuer
-et hardement, et vindrent à la porte Sainct-Germain entre une heure et
-deux devant le jour, et en estoit chef le signeur de l'Isle-Adam[406] et
-le beau sire de Bar[407], et entrerent dedens Paris, le XXIXe jour de
-may, criant: «Nostre Dame! la paix! Vive le roy et le dalphin et la
-paix!» Et tantost Fortune, qui tant avoit nourry lesdiz bandez, vit que
-nul gré ne lui savoient de son bien, vint avecques lesdiz
-Bourguignons[408] à toutes manieres d'armes et des communes[409] de
-Paris, et leur fist rompre leurs portes, et effundrer leurs tresors et
-piller, et tourna sa roe si despitement en soy vengent de leurs
-ingratitudes, pour ce que de paix n'avoient cure; [quar tout joyeulx
-estoit qui se povoit mucer en cave, ou] en celier, ou en quelque destour.
-
- [405] Ms. de Paris: VII ou VIIIc chevaulx.
-
- [406] Jean de Villiers, seigneur de l'Isle-Adam, capitaine de
- Pontoise au moment de l'entrée des Bourguignons, fut reçu
- maréchal de France le 17 juin 1418, au lieu de Boucicaut, et
- rivalisa de «pilleries et de roberies» avec Guy de Bar et Claude
- de Chastellux. Juvénal des Ursins évalue à 100,000 écus les
- profits réalisés par chacun de ces capitaines lors de la surprise
- de Paris; on sait, du reste, que Jean de Villiers vendit à Robin
- Clément, changeur sur le Pont, un rubis balay provenant des
- joyaux de la couronne, estimé dix mille francs (Arch. nat., X{la}
- 4795, fol. 193). Le 8 juin 1421, sur la dénonciation de Jean de
- Beaussault, demeurant en la rue des Vieux-Augustins, près de la
- chapelle de Sainte-Marie-l'Égyptienne, L'Isle-Adam, accusé
- d'avoir voulu livrer Paris au dauphin, fut arrêté par ordre du
- duc d'Exeter, capitaine de Paris, et conduit à la Bastille; mais,
- comme il était très populaire, son arrestation produisit une
- certaine émotion dans Paris et le bruit s'y répandit que les
- Anglais l'avaient tué et voulaient emmener le roi hors de la
- capitale (_Ibid._, X{la} 1480, fol. 234). Une commission
- instruisit son procès, mais les charges n'étant point
- suffisantes, il obtint son élargissement, le 10 septembre 1422,
- sous caution fournie par Regnier Pot, Jean de la Trémoille et
- autres chambellans du roi, et des lettres royaux du 20 novembre
- 1423 l'innocentèrent de toute accusation (_Ibid._ X{2a} 16, fol.
- 424, 466). Du reste les Anglais n'épargnèrent rien pour
- l'attacher à leur cause, témoin les nombreuses libéralités dont
- il fut l'objet (cf. Longnon, _Paris pendant la domination
- anglaise_, p. 313, 340). Réintégré au rang de maréchal de France,
- il prêta serment le 3 mai 1432 (Arch. nat., X{la} 1481, fol. 55
- vº). Ce fut en pure perte; le seigneur de l'Isle-Adam, rallié à
- Charles VII, chassa les Anglais de Paris en 1436, comme il avait
- chassé les Armagnacs en 1418, et périt peu de temps après dans
- une émeute à Bruges.
-
- [407] Guy de Bar, seigneur de Presles, chambellan du duc de
- Bourgogne, bailli d'Auxois, nommé le 29 mai 1418 prévôt de Paris
- en remplacement de Tanneguy du Châtel et installé le 31 mai
- (Arch. nat., X{la} 1480, fol. 137), occupa ce poste jusqu'au 3
- février 1419. Il fut reçu le 11 mai 1424 en l'office de bailli de
- Sens et d'Auxerre (_Ibid._, fol. 297). Guy de Bar, quoiqu'ayant
- déjà prélevé de fortes rançons, eut sa part des confiscations
- (cf. Longnon, _Paris pendant la domination anglaise_, p. 192).
-
- [408] Ms. de Paris: bourgeois.
-
- [409] Ms. de Rome: de commune.
-
-191. Et quant le prevost de Paris, nommé Tenneguy du Chastel, vit Fortune
-ainsi contre luy, et que les Bourguignons taschoient à emprinsonner les
-autres en plusieurs prinsons diverses, et le commun à piller, vint à
-Sainct-Paul, et print le daulphin ainsné filx du roy et s'en fouy atout
-droit à Meleun, qui moult troubla la ville de Paris. Et plusieurs autres
-des plus gros de la bande, comme maistre Robert le Maçon[410], chancelier
-du dalphin, l'evesque de Clermont, le grant presidant de Provence[411],
-l'un des maulvais chrestiens du monde, et plusieurs autres de leur
-bande, se bouterent[412] dedens le chasteau de la porte Sainct-Anthoine,
-et par ce furent sauvez et par le dalphin qu'ilz avoient, et firent moult
-d'assaulx à ceulx qui par là passoient, de traict dont foison avoient.
-
- [410] Robert le Maçon, légiste de naissance obscure, originaire
- de Château-du-Loir, et anobli en mars 1401 (Arch. nat., JJ 155,
- fol. 279), s'éleva par son mérite aux plus hautes dignités;
- maître des requêtes de l'hôtel en 1414 (Arch. nat., X{la} 1479,
- fol. 290 vº), il gagna la confiance de la reine Isabeau, qui le
- nomma son chancelier et le chargea de plusieurs missions, en
- récompense desquelles il reçut, le 5 novembre 1415, 500 francs,
- et, le 7 août 1416, 1,000 francs (_Ibid._, KK 47, fol. 12, 13).
- Il entra bientôt, en qualité de chancelier, au service du
- dauphin, alors duc de Touraine, et prit part à l'importante
- délibération relative aux finances qui eut lieu en mai 1417
- (_Ibid._ X{la} 1480, fol. 92 vº). C'est grâce à son dévouement
- que le dauphin parvint à s'échapper lors de la surprise de Paris
- par les Bourguignons, Robert le Maçon lui ayant cédé son propre
- cheval au péril de sa vie; cet acte méritoire est rappelé dans
- les lettres du 7 novembre 1420, par lesquelles le dauphin lui
- accorda un droit de péage sur le vin et le sel passant par la
- Loire au château de Trèves en Anjou, dont il était seigneur
- (_Ibid._, X{la} 8604, fol. 53). Le 31 mai 1418, au moment même où
- son maître voulut tenter de recouvrer Paris, Robert le Maçon
- adressa de Melun aux autorités du Dauphiné une missive dont le
- texte est joint à la chronique de Fénin (édit. Dupont, p.
- 267-268).
-
- [411] Jean Louvet, président des aides et des comptes en
- Provence, venu à Paris en 1415 à la suite du roi de Sicile,
- s'attacha à la personne du dauphin, sur lequel il exerça la plus
- funeste influence; ce fut lui qui, le 8 octobre 1417, vint à
- Notre-Dame avec Jean Coignet et se fit montrer, au nom du
- dauphin, le trésor et les reliques, afin de voir par lui-même ce
- qui pourrait en être détaché sans inconvénient dans ce moment
- critique. La reine Isabeau utilisa ses services et dans sa
- reconnaissance lui alloua mille francs par lettres du 30
- septembre 1416 (Arch. nat., KK 47, fol. 13). Lors des événements
- de 1418, le président de Provence s'estima heureux d'échapper aux
- mains des Bourguignons, en ne perdant que sa chaîne d'or
- (_Ibid._, X{la} 4793, fol. 296). L'un des ennemis acharnés du duc
- de Bourgogne, il accompagnait le dauphin le jour de l'attentat de
- Montereau.
-
- [412] Ms. de Paris: «se vouloient,» avec un mot laissé en blanc.
-
-192. Le dimenche au soir, le lundi, le mardi ensuivant, convint faire
-grant guet et feus parmy Paris pour paour de eulx. Et en icelluy temps se
-fournirent de gens d'armes des fuyans de leur bande, et le mercredi
-ensuivant, environ VIII heures du matin, yssirent du chastel et allerent
-ouvrir la porte par dedens la ville, qui que le voulsist veoir, et
-avecques eulx entra grant foison de gens d'armes, et entrerent en la
-grant rue Sainct-Anthoine, criant: «A mort! à mort! Ville gaingnée! Vive
-le roy et le dalphin et le roy d'Engleterre! Tuez tout! tuez tout[413]!»
-
- [413] Ms. de Paris: tuez, tuez, tuez tout!
-
-193. Item, vray est que dimenche XXIXe jour de may, à l'entrée des
-Bourguignons[414], avant qu'il fust nonne de jour, on [eust] trouvé à
-Paris gens de tous estatz, comme moynes, ordres mendiens, femmes, hommes,
-portans la croix de Sainct-Andry ou de Troye ou d'autre matiere, plus de
-deux cens mille, sans les enffans. Lors fut Paris moult esmeu, et se arma
-le peuple moult plustost que les gens d'armes, et avant que les gens
-d'armes fussent venus, estoient [tant aprouchez lesdiz bandez par force
-qu'ilz estoient] à l'endroit de Tyron[415]. Adonq vint le nouveau prevost
-de Paris à force de gent, et tantost à l'aide de la commune respoussa
-fort, abatant et occiant à grans tas jusque dehors la porte
-Sainct-Anthoine, et tantost le peuple, moult eschauffé contre lesdiz
-bandez, vindrent par toutes les hostelleries de Paris querant les gens de
-ladicte bande, et quant[416] qu'ilz en porent trouver, de quelque estat
-qu'il feust, [fust] prinsonnier ou non, aux gens d'armes estoit [amené]
-en my la rue, et tantost tué sans pitié de grosses haches et d'autres
-armes; et n'estoit homme [nul], à celui jour, qui ne portast quelque
-armeure dont ilz feroient lesdiz bandez en passant par emprès, depuis
-qu'ilz estoient tous mors estanduz; [et] femmes et enfens, et gens sans
-puissance, qui ne leur povoient pis faire, les maudisoient en passant par
-emprès, disans: «Chiens traistres, vous estes mieulx que à vous
-n'appartient, encore en y a il, que pleust à Dieu que tous feussent en
-tel estat.» Et si n'eussiez trouvé à Paris rue de nom, où n'eust aucune
-occision, et en mains que on yroit cent pas de terre depuis que mors
-estoient, ne leur demouroit que leurs brayes; et estoient en tas comme
-porcs ou millieu de la boe, qui moult grant pitié estoit, car pou fu
-celle sepmaine jour[417] qu'il ne pleust moult fort. Et furent celle
-journée[418] à Paris mors à l'espée ou d'aultres armes, en my les rues,
-sans aucuns qui furent tuez es maisons, cinq cens vingt deux hommes, et
-plut tant fort celle nuyt que oncques ne sentirent nulle malle odeur,
-mais furent lavez par force de la pluie leurs plaies, que au matin n'y
-avoit que sang bete, ne ordure sur leurs plaies.
-
- [414] A côté de cette relation de l'entrée des Bourguignons dans
- Paris, due à la plume passionnée de l'un de leurs dévoués
- partisans, on ne lira pas sans intérêt le récit calme et
- impartial inséré dans les registres capitulaires de Notre-Dame
- par un homme d'église, Nicolas le Sellier, qui remplissait à
- cette époque les fonctions de notaire du chapitre: «Veneris XXVII
- maii, dominica sequenti, post primam horam noctis medie,
- intraverunt Burgundi Parisius per portam Sancti Germani que per
- nonnullos custodes clavium fuit eis aperta; erant capitanei
- dominus de l'Isle Adam et le Veau de Bar, cum quatuor milibus
- hominibus, ut dicebatur, defferentibus crucem Sancti Andree, et
- ante horam octavam ipsius diei dominice opportuit quod omnes
- tenentes partem regis, qui tunc dicebantur Armeniaci, defferrent
- ipsam crucem; plures fuerunt ipsa die depredati, comes Armeniaci,
- cancellarius Francie et plures valentes viri capti.» (Arch. nat.,
- LL 215, fol. 197.)
-
- [415] L'hôtel appartenant à l'abbaye de Tiron était situé dans la
- rue de ce nom que l'ouverture de la rue de Rivoli a divisée en
- deux tronçons, l'un aboutissant à la rue François-Miron, l'autre
- à la rue du roi de Sicile.
-
- [416] Ms. de Paris: et ce qu'ilz.
-
- [417] «Jour» manque dans le ms. de Rome.
-
- [418] Les mots «dimanche vingt neuf may», introduits dans le
- texte par les éditeurs du journal, ne se trouvent point dans les
- mss. et doivent être supprimés, avec d'autant plus de raison
- qu'ils dénaturent le récit en rapportant ces 522 victimes au jour
- même de l'entrée des Bourguignons, où il n'y eut, de l'aveu d'un
- témoin digne de foi (le greffier Clément de Fauquembergue), que
- deux à trois personnes tuées pour avoir crié: «Vive Armagnac!»
-
-
-194. Item, en ces jours devant diz prenoit on les Arminalx par tout Paris
-et hors Paris. Entre lesquelx furent prins plusieurs grans de renom et
-tres mauvais couraige, comme Bernard d'Armignac[419], connestable de
-France, aussi cruel homme que fut oncques Noyron[420]; Henry de
-Marle[421], chancelier de France; Jehan Gaude[422], maistre de
-l'artillerie, le pire de tous;--quant les pouvres ouvriers lui
-demandoient leur salaire de leur besongne, il leur disoit: «Avez-vous
-point chascun ung[423] petit blanc, pour à chascun ung chevestre avoir
-pour vous aller pandre? Senglante chenaille, c'est pour vostre preu!»; et
-n'en avoient autre chose, et par ainsi espargna si tres grant trésor plus
-que le roy n'avoit;--maistre Robert de Tuillieres[424]; maistre Oudart
-Baillet[425]; l'abbé de Sainct-Denys en France[426], tres faulx papelart;
-Remonnet de la Guerre, cappitaine des plus fors larrons que on peust
-trouver en place, car ilz faisoient pis que Sarazins; maistre Pierre de
-l'Esclat[427]; maistre Pierre le Gaiant[428], personne sismatique, herite
-contre la foy, et avoit esté presché en Greve, digne d'ardoir.
-
- [419] Bernard d'Armagnac réussit à se cacher, lors de l'entrée
- des Bourguignons, dans l'habitation d'un maçon voisine de son
- hôtel, mais sa retraite ayant été découverte, il fut emmené
- prisonnier le 31 mai au Petit-Châtelet et transféré le 6 juin
- suivant dans la grosse tour du Palais (Arch. nat., X{la} 1480,
- fol. 138, 139). C'est là, ou plutôt dans la cour du Palais, qu'il
- subit le 12 juin une mort ignominieuse; son corps, exposé aux
- outrages de la populace pendant trois jours, traîné dans les rues
- avec ceux du chancelier et de Remonnet de la Guerre, reçut un
- semblant de sépulture dans la cour du prieuré de
- Saint-Martin-des-Champs, au milieu d'un fumier, s'il faut en
- croire la chronique de J. Raoulet (J. Chartier, éd. Vallet, t.
- III, p. 163). L'hôtel qu'occupait Bernard d'Armagnac, près du
- collège des Bons-Enfants, fut donné au comte de Charolais par
- lettres du 21 juillet 1418 (Arch. nat., JJ 170, fol. 168).
-
- [420] Ms. de Rome: aussi cruel homme qui fut oncques noyer.
-
- [421] Le chancelier Henri de Marle, emprisonné le 6 juin dans la
- grosse tour du Palais, avec son fils l'évêque de Coutances,
- partagea le sort du connétable. Après sa mort, Augustin Ysbarre,
- bourgeois de Paris, prit, le 16 octobre 1422, possession de son
- hôtel, situé près de la rue aux Oues (cf. Longnon, _Paris pendant
- la domination anglaise_, p. 58). Pierre le Clerc, valet de
- chambre du duc de Bourgogne, obtint au mois d'août 1418 200
- livres de rente sur l'ensemble des biens du chancelier (Arch.
- nat., JJ 171, fol. 109). Nous ne savons en quelles mains passa
- son hôtel du Blanc-Mesnil (Arch. nat., JJ 170, fol. 242).
-
- [422] Jean Gaudé, simple écuyer de cuisine en 1408 (Arch. nat.,
- X{la} 55, fol. 28 vº), devint maître et garde de l'artillerie
- royale; il se signala par ses rapines et profita du désarroi
- général pour mettre en gage quelques-uns des joyaux de la
- couronne; il emprunta notamment à un riche marchand lucquois
- établi à Paris, Gauvain Trente, huit cents francs sur un balay
- qui valait bien huit mille écus. Quoique son nom figure sur la
- liste des prisonniers qui accompagne la dépêche adressée le 4
- juin 1418 au duc de Bourgogne par ses officiers, on ne saurait
- cependant affirmer qu'il ait été enveloppé dans le massacre; en
- tout cas, ses biens furent confisqués et donnés, au mois d'août
- 1418, à Simon de Neuville, valet de chambre du roi (Arch. nat.,
- JJ 171, no 189). Jean Gaudé avait deux maisons dans Paris, l'une
- à l'enseigne du Cygne, rue Saint-Germain-l'Auxerrois, l'autre rue
- Arnoul-de-Charonne, sans compter divers héritages à Chatou
- (Sauval, III, 310, 312, 319, 326).
-
- [423] Les mots «chacun ung» sont ajoutés dans le ms. de Paris qui
- remplace «pour achater ung chevestre» par «pour à chacun ung
- chevestre avoir». Le reste de la phrase est défiguré: «Sanglante
- chenallie, c'est pour vostre pren.»
-
- [424] Robert de Tuillières, d'abord simple sergent au Châtelet
- avec son frère Guillaume (Arch. nat., Y2, fol. 172 vº), devint
- lieutenant criminel du prévôt de Paris (avant 1404); reçu
- trésorier de France avec Michel de Lallier, en vertu de lettres
- du 25 septembre 1409 (Arch. nat., Z 5187, fol. 218), il quitta
- Paris lors de la réaction cabochienne et resta quelque temps
- absent (_Ibid._, X{la} 8602, fol. 285 vº). Dans un sauf-conduit
- que lui délivra le roi d'Angleterre le 27 novembre 1415, il est
- qualifié de conseiller du duc d'Orléans (_Rôles français_, t. II,
- p. 225). En sa qualité de lieutenant criminel il ne pouvait
- échapper aux haines féroces d'une vile multitude et dut succomber
- sous les coups des meurtriers dans la sinistre journée du 12
- juin. Guillaume de Foletemps, l'un de ceux qui firent entrer les
- Bourguignons, et Étienne Morel, valet de chambre du roi et
- contrôleur de la dépense du duc de Bourgogne, se partagèrent ses
- dépouilles; le second reçut pour sa part l'hôtel de Robert de
- Tuillières, sis à Paris rue de l'Arbre-Sec, garni de ses meubles,
- jusqu'à concurrence de 400 livres de rente (Arch. nat., JJ 170,
- no 256; JJ 171, no 195). Robert de Tuillières laissa une veuve et
- des enfants; sa sœur, Marguerite de Tuillières, épousa Miles du
- Breuil, notaire du roi au Châtelet, dont la maison, rue de la
- Parcheminerie, fut également confisquée (Sauval, III, 314).
-
- [425] Oudart Baillet, conseiller en la grand' chambre du
- Parlement depuis le 22 septembre 1413, fut aussi l'une des
- victimes de la fureur populaire; il siégea encore le samedi 28
- mai, veille de l'entrée des Bourguignons; sa maison, rue
- Aubry-le-Boucher, fut donnée à bail pour trois ans à Jean Seguin
- (Sauval, III, 291).
-
- [426] Philippe de Villette, abbé de Saint-Denis, éprouva bien des
- vicissitudes, témoin ce curieux épisode: Après la prise du pont
- de Saint-Cloud, en 1411, il fut emmené de Saint-Denis à Paris et
- enfermé pendant dix à douze jours dans un galetas près de
- Saint-Eustache; les écuyers qui s'étaient chargés de sa personne
- voulurent le mettre à composition et lui réclamèrent huit cents
- écus; le malheureux abbé ne sachant que répondre et requérant
- justice, ces écuyers lui demandèrent ironiquement de quelle
- justice il entendait parler, «s'il voloit que l'en menast copper
- sa teste es halles, ou que l'en le feroit pas, mais seroit mis en
- un sac en la riviere.» (Arch. nat., X{la} 4789, fol. 452 vº.)
- Lors des massacres qui ensanglantèrent la prison de Saint-Éloi,
- voisine du Palais, où Philippe de Villette avait été enfermé,
- l'abbé, revêtu de ses ornements pontificaux, officiait au pied de
- l'autel, et il dut passer par de terribles angoisses en voyant
- suspendues au-dessus de sa tête les lames dégouttantes de sang
- que brandissaient les assassins. Grâce à l'intervention de Jean
- de Villiers, l'abbé de Saint-Denis fut épargné, mais il succomba
- le 27 juin au château de l'Isle-Adam, où il avait trouvé un
- refuge, aux atteintes de l'épidémie régnante (Religieux de
- Saint-Denis, t. VI, p. 273). L'hôtel qu'il occupait à Paris, rue
- de Bièvre, fut confisqué (Sauval, III, 296).
-
- [427] Pierre de l'Esclat, maître des requêtes de l'hôtel depuis
- 1397, «que le bon temps couroit», chargé de belles «embexades»,
- où il sut faire de beaux profits, passait pour avoir une fortune
- d'au moins vingt mille écus (Arch. nat., X{2a} 18, avril 1426);
- comme conseiller de la reine Isabeau, il recevait cinq cents
- livres par an (_Ibid._, KK 48, fol. 22). Constamment fidèle au
- parti armagnac, il fut emprisonné en 1409 avec Jean de Montaigu
- et se racheta à prix d'argent. Il participa ensuite à la
- rébellion des princes et perdit pour cette cause ses fonctions de
- maître des requêtes de l'hôtel (_Ibid._, X{la} 4789, fol. 238
- vº). Après l'échec des Cabochiens, il prit part de nouveau aux
- délibérations du Parlement. Lors de la révolution bourguignonne,
- il fut arrêté et mis à mort le 12 juin 1418. Sa veuve, Jeanne
- Porchière, et sa sœur, Jeanne de l'Esclat, se réfugièrent à
- Orléans (_Ibid._, X{2a} 18, avril 1426, X{2a} 21, juillet 1431).
- Cf. au sujet de ses biens confisqués, Longnon, _Paris pendant la
- domination anglaise_, p. 62.
-
- [428] Ms. de Paris: Pierre le Grand.
-
-195. Item, il alla après ce à court de Romme, et quant il revint, il fut
-plus maistre en Chastellet que devant, et les lettres dont il se mesloit,
-c'on avoit avant pour VIII solz parisis, il en failloit bailler XXIIII
-solz parisis, et si failloit il paier par sa main.
-
-196. Item, l'evesque de Clermont[429], qui estoit tout le pire contre la
-paix, et plusieurs autres[430]. Et tant en avoit au Palays, au
-Chastellet, Petit et Grant, à Sainct-Martin, à Sainct-Anthoine, à Tyron,
-au Temple, que on ne les savoit où mettre.
-
- [429] Martin Gouge de Charpaigne, évêque de Clermont, chancelier
- du duc de Guyenne, incarcéré en 1409 avec Jean de Montaigu,
- parvint à s'échapper de Paris à la faveur d'un déguisement, mais
- fut arrêté par Georges de la Trémoille, seigneur de Sully, son
- ennemi personnel, qui le retint dans les prisons de son château
- de Sully jusqu'à sa délivrance par le dauphin (Cousinot, _Geste
- des nobles_, p. 172). Le bel hôtel de l'évêque de Clermont fut
- successivement donné: en décembre 1418 à Jacques de Montberon,
- maréchal de France (Arch. nat., JJ. 170, no 286), le 29 avril
- 1423 à Guy le Bouteiller, seigneur de la Roche-Guyon (Longnon,
- _Paris pendant la domination anglaise_, p. 88).
-
- [430] Une liste détaillée des principaux prisonniers faits par
- les Bourguignons à leur entrée dans Paris est annexée à la
- dépêche du 4 juin 1418, publiée par M. J. Garnier. Nous
- essayerons de compléter sur certains points les indications
- qu'elle nous fournit et de rectifier quelques noms.--MABRIGOIR
- est le même que Maurigon, écuyer gascon, emprisonné et massacré
- avec le connétable d'Armagnac (Gousinot, _Geste des nobles_, p.
- 169).--GUILLAUME BATAILLE, chevalier de la suite du dauphin, l'un des
- acteurs du drame de Montereau.--JEAN COIGNET, ALEXANDRE LE BOURSIER,
- commissaires généraux sur le fait des finances.--MORELET DE
- MARANCOURT n'est peut-être pas différent de Morelet de Montmaur,
- qui, enfermé à la Bastille, échappa au massacre du 21
- août.--ANDRÉ GIFFET ou GIFFART, trésorier de France, tué dans les
- prisons du Châtelet.--HENRI L'ALEMANT, chambellan du roi.
-
-197. Item, [ce pendent] estoient touzjours les Arminaz à la porte
-Sainct-Anthoine, pour quoy on faisoit toutes les nuys tres grans feuz, et
-n'estoit nuyt que on ne criast alarme, et faisoit-on cris à trompe à
-mynuit, après mynuit, davant mynuit, et neantmoins tout ce plaisoit au
-peuple, pour ce que de bon cuer le faisoient.
-
-198. Item, le peuple s'advisa de faire en la parroisse Sainct-Huitasse la
-confrarie Sainct-Andry[431], et la firent à ung jeudy, IXe jour de juing,
-et chascun qui s'y mettoit avoit ung chappeau de roses vermeilles. Et
-tant s'i mist de gens de Paris, que les maistres de la confrarie disoient
-et affermoient qu'ilz avoient fait faire plus de LX douzaines de
-chappeaulx, mais avant qu'il fust doze heures, les chappeaulx furent
-failliz; mais le moustyer de Sainct-Huistace estoit tout plain de
-gens[432], mais pou y avoit homme, prebstre ne autre, qui n'eust en sa
-teste chappeau de roses vermeilles, et sentoit tant bon au moustier,
-comme s'il fust lavé d'eau rose.
-
- [431] Au mois de septembre 1418, s'établit une autre confrérie en
- l'église Saint-Eustache, sous l'invocation de saint Sébastien,
- saints Jean Baptiste et l'Évangeliste (Arch. nat., JJ 170, no
- 198); mais les registres du Trésor des chartes ne mentionnent
- point celle de saint Andry, instituée en juin.
-
- [432] Ms. de Paris: monde.
-
-199. Item, en celle sepmaine, ceulx de Rouen demanderent à ceulx de Paris
-aide[433], et [on] leur envoya IIIc lances et IIIc hommes de traict pour
-ovier[434] aux Engloys.
-
- [433] Deux chevaucheurs, G. Poulain et G. le Fournier, furent
- dépêchés de Rouen à Paris, «par l'ordonnance du bailli, devers
- les seigneurs de Chastellus, l'un des marechaulx de France, et le
- prevost de Paris» (Arch. nat., JJ 170, no 142, 143). Des lettres
- du 26 juin instituèrent Claude de Chastellux lieutenant général
- et capitaine au duché de Normandie (_Ibid._, no 147), mais elles
- n'eurent aucun effet; le seul secours qui parvint à Rouen, à part
- le contingent parisien, se composa de quatre mille hommes envoyés
- par Jean Sans-Peur (Cf. Monstrelet, t. III, p. 281).
-
- [434] Ms. de Paris: nuire.
-
-200. Item, le dimenche ensuivant, XIIe jour de juing, environ XI heures
-de nuyt, on cria alarme, [comme on faisoit souvent alarme] à la porte
-Sainct-Germain; les autres crioient à la porte [de] Bordelles. Lors
-s'esmut le peuple vers la place Maubert et environ, puis après ceulx de
-deçà les pons, [comme] des Halles et de Greve et de tout Paris, et
-coururent vers les portes dessusdictes, mais nulle part ne trouverent
-[nulle] cause de crier alarme. Lors se leva[435] la deesse de Discorde,
-qui estoit en la tour de Mau-Conseil, [et esveilla] Ire la forcenée[436]
-et Convoitise et Enragerie et Vengence, et prindrent armes de toutes
-manieres et bouterent hors d'avec eulx Raison, Justice, Memoyre de Dieu
-et Atrempance[437], moult honteusement. Et quant Ire et Convoitise virent
-le commun de leur accort, si les eschauffa plus et plus, et vindrent au
-Palays du roy. Lors Ire la desvée leur gecta sa semence tout ardant sur
-leurs testes; lors furent eschauffez oultre mesure, et rompirent portes
-et barres, et entrerent es prinsons dudit Pallays à mynuit, heure moult
-esbahissant à homme sourprins; et Convoitise qui estoit leur cappitaine,
-et portoit la baniere devant, qui avec lui menoit Traïson et Vengence qui
-commencerent à crier haultement: «Tuez, tuez ces faulx[438] traistres
-Arminaz! Je reny bieu, se ja pié en eschappe en ceste nuyt.» Lors
-Forcenerie la desvée, et Murtre[439] et Occision occirent, abatirent,
-tuerent, murtrirent tout ce qu'ilz trouverent es prinsons, sans mercy,
-fut de tort ou de droit, sans cause ou à cause; et Convoitise avoit les
-pans à la saincture, avec Rapine sa fille et son filx Larrecin, qui, tost
-après qu'ilz estoient mors ou avant, leur ostoient tout ce qu'ilz
-avoient, et ne volut pas Convoitise que on leur laissast neis leurs
-brayes, pour tant qu'ilz vaulsissent iiii deniers[440], qui estoit un des
-plus grans cruaultés et inhumanité chrestienne [à aultre de quoy on peust
-parler. Quant Murtre et] Occision avoit fait ce, revenoit tout le jour
-Convoitise, Ire, Vengence, qui, dedens les corps humains qui mors
-estoient, boutoient toutes manieres d'armes, et en tous lieux et tant
-que, avant que prime fust de jour, orent de coupz de taille et d'estoc ou
-visaige, tant que en n'y povoit homme congnoistre quel qu'il fust, ce ne
-fut le connestable et le chancelier qui furent cogneuz ou lict où tuez
-estoient. Après, allerent cedit peuple par l'ennortement de leurs deesses
-qui les menoient, c'est assavoir, Ire, Convoitise et Vengence, par toutes
-les prinsons publicques de Paris, c'est assavoir, à Sainct-Eloy, au Petit
-Chastellet, au Grant Chastellet, au Four l'Evesque, à Sainct-Magloire, à
-Sainct-Martin-des-Champs, au Temple, et partout firent comme devant est
-dit du Pallays. Et n'estoit homme [nul] qui en celle nuyt ou jour, eust
-osé parler de Raison ou de Justice, ne demander où elle estoit enfermée,
-car Ire les avoit mises en si profonde fosse, que on ne les pot oncques
-trouver [toute] celle nuyt, ne la journée ensuivant. Si en parla le
-prevost de Paris au peuple, et le seigneur de l'Isle-Adam, en leur
-admonestant [Pitié], Justice et Raison; mais Ire et Forcenerie respondit
-par la bouche du peuple: «Maulgré bieu, sire, de vostre Justice, de
-vostre Pitié [et] de vostre Raison! mauldit soit de Dieu qui aura ja
-pitié de ces faulx traistres Arminaz Angloys ne que [de] chiens! car par
-eulx est le royaulme de France tout destruit et gasté, et si l'avoient
-vendu aux Engloys.»
-
- [435] Ms. de Paris: s'esleva.
-
- [436] Ms. de Paris: Ire la sornée.
-
- [437] Ms. de Paris: atremance.
-
- [438] Ms. de Rome: chiens.
-
- [439] Ms. de Paris: murmure.
-
- [440] Ms. de Paris: pour tant qu'ilz ne vaulsissent que iii
- deniers.
-
-201. Item, est [vray] que devant chascune desdictes prinsons, avant qu'il
-fust dix heures de jour, estoient tous entassez comme se feussent chiens
-ou moutons, et n'en avoit nulle pitié disant: «Aussi ont ilz fait sacs
-pour nous noyer et noz femmes et noz enfens, et ont fait faire estandars
-pour le roy d'Engleterre et pour ses chevaliers, pour mettre sur les
-portes de Paris, quant ilz l'auront livré aux Englois. Item, ilz ont fait
-escussons à une rouge croix, plus de XXX milliers, dont ilz avoient
-proposé de seigner les huys de ceulx qui devoient estre tuez ou non. Si
-ne nous en parlez plus de par le diable, que pour vous n'en laisserons
-riens à faire par le sang Dieu!» Quant le prevost vit qu'ilz estoient
-ainsi eschauffez de la faulce Ire qui les menoit, si n'osa plus parler
-[de Raison], de Pitié, ne de Justice, et leur dist: «Mes amys, faictes ce
-qu'il vous plaira.» Ainsi s'en allerent es prinsons dessusdictes, et
-quant ilz trouvoient trop fortes prinsons où ilz ne povoient entrer, si
-boutoient dedens force [de] feu, et ceulx qui dedens estoient n'avoient
-riens de quoy leur aider, si estraingnoient[441] et ardoient là dedens à
-grant martire. Et ne laisserent en prinson de Paris, sinon au Louvre,
-pour ce que le roy y estoit[442], quelque prinsonnier qu'ilz ne tuassent
-ou par feu ou par glayve[443]. Et tant tuerent de gens à Paris, que
-hommes que femmes, depuis celle heure de mynuit jusques au lendemain XII
-heures, qui furent nombrez à mille cinq cens dix huit; et furent le
-connestable, le chancelier, ung cappitaine nommé Remonnet de la Guerre,
-maistre Pierre de l'Esclat, maistre Pierre Gaiant, maistre Guillaume
-Paris[444], l'evesque de Coustances, filx du chancelier de France[445],
-en la court de darriere devers la Cousture, et furent deux jours entiers
-au pié du degré du Palays sur la pierre de marbre, et puis furent
-enterrez ces VII[446] à Sainct-Martin en ladicte court de derriere la
-Cousture, et tous les autres à la Trinité[447]; entre lesquelx mors
-furent trouvez tuez IIII evesques du faulx et dampnable conseil[448], et
-deux des presidens de Parlement[449].
-
- [441] Ms. de Rome: estaingnoient.
-
- [442] Charles VI avait été conduit au Louvre le 1er juin «après
- disner»; son Conseil y tint séance le jeudi 2 juin (Arch. nat.,
- X{la} 1480, fol. 108).
-
- [443] Ms. de Paris: ou par sang.
-
- [444] Pierre le Gayant et Guillaume Paris, tous deux clercs
- criminels de la prévôté de Paris, le premier antérieurement à
- l'année 1402 (Arch. nat., X{la} 1479, fol. 6 vº; Y 2, fol. 204),
- tombèrent probablement au Grand Châtelet sous les coups de la
- populace qui se précipita à l'assaut de cette prison; leurs biens
- confisqués furent attribués à Colette, veuve de Jean de Dammart,
- valet de chambre du roi (_Ibid._, JJ 171, no 193). Pierre le
- Gayant était possesseur d'une maison sise rue des Arsis et
- attenante à celle de Marivaux (Sauval, III, 308); au mois de
- décembre 1408, il avait été poursuivi pour hérésie; entre autres
- énormités, on l'accusait d'avoir craché sur la croix. Dans sa
- défense, Le Gayant déclare «estre né près de Paris, avoir vecu
- bien et loyaument, estre bon notaire et avoir exercé l'office de
- clerc criminel du Châtelet XVII ans» (Arch. nat., X{la} 4788,
- fol. 183).
-
- [445] Jean de Marle, reçu le 11 décembre 1409 maître des requêtes
- de l'hôtel à la place de Pierre Trousseau, évêque de Poitiers,
- fut nommé évêque de Coutances au début de l'année 1414 et céda
- ses fonctions à son frère Arnaud de Marle, que le Parlement admit
- le 25 avril par considération pour le chancelier (Arch. nat.,
- X{la} 1479, fol. 96 vº, 292 vº).
-
- [446] Ms. de Paris: un.
-
- [447] La Trinité, hôpital situé rue Saint-Denis, en face la rue
- Saint-Sauveur. C'est probablement dans son enclos, compris entre
- les rues Grenetat et Guérin-Boisseau, que furent enterrées les
- victimes.
-
- [448] Guillaume de Cantiers, évêque d'Évreux, Pierre Fresnel,
- évêque de Lisieux, Jean d'Achery, docteur en théologie, évêque de
- Senlis, tels sont, avec Jean de Marle, les quatre évêques qui
- périrent dans les massacres du 12 juin 1418; par raffinement de
- cruauté, le cadavre de Jean d'Achery fut traîné hors des portes
- par une corde attachée à ses pieds. Quant aux évêques de Bayeux
- et de Saintes, que Monstrelet (t. III, p. 270) compte au nombre
- des victimes, ils réussirent à s'échapper.
-
- [449] Parmi les membres du Parlement tués dans l'émeute du 12
- juin, on peut citer les conseillers Jean de Vitry, dont les biens
- confisqués furent donnés, jusqu'à concurrence de 200 livres de
- rente, à Jean Caucousin (Arch. nat., JJ 170, no 251), et Oudart
- Gentien, qui faisait partie du Parlement depuis 1403 et qui subit
- le même sort que son frère, Benoît Gentien, religieux de
- Saint-Denis (Cf. Longnon, _Paris pendant la domination anglaise_,
- p. 323). Deux procureurs au Parlement, Oudart Correl et Jean de
- Combes, furent également mis à mort (Sauval, III, 317. Arch.
- nat., X{1c} 124).
-
-202. Item, celle sepmaine fut depposé de la prevosté des marchans
-Guillaume Cyrasse, et y fut mis sire Noel Marchant[450].
-
- [450] Guillaume Cirasse ayant été déchargé de la prévôté des
- marchands le lundi 6 juin 1418, les maréchaux de France de
- Chastellux et de l'Isle-Adam, assistés de Guy de Bar, le
- remplacèrent par Noël Marchand, bourgeois de Paris. Le vendredi
- suivant, 10 juin, l'échevinage fut complètement renouvelé:
- Étienne de Bonpuits, Jean Dupré, Henri Mauloué et Simon Taranne,
- qui avaient pris la fuite, firent place à Michel Thibert,
- boucher, place aux Veaux, Marcellet Testard, qui devint trésorier
- de la reine Isabeau, Jean de Louviers le jeune, ancien échevin,
- et Pierre le Voyer (Arch. nat., KK 1009, fol. 2 vº, 3 rº).
-
-203. Item, en celui temps, on attendoit monseigneur de Bourgongne de jour
-en jour, et si n'estoit homme qui peust savoir au vray où il estoit, dont
-le peuple fut plus felon, et n'osoit le prevost de Paris faire justice.
-
-204. Item, celle sepmaine fut fait procureur du roy ung nommé Vincent
-Lormoy[451].
-
- [451] L'office de procureur du roi au Châtelet était exercé en
- 1413 par Guillaume Lormoy, que Guillaume Marescot déposséda le 2
- octobre, en vertu de lettres de substitution qu'il produisit au
- Parlement (Arch. nat., X{la} 1479, fol. 267 vº). Nous ignorons
- quels liens de parenté existaient entre ce Guillaume Lormoy et
- Vincent Lormoy qui, appelé en 1418 aux mêmes fonctions, ne
- conserva ce poste que fort peu de temps, car, le 22 septembre
- 1421, ses exécuteurs testamentaires demandèrent au Parlement à
- être déchargés «de certain tapis vermeil semé d'arbres orbatus et
- d'un livre en françois contenant plusieurs livres de devocion»
- dont l'évêque de Paris et le procureur général du roi se
- disputaient la propriété et que Vincent Lormoy avait reçus en
- dépôt (_Ibid._, X{la} 1480, fol. 241; P 1189).
-
-205. Item, le XXe[452] jour de juing, fut faicte justice d'ung nommé
-Boutart[453], qui estoit sergent à cheval, demourant en la grant rue
-Sainct-Denis, l'ung des plus mauvais de tous ceulx de la bande, et pour
-ce que si mauvais estoit contre le duc de Bourgongne, et [que] moult bel
-parleur estoit et grande faconde de homme, il recongnut à sa fin que
-quant il vouloit il estoit à l'estroit conseil des bandez, et avoit eu
-commission de par le prevost et les autres, environ devant VIII ou IX
-jours que les Bourguignons aryvassent à Paris, de faire tuer tout le
-quartier des Halles, c'est assavoir, hommes, femmes et enffens, lesquelx
-qu'il eust voulu, et leurs biens confisquez à luy et à ceulx qui luy
-eussent aidé à fayre ladicte occision. La sepmaine que lesdiz
-Bourguignons entrerent à Paris, devoit ce estre fait, et recognut que ung
-nommé Simonnet Taranne[454] avoit ung autre quartier pour faire
-semblablement[455], et autres de leur maldit conseil devoient ainsi faire
-par tout Paris. Mais Dieu qui scet les choses abscondites, qui mua le
-conseil d'Olofernes par main de femme, les fist cheoir en la fosse qu'ilz
-avoient faicte, comme devant est dit.
-
- [452] Ms. de Paris: XXIe.
-
- [453] Pierre Boudaut, sergent à cheval au Châtelet, est mentionné
- dans un compte de la prévôté de Paris comme porteur de mandements
- notifiant la mise aux enchères, le vendredi 2 octobre 1416, en
- l'auditoire du Châtelet, des étaux créés dans les nouvelles
- boucheries de Paris (Sauval, III, 274).
-
- [454] Simon Taranne, fils du changeur Jean Taranne, était échevin
- de Paris au moment de l'entrée des Bourguignons. Plus heureux que
- son père mis à mort dans l'émeute du 21 août 1418, il réussit à
- s'échapper. (Au sujet de ses biens confisqués, cf. Longnon,
- _Paris pendant la domination anglaise_, p. 173, 216).
-
- [455] Ms. de Paris: semblable.
-
-206. Item, le sabmedi ensuivant, fut decapité Guillaume d'Ausserre[456],
-drappier, esleu de Sainct-Eloi, aagé de plus de LXVI ans, qui avoit de
-moult belles filles à Paris, toutes femmes d'honneur et[457] d'estat,
-lesquelles il vilena moult, car il congnut tant de traïsons contre le
-roy et son royaulme, que lui et ceulx de ladicte bande avoient machinées
-et fait aliance aux Englois, que fort seroit à croire; et encusa autres,
-desquelx furent decapitez ung sergent d'armes, nommé Monmelian, lequel
-avoit fait par son pourchaz decapiter le sieur de l'Ours de la porte
-Baudet, [et lequel seigneur de l'Ours, environ six sepmaines] après que
-les Bourguignons furent entrez à Paris, fut despendu, lui et plusieurs
-autres, du gibet, et furent mis en terre saincte, et fait leur service
-honnestement.
-
- [456] Guillaume d'Auxerre, riche drapier de la Cité, originaire
- de Bourges, occupa l'échevinage du 10 octobre 1415 au 30 août
- 1416; il possédait deux maisons à Paris, l'une rue de la Harpe,
- au coin de la rue Percée, l'autre rue Vieille-Plâtrière (Sauval,
- III, 295, 316); une partie de ses biens fut la récompense des
- services rendus par Jean de l'Isle, l'un des complices de
- Perrinet le Clerc (Arch. nat., JJ 171, no 192). Sa veuve Jeanne,
- retirée à Bourges, obtint des lettres de rémission le 12 juin
- 1427 (Longnon, _Paris pendant la domination anglaise_, p. 266).
- Sa fille Marguerite avait épousé Thomas du Han. En même temps que
- G. d'Auxerre, furent exécutés maître Pierre la Gode, avocat au
- Parlement (Arch. nat., X{la} 1480, fol. 133 vº), et Philippe de
- Corbie, maître des requêtes de l'hôtel depuis 1408, suspect au
- duc de Bourgogne (Cf. Monstrelet, t. III, p. 201). La maison que
- Pierre la Gode possédait rue des Barres passa en novembre 1418 à
- Philippot de Juilly, valet tranchant du roi (Arch. nat., JJ 170,
- no 139). Philippe de Corbie avait la seigneurie de Sèvres et
- Meudon, comme on le voit par le procès qu'engagèrent les tuteurs
- et curateurs de ses enfants pour en obtenir la restitution
- (_Ibid._, X{la} 4797, fol. 90 vº).
-
- [457] «D'honneur et» manque dans le ms. de Rome.
-
-207. Item, ou moys de juing, fut la porte Sainct-Anthoine murée, et
-n'avoit à Paris que deux portes ouvertes, c'est assavoir, la porte
-Sainct-Denis et celle de Sainct-Germain.
-
-208. Item, en celle année ne fut nouvelle du Landit, ce ne fu à la fin
-que on vendy ung pou de souliers de Breban en trois estaulx en la grant
-rue Sainct-Denis, emprès les Filles-Dieu.
-
-209. Item, la vigille Sainct Jehan furent remises les chesnes de fer[458]
-au boutz des rues de Paris, et cuida on tout trouver; mais il s'en
-faillit iiic que les bandez en leur vivant avoient degasté en leur
-prouffit, on ne scet en quel lieu, et les refist-on moult hastivement.
-
- [458] Peu de temps avant l'entrée des Bourguignons, Pierre Emery,
- bon marchand de Paris, qui avait la confiance du connétable
- d'Armagnac, fut chargé d'enlever les chaînes des rues de Paris.
- Après sa fin tragique à la Conciergerie, on retrouva chez lui
- 29,356 livres de fer en verges et en petites pièces, que l'on
- déposa partie à la halle au blé, partie dans l'hôtel de la
- Trémoille. Robert le Doyen, quartenier du quartier des Halles,
- jugea à propos d'employer ce fer à la réfection des chaînes de
- son quartier. Une action judiciaire lui fut intentée par Jeanne
- Emery, fille de Pierre Emery, mariée à Thomas de Herlay, à la
- suite de laquelle Robert le Doyen se vit condamné, par arrêt du
- 10 juin 1430, à payer 342 livres 16 s. par., représentant la
- valeur de ces 29,000 livres de fer, dont la provenance fut jugée
- douteuse. Robert le Doyen actionna à son tour la prévôté des
- marchands en garantie de tous frais et dommages; un arrêt
- intervenu le 28 mars 1431 fit droit à sa requête et rendit la
- prévôté des marchands responsable de 19,885 livres et demie de
- fer en verges et de 862 livres en petites pièces, évaluées 243
- livres parisis; en outre, un supplément d'enquête au sujet des
- chaînes du quartier de Saint-Germain-l'Auxerrois fut ordonné
- (Arch. nat., X{la} 1481, fol. 43; X{la} 67, fol. 104, 151).
- Indépendamment de cette masse considérable que nous voyons
- utilisée, il y eut certainement nombre de chaînes «degastées» au
- profit de diverses personnes, témoin celles qui furent achetées à
- un canonnier peu de temps après la surprise de Paris (_Ibid._, JJ
- 171, no 214).
-
-210. Item, le dimenche IIIe jour de juillet, fut faicte une des plus
-belles processions que on eust veu oncques[459]. Toutes les eglises de
-Paris s'assemblerent à Nostre-Dame de Paris et de là vindrent à grant
-luminaire [et sainctuaires] à Sainct-Marry[460], à Sainct-Jehan en Greve,
-et là moult bien devottement prindrent le corps Nostre Seigneur que les
-faulx juifz boullirent[461] et l'apporterent moult reverentement, faisans
-grans louanges à Dieu, à Sainct-Martin-des-Champs; et alloient les gens
-de l'Université deux et deux, c'est assavoir, emprès chascun maistre
-alloit ung bourgois au dessoubz de lui, et tous les autres semblablement.
-
- [459] En présence de l'effervescence populaire qui était loin
- d'être calmée, le 24 juin 1418, l'Université de Paris,
- représentée par son recteur et un certain nombre de députés, se
- joignit au Chapitre de Notre-Dame pour tenter la pacification des
- esprits au moyen d'une procession solennelle où serait intercalée
- une prédication. Le 27 juin, après mûre délibération, bien qu'il
- semblât aux chanoines fort hasardeux de convoquer le peuple «et
- de lui prêcher la paix et justice», à moins de le faire avec une
- extrême prudence, on décida la procession solennelle, après
- s'être assuré le concours du conseil royal, des échevins et de
- l'Université. Les dernières dispositions furent prises le 30
- juin: deux chanoines furent chargés de régler avec les députés de
- l'Université l'ordre de la procession, pour éviter tout conflit
- qui pourrait s'élever pendant la cérémonie entre le Chapitre et
- l'Université au sujet de la préséance de l'un ou l'autre de ces
- corps (Arch. nat., LL 215, fol. 201).
-
- [460] «Sainct-Marry» manque dans le ms. de Rome.
-
- [461] Ms. de Paris: voulurent.
-
-211. Item, le vendredy ensuivant vindrent les Arminalz de Meaux jusques
-devant Paris, et bouterent le feu à la Villette, à la Chappelle et
-ailleurs es granches plaines de blez nouveaulx. Si cria on alerme à
-Paris, si s'enfouirent, et en eulx en allant [allerent coupper les cordes
-des Arminalz qui penduz estoient au petit gibet de Paris[462]; et en eulx
-en allant] prindrent grant proie de bestail, [et] prinsonniers pouvres
-laboureurs en leurs lis, et le commun de Paris s'arma, mais on ne leur
-volt ouvrir la porte sitost, pour ce que sans chief estoient. Tosts[463]
-après vint le prevost de Paris, qui yssit à grant compaignie, et eulx le
-suyvirent moult asprement. Et fut vray que les Arminas povoient bien
-estre à plus de trois lieues loing ains que le prevost yssist, ne le
-commun qui moult s'en tint mal comptent, toutes voies suivirent ilz tant
-leurs annemys à pié qu'ilz rescouirent[464] presque tous les
-prinsonniers, et furent jusques à Langny-sur-Marne, et là leur fut dit
-que la grosse bataille povoit [ja] bien estre à trois grosses lieues
-loing; lors s'en revindrent le mieulx qu'ilz porent, moult las, car moult
-faisoit grant chault, et on ne trouvoit rien nulle part que es bonnes
-villes, car pour la guerre on y mettoit tout. Quant ilz furent venus à
-Paris, si furent moult courroucez et vouldrent aller tuer les
-prinsonniers arminalx du Chastellet, se n'eust esté le cappitaine de
-Paris[465] qui par doulces parolles les appaisa. Et tantost après on fist
-faire les barrieres devant Chastellet, mais neantmoins convint il mener
-les gros prinsonniers à tres grant compaignie de gens d'armes à la porte
-Sainct-Anthoine, ou autrement eussent esté tuez du peuple.
-
- [462] Le petit gibet doit s'entendre des fourches patibulaires
- qui furent érigées vers 1416 «outre Saint-Laurent, hors Paris,
- sur une petite montagne», à proximité de l'ancienne et grande
- justice, dont l'état de délabrement exigeait des réparations
- (Sauval, t. III, p. 273).
-
- [463] Ms. de Paris: item.
-
- [464] Ms. de Paris: recouvrirent.
-
- [465] Charles de Lens, amiral de France, remplissait les
- fonctions de capitaine de Paris au nom du duc de Bourgogne (Cf.
- Monstrelet, t. III, p. 273).
-
-212. Item, vray est que en icellui temps Soissons se rendit aux
-Bourguignons, et prindrent des gros bourgoys de la ville qui estoient
-Arminalx, desquelx ilz firent justice, car ilz congneurent à la mort que
-dedens iiii jours [ilz avoient en pencée] de tuer par nuyt ou par jour
-tous ceulx qui estoient de la partie au duc de Bourgongne, et femmes et
-enfens faire noyer en sacs qu'ilz avoient tous propres fais faire à
-femmes moult voulentaires à la faulce traistre bande.
-
-213. Item, vray est qu'ilz avoient fait faire monnoye de plon tres grant
-foison, et en devoient bailler aux diseniers de la ville de Paris, selon
-ce qu'ilz avoient de gens en leurs dizaines qui estoient de la bande, et
-n'en devoit avoir [nul] autre que ceulx; et devoient aller parmy les
-maisons lesdiz bandez par tout Paris à force de gens armez portant
-ladicte bande, disant partout: «Avez vous point de telle monnoye?» S'ilz
-disoient: «Veez en ci!» ilz passoient oultre [sans plus dire]; s'ilz
-disoient: «Nous n'en avons point!» ilz devoient tout estre mis à l'espée,
-et les femmes et enfans noyez. Et estoit la monnoye telle: ung pou plus
-grant que ung blanc de IIII deniers parisis, en la pille ung escu à deux
-lieppars l'un sur l'autre, et une estoille sur l'escu, en la croix; à ung
-des quingnez une estoille, à chascun bout de la croix une couronne[466].
-
- [466] Notre chroniqueur avait annexé à son récit un dessin
- représentant cette monnaie; ainsi s'explique le début de sa
- description: «Et estoit la monnoie telle», c'est-à-dire «telle»
- qu'elle se trouvait figurée dans le texte; malheureusement ce
- dessin n'est que grossièrement indiqué dans le ms. de Rome et ne
- peut donner aucune idée d'une pièce dont il n'existe probablement
- aucun spécimen.
-
-214. Item, le jeudi XIIIIe jour de juillet vint la royne à Paris, et la
-admena le duc de Bourgongne et la presenta au roy au Louvre, laquelle
-avoit esté longtemps comme bannie et hors de France par les bandez, se le
-duc de Bourgongne ne l'eust secourue, qui tousjours en son exil l'onnoura
-comme sa dame, et la rendy à son signeur le roy de France, moult
-honnorablement le jour dessusdit. Et fut à leur venue la porte
-Sainct-Anthoine desmurée, et furent les bourgois de Paris vestuz tous de
-pers; et furent receus avecque telle honneur et joye que oncques dame ou
-signeur avoit esté en France, car par tout où ilz passoient, on crioit à
-haulte voix «Nouel!» et pou y avoit gent qui ne plourassent de joie et de
-pitié[467].
-
- [467] Voy., au sujet de la réception enthousiaste qui fut faite
- au duc de Bourgogne et à la reine, Monstrelet (t. III, p. 273),
- ainsi que la chronique des Cordeliers (t. VI, p. 260), où l'on
- constate que, pendant le séjour du roi au Louvre, Jean Sans-Peur
- habita son hôtel d'Artois, et qu'aussitôt le retour de Charles VI
- à Saint-Pol il alla lui-même se loger à proximité dans un grand
- hôtel situé devant l'hôtel des Tournelles, dit l'Hôtel-Neuf.
-
-215. Item, la sepmaine ensuivant, avoit à Sainct-Denis en France ung
-[cappitaine] nommé Jehan Bertran[468], aussi bon homme d'armes et aussi
-proud'homme pour son signeur comme nul c'om sçeust en tout le royaulme de
-France, mais pas n'estoit de grant lignaige. Si acroissoit sa renommée
-de jour en jour[469] pour le bon sens et proesse qu'il avoit; si en orent
-les Picquars si grant envie qu'ilz l'espierent le lundi ensuivant que la
-royne vint à Paris, entre Paris et Sainct-Denis endroit la Chappelle de
-la ville[470], et là l'assaillirent en traïson et le navrerent de lances
-et d'espées; moult se deffendi longuement, mais riens ne lui vallu, car
-il n'estoit que lui cinquiesme; enfin le despecerent tout et murtrirent,
-dont le duc de Bourgongne fut si dolent quant il le sceut, que il
-commença à lermer moult fort des yeulx, mais autre chose n'en osa faire
-pour paour d'esmouvoir le commun, qui fut si esmeu quant ilz le sceurent
-que à tres grant peine furent apaisiez[471].
-
- [468] Jean Bertrand, capitaine de Saint-Denis, exerçait d'abord
- dans cette ville la profession de boucher. Compromis en 1413 dans
- la sédition cabochienne, il fut banni le 28 juillet 1414 et se
- retira auprès des Bourguignons. Il figure, comme «bouchier de
- Saint-Denis», parmi les fauteurs de troubles qu'énumère le
- mandement royal du 30 août 1416 (Cf. Monstrelet, t. III, p. 154).
- Le récit de sa mort, donné par l'auteur de notre journal, est
- conforme, sauf quelques détails, à celui que nous lisons dans les
- lettres de rémission accordées en mai 1420 à deux écuyers qui
- avaient participé à cet événement. D'après ces lettres,
- quelques-uns des gens de guerre servant sous l'étendard de Jean
- de Luxembourg, ayant été dépouillés par Jean Bertrand et ayant
- obtenu de lui, pour toute réponse à la réclamation de leurs
- biens, qu'il se garderait bien d'eux, «se mirent en aguet en la
- Chappelle Saint-Denis lez Paris» et l'attendirent au passage.
- Bertrand, retournant à Saint-Denis et se méfiant de quelque
- piège, poussa sur les compagnons embusqués et en blessa un, nommé
- le bastard Remi, d'un coup de lance; c'est alors que les autres
- fondirent sur lui et le laissèrent mort sur place (Arch. nat., JJ
- 171, nos 115 et 117).
-
- [469] Ms. de Paris: si augmentoit sa renommée tous les jours.
-
- [470] Ms. de Paris: entre la Chappelle et la ville.
-
- [471] Ms. de Paris: rassasiez.
-
-216. Item, en ce temps, les Arminalz faisoient moult souvent grans griefz
-autour de Paris, et prindrent celle sepmaine mesmes Moret[472] en
-Gastinoys, et tuerent grant partie du peuple sans mercy.
-
- [472] Ms. de Paris: Milly.
-
-217. Item, le XXe jour dudit moys de juillet, les Angloys prindrent le
-Pont-de-l'Arche[473] par deux cappitaines failliz et recreans, l'un nommé
-Guillaume, et l'autre Robinet de Bracquemont, et le rendirent par leur
-mauvaistie, avant que les tryeves fussent faillies, car ilz sçavoient
-bien que le secours venoit de Paris tres grant, pour y estre à la
-journée.
-
- [473] Pont-de-l'Arche se rendit aux Anglais après quelques jours
- de siège; la capitulation conclue par Jean de Graville, Pierre de
- Rouville, Jacques de Chiffrevast, Jean d'Iffreville et Robert de
- Braquemont, est un peu antérieure au 19 juillet 1418 (Rymer, t.
- IV, 3e partie, 58). Les deux capitaines auxquels notre
- chroniqueur impute la reddition de Pont-de-l'Arche étaient Robert
- de Braquemont, dit Robinet (amiral de France depuis le 22 avril
- 1417, nommé le 2 janvier 1418 lieutenant général pour le roi dans
- les bailliages de Rouen, Gisors, Caux), et son frère Guillaume de
- Braquemont; ce qui justifierait jusqu'à un certain point cette
- opinion, c'est la faveur qui s'attacha à la personne de Pierre de
- Rouville, gendre de Robert de Braquemont, complètement rallié à
- la cause anglaise (Voir la notice de M. Ch. de Beaurepaire,
- _Bibl. de l'École des chartes_, 1875).
-
-218. Item, en icellui temps avoit à Paris ung chevalier du guet[474],
-nommé messire Gaultier Rallart, qui nulles foys n'alloit au guet qui
-n'eust devant lui III ou IIII menestriers jouans de haulx instrumens, qui
-moult estoit estrange chose au peuple, car ilz disoient qu'il sembloit
-qu'il deist aux malfaicteurs: «Fuiez vous en, car je vien.»
-
- [474] Voici les noms des chevaliers du guet qui se succédèrent à
- Paris de 1408 à 1436.--1º FLORENT D'ENCRE, chambellan de Jean
- Sans-Peur, est cité comme chevalier du guet le 20 avril 1409
- (Arch. nat., Z 5187, fol. 144); au mois de septembre 1413 il
- était capitaine de Melun (_Ibid._, JJ 167, fol. 267). 2º BERTRAND
- D'ENFERNET occupait le poste de chevalier du guet le 13 octobre
- 1414; à cette date, le Parlement lui défend de s'attaquer à Colin
- de la Chapelle, sergent à verge et collecteur du guet des métiers
- (_Ibid._, X{la} 4790, fol. 146). 3º GAUCHER RAILLART, capitaine
- bourguignon, qui conduisit les Parisiens au siège de Montlhéry
- (Monstrelet, t. III, p. 291; Cousinot, p. 173) et qui prit part à
- l'expédition dirigée contre la tour du Tramblay (Arch. nat.,
- X{la} 1480, fol. 208), représente cet étrange chevalier du guet
- mis en scène dans le Journal parisien. 4º MORELET DE BÉTHENCOURT
- remplit la charge de chevalier du guet pendant l'occupation
- anglaise, au moins durant toute la période comprise entre les
- années 1428 et 1436.
-
-219. Item, touzjours faisoient les pouvres gens le guet[475] et feux, et
-veillier toute nuyt. Et si estoit la buche si chiere que touzjours la
-buche de Bondiz coustoit XIII ou XIIII solz parisis, [celle de Griesve la
-plus petite estoit à XXVI solz parisis, le molle à X solz parisis], le
-sac de charbon XIII ou XIIII solz parisis[476], et nul temps on n'avoit
-que ii ou iii œufs pour ung blanc, la livre de beurre au meilleur marché
-VI blans, tres petit vin pour VI deniers parisis à la pinte.
-
- [475] Ce n'est pas seulement sur les remparts et aux portes de
- l'enceinte que se faisait le guet. En effet le Chapitre de
- Notre-Dame décida, le 27 juillet, que toutes les nuits on
- veillerait à la porte du cloître, près de Saint-Jean-le-Rond, et
- que tous les habitants du cloître attachés à Notre-Dame seraient
- astreints à ce service, sous peine, pour chaque absent, de 2 sous
- d'amende (Arch. nat., LL 215, fol. 204).
-
- [476] Ms. de Paris: XIIII ou XV.
-
-220. Item, le dimenche XXIe jour d'aoust, fut fait en Paris une grant
-[esmeute][477] terrible et orrible et merveilleuse; car pour la cause que
-tout estoit si cher à Paris [et] que on ne gaingnoit rien pour les
-Arminaz qui estoient autour de Paris, s'esmut le peuple celui jour, et
-tuerent et abatirent ceulx qu'i porent sçavoir qui estoient de ladicte
-bande, et comme dervez s'en furent en[478] Chastellet et l'assaillirent
-de droit assault; et cilz qui dedens estoient, qui bien savoient la malle
-voulenté du commun, especial aux Arminalx, eulx deffendirent moult
-efforceement[479], et gectoient tuilles et pierres et ce qu'ilz
-povoient[480] pour cuider eslonguer leurs vies. Mais ce ne leur vallut
-rien, car le Chastellet fut eschellé de toutes pars, et descouvert[481]
-et prins par force, et tous ceulx de dedens mis à l'espée, et la plus
-grant partie fist on saillir sur les carreaulx, où la grant compaignie
-estoit du peuple qui les occioient sans mercy de plus de cent plaies
-mortelles; car trop souffroit le peuple de griefz par eulx, car riens ne
-povoit venir à Paris qui ne fust rançonné deux foys plus qu'il ne
-valloit, et toutes nuys guet de feu, de lanternes en my les rues, aux
-portes[482], faire gens d'armes et riens gaigner, et tout cher plus que
-de raison[483] par les faulx bandez qui tenoient maintes bonnes villes
-d'entour Paris, comme Sens, Moret, Meleun, Meaulx en Brye, Crecy[484],
-Compigne, Mont-le-Hery, et plusieurs autres forteresses et
-chasteaulx[485], où ilz faisoient tous les maulx que on peust faire ne
-pencer. Car par eulx fut plus martiré de gens que ne firent les anxiens
-annemys de chrestienté, comme Dyoclecien et Maximien, et autres qui
-firent à Romme martirer plusieurs sains et saintes, mais leur tyrannie
-n'estoit point acomparegée[486] ausdiz bandez, comme Dieu scet; par quoy
-ledit peuple estoit ainsi esmeu contre eulx, comme davant est dit.
-
- [477] L'émeute commença le samedi 20 août, vers dix heures du
- soir, et dura toute la nuit ainsi que le jour suivant (Arch.
- nat., X{la} 1480, fol. 142, 143; Conclusions de la nation
- d'Allemagne, reg. 7 des Arch. de l'Université). Une foule de gens
- armés, appartenant aux classes les plus infimes de la société, se
- porta d'abord au Grand Châtelet et renouvela les scènes du 12
- juin; on peut citer parmi ceux qui furent «précipités es prisons»
- Aimeri de Vauboulon, Pierre de Campignolles, Jean Tesson, J. de
- Courbes (Sauval, III, 294).
-
- [478] Ms. de Paris: s'enfuirent au.
-
- [479] Ms. de Paris: moult efforçoient.
-
- [480] Ms. de Paris: ce qu'ilz trouvoient.
-
- [481] Ms. de Paris: destruict.
-
- [482] Au commencement de septembre 1418, Paris se trouvant
- dégarni par suite de l'envoi de ses défenseurs au siège de
- Montlhéry et au secours de Rouen, les mesures les plus
- rigoureuses furent prises pour assurer la garde de la ville; des
- lettres de Charles VI, en date du 4 septembre 1418, autorisèrent
- les prévôt des marchands et échevins à contraindre toutes
- personnes privilégiées ou non, officiers royaux, gens d'église, à
- faire le guet, avec faculté d'infliger aux contrevenans des
- amendes graduées jusqu'à 20 sols parisis (Arch. nat., K 950, no
- 25).
-
- [483] Tout ce membre de phrase manque dans le ms. de Rome.
-
- [484] Après la reddition de Crécy en Brie, qui eut lieu vers le
- mois de janvier 1421, «les gens d'eglise, nobles, bourgois,
- manans et habitans de cette ville» obtinrent une rémission
- générale (Arch. nat., JJ 171, no 283).
-
- [485] Entre autres Brie-Comte-Robert, alors occupé par les
- «desobeissans» (Arch. nat., X{la} 4793, fol. 17).
-
- [486] Ms. de Paris: accompagnée.
-
-221. Item, dudit Chastellet, quant ilz orent mis à l'espée tous ceulx
-qu'ilz porent trouver, s'en allerent au Petit Chastellet, où ilz orent
-moult fort assault; mais ce ne leur vallu riens, car tous furent tuez
-comme ceulx du Grant Chastellet, de là s'esmurent[487] pour venir au
-chasteau de Sainct-Anthoine. Lors vint le duc de Bourgongne à eulx, qui
-les cuida apaisier par doulces parolles, mais riens n'y valu; car ilz
-s'en fuirent, comme gens dervez, droit au chasteau et l'assaillirent à
-force, et percerent portes [et tout] à pierres qu'ilz gectoient encontre;
-et nul si hardy de en hault qui s'osast monstrer, car ilz leur envoyoient
-sajettes et cannons si tres dru que merveilles. Grant pitié en avoit le
-duc de Bourgongne, qui là affouy [à grant haste], acompaignié de
-plusieurs grans signeurs et gens d'armes, pour leur cuider faire
-cesser[488] l'assault pour la compaignie qu'il admenoit, mais oncques,
-pour puissance qu'il eust, ne lui, ne sa compaignie ne les porent
-apaisier, si ne leur monstroit tous les prinsonniers qui là estoient, et
-s'ilz n'estoient admenez ou Chastellet de Paris, que ilz disoient que
-ceulx que on mettoit oudit chasteau estoient touzjours delivrez par
-argent, et les boutoit on [hors] par les champs, et faisoient après plus
-de maulx que devant, et pour ce les vouloient avoir. Et quant le duc de
-Bourgongne vit la chace ainsi, que bien veoit qu'ilz disoient verité, si
-leur delivra, par ainsi que nul mal ne leur feroient, et ainsi fut
-accordé d'une part et d'autre, et furent admenez par les gens du duc de
-Bourgongne, et estoient, que ung que autre, environ vingt[489]. Quant ilz
-vindrent pres du Chastellet, si furent moult esbahiz, car ilz trouverent
-si grant nombre de peuple, que oncques, pour puissance qu'ilz eussent, ne
-les porent[490] sauver qu'ilz ne fussent tous martirez de plus de cent
-plaies; et là furent tuez cinq chevaliers, tous grans signeurs, comme
-Enguerran de Malcongnat[491] et son filx, premier chambellan du roy
-nostre sire, monseigneur Ecthor de Chartres[492] et plusieurs autres,
-Charlot Poupart[493], argentier du roy, le vielz Taranne[494] et ung de
-ses filx, dont le duc de Bourgongne fut moult troublé, mais autre chose
-n'en osa faire.
-
- [487] Ms. de Paris: survindrent.
-
- [488] Ms. de Paris: pour leur faire cuider laisser l'assaut.
-
- [489] Sept prisonniers, suivant la chronique des Cordeliers (p.
- 263), huit ou neuf d'après le récit du greffier Clément de
- Fauquembergue, furent extraits de la Bastille et confiés aux
- massacreurs; parmi les victimes, indépendamment de celles
- mentionnées ci-après, il faut compter Étienne de Mauregard,
- secrétaire du roi (Religieux de Saint-Denis, t. VI, p. 265). Deux
- chevaliers, Jacquelin Trousseau et Jacques de Montmor, grâce «à
- l'ayde et intercession d'aucuns de leur cognoissance», réussirent
- à préserver leur existence (Arch. nat., X{1a} 1480, fol. 142,
- 143).
-
- [490] Ms. de Paris: sceurent sauver.
-
- [491 Enguerran de Marcognet, premier écuyer d'écurie du duc
- d'Orléans en 1393, puis chambellan de Charles VI, s'unit en
- premières noces avec Jeanne Sance, veuve de Jean le Breton, et lui
- constitua, par acte passé le 4 octobre 1393 sous le sceau de la
- prévôté de Paris, un douaire de trois mille francs d'or, dont les
- deux tiers furent donnés par le duc d'Orléans, la somme totale
- devant être remise entre les mains d'un ami de l'épousée, Simon de
- Dammartin, bourgeois de Paris (Arch. nat., Y 2, fol. 238).
- Enguerran de Marcognet contracta un second mariage qui,
- semble-t-il, ne fut pas heureux, puisque sa femme, Michelle, se
- vit réduite à assigner son mari devant le Châtelet, pour lui
- réclamer une pension alimentaire. Elle survécut nombre d'années à
- son mari, et son testament fut enregistré le 15 juillet 1433 par
- le Parlement. Enguerran de Marcognet remplit jusqu'au 31 octobre
- 1411 les fonctions de bailli de Melun (Arch. nat., X{1a} 1479,
- fol. 173 vº); il laissa deux enfants, Isabeau et Louis de
- Marcognet, probablement issus de son premier mariage. (Longnon,
- _Paris pendant la domination anglaise_, p. 65.)
-
- [492] Hector de Chartres, que Juvénal des Ursins qualifie de
- maître de l'hôtel du roi, était, en 1408, maître des eaux et
- forêts pour les pays de Picardie et de Normandie (Arch. nat., KK
- 16, fol. 159 vº).
-
- [493] Le 5 juin 1390, Charles Poupart, valet de chambre du roi,
- fut nommé argentier au lieu d'Arnoul Boucher (Arch. nat., KK 21,
- fol. 2); en 1412, l'Université le signala dans ses remontrances
- au roi comme coupable de dilapidations; on lui reprochait d'avoir
- acquis «grans rentes et possessions», ce qu'il n'avait pu faire,
- disait-on, avec les seuls gages de son office (Monstrelet, t. II,
- p. 312).
-
- [494] Jean Taranne, riche changeur sur le Pont, était dès 1416
- l'un des notables de sa corporation (Arch. nat., Z{1b} 2).
- Concessionnaire, avec Michel de Lailler, des trente-deux loges
- édifiées sur le pont Saint-Michel (Sauval, III, 271), il exerçait
- en même temps la profession d'orfèvre, et fournit à la cour de
- grandes nefs d'argent doré entre autres pièces importantes
- d'orfèvrerie (Arch. nat., KK 29, fol. 115 et suiv.). Il fut l'un
- des prisonniers de la Bastille que Capeluche décapita au
- Châtelet; celui de ses fils qui périt avec lui n'est point
- Simonnet Taranne, lequel parvint à s'échapper. Après la mort de
- Jean Taranne, sa veuve se retira à Orléans, chez Étienne
- l'Amirant (_Ibid._, X{2a} 18, avril 1426). Au sujet de ses biens,
- cf. Longnon, _Paris pendant la domination anglaise_, p. 173.
-
-222. Item, après ce l'occision, droit en l'ostel de Bourbon[495] s'en
-allerent, et misdrent à mort aucuns prinsonniers; (qu)'ilz y trouverent
-en une chambre une queue plaine de chausses-trapes, et une grant baniere
-comme estandart, où il avoit ung dragon figuré, qui par la gueule[496]
-gectoit feu et sang. Si furent plus meuz en ire que davant, et la
-portèrent tout parmy Paris, les espées [toutes] nues, criant sans raison:
-«Veez cy la baniere que le roy d'Angleterre avoit envoiée aux faulx
-Arminalz, en signifiance de la mort dont ilz nous devoient faire mourir.»
-Et ainsi criant, quant ilz orent partout monstré, la porterent au duc de
-Bourgongne, et quant il l'ot veue, sans plus dire, fut mise à terre, et
-marcherent dessus, et en print chascun qui en pot avoir sa piece, et en
-misdrent les pieces au boutz de leurs espées et de leurs haches.
-
- [495] L'hôtel de Bourbon, situé près du Louvre, entre les rues
- des Poulies et d'Autriche, affectait la forme d'une croix
- irrégulière, dont trois branches aboutissaient aux voies
- publiques et la quatrième à l'hôtel de Marigny; reconstruit vers
- 1390, cet hôtel passait pour l'une des plus somptueuses demeures
- du vieux Paris; après l'adjudication qui en fut faite, en
- novembre 1425, au profit du chapitre de
- Saint-Germain-l'Auxerrois, il devint la propriété du duc de
- Bedford le 2 décembre 1426. Marie d'Anjou, la jeune épouse ou
- fiancée du dauphin, y trouva un refuge au moment de l'invasion
- des Bourguignons à Saint-Paul et fut témoin de toutes ces scènes
- de désordre (Voy. A. Berty, _Topographie historique du Vieux
- Paris_, t. I, p. 33).
-
- [496] Ms. de Paris: gorge.
-
-223. Item, toute celle nuyt ne dormirent[497], ne ne cesserent de querir
-et de demander partout se on savoit nulz Arminalx; aucuns en trouverent
-qui furent tuez et mis à mort sur les carreaulx tous nuds.
-
- [497] Ms. de Paris: ne demourerent.
-
-224. Item, le lundi ensuivant, XXIIe jour d'aoust, [furent] encusées
-aucunes femmes, lesquelles furent tuées et mises sur les carreaulx sans
-robbe que de leur chemise, et ad ce faire estoit plus enclin le bourreau
-que nulz des autres; entre lesquelles femmes il tua une femme grosse, qui
-en ce cas n'avoit aucune coulpe, dont il advint ung pou de jours après
-qu'il en fut prins et mis en Chastellet, lui IIIe de ses complices, et au
-bout de trois jours après eurent les testes coppées[498]. Et ordonna le
-bourreau la maniere au nouveau bourreau comment il devoit copper teste,
-et fut deslié et ordonna le tronchet pour son coul et pour sa face, et
-osta du boys au bout de la doloaire et à son coustel, tout ainsi comme
-s'il voulsist faire ladicte office à ung autre, dont tout le monde estoit
-esbahy; après ce, cria mercy à Dieu et fut décollé par son varlet.
-
- [498] Capeluche couronna ses méfaits par l'outrageante
- familiarité avec laquelle il traita le duc de Bourgogne, se
- permettant de toucher la main de ce prince et de l'appeler son
- «beau-frère»; arrêté le 23 août dans un cabaret des Halles et
- condamné à mort par un jugement du prévôt de Paris, il fut
- décapité le vendredi 26 août avec deux de ses complices, et
- «eurent chascun d'eulx ung poing copé es halles de Paris, et leur
- corps mis au gibet» (Arch. nat., X{la} 1480, fol. 144). Afin
- d'éviter tout mouvement populaire le jour de cette triple
- exécution, les bourgeois de Paris en armes occupèrent les
- carrefours.
-
-225. Item, en celui temps, vers la fin du moys d'aoust, faisoit si grant
-chalour de jour et de nuyt, que homme ne femme ne povoit dormir par nuyt,
-et avec ce estoit tres grant mortalité de boce et d'espidymie, et tout
-sur jeune gent et sur enfens.
-
-226. Item, celuy an, demouroient les blez et les advoynes [aux champs] à
-sayer tout autour de Paris, que nul n'y osoit aller pour les Arminaz qui
-tuoient tous ceulx qu'ilz povoient prendre qui estoient de Paris. Pour
-quoy la commune de Paris s'esmut, et allerent devant Montlehery[499], et
-y furent [environ] X ou XII jours, et firent le mieulx qu'ilz porent, et
-eussent gaigné le chastel et les traistres de dedens, se n'eussent esté
-aucuns gentilzhommes[500] qui avec eulx estoient, qui les devoient garder
-et mener; mais, quant ilz virent que la commune besongnoit si bien, si
-parlementerent aux Arminalx qui bien veoient qu'ilz ne povoient
-longuement durer contre la commune, qui si asprement les assailloit de
-jour et de nuyt, et prindrent grant argent des Arminaz, par ainsi qu'ilz
-feroient lever le siege, et ainsi firent ilz quant ilz orent l'argent. Si
-firent entendant aux bonnes gens, que vrayement il venoit ung tres grant
-secours à ceulx du chastel, et qui se pouroit sauver, si se sauvast, que
-plus ne seroient là, et se partirent. Quant ce virent la commune, si se
-departirent [de là] moult courcez, et quant ilz vindrent pres de Paris,
-on leur ferma les portes, et demourerent à Sainct-Germain, à
-Sainct-Marcel, à Nostre-Dame-des-Champs, ii ou iii jours et nuys; et les
-Arminalz, tantost après le departement du siege[501], couroient jusques
-au bout desdiz villaiges où estoient noz gens pour les cuider
-sourprendre, mais oncques pour leur puissance ne les porent grever. Et si
-n'avoient nul cappitaine que de ceulx de Paris, car les gentilzhommes qui
-les avoient laissez cuidoient que les Arminalz les deussent tous tuer,
-mais oncques Arminaz ne les oserent assaillir; et vray estoit que qui
-eust laissé faire les communes, il n'y eust demouré Arminac en France en
-mains de deux moys qu'ilz n'eussent mis à fin; et pour ce les hayoient
-les gentilzhommes qui ne vouloient que la guerre, et ilz la vouloient
-mettre à fin. Quant on vit qu'ilz avoient si grant voulenté d'affiner la
-guerre, on les laissa entrer dedens Paris, et allerent faire leur labour;
-et les Arminalz faisoient du pis qu'ilz povoient, car ilz tuoient femmes
-et enfens, et boutoient feux autour de Paris[502], et si n'estoit homme
-nul qui y meist remede aucun.
-
- [499] Ce n'est point de leur plein gré que les Parisiens
- entreprirent cette expédition. Voici ce que porte l'un des
- registres du Parlement à la date du 30 août: «Par l'ordonnance
- des gens du conseil du roy, on fist vuidier de Paris les gens de
- menu peuple pour aler en la compaignie de certain nombre de gens
- d'armes au siege de Montlehery»; l'éloignement de cette populace
- remuante étant le seul moyen d'éviter le retour des désordres qui
- avaient ensanglanté les rues de Paris. (Arch. nat., X{la} 1480,
- fol. 144 vº.)
-
- [500] Louis de Berghes, seigneur de Cohen, et Gautier de Ruppes,
- capitaines bourguignons, étaient avec Gaucher Raillart, chevalier
- du guet de Paris, à la tête des gens de guerre qui accompagnèrent
- la milice parisienne au siège de Montlhéry (Cousinot, _Geste des
- nobles_, p. 173; Monstrelet, t. III, p. 291; Chron. des
- Cordeliers, p. 264).
-
- [501] A l'approche de Tanneguy du Châtel, lieutenant du dauphin,
- qui entra le 10 septembre à Étampes, les Bourguignons levèrent
- précipitamment le siège de Montlhéry, abandonnant ou brûlant leur
- matériel (Cousinot, _Geste des nobles_, p. 174). Dans la nuit du
- mardi 13, la garnison de Montlhéry s'enhardit jusqu'à faire une
- incursion aux portes mêmes de Paris. «Ce jour, après mynuit,
- raconte le greffier Clément de Fauquembergue, vindrent courir
- devant Paris les gens d'armes de la garnison de Montlehery et
- autres favorisans du conte d'Armaignac, et bouterent le feu en
- pluseurs maisons du fourbourg de Saint-Germain-des-Prez, et se y
- tindrent jusques au plain jour, et y tuerent IIII ou V personnes»
- (Arch. nat., X{la} 1480, fol. 146).
-
- [502] Après les courses faites par les partisans du dauphin dans
- le bourg Saint-Germain-des-Prés, où ils avaient «bouté feuz, tué
- et meudry gens, emmené aucuns d'eulx prinsonniers» et mis les
- maisons au pillage, les habitants, désireux de se mettre à l'abri
- de pareilles tentatives, demandèrent à l'abbé de
- Saint-Germain-des-Prés la permission d'établir des barrières en
- bois; l'abbé Guillaume fit droit à leur requête et le 23 novembre
- 1418 accorda l'autorisation demandée (Arch. nat., K 59, no 22).
-
-227. Et d'autre part estoient les Angloys devant Rouen de toutes pars
-assiegez, qui moult faisoient de grief de toutes pars à ceulx de Rouen,
-et[503] si n'estoit homme nul qui aucun secours leur envoiast; si leur
-convint perdre l'abbaye de Saincte-Katherine-du-Mont de Rouen[504], dont
-furent moult affoiblyz, mais à souffrir leur convint; et tout ce estoit
-par les faulx traistres de France qui ne vouloient que la guerre; car
-bien savoient tous combien de rançon ilz devoient paier, se prins
-estoient.
-
- [503] Ce membre de phrase est omis dans toutes les éditions.
-
- [504] Les Anglais s'emparèrent le 30 août du fort
- Sainte-Catherine, qui dominait la ville et le fleuve (Vallet,
- _Hist. de Charles VII_, t. I, p. 117).
-
-228. Alloit ainsi le [royaulme de] France de pis [en pis], et povoit on
-mieulx dire la Terre Deserte que la terre de France. Et tout ce estoit,
-ou la plus grant partie, par le duc de Bourgongne qui estoit le plus long
-homme en toutes ses besongnes c'om peust trouver[505] car il ne se
-mouvoyt d'une cité [quant il y estoit, ne que] se paix fust partout, se
-le peuple par force de plaintes ne l'esmouvoit, dont tout enchery en
-Paris [de plus en plus][506]. Car il estoit en septembre le commencement
-d'yver que on se devoit garnir, et ung cent de bonne buche valloit
-touzjours II frans, ung sac de charbon, XVI solz parisis; le moulle X ou
-XII solz parisis; la livre de beurre sallé, VII ou VIII blans en
-gros[507]; œufs, II deniers parisis la piece; ung petit fromaige, III
-solz parisis; bien petites poires ou pommes, ung denier la piece; deux
-petiz oingnons, II deniers parisis; bien petit vin pour II ou III blans,
-et ainsi de toutes choses.
-
- [505] L'un des annotateurs du manuscrit de Rome, frappé de cette
- attaque dirigée contre le duc de Bourgogne par un Bourguignon, a
- inscrit à la marge la remarque suivante: «Contre le duc de
- Bourgongne, combien que l'autheur soit pour lui» (fol. 54 vº).
- Dans le ms. de Paris, le mot _long_, qui donne un sens
- défavorable à la phrase, est remplacé par _grant_, mais cette
- leçon nous paraît mauvaise.
-
- [506] Le renchérissement prodigieux des denrées fit cruellement
- souffrir la population parisienne. Les documents contemporains
- témoignent de la dureté des temps et de l'extrême difficulté de
- la vie matérielle. Le 17 août 1418, le chapitre de Notre-Dame,
- ayant égard à la pauvreté de l'Hôtel-Dieu, à la perte de ses
- revenus, à la cherté et au manque de vivres nécessaires à
- l'entretien des pauvres et des serviteurs de cet établissement,
- autorisa son maître à recevoir des exécuteurs testamentaires du
- doyen J. Chanteprime les 400 francs légués à l'Hôtel-Dieu.
- Quelques jours plus tard, le duc de Bourgogne étant venu à
- Notre-Dame et ayant laissé un noble d'or pour le clergé
- inférieur, les malheureux prêtres se disputèrent ce présent avec
- acharnement, telle était leur pénurie (Arch. nat., LL 215, fol.
- 206, 207). Voici maintenant les réflexions que suggère au
- greffier du Parlement l'état misérable de la capitale à la
- mi-octobre: «Combien que le peuple de Paris fut grandement
- diminué tant par le fait des guerres comme de l'epidimie,
- neantmoins estoient les vivres en grant chierté à Paris, et
- vendoit-on busche, blefs et avoines à plus hault pris que on
- n'avoit fait longtemps avant.» (Arch. nat., X{la} 1480, fol.
- 151.)
-
- [507] Ms. de Paris: et gros œufs.
-
-229. Item, en cellui moys de septembre, fut mandé le duc de Bretaigne de
-par le roy, et y vint à Corbeil, de là à Sainct-Mordes-Fossez[508]. Et
-là vint la royne, le duc de Bourgongne et plusieurs autres signeurs; là
-firent-[ilz] une paix telle quelle, [que] voulsist ou non la royne. Tout
-fut pardonné aux Arminalz, les maulx qu'ilz avoient faiz, et si estoit
-tout prouvé[509] contre eulx qu'ilz estoient consentans de la venue du
-roy d'Engleterre, et qu'ilz en avoient eu grans deniers dudit roy; item,
-de empoisonner[510] les deux ainsnez filz du roy de France, et savoit-on
-bien que ce avoit esté et fait faire, et de l'empoisonnement du duc de
-Holende, et de bouter hors la royne de France de son royaulme[511]. Et si
-convint tout mettre ce à nyant, ou se non ilz eussent destruit tout le
-royaulme de France et livré aux Engloys le daulphin qu'ilz avoient devers
-eulx. Ainsi fut faicte celle paix, qui que en fust courcé ou joyeulx, et
-fut criée parmy Paris à quatre trompes et à six menestriers, le lundi
-XIXe jour de septembre l'an IIIIc XVIII[512].
-
- [508] Jean VI, duc de Bretagne, mari de Jeanne de France,
- troisième fille de Charles VI, fut chargé de négocier la paix
- entre le dauphin et le duc de Bourgogne; il vint à Corbeil en
- compagnie des ducs d'Anjou et d'Alençon et se rencontra le 13
- septembre, au pont de Charenton, avec Jean Sans-Peur, qui le
- reçut à dîner en son logis de Conflans-Sainte-Honorine; mais les
- négociations ne purent aboutir immédiatement et se continuèrent
- les jours suivants à Saint-Maur-des-Fossés, où fut délibéré le
- traité de paix connu sous le nom de traité de Saint-Maur; ce
- pacte fut conclu le 16 septembre 1418 au château de Vincennes, en
- présence des ducs de Bourgogne, de Bretagne et de la reine, qui
- ne paraît pas, quoi qu'en dise le chroniqueur, avoir soulevé de
- difficulté (Arch. nat., X{la} 1480, fol. 147).
-
- [509] Ms. de Paris; tout premier.
-
- [510] Ms. de Paris: emprisonner.
-
- [511] Toutes ces accusations, est-il besoin de le dire, sont
- mensongères et représentent autant d'imputations calomnieuses
- inventées par les Bourguignons qui, dès 1417, s'en firent une
- arme contre le connétable d'Armagnac.
-
- [512] Ce même jour, le chancelier Eustache de l'Aître fit publier
- au Parlement le traité de paix, dont la teneur existe dans le
- registre des Ordonnances (Arch. nat., X{la} 8603, fol. 36).
-
-230. Item, en cedit moys, au commencement, [fut] depposé de la prevosté
-de Paris le Beau de Bar[513], et y fut mis ung escuier nommé Jacques
-Lamben[514].
-
- [513] Guy de Bar, envoyé vers Rouen en qualité de lieutenant
- général de Normandie, ne perdit point sa charge de prévôt de
- Paris, comme le prouvent les lettres rendues le 20 août 1418, qui
- le maintinrent dans ses fonctions et déclarèrent que Jacques
- Lamban, bailli de Vermandois, n'était que provisoirement commis à
- la garde de la prévôté, en l'absence du titulaire (Arch. nat.,
- X{la} 8603, fol. 32 vº).
-
- [514] Jacques Lamban, seigneur de Semeuse, châtelain de Rethel
- jusqu'en 1404 et signalé en 1413 comme l'un des fauteurs de la
- conspiration cabochienne (Monstrelet, t. VI, p. 117), se réfugia
- auprès du duc de Bourgogne, qui utilisa ses services. Ainsi le
- futur prévôt de Paris figure au nombre des commissaires nommés
- pour la mise à exécution de l'ordonnance du 7 avril 1415, portant
- réformation des duché et comté de Bourgogne (Dom Plancher, _Hist.
- de Bourgogne_, t. IV, p. 433). Lamban revint à Paris le 15
- décembre 1415 avec une députation composée du prince d'Orange et
- de plusieurs autres conseillers et familiers de Jean Sans-Peur
- (Juvénal des Ursins, p. 526). L'année suivante, le même fit
- partie d'une autre délégation chargée de conférer avec les
- députés de Brabant au sujet du droit que prétendait le duc de
- Bourgogne sur l'administration des biens appartenant aux enfants
- du duc de Brabant, tué à Azincourt (D. Plancher, t. IV, p. 448).
- C'est le vendredi 19 août 1418 que Lamban, alors bailli de
- Vermandois, fut temporairement institué prévôt de Paris, jusqu'au
- retour de Guy de Bar, c'est-à-dire jusqu'en octobre 1418 (Arch.
- nat., Y 1, fol. 1).
-
-
-231. Item, cedit moys de septembre, estoit à Paris et autour la mortalité
-si tres cruelle[515], que on eust veu puis IIIc ans par le dit des
-anciens; car nul n'eschapoit qui fust feru de l'espidimie, especialment
-jeunes gens et enfans. Et tant en mouru vers la fin dudit moys, et si
-hastivement, qu'il convint faire es cymetieres [de Paris] grans fosses,
-où on en mettoit XXX ou XL en chascune, et estoient arangés comme lars,
-et puis [ung pou] pouldrez par dessus de terre; et touzjours jour et nuyt
-on n'estoit en rue que on ne rencontrast Nostre Seigneur, que on portoit
-aux malades, et tretous avoient la plus belle cognoissance de Dieu Nostre
-Seigneur à la fin, que on vit oncques avoir à chrestiens. Mais au dict
-des clercs, on ne avoit oncques veu ne ouy parler de mortalité qui fust
-si desvée, ne plus aspre, ne dont moins eschappast de gens qui feru en
-fussent; car en moins de cinq sepmaines trespassa en ville de Paris plus
-de L mil personnes. Et tant trespassa de gens de l'Eglise que on
-enterroit IIII, ou VI, ou huit chefs de hostel à une messe à notte, et
-convenoit marchander aux presbtres pour combien ilz la chanteroient[516],
-et bien souvent en convenoit paier XVI ou XVIII solz parisis, et d'une
-messe basse IIII solz parisis.
-
- [515] Le mercredi 28 septembre, par suite de la «grant mortalité»
- régnant à Paris et en plusieurs parties du royaume, le Parlement
- dut suspendre ses plaidoiries, et l'on voit, le 3 novembre
- suivant, que l'évêque, «pour doubte de l'epidimie ayant cours à
- Paris», s'était retiré dans l'abbaye de Saint-Maur (Arch. nat.,
- X{la} 1480, fol. 148, 153).
-
- [516] Ms. de Paris: pour combien ilz l'achetteroient.
-
-232. Item, en ce temps, qui estoit environ XII jours en octobre,
-n'estoit pas encore cessée la mortalité aucunement[517] ne les Arminaz
-pour paix ne pour autre chose ne laissoient à faire comme davant tretous
-le pis qu'ilz povoient, et venoient souvent jusques emprès de Paris
-prendre proies et hommes et femmes, et menoient en leurs garnisons, ne
-nul n'en osoit mot dire, et pour vray il ressembloit que au duc de
-Bourgongne en fust apoy, et apoisoit le peuple de douces parolles.
-
- [517] Une procession solennelle à Saint-Victor eut lieu le 5
- octobre, «pour occasion des guerres et grans mortalitez estans en
- ce royaume», et ce même jour, suivant les injonctions de l'évêque
- de Paris ou de ses vicaires, la population parisienne s'imposa,
- ce qui n'était déjà que trop entré dans ses habitudes, une
- abstinence générale de viande (Arch. nat., X{la} 1480, fol. 149
- vº).
-
-233. Item, tout le moys d'octobre et de novembre, fut la mort ainsi
-cruelle comme davant est dit, et quant on la vit si dervée que on ne
-savoit mais où les enterrer, on fist grans fosses, aux Sains-Innocens
-cinq, à la Trinité quatre, aux autres selon leur grandeur, et en chascune
-on mettoit VIc personnes ou environ. Et fut vray que les cordouanniers de
-Paris compterent le jour de leur confrarie Sainct Crespin et Sainct
-Crespinien[518] les mors de leur mestier, et compterent et trouverent
-qu'ilz estoient trespassez bien XVIIIc, tant maistres que varletz, en ces
-deux moys en ladicte ville. Et ceulx de l'Ostel-Dieu, ceulx qui faisoient
-les fosses es cymetieres de Paris, affermoient que entre la Nativité
-Nostre-Dame et sa Concepcion, avoient enterré de la ville de Paris plus
-de cent mille personnes[519], et en IIII ou V cens n'en mouroit pas XII
-anciens, que tous enfens et jeunes gens.
-
- [518] Le 23 mai 1430, Henri VI, roi d'Angleterre, confirma les
- privilèges de la confrérie des «maîtres et varlets cordouanniers,
- dite de Saint Crespin et Saint Crespinien», qui comptait déjà
- plus de cinquante années d'existence, et l'autorisa à se faire
- représenter en justice par un examinateur du Châtelet (Longnon,
- _Paris pendant la domination anglaise_, p. 310). Depuis le règne
- de Charles V, cette confrérie faisait, chaque année, célébrer un
- service dans la chapelle de Notre-Dame consacrée aux saints
- Crépin et Crépinien; en 1432, les garçons cordonniers, formant
- une confrérie distincte, admirent dans leur association les
- maîtres du métier, qui avaient une confrérie à Saint-Barthélemy,
- et la redevance de 20 sols, annuellement payée à Notre-Dame, fut
- doublée (Arch. nat., LL 216, fol. 170).
-
- [519] L'auteur de la chronique des Cordeliers rend le même
- témoignage: «Et y fu, dit-il en parlant de l'épidémie parisienne,
- celle an la mortalité si grande qu'il y moru près de IIIIXX mil
- personnes.» (Monstrelet, t. VI, p. 265.)
-
-234. Item, les Arminalz tenoient touzjours les villes et forteresses
-devant dictes, et tindrent Paris en si grant subgection que ung enffant
-de XIIII ans mengoit bien pour VIII deniers de pain à l'eure, et coustoit
-la XIIne VI solz parisis, que on avoit eue pour VII ou VIII blans, ung
-bien petit fromaige X ou XII blans, le quarteron d'œufs V ou VI solz
-parisis; la char d'un bon mouton, le bœuf XXXVIII frans; ainsi petite
-bûche comme de Marne toute verte, XL solz parisis ou III frans le cent,
-la buche de molle XII solz le molle[520], meschantes bourrées où il
-n'avoit que feilles, le cent XXXVI solz parisis[521], ung quarteron de
-poires d'Engoisses IIII solz parisis, de pommes II solz ou VI blans, la
-livre de beurre sallé VIII blans, ung petit fromaige venant de la
-Frisselle[522] XVI deniers parisis, une paire de soulliers que on avoit
-devant pour VIII blans [en mil] IIIIc XVIII, coustoient XVI ou XVIII
-blans, et toutes autres choses, quelles qu'elles fussent, estoient ainsi
-cheres à Paris partout.
-
- [520] La rareté et le prix exagéré de la «marchandise de busche»
- nécessitèrent des mesures exceptionnelles; le Parlement décida,
- dans sa séance du 26 novembre, que les verdiers feraient abattre
- dans les forêts royales de Bondy, Saint-Germain-en-Laye, Senart
- et Pommeraye, trois cents arpents de bois de chauffage pour les
- vendre à marchands solvables à raison de six à huit livres
- l'arpent; le prix de vente au détail fut ainsi fixé: «le mole de
- busche» ne pourrait dépasser 6 sols parisis, et le cent de menus
- cotrets 16 sols parisis; au 22 décembre la valeur du cent de
- petits cotrets s'éleva à 16 sols, des moyens à 20 sols, et des
- meilleurs à 24 sols parisis. Bien qu'il y eût un tarif en quelque
- sorte officiel, les marchands ne se gênaient pas pour vendre à
- leur fantaisie, et la tâche du commissaire chargé par le
- Parlement de surveiller le commerce du bois n'était pas exempte
- de difficultés; le 22 décembre, Guillaume Rose, avocat au
- Parlement, délégué par la Cour, ayant voulu mettre à prix
- «certaine busche» arrivée à Paris par bateau, le marchand le
- menaça de le jeter dans la rivière et fut condamné, pour sa
- rébellion, à faire amende honorable et à tenir prison (Arch.
- nat., X{la} 1480, fol. 159-164). Aucune décision ne fut prise
- dans la séance du 26 novembre «ou regard du pain et des autres
- vivres qui estoient à grant chierté à Paris.»
-
- [521] Ms. de Paris: XXV solz.
-
- [522] Ms. de Paris: la Foiselle.
-
-235. Item, en ce moys de novembre, fut remis le Beau[523] de Bar, c'est
-assavoir, messire Guy de Bar, dit le Beau, en la prevosté de Paris, comme
-devant[524].
-
- [523] Ms. de Paris: Le Veau de Bar.
-
- [524] Guy de Bar reprit possession de la prévôté de Paris le
- lundi 10 octobre et prêta de nouveau devant le Parlement le
- serment habituel (Arch. nat., X{la} 1480, fol. 150). D'après le
- registre Doux Sire (_Ibid._, Y 1, fol. 1), la rentrée de Guy de
- Bar serait du 3 octobre, mais la mention inscrite sur les
- registres du Parlement nous semble plus exacte.
-
-
-236. Item, en cedit moys de novembre, orent lesdiz bouchiers congié de
-refaire la grant boucherie de Paris, de devant le Chastellet[525], et fut
-commencé à querir les fondemens le mercredy XIe jour de novembre.
-
- [525] En vertu de lettres d'août 1418, portant rétablissement de
- la grande boucherie et autorisant sa reconstruction sur son
- ancien emplacement, la corporation des bouchers obtint en même
- temps l'annulation de toutes les condamnations et proscriptions
- prononcées par Bernard d'Armagnac, et la restitution de ses
- anciens privilèges (Arch. nat., JJ 170, no 263). Ces lettres
- furent publiées en séance du Parlement le 3 octobre 1418
- (_Ibid._, X{la} 1480, fol. 249) et insérées au volume des
- Ordonnances (_Ibid._, X{la} 8603, fol. 38).
-
-237. Et environ XII jours après fist crier le roy à trompes qu'il
-pardonnoit à tout homme, fust Arminac ou autre, quelque chose que on luy
-eust mesfait[526], ce non à troys, le président de Provence, maistre
-Robert le Maçon et Remon Raguier[527]; ces troys avoient fait tant de
-traïson contre le roy qu'il ne leur volt pardonner, car par eulx troys se
-faisoient tous les maulx devant diz à Paris[528].
-
- [526] L'autorité royale rendit, le 13 novembre 1418, l'ordonnance
- qui confirmait le traité de Saint-Maur, mais en exceptait
- nommément les conseillers intimes du dauphin, «infracteurs et
- perturbateurs» de ladite paix, et, comme tels, déclarés rebelles
- et ennemis du roi; deux jours après, dans un conseil tenu à
- Saint-Paul, en présence du recteur de l'Université, du prévôt de
- Paris, du prévôt des marchands, des échevins et d'une nombreuse
- assistance, Charles VI fit donner lecture de ces lettres que le
- Parlement publia et enregistra dans sa séance du jeudi 17
- novembre (Arch. nat., X{la} 1480, fol. 156; X{la} 8603, fol. 40).
-
- [527] Raymond Raguier, trésorier général de la reine et des
- guerres, remplissait, dès 1409, les fonctions de maître de la
- Chambre aux Deniers (Arch. nat., KK 31-32). En 1412, l'Université
- le signala, dans ses remontrances au roi, comme coupable de
- dilapidations; néanmoins, il ne fut pas disgracié et devint, de
- 1417 à 1418, l'un des généraux commissaires sur le fait des
- finances (_Ibid._, X{la} 1480, fol. 92). Sa haute situation le
- désignait au ressentiment des Bourguignons; ne pouvant
- l'atteindre dans sa personne, ils le frappèrent dans ses biens;
- le grand hôtel de Raymond Raguier, situé rue Bourtibourg, fut
- occupé par l'évêque de Thérouanne, chancelier de France, avec les
- autres maisons que R. Raguier possédait dans cette rue. Jean de
- Villiers, seigneur de l'Isle-Adam, revendiqua un autre immeuble,
- rue de la Heaumerie, comme lui ayant été vendu par ledit Raymond
- ou donné par le roi (Sauval, p. 291 et 304; _Longnon, Paris
- pendant la domination anglaise_, p. 315).
-
- [528] «A Paris» manque dans le ms. de Rome.
-
-238. Item, la sepmaine d'après party le roy[529] et monseigneur de
-Bourgongne pour aller contre les Angloys, et allerent loger à Pontoise,
-et là furent jusques à trois sepmaines après Noel[530] sans riens faire,
-se non menger tout le païs d'autour. Et les Angloys estoient devant
-Rouen[531], et le dalphin ou ses gens gastoient le païs de Touraine[532];
-et les autres estoient autour de Paris, et venoient jusques aux portes de
-Paris piller, tuer, ne oncques le duc de Bourgongne ne les siens ne
-s'avancerent aucunement de contester aux Engloys ne Arminaz. Et pour ce,
-enchery tretout de plus en plus à Paris, car riens n'y povoit venir pour
-ceulx devant diz[533]. En icellui temps coustoit ung petit pourcel VI ou
-VII frans, et toute char enchery tellement que pouvres gens n'en
-mengeoient point; mais en celle année fut tant de choulx que tout Paris
-en fut gouverné tout l'yver, car febves et poys estoient oultraigeusement
-chers.
-
- [529] Charles VI, après avoir entendu, le 12 novembre, une messe
- dite en son honneur à Notre-Dame, partit le 24, accompagné de la
- reine et du duc de Bourgogne, avec le dessein plus ou moins
- arrêté de porter secours à la ville de Rouen; le lendemain de son
- départ, le Parlement se joignit au clergé de la Sainte-Chapelle
- et se rendit processionnellement à Notre-Dame (Arch. nat., X{la}
- 1480, fol. 153, 155, 158).
-
- [530] Jean Sans-Peur séjourna à Pontoise du 24 novembre au 28
- décembre (Gachard, _Archives de Dijon_, p. 240).
-
- [531] Dans la dernière période du siège de Rouen, alors que la
- détresse de la vaillante population rouennaise était extrême, le
- gouvernement de Charles VI fit une suprême tentative pour venir
- en aide à la cité assiégée; le 7 décembre 1418, il conféra au
- chancelier de l'Aître, assisté du grand maître de l'hôtel,
- Thibaud de Neufchâtel, du prévôt Guy de Bar et de quelques autres
- personnages, le pouvoir d'aliéner jusqu'à dix mille livres de
- terre du domaine royal (Arch. nat., X{la} 8603, fol. 42). Le 10
- décembre, le Parlement de Paris, instruit de la situation
- critique de Rouen par lettres des capitaine, gens d'armes et
- bourgeois assiégés, «faisant mencion de leur estat moult
- piteable», se cotisa pour offrir mille francs au roi (_Ibid._,
- X{la} 1480, fol. 161).
-
- [532] Après avoir réduit Georges de la Trémoille dans son château
- de Sully, le dauphin mit le siège devant la ville de Tours, le 26
- novembre; au bout de cinq semaines, le capitaine bourguignon, qui
- commandait à Tours, composa avec le prince Charles et lui rendit
- la place par traité du 30 décembre (Cf. Vallet de Viriville,
- _Histoire de Charles VII_, t. I, p. 140).
-
- [533] L'arrivage des vivres devenant de jour en jour plus
- difficile, le Parlement dut aviser au moyen d'assurer
- l'approvisionnement de la capitale; dans sa séance du 22 octobre,
- un capitaine bourguignon, nommé Callot d'Ully, à la tête de 200
- hommes d'armes et de 200 hommes de trait, fut spécialement chargé
- d'escorter les vivres destinés à la subsistance de Paris. Par la
- même occasion, le Parlement s'occupa aussi de régler la
- «distribucion» et principalement l'«appreciacion» des denrées
- dont le prix avait atteint des proportions exagérées; à cet
- effet, il adjoignit au prévôt des marchands et aux échevins deux
- conseillers, Mes Hugues le Coq et Jacques le Fer, avec un maître
- des comptes, Gilles de Clamecy (Arch. nat., X{la} 1480, fol.
- 152).
-
-239. Item, en ce temps valloit une bonne livre de chandelle VIII blans,
-ou VII de mains.
-
-240. Item, on paoit en ce temps, tout homme qui vendoit vin, de chascune
-queue en gros, huit solz parisis; et cil[534] qui l'achatoit autant, et
-du poinson IIII solz parisis, et se on la vendoit à detail de vin, à IIII
-deniers autres VIII solz parisis, à VI deniers XII solz parisis. Et fut
-commencée ceste doloreuse praticque environ la Toussaint IIIIc XVIII.
-
- [534] Ms. de Paris: qui vouloit vendre.
-
-
- [1419.]
-
-
-241. Item, le XXe jour de janvier, oudit an IIIIc XVIII, entrerent les
-Engloys dedens Rouen[535], et la gaignerent par leur force, et parce
-qu'ilz n'avoient de quoy vivre dedens la cité, mais moult la tindrent
-longuement contre les Angloys, comme environ VI ou VII moys.
-
- [535] La date du 20 janvier ici indiquée est celle de la
- réception triomphale du roi d'Angleterre à Rouen. Suivant la
- chronique Normande de P. Cochon, ce fait se serait passé le 19
- janvier; quant au traité qui fit tomber cette ville au pouvoir
- des Anglais, il fut conclu le 13 janvier 1419 (Rymer, t. IV, 3e
- partie, p. 82). C'est le mardi 17 janvier que l'on apprit à Paris
- la capitulation de Rouen «par defaulte de vivres», car, ajoute le
- greffier du Parlement, «autrement par force d'armes ou par
- assaulz la ville n'estoit pas prenable» (Arch. nat., X{la} 1480,
- fol. 166).
-
-242. Item, après ce vindrent devers Paris pour gaigner le remenant de
-France, et nul ne les contredisoit que ceulx des bonnes villes qui leur
-tenoient ung pou de pié, mais tantost les convenoit rendre, car nulz des
-gentilzhommes ou pou s'en mesloient[536] pour la haingne des Bourguignons
-et Arminalx; et par ce vint si grant cherté à Paris de toutes choses dont
-on povoit vivre, car tous les plus grans estoient esbahiz. Et valloit ung
-sextier de blé IIII ou V frans oudit an mil IIIIc XVIII; petit pain pour
-VIII solz parisis la XIIne; une petite piece de char, VI blans; une
-froissure de mouton, XII deniers; [pour] ung petit frommaige, IIII solz
-parisis; trois œufs, III blans; la livre de beurre sallé, IIII solz
-parisis; ung quarteron de petites pommes, XVI deniers; chascune poire,
-IIII deniers; le cent de harens sors, III escuz; le cent de haren
-cacqué, IIII frans; deux petis oingnons, ung denier; deux chefs d'auls,
-IIII deniers; IIII navez, II deniers; ung boessel de bons pois, X ou XI
-solz parisis, et feves autant; buche chere comme devant est dit; le cent
-de noys, XVI deniers; la pinte d'uylle d'olive, VI solz parisis; la livre
-de sain doulx, XII blans; la chopine, XVIII deniers; la livre de fromaige
-de presse, III solz parisis. Brief, tout [ce de quoy creature humaine
-povoit vivre] estoit tant cher que chascun denier coustoit quatre
-[deniers] de toutes choses, se non de mettaulx comme arain ou estain;
-arain avoit-on pour VI deniers la livre; estain pour X deniers la livre
-ou pour VIII deniers; la livre de potin IIII deniers parisis; mais argent
-valloit en ce temps X frans le marc; ung des petiz moutons devant diz de
-XVI solz valloit XX solz parisis.
-
- [536] Ms. de Paris: marchoient.
-
-243. Item, la premiere sepmaine de fevrier oudit an, fut prinse Mante par
-les Angloys, et plusieurs forteresses d'autour[537]; et n'estoit homme
-qui y meist aucun remede, car les signeurs de France estoient si courcez
-l'ung à l'autre, car le dalphin de France estoit contre son pere à cause
-du duc de Bourgongne qui estoit avec le roy, et tous les autres signeurs
-du sang de France estoient prinsonniers au roy d'Angleterre de la
-bataille d'Agincourt du jour Sainct Crespin, et son frere devant dit.
-
- [537] D'après Cl. de Fauquembergue: «Jeudi, IXe jour de fevrier,
- vindrent nouvelles (à Paris) de la reddicion faicte au roy
- d'Angleterre de la ville de Mante, et que les Anglois estoient à
- siège devant Pontoyse.» (Arch. nat., X{la} 1480, fol. 170.)
- Vernon se rendit également aux envahisseurs (Chron. des
- Cordeliers, p. 266), ainsi que nombre de places dont la
- nomenclature est donnée par Monstrelet (t. III, p. 309).
-
-244. Item, en ce moys de fevrier oudit an, l'an mil IIIIc XVIII, fut
-depposé le Beau de Bar de la prevosté de Paris, et fut fait prevost de
-Paris ung nommé Gilles de Clamecy[538], natif de la ville de Paris; ce
-que on n'avoit oncques [mais] veu d'aage de homme qui à celuy temps fust
-trouvé [en vie], que de la nacion de Paris on eust fait prevost.
-
- [538] Gilles de Clamecy, licencié ès lois, reçu le 29 juillet
- 1406 conseiller en la Chambre des enquêtes à la recommandation de
- son oncle, J. Chanteprime, qui résigna ses fonctions en sa
- faveur, passa en 1417 à la Chambre des comptes en qualité de
- maître et fut remplacé le 12 novembre au Parlement par Pierre le
- Bescot (Arch. nat., X{la} 1478, fol. 283; X{la} 1480, fol. 110).
- Les services qu'il rendit dans la crise que traversait la
- population parisienne le mirent en évidence, et il fut appelé le
- vendredi 3 février 1419 au poste éminent de prévôt de Paris. Le 5
- octobre suivant, Gilles de Clamecy ayant ouï dire «qu'il n'estoit
- mie bien agreable oudit office à aucuns des habitans de la ville
- de Paris», remit sa démission entre les mains du comte de
- Saint-Pol et des membres du grand Conseil royal; mais, au scrutin
- qui eut lieu le 6 octobre, il réunit la majorité des suffrages et
- fut obligé de conserver sa charge, malgré le refus persistant
- qu'il opposa (Arch. nat., X{la} 1480, fol. 194). Gilles de
- Clamecy habitait dès 1399 un hôtel sis rue des Poulies, adjacent
- à celui du trésorier Jean Coignet (_Ibid._, JJ 172, no 193;
- Berty, _Topographie historique du vieux Paris_, t. I, p. 93).
- C'est dans cette demeure que vinrent le trouver, le 2 décembre
- 1420, les chanoines Nicolas Fraillon et Pierre d'Orgemont, pour
- solliciter l'autorisation nécessaire à l'effet de réunir leurs
- collègues absents, en vue de l'élection épiscopale (Arch. nat.,
- LL 215, fol. 649). Le prévôt de Paris accorda l'autorisation
- demandée; ce fut l'un de ses derniers actes, car il ne tarda pas
- à céder la place à Jean du Mesnil. Gilles de Clamecy resta
- néanmoins en faveur et obtint des Anglais, en compensation des
- sommes dues pour ses services, le château et la châtellenie de
- Bazoches, les seigneuries de Vauxceré et de Vieil-Arcy,
- confisquées sur Guillaume de Champeaux et sa sœur, avec le bel
- hôtel parisien appartenant au duc d'Alençon, dit l'hôtel
- d'Autriche (_Ibid._, JJ 172, no 257; Sauval, III, 313). En 1423,
- «messire Gilles de Clamessye de Parys,» chevalier, est nommé
- parmi les conseillers du régent, qui le chargea en 1430 de faire
- une enquête dans les pays d'Anjou et du Maine sur les abus commis
- par Thomas Ruault, trésorier de ce pays, et Thomas Owerton
- (_Ibid._, X{2a} 20, fol. 20); en 1434, il est porté pour 600
- livres de gages sur le tableau des payements effectués par la
- recette générale de Normandie. (J. Stevenson, _Wars of the
- English in France_, vol. II, part. 11, p. 531.)
-
-245. Item, ou moys de mars ensuivant, valloit le marc d'argent XIIII
-frans; le sextier de bon blé, C solz parisis; la pinte de bonne huylle de
-noix, VII ou VIII solz.
-
-246. Item, ou[539] moys de mars ensuivant, environ XV jours, fut le blé
-si cher que le sextier valloit VIII frans; et environ VIII jours à
-l'yssue dudit moys, fut crié par les carrefours de Paris que nul ne fust
-si hardy qu'il vendist blé seigle plus de III frans le sextier, le
-meilleur sextier de mestail plus de LX solz parisis, le meilleur froment
-plus de LXXII solz parisis le sextier, et que nul moulnier ne prenist
-point de la moulture que argent, c'est assavoir, VIII blans pour sextier,
-et que chascun boulenger feist bon pain blanc, pain bourgois et pain
-festiz à toute sa fleur, et de certain poix[540] dit ou cry[541]. Quant
-les marchans qui alloient aux blez et les boullengiers ouirent le cry,
-si cesserent de cuire, et les marchans d'aller hors; et aussi ilz n'y
-alloient point, [et n'allassent] que à une lieue de Paris que ce ne fust
-sur leur vye, car les Angloys sans cesser [venoient] toutes les sepmaines
-une foys ou deux jusques au pont de Sainct-Cloud, et les Arminaz jusques
-aux portes de Paris sans cesser, et nul homme n'osoit yssir.
-
- [539] Ms. de Paris: en ce moys.
-
- [540] Ms. de Paris: pris.
-
- [541] Ce règlement du mois de mars 1419, relatif à la meunerie et
- boulangerie parisiennes, ne se trouve point dans les registres du
- Châtelet, mais d'autres règlements de même nature furent
- promulgués cette année; ainsi nous savons que les boulangers se
- plaignirent d'être grevés par une ordonnance du prévôt de Paris
- publiée le jeudi 30 août 1419 (Arch. nat., X{la} 4792, fol. 161
- ro).
-
-247. Item, en la darraine sepmaine[542] de mars, l'an mil IIIIc XVIII, la
-IIIIe sepmaine de karesme, qui eust donné es Halles de Paris, ou en la
-place Maubert, XX solz d'une XIIne de pain, il n'en eust peu finer. Vray
-est que aucuns boullengiers cuisoient, et n'en povoit avoir chascun que
-ung ou deux tout[543] au plus, et y avoit tousjours quelque L ou LX
-personnes à l'uys qui attendoient qu'il fust cuyt, et le prenoient tout
-venant du four. En ce point estoit la cité de Paris gouvernée, et pour
-vray en tout le karesme povres gens ne mengeoient que pain aussi noir et
-mal savouré[544] c'om pouroit faire. Vers la fin de karesme vint des
-hannons de foys à autres, mais on vendoit le sac XXVI solz parisis c'om
-avoit veu avoir pour V blans autres fois, et n'en avoit on que bien pou
-pour V ou VI blans; et vint ung pou de figgues grasses et rudes, et si en
-vendoit on la livre deux solz; et touzjours ung haren caqué bon VIII
-deniers parisis; ung sor VI deniers; une petite seiche, III ou IIII
-blans; et enchérirent tant les oingnons que une petite bote de [XX ou] de
-XXIIII oingnons valloit[545] IIII solz parisis.
-
- [542] Le mot «sepmaine» est laissé en blanc dans le ms. de Paris.
-
- [543] «Tout» manque dans le ms. de Rome.
-
- [544] Ms. de Paris: plus assesonné.
-
- [545] «Valloit» manque dans le ms. de Rome.
-
-248. Item, ung pou devant mars, fut pillée la ville de[546]
-Soissons[547], et grant occision faicte de hommes, de femmes et d'enfens
-par les Arminalx.
-
- [546] «La ville de» manque dans le même ms.
-
- [547] Soissons fut pris par escalade le 8 mars au point du jour.
- Le Religieux de Saint-Denis (t. VI, p. 317) donne les détails les
- plus complets sur cet exploit des partisans du Dauphin.
-
-249. Item, oudit an, en mars, fut faicte grant occision en la cité de
-Sens, que le seigneur de Guittré[548] y fist, pour ce que ceulx de la
-cité vouloient mettre les Bourguignons dedens sans son seu, car il en
-estoit bailly.
-
- [548] Ms. de Paris: seigneur Guiatre.
-
-250. Item, en ce temps furent Pasques le XVIe jour d'avril IIIIc XIX.
-Lors fut la char si chere que ung beuf, qu'on avoit veu donner maintes
-foys pour VIII frans ou pour dix tout au plus, coustoit L frans; ung veau
-IIII ou V frans; ung mouton LX solz ou IIII frans. Toute char que on
-povoit menger, fust vollaille ou autre, estoit tant chere, car ung homme
-eust bien mengé à son repas pour VI blans de bon beuf, ou mouton, ou
-lart; et n'avoit-on que II œufs pour II blans; ung fromaige mol, VI ou
-VIII blans; la livre de beurre sallé XIIII blans; le froys, XVIII blans;
-une froessure de mouton, II solz ou VIII blans; ung pié de mouton, IIII
-deniers; la teste de mouton, III ou IIII blans. Et touzjours couroient
-les Arminaz[549], comme devant est dit, tuoient, pilloient, boutoient feu
-partout sur femmes, sur hommes [et] sur grains, et faisoient pis que
-Sarazins, et nul ne les contredisoit; car le duc de Bourgongne estoit
-touzjours avec le roy à Prouvins, et ne s'en bougeoient, et y furent
-jusques au XXVIIIe jour de may IIIIc XIX qu'ilz vindrent à Pontoise[550],
-c'est assavoir le roy, la royne, le duc de Bourgongne, et passerent [par]
-devant Paris par le bout de Sainct-Laurens sans entrer à Paris, dont on
-fut moult esbahy [à Paris; de Pontoise allerent à Meurlan et] orent
-treves aux Arminalx trois moys ensuivans[551]; et là parlementerent aux
-Engloys aussi par treves de faire aucun mariaige[552]; et fut une dure
-chose au roy de France, que lui, qui devoit estre le souverain roy des
-chrestiens, convint qu'il obeist à son anxien ennemy mortel, pour estre
-contre son enfant et ceulx de la bande qui nonobstant treves pilloient
-tousjours et roboient comme devant.
-
- [549] La garnison de Meaux s'enhardit jusqu'à pousser une pointe
- aux environs de Paris et fit, le 11 mai, une tentative «pour
- escheller le pont de Charenton et entrer dedens le chastel du
- Bois de Vincennes.» (Arch. nat., X{la} 1480, fol. 177 vº.)
-
- [550] A la date du 26 mai 1419, le duc de Bourgogne, accompagné
- du roi et de la reine, quitta Provins où il avait séjourné plus
- de quatre mois (du 22 janvier au 25 mai), passa la nuit au
- château du Bois-de-Vincennes et se dirigea le lendemain sur
- Pontoise pour se trouver à Meulan le 30 mai et y traiter avec les
- Anglais.
-
- [551] C'est le dimanche 28 mai que fut publiée à Paris la trêve
- conclue le 14 mai entre les Bourguignons et les gens du dauphin
- (Arch. nat., X{la} 1480, fol. 186 vº).
-
- [552] Il s'agit des pourparlers concernant le mariage de
- Catherine de France avec le roi d'Angleterre; le 23 juin, des
- commissaires spéciaux nommés par Henri V furent chargés de suivre
- les négociations relatives à l'union projetée
- (Champollion-Figeac, _Lettres des rois et reines_, t. II, p.
- 345).
-
-251. Item, en ce temps estoit la tres grant charté de toute vitaille,
-comme devant est dit, et valloient quatre chefs d'aulx bien petiz IIII
-deniers parisis.
-
-252. Item, le VIIIe et le IXe jour de juing ensuivant, après les triefves
-devant dictes environ six jours, vint tant de biens à Paris, de lars, de
-fromaiges de presse, qu'ilz estoient es Halles entassez aussi hault que
-ung homme, et fut donné pour II blans ou pour III frans ce qui coustoit
-six la sepmaine de devant; et vint tant d'aulx à Paris, que ce qui
-coustoit XII ou XVI solz la sepmaine de devant estoit donné pour V ou
-pour VI blans; et vint grant foison de pain de Corbeil, de Meleun et du
-plat païs d'entour Paris, qu'ilz avoient des biens des bonnes villes, et
-si en vint d'Amiens et de par delà, mais pou amenda du marché de
-touzjours, fors qu'il estoit plus blanc.
-
-253. Item, la vigille de la Trinité, vint tant de poisson à Paris que on
-avoit IIII ou V bonnes solles pour ung gros, et l'autre marée à la
-vallue; et fut la Trinité le jour Sainct Barnabé, XIe jour de juing l'an
-mil IIIIc XIX.
-
-254. Item, la sepmaine ensuivant, fut crié que on prenist les moutons
-devant diz de XVI solz pour XXIIII solz parisis[553], dont les marchans
-de loing furent plus eslongnez[554] que devant de venir marchander à
-Paris, ne nul n'y venoit qui de la monnoye tenist compte ou pris[555]
-qu'elle couroit en ce temps; car il couroit à Paris blans de Bourgongne
-de VIII deniers parisis piece, que on appelloit lubres, qui ne valoient
-mie trois deniers, et avec ce estoient rouges comme meriaux[556]. Si
-eussiez veu par tout Paris où marchandise couroit touzjours debat, fust
-à pain ou à vin, ou à autre chose.
-
- [553] Par lettres du 18 juin 1419 à l'adresse du prévôt de Paris,
- publiées «es lieux notables et accoutumez» de la ville de Paris,
- Charles VI ordonna que les deniers d'or, «appeliez moutons,
- lesquelx avoient cours pour XX solz tournois la piece,» seraient
- pris dorénavant dans toute l'étendue du royaume pour trente sols
- tournois; cette surélévation du cours des moutons avait pour but
- de faire cesser l'exportation de l'or, spéculation à laquelle se
- livraient plusieurs marchands étrangers. (Arch. nat., Z{1b} 58,
- fol. 153 vº.) La rareté des espèces d'or donna naissance à de
- nombreuses contestations: ainsi le chapitre de Notre-Dame avait
- prêté au roi une certaine somme en petits moutons d'or; on voulut
- au mois de juillet 1419 la rembourser en monnaie blanche, mais
- cette monnaie était déjà tellement discréditée que le chapitre
- refusa, demandant à être payé en monnaie d'or de valeur
- équivalente; après longue discussion où le duc de Bourgogne
- allégua que les chanoines n'avaient déboursé que de l'argent
- blanc, la question en litige fut déférée au Parlement (_Ibid._,
- LL 215, fol. 240).
-
- [554] Ms. de Paris: estonnez.
-
- [555] Ms. de Paris: païs.
-
- [556] Ms. de Paris: memoriaux.
-
-255. Item, en icellui temps fist tant le duc de Bourgongne que paix fust
-faicte entre le Dalphin et le roy de France, son pere, et tous les
-Angloys, comme en maniere de traicté, tant que la dicte paix fut faicte
-entre Meleun et Corbeil, en ung lieu dit le Poncel, à une lieue de Meleun
-emprès Poully; et là jurerent touz les vassaulx d'une part et d'autre à
-tenir ladicte paix, sans jamais aller à l'encontre de ce qui fait en
-estoit; et fut le mardi XIe jour de juillet, et en fut faicte tres grant
-feste à Paris[557]; et fut confermée le XIXe jour dudit moys ladicte paix
-de tous les signeurs qui pour lors estoient en France[558]. Et tous les
-jours [à Paris] et especialment de nuyt faisoit on tres grant feste pour
-ladicte paix à menestriers et autrement.
-
- [557] Dès que l'on reçut à Paris la nouvelle du traité qui venait
- d'être signé entre le dauphin et le duc de Bourgogne,
- c'est-à-dire le mercredi 12 juillet, on fit sonner les cloches et
- chanter le _Te Deum_ en signe d'allégresse; le lendemain et le
- surlendemain des processions solennelles se rendirent aux églises
- de Sainte-Catherine-du-Val-des-Écoliers et de Sainte-Geneviève
- (Arch. nat., X{la} 1480, fol. 189).
-
- [558] Les lettres de Charles VI ratifiant le traité du Ponceau
- furent enregistrées au Parlement le 20 juillet (Arch. nat., X{la}
- 8603, fol. 50); leur publication faite dans Paris le même jour
- donna lieu à de nouvelles réjouissances publiques: «Et fuerunt in
- vespere facti ignes per totam villam cum maximo gaudio et
- exultacione tocius populi.» (_Ibid._, LL 215, fol. 240.)
-
-256. Item, le penultime jour dudit moys, fut la feste Sainct Huistace,
-qui fut faicte moult joieusement, et l'endemain, jour Sainct Germain,
-tourna en si grant tribulacion que oncques fist feste; car à dix heures,
-ainsi qu'ilz cuidoient [ordonner] d'aller jouer au Marais, comme coustume
-estoit, vint à Paris ung grant effroy, car, par la porte Sainct-Denis,
-quelque XX ou XXX personnes, si effroyez comme gens qui estoient, n'avoit
-gueres, eschappez de la mort; et bien y paroit, car les aucuns estoient
-navrez, les autres le cueur leur failloit de paour et de chault et de
-faing, et sembloient mieulx mors que vifs. Si furent artez à la porte et
-leur demanda on l'achoison dont grant douleur leur venoit, et ilz
-prindrent à larmoyer en disant: «Nous sommes de Pontoyse qui a esté à
-ceste journée, au matin, prinse des Angloys [pour certain[559]], et puis
-ont tué, navré tout ce qu'ilz ont trouvé en leur voye, et bien se tient
-pour bien euré qui peut eschapper de leur main, car oncques Sarazins ne
-firent pis aux chrestiens qu'ilz font.» Et ainsi qu'ilz disoient et
-regardoient ceulx qui gardoient la porte devers Sainct-Ladre, et veoient
-venir grans tourbes[560] de hommes, femmes et enfens, les ungs navrez,
-les autres despoulliez; l'autre portoit deux enfens entre ses bras ou en
-hostes, et estoient les femmes, les unes sans chapperon, les autres en
-ung povre corcet, autres en leur chemise; povres prebstres qui n'avoient
-que leur chemise ou ung seurpeliz vestu, la teste toute descouverte, et
-en venant faisoient si grans pleurs, criz et lamentacions, en disant:
-«Dieu, gardez nous par vostre grace de desespoir, car huy au matin
-estions en nos maisons aises [et manans], et à medy ensuivant sommes
-comme gens en exil querans nostre pain.» Et en ce disant, les aucuns se
-pasmoient, les autres s'asseoient à terre si las et si doloreus que plus
-ne povoient; car moult avoient perdu aucuns de sang, les autres estoient
-moult affebliz de porter leurs enfans, car la journée estoit tres chaude
-et vaine. Et eussiez trouvé entre Paris et le Landit quelque iiic ou
-iiiic ainsi assiz, qui recordoient leurs grans douleurs et leurs grans
-pertes de chevances et d'amys, car pou y avoit personne qu'il neust aucun
-amy ou amye ou enffant demouré à Pontoyse. Si leur croissoit leur douleur
-tellement, quant il leur souvenoit de leurs amis qui estoient demourez
-entre ces crueulx tirans Angloys, que le povre cueur ne les povoit
-soustenir, car foibles estoient moult pour ce que encore n'avoit le plus
-beu ne mangé, et aucunes femmes grosses acoucherent en la fuite, qui tost
-après moururent; et n'est nul si dur cueur qui eust veu leur grant
-desconfort qui se fust tenu de plourer ou larmoier. Et [toute] la
-sepmaine ensuivant ne finerent que de ainsi venir, [que] de Pontoise
-[que] des villaiges d'entour, et estoient parmy Paris moult esbahiz à
-grans tropeaulx. Car [toute] vitaille estoit moult chere, especialment
-pain et vin, [car on n'avoit point de vin] qui riens vaulsist, pour moins
-de viii deniers la pinte; ung petit pain blanc viii deniers parisis; les
-autres choses de quoy homme povoit vivre, par cas pareil.
-
- [559] En général, les chroniqueurs s'accordent à dire que les
- Anglais s'emparèrent de Pontoise par escalade; c'est aussi ce que
- rapporte Clément de Fauquembergue. Cependant il existe une autre
- version, celle du greffier du chapitre de Notre-Dame, qui se fait
- l'écho du bruit public et laisse à entendre que la trahison ne
- fut pas étrangère à cet événement. Voici en quels termes ce
- personnage mentionne la prise de Pontoise: «Die lune, de mane,
- venerunt nova Parisius, vera, proh dolor! quod per prodicionem
- Anglici ceperant Pontisaram, propter quod plurima negocia
- manserunt indiscussa.» (Arch. nat., LL 215, fol. 242.)
-
- [560] Ms. de Paris: troupes.
-
-257. Item, le peuple de Paris estoit moult esmerveillé du roy et du duc
-de Bourgongne, que, quant Pontoise fut prinse, comme dit est, ilz
-estoient à Sainct-Denis bien acompaignez de gens d'armes[561], et ne
-firent aucun secours à ceulx de Pontoise, ains vuyderent l'endemain le
-bagaige et allerent au pont de Charenthon, et de là à Laingny, et
-passerent au plus pres de Paris sans entrer ens, dont [tout] le peuple
-[de Paris] fut moult esbahi[562] et se tint pour mal comptent; car il
-sembloit proprement que tous s'en fouissent devant les Angloys, qu'ilz
-eussent grant haine à ceulx de Paris et du royaulme; car en ce temps
-n'avoyt chevalier de renon d'armes à Paris, ne cappitaine nul[563], non
-plus que le prevost de Paris et cellui des marchans, qui n'avoient pas
-acoustumé à mener fait de guerre. Et pour ce les Anglois, qui savoient
-bien que à Paris n'avoit que la commune, car touzjours avoient-ilz des
-amys à Paris et ailleurs, vindrent la vigille Sainct Laurens[564]
-ensuivant devant Paris jusques auprès de Paris[565], sans ce que nulz
-leur contredeist; mais assaillir n'oserent Paris pour la commune, qui
-tantost se misdrent sur les murs pour deffendre la ville, et fussent
-voulentiers ladicte commune aux champs yssue, mais les gouverneurs ne
-voldrent laisser homme yssir. Quant ce virent les Angloys, ilz s'en
-allerent pillant, tuant, robant, prenant gens à rançon, et le lendemain,
-jour Sainct Laurens, revindrent faire une cource jusques devant Paris, et
-s'en retournerent vers Pontoise.
-
- [561] Jean Sans-Peur séjourna à Saint-Denis du 23 au 30 juillet,
- et à Lagny du 31 juillet au 6 août (Gachard, _Archives de Dijon_,
- p. 241).
-
- [562] «Fut moult esbahi» manque dans le ms. de Rome.
-
- [563] La capitainerie de Paris avait été confiée, vers le milieu
- de janvier 1419, à un enfant, Philippe de Bourgogne, comte de
- Saint-Pol, que suppléa le duc de Clarence (Fenin, éd. Dupont, p.
- 119).
-
- [564] Mercredi matin, 9 août, arrivèrent sous les murs de Paris
- les Anglais commandés par le duc de Clarence; après s'être
- arrêtés devant la porte Saint-Denis près de la maison de
- Saint-Lazare, vers midi ils regagnèrent Argenteuil. Par suite de
- cette incursion, le 10 août, jour de saint Laurent, «cessa le
- marchié et foire acoustumés chascun an ledit jour estre tenu ou
- forsbourc de Saint-Lorens leiz Paris.» Le 11 août, les Anglais
- jugèrent à propos de rebrousser chemin et de revenir à Pontoise
- (Arch. nat., X{la} 1480, fol. 191).
-
- [565] Les mots «jusques auprès de Paris» manquent dans le ms. de
- Rome.
-
-258. Item, ce jour Sainct Laurens, tonna et esparty le plus terriblement
-et le plus longuement que on eust veu d'aage de homme, et plut à la
-value, car celle tempeste dura plus de quatre heures sans cesser. Ainsi
-estoit le monde en doubte de la guerre Nostre Seigneur et de celle de
-l'ennemy.
-
-259. Item, [environ] XII jours après, commencerent [les bouchers]
-derechief à refaire la grant boucherie. En ce temps n'estoit nouvelle
-fors que du mal que les Angloys faisoient en France, car de jour en jour
-gangnoient villes et chasteaux, et minoient tout le royaume de France de
-chevance et gens, et tout envoyoient en Engleterre . . . . . . . . . . .
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-. . . . .[566]
-
- [566] Cette lacune regrettable, qui devait selon toute apparence
- contenir le récit du drame de Montereau, existe dans le ms. de
- Rome aussi bien que dans le ms. de Paris. Dans le premier, elle
- correspond au bas du folio 60 vº. Bien que la main d'un
- annotateur du XVIe siècle ait constaté à cet endroit l'absence de
- trois feuillets, aucun indice matériel ne permet de supposer la
- moindre lacération.
-
-260. .....comment, et[567] les grans[568] signeurs de France prins des
-Angloys tout par orgueil, faire sacrilege c foys le jour, violer eglises,
-menger char au vendredi [à cuire], efforcer filles et femmes et dames de
-religion, rostir hommes et enfans; brief, je croy que les tyrans de
-Romme, comme Neron, Dio(c)lecian, Dacien et les autres ne firent oncques
-la tyrannie qu'ilz font et ont fait. Tous ces fais devantdiz de
-pardurable perdicion que chascun scet, estoient tous mis à nyant, quant à
-la justice corporelle, de la divine je me teys, quant la deesse de
-Discorde et son pere Sathan, à qui ilz sont, leur fist la faulce traïson
-doloreuse faire, dont tout le royaulme est à perdicion, se Dieu n'en a
-pitié [ou] y vueille de sa grace [ouvrer], qu'ilz soient en tel estat
-qu'ilz le veullent cognoistre et qu'ilz ne puissent nuire à nulli, comme
-ilz ont fait le temps passé, car par leurs [faiz] oultraigeux devantdiz
-meurent de fain les gens aux champs et à la ville, et de froit. Car
-aussitost qu'ilz orent fait leur dampnable voulenté du bon duc[569],
-tous ceulx des garnisons coururent çà et là, pillant, robant, rançonnant,
-boutant feus, par quoy tout enchery tellement[570] que le blé, qui ne
-valloit que XL solz[571] parisis, valu tantost après VI ou VII frans;
-[ung sextier de pois ou de febves X ou XII frans]; frommaige, œufs,
-beurre, aulx, ongnons, buche, char, bref toutes choses de quoy gens et
-bestes [et enffans] povoient vivre, encherirent tellement que tres petite
-buche valloit III frans le cent[572]. Et pour celle charté fut ordonné
-le boys de Vicennes à estre coppé, et costoit le molle XVI ou XVIII solz
-parisis, et n'en avoit on que XXXII pour molle; une somme de charbon, III
-frans, que on avoit eue autres foys [aussi bonne] pour V ou pour VI solz.
-
- [567] Ces deux mots ont été ajoutés au XVe siècle en haut du fol.
- 61 rº du ms. de Rome et sont d'une écriture analogue à celle du
- texte; au lieu de _comment_, le ms. de Paris porte _convient_.
-
- [568] «Grans» manque dans le ms. de Rome.
-
- [569] Plus d'une année après la catastrophe du pont de Montereau,
- le Parlement de Paris procédait à une enquête sur l'assassinat de
- Jean Sans-Peur, perpétré par les «gens ou officiers de Charles
- soi-disant dauphin,» et chargeait, le 23 janvier 1421, l'un de
- ses conseillers, Jean de Saint-Romain, d'informer à l'encontre de
- certains prisonniers détenus à la Conciergerie (Arch. nat., X{2a}
- 16, fol. 397). Le 13 février suivant, l'instruction était assez
- avancée pour que le Parlement se réunît à l'effet d'expédier le
- procès de ceux «que on disoit estre coulpables et consentans de
- la mort du feu duc de Bourgogne.» Trois séances furent consacrées
- à l'examen de la cause; à la séance du mercredi 19 février 1421
- assistaient le duc d'Exeter, capitaine de Paris, Lourdin de
- Saligny, Renier Pot, le sire de Courcelles et autres chevaliers
- du grand Conseil royal. Comme les registres criminels de cette
- époque font défaut, le sort des malheureux accusés d'avoir trempé
- dans le meurtre de Jean Sans-Peur reste inconnu, et nous sommes
- réduits aux indications sommaires contenues au registre du
- Conseil, qui ne donne même pas leurs noms (_Ibid._, X{la} 1480,
- fol. 228, 229).
-
- [570] Une lettre de rémission, accordée à une pauvre femme que la
- misère avait chassée de Paris au mois de novembre 1419, témoigne
- «de la grant famine et chierté de vivres qui lors estoit à Paris»
- (Arch. nat., JJ 173, fol. 193 vo).
-
- [571] Ms. de Paris: XV solz.
-
- [572] A la suite de la prise de Pontoise, qui fermait l'une des
- voies de ravitaillement de la capitale, quelques marchands ayant
- voulu «rencherir oultrageusement leur busche», l'échevinage
- parisien fut obligé de tarifer le bois de chauffage; des jurés se
- transportèrent sur le port afin d'examiner les arrivages et pour
- débattre les prix. «Les aucuns disoient que le cent de ladicte
- busche valoit bien XXXII solz, les autres disoient XXXVI, et
- finalement fu mise à XL solz» le cent, chiffre d'ailleurs fixé à
- un marchand au début de l'année 1419. Malgré cette évaluation
- basée sur le maximum, un marchand vendit sa bûche jusqu'à LX sols
- le cent (Arch. nat., X{la} 4792, fol. 158, 159). Quant aux coupes
- faites dans le bois de Vincennes, elles avaient été décidées le 9
- février 1419 par le Parlement, qui ordonna «de hastivement coper
- et abatre les bois du roy environ Saint-Cloud et certaine
- quantité du boys de Vincennes pour faire merrian et bois [de]
- chauffage» (_Ibid._, X{la} 1480, fol. 170 vo). Malgré toutes les
- mesures prises pour assurer l'approvisionnement de Paris, la
- rareté toujours croissante du combustible se fit sentir à un tel
- point que l'on fut obligé d'en régler la consommation; ainsi le
- chapitre, ayant acheté pour 25 francs de bois spécialement
- destiné à chauffer ceux qui veillaient toutes les nuits au
- cloître de Notre-Dame, fixa à deux grosses bûches et à deux
- cotrets la quantité de bois qui serait délivrée à chaque chanoine
- de garde au _terrain_ (_Ibid._, LL 215, fol. 248). Le Parlement
- n'éprouva pas moins de difficultés pour obtenir du receveur de
- Paris un peu de bois nécessaire à son chauffage (_Ibid._, X{la}
- 1480, fol. 203).
-
-261. Item, les petis enfens ne mengeoient point de lait, car pinte
-coustoit X deniers ou XII. Certes, en ycellui temps pouvres gens ne
-mengeoient ne char ne gresse, car ung petit enffant eust bien mengé pour
-III blans de char à son repas. La pinte de bon sain doulx, IIII ou V solz
-parisis; ung pié de mouton, IIII deniers; ung pié de beuf, VII blans, et
-les trippes à la vallue; beurre sallé, IIII solz; ung œuf, VIII deniers;
-ung petit frommaige, VII solz parisis; une paire de soulliers à homme,
-VIII solz parisis; ungs patins, VIII blans; brief et toutes autres choses
-quelxconques estoient [encheries] pour la mort du bon duc, et se ne
-gaignoit on denier. Et si ne valloit rien la monnoye blanche[573], car
-ung blanc de XVI deniers ne valloit pas plus de III deniers parisis en
-argent, et ung escu d'or du temps passé valloit XXXVIII solz
-parisis[574]; [pour] ung marc d'argent, XIIII frans[575]. Et pour ce
-point, pour la feible monnoye, ne venoit point de marchandise à Paris, et
-si estoient les Angloys tous les jours jusques aux portes de Paris, s'ilz
-vouloient, et les Arminaz d'autre costé, qui estoient aussi mauvays; et
-alloit chascun II ou III foys la sepmaine au guet, une foys parmy la
-ville, l'autre foys sur les eschifflez[576]; et si estoit le fin cueur de
-l'yver, et touzjours plevoyt et faisoit tres froit[577]. Et furent les
-vendenges celle année, l'an mil IIIIc XIX, les plus ordes [et
-pluvieuses], les raisins pouris, les plus feibles vins que on eust
-oncques veu d'aage de homme, et si cousta celle année IIII foys plus
-qu'ilz n'avoient fait d'aage de homme qui fust en vie, et tout par les
-maulx qu'ilz faisoient partout; car, pour certain qui avoit à V ou VI
-lieues près de Paris, la queue lui coustoit V ou VI frans tant seullement
-à admener, et en convoy de gens d'armes à une lieue pres de Paris, XVI ou
-XX solz parisis, sans vendenger, labourer, reloyer, autre despence. Et
-quant tout ot esté vendengé et recuilli, ilz n'orent ne force ne vertu,
-ne couleur, et n'en estoit gueres ou pou qui sentissent se non le pourry;
-car le plus n'avoient point esté ordonnez en vendenges à leur droit, pour
-la paour que on avoit des dessusdiz, et pour la doubte que on avoit tout
-temps de leur traïson. La nuyt de la saincte feste de Toussaint, oncques
-[on] ne sonna à Paris pour les trespassez, comme coustume est, se non
-guare-feu; et neantmoins toutes ces pouvretez, miseres et doleurs,
-oncques à pape ne à emperiere, n'à roy, n'à duc, si comme je croy, on ne
-fist autant de service après leur trespassement, n'aussi solempnel en une
-cité, comme on a fait pour le bon duc de Bourgongne, à qui Dieu pardoint.
-
- [573] Par ordonnance du 17 janvier 1420, Charles VI prescrivit la
- fabrication de petits deniers blancs qui devaient avoir cours
- pour 5 deniers tournois la pièce, et de doubles deniers parisis
- valant 2 deniers parisis pièce, que M. A. de Barthélemy (_Essai
- sur la monnaie parisis_) signale comme fort rares (Arch. nat.,
- X{lb} 58, fol. 154).
-
- [574] Nous voyons dans un procès plaidé au Parlement (Arch. nat.,
- X{la} 4792, fol. 190 vº) un individu réclamer le payement d'une
- créance «en escus en or ou au pris et à la valeur qu'ilz valent
- de present, c'est assavoir XLII solz pour chascun escu.»
-
- [575] Le prix du marc d'argent s'éleva de plus en plus: on le
- voit fixé le 17 janvier 1420 à 16 livres 10 sols. Une ordonnance
- du 9 avril suivant accorda aux marchands qui apporteraient de
- l'argent à la monnaie de Paris une prime de 30 sols tournois, en
- sus du prix de 16 livres 10 sols tournois alloué pour chaque
- marc. Le 11 février 1421, alors que le marc d'argent valait 26
- livres tournois, la prime fut portée à 40 sols tournois (Arch.
- nat., Z{1b} 58, fol. 154, 155, 162).
-
- [576] Les échiffles étaient des guérites placées de distance en
- distance sur les remparts, comme on le voit par l'exemple suivant
- tiré des comptes de la ville de Paris: «cy après s'ensuivent les
- eschiffles et les bastides estans sur les murs de Paris» (Arch.
- nat., KK 403, fol. 24).
-
- [577] La saison s'annonçait effectivement comme très rigoureuse,
- si nous en jugeons par une lettre de rémission accordée à un
- laboureur des environs de Corbeil, qui avait volé des pourceaux à
- des marchands de passage, attendu que les gens de la campagne «ne
- gagnoient rien pour les neges et gelées qui lors estoient moult
- grandes et pour les Armignacs qui souvent les assailloient»
- (Arch. nat., JJ 171, fol. 50).
-
-262. Item, à Nostre-Dame de Paris fut fait le jour Sainct Michel le plus
-piteusement que faire se pot, et y avoit ou moustier iii mil libvres de
-cire, toutes en cierges et en torches; et là ot ung moult piteux sermon
-que fist le recteur de l'Université, nommé maistre Jehan l'Archer[578].
-Et après ce le firent toutes les parroisses de Paris [et toutes les
-confraries de Paris] l'une après l'autre, et partout faisoit-on la
-presentacion de grans cierges et de grans torches, et estoient les
-moustiers encourtinez de noyres sarges. Et chantoit on le _Subvenite_ des
-Mors et vigilles à neuf pseaulmes, et par tous les moustiers estoient
-après mis [les armes[579]] du bon duc trespassé et du sire de
-Novaille[580] qui fut mort avec luy, dont Dieu vueille avoir les ames et
-de tous les autres trespassez, et vueille donner grace à nous et à toute
-ceste gent de le congnoistre, comme nous devons, et nous doint ce que
-disoit à ses apostres: «Paix soit avec vous!» car par ceste maldicte
-guerre tant de maulx ont esté fais que je cuide que en telx LX ans passez
-par devant, il n'avoit pas eu ou royaulme de France, comme il a esté [de
-mal] puis XII ans en ça. Helas! tout premier Normendie en est toute
-exillée, et la plus grant partie, qui soulloit faire labourer et estre en
-son [lieu], lui, sa femme, sa mesnie, et estre sans danger, marchans,
-marchandises, gens d'eglise, moynes, nonnains, gens de tous estaz, ont
-esté boutez hors de leurs lieux, estrangers comme ce eussent esté bestes
-sauvaiges, dont il convient que les uns truandent qui soulloient donner,
-les autres servent qui soulloient estre serviz, les autres larrons et
-meurdriers par desespoir, bonnes pucelles, bonnes proudes femmes venir à
-honte par effors ou autrement, qui par neccessité sont devenues
-mauvaises; tant de moynes, tant de prebstres, tant de dames de religion
-et d'autres gentes femmes avoir tout laissé par force et mis corps et ame
-au desespoir, Dieu scet bien comment. Helas! tant d'enfans mors [nez] par
-faulte d'ayde, tant de mors sans confession, par tyrannie et en autre
-maniere, tant de mors sans sepulture en forestz et en autre destour,
-tant de mariaiges qui ont esté delaissez à faire, tant d'eglises arses et
-bruies, et chappelles, maisons Dieu, malladeries où on soulloit faire le
-sainct service Nostre Seigneur et les œuvres de misericorde, où il n'a
-mais que les places, tant d'avoir mussé, qui jamais bien ne fera, et de
-joyaulx d'eglise et de reliques, et d'autres qui jamais bien ne feront,
-ce n'est d'adventure. Brief, je cuide que homme ne pourroit[581], pour
-sens qu'il ait, bien dire les grans, miserables, enormes et dampnables
-pechez qui se sont ensuyviz et faiz puis la tres maleureuse et dampnable
-venue de Bernart, le conte d'Arminac, connestable de France; car,
-oncques, puis que le nom vint en France de Bourguignon et d'Arminac, tous
-les maulx que on pourroit pencer ne dire ont esté tous commis ou royaulme
-de France, tant que la clamour du sang innocent [espandu] crie devant
-Dieu vengence. Et cuide en ma conscience que ledit conte d'Arminac estoit
-ung ennemy en fourme de homme, car je ne voy nul qui ait esté à lui, ou
-qui de lui se renomme, ou qui porte sa bende, qui tienne point la loy ne
-foy chrestienne, ains se maintiennent envers tous ceulx dont ilz ont la
-maistrise, comme gens qui auroient renyé leur creatour, comme il appert
-par tout le royaulme de France. Car j'ose bien dire que le roy
-d'Angleterre n'eust esté tant hardy de mettre le pié en France [par
-guerre], ce n'eust esté la discencion qui a esté de ce maleureux nom, et
-fust encore toute Normendie françoyse, ne le noble sanc de France ainsi
-espandu, ne les signeurs dudit royaume ainsi menez en exil, ne la
-bataille perdue, ne tant de bonnes gens mors n'eussent oncques esté en la
-piteuse journée d'Egincourt, où tant perdit le roy de ses bons et loyaulx
-amys, ce ne fust l'orgueil de ce maleureux nom Arminac[582]. Hélas! à
-faire cestes maleureuses œuvres ilz n'en auront de remenant que le
-pechié, et s'ilz n'en font amendement durant la povre vie du corps ilz en
-seront en tres cruelle, miserable [et pardurable] dampnacion; car certes
-on ne peut riens mesconter à Dieu, car il scet tout, plain de
-misericorde, ne s'y fie homme nulz, ne en longue vie n'en autre chose de
-folle esperance ou de vaine gloire, car en verité il fera à chascun droit
-selon sa deserte. Helas! je ne cuide mie, que depuis le temps du[583] roy
-Clovis qui fut le premier roy chrestien, que France fust aussi desollée
-et divisée comme elle est aujourduy, car le Dalphin ne tand à autre chose
-jour et nuyt, lui et les siens, que de gaster tout le païs de son pere à
-feu et à sang; et les Angloys d'autre costé font autant de mal que les
-Sarrazins. Mais encore vaut-il trop mielx estre prins des Angloys que du
-Dalphin ou de ses gens[584], qui se dient Arminaz; et le povre roy et la
-royne depuis la prinse de Pontoise ne se meuvent[585] de Troyes à povre
-mesnie, comme futifs[586] et deschassez hors de leur lieu par leur propre
-enfant, qui est grant pitié à pancer à toute bonne personne.
-
- [578] Jean l'Archer, docteur en théologie, élu recteur le 23 juin
- 1419, devint procureur de la nation de France le 13 janvier 1422
- (Du Boulay, _Hist. Univ._, t. V, p. 341). Dans maintes occasions,
- l'Université le chargea de porter la parole; il fut l'un des
- orateurs qui requirent, en l'hôtel de Saint-Pol, la punition des
- meurtriers de Jean Sans-Peur (Monstrelet, t. IV, p. 19). En 1424,
- il vint au Parlement, toujours au nom de l'Université, demander
- l'enregistrement des lettres conservatoires de ses privilèges,
- octroyées par Charles VI, lettres dont on avait différé la
- publication pour éviter «rumeurs et tumultes de peuple»; Jean
- l'Archer s'acquitta de cette mission délicate dans les séances
- des 7 et 15 décembre 1424 (Arch. nat., X{la} 1480, fol. 312 vº;
- X{la} 4794, fol. 11 vº).
-
- [579] Ces mots, qui ne se trouvent point dans les mss. de Rome et
- de Paris, ont été suppléés par les éditeurs.
-
- [580] Archambaud de Foix, seigneur de Navailles, grièvement
- blessé en essayant de défendre le duc de Bourgogne, succomba au
- bout de quelques jours à l'hôpital de Montereau.
-
- [581] Ms. de Paris: pourra.
-
- [582] Le mot _Armagnac_ était plus que jamais une appellation
- injurieuse, et les commissaires parisiens «sur le fait des
- crimineulx infracteurs de paix, tenans le dampnable parti
- d'Armagnac et de cellui qui se dit daulphin,» ne plaisantaient
- pas sur ce point; ils infligèrent à un individu ayant faussement
- accusé un autre d'appartenir au parti armagnac, la peine du
- pilori avec une mitre sur laquelle serait écrit: _faulx
- accuseur_, et amende honorable (Arch. nat., JJ 171, no 90).
-
- [583] Les mots «temps du» manquent dans le ms. de Rome.
-
- [584] Ms. de Rome: des gens du dalphin.
-
- [585] Ms. de Paris: mouvoient.
-
- [586] Ms. de Paris: comme fut ilz dechassez.
-
-263. Item, fist le roy à Troyes la feste de Toussaint en l'an mil IIIIc
-XIX, et ceulx de Paris ne povoient avoir nulle vraie nouvelle de son
-retour, dont moult estoient courcez les bons.
-
-264. Item, fist le roy à Troyes son Nouel, parce que on ne l'osoit oster
-de Troyes, pour faute de puissance et de compaignie et pour paour des
-Angloys et des Arminalz; car chascun d'eulx le taschoit à prendre, et par
-especial les Arminaz pour avoir leur paix. La IIIe cause, tout estoit si
-cher à Paris que le plus saige ne s'i savoit vivre[587]; especialment
-pain et buche y estoit si chere que oncques puis IIc ans avoit esté, et
-la char, car à Nouel, ung quartier de mouton, quant il estoit bon,
-coustoit XXIIII solz parisis; pour la char d'un mouton, VI frans; une
-oue[588] XVI solz parisis, et l'autre à la vallue. En ce temps, il
-n'estoit nouvelles sur mesnaigeres d'œufs ne de fromaiges de Brie, ne de
-poix ne de febves, car les Arminalz destruisoient tout et prenoient
-femmes et enfens à rançon, et les Angloys d'autre costé. Et convint
-prendre treves aux Engloys par force, qui estoient anxiens ennemis du
-roy, et furent données depuis la moittié de decembre jusques ou moys de
-mars.
-
- [587] La cherté excessive des denrées et le manque de travail
- chassèrent de Paris le pauvre peuple, témoin ce barbier qui,
- voyant «que vivres estoient lors moult chiers à Paris où il
- n'avoit pas bien de quoy vivre,» abandonna son ouvroir sis au
- coin de la rue de la Vieille-Pelleterie, devant
- Saint-Denis-de-la-Châtre, et s'en alla à Mehun-sur-Yèvre. Pris
- comme bourguignon par la garnison d'Étampes et relâché, il mena
- pendant près de deux ans une existence vagabonde, voyageant
- d'Avignon à Aix et Marseille, de Marseille à Chambéry et Nice; de
- retour enfin à Paris et emprisonné au Châtelet, ce malheureux
- obtint lettres de rémission (Arch. nat., JJ 172, no 190).
-
- [588] Ms. de Paris: queue.
-
-
- [1420.]
-
-
-265. Passa decembre, janvier, fevrier que oncques le roy ne la royne ne
-vindrent à Paris, ains estoient touzjours à Troyes, et touzjours
-couroient autour de Paris les Arminalz, pillant, robant, boutant feuz,
-tuant, efforçant femmes et filles, femmes de religion. Et à dix lieues
-autour de Paris ne demouroit au villaige nulle personne que aux bonnes
-villes, [et quant ilz s'en fuioient aux bonnes villes] et s'ilz
-apportoient quelque chose, fust vitaille ou autre chose, tout leur estoit
-osté des gens d'armes, des ungs ou des autres, fust Bourguignon ou
-Arminac, chascun faisoit bien son personnaige; et ainsi le plus, fust
-femmes ou hommes, quant ilz venoient aux bonnes villes, y venoient nudz
-de tous biens, et convenoit que les bonnes villes fournissent tous les
-villaiges, par quoy le pain enchery tant. Car en ce temps on n'avoit pas
-trop bon blé pour X frans le sextier, dont chascun franc valloit XVI solz
-parisis, et si coustoit le sextier à mouldre VIII ou X solz parisis, sans
-ce que le munier en prenoit à mau prouffit.
-
-266. Item, pour ce fut ordonné que le blé, quant on le bailleroit au
-moulnier, seroit pesé, et randroit la farine par poix, et avoit on du
-sextier [pesant] VIII deniers, et le moulnier du mouldre IIII solz
-parisis.
-
-267. Item, en ce temps, on ne faisoit point de pain blanc et si n'en
-faisoit-on point de mains de VIII deniers parisis la piece, par quoy
-pouvres gens n'en povoient finer, et le plus de pouvres gens ne
-mangeoient que pain de noix.
-
-268. Item, en ce temps en karesme, estoit celle charté, car il n'y avoit
-ny espices, ne figgues, ne raisins, ne admendes, de chascun ce coustoit
-la livre V solz parisis; l'uylle d'olive, IIII solz parisis.
-
-269. Item, la tainture estoit si chere que une aulne de drap à taindre
-en vert ancre coustoit XIIII solz parisis, et autre couleurs[589] à la
-value.
-
- [589] Ms. de Paris: autres coustoient.
-
-270. Item, en ce temps de mars, l'an mil IIIIc XIX, faillirent les treves
-des Angloys, et on leur demanda autres treves en attendant le duc de
-Bourgongne[590], mais le roy angloys ne volt oncques[591] nulles
-donner, s'il n'avoit le chasteau de Beaumont, et Corbeil et
-Pont-Saincte-Messance, et pluseurs autres choses, mais on ne lui en
-accorda nulle. Si commença la guerre comme devant, et tous, ungs et
-autres n'avoient envie que sur la ville de Paris seullement, [et
-seullement] pour la richesse qu'ilz cuidoient à eulx usurper, ne à nulle
-autre chose ne tendoient que à piller tout.
-
- [590] Vers la fin de février, une députation, composée de
- Guillaume le Clerc, conseiller au Parlement, de Jean de
- Saint-Yon, de Guillaume Rose et de Jean de Betisy, se rendit
- auprès du roi d'Angleterre pour obtenir une prolongation de la
- trêve. Dès le retour de ces ambassadeurs, il y eut une séance
- extraordinaire au Parlement, tenue le 29 février, et en présence
- du comte de Saint-Pol, des prévôts de Paris et des marchands, des
- quarteniers et bourgeois, Guillaume le Clerc exposa le résultat
- des négociations. Henri V consentait à proroger les trêves
- jusqu'au 12 mars, «pourveu que on lui feroit bailler et delivrer
- le chastel et forteresse de Beaumont» (sur Oise), déclarant qu'au
- cas contraire il porterait le siège devant cette place et ferait
- arrêter les marchandises et vivres chargés en Normandie par des
- marchands de Paris et destinés à l'approvisionnement de la
- capitale. Cette considération décida l'assemblée à acquiescer aux
- conditions posées par le roi d'Angleterre; aussi fut-il conclu
- «_a majori parte_ qu'il estoit plus expedient..... de faire
- bailler et delivrer ladicte forteresse qui estoit mal emparée,
- mal garnie et mal avitaillée,» que d'attendre sa prise par force
- d'armes. Le comte de Saint-Pol reçut mission de remettre Beaumont
- entre les mains du roi d'Angleterre (Arch. nat., X{la} 1480, fol.
- 208).
-
- [591] «Oncques» manque dans le ms. de Rome.
-
-271. Item, en cellui karesme, le jour du grant vendredy qui fut le Ve
-jour d'avril, vindrent les Arminalz comme deables dechaisnez, et
-coururent autour de Paris, tuant, robant et pillant. Et icellui jour
-bouterent le feu au fort de Champigny-sur-Marne et ardirent femmes et
-enfens, hommes, beufs, vaches, brebiz et autre bestail, advoine, blé et
-autre grain, et quant aucuns des hommes sailloient pour la destresse du
-feu, ilz mettoient leurs lances à l'androit, et ains qu'ilz fussent à
-terre, ilz estoient percez de III ou IIII lances ou de leurs haches;
-celle tres cruelle felonnie firent là et ailleurs cedit jour, et
-l'endemain, vigille de Pasques, firent autant ou pis à ung chastel nommé
-Croissy[592].
-
- [592] Croissy-Beaubourg (Seine-et-Marne, arr. de Meaux, cant. de
- Lagny).
-
-272. Item, la sepmaine de devant, estoient allez les marchans de Paris et
-d'ailleurs vers Chartres et ou proche, pour faire venir de la vitaille
-pour la ville de Paris, qui grant mestier en avoit[593], mais aussi tost
-qu'ilz furent partiz, les Arminalz le sceurent par faulx traistres, de
-quoy Paris estoit bien garny. Si leur allerent au devant jusques à
-Gallardon[594] et là les assegerent; pour quoy à Pasques ot si grant
-charté de char que le plus de gens de Paris ne mengerent ce jour que du
-lart, qui en povoit avoir; car le quartier d'ung bon mouton coustoit bien
-XXXII solz parisis, une petite queue de mouton X solz parisis, une teste
-de veel et la froissure XII solz chascune, VI solz parisis la vache, le
-porc au prix, car de beuf n'y avoit point à Paris pour le jour. Et pour
-vray les bouchers de la grant boucherie de Beauvays juroient et
-affermoient par la foy de leurs corps, qu'ilz avoient veu par maintes
-années devant passées que en l'ostel d'un tout seul boucher de Paris, à
-ung tel jour, on avoit tué plus de char que on ne fist en toutes les
-boucheries de Paris, ne autour.
-
- [593] Au nord de Paris, les arrivages de vivres se faisaient, non
- sans difficulté, par Creil, où des marchands avaient été envoyés
- en vertu des ordres du comte de Saint-Pol; comme l'on entravait
- leurs opérations, deux frères, Gillet et Jacquotin de Coquerel,
- se chargèrent, «à la requeste et instance du prevost des
- marchans,» de porter à Creil des lettres du même comte et furent
- surpris à leur retour par un parti d'Armagnacs qui les emmena à
- Meaux (Arch. nat., X{la} 4793, fol. 13).
-
- [594] Le siège de Gallardon, dirigé par le dauphin en personne,
- eut lieu à la suite de la bataille de Baugé et se termina le 25
- juin 1421 par la prise d'assaut de cette ville, qui fut
- complètement démantelée de 1442 à 1443. Les opérations militaires
- dans le pays chartrain gênèrent considérablement les Parisiens,
- «qui en estoient souvent mis en l'estroicte disette de vivres.»
- (Chronique de Chastellain, t. I, p. 235.)
-
-273. Item, encore fist le roy sa Pasque à Troyes celle année, l'an mil
-IIIIc XX.
-
-274. Item, celle année estoient les viollettes ou moys de janvier, bleues
-[et jaunes], plus que l'année d'avant n'avoient esté en mars.
-
-275. Item, à Pasques mil IIIIc et XX, qui furent le VIIe jour d'avril,
-estoient ja les roses, et furent toutes passées quinze jours en may, et
-en l'entrée de may vendoit [on des] serises bonnes, et estoient les blez
-plus meurs en la fin de may qu'en l'année devant à la Sainct Jehan, et
-autres biens par cas semblable, qui fut grant bien pour le pouvre peuple,
-car touzjours estoit le tres cher temps [de toutes choses[595]], comme
-devant est dit, et de vesture encore plus. Drap de XVI solz valloit XL
-solz parisis, l'aune de bonne toille XII solz, fustayne XVI solz parisis,
-sarge XVI solz, et chausses et soulliers encore plus que devant.
-
- [595] Une lettre de rémission, octroyée pour vol de blé dans un
- grenier de l'hôtel de ville, vol commis par «un povre varlet
- dechargeur du vin et du pain de Corbeil en Greve», atteste «le
- cher temps qui couroit» à Paris durant l'année 1420, de
- lamentable memoire (Arch. nat., JJ 171, no 131).
-
-276. Item, en ce temps estoient les Arminalz plus achenez à cruaulté que
-oncques mais, et tuoient, pilloient[596], efforçoient, ardoient eglises
-et les gens dedens, femmes grosses et enffans, brief ilz faisoient tous
-les maulx en tyrannie et en cruaulté qui pussent estre faiz par deable ne
-par homme; par quoy il convint que on traictast au roy d'Engleterre, qui
-estoit l'ancien ennemy de France, maugré que on en eust, pour la cruaulté
-des Arminalz, et lui fut donnée une des filles de France, nommée
-Katherine. Et vint gesir dedens l'abbaye de Sainct-Denis le VIIIe jour de
-may mil IIIIc et XX, et l'endemain passa par [devant] la porte
-Sainct-Martin par dehors la ville, et avoit bien en sa compaignie, comme
-on disoit, VIIm hommes de traict et tres grant compaignie de gens
-d'estoffe[597]; et portoit on devant luy ung heaume couronné d'une
-couronne d'or pour cognoissance, et portoit en sa devise une queue de
-regnart de broderie. Et alla gesir au pont de Charenton, pour aller à
-Troyes pour veoir le roy, et là lui fut presenté quatre charretées de
-moult bon vin de par ceulx de Parys, dont il ne tint pas grant compte par
-semblant.
-
- [596] Ms. de Paris: roboient.
-
- [597] Ms. de Paris: gens d'Escosse.
-
-277. Item, celle journée, ne laissa-on yssir personne de ceulx du commun
-de Paris[598].
-
- [598] Toute cette phrase et la fin de la précédente sont omises
- dans les éditions.
-
-278. Item, de là alla à Troyes[599] sans contredit des Arminalz qui
-s'estoient vantez qu'ilz le combatroient, mais oncques ne s'oserent
-monstrer.
-
- [599] Henri V fit son entrée à Troyes, le lundi 20 mai, avec une
- escorte de 12,000 combattants, accompagné de son frère le duc de
- Clarence et d'autres grands seigneurs de l'Angleterre; ses
- fiançailles avec Catherine de France furent célébrées en l'église
- Saint-Pierre de Troyes par l'archevêque de Sens, Henri de Savoisy
- (Voyez la lettre adressée le 22 mai 1420 par le roi d'Angleterre
- au duc de Glocester, son frère; Rymer, t. IV, 3e partie, p. 175;
- Fenin-Dupont, p. 135; Arch. nat., X{la} 1480, fol. 215).
-
-279. Item, le jour de la Trinité mil IIIIc XX, qui fut le IIe jour de
-juing, espousa à Troyes ledit roy angloys la fille de France[600]; et le
-lundy ensuivant, quant les chevaliers de France et d'Engleterre voldrent
-faire une jouxtes pour la solempnité du mariaige de tel prince, comme
-acoustumé est, le roy d'Angleterre, pour qui on voulloit faire les
-jouxtes pour lui faire plaisir, dist, oians[601] tous, de son movement:
-«Je prie à monseigneur le roy, de qui j'ay [espousée la] fille, et à tous
-ses serviteurs, et à mes serviteurs je commande, que demain au matin nous
-soyons tous prestz pour aller mettre le siege devant la cité de Sens, où
-les annemys de monseigneur le roy sont, et là pourra chascun de nous
-jouxter [et] tournoier, et monstrer sa proesse et son hardement, car [la]
-plus belle prœsse n'est ou monde que de faire justice des mauvays, affin
-que le pouvre peuple [se] puisse vivre.» Adonc le roy lui octroya, et
-chascun s'i accorda, et ainsi fut fait; et tant firent que le jour Sainct
-Barnabé, XIe jour dudit moys de juing, fut la cité prinse[602], et de là
-vindrent assegier Montereau-où-fault-Yonne[603].
-
- [600] C'est bien le dimanche 2 juin, et non le 3, comme le
- prétendent Monstrelet et Lefèvre de Saint-Remy, que s'accomplit
- le mariage du roi Henri V d'Angleterre et de Catherine de France;
- le témoignage d'un contemporain, Jean Ofort, qui précise le jour
- et l'heure de la cérémonie, ne laisse aucun doute à cet égard
- (Lettre du 6 juin 1420, datée du siège de Sens, Rymer, t. IV, 3e
- partie, p. 177; Fenin-Dupont, p. 136).
-
- [601] Ms. de Paris: avant tous.
-
- [602] Sens se rendit aux Anglais après quelques jours de siège,
- six ou sept au plus, et non pas douze, comme l'affirme Monstrelet
- (t. III, p. 402); le roi d'Angleterre était dès le mercredi 6
- juin sous les murs de cette ville qui capitula le mardi suivant.
- Après la reddition de Sens, connue à Paris le 12 juin (Arch.
- nat., X{la} 1480, fol. 217), Jean le Hongre en fut institué
- capitaine (_Ibid._, X{la} 64, fol. 50).
-
- [603] Tous les éditeurs du Journal parisien ont inséré en cet
- endroit le texte du traité de Troyes, qui figure dans les
- manuscrits de Rome et de Paris sous la rubrique suivante: «Cy
- ensuit le traicté faict entre les roys de France et d'Angleterre
- et tout leur conseil.» Comme ce document important a été
- fidèlement reproduit dans le volume XI des _Ordonnances des rois
- de France_ (p. 86), d'après le registre 171 du Trésor des
- chartes, et que nous ne pourrions relever que des variantes
- insignifiantes, nous croyons pouvoir nous dispenser d'en donner
- ici une nouvelle édition, laquelle aurait d'ailleurs pour
- inconvénient de couper le récit du chroniqueur.
-
-
-280. Item, tant furent devant Monteriau en l'an mil IIIIc XX que ceulx de
-dedens se rendirent, sauf leur vie, en paiant une somme d'argent[604].
-Entre les autres estoit le sire de Guitry[605], l'un des plus plain de
-cruaulté et de tirannye qui fut ou monde, lequel fut delivré avec les
-autres, qui depuis fist tant de tirannye ou païs de Gastinoys et ailleurs
-que fist oncques sarazin.
-
- [604] La reddition du château de Montereau eut lieu le 1er
- juillet 1420; ce même jour, Charles VI ou plutôt son gendre le
- roi d'Angleterre accorda aux habitants de la ville qui s'étaient
- réfugiés dans le château des lettres de rémission portant
- délivrance pleine et entière de leurs biens (Arch. nat., JJ 171,
- no 175). Par d'autres lettres de pareille date, données «en
- l'ost» devant Montereau, l'un des principaux défenseurs de la
- place, Charles de Montmor, dit Morelet, chevalier, obtint
- rémission et abolition pour sa participation à la résistance de
- la ville et du château (_Ibid._, no 196).
-
- [605] Guillaume de Chaumont, seigneur de Guitry, nommé bailli
- d'Évreux le 27 décembre 1415 (Arch. nat., X{la} 1480, fol. 40),
- concourut à la défense d'Harfleur et fut autorisé le 8 avril 1416
- à se rendre auprès des Anglais pour traiter de sa rançon, à la
- condition de laisser un bon lieutenant à la tête de son bailliage
- (_Ibid._, X{la} 4790, fol. 71 vº). Lors des événements de 1418,
- il se rangea dans le parti du dauphin, qui le nomma maître
- enquêteur et général réformateur des eaux et forêts de France et
- lui donna le comté de Chaumont. Il paraît avoir assisté, sinon
- pris part, à l'assassinat de Jean Sans-Peur sur le pont de
- Montereau (Chron. des Cordeliers, p. 281). A la suite de ce
- tragique événement, un capitaine bourguignon, Guillaume de
- Bierre, l'ayant accusé de complicité, fut par lui provoqué en
- champ clos, et, le 15 juillet 1420, le roi d'Angleterre délivra
- un sauf-conduit au seigneur de Guitry pour lui et pour cinquante
- hommes d'armes de son escorte (Champollion, _Lettres de rois et
- reines_, t. II, p. 383). Guillaume de Chaumont fut tué à la
- bataille de Verneuil.
-
-281. Item, de là vindrent le roy d'Angleterre et les Bourguignons devant
-Meleun et misdrent le siege.
-
-282. Item, en ce temps estoient plaines vendenges à la my-aoust, et
-touzjours couroient les Arminalz plus que devant; et par eulx enchery
-tant la chose, especialment à Paris, que une paire de souliers valloit X
-solz parisis, une paire de chausses pou bonnes II frans ou XL solz;
-toutes choses de quoy homme se povoit aider, au prix.
-
-283. Item, ung escu d'or de XVIII solz valloit en ce temps IIII frans ou
-plus; ung [bon] noble d'Engleterre valloit VIII frans[606].
-
- [606] A la date du 26 février 1420, il y eut une nouvelle
- émission d'écus à la couronne, conformes au type précédemment
- adopté, dont le cours fut fixé à 40 sols parisis; les moutons
- d'or valaient à cette époque, officiellement du moins, 26 sols 8
- deniers parisis (Arch. nat., Z{1b} 58, fol. 154 vº).
-
-284. Item, en ce temps avoit si grant faulte de change à Paris que les
-pouvres gens n'avoient nulles aumosnes ou bien pou; car en ce temps IIII
-vielz deniers parisis valloient mieulx que ung gros de XVI deniers qui
-pour lors couroit[607], et faisoit-on de tres mauvays lubres de VIII
-deniers, qui par devant furent tant refusez, et par justice defenduz les
-gros dessusdiz. Et pour plus grever le povre commun, fut mis le pain de
-VIII deniers à X[608], et celui de seze à vingt.
-
- [607] Ces gros ou blancs deniers, de fabrication récente, avaient
- été frappés en vertu de lettres du 6 mai 1420 à l'adresse des
- généraux des monnaies (Arch. nat., Z{1b} 58, fol. 156 rº). Ils
- tombèrent dans le discrédit le plus complet, à un tel point qu'à
- la fin du mois de janvier 1421, lors de la distribution d'un gros
- de seize deniers faite aux chanoines de Notre-Dame, le notaire du
- Chapitre ne put s'empêcher de remarquer que ces gros étaient de
- la faible monnaie et que les six deniers autrefois distribués
- valaient beaucoup plus (_Ibid._, LL 215, fol. 309).
-
- [608] Un règlement, délibéré en séance du Conseil royal et publié
- le 3 juillet 1420, détermina le prix et le poids du pain; des
- peines rigoureuses furent édictées contre ceux qui se rendirent
- coupables d'infractions. Ainsi le prévôt de Paris condamna un
- boulanger au pilori avec deux pains pendus à son cou, pour avoir
- façonné et mis en vente pain blanc du poids de douze onces et
- pain bis de quinze onces, lesquels devaient peser seize onces; le
- prix de vente du pain blanc, qui avant le 3 juillet 1420 était de
- 10 deniers parisis, avait été réduit à 8 deniers; celui du pain
- bis, de 8 deniers à 6 deniers. Toutefois, bien qu'il y eût
- récidive, la peine infamante infligée par le prévôt de Paris fut
- commuée par le Parlement et convertie en une amende de 10 livres,
- avec obligation imposée au boulanger de faire moudre 2 setiers de
- froment pour être distribués aux pauvres en pains de quatre
- deniers chaque (Arch. nat., X{2a} 16, fol. 392).
-
-285. Item, une livre de bonne chandelle valloit dix blans[609]; ung œuf
-IIII deniers; la livre de fromaige de presse VIII blans.
-
- [609] Ms. de Paris: XV blans.
-
-286. Item, à la Sainct Remy, le propre jour, fut crié le pain de V blans
-à II solz parisis, celui de X deniers à XII deniers; ung œuf, VI
-deniers; ung harenc caqué, XII deniers; ung haren pouldré, V blans[610].
-
- [610] Le hareng constituait au XVe siècle la principale
- alimentation du pauvre, surtout en temps de carême, témoin la
- distribution de 78 milliers de harengs saurs et caqués faite par
- ordre du roi, en 1408 et 1409, à plusieurs «hospitaulx,
- maisons-Dieu et autres povres gens (Arch. nat., KK 32, fol. 52,
- 92).» Aussi ne faut-il point s'étonner du soin tout particulier
- avec lequel l'administration s'occupait de «mettre à pris
- raisonnable» cet important article de consommation; le 17 février
- 1420, dans une séance du Parlement tenue en présence du
- chancelier, du prévôt de Paris et des officiers du Châtelet, il
- fut décidé que le prévôt tiendrait la main à ce que le hareng ne
- dépassât point le prix de vente déjà fort élevé du vendredi 16
- février (_Ibid._, X{la} 1480, fol. 200 vº).
-
-287. Item, en celle saison estoit le vin si cher que une queue de vin du
-creu d'entour Paris, on la vendoit XXI ou XXII frans ou plus; et en celle
-année plusieurs qui furent cuilliz ou moys d'aoust devindrent gras ou
-aigres.
-
-288. Item, en ce temps couroient touzjours devant Paris et venoient
-jusques aux portes de Paris les Arminalz, et boutoient feuz, prenoient
-marchans à l'entrée de Paris, et n'estoit homme que on laissast yssir. Et
-sembloit que aucuns de ceulx qui gouvernoient en ce temps eussent aucune
-aliance avec eulx, car nul marchant n'alloit de Paris ou ne venoit à
-Paris tant segretement qu'ilz ne sceussent aucunement l'allée ou la
-venue; par quoy Paris demoura si nu de tous biens, especialment de pain
-et de buche, que ung sextier de bonne farine valloit XVI ou XVII frans,
-la meschante buche de Marne IIII frans, et toutes choses au pris, car
-l'ost du roy qui touzjours estoit devant Meleun sans riens faire
-degastoient tant de biens que on s'en sentoit bien XX lieues tout autour.
-
-289. Item, fut là tout octobre, et le XVIIe jour de novembre, jour
-Sainct-Germain, à ung dimenche, entrerent noz signeurs dedens Meleun, et
-se rendirent tous ceulx [de] dedens à la voulenté [du roy][611]; car tous
-mouroient de fain, et mengeoient leurs chevaulx ceulx qui en avoient.
-
- [611] Juvénal des Ursins se trompe lorsqu'il nous dit que les
- défenseurs de Melun purent quitter la ville, «sauves leurs vies
- et sans estre mis à aucune rançon ou finance.» Cette assertion
- ferait croire à une générosité qui n'était point dans le
- caractère du roi anglais; les habitants de la ville payèrent à
- beaux deniers sonnants la rémission qui leur fut accordée le 21
- novembre 1420 (Arch. nat., JJ 171, no 134); vingt mille francs
- payables moitié «dedans» Noël, moitié «dedans» Pâques, tel fut le
- chiffre de la rançon stipulée, charge d'autant plus lourde
- qu'elle pesa sur les seuls bourgeois; non seulement le clergé
- mais encore les nobles furent exceptés de cette contribution; les
- habitants durent en outre «remparer» et mettre en état dans le
- délai d'une année les portes, murs et fossés ruinés par un siège
- de plusieurs mois.
-
-290. Item, le jeudy ensuivant, furent admenez à Paris environ de V ou à
-VIc prinsonniers de ladicte ville de Meleun, et furent mis en diverses
-prinsons[612].
-
- [612] Les prisonniers de Melun furent amenés par bateaux à Paris
- et enfermés les uns en la bastille Saint-Antoine, les autres au
- Châtelet, d'autres encore au Palais et au Temple; ceux du
- Châtelet périrent pour la plupart de faim et de misère dans les
- basses fosses où on les avait jetés (Cf. Juvénal des Ursins, p.
- 561). On n'épargna que ceux qui pouvaient financer, comme Pierre
- de Vaudetar, ancien valet de chambre du roi, mis en liberté
- moyennant 2,000 livres, ou Étienne de Commargon, qui avait été
- incarcéré au Châtelet (Arch. nat,, JJ 171, no 350; JJ 172, no
- 246). Le Parlement de Paris vaqua du 22 janvier au 17 mai au
- procès de ces malheureux: de toutes ces séances, la plus
- importante fut celle du 12 mars, à laquelle assistèrent le
- chancelier, Lourdin de Saligny, Renier Pot et nombre de
- personnages; les samedis 15 et 29 mars furent écartelés deux des
- prisonniers condamnés par le Parlement, Tanneguy de Coesmerel et
- Jean Gault (_Ibid._, X{la} 1480, fol. 227-233).
-
-291. Item, depuis que la ville de Meleun fut prinse, furent noz signeurs
-de France[613], c'est assavoir, [le roy de France], le roy d'Engleterre,
-les deux roynes, le duc de Bourgongne, le duc Rouge[614] et plusieurs
-autres signeurs, tant de France que d'ailleurs, demourans à Meleun et à
-Corbeil jusques au premier jour de decembre, jour Sainct Eloy, qui fut à
-ung dimenche. Et cedit jour entrerent à Paris à grant noblesse, car toute
-la grant rue Sainct-Denis par où ilz entrerent, depuis la seconde porte
-jusques à Nostre-Dame de Paris, estoient encourtinées les rues et parées
-moult noblement, et la plus grant partie des gens de Paris qui avoient
-puissance furent vestuz de rouge couleur. Et fut fait en la rue de la
-Kalende[615] devant le Palais, ung [moult] piteux mistere de la passion
-Nostre Seigneur au vif, selon que elle est figurée autour du cueur de
-Nostre-Dame de Paris; et duroient les eschauffaux environ cent pas de
-long, venant de la rue de la Kalande jusques aux murs du Palais, et
-n'estoit homme qui veist le mistere à qui le cueur n'apiteast. Ne oncques
-princes ne furent receuz à plus grant joye qu'ilz furent, car ilz
-encontroient par toutes les rues processions de prebstres revestuz de
-chappes et de seurpeliz, [portans saintuaires], chantans _Te Deum
-laudamus_ ou _Benedictus qui venit_; et fut entre V et VI heures après
-medi, et toute nuyt quant ilz revenoient en leurs eglises; et ce
-faisoient si liement et de si joyeux cueur[616], et le commun par cas
-pareil, car rien qu'ilz feissent pour complaire ausdiz signeurs ne leur
-ennuyoit, et si avoit tres grant pouvreté de fain la plus grant partie,
-especialment le menu peuple; car ung pain, que on avoit ou temps devant
-pour IIII deniers parisis, coustoit XL deniers parisis, le sextier de
-farine XXIIII frans, [le sextier] de pois ou de feves bonnes XX frans.
-
- [613] «De France» manque dans le ms. de Rome.
-
- [614] Louis III de Bavière, dit le Barbu, frère de la reine
- Isabeau.
-
- [615] La rue de la Calandre en la Cité, conduisant en droite
- ligne du Palais à Notre-Dame, donnait d'un bout rue de la
- Barillerie et de l'autre rue du Marché-Palu, vis-à-vis celle de
- Saint-Christophe.
-
- [616] La présence du clergé parisien ne fut pas si spontanée que
- veut bien le dire l'auteur du Journal: il y eut en quelque sorte
- dans cette circonstance ce que l'on pourrait appeler un service
- commandé, car le 29 novembre, sur l'invitation adressée par
- Charles VI au Parlement et appuyée par ses conseillers, qui
- insistaient pour que les églises se rendissent
- processionnellement avec leurs reliques jusqu'à la porte
- Saint-Denis à la rencontre des rois de France et d'Angleterre, le
- chapitre de Notre-Dame décida que la procession de l'église
- cathédrale ne dépasserait pas l'Hôtel-Dieu, mais que les autres
- églises s'avanceraient aussi loin qu'elles pourraient (Arch.
- nat., LL 215, fol. 299).
-
-292. Item, le lendemain, IIe jour dudit moys, entra la royne, avecques
-elle la royne d'Engleterre, la femme du duc de Clarence[617] frere du roy
-d'Engleterre, dedens Paris, à telle joie comme devant est dit du jour du
-dimenche, et vindrent lesdictes roynes par la porte Sainct-Anthoine, et
-furent les rues tandues par où ilz vindrent et leur compaignie, comme
-devant est dit.
-
- [617] Marguerite Holland, veuve de J. de Beaufort, marquis de
- Somerset, épousa en secondes noces le duc de Clarence; elle
- accompagnait la reine d'Angleterre qui, ainsi que sa mère, avait
- établi son séjour à Corbeil durant le siège de Melun (Arch. nat.,
- X{la} 1480, fol. 224).
-
-293. Item, avant qu'il fust huit jours passez après leur venue, enchery
-tant le blé et la farine que le sextier de blé fourment valloit à la
-mesure de Paris, es Halles dudit Paris, XXX frans de la monnoie qui lors
-couroit, et la farine bonne valloit XXXII frans, et autre grain au
-pris[618], selon qu'il estoit; et n'y avoit point de pain à moins de
-XXIIII deniers parisis pour piece, qui estoit à tout le bran[619], et le
-plus pesant ne pesoit que vingt onczes ou environ. En icellui temps
-avoient povres gens et pouvres prebstres mal temps, que on ne leur
-donnoit que II solz parisis pour leur messe[620]; et pouvres gens[621] ne
-mengeoient point de pain que choulx et naveaulx, et telz potaiges sans
-pain ne sel.
-
- [618] Ms. de Rome: au poix.
-
- [619] Ms. de Paris: vren.
-
- [620] Comme on peut le voir par les délibérations capitulaires de
- Notre-Dame, les chanoines eux-mêmes n'étaient pas beaucoup mieux
- partagés; le 22 janvier 1421, il fut décidé «propter maliciam et
- caristiam temporis» que tout chanoine qui assisterait aux messes
- ou vêpres bénéficierait de quatre sols parisis, et de douze
- deniers en plus lorsqu'il serait aux matines (Arch. nat., LL 215,
- fol. 309).
-
- [621] «Gens» manque dans le ms. de Rome.
-
-294. Item, tant enchery le pain avant que Nouel fust, que cil de IIII
-blans valloient VIII blans, et n'estoit nul qui encore en peust finer, se
-il n'alloit devant le jour ches boullengers[622] et donner pintes et
-choppines aux maistres et aux varletz pour en avoir. Et si n'y avoit vin
-en ce temps qui ne coustast XII deniers la pinte du moins; mais on ne le
-plaignoit point qui en povoit avoir, car quant ce venoit environ VIII
-heures, il y avoit si tres grant presse à l'uys des boullengiers que nul
-ne le croyroit qui ne l'auroit veu. Et les pouvres creatures, qui pour
-leurs pouvres maris qui estoient aux champs ou pour leurs enfans [qui
-mouroient de fain en leurs maisons, quant ilz] n'en povoient avoir pour
-leur argent ou pour la presse, après celle heure, ouyssez parmy Paris
-piteux plains, [piteux criz], piteuses lamentacions, et petiz enfans
-crier: «Je meur de fain.» Et sur les fumiers parmy Paris (en) IIIIc XX,
-peussiez trouver cy dix, cy vingt ou XXX enfans, filz et filles, qui là
-mouroient de fain et de froit, et n'estoit si dur cueur qui par nuyt les
-ouist crier: «Helas! je meur de fain!» qui grant pitié n'en eust; mais
-les pouvres mesnaigiers ne leur povoient ayder, car on n'avoit ne pain,
-ne blé, ne buche, ne charbon; et si estoit le pouvre peuple tant oppressé
-des guetz, qu'il failloit faire de nuyt et de jour, qu'ilz ne savoient
-eulx aider ne à autruy.
-
- [622] Si le pain était devenu aussi rare et aussi cher, c'est que
- les boulangers, se jugeant lésés par certaines ordonnances de la
- prévôté de Paris publiées vers la fin d'avril ou le commencement
- de mai 1420, avaient considérablement restreint la panification.
- Le Parlement s'émut de cet état de choses et, voulant y porter
- remède, ordonna, dans sa séance du 12 mai, à son premier huissier
- de faire crier à son de trompe que, sous peine de la hart, les
- boulangers se missent en devoir de cuire autant de pain que par
- le passé. De plus, le Parlement, croyant remarquer que les
- officiers du Châtelet ne procédaient que civilement contre les
- boulangers, infligea un blâme sévère au prévôt de Paris et à ses
- lieutenants et leur recommanda de punir avec une extrême rigueur
- tout délinquant. Malgré ces mesures coercitives, la situation ne
- s'améliora guère, puisque nous voyons les conseillers s'assembler
- le 15 juin pour délibérer sur «les faultes, abus ou monopoles que
- faisoient les boulangers et musniers de Paris.» Le 12 juillet
- suivant, intervint un arrêt qui défendit à tout boulanger de
- s'entremettre de meunerie; ce même arrêt condamna un certain
- nombre de gros meuniers à crier merci et à demander pardon à la
- Cour, chacun d'eux à porter un cierge allumé d'une livre en
- l'église Notre-Dame par le Grand-Pont et le pont Notre-Dame, avec
- distribution d'une quantité déterminée de pains aux principaux
- établissements hospitaliers de Paris (Arch. nat., X{la} 1480,
- fol. 109, 217, 219 vº).
-
-295. Item, en ce moys de decembre, fut déposé de la prevosté de Paris
-Clamecy, et fut institué prevost de Paris ung chevalier nommé [monsr]
-Jehan, signeur du Mesnil[623], XVIIe jour de decembre, jour Sainct Ladre.
-
- [623] Jean du Mesnil, chevalier, chambellan du roi et maître de
- son hôtel, fut gratifié le 5 octobre 1418 d'un logement dans les
- dépendances de l'hôtel de Saint-Pol (Arch. nat., JJ 170, no 208).
- Il figure parmi les ambassadeurs du roi qui vinrent au Parlement
- le 29 avril 1420, avec mission de faire connaître la marche des
- négociations ouvertes à Troyes (_Ibid._, X{la} 1480, fol. 213).
- Reçu prévôt de Paris le mardi 17 décembre 1420, en vertu de
- lettres royaux rendues en conseil le jour précédent (_Ibid._,
- fol. 225), il établit sa demeure dans une maison sise rue
- Vieille-du-Temple, provenant de Jean de Vailly qui avait quitté
- Paris pour siéger au Parlement de Poitiers (Sauval, III, 288).
- C'est à peine si Jean du Mesnil eut le temps de prendre
- possession de sa charge; la mort l'enleva dans les premiers jours
- de mars 1421 (Arch. nat., X{la} 1480, fol. 230 vº).
-
-296. Item, le jour Sainct Estienne ensuivant, fut institué prevost des
-marchans ung nommé maistre Hugues le Coq[624].
-
- [624] Hugues le Coq, conseiller au Parlement de Paris, nommé
- prévôt des marchands le jeudi 26 décembre 1420, après la mort de
- Noel Marchant (Arch. nat., KK 1009, fol. 3 vº), était déjà initié
- à la gestion des affaires municipales, ayant été appelé le 19
- septembre 1419 à prendre part aux délibérations du Conseil qui
- s'assemblait quotidiennement à l'hôtel de ville. En récompense de
- ses services, Hugues le Coq obtint le 26 juin 1423 les biens
- confisqués sur son frère Pierre le Coq et son neveu Jeannin
- Anchier (Longnon, _Paris sous la domination anglaise_, p. 102).
- Lorsqu'en 1429 il quitta la prévôté des marchands, il continua à
- siéger au Parlement en qualité de conseiller et remplit plusieurs
- missions de confiance. Au mois d'octobre 1430, la Cour l'envoya à
- Rouen auprès du roi d'Angleterre, en compagnie de Jacques
- Branlard, président aux Enquêtes, pour solliciter le payement des
- gages arriérés; le même conseiller fut commis avec le greffier
- Jean de l'Epine à dresser l'inventaire des biens de la duchesse
- de Bedford (Arch. nat., X{la} 1481, fol. 34, 35, 61). Hugues le
- Coq redevint prévôt des marchands le 23 juillet 1434. Marié en
- premières noces à Jeanne de Langres, défunte avant 1427 (Sauval,
- III, 301), et en secondes à Jacquette Gudin, il possédait, rue
- des Prouvaires, un immeuble attenant à l'hôtel de Jean de Lommoy,
- notaire et secrétaire du roi (Arch. nat., Y 5230, fol. 56 vº).
- Après la réduction de la capitale sous l'autorité de Charles VII,
- l'ancien prévôt des marchands fut enveloppé dans les mesures de
- proscription et perdit tous ses biens qui furent dévolus à Henri
- Lestauf (Arch. nat., PP 118; Mémorial Bourges, I, fol. 2).
-
-297. Item, le jour Sainct Jehan-Euvangeliste ensuivant, XXVIIe jour de
-decembre, fut institué evesque de Paris ung nommé maistre Jehan
-Courtecuisse[625], maistre en theologie et proudomme.
-
- [625] Jean Courtecuisse, docteur en théologie, aumônier du roi de
- 1409 à 1421, porta la parole dans maintes circonstances
- importantes, notamment en 1408 pour combattre la bulle du pape
- Benoît XIII (Juvénal des Ursins, p. 447); le 15 octobre 1418, il
- eut charge de remontrer au roi et au duc de Bourgogne l'état
- précaire de Paris et les difficultés de tout genre qui
- entravaient le ravitaillement (Arch. nat., X{la} 1480, fol. 151).
- Son élection à l'évêché de Paris rencontra une vive opposition:
- les rois de France et d'Angleterre ainsi que le duc de Bourgogne,
- qui désiraient transférer à l'évêché de Paris Philibert de
- Montjeu, élu d'Amiens, poursuivirent Jean Courtecuisse de leur
- hostilité. Une véritable pression fut exercée sur le chapitre; la
- veille même de l'élection, l'un des chanoines, Jean du Moulin,
- premier chapelain de Charles VI, rapporta une conversation qu'il
- avait eue le mardi précédent, dans la chapelle royale de
- Saint-Pol, avec Lourdin de Saligny et Renier Pot; ces deux
- chevaliers l'avaient sondé sur les intentions du chapitre,
- ajoutant que la coutume d'Angleterre ne permettait point d'élire
- une autre personne que celle ayant l'agrément du roi. Le chapitre
- passa outre, et son choix se porta sur Jean Courtecuisse
- (_Ibid._, LL 215, fol. 291-304).
-
-298. Item, ce jour party la fille de France, nommée Katherine, que le roy
-d'Engleterre avoit espousée et fut menée en Engleterre[626], et fut une
-piteuse departie, especialment du roy de France et de sa fille.
-
- [626] Catherine de France quitta Paris après les fêtes de Noël
- avec le roi d'Angleterre, qu'accompagnaient ses frères, les ducs
- de Bedford et de Clarence; elle fit le 31 décembre son entrée
- solennelle à Rouen et reçut de cette ville de magnifiques
- présents (P. Cochon, Chron. norm., p. 440). La nouvelle reine
- d'Angleterre débarqua le 1er février sur le sol anglais et fut
- couronnée le 23 dans l'abbaye de Westminster.
-
-299. Item, le roy d'Angleterre laissa pour estre cappitaine de Paris son
-frere le duc de Clarence, et deux autres contes qui pou de bien firent à
-Paris[627].
-
- [627] Thomas Beaufort, duc d'Exeter, oncle du roi d'Angleterre,
- fut adjoint au duc de Clarence et, après son départ, lui succéda
- dans le gouvernement de la capitale (Champollion, _Lettres de
- rois et reines_, t. II, p. 388). A la même époque, Henri V nomma
- Jean Holland, comte de Huntingdon, capitaine du Bois de
- Vincennes, et Gilbert Humphreville, comte de Kent, capitaine de
- Melun (Monstrelet, t. IV, p. 23; G. Chastellain, t. I, p. 203).
-
-300. Item, en ce temps estoit le blé si cher, que le sextier de bon blé
-valloit XXXII frans et plus[628]; le sextier d'orge, XXVII frans ou
-XXVIII frans; ung pain de XVI onces à toute la paille, VIII blans; de
-feves, de pois, nul pouvre homme n'en mangeoit qui ne les luy donnoit.
-
- [628] Il n'y a rien d'excessif dans l'évaluation donnée par
- l'auteur de notre Journal: le setier de blé atteignit bien le
- prix de 32 francs et dépassa de beaucoup la taxe officielle
- imposée par deux commissaires du Parlement, Jean Aguenin et
- Quentin Massue; c'est au moins ce que prétendirent certains
- boulangers qui s'en étaient autorisés pour «apeticier» leurs
- pains; la Cour leur enjoignit de se présenter par devant les
- commissaires qui leur feraient délivrer «es greniers par les
- marchans le meilleur blé et au plus hault pris, pour xxvi frans
- chascun sextier» (Arch. nat., X{la} 1480, fol. 233).
-
-301. Item, une pinte de vin moien pour mesnaige coustoit XVI deniers
-parisis tout le mains, qu'on avoit eu meilleur le temps precedant ou
-aussi bon pour ii deniers parisis.
-
-
- [1421.]
-
-
-302. Item, en ce temps, à la Chandeleur, pour conforter pouvres gens,
-furent remises sus les enffans de l'ennemy d'enfer, c'est assavoir,
-imposicions, quatriesmes, et males toutes[629], et en furent gouverneurs
-gens oyseurs qui ne savoient mais de quoy vivre, qui pinçoient tout[630]
-de si pres que toutes marchandises laissoient à venir à Paris, tant pour
-la monnoye, comme pour les subsides. Par quoy si grant charté
-s'ensuivi[631] que à Pasques ung bon beuf coustoit IIc frans ou
-plus[632]; ung bon veel XII frans; la fliche de lart VIII ou X frans; ung
-pourcel XVI ou XX frans; ung [petit] frommaige tout blanc VI solz
-parisis, et toute vyande au prix; ung cent d'œufz coustoit XVI solz
-parisis. Et toute jour et toute nuyt avoit parmy Paris, pour la charté
-devant dicte, les longs plains, lamentacions, douleurs, criz piteables,
-que oncques je croy que Jheremie le prophete ne fist plus doloreux, quant
-la cité de Jherusalem fut toute destruite et que les enffans de Israel
-furent menez en Babilonie en chetivoison; car jour et nuyt crioient
-hommes, femmes, petiz enffans: «Helas! je meur de froit,» l'autre de
-fain. Et en bonne vérité il fist le plus long yver que homme eust veu,
-passé avoit XL ans, car les feriers de Pasques il negoit, il geloit et
-faisoit toute la douleur de froit que on povoit pencer. Et pour la grant
-pouvreté que aucuns des bons habitans de la bonne ville de Paris veoient
-souffrir, firent tant qu'ilz acheterent maisons III ou IIII dont ilz
-firent hospitaulx pour les pouvres enffans qui mouroient de fain parmy
-Paris, et avoient potaige et bon feu et bien couchez; et en mains de
-trois moys avoit en chascun hospital bien XL liz ou plus bien fourniz,
-que les bonnes gens de Paris y avoient donnez; et estoit l'ung en la
-Heaumerie, ung autre devant le Pallays, et l'autre en la place Maubert.
-Et en vérité, quant ce vint sur le doulx temps, comme en avril, ceulx qui
-[en yver] avoient fait leurs buvraiges comme despence de pommes ou de
-prunelles, quant plus n'y en avoit, ilz vuydoient leurs pommes
-ou leurs prunelles en my la rue, en intencion que les porcs de
-Sainct-Anthoine[633] les mengeassent. Mais les porcs n'y venoient pas à
-temps, car aussitost qu'elles y estoient gectées, elles estoient prinses
-de pouvres gens, de femmes, d'enfans qui les mengeoient par grant saveur,
-qui estoit une tres grant pitié, chascun pour soy mesmes, car ilz
-mengeoient ce que les pourceaulx ne daignoient menger; ilz mengeoient
-trougnons de choux sans pain ne sans cuire, les herbetes des champs sans
-pain et sans sel. Brief, il estoit si cher temps[634] que pou des
-mesnaigers de Paris mangeoient leur saoul de pain, car de char ne
-mengeoient-ilz point, ne de feves, ne de pois, que verdure, qui estoit
-merveilleusement chere.
-
- [629] De toutes ces contributions, celle qui offrait le caractère
- le plus vexatoire était l'imposition connue sous le nom de
- _quatrième_ [denier], levée sur le vin vendu au détail; il n'en
- est pas qui ait suscité autant de procès, comme en font foi les
- registres de la Cour des aides pendant la domination anglaise.
- Les commis pouvaient commencer leurs visites «es celiers à VI
- heures en esté et en yver à VII heures du matin,» et bien qu'il
- leur fût défendu d'aller «es hostelz des bourgois fere queste,
- s'il n'y avoit taverne et enseigne,» ils s'arrogeaient cependant
- ce droit (Arch. nat., Z{1a} 7, fol. 32, 140); aussi c'était à qui
- mettrait en œuvre toutes les ruses possibles pour déjouer la
- perspicacité des collecteurs. Cet impôt s'affermait par
- quartiers: les Halles, la Cité, la Grève, Oultre-Petit-Pont
- formaient autant de régions distinctes. Entre autres taxes qui
- grevaient à Paris les objets de consommation, on peut citer:
- l'imposition du 12e denier pour livre sur le bétail à pied
- fourché vendu à Paris (_Ibid._, Z{1a} 9, fol. 79); l'imposition
- de 12 deniers par livre sur le poisson de mer débité aux halles
- (_Ibid._, Z{1a} 7, fol. 171 vº); l'imposition de la busche, droit
- perçu sur le bois de chauffage vendu à Paris; l'imposition
- foraine, droit d'exportation qui se payait non seulement à Paris,
- mais encore dans tout le royaume, droit auquel étaient assujettis
- les objets fabriqués, tels que les draps, «les joyaulx»
- d'orfévrerie; non seulement les bourgeois parisiens qui faisaient
- sortir des articles de cette nature, mais encore les marchands
- étrangers, emportant des pièces d'orfévrerie, devaient acquitter
- cet impôt entre les mains d'un receveur spécial (_Ibid._, Z{1a}
- 7, fol. 79).
-
- [630] Ms. de Paris: pignoient tous.
-
- [631] Ms. de Paris: s'esmeut.
-
- [632] La spéculation, comme toujours, exagéra les prix et
- contribua à accroître la cherté, déjà si grande; aussi fut-on
- obligé de prendre des mesures radicales. A ce moment, «comme y
- avoit grant faulte de vivres à Paris», des marchands étaient
- allés chercher en Savoie quatre-vingts bœufs et les avaient mis
- en vente à trois ou quatre reprises différentes, sans conclure
- aucune affaire, ne trouvant pas apparemment les offres assez
- élevées, excellent moyen pour rendre _annonam caristiorem_ et
- pour augmenter la misère publique; aussi le bétail fut-il saisi
- et vendu au marché de Paris (Arch. nat., X{la} 4793, fol. 204
- vº).
-
- [633] Les pourceaux privilégiés de l'abbaye de Saint-Antoine
- avaient seuls le droit de vaguer dans les rues.
-
- [634] Eu égard à la cherté du temps, le maître de l'hôtel-Dieu de
- Paris fut autorisé le 20 février 1421 à faire placarder sur les
- portes de l'église Notre-Dame et dans Paris des cédules énumérant
- les besoins de l'hôtel-Dieu et faisant un appel pressant à la
- compassion du peuple (Arch. nat., LL 215, fol. 313). La misère,
- si forte à Paris, n'était pas moindre dans les pays qui
- touchaient à l'Ile-de-France; des témoignages irrécusables sont
- fournis par les documents contemporains. Une lettre de rémission
- parle «de la grant detresse de famine et de fain, qui pour lors
- estoit grant et excessive ou païs de Beauvoisin» (_Ibid._, JJ
- 171, fol. 260). Une autre lettre nous apprend que dans la Brie
- les vivres «estoient en si grant chierté que le menu peuple y
- mouroit de fain, et se partoient lors par famine d'icellui païs
- et s'en aloient à l'avanture en païs où ilz pensoient à gaingnier
- et avoir vivres à marchié competent (_Ibid._, no 503).» Les
- régions qui n'avaient pas été éprouvées par le fléau de la guerre
- souffraient elles-mêmes de la disette; le compte de l'hôtel du
- dauphin pour l'année 1421 mentionne, pour justifier un supplément
- de dépenses, «la grant chierté des vivres qui lors estoit»
- (_Ibid._, KK 50, fol. 3).
-
-303. Item, ou moys de mars vers la fin, es foiriers de Pasques, prindrent
-journée de combatre les Arminalz contre le duc de Clarence, qui estoit
-cappitaine de Paris, et le duc d'Ostet[635] et frere ainsné du roy
-angloys; et devoit estre la bataille entre Angers et le Mans sur la
-riviere du Loir[636]. Si alla veoir la place le duc de Clarence avant que
-le jour de la bataille fust, laquelle place estoit ou païs des Arminalz,
-et lui convint passer ladicte riviere par ung pont bien estroit, et fut
-bien acompaigné de XVc hommes d'onneur et de Vc archers. Ses annemis, qui
-touzjours avoient des amis partout, le sceurent et firent deux embuches
-en ung boys où il lui convenoit passer après la riviere; et devant oultre
-le boys avoit bien IIIIc hommes armez [au cler] sur une petite montaigne,
-lesquelx les Angloys povoient bien veoir. Si n'en tindrent compte, car
-ilz cuidoient que plus n'en y eust que ceulx là, dont ilz furent deceuz;
-car en la vallée avoit une grosse bataille d'Arminalz, sans les deux
-embuches devant dictes, qui, aussitost qu'ilz virent que les Angloys
-furent[637] dedens le boys, yssirent par derriere, et allerent rompre le
-pont, et puis les vindrent acuillir par derriere et par les costez, et
-les autres par devant; et ainsi furent tous mis à l'espée[638], senon
-environ IIc, comme menestrées et autres qui eschapperent par bien fouir,
-et refirent le pont le mieulx qu'ilz porent et s'enfouirent à leurs
-logeys. Et quant ceulx des logeys qui estoient demourez le sceurent, ilz
-se mirent comme tous enragez es faulsbourgs du Mans, et mirent le feu, et
-tuerent femmes et enfens, et hommes vieulx et jeunes sans mercy. Et fut
-la vigille de Pasques, qui fut le XXIe jour de mars IIIIc XX[639].
-
- [635] S'agirait-il de Humphroy, duc de Glocester, frère du roi
- Henri V? Cependant aucun chroniqueur ne signale sa présence dans
- le camp du duc de Clarence.
-
- [636] Baugé-en-Vallée (Maine-et-Loire), entre Beaufort et la
- Flèche.
-
- [637] Ms. de Paris: estoient.
-
- [638] Pour se servir des expressions de P. de Fenin (p. 155, éd.
- Dupont), «la fleur de la seignourie d'Engleterre» resta sur le
- champ de bataille. Parmi ceux qui succombèrent aux côtés du duc
- de Clarence, on peut citer lord Roos, maréchal d'Angleterre, et
- son frère sir William Roos, Gilbert Humphreville, comte de Kent,
- sir John Gray, comte de Tancarville. Nombre de personnages de
- distinction, entre autres Jean Beaufort, comte de Sommerset, et
- Jean Holland, comte de Huntingdon, tombèrent au pouvoir du
- dauphin qui leur offrit à Tours un repas somptueux pour lequel on
- dépensa six cents livres (Arch. nat., KK 50, fol. 3). La nouvelle
- de la défaite de Baugé parvint à Paris le 4 avril 1421 (_Ibid._,
- X{la} 1480, fol. 231 vº), et le lundi 14 un service solennel fut
- célébré à Notre-Dame pour le défunt duc de Clarence (_Ibid._, LL
- 215, fol. 319).
-
- [639] L'auteur du Journal se trompe d'un jour; la veille de
- Pâques tombait cette année le samedi 22 mars.
-
-304. Item, en ce moys fut ordonné garde de la justice de la prevosté de
-Paris sire Jehan de la Baulme, signeur de Waleffin[640].
-
- [640] Jean de la Baume-Montrevel, seigneur de Valfin, et non Jean
- de la Vallée, seigneur de Valestin, comme portent les manuscrits,
- était l'un des chambellans et conseillers de Charles VI; il
- devint le 17 mars 1405 chambellan du duc d'Orléans, qui lui donna
- l'ordre du Porc-Épic (Arch. nat., K 57, no 9{26}), passa ensuite
- au service du duc de Bourgogne qui en fit son échanson, puis son
- chambellan. Appelé le vendredi 14 mars 1421 à la prévôté de
- Paris, vacante par le décès de Jean du Mesnil, il remplaça
- Gaucher Jayer, procureur général du roi, qui avait été
- provisoirement chargé des fonctions de prévôt le mardi précédent
- (Arch. nat., Y 1, fol. 4). Jean de la Baume occupa en ce moment
- un hôtel de la rue du Temple, près de Sainte-Avoye, confisqué sur
- Thibaud de Chantemerle (Sauval, t. III, p. 269). Au bout de deux
- mois, il se retira de la prévôté et eut pour successeur Pierre de
- Marigny, maître des requêtes de l'hôtel, installé le samedi 3 mai
- (Arch. nat., X{la} 1480, fol. 230 vº, 233 rº). C'est alors que le
- roi d'Angleterre, par lettres du 8 juillet 1421, lui confia le
- commandement militaire de la capitale. Au début de l'année 1422,
- Jean de Baume se fit nommer maréchal de France et fut reçu le 3
- février, malgré l'opposition de Claude de Chastellux (_Ibid._,
- fol. 246 rº). Il termina, paraît-il, sa carrière en 1436; son
- testament est du 25 janvier 1435 (v. st.). Cf. Anselme, _Hist.
- généal._, t. VII, p. 41.
-
-305. Item, le sabmedy XIIe jour d'avril ensuivant, fut criée la monnoye à
-Rouen, que le gros de XVI deniers parisis ne vauldroit que IIII deniers
-parisis, et le noble LX solz tournois, et l'escu XXX solz tournois[641].
-
- [641] Conformément à une ordonnance de Henri V, roi d'Angleterre,
- donnée à Rouen le 11 avril 1421 (_Lettres de rois et reines_, t.
- II, p. 389).
-
-306. Item, le mardi ensuivant, en fut si grant escry à Paris que chascun
-cuidoit certainement que on feist ainsi le mercredi ou le sabmedi
-ensuivant de la monnoie comme on avoit fait à Rouen, dont tous vivres
-encherirent tant que on n'en povoit finer; car une pinte de huille qui ne
-valloit que V solz ou XVI blans cousta avant le sabmedi XII solz parisis;
-la livre de chandelle X solz parisis; la livre de beurre sallé X solz
-parisis, et toutes autres choses au prix. Et vendoit chascun marchant
-ainsi qu'il voulloit toutes denrées, car nul n'y metoit aucun remede pour
-le prouffit publique, mais disoit on que tous ceulx qui y devoient mettre
-le meilleur remede estoient marchans eulx mesmes; par quoy le povre
-peuple souffroit tant de pouvreté, de fain, de froit et de toute autre
-meschance, que nul ne le scet que Dieu de paradis, car quant le tueur des
-chiens avoit tué des chiens, les pouvres gens le suyvoient aux champs
-pour avoir la char ou les trippes pour leur menger.
-
-307. Item, le dimenche devant la Penthecoste commencerent les bouchiers à
-vendre char à la porte de Paris, et laisserent le cymetiere Sainct-Jehan,
-Petit-Pont, la halle de Beauvays et les autres boucheries qui par devant
-avoient esté faictes.
-
-308. Item, en cel an fut yver si long et si dyvers qu'il faisoit tres
-grant froit jusques en la fin de may, et en la fin de juing n'estoient
-pas les vignes encore fleuries; et si fut si grant année de channilles
-que le fruict fut tout degasté, et furent en celle année trouvés à Paris
-en aucuns lieux escorpions que on n'avoit point en ce temps acoustumé à
-veoir.
-
-309. Item, en ce temps à la porte Sainct-Honoré fut veue dessoubz le pont
-en l'eaue une source comme de sang ung pou moins rouge, et fut apperceue
-le jour Sainct Pere et Sainct Paul qui fut au dimenche, et dura jusques
-au mercredy ensuivant; et en furent les gens qui y alloient moult
-esbahiz, et tant qu'il convint que la porte fust fermée et le pont levé
-deux jours[642] pour la grant multitude du peuple qui là alloit, et si ne
-pot oncques personne savoir la signifiance de la chose.
-
- [642] «Et le pont levé deux jours» manque dans le ms. de Rome.
-
-310. Item, le jeudy ensuivant, vigille Sainct Martin, furent criées les
-monnoies à Paris, que le gros de XVI deniers ne vauldroit que IIII
-deniers parisis, le blanc de IIII deniers I denier parisis; une piece de
-monnoie de II deniers parisis qui pour lors estoit[643] ne valloit que
-une maille; qui moult dommaiga pouvres gens et ne fist prouffit que à
-ceulx qui avoient rentes et revenues[644].
-
- [643] Ms. de Paris: une pièce de monnoie qui pour lors estoit de
- III deniers.
-
- [644] Une ordonnance du 26 juin, applicable dans tout le royaume
- et publiée le jeudi 3 juillet au Parlement ainsi que dans Paris,
- régla à la fois le cours des monnaies et le mode de payement des
- rentes et loyers; ce fut une mesure désastreuse pour la
- population parisienne; ces lettres portaient en effet que «toutes
- debtes deues,» soit pour loyers de maisons, soit pour rentes et
- gages quelconques, échus depuis la Saint Jean 1420 jusqu'au jour
- de la publication, devraient être payées en monnaie comptée à
- l'ancien prix, et, pour les termes suivants, d'après le nouveau
- cours fixé comme il suit: l'écu d'or, 30 sols tournois; le mouton
- d'or, 20 sols tournois; le gros de 20 deniers tournois, 5
- deniers; le blanc de 10 deniers tournois, 2 deniers obole, et la
- monnaie noire, une maille (Arch. nat., Z{1b} 58, fol. 163, 164).
-
-311. Item, le jour sainct Martin, entra le roy d'Engleterre à Paris à
-belle compaignie[645], et si ne savoit-on rien de sa venue, tant qu'il
-fut à Sainct-Denis en France.
-
- [645] Clément de Fauquembergue dit au contraire que le roi Henri
- V fit son entrée le 4 juillet «en compagnie de petit nombre
- d'archiers et gens d'armes.» (Arch. nat., X{la} 1480, fol. 236.)
-
-312. Item, en ce temps estoient les loups si affamez qu'ilz desterroient
-à leurs pattes les cors des gens que on enterroit aux villaiges et aux
-champs; car partout où on alloit, on trouvoit des mors et aux champs et
-aux villes de la grant povreté qu'ilz [du cher temps et de la famine]
-souffroient, par la maldicte guerre qui touzjours croissoit de jour en
-jour de mal en pire.
-
-313. Item, en ce temps estoit [tres] grant mortalité, et tous mouroient
-de chaleur qui ou chief les prenoit et puis la fievre, et mouroient sans
-rien ou pou empirer de leur char, et toutes femmes ou les plus jeunes
-gens. En ce temps estoit le vin si cher que chascune pinte de vin moyen
-coustoit IIII solz parisis; et si n'amendoit point le pain, et si y avoit
-en ce temps à Paris plus de blé que homme qui fust né en ce temps [y]
-eust oncques veu de son aage, car on tesmoignoit qu'il y en avoit pour
-bien gouverner Paris [pour plus] de deux ans entiers, et si n'estoit
-point [encore] cuilly l'aoust de nul grain.
-
-314. Item, en ce temps estoit une grosse murmure [à Paris] pour le cry
-devantdit de la monnoye, car tous les gros (_sic_), ceulx du Pallays, du
-Chastellet se faisoient poier en forte monnoye[646], et tout le demainne
-du roy, comme impositeurs, quatriesmes et toutes subsides; et ne
-prenoient le gros que pour iiii deniers parisis, et le mettoient en
-toutes choses aux pouvres gens pour XVI deniers parisis. Sy se coursa le
-commun et firent parlement en la maison de ville; quant les gouverneurs
-les virent, si orent paour, et firent crier que le terme des maisons
-premier venant se paieroit en XII gros pour ung franc, et ce pendant on y
-remedieroit le mieulx que on pouroit, et estoit environ X ou XII jours
-après la Sainct Jehan, l'an mil CCCCXXI. Et fut dit ou cry que la
-darraine sepmaine d'aoust chascun qui tenoit maison à titre de louaige,
-ou qui devoit cens ou rente, allast parler à son hoste, ou censier ou
-rentier, savoir en quelle monnoye ilz se vouldroient paier après la
-Sainct Remy, et, ouye leur responce, ilz estoient quictes pour renoncer
-au louaige[647], ou cens ou rente; dont le peuple se deporta et fut
-apaisié, pour ce que encore avoient deux moys de terme à prendre ou
-renoncer, et que le terme de la Sainct Remy venant seroit poié, comme on
-l'avoit acoustumé devant, xii gros pour ung franc.
-
- [646] L'obligation d'acquitter tout impôt en forte monnaie excita
- une indignation générale et indisposa les esprits. A ce sujet, un
- boucher de Beauvais laissa échapper ces paroles singulièrement
- significatives: «Il nous vauldroit mieulx, s'écria-t-il, que on
- nous coppast les testes, que nous faire pour noz cens paier forte
- monnoie, ou que nous les coppissions aux juges qui nous y
- vouldroient contraindre; ilz nous vouldroient faire estre
- larrons, s'il nous faloit paier noz cens en forte monnoie» (Arch.
- nat., JJ 171, no 483).
-
- [647] Les locataires des maisons possédées par le chapitre de
- Notre-Dame s'empressèrent pour la plupart d'user de cette faculté
- et déclarèrent leur intention de renoncer «au louage» des
- immeubles qu'ils occupaient, parce que l'ordonnance récemment
- publiée les mettait dans l'alternative de payer à partir de la
- Saint Remy en forte monnoie ou de signifier leur congé aux
- propriétaires. Le chapitre, bien avisé, comprit les difficultés
- de la situation et consentit à recevoir ses loyers en monnaie
- courante, non seulement pour le terme qui allait échoir, mais
- encore pour les termes suivants (Arch. nat., LL 215, fol. 337).
- Une ordonnance générale, rendue le 15 décembre 1421 et publiée le
- 17 dans les carrefours, réglementa les payements (_Ibid._, X{la}
- 8603, fol. 76).
-
-315. Item, en ce temps estoient les loups si affamez qu'ilz entroient de
-nuyt es bonnes villes et faisoient moult de dyvers dommaiges, et souvent
-passoient la riviere de Saine et plusieurs autres à neu; et aux
-cymetieres qui estoient aux champs, aussi tost que on avoit enterré les
-corps, ilz venoient par nuyt et les desterroient et les mangoient; et les
-gembes que on pendoit aux portes mengerent ilz en saillant, et les femmes
-et enfans en plusieurs[648] lieux.
-
- [648] «Plusieurs» manque dans le ms. de Rome.
-
-316. Item, la premiere sepmaine du mois d'aoust, l'an mil CCCCXXI, fut
-institué prevost de Paris Pierre dit le Barrat[649].
-
- [649] Pierre le Verrat, seigneur de Crosne, écuyer d'écurie du
- roi, institué bailli de Montargis le 27 décembre 1415, résigna
- ses fonctions le 30 mai 1416 (Arch. nat., X{la} 1480, fol. 58).
- Après l'attentat de Montereau, il fut envoyé en Picardie et en
- Champagne avec mission de notifier aux habitants des bonnes
- villes la fin tragique du duc de Bourgogne et resta absent près
- de trois mois (_Ibid._, KK 17, fol. 75 vº). Capitaine du château
- de Vincennes vers le milieu de l'année 1420, il fut nommé prévôt
- de Paris le 31 juillet 1421 et figure au début de l'année 1423
- parmi les officiers du régent qui négocièrent la reddition de
- Meulan (Monstrelet, t. IV, p. 138). Pierre le Verrat se signala
- par de nombreux services rendus dans maintes occurrences,
- notamment à l'occasion de la garde des forteresses de Sens, de
- Melun, du Bois de Vincennes, et reçut pour ses gages arriérés une
- portion de la châtellenie de la Queue-en-Brie, confisquée sur
- Jeanne Gencien, avec la terre de Grandpré, plus une maison dite
- «la maison de Buye (Arch. nat., JJ 172, nos 214, 227).» Pendant
- qu'il était capitaine de Sens, il lui arriva une assez singulière
- mésaventure; en 1426, cinq otages confiés à sa garde par le comte
- de Salisbury trompèrent la surveillance du lieutenant de Pierre
- le Verrat, alors à Paris, et s'échappèrent par les fossés; le
- comte de Salisbury rendit Le Verrat civilement responsable de
- l'évasion et l'assigna devant le Parlement de Paris (_Ibid._,
- X{la} 4795, fol. 5). A la date du 14 novembre 1432, le même
- personnage, désormais fixé à Paris, fut chargé par le Parlement
- d'arrêter toutes les dispositions concernant les obsèques et
- funérailles de la duchesse de Bedford et prit part, le 12 janvier
- 1436, aux délibérations du Conseil tenu à l'effet d'organiser la
- défense de la capitale menacée (_Ibid._, X{la} 1481, fol. 63, 112
- vº). Après l'expulsion des Anglais, il dut se retirer auprès du
- duc de Bourgogne, dont il devint l'un des conseillers (La Barre,
- t. II, p. 185). Ses biens confisqués furent attribués au sieur de
- Coetivy avec 2,000 saluts d'or provenant du douaire de sa fille.
- Pierre le Verrat, qui décéda avant septembre 1440, avait épousé
- Catherine Alory, veuve de Guillaume Barbery; sa fille Denise fut
- mariée à un marchand lucquois établi à Paris, Jacques Bernardini,
- qui, en 1436, se réfugia à la Bastille avec les Anglais et se
- retira à Rouen. Les autres filles de Catherine Alory, nées de son
- premier mariage, épousèrent Pierre de Landes, Jean Chanteprime et
- Jean Piédefer (Arch. nat., X{la} 4798, fol. 283; X{1c} 135; X{2a}
- 23, fol. 64 PP 118; Memorial Bourges fol. 19).
-
-
-317. Item, en cellui temps[650], print le roy d'Engleterre Dreux[651],
-Bonneval, Espernon[652] et autres villes, par traicté que les Arminalx
-qui dedens estoient s'en allerent sauvement, que puis firent tant de
-maulx que nul ne le croiroit.
-
- [650] Ms. de Rome: moys.
-
- [651] Dreux, assiégé le 18 juillet, se rendit aux Anglais le 20
- août, la garnison, privée de son chef Amaury d'Estissac, n'ayant
- opposé qu'une faible résistance; à la suite de la capitulation,
- les habitants obtinrent en septembre 1421 des lettres d'abolition
- dont le bénéfice fut étendu même aux absents (Arch. nat., JJ 171,
- nos 442 à 449).
-
- [652] Avec Bonneval et Épernon, les Anglais réduisirent entre
- autres places Gallardon, Nogent-le-Roi, Tillières et Croisy.
-
-318. Item, en ce temps estoit tout fruict si cher que on n'avoit que IIII
-pommes pour ung blanc; le cent de noix valloit[653] IIII solz; deux
-poires VI blans; deux livres de chandelle pour XVI solz parisis; ung
-petit fromaige XIII solz parisis; ung œuf III blans; ung boisseau de
-feves ou pois II frans; la livre de beurre XXVIII blans; la pinte de
-huylle XVI solz parisis; une paire de souliers de cordouan XXIIII solz;
-la paire de basanne XVI solz; la pinte de vin IIII solz; la char plus
-chere que oncques mais.
-
- [653] «Valloit» manque dans le ms. de Rome.
-
-319. Item, en ce temps, print le roy d'Angleterre deux villes moult
-nuysans à Paris, que les Arminalz tenoient, assavoir, Baugency[654] et
-Villeneufve-le-Roy[655], et de là s'en vint devant Meaulx, droict à la
-Sainct-Remy.
-
- [654] Les mss., au lieu de «Rangenay», portent «Baugency», où
- l'on sait que le roi d'Angleterre conduisit ses troupes avant de
- mettre le siège devant Villeneuve-sur-Yonne (Monstrelet, t. IV,
- p. 70).
-
- [655] Villeneuve-sur-Yonne, dont les partisans du dauphin
- s'étaient emparés au mois de février 1421, tomba entre les mains
- du roi Henri V le 27 septembre, après un siège de deux ou trois
- jours (Arch. nat., X{la} 1480, fol. 241); en 1429, cette place,
- toujours au pouvoir des Anglais, avait pour capitaine Pierre
- Grassart, qui commandait en même temps à la Charité (_Ibid._, JJ
- 174, fol. 149 vº).
-
-320. Item, en ce temps estoit le duc de Bourgongne devant Sainct-Requier
-en Pontieu, et là tenoit le siege, et comme il volt aller à
-Boulongne-sur-la-mer en pelerinaige, les Arminalz le seurent et le
-cuiderent sourprendre, mais la Vierge Marie y fist miracle, car une
-partie de ses gens le laissa et s'enfuirent comme consentans de la venue
-des Arminalz; mais malgré eulx, par la grace de Dieu [et de sa glorieuse
-mere], les Arminalz furent tous[656] desconfiz, et en demoura bien XIc
-sur la place, sans les cappitaines qui furent prins, et tous les grans
-qui là estoient, [qui] furent menez en diverses prinsons[657].
-
- [656] «Tous» manque dans le ms. de Rome.
-
- [657] Après avoir levé le siège de Saint-Riquier, Philippe le Bon
- livra bataille, le samedi 30 août, aux troupes dauphinoises qui
- venaient au secours de cette place, et, malgré la panique qui
- faillit compromettre le sort de la journée, remporta un avantage
- signalé sur ses adversaires. Parmi les capitaines français faits
- prisonniers se trouvaient Poton de Saintrailles, le bâtard de la
- Hire, Gilles et Louis de Gamaches, Raoul de Gaucourt. Quant au
- chiffre des morts donné par l'auteur du Journal parisien, il est
- fort exagéré; l'estimation la plus élevée est celle de Lefèvre de
- Saint-Remy, qui évalue à 6 ou 700 la perte des deux partis; le
- chiffre moyen indiqué par Monstrelet et G. Chastellain est de 4 à
- 500, dont le sixième environ représente celle des Bourguignons.
- Par convention spéciale conclue au mois de novembre 1421, la
- reddition de Saint-Riquier aux Bourguignons servit de rançon aux
- prisonniers français; les habitants, à l'exception du maire J. de
- Bersaque et de quelques autres individus, obtinrent, le 28 août
- 1422, des lettres de rémission (Arch. nat., JJ 172, no 145).
-
-321. Item, le IIIe jour de novembre ensuivant mil IIIIc XXI, fut
-derechief la monnoie criée, que les gros de XVI deniers ne seroient mis
-que pour II deniers[658], et firent autre monnoie qui ne valloit que II
-deniers tournois[659], dont le peuple fut si oppressé et grevé que povres
-gens ne povoient vivre; car comme choux, poreaux, ongnons, verjus, etc.,
-on n'avoit à moins de II blans, car ilz ne valloient que ung denier après
-le cry. Et qui tenoit à louaige maison ou autre chose, il en convenoit
-paier VIII foys plus que le louaige, c'est assavoir, du franc VIII frans,
-de VIII frans, LXIIII frans; [ainsi] des autres choses, dont le povre
-peuple ot tant à souffrir de fain et de froit que nul ne le scet que
-Dieu. Et si geloit aussi fort à la Toussaint qu'il fist oncques à Nouel,
-et ne fynoit [on] de rien qui n'avoit menue monnoye.
-
- [658] Indépendamment de l'ordonnance spéciale fixant le cours du
- gros et mentionnant l'émission de nouvelles espèces, ordonnance
- datée du 12 octobre et publiée le 3 novembre dans les carrefours
- de Paris, un mandement du 31 octobre à l'adresse du prévôt de
- Paris, également publié le 3 novembre, interdit non seulement la
- circulation, mais encore la conservation des anciennes monnaies,
- dont le dépôt devait être opéré sous peine de confiscation et
- d'amende arbitraire, et réglementa le prix des denrées et
- marchandises ainsi que le salaire des ouvriers suivant un tarif
- uniforme (Arch. nat., X{la} 8603, fol. 74 vo; Z{1b} 58, fol.
- 165).
-
- [659] Il s'agit de doubles tournois blancs portant une fleur de
- lys couronnée, à un denier douze grains de loy, et de neuf sols
- quatre deniers obole au marc de Paris. Ces doubles qui «au commun
- langaige furent appelez niquets» devaient avoir cours pour deux
- tournois pièce; quant aux simples tournois au type d'une fleur de
- lys sans couronne, ils valaient un tournois.
-
-322. Item, en ce temps avoit à Paris le premier presidant de Parlement,
-nommé Philippe de Morvillier[660], le plus cruel tirant que homme eust
-oncques veu à Paris, car pour une parolle contre sa voulenté, ou pour
-sourfaire aucune denrée, il faisoit percer langues, il faisoit mener bons
-marchans en tumbereaux parmy Paris, il faisoit gens tourner ou pillory;
-brief il faisoit jugemens si crueulx et si terribles et si espoventables
-que homme nul n'osoit parler contre luy ne appeller de luy, et avec ce
-faisoit paier si grans amendes et si pesantes que tous ceulx qui venoient
-entre ses mains s'en sentoient toutes leurs vies, ou de villennie ou de
-chevance, ou de partie de leurs corps.
-
- [660] Philippe de Morvilliers, avocat au Parlement de Paris,
- plaida dans diverses affaires criminelles de novembre 1412 à
- février 1414; compromis dans la conspiration de Pâques 1416, il
- fut banni en même temps que le mercier Colin du Pont (Cousinot,
- _Geste des nobles_, p. 160). C'est alors qu'il fut chargé de
- présider le Parlement établi en Picardie par le duc de Bourgogne
- (Monstrelet, t. III, p. 145, 234). Après l'entrée des
- Bourguignons à Paris, Philippe de Morvilliers fut appelé, le 12
- juillet 1418, au poste de premier président du Parlement, vacant
- par suite de la révocation de Robert Mauger. D'importantes
- missions lui furent confiées, la plupart affectant un caractère
- politique. Il était à Montereau lors de l'assassinat de Jean
- Sans-Peur, eut grand'peine à s'échapper et revint à Troyes, fut
- envoyé en Flandre auprès du nouveau duc de Bourgogne, se rendit
- ensuite en Normandie vers le roi d'Angleterre et revint à Paris à
- la fin de décembre 1419. Il visita le duc de Bretagne en décembre
- 1422 (Arch. nat., X{la} 1480, fol. 265); on le voit faire de
- fréquents voyages à Rouen où le mandait le duc de Bedford; l'une
- de ces absences se prolongea du 3 novembre 1425 au 3 avril 1426
- (Stevenson, _Wars of the English in France_, vol. II, 1re partie,
- p. 57, 65). De nombreuses donations récompensèrent ses services;
- le premier président du Parlement occupait en 1421 une maison rue
- de la Bretonnerie, faisant le coin de la rue Pernelle-Saint-Paul,
- dont le roi l'avait gratifié, indépendamment de plusieurs hôtels
- sis rue Vieille-du-Temple et rue de la Mortellerie (Arch. nat.,
- JJ 172, no 185). Si en 1421 Philippe de Morvilliers exerçait au
- sein de la capitale une autorité despotique qui le rendait aussi
- impopulaire, c'est que le roi l'avait «commis à la police de sa
- bonne ville de Paris.» Chassé de Paris par le retour de Charles
- VII et dépossédé de sa charge de premier président, il mourut le
- 25 juillet 1438 et fut inhumé avec Jeanne du Drac, sa femme, à
- Saint-Martin-des-Champs (Cf. Longnon, _Paris pendant la
- domination anglaise_, p. 29, 41, 229).
-
-323. Item, en ce temps il ordonna, de sa maistrise et de son orgueil, que
-nul orfevre ne nul d'autre mestier ne changeroit pour nul besoing à son
-amy ne à aultre or pour monnoye, ne monnoye pour or que les
-changeurs[661]; et si n'y avoit si hardy changeur qui eust osé prendre
-d'ung escu d'or pour change que II deniers tournoys[662], qu'i ne lui
-eust fait tantost amender [de II ou] de IIIc livres de bonne monnoye.
-
- [661] Cette prohibition, au moins en ce qui concerne les
- orfèvres, remontait au lundi 18 décembre 1419; voici le texte
- même de la décision prise ce jour par les généraux maîtres des
- monnaies: «Fu dit aux maistres du mestier d'orfevrerie que il
- estoit venu à la cognoissance du comptoir que plusieurs orfevres
- faisoient fait de change publiquement, qui estoit contre les
- ordonnances du fait des monnoies, et pour ce leur fu enjoint et
- defendu de par le roy que doresnavant ilz ne s'entremeissent de
- faire fait de change (Arch. nat., Z{1b} 2).» Un arrêt, rendu par
- le Parlement le 31 décembre 1421 au profit des maîtres jurés du
- métier de changeur, interdit aux orfèvres l'achat de toute
- monnaie d'or en circulation dans le royaume, et pour les besoins
- de leur profession leur ordonna de se pourvoir auprès des
- généraux maîtres des monnaies (_Ibid._, X{la} 1480, fol. 244).
-
- [662] L'un des articles de l'ordonnance du 31 octobre 1421
- enjoignait effectivement aux changeurs de délivrer «aux marchans
- ou populaires qui requerront et vouldront avoir or pour et ou
- lieu de la nouvelle monnoie» l'écu neuf à raison de dix-huit sols
- parisis, et le salut à raison de vingt sols parisis de cette même
- monnaie, «sans pour ce prendre, recevoir ne exiger que deux
- tournois pour piece d'or et non plus» (Arch. nat., Z{1b} 58, fol.
- 165 vo).
-
-324. Item, en ce temps, estoit uncores le roy d'Angleterre devant Meaulx,
-qui là perdoit moult de ses gens de fain, de froit; car environ quinze
-jours ou troys sepmaines devant Nouel, plut tant fort jour et nuyt, et
-tant negea au hault païs que Sainne fut si desrivée et si grant que en
-Greve elle estoit jusques par deça le moustier du Sainct-Esperit[663]
-plus de deux lances, et en la grant court du Pallays tout oultre le
-moustier de Nostre-Dame, de dessoubz la Saincte-Chappelle et en la place
-Maubert [emprès] la Croix-Hemon[664]. Et [ne] dura [que] dix jours, et
-puis commença descroistre le dimenche devant Nouel[665], et tant qu'elle
-mist à croistre il geloit si fort que tout Paris estoit prins de glace
-et de gelée, et ne povoit-on mouldre à nul moulin à eaue nulle part que à
-ceulx au vent, pour les grans eaues.
-
- [663] L'hôpital du Saint-Esprit formait un carré, limité à
- l'ouest par la place de Grève, à l'est par la rue des
- Vieilles-Garnisons, au sud par l'Hôtel de ville qui touchait à la
- chapelle de l'hôpital.
-
- [664] La Croix-Hémon était le nom du carrefour auquel
- aboutissaient les rues Saint-Victor, de la
- Montagne-Sainte-Geneviève, des Noyers, de Bièvre et la place
- Maubert.
-
- [665] Une procession en l'honneur de sainte Geneviève fut
- organisée le 20 décembre, afin que cette sainte, par son
- intercession auprès du Tout-Puissant, daignât faire cesser le
- fléau dévastateur. Fort heureusement, dans la nuit la Seine
- commença à décroître, ce qui n'empêcha point, dit le greffier du
- chapitre Notre-Dame, la procession d'avoir lieu (Arch. nat., LL
- 215, fol. 350).
-
-325. Item, en ce temps, toute maleureuseté estoit à Paris par lui qu'il
-faisoit paier à tout homme qui n'avoit point de puissance selon sa
-qualité, argent fin, l'un IIII marcs[666], l'autre III, l'autre II,
-l'autre III ou IIII onces, et pour faire celle meschante monnoye davant
-dicte; et qui estoit reffusant, tantost avoit sergens en sa maison et
-estoit mené en prinsons diverses, et ne povoit on parler à lui, et le
-convenoit paier, et n'eust eu plus vaillant au monde, puis que ce
-president l'avoit dit. Et estoient de son conseil deux autres tirans,
-Jehan Dole[667] et Pierre d'Orgemont, qui misdrent Pierre d'Orgemont
-était, de même que Jean Dole, commissaire et gouverneur des
-finances du royaume (Arch. nat., X{la} 1480, fol. 230 vº).
-marchandise si au bas, que homme ne vendoit ne n'achetoit que seullement
-pain et vin, car ung homme estoit tout chargé de dix frans en monnoye, et
-pour ce n'en portoit on point dehors. Et si estoit chascun si grevé de
-paier sa maison que plusieurs renoncerent en ce temps à leurs propres
-heritaiges pour la rente, et s'en alloient par desconfort vendre leurs
-biens sur les carreaux, et se partoient de Paris comme gens[668]
-desesperez. Les ungs alloient à Rouen, les autres à Senliz, les autres
-devenoient brigans de boys[669] ou Arminalz, et faisoient tant de maulx
-après, comme eussent fait les Sarasins, et tout par le faulx gouvernement
-des devantdiz loups ravissans, qui faisoient contre la deffence du Vieil
-Testament et du Nouvel, car ilz mengeoient la char à tout le sang, et si
-prenoient la brebiz et la laine. Helas! la grant pitié d'aller parmy la
-ville de Paris, fust à feste ou autre jour, car vrayement on y veoit plus
-de gens demandans l'aumosne que d'autres, qui maudisoient leurs vies C
-mille foys le jour, car trop avoient à souffrir. Car en ce temps on leur
-donnoit tres pou, car chascun avoit tant à faire de soy que pou povoit
-ayder à aultre nulle personne, ne vous eussiez esté en [quelque]
-compaignie que vous ne veissiez les ungs lamenter ou plourer à grosses
-lermes, maudisant leur nativité, les autres fortune, [les autres] les
-signeurs, les autres les gouverneurs, en criant à haulte voix bien
-souvent et asseurement[670]: «Helas! hélas! vray tres doulx Dieu, quant
-nous cessera ceste pesme douleur et[671] ceste doloreuse vie et de
-dampnable guerre»; en disant maintes foys: «[Vray Dieu] _vindica
-[sanguinem] Sanctorum_! Venge le sang des bonnes creatures qui meurent
-[sans deserte] par ces faulx traistres Arminalx.»
-
- [666] Cet emprunt forcé, voté par les gens des Trois États
- assemblés à Paris, emprunt que Juvénal des Ursins (p. 562)
- appelle «l'impost des marcs d'argent,» mécontenta vivement la
- population parisienne qui pour huit francs versés en argent ne
- recevait que sept francs au monnayage (Chastellain, t. I, p.
- 313). Si l'auteur du Journal parisien s'élève aussi vivement
- contre cette contribution, c'est qu'elle frappa indistinctement
- les bourgeois, marchands et gens d'église. M. Douët d'Arcq
- (_Recueil de pièces inédites sur le règne de Charles VI_, t. II,
- p. 417) a donné des extraits du compte de Jean Courtillier,
- changeur, chargé de recevoir l'impôt des marcs d'argent dans les
- quartiers de la Cité et de l'Université (Arch. nat., KK 323). Le
- marc d'argent qui, en 1391, valait 6 livres 2 sols tournois,
- avait atteint, dans la période comprise entre le 3 février et le
- 3 novembre 1421, le prix de 28 livres tournois, mais après le 3
- novembre il retomba à 6 livres 3 sols tournois; quant au marc
- d'or fin, il valait alors 70 livres 5 sols tournois.
-
- [667] Jean Dole ou Doule, avocat au Trésor dès 1401, plaida
- également au Parlement jusqu'à 1419; il ne fut jamais, quoi qu'en
- dise Blanchard (_Généal. des maistres des Requestes de l'hôtel_,
- p. 122), avocat général; le compte du Trésor de 1420 le qualifie
- conseiller du roi et avocat en Parlement (Arch. nat., KK 17, fol.
- 49 vº); à cette époque, il fit un voyage en Normandie auprès du
- roi d'Angleterre et se rendit également pour les affaires de
- l'État auprès du duc de Bourgogne. Il fut nommé, avant mars 1421,
- maître des Requêtes de l'Hôtel et trésorier de France (Arch.
- nat., KK 33, fol. 6 vº). P. Cochon (Chronique normande, p. 437),
- l'appelle «l'un des plus avanchiez d'autour le roy d'Angleterre,»
- qui l'envoya à Troyes, en compagnie des comtes de Kent et de
- Warwick, pour négocier son mariage avec Catherine, fille de
- Charles VI (Juvénal des Ursins, p. 557). Dole siégeait avec
- Pierre d'Orgemont dans la séance extraordinaire tenue par le
- Parlement le 12 mars 1421 pour le jugement des prisonniers de
- Melun. Le 9 septembre 1421, il fut, ainsi que l'évêque de
- Thérouanne, investi du gouvernement des finances (Arch. nat.,
- X{la} 1480, fol. 230 vº, 240 vº). Après la mort de Henri V, il
- devint conseiller du régent et, en cette qualité, assista le 24
- septembre 1425 à la lecture de la bulle du pape Martin V,
- interdisant tout duel entre le duc de Bourgogne et le duc de
- Glocester (Stevenson, _Wars of the English_, vol. II, 2e partie,
- p. 414).
-
- [668] «Gens» manque dans le ms. de Rome.
-
- [669] Les lettres de rémission de cette époque abondent en
- détails curieux sur le genre de vie et les exploits de ces
- «brigans de bois, aguetteurs de chemins», qui avaient établi leur
- repaire dans les forêts de Lyons, de Bray, de Jouy, du pays
- d'Auge. Ces malheureux, poussés à bout par la misère,
- contraignaient les habitants des campagnes à leur porter des
- vivres ou faisaient irruption pendant la nuit dans les villes,
- disant «qu'ilz mouroient de fain et qu'ilz ne vouloient que
- soupper» (Arch. nat., JJ 172, no 502). L'un de ces «brigans» ou
- «Armignaz» (on leur donnait indifféremment l'un ou l'autre de ces
- noms), songeant au salut de son âme, donna, à cette intention, un
- assemblage hétéroclite d'objets pillés, savoir, une peau
- «d'escureux», un bissac de toile «ouquel avoit deux balances, du
- vif argent, noix de Galles, coupperose, rigolice, et environ dix
- livres de cire» (_Ibid._, no 609). Ces brigands et leurs
- émissaires étaient impitoyablement traqués et justiciés, témoin
- ce «messagier» qui fut apprehendé et, pour ses démérites,
- décapité à Vernon (_Ibid._, no 597).
-
- [670] Ms. de Rome: «à sceu» au lieu de «bien souvent et
- asseurement.»
-
- [671] Ms. de Paris: en.
-
-326. Item, en ce moys de decembre, le Ve jour d'icelluy, ot la fille de
-France en Angleterre ung filx nommé Henry[672].
-
- [672] Catherine de Valois mit au monde le 6 décembre, au château
- de Windsor, un fils qui eut pour parrains le duc de Bedford et
- l'évêque d'Exeter. Le 23 octobre précédent, le chapitre de
- Notre-Dame, après avoir pris connaissance des lettres adressées
- par la reine d'Angleterre aux habitants de la ville de Paris en
- vue d'obtenir une heureuse délivrance, décida à cet effet qu'une
- messe solennelle de Notre-Dame serait célébrée le lendemain dans
- la cathédrale et que le prévôt des marchands, destinataire
- desdites lettres, en serait avisé (Arch. nat., LL 215, fol. 344).
-
-327. Item, le lundy devant Noel, l'andemain Sainct Thomas, furent
-apportées les nouvelles à Paris, dont on sonna partout moult grandement,
-et fist on par tout Paris les feux comme à la Sainct Jehan[673].
-
- [673] Le mercredi suivant (24 décembre), des processions
- générales à l'église Notre-Dame fêtèrent cet heureux événement
- (Arch. nat., X{la} 1480, fol. 244).
-
-
- [1422.]
-
-
-328. Item, [en ce temps], la vigille de la Thyephaine, vint à Paris le
-duc de Bourgongne[674], qui admena foison de gens d'armes qui firent
-moult de mal aux villaiges d'entour Paris, car il ne demoura riens après
-eulx qu'ilz peussent (emporter)[675], s'il n'estoit trop chault ou trop
-pesant; et les Arminalx estoient au costé de la porte Sainct-Jacques, de
-Sainct-Germain, de Bordelles jusques à Orleans, qui faisoient des maulx
-tant que oncques firent tyrans Sarazins.
-
- [674] Philippe le Bon entra le 5 janvier à Paris avec le comte de
- Saint-Pol et toute sa chevalerie, et fut «receu des Parisiens
- tres solemnellement» (Monstrelet, t. IV, p. 78). Après avoir
- visité Charles VI au Bois-de-Vincennes, il partit le vendredi 16
- janvier, en compagnie du chancelier de France, des évêques de
- Thérouanne et de Beauvais, pour rejoindre le roi d'Angleterre
- occupé au siège de Meaux (Arch. nat., X{la} 1480, fol. 245).
-
- [675] Lacune d'un mot dans les mss.
-
-329. Item, en ce temps estoit le roy d'Angleterre devant Meaulx, et y
-fist son Nouel et sa Thyephaine, qui en toute la Brie avoit ses gens qui
-partout pilloient; et, pour iceulx et pour les devantdiz, on ne povoit
-labourer ne semer nulle part. Souvent on s'en plaignoit aux signeurs
-dessusdiz, mais ilz ne s'en faisoient que mocquer ou rire, et en
-faisoient leurs gens pis trop que davant, dont le plus des laboureurs
-cesserent de labourer, et furent comme desesperez, et laisserent femmes
-et enffans, en disant l'un à l'autre: «Que ferons nous[676]? Mettons tout
-en la main du deable, ne nous chault que nous devenons; autant vault
-faire du pis qu'on peut comme du mieulx. Mieulx nous vaulsist servir les
-Sarazins que les Chrestiens, et pour ce faisons du pis que nous pourrons.
-Aussi bien ne nous peut on que tuer ou que prendre; car par le faulx
-gouvernement des trestres gouverneurs, il nous fault renyer femmes et
-enfans, et fouir au boys comme bestes esgarées; non pas ung an ne deux,
-mais il a ja XIIII ou XV ans que ceste dance doloreuse commença, et la
-plus grant partie des signeurs de France en sont mors à glaive, ou par
-poison, ou par traïson, ou sans confession, ou de quelque mauvaise mort
-contre nature.»
-
- [676] «Que ferons nous» manque dans le ms. de Rome.
-
-330. Item, en ce temps n'avoit point à Paris de evesque, car maistre
-Jehan Courtecuisse devant dit, esleu par l'Université et par le clergé et
-par Parlement, ne plaisoit point au roy d'Angleterre, et pour ce ne fut
-il tout cel an aucunement possesseur de l'evesché, mais demoura tout ce
-temps à Sainct-Germain-des-Prez, car il n'estoit pas bien asseur en son
-hostel à Paris, pour ce qu'il n'estoit en la grace du roy
-d'Angleterre[677].
-
- [677] Jean Courtecuisse, comme l'on sait, avait été élu
- contrairement au vœu exprimé par le roi d'Angleterre, qui avait
- inutilement usé de tous les moyens pour empêcher cette élection,
- allant même jusqu'aux menaces, ainsi que le montre le langage
- tenu le 24 décembre 1420 par le premier chapelain de Charles VI,
- langage textuellement reproduit par l'un des chanoines de
- Notre-Dame, Jean Voygnon: «Messeigneurs, dit-il, je viengs de la
- Court, et m'a chargé mons. le premier chapelain de vous dire ce
- que je vous diré. Il m'a dit que messire Lourdin de Saligny et
- messire Regnier Pot, chevaliers, sont venus à lui et li ont dit
- de par le roy d'Angleterre que il vous deist que vous elisissiez
- cellui pour qui il vous avoit ou a prié, et se vous faictes
- aultrement, l'eglise de Paris en pourra bien avoir à souffrir, et
- cellui que vous eslirez n'ara pas beau demourer en ce royaume.»
- (Arch. nat., LL 215, fol. 304.) Bien que l'élection de Jean
- Courtecuisse eût été confirmée par bulle du 16 juin 1421, le
- nouvel évêque n'avait point trouvé grâce auprès du roi
- d'Angleterre, et le 31 août 1421, à la requête de l'Université,
- le Parlement dut lui donner lettres recommandatoires à l'adresse
- de Henri V (_Ibid._, X{la} 1480, fol. 239). Le chapitre de
- Notre-Dame lui-même écrivit en sa faveur le 20 octobre (_Ibid._,
- LL 215, fol. 343). Le roi anglais se montra inflexible et, au
- début de l'année 1422, témoigna tout son déplaisir de la présence
- à Paris de l'élu, s'en prenant au chapitre qui n'avait pas trouvé
- moyen de l'éloigner (_Ibid._, fol. 353). Jean Courtecuisse fut
- transféré à l'évêché de Genève le 12 juin 1422 et mourut le 4
- mars 1423; il n'oublia point, dans ses dispositions
- testamentaires, le chapitre de Notre-Dame et lui légua 1,200 écus
- d'or, sans préjudice des donations énumérées dans un acte du 28
- juillet 1422 (_Ibid._, fol. 511). Pour conserver le souvenir de
- ces libéralités, le chapitre institua un obit solennel chaque
- année (_Ibid._, fol. 343).
-
-331. Item, pour la bienvenue du duc de Bourgongne devantdit on fist crier
-que une petite monnoye nommée noireis, qui ne valloit que une poictevine,
-vauldroit une maille tournoise[678]; et fut tout le bien qu'il nous fist
-pour lors à la ville de Paris, qui tant l'amoit et qui tant avoit eu à
-souffrir et encore avoit et de rechief pour lui et pour son pere, qui
-tant fut long et negligent en ces choses toutes, que Dieu scet. Et
-vraiement le filx en tenoit bien les taches, car il eust bien fait en ung
-quart d'an[679] ce où il mettoit deux ou trois ans, et faisoit bien
-semblant que de la mort de son pere pou ou nyant lui chausist; car certes
-il menoit telle vie dampnable et de jour et de nuyt, comme avoit fait le
-duc d'Orleans et les autres signeurs qui estoient mors moult
-honteusement, et estoit gouverné par jeunes chevaliers plains de folie et
-de oultrecuidance, et gouvernoit selon ce qu'ilz se gouvernoient, et eulx
-selon lui, et en vérité de Dieu à nul d'eulx ne challoit [que] d'acomplir
-sa voulenté.
-
- [678] L'ordonnance générale du 15 décembre 1421, publiée le
- samedi 17 janvier 1422, en vue de fixer définitivement le cours
- des monnaies d'or et d'argent, telles que saluts, demi-saluts,
- nobles, demi-nobles, quarts de nobles, blancs deniers et gros,
- assimile comme valeur le double denier parisis à la maille
- tournoise (Arch. nat., X{la} 8603, fol. 77 vº).
-
- [679] «D'an» manque dans le ms. de Rome.
-
-332. Item, en ce temps fut desposé de la prevosté de Paris cil qui est
-nommé davant le Warrat, et fut le bailli de Vermandois[680] de
-Champluisant[681].
-
- [680] Nous restituons «de Vermandois» d'après le même ms.
-
- [681] Simon de Champluisant, licencié ès lois, bailli de
- Vermandois, était originaire de Noyon; reçu prévôt de Paris le
- mardi 3 février 1422, il prêta serment en présence du Parlement
- et non entre les mains du chancelier, comme le portaient ses
- lettres d'institution que la Cour fit rectifier. Lorsqu'il quitta
- la prévôté le 1er décembre suivant, le duc de Bedford récompensa
- ses services en lui attribuant la charge de quatrième président
- au Parlement, sans qu'il fût procédé à aucune élection, et il fut
- installé le 2 décembre. Simon de Champluisant ne resta pas
- inactif dans le nouveau poste qui lui était confié; on le voit
- figurer au nombre des commissaires désignés le 18 septembre 1423
- pour ouvrir une enquête sur les abus commis au Châtelet; le 24
- février 1424, le Parlement lui donna mission de visiter les
- merciers «et merceries de ceintures et autres joyaux d'or et
- d'argent.» Le président de Champluisant mourut à la fin de
- l'année 1426, laissant un fils nommé Charles, que l'on qualifie
- d'écuyer; ses obsèques, auxquelles assistèrent les présidents et
- conseillers, eurent lieu le lundi 30 décembre (Arch. nat., X{la}
- 1480, fol. 246, 264, 283, 290, 363).
-
-333. Item, le roy d'Angleterre fist son Nouel, sa Thiephaine et sa
-quarantaine devant Meaulx.
-
-334. Item, le IIe jour de mars IIIIc XXI, le signeur d'Auphemont[682]
-cuida venir conforter les Arminalx de Meaulx, et vint environ minuyt,
-acompaigné de cent fers de lance, et savoit bien par où on povoit mieulx
-entrer en la cité par sur les murs; et là les Arminalx de dedens avoient
-mises eschelles apuyées aux murs pour monter ledit signeur d'Aulphemont
-et ses gens, et avoient lesdiz Arminalx couvertes les eschelles de draps
-de lit pour sembler à ceulx de l'ost, quant ilz tournoient pour faire le
-guet, que ce fussent les murs qui blans estoient à celluy androit, et
-aussi le cuidoit le guet en passant par celluy androit. Quant le guet fut
-passé, ceulx de dedens virent que temps estoit de faire monter ledit
-signeur, si firent le signe que faire devoient quant temps seroit de
-monter, et monterent par les eschelles qui moult estoient près à près.
-
- [682] Guy de Nesle, seigneur d'Offemont, l'un des gentilshommes
- qui prirent fait et cause pour le Dauphin en Picardie, coopéra à
- la prise de Saint-Riquier, et, à la suite du combat livré le 31
- août 1421, rendit cette place au duc de Bourgogne en échange des
- capitaines français restés entre ses mains (Fenin-Dupont, p. 157,
- 170). Fait prisonnier par les Anglais et grièvement blessé, le
- seigneur d'Offemont obtint en juillet 1422 des lettres de
- rémission et d'abolition sous la caution de son oncle, Raoul de
- Coucy, évêque de Noyon, d'Aubert, seigneur de Cauny, et de Jean
- de Flavy (Arch. nat., JJ 172, no 117). C'est dans la nuit du
- lundi 9 mars qu'eut lieu la tentative infructueuse de Guy de
- Nesle; cette date est fournie par la relation insérée au registre
- du Conseil (_Ibid._, X{la} 1480, fol. 248) et par la Chronique
- des Cordeliers (p. 309). Le lendemain, à deux heures après midi,
- les Anglais pénétrèrent par escalade dans la ville de Meaux dont
- les défenseurs s'étaient retirés dans le Marché.
-
-335. Item, la moitié des gens dudit d'Aulphemont alla esmouvoir l'ost,
-pensant[683], que quant il seroit monté lui et l'autre moitié de ses
-gens, qu'il vendroit compaignie[684] de ceulx de la ville pour secourer
-les autres, mais il advint autrement. Quar, en la propre eschelle par où
-ledit signeur montoit, avoit devant lui iiii ou v ribaulx, montans comme
-lui, dont l'un avoit à son col unes besaces qui [toutes] estoient plaines
-de harens sors que ledit larron avoit emblées en venant à ung marchant;
-comme il estoit presque au plus hault de l'eschelle, et sa besace lui
-eschappe, qui pesoit et estoit fort loyée, et encontre ledit signeur
-d'Aulphemont sur la teste et le trebuche de si hault comme il estoit
-dedens les fossez. Quant ses gens l'entendirent, si dirent l'ung à
-l'autre: «Aidons à monsigneur. Helas! monsigneur est cheu!» Çà et là es
-fossez avoit des Anglois du commun qui faisoient le guet, si cuidoient
-que ceulx qu'ilz ouoient parler[685] fussent de leurs gens; mais, quant
-ilz ouirent dire: «Aide à monsigneur!», [si] furent esbahiz, car bien
-savoient que nul homme de nom n'avoient[686] celle nuyt avec eulx au
-guet, et cuiderent que ceulx de la ville descendissent sur eulx. Si
-cuiderent eslonger la place pour l'aller dire en l'ost, mais, pour ce
-qu'il estoit après mynuit, que leurs corps estoient travailliez de
-veiller, adventure les mena tout droit aux eschelles. Si ouirent que on
-plaignoit trop le signeur, si dirent: «Monsigneur, de par le deable, pert
-vous mors tretous[687]». Et crierent alarme, si furent les Arminalx si
-effraiez qu'ilz s'enfouirent qui mieulx mieulx, et fut ledit signeur
-prins par ung qui estoit queux de la cuisine du roy angloys, et dix ou
-XII autres qui furent menez au roy d'Engleterre comme prinsonniers.
-
- [683] Les mss. donnent: l'ost puissant.
-
- [684] Ms. de Rome: accompagné de ceulx.
-
- [685] Ms. de Paris: ceulx qui avoient parlé.
-
- [686] Ms. de Paris: n'avoit esté.
-
- [687] Ms. de Paris: Par vous morrons trestous.
-
-336. Item, ceulx qui dedens la ville estoient savoient bien que la minne
-que le roy d'Angleterre avoit fait faire estoit pres de[688] parcée, et
-sceurent bien le lendemain que le sire d'Auphemont estoit prins et autres
-assès, et que le plus des habitans estoient contre eulx, s'ilz eussent
-peu ou osé. Si prindrent conseil ensemble qu'ilz porteroient leurs biens
-et leurs vivres au Marché, qui moult estoit fort, et bouteroient le feu
-en la ville, et tueroient tous ceulx qui ne seroient de leur malle
-intencion dampnable; et ainsi commencerent à porter leurs biens oudit
-Marché, et tellement et de tel cueur y entendirent, qu'ilz delaisserent
-et oublierent tout entierement la garde des murs de la ville. Ung bon
-proudomme des habitans de ladicte ville, quant il vit qu'ilz estoient en
-ce point, si soy pensa, s'il povoit, qu'il garderoit la cité d'ardoir, et
-monta sur les murs, et fist assavoir aux Angloys leur voulenté, et que
-hardiement assaillissent, que personne ne leur contrediroit; si lui
-baillerent une eschelle, et descendit, et fut mené au roy
-d'Angleterre[689] et lui dist qu'il voulloit qu'on lui coppast le col, se
-ainsi n'estoit, comme devant est dit. Si la fist tantost le roy assaillir
-et la print sans avoir guieres de peine[690]. Quant les habitans de la
-ville se virent ainsi sourprins, si se bouterent es eglises çà et là où
-ilz porent et cuiderent mieulx eulx sauver; et quant le roy angloys
-apperceut ainsi leur meschief, si fist crier partout que chascun revenist
-à son propre hostel, et que chascun feist son labour, comme devant
-faisoient. Et ainsi le firent, et le roy d'Angleterre mist le siege
-devant le Marché de la dicte ville.
-
- [688] Ms. de Paris: presque.
-
- [689] «D'Angleterre» manque dans le ms. de Rome.
-
- [690] La fin de la phrase, «si la fist, etc.,» manque dans
- l'édition de La Barre.
-
-337. Item, en ce temps avoit ou chastel de Oursay[691] XX murdriers ou
-XXX, qui le VIe jour d'avril prindrent le pont et le chasteau de
-Meullent[692], et fut avecques eulx le cappitaine de Estampes[693]; dont
-tout enchery après merveilleusement en cellui an, l'an mil CCCC XXI à
-Paris, pour ce qu'il ne venoit nulz vivres en ce temps à Paris que de
-Rouen[694], si convenoit passer par là allant et venant; dont ceulx de
-Paris furent moult esbahiz[695]. Mais par la grace de Dieu ilz ne s'y
-tindrent que XIIII jours ou environ qu'ilz ne s'en allassent frans et
-quictes par traicté, et emporterent tout ce qu'ilz voldrent emporter; car
-on ne povoit pour lors mieulx faire, pour ce que le siege estoit
-touzjours devant Meaulx.
-
- [691] Ms. de Paris: Coursy.
-
- [692] Ms. de Paris: Melun.
-
- [693] Louis Paviot ou Patiot, capitaine d'Étampes, s'empara le
- dimanche 5 avril du pont de Meulan, mais, assiégé aussitôt par le
- comte de Salisbury, il se vit obligé de rendre la place le 15
- avril. Lors du second siège que soutint Meulan en 1423, Louis
- Paviot qui commandait la garnison fut tué d'un coup de canon
- (Cousinot, _Geste des nobles_, p. 184, 189).
-
- [694] Aussitôt que la prise de Meulan fut connue à Paris,
- c'est-à-dire dès le mardi 7 avril, défenses furent faites au nom
- du roi de renchérir vivres ou marchandises (Arch. nat., X{la}
- 1480, fol. 250). On se plaignait toujours «de la chierté du
- temps»; le blé valait dans les premiers mois de 1422 seize sols
- parisis le setier (_Ibid._, KK 33, fol. 43); à l'entrée du
- carême, le maître de l'Hôtel-Dieu, eu égard à la cherté et à la
- pénurie des subsistances, obtint de faire manger aux malades du
- lait, du beurre et des œufs (_Ibid._, LL 215, fol. 359).
-
- [695] Ms. de Paris: troublez.
-
-338. Item, en celle année estoit la plus belle apparance es vignes en
-tout le royaulme de France que on eust oncques veu, mais la nuyt Sainct
-Marc et la nuyt ensuivant furent toutes gelées [entierement], et sembloit
-proprement que on eust bouté le feu partout de fait advisé, tant estoient
-brouyes jusques à la terre.
-
-339. Item, celle année mil CCCCXXII fut la grant année de hannetons, de
-Pasques jusques à la Sainct-Jehan.
-
-340. Item, le premier dimenche de may ensuivant, se rendirent ceulx du
-Marché de Meaulx à la voulenté du roy d'Engleterre; et fist on parmy
-Paris les feuz et tres grant feste[696].
-
- [696] Aux termes de la capitulation conclue entre le duc
- d'Exeter, les comtes de Warwick et de Conversan, W. de
- Hungerford, au nom du roi d'Angleterre, et Philippe Mallet,
- Perron de Luppé, Jean d'Aunay, Sinador de Girême et plusieurs
- autres capitaines, pour les assiégés, la garnison du Marché de
- Meaux se rendit non pas le dimanche 3 mai, mais le 2 mai; le
- texte anglais de ce traité se trouve parmi les _Acta publica_ de
- Rymer (t. IV, 4e vol., p. 64). Monstrelet en donne une analyse
- (t. IV, p. 93). L'acte de la reddition de Meaux fut lu et publié
- à Paris le mercredi 5 mai, à l'issue du sermon prêché lors de la
- procession générale de Notre-Dame à Sainte-Geneviève (Arch. nat.,
- X{la} 1480, fol. 251). Quant aux habitants de Meaux qui avaient
- pris part au siège, Henri V leur accorda le 14 mai 1422 des
- lettres de rémission portant restitution de leurs biens, à la
- condition de jurer la paix et de réparer avant la Toussaint les
- remparts et portes de la ville, y compris le pont réunissant la
- Cité au Marché (Arch. nat., JJ 172, no 98); la même faveur fut
- étendue au mois d'octobre 1425 à trente-sept habitants du Marché
- également compromis dans la rébellion (_Ibid._, JJ 173, fol. 195
- vº).
-
-341. Item, le jeudi ensuivant, envoia à Paris le roy d'Angleterre bien
-cent prinsonniers dudit chastel, et estoient liez IIII et IIII, et furent
-mis dedens le [chastel du] Louvre; et le deuxiesme jour après furent
-remis en bateaux et menez en diverses prinsons en Normendie et en
-Angleterre[697].
-
- [697] Les prisonniers de guerre amenés à Paris furent pour la
- plupart transportés par bateaux de Paris à Caudebec et de
- Harfleur à Portsmouth. Le roi Henri V chargea Jean Harpeley,
- lieutenant du capitaine de Rouen, et Robert Witgreve de conduire
- en Angleterre ceux des captifs dont on espérait tirer bonne
- rançon, comme Perron de Luppé, Guichard de Chissay, capitaine de
- Meaux, et il fit répartir entre divers châteaux, notamment ceux
- de Flint, Holt, Nottingham et Conway, cent cinquante de ces
- malheureux d'abord enfermés à la Tour de Londres (Rymer, _Acta
- publica_, t. IV, 4e vol., p. 66). L'un des chevaliers qui
- négocièrent la capitulation, Philippe Mallet, revenait à peine
- d'Angleterre, où il avait subi une longue captivité comme
- prisonnier d'Azincourt; repris à Meaux, il fut mis une seconde
- fois à rançon (Arch. nat., JJ 172, no 650).
-
-342. Item, le mardy ensuivant, on en admena de rechief bien cent et
-cinquante, et l'evesque au Louvre comme les autres, et [le vendredi
-ensuivant, XVe jour de may, furent mis en] bateaux comme les autres
-devantdiz, mais les premiers ne furent point ferrez, mais ceulx cy le
-furent deux et deux, chascun par une des jambes, senon l'evesque de
-Meaulx[698] et ung chevalier qui avecques lui estoit. Ces deux furent
-entre eulx deux en ung batel petit, et tous les autres comme porcs en
-tas, et en ce point furent menez comme les autres devantdiz; et n'avoient
-III et IIII à l'eure que ung pain bien noir pesant deux livres, et tres
-pou de pitance, et de l'eaue à boire. Et ce pourquoy ferrez estoient et
-non les autres, la cause est [pour ce] que natifs du païs estoient et
-d'environ, et estoient avecques ce tous de renon de chevance, mais les
-laboureurs du païs en icellui temps n'avoient nulz pires ennemis, car ilz
-estoient pires à leurs voisins que n'eussent esté [les] Sarazins.
-
- [698] Robert de Girême, emmené en Angleterre et remis entre les
- mains de l'archevêque de Cantorbéry, conformément à un ordre de
- Henri VI donné le 8 février 1424, fut confié à la garde du
- capitaine de la Tour de Londres; c'est sans doute dans cette
- prison que le prélat meldois mourut en 1426 (Rymer, t. IV, 4e
- vol., p. 105).
-
-343. Item, le Ve jour de may, fut le bastart de Vauru[699] trainé parmy
-toute la ville de Meaulx, et puis la teste coppée, et son corps pendu à
-ung arbre, lequel il avoit nommé à son vivant l'Arbre de Vauru, et estoit
-ung ourme; et dessus lui fut mise sa teste en une lance au plus hault de
-l'arbre, et son estandart dessus son corps.
-
- [699] Ms. de Paris: de Bavon.
-
-344. Item, emprès lui fut pendu ung larron murdrier nommé Denis de
-Vauru[700], lequel se nommoit son cousin, pour la grant cruaulté dont il
-estoit plain, car on n'ouy oncques parler de plus cruel chrestien en
-tirannie, que tout homme de labour qu'il povoit trouver[701] et atrapper,
-ou faire atrapper, quant il veoit qu'ilz ne povoient de leur rançon
-finer, il les faisoit mener liez à queues de chevaulx à son ourme tout
-batant, et s'il ne trouvoit bourrel prest, lui mesme les pandoit, ou
-cellui qui fut pandu avecques lui, qui se[702] disoit son cousin. Et pour
-certain tous ceulx de ladicte garnison ensuivoient la cruaulté des deux
-tirans davantdiz.
-
- [700] S'il faut en croire Monstrelet (t. IV, p. 96), Denis de
- Vauru, cousin du bâtard, aurait été décapité aux Halles de Paris
- en même temps que Louis Gast et Jean de Rouvres.
-
- [701] Ce mot manque dans le ms. de Rome.
-
- [702] Ms. de Rome: qui ce.--Ms. de Paris: pour ce se disoit.
-
-345. Et bien paru par une dampnable cruaulté que ledit de Vauru fist que
-c'estoit le plus cruel que oncques gueres fut Noiron ne autre; car quant
-il print ungs jeunes homs en faisant son labour, il le loia à la queue de
-son cheval et le mena batant jusques à Meaulx, et puis le fist gehenner,
-pour laquelle doulour le jeune homme lui acorda ce qu'il demandoit pour
-cuider eschever la grant tyrannie qu'il lui faisoit souffrir, et fut à si
-grant finance que telx iii ne l'eussent peu paier. Le jeune homme manda à
-sa femme, laquelle il avoit espousée en cel an, et estoit assès pres de
-terme d'avoir enffent, la grant somme en quoy il s'estoit assis pour
-eschever la mort et le quassement de ses membres. Sa femme qui moult
-l'amoit y vint, qui cuida ameliorer le cueur du tirant [plus que pour
-l'omme], mais riens n'y esploita, ains lui dist, que s'il n'avoit la
-rançon à certain jour nommé, qu'il le pandroit à son orme. La jeune femme
-commanda à son mary à Dieu, moult tendrement plourant, et luy d'autre
-part plouroit moult fort pour la pitié qu'il avoit d'elle. Adong se
-departi la jeune femme maudisant fortune, et fist le plus tost qu'elle
-pot finance, mais ne pot pas au jour qui nommé [luy] estoit, mais environ
-huit jours après. Aussi (tost) que le jour que le tirant avoit dit fut
-passé, il fist mourir le jeune homme, comme il avoit fait mourir les
-autres, à son ourme sans pitié et sans mercy. La jeune femme vint
-aussitost qu'elle pot avoir fait finance, si vint au tirant, et lui
-demanda son mary en plorant moult fort, car tant lassée estoit que [plus]
-ne se povoit soustenir, [tant pour l'eure du travail qui aprouchoit] que
-pour le chemin qu'elle avoit fait, qui moult estoit grant; brief tant de
-douleur avoit qu'il la convint pasmer. Quant elle revint, si se leva
-moult piteusement quant au secret de nature, et demanda son mary de
-rechief, et tantost lui fut respondu que ja ne le verroit tant que sa
-rançon fust paiée. Si attendi encore et vit plusieurs laboureurs admener
-devant lesdiz tirans, lesquelz aussi tost qu'ilz ne povoient paier leur
-rançon, estoient noyez ou panduz sans mercy; si ot tres grant paour de
-son mary, car son povre cueur lui jugeoit moult mal; neantmoins [amour]
-la tint de si pres, qu'elle leur bailla ladicte rançon de son mary.
-Aussitost qu'ilz orent la pecune, ilz lui dirent qu'elle s'en allast
-d'illec, et que son mary estoit mort ainsi que les autres villains. Quant
-elle ouyt leur tres crueulle parolle, si ot tel deul à son cueur que
-nulle plus, et parla à eulx comme femme desesperée et[703] forcenée qui
-son sens perdoit pour la grant douleur de son cuer. Quant le faulx et
-cruel tirant, le bastart de Vauru, vit qu'elle disoit parolles qui pas ne
-lui plaisoient, si la fist batre de bastons, et mener tout batant à son
-ourme et lui fist acoller, et la fist lier, et puis lui fist copper
-[tous] ses dras si tres cours que on la povoit veoir jusques au nombril,
-qui estoit une des grans inhumanités c'om pourroit pencer. Et dessus luy
-avoit IIIIxx ou cent hommes panduz, les uns bas, les autres hault; [les
-bas, aucunes foiz, quant le vent les faisoit brandeler,] touchoient à sa
-teste, qui tant lui faisoient de freour que elle ne se povoit soustenir
-sur piez; si luy coppoient les cordes dont elle estoit liée la char de
-ses bras; si crioit la povre lasse moult hault criz et piteux plains. En
-celle doloreuse douleur où elle estoit, vint la nuyt, si se desconforta
-sans mesure, comme celle qui trop de martire souffroit, et quant il lui
-souvenoit de l'orrible lieu où elle estoit, qui tant estoit espoventable
-à humaine nature, si recommançoit sa douleur si piteusement en disant:
-«Sire Dieu, quant me cessera ceste pesme douleur que je seuffre.» Si cria
-tant fort et longuement que de la cité la povoit-on bien ouir, mais il
-n'y avoit nul qui l'eust osée aller[704] oster dont elle estoit, que
-n'eust esté mort. En ces douleurs et[705] doloreus criz le mal de son
-enffant la print, tant pour la douleur de ses criz, comme de la froidure
-du vent qui par dessoubz l'assailloit de toutes pars, ces ondées la
-hasterent plus et plus; si cria tant hault que les loups qui là
-reperoient pour la charongne, vindrent à son cry droit à elle, et de
-toutes pars [l'assaillirent], especialment au pouvre ventre qui
-descouvert estoit, et lui ouvrirent à leurs cruelles dens, et tirerent
-l'enffent hors par pieces, et le remenant de son corps despecerent tout.
-Ainsi fina celle pouvre creature et autres assès, et fut ou moys de mars
-en karesme, l'an mil CCCC XX.
-
- [703] «Desesperée et» manque dans le ms. de Rome.
-
- [704] «Aller» manque dans le même ms.
-
- [705] «Douleurs et» manque dans le même ms.
-
-346. Item, en ce temps, le sabmedi XXIIIe jour de may, firent crier
-soubdainement les gouverneurs de Paris que nul, de quelque estat qu'il
-fust, ne prinst gros[706] ne ne feist prendre sur [tres] grosses peines,
-et que on les portast tous aux changeurs ordonnez pour ce changer,
-lesquelx estoient quatre, qui avoient chascun une banyere de France à
-leur change. Et n'avoit on du marc pesant des bons gros que VIII solz
-parisis, des mauvais aussi comme rien, qui fut une tres esbahissant chose
-à Paris aux riches et aux pouvres, car le plus n'avoient aultre monnoye;
-si perdoient moult, car le meilleur qui soulloit valloir XVI deniers
-parisis ne valloit que I denier ou I tournois. Si y ot grant murmure du
-peuple, mais à souffrir leur couvint, quelque necessité qu'ilz eussent de
-pain ou de vin, par deffaulte d'autre monnoye. Car vray est que iceulx
-gros furent ainsi deffenduz à prendre, pour gros tres mauvais que le
-Dalphin ou les Arminalx faisoient faire en son nom, qui par eulx estoient
-envoyez à Paris et es autres bonnes villes non tenant leur partie
-dampnable, par faulx marchans qui après ce encore gaingnoient par grant
-decepcion; car quant la monnoye fut criée que plus ne eust de cours, tout
-le meilleur d'iceulx gros faulx on n'en avoit que une maille tournoise,
-et pour celle cause fut ainsi deffendue que nul n'en feist aucun tresor.
-
- [706] Par un mandement du 22 mai à l'adresse du prévôt de Paris,
- Charles VI ordonna de faire crier et publier solennellement que
- les deniers gros ne fussent acceptés à aucun prix, mais fussent
- portés au marc pour billon en la plus proche des monnaies royales
- ou chez les changeurs institués _ad hoc_; cette démonétisation
- subite du gros, succédant à une énorme dépréciation, n'avait
- d'autre but que d'arrêter l'émission des deniers blancs fabriqués
- au nom du dauphin, identiques à ceux qui sortaient des ateliers
- royaux et que l'on voulait discréditer en les déclarant «faulx et
- mauvais tant en poix comme en loy» (Arch. nat., Z{1b} 56, fol.
- 170 vº).
-
-347. Item, le XXVe jour de may, jour sainct Urban, furent à Paris
-decapitez deux des cappitaines de la rebellion de Meaulx, c'est assavoir,
-maistre Jehan de Rouvres, et ung chevalier qui estoit bailli de ladicte
-ville, nommé messire Loys Gas[707].
-
- [707] Jean de Rouvres et Louis Gast subirent la peine capitale le
- mardi 26 mai, le jour même où le Parlement prononça son arrêt
- confirmant la sentence du prévôt de Paris, dont les condamnés
- avaient interjeté appel. Les biens de Jean de Rouvres, confisqués
- et donnés à Jean de Rinel, notaire et secrétaire du roi
- d'Angleterre (Longnon, _Paris sous la dom. angl._, p. 108),
- furent réclamés par Simon l'Uillier et Marion l'Uillière,
- beau-frère et belle-sœur de Jean de Rouvres, auxquels on
- accorda, à titre de compensation, un hôtel à la Ville-Évrard,
- provenant de Thomas d'Aunoy (_Ibid._, p. 109). Un autre
- secrétaire du roi d'Angleterre, Jean Milet, se fit délivrer sur
- les biens de Louis Gast le domaine de la Bergeresse en Brie
- (_Ibid._, p. 100).--Louis Gast eut pour successeur dans sa charge
- de bailli Jean Choart, clerc de la prévôté de Paris et
- examinateur au Châtelet, reçu le 23 août (Arch. nat., X{la} 1480,
- fol. 250 vº).
-
-348. Item, ce jour, vint la royne d'Angleterre au Boys de Vincennes à
-moult belle compaignie de chevaliers et de dames[708].
-
- [708] Pendant que l'on procédait à Paris à l'exécution des
- défenseurs de Meaux, la jeune reine d'Angleterre venait rejoindre
- au château de Vincennes son royal époux (Arch. nat., X{la} 1480,
- fol. 252 vº).
-
-349. Item, le XXIXe jour dudit moys de may, vint la royne à Paris[709] et
-portoit on devant sa litiere deux manteaulx d'armines, dont le peuple ne
-savoit que pencer sur ce, se non que ce estoit signe qu'elle estoit royne
-de France et d'Angleterre.
-
- [709] L'entrée solennelle de la reine d'Angleterre eut lieu le
- samedi 30, et non le 29 (Arch. nat., X{la} 1480, fol. 253).
-
-350. Item, pour l'amour du roy d'Angleterre et de la royne, et des
-signeurs dudit païs, firent les [gens de] Paris les festes de la
-Penthecoste, qui fut le derrain jour de may, le mistere de la passion
-Sainct George en l'ostel de Nelle[710].
-
- [710] Cette représentation théâtrale, organisée par «aucuns
- habitans qui s'entremetoient d'iceulz jeus», dura deux jours
- consécutifs, les mardi 2 et mercredi 3 juin. La nouveauté du
- spectacle attira une brillante affluence; l'élite de la noblesse
- anglo-française, se pressant sur les pas du roi et de la reine
- d'Angleterre, assista à la fête; ce genre de divertissement,
- malgré les malheurs des temps, était alors très goûté même dans
- les petites villes. Nous citerons comme exemple «les jeux ou
- personnages des Trois Roys» donnés à Chauny, en l'église
- Notre-Dame, le jour des Rois de l'année 1420 (Arch. nat., JJ 171,
- fol. 156 vº), et le jeu de la passion de saint Barthélemy
- représenté à Senlis le 6 janvier 1427 (_Ibid._, JJ 173, fol.
- 298).
-
-351. Item, l'endemain de la Feste-Dieu, se party le roy d'Angleterre de
-Paris[711] et enmena à Senlis le roy et la royne de France et sa femme.
-Et la sepmaine ensuivant, fut prins ung armeurier de la Heaumerie, nommé
-maistre Jehan ***, lequel estoit ou avoit esté armeurier du roy, et sa
-femme, et ung boullenger du coing de la Heaumerie, nommé ***, lequel
-boullenger ot la teste coppée ung pou de temps après; et fut prins ledit
-armeurier à Couppeaulx lez Saint-Marcel dehors Paris, et sa femme aussi,
-et furent emprinsonnez au Pallays. Et disoit on qu'ilz avoient marchandé
-aux Arminalx de livrer la ville de Paris le dimenche ensuivant, qui
-estoit XXIe jour de juing IIIIc XXII, et que pour celle cause les
-Arminalz de Compigne s'estoient plus tost rendus[712] en esperance que en
-celle journée on pillast Paris. Mais Dieu, qui ordonne et nous devisons,
-les en garda, dont ilz se tindrent moult à deceupz, car ilz estoient
-assés fors et bien envitaillez pour tenir ung an entier la place, comme
-il apparoit quant ilz issirent. Ilz estoient plus de cent hommes d'armes
-à cheval, et bien mil de pié, et bien vc foles malles femmes, qui tous
-firent serment aux roys que jamais ne s'armeroient contre le roy de
-France ne d'Angleterre; et ainsi s'en allèrent frans et quictes,
-emportans chascun ce qu'il pot emporter, sans aucune autre aide de
-chevaulx ou de charrettes, et s'en alloient moult joyeusement en celle
-intencion de piller Paris.
-
- [711] Henri V quitta Paris le vendredi 11 juin et passa la nuit à
- Saint-Denis; son intention était d'aller prendre possession de
- Compiègne dont la reddition venait d'être stipulée par traité
- conclu avec les partisans du Dauphin (Arch. nat., X{la} 1480,
- fol. 253).
-
- [712] D'après Monstrelet (t. IV, p. 103), Guillaume de Gamaches,
- capitaine de Compiègne, rendit cette place au duc de Bedford le
- 18 juin 1422, afin de racheter la liberté de son frère, Philippe
- de Gamaches, abbé de Saint-Faron de Meaux, fait prisonnier par
- les Anglais.
-
-352. Item, en celle année fist merveilleusement chault en juing et en
-juillet, et n'y pleut que une foys, dont les terres se sentissent, pour
-quoy les potaiges et les marès furent aussi que tous ars aux champs, et
-ne rendirent pas la moitié de leur semence; et convint aracher les
-advoynes et les orges à la main, racine et tout sans faulcher ne soyer.
-Et pour celle grant challeur fut si grant année d'enfans mallades de la
-verolle que oncques de vie de homme on eust veu, et tant en estoient
-couvers que on ne les congnoissoit; et plusieurs grans hommes l'avoient,
-especialment des Angloys, et disoit on que le roy d'Angleterre en ot sa
-part. Et vray est que moult de petis enffans en furent si aggrevez que
-les ungs en mouroient, les autres en perdoient la veue corporelle.
-
-353. Item, en celle année mil IIIIc XXII, fut largement fruict et si bon
-que on doit ou peut demander, et tres bons blez et largement; et vray est
-qu'il fut si tres pou de vin que en deux arpens on ne trouvoit que ung
-caque de vin, ou ung poinsson tout au plus.
-
-354. [Item, en la darraine sepmaine d'aoust estoient plaines vendanges.]
-
-355. Item, en cel an, ou moys de juing, deffierent les Arminalx le duc de
-Bourgongne et toute sa puissance, et devoit estre la journée le IIe
-mercredy d'aoust, et le XIIe jour dudit moys, et devoit estre la bataille
-en leurs marches sur la riviere de Loire vers la Charité-sur-Loire[713].
-Si fist le duc de Bourgongne une tres belle assemblée, et vint en la
-place où estoit devisé que la bataille serait[714], et là fut devant la
-journée que ce devoit estre et après iii ou iiii jours. Mais les
-Arminalx, quant ilz sceurent sa puissance, ilz ne se oserent oncques[715]
-monstrer, et n'orent point de honte de eulx enfouir sans cop frapper, et
-tant que le duc de Bourgongne les attendoit, qui les avoit bel attendre,
-car ilz savoient que le plus des [grans] garnisons de Normendie estoient
-venus en l'aide du duc de Bourgongne; là tournerent ilz et firent
-occisions grandes[716], bouterent feus, ardirent eglises et tous les
-maulx que on peut pencer, comme eussent fait Sarazins.
-
- [713] L'auteur du Journal relate ici d'une manière assez confuse
- la campagne dirigée par le duc de Bourgogne contre les troupes
- dauphinoises, qui, après s'être emparées de la Charité, avaient
- mis le siège devant Cosne; d'après un arrangement intervenu le 30
- juin, la garnison anglo-bourguignonne de cette ville devait
- capituler le 16 août, si elle n'était secourue avant cette
- époque. Philippe le Bon se présenta le 15 août sous les murs de
- la place et y attendit vainement le Dauphin; c'est alors que ce
- prince fit sans résultat appréciable une pointe sur la Charité,
- l'attitude résolue des dauphinois ayant déterminé sa retraite.
-
- [714] Ms. de Paris: se feroit.
-
- [715] «Oncques» manque dans le ms. de Rome.
-
- [716] «Grandes» manque dans le même ms.
-
-356. Item, en ce moys d'aoust, le darrain jour, à ung dimenche, trespassa
-le roy d'Angleterre Henry au Boys de Vincennes[717], qui pour lors estoit
-regent de France, comme davant est dit; et fut audit Boys tout mort, pour
-l'ordonner comme à tel prince affiert, jusques [au jour de] l'Exaltacion
-Saincte Croix en septembre. Et ce jour après disner fut porté à
-Sainct-Denis sans entrer à Paris, et le lendemain, jour des octabes
-Nostre Dame, fut fait son service à Sainct-Denis en France, et tousjours
-y avoit cent torches ardans en chemin comme aux eglises.
-
- [717] Henri V rendit le dernier soupir au château de Vincennes le
- lundi 31 août à deux heures du matin, entouré de son frère le duc
- de Bedford, de son oncle le duc d'Exeter et de quelques autres
- grands dignitaires; son corps fut transporté le 15 septembre en
- l'abbaye de Saint-Denis (Arch. nat., X{la} 1480, fol. 257, 259).
-
-357. Item, de Sainct-Denis fut porté à Pontoise et de là à Rouen[718].
-
- [718] Le cortège funéraire, accompagné des princes anglais, entra
- à Rouen le 19 septembre et, après la célébration d'un service
- dans la cathédrale, s'achemina vers Abbeville, Hesdin, Boulogne
- et Calais; la dépouille mortelle du roi, confiée à un navire le 5
- octobre, arriva à Londres le 12 novembre et fut inhumée dans
- l'abbaye de Westminster (Voyez dans Rymer, t. IV, 4, p. 81, les
- ordres donnés les 5 et 15 octobre pour les funérailles de Henri
- V.--Cf. P. Cochon, p. 445; Chastellain, t. I, p. 333).
-
-358. Item, le sabmedi après la Saincte Croix en septembre, vint le roy de
-France et la royne à Paris[719], qui moult avoit esté grant piece à
-Senliz; et moult fut le peuple de Paris joyeulx de leur venue et
-crioient, parmy les rues où ilz passoient, moult haultement «Nouel!» et
-faisoient bien signe que moult amoient leur souverain signeur loyalment.
-
- [719] Charles VI fit son entrée à Paris le samedi 19 septembre et
- retourna à l'hôtel de Saint-Paul où il devait bientôt s'éteindre
- dans le plus triste abandon (Arch. nat., X{la} 1480, fol. 259
- rº).
-
-359. Item, ilz firent au soir des feuz parmy Paris, et dançoient et
-monstroient signe de leesce moult grant de la venue dudit signeur.
-
-360. Item, le sabmedy ensuivant après la venue du roy et de la royne, qui
-fut le XXVe jour de septembre l'an mil IIIIc XXII, fut decollé et
-escartellé es halles de Paris ung nommé messire de Bloquiaulx[720],
-chevalier et grant terrien et grant signeur, lequel estoit de la maldicte
-bande ung des souverains; et congnut et confessa que par lui estoit ou
-avoit esté tué et murdry, de laboureurs et autres, [plus] de VI à VIIc
-hommes, sans ce qu'il avoit bouté feux, pillié eglises, efforcé pucelles
-et femmes de religion et autres, et si fut le principal de piller la
-ville de Soissons.
-
- [720] Raoul de Boqueaux, chambellan du roi, institué le 13
- novembre 1413 capitaine et garde du château et de la tour du pont
- de Choisy (-sur-Oise), fut fait prisonnier dans cette forteresse
- vers le mois de novembre 1422; on lui imputait, entre autres
- méfaits, la mort de Guy de Harcourt, bailli de Vermandois. C'est
- en 1418 que le même personnage enleva par surprise la cité de
- Soissons qui fut alors «desnuée de tous biens.» (Monstrelet, t.
- III, p. 292; t. IV, p. 131; Arch. nat., X{la} 4793, fol. 251 vº.)
-
-361. Item, le XXIe jour du moys d'octobre, vigille de XIm Vierges,
-trespassa de ce siecle le bon roy Charles, qui plus longuement regna que
-nul roy chrestien dont on eust memoire, car il regna roy de France XLIII
-ans. Et fut en (son) hostel de Sainct-Pol comme il estoit trespassé
-dedens son lict en sa chambre, le visaige tretout descouvert deux ou
-trois jours, la croix aux piez de son lict, et bel luminaire; et là le
-veoit chascun qui vouloit, pour prier pour luy.
-
-362. Item, il fut ordonné à Sainct-Paul, comme à tel prince appartenoit,
-et y mist on, tant pour l'ordonnance comme pour attendre aucun des
-signeurs du sanc de France pour le compaigner à mettre en terre; car il
-fut à Sainct-Paul depuis le jour de son trespassement devantdit jusques
-au XIe jour de novembre ensuivant, jour Sainct Martin. Mais oncques n'y
-ot à le compaigner cellui jour nul du sanc de France quant il fut porté à
-Nostre-Dame de Paris ne en terre, ne nul signeur que ung duc
-[d'Engleterre], nommé le duc de Betefort[721], frere de feu le roy Henry
-d'Angleterre, et son peuple et ses serviteurs, qui moult faisoient grant
-deul pour leur perte, et especialment le menu commun de Paris crioit
-quant on le portoit parmy les rues: «A! tres cher prince, jamais n'arons
-si bon, jamais ne te verrons. Maldicte soit la mort! jamais n'arons que
-guerre, puisque tu nous as laissé. Tu vas en repos, nous demourons en
-toute tribulacion et en toute douleur, car nous sommes bien taillez que
-nous ne soions en la maniere de la chetyvoison des enffans de Israël,
-quant ilz furent menez en Babilonie.» Ainsi disoit le peuple en faisant
-grans plains, parfons suspirs et piteux.
-
- [721] Jean, duc de Bedford, de retour à Paris depuis le 5
- novembre, avait fait visite le jour même de son arrivée à la
- reine Isabeau en l'hôtel de Saint-Paul, où était exposé le corps
- du roi.
-
-363. _Item, la maniere comment il fut porté à Nostre-Dame de Paris._
-
-Il y avoit que evesques que abbés, dont les IIII avoient la mitre
-blanche, dont l'ung estoit l'evesque de Paris novel[722], car il avoit
-chanté premierement à Paris le jour de la Toussains comme evesque, lequel
-attendit le corps du roy à l'entrée de Sainct-Paul pour lui donner de
-l'eaue benoiste au partir hors dudit lieu; et tous les autres entrerent
-dedens ledit lieu, senon lui, c'est assavoir, tous les mendians[723],
-l'Université en son estat, tous les colleges, tout le Parlement[724], le
-Chastellet, le commun, et lors fut apporté hors de Sainct-Paul. Quant
-tout fut assemblé, lors commencerent les serviteurs tel et si grant
-deul, comme devant est dit.
-
- [722] Jean de la Rochetaillée, patriarche de Constantinople,
- venait de prendre possession du siège épiscopal de Paris, vacant
- par la translation de Jean Courtecuisse à l'évêché de Genève.
-
- [723] Les quatre ordres mendiants: Franciscains, Jacobins, Carmes
- et Augustins.
-
- [724] Les présidents du Parlement appelés à tenir les quatre
- coins du poêle accompagnèrent le corps du roi depuis l'hôtel de
- Saint-Paul jusqu'à Saint-Denis.
-
-364. _La maniere comment il fut porté à Nostre-Dame et à Sainct-Denis et
-enterré_[725].
-
- [725] Le ms. de Paris donne un intitulé un peu différent: «La
- maniere comment il fut porté à Saint-Denis en France et premier à
- Nostre-Dame.»
-
-Il fut porté tout en la maniere que on porte le corps Nostre Seigneur à
-la feste Sainct Saulveur, et ung drap d'or sur lui porté (à) quatre
-proches ou à six; et le portoient les serviteurs sur leurs espaulles, et
-estoient bien trente ou plus, car il pesoit bien, comme on disoit.
-
-365. Item, il estoit hault comme une toise, largement couché en envers en
-ung lict, le visaige descouvert ou sa semblance, couronne d'or, tenant en
-une de ses mains ung sceptre royal, et en l'autre une maniere de main
-faisant la benediction de deux doyz, et estoient dorez et si longs qu'ilz
-advenoient à sa couronne.
-
-366. Item, tout devant alloient les mendians, l'Université; après, les
-eglises de Paris; après, Nostre-Dame de Paris et le Pallais après; et
-chantoient ceulx la et non autres. Et tout le peuple qui estoit en my les
-rues et aux fenestres ploroient et crioient, comme se chascun veist
-mourir la rien que plus amast, et vraiement leurs lamentacions [estoient]
-assès semblables à ceulx de Geremie le prophete qui crioit au dehors de
-Jherusalem, quant elle fut destruite: «_Quomodo sedet sola civitas plena
-populo_[726].»
-
- [726] C'est le début même des _Lamentations_ de Jérémie; le texte
- complet est celui-ci: _Quomodo sedet sola civitas plena populo?
- facta est quasi vidua domina gentium, princeps provinciarum facta
- est sub tributo_.
-
-367. Item, là avoit VII croces, c'est assavoir, l'evesque de Paris
-nouvel, celui de Beauvays[727] et celui de Terouenne[728], l'abbé de
-Sainct-Denis[729], celui de Sainct-Germain-des-Prez[730], celui de
-Sainct-Magloire[731], celui de Sainct-Crespin et Sainct-Crespinien[732];
-et estoient les prebstres et clercs tous d'un renc, les signeurs du
-Pallays, comme le prevost, le chancelier et les autres de l'autre renc;
-et devant y avoit IIc L torches que les pouvres serviteurs portoient,
-tous vestuz de noir, qui moult [fort] plouroient, et ung pou devant y
-avoit dix huit crieurs de corps.
-
- [727] Pierre Cauchon, prélat dévoué aux Anglais, célèbre par le
- triste rôle qu'il joua dans le procès de Jeanne d'Arc.
-
- [728] Louis de Luxembourg, évêque de Thérouanne, chancelier de
- France sous la domination anglaise et plus tard archevêque de
- Rouen.
-
- [729] Jean de Bourbon, frère de Gérard, seigneur de la Boulaye,
- succéda en 1418 à Philippe de Villette et passa en 1430 à
- l'abbaye de Saint-Wandrille par permutation avec Guillaume le
- Farrechal.
-
- [730] Jean Bourron (1419-1436).
-
- [731] Pierre Louvel, abbé de Saint-Magloire de 1417 à 1447.
-
- [732] Jean de Servaville, abbé de Saint-Crépin-le-Grand, de
- Soissons.
-
-368. Item, il avoit XXIIII croix de religieux, et d'autres sonnans leurs
-cloches [devant]. Ainsi fut porté, et estoit après le corps tout seul le
-duc de Bedfort, frere de feu le roy Henry d'Angleterre, qui tout seul
-faisoit le deul, ne quelque homme du sang de France n'y avoit. Ainsi fut
-porté ce lundy à Nostre-Dame de Paris, où il avoit IIc L torches qui
-toutes estoient alumées. Là furent dictes vigilles, et l'endemain bien
-matin sa messe, et après sa messe fut porté en la maniere devant dicte à
-Sainct-Denis, et fut après son service enterré emprès son pere et sa
-mere; et y alla de Paris plus de xviii mil personnes, tant petiz que
-grans, et fut faicte une donnée à tous de huit doubles, qui pour lors
-valloient II deniers tournois la piece, et n'avoit pour lors plus grant
-monnoye ne plus petite[733], ce n'estoit or[734].
-
- [733] «Ne plus petite» manque dans le ms. de Rome.
-
- [734] Depuis le mois de juin 1422, c'est-à-dire à partir de la
- publication du mandement de Charles VI au prévôt de Paris, le
- cours de toutes monnaies blanches, quelles qu'elles fussent,
- avait été interdit, à l'exception du double valant deux deniers
- tournois et du petit tournois estimé un denier tournois; les
- autres espèces d'argent ne devaient être acceptées qu'au marc
- pour billon (Arch. nat., Z{1b} 58, fol. 172 rº).
-
-369. Item, on donna à disner à tous venans, et fut le mercredy qu'il fut
-enterré; et quant il fut enterré et couvert, et que l'evesque de Paris,
-qui avoit dicte la messe, et son diacre l'abbé de Sainct-Denis et le
-sou-diacre l'abbé de Sainct-Crespin, qu'ilz orent dit les commandaces des
-Trespassez, ung herault cria haultement que chascun priast pour son ame,
-et que Dieu voulsist sauver et garder le duc Henry de Lanclastre, roy de
-France et d'Angleterre; et, en criant ce cry, tous les serviteurs du roy
-trespassé tournerent ce dessus dessoubz leurs maces, leurs verges, leurs
-espées, comme ceulx qui plus n'estoient officiers.
-
-370. Item, le duc de Bedfort, au revenir, fist porter l'espée du roy de
-France davant luy, comme regent, dont le peuple murmuroit fort, mais
-souffrir à celle foys le convint.
-
-371. Item, à tel jour proprement, le jour Sainct-Martin d'yver, et
-avecques à telle heure comme il entra à Paris au revenir de son sacre,
-au XLIIIe an de son regne, fut il porté enterrer à Sainct-Denis le jour
-Sainct-Martin d'yver; et disoient aucuns anciens qu'ilz avoient veu son
-pere venir du sacre, et vint en estat royal, c'est assavoir, tout vestu
-d'escarlatte vermeille, de housse, de chapperon fourré, comme à estat
-royal appartient[735]; et en telle maniere fut porté enterrer à
-Sainct-Denis. Et aussi, comme on disoit, avoit esté cestuy roy à son
-sacre ainsi ordonné de souliers d'asur semés de fleur de lis d'or, vestu
-d'un manteau de drap d'or vermeil, fourré d'armines, et comme chascun le
-pot veoir; mais plus noble compaignie [ot] à son sacre qu'il n'ot à son
-enterrement. Et son pere ot aussi noble compaignie ou plus à son
-enterrement que à son sacre, car il fut porté [enterrer] de ducz et de
-contes, et non d'autre gent, qui tous estoient vestuz [des] armes de
-France, et y avoit plus de prelaz, de chevaliers et d'escuiers de
-renommée qu'il n'y avoit à compaigner ce bon roy à ses darrains jours de
-toutes gens, de quelque estat que ce fust. Et veu ce, les grans
-lamentacions que le pouvre peuple faisoit de si debonnaire avoir perdu,
-et le pou d'amis qu'ilz avoient, et la foison d'ennemis, n'est pas
-merveilles se ilz se doubtoient moult la fureur de leurs ennemis et se
-ilz disoient la lamentacion Jeremie le prophete: «_Quomodo sedet sola
-civitas._» Et car touzjours faisoient iceulx ennemis de pis en pis, et
-convint en ce temps abatre le chastel de Beaumont, et fut abatu[736].
-
- [735] Tout le membre de phrase, depuis «c'est assavoir» jusqu'au
- mot «appartient», manque dans les éditions du Journal.
-
- [736] Le château de Beaumont-sur-Oise fut démoli par ordre du duc
- de Bedford (Monstrelet, t. IV, p. 175).
-
-371. Item, en decembre, les blans de deux blans en la premiere sepmaine
-furent criez à prendre partout, ung pou devant Nouel.
-
-372. Item, en icellui temps, fut desmis le prevost de Paris devant nommé,
-qui avoit esté bailly de Vermandoys, et fut esleu ung nommé messire Simon
-Morhier, chevalier[737].
-
- [737] Simon Morhier, maître de l'hôtel de la reine Isabeau, fit
- partie de la députation envoyée à Troyes en 1419 sous la conduite
- de Philippe de Morvilliers; institué prévôt de Paris le mardi 1er
- décembre 1422, il conserva ces fonctions pendant toute la durée
- de la domination anglaise; d'importantes donations rémunérèrent
- ses services (Cf. Longnon, _Paris pendant la domination
- anglaise_, p. 147). Après l'expulsion des Anglais, il devint
- gouverneur de Dreux, puis trésorier de France en Normandie en
- 1438 et se fixa à Rouen (Voyez la notice consacrée à ce
- personnage par Vallet de Viriville dans les _Mémoires de la
- Société des Antiquaires de France_, t. XXV, à propos du monument
- funéraire de Blanche de Popincourt, première femme du prévôt
- parisien, inhumée en 1422 dans l'église du Mesnil-Aubry).
-
-
- [1423.]
-
-
-373. Item, en icellui temps, le premier jour de l'an, prindrent les
-Arminalx le pont de Meullent[738], qui tant cousta que Dieu le scet; car
-il les convint asseger, et ilz se tindrent fort et puissamment, et
-coururent jusques à Mante souvent piller et rober, ou ailleurs, comme
-acoustumé l'avoient.
-
- [738] Suivant Monstrelet (t. IV, p. 134) la forteresse du pont de
- Meulan fut enlevée le 14 janvier par Jean de Graville, accompagné
- de cinq cents combattants. Cousinot (_Geste des nobles_, p. 189)
- attribue la prise de cette place à un capitaine nommé Yvonnet de
- Garencières, qui en confia la garde à son lieutenant Louis
- Paviot. En tout cas, Jean de Graville prit part à la défense de
- Meulan contre les Anglais.
-
-374. Item, le dixiesme jour après qu'ilz orent pris Meullent, à la
-conjuncion du moys de janvier, XIIe jour, fist le plus aspre froit que
-homme eust veu faire; car il gela si terriblement, que en mains de trois
-jours, le vin aigre, le verjus[739] geloit dedans les caves et celiers,
-et pendoient les glaçons es voultes des caves; et fut la riviere de
-Saine, qui grande estoit, toute prinse, et les puis gelez en mains de
-IIII jours, et dura celle aspre gelée XVIII jours entiers. Et si avoit
-tant negé avant que celle aspre gelée commençast environ ung jour ou deux
-devant, comme on avoit veu XXX ans devant; et, pour l'aspreté de celle
-gellée et de la nege, il faisoit si tres froit que personne ne faisoit
-quelque labour que souller[740], crocer, jouer à la pelote ou autres jeus
-pour soy eschauffer; et vray est qu'elle fut si forte qu'elle dura en
-glaçons, en cours, en rues, pres de fontaines[741], jusques pres de la
-Nostre Dame en mars. Et vray est que les coqs et gelines avoient les
-crestes [gelées] jusques à la teste.
-
- [739] Ms. de Paris: vin.
-
- [740] Ms. de Paris: saulter.
-
- [741] Ms. de Paris: prez et fontaines.
-
-375. Item, en icellui moys [de fevrier], furent sarmentez tous ceulx de
-Paris[742], c'est assavoir, bourgoiz, mesnaigers, charrettiers, bergers,
-vachers, porchers des abbayes, et les chamberieres et les moynes mesmes,
-d'estre bons et loyaux au duc de Bedfort, frere de feu Henry roy
-d'Angleterre, regent de France, de lui obeïr en tout et par tout, et de
-nuire de tout leur povoir à Charles qui se disoit roy de France et à tous
-ses alliez et complices[743]. Les ungs de bon cuer le firent, les autres
-de tres malvese volenté.
-
- [742] Philippe de Morvilliers et Simon de Champluisant,
- présidents au Parlement, assistés de Nicolas Fraillon, maître des
- requêtes de l'hôtel, furent délégués le 21 décembre 1422 en
- qualité de commissaires dans les établissements religieux de
- Paris, tels que chapitres, abbayes, couvents des ordres
- mendiants, avec mission spéciale de faire jurer en leur présence
- sur les Évangiles l'observation du traité de Troyes, suivant une
- formule annexée à leurs lettres de nomination. Dès le 4 janvier
- 1423, les chanoines de Notre-Dame ainsi que le clergé des églises
- sujettes prêtèrent le serment exigé entre les mains de Simon de
- Champluisant et de Nicolas Fraillon (Arch. nat., LL 215, fol.
- 392, 516).
-
- [743] Si les Anglais jugèrent à propos de lier par une prestation
- de serment jusqu'aux gens de la plus infime condition, c'est que
- «celui qui se disoit roy de France» comptait de nombreux
- partisans, non seulement à Paris, mais encore dans le nord de la
- France, témoin le langage séditieux tenu à cette époque par un
- pauvre savetier de Noyon qui se permit de proclamer: «Que le
- Daulphin seroit maistre et roy, et que à luy devoit competer le
- royaume de France et non à autre, et que s'il venoit devant
- Noyon, on lui ouvreroit les portes de la ville.» (Arch. nat., JJ
- 172, no 406.)
-
-376. Item, en icellui temps, cuiderent les Arminalx faire lever le siege
-qui devant le pont de Meullent estoit, mais ilz n'oserent, pour ce que
-trop pou estoient et moult doubtoient les communes qui trop les haoient,
-et à bonne cause estoit, car tous les pires Sarazins de ce monde ne leur
-eussent pas fait plus de tirannie qu'ilz faisoient quant ilz les
-prenoient. Et quant ilz virent la puissance dudit regent, si lui
-manderent journée de bataille au vendredy, XXVIe jour de fevrier. Et la
-sepmaine devant celui jour, on ne cessoit jour et nuyt de prendre gens à
-Paris, que on souspeçonnoit estre de leur party, et estoient mis en
-prinsons[744].
-
- [744] La découverte, vers Noël 1422, d'un complot tramé contre le
- gouvernement anglais par quelques bourgeois parisiens, entre
- autres Michel de Lallier, motiva les mesures de rigueur prises
- par le duc de Bedford à son retour de Normandie, c'est-à-dire dès
- le 5 janvier 1423. C'est probablement à cette conjuration que se
- rattache une affaire mentionnée au registre criminel du Parlement
- (21 mai 1423). Michelette d'Auxerre, veuve de Guiot le Bossu,
- accueillit et cacha dans sa demeure un messager du parti
- français, et se chargea même de faire tenir à divers habitants de
- Paris les lettres dont cet envoyé était porteur; arrêtée pour ce
- fait, elle fut appliquée à la question, condamnée à l'exposition
- au pilori et au bannissement; le Parlement commua sa peine en un
- emprisonnement d'un mois (Arch. nat., X{2a} 16, fol. 453 vº).
-
-377. Item, en celle sepmaine on fist IIII jours ensuivant
-processions[745], et ne fist homme à Paris quelque labour en ces jours.
-
- [745] Ces processions eurent lieu dans toutes les églises «par
- l'advis et ordonnance des gens du conseil du roy et de l'evesque
- de Paris»; elles commencèrent le samedi 13 février et se
- poursuivirent le jeudi 18 février et jours suivants; le Parlement
- décida le 18 février que chacun de ses membres, pour donner
- l'exemple, irait dans sa paroisse accompagner la procession. Le
- jeudi 25 février, la Cour se joignit au cortège de la
- Sainte-Chapelle; enfin le vendredi 5 mars, il y eut procession
- générale à Sainte-Catherine-du-Val-des-Écoliers. Durant cette
- période, des indulgences spéciales furent accordées par l'évêque
- de Paris à tous ceux qui prieraient avec persévérance pour les
- combattants occupés au siège de Meulan (Arch. nat., X{la} 1480,
- fol. 269 vº, 270 rº).
-
-378. Item, quant ce vint à la journée que combatre se devoient les
-Arminalx, vint à IIII lieues pres ou environ ung conte d'Escosse[746] qui
-estoit bien acompaigné, mais il attendoit le secours de Tanguy du
-Chastel, qui lui avoit promis qu'il le secoureroit, mais il lui joua de
-son mestier dont Gannelon joua à son vivant, car il n'y vint ne n'y
-envoya. Quant ce vit le conte d'Escosse qu'il fut trahy, si se retraict
-le plus bel qu'il pot pour sauver ses gens et luy vers le païs des
-Arminalx, et là ot grant tançon entre luy et Tanguy et grosses parolles;
-par quoy ledit conte se party de leur compaignie et s'en alla en son
-païs. Et ceulx de Meullenc qui dedens estoient assegez, ne se sceurent
-comment conseillier; car bien apperceurent que Tanguy, en qui ilz se
-fioient le plus, les avoit trahyz. Si se fierent pou ou demourant des
-Arminalx, car ilz n'avoient à menger se pou non, et bien savoient que les
-communes les haoient tres mortellement, comme ceulx qui bien l'avoient
-desservi [à eulx], comme devant est dit, de leur cruaulté et tyrannie. Si
-n'oserent attendre plus, ne eulx fier en leur fortune, ains se rendirent
-bon gré mal gré à la voulenté du duc de Bedfort, regent, lequel les print
-tous à mercy le premier jour de mars l'an mil IIIIc XXII[747], pour ce
-que à grant foison estoient gentilz hommes, car ilz estoient bien de C à
-IIIIxx cottes d'armes. Sy soy panssa que moult appetissoit la puissance
-des autres et que la sienne croistroit, dont il fut deceu, car aussitost
-qu'ilz porent yssir, ilz ne tindrent oncques ne foy ou serment qu'ilz
-eussent fait, mais firent pis qu'ilz n'avoient fait devant, dont le
-peuple fut moult à malle paix, mais à souffrir le convint.
-
- [746] Jean Stuart, comte de Bucan, fils de Robert, duc d'Albanie,
- régent d'Écosse et cousin germain du roi Jacques Ier, était
- gendre du comte de Douglas; nommé connétable de France par le
- dauphin après la victoire de Baugé, il succomba trois ans plus
- tard à la bataille de Verneuil. La mésintelligence qui éclata
- entre ce capitaine et Tanneguy du Châtel ne fut point l'unique
- cause de son départ. Charles VII envoya le comte de Bucan en
- Écosse avec une flotte «pour charger et amener le comte de
- Douglas et les gens d'armes et de trait du pays d'Escosse»,
- lesquels en effet ne tardèrent pas à arriver sous la conduite des
- comtes de Douglas et de Bucan (Stevenson, _Wars of the English in
- France_, t. II, part. 1, p. 25).
-
- [747] V. dans Monstrelet (t. IV, p. 188) les articles de la
- capitulation accordée le 1er mars 1423 à la garnison de Meulan
- par le comte de Salisbury, Jean Falstaff et autres représentants
- du duc de Bedford. Le Parlement de Paris fut avisé le 3 mars de
- la reddition de cette place par lettres closes du même duc de
- Bedford, publiquement lues «à la fenestre de la sale» du Palais,
- ainsi que l'appointement passé avec les assiégés (Arch. nat.,
- X{la} 1480, fol. 270 rº).
-
-379. Item, en avril ensuivant après Pasques qui furent le IIIIe jour
-d'avril l'an mil IIIIcXXIII, fut fait ung grant conseille[748] en la cité
-d'Amiens de nos signeurs, et là firent mariaiges et aliances de maintenir
-la guerre contre les Arminalx[749], et fut donnée la seur du duc de
-Bourgongne au regent de France[750]. Et après leurs diz mariaiges
-vindrent à Paris, c'est assavoir, le duc de Bedfort, le conte de
-Salsebry[751], le conte de Suffort[752] et plusieurs autres signeurs
-[d'Angleterre; ne n'y vint quelque signeur] de France, se non Angloys,
-lesquelx menoient le plus grant estat de vesture et de joyaulx que on
-eust oncques veu d'aage de homme nul, ne nul ne s'entremetoit du
-gouvernement du royaulme que eulx.
-
- [748] Ms. de Paris: concille.
-
- [749] Une copie vidimée du traité d'alliance conclu à Amiens le
- 17 avril 1423 entre Jean duc de Bedford, Philippe duc de
- Bourgogne et Jean duc de Bretagne, fut apportée au Parlement le
- samedi 23 avril par l'évêque de Paris (Arch. nat., X{la} 1480,
- fol. 273 rº); ce traité stipulait que chacun des contractants
- serait tenu de mettre 500 hommes d'armes à la disposition de
- celui d'entre eux qui se trouverait avoir besoin d'aide (Cf.
- Monstrelet, t. IV, p. 147).
-
- [750] Anne de Bourgogne épousa Jean, duc de Bedford, à Troyes le
- 14 juin 1423, mourut à Paris le 13 novembre 1432 et fut enterrée
- aux Célestins (Vallet de Viriville, _Hist. de Charles VII_, t. I,
- p. 366 note). Le mariage d'Arthur de Richemond, frère du duc de
- Bretagne, avec Marguerite de Bourgogne, veuve du duc de Guyenne,
- fut célébré le 10 octobre 1423.
-
- [751] Thomas de Montagu, comte de Salisbury, tué au siège
- d'Orléans le 3 novembre 1428.
-
- [752] William de la Pole, comte de Suffolk et de Dreux,
- gouverneur du pays chartrain en 1423, prit part aux batailles de
- Cravant et de Verneuil.
-
-380. Item, en celui an, furent tous les figuiers, rommarins, les trailles
-des marays et tres grant partie des vignes toutes gelées, et des noyers,
-de la gelée devant dicte, especialment tout ce qui estoit dehors de la
-terre, et environ la my-may commencerent à gecter de terre.
-
-381. Item, en cel an IIIIc XXIII, la IIe sepmaine de juing, allerent les
-Angloys devant Oursay[753] qui tant avoit fait de mal en France,
-especialment autour de Paris, de toutes pars; car les larrons qui
-estoient dedens le chastel, estoient pires que Sarazins qui oncques
-feussent. Et n'est nul qui creust la douleur et la tyrannie qu'ilz
-faisoient souffrir aux chrestiens qu'ilz prenoient, car, premier, nulz
-n'eschappoit d'eulx quant ilz le prenoient qu'il ne perdist quant que il
-avoit, s'ilz povoient; et, après celle cruelle rançon, quant ilz avoient
-tout ce que les pouvres gens ou les riches povoient finer, les faisoient
-ilz aucunes foys mourir de fain ou d'autre cruelle mort. Et pour ce,
-aussitost que on mist le siege devant, ceulx de Paris et des villaiges
-d'entour y allerent de bon cueur, et fut assegé ledit chastel moult
-asprement. Moult se deffendirent les larrons qui dedens estoient, car
-bien avoient de quoy, car grant temps avoit qu'ilz n'avoient fait que
-gaigner par roberies, mais leur deffence rien ne leur valu, car avant
-huit jours ensuivant ilz furent si honteusement prins qu'ilz furent
-admenez à Paris, chascun ung chevestre dedens le col bien estroit fermé,
-acoupplez l'ung à l'autre, comme chiens, venans à pié depuys ledit
-chastel jusques à Paris, et estoient environ cinquante, sans les femmes
-et petis paiges.
-
- [753] Wavrin (édit. Dupont, t. I, p. 215) est le seul chroniqueur
- qui signale la présence du comte de Salisbury à la prise d'Orsay.
-
-382. Item, ceulx que on tenoit à gentilz hommes venoient ung pou après
-les devant diz et n'avoient point de corde au col, mais ilz tenoient
-chascun en la dextre main une espée toute nue par le millieu de
-l'alemelle ou environ, la pointe contre la poictrine en signe de gens
-renduz à la voulenté du prince; et furent admenez le jour Sainct Gervais
-et Sainct Prothais qui fut celle année au sabmedi[754].
-
- [754] Monstrelet ajoute à ces détails que les prisonniers furent
- conduits à l'hôtel des Tournelles en présence du duc de Bedford
- et de sa femme, laquelle intercéda en faveur de ces malheureux et
- obtint leur mise en liberté.
-
-383. Item, tantost après fut faicte une grosse taille et emprunt, qui
-fist tant de grief aux pouvres gens, que tres grant foison s'en allerent
-hors de Paris demourer[755].
-
- [755] Le clergé parisien paya sa part de cet emprunt forcé; le 31
- mai 1423 le chapitre de Notre-Dame fut appelé à délibérer sur
- l'assiette d'une taille de huit mille francs demandée pour
- chasser les ennemis des forteresses voisines de Paris; après de
- longs débats, la somme fut réduite à deux mille francs, payables
- moitié en juillet, moitié en août (Arch. nat., LL 215, fol. 404,
- 406).
-
-384. Item, la derraine sepmaine du moys de juillet, fut ordonné par
-l'evesque de Paris que nulle femme ne seroit ou cueur du moustier quant
-on feroit le divin office, ne nul homme bisgame ou sans couronne ne
-toucheroit aux reliques, ne à quelque chose qui fust sacrée ou beniste,
-ne ne serviroit le prebstre à l'austel, mais ce ne dura gueres.
-
-385. Item, en ce temps fut faicte monnoie noire de III tournois la piece,
-que on n'osa faire oncques courir, pour ce que celle de II tournois
-estoit blanche et celle de trois tournois noire; le peuple en fut si mal
-comptent qu'il la convint laisser, et si estoit [toute] assennié[756].
-
- [756] Afin de donner satisfaction au peuple de Paris «acoustumé à
- marchander à parisis», ces deniers noirs d'émission récente, dont
- le cours avait été fixé à trois tournois pièce, furent cotés deux
- parisis (ordonnance du 6 septembre 1423). Indépendamment de la
- monnaie noire ci-mentionnée, le gouvernement anglais ordonna par
- un mandement du 31 mai 1424 la fabrication de petits parisis
- noirs, évalués un denier parisis pièce (Arch. nat., Z{1b} 58,
- fol. 181 rº).
-
-386. Item, en ce temps venoient à Paris les loups toutes les nuys, et en
-prenoit on souvent III ou IIII à une foys, et estoient portez [par mi
-Paris] panduz par les piez de derriere, et leur donnoit on de l'argent
-grant foison.
-
-387. Item, le jour de l'Invencion Sainct Estienne, IIIe jour d'aoust, fut
-faicte grant feste à Paris au soir, comme de faire grans feus, dancer
-tout ainsi comme à la Sainct Jehan[757]; mais ce estoit moult piteuse
-chose à pancer pourquoy la feste se faisoit, car mieulx on deust avoir
-plouré; car, comme on disoit que IIIm ou plus furent mors des Arminalx
-par armes[758] et quelque IIm prins et quelque XVc noiez pour eschever
-la cruelle mort que ceulx qui les suivoient leur promettoient. Or, veez,
-quel dommaige et quel pitié par toute chrestienté, car pou d'iceulx qui
-ainsi sont mors ont petite souvenance de leur Createur à l'eure, et ceulx
-qui les occient aussi pou, car le plus n'y vont que pour la convoitise,
-et non point pour l'amour de leurs signeurs dont ilz se renomment, ne
-pour l'amour de Dieu, ne pour charité aucune, dont ilz sont tous en peril
-d'estre honteusement mors au siecle, et les ames à perdicion.
-
- [757] Il s'agit de la victoire de Cravant remportée le samedi 31
- juillet par les troupes anglo-bourguignonnes sur l'armée du
- dauphin que commandait le connétable d'Écosse, Jean Stuart de
- Darnley; la nouvelle de ce brillant fait de guerre parvint à
- Paris le mardi 3 août, fort avant dans la soirée. Pour célébrer
- ce succès des armes anglaises, il y eut à Paris processions sur
- processions, le mercredi 4 août à Notre-Dame, le vendredi 6 août
- à Saint-Germain-l'Auxerrois, le mercredi 11 à la Sainte-Chapelle,
- ce dernier jour, en présence du duc et de la duchesse de Bedford
- (Arch. nat., X{la} 1480, fol. 280 rº).
-
- [758] Pareil chiffre est donné par Clément de Fauquembergue et
- Cousinot de Montreuil (_Chron. de la Pucelle_, p. 214).
-
-388. Item, quans lieux demourez inhabitez, comme villes, chasteaulx,
-moustiers, abbayes et autres, helas! helas! quans orphelins on peut en
-terre chrestienne trouver, et quantes pouvres femmes vefves et chetives
-par telz occisions. Helas! se ung chascun de nous regardoit [bien] se
-autel douleur nous estoit advenue ou promise, com grant douleur et com
-grant hayne nous perceroit les cueurs de noz ventres, et com grant
-voulenté nous aurions de en estre vengez, et tout, pour ce que nous
-n'avons nul regart au temps qui est à advenir, lequel est moult doubteux
-tant au regart de cruelle mort par vengence divine, pour la joye que nous
-avons du mal d'autruy et de la destruction dont on nous peut tous juger
-homicides, car on dit que bonne voulenté est reputée pour fait. Et si dit
-Nostre Seigneur par la bouche de l'apostre: «Qui de glaive ferra, de
-glaive mourra!» Nous faisons semblant, comme fist Calcas, ung devineur de
-Troyes la grant, lequel alla à son dieu qui estoit nommé Appollo, par le
-congé du roy Priant, pour demander lesquelx seroient vaincuz ou ceulx de
-la grant Troye ou les Gregois; si lui fut respondu que en la fin Troye
-seroit destruite, pourquoy il laissa sa cité et [ses amys], et s'en alla
-par devers les Gregoys, et leur dist le respons d'Appollo, par quoy ilz
-luy firent moult grant joye pour celle foys pour le respons [d'Appollo].
-Ouquel Appollo le dyable conversoit, qui dist à Calcas que les Gregoys
-vaincroient, mais il leur cela la tres grant douleur qui leur en advint,
-car tous perirent, car tres pou en eschappa, que tous ne fussent occis ou
-perilliez en mer à leur retour, ne Calcas n'ot oncques puis joye que ung
-pou, quant il vint avecques les Gregois, ne oncques puis on ne se fia en
-luy. Or veez quelle douleur il en advint aux deux parties pour vouloir
-avoir vengence[759], car l'Escripture tesmoigne que là moururent par
-glaive ou par feu plus de XXII milliers de hommes, dont tres grant
-partie d'Orient demoura vefve [et orpheline] de toute chevalerie, car pou
-ou neant en eschappa qui peust rapporter les nouvelles plaines de
-douleurs en son pays. Et pour ce pour l'amour de Dieu ayons pitié de nous
-mesmes, en crainant la main de Nostre Sauveur Jhesu Crist, car nul ne
-scet que à l'ueil lui pend, car à telle mesure que nous mesurons nous
-serons mesurez.
-
- [759] Ms. de Paris: vengement.
-
-389. Item, la derraine sepmaine d'aoust, vint le duc de Bourgongne à
-Paris[760] à petit preu pour le peuple, car il avoit grant compaignie qui
-tout degastoient aux villaiges d'entour Paris, et les Englois aussi y
-estoient. En icelluy temps le vin estoit tres cher plus que long temps
-n'avoit esté, et si y avoit tres pou raisins es vignes, et encores ce pou
-degastoient lesdiz Angloys et Bourguignons, comme eussent fait porcs, et
-n'estoit nul qui en osast parler. Ainsi estoit le peuple gouverné par la
-malle et convoiteuse voulenté des gros, qui gouvernoient Paris, qui
-touzjours estoient avec les signeurs, et n'avoient nulle pitié du povre
-peuple qui tant avoit de pouvreté. Mais firent lesdiz gouverneurs, pour
-complaire aux signeurs, à ung lundi, VIe jour de septembre, après disner,
-environ trois heures, crier la monnoye, que trois doubles ou niquès ne
-vauldroient que ung blanc, qui devant valloient VI tournois[761]; dont le
-peuple se troubla moult[762], et de ce advint que on ne pot, celle
-journée ne l'endemain, ne pain ne vin à Paris pour son argent finer[763].
-
- [760] Philippe le Bon, accompagné du comte de Richemond, fit son
- entrée à Paris le vendredi 27 août; il trouva près de la Chapelle
- (Saint-Denis) le duc de Bedford, avec lequel il se rendit chez la
- reine Isabeau. Le duc de Bourgogne quitta la capitale le mercredi
- 23 février 1424, se dirigeant vers Amiens (Arch. nat., X{la}
- 1480, fol. 281 vº et 290).
-
- [761] Un mandement royal au prévôt de Paris, publié le 6
- septembre 1423, fixa de la manière suivante le cours des doubles
- deniers de deux tournois pièce: désormais six de ces doubles
- devaient valoir un grand blanc de dix deniers tournois de
- nouvelle fabrication, et trois doubles un petit blanc de cinq
- deniers tournois (Arch. nat., Z{1b} 58, fol. 177 vº). Le
- gouvernement anglais voulait par ce moyen empêcher la contrefaçon
- des deniers en question faite sous le couvert du dauphin; à peine
- les blancs de 10 d. t. furent-ils frappés que l'on vit circuler
- de faux blancs aux armes de France et d'Angleterre jusques dans
- Paris (_Ibid._, Z{1b} 3, fol. 9 vº). Cette dépréciation soudaine
- troubla profondément les marchés et transactions: c'est ainsi que
- le chapitre de Notre-Dame, bénéficiant de la situation, décida de
- payer les ouvriers de ses moulins à raison de six doubles pour
- deux blancs, malgré les conventions passées avant l'abaissement
- de la monnaie, cinq doubles valant alors deux blancs de 8 deniers
- (_Ibid._, LL 215, fol. 419).
-
- [762] «Dont le peuple se troubla moult» manque dans le ms. de
- Rome.
-
- [763] Après la publication de l'ordonnance du 6 septembre 1423,
- les denrées et la main-d'œuvre subirent un renchérissement
- tellement excessif, que, le vendredi 10 septembre, le Parlement
- dut intervenir et ordonna au prévôt de Paris de prendre les
- mesures nécessaires pour faire cesser cet état de choses (Arch.
- nat., X{la} 1480, fol. 283 rº).
-
-390. Item, en ce temps, les Anglois prenoient aucunes foys une forteresse
-sur les Arminalx au matin, et si ilz en perdoient aucunes foys deux au
-soir, ainsi duroit la guerre de Dieu mauldite.
-
-391. Item, en ce temps, ou moys de septembre, fist tant l'evesque de
-Paris, qui estoit patriarche, qu'il fut arcevesque de Rouen par faulte de
-souffisance[764], et le jour Sainct Denis ensuivant, IXe jour d'octobre,
-fut fait ung autre evesque de Paris nommé[765] Jehan de Vienne[766].
-
- [764] Jean de Rochetaillée, patriarche de Constantinople,
- administrateur de l'évêché de Paris, transféré en 1423 à
- l'archevêché de Rouen, refusa tout d'abord d'abandonner le siège
- épiscopal de Paris, alléguant au mois d'août 1423, dans un procès
- qu'il soutenait au sujet de la régale, que si le pape, à ce qu'on
- disait, lui avait donné «licence d'aler à l'archeveschié de
- Rouen», il l'ignorait et n'en «estoit mie certifié deument.»
- (Arch. nat., X{la} 4793, fol. 341 rº.) C'est en pure perte que ce
- prélat se fit délivrer lettres royales le maintenant en
- possession de l'évêché, lettres qui furent présentées au chapitre
- le 12 septembre; il dut céder et composa avec les chanoines
- (_Ibid._, LL 215, fol. 416).
-
- [765] Ms. de Paris: qui se nommoit.
-
- [766] Jean de Nant, archevêque de Vienne, transféré à l'évêché de
- Paris par bulle de Martin V du 27 juin 1423, se fit recevoir le
- 24 septembre suivant; dès le 6 septembre, se trouvant en l'abbaye
- de Saint-Victor, il exprima le désir d'établir sa demeure dans la
- maison de son oncle, Jean de Vienne, amiral de France; le
- chapitre, se rendant à ses vœux, lui permit de traverser la
- Seine de Saint-Victor à Saint-Antoine et de séjourner à Paris à
- condition de ne point pénétrer dans la Cité. La date du 9 octobre
- donnée par le Journal est celle de l'entrée solennelle du nouvel
- évêque, qui, pour célébrer son intronisation, convia les
- chanoines à un grand dîner (Arch. nat., LL 215, fol. 415-418).
- Jean de Nant resta en possession de l'évêché de Paris jusqu'à sa
- mort, survenue le 7 octobre 1426; son exécuteur testamentaire,
- Guillaume de Chauvirey, préchantre de Lyon, chanoine de Besançon,
- présenta le 28 avril 1427 le testament du prélat pour être
- enregistré au Parlement (_Ibid._, X{la} 9807, fol. 28 rº). La
- succession de Jean de Nant n'était pas encore liquidée en 1436; à
- cette époque, le chapitre de N.-D. ordonna de dresser
- l'inventaire de biens déposés dans une chambre de la rue
- Saint-Pierre-aux-Bœufs et confiés à la garde d'un chanoine,
- serviteur dudit évêque (_Ibid._, LL 217, fol. 193).
-
-392. Item, en ce moys de septembre devantdit, orent journée de bataille
-ensemble les Arminalx et les Angloys, et fut en Normendie environ
-Avranches; et furent desconfis bien IIIIm Angloys tous mors en la
-place[767], dont ce fut pitié et est qu'il fault que chrestienté
-destruise ainsi l'un l'autre, et certes ce ne fut pas sans grant
-destruction des autres, car tout le peuple les avoit en trop mortel haine
-et les ungs et les autres.
-
- [767] Sans doute, l'auteur du Journal veut parler de la victoire
- de la Gravelle, au Maine, que remporta le 26 septembre Jean
- d'Harcourt, comte d'Aumale; les Anglais, commandés par W. Pole,
- laissèrent sur le champ de bataille environ quinze cents morts et
- perdirent plusieurs centaines de prisonniers, dont leur chef;
- c'est à la suite de cette affaire que le comte d'Aumale fit une
- tentative infructueuse pour enlever Avranches de vive force
- (Cousinot, _Chron. de la Pucelle_, p. 214).
-
-393. Item, quant ledit evesque de Vienne fut receu evesque de Paris, il
-fist faire XL jours tout ensuivant procession, que Dieu par sa grace
-voulsist mettre la paix en la chrestienté et apaisier le temps qui trop
-estoit contraire pour les semailles, car il fut bien iiii moys tous
-entiers ou plus que oncques ne cessa de plouvoir de jour ou de nuyt.
-
-394. [Item, en ce temps avoit ou chastel de Yvry-la-Chaussé[768] une
-grant compaignie de larrons qui se disoient Arminalx ou de la bende,
-ausquelx rien, s'il n'estoit trop chault ou trop pesant, ne leur
-eschappoit, et, qui pis est, tuoient, boutoient feux, efforçoient femmes
-et filles, pendoient hommes, s'ilz ne paioient rançon à leur guise, ne
-marchandise nulle par là ne povoit eschapper.]
-
- [768] Ivry-la-Bataille (Eure, arr. d'Évreux, cant. de
- Saint-André), anciennement Ivry-la-Chaussée, place forte de
- Normandie, appartenant au comte Arthur de Richemond, tomba entre
- les mains de Géraud de la Pallière, gentilhomme gascon au service
- de Charles VII, qui l'enleva «par eschielle et faulte de guet»;
- l'écuyer anglais du nom de Pierre Glé, auquel la garde de ce
- château avait été confiée, obtint le 20 mars 1424 des lettres de
- rémission pour sa négligence (Arch. nat., JJ 172, no 442).
-
-395. Item, en icelui temps, le monde estoit [moult] esbahi pour le temps
-[pluvieux] qui tant duroit et le doulx temps qu'il faisoit. De la
-Sainct-Remy jusques environ la Sainct-Thomas l'apostre, faisoit si tres
-doulx temps, que la violete jaune[769] estoit aussi commune comme elle a
-esté aucunes foys en mars, ne ne gela point en icelui temps, et disoit
-chascun que yver estoit tout passé; mais Dieu qui ordonne, et nous
-devisons, commença à faire geler à la Sainct Thomas, et gela de plus en
-plus fort, et dura jusques à la Chandeleur sans cesser. Et en ce temps
-qu'i geloit si asprement avoit si grant marché de choulx à Paris que on
-en avoit une charretée pour XII blans, on en avoit assès pour IIII ou
-pour VI personnes pour ung noiret[770] qui ne valloit que une poitevine
-ou environ, et avoit on pois, feves pour II solz parisis le boessel.
-
- [769] Ms. de Paris: jeune.
-
- [770] Le noiret était un petit denier noir, de la valeur d'une
- maille tournoise, comme on le voit par le mandement du 22 juin
- 1423 fixant le cours de la menue monnaie (Arch. nat., Z{1b} 58,
- fol. 179).
-
-396. Item, de fruict à grant habundance et tres bon on avoit à
-Nouel et après ung quarteron de pommes de roumau ou de capendu pour
-IIII deniers et pour moins.
-
-397. Item, en ce temps, toutes gens qui avoient maisons y renonçoient,
-puis qu'elles estoient chargées de rentes, car nulz des censiers ne
-vouloient rien laisser de leurs rentes et amoient mieulx tout perdre que
-faire humanité à ceulx qui leur devoient rente, tant estoit la foy
-petite, et par celle deffaulte de foy on eust trouvé à Paris de maisons
-vuydes et croisées saines et entieres plus de XXIIII milliers où nulli ne
-habitoit.
-
-398. Item, en ce temps, bien pou après ou devant Nouel, fut reprinse
-Compigne par les Arminalx[771], et avecques ce prindrent [tres] grant
-foison blez que on amenoit à Paris [du païs] de Picardie. Et tantost que
-les nouvelles furent sceues à Paris, le prevost de Paris y mena grant
-foison de gens de Paris pour les asseger, mais il n'y fist chose dont on
-doye parler, que gaster finance et donner peine aux pouvres gens.
-
- [771] Trois à quatre cents partisans français, sous la conduite
- d'Yvon du Puis, de Gautier de Broussart et d'Angelot de Laux,
- escaladèrent au point du jour la ville de Compiègne; presque
- aussitôt après Lionnel de Bournonville et le seigneur de
- l'Isle-Adam, joints «à ceulx de Paris», dirigèrent contre les
- occupants une attaque qui échoua complètement; c'est à cette
- expédition avortée que fait allusion notre chroniqueur (cf.
- Monstrelet, t. IV, p. 174, Cousinot, _Geste des nobles_, p. 194).
- Au début de l'année 1424, le duc de Bedford fit assiéger
- Compiègne, et s'en rendit maître; la capitulation conclue avec le
- capitaine français fut suivie de lettres de rémission accordées
- le 4 avril 1424 aux bourgeois qui, par «leur negligence et faulte
- de deue garde et deffense», avaient laissé prendre la ville, à
- l'exception toutefois «des officiers et habitans consentans et
- coulpables de la prise d'icelle ville» (Arch. nat., JJ 172, no
- 448).
-
-399. Item, en ce temps n'avoit en France nul signeur, ne nul chevalier de
-nom, ne Angloys, ne autre, et pour ce estoient les Arminalx si hardiz et
-si entreprenans.
-
-
- [1424.]
-
-
-400. Item, à l'issue de fevrier, oudit an, IIIIc XXIII, ce rendirent
-ceulx du Crotay[772] et ceulx de Mont-Aguillon[773] aux Angloys leurs
-vies sauves, et s'en allerent franchement, qui tant de maulx avoient
-fait, car ilz s'estoient tenus plus d'un an.
-
- [772] Les château et ville du Crotoy se rendirent le 3 mars 1424,
- en vertu de conventions passées au mois d'octobre 1423 entre
- Raoul le Bouteiller, représentant le duc de Bedford, et Jacques
- d'Harcourt (Arch. nat., X{la} 1480, fol. 291 vº). L'une des
- principales dispositions de ce traité (Monstrelet, t. IV, p. 166)
- portait que les habitants pourraient conserver leurs biens en
- prêtant serment au régent; un bourgeois de Paris, Jacques de
- Lailler, qui s'était trouvé au Crotoy, invoqua le bénéfice de cet
- article, et obtint en conséquence des lettres de rémission qui
- furent entérinées au Parlement (Arch. nat., X{2a} 16, fol. 477
- vº; voir d'autres lettres du 27 mai 1424, Arch. nat., JJ 172, no
- 477).
-
- [773] Montaiguillon, château fort, situé entre Provins et
- Nogent-sur-Seine (commune de Louan), fut assiégé par le comte de
- Salisbury en personne, qui, après un siège meurtrier, parvint à
- réduire cette forteresse et en ordonna la démolition (Monstrelet,
- t. IV, p. 154, Cousinot, _Geste des nobles_, p. 195).
-
-401. Item, en ce temps riens ne se faisoit que par l'Angloys, ne nul des
-signeurs de France ne se mesloit du gouvernement du royaulme. En icellui
-temps estoit la royne de France demourante à Paris, mais elle estoit si
-pouvrement gouvernée qu'elle ne avoit tous les jours que VIII sextiers de
-vin tout au plus pour elle et son tinel; ne le plus de ceulx de Paris,
-qui leur eust demandé: «Où est la royne?» ilz n'en eussent sceu parler.
-Tant en tenoit-on pou de compte, que à paine en challoit il au peuple,
-pour ce que on disoit qu'elle estoit cause des grans maulx et douleurs
-qui pour lors estoient sur terre.
-
-402. Item, tout l'yver[774] et tout le karesme jusques après Pasques qui
-furent le XXIIIe jour d'avril l'an mil CCCC XXIIII, environ le may, on
-alla assegier Gaillon[775], Sedanne[776], Nangis et autres forteresses,
-lesquelles furent toutes prinses des Angloys, et s'en allerent les
-Arminalx desdiz, leurs vies sauves, senon ceulx de la garnison du chastel
-de Sedanne, qui furent tous mis à l'espée, et les autres firent pis la
-moitié qu'ilz n'avoient fait devant.
-
- [774] L'hiver de 1424 se prolongea outre mesure, car suivant le
- témoignage d'un contemporain, le samedi premier avril «il neiga
- et gela bien fort plus que long temps par avant n'avoit fait»
- (Arch. nat., X{la} 1480, fol. 193 vº).
-
- [775] La forteresse archiépiscopale de Gaillon, que les gens du
- dauphin avaient enlevée le 16 avril 1424, fut réduite par les
- Anglais le 8 juillet suivant et aussitôt démolie (P. Cochon,
- _Chron. normande_, p. 449; Monstrelet, t. IV, p. 186).
-
- [776] Sézanne (Marne, arr. d'Épernay), battue en brèche par le
- comte de Salisbury depuis le 6 avril, opposa une résistance
- désespérée et dut être enlevée d'assaut; ses habitants, traités
- avec une extrême rigueur, périrent misérablement (Arch. nat.,
- X{la} 4796, fol. 77 vº. Cf. A. Longnon, _Les limites de la France
- et l'étendue de la domination anglaise à l'époque de la mission
- de Jeanne d'Arc_, p. 48).
-
-403. Item, en ce temps, le regent de France fist asseger à l'entrée de
-juillet ceulx qui estoient dedens Yvry-la-Chaussée qui avoient pou de
-vivres[777], et estoit leur esperance toute de eulx garnir de vivres des
-biens qui estoient sur terre en cellui moys, especialment de tous blez et
-de potaiges pour toute l'année, car de char avoient ilz touzjours assez.
-Mais on dit bien souvent que ung pansse ly asgne et autre ly asgnier, et
-Dieu qui mua le propos de Oloferne, tourna leur joie, quant ilz cuiderent
-estre plus asseurez, en tristour; car ilz furent de si pres prins qu'ilz
-n'orent point de povoir de cuillir ne blé, ne vin, ne potaige, pour quoy
-il convint qu'ilz traictassent au regent. Et fut leur traicté tel: qu'ilz
-se devoient rendre à la voulenté du prince, s'ilz n'avoient dedens quinze
-jours secours ou moys d'aoust, lequel leur fut accordé, et de ce
-baillerent ostaiges bons et suffisans tous gentilz hommes; car bien
-estoient oudit chastel IIIIc hommes d'armes, tout de renon, si orent
-grant esperance au secours que point ne leur fauldroit audit jour. Si
-sceurent les Arminalx le jour, si firent grant assemblée de toute leur
-puissance, et eulx mirent au chemin par devers Chartres, tuant, robant,
-pillant, prenant hommes et femmes, brief, ilz faisoient tout mal. D'autre
-part, le regent qui estoit devant le chastel d'Yvry-la-Chaussée fist
-semondre son ost partout, et quant ilz furent venuz, si furent armez à
-dix milliers tous hommes deffensables, lesquelx il ordonna moult
-saigement, car il se mist en une plaine moult belle; et, par derriere lui
-avoit ung tertre moult hault, par quoy il n'avoit garde par derriere, car
-nul ne peust bonnement descendre ladicte montaigne par devers eulx sans
-grant travail. En ce temps, Arminalx approucherent plus et plus l'ost du
-regent; quant il le sceut, si fist ordonner ses batailles et les pria de
-bien faire, et là les attendy de pié quoy en moult belle ordonnance. Les
-Arminalx envoierent coureux montez d'avantaige pour aviser l'ost dudit
-regent; quant les coureux virent son ost en si belle ordonnance, si s'en
-retournerent comme gens effraiez à leurs gens, en leur disant que tres
-grant folie seroit d'assembler, et que le mieulx seroit de s'en retourner
-chascun en sa garnison. Si s'aviserent puis après ce d'une traïson, car
-ilz envoierent à une lieue pres de l'ost du regent environ Vc hommes
-d'armes bien montez et armez, lesquelx firent semblant de [venir pour]
-lever le siege, dont ilz n'avoient talent ne hardement; et ceulx qui
-estoient dedans le chastel eulx orguillirent et commencerent à crier et
-braire, en disant parolles moult villeneuses et despiteuses au regent et
-à ses gens, car ilz cuiderent bien à celle foys estre secouruz et
-delivrez, quant ilz virent les cinq cens hommes, car leur pencée estoit
-que ce fust l'avangarde des Arminalx, mais autrement estoit, car ilz
-n'estoient ainsi venuz que pour ce que bien savoient que le regent les
-attendroit en la place; si ne se bougerent du lieu où ilz estoient, dont
-les deux osts povoient veoir l'un l'autre. Et, ce pendent que là se
-tenoient, les Arminalx faisoient retourner leur charroy et leur trayn le
-plus tost qu'ilz povoient pour eulx en fuir sans riens perdre ne sans
-coup ferir.
-
- [777] Géraud de la Pallière, assiégé dès le 15 juin par le comte
- de Suffolk, capitula le 5 juillet, c'est-à-dire promit de rendre
- la place le 15 août, s'il n'était secouru à cette date.
-
-404. Quant ceulx qui devant l'ost du regent estoient venus orent tant
-esté illec, que bien fut l'ost à pié[778] eslongné iii ou iiii grosses
-lieues, si monterent moult tost et s'enfouirent après leurs gens qui
-tiroient vers le Perche; et ce jour estoit lundy, vigille de la
-Nostre-Dame my-aoust mil IIIIc XXIIII. Quant ilz furent pres de Verneil
-ou Perche, si firent une grant traïson, car ilz prindrent grant foison de
-leurs soudaiers escossays, qui bien savoient parler le langaige
-d'Engleterre, et leur lierent les mains, et les mirent aux queues des
-chevaulx, et les touillerent de sanc en maniere de plaies en mains, en
-bras et en visaige, et ainsi les menerent devant Verneil, criant et
-braiant à haulx criz en langaige d'Angloys: «Mal veismes ceste doloreuse
-journée! quant nous cessera ceste douleur?» Quant les Angloys qui dedens
-la ville estoient virent la douleur contrefaicte, si furent moult
-esbahiz, et fermerent leurs portes et se mirent en hault pour deffendre
-leur ville. Et quant les Arminalx virent cecy, leur monstrerent le sire
-de Torcy[779] qui s'estoit rendu à eulx, qui estoit lié comme les autres
-par traïson, qui leur dist que toute la chevalerie d'Angleterre estoit
-morte en celui jour devant Yvry, et que pour neant se tandroient, que
-jamais n'auroient secours, et ce tesmoignerent les autres qui bien
-parloient anglois, et jurerent par leur serement que ainsi estoit. Si ne
-se sceurent comment conseiller, car ilz tenoient le sire de Torcy l'un
-des bons et vrais chevaliers qui fust avec le regent, et veoient les
-autres liez aux queues des chevaulx, qui parloient leur langaige et leur
-affermoient la chose estre toute vraye, et si avoient pou de vivres; si
-s'acorderent que ilz se randroient, leurs vies sauves, ainsi leur fut
-accordé. Mais quant les Arminalx furent dedens la ville, si firent trop
-grant mal, car ilz mirent tous ceulx qu'ilz porent atraper à mort, et
-plusieurs femmes et enffans, et se logerent en la ville et tout leur
-trayn. Ceulx qui porent eschapper s'en fouirent qui mieulx mieulx, les
-aucuns arriverent en l'ost du regent, qui moult furent esbahiz quant ilz
-virent ceulx de l'ost qui faisoient bonne chere et liée[780], si
-conterent leur adventure au regent, et on avoit dit au regent qu'ilz
-faisoient semblant de fouir, affin qu'il donnast congé à ses gens, et
-celle pancée avoient ilz de lui courir [sur], s'il leur eust donné
-congié; mais aussitost qu'il sceut la chose, si soy departy et parlemanta
-à ceulx du chastel qu'ilz avoient pancée de faire, que bien sceussent que
-tous mourroient de malle mort, s'ilz ne se randoient, si se randirent à
-lui, et en fist ce qu'il volt; il en fist pandre, il en delivra la plus
-grant partie, qui depuis firent tant de maulx tant que cest hydeux temps
-dura[781].
-
- [778] Ms. de Paris: à peu.
-
- [779] Jean d'Estouteville, seigneur de Torcy, qui devint plus
- tard grand maître des arbalétriers de France, n'avait guère que
- dix-neuf ans au moment de la bataille de Verneuil; malgré son
- jeune âge, il représentait alors la famille privée de son chef,
- car son père, Guillaume d'Estouteville, prisonnier des Anglais
- depuis l'année 1419, se trouvait encore en leur pouvoir le 9 mai
- 1427, date du sauf-conduit donné à l'un de ses serviteurs qui se
- rendait en France pour traiter de sa rançon (Rymer, t. IV, partie
- IV, p. 127).
-
- [780] Ms. de Paris: liesse.
-
- [781] Les mss. de Rome et Paris, au lieu de «temps dura», portent
- «duraançon», leçon inintelligible.
-
-405. Après ce s'esmeut ledit regent, duc de Bedfort, à tout son ost, le
-plus tost qu'il pot, et suivy les Arminalx jour et nuyt, (tant) que, le
-jeudi d'après la my-aoust qui fut au mardy, aproucha des Arminalx tant
-qu'ilz virent l'un et l'autre. Quant ilz virent le regent, si esmeurent
-leur gent et virent qu'ilz estoient bien dix huit mil combatans, et
-firent esmer par leurs heraulx les gens dudit regent, qu'ilz dirent par
-leur foy qu'ilz n'estoient pas dix mil au plus. Quant ce ouirent les
-Arminalx, qui de Lombars avoient grant planté moult bien montez, si leur
-dirent: «Nous ordonnerons en telle maniere, que vous de Lombardie, qui si
-bien estes montez, quant la bataille sera bien esmeue, vous serez IIIm de
-vous qui par derriere eulx vendrez, et tuerez tout sans prendre homme à
-rançon.» A ce s'acorderent les Lombars, le regent d'autre part ordonna sa
-bataille, et fut en une belle plaine, si n'ot de quoy se fermer. Si fist
-descendre ses gens à pié, et fist lier tous les chevaulx de son ost
-derriere l'ost, les testes devers le cul, III ou IIII d'espès, et tous
-furent ainsi liez ensemble, que mesmes les chevaulx ne se povoient
-mouvoir l'un sans l'autre, car moult estoient court liez. Quant orent
-ainsi ordonné les deux osts leurs batailles, et qu'ilz furent en
-ordonnance, les Arminalx, qui moult estoient pecheurs, firent demander au
-regent qu'il avoit en pençée et que il vauldroit mieulx faire ung bon
-traicté que combatre, car moult se doubtoient pour leurs pechez. Le
-regent tout asseuré leur manda que tant de foys avoient leur foy mentie,
-que jamais on ne les devoit croire, et que bien sceussent que à lui
-jamais n'auroient traicté ne paix, tant qu'il les eust combatus. Adonq il
-n'y ot plus parlé, les deux osts vindrent l'un contre l'autre, [et
-commencerent à frapper et mallier l'un sur l'autre] de toutes manieres
-d'armeures[782] de guerre que on peust pancer, de traict ou d'autre
-chose. Là eussiez ouy tant doloreux criz et plaintes, tant hommes cheoir
-à terre, que puis n'en releverent, l'un chacer[783], l'autre fouir, l'un
-mort sus, l'autre gesir à terre gueulle baiée, tant sanc espandu de
-chrestiens, qui oncques n'avoient veu en leur vivant l'un l'autre, et si
-venoient ainsi tuer l'un l'autre pour ung pou de pecune qu'ilz en
-attendoient à avoir. La bataille fut moult cruelle, que on ne savoit qui
-en avoit le meilleur. Les Arminalx avoient grant fiance aux Lombars
-qu'ilz avoient ordonnez [de] venir par derriere rompre la bataille du
-regent de France, lesquelx n'oserent oncques ce faire quant ilz virent la
-haye des chevaulx qui par derriere estoit. Si ne leur fut à gueres qui
-gaignast ou perdist, mais qu'ilz eussent du pillaige; si tuerent les
-pouvres varletz et paiges qui dessus les chevaulx estoient, et orent le
-cueur failli de aider à leur gent, et prindrent tous les bons chevaulx et
-tout ce qui dessus estoit troussé, et ainsi s'en fouirent sans plus
-revenir vers leur païs; ainsi s'en allerent honteusement comme couars et
-convoiteus. Quant les Arminalx virent qu'ilz ne venoient point, si furent
-moult esbahiz; si leur fut dit par ung herault comment les Lombars s'en
-estoient fouiz sans cop ferir pour le pillaige, si furent les Arminalx si
-esbahiz qu'ilz ne sorent quel conseil prendre; et si estoient entrez en
-bataille plus de XVm[784], mais leur pechié leur nuisoit tant qu'ilz ne
-povoient faire chose où ilz eussent honneur oncques, puis que le duc de
-Bourgongne fut tué par eulx. Quant les Angloys les virent esbahiz, si se
-ralient et leur courent sur moult asprement de tout leur povoir, et
-prennent terre sur eulx plus et plus, si asprement que les Arminalx ne
-porent plus souffrir l'estour, ains s'en commencerent à fouir moult
-honteusement pour sauver leurs vies, et les gens du regent les
-poursuivirent jusques devant Verneuil ou Perche. Là fu grant l'occision
-et cruelle des Arminalx, car là furent mors par armes par le dit des
-heraux bien neuf milliers[785]. Et si fut prins le duc d'Alençon[786] et
-mort le conte d'Aumalle[787] filx du conte de Harecourt, et le conte de
-Ghayglas[788] escossois[789] mort, et le conte de Boucan mort, et le
-conte de Tonnoyre mort[790], et le conte de Vantadour[791] mort, et le
-viconte de Nerbonne[792], lequel ot la teste coppée depuis qu'il fut
-mort, et son corps pandu au gibet et sa teste en une lance moult hault.
-
- [782] Ms. de Paris: armes.
-
- [783] Ms. de Paris: cacher.
-
- [784] Ms. de Paris: XVIII mil.
-
- [785] Le roi d'armes Montjoie fit, paraît-il, le relevé des
- pertes subies par l'armée franco-écossaise; c'est du moins ce qui
- ressort de l'extrait relatif à la bataille de Verneuil que
- reproduit Stephenson (_Wars of the English_, vol. II, part. II,
- p. 395).
-
- [786] Jean II, duc d'Alençon, retenu prisonnier par les Anglais,
- se trouvait en 1425 au Crotoy, lorsque le régent lui offrit sa
- liberté et ses domaines à condition de prêter serment de fidélité
- au roi d'Angleterre; le jeune duc refusa énergiquement de
- souscrire à ces conditions et préféra garder prison; il fut
- néanmoins relâché peu après et assista en 1428, à Chinon, à la
- présentation de Jeanne d'Arc (Monstrelet, t. IV, p. 241, 316).
-
- [787] Jean d'Harcourt, comte d'Aumale, remplit en 1417 les
- fonctions de capitaine général de Normandie et fut nommé le 15
- avril de cette même année capitaine de Rouen.
-
- [788] Ms. de Rome: le conte de Ghay.
-
- [789] Archibald, comte de Douglas, nommé duc de Touraine par
- Charles VII, l'un des chefs du contingent écossais, était
- beau-père du comte de Bucan qui fut tué ainsi que lui.
-
- [790] Louis de Chalon, comte de Tonnerre, l'un des chevaliers
- échappés au désastre d'Azincourt (_Chron. des Cord._, p. 229).
-
- [791] Jacques, comte de Ventadour, avait contribué à la victoire
- de Baugé; fait prisonnier à la bataille de Cravant, où il eut un
- œil crevé, il succomba à la journée de Verneuil.
-
- [792] Guillaume d'Avaugour, vicomte de Narbonne, acquit une
- triste notoriété par sa participation à l'assassinat de Jean
- Sans-Peur, ce qui explique la haine des Anglo-Bourguignons
- s'acharnant sur son cadavre.
-
-406. Item, furent trouvez mors de la partie des Arminalx bien IIm IIIc
-LXXV cottes d'armes.
-
-407. Item, de ceulx du regent, furent environ trouvez IIIm mors, et tres
-pou y ot de mors de gens de nom[793].
-
- [793] Les Anglais éprouvèrent des pertes tellement sensibles
- qu'au dire de Cousinot de Montreuil, le duc de Bedford, annonçant
- sa victoire, interdit en quelque sorte toutes réjouissances,
- attendu que «combien qu'ils eussent eu l'honneur, toutesfois ils
- avoient beaucoup de dommage» (Cousinot, _Chron. de la pucelle_,
- p. 226).
-
-408. Quant ceulx qui dedens la ville s'estoient mis, virent la grant
-desconfiture, si ne sceurent comment conseiller fors que de eulx rendre à
-la mercy du regent[794], et ainsi le firent. Si furent les ungs navrez,
-les autres bien demy mors, et en ce point furent boutez hors de la ville
-à leur grant confusion, tous nuds de toutes leurs armeures.
-
- [794] Les lettres de rémission accordées le 11 août 1424 aux
- habitants de Verneuil, «pour le fait d'avoir baillé entrée de la
- ville et du chastel» aux ennemis du roi d'Angleterre, mentionnent
- le traité conclu après la défaite du 17 août pour la reddition de
- la place qu'occupaient les gens du dauphin, mais ne rappellent
- qu'une seule clause de ce traité, clause stipulant que les
- habitants ne seraient point inquiétés (Arch. nat., JJ 172, no
- 585).
-
-409. Item, les Lombars qui avoient pillié les chevaulx devantdiz ne
-tindrent pas tous ensemble leur chemin, par quoy l'une partie fut
-encontrée devers Chartres, et furent tous destroussez et grant foison de
-tuez et navrez; laquelle bataille dessusdicte fut le jeudi XVIIe jour du
-moys d'aoust, l'an mil CCCC XXIV. Et le vendredy ensuivant, [dix
-huitiesme] jour dudit moys, fist on les feus par tout Paris et moult
-grant feste pour la perte des Arminalx[795], car on disoit qu'ilz
-s'estoient vantez, que se ilz eussent eu le dessus de noz gens, qu'ilz
-n'eussent espargné ne femmes, ne enfens, ne heraux, ne menestriers, que
-tout ne fust mort à l'espée.
-
- [795] Un _Te Deum_, chanté à Notre-Dame le mercredi 16 août,
- célébra la réduction du château d'Ivry par le duc de Bedford;
- après la victoire de Verneuil, il y eut deux jours de
- processions, les samedi 19 et dimanche 20 août (Arch. nat., LL
- 215, fol. 455; X{la} 1480, fol. 305 vº).
-
-410. Item, le jour de la Nativité Nostre-Dame en septembre vint le regent
-à Paris[796], et fut Paris paré partout où il devoit passer, et les rues
-parées, nettoyées. Et furent au devant de lui ceulx de Paris vestus de
-vermeil, et vint environ cinq heures après disner, et allerent une partie
-des processions de Paris aux champs au devant de lui jusques oultre la
-Chappelle-[de]-Sainct-Denis, et quant ilz encontrerent, si chanterent
-haultement: _Te Deum laudamus_ et autres louanges à Dieu. Ainsi vint
-dedens Paris bien aconvoyé de processions et de ceulx de la ville, et
-partout où il passoit, on crioit haultement: «Nouel!» Quant il vint au
-coing de la rue aux Lombars, là joua ung homme despartisé le plus
-habillement que on avoit oncques veu.
-
- [796] Clément de Fauquembergue, autre témoin oculaire, rapporte
- dans son Journal que le duc de Bedford vint à Paris accompagné du
- comte de Salisbury et qu'ils descendirent à Notre-Dame pour
- rendre grâces du succès de leurs armes; les gens du conseil du
- roi, avec les principaux officiers et bourgeois de Paris qui
- attendaient les nobles visiteurs au champ du Landit, se
- joignirent à leur cortège; enfin, ajoute le greffier, si les rues
- furent parées et des feux de joie allumés, ce fut par ordre
- supérieur, en témoignage de réjouissance (Arch. nat., X{la} 1480,
- fol. 308 rº).
-
-411. Item, devant le Chastellet avoit ung moult [bel] mistere du Vieilz
-Testament et du Nouvel, que les enfens de Paris firent, et fut fait sans
-parler ne sans signer, comme se ce feussent ymaiges eslevez[797] contre
-ung mur. Après, quant il ot moult regardé le mistere, il s'en alla à
-Nostre-Dame, où il fut receu comme se ce feust Dieu, car les processions
-qui n'avoient pas esté aux champs et les chanoynes de Nostre-Dame le
-receurent à la plus grant honneur, en chantant hympnes et louanges que
-ilz peurent, et jouoit on des orgues et de trompes, et sonnoient toutes
-les cloches. Brief, on ne vit oncques plus d'onneur faire quant les
-Roumains faisoient leur triumphe que on lui fist à celle journée et à sa
-femme, qui touzjours alloit après [lui], quelque part qu'il allast.
-
- [797] Ms. de Rome: enlevez.
-
-412. Item, celle année furent les plus belles vendenges que oncques on
-eust veu d'aage de homme, et tant de vin que la fustaille fut si chiere
-que on vendoit II ou III queues vuides une queue de vin; ung poinson sans
-loyer, XVI ou XVIII solz parisis, et, brief, plusieurs mirent leur vin
-en cuves qu'ilz firent enfoncer. Et fut le vin à si grant marché [avant
-la fin de vendenge] que on avoit la pinte pour ung double, dont les trois
-ne valloient que ung blanc, et pour I denier en avoit on la pinte environ
-la Sainct Remy qui fut au dimenche celle année.
-
-413. Item, au soir que le regent fut entré[798] à Paris, comme devant est
-dit, on fist par tout Paris feus et tres grant joye, et fut la Nativité
-Nostre-Dame au vendredy.
-
- [798] Ms. de Paris: arrivé.
-
-414. Item, tout homme de quelque estat, senon les gouverneurs, de tant de
-queues[799] de vin qu'ilz cuillirent, chascun paia tres grant rançon, car
-tous ceulx qui avoient vin devers la porte Sainct-Jacques et celle de
-Bordelles, paioient de chascune queue III solz parisis, forte monnoye, et
-de poinsons, de caques, de barilz au feur des queues; et si avoient à
-leurs despens les Angloys par delà la porte Sainct-Jacques, et l'autre
-porte pour les Arminalx qui touzjours couroient en ce païs là[800].
-
- [799] Ms. de Paris: cuves.
-
- [800] Dès l'année 1422, une taille de huit cents livres avait été
- ordonnée par le roi en son grand conseil sur les possesseurs de
- terres et héritages sis au-delà de la porte Saint-Jacques, afin
- de résister aux ennemis qui occupaient Marcoussis, Orsay et
- autres forteresses (Arch. nat., X{la} 4793, fol. 238 vº).
-
-415. Item, au costé de deça les pons ne paioient que la moytié, pour ce
-que les faulx mauvays n'y couroient point, et si ne avoient nulles gens
-d'armes.
-
-416. Item, ou moys de novembre, fut marié le sire de Toulongion[801] en
-l'ostel du duc de Bourgongne, qui estoit frere au signeur de la
-Trimoullie, lequel y vint par sauf conduit, et si fut marié le sire
-d'Esequalle[802], anglois, et firent jouxtes plus de XV jours tous les
-jours sans cesser[803], et puis s'en alla le duc de Bourgongne en son
-païs. Et quant il s'en fut allé, le regent print l'ostel de Bourbon pour
-sien[804] la premiere sepmaine de decembre, et là firent [moult] grant
-feste qui cousta moult; et pour ce fut assise une tres grosse taille et
-lourde, et fut XV jours devant Nouel, et quant elle fut assise, tous les
-grans signeurs s'en allerent à Rouen.
-
- [801] Jean de la Trémoille, seigneur de Jonvelle, grand-maître de
- l'hôtel et chambellan du duc Philippe de Bourgogne, épousa dans
- les premiers jours de novembre Jacqueline d'Amboise, dame de la
- reine Isabeau, sœur de Louis d'Amboise et nièce de Pierre II
- d'Amboise; Georges de la Trémoille, frère aîné de Jean, au
- service de Charles VII, muni d'un sauf-conduit, assista aux fêtes
- de ce mariage qui eurent lieu en l'hôtel d'Artois (Voy.
- Fenin-Dupont, p. 224, et _Chartrier de Thouars_, p. 21, le texte
- de lettres du 10 septembre 1433 concernant la succession de
- Jacqueline d'Amboise).
-
- [802] Thomas de Scales, capitaine de Verneuil en 1424, de
- Domfront de 1433 à 1434, de Vire en 1437 et sénéchal de Normandie
- au moment de la réduction de cette province, périt de mort
- violente en 1460 à la suite de la reddition par lui faite de la
- Tour de Londres, laissant comme héritière de son nom une fille
- unique, Élisabeth, issue de son mariage avec Emma, fille de John
- Walesborough, laquelle épousa en premières noces Antoine Widwille
- (Wavrin, édit. Dupont, t. II, p. 230).
-
- [803] Ces joutes eurent lieu en décembre 1424; le compte de
- l'Ordinaire pour l'année 1425 (Sauval, t. III, p. 275) mentionne
- parmi les épaves une bourse boutonnée de perles, qu'une femme
- avait trouvée à Saint-Paul près de la barrière du champ clos,
- laquelle bourse contenait sept écus et un franc à cheval.
-
- [804] Précédemment le duc de Bedford habitait l'hôtel de Clisson
- qui lui fut donné par lettres de juin 1424 (Longnon, _Paris
- pendant la domination anglaise_, p. 135-136).
-
-417. Item, en ce temps couroient blans de VIII deniers parisis, petiz
-blans aux armes de France et d'Angleterre, et couroit niquez et noirez,
-IIII pour ung nicquet, niquez III pour I blanc; et si avoit tres grant
-foison de blans de VIII deniers aux armes de Bretaigne, dont plusieurs
-marchans, bourgois et autres qui en avoient, furent trompez, car
-soudainement, le IXe jour de decembre, fut publié qu'ilz ne courroient
-que pour VII deniers parisis. Ainsi perdirent tous ceulx qui en avoient
-la VIIIe partie de leur pecune.
-
-418. Item, la royne de France ne se mouvoit de Paris ne tant ne quant, et
-estoit aussi comme se ce feust une femme d'estrange païs, enfermée tout
-temps en l'ostel de Sainct-Paul, où le noble roy Charles le VIe trespassa
-de ce siecle, son bon mary que Dieu pardoint, et bien gardoit son lieu,
-comme femme vefve doit faire.
-
-419. Item, en icellui temps s'en allerent les Anglois en la conté de
-Haynault, et là furent jusques après la Sainct-Jehan Baptiste, pour ce
-qu'ilz vouloient avoir la terre de la contesse[805] que ung des freres
-du regent de France avoit prinse plus par voulenté que par raison, et
-l'espousa; et si estoit-elle mariée en France au conte de Haynault, frere
-du conte de Sainct-Paul. Si encommença une tres doloreuse guerre.
-
- [805] Jacqueline de Bavière, comtesse de Hollande et de Hainaut,
- veuve en 1417 de Jean, dauphin de France, épousa en secondes
- noces Jean de Bourgogne, duc de Brabant; mais, ne pouvant vivre
- en bonne harmonie avec lui, elle fit casser son mariage par la
- cour de Rome, et contracta au mois de mars 1423 une nouvelle
- union avec Humphroi, duc de Glocester, frère du roi Henri V
- d'Angleterre. C'est à la suite de ce mariage que Humphroi de
- Glocester éleva du chef de sa femme des prétentions sur le
- Hainaut, et les soutint à main armée en dirigeant dès le mois de
- novembre 1424 une expédition contre les domaines du duc Jean (Cf.
- Fenin-Dupont, p. 227; Monstrelet, t. IV, p. 210).
-
-
- [1425.]
-
-
-420. Item, après Pasques, l'an mil IIIIc XXV, fut si grant année de
-hannetons en France, que tous les fruictz furent gastez et grant partie
-des vignes.
-
-421. Item, en ce temps rendirent ceulx d'Estampes le chastel au duc de
-Bourgongne et plusieurs forteresses d'entour, et après allerent les
-Angloys, de par le regent, devant la cité du Mans[806].
-
- [806] C'est au comte de Salisbury que fut confiée la direction
- des opérations militaires dans le Maine. Le siège de la ville du
- Mans se prolongea jusqu'au mois d'août 1425; suivant le traité
- conclu entre les habitants et le célèbre capitaine anglais, la
- place devait se rendre le 10 août, à midi, si elle n'était
- secourue dans ce délai; le président Philippe de Morvilliers, à
- son retour de Rouen, communiqua le 8 août le texte même de cette
- convention. Pour fêter cet heureux événement, il y eut le
- lendemain procession générale de Notre-Dame à Sainte-Catherine du
- Val des Écoliers (Arch. nat., X{la} 1480, fol. 330 rº).
-
-422. Item, l'an mil CCCC XXIIII, fut faicte la Danse Macabre aux
-Innocens, et fut commencée environ le moys d'aoust et achevée ou karesme
-ensuivant[807].
-
- [807] Il s'agit, comme l'on sait, des fameuses fresques dont
- furent ornés les charniers des Innocents; les sujets constituant
- cette décoration lugubre ont été transmis à la postérité par
- l'imagerie populaire et se trouvent reproduits en fac-similé dans
- _Paris et ses historiens_, p. 283 et suiv., d'après les éditions
- de Guyot Marchant. Il est bon de remarquer que la date fournie
- par le ms. de Rome placerait l'exécution de ces peintures entre
- le mois d'août 1424 et le carême de l'année 1425; le ms. de Paris
- indique l'année 1425.
-
-423. Item, après Pasques, ung pou devant la Sainct-Jehan, ceulx de la rue
-Sainct-Martin et des rues d'entour orent congié de faire ouvrir la porte
-Sainct-Martin à leurs coustz et despens, et de faire le pont leveys, les
-barrieres, brief et tout ce qu'à la porte convenoit pour lors, qui moult
-estoit endommaigée; car l'arche du pont estoit rompue, et les murs
-d'entour de toutes pars, et toutes les barrieres pouries, et toutes les
-serreures enroullies. Brief il sembloit que on ne l'eust point ouverte
-puys quarante ans, tant estoit tout desmolly et empiré; mais les habitans
-de la grant rue Sainct-Martin y firent si grant diligence et si bonne de
-leur peine et de leur argent, que on povoit bien dire que ilz avoient le
-cueur à l'euvre, car chascune dizene à son tour y alloit, et portoient
-pelles, houes, et hottes et penniers, et amplirent et vuyderent ce que y
-failloit ainsi faire, et tiroient les grans pierres des fossez, pesans
-une queue de vin ou plus. Et avec eulx se mettoient prebstres et clercs,
-qui de leur aider faisoient toute leur puissance, et firent par bonne
-diligence, tant de leurs corps pener que bien paier ouvriers, qu'elle fut
-plus tost faicte que chascun y povoit passer chevaulx et charrettes, VII
-sepmaines, que le commun peuple ne la jugoit, car tous ou le plus
-disoient qu'il seroit avant la Sainct-Remy qu'on y peust passer, et gens
-et harnoys, comme dit est, y passerent tout à leur aise l'an mil IIIIc
-XXV, et dist on que, passé avoit XXX ans, on n'y avoit veu passer autant
-de gens comme ce jour y passa. Et cedit jour la garderent les dizeniers
-du quartier, et le quartenier et le cinquantenier, et firent bonne chere
-ce jour de Sainct-Laurens, qui fut au mercredy.
-
-424. Item, le darrenier dimenche du moys d'aoust, fut fait ung esbatement
-en l'ostel nommé d'Arminac[808], en la rue Sainct-Honoré, que on mist
-IIII aveugles tous armez en ung [parc], chascun ung baston en sa main, et
-en ce lieu avoit ung fort pourcel, lequel ilz devoient avoir s'ilz le
-povoient tuer. Ainsi fut fait, et firent celle bataille si estrange, car
-ilz se donnerent tant de grans colz de ces bastons, que de pis leur en
-fut, car quant [le mieulx] cuidoient frapper le pourcel, ilz frappoient
-l'un sur l'autre, car se ilz n'eussent esté armez pour vray, ilz
-l'eussent[809] tué l'un l'autre.
-
- [808] L'hôtel d'Armagnac, qui servait de demeure au connétable
- Bernard d'Armagnac, était situé à proximité du collège des
- Bons-Enfants et de l'église Saint-Honoré.
-
- [809] Ms. de Paris: s'eussent tué.
-
-425. Item, le sabmedi vigille du dimenche devant dit, furent menez lesdiz
-aveugles parmi Paris, tous armez, une grant baniere devant, où il avoit
-ung pourcel pourtraict, et devant eulx ung homme jouant du bedon.
-
-426. Item, le jour Sainct-Leu et Sainct-Gilles, qui fut au sabmedy
-premier jour de septembre, proposerent aucuns de la parroisse faire ung
-esbatement nouvel, et le firent, et fut tel ledit esbatement: ilz
-prindrent une perche bien longue de six toises ou pres, et la ficherent
-en terre, et au droit bout de hault mirent ung pannier et dedens une
-grasse oue et six blans, et oingnirent tres bien la perche, et puis fut
-crié que qui pouroit aller querre ladicte oue en rampant contremont sans
-aide, la perche et pannier il auroit, et l'oue et les VI blans; mais
-oncques nul, tant sceut il bien gripper, n'y pot avenir. Mais au soir ung
-jeune varlet, qui avoit grippé le plus hault, ot l'oue, non pas le
-pennyer, ne les vi blans, ne la perche; et fut fait ce droit devant
-Quinquempoit, en la rue aux Oues.
-
-427. Et le mercredy suivant, on coppa la teste à ung chevalier, mauvès
-brigant, nommé messire Estienne de Favieres, né de Brie, tres mauvès
-larron et pire que larron, et furent penduz aucuns de ses disciples au
-gibet de Paris et en autres gibetz.
-
-428. Item, en celui mois, les Arminalx laisserent Rochefort[810] où ilz
-estoient assegez de noz gens, et si vindrent plus IIII temps que noz gens
-n'estoient pour lever le siege. Mais quant les Arminalx virent que noz
-gens estoient de si bonne ordonnance, ilz n'oserent approucher se non de
-bien loing, et firent une escarmouche bien aspre de leur traict, et les
-autres contre eulx moult asprement, especialment ceulx de Paris qui moult
-les greverent de leur traict, dont plusieurs de delà furent navrez, aussi
-furent plusieurs de noz gens. Mais quant les Arminalx virent la bonne
-voulenté que noz gens avoient de eulx deffendre, comme il apparoit à
-eulx, ilz orent paour et tindrent la chose en estat, et en ce faisant
-firent vuyder leur bagaige le plus tost qu'ilz peurent. Et quant ilz
-sceurent que ce fut fait, ilz firent maniere d'entrer dedens Rochefort,
-mais ilz firent autrement, car ilz firent bouter le feu dedens, et
-ardirent blez et lars et autres biens qu'ilz ne povoient emporter, à fin
-telle que les autres n'en amandassent de rien; et quant ilz virent que le
-feu montoit hault et que on ne le pouroit destaindre, ilz s'en allerent
-[ainsi] sans plus faire. Ung pou après noz gens allèrent dedens, ilz n'y
-trouverent que les paroys, si s'en revint chascun en son lieu.
-
- [810] Le château de Rochefort en Yveline (Seine-et-Oise, arr. de
- Rambouillet, canton de Dourdan), enlevé en 1426 par les Anglais
- sous la conduite du sire de Scales, fut recouvré en 1427 par
- Géraud de la Pallière, capitaine gascon au service de Charles
- VII, mais il retomba l'année suivante au pouvoir du comte de
- Salisbury (Cf. Chron. de J. Raoulet, c. 17, de Cousinot le
- Chancelier, p. 202, de Cousinot de Montreuil, p. 256).
-
-429. Item, en ce temps fut ouverte la porte de Montmartre ou moys de
-septembre, et ou moys d'octobre fut fait le pont leveys.
-
-430. Item, en ce temps couroit une monnoie à Paris, nommée placques[811],
-pour XII deniers parisis, et estoient de par le duc de Bourgongne;
-lesquelles placques, quant on vit que chascun en avoit ou pou ou grant,
-on les cria parmy Paris, le sabmedi XIIe jour de novembre mil IIIIc XXV,
-à VIII doubles qui avoient esté prins pour neuf doubles, dont grant
-murmure fut, mais à souffrir le convint, quoy que le cueur en
-doulust[812].
-
- [811] Sous le nom de «placques», il faut entendre une monnaie
- flamande, frappée par les ducs de Bourgogne et ayant cours dans
- les Pays-Bas; l'atelier monétaire de Tournai, pendant toute la
- durée de la domination anglaise, en fabriqua d'analogues pour le
- compte de Charles VII. M. de Saulcy, dans ses _Recherches sur les
- monnaies du système flamand frappées à Tournai_ (t. XXXVII des
- _Mém. de la Soc. des Antiq. de France_), assimile avec raison aux
- plaques de Flandres les doubles gros de 14 deniers tournois et
- aux demi-plaques les petits gros de 7 deniers tournois,
- d'émission française.
-
- [812] Par un mandement à l'adresse du prévôt de Paris, publié le
- samedi 17 novembre 1425 (Arch. nat., Z{1b} 60, fol. 4 rº), il fut
- interdit à tout marchand de prendre les monnaies flamandes, dites
- placques, pour plus de huit doubles, et les demi-placques connues
- sous la dénomination de «gros de Flandres» pour plus de quatre
- doubles; le prétexte mis en avant pour justifier cette mesure
- était la nécessité de réagir contre la surélévation de ces
- espèces, de meilleur titre et par conséquent fort recherchées.
- Une nouvelle ordonnance du 13 mars 1429 abaissa encore le cours
- des plaques qui furent mises à 7 doubles pièce, et des
- demi-plaques ou gros dans la même proportion (_Ibid._, fol. 17
- rº).
-
-
- [1426.]
-
-
-431. Item, la premiere sepmaine de janvier mil IIIIc XXV, vint une grant
-plainte[813] à Paris de laboureurs pour larrons brigans qui estoient
-entour à XII, à XVI[814], à XX lieues de Paris environ, et faisoient tant
-de maulx que nul ne le diroit, et si n'avoient point d'aveu et nul
-estandart, et estoient pouvres gentilz hommes qui ainsi devenoient
-larrons de jour et de nuyt. Quant le prevost de Paris ouyt la plainte, si
-print les compaignons de la LXne de Paris, d'arbalestiers et d'archiers,
-et les mena hastivement où on lui avoit dit que ces larrons reperoient,
-et tant fist que en mains de VIII jours il en print plus de IIc et les
-envoya en diverses prinsons es bonnes villes dont plus pres estoit, et le
-mercredy, IXe jour du moys de janvier mil IIIIc, en admena à Paris deux
-charettées des plus gros, et n'estoient que XX ou environ.
-
- [813] Ms. de Rome: planté.
-
- [814] Ms. de Paris: ou à XV.
-432. Item, en ce temps avoit tousjours guerre le frere du regent de
-France au duc de Bourgongne, et firent plusieurs escarmouches les
-Flamens et les Anglois de la partie dudit frere du regent[815].
-
- [815] Notre chroniqueur fait probablement allusion aux hostilités
- qui résultèrent de la fuite précipitée de la duchesse Jacqueline
- de Bavière, retenue prisonnière à Gand par le duc de Bourgogne.
- Monstrelet (t. IV, p. 253, 256), après avoir raconté quelques-uns
- des épisodes de la lutte engagée, notamment la déroute des
- Anglais envoyés par le duc de Glocester sous le commandement du
- seigneur de Fitzwalter, se borne à mentionner «plusieurs
- rencontres et grans escarmuces» dont le pays de Hollande fut le
- théâtre et qui tournèrent pour la plupart à la confusion des gens
- de la duchesse Jacqueline de Bavière.
-
-433. Item, en ce temps on crioit les harens froys parmy Paris à la moitié
-de karesme, environ la Sainct-Benoist, et en vint grant foison à Paris.
-
-434. Item, on avoit aussi bons poys qu'il en fut oncques nulz, le boessel
-pour III blans ou XIIII deniers; feves pour X deniers ou pour XII
-deniers.
-
-435. Item, en ce temps commença la guerre entre les Angloys et les
-Bretons, et [prindrent] les Angloys la ville de Sainct-James-de
-Beuveron[816], et la garnirent de vivres et la fortifierent moult; et les
-Bretons les assegerent dedens la ville en mars, l'an mil CCCC XXV, et là
-furent jusques après Pasques l'an mil IIIIc XXVI, qui traicterent
-ensemble sans cop ferir; et disoit on communement que aucuns des grans de
-Bretaigne, evesques[817] ou autres, en orent de l'argent, dont la
-commune de Bretaigne en fut trop mal comptent, mais ilz l'endurerent pour
-celle foys.
-
- [816] Saint-James-de-Beuvron, place normande sur les confins de
- la Bretagne, occupée par les Anglais que commandait Thomas de
- Rameston, lieutenant du comte de Suffolk, fut investie par le
- comte de Richemont, rallié depuis peu à la cause de Charles VII
- et créé connétable. L'armée bretonne, qui se montait d'après la
- Chronique de la Pucelle (p. 240) à quinze ou seize mille
- combattants, donna l'assaut et, après avoir essuyé un sanglant
- échec, fut obligée de lever le siège et de battre en retraite
- (cf. Monstrelet, t. IV, p. 286).
-
- [817] Cousinot le Chancelier, dans les quelques lignes qu'il
- consacre au siège de Saint-James-de-Beuvron, parle de la «malice
- et traïson de l'evesque de Nantes» (J. de Malestroit) qui aurait
- fait échouer l'entreprise (_Geste des nobles_, p. 199).
-
-436. Item, en ce temps estoit recommancée la guerre entre le duc de
-Bourgongne et le frere du regent de France, et fut adong levée une grosse
-taille, qui moult greva le menu peuple.
-
-437. Item ou moys de juing ensuivant, furent les eaues si grandes par
-toute France que la propre nuyt de la Sainct-Jehan, l'an mil IIIIc XXVI,
-quant le feu fut bien alumé et que les gens danssoient autour, et que le
-feu fut abatu, la riviere creut tant quelle vint destaindre le feu, et
-print on ce que on pot avoir du feu hastivement, et le boys qui n'estoit
-pas encore tout ars, et le porta on vers la croix, et là fut ars le
-remenant de la buche. Mais avant qu'il fust IIII jours ou six après, elle
-fut si desmesurée qu'elle passa la croix, et furent les marays de Paris
-plains d'eaue; et commença à l'antrée de juing, et fut avant X ou XII
-jours, ou moys de juillet, qui sont bien XL jours, qu'elle fust tant
-apetissée que d'estre marchande, et furent les gaignages des bas païs
-[avecques] tous perduz. Pour ce fut faicte une procession generalle la
-sepmaine d'après la Sainct Jehan, mercredy devant Sainct-Pere et
-Sainct-Paul, qui fut moult solempnelle et piteuse; et allerent les
-parroisses à Nostre-Dame, et porterent la chace de la benoiste vierge
-Marie, c'est assavoir, par le pont qui est derriere l'Ostel Dieu, et puis
-par la rue premiere d'oultre le Petit Chastellet, et allerent par dessus
-le Pont-Neuf, et après par le Grant-Pont, et revindrent par le pont
-Nostre-Dame en la grant eglise; et là chanterent une messe de la Vierge
-Marie moult devotement, et fist on ung moult piteux sermon, et le fist
-frere Jaques de Touraine[818], religieux de l'ordre Sainct-Françoys[819].
-
- [818] Ms. de Paris: frère Jacques Tourans.
-
- [819] Jacques de Touraine, alias _Texier_ ou _Textoris_, docteur
- en théologie de l'Université de Paris, est bien connu par le rôle
- qu'il joua dans le procès de Jeanne d'Arc; appelé à siéger parmi
- ses juges, cet ardent cordelier se signala par sa partialité et
- revint à Paris avec ses confrères pour soumettre aux Facultés les
- pièces de la procédure; les Anglais rétribuèrent son zèle par une
- allocation de cent livres indépendante de la somme de vingt sols
- tournois par jour qui lui fut payée pendant son séjour à Rouen
- (cf. Quicherat, _Procès de Jeanne d'Arc_, t. V, p. 197, 203).
- Deux ans plus tard, nous voyons Jacques de Touraine porter la
- parole au nom de l'Université dans l'affaire de Me Paul (ou
- Paoul) Nicolas, bachelier formé en théologie, exclu du corps
- enseignant pour avoir tenu des propos séditieux et pour avoir
- fomenté la discorde entre les suppôts de sa nation (Arch. nat.,
- X{la} 4797, fol. 44 rº, 46 rº); le même orateur, toujours délégué
- par l'Université, se présenta le 7 mai 1433 devant le Parlement
- et démontra «moult plainement et notablement par raisons et
- escriptures» que l'ordonnance touchant la collation des bénéfices
- par distribution alternative était «moult convenable et utile» et
- devait être observée et exécutée (_Ibid._, fol. 66 vº, 83 vº).
- Jacques de Touraine n'existait plus en 1450 lors de la révision
- du procès de Jeanne d'Arc.
-
-438. Item, en ce temps fut le Landit ou lieu acoustumé, qui n'avoit mais
-sis puis l'an mil IIIIc XVIII[820].
-
- [820] «Le mercredi 12 juin 1426, dit Clément de Fauquembergue,
- l'evesque de Chalon (Jean IV de Sarrebruck, 1420-1438) en
- l'absence de l'evesque de Paris a fait la bénédiction du Lendit
- que on n'avoit tenu long temps a pour le peril et empeschement
- des guerres.» (Arch. nat., X{la} 4794, fol. 256 rº.)
-
-439. Item, en celle année IIIIc XXVI, fut tant de serises que maintes
-foys on en avoit es halles de Paris IX livres pour ung blanc de IIII
-deniers parisis; mais, tout courant plus de six sepmaines, on en avoit VI
-livres pour IIII deniers parisis, et durerent jusques à la my aoust, que
-on avoit la livre touzjours pour deux deniers, ou au plus pour II
-doubles, qui ne valloient pas IIII tournois.
-
-440. Item, en septembre, le jour Saincte-Croix, qui fut au sabmedy, fut
-la porte Sainct-Martin, comme davant avoit esté, fermée sans murer, et
-demoura fermée jusques au VIIe jour de decembre ensuivant, l'endemain de
-la feste Sainct-Nicolas d'yver; et furent les dizeniers du quartier et
-plusieurs autres gens d'onneur, à laquelle peticion et requeste ladicte
-porte avoit esté ouverte. Là fut le prevost des marchans et les eschevins
-qui à la porte ouvrir dirent: «Entre vous, bourgoys[821] et mesnaigers,
-ceste porte soit ouverte et gardée à voz perilz.» Et ainsi fut ouverte la
-porte [Sainct-Martin] au sabmedi VIIe jour de decembre.
-
- [821] Ms. de Paris: Entres, bons bourgoys.
-
-441. Item, le dimenche XVIe jour dudit moys, fut faicte procession
-generalle à Sainct-Magloire [encontre] aucuns hereses[822] qui avoient
-herré contre nostre foy, comme devant est dit, ou moys de may mil IIIIc
-XXIIII, de leurs invocacions et de ce qui fut fait, c'est assavoir, par
-maistre Guillaume l'Amy[823], maistre Angle du Temple et plusieurs
-autres, en la prouchaine rue d'emprès le Temple, du renc du Temple, et
-est nommé la rue Portefin[824].
-
- [822] Sous la rubrique: _De causa tangente fidem_, le registre
- capitulaire de Notre-Dame pour l'année 1426 donne quelques
- détails sur la procédure instruite contre divers individus
- entachés d'hérésie, notamment contre maître Guillaume Vignier,
- clerc, et ses complices laïques. Suivant l'exposé présenté par
- l'inquisiteur de la foi dans la séance capitulaire du 9 novembre
- 1426, l'évêque de Paris, joint à l'inquisiteur, ayant revendiqué,
- contrairement aux prétentions de l'Université, le droit de juger
- les hérétiques incarcérés, le souverain pontife délégua en
- qualité de commissaires les évêques de Thérouanne et de Noyon, en
- présence desquels les chanoines de Notre-Dame, le siège épiscopal
- vacant, durent comparaître; ils déclarèrent à l'inquisiteur
- qu'après avoir pris connaissance de la sentence rendue par
- l'évêque de Paris et de l'appellation interjetée par
- l'Université, ils rendraient réponse. Le sous-inquisiteur, frère
- Martin, s'opposa le même jour à la mise en liberté d'un certain
- Radigo, condamné pour fait d'hérésie _ad carceris oblietas_. A la
- date du 11 novembre, le chapitre désigna quatre fondés de
- procuration chargés de suivre cette affaire dont les registres
- capitulaires ne font plus mention (Arch. nat., LL 216, fol. 67,
- 69).
-
- [823] Peut-être s'agit-il de Guillaume l'Amy, clerc en la Chambre
- des comptes, qui dressa les 12 et 23 juin 1420 l'inventaire des
- châteaux de Beauté et de Vincennes (_Revue archéolog_., 1854, p.
- 456) et que nous voyons figurer en 1431 avec Pierre Verrat et
- Hugues de Dicy parmi les exécuteurs testamentaires de Marie de
- Passy, veuve de Robert de Châtillon (Arch. nat., X{la} 67, fol.
- 157 vº). Il mourut avant 1435, laissant une veuve, Antoinette de
- Maignac, qui soutint plusieurs procès au Parlement au sujet de la
- succession de son mari (_Ibid._, X{la} 1481, fol. 120; X{la} 74,
- fol. 189 vº).
-
- [824] La rue Portefin, aujourd'hui Portefoin, comprise entre la
- rue du Temple et celle des Enfants-Rouges, s'appelait au XIIIe
- siècle rue des Poulies et tira son nom actuel de l'hôtel qu'y
- possédait Jean Portefin.
-
-442. Item, y fut proposé à ladicte procession que le Sainct-Pere vouloit
-que l'Université en feist son devoir, et à ce faire leur ordonna III ou
-IIII evesques pour estre avecques eulx, c'est assavoir, l'evesque de
-Terouanne[825], qui pour lors estoit chancellier de France, et l'evesque
-de Beauvays[826].
-
- [825] Louis de Luxembourg, évêque de Thérouanne, nommé chancelier
- de France en remplacement de Jean le Clerc, démissionnaire, par
- lettres du 7 février 1425 (Arch. nat., X{la} 8603, fol. 89 vº),
- fut installé le même jour dans ses fonctions et prêta serment
- entre les mains du duc de Bedford (_Ibid._, X{la} 1480, fol. 315
- vº).
-
- [826] Pierre Cauchon occupa le siège épiscopal de Beauvais de
- 1420 à 1430 et fut appelé à l'évêché de Lisieux par bulle du 29
- janvier 1432.
-
-
- [1427.]
-
-
-443. Item, le VIIe jour de janvier IIIIc XXVI, fut crié que les doubles
-[du coing de France, les IIII] ne vauldroient que ung blanc I denier la
-piece, et que ceulx qui [estoient] signés aux armes d'Angleterre ne se
-changeroient point[827].
-
- [827] L'ordonnance du 20 novembre 1426, publiée «à cry publique
- par les carrefours de Paris» le 7 janvier 1427, tout en prohibant
- les doubles aux armes de France, donna cours aux doubles frappés
- en Normandie, à raison de trois pour un petit blanc, et
- n'autorisa comme monnaies d'or que les saluts, les nobles,
- demi-nobles et quarts de nobles; quant aux écus et petits moutons
- d'or, qui subirent, comme l'on voit, une assez forte
- dépréciation, l'ordonnance officielle ne réglementa point leur
- cours. En ce qui concerne les saluts, à la suite des réclamations
- populaires, les changeurs eurent ordre de les prendre pour 21
- sols 4 deniers parisis la pièce (Arch. nat., Z{1b} 60, fol. 13
- rº; X{la} 8603, fol. 95 vº). Le nouveau règlement, relatif aux
- monnaies, est également mentionné dans les registres capitulaires
- de Notre-Dame. «Martis sequentis moneta cecidit, dit le greffier
- du chapitre, nam duplices, quorum tres valebant album de cugno
- Francie, fuerunt omnino prohibiti et tres de cugno Anglie
- manserunt in suo valore, et omnes monete auri fuerunt prohibite
- recipi, preterquam salutes de cugno Anglie, de Burgundia,
- Flandria et Britannia, et sic cecidit omnis que non habuit signum
- leopardi cum lilio.» (_Ibid._, LL 216, fol. 77.)
-
-444. Item, escus d'or, que on prenoit pour XXIII solz, furent mis à XVIII
-solz.
-
-445. Item, petis moutons d'or, pour ce qu'ilz estoient aux armes de
-France [comme les escus], furent mis à XII solz parisis, qui devant en
-valloient XV solz; et vray est que le lendemain que le cry fut fait, on
-ne eust eu ne pain ne vin, ne quelque neccessité des doubles françoys, ne
-les changeurs n'en vouloient donner deniers ne oboles[828]; et si n'avoit
-le peuple menu autre monnoye que celle, qui rien ne leur valu. Et quant
-ce virent aucuns que la perte leur estoit grande, si maudisoient fortune
-en appert et à secret, disans leurs voulentés des gouverneurs. Et vray
-fut que plusieurs gectoient par dessus les changes en la riviere leur
-monnoye, pour ce que rien n'en povoient avoir, car de VIII ou de X solz
-parisis on ne eust eu que IIII blans ou V au plus, et en fut gecté, celle
-sepmaine que la monnoie fut criée, en la riviere plus de cinquante
-fleurins ou la value en monnoye par droit desespoir.
-
- [828] Ce n'est pas tout à fait exact: l'autorité prit des mesures
- pour recevoir les doubles défendus jusqu'à concurrence de 20 sols
- par personne. Voici, d'après le registre officiel de la Cour des
- Monnaies (Arch. nat., Z{1b} 3, fol. 77 vº), le texte même de la
- délibération relative au change des doubles que l'on jugeait à
- propos de retirer de la circulation: «Dimenche, ve jour de
- janvier, l'an mil ccccxxvi, fut deliberé en l'ostel de monsr le
- premier president où estoient ledit monsr le president, sire
- Michel de Lalier, conseillier du roy nostre sire en sa Chambre
- des comptes, et les generaulx maistres des monnoies, que, à cause
- de ce qu'il estoit ordonné abatre le cours aux doubles faiz aux
- armes de France et de Bourgongne, il estoit expediant ordonner
- sur le grant pont de Paris viii changeurs auxquelx seroit baillé
- à chascun d'iceulx cent livres tournois en petiz deniers parisis
- noirs, pour iceulx bailler en change au peuple, et que à chascun
- d'iceulx seroit mis à leur change une baniere aux armes de
- France. Et pour ce faire furent ordonnez Jaquet Trotet, Pierre
- Chauviau, Alixandre des Marés, Gaucher Vivien, Gabriel Closier,
- Macelet de Genillac, Robin Climent et Jehan Huve.»
-
- «Lundi VIe jour dudit mois de janvier, de relevée, en la monnoie
- de Paris où estoient les generaulx maistres des monnoies, furent
- mandez les changeurs cy dessus nommez, ausquelx fut dit et exposé
- qu'il avoit esté ordonné par le conseil du roy nostre sire que,
- pour obvier _à la clameur du peuple_, à cause de ce que on avoit
- entencion de abatre le cours aux doubles faiz aux armes de France
- et de Bourgongne, il leur seroit baillé à chascun cent livres
- tournois en petiz parisis de l'argent du roy pour iceulx bailler
- au peuple, chascun denier pour ung bon double, ausquelx changeurs
- fut enjoint et commandé que ainsi le feissent sur peinne de
- l'amende.»
-
-446. Item, en ce temps, le regent de France estoit touzjours en
-Angleterre, ne nul signeur n'avoit en France, et se parti ledit regent de
-Paris le jour Sainct Eloy, premier jour de decembre IIIIc XXV[829].
-
- [829] Avant son départ pour l'Angleterre, le duc de Bedford fit
- rendre le 26 novembre 1425 des lettres nommant le comte de
- Warwick son lieutenant dans les pays de France, Vermandois,
- Champagne, Brie et Gâtinais; le comte de Salisbury au même titre
- en Normandie, Anjou, Maine, Vendômois, Chartrain, Beauce; le
- comte de Suffolk, lieutenant en la basse marche de Normandie. Ces
- lettres furent publiées au Châtelet le jeudi 13 décembre (Arch.
- nat., X{la} 8603, fol. 90 rº).
-
-447. Item, en ce temps, estoit le siege devant Moymer en Champaigne[830],
-et là estoit le conte de Salcebry, qui moult estoit chevallereux et bon
-homme d'armes et substil en tous ses faiz.
-
- [830] Moymer ou Montaimé, place forte située non loin de Vertus,
- était occupée en 1425 par Eustache de Conflans; le comte de
- Salisbury en fit le siège et ne s'en rendit maître qu'au prix de
- lourds sacrifices. Vers le mois d'octobre 1425, le président
- Jacques Branlard fut chargé de recouvrer une aide destinée au
- payement des gens de guerre qui assiégeaient cette forteresse
- (Cf. Stevenson, _Wars of the English_, vol. II, part. 1, p. 56).
- Après la reddition de la place, le capitaine anglais en ordonna
- le démantèlement et confia le soin de cette opération à Jean
- Blanchard, fermier de la prévôté d'Épernay, qui y vaqua huit
- jours et y employa quinze ou seize charpentiers (Arch. nat., JJ
- 174, fol. 97 rº).
-
-448. Item, en celle année fut faicte une ordonnance de par le prevost de
-Paris et de par les signeurs de Parlement, que nul sergent à cheval, ne
-nul sergent à verge, s'il n'estoit marié ou s'il ne se marioit,
-n'officeroit plus[831]; et fut le terme de eulx marier depuis la
-Toussaint jusques à Quasimodo ou après, sans passer l'Ascencion de
-Nostre-Seigneur.
-
- [831] L'ordonnance réorganisatrice du Châtelet, rendue en mai
- 1425 et publiée le 23 octobre suivant, défendait de recevoir à
- l'office de sergent tout individu n'étant pas «lay ou marié, ou
- portant tonsure ou continuelment portant habit royé ou party.»
- (Arch. nat., Y 1, fol. 79 vº.) Le mercredi 11 septembre 1426, le
- Parlement imposa aux sergents du Châtelet, qui, au temps de la
- publication de l'ordonnance précitée, «estoient clercs non
- mariez», l'obligation de se marier dans le délai de la Chandeleur
- prochaine, sous peine de voir leurs offices déclarés vacants
- (_Ibid._, X{la} 1480, fol. 357 vº). C'est à cette mesure, dont le
- prévôt de Paris fut chargé d'assurer la mise à exécution, que
- doit se référer ce passage de notre chronique.
-
-449. Et en cel an fut tres grant yver, car le premier jour de l'an
-commença à geler, et dura XXXVI jours sans cesser, et pour ce fut la
-verdure toute faillie, car il n'estoit nouvelle de choulx, ne de porée,
-ne de persil, ne de herbes.
-
-450. Item, en ce temps fut fait evesque de Paris maistre Nicolle Frallon,
-et fut receu à Nostre-Dame de Paris[832] le [sabmedy] XXVIIIe jour de
-decembre IIIIc XXVI[833].
-
- [832] «De Paris» manque dans le ms. de Rome.
-
- [833] Nicolas Fraillon, docteur _in utroque jure_, conseiller au
- Parlement, devint maître des requêtes de l'hôtel le 26 novembre
- 1412; reçu chanoine de Notre-Dame le 26 mars 1406 et official le
- 17 octobre 1426 (Arch. nat., LL 212c, fol. 547, LL 215, fol.
- 288), il fut élu évêque de Paris le 28 décembre 1426,
- contrairement au vœu exprimé par le régent et le duc de
- Bourgogne, qui recommandèrent au choix du chapitre Jacques du
- Châtelier; mais, malgré son intronisation, Fraillon n'occupa que
- temporairement le siège épiscopal et fut remplacé le 8 avril 1427
- par son rival muni de bulles apostoliques (_Ibid._, LL 216, fol.
- 89). Ne pouvant garder l'épiscopat, Fraillon se contenta de
- l'archidiaconé de Paris, où Jacques Jouvenel des Ursins le
- remplaça le 13 avril 1441. Il était à cette dernière date en
- procès avec Guillaume Évrard au sujet de la cure de
- Saint-Gervais: un arrêt du 11 septembre 1441 le débouta de ses
- prétentions (_Ibid._, X{la} 1481, fol. 214 vº). Il habitait dans
- le cloître Notre-Dame une maison donnant sur le cloître
- Saint-Denis de la Châtre (_Ibid._, LL 215, fol. 107).
-
-451. Item, il fut avant la fin de mars que verdure yssist de terre et
-encore n'en avoit on point pour moins de II deniers; car il gela tres
-fort à glace presque tout le moys de fevrier, pour ce fut verdure si
-chere.
-
-452. Item, le Ve jour d'avril à ung sabmedi, vigille du dimenche [perdu],
-vint le regent à Paris[834], qui avoit demoré en Angleterre XVI moys
-pour cuider traicter paix entre le duc de Bourgongne, frere de sa femme,
-et son frere le duc de Clocestre, mais il n'y pot mettre paix à celle
-foys[835].
-
- [834] Le duc de Bedford rentra en France vers la fin de février
- 1427; le jeudi 27 de ce mois, le chancelier et autres du conseil
- royal partirent de Paris pour aller en Picardie au-devant de ce
- prince qui revenait d'Angleterre (Arch. nat., X{la} 1480, fol.
- 368 rº).
-
- [835] Le différend qui divisait les ducs de Bourgogne et de
- Glocester s'envenima au point qu'un gage de bataille fut échangé;
- le Parlement de Paris, voyant la querelle se prolonger, jugea à
- propos d'intervenir et s'avisa, le 13 août 1427, «de rescripre
- lettres closes exhortatives à fin de paix et concorde.» (Arch.
- nat., X{la} 1480, fol. 381 rº.)
-
-453. Item, vint le cardinal de Vincestre[836] le derrain jour d'avril
-ensuivant IIIIc XXVII, lequel estoit oncle au regent de France et avoit
-plus grant tynel avec lui, quant il vint, que le regent de France, [qui
-estoit gouverneur de France] et d'Angleterre.
-
-454. Item, le moys d'avril et du moys de may jusques environ III ou IIII
-jours en la fin, ne cessa de faire tres grant froit, et ne fut guere
-sepmaine qu'il ne gelast [ou greslast] tres fort, et touz jours plouvoit.
-Et le lundi devant l'Ascencion la procession de Nostre-Dame et sa
-compaignie furent à Montmartre; et ce jour ne cessa de plouvoir depuis
-environ IX heures au matin jusques à troys heures après disner, non pas
-qu'ilz se musassent pour la pluye, mais pour certain les chemins furent
-si tres fort enfondrés entre Montmartre et Paris que nous mismes une
-heure largement à venir de Montmartre à Sainct-Ladre. Et de là vint la
-procession par Sainct-Laurens, et, au departir de Sainct-Laurens, il
-estoit environ une heure ou plus, la pluie s'efforça plus fort que
-devant. Et à celle heure s'en alloit le regent et sa femme par la porte
-Sainct-Martin, et encontrerent la procession dont ilz tindrent moult pou
-de compte, car ilz chevaulchoient moult fort, et ceulx de la procession
-ne porent reculler, si furent moult toulliez [de la boue que les piez des
-chevaulx gectoient] par devant et darriere, mais oncques n'y ot [nul] si
-gentil qui, pour chasse ne pour procession, se daingnast ung pou
-arrester. Ainsi s'en vint à Paris la procession le plus tost qu'elle pot,
-et si fut entre II et III heures quant ilz vindrent à Sainct-Merry. A
-cellui jour se parti le regent pour aller devers le duc de
-Bourgongne[837], comme devant est dit, qui fut le XXVIe jour de may l'an
-mil CCCC XXVII.
-
- [836] Henri de Beaufort, évêque de Lincoln, puis de Winchester,
- promu au cardinalat en 1426 par le pape Martin V, reçut le 27
- mars 1427, dans l'église de Notre-Dame de Calais, le chapeau de
- cardinal des mains de son neveu le duc de Bedford; il mourut le
- 11 avril 1447.
-
- [837] Jean de Lancastre se rendit à Lille, où il eut plusieurs
- entrevues avec le duc de Bourgogne pour apaiser le différend
- existant entre ce prince et le duc de Glocester (Monstrelet, t.
- IV, p. 258).
-
-455. Item, le premier jour de juing oudit an, fist l'evesque de Paris sa
-feste, et fut confermé evesque; et ne fut plus parlé de l'election qui
-davant avoit esté faicte, c'est assavoir, de messire Nicolle Frallon,
-lequel avoit esté esleu de tout le chappitre de Nostre-Dame, mais
-nonobstant l'ellection du chappitre ledit Nicollas Frallon en fut
-débouté, et l'autre dedens bouté, car ainsi le plaisoit aux gouverneurs;
-et estoit nommé le grant tresorier de Rains et en son propre nom messire
-Jaques[838].
-
- [838] Jacques du Châtelier, trésorier de Reims, originaire de
- Bourgogne, vint le 16 octobre 1426 annoncer au chapitre de
- Notre-Dame la mort de l'évêque Jean de Nant et se mit sur les
- rangs pour recueillir sa succession. Le régent et sa femme se
- joignirent au duc de Bourgogne pour écrire en sa faveur au
- chapitre et le firent recommander par le chancelier de
- Thérouanne, l'archevêque de Rouen et l'évêque de Noyon. Le 8
- avril 1427, Jacques du Châtelier, représenté par Jacques
- Branlard, se fit mettre en possession de l'évêché de Paris qu'il
- s'était fait adjuger par la cour de Rome malgré l'élection de
- Nicolas Fraillon; après sa consécration en l'église de
- Sainte-Geneviève, il fut reçu à Notre-Dame le dimanche 1er juin
- avec le cérémonial accoutumé. Le nouvel évêque, reconnaissant de
- l'appui que lui avait prêté le Parlement, l'invita à sa première
- entrée _in pontificalibus_, ainsi qu'au dîner qui eut lieu le
- même jour en son hôtel épiscopal, et, non content de ce, vint en
- personne remercier la compagnie (Arch. nat., X{la} 1480, fol. 375
- vº, 376 rº; LL 216, fol. 61, 72, 89, 91, 95).
-
-456. Item, en cel an fut la riviere de Saine si tres grande[839], car à
-la Penthecoste, qui fut le VIIIe jour de juing, estoit ladicte riviere à
-la croix de Greve, et se tint en ce point jusques au bout des festes, et
-le jeudy elle crut de pres de pié et demy de hault; et fut l'isle
-Nostre-Dame couverte, et aux Ormetiaux[840] qui sont deça de l'autre
-costé de la riviere, devers l'eglise de Sainct-Paul, presque toute la
-terre estoit couverte; et ce n'estoit mie trop grant merveille, car
-depuis la moittié du moys d'avril jusques au lundy de la Penthecoste, qui
-fut le IXe jour de juing l'an mil IIIIc XXVII ne fina de plovoir[841], et
-touzjours jusques à cellui jour faisoit tres grant froit comme à l'entrée
-de mars. Et en ce temps faisoit on processions moult piteuses et dedens
-Paris[842] et aux villaiges; car, le mercredi des feriers de la saincte
-feste de Penthecoste, furent à[843] la beneïsson dix gros villaiges de
-devers la porte Sainct-Jacques, comme Vanves, Meudon, Clamart, Yssi,
-etc., et furent jusques à dix parroisses, tant qu'ilz furent bien de V à
-VIc personnes ou plus, femmes, enfens, vieilz et jeunes, la plus grant
-partie nudz piez, à croix et bannieres, chantant hymnes et louanges à
-Dieu nostre sire, pour la pitié de la grant eaue et pour la pitié de la
-froidure qu'il faisoit, car à ce jour n'eust on point trouvé une vigne en
-fleur.
-
- [839] De mémoire d'homme, suivant le témoignage d'un contemporain
- (Arch. nat., X{la} 1480, fol. 376 vº), la Seine n'avait atteint
- une pareille élévation; aussi ce débordement fut-il désastreux.
- Le chapitre de Notre-Dame eut particulièrement à en souffrir: il
- fut obligé de réparer les dégâts causés par l'inondation à une
- grande maison sise au port Saint-Landry et de remettre partie du
- fermage dû par un boucher près de l'Hôtel-Dieu, lequel amodiait
- l'herbe de l'île Notre-Dame alors couverte par les eaux (_Ibid._,
- LL 216, fol. 98, 99).
-
- [840] Il s'agit du quai des Célestins, alors nommé quai des
- Ormes,--des _Ormeteaux_,--à cause des arbres de cette essence que
- Charles V et Charles VI y avaient fait planter.
-
- [841] Suivant le greffier du chapitre de Notre-Dame, le temps
- pluvieux aurait duré jusqu'au milieu du mois de juillet (Arch.
- nat., LL 216, fol. 99).
-
- [842] Pendant le mois de juin, «des oroisons et prieres» furent
- ordonnées pour conjurer «l'indisposicion du temps et la tres
- grant inundacion des eaues et rivieres qui avoient fait de tres
- grans dommages» (Arch. nat., X{la} 4795, fol. 109 vº). Le mardi
- 10 juin, des processions générales se rendirent de Notre-Dame à
- Saint-Germain-l'Auxerrois; le lendemain, ce fut l'évêque et le
- chapitre de Paris qui allèrent au Lendit pour y faire la
- bénédiction; le 16 juin, nouvelle procession avec la châsse de
- Sainte-Geneviève; le 14 juillet, autre procession aux Jacobins
- (_Ibid._, X{la} 1480, fol. 376 vº; LL 216, fol. 96, 99).
-
- [843] Les mss. portent: fut le jour de.
-
-457. Item, en ce point vindrent à Paris, et de là à la beneïsson au
-Landit, et puis à Sainct-Denis en France, et là firent leurs devocions,
-et puis s'en revindrent tous jeuns à Paris, et telz y eut jusques en leur
-lieu, qui sont pres de dix lieues de terre. Et quant ilz passerent parmy
-Paris au retourner, il avoit bien dur cueur à qui le sang ne muast en
-pitié jusques aux lermes; car là eussiez veu tant de vieilles gens, tous
-nudz piez, tant de petiz enffens comme de XII ans ou de XIIII, si
-travaillez, car cellui jour fist si grant chault que merveilles.
-
-458. Item, le jeudy ensuivant, crut tant l'eaue que l'isle Nostre-Dame
-fut couverte, et devant l'isle, aux Ormetiaux, estoit tant creue que on y
-eust bien mené bateaux ou nacelles, et toutes les maisons d'entour qui
-basses estoient, comme le sellier et le premier estage, estoient plaines;
-telles y avoit dont le sellier estoit plain du hault de deux hommes, et
-là estoit pitié, car les vins si estoient par dessus l'eaue. Et en aucuns
-lieux, en estables qui estoient basses de III ou IIII degrez, l'eaue crut
-tant là entour que les chevaulx, qui fort liez là estoient, ne porent
-tous estre rescoux qu'ilz ne fussent noyez, les aucuns pour la grandeur
-de l'eaue qui sourdit en mains de deux heures de plus du hault de ung
-homme là endroit et ailleurs; car elle crut tant le vendredi et le
-sabmedi ensuivant qu'elle s'espandit jusques devant l'ostel de la ville,
-et fut plus d'un hault pié largement en l'ostel du mareschal qui demeure
-à l'opposite devant du costé de la Vannerie[844] et jusques au VIe degré
-de la croix de Greve, droit devant l'ostel de la ville au droit de la
-croix, et fut avant environ la Sainct-Eloy que on peust aller en la
-Mortellerie[845]. Et bref elle fut plus grande pres de deux piez de hault
-qu'elle n'avoit esté en l'année de devant, et par tous les lieux où elle
-fut, comme en blez, en avoynes, es marès, elle degasta tout et secha
-tellement que celle année ne firent oncques bien[846], car elle y fut
-bien V ou VI sepmaines.
-
- [844] La rue de la Vannerie partait de la rue Planche-Mibray et
- aboutissait à la place de Grève; elle a disparu en 1855, lors du
- percement de l'avenue Victoria.
-
- [845] La rue de la Mortellerie, parallèle à la Seine, commençait
- à la Grève et finissait au carrefour de l'Ave-Maria.
-
- [846] Ms. de Paris: ne furent avec bien.
-
-459. [Item, en ce temps fut ordonnée une grosse taille et cuillie sans
-mercy[847].]
-
- [847] Le gouvernement anglais fit effectivement lever une aide
- pour le recouvrement de Montargis et autres «forteresses voisines
- estans entre les rivieres de Seine et Loire»; mention en est
- faite dans un procès soutenu en 1428 à la Cour des Aides par les
- habitants de Nemours, qui furent taxés à 200 livres, somme
- excessive, prétendirent-ils, attendu qu'ils ne comptaient pas «de
- present plus de cinquante feux, et ilz souloient bien estre IIIIc
- et plus» (Arch. nat., Z{1a} 7, fol. 128 rº). A Paris, le régent
- demanda également un subside au clergé pour concourir au même
- but. Le lundi 11 août, le chapitre de Notre-Dame, convoqué à cet
- effet, décida de consigner par écrit tout ce que le roi devait à
- Notre-Dame, «de quo nichil solvit», et de présenter cette note à
- son conseil; le 1er septembre, c'est-à-dire quatre jours avant la
- levée du siège de Montargis, les chanoines s'assemblèrent afin de
- délibérer sur l'aide destinée aux troupes anglaises (_Ibid._, LL
- 216, fol. 101, 104).
-
-460. Item, en ce temps, environ XV jours en juillet, fist mettre le
-regent le siege devant Montargis[848]. Et le VIe jour d'aoust ensuivant
-fut ordonné que on ne feroit plus pain que de II deniers parisis et de I
-denier piece, et ainsi fut fait, et bien avoit VIII ou IX ans que on n'en
-avoit point [fait] à Paris, qui mains vaulsist de II deniers.
-
- [848] Dès la seconde moitié du mois de juin, le prévôt de Paris
- reçut mandat de fournir l'armée assiégeante de viande et de
- vivres; le 24 juin, il réunit à cet effet les bouchers et
- vendeurs et les mit en demeure d'envoyer soixante «chiefs
- d'aumaille» (gros bétail), soixante porcs et cent moutons; sur
- cette commande forcée, les bouchers de la grande boucherie
- devaient à eux seuls livrer pour leur part cinq aumailles, vingt
- porcs et vingt moutons; ils s'y refusèrent absolument. Alors deux
- examinateurs du Châtelet, Jacques Cardon et Jean le Coletier, se
- présentèrent en l'écorcherie de Paris et, s'adressant
- successivement à divers bouchers, notamment à Thomas Thibert et
- Robert de Saint-Yon, jurés de la corporation, leur ordonnèrent,
- sous peine d'emprisonnement, d'expédier du bétail au siège de
- Montargis (Arch. nat., X{la} 4795, fol. 151 rº).
-
-461. Item, celle dicte sepmaine [mesmes], fut crié et publié que les
-escus d'or ne les moutons d'or n'auroient plus de cours pour nul prix que
-pour tant d'or[849].
-
- [849] Un mandement du 8 août 1427, publié le 9 août, à la seule
- fin «d'abatre le cours aux escuz et aux doubles faictz aux armes
- de France», prohiba d'une manière absolue toutes monnaies d'or et
- d'argent autres que les monnaies en voie de fabrication et ne
- laissa dans la circulation que les saluts et angelots d'or,
- nobles et fractions de nobles, grands blancs de dix deniers,
- petits blancs de cinq deniers, enfin les doubles de Normandie de
- trois pour un petit blanc (Arch. nat., Z{1b} 60, fol. 16 rº).
-
-462. Item, celle année, fut moult largement fruict et bon, car on avoit
-le cent de bonnes prunes pour I denier, et nulles n'estoient verouses, et
-de tout autre fruict largement, especialment d'amendes avoit tant sur les
-arbres qu'ilz en rompirent tous; et fist aussi bel aoust qu'il fist
-oncques d'aage de homme vivant, quoy que devant eust fait grant froidure
-et grant pluie, comme dit est, mais en pou de heure Dieu laboure, comme
-il appert ceste année, car les blez furent bons et largement.
-
-463. Item, le XVIIIe jour d'aoust ensuivant l'an mil IIIIc XXVII, se
-parti de Paris le regent, qui touzjours enrichissoit son païs d'aucune
-chose de ce royaulme, et si n'y rapportoit riens que une taille quant il
-revenoit. Et touz les jours couroient[850] les murtriers et larrons
-autour de Parys, comme touzjours pillant et robant, prenant, ne nul ne
-disoit: _Dimitte_.
-
- [850] Ms. de Paris: arrivoient.
-
-464. Le dimenche d'après la my-aoust, qui fut le XVIIe jour d'aoust oudit
-an mil IIIIc XXVII, vint à Paris XII penanciers, comme ilz disoient,
-c'est assavoir, ung duc et ung conte, et dix hommes tous à cheval, et
-lesquelx se disoient tres bons chrestiens, et estoient de la Basse
-Egipte; et encore disoient qu'ilz avoient esté chrestiens autresfois, et
-n'avoit pas grant temps que les chrestiens les avoient subjugués et tout
-leur païs et tous fais christianner ou mourir ceulx qui ne le vouloient
-estre; ceulx qui furent baptisez furent signeurs du païs comme devant, et
-promistrent d'estre bons et loyaulx et de garder la loy[851] de
-Jhesu-Crist jusques à la mort. Et avoient roy et royne en leur païs, qui
-demouroient en leur signeurie parce qu'ilz furent christiennez.
-
- [851] Ms. de Rome: foy.
-
-465. Item, vray est, comme ilz disoient, que, après aucuns temps qu'ilz
-orent prins la foy chrestienne, les Sarazins les vindrent assaillir,
-quant ilz se virent comme pou fermes en nostre foy à tres pou d'achoison,
-sans endurer gueres la guerre et sans faire leur devoir de leur païs
-deffendre que tres pou, se randirent à leurs ennemys et devindrent
-Sarazins comme devant, et renoierent[852] Nostre Signeur.
-
- [852] Ms. de Paris: renoncerent.
-
-466. Item, il advint après que les chrestiens, comme l'empereur
-d'Allemaigne, le roy de Poullaine et autres signeurs, quant ilz sorent
-qu'ilz orent ainsi faulcement et sans grant peine laissée nostre foy et
-qu'ilz estoient devenus sitost Sarazins et ydolatres, leur coururent sur
-et les vainquirent tantost, comme s'ilz cuidoient que on laissast en leur
-païs, comme à l'autre fois, pour devenir chrestiens. Mais l'empereur et
-les autres signeurs, par grant deliberacion de conseil, dirent que jamais
-ne tenroient terre en leur païs, se le pappe ne le consentoit, et qu'il
-convenoit que là allassent au Sainct-Pere à Romme; et là allerent tous,
-petiz et grans, à moult grant peine pour les enffans. Quant là furent,
-ilz confesserent en general leurs pechez. Quant le pappe ot ouye leur
-confession, par grant deliberacion de conseil, leur donna en penance
-d'aller VII ans ensuivant parmy le monde, sans coucher en lict, et pour
-avoir aucun confort pour leur despence, ordonna, comme on disoit, que
-tout evesque et abbé portant crosse leur donroit pour une foys dix livres
-tournois, et leur bailla lettres faisant mencion de ce aux prelatz
-d'eglise et leur donna sa beneisson, puis se departirent. Et furent
-avant cinq ans par le monde qu'ilz venissent à Paris, et vindrent le
-XVIIe jour d'aoust l'an mil IIIIc XXVII, les doze devant diz, et le jour
-Sainct Jehan Decolace vint le commun, lequel on ne laissa point entrer
-dedens Paris; mais par justice furent logez à la Chappelle-Sainct-Denis,
-et n'estoient point plus en tout, de hommes, de femmes et d'enfens de
-cent ou six vingt ou environ. Et quant ilz se partirent de leur païs,
-estoient mil ou XIIc, mais le remenant estoit [mort] en la voye, et leur
-roy et leur royne, et ceulx qui estoient en vie avoient esperance d'avoir
-encore des biens mondains, car le Sainct-Pere leur avoit promis qu'il
-leur donroit païs pour habiter bon et fertille, mais qu'ilz de bon cuer
-achevacent leur penance.
-
-467. Item, quant ilz furent à la Chappelle, on ne vit oncques plus grant
-allée de gens à la beneïsson du Landit que là alloit de Paris, de
-Sainct-Denis et d'entour Paris pour les veoir. Et vray est que les
-enffans d'icelx estoient tant habilles filx et filles que nulz plus, et
-le plus et presque tous avoient les deux oreilles percées, et en chascune
-oreille ung anel d'argent ou deux en chascune, et disoient que ce estoit
-gentillesse en leur païs.
-
-468. Item, les hommes estoient tres noirs, les cheveulx crespez, les plus
-laides femmes que on peust veoir et les plus noires; toutes avoient le
-visage deplaié, chevelx noirs comme la queue d'un cheval, pour toutes
-robbes une vieille flaussoie tres grosse d'un lien de drap ou de corde
-liée sur l'espaulle, et dessoubz ung povre roquet ou chemise pour tous
-paremens. Brief, ce estoient les plus povres creatures que on vit oncques
-venir en France de aage de homme. Et neantmoins leur povreté, en la
-compaignie avoit sorcieres qui regardoient es mains des gens et disoient
-ce que advenu leur estoit ou à advenir, et mirent contans en plusieurs
-mariaiges, car elles disoient (au mari): «Ta femme [ta femme t'a fait]
-coux», ou à la femme: «Ton mary t'a fait coulpe.» Et qui pis estoit, en
-parlant aux creatures, par art magicque, ou autrement, ou par l'ennemy
-d'enfer, ou par entregent d'abilité, faisoient vuyder[853] les bources
-aux gens et le mettoient en leur bource, comme on disoit. Et vrayement,
-je y fu III ou IIII foys pour parler à eulx, mais oncques ne m'aperceu
-d'un denier de perte, ne ne les vy regarder en main, mais ainsi le disoit
-le peuple partout, tant que la nouvelle en vint à l'evesque de Paris,
-lequel y alla et mena avec lui ung frere meneur, nommé le Petit Jacobin,
-lequel par le commandement de l'evesque fist là une belle predicacion, en
-excommuniant tous ceulx et celles qui ce faisoient et qui avoient creu et
-monstré leurs mains[854]. Et convint qu'ilz s'en allassent, et se
-partirent le jour de Nostre-Dame en septembre, et s'en allerent vers
-Pontoise.
-
- [853] Ms. de Rome: faisoient vuides les bources.
-
- [854] Ce que l'auteur du Journal raconte des bohémiennes qui
- lisaient l'avenir dans la main des visiteurs est parfaitement
- exact; l'autorité ecclésiastique fut même obligée de réagir
- contre l'entraînement populaire et fit célébrer, le dimanche 14
- septembre, des processions générales aux Jacobins, relativement à
- ceux qui avaient montré leurs mains aux Égyptiens. Voici en quels
- termes le fait est rapporté dans les registres capitulaires de
- Notre-Dame (Arch. nat., LL 216, fol. 205): «Veneris XII
- septembris, die dominica proxima, fient processiones generales ad
- Jacobitas pro facto illorum qui exhibuerunt manus suas illis
- extraneis de Egipto ad devinandum plura que petebant ab eis.»
-
-469. Item, le vendredy Ve jour de septembre l'an mil IIIIc XXVII, fut
-levé le siege par [les gens de] cellui qui se dit dalphin, qui estoit
-devant Montargis[855]. Et furent les Angloys moult grevez, car trop se
-fioient en leur force, et furent trouvez desarmez de leurs ennemys, qui
-bien en tuerent VIc ou plus, que marchans de vivre que hommes d'armes, et
-leur convint laisser le siege au droit temps que on cueult les biens.
-
- [855] La levée du siège de Montargis fut, pour employer les
- expressions de Cousinot de Montreuil (_Chronique de la Pucelle_,
- p. 247), «une bien vaillante entreprise mise à effet» par La
- Hire, aidé du bâtard d'Orléans; les Anglais, placés sous les
- ordres des comtes de Warwick et de Suffolk, éprouvèrent un
- sanglant échec qu'un narrateur parisien, Cl. de Fauquembergue, se
- borne à mentionner en deux lignes: «Ce jour (vendredi 5
- septembre), par puissance d'armes les ennemis leverent le siege
- que tenoit le conte de Sulfok devant Montargis.» (Arch. nat.,
- X{la} 1480, fol. 384 rº.)
-
-470. Item, en cel an faisoit aussi grant chault à la Sainct Remy ou
-pres[856] qu'il avoit fait à la Sainct Jehan, car en cel an ne fist pas
-plus d'ung moys d'esté. Par quoy les vignes apporterent si pou que le
-plus n'apporterent que ung caque de vin en l'arpent, et encore mains telz
-y avoit; moult se tenoit eureux qui en avoit en l'arpent ung muy ou une
-queue, et tout par le long yver qui tant dura que on vit oncques mais si
-long; et vraiement on trouvoit es almandiers après la feste de Toussains
-des almandes toutes vertes bonnes à peler comme à la my-aoust, et
-estoient de tres bon goust.
-
- [856] Ms. de Paris: auprès.
-
-471. Item, en ce temps fut le vin tres cher, car on avoit tres petit vin
-pour VIII deniers parisis pinte, et si estoit la monnoye tres bonne.
-
-472. Item, en cel an, ou pou devant, vint à Paris une femme nommée
-Margot, assez jeune, comme de XXVIII à XXX ans, qui estoit du païs de
-Henault, laquelle jouoit le mieulx à la palme que oncques homme eust veu,
-et avec ce jouoit devant main derriere main tres puissanment, tres
-malicieusement, tres abillement, comme povoit faire homme, et pou venoit
-de hommes à qui elle ne gaignast, se ce n'estoit les plus puissans
-joueux. Et estoit le jeu de Paris où le mieulx on jouoit en la rue
-Garnier-Sainct-Ladre, qui estoit nommé le Petit Temple[857].
-
- [857] L'immeuble où se tenait le jeu de paume de la rue
- Grenier-Saint-Lazare appartenait, au commencement du XVIe siècle,
- au couvent des Chartreux de Paris, comme le prouve une sentence
- des requêtes du Palais rendue le 21 avril 1501 au profit de ces
- religieux qui réclamaient les loyers dus par les «locateurs de
- certaines maisons assises en la rue Garnier-Saint-Ladre, où pend
- pour enseigne Melusine et le jeu de Paulme» (Arch. nat., X{3a}
- 13, fol. 2 rº). La plupart des jeux de paume, fréquentés par la
- population parisienne au XVe siècle, furent établis dans des
- plâtrières, exemple celui qui existait dès 1415 «en la
- plastrerie» de la rue Bourg-l'Abbé; un autre jeu non moins connu
- occupait «l'ostel de G. Soret en la rue de la Plaistriere», près
- de la porte Saint-Honoré (_Ibid._, JJ 172, no 166). C'est
- probablement le même que Sauval (t. II, p. 125) cite comme annexé
- à l'hôtel de Calais, au coin de la rue Plâtrière. Une autre rue
- du même quartier, la rue du Pélican, possédait également un jeu
- de paume, dont l'emplacement, avec une bâtisse neuve y attenante,
- fut revendiqué en 1437 par Aimeri Marchand, conseiller au
- Parlement, Jean de Vaudetar, avocat au Châtelet, et Barthélemy
- Claustre, au détriment du propriétaire, Colin Drouet, maréchal
- (Arch. nat., X{la} 1482, fol. 30 vº). Sur la rive gauche existait
- un jeu de paume dans l'hôtel dénommé le séjour d'Orléans, sis en
- la rue Saint-André-des-Arts (Sauval, t. III, p. 332).
-
-473. Item, en ce temps, environ quinze jours devant la Sainct Remy, cheut
-ung mauvais air corrumpu, dont une tres malvaise maladie avint que on
-appelloit la dando, et n'estoit nul ne nulle qui aucunement ne s'en
-sentist dedens le temps qu'elle dura. Et la maniere comment elle prenoit:
-elle commençoit es rains et es espaulles, et n'estoit [nul] quant elle
-prenoit qui ne cuidast avoir la gravelle, tant faisoit cruelle douleur,
-et après ce à tous venoient les assées ou fortes[858] frissons, et
-estoit-on bien VIII ou X ou XV jours que on ne povoit ne boire, ne
-menger, ne dormir, les uns plus, les autres mains; après ce venoit une
-toux si tres mauvaise à chascun que quant on estoit au sermon, on ne
-povoit entendre ce que le sermonneur disoit, pour la grant noise des
-tousseurs.
-
- [858] Ms. de Paris: les avez ou force frissons.
-
-474. Item, elle ot tres forte durée jusques après la Toussains bien XV
-jours ou plus. Et ne eussez gueres trouvé homme ne femme qui ne eust la
-bouche ou le nes tout eslevé de grosse rongne pour l'assées, et quant on
-encontroit l'un l'autre, [on demandoit: «As tu point eu de la dando».]
-S'il disoit non, on lui respondoit tantost: «Or te garde bien, que
-vraiement tu en gousteras[859] ung morcelet». Et vrayment on ne mantoit
-pas, que pour vray, il fut pou, fust petit ou grant, femme ou enfens, qui
-n'eust en ce temps ou assées, ou frissons, ou la toux qui trop duroit
-longuement.
-
- [859] Ms. de Rome: bouteras.
-
-475. Item, le XVe jour de decembre ensuivant, fut prins ung escuier nommé
-Sauvage de Fremonville[860] dedens le chastel de l'Isle-Adam, par force,
-lui et deux varletz, car plus n'y avoit de gens quant il fut prins. Assez
-fut qui le lia, et fut mis sur ung cheval, les piez liez et les mains,
-sans chaperon, en ce point admené à Baignollet où le regent estoit, qui
-tantost commanda que sans nul delay on le allast pandre au gibet
-hastivement, sans estre ouy en ses deffences, car on avoit grant paour
-qu'il ne fust rescoux, car de tres grant lignaige estoit. Ainsi fut amené
-au gibet, acompaigné du prevost de Paris et de plusieurs gens, et avec
-estoit ung nommé Pierre Baillé[861] qui avoit esté varlet cordouannier à
-Paris, et puis fut sergent à verge, et puis receveur de Paris, et lors
-estoit grant tresorier du Meinne. Lequel Pierre Baillé ne voult oncques,
-quant ledit Sauvaige demanda confession, qu'il vesquist si longuement,
-mais lui fist tantost monter l'eschelle, et monta après en deux ou trois
-eschelons en lui disant grosses parolles. Le Sauvaige ne lui respondit
-pas à sa voulenté, pour quoy ledit Pierre lui donna ung grant cop de
-baston, et en donna[862] V ou VI au bourrel pour ce qu'il l'interrogoit
-du sauvement de son ame. Quant le bourrel vit que l'autre avoit si malle
-voulenté, si ot paour que ledit Baillé ne lui feist pis, si se hasta
-plustost qu'il ne devoit pour la paour [et le pendit]; mais, pour ce que
-trop se hasta, la corde rompi ou se desnoua, et cheut ledit jugié sur les
-rains, et furent tous rompus et une jambe brisée, mais en celle douleur
-lui convint remonter, et fut pandu et estranglé. Et pour vray dire, on
-lui pourtoit une tres malle grace, especialment de plusieurs meurdres
-tres orribles, et disoit on qu'il avoit tué de sa main ou païs de
-Flandres ou de Haynault ung evesque.
-
- [860] Sauvage de Fremainville, hardi chef de partisans, excellait
- dans les coups de main et entreprises aventureuses. Vers 1419,
- servant la cause bourguignonne, il avait enlevé de vive force le
- château de Saint-Germain-en-Laye (Arch. nat., JJ 171, no 203).
- Lors du voyage que fit le duc de Bedford, au mois de décembre
- 1425, d'Amiens à Doullens, Fremainville fut assez mal avisé pour
- se mettre en embuscade sur le passage du régent qui n'échappa que
- fortuitement et ne lui pardonna pas ce guet-apens. Par ses
- ordres, Morelet de Béthencourt, chevalier du guet, réunit une
- troupe d'archers et d'arbalétriers, lesquels, pour faire plus
- grande diligence, empruntèrent de gré ou de force des montures
- aux religieux de Saint-Martin-des-Champs et se transportèrent à
- l'Ile-Adam. Quoique pris à l'improviste, Fremainville opposa une
- vive résistance et blessa mortellement l'un des assaillants, un
- sergent du nom de Colin l'Aignel, dont la veuve intenta un procès
- à Morelet de Béthencourt, gratifié par le roi de 200 livres de
- rente sur les biens dudit Fremainville. Par arrêt du 23 décembre
- 1429, le Parlement réduisit les prétentions de la veuve Colin
- l'Aignel à une somme de 100 livres une fois payée (Arch. nat.,
- X{la} 4795, fol. 192 vº, 193 rº, 231 vº, 241 vº; X{la} 67, fol.
- 27 vº).
-
- [861] Pierre Baillé, personnage de basse extraction et de mince
- valeur, dut son élévation à un dévouement sans bornes à la cause
- anglaise; il occupait dès 1425 le poste de receveur et payeur de
- la ville de Paris (Arch. nat., X{la} 1480, fol. 337 vº),
- peut-être même avait-il succédé à Jean Cointaut, qui s'était
- enfui lors de l'entrée des Bourguignons. Il était en même temps
- receveur des domaines et confiscations (A. Longnon, _Paris
- pendant la domination anglaise_, p. 265) et trésorier du duc de
- Bedford (Arch. nat., Z{1b} 3, fol. 167 rº). Vers cette époque, il
- remplaça comme receveur du Maine Richard Ruaut (accord du 6
- juillet 1428, _Ibid._, X{1c} 136). Après l'expulsion des Anglais
- de la capitale, il suivit leur fortune; de nombreuses quittances
- nous montrent Pierre Baillé remplissant les fonctions de receveur
- général des finances en Normandie de 1437 à 1446 (Stevenson,
- _Wars of the English in France_, vol. II, part. 11, p. 372 et
- passim).
-
- [862] Ms. de Rome: donnoit.
-
-
- [1428.]
-
-
-476. Item, en cel an après Pasques, qui furent le IIIIe jour d'avril l'an
-mil CCCC XXVIII, fut si grant foison de hannetons que on avoit oncques
-veu, et mengerent tellement [vignes], allemandiers, noyers et autres
-arbres, que par les contrées où ilz furent n'avoit, especiallement es
-noiers, nulles feuilles XV jours devant la Sainct Jehan Baptiste.
-
-477. Item, le duc de Bourgongne vint à Paris le XXIIe jour de may à ung
-sabmedi, vigille de la Penthecoste, et vint sur ung petit cheval en guise
-d'archer, et n'eust point esté congneu du peuple, ce n'eust esté le
-regent qui le compaignoit et la regente après.
-
-478. Item, il s'en alla le IIe jour de juing ensuivant, vueille du Sainct
-Sacrement, qui fut le IIIe jour de juing.
-
-479. Item, en celle année, fut tant de hannetons que les anxiens disoient
-avoir oncques veu, et durerent jusques après la Sainct Jehan, et
-gasterent toutes les vignes, et les noiers et les almandiers, et fut
-avant la Sainct Pere que on s'en peust delivrer; et si faisoit tres grant
-froit à la Sainct Jehan, et touzjours pluvoit, tonnoit, espartissoit. Et
-advint que le XIIIe jour de juing le tonnoire chut à Paris sur le clocher
-des Augustins, et fouldroia ledit clochier, toute la couverture qui
-estoit d'ardoise, et le merrien par dedens, que on estimoit le dommaige
-qu'il fist à VIIIc ou mil frans.
-
-480. Item, le XXVe jour de may, le mardy des festes de la Penthecoste,
-l'an mil IIIIc XXVIII, prindrent par traïson les Arminalx la cité du
-Mans, et du prendre furent plusieurs de la ville consentans[863], par
-ainsi que lesdiz Arminalx promisdrent qu'ilz les garderoient en leur
-franchise et seroient avec eulx comme amys, mais sitost qu'ilz orent la
-signeurie de la ville, ilz pillerent, roberent, efforcerent filles et
-femmes, et firent tous les maulx que on peust faire à ses ennemis à ceulx
-qui les cuidoient amis.
-
- [863] Suivant Cousinot le Chancelier (_Geste des nobles_, p.
- 202), et Cousinot de Montreuil (_Chron. de la Pucelle_, p. 251),
- les capitaines français chargés de conduire cette entreprise,
- entre autres les sires d'Orval, de Bueil et La Hire, étaient de
- connivence avec l'évêque Adam Châtelain, le clergé et un certain
- nombre de bourgeois qui les introduisirent dans la place.
-
-481. Item, quant ladicte cité fut prinse, le cappitaine qui y estoit de
-par le regent ordonné estoit allé en ung sien affaire environ vingt
-lieues loing de la cité[864], quant il sceut la chose comment elle
-estoit, s'il fut moult courcé nul ne demande. Il fist finance de IIIc
-hommes d'armes, et s'en vint le vendredy ensuivant environ mynuit, et
-fist tant qu'il regaigna la cité avant qu'il fust gueres grant jour; car
-quant la commune vit la grant cruaulté des Arminalx, ilz les prindrent en
-si grant haine qu'ilz laisserent entrer dedens ledit cappitaine, ou au
-moins ne se deffendirent ilz que bien pou. Quant ilz furent dedens, ilz
-commencerent à crier: «Ville gaignée!» et le cry du cappitaine dedens la
-forteresse[865], où une quantité de ses gens se estoient retraictz, quant
-la cité fut trahie premier. Quant ilz ouirent le cry de leur cappitaine
-ou banniere, si se mirent à lancier et gecter et à laisser cheoir grosses
-pierres sur les Arminalx qui les avoient assegez, et leur cappitaine leur
-vint par darriere, qui avoit avec lui IIIc hommes, comme devant est dit,
-de bonne estoffe; si comprindrent toute la place tellement que les
-Arminalx ne porent reculler ne entrer ou chastel. Si se combatirent main
-à main moult longuement, mais en la fin furent desconfiz les Arminalx,
-car la commune les avoit en si grant haine pour leur mauvestie que, par
-les fenestres, ilz leur gectoient grosses pierres dont ilz tuoient eulx
-et leurs chevaulx, et quant aucun des Arminalx eschappoit par bon cheval
-ou autrement, tantost estoit tué du commun. Et tant firent, c'est
-assavoir, le cappitaine, nommé messire Talebot[866], et ceulx du chastel
-et la commune, que XII [cens] Arminalx demourerent en la place, sans
-ceulx qui furent decollez, qui avoient esté consentans de l'entrée des
-Arminalx par traïson, et sans les prinsonniers qui furent tres grant
-nombre; car il y avoit XXII ou XXIIII cappitaines d'Arminalx qui estoient
-acompaignez de IIIm hommes d'armes et plus[867], dont il appert [bien]
-clerement qu'ilz sont bien maleureux quant IIIc hommes les desconfit si
-laidement, et pour[868] leur peché, car, se ilz se fussent bien portez
-vers ceulx de la ville, selon qu'ilz avoient juré, ilz eussent fait que
-saiges.
-
- [864] Ce capitaine était Jean Talbot qui se tenait en ce moment à
- Alençon (_Chron. de la Pucelle_, p. 252).
-
- [865] Au moment de la surprise de la ville les Anglais s'étaient
- retirés dans une tour dite la Tour Ribendelle, située près de la
- porte Saint-Vincent (_Chron. de la Pucelle_, p. 252).
-
- [866] Jean Talbot, sire de Furnival, comte de Shrewsbury,
- maréchal de France, l'un des plus vaillants capitaines anglais,
- fut mêlé aux principaux faits militaires qui signalèrent cette
- époque. Le roi d'Angleterre lui confia la garde des places les
- plus importantes de la Normandie: il fut capitaine de Gisors de
- 1434 à 1436, de Coutances et du Pont-de-l'Arche en 1435, de
- Lisieux, Harfleur, Montivilliers en 1440; cette même année, lui
- fut allouée une pension de 300 saluts d'or (V. Stevenson, _Wars
- of the English_, vol. II, part. I et II, _passim_). Ses services
- avaient déjà été récompensés le 24 août 1434 par le don du comté
- de Clermont en Beauvaisis (Arch. nat., JJ 175, fol. 109). Jean
- Talbot fut tué à la bataille de Chastillon (20 juillet 1453).
-
- [867] «Et plus» manque dans le ms. de Rome.
-
- [868] Ms. de Paris: par.
-
-482. Item, fut l'année froide si longuement[869] que [tout] le Landit ne
-à la Sainct Jehan n'avoit encore nulles bonnes serises, ne bien pou
-encore de feves nouvelles, ne blé, ne vigne en fleur.
-
- [869] «L'indisposicion du temps, qui estoit moult pluvieux et
- froit,» pour employer le langage d'un contemporain, détermina une
- recrudescence de ferveur religieuse; «les povres laboureurs et
- habitans, femmes et petis enfans de Villejuifve» et de quatre ou
- cinq villages voisins vinrent le 11 juin à Notre-Dame avec un
- appareil inaccoutumé, à la fois religieux et militaire; à côté
- des porteurs de croix et bannières marchaient leurs défenseurs,
- armés d'arcs, d'arbalètes, de lances et de bâtons pour repousser
- au besoin les incursions ennemies (Arch. nat., X{la} 1480, fol.
- 404 rº; X{la} 4795, fol. 275 rº). Le dimanche 20 juin, le clergé
- de Notre-Dame se rendit processionnellement à Sainte-Geneviève;
- le vendredi 2 juillet, tout Paris prit part aux processions
- générales où furent portées à Notre-Dame les châsses de saint
- Marcel et de sainte Geneviève et autres corps saints de la
- Sainte-Chapelle et de différentes églises, avec messe, sermon
- solennel et prières au Tout-Puissant pour la conservation des
- biens de la terre. Enfin, les dimanches 25 juillet et 22 août,
- eurent lieu de nouvelles processions aux Augustins et en l'église
- des Carmes (_Ibid._, LL 216, fol. 135; X{la} 4795, fol. 282 rº,
- 288 rº, 321).
-
-483. Item, le jour Sainct Leuffrey, qui fut au lundy XXIe jour de juing,
-fut la plus sumptueuse feste faicte au Palays à Paris que homme qui pour
-lors vesquist eust oncques veue; car toute personne, de quelque estat
-qu'il fust, estoit receu à digner selon son estat; car le regent de
-France et sa femme, et la chevallerie furent servis en lieu et de viande
-selon leur estat, le clergé premier, comme evesques, prelas, abbés,
-prieurs; après, docteurs de toutes sciences, le Parlement; après, le
-prevost de Paris et ceulx du Chastellet; après, le prevost des marchans
-[et les eschevins et bourgois et marchans] ensemble; [et après le commun
-de tous estatz]. Et furent bien à cellui digner[870] que ungs que autres
-plus de huit milliers seans à table, car il y ot de pain distribué de
-environ III deniers la piece, qui pour lors estoit moult grant, car on
-avoit ung sextier de tres bon fourment pour XII solz parisis, si y en ot
-bien VIIº douzaines.
-
- [870] Ce dîner d'apparat fut donné pour fêter la réception de
- quatre nouveaux docteurs en décret, deux anglais et deux
- français: cinq à six mille personnes y assistèrent, au témoignage
- de Clément de Fauquembergue: «Lundi XXIe jour de juing. Ce jour,
- dit le greffier, les plaidoieries cesserent à IX heures, et se
- leva la court pour aler es escoles de decret au commencement dez
- quatre nouveaux docteurs, dont les deux estoient anglois et deux
- françois, et fu es dictes escoles le duc de Bedford regent, et
- avec lui fu au disner au Palais la duchesse sa femme, seur du duc
- de Bourgogne, et pluseurs autres de tous estas, jusques au nombre
- de Vm à VIm personnes, si comme on disoit.» (Arch. nat., X{la}
- 4795, fol. 283 rº.)
-
-484. Item, on y but de vin bien XL muis.
-
-485. Item, y ot bien VIIIc plaz de viande, sans le beuf et le mouton qui
-fut sans nombre.
-
-486. Item, environ le moys d'aoust, l'an IIIIc XXVIII, le conte de
-Salsebry avec sa compaignie print la ville de Nogent-le-Roy[871], print
-Ianville[872] en Beausse, print Rochefort et de là alla à Chasteaudun et
-à Orleans boire (_sic_) devant la ville. Et fut faicte une grosse taille
-aussi bien aux villaiges comme es cités; et si leur convint faire finance
-de bien IIc voitures, chascune à III ou à IIII chevaulx, pour mener
-vivres et artillerie ou pour mener bien IIc queues de vin ou plus, qui
-furent prinses dedens Paris; et si estoit le vin si cher que nulz ou pou
-des mesnaigers n'en buvoient, car la pinte de moien vin ou moys de
-septembre coustoit XII deniers, tres forte monnoie.
-
- [871] Nogent-le-Roi (Eure-et-Loir, arr. de Dreux), que Giraud de
- la Pallière avait recouvré en 1427, fut la première place
- conquise par le comte de Salisbury (_Chron. de la Pucelle_, p.
- 256).--Janville (Eure-et-Loir, arr. de Chartres), vaillamment
- défendu par Prégent de Coetivy et autres capitaines français, fut
- enlevé d'assaut le 29 août.--Rochefort se rendit par composition
- en même temps que Rambouillet, Châteauneuf-en-Thimerais (_Chron.
- de la Pucelle_, p. 256).
-
- [872] Ms. de Rome: Canville; ms. de Paris: Combeville.
-
-487. Item, en ce temps, pour la charté du vin, plusieurs se mirent à
-brasser servoise, et avant que la Toussains vint[873], en ot bien à Paris
-trente brasseurs, et si la amenoit on tous les jours à charretées de
-Sainct-Denis et d'ailleurs, et que on la crioit parmy Paris, comme on a
-acoustumé à crier le vin, et si n'estoit celle de Paris que à II doubles,
-et celle de Sainct-Denis à III doubles, qui valloient IIII deniers
-parisis piece.
-
- [873] «Vint» manque dans le ms. de Rome.
-
-488. Item, en ce temps, on avoit bons pois pour X deniers le boessel,
-bonnes feves pour X deniers, le quarteron d'œufs pour XII deniers
-parisis.
-
-489. Item, en cellui moys de septembre IIIIc XXVIII, à la Saincte Croix,
-n'avoit encore nulz raisins que on eust peu dire: «Veez ci une grappe
-noire entierement», tant fut l'année froide longuement et tardive.
-
-490. Item, en cellui temps, ou moys d'aoust, fut faicte une ordonnance
-sur les rentes[874], que chascun qui auroit puissance povoit avoir la
-livre pour XV livres tournois, pour tant qu'ilz fussent ou eussent esté
-grant temps cuillies; et aussi en furent mis hors de ladicte ordonnance
-enfans mineurs d'ans, femmes veuves[875], eglises. Et plusieurs autres
-ordonnances furent faictes sur lesdictes rentes, lesquelles on peut
-savoir ou Chastellet qui veut[876].
-
- [874] L'ordonnance relative au rachat des rentes constituées sur
- les maisons et héritages de Paris est du 31 juillet 1428; elle
- fut publiée au Parlement le samedi 14 août et au Châtelet le
- lundi suivant (Arch. nat., X{la} 8605, fol. 8; Y1, fol. 44). Par
- suite de la faculté de se rédimer, à raison d'un denier pour
- douze deniers, laissée aux propriétaires, il devint nécessaire de
- stipuler dans les contrats si la rente était sujette au rachat;
- ainsi nous voyons le chapitre de Notre-Dame décider le 20 février
- 1435 la démolition d'une maison près de l'église
- Saint-Christophe, s'il ne se présentait personne qui voulût
- l'accenser pour 60 sols «non rachetables», suivant l'expression
- française intercalée dans le texte des registres capitulaires
- (_Ibid._, LL 217, fol. 135).
-
- [875] En ce qui concerne les veuves et les mineurs, un paragraphe
- spécial de l'ordonnance du 31 juillet portait que «esdiz rachatz
- ne seront point comprinses les rentes deuement admorties et
- celles qui appartiennent à femmes vefves et enfans mineurs
- d'aage, durant leurs viduitez et majoritez.»
-
- [876] «Qui veut» manque dans le ms. de Rome.
-
-491. Item, ladicte ordonnance fut publiée le darrain jour de juillet l'an
-mil IIIIc XXVIII.
-
-492. Item, le vendredy Xe jour de septembre IIIIc XXVIII, fut despandu du
-gibet de Paris ung nommé Sauvage de Fromonville, à qui Pierre Baillé fist
-tant de desplaisir quant on le pandoit, car il le frappa en l'eschelle
-moult cruellement, et si baty le bourrel d'un gros baston qu'il tenoit;
-et estoit pour lors ledit Pierre receveur de Paris.
-
-493. Item, en celui temps, estoit touzjours le conte de Salcebry sur la
-riviere de Loire, et prenoit chasteaulx et villes[877] à son vouloir, car
-moult estoit expert en armes; si s'en vint devant Orleans et l'assist de
-toutes pars, mais Fortune, qui n'est à nully seure amye, lui monstra de
-son mestier dont elle sert ses amez sans deffier[878], car plus cuide
-estre plus seurement comme à siege, une pierre de canon luy fut presentée
-qui lui donna le cop de la mort[879]; dont moult grant dommaige orent
-les Angloys, especialment le regent de France, car il se reposoit es
-citez de France à son aise lui et sa femme qui partout où il alloit le
-suivoit; et quant l'autre fut mort, il luy convint maintenir la guerre,
-et party de Paris pour y aller le mercredy, veuillie Sainct Martin d'yver
-IIIIc XXVIIII[880], et le conte de Salsebry estoit mort la sepmaine
-devant.
-
- [877] Voir la liste des forteresses réduites par Salisbury,
- annexée à la lettre que ce capitaine adressa le 5 septembre 1428
- à la commune de Londres, avec les restitutions et identifications
- géographiques dues à la perspicacité de M. A. Longnon (_Les
- limites de la France et l'étendue de la domination anglaise à
- l'époque de la mission de Jeanne d'Arc_, 1875).
-
- [878] «Sans deffier» manque dans le ms. de Rome.
-
- [879] Ce fut le dimanche soir 24 octobre 1429 que le comte de
- Salisbury, se tenant en observation à une fenêtre des Tourelles,
- eut le visage emporté par un coup de canon qui vint frapper
- l'angle de la muraille; transporté à Meung, l'illustre capitaine
- y expira huit jours après (Quicherat, _Procès de Jeanne d'Arc_,
- t. IV, p. 100).
-
- [880] Le duc de Bedford établit sa résidence à Mantes, où il se
- trouvait à la date du 13 novembre, ainsi que le prouve le voyage
- fait par le héraut Maine, porteur de lettres du régent à
- l'adresse du comte de Suffolk, donné comme successeur à
- Salisbury. De Mantes le régent se transporta à Chartres (Cf.
- Vallet de Viriville, _Hist. de Charles VII_, t. II, p. 36).
-
-
- [1429.]
-
-
-494. Item, en ce temps, estoit le IIIIme de la servoise à Paris à VIm VIc
-frans, et cellui du vin n'estoit mie à la IIIe partie, car le vin nouvel
-de ladicte année[881] estoit si petit et si feible que on n'en tenoit
-compte, car tout le meilleur ou la plus grant partie se santoit plus de
-verjus que de vin, et si estoit si cher que on faisoit le caque, qui
-estoit ung pou plus fort que despence IIII tournois parisis, et ne
-eussiez eu nul à moins de IIII frans.
-
- [881] «De la dicte année» manque dans le ms. de Rome.
-
-495. En icellui temps convint faire par les bourgois de Paris finance de
-farine pour mener en l'ost devant Orleans, et en firent finance de plus
-de IIIc chariotz chargez, [lesquelx chariotz et chevaulx et toutes
-choses] appartenans à charroy ceulx du plat païs d'entour Paris paierent,
-se non qu'ilz furent, quant ilz vindrent à Paris, assignés de leurs
-despens jusques à neuf jours ensuivans, et n'y devoient plus demourer,
-mais ilz y furent, après les neuf jours, autres IX à leurs despens, et
-leurs chevaulx, qui moult les greva. Et le XIIe jour de fevrier, se
-partirent à grant compaignie de gens d'armes[882] et allerent
-jusques à Estampes sans danger. Quant ilz furent [ung pou] par
-delà entre Iainville en Beausse[883] et ung villaige nommé
-Rouvray-Sainct-Denis[884], il leur vint bien VIIm[885] Arminalx qui les
-amenerent comme un danel[886] fait ung tas de petis enfans. Quant noz
-gens virent ce, ilz [se] ordonnerent au mieulx qu'ilz porent et ne se
-hoberent; ilz avoient foison grans pieulx, agus à ung bout et ferrés à
-l'autre, qu'ilz ficherent en terre en panchant devers leurs ennemis, et
-furent mis les archiers et arbalestiers de Paris à ung costé, ausquelx
-fut ordonné une elle de noz gens et l'autre elle fut des archiers
-angloys, et ou millieu fut ce qu'ilz povoient avoir de grosse bataille,
-car ilz n'estoient en tout pas plus de XVc contre VIIm, qui estoient XIII
-Arminalx contre deux de noz gens[887]. Quant les Arminalx[888] orent bien
-tournoié de loing autour de noz gens, si s'en revindrent et se mirent en
-ordonnance en la maniere comme noz gens le manderent qu'ilz voulsissent
-que, s'ilz prenoient aucuns des nostres qui fust mis à fin, c'est
-assavoir, à rançon, ausquelz ilz respondirent, [especialment] le sire de
-Bourbon[889], que jamais Dieu ne lui aidast, se jà pié en eschappoit,
-que tout ne fust mis à l'espée et, que se les heraulx y revenoient plus,
-qu'ilz fussent mors. Quant les heraulx orent ce dit à noz gens, ilz se
-hourderent par darriere de leur charroy et se recommanderent à Nostre
-Seigneur, et prierent l'ung l'autre de bien faire, et puis ordonnerent
-bonne garde pour le charroy avec les charretiers pour le grant peril
-[eschever] qui povoit advenir, et comme il advint; car aucuns et grant
-quantité des Arminalx vindrent par derriere, cuidant pillier les biens de
-noz gens. Et aucuns des voituriers les virent venir, ilz destellerent
-leurs chevaulx et s'en voldrent fuir, mais les Arminalx leur furent au
-devant, qui moult les dommaigerent du corps et aucuns de la vie, et après
-cuiderent venir au pillaige, mais ilz furent si bien receuz que moult fut
-joieux qui se pot sauver. En tant que les larrons furent ainsi gardez de
-pillier, les Arminalx aproucherent noz gens, et furent les Gascons qui
-estoient bien montez, et la greigneur partie de leur gent, ordonnez
-encontre les arbalestiers et archiers et compaignons de Paris, et les
-Escossois contre les Anglois, la grosse bataille contre la grosse
-bataille. Quant ceulx de Paris virent que ceulx à cheval venoient vers
-eulx, ilz commencerent à traire de ars et d'arbalestes moult asprement;
-quant Gascons virent ce, ilz baisserent la chere et tournoierent leurs
-lances devant eulx pour garder leurs chevaulx du trait, et les poignerent
-de l'esperon moult fort, comme cilz qui avoient esperance de les mettre
-tous à mort, mais qu'ilz fussent pres; mais les maleureus, les meschans,
-les maudiz ne veoient pas le mal qui estoit devant leurs yeulx; car comme
-ilz approucherent de noz gens à pointe d'esperon, leurs chevaulx
-entrerent dedens les pieux fichiez, et les pieux dedens leurs poitrines,
-et en ventres et en jambes, si ne porent aller[890] en avant, mais
-churent les aucuns tous mors et les maistres après. Ceulx qui furent
-aterrez, crioient aux autres: «Viras! viras!» c'est à dire: «Retournez!
-retournez!» Si s'en cuiderent tantost fuir, mais leurs chevaulx, qui
-navrez estoient des pieux davantdiz, cheoient tous mors soubz eulx, qui
-en abatoient deux ou trois et faisoient trebucher leurs gens qui après
-venoient. Quant les Escossois et les autres virent ce, moult furent
-esbahiz et eulx prindrent à fuir comme bestes que ung loup espart çà et
-là, et noz gens à les suyvir de pres, et à occire et abatre ce qu'ilz
-porent attaindre, et en demoura en la place de mors IIIIc et plus, et de
-prins grant quantité. Et, comme les meschans eulx cuiderent sauver à
-entrer à Orleans, ilz furent apperceuz de ceulx du siege, qui leur
-allerent au devant et en tuerent autant ou plus qu'on avoit fait en la
-bataille devant dicte. Ainsi leur advint pour leur peché qu'ilz avoient
-en pancée que tout fust mis à l'espée, mais tout bel leur fut quant ilz
-se porent garder que l'espée de leurs ennemis ne les tuast. Quant noz
-gens orent menez leurs vivres en l'ost, ilz s'en revindrent à Paris le
-XIXe jour de fevrier, l'an mil IIIIc XXVIII[891], et fut trouvé que de
-ceulx de Paris n'estoit mort en la bataille que IIII hommes et des
-voituriers qui s'en cuiderent fouir, plus et moult de navrez. Dont c'est
-grant pitié et d'une part et d'autre, que fault que chrestienté tue ainsi
-l'un l'autre sans savoir cause pourquoy, car l'un sera de cent lieues
-loing de l'autre, qui se vendront entretuer, pour gaigner ung pou
-d'argent ou le gibet au corps ou enfer à la pauvre ame.
-
- [882] Ce convoi de vivres de carême, expédié de Paris sous la
- conduite de Falstaff et du prévôt Simon Morhier avec 2,000
- Anglais, fut attaqué le 12 février 1429 par 1,500 hommes détachés
- de la garnison d'Orléans, auxquels s'était joint le corps
- commandé par le comte de Clermont; les Français furent
- complètement défaits, et cette déroute est restée célèbre dans
- l'histoire sous le nom de «Journée des Harengs».
-
- [883] Le ms. de Rome et les éditions portent «Canville». La forme
- «Iainville» que donne le ms. de Paris est justifiée par ces
- paroles de Jean Chartier, relatives à la journée du 12 février
- 1429: «Et furent iceulx Jean Fastol et autres (chargés d'escorter
- le convoi de vivres) rencontrés pres d'Yenville en Beauce» (Jean
- Chartier, _Chronique de Charles VII_, t. I, p. 62).
-
- [884] Les mss. de Rome et de Paris portent ici «Toumray» ou
- «Tommiray»; mais il s'agit ici de Rouvray-Saint-Denis
- (Eure-et-Loir, arr. de Chartres, cant. de Janville), dont
- l'église était fortifiée et qui tomba au pouvoir du comte de
- Salisbury lors de la campagne d'août 1428. Le capitaine anglais
- délivra le 27 septembre 1428 des lettres à Jeanne, veuve de
- Charlot Boitel, écuyer à Baugency, qui mentionnent la reddition
- au roi «des retraiz, manans et habitans de l'eglise fort de la
- parroisse de Rouvray-Saint-Denis en Beauce» (Arch. nat., JJ 174,
- fol. 108 vº).
-
- [885] Ms. de Paris: VIIIm.
-
- [886] Ms. de Rome: une dance.
-
- [887] Cette proportion est mal établie: il fallait dire XIIII
- contre III.
-
- [888] Tout le passage, depuis les mots «quant les Arminalx»
- jusqu'à la phrase qui commence par «Quant les heraulx orent ce
- dit à nos gens», manque à toutes les éditions; nous le restituons
- d'après le ms. de Rome; le ms. de Paris nous donne une version
- incomplète et un peu différente: au lieu de: «noz gens le
- manderent», il porte: «avoient faict adoncques le mandement».
-
- [889] Charles de Bourbon, comte de Clermont, fils aîné du duc de
- Bourbon, que les Anglais retenaient captif depuis la bataille
- d'Azincourt, obtint le duché de Bourbon en 1434 après la mort de
- son père.
-
- [890] «Aller» manque dans le ms. de Rome.
-
-496. Item, en ce temps furent commencées à Sainct-Jaques de la Boucherie
-à dire les heures canoniaux comme à Nostre-Dame, le XVIe jour de janvier
-l'an mil CCCC XXIX, jour de dimenche qui estoit par V.
-
-497. Item, le duc de Bourgongne revint à Paris le IIIIe jour d'avril,
-jour Sainct Ambroise, à moult belle compaignie de chevaliers et
-d'escuiers; et après, environ VIII jours, vint à Paris ung cordelier
-nommé frere Richart[892], homme de tres grant prudence, scevant à
-oraison[893], semeur de bonne doctrine pour ediffier son proisme. Et tant
-y labouroit fort que enviz le creroit qui ne l'auroit veu, car tant comme
-il fut à Paris il ne fut que une journée sans faire predicacion. Et
-commença [le] sabmedi XVIe jour d'avril IIIIc XXIX à Saincte-Genevieve,
-et le dimenche ensuivant, et la sepmaine ensuivant, c'est assavoir, le
-lundy, le mardy, le mercredy, le jeudy, le vendredy, le sabmedy, le
-dimenche aux Innocens; et commençoit son sermon environ cinq[894] heures
-au matin, et duroit jusques entre dix et unze heures, et y avoit
-touzjours quelque cinq ou six mil personnes à son sermon. Et estoit monté
-quant il preschoit sur ung hault eschauffaut qui estoit pres de toise et
-demie de hault, le dos tourné vers les Charniers encontre la
-Charonnerie[895], à l'androit de la Dance Macabre[896].
-
- [891] Trois jours après, le mardi 22 février, eut lieu par ordre
- du régent une procession générale en l'honneur de la victoire des
- Harengs, à laquelle avait contribué un contingent parisien (Arch.
- nat., LL 216, fol. 156).
-
- [892] Frère Richard, prédicateur populaire qui, par l'ascendant
- de sa parole, exerça une immense influence, venait de se faire
- entendre à Troyes pendant l'Avent de 1428 et avait excité
- l'enthousiasme de ses auditeurs. Il obtint le même succès à
- Paris, mais, devenu suspect au gouvernement anglais, il s'enfuit
- de la capitale dans la nuit du 30 avril et embrassa avec ardeur
- la cause française; on sait qu'il fut le confesseur de la
- Pucelle. Une relation inédite concernant cette héroïne, publiée
- par M. J. Quicherat (_Revue historique_, 1877, juillet-août),
- fournit de curieux détails sur l'entrevue du cordelier Richard et
- de la Pucelle, qui eut lieu sous les murs de Troyes en 1429. A la
- suite de l'entretien qu'il eut avec Jeanne d'Arc, «le sainct
- prudhomme prescha moult grandement au peuple, l'admonestant de
- faire leur devoir envers le roy»; il est donc certain que ses
- éloquentes exhortations ne furent point étrangères à la
- soumission des habitants de Troyes (Cf. _Bibl. de l'École des
- chartes_, 1872, p. 95).
-
- [893] Ms. de Paris: à raison.
-
- [894] Ms. de Paris: six heures.
-
- [895] La Charronnerie était la portion de la rue de la
- Ferronnerie qui s'étendait de la rue Saint-Denis à celle de la
- Lingerie, le long des charniers des Innocents; sous le nom de
- Ferronnerie on désignait alors la partie de la rue Saint-Honoré
- formant le prolongement de la Charronnerie après la place aux
- Chaps.
-
- [896] Ms. de Paris: encontre la Feronnerie, à l'androit de la
- Dance Machabée.
-
-498. Item, le jour de l'Invencion Sainct Denis, s'en retourna le duc de
-Bourgongne en son pays de Flandres; et touzjours estoit le siege devant
-Orleans, dont les vivres encherirent fort à Paris, car par contraincte il
-y convenoit souvent mener grant foison de farines et d'autres vivres et
-choses qui sont neccessaires pour guerre au siege; brief, on en mena tant
-que le blé enchery à Paris, de sabmedi à autre, de XX solz parisis à XL
-solz parisis, et toutes choses dont homme povoit vivre par cas pareil.
-Ainsi, comme devant est dit, se departy le duc de Bourgongne, sans ce que
-il feist aucun bien au regart de la paix ou du povre peuple, et disoit on
-qu'il alloit combatre les Liegoys.
-
-499. Item, le cordelier devantdit prescha le jour Sainct Marc ensuivant à
-Boulongne-la-Petite, et là ot tant de peuple, comme devant est dit. Et
-pour [vray] celle journée, au revenir dudit sermon, furent les gens de
-Paris tellement tournez en devocion et esmeuz que en mains de trois
-heures ou de quatre eussiez veu plus de cent feux, en quoy les hommes
-ardoient tables et tabliers, dés, quartes, billes, billars, nurelis et
-toutes choses à quoy on se povoit courcer à maugréer à jeu convoiteux.
-
-500. Item, les femmes, cellui jour et le lendemain, ardoient devant tous
-les attours de leurs testes, comme bourreaux, truffaux, pieces de cuir ou
-de balaine qu'ilz mettoient en leurs chapperons pour estre plus roides ou
-rebras davant; [les damoiselles laisserent leurs cornes] et leurs queues
-et grant foison de leurs pompes. Et vraiement dix sermons qu'il fist à
-Paris et ung à Boulongne tournerent plus le peuple à devocion que tous
-les sermonneurs qui puis cent ans avoient presché à Paris.
-
-501. Item, il disoit pour vray que depuis ung pou il estoit venu de
-Cirie, comme de Jherusalem, et là encontra plusieurs tourbes de Juifs
-qu'il interroga, et ilz lui dirent pour vray que Messias estoit né,
-lequel Messias leur devoit rendre leur heritaige, c'est assavoir la Terre
-de Promission, et s'en alloient vers Babiloine à tourbes, et selon la
-Saincte Escripture celui Messias est Antecrist, lequel doit naistre en la
-cité de Babiloine, qui jadis fut chef des royaulmes des Persans, et doit
-estre nourry en Bethsaida et converser en Coronaym en sa jouvente,
-esquelles Nostre Seigneur dit: «Vhe! vhe! t(ibi) Bethsaida! Vhe! vhe!
-Coronaym[897]!»
-
- [897] La fin de cette phrase, omise dans toutes les éditions, est
- une citation empruntée aux Évangiles selon saint Mathieu, XI, 21,
- et selon saint Luc, X, 13. Voici le texte rétabli en son entier:
- «Vae tibi Corozain, vae tibi Bethsaida, quia si in Tyro et Sidone
- factae essent virtutes quae factae sunt in vobis, olim in cilicio
- et cinere poenitentiam egissent.»
-
-502. Item, ledit frere Richart prescha le darrain sermon à Paris le mardy
-l'endemain Sainct Marc, XXVIe jour d'avril IIIIc XXIX, et dist au
-departir que l'an qui seroit après, c'est assavoir, l'an XXXe, que on
-verroit les plus grandes merveilles que on eust oncques veues, et que son
-maistre frere Vincent[898] le tesmoingne selon l'Apocalice et
-l'escriptures monsr sainct Paul, et ainsi le tesmoingne frere Bernart,
-ung des bons prescheurs du monde, si comme on disoit cestuy frere
-Richart. Et en celuy temps estoit cellui frere Bernart en predicacion
-par delà les Alpes en Ytalie, où il avoit plus converti de peuple à
-devocion que tous les prescheurs qui depuis IIc ans devant y avoient
-presché. Et pour vray, le mardy que cestuy frere Richart se party de son
-sermon, le Xe, que plus n'avoit congié d'en faire à Paris, quant il
-commanda sa bonne recommandacion et qu'il commanda à Dieu le peuple de
-Paris, et qu'ilz priassent pour luy et il prieroit Dieu pour eulx, les
-gens grans et petiz plouroient si piteusement et si fondement, comme
-s'ilz veissent porter en terre leurs meilleurs amis, et lui aussi. Et
-atant, celui jour ou l'endemain, se cuidoit despartir le proudomme et
-s'en aller vers les parties de Bourgongne, mais ses freres firent tant
-par priere que encore demoura il à Paris pour confermer par predicacion
-le bon ediffiement qu'il avoit commancé. Et en ce temps fist ardre
-plusieurs madagoires que maintes sotes [gens] gardoient en lieux repos,
-et avoient si grant foy en celle ordure que pour vray ilz creoient
-fermement que tant comme ilz l'avoient, mais qu'il fust bien nettement en
-beaux drapeaulx de soie ou de lin enveloppé, que jamais jour de leur vie
-ne seroient pouvres; et pour certain telx y avoit qu'ilz les baillerent
-de leur gré, quant ilz orent ouy comment le proudomme blasmoit tous ceulx
-qui ainsi follement creoient, ilz jurerent que oncques, puis qu'ilz les
-garderent, ilz ne se virent ung jour qu'ilz ne deussent touzjours plus
-que vaillant ilz n'avoient, mais tres grant esperance avoient qu'ilz les
-eussent faictz[899] moult riches ou temps avenir, par le mauvais conseil
-d'aucunes vieilles femmes qui trop cuident savoir, quant elles se boutent
-en telles meschancetés, qui sont droictes sorceries et heresies.
-
- [898] Saint Vincent Ferrier, prédicateur espagnol de l'ordre des
- Frères Mineurs, né à Valence le 22 janvier 1357, mort à Vannes le
- 5 avril 1429, et saint Bernardin de Sienne, moine cordelier,
- vicaire général de son ordre, mort à Aquila le 20 mai 1444. Ces
- illuminés parcoururent l'Europe, annonçant au peuple l'avènement
- de l'Antechrist, et propagèrent cette nouvelle doctrine acceptée
- par des milliers d'adeptes. (Cf. Vallet de Viriville, _Procès et
- condamnation de Jeanne d'Arc_, traduit du latin, 1867,
- introduction.)
-
- [899] «Faictz» manque dans le ms. de Rome.
-
-503. Item, en celui temps avoit une Pucelle, comme on disoit, sur la
-riviere de Loire, qui se disoit prophete, et disoit: «Telle chose
-advendra pour vray». Et estoit du tout contraire au regent de France et à
-ses aidans[900]. Et disoit on que maugré tous ceulx qui tenoient le siege
-devant Orleans, elle entra en la cité à tout grant foison d'Arminalx et
-grant quantité de vivres, que oncques ceulx de l'ost ne s'en meurent; et
-si les veoient passer à ung traict ou deux d'arc pres de eulx, et si
-avoient si grant neccessité de vivres que ung homme eust bien mengé pour
-iii blans de pain à son disner. Et plusieurs autres choses de elle
-racontoient ceulx qui mieulx amoient les Arminalx que les Bourguignons
-ne que le regent de France; ilz affermoient, que quant elle estoit bien
-petite, qu'elle gardoit les brebis, que les oiseaulx des bois et des
-champs, quant elle les appelloit, ilz venoient menger son pain en son
-giron comme privez. _In veritate appocrisium est._
-
- [900] Ms. de Paris: gens.
-
-504. Item, en celui temps leverent le siege les Arminalx et firent partir
-les Angloys par force de devant Orleans, mais ilz allerent devant
-Vendosme et la prindrent, comme on disoit. Et partout alloit celle
-Pucelle armée avec les Arminalx et portoit son estandart, où estoit
-[tant] seullement [en] escript Jhesus, et disoit on qu'elle avoit dit à
-ung cappitaine angloys[901] qu'il se departist du siege avec sa
-compaignie, ou mal leur vendroit et honte à tretous, lequel la diffama
-moult de langaige, comme clamer ribaulde et putain; et elle lui dist que
-maugré eulx tous ilz partiroient bien bref, mais il ne le verroit jà, et
-si seroient grant partie de sa gent tuez. Et ainsi en advint il, car il
-se noia le jour devant que l'occision fut faicte, et depuis fut pesché et
-[fut] despecé [par quartiers, et boullu et enbosmé, et apporté] à
-Sainct-Merry, et fut VIII ou X jours en la chapelle devant le cellier, et
-nuyt et jour ardoient devant son corps IIII sierges ou torches, et après
-fut emporté en son païs pour enterrer.
-
- [901] William Glasdale, lieutenant du comte de Salisbury au pays
- de Mâconnais en 1424, «moult renommé en fait d'armes», qui fut
- chargé de la conduite du siège d'Orléans après la mort de
- Salisbury, se noya avec plusieurs centaines d'Anglais le jour de
- l'assaut donné à la bastille des Tourelles, au moment de la chute
- du pont de bois qui réunissait cette bastille au boulevard des
- Tourelles, pont incendié par les Orléanais (Voy. le Journal du
- siège, apud Quicherat, _Procès de Jeanne d'Arc_, t. IV, p. 150).
-
-505. Item, en ce temps s'en alla frere Richart, et le dimenche devant
-qu'il s'en devoit aller, fut dit parmy Paris qu'il devoit prescher au
-lieu ou bien pres où monseigneur sainct Denis avoit esté descollé et
-maint autre martir. Si y alla plus de VIm personnes de Paris, et parti la
-plus grant partie le sabmedi au soir à grans tourbes, pour avoir
-meilleure place le dimenche au matin, et coucherent aux champs en
-vieilles masures et où ilz porent mieulx, mais son fait fut empesché,
-comment ce fu, atant m'en tais, mais il ne prescha point, dont les bonnes
-gens furent moult troublez, ne plus ne prescha pour celle saison à Paris,
-et lui convint partir.
-
-506. Item, en celui temps tenoient les Arminalx les champs, qui tout
-destruisoient, si y furent commis[902] Angloys environ huit mille. Mais
-quant ce vint au jour que les Angloys trouverent les Arminalx, ilz
-n'estoient pas plus de six mil, et les Arminalx estoient X mil. Si
-coururent sus aux Angloys moult asprement et les Angloys ne les
-refuserent mie; là ot grant desconfiture d'un lez et d'autre, mais en la
-fin ne le porent les Angloys souffrir, car les Arminalx, qui plus
-estoient de la moitié que n'estoient les Angloys, les encloyrent de
-toutes pars. Là furent Angloys desconfis, et furent bien, comme on
-disoit, trouvez mors des Angloys iiiim ou plus, des autres ne sot on le
-nombre à Paris[903].
-
- [902] «Commis» manque dans le ms. de Rome.
-
- [903] Notre chroniqueur fait allusion à la victoire de Patay
- remportée par la Pucelle le 18 juin 1429, où les Anglais
- perdirent plus de 2,000 des leurs restés sur le champ de
- bataille, sans compter les prisonniers, au nombre desquels se
- trouvèrent leurs principaux chefs, tels que Talbot, Scales. Dans
- ses _Chroniques d'Engleterre_, Wavrin évalue la force numérique
- de l'armée française à 12 ou 13,000 hommes, mais ce calcul est
- empreint d'exagération.
-
-507. Item, le dimenche XIXe jour de juing l'an mil IIIIc XXIX, fut dediée
-l'eglise de Sainct-Laurens dehors Paris par reverend pere en Dieu,
-l'evesque de Paris, et autres prelaz.
-
-508. Item, le VIe jour du moys de juing oudit an mil IIIIc XXIX, furent
-nées à Hobarvilliers deux enfans qui estoient proprement, ainsi comme
-ceste figure est[904]; car pour vray je les vy et les tins entre mes
-mains, et avoient, comme vous voyez, deux testes, quatre bras, deux
-coulz, quatre jambes, quatre piez, et n'avoient que ung ventre ne que ung
-nombril, deux testes, deux dos. Et furent christiennés, et furent trois
-jours sur terre pour veoir la grant merveille au peuple de Paris; et pour
-vray, du peuple de Paris y fut les veoir plus de dix mil personnes, que
-hommes que femmes, et par la grace de Nostre Seigneur la mere en delivra
-saine et sauve[905]. Ilz furent nées environ VII heures au matin, et
-furent christiannées en la parroisse Sainct-Cristoufle, et la dextre fut
-nommée Agnès, la senestre Jehanne, leur pere Jehan Discret, la mere
-Gillette, et vesquirent après le baptesme une heure.
-
- [904] Ce croquis d'après nature, que l'auteur du Journal avait
- joint à la description du phénomène, manque au ms. de Rome; ne
- pouvant sans doute reproduire le dessin qu'il avait sous les
- yeux, le copiste s'est contenté de réserver la place nécessaire à
- cette figure.
-
- [905] Le phénomène d'Aubervilliers, qui pendant deux jours
- défraya la curiosité de la population parisienne, suggéra à
- Clément de Fauquembergue une notice détaillée insérée dans les
- registres du Parlement; son récit est plus complet et diffère en
- quelques points de celui de notre Journal (Arch. nat., X{la}
- 1481, fol. 13 rº).
-
-509. Item, en celle propre sepmaine, le dimenche ensuivant, fut né en la
-Chanvarie[906], derriere Sainct-Jehan, ung veel qui avoit deux testes,
-VIII piez et deux queues; et la sepmaine ensuivant fut né vers
-Sainct-Huistace ung pourcellet qui avoit deux testes, mais il n'avoit que
-quatre piez.
-
- [906] La rue de la Chanvrerie était située non derrière l'église
- Saint-Jean en Grève, mais à proximité de Saint-Eustache; elle
- aboutissait à la rue de Mondetour.
-
-510. Item, le mardy devant la Sainct Jehan, fut grant esmeute que les
-Arminalx devoient entrer celle nuyt à Paris, mais il n'en fut rien.
-
-511. Item, depuis, sans cesser jour ne nuyt, ceulx de Paris enforcerent
-le guet et firent fortifier les murs, et y mirent foison cannons et autre
-artillerie; et changerent le prevost des marchans et les eschevins, [et
-firent ung nommé Guillaume Sanguin[907] prevost des marchans. Et les
-eschevins] furent, c'est assavoir, Ymbert des Champs[908], mercier et
-tapissier, Colin de Neufville, poissonnier[909], Jehan de
-Dampierre[910], mercier, Remon Marc[911], drapier, et furent faiz et
-instituez la premiere sepmaine de juillet[912].
-
- [907] Guillaume Sanguin, changeur parisien, maître de l'hôtel des
- ducs de Bourgogne, anobli le 22 décembre 1400, possédait un
- somptueux hôtel rue des Bourdonnais. Sa fortune considérable lui
- permit de rendre d'importants services aux princes et grands
- seigneurs; en mars 1412, il prêta plus de 7,000 livres tournois
- au duc de Bourgogne (Arch. nat., X{la} 64, fol. 189 vº). Plus
- tard, le duc de Bedford lui confia des joyaux que Sanguin garda
- jusqu'à sa mort (_Ibid._, X{la} 1482, fol. 225 vº). Compromis
- dans la conspiration de 1416 et banni le 6 mai (Monstrelet, t.
- III, p. 145), il reparaît sur la scène politique après
- l'occupation de Paris par les Bourguignons, comme le montre sa
- participation aux pourparlers qui précédèrent la conclusion du
- traité de Troyes (_Ibid._, X{la} 1480, fol. 173 vº); en 1423, il
- fut en Angleterre l'un des ambassadeurs des Parisiens. En 1432,
- il remit à Hugues Rapiout la prévôté des marchands, mais conserva
- toujours une certaine influence. Au début de 1436, en présence du
- danger qui menaçait la capitale, il fut décidé qu'on lui écrirait
- afin qu'il intercédât auprès du duc de Bourgogne en faveur des
- Parisiens (_Ibid._, X{la} 1481, fol. 113 rº). Sanguin, mort le 14
- février 1441, fut inhumé aux Innocents dans la chapelle
- Saint-Michel. (Cf. _Paris et ses historiens_, p. 340.)
-
- [908] Imbert des Champs, notable marchand de «touailles» (Arch.
- nat., KK 33, fol. 23), l'un des quatre maîtres ou gouverneurs de
- la confrérie du Saint-Sépulcre (Lebeuf, édit. Cocheris, t. II, p.
- 246), prêta serment à Jean Sans-Peur le 24 août 1418 et fut
- appelé le 22 septembre 1419 aux fonctions d'échevin qu'il
- conserva jusqu'au 26 décembre 1420 (Arch. nat., KK 1009, fol. 3).
- Il obtint en 1431 le poste d'élu sur le fait des aides à Paris
- (_Ibid._, Z{1a} 10, fol. 8 vº). Bien qu'il eût pris une part
- active au gouvernement de Paris sous les Anglais, notamment en
- assistant au conseil du 14 janvier 1436, il accepta sans trop de
- répugnance la domination de Charles VII; on le voit taxé à 48
- sols dans le compte de l'aide de janvier 1438 (_Ibid._, KK 284,
- fol. 7). Son fils Jean entra dans les ordres et fit solliciter le
- 23 septembre 1435 un canonicat de l'église du S.-Sépulcre que le
- chapitre de Notre-Dame ne voulut point accorder (_Ibid._, LL 217,
- fol. 172, 173). Imbert mourut le 29 juin 1464 et fut inhumé aux
- Innocents.
-
- [909] Nicolas ou Colin de Neufville, vendeur de poisson de mer
- aux halles de Paris, banni à la suite de la conspiration
- cabochienne en même temps que son beau-père, Jean de Troyes,
- revint à Paris avec les Bourguignons et prêta serment à Jean
- Sans-Peur le 5 septembre 1418. Échevin en 1429 et en 1436, il
- exerça en outre de 1433 à 1442 l'emploi de receveur des aides
- précédemment occupé par Pierre Giraud (Arch. nat., Z{1a} 9, fol.
- 55 rº; X{la} 4797, fol. 176 rº; X{la} 1482, fol. 129 vº). Colin
- possédait une maison rue Montmartre (_Ibid._, LL 498, fol. 68).
- Il fut inhumé aux Innocents (Lebeuf, _Hist. du diocèse de Paris_,
- t. I, p. 203).
-
- [910] Jean de Dampierre et autres merciers du Palais soutinrent
- en 1427 un procès au sujet de la saisie par Simon de Champluisant
- de divers objets d'orfévrerie jugés défectueux. Les merciers
- rejetèrent la faute sur les orfèvres auxquels incombait la
- fabrication. Jean de Dampierre, à qui l'on avait confisqué
- trente-une ceintures, allégua pour sa défense qu'il les avait
- fait faire par un orfèvre déjà puni pour sa fraude «et mené en
- ung tumbereau» (Arch. nat., X{la} 4795, fol. 116, 117; X{la}
- 1480, fol. 372 vº; X{la} 1481, fol. 9 vº). Il prêta serment à
- Jean Sans-Peur le 30 août 1418 et participa aux délibérations du
- conseil réuni le 12 janvier 1436 pour assurer la défense de la
- capitale (_Ibid._, X{la} 1481, fol. 112 vº).
-
- [911] Raymond Marc, changeur et bourgeois de Paris, afferma avec
- Arnoulet Ram la monnaie de Paris; déclaré adjudicataire le 9
- janvier 1427, il se trouva redevable envers son prédécesseur,
- Pierre de Landes, d'une somme de 400 livres qu'il dut rembourser
- aux changeurs du Trésor (Arch. nat., Z{1b} 3, fol. 78 rº; X{2a}
- 20, fol. 188; X{la} 4795, fol. 241 rº, 309 rº). A sa sortie de
- l'échevinage, il fut commis au gouvernement de l'artillerie de
- France, en l'absence de Philibert de Molans, et mourut dans ces
- fonctions le 17 décembre 1432. Raymond ne laissa de sa femme,
- Marie Dourdin, qu'une fille, Louise Marc, morte en avril 1439 (P.
- Anselme, _Hist. généal._ t. VIII, p. 131).
-
- [912] Ce renouvellement de la municipalité eut lieu le 12 juillet
- 1429 (Arch. nat., KK 1009, fol. 3 vº et 4).
-
-512. Et le dixiesme jour dudit moys vint le duc de Bourgongne à Paris, à
-ung jour de dimenche, environ six heures après disner, et n'y demoura que
-cinq jours, esquelx cinq jours y ot moult grant conseil; et fut faicte
-procession generalle[913], et fut fait ung moult bel sermon à
-Nostre-Dame de Paris. Et au Palays fut publiée la chartre ou lettre
-comment les Arminalx traicterent jadis la paix en la main du legat du
-pappe, et en oultre que tout estoit pardonné d'un costé et d'autre, et
-comment ilz firent les grans sermens, c'est assavoir, le dalphin et le
-duc de Bourgongne, et comment ilz receurent le precieulx corps Nostre
-Seigneur ensemble, et le nombre de chevaliers [de nom] d'un lez et
-d'autre. En ladicte lettre ou chartre mirent tous leurs signés et seaulx,
-et après comme le duc de Bourgongne voulant et desirant la paix dudit
-royaume, et voullant acomplir la promesse qu'il avoit faicte, se submist
-à aller en quelque lieu que le dalphin et son conseil vouldroient
-ordonner; si fut ordonné par ledit dalphin ou ses complices la place, en
-laquelle place le duc de Bourgongne se comparu, lui dixiesme des plus
-privez chevalliers qu'il eust, lequel duc de Bourgongne, lui estant à
-genoulx devant le dalphin, fut ainsi traiteusement murdry, comme chascun
-scet. Après la conclusion de ladicte lettre, grant murmure commença, et
-telz avoient grant aliance aux Arminalx qui les prindrent en tres grant
-haine. Après la murmure, le regent de France et duc de Bedfort fist faire
-silence, et le duc de Bourgongne se plaint de la paix ainsi enfrainte, et
-en après de la mort de son pere, et adoncques on fist lever les mains au
-peuple que tous seroient bons et loyaux au regent et au duc de
-Bourgongne[914]. Et lesdiz signeurs leur promistrent par leurs foys
-garder la bonne ville de Paris.
-
- [913] Il y eut procession générale à Saint-Magloire le vendredi
- 15 juillet pour remercier Dieu de l'arrivée du duc de Bourgogne
- (Arch. nat., LL 216, fol. 169).
-
- [914] Le serment d'observer le traité de Troyes, prêté lors de la
- cérémonie du 14 juillet par nombre d'habitants de Paris, fut
- aussi exigé des personnages ecclésiastiques dans la séance du
- Parlement tenue le 26 août; le lendemain et jours suivants,
- Philippe de Rully, trésorier de la Sainte-Chapelle, et Marc de
- Foras, archidiacre de Thiérache, se transportèrent dans les
- églises et couvents et recueillirent les serments du clergé tant
- séculier que régulier (Arch. nat., X{la} 1481, fol. 18 rº).
-
-513. Et le sabmedi ensuivant le duc de Bourgongne se parti de Paris et
-emmena sa seur la femme du regent avec luy, [et le regent s'en alla
-d'autre part à Pontoise, lui] et ses gens[915], et fut ordonné cappitaine
-de Paris le signeur de l'Isle-Adam. Et les Arminalx entrerent celle
-sepmaine en la cité d'Ausserre, et puis vindrent à Troyes[916], et
-entrerent dedens, sans ce que on leur deffendist. Et quant ceulx des
-villaiges de Paris à l'entour sceurent comment ilz conquestoient ainsi
-païs, ilz laisserent leurs maisons et apporterent leurs biens es bonnes
-villes, et soierent leurs blez avant qu'ilz fussent meurs et apporterent
-à la bonne ville de Paris[917]. Après tantost après, entrerent en
-Compigne[918] et gaignerent les chastelleries d'entour sans nulle
-deffense, et entour Paris prindrent ilz Lusarches et Dampmartin et
-plusieurs autres fortes villes. Et ceulx de Paris moult avoient grant
-paour, car nul signeur n'y avoit, mais le jour Sainct Jaques, en juillet,
-furent ung pou resconfortez, car ce jour vint à Paris le cardinal de
-Vicestre[919] et le regent de France, et avoient en leur compaignie
-foison de gens d'armes et archiers, bien environ IIII mil, et le sire de
-l'Isle-Adam, qui en avoit de Picars bien environ VII cens, sans la
-commune de Paris.
-
- [915] C'est le 4 août que partit le duc de Bedford, se dirigeant
- du côté de Corbeil et de Melun; le vendredi 5, l'évêque de Paris
- célébra une messe à Notre-Dame en son honneur (Arch. nat., LL
- 216, fol. 170).
-
- [916] Les troupes françaises ne firent que passer devant Auxerre
- le 29 juin et prirent possession de Troyes le 11 juillet.
-
- [917] «De Paris» manque dans le ms. de Rome.
-
- [918] Charles VII passa près de Crêpy en Valois et de Dammartin
- le 14 août et fit son entrée à Compiègne le 18 (_Chron. de la
- Pucelle_, p. 326).
-
- [919] Le cardinal de Winchester, accompagné de son neveu le
- régent et de cinq mille hommes d'armes et archers, fit son entrée
- à Paris le lundi 25 juillet et s'en retourna à Rouen le 3 août
- avec ses seuls familiers, laissant au duc de Bedford le
- contingent qu'il avait amené d'Angleterre pour combattre les
- «Boemiens» et autres hérétiques, lequel servit à renforcer
- l'armée anglaise (Arch. nat., X{la} 1481, fol. 16, 17).
-
-514. Item, pour vray, le cordelier qui prescha aux Innocens, qui tant
-assembloit de peuple à son sermon, comme devant est dit, pour vray
-chevaulchoit avec eulx, et aussitost que ceulx de Paris furent certains
-qu'il chevaulchoit ainsi et que par son langaige il faisoit ainsi tourner
-les cités qui avoient faiz les seremens au regent de France ou à ses
-commis, ilz le maudisoient de Dieu et de ses sains[920]; et qui pis est,
-les jeus, comme des tables, des boules, [des] dés[921], brief, tous
-autres jeus qu'il avoit deffenduz, recommancerent en despit de luy, et
-mesmes ung meriau d'estain où estoit empraint le nom de Jhesus, qu'il
-leur avoit fait prandre, laisserent ilz, et prindrent tretous la croix
-Sainct Andry.
-
- [920] Dans ses lettres du 7 août 1429 au roi Charles VII, le duc
- de Bedford traite le cordelier Richard de «frere mendiant,
- appostat et sedicieux» (Monstrelet, t. IV, p. 341).
-
- [921] A cette époque, la population parisienne s'adonnait aux
- jeux de hasard avec une telle passion que le clergé lui-même
- cédait parfois à l'entraînement général, témoin l'enquête
- ordonnée le 16 mai 1421 par le chapitre de Notre-Dame au sujet
- d'un chanoine de Saint-Merry qui ne se contentait pas de jouer
- publiquement aux dés, mais tenait encore un jeu dans sa propre
- maison (Arch. nat., LL 215, fol. 325).
-
-515. Item, environ la fin, se rendit aux Arminalx la cité de Beauvays et
-la cité de Senlis[922].
-
- [922] Senlis se rendit «au roy par traictié» et en reçut des
- lettres d'abolition datées du 22 août 1429.
-
-516. Item, le XXVe jour d'aoust, fut prinse par eulx la ville de
-Sainct-Denis, et le lendemain couroient jusques aux portes de Paris, et
-n'osoit homme yssir pour vendenger vigne ou verjus, ne aller aux marays
-riens cuillir, dont tout encheryt bientost.
-
-517. Item, la vigille Sainct Laurens, fut fermée la porte Sainct-Martin,
-et fut crié que nul ne fust si osé d'aller à Sainct-Laurens par
-devocion[923] ne pour nulle marchandise, sur la hart, aussi ne fist on;
-et la feste Sainct Laurens fut en la grant court[924] Sainct-Martin, et
-là fut grant foison de peuple, mais nulle marchandise ne s'i vendoit, se
-non des fromaiges et œufs, et de fruict de toutes manieres, selon la
-saison.
-
- [923] La procession qui se faisait traditionnellement à
- Saint-Laurent le jour de la fête de ce saint eut lieu cette année
- à l'église du Sépulcre (rue Saint-Denis), à cause des incursions
- ennemies.
-
- [924] Ms. de Paris: rue.
-
-518. Item, la premiere sepmaine de septembre l'an mil IIIIc XXIX, les
-quarteniers, chascun en son endroit, commencerent à fortifier Paris, aux
-portes de boulevars, es maisons qui estoient sur les murs affuster canons
-et queues plaines de pierres sur les murs[925], redrecer les fossez
-dehors la ville [et faire barrieres dehors la ville] et dedens. Et en
-icellui temps les Arminalx firent escripre lettres scellées du seel du
-conte d'Alençon, et les lettres disoient: «A vous, prevost de Paris et
-prevost des marchans et eschevins», et les nommoient par leurs noms, et
-leur mandoient des salus par bel langaige largement pour cuider esmouvoir
-le peuple l'un contre l'autre et contre eulx, mais on apperçut bien leur
-malice, et leur fut mandé que plus ne gastassent leur papier pour ce
-faire, et n'en tint oncques compte.
-
- [925] Au moment de l'attaque de Paris par la Pucelle, les
- tailleurs de pierres pour canons furent mandés par l'échevinage
- afin de «besogner» de leur métier; un certain Hilaire Caillet fit
- pour sa part onze cent soixante-seize boules de canon qu'il livra
- aux portes en présence des dizeniers, cinquanteniers et échevins;
- mais lorsqu'il s'agit du paiement, une contestation s'éleva entre
- Hilaire Caillet et le prévôt des marchands, représentant
- l'administration municipale, le tailleur de pierres réclamant
- quatre livres par centaine de projectiles, l'un dans l'autre,
- tandis que l'échevinage ne voulait allouer que deux francs (Arch.
- nat., X{la} 4796, fol. 239-241).
-
-519. Item, la vigille de la Nativité Nostre-Dame en septembre, vindrent
-assaillir aux murs de Paris les Arminalx et le cuidoient prendre
-d'assault, mais pou y conquesterent, se ne fu douleur, honte et meschef,
-car plusieurs d'eulx furent navrez pour toute leur vie, qui par avant
-l'assault estoient tous sains, mais fol ne croit jà tant qu'il prent,
-pour eulx le dy, qui estoient plains de si grant mal eur et de si malle
-creance que pour le dict d'une creature qui estoit en forme de femme avec
-eulx, que on nommoit la Pucelle, qui c'estoit, Dieu le scet, le jour de
-la Saincte Nativité Nostre-Dame firent conjuracion, tous d'un accord, de
-cellui jour assaillir Paris[926]. Et s'assemblerent bien XII mil ou
-plus, et vindrent [environ] heure de grant messe, entre XI et XII, leur
-Pucelle avec eulx et tres grant foison chariots, charettes et chevaulx,
-tous chargez de grans bourées à trois hars pour emplir les fossez de
-Paris; et commencerent à assaillir entre la porte Sainct-Honoré et la
-porte Sainct-Denis, et fut l'assault tres cruel, et en assaillant
-disoient moult de villeines parolles à ceulx de Paris. Et là estoit leur
-Pucelle, à tout son estandart sur le condos des fossez, qui disoit à
-ceulx de Paris: «Rendez-vous, de par Jhesus, à nous tost, car se vous ne
-vous rendez avant qu'il soit [la] nuyt, nous y entrerons par force,
-vueillez ou non, et tous serez mis à mort sans mercy.» «Voyre, dist ung,
-paillarde, ribaulde!» Et traict de son arbaleste droit à elle et lui
-perce la jambe tout oultre, et elle de s'enfouir, ung autre persa le pié
-tout oultre à cellui qui portoit son estandart; quant il se senti navré,
-il leva sa visiere pour veoir à oster le vireton de son pié, et ung autre
-lui traict, et le saigne entre les II yeulx et le navre à mort, dont la
-Pucelle et le duc d'Allençon jurerent depuis que mieulx ilz aymassent
-avoir perdu XL des meilleurs hommes d'armes de leur compaignie. L'assault
-fut moult cruel d'une part et d'autre, et dura bien jusques à quatre
-heures après disner, sans que on sceust qui eut le meilleur. Ung pou
-après IIII heures ceulx de Paris prindrent cuer en eulx, et tellement les
-verserent de cannons et d'autre traict qui leur convint par force
-reculler et laisser leur assault, et eulx en aller; qui mieulx s'en
-povoit aller estoit le plus eureux, car ceulx de Paris avoient de grans
-cannons qui gectoient de la porte Sainct-Denis jusques par delà
-Sainct-Ladre largement, qui leur gectoient au dos, dont moult furent
-espovantez; ainsi furent mis à la fuite, mais homme n'yssi de Paris pour
-les suivir, pour paour de leurs embusches. En eulx en allant ilz
-bouterent le feu en la granche des Mathurins, emprès les Pocherons, et
-mirent de leurs gens qui mors estoient à l'assault, qu'ilz avoient
-troussez sur leurs chevaulx, dedens cellui feu à grant foison, comme
-faisoient les païens à Romme jadis. Et maudisoient moult leur Pucelle,
-qui leur avoit promis que sans nulle faulte ilz gaigneroient à cellui
-assault la ville de Paris par force, et qu'elle y gerroit celle nuyt, et
-eulx tous, et qu'ilz seroient tous enrichiz des biens de la cité, et que
-tous seroient mis, qui y mettraient aucune deffence, à l'espée ou ars en
-sa maison; mais Dieu qui mua la grant entreprinse d'Olofernes par une
-femme nommée Judihe ordonna par sa pitié autrement qu'ilz ne pansoient.
-Car l'endemain[927] y vindrent querir par sauf conduit leurs mors, et le
-herault qui vint avec eulx fut sarmenté du cappitaine de Paris combien il
-y avoit eu de navrez de leurs gens, lequel jura qu'ilz estoient bien
-quinze cens, dont bien Vc ou plus estoient mors ou navrez à mort. Et vray
-est que en cellui assault n'avoit aussi comme nulz hommes d'armes que
-environ XL ou L Anglois qui moult y firent bien leur devoir; car la plus
-grant partie de leur charroy, en quoy ilz avoient admené leurs bourrées,
-ceulx de Paris leur osterent, car bien ne leur devoit pas venir de
-voulloir faire telle occision le jour de la Saincte Nativité Nostre-Dame.
-
- [926] Une relation circonstanciée de l'attaque de Paris par la
- Pucelle, due à Nicolas Sellier, greffier du chapitre de
- Notre-Dame, se trouve insérée dans les délibérations
- capitulaires. Comme elle ne figure point parmi les témoignages
- des chroniqueurs et historiens recueillis par M. Quicherat
- (_Procès de Jeanne d'Arc_, t. IV) et qu'elle nous semble inédite,
- nous pensons qu'il y a quelque intérêt à en reproduire le texte:
-
- Mercurii VII septembris.
-
- Hodie fit processio solemnis ad Sanctam Genovefam in Monte pro
- malicia temporis et hostilitate inimicorum sedanda et pacificanda,
- in qua intererunt canonici Palacii cum vera cruce. Et est sciendum
- quod ipsi inimici dederunt insultum contra villam Parisiensem,
- credentes eam capere et quotquot personas utriusque sexus
- repperirent in ea, prout juraverant quemadmodum ipsimet
- asserebant, interficere, et in vespere cessaverunt et se
- retraxerunt. In crastinum vero, in die festi Nativitatis beate
- Marie Virginis, cum eorum Puella, in qua tanquam in Deum suum
- confidebant, iterum circa unam horam post meridiem suum insultum
- inceperunt fortissimeque in eodem insultu continuaverunt,
- fortissime totis viribus dimicantes usque ad mediam noctem, sed
- obstante resistencia civium Parisiensium cum fiducia Dei et
- gloriose Virginis cujus festum in eadem villa Parisiensi
- honorificè celebrabatur, nichil finaliter fecerunt, nonnullos
- Anglicos et alios vulneraverunt et paucissimos interfecerunt, de
- suis quamplurimos perdiderunt, quorum non fuit numerus cognitus,
- quia dictum est quod ipsos combusserunt. Eorum Puella in femore
- vulnerata fuit, et credo quod propter hoc recesserunt, eciam una
- videbant socios suos morientes et mortuos, et mortem timentes
- retrocesserunt, dimiserunt maximum numerum boretarum ex quibus
- volebant implere fossata ville et aliquas in eis dimiserunt paucas
- tamen. Puella defferens suum vexillum venit super fossata, in quo
- loco fuit, ut dicitur, vulnerata, VIc LX scalas dimiserunt et bene
- IIIIor milia gallice _de clayes_, habuerunt ad illa omnia
- afferendum bene trecentum quadrigas quas ipsimet ad colla
- trahentes adduxerunt oneratas pisside, borretis, scalis et
- _clayes_, quarum quadrigarum plures reduxerunt ad Sanctum
- Dyonisium defferentes in eis suos vulneratos, alie Parisius
- adducte fuerunt in crastinum, et reliquam partem combuxerunt, quia
- repperte fuerunt rote centum, quare residuum earum presumitur
- fuisse combustum in ipsa nocte ante recessum eorum, et sic
- vituperose recesserunt. In crastinum Dalphinus eorum Rex fecit
- celebrari plures missas in Sancto Dyonisio pro rege Karolo sexto,
- suo patre. (Arch. nat., LL 216, fol. 173.)
-
- On lit cette note en marge du registre: De insultu inimicorum
- contra villam Parisiensem malè consultorum: Ista Puella finaliter
- fuit capta durante obsidione Compendii et in fine Rothomagi
- condempnata et combusta.
-
- [927] Le lendemain de l'assaut donné à Paris, des reliques
- égarées on ne sait par quel hasard furent trouvées dans les
- champs et offertes au chapitre de Notre-Dame par un garçon de la
- confrérie de S. Crépin et S. Crépinien; le 9 décembre 1429, par
- décision des chanoines, ces reliques durent être soumises à
- l'examen de l'official (Arch. nat., LL 216, fol. 182).
-
-520. Item, environ III ou IIII jours après, vint le regent à Paris[928]
-et envoya de ses gens à Sainct-Denis, mais les Arminalx s'en estoient
-partis sans riens paier de leurs despens, car ilz promettoient à ceulx de
-Sainct-Denis de les paier des biens de Paris, quant ilz seroient entrez
-dedens, mais ilz faillirent à leur intencion, pour quoy ilz tromperent
-leurs hostes de Sainct-Denis et d'ailleurs. Et qui pis fut pour eulx, le
-regent et les prevost de Paris et des marchans et eschevins de Paris les
-orent en grant indignacion, pour ce que sitost se randirent aux Arminalx
-sans cop ferir, et en furent condampnez en trs grans amendes, comme vous
-orez cy après declairer pour vray.
-
- [928] La présence du régent à Paris est signalée le dimanche 18
- septembre; ce jour-là il vint faire ses dévotions à Notre-Dame
- assez tard avant dîner, et déposa sur le grand autel une pièce
- d'or en témoignage de munificence (Arch. nat., LL 216, fol. 175).
-
-521. Item, le vendredy derrain jour de septembre l'an mil IIIIc XXIX,
-vint à Paris le duc de Bourgongne, à moult belle compaignie[929] et tant
-grant qu'il convint que on les logeast es maisons des mesnaigiers et en
-maisons vuydes, dont moult avoit à Paris, et avec porcs et vaches
-couchoient leurs chevaulx. Et vint par la porte[930] Sainct-Martin et
-amena avec lui sa seur, femme du duc de Bedfort, regent de France, qui
-avec lui estoit, et avoit devant lui dix heraux, tous vestus de costes
-d'armes du signeur à qui chascun estoit, et autant de trompettes; et en
-celle pompe ou vaine gloire allerent par la rue Maubué à madame
-Saincte-Avoye[931] faire leurs oblacions, et de là allerent à
-Sainct-Paul.
-
- [929] Jean de Lancastre, accompagné des gens du conseil royal, du
- prévôt des marchands, des échevins, se porta à la rencontre de
- son beau-frère, le duc de Bourgogne, et se joignit à son cortège.
-
- [930] Ms. de Rome: rue.
-
- [931] Sainte-Avoye, communauté de pauvres femmes fondée en 1288
- par J. Sequence, chevecier de Saint-Merry, dans la rue
- Sainte-Avoye à son point d'intersection avec la rue Rambuteau; ce
- couvent, auquel étaient annexés une chapelle et un hôpital, a été
- démoli lors du percement de la rue Rambuteau.
-
-522. Environ huit jours [après], vint le cardinal de Vincestre à belle
-compaignie[932] et puis firent plusieurs conseilz, tant que enfin, à la
-requeste de l'Université, de Parlement et de la bourgoisie de Paris, fut
-ordonné que le duc anglois de Bedfort seroit gouverneur de Normendie, et
-que le duc de Bourgongne seroit regent de France[933]. Ainsi fut fait,
-mais moult laissoit envis le duc de Bedfort ledit gouvernement, si
-faisoit sa femme, mais à faire leur convint[934]. Et quant les Anglois
-furent partiz, qui partirent à ung sabmedi au soir, et allerent à
-Sainct-Denis, faisant du mal assez, le duc de Bourgongne se parti après,
-et print trefves aux Arminalx jusques à Nouel ensuivant, c'est assavoir,
-pour la ville de Paris et pour les faulxbourgs d'autour tant seullement;
-et tous les villaiges d'entour Paris estoient apatiz aux Arminalx, ne
-homme de Paris n'osoit mettre le pié hors des faulxbourgs qui ne fust
-mort, ou perdu, ou rançonné de plus qu'il n'avoit vaillant, ne si osoit
-revancher; et si ne venoit rien à Paris pour vie de corps d'homme, qui ne
-fust rançonné II ou III foys plus qu'elle ne valloit. Le cent de petis
-costeretz valloit XXIIII solz parisis; le molle, VII[935] solz ou VIII
-solz; II œufs, IIII deniers parisis; ung petit fromaige tout nouvel
-fait, IIII blans; le boessel de poys, XIIII ou XV blans; et si couroit
-tres forte monnoye, ne il n'estoit nouvelle, ne pour Toussains ne pour
-autre feste en cellui temps, de haren froys, ne de quelque marée à Paris.
-
- [932] C'est le jeudi six octobre que «vint et entra à Paris le
- cardinal d'Excestre, auquel fu au devant le duc de Bourgongne à
- grant compaignie» (Arch. nat., X{la} 1481, fol. 18 vº).
-
- [933] Des lettres données le 13 octobre 1429 à la relation du
- grand conseil tenu par le régent, assisté du cardinal
- d'Angleterre, du duc de Bourgogne, du sire de Scales, de Jean
- Falstaff, confièrent le gouvernement de Paris et des bailliages
- limitrophes ainsi que la lieutenance à Philippe le Bon qui
- s'était assuré l'adhésion du duc de Bedford, «occupé, disait-on,
- au gouvernement du royaume, mesmement du duchié de Normandie».
- Les lettres du 13 octobre furent publiées le même jour au Palais,
- dans la grande salle sur la Seine, au milieu d'un concours
- empressé de population, en présence du duc de Bourgogne qui fit
- également promulguer la trêve conclue avec Charles VII (Arch.
- nat., X{la} 8605, fol. 14).
-
- [934] Le duc de Bedford et sa femme quittèrent Paris le lundi 17
- octobre, en compagnie du duc de Bourgogne qui «les convoya
- jusques à Saint-Denis où ilz demourerent tous au giste, et le
- mardi ensuivant parti le duc de Bourgongne pour aler en son païs
- de Flandres pour attendre et recevoir sa fiancée fille du roy de
- Portugal» (Arch. nat., X{la} 1481, fol. 18 vº).
-
- [935] Ms. de Rome: XII.
-
-523. Item, le duc de Bourgongne, quant il ot esté environ quinze jours à
-Paris, il se departy la vigille Sainct-Luc et emmena avec lui ses
-Picquars qu'il avoit amenez, environ VIm, aussi fors larrons qu'il avoit
-entré à Paris, puis que la maleureuse guerre estoit commencée, et comme
-il paru bien en toutes les maisons où ilz furent logez. Et aussitost
-qu'ilz furent partiz hors des portes de Paris, ilz n'encontroient homme
-qu'ilz ne desrobassent ou batissent. Quant l'avangarde fut partie, le duc
-de Bourgongne fist crier, comme une maniere d'apaiser gens simples, que
-se on veoit que les Arminalx venoient assaillir[936] Paris, que on soy
-deffendist le mieulx qu'on pouroit, et laissa sans garnison ainsi la
-ville de Paris. Veez là tout le bien qu'il y fist pour la ville; or
-n'estoient point les Anglois noz amis, pour ce que on les mist hors du
-gouvernement.
-
- [936] Ms. de Paris: vinssent assieger.
-
-524. Item, avant que Nouel fust et que les trefves faillissent, firent
-tant de maulx les Arminalx entour Paris, que oncques les tirans de Romme,
-ne larrons de bois, ne murdriers, ne firent oncques plus grans tyrannies
-souffrir à chrestiens qu'ilz faisoient, et avec la tyrannie prenoient
-quanque avoient ceulx qui cheoient en leurs mains, jusques à vendre femme
-et enfans, qui les eust peu vendre: et personne nulle ne leur
-contredisoit, car le regent de France, duc de Bedfort, n'avoit cause de
-s'en mesler, pour ce que on avoit fait le duc de Bourgongne regent,
-lequel ot en icellui termine grant tribulacion. Car, comme il ot fait
-tout bien et bel ordonner et appareiller tout quanque puet et doit
-appartenir à nopces de si grant prince, et comme tout fut apresté, qu'il
-n'atendoit de jour en jour que la dame qu'il devoit prendre à femme, qui
-estoit fille du roy de Portugal[937], laquelle s'estoit mise en mer, et
-quant elle fuyt[938] et sa mesniée pres de l'Escluse, aussi comme à une
-veue, et que on commançoit ja la feste de sa venue, il vint ung vent qui
-lui fut si contraire que elle fu eslongnée en pou de heure en ung
-loingtain païs, qu'il fut plus de XL jours avant que on sceust la
-certeneté en quel païs elle estoit arivée, et lui convint par force en la
-terre son pere ariver en Arragon, et après fut elle ramenée au duc de
-Bourgongne saine et sauve[939]. Et ce estoit la cause pourquoy il
-entrelaissa ainsi Paris cellui temps.
-
- [937] C'est à tort que le ms. de Rome qualifie cette princesse de
- «fille du roy d'Aragon», le ms. de Paris la désigne comme fille
- du roi de Portugal.
-
- [938] Ms. de Rome: lui.
-
- [939] Isabelle, fille de Jean Ier roi de Portugal et de Philippe
- de Lancastre, que le duc de Bourgogne épousa à Bruges le 10
- janvier 1430, était arrivée en vue du port de l'Écluse,
- lorsqu'une violente tempête jeta le navire qui la portait sur les
- côtes d'Angleterre, ainsi qu'en fait foi l'ordre de payement
- délivré le 6 décembre 1429 à Guillaume Aleyn, clerc de l'hôtel du
- roi d'Angleterre, pour les dépenses de la fille du roi de
- Portugal récemment débarquée dans le pays et allant en Flandre
- (Rymer, _Acta publica_, t. IV, p. 151). Isabelle de Portugal
- n'eut donc pas à retourner dans les états de son père.
-
-
- [1430.]
-
-
-525. Et par celle faulte [et] que nul gouverneur n'avoit à Paris, ne qui
-obviast à l'encontre des ennemis, et que rien ne venoit à Paris qui ne
-fust rançonné deux ou trois foys[940] et qu'il le convenoit vendre,
-quant il estoit arivé, si cher que povres gens n'en povoient avoir, si en
-advint une grant douleur, car grant foison de povres mesnaigiers, dont
-les aucuns avoient femmes et enfens, les autres non, s'en yssirent grant
-foison de Paris, comme par maniere d'aler esbatre ou gaigner, et se
-desespererent pour la grant pouvreté qu'ilz souffroient, et
-s'acompaignerent avec autres qu'ilz trouverent, et commencerent par
-l'ennortement de l'ennemi à faire tous les maulx que pevent faire
-chrestiens, dont il convint par force que on s'assemblast pour les
-prendre. Et en print on à la premiere fois IIIIxx XVII, et ung pou de
-jours après on en pandit XII au gibet de Paris le IIe jour de janvier, et
-le Xe ensuivant on en mena XI es halles de Paris, et leur coppa on les
-testes à tous dix. Le unziesme estoit ung tres bel jeune filx d'environ
-XXIIII ans, il fut despoullié et prest pour bander ses yeulx, quant une
-jeune fille née des Halles le vint hardiement demander et tant fist par
-son bon pourchas qu'il fut remené ou Chastellet, et depuis furent
-espousez ensemble[941].
-
- [940] Ce qui échappait aux coureurs de Charles VII était pillé
- par les Anglais eux-mêmes qui ne se faisaient aucun scrupule
- d'arrêter au passage les approvisionnements destinés à la
- capitale. Dans les premiers mois de l'année 1430, à l'instigation
- des échevins de Paris, divers marchands, notamment Alexandre des
- Marais, changeur de la rue des Arsis, Jean de la Poterne,
- Guillaume Lorget, Nicolas Scale, Gabriel Fatinant, Benoît Astay
- et Jean de Goudonvilliers, commandeur de Saint-Jean de Jérusalem,
- formèrent une association et firent charger à frais communs en
- Normandie un bateau de blé, de lard, de beurre et d'autres
- denrées; le chargement arriva sans encombre jusqu'à Triel le
- vendredi après Pâques; là il fut en quelque sorte happé par
- Jennequin Rippley et plusieurs Anglais de la garnison de
- Pontoise, qui conduisirent le bateau dans cette ville et
- s'adjugèrent le contenu. Les marchands lésés n'eurent d'autre
- ressource que d'intenter un procès aux pillards par-devant le
- Parlement et n'obtinrent qu'un résultat illusoire, c'est-à-dire
- l'ouverture d'une enquête ordonnée le 7 septembre 1430 (Arch.
- nat., X{2a} 20, fol. 193 vº).
-
- [941] Le cas n'est pas sans analogues et l'on pourrait citer plus
- d'un condamné que sa bonne mine préserva d'une mort ignominieuse,
- témoin ce malheureux sur le point d'être pendu à Verneuil et
- sauvé du gibet par une jeune fille de quinze ans qui le demanda
- pour mari (Arch. nat., JJ 172, no 406).
-
-526. Item, en cellui temps fut la Pasque le XVIIe jour d'avril, et fut si
-tres cher et tres froit; valloit le molle de buche ix solz parisis, et le
-costeret et le charbon ainsi cher ou plus, et toutes choses dont on
-povoit vivre, se non pommes, dont les pouvres gens[942] avoient tant
-seullement admendement; et pour la deffaulte de huylle on mengoit du
-beurre en cellui karesme, es Halles, comme en charnaige.
-
- [942] Ms. de Paris: chrestiens.
-
-527. Item, le XXIe jour de mars, vindrent les Arminalx proier gens et
-bestail, et firent cellui jour moult de maulx. Si le vint on dire à Paris
-au sire de Saveuze[943], lequel s'arma lui et sa gent, et avec lui
-plusieurs de Paris, avecques lesquelx avoit [ung quartenier], ung
-eschevin de Paris et[944] receveur des aides, nommé Colinet de Neuville,
-le bastart de Sainct-Paul[945], le bastart de Saveuze, tout fut prins,
-[lesquelx], aussitost qu'ilz furent aux champs, se desréerent sans eulx
-tenir ensemble, et tous furent prins en mains d'une heure, dont les
-Arminalx orent tres grant finance.
-
- [943] Probablement Philippe de Saveuses, seigneur de Saveuses
- après la mort de son frère Hector vers 1426. Monstrelet le cite
- fréquemment parmi les seigneurs du parti anglo-bourguignon.
-
- [944] «De Paris et» manque dans le ms. de Rome.
-
- [945] Jean de Luxembourg, seigneur de Montmorency, reçut des
- Anglais en 1429 le commandement de la forteresse de Meaux et fut
- créé chevalier de la main même du duc de Bedford lors de
- l'expédition de ce prince sous les murs de Senlis; le bâtard de
- Saint-Pol était du nombre des personnages qui assistèrent aux
- noces de Philippe le Bon célébrées à Bruges le 10 janvier 1430;
- le jeune roi d'Angleterre l'attacha à sa personne comme grand
- maître de son hôtel; c'est en cette qualité qu'on le voit figurer
- au festin donné au Palais après le sacre de Henri VI, au mois de
- décembre 1431 (Monstrelet, t. IV, _passim_). Jean de Luxembourg
- prit part en 1452 à la campagne contre les Gantois et y arma
- chevalier le comte d'Étampes (G. Chastellain, t. II, p. 235).
-
-528. Item, quant les Arminalx virent que leurs choses de toutes pars leur
-venoient si bien à point, si s'enhardirent et vindrent le vendredy
-ensuivant, XXIIIe jour de mars, environ mynuit, à tout eschelles devant
-Sainct-Denis, et l'eschellerent et entrerent dedens, et tuerent les
-bonnes gens qui faisoient celle nuyt le guet sans mercy; et après
-allerent parmy la ville tuant et occiant quanque ilz encontroient, et
-pillerent celle nuyt la ville et tuerent grant foison des Picquars qui y
-estoient en garnison, et enmenerent presque tous leurs chevaulx, et quant
-ilz furent bien troussez, ilz laisserent la ville et s'en allerent à tout
-leur pillaige qui moult grant estoit et trop.
-
-529. Item, en celluy temps furent aucuns des grans de Paris, comme de
-Parlement et du Chastellet, et des marchans et gens de mestier, qui
-firent ensemble conjuracion[946] de mettre les Arminalx dedens Paris, à
-quelque dommaige que ce fust, et devoient estre signez de certains signes
-quant les Arminalx entreroient à Paris, et qui n'auroit ce signe estoit
-en peril de mort. Et y avoit ung carme nommé frere Pierre d'Allée, qui
-estoit porteur et rapporteur des lettres de ung lès et d'autre, mais Dieu
-ne voult pas souffrir que si grant homicide fust faicte en la bonne
-cité[947] de Paris, car le carme fut prins, qui moult en encusa par
-gehenne que on lui fist. Et vray fut que la sepmaine de la Passion, entre
-Pasque fleurie et le dimenche devant, on en print plus de CL, et la
-vigille de Pasques flouries, on en coppa à VI la teste es Halles[948]; on
-en noya, aucuns moururent par force de gehenne, aucuns finerent par
-chevance, aucuns s'enfouirent sans revenir. Quant les Arminalx virent
-qu'ilz orent failli à leur entreprinse, ilz furent tous desesperez, et
-n'esparnoient ne femme ne enfent qu'ilz ne prinssent, [et] venoient
-jusques aux portes de Paris sans contredit de nully, mais on attendoit de
-jour en jour le duc de Bourgongne, qui n'alla ne vint, passa janvier,
-fevrier, mars et avril.
-
- [946] Les détails les plus précis sur la conspiration d'avril
- 1430 et sur les stratagèmes que devaient employer les conjurés
- pour introduire les Français sont fournis par les lettres de
- rémission accordées à Jean de Calais, révélateur du complot.
- Quelques années auparavant, nous rencontrons un personnage du
- même nom impliqué dans une affaire de coups et blessures envers
- un chanoine du Saint-Sépulcre, écolier de l'Université. Ce Jean
- de Calais avait su dégager sa responsabilité, tandis que
- Guillaume Doucet, son complice, était condamné à faire amende
- honorable à l'Université, dans l'église des Mathurins (Arch.
- nat., X{la} 64, fol. 235 vº). Ce qui est hors de doute, c'est que
- Jean de Calais était né à Paris et qu'il y rentra après la
- réduction de la capitale par Charles VII; il fut même appelé aux
- fonctions d'échevin le 23 juillet 1440 (_Ibid._, KK 1009, fol.
- 6). Voir la note consacrée à Jean de Calais par M. Longnon
- (_Paris pendant la domination anglaise_, p. 303).
-
- [947] Ms. de Paris: ville.
-
- [948] Le 8 avril, on exécuta aux Halles les conjurés dont
- Fauquembergue donne les noms: JEAN DE LA CHAPELLE, clerc des
- comptes, l'âme de la conspiration, fut décapité et écartelé;
- grands et petits se disputèrent ses dépouilles; Jean Bourdin,
- geôlier des prisons du Châtelet, revendiqua la robe longue de
- viollet fourrée que portait Jean de la Chapelle lorsqu'il fut
- amené au Châtelet (Arch. nat., Y 5230, fol. 23 rº). Jean de
- Villiers, sire de l'Isle-Adam, se fit adjuger ses biens
- confisqués (_Ibid._, JJ 174, no 354) et soutint un procès au
- Parlement contre la veuve et les enfants mineurs du condamné,
- lesquels réclamaient 60 livres de rente (_Ibid._, X{la} 4796,
- fol. 224 vº; X{la} 1481, fol. 32 rº). RENAUD SAVIN et PIERRE
- MORANT, procureurs au Châtelet, furent décapités; GUILLAUME
- PERDRIAU et JEAN LE FRANÇOIS, dit Baudrain, décapités, le second
- écartelé; JEAN LE RIGUEUX, boulanger, décapité. Un autre
- adhérent, dont ne parle point le greffier du Parlement, mais cité
- dans la rémission de Jean de Calais, est ce Jacquet Guillaume
- demeurant à l'Ours, à la Porte Baudoyer, déjà connu par les
- lettres de rémission qu'il obtint en janvier 1424 (Longnon,
- _Paris pendant la domination anglaise_, p. 118); il subit
- également la peine capitale, sa femme Jeannette fut bannie du
- royaume et ses biens confisqués (Arch. nat., Y 5230, fol. 36 vº).
- Quant à JACQUET PERDRIEL, qui parvint à s'échapper, ses biens
- saisis, entre autres un hôtel sis rue de la Verrerie, furent
- donnés à Jean Stanlawe, trésorier de l'hôtel du duc de Bedford
- (_Ibid._, JJ 174, fol. 137 vº). Cf. Longnon, _Paris pendant la
- domination anglaise_, p. 303.
-
-530. Le XXIe jour d'avril, allerent bien IIIc Angloys ou environ pour
-cuider prendre ung chastel nommé la Chasse[949], mais [par] leur
-convoitise ilz se transporterent à Chele[-Saincte-Baudour[950]] et
-pillerent la ville et puis l'abbaye, et s'en vindrent devant ledit
-chastel ainsi troussez des biens de l'eglise et des laboureurs, dont il
-leur meschut tres griefment; car ce pendent qu'ilz pillerent ladicte
-abbaye, les Arminalx eulx assemblerent des garnisons d'entour et les
-encloyrent entre le chastel et eulx. Si ne sorent oncques les entendre,
-car ceulx de dedens les greverent moult de trait, et ceulx de derriere
-les assaillirent si asprement que en bien pou de heure furent tous mors
-ou prins; et ainsi donq les Arminalx furent moult enrichiz, car ilz orent
-tous leurs chevaulx et tout ce qu'ilz avoient pillié à Chelle, et les
-rançons des vivans et la despoulle des mors.
-
- [949] La forteresse de la Chasse, en la forêt de Montmorency, fut
- réduite par le comte de Norfolk en même temps que celles de
- Dammartin-en-Goelle et Montjay (Monstrelet, t. IV, p. 495). Ce
- lieu fortifié avait pour capitaine en juin 1437 un écuyer du nom
- de Jacquet de Sèvres (Arch. nat., Zº{1a} 10, fol. 48 rº).
-
- [950] Chelles (Seine-et-Marne, arr. de Meaux, cant. de Lagny).
-
-531. Item, le XXVe jour dudit moys, l'endemain de Sainct-Marc, firent
-tant les Arminalx, par leur force ou par traïson, qu'ilz gaignerent
-l'abbaye de Sainct-Mor-des-Fossez; et partout leur venoit bien, ne
-oncques puis que le conte de Salcebry fut tué devant Orleans, ne furent
-les Angloys en place dont il ne leur convint partir à tres grant damage
-ou à tres grant honte pour eulx.
-
-532. Item, celle année, avoit foison roses blanches au jour de Pasques
-flouries, qui furent le VIIIe jour d'avril l'an mil IIIIc XXIX, tant
-estoit l'année hastive[951].
-
- [951] «Tant estoit l'année hastive» manque dans le ms. de Rome.
-
-533. Item, le XXVIe jour dudit moys, l'an mil IIIIc XXX, firent faire les
-gouverneurs de Paris[952] [grans] feus, comme on fait à la Sainct-Jehan
-d'esté, pour ce que le peuple s'esbahissoit de ce que les Arminalx
-avoient partout le meilleur où ilz venoient, et firent entendre au
-peuple que c'estoit pour le jeune roy Henry[953] qui se tenoit roy de
-France et d'Angleterre, qui estoit arivé à Boullongne, lui et grant
-foison de souldoiers, pour combatre les Arminalx, dont il n'estoit rien,
-ne du duc de Bourgongne nouvelle nulle n'estoit. Si estoit le monde aussi
-comme au desespoir de ce que on ne gaingnoit rien, et que les gouverneurs
-leur faisoient ainsi entendant que brief ilz auroient secours, dont
-quelque signeur ne faisoit nul semblant de secours, ne d'aucun traicté,
-pour quoy [moult] des mesnaigers de Paris se departoient, de quoy Paris
-affeblioit moult.
-
- [952] «De Paris» manque dans le même ms.
-
- [953] Le jeudi 28 avril 1430, vint la nouvelle à Paris que le
- jeune roi d'Angleterre venait de débarquer à Calais. Pour
- célébrer son heureuse arrivée, le chancelier fit chanter un _Te
- Deum_ à Notre-Dame et allumer des feux de joie dans les rues de
- Paris; le lendemain il y eut processions générales de Notre-Dame
- à Sainte-Geneviève (Arch. nat., X{la} 1481, fol. 26 rº; X{la}
- 4796, fol. 204 rº).
-
-534. Item, la sepmaine de may, avoit à la porte Sainct-Antoine
-prinsonniers, dont l'un avoit paié sa rançon, et estoit eslargy et alloit
-avec les gens du chastel à son plaisir. Si trouva un jour que cellui qui
-gardoit les prinsons s'endormy après disner sur ung bang, comme on fait
-en esté, si lui osta les clefs ainsi comme il dormoit et ouvry la
-prinson, et en deslia trois avec lui, et vindrent où cil dormoit encore,
-et autres l'un ça, l'autre là, et frapperent sur eulx pour les tuer, et
-en navrerent à mort deux ou trois, avant que les gens qui estoient du
-chastel en peussent rien ouyr. Quant ilz sorent comment lesdiz
-prinsonniers avoient ouvré, si acoururent à l'aide de leurs compaignons
-hastivement, et le signeur de l'Isle-Adam qui leans estoit, qui en estoit
-cappitaine et de la ville de Paris, vint tost où cilz estoient. Si les
-escrie, et fiert d'une hache qu'il tenoit le premier qu'il trouve, si
-l'abat mort; les autres ne porent fuir, si furent tretous prins, et
-recongnurent qu'ilz avoient en pencée de tuer tous ceulx qui estoient
-dedens le chastel et de livrer le chastel aux Arminalx pour prendre Paris
-par traïson ou autrement. Et tantost qu'ilz orent ce dit, si les fist le
-cappitaine tous tuer et trayner en la riviere.
-
-535. Item, en celle année, le XIIe et [le] XIIIe jour de may, gellerent
-avecques toutes les vignes, qui estoient les plus belles par apparance de
-foison de grappes [et grosses] que homme les eust veues puis XXX ans
-devant. Ainsi plut à Dieu qu'il advenist, pour nous donner exemple que en
-ce monde n'a rien seur, comme il appert de jour en jour.
-
-536. Item, le XXIIIe jour de may, fut prinse devant Compigne dame
-Jehanne, la Pucelle aux Arminalx, par messire Jehan de Luxembourc et ses
-gens[954], et bien mil Anglois qu'ilz venoient à Paris, et furent bien
-IIIIc des hommes à la Pucelle que tuez que noyez. Après ce, le dimenche
-ensuivant, vindrent les mil Angloys à Paris et allerent asseger les
-Arminalx qui estoient dedens l'abbaïe de Sainct-Mor-[des-Fossez], si ne
-se tindrent point et rendirent ladicte abbaïe, sauve leur vie, sans rien
-emporter que ung baston en leur poing, et estoient bien c; et fut le IIe
-jour de juing mil IIIIc XXX.
-
- [954] C'est le mercredi 24 mai 1430, veille de l'Ascension, que
- Jeanne d'Arc fut prise sous les murs de Compiègne.
-
-537. Item, en celui temps, la livre de beurre sallé valloit III solz
-parisis de tres forte monnoye, et la pinte de huylle de noiz, VI solz
-parisis. Et pour certain, aussitost que les Arminalx furent departiz, les
-Anglois, bon gré ou mal gré de leurs cappitaines, pillerent toute
-l'abbaïe et la ville si au net que ilz n'y laisserent pas les culliers au
-pot qu'ilz n'emportassent[955], et ceulx de davant à leur entrée avoient
-bien pillié, et les derrains encore rien n'y laisserent; quelle pitié!
-
- [955] Ms. de Paris: apportassent.
-
-538. Item, en cellui moys de juing, n'estoit encore aucune nouvelle du
-roy Henry d'Angleterre, qu'il fut point passé la mer, et les gouverneurs
-de Paris firent entendant au peuple des le jour Sainct-George, qu'il
-avoit passé la mer par decza, dont ilz firent faire les feus parmy Paris;
-dont le menu peuple n'estoit pas bien comptent pour la buche qui tant
-estoit chere, et que bien savoient les aucuns qu'il n'estoit point passé
-deça la mer[956].
-
- [956] L'incrédulité que manifeste l'auteur du journal au sujet de
- l'arrivée en France de Henri VI d'Angleterre est inexplicable,
- car l'on voit à la date du 13 juin que le jeune roi était attendu
- à Paris, ainsi que l'atteste la délibération du Parlement ayant
- pour objet de déterminer «en quel estat et en quelz habis» les
- membres de la compagnie iraient au-devant du roi; il fut décidé
- que les conseillers clercs du Parlement, vêtus de robes longues
- en drap _pers_ avec chaperons fourrés, et les lays de simple
- drap, montés tous sur des chevaux, se porteraient hors des murs à
- la rencontre du souverain (Arch. nat., X{la} 1481, fol. 28 rº).
-
-539. Item, du duc de Bourgongne n'estoit nulle nouvelle qu'il deust
-venir, et si n'estoit il sepmaine qu'on ne l'atandist depuis janvier, et
-c'estoit pres de la Sainct-Jehan, mais aussi le donnoient à entendre les
-gouverneurs au peuple pour les appaisier, mais ilz disoient, quant on
-parloit de son venir, les aucuns et le plus: _Patrem sequitur sua
-proles_; «vraiement les enfens ensuivent voulentiers leur pere», et plus
-n'en disoient. Et vraiement encore passa juillet que de lui n'estoit
-nouvelle, fors qu'il avoit grant foison Picquars, qui des le moys d'avril
-avoient mis le siege devant Compigne, mais encore n'y avoient rien fait
-ou moys d'aoust. Et vraiement IIIc Anglois faisoient [plus] en armes que
-Vc Picquars, et si n'estoit nulz plus fors larrons et mocqueurs de gens;
-et les Anglois gangnerent bien XII forteresses entour Paris en ung moys,
-et après allerent à Corbeil la IIe sepmaine de juillet.
-
-540. Item, le XVIIe jour de juillet, à ung lundi, vigille Sainct-Arnoul,
-fut la cloche de Nostre-Dame fondue et nommée Jaqueline[957], et fut
-faicte par ung fondeur nommé Guillaume Sifflet[958], et pesoit quinze mil
-ou environ.
-
- [957] _Jacqueline_, l'une des deux grosses cloches de Notre-Dame,
- avait été offerte par Jean de Montaigu, grand maître de l'hôtel
- de Charles VI, et devait son nom à Jacqueline de la Grange, femme
- de ce personnage; l'entretien de ce bourdon était ruineux et le
- chapitre cherchait à s'en décharger sur l'évêque, comme le montre
- un procès plaidé au Parlement en 1426 (Arch. nat., X{la} 4794,
- fol. 287 rº; X{la} 65, fol. 187 vº). Cette cloche se brisa le
- jour de l'élection de Nicolas Fraillon et sa refonte fut décidée;
- le 7 novembre 1429, on avisa le chapitre de N.-D. qu'un individu
- s'offrait pour ce travail, qui fut entrepris; c'est bien le lundi
- 17 juillet que la nouvelle cloche fut fondue par maître Guillaume
- Sifflet qui y employa 17,842 livres de matière, savoir: 11,542
- livres provenant de l'ancienne cloche hors d'usage, 3,200 livres
- représentant le poids d'une autre cloche brisée trouvée dans le
- vieux beffroi, plus 3,100 livres de métal neuf acheté;
- l'opération réussit à merveille, et la cloche fondue sans le
- moindre défaut pesait 16,192 livres. Le mercredi 2 août, le
- chapitre décida qu'avant de remettre à G. Sifflet son obligation,
- la cloche Jacqueline serait visitée en présence des chanoines par
- des ouvriers experts (Arch. nat., LL 216, fol. 78, 179, 209,
- 210). Quatre années s'étaient à peine écoulées que Jacqueline
- nécessitait de nouvelles réparations; le 11 août 1434, Berthelot
- de Louvain, serrurier de N.-D., refit un battant de cette cloche,
- et les chanoines ne la laissèrent sonner à Noël qu'après s'être
- assurés qu'il n'y avait aucun risque à courir (_Ibid._, LL 217,
- fol. 106, 124).
-
- [958] Antérieurement à l'année 1430, Guillaume Sifflet et sa
- femme occupaient un hôtel sis en la rue des Étuves, à l'enseigne
- de la Pomme de Pin (Arch. nat., Y 5231, fol. 11 vº).
-
-541. Item, le sire de Roz, ung chevalier angloys, vint à Paris le
-mercredi XVIe jour d'aoust l'an mil IIIIc XXX, le plus pompeusement que
-on vit oncques chevalier, s'il n'estoit roy ou duc, ou conte; car il
-avoit devant lui IIII menesterelz jouans trompes, clerons, tous jouans de
-leurs instrumens; mais le vendredy ensuivant, fortune lui fut trop
-contraire, car les Arminalx vindrent prendre la proie devers la porte
-Sainct-Anthoine, et prindrent beufs, vaches, brebis et autre bestail, et
-s'en tournerent atout. Quant le sire de Roz le sceut, il alla à toutes
-ses gens après et poursuivy fort, et ung autre chevalier anglois qui
-estoit cappitaine du Boys de Vicennes[959], qui le suyvi de pres, et
-autres, et virent les Arminalx qui passoient Marne par dela Sainct-Mor;
-si les suyvirent, et aucuns se mirent en la riviere, qui bien virent le
-gué par où les Arminalx passerent, et allerent oultre. Le sire de Roz
-failly à trouver le gué et soy bouta en la riviere trop hardiement, et le
-cappitaine du Bois de Vicennes qui aussi faillyt, et ung autre chevalier
-nommé monseigneur de Moucy[960], et plusieurs autres qui tous furent
-noyez, et grant foison d'Arminalx aussi le furent; mais ceulx qui
-passerent besongnerent si bien qu'ilz rescouirent[961] tous les
-prinsonniers et la proie, et avec ce prindrent le cappitaine de Langny
-messire Jehan Foucault[962], et plusieurs autres tuerent, et plusieurs
-d'eulx furent tuez. Et n'estoit gueres quinze jours qu'il ne venist à
-Paris III ou IIIIc ou plus ou mains d'Anglois, mais aussitost qu'ilz
-alloient sur les Arminalx, touzjours perdoient aussitost qu'ilz
-frappoient ensemble, et les Arminalx les mettoient tous à mort;
-et disoit que c'estoit pour ce, que puis le siege fut mis devant
-Orleans, quele onte de Salcebry pilla et fist piller l'eglise
-Nostre-Dame-de-Clery[963], lequel mourut tantost après par cas de
-meschief d'une piece de cannon qui rompit.
-
- [959] Jean de Honneford, chevalier anglais, était capitaine du
- Bois de Vincennes de 1425 à 1426, mais exerçait-il encore ce
- commandement en 1430? Il est permis d'en douter, avec d'autant
- plus de raison que, d'après Monstrelet, le duc de Bourgogne,
- après le départ de Jean de Bedford en 1429, renouvela
- complètement le personnel chargé de garder les points fortifiés
- voisins de la capitale, ce qui s'accorde avec un document cité
- par le P. Anselme dans son _Hist. généal._ (t. VI, p. 668), où le
- seigneur de Mouchy, dont est question plus loin, figure à la date
- du 29 mars 1429 en qualité de capitaine du Bois de Vincennes.
- Voici les noms des officiers qui se succédèrent au château du
- Bois de 1418 à 1426: en 1418, Ch. Boistel; ensuite, Andry de
- Salins jusqu'au mois de juin 1420; puis, Pierre le Verrat,
- remplacé à la fin de décembre de la même année par un chevalier
- anglais, le comte de Huntington; en 1423, Huguenin de Saubertier;
- en 1425, J. de Honneford (Arch. nat., X{la} 4792, fol. 41 rº;
- X{la} 4793, fol. 253 rº; X{la} 4794, fol. 45 rº, 179 rº; P 1189.
- _Revue archéologique_, année 1854, p. 456).
-
- [960] Pierre de Trie, dit Patrouillart, seigneur de Mouchy le
- Chatel et de Grigny, soutint en 1427 un procès au Parlement avec
- Emmeline de Nostemberch, au sujet d'un fief de 200 livres de
- rente (Arch. nat., X{la} 4795, fol. 85 rº). Suivant le P.
- Beurrier, célestin, que cite le P. Anselme (_Hist. gén._ t. VI,
- p. 668), il serait mort en 1433; mais le récit de notre
- chroniqueur est conforme à la vérité, car, le 23 septembre 1430,
- Guillaume l'Étendard, écuyer, seigneur de Beauchesne, héritier
- sous bénéfice d'inventaire de Pierre de Trie, après avoir prêté
- au Châtelet serment de féauté et juré l'observation du traité de
- Troyes, obtint un répit pour bailler son aveu et dénombrement; en
- outre, comme plusieurs des biens qui devaient lui revenir se
- trouvaient entre les mains des Français, il déclara faire toutes
- oppositions de droit (Arch. nat., Y 5230, fol. 75 rº).
-
- [961] Ms. de Paris: recouvrerent.
-
- [962] Jean Foucaut, «vaillant chevalier de Limosin» (Cousinot de
- Montreuil, Chron. _de la Pucelle_, p. 335), conduisait les
- archers dans l'armée de Charles VII, il fut chargé de la défense
- de Lagny au mois de septembre 1429 en compagnie d'Ambroise de
- Loré. Après la réduction de Paris en 1436, messire Jean Foucaut,
- avec un écuyer du nom de Pierre Jaillet, commandait les gens
- d'armes et de trait en garnison à Saint-Denis (Arch. nat., KK
- 284, fol. 16).
-
- [963] C'est au mois de septembre 1428 que le comte de Salisbury
- envoya des Anglais «en tres grant nombre en l'eglise de Clery qui
- la pillerent et y firent des maux innumerables» (_Chron. de la
- Pucelle_, p. 257).
-
-542. Item, après fut levé le siege qui tant avoit cousté, et tant de
-leurs gens prins et mors.
-
-543. Item, depuis que ce qu'il fist à Lusarches en l'eglise de
-Sainct-Cosme et puis à Chele Saincte-Baudour, et tantost après
-furent resque tous prins et tuez; et puis que ont ilz fait à
-Sainct-Mor-des-Fossez en l'eglise, et partout où ilz pevent avoir le
-dessus? Les eglises sont pillées, qui n'y demoure ne livres, ne la
-bouette ou couppe où le corps de Nostre-Seigneur repose, ne reliques,
-pour tant qu'il y ait or ou argent, ou aucun mettal, qu'ilz ne gettent
-soit le corps Nostre-Seigneur, soient reliques. Tout ne leur chault, ou
-des corporaulx, n'y laissent ilz nulz qui puissent, et n'y a aucun qui
-soit maintenant aux armes, de quel costé qu'il soit, François ou Anglois,
-Arminac ou Bourgoignon ou Picquart, à qui il eschappe rien qu'ilz
-puissent, s'il n'est trop chault ou trop pesant, dont c'est grant pitié
-et dommaige que les signeurs ne sont d'accort. Mais, se Dieu n'en a
-pitié, toutte France est en grant danger d'estre perdue, car de toutes
-pars on y gaste les biens, on y tue les hommes, on y boute feus, et n'est
-estrange ne privé qui point en die: _Dimitte_, mais touzjours va de mal
-en pis, comme il appert.
-
-544. Vray est que le jour Sainct-Augustin, en aoust mil IIIIc XXX, L ou
-LX voyturiers ou environ, que de Paris que d'entour, allerent querre des
-blez qui pres du Bourgel estoient nouveaux soiez, et estoient aux
-bourgois de Paris. Les Arminalx le sceurent par leurs espies dont ilz
-avoient assez à Paris, si vindrent sur eulx à grant puissance; si se
-combatirent le mieulx qu'ilz porent noz gens de Paris. Mais rien ne leur
-valu, car tantost les Arminalx les desconfirent [et en tuerent moult], et
-tout le remenant qu'ilz ne tuerent mirent en leurs prinsons, et par leur
-grant mauvaistie mirent le feu dedens les blez qui es chariotz et
-charrettes estoient, et tout ardoient que rien n'en fut rescous que les
-ferreures; et quant ilz veoient aucun de ceulx qui estoit à la terre
-navré à mort ou mains que mort, qui remuoit, ilz le prenoient et le
-gettoient dedens le feu qui moult grant estoit, car tout le blé et tout
-le charroy estoit en feu et en flambe.
-
-545. Item, sans ceulx qui furent mors, ilz en prindrent bien VIxx ou plus
-et tous les chevaulx, et les rançonnerent. Et à celle heure de maleur
-ariva le connestable de France à Paris, nommé le signeur de Stanfort,
-atout une tres grant compaignie d'Angloys, et passa à une lieue ou
-environ pres de la place où ilz se combatoient, et si n'en sot rien, dont
-ce fut grant pitié et grant domage; car la plus grant partie de ceulx qui
-furent prins estoient tous mesnaigers aians femmes et enfens, qui furent
-auques tous à pouvreté par les rançons qu'il leur convint paier, ou estre
-mors sans mercy.
-
-546. Item, le IIIe jour de septembre, à ung dimenche, furent preschées au
-parvis Nostre-Dame[964] deux femmes, qui environ demy an devant avoient
-esté prinses à Corbeil et admenées à Paris, dont la plus aisnée
-Pieronne[965] et estoit de Bretaigne bretonnant; elle disoit et vray
-propos avoit que dame Jehanne, qui se armoit avec les Arminalx, estoit
-bonne, et ce qu'elle faisoit estoit bien fait et selon Dieu.
-
- [964] Bien que le manuscrit de Rome porte «puis Nostre-Dame,» la
- leçon «parvis» que nous donne le ms. de Paris, leçon adoptée par
- M. Vallet de Viriville (_Procès de condamnation de Jeanne d'Arc_,
- traduit du latin, 1867, p. LXIV), nous semble préférable.
-
- [965] Pieronne la Bretonne ou Perinaïk, ainsi que la nomme M. de
- la Villemarqué, était l'une des pénitentes du frère Richard; elle
- suivit Jeanne d'Arc à sa sortie de Sully, fut prise à Corbeil par
- les Anglo-Bourguignons, jugée à Paris en cour d'église, et périt
- comme la Pucelle sur le bûcher (Vallet de Viriville, _Procès de
- condamnation de Jeanne d'Arc_, p. LXIV).
-
-547. Item, elle recognut avoir deux foys receu le precieux corps
-Nostre-Seigneur en ung jour.
-
-548. Item, elle affermoit et juroit que Dieu s'apparoit souvant à elle en
-humanité, et parloit à elle comme amy fait à autre, et que la darraine
-foys qu'elle l'avoit veu, il estoit long vestu de robe blanche, et avoit
-une hucque vermeille par dessoubz, qui est aussi comme blaspheme. Si ne
-s'en volt oncques revocquer de l'afermer en son propos qu'elle veoit Dieu
-souvent [vestu] ainsi, par quoy cedit jour elle fut jugée à estre arce,
-et le fut, et mourut en ce propos cedit jour de dimenche, et l'autre fut
-délivrée pour celle heure.
-
-549. Item, le lendemain jour de lundy, IIIIe jour de septembre mil IIIIc
-XXX, venoit par la riviere XXIII fonces chargées de vivres et d'autre
-marchandise; si ot grosses parolles entre les gens d'armes et les
-mariniers, et à celle heure ariverent les Arminalx moult cruellement sur
-eulx, et pour le descort qui entre eulx estoit, et especialment en XIII
-de leurs fonces ilz orent trop pou de deffence en eulx; et furent prins
-bien VIxx personnes[966] et plus sans les mors, et les dix qui n'avoient
-point de descort le firent si bien qu'ilz passerent eulx et leurs dix
-fonces et vindrent à port sauvement, et pour ce descort entre gens en
-doubte est trop grant peril, comme il appert à ce royaulme de France.
-
- [966] «Personnes» manque dans le ms. de Rome.
-
-550. Item, l'endemain que le sire de Stanfort[967] fut arivé à
-Paris[968], il fist aller asseger la ville de Brie-Conte-Robert et la
-print d'assault au IIe jour, mais il n'ot pas si tost le chastel, mais
-tost après se rendirent ceulx de dedens. Quant est de monseigneur de
-Bourgongne, n'estoit nulle nouvelle grant piece après la Sainct Remy ne
-de personne qui bien voulsist[969] à la bonne ville de Paris, et bien y
-apparoit, car il n'y avoit que ung pou de ne scay quelx larrons à Langny,
-mais nul ne y mettoit remede que toutes les sepmaines ne prinssent à
-quelque porte de Paris ou bien pres hommes, femmes, enfens, bestail sans
-nombre dont ilz avoient grant finance et touzjours or ou argent, et ceulx
-qui ne povoient paier leurs rançons estoient acoupplez à cordes et gectez
-en la riviere de Marne, ou panduz par les gorges, ou en vieilles caves
-liez sans jamais leur donner que menger. Et si n'estoit rien qui de
-quelque bien pour corps humain, qui peust ariver à Paris sans estre en
-leur danger, tant gardoient bien tous les passaiges par terre et par
-eaue, et tellement à la Sainct Remy IIIIc XXX la buche estoit si chere
-que le cent de petis costeretz de Bondy ou de Boulongne-la-Petite
-coustoit XXIIII solz parisis forte monnoie, que on soulloit avoir pour VI
-ou pour VII solz, et le molle de buche X solz parisis, que on soulloit
-avoir pour VIII ou pour IX blans.
-
- [967] Ms. de Rome: le seigneur d'Estanfort.
-
- [968] Selon Fauquembergue, Humphrey, comte de Stafford,
- connétable de France pour le roi d'Angleterre, quitta Paris le
- vendredi 1er septembre et y revint le lundi 9 octobre, après la
- «recouvrance et demolicion de la forteresse de la Queue en Brie»
- et de diverses autres places, telles que Brie-Comte-Robert
- enlevée à Jacques de Milly, et Jean de la Haye, Grand-Puits,
- Rampillon (Monstrelet, t. IV, p. 405; Arch. nat., X{la} 1481,
- fol. 32 rº, 34 vº).
-
- [969] Ms. de Paris: bien vouast.
-
-551. Item, en cellui an fut tres bel aost et tres belles vendenges, et
-furent les vertjus hastifs, car aussitost qu'ilz estoient entonnez, ils
-commençoient à boullir ou à gieter pour mieulx dire; et furent les vins
-tres bons, et en avoit on assez bon compte, car on avoit une pinte de bon
-vin pour tout homme d'onneur pour VI deniers parisis la pinte, aussi c'om
-l'avoit à Rouen pour VI blans, ce[970] tesmoignoient ceulx qui en
-bevoient[971] que tres bien cognoissoient que estoit bon vin.
-
- [970] Ms. de Rome: et.
-
- [971] Ms. de Paris: venoient.
-
-
- [1431.]
-
-
-552. Item, passa septembre, octobre, novembre, [decembre,] janvier
-jusques au penultime jour, qui estoit la feste Saincte Bauldour, que le
-duc de Bedfort, lequel on disoit le regent de France, vint à tres belle
-compaignie[972], car il amena avec lui bien cinquante six bateaux, et XII
-fonsses, tous chargez de biens de quoy corps de homme doit vivre, et ne
-les volt oncques laisser qu'il ne les veist touzjours, ou feist veoir,
-tant qu'ilz fussent à Paris. Et disoit tout le peuple que passé a IIIIc
-ans, ne vint si grant foison de biens pour une foys, et disoit on par
-maniere d'esbatement: «Le duc de Bedfort a amené par le plus fort temps
-pour estre en riviere qu'on vit oncques gueres faire.» Car le vent fut
-sans cesser bien trois sepmaines si tres cruel qu'on le vit oncques, et
-touzjours il plouvoit, et les eaues si tres parfaictement grandes, et les
-Arminalx qui de toutes pars mettoient grans embusches pour le destruire
-et sa compaignie, mais oncques ne l'oserent assaillir; et si fu tesmoigné
-par les heraux qu'ilz estoient bien IIII contre ung, et disoit on pour ce
-que en ce fort temps et contremont l'eaue, que le duc de Bourgongne en
-feroit venir aval eaue du païs d'amont dans[973] telz temps, car il est
-regent de France, et verra on bien comment il besongnera bien, mais il
-sera avant après Pasques l'an mil CCCC XXXI, car à present il est trop
-embesongné pour sa femme qui a geu nouvellement d'un beau filx qui fut
-christianné le jour Sainct-Anthoine en janvier, mais il fut né le .....
-jour du moys de .....[974]; et on dit communement que la premiere année
-du mariaige on doit complaire à l'espousée, et que ce sont tretoutes
-nopces, et pour celle cause n'a peu assez vacquer devant Compigne tant
-qu'il l'eust prinse. Ainsi disoit on du duc de Bourgongne, et pis assez,
-car ceulx de Paris especialment l'amoient tant comme on povoit amer
-prince; et en vérité il n'en tenoit compte s'ilz avoient faing ou soif,
-car tout se perdoit par sa negligence, aussi bien en son païs de
-Bourgongne comme entour Paris; et pour ce disoient ilz ainsi, comme gens
-moult troublez pour ce que on ne gaignoit rien, car marchandise ne
-couroit point; par ce mouroient les pouvres gens de fain et de pouvreté,
-dont ilz le maudisoient souvent et menu, moult doloreusement et à secret
-et en appert, comme desesperez et non creans qu'il tiengne jamais nulle
-chose qu'il promette.
-
- [972] Le duc de Bedford, venant de Rouen, rentra à Paris le mardi
- 30 janvier à quatre heures après midi, avec toute une cargaison
- de vivres et provisions destinés aux habitants de Paris,
- impatiemment attendue, si l'on en juge par la procession qui eut
- lieu à Notre-Dame le 12 janvier pour la préservation des biens
- arrivant par la Seine (Arch. nat., LL 216, fol. 231). Cette
- flottille, grâce à l'escorte du régent, arriva à bon port et fut
- amarrée entre Saint-Denis et Paris (_Ibid._, X{la} 1481, fol. 39
- rº).
-
- [973] Ms. de Rome: deux.
-
- [974] Les dates sont restées en blanc dans les mss. de Rome et de
- Paris; ce fils d'Isabelle de Portugal, qui reçut le nom
- d'Antoine, vit le jour à Bruxelles le 30 septembre 1430, mais il
- ne vécut qu'une année. Sa mort causa un vif chagrin au duc de
- Bourgogne, qui s'écria, rapporte Monstrelet (t. IV, p. 430):
- «Pleust à Dieu que je fusse mort aussi josne, je me tenrois bien
- heurés.»
-
-553. Item, après la venue du regent, bien pou [de temps], encheri tant le
-blé à Paris que le sextier [de blé], qui ne valloit devant sa venue que
-XL solz parisis, ou XLII ou environ, valu ou moys ensuivant LXXII solz
-ou V frans, tout mesalé, dont le pain appetissa tant[975] que le pain
-d'un blanc tres noir et tres mesalé ne pesoit gueres plus de XII onces,
-et en mangoit bien ungs laboureurs III ou quatre par jour; car pouvres
-gens n'avoient ne vin ne pitance, se non ung pou de noiz et du pain et de
-l'eaue, car pois ne feves ne mangoient point, car ilz coustoient trop en
-achapt et plus en cuire, et pour ce s'apetissoit moult Paris de gens.
-
- [975] L'autorité s'émut de ce renchérissement et prit les mesures
- nécessaires pour y porter remède; le prévôt de Paris ordonna aux
- officiers du Châtelet de se transporter chez les boulangers de
- Paris, tandis que le Parlement chargeait de son côté un boulanger
- de la rue Saint-Antoine, au four Saint-Éloy, de faire la
- «visitacion» du pain dans les boutiques des boulangers forains
- (Arch. nat., X{la} 1481, fol. 41 vº, 42 rº).
-
-554. Item, en cellui mars, le regent fist faire aux pouvres gens de Paris
-certains gens d'armes dont trop furent grevez, mais à faire leur convint.
-Après on alla à Gournay[976] et fut prins, et après alla on à la tour de
-Montgay[977] et fut prinse par composicion le dix huitiesme jour de mars,
-et puis allerent devant Langny, et là firent par plusieurs foys grans
-assaulx, [mais] en la fin n'y orent point de honneur, car ceste malle
-œuvre se faisoit la sepmaine peneuse; mais ceulx de dedens eulx
-deffendirent si bien que pour certain fut gecté en la ville IIIIc et XII
-pierres de cannon en ung jour, qui ne firent oncques mal à personne que à
-ung seul coq qui en fut tué, dont fut grant merveille, que bel fut à
-ceulx du regent et de Paris de laisser leur siege et de s'en venir[978],
-et s'en vindrent la veuillie de Pasques qui furent cellui an le premier
-jour d'avril l'an mil CCCC XXXI; et disoit on par mocquerie qu'ilz
-estoient ainsi revenus pour eulx confesser et ordonner à Pasques en
-leurs parroisses.
-
- [976] Dès l'année 1431, la garde de Gournay fut confiée à Thomas
- Kyriel, chevalier anglais, qui était encore pourvu de ce
- commandement en 1433 et 1434; lors de la campagne de 1449, qui se
- termina par l'expulsion des Anglais, Gournay avait pour capitaine
- Guillaume Carwan, lequel traita de la reddition de cette place
- (Arch. nat., JJ 175, fol. 41.--Listes de places fortes tenues par
- les Anglais dans Stevenson, _Wars of the English_, vol. II, part.
- II, pag. 544, 622).
-
- [977] La tour de Montjay était située au nord-ouest de Lagny, sur
- le territoire de Villevaudé (Seine-et-Marne). En 1419, un écuyer,
- du nom de Girard Rolin, qui commandait à Lagny, était en même
- temps capitaine de cette petite forteresse; c'est dans la grosse
- tour de Montjay que furent alors enfermés des gens de la garnison
- de Meaux faits prisonniers et mis à grosse rançon par le même
- Girard Rolin (Arch. nat., X{la} 63, fol. 409 rº).
-
- [978] «De laisser leur siege et de s'en venir» manque dans le ms.
- de Rome.
-
-555. Item, environ la my avril, pour la grant charté de tous vivres et
-pour les mauvaises gaignes qui pour lors à Paris estoient, à ung sabmedi,
-XIIIIe jour dudit moys d'avril, la vigille de _Misericordia Domini_, fut
-nombré que par eaue que par terre se parti de Paris bien XIIc personnes
-sans les enfans, parce qu'ilz n'avoient de quoy vivre et qu'ilz
-perissoient de fain.
-
-556. Item, le lundy ensuivant, se parti environ C hommes d'armes de Paris
-et allerent vers Chevreuse[979] à une [vieille] forte maison nommée
-Damiette[980], où avoit bien XL larrons dedens qui faisoient tous les
-maulx qui pevent estre fais; et furent prins et admenez à Paris le jeudy
-ensuivant, et furent par nombre tous acoupplez ensemble, XXIX, tous
-jeunes hommes qui le plus vieil n'avoit point plus de XXXVI ans.
-
- [979] A cette époque Chevreuse et Marcoussis avaient un capitaine
- commun, Gauvain le Roy, cité dans des lettres de rémission du 8
- février 1432 (Arch. nat., JJ 175, fol. 28).
-
- [980] Damiette (Seine-et-Oise), commune de
- Saint-Remy-lez-Chevreuse.
-
-557. Item, le sabmedi ensuivant, furent pandus XIII au gibet de Paris, et
-deux quant on les print devant leur forteresse, et neuf qui eschapperent
-comme saiges.
-
-558. Item, le XXIIe jour d'avril l'an mil CCCC XXXI, allerent les gens du
-regent, qui avoient esté à Damiette, à la Motte, et prindrent cent
-murdriers qui là estoient, dont en pandit VI audit lieu, et en admena à
-Paris tous, comme davant est dit, tous acoupplez et liez de cordes, le
-XXVIe jour dudit moys, le nombre de IIIIXX [XIIII].
-
-559. Item, le lundy ensuivant, derrain jour d'avril, on pandit au gibet
-de Paris des larrons qui estoient de la prinse de la Motte, XXXII.
-
-560. Item, le vendredy ensuivant, [IIIIe jour de may], des larrons qui à
-la Motte avoient esté prins on pandit au gibet de Paris XXX; ainsi furent
-panduz en ce lundy et vendredy LXII de ces larrons.
-
-561. Item, le XXVe jour de may, vendredy ensuivant, fut faicte une
-procession generalle à Nostre-Dame de Paris, et de là on alla aux
-Augustins. Là fut faicte une predicacion, en laquelle predicacion fut
-monstré et déclaré le tres hault bien espirituel que pappe Martin, Ve de
-ce nom, avoit donné et octroié à la feste du Sainct Sacrement à tous
-loyaux chrestiens qui seroient en estat d'avoir celui bien[981], c'est
-assavoir, vray confées et repentant; vray fut que celui XXVe jour fut le
-vendredy davant la Feste Dieu. Ce jour prescha ung maistre en theologie
-et devisa au peuple comment pappe Urbain, quart de ce nom, ordonna
-premierement à celebrer ladicte solempnité tout temps le jeudy premier
-après les octabes de Penthecoste, et les pardons qu'il y donna, c'est
-assavoir, aux premieres vespres, à matines, à la procession, à la grant
-messe, aux vespres du jour, pour chascune de ces quatre, C jours de leurs
-penitences enjoinctes.
-
- [981] Ces indulgences pour la fête du Saint-Sacrement furent
- accordées par Martin V en vertu de bulles du 26 mai 1428.
-
-562. Item, à ceulx qui seroient à prime, tierce, sexte, none, complie
-ledit jour, pour chascune heure XL jours, et pour ceulx qui seront aux
-dictes heures durans les octaves, pour chascun jour C jours de pardon.
-
-563. Item, ladicte feste fut premierement [establie[982]] par Gilles
-l'Augustin[983] mil IIIIc XVIII[984], en celui an, l'ordonna ledit pappe
-Urbain, IIIIe de ce nom, et le jour Sainct Urbain fut faicte la
-predicacion.
-
- [982] Ce mot indispensable au sens n'est donné par aucun
- manuscrit.
-
- [983] Vraisemblablement Egidio Colonna, connu en France sous le
- nom de Gilles de Rome, général de l'ordre des Augustins et
- théologien éminent, auteur du _De regimine principum_; ce
- personnage mourut en 1316.
-
- [984] Ms. de Paris: mil IIIIc XVIII.--Cette date n'est pas plus
- exacte que celle de 1418 donnée par le ms. de Rome; la fête du
- Saint-Sacrement fut instituée par le pape Urbain IV en 1264, dans
- la dernière année de son pontificat.
-
-564. Item, vray est que pappe Martin, le cinquiesme de ce nom, lequel
-trespassa l'an mil IIIIc XXX, donna et octroia à tous ceulx qui en estat
-de grace juneroient la vigille du Sainct Sacrement ou feroient autre
-penitance par le conseil de leur confesseur, pour ce que en icellui temps
-il fait chault et greve[985] moult à jeuner à aucunes gens, il donne--à
-chascun qui bonnement fera celui jour ladicte penitance--C jours de
-pardon; et qui sera aux premieres vespres, à matines, à la messe, aux
-secondes vespres, à chascune heure IIc jours de pardon; et qui sera à
-toutes les autres heures du jour, pour chascune heure IIIIxx jours de
-pardon; pour chascune heure des octabes, c'est assavoir, matines, messe
-et vespres, cent jours de pardon, et pour les autres heures, pour
-chascune quarante jours.
-
- [985] Ms. de Paris: gehenne.
-
-565. Item, à tous prelatz qui ont dignité, qui seroient aucunement
-empeschez pour le bien de l'Eglise ou pour le bien commun, ou pour la
-foy, qui ne pevent estre au sainct service celui jour, ou les octabes, il
-leur octroie autel pardon, comme se ilz y estoient presens, car bonne
-voulenté est reputée pour le fait.
-
-566. Item, à tous ceulx qui devottement et à jeun sans fabler, ne sans
-bouter l'un l'autre cent jours de pardon, [et pour tous ceulx qui ce jour
-recevront Nostre Seigneur cent jours de pardon.]
-
-567. Item, à tous prebstres, qui devottement celui jour et chascun jour
-des octabes celebreront en la reverence de la feste, [pour chascun jour
-cent jours de vray pardon].
-
-568. Item, se aucunes eglises sont entredictes par cas de hastif meschef,
-comme aucunes fois avient en aucunes terres, il octroie que celui jour et
-les octabes on puist celebrer es dictes terres ou eglises, à portes
-toutes ouvertes, sains sonnans, c'est assavoir, tous excommeniez et tous
-ceulx par qui l'entredict seroit seroient hors boutez de l'eglise et du
-service.
-
-569. Item, à tous ceulx qui devottement envoieront ou porteront lumiere à
-convoier le precieux Sainct Sacrement le jour, ou quant on le porte à
-aucun malade par la ville, ou qui le convoiront allant et venant en
-devocion et reverance, pour chascune foys cent jours, et pour tous ceulx
-qui le feroient voulentiers et ne pevent, L jours de pardon.
-
-570. Item, il ordonne que tous prelatz ou curez, de quelque estat qu'ilz
-soient, tous les ans d'ores en avant, le dimenche des octabes de la
-Penthecoste, ilz prononcent ou facent prononcer le dessusdit pardon aux
-bons chrestiens, à ce que par negligence ne les perdent.
-
-571. Ainsi furent les dessusdiz pardons publiez, premierement en l'eglise
-de Sainct-Augustin, à Paris, le jour Sainct Urban pappe et martir, XXVe
-jour de juing mil IIIIc XXXI.
-
-572. Item, la vigille du Sainct Sacrement en cellui an, qui fut le XXXe
-jour de may oudit an XXXI, dame Jehanne qui avoit esté prinse devant
-Compigne, que on nommoit la Pucelle, icellui jour fut fait ung
-preschement à Rouen, elle estant en ung eschauffaut que chascun la povoit
-veoir bien clerement, vestue en habit de homme, et là lui fut demonstré
-les grans maulx doloreux qui par elle estoient advenus en Chrestienté,
-especialment ou royaulme de France, comme chascun scet, et comment le
-jour de la Saincte Nativité Nostre-Dame elle estoit venue assaillir la
-ville de Paris à feu et à sang, et plusieurs grans pechez enormes qu'elle
-avoit fait et fait faire, et comment à Senliz et ailleurs elle avoit fait
-ydolatrer le simple peuple, car par sa faulce ypocrisie ilz la suyvoient
-comme saincte pucelle, car elle leur donnoit à entendre que le glorieux
-archange sainct Michel, saincte Katherine et saincte Marguerite et
-plusieurs autres sains et sainctes se apparoient à lui souvent et
-parloient [à lui], comme amy fait à l'autre, et non pas comme Dieu a fait
-aucunes fois à ses amis par revelacions, mais corporelment et bouche à
-bouche ou amy à autre.
-
-573. Item, vray est qu'elle disoit estre aagée environ de XVII ans[986],
-sans avoir honte que maugré pere et mere et parens et amis, que souvent
-alloit à une belle fontaine ou païs de Louraine, laquelle elle nommoit
-Bonne Fontaine aux Fées Nostre-Seigneur, et en cellui lieu tous ceulx du
-païs, quant ilz avoient fievres, ilz alloient pour recouvrer garison. Et
-là alloit souvent ladicte Jehanne la Pucelle soubz ung grant arbre qui la
-fontaine ombreoit, et s'apparurent à lui saincte Katherine et saincte
-Marguerite, qui lui dirent qu'elle allast à ung cappitaine que ilz lui
-nommerent[987], laquelle y alla sans prendre congié à pere ne à mere;
-lequel cappitaine la vesti en guise de homme, et l'arma et lui sainct
-l'espée, et lui bailla ung escuier et IIII varletz, et en ce point fut
-montée sur ung bon cheval. Et en ce point vint au roy de France et lui
-dist que du commendement de Dieu[988] estoit venue à lui, et qu'elle le
-feroit estre le plus grant signeur du monde, et qu'il fust ordonné que
-tretous ceulx qui lui desobeiroient fussent occis sans mercy, et que
-sainct Michel et plusieurs anges lui avoient baillé une coronne moult
-riche pour lui, et si avoit une espée en terre aussi pour lui, mais elle
-ne lui baudroit tant que sa guerre fust faillie[989]. Et tous les jours
-chevaulchoit avec le roy, à grant foison de gens d'armes, sans aucune
-femme, vestue, atachée et armée en guise de homme, ung gros baston en sa
-main, et quant aucun de ses gens mesprenoit, elle frappoit dessus de son
-baston grans coulz, en maniere de femme tres cruelle.
-
- [986] M. Quicherat conjecturait, non sans raison, que l'âge de 27
- ans assigné à la Pucelle par les éditeurs de notre chronique ne
- pouvait provenir que d'une erreur de transcription; les mss. de
- Rome et de Paris nous permettent de rétablir la vraie leçon, XVII
- ans, la seule qui soit conforme aux données historiques.
-
- [987] Robert de Baudricourt, capitaine de Vaucouleurs.
-
- [988] Ms. de Rome: de lui.
-
- [989] Ms. de Paris: Mais elle ne lui vaudroit tant qu'elle fust
- faillie.
-
-574. Item, dist que elle est certaine de estre (en) paradis en la fin de
-ses jours.
-
-575. Item, dist que elle est toute certaine que ce est sainct Michel et
-saincte Katherine et saincte Marguerite qui à lui parlent souvent, et
-quant elle veult, et que bien souvent les a veuz avec couronnes d'or en
-leurs testes, et que tout ce qu'elle fait est du commandement de Dieu,
-et, plus fort, dit qu'elle scet grant partie des choses à advenir.
-
-576. Item, plusieurs foys a prins le precieux sacrement de l'autel toute
-armée, vestue en guise de homme, les cheveulx rondiz, chapperon
-deschicqueté, gippon, chausses vermeilles atachées à foison aguillettes,
-dont aucuns grans signeurs et dames lui disoient en la reprenant de la
-derision de sa vesture, que ce estoit pou priser Nostre Seigneur de le
-recevoir en tel habit, femme qu'elle estoit, laquelle leur respondit
-promptement, car pour rien n'en feroit autrement et que mieulx aimeroit
-mourir que laisser l'abit de homme pour nulle defense, et que, se elle
-vouloit, elle feroit tonner et autres merveilles, et que une foys on
-(volt) lui faire [de son corps] desplaisir, mais elle sailly d'une haulte
-tour en bas sans soy blecier aucunement[990].
-
- [990] Allusion à la chute que fit Jeanne d'Arc en essayant de
- s'échapper du château de Beaurevoir en Cambresis, où elle avait
- été enfermée par Jean de Luxembourg; mais cette tentative
- d'évasion ne se rattache nullement aux obsessions dont l'héroïne
- aurait été l'objet durant sa captivité de la part d'un écuyer de
- Jean de Luxembourg, Aymon de Macy.
-
-577. Item, en plusieurs lieux elle fist tuer hommes et femmes tant en
-bataille comme de vengence voluntaire, car qui n'obeïssoit aux lettres
-qu'elle faisoit elle faisoit tantost mourir sans pitié quant elle en
-avoit povoir, et disoit et affermoit que elle ne faisoit nulle rien que
-par le commandement que Dieu lui mandoit tres souvent par l'archange
-sainct Michel, saincte Katherine et saincte Marguerite, lesquelx lui
-faisoient ce faire, et non pas comme Nostre Seigneur faisoit à Moyse au
-mont de Synaï, mais proprement lui disoient des choses secretes à
-advenir, et qu'ilz lui avoient ordonné et ordonnoient toutes les choses
-qu'elle faisoit, fust en son habit ou autrement.
-
-578. Telles faulces erreurs et pires avoit assez[991] dame Jehanne, et
-lesquelles lui furent toutes declairées devant [tout] le peuple, dont ilz
-orent moult grant orreur quant ilz ouirent raconter les grans erreurs
-qu'elle avoit eues contre nostre foy et avoit encore, car pour chose que
-on lui demonstrast ses grans malefices et erreurs, elle ne s'en effroioyt
-ne esbahissoit, ains respondoit hardiement aux articles que on lui
-proposoit devant elle, comme celle qui estoit toute plaine de l'ennemy
-d'enfer; et bien y paru, car elle veoit les clercs de l'Université de
-Paris[992] qui si humblement la prioient qu'elle se repentist et revocast
-de celle malle erreur, et que tout luy seroit pardonné par penitance, ou,
-se non, elle seroit devant tout le peuple arse et son ame dampnée ou fons
-d'enfer, et lui fut monstré l'ordonnance et la place où le feu devoit
-estre fait pour l'ardoir bientost, se elle ne se revocquoit. Quant elle
-vit que c'estoit à certes, elle cria mercy et soy revocqua de bouche, et
-fut sa robe ostée et vestue en habit de femme, mais aussitost qu'elle se
-vit en tel estat, elle recommença son erreur comme devant, demandant son
-habit de homme. Et tantost elle fut de tous jugée à mourir, et fut liée à
-une estache qui estoit sur l'eschaffaut qui estoit fait de plastre, et le
-feu sus lui, et là fut bientost estainte et sa robbe toute arse, et puis
-fut le feu tiré ariere, et fut veue de tout le peuple toute nue et tous
-les secrez qui pevent estre ou doyvent [estre] en femme, pour oster les
-doubtes du peuple. Et quant ilz orent assez et à leur gré veue toute
-morte liée à l'estache, le bourel remist le feu grant sur sa pouvre
-charongne qui tantost fut toute comburée, et os et char mise en cendre.
-Assez avoit là et ailleurs qui disoient [qu'elle estoit martire et pour
-son droit signeur, autres disoient] que non et que mal avoit fait qui
-l'avoit tant gardée. Ainsi disoit le peuple[993], mais quelle mauvestie
-ou bonté qu'elle eust faicte, elle fut arse celui jour.
-
- [991] Ms. de Paris: celle dame.
-
- [992] Les clercs de l'Université de Paris dont veut parler
- l'auteur du Journal sont vraisemblablement Gérard Feuillet,
- Jacques de Touraine, Nicolas Midy, Maurice du Quesnoy et
- Guillaume le Boucher, tous docteurs et professeurs en la faculté
- de théologie de Paris, qui dans la séance du 18 avril adjurèrent
- Jeanne d'Arc de renoncer à ses erreurs et de se soumettre à
- l'Église (Quicherat, _Procès de Jeanne d'Arc_, t. I, p. 375).
-
- [993] Tout ce qui est de nature à nous éclairer sur les
- manifestations de l'opinion publique au moment où Jeanne d'Arc
- remplissait sa sublime mission mérite de fixer l'attention des
- érudits; aussi lira-t-on avec intérêt, croyons-nous, les propos
- tenus à Abbeville sur la Pucelle l'année même de sa mort, tels
- que nous les trouvons rapportés dans des lettres de rémission du
- 6 juillet 1432, lettres dont personne à notre connaissance n'a
- tiré parti. «Après que nos ennemis et adversaires, estant en leur
- compaignie la femme vulgaument nommée la Pucelle, furent venus en
- nostre ville de Paris, un certain jour, lesd. supplians (deux
- habitants d'Abbeville) estans en la compaignie d'un nommé Colin
- Broyart devant et assez pres de l'ostel d'un mareschal nommé
- Guillaume du Pont en nostre ville d'Abbeville, entendirent que
- aucuns parloient des faiz et abusions de ladicte nommée
- vulgaument la Pucele, et par especial un herault, auquel herault
- ledit Petit eust dit: _Bran! bran! et que chose que dist ne fist
- icele femme n'estoit que abusion_, et pareillement le dirent
- ledit Colin et autres dessusdiz, _et que à icele femme l'en ne
- devoit adjouster foy, et que ceulx qui en icele avoient creance
- estoient folz et sentoient la persinée_, ou paroles semblables en
- substance.» (Arch. nat., JJ 175, no 125.)
-
-579. Et celle sepmaine fut prins le plus mauvais et le plus tirant et le
-mains piteux de tous les cappitaines qui fussent de tous les Arminalx, et
-estoit nommé pour sa mauvestie La Hire; et fut prins par povres
-compaignons et fut mis ou chastel de Dourdan[994].
-
- [994] Étienne de Vignolles, dit La Hire, en ce moment chargé de
- la défense de Louviers, fut fait prisonnier par les Bourguignons
- au sortir de cette place, mais sa captivité ne fut pas de longue
- durée, car il assista à la bataille dite du Berger livrée près de
- Beauvais vers le 12 août.
-
-580. Item, le jour Sainct Martin le Boullant fut faicte une procession
-generalle à Sainct-Martin-des-Champs, et fist on une predicacion, et la
-fist ung frere de l'ordre sainct Dominique[995] qui estoit inquisiteur de
-la foy, maistre en theologie, et prononça de rechief tous les fais de
-Jehanne la Pucelle. Et disoit qu'elle avoit dit qu'elle estoit fille de
-tres pouvres gens, et que environ l'aage de XIIII ans elle s'estoit ainsi
-maintenue en guise de homme, et que son pere et sa mere l'eussent
-voulentiers faicte des lors mourir, s'ilz eussent peu sans blecer
-conscience, et pour ce se departy de eulx acompaignée de l'ennemy
-d'enfer, et depuis vesqui homicide de chrestienté, plaine de feu et de
-sanc, jusques à tant qu'elle fut arse; et disoit qu'elle se fust
-revocquée, et que on lui ot baillé penitance, c'est assavoir, IIII ans en
-prinson à pain et à eaue, dont elle ne fist oncques jour, mais se faisoit
-servir en la prinson comme une dame, et l'ennemy s'apparu à lui lui IIIe,
-c'est assavoir, sainct Michel, saincte Katherine et saincte Marguerite,
-comme elle disoit, qui moult avoit [grant] paour qui ne la perdist, c'est
-assavoir, iceulx ennemy ou ennemiz en la fourme de ces III sains, et lui
-dist: «Meschante creature, qui pour paour de la mort[996] as laissé ton
-habit, n'aies paour, nous te garderons moult bien de tous.» Par quoy sans
-attendre se despouilla et se revestit de toutes ses robbes qu'elle
-vestoit quant elle chevauchoit, que boutées avoit ou feurre de son lict,
-et se fia en l'ennemy tellement qu'elle dist qu'elle se repantoit de ce
-que oncques avoit laissé son habit. Quant l'Université ou ceulx de par
-elle virent ce et qu'elle estoit ainsi obstinée, si fut livrée à la
-justice laie pour mourir. Quant elle se vit en ce point, elle appella les
-ennemys qui se apparoient à lui en guise de sains, mais oncques, puis
-qu'elle fut jugée, nul ne s'apparut à elle pour invocacion qu'elle sceust
-faire, adong s'avisa, mais ce fut trop tart. Encore dist il en son sermon
-qu'ilz estoient IIII, dont les III avoient esté prinses, c'est assavoir,
-ceste Pucelle, et Peronne et sa compaigne, et une qui est avec les
-Arminalx, nommée Katherine de la Rochelle[997], laquelle dit, que quant
-on sacre le precieulx corps Nostre Seigneur, que elle veoit merveilles du
-hault secret de Nostre Seigneur Dieu; et disoit que toutes ces quatre
-pouvres femmes frere Richart le cordelier, qui après lui avoit si grant
-suyte quant il prescha à Paris aux Innocens et ailleurs, les avoit toutes
-ainsi gouvernées, car il estoit leur beau pere, et que le jour de Noel en
-la ville de Jarguiau il bailla à ceste dame Jehanne la Pucelle trois foys
-le corps Nostre Seigneur, dont il estoit moult à reprandre, et l'avoit
-baillé à Peronne celui jour deux foys, par le tesmoing de leur
-confession et d'aucuns qui presens furent aux heures qu'il leur bailla le
-precieux sacrement.
-
- [995] Jean Graverent, dominicain, docteur et professeur en
- théologie, succéda dans l'office de grand inquisiteur de France à
- Jacques Suzay, que cite du Boulay à l'année 1422 (_Hist. Univ._
- t. V, p. 323); il s'abstint de prendre part au procès de Jeanne
- d'Arc et délégua ses pouvoirs à Jean Lemaître (Quicherat, _Procès
- de Jeanne d'Arc_, t. I, p. 2). Ce Jean Graverent était l'un des
- partisans déclarés de la cause anglaise à Paris, comme en
- témoigne la prestation de serment qu'il fit devant le Parlement
- le vendredi 26 août 1429, en qualité de prieur des Jacobins; il
- ne doit pas être confondu avec son homonyme, Jean Graverent, qui
- remplit les fonctions curiales dans l'église Saint-Christophe de
- la Cité, de 1437 à 1453, lequel n'était lors de son installation
- que maître ès-arts et bachelier en théologie (Arch, nat., LL 217,
- fol. 322; LL 220, fol. 427).
-
- [996] «De la mort» manque dans le ms. de Rome.
-
- [997] Catherine de la Rochelle s'était rencontrée avec Jeanne
- d'Arc à Jargeau et à Montfaucon en Berry vers le mois de décembre
- 1429; après la prise de l'illustre héroïne, cette aventurière
- vint à Paris, y fut arrêtée et traduite devant l'official qui lui
- fit subir un interrogatoire; elle déposa contre Jeanne d'Arc,
- donnant à entendre qu'elle sortirait de prison par le secours du
- diable, si l'on ne faisait bonne garde. L'autorité ecclésiastique
- relâcha sa prisonnière, car au mois de juillet 1431 Catherine de
- la Rochelle se trouvait de nouveau dans les rangs des Armagnacs
- (Quicherat, _Procès de Jeanne d'Arc_, t. I, p. 100, 295; t. V, p.
- 473; Vallet de Viriville, _Procès de condamnation de Jeanne
- d'Arc_, préface, p. LXI-LXV).
-
-581. Item, cel année fut la Sainct Dominique au dimenche, et ce jour
-revint le regent à Paris, lequel avoit esté espié des Arminalx. Quant il
-cuida passer Mante, ilz le cuiderent prendre, mais comme bien advisé
-repassa la riviere et vint jour et nuyt, tant qu'il fut à Paris, et vint
-par la porte Sainct-Jacques le jour Sainct Dominique, et ses gens
-tindrent pié à leurs ennemis tant que de toutes pars en demoura plus que
-mestier ne fust. La nouvelle de ce courut jusques à ceulx de l'ost qui
-estoient devant Loviers, si laisserent II ou III cappitaines le siege à
-toutes leurs gens, qui cuidoient que le regent fust prins; quant ilz
-sorent que non estoit, si se enhardirent et allerent jusques devant
-Beauvays et s'embuscherent, si fut dit à ceulx de la cité, si se
-hasterent d'yssir qui mieulx mieulx. Les gens du regent sorent leur
-maniere par leurs espies, si en yssi une partie qui se mirent entre la
-ville et les Arminalx, et les autres vindrent par devant et les
-assaillirent moult asprement[998], et eulx se deffendirent moult bien,
-mais quant ilz virent venir par darriere les autres, si cuiderent que
-plus fussent trop qu'ilz n'estoient. Si se desconfirent de eulx mesmes,
-et furent prins les plus gros cappitaines ou tuez, et entre les autres
-avoit ung meschant nommé Guillaume le Berger[999] qui faisoit les gens
-ydolatres en luy, et chevaulchoit de costé, et monstroit de foys en
-autres ses mains et ses piez et son costé, et estoient tachez de sanc
-comme sainct Françoys. Et fut prins ung cappitaine nommé Poton de
-Sainct-Traille, de moult grant renommée, et autres assez, et furent
-[menez] à Rouen.
-
- [998] Cette rencontre entre les Anglais commandés par les comtes
- de Warwick, d'Arondel, de Salisbury, de Suffolk, et les Français
- sous les ordres du maréchal de Boussac, de Poton de Saintrailles,
- de Louis de Waucourt et de La Hire eut lieu vers le 12 août entre
- Beauvais et Savignies; elle est connue dans l'histoire sous le
- nom de bataille du Berger (v. _Lefèvre de Saint-Remy_, édit.
- Buchon, c. CCXXII).
-
- [999] Guillaume de Mende, dit le Petit Berger, visionnaire idiot
- substitué à la Pucelle par Renaud de Chartres, archevêque de
- Reims, eut une piteuse odyssée: tombé au pouvoir des Anglais,
- conduit d'abord à Rouen, puis ramené à Paris pour être donné en
- spectacle lors de l'entrée du roi d'Angleterre, il finit par
- disparaître sans laisser de traces. Suivant un chroniqueur
- bourguignon, Lefèvre de Saint-Remy (édit. Buchon, p. 526), «le
- pauvre bregier fut gecté en la riviere de Seine» et noyé sans
- autre forme de procès.
-
-582. Item, le jour de la my aoust mil IIIIc XXXI, cuisy ung boulenger en
-la rue Sainct-Honoré du pain bien largement de tres belle farine, et
-quant il fut cuit bien et bel, il fut de couleur de cendre, dont il fu si
-grant parler à Paris que le plus disoient que c'estoit signifiance de
-tres grant mal advenir, les autres disoient que c'estoit miracle, pour ce
-que cuit avoit esté le jour de l'Assumpcion Nostre Dame; brief, Paris
-estoit tout esbahi de ceste merveille, et n'y avoit celui qui n'en
-jugeast en aucune maniere. Et fut le boullenger prins et sa farine
-pareillement, et en fist le prevost de Paris cuire, et quant il fut cuit
-et ordonné le mieulx que faire se povoit, il fu trouvé autel que l'autre
-ou plus lait; si se conseilla la justice, et du blé veoir voldrent et ne
-virent point ou blé nulle deffaulte, si en firent mouldre et cuire de
-rechief, mais il fut autel comme devant est dit. Là avoit aucuns marchans
-qui blé congnoissoient, qui dirent que en aucun païs où ilz avoient esté
-avoient mengé de tel pain plusieurs foys, especialment en aucunes
-contrées de Bourgongne, et est tres bon et savoureux à menger, et advient
-par une herbe qui croist avec le blé souvent, que on nomme la roivolle,
-et vray estoit; mais le peuple de Paris ne s'en povoit appaisier, et
-n'estoit pas filx de bonne mere qui n'avoit ung morsel de ce pain pour
-monstrer l'un à l'autre pour la coulleur.
-
-583. Item, en octobre ensuivant, le XXVe jour, se partirent de la ville
-de Louviers, qui bien l'avoient tenue cinq moys ou environ contre les
-Anglois[1000]; et fu par composicion qu'ilz emporterent tout ce qu'ilz
-porent emporter, et si orent grant finance avec, et encore estoit en la
-composicion que les Angloys ne devoient à tous les habitans de la ville
-reproucher ne faire aucun grief par pillaige ou autrement; mais de ce se
-parjurerent, car aussitost que la garnison fut yssue, ilz firent tout le
-contraire de ce qu'ilz avoient promis, et si firent abatre les murs de
-tout entour; quant ilz orent fait leur voulenté, qui ne fu gueres à leur
-honneur, ilz allerent à Rouen, c'est assavoir, les plus grans pour eulx
-aisier. Et disoit on qu'il vendroit tant de buche, mais que la ville de
-Louviers fut délivrée, que chascun en vauldroit mieulx; mais tantost
-après, environ huit jours, elle enchery de [tournois] à Paris, ou plus.
-Et disoient les gouverneurs et faisoient dire de jour en jour que le duc
-de Bourgongne venoit à Paris, et que pour vray il admenoit avec lui ung
-legat du pappe, et que eulx deux devoient mettre bonne paix entre Charles
-qui se disoit roy de France [et Henry qui se disoit roy de France] et
-d'Angleterre, mais cela n'estoit que pour appaisier le peuple qui moult
-estoit en grant oppression; car, en vérité, le duc de Bourgongne ne
-tenoit compte de tous ceulx de Paris ne du royaume en rien qui soit, et
-pour ce vint Henry à Paris bien acompaigné, et y fut sacré et couronné.
-
- [1000] Le recouvrement de Louviers tenait tellement à cœur aux
- Anglais qu'ils n'épargnèrent aucun sacrifice pour se rendre
- maîtres de cette place; trois jours après la mort de Jeanne
- d'Arc, c'est-à-dire le 3 juin 1431, le roi d'Angleterre, par un
- mandement à l'adresse de Thomas Blount, ordonnait la dépense
- d'engins de guerre destinés au siège de Louviers (Arch. nat., K
- 63, no 1315).
-
-584. Item, le jour Sainct André, darrain jour de novembre, vint gesir
-Henry, aagé de IX ans ou environ, en l'abbaïe de Sainct-Denis en France,
-à ung vendredy, lequel se nommoit roy de France et d'Angleterre.
-
-585. Item, le dimenche ensuivant, premier jour des Advens, vint ledit roy
-à Paris par la porte Sainct-Denis, laquelle porte devers les champs avoit
-les armes de la ville, c'est assavoir, ung escu si grant qu'il couvroit
-toute la maçonnerie de la porte, et estoit à moitié de rouge et le dessus
-d'azur semé de fleurs de lis, et au travers de l'escu avoit une neuf
-d'argent, grande comme pour trois hommes.
-
-586. Item, à l'entrée de la ville par dedens estoit le prevost des
-marchans et les eschevins, tous rangés et vestuz[1001] de vermeil,
-chascun ung chappel en sa teste, et aussi tost que le roy entra dedens la
-ville ilz lui mirent ung grant ciel d'azur sur la teste, semé de fleurs
-de lis d'or, et le porterent sur lui les IIII eschevins[1002] tout en la
-fourme et maniere c'om fait à Nostre Seigneur à la Feste-Dieu, et plus,
-car chascun crioit: Nouel! par où il passoit.
-
- [1001] Ms. de Rome: tous rouges et tous vestuz.
-
- [1002] Les quatre échevins en exercice au mois de décembre 1431
- étaient Marcel Testart et Guillaume de Troyes nommés le 30
- juillet 1430 au lieu et place d'Imbert des Champs et de Nicolas
- de Neufville, Robert Climent, changeur, et Henri Aufray qui
- avaient succédé le 1er septembre 1431 à Jean de Dampierre et à
- Raymond Marc (Arch. nat., KK 1009, fol. 3, 4).
-
-587. Item, devant lui avoit les IX preux et les IX preues dames, et après
-foison chevaliers et escuiers, et entre les autres estoit Guillaume qui
-se disoit le Berger, qui avoit monstré ses plaies comme sainct Françoys,
-dont devant est parlé, mais il ne povoit avoir joie, car il estoit fort
-lié de bonnes cordes comme ung larron.
-
-588. Item, après devant le roy avoit quatre evesques, celui de
-Paris[1003], le chancelier[1004], celui de Noyon[1005] et ung
-d'Angleterre[1006], et après estoit le cardinal de Vincestre.
-
- [1003] Jacques du Châtelier, évêque de Paris depuis 1427.
-
- [1004] Louis de Luxembourg, évêque de Thérouanne, chancelier de
- France pour les Anglais.
-
- [1005] Jean de Mailly, évêque de Noyon, doyen de
- Saint-Germain-l'Auxerrois, qui assista au procès et au supplice
- de Jeanne d'Arc, remplit successivement les charges de conseiller
- au Parlement (1411), de maître des requêtes de l'hôtel (1418) et
- de président en la Chambre des comptes (1424).
-
- [1006] Probablement l'évêque de Norwick, alors Guillaume Alnewick
- (1426-1436). Parmi les personnages de distinction que nomme
- Monstrelet dans sa relation de l'entrée du jeune roi anglais
- figure l'évêque de Nyorc; il nous paraît difficile d'admettre un
- autre nom que celui de l'évêque de Norwick, constamment attaché à
- la personne du roi, comme en font foi les lettres concernant la
- régence du duc de Bedford, données à Rouen le 12 octobre 1431 «à
- la relacion du grant conseil, ouquel estoient monsr le cardinal
- d'Angleterre, les evesques de Beauvais, de Noyon et de Norwich»
- (Arch. nat., X{la} 8605, fol. 20 vº, 21).
-
-589. Item, encore devant le roy y avoit XXV heraux et XXV trompettes, et
-en ce point vint à Paris et regarda moult les serainnes du Ponceau
-Sainct-Denis, car là avoit trois serainnes moult bien ordonnées, et ou
-milieu avoit ung lis qui par ses fleurs et boutons gectoit vin et lait,
-et là buvoit qui vouloit ou qui povoit, et dessus avoit ung petit bois où
-il avoit hommes sauvages qui faisoient esbatemens en plusieurs manieres,
-et jouoient des escus moult joieusement que chascun veoit tres
-voulentiers. Après s'en vint devant la Trinité[1007] où il avoit sus
-eschaffaut le mistere depuis la Concepcion Nostre Dame jusques que Joseph
-la mena en Egipte pour le roy Herode qui fist decoller ou tuer VIIxx IIII
-milliers d'enfans masles; tout cela estoit ou mistere, et duroient les
-eschauffaux depuis ung pou par delà Sainct-Sauveur[1008] jusques au bout
-de la rue Dernetal[1009] où il a une fontaine que on dit la Fontaine de
-la Royne.
-
- [1007] La Trinité, hôpital situé rue Saint-Denis, en face de
- Saint-Sauveur.
-
- [1008] L'église de Saint-Sauveur, au coin de la rue de ce nom et
- de la rue Saint-Denis.
-
- [1009] C'est dans la rue Darnetal, aujourd'hui Gréneta,
- conduisant de la rue Saint-Denis à la rue Saint-Martin, que se
- trouvait l'entrée principale de l'hôpital de la Trinité.
-
-590. Item, de là vint à la porte Sainct-Denis où on fist la decolacion
-du glorieux martir monsr sainct Denis, et à l'entrée de la porte les
-eschevins laisserent le ciel qu'ilz portoient, et le prindrent les
-drappiers et le porterent jusques aux Innocens; et là fut fait une chace
-d'un cerf tout vif, qui fut moult plaisant à veoir.
-
-591. Item, là laisserent les drappiers le ciel et le prindrent les
-espiciers jusques devant le Chastellet, où avoit moult bel mistere, car
-là avoit droit encontre le Chastellet à venir de front le lit de justice.
-Là avoit ung enfant du grant [du] roy et de son aage, vestu en estat
-royal, housse vermeille et chapperon fourré, deux couronnes pendans, qui
-estoient tres riches à veoir à ung chascun, sur sa teste, à son costé
-dextre estoit tout le sanc de France, c'est assavoir, tous les grans
-signeurs de France, comme Anjou, Berry, Bourgongne, etc., et ung pou
-loing de eulx estoient les clercs et après les bourgoys, et à senestre
-estoient tous les grans signeurs d'Angleterre, qui tous faisoient maniere
-de donner conseil au jeune roy, bon et loyal, et chascun avoit vestu sa
-cotte de ses armes, et estoient iceulx de bonnes gens qui ce faisoient.
-Et là laisserent les espiciers le ciel, et le prindrent les changeurs et
-le porterent jusques au palays royal, et là baisa les sainctes reliques,
-et puis se parti; et là prindrent le ciel les orfevres et le porterent
-parmy la rue de Kalende et parmy la Vieille Jurie[1010] jusques davant
-Sainct-Denis de la Chartre, et n'ala point à Nostre-Dame celle journée.
-Quant ce vint devant Sainct-Denis de la Chartre, les orfevres laisserent
-le ciel, et le prindrent les merciers qui le porterent jusques à l'ostel
-d'Anjou, et là le prindrent les peletiers qui le porterent jusques devant
-Sainct-Anthoine le Petit[1011], et après le prindrent les bouchers qui le
-porterent jusques à l'ostel des Tournelles. Quant ilz furent devant
-l'ostel de Sainct-Paul, la royne de France, Ysabel, femme de feu le roy
-Charles VIe de ce nom, estoit aux fenestres, avec elle dames et
-damoiselles; quant elle vit le jeune roy Henry, filx de sa fille, à
-l'endroit d'elle, il osta tantost son chapperon et la salua, et tantost
-elle s'enclina vers luy moult humblement et se tourna d'autre part
-plorant. Et là prindrent les sergens d'armes le ciel, car c'est leur
-droit, et fut baillé au prieur de Saincte-Katherine dont ilz sont
-fondeurs.
-
- [1010] La rue de la Juiverie constituait la partie centrale de la
- rue de la Cité; elle continuait la rue du Marché-Palu et
- aboutissait à la rue de la Lanterne où se voyait l'église
- Saint-Denis de la Chartre.
-
- [1011] L'hôpital de Saint-Antoine le Petit était situé entre la
- rue Saint-Antoine et celle du Roi-de-Sicile.
-
-592. Item, le XVIe jour de decembre[1012], à ung dimenche, vint ledit roy
-Henry du pallays royal à Nostre-Dame de Paris[1013], c'est assavoir, à
-pié bien matin, acompaigné des processions de la bonne ville de Paris qui
-tous moult chantoient melodieusement. Et en ladicte eglise avoit ung
-eschaffaut qui avoit bien de long et de large (_sic_), et montoit sus à
-bien grans degrez larges que dix hommes et plus y povoient monter de
-front, et quant on estoit dessus, on povoit aller par dessoubz le cruxifi
-autant dedens le cueur comme on avoit fait par dehors, et estoit tout
-paint et couvert d'azur les degrés, et tout semé de fleurs de lis; et par
-là monta lui et sa compaignie et descendit dedens le cueur, et là fut
-sacré de la main du cardinal de Vincestre.
-
- [1012] Le ms. de Rome porte «octobre», mais le mot «decembre» a
- été restitué en marge.
-
- [1013] Le chapitre de Notre-Dame n'eut pas trop à se louer des
- procédés de l'entourage du roi d'Angleterre; non seulement les
- officiers royaux s'adjugèrent, au dire de Monstrelet (t. V, p.
- 5), le pot d'argent doré qui avait contenu le vin de la messe,
- mais ils réclamèrent encore l'étoffe suspendue au-dessus du
- trône. Ils poussèrent si loin leurs exigences qu'une députation
- de chanoines dut se rendre au Palais, où se tenait le conseil, et
- représenter au cardinal d'Angleterre et au chancelier tout le
- tort que l'on causait à l'église. En fin de compte, le plus clair
- bénéfice que le chapitre retira de cette dispendieuse cérémonie
- fut l'offrande d'un noble d'or faite aux reliques de Notre-Dame
- par le jeune roi (Arch. nat., LL 216, fol. 269).
-
-593. Item, après son sacre vint au Palais disner lui et sa
-compaignie[1014] et digna en la grant salle à la grant table de marbre,
-et tout le remenant parmy la salle çà et là, car il n'y avoit nulle
-ordonnance, car le commun de Paris y estoit entré des le matin, les ungs
-pour veoir, les autres pour gourmander, les autres pour piller ou pour
-desrober viandes ou autre chose; car icellui jour à icelle assemblée
-furent emblez en la presse plus de XL chapperons, et coppés[1015] mordans
-de saintures grant nombre; car si grant presse y ot pour le sacre du roy,
-que l'Université, ne le Parlement, ne le prevost des marchans, ne
-eschevins n'osoient entreprendre de monter à mont pour le peuple, dont il
-y avoit tres grant nombre. Et vray est que ilz cuiderent monter devant II
-ou III foys à mont, mais le commun les reboutoit arriere si fierement,
-que par plusieurs foys leur convenoit trebucher l'un sur l'autre, voire
-IIIIxx ou cent à une foys, et là besongnoient les larrons. Quant tout fut
-escoulé le commun, ilz monterent après, et quant ilz furent en la salle,
-tout estoit si plain, que à peine trouverent ilz où ilz se peussent
-asseoir; neantmoins s'assirent ilz aux tables qui pour eulx ordonnées
-estoient, mais ce fu avec savetiers, moustardiers, lieux ou vendeurs de
-vin de buffet, aides à maçons, que on cuida faire lever, mais quant on en
-faisoit lever ung ou deux, il s'en asseoit VI ou VIII d'autre costé.
-
- [1014] Entre autres personnages présents à ce dîner de gala,
- Monstrelet (t. V, p. 5) mentionne le cardinal de Winchester, le
- fameux Pierre Cauchon, Jean de Mailly, évêque de Noyon, les
- comtes de Stafford, de Mortain et de Salisbury.
-
- [1015] Ms. de Paris: chapperons et cappes.
-
-594. Item, ilz furent si mal servis que personne nulle ne s'en louoit,
-car le plus de la viande, especialment pour le commun, estoit cuide des
-le jeudi de devant, qui moult sembloit estrange chose aux Françoys, car
-les Anglois estoient chefz de la besongne, et ne leur challoit quelle
-honneur il y eust, mais qu'ilz en fussent délivrez; et vraiement oncques
-personne ne s'en loua, mesmement les malades de l'Ostel Dieu disoient que
-oncques si pouvre ne si nu relief de tout bien ilz ne virent à Paris.
-
-595. Item, le jour Sainct Thomas l'Apostre ensuivant, à ung vendredy, fut
-dicte une messe solempnelle en la grant salle du Palays, le roy estant en
-estat royal, tout le Parlement en estat, c'est assavoir, à chapperons
-fourez et manteaulx, et après la messe lui firent plusieurs demandes
-raisonnables, lesquelles il leur octroia, et aussi firent certains
-seremens qui leur furent demandés, qui sont selon Dieu et verité, car
-autrement ne voldrent ilz[1016].
-
- [1016] Dans le compte-rendu de la séance tenue le vendredi 21
- décembre, Clément de Fauquembergue ne dit mot de la requête
- adressée au roi d'Angleterre par le Parlement, mais on devine
- sans peine que ces demandes durent porter sur l'éternelle
- question des gages de la Cour, «dont estoient deubz arrerages de
- deux ans et demi» et au sujet desquels Richard Chaucey et Jacques
- Branlart, envoyés à Rouen au mois de juillet 1431, n'avaient pu
- obtenir qu'une réponse évasive. Quant au serment dont parle
- l'auteur du Journal, il fut exigé de tous les assistants,
- «conseillers, officiers, subgiez et habitans de Paris» dans les
- termes suivants (Arch. nat., X{la} 4796, fol. 294 vº; X{la} 1481,
- fol. 48 rº): «Vous jurez et promettez que à nostre souverain
- segneur, Henry, par la grace de Dieu roy de France et
- d'Angleterre, cy present, vous obeirez diligemment et loyalment,
- et serez ses loiaulz officiers et vrais subgiez de ses hoirs
- perpetuelment, comme vray roy de France, et que jamais à nul
- autre pour roy de France ne obeirez ou favoriserez; item, que
- vous ne serez en aide, conseil ou consentement que nostredit
- souverain segneur ne ses hoirs de France et d'Angleterre perdent
- la vie ou membre, ou soient pris de mauvaise prise, ou qu'ilz
- seuffrent dommage ou diminucion en leurs personnes de leurs
- estas, segnouries ou biens quelconques, mais se vous savez ou
- congnoissiez aucune chose estre faicte, pourpensée ou machinée,
- qui leur puist porter dommage ou prejudice, ou à leurs
- adversaires prouffit, aide ou confort ou faveur, comment que ce
- soit, vous l'empescherez en tant que vous pourrez et saurez, et
- pour vous mesmes par messages ou lettres le ferez savoir ausdiz
- rois ou à leurs principaulx officiers ou autres leurs gens et
- bien vueillans, ausquelz pourrez avoir accès, tout le plustost
- qu'il vous sera possible, sans dissimulacion aucune, et
- entenderez et vous emploierez de tous voz povoirs à la garde,
- tuicion et defense de sa bonne ville de Paris.» Après la
- publication de ce serment le roi dit en anglais et fit répondre
- par le comte de Warwick qu'il «garderoit et maintendroit» le
- Parlement.
-
-596. Item, vray est que ledit roy ne fut à Paris que jusques à l'endemain
-de Noel. Ilz firent unes petites joustes l'endemain de son sacre[1017];
-mais, pour certain, maintes foys on a veu à Paris enfans de bourgoys, que
-quant ilz se marioient, tous mestiers, comme orfebvres, orbateurs, brief
-gens de tous joieux mestiers en amendoient plus que ilz n'ont fait du
-sacre du roy et de ses joustes et de tous ses Angloys, mais espoir c'est
-pour ce que on ne les entend point [parler et que ilz ne nous entendent
-point]; je m'en rapporte à ce qui en est, car pour ce qu'il faisoit trop
-grant froit en celui temps et que les jours estoient cours, ilz firent
-ainsi pou de largesse.
-
- [1017] Les vainqueurs de ce tournoi, qui eut lieu en l'hôtel de
- Saint-Paul, furent du côté des Anglais le comte d'Arondel et du
- côté des Français le bâtard de Saint-Pol (Monstrelet, t. V, p.
- 6).
-
-597. Item, vray est que l'endemain de Noel, jour Sainct Estienne, le roy
-se departy de Paris sans faire aucuns biens à quoy on s'atendoit, comme
-delivrer prinsonniers, de faire cheoir malles toutes, comme imposicions,
-gabelles, quatriesmes et telles mauvaises coustumes qui sont contre loy
-et droit, mais oncques personnes, ne à secret ne en appert, on n'en ouy
-louer. Et si ne fist on oncques à Paris autant de honneur à roy, comme on
-lui fist à sa venue et à son sacre, voire veu le pou de peuple, les males
-gaignes, le cueur d'yver, la grant charté de vivres, especialment de
-boys; car ung meschant fagot de bois tout vert valloit touzjours iiii
-deniers ou vi tournois; et vray est qu'il faisoit si fort yver qu'il
-n'estoit sepmaine qu'il ne gelast tres fort deux ou trois jours, ou il
-negoit jour et nuyt, et avecques touzjours il plouvoit, et si commença
-dès la Toussains.
-
-[1432.]
-
-598. Et le XIIIe jour de janvier, après l'allée du roy proprement, gela
-si asprement XVII jours ensuivans que [Saine], qui estoit tres grande,
-comme jusques dedans la Mortelerie, fut toute prinse de la gelée jusques
-à Corbeil, et si print en une maniere de admiracion, car le lundy dont
-elle print, le mardy tout le jour il pleut et toute nuyt, et cessa ung
-pou devant le jour et faisoit chault, et au point du jour celuy mardy,
-aussitost que la pluie fut cessée, celle tres mauvaise [et forte] gellée
-commença qui dura, comme davant est dit, XVII jours. Et, après celle
-gelée que la riviere estoit ainsi prinse, le jour Sainct Paul il commença
-à degeler tant doulcement et de nuit et de jour, que la riviere fut toute
-degelée par pieces, sans faire quelque mal à pons ne à moulins, avant
-qu'il fust VI jours après. Et si disoient les mariniers qu'elle avoit
-plus de deux piez de espais, et bien y apparoit, car on alloit par
-dessus, on y charpantoit piex pour mettre au devant des moulins pour
-rompre la glace au degel, on y levoit engins pour frapper les piex, mais
-oncques ne s'en desmantoit. Et pour vray, par la grace de Nostre
-Seigneur, elle fut ainsi doulcement desgellée, comme dit est, mais moult
-grant dommaige fist, car il avoit grant foison vins, blez, lars, œufs,
-fromaiges qui estoient arivez à Mante pour venir à Paris, mais tout ou
-bien pres fut perdu pour les marchans, car moult avoit pleu devant, qui
-tout empira pour la longueur du temps, et si leur coustoit tant en garde
-que autres frais qu'ilz perdirent presque tout.
-
-599. Item, en cellui temps, costoit bien ung meschant cousteret de vieulx
-chevrons V deniers ou VI, car autre boys n'y avoit, et pour ce le regent
-abandonna le boys des bruyeres aux bonnes gens, qui secouru ung pou
-Paris.
-
-600. Item, le XXe jour de fevrier l'an mil CCCC XXXI, ariva le cardinal
-de Saincte-Croix de Jherusalem[1018], legat du pape, pour faire paix
-entre les deux roys, dont l'un estoit nommé Charles de Valoys et se
-disoit par droicte ligne estre roy de France, et l'autre estoit nommé
-Henry, lequel se disoit roy d'Angleterre par succession de ligne, et de
-France par le conquest de son feu pere; lequel legat en fist tres
-grandement son devoir, que tous deux luy promistrent qu'ilz s'en
-soubmettroient du tout sur ce qui ordonné en seroit au grant concille qui
-devoit estre celle année à Balle en Allemaigne[1019]; après qu'il ot ouy
-leurs responces, il s'en parti de Paris[1020] et alla aux autres signeurs
-chrestiens partout.
-
- [1018] Nicolas Albergati, prieur des Chartreux à Florence, devint
- évêque de Bologne en 1417, légat du saint siège en 1422, cardinal
- du titre de Sainte-Croix en 1426; il remplit plusieurs missions
- importantes et joua un rôle considérable dans les négociations du
- traité d'Arras. Le jour même de son arrivée à Paris, mercredi 20
- février, il se rendit à Notre-Dame, et, après cette visite
- obligée, il vint loger en l'hôtel d'un drapier bien connu, Martin
- de Neauville, sis rue Saint-Antoine, pendant que ses gens et
- chevaux prenaient leur gîte dans les hôtelleries voisines (Arch.
- nat., X{la} 1481, fol. 50 vº).
-
- [1019] Le concile général pour l'extinction du schisme et la
- réformation de l'Eglise s'ouvrit à Bâle le 15 décembre 1431 et
- tint ses séances jusqu'au 16 mai 1443.
-
- [1020] Le cardinal de Sainte-Croix ne fit pas long séjour à
- Paris, car le 26 mars le duc de Bedford, accompagné du chancelier
- et de plusieurs membres du Parlement, vint trouver le cardinal à
- Corbeil pour y tenir une conférence au sujet des conditions de la
- paix projetée (Arch. nat., X{la} 1481, fol. 53 vº).
-
-601. Item, le moys de[1021] mars ensuivant, furent les eaues si grandes,
-car en Greve à Paris elles estoient devant l'Ostel de la Ville, en la
-place Maubert jusques à la moictié du marché au pain, et tous les marays
-depuis la porte Sainct-Martin jusques à my voye de la porte
-Sainct-Anthoine tous plains jusques à VIII jours du moys d'avril; ne
-depuis Noel jusques après Pasques de l'an XXXII, qui furent le XXe jour
-d'avril, on ne menga point de verdure, car pour faire une escuelle[1022]
-coustoit ung blanc sans l'apareil; et bonnes feves coustoient XII blans
-le boessel; pois XIIII ou XV.
-
- [1021] «Moys de» manque dans le ms. de Rome.
-
- [1022] Ms. de Paris: «une escuellée,» avec un mot laissé en
- blanc.
-
-602. Item, la premiere sepmaine de mars, vindrent les Arminalx cuider
-prendre Rouen[1023] et furent bien VII ou VIIIxx qui firent tant, par
-l'aide que on leur fist, que par eschelles ilz gaingnerent la plus grosse
-tour du chastel; mais ceulx de la ville le sceurent tantost, si garderent
-tres bien le remenant du chastel qu'il n'y en pot plus entrer, ne ilz
-n'en porent yssir. Si furent si esbahiz qu'il convint qu'ilz se
-rendissent à la voulenté de ceulx de la ville, et le XVIe et XVIIe jour
-dudit moys de mars on en fit mourir C et XIIII, sans ceulx qui furent à
-rançon ou noiez.
-
- [1023] La surprise du château de Rouen dirigée par Guillaume de
- Ricarville, de connivence avec un «écheleur» béarnais, Pierre de
- Biou, eut lieu le 3 février 1432. Malgré un heureux début, le
- défaut d'entente fit échouer cet audacieux coup de main; les
- Anglais joints aux habitants de Rouen, après un siège en règle
- qui dura douze jours, recouvrèrent la grosse tour du château
- restée au pouvoir des assaillants (Cf. Monstrelet, t. V, p. 12;
- Vallet de Viriville, _Histoire de Charles VII_, t. II, p.
- 289-290).
-
-603. Item, touzjours geloit ou gresloit, ou il faisoit trop grant froit
-oultre mesure, car le sabmedi Ve jour d'avril l'an mil CCCC XXXI gresla
-et nega toute jour. Et le dimenche ensuivant, que on dit le dimenche
-perdu, gela si fort et si asprement que entre mynuit et le point du jour
-que tous les bourgons et fleurs d'arbres qui estoient dehors yssues, et
-tous les noyers, tout fut ars et bruy de la gelée.
-
-604. Item, le sabmedi ensuivant, vigille de Pasques flouries, fut prinse
-la ville de Chartres par grant traïson[1024], car il y repparoit ung
-homme d'Orleans qui moult sembloit estre bon marchant, et pour ce avoit
-il sauf conduit d'aller et venir à Chartres, et ja estoit congneu par
-toute la ville comme le meilleur bourgoys qui y feust. En celui temps
-avoit en la cité grant faulte de sel, si leur dist qu'il leur en
-ameneroit X ou XII charrettées à ung jour qu'il leur dist, si s'y
-acorderent; si vint la vigille de Pasques fleuries, à toutes les
-charrettes, en chascune deux grans queues, en chascune avoit deux hommes
-bien armez, et à chascune deux hommes d'armes comme charretiers vestus de
-roques, guietres en leurs jambes, ung fouait chascun en leur main, et si
-avoient celle nuyt fait bien IIIm hommes d'armes embuschez es villaiges
-d'entour, et gardoient les chemins que nul ne le peust faire savoir à
-ceulx de la cité. Quant ilz furent ainsi ordonnez, si se mirent au chemin
-lesdiz charretiers et vindrent à la porte[1025], le traictour appella les
-portiers qu'ilz lui ouvrissent tantost la porte, car il leur amenoit,
-comme il leur dist, grant foison sel et des alloses. Si ilz convoicterent
-la vitaille et l'allerent dire au cappitaine[1026], lequel vint tost et
-vit le traistre; si ne s'en deffia point, pour ce que souvent repairoit
-avec eulx, et lui fist ouvrir la porte, et lui donna ung pannier
-d'allouses le traistre pour [plus] l'abuser. Quant ilz orent mis deux ou
-III de leurs charrettes dedans, ilz en arresterent une sus le pont
-[leveys, et tuerent le limonnier, et fut le pont] arresté, lors yssirent
-ceulx qui estoient dedans les queues à toutes grosses haches, et tuerent
-les portiers; et tantost l'embuche vint, acourant qui mieulx mieulx, et
-entrerent en la ville à force, et gaignerent les portes et la ville, car
-si matin estoit que les gens estoient encores en leurs lictz.
-L'evesque[1027] s'arma quant il ouy dire la chose, et vint contre eulx
-atout ung pou de gent, mais ce ne luy valu rien, car il fut tué, et de
-ses gens et la plus grant partie des bourgoys prins et mis en diverses
-prinsons; ainsi les trahy le faulx traistre, et disoit on qu'il en devoit
-avoir IIII mil salus d'or. Pour celle prinse de Chartres enchery moult le
-pain[1028] à Paris, car moult de bien[1029] en venoit avant la prinse.
-
- [1024] C'est par l'entremise de deux marchands de Chartres,
- nommés l'un Jean Ansel ou G. le Sueur, l'autre Guillaume
- Bouffineau ou le Petit Guillemin, et grâce au stratagème imaginé
- par eux que les Français enlevèrent cette place au parti
- anglo-bourguignon. (Cf. Vallet de Viriville, _Histoire de Charles
- VII_, t. II, p. 292). Lorsque Chartres fut tombé au pouvoir de
- Charles VII, Thibaud de Charmes, issu de la maison d'Armagnac,
- qui, paraît-il, avait «esté cause principal de la reduire», en
- fut nommé bailli et capitaine et conserva la garde de cette ville
- (Arch. nat., Z{1a} 12, fol. 19 vº).
-
- [1025] Il s'agit de la porte Saint-Michel, dans la direction de
- Blois.
-
- [1026] Suivant Monstrelet (t. V, p. 24), le capitaine de la
- garnison de Chartres était alors un certain Guillaume de
- Villeneuve qui réussit à s'échapper.
-
- [1027] Jean de Fetigny, bourguignon de cœur et d'origine, évêque
- de Chartres depuis 1419, périt de la main du bâtard d'Orléans.
-
- [1028] Ms. de Rome: de bien.
-
- [1029] Ms. de Rome: moult de bon.
-
-605. Item, avec ce faisoit si grant froit tous les jours et ung vent si
-grant que tant pou de fruict qui estoit demouré sur les arbres fut [tout]
-abatu par le vent qui tant estoit fort et froit; et avec ce geloit tous
-les matins tres fort, et dura celle tres grant froidure jusques après la
-Translacion de Sainct Nicolas en may. Et vrayement on n'eust pas trouvé
-en cent almandiers L almandes, ne prunes, ne quelque fruict, que tout ne
-fust tout rompu du vent ou gasté, ne des noiers n'eust on trouvé une
-toute seulle noix de la grant froidure qu'il faisoit tous les matins. Ne
-en cellui temps n'estoit encore aussi comme point de verdure, et ce qui
-en estoit, si n'estoit ce que vieille porée qui avoit regecté, et
-vraiement II ou III personnes en eussent bien mangé pour ung blanc, ou de
-choulx; et si estoient frommaiges tant chers que ung bien petit qui
-estoit tout pissant coustoit III ou IIII blans, et n'avoit on que V œufs
-pour II blans.
-
-606. Item, le premier jour de may IIIIc XXXII, fut fait le signeur de
-l'Isle-Adam mareschal de France[1030], et celle sepmaine on alla
-assegier Langny; et pour ce que prevost de Paris estoit et saiges homs,
-il fu ordonné à garder vers Chartres, et la cuida reprendre par l'aide de
-aucuns qui dedens estoient, mais on advisa leurs voulentez, dont ilz
-furent mors honteusement, et failly le prevost à son intencion par celle
-cause.
-
- [1030] Jean de Villiers, seigneur de l'Isle-Adam, tombé en
- disgrâce et dépossédé de sa charge de maréchal de France le 12
- janvier 1421, y fut réintégré par le duc de Bedford le 2 mai
- 1432; le samedi 3 mai, il présenta au Parlement ses nouvelles
- lettres de provision et prêta le serment accoutumé, ces mêmes
- lettres furent publiées le surlendemain à l'heure des plaidoiries
- (Arch. nat., X{la} 1481, fol. 55 vº).
-
-607. Item, la premiere sepmaine de juing ensuivant, fut fait Gilles de
-Clamecy, chevalier, garde ou commis de la prevosté de Paris, tant que
-l'autre fust revenu.
-
-608. Item, celle sepmaine mesmes, cuiderent livrer aux Arminalx aucuns de
-Pontoise et aucuns Anglois avec eulx aliez la ville de Pontoise, mais ilz
-furent apperceuz et prins, et recongnurent que leur voulenté estoit de
-tout tuer, hommes et femmes et enfens, pour quoy ilz furent mors
-honteusement, et leur lignaige [à hontaige], et femmes et enfans mis à
-pouvreté. En celui temps n'estoit nouvelle du duc de Bourgongne.
-
-609. Item, en celui an, le jour Sainct Jehan Baptiste, fist une fortune
-de temps si grande de tonnoirre et de fouldre, laquelle fist moult de
-maulx en plusieurs lieux, et par especial à Victry, car le clocher qui
-estoit de pierre fut abatu et fouldroié, et au cheoir rompit la
-couverture et puis les voultes, qui cheurent dedens le moustier, et
-affollerent moult de creatures et en tuerent cinq tous mors, qui estoient
-venus pour ouyr les vespres du jour. Et le jour Sainct Pere et Sainct
-Paul ensuivant, gresla si terriblement qu'il fut trouvé gresle qui avoit
-XVI poulces de tour, l'autre comme billes à biller, de plus menue et de
-plus grosse, et fut vers Langny et Meaulx.
-
-610. Item, le XXIIIe jour de juillet, fut mis hors de la prevosté des
-marchans Guillaume Sanguin, et y fut ordonné ung signeur de Parlement
-nommé maistre Hugues Rappiot, et ung pou devant on avoit changé des
-eschevins deux[1031].
-
- [1031] Hugues Rapiout exerça la charge de lieutenant civil de la
- prévôté de Paris durant cette période critique qui suivit
- l'entrée des Bourguignons. Témoin des excès populaires qu'il ne
- put empêcher, il fut mandé le 22 août 1418 au Parlement où le
- président Philippe de Morvilliers lui adressa une verte semonce
- au sujet «des inconveniens et esclandes avenuz» les jours
- précédents, avec injonction d'avoir à prendre les mesures
- nécessaires pour éviter le retour de semblables désordres.
- Rapiout échangea bientôt ses fonctions de lieutenant en la
- prévôté contre celles d'avocat du roi au Châtelet, c'est le titre
- qu'il prend le 30 juillet 1421; moins d'un an après, le 15 juin
- 1422, il fut reçu président des requêtes du Palais, au lieu et
- place de Robert Piédefer; les premiers temps de la domination
- anglaise lui valurent aussi l'office de commissaire sur le fait
- des confiscations et forfaitures. De 1422 à 1423 il remplit
- plusieurs missions de confiance; après avoir accompagné Philippe
- de Morvilliers dans son voyage à Mantes auprès du régent, il se
- rendit en ambassade, avec Roland de Dunkerque, auprès des ducs de
- Savoie et de Lorraine. Nommé peu après maître des requêtes de
- l'Hôtel, il conserva cette charge jusqu'en 1436; au 15 mars de
- cette dernière année, c'est-à-dire à la veille de la réduction de
- Paris par Charles VII, on le voit au nombre des fidèles qui
- renouvelèrent leur serment entre les mains du chancelier. Il
- était également à cette époque conseiller du roi au Trésor; il
- occupa la prévôté des marchands deux années durant, savoir, de
- 1432 à 1434 (Arch. nat., X{la} 1480, fol. 143 vº, 238 rº, 253 vº,
- 285 rº; X{la} 1481, fol. 114 vº, 118 rº. Blanchard, _Généalogies
- des maîtres des requestes de l'hostel du Roy_, p. 128). Hugues
- Rapiout possédait la châtellenie de Livry en Launoy et Corberon,
- avec le fief de Torcy en Brie, pour lesquels il rendit hommage
- les 17 mai 1425 et 18 décembre 1431; c'est comme seigneur de
- Livry qu'il soutint un procès en 1429 avec le grand prieur de
- l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem au sujet du droit exclusif de
- vendre le vin à Livry (Arch. nat., P 1, nos 110 et 113; X{la} 67,
- fol. 82 rº). Il mourut avant la fin de 1441, laissant une veuve
- (_Ibid._, Z 5192, fol. 60 vº).
-
- Le jour même où Hugues Rapiout fut appelé à la prévôté des
- marchands, c'est-à-dire le mercredi 23 juillet 1432, deux nouveaux
- échevins, Louis Gobert et Jacques de Raye, remplacèrent Marcel
- Testart et Guillaume de Troyes; c'est vraisemblablement à cette
- mutation que fait allusion l'auteur du Journal, et non à celle du
- 1er septembre de l'année précédente (Arch. nat., KK 1009, fol. 4).
-
-611. Item, le dimenche jour Sainct Laurens, cuiderent prendre les Anglois
-Langny et gaignerent le boullevart, et fut mise la baniere du regent
-dessus, mais gueres n'y demoura, car ceulx de dedens yssirent, qui
-estoient reposez[1032], et vindrent sur eulx par devant, et ceulx qui
-venus estoient à l'aide de ceulx de Langny vindrent hastivement par
-derriere[1033]. Si orent les Angloys trop à faire, et avec ce leva une si
-grant challour cellui jour à l'eure qu'ilz (s'entre encontrerent), qu'on
-avoit--grant temps avoit--ne veue ne sentie, dont les Angloys orent pis
-que de leurs ennemis, et leur convint reculler par force; et là furent
-bien mors, tant par leurs ennemis que par la challeur du temps, IIIc
-Angloys ou plus, et ce ne fut mie grant merveille, car les Arminalx
-estoient bien, si comme on tesmoignoit, V contre II, qui est grant chose
-à telle besongne[1034]. Et convint qu'ilz meissent leurs tantes où
-premier s'estoient logez quant ilz mirent le siege devant Langny, et de
-maleur comme Fortune, quant elle commence à nuire, elle fait de mal en
-pis, car elle leur fu contraire en plusieurs manieres, car entre le lundy
-et le mardy ensuivant, de nuyt, la riviere de Marne si desriva par telle
-maniere qu'elle crut celle nuyt de IIII piez de hault. Et vray fut que le
-moys de juillet fut si pluieux qu'il plut bien XXIIII jours tout de reng,
-et puis si vint ou moys d'aoust une challeur trop merveilleuse plus que
-acoustumance, car elle ardoit toutes les vignes en verjus, et pour ce et
-pour le vin que on menoit en l'ost, enchery tant le vin à Paris que
-cellui que on donnoit pour VI deniers en juillet, à la my aoust il
-coustoit III blans, et encore n'en povoit on finer pour son argent, car
-chascun cloit sa taverne à cop.
-
- [1032] Ms. de Paris: dispersés.
-
- [1033] Raoul de Gaucourt, le bâtard d'Orléans et Rodrigue de
- Villandrando commandaient l'armée de secours expédiée par le
- gouvernement de Charles VII; tout l'honneur de la victoire,
- remportée le 10 août 1432, revient au fameux capitaine de
- routiers, qui par la rapidité de ses mouvements et son habile
- stratégie décida du succès. Le récit complet de cette brillante
- action se trouve dans la biographie de ce personnage. (J.
- Quicherat, _Rodrigue de Villandrando_, p. 73-77.)
-
- [1034] Cette assertion n'est pas exacte, le duc de Bedford
- disposait de forces à peu près égales à celles de son adversaire,
- dix à onze mille combattants étaient en ligne de part et d'autre
- (V. Vallet de Viriville, _Hist. de Charles VII_, t. II, p. 295).
-
-612. Item, le mercredy des octaves de l'Assumpcion Nostre Dame, jour
-Sainct Bernard, laissa le duc de Bedfort, regent, lui et sa compaignie,
-le siege de Langny[1035], et furent si pres prins qu'ilz laisserent leurs
-cannons et leurs viandes toutes prestes à menger, et grant foison de
-queues de vin, dont on avoit si grant disete à Paris, et de pain par cas
-pareil, dont le blé enchery à Paris tellement, car le sextier monta le
-sabmedy ensuivant de XVI solz parisis[1036]. Veez là comment tout en
-alloit: quant toute la Brie fut destruite des ungs, les autres gastoient
-Beausse et Gastinoys, et tout le païs, de quelque part qu'ilz
-tournassent, estoit pis que les Sarazins, qui contre la loy de Dieu
-sont, ilz fussent entrez, car il n'estoit rien qui tant leur pleust que
-tiranner les pouvres laboureurs de droicte tirannie. Et pour ce que le
-siege fut levé si honteusement, ceulx que on disoit Arminalx furent
-hardiz à mal faire, que on n'osoit yssir de Paris, et si estoit
-commencement de faire les vendenges, qui trop grant dommaige estoit à
-Paris après le siege de Langny, qui tant l'avoit dommaigé de tous biens
-dont on eust peu vivre, et de toutes manieres de cannons et d'artillerie
-dont on peut grever ses ennemis; car vraiement gens à ce recongnoissans
-juroient et affermoient que bien avoit cousté plus de cent et cinquante
-mil salus d'or, dont la piece valloit XXII solz parisis, bonne monnoie.
-
- [1035] Fauquembergue glisse, à dessein, sur la déconfiture du
- régent et l'annonce en ces termes discrets et mesurés: «Mardi
- XIXe jour d'aoust, le duc de Bedford, regent, qui avoit tenu
- siege de gens d'armes devant la ville de Laigny par l'espace de
- trois mois ou environ, leva sondit siege et retourna à Paris»
- (Arch. nat., X{la} 1481, fol. 60 rº).
-
- [1036] Grande était la détresse de la population parisienne, si
- l'on en juge par la délibération du chapitre de Notre-Dame, du 22
- août 1432, ordonnant des processions, «tant que durera la misere
- du temps present» (Arch. nat., LL 216, fol. 305).
-
-613. Item, il y avoit en ce temps une piece d'or qui n'estoit pas de fin
-or, et les nommoit on dourderès, et valloient XVI solz parisis; tantost
-après furent criées à XIIII solz parisis[1037] [et moult en y avoit], par
-quoy on perdy moult.
-
- [1037] Le nom de «dourderès» ou «dourdrets» servait à désigner
- une monnaie d'or de frappe bourguignonne, en circulation à Paris,
- mais dont le cours, paraît-il, était facultatif; un mandement du
- roi d'Angleterre au prévôt de Paris, en date du 30 août 1432,
- interdit de prendre les «durdrecs faictz aux armes du duc de
- Bourgoigne» pour une somme supérieure à quatorze sols parisis et
- les placques flamandes pour plus de sept doubles pièce, personne
- n'étant d'ailleurs obligé de les accepter; ce mandement fut rendu
- exécutoire par la publication qui en fut faite au Châtelet de
- Paris, le samedi 6 septembre 1432, en présence des avocats et
- procureur du roi» (Arch. nat., Z{1b} 60, fol. 22 rº). Une autre
- dénomination, celle de «cliquars», était encore appliquée à cette
- monnaie (Arch. nat., X{la} 1480, fol. 382 rº).
-
-614. Item, en la fin d'aoust, fut mise en prinson l'abbesse de
-Sainct-Anthoine[1038] et aucunes de ses nonnains, que on disoit qu'ilz
-avoient esté consentans de vouloir, à la faveur du nepveu de ladicte
-abbesse qui se faisoit moult amy de la cité de Paris, trahir ladicte
-ville de Paris par la porte Sainct-Anthoine; et devoient premier tuer les
-portiers, et après tout tuer sans rien espargner, comme il estoit après
-la prinse d'eulx commune renommée.
-
- [1038] Emerance de Calonne, abbesse de Saint-Antoine-des-Champs
- depuis 1419, fut arrachée de son couvent avec quelques-unes de
- ses religieuses et emmenée au Châtelet de Paris, le mercredi 3
- septembre, sous la conduite du prévôt Simon Morhier et de son
- lieutenant criminel, Jean l'Archer. Les seuls renseignements que
- l'on possède sur cette conspiration d'août 1432 se réduisent à la
- mention fort brève insérée au Conseil par Fauquembergue qui
- renvoie au registre criminel de Jean de l'Épine, malheureusement
- perdu (Arch. nat., X{la} 1481, fol. 61 rº). Emerance de Calonne
- ne tarda guère à être remise en liberté et reprit la direction de
- son abbaye, mais elle s'acquitta si mal de sa tâche, que l'année
- même qui précéda sa mort, en 1439, l'abbé de Cîteaux fut obligé
- d'intervenir et d'ordonner une enquête. On accusait, non sans
- raison, l'abbesse d'avoir dilapidé les biens de son couvent;
- comme le montrent les débats engagés au Parlement le 30 octobre
- 1439, elle avait vendu «des joyaulx de l'eglise bien de XVI à
- XVIIIm escus et entre les autres une vraye croix dont elle a eu
- XVIc escus»; aussi l'abbaye, autrefois si florissante et dans
- laquelle «anciennement aucuns des bourgois de Paris avoient
- acoustumé de mettre leurs filles», se trouva-t-elle dans une
- situation des plus précaires, ne comptant plus que six
- religieuses «là où en souloit avoir XXIIII, et si meurent de fain
- et vivent d'ausmone» (Arch. nat., X{la} 4798, fol. 119 vº).
-
-615. Item, le XIe jour de septembre, prindrent les Angloys en une forte
-maison nommée Maurepas[1039] le signeur de Macy[1040], le plus cruel
-tirant de sang humain qui fust en France, et bien cent larrons avec luy,
-entre lesquelx en avoit ung nommé Mainguet, qui recongnut que dedens ung
-vieulx puiz avoit gecté en ung jour VII hommes l'ung après l'autre, et
-après les tuer de grosses pierres, sans plusieurs autres murdres qu'il
-recongnut.
-
- [1039] Maurepas (Seine-et-Oise, arr. de Rambouillet, cant. de
- Chevreuse) possédait un château du XIe siècle, aujourd'hui ruiné,
- dont il ne subsiste qu'une portion de donjon; cette forteresse
- servait de repaire à des partisans français qui faisaient de
- fréquentes incursions dans les environs de Paris; on les voit, au
- mois de juillet 1432, pousser une pointe jusqu'à Notre-Dame des
- Champs, où ils enlevèrent 177 moutons dans l'hôtel de Gilles de
- Moulins, notaire du roi et audiencier de la chancellerie; les
- Chartreux de Vauvert perdirent par la même occasion 300 bêtes à
- laine qu'ils recouvrèrent en partie (Arch. nat., X{la} 4797, fol.
- 49 vº; Accord du 7 mai 1433, X{1c} 145).
-
- [1040] Probablement Aymon de Mouchy, seigneur de Massy,
- personnage bien connu par le rôle peu honorable qu'il joua dans
- la captivité de Jeanne d'Arc, âgé de 56 ans lors du procès de
- réhabilitation, lequel se permit certaines privautés à l'égard de
- l'illustre héroïne enfermée dans le château de Beaurevoir, et qui
- vint plus tard la visiter dans sa prison de Rouen, en compagnie
- des comtes de Warwick et de Stafford (V. Quicherat, _Procès de
- Jeanne d'Arc_, t. III, p. 121).
-
-616. Item, en cellui an, faillirent les blez, et fut si grant charté que
-ung sextier de bon blé valloit VII frans[1041], forte monnoie, et l'orge
-valloit IIII frans; et estoit à la Toussains.
-
- [1041] Ms. de Paris, «VII livres parisis»; un peu plus loin,
- «IIII livres.»
-
-617. Item, en celluy temps, estoit tres grant mortalité sur jeunes gens
-et sur petis enffans, et tout d'espidimie.
-
-618. Item, le IIe jour d'octobre ensuivant, fut prinse la ville de
-Provins et le chastel par les Angloys[1042] et fut pillée et robbée, et
-tué gens, comme coustume est à telz gens de faire, et dient que c'est
-droicte usance de guerre.
-
- [1042] Dans la nuit du jeudi 2 au vendredi 3 octobre 1432, quatre
- cents Anglais détachés des garnisons de Meaux, Corbeil,
- Brie-Comte-Robert, sous les ordres de Jean Raillart, de Maudon de
- Lussac, de Richard Husson et de Thomas Guérard, capitaine de
- Montereau, escaladèrent les remparts, et après un combat acharné,
- où l'un de leurs meilleurs chevaliers, Henri de Hungerford,
- perdit la vie, pénétrèrent dans la ville par la porte au Pain,
- au-dessus de la poterne Farneron; les assaillants mirent tout au
- pillage, arrachant les reliques de leurs châsses, massacrant même
- d'inoffensifs bourgeois réfugiés au pied des autels dans l'église
- Saint-Ayoul (Bourquelot, _Histoire de Provins_, t. II, p. 85,
- 86).
-
-619. Item, en cellui temps, fut fait à Ausserre ung concille pour
-traicter de la paix des deux roys, et plusieurs signeurs de toutes les
-deux parties y furent, et de par le duc de Bourgongne plusieurs[1043].
-
- [1043] Les conférences d'Auxerre devaient s'ouvrir le 8 juillet,
- mais divers incidents, tels que la mort du maréchal de Bourgogne,
- les retardèrent jusqu'à la fin de novembre. D'après les
- instructions en date du 8 mai (Dom Plancher, _Histoire de
- Bourgogne_, t. IV, p. 159, et preuves CXXIII), les ambassadeurs
- bourguignons étaient Charles de Poitiers, évêque de Langres,
- l'évêque de Nevers, Jean de Blaisy, abbé de Saint-Seine, le
- chancelier Nicolas Rolin, le prince d'Orange; Antoine de
- Toulongeon, maréchal de Bourgogne; Jean de la Trémoille, sire de
- Jonvelle; Antoine de Vergy, seigneur de Champlitte, et quelques
- autres dont la personnalité est plus effacée.
-
-620. Item, en cellui temps estoit touzjours la mortalité à Paris,
-laquelle asailli la duchesse de Bedfort, femme du regent de France, seur
-du duc de Bourgongne, nommée Anne, la plus plaisant de toutes dames qui
-adong furent en France, car elle estoit bonne et belle, et de bel aage,
-car elle n'avoit que XXVIII ans quant elle trespassa; et certes, elle
-estoit bien amée du peuple de Paris[1044]. Et vray est qu'elle trespassa
-en l'ostel de Bourbon, emprès le Louvre, le XIIIe jour de novembre, deux
-heures après minuyt entre le jeudy et le vendredy[1045], dont ceulx de
-Paris pardirent moult de leur esperance, mais à souffrir leur convint.
-
- [1044] Pendant son séjour à Paris, Anne de Bourgogne fit preuve
- d'une véritable sollicitude pour la classe populaire et ne
- craignit point de visiter elle-même les pauvres malades de
- l'Hôtel-Dieu, auxquels elle laissa de nombreux témoignages de sa
- libéralité.
-
- [1045] Rien ne put conjurer ce fatal événement, ni l'assistance
- dévouée de Raoul Palouyn, médecin confesseur attaché à la
- personne de la duchesse de Bedford, ni l'intervention du clergé
- de Notre-Dame qui, à la prière de la régente, alla chercher
- processionnellement la châsse de Ste Geneviève le lundi 10
- novembre, comme dans les calamités publiques, et célébra une
- messe solennelle à l'intention de l'illustre malade (Arch. nat.,
- LL 216, fol. 318).
-
-621. Item, le sabmedy ensuivant, elle fut enterrée [aux Celestins et son
-cueur fut enterré] aux Augustins[1046], et au porter le corps en terre
-avoient tous ceulx de Sainct-Germain, et les prebstres de la Confrarie
-des Bourgoys, chascun une estolle noire et ung sierge ardant en leur
-main, et ilz chantoient en allant, en portant le corps en terre
-seullement, les Angloys en la guise du païs moult piteusement[1047].
-
- [1046] Son tombeau en marbre noir, placé dans le sanctuaire des
- Célestins, à peu de distance du maître-autel, était surmonté
- d'une statue en marbre blanc, aujourd'hui conservée dans le musée
- du Louvre. M. de Guilhermy dans ses _Inscriptions de la France_,
- anc. diocèse de Paris, t. I, p. 438, reproduit le texte de
- l'inscription funéraire que porte une plaque de plomb retrouvée
- en 1847 lors de la destruction des Célestins et déposée au musée
- de Cluny.
-
- [1047] Les obsèques et funérailles de la duchesse de Bedford
- furent réglées par Regnault Doriac, conseiller en la Chambre des
- comptes, et Pierre le Verrat, écuyer, investis de ce soin par le
- Parlement qui délégua, le 15 janvier 1433, Guillaume Cotin et
- Philippe de Nanterre, pour ouïr le compte de ces commissaires;
- l'inventaire des biens de la régente fut dressé par Hugues le
- Coq, conseiller, et Jean de l'Épine, greffier criminel du
- Parlement (Arch. nat., X{la} 1481, fol. 63 rº; X{la} 68, fol. 3
- rº).
-
-622. Item, s'en alla la sepmaine d'après le regent à Mante et y demoura
-environ trois sepmaines, et puis revint à Paris. Et en celle sepmaine,
-ceulx qui estoient allez (à) Ausserre pour traicter de la paix
-revindrent, et ne firent rien que despendre bien largement et gaster le
-temps[1048]; et quant ilz furent revenus, on fist entendent au peuple que
-tres bien besongné avoient, mais le contraire estoit. Et quant le peuple
-le sceut au vray, si commencerent à murmurer moult fort contre ceulx qui
-y avoient esté, dont plusieurs furent mis en prinson, dissimulant que
-c'estoit à fin celle que le peuple ne s'esmeust, et quant ilz avoient
-paié leurs despens largement, on les mettoit hors.
-
- [1048] Cette assemblée pour la conclusion de la paix générale ne
- produisit aucun résultat, les négociateurs français ayant élevé
- des prétentions inadmissibles au sujet du retour en France des
- princes du sang prisonniers en Angleterre (Voir à ce sujet la
- lettre adressée, le 15 décembre 1432, au duc de Bourgogne par le
- cardinal de Sainte-Croix, Dom Plancher, _Hist. de Bourgogne_, t.
- IV, preuves).
-
-623. Item, quant les larrons qui estoient sur les champs sceurent de vray
-qu'ilz n'orent rien fait et de la mort de la regente, ilz devindrent si
-esragez que oncques les paiens, ne loups erragez, ne firent pire à
-chrestiens qu'ilz faisoient aux bonnes gens de labour et aux bons
-marchans. Et pour certain il n'estoit sepmaine qu'ilz ne venissent II ou
-III foys jusques aux portes de Paris, et faisoient si grant cruaulté
-qu'ilz prenoient moynes, nonnains, prebstres, femmes, petis enffans,
-hommes vielx de LX ou IIIIXX ans, et nul n'eschappoit de leurs mains sans
-paier grant rançon ou mourir; et si n'estoit nul signeur, quel qu'il
-fust, qui y meist tant soit pou de contredit.
-
-
- [1433.]
-
-
-624. Item, le jeudi VIIIe jour de janvier, fist le regent l'obseque de sa
-femme aux Celestins, et fist faire une donnée à chascun de II blans, et y
-furent bien XIIII milliers à la donnée, et y ot bien IIIIc livres de
-cire[1049].
-
- [1049] Le Parlement convié par le duc de Bedford assista le
- mercredi 7 janvier aux vigiles célébrées à deux heures après midi
- dans l'église des Augustins, et se rendit le lendemain en
- chaperons fourrés à la messe des funérailles qui eut lieu à neuf
- heures du matin, puis au dîner offert en l'hôtel des Tournelles
- (Arch. nat., X{la} 1481, fol. 64 rº).
-
-625. Item, en cellui temps gella si fort que Saine qui moult grande
-estoit, car elle passoit la Mortellerie en Greve, et pour certain y gella
-si fort que en deux jours et en une nuit, elle fut si fermement gellée
-qu'elle dura jusques après la Sainct Vincent. Et pour ce encherirent tous
-vivres[1050], especialment tout grain dont on povoit faire farine, car le
-froument coustoit VIII frans; petites feves de deux ans ou de trois, que
-on soulloit donner aux pourceaulx, coustoient V frans le sextier; orge, V
-ou VI frans; vesse, nelle, tout se vandoit ainsi cher à la value; ne on
-ne mangoit à Paris que pain que on soulloit faire pour les chiens, et
-estoit si petit de IIII deniers parisis qu'il passoit bien par dessobz la
-main d'un homme.
-
- [1050] A l'entrée du carême de l'année 1433, l'évêque de Paris,
- ayant égard à la cherté de l'huile et des autres vivres, permit
- au clergé d'user de beurre et de lait (Arch. nat., LL 216, fol.
- 330). Le compte de l'Hôtel-Dieu de Paris pour l'exercice
- 1432-1433 témoigne de la misère qui régnait à Paris; on voit un
- notable, Imbert des Champs, élu de Paris, demander et obtenir la
- réduction d'une rente, dont était chargée sa maison sous les
- piliers des Halles, alléguant que cette maison, «pour la malice
- du temps de present et depopulacion de la ville de Paris, luy
- estoit comme de nul proffit.» (Archives de l'assistance
- publique.)
-
-
-626. Item, le IIIIe jour de fevrier, se party le regent[1051] et alla en
-Normendie cuillir une grosse taille de IIc mil frans que on lui avoit
-octroiée, quant il fut à Mante, comme dit est par davant[1052].
-
- [1051] C'est le jeudi 5 février que le régent quitta Paris, se
- rendant à Rouen et de là à Calais (Arch. nat., X{la} 1481, fol.
- 64 vº).
-
- [1052] Les gens des trois «estaz du duchié de Normandie,»
- convoqués à Mantes au mois de novembre 1432, votèrent une aide de
- deux cent mille livres tournois, payable par tiers et destinée à
- l'entretien des garnisons se trouvant dans les villes et
- forteresses du duché (Arch. nat., K 63, no 24{4}).
-
-627. Item, en celle sepmaine fut deppointé de toutes offices royalles le
-president, c'est assavoir, Phelippe de Morvillier[1053], et fut ordonné
-en son lieu comme commis, maistre Robert Pié-de-Fer[1054], demourant pour
-lors empres la porte Sainct-Martin.
-
- [1053] Le motif de cette disgrâce ne nous est pas connu; tout ce
- que l'on sait par les registres du Parlement, c'est qu'il y eut
- une action intentée à Philippe de Morvilliers par le procureur du
- roi, action qui fut déférée à une commission spéciale, composée
- de membres du Parlement et du grand conseil, dont les séances se
- tinrent en l'hôtel du chancelier, pendant tout le mois de
- février; mais dès le 5 février un «appointement défavorable» au
- président fut prononcé par le chancelier en présence du régent,
- ce qui suggéra au greffier cette réflexion: «Dieu lui doint bon
- advis et pacience.» Le lundi 9 février, Robert Piédefer, nommé
- président en vertu de lettres royales, était installé dans ses
- fonctions par Louis de Luxembourg et prêtait entre ses mains le
- serment d'usage; quant à Philippe de Morvilliers, il resta à
- l'écart jusqu'à la fin de la domination anglaise, et ne reprit
- son rang que le lundi 16 avril 1436 (Arch. nat., X{la} 1481, fol.
- 65 rº, 120 vº).
-
- [1054] Robert Piédefer, avocat puis conseiller au Châtelet, entra
- au Parlement le 14 août 1410 comme conseiller en la Chambre des
- enquêtes; les événements dont Paris fut le théâtre en 1413 le
- mirent en lumière, il est en effet nommé par le Religieux de
- S.-Denis (t. V, p. 33) au nombre des commissaires chargés
- d'instruire le procès des prisonniers de la sédition cabochienne.
- Lors de la réorganisation du Parlement après l'entrée des
- Bourguignons à Paris, Robert Piédefer succéda à Jean de
- Quatremares, en qualité de président des Requêtes du Palais, et,
- s'étant fait recevoir maître des requêtes de l'hôtel vers le 15
- juin 1422, il céda momentanément son office à Hugues Rapiout;
- mais il ne tarda point à reprendre son poste qu'il conserva
- jusqu'à l'année 1433, et en juillet 1429 il coopérait avec
- l'échevinage aux mesures nécessitées par la situation critique de
- la ville de Paris. Le 9 février 1433, en suite de la retraite
- forcée de Philippe de Morvilliers, il fut créé président et
- installé par le chancelier Louis de Luxembourg qui reçut son
- serment; il siégea jusqu'à la fin de la domination anglaise, ce
- qui ne l'empêcha point, lorsque Paris ouvrit ses portes à Charles
- VII, d'être maintenu dans sa charge. La mort le frappa dans
- l'exercice de ses fonctions le jeudi 17 juillet 1438, et tout le
- Parlement tint à honneur d'assister à ses obsèques qui furent
- célébrées le lendemain aux Innocents, où Robert Piédefer fut
- inhumé ainsi que Jeanne d'Ally, sa femme; au XVIIe siècle, son
- épitaphe se voyait encore sur une lame de cuivre placée contre le
- mur de la chapelle d'Orgemont. Il était seigneur de
- Saint-Just-en-Chaussée (Oise). (Arch. nat., X{la} 1479, fol. 126
- vº, 140 rº; X{la} 1480, fol. 139 vº, 253 vº; X{la} 1481, fol. 65
- rº; X{la} 1482, fol. 85 vº; KK 33, fol. 70; Lebeuf, _Histoire du
- diocèse de Paris_, édition Cocheris, t. I, p. 199; Blanchard,
- _Les présidents à mortier du Parlement de Paris_, p. 71,
- _Généalogies des maistres des requestes de l'hostel_, p. 124.)
- Piédefer possédait trois maisons rue Saint-Martin en dehors de
- l'enceinte, l'une de ces maisons à l'enseigne de la Coupe; il
- était également propriétaire de plusieurs masures dans la rue de
- la Fausse-Poterne-Nicolas-Ydron, près de la rue
- Grenier-Saint-Lazare (Arch. nat., S 1384 A).
-
-628. Item, la darraine sepmaine de mars, fut fait ung concille à
-Corbeil[1055], et là furent en celui temps tout le remenant du karesme et
-plus. A ce concille estoit [le cardinal] de la Croix et l'evesque de
-Paris, et plusieurs autres evesques et grans signeurs, et grans clercs
-d'une part et d'autre; et fut envoié à Paris par le concille ung evesque
-qui estoit venu avec le cardinal à Corbeil, lequel fist le divin office
-la sepmaine peneuse, comme d'assoultes, comme du cresme, prebstres,
-dyacres, soubz-dyacres, acolites couronnés, mais il les fist si matin que
-tres grant partie de toutes ordres à ce jour faillirent; après s'en alla
-à Corbeil celui jour mesmes.
-
- [1055] Ce congrès se réunit non à Corbeil, mais dans un village
- ignoré sis entre Corbeil et Melun; ce point ressort d'une lettre
- du prieur de S.-Innocent du 10 avril 1433, à l'adresse de N.
- Rolin, chancelier de Bourgogne (Dom Plancher, _Histoire de
- Bourgogne_, t. IV, preuves, p. CXXIX), ainsi que de la réponse
- faite en juillet 1433 par le roi d'Angleterre et son conseil aux
- articles remis par Hue de Lannoy et le trésorier du Boulenois
- (Stevenson, _Wars of the English_, vol. II, part. I, p. 253). Il
- ne sortit rien de ces nouvelles conférences, les députés de
- Charles VII persistant à réclamer, avant d'entrer en
- négociations, le retour des princes du sang prisonniers en
- Normandie; le cardinal de Sainte-Croix voyant l'insuccès des
- pourparlers annonça son intention de se rendre en personne auprès
- du roi de France.
-
-629. Item, en celle année, l'an mil CCCC XXXII, fist si grant froit que
-jusques bien pres de Pasques XXXII, geloit tous les jours, mesmes le jour
-Sainct Marc fist il si grant froit que on le portoit à grant peine, car
-après disner nega et gresla moult terriblement.
-
-630. Item, faisoit tres grant froit à la Penthecoste, qui fut cel an le
-derrain jour de may mil IIIIc XXXIII.
-
-631. Item, en ce temps, se maria nostre regent de France, le duc de
-Bedfort, le XXe jour d'avril, l'endemain de Quasimodo, et print par
-mariaige la fille au conte de Sainct-Paul, niepce du chancelier de
-France[1056].
-
- [1056] Jean de Lancastre épousa, à Thérouanne, Jacqueline de
- Luxembourg, âgée de dix-sept ans, «frisque, belle et gracieuse,»
- suivant l'expression de Monstrelet (t. V, p. 56). La nouvelle
- duchesse de Bedford était la fille aînée de Pierre de Luxembourg,
- comte de S.-Paul, et la nièce du chancelier Louis de Luxembourg;
- les noces se firent avec grande pompe en l'hôtel épiscopal de
- Thérouanne.
-
-632. Item, le VIIe jour de may, vindrent les Arminalx à mynuit en la
-ville de Sainct-Marcel lez Paris, et firent moult de maulx, car ilz
-prindrent hommes, femmes et enfans, dont ilz orent moult grant finance,
-et ainsi eulx en allerent, tuant, occiant, boutans feus en mostiers, et à
-celle foys cuillirent moult grant proye qui moult greva Paris; car pour
-celle prinse enchery tout plus que devant, et ainsi s'en allerent [à
-Chartres. Tantost après allerent] devant Crespi en Valloys, laquelle
-ville les Angloys avoient prinse ung pou devant, mais elle fut par
-traïson rendue aux Arminalx, qui fut douleur sur douleur aux bons
-mesnaigers de la ville[1057].
-
- [1057] D'après Monstrelet (t. V, p. 68), les gens du roi Charles
- prirent «par eschiellement, à ung point du jour» Crespy en
- Valois, et comme de coutume livrèrent la ville au pillage; la
- garnison commandée par le bâtard de Thian fut faite prisonnière,
- ainsi que son capitaine.
-
-633. Item, en juing ensuivant, fut fait de rechief ung conseil à Corbeil,
-lequel devoit estre pour faire treves ou paix ou abstinance de guerre
-entre les deux roys; mais l'evesque de Terouanne, chancelier de par le
-roy Henry en France, en cel espace de temps qui fut entre le premier
-conseil et cestuy dernier, alla cestuy evesque et assembla les garnisons
-de Normendie, et les admena à Paris la premiere sepmaine de juillet, et
-après alla au conseil à Corbeil. Et quant on cuida qu'il deust seeller
-ledit traicté qui devant avoit esté accordé par le cardinal et par le
-chancelier du roy Charles, evesque de Rains[1058], et par les autres
-signeurs, il n'en voulut rien faire; dont chascun se departi comme par
-mal talant, et s'en alla le cardinal au grant concille à Balle, pour
-rapporter comme ledit conseil s'estoit departi, et l'arcevesque de Rains
-se departi moult dolent, et monstroit son volt et sa maniere qu'il fust
-moult courcé de ce que la chose ainsi alloit, mais autre chose n'en pot
-faire. Cestuy chancelier de par le roy Henry, après le departement, mena
-ou envoia ces gens qu'il avoit admenés droit à Milly en Gastinoys[1059],
-et gaignerent moustier et ville, et ardirent tout et firent pis que
-Sarazins, ne que paiens aux Sarazins.
-
- [1058] Renaud de Chartres, archevêque de Reims, chancelier de
- Charles VII, dont la néfaste influence mit tout en œuvre pour
- ruiner les projets de Jeanne d'Arc et entraîner la perte de
- l'illustre héroïne.
-
- [1059] Milly (Seine-et-Oise, arr. d'Étampes, ch.-l. de canton)
- avait déjà soutenu un siège contre le comte de Salisbury dans les
- premiers mois de l'année 1425 (Arch. nat., JJ 173, fol. 95).
-
-634. Item, en ce temps de l'an mil IIIIc XXXIII, coustoit le blé seigle
-IIII livres parisis ou plus, et l'autre au cas pareil; la darraine
-sepmaine de juing, ariva de Normendie tant grant foison blé que le
-premier sabmedi de juillet on cria parmy Paris bon blé mectail à XXIIII
-solz parisis, ce que on n'avoit oncques mais veu crier le blé comme
-charbon; et le mercredy[1060] ensuivant fut le pain de VIII deniers mis à
-IIII deniers, car il fut cedit an tres bon blé et grant foison; et si
-fist moult bel aoust, mais tres grant mortalité estoit en celui temps,
-especialment sur petis enfens, de boce ou de verolle plate. Et [encore]
-en cellui temps, n'estoit oncques puys venu le duc de Bourgongne à Paris
-que vous avez devant ouy, ne le regent depuis qu'il fut marié n'estoit
-retourné à Paris, et laissoit du tout regenter le devant dit evesque de
-Terouanne[1061] lui et ses aliez.
-
- [1060] Ms. de Paris: sabmedi.
-
- [1061] Dès le départ du duc de Bedford, l'évêque de Thérouanne
- avait été autorisé, par ordonnance du 5 février 1433, à réunir
- les gens du grand conseil toutes les fois qu'il le jugerait à
- propos; d'autres lettres, rendues à Calais le 29 mai 1433,
- commirent le chancelier au gouvernement du royaume pour le temps
- que durerait l'absence du régent (Arch. nat., X{la} 8605, fol. 23
- rº et vº).
-
-635. Item, en cel an, fist le plus bel aoust que on eust oncques veu
-d'aage de homme, et furent les blés et les potaigés tres bons, mais si
-grant mortalité [estoit de boce et d'espidimie que puis la grant
-mortalité] qui fut l'an mil IIIc XLVIII[1062], ne fut veue si grande [ne
-si dervée]; car pour seignée ne pour cristoire, ne pour bonne garde, nul
-ne nulle qui fut frappé de la boce qui pour lors couroit n'en povoit
-point eschapper, senon par la mort; et commença des le moys de mars l'an
-mil IIIIc XXXIII et dura ainsi cruellement jusques à bien pres de l'an
-mil IIIIc XXXIIII, [car touzjours jeunes gens mouraient[1063]].
-
- [1062] Le fait est exact, l'année 1348 est marquée au nombre des
- années les plus calamiteuses dont les historiens nous aient gardé
- le souvenir.
-
- [1063] Conformément aux instructions du conseil royal, l'autorité
- ecclésiastique, représentée par le chapitre de Notre-Dame,
- organisa une procession générale qui dut se rendre le dimanche 23
- août à la Montagne Sainte-Geneviève, dans le but d'adresser à la
- fois des prières à Dieu pour l'apaisement de l'épidémie régnante
- et des actions de grâce pour l'abondance des biens de la terre;
- le vendredi 4 septembre on se rendit processionnellement à
- Sainte-Geneviève et l'on descendit la châsse de la sainte (Arch.
- nat., LL 217, fol. 59, 61).
-
-636. Item, en cellui temps, en la darraine sepmaine de septembre, firent
-aucuns de Paris, gens qui avoient bonne chevance[1064], une conjuracion
-ensemble bien maudite, car ilz avoient ordonné qu'ilz feroient entrer à
-Paris grant foison d'Escossois qui auroient la croix rouge, et seroient
-IIc ou plus, et admeneroient cent des plus fors et hardiz de leurs gens
-qui auroient la croix blanche et auroient les mains liées bien simplement
-et armez à couvert; et devoient venir par la porte Sainct-Denis et par la
-porte Sainct-Anthoine, et devoient embucher entour Paris bien pres III ou
-IIIIm Arminalx en querieres et ailleurs en destours, dont assez et trop
-avoit entour Paris; et puis devoient admener leurs prinsonniers environ
-medy, que les portiers disnent, et devoient tous les portiers tuer [et]
-tous ceulx qu'ilz eussent trouvez allans ou venans, fust aux champs ou à
-la ville, et devoient gaigner les deux bastides devant dictes, et envoier
-tantost querir leurs embusches, et mettre tout à l'espée. Mais Dieu qui
-ot pitié de la cité, donna congnoissance de leur dampnable conseil et
-leur tourna leur fait, comme dit le Psalmiste[1065]: _Lacum apperuit et
-fodit, et incidit in foveam quam fecit_, car les uns furent
-decollez[1066], les autres banniz et perdirent leur chevance, et mirent
-leurs femmes et enfans en mandicité, et en reprouche eulx et leurs hoirs,
-et furent en haine de toutes les deux parties.
-
- [1064] Les principaux conjurés étaient Jean Trotet, boulanger;
- Vincent, dit le Beaubourgeois; Jean Simon, dit d'Arras,
- cordonnier; Gossouin du Luet, orfèvre; et Michel Garcye,
- saulcier; mais le promoteur et l'organisateur du complot paraît
- avoir été Jean Trotet. La conspiration devait éclater le 9
- octobre et c'est par la porte Saint-Denis que les adhérents
- devaient introduire les Écossais de Charles VII (Cf. Longnon,
- _Paris pendant la domination anglaise_, _passim_).
-
- [1065] Voici le texte exact de cette citation empruntée au Psaume
- VII, v. 16: _Lacum aperuit et effodit eum, et incidit in foveam
- quam fecit_.
-
- [1066] JEAN TROTET, VINCENT, dit LE BEAUBOURGEOIS, et cinq ou six
- de leurs complices, dont les noms sont restés inconnus, furent
- exécutés. le Beaubourgeois, dit D'ARRAS, réussit à s'échapper de Paris
- au moyen d'un bateau, mais revint de Lagny au mois d'avril 1434, et
- s'étant engagé à faire des révélations obtint sa grâce. JEAN DU
- BOIS, dit BOUQUET, cordonnier, ayant prêté son concours à
- l'évasion de Jean Simon, fut impliqué dans l'affaire et gracié le
- même jour que Jean Simon. GOSSOUIN DU LUET, orfèvre à Paris, qui
- trempa également dans le complot, en fut quitte pour une
- détention au Châtelet, où il subit la question, et obtint des
- lettres de rémission, le 10 février 1435. MICHEL GARCYE, saulcier
- à Paris, qui avait dans l'église S.-Jacques-de-la-Boucherie
- appris la venue d'un messager de Lagny, fut emprisonné au
- Châtelet pour n'avoir point dévoilé la conspiration; des lettres
- de rémission lui furent octroyées le 10 février 1435 «en
- contemplacion du cardinal de S. Ange, legat au S. Concille à
- Balle, qui en avoit prié le duc de Bedfort.» (Cf. Longnon, _Paris
- pendant la domination anglaise_.)
-
-637. Item, celle sepmaine mesmes, avoit autres qui avoient vendue ladicte
-ville pour paiement d'argent qu'ilz en devoient avoir, et devoient venir
-la vigille Sainct Denis atout nacelles, et entrer par les fossez d'entre
-la porte Sainct-Denis et la porte Sainct-Honoré, pour ce que il ne
-demoure personne là endroit, et devoient tout tuer, comme devant est dit;
-et, pour vray, ilz ne savoient rien l'un de l'autre, selon leur
-confession et selon le cry que on fist es Halles quant on les decolla. Et
-iceulx de ces nacelles devoient entrer le jour Sainct Denis, et avoient
-pancée moult cruelle et plaine de sang et aux champs et à la ville, et à
-femmes et enfens, mais le glorieux martir monsr sainct Denis ne volt pas
-souffrir qu'ilz feissent telle cruaulté en la bonne cité de Paris, qu'il
-a autres foys gardée par sa saincte priere de tel peril et de plusieurs
-autres plus grans.
-
-
- [1434.]
-
-
-638. Item, le vendredy, XXIXe jour de janvier mil IIIIc XXXIII, venoit à
-Paris grant foison de bestail, comme bien II mil pors, grant foison
-[bestes à cornes et grant foison] brebiz; les Arminalx, qui avoient leurs
-espies, leur vindrent au devant ung pou par delà Sainct-Denis, dont
-cappitaine estoit ung nommé la Hire, plus deux foys que ceulx qui
-convoioient le bestail, si furent tost desconfis; et tuerent la plus
-grant partie, et prindrent la proie et les marchans, et les mirent à tres
-grant rançon, et quant ilz orent tout tué, ilz firent sercher le champ et
-les prinsonniers, et tous ceulx qu'ilz trouverent mors ou vifs qui
-portoient ou par saing d'Anglois[1067] ou parloient angloys, ilz leur
-copperent les gorges et aux mors et aux vifs, qui estoit grant inhumanité
-de retourner ou champ et copper la gorge aux chrestiens qu'ilz avoient
-tuez.
-
- [1067] Ms. de Paris: Qui estoit ou de sang anglois.
-
-639. Item, la sepmaine d'après, vindrent à Victry par nuyt et pillerent
-et ardirent tout, si furent l'endemain suyviz ung pou de ceulx de Paris;
-si y ot XIII povres laboureux qui allerent après ceulx de Paris, et
-laisserent ung pou la compaignie pour cuider gangner et rescouvrer aucune
-chose du leur, si les adviserent les Arminalx et vindrent à eulx; et
-tantost les prindrent et leur copperent les gorges.
-
-640. En cellui temps ilz gangnerent la ville et chastel de Beaumont, et
-le XXVIIe jour de fevrier, fut faicte prinse de chevaulx et de gens
-dedens Paris, le plus que on pot, et quant ilz furent là, tout bel leur
-fut[1068] de eulx en rafouir bientost, et eulx qui s'en rafuioient ne se
-faingnirent pas de piller en revenant vaches, beufs et tout ce qu'ilz
-porent, non pas ce qu'ilz voldrent, comme il appert clerement que le
-meilleur ne vault rien.
-
- [1068] Ms. de Paris: tout bel heure fust.
-
-641. Item, en cellui temps, il n'estoit nulle nouvelle du regent, ne
-homme ne gouvernoit que l'evesque de Terouanne, chancelier de France,
-lequel estoit moult hay du peuple, car on disoit à secret et bien souvent
-en appert qu'il ne tenoit que à luy que la paix ne fust en France, dont
-il estoit tant maudit et tous ses complices que [fut] oncques l'empereur
-Noiron, mais je ne scay s'il avoit deservi ou non, mais Dieu le scet
-bien.
-
-642. Item, en cel an mil IIIIc XXXIIII, furent Pasques le XXVIIe jour de
-mars [l'an mil IIIIc XXXIIII], et fu tres fort yver et aspre en gellée,
-car il commença à geller [environ] VIII ou XV jours devant Nouel, et dura
-bien XXX jours sans cesser jour qu'il ne gelast fort. Et aucuns des
-clercs de Paris qui estoient enflez de science affermerent que pour
-certain celle grant froidure dureroit jusques à la my may ou plus, mais
-Dieu qui tout scet fist autrement, [que pour vray] oncques homme n'avoit
-veu à son vivant tel mars, car oncques ne plut tout le moys de mars, et
-si fist si tres chault que par maintes foys on n'avoit veu faire plus
-chault à la Sainct Jehan d'esté qu'il fist tout ledit moys. Et le karesme
-fut si plantureux de harens sors et blans que à la my karesme on avoit la
-caque de bon haren blanc pour XXIIII solz ou pour XXVI solz parisis; on
-avoit le quarteron de bon haren sor pour dix deniers ou pour II blans, et
-du blanc pareillement; bons pois pour VI blans ou pour VII blans; feves
-pour IIII blans; huylle pour VII blans la pinte, toute la meilleure que
-on peust trouver à Paris.
-
-643. Item, tout le moys d'avril ne plut point, mais la darraine sepmaine
-dudit moys, le XXVIIIe jour, le jour Sainct Vital, gella tant fort que
-toutes les vignes furent celle nuyt gelées et tous les mareys, et si y
-avoit adong la plus belle apparance de foison vin que on eust veu X ans
-devant, mais bien apparu que pou sont les choses de ce monde seures, car
-avec la gelée vint tant de hannetons et de channilles que tout le fruict
-fut tout degasté d'icelle vermine, et estoient les pommiers et les
-pruniers sans fueille comme à Nouel.
-
-644. Et en celui temps croissoit plus et plus fort la guerre, car ceulx
-qui se disoient Françoys, comme de Langny et des autres forteresses
-d'entour Paris, couroient tous les jours jusques aux portes de
-Paris[1069], pilloient, tuoient hommes, pour ce que à nul des signeurs ne
-challoit de mettre la guerre à fin, pour ce que leurs souldoiers point ne
-paioient et qu'ilz n'avoient autre chose que ce qu'ilz embloient en
-tuant, en prenant hommes de tous estatz, femmes, enfans.
-
- [1069] Dès le commencement de l'année 1434, les environs
- immédiats de Paris offraient si peu de sécurité que l'on n'osait
- même plus se hasarder en dehors de l'enceinte; c'est ainsi que le
- 26 février le chapitre de Notre-Dame se rendait en procession à
- Saint-Étienne-des-Grés, au lieu d'aller à Notre-Dame-des-Champs,
- et ce «à cause des guerres», les mercredi 3 et vendredi 5 mars,
- pour les mêmes motifs, la procession de Notre-Dame, qui devait se
- transporter à Saint-Victor et à Saint-Marcel, dirigea ses pas
- vers la chapelle du Cardinal Lemoine et vers S.-Hilaire au Mont
- Sainte-Geneviève (Arch. nat., LL 217, fol. 85, 86).
-
-645. Item, à l'entrée de may, l'an mil IIIIc XXXIV, vint le conte
-d'Arondel et ung chevalier d'Angleterre nommé Tallebot, et reprindrent
-par force Beaumont[1070], et furent pandus aucuns des larrons qui dedens
-furent prins; et après allerent devant le chastel de Crauil en
-Beauvoisin[1071], et puis s'en revindrent sans plus rien faire.
-
- [1070] Beaumont-sur-Oise, dont le château avait été rétabli par
- Amado de Vignolles, frère de La Hire, fut occupé sans résistance
- par Jean Talbot, joint au maréchal de L'Isle-Adam, à l'évêque de
- Thérouanne et au Gallois d'Aunay; la prise de possession de cette
- ville fut suivie de lettres de rémission accordées le 28 juin
- 1434 aux habitants absents de leurs demeures, à condition de
- rentrer dans le délai de quinze jours et de prêter serment de
- fidélité, excepté seulement le prieur de la ville et «tous autres
- qui ont esté cause et occasion de faire venir les ennemis et
- faire remparer ledit chastel.» (Arch. nat., JJ 175, fol. 107;
- Monstrelet, t. V, p. 91.)
-
- [1071] Creil, où Amado de Vignolles s'était réfugié après
- l'abandon du château de Beaumont, soutint un siège de six
- semaines, durant lequel le frère de La Hire fut mortellement
- blessé; un traité pour la reddition de cette place fut passé le
- 13 juin 1434 entre Talbot et Georges, bâtard de Senneterre,
- capitaine du château et de la ville de Creil, agissant au nom des
- habitants. Ce traité stipulait que les assiégés ouvriraient leurs
- portes le 20 juin au soleil levant et que jusqu'à ce moment
- toutes opérations militaires seraient suspendues (Arch. nat., JJ
- 175, fol. 107; Monstrelet, t. V, p. 92).
-
-646. Item, en ce moys de juillet, fut desposé de la prevosté des marchans
-maistre Hugues Rappiot, et changez deux des eschevins[1072].
-
- [1072] «Le vendredi XXIIIe jour de juillet l'an mil CCCC XXXIIII,
- honnorable homme et saige, maistre Hugues le Coq, conseiller du
- roy nostre sire en sa court de Parlement, fut esleu prevost des
- marchans ou lieu de maistre Hugues Rapiout qui avoit fait son
- temps, et pour nouveaulx eschevins furent esleuz maistre Loys
- Galet, examinateur ou Chastellet de Paris, et sire Luques du
- Pleis, ou lieu de sires Jaques de Roye et Loys Gobert qui avoient
- fait leur temps, tous iceulx prevost et eschevins natifz de la
- ville de Paris.» (Arch. nat., KK 1009, fol. 4.)
-
-647. Item, en cellui temps, n'estoit nulle nouvelle du regent ne du duc
-de Bourgongne, ne que si fussent mors, et donnoit on tous les jours
-entendre au peuple qu'ilz devoient venir bien bref, puis l'un, puis
-l'autre, et les ennemis venoient tous les jours au plus pres de Paris
-prendre les proies, car nulz n'y remedioit, ne Angloys, ne Françoys, ne
-quelque chevalier ou signeur; et si estoit tousjours le conseil à Balle
-en Allemaigne, dont on n'ouoit aussi nulles nouvelles.
-
-648. Item, en ce temps, à la Sainct Remy, on avoit bon blé fourment pour
-XXIIII solz parisis.
-
-649. Item, ou moys d'aoust, le IIe jour, se troublerent en la Normendie
-les Angloys à aucunes communes de Normans[1073], et en mirent bien à
-l'espée XIIc, et fut emprès Sainct-Sauveur-sur-Dyve[1074].
-
- [1073] Cette déroute des communes normandes poursuivies et
- taillées en pièces près de Saint-Pierre-sur-Dive est bien
- antérieure au mois d'août 1434, car l'on sait que Richard
- Venables et son lieutenant Waterhoo, qui avaient sous leurs
- ordres quelques centaines de pillards anglais avec lesquels ils
- organisèrent ce guet-apens, furent décapités à Rouen le 22 juin;
- quant au chiffre de douze cents morts, il concorde bien avec
- celui que donne Monstrelet (t. V, p. 104). (Cf. Vallet de
- Viriville, _Histoire de Charles VII_, t. II, p. 335.)
-
- [1074] «Sur» manque dans le ms. de Rome.
-
-650. Item, le VIIe jour d'octobre, qui fut au jeudy, commença le plus
-terrible vent de quoy en eust point veu puis L ans devant[1075], et
-estoit environ deux heures après disner, et dura jusques entre dix et
-unze de nuit; et en ce pou de temps fist cheoir à Paris maisons et
-cheminées sans nombre, et aux champs abatyt noyers, pommiers sans nombre.
-Et pour certain il fist cheoir une vieille salle pres de ma maison, où il
-avoit de grosses pierres de taille, mais le vent en gicta trois pesanz
-comme ung caque d'eaue ou de vin plus de XIIII piez loing en ung autre
-jardin. Et vraiement il leva une poultre toute en l'air de ladicte salle,
-et fut assise sur les murs du jardin, chascun bout portant sur l'un des
-murs, sans aucunement grever les murs, comme se XX hommes l'eussent
-assise le plus doulcement que faire se peust, et si avoit bien IIII
-toises de longueur, et si fut bien portée du vent, comme dit est, V ou VI
-toises loing de là où elle fut levée du vent, et je vous jure que ce vy
-ge à mes yeulx aussi bien qu'oncques je vy rien de ce monde, ne je n'en
-creusse [homme], se veu ne l'eusse.
-
- [1075] L'ouragan du 7 octobre 1433, dont ce Journal décrit les
- ravages, paraît avoir vivement frappé l'imagination des
- Parisiens; notre chroniqueur n'est pas le seul qui ait noté ses
- impressions. Fauquembergue, témoin oculaire de cette lutte des
- éléments déchaînés, a inséré dans l'un de ses registres une
- relation succincte de ce trouble atmosphérique, agrémentée de
- citations classiques: «Septima die mensis octobris, ruinose domus
- excelse, vento valido exagitate fuerunt cum eversione tectorum et
- caminorum, et nusquam visus fuit tantus ventorum impetus apud
- Parisienses, quos Omnipotens tueatur, qui luctantes ventos
- tempestatesque sonoras imperio premit, vinclisque ac carcere
- firmat, Virgilio testante» (Arch. nat., X{la} 4797, fol. 208 rº).
- En marge du manuscrit de Rome, la main de l'un des annotateurs a
- tracé la note suivante, dont l'écriture appartient aux dernières
- années du XVIe siècle: «Vent pareil à celuy qui fut l'an 1567, le
- lundi, mardi et mercredi 14, 15 et 16 de juillet et le dimanche 7
- septembre.»
-
-651. Item, dedens le boys de Vicennes y fist si grant tempeste que, en
-mains de V heures, abaty ledit vent plus de IIIc LX des plus gros arbres
-qui y fussent, les racines contre mont, sans les petiz arbres dont on ne
-parle point; brieff, il fist tant de maulx en bien pou de heure que c'est
-une grant admiracion.
-
-652. Item, le vin fut si cher que on ne buvoit point à moins de III blans
-vin qui valust rien; mais on avoit à la Sainct Andry le meilleur fourment
-pour XXII solz parisis et autre grain à bon marché au cas pareil.
-
-653. Item, le regent revint de Normendie à Paris, et admena sa femme le
-sabmedy XVIIIe jour de decembre, l'an mil IIIIc XXXIV, environ entre une
-et deux heures après disner, et fist on aller au devant de lui aux champs
-les processions des mandiens et des parroisses, revestus et portans croix
-et encenssiers, comme on feroit à Dieu; et à la bastide Sainct-Denis
-estoient les enffens de cuer de Nostre-Dame qui moult chantoient
-melodieusement, quant il entra à la porte Sainct-Denis avec sa femme, et
-crioit le peuple abusé à haulte voix: Nouel! Brief, on lui faisoit telle
-honneur comme on doit faire à Dieu[1076].
-
- [1076] Cet enthousiasme populaire était factice: tous les détails
- de la réception du régent furent réglés à l'avance par le grand
- conseil, qui décida le 15 décembre que chaque «college et corps,
- acompagnié de ses suppostz habilliez le plus honnestement que
- possible,» se porterait à la rencontre du prince anglais et que
- le Parlement irait jusqu'à Saint-Ladre, programme qui fut exécuté
- en tous points; le samedi 18 décembre, les présidents et
- conseillers, en chaperons fourrés, partirent du Palais à neuf
- heures du matin et reçurent le duc de Bedford avec sa jeune
- épouse, qui descendirent en l'hôtel du chancelier Louis de
- Luxembourg, oncle de la duchesse (Arch. nat., X{la} 1481, fol. 94
- vº, 95 rº).
-
-654. Item, des dictes communes qui furent tuées emprès
-Sainct-Sauveur-sur-Dyve des Anglois, n'estoit plus parlé, fors que quant
-on parloit à Paris que c'estoit pitié, aucuns disoient que bien l'avoient
-deservy, aucuns Anglois disoient, quant on en parloit, que c'avoit esté à
-bonne cause et que les villains voulloient destourber aux gentilz hommes
-à faire leur voulenté, et que ce avoit esté à bon droit.
-
-655. Item, en cellui temps, n'estoit nouvelle du conseil de Balle ne en
-sermon ne autre part à Paris, ne que s'ilz fussent touz en Jherusalem.
-
-
- [1435.]
-
-
-656. Item, en cellui an, fist moult doulx temps jusques à la Sainct
-Andry, et cellui jour commença à geller si fort que merveilles, et dura
-ung quart d'an--IX jours mains--sans point desgeller; et si nega bien XL
-jours sans cesser ou de jour ou de nuyt. Et fut abandonnée la place de
-Greve pour la porter à tumbereaux, car il fut commandé de par le roy que
-on l'ostast hors des rues, mais on n'en savoit tant oster que l'endemain
-n'en eust comme devant, et la convint mettre aval les rues en grans tas
-[comme mules de foing, tout] parmy Paris, car oncques tant comme il gela
-et nega si fort, ne plut ne ne desgela. Et pour vray la glace, avant
-qu'elle fust toute fondue, il fut l'Annunciacion Nostre Dame en mars,
-qui est VII jours à l'yssue.
-
-657. Item, le regent se party de Paris, luy et sa femme, le Xe jour de
-fevrier.
-
-658. Item, le duc de Bourgongne ne vint, ne alla à Paris, depuis que
-devant est dit.
-
-659. Item, le vin fut si cher celle année que du plus petit on n'avoit
-point la pinte à mains de III blans, et si ne povoit on finer point de
-servoise qui vaulsist pour les mauldites subsides qui furent dessus
-mises, ne vendoit servoise qui ne paiast VII blans pour chascune
-sepmaine, et sans le IIIIe et l'imposicion[1077].
-
- [1077] La cherté excessive du vin durant les années 1434 et 1435
- accrut dans de fortes proportions la consommation des bières et
- cervoises qui constituèrent l'unique boisson des Parisiens; en
- effet, un procès intenté en 1435 à un «cervoisier», Jean de
- Vitry, sergent d'armes du roi, par Jean Bouchacier et ses
- compagnons, fermiers des cervoises de Paris pour l'année
- commencée le 1er octobre 1434, nous apprend que, «pour la faulte
- du vin ceste année, il fut vendu grant quantité de cervoise en
- gros à plusieurs bourgois et gens notables.» Malgré les
- prétentions des fabricants de cervoises qui se refusaient à payer
- le quatrième denier sur leurs ventes en gros et invoquaient entre
- autres immunités celles dont jouissaient les arbalétriers de la
- soixantaine, la Cour des aides donna raison aux fermiers et
- condamna deux «cervoisiers» à payer le quatrième denier de la
- vente de 24 «brassins de servoise et biere froide» d'une part et
- de 18 d'autre, à raison de 16 caques par brassin et de 24 sous
- parisis par caque, en n'exceptant que la quantité strictement
- nécessaire à leur consommation personnelle (Arch. nat., Z{1a} 9,
- fol. 183-184; Z{1a} 10, fol. 101 rº).
-
-660. Item, le fruict fut tant cher que on vendoit ung cent de bonnes
-pommes de Cappendu ung pou grosses XVI solz parisis.
-
-661. Item, il recommença à geller en la fin de mars, et ne fut jour qu'il
-ne gelast jusques après Pasques, qui furent le XVIIe jour d'avril, et
-furent les vignes qui estoient en vallées et les marès touz gelez, et
-tous les bourdelays qui es trailles des jardins estoient, et tous les
-figuiers mors, et tous les loriers grans et petiz, et le bel pin de
-Sainct-Victor qui estoit le plus bel que on sceust en France, et la plus
-grant partie des serisiers aussi moururent celle année pour la grant
-froidure qui dura sans pluvoir ne sans desgeler que trop pou plus d'un
-quart d'an.
-
-662. Item, en celle année, eust on trouvé en cours umbragez dessobz fyens
-de grans glaçons, et en vérité je en vy le jour Sainct Yves, et furent
-trouvez en ung arbre creux en cel an, par compte fait, VIIxx oiseaux mors
-de froit et plus.
-
-663. Item, en celle année, les almandiers ne flourirent point que pou, ou
-neant pour vray.
-
-664. Item, le jeudy absolu que on vent le lart, qui fut le XIIIIe [jour]
-du moys d'avril, vint à Paris le duc de Bourgongne[1078], à moult noble
-compaignie de signeurs et de dames, et admena avec lui sa femme la
-duchesse et ung bel filx qu'elle avoit eue de lui en mariaige[1079], et
-avec ce amena trois jeunes jouvenceaux qui moult beaulx estoient, qui
-n'estoient pas de mariaige[1080], et une belle pucelle, et le plus vieulx
-n'avoit pas plus de dix ans ou environ. Et avoit en sa compaignie trois
-chariotz tous couvers de draps d'or, et une litiere pour son filx de
-mariaige, car les autres chevaulchoient tres bien; et pour sa gouvernance
-de lui et ses gens avoit bien cent chariotz et quelque vingt charrettes,
-qui sont XIxx, tous chargez d'armeures, d'artillerie, de char sallée, de
-poisson sallé, de frommaiges, de vins de Bourgongne. Brief, il avoit
-toute pourveance que on peut ou doit avoir en temps de guerre ou de paix,
-car aussi il avoit foison pavillons pour loger aux champs, se mestier
-eust esté, et chascun chariot avoit tous les jours XL solz parisis, et
-les charrettes II frans.
-
- [1078] Le duc de Bourgogne et sa suite logèrent en l'hôtel
- d'Artois; le dimanche suivant, jour de Pâques, ils entendirent à
- Notre-Dame la grand'messe célébrée par l'évêque de Paris, qui les
- reçut solennellement à la grande porte de l'église, avec les
- chanoines et tout le clergé, et leur présenta la sainte croix et
- l'eau bénite (Arch. nat., LL 217, fol. 142, 143).
-
- [1079] C'est le comte de Charolais, qui fut plus tard Charles le
- Téméraire; il était né le 10 novembre 1433.
-
- [1080] Philippe le Bon eut, comme l'on sait, une nombreuse
- progéniture illégitime, huit bâtards et sept bâtardes; l'une
- d'elles, Marie, épousa, le 30 septembre 1448, Pierre de
- Bauffremont.
-
-665. Item, il fist sa Pasque à Paris et tint court planiere à tous
-venans, et l'endemain l'Université proposa devant lui sur le fait de la
-paix. Et le mardy ensuivant, il fist faire ung moult bel obseque aux
-Celestins pour feue la duchesse de Bedfort, sa seur, qui là estoit
-enterrée[1081], et là fist moult riche offrande d'argent et de
-luminaire, et tous prebstres, qui là voldrent aller, orent messe[1082].
-
- [1081] La sépulture de la duchesse de Bedford qui se trouvait
- dans l'église des Célestins, près de la chapelle d'Orléans, a été
- retrouvée lors des fouilles faites aux Célestins en 1847; à la
- suite de cette découverte les restes mortels d'Anne de Bourgogne
- ont été transportés à Dijon. Sur sa tombe se lisait cette
- épitaphe: «Cy gist madame Anne de Bourgongne, espouse de tres
- noble prince monseigneur Jehan, duc de Bedfort et regent de
- France, et fille de tres noble prince monseigneur Jehan, duc de
- Bourgongne, laquelle trespassa à Paris le XIIIIe jour de novembre
- l'an MCCCC et XXXII.» Près du corps de la duchesse de Bedford fut
- déposé le cœur de son frère Philippe le Bon (Le P. Louys
- Beurrier, _Histoire du monastère et couvent des Pères Célestins_,
- p. 370; de Guilhermy, _Inscriptions de la France_, t. I, p. 438).
-
- [1082] Ms. de Paris: Ouirent messe.
-
-666. Item, le mercredy ensuivant, les damoiselles et les bourgoises de
-Paris allerent prier moult piteusement à la duchesse qu'elle eust la paix
-du royaulme pour recommandée, laquelle leur fist responce moult doulce et
-moult benigne en disant: «Mes bonnes amies, c'est une des choses de ce
-monde[1083] dont j'ay plus grant desir, et dont je prie plus mon seigneur
-et jour et nuyt, pour le tres grant besoing que je voy qu'il en est, et
-pour certain je scay bien que mon seigneur en a tres grande[1084]
-voulenté de y exposer corps et chevance.» Si la mercierent moult, et
-prindrent congé et se départirent.
-
- [1083] «De ce monde» manque dans le ms. de Rome.
-
- [1084] Ms. de Paris: tres bonne.
-
-667. Item, le jeudy ensuivant, XXIe jour d'avril, se departy de Paris le
-duc et sa femme pour estre le premier jour de juillet à Arras, au
-conseil.
-
-668. Et la premiere sepmaine de may, fut desconfit et prins le conte
-d'Arondel[1085], et ses gens mors de par les Arminalx, et fust
-navré[1086], et fut devant Gerberoy.
-
- [1085] Jean Fitz-Allan, comte d'Arundel, seigneur de Mautravers,
- lieutenant général du roi sur le fait de la guerre «es païs
- d'entre les rivieres de Seine, Loire et la mer, du 1er juin 1433
- au 1er mai ensuivant,» devait aux termes de «l'endenture» faite
- le 11 juin 1433 avec Jean Stanlaw, trésorier général des finances
- en Normandie, tenir la campagne avec 200 lances et 600 archers.
- Il eut mission de recouvrer Bonsmoulins, Laigle et autres places
- normandes occupées par les partisans de Charles VII (Arch. nat.,
- K 63, no 24{5}, no 24{8}). Le duc de Bedford le récompensa, le 8
- septembre 1434, par le don du duché de Touraine et de deux mille
- livres tournois de revenu en terres dans la Normandie (_Ibid._,
- JJ 175, fol. 131, 132). Au commencement de mai 1435 le comte
- d'Arundel, ayant appris que Xaintrailles et La Hire mettaient en
- état de défense la vieille forteresse de Gerberoy, marcha
- rapidement contre eux, espérant les surprendre; mais il fut
- complètement défait sous les murs de Gerberoy et blessé au pied
- d'un coup de couleuvrine; transporté à Beauvais, il y mourut peu
- après des suites de sa blessure (Monstrelet, t. V, p. 118;
- Guillaume Gruel, p. 379; J. Chartier, t. I, p. 169).
-
- [1086] «Et fust navré» manque dans le ms. de Rome.
-
-669. Item, de nuyt, entre le darrain jour de may et le premier jour de
-juing après mynuit, fut prinse la ville de Sainct-Denis par les
-Arminalx[1087], dont tant de mal s'ensuivy que la ville de Paris fut si
-assegée que de nulle part n'y povoit venir nulz biens par riviere ne par
-autre part. Et venoient tous les jours jusques aux portes de Paris[1088],
-et à tous ceulx qu'ilz trouvoient en allant ou en venant qui estoient de
-Paris, ilz les tuoient, et femmes et filles prenoient à force, et
-faisoient sayer les blez auprès de Paris, ne nul n'y mettoit contredit,
-et après s'acoustumerent que tous ceulx qu'ilz prenoient ilz leur
-coppoient les gorges, fucent laboureux ou autres, et les mettoient en my
-les chemins, et à femmes aussi bien.
-
- [1087] Cet audacieux coup de main, qui donnait aux Français toute
- latitude pour intercepter les arrivages de vivres à Paris, déjà
- si difficiles, fut dirigé par les capitaines de Melun et de
- Lagny; ce dernier, Jean Foucaut, chevalier d'une bravoure
- éprouvée, à la tête de trois à quatre cents combattants suivant
- Fauquembergue (Arch. nat., X{la} 1481, fol. 101 rº), de douze
- cents d'après Monstrelet (t. V, p. 125).
-
- [1088] Une surveillance attentive fut organisée à Paris, le long
- de la Seine, pour empêcher toute surprise; dès le 3 juin, Jean
- Haussecul, boucher de la grande boucherie, vint trouver les
- chanoines de Notre-Dame de la part du prévôt des marchands et
- leur exposa la nécessité pressante de faire guet sur le
- «Terrain,» à cause de la présence des ennemis à Saint-Denis;
- cette requête fut accueillie le 14 juin; une nouvelle démarche
- fut faite auprès du chapitre en vue de se procurer les fonds
- nécessaires pour solder les gens de guerre que l'on devait
- envoyer au siège de S.-Denis. Dans la seconde quinzaine de mars
- 1436, l'imminence du danger fit redoubler de précautions; à la
- date du 20, le chancelier signifia aux chanoines domiciliés dans
- le cloître «qu'ils eussent à faire murer, en raison du danger des
- guerres, les portes de leurs maisons donnant sur la riviere»
- (Arch. nat., LL 217, fol. 150, 152, 203).
-
-670. Après, vers la fin d'aoust, vint grant foison d'Angloys, c'est
-assavoir, le sire de Huillebit[1089], le sire d'Escalle, le sire de
-Staufort, et son nepveu le bastart de Sainct-Paul[1090], et plusieurs
-autres signeurs d'Angleterre. Et la derraine sepmaine d'aoust,
-assegerent ceulx qui dedens Sainct-Denis estoient et leur osterent la
-riviere qu'on nomme Crout, et à faire leurs logeys despecerent les
-maisons de Sainct-Ouin, de Haubervilliers, de la Chappelle, brief de tous
-les villaiges d'entour, qu'il n'y demoura ne huys ne fenestres, ne
-traillis de fer, ne quelque chose que on peust emporter; ne n'y demoura
-aux champs, despuis qu'ilz furent logez, feves ne pois, ne quelque autre
-chose, et si y avoit encore des biens sur terre, mais quelque chose n'y
-demoura, et coppoient les vignes atout le grain et en couvroient leurs
-logeys, et quant ilz estoient ung pou à sejour, ilz alloient piller tous
-les villaiges d'entour Sainct-Denis. Quant ceulx qui dedens Sainct-Denis
-estoient se virent ainsi encloz, si yssoient souvent sur eulx et en
-tuoient tres grant foison, et quant dedens estoient ilz les tuoient par
-cannons grans et petis, et especialment par petis longs cannons qu'ilz
-appeloient couleubvres, et qui en estoit frappé à peine povoit il
-eschaper sans mort.
-
- [1089] Robert de Willougby, illustre capitaine anglais, que la
- libéralité du régent gratifia successivement du comté de Vendôme
- confisqué sur Louis de Bourbon (20 septembre 1424) et du comté de
- Beaumont-sur-Oise (12 septembre 1431), était gouverneur de
- Pontoise lorsqu'il fut appelé au commandement des forces
- militaires chargées de garder la capitale; mais ses efforts ne
- purent empêcher la révolution de 1436.
-
- [1090] Jean de Luxembourg, bâtard de S.-Paul, seigneur de
- Haubourdin, figure effectivement au nombre des capitaines tenant
- le parti d'Angleterre qui vinrent mettre le siège devant S.-Denis
- et fut «l'un des principaulz à faire certain traictié et
- convenance avecques ceulx qui estoient en garnison en icelle
- ville de S. Denis» pour la rendre aux Anglais; ces faits sont
- rappelés dans les lettres de rémission qu'il obtint de Charles
- VII en février 1446 (Arch. nat., JJ 177, fol. 104).
-
-671. Item, l'endemain de la Nativité Nostre-Dame, leverent ung assault à
-ceulx de Sainct-Denis, mais tant bien se deffendirent qu'ilz tuerent
-grant foison d'Anglois et de bien gros chevaliers et autres; et fut tué
-le nepveu au sire de Facetost[1091], et après fut despecé par pieces et
-cuit en une chaudiere ou cymetiere de Sainct-Nicolas tant et largement
-que les os laisserent la char, et puis furent tres bien nettoiez, ilz
-furent mis en ung coffre pour porter en Angleterre, et les trippes et la
-char et l'eaue furent enfouys en une grant fosse oudit cymetiere de
-Sainct-Nicolas.
-
- [1091] C'était sans doute un neveu du fameux Jean Falstalf.
-
-672. Item, celle année, fist le plus bel aoust, et bon blé et foison.
-
-673. Item, celle année, les moriers ne porterent nulles mores, mais il
-fut tant de pesches que on n'en vit oncques mais tant, car on avoit le
-cent de tres belles pour II deniers parisis ou II tournoys, ou pour
-mains.
-
-674. Item, il ne fut nulles almendes.
-
-675. Item, encore estoit le conseil à Arras, et on n'en ouoit aucunes
-nouvelles à Paris en celui temps.
-
-676. Item, le duc de Bedfort qui avoit esté regent de France depuis la
-mort du roy de Angleterre Henry, et estoit trespassé à Rouen le XIIIIe
-jour de septembre, jour Saincte Croix[1092].
-
- [1092] Jean de Lancastre, duc de Bedford, dévoré par le chagrin
- que lui causait l'écroulement de la domination anglaise, ne put
- supporter la ruine de toutes ses espérances après la conclusion
- du traité d'Arras et mourut au château de Rouen le 14 septembre
- 1435. Son corps, embaumé et mis dans un cercueil de plomb, fut
- inhumé le 30 septembre dans le chœur de la cathédrale de Rouen,
- du côté gauche, aux pieds de Henri Courtmantel; ses exécuteurs
- testamentaires lui firent élever un magnifique tombeau de marbre
- noir, achevé dès l'année 1446 (_celebre monumentum ac speciosa
- sepultura artificiosissime composita_). Ce tombeau fut mutilé par
- les Calvinistes en 1562 et complètement détruit en 1734 (Cf.
- _Bibl. de l'École des chartes_, t. XXXIV, p. 348; l'abbé Cochet,
- _Répertoire archéologique de la Seine-Inférieure_, p. 436).
-
-677. Item, les Arminalx de Sainct-Denis prindrent le dimenche XXIIIIe
-jour de septembre l'an mil IIIIc XXXV treves, et celle propre nuyt, ceulx
-de leur party prindrent le pont de Meurlan[1093], dont ceulx qui estoient
-dedens Sainct-Denis, quant on cuida traicter avec eulx, ilz furent pires
-que devant; et convint à eulx traicter, par ainsi qu'ilz s'en yroient à
-tout ce qu'ilz vouldroient ou pourroient emporter sans quelque contredit
-de nully, et aussi leur fut acordé par les signeurs qui tenoient le
-siege. Et se partirent le jour Saincte Aure, IIIIe jour d'octobre, tout
-mocquant des Anglois, en disant: «Recommandez nous aux roys qui sont
-enterrez en l'abbaïe de Sainct-Denis et à tous noz compaignons,
-cappitaines et autres qui là dedens sont enterrez.» Et estoient bien de
-XIIII à XVc, tres bien montez et abillez, et aux escarmouches et assaulx
-en mourut bien environ IIIIc, et ce n'eust esté qu'ilz avoient tres grant
-faulte d'eaue doulce et de vin et de sel, et si n'avoient admené nulz
-mires avec eulx, par quoy plusieurs navrez moururent par deffaulte
-d'appareil, et si leur avoit on osté leur riviere, se n'eust esté ce, on
-n'eust pas eu si bon marché de leur departie.
-
- [1093] Le pont de Meulan fut «prins d'eschielle» sur les Anglais
- par le sire de Rambouillet et un écuyer français du nom de Pierre
- Jaillet, lequel se fit instituer capitaine de cette forteresse,
- comme le montrent les lettres de rémission délivrées en sa faveur
- au mois de mars 1446 pour levée abusive de péages (Arch. nat., JJ
- 177, fol. 131). Au moment de la surprise de septembre 1435, le
- capitaine anglais était Richard Merbury qui dut évacuer la place
- (Arch. nat., K 63, no 1030; J. Chartier, t. I, p. 181).
-
-678. Item, deux jours après vindrent devant Paris, pillant, robant,
-prenant hommes, femmes et enfans, car il n'estoit personne qui aux champs
-osast yssir, et les Anglois estoient dedens Sainct-Denis qui pilloient la
-ville sans rien y laisser à leur povoir; ainsi fut la ville de
-Sainct-Denis destruicte, et quant ilz orent tout pillié [à leur povoir],
-si firent abatre les portes et les murs, et en firent ville champestre;
-et tant comme le siege dura, il n'estoit sepmaine que l'evesque de
-Terouanne, qui estoit chancellier, ne couchast en l'ost une foys ou deux,
-et fist faire en l'isle de Sainct-Denis une petite forteresse toute
-environnée de grans fossez tres parfons.
-
-679. Item, la royne de France, Ysabel, femme de feu Charles le VIme,
-trespassa en l'ostel de Sainct-Paul le sabmedi XXIIIIe jour de septembre
-l'an mil IIIIc XXXV[1094], et fut trois jours que chascun la veoit qui
-vouloit; et après fut ordonnée comme il appartenoit à telle dame, et fut
-gardée jusques au XIIIe jour [jeudy] d'octobre qu'elle fut apportée à
-Nostre-Dame, à IIII heures après disner; et y avoit XIIII[1095] sonneurs
-devant le corps et cent torches, et n'y avoit compaignie de femmes
-d'estat que la dame de Baviere, et ne scay quantes damoiselles après le
-corps, qui estoit en hault levé sur les espaulles de XVI hommes vestuz de
-noir; et estoit sa representacion moult bien faicte, car elle estoit
-couchée si proprement qu'il sembloit qu'elle dormist, et tenoit ung
-ceptre royal en sa main dextre. Celle journée, furent dictes ses vigilles
-moult sollempnellement, et fut prelat l'abbé de Saincte-Geneveve[1096] et
-là furent toutes les processions de Paris.
-
- [1094] Isabeau de Bavière rendit le dernier soupir le jeudi 29
- septembre un peu avant minuit; ses serviteurs et familiers
- transportèrent son corps à Notre-Dame le jeudi 13 octobre sur une
- litière, précédée par les huissiers du Parlement qui faisaient
- faire place aux membres de la Cour, les présidents tenant les
- quatre coins du poêle dont la litière était recouverte. Bien que
- la reine déchue n'eût laissé qu'une bien maigre somme (80 livres
- tournois) à la fabrique de Notre-Dame, le clergé de la cathédrale
- se rendit processionnellement à Saint-Paul, et n'épargna rien
- pour que le service fût digne d'une souveraine, prêtant même un
- sceptre, une couronne et autres ornements royaux pour la
- décoration du chœur; la cérémonie funèbre se fit en présence de
- Louis de Luxembourg, chancelier de France, de Jacques du
- Châtelier, évêque de Paris, des seigneurs de Scales et de
- Willougby et de quelques autres personnages (Arch. nat., X{la}
- 1481, fol. 107 rº; LL 217, fol. 175-178). Après la célébration de
- la messe, la dépouille d'Isabeau de Bavière, pieusement
- accompagnée par les présidents du Parlement jusqu'au port
- S.-Landry, fut confiée à un bateau où se trouvaient seulement ses
- exécuteurs testamentaires, notamment son confesseur et son
- chancelier, et conduite dans cet appareil à S.-Denis, où elle
- reçut la sépulture à côté de son mari (J. Chartier, t. I, p.
- 211).
-
- [1095] Ms. de Paris «XXIIII».
-
- [1096] Pierre Caillou, élu abbé de Sainte-Geneviève en 1433,
- reçut ses bulles en 1435 et remplit les fonctions abbatiales
- jusqu'au 27 août 1466, date de sa mort.
-
-
-680. Item, le lendemain, fut mise en la riviere de Saine après sa messe
-en ung batel, et fut portée enterrer à Sainct-Denis en France, car on ne
-l'osa porter par terre pour les Arminalx dont les champs estoient
-touzjours plains, et tous les villaiges d'entour Paris.
-
-681. Item, aussitost que le pont de Meulen fut prins, tout enchery à
-Paris[1097], se non le vin, mais le blé que on avoit pour XX solz parisis
-monta tantost après à II frans; fromaige, beurre, huille, pain, tout
-enchery ainsi de pres de la moitié ou du tiers; et la char, et sain doulx
-IIII blans la choppine.
-
- [1097] Dans la séance du Parlement, tenue le 12 octobre, Jean
- Chouart, procureur du roi au Châtelet, demanda que la Cour voulût
- bien adjoindre quelques conseillers au prévôt des marchands, aux
- échevins et aux conseillers du Châtelet, à l'effet «de pourveoir
- au fait de la policie de ceste ville, pour ce que toutes denrées,
- obstant la prinse du pont de Mellant par les adversaires,
- encherissent tres fort de jour en jour»; le Parlement désigna le
- président Piédefer et quatre autres membres de la compagnie, afin
- de prendre les mesures nécessaires (Arch. nat., X{la} 1481, fol.
- 107 rº). Les registres capitulaires de N.-D. témoignent aussi de
- la cherté excessive et de la difficulté que l'on éprouvait pour
- se procurer les objets de première nécessité; le 30 août 1435,
- les cheveciers de Saint-Merry vinrent se plaindre au chapitre de
- la maigreur de leurs revenus. «Par suite des guerres et de la
- misere des temps, helas! trop notoire», disaient-ils, ces revenus
- étaient tellement diminués qu'ils ne pouvaient plus suffire aux
- charges d'un seul des cheveciers ainsi qu'à son modeste entretien
- (Arch. nat., LL 217, fol. 265).
-
-682. Item, en cellui temps, n'estoit nulle nouvelle du conseil d'Arras,
-ne que s'ilz fucent à IIc lieux de Paris.
-
-683. Item, en cellui conseil ne firent rien qui prouffitast à Paris, car
-chascun vouloit tenir le parti[1098] dont le prouffit lui venoit.
-
- [1098] Ms. de Paris: la partie.
-
-684. Item, quant les Françoys ou Arminalx virent qu'ilz ne porent trouver
-autre accort, ilz se misdrent sus plus fort que devant, et se mirent en
-Normendie à puissance, et en pou de temps gaignerent des meilleurs pors
-de mer qui y soient, comme Montyvillier[1099], Dieppe, Harefleu et autres
-bonnes villes et chastellenies assez, et après vindrent plus pres de
-Paris, et gaignerent Corbeil[1100], le Bois de Vicenne[1101], Beauté,
-Pontoise, Sainct-Germain-en-Laie[1102], et autres villes et chasteaux
-assis[1103] autour de Paris, par quoy nul bien ne povoit venir en la
-ville de Paris de Normendie ne d'ailleurs, ne pour monter ne pour avaller
-aucuns biens[1104]. Et pour ce, tous biens furent tres chiers en karesme,
-et especialment harens caqué, car pour certain le caqué coustoit XIIII
-frans, et le sor aussi cher à la value, et n'amanda de rien tout le
-karesme; et environ Pasques tant enchery le blé qu'il valloit IIII frans,
-qui ne valloit à la Chandelleur que XX solz parisis le meilleur.
-
- [1099] A Montivilliers commandait pour les Anglais Clément
- Overton; à Dieppe Jean Salvayn, chevalier, bailli de Rouen; à
- Harfleur Guillaume Myners (Arch. nat., K 63, no 34{6}; Stevenson,
- _Wars of the English_, t. II, part. 2, p. 541).
-
- [1100] Corbeil avait alors pour capitaine un certain Ferrières
- qui livra la place moyennant finance payée par le duc de Bourbon
- (Berry, édit. Godefroy, p. 392); ses gens firent une pointe
- audacieuse et réussirent à s'emparer du pont de Charenton. Ce
- fâcheux incident fut annoncé au Parlement le mercredi 11 janvier
- 1436, en présence de l'évêque de Paris, du sire de Willougby, de
- Simon Morhier, du prévôt des marchands et des échevins (Arch.
- nat., X{la} 1481, fol. 112 vº).
-
- [1101] Le château du Bois de Vincennes tomba au pouvoir des
- Français le 19 février 1436. Un Écossais de la garnison, de garde
- au donjon et gagné à prix d'or, donna accès à dix partisans
- déterminés conduits par Guillaume de la Barre, lesquels
- escaladèrent la forteresse et s'en rendirent maîtres presque sans
- coup férir (Cf. Vallet de Viriville, _Histoire de Charles VII_,
- t. II, p. 349).
-
- [1102] Saint-Germain-en-Laye était défendu par une garnison peu
- importante, composée de trois lances à cheval, de sept à pied et
- de trente archers sous les ordres d'un chevalier gascon nommé
- Louis d'Espoy, qui y commandait dès 1431; on voit déjà à cette
- époque l'un des archers de la garnison emprisonné pour avoir
- voulu livrer la place; l'époque de sa réduction ne nous est pas
- connue (Arch. nat., K 63, no 1024; Stevenson, _Wars of the
- English_, t. II, 2e partie, p. 543).
-
- [1103] Ms. de Paris: assès autour de Paris.
-
- [1104] Un seul exemple donnera une idée de la difficulté des
- communications entre Paris et le nord-ouest de la France. Au mois
- d'octobre 1435, Pierre Cauchon, Guillaume Érard, docteur en
- théologie, et Jean de Rinel, ambassadeurs du roi d'Angleterre au
- congrès d'Arras, suivirent pour leur retour l'itinéraire suivant:
- après avoir gagné par la Flandre Calais et Boulogne, ils
- s'embarquèrent à Boulogne pour le Tréport, du Tréport se
- rendirent à Dieppe, de Dieppe à Caudebec, et arrivèrent ainsi à
- Rouen. Jean de Rinel, dont le voyage ne devait se terminer qu'à
- Paris, dut faire le trajet de Rouen à Mantes par eau et de Mantes
- à Paris par terre (Arch. nat., K 64, no 119).
-
-685. Item, en ce temps que chascun avoit aprins à gaigner, estoient les
-gaignes si mauvaises que les bonnes femmes qui avoient aprins à gaigner
-V ou VI blans pour jour se donnoient voulentiers pour II blans et se
-vivoient dessus.
-
-686. Item, le vendredy de la IIIe sepmaine de karesme, furent envoiez les
-Anglois en tous les villaiges d'entour Pontoise pour bouter le feu
-partout, et en blez et en advoynes, et en poys et en feves qui dedens les
-maisons estoient, et en après pillerent tout ce qu'ilz porent trouver, et
-qui pis est, tretous ceulx à qui les biens estoient admenerent
-prinsonniers, dont ilz orent moult grant finance. Et pour vray fut dit en
-la ville de Paris par gens dignes de foy tous ordonnez pour mouldre, de
-bons blez avoient ars pour vivre VIm personnes demy an, et ceulx de Paris
-en avoient tres grant neccessité, comme devant est dit. Et toute ceste
-mallefice et dyabolicque guerre soustenoient et maintenoient trois
-evesques; c'est assavoir: le chancellier, homme tres cruel, qui estoit
-evesque de Terouanne; l'evesque qui fut de Beauvays, qui pour lors estoit
-evesque de Lisieux, et l'evesque de Paris. Et, pour certain, par leur
-fureur, sans pitié on faisoit à secret et en appert moult [mourir] de
-peuple, ou par noyer ou autrement, sans ceulx qui mouroient par bataille.
-
- [1436.]
-
-
-687. Item, la sepmaine devant Pasques flouries, l'an mil IIIIc XXXV, on
-fist aller commissaires par tout Paris pour savoir combien de blé ou de
-farine chascun avoit, ou d'avoyne, ou de feves, ou de poys.
-
-688. Item, les devantdiz gouverneurs firent faire en celuy karesme à tous
-ceulx de Paris le serment[1105], sur peine de dampnacion de l'ame, sans
-espargnier prebstre ne religieux, qu'ilz seroient bons et loyaux au roy
-Henry d'Angleterre, et qui ne vouloit faire, il perdoit ses biens et
-estoit banny, ou il avoit pis, et n'estoit nul homme qui parler en osast
-ne faire semblant; et si faillirent les harens quinze jours devant
-Pasques et les oingnons, car VI[1106] oingnons ung pou gros coustoient
-IIII deniers parisis, et tout estoit tant cher[1107], pour ce que nul
-n'osoit rien apporter à Paris qui ne fust en peril d'estre tué.
-
- [1105] Cette nouvelle prestation de serment eut lieu le jeudi 15
- mars 1436 en séance solennelle du Parlement tenue sous la
- présidence du chancelier, évêque de Thérouanne. Au nombre des
- prélats et autres personnages considérables qui vinrent jurer sur
- les saints Évangiles d'être bons et loyaux envers le roi
- d'Angleterre, nous signalerons les évêques de Lisieux, de Paris,
- de Meaux, les abbés de Saint-Denis, de Saint-Germain-des-Prés, de
- Saint-Victor, de Saint-Maur-des-Fossés, de Sainte-Geneviève, le
- prieur de Saint-Martin-des-Champs, Jean Le Clerc, Jean de
- Courcelles, Simon Morhier, Gilles de Clamecy, Hugues le Coq,
- prévôt des marchands, avec quantité de bourgeois et notables
- Parisiens, dont le registre du Parlement donne une longue
- énumération (Arch. nat., X{la} 1481, fol. 118 ro).
-
- [1106] D'après le ms. de Paris, un seul oignon aurait coûté 4
- deniers parisis.
-
- [1107] Eu égard à la cherté des vivres (_propter caristiam
- victualium_), l'évêque de Paris et le chapitre de Notre-Dame
- permirent à leurs ouailles d'user pendant le temps du carême de
- beurre et d'œufs (Arch. nat., LL 217, fol. 199).
-
-689. Item, il convint par la force des devantdiz gouverneurs que chascun
-portast la croix rouge, sur peine de la vie et de perdre le sien[1108];
-et tous les gouverneurs portoient une grant bande blanche toute plaine de
-croisettes rouges.
-
- [1108] L'ordonnance rendue le 16 mars 1436 au nom du roi
- d'Angleterre et publiée au Parlement le 17 contenait défenses aux
- habitants de Paris de porter autre enseigne que la croix rouge et
- imposait ce signe de ralliement à tous les gens de guerre et à
- «tous autres qui d'ores en avant iront et seront ordonnez aler
- aux guetz et aux gardes des portes et murs d'icelle ville, soit
- de jour, soit de nuit.» (Arch. nat., X{la} 8605, fol. 33 ro.)
-
-690. Item, le mercredy de la sepmaine peneuse, se departirent de Paris
-environ IIIIc Anglois, pour ce que on ne les paoit point de leurs gaiges,
-et le jeudi absolu ensuivant estoient encore à Nostre-Dame des Champs, et
-là firent du pis qu'ilz porent, et mengerent celui jour tous les œufs et
-fromaiges qu'ilz porent [trouver] là et ailleurs par où ilz tindrent le
-chemin, et roberent et pillerent les eglises de croix, de calices et de
-nappes, et toutes les maisons des bonnes gens; brief, après eulx, ne
-demouroit rien en plus que après feu, mais environ III ou IIII jours
-après ilz furent rencontrés tellement qu'ilz furent presque tous mis à
-mort.
-
-691. Item, le mardy des festes de Pasques, les gouverneurs de Paris
-firent partir de Paris, environ minuyt, bien VI ou VIIIc Anglois pour
-aller bouter le feu en tous les petiz villaiges et grans qui sont entre
-Paris et Pontoise sur la riviere de Saine, et quant ilz furent à
-Sainct-Denis, ilz pillerent l'abbaïe. Et vray est que en l'abbaïe aucuns
-prenoient les reliques pour l'argent avoir qui autour estoit, et de fait
-l'un regarda le prebstre qui chantoit la messe, et pour ce qu'elle lui
-sembloit trop longue, quant le prebstre ot dit _Agnus Dei_ et qu'il usoit
-le precieux sacrement, aussi tost qu'il ot prins le precieux sang, ung
-grant ribaut saut avant, et tantost print calice et les corporaulx, et
-s'en va; les autres prindrent les nappes de tous les autelz et tout ce
-qu'ilz porent trouver en l'eglise de Sainct-Denis, et s'en alloient atout
-faire les douleurs que noz evesques et les gouverneurs leur avoient
-ordonné à faire. Mais le signeur de l'Isle-Adam, qui estoit yssu de
-Pontoise et estoit sur les champs, vint contre eulx et les mist presque
-tous à mort, et les chassa tuant et occiant depuis par delà Espinel[1109]
-jusques aux portes de Paris, c'est assavoir, la bastide Sainct-Denis,
-mais cellui jour, environ IIc s'estoient espartis es villaiges, quant ilz
-sorent la chose comment elle alloit, ilz se mirent dedens Sainct-Denis en
-une tour c'on nomme la tour du Velin[1110]. Quant le sire de l'Isle-Adam
-vit qu'ilz furent là, si dist qu'il n'en partiroit point tant qu'il les
-eust mors ou vis; si laissa de ses gens, et firent tant qu'ilz les
-prindrent, et tantost furent tous mis à mort sans rançon; et fut le
-vendredy des festes de Pasques, l'an mil CCCC XXXVI, et furent cel an
-Pasques le VIIIe jour d'avril, et fut celle année bissextre, dimenche
-courant par G.
-
- [1109] Épinay-sur-Seine (Seine, arr. et cant. de Saint-Denis).
-
- [1110] La tour de Velin ou du Venin, attenante à l'abbaye de
- Saint-Denis et plus connue sous le nom de tour du Salut, servit
- de refuge au seigneur de Brichanteau, neveu de Morhier, qui s'y
- tint jusqu'au jour de l'entrée du connétable de Richemont à
- Paris; jugeant alors la situation désespérée, il abandonna ce
- dernier rempart des Anglais et fut massacré dans la plaine (Cf.
- Vallet de Viriville, _Histoire de Charles VII_, t. II, p. 362).
-
-692. Item, en cellui vendredy d'après Pasques, vindrent devant Paris les
-signeurs de la bande devantdicte, c'est assavoir, le conte de Richemont
-qui estoit connestable de France de par le roy Charles, le bastart
-d'Orleans, le signeur de l'Isle-Adam et plusieurs autres signeurs droict
-à la porte Sainct-Jaque, et parlerent aux portiers, disant: «Laissez nous
-entrer dedens Paris paisiblement, ou vous serez tous mors par famine, par
-cher temps ou autrement.» Les gardes de la porte regarderent par dessus
-les murs et virent tant de peuple armé qu'ilz ne cuidoient mie que toute
-la puissance du roy Charles peust finer de la moitié d'autant de gens
-d'armes comme ilz povoient veoir. Si orent paour, et doubterent moult la
-fureur, si se consentirent à les bouter dedens la ville.
-
-_L'antrée des Francoys à Paris en l'an mil IIIIc XXXVI._
-
-693. Et entra le premier le signeur de l'Isle-Adam par une grant
-eschelle que on lui avalla, et mist la baniere de France dessus la porte,
-criant: «Ville gaignée!» Le peuple en sceut parmy Paris la nouvelle, si
-prindrent tantost la croix blanche droicte, ou la croix Sainct Andry.
-L'evesque de Terouanne, chancellier de France, quant il vit la besongne
-ainsi tournée, si manda le prevost et le signeur de Huillebit et tous les
-Anglois, et furent tous armez au mieulx qu'ilz porent. D'autre part,
-ceulx de Paris prindrent cuer par ung bon bourgois nommé Michel de
-Lalier[1111] et autres plusieurs qui estoient cause de la dicte
-entrée[1112]; si firent armer le peuple et allerent droit à la porte
-Sainct-Denis, et furent tantost [quelque] III ou IIIIm hommes, que de
-Paris que des villaiges, qui tant avoient grant haine aux Anglois et aux
-gouverneurs, que autre chose ne desiroient que les destruire. Comme ilz
-estoient à garder ladicte porte, et les gouverneurs davantdiz orent
-assemblé leurs Anglois, si firent trois batailles, en l'une le sire de
-Huillebit, en l'autre le chancellier et le prevost, et en l'autre Jehan
-l'Archer[1113], ung des plus crueulx chrestiens du monde, et estoit
-lieutenent du prevost ung gros villain comme ung cagoux[1114]. Et pour ce
-que ilz craignoient moult le quartier des Halles, y fut envoié le prevost
-atoute son armée, et en allant trouva ung sien compere, ung tres bon
-marchant nommé[1115] Le Vavasseur[1116], qui lui dist: «Monsieur mon
-compere, aiez pitié de vous, car je vous prometz qu'il convient à ceste
-foys faire la paix, ou nous sommes tous destruictz.--Comment, dist il,
-traistre! es tu tourné,» et sans plus dire, le fiert de son espée par le
-travers du visaige, dont il chut, et après le fist tuer par ses gens. Le
-chancellier et ses gens alloit par la grant rue Sainct-Denis, Jehan
-l'Archer alloit par la rue Sainct-Martin, lui et sa compaignie, et
-n'avoit celui qui n'eust bien en sa compaignie II ou IIIc hommes tous
-armez ou archers, et crioient le plus orriblement que oncques on vyt
-crier gens: «Sainct George! sainct George! traistres Francoys, vous
-serés[1117] tous mors!» Et ce traistre L'Archer crioit que on tuast tout,
-mais ilz ne trouvèrent homme parmy les rues, ce ne fu en la rue
-Sainct-Martin qu'ilz trouvèrent devant Sainct-Merry ung nommé Jehan le
-Prebstre et ung autre nommé Jehan des Croustez, lesquelx estoient tres
-bons mesnaigers et hommes de honneur, qu'ilz tuerent plus de dix foys.
-En après allerent criant, comme davant est dit, et tirant aux fenestres,
-especialment aux boutz des rues, de leurs fleches, mais les chesnes qui
-estoient tendues parmy Paris leur firent perdre toute leur force. Ainsi
-allerent à la porte Sainct-Denis où ilz furent bien receuz, car quant
-virent tant de peuple et qu'ilz virent qu'on leur gecta IIII ou V canons,
-si furent moult esbahiz, et au plus tost qu'ilz porent s'en fouirent tous
-vers la porte Sainct-Anthoine et se bouterent tous dedens la forteresse.
-Tantost après vindrent parmy Paris le connestable devantdit et les autres
-signeurs, aussi doulcement comme se toute leur vie ne se feussent point
-meuz hors de Parys, qui estoit ung bien grant miracle, car deux heures
-devant qu'ilz entrassent, leur intencion estoit et à ceulx de leur
-compaignie de piller Paris et de mettre tous ceulx qui les contrediroient
-à mort; et, par le recort d'eulx, bien cent charretiers[1118] et plus qui
-venoient après l'ost admenerent blez et autres vitailles, disant: «On
-pillera Paris, et quant nous aurons vendu nostre vitaille à ces villains
-de Paris, nous chargerons noz charrettes du pillaige de Paris et
-remporterons or et argent et mesnaige, dont nous serons tous riches
-toutes noz vies.» Mais les gens de Paris, aucuns bons chrestiens et
-chrestiennes, se mirent dedens les eglises et appelloient la glorieuse
-Vierge Marie et monsieur sainct Denis, qui apporta la foy en France,
-qu'ilz voulsissent deprier à Nostre Seigneur qu'il ostast toute la fureur
-des princes devant nommez, et de leur compaignie. Et vraiement bien fut
-apparant que monsr sainct Denis avoit esté advocat [de la cité par devers
-la glorieuse Vierge Marie, et] la glorieuse Vierge Marie par devers
-Nostre Seigneur Jhesu-Crist, car quant ilz furent entrez dedens et qu'ilz
-virent que on avoit rompue à force la porte Sainct-Jaque pour leur donner
-entrée, ilz furent si meuz de pitié et de joye qu'ilz ne se porent
-[oncques] tenir de larmoier. Et disoit le connestable, aussitost qu'il se
-vit dedens la ville, aux bons habitans de Paris: «Mes [bons] amys, le bon
-roy Charles vous remercie C mil foys, et moy de par luy, de ce que si
-doulcement vous lui avez rendue sa mestresse cité de son royaulme, et
-s'aucun, de quelque estat qu'il soit, a mesprins par devers monsigneur le
-roy, soit absent ou autrement, il lui est tout pardonné[1119].» Et
-tantost sans descendre fist crier à son de trompe que nul ne fust si
-hardi, sur peine d'estre pandu par la gorge, de soy loger en hostel de
-bourgois ou de mesnaiger oultre sa voulenté, ne de reproucher, ne de
-faire quelque desplaisir, ou piller personne de quelque estat, non s'il
-n'estoit natif d'Angleterre et souldoier; dont le peuple de Paris les
-print en si grant amour que, avant qu'il fust l'endemain, n'y avoit celui
-qui n'eust mis son corps et sa chevance pour destruire les Angloys. Après
-ce cry furent cerchées les hostelleries pour trouver les Angloys, et tous
-ceulx qui furent trouvez furent mis à rançon et pillez, et plusieurs
-mesnaigers et bourgois qui s'enfouirent avec le chancelier dedens la
-porte Sainct-Anthoine, ceulx là furent pillez, mais oncques personne, de
-quelque estat qu'il fust ne de quelque langue, ne tant eust mal fait
-contre le roy, n'en fut tué.
-
- [1111] Michel de Laillier, maître des comptes sous Charles VI,
- servit en cette qualité le gouvernement anglais et prêta même le
- serment du 15 mars 1436; il n'en est pas moins vrai qu'il joua le
- principal rôle dans la reddition de Paris (Cf. Vallet de
- Viriville, _Histoire de Charles VII_, t. II, p. 354).
-
- [1112] Après Michel de Laillier, on peut citer, au nombre des
- partisans les plus dévoués de la cause française, les bourgeois
- qui constituèrent le nouvel échevinage, notamment Jean de Belloy
- qui, est-il dit dans un procès plaidé à la Cour des aides, «a
- servy monsr de Bourgongne et a beaucoup labeuré par l'ordonnance
- dudit seigneur à remettre Paris en l'obeissance du roy» (Arch.
- nat., Z{1a} 10, fol. 9 vº).
-
- [1113] Jean l'Archer, lieutenant criminel de la prévôté de Paris
- pendant l'occupation anglaise, était examinateur au Châtelet dès
- le début du XVe siècle. En 1402, il fut chargé de débarrasser les
- abords de la grande boucherie des étaux et paniers empiétant sur
- la voie publique (Arch. nat., Y2, fol. 204 rº). Nommé lieutenant
- criminel du prévôt de Paris à la suite de la réaction
- bourguignonne de 1418, il occupait ce poste le 31 mars 1425; à
- cette date, le chanoine Pierre d'Orgemont fut chargé de lui
- présenter, au nom du chapitre et des paroissiens des églises
- Saint-Christophe, de Saint-Pierre-aux-Bœufs et de Sainte-Marine
- de la Cité, une pétition tendant à l'expulsion des femmes de
- mauvaise vie qui avaient élu domicile autour de l'hôtel de l'Ours
- et du Lion (_Ibid._, LL 217, fol. 140). Le 28 février 1432, le
- chapitre de Notre-Dame nomma Jean l'Archer franc-sergent de
- l'église de Paris. Le lieutenant criminel du prévôt de Paris,
- objet de l'exécration universelle, suivit les Anglais dans leur
- retraite le 17 avril 1436; trois jours après, les chanoines
- déclarèrent l'office de franc-sergent vacant, attendu que ledit
- l'Archer était allé «soy rendre ennemy du roy nostre sire et
- demourer en l'obeissance du roy d'Angleterre», et ils le
- remplacèrent par Jean de Hacqueville, drapier. Le successeur de
- L'Archer comme lieutenant-criminel fut Jean Truquan; ses biens
- furent attribués en 1437 à Ambroise de Loré (Arch. nat., PP 118,
- Mémorial Bourges, fol. 11). En 1401, Jean l'Archer possédait à la
- porte Baudoyer une maison à l'enseigne du Chaudron (_Ibid._, Z
- 5184, fol. 68 vo).
-
-694. Item, l'endemain de l'antrée, jour de sabmedi, vint tant de
-biens à Paris qu'on avoit le blé pour XX solz parisis, [qui le
-mercredy devant coustoit XLVIII ou L solz]; et fut le vieulx marché
-de devant la Magdeleine ouvert, et y vendist on le blé, qui plus de
-XVIII ou XX ans avoit esté fermé, et on ot celui jour VII œufs
-pour I blanc, et le jour de devant on n'en avoit que V pour II
-blans, et autres vitailles au cas pareil.
-
- [1114] Ms. de Paris: cacque ou cacqué.
-
- [1115] Avant «le Vavasseur» il y a un blanc dans le ms. de Paris.
-
- [1116] Guillaume le Vavasseur, gros boulanger-meunier, s'enrichit
- par des spéculations sur les grains et farines, spéculations qui
- prirent parfois le caractère d'abus et d'exactions et tombèrent
- sous le coup d'une répression sévère. Le 17 juillet 1420, année
- signalée par une cherté excessive du pain, dix meuniers de Paris,
- Guillaume le Vavasseur en tête, furent condamnés par le Parlement
- à crier merci et demander pardon au procureur général du roi, à
- se rendre par le Grand-Pont et le pont Notre-Dame jusqu'en
- l'église Notre-Dame, tenant en leur main un cierge ardent d'une
- livre qu'ils devaient déposer devant l'image de Notre-Dame, enfin
- à tenir prison en la Conciergerie jusqu'à ce qu'ils eussent fait
- cuire et distribuer aux établissements hospitaliers de la
- capitale une certaine quantité de pains, dans la proportion d'un
- muid de blé pour Le Vavasseur et Rappan et d'un demi-muid pour
- les autres meuniers. Le Parlement défendit en outre à tout
- boulanger, sous peine de cent livres d'amende et d'exposition au
- pilori, de s'entremettre de meunerie, mais il déclara en même
- temps que la condamnation infligée aux meuniers n'aurait rien
- d'infamant (Arch. nat., X{la} 1480, fol. 219 vº).
-
- [1117] «Serés» manque dans le ms. de Rome.
-
- [1118] Ms. de Rome: charrettes.
-
- [1119] Les lettres d'abolition accordées aux habitants de Paris
- par Charles VII furent solennellement publiées à Notre-Dame et en
- l'hôtel de ville le samedi 14 avril, en présence de «tres noble
- et puissant prince monsr le conte de Richemont, connestable de
- France, monseigneur le bastart d'Orleans, le seigneur de
- l'Isle-Adam, le sire de Ternant et autres seigneurs, nobles, gens
- d'eglise, bourgois et habitans de la ville de Paris en moult
- grant nombre.» On les fit publier le même jour dans les
- carrefours de Paris; le texte de ces lettres données à Poitiers
- le 28 février, avec mention officielle des publications, est
- inséré au Livre vert vieil second (Arch. nat., Y4, fol. 1).
-
-695. Item, ceulx qui se bouterent en la porte Sainct-Anthoine eulx
-trouverent moult esbahiz quant ilz se virent enfermez là dedens, car ilz
-estoient tant que tout estoit plain, et eussent esté tantost affamez. Si
-parlerent au connestable et finerent avec luy par grant[1120] finance
-qu'ilz s'en iroient sains et saulx par sauf-conduit; et ainsi vuiderent
-la place le mardy XVIIe jour d'avril l'an mil IIIIc XXXVI[1121]; et pour
-certain oncques gens ne furent autant mocquez ne huyez[1122] comme ilz
-furent, especialment le chancelier, le lieutenent du prevost, le maistre
-des bouchers[1123] et tous ceulx qui avoient esté coupables de
-l'oppression que on faisoit au pouvre commun, car en verité oncques les
-Juifs qui furent menez en Caldée en chetivoison[1124] ne furent pis menez
-que estoit le pouvre peuple de Paris; car nulle personne n'osoit yssir
-hors de Paris sans congé, ne rien porter sans passe porte, tant fust pou
-de chose, et disoit on: «Vous allez en tel lieu, revenez à telle heure ou
-ne revenez plus.»
-
- [1120] «Luy» et «grant» manquent dans le ms. de Rome.
-
- [1121] La capitulation fut conclue le dimanche 15 avril, ainsi
- qu'en témoigne la note suivante due à Fauquembergue: «Dimenche,
- XVe jour dudit moys, fu fait traictié de la reddicion dudit
- chastel de la Bastille par monsr le connestable avec l'evesque de
- Therouanne.» (Arch. nat., X{la} 1481, fol. 120 vº.)
-
- [1122] Suivant Monstrelet (t. V, p. 221) et J. Chartier (t. I, p.
- 228), les Parisiens accompagnèrent les Anglais de leurs huées et
- leur crièrent en guise d'adieu: «A la keuwe et au regnard!» par
- allusion à l'emblème du roi Henri V, qui était, comme l'on sait,
- une queue de renard.
-
- [1123] Jean de Saint-Yon, maître des bouchers de la grande
- boucherie et grènetier de Paris sous la domination anglaise, fut
- emprisonné en 1408 à la Conciergerie à la suite de scènes
- tumultueuses qui s'étaient passées près du Châtelet, où éclate la
- violence de son caractère. «Villain puant, s'était-il écrié en
- s'adressant à son adversaire, je vous creverai l'œil.» Se
- prétendant au service du duc de Bourgogne, il parvint à se
- soustraire à la juridiction peu clémente du prévôt de Paris et
- fit porter ou pour mieux dire enterrer l'affaire au Parlement
- (Arch. nat., X{la} 4788, fol. 188 rº). Compromis dans la
- révolution cabochienne, il fut banni le 23 mai 1413 (Douët
- d'Arcq, _Pièces inédites relatives au règne de Charles VI_, t. I,
- p. 368). En 1417, il joua un rôle assez actif dans la prise de
- Beaumont par les bannis, après laquelle il vint à Paris, où il
- fut arrêté et mis au Châtelet à la requête de Milet de Bragelonne
- qui se plaignait d'avoir été victime d'une trahison; nonobstant
- sa profession de boucher, il se fit réclamer comme clerc par
- l'évêque de Paris et allégua pour sa défense qu'il était «de bon
- lignage à Paris, et fu avec les enfans de la ville en l'ostel de
- Sens par l'ordonnance de feu monsr de Guienne, et fu à siege
- devant Arras, a esté dizinier au temps qui est de present»
- (_Ibid._, X{la} 4792, fol. 7 vº). Chargé en 1419 d'une mission
- secrète auprès du duc de Bourgogne, il fut encore, en février
- 1420, du nombre des ambassadeurs envoyés auprès du roi
- d'Angleterre pour la prolongation de la trêve (_Ibid._, X{la}
- 1480, fol. 207 vº; cf. Longnon, _Paris pendant la domination
- anglaise_, passim). Il remplit même en 1421 les fonctions de
- maire à Bordeaux (Rymer, t. IV, 3e partie, p. 197). Dès lors, il
- fut comblé de biens et d'honneurs; en 1423, il était trésorier et
- gouverneur général des finances du roi d'Angleterre et fit partie
- du conseil du régent (Stevenson, _Wars of the English_, vol. II,
- 2e partie, p. 536). La réduction de Paris sous l'autorité de
- Charles VII et l'expulsion des Anglais amenèrent l'effondrement
- de sa fortune; ses biens confisqués échurent en partage à Olivier
- du Val (Arch. nat., PP 118, Mémorial Bourges, fol. 1).
-
- [1124] Ms. de Paris: chetifves prisons.
-
-696. Item, nulz n'osoit aller sur les murs sur peine de la hart[1125] et
-si ne gaignoit le peuple, de quelque labour qu'il fust, denier; car, pour
-vray, les Angloys furent moult long temps gouverneurs de Paris, mais je
-cuide en ma conscience que oncques nulz ne fist semer ne blé ne advoyne,
-ne faire une cheminée en hostel qui y fust, ce ne fut le regent duc de
-Bedfort, lequel faisoit touzjours maçonner, en quelque païs qu'il fust,
-et estoit sa nature toute contraire aux Angloys, car il ne vouloit avoir
-guerre à quelque personne, et les Angloys, de leur droicte nature,
-veullent touzjours guerreer leurs voisins sans cause, par quoy ilz
-meurent tous mauvaisement, car adong en estoit mort en France plus de
-LXXVI mil.
-
- [1125] L'un des articles de l'ordonnance du 16 mars 1436
- exprimait cette défense dans les termes suivants: «Que personne
- ne voise sur les murs et portes, exceptez ceulz qui seront
- ordonnez y aler pour la garde d'iceulz par les capitaines des
- gens de guerre au regard de leurs gens et par les prevost des
- marchans, eschevins et quarteniers au regard des habitans
- d'icelle ville» (Arch. nat., X{la} 8605, fol. 33 rº).
-
-697. Item, le vendredy ensuivant, pour la grace que Dieu avoit faicte à
-la ville de Paris, fut faicte la plus solempnelle procession qui fust
-faicte, passé avoit C ans, car toute l'Université, petis et grans, furent
-à Saincte-Katherine-du-Val-des-Escolliers, chascun ung cierge ardant en
-sa main, et estoient plus de IIII mil, sans autres personnes que
-prebstres ou escolliers; et pour certain oncques on ne vit cierge qui
-destaingnist depuis les lieux dont ilz partirent jusques à ladicte
-eglise, que on tenoit à droict miracle, car il faisoit ung temps pluieux
-et venteux. Et celles choses doivent bien donner à tout bon chrestien
-voulenté et devocion de remercier nostre Createur, et especialment de
-l'antrée qui fut si benignement et si doulcement faicte, comme vous avez
-ouy devant, et en deveroit on faire tous les ans louange à Nostre
-Seigneur, car, comme ce fut droicte prophecie, l'offertoire de la saincte
-messe de celui jour en parle assez de ce faire, car il dit: _Erit vobis
-hic dies memorialis, et diem festum celebrabitis solempnem Domino in
-progenies vestras legitimum sempiternum. Alleluya, Alleluya,
-Alleluya_[1126]!
-
- [1126] L'offertoire du vendredi de Pâques contient effectivement
- ces paroles extraites de l'Exode, XII.
-
-698. Item, le dimenche ensuivant, fut faicte procession generalle[1127]
-tres sollempneement, et ce jour plut tant fort que la pluie ne cessa
-tant que la procession dura, qui dura bien IIII heures que aller que
-venir; et furent les signeurs de Saincte-Genevieve moult agrevez de la
-pluie, car ilz estoient tous nudz piez, mais especialment ceulx qui
-portoient le precieux corps de madame saincte Genevieve et sainct Marcel
-orent moult de paine, car à grant paine se soustenoient sur les carreaux,
-et vrayment ilz estoient si trempez de la pluye comme s'ilz eussent esté
-gectez dedans Sainne; et pour certain ilz suoient si fort qu'ilz
-desgoutoient tous par le visaige de sueur, tant estoient vains et
-travaillez; et pour certain oncques nulz de tous ceulx n'en fut oncques
-maumis, ne mallade, ne decouragé, qui me semble droit miracle de madame
-saincte Genevieve qui peut bien faire par ses merites par devers Nostre
-Seigneur, et plus que tant, comme il appert par devers Nostre Seigneur,
-en sa saincte legende, comment par plusieurs foys elle a sauvé la bonne
-ville de Paris, l'une foys de cher temps, l'autre foys des grans eaues et
-de plusieurs autres perilz.
-
- [1127] La procession générale du 22 avril, où l'on porta
- solennellement la châsse de sainte Geneviève, fut organisée par
- les soins du chapitre de Notre-Dame qui prit l'initiative de
- cette cérémonie dans sa séance du mercredi 18 avril, «afin de
- rendre grâces à Dieu de l'heureuse entrée à Paris du connétable
- de Richemont et des autres seigneurs de France au nom du roi et
- du duc de Bourgogne.» (Arch. nat., LL 217, fol. 207.)
-
-699. Après ce, fist on ung prevost des marchans du devantdit Michel de
-Lalier[1128], après fist on eschevins nouveaulx, dont l'un fut Colinet de
-Neufville, Jehan de Grantrue[1129], Jehan de Belloy[1130], Pierre de
-Langres[1131], tous quatre natifs de la bonne ville de Paris; et fut fait
-prevost de Paris ung chevalier nommé messire Phelippe de Ternant[1132],
-chevalier, signeur de Ternant, de Toisy et de la Mote, conseillier du roy
-nostre sire et garde de la prevosté de Paris.
-
- [1128] Dès le 14 avril, Michel de Laillier fut institué prévôt
- des marchands par le connétable de Richemont qui désigna
- également les échevins (Arch. nat., X{la} 1481, fol. 120 vº).
- Mais le nouveau corps municipal n'entra régulièrement en
- fonctions que le lundi 23 juillet 1436, jour de sa prestation de
- serment entre les mains de Jean Tudert, doyen de Paris (_Ibid._,
- KK 1009, fol. 5 vº). Les échevins en exercice au moment de
- l'expulsion des Anglais étaient Louis Galet, Luquin du Pleis,
- Jean de Dampierre et Thomas Orlant (_Ibid._, X{la} 1481, fol. 112
- vº, 118 vº; KK 4953, fol. 55).
-
- [1129] En juin 1433, Jean de Grandrue, bourgeois de Paris,
- soutint avec sa femme Marguerite Augière un procès au Parlement
- contre Philippot Auger qui se refusait à payer une rente sur un
- immeuble démoli par les gens «qui ont été à Saint-Denis» et
- demandait une réduction basée sur «la sterilité du temps et la
- mutacion des monnoies» (Arch. nat., X{la} 4797, fol. 76 vº; Y
- 5232, fol. 47 vº). Reçu clerc des comptes en 1436 au lieu d'André
- du Buc, il acquit en 1455 une maison place Maubert, à l'enseigne
- du Cheval-Rouge, dans la censive de l'abbaye de Sainte-Geneviève
- (_Ibid._, S 1648, fol. 157 rº).
-
- [1130] Jean de Beloy, écuyer, fils de l'échevin Robert de Beloy
- exécuté en 1416, trouva un refuge auprès de Jean Sans-Peur, qui
- l'attacha à sa maison en qualité de panetier; le 27 juillet 1418,
- Jean de Beloy obtint 200 livres de rente sur les biens confisqués
- de Perrin Pilot, marchand et bourgeois de Paris, mis à mort comme
- partisan de Bernard d'Armagnac. Quatre ans après, pour le
- dédommager des pertes qu'il avait subies au siège de Montlhéry,
- on renouvela en sa faveur le don fait en 1418 (Arch. nat., JJ
- 170, no 285; JJ 172, no 42). Il entra dans l'échevinage parisien
- le 12 décembre 1422; l'année suivante, le régent le gratifia d'un
- prisonnier, le vicomte du Tremblay, dont il tira une rançon de
- 1,200 écus (_Ibid._, X{la} 4793, fol. 326 rº). Après la réduction
- de la capitale, le nouveau gouvernement le nomma grènetier de
- Paris, fonctions qu'il remplit du 26 avril 1436 au 27 novembre
- 1437; ce poste lui fut vivement disputé par Colinet Caudillon,
- valet de chambre et premier barbier du roi. Le 20 août 1437,
- Charles VII fit délivrer des lettres d'État à Jean de Beloy,
- «lequel, par l'ordonnance de nostre chancellier et autres gens de
- nostre grant conseil estans à Paris, se part presentement de
- nostre ville de Paris pour aler par devers nostre tres cher et
- tres amé frere et cousin le duc de Bourgoigne, pour poursuir et
- faire diligence d'avoir delivrance et paiement de la somme de
- XIIm frans à nous promise et ordonnée pour asseoir et entretenir
- le siege que nous entendons à l'aide de Dieu briefment fere,
- asseoir et mettre devant Monstereau» (_Ibid._, Z{1a} 10, fol. 59
- vº). Il mourut peu après, laissant une veuve, Ysabelle Morel, et
- un fils en bas âge, Garnot, placé sous la tutelle de Nicolle
- Chapelle, avocat au Châtelet, et de Jean Tillart, examinateur. La
- sœur de Jean de Beloy, Gille, épousa Thomas Thibert; sa mère,
- Jeanne, possédait une maison rue de la Ferronnerie, attenante à
- la place aux Pourceaux (_Ibid._, Z{1a} 12, fol. 134 rº; X{la} 69,
- fol. 39 vº).
-
- [1131] Pierre de Landes, changeur, recueillit de la succession de
- ses parents «bonne chevance», ce qui lui permit en 1420
- d'affermer, avec Philippot de Brabant et autres associés,
- l'exploitation des monnaies du nord de la France et de prêter au
- roi une somme de mille écus d'or garantie par l'évêque de
- Beauvais (Arch. nat., X{la} 4794, fol. 291 rº; X{la} 4796, fol.
- 304 rº; X{la} 4797, fol. 158 vº). Pierre de Landes succéda en
- juillet 1421 à Renaud Thumery comme maître particulier de la
- monnaie de Paris, sous la caution de deux de ses confrères,
- Philippot de Brabant et Germain Vivien. Resté à la tête de
- l'atelier monétaire de Paris jusqu'au 7 janvier 1427, il le
- transmit à Remon Marc (_Ibid._, KK 323, fol. 46 rº; Z{1b} 362;
- X{2a} 20, fol. 188 rº). Charles VII n'oublia point les services
- rendus à sa cause par P. de Landes et, dès le mois de juin 1436,
- le créa général maître des monnaies; mais il ne fut reçu que le
- 22 février 1437, sur l'ordre exprès du roi (_Ibid._, Z{1b} 3,
- fol. 186 vº). En 1441, le roi le nomma, avec Gaucher Vivien,
- «général réformateur» des monnaies dans tout le royaume, et
- renouvela ses pouvoirs les 5 novembre 1442 et 11 avril 1444,
- après la réduction du nombre des généraux maîtres (_Ibid._, Z{1b}
- 60, fol. 38 rº, 42 vº, 53 vº). Il remplaça Michel de Laillier
- comme prévôt des marchands le 23 juillet 1438; à l'expiration de
- sa magistrature, le 23 juillet 1440, il fut maintenu «pour ce que
- à ce temps il estoit absent pour les affaires de la ville;» de
- même, le 30 juillet 1442, cette fois «à la prière et par lettres
- missibles du roy.» Il céda la prévôté en 1444 à Jean Baillet
- (_Ibid._, KK 1009, fol. 6). Pierre de Landes laissa de son
- mariage avec Colette Barbière, fille de Guillaume Barbier,
- écuyer, un fils, Denis, mineur en 1447; sa fille, Pernelle,
- mariée à Jean de Vaudetar, fut inhumée à Saint-Merry.
-
- [1132] Philippe de Ternant, seigneur de la Motte de Thoisy,
- chevalier, chambellan du duc de Bourgogne, n'occupa que
- temporairement le poste de prévôt de Paris; institué le 14 avril
- 1436, il eut pour successeur Ambroise de Loré, chargé de la
- prévôté de Paris le 23 février 1437 et installé définitivement le
- 12 mars suivant (Arch. nat., Y 1, fol. 4 vº).
-
-700. Item, la darraine sepmaine de may, furent prins les os du conte
-d'Arminac et du chancelier de France, sire Henry de Marle, et de son filx
-l'evesque de Coustances, et ung nommé maistre Jehan Paris, et ung autre
-nommé Remonnet de la Guerre, qui estoient enterrez en la grant cour de
-darriere Sainct-Martin-des-Champs, en ung grant fumier qui là est; et
-furent enterrez leurs os en l'eglise de Sainct-Martin des Champs, c'est
-assavoir, le conte d'Arminac dedens le cueur, à dextre du grant autel.
-
-701. Item, quant les François furent affermez avec le Parlement et les
-grans bourgoys et le conseil, ilz se plaignirent que le roy estoit tres
-pouvre, et toute sa gent, et qu'il convenoit avoir de l'argent, où qu'il
-fust prins. Si leur fut dit: «Il faut faire ung emprunt[1133].» Et ainsi
-fut fait, especialment tres grief sur ceulx que on cuidoit qu'ilz
-aimassent mieulx les Angloys que les Françoys. Et fut l'emprunt tres
-grant, et se monta à tres grosse somme d'argent et d'or, car ilz furent
-pou à Paris de mesnaigiers qui n'en poiassent pou ou grant. Quant ilz
-orent celle grant somme d'argent, ilz s'appointerent pour aller devant
-Crail[1134], et y furent environ trois sepmaines ou ung moys que à
-aller, que à venir, que à mener vitaille et artillerie, et quant tout fut
-prest et que on y ot moult despendu sans cop frapper, se bien pou non,
-ilz leverent le siege et s'en revindrent tretous sans savoir cause
-pourquoy, comme on disoit, se non que on leur fist entendant que grant
-foison d'Angloys venoient pour lever le siege. Ainsi fut là despendu
-mauvaisement grant partie de l'emprunt.
-
- [1133] Le connétable de Richemont tint conseil le 25 avril au
- sujet des subsides qu'il comptait demander au clergé et aux
- habitants de Paris; les chanoines de Notre-Dame, tout en
- protestant de leur pauvreté, se saignèrent d'une somme de cent
- francs qui fut remise au connétable le 26 avril. La bourgeoisie
- parisienne, de son côté, pour se dégrever quelque peu, voulut à
- son tour imposer le clergé; c'est alors qu'une députation du
- chapitre se joignit le 30 août au recteur de l'Université pour
- faire entendre ses protestations au connétable (Arch. nat., LL
- 217, fol. 208).
-
- [1134] Guillaume Gruel, historiographe d'Artus de Richemont, nous
- apprend qu'«environ le premier jour de may fut advisé de mettre
- le siege devant Creil»; le connétable y vint en personne, mais se
- retira aussitôt, laissant la conduite de l'entreprise au bâtard
- d'Orléans, son lieutenant, qui perdit quelques semaines en vains
- efforts sous les murs de la place et dut lever le siège (Gruel,
- coll. Michaud, t. III, p. 209).
-
-702. Quant ilz furent revenus à Paris, si leur convint faire nouvelle
-finance. Si leur fut donné en conseil qu'il convenoit faire cheoir la
-monnoie[1135], mais pour ce qu'ilz n'avoient point assez de monnoye
-forgée au coing du roy Charles, ilz firent crier le mercredy XXVIe [jour]
-de may l'an mil CCCC XXXVI les blans de VIII deniers qui estoient au
-coing de Henry, qui se disoit roy d'Angleterre et de France, ilz les
-mistrent à VII deniers[1136], si valloient mieulx plus de VI blans pour
-franc que ceulx qu'ilz forgerent au coing du roy Charles, si comme en
-disoient ceulx à ce recongnoissans.
-
- [1135] Toutes ces mesures relatives au cours des monnaies furent
- concertées par les généraux maîtres des monnaies réunis en
- assemblée extraordinaire au Palais le vendredi 21 juin 1436; dans
- ce conseil, auquel assistèrent le doyen Jean Tudert, le prévôt
- des marchands et le bailli de Senlis, «fut appoinctié que pour
- certaines causes le mercredi prouchain ensuivant seroit publié le
- mandement du roy nostre sire pour mettre les blans aux armes de
- France et d'Angleterre à VII deniers parisis la piece, et oultre
- que le VIIe jour de juillet ensuivant seroient publiées les
- monnoies que le roy fait faire, et oster le cours aux monnoyes
- d'Angleterre.» (Arch. nat., Z{1b} 3, fol. 181 vº.)
-
- [1136] La date de 1437, donnée par le ms. de Rome et par toutes
- les éditions, est inexacte; le mandement de Charles VII
- interdisant de prendre les grands blancs aux armes de France et
- d'Angleterre pour plus de sept deniers est du 26 juin 1436; il
- fut publié au Châtelet de Paris le mercredi 27 juin et à son de
- trompe «es lieus et places acoustumées» par Laurent Goris, crieur
- du roi. Le matin du même jour, une visite générale des changes
- sur le Grand-Pont se fit par les soins des maîtres des monnaies,
- qui saisirent chez Guillaume le Breton et Jean le Riche des
- dourdrets, moutons d'or et florins du Rhin, qu'on leur rendit
- cisaillés le 6 juillet (Arch. nat., Z{1b} 3, fol. 181 vº, 182 rº;
- Z{1b} 60, fol. 27 rº).
-
-703. Item, le jeudy XIIe jour de juillet ensuivant, firent de tous poins
-cheoir les blans que devant avoient mis à VII deniers, et les salus
-d'or, qui pour le temps qu'ilz mirent les blans à VII deniers valloient
-XXIIII solz parisis, [ilz les mirent à XX solz parisis[1137]]. Et la
-sepmaine de devant s'estoient les Anglois raliez et couroient à une lieue
-pres de Paris, et boutoient feus, et tuoient femmes et enffans, et
-destruioient quanque ilz encontroient.
-
- [1137] Par mandement du 12 juillet 1436 publié le même jour,
- Charles VII ordonna la fabrication de deniers d'or fin, dits écus
- à la couronne, d'une valeur de vingt-cinq sols tournois, régla le
- cours des grands blancs à l'écu de France à dix sols tournois et
- des petits blancs à cinq sols, enfin retira complètement de la
- circulation les nobles, demi-nobles et quarts de nobles, saluts,
- angelots, ainsi que les blancs «derrenierement appreciez à sept
- deniers parisis, lesquels ne devoient estre pris qu'au marc pour
- billon» (Arch. nat., Y 4, fol. 9 rº; Z{1b} 60, fol. 27 vº).
- Malgré le mandement royal, il y eut force tentatives pour écouler
- les monnaies prohibées; aussi fut-on obligé «par cry fait le
- mercredi 1er août 1436 d'interdire de rechief et d'abondant à
- tous» de faire circuler les monnaies d'or et d'argent défendues,
- sous peine de perdre sa monnaie et d'amende arbitraire (_Ibid._,
- Y 4, fol. 9 vº).
-
-704. Item, en celui temps, en la fin de juing, ung caymant[1138] ferit
-l'enffant d'une caymende dedens l'eglise des Innocens, celle leva sa
-quenoille et le cuida frapper sur la teste. Si reculla, elle l'assena ung
-bien pou ou visaige, si lui fist une tres petite esgratigneure, dont ung
-bien pou de sang yssit, mais pour certain ilz en furent XXII jours en
-prinson; et en ces XXII jours oncques l'evesque de Paris ne volt
-reconcilier l'eglise, s'il n'avoit[1139]....., et les deux pouvres gens
-n'avoient pas tant vaillant en toutes choses comme la somme qu'il
-demandoit. Et pour ce que ledit evesque ne le volt faire, s'il n'estoit
-paié à sa guise, en tous les XXII jours oncques messe, matines, ne
-vespres, ne corps en terre ou cymetiere ne fut, ne le sainct service fait
-de nulle heure, ne l'eaue benoiste, et les confraries qui avoient en
-ladicte eglise leurs journées assignées, ilz alloient faire leur service
-à Sainct-Josse[1140] en la rue Aubry-le-Boucher.
-
- [1138] L'intrusion des mendiants dans les églises, notamment à
- Notre-Dame, donna naissance à de tels abus que l'autorité
- ecclésiastique dut prendre des mesures de rigueur. Une
- délibération capitulaire du 5 janvier 1428 décida que les
- quemandeurs d'aumônes ne seraient plus autorisés à vaguer dans
- l'intérieur de Notre-Dame ni à s'asseoir autour du chœur, mais
- qu'ils se tiendraient près des portes, en raison du bruit qu'ils
- faisaient au point d'empêcher la célébration des offices dans le
- chœur et les chapellenies, et à cause des ordures dont leurs
- enfants souillaient l'église. Bientôt l'audace des mendiants ne
- connut plus de bornes, et le chapitre, tout en usant de certains
- ménagements, ordonna qu'ils seraient expulsés du pourtour du
- chœur et confinés dans la nef (Arch. nat., LL 216, fol. 116,
- 185).
-
- [1139] Ce passage est resté en blanc dans les mss. qui nous sont
- parvenus.
-
- [1140] La chapelle Saint-Josse dépendant de la cure de
- Saint-Laurent se trouvait à l'angle formé par les rues
- Quincampoix et Aubry-le-Boucher; édifiée au XIe siècle, elle fut
- reconstruite en 1679 et démolie en 1791.
-
-705. Item, en celle année fut tant de cerises que on avoit la livre pour
-I denier tournois, voire telle fois fut VI livres pour ung blanc de IIII
-deniers parisis, et durerent jusques à la Nostre-Dame my aoust.
-
-706. Item, celle année fut la Sainct Laurens au vendredy, et fist on la
-foire comme autresfoiz de toutes marchandises acoustumées à ladicte
-journée.
-
-707. Item, ou moys de septembre ensuivant, on commença à vendenger, mais
-oncques mais les vendenges ne cousterent autant comme ilz firent celle
-année, et si ne furent oncques [mais] vendengeurs ne vendengeresses à si
-grant marché, car on avoit au commencement IIII femmes tout jour pour II
-blans, et, [tel jour fut, on en avoit V pour II blans], et hotteurs pour
-II blans ou pour III, et si avoit on tres grant marché de vivres, et si
-ne furent aussi cheres, passé à cinquante ans; car en toutes les portes
-de Paris avoit II ou III sergens de par les gouverneurs de Paris, qui
-sans loy et sans droit et par force faisoient paier à chascun hotteur II
-doubles, à chascune charrette qui amenoit cuves où il eust vendenge
-VIII blans, XVI de II, VIII solz parisis de III; et ceulx des
-garnisons d'entour Paris, comme le Bois de Vincennes[1141], comme
-Sainct-Cloud[1142], le Pont-de-Charenton, avoient de chascun villaige
-VIII ou X queues de vin de rançon, et autant ou plus qu'ilz en pilloient
-de nuyt et de jour, sans les grans patiz qu'ilz avoient; et tesmoignoient
-les gens dignes de foy que au Boys de Vicennes tant seullement en ot
-bien celle année IIIc queues, et les autres ainsi ce qu'ilz porent, non
-pas tant qu'i voldrent.
-
- [1141] Des lettres de rémission furent accordées le 28 mai 1438 à
- Girard de Semur, lieutenant de Jacques de Chabannes à Corbeil, à
- Regnaut le Pelé, Jean de Castelnau, Pierre de Cidrac et autres
- compagnons de guerre faisant partie des garnisons de Corbeil et
- du Bois de Vincennes, pour leurs courses et dévastations au
- détriment «des villaiges et platz pays environ lesdictes places;»
- l'autorité royale voulut bien excuser ces excès, eu égard «aus
- grans faultes et longs delaiz ou paiement de leurs gaiges et
- soldées», raison malheureusement trop fondée (Arch. nat., Y 4,
- fol. 35 vº).
-
- [1142] Le capitaine du pont de Saint-Cloud au mois de décembre
- 1437 était Adenet de Trœchelles qui imposa aux habitants de
- Sèvres l'obligation de faire le guet tant que Pontoise et
- Chevreuse seraient occupés par les Anglais (Arch. nat., X{la}
- 1482, fol. 43 vº); au mois de mars 1439, Michel Quentin
- commandait ce point fortifié.
-
-708. Et en celuy temps n'estoit nouvelle du roy nullement, ne que se il
-fust à Romme ou en Jherusalem. Et pour certain, oncques puis l'entrée de
-Paris nulz des cappitaines francoys ne fist quelque bien dont on doye
-aucunement parler, senon rober et pillier par nuyt et par jour; et les
-Angloys menoient guerre en Flandres, en Normendie, devant Paris, ne nul
-ne les contredisoit, et si gaignoient touzjours quelque forte place; et
-le jour Sainct Cosme et Sainct Damyen vindrent ilz jusques à
-Sainct-Germain-des-Prez, ne oncques nulz des gens d'armes de Paris ne
-s'en voldrent mouvoir, et disoient que on ne les paioit point[1143]. Et
-en verité quanque pouvres gens de bonne ville en leur obeyssance povoient
-gaigner estoit pour eulx, et de ceulx des villaiges ce qu'ilz avoient
-gaigné ou à gaigner leur ostoient ilz, ne nulle chose ne leur demouroit
-ne que après feu, et pour certain ilz disoient qu'ilz avoient aussi cher,
-ou mieulx, cheoir es mains des Angloys comme es mains des Françoys.
-
- [1143] Le fait est exact, au moins en ce qui concerne les
- garnisons des forteresses situées dans le rayon immédiat de
- Paris; les gens de guerre se trouvant à Saint-Denis, au Bois de
- Vincennes et à Lagny, ayant manifesté l'intention d'évacuer ces
- places «par faulte de payement de leurs gaiges», le connétable de
- Richemont se fit délivrer une somme de 637 livres, déposée entre
- les mains du changeur Renaud Thumery, pour être appliquée au
- payement de la solde arriérée (Arch. nat., X{la} 1482, fol. 20
- rº).
-
-709. Item, en ce temps, les bouchers de Sainct-Germain-des-Prez firent
-une boucherie au bout du pont Sainct-Michel, comme on tourne à aller aux
-Augustins[1144], et commencerent à vendre la vigille de Toussains, jour
-Sainct-Quentin.
-
- [1144] Une décision des «commissaires sur le fait de la justice
- souveraine» autorisa provisoirement les bouchers de la boucherie
- de Saint-Germain-des-Prés «à tenir leurs estaulx et à vendre
- leurs chars sur la riviere de Seine, au long des murs, devant
- l'ostel où souloit pendre la Coronne, pres du pont
- Saint-Michiel;» le Parlement prorogea successivement jusqu'au
- Carême Prenant et jusqu'à la Saint-Jean-Baptiste de l'année 1437
- le délai de Noël 1436 primitivement assigné aux bouchers pour
- l'exploitation de leur privilège (Arch. nat., X{la} 1482, fol. 3
- rº, 11 vº).
-
-710. Item, le jour Sainct-Clement ensuivant, vint le connestable à Paris
-et admena sa femme, seur du duc de Bourgongne[1145], et avoit esté femme
-au duc de Guienne, filx du roy de France, et vint avecques lui
-l'arcevesque de Rains, chancelier de France, et le Parlement du roy, et
-entrerent par la porte de Bordelles qui nouvellement avoit esté desmurée.
-
- [1145] Marguerite de Bourgogne, fille de Jean Sans-Peur, veuve du
- duc de Guyenne depuis 1415, épousa en secondes noces Artus de
- Bretagne, comte de Richemont; le mariage conclu à Amiens en
- l'année 1422 fut célébré peu après à Dijon en grande pompe.
- Madame de Guyenne, comme l'appelle toujours Gruel, mourut le jour
- de la Chandeleur 1442 (édit. Michaud, p. 190, 218). «Le tres
- grant deuil» ressenti par le connétable ne l'empêcha point
- d'épouser, cette même année, Catherine de Luxembourg.
-
-711. Item, le jeudy ensuivant, vigille Sainct Andry, fut crié à son de
-trompe que le Parlement du roy [Charles], qui depuis sa despartie de
-Paris avoit esté tenu à Poityers, et sa Chambre des comptes à Bourges en
-Berry, se tiendroit desormais au Palays Royal à Paris, en la fourme et
-maniere que ses predecesseurs roys de France l'avoient acoustumé à faire,
-et commencerent le jour Sainct Eloy, premier jour de decembre l'an mil
-CCCC XXXVI[1146]. Et ainsi fut fait, et furent rappellez aucuns bourgoys
-par doulceur, qu'on avoit mis hors après la departie des Angloys, pour ce
-que moult estoient favoureux aux Engloys pour leurs offices ou autres
-causes, et leur fut tout pardonné tres doulcement, sans reprouche ne sans
-malmettre eulx ne leurs biens[1147].
-
- [1146] Tous les manuscrits portent 1437, il faut lire 1436; c'est
- le samedi 1er décembre 1436 que le Parlement de Paris fut
- réorganisé; la séance d'ouverture fut présidée par l'archevêque
- de Reims, chancelier de France, assisté des archevêque de
- Toulouse, évêque de Paris, abbé de Saint-Denis, du bâtard
- d'Orléans, du maréchal de Rieux, du sire de Gaucourt, d'Adam de
- Cambrai, de Jean de Tudert (Arch. nat., X{la} 1482, fol. 2 rº).
- Ce même jour, furent également installés les nouveaux généraux
- sur le fait des aides, au nombre de trois (_Ibid._, Z{1a} 10,
- fol. 1).
-
- [1147] La mise à exécution de ces mesures d'apaisement fut
- confiée au Parlement de Paris, qui s'acquitta de cette tâche
- délicate avec toute la discrétion désirable; par délibération du
- lundi 10 janvier 1437, il décida de faire venir le lendemain, en
- présence du prévôt des marchands et des échevins, tous ceux qui
- avaient été frappés d'exil; lesquels «doulcement seront
- admonnestez de eulx gouverner et maintenir doulcement en la
- ville, sans y faire aucuns monoples, et feront serement d'estre
- bons et loyaulx au roy.» Deux jours plus tard, le Parlement prit
- de nouvelles conclusions et déclara que le serment des bourgeois
- rentrés en grâce serait reçu à huis clos, qu'aucune caution ne
- serait exigée d'eux, et qu'il n'y aurait point obligation de
- garder leur domicile. La prestation de serment eut lieu le samedi
- 15 décembre en présence de l'échevinage (Arch. nat., X{la} 1482,
- fol. 4 rº et vº).
-
-712. Item, celle année, fut tant de navez que on avoit celle année le
-boessel pour II doubles, et tant de poreaux que on avoit une grosse bote
-pour ung denier, qui l'année devant coustoit IIII doubles et
-davantage[1148].
-
- [1148] «Et davantage» manque dans le ms. de Rome.
-
-713. Item, poys, feves furent à si grant marché que on avoit feves pour
-dix deniers le boessel belles et grosses, et pour XIIII deniers bons
-pois; et tres bon vin partout Paris pour II doubles, blanc et vermeil.
-
-714. Item, en la fin de novembre, la vigille Sainct Andry, commença à
-geler si fort qu'elle dura jusques à Karesme-prenant, qui fut le XIIe
-jour de fevrier, et en cellui temps ne plut point, mais moult nega fort.
-
-
- [1437.]
-
-
-715. Item, celle nuyt de Karesme-prenant, à heure de mynuyt ou environ,
-prindrent les Angloys la ville de Pontoise[1149] par la grant negligence
-du cappitaine qui estoit signeur de l'Isle-Adam, qui n'estoit pas si
-saige comme mestier eust esté, car il estoit tres convoiteux, et bien y
-paru; car on disoit que au jour que la ville fut prinse qu'il y avoit de
-blé plus qu'il n'en failloit pour deux ans tous entiers pour fournir
-ladicte ville, et il en avoit tres pou à Paris; mays oncques, pour priere
-que ceulx de Paris peussent faire, il n'en volt oncques laisser venir
-grain à la ville de Paris, et lui voulloient donner les marchans de
-Pontoise de chascun sextier IIII solz parisis. Or perdit tout,
-premierement honneur, car il s'enfouyt honteusement sans deffendre ne luy
-ne la ville; ainsi par lui furent les bonnes gens tuez et leurs biens
-perduz, et ceulx qui ne furent tuez furent mis en divers lieux en
-prinsons, et mis à si grant finance qu'ilz ne porent paier, pourquoy
-plusieurs moururent dedens les prinsons. Ainsi fut tout ce mal par luy,
-et enforça les ennemis, et greva tant par sa mauvese garde Paris et le
-païs d'entour que à peine le pouroit on raconter, car aussitost que la
-ville fut prinse, III ou IIII jours après le blé enchery à Paris à la
-moitié, et tout potaige de grain; car nul n'osoit venir à Paris pour les
-Angloys qui partout couroient autour de Paris. Et fut la voeille du
-premier dimenche de karesme, vindrent à XII heures de nuyt ou environ
-assaillir Paris, pour ce que les fossez estoient gelez, mais ilz furent
-si bien reboutez par cannons ou autrement qu'ilz y gaignerent pou et que
-tout bel leur fut de leur esloingner.
-
- [1149] Pontoise fut enlevé par escalade le 12 février 1437 (voir
- le récit de J. Chartier, t. I, p. 234).
-
-716. Item, la premiere sepmaine de karesme, fut crié à son de trompe que
-nul boulenger ne feist plus de pain blanc ne gasteaux, n'eschaudez, affin
-que les bourgois qui avoient du blé cuisissent.
-
-717. Item, la gellée avoit tellement fait mourir toute la verdure que à
-la fin de mars on n'en trouvoit quelque pou, se non ung pou de poreaux,
-qui coustoient une petite bote IIII deniers que on avoit eue en janvier
-pour ung denier; et oignons tres chers, et pommes tres cheres, car le
-quarteron de Cappandu [ung] pou grosses coustoit VII blans. Et si ne vint
-nulles figgues, mais il fut le meilleur miel que on eust veu grant temps
-avoit, et à bon marché, car la pinte ne coustoit que deux blans; et si
-avoit on le molle de buche en Greve pour dix blans.
-
-718. Item, le pain fut moult cher, car le sextier de tres petit seigle
-coustoit XLIIII solz ou III frans, et le froument IIII frans.
-
-719. Item, la sepmaine peneuse, le mercredy XXVIe jour de mars [de] l'an
-mil IIIIc XXXVII, furent decolez III hommes, l'un advocat en parlement,
-nommé maistre Jaques [de] Luvay[1150], et ung autre de la Chambre des
-comptes, nommé maistre Jaques Rousseau[1151], et ung varlet boucher, qui
-estoit devenu poursuivant, qui portoit aux ennemis anciens de France
-tous les secretz que on faisoit à Paris, et lui envoioient les deux
-devantdiz, et ung autre nommé maistre Jehan le Clerc[1152], lequel fut
-mené en ung tumberel à boue la journée que les deux dessusdiz furent
-decollez, et après condampné perpetuelment en oubliette, pour ce que
-clerc estoit, et les deux estoient bisgames; lesquelx recongnurent,
-especialment maistre Jaques Rousseau, que quant aucunes bonnes villes que
-les Angloys tenoient se vouloient mettre en l'obeissance du roy de
-France, et que les bourgoys le mandoient au connestable et au chancelier
-qu'on feust prest de ce faire à tel jour, les faulx traistres devant diz
-le mandoient aux Englois qui tantost faisoient grans garnisons de gens
-d'armes, et faisoient copper testes à desroy, et bannissoient gens, et
-prenoient le leur sans mercy, et tuoient et boutoient feus es villaiges
-d'entour et menoient tous les biens en leurs garnisons.
-
- [1150] Aucun personnage de ce nom n'est inscrit sur la liste des
- avocats du Parlement qui prêtèrent serment aux Anglais le 15 mars
- 1436; mais il y avait alors au nombre des notaires de la
- chancellerie un Jacques de Louvain, souvent nommé dans le dernier
- registre de Henri VI. C'est peut-être de celui-ci qu'a voulu
- parler notre auteur.
-
- [1151] Jacques Roussel, clerc du roi en la Chambre des comptes
- dès l'année 1421, figure parmi ceux qui prêtèrent serment entre
- les mains du chancelier, le jeudi 15 mars 1436; il comptait au
- rang des plus chauds partisans de la domination étrangère. Vers
- 1424, la vieille porte Saint-Martin lui avait été donnée, à vie,
- par le roi d'Angleterre, moyennant une redevance annuelle de 70
- sols parisis, mais il renonça presque aussitôt à cette concession
- (Arch. nat., KK 403, fol. 21 vo). Les registres du Parlement le
- mentionnent plusieurs fois: le 13 septembre 1421, il est donné
- comme curateur à Jeannin des Champs, fils de Gilles des Champs,
- bailli de Meaux, pour les biens existant à Paris (_Ibid._, X{la}
- 4793, fol. 105 rº); en 1424 et 1425, ce même clerc des comptes
- soutint un procès contre Luquin du Pleis (_Ibid._, X{la} 64, fol.
- 163 rº; X{la} 4794, fol. 130 rº). Après la fin tragique de
- Jacques Roussel, sa veuve et ses enfants furent assez heureux
- pour se faire délivrer les biens du condamné, biens dont le fisc
- devait bénéficier suivant l'usage (_Ibid._, PP 118, Mémorial
- Bourges, fol. 5).
-
- [1152] Ce Jean le Clerc, qualifié de «notables homs, bon clerc et
- expert et bien recommendé de souffisance», eut un procès en août
- 1426 au Parlement avec Laurent le Berruyer, au sujet de la
- prébende de Bayeux, possédée jadis par Jean Courtecuisse. Il
- était avocat au Parlement au moment de l'expulsion des Anglais
- (Arch. nat., X{la} 1480, fol. 360 rº; X{la} 1481, fol. 118 vº;
- X{la} 4794, fol. 233 vº).
-
-720. Item, la sepmaine de Pasques l'an mil IIIIc XXXVII, fut prins à
-Beauvoys en Brie[1153] ung nommé maistre Mille de Saulx[1154], lequel
-estoit procureur de parlement, qui avoit autresfoys esté prins et avoit
-promis d'estre loyal et avoit baillée sa foy, et mis sa femme et deux
-filx qu'il avoit en hostaige; mais de tout ce ne tint compte, ne de
-foy[1155], ne de femme, ne d'enfens, mais devint le plus fort larron,
-bouteux de feus et de tout autre malefice qui fust en France ny en
-Normendie; et si estoit du mauldit conseil des trois devantdiz, et pour
-ce ot il la teste coppée, et son varlet, le Xe jour d'avril l'an mil CCCC
-XXXVIII; et cestui Mille enseigna plusieurs grans caves et anciennes,
-touchans à quarrieres, desquelles on ne savoit riens, parmy lesquelles on
-devoit bouter les Angloys dedens Paris, mais Dieu qui tout scet ne le
-volt consentir. Ung pou après, [en cellui moys], prindrent les Angloys le
-chastel nommé Ourville[1156], qui estoit au Galloys d'Aunoy[1157], lequel
-chastel il perdit par sa mauvestie, car les souldoiers qui le devoient
-garder, il ne voulloit paier de leurs gaiges, par quoy ilz furent cause
-de la prinse du chastel; et fut sa femme prinse et fut admenée à Meaulx
-qui estoit en celui temps en l'obeissance des Angloys, comment elle fut
-demenée des Angloys, on s'en taist[1158].
-
- [1153] Beauvoir, Seine-et-Marne, cant. de Mormant, à vingt-cinq
- kilomètres de Melun, possède encore un château entouré de fossés.
-
- [1154] Miles de Saulx ne nous est connu que par la mention d'un
- accord qu'il conclut le 20 février 1421 avec le chapitre de
- Notre-Dame, au sujet des biens délaissés par Jean Favre,
- chevecier de Notre-Dame, biens dont il s'était rendu acquéreur
- (Arch. nat., LL 215, fol. 313). Quant à l'expédition dirigée
- contre Beauvoir, elle est racontée tout au long par Gruel;
- d'après ce chroniqueur, ce château soutint un assaut qui dura un
- jour entier et se rendit le lendemain à discrétion; les assiégés
- obtinrent la vie sauve, moyennant une rançon d'un marc d'argent
- par tête, mais durent livrer Miles de Saulx qui fut amené à Paris
- et décapité par ordre du connétable (Gruel, édit. Buchon, p.
- 384).
-
- [1155] «Ne de foy» manque dans le ms. de Rome.
-
- [1156] Le château d'Orville, près de Louvres-en-Parisis
- (Seine-et-Oise, arr. de Pontoise, cant. de Luzarches). D'après J.
- Chartier (t. I, p. 235), il fut «prins d'eschielle»; suivant
- Gruel, il aurait été livré par les gens du sire d'Orville à
- Guill. Chambrelan, de la garnison de Meaux, puis démoli.
-
- [1157] Suivant la notice consacrée par M. Fagniez à la famille
- des Gallois d'Aulnay (_Mém. de la Société de l'hist. de Paris_,
- t. II, p. 299), le personnage ci-indiqué ne serait pas différent
- d'un bâtard d'Aulnay, sans prénom connu, partisan de la cause
- anglaise, souvent cité par Monstrelet (t. V, p. 27-31); nous
- pensons qu'il s'agit plutôt de Jean d'Aulnay dit Galois,
- chevalier, seigneur d'Orville, que nous voyons mentionné avec
- Isabelle d'Aulnay, sa femme, dans un procès plaidé au Parlement
- en juillet 1429 (Arch. nat., X{la} 4796, fol. 127 vº) et en
- février 1439 dans une autre affaire avec Colin du Bois (_Ibid._,
- X{la} 4798, fol. 11 vº); le même seigneur emmena à Orville un
- prisonnier du nom de Jean de Ploisy, qui, mis aux fers dans une
- basse fosse, se fit réclamer par le duc de Bedford (_Ibid._,
- X{2a} 22, fol. 9 rº).
-
- [1158] Gruel rapporte que Chambrelan emmena la dame d'Orville
- prisonnière avec trois ou quatre de ses femmes, l'une desquelles
- fut «forcée»; la même dame ne recouvra la liberté qu'après
- payement d'une rançon de quatorze cents écus.
-
-721. Item, il perdit toute sa chevance, et si fist la prinse de cestuy
-chastel tant de mal à Paris que homme ne le pouroit nombrer, car il
-estoit sur les chemins de Flandres et de Picardie et de Brie, et brief
-sur tous les chemins dont il povoit venir biens à Paris. Brief, il fist
-tant de mal à Paris, car il fut prins à l'entrée de juillet que on devoit
-cuillir les blez, si convint mettre grant garnison à Sainct-Denis[1159]
-pour garder les laboureurs; mais pour certain, on ne savoit duquel on
-avoit le meilleur marché, ou des Angloys ou des Francoys; car les
-Francoys prenoient patiz et tailles de III mois en III mois, et se les
-pouvres laboureurs n'avoient de quoy paier, les gouverneurs les
-habandonnoient aux gens d'armes, les Angloys les delivroient quant ilz
-les povoient prendre par rançon.
-
- [1159] L'entretien de cette garnison retomba entièrement à la
- charge des habitants de Paris; le 30 janvier 1438, Charles VII
- commit Pierre de Brabant, conseiller sur le fait de la justice
- des aides, Jean de la Porte, lieutenant criminel du prévôt de
- Paris, Simon du Martroy, échevin, et Thomas Pigache, bourgeois de
- Paris, à la levée d'une aide de mille livres tournois,
- spécialement affectée au payement de la garnison de Saint-Denis;
- on voit par le compte de Simon du Martroy (Arch. nat., KK 284,
- fol. 19 rº) que la perception de cet emprunt forcé ne put se
- faire que partiellement «pour la grant povreté du peuple et la
- grant cherté de vivres qui lors estoit.»
-
-722. En cellui temps fut mis le siege devant Montereau, le jour Sainct
-Berthelemy en aoust, dont il convint que ceulx de Paris paiassent une
-trop grosse taille[1160] qui moult les greva; car il n'estoit nul qui
-gaignast, se non ceulx qui avoient blé ou orge à vendre, et si estoit le
-blé tant cher ou droit cuer d'aoust, à l'entrée de septembre, que le plus
-petit blé valloit IIII frans, le fourment VI frans, l'orge XL solz
-parisis, et si ne mangoit on point de pain blanc.
-
- [1160] Trente-six mille livres tournois, tel est le chiffre
- énorme de l'aide imposée aux habitants de Paris pour subvenir aux
- dépenses du siège de Montereau. Comme il était difficile de
- réunir une somme pareille en argent monnayé, les Parisiens eurent
- la faculté de se libérer en sacrifiant leur vaisselle d'or et
- d'argent; par un mandement du 1er septembre 1437 à l'adresse des
- généraux maîtres des monnaies, Renaud Thumery, changeur commis à
- la monnaie de Paris, reçut ordre de payer pour chaque marc d'or
- fin 70 écus d'or, et pour chaque marc d'argent en vaisselle
- nouvellement poinçonnée 7 livres 10 sols tournois, afin de
- convertir ces matières en espèces (Arch. nat., Z{1b} 60, fol. 28
- vº).
-
-723. Item, le jour de la my-aoust, chanta on en la chappelle
-Sainct-François aux Pelletiers en l'eglise des Innocens la premiere messe
-de la glorieuse Assumpcion de la glorieuse Vierge Marie Nostre Dame.
-
-724. Item, en cellui moys de septembre IIIIc XXXVII, on fist de rechief à
-Paris la plus estrange taille qui oncques mais eust esté faicte, car nul
-en tout Paris n'en fut excepté, de quelque estat qu'il fust, ne evesque,
-abbé, prieur[1161], moyne, nonnains, chanoyne, prebstre, benefficié [ou
-sans benefice], ne sergens, menestriers, ne les clercs des parroisses, ne
-aucune personne de quelque estat qu'il fust. Et fut premierement faicte
-une grosse taille sur les gens[1162] de l'eglise, et après sur les gros
-marchans et marchandes, et paioient l'un IIIIm frans, l'autre IIIm ou IIm
-frans, VIIIc, VIc, chascun selon son estat; après aux autres mains
-riches, à l'un C ou LX, L ou XL, tretout le maindre paia XX frans ou au
-dessus, les autres plus petiz au dessobz de XX frans et au dessus de X
-frans, nul ne passoit XX frans et nul ne paoit mains de X frans, uns et
-autres plus petiz nul ne passoit C solz, ne mains de XL solz parisis.
-Après celle doloreuse taille firent une autre tres deshonneste, car les
-gouverneurs prindrent es esglises les joyaulx d'argent[1163], comme
-encenciers, plaz, burettes, chandelliers, paix, brief de tous vesseaux
-d'eglise qui d'argent estoient ilz prenoient sans demander, et en après
-ilz prindrent la grigneur partie de tout l'argent monnoyé qui estoit ou
-tresor des confraries. Brief, ilz prindrent tant de finance à Paris que à
-peine en seroit homme creu, et tout soubz l'ombre de prendre le chastel
-de Montereau et la ville. Et furent devant sans rien faire depuis la my
-aoust jusques au jeudy XIe jour d'octobre ensuivant, l'endemain de Sainct
-Denis, qu'ilz prindrent la ville par assault[1164], et les gens d'armes
-se mirent dedens le chastel à garant; après, pluseurs foys parlementerent
-ensemble, mais ilz ne porent accorder, si assaillirent le chastel par
-pluseurs foys et gecterent de leurs cannons et d'autre traict tant et si
-souvent que grandement greverent le chastel et ceulx de dedens. Et aussi
-traioient ceulx de dedens à ceulx de dehors, mais pou leur vallu, car ilz
-virent bien que longuement ne le povoient tenir le chastel qu'ilz ne
-fussent destruiz, si parlementerent au roy, et ad ce s'accorderent que
-les Angloys s'en iroient sauves leurs vies, comme estrangiers concquerans
-terre, car ilz n'estoient pas venus en France de leur auctorité, et tous
-ceulx qui avec eulx estoient de la langue de France se rendirent à la
-voulenté du roy; et ainsi fut fait, dont la plus grant partie d'iceulx
-Francoys renyez furent panduz par les gorges, et aucuns autres allerent
-en longs pellerinaiges, une corde au col. Cest appointement (fut) fait le
-sabmedi XIXe jour d'octobre l'an mil IIIIc XXXVII; et le mardi ensuivant
-randirent le chastel[1165] et s'en allerent. Et ceulx de Paris s'en
-tindrent bien mal comptents, et ne firent pour la prinse du chastel ne
-joie, ne feuz allumerent, ne n'en tindrent compte, comme ilz firent pour
-la prinse de la ville, car on sonna par tous les mostiers de Paris, et
-fist on par tout joye et liesse toute nuyt et feuz et dances, et tout ce
-fut delaissé, parce que on avoit ainsi delivré les Angloys et qui
-estoient IIIc, tous murdriers et larrons. La plus grant partie d'eulx se
-mist à la riviere pour plus emporter de leurs bagaiges, et quant ilz
-passerent par devant Paris, il fut crié, sur peine de la hart, que nul ne
-nulle ne fust si hosé ne si hardy de leur dire pis de leur nom, dont le
-peuple de Paris fut moult mal comptent, mais à souffrir le convint pour
-celle foys, car de nulle rien ilz n'osoient parler qui touchast le bien
-publicque, car ilz avoient tant d'oppressions, tant des tailles devant
-dictes, tant de malles gaignes, tant de grant charté de pain et de tous
-autres vivres que oncques[1166] on eust veu puis C ans. Mais l'esperance
-de la venue du roy les confortoit, laquelle fut bien en vain, car quant
-il vint à Paris, lequel y vint l'endemain de la feste Sainct Martin
-d'yver l'an mil IIIIc XXXVII, dont on fist aussi grant feste comme on
-pouroit faire à Dieu, car à l'entrée de la bastide Sainct-Denis par où il
-entra, tout armé au cler, et le dalphin, jeune d'environ dix ans[1167],
-tout armé comme son pere le roy; et à l'entrée les bourgoys luy mirent un
-ciel[1168] sur sa teste comme on a à la Sainct Sauveur à porter Nostre
-Seigneur, ainsi le porterent jusques à la porte aux Paintres dedens la
-ville[1169]. Et entre la dicte porte et la bastide avoit pluseurs beaux
-misteres, comme à la porte des Champs avoit angles chantans, à la
-fontaine du Ponceau-Sainct-Denis moult de belles choses qui moult longues
-seroient à raconter, devant la Trinité la maniere de la Passion, comme on
-fist pour le petit roy Henry, quant il fut sacré à Paris, comme davant
-est dit.
-
- [1161] Les mots: «Ne evesque, abbé, prieur» manquent dans le ms.
- de Rome.
-
- [1162] Ms. de Paris: grans.
-
- [1163] Si les conseillers de Charles VII mirent ainsi à
- contribution le trésor des églises, c'est que les finances
- royales étaient tellement épuisées que l'on ne pouvait attendre
- la réalisation même partielle de l'emprunt de 36,000 livres sur
- les habitants de Paris; dès le 22 septembre 1437, le chancelier
- de France, le comte de Vendôme et autres membres du conseil royal
- exposèrent aux chanoines de Notre-Dame la nécessité de se
- procurer immédiatement une somme de douze mille francs en vue du
- recouvrement de Montereau, et lui demandèrent l'avance d'un
- certain nombre de marcs d'argent. Le chapitre accéda à cette
- demande et fit peser par Jean Fournier, orfèvre, et Renaud
- Thumery, deux plats d'argent blanc et quatre candélabres d'argent
- du grand autel, du poids total de vingt-sept marcs (Arch. nat.,
- LL 217, fol. 334).
-
- [1164] Montereau fut emporté «de bel assault» le jeudi 10 octobre
- 1437 par Charles VII, qui paya bravement de sa personne en tête
- de son armée (Voir la relation de ce brillant fait d'armes
- insérée au registre du conseil du Parlement; Arch. nat., X{la}
- 1482, fol. 37 vo).
-
- [1165] Après la prise de la ville, Thomas Guérard, capitaine de
- la place pour le roi d'Angleterre, s'était retiré dans le
- château; il le rendit le mardi 22 octobre (Arch. nat., X{la}
- 1482, fol. 37 vº; J. Chartier, t. I, p. 237).
-
- [1166] «Oncques» manque dans le ms. de Rome.
-
- [1167] Le dauphin avait alors quatorze ans accomplis.
-
- [1168] Ce ciel en drap d'or vermeil porté par le prévôt des
- marchands et les échevins fut déposé par les sergents d'armes au
- prieuré de Sainte-Catherine-de-la-Culture (Journal parisien de
- Jean Maupoint, p. 24).
-
- [1169] La porte aux Peintres qui, dans le principe, faisait
- partie de l'enceinte de Philippe-Auguste, s'élevait près de
- l'impasse du même nom, à l'intersection des rues actuelles de
- Turbigo et aux Ours prolongée; devenue fausse porte après la
- construction de l'enceinte de Charles V, elle fut dégarnie de ses
- tours, puis démolie vers 1535.
-
-725. Item, à la porte aux Paintres aussi, et devant Chastellet et devant
-le Pallays, senon que depuis ladicte porte aux Paintres tout fut tandu à
-ciel jusques à Nostre-Dame de Paris, senon le Grant Pont. Et quant il fut
-devant l'Ostel Dieu ou environ, on ferma les portes de ladicte eglise de
-Nostre-Dame, et vint l'evesque de Paris, lequel apporta ung livre sur
-lequel le roy jura, comme roy, qu'il tendroit loyalment et bonnement tout
-ce que bon roy faire devoit[1170]. Après furent les portes ouvertes, et
-entra dedens l'eglise et se vint loger au Palays pour celle nuyt; [et
-fist on moult grant joie celle nuyt] comme de bassiner, de faire feus en
-my les rues, dancer, menger, et boyre et de sonner pluseurs instrumens.
-Ainsi vint le roy à Paris comme devant est dit.
-
- [1170] Charles VII arriva devant Notre-Dame à quatre heures après
- midi, il fut reçu par l'évêque Jacques du Châtelier, qui lui
- adressa l'allocution suivante: «Tres chrestien roy, nostre
- souverain et droicturier seigneur, les saincts et tres chrestiens
- roys de France, vos predecesseurs, qui tant ont honouré et amé
- Dieu et l'eglise, si ont acoustumé que, après leur unccion et
- sacre en leur premier joyeux advenement en ceste vostre cité, ilz
- viennent premier à l'eglise, et devant qu'ilz entrent en ladicte
- eglise, ilz doivent faire premier le serement à l'eglise, et
- ainsi le devez faire en ensuivant les sainctes voyes et bons
- propos de vos predecesseurs, et est le serement tel.» Après cette
- exhortation le roi, étendant la main sur les saints Évangiles,
- s'exprima en ces termes: «Ainsi comme mes predecesseurs l'ont
- juré, je le jure.» Ce cérémonial accompli, Charles VII fit son
- entrée solennelle dans la cathédrale et vint baiser les saintes
- reliques (Arch. nat., LL 217, fol. 357-359).
-
-726. Item, le jour Saincte Katherine ensuivant, fut fait ung moult
-solempnel service à Sainct-Martin des Champs pour feu le conte d'Arminac
-qui fut tué, comme devant est dit, environ dix-neuf ans devant dedens le
-Pallays; et y ot bien ce jour XVIIc cierges alumez et de torches à la
-value, et tous prebstres qui voldrent dire messe furent paiez; mais on
-n'y fist point de donnée, dont on s'esbahyt moult, car telz IIIIm
-personnes y allerent, qui n'y fussent ja entrez, s'ilz n'eussent cuidé
-que on y eust fait donnée, et le maudirent qui avant prierent pour luy.
-Et tout ce service fist faire le conte de Pardriel ou de la Marche[1171],
-le mainné filx du conte d'Arminac devant dit, et y fut le roy et
-chevaliers d'Anjou et tous ceulx de Nostre-Dame et des collieges de
-Paris, tous revestuz.
-
- [1171] Bernard d'Armagnac, comte de Pardiac et de la Marche,
- vicomte de Carlat et de Murat, second fils de Bernard d'Armagnac
- et de Bonne de Berry, institué, en 1422, lieutenant et capitaine
- général au bailliage de Mâcon et sénéchaussée de Lyon, mourut
- vers 1462, laissant de son mariage avec Éléonore de Bourbon un
- fils, Jacques d'Armagnac, duc de Nemours.
-
-727. Item, après dit le service, furent portez les os dudit conte à
-Nostre-Dame des Champs, acompaigné de grant luminaire et de gens vestus
-tous de noir, et là fut laissé jusques au mercredy suivant; et ce jour
-disna le roy à Sainct-Martin des Champs, et le mercredy furent emportez
-les os dudit conte en son païs d'Arminalx.
-
-728. Et en ce temps avoit à Paris foison gens d'armes, et environ XL ou L
-larrons qui s'estoient boutez dedens Chevreuse[1172] couroient tous les
-jours jusques aux portes de Paris et prenoient hommes, bestes, voitures;
-et devers la porte Sainct-Denis ne sçay quelx larrons qui estoient à
-Ourville venoient prendre les hommes et les proyes jusques emprès les
-portes de Paris, et par ce point venoient toutes les sepmaines, et quant
-ilz estoient III ou IIII lieus loing, les gens d'armes qui à Paris
-estoient s'armoient tout à loisir et se partoient sans conroy, et tantost
-s'en revenoient puis qu'ilz avoient fait maniere. Et pour ce enchery tout
-grain, car blé valloit V frans et demy, qui n'estoit que mesteil, orge LX
-solz, feves menues V solz parisis le boessel, poys au pris, huylle V solz
-parisis la pinte, la livre de beurre [sallé] VI blans, et tout à forte
-monnoye[1173]. Et depuis que le roy estoit entré à Paris, tout enchery
-comme dit est, pour ces larrons qui touzjours estoient en embusche
-emprès Paris, ne roy, ne duc, ne conte, ne prevost, ne cappitaine n'en
-tenoit compte, ne que s'ilz fussent à cent lieues loing de Paris.
-
- [1172] Chevreuse, tombé par surprise au pouvoir des Anglais en
- 1437, redevint français peu après, ensuite du rachat qu'on en fit
- de Guillaume du Brouillart, chevalier (Cf. J. Chartier, t. I, p.
- 235).
-
- [1173] Malgré le peu de sécurité des communications et la
- difficulté extrême des transports, il se trouvait encore des
- marchands qui ne craignaient pas d'exposer aux dangers des grands
- chemins les produits destinés à l'approvisionnement de la
- capitale, témoin ce Jean des Bonnes qui, en l'an 1437, «fist
- amener à Paris LXXVIII quaques de haren blanc, deux pipes de
- haren sor et cinq ambours de salmons salez» (Arch. nat., X{2a}
- 22, 21 mars 1443).
-
-729. Item, il fu cel an grant année de choulx à Paris[1174] et de navez,
-car le boessel ne coustoit que VI deniers parisis, par quoy les gens
-appaisoient leur fain et à leurs enfens.
-
- [1174] «A Paris» manque dans le ms. de Rome.
-
-730. Item, le fruit failly partout, se non de neffles et de pommes de
-boys, et si ne fut nulles noys ne nulles almandes.
-
-731. Item, le roy se desparti de Paris le IIIe jour de decembre l'an mil
-IIIIc XXXVII, sans ce que nul bien y feist à la ville de Paris pour lors,
-et sembloit qu'il ne fust venu seullement que pour veoir la ville, et
-vraiement sa prinse de Montereau et sa venue cousta plus de LXm frans à
-la ville de Paris, où qu'ilz fussent prins.
-
-
- [1438.]
-
-
-732. Item, le jour de la Thiphaine, les larrons de Chevreuse, environ XX
-ou XXX, vindrent à la porte Sainct-Jaques et entrerent dedens Paris, et
-tuerent ung sergent à verge nommé ***, qui estoit assis à ung huys, et
-s'en rallerent franchement, et prindrent trois des portiers gardans la
-porte et pluseurs autres pouvres gens, sans la proye qui ne fut pas
-petite, et si n'estoit que XII heures de jour ou environ, et disoient:
-«Où est vostre roy! Hé[1175] est il mucé?» Et pour les cources que lesdiz
-larrons faisoient, enchery tant pain et vin que pou de gens mengeoient de
-pain leur saoul, ne pouvres gens ne buvoient point de vin[1176], ne
-mengeoient point de char qui ne leur donnoit, ilz ne mengeoient que
-navez ou trongnons de choulx mis à la braise sans pain, et toute nuict et
-tout jour crioient petis enfans et femmes et hommes: «Je meur! Helas! las
-doux Dieu! je meur de fain et de froid!» et toutes fois qu'il venoit à
-Paris gens d'armes pour acconvoyer aucuns biens qu'on y amenoit, ilz
-amenoient avec eux IIc ou IIIc mesnaigers, pour ce qu'ilz mouroient de
-fain à Paris.
-
- [1175] «Hé» manque dans le ms. de Rome.
-
- [1176] L'examen de notre journal, en ce qui concerne les
- événements de l'année 1438, nous avait permis de constater d'une
- part le peu d'étendue des matières comprises sous cette année et
- d'autre part le défaut de suite du texte; à ce dernier point de
- vue, il est aisé de remarquer que le passage «Item ceux de
- Montargis firent semblablement et rendirent ces III places.» ne
- pouvait se rattacher à aucun des faits précédemment rapportés, ce
- qui laissait entrevoir l'existence d'une lacune. Cette lacune
- considérable, qui se retrouve même dans le ms. de Rome, est
- comblée dans notre édition à l'aide du manuscrit de Paris, auquel
- nous empruntons la fin du paragraphe: _Item, le jour de la
- Tiphaine_ à partir des mots _ne mengeoient point de char_, et
- tout ce qui suit jusque inclusivement au paragraphe qui commence
- ainsi: _Item, en ce temps, le capitaine de Dreux_. Un autre
- manuscrit du Journal parisien, celui de la bibliothèque d'Aix,
- dont l'existence nous a été révélée pendant l'impression de notre
- chronique, renferme également dans son entier le passage inédit
- dont nous donnons le texte.
-
-733. Item, la vigille Sainct Marc, en avril, qui fust à un jeudi fist un
-si grant vent qu'il arracha les plus gros ormes de ceulx qui estoient
-devant l'Isle-Nostre-Dame, et le sabmedi de devant cheut devant la
-chambre Me Hugues un mur devant soudainement emmi la rue, lequel tua III
-hommes qui par là passoient et en blessa IIII qui moururent, et ainsi
-furent VII hommes mors par ledit mur. En celluy temps faillist le pain à
-Paris, car le bled valloit VII frans; febves, pois, VI blans le septier;
-et pour certain le pain de II blans ne pesoit que XI onces.
-
-734. Item, en celle année IIIIc XXXVIII, fust si grant foison de
-chenilles qu'ilz degasterent tous les arbres et les fruictz, et le vent
-devant dict qui fust la vigille Sainct Marc abatit tant de fruict comme
-de cerises, de noix; brief, il fist moult de dommaige par tous lieux, et
-abatit plusieurs maisons, cheminées sans nombre, et tant d'arbres portant
-fruict, que ce fust une tres grande merveille, et esbahissement du grant
-dommaige qu'il fist en plusieurs lieux et presque partout, et si ne dura
-que VI heures ou environ.
-
-735. Item, il fust tant grant charté de verdure celle année que à
-l'entrée de may on vendoit--pour faute de porée--choulx, des mauves, des
-sauves, de la pareille, des orties, et les cuisoient les pouvres gens
-sans gresse, senon sel et eau, et mengeoient sans pain, et dura jusques
-après la Sainct Jehan; mais par force de pluye dont grande abondance fut
-en celluy temps, vint la verdure environ VIII jours devant la Sainct
-Jehan à marché, mais tout grain enchery tousjours, que bon bled valloit
-VIII frans le sextier, forte monnoye, et petites febves noires que on
-souloit donner aux porcs dix solz pour le boissel.
-
-736. Item, Seine fust si grande à la Sainct Jehan qu'elle passoit assès
-la Croix de Greve.
-
-737. Item, il faisoit si grant froid à la Sainct Jehan comme il debvroit
-faire en febvrier ou en mars.
-
-738. Item, la premiere sepmaine de may audit an mil IIIIc XXXVIII, (à)
-chascune des IIII portes de Paris, deux à la porte et une dessus les
-barrieres encontre le mur, on attacha III pieces de toile tres bien
-peintes de tres laides histoires; car en chascune avoit painct ung
-chevalier des grans signeurs d'Angleterre, icelluy chevallier estoit
-pendu par les piez à un gibet, les esperons chaussés; tout armé senon la
-teste, et à chascun costé un diable qui l'enchaînoit, et II corbeaux
-laidz et hideux qui estoient en bas en son visage, qui luy arrachoient
-les yeux de la teste par semblant.
-
-739. Item, il y avoit escript au premier: GUILHAUME DE LA
-POULLE, CHEVALLIER ANGLOIS, COMTE DE SUFFORD ET GRANT MAISTRE
-D'HOSTEL DU ROY D'ANGLETERRE, CHEVALIER DE LA JARTIERE, FAULX
-PARJURE DE LA FOY MENTIE, DEUX FOIS, ET DE SON SEELLE A NOBLE
-CHEVALLIER, TANGUY DU CHASTEL, CHEVALLIER FRANÇOIS.
-
-740. Item, l'autre estoit: ROBERT, COMTE DE HUILLEBIT, PARJURE
-UNE FOIS DE SA FOY MENTIE ET DE SON SEEL AUDIT TANGUY DU CHASTEL,
-CHEVALLIER DEVANT DICT.
-
-741. Item, l'autre estoit nommé THOMAS BLOND, CHEVALLIER, non pas comte,
-ne chevallier de la Jartiere, comme les deux autres, mais PARJURE DE SA
-FOY MENTIE ET DE SON SEEL A TRÈS NOBLE CHEVALLIER FRANÇOIS, MONSIEUR
-TANGUY DU CHASTEL. Ainsi estoit celle tres laide (histoire) encontre
-à l'entrée de chascune porte de la ville de Paris.
-
-742. Item, la nuict de la Sainct Jehan, fust faict ung grant feu devant
-la maison de la ville, et ne fust point allumé le droict feu qui estoit
-en la place accostumée, pour ce que l'eaue y estoit trop grande, car elle
-passoit la Croix, comme devant est dit.
-
-743. Item, la fille du roy nommée Marie, qui estoit religieuse à Poissy,
-alluma le feu d'un costé et le connestable de l'autre, lequel on disoit
-estre favorable aux Anglois plus qu'au roy ne que aux François, et
-disoient les Anglois qu'ilz n'avoient point paour de guerre, ne de
-perdre, tant comme il seroit connestable de France; qu'il en estoit, je
-n'en scay rien, mais Dieu le scet bien. Et pour vray, il se monstroit
-tres mauvais ou tres couart en toutes ses besongnes, car il alla la
-sepmaine d'après la Sainct Jehan devant Ponthoise et, tantost, les menues
-gens qui avec luy estoient gaignerent l'une des plus fortes tours qui
-fust en la ville, et quant il vit que l'on besongnoit si asprement, il
-fist tout laisser, et s'en refouit à Paris, et dict qu'il ne vouloit pas
-faire tuer ne les bonnes gens; et pour certain le peuple qui avec luy
-estoit juroit, que s'il ne les eust point laissez, que à tres pou de
-temps ilz eussent gaigné la ville et chastel. Helas! l'emprise fust si
-mal laissée, car il estoit l'entrée d'aoust, et on les laissa en ce
-poinct, par quoy ilz firent si grant dommaige des blez qui estoient
-entour Paris et entour Sainct-Denis que nul n'osoit aller cuillir ses
-grains aux champs; et si ordonna ce noble connestable que chascun arpent,
-de quelque gaignage que ce fust, ou bled ou potagé, ou de quelque semence
-que ce fust, luy payast IIII solz parisis, sans les patis, sans les
-courses.
-
-744. Item, de chascune queue de vin, IIII solz parisis; de chascun muy,
-VIII blans.
-
-745. Item, parce qu'il s'en revint ainsi, plusieurs de la ville orent
-moult à souffrir des Anglois, car les uns furent decapitez, les autres
-boutez hors, les autres s'enfouirent et perdirent tous leurs biens.
-
-746. Item, le mardy XIXe jour d'aoust, trespassa madame Marie de Poissy
-au Pallais, et mourust d'espidimie, dont elle fust moult merveilleusement
-esprise, comme il apparust, car les mires qui son corps ouvrirent pour
-l'ordonner, comme à telle dame appartenoit, furent tantost frapez de
-ladicte espidimie, et tous en moururent bien tost après.
-
-747. Item, elle fust portée en l'abbaye de Poissy, et là fust elle
-enterrée tres honnorablement, comme à telle dame appartenoit.
-
-748. Item, ceste dame estoit une moult grant dame, car elle estoit fille
-de roy, seur de roy, bel'ante de roy, dame des relligieuses de Poissy.
-
-749. Item, le roy, ne nul des signeurs ne venoit à Paris, ne entour, ne
-que s'ilz fussent en Hierusalem, et pour ce y avoit si grant charté à
-Paris[1177], car on n'y povoit rien apporter qui ne fust rançonné ou
-tout robé des larrons qui estoient es garnisons d'entour Paris; car
-environ la Sainct Martin d'yver que on a semé, bon bled valloit VII frans
-et demy et plus, orge VI frans le sextier, pois et febves VI frans, ung
-petit cacque de petit vin vermeil IIII ou V frans, la livre de beurre
-sallé IIII solz parisis, huyle de noix XVI blans, celle de chenevis
-autant; ne il n'estoit nulz pourceaux à la Sainct Clement, par defaulte
-du roy qui ne tenoit compte du pays de France, et se tenoit tousjours en
-Berri par les mauvais conseils qu'il avoit.
-
- [1177] En 1438, la récolte manqua complètement, suivant des
- témoignages contemporains; «pour la stérilité du temps, le blé
- fut tres chier à Chartres» et la misère fut si grande que
- «plusieurs mesnaigiers furent astrains à eulx en aler vivre
- ailleurs» (Arch. nat., Z{1a} 12, fol. 20).
-
-750. Item, cel an, fust moult de noix, si vendoit on le sextier IIII
-blans, parce que les marchans de Paris mettoient toutes choses qui garder
-se povoient en leurs greniers.
-
-751. Item, en ce temps, le capitaine de Dreux, de Chevreuse[1178] et
-aucuns de leurs gens vindrent faire le serment au connestable à Paris, et
-ceulx qui ne le voldrent faire s'en allerent à Rouen.
-
- [1178] La reddition de ces deux places fut ménagée par Thibaud de
- Charmes, capitaine de Chartres, qui, ayant été surpris par les
- Anglais en 1436 ou 1437, fut emmené prisonnier à Dreux et
- consacra les loisirs de sa captivité «à bastir la reduccion de
- Dreux et de Chevreuse»; à cet effet, il fit maints voyages auprès
- de Charles VII (Arch. nat., Z{1a} 12, fol. 19 vº). D'après Jean
- Chartier (t. I, p. 237), G. Brouillart aurait reçu pour la remise
- des ville et château de Dreux une somme de 60,000 à 80,000 écus.
-
-752. Item, ceulx de Montargis firent semblablement[1179], et rendirent
-ces III places.
-
- [1179] Montargis que les Anglais avaient enlevé par escalade fut
- rendu ou pour mieux dire vendu aux gens de Charles VII par un
- fameux capitaine de routiers, François de Surrienne, dit
- l'Arragonnois (J. Chartier, t. I, p. 235).
-
-753. Item, Montargis s'estoit autresfoys rendu par ainsi que on devoit
-donner grant finance, laquelle ung grant signeur qui la devoit porter la
-joua aux dez. Ainsi estoit tout gouverné, et se randirent la darraine
-sepmaine, l'an mil IIIIc XXXVIII, du moys d'octobre.
-
-754. Item, la mortalité fut si grande, especialment à Paris, car il mouru
-bien à l'Ostel Dieu en celle année cinq mil personnes, [et parmy la cité
-plus de XLV mil], que hommes, que femmes, que enfans; car quant la mort
-se boutoit en une maison, elle en emportoit la plus grant partie des
-gens, et especialment des plus fors et des plus jeunes[1180].
-
- [1180] La maladie épidémique qui détermina une mortalité aussi
- effrayante à Paris paraît avoir été ce que l'on appelait la
- _bosse_, c'est-à-dire la petite vérole (Arch. nat., X{2a} 22,
- août 1441). Jean Chartier (t. I, p. 245) évalue le nombre des
- victimes à cinquante mille personnes et, détail lamentable qui
- témoigne d'une misère excessive, il ajoute qu'il mourut à
- l'Hôtel-Dieu autant de pauvres gens de faim que par la maladie.
- Suivant le Journal de Maupoint (p. 25), le nombre des morts fut
- si grand que toute sonnerie dans les églises fut interdite. Vers
- la fin d'octobre 1438, le mal, bien qu'ayant perdu de son
- intensité, continuait à décimer la population parisienne, comme
- le montre la délibération suivante prise par le Parlement de
- Paris, réduit à treize conseillers, tous les autres étant morts
- ou absents: «Jeudi XXVIe octobre 1438, cedit jour, deliberé a
- esté, consideré la pestilence de mortalité qui a couru, laquelle
- encores du tout n'est cessée, l'absence des conseillers de la
- court et que pluseurs en sont trespassez, que le commancement de
- Parlement à venir sera continué jusques au premier jour de
- decembre prochainement venant» (Arch. nat., X{la} 1482, fol. 92
- vº).
-
-755. Item, de celle mort trespassa l'evesque de Paris, nommé sire
-Jaques[1181], ung homme tres pompeux, convoicteux, plus mondain que son
-estat ne requeroit, et trespassa le IIe jour du moys de novembre, l'an
-mil IIIIc XXXVIII.
-
- [1181] Jacques du Châtelier, enlevé par la contagion, fut inhumé
- à Notre-Dame dans le chœur, devant la stalle du pénitencier. Son
- épitaphe le fait mourir le 2 novembre, et cette date est
- généralement admise; elle ne paraît cependant pas entièrement
- certaine; en effet, l'exposé de son exécution testamentaire
- présenté au Parlement par Adam de Cambray parle du commencement
- de décembre. Le règlement de la succession de l'évêque ne laissa
- pas que d'offrir quelques difficultés, en raison des réclamations
- formées par ses créanciers; Jean Bureau, receveur du domaine de
- Paris, jugea même à propos d'installer dans l'hôtel épiscopal,
- pour la garde des biens, des sergents qui durent vider les lieux
- devant un ordre du Parlement intimé le 10 décembre 1438 (Arch.
- nat., X{la} 1482, fol. 92 vº, 99 rº).
-
-756. Item, en ce temps venoient les loups dedens Paris par la riviere et
-prenoient les chiens, et si mengerent ung enffant de nuyt en la place aux
-Chatz derriere les Innocens[1182].
-
- [1182] La place aux Chats ou aux Chaps, suivant l'orthographe
- adoptée par M. Biollay, se trouvait au point de jonction des rues
- des Déchargeurs, de la Lingerie, de la Charronnerie et de la
- Ferronnerie; elle servait anciennement de marché aux fripiers
- ambulants (Biollay, _Les anciennes halles de Paris_, Mém. de la
- Société de l'hist. de Paris, t. III, p. 323).
-
-757. Item, le jour Saincte Geneveve et l'endemain, et le IIIe jour
-ensuivant, tonna, esparti, gresla aussi fort comme on vit oncques faire
-en esté temps au matin et après disner; et estoit [tout] ainsi cher comme
-devant est dit.
-
-
- [1439.]
-
-
-758. Item, ou moys de janvier, fut prins par les Angloys le chastel de
-Sainct-Germain-en-Laie[1183], et fut par ung faulx religieux de
-Saincte-Geneveve, nommé Carbonnet, lequel estoit prieur de Nanterre, et
-se fist privé du cappitaine dudit chastel, et tant fist qu'il y entroit à
-quelque heure qu'il voulloit, et savoit touzjours où les clefs estoient,
-que on ne se deffioit point de lui; et le mauvais homme alla à Rouen et
-promist au conte de Varvic[1184], que se il lui voulloit donner IIIc
-salus d'or, qu'il luy randroit le chastel, et on les lui bailla, et le
-faulx traistre leur livra le chastel au jour qu'il avoit promis. Et
-environ XII ou XV jours après fut prins et recongnut toute la traïson, et
-fut jugé à prinson perpetuelle, chargé de gros fers, jambes et bras, et
-ne menger jamais que pain et eaue, et tres pou.
-
- [1183] Le château de Saint-Germain-en-Laye avait été recouvré en
- 1436 par le connétable de Richemont qui avait gagné à prix
- d'argent le capitaine anglais de cette forteresse (J. Chartier,
- t. I, p. 229).
-
- [1184] Le comte de Warwick avait succédé le 16 juillet 1437 au
- duc d'York qui avait remplacé lui-même le duc de Bedford en
- qualité de lieutenant du roi d'Angleterre en France.
-
-759. Item, fut la ville de Paris sans evesque jusques au XXIe jour de
-fevrier ensuivant, la vigille de la Chaire Sainct Pierre, que en fist
-evesque de Paris l'arcevesque de Tholouze[1185]. Pour ce qu'il estoit du
-conseil du roy, il ot l'un et l'autre, et aussitost qu'il fut confermé,
-il se transporta à son arcevesché et laissa Paris, que à Pasques et aux
-Quatre Temps de la premiere sepmaine de karesme, il convint prendre et
-prier autre prelat pour faire les ordres et autel divin service
-appartenent à soy de faire.
-
- [1185] Denis du Moulin, originaire de Meaux, docteur en droit,
- successivement chanoine de Vienne, de Chartres, de Reims, de
- Tours et d'Embrun, fut appelé à l'archevêché de Toulouse le 21
- avril 1423, remplit de 1423 à 1439 plusieurs missions importantes
- que lui confia Charles VII; nommé évêque de Paris au commencement
- de l'année 1439, il eut pour successeur à Toulouse son frère
- Pierre du Moulin, mais ne prit possession de son diocèse que vers
- le mois d'août ou de septembre, le chapitre de Notre-Dame
- conserva de mars à juillet «l'administracion de l'eveschié de
- Paris, _sede vacante_» (Arch. nat., X{la} 1482, fol. 101 vº).
-
-760. Et en celui temps il n'avoit ne roy ne evesque qui tenist compte de
-la cité de Paris, et se tenoit le roy tousjours en Berry, ne il ne tenoit
-compte de l'Isle de France, ne de la guerre, ne de son peuple, ne que
-s'il fust prinsonnier aux Sarazins. Et dit on par commun langaige: Selon
-signeur, mesnie duicte. Car en verité les Angloys couroient toutes les
-sepmaines deux ou III foiz [autour de Paris], et pilloient, tuoient et
-rançonnoient, et pour certain le connestable, ne les cappitaines ne s'en
-avanssoient de leur deffendre aucunement, ne que s'ilz fussent de leur
-party.
-
-761. Item, en celui temps, avoit si cher temps à Rouen que le sextier de
-bien povre blé coustoit X frans, et tous vivres au prix; et trouvoit on
-tous les jours en my les rues les petiz enffans mors que les chiens
-mengoient ou les porcs, et tout par la cruaulté de l'arcevesque[1186],
-qui estoit homme plain de sang, et avec lui le prevost qui avoit esté de
-Paris, messire Symon Morhier[1187], qui eslevé leur a tant de malles
-[toutes], que nul ne povoit vivre en la cité de Rouen, s'il n'estoit à
-eulx, ou se il n'estoit moult riche par avant; ainsi estoit tout
-gouverné.
-
- [1186] Louis de Luxembourg, chancelier de France pour les
- Anglais, évêque de Thérouanne, se fit transférer au siège
- archiépiscopal de Rouen le 24 octobre 1436, et fit son entrée
- solennelle dans son église le 9 août de l'année suivante; il
- mourut en Angleterre le 18 septembre 1443 et fut inhumé dans
- l'église d'Ely qu'il avait désignée comme lieu de sa sépulture
- dans son testament fait à Rouen, le 15 septembre 1438 (_Gallia
- christiana_, t. XI, preuves, p. 56).
-
- [1187] Simon Morhier occupait à cette époque le poste de
- trésorier et général gouverneur des finances du roi d'Angleterre
- en Normandie; il dut recevoir de nombreuses malédictions pour les
- _maletoltes_ et autres impositions levées sur les habitants de
- Rouen (Arch. nat., K 65, 1; K 65, 131).
-
-762. Item, en cellui an, l'an mil CCCC XXXVIII, fut si largement verdure,
-comme poirée, choulx, poreaulx, navez, persin, cerfeuil, et toute autre
-verdure appartenant à corps de homme nourir; car ou moys de janvier
-jusques à la Sainct Jehan, on avoit plus de verdure pour ung tournois à
-la Chandeleur et devant et après, que on avoit eu l'année de devant en
-avril ne en may pour deux blans ou III.
-
-763. Item, environ huit jours après la Sainct Pere, fut le persil et le
-cerfeuil tant cher que on n'en povoit finer; pour vray, on vendoit IIII
-doubles ou VI deniers autant de persil ou de cerfeul que on avoit eu
-quinze jours devant pour ung neret.
-
-764. Item, à la Sainct Jehan ou environ, enchery tant le blé que pour
-vray ung sextier de bon mesteil valloit VIII frans, et ung sextier de
-seigle valloit VI frans; et la mesure de suif VI solz parisis; la pinte
-d'uylle de noix, VI solz; la livre de chandelle, IIII blans.
-
-765. Item, en cellui temps, vint le connestable à Paris et amena avec lui
-ung grant tas de larrons, et fist entendant qu'il estoit venu pour
-prendre Pontoise, et les mena environ la ville, et la regarda tant
-seullement de loing, et dist qu'elle estoit moult forte à prendre, et
-qu'il n'avoit pas assez gens, et s'en retourna sans autre chose faire,
-lui et ses larrons, tout gastant les blés, les gangnaiges et les
-eritaiges des bonnes gens, avant qu'ilz fussent bons, especialment les
-serises qui commançoient à rougir, et ce qu'ilz ne povoient menger, comme
-feves nouvelles et pois, apportoient ilz à grans sachées.
-
-766. Item, la darraine sepmaine de juing, vint ung autre aussi mauvais ou
-pire, nommé le conte de Perdriel, qui fut filz du conte d'Arminal qui fut
-tué pour ses demerites, et admena une autre grant compaignie de larrons
-et de meurdriers qui pour leur mauvaise vie et detestable gouvernement
-furent nommez les Escorcheurs; et pour vray ilz n'estoient pas mal
-nommez, car aussitost qu'ilz venoient en quelque ville ou villaige, il
-convenoit soy rançonner à eulx à grant finance, ou ilz degastoient tous
-les blez qui y estoient, qui encore estoient tous vers. Et firent
-entendant qu'ilz devoient prendre Meaulx d'assault, ou par gens qui leur
-devoient livrer, ou par composicion ou autrement, et firent charger
-cannons et prendre tout le pain que on trouvoit, et orent de l'argent
-largement, car on cuidoit qu'ilz deussent trop bien faire la besongne,
-mais ilz ne passerent guere par delà le chastel de Dampmartin, et là
-pilloient, tuoient, rançonnoient les blés et tous autres gaignaiges, sans
-autre bien faire. Ainsi besongnoit le noble connestable de France, nommé
-Artus, conte de Richemont. Et pour vray les prinsonniers des Anglois
-disoient à Paris et ailleurs, quant ilz avoient paiée leur rançon et
-qu'ilz estoient en leurs lieux, que les Anglois disoient [plainement]:
-«Par Sainct George! vous povez bien crier et braire à vostre connestable
-[qu'il vous secoure, car par Sainct Edouart! tant qu'il sera
-connestable], nous n'avons point paour que nous soions combatuz qu'il
-puisse, car quant il veult faire une armée pour faire le bon varletz et
-pour avoir de vostre argent, nous le savons de par lui ou de par autre
-touzjours III ou IIII jours davant, car par Sainct George! lui bon
-Anglois, et à secret et en appert.» Mais aucuns tenoient qu'ilz le
-disoient pour le mettre en hayne du roy et du commun, mais la plus saine
-partie le tenoit pour tres mauvays homme et tres couart. Brief, il ne lui
-challoit [ne de roy], ne de prince, ne du commun, ne de ville ne de
-chastel que les Angloys preissent, [mais qu'il eust de l'argent, ne lui
-challoit] du demourant ne de quel part. Brief, il n'estoit à rien bon au
-regart de la guerre, et laissoit et souffroit aux gros qui avoient les
-grans greniers plains de blez et d'autres grains, vendre aux povres gens
-tout comme ilz voulloient, mais qu'il en eust aucun emolument ou
-prouffit, il ne lui challoit comment ilz le vendissent; et tant les
-laissa faire à leur guise, que la premiere sepmaine de juillet, qui
-voulloit avoir ung sextier de bon blé, il coustoit IX frans tres bonne
-monnoye; et les feves pour faire mouldre, VI frans. Et pour ce que le
-peuple ne se povoit taire, il fist le bon varlet, et fist mettre le siege
-devant la cité de Meaulx, mais ce fu quant ilz orent tous cuilliz leurs
-saigles et leurs potaiges. Et ne faisoit mie en deux moys ce qu'il deust
-avoir fait en VIII jours, car il commença des le moys de may à dire à ses
-gens qu'il se convenoit ordonner pour y aller, et si fut avant le
-XIXe[1188] jour de juillet qu'il ne ses gens y meissent le siege;
-lesquelles gens estoient les plus mauvaises gens que on eust oncques veu
-ou royaulme de France, et se faisoient appeller les Escorcheurs, car telx
-les devoit on appeller et[1189] tenir partout où ilz passoient, car après
-eulx ne demouroit rien ne qu'après feu.
-
- [1188] Ms. de Paris «XIII».
-
- [1189] «Appeller et» manque dans le ms. de Rome.
-
-767. Item, ilz assaillirent la ville le XIIe jour d'aoust
-ensuivant[1190], et la prindrent par force, et y ot aucuns prins à qui on
-coppa les testes[1191].
-
- [1190] Pendant la première quinzaine d'août, la vie publique à
- Paris fut en quelque sorte suspendue, les mardi 4, mercredi 5 et
- jeudi 6 furent consacrés à des processions générales «faictes
- pour la prosperité de l'ost et siege qui est devant Meaulx contre
- les Anglois»; du 10 au 15 août le Parlement suspendit ses
- plaidoiries. «Per hanc ebdomadam, dit le greffier, non fuit
- litigatum, ut quilibet melius intelligeret custodie ville,
- propter aciem Anglicorum contra sedem gencium nostrarum in villa
- Meldis existentem, accedentem» (Arch. nat., X{la} 4798, fol. 104
- rº).
-
- [1191] Entre autres le bâtard de Thian, «à qui le connétable fit
- tout le premier couper la teste (Berry, éd. Godefroy, p. 402), et
- ung gentilhomme nommé Carbonnel de Chaule» (Monstrelet, t. V, p.
- 388).
-
-768. Item, le Marché ne pot estre prins, et se mirent bien VIc Angloys
-dedens, qui le tindrent moult bien, jusques à ce que le roy vint à Paris
-la IIe foys puis l'antrée des Françoys, et y entra par la porte
-Sainct-Anthoine, le IXe jour de septembre, l'endemain de la Nativité
-Nostre Dame; et le jeudy ensuivant alla à Sainct-Denis faire chanter pour
-sa seur dame Marie de Poyssi[1192].
-
- [1192] Marie de France, deuxième enfant de Charles VI et
- d'Isabeau de Bavière, vouée dès sa naissance (24 août 1393) à la
- vie monastique, fit sa profession au couvent de Poissy, le
- dimanche de la Trinité (10 juin) de l'année 1408; toute sa vie
- s'écoula dans le silence du cloître; elle mourut de la peste à
- Paris au Palais, le 19 août 1438, et fut enterrée dans l'église
- de Poissy.
-
-769. Item, le dimenche ensuivant, rendirent les Angloys le Marché de
-Meaulx, leurs vies sauves et leurs biens, et furent admenez par eaue à
-Paris, et y furent deux jours sur la riviere, es bateaux.
-
-770. Item, le darrain jour de septembre, se parti le roy de Paris et alla
-à Orleans, et l'endemain, entre le jeudy et le vendredy, vindrent les
-Angloys environ minuyt en la ville de Nostre-Dame-des-Champs, et
-bouterent feux, et prindrent hommes et biens ce qu'i porent.
-
-771. Item, le XXIIIIe jour d'aoust, l'an mil IIIIc XXXIX, fut prins en la
-riviere de Saine, devant les Bernardins[1193] ou environ, ung poisson qui
-avoit entre queue et teste VII[1194] piez et demy au pié du roy [de
-Chastellet] largement.
-
- [1193] Le couvent des Bernardins, situé entre la rue de ce nom et
- la Bièvre, occupait une grande partie du clos du Chardonnet et
- possédait d'immenses jardins qui devaient aboutir à la Seine, à
- la hauteur du quai actuel de la Tournelle.
-
- [1194] Ms. de Paris: VIII.
-
-772. Item, en celui temps, especialment tant comme roy fut à Paris,
-furent les loups si esragez de menger cher de homme, de femme ou
-d'enfens, que en la darraine sepmaine de septembre estranglerent et
-mangerent XIIII personnes, que grans que petiz, entre Montmartre et la
-porte Sainct-Anthoine, que dedens les vignes que dedens les marès; et
-s'ilz trouvoient ung tropeau de bestes, ilz assailloient le berger et
-laissoient les bestes. La vigille Sainct Martin fut tant chassé ung loup
-terrible et orrible que on disoit que lui tout seul avoit fait plus des
-douleurs devant dictes que tous les autres; celui jour fut prins et
-n'avoit point de queue, et pour ce fut nommé Courtaut, et parloit autant
-de lui comme [on fait] d'un larron de bois ou d'un cruel cappitaine, et
-disoit on aux gens qui alloient aux champs: «Gardez vous de Courtaut».
-Icellui jour fut mis en une brouette, la gueule ouverte, et mené parmy
-Paris, et laissoient les gens toutes choses à faire, fust boire, fust
-menger, ou autre chose neccessaire que [que] ce fust, pour aller veoir
-Courtaut, et pour vray, il leur vallu plus de X frans la cuillette[1195].
-
- [1195] Jean Chartier (t. I, p. 245) consacre tout un paragraphe
- de sa chronique aux loups qui infestaient les environs de Paris;
- il nous apprend que la Chambre des comptes allouait pour chaque
- loup capturé une prime de 20 sols parisis, payée par les soins de
- Michel de Laillier, «outre ce qu'on en pouvoit recevoir parmy la
- ville de Paris, où on les portoit exposez en veue». Suivant le
- même chroniqueur, ces carnassiers étranglèrent dans le plat pays
- de soixante à quatre-vingts personnes.
-
-773. Item, en celle année fut tant de gland de chesne que on le vendoit à
-la halle au blé emprès l'avoyne, à aussi grans sachées comme blé.
-
-774. Item, le XVIe jour de decembre, vindrent les loups soubdainement et
-estranglerent IIII femmes mesnaigeres, et le vendredy ensuyvant ilz en
-affollerent XVII entour Paris, dont il en mouru les unze de leur morsure.
-
-775. Et fesoient en ce temps ceulx qui gouvernoient de par le roy
-nouvelles subcides, car ilz ordonnerent que quelque beste à corne, comme
-beufs ou vaches, qui seroit vendu au marché paieroit IIII solz parisis;
-le pourcel VIII blans; le mouton ou brebis IIII blans. Et avec ce firent
-une tres grosse taille et tres grevable, car qui n'avoit poié devant que
-XL solz, il paioit VI livres, car elle doubla deux foys; et aussitost
-comme ilz venoient [pour estre] paiez et on ne les paioit, on avoit
-tantost après sergens en garnison qui moult grevoient le povre commun,
-car quant ilz estoient dedens les maisons, ilz les convenoit gouverner de
-grans despens, car c'estoient les varletz au deable, ilz faisoient du mal
-trop plus que on ne leur commandoit[1196].
-
- [1196] Un procès plaidé à la Cour des aides en janvier 1441
- montre avec quelle rigueur procédaient les sergents royaux contre
- ceux qui apportaient le moindre retard au payement de leurs
- taxes. Lors de l'aide établie en 1439 sur la ville de Paris pour
- le recouvrement de Meaux, aide dont Guillaume Colombel était
- receveur, Pierre Enfrie, imposé à 60 sols parisis, ayant obtenu
- un dégrèvement de 20 sols, fit alors un premier payement de
- vingt-deux sols; vers la fin de septembre 1440 les sergents lui
- firent commandement de payer le reste de sa contribution, il se
- transporta aussitôt avec eux chez le receveur, offrit un écu à la
- mère dudit receveur qui ne put lui rendre la monnaie et le pria
- de revenir. Le 27 octobre, il rencontra, sur le pont des
- Changeurs, les sergents qui lui renouvelèrent leur commandement
- et qui malgré son offre de payer séance tenante «le prindrent
- bien impetueusement par les bras, et mirent la main à lui et le
- menerent es prisons de la Conciergerie du Palais, et en le menant
- y avoit une concavité de terre plaine d'eaue, où le firent
- marchié dedans.» Nicolas de Neufville fit relâcher le plaignant
- qui s'acquitta immédiatement envers le receveur et dut payer en
- outre le salaire des deux sergents qui l'avaient mis en état
- d'arrestation (Arch. nat., Z{1a} 12, fol. 126 vº, 127 rº).
-
-
-[1440.]
-
-
-776. Item, en cellui an, en janvier et fevrier, vint moult grant foison
-porcs, mais les faulx gouverneurs, quant ilz virent la grant habundance,
-ilz firent tant encherir le sel que le boesseau de sel coustoit XXII solz
-parisis, et encore on n'en povoit finer pour son argent; et furent à
-Paris perduz tres grant foison porcs c'on avoit tuez, par deffaulte de
-sel, car les gouverneurs ne vouloient que on l'amenast que par
-chevallées, pour vendre plus à leur voulenté; et disoit on tout pour vray
-que tout ce faulx gouvernement ne procedoit que du faulx malice de l'abbé
-de Sainct-Mor des Fossez[1197].
-
- [1197] Jean le Maunier, abbé de Saint-Maur-des-Fossés, fut l'un
- des trois généraux sur le fait de la justice des aides nommés par
- Charles VII à la suite de la réduction de Paris et installés le
- 1er décembre 1436 par le doyen Jean Tudert, après leur prestation
- de serment entre les mains du chancelier; Jean le Maunier
- siégeait encore en la Chambre des aides le 24 mai 1441, comme le
- prouve la réception de Me Jean Colas, conseiller au Parlement en
- qualité de général des aides, faite «sans prejudice des offices,
- gaiges, prouffiz et prerogatives de mess. l'abbé de S. Mor,
- maistres Thibaud de Victry, Jehan de Croissy et Pierre de Breban,
- generaulx sur ledit fait;» c'est à ce titre de justicier en
- matière d'aides qu'il est pris à partie par l'auteur de notre
- journal exaspéré, comme devaient l'être ses contemporains, par
- l'accumulation des tailles, subsides et contributions de toute
- nature levées sur les Parisiens (Arch. nat., Z{1a} 10, fol. 1 rº,
- 124 rº; Z{1a} 12, fol. 185 vº).
-
-777. Item, en celle année fut tant de tauppes que tous les jardins en
-estoient gastez.
-
-778. Item, en celle année furent les Escorcheurs en Bourgongne, et en une
-grant court du païs myrent toutes les bestes à corne, comme vaches [et]
-beufz qui labouroient aux champs qu'ilz porent trouver, sans les bestes à
-laines et pourceaulx et autre bestail, et tous firent mourir de fain,
-parce qu'ilz furent trop sans menger là dedens; et fut pour ce que les
-gens du païs ne porent paier si grant rançon qu'ilz demandoient.
-
-779. Item, en celle année furent les Escorcheurs devant Avranches et y
-mirent le siege, et en estoit chef le connestable le conte de Richemont;
-et estoient bien XL mil contre VIIIm Anglois, et firent lever le siege à
-grant deshonneur, voulsissent ou non[1198].
-
- [1198] Avranches fut investi vers Noël de l'année 1439; le
- connétable de Richemont chargé des opérations du siège n'avait
- avec lui qu'un corps de six mille hommes, composé en grande
- partie de routiers recrutés de côté et d'autre, dépourvus
- d'artillerie et sans argent (Cf. G. Gruel, édit. Michaud, t. III,
- p. 214).
-
-780. Item, en cellui temps, le roy et son filx furent à descort par le
-conseil d'aucuns des signeurs de France, comme le duc d'Anjou, le
-connestable, lesquelx furent avec le roy, et le duc de Bourbon[1199] avec
-le dalphin, et ung grant nombre que on nommoit les plus larrons qui
-fussent ou remenant du monde, et estoient nommez les Escorcheurs; et
-faisoient guerre au povre peuple, si forte que on n'osoit yssir hors des
-bonnes villes, et quelque personne qu'ilz encontrassent, ilz luy
-demandoient: «Qui vive!» S'il estoit de leur party, il n'estoit
-seullement que desrobbé de quanqu'il avoit, et s'il estoit d'autre party,
-il estoit tué et desrobbé, ou mené en prinson, dont jamais il n'yssoit,
-tant estoit tyré, gehainé et mis à grant rançon, que jamais ne la povoit
-paier, et par celle cause mouroit en leurs prinsons.
-
- [1199] Charles, duc de Bourbon, dont le père, le duc Jean, était
- mort en captivité chez les Anglais. Prince vaniteux et médiocre,
- il fut l'un des chefs de la Praguerie.
-
-781. Item, ilz mengeoient char en karesme, fromaige, lait et œufs comme
-en autre temps. En celui temps se bouterent dedens Corbeil, et dedens le
-Boys de Vicennes et à Beauté[1200].
-
- [1200] D'après le journal de Maupoint (p. 26), pendant que Jean
- Foucaut occupait Corbeil au nom du duc de Bourbon, «Mr de Mouy»
- s'emparait de Vincennes.
-
-782. Item, le premier dimenche de may, l'an mil IIIIc XL, environ une
-douzaine de ces Escorcheurs vindrent à Paris, et après disner allerent
-jouer en l'isle Nostre-Dame avec autres gens, et regarderent les toylles
-des bourgoys de Paris que on blanchissoit, et tres bien les adviserent,
-et quant ce vint sur le soir ilz firent semblant s'en venir, et se
-mucerent en lieu qu'ilz avoient espié, et à mynuit ou pres[1201] vindrent
-en ladicte ysle et prindrent toutes les toilles de lin sans prendre une
-toute seulle de chanvre, et navrerent les gardes de plusieurs playes, et
-dit on qu'ilz valloient bien IIIIc livres parisis, et s'en allerent droit
-à Corbeil; et ung vieil chevalier nommé messire Jehan Foucault, et le
-cappitaine du Boys de Vincennes[1202] qui les deussent avoir rescoussés,
-s'en allerent partir à butin à Corbeil[1203].
-
- [1201] Ms. de Paris: Plus.
-
- [1202] «De Vincennes» manque dans le ms. de Rome.
-
- [1203] Une seule chronique, celle de Maupoint, entre dans
- quelques détails sur l'heureux coup de main de ces routiers qui,
- au cœur de Paris, enlevèrent 61 pièces de toiles fines, tuèrent
- deux hommes et emmenèrent deux femmes, au grand émoi des
- Parisiens stupéfiés de tant d'audace.
-
-783. Item, celle année mil IIIIc XL, fut tant de hannettons et si
-largement[1204] que on ne les avoit oncques mais veu venir à si grant
-habundance, mais il fist si tres grant froit la premiere sepmaine de
-juing et si grant vent et pluye qu'ilz n'orent point de longue durée.
-
- [1204] «Et si largement» manque dans le ms. de Rome.
-
-784. Item, il fut tant de tauppes partout que on n'avoit oncques mais
-veu, car pour vray ilz gastoient toutes les semences que on mettoit en
-terre; et si avoit tant de lors qu'il ne demouroit rien en arbre qui
-fruict portast, ne cosses de pois ou de feves.
-
-785. Item, en ce temps, avoit moult cruelle guerre entre le roy et son
-filx, et estoit le duc de Bourbon à l'aide du filx contre le pere, et se
-tenoit en fortes villes ou païs de Bourbonnays, acompaigné de foison gens
-d'armes qui tout destruioient son païs. Et d'autre part le roy estoit ou
-païs de Berry, car pour certain on alloit bien X ou XII lieues que on
-n'eust trouvé que boire ne que menger, ne fruict, ne autre chose, et si
-estoit ou droit cuer d'aoust; et tuoient et coppoient les gorges les uns
-aux autres, fut prebstre, ou clerc, ou moynne, nonnain, menesterel ou
-herault, femmes ou enfens; brief il n'estoit homme ne femme qui s'osast
-mettre en chemin pour chose qu'il eust à faire, et prenoient les villes
-les uns aux autres. Corbeil fut prins au nom du duc de Bourbon; Beauté et
-le Boys et les autres estoient de par le roy. Et ceulx de Corbeil
-allerent faire une cource pour piller sur les champs, et aussitost qu'ilz
-furent ung pou esloingnez de Corbeil, ceulx de la ville leur fermerent
-les portes, et leur cappitaine que on nommoit messire Jehan Foucault,
-chevalier, se bouta dedens le chastel et lui et ceulx qui estoient
-demourez pour garder la ville. Et tantost ceulx de la ville, quant ilz
-virent qu'il s'enfferma ou chastel, l'assegerent; et quant ilz se virent
-ainsi assegez, si jouerent atout, car ilz avoient assez cannons et
-artillerie, dont ilz dommaigerent moult ceulx de la ville, [que homme de
-la ville] n'estoit tant hardy d'approucher vers eulx. En ce temps le roy
-et son filx furent accordez, et par ainsi que toutes les places que le
-duc de Bourbon avoit prinses la guerre durant furent rendues au roy par
-le traicté fait entre eulx signeurs; et par ce point fut le chastel
-delivré de Foucault et d'un grant tas de larrons qui avec lui estoient.
-Et fut ladicte paix criée parmy Paris du roy et de son filx le jour
-madame Saincte Anne, XXVIIIe jour de juillet, et fist on les feux parmy
-Paris[1205].
-
- [1205] Voici, d'après le Livre vert vieil second du Châtelet
- (Arch. nat., Y 4, fol. 45 rº), le texte du mandement adressé au
- prévôt de Paris pour la publication de la paix, dont Monstrelet
- (t. V, p. 415) ne donne que la substance:
-
- _Lettres de la paix faicte entre le Roy nostre sire et ceulx de
- son sang._
-
- «Charles, par la grace de Dieu roy de France, au prevost de Paris
- ou à son lieutenant, salut. Savoir vous faisons que nostre tres
- cher et tres amé filz, le daulphin de Viennois, et nostre tres
- cher et tres amé cousin, le duc de Bourbon, sont venus devers nous
- en toute humilité et obeissance, et les avons mis et receuz en
- nostre bonne grace et tout pardonné, pour quoy voulons et
- ordonnons que toute guerre et voye de fait à cause de la division
- d'entre nous et nosdiz filz et cousin cessent, et que d'ores en
- avant ne soient pris nulz prisonniers, laboureurs ne autres
- quelzconques, ne bestial, que l'en ne face nulles courses, ne
- praigne places ou forteresses, et ne rançonnent blez, et ne soient
- abatues nulles forteresses es pays de nostredit cousin de Bourbon,
- et que d'ores en avant toutes gens, de quelque estat qu'ilz
- soient, puissent aler et venir seurement, faisans leurs besongnes,
- sans ce que on leur mefface aucunement. Sy vous mandons et
- commandons expressement que ceste nostre presente voulenté et
- ordonnance vous faictes crier et publier solemnelement et à son de
- trompe en nostre ville de Paris, et par tous les lieux de vostre
- prevosté acoustumez à faire criz et publicacions, en maniere que
- aucun n'en puisse pretendre ygnorance, et icelles faictes garder
- et tenir sans enfraindre. Donné à Cucy, le XVIIe jour de juillet,
- l'an de grace mil quatre cens quarente et de nostre regne le
- XVIIIe, soubz nostre seel ordonné en l'absence du grant. Ainsi
- signé: Par le Roy, en son grant conseil, J. de Dijon. _Au dos
- desquelles lettres estoit escript ce qui s'ensuit_: Publiées en
- jugement ou Chastellet de Paris, monsr le prevost tenant le siege,
- le jeudi XXVIIIe jour de juillet l'an mil CCCC quarante, publiées
- aussi ce mesmes jour à son de trompe par les carrefours et lieux
- acoustumez à faire criz en la ville de Paris.»
-
-786. Et celle année mil IIIIc XL fut tres fructueuse de tous biens, tres
-bons et à bon marché, car on avoit aussi bon blé pour XVI solz parisis
-[comme l'année de devant pour V frans; aussi bonnes feves pour IIII
-blans, comme l'année devant pour VII ou pour VIII solz parisis]; tres
-bons pois pour VI blans, et si grant marché de tout fruict, comme on
-voulloit demander; car on avoit le cent de grosses pesches pour II
-deniers parisis, poires d'Angoisse ou de Calliau-pepin tres grosses pour
-IIII deniers le quarteron, le cent de prunes de Damas pour VII deniers,
-le cent de [tres] bonnes nois pour IIII tournois.
-
-787. Item, en ce temps, la ville de Harefleu estoit assegée des Angloys,
-pour quoy le roy fist une grant assemblée de gens d'armes pour qui il
-convint faire une grosse taille et lever subsides plus grans que
-autresfoys; car une queue de vin paioit aux portes de Paris XX blans, qui
-ne paioit l'année devant que VIII blans.
-
-788. Item, quant l'assemblée des gens d'armes fut faicte, ilz prindrent
-leur chemin à venir parmy Paris pour querir leurs neccessitez, et y
-furent bien IIII ou V jours; et estoient espartiz es villaiges d'entour
-Paris, et tout à leur povoir gasterent, car il estoit le droit cueur de
-vendenge.
-
-789. Item, en ce temps estoit tres grant nouvelle de la Pucelle, dont
-devant a esté faicte mencion, laquelle fut arce à Rouen par ses
-demerites; et y avoit adong maintes personnes qui estoient moult abusez
-d'elle, qui creoient fermement que par sa saincteté elle se fust eschapée
-du feu et que on eust arce une autre, cuidant que ce fust elle; mais elle
-fut bien veritablement arce et toute la cendre de son corps fut pour vray
-gectée en la riviere pour les sorceries qui s'en fussent peu ensuivre.
-
-790. Item, en cellui temps, en admenerent les gens d'armes une[1206],
-laquelle fut à Orleans tres honnorablement receue, et quant elle fut pres
-de Paris, la grant erreur recommença de croire fermement que c'estoit la
-Pucelle; et pour celle cause l'Université et le Parlement la firent venir
-à Paris bon gré mal gré, et fut monstrée au peuple au Pallays sur la
-pierre de marbre en la grant court, et là fut preschée et traictée[1207]
-sa vie et tout son estat, et dit qu'elle n'estoit pas pucelle, et
-qu'elle avoit esté mariée à ung chevalier dont elle avoit eu deux filx.
-Et avecque ce disoit qu'elle avoit fait aucune chose, dont il convint
-qu'elle allast au Sainct Pere, comme de main mise sur pere [ou] mere,
-prebstre ou clerc, violentement, et que pour garder son honneur; car,
-comme elle disoit, elle avoit frappée sa mere par mesaventure, comme elle
-cuidoit ferir une autre, et pour ce qu'elle eust bien eschevée sa mere,
-se n'eust esté la grant ire où elle estoit, car sa mere la tenoit pour ce
-qu'elle voulloit batre une sienne commere. Et pour celle cause lui
-convenoit aller à Romme; et pour ce elle y alla vestue comme ung homme,
-et fu comme souldoier en la guerre du Sainct Pere Eugene, et [fist]
-homicide en ladicte guerre par deux foys, et quant elle fut à Paris,
-encore retourna en la guerre, et fut en garnison et puis s'en alla.
-
- [1206] Il s'agit de la fausse pucelle Claude, qui se faisait
- appeler Jeanne du Lys; cette aventurière, mariée en novembre 1436
- à un chevalier lorrain du nom de Robert des Armoises, dont elle
- eut deux fils, mena une existence pleine de péripéties de tout
- genre. Au début de sa carrière, Claude des Armoises eut, comme
- l'on sait, maille à partir avec l'Inquisition de Cologne, et ne
- parvint à s'échapper que grâce à la protection du comte Ulrich de
- Wurtemberg. Rentrée en France, la fausse pucelle fut mêlée aux
- événements militaires dont le Poitou était le théâtre en 1439, et
- vint à Orléans vers les mois de juillet et septembre de la même
- année. Après l'examen judiciaire dont cette intrigante fut
- l'objet à Paris au mois d'août 1440, elle disparaît complètement
- de la scène historique (Cf. Vallet de Viriville, _Procès de
- condamnation de Jeanne d'Arc_, p. lxix à lxxj; _Histoire de
- Charles VII_, t. II, p. 366-369).
-
- [1207] Ms. de Rome: et toute sa vie.
-
-791. Item, le IXe jour d'octobre, fut receu à Nostre-Dame de Paris, c'est
-assavoir, le jour de monsr Sainct Denis, l'evesque de Paris, lequel
-estoit arcevesque de Thoulouze, ainsi fut il arcevesque et evesque de
-Paris, et fut nommé Denis de Moulins.
-
-792. Item, en cellui moys, fut faicte une grosse taille[1208] pour aller
-rescourre Harefleu que les Angloys avoient assegé, et fut cuillie, et
-puis n'en firent autre chose Françoys; et ceulx de Harefleu par force de
-famine se randirent aux Angloys, et si estoient bien les Françoys vingt
-mil, comme on disoit, ou plus, et les Angloys n'estoient pas [plus de]
-VIIIm qui touzjours gaignoient païs. Et vrayement il sembloit que les
-signeurs de France fouissent touzjours devant [eulx], especialment le
-roy, qui avoit avec lui tant de larrons; car les roys estrangers disoient
-aux marchans du païs de France, quant ilz alloient en leur païs, que le
-roy de France estoit le droit ourme aux larrons de chrestienté. Et pour
-certain ilz ne mentoient mie, car tant en y avoit en l'Isle-de-France
-qu'elle estoit toute peuplée de gens pires que ne furent oncques
-Sarazins, comme il apparoit par les grans enormes pechez et tyrannie
-qu'ilz faisoient au pouvre peuple de tout le païs où le roy les menoit,
-comme des enffans nouveaulx, mais la plus grant tyrannie que on eust
-oncques [bien] veue, car ilz les ostoient aussitost qu'ilz estoient nez
-de leur mere et les eussent plustost laissez mourir sans baptesme que
-jamais pere ne mere les eussent euz sans grant rançon.
-
- [1208] L'aide levée par ordre du roi en la ville et vicomté de
- Paris «pour la recouvrance de Harfleu» reçut dès l'origine une
- autre destination; c'est ainsi que dès le 4 octobre 1440 le
- Parlement de Paris, saisissant avec empressement l'occasion qui
- s'offrait de rentrer dans ses gages arriérés, défendit à Me Adam
- Houdon, receveur de l'aide en question, «de vuider ses mains des
- deniers de sa recepte, telement que la court ne soit paiée de mil
- frans, dont elle a esté assignée sur ledit aide, sur peine de le
- recovrer sur lui.» (Arch. nat., X{la} 1482, fol. 151 vº; Z{1a}
- 12, fol. 148 vº.)
-
-793. Item, ilz prenoient les petiz enffans qu'ilz trouvoient parmy les
-chemins aux villaiges ou ailleurs, et les enfermoient en huches, et là
-mouroient de fain et d'autre mesaise, qui ne les rançonnoit de grant
-rançon.
-
-794. Item, quant ung proudhomme avoit une jeune femme et ilz le povoient
-prendre, et il ne povoit paier la rançon que on lui demandoit, ilz le
-tourmentoient et tyrannoient moult grevement; et les aucuns mettoient en
-grans huches, et puis prenoient leurs femmes et les mettoient par force
-sur le couvercle de la huche où le bon homme estoit, et crioient:
-«Villain, en despit de toy, ta femme sera chevauchée cy endroit.» Et
-ainsi le faisoient, et quant ilz avoient fait leur malle ouvre, ilz
-laissoient le povre homme[1209] perir là dedens, s'il ne paioit la rançon
-qu'ilz lui demandoient. Et si n'estoit roy ne nul prince qui pour ce
-s'avanssast de faire aucune aide au pouvre peuple, mais disoient à ceulx
-qui s'en plaignoient: «Il fault qu'ilz vivent, se ce fussent les Angloys,
-vous n'en parlassiez pas, vous avez trop de bien.»
-
- [1209] «Homme» manque dans le ms. de Rome.
-
-
- [1441.]
-
-
-795. Item, le sabmedi, XIIIIe jour de janvier l'an mil IIIIc XL, entra le
-duc d'Orleans à Paris, qui avoit esté prinsonnier aux Angloys ou païs
-d'Angleterre par l'espace de XXV ans et plus[1210]. Quant il ot esté
-environ huit jours à Paris, il se departy de Paris, lui et sa femme[1211]
-qu'il avoit admenée avec lui, et se party de Paris le jeudy ensuivant
-qu'il fut venu à Paris, et alla veoir son païs d'Orleanoys. Et ceulx de
-Paris luy donnerent de beaux dons à sa departie, et il les print tres
-voulentiers, et encore convint il faire une taille pour luy aider, dont
-le clergé paia la moitié[1212], pour ce qu'il promist par la foy de son
-corps de faire paix entre le roy de France et d'Angleterre; pour ce le
-clergé fut plus incliné[1213] à luy aider à ladicte taille, car tout se
-perdoit par la maudite guerre. Il est vray que on pandit ung larron,
-lequel estoit coustumier quant il veoit ung petit enffant, en maillot ou
-autrement, il l'ostoit à la mere et tantost le gectoit ou feu sans pitié,
-qui tantost ne le rançonnoit, et en fist mourir aucuns par sa cruaulté
-comme Herodes.
-
- [1210] Charles d'Orléans, prisonnier des Anglais depuis la
- bataille d'Azincourt, ne recouvra la liberté qu'en 1440,
- moyennant une rançon de 400 mille écus, suivant le témoignage de
- Jean Chartier; on sait que dès le 2 avril 1437, Charles d'Orléans
- donna pouvoir d'engager ses villes et châtellenies d'Orléans et
- de Blois jusqu'à concurrence de 42,000 écus ou saluts d'or (Arch.
- nat., K 64, no 3714). Il fit son entrée à Paris, le 14 janvier
- 1441, à cinq heures de l'après-midi, et avant de descendre en
- l'hôtel des Tournelles, vint à l'improviste visiter Notre-Dame;
- il y retourna le mardi suivant (17 janvier) en compagnie du
- bâtard d'Orléans et de l'archevêque de Narbonne, et fut reçu
- solennellement par l'évêque, assisté des chanoines, au milieu des
- acclamations populaires (Arch. nat., LL 218, fol. 27).
-
- [1211] Marie de Clèves, fille d'Adolphe, duc de Clèves, et de
- Marie de Bourgogne, était la nièce de Philippe le Bon; son
- mariage avec Charles d'Orléans, négocié par le duc de Bourgogne,
- fut célébré à Saint-Omer, le samedi 26 novembre 1440 (Monstrelet,
- t. V, p. 438). La nouvelle duchesse obéissant aux mêmes
- sentiments de dévotion que son mari, se rendit à son tour à
- Notre-Dame, le mercredi 18 janvier, entre midi et une heure, et y
- entendit une messe (Arch. nat., LL 218, fol. 29).
-
- [1212] Conformément à la requête présentée en l'hôtel de ville de
- Paris, le 19 janvier 1441, les chanoines de Notre-Dame, convoqués
- le lendemain, décidèrent qu'il serait offert au duc d'Orléans, à
- titre de don gratuit et au nom du clergé de la ville et du
- diocèse, une somme de 500 francs, pour aider au payement de sa
- rançon et surtout en considération de la paix dont le duc faisait
- espérer la conclusion prochaine (_Ibid._, fol. 30).
-
- [1213] Ms. de Paris: enclin.
-
-796. Item, en cellui an mil IIIIc XL, fut le cymetiere des Innocens par
-l'espace de quatre moys que on n'y enterra oncques personne, petit ne
-grant, ne on n'y fist procession ne recommandacion pour quelque personne,
-et tout par l'evesque qui pour lors estoit, qui en voulloit avoir trop
-grant somme d'argent, et l'eglise estoit trop povre. Et fut nommé cellui
-evesque maistre Denis des Moulins, lequel estoit arcevesque de Thoulouze,
-patriarche d'Antioche, evesque de Paris, et du grant conseil du roy
-Charles le VIe (_sic_) de ce nom; et si disoit on qu'il n'en estoit pas
-comptent, et si estoit homme ancien et tres pou piteux à quelque
-personne, s'il ne recevoit argent ou aucun don qui le vaulsist, et pour
-vray on disoit qu'il avoit plus de cinquante procès en Parlement[1214],
-car de lui n'avoit on rien sans procès.
-
- [1214] L'esprit singulièrement processif de l'évêque Denis du
- Moulin apparaît dans maintes circonstances. M. Auguste Longnon,
- dans ses _Conjectures sur l'auteur du Journal parisien_, a fait
- connaître son différend avec le curé de Saint-Nicolas-des-Champs,
- Jean Beaurigout, mais ce n'est pas la seule affaire où l'on voit
- l'évêque intervenir comme partie; le dépouillement sommaire des
- registres du Parlement et de la Cour des aides pour les années
- 1440 à 1442 nous fait connaître les causes suivantes: 1º Contre
- Adam Houdon, receveur de l'aide pour le recouvrement d'Harfleur,
- 24 mars 1441 (Arch. nat., Z{1a} 12, fol. 160 vº).--2º Contre les
- religieux de Saint-Eloi, juin 1442 (_Ibid._, X{la} 4799, fol. 97
- rº).--3º Contre le chapitre de Notre-Dame au sujet du drap d'or
- dû pour l'entrée de l'évêque en l'église de Paris, 23 juillet
- 1442 (_Ibid._, X{1c} 163).--4º Contre Jean Clerc, garde de la
- monnaie de Paris, au sujet de la léproserie de Corbeil, 22
- septembre 1442 (_Ibid._, X{la} 71, fol. 397 rº).--5º Contre
- Nicaise Joye et Étienne Petit, chapelains de Notre-Dame, 1er
- février 1443 (_Ibid._, LL 218, fol. 394).--6º Contre les clercs
- des matines (_Ibid._, X{la} 73, fol. 117 rº).--7º Contre le
- chapitre de Notre-Dame relativement aux revenus de l'archidiaconé
- de Brie, 3 septembre 1444 (_Ibid._ X{la} 73, fol. 147 vº). Denis
- du Moulin eut pour principal adversaire le chapitre de
- Notre-Dame, c'est ce qui semble ressortir de la délibération
- capitulaire du 21 juin 1443, ainsi conçue: «Prosequantur
- diligenter omnes processus inchoati et inchoandi contra dominum
- episcopum Parisiensem.....» (_Ibid._, LL 218, fol. 446.)
-
-797. Item, [il ou] ses tres desloyaux complices trouverent une praticque
-bien estrange, car ilz alloient parmy Paris, et quant ilz veoient huys
-fermez, ilz demandoient aux voisins d'entour: «Pourquoy sont ces huy
-fermez? Ha! sire, respondoient ilz, les gens en sont trespassez. Et n'ont
-ilz nulz hoirs qui y fussent demourez? Ha! sire, ilz demeurent ailleurs.»
-Et tant faisoient qu'ilz par leurs decevans parolles savoient où ilz [se]
-demouroient, et tantost les faisoient citer pour rendre compte de leurs
-testamens, et se par aucune adventure pour long temps, posé qu'ilz
-eussent bien acomply leur testament et qu'ilz le se provassent
-bien[1215], si ne peussent ilz chevir, s'ilz tantost ne apportassent leur
-testament, et y eust X ou XII ans, et s'ilz l'apportassent, si leur
-costoit il argent par leur subtille cautelle.
-
- [1215] «Bien» manque dans le ms. de Rome.
-
-798. Item, celle année fut moult bonne, car on avoit le sextier de bon
-fourment pour XVI solz parisis; le sextier de noix pour XXIIII solz
-parisis, et le crioit on parmy Paris, comme on fait le charbon à III
-blans le boesseau, la pinte d'uylle V blans, bonnes pommes de may pour II
-blans le boesseau, la pinte de vin II deniers, feves pour X deniers, pois
-pour IIII blans, navez pour IIII deniers le boesseau. Mais les Angloys
-couroient souvent jusques aux portes de Paris, et si n'y avoit que ung
-seul cappitaine d'Angleterre, nommé Tallebot[1216], qui faisoit visaige
-et tenoit pié encontre le roy et sa puissance, et pour vray il sembloit
-au semblant qu'ilz monstroient que moult le doubtassent, car touzjours
-eulx eslongnoient de lui XX ou XXX lieues, et il chevauchoit parmy France
-plus hardiement qu'ilz ne faisoient. Et si tailloit tous les ans le roy
-deux foys son peuple du mains pour aller combatre Tallebot, et si n'en
-faisoit on rien; par quoy le peuple du villaige fut tant grevé comme au
-pain querir, especialment laboureurs, car le blé, qui leur avoit cousté
-en semence IIII frans [le sextier, ne leur valloit que XVI solz parisis
-ou XX solz au plus, et l'avoyne, qui avoit cousté III frans], ne leur
-rendoit que XIII solz parisis, et pareillement de tous grains; et, après,
-les patis, les tailles et les cources sans pitié; et qui pis est, les
-cappitaines firent une ordonnance aux chasteaux d'entour Paris, où il y
-avoit pons à passer, comme Charenton, le pont de Sainct-Cloud et autres
-pons, que quelque personne qui y passeroit paieroit passaige, fust à pié
-ou à cheval; au pont de Sainct-Cloud toute personne qui y entroit ou
-issoit, et y entrast cent fois le jour, tant de doubles lui convenoit
-paier sans mercy, une charrette vuyde ou plaine VI doubles, ung chariot
-XII doubles.
-
- [1216] Jean Talbot commandait alors la place de Creil; l'auteur
- de notre Journal n'est pas seul à exalter ses mérites; Jean
- Maupoint, dans son Journal (p. 25), rend également hommage à sa
- vaillance et ajoute même «qu'il estoit aimé des François, pour ce
- que il faisoit honnorablement sa guerre.»
-
-799. Item, le XIXe jour de may, jour Sainct Yves, fist mettre le roy le
-siege devant Creel[1217] par le connestable, et y vint et son filx avec
-lui.
-
- [1217] Suivant la montre passée le 22 septembre 1439, la garnison
- anglaise de Creil comprenait trente lances à cheval, dix à pied
- et cent vingt archers (Arch. nat., K 65, 132).
-
-800. Item, le [mardy] XXIIIe jour de may, vigille de l'Ascencion Nostre
-Seigneur, on fist crier le pain de II doubles à II parisis, pesant le
-blanc XXIIII onces; et le pain faitiz à toute sa fleur, de II deniers
-parisis, pesant XXXII onces tout cuit.
-
-801. Item, le jour de l'Ascencion Nostre Seigneur, furent prins parmy
-Paris plus de IIIc povres hommes laboureurs par le commandement d'un
-droit cruel tirant, qui pour lors estoit presidant, nommé maistre ***,
-pour mener en l'ost devant Creel; et les espioient les sergens à l'yssue
-des eglises et mettoient moult rudement la main à eulx, et
-faisoient[1218] trop pis que on ne leur commandoit, mais qui pis, qui en
-parloit tant fust pou, il estoit mis en prinson villainement, et lui
-coustoit moult. Mais, comme ilz estoient entre les mains de ces ennemis
-sergens, et qui devoient ou cuidoient partir, Nostre Seigneur les
-conforta grandement, car environ deux heures après disner, vint ung
-herault de par le roy et de par le connestable, tout batant, qui aporta
-lettres au prevost de Paris et des marchans et à la ville, lesquelles
-faisoient mencion que la ville de Creel et le chastel estoient
-rendus[1219], par ainsi que les souldoiers qui dedens estoient[1220] s'en
-estoient allez atout leurs bagues franchement, lesquelx, si comme on
-disoit, estoient bien Vc[1221] d'ommes de fait. Quant les povres
-laboureurs devant diz ouyrent les nouvelles, si furent moult
-resconfortez, et ceulx de Paris moult resjouys, et firent moult grant
-joye; et sonna on par toutes les eglises de Paris moult haultement, et
-après soupper on fist grans feus comme à la Sainct Jehan ou plus, et
-dansoit on parmy Paris, et les enfens crioient «Nouel!» moult haultement.
-
- [1218] Ms. de Paris: frapoient.
-
- [1219] Creil se rendit le 24 mai et non le 24 juin, comme le dit
- Vallet de Viriville (_Histoire de Charles VII_, t. II, p. 426);
- le vendredi 26 mai des processions solennelles célébrèrent ce
- fait de guerre: «Facte fuerunt, écrit le greffier du Parlement,
- processiones generales pro pace et victoria domini nostri regis,
- _de la prise_ castri et ville Credolii» (Arch. nat., X{la} 4798,
- fol. 358 rº).
-
- [1220] «S'en iroient ou» manque dans le ms. de Rome.
-
- [1221] Ms. de Paris: VIc.
-
-802. Item, le jeudy ensuivant, vint le Dalphin à Paris et fut logé en
-l'ostel des Tournelles, emprès la porte Sainct-Anthoine, et n'y demoura
-que une nuyt, ne ne se monstra point à Paris, ne son pere le roy n'y vint
-point[1222], pour ce que on leva la plus grant taille à Paris, selon la
-grant povreté d'argent et de gaingne qui pour lors estoit, que on eust
-veue puis cinquante ans; car on faisoit premier tres grans empruns à tous
-ceulx de Parlement, de Chastellet et de toutes les cours de praticques,
-sur paine de tous perdre leurs biens, et les convenoit paier ou estre mis
-en prinson, et avoir sergens en son hostel en garnison, qui tout
-gastoient aussitost que ilz y estoient, car ilz faisoient tres
-oultraigeuse despence et autres mauvaises besongnes plus que on ne leur
-commandoit.
-
- [1222] Les mots «ne son pere le roy n'y vint point» manquent dans
- le ms. de Rome.
-
-803. Item, après celui prest furent assis autres[1223] grosses tailles,
-et cuidoit le peuple que on ne leur demandast rien, mais après commença
-la grant douleur au peuple d'icelle taille, car nulz ne nulle n'en
-eschapa, et tres grevement furent assis; car qui n'avoit poié devant que
-XX solz, il paioit IIII livres; celui de XL solz à X frans; celui de X
-frans à XL frans; et si n'y avoit point de mercy, car, qui estoit
-refusant, ses biens estoient venduz en my la rue et son corps en prinson.
-
- [1223] Ms. de Rome: à tres.
-
-804. Item, fut mis le siege davant Pontoise le mardy des festes de
-Penthecoste qui fut le IIIIe jour de juing, l'an mil IIIIc XLI, et le
-sabmedi ensuivant, vint le roy à Paris comme ung homme estrange, et son
-filx, et se loga pres du chastel de Sainct-Anthoine, lui et son filx,
-comme s'ilz eussent paour que on leur feist aucun grief, dont on n'avoit
-talent ne voulenté. Et le jour de la Trinité manda l'Université environ
-cinq heures après disner, et leur demanda ayde d'argent pour paier ses
-gens; après parla aux bourgoys qu'il avoit si tres grevement taillez,
-n'avoit encore pas ung moys, et leur demanda, que comment que ce fust, à
-force ou autrement, qu'ilz luy feissent bientost finance de XX mil escus
-d'or[1224].
-
- [1224] C'est en vue du siège de Pontoise que Charles VII demanda
- aux habitants de Paris de nouveaux sacrifices pécuniaires, plus
- lourds encore que les précédents; le clergé, qui, cette fois,
- avait à payer pour sa quote-part une somme de 3,000 francs, ne
- pouvant à bref délai se procurer des ressources suffisantes,
- recourut à son expédient habituel, l'aliénation temporaire de ses
- joyaux; le 23 juin, le chapitre de Notre-Dame remit à titre de
- prêt une quantité de 30 marcs d'argent représentée par un chef de
- S. Denis (alias S. Nicaise), avec diadème orné de perles et un
- pied d'argent aux armes d'Isabeau de Bavière. Ces joyaux furent
- dégagés six mois plus tard (Arch. nat., LL 218, fol. 112, 116,
- 207).
-
-805. Item, depuis que le roy fut devant Pontoise, ne fut jour que on ne
-feist à Paris procession, l'Université, les religieux ou les
-parroisses[1225].
-
- [1225] Pendant les mois de juin et de juillet, des processions
- solennelles organisées par les soins du clergé de Notre-Dame
- eurent lieu dans l'ordre suivant: le mardi 6 juin à Saint-Honoré,
- le mercredi 7 à Sainte-Geneviève, le mercredi 21 aux Cordeliers,
- le jeudi 22 aux Carmélites, le vendredi 23 à Sainte-Geneviève
- pour la descente de la châsse, le mardi 27 à Saint-Jean-en-Grève,
- le mardi 4 juillet à Saint-Martin-des-Champs, le mardi 25 à
- Saint-Jacques-de-l'Hôpital, le mercredi 26 à Notre-Dame (Arch.
- nat., LL 218, fol. 107, 114, 115, 126, 136, 141). Le Parlement
- assista aux processions des 22 et 23 juin, comme le constate
- cette note du greffier: «His diebus, facte fuerunt processiones
- solemnes, in quibus fuerunt domini de curia, ut Deus juvet
- dominum nostrum Regem, dominumque Dalphinum et dominos ac gentes
- eorum obsidionis quam tenent ante villam Pontisare» (Arch. nat.,
- X{la} 4798, fol. 374 rº).
-
-806. Item, la darraine sepmaine de juillet, vint le roy à Sainct-Denis,
-et fut là trois sepmaines entieres, lui [et la plus grant partie de] sa
-gent[1226]; et là faisoit conseilz tous les jours et conspiracions, l'une
-foys de laisser le siege, l'autre foys de prendre tout l'argent que les
-confraries de Paris avoient, et disoient les faulx conseilliers que trop
-y avoit confraries à Paris de la moitié, et tant firent par leur grant
-mauvaistie que la plus grant partie des confraries furent apeticées de la
-moitié ou plus; car à la plus grant partie où on disoit III ou IIII
-messes, deux à note et deux basses, on ne chanta que une basse, et où il
-y avoit XX ou XXX cierges, que III ou IIII pointes, sans torches ne sans
-honneur à Dieu. Et de toutes pars où le roy et tous les grans en general
-qui estoient avec lui savoient les Angloys, ilz s'en fuyoient d'autre
-part, puis à Poissy, puis à Maubuisson, [puis à l'Isle-Adam, puis à
-Conflans], puis s'en rafuioient à Sainct-Denis[1227]; et touzjours avoit
-en leur compaignie III Françoys contre ung Angloys, lesquelx Françoys ne
-faisoient tous les jours que piller et rober, gaster toutes les vignes,
-tous les fruicts, copper les arbres tout chargez de fruict, qui ne les
-rançonnoit, et abattre[1228] les maisons couvertes de tuylles; brief,
-tout estoit rançonné aux champs et à la ville. Et si le savoient bien les
-signeurs, mais ilz estoient tretous sans pitié, que quant on s'en
-plaignoit, ilz disoient: «Se ce feussent les Angloys, vous n'en
-parlassiez [pas] tant, il convient[1229] qu'ilz vivent où que [ce] soit.»
-Ainsi estoit ce roy Charles le VIIme gouverné, voire pis que je ne dy,
-car ilz le tenoient comme on fait ung enfent en tutelle.
-
- [1226] Ms. de Paris: lui et ses gens.
-
- [1227] Au sujet de ces allées et venues pendant le siège de
- Pontoise, voir la Chronique de Gruel (éd. Michaud, p. 217).
-
- [1228] Ms. de Rome: bastre.
-
- [1229] Ms. de Rome: ilz, comment qu'ilz vivent.
-
-807. Item, touzjours estoient devant Pontoise, si advint ung jour de
-jeudy en septembre, le jour Saincte Croix, que les aucuns des Françoys
-allerent devant la cité d'Evreulx, et fut rendue sans sang espandre que
-pou, car d'un costé et d'autre n'y ot mort que V hommes[1230].
-
- [1230] Un hardi coup de main dirigé, le 15 septembre 1441, par
- Robert de Floques, capitaine de Conches, fit tomber Évreux au
- pouvoir des Français. S'il faut ajouter foi au témoignage de Jean
- Chartier, les assaillants se seraient introduits subrepticement
- par un trou pratiqué dans la muraille; d'après le héraut Berry
- (Godefroy, p. 417), ils seraient entrés grâce aux intelligences
- nouées avec deux pêcheurs de la ville.
-
-808. Item, le XIXe jour de septembre ensuivant, fut prinse par force
-d'assault Pontoise, et furent tuez à l'assault IIIIc Angloys ou environ,
-et des Françoys environ X ou XI[1231].
-
- [1231] Certains chroniqueurs, notamment Jean Chartier et
- Monstrelet, s'accordent à évaluer la perte des Anglais à cinq
- cents morts; d'autres, tels que Gruel et Maupoint, indiquent un
- chiffre plus élevé, celui de huit cents hommes hors de combat;
- mais, de l'aveu général, les Français ne perdirent que quelques
- combattants, quarante en prenant le maximum; quant aux
- prisonniers, leur nombre peut être fixé à environ quatre cents.
-
-809. Item, plusieurs Angloys furent mis à mort en celiers et en caves et
-autres lieux où ilz furent trouvez mussez, et si en ot à l'Ostel Dieu de
-trouvez qui orent malle estraine[1232].
-
- [1232] Ms. de Paris: estraincte.
-
-810. Item, le XXVe jour dudit moys de septembre, emmenerent les gens
-d'armes les prinsonniers qu'ilz avoient admenez à Paris après la prinse
-de Pontoise en leurs forteresses, moult piteusement, car ilz les menoient
-au pain de douleur, II et II acoupplez de tres fors chevestres, tout
-ainsi comme on mene chiens à la chace, eulx montez sur grans chevaulx qui
-moult tost alloient; et les prinsonniers estoient sans chapperon, touz
-nudz teste, chascun ung povre haillon vestu, tous sans chausses ne
-souliers la plus grant partie; brief on leur avoit tout osté jusques aux
-brayes. Et en emmenerent LIII de l'ostellerie [du Coq] et du Paon[1233]
-de la grant rue Sainct-Martin; et tous qui ne se povoient rançonner, ilz
-les menoient en Greve vers le Port-au-Foin, et les lioient piez et mains
-sans mercy mains que de chiens, et là les noyoient, voyant tout le
-peuple; et moult en y ot de noyez et de enmenez en forteresses, comme
-devant est dit, car plus de gens d'armes avoit delà les pons sans
-comparaison qu'il ne avoit deça les pons[1234], et toutes voyes gueres
-hostellerie n'ot deça ne delà où il n'eust [par] foison prinsonniers,
-especialment où estoient les gens d'armes.
-
- [1233] Le prieuré de Saint-Martin-des-Champs possédait dans la
- rue Saint-Martin une grande maison avec cours, étables et de
- nombreuses dépendances, connue dès le XIVe siècle sous le nom
- d'hôtel du Paon; cette maison, attenante à l'hôtel du Coq et
- aboutissant par derrière à la rue des Ménestrels, fut louée en
- 1426 à Jean Garet, sergent à verge au Châtelet, et passa le 16
- septembre 1440 entre les mains de Richard Petit, procureur du roi
- au Châtelet (Arch. nat., S 1370).
-
- [1234] «Deça les pons» manque dans le ms. de Rome.
-
-811. Item, ce XXVe jour, vint le roy à Paris environ les IIII heures
-après digner[1235], et ne vint point le Dalphin ce jour.
-
- [1235] Dès son retour à Paris, dans l'après-midi du lundi 25
- septembre, Charles VII s'empressa de venir à Notre-Dame pour y
- faire ses dévotions, et fut reçu avec le cérémonial accoutumé par
- l'évêque et les chanoines revêtus de leurs chapes de soie (Arch.
- nat., LL 218, fol. 166).
-
-812. Item, le roy s'en alla derechief en son païs de Berry à celle fin
-que on ne lui demandast quelque relache de malles tostes, dont tant y
-avoit en France, et aussi pour une grosse taille que les gouverneurs
-voulloient cuillir, laquelle ilz cuillirent, fust tort ou droit.
-
-813. Item, quant le roy se fut party de Paris, ung pou après, le XVe jour
-d'octobre, l'an IIIIc XLI, vint le duc d'Orleans à Paris prendre une
-beschée sur la povre ville de Paris, et puis s'en retourna en son païs le
-XXe jour dudit moys, sans nul bien fayre pour la paix ne pour autre chose
-quelconque.
-
-814. Item, en ce sainct temps de l'Advenement de Nostre Seigneur, on
-troubla tellement l'Université que oncques n'y ot predicacion faicte ne à
-Noel ne es octabes, ne jusques au jour des Brandons[1236].
-
- [1236] L'Université, prenant la défense de ses suppôts menacés
- dans leurs libertés et franchises, suspendit ses leçons et
- prédications depuis le 30 novembre 1441 jusqu'au 18 février 1442;
- rétablie dans ses privilèges par l'autorité royale, elle se
- rendit processionnellement à Saint-Magloire le 16 février, et fit
- prêcher un sermon solennel par un théologien de grand renom,
- Thomas de Courcelles (Journal de Maupoint, p. 28).
-
-
- [1442.]
-
-
-815. Item, après ce cessa le Parlement, et fut avant le VIIIe jour de
-karesme que ceulx de Parlement plaidoiassent aucune cause, qui fut
-[celle] année le XXIe[1237] jour de fevrier[1238].
-
- [1237] Ms. de Paris: XXe.
-
- [1238] Le Parlement, privé de ses gages et ne pouvant, malgré ses
- réclamations réitérées, obtenir satisfaction à ce sujet, prit la
- résolution extrême d'interrompre le cours de la justice; les
- plaidoiries cessèrent le vendredi avant Noël et ne reprirent que
- le 19 février (Journal de Maupoint, p. 28).
-
-816. Item, le penultime jour de janvier, trespassa la femme du conte de
-Richemont, connestable de France, qui fut premier espousée au duc
-Louis[1239] de Guienne, filx du roy de France Charles le VIe de ce nom,
-et fut fille de Jehan[1240], duc de Bourgongne, conte de Flandres et de
-plusieurs autres contés et duchez; et trespassa en la rue de Jouy[1241],
-et fut enterrée le Ve jour de fevrier en l'eglise de Nostre-Dame-du-Carme
-à Paris, et fut porté son cueur à Nostre-Dame de Liesse ou de
-Liansse[1242], lequel qu'on veult.
-
- [1239] «Louis» manque dans le ms. de Rome.
-
- [1240] Ms. de Rome: Phelippe. Le nom de «Jehan» a été rétabli en
- interligne par une main moderne; le ms. de Paris porte «Jehan».
-
- [1241] Au rapport digne de foi de deux chroniqueurs, Jean
- Chartier et Gruel, ce serait le 2 février 1442, jour de la
- Chandeleur, que Marguerite de Bourgogne, comtesse de Richemont,
- mourut, à la suite d'une longue maladie, dans l'hôtel du
- Porc-Épic, situé rue de Jouy, près de la rue Saint-Antoine. «Son
- corps fut convoyé de belle notable seigneurie et des quatre
- ordres de mandiens et autres gens d'eglise jusques à Nostre-Dame
- des Carmes, où elle fut sepulturée.» (Chartier, t. II, p. 34;
- Gruel, édit. Michaud, t. III, p. 218.) Plus de trois années
- après, le 3 septembre 1445, le connétable de Richemont fit
- remettre au chapitre de Notre-Dame six nobles d'Angleterre, pour
- être distribués aux prêtres qui avaient fait le service de sa
- femme, «dum fuit inhumata in ecclesia Carmelitarum.» (Arch. nat.,
- LL 219, fol. 66.)
-
- [1242] Notre-Dame-de-Liesse (Aisne, arr. de Laon, cant. de
- Sissonne).
-
-817. Item, en celle année fut si grant année d'oignons que environ
-Pasques fleuries, qui furent celle année le jour de l'Anunciacion Nostre
-Dame, ne valloit le grant boessel de Bourgongne que VI deniers parisis;
-et en icellui temps vint tant de figgues à Paris que la livre de la
-meilleure ne coustoit que IIII deniers parisis, et raisins tres bons IIII
-deniers parisis, feves les plus belles à XII deniers parisis, poys tres
-bons à IIII blans.
-
-818. Item, ou moys d'avril après Pasques mil IIIIc XLII, furent les eaues
-si grandes[1243] qu'ilz estoient le jour de Pasques, qui furent le
-premier jour d'avril celle année IIIIc XLII, qu'ilz venoient jusques
-devant l'ostel de la ville, en la place de Greve et plus, et puis fut
-elle marchande, et tantost après, à l'entrée de may, vint derechief aussi
-grande comme devant, qui moult fist de mal aux gangnaiges des bas païs
-sur riviere.
-
- [1243] Suivant le Journal de Maupoint (p. 29), le débordement de
- la Seine eut une durée d'un mois, de la mi-mars à la mi-avril.
-
-819. Item, entre le sabmedi et le dimenche devant l'Ascencion, qui fut le
-VIe jour de may, que on a acoustumé d'aller à Sainct-Spire de Corbeil en
-pellerinaige, environ neuf heures de nuyt commença la plus grant pluye
-que oncques mais d'aage de homme, tant fust vieulx, eust esté veue, car
-depuys celle heure jusques au jour elle ne cessa et chut si tres
-habundamment que es plus larges places des grans rues de Paris elle
-alloit es moustiers, dedens les celiers, par dessus le seuil des huys
-haulx, et levoit les queues de vin jusques aux planchers; et avec ce
-tonnoit et espartissoit si terriblement que tout Paris en fut espovanté,
-et ceulx qui estoient allez à Sainct-Spire nous dirent qu'ilz n'en
-ouyrent rien ne de la pluye ne du tonnoirre.
-
-820. Item, celle sepmaine, le IIIIe jour, le vendredy devant le sabmedi
-que celle terrible pluye chut, furent veues entre Villejuive et
-Paris[1244] plus de IIIIc corbeaulx qui s'entrebastirent de becs,
-d'ongles et d'elles si tres fort que firent oncques gens en bataille
-mortelle, et en ladicte place ilz espandirent foison de leur sang, et
-faisoient si orribles criz que tres grant paour et freour en avoient
-ceulx qui les [virent et] oïrent.
-
- [1244] La leçon «Pareil», fournie par le ms. de Rome, pourrait se
- rapporter à Paray, localité située au-delà de Villejuif, mais la
- variante du ms. de Paris nous semble plus rationnelle.
-
-821. Item, le IIIe jour de juing, l'an mil IIIIc XLII, fut dediée
-l'eglise de Sainct-Anthoine le Petit par reverend pere en Dieu maistre
-Denis de Moulins, lors evesque de Paris, archevesque de Tholouze,
-patriarche d'Antioche et conseiller du roy nostre sire.
-
-822. Item, celle année, fut le plus bel aoust et les plus belles
-vendenges que on eust veu puis L ans devant, et tant de vin que on avoit
-pour II deniers parisis ou pour II deniers tournois la pinte, sain et
-net; pommes grosses de Cappendu, de Romieau pour ung double le quarteron;
-grosses poires d'Angoisse pour II doubles.
-
-823. Item, le XIe jour d'octobre, au jeudy, fut la recluse, nommée
-Jehanne la Voiriere[1245], mise par maistre Denis des Moulins, lors
-evesque de Paris, en une mesonnete toute neufve dedens le cymetiere des
-Innocens, et fist on ung bel sermon devant elle et devant moult grant
-foison de peuple, qui là estoit pour le jour.
-
- [1245] Jeanne la Verrière est la première recluse des Innocents
- dont on ait fait mention spéciale; mais le compte des offrandes
- et aumônes royales pour les années 1408 et 1422 prouve qu'il
- était d'usage de donner à la «recluse de Saint-Innocent» huit
- livres parisis par année, réparties en huit termes. Jeanne la
- Verrière fut remplacée par Alix la Bougrotte, morte le 29 juin
- 1466. Ces deux recluses paraissent s'être cloîtrées
- volontairement; il n'en est pas de même de Renée de Vendômois,
- qui fut condamnée le 20 mars 1486, pour adultère et assassinat de
- son mari, à la réclusion perpétuelle en une logette construite à
- ses frais dans le cimetière des Innocents: le fait a déjà été
- signalé par l'abbé Lebeuf dans son _Histoire du diocèse de Paris_
- (édit. Cocheris, t. I, p. 109). Quant au procès-verbal de la mise
- en cellule dressé par le greffier du Parlement à la date du 19
- septembre 1486, il n'est pas connu et mérite d'être reproduit
- (Arch. nat., X{2a} 51): «Du mardi dix neufvieme jour de septembre
- mil quatre cens quatre vingt six, au Conseil. Les presidens de
- Parlement, icelui vacant, ont ordonné et ordonnent que Renée de
- Vendosmoys, prisonniere ou Petit Chastellet, sera menée
- publicquement ou cymetiere des Sains Innocens à Paris par les
- greffier criminel de ladicte court et huissiers d'icelle,
- avecques aucuns sergens à verge du Chastellet, pour illec estre
- recluse et enmurée, selon l'arrest donné par ladicte court le
- xxije jour de mars derrainement passé, et sera l'une des clefz de
- la maison de ladicte Renée baillée aux marregliers de ladicte
- eglise des Sains Ignoscens, et l'autre aportée par devers le
- greffe criminel de ladicte court. En ensuivant laquelle
- ordonnance, le lendemain ensuivant, ladicte Renée fut menée à
- unze heures dudit jour audit lieu des Ignoscens, devant l'eglise
- duquel lieu fut leu publicquement ledit arrest; et ce fait fut
- mise selon le contenu d'icelui en la chambre basse faicte propice
- pour icelle Regnée, fermant à deux clez et à deux serrures, l'une
- desquelles clez fut baillée à Jaques le Moyne et Dominique de
- Moyencourt, marregliers desdits Sains Ignoscens, presens Jehan
- Dousse et Drouet Danchel, et l'autre clef apportée au greffe
- criminel de ladicte court, lesquelz marregliers ont promis rendre
- ladicte clef toutes et quantes fois que par lesdis presidens ou
- ladicte court de Parlement, icelle seant, sera ordonné.»
-
-
- [1443.]
-
-
-824. Item, en cel an fut le plus long yver que oncques homme vivant eust
-veu, car il commença proprement la vigille Sainct Nicolas en decembre à
-geler, et ne cessa jusques environ le quinziesme jour d'avril qui fut le
-lundy de la sepmaine peneuse, et puis recommença à l'entrée de may, l'an
-mil CCCC XLIII, et gela les quinze premiers jours tres fort, qui moult
-empira les vignes et les hannetons aussi.
-
-825. Item, en cel an furent pois et feves tres mauvais à cuire et tous
-plains de cossons et tres chers, car ung boessel de bons poys coustoit VI
-solz parisis et feves IIII solz parisis ou plus[1246]; et advint parce
-que l'esté fut tres chault et sans pluie. Mais touz fruis furent à tres
-grant marché, car en la fin du moys d'aoust on avoit tres belles pommes
-de Cappendu le quarteron pour II doubles; le cent de noix pour II deniers
-parisis et autres fruis à la value; le molle de bonne buche, VIII blans;
-le cent de costeretz pour XX solz parisis; mais ongnons furent tres
-chers, car six ongnons gros coustoient iiii deniers parisis.
-
- [1246] «Ou plus» manque dans le ms. de Rome.
-
-826. Item, celle année mil CCCC XLIII, fut bien IIII moys et plus sans
-plouvoir point en yver ne en esté, par quoy les vins furent de tres
-mauvaise garde, et tost tiroient à egreur et devenoient roux et de malle
-saveur, et pour ce furent ilz celle année à bon marché.
-
-827. Item, le jour Saincte Marguerite, XXe jour de juillet mil IIIIc
-XLIII, vint le Dalphin à Paris, et pour sa venue fist on une grosse
-taille[1247].
-
- [1247] Le passage du Dauphin à Paris fut marqué par un acte
- d'autorité qui indisposa fortement contre lui le Parlement. Dans
- l'après-dînée du mardi 23 juillet, le jeune prince fit venir les
- présidents de la Cour au sujet de l'enregistrement des lettres
- portant don en faveur de Charles d'Anjou, comte du Maine, des
- seigneuries de Gien et de Saint-Maixent, et exigea la suppression
- de la formule _de expresso mandato domini regis per dominum
- Dalphinum_; de plus, avec la ténacité qui le caractérisait, il
- signifia au Parlement «que jusques à ce que ainsi feust fait, il
- ne partiroit de Paris, combien que lui feust necessité de partir
- d'icelle ville hastivement pour acomplir la charge que le roy luy
- avoit baillée qui le touchoit moult grandement», et ajouta même
- que, «se son voiage estoit aucunement retardé, le roy n'en seroit
- content, et y pourroit avoir trop grant dommaige» (Arch. nat.,
- X{la} 1482, fol. 249 rº).
-
-828. Item, la IIe sepmaine d'aoust, ledit Dalphin fut devant Dieppe et
-par force il leva le siege que les Angloys avoient tenu devant ladicte
-ville par l'espace de grant temps, et là furent mors grant foison
-d'Angloys et de bons marchans[1248].
-
- [1248] C'est le 15 août 1443 que fut emportée d'assaut, sous les
- yeux du dauphin, la bastille édifiée au sommet de la falaise du
- Polet. Trois cents Anglais succombèrent dans cette journée. (Cf.
- Vallet de Viriville, _Histoire de Charles VII_, t. II, p. 449.)
-
-829. Item, que on ne doit de rien jurer qui soit à advenir, car le
-premier jour de septembre ensuivant, ung prinsonnier de la prinse de
-Pontoise, qui avoit esté par pluseurs foys condampné à noier ou d'autre
-pire mort, et touzjours avoit esté enferré es prinsons de Sainct-Martin
-des Champs, vendu et revendu de rançon à plus grant rançon, le premier
-jour de septembre fut marié à une [belle] jeune femme bien née, et y ot
-tres belle feste; et de bonne foy ilz n'atendoient tous les jours que la
-mort, lui et son compaignon, qui fut delivré celui jour sur sa foy. Ainsi
-ouvra Fortune en ces deux hommes, et pour ce nul ne se doit deffier de
-Nostre Seigneur, ne soy desesperer pour nulle paine.
-
-830. Item, en la fin d'aoust vint le Dalphin à Paris et y fut environ III
-jours, et après alla à Meaulx, et là fut aucuns jours que oncques n'alla
-à l'eglise que tous les jours aller chacer et faire telles vanités ou
-pis, et avec lui avoit quelque [mil] larrons qui toute destruisirent
-l'Isle-de-France; et leur donna cestuy Dalphin sur chascune vache qu'ilz
-prendroient demy escu, et sur chascun cheval ung escu, et qui voulloit
-vendenger, il convenoit qu'il rançonnast sa vigne à grant rançon. Et
-toute ceste doloreuse tempeste que ainsi se souffroit de par[1249] le
-Dalphin et des gouverneurs faulx et traistres au roy, ne se faisoit que
-pour ce que le pouvre peuple ne povoit pas paier les grans tailles[1250]
-et autres subsides à quoy on le mettoit de jour en jour, et faisoient
-entendant que on faisoit ces aides pour aller devant le Mans, les autres
-disoient devant Rouen, les autres [disoient] devant Mante. Et faisoient
-ainsi entendant les faulx gouverneurs au peuple, et tant tindrent ces
-faulces parolles que le peuple estoit tout apaisié de leurs domaiges,
-pour esperance que on avoit qu'ilz feissent aucune chose de bien, mais
-leur esperance fut toute vaine, car ilz tindrent tant le povre peuple en
-celle esperance que l'yver commença; lors fut dit par les faulx
-gouverneurs que on ne pourroit tenir siege jusques au temps nouvel, et
-que le roy avoit moult à faire où il estoit tres grant besoing, et que
-son filx allast par devers luy et sa compaignie hastivement. Ainsi se
-party le Dalphin le XIIIIe jour d'octobre l'an mil IIIIc XLIII, quant il
-ot sa part de la taille, sans faire aucun bien que.....[1251] tout le
-païs [et] destruire.
-
- [1249] Lacune d'un ou deux mots grattés dans le ms. de Rome.
-
- [1250] Les tailles se succédaient pour ainsi dire d'année en
- année, et l'on a peine à comprendre comment la population
- parisienne pouvait suffire à des exigences toujours croissantes
- et sans cesse renouvelées. A peine venait-on de lever les
- contributions nécessitées par les sièges de Harfleur et de
- Pontoise, qu'au mois de juin 1442 «fut mis sus en la ville et
- vicomté de Paris par le Roy ung ayde» dont Henry des Danès fut
- receveur, et dont l'assiette fut faite par les quarteniers et
- dizeniers (Arch. nat., Z{1a} 13, fol. 120 vº).
-
- [1251] Lacune d'un mot par suite du grattage signalé plus haut.
-
-831. Item, en ce temps furent deffendues toutes predicacions dès devant
-la my-aoust jusques à la Concepcion Nostre Dame en decembre.
-
-
- [1444.]
-
-
-832. En icellui temps n'estoit nouvelle de roy, ne de reyne[1252], ne de
-quelque signeur de France à Paris, ne que se ilz fussent à IIc lieues,
-mais que les gouverneurs soubz leurs umbres faisoient tailles sans
-cesser, disant que le roy et ses subgectz, mais qu'ilz eussent l'argent,
-qu'ilz yroient concquester toute Normendie, mais quant la taille estoit
-cuillie et qu'ilz l'avoient par devers eulx, plus ne leur en challoit que
-de jouer au dez, ou chacer au boys, ou dancer, ne ne faisoient mais,
-comme on soulloit faire, ne joutes, ne tournois, ne nulz faiz d'armes
-pour paour des horions; brief, tous les signeurs de France estoient tous
-devenus comme femmes, car ilz n'estoient hardiz que sur les pouvres
-laboureurs et sur les pouvres marchans, qui estoient sans nulles armes.
-Et quant ilz virent que le povre peuple n'avoit plus de quoy paier la
-taille, ilz firent crier que nulz ne prinst plus quelque monnoye que ce
-fust, ne de Bourgongne, ne d'Angleterre, ne de Flandres, ne de quelque
-autre païs, que celle qui auroit ung chappellet autour de la croix ou de
-la pille[1253]. Helas! le pouvre peuple n'avoit pour cellui temps que
-celle monnoye qui fut deffendue à prendre, dont il fut tant grevé que
-c'est grant pitié à panser, car ce fu une des grans tailles qui eust esté
-faicte, passé avoit grant temps, car il convenoit la nouvelle monnoie à
-leur volenté achater, ne nul n'en osoit parler. Et fut fait ce cry et
-ceste ordonnance le jour de la Chere Sainct Pierre, qui fut au sabmedy,
-dont le peuple qui vint au pardon à Sainct-Denis furent mallement grevez
-et fort dommaigez[1254], car pou y avoit de gens qui vindrent devers
-Normendie, dont il vint grant peuple à celle foys, qui eussent autre
-monnoye que Englesche, ou de Bourgongne, Flandres ou de Bretaigne; par
-quoy ilz furent moult grevez pour le changement de la monnoye qu'il
-failloit qu'ilz feissent partout où ilz furent.
-
- [1252] «Ne de reyne» manque dans le ms. de Rome.
-
- [1253] Par ordonnance royale rendue à Saumur le 19 novembre 1443,
- publiée à Paris le 21 janvier 1444, fut défendu le cours de
- toutes monnaies d'or et d'argent autres que les suivantes:
- «deniers d'or appellez escuz, fabriquez presentement», deniers
- grands blans ayant cours pour dix deniers tournois piece, petits
- blans de cinq deniers tournois, doubles petits deniers tournois
- et parisis noirs (Arch. nat., Y 4, fol. 70 vº; Z{1b} 60, fol. 51
- vº).
-
- [1254] Un conflit assez grave s'éleva lors du pardon de
- Saint-Denis entre l'autorité ecclésiastique et le pouvoir royal.
- A la suite des prohibitions récemment édictées et afin d'en
- atténuer jusqu'à un certain point les effets désastreux, ordre
- fut donné aux changeurs du Grand Pont de tenir boutique ouverte
- le jour de la Chaire saint Pierre, ainsi que les dimanche et
- mardi suivants; sur ce, l'évêque de Paris fit citer devant sa
- juridiction les changeurs coupables d'avoir exercé leur industrie
- pendant les jours fériés. Comme il s'agissait d'une mesure
- d'ordre public, à la date du 9 mai 1444 Charles VII donna
- commission au Parlement et au prévôt de Paris pour annuler toutes
- citations, monitions et condamnations prononcées en cour d'Église
- contre les changeurs. Ce mandement, pouvant en quelque sorte être
- considéré comme la contre-partie des plaintes dont l'auteur de
- notre Journal se fait l'écho, il est intéressant de mettre en
- regard de son récit la version officielle, telle que nous la
- donne ce mandement. «Et soit ainsi que de nouvel, c'est assavoir,
- le samedi jour de la Chiere Sainct Pierre, les monnoies estranges
- et anciennes, tant d'or comme blanches et noires, autres que les
- escuz blancs et tournois de nostre coing derrenierement ordonné,
- ayent esté deffendues de par nous sur les peines en tel cas
- introduictes, et pour subvenir à la grant necessité qui estoit de
- recouvrer monnoie de nostredit coing pour occasion de ladicte
- deffense des autres monnoyes que de celles de nostre coing ayent
- cours à present, et pour servir et fournir nos subgectz et le
- peuple qui habondoit de toutes pars à Paris pour le pardon de
- Sainct-Denis, qui a esté le mardi ensuivant, ait esté ordonné de
- par les gens de nostre conseil, generaulx maistres de noz
- monnoies, que ledit samedi, dymanche et mardi ensuivant,
- nonobstant que se fussent jours de festes, tous les changeurs qui
- ont acoustumé excercer office de change sur le Grant Pont à
- Paris, vendroient garniz de nostre monnoie, telle que dit est,
- pour fournir et servir nosditz subgectz de Paris et forains.»
- (Arch. nat., Z{1b} 60, fol. 55 rº.)
-
-833. Item, en cellui temps avoit touzjours en Saincte Eglise deux pappes,
-l'un nommé Eugene et l'autre Felix; cestuy Eugene tenoit toute la partie
-de France, et l'autre tenoit la partie de Savoye et d'aucunes contrées
-environ son païs[1255].
-
- [1255] Quoique l'Université de Paris eût reconnu l'antipape Félix
- V, créé par le concile de Bâle, Charles VII déclara par lettres
- du 21 novembre 1440, publiées à Paris le 2 janvier 1441, son
- intention de rester sous l'obédience du pape Eugène IV (Arch.
- nat., Y 4, fol. 49 vº).
-
-834. Item, celle année, fut tant d'ongnons que on avoit le boessel pour
-II doubles ou pour II deniers, aussi bons que on eust oncques veu; et de
-poreaux la plus belle bote des Halles pour I denier ou pour I tournois,
-ne oncques n'encherirent en tout le karesme; bons pois pour III blans,
-feves pour III blans; bon vin II deniers.
-
-835. Item, à la my karesme, que on chante en Saincte Eglise _Letare
-Jherusalem_, à la messe, tonna tant fort que on eust oncques ouy puis L
-ans, et fut entre III et V heures sans cesser, et chut sur l'eglise de
-Sainct-Martin des Champs, et abaty la croix et le cochet[1256] et une
-pomme de pierre qui pesoit bien une queue de vin, et rompy le moustier
-en plusieurs lieux, tant que on disoit qu'il ne seroit pas bien reparé
-pour IIIc escuz d'or.
-
- [1256] Ms. de Rome «clocher».
-
-836. Item, en celui temps, le chancellier alla à Tours où le roy estoit
-pour traicter de la paix de France et d'Angleterre, mais il cuida parler
-au roy, soubdainement ung mal le print, dont il mouru hastivement, qui
-fut grant dommaige, car bon proudomme estoit pour le royaulme[1257].
-
- [1257] Renaud de Chartres, archevêque de Reims, chancelier de
- France depuis le 28 mars 1424, mourut subitement à Tours le 4
- avril 1444, et fut enterré aux Cordeliers de cette ville. Le
- Parlement de Paris fit chanter le mercredi 22 avril une messe
- solennelle pour le repos de son âme: «Jeudi, XVIe jour d'avril.
- Qua die non fuit litigatum, sed deliberatum quod, non-obstante
- decessu defuncti domini cancellarii, magistri requestarum
- sigillabunt litteras justicie, sigillo eis tradito, prout antea
- faciebant, et quod ad anime remedium ipsius domini defuncti
- cancellarii cantabitur de requiem cras una magna missa in capella
- aule Palacii, solemniter, qua die, que fuit mercurii, fuit
- celebrata missa.» (Arch. nat., X{la} 4800, fol. 100 rº.)
-
-837. Item, fut faicte une des piteuses et la plus devote[1258] procession
-que on eust oncques veue à Paris, car l'evesque de Paris et celui de
-Beauvays, et deux abbez[1259] porterent le corps Nostre Seigneur de
-Sainct-Jehan en Greve sur leurs espaules, et de là allerent aux Billettes
-querre à grant reverence le quanivet de quoy le faulx Juif avoit depicqué
-la char Nostre Seigneur, et de là furent portez avec la saincte croix et
-autres reliques sans nombre[1260] à Saincte-Katherine du
-Val-des-Escolliers; et y avoit devant plus de Vc torches allumées, et de
-peuple bien IX ou X mil personnes, sans ceulx de l'eglise; et avoit après
-ces sainctes reliques tout le mistere du Juif qui estoit en une charrette
-lié, où il avoit espines, comme se on le menast ardoir, et après venoit
-la justice, et sa femme et ses enfens; et parmy [les rues avoit deux
-eschaffaux de tres piteux misteres, et furent] les rues parées comme à la
-Sainct Sauveur. Et fut faicte celle procession, pour ce que on avoit
-bonne esperance d'avoir paix entre le roy de France et d'Angleterre, et
-fut le XVe jour de may, au vendredy, l'an mil CCCC XLIIII.
-
- [1258] Ms. de Rome «douce».
-
- [1259] Au nombre des prélats qui prirent part à la procession
- solennelle du 15 mai 1444 figurent l'évêque Denis du Moulin,
- l'évêque de Limoges, l'évêque de Beauvais, qui célébra l'office à
- Sainte-Catherine-du-Val-des-Écoliers, les abbés de Saint-Maur, de
- Saint-Magloire, de Lagny, de Saint-Germain des Prés, suivis d'une
- foule que le prieur Jean Maupoint évalue à quarante mille
- personnes.
-
- [1260] Voir dans le Journal de Maupoint (p. 31) l'énumération des
- reliques qui furent portées processionnellement le 15 mai 1444.
-
-838. Item, le IIIe jour de juing ensuivant, fut la IIIe feste de la
-Penthecoste. Le mercredy des Quatre Temps, furent criées les treves de
-paix entre le roy de France et d'Angleterre, commençans le premier jour
-de juing mil IIIIc XLIIII, et sur la mer le XXVIe jour dudit moys, et
-furent publiées cedit moys parmy la France, et [en] Normendie, et en
-Bretaigne et par tout le royaulme de France[1261].
-
- [1261] Les trêves conclues à Tours le 28 mai 1444 devaient
- commencer pour la Guyenne et la Gascogne le 15 juin suivant, pour
- toutes les autres parties du royaume le 1er juin, «et au regard
- de la mer le premier jour de juillet ensuivant, à heure de soleil
- levant.» A la suite des lettres dont le texte est inséré au
- registre vert vieil second (Arch. nat., Y 4, fol. 81 vo), on lit
- la mention de leur publication à Paris, faite le mercredi 3 juin,
- en présence du prévôt de Paris, de Jean de Longueil, son
- lieutenant civil, de Jean Bezon, son lieutenant criminel, des
- prévôt des marchands et échevins, de Jean Tillart, Hugues
- Boucher, Nicolas Rosnel et Girard Colletier, examinateurs au
- Châtelet. Le 4 août de l'année suivante, on présenta au Parlement
- les lettres du roi d'Angleterre confirmatives de la trêve de
- Tours.
-
-839. Item, en cel an fut le Landit, qui n'avoit esté puis l'an mil CCCC
-XXVI, et fut fait dedens la ville [de] Sainct-Denis[1262]; et fut grant
-debat[1263] entre l'evesque de Paris pour la beneïsson et l'abbé de
-Sainct-Denis, car l'abbé disoit la ville estre à soy de son droit et que
-à lui appartenoit la beneïsson; l'evesque disoit que passé IIIc ans
-l'avoient faicte ses devanciers evesques de Paris, et la feroit. Quant
-l'abbé vit cecy, lui fist faire deffence sur grosse peine de faire
-ladicte beneïsson, et l'evesque de Paris alla à ung autre costé du
-marché, et fist faire la beneïsson par ung maistre en theologie nommé
-maistre Jehan de l'Olive, né de la ville de Paris[1264].
-
- [1262] Charles VII rétablit la foire du Landit par lettres du 15
- avril 1444, publiées à son de trompe le mardi 12 mai, et ordonna
- que la foire se tiendroit «au dedens de la ville de Saint-Denis,
- pour ce que ledit lieu ou place où elle souloit estre tenue n'est
- encores seur à l'occasion des guerres ..... et que les loges qui
- y souloient estre pour logier et retraire les marchans qui y
- aloyent et leurs denrées sont abatues et du tout en ruyne.»
- (Arch. nat., Y 4, fol. 80 vo.)
-
- [1263] Ce débat entre l'évêque de Paris, le chapitre de
- Notre-Dame, d'une part, et l'abbé de Saint-Denis, d'autre part,
- fut porté au Parlement; après les plaidoiries des 24 et 25 mai,
- intervint un arrêt, à la date du 2 juin, qui décida que les
- parties commettraient un évêque pour procéder à la bénédiction,
- auquel évêque devaient se joindre les processions parisiennes
- (Arch. nat., X{la} 74, fol. 115 rº; X{la} 4800, fol. 302 rº, 304
- rº).
-
- [1264] La bénédiction du Landit, avec procession solennelle, eut
- lieu sous les auspices du chapitre de Notre-Dame le mercredi 10
- juin. Jean de l'Olive, maître en théologie, délégué par
- l'autorité royale, prononça le sermon obligé et donna la
- bénédiction (Arch. nat., LL 218, fol. 587).
-
-840. Item, le XIIe jour de juillet, fut faicte procession
-generalle[1265], et fut celui jour reporté le precieux corps de monsr
-sainct Cloud en la ville du sainct, dont il avoit esté apporté pour les
-guerres, bien avoit XVI ans ou environ, et avoit esté à Sainct-Syphorien
-derriere Sainct-Denis de la Chartre celui temps en garde en une châsse,
-et le vindrent querre les bonnes gens des villes d'entour Sainct-Cloud à
-procession, en chantant à Dieu louanges.
-
- [1265] Suivant les dispositions arrêtées par les chanoines de
- Notre-Dame le 10 juillet, la procession du dimanche 12 juillet,
- en l'honneur de la châsse de saint Cloud déposée en l'église de
- Saint-Symphorien, devait se rendre de Notre-Dame en l'église
- Saint-Honoré où serait célébrée une messe et prêché un sermon
- pour la paix générale et l'union de l'Église (_Ibid._, fol. 605).
-
-841. Item, le XIIe jour de juillet, l'an mil IIIIc XLIIII, fut ouverte la
-porte de Sainct-Martin, qui n'avoit esté mais ouverte, puis le moys
-d'aoust mil IIIIc XXIX que la Pucelle vint devant Paris, le jour de la
-Nostre-Dame en septembre ensuivant, que on fist premier la feste de
-sainct Laurens en la grant court Sainct-Martin.
-
-842. Item, à l'entrée de juillet vint une grant compaignie de larrons et
-de murdriers qui se logerent es villaiges qui sont autour de Paris, et
-tellement, jusques à VI ou environ VIII lieues de Paris, homme n'osoit
-aller aux champs [ne venir à Paris, ne on n'osoit cuillir aux champs]
-quelque chose que ce fust, car nulle voiture n'estoit d'eulx prinse que
-ne fust rançonnée à VIII ou à X frans; ne nulle beste prinse, fust asne,
-vache ou pourcel, qui ne fust plus rançonné qui ne valloit; ne homme, de
-quelque estat qu'il fust, fust moyne, prebstre, ne religieux de quelque
-ordre, fust nonnain, [fust] menesterel, fust herault, fust femme ou
-enffent de quelque aage, que s'il yssoit dehors Paris, qui ne fust en
-grant peril de sa vie; mays se on ne lui ostoit sa vie, il estoit
-despoullié tout nu, tous sans ung seul excepter, de quelque estat qu'il
-fust; et quant on s'en plaignoit aux gouverneurs de Paris, ilz
-respondoient: «Il fault qu'ilz vivent, le roy y mettra bien bref remede.»
-Et de ceste compaignie estoient principalx Pierre Regnault, Floquart,
-Lextrac[1266] et plusieurs autres, tous menbres d'Antecrist, car tous
-estoient larrons et murdriers, boutefeux, efforceux de toutes femmes, et
-leur compaignie.
-
- [1266] Pierre Renault, Robert de Floques, dit Floquet, Arnaud de
- la Lande, dit Lestrac, chef de routiers, qui acquirent une
- sanglante renommée par leurs exploits dans la période comprise
- entre les années 1438 et 1445 (Cf. Tuetey, _les Écorcheurs sous
- Charles VII_, t. I, _passim_).
-
-843. Item, en cellui an alla le roy en Lorrenne, et le Dalphin son filx
-en Allemaigne, guerrier [ceulx qui rien ne leur demandoient], et mena avec
-lui ces malles gens devant dictes, qui tant faisoient de maulx que [le
-roy contraint] et tous ses gouverneurs tellement mangerent le [peuple que
-nul bien ne lui povoit venir], où que il fust; car il laissoit son
-royaulme qui estoit tout meslé d'Angloys qui fournissoient et enforçoient
-leurs chasteaulx, et ilz alloient lui et son filx en estranges terres où
-ilz n'avoient rien, despendre, et gaster ses gens et la finance de son
-royaulme[1267], et en bonne foy ilz ne faisoient en X ou en XII ans, ne
-pour eulx ne pour autre, quelque chose que ce fust pour le bien du
-royaulme qu'ilz ne deussent avoir fait en III ou en IIII moys.
-
- [1267] Tout ce passage n'est composé que de fragments rattachés
- les uns aux autres; ces lacunes existant dans le ms. de Rome
- proviennent du grattage minutieux de trois lignes, que l'un des
- possesseurs du volume, vraisemblablement le président Fauchet, a
- pris soin de rétablir en marge; ces restitutions nous paraissent
- acceptables, seulement l'examen attentif de la première ligne
- grattée nous permet de proposer avec certitude l'addition des
- mots «et mena avec lui», qui complètent bien le sens de la
- phrase. Quant au ms. de Paris, il laisse en blanc tout ce que
- nous avons mis entre crochets.
-
-844. Item, le IIIIe jour de septembre, cesserent les sermons jusques au
-XIIIe jour de mars, qui fut dimenche devant _Ramis Palmarum_, et fut fait
-à Sainct-Magloire; la cause fut pour ce que on fist une grosse taille où
-on voulloit asservir tous les suspos de l'Université de Paris. Si alla le
-recteur, pour deffendre et garder les libertés et franchises de ladicte
-Université, parler aus esleuz[1268]; si y ot aucuns desdiz esleuz qui
-mirent la main au recteur[1269], par quoy sermons cesserent.
-
- [1268] Il s'agit des élus sur le fait des aides institués à
- Paris, élus dont le nombre avait été réduit à quatre par arrêt de
- la Chambre des aides du 20 octobre 1442 (Arch. nat., Z{1a} 13,
- fol. 166 vº). A la date du 5 avril 1445, c'est-à-dire quelques
- mois après les incidents rapportés par l'auteur du Journal, ces
- élus étaient Jean le Carnier, Enguerran de Thumery, Martin
- Ponchier et Lubin Raguier, ce dernier au lieu et place d'Alain
- Dionis, décédé (Arch. nat., Z{1a} 15, fol. 13 vº). Deux de ces
- personnages peuvent se reconnaître dans un passage des
- Instructions données par l'Université, en décembre 1445, à ses
- députés auprès de Charles VII. L'Université y déclare qu'elle n'a
- nullement l'intention de porter plainte contre les officiers
- royaux, mais qu'elle s'élève uniquement contre les auteurs des
- excès scandaleux commis au grand détriment du recteur, son chef,
- et de ses suppôts «scilicet Grandinum de Tu. et Petrum de Carnay»
- (lisez Enguerran de Thumery et Jean le Carnier).--Cf. Du Boulay,
- _Hist. Univ._, t. V, p. 537.
-
- [1269] Le recteur ainsi malmené devait être Martin Chaboz, en
- possession du rectorat depuis le mois de décembre. Dans
- l'assemblée générale tenue le 12 décembre par le corps
- universitaire, toutes les facultés et nations prirent fait et
- cause pour leur recteur, à raison du traitement injurieux dont il
- avait été victime. C'est du moins le témoignage que rend le
- procureur de la nation de France (V. Du Boulay, _Hist. Univ._, t.
- V, p. 534).
-
-845. En celui temps fut apporté le circoncis de Nostre Seigneur[1270] à
-Paris, et ceulx qui l'aporterent disoient que le roy et le Dalphin et
-Charles d'Anjou avoient impetré lettres à nostre Sainct Pere le pape
-Eugene, que tous ceulx qui prendroient une lettre qu'ilz bailleroient,
-qu'ilz seroient absoulz de peine et de coulpe à l'eure de la mort, mays
-qu'ilz fussent vrays confées et repentans; et tres chier coustoit [une]
-ceste lettre, car les riches en paioient XL solz parisis, et les moyens
-XXXII ou XX solz parisis et les povres à la value, et tauxoient ces
-lettres à journées d'un ouvrier, II solz pour jour, le riche à XX ou XXX
-journées, le mains riche à mains; et disoient que l'evesque de Paris leur
-avoit octroié à ce faire en sa dyocese. Par quoy le peuple print par
-devocion plus de Vc de ces lettres, et aussi pour la reparacion de
-Nostre-Dame de Coulombes[1271], qui avoit esté destruite par les guerres.
-Et quant ilz orent emporté la saincte relique, l'evesque de Paris fist
-commandement par toutes les parroisses de Paris que tous ceulx qui
-avoient prins ces dictes lettres les lui portassent sur peine
-d'excommenie, et plusieurs de ceulx qui les avoient prinses, pour paour
-d'encourir en celle sentence, les lui porterent pour paour d'estre en
-indignacion du prelat et aussi de maleïsson pour beneïsson[1272]; et
-quant ilz les portoient, on les pandoit à ung crochet en son estude; et
-n'en fist on plus pour celle eure jusques à une autre foys que on les
-devoit visiter plus à loisir, et ceulx qui les avoient portées ne les
-porent avoir pour celle foys, dont moult furent troublez.
-
- [1270] Cette relique célèbre, connue au moyen âge sous le nom de
- «joyau d'argent» et conservée dans l'abbaye bénédictine de
- Coulombs, au diocèse de Chartres, était en grande vénération
- auprès des fidèles, notamment auprès des femmes qui allaient
- devenir mères. Elle fut envoyée en Angleterre en 1421, lors des
- couches de Catherine de France, mariée au roi Henri V; après la
- naissance de son fils, le précieux joyau fut déposé en la
- Sainte-Chapelle, et passa, en 1427, entre les mains de l'abbé de
- Saint-Magloire (Lettre de Henri VI, roi d'Angleterre, 24 mai
- 1427, _Gallia christiana_, t. VIII, preuves, p. 389).
-
- [1271] L'abbaye de Notre-Dame de Coulombs, au diocèse de
- Chartres, eut beaucoup à souffrir des guerres avec les Anglais;
- ravagée par l'incendie, détruite même au ras du sol dans
- quelques-unes de ses parties, elle ne possédait plus à cette
- époque que douze religieux (_Gallia christiana_, t. VIII,
- preuves, p. 398).
-
- [1272] Ms. de Rome: benediction.
-
-846. Item, après fut aportée la chace de sainct Sebastien, et fu par les
-parroisses comme celle de davant, et tous ceulx qui se mirent en la
-confrarie dudit sainct paoient chascun VIII deniers.
-
-
- [1445.]
-
-
-847. Item, le jour de l'Ascencion, qui fut le jour Sainct Jehan en may,
-et le lendemain, gela à glace, par laquelle gelée les vignes furent
-gellées; par quoy le vin enchery si fort que le vin, que on donnoit par
-devant à II deniers, fut tantost mis à VI deniers parisis.
-
-848. Item, en celle sepmaine, fut apportée à Paris la chace sainct
-Quentin, et fut portée par les eglises de Paris, et ceulx qui le
-conduisoient faisoient pandre ung grant fleau, comme il est au poydz du
-roy, et là se fesoient peser hommes et femmes, et eulx estans en la
-balence, on les tiroit tant qu'ilz perdoient terre, et en ce faisant, on
-nommoit sur eulx plusieurs sains ou sainctes, et après ilz se rachetoient
-de blé ou d'argent ou de ce qu'ilz vouloient, et moult firent grant
-cuillette d'argent à Paris iceulx questeurs de pardons en celluy temps.
-
-849. Item, le mercredy de la feste de la Penthecoste, chut le tonnoirre
-en l'eglise de Nostre-Dame-de-Liesse, environ VI heures au matin, et tua
-dedens l'eglise de Nostre-Dame IIII hommes, et affola bien XXVIII ou XXX
-personnes de leurs menbres et aucuns de leur sens, et leva du pavement
-les quareaulx [et barreaux] de fer.
-
-850. Item, le IIe jour d'aoust, fut faicte une procession generalle de
-toutes les parroisses de Paris à Nostre-Dame, et de Nostre-Dame allerent
-à Nostre-Dame des Champs par grant devocion, car vray est que grant temps
-avoit que ung moyne de Sainct-Denis en France, pour le temps que les
-Angloys gouvernoient le royaulme, print le clou et la couronne à
-Sainct-Denis, et à celle fin que les Angloys ne l'otassent de ladicte
-abbaïe et l'emportassent en leur païs, ledit moyne print ces deux
-precieux joyaulx, et les porta honnorablement à Bourges en Berry, où
-estoit adong le roy de France Charles VIIe de ce nom. Et le premier jour
-d'aoust furent apportées par le vouloir du roy et des signeurs du sang
-royal, et par le pourchas de l'abbé de Sainct-Denis en France, nommé
-Gamaches par seurnom[1273], à Nostre-Dame des Champs, et le lundy IIe
-jour d'aoust IIIIc XLIIII (sic), furent apportées à Sainct-Magloire par
-tres honorables processions, à grant luminaire, et là furent celle
-journée jusques à l'endemain qui fut le jour de l'Invencion Sainct
-Estienne, IIIe jour dudit moys. Et ce jour vindrent à Paris l'abbé de
-Sainct-Denis et tout le couvent, tous revestus de chappes de drap
-d'or ou de soye, et avecques eulx toutes les parroisses à banieres et
-à croys, et à tres grant foison peuple, et à tres grant foison torches
-alumées vindrent à Sainct-Magloire celui jour; et là fut dit une messe
-[tres] solempnelle, et après congé à l'abbé et à tout son couvent, lequel
-les convoya jusques hors de Paris, vestu et tout aourné comme evesque,
-et tout son couvent revestu de chappes, et avec ces sainctes reliques
-alla tant de peuple de Paris que à paine seroit creu qui ne l'auroit
-point veu.
-
- [1273] Philippe de Gamaches, d'une famille noble du Vexin, entra
- de bonne heure dans les ordres. Après avoir fait profession
- religieuse en l'abbaye de Saint-Denis, il quitta ce monastère
- pour échapper à la domination anglo-bourguignonne, et se retira à
- Saint-Faron de Meaux, où il fut élevé à la dignité d'abbé vers le
- mois de novembre 1420. On connaît la part active qu'il prit à la
- défense de Meaux contre le roi Henri V. Fait prisonnier en même
- temps que l'évêque, il obtint la vie sauve, grâce à la reddition
- de Compiègne, effectuée par son frère Guillaume, capitaine de
- cette place au nom du dauphin. Philippe de Gamaches entra dans
- les conseils de Charles VII et devint abbé de Saint-Denis en mars
- 1442 ou 1443; il mourut le 28 janvier 1464. (Rel. de Saint-Denis,
- t. VI, p. 453; Vallet de Viriville, _Histoire de Charles VII_, t.
- I, p. 381.)
-
-851. Item, le lundi XVIe jour d'aoust, trespassa en la ville de Chaalons
-la femme du Dalphin de France, nommée Marguerite, fille du roy
-d'Escosse[1274]; et en celui temps fut fait chancelier de France le
-frere à l'archediacre de Paris et archevesque de Rains, tous deux enfans
-de [feu] maistre Jaques Jouvenel[1275].
-
- [1274] Marguerite d'Écosse tomba malade le 7 août 1445, à la
- suite d'un pèlerinage qu'elle fit du château de Sarry, près
- Châlons, à Notre-Dame de l'Épine, et mourut à Châlons le 16 août,
- à l'âge de 21 ans; son corps, inhumé dans la cathédrale, à gauche
- du grand autel, fut transporté le 1er novembre 1479, par ordre de
- Louis XI, dans la chapelle du Saint-Sépulcre, érigée aux frais de
- cette princesse, en l'abbaye de Saint-Laon de Thouars (Cf.
- Mathieu d'Escouchy, éd. Beaucourt, t. III, p. 143-145). Lorsque
- la mort de la dauphine fut connue à Paris, les chanoines de
- Notre-Dame, réunis capitulairement le mercredi 25 août,
- décidèrent qu'un service solennel aurait lieu dans le chœur de
- la cathédrale, et fixèrent au lundi 30 août la célébration de
- cette messe funèbre (Arch. nat., LL 219, fol. 63).
-
- [1275] Guillaume Jouvenel des Ursins fut institué chancelier de
- France par lettres données à Sarry-lez-Châlons le 16 juin 1445;
- il exerça cette charge jusqu'à sa mort, survenue le 23 juin 1472;
- son frère, Jacques Jouvenel des Ursins, archidiacre de Paris,
- remplaça Renaud de Chartres comme archevêque de Reims. Tous deux
- étaient fils de Jean Jouvenel des Ursins et de Michelle de Vitry.
-
-852. Item, la IIe sepmaine d'octobre, la vigille des octabes Sainct
-Denis, fut ouverte la porte de Montmartre, à ung vendredy.
-
-853. Item, le roy ne nulz des signeurs de France n'alloient ne venoient à
-Paris, et tout temps faisoit on grosses tailles[1276], sans ce que on
-feist aucun bien pour le commun; et touzjours s'enforçoient les Angloys
-et avitalloient leurs forteresses, et ne faisoient ne treves ne paix, et
-ne challoit au roy comment tout en allast, que de chevaulcher de pais en
-autre, touzjours bien acompaigné de XX mil ou plus de larrons qui tout
-son païs[1277] mettoient à destruction.
-
- [1276] Notre chroniqueur veut probablement faire allusion à
- l'aide extraordinaire que le roi venait «de mettre sus pour le
- fait de la provision des gens d'armes.» Cette taille nouvelle,
- qui pesait lourdement «sur les subgectz», se montait à la somme
- de 300,000 francs (Arch. nat., Z{1a} 15, fol. 116 rº).
-
- [1277] Ce mot est laissé en blanc dans le ms. de Paris.
-
-854. Item, en cel an fut la plus terrible maladie de la verolle depuis la
-my aoust jusques après la Sainct Andry, que on eust oncques veue,
-especialment sur petiz enfans, car en la ville de Paris on eust veu
-durant celui temps plus de VI milliers; et moult en mourut de celle
-malladie, et mouroient depuis qu'ilz estoient gueriz de celle verolle
-maudicte, et moult en furent malades plusieurs hommes et femmes de toutes
-aages, especialment à Paris.
-
-855. Item, en cellui temps, vint ung jeune cordelier à Paris de la nacion
-de Troyes en Champaigne, ou d'environ, petit homme, tres doulx regart, et
-avoit ung nommé Jehan Creté[1278], aagé de XXI ans ou environ, lequel fu
-tenu à ung des meilleurs prescheurs qui oncques eust esté à Paris depuis
-cent ans; et vraiement on ne vit oncques homme lire plustost qu'il disoit
-son sermon, et sembloit proprement qu'il sceust tout le Vieil Testament
-et le Nouvel, et toute la Legende Dorée et tous les anciens livres de
-toutes nacions du monde, et oncques on ne le vit faillir de revenir à son
-propos, et partout où il preschoit, le moustier estoit tout plain de
-monde.
-
- [1278] Jean Creté était effectivement un prédicateur populaire
- fort en renom à cette époque. Un article du compte de Jean de
- Visen mentionne, à la date du 27 juin 1452, le payement de 110
- sols à Jean Creté, frère mineur, docteur en théologie, pour ses
- frais de séjour à Auxerre pendant quinze jours, «durant lequel
- tems il a chascun jour preschié et sermoné pour toujours induire
- le peuple à bien faire.» (Lettre de l'abbé Lebeuf, _Mercure de
- France_, 1730, t. I, p. 2616.)
-
-856. Item, il se departi de Paris environ VIII jours devant Nouel et alla
-prescher ou royaulme d'Angleterre.
-
-
- [1446.]
-
-
-857. Item, le XXIIIIe jour de fevrier, l'an mil IIIIc XLV[1279] fut
-desdiée l'eglise des Innocens par reverend pere en Dieu l'evesque de
-Paris, nommé messire Denis des Moulins.
-
- [1279] Le ms. de Rome donne par erreur XLIIII.
-
-858. Item, le premier lundi de mars ensuivant, furent renouvellées les
-treves du premier jour d'avril jusques au premier jour d'avril de l'année
-ensuivant, et fut crié par les carrefours de Paris[1280].
-
- [1280] Les trêves entre la France et l'Angleterre furent
- successivement prorogées à Londres les 13 août et 19 décembre
- 1445, et, à cette dernière date, jusqu'au 1er avril 1447 (Voir
- dans Mathieu d'Escouchy, édit. Beaucourt, t. III, p. 145, le
- tableau sommaire des négociations depuis le traité de Tours
- jusqu'à la rupture).
-
-859. Item, à ung mardi, XIIe jour d'avril, l'an mil IIIIc XLV, en la
-sepmaine peneuse, entre la minuyt et prime du jour, gela si tres
-fort[1281] que toutes les vignes furent toutes perdues et tous les noiers
-cuiz de la gelée; et après vint tant de hannetons et de channilles et
-d'autre orde vermine que toute celle année n'y ot ne vin, ne verjus, ne
-fruit [par toute la France; et fut le XVIIe jour de la lune de mars, et
-furent Pasques] le XVIIe jour d'avril en cel an mil IIIIc XLVI.
-
- [1281] Cette gelée désastreuse du mardi 12 avril 1446, qui ruina
- totalement les vignes et arbres fruitiers autour de Paris dans un
- rayon de cinquante lieues, est également mentionnée dans le
- Journal de Maupoint (p. 36).
-
-860. Item, en celluy an vint ung jeune homme[1282] qui n'avoit que XX ans
-ou environ, qui savoit tous les VII ars liberaux, par le tesmoing de tous
-les clercs de l'Université de Paris, et si savoit jouer de tous
-instrumens, chanter et deschanter mieulx que nul autre, paindre et
-enluminer mieulx que oncques on sceust à Paris ne ailleurs.
-
- [1282] S'il faut ajouter foi aux sources indiquées par M. Vallet
- de Viriville dans son _Histoire de Charles VII_, t. III, p. 96,
- l'époque de l'arrivée à Paris du jeune clerc espagnol, connu sous
- le nom de Fernand de Cordoue, coïnciderait avec les Avents de
- l'année 1445. Fernand de Cordoue paraît s'être en quelque sorte
- esquivé de Paris afin d'éluder certaines questions
- embarrassantes. Il se rendit d'abord à Gand auprès du duc de
- Bourgogne avec l'intention de passer en Angleterre; mais n'ayant
- pu mettre son projet à exécution, il dirigea sa course du côté de
- l'Allemagne. Suivant la version la plus accréditée, il serait
- mort à Rome, en 1486, sous-diacre du pape, à l'âge de 65 ans (V.
- Mathieu d'Escouchy, l. I, c. 8. De la venue à Paris d'un josne
- clerc natif des Espaingnes).
-
-861. Item, en fait de guerre, nul plus appert, et jouoit d'une espée à
-deux mains si merveilleusement que nul ne s'i comparast, car quant il
-veoit son ennemy, il ne failloit point à saillir sur luy XX ou XXIIII pas
-à ung sault.
-
-862. Item, il est maistre en ars, maistre en medecine, docteur en loix,
-docteur en decret, docteur en theologie, et vraiement il a disputé à nous
-au colliege de Navarre, qui estions plus de cinquante des plus parfaiz
-clercs de l'Université de Paris et plus de III mil autres clercs, et a si
-haultement bien respondu à toutes les questions que on lui a faictes que
-c'est une droicte merveille à croire qui ne l'auroit veu.
-
-863. [Item, il parle latin trop subtil, grec, ebreu, caldicque, arabicque
-et tous autres langaiges.]
-
-864. Item, il est chevalier en armes, et vraiement, se ung homme povoit
-vivre C ans sans boire, sans menger et sans dormir, il ne auroit pas les
-sciences qu'il scet tout par cueur aprinses; et pour certain il nous fist
-tres grant freour, car il scet plus que ne puet savoir nature humaine,
-car il reprent tous les IIII docteurs de Saincte Eglise; bref, c'est de
-sa sapience la non pareille chose du monde. Et nous avons en Escripture
-que Ante-Crist sera engendré en advoutire[1283] de pere chrestian et de
-mere juive qui se faindra chrestianne, et chascun cuidera qu'elle le
-soit, il sera né de par le deable en temps de toutes guerres, et que
-toutes jeunes gens seront deguisés d'abit, tant femmes que hommes, tant
-par orgueil comme par luxure, et sera grant hayne contre les grans
-signeurs pour ce qu'ilz seront tres cruelx au menu peuple.
-
- [1283] Ms. de Paris «adventure».
-
-865. Item, toute sa science sera de par le dyable, et il cuidera qu'elle
-soit de par nature, il sera chrestien jusques à XXVIII ans de son aage,
-et visitera en celui temps les grans signeurs du monde pour monstrer sa
-grant sapience et pour avoir grant renommée d'iceulx, au XXVIIIe an
-vendra de Jherusalem. Et quant les Juifs incredules verront sa grant
-sapience, ilz creront en luy et diront que c'est Messias qui promis leur
-estoit, et l'aoureront comme Dieu. Adong envoyera ses disciples par le
-monde, et God et Magod le suyveront, et regnera par III ans et demy, à
-XXXII ans les dyables l'emporteront. Et adong les Juifs qui auront esté
-deceupz, ilz se convertiront à la foy chrestienne, et après vendront
-Enoch et Helye, et après sera tout chrestien, et sera l'Euvangille de
-Sainct (Jehan) qui dit: _Et fiet unum oville et unus pastor_[1284], adong
-approuvé, et le sang de ceulx qu'il aura fait tormenter, pour ce qu'ilz
-ne vouldrent adourer, criera à Dieu vengence, et adong vendra sainct
-Michel, qui le trebuchera, lui et touz ses ministres, ou parfons puis
-d'enfer. Ainsi comme davant est dit, le raconterent les devantdiz
-docteurs de celluy homme devant dit, lequel est venu d'Espaigne en
-France, et pour vray selon Danyel et l'Apocalipce, Antecrist doit nestre
-en Babiloine en Caldée.
-
- [1284] Cette citation est extraite de l'Évangile de saint Jean,
- c. X, v. 16.
-
-866. Item, en celuy an mil CCCC XLVI, fut le moys de may le plus froit et
-le plus pluvieux que on eust oncques veu d'aage de homme vivant, car
-oncques jour ne fut qu'il ne gelast ou qu'il ne pleust, et fut avant la
-feste de la Trinité, qui fu le XIIe jour de juing, que le temps se
-eschauffast.
-
-867. Item, la sepmaine devant l'Ascencion, fut crié parmy Paris que les
-ribauldes ne porteroient plus de sainctures d'argent, ne coletz
-renversez, ne pennes de gris en leurs robbes ne de menu ver, et qu'ilz
-allassent demourer es bordeaux ordonnez, comme ilz estoient ou temps
-passé[1285].
-
- [1285] Toutes ces défenses existaient de longue date et l'on ne
- fit que remettre en vigueur des prescriptions tombées en
- désuétude. Ainsi, en 1422, il était interdit aux «femmes
- amoureuses» de porter «habit fourré de gris à colet rabatu»
- (Arch. nat., X{la} 4793, fol. 97 vº), et le compte de l'ordinaire
- de Paris pour 1426 (Sauval, t. III, p. 270) mentionne la vente
- d'une houppelande de drap pers, fourrée par le collet de penne de
- gris, confisquée sur une femme de mœurs dissolues, ainsi qu'une
- ceinture sur tissu de soie noire avec garniture d'argent.
-
-868. Item, la vigille de l'Ascencion, fut enterré le prevost de Paris,
-nommé Ambroys Loré[1286], baron de Juillé[1287], mains amant le bien
-commun que nul prevost qui devant luy eust esté puis XL ans. Car il avoit
-une des femmes que on peust veoir en tout Paris, la plus belle et
-honneste, et fille de nobles gentilz gens de grant ancienneté[1288]; et
-[si estoit] si luxurieux que on disoit pour vray qu'il avoit III ou IIII
-concubignes qui estoient droictes communes, et supportoit partout les
-femmes folieuses[1289], dont trop avoit à Paris par sa lascheté, et
-acquist une tres mauvese renommée de tout le peuple, car à paine povoit
-on avoir droit des folles femmes de Paris, tant les supportoit, et leurs
-macquerelles.
-
- [1286] Ambroise de Loré, baron d'Ivry, l'une des plus belles
- figures militaires du XVe siècle, fit une guerre acharnée aux
- Anglais et joua un rôle important dans les événements qui
- signalèrent le règne de Charles VII. En récompense de ses
- services, Charles VII le gratifia de divers biens confisqués sur
- les partisans des Anglais, notamment d'une maison dans l'enclos
- du Palais, provenant de Pierre Rousseau; il lui confia la garde
- de la prévôté de Paris le 11 mars 1437, et afin de rendre plus
- efficace son autorité, par lettres du 5 avril 1438, il l'institua
- commissaire spécial et «general refformateur» sur les malfaiteurs
- dans toute l'étendue du royaume (Arch. nat., Z 5195, fol. 22 rº;
- Y 4, fol. 29 rº). Ambroise de Loré mourut à Paris du 23 au 24 mai
- 1446, à l'âge de 50 ans.
-
- [1287] Tous les mss. portent baron de «Juille maint». Il y a
- évidemment une erreur des copistes.
-
- [1288] Catherine de Marcilly, baronne d'Ivry, laissa un fils,
- Ambroise de Loré, écuyer, et une fille, également nommée Ambroise
- de Loré, qui fut mariée à Robert d'Estouteville, prévôt de Paris
- en 1447, laquelle vécut jusqu'en 1466.
-
- [1289] Ms. de Paris «soulieuses».
-
-869. Item, après son trespassement, le VIIe jour d'aoust, on ordonna pour
-estre prevost de Paris Jehan d'Estouteville[1290], chevalier, conseiller
-et chambellan du roy nostre sire, mil IIIIc XLVI, ou jour devantdit,
-courant le dimenche par B.
-
- [1290] Jean d'Estouteville, grand-maître des arbalétriers de
- France, fut institué prévôt de Paris, le 24 juillet 1446, au lieu
- et place d'Ambroise de Loré (Arch. nat., PP 118, Mémorial K, fol.
- 49), mais il n'occupa que temporairement la prévôté et se démit
- de sa charge en faveur de son frère, Robert d'Estouteville, qui
- lui succéda le 28 mars 1447 (_Ibid._, Y 1, fol. 4 vº).
-
-870. Item, le IIIe jour de septembre ensuivant, fut crié à trompes parmy
-Paris que on portast à Pontoise tous vivres pour la solempnité de la
-feste de la Nativité de la Vierge Marie, qui fut le jeudy ensuyvant,
-pour cause de certains pardons et indulgences que nostre sire le roy, et
-monseigneur le Dalphin, et monseigneur de Bourgongne[1291] avoient
-impetrez par devant nostre Sainct Pere le pape Eugene, c'est assavoir,
-pour l'eglise Nostre Dame de Pontoise, qui moult estoit empirée par les
-guerres et par les longs sieges qui devant avoient esté par plusieurs
-foys, tant d'Anglois comme de Françoys.
-
- [1291] Ms. de Paris: Mons. de Bourbon.
-
-871. Item, ledit pardon commença à doze heures de nuyt, la vigille de la
-Nativité Nostre-Dame, et dura jusques à mynuyt de la journée d'icelle
-feste, qui sont XXIIII heures; et fut ledit plain pardon comme il est à
-Romme, [mais celuy de Romme] dure plus longuement, et fault estre vray
-confees et repentant.
-
-872. Item, celle année mil IIIIc XLVI, fut le vin si cher que on ne avoit
-point de vin qui vaulsist rien, qui ne coutast X ou XII deniers parisis
-la pinte; et fut si pou de vins[1292] que on avoit point le sextier qui
-ne coutast du moins XVI blans, et si pou de noiz que le cent en coustoit
-IIII blans, que on avoit l'année precedente pour II deniers parisis ou
-pour II tournoys.
-
- [1292] Ms. de Paris: verjus.
-
-873. Item, celle année, vint à Paris par eaue ou à charroy, que on avoit
-le quarteron pour VI deniers parisis, les plus grosses poires d'Angoisse,
-ou pour II blans au plus, et si estoient de si bonne garde qu'elles ne
-empirerent point jusques à la my mars. Et de vray les tas en estoient es
-Halles de Paris, comme je vy oncques de charbon à la Croix de Greve, non
-pas ung tant seullement, mais VI ou VII tas, sans garde, et des pommes
-autant ou plus qui furent apportées du païs de Languedoq, de Normendie et
-de plusieurs autres païs.
-
- [1447.]
-
-
-874. Item, celle année, fut né ung filx de la royne de France, le jour
-des Innocens, après Noel, qui furent celle année le mercredy; et fut né à
-ung chastel nommé le Motiz en Touraine, et fut nommé Charles, duc de
-Berry[1293].
-
- [1293] Charles de France, qui devint plus tard duc de Guyenne et
- de Normandie, fut le dernier né de Marie d'Anjou; il vit le jour
- le 28 décembre 1446 au château de Montils-lès-Tours. Un _Te Deum_
- chanté dans toutes les églises de Paris le 1er janvier 1447
- célébra cet heureux événement.
-
-875. Item, celuy an, fut le grant pardon au Mont Sainct-Michel par deux
-foys, c'est assavoir, en may, l'an mil IIIIc XLVI, le ... et ...
-septembre ensuivant oudit an.
-
-876. Item, en may, l'an mil IIIIc XLVII, le dimenche XVIIIe jour,
-l'endemain de la Sainct Jehan Porte-Latine.
-
-877. Item, le dimenche ensuivant, qui fut le XIIIIe jour de may mil IIIIc
-XLVII, fut faicte procession de nostre mere l'Université à Nostre-Dame de
-Paris, que on priast pour feu pape Eugene[1294], qui trespassa le IIIe
-jour de fevrier, le jour Sainct Blaise.
-
- [1294] Eugène IV, qui occupait le trône pontifical depuis 1431,
- mourut à Rome le 23 février 1447.
-
-878. Item, fut institué après lui pape Nicolas, Ve de ce nom[1295], et
-touzjours estoit pappe Felix, duc des Savoysiens[1296], en sa voulenté
-premiere, c'est assavoir, de vouloir estre pappe, sans vouloir aucunement
-soy condescendre que à sa voulenté, et disoit que le sainct concille de
-Balle l'avoit ordonné, sans nulle priere qu'il en fist aucunement, et
-pour pape se tenoit.
-
- [1295] Thomas de Sarzane, cardinal-évêque de Bologne, élu pape le
- 6 mars 1447, prit le nom de Nicolas V. «On le tenoit pour tres
- sage, prudent et homme de honneste vie.» (Mathieu d'Escouchy, t.
- I, p. 113.)
-
- [1296] Amédée VIII, duc de Savoie, anti-pape connu sous le nom de
- Félix V, élu à Bâle le 5 novembre 1437, et couronné le 24 juillet
- 1440, ne parvint à faire reconnaître son autorité que par
- quelques états de l'Allemagne. Le 7 avril 1449, il consentit à se
- retirer, et reçut de Nicolas V le titre de légat du Saint-Siège.
-
-879. Item, en celluy temps, estoit le vin à Paris si cher, et ne buvoit
-le povre peuple que servoise, ou bochet, ou biere, ou cidre, ou peré, ou
-telx manieres de buvraiges; et en ce temps, environ la my may, ariva tant
-de vins en la ville de Sainct-Denis en France, pour le Landit qui devoit
-estre le moys ensuivant, qui furent prisiez à XI mil queues et environ
-VIIc muys, que de Bourgongne que de France. Et après le Landit, en fut
-tant ramené à Paris que on avoit aussi bon vin pour IIII doubles ou pour
-VI deniers que on avoit devant pour XII doubles, et bientost après ot on
-tres bon vin pour IIII deniers pinte.
-
-880. Item, ou moys de septembre, l'an mil IIIIc XLVII, trespassa de ce
-siecle reverend pere en Dieu, monseigneur l'evesque de Paris, le XVe jour
-de septembre, nommé messire Denis de Moulins, patriarche d'Antioche,
-arcevesque de Thouloze, et fut enterré à Nostre-Dame de Paris[1297].
-
- [1297] Denis du Moulin décéda le vendredi 25 septembre 1447,
- laissant un fils, Jean du Moulin, et un frère, Pierre du Moulin,
- archevêque de Toulouse, qui soumirent ses dernières dispositions
- au Parlement de Paris le 11 septembre 1448 (Arch. nat., X{la}
- 9807, fol. 33-34). Ses exécuteurs testamentaires furent Jean de
- Penchard, archidiacre de Brie, Mathurin le Texier, chanoine de
- Meaux, et Jacques de Marchères. Une tombe en cuivre jaune lui fut
- érigée à Notre-Dame, au bas du grand autel, à droite; elle était
- ornée d'une longue épitaphe, qui se trouve reproduite dans
- l'Épitaphier de Notre-Dame (Arch. nat., LL 488 bis), avec la
- représentation de la crosse pastorale et de l'anneau du prélat.
-
-881. Item, le jour Sainct Nicolas en decembre, fut fait par ellection
-evesque de Paris messire Guillaume Charetier, homme de tres bonne
-renommée, et estoit chanoyne de Nostre-Dame de Paris[1298].
-
- [1298] Guillaume Chartier, chanoine de Notre-Dame depuis le 9
- janvier 1431, fut appelé à l'évêché de Paris le 4 décembre 1447.
- (Voir à cette date, dans les reg. cap. de N.-D., le procès-verbal
- de son élection.)
-
-882. Item, en cellui temps, fut decollé maistre Pierre Mariette, pour le
-contans qu'il avoit mis entre le Dalphin et le duc de Bourgongne, pour sa
-grant mauvestie et desloyaute traïson[1299].
-
- [1299] Guillaume Mariette, secrétaire du roi, abusa de ses
- fonctions pour contrefaire le sceau du roi et celui du dauphin,
- et pour fabriquer de fausses lettres de créances; mais le
- principal grief à lui imputé fut l'échange d'une correspondance
- chiffrée avec le duc de Bourgogne et son chancelier. Arrêté au
- mois d'octobre 1447 et conduit prisonnier au château de Loches,
- puis écroué le 5 février suivant dans les prisons royales de
- Lyon, il parvint à s'évader; mais il fut repris. Une commission,
- dont faisaient partie le chancelier Yves de Scepeaulx, Louis de
- Laval, seigneur de Châtillon, gouverneur du Dauphiné, Me Regnier
- de Bouligny, Me Guy Pape, Guillaume Becay, instruisit son procès,
- et Mariette, sacrifié d'avance, fut condamné à la peine capitale,
- décapité et écartelé publiquement à Tours au mois d'avril 1448
- (Cf. Mathieu d'Escouchy, t. III, p. 265-341; Vallet de Viriville,
- _Histoire de Charles VII_, t. III, p. 113, 114).
-
-
- [1448.]
-
-
-883. Item, le XIIe jour d'avril, l'an mil CCCC XLVIII, fut confermé abbé
-de Sainct-Magloire frere Jehan Jamelin[1300], lequel avoit esté tout
-nourry en ladicte abbaye, né de la cité de Paris, et le sacra et beney
-l'evesque de Meaulx[1301], lequel avoit esté moyne de Sainct-Magloire,
-et estoit avec ce abbé de Sainct-Mor et prieur de Sainct-Eloy de devant
-le Pallays; et fut à sa beneïsson l'abbé de Sainct-Denis, l'abbé de
-Sainct-Germain-des-Prez[1302], l'abbé de Sainct-Victour[1303], l'abbé de
-Saincte-Geneveve[1304].
-
- [1300] Jean Jamelin, ou plutôt Hamelin, succéda comme abbé de
- Saint-Magloire à Pierre Louvel, décédé le 10 février 1447. Son
- élection se fit au mois de mars 1448, comme le montre la lettre
- du chapitre de Notre-Dame aux religieux de Saint-Magloire, leur
- donnant licence de procéder à l'élection de leur abbé (Arch,
- nat., LL 219, fol. 421).
-
- [1301] Jean le Maunier, abbé de Saint-Maur-des-Fossés, dut
- succéder dans le prieuré de Saint-Éloy à Guillaume de Corbigny,
- que l'on voit cité comme prieur en 1424 (Arch. nat., LL 167, fol.
- 50 rº). Il était en possession du siège épiscopal de Meaux depuis
- le mois de janvier 1447. A cette date, une partie des chanoines
- de Meaux l'avaient nommé évêque, tandis que les autres
- désignaient Jean Haguenin, grand doyen de l'église de Meaux, mais
- l'élection de Jean le Maunier fut ratifiée, et le nouvel évêque
- prêta serment au roi le 11 juillet 1447. Il mourut le 22 juin
- 1458.
-
- [1302] Hervé Morillon, abbé de Saint-Germain des Prés de 1439 au
- 25 février 1460.
-
- [1303] André Barré, de Villiers-le-Bel, élu abbé de Saint-Victor
- le 21 mai 1423, mourut le 25 octobre 1448.
-
- [1304] Pierre Caillou, abbé de Sainte-Geneviève, officia aux
- obsèques de la reine Isabeau; la consécration de l'abbé de
- Saint-Magloire et la réception de l'évêque de Paris furent
- probablement les dernières cérémonies auxquelles il prit part.
- Peu de temps après il se fit suppléer, et mourut dans un âge
- avancé le 27 août 1466.
-
-884. Item, la darraine sepmaine d'avril, vint à Paris une damoiselle,
-laquelle on disoit estre amie publiquement au roy de France, sans foy et
-sans loy et sans verité à la bonne royne qu'il avoit espousée, et bien y
-apparoit qu'elle menoit aussi grant estat comme une contesse ou duchesse,
-et alloit et venoit bien souvent avecques la bonne royne de France, sans
-ce qu'elle eust point honte de son peché, dont la royne avoit moult de
-douleur à son cueur, mais à souffrir luy convenoit pour lors. Et le roy
-pour plus monstrer et magnifester son grant pechié et sa grant honte, et
-d'elle aussi, luy donna le chastel de Beauté[1305], le plus bel chastel
-et jolis et le mieulx assis qui fust en toute l'Isle de France. Et se
-nommoit et se faisoit nommer la belle Agnès, et pour ce que le peuple de
-Paris ne lui fist telle reverence comme son grant orgueil demandoit, que
-elle ne pot celler, elle dist au departir que ce n'estoient que villains,
-et que se elle eust cuidé que on ne luy eust fait plus grant honneur que
-on ne lui fist, elle n'y eust jà entré ne mis le pié, qui eust esté
-domaige, mais il eust esté petit. Ainsi s'en alla la belle Agnès le
-dixiesme jour de may ensuivant à son peché comme devant. Helas! quelle
-pitié, quant le chef du royaulme donne si malle exemple à son peuple, car
-s'ilz font ainsi ou pis, il n'en oseroit parler, car on dit en ung
-proverbe: «Selon signeur, mesnie duyte», comme nous avons d'une dame
-royne de Babiloine, nommée Semiramis, qui fut une des neuf preuses, qui
-fist de son propre filx son amy ou son ribault, et quant elle vit que son
-peuple en murmuroit, elle fist crier publicquement par tout son royaulme,
-que qui vouldroit prendre sa mere, sa fille ou sa seur, par mariaige ou
-par folle amour ou autrement, qu'elle en donnoit à tout son peuple, quel
-qu'il fust, licence et povoir de ce faire, et le commandoit. Dont il vint
-moult de maulx oudit royaulme de Caldée, car les hommes efforçoient les
-femmes, les filles, les nonnains, dont maint homicide fut fait depuis
-celle loy que Semiramis fist pour couvrir sa grant luxure; car quant ung
-grant signeur ou dame fait publicquement grans pechez, ses chevaliers et
-son peuple en est plus hardy à pecher.
-
- [1305] Le château de Beauté, construit par Charles V, était une
- maison de plaisance située à l'extrémité du bois de Vincennes, à
- la droite de Nogent, dans une situation charmante dominant la
- vallée de la Marne. Ce manoir comprenait une tour à trois étages,
- avec plate-forme (chaque étage se composant d'une chambre), plus
- un corps de bâtiment où se trouvait une grande chambre, dite _sur
- la fontaine_, avec deux galeries (_Revue archéologique_, année
- 1854, p. 456). Charles V mourut au château de Beauté, qui servit
- également de résidence (en 1389) à son second fils, le duc
- d'Orléans (Arch. nat., KK 30, fol. 62). En 1439, le château de
- Beauté, alors au pouvoir du duc de Bourbon et de ses écorcheurs,
- fut repris par les gens du connétable de Richemont. Agnès Sorel,
- que Charles VII gratifia de cette maison, en reçut le nom de Mlle
- de Beauté. Dès 1444, elle avait cette qualification. (Vallet de
- Viriville, _Recherches historiques sur Agnès Sorel_, dans la
- Bibl. de l'École des chartes, 3e série, t. I, p. 313.)
-
-884. Item, en celui an, fut si bon marché de pain et de vin que ung homme
-laboureur avoit assez de pain pour II tournois à vivre pour ung jour;
-tres bon vin pour tout homme pour II deniers parisis la pinte, blanc et
-vermeil; à la Sainct Jehan, le quarteron d'œufs pour VIII deniers
-parisis; ung tres grant fromaige pour VI deniers; la livre de bon beurre
-pour VIII deniers parisis.
-
-885. Item, à ung dimenche courant par F, celui an, le jour de la
-Magdeleine, fut sacré et beney l'evesque de Paris en l'abbaïe de
-Sainct-Victor lez Paris, et celui jour fut faicte une procession à
-Sainct-Germain l'Aucerroys, et là fut ordonné que on iroit rachater des
-chrestiens qui estoient es mains du soldant, auxquelx on faisoit souffrir
-moult de martires; et le IIe ou IIIe jour après ce partirent de Paris
-aucuns des freres de Sainct-Mathurin et autres pour aller oudit voyaige
-piteux.
-
-886. Item, le dimenche ensuivant, IIIIe jour d'aoust, fut receu ledit
-evesque à Nostre-Dame de Paris, et partyt de Sainct-Victor sur ung
-cheval blanc, et vint à Saincte-Geneveve, et de là fut porté à
-Nostre-Dame de Paris à tres grant honneur[1306].
-
- [1306] Guillaume Chartier, sacré à Saint-Victor le 28 juillet par
- l'évêque de Laon, assisté des évêques de Noyon et d'Alby, fit son
- entrée solennelle à Notre-Dame le dimanche 4 août, en présence
- des évêques de Noyon et de Senlis, de l'abbé de Sainte-Geneviève,
- du sire de Montmorency, de Hugues Bureau, etc. Voir le récit
- détaillé de cette cérémonie dans les registres capitulaires de
- Notre-Dame (Arch. nat., LL 219, fol. 482).
-
-887. Item, celle année, fut la riviere de Saine si petite que à la
-Toussains on venoit de la place Maubert tout droit à Nostre-Dame de
-Paris, à l'aide de quatre petites pierres, et hommes et femmes [et petis
-enfans] sans moullier leurs piez, et devant les Augustins, jusques au
-pont Sainct-Michel, en quatre ou cinq lieux, en telle maniere, pour venir
-au Palays du roy par la porte de derriere.
-
-888. Item, celui an, furent commandées à fester les festes de madame
-Saincte Genevieve, comme le jour du dimenche, par l'evesque de Paris
-devant nommé, et la feste de madame Saincte Katherine, lesquelles on
-festoit devant aus us et coustumes.
-
-889. Item, monseigneur de Paris dessusdit fist une belle predicacion aux
-Innocens le jeudi absolu, et donna absolucion à tous les trespassez qui
-par faulte d'amis ou de pecune ou par mauvais procureurs, avoient esté
-[ou estoient] nommez es eglises, excommeniez par negligence ou autrement
-après leur trespassement jusques à XXX jours. Et en cellui temps le bon
-proudomme visita les registres et y mist tres bonne ordonnance contre
-ceulx de la court de l'Eglise qui ainsi tost faisoient excommenier une
-personne, fust tort ou droit; et le dimenche que on dit _Misericordia
-Domini_ fist dire vigilles et les commendassions l'endemain, et messe
-tres solempnelle par toutes les parroisses de Paris, et aux Innocens deux
-foys la procession.
-
-890. Item, en ce temps furent prins caymens, larrons et meurtriers,
-lesquelx par jehaine ou autrement confesserent avoir emblé enfens, à l'un
-avoir crevé les yeulx, à autres avoir coppé les jambes, aux autres les
-piez et autres maulx assez et trop. Et estoient femmes avec ces murtriers
-pour mieulx decevoir les peres et les meres et les enfens, et demouroient
-comme logez es hostelz III ou IIII jours, et quant ilz veoient leur
-point, en plein marché, païs ou ailleurs ilz embloient ainsi les enfens
-et les martiroient, comme devant est dit.
-
-
- [1449.]
-
-
-891. En ce temps, en la fin de mars mil IIIIc XLVIII, furent aucuns
-prins, qui encuserent tous les autres. Et de ces caymens furent panduz
-ung homme et une femme le mercredy XXIIIe jour d'avril, emprès le molin
-au vent ou chemin de Sainct-Denis en France, mil IIIIc XLIX[1307].
-
- [1307] Ici, les mss. de Rome et de Paris répètent, en le
- tronquant, le passage relatif à la consécration de l'évêque
- Guillaume Chartier. «Item, à ung dimanche courant par F.» Il est
- à noter que dans les deux mss. cette reproduction partielle
- s'arrête identiquement au même point: «et là fut ordonné que on
- iroit.»
-
-892. Item, aucuns desdiz caymens qui estoient de la compaignie d'iceulx
-devantdiz furent mis en prinson, car on disoit qu'ilz avoient fait ung
-roy et une royne par leur derision, et fut prouvé contre eulx que ilz
-avoient à petiz enfens--qu'ilz avoient emblez es villaiges ou
-ailleurs--coppé les jambes, crevé les yeulx, et assez et trop de telz
-murdres faiz où ilz reperoient, et estoient tres grans compaignies de
-telz larrons à Paris et ailleurs.
-
-893. Item, le XIIIIe jour d'avril IIIIc XLIX, furent à ung mercredy
-publiées lettres que le pape Nicollas estoit paisiblement demouré en la
-papalité, du bon gré de Felix, duc de Savoye, et ledit Felix--estoit par
-l'ordonnance du conseil--fust ordonné cardinal et legat.
-
-894. Item, le jeudy ensuivant, Ve jour dudit moys, fut faicte grant joye
-à Paris pour lesdictes nouvelles, et fist on les feus parmy les rues,
-comme on fait à la Sainct Jehan.
-
-895. Item, le vendredy ensuivant, fist on procession generalle à
-Sainct-Victour lez Paris, et furent bien X mil personnes, et ne fist on
-rien à Paris, ne que au dimenche.
-
-896. Item, en celuy temps, estoit si grant marché d'œufs qu'on avoit à
-l'Ascencion ung quarteron pour VI deniers parisis; ung frommaige pour
-IIII ou V deniers; et bon vin pour deux doubles; et ung pain pour vivre
-ung homme pour ung bon double, dont les III valloient III deniers
-parisis; mais de poires ne de pommes ne furent nulles celle année; et si
-furent les hannetons à grant puissance, qui moult firent de maulx.
-
-897. Item, en cellui moys de may, fut gaigné sur les Angloys le
-Pont-de-l'Arche[1308], et le mardy XXVIIe jour de may furent faictes
-processions generalles au Pallays du roy en la Saincte-Chappelle[1309],
-et là furent monstrez la precieuse couronne de quoy Nostre Seigneur Dieu
-fut couronné, et le fer de la lance, et ung des cloux dont il fut percé,
-et autres dignes reliques largement qui n'avoient esté monstrées au
-peuple puis la prinse de Pontoise, qui fut l'an mil IIIIc[1310].
-
- [1308] Jean de Brézé, capitaine de Louviers, assisté d'un
- marchand de cette ville, nommé Guillaume Houel, se rendit maître
- par surprise de la ville et du château de Pont-de-l'Arche, le
- matin du 15 mai 1449 (Mathieu d'Escouchy, t. I, p. 164).
-
- [1309] Jean Juvénal des Ursins, archevêque de Reims, vint la
- veille de ce jour trouver le chapitre de Notre-Dame et lui
- demanda, au nom des chanoines de la Sainte-Chapelle, de vouloir
- bien rehausser l'éclat de la cérémonie en assistant au service
- solennel qui serait célébré à la Sainte-Chapelle, ainsi qu'à
- l'exposition des saintes reliques; séance tenante, le chapitre
- prit une décision conforme au vœu qui lui était exprimé (Arch.
- nat., LL 219, fol. 684).
-
- [1310] Les mss. portent: mil IIIIc I.
-
-898. Item, le XXXe jour de may, fist ung terrible tonnoirre, environ IIII
-heures après digner, qui descouvry tout le clochier des Augustins d'un
-costé et d'autre, et rompy gros chevrons, et rompyt le bras à ung
-cruxefis sur l'autel, et abaty de la couverture du moustier grant partie.
-
-899. Item, en cellui temps, on avoit bon blé froment pour VIII solz et
-pour mains, et bon blé seigle pour XV ou XVI blans, mais on gaignoyt pou.
-
-900. Item, en celuy an, environ la Sainct Jehan, fut prins le
-Pont-de-l'Arche, et environ la my-aoust fut prins Mante[1311],
-Vernon[1312] et plusieurs villes et chasteaulx que les Angloys tenoient
-en Normendie.
-
- [1311] L'appointement et accord pour la reddition de Mantes est
- du 28 août 1449; le texte de ce traité conclu à Saint-Lazare,
- près Mantes, et portant entre autres signatures celles de Pierre
- de Brézé et de Guillaume Cousinot, est inséré dans la chronique
- de Jean Chartier (t. II, p. 97). Le capitaine de Mantes, Thomas
- de Sainte-Barbe, lieutenant de Thomas de Hos, était alors absent
- de la ville.
-
- [1312] Vernon, qui avait pour capitaine Jean d'Ormond, écuyer,
- fils du comte d'Ormond, ouvrit ses portes à Dunois vers la même
- époque, le 27 août suivant les uns, le 5 septembre suivant les
- autres (Voir dans Jean Chartier, t. II, p. 203, le récit des
- pourparlers qui précédèrent la remise de cette place entre les
- mains du lieutenant de Charles VII).
-
-901. En cel an fut le grant pardon general en la cité d'Evreux, et y vint
-le roy de France, sans venir ne luy ne la royne en la bonne cité de
-Paris.
-
-902. Item, en cel an, fut faicte une procession bien piteuse[1313], le
-XIIIe jour d'octobre, des enffans, de IIII ordres mendians et de toutes
-les escolles de Paris, de valetons et de pucelles, et furent nombrez à
-XII mil Vc enfens et plus, et tous vindrent aux Innocens en la grant rue
-Sainct-Denis. Et là fut chanté une messe, et là fut moult bien
-honorablement prins l'un des Sains Innocens et porté par deux devotes
-personnes à Nostre-Dame de Paris, et les enfans pres, tous portans cierge
-ou chandelle de cire en sa main; et fut faicte une moult belle
-predicacion par ung maistre en theologie, et au revenir pres de leurs
-eglises commençoient _Inviolata_ jusques dedens l'eglise, et disoient une
-anthaine du sainct ou saincte de l'eglise et une oroison.
-
- [1313] La procession enfantine du lundi 13 octobre, organisée par
- les soins de l'évêque de Paris et du chapitre, partit des
- Innocents pour se rendre à Notre-Dame, où Jean de l'Olive, alors
- sous-chantre, célébra une messe solennelle devant l'image de
- Notre-Dame, au son des orgues et des grosses cloches, Jacqueline
- et Marie. Au sortir de la cathédrale, le cortège dirigea ses pas
- du côté de Sainte-Geneviève. Dans la relation de cette imposante
- cérémonie (Arch. nat., LL 219, fol. 668), le nombre des milliers
- d'enfants qui y participèrent est resté en blanc.
-
-903. Item, le dimenche XIXe jour d'octobre mil IIIIc XLIX, entra le roy
-en la ville de Rouen[1314] par la voulenté du commun et malgré les
-Anglois, et le lundy ensuivant on sonna par tous les moustiers de Paris.
-Et l'endemain fist on des feus pour la joye de l'antrée de ladicte ville
-qui fut faicte sans sanc espandre; et se bouterent les Anglois dedens le
-pallays qu'ilz avoient fait faire, que mestier leur fut, car le commun de
-la ville moult pou les avoit cher, pour ce que [trop] de mal leur avoient
-fait ou temps qu'ilz seigneurisoient.
-
- [1314] Charles VII prit possession de Sainte-Catherine de Rouen
- et d'une portion de la ville le 19 octobre 1449. Trois jours
- après, il fit mettre le siège devant le pont et le château de
- Rouen, que les Anglais évacuèrent en vertu d'un appointement
- ratifié le 29 octobre par le duc de Sommerset (Arch. nat., Y 4,
- fol. 108 vº). L'occupation complète de la ville par les troupes
- françaises ne s'effectua que le 26 octobre; quant à l'entrée de
- Charles VII, elle n'eut lieu que le 10 novembre suivant.
-
-904. Item, le jour Sainct Simon et Sainct Jude, fut [faicte] la plus
-belle procession à Sainct-Martin des Champs, que on eust veue puis cent
-ans devant, car ceulx de Nostre-Dame acompaignez de toute l'Université et
-de toutes les parroisses de Paris allerent querre le precieulx corps
-Nostre Seigneur à Sainct-Jehan-en-Greve, acompaignez de bien L mil
-personnes, tant de Parlement que d'autres, et parmy les rues où ilz
-passerent, les firent encourtinez comme le jour du Sainct Sacrement. Et
-fut fait en la grant rue Sainct-Martin, devant la Fontaine Maubué[1315]
-ou pres, ung moult bel eschaffaut où on fist une tres belle histoire de
-paix et de guerre qui longue chose seroit à racompter, que pour ce on
-delaissa[1316].
-
- [1315] La maison de la fontaine Maubuée, donnant sur la rue
- Saint-Martin et formant le coin de la dite fontaine, appartenait
- en 1428 à Jeanne de Ruilly, veuve de Jean de la Marche, maître
- des requêtes de l'hôtel, qui la bailla à cens le 7 septembre de
- cette année à Jean Vyaut, maçon, bourgeois de Paris (Arch. nat.,
- KK 4953, fol. 88 rº).
-
- [1316] A la fin de l'exemplaire de notre Journal, conservé au
- Vatican, se trouve la mention suivante, déjà reproduite par M.
- Paul Lacroix dans la notice qu'il a consacrée à ce manuscrit:
-
- _Amen,
- Prince puissant, si belliqueux.
- (Signé:) Maciot._
-
-
-
-
- INDEX ALPHABÉTIQUE.
-
-
- A.
-
- Accaparement de grains et denrées, 342, 347;
- -- du sel, 350.
-
- Agnès Sorel, dame de Beauté, 387, 388.
-
- Ail, son prix, 121, 125, 130.
-
- Airain, métal; prix de la livre, 121.
-
- Aistre (Eustache de l'), chancelier de France, 42.
-
- Albret (Charles d'), connétable de France, 16, 64.
-
- Alençon (comté d'), 18;
- -- (duché d'), 58.
- -- (Catherine d'), duchesse en Bavière, 28, 30.
- -- (Jean Ier, comte, puis duc d'), 6, 16, 18, 47, 58, 64.
- -- (Jean II, duc d'), 198, 243, 245.
-
- Allée (Pierre d'), religieux carme, 252.
-
- Allemagne, 219, 300, 375.
-
- Alliances entre les ducs de Bedford et de Bourgogne, 185.
-
- Alpes (les), 236.
-
- Amandes, prix de la livre, 136;
- leur abondance, 218;
- durent jusqu'après la Toussaint, 221;
- leur rareté, 283;
- leur absence, 307, 338.
-
- Amandiers rongés par les hannetons, 224, 225;
- dévastés par le vent, 283;
- sans fleurs, 304.
-
- Amiens (Somme), 125, 185.
-
- Amy (Guillaume l'), clerc des comptes, 210.
-
- Angers (Maine-et-Loire), 151.
-
- Anges chantans à la porte St-Denis lors de l'entrée de Charles VII,
- 336.
-
- Anglais, 14, 15, 59-392 _passim_.
-
- Angleterre, 14, 65, 69, 97, 110, 114, 129, 134, 140, 148, 169, 185,
- 195, 196, 212, 213, 214, 276, 307, 318, 340, 356, 357, 370, 372, 380.
-
- Anjou, 276, 337.
- -- (Charles d'), 376.
- -- (Louis II, roi de Sicile, duc d'), 48, 50.
- -- (Louis d'), comte de Guise, 48.
- -- (René, duc d'), 351.
-
- Antechrist (l'), 235, 375, 381, 382.
-
- Antioche (Denis du Moulin, patriarche d'), 357, 366, 385.
-
- Apocalypse (l'), 235, 382.
-
- Apollon, 188.
-
- Approvisionnement de Paris, 8, 125, 138, 143, 149, 168, 192, 248, 249,
- 260, 261, 280, 283, 295, 297, 306, 311, 318, 329, 332, 341, 342, 384,
- 385.
-
- Aragon, 249.
-
- Arbres fruitiers coupés par les gens de guerre, 362.
-
- Archer (Jean l'), lieutenant criminel de la prévôté de Paris, 315, 316,
- 319.
- -- (Jean l'), recteur de l'Université de Paris, 132.
-
- Archers et arbalétriers de Paris, 72, 231, 232.
-
- Argent, valeur du marc, 121, 122, 131.
-
- Armagnac (pays d'), 337.
- -- (Bernard VII, comte d'), connétable de France, 7, 10, 16, 47, 48,
- 58, 68, 69, 85, 86, 87, 92, 97, 98, 134, 323, 336, 337, 346.
- -- (Bernard d'), comte de Pardiac et de la Marche, 337, 346.
-
- Armagnacs (les), 10, 11, 12, 14, 15, 16, 24, 25, 26, 92-310 _passim_.
-
- Arménie (fils du roi d'), 65.
-
- Armes enlevées aux bouchers de Paris, 72;
- -- portées à la Bastille, 73.
-
- Arras (Pas-de-Calais), 55, 56, 305, 307, 310.
-
- Artillerie parisienne, 239, 243.
- -- de Corbeil, 352.
-
- Arundel (Jean Fitz-Allan, comte d'), 299, 305.
-
- Atours des femmes brûlés publiquement, 235.
-
- Aubervilliers (Seine), 238, 307.
-
- Aumale (Jean de Harcourt, comte d'), 198.
-
- Auxerre (Yonne), 19, 25, 241, 289, 290.
- -- (Guillaume d'), drapier et échevin de Paris, 63, 100, 101.
-
- Avoines, leur prix, 359;
- arrachées à la main, 175;
- laissées sur pied dans les champs, 111;
- rentrées dans Paris, 81;
- gâtées par les inondations, 217.
-
- Avranches (Manche), 191, 350.
-
- Azincourt (Pas-de-Calais), 64, 69, 121, 134.
-
-
- B.
-
- Babylone, 150, 178, 235, 382, 388.
-
- Bagneux (Seine), 80.
-
- Bagnolet (Seine), 223.
-
- Baignades interdites à Paris, 73.
-
- Baillé (Pierre), receveur de Paris, 224, 229.
-
- Baillet (Oudard), conseiller au Parlement de Paris, 93.
-
- Bâle (Suisse), 281, 294, 300, 302, 385.
-
- Bande blanche avec croisettes rouges, insigne des chefs du parti
- anglais, 313.
-
- Bannière de France arborée par les changeurs, 173;
- placée en 1436 sur la porte Saint-Jacques, 315.
-
- Bannissement de femmes parisiennes à Orléans, 58.
- -- des Bourguignons en 1417, 78.
- -- des conjurés de 1433, 296.
- -- de partisans des Anglais en 1436, 328.
-
- Bar (Édouard III, duc de), 28, 36, 39, 42, 64.
- -- (Guy de), prévôt de Paris, 88, 91, 97, 99; 102, 114, 117, 121.
- -- (Louis, cardinal de), 9.
-
- Barbazan (Arnaud-Guilhem, seigneur de), 67.
-
- Bataille de Baugé, 151;
- -- du Berger, 272;
- -- de Cravant, 187;
- -- de la Gravelle, 191;
- -- des Harengs, 231-233;
- -- de Patay, 238;
- -- de Verneuil, 195.
-
- Baume (Jean de la), prévôt de Paris, 152.
-
- Bavière (dame de), 309.
- -- (Isabeau de). Voy. _Isabeau_.
- -- (Louis le Barbu, duc en), 27, 28, 29, 30, 36, 39, 42, 48, 144.
-
- Beauce, 26, 228, 231, 286.
-
- Beaugency (Loiret), 157.
-
- Beaumont-sur-Oise (Seine-et-Oise), 79, 137, 181, 298, 299.
-
- Beauté-sur-Marne (Seine), 311, 351, 352, 387.
-
- Beauvais (Oise), 243, 272.
- -- (Guillaume IV de Hollande, évêque de), 372.
- -- (Pierre Cauchon, évêque de), 179, 210, 312.
-
- Beauvoir (Seine-et-Marne), 331.
-
- Bedford (Jean, duc de), régent de France, 178-307 _passim_, 320.
-
- Belloy (Jean de), échevin de Paris, 321.
- -- (Robert de), échevin de Paris, 71.
-
- Berger (Guillaume de Mende, dit le Petit), visionnaire, 272, 274.
-
- Bernard (frère) ou saint Bernardin de Sienne, cordelier, 235, 236.
-
- Berry, 276, 342, 344, 352, 364.
- -- (Charles, duc de), 384.
- -- (Jean, duc de), 1, 6, 7, 8, 9, 16, 19, 31, 34, 35, 38, 43, 47, 56,
- 57, 58, 67.
-
- Bertrand (Jean), capitaine de Saint-Denis, 104.
-
- Bétail enlevé par les gens de guerre, 83, 297, 350;
- rançonné par les gens du dauphin, 369, 374.
-
- Béthencourt (Morelet de), chevalier du guet, 8.
-
- Bethsaida, 235.
-
- Beurre, son prix, 87, 106, 130, 157, 388;
- -- frais, son prix, 124;
- -- salé, son prix, 80, 83, 86, 113, 117, 120, 124, 131, 153, 255,
- 337, 342;
- -- consommé pendant le carême de 1430, 250.
-
- Bière, boisson du pauvre en 1447, 385.
-
- Blanc-Mesnil (Seine-et-Oise), pèlerinage à la chapelle, 24.
-
- Blancs, leur cours, 131, 154, 181, 201, 202, 324, 325;
- -- aux armes de France et d'Angleterre, 202;
- -- aux armes de Bretagne, 202.
- -- de Bourgogne, dits _lubres_, 125.
-
- Blé (prix du), 11, 120, 130, 136, 148, 234, 262, 286, 288, 310, 311,
- 318, 339, 342, 345, 353, 359;
- -- froment (prix du), 122, 145, 227, 291, 300, 301, 330, 333, 358;
- -- méteil (prix du), 122, 295, 337, 345;
- -- son abondance, 11, 154, 175, 218, 227, 295, 300, 301, 307, 318,
- 353, 358, 359;
- sa cherté, 120, 122, 136, 145, 148, 262, 288, 291, 310, 311, 329,
- 333, 337, 339, 342, 345, 347;
- soumis à la taxe, 122;
- crié dans les rues comme le charbon, 295;
- perdu lors de la prise de Pontoise, 329;
- amené à Paris de Picardie, 192;
- de Normandie, 295.
-
- Blés nouveaux brûlés près de Paris, 102, 259;
- à Rochefort-en-Yveline, 205;
- autour de Pontoise, 312;
- -- ravagés par les gens de guerre, 341, 346;
- -- coupés verts, 242, 306;
- -- laissés sur pied dans les champs, 111;
- -- gâtés en 1427 par les inondations, 217;
- -- mûrs en 1420 à la fin de mai, 138.
-
- Blount (Thomas), chevalier anglais, 340.
-
- Boce ou petite vérole, maladie épidémique, 111, 295, 342.
-
- Bochet, boisson du pauvre en 1447, 385.
-
- Bohémiens, leur venue à Paris, 219-221.
-
- Bois (Mansart du), chevalier, 18.
- -- (Simonnet du), capitaine de la porte du Temple, 80.
-
- Bois de chauffage, son prix, 60, 83, 86, 106, 113, 117, 130, 131, 248,
- 250, 261, 330, 367;
- -- sa rareté, 143, 146, 255, 261, 274, 279.
-
- Bois de Vincennes, coupé en 1419, 131.
-
- Boissay (Robert de), chambellan du roi, 36, 39.
-
- Boisseau de Bourgogne, mesure, 365.
-
- Bonne aventure dite par les Bohémiens, 220.
-
- Bonneval (Eure-et-Loir), 157.
-
- Bonpuits (Etienne de), pelletier et échevin de Paris, 63, 79.
-
- Boqueaux (Raoul de), chevalier, 177.
-
- Bosredon (Louis de), 18, 47, 78.
-
- Bouchers de Paris, 37, 43, 72, 74, 75, 81, 82, 118, 129, 153, 276.
- -- de la Grande Boucherie de Paris, 73, 118, 129;
- -- de Beauvais, 138.
-
- Boucicaut (Jean le Meingre, dit), maréchal de France, 65.
-
- Boudaut (Pierre), sergent à cheval au Châtelet de Paris, 99.
-
- Boulangers de Paris obligés de cuire pain «blanc, bourgeois et festiz»,
- 122;
- ne suffisent à la consommation, 123, 146;
- -- ne doivent faire gâteaux ni échaudés, 330.
-
- Boulogne (Seine), 22, 234, 235;
- -- église de Notre Dame, 23.
-
- Boulogne-sur-Mer (Pas-de-Calais), 157, 254.
-
- Bourbon (Charles de), comte de Clermont, 231, 351, 352, 353.
- -- (Hector, bâtard de), 51.
- -- (Jean, duc de), 1, 6, 16, 27, 65.
-
- Bourbonnais, 352.
-
- Bourges (Cher), 19, 24, 328, 378.
-
- Bourget (le) (Seine), 259.
-
- Bourgogne, 236, 262, 273, 276, 350, 385;
- -- (boisseau de), 365;
- -- (monnaies de), 75, 125, 206, 370, 371;
- -- (vins de), 304, 385.
- -- (Anne de), duchesse de Bedford, 185, 214, 225, 227, 230, 241, 247,
- 289, 291, 304.
- -- (Antoine de), duc de Brabant, 34, 58, 60, 64.
- -- (Catherine de), fille de Jean Sans-Peur, 48.
- -- (Isabelle de Portugal, duchesse de), 249, 262, 304, 305.
- -- (Jean Sans-Peur, duc de), 1-133 _passim_, 165, 198, 241, 365.
- -- (Marguerite de), comtesse de Richemont, 327, 328.
- -- (Philippe de), comte de Nevers, 64.
- -- (Philippe le Bon, duc de), 137, 144, 157, 163, 165, 175, 176, 189,
- 202, 203, 207, 208, 214, 215, 225, 233, 234, 240, 241, 247, 248,
- 249, 253, 254, 255, 260, 262, 274, 284, 289, 295, 300, 303, 304,
- 305, 384, 386.
-
- Bourguignons, 79, 80, 82, 83, 87, 88-90, 100, 101, 103, 120, 123, 134,
- 136, 141, 189, 237, 258.
-
- Bournonville (Enguerrand de), écuyer, 13, 16, 51, 52.
-
- Bourreau de Paris, 18, 33, 34, 110, 224, 229.
-
- Bourreaux, garniture de chaperon, 235.
-
- Bourrées, leur prix, 60, 117.
-
- Brabant (souliers de), 101.
-
- Braquemont (Guillaume et Robert de), capitaines du Pont-de-l'Arche,
- 105.
-
- Brasseurs de cervoise, 228, 303.
-
- Breban (Philippot de), changeur et prévôt des marchands, 62, 79.
- -- (Pierre de), dit Clignet, amiral de France, 68.
-
- Bretagne, 207, 208, 259, 373;
- -- (blancs aux armes de), 202;
- -- (monnaies de), 75, 371.
- -- (Jean VI, duc de), 48, 113.
-
- Bretons, 7, 207.
-
- Brie, 164, 205, 286, 332.
- -- (Tolin de), écuyer, 32.
-
- Brie-comte-Robert (Seine-et-Marne), 260.
-
- Brigands de bois, paysans révoltés, 12, 162, 248;
- -- gentilshommes devenus brigands autour de Paris, 206.
-
- Bruges (Belgique), 54.
-
- Bucan (Jean Stuart, comte de), 184, 198.
-
- Bûche de Bondy, 83, 106;
- -- de Grève, 106;
- -- de Marne, 117, 143;
- -- de molle, 83, 106, 113, 117, 131, 261.
-
-
- C.
-
- Caboche (Simonnet le Coutellier, dit), écorcheur de la Grande
- Boucherie, 38, 40.
-
- Cabochienne (révolution), 38, 39, 40.
-
- Caen (Calvados), 84;
- -- (bailli de), 66.
-
- Calchas, 188.
-
- Candia (Pierre de), pape sous le nom d'Alexandre V, 5.
-
- Canons mis sur les remparts de Paris, 239, 243, 245;
- -- employés par la garnison de Corbeil, 352;
- -- petits canons longs dits «couleuvres», 307.
-
- Capeluche, bourreau, 18, 110.
-
- Capitaines de la Bastille, 254;
- -- du Bois de Vincennes, 257;
- -- de la ville de Paris, 1, 14, 33, 42, 43, 103, 128, 148, 151, 241,
- 246, 254.
-
- Carbonnet, prieur de Nanterre, 344.
-
- Carrières de Notre-Dame-des-Champs, 26;
- -- servent d'embuscade pour les Armagnacs, 296;
- -- les caves y attenantes doivent servir à l'introduction des Anglais
- dans Paris, 332.
-
- Catherine de France, reine d'Angleterre, 139, 140, 144, 145, 148, 163,
- 174.
- -- de la Rochelle, aventurière, 271.
-
- Ceintures d'argent interdites aux ribaudes, 382.
-
- Célestins de Marcoussis, 27.
-
- Cerfeuil, son prix, 345.
-
- Cerises, leur abondance et leur prix, 209, 326;
- -- mûres en mai 1420, 138;
- -- retardées en 1428, 227;
- -- abattues par le vent en 1438, 339;
- -- enlevées avant leur maturité par les gens de guerre, 346.
-
- Cerisiers gelés en 1434, 303.
-
- Cervoise fabriquée en 1428, 228;
- -- soumise aux mêmes droits que le vin, 230, 303;
- -- boisson du pauvre en 1447, 385.
-
- Chaînes de fer de la ville de Paris, 3, 72, 101, 317.
-
- Chaldée (royaume de), 319, 382, 388.
-
- Chaleurs excessives à Paris, 25, 43, 111, 175, 285, 286, 298, 367.
-
- Châlon (Jean de), 13.
-
- Châlons (Marne), 378.
-
- Chambre des comptes, sa rentrée à Paris en 1436, 328.
-
- Champagne, 212, 379.
-
- Champ-clos (combat en), 56, 59, 60.
-
- Champigny (Seine), 137.
-
- Champluisant (Simon de), prévôt de Paris, 165, 181.
-
- Champs (Imbert des), mercier et échevin de Paris, 239.
-
- Chandelles, leur prix, 120, 142, 153, 157, 345.
-
- Change des monnaies, 160, 173, 211, 212, 371.
-
- Changeurs de Paris, 276;
- -- soumis à un tarif, 160;
- -- arborent la bannière de France, 173;
- -- refusent les doubles français, 211;
- -- obligés de tenir boutique ouverte pendant le pardon de St-Denis,
- 371.
-
- Chanson populaire sur le duc de Bourgogne, 46;
- -- satyrique répétée par les enfants, 49, 50.
-
- Chapeau de roses vermeilles porté par les membres de la confrérie de
- Saint-André, 95.
-
- Chaperons blancs, 31;
- -- de drap pers, 12.
-
- Charbon, son prix, 60, 106, 113, 131;
- -- sa pénurie, 146, 250.
-
- Charenton (Seine), 32, 38, 42, 128, 139, 326, 359.
-
- Charité (la) (Nièvre), 176.
-
- Charles VI, roi de France, 4-144 _passim_, 174, 177, 179, 202, 365.
-
- Charles VII, roi de France, 121, 126, 135, 173, 183, 221, 241, 267,
- 274, 281, 294, 314-392 _passim_.
-
- Charles de France, duc de Berry, fils de Charles VII, 384.
-
- Charolais (Philippe de Bourgogne, comte de), 64.
-
- Chartier (Guillaume), évêque de Paris, 386, 388, 389.
-
- Chartres (Eure-et-Loir), 4, 82, 138, 194, 199, 282, 283, 284, 294.
- -- (évêque de): Jean de Fétigny, 283.
- -- (Hector de), maître de l'hôtel de Charles VI, 109.
-
- Chasse d'un cerf représentée aux Innocents en 1431, 276.
-
- Chasse (la) (Seine-et-Oise), 253.
-
- Châsses de saint Sébastien et de saint Quentin apportées à Paris, 377.
-
- Châteaudun (Eure-et-Loir), 228.
-
- Châtel (Tanneguy du), prévôt de Paris, 41, 57, 59, 78, 84, 89, 184,
- 340.
-
- Châtelier (Jacques du), évêque de Paris, 215, 220, 238, 275, 293,312,
- 325, 336, 343.
-
- Châtillon-sous-Bagneux (Seine), 80.
-
- Chaudronniers de Paris, 3, 81.
-
- Chaumont (Denisot de), écorcheur de la Grande Boucherie, 38.
-
- Chausses, leur prix, 141.
-
- Chelles (Seine-et-Marne), 253, 258.
-
- Chenilles, 153, 299, 339, 380.
-
- Cherbourg (Manche). Pierre des Essarts, capitaine de cette ville, 33.
-
- Cherté excessive à Paris, 7, 83, 87, 106, 113, 117, 119, 120, 121, 124,
- 125, 128, 130, 131, 135, 136, 138, 139, 141, 145, 146, 149, 150,
- 151, 153, 154, 168, 234, 264, 279, 291, 294, 311, 313, 335, 337,
- 338, 339, 341, 343;
- -- à Rouen, 345.
-
- Chevaliers du guet à Paris, 67, 105, 106.
-
- Chevaux mangés au siège de Melun, 143.
-
- Chevreuse (Seine-et-Oise), 84, 264, 337, 338, 342.
-
- Chiens mangés par les pauvres, 153;
- -- par les loups dans Paris, 343;
- -- dévorant les enfants morts dans les rues de Rouen, 345.
-
- Choisy-au-Bac (Oise), 50.
-
- Choux, leur abondance, 120, 192, 338;
- leur rareté, 283;
- -- leur prix, 158;
- -- seule nourriture du pauvre, 145, 339.
-
- Cidre, boisson du pauvre en 1447, 385.
-
- Cirasse (Guillaume), charpentier et échevin de Paris, 41, 61, 79, 99.
-
- Clamart (Seine), 80, 216.
-
- Clamecy (Gilles de), prévôt de Paris, 121, 128, 147, 284.
-
- Clarence (Thomas de Lancastre, duc de), capitaine de Paris, 148, 151.
-
- Claude des Armoises, fausse pucelle, 354, 355.
-
- Clerc (Jean le), avocat au Parlement de Paris, 331.
-
- Clermont (Martin Gouge, évêque de), 89, 94.
-
- Cloche de Notre-Dame refondue en 1430, 256.
-
- Clovis, 135.
-
- Communes normandes, leur déroute en 1434, 300, 302.
-
- Compiègne (Oise), 50, 51, 76, 107, 175, 192, 242, 255, 256, 262, 266.
-
- Concile de Bâle, 281, 294, 300, 302, 385.
-
- Conférences d'Amiens, 185;
- -- d'Arras, 305, 307, 310;
- -- d'Auxerre, 289, 290;
- -- de Corbeil, 293, 294.
-
- Conflans (Seine-et-Oise), 362.
-
- Confrérie aux bourgeois (Grande), 290.
- -- de Saint-André en la paroisse Saint-Eustache, 95;
- -- de Saint-Crépin et de Saint-Crépinien à Notre-Dame, 116;
- -- de Saint-Laurent en l'église des Blancs-Manteaux, 55;
- -- de Saint-Sébastien, 377.
-
- Confréries parisiennes, 133, 362;
- -- leur trésor, 333, 362.
- -- de l'église des Innocents, 325.
-
- Conspiration de 1416, 70;
- -- de 1422, 175;
- -- de 1430, 251;
- -- de 1432, 288;
- -- de 1433, 296, 297;
- -- de 1437, 330-331.
-
- Coq (Hugues le), prévôt des marchands, 147.
-
- Corbeaux (bataille de), 366.
-
- Corbeil (Seine-et-Oise), 82, 113, 125, 126, 137, 144, 256, 259, 280,
- 293, 294, 311, 351, 352;
- -- église Saint-Spire, 365, 366.
-
- Corbie (Arnaud de), chancelier de France, 43.
-
- Cordonniers de Paris, 116.
-
- Coronaym, 235.
-
- Cotrets, leur prix, 60, 83, 85, 248, 250, 261, 280, 367;
- -- de Bondy, 261;
- -- de Boulogne, 261.
-
- Couleuvrines employées à Saint-Denis, 307.
-
- Courtaud, loup fameux tué à Paris, 348, 349.
-
- Courtecuisse (Jean), évêque de Paris, 147, 164.
-
- Coutances (Manche) (Jean de Marle, évêque de), 98.
-
- Craon (Antoine de), 18.
-
- Crécy-en-Brie (Seine-et-Marne), 107.
-
- Creil (Oise), 299, 323, 359, 360.
-
- Crépy-en-Valois (Oise), 294.
-
- Creté (Jean), moine cordelier, 379, 380.
-
- Croissy-Beaubourg (Seine-et-Marne), 137.
-
- Croix de saint André ou blanche, insigne du parti bourguignon, 12, 90,
- 243, 315;
- -- rouge, insigne du parti anglais, 296, 313.
-
- Crotoy (le) (Somme), 193.
-
- Crould (le), rivière, 307, 308.
-
- Croûtes (Jean des), mesnager de Paris, 316.
-
- Cruauté des gens de guerre, 11, 82, 83, 86, 87, 107, 112, 123, 124,
- 127, 129, 136, 137, 139, 170, 171, 172, 225, 288, 291, 297, 298,
- 306, 325, 351, 352, 356, 357.
-
-
- D.
-
- Dacien, 129.
-
- Damiette (Seine-et-Oise), 264.
-
- Dammartin (Seine-et-Oise), 242, 346.
-
- -- (Charles de la Rivière, comte de), 65.
-
- Dampierre (Jean de), mercier et échevin de Paris, 240.
-
- Dando (la), maladie épidémique, 222, 223.
-
- Daniel, 382.
-
- Danse Macabre peinte au charnier des Innocents, 203, 234.
-
- Débâcle de la Seine en 1432, 280.
-
- Décollation de saint Denis figurée à la porte Saint-Denis, 276.
-
- Dégel de 1432, 280.
-
- Deniers parisis, leur cours, 142, 154;
- -- noirs, leur cours, 187.
-
- Denrées, leur abondance, 55, 62, 125, 318, 353, 358;
- -- leur cherté, 67, 80, 83, 87, 106, 113, 117, 120, 121, 123, 124,
- 125, 128, 130, 131, 135, 136, 142, 143, 153, 168, 250, 264, 341,
- 342;
- -- peines infligées à ceux qui les surfaisaient, 159.
-
- Dépopulation de Paris, 162, 192, 250, 263, 264, 339.
-
- Désastres causés par le débordement de la Seine en 1427, 217.
-
- Dieppe (Seine-Inférieure), 84, 310, 368.
-
- Dîner d'apparat donné en 1428 au Palais, 227;
- -- en 1431 à la Table de marbre, 277.
-
- Dioclétien, 107, 129.
-
- Discret (Jean), habitant d'Aubervilliers, 239.
-
- Dole (Jean), gouverneur des finances, 161.
-
- Doubles, leur cours, 180, 189, 201, 210, 228, 390;
- -- au coin de France dépréciés, 210, 211;
- -- aux armes d'Angleterre, 211.
-
- Douglas (Archibald, comte de), 198.
-
- Dourdan (Seine-et-Oise), 270.
-
- Dourdrets, monnaie d'or, leur cours, 287.
-
- Drap, prix de l'aune à teindre en vert ancre, 136;
- -- sa valeur, 139.
-
- Drapiers de Paris, 276.
-
- Dreux (Eure-et-Loir), 26, 157, 342.
-
-
- E.
-
- Ecartèlement (supplice de l'), 17, 177.
-
- Echaudés, défenses aux boulangers d'en cuire, 330.
-
- Echevins de Paris, 29, 41, 61, 62, 64, 209, 227, 239, 246, 274, 276,
- 277, 284, 300.
-
- Ecluse (l') (Flandre), 249.
-
- Ecoles de Paris, 21, 392.
-
- Ecorcheurs (les), routiers ainsi nommés, 346, 347, 350, 351, 375.
-
- Ecossais, 232, 296;
- -- Jean Stuart, comte écossais, 184.
-
- Ecu noir à croix rouge, insigne des Armagnacs, 87, 97.
-
- Ecus d'or, leur cours, 131, 141, 153, 211, 218;
- -- leur change, 160.
-
- Egypte, 275;
- -- (Basse), 219.
-
- Embaumement du corps de W. Glasdale, 237;
- -- de Marie de France, sœur de Charles VII, 341.
-
- Emotion populaire à Paris, 3, 6, 29, 30, 38-40, 90-91, 96, 106, 107,
- 108, 110, 155, 239, 290.
-
- Empereur (Jacques l'), garde de l'épargne, 80.
-
- Enfant phénoménal d'Aubervilliers, 238.
-
- Enfants pauvres recueillis dans des hôpitaux créés _ad hoc_, 150;
- -- morts dans les rues de Rouen, mangés par les porcs, 345;
- -- morts de faim sur des fumiers, 146;
- -- dans des huches, 356;
- -- jetés au feu, 87, 129, 357;
- -- volés et martyrisés par les mendiants, 389, 390;
- -- se rendent en procession aux Innocents, 392.
-
- Enoch, 382.
-
- Entrée de Catherine de France, reine d'Angleterre, à Paris, 145, 174;
- -- de Charles VI, 5, 27, 57, 144, 177;
- -- de Charles VII, 330, 347, 361, 364;
- -- de Charles d'Orléans, 308, 356, 364;
- -- du connétable de Richemont, 327;
- -- de Henri V, roi d'Angleterre, 144, 154;
- -- de Henri VI, 274;
- -- de Henri Beaufort, cardinal de Winchester, 247;
- -- d'Isabeau de Bavière, 5, 104, 145, 177;
- -- de Jean de Bavière, évêque de Liège, 2;
- -- de Jean, duc de Bedford, 200, 246, 301;
- -- de Jean Sans-Peur, duc de Bourgogne, 4, 14, 27, 104;
- -- de Philippe le Bon, duc de Bourgogne, 144, 163, 225, 233, 240,
- 247, 304;
- -- de Sigismond, empereur d'Allemagne, 69;
- -- du sire de Roos, 256.
- -- des Bourguignons à Paris, 88-90;
- -- des Français en 1436, 314-317.
-
- Epernon (Eure-et-Loir), 157.
- -- (André d'), prévôt des marchands, 28, 42, 45, 61.
-
- Epices, prix de la livre, 136.
-
- Epiciers de Paris, 276.
-
- Epidémies parisiennes, 49, 50, 111, 115, 116, 154, 175, 222, 223, 288,
- 295, 341, 342, 379;
- -- au siège d'Arras, 56.
-
- Epinay-sur-Seine (Seine), 314.
-
- Esclat (Pierre de l'), maître des requêtes de l'hôtel, 94, 98.
-
- Espagne, 382.
-
- Espagnols, 59.
-
- Espions des Armagnacs à Paris, 259;
- -- des Anglais à Paris, 331.
-
- Essarts (Antoine des), garde de l'épargne, 36, 39.
- -- (Pierre des), prévôt de Paris, 6, 8, 9, 11, 12, 16, 27, 28, 29, 30,
- 32, 33, 34, 35, 44.
-
- Estouteville (Jean d'), prévôt de Paris, 383.
-
- Etain, métal, prix d'une livre, 121.
-
- Etampes (Seine-et-Oise), 17, 47, 78, 203, 230.
- -- (Louis Paviot, capitaine d'), 168.
-
- Etendard figurant un dragon vomissant des flammes, 110;
- -- du bâtard de Vauru, 170;
- -- de la Pucelle, 237, 245.
-
- Eu (Charles d'Artois, comte d'), 65, 67.
-
- Eugène IV, pape, 355, 371, 376, 384, 385.
-
- Evreux (Eure), 362, 391.
-
- Excommunication lancée contre les Armagnacs, 16;
- -- contre les Bohémiens, 221.
-
- Exécutions capitales à Paris, 6, 17, 18, 32, 53, 71, 99, 100, 101, 110,
- 170, 173, 174, 177, 205, 252, 296, 297, 330, 331, 332, 386.
-
-
- F.
-
- Fagots de bois vert, leur prix, 279.
-
- Falaise (Calvados), 84.
-
- Falstaff (le sire de), 307.
-
- Famine au siège d'Arras, 55;
- -- à Melun, 143;
- -- à Paris, 10, 129, 145, 146, 150, 151, 153, 154, 262, 263, 264,
- 338, 339.
-
- Farine, son prix, 7, 143, 145;
- -- rendue par les meuniers d'après le poids du blé, 136;
- -- conduite au siège d'Orléans, 230, 234.
-
- Favières (Etienne de), chevalier, 205.
-
- Félix V, antipape, 371, 385, 390.
-
- Fernand de Cordoue, clerc espagnol, 381.
-
- Fête donnée en 1424 en l'hôtel de Bourbon, 202;
- -- de Saint-Eustache, 126;
- -- de Sainte-Geneviève et de Sainte-Catherine, 389.
-
- Fêtes populaires à Paris, 5, 27, 57, 104, 126, 144, 145, 169, 174, 177,
- 187, 199, 200, 201, 227, 275, 335, 336, 360, 390.
-
- Feux allumés dans les rues, 8, 90, 95, 106, 107, 234.
- -- de joie à Paris, 26, 54, 57, 60, 163, 169, 177, 187, 199, 201, 253,
- 255, 336, 353, 360, 390, 392.
- -- de la Saint-Jean, 208, 253, 340.
-
- Fèves, leur prix, 130, 145, 157, 192, 207, 228, 281, 291, 298, 329,
- 337, 339, 342, 347, 353, 358, 365, 367, 371;
- -- leur cherté, 120, 121, 130, 136, 149, 263;
- -- noires, consommées par les porcs, leur prix, 340;
- -- nouvelles, vilipendées par les gens de guerre, 346;
- -- détestables en 1443, 367.
-
- Figues, leur prix, 123, 136, 365;
- -- leur rareté, 330.
-
- Figuiers gelés en 1423 et 1435, 185, 303.
-
- Flamands, 207.
-
- Flandre, 7, 14, 18, 21, 44, 224, 234, 327, 332, 365;
- -- (hareng saur de), 87;
- -- (monnaies de), 370, 371.
-
- Floquart (Robert de Floques ou), chef de routiers, 375.
-
- Florins, monnaie, 212.
-
- Foire du Landit, 101, 127, 209, 373;
- -- Saint-Laurent, 243, 326, 374.
-
- Fontaine aux Fées (la) de Jeanne d'Arc, 267.
-
- Fontenay-aux-Roses (Seine), 80.
-
- Fortifications de Paris, 239, 243.
-
- Foucaut (Jean), capitaine de Lagny, 258, 351, 352, 353.
-
- Foudre (accidents causés par la), 5, 6, 225, 284, 371, 377, 391.
-
- Fraillon (Nicolas), évêque de Paris, 213, 215.
-
- Franc (le) de Bruges, 54.
-
- Français, 64, 83, 299, 310, 314, 316, 323, 327, 333, 335, 340, 347,
- 355, 362, 363, 384.
-
- France, _passim_.
-
- Froids rigoureux à Paris, 10, 132, 146, 150, 153, 182, 213, 214, 225,
- 279, 280, 282, 283, 291, 293, 298, 302, 303, 340, 352, 367.
-
- Fromages, leur prix, 67, 86, 87, 113, 117, 120, 124, 125, 130, 131,
- 150, 157, 248, 283, 388, 390.
- -- de presse, 121, 125, 142;
- -- de Brie, 136;
- -- de la Frisselle, 117.
-
- Fruits, leur abondance, 175, 192, 218, 367;
- -- leur cherté, 157;--leur rareté, 338, 353;
- -- gâtés par les hannetons, 203;
- par les chenilles, 339, 380;
- -- abattus par le vent, 283, 339.
-
- Funérailles d'Anne de Bourgogne, duchesse de Bedford, 290;
- -- de Charles VI, roi de France, 178-180;
- -- de Henri V, roi d'Angleterre, 176;
- -- d'Isabeau de Bavière, 309;
- -- de Marguerite de Bourgogne, comtesse de Richemont, 365.
-
- Futaine, prix de l'aune, 139.
-
-
- G.
-
- Gaillon (Seine-et-Oise), 193.
-
- Gallardon (Eure-et-Loir), 138.
-
- Gallois d'Aulnay (Le), seigneur d'Orville,332.
-
- Gand (Belgique), 54.
-
- Ganelon, 184.
-
- Gascons, 55, 232.
-
- Gast (Louis), bailli de Meaux, 173.
-
- Gâtinais, 141, 286.
-
- Gaucourt (Raoul de), 19, 24.
-
- Gaude (Jean), maître de l'artillerie, 92.
-
- Gaule (sire de), 47.
-
- Gayant (Pierre le), clerc criminel dela prévôté de Paris, 94, 98.
-
- Gelées à Paris, 150, 159, 161, 182, 185, 192, 213, 214, 254, 279, 280,
- 282, 291, 293, 298, 299, 302, 303, 329, 330, 367, 377, 380, 382.
-
- Gens de guerre, leur affluence à Paris, 1, 7, 46, 66, 67, 82, 163, 189,
- 337, 354, 363;
- -- leurs incursions et leurs excès, 7, 11, 34, 53, 66, 80, 82, 83,
- 85, 86, 102, 105, 107, 111, 112, 116, 119, 123, 124, 127, 129,
- 130, 136, 137, 143, 163, 164, 176, 182, 186, 189, 191, 194, 196,
- 218, 225, 248-249, 251, 261, 291, 294, 297, 298, 299, 300, 306,
- 307, 308, 312, 325, 327, 338, 344, 346, 347, 348, 351, 356, 362,
- 374.
-
- Gentien (Pierre), prévôt des marchands de Paris, 45.
-
- Gerberoy (Oise), 305.
-
- Gibet de Paris, 6, 17, 34, 44, 101, 102, 205, 223, 224, 250, 264.
-
- Gilles l'Augustin, 265.
-
- Glaces à Paris, 161, 182, 213, 214, 302, 303;
- -- de deux pieds d'épaisseur en 1432, 280.
-
- Glands vendus par sacs à la halle au blé, 349.
-
- Glasdale (William), capitaine anglais, 237.
-
- Glocester (Humphroi, duc de), 203, 207, 208, 214.
-
- Gog, 382.
-
- Gois (le), 37, 40;
- -- Jean le Gois, boucher de la boucherie Sainte-Geneviève, 37.
-
- Gonesse (Seine-et-Oise), 23.
-
- Gournay-sur-Marne (Seine-et-Oise), 263.
-
- Grand (Jacques le), moine augustin, 16.
-
- Grandrue (Jean de), échevin de Paris, 321.
- -- (Pierre de), épicier et échevin de Paris, 61.
-
- Grecs, 188.
-
- Grêle désastreuse à Paris, 282, 284, 293, 343.
-
- Grignols (François de), chevalier, 59.
-
- Gros, leur cours, 142, 153, 154, 155, 158, 173;
- -- contrefaits, en circulation à Paris, 173.
-
- Guerre (Raymonnet de la), capitaine gascon, 67, 93, 98, 323.
-
- Guet à Paris, 6, 8, 90, 106, 107, 132, 146, 239.
-
- Guieffroy (maître), bourreau de Paris, 18.
-
- Guitry (Guillaume de Chaumont, seigneur de), 123, 141.
-
- Guyenne (Louis, duc de), 17, 19, 25, 29, 31, 38, 39, 40, 46, 50, 61,
- 64, 66, 67, 364.
- -- (Marguerite de Bourgogne, duchesse de), 327, 364, 365.
-
-
- H.
-
- Hainaut (comté de), 202, 222, 224.
- -- (Jacqueline de Bavière, comtesse de), 202.
-
- Hannetons, leur abondance et leurs dégâts, 169, 203, 224, 225, 299,
- 352, 380, 390;
- -- détruits par la gelée, 367.
-
- Hannons, poisson de carême, prix du sac, 123.
-
- Hareng, son prix, 80, 82, 87, 121, 123, 142, 298, 311;
- -- fait défaut en 1436, 313;
- -- caqué, 142;
- -- poudré, 142, 167, 298, 311;
- -- saur de Flandre, 87;
- -- frais, 207, 248;
- -- blanc, 298.
-
- Harfleur (Seine-Inférieure), 61, 62, 84, 310, 354, 355.
-
- Heilly (Jacques, seigneur d'), 65.
-
- Helye, 382.
-
- Henri V, roi d'Angleterre, 61, 87, 90, 137 à 183 _passim_.
-
- Henri VI, roi de France et d'Angleterre, 180, 254, 255, 274, 275, 276,
- 277, 278, 279, 281, 312, 336.
-
- Hérétiques, procession à leur sujet, 209.
-
- Hérode, 275, 357.
-
- Heuse (le Borgne de la), prévôt de Paris, 40, 41, 43, 45.
-
- Hivers calamiteux à Paris, 150, 153, 158, 159, 182, 213, 214, 279, 280,
- 282, 291, 298, 302, 303, 338, 339, 367.
-
- Hollande (Guillaume IV de Bavière, comte de), 114.
- -- Marguerite de Bourgogne, (dame de), 54.
-
- Holopherne, 100, 194, 246.
-
- Hongrie (roi de), 69.
-
- Hôpitaux créés pour recevoir les enfants pauvres, 150.
-
- Horion (le), maladie épidémique, 49.
-
- Hugues (maître), 339.
-
- Huile d'olive, son prix, 121, 136, 153, 157, 298, 337, 358;
- -- de noix, son prix, 122, 255, 342, 345;
- -- de chenevis, son prix, 342;
- -- fait défaut dans le carême de 1430, 250.
-
- Huques (casaques) de drap violet avec devise brodée, 44.
-
-
- I.
-
- Ile-de-France, 344, 355, 369, 388.
-
- Indulgences pour la fête du Saint-Sacrement, 265.
-
- Inondations à Lagny, 286;
- -- à Paris, 60, 61, 160, 161, 208, 215-217, 262, 280, 281, 291, 340,
- 365.
-
- Interdit sur l'église des Innocents, 325;
- -- sur le cimetière des Innocents, 357.
-
- Isabeau de Bavière, reine de France, 5, 78, 104, 105, 114, 124, 135,
- 136, 144, 145, 174, 177, 193, 202, 276, 309.
-
- Isle-Adam (l') (Seine-et-Oise), 79, 223, 362.
- -- (Jean de Villiers, seigneur de l'), 88, 97, 241, 242, 254, 283, 314,
- 329.
-
- Issy (Seine), 80, 216.
-
- Ivry-la-Bataille (Eure), 191, 194, 196.
-
-
- J.
-
- Jacobin (le petit), frère mineur, 221.
-
- Jacqueline, grosse cloche de Notre-Dame, 256.
-
- Jamelin (Jean), abbé de St-Magloire, 386.
-
- Janville (Eure-et-Loir), 228, 231.
-
- Jargeau (Loiret), 271.
-
- Jean *** (maître), armurier du roi, 174.
-
- Jeanne d'Arc, héroïne française, 236, 237, 244, 245, 246, 255, 259,
- 266-271, 354, 374.
-
- Jeanne la Verrière, recluse des Innocents, 366.
-
- Jérémie, 150, 179, 181.
-
- Jérusalem, 150, 179, 235, 302, 327, 341, 382.
-
- Jeux au Marais, 126;
- -- organisés pendant l'hiver de 1423, 182;
- -- en août et septembre 1425, 204, 205;
- -- de paume, 222;
- -- de tables et de billes brûlés publiquement, 234;
- -- remis en honneur, 243.
-
- Joutes à Paris, 58;
- -- projetées pour le mariage d'Henri V, 140;
- -- pour le mariage des seigneurs anglo-bourguignons, 201;
- -- faites à l'occasion du sacre d'Henri VI, 279;
- -- à Saint-Ouen, 56, 60.
-
- Jouvenel des Ursins (Guillaume), chancelier de France, 370.
- -- (Jacques), archidiacre de Paris, archevêque de Reims, 379.
-
- Joyau d'argent, relique, 376.
-
- Judith, 246.
-
- Juifs, 235, 319, 382.
-
-
- L.
-
- Laboureurs ruinés par les exactions, 359;
- -- emmenés de force au siège de Creil, 359.
-
- Lagny (Seine-et-Marne), 68, 103, 128, 258, 260, 263, 284, 285, 286,
- 287, 299.
-
- La Hire (Etienne de Vignolles, dit), capitaine français, 270, 297.
-
- Lait, son prix, 131.
-
- Lallier (Michel de), prévôt des marchands, 315, 321.
-
- Lamban (Jacques), garde de la prévôté de Paris, 114.
-
- Landes (Pierre de), changeur et échevin de Paris, 322.
-
- Landit (foire du), 101, 127, 209, 373, 385;
- -- (bénédiction du), 216, 220, 373.
-
- Languedoc, 384.
-
- Lanternes allumées dans les rues, 3, 6, 42, 107.
-
- Laon (Aisne), 53.
-
- Lard, son prix, 150.
-
- Lauriers gelés, 303.
-
- Légende Dorée, livre, 380.
-
- Légende de sainte Geneviève, 321.
-
- Lestrac (Arnaud de la Lande, dit), chef de routiers, 375.
-
- Liège (Jean de Bavière, évêque de), 2.
-
- Liégeois, 234.
-
- Lisieux (Pierre Cauchon, évêque de), 312.
-
- Lit de justice figuré devant le Châtelet en 1431, 276.
-
- Loir (le), rivière, 151.
-
- Loire (la), fleuve, 176, 229, 236.
-
- Loirs, leurs dégâts, 352.
-
- Lombardie, 197.
-
- Lombards, 197, 198, 199.
-
- Loré (Ambroise de), prévôt de Paris, 383.
-
- Lormoy (Vincent), procureur du roi au Châtelet à Paris, 99.
-
- Lorraine, 267, 375.
-
- Louis, dauphin de France, 351, 352, 353, 359, 360, 361, 364, 368, 369,
- 375, 376, 378, 384, 386.
-
- Loups affamés déterrant les morts, 154, 156;
- -- tués dans Paris, 187;
- -- traversant la Seine, 343;
- -- dévorant
- femmes et enfants, 348, 349.
-
- Louvet (Jean), président des aides et comptes de Provence, 89, 118.
-
- Louviers (Eure), 272, 273, 274.
- -- (Jean de), échevin de Paris, 61.
-
- Loyers des maisons, leur payement, 155, 158, 162.
-
- Lubres, monnaie bourguignonne, leur cours, 126, 142.
-
- Lusarches (Seine-et-Oise), 242;
- -- église de Saint-Côme, 258.
-
- Luvay (Jacques de), avocat au Parlement de Paris, 330.
-
- Luxembourg (Jacqueline de), duchesse de Bedford, 294, 301, 303.
- -- (Jean de), 255.
-
-
- M.
-
- Mâcon (bailli de), 66.
-
- Maçon (Robert le), chancelier du dauphin, 89, 118.
-
- Magog, 382.
-
- Mailles, menue monnaie, 154, 165, 173.
-
- Maillet (maître Renaud), 71.
-
- Maine (Pierre Baillé, grand trésorier du), 224.
-
- Mainguet, larron, 288.
-
- Maisons inhabitées à Paris, 192.
- -- démolies par les gens de guerre, 362.
-
- Maladies épidémiques, 288;
- nommées le _tac_ ou le _horion_, 49, 50;
- -- la _boce_, 111, 295, 342;
- -- la vérole, 175, 379;
- -- la _dando_, 222, 223.
-
- Mans (le) (Sarthe), 151, 152, 203, 225, 226, 369.
-
- Mantes (Seine-et-Oise), 121, 182, 272, 280, 290, 292, 369, 391.
-
- Marais de Paris inondés, 208, 217, 281;
- -- infestés par les loups, 348.
-
- Marc (Raymond), échevin de Paris, 240.
-
- Marc d'argent, son prix en 1419, 121, 122, 131;
- -- impôt des marcs d'argent en 1421, 161.
-
- Marcel (Jean), drapier et échevin de Paris, 61.
-
- Marchand (André), prévôt de Paris, 45, 57, 59.
- -- (Noël), prévôt des marchands, 99.
-
- Marche (Bernard d'Armagnac, comte de la), 337.
-
- Marcognet (Enguerrand de), chambellan de Charles VI, 108.
-
- Marcoussis (Seine-et-Oise), Célestins, 27.
-
- Margot, joueuse de paume, 222.
-
- Marguerite d'Ecosse, dauphine, 378.
-
- Marie d'Anjou, reine de France, 384, 387, 391.
-
- Marie de France, fille de Charles VI, religieuse à Poissy, 340, 341,
- 348.
-
- Mariette (Guillaume), secrétaire du roi, 386.
-
- Marle (Henri de), chancelier de France, 42, 92, 97, 98, 323.
- -- (Jean de), évêque de Coutances, 98, 323.
- -- (Robert de Bar, comte de), 65.
-
- Marne, rivière, 257, 261;--débordée en 1432, 286.
-
- Martin V, pape, 85, 86, 264, 265.
-
- Massacres de 1418, 91, 96-98, 106, 107, 108, 110, 111.
-
- Massy (Aymon de Mouchy, seigneur de), 288.
-
- Mât de cocagne à Paris, 205.
-
- Mathurins (Renaud de la Marche, ministre des), 9.
-
- Maubuisson (Seine-et-Oise), 362.
-
- Maurepas (Seine-et-Oise), 288.
-
- Maurigon de Songnacq, écuyer gascon, 59.
-
- Mauves cuites et mangées par les pauvres, 339.
-
- Maximien, 107.
-
- Meaux (Seine-et-Marne), 23, 102, 107, 157, 160, 164, 166-169, 170, 171,
- 173, 284, 332, 346, 347, 369.
- -- (bailli de), 66, 173.
- -- (évêques de): Jean le Maunier, 386;
- -- Robert de Girême, 170.
- -- (Marché de), 167, 168, 169, 347, 348.
-
- Médecins victimes de la contagion, 341.
-
- Melun (Seine-et-Marne), 89, 107, 125, 126, 141, 143, 144.
-
- Mendiants, causent du scandale dans l'église des Innocents, 325;
- -- volent et martyrisent des enfants, 389, 390;
- -- sont pris et pendus, 390.
-
- Ménétriers jouant devant le chevalier du guet, 106;
- -- devant le sire de Roos, 256;
- -- publiant le traité de Saint-Maur-des-Fossés, 114;
- -- fêtant la paix du Ponceau, 126.
-
- Merciers de Paris, 276.
-
- Méreau d'étain avec le nom de Jésus, 243.
-
- Mesnil (Jean du), prévôt de Paris, 147.
- -- (Simon du), dit le Jeune, écuyer, 31, 32, 36.
-
- Messe célébrée au Palais en 1431, 278.
-
- Messes marchandées aux prêtres, 115;
- -- dites par les confréries, 362.
-
- Messias, 235, 382.
-
- Meudon (Seine-et-Oise), 216.
-
- Meulan (Seine-et-Oise), 124, 168, 182, 183, 184, 308, 310.
-
- Meuniers, prix du setier de mouture, 122, 136.
-
- Miel, sa qualité et son prix, 330.
-
- Milly (Seine-et-Oise), 295.
-
- Misère extrême à Paris, 146, 150, 151, 154, 158, 162, 250, 262, 263,
- 264, 279, 291, 338, 339.
-
- Moïse, 268.
-
- Monmelian, sergent d'armes, 101.
-
- Monnaie (forte), 155, 201, 228, 248, 255, 337, 340;--noire, 187;
- -- jetée dans la Seine par le peuple, 212;
- -- de plomb fabriquée en 1418 par les Armagnacs, 103.
-
- Monnaies, leur cours, 75, 77, 121, 125, 131, 141, 142, 153, 154, 155,
- 157, 165, 173, 180, 181, 187, 189, 202, 206, 210, 211, 218, 287,
- 324, 370;
- -- d'Angleterre, 370, 371;
- -- de Bretagne, 75, 202, 371;
- -- de Bourgogne, 75, 125, 206, 370, 371;
- -- de Flandre, 370, 371.
-
- Montaigu (Jean de), archevêque de Sens, 16.
- -- (Jean de), grand maître de l'hôtel du roi, 6, 16, 27, 34.
-
- Montaiguillon (Seine-et-Marne), 193.
-
- Montargis (Loiret), 218, 221, 342.
- -- (capitaine de), 33.
-
- Montdidier (Somme), 11.
-
- Montereau-faut-Yonne (Seine-et-Marne), 140, 141, 333, 334, 338.
-
- Montgeron (Seine-et-Oise), 22.
-
- Montilz-lès-Tours (Indre-et-Loire), 384.
-
- Montivilliers (Seine-Infér.), 84, 310.
-
- Montjay (Seine-et-Marne), 263.
-
- Montlhéry (Seine-et-Oise), 84, 107, 111.
-
- Montrouge (Seine), 80.
-
- Mont-Saint-Michel (le) (Manche), 385.
-
- Moret (Seine-et-Marne), 105, 107.
-
- Morhier (Simon), prévôt de Paris, 181, 192, 206, 212, 223, 227, 243,
- 246, 273, 284, 315, 316, 345, 360.
-
- Mortain (Pierre de Navarre, comte de), 28.
-
- Mortalité exceptionnelle au siège d'Arras, 56;
- -- à Paris, 111, 115, 116, 154, 288, 289, 295, 342, 379.
-
- Morvilliers (Philippe de), premier président du Parlement de Paris, 159,
- 161, 292.
-
- Motte (la) (Seine-et-Oise), 264.
-
- Mouchy (Pierre de Trie, seigneur de), 257.
-
- Moulin (Denis du), évêque de Paris, 344, 355, 357, 366, 367, 372, 373,
- 376, 377, 380, 385.
-
- Moulin à vent sur la route de Saint-Denis, 390.
-
- Moutons d'or, leur cours, 77, 121, 125, 211, 218.
-
- Mouy (J. ou Ch. de Soyecourt, seigneur de), 65.
-
- Moymer ou Montaimé (Marne), 212.
-
- Mûriers sans fruits, 307.
-
- Mystère de la Passion représenté à Paris en 1420, 144; en 1437, 336;
- -- de la Passion saint Georges représenté en 1422 à l'hôtel de Nesle,
- 174;
- -- du Vieux et du Nouveau Testament représenté en 1424 devant le
- Châtelet, 200;
- -- de la Vierge représenté en 1431 devant la Trinité, 275;
- -- représentés à l'entrée de Charles VII entre la bastille
- Saint-Denis et la porte aux Peintres, 336;
- -- du Juif profanateur d'une hostie, 372.
-
-
- N.
-
- Nangis (Seine-et-Marne), 193.
-
- Nanterre (Carbonnet, prieur de), 344.
-
- Narbonne (Guillaume d'Avaugour, vicomte de), 199.
-
- Navailles (Archambaud de Foix, seigneur de), 133.
-
- Navarre (Charles III, roi de), 4.
-
- Navets, leur abondance et leur prix, 121, 328, 338, 358;
- seule nourriture du pauvre, 145, 339.
-
- Nèfles, seul fruit en 1437, 338.
-
- Négociations politiques, 34, 35, 54, 58, 59, 114, 124, 126, 185, 289,
- 290, 293, 294, 310.
-
- Neiges, leur abondance à Paris, 86, 150, 160, 182, 279, 282, 293, 302,
- 329.
-
- Néron, 92, 129, 171, 298.
-
- Neuville (Colin de), poissonnier et échevin de Paris, 239, 251, 321.
-
- Neveu (Jeannin et Colin), chaudronniers, 81.
-
- Nicolas V, pape, 385, 390.
-
- Niquets, monnaie, leur cours, 189, 202.
-
- Nobles d'Angleterre, leur cours, 141, 153.
-
- Nogent-le-Roi (Eure-et-Loir), 228.
-
- Noirets, deniers noirs, leur cours, 165, 192, 202.
-
- Noix, leur abondance et leur prix, 121, 157, 342, 354, 358, 367;
- -- leur rareté, 338, 384;
- -- seule nourriture du pauvre en 1431, 263;
- -- abattues par le vent, 283, 339;
- -- criées dans les rues comme le charbon, 358.
- -- (pain de), 136.
-
- Normandie, 61, 64, 79, 83, 84, 133, 134, 169, 176, 191, 247, 292, 294,
- 295, 300, 301, 310, 311, 327, 331, 370, 371, 373, 384, 391.
-
- Notre-Dame de Cléry (Loiret), 258.
-
- Notre-Dame de Coulombs (Eure-et-Loir), abbaye, 376.
-
- Notre-Dame de Liesse (Aisne), 365, 377.
-
- Notre-Dame du Mesche (Seine), chapelle, 24.
-
- Noyers gelés, 185, 282, 283, 380;
- -- rongés par les hannetons, 224, 225.
-
- Noyon (Jean de Mailly, évêque de), 275.
-
-
- O.
-
- Octroi sur les cuves de vendange, 326;
- -- sur le vin, 354.
-
- OEufs, leur prix, 67, 80, 86, 87, 106, 113, 117, 120, 131, 142, 150,
- 157, 228, 248, 283, 318, 388, 390.
-
- Offemont (Guy de Nesle, seigneur d'), 166, 167.
-
- Oger (Pierre), changeur et échevin de Paris, 41, 61.
-
- Oies, leur prix, 135.
-
- Oignons, leur prix, 113, 121, 123, 130, 158, 313, 330, 365, 368, 371.
-
- Oiseaux morts de froid en 1435, 303.
-
- Olive (Jean de l'), maître en théologie, 374.
-
- Orages avec tonnerre et grêle, 11, 129, 225, 343, 366.
-
- Ordonnances sur le cours des monnaies, 75, 77, 125, 153, 154, 165, 173,
- 181, 187, 189, 202, 206, 210, 211, 218, 287, 324, 370;
- -- sur le rachat des rentes, 228, 229;
- -- sur les ribaudes, 382;
- -- relatives aux sergents du Châtelet, 213.
-
- Orfèvres de Paris, 276;
- -- défense d'exercer le change, 159, 160.
-
- Orge, son prix, 148, 288, 291, 333, 337, 342.
-
- Orges arrachées à la main, 175.
-
- Orgemont (Nicolas d'), chanoine de Notre-Dame de Paris, 70, 71.
- -- (Pierre d'), père de Nicolas d'Orgemont, 70.
- -- (Pierre d'), gouverneur des finances, 161.
-
- Orient, 189.
-
- Orléanais, 357.
-
- Orléans (Loiret), 58, 163, 228, 229, 230, 233, 234, 236, 237, 253, 258,
- 282, 348, 354.
- -- (Charles, duc d'), 47, 57, 58, 65, 356, 357, 364.
- -- (Jean, bâtard d'), comte de Dunois, 314.
- -- (Louis, duc d'), 3, 41, 165.
- -- (Marie de Clèves, duchesse d'), 357.
-
- Ormes déracinés par le vent, 339.
-
- Orsay (Seine-et-Oise), 168, 186.
-
- Orties cuites et mangées par les pauvres, 339.
-
- Orville (Seine-et-Oise), 332, 337.
-
- Ostet (duc d'), frère du roi Henri V, 151.
-
- Ouragan de 1434, 301;
- -- de 1438, 339.
-
- Ours (Jean de la Roche, possesseur de l'hôtel de l'), 71, 101.
-
-
- P.
-
- Pain, sa cherté et son prix, 25, 67, 72, 117, 120, 123, 128, 135, 136,
- 142, 146, 149, 218, 263, 283, 286, 291, 295, 330, 335, 338, 359, 388,
- 390;
- -- son poids, 339;
- -- blanc, 136, 330, 333;
- -- bourgeois, 122;
- -- de couleur cendrée, 273;
- -- _festiz_, 122, 359;
- -- noir, 123;
- -- noir et _mesalé_, 263;
- -- de noix, 136;
- -- bon pour les chiens consommé par la population, 291.
- -- amené de Saint-Brice-sous-Forêt pour l'approvisionnement de Paris,
- 9, 48;
- -- de Corbeil, de Melun et d'Amiens, 125.
-
- Paix d'Arras, 60;
- -- d'Auxerre, 25;
- -- de Cusset, 353;
- -- du Ponceau, 126;
- -- de Saint-Maur-des-Fossés, 114.
-
- Pantin (Seine), 11.
-
- Pardiac (Bernard d'Armagnac, comte de), 337, 346.
-
- Pardon d'Evreux, 391;
- -- du Mont-Saint-Michel, 385;
- -- de Pontoise, 384;
- -- de Rome, 384;
- -- de Saint-Denis, 370.
-
- Paris (Guillaume, _alias_ Jean), clerc criminel de la prévôté de Paris,
- 98, 323.
-
- Paris (Seine). Abbaye de _Saint-Antoine-des-Champs_;
- abbesse: Emerance de Calonne, 287, 288;
- -- de _Sainte-Geneviève_, 21, 234, 389;
- abbé: Pierre Caillou, 309, 387;
- clergé: 321;
- -- de _Saint-Germain-des-Prés_; abbés: Jean Bourron, 179;
- Hervé Morillon, 387;
- -- de _Saint-Magloire_, 209, 375, 378;
- abbés: Pierre Louvel, 179;
- Jean Jamelin, 386;
- religieux: Jean le Maunier, 386;
- -- de _Saint-Victor_, 6, 388, 390;
- abbé: André Barré, 387.
- -- Bastille Saint-Antoine, 29, 32, 42, 58, 61, 71, 73, 90, 95, 108, 254,
- 317, 318, 361;
- -- Saint-Denis, 302, 314, 335, 336.
- -- Bois de Boulogne, 86.
- -- Boucherie du Petit-Pont, 153;
- -- du pont Saint-Michel, 327;
- -- de Saint-Leufroy, 74.
- -- Bouchers de la Grande-Boucherie, 73, 74, 118, 129;
- -- de la grande boucherie de Beauvais, 138, 153;
- -- du cimetière Saint-Jean, 75, 153;
- -- de Sainte-Geneviève, 72;
- -- de St-Germain-des-Prés, 72, 82, 327;
- -- de Saint-Marcel, 72.
- -- Carrières de Notre-Dame-des-Champs, 26.
- -- Chapelle de Sainte-Avoye, 247;
- -- de Saint-Josse, 326.
- -- Chapitre de Notre-Dame, 215.
- -- Château du Louvre, 29, 30, 36, 39, 42, 46, 67, 69, 97, 104, 169, 170,
- 289.
- -- Châtelet, 23, 94, 97, 103, 107, 108, 110, 118, 155, 178, 200, 227,
- 250, 251, 276, 336, 360;
- -- Grand-Châtelet, 95, 97, 108;
- -- Petit-Châtelet, 6, 36, 95, 97, 108, 208;
- -- pied de roi du Châtelet, mesure, 348.
- -- Cimetières, 115, 116;
- -- des Innocents, 116, 203, 234, 242, 271, 357, 367;
- charniers, 234;
- recluses, 366, 367;
- -- de Saint-Nicolas-des-Champs, 307;
- -- de la Trinité, 116.
- -- Cinquanteniers, 204.
- -- Collège de Navarre, 381.
- -- Cour Saint-Martin-des-Champs, 243, 323, 374.
- -- Couvent des Augustins, 389;
- -- des Bernardins, 348;
- -- des Cordeliers, 82;
- -- des Filles-Dieu, 101;
- -- des Mathurins, 21, 44, 388.
- -- Croix de Grève, 215, 217, 340, 384.
- -- Croix-Hémon (la), 160.
- -- Dizainiers, 204, 209.
- -- Ecorcherie des Tuileries, 78.
- -- Eglise des Augustins, 225, 264, 266, 290, 327, 391;
- -- des Billettes, 372;
- -- des Célestins, 290, 291, 304;
- -- de Notre-Dame, 23, 67, 102, 132, 144, 160, 178, 179, 180, 200, 208,
- 213, 214, 233, 241, 264, 276, 277, 309, 336, 337, 355, 377, 385,
- 386, 388, 389, 392;
- Jacqueline, cloche, 256;
- -- de Notre-Dame-des-Carmes, 365;
- -- de Notre-Dame-des-Champs, 337, 377, 378;
- -- de Saint-Antoine-des-Champs, 23;
- -- de Saint-Antoine-le-Petit, 276, 366;
- -- de Saint-Denis-de-la-Châtre, 276, 374;
- -- de Saint-Eustache, 56, 95, 239;
- -- de Saint-Germain-l'Auxerrois, 290, 388;
- -- de Saint-Germain-des-Prés, 22;
- -- des Saints-Innocents, 325, 343, 380, 389, 392;
- chapelle
- de Saint-François-aux-Pelletiers, 333;
- -- de Saint-Jacques-de-la-Boucherie, 233;
- -- de Saint-Jean-en-Grève, 21, 102, 239, 372, 392;
- -- de Saint-Laurent, 39, 55, 86, 124, 214, 238;
- -- de Saint-Lazare, 5;
- -- de Saint-Martin-des-Champs, 22, 102, 270, 323, 336, 371, 392;
- -- de Saint-Merry, 102, 214, 237, 316;
- -- de Saint-Nicolas-des-Champs, 39;
- -- de Saint-Paul, 216, 247;
- -- de St-Sauveur, 275;
- -- de Saint-Symphorien, 374.
- -- Enfants de chœur de Notre-Dame, 302.
- -- Evêques: Denis du Moulin, 344, 355, 357, 366, 367, 372, 373, 376,
- 377, 380, 385;
- --
- Guillaume Chartier, 386, 388, 389;
- Jacques du Châtelier, 215, 220, 238, 275, 293, 312, 325, 336, 343;
- Jean Courtecuisse, 147, 164;
- Jean de la Rochetaillée, 178, 179, 187, 190;
- Jean de Nant, 190, 191;
- Nicolas Fraillon, 213, 215.
- -- Fontaine Maubuée, 393;
- -- du Ponceau-Saint-Denis, 336;
- -- de la Reine, 275.
- -- Grange des Mathurins, 246.
- -- Halles, 6, 17, 18, 32, 46, 71, 74, 96, 123, 125, 145, 177, 209, 250,
- 252, 297, 371, 384;
- -- Halle de Beauvais, 74, 153;
- -- Halle au blé, 349.
- -- Heaumerie (la), 150;
- -- (armurier de la), 174.
- -- Hôpital du Saint-Esprit, 160;
- -- de la Trinité, 98, 275.
- -- Hôpitaux pour les enfants pauvres, 150.
- -- Hôtel d'Anjou, 38, 276;
- -- d'Armagnac, 204;
- -- d'Artois, 47, 201;
- -- de Bohême ou de Nesle, 47, 174;
- -- de Bourbon, 69, 109, 202, 289;
- -- du Coq et du Paon, 363;
- -- de l'Ours, 71;
- -- de Saint-Paul, 30, 35, 39, 40, 89, 177, 178, 202, 276, 309;
- -- des Tournelles, 276, 360;
- -- de la Trémoille, 2.
- -- Hôtel-Dieu, 116, 208, 278, 336, 342.
- -- Hôtel-de-Ville, 38, 155, 217, 281, 340, 365.
- -- Ile Notre-Dame, 215, 216, 339, 351.
- -- Jeux de paume, 222.
- -- Marais inondés, 208, 217;
- infestés par les loups, 348.
- -- Marché au pain de la place Maubert, 281;
- -- de la Madeleine dans la Cité, 318.
- -- Palais, 20, 21, 30, 32, 36, 39, 81, 94, 96, 97, 98, 144, 150, 155,
- 160, 175, 179, 180, 227, 241, 276, 277, 278, 328, 336, 337, 341,
- 354, 387, 389, 391.
- -- Paroisse de Saint-Christophe, 238;
- -- de Saint-Eustache, 21, 23, 95;
- -- de Saint-Laurent, 23;
- -- de Saint-Leu et Saint-Gilles, 205;
- -- de Saint-Martin-des-Champs, 22;
- -- de Saint-Nicolas-des-Champs, 23;
- -- de Saint-Paul, 23;
- -- de Saint-Sauveur, 23.
- -- Parvis de Notre-Dame, 71, 259.
- -- Place aux Chaps, 343;
- -- de Grève, 38, 85, 86, 94, 96, 160, 281, 291, 302, 363, 365;
- -- Maubert, 96, 123, 150, 160, 281, 389.
- -- Planche de Mibray (la), 30.
- -- Ponceau Saint-Denis (le), 275.
- -- Ponts: pont Alais, 56;
- -- Grand-Pont, 208, 336;
- -- Petit-Pont, 74, 153;
- -- Pont-Neuf (ou pont Saint-Michel), 208, 327, 389;
- -- pont Notre-Dame, 30, 73, 74, 208.
- -- Port au foin, 363.
- -- Porte Baudoyer, 71, 72, 74, 101;
- -- de Bordelles (ou Saint-Marcel), 8, 96, 163, 201, 328;
- -- de Montmartre, 2, 206, 379;
- -- aux Peintres, 336;
- -- Saint-Antoine, 2, 3, 47, 60, 72, 78, 90, 91, 95, 101, 103, 104,
- 145, 254, 257, 281, 288, 296, 317, 318, 347, 348,
- 360;
- -- Saint-Denis, 2, 47, 79, 101, 126, 245, 274, 275, 296, 297, 302,
- 315, 317, 337;
- -- Saint-Germain, 82, 88, 96, 101, 163;
- -- Saint-Honoré, 2, 153, 245, 297;
- -- Saint-Jacques, 2, 8, 15, 47, 69, 80, 163, 201, 216, 272, 314, 315,
- 317, 338;
- -- Saint-Martin, 2, 43, 45, 47, 60, 80, 139, 203, 209, 214, 243, 247,
- 281, 292, 374;
- -- Saint-Michel, 8;
- -- du Temple, 2, 43, 47, 80.
- -- Prieuré de Sainte-Catherine-du-Val-des-Ecoliers, 21, 22, 58, 276,
- 320, 372;
- -- de Saint-Eloi; prieur: Jean le Maunier, 387;
- -- de Saint-Martin-des-Champs, 47, 66, 98, 337;
- couture du prieuré, 98, 323.
- -- Prison du For-l'Evêque, 97;
- -- du Palais, 96, 97;
- -- de St-Eloi, 97;
- -- de Saint-Magloire, 66, 97;
- -- de Saint-Martin-des-Champs, 66, 95, 97, 368;
- -- du Temple, 66, 95, 97;
- -- de Tiron, 66, 91, 95.
- -- Quai des Ormeteaux, 215, 216.
- -- Quarteniers, 204, 243.
- -- Quartier de Clignancourt, 11;
- -- de Coupeau-lez-St-Marcel, 174;
- -- de Grenelle, 88;
- -- des Halles, 100, 316;
- -- du Marais, 126
- -- de Montmartre, 11, 13, 23, 86, 214, 348;
- -- de Notre-Dame-des-Champs, 111, 313, 348;
- -- des Porcherons, 246;
- -- des Quinze-Vingts, 73;
- -- de Saint-Germain-des-Prés, 111, 164, 327;
- -- de Saint-Laurent, 243;
- -- de Saint-Marcel, 111, 294;
- -- de la Ville-l'Evêque, 86.
- -- Quinze-Vingts, 73.
- -- Rue Aubry-le-Boucher, 326;
- -- de la Calandre, 144, 276;
- -- de la Chanvrerie, 239;
- -- de la Charronnerie, 234;
- -- Darnetal, 275;
- -- Grenier-Saint-Lazare, 222;
- -- de la Heaumerie, 32;
- -- de Jouy, 365;
- -- des Lombards, 200;
- -- Maubuée, 247;
- -- de la Mortellerie, 217, 280, 291;
- -- aux Oues, 205;
- -- Portefoin, 210;
- -- Quinquempoix, 28, 205;
- -- Saint-Antoine, 58, 90;
- -- Saint-Denis, 99, 101, 144, 316, 392;
- -- Saint-Honoré, 204, 273;
- -- Saint-Martin, 203, 204, 316, 363, 393;
- -- de la Vannerie, 217;
- -- de la Vieille-Juiverie, 276.
- -- Sainte-Chapelle, 160, 391.
-
- Parlement de Paris, 20, 98, 164, 178, 212, 227, 247, 251, 277, 278,
- 323, 328, 354, 357, 360, 364.
-
- Partisans de Charles VII emprisonnés à Paris, 183;
- -- de la domination anglaise, reçus en grâce, 328.
-
- Pâtis, contributions de guerre, 326, 333, 341, 359.
-
- Paume (Jeu de), 222.
-
- Péages levés à Paris en 1441, 359.
-
- Pêches, leur abondance et leur prix, 307, 353.
-
- Peintures sur toile insultantes pour les Anglais, 340.
-
- Pèlerinages à la chapelle du Blanc-Mesnil, 24;
- -- à la chapelle de Notre-Dame-du-Mesche, 24;
- -- à Boulogne-sur-Mer, 157;
- -- à Saint-Spire de Corbeil, 365.
-
- Pelletiers de Paris, 276.
-
- Perche, 195.
-
- Péronne (Somme), 54.
-
- Perquin (Jean), épinglier, 72.
-
- Persans, 235.
-
- Persil, son prix, 345.
-
- Phénomène d'Aubervilliers, 238.
-
- Picardie, 40, 64, 192, 332.
-
- Picards, 105, 242, 248, 251, 256, 258.
-
- Piédefer (Robert), président au Parlement de Paris, 292.
-
- Pierronne la Bretonne, fausse pucelle, 259, 260, 271.
-
- Pillage de Chelles, 253;
- -- du quartier de Notre-Dame-des-Champs à Paris, 313;
- -- projeté de Paris en 1436, 317;
- -- de Provins, 288;
- -- de l'abbaye de Saint-Denis, 251, 313;
- -- de l'abbaye de Saint-Maur-des-Fossés, 255;
- -- de Soissons, 53.
-
- Pin de Saint-Victor gelé en 1435, 303.
-
- Pis-d'Oue (Renaud), changeur et échevin de Paris, 63.
-
- Placques, monnaie flamande, leur cours, 206.
-
- Plaidoiries du Parlement suspendues en 1442, 364.
-
- Pluvieux (temps), 23, 57, 61, 132, 160, 191, 214, 216, 262, 279, 280,
- 286, 320, 321, 339, 352, 365, 366, 382.
-
- Poiré, boisson du pauvre en 1447, 385.
-
- Poireaux, leur prix, 158, 329, 330, 371.
-
- Poires, leur prix, 113, 120, 157;
- --leur absence, 390;
- --d'Angoisse, 117, 353, 366, 384;
- --de Calliau-pépin, 353.
-
- Pois, leur prix, 120, 121, 130, 145, 148, 157, 192, 207, 228, 248, 263,
- 281, 298, 329, 339, 342, 353, 358, 365, 367, 371.
-
- Poisson de sept pieds et demi pêché dans la Seine, 348;
- --de mer, son prix, 123, 125.
-
- Poissy (Seine-et-Oise), 362;
- --abbaye, 340, 341.
-
- Poitevine, menue monnaie, son cours, 165, 192.
-
- Poitiers (Vienne), 328.
-
- Pole (William), comte de Suffolk, 340.
-
- Pologne (roi de), 219.
-
- Pommes, leur prix, 113, 117, 120, 157;
- --leur abondance, 384;
- --leur absence, 390;
- --nourriture des pauvres en 1430, 250;
- --de Romiau, 192, 366;
- --de Capendu, 192, 303, 330, 366, 367;
- --de bois, 338;
- --de mai, 358.
-
- Pommiers ravagés par les chenilles et hannetons, 299.
-
- Pont (marquis du), 65.
-
- Pont-de-l'Arche (Eure), 105, 390, 391.
-
- Pontoise (Seine-et-Oise), 23, 34, 88, 119, 124-129, 135, 176, 221, 241,
- 284, 311-314, 329, 341, 346, 361-363, 368, 383, 391;
- --église de Notre-Dame, 384;
- --hôtel-Dieu, 363.
-
- Pont-Sainte-Maxence (Oise), 79, 137.
-
- Porc à deux têtes, 239.
-
- Portes de Paris, 1, 3, 8, 13, 14, 97, 248, 314, 337;
- --fermées et murées, 2, 43, 47, 66, 67, 73, 79, 101, 209, 243, 253;
- --rouvertes, 45, 104, 203, 206, 209, 328, 374, 379;
- --membres de supplicié y attachés, 17;
- détachés, 44;
- --peintures sur toile insultantes pour les Anglais y fixées, 340.
-
- Portugais, 59, 60.
-
- Portugal (Isabelle, fille de Jean Ier, roi de), duchesse de Bourgogne,
- 249, 262.
-
- Potin, métal, prix de la livre, 121.
-
- Pouilly-le-Fort (Seine-et-Marne), 126.
-
- Poupart (Charles), argentier de Charles VI, 109.
-
- Pourceaux de l'abbaye Saint-Antoine, 150;
- --destinés à l'approvisionnement de Paris, 297;
- --font défaut en 1438, 342;
- --dévorant les enfants morts dans les rues de Rouen, 345.
-
- Pré (Jean du), épicier et échevin de Paris, 63.
-
- Prédications de l'Université suspendues, 364, 369, 375, 376.
-
- Prêtre (Jean le), mesnager de Paris, 316.
-
- Prévôts de Paris.
- Voir aux mots: _Bar (de), Baume (de la), Champluisant (de),
- Châtel (du), Clamecy (de), Essarts (des), Estouteville (d'),
- Heuse (de la), Lamban, Loré (de), Marchand, Mesnil (du), Morhier,
- Ternant (de) et Verrat (le)_.
-
- Prévôts des marchands de la ville de Paris. Voir aux mots: _Breban
- (de), Cirasse, Coq (le), Cul-d'Oe, Epernon (d'), Gentien, Laillier
- (de), Landes, Marchand, Rapiout et Sanguin_.
-
- Priam, roi des Troyens, 188.
-
- Prisons de Paris, 66, 91, 95, 96, 97, 143, 183.
-
- Processions parisiennes, 16, 20-24, 79, 102, 144, 184, 191, 200, 208,
- 209, 214, 216, 240, 264, 270, 277, 302, 309, 320, 321, 361, 372, 374,
- 377, 385-392.
-
- Provins (Seine-et-Marne), 124, 288.
-
- Prunes, leur prix, 218;
- --leur absence, 283;
- --de Damas, leur prix, 354.
-
- Pruniers ravagés par les chenilles et hannetons, 299.
-
- Publications à son de trompe à Paris, 3, 6 à 383, _passim_.
-
- Pucelles fausses.--Voir _Catherine de la Rochelle, Claude des Armoises,
- Pierronne_.
-
- Puiseux (Colinet de), 12, 15, 17, 44.
-
-
- Q.
-
- Quatrième, imposition sur le vin vendu au détail, 149, 155;
- --sur la cervoise, 230, 303.
-
-
- R.
-
- Raguier (Raymond), trésorier général des guerres, 118.
-
- Raillart (Gaucher), chevalier du guet à Paris, 105.
-
- Raisins, leur prix, 136, 365;
- -- pourris sur pied, 132;
- -- détruits par les gens de guerre, 189;
- -- encore verts en septembre 1428, 228;
- -- de treille, dits _bordelais_, gelés, 303.
-
- Rapiout (Hugues), prévôt des marchands, 284, 300.
-
- Recluses des Innocents, 366, 367.
-
- Regnault (Pierre), chef de routiers, 375.
-
- Reims (Jacques du Châtelier, trésorier de), 215.
- -- (Jacques Jouvenel des Ursins, archevêque de), 379.
- -- (Renaud de Chartres, archevêque de), chancelier de France, 294, 328,
- 331, 372.
-
- Reliquaires enlevés par les gens de guerre, 313.
-
- Reliques portées en procession, 20, 21, 22, 102, 144, 208, 372, 374,
- 376-378, 392;
- -- montrées au peuple, 391.
-
- Rentes constituées (ordonnance sur le rachat des), 228, 229.
-
- Ribaudes de Paris, 382, 383.
-
- Richard (frère), cordelier, prédicateur populaire, 233-237, 242, 243,
- 271.
-
- Richemont (Artus de Bretagne, comte de), connétable de France, 65,
- 314-364, _passim_.
- -- (Marguerite de Bourgogne, comtesse de), 327, 364, 365.
-
- Rivière (Jacques de la), chevalier, 28, 31, 32, 35, 44.
-
- Robes fourrées de menu vair et de gris interdites aux ribaudes, 382.
-
- Rochefort-en-Yveline (Seine-et-Oise), 205, 228.
-
- Rochelle (la) (Charente-Inférieure) (gouverneur de), 68.
-
- Rochetaillée (Jean de), évêque de Paris, 178, 179, 180, 190.
-
- Rocque (La), chevalier français, 59, 60.
-
- Romains, 200.
-
- Romarins gelés en 1423, 185.
-
- Rome, 94, 107, 129, 219, 246, 248, 327, 355, 384.
-
- Roos ou Ross (sire de), chevalier anglais, 256, 257.
-
- Roses fleuries en avril 1420, 138;
- -- blanches fleuries en avril 1430, 253.
-
- Roucy (Jean VI, comte de), 65.
-
- Rouen (Seine-Inférieure), 25, 64, 84, 95, 112, 119, 120, 153, 162, 168,
- 176, 202, 261, 266, 272, 273, 281, 308, 342-345, 354, 369, 392.
- -- abbaye de Sainte-Catherine-au-Mont, 112.
- -- archevêques: Jean de Rochetaillée, 190;
- -- Louis de Luxembourg, 345.
- -- château, 281, 392.
-
- Rousseauville (Pas-de-Calais), 64.
-
- Roussel (Jacques), clerc en la chambre des comptes, 330, 331.
-
- Rouvray-Saint-Denis (Eure-et-Loir), 231.
-
- Rouvres (Jean de), l'un des capitaines de Meaux, 173.
-
- Rues de Paris tendues pour l'entrée des reines de France et
- d'Angleterre,145;
- -- de Charles VII, 336;
- -- pour la procession de 1449, 392.
-
-
- S.
-
- Sacre de Henri VI, roi d'Angleterre, 274, 277, 279, 336.
-
- Sacrilège dans l'église de Saint-Eustache, 56.
-
- Saindoux, son prix, 121, 131, 310.
-
- Saint-Brice-sous-Forêt (Seine-et-Oise), 9, 48.
-
- Saint-Cloud (Seine-et-Oise), 12, 13, 15, 38, 42, 44, 79, 123, 326, 359,
- 374.
-
- Sainte-Croix (Nicolas Albergati, cardinal de), 280, 281, 293, 294.
-
- Saint-Denis (Seine), 11, 13 à 385, _passim_.
- -- (abbaye de), 139, 179, 180, 274, 308, 313, 314, 377, 378.
- -- (abbés de): Jean de Bourbon, 179, 180;
- Philippe de Gamaches, 373, 378, 387;
- Philippe de Villette, 93.
- -- (île de), 309.
- -- (moulin à vent sur le chemin de), 390.
- -- (tour du Velin), 314.
-
- Saint-Germain-en-Laye (Seine-et-Oise), 311;
- -- (château de), 344.
-
- Saint-James-de-Beuvron (Manche), 207.
-
- Saint-Maur-des-Fossés (Seine), 23, 113, 253, 255, 257, 258;
- -- (Jean le Maunier, abbé de), 350, 387.
-
- Saint-Ouen (Seine), 11, 56, 60, 307.
-
- Saint-Paul (Jean de Luxembourg, bâtard de), 251, 306.
- -- (Waleran de Luxembourg, comte de), connétable de France, 14, 18.
-
- Saintrailles (Poton de), chevalier français, 272.
-
- Saint-Riquier (Somme), 157.
-
- Saint-Sauveur-sur-Dive (Manche), 300, 302.
-
- Saint-Yon (famille), bouchers de la Grande Boucherie, 40.
- -- (Jean de), maître des bouchers, 319.
-
- Salisbury (Thomas de Montagu, comte de), 185, 212, 228, 220, 230, 253,
- 258.
-
- Salm (Jean V, comte de), 65.
-
- Saluts d'or, monnaie, leur valeur, 287, 325.
-
- Sancerre (Cher), 25.
-
- Sanguin (Guillaume), prévôt des marchands, 239, 284.
-
- Sarrasins (gens de guerre comparés aux), 6, 11 à 355, _passim_.
-
- Sauges cuites et mangées par les pauvres, 339.
-
- Saulx (Miles de), procureur au Parlement de Paris, 331, 332.
-
- Sauvage de Fremainville, écuyer, 223, 224, 229.
-
- Saveuse (Philippe, seigneur de), 251.
- -- (le bâtard de), 251.
-
- Savoie, 371, 385.
-
- Savoisy (Charles, seigneur de), 65.
-
- Scales (Thomas de), capitaine anglais, 201, 306.
-
- Scorpions à Paris, 153.
-
- Sèche, poisson, son prix, 123.
-
- Seigle, son prix, 295, 330, 345, 391.
-
- Seine (la), fleuve, 310, 313, 321, 348;
- -- très basse, 10, 389;
- -- débordée, 60, 61, 160, 161, 208, 215-217, 280, 340, 365;
- -- très haute et gelée, 182, 280, 291;
- -- traversée par les loups, 156.
-
- Sel, son prix, 81; son renchérissement, 350.
-
- Semailles retardées ou empêchées par les gens de guerre, 8, 164;
- -- par les pluies, 191.
-
- Sémiramis, reine de Babylone, 388.
-
- Senlis (Oise), 79, 84, 85, 86, 162, 174, 177, 243, 267.
- -- (bailli de), 66.
-
- Sens (Yonne), 107, 123, 140.
- -- (bailli de), 66.
-
- Serge, son prix, 139.
-
- Sergents d'armes, 276.
-
- Sergents à cheval du Châtelet, 5, 74, 99, 213;
- -- à verge du Châtelet, 5, 213, 224, 338;
- -- de la douzaine au Châtelet, 5;
- -- du guet, 5;
- -- de la marchandise, 5;
- -- aux repas de noces, 72;
- -- envoyés comme garnisaires, 81, 161, 349, 360;
- -- placés aux portes de Paris pour la perception de l'octroi sur
- la vendange, 326.
-
- Serment exigé des habitants de Paris, 182, 312;
- -- prêté aux portes de Notre-Dame par Charles VII, 336.
-
- Sermons prêchés par le ministre des Mathurins, 9;
- -- par Jean l'Archer, recteur de l'Université, 132;
- -- par Jacques de Touraine, religieux cordelier, 208;
- -- par le petit Jacobin contre les Bohémiens, 221;
- -- par frère Richard à Paris et à Boulogne, 234, 235;
- -- à Notre-Dame en 1429, 241;
- -- aux Augustins en 1431 par un maître en théologie, 264-265;
- -- à Saint-Martin-des-Champs par Jean Graverent, 270;
- -- par le cordelier Jean Creté, 380;
- -- aux Innocents par Guillaume Chartier, 389;
- -- par un maître en théologie, 392;
- -- devant la recluse des Innocents, 367;
- -- fait à la pucelle à Rouen, 266;
- -- interrompus par la toux des assistants, 223.
-
- Sézanne (Marne), 193, 194.
-
- Sièges d'Arras, 55-56;
- -- d'Avranches, 350;
- -- de Bourges, 19, 24, 25;
- -- de Brie-comte-Robert, 260;
- -- de Creil, 324, 359;
- -- de Dieppe, 368;
- -- d'Harfleur, 61, 62, 354;
- -- d'Ivry-la-Chaussée, 194, 196;
- -- de Lagny, 263, 284, 285, 286, 287;
- -- de Louviers, 272;
- -- de Meaux, 157, 160, 164, 166-169, 347, 369;
- -- de Melun, 141, 143;
- -- de Meulan, 182, 183, 184;
- -- de Montargis, 218, 221;
- -- de Montereau, 140, 333, 334;
- -- de Montlhéry, 111, 112;
- -- de Moymer, 212;
- -- d'Orléans, 229, 230, 233, 234, 236, 237;
- -- d'Orsay, 186;
- -- de Pontoise, 361;
- -- de Rochefort, 205;
- -- de Rouen, 112, 119, 120;
- -- de Saint-James-de-Beuvron, 207;
- -- de St-Denis, 307-309;
- -- de St-Riquier, 157;
- -- de Senlis, 84, 85, 86;
- -- de Soissons, 51-53.
-
- Sifflet (Guillaume), fondeur, 256.
-
- Sigismond, empereur d'Allemagne, 69.
-
- Sinaï, 268.
-
- Soissons (Aisne), 51, 52, 53, 84, 103, 123, 177.
- -- (abbaye de St-Crépin-le-Grand): Jean de Servaville, abbé, 179, 180.
-
- Soles, poisson, leur prix, 125.
-
- Sonneries dans les églises, 5, 56;
- --interdites en 1419 la nuit de la Toussaint, 132;
- -- pour la naissance de Henri VI, roi d'Angleterre, 163;
- -- à l'entrée du duc de Bedford en 1424, 200;
- -- pour la prise de Montereau, 335;
- de Creil, 360;
- de Rouen, 392.
-
- Souliers, leur prix, 117, 131, 139, 141;
- -- de basane, 157;
- -- de Brabant, 101;
- -- de cordouan, 157.
-
- Stafford (Humphrey, comte de), connétable de France, 259, 260, 306.
-
- Statue en pierre de Notre-Dame à Saint-Lazare, 5.
-
- Suffolk (William de la Pole, comte de), 185, 340.
-
- Suif, prix de la mesure, 345.
-
- Surprise de Chartres, 282;
- -- du Mans, 225;
- -- de Pontoise, 329;
- -- de Provins, 288;
- -- de Rouen, 281;
- -- de Saint-Denis, 251, 306.
-
- Symptômes de maladies épidémiques, 49, 50, 154, 222, 223.
-
- Syrie, 235.
-
-
- T.
-
- Tableaux peints sur toile attachés aux portes de Paris, 340.
-
- Tac (le), maladie épidémique, 49.
-
- Taille du sel levée en 1417, 81;
- -- levée par le comte de Salisbury, 228;
- -- levée en Normandie par le duc de Bedford, 292.
-
- Tailles levées à Paris, 50, 62, 186, 202, 208, 217, 323, 369, 370, 379;
- -- pour les sièges de Montereau, 333, 334;
- de Meaux, 349;
- de Pontoise, 360, 361, 364;
- -- pour la délivrance d'Harfleur, 354, 355;
- -- pour la rançon du duc d'Orléans, 357;
- -- contre Talbot, 359;
- -- pour la venue du Dauphin, 368;
- sur l'Université, 375.
-
- Talbot (Jean), capitaine anglais, 225, 226, 299, 359.
-
- Taranne (Jean), changeur, 109.
- -- (Simon), échevin de Paris, 100.
-
- Taupes, leurs dégâts, 350, 352.
-
- Taxe sur le vin vendu en gros et en détail, 120, 341;
- -- sur le vin récolté en 1424, 201;
- -- sur les denrées, 149, 341;
- -- sur le bétail vendu au marché, 349.
- -- pour le nettoyage de Paris, 77.
-
- Teinture en vert, son prix, 137.
-
- Temple (Me Angle du), hérétique, 210.
-
- Ternant (Philippe de), seigneur de la Motte de Toisy, prévôt de Paris,
- 323.
-
- Thérouanne (Louis de Luxembourg, évêque de), chancelier de France, 179,
- 210, 275, 294, 295, 298, 309, 312, 315, 316, 318, 319, 345.
-
- Toile, prix de l'aune, 139.
-
- Toiles réquisitionnées par les Armagnacs, 87;
- -- de lin volées par les écorcheurs, 351.
-
- Tonnerre (Louis de Chalon, comte de), 198.
-
- Torcy (Jean d'Estouteville, seigneur de), 65, 196.
-
- Toulongeon (Jean de la Trémoille, seigneur de), 201.
-
- Toulouse (Denis du Moulin, archevêque de), 344, 355, 357, 366, 385.
-
- Touraine, 119, 384.
- -- (Jacques de), religieux cordelier, 208.
- -- (Jean, duc de), 76.
-
- Tours (Indre-et-Loire), 4, 5, 372.
-
- Traités d'Amiens, 185;
- -- du Ponceau, 126;
- -- de Troyes, 140.
-
- Treilles des marais gelées, 185, 299, 303.
-
- Trémoille (Georges de la), 31.
- -- (Jean de la), seigneur de Toulongeon, 201.
-
- Trésor des confréries parisiennes, 334.
-
- Trêves de 1419, 124;
- -- de 1429, 248;
- -- de Corbeil, 294;
- -- de Londres, 380;
- -- de Tours, 373.
-
- Troie, 188.
-
- Troyes (Aube), 135, 136, 138, 139, 140, 242, 379.
- -- (Jean de), chirurgien juré du roi, 36, 39, 40.
-
- Truffaux, garniture de chaperon, 235.
-
- Tuiles, leur prix, 60.
-
- Tuillières (Robert de), lieutenant criminel au Châtelet de Paris, 16,
- 93.
-
-
- U.
-
- Université de Paris, 9, 21 28, 35, 85, 102, 132, 164, 178, 179, 210,
- 247, 269, 271, 277, 304, 320, 354, 361, 364, 375, 381, 385, 392.
-
- Urbain IV, pape, 265, 266.
-
-
- V.
-
- Valfin (Jean de la Baume, seigneur de), prévôt de Paris, 152.
-
- Vanves (Seine), 80, 216.
-
- Vases d'argent des églises, 334.
-
- Vaudémont (Ferry de Lorraine, comte de), 65.
-
- Vauru (Denis de), 170, 171.
- -- (le bâtard de), 170, 171, 172.
- -- (l'arbre de), 170, 171, 172.
-
- Vavasseur (Guillaume le), boulanger-meunier à Paris, 316.
-
- Veau à deux têtes, 239.
-
- Vendanges, 11, 79;
- -- entravées et rançonnées par les gens de guerre, 8, 80, 243, 326,
- 369;
- -- détestables en 1419, 132;
- -- faites à la mi-août en 1420, 141;
- -- en août 1422, 175;
- -- très belles en 1424, 200;
- en 1430, 261;
- en 1432, 287;
- en 1442, 366;
- -- très chères en 1436, 326.
-
- Vendangeurs, prix de leur journée en 1436, 326.
-
- Vendôme (Loir-et-Cher), 237.
- -- (Louis de Bourbon, comte de), 65.
-
- Ventadour (Jacques, comte de), 199.
-
- Vent persistant en 1431, 262;
- -- glacial en 1432, 283;
- -- très violent en 1434, 301;
- en 1438, 339;
- en 1440, 352.
-
- Verdure, son abondance, 345;
- -- sa cherté, 213, 281, 283, 330, 339.
-
- Vermandois (Pierre de Beauvoir, bailli de), 66.
- -- (Simon de Champluisant, bailli de), 165, 181.
-
- Verneuil (Eure), 195, 198, 199.
-
- Vernon (Eure), 64, 391.
-
- Vérole (épidémies de petite), 175, 295, 379.
-
- Verrat (Pierre le), prévôt de Paris, 156, 165.
-
- Vert (prix de la teinture en), 137.
-
- Vertus (Philippe d'Orléans, comte de), 27.
-
- Viande de boucherie, son prix, 83, 86, 117, 120, 124, 131, 135, 138,
- 150;
- -- sa cherté, 119, 124, 130, 131, 135, 138, 150, 157, 338;
- -- consommée au dîner du Palais en 1428, 227.
-
- Vienne (Jean de Nant, archevêque de), transféré à l'évêché de Paris,
- 190, 191.
-
- Vignes, 8;
- -- leur floraison retardée, 153, 216, 227, 228;
- -- gelées, 169, 185, 254, 299, 303, 367, 377, 380;
- -- infestées par les loups, 348;
- -- ravagées par les gens de guerre, 189, 307, 362;
- -- par les hannetons, 203, 224, 225;
- -- rôties par le soleil, 286;
- -- donnent un produit médiocre, 132, 221.
-
- Villejuif (Seine), 366.
-
- Villeneuve-St-George (Seine-et-Oise), 22.
-
- Villeneuve-sur-Yonne (Yonne), 157.
-
- Villette (Philippe de), abbé de Saint-Denis, 93.
-
- Villette-Saint-Lazare (la), près Paris, 6, 102.
-
- Vin, son prix, 67, 76, 86, 106, 113, 128, 201, 261, 286, 329, 358, 377,
- 380, 384, 385;
- -- son abondance, 55, 200, 201, 366, 388, 390;
- -- sa cherté, 143, 146, 149, 154, 157, 175, 189, 222, 228, 230, 280,
- 301, 303, 329, 338, 342, 371;
- -- vendu en gros et en détail frappé d'une taxe, 120, 341;
- -- récolté en 1424 frappé d'une taxe, 201;
- -- de bonne qualité récolté à Paris, 261;
- -- de mauvaise qualité, 132, 230, 368;
- -- offert au roi d'Angleterre, 139;
- -- de Bourgogne, 385;
- -- amené pour le Landit, 385.
-
- Vinaigre gelé dans les caves, 182.
-
- Vincennes (Seine), 27.
- -- (Bois de), 131, 301.
- -- (château du Bois de), 174, 176, 257, 311, 326, 351, 352.
-
- Vincent (frère), ou saint Vincent Ferrier, prédicateur espagnol, 235.
-
- Violettes fleuries en janvier 1420, 138;
- -- jaunes pendant l'hiver de 1423, 191.
-
- Viry (Amé de), chevalier, 13.
-
- Vitry (Seine), 284, 298.
-
- Voirie parisienne, 77.
-
- Voitures réquisitionnées en 1428 à Paris, 228;
- -- pour le transport de farines au siège d'Orléans, 230.
-
- Vols commis au Palais pendant le dîner du sacre de Henri VI, 277.
-
- Vry (Durand de), teinturier, 72.
-
-
- W.
-
- Warwick (Richard de Beauchamp, comte de), 344.
-
- Willougby (Robert de), capitaine anglais, 306, 315, 340.
-
- Winchester (Henri de Beaufort, cardinal de), 214, 242, 247, 275, 277.
-
-
-
-
- TABLE DES MATIÈRES.
-
-
- Pages
-
- Introduction I
-
- Journal d'un bourgeois de Paris de 1405 à 1449 1
-
- Index alphabétique 395
-
- Table des matières 415
-
-
- Imprimerie DAUPELEY-GOUVERNEUR, à Nogent-le-Rotrou.
-
-
-
-
-
-End of the Project Gutenberg EBook of Journal d'un bourgeois de Paris,
-1405-1449, by Alexandre Tuetey
-
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-To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
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-Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive
-Foundation
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-number is 64-6221541. Its 501(c)(3) letter is posted at
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- Dr. Gregory B. Newby
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-Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg
-Literary Archive Foundation
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-Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
-spread public support and donations to carry out its mission of
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-array of equipment including outdated equipment. Many small donations
-($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
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-States. Compliance requirements are not uniform and it takes a
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-any statements concerning tax treatment of donations received from
-outside the United States. U.S. laws alone swamp our small staff.
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-Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
-methods and addresses. Donations are accepted in a number of other
-ways including checks, online payments and credit card donations.
-To donate, please visit: http://pglaf.org/donate
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-Section 5. General Information About Project Gutenberg-tm electronic
-works.
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-Professor Michael S. Hart is the originator of the Project Gutenberg-tm
-concept of a library of electronic works that could be freely shared
-with anyone. For thirty years, he produced and distributed Project
-Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.
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