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diff --git a/.gitattributes b/.gitattributes new file mode 100644 index 0000000..d7b82bc --- /dev/null +++ b/.gitattributes @@ -0,0 +1,4 @@ +*.txt text eol=lf +*.htm text eol=lf +*.html text eol=lf +*.md text eol=lf diff --git a/LICENSE.txt b/LICENSE.txt new file mode 100644 index 0000000..6312041 --- /dev/null +++ b/LICENSE.txt @@ -0,0 +1,11 @@ +This eBook, including all associated images, markup, improvements, +metadata, and any other content or labor, has been confirmed to be +in the PUBLIC DOMAIN IN THE UNITED STATES. + +Procedures for determining public domain status are described in +the "Copyright How-To" at https://www.gutenberg.org. + +No investigation has been made concerning possible copyrights in +jurisdictions other than the United States. Anyone seeking to utilize +this eBook outside of the United States should confirm copyright +status under the laws that apply to them. diff --git a/README.md b/README.md new file mode 100644 index 0000000..c6dd6b0 --- /dev/null +++ b/README.md @@ -0,0 +1,2 @@ +Project Gutenberg (https://www.gutenberg.org) public repository for +eBook #54087 (https://www.gutenberg.org/ebooks/54087) diff --git a/old/54087-0.txt b/old/54087-0.txt deleted file mode 100644 index a76daea..0000000 --- a/old/54087-0.txt +++ /dev/null @@ -1,1827 +0,0 @@ -Project Gutenberg's L'Illustration, No. 3737, 17 Oct 1914, by Various - -This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with -almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or -re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included -with this eBook or online at www.gutenberg.org/license - - -Title: L'Illustration, No. 3737, 17 Oct 1914 - -Author: Various - -Release Date: January 31, 2017 [EBook #54087] - -Language: French - -Character set encoding: UTF-8 - -*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK L'ILLUSTRATION, NO. 3737, 17 OCT 1914 *** - - - - -Produced by Juliet Sutherland, Claudine Corbasson and the -Online Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net - - - - - - - - - - Au lecteur - - Cette version numérisée reproduit dans son intégralité la version - originale. - - La ponctuation n'a pas été modifiée hormis quelques corrections - mineures. - - L'orthographe a été conservée. Seuls quelques mots ont été modifiés. - La liste des modifications se trouve à la fin du texte. - - - - - Nº 3737.--72e Année. Prix du Numéro: - _17 Octobre 1914_ _Un Franc_ - - - L'ILLUSTRATION - - JOURNAL UNIVERSEL - HEBDOMADAIRE - - R. BASCHET, Directeur-Gérant - - _13, Rue Saint-Georges_ - _PARIS_ - - - - -[Illustration: LE ROI ALBERT AU MILIEU DE SES SOLDATS - -Épisode de la défense d'Anvers: un obus allemand vient de tomber au -milieu d'un détachement de cyclistes, à moins de cent mètres du roi qui -est aussitôt accouru pendant qu'on relevait les blessés.] - - - - -_LES COLLECTIONS DE LA GUERRE_ - - -_Nos abonnés et lecteurs sont assurés de pouvoir toujours se procurer -dans nos bureaux et chez les libraires les_ numéros de la guerre -_depuis celui du 8 août. Nous réimprimons ces numéros lorsqu'ils -s'épuisent et leur rassortiment ne peut guère tarder plus d'une -semaine._ - -_Quant au numéro du 1er août, qui nous est souvent réclamé pour -compléter des collections, nous ne le réimprimerons qu'après la guerre -et au chiffre nécessité par les demandes. On est donc prié de se faire -inscrire._ - - - - -LES GRANDES HEURES - - -LE CANON SUR LES TOMBES - - - «... En cinq minutes, l'autre jour, j'ai eu autour de moi 8 morts et - 16 blessés et tout a continué de fonctionner dans la batterie avec - un calme merveilleux, comme si rien n'était. _Mais nos hommes ont - enterré leurs camarades au pied même des canons, à la place où ils - ont été tués, et de ces tombes ils continuent tous les jours à tirer - afin de mieux venger ceux qui ne sont plus..._» - -Voilà ce que m'écrit un lieutenant d'artillerie et cette phrase m'a -transporté, m'a fait pousser des cris. Depuis que je l'ai reçue comme -un éclat de métal, elle me frappe toujours. Je ne cesse de la sentir, -je ne peux pas détacher mon esprit de la splendide image et du symbole -qu'elle évoque, image de poème épique d'une grandeur incomparable qui -semble la trouvaille d'un génie et qui devient cent fois plus émouvante -si je me dis qu'elle n'est pas le fruit d'une imagination merveilleuse -mais la fleur pourpre et fière d'une réalité qui vibre, chaude encore. - -Le canon sur les tombes! Vous représentez-vous ces morts étendus côte -à côte dans le linceul de leurs habits en lambeaux, et recouverts -de terre bien tassée, piétinée avec respect? Pourquoi ce sol est-il -ainsi foulé, en y consacrant tant de soin? C'est afin que la pièce -de 75 puisse être placée _là_ et s'y trouve comme il faut!... Et sur -eux, en effet, sur les soldats alignés et couchés de force... au bout -d'un instant, le canon, pieux, doucement roule et puis s'arrête, les -écrasant avec précaution d'un poids qui leur est amical et ne leur pèse -pas, sous lequel ils respirent mieux dans leur nouveau sommeil. Qu'ils -s'estiment heureux de demeurer alors tout contre leur pièce, d'en être -la plate-forme! Et pour une sépulture d'artilleur, quel plus beau -monument funéraire qu'un canon!... celui qu'hier encore, ce matin même, -ils manœuvraient souples d'amour et dans une ardente tranquillité... -C'est donc une joie sans seconde que de le supporter à présent face au -ciel, les roues sur la poitrine. - -De leurs yeux fixes que la mort a fait exprès de ne pas enclouer, à -travers le drap brun de la terre et l'herbe d'automne... ils peuvent -_le_ voir, ayant lui aussi le cou tendu dans le même sens que leur -allongement. Inanimés, ils en restent toujours les servants, et c'est -encore eux qui pointent, qui règlent le tir... sans que jamais l'ennemi -puisse les repérer, car la tombe est la tranchée où mieux qu'ailleurs -tout se défile. Aussi figurez-vous la secousse de leurs os!... le -battement de leur cœur rompu! le terrible tressaillement de leur -dépouille ébranlée à chaque détonation, chaque fois que de la couleuvre -de bronze gris sort l'obus qu'ils ont à présent, par faveur d'au-delà, -le temps de voir passer... et d'accompagner jusqu'au bout où il opère -son ravage! Ils sentent le vent, dur comme un bâton, du boulet, qui -hérisse leur chair et fait sourire leur face morte, ils sont déracinés -de joie, ils remuent de plaisir, ils comptent les coups. Pour reposer -en paix il leur fallait ce grand et terrible fracas qui est leur -élément, et qui devient à leurs oreilles la chanson de l'éternel -silence. «Ah! la bonne idée, pensent-ils, qu'ont eue là les camarades!» -Et s'arc-boutant, se raidissant, ils donnent le dernier effort de ce -qui leur reste de chaleur d'âme aux canons brûlants dont ils sont -l'affût. - - * - * * - -LA CLOCHE DANS LA NUIT - -C'est un pauvre village, très loin d'ici, perdu sur des sommets, en -pays de Gascogne. Le soir est déjà passé, il a cédé la place aux -avant-gardes de la nuit, une nuit sombre, confiante et veloutée de -paix. Tout est calme, définitif. L'assurance descend et plane sur la -terre. Alors, dans les ténèbres bleues qui, là où est le ciel et en son -honneur, se paillettent d'étoiles, tinte la cloche de l'église... Elle -se plaint à petits coups mesurés, pas trop forts, avec un son triste -qui prend le cœur. Elle appelle. Pourquoi? Pour la prière. Quelle -prière? Pour la prière des soldats.... dite à leur intention tous les -jours, à cette même heure de quiétude et de recueillement... - -Voilà les vieilles portes poussées sans bruit. L'humble troupeau des -fidèles, des brebis noires, s'écoule entre les masures, le long des -ruelles, dans l'obscurité profonde et inoffensive. On reconnaît le -pas menu des enfants. Des bœufs attardés que l'on croise rentrent -tout seuls à l'étable en vous frôlant de leur corne avec une adroite -sagesse. Rocailleux comme le lit d'un torrent à sec, l'étroit chemin, -qui descend un peu, conduit au seuil usé de l'église. Elle est un -gouffre d'ombre que la pointe de trois lampes suspendues pique de -trois trous d'épingle... Le groupe des hommes et des femmes que l'on -ne voit pas se devine au long des chaises rangées... La cloche s'est -tue. Le curé, dont le surplis fait une tache de blancheur, sort tout à -coup des boiseries comme d'une cachette, traverse la nef, allume deux -candélabres sur l'autel de la Vierge, à une chapelle latérale, puis il -va s'agenouiller à son banc, dans le chœur toujours ténébreux, et on ne -distingue plus que les cheveux blancs de sa tête inclinée qu'éclaire -un bout de cierge collé sur le dossier de la stalle, derrière lui... -La prière commence... La récitation du chapelet. Les voix sont en -marche... Pendant de longues minutes les _Pater noster_ et les _Ave -Maria_ se suivent... défilent, prennent le grand chemin, vont où on -les envoie, avec une impressionnante et sûre régularité, comme sur les -autres routes, à des centaines de lieues de cet asile, se succèdent et -passent les sections, les compagnies, les régiments, tous les grains -d'hommes soudés les uns aux autres, qui par d'indestructibles et -solides dizaines font le rosaire des armées. - -Et brusquement les voix s'arrêtent. La sublime monotonie expire et se -noie dans un abîme de pensées qui flottent... qui s'en vont... là-bas -dans les grands espaces noirs où sont répandus les combattants, les -blessés, les morts qu'on ne sait pas... et puis là-haut aux autres -frontières du Royaume où nous avons situé le bonheur futur et le -rassemblement de ceux que nous aimons. - -Le prêtre a soufflé le cierge de cire qui le veillait dans sa stalle. -Les flambeaux de l'autel, un par un, sont étouffés par le lent -éteignoir qui paraît reprendre leur flamme. Les petits sortent les -premiers, dans un bruit de sac de noix que font leurs souliers sur les -dalles. Les gens suivent. Le bénitier... La main qui s'élève... Au nom -du Père... La cloche tinte à nouveau dans la tour, et c'est une enfant -de seize ans qui sonne... Quand elle tire à fond la corde elle est si -courbée en deux que son visage atteint presque le sol. Une fillette -l'attend, assise sur le brancard funèbre où l'on a peint un crâne qui -rit de tout au milieu d'un semis de larmes. - -Maintenant, dehors, c'est la nuit complète, plus certaine, et toujours -aussi suave au front qu'elle caresse. Les mêmes rustiques fantômes -passent, s'évanouissent. D'autres bœufs graves se rencontrent dont la -prunelle a la blancheur du lait. De quelle crèche est sorti cet âne -immobile qui songe en travers du chemin, et qu'il faut contourner? La -cloche tinte encore, mais mal, avec des temps d'arrêt. Elle a l'air de -dire: «Allez! J'ai fini! Rentrez chez vous...» - -Rentrer chez soi!... Quelle douceur! Qu'il fait bon d'aller se coucher -après qu'on était à genoux! Mais qu'il est triste--et consolant -aussi--de penser sans relâche aux soldats glorieux pour lesquels tous -les soirs, dans des quantités de villages pareils à celui-ci, on prie -à voix basse, comme à tâtons, avec une ardente ferveur, au fond d'une -église obscure et debout encore...! - - * - * * - -LES BÉQUILLES - -On manque de béquilles pour les blessés... Comment faire? - -Alors j'ai lu que des Lyonnais avaient eu une idée sublime. Ils ont été -prendre à Fourvières les béquilles des ex-voto... - -La poignante inspiration! Il faut la suivre et l'étendre à tous -les sanctuaires où pendent par centaines de grappes, comme à de -mystiques palmiers, les longs fruits de bois noir d'une si pénible -beauté... Qu'on les arrache à leur inertie, à leur poussière! Voilà -trop longtemps qu'ils sont là, ayant rempli d'ailleurs leur office -et payé leur dette de reconnaissance. Décrochez donc ces lustres -que les araignées comme d'une housse ont peu à peu enveloppés de -leurs épaisses toiles! Des voûtes de tous les temples, de tous les -célèbres lieux de pèlerinage, partout où entre des petits navires -gréés et taillés au couteau par des marins échappés du naufrage -ont été hissées des béquilles... ramenez-les... faites la sainte -et magnifique rafle, abattez ces futaies, vendangez les chapelles, -déboisez la grotte de Lourdes... La Vierge le permet et sera enchantée. -Elle en recevra d'autres! Et je m'imagine que, munis de ce nouveau -«matériel» précieux, privilégié, les blessés guériront plus vite et -marcheront mieux après... Quelle aubaine! Des béquilles d'ex-voto! -Des béquilles miraculeuses... qui ont déjà servi, qui ont été à la -souffrance comme au feu et ont fait double campagne! Des béquilles -bénites, tombées du ciel...! Ah! qu'elles seront les bienvenues et de -quel cœur, vivant encore ou ayant cessé de battre... approuveront de -loin ceux qui autrefois, après s'être appuyés et avoir traîné des mois -ou des années sur elles, les ont--le jour de récompense où elles sont -tombées--offertes à la Madone sans se douter qu'après eux, plus tard... -en 1914... elles iraient soutenir d'autres éclopés, étayer d'autres -blessés, des boiteux de la guerre, et les remettre d'aplomb sur le -chemin de la victoire. - - HENRI LAVEDAN. - - * - * * - -[Illustration: LES DERNIERS EFFORTS POUR LA DÉFENSE D'ANVERS - -La dernière ligne de retranchements élevés sur la route de Lierre par les -brigades navales, envoyées d'Angleterre pour secourir Anvers et protéger -la retraite de l'armée belge: au fond, la fumée d'explosion d'un gros -obus allemand.] - -[Illustration: Pièces anglaises d'artillerie de côtes, opposées aux gros -mortiers allemands.] - -[Illustration: Pont coupé sur la rivière Nèthe et maisons de la petite -ville de Lierre incendiées.] - - * - * * - -[Illustration: LA SUPRÊME DÉFENSE D'ANVERS - -Blessés belges revenant de la ligne de défense derrière la Nèthe.] - -[Illustration: Blessés anglais de l'infanterie de marine venue pour -renforcer la garnison belge.] - - -[Illustration: L'ÉVACUATION DE LA POPULATION CIVILE D'ANVERS.--Arrivée -de réfugiés à la gare hollandaise de Rosendael.] - - -[Illustration: DU MATÉRIEL DE GUERRE QUI N'EST PAS TOMBÉ AUX MAINS -DES ALLEMANDS - -Un des trains blindés du camp retranché d'Anvers.] - -[Illustration: Automitrailleuse blindée de l'armée belge.] - - - - -PETITE VISION DE GAIETÉ, AU FRONT DE BATAILLE - - - Octobre 1914. - -Ce jour-là, dans la matinée, vers onze heures, j'arrivai à un -village--dont j'ai dû oublier le nom;--j'étais en compagnie d'un -commandant anglais, que les hasards de cette guerre m'avaient donné -pour camarade depuis la veille, et nous étions aimablement suivis par -un grand Magicien,--qui était le soleil. Un soleil radieux, un soleil -de fête, transformant et embellissant toutes choses. Cela se passait -dans un département de l'extrême Nord de France, je n'ai jamais su -lequel, mais on se serait cru en Provence tant il faisait beau. - -Pour arriver là, nous avions été depuis près de deux heures enserrés -entre deux files de soldats qui marchaient en sens inverse l'une de -l'autre. Sur notre droite, c'étaient des Anglais qui se rendaient à -la bataille, tout propres, tout frais, l'air content et en train, -admirablement équipés, avec de beaux chevaux bien gras. Sur notre -gauche, c'étaient des artilleurs de France qui en revenaient, de la -gigantesque bataille, pour prendre un peu de repos; poussiéreux, -ceux-ci, avec quelquefois des bandages au bras ou au front, mais -gardant des mines joyeuses, des figures de santé, et marchant en bon -ordre par sections; ils rapportaient même des chargements de douilles -vides qu'ils avaient eu le temps de ramasser, ce qui prouvait bien -qu'ils s'étaient retirés sans hâte et sans crainte, en vainqueurs -auxquels les chefs ont ordonné quelques jours de répit. On entendait -au loin comme un bruit d'orage, d'abord très sourd, mais dont nous -nous rapprochions de plus en plus. Dans les champs alentour, les -paysans labouraient comme si de rien n'était, incertains pourtant -si les sauvages, qui menaient tant de bruit là-bas, n'allaient pas -un de ces jours revenir pour tout saccager. Il y avait, sur l'herbe -des prairies, un peu partout, autour de petits feux de branches, des -groupes qui eussent été lamentables sous un ciel sombre, mais que le -soleil trouvait le moyen d'égayer quand même: émigrés, en fuite devant -les barbares, faisant leur cuisine comme des bohémiens, au milieu -des ballots de leurs pauvres hardes empaquetées en hâte pendant le -sauve-qui-peut terrible. - -Notre auto était remplie de paquets de cigarettes et de journaux que -de bonnes âmes nous avaient chargés de porter aux combattants, et, -tellement nous étions serrés et ralentis entre ces deux files de -soldats, nous pouvions leur en donner par les portières, à droite -aux Anglais, à gauche aux Français; ils avançaient la main pour les -attraper à la volée, et, en souriant, nous remerciaient par un rapide -salut militaire. - -Il y avait aussi des gens des villages qui cheminaient pêle-mêle -avec les soldats, sur cette route si encombrée. Je me rappelle une -jeune paysanne très jolie qui, entre des fourgons de guerre anglais, -traînait par une corde deux bébés endormis dans une petite voiture; -elle peinait, la montée étant roide en cet endroit; un beau sergent -écossais, à moustache en or, qui fumait sa cigarette, assis les -jambes pendantes à l'arrière du plus proche fourgon, lui fit signe: -«Passez-moi donc votre bout de corde.» Elle comprit, accepta avec un -gentil sourire confus; l'Ecossais enroula cette frêle remorque autour -de son bras gauche, gardant le bras droit libre pour continuer de -fumer, et c'est lui qui emmena les deux bébés de France, dont la toute -petite voiture fut traînée par le lourd camion comme une plume. - -Quand nous entrâmes dans le village, le soleil de plus en plus -resplendissait. Il y avait là un fouillis, un méli-mélo comme on n'en -avait jamais vu et n'en verra jamais, après cette guerre unique dans -l'histoire. Tous les uniformes, toutes les armes, des Ecossais, des -cuirassiers français, des turcos, des zouaves, et des Bédouins dont le -salut militaire relevait le burnous avec un geste noble. La place de -l'église était encombrée par d'énormes autobus anglais, qui avaient -jadis assuré les communications à Londres et portaient encore en -grandes lettres les noms des quartiers de cette ville.--On dira que -j'exagère, mais vraiment ils avaient l'air étonné, ces autobus, de -rouler maintenant sur le sol de France et d'être bondés de soldats... - -Tout ce monde, pêle-mêle, se préparait à déjeuner. On entendait -toujours la grande symphonie menée par ces sauvages (qui arriveraient -peut-être demain, qui sait), l'incessante canonnade, mais personne -n'y prenait garde. D'ailleurs, comment s'inquiéter, avec un si beau -soleil, un si étonnant soleil d'octobre, et des roses encore sur les -murs, et des dahlias de toute couleur, dans les jardins à peine touchés -par les gelées blanches!... Chacun s'installait de son mieux pour le -repas; on eût dit une fête, une fête un peu incohérente par exemple -et singulière, improvisée aux environs de quelque tour de Babel. Des -jeunes filles circulaient dans les groupes, des petits enfants blonds -faisaient cadeau de fruits cueillis dans leur verger. Des Ecossais, se -croyant dans un pays chaud par comparaison avec le leur, s'étaient mis -en manches de chemise. Des curés et des religieuses de la Croix-Rouge -faisaient asseoir des blessés sur des caisses; une vieille bonne -sœur, figure de parchemin et jolis yeux candides sous sa cornette, -installait avec mille précautions un zouave aux deux bras enveloppés de -bandages, qu'elle allait sans doute faire manger comme un petit enfant. - -Nous avions grand faim nous-mêmes, l'Anglais et moi, et nous avisâmes -l'auberge, très avenante, où déjà des officiers étaient attablés avec -des soldats. (Il n'y a plus de barrières hiérarchiques, aux temps de -tourmente où nous sommes.)--«Je pourrais bien vous donner du bœuf rôti -et du lapin sauté, nous dit l'hôtelier; mais, quant à du pain, par -exemple, ça, non; à aucun prix vous n'en trouveriez nulle part.»--«Ah! -dit mon camarade, le commandant anglais, et ces deux belles miches, -là, debout contre cette porte?»--«Oh! ces miches-là, elles sont à un -général, qui les a envoyées parce qu'il va venir déjeuner avec ses -aides de camp.» A peine avait-il le dos tourné que mon compagnon, -tirant vite un coutelas de sa poche, tranchait, pour le cacher sous -son manteau, le bout d'une de ces miches dorées.--«Nous avons trouvé -du pain, dit-il tranquillement à l'hôtelier, vous pouvez donc nous -servir.»--Et, à côté d'un officier arabe _de la Grande Tente_, en -burnous rouge, nous fîmes gaiement notre déjeuner, avec nos invités: -les soldats de notre auto. - -La fête du soleil battait son plein, illuminant en joie la foule -disparate et les étranges autobus, quand nous sortîmes de l'auberge -pour reprendre notre voyage. Un convoi de prisonniers allemands -traversait la place; l'air bestial et sournois, ils marchaient entre -des soldats de chez nous qui marquaient mille fois mieux, et on les -regardait à peine. La vieille religieuse de tout à l'heure, la si -vieille aux yeux purs, faisait fumer une cigarette à son zouave pour -le moment sans bras, la lui présentant aux lèvres avec une tremblante -et un peu maladroite sollicitude d'aïeule. Elle semblait lui raconter -en même temps des choses très drôles--de cette drôlerie innocente et -jeunette dont les bonnes sœurs ont le secret--car ils riaient tous les -deux. Qui sait quelle petite histoire enfantine ça pouvait bien être? -Un vieux curé qui près d'eux fumait sa pipe--sans aucune élégance, je -suis forcé de le reconnaître--riait aussi de les voir rire. Et, au -moment où nous remontions en voiture pour continuer notre route vers -la région d'horreur où le canon tonnait, une fillette d'une douzaine -d'années, pour nous fleurir, courut arracher dans son jardin une gerbe -d'asters d'automne... - -Quels braves gens il y a encore par le monde! Et combien l'agression -des sauvages d'Allemagne a développé les doux liens de la fraternité, -chez tous ceux qui sont vraiment d'espèce humaine. - - PIERRE LOTI. - - - - -UNE HÉROIQUE ENFANT DE PARIS - - -Les avions allemands continuent à venir, de temps à autre, lancer -des bombes sur Paris, causant des dommages matériels insignifiants, -mais faisant malheureusement quelques victimes. Une des premières fut -une fillette de 13 ans, Denise Cartier, dont le courage souriant et -l'abnégation héroïque symboliseront pour les générations futures l'âme -de Paris au cours de ces heures tragiques. - -C'était un dimanche de septembre, par un soleil radieux. La gracieuse -enfant jouait à quelques pas de sa porte, près de l'avenue du -Trocadéro, regardant peut-être, comme tant d'autres grandes personnes, -avec une curiosité inconsciente, le Taube dont la cuirasse étincelante -glissait sous le ciel bleu. Soudain, on entend une explosion -formidable, et la petite Denise est atteinte par un éclat de bombe qui -lui fracasse la jambe. D'abord étourdie par le choc, elle se laisse -relever sans une plainte, sans un mot, par les passants accourus à son -secours; puis, au moment où on va l'emporter vers l'hôpital le plus -proche, elle ouvre ses beaux yeux qui essayent de sourire pour rassurer -tout le monde et murmure: «Si c'est grave, ne le dites pas à maman.» - -[Illustration: Denise Cartier sur son lit d'hôpital.--_Phot. Gilles de -la Loriais._] - -C'était grave et Denise Cartier a dû subir l'amputation de la jambe -atteinte. Elle est aujourd'hui hors de danger, et, sur son lit -d'hôpital, elle tricote des lainages pour nos soldats... Voilà un de -ces «effets moraux» que produit la barbarie teutonne au pays de Jeanne -d'Arc. - - * - * * - -[Illustration: LES RENFORTS VENUS DE L'INDE - -Lanciers du Bengale, guerriers sikhs, contingents du Pendjab et du -Cachemire, ghurkas du Nepal, remontant de Marseille vers le Nord -de la France, sont accueillis par la curiosité et la sympathie des -populations.] - - * - * * - -[Illustration: LE TRICOT DU COMBATTANT - -Nos soldats se pressant autour des automobiles qui leur apportent des -lots d'effets de lainage. _Photos M. B._] - - * - * * - -[Illustration: ENGAGEMENT DE CAVALERIE: DRAGONS FRANÇAIS CHARGEANT -DES UHLANS. _Dessin de GEORGES SCOTT._] - -_Au début des hostilités, le rôle de la cavalerie s'est borné, le plus -souvent, à des reconnaissances, à des prises de contact. Au contraire, -depuis quelques jours, au cours des batailles engagées dans le Nord, -de véritables duels, des combats acharnés se sont produits, à maintes -reprises, entre nos cavaliers et les leurs, et, plus d'une fois, nos -dragons et leurs uhlans se sont affrontés à la lance et au sabre. -L'ennemi avait dessiné, sur notre aile gauche, un large mouvement de -cavalerie. Il n'a pas donné pour lui le résultat qu'il en attendait. -Partout, de ce côté, nous le tenons en échec._ - - * - * * - -[Illustration: LA GUERRE DE FRANCE VUE PAR LES DESSINATEURS ANGLAIS - -UN ÉPISODE DES COMBATS AUTOUR DE REIMS.--Tranchée allemande sous la -position de Nogent-l'Abbesse enlevée par l'infanterie française. - -_Dessin de R. Caton Woodville, d'après un croquis de Frédéric Villiers._] - -_Un dessinateur anglais, M. Frédéric Villiers, qui suit la campagne -de France comme correspondant de l'_Illustrated London News _a eu -la fortune rare de pouvoir assister à quelques-unes des opérations -militaires qui se sont déroulées autour de Reims. Le dessin ci-dessus, -exécuté d'après un de ses croquis, reproduit un épisode des combats -livrés sous le fort de Nogent-l'Abbesse, réoccupé et armé par les -Allemands, et d'où fut commencé, on se le rappelle, le bombardement de -Reims et de sa basilique. Le dessinateur a accompagné cette émouvante -page d'album de quelques lignes de commentaires qui en précisent le -sujet: «L'action à laquelle j'assistai se déroula dans l'après-midi du -jeudi 24 septembre, le douzième jour de la grande bataille de l'Aisne. -Les Allemands étaient établis à la lisière des bois, sous le fort de -Nogent, à la droite du village de Sillery. L'ennemi s'était avancé -pour attaquer les Français, mais fut repoussé dans ses retranchements, -d'où bientôt les Français le rejetèrent. Il était environ six heures -du soir. Le jour tombait. Les shrapnells, en éclatant, produisaient -comme une pluie d'étoiles filantes, l'un des plus extraordinaires -spectacles qu'il m'ait jamais été donné de voir.» C'est le moment où -nos troupes, se précipitant dans un élan irrésistible hors du bois -où elles s'abritaient, vont enfin emporter la position si ardemment -disputée. Les Allemands, tassés dans leurs tranchées, coude à coude, -les accueillent par un feu violent. Mais nos shrapnells ont une belle -moisson à faire, dans ces rangs pressés. Déjà les morts et les blessés -de la contre-attaque jonchent le terrain. Notre bon 75 désormais peut -se taire: il le dut pour ne pas décimer les nôtres,--et l'artiste -anglais, en réalité, a condensé ici deux phases de l'action. Le rôle -demeure à la baïonnette. Une charge éperdue aura vite achevé de -déblayer le terrain: la tranchée ennemie est à nous. Et puis, il faudra -recommencer, le lendemain, avant la nuit peut-être, le siège d'une -nouvelle position._ - - * - * * - -[Illustration: UNE DES TACTIQUES ALLEMANDES.--La ruée en formations -massives pour passer coûte que coûte. - -_Dessin de A. C. Michaël._] - -_Tout, dans cette invasion des Allemands, jusqu'au moment où les -échecs éprouvés sur la Marne leur ont imposé une tactique défensive -plus prudente,--tout a contribué à donner l'impression d'une ruée -de hordes barbares. Voici un dessin où un autre artiste anglais, M. -A. C. Michaël, a rendu avec une belle énergie «ce que Tommy Atkins -(le fantassin anglais) a devant lui quand l'ennemi charge». C'est la -réalisation saisissante, par l'image, de cette description extraite -d'une lettre d'un soldat britannique, un de ces «Tommies» aussi braves -au feu que coquets à la parade, relatant une action à laquelle il -assista: «Nous ne pouvions pas les manquer, écrit ce bon soldat qui -sait voir et décrire. Nous les aperçûmes d'abord à 800 mètres environ, -s'avançant en tas comme une foule au retour d'un match de football... -Pour un qui tombait de notre côté, ils perdaient dix ou douze hommes. -Ce fut un feu roulant, et nous leur donnâmes chaud.» D'autre part, -un officier anglais qui servit quelque temps dans l'armée allemande -constate: «Il est intéressant de noter que cette formation en masses -est parfaitement conforme aux formations du temps de Frédéric le Grand, -au point que des sous-officiers sont placés derrière les lignes de -combattants, sans doute pour encourager les hommes à l'assaut, à la -suave manière prussienne.» De fait, il a été constaté, dès le début -de la campagne, que nombre de prisonniers allemands portaient, dans -le dos, des blessures provenant des coups de sabre qui leur avaient -été prodigués à titre d'excitant. On voit quelles cibles admirables -constituent, pour nos canons, des formations pareilles. On ne peut pas -les rater, selon l'expression du soldat anglais plus haut cité. Ce qui -n'empêche pas aujourd'hui, et depuis le commencement de la bataille de -l'Aisne, les soldats du kaiser de montrer des dispositions non moins -remarquables, et peut-être plus instinctives, pour la prudente guerre -de tranchées._ - - - - -LE NOUVEAU ROI DE ROUMANIE - - -Le roi Charles Ier n'ayant pas eu de fils, un projet de loi fut déposé -en 1886 aux Chambres, en vertu duquel c'était un de ses neveux, -Ferdinand, second fils du prince Léopold de Hohenzollern-Sigmaringen, -qui devenait l'héritier présomptif de la couronne de Roumanie. L'aîné, -le prince Guillaume, renonçait pour son frère cadet à cette succession -royale. - -Le prince, maintenant roi Ferdinand, est né à Sigmaringen le 24 août -1865. De son mariage avec Marie princesse de Saxe-Cobourg et Gotha, il -a eu six enfants, dont trois fils, les princes Charles, né en 1893, -Nicolas, né en 1903, et Mircéa, né en 1912. L'avenir de la dynastie est -donc assuré. - -[Illustration: LES NOUVEAUX SOUVERAINS ROUMAINS.--_Photographies -Chusseau-Flaviens._ - -La reine Marie.] - -[Illustration: Le roi Ferdinand.] - -L'avènement du nouveau souverain fera-t-il sortir la politique roumaine -de l'expectative et de la neutralité qu'elle observe depuis le -déchaînement de la grande guerre européenne? - -On connaît les revendications du nationalisme roumain: il y a des -siècles que quatre millions de Roumains sont séparés de leurs frères -de langue, de race et de religion et subissent, sous la domination -autrichienne d'abord, puis sous la domination hongroise depuis 1866, -la même oppression dont se plaignent les Italiens du Trentin et de -l'Istrie, les Serbes du Canat de Temesvar et de la Bosnie-Herzégovine, -les populations slaves de Croatie-Slavonie. La réunion de la -Transylvanie et la Bukovine au royaume de Roumanie est le programme -séculaire du parti national, toujours affirmé à chaque grande crise qui -met l'Orient en jeu, et jusqu'à présent ajourné par l'influence du roi -défunt. - -En demandant, lui, Hohenzollern, en 1866 et en obtenant du roi de -Prusse, chef de sa maison, l'autorisation d'accepter la couronne que -lui offrait le plébiscite des provinces unies de Moldo-Valachie, -Charles Ier avait solennellement promis de ne jamais consentir à -une politique contraire à celle du souverain chef de sa famille. -Or, dès 1866, la politique de la Prusse, puis de l'empire allemand, -fut d'affermir de plus en plus l'Autriche-Hongrie dans sa position -balkanique et orientale. Comment, dès lors, le roi de Roumanie -aurait-il pu prêter l'oreille aux revendications de l'irrédentisme -roumain qui visent à arracher à la monarchie austro-hongroise deux de -ses provinces? - -Dans un récent conseil de la couronne où fut débattu ce dilemme -angoissant: action ou neutralité, le roi Charles ayant opposé une fois -de plus sa promesse, un des ministres aurait répliqué: «Votre Majesté a -pu promettre en son nom, mais _non pas au nom de l'Etat roumain_», ce -qui lui faisait entrevoir en termes voilés la nécessité de se soumettre -ou de se démettre. Et le roi le comprit si bien qu'il répliqua, -dit-on: «Eh bien, je préférerais abdiquer!» La mort le délivra de ses -poignantes perplexités. - -Le nouveau roi Ferdinand n'a pas encore manifesté ses intentions, mais -déjà les dirigeants de Roumanie ont fait entendre leurs aspirations. - - - - -L'AMITIÉ FRANCO-PORTUGAISE - - -Le croiseur français _Dupetit-Thouars_ s'est rendu à Lisbonne le 5 -octobre à l'occasion du quatrième anniversaire de la proclamation de -la République portugaise. Cet acte de haute courtoisie a été fort -apprécié par le gouvernement d'un pays avec lequel la France a toujours -entretenu d'étroites relations d'amitié, et qui, dès le début de la -guerre, s'est déclaré prêt à consentir les sacrifices que lui impose -son traité d'alliance avec la Grande-Bretagne. - -Toute la population, du reste, a tenu à montrer sa sympathie pour -la cause des alliés. Le commandant Gervais et son état-major furent -acclamés; de longues manifestations eurent lieu devant les légations -ou les consulats de France, d'Angleterre, de Belgique, de Russie, -de Serbie, du Montenegro, du Japon, et en de nombreux points de la -capitale; la foule chantait la _Marseillaise_. - -Des manifestations semblables se sont produites à Oporto et dans -plusieurs villes de la jeune république. L'opinion générale semble -de plus en plus favorable à une intervention qui paraît absolument -conforme aux intérêts nationaux, car la guerre actuelle doit délivrer -le Portugal lui aussi d'un ennemi qui aurait depuis longtemps fait main -basse sur ses possessions coloniales si l'Europe le lui avait permis. - -[Illustration: LES MANIFESTATIONS FRANCOPHILES DE LISBONNE.--Le -commandant Gervais, du croiseur _Dupetit-Thouars_, acclamé par la -population.--_Phot. Benoliel._] - - - - -[Illustration: Sous la pluie: convoi d'approvisionnements sur une route -bordée de tombes.] - -TOUT PRÈS DE LA BATAILLE - -CROQUIS ET PHOTOGRAPHIES DE LOUIS TINAYRE; TEXTE DE JULIEN TINAYRE - - -_19 septembre._--Nous avons quitté Paris, mon frère, peintre militaire, -et moi, par un train bondé de voyageurs: infirmières de la Croix-Rouge, -paysannes regagnant les villages délivrés, leurs enfants avec des -paniers sur les genoux et demandant, anxieuses, s'il est bien vrai -qu'ils sont partis. - -A Nanteuil-le-Haudouin, première vision de guerre: paysage désert et -désolé, de vastes réservoirs éclatés. Arrivé en vue de Crépy-en-Valois, -terminus provisoire de la ligne, le train ralentit sa marche. La nuit -est venue. Presque toutes les vitres de la gare sont brisées. Les -petits fours et le chocolat des distributeurs automatiques ont tenté -les Allemands, qui ont enfoncé les appareils à coups de crosse. - -La petite ville est sans lumières; tous les volets sont clos. Pas -de chambre disponible dans l'unique hôtel. Enfin, avec l'aide d'un -maquignon, venu pour acheter des chevaux blessés, nous découvrons deux -sommiers, par terre. Mais quelle abominable odeur s'en dégage! Les -Allemands ont couché là-dessus... Tout habillés, nous dormons mal... Au -matin, de très bonne heure, un bruit lointain, sourd, répété... C'est -le canon. - - -_20 septembre._--Jour gris, pluie fine, paysage triste. La route de -Villers-Cotterets file, droite, à perte de vue, boueuse, sillonnée par -les larges traces des convois. - -Des pierres calcinées indiquent çà et là les feux de bivouacs; beaucoup -de bouteilles brisées; dans le fossé, un fourgon de munitions, un côté -de l'essieu sans roue, comme amputé. A droite et à gauche, des champs -de betteraves piétinés alternent avec des champs de blé en chaume. Les -voitures brisées ne se comptent plus; partout, des lambeaux d'uniformes -souillés de boue, des débris de harnachement et cent autres vestiges -des récents combats. - -[Illustration: Un poste militaire ambulant de télégraphie sans fil.] - -Mais voici de petits monticules de terre fraîchement remuée: ce sont -des tombes de soldats. Quelques branches de feuillage, déjà roussi, -sont piquées sur ces tumulus; c'est tout, mais cela évoque le spectacle -tragique et poignant d'hier, et les larmes nous viennent aux yeux. -Au delà, par un chemin de traverse, avance lentement un long convoi -d'approvisionnements; tout ce cortège est de couleurs sombres; les -voitures et les hommes se détachent, dans le gris, sur un fond de -collines d'où s'échappe la fumée des batteries d'artillerie. Les -fantassins, courbés sous la pluie persistante, ont eu l'ingénieuse idée -de se couvrir la tête de vulgaires sacs, en guise de capuchons, et -ressemblent ainsi à des Bédouins. Le tableau est digne du crayon d'un -Raffet. - -A Villers-Cotterets, nous reconnaissons nos autobus de Paris, en -longues files, de chaque côté de la rue, mais dans quel état! Enduits -de boue, repeints en gris terne, les glaces remplacées par des toiles -métalliques. A l'intérieur, sont accrochés de gros quartiers de viande; -ce sont les boucheries ambulantes. D'autres sont transformés en cuisine -et rappellent les roulottes de nos forains. - -[Illustration: Distribution de trophées] - -Dans la grande rue, quelle ruche bourdonnante! Tout un va-et-vient -affairé d'officiers d'état-major, de voitures d'ambulance, -d'estafettes, de fantassins en corvée, de soldats anglais aux costumes -seyants, de couleur neutre. Beaucoup de grandes voitures à foin -passent, bondées de défroques, de selles, de manteaux allemands; un -homme, juché sur ces trophées, distribue aux uns et aux autres un -casque, un manteau ou quelque autre souvenir de la bataille. - -Une auberge est remplie de soldats de toutes armes; ils sont gais en -dépit des souffrances endurées. Leurs uniformes, neufs il y a quelques -semaines, sont déjà fripés. Des sous-officiers, bonnet de police au -vent, se font la barbe en plein air. Ils deviennent loquaces devant -le café bien chaud. Ecoutons leurs récits de guerre. Un dragon parle -du dernier engagement; un artilleur raconte comment il a échappé à la -mort; mais un petit sergent interrompt ces histoires: «L'autre jour, -dit-il, je me trouvais avec une cinquantaine d'hommes, sur une grande -diablesse de route, entourée de champs plats comme la main. Tout d'un -coup, à un tournant, les _Boches_, bien abrités dans leurs tranchées, -nous reçoivent avec un feu d'enfer! Nous ripostons, mais les camarades -tombent comme des mouches. Ce n'était pas tout ça, il fallait se tirer -de là! Un fossé longeait la route, pour aboutir, 100 mètres plus loin, -à un remblai couronné d'une haie. Pas bien profond, ce fossé, et plein -de cadavres d'hommes et de chevaux! N'importe, je crie: «Tout le monde -là dedans, à la file!» Les premiers ne se baissaient pas assez; ils -sont vite ratissés, et nous sommes obligés de passer sur leurs corps -tout chauds pour avancer. Lorsque le restant put arriver vers l'abri, -nous étions couverts de sang et de boue, et tellement affreux que nous -n'osions plus nous regarder...» - -En route pour Compiègne... La belle forêt n'a pas souffert. Les -grands hêtres aux majestueuses frondaisons abritent des fougères d'un -magnifique brun rouge; mais les réalités brutales détournent vite notre -attention de ce spectacle harmonieux. Des chevaux aux plaies horribles -nous croisent; des cavaliers démontés regagnent d'un pas lourd leur -casernement. Voici un long convoi de prisonniers, encadré de gendarmes. - -A Taillefontaine, le bruit du canon se rapproche; les panaches des -obus, au loin, tachent de ronds blancs le ciel gris. La campagne, très -découverte ici, semble abandonnée; seuls des chevaux échappés de la -bataille paissent dans les champs; les nuages, lourds de pluie, sont -échancrés au bas de l'horizon par une barre de pourpre sanglante. - -[Illustration: Comment les Allemands avaient transformé en -retranchements les soubassements des grilles du parc de Compiègne.] - -Voici l'imposant château de Pierrefonds. Ses hautes tours se dressent -dans le ciel. Au pied des murailles, défile interminablement de -l'infanterie, de la cavalerie et de l'artillerie. Quel étrange -contraste que cet appareil de guerre moderne devant ce château féodal! - - -_21 septembre._--Compiègne, pendant l'occupation allemande, n'a presque -pas souffert, grâce au sang-froid et au courage de M. Martin, adjoint -au maire, et de M. Gabriel Mourey, conservateur du palais. - -Lorsque, brusquement, les Allemands pénétrèrent dans la ville, M. -Mourey se trouva séparé du palais par une troupe compacte d'ennemis -envahissant la place. Malgré les menaces, il put se frayer un passage -et arriva assez à temps pour recevoir l'état-major. Il se nomma et dit -simplement: «Je mets ce palais et les richesses qu'il contient sous la -sauvegarde de l'armée allemande.» - -Néanmoins des officiers, en visitant le château, emportèrent quelques -«souvenirs»; mais aucun objet de grande valeur ne fut soustrait. - -L'aimable conservateur nous accompagna dans le grand parc. La -télégraphie sans fil y est installée avec ses appareils compliqués. Le -sergent de service nous apprend qu'il lui arrive parfois d'enregistrer -des dépêches allemandes. Tout au bout de la grande allée, les Prussiens -avaient établi des retranchements en utilisant les murs de soubassement -des grilles, renforcés par des mottes de terre et de gazon; plus loin, -ils ont entassé, les unes sur les autres, des tables d'écoliers, afin -de pouvoir tirer par-dessus le mur d'enceinte. - -Dans la ville, seul l'hôtel des Postes a été saccagé. A coups de -pioche, on a brisé tous les appareils télégraphiques et téléphoniques, -alors que la rupture d'un câble suffisait pour les immobiliser. - -On nous conseille d'aller visiter Ch...-au-B..., naguère charmante -localité des bords de l'Oise. Là, c'est la dévastation; les trois -quarts du village ne sont plus que ruines calcinées. Ces ravages ont -été commis, dit-on, pour punir un boulanger de la localité qui avait -refusé de faire du pain pour l'ennemi. Cependant, au milieu de ce -chaos, on remarque quelques maisons restées intactes et on lit sur -leurs portes ces mots, en allemand, tracés à la craie: «Braves gens; -ont tout donné; épargnez leurs demeures.» - -[Illustration: Le bureau téléphonique de Compiègne après le passage des -Allemands.] - -M. Mourey nous avait priés de voir en passant si la villa de l'éditeur -Ollendorff, son ami, était encore debout. Cachée dans les arbres, -la villa est intacte. Le jardinier accourt à notre appel: «Ah! -messieurs, les Prussiens ont pillé tout le linge et les confitures!... -Heureusement qu'ils n'ont presque rien cassé!... A peine revenu de ces -émotions, je jardinais, lorsque surgit tout à coup devant moi un grand -diable d'Allemand, un déserteur sans doute, qui me met son revolver -sous le nez en criant: «Brot, wein!» (pain, vin), tout en me palpant -pour s'assurer que je n'avais pas d'armes. Sans quitter son revolver, -il but et mangea ce que je lui présentais. Ce ne fut pas tout: il prit -un bain dans la baignoire de madame, puis changea de linge en enfilant -une chemise de monsieur. J'en tremble encore!...» - -Pour revenir vers Compiègne, nous empruntons une autre route sillonnée -de convois de blessés: charrettes de paysans réquisitionnées, voitures -de livraison, etc. Deux grands bœufs traînent un tombereau rempli de -paille sur laquelle gisent des turcos blessés. - - -_22 septembre._--Ce matin, par un temps délicieux, nous allons, par -la route de Soissons, assister, des hauteurs de la forêt, au duel -d'artillerie. Le chemin est encombré de réfugiés, femmes, enfants, -vieillards, portant chacun de pauvres hardes soustraites au pillage. -Leur regard reflète encore l'épouvante, et ils se hâtent vers le lieu -où ils pourront enfin se reposer. - -[Illustration: On apporte un turco à l'ambulance.] - -[Illustration: Le pansement des blessés arrivant de la ligne de feu.] - -Nous quittons la route pour gravir, à droite, le mont Saint-Marc, du -haut duquel nous apercevons, au loin, les batteries françaises. A -l'horizon, à 15 kilomètres à peine, l'ennemi est posté, depuis dix -jours, retranché formidablement dans d'immenses carrières. Les canons -font rage; les flocons de fumée blanche apparaissent constamment, -indiquant l'endroit où l'obus éclate. La fumée des obus allemands -est plus volumineuse et plus grise, mais leurs projectiles explosent -généralement trop haut et font beaucoup moins de mal que ceux de notre -75. - -Au loin, on distingue nettement la cathédrale et la ville de Noyon, -encore aux mains de l'ennemi. - -A la descente, arrêt devant l'ambulance nº 1 du ... corps, installée -dans une clairière, près d'un talus de la voie ferrée. Deux grandes -tentes abritent les blessés les plus atteints; les autres, chasseurs -d'Afrique, zouaves, turcos, sont au dehors, étendus ou assis sur la -paille, fumant et dormant. La soupe chauffe en plein vent; les chevaux -des cantines broutent l'herbe grasse. - -Une voiture s'arrête; on en descend avec précaution un turco affaissé; -les brancardiers le déposent sur une civière, aussitôt placée sur -un tréteau. Le major, en blouse blanche, défait le pansement tout -sanglant; le mollet apparaît à demi arraché par un éclat d'obus. Un -badigeon de teinture d'iode sur cette affreuse plaie, et vite à un -autre, car il en arrive d'autres de la proche ligne de feu. - -Un lieutenant tient sa main blessée dans l'entre-bâillement de sa -vareuse; on accourt... «Non, pas encore, quand mes hommes seront -pansés.» Et il continue sa promenade de long en large, en serrant les -dents. - -[Illustration: Une ambulance dans une clairière.--_Dessin de LOUIS -TINAYRE._] - - -_23 septembre._--Nous allons essayer de gagner le front. De bon matin -nous longeons les bords du canal de l'Oise, où sont amarrées des -péniches aux couleurs gaies; l'air est ensoleillé et doux; le spectacle -serait délicieux si le bruit du canon ne se faisait entendre. - -A la tête d'un pont obstrué par une barricade en planches, un officier -de chasseurs nous arrête: interdiction absolue d'aller à bicyclette, -la zone étant dangereuse. Nous poursuivons à pied notre chemin, à nos -risques et périls. - -A T..., dans une auberge presque déserte, c'est tout juste si l'on -peut nous donner un peu de vin. Nous possédons heureusement encore une -boîte de sardines. La brave aubergiste nous sert en tremblant; on parle -d'un mouvement offensif des Allemands. Pourtant un habitant de R... va -essayer de rentrer chez lui; nous le suivons. Voici les approches de la -ligne de feu. Un prêtre ayant le brassard de la Croix-Rouge se joint à -nous. - -Sur notre droite, une batterie de notre 75, dissimulée derrière des -épaulements de terre, reste silencieuse; nous la dépassons bientôt, -et nous nous arrêtons devant le double poste de B... Un officier de -dragons lit attentivement nos papiers. Soudain éclate une détonation -formidable, suivie de plusieurs autres, coup sur coup. Nous courbons -le dos et la tête, à la joie des soldats du poste. C'est notre 75 qui -entre en action. - -Tandis que le lieutenant nous présente au commandant G..., un chasseur -d'Afrique arrive, suivi d'un autre à pied, sans coiffure, l'uniforme -souillé de terre, la tête ensanglantée et tuméfiée. - -[Illustration: Un chasseur d'Afrique, démonté et qui vient d'être -poursuivi par un détachement ennemi, raconte comment il s'est échappé.] - -«Mon commandant, dit ce dernier, nous étions tous deux en patrouille, -lorsque des _Boches_ invisibles nous envoyèrent des coups de fusil. -Mon cheval s'effondre, tué net; je roule à terre; mon camarade pique -des deux; étourdi, je me relève; les _Boches_ m'ont «coursé», mais ils -allaient moins vite que moi, à cause de leurs sacs, et me voilà.»--«Va -te faire panser, mon garçon», dit le commandant.--«Oh! ce n'est pas la -peine, réplique le brave petit chasseur, je vais me laver la figure; -mais c'est mon cheval que je regrette!» - -L'autorisation nous est accordée de visiter le château de B.... -L'action y fut des plus chaudes, il y a trois jours. L'allée d'honneur -est encombrée de fusils brisés, de cartouchières vides. Sur la terre, -de larges taches de sang séché. Derrière la grande grille se trouvaient -encore, il y a deux jours, des cadavres de Français et d'Allemands, -côte à côte; des chevaux éventrés obstruaient l'entrée. L'ennemi, -retranché dans le château, avait résisté; il avait fallu le prendre -entre deux feux pour en venir à bout, après une lutte acharnée. - -Nous entrons, déjà fort émus par ce que nous avions vu au dehors. Dans -le grand salon, quel inoubliable spectacle! Les grandes glaces sont -étoilées par les balles; les meubles sont éventrés; par terre, des -matelas, des sommiers, inondés de sang. Sur des fauteuils Louis XIII, -des fantassins blessés sommeillent; d'autres, de leur main valide, -écrivent des lettres, sur des tables dorées. Un vrai tableau à la de -Neuville! - -[Illustration: Une chambre du château de B...] - -Nous montons au premier; voici la chambre de la châtelaine: un obus -a crevé le plafond et la cloison; l'armoire à glace est zébrée -de cassures; le lit est défoncé; les tiroirs ouverts des commodes -laissent échapper des lambeaux de linge fin; des dentelles déchirées, -des peignes d'écaille brisés gisent avec des cartouches au milieu des -platras. Tout cela, pêle-mêle, dans un désordre inexprimable; et, au -milieu de ce désastre, sur la cheminée, une terre cuite intacte, la -_Flore_, de Carpeaux, qui semble sourire à cette scène de dévastation. - -On nous fait remarquer, dans une autre pièce, un boulet russe portant -cette inscription: «Trouvé dans le parc de Bethancourt en 1814». A côté -du boulet historique nos officiers ont placé un obus allemand avec la -date: «1914». - -Dans le parc, des tranchées creusent les belles pelouses. Au détour -d'une allée, une maisonnette, grande ouverte, laisse voir des jouets -d'enfants; des poupées dorment sagement dans des lits à rideaux près -d'un minuscule ménage de porcelaine. Dehors, sur un tertre, un petit -fourneau où cuisait probablement le dîner des poupées quand les mamans -apeurées vinrent prendre les chers enfants dans leurs bras pour les -emporter loin des barbares. - -La mitraille a respecté ces petits riens, tandis qu'à vingt mètres -de là un obus allemand tombait sur un kiosque où s'abritait un poste -de dix hommes qui tous furent tués ou blessés mortellement. L'aspect -est terrifiant: les morts ont été pieusement enterrés, mais on voit -encore des débris informes de sacs, de gamelles, des képis lacérés, -des lambeaux sanglants d'uniforme. Je ramasse un fragment de canon de -fusil tordu en arc. Tous ces vestiges sont recouverts de cendre grise -produite par la déflagration des gaz de l'obus. - -A ce moment, l'officier qui nous guidait nous quitta pour interroger -deux prisonniers. Ils avaient l'air placide et rassuré et se montraient -pleins de déférence pour ce chef qui les questionnait en allemand, avec -douceur. - -[Illustration: Interrogatoire de prisonniers.] - -Un aide-major partait avec ses infirmiers, pour rejoindre son poste, -sur la ligne de feu; nous le suivîmes. En passant dans un chemin -creux ravagé par la bataille il nous montra à droite la carcasse d'un -aéroplane allemand à demi calciné. Descendu par nos balles entre -nos lignes et celles de l'ennemi, il s'accrocha à un petit pommier, -amortissant ainsi la chute de l'aviateur qui sauta au moment où son -appareil s'enflammait; l'Allemand s'enfuit alors vers ses lignes et put -s'échapper, malgré nos coups de feu. - -[Illustration: La carcasse d'un aéroplane allemand, descendu par nos -balles dans nos lignes.] - -Nous pénétrons dans le petit village de C... par un passage étroit, -entre des charrettes culbutées et formant barricade. Les moindres -issues sont gardées, les Allemands étant proches. Après avoir gravi les -flancs rocheux d'une colline, nous découvrons brusquement l'emplacement -du dernier combat. Le sol est couvert de cartouches; les rochers sont -fendus, écornés par les obus et les balles; des branches d'arbres -pendent lamentablement. Mais voici des cadavres allongés, raidis dans -leurs uniformes souillés de terre et de sang. La lutte a dû être -sauvage, car les nôtres sont presque côte à côte avec les Allemands. -Nous nous découvrons en silence devant nos morts glorieux. Le soleil, -très bas, projette ses derniers rayons. Une fosse a été creusée par -une équipe de paysans réquisitionnés. On entasse les cadavres, sans -les dévêtir, après avoir retiré de leurs poches de menus objets et des -lettres qu'on place dans leur mouchoir noué et qu'on déposera à la -mairie. - -[Illustration: La recherche des morts, au sommet d'une colline où se -livra un violent combat.] - -Nous nous disposions à prendre quelques croquis quand des balles -passent au-dessus de nos têtes. L'aide-major nous invite à nous -retirer, en nous assurant qu'il ne tient pas à nous reconduire sur -un brancard. Il faut regagner le château; la nuit est proche. Nous -prenons congé des officiers, mais nos adieux sont interrompus par des -détonations formidables... «Ça, c'est pour nous, disent ces braves, -c'est l'heure des obus allemands; dépêchez-vous!» - -A partir de 6 heures, il est interdit de circuler sur les routes. Un -lieutenant nous accompagne à 3 kilomètres de là, vers M.... Nuit noire. -Nous suivons une patrouille encadrant, baïonnette au canon, une troupe -de suspects. Après des «Qui vive!» impressionnants, un officier vient -reconnaître notre groupe. Il nous interroge fort poliment, mais à la -lecture de nos papiers sa figure devient grave. Nous ne devions pas -franchir les lignes, il doit exécuter les ordres qu'il a reçus. A son -grand regret, il nous retient donc prisonniers et s'en va rédiger son -rapport pour le quartier général. - -Deux gendarmes, qui nous surveillent, consentent à nous mener -à l'auberge où nous ne trouvons d'ailleurs plus rien à manger. -Nous sommes transis, non de peur, mais de froid. A la demande de -nos gardiens, un reste de soupe nous est servi, au milieu des -chuchotements... des «espions, sans doute!» Il nous faut monter dans -un grenier, au-dessus du corps de garde. On nous a gratifiés de deux -matelas nus. Les gendarmes s'apprêtent à se coucher sur la paille, mais -nous les engageons à prendre un des matelas. Ils acceptent, remercient -et... ne tardent pas à ronfler. - -... Le lendemain nous étions libérés. Nous prenions à Compiègne -l'unique train partant pour Paris, tout émus de ces visions à la fois -héroïques et tristes, mais aussi d'une tragique beauté. - - JULIEN TINAYRE. - - * - * * - -[Illustration: UN TIREUR QUI NE GACHE PAS SA POUDRE - -_Photographie, prise à trois cents mètres de l'ennemi, d'une section de -marsouins s'avançant par bonds et en tiraillant, sous la pluie et les -obus._] - -Voilà un brave marsouin qui, comme on dit, ne gâche pas sa poudre aux -moineaux. La troupe avance par bonds, en terrain découvert, sous le feu -de l'artillerie, dont on voit les shrapnells arroser le champ ras. Pas -de tranchées; pas d'abris, sauf un faible talus. A trois cents mètres, -il y a l'ennemi, qui n'économise pas les munitions, d'habitude. La -pluie des balles rivalise avec la pluie du ciel inclément. Ce vieux -routier qui a couru le monde et «dégringolé» tour à tour, peut-être, -le Chinois, le Targui et le Chleuh, est là, indifférent à la double -averse, calme comme au champ de tir, ajustant posément l'adversaire -choisi ainsi qu'il viserait la cible, et sans doute, faisant mouche -à tout coup, ou presque. Et l'on admire, devant cette photographie, -prise sur le terrain par un officier d'un sang-froid égal à celui -de ses hommes, ces troupes de métier de la coloniale, si maîtresses -d'elles-mêmes, et qui ont, depuis deux mois et demi, multiplié à l'envi -les actions d'éclat. - - - - -[Illustration: LA DERNIÈRE PÉRIPÉTIE DU DUEL ENTRE LES FORTIFICATIONS -MODERNES ET LES PROJECTILES A EXPLOSIFS BRISANTS - -Après les forts de Liége, de Namur et de Maubeuge, ceux d'Anvers ont -succombé contre l'artillerie lourde allemande.--_La photographie -ci-dessus, empruntée à une publication de langue allemande_, Blætter -von Krieg (_Tablettes de la Guerre_), _publiée à Berne, représente, -d'après ce journal, une coupole d'un des forts de Maubeuge disloquée -par un projectile de mortier de 420_.] - -LA ONZIÈME SEMAINE DE GUERRE - - -Cassel, Bouvines, Mons-en-Pévèle, Lens, Denain, Tourcoing, Lille, tous -ces noms glorieux rappelant la formation de la patrie française, du -moyen âge à la Révolution, sont soudain réapparus dans une sanglante -auréole. C'est dans ces campagnes des Flandres et de l'Artois que se -transportèrent cette semaine les principaux événements de guerre. Du -moins est-ce surtout sur cette nouvelle phase de l'invasion que le -quartier général nous donne plus particulièrement des indications. Il -faut commencer aujourd'hui par cette région ensanglantée le résumé des -événements de la semaine. - - -DANS LE NORD - -Dans nos précédentes notes nous disions qu'une force allemande de -composition inconnue était aux prises aux environs de Lille avec -les forces françaises, d'effectifs également tenus secrets par le -communiqué. On signalait seulement une division de cavalerie ennemie -au Nord de Lille, s'étendant de la rive gauche de la Lys aux abords -d'Hazebrouck et de Cassel, presque à la mer du Nord, nous disait-on. - -Cette cavalerie a rencontré la nôtre qui, à plusieurs reprises, l'a -refoulée au Nord de Lille, et ensuite l'a rejetée sur la Lys au -moment où les escadrons ennemis en tentaient le passage sur plusieurs -points. Ces rencontres se sont poursuivies jusqu'au 10 et au 12. Elles -avaient pour but, de la part des Allemands, de couvrir la marche d'un -corps d'armée vers Lille. Les premiers détachements ennemis se virent -repoussés à leur arrivée devant cette grande ville; le combat fut assez -violent dans les faubourgs. Puis les Allemands revinrent en force--un -corps d'armée--et occupèrent Lille, défendu uniquement par des éléments -territoriaux. La nouvelle en parvint le 13. Le 14, l'état-major -annonçait que les Franco-Anglais occupaient Ypres, se portant ainsi au -Nord de Lille. - - -AUTOUR D'ARRAS - -Les Allemands voulaient évidemment attirer sur les bords de la Lys une -partie des troupes françaises qui opéraient avec succès autour d'Arras -et jusque dans les plaines illustres de Lens où Condé, par sa plus -éclatante victoire, fit rentrer l'Artois dans le giron national. Mais -le généralissime ne s'est pas laissé détourner. Il poursuit son but. -Celui-ci est-il atteint? On pourrait le supposer puisque le _Temps_ -assure que nous serions près de la Sambre. - -Les communiqués, d'ailleurs, n'ont pas cessé de dire que nous contenons -partout l'ennemi quand nous ne progressons pas. S'ils restèrent sobres -de détails sur ce qui a dû se passer entre Arras, Douai et Cambrai, ils -ont signalé que les Allemands, tentant, au Sud d'Arras, de percer nos -lignes dans la vallée de l'Ancre, n'ont pu réussir et ont dû se retirer -après des pertes considérables. De ce côté et aux abords même d'Arras, -la bataille a été extrêmement ardente. Le 10, nous refoulions l'ennemi -à 20 kilomètres du chef-lieu du Pas-de-Calais. - - -EN SANTERRE - -Tout en s'efforçant de s'opposer à la manœuvre que nous opérions dans -le Nord, l'ennemi n'a pas cessé ses attaques furibondes sur notre -front marqué entre le Noyonnais et le Santerre par Lassigny, Roye et -la Somme. Presque chaque jour on annonçait une nouvelle tentative -pour percer nos lignes dans la direction d'Amiens et, chaque fois, -on apprenait que le mouvement avait échoué. Un moment, vers le 7 -octobre, la violence de la ruée et le nombre des assaillants nous -avaient obligés à un recul; mais nous reprîmes l'offensive; le terrain -un instant abandonné fut réoccupé. Depuis lors, l'ennemi a redoublé -d'efforts, sans pouvoir nous déloger; le 9, une vive action tourna -encore à notre avantage; nous faisions 1.600 prisonniers. Le 10, nos -troupes enlevaient un drapeau. - - -ENTRE L'OISE ET L'AISNE - -La guerre de siège continue sur le plateau du Soissonnais où Français -et Anglais prennent un à un les retranchements, les carrières -souterraines aménagées en casemates, les _creuttes_ ou habitations de -troglodytes dans lesquels les Allemands ont installé de multiples -moyens de défense et d'attaque. Nous avons renoncé aux attaques -brillantes d'un effet rapide, mais qui nous coûtaient cher en vies -humaines, pour cheminer méthodiquement, parvenir aux tranchées et en -déloger les occupants lorsque la mélinite ne les a pas asphyxiés ou -pulvérisés. - - -ENTRE REIMS ET L'ARGONNE - -Les combats ont continué autour de Reims et le duel d'artillerie s'est -poursuivi entre nos batteries des collines de l'Ouest et celles que les -Allemands ont installées sur les forts abandonnés par nous, tels que -Berru, Nogent-l'Abbesse et Brimont. L'ennemi tente en vain de rompre -nos lignes de Reims à Craonne; attaques de nuit, attaques diurnes -se heurtent à la même résistance. Et, aux dernières nouvelles, nous -paraissons prendre l'offensive et progresser. - -Plus à l'Est, dans la plaine de Champagne et en Argonne, après une -longue période de calme, l'action recommence; le 13, on annonçait -une avance au Nord de Souain, point occupé il y a bien des jours. -En même temps nous montions aux deux lisières Ouest et Est de la -forêt d'Argonne. Entre la forêt et la Meuse nous occupions, le 13, -Malancourt, village situé sur le parallèle de Varennes, à 5 kilomètres -au Sud-Est de la colline de Montfaucon dont l'armée du kronprinz avait -fait son réduit retranché. - - -DE LA MEUSE A LA WOËVRE - -Les combats ont été constants. Les forces allemandes qui avaient -atteint Saint-Mihiel se sont vues peu à peu entourées par les troupes -françaises montant au long des Côtes de Meuse et qui ont occupé -les points capitaux de cette ligne de hauteurs: Apremont au Sud, -Hattonchâtel au Nord. En vain l'ennemi a-t-il dirigé, de jour et de -nuit, des attaques violentes pour rompre le cercle; il paraît toujours -contenu et l'espace se rétrécit. - -Pendant ce temps, nos troupes de la Woëvre continuent à monter vers le -Nord et à dégager les abords de Verdun; elles ont atteint la région à -l'Est de cette grande place et se sont rendues maîtresses de la route -de Verdun à Metz dans la partie débouchant sur la plaine. De ce côté -encore nous n'avons cessé de progresser. - - -VOSGES ET ALSACE - -Les communiqués sont très calmes: ils n'ont signalé qu'une attaque de -nuit au Nord de Saint-Dié, près du village du Ban-de-Sapt. Mais les -journaux suisses ont révélé que des opérations assez actives ont lieu -en Haute Alsace. Nous avons fortement occupé et retranché les crêtes et -cols des Vosges; de vives attaques allemandes n'ont abouti qu'à causer -d'énormes pertes à l'ennemi. - - -EN BELGIQUE - -L'occupation d'Anvers à laquelle on s'attendait malheureusement depuis -que l'exemple de Liége, de Namur et de Maubeuge a révélé l'action -destructrice des obusiers allemands sur les ouvrages bétonnés n'a -donc pas surpris si elle a été douloureuse. Mais l'événement n'a pas -eu l'importance que lui aurait donnée la capture de l'armée belge de -campagne. Celle-ci a pu se retirer au complet, avec son artillerie et -ses convois, sous la conduite de son admirable souverain. - -Dès le 7, le gouvernement s'installait à Ostende; le 8, le commandant -du corps de siège allemand, ayant pu forcer au Sud la ceinture des -forts, annonçait le bombardement. Et, le 10, l'ennemi pénétrait dans la -ville. Toutefois la plupart des forts, 24 sur 30, continuaient encore -à résister; les autres ont été détruits par les Belges avant leur -retraite pour les empêcher d'être utilisés par les assiégeants. - -Le 13, le gouvernement belge se retirait au Havre, où sa résidence -constituera une véritable fraction du sol de la Belgique indépendante. -Le coup de main que les Allemands, qui sont entrés à Gand, auraient pu -diriger sur Ostende serait désormais sans effet. - - -LES ARMÉES RUSSES - -Au Nord, les batailles livrées sur le Niémen, puis entre ce fleuve -et la frontière prussienne, ont abouti au refoulement des Allemands -sur leur territoire. Les Russes les ont poursuivis; ils avaient déjà -Soldau, au Nord-Ouest de Varsovie; ils sont maintenant à Lyck, au cœur -de la Masurie (Masurenland), centre des communications dans cette -région parsemée de lacs. Ils ont également occupé Bialla, près de -Johannisburg. - -On peut se rendre compte sur notre carte du progrès de l'armée russe, -depuis le jour où elle a chassé l'ennemi des rives du Niémen, non loin -de Grodno, pour venir remporter les grandes victoires de Souvalki et -d'Augustovo qui ont amené la déroute des Allemands et leur retour en -Prusse. - -D'autres combats heureux ont eu lieu à Wirballen (le Vierjbolovo de -notre carte), première gare russe sur le chemin de fer de Pétrograd. -Plus au Sud, sur la rivière Bobr, entre Grodno et Lomcha, le siège -d'Ossowetz a dû être levé en hâte par les Allemands qui, dans la -précipitation de leur retraite, ont abandonné la plus grande partie de -leur artillerie. - -En Pologne, où les Allemands étaient parvenus fort avant dès les -premiers jours de la guerre, les Russes prononcent maintenant une -offensive vigoureuse. Sur la Vistule inférieure ils approchent de -Thorn; dans la région de Lodz ils refoulent peu à peu l'envahisseur -vers la Silésie. La nécessité de déblayer le territoire national des -corps d'armée qui l'occupent encore explique comment l'effort sur -Cracovie ne se traduit pas dès maintenant par la bataille; mais, de -toutes parts, les masses se préparent à la formidable rencontre. -Pendant que Przemysl est attaquée avec une vigueur qui fait prévoir la -chute prochaine de la forteresse, les colonnes russes, passant au Nord -et au Sud de la place, continuent leur marche vers la seconde capitale -de la Galicie. - -D'autres forces russes, 200.000 hommes, dit-on, ont franchi les -Karpathes et descendu les vallées. Elles atteignent déjà la plaine -hongroise. On a signalé l'occupation de villes que l'on trouvera au bas -de notre carte, à droite: Maramoros-Szigeth, Huszt, Ungvar. Plusieurs -comitats hongrois sont ainsi envahis. Les Russes semblent maintenant se -porter sur Budapest, à travers des régions où les Austro-Hongrois n'ont -que des forces insuffisantes. - - -DANS LES BALKANS - -Les Serbes et les Monténégrins continuent leur avance vers Sarajevo; -l'attaque directe de la ville est proche. - -Sur l'Adriatique, le bombardement de l'escadre autrichienne, bloquée à -Cattaro, va être entrepris par les batteries que l'artillerie française -a installées au sommet du mont Lovcen, dominant la mer de plus de 1.700 -mètres. - - ARDOUIN-DUMAZET. - -[Illustration: Le théâtre des opérations russes contre l'Allemagne et -l'Autriche-Hongrie, du Niémen aux Karpathes.] - - - - -HANSI, FANTASSIN FRANÇAIS - - -Celui qui prétend, d'après l'autographe ci-dessous, être un «pioupiou -mal ficelé», c'est Hansi, notre bon Hansi. Bien avant l'agression de -l'Allemagne contre nous, il se battait déjà, le crayon aux doigts, et -faisait feu de toute sa verve railleuse et méprisante, de tout son -patriotisme ardent et comme entêté, contre ceux qui, déguisés alors en -professeurs et en bourgeois à lunettes, ont repris depuis deux mois -leur vraie figure de barbares armés. Aujourd'hui, Hansi est soldat -interprète au service de l'un de nos états-majors de l'Est. Ses amis -constateront avec plaisir que la capote et le képi ne sont pas si mal -seyants qu'il le croit à son grand corps dégingandé. - -[Illustration: Hansi sous l'uniforme français. - -_Photographie envoyée par le vaillant artiste alsacien à un de ses amis -de Paris._] - - - - -UNE BOMBE SUR NOTRE-DAME - - -Comme si le bombardement de la cathédrale de Reims n'était pas, aux -yeux des soldats du kaiser, un exploit suffisant, un aéroplane ennemi, -survolant Paris, dimanche dernier, est venu lancer sur la cathédrale -Notre-Dame une bombe incendiaire. Cet engin tomba sur le chéneau du -transept Nord, à droite de l'horloge, ouvrit un trou dans le zinc -de la toiture et communiqua le feu à une poutre de la charpente. -L'intervention rapide des pompiers empêcha l'incendie de se propager. - -[Illustration: Le transept Nord de Notre-Dame de Paris atteint par une -des bombes des aéroplanes allemands.--_Phot. Gimpel._] - - - - -UN HÉROS DE L'AVIATION RUSSE - - -COMMENT EST MORT LE CAPITAINE NESTEROV - -Le corps de l'aviateur militaire Nesterov vient d'être ramené du champ -d'honneur et enseveli à Kiew en grande pompe, en présence de membres -de la maison impériale, de nombreux généraux et d'une affluence -considérable. - -On sait que le capitaine Nesterov a péri héroïquement au cours d'un -combat aérien contre un avion autrichien lanceur de bombes, combat qui -se termina par la chute mortelle des adversaires. Les journaux ayant -relaté inexactement cet épisode marquant de la guerre aérienne, il -nous semble utile de reproduire ici le récit du combat dû à un témoin -oculaire compétent et qui est le mécanicien même du capitaine Nesterov. -Il avait accompagné le pilote en Galicie et a ramené son corps en -Russie. - - «Le capitaine Nesterov venait d'arriver sur le front de bataille, - conte le mécanicien. Trois appareils autrichiens, qui étaient déjà - apparus la veille, revinrent et se mirent à circuler au-dessus de - nos troupes. Nos coups de fusil ne les atteignirent point. Nesterov - monta alors sur son aéroplane, s'éleva rapidement à 2.000 mètres et - poursuivit les appareils ennemis. - - »Il réussit à atteindre l'un d'eux et fonça sur lui avec une telle - vigueur que le châssis de l'appareil de Nesterov vint heurter - l'appareil ennemi et le précipita violemment sur le sol. - - »Au même moment, l'appareil de notre pilote se mit à descendre en - spirales régulières, ce qui nous fit croire que Nesterov demeurait - indemne. Mais lorsque l'aéroplane se trouva tout près du sol, il se - retourna soudain et tomba comme une flèche, tandis que Nesterov fut - projeté hors de son siège. - - »Lorsque nous accourûmes, nous ne trouvâmes qu'un corps inerte, et - l'examen de la blessure: fracture nette de la colonne vertébrale, - montra que cette fracture avait été causée par un coup de l'hélice - de l'appareil autrichien. La mort de Nesterov avait donc été - instantanée, et c'est un corps sans vie que l'appareil continua à - descendre un assez long temps, avec une régularité surprenante. C'est - que l'aéroplane avait été si parfaitement stabilisé qu'il continua - à se maintenir en équilibre par inertie, suivant le plan réglé par - l'aviateur avant son attaque.» - -Ainsi, ce n'est point le choc entre les deux appareils qui a produit, -comme on l'avait dit, la chute mortelle du capitaine Nesterov. Sa mort -est due à une cause accidentelle, intervenue bien avant la chute sur le -sol: la fracture de la colonne vertébrale de l'aviateur par l'hélice de -l'appareil autrichien. Et cette constatation acquiert une importance -particulière pour le progrès de la navigation aérienne par ce qu'on -connaît des travaux antérieurs du capitaine Nesterov, auxquels la -remarque finale de son mécanicien fait allusion. - -Ces recherches en vue d'assurer à l'aéroplane une stabilité dans toutes -les positions, jusqu'aux plus hasardeuses, avaient amené le défunt -pilote à boucler la boucle, et cela quelques jours avant Pégoud, comme -l'a reconnu le fameux aviateur français lui-même. - -Depuis, tout en s'occupant de la réalisation de sa théorie sur le -planement automatique, par la construction d'un aéroplane de son -système, Nesterov eut l'occasion de manifester sa maîtrise et son -extraordinaire sang-froid de pilote, en descendant d'une haute altitude -sur un appareil qu'une explosion d'essence environna entièrement de -flammes. Une autre fois, il battit le record russe de distance et de -vitesse, en volant de Kiev à Pétrograd en dix-huit heures, avec une -seule escale. Plus récemment, il alla de Moscou à Pétrograd d'une -traite et sans préparatifs préalables. - -[Illustration: L'aviateur russe Nesterov et ses enfants.] - -La guerre survenue, l'héroïque capitaine dut abandonner ses travaux -théoriques pour aller combattre dans les airs. Mort glorieusement, -il laisse son fils trop jeune--il a trois ans et on le voit sur -la photographie avec sa sœur âgée de cinq ans--pour qu'il puisse -continuer de sitôt l'œuvre de son père. Par chance, l'appareil de -Nesterov est déjà en construction dans une usine de Moscou, d'après -les plans entièrement établis de l'inventeur. Et, avant de se rendre -sur le front, Nesterov fit promettre à sa femme de s'employer à ce que -l'aéroplane en construction fut achevé et expérimenté, en cas de mort -de son auteur, par un camarade averti. - - E. HALPÉRINE-KAMINSKY. - - - * * * * * - - - Modification: - - Page 283: «CONBATTANT» remplacé par «COMBATTANT» (LE TRICOT DU - COMBATTANT) - - - - - -End of Project Gutenberg's L'Illustration, No. 3737, 17 Oct 1914, by Various - -*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK L'ILLUSTRATION, NO. 3737, 17 OCT 1914 *** - -***** This file should be named 54087-0.txt or 54087-0.zip ***** -This and all associated files of various formats will be found in: - http://www.gutenberg.org/5/4/0/8/54087/ - -Produced by Juliet Sutherland, Claudine Corbasson and the -Online Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net - - -Updated editions will replace the previous one--the old editions -will be renamed. - -Creating the works from public domain print editions means that no -one owns a United States copyright in these works, so the Foundation -(and you!) can copy and distribute it in the United States without -permission and without paying copyright royalties. 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INDEMNITY - You agree to indemnify and hold the Foundation, the -trademark owner, any agent or employee of the Foundation, anyone -providing copies of Project Gutenberg-tm electronic works in accordance -with this agreement, and any volunteers associated with the production, -promotion and distribution of Project Gutenberg-tm electronic works, -harmless from all liability, costs and expenses, including legal fees, -that arise directly or indirectly from any of the following which you do -or cause to occur: (a) distribution of this or any Project Gutenberg-tm -work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any -Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause. - - -Section 2. Information about the Mission of Project Gutenberg-tm - -Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of -electronic works in formats readable by the widest variety of computers -including obsolete, old, middle-aged and new computers. 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You may copy it, give it away or -re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included -with this eBook or online at www.gutenberg.org/license - - -Title: L'Illustration, No. 3737, 17 Oct 1914 - -Author: Various - -Release Date: January 31, 2017 [EBook #54087] - -Language: French - -Character set encoding: UTF-8 - -*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK L'ILLUSTRATION, NO. 3737, 17 OCT 1914 *** - - - - -Produced by Juliet Sutherland, Claudine Corbasson and the -Online Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net - - - - - - -</pre> - - -<hr class="full" /> - -<p><a href="#note_au_lecteur">Au lecteur</a></p> - -<p><a href="#table_des_chapitres">Table</a></p> - -<div class="titlepage"> - <p class="title1">N<sup>o</sup> 3737.—72e Année.<br /><br /><i>17 Octobre 1914</i></p> - - <p class="title2">Prix du Numéro:<br /><br /><i>Un Franc</i></p> - - <h1>L’ILLUSTRATION</h1> - - <p class="title3"><span class="smcap">Journal Universel</span></p> - - <p class="title4">HEBDOMADAIRE</p> - - <hr class="small2" /> - - <p class="title5"><span class="smcap">R. BASCHET</span>, Directeur-Gérant</p> - - <hr class="small2" /> - - <p class="title6"><i>13, Rue Saint-Georges</i></p> - - <p class="title7"><i>Paris</i></p> -</div> - -<div class="figcenter" style="width: 600px;"> - <img class="border5" src="images/couverture.jpg" alt="" width="600" height="853" /> - <span class="link"><a href="images/x-couverture.jpg"> - <img class="agrandissement" src="images/agrandissement.jpg" alt="" width="18" height="14" /></a></span> -</div> - -<p><span class="pagenum" id="Page_278">278</span></p> - -<h2 id="ch_1"><i>LES COLLECTIONS DE LA GUERRE</i></h2> - -<hr class="small2" /> - -<p><i>Nos abonnés et lecteurs sont assurés de pouvoir toujours se procurer -dans nos bureaux et chez les libraires les</i> numéros de la guerre -<i>depuis celui du 8 août. Nous réimprimons ces numéros lorsqu’ils -s’épuisent et leur rassortiment ne peut guère tarder plus d’une -semaine.</i></p> - -<p><i>Quant au numéro du 1<sup>er</sup> août, qui nous est souvent réclamé pour -compléter des collections, nous ne le réimprimerons qu’après la guerre -et au chiffre nécessité par les demandes. On est donc prié de se faire -inscrire.</i></p> - -<hr class="small" /> - -<h2 id="ch_2">LES GRANDES HEURES</h2> - -<hr class="small2" /> - -<h3 id="ch_2a">LE CANON SUR LES TOMBES</h3> - -<div class="quote"> - <p>«... En cinq minutes, l’autre jour, j’ai eu autour de moi 8 morts et - 16 blessés et tout a continué de fonctionner dans la batterie avec un - calme merveilleux, comme si rien n’était. <i>Mais nos hommes ont enterré - leurs camarades au pied même des canons, à la place où ils ont été - tués, et de ces tombes ils continuent tous les jours à tirer afin de - mieux venger ceux qui ne sont plus...</i>»</p> -</div> - -<p>Voilà ce que m’écrit un lieutenant d’artillerie et cette phrase m’a -transporté, m’a fait pousser des cris. Depuis que je l’ai reçue comme -un éclat de métal, elle me frappe toujours. Je ne cesse de la sentir, -je ne peux pas détacher mon esprit de la splendide image et du symbole -qu’elle évoque, image de poème épique d’une grandeur incomparable qui -semble la trouvaille d’un génie et qui devient cent fois plus émouvante -si je me dis qu’elle n’est pas le fruit d’une imagination merveilleuse -mais la fleur pourpre et fière d’une réalité qui vibre, chaude encore.</p> - -<p>Le canon sur les tombes! Vous représentez-vous ces morts étendus côte -à côte dans le linceul de leurs habits en lambeaux, et recouverts -de terre bien tassée, piétinée avec respect? Pourquoi ce sol est-il -ainsi foulé, en y consacrant tant de soin? C’est afin que la pièce -de 75 puisse être placée <i>là</i> et s’y trouve comme il faut!... Et sur -eux, en effet, sur les soldats alignés et couchés de force... au bout -d’un instant, le canon, pieux, doucement roule et puis s’arrête, les -écrasant avec précaution d’un poids qui leur est amical et ne leur pèse -pas, sous lequel ils respirent mieux dans leur nouveau sommeil. Qu’ils -s’estiment heureux de demeurer alors tout contre leur pièce, d’en être -la plate-forme! Et pour une sépulture d’artilleur, quel plus beau -monument funéraire qu’un canon!... celui qu’hier encore, ce matin même, -ils manœuvraient souples d’amour et dans une ardente tranquillité... -C’est donc une joie sans seconde que de le supporter à présent face au -ciel, les roues sur la poitrine.</p> - -<p>De leurs yeux fixes que la mort a fait exprès de ne pas enclouer, à -travers le drap brun de la terre et l’herbe d’automne... ils peuvent -<i>le</i> voir, ayant lui aussi le cou tendu dans le même sens que leur -allongement. Inanimés, ils en restent toujours les servants, et c’est -encore eux qui pointent, qui règlent le tir... sans que jamais l’ennemi -puisse les repérer, car la tombe est la tranchée où mieux qu’ailleurs -tout se défile. Aussi figurez-vous la secousse de leurs os!... le -battement de leur cœur rompu! le terrible tressaillement de leur -dépouille ébranlée à chaque détonation, chaque fois que de la couleuvre -de bronze gris sort l’obus qu’ils ont à présent, par faveur d’au-delà, -le temps de voir passer... et d’accompagner jusqu’au bout où il opère -son ravage! Ils sentent le vent, dur comme un bâton, du boulet, qui -hérisse leur chair et fait sourire leur face morte, ils sont déracinés -de joie, ils remuent de plaisir, ils comptent les coups. Pour reposer -en paix il leur fallait ce grand et terrible fracas qui est leur -élément, et qui devient à leurs oreilles la chanson de l’éternel -silence. «Ah! la bonne idée, pensent-ils, qu’ont eue là les camarades!» -Et s’arc-boutant, se raidissant, ils donnent le dernier effort de ce -qui leur reste de chaleur d’âme aux canons brûlants dont ils sont -l’affût.</p> - -<p class="center">*<br /> -* *</p> - -<h3 id="ch_2b">LA CLOCHE DANS LA NUIT</h3> - -<p>C’est un pauvre village, très loin d’ici, perdu sur des sommets, en -pays de Gascogne. Le soir est déjà passé, il a cédé la place aux -avant-gardes de la nuit, une nuit sombre, confiante et veloutée de -paix. Tout est calme, définitif. L’assurance descend et plane sur la -terre. Alors, dans les ténèbres bleues qui, là où est le ciel et en son -honneur, se paillettent d’étoiles, tinte la cloche de l’église... Elle -se plaint à petits coups mesurés, pas trop forts, avec un son triste -qui prend le cœur. Elle appelle. Pourquoi? Pour la prière. Quelle -prière? Pour la prière des soldats.... dite à leur intention tous les -jours, à cette même heure de quiétude et de recueillement...</p> - -<p>Voilà les vieilles portes poussées sans bruit. L’humble troupeau des -fidèles, des brebis noires, s’écoule entre les masures, le long des -ruelles, dans l’obscurité profonde et inoffensive. On reconnaît le -pas menu des enfants. Des bœufs attardés que l’on croise rentrent -tout seuls à l’étable en vous frôlant de leur corne avec une adroite -sagesse. Rocailleux comme le lit d’un torrent à sec, l’étroit chemin, -qui descend un peu, conduit au seuil usé de l’église. Elle est un -gouffre d’ombre que la pointe de trois lampes suspendues pique de -trois trous d’épingle... Le groupe des hommes et des femmes que l’on -ne voit pas se devine au long des chaises rangées... La cloche s’est -tue. Le curé, dont le surplis fait une tache de blancheur, sort tout à -coup des boiseries comme d’une cachette, traverse la nef, allume deux -candélabres sur l’autel de la Vierge, à une chapelle latérale, puis il -va s’agenouiller à son banc, dans le chœur toujours ténébreux, et on -ne distingue plus que les cheveux blancs de sa tête inclinée qu’éclaire -un bout de cierge collé sur le dossier de la stalle, derrière lui... -La prière commence... La récitation du chapelet. Les voix sont en -marche... Pendant de longues minutes les <i>Pater noster</i> et les <i>Ave -Maria</i> se suivent... défilent, prennent le grand chemin, vont où on -les envoie, avec une impressionnante et sûre régularité, comme sur les -autres routes, à des centaines de lieues de cet asile, se succèdent et -passent les sections, les compagnies, les régiments, tous les grains -d’hommes soudés les uns aux autres, qui par d’indestructibles et -solides dizaines font le rosaire des armées.</p> - -<p>Et brusquement les voix s’arrêtent. La sublime monotonie expire et se -noie dans un abîme de pensées qui flottent... qui s’en vont... là-bas -dans les grands espaces noirs où sont répandus les combattants, les -blessés, les morts qu’on ne sait pas... et puis là-haut aux autres -frontières du Royaume où nous avons situé le bonheur futur et le -rassemblement de ceux que nous aimons.</p> - -<p>Le prêtre a soufflé le cierge de cire qui le veillait dans sa stalle. -Les flambeaux de l’autel, un par un, sont étouffés par le lent -éteignoir qui paraît reprendre leur flamme. Les petits sortent les -premiers, dans un bruit de sac de noix que font leurs souliers sur les -dalles. Les gens suivent. Le bénitier... La main qui s’élève... Au nom -du Père... La cloche tinte à nouveau dans la tour, et c’est une enfant -de seize ans qui sonne... Quand elle tire à fond la corde elle est si -courbée en deux que son visage atteint presque le sol. Une fillette -l’attend, assise sur le brancard funèbre où l’on a peint un crâne qui -rit de tout au milieu d’un semis de larmes.</p> - -<p>Maintenant, dehors, c’est la nuit complète, plus certaine, et toujours -aussi suave au front qu’elle caresse. Les mêmes rustiques fantômes -passent, s’évanouissent. D’autres bœufs graves se rencontrent dont -la prunelle a la blancheur du lait. De quelle crèche est sorti cet âne -immobile qui songe en travers du chemin, et qu’il faut contourner? La -cloche tinte encore, mais mal, avec des temps d’arrêt. Elle a l’air de -dire: «Allez! J’ai fini! Rentrez chez vous...»</p> - -<p>Rentrer chez soi!... Quelle douceur! Qu’il fait bon d’aller se coucher -après qu’on était à genoux! Mais qu’il est triste—et consolant -aussi—de penser sans relâche aux soldats glorieux pour lesquels tous -les soirs, dans des quantités de villages pareils à celui-ci, on prie -à voix basse, comme à tâtons, avec une ardente ferveur, au fond d’une -église obscure et debout encore...!</p> - -<p class="center">*<br /> -* *</p> - -<h3 id="ch_2c">LES BÉQUILLES</h3> - -<p>On manque de béquilles pour les blessés... Comment faire?</p> - -<p>Alors j’ai lu que des Lyonnais avaient eu une idée sublime. Ils ont été -prendre à Fourvières les béquilles des ex-voto...</p> - -<p>La poignante inspiration! Il faut la suivre et l’étendre à tous -les sanctuaires où pendent par centaines de grappes, comme à de -mystiques palmiers, les longs fruits de bois noir d’une si pénible -beauté... Qu’on les arrache à leur inertie, à leur poussière! Voilà -trop longtemps qu’ils sont là, ayant rempli d’ailleurs leur office -et payé leur dette de reconnaissance. Décrochez donc ces lustres que -les araignées comme d’une housse ont peu à peu enveloppés de leurs -épaisses toiles! Des voûtes de tous les temples, de tous les célèbres -lieux de pèlerinage, partout où entre des petits navires gréés et -taillés au couteau par des marins échappés du naufrage ont été hissées -des béquilles... ramenez-les... faites la sainte et magnifique -rafle, abattez ces futaies, vendangez les chapelles, déboisez la -grotte de Lourdes... La Vierge le permet et sera enchantée. Elle en -recevra d’autres! Et je m’imagine que, munis de ce nouveau «matériel» -précieux, privilégié, les blessés guériront plus vite et marcheront -mieux après... Quelle aubaine! Des béquilles d’ex-voto! Des béquilles -miraculeuses... qui ont déjà servi, qui ont été à la souffrance comme -au feu et ont fait double campagne! Des béquilles bénites, tombées -du ciel...! Ah! qu’elles seront les bienvenues et de quel cœur, -vivant encore ou ayant cessé de battre... approuveront de loin ceux -qui autrefois, après s’être appuyés et avoir traîné des mois ou -des années sur elles, les ont—le jour de récompense où elles sont -tombées—offertes à la Madone sans se douter qu’après eux, plus tard... -en 1914... elles iraient soutenir d’autres éclopés, étayer d’autres -blessés, des boiteux de la guerre, et les remettre d’aplomb sur le -chemin de la victoire.</p> - -<p class="rsignature"><span class="smcap">Henri Lavedan.</span></p> - -<p class="center">*<br /> -* *</p> - -<p><span class="pagenum" id="Page_279">279</span></p> - -<div class="figcenter2" style="width: 542px;"> - <img src="images/page-279a.jpg" alt="" width="542" height="569" /> - <p class="captioncenter">La dernière ligne de retranchements élevés sur la route - de Lierre par les brigades navales, envoyées d’Angleterre pour secourir - Anvers et protéger la retraite de l’armée belge: au fond, la fumée - d’explosion d’un gros obus allemand. - <span class="link"><a href="images/x-page-279a.jpg"> - <img class="agrandissement" src="images/agrandissement.jpg" alt="" width="18" height="14" /></a></span></p> -</div> - -<div class="figcenter2" style="width: 600px;"> - <img src="images/page-279b.jpg" alt="" width="600" height="237" /> - <p class="captioncenter">— Pièces anglaises d’artillerie de côtes, opposées aux - gros mortiers allemands.<br /> - — Pont coupé sur la rivière Nèthe et maisons de la petite - ville de Lierre incendiées. - <span class="link"><a href="images/x-page-279b.jpg"> - <img class="agrandissement" src="images/agrandissement.jpg" alt="" width="18" height="14" /></a></span><br /><br /> - <b>LES DERNIERS EFFORTS POUR LA DÉFENSE D’ANVERS</b></p> -</div> - -<p class="center">*<br /> -* *</p> - -<p><span class="pagenum" id="Page_280">280</span></p> - -<div class="figcenter2" style="width: 568px;"> - <img src="images/page-280a.jpg" alt="" width="568" height="300" /> - <p class="captioncenter">— Blessés belges revenant de la ligne de défense derrière - la Nèthe.<br /> - — Blessés anglais de l’infanterie de marine venue pour - renforcer la garnison belge. - <span class="link"><a href="images/x-page-280a.jpg"> - <img class="agrandissement" src="images/agrandissement.jpg" alt="" width="18" height="14" /></a></span><br /><br /> - <b>LA SUPRÊME DÉFENSE D’ANVERS</b></p> -</div> - -<div class="figcenter2" style="width: 541px;"> - <img src="images/page-280b.jpg" alt="" width="541" height="244" /> - <p class="captioncenter">L’ÉVACUATION DE LA POPULATION CIVILE D’ANVERS.—Arrivée - de réfugiés à la gare hollandaise de Rosendael. - <span class="link"><a href="images/x-page-280b.jpg"> - <img class="agrandissement" src="images/agrandissement.jpg" alt="" width="18" height="14" /></a></span><br /><br /></p> -</div> - -<div class="figcenter2" style="width: 600px;"> - <img src="images/page-280c.jpg" alt="" width="600" height="226" /> - <p class="captioncenter">— Un des trains blindés du camp retranché d’Anvers.<br /> - — Automitrailleuse blindée de l’armée belge. - <span class="link"><a href="images/x-page-280c.jpg"> - <img class="agrandissement" src="images/agrandissement.jpg" alt="" width="18" height="14" /></a></span><br /><br /> - <b>DU MATÉRIEL DE GUERRE QUI N’EST PAS TOMBÉ AUX MAINS DES ALLEMANDS</b></p> -</div> - -<hr class="small" /> - -<p><span class="pagenum" id="Page_281">281</span></p> - -<h2 id="ch_3">PETITE VISION DE GAIETÉ, AU FRONT DE BATAILLE</h2> - -<hr class="small2" /> - -<p class="rdate">Octobre 1914.</p> - -<p>Ce jour-là, dans la matinée, vers onze heures, j’arrivai à un -village—dont j’ai dû oublier le nom;—j’étais en compagnie d’un -commandant anglais, que les hasards de cette guerre m’avaient donné -pour camarade depuis la veille, et nous étions aimablement suivis par -un grand Magicien,—qui était le soleil. Un soleil radieux, un soleil -de fête, transformant et embellissant toutes choses. Cela se passait -dans un département de l’extrême Nord de France, je n’ai jamais su -lequel, mais on se serait cru en Provence tant il faisait beau.</p> - -<p>Pour arriver là, nous avions été depuis près de deux heures enserrés -entre deux files de soldats qui marchaient en sens inverse l’une de -l’autre. Sur notre droite, c’étaient des Anglais qui se rendaient à -la bataille, tout propres, tout frais, l’air content et en train, -admirablement équipés, avec de beaux chevaux bien gras. Sur notre -gauche, c’étaient des artilleurs de France qui en revenaient, de la -gigantesque bataille, pour prendre un peu de repos; poussiéreux, -ceux-ci, avec quelquefois des bandages au bras ou au front, mais -gardant des mines joyeuses, des figures de santé, et marchant en bon -ordre par sections; ils rapportaient même des chargements de douilles -vides qu’ils avaient eu le temps de ramasser, ce qui prouvait bien -qu’ils s’étaient retirés sans hâte et sans crainte, en vainqueurs -auxquels les chefs ont ordonné quelques jours de répit. On entendait -au loin comme un bruit d’orage, d’abord très sourd, mais dont nous -nous rapprochions de plus en plus. Dans les champs alentour, les -paysans labouraient comme si de rien n’était, incertains pourtant -si les sauvages, qui menaient tant de bruit là-bas, n’allaient pas -un de ces jours revenir pour tout saccager. Il y avait, sur l’herbe -des prairies, un peu partout, autour de petits feux de branches, des -groupes qui eussent été lamentables sous un ciel sombre, mais que le -soleil trouvait le moyen d’égayer quand même: émigrés, en fuite devant -les barbares, faisant leur cuisine comme des bohémiens, au milieu -des ballots de leurs pauvres hardes empaquetées en hâte pendant le -sauve-qui-peut terrible.</p> - -<p>Notre auto était remplie de paquets de cigarettes et de journaux que -de bonnes âmes nous avaient chargés de porter aux combattants, et, -tellement nous étions serrés et ralentis entre ces deux files de -soldats, nous pouvions leur en donner par les portières, à droite -aux Anglais, à gauche aux Français; ils avançaient la main pour les -attraper à la volée, et, en souriant, nous remerciaient par un rapide -salut militaire.</p> - -<p>Il y avait aussi des gens des villages qui cheminaient pêle-mêle -avec les soldats, sur cette route si encombrée. Je me rappelle une -jeune paysanne très jolie qui, entre des fourgons de guerre anglais, -traînait par une corde deux bébés endormis dans une petite voiture; -elle peinait, la montée étant roide en cet endroit; un beau sergent -écossais, à moustache en or, qui fumait sa cigarette, assis les -jambes pendantes à l’arrière du plus proche fourgon, lui fit signe: -«Passez-moi donc votre bout de corde.» Elle comprit, accepta avec un -gentil sourire confus; l’Ecossais enroula cette frêle remorque autour -de son bras gauche, gardant le bras droit libre pour continuer de -fumer, et c’est lui qui emmena les deux bébés de France, dont la toute -petite voiture fut traînée par le lourd camion comme une plume.</p> - -<p>Quand nous entrâmes dans le village, le soleil de plus en plus -resplendissait. Il y avait là un fouillis, un méli-mélo comme on n’en -avait jamais vu et n’en verra jamais, après cette guerre unique dans -l’histoire. Tous les uniformes, toutes les armes, des Ecossais, des -cuirassiers français, des turcos, des zouaves, et des Bédouins dont le -salut militaire relevait le burnous avec un geste noble. La place de -l’église était encombrée par d’énormes autobus anglais, qui avaient -jadis assuré les communications à Londres et portaient encore en -grandes lettres les noms des quartiers de cette ville.—On dira que -j’exagère, mais vraiment ils avaient l’air étonné, ces autobus, de -rouler maintenant sur le sol de France et d’être bondés de soldats...</p> - -<p>Tout ce monde, pêle-mêle, se préparait à déjeuner. On entendait -toujours la grande symphonie menée par ces sauvages (qui arriveraient -peut-être demain, qui sait), l’incessante canonnade, mais personne -n’y prenait garde. D’ailleurs, comment s’inquiéter, avec un si beau -soleil, un si étonnant soleil d’octobre, et des roses encore sur les -murs, et des dahlias de toute couleur, dans les jardins à peine touchés -par les gelées blanches!... Chacun s’installait de son mieux pour le -repas; on eût dit une fête, une fête un peu incohérente par exemple -et singulière, improvisée aux environs de quelque tour de Babel. Des -jeunes filles circulaient dans les groupes, des petits enfants blonds -faisaient cadeau de fruits cueillis dans leur verger. Des Ecossais, se -croyant dans un pays chaud par comparaison avec le leur, s’étaient mis -en manches de chemise. Des curés et des religieuses de la Croix-Rouge -faisaient asseoir des blessés sur des caisses; une vieille bonne -sœur, figure de parchemin et jolis yeux candides sous sa cornette, -installait avec mille précautions un zouave aux deux bras enveloppés de -bandages, qu’elle allait sans doute faire manger comme un petit enfant.</p> - -<p>Nous avions grand faim nous-mêmes, l’Anglais et moi, et nous avisâmes -l’auberge, très avenante, où déjà des officiers étaient attablés avec -des soldats. (Il n’y a plus de barrières hiérarchiques, aux temps de -tourmente où nous sommes.)—«Je pourrais bien vous donner du bœuf -rôti et du lapin sauté, nous dit l’hôtelier; mais, quant à du pain, par -exemple, ça, non; à aucun prix vous n’en trouveriez nulle part.»—«Ah! -dit mon camarade, le commandant anglais, et ces deux belles miches, -là, debout contre cette porte?»—«Oh! ces miches-là, elles sont à un -général, qui les a envoyées parce qu’il va venir déjeuner avec ses -aides de camp.» A peine avait-il le dos tourné que mon compagnon, -tirant vite un coutelas de sa poche, tranchait, pour le cacher sous -son manteau, le bout d’une de ces miches dorées.—«Nous avons trouvé -du pain, dit-il tranquillement à l’hôtelier, vous pouvez donc nous -servir.»—Et, à côté d’un officier arabe <i>de la Grande Tente</i>, en -burnous rouge, nous fîmes gaiement notre déjeuner, avec nos invités: -les soldats de notre auto.</p> - -<p>La fête du soleil battait son plein, illuminant en joie la foule -disparate et les étranges autobus, quand nous sortîmes de l’auberge -pour reprendre notre voyage. Un convoi de prisonniers allemands -traversait la place; l’air bestial et sournois, ils marchaient entre -des soldats de chez nous qui marquaient mille fois mieux, et on les -regardait à peine. La vieille religieuse de tout à l’heure, la si -vieille aux yeux purs, faisait fumer une cigarette à son zouave pour -le moment sans bras, la lui présentant aux lèvres avec une tremblante -et un peu maladroite sollicitude d’aïeule. Elle semblait lui raconter -en même temps des choses très drôles—de cette drôlerie innocente -et jeunette dont les bonnes sœurs ont le secret—car ils riaient -tous les deux. Qui sait quelle petite histoire enfantine ça pouvait -bien être? Un vieux curé qui près d’eux fumait sa pipe—sans aucune -élégance, je suis forcé de le reconnaître—riait aussi de les voir -rire. Et, au moment où nous remontions en voiture pour continuer notre -route vers la région d’horreur où le canon tonnait, une fillette d’une -douzaine d’années, pour nous fleurir, courut arracher dans son jardin -une gerbe d’asters d’automne...</p> - -<p>Quels braves gens il y a encore par le monde! Et combien l’agression -des sauvages d’Allemagne a développé les doux liens de la fraternité, -chez tous ceux qui sont vraiment d’espèce humaine.</p> - -<p class="rsignature"><span class="smcap">Pierre Loti.</span></p> - -<hr class="small" /> - -<h2 id="ch_4">UNE HÉROIQUE ENFANT DE PARIS</h2> - -<hr class="small2" /> - -<p>Les avions allemands continuent à venir, de temps à autre, lancer -des bombes sur Paris, causant des dommages matériels insignifiants, -mais faisant malheureusement quelques victimes. Une des premières fut -une fillette de 13 ans, Denise Cartier, dont le courage souriant et -l’abnégation héroïque symboliseront pour les générations futures l’âme -de Paris au cours de ces heures tragiques.</p> - -<p>C’était un dimanche de septembre, par un soleil radieux. La -gracieuse enfant jouait à quelques pas de sa porte, près de l’avenue du -Trocadéro, regardant peut-être, comme tant d’autres grandes personnes, -avec une curiosité inconsciente, le Taube dont la cuirasse étincelante -glissait sous le ciel bleu. Soudain, on entend une explosion -formidable, et la petite Denise est atteinte par un éclat de bombe qui -lui fracasse la jambe. D’abord étourdie par le choc, elle se laisse -relever sans une plainte, sans un mot, par les passants accourus à son -secours; puis, au moment où on va l’emporter vers l’hôpital le plus -proche, elle ouvre ses beaux yeux qui essayent de sourire pour rassurer -tout le monde et murmure: «Si c’est grave, ne le dites pas à maman.»</p> - -<div class="figcenter2" style="width: 190px;"> - <img src="images/page-281.jpg" alt="" width="190" height="162" /> - <p class="captioncenter">Denise Cartier sur son lit d’hôpital.—<i>Phot. Gilles de - la Loriais.</i> - <span class="link"><a href="images/x-page-281.jpg"> - <img class="agrandissement" src="images/agrandissement.jpg" alt="" width="18" height="14" /></a></span></p> -</div> - -<p>C’était grave et Denise Cartier a dû subir l’amputation de la -jambe atteinte. Elle est aujourd’hui hors de danger, et, sur son lit -d’hôpital, elle tricote des lainages pour nos soldats... Voilà un de -ces «effets moraux» que produit la barbarie teutonne au pays de Jeanne -d’Arc. </p> - -<p class="center">*<br /> -* *</p> - -<p><span class="pagenum" id="Page_282">282</span></p> - -<div class="figcenter2" style="width: 600px;"> - <img src="images/page-282.jpg" alt="" width="600" height="813" /> - <p class="captioncenter">Lanciers du Bengale, guerriers sikhs, contingents du Pendjab et du - Cachemire, ghurkas du Nepal, remontant de Marseille vers le Nord - de la France, sont accueillis par la curiosité et la sympathie des - populations. - <span class="link"><a href="images/x-page-282.jpg"> - <img class="agrandissement" src="images/agrandissement.jpg" alt="" width="18" height="14" /></a></span><br /><br /> - <b>LES RENFORTS VENUS DE L’INDE</b></p> -</div> - -<p class="center">*<br /> -* *</p> - -<p><span class="pagenum" id="Page_283">283</span></p> - -<div class="figcenter2" style="width: 600px;"> - <img src="images/page-283.jpg" alt="" width="600" height="864" /> - <p class="captioncenter">Nos soldats se pressant autour des automobiles qui leur apportent des - lots d’effets de lainage. - <span class="link"><a href="images/x-page-283.jpg"> - <img class="agrandissement" src="images/agrandissement.jpg" alt="" width="18" height="14" /></a></span><br /><br /> - <b>LE TRICOT DU <ins title="CONBATTANT">COMBATTANT</ins></b><br /><i>Photos M. B.</i></p> -</div> - -<p class="center">*<br /> -* *</p> - -<p><span class="pagenum" id="Page_284">284</span></p> - -<div class="figcenter2" style="width: 600px;"> - <img src="images/page-284-285.jpg" alt="" width="600" height="375" /> - <p class="captioncenter"><b>ENGAGEMENT DE CAVALERIE:<br />DRAGONS FRANÇAIS CHARGEANT DES UHLANS</b> - <span class="link"><a href="images/x-page-284-285.jpg"> - <img class="agrandissement" src="images/agrandissement.jpg" alt="" width="18" height="14" /></a></span></p> - <p class="captionright"><i>Dessin de <span class="smcap">Georges SCOTT</span>.</i></p> -</div> - -<p><i>Au début des hostilités, le rôle de la cavalerie s’est borné, le -plus souvent, à des reconnaissances, à des prises de contact. Au -contraire, depuis quelques jours, au cours des batailles engagées -dans le Nord, de véritables duels, des combats acharnés se sont -produits, à maintes reprises, entre nos cavaliers et les leurs, et, -plus d’une fois, nos dragons et leurs uhlans se sont affrontés à la -lance et au sabre. L’ennemi avait dessiné, sur notre aile gauche, un -large mouvement de cavalerie. Il n’a pas donné pour lui le résultat -qu’il en attendait. Partout, de ce côté, nous le tenons en échec.</i></p> - -<p class="center">*<br /> -* *</p> - -<p><span class="pagenum" id="Page_286">286</span></p> - -<p class="center">LA GUERRE DE FRANCE VUE PAR LES DESSINATEURS ANGLAIS</p> - -<div class="figcenter2" style="width: 600px;"> - <img src="images/page-286.jpg" alt="" width="600" height="350" /> - <p class="captioncenter">UN ÉPISODE DES COMBATS AUTOUR DE REIMS.—Tranchée allemande sous la - position de Nogent-l’Abbesse enlevée par l’infanterie française. - <span class="link"><a href="images/x-page-286.jpg"> - <img class="agrandissement" src="images/agrandissement.jpg" alt="" width="18" height="14" /></a></span><br /><br /> - <i>Dessin de R. Caton Woodville, d’après un croquis de Frédéric - Villiers.</i></p> -</div> - -<p><i>Un dessinateur anglais, M. Frédéric Villiers, qui suit la campagne -de France comme correspondant de l’</i>Illustrated London News <i>a eu -la fortune rare de pouvoir assister à quelques-unes des opérations -militaires qui se sont déroulées autour de Reims. Le dessin ci-dessus, -exécuté d’après un de ses croquis, reproduit un épisode des combats -livrés sous le fort de Nogent-l’Abbesse, réoccupé et armé par les -Allemands, et d’où fut commencé, on se le rappelle, le bombardement de -Reims et de sa basilique. Le dessinateur a accompagné cette émouvante -page d’album de quelques lignes de commentaires qui en précisent le -sujet: «L’action à laquelle j’assistai se déroula dans l’après-midi du -jeudi 24 septembre, le douzième jour de la grande bataille de l’Aisne. -Les Allemands étaient établis à la lisière des bois, sous le fort de -Nogent, à la droite du village de Sillery. L’ennemi s’était avancé -pour attaquer les Français, mais fut repoussé dans ses retranchements, -d’où bientôt les Français le rejetèrent. Il était environ six heures -du soir. Le jour tombait. Les shrapnells, en éclatant, produisaient -comme une pluie d’étoiles filantes, l’un des plus extraordinaires -spectacles qu’il m’ait jamais été donné de voir.» C’est le moment où -nos troupes, se précipitant dans un élan irrésistible hors du bois -où elles s’abritaient, vont enfin emporter la position si ardemment -disputée. Les Allemands, tassés dans leurs tranchées, coude à coude, -les accueillent par un feu violent. Mais nos shrapnells ont une belle -moisson à faire, dans ces rangs pressés. Déjà les morts et les blessés -de la contre-attaque jonchent le terrain. Notre bon 75 désormais peut -se taire: il le dut pour ne pas décimer les nôtres,—et l’artiste -anglais, en réalité, a condensé ici deux phases de l’action. Le rôle -demeure à la baïonnette. Une charge éperdue aura vite achevé de -déblayer le terrain: la tranchée ennemie est à nous. Et puis, il faudra -recommencer, le lendemain, avant la nuit peut-être, le siège d’une -nouvelle position.</i></p> - -<p class="center">*<br /> -* *</p> - -<p><span class="pagenum" id="Page_287">287</span></p> - -<div class="figcenter2" style="width: 600px;"> - <img src="images/page-287.jpg" alt="" width="600" height="356" /> - <p class="captioncenter">UNE DES TACTIQUES ALLEMANDES.—La ruée en formations - massives pour passer coûte que coûte. <span class="link"><a href="images/x-page-287.jpg"> - <img class="agrandissement" src="images/agrandissement.jpg" alt="" width="18" height="14" /></a></span><br /><br /> - <i>Dessin de A. C. Michaël.</i></p> -</div> - -<p><i>Tout, dans cette invasion des Allemands, jusqu’au moment où les -échecs éprouvés sur la Marne leur ont imposé une tactique défensive -plus prudente,—tout a contribué à donner l’impression d’une ruée -de hordes barbares. Voici un dessin où un autre artiste anglais, M. -A. C. Michaël, a rendu avec une belle énergie «ce que Tommy Atkins -(le fantassin anglais) a devant lui quand l’ennemi charge». C’est la -réalisation saisissante, par l’image, de cette description extraite -d’une lettre d’un soldat britannique, un de ces «Tommies» aussi braves -au feu que coquets à la parade, relatant une action à laquelle il -assista: «Nous ne pouvions pas les manquer, écrit ce bon soldat qui -sait voir et décrire. Nous les aperçûmes d’abord à 800 mètres environ, -s’avançant en tas comme une foule au retour d’un match de football... -Pour un qui tombait de notre côté, ils perdaient dix ou douze hommes. -Ce fut un feu roulant, et nous leur donnâmes chaud.» D’autre part, -un officier anglais qui servit quelque temps dans l’armée allemande -constate: «Il est intéressant de noter que cette formation en masses -est parfaitement conforme aux formations du temps de Frédéric le Grand, -au point que des sous-officiers sont placés derrière les lignes de -combattants, sans doute pour encourager les hommes à l’assaut, à la -suave manière prussienne.» De fait, il a été constaté, dès le début -de la campagne, que nombre de prisonniers allemands portaient, dans -le dos, des blessures provenant des coups de sabre qui leur avaient -été prodigués à titre d’excitant. On voit quelles cibles admirables -constituent, pour nos canons, des formations pareilles. On ne peut pas -les rater, selon l’expression du soldat anglais plus haut cité. Ce qui -n’empêche pas aujourd’hui, et depuis le commencement de la bataille de -l’Aisne, les soldats du kaiser de montrer des dispositions non moins -remarquables, et peut-être plus instinctives, pour la prudente guerre -de tranchées.</i></p> - -<hr class="small" /> - -<p><span class="pagenum" id="Page_288">288</span></p> - -<h2 id="ch_5">LE NOUVEAU ROI DE ROUMANIE</h2> - -<hr class="small2" /> - -<p>Le roi Charles I<sup>er</sup> n’ayant pas eu de fils, un projet de loi fut -déposé en 1886 aux Chambres, en vertu duquel c’était un de ses neveux, -Ferdinand, second fils du prince Léopold de Hohenzollern-Sigmaringen, -qui devenait l’héritier présomptif de la couronne de Roumanie. L’aîné, -le prince Guillaume, renonçait pour son frère cadet à cette succession -royale.</p> - -<p>Le prince, maintenant roi Ferdinand, est né à Sigmaringen le 24 août -1865. De son mariage avec Marie princesse de Saxe-Cobourg et Gotha, il -a eu six enfants, dont trois fils, les princes Charles, né en 1893, -Nicolas, né en 1903, et Mircéa, né en 1912. L’avenir de la dynastie est -donc assuré.</p> - -<div class="figcenter2" style="width: 565px;"> - <img src="images/page-288a.jpg" alt="" width="565" height="404" /> - <p class="captioncenter">La reine Marie.—Le roi Ferdinand - <span class="link"><a href="images/x-page-288a.jpg"> - <img class="agrandissement" src="images/agrandissement.jpg" alt="" width="18" height="14" /></a></span><br /><br /> - LES NOUVEAUX SOUVERAINS ROUMAINS.—<i>Photographies Chusseau-Flaviens.</i></p> -</div> - -<p>L’avènement du nouveau souverain fera-t-il sortir la politique roumaine -de l’expectative et de la neutralité qu’elle observe depuis le -déchaînement de la grande guerre européenne?</p> - -<p>On connaît les revendications du nationalisme roumain: il y a des -siècles que quatre millions de Roumains sont séparés de leurs frères -de langue, de race et de religion et subissent, sous la domination -autrichienne d’abord, puis sous la domination hongroise depuis 1866, -la même oppression dont se plaignent les Italiens du Trentin et de -l’Istrie, les Serbes du Canat de Temesvar et de la Bosnie-Herzégovine, -les populations slaves de Croatie-Slavonie. La réunion de la -Transylvanie et la Bukovine au royaume de Roumanie est le programme -séculaire du parti national, toujours affirmé à chaque grande crise qui -met l’Orient en jeu, et jusqu’à présent ajourné par l’influence du roi -défunt.</p> - -<p>En demandant, lui, Hohenzollern, en 1866 et en obtenant du roi de -Prusse, chef de sa maison, l’autorisation d’accepter la couronne que -lui offrait le plébiscite des provinces unies de Moldo-Valachie, -Charles I<sup>er</sup> avait solennellement promis de ne jamais consentir -à une politique contraire à celle du souverain chef de sa famille. -Or, dès 1866, la politique de la Prusse, puis de l’empire allemand, -fut d’affermir de plus en plus l’Autriche-Hongrie dans sa position -balkanique et orientale. Comment, dès lors, le roi de Roumanie -aurait-il pu prêter l’oreille aux revendications de l’irrédentisme -roumain qui visent à arracher à la monarchie austro-hongroise deux de -ses provinces?</p> - -<p>Dans un récent conseil de la couronne où fut débattu ce dilemme -angoissant: action ou neutralité, le roi Charles ayant opposé une fois -de plus sa promesse, un des ministres aurait répliqué: «Votre Majesté a -pu promettre en son nom, mais <i>non pas au nom de l’Etat roumain</i>», ce -qui lui faisait entrevoir en termes voilés la nécessité de se soumettre -ou de se démettre. Et le roi le comprit si bien qu’il répliqua, -dit-on: «Eh bien, je préférerais abdiquer!» La mort le délivra de ses -poignantes perplexités.</p> - -<p>Le nouveau roi Ferdinand n’a pas encore manifesté ses intentions, mais -déjà les dirigeants de Roumanie ont fait entendre leurs aspirations.</p> - -<hr class="small" /> - -<h2 id="ch_6">L’AMITIÉ FRANCO-PORTUGAISE</h2> - -<hr class="small2" /> - -<p>Le croiseur français <i>Dupetit-Thouars</i> s’est rendu à Lisbonne le 5 -octobre à l’occasion du quatrième anniversaire de la proclamation de -la République portugaise. Cet acte de haute courtoisie a été fort -apprécié par le gouvernement d’un pays avec lequel la France a toujours -entretenu d’étroites relations d’amitié, et qui, dès le début de la -guerre, s’est déclaré prêt à consentir les sacrifices que lui impose -son traité d’alliance avec la Grande-Bretagne.</p> - -<p>Toute la population, du reste, a tenu à montrer sa sympathie pour -la cause des alliés. Le commandant Gervais et son état-major furent -acclamés; de longues manifestations eurent lieu devant les légations -ou les consulats de France, d’Angleterre, de Belgique, de Russie, -de Serbie, du Montenegro, du Japon, et en de nombreux points de la -capitale; la foule chantait la <i>Marseillaise</i>.</p> - -<p>Des manifestations semblables se sont produites à Oporto et dans -plusieurs villes de la jeune république. L’opinion générale semble -de plus en plus favorable à une intervention qui paraît absolument -conforme aux intérêts nationaux, car la guerre actuelle doit délivrer -le Portugal lui aussi d’un ennemi qui aurait depuis longtemps fait main -basse sur ses possessions coloniales si l’Europe le lui avait permis.</p> - -<div class="figcenter2" style="width: 410px;"> - <img src="images/page-288b.jpg" alt="" width="410" height="258" /> - <p class="captioncenter">LES MANIFESTATIONS FRANCOPHILES DE LISBONNE.—Le - commandant Gervais, du croiseur <i>Dupetit-Thouars</i>, acclamé par la - population.—<i>Phot. Benoliel.</i> - <span class="link"><a href="images/x-page-288b.jpg"> - <img class="agrandissement" src="images/agrandissement.jpg" alt="" width="18" height="14" /></a></span></p> -</div> - -<p class="center">*<br /> -* *</p> - -<p><span class="pagenum" id="Page_289">289</span></p> - -<div class="figcenter2" style="width: 600px;"> - <img src="images/page-289a.jpg" alt="" width="600" height="248" /> - <p class="captioncenter">Sous la pluie: convoi d’approvisionnements sur une - route bordée de tombes. - <span class="link"><a href="images/x-page-289a.jpg"> - <img class="agrandissement" src="images/agrandissement.jpg" alt="" width="18" height="14" /></a></span></p> -</div> - -<hr class="small" /> - -<h2 id="ch_7">TOUT PRÈS DE LA BATAILLE</h2> - -<hr class="small2" /> - -<p class="schapitre"><span class="smcap">Croquis et photographies de Louis Tinayre; texte de Julien -Tinayre</span></p> - -<p><i>19 septembre.</i>—Nous avons quitté Paris, mon frère, peintre militaire, -et moi, par un train bondé de voyageurs: infirmières de la Croix-Rouge, -paysannes regagnant les villages délivrés, leurs enfants avec des -paniers sur les genoux et demandant, anxieuses, s’il est bien vrai -qu’ils sont partis.</p> - -<p>A Nanteuil-le-Haudouin, première vision de guerre: paysage désert et -désolé, de vastes réservoirs éclatés. Arrivé en vue de Crépy-en-Valois, -terminus provisoire de la ligne, le train ralentit sa marche. La nuit -est venue. Presque toutes les vitres de la gare sont brisées. Les -petits fours et le chocolat des distributeurs automatiques ont tenté -les Allemands, qui ont enfoncé les appareils à coups de crosse.</p> - -<p>La petite ville est sans lumières; tous les volets sont clos. Pas -de chambre disponible dans l’unique hôtel. Enfin, avec l’aide d’un -maquignon, venu pour acheter des chevaux blessés, nous découvrons deux -sommiers, par terre. Mais quelle abominable odeur s’en dégage! Les -Allemands ont couché là-dessus... Tout habillés, nous dormons mal... Au -matin, de très bonne heure, un bruit lointain, sourd, répété... C’est -le canon.</p> - -<p class="br"><i>20 septembre.</i>—Jour gris, pluie fine, paysage triste. La route de -Villers-Cotterets file, droite, à perte de vue, boueuse, sillonnée par -les larges traces des convois.</p> - -<p>Des pierres calcinées indiquent çà et là les feux de bivouacs; beaucoup -de bouteilles brisées; dans le fossé, un fourgon de munitions, un côté -de l’essieu sans roue, comme amputé. A droite et à gauche, des champs -de betteraves piétinés alternent avec des champs de blé en chaume. Les -voitures brisées ne se comptent plus; partout, des lambeaux d’uniformes -souillés de boue, des débris de harnachement et cent autres vestiges -des récents combats.</p> - -<div class="figcenter2" style="width: 245px;"> - <img src="images/page-289b.jpg" alt="" width="245" height="217" /> - <p class="captioncenter">Un poste militaire ambulant de télégraphie sans fil. - <span class="link"><a href="images/x-page-289b.jpg"> - <img class="agrandissement" src="images/agrandissement.jpg" alt="" width="18" height="14" /></a></span></p> -</div> - -<p>Mais voici de petits monticules de terre fraîchement remuée: ce sont -des tombes de soldats. Quelques branches de feuillage, déjà roussi, -sont piquées sur ces tumulus; c’est tout, mais cela évoque le spectacle -tragique et poignant d’hier, et les larmes nous viennent aux yeux. -Au delà, par un chemin de traverse, avance lentement un long convoi -d’approvisionnements; tout ce cortège est de couleurs sombres; les -voitures et les hommes se détachent, dans le gris, sur un fond de -collines d’où s’échappe la fumée des batteries d’artillerie. Les -fantassins, courbés sous la pluie persistante, ont eu l’ingénieuse idée -de se couvrir la tête de vulgaires sacs, en guise de capuchons, et -ressemblent ainsi à des Bédouins. Le tableau est digne du crayon d’un -Raffet.</p> - -<p>A Villers-Cotterets, nous reconnaissons nos autobus de Paris, en -longues files, de chaque côté de la rue, mais dans quel état! Enduits -de boue, repeints en gris terne, les glaces remplacées par des toiles -métalliques. A l’intérieur, sont accrochés de gros quartiers de viande; -ce sont les boucheries ambulantes. D’autres sont transformés en cuisine -et rappellent les roulottes de nos forains.</p> - -<div class="figcenter2" style="width: 245px;"> - <img src="images/page-289c.jpg" alt="" width="245" height="153" /> - <p class="captioncenter">Distribution de trophées - <span class="link"><a href="images/x-page-289c.jpg"> - <img class="agrandissement" src="images/agrandissement.jpg" alt="" width="18" height="14" /></a></span></p> -</div> - -<p>Dans la grande rue, quelle ruche bourdonnante! Tout un va-et-vient -affairé d’officiers d’état-major, de voitures d’ambulance, -d’estafettes, de fantassins en corvée, de soldats anglais aux costumes -seyants, de couleur neutre. Beaucoup de grandes voitures à foin -passent, bondées de défroques, de selles, de manteaux allemands; un -homme, juché sur ces trophées, distribue aux uns et aux autres un -casque, un manteau ou quelque autre souvenir de la bataille.</p> - -<p>Une auberge est remplie de soldats de toutes armes; ils sont gais en -dépit des souffrances endurées. Leurs uniformes, neufs il y a quelques -semaines, sont déjà fripés. Des sous-officiers, bonnet de police au -vent, se font la barbe en plein air. Ils deviennent loquaces devant -le café bien chaud. Ecoutons leurs récits de guerre. Un dragon parle -du dernier engagement; un artilleur raconte comment il a échappé à la -mort; mais un petit sergent interrompt ces histoires: «L’autre jour, -dit-il, je me trouvais avec une cinquantaine d’hommes, sur une grande -diablesse de route, entourée de champs plats comme la main. Tout d’un -coup, à un tournant, les <i>Boches</i>, bien abrités dans leurs tranchées, -nous reçoivent avec un feu d’enfer! Nous ripostons, mais les camarades -tombent comme des mouches. Ce n’était pas tout ça, il fallait se tirer -de là! Un fossé longeait la route, pour aboutir, 100 mètres plus loin, -à un remblai couronné d’une haie. Pas bien profond, ce fossé, et plein -de cadavres d’hommes et de chevaux! N’importe, je crie: «Tout le monde -là dedans, à la file!» Les premiers ne se baissaient pas assez; ils -sont vite ratissés, et nous sommes obligés de passer sur leurs corps -tout chauds pour avancer. Lorsque le restant put arriver vers l’abri, -nous étions couverts de sang et de boue, et tellement affreux que nous -n’osions plus nous regarder...»</p> - -<p>En route pour Compiègne... La belle forêt n’a pas souffert. Les -grands hêtres aux majestueuses frondaisons abritent des fougères d’un -magnifique brun rouge; mais les réalités brutales détournent vite notre -attention de ce spectacle harmonieux. Des chevaux aux plaies horribles -nous croisent; des cavaliers démontés regagnent d’un pas lourd leur -casernement. Voici un long convoi de prisonniers, encadré de gendarmes.</p> - -<p>A Taillefontaine, le bruit du canon se rapproche; les panaches des -obus, au loin, tachent de ronds blancs le ciel gris. La campagne, très -découverte ici, semble abandonnée; seuls des chevaux échappés de la -bataille paissent dans <span class="pagenum" id="Page_290">290</span> les champs; les nuages, lourds de pluie, -sont échancrés au bas de l’horizon par une barre de pourpre sanglante.</p> - -<div class="figcenter2" style="width: 274px;"> - <img src="images/page-290a.jpg" alt="" width="274" height="205" /> - <p class="captioncenter">Comment les Allemands avaient transformé en - retranchements les soubassements des grilles du parc de Compiègne. - <span class="link"><a href="images/x-page-290a.jpg"> - <img class="agrandissement" src="images/agrandissement.jpg" alt="" width="18" height="14" /></a></span></p> -</div> - -<p>Voici l’imposant château de Pierrefonds. Ses hautes tours se dressent -dans le ciel. Au pied des murailles, défile interminablement de -l’infanterie, de la cavalerie et de l’artillerie. Quel étrange -contraste que cet appareil de guerre moderne devant ce château féodal!</p> - -<p class="br"><i>21 septembre.</i>—Compiègne, pendant l’occupation allemande, n’a presque -pas souffert, grâce au sang-froid et au courage de M. Martin, adjoint -au maire, et de M. Gabriel Mourey, conservateur du palais.</p> - -<p>Lorsque, brusquement, les Allemands pénétrèrent dans la ville, M. -Mourey se trouva séparé du palais par une troupe compacte d’ennemis -envahissant la place. Malgré les menaces, il put se frayer un passage -et arriva assez à temps pour recevoir l’état-major. Il se nomma et dit -simplement: «Je mets ce palais et les richesses qu’il contient sous la -sauvegarde de l’armée allemande.»</p> - -<p>Néanmoins des officiers, en visitant le château, emportèrent quelques -«souvenirs»; mais aucun objet de grande valeur ne fut soustrait.</p> - -<p>L’aimable conservateur nous accompagna dans le grand parc. La -télégraphie sans fil y est installée avec ses appareils compliqués. Le -sergent de service nous apprend qu’il lui arrive parfois d’enregistrer -des dépêches allemandes. Tout au bout de la grande allée, les Prussiens -avaient établi des retranchements en utilisant les murs de soubassement -des grilles, renforcés par des mottes de terre et de gazon; plus loin, -ils ont entassé, les unes sur les autres, des tables d’écoliers, afin -de pouvoir tirer par-dessus le mur d’enceinte.</p> - -<p>Dans la ville, seul l’hôtel des Postes a été saccagé. A coups de -pioche, on a brisé tous les appareils télégraphiques et téléphoniques, -alors que la rupture d’un câble suffisait pour les immobiliser.</p> - -<p>On nous conseille d’aller visiter Ch...-au-B..., naguère charmante -localité des bords de l’Oise. Là, c’est la dévastation; les trois -quarts du village ne sont plus que ruines calcinées. Ces ravages ont -été commis, dit-on, pour punir un boulanger de la localité qui avait -refusé de faire du pain pour l’ennemi. Cependant, au milieu de ce -chaos, on remarque quelques maisons restées intactes et on lit sur -leurs portes ces mots, en allemand, tracés à la craie: «Braves gens; -ont tout donné; épargnez leurs demeures.»</p> - -<div class="figcenter2" style="width: 274px;"> - <img src="images/page-290b.jpg" alt="" width="274" height="239" /> - <p class="captioncenter">Le bureau téléphonique de Compiègne après le passage des - Allemands. - <span class="link"><a href="images/x-page-290b.jpg"> - <img class="agrandissement" src="images/agrandissement.jpg" alt="" width="18" height="14" /></a></span></p> -</div> - -<p>M. Mourey nous avait priés de voir en passant si la villa de l’éditeur -Ollendorff, son ami, était encore debout. Cachée dans les arbres, -la villa est intacte. Le jardinier accourt à notre appel: «Ah! -messieurs, les Prussiens ont pillé tout le linge et les confitures!... -Heureusement qu’ils n’ont presque rien cassé!... A peine revenu de ces -émotions, je jardinais, lorsque surgit tout à coup devant moi un grand -diable d’Allemand, un déserteur sans doute, qui me met son revolver -sous le nez en criant: «Brot, wein!» (pain, vin), tout en me palpant -pour s’assurer que je n’avais pas d’armes. Sans quitter son revolver, -il but et mangea ce que je lui présentais. Ce ne fut pas tout: il prit -un bain dans la baignoire de madame, puis changea de linge en enfilant -une chemise de monsieur. J’en tremble encore!...»</p> - -<p>Pour revenir vers Compiègne, nous empruntons une autre route sillonnée -de convois de blessés: charrettes de paysans réquisitionnées, voitures -de livraison, etc. Deux grands bœufs traînent un tombereau rempli de -paille sur laquelle gisent des turcos blessés.</p> - -<p class="br"><i>22 septembre.</i>—Ce matin, par un temps délicieux, nous allons, par -la route de Soissons, assister, des hauteurs de la forêt, au duel -d’artillerie. Le chemin est encombré de réfugiés, femmes, enfants, -vieillards, portant chacun de pauvres hardes soustraites au pillage. -Leur regard reflète encore l’épouvante, et ils se hâtent vers le lieu -où ils pourront enfin se reposer.</p> - -<div class="figcenter2" style="width: 556px;"> - <img src="images/page-290c.jpg" alt="" width="556" height="235" /> - <p class="captioncenter">— On apporte un turco à l’ambulance.<br /> - — Le pansement des blessés arrivant de la ligne de feu. - <span class="link"><a href="images/x-page-290c.jpg"> - <img class="agrandissement" src="images/agrandissement.jpg" alt="" width="18" height="14" /></a></span></p> -</div> - -<p>Nous quittons la route pour gravir, à droite, le mont Saint-Marc, -du haut duquel nous apercevons, au loin, les batteries françaises. A -l’horizon, à 15 kilomètres à peine, l’ennemi est posté, depuis dix -jours, retranché formidablement dans d’immenses carrières. Les canons -font rage; les flocons de fumée blanche apparaissent constamment, -indiquant l’endroit où l’obus éclate. La fumée des obus allemands -est plus volumineuse et plus grise, mais leurs projectiles explosent -généralement trop haut et font beaucoup moins de mal que ceux de notre -75.</p> - -<p>Au loin, on distingue nettement la cathédrale et la ville de Noyon, -encore aux mains de l’ennemi.</p> - -<p>A la descente, arrêt devant l’ambulance n<sup>o</sup> 1 du ... corps, installée -dans une clairière, près d’un talus de la voie ferrée. Deux grandes -tentes abritent les blessés les plus atteints; les autres, chasseurs -d’Afrique, zouaves, turcos, sont au dehors, étendus ou assis sur la -paille, fumant et dormant. La soupe chauffe en plein vent; les chevaux -des cantines broutent l’herbe grasse.</p> - -<p>Une voiture s’arrête; on en descend avec précaution un turco affaissé; -les brancardiers le déposent sur une civière, aussitôt placée sur -un tréteau. Le major, en blouse blanche, défait le pansement tout -sanglant; le mollet apparaît à demi arraché par un éclat d’obus. Un -badigeon de teinture d’iode sur cette affreuse plaie, et vite à un -autre, car il en arrive d’autres de la proche ligne de feu.</p> - -<p>Un lieutenant tient sa main blessée dans l’entre-bâillement de sa -vareuse; on accourt... «Non, pas encore, quand mes hommes seront -pansés.» Et il continue sa promenade de long en large, en serrant les -dents.</p> - -<p><span class="pagenum" id="Page_291">291</span></p> - -<div class="figcenter2" style="width: 600px;"> - <img src="images/page-291a.jpg" alt="" width="600" height="390" /> - <p class="captioncenter">Une ambulance dans une clairière.—<i>Dessin de <span class="smcap">Louis - Tinayre</span>.</i> - <span class="link"><a href="images/x-page-291a.jpg"> - <img class="agrandissement" src="images/agrandissement.jpg" alt="" width="18" height="14" /></a></span></p> -</div> - -<p class="br"><i>23 septembre.</i>—Nous allons essayer de gagner le front. De bon matin -nous longeons les bords du canal de l’Oise, où sont amarrées des -péniches aux couleurs gaies; l’air est ensoleillé et doux; le spectacle -serait délicieux si le bruit du canon ne se faisait entendre.</p> - -<p>A la tête d’un pont obstrué par une barricade en planches, un officier -de chasseurs nous arrête: interdiction absolue d’aller à bicyclette, -la zone étant dangereuse. Nous poursuivons à pied notre chemin, à nos -risques et périls.</p> - -<p>A T..., dans une auberge presque déserte, c’est tout juste si l’on -peut nous donner un peu de vin. Nous possédons heureusement encore une -boîte de sardines. La brave aubergiste nous sert en tremblant; on parle -d’un mouvement offensif des Allemands. Pourtant un habitant de R... va -essayer de rentrer chez lui; nous le suivons. Voici les approches de la -ligne de feu. Un prêtre ayant le brassard de la Croix-Rouge se joint à -nous.</p> - -<p>Sur notre droite, une batterie de notre 75, dissimulée derrière des -épaulements de terre, reste silencieuse; nous la dépassons bientôt, -et nous nous arrêtons devant le double poste de B... Un officier de -dragons lit attentivement nos papiers. Soudain éclate une détonation -formidable, suivie de plusieurs autres, coup sur coup. Nous courbons -le dos et la tête, à la joie des soldats du poste. C’est notre 75 qui -entre en action.</p> - -<p>Tandis que le lieutenant nous présente au commandant G..., un chasseur -d’Afrique arrive, suivi d’un autre à pied, sans coiffure, l’uniforme -souillé de terre, la tête ensanglantée et tuméfiée.</p> - -<div class="figcenter2" style="width: 273px;"> - <img src="images/page-291b.jpg" alt="" width="273" height="212" /> - <p class="captioncenter">Un chasseur d’Afrique, démonté et qui vient d’être - poursuivi par un détachement ennemi, raconte comment il s’est échappé. - <span class="link"><a href="images/x-page-291b.jpg"> - <img class="agrandissement" src="images/agrandissement.jpg" alt="" width="18" height="14" /></a></span></p> -</div> - -<p>«Mon commandant, dit ce dernier, nous étions tous deux en patrouille, -lorsque des <i>Boches</i> invisibles nous envoyèrent des coups de fusil. -Mon cheval s’effondre, tué net; je roule à terre; mon camarade pique -des deux; étourdi, je me relève; les <i>Boches</i> m’ont «coursé», mais ils -allaient moins vite que moi, à cause de leurs sacs, et me voilà.»—«Va -te faire panser, mon garçon», dit le commandant.—«Oh! ce n’est pas la -peine, réplique le brave petit chasseur, je vais me laver la figure; -mais c’est mon cheval que je regrette!»</p> - -<p>L’autorisation nous est accordée de visiter le château de B.... -L’action y fut des plus chaudes, il y a trois jours. L’allée d’honneur -est encombrée de fusils brisés, de cartouchières vides. Sur la terre, -de larges taches de sang séché. Derrière la grande grille se trouvaient -encore, il y a deux jours, des cadavres de Français et d’Allemands, -côte à côte; des chevaux éventrés obstruaient l’entrée. L’ennemi, -retranché dans le château, avait résisté; il avait fallu le prendre -entre deux feux pour en venir à bout, après une lutte acharnée.</p> - -<p>Nous entrons, déjà fort émus par ce que nous avions vu au dehors. Dans -le grand salon, quel inoubliable spectacle! Les grandes glaces sont -étoilées par les balles; les meubles sont éventrés; par terre, des -matelas, des sommiers, inondés de sang. Sur des fauteuils Louis XIII, -des fantassins blessés sommeillent; d’autres, de leur main valide, -écrivent des lettres, sur des tables dorées. Un vrai tableau à la de -Neuville!</p> - -<div class="figcenter2" style="width: 300px;"> - <img src="images/page-291c.jpg" alt="" width="300" height="233" /> - <p class="captioncenter">Une chambre du château de B... - <span class="link"><a href="images/x-page-291c.jpg"> - <img class="agrandissement" src="images/agrandissement.jpg" alt="" width="18" height="14" /></a></span></p> -</div> - -<p>Nous montons au premier; voici la chambre de la châtelaine: un obus -a <span class="pagenum" id="Page_292">292</span> crevé le plafond et la cloison; l’armoire à glace est zébrée -de cassures; le lit est défoncé; les tiroirs ouverts des commodes -laissent échapper des lambeaux de linge fin; des dentelles déchirées, -des peignes d’écaille brisés gisent avec des cartouches au milieu des -platras. Tout cela, pêle-mêle, dans un désordre inexprimable; et, au -milieu de ce désastre, sur la cheminée, une terre cuite intacte, la -<i>Flore</i>, de Carpeaux, qui semble sourire à cette scène de dévastation.</p> - -<p>On nous fait remarquer, dans une autre pièce, un boulet russe portant -cette inscription: «Trouvé dans le parc de Bethancourt en 1814». A côté -du boulet historique nos officiers ont placé un obus allemand avec la -date: «1914».</p> - -<p>Dans le parc, des tranchées creusent les belles pelouses. Au détour -d’une allée, une maisonnette, grande ouverte, laisse voir des jouets -d’enfants; des poupées dorment sagement dans des lits à rideaux près -d’un minuscule ménage de porcelaine. Dehors, sur un tertre, un petit -fourneau où cuisait probablement le dîner des poupées quand les mamans -apeurées vinrent prendre les chers enfants dans leurs bras pour les -emporter loin des barbares.</p> - -<p>La mitraille a respecté ces petits riens, tandis qu’à vingt mètres -de là un obus allemand tombait sur un kiosque où s’abritait un poste -de dix hommes qui tous furent tués ou blessés mortellement. L’aspect -est terrifiant: les morts ont été pieusement enterrés, mais on voit -encore des débris informes de sacs, de gamelles, des képis lacérés, -des lambeaux sanglants d’uniforme. Je ramasse un fragment de canon de -fusil tordu en arc. Tous ces vestiges sont recouverts de cendre grise -produite par la déflagration des gaz de l’obus.</p> - -<p>A ce moment, l’officier qui nous guidait nous quitta pour interroger -deux prisonniers. Ils avaient l’air placide et rassuré et se montraient -pleins de déférence pour ce chef qui les questionnait en allemand, avec -douceur.</p> - -<div class="figcenter2" style="width: 279px;"> - <img src="images/page-292a.jpg" alt="" width="279" height="206" /> - <p class="captioncenter">Interrogatoire de prisonniers. - <span class="link"><a href="images/x-page-292a.jpg"> - <img class="agrandissement" src="images/agrandissement.jpg" alt="" width="18" height="14" /></a></span></p> -</div> - -<p>Un aide-major partait avec ses infirmiers, pour rejoindre son poste, -sur la ligne de feu; nous le suivîmes. En passant dans un chemin -creux ravagé par la bataille il nous montra à droite la carcasse d’un -aéroplane allemand à demi calciné. Descendu par nos balles entre -nos lignes et celles de l’ennemi, il s’accrocha à un petit pommier, -amortissant ainsi la chute de l’aviateur qui sauta au moment où son -appareil s’enflammait; l’Allemand s’enfuit alors vers ses lignes et put -s’échapper, malgré nos coups de feu.</p> - -<div class="figcenter2" style="width: 299px;"> - <img src="images/page-292c.jpg" alt="" width="299" height="182" /> - <p class="captioncenter">La carcasse d’un aéroplane allemand, descendu par nos - balles dans nos lignes. - <span class="link"><a href="images/x-page-292c.jpg"> - <img class="agrandissement" src="images/agrandissement.jpg" alt="" width="18" height="14" /></a></span></p> -</div> - -<p>Nous pénétrons dans le petit village de C... par un passage étroit, -entre des charrettes culbutées et formant barricade. Les moindres -issues sont gardées, les Allemands étant proches. Après avoir gravi les -flancs rocheux d’une colline, nous découvrons brusquement l’emplacement -du dernier combat. Le sol est couvert de cartouches; les rochers sont -fendus, écornés par les obus et les balles; des branches d’arbres -pendent lamentablement. Mais voici des cadavres allongés, raidis dans -leurs uniformes souillés de terre et de sang. La lutte a dû être -sauvage, car les nôtres sont presque côte à côte avec les Allemands. -Nous nous découvrons en silence devant nos morts glorieux. Le soleil, -très bas, projette ses derniers rayons. Une fosse a été creusée par -une équipe de paysans réquisitionnés. On entasse les cadavres, sans -les dévêtir, après avoir retiré de leurs poches de menus objets et des -lettres qu’on place dans leur mouchoir noué et qu’on déposera à la -mairie.</p> - -<div class="figcenter2" style="width: 462px;"> - <img src="images/page-292b.jpg" alt="" width="462" height="398" /> - <p class="captioncenter"> La recherche des morts, au sommet d’une colline où se - livra un violent combat. - <span class="link"><a href="images/x-page-292b.jpg"> - <img class="agrandissement" src="images/agrandissement.jpg" alt="" width="18" height="14" /></a></span></p> -</div> - -<p>Nous nous disposions à prendre quelques croquis quand des balles -passent au-dessus de nos têtes. L’aide-major nous invite à nous -retirer, en nous assurant qu’il ne tient pas à nous reconduire sur -un brancard. Il faut regagner le château; la nuit est proche. Nous -prenons congé des officiers, mais nos adieux sont interrompus par des -détonations formidables... «Ça, c’est pour nous, disent ces braves, -c’est l’heure des obus allemands; dépêchez-vous!»</p> - -<p>A partir de 6 heures, il est interdit de circuler sur les routes. Un -lieutenant nous accompagne à 3 kilomètres de là, vers M.... Nuit noire. -Nous suivons une patrouille encadrant, baïonnette au canon, une troupe -de suspects. Après des «Qui vive!» impressionnants, un officier vient -reconnaître notre groupe. Il nous interroge fort poliment, mais à la -lecture de nos papiers sa figure devient grave. Nous ne devions pas -franchir les lignes, il doit exécuter les ordres qu’il a reçus. A son -grand regret, il nous retient donc prisonniers et s’en va rédiger son -rapport pour le quartier général.</p> - -<p>Deux gendarmes, qui nous surveillent, consentent à nous mener -à l’auberge où nous ne trouvons d’ailleurs plus rien à manger. -Nous sommes transis, non de peur, mais de froid. A la demande de -nos gardiens, un reste de soupe nous est servi, au milieu des -chuchotements... des «espions, sans doute!» Il nous faut monter dans -un grenier, au-dessus du corps de garde. On nous a gratifiés de deux -matelas nus. Les gendarmes s’apprêtent à se coucher sur la paille, mais -nous les engageons à prendre un des matelas. Ils acceptent, remercient -et... ne tardent pas à ronfler.</p> - -<p>... Le lendemain nous étions libérés. Nous prenions à Compiègne -l’unique train partant pour Paris, tout émus de ces visions à la fois -héroïques et tristes, mais aussi d’une tragique beauté.</p> - -<p class="rsignature"><span class="smcap">Julien Tinayre.</span></p> - -<p class="center">*<br /> -* *</p> - -<p><span class="pagenum" id="Page_293">293</span></p> - -<div class="figcenter2" style="width: 600px;"> - <img src="images/page-293.jpg" alt="" width="600" height="830" /> - <p class="captioncenter">UN TIREUR QUI NE GACHE PAS SA POUDRE<br /><br /> - <i>Photographie, prise à trois cents mètres de l’ennemi, d’une section de - marsouins s’avançant par bonds et en tiraillant, sous la pluie et les - obus.</i> - <span class="link"><a href="images/x-page-293.jpg"> - <img class="agrandissement" src="images/agrandissement.jpg" alt="" width="18" height="14" /></a></span></p> -</div> - -<p>Voilà un brave marsouin qui, comme on dit, ne gâche pas sa poudre aux -moineaux. La troupe avance par bonds, en terrain découvert, sous le feu -de l’artillerie, dont on voit les shrapnells arroser le champ ras. Pas -de tranchées; pas d’abris, sauf un faible talus. A trois cents mètres, -il y a l’ennemi, qui n’économise pas les munitions, d’habitude. La -pluie des balles rivalise avec la pluie du ciel inclément. Ce vieux -routier qui a couru le monde et «dégringolé» tour à tour, peut-être, -le Chinois, le Targui et le Chleuh, est là, indifférent à la double -averse, calme comme au champ de tir, ajustant posément l’adversaire -choisi ainsi qu’il viserait la cible, et sans doute, faisant mouche -à tout coup, ou presque. Et l’on admire, devant cette photographie, -prise sur le terrain par un officier d’un sang-froid égal à celui -de ses hommes, ces troupes de métier de la coloniale, si maîtresses -d’elles-mêmes, et qui ont, depuis deux mois et demi, multiplié à l’envi -les actions d’éclat.</p> - -<hr class="small" /> - -<p><span class="pagenum" id="Page_294">294</span></p> - -<div class="figcenter2" style="width: 600px;"> - <img src="images/page-294.jpg" alt="" width="600" height="405" /> - <p class="captioncenter">LA DERNIÈRE PÉRIPÉTIE DU DUEL ENTRE LES FORTIFICATIONS - MODERNES ET LES PROJECTILES A EXPLOSIFS BRISANTS<br /><br /> - Après les forts de Liége, de Namur et de Maubeuge, ceux d’Anvers ont - succombé contre l’artillerie lourde allemande.—<i>La photographie - ci-dessus, empruntée à une publication de langue allemande</i>, Blætter - von Krieg (<i>Tablettes de la Guerre</i>), <i>publiée à Berne, représente, - d’après ce journal, une coupole d’un des forts de Maubeuge disloquée - par un projectile de mortier de 420</i>. - <span class="link"><a href="images/x-page-294.jpg"> - <img class="agrandissement" src="images/agrandissement.jpg" alt="" width="18" height="14" /></a></span></p> -</div> - -<h2 id="ch_8">LA ONZIÈME SEMAINE DE GUERRE</h2> - -<hr class="small2" /> - -<p>Cassel, Bouvines, Mons-en-Pévèle, Lens, Denain, Tourcoing, Lille, tous -ces noms glorieux rappelant la formation de la patrie française, du -moyen âge à la Révolution, sont soudain réapparus dans une sanglante -auréole. C’est dans ces campagnes des Flandres et de l’Artois que se -transportèrent cette semaine les principaux événements de guerre. Du -moins est-ce surtout sur cette nouvelle phase de l’invasion que le -quartier général nous donne plus particulièrement des indications. Il -faut commencer aujourd’hui par cette région ensanglantée le résumé des -événements de la semaine.</p> - -<h3 id="ch_8a">DANS LE NORD</h3> - -<p>Dans nos précédentes notes nous disions qu’une force allemande de -composition inconnue était aux prises aux environs de Lille avec -les forces françaises, d’effectifs également tenus secrets par le -communiqué. On signalait seulement une division de cavalerie ennemie -au Nord de Lille, s’étendant de la rive gauche de la Lys aux abords -d’Hazebrouck et de Cassel, presque à la mer du Nord, nous disait-on.</p> - -<p>Cette cavalerie a rencontré la nôtre qui, à plusieurs reprises, l’a -refoulée au Nord de Lille, et ensuite l’a rejetée sur la Lys au -moment où les escadrons ennemis en tentaient le passage sur plusieurs -points. Ces rencontres se sont poursuivies jusqu’au 10 et au 12. Elles -avaient pour but, de la part des Allemands, de couvrir la marche d’un -corps d’armée vers Lille. Les premiers détachements ennemis se virent -repoussés à leur arrivée devant cette grande ville; le combat fut assez -violent dans les faubourgs. Puis les Allemands revinrent en force—un -corps d’armée—et occupèrent Lille, défendu uniquement par des éléments -territoriaux. La nouvelle en parvint le 13. Le 14, l’état-major -annonçait que les Franco-Anglais occupaient Ypres, se portant ainsi au -Nord de Lille.</p> - -<h3 id="ch_8b">AUTOUR D’ARRAS</h3> - -<p>Les Allemands voulaient évidemment attirer sur les bords de la Lys une -partie des troupes françaises qui opéraient avec succès autour d’Arras -et jusque dans les plaines illustres de Lens où Condé, par sa plus -éclatante victoire, fit rentrer l’Artois dans le giron national. Mais -le généralissime ne s’est pas laissé détourner. Il poursuit son but. -Celui-ci est-il atteint? On pourrait le supposer puisque le <i>Temps</i> -assure que nous serions près de la Sambre.</p> - -<p>Les communiqués, d’ailleurs, n’ont pas cessé de dire que nous contenons -partout l’ennemi quand nous ne progressons pas. S’ils restèrent sobres -de détails sur ce qui a dû se passer entre Arras, Douai et Cambrai, ils -ont signalé que les Allemands, tentant, au Sud d’Arras, de percer nos -lignes dans la vallée de l’Ancre, n’ont pu réussir et ont dû se retirer -après des pertes considérables. De ce côté et aux abords même d’Arras, -la bataille a été extrêmement ardente. Le 10, nous refoulions l’ennemi -à 20 kilomètres du chef-lieu du Pas-de-Calais.</p> - -<h3 id="ch_8c">EN SANTERRE</h3> - -<p>Tout en s’efforçant de s’opposer à la manœuvre que nous opérions -dans le Nord, l’ennemi n’a pas cessé ses attaques furibondes sur notre -front marqué entre le Noyonnais et le Santerre par Lassigny, Roye et -la Somme. Presque chaque jour on annonçait une nouvelle tentative -pour percer nos lignes dans la direction d’Amiens et, chaque fois, -on apprenait que le mouvement avait échoué. Un moment, vers le 7 -octobre, la violence de la ruée et le nombre des assaillants nous -avaient obligés à un recul; mais nous reprîmes l’offensive; le terrain -un instant abandonné fut réoccupé. Depuis lors, l’ennemi a redoublé -d’efforts, sans pouvoir nous déloger; le 9, une vive action tourna -encore à notre avantage; nous faisions 1.600 prisonniers. Le 10, nos -troupes enlevaient un drapeau.</p> - -<h3 id="ch_8d">ENTRE L’OISE ET L’AISNE</h3> - -<p>La guerre de siège continue sur le plateau du Soissonnais où Français -et Anglais prennent un à un les retranchements, les carrières -souterraines aménagées en casemates, les <i>creuttes</i> ou habitations de -troglodytes dans lesquels les Allemands ont installé de multiples -moyens de défense et d’attaque. Nous avons renoncé aux attaques -brillantes d’un effet rapide, mais qui nous coûtaient cher en vies -humaines, pour cheminer méthodiquement, parvenir aux tranchées et en -déloger les occupants lorsque la mélinite ne les a pas asphyxiés ou -pulvérisés.</p> - -<h3 id="ch_8e">ENTRE REIMS ET L’ARGONNE</h3> - -<p>Les combats ont continué autour de Reims et le duel d’artillerie s’est -poursuivi entre nos batteries des collines de l’Ouest et celles que les -Allemands ont installées sur les forts abandonnés par nous, tels que -Berru, Nogent-l’Abbesse et Brimont. L’ennemi tente en vain de rompre -nos lignes de Reims à Craonne; attaques de nuit, attaques diurnes -se heurtent à la même résistance. Et, aux dernières nouvelles, nous -paraissons prendre l’offensive et progresser.</p> - -<p>Plus à l’Est, dans la plaine de Champagne et en Argonne, après une -longue période de calme, l’action recommence; le 13, on annonçait -une avance au Nord de Souain, point occupé il y a bien des jours. -En même temps nous montions aux deux lisières Ouest et Est de la -forêt d’Argonne. Entre la forêt et la Meuse nous occupions, le 13, -Malancourt, village situé sur le parallèle de Varennes, à 5 kilomètres -au Sud-Est de la colline de Montfaucon dont l’armée du kronprinz avait -fait son réduit retranché.</p> - -<h3 id="ch_8f">DE LA MEUSE A LA WOËVRE</h3> - -<p>Les combats ont été constants. Les forces allemandes qui avaient -atteint Saint-Mihiel se sont vues peu à peu entourées par les troupes -françaises montant au long des Côtes de Meuse et qui ont occupé -les points capitaux de cette ligne de hauteurs: Apremont au Sud, -Hattonchâtel au Nord. En vain l’ennemi a-t-il dirigé, de jour et de -nuit, des attaques violentes pour rompre le cercle; il paraît toujours -contenu et l’espace se rétrécit.</p> - -<p>Pendant ce temps, nos troupes de la Woëvre continuent à monter vers le -Nord et à dégager les abords de Verdun; elles ont atteint la région à -l’Est de cette grande place et se sont rendues maîtresses de la route -de Verdun à Metz dans la partie débouchant <span class="pagenum" id="Page_295">295</span> sur la plaine. De ce -côté encore nous n’avons cessé de progresser.</p> - -<h3 id="ch_8g">VOSGES ET ALSACE</h3> - -<p>Les communiqués sont très calmes: ils n’ont signalé qu’une attaque de -nuit au Nord de Saint-Dié, près du village du Ban-de-Sapt. Mais les -journaux suisses ont révélé que des opérations assez actives ont lieu -en Haute Alsace. Nous avons fortement occupé et retranché les crêtes et -cols des Vosges; de vives attaques allemandes n’ont abouti qu’à causer -d’énormes pertes à l’ennemi.</p> - -<h3 id="ch_8h">EN BELGIQUE</h3> - -<p>L’occupation d’Anvers à laquelle on s’attendait malheureusement depuis -que l’exemple de Liége, de Namur et de Maubeuge a révélé l’action -destructrice des obusiers allemands sur les ouvrages bétonnés n’a -donc pas surpris si elle a été douloureuse. Mais l’événement n’a pas -eu l’importance que lui aurait donnée la capture de l’armée belge de -campagne. Celle-ci a pu se retirer au complet, avec son artillerie et -ses convois, sous la conduite de son admirable souverain.</p> - -<p>Dès le 7, le gouvernement s’installait à Ostende; le 8, le commandant -du corps de siège allemand, ayant pu forcer au Sud la ceinture des -forts, annonçait le bombardement. Et, le 10, l’ennemi pénétrait dans la -ville. Toutefois la plupart des forts, 24 sur 30, continuaient encore -à résister; les autres ont été détruits par les Belges avant leur -retraite pour les empêcher d’être utilisés par les assiégeants.</p> - -<p>Le 13, le gouvernement belge se retirait au Havre, où sa résidence -constituera une véritable fraction du sol de la Belgique indépendante. -Le coup de main que les Allemands, qui sont entrés à Gand, auraient pu -diriger sur Ostende serait désormais sans effet.</p> - -<h3 id="ch_8i">LES ARMÉES RUSSES</h3> - -<p>Au Nord, les batailles livrées sur le Niémen, puis entre ce fleuve -et la frontière prussienne, ont abouti au refoulement des Allemands -sur leur territoire. Les Russes les ont poursuivis; ils avaient déjà -Soldau, au Nord-Ouest de Varsovie; ils sont maintenant à Lyck, au -cœur de la Masurie (Masurenland), centre des communications dans -cette région parsemée de lacs. Ils ont également occupé Bialla, près de -Johannisburg.</p> - -<p>On peut se rendre compte sur notre carte du progrès de l’armée russe, -depuis le jour où elle a chassé l’ennemi des rives du Niémen, non loin -de Grodno, pour venir remporter les grandes victoires de Souvalki et -d’Augustovo qui ont amené la déroute des Allemands et leur retour en -Prusse.</p> - -<p>D’autres combats heureux ont eu lieu à Wirballen (le Vierjbolovo de -notre carte), première gare russe sur le chemin de fer de Pétrograd. -Plus au Sud, sur la rivière Bobr, entre Grodno et Lomcha, le siège -d’Ossowetz a dû être levé en hâte par les Allemands qui, dans la -précipitation de leur retraite, ont abandonné la plus grande partie de -leur artillerie.</p> - -<p>En Pologne, où les Allemands étaient parvenus fort avant dès les -premiers jours de la guerre, les Russes prononcent maintenant une -offensive vigoureuse. Sur la Vistule inférieure ils approchent de -Thorn; dans la région de Lodz ils refoulent peu à peu l’envahisseur -vers la Silésie. La nécessité de déblayer le territoire national des -corps d’armée qui l’occupent encore explique comment l’effort sur -Cracovie ne se traduit pas dès maintenant par la bataille; mais, de -toutes parts, les masses se préparent à la formidable rencontre. -Pendant que Przemysl est attaquée avec une vigueur qui fait prévoir la -chute prochaine de la forteresse, les colonnes russes, passant au Nord -et au Sud de la place, continuent leur marche vers la seconde capitale -de la Galicie.</p> - -<p>D’autres forces russes, 200.000 hommes, dit-on, ont franchi les -Karpathes et descendu les vallées. Elles atteignent déjà la plaine -hongroise. On a signalé l’occupation de villes que l’on trouvera au bas -de notre carte, à droite: Maramoros-Szigeth, Huszt, Ungvar. Plusieurs -comitats hongrois sont ainsi envahis. Les Russes semblent maintenant se -porter sur Budapest, à travers des régions où les Austro-Hongrois n’ont -que des forces insuffisantes.</p> - -<h3 id="ch_8j">DANS LES BALKANS</h3> - -<p>Les Serbes et les Monténégrins continuent leur avance vers Sarajevo; -l’attaque directe de la ville est proche.</p> - -<p>Sur l’Adriatique, le bombardement de l’escadre autrichienne, bloquée à -Cattaro, va être entrepris par les batteries que l’artillerie française -a installées au sommet du mont Lovcen, dominant la mer de plus de 1.700 -mètres.</p> - -<p class="rsignature"><span class="smcap">Ardouin-Dumazet.</span></p> - -<div class="figcenter2" style="width: 600px;"> - <img src="images/page-295.jpg" alt="" width="600" height="527" /> - <p class="captioncenter">Le théâtre des opérations russes contre l’Allemagne et - l’Autriche-Hongrie, du Niémen aux Karpathes. - <span class="link"><a href="images/x-page-295.jpg"> - <img class="agrandissement" src="images/agrandissement.jpg" alt="" width="18" height="14" /></a></span></p> -</div> - -<hr class="small" /> - -<p><span class="pagenum" id="Page_296">296</span></p> - -<h2 id="ch_9">HANSI, FANTASSIN FRANÇAIS</h2> - -<hr class="small2" /> - -<p>Celui qui prétend, d’après l’autographe ci-dessous, être un «pioupiou -mal ficelé», c’est Hansi, notre bon Hansi. Bien avant l’agression de -l’Allemagne contre nous, il se battait déjà, le crayon aux doigts, et -faisait feu de toute sa verve railleuse et méprisante, de tout son -patriotisme ardent et comme entêté, contre ceux qui, déguisés alors en -professeurs et en bourgeois à lunettes, ont repris depuis deux mois -leur vraie figure de barbares armés. Aujourd’hui, Hansi est soldat -interprète au service de l’un de nos états-majors de l’Est. Ses amis -constateront avec plaisir que la capote et le képi ne sont pas si mal -seyants qu’il le croit à son grand corps dégingandé.</p> - -<div class="figcenter2" style="width: 191px;"> - <img src="images/page-296a.jpg" alt="" width="191" height="299" /> - <p class="captioncenter">Hansi sous l’uniforme français. - <span class="link"><a href="images/x-page-296a.jpg"> - <img class="agrandissement" src="images/agrandissement.jpg" alt="" width="18" height="14" /></a></span><br /><br /> - <i>Photographie envoyée par le vaillant artiste alsacien à un de ses amis - de Paris.</i> - </p> -</div> - -<h2 id="ch_10">UNE BOMBE SUR NOTRE-DAME</h2> - -<hr class="small2" /> - -<p>Comme si le bombardement de la cathédrale de Reims n’était pas, aux -yeux des soldats du kaiser, un exploit suffisant, un aéroplane ennemi, -survolant Paris, dimanche dernier, est venu lancer sur la cathédrale -Notre-Dame une bombe incendiaire. Cet engin tomba sur le chéneau du -transept Nord, à droite de l’horloge, ouvrit un trou dans le zinc -de la toiture et communiqua le feu à une poutre de la charpente. -L’intervention rapide des pompiers empêcha l’incendie de se propager.</p> - -<div class="figcenter2" style="width: 404px;"> - <img src="images/page-296b.jpg" alt="" width="404" height="500" /> - <p class="captioncenter">Le transept Nord de Notre-Dame de Paris atteint par une - des bombes des aéroplanes allemands.—<i>Phot. Gimpel.</i> - <span class="link"><a href="images/x-page-296b.jpg"> - <img class="agrandissement" src="images/agrandissement.jpg" alt="" width="18" height="14" /></a></span></p> -</div> - -<h2 id="ch_11">UN HÉROS DE L’AVIATION RUSSE</h2> - -<hr class="small2" /> - -<p class="schapitre">COMMENT EST MORT LE CAPITAINE NESTEROV</p> - -<p>Le corps de l’aviateur militaire Nesterov vient d’être ramené du champ -d’honneur et enseveli à Kiew en grande pompe, en présence de membres -de la maison impériale, de nombreux généraux et d’une affluence -considérable.</p> - -<p>On sait que le capitaine Nesterov a péri héroïquement au cours d’un -combat aérien contre un avion autrichien lanceur de bombes, combat qui -se termina par la chute mortelle des adversaires. Les journaux ayant -relaté inexactement cet épisode marquant de la guerre aérienne, il -nous semble utile de reproduire ici le récit du combat dû à un témoin -oculaire compétent et qui est le mécanicien même du capitaine Nesterov. -Il avait accompagné le pilote en Galicie et a ramené son corps en -Russie.</p> - -<div class="quote"> - <p>«Le capitaine Nesterov venait d’arriver sur le front de bataille, conte - le mécanicien. Trois appareils autrichiens, qui étaient déjà apparus - la veille, revinrent et se mirent à circuler au-dessus de nos troupes. - Nos coups de fusil ne les atteignirent point. Nesterov monta alors sur - son aéroplane, s’éleva rapidement à 2.000 mètres et poursuivit les - appareils ennemis.</p> - - <p>»Il réussit à atteindre l’un d’eux et fonça sur lui avec une telle - vigueur que le châssis de l’appareil de Nesterov vint heurter - l’appareil ennemi et le précipita violemment sur le sol.</p> - - <p>»Au même moment, l’appareil de notre pilote se mit à descendre en - spirales régulières, ce qui nous fit croire que Nesterov demeurait - indemne. Mais lorsque l’aéroplane se trouva tout près du sol, il se - retourna soudain et tomba comme une flèche, tandis que Nesterov fut - projeté hors de son siège.</p> - - <p>»Lorsque nous accourûmes, nous ne trouvâmes qu’un corps inerte, et - l’examen de la blessure: fracture nette de la colonne vertébrale, - montra que cette fracture avait été causée par un coup de l’hélice de - l’appareil autrichien. La mort de Nesterov avait donc été instantanée, - et c’est un corps sans vie que l’appareil continua à descendre un assez - long temps, avec une régularité surprenante. C’est que l’aéroplane - avait été si parfaitement stabilisé qu’il continua à se maintenir en - équilibre par inertie, suivant le plan réglé par l’aviateur avant son - attaque.»</p> -</div> - -<p>Ainsi, ce n’est point le choc entre les deux appareils qui a produit, -comme on l’avait dit, la chute mortelle du capitaine Nesterov. Sa mort -est due à une cause accidentelle, intervenue bien avant la chute sur le -sol: la fracture de la colonne vertébrale de l’aviateur par l’hélice de -l’appareil autrichien. Et cette constatation acquiert une importance -particulière pour le progrès de la navigation aérienne par ce qu’on -connaît des travaux antérieurs du capitaine Nesterov, auxquels la -remarque finale de son mécanicien fait allusion.</p> - -<p>Ces recherches en vue d’assurer à l’aéroplane une stabilité dans toutes -les positions, jusqu’aux plus hasardeuses, avaient amené le défunt -pilote à boucler la boucle, et cela quelques jours avant Pégoud, comme -l’a reconnu le fameux aviateur français lui-même.</p> - -<p>Depuis, tout en s’occupant de la réalisation de sa théorie sur le -planement automatique, par la construction d’un aéroplane de son -système, Nesterov eut l’occasion de manifester sa maîtrise et son -extraordinaire sang-froid de pilote, en descendant d’une haute altitude -sur un appareil qu’une explosion d’essence environna entièrement de -flammes. Une autre fois, il battit le record russe de distance et de -vitesse, en volant de Kiev à Pétrograd en dix-huit heures, avec une -seule escale. Plus récemment, il alla de Moscou à Pétrograd d’une -traite et sans préparatifs préalables.</p> - -<div class="figcenter2" style="width: 186px;"> - <img src="images/page-296c.jpg" alt="" width="186" height="229" /> - <p class="captioncenter">L’aviateur russe Nesterov et ses enfants. - <span class="link"><a href="images/x-page-296c.jpg"> - <img class="agrandissement" src="images/agrandissement.jpg" alt="" width="18" height="14" /></a></span></p> -</div> - -<p>La guerre survenue, l’héroïque capitaine dut abandonner ses travaux -théoriques pour aller combattre dans les airs. Mort glorieusement, -il laisse son fils trop jeune—il a trois ans et on le voit sur la -photographie avec sa sœur âgée de cinq ans—pour qu’il puisse -continuer de sitôt l’œuvre de son père. Par chance, l’appareil de -Nesterov est déjà en construction dans une usine de Moscou, d’après -les plans entièrement établis de l’inventeur. Et, avant de se rendre -sur le front, Nesterov fit promettre à sa femme de s’employer à ce que -l’aéroplane en construction fut achevé et expérimenté, en cas de mort -de son auteur, par un camarade averti.</p> - -<p class="rsignature"><span class="smcap">E. Halpérine-Kaminsky.</span></p> - -<hr class="small" /> - -<h2 id="table_des_chapitres">TABLE</h2> - -<table summary="table_des_chapitres"> - <colgroup span="2"> - <col width="90%" /> - <col width="10%" /> - </colgroup> - <tbody> - <tr> - <td> </td> - <td class="tdrtop"><span class="smcap">PAGES.</span></td> - </tr> - <tr> - <td class="tdltop">LES COLLECTIONS DE LA GUERRE</td> - <td class="tdrtop"><a href="#ch_1">278</a></td> - </tr> - <tr> - <td class="tdltop">LES GRANDES HEURES</td> - <td class="tdrtop"><a href="#ch_2">278</a></td> - </tr> - <tr> - <td class="tdltop2"><span class="smcap">Le canon sur les tombes</span></td> - <td class="tdrtop"><a href="#ch_2a">278</a></td> - </tr> - <tr> - <td class="tdltop2"><span class="smcap">La cloche dans la nuit</span></td> - <td class="tdrtop"><a href="#ch_2b">278</a></td> - </tr> - <tr> - <td class="tdltop2"><span class="smcap">Les béquilles</span></td> - <td class="tdrtop"><a href="#ch_2c">278</a></td> - </tr> - <tr> - <td class="tdltop">PETITE VISION DE GAIETÉ, AU FRONT DE BATAILLE</td> - <td class="tdrtop"><a href="#ch_3">281</a></td> - </tr> - <tr> - <td class="tdltop">UNE HÉROIQUE ENFANT DE PARIS</td> - <td class="tdrtop"><a href="#ch_4">281</a></td> - </tr> - <tr> - <td class="tdltop">LE NOUVEAU ROI DE ROUMANIE</td> - <td class="tdrtop"><a href="#ch_5">288</a></td> - </tr> - <tr> - <td class="tdltop">L’AMITIÉ FRANCO-PORTUGAISE</td> - <td class="tdrtop"><a href="#ch_6">288</a></td> - </tr> - <tr> - <td class="tdltop">TOUT PRÈS DE LA BATAILLE</td> - <td class="tdrtop"><a href="#ch_7">289</a></td> - </tr> - <tr> - <td class="tdltop">LA ONZIÈME SEMAINE DE GUERRE</td> - <td class="tdrtop"><a href="#ch_8">294</a></td> - </tr> - <tr> - <td class="tdltop2"><span class="smcap">Dans le Nord</span></td> - <td class="tdrtop"><a href="#ch_8a">294</a></td> - </tr> - <tr> - <td class="tdltop2"><span class="smcap">Autour d’Arras</span></td> - <td class="tdrtop"><a href="#ch_8b">294</a></td> - </tr> - <tr> - <td class="tdltop2"><span class="smcap">En Santerre</span></td> - <td class="tdrtop"><a href="#ch_8c">294</a></td> - </tr> - <tr> - <td class="tdltop2"><span class="smcap">Entre l’Oise et l’Aisne</span></td> - <td class="tdrtop"><a href="#ch_8d">294</a></td> - </tr> - <tr> - <td class="tdltop2"><span class="smcap">Entre Reims et l’Argonne</span></td> - <td class="tdrtop"><a href="#ch_8e">294</a></td> - </tr> - <tr> - <td class="tdltop2"><span class="smcap">De la Meuse a la Woëvre</span></td> - <td class="tdrtop"><a href="#ch_8f">294</a></td> - </tr> - <tr> - <td class="tdltop2"><span class="smcap">Vosges et Alsace</span></td> - <td class="tdrtop"><a href="#ch_8g">295</a></td> - </tr> - <tr> - <td class="tdltop2"><span class="smcap">En Belgique</span></td> - <td class="tdrtop"><a href="#ch_8h">295</a></td> - </tr> - <tr> - <td class="tdltop2"><span class="smcap">Les armées russes</span></td> - <td class="tdrtop"><a href="#ch_8i">295</a></td> - </tr> - <tr> - <td class="tdltop2"><span class="smcap">Dans les Balkans</span></td> - <td class="tdrtop"><a href="#ch_8j">295</a></td> - </tr> - <tr> - <td class="tdltop">HANSI, FANTASSIN FRANÇAIS</td> - <td class="tdrtop"><a href="#ch_9">296</a></td> - </tr> - <tr> - <td class="tdltop">UNE BOMBE SUR NOTRE-DAME</td> - <td class="tdrtop"><a href="#ch_10">296</a></td> - </tr> - <tr> - <td class="tdltop">UN HÉROS DE L’AVIATION RUSSE</td> - <td class="tdrtop"><a href="#ch_11">296</a></td> - </tr> - </tbody> -</table> - -<hr class="small2" /> - -<div id="note_au_lecteur" class="tnote"> - <h2>Au lecteur</h2> - - <p class="line">~~~~~</p> - - <p>Cette version numérisée reproduit dans son intégralité la version - originale.</p> - - <p>La ponctuation n’a pas été modifiée hormis quelques corrections - mineures.</p> - - <p> Une table à été ajoutée.</p> - - <p>L’orthographe a été conservée. Un seul mot a été modifié. - Il est souligné par des tirets. Passer la <ins title="orthographe originale">souris</ins> sur - le mot pour voir le texte original.</p> -</div> - - -<hr class="full" /> - - - - - - - - -<pre> - - - - - -End of Project Gutenberg's L'Illustration, No. 3737, 17 Oct 1914, by Various - -*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK L'ILLUSTRATION, NO. 3737, 17 OCT 1914 *** - -***** This file should be named 54087-h.htm or 54087-h.zip ***** -This and all associated files of various formats will be found in: - http://www.gutenberg.org/5/4/0/8/54087/ - -Produced by Juliet Sutherland, Claudine Corbasson and the -Online Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net - - -Updated editions will replace the previous one--the old editions -will be renamed. - -Creating the works from public domain print editions means that no -one owns a United States copyright in these works, so the Foundation -(and you!) can copy and distribute it in the United States without -permission and without paying copyright royalties. Special rules, -set forth in the General Terms of Use part of this license, apply to -copying and distributing Project Gutenberg-tm electronic works to -protect the PROJECT GUTENBERG-tm concept and trademark. Project -Gutenberg is a registered trademark, and may not be used if you -charge for the eBooks, unless you receive specific permission. If you -do not charge anything for copies of this eBook, complying with the -rules is very easy. You may use this eBook for nearly any purpose -such as creation of derivative works, reports, performances and -research. They may be modified and printed and given away--you may do -practically ANYTHING with public domain eBooks. Redistribution is -subject to the trademark license, especially commercial -redistribution. - - - -*** START: FULL LICENSE *** - -THE FULL PROJECT GUTENBERG LICENSE -PLEASE READ THIS BEFORE YOU DISTRIBUTE OR USE THIS WORK - -To protect the Project Gutenberg-tm mission of promoting the free -distribution of electronic works, by using or distributing this work -(or any other work associated in any way with the phrase "Project -Gutenberg"), you agree to comply with all the terms of the Full Project -Gutenberg-tm License (available with this file or online at -http://gutenberg.org/license). - - -Section 1. General Terms of Use and Redistributing Project Gutenberg-tm -electronic works - -1.A. By reading or using any part of this Project Gutenberg-tm -electronic work, you indicate that you have read, understand, agree to -and accept all the terms of this license and intellectual property -(trademark/copyright) agreement. 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INDEMNITY - You agree to indemnify and hold the Foundation, the -trademark owner, any agent or employee of the Foundation, anyone -providing copies of Project Gutenberg-tm electronic works in accordance -with this agreement, and any volunteers associated with the production, -promotion and distribution of Project Gutenberg-tm electronic works, -harmless from all liability, costs and expenses, including legal fees, -that arise directly or indirectly from any of the following which you do -or cause to occur: (a) distribution of this or any Project Gutenberg-tm -work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any -Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause. - - -Section 2. Information about the Mission of Project Gutenberg-tm - -Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of -electronic works in formats readable by the widest variety of computers -including obsolete, old, middle-aged and new computers. It exists -because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from -people in all walks of life. - -Volunteers and financial support to provide volunteers with the -assistance they need, are critical to reaching Project Gutenberg-tm's -goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will -remain freely available for generations to come. In 2001, the Project -Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure -and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations. -To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation -and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4 -and the Foundation web page at http://www.pglaf.org. - - -Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive -Foundation - -The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit -501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the -state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal -Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification -number is 64-6221541. Its 501(c)(3) letter is posted at -http://pglaf.org/fundraising. Contributions to the Project Gutenberg -Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent -permitted by U.S. federal laws and your state's laws. - -The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S. -Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered -throughout numerous locations. Its business office is located at -809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email -business@pglaf.org. Email contact links and up to date contact -information can be found at the Foundation's web site and official -page at http://pglaf.org - -For additional contact information: - Dr. Gregory B. Newby - Chief Executive and Director - gbnewby@pglaf.org - - -Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg -Literary Archive Foundation - -Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide -spread public support and donations to carry out its mission of -increasing the number of public domain and licensed works that can be -freely distributed in machine readable form accessible by the widest -array of equipment including outdated equipment. Many small donations -($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt -status with the IRS. - -The Foundation is committed to complying with the laws regulating -charities and charitable donations in all 50 states of the United -States. Compliance requirements are not uniform and it takes a -considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up -with these requirements. We do not solicit donations in locations -where we have not received written confirmation of compliance. To -SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any -particular state visit http://pglaf.org - -While we cannot and do not solicit contributions from states where we -have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition -against accepting unsolicited donations from donors in such states who -approach us with offers to donate. - -International donations are gratefully accepted, but we cannot make -any statements concerning tax treatment of donations received from -outside the United States. U.S. laws alone swamp our small staff. - -Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation -methods and addresses. Donations are accepted in a number of other -ways including checks, online payments and credit card donations. -To donate, please visit: http://pglaf.org/donate - - -Section 5. General Information About Project Gutenberg-tm electronic -works. - -Professor Michael S. Hart is the originator of the Project Gutenberg-tm -concept of a library of electronic works that could be freely shared -with anyone. For thirty years, he produced and distributed Project -Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support. - - -Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed -editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S. -unless a copyright notice is included. Thus, we do not necessarily -keep eBooks in compliance with any particular paper edition. - - -Most people start at our Web site which has the main PG search facility: - - http://www.gutenberg.org - -This Web site includes information about Project Gutenberg-tm, -including how to make donations to the Project Gutenberg Literary -Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to -subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks. - - -</pre> - -</body> -</html> diff --git a/old/54087-h/images/agrandissement.jpg b/old/54087-h/images/agrandissement.jpg Binary files differdeleted file mode 100644 index 5a9bcf3..0000000 --- a/old/54087-h/images/agrandissement.jpg +++ /dev/null diff --git a/old/54087-h/images/couverture.jpg b/old/54087-h/images/couverture.jpg Binary files differdeleted file mode 100644 index 4b2e4c6..0000000 --- a/old/54087-h/images/couverture.jpg +++ /dev/null diff --git a/old/54087-h/images/cover.jpg b/old/54087-h/images/cover.jpg Binary files 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