diff options
Diffstat (limited to 'old/53848-0.txt')
| -rw-r--r-- | old/53848-0.txt | 4221 |
1 files changed, 0 insertions, 4221 deletions
diff --git a/old/53848-0.txt b/old/53848-0.txt deleted file mode 100644 index e609e23..0000000 --- a/old/53848-0.txt +++ /dev/null @@ -1,4221 +0,0 @@ -The Project Gutenberg EBook of La Femme doit-elle voter ? Le pour et le -contre, by Joseph Ginestou - -This eBook is for the use of anyone anywhere in the United States and most -other parts of the world at no cost and with almost no restrictions -whatsoever. You may copy it, give it away or re-use it under the terms of -the Project Gutenberg License included with this eBook or online at -www.gutenberg.org. If you are not located in the United States, you'll have -to check the laws of the country where you are located before using this ebook. - - - -Title: La Femme doit-elle voter ? Le pour et le contre - Thèse pour le doctorat ès sciences politiques et économiques - -Author: Joseph Ginestou - -Release Date: December 31, 2016 [EBook #53848] - -Language: French - -Character set encoding: UTF-8 - -*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LA FEMME DOIT-ELLE VOTER ? *** - - - - -Produced by Isabelle Kozsuch and the Online Distributed -Proofreading Team at http://www.pgdp.net (This file was -produced from images generously made available by The -Internet Archive/Canadian Libraries) - - - - - - - - - - Au lecteur. - - Ce livre électronique reproduit intégralement le texte original, - et l'orthographe d'origine a été conservée et n'a pas été harmonisée. - Seules les erreurs clairement introduites par le typographe ont été - corrigées. La liste de ces corrections se trouve à la fin du texte. - - Cependant, la ponctuation et les erreurs d'accent ont été - tacitement corrigées. - - - - -LA FEMME DOIT-ELLE VOTER? - -(LE POUR ET LE CONTRE) - - - - - UNIVERSITÉ DE MONTPELLIER - - FACULTÉ DE DROIT - - - La Femme doit-elle voter? - - (Le Pour et le Contre) - - - THÈSE - pour le Doctorat ès Sciences politiques et économiques - - - PAR - - Joseph GINESTOU - - - MONTPELLIER - - IMPRIMERIE GROLLIER, ALFRED DUPUY, SUCCESSEUR - 7, Boulevard du Peyrou - - 1910 - - - - -UNIVERSITÉ DE MONTPELLIER - -FACULTÉ DE DROIT - - - MM. VIGIÉ, Doyen, professeur de Droit civil, chargé du cours - d'Enregistrement. - - BRÉMOND, Assesseur, professeur de Droit administratif. - - GLAIZE, professeur honoraire. - - LABORDE, professeur de Droit criminel, chargé du cours de - Législation et Économie industrielles. - - CHARMONT, professeur de Droit civil. - - CHAUSSE, professeur de Droit romain. - - VALÉRY, professeur de Droit commercial, chargé du cours de Droit - international privé. - - PERREAU, professeur de Procédure civile. - - MARGAT, professeur de Droit civil. - - MOYE, professeur de Droit international public. - - RIST, professeur d'Économie politique. - - BARTHÉLEMY, agrégé, chargé d'un cours de Droit constitutionnel. - - GIFFARD, agrégé, chargé d'un cours d'Histoire du Droit. - - MORIN, agrégé, chargé d'un cours de Droit civil approfondi. - - BRIDREY, agrégé, chargé d'un cours de Droit romain. - - NOGARO, agrégé, chargé d'un cours d'Economie politique. - - ROCHETTE, secrétaire. - - -MEMBRES DU JURY - - MM. BRÉMOND, _Président_. - MOYE, } - BARTHÉLEMY, } _Assesseurs_. - - -La Faculté n'entend donner aucune approbation ni improbation -aux opinions émises dans les thèses; ces opinions doivent être -considérées comme propres à leurs auteurs. - - - - - A LA MÉMOIRE DE MON PÈRE - - A MA MÈRE - - MEIS ET AMICIS - - - - -INTRODUCTION - - -La question du Suffrage des femmes qui, jusqu'à nos jours, n'avait -eu en France que les honneurs d'une presse inconnue du public, les -journaux féministes, ou n'avait été dans son ensemble qu'un pur -mouvement littéraire, vient de prendre, grâce aux excentricités -retentissantes des suffragettes anglaises et aux réclamations plus -calmes et plus sensées des françaises, une importance qu'il serait -peut-être téméraire de vouloir dissimuler. - -De tous côtés, dans les journaux, les revues, en librairie, au -théâtre, dans les conférences, le féminisme est le sujet pour ainsi -dire obligatoire, la dernière nouveauté, l'inédit. Les hommes -féministes, sans souci de leur dédoublement, comme les Hervieu, -les Jules Bois, les Sembat, les Marguerite, ne craignent pas -d'apporter à cette cause l'appui de leur haute compétence et de nous -présenter, telle qu'ils la rêvent, la femme de demain: l'égale de -l'homme. Au Sénat, des hommes éminents se font les porte-drapeaux des -revendications du sexe faible; à la Chambre, de véritables discours -féministes sont prononcés. Le cabinet de M. Briand, président du -Conseil, s'ouvre devant Mme Schmall, une des plus sympathiques -représentantes de ce grand mouvement. M. Fallières, président de la -République, n'hésite nullement à proclamer ses sympathies pour les -Eves nouvelles. En un mot, le féminisme est à l'ordre du jour. C'est -une Révolution, comme on l'a dit, mais une Révolution sans R. - -La bataille est engagée. D'un côté, quelques femmes convaincues -et sincères dont l'idéal est de devenir des hommes; de l'autre, -un public indifférent, ne connaissant la question que par les -caricatures, les calembours et les plaisanteries des journalistes, -riant de l'étrangeté paradoxale de ces prétentions et, bonhomme, -acceptant, ironique et amusé, ce tournoi du divorce des sexes. - -L'attaque est alertement menée par les suffragettes, soutenues -parfois par des hommes au talent incontestable. Impassible, Monsieur -Tout-le-Monde assiste à cette lutte sinon imprévue, du moins étrange. - -Parfois des mots cruels traversent le champ de bataille des journaux, -des livres, des revues ou des salles de conférence: - -«Les féministes sont les laissés pour compte de l'amour»[1]. - - [1] Rey. - -«La femme est un moyen terme entre l'homme et l'animal»[2]. - - [2] Proud'hon. - -«La famille a un vote; si elle en avait deux, elle périrait»[3]. - - [3] Jules Simon: _La liberté civile_. - -Exaltée et vibrante d'espoir, une réponse féministe essaie de -regagner la partie souvent compromise: - -«Il ne faut pas désespérer du monde si les femmes obtiennent le droit -de suffrage»[4]. - - [4] Mgr Ireland: Conférence faite à Paris. _Journal des Débats_, - 20 juin 1891. - -«Dénier au sexe féminin le droit de suffrage, c'est lui refuser le -droit de légitime défense»[5]. - - [5] Turgeon: _Le féminisme français_. - -Notre intention n'est point, certes, d'endiguer les flots tumultueux -de cette houle féministe; l'œuvre serait trop grande et l'auteur... -trop petit. De même d'apporter au camp des révolutionnaires en -dentelles, malgré tout l'attrait qu'elles nous inspirent, le secours -d'une plume si peu autorisée et inconnue. - -Nous nous bornerons simplement à être les spectateurs de cette lutte -nouvelle et de ce pénible travail de désexualisation. Impartialement, -nous compterons les coups; nous enregistrerons les défaites sans -rancœur, nous soulignerons les victoires avec modestie. Dans cette -thèse, nous examinerons de prime abord l'acteur principal de la -question: «la femme». Nous donnerons ensuite les raisons qui militent -en faveur de leur plaidoyer pour l'obtention des droits politiques; -malgré toute notre galanterie, nous exposerons enfin celles qui leur -sont défavorables. - -Et si, nouveau révolutionnaire, nous laissons parfois entrevoir dans -le courant de la discussion des sentiments féministes, que les hommes -nous pardonnent! - -Mais si, par contre, partisan du bon vieux temps, malgré tout l'amour -et le respect que nous avons pour la femme, nous émettons des -opinions contraires à leurs revendications viriles, qu'elles nous -pardonnent aussi. - -Avouerons-nous humblement, Mesdames, que ce pardon, si léger soit-il, -nous sommes sûr de ne jamais l'obtenir! - - - - -PREMIÈRE PARTIE - - - - -CHAPITRE PREMIER - -LA PLACE DE LA FEMME DANS LA SOCIÉTÉ A TRAVERS LES AGES QUELQUES -APPRÉCIATIONS - - -Il est en ce moment-ci un être qui ne cesse de gémir et de se -lamenter sur son sort. Nous avons nommé la femme. Et parmi ses -lamentations, il en est une qui par sa persistance et son opiniâtreté -a su attirer l'attention sur le sexe féminin; c'est la complainte du -suffrage. - -Ces dames veulent à tout prix avoir le droit et l'honneur de déposer -elles-mêmes dans l'urne un bulletin de vote. - -Avant d'accéder à leur désir et de satisfaire leur amour-propre -chatouilleux, examinons la place occupée par la femme à travers les -âges et comment elle fut appréciée. - -La femme, c'est ce grand point d'interrogation éternellement suspendu -sur nos têtes, c'est un cœur derrière lequel il se passe toujours -quelque chose, et depuis que le monde est monde, un seul jour ne -s'est levé sans que dans l'univers un homme de bon sens ne se soit -demandé quelle était cette étrange petite créature! Depuis sa -création, les hommes sont là, attendant vainement celui qui leur dira -la clef de cette énigme parfois si amusante et si douce, parfois si -cruelle et si terrible, mais néanmoins toujours troublante! Qui dira -ce qu'elle a engendré de beauté, de force et de vie, mais par contre -ce qu'elle a fait naître de tristesses, d'amertumes et de douleurs. - -Dans les civilisations antiques, la femme nous apparaît comme étant -l'esclave de l'homme. Les Grecs l'enfermèrent jalousement, ne lui -donnant aucune éducation et la considérant comme un simple objet de -luxe. - -Rome fit d'elle une perpétuelle déchue, et malgré la gloire qui -rejaillit sur la femme avec les noms d'Aggrypine, de Lucrèce et de -Cornélie, la conserva dans un état d'abaissement constant. - -Le catholicisme, dans sa toute bonté compatissante, releva le front -de l'éternelle serve, mais ne changea guère au point de vue social et -moral la domination de l'homme sur elle. Avec le Moyen-âge, la femme -fut idéalisée; elle devint la Grande Inspiratrice, le stimulant et le -but de toute activité. «Plus que Poète, elle est la Poésie», comme -le dit Lamartine. La Renaissance commence à diminuer la femme comme -être moral. Sous la Révolution, elle relève la tête, et Victor Hugo -s'écrie plus tard: «Le XIXe siècle a proclamé les droits de l'homme, -le XXe siècle proclamera ceux de la femme». - -Parmi les appréciations portées sur elle, il en est quelques-unes qui -par leur piquant, leur humour et surtout leur cruelle vérité méritent -d'être citées: - -«Souveraine peste, s'écrie Jean Crysostome, c'est par toi que le -diable a triomphé de notre premier père»[6]. - - [6] _Entretien_, XXIV. - -«J'ai trouvé la femme plus amère que la mort, elle est semblable au -filet des chasseurs»[7]. - - [7] L'_Ecclésiaste_. - -Saint Thomas, très irrévérencieusement, la baptise: «Être accidentel -et manqué». - -Les lois de Manou, dans leur éternelle sagesse et leur naïveté -poétique, nous la représentent comme une esclave: «Une femme ne doit -jamais se gouverner à sa guise»[8]. - - [8] Manou: Livre V. - -«Il faut se défier d'elle, parce que la nature du sexe féminin est de -chercher ici-bas à corrompre les hommes»[9]. - - [9] Manou: Livre I. - -«La femme peut en ce monde écarter du droit chemin non seulement -l'insensé mais aussi l'homme pourvu d'expérience»[10]. - - [10] Manou: Livre I. - -Tel compare la voix de la femme au sifflement du serpent et leur -langue au dard du scorpion! - -Saint Paul nous dit: «Le mari est le chef de la femme.» - -L'antiquité fut sans pitié pour elle. Tertullien ne désirait qu'une -chose, «que la femme cachât son visage, toujours et partout.» «Femme, -tu es la porte du diable; c'est toi qui as persuadé celui que le -diable n'osait attaquer en face; c'est à cause de toi que le Fils -de Dieu a dû mourir. Tu devrais t'en aller en haillons et en deuil, -offrant aux regards des yeux pleins de larmes de repentir pour faire -oublier que tu as perdu le genre humain»[11]. - - [11] Tertullien: _Traité de l'Ornement des femmes_. - -Saint Antoine l'appelait «le Diable en personne»; saint Bonaventure -«un scorpion toujours prêt à piquer»; saint Jean de Damas «un affreux -ténia qui a son siège dans le cœur de l'homme.» - -Les expressions les plus cruelles lui étaient destinées: «Fille de -mensonge, porte de l'enfer, vase d'impureté, larve du démon.» - -Le Koran, dans ses versets enthousiastes, est parfois très dur pour -elle: «Attribuera-t-on à Dieu comme enfant un être qui grandit dans -les ornements et les parures et qui est toujours prêt à se disputer -sans raison»[12]. - - [12] Koran, XVIII. - -Aux yeux des Chinois, «la femme n'est qu'une machine à faire des -enfants. Quand elle est détraquée, on lui en adjoint une deuxième, -une troisième, suivant la fortune du mari»[13]. - - [13] Docteur Martignon: _Revue d'anthropologie_, 1897. - -Montaigne plaisamment se moque d'elles: «De bonnes, il n'en est point -à la douzaine»[14]. - - [14] Montaigne: _Essais_, II. - -Molière immortalise leurs défauts dans les _Précieuses ridicules_ et -les _Femmes savantes_. Les philosophes du XVIIIe siècle, Rousseau, -Montesquieu, etc., la considèrent simplement comme un instrument de -plaisir. - -Mme de Sévigné, cependant délicieuse dans ses Lettres, se compare à -une bête de compagnie; Schopenhauer n'hésite pas à écrire: «C'est -un animal qu'il faut battre, bien nourrir et enfermer»; tandis -qu'Alexandre Dumas, enveloppant son opinion sévère dans une phrase -poétique, nous dit: «La femme est la seule œuvre inachevée que Dieu -ait permis à l'homme de reprendre et de finir. C'est un ange de -rebus»[15]. Milton l'appelle: «Un beau défaut de la nature». - - [15] L'_Ami des femmes_. - -Enfin, de nos jours, une Allemande au talent indiscutable, Mme -Boelhau, avait l'audace et la superbe franchise de répondre: «La -femme est une demi-Bête». - -Voilà donc, très brièvement résumées, les opinions que l'on a -eues sur les femmes. Certes, la question n'est point résolue et -ce tableau aux larges coups de crayon, à l'emporte-pièce, ne nous -donne point la solution de cet éternel problème: qui est-elle? Il -permet cependant, malgré son pessimisme poussé à outrance, de se -faire une idée de ce petit être qui gémit et qui pleure en demandant -aujourd'hui sa part de gâteau politique et social. Que conclure? -Le mieux serait, semble-t-il, de s'abstenir. Certes, il existe -de par les livres enthousiastes et profondément féministes, des -expressions et des chapitres nous représentant la femme comme un être -supérieur et d'essence divine. Nous ne prendrons point parti dans ces -comparaisons, notre but ayant été simplement d'esquisser un léger -portrait de notre compagne. Et si maintenant, Mesdames, vous trouviez -ridicules et malsonnantes ces appréciations par trop réalistes, -mais cependant justes dans leur délicieuse concision, pour essayer -d'atténuer votre douleur et calmer votre dépit, disons avec le -grand Proudhon: «Non, toutes ces imprécations ne sont qu'un hommage -désespéré à votre éternelle beauté.» - - - - -CHAPITRE II - -RAISONS POUR LESQUELLES LA FEMME DOIT VOTER - - -1re: La femme doit voter parce que la loi ne lui enlève point ce droit - -«_Sont électeurs tous les Français âgés de 21 ans et jouissant de -leurs droits civils et politiques_». - -Le suffrage universel, tel est le mode de vote de la nation -française. Mais existe-t-il vraiment dans toute la plénitude de sa -conception et malgré la merveilleuse et généreuse idée de cette -expression, n'y aurait-il pas un mirage trompeur faussant sa portée -et son fonctionnement? - -Et tout d'abord, comme à toute règle, nous trouvons des exceptions. -Le Code, dans sa rigidité absolue, nous énumère les différentes -sortes d'incapables. Ce sont: - -1º Les individus condamnés soit à des peines afflictives ou -infamantes, soit à des peines infamantes seulement (suit -l'énumération des diverses condamnations et peines); - -2º Les interdits; - -3º Les faillis non réhabilités dont la faillite a été déclarée soit -par les tribunaux français, soit par jugements rendus à l'étranger -mais exécutés en France (modifié par la loi du 31 décembre 1904). Loi -du 2 février 1852, modifiée par celle du 24 janvier 1859. - -Ainsi, en dehors de cette énumération d'incapables, nous concluons, -anomalie étrange, qu'un citoyen, fût-il illettré, stupide, idiot, -parfait gredin ou malhonnête sans condamnation, demi-fou ou voleur -réhabilité, a le droit, au nom des lois de la République française, -de déposer dans l'urne son bulletin de vote. - -Et la femme? Pourquoi l'assimiler à cette catégorie peu intéressante -d'individus: «Est incapable toute personne que la loi prive de -certains droits». Mais avons-nous un texte de loi autorisant à -affirmer que les femmes sont comprises parmi les incapables? Non. -Pourquoi alors établir contre elle une présomption d'incapacité? - -Et ce fameux suffrage, dit légalement universel, n'est-il point alors -limité? La souveraineté, dit Turgeon, ne découle pas exclusivement -soit des hommes, soit des femmes, mais du peuple entier, de tous les -membres de la nation, de l'ensemble des hommes et des femmes. D'un -mot, elle est bisexuelle. Cela étant, la conclusion s'impose: tous -souverains, tous électeurs. - -L'élégante place réservée à la femme entre un failli ou un voleur! Et -cela au nom de quelle loi? au nom de quel texte? - -«Aujourd'hui, la femme est moins encore que le gredin, que l'enfant, -que l'aliéné, car le fripon redevient citoyen à l'expiration de sa -peine, le mineur est capable au jour de sa majorité, l'aliéné en -recouvrant sa raison est restitué dans ses droits, tandis que la -femme, quelles que soient son intelligence, sa sagesse, ses vertus, -demeure toujours la condamnée, la proscrite, l'éternelle mineure, la -perpétuelle déchue»[16]. - - [16] Franck: _Grand catéchisme de la femme_. - -Incapable! «Quand je pense, s'écrie Alexandre Dumas fils, que Jeanne -d'Arc ne pourrait pas voter pour les conseillers municipaux de -Domrémy, dans ce beau pays de France qu'elle aurait sauvé»[17]. - - [17] Lettre à Maria Chéliga: _Revue Encyclopédique_, 1885. - -La discussion est certainement sérieuse et mérite qu'on pèse la -valeur des arguments pour ou contre. Il est exact qu'on ne trouve -pas dans le Code un texte refusant aux femmes le droit de voter. Il -est encore exact que la femme n'est point comprise dans la liste -des incapables. Mais ceux qui, obstinément, s'appuyant sur ces deux -constatations, sans vouloir un seul instant discuter, se bouchent les -oreilles et disent: La loi n'interdit pas aux femmes de voter..., le -mot citoyen signifie: personne des deux sexes..., donc la femme a le -droit de voter, ces gens-là raisonnent mal ou plutôt ne raisonnent -pas du tout. - -Il n'y a pire sourd que celui qui ne veut pas entendre. Quiconque -prend un texte au pied de la lettre, sans le comprendre ou -l'approfondir, risque fort d'en altérer le sens et la portée. Voilà -pourquoi il s'est établi à côté du Code, parfois barbare dans sa -sécheresse brève et sa rigueur immuable, un courant parallèle qu'on -appelle la jurisprudence. - -Cette jurisprudence, établie non point pour corriger la Loi, mais -simplement pour la rendre plus souple, plus malléable, éclaire à la -lueur des textes et principalement de la raison et du bon sens les -articles obscurs et sujets à discussion. Elle permet ainsi d'éviter -souvent de nombreuses erreurs, car n'oublions pas que les extrêmes se -touchent. Une justice extrêmement rigoureuse et toujours énergique ne -serait souvent que de l'injustice. - -Que dire alors de l'interprétation de ce texte à l'aide de la -jurisprudence: «Sont électeurs tous les Français âgés de vingt et un -ans et jouissant de leurs droits civils et politiques»! - -Le législateur a-t-il voulu donner aux femmes le droit de voter? -Non, certainement non. Nous avons tout d'abord pour nous les travaux -préparatoires; en second lieu le simple bon sens qui nous dit: Si -le législateur avait eu l'intention bien arrêtée de conférer au -sexe féminin le droit d'être électeur, il aurait nettement mis dans -l'article l'expression: «Française». Qui oserait soutenir que le mot -Français vise les personnes des deux sexes? Pourquoi jouer ainsi sur -les mots et leur accorder un sens que tout être intelligent se refuse -à leur reconnaître. - -Nous avons enfin un arrêt de la Cour de Cassation sur l'affaire de -Mlle Barberousse qui, en 1885, invoquait l'universalité des lois -électorales, prétendant que le mot «Français» englobait les deux -sexes. - -Cet arrêt faisant jurisprudence, nous nous faisons un plaisir de le -reproduire in extenso. - -La Cour de Cassation, par arrêt du 5 mars 1885, rejeta le pourvoi: - -«Attendu qu'aux termes de l'article 7 du Code civil, l'exercice des -droits civils est indépendant de la qualité de citoyen, laquelle -confère seule l'exercice des droits politiques et ne s'acquiert que -conformément à la loi constitutionnelle; - -»Attendu que si les femmes jouissent des droits civils dans la mesure -déterminée par la loi, suivant qu'elles sont célibataires ou mariées, -aucune disposition constitutionnelle ou légale ne leur a conféré la -jouissance et par suite l'exercice des droits politiques; - -»Attendu que la jouissance de ces derniers droits est une condition -essentielle de l'inscription sur les listes électorales; - -»Attendu que la Constitution du 4 novembre 1848, en substituant -le régime du suffrage universel au régime du suffrage censitaire -ou restreint dont les femmes étaient exclues, n'a point étendu à -d'autres qu'aux citoyens du sexe masculin, qui jusqu'alors en -étaient seuls investis, le droit d'élire les représentants du pays -aux diverses fonctions électives établies par les constitutions -et par les lois; que cela résulte manifestement des lois du 11 -mars 1849, 2 février 1852, 7 juillet 1874 et 5 avril 1884, mais -plus encore de leur esprit attesté par les travaux et discussions -qui les ont préparées et aussi par l'application ininterrompue et -jamais contestée qui en a été faite depuis l'institution du suffrage -universel, lors de la formation première ou de la révision annuelle -des listes électorales; - -»D'où il suit qu'en déclarant que la demoiselle L. Barberousse ne -devait point être inscrite sur les listes électorales le jugement -attaqué, loin de violer les dispositions de la loi invoquée par le -pourvoi, en a fait juste application; rejette le pourvoi....» - -L'arrêt est des plus clair: la question est nettement tranchée. Ce -n'est plus un texte sec et aride qu'on applique, c'est la discussion, -c'est l'interprétation, c'est la jurisprudence qui fait loi. -Concluons donc: légalement la femme n'a pas droit de voter! - -Pourquoi? direz-vous, peut-être, Mesdames! Le législateur serait-il -infaillible! A cela nous n'osons répondre. Nous aimons mieux laisser -cette douce tâche au célèbre économiste M. Giddes, devant la -compétence duquel vous vous inclinerez certainement: - -«C'est dans l'intérêt de l'ordre et des bonnes mœurs que tous -les législateurs ont d'un commun accord refusé à la femme toute -participation aux droits politiques. De tous temps, l'instinct des -peuples a senti que la femme en sortant de l'ombre et de la paix du -foyer pour s'exposer au grand jour et aux agitations de la place -publique, perdrait quelque chose du charme qu'elle exerce et du -respect dont elle est l'objet». - -Mesdames les féministes, méditez longuement ces admirables lignes. -Il y va de votre charme, de votre beauté, de votre cœur, de votre -douceur et de votre esprit. Abandonnez ce rêve excentrique de la -femme électeur. Croyez-nous, le geste ne serait point élégant et -vous risqueriez fort de changer en un désert l'autel où tous vos -adorateurs viennent en foule se prosterner à vos pieds! - - -2e: La femme doit voter parce qu'elle est l'égale de l'homme - -Le sexe constitue-t-il une infériorité ou une supériorité, selon -qu'il est mâle ou femelle? Non. La femme est l'égale de l'homme, -c'est-à-dire qu'entre ces deux créatures il n'existe aucune -différence, soit au point de vue physique, soit au point de vue -intellectuel et moral. Nous n'avons qu'un être subdivisé en deux -parties: l'homme et la femme. Ces deux parties sont identiques, -égales, se valent, et par conclusion auront les mêmes devoirs et -nécessairement les mêmes droits. - -Examinons en premier lieu le côté scientifique. - -La maternité n'est point, comme certains savants l'ont prétendu, -une des causes primordiales de l'état d'abaissement dans lequel la -femme est restée stationnaire. La maternité est une des fonctions -les plus belles et les plus sacrées qui donne à la femme son auréole -d'éternelle tendresse et nul ne songerait à prétendre sérieusement -qu'elle constitue à son égard une cause d'infériorité. Darwin, -Lombroso, le docteur Cleisz nous démontrent qu'elle n'oblige point la -femme de jouer un rôle social inférieur à celui de l'homme. - -Si nous examinons le côté anthropologique, nous nous heurtons à des -discussions plus acharnées et plus vives. Les uns, se basant sur la -grandeur de la boîte cranienne et le poids du cerveau, soutiennent -que la femme est plus intelligente que l'homme. Le docteur Buchner -affirme que sous le rapport du poids, le cerveau féminin l'emporte -sur le cerveau masculin, par sa finesse, sa texture intime et la -délicatesse de chacune de ses parties[18]. - - [18] _L'homme et la science_, p. 259. - -Havelock Ellis démontre que l'homme ne possède aucune supériorité -relative en ce qui concerne l'ensemble du cerveau. S'il y a -supériorité, elle est du côté de la femme[19]. - - [19] Etnographie, 1895. - -M. Manouvrier nous fait toucher du doigt l'erreur dans laquelle -sont tombés les anthropologistes qui ont voulu voir, dans les 100 -grammes de substance cérébrale que possède la femme, la preuve de son -infériorité[20]. - - [20] _Revue socialiste_, 1908, Docteur Madeleine Pelletier. - -Un curieux exemple de supériorité de la femme sur l'homme est donné -par Elisa Faarham. Elle affirme que si le serpent s'est adressé à -la première femme, c'est que celle-ci était évidemment supérieure à -l'homme. De même la postcréation de la femme lui donne à penser que -l'homme en a été l'ébauche. - -L'anthropologie criminelle nous montre la femme moins sujette à -la maladie, moins érotique, moins criminelle. Lombroso, après de -nombreuses observations, conclut: «Les progrès de la civilisation -tendent à l'égalité des sexes»[21]. - - [21] _La femme criminelle._ - -Au point de vue intellectuel, qui soutiendra que la femme, depuis -l'antiquité, n'a point produit des œuvres aussi fortes, aussi -puissantes que celles des hommes; n'a-t-elle point eu des figures -aussi nobles et aussi belles que les plus grandes illustrations -masculines? N'ont-elles point dans leur galerie: Jeanne d'Arc, -Charlotte Corday, Cécile Renault, Elisabeth d'Angleterre, Isabelle -Ier, Catherine II de Russie, Berthe de Bourgogne. Voici Clémence -Isaure, Marie de Gournay, Mme de la Fayette, Mme Deshoulières, Mme de -Sévigné, Mme de Staël, George Sand, la marquise de Châtelet, etc., -etc. (Nous ne citons pas nos contemporaines de peur de froisser leur -modestie.) - -La femme n'a-t-elle point eu d'illustres représentantes dans tous les -arts, dans toutes les sciences? - -Pourquoi donc vouloir à tout prix qu'elle soit inférieure à l'homme? - -Malgré ce faisceau de preuves et de noms, nous nous abstiendrons -de prendre position dans cette querelle, estimant, comme nous le -démontrerons tout à l'heure, qu'il n'y a pas lieu de rechercher si la -femme est égale, inférieure ou supérieure à l'homme. Pour répondre -à ces attaques, nous nous contenterons de résumer simplement les -réponses que l'on pourrait fournir. - -Peu nous importe, malgré l'assertion des savants, de savoir si le -crâne de la femme est supérieur au crâne de l'homme, ou si le cerveau -féminin pèse plus que le cerveau masculin. - -Peu nous importe, malgré les études approfondies de la doctoresse -Madeleine Pelletier, que la comparaison de la glabelle des arcades -sourcilières, des mandibules et des crêtes d'insertion, la conduisent -à la conclusion que l'homme se rapproche plus du singe que la -femme![22]. - - [22] _Revue socialiste_, 1908. - -Cela nous rappelle la spirituelle réflexion d'une jeune fille arrêtée -devant les singes du Jardin des Plantes: «Après tout, il ne leur -manque que de l'argent». Peu flatteur, n'est-ce pas? Mais enfin, -Madame la doctoresse Pelletier, si nous sommes des dégénérés, ayez la -bonne grâce d'avouer que nous sommes des dégénérés supérieurs! Vous -ne pourriez en dire autant? - -Donc transporter la discussion sur le terrain scientifique pour -savoir si la femme est l'égale ou l'inférieure de l'homme nous semble -téméraire. Les arguments sont purement théoriques, les conclusions -fantaisistes, et, de plus, il n'est nullement démontré qu'il existe -un rapport entre la capacité cranienne ou le volume du cerveau et -l'intelligence[23]. La question reste entière. - - [23] Madaillac: _Les premiers hommes_. - -Il n'en est point de même de la femme au point de vue intellectuel. -En toute sincérité, Mesdames, en envisageant la question de -sang-froid et avec impartialité, croyez-vous qu'une comparaison -puisse être faite avec l'homme? Non! Nous vous accordons et -reconnaissons volontiers la présence dans votre camp de femmes d'une -rare intelligence et d'un réel talent. Nous reconnaissons l'existence -d'œuvres fortes et puissantes créées par votre génie. Dans toutes -les branches de la science humaine, des femmes ont eu l'auréole de -la célébrité, mais ne sont-ce point là des types d'exception qui -tiendraient tous dans un salon? Et si nous envisageons en général, -toutes les femmes depuis le commencement des siècles en posant cette -question que vous doit l'humanité? nous sommes forcés de répondre: -Rien ou pas grand chose. Dans vos plus brillantes manifestations, -votre esprit n'a pas atteint les hauts sommets de la pensée, il est -resté pour ainsi dire à mi-côte[24]. - - [24] Madame d'Agout: _Revue Encyclopédique_, 1896. - -«Les femmes n'ont fait ni l'_Illiade_, ni l'_Enéide_, ni la _Jérusalem -délivrée_, ni _Phèdre_, ni _Tartuffe_, ni _Athalie_, ni _Polyeucte_, ni -le Panthéon, ni la Vénus de Médicis, ni l'Appollon du Belvédère. Elles -font quelque chose de plus grand. C'est sur leurs genoux que se forme -ce qu'il y a de plus excellent au monde: un homme et une femme[25].» - - [25] Joseph de Maistre. - -«Toute œuvre forte de la civilisation est un fruit du génie de -l'homme»[26]. - - [26] Michelet. - -Vous invoquez Jeanne d'Arc, Mesdames! Qu'aurait-elle été sans ses -prétendues voix? Et puis, à la fille à soldats, à l'héroïne coureuse -d'aventures, à l'immortelle française aux mœurs libres et au cœur -chevaleresque, oseriez-vous aujourd'hui, comtesses et nobles dames -tendre vos belles mains gantées, vous qui par pose et snobisme voulez -faire vôtre une femme que vous auriez dédaignée et repoussée. - -Vous nous citez des noms de grandes reines! Savez-vous pourquoi -une reine gouverne mieux qu'un homme? C'est que sous une reine -c'est d'ordinaire un homme qui dirige, tandis que sous un roi c'est -généralement une femme[27]. - - [27] Réponse de la duchesse de Bourgogne à Madame de Maintenon. - -Non, comme nous le disions tout à l'heure, la question est mal posée. -Chercher à comparer la femme à l'homme, savoir si elle lui est égale, -inférieure ou supérieure, est un faux départ, car la femme est autre -que l'homme. - -Oui il serait fou, d'une folie sans excuse, de parler de la -supériorité d'un sexe sur l'autre, parce que l'on ne peut comparer -deux êtres ayant la même origine et qui diffèrent dans tous les -détails; parce que l'homme et la femme sont deux moitiés d'un -tout, semblables mais non égales; parce que la femme n'est ni le -_sexus sequior_ dont parle Schopenhauer, pas plus qu'elle n'est -l'homme-femme de Stuart Mill. - -Et c'est heureux, car cette déformation accomplie l'humanité -périrait[28]. - - [28] Turgeon: _Le féminisme français_. - -Et si ce n'est pas l'égalité que l'on cherche, si c'est l'identité -ou la suppression des différences, disons tout d'abord que cette -suppression est impossible. «L'esprit d'une femme et son cœur ne -sont ni l'esprit ni le cœur d'un homme»[29]. Combien on doit s'en -féliciter. - - [29] Jules et Gustave Simon: _La femme au XXe siècle._ - -Voilà pourquoi la femme étant autre que l'homme et par conséquent -n'étant point son égale doit avoir seulement les droits de son sexe -et non ceux des hommes! Aussi ne devons-nous point sourire à la -lecture de ces phrases: «Dès que l'égalité sexuelle sera conquise, la -femme au contact de la vie contractera cette dureté de cœur, apanage -jusqu'ici de l'autre sexe. Frappée, elle frappera; blessée, elle -blessera; spoliée, elle spoliera[30].» - - [30] Madeleine Pelletier: _Revue socialiste_, 1908. - -Oh! l'étrange et disgracieux type de femme que rêve Mme Pelletier! -Quel monstre! et quelle chose plus navrante que cet être asexué! -Mais vouloir enlever à la femme la seule chose qui la rende belle et -bonne: sa tendresse; vouloir la lancer dans les combats pour qu'elle -lutte, qu'elle frappe, et qu'elle... tombe! O! l'horrible cauchemar! -Non! de l'homme et de la femme n'en faites point des âmes ennemies; -ne proclamez pas le divorce des sexes, il y aurait trop de misères et -trop de deuils! - - -3e: La femme doit voter pour défendre ses intérêts attaqués et sa -liberté compromise - -L'on nous dit: permettez aux femmes de voter, elles commenceront -par demander une augmentation de salaire. N'est-il pas navrant de -voir encore de nos jours des patrons, des directeurs de maison de -commerce, assez peu scrupuleux pour obliger leurs ouvrières à un -travail quotidien de douze et parfois quinze heures. - -Regardons les journées d'une midinette: à 8 heures elle rentre à -l'atelier jusqu'à midi. Une heure pour réparer ses forces grâce à un -frugal repas n'excédant pas le plus souvent 75 centimes. De 1 heure à -7 heures 1/2 travail. Et dans les journées «à poussées», les veilles -jusqu'à minuit achèvent d'épuiser ses forces affaiblies. Tout cela -pour un modeste salaire de 20 à 30 sous par jour! - -Que dire de ces millions de braves femmes peinant tout un jour pour -gagner péniblement 1 fr. 25, 1 fr. 50? «Six millions de femmes -manient à l'heure actuelle l'aiguille, la plume, l'ébauchoir, le -livre d'enseignement, le scalpel, le Code, les leviers, les volants, -les manettes à l'usine, la machine à écrire dans les bureaux. Songez -que près de trois millions de femmes se courbent sur la terre et -qu'on compte près d'un million de domestiques femmes. Refusera-t-on -à ces laborieuses le droit de choisir des mandataires conscients ou -conscientes de leurs intérêts?»[31]. - - [31] Paul Marguerite: _Le Journal_, 1909. - -Pourquoi nous enlever en outre le droit de disposer librement de -nos salaires? La loi ne devrait-elle pas défendre le produit de -notre travail contre un mari peu scrupuleux, gaspillant et dissipant -au café le produit d'une semaine d'efforts. Oui les femmes ont -raison de dire: puisque vous, hommes et législateurs, vous vous -déclarez incapables de nous protéger contre des maris sans vergogne -et sans pudeur, puisque vos lois ne défendent que les intérêts de -vos semblables, donnez-nous au moins le droit de nous protéger, de -conserver ce que notre travail nous donne, accordez-nous le droit -de voter. Et puis que dire de cet asservissement, de cet esclavage, -de cette infériorité dans lequel le mari, grâce aux liens du -mariage, nous tient continuellement courbées? Notre opinion dans une -discussion n'est rien, notre volonté est sans cesse annihilée, nos -droits sont éternellement violés. Qui dit femme mariée dit esclave, -dit servante. - -Vos réclamations, mesdames, sont justes, mais peut-être entourées par -instant d'une fausse sensibilité et d'un sentimentalisme excessif -nuisant à leur justesse. Il faut toujours se méfier du cœur, dans les -discussions; c'est un très mauvais conseiller, surtout chez vous, -mesdames, et examiner une question avec impartialité quand on fait -appel à ce viscère, nous paraît impossible. - -Quand vous vous écriez: les salaires des femmes sont insuffisants en -comparaison de leur travail, nous sommes entièrement d'accord avec -vous. Il est, en effet, inadmissible que certains patrons exploitent -ainsi des jeunes filles sans guide et sans soutien. Et si dans vos -réclamations il est une note juste, une raison sérieuse qui milite en -faveur de votre révolte, c'est bien celle-là. Mais le remède à vos -maux n'est point dans le bulletin de vote. - -Dites à ces femmes admirables, générales de votre armée, dites-leur -vos souffrances et vos misères. Que des brochures, que des -conférences dénoncent à la vindicte publique ces exploiteurs du -travail féminin, les grands couturiers, les grands tailleurs, les -grands patrons d'usines, les grands directeurs de salons de mode. -Traquez-les, nommez-les, intéressez des hommes influents, des -parlementaires actifs à vos malheurs. Soyez impitoyables dans vos -attaques et fermes dans vos résolutions; et si malgré toute votre -énergie le triomphe ne couronne pas vos efforts, n'hésitez pas: -proclamez la grève, le seul moyen légal qui vous reste. Et tous les -gens de cœur vous soutiendront. - -Il ne faudrait point cependant, Mesdames, exagérer! Et quand vous -parlez dans toutes les branches de l'industrie de salaires de misère, -nous vous disons: casse-cou, le cœur commence à parler. Non, la -femme n'est point l'éternelle exploitée, comme vous vous plaisez à le -proclamer. Il n'est pas rare de trouver à Paris et dans nos grandes -villes des femmes gagnant 5 et 6 francs, sans fournir pour cela un -travail au-dessus de leurs forces. Les grandes administrations de -l'État, Postes, Ministères, les grandes Compagnies, les entreprises -privées, les exploitations agricoles, les maisons de commerce, les -écoles et les lycées paient normalement, sans affamer leurs employées. - -Notons que sur cinq millions et demi de femmes exerçant une -profession, le nombre de femmes employées dans ces différentes -branches s'élève à près de trois millions et demi, leurs salaires -variant entre 5 et 8 francs, sans négliger, pour quelques-unes, le -précieux avantage d'une retraite. - -Ainsi donc, le but vers lequel devraient tendre tous vos efforts -serait l'augmentation d'un salaire pour les femmes dont les travaux, -soit de jour, soit de nuit, sont rémunérés bien au-dessous de leur -valeur. Pour cela, point n'est besoin d'agiter incessamment au-dessus -de vos sœurs le drapeau des revendications de vos droits politiques. -Point n'est besoin de vous écrier tragiquement: Hors de l'urne, point -de salut! - -Non, Mesdames, ce moyen est ridicule. Concentrez plutôt tous vos -efforts à vous grouper, à vous unir, à vous sentir les coudes; -commencez à ne plus vous dénigrer, à ne plus vous battre entre -illustres féministes; sachez savoir, vous les directrices du -mouvement, faire souvent abstraction de vous-mêmes et ne point -toujours ambitionner la place de généralissime ou de colonelle! -Faites-vous les champions de cette noble cause: le relèvement du -salaire de la femme; créez, par vos journaux, par vos revues, par vos -conférences, une agitation intense; faites appel aux noms illustres -et aux cœurs généreux, vous trouverez encore en France des hommes qui -sauront défendre vos droits. Mais de grâce, ne perdez pas votre temps -à de futiles discussions, descendez des brumes de vos rêves fous pour -rentrer dans le domaine des réalités. Et si, têtues et inflexibles, -vous n'aviez d'éloquence et d'énergie que pour la défense du bulletin -de vote vous permettant de faire des lois en votre faveur, nous vous -répondrions: «Mais enfin, les hommes peuvent bien en faire autant, et -si vous aviez su vous y prendre, ce serait déjà fait.» - -Il en est de même de la libre disposition de vos salaires. La preuve -certaine des bons résultats obtenus par vos groupements féministes, -et de la sollicitude avec laquelle sont examinées vos justes -revendications, c'est la loi de 1907 donnant à la femme mariée le -droit de disposer comme il lui plaît de son salaire, loi obtenue -grâce au dévouement intelligent et à la persévérance sensée d'une de -vos plus illustres représentantes: Mme Jane Schmall. Alors pourquoi, -donc, encore une fois, perdre votre temps à trépigner comme des -enfants devant les urnes en disant rageusement: «Moi je veux un -bulletin de vote! na!» On rit, tout simplement, tandis que lorsque -vous parlez sérieusement, on vous écoute. La voie est ouverte! à vous -de savoir y pénétrer et ne pas dévier du droit chemin des justes -revendications. - -Arrivons enfin à cette refonte du Code civil. Que proposent les -féministes le jour où elles auront le droit de voter: Obéissance au -mari, supprimée. Dorénavant, dans la famille moderne, deux têtes, -deux volontés, deux décisions; chacun agira à sa guise, la femme -de son côté, l'homme du sien. Nous n'aurons plus alors des femmes -esclaves, spoliées et enchaînées, elles seront libres, indépendantes, -marchant les cheveux au vent dans le soleil de la liberté!!! - -Comme théorie ce sera superbe; comme pratique ce sera piteux. - -Certes nous ne dirons point, avec M. Bonaparte, que nous aurons -la hardiesse, de contredire: «La nature a fait de nos femmes nos -esclaves; le mari a le droit de dire à sa femme: Madame, vous ne -sortirez pas, vous n'irez pas à la comédie, vous ne verrez plus telle -ou telle personne, c'est-à-dire, Madame, vous m'appartiendrez corps -et âme»[32]. - - [32] Thibaudeau: _Mémoires sur le Consulat_. - -Général, vous exagérez, et comprendre ainsi son rôle de maître de -maison serait trop dégradant pour la femme... et pour l'homme! - -Pas plus que la femme, l'homme ne doit commander dans un ménage. -L'unité de direction que vous réclamez doit être faite de deux -volontés qui s'accordent, qui s'harmonisent, de la volonté de -l'époux et de l'épouse. Elle ne doit former qu'un tout qui -n'atteindra sa perfection qu'après de multiples froissements et -d'innombrables heurts, mais enfin qui permettra au ménage de vivre -heureux! Et ne taxez pas tout de suite de bourgeois deux époux -qui s'aiment, qui vivent l'un pour l'autre, et dont les décisions -ne sont prises qu'après un consentement mutuel. Vous êtes faites, -Mesdames, non point pour commander, mais pour conseiller; non -point pour diriger, mais pour indiquer simplement la direction. -Commander, être directrice de votre intérieur, le pourriez-vous -avec votre sensibilité poussée jusqu'à l'exaspération, avec votre -nervosité, votre exaltation et votre volonté «sautillante comme les -mouches»[33]. Non, mille fois non! Et puis, soyez franches comme nous -allons l'être. Dans presque tous les ménages, qui dirige, qui conduit -moralement, insensiblement, et sans s'en douter la barque? Mais c'est -vous, Mesdames! - - [33] Kant. - -Les femmes égales de l'homme! Pourquoi? Elles nous font abdiquer -quand cela leur plaît: «Voyez-moi, ma fille! Etais-je assez -autoritaire, jadis? Eh bien, peu à peu, j'ai plié. Mais quand à -inscrire la déchéance de l'homme dans les lois de la femme! ah! non, -jamais, par exemple! Ce qui est sublime dans les femmes supérieures -qui nous dominent, c'est qu'elles dominent leurs maîtres»[34]. - - [34] _Tata_, A. Dumas. - -«La femme est l'inspiratrice et la reine de la société. C'est d'elle -que dépend en grande partie la manière de penser des hommes»[35]. - - [35] Rousseau: _Lettre à d'Alembert_. - -Oui, c'est vous qui grâce à votre tact, à votre finesse, à votre -habileté, savez petit à petit, par ce je ne sais quoi qui nous -enlace, faire de vos maîtres vos esclaves. Légalement nous vous -commandons. Pratiquement nous vous obéissons. - -Et toujours et sans cesse, malgré vos réclamations et vos cris, il en -sera ainsi de par le monde, car aucune loi ne peut changer le cœur -humain. - -Les gens heureux! Ils sont foule en notre beau pays de France. -«Voulez-vous connaître le secret des bons ménages? Chacun des époux -reste à sa place, le mari commandant sans en avoir l'air, la femme -obéissant sans en avoir conscience. Ils sont si étroitement liés -qu'ils ne forment qu'un cœur et qu'une âme! Ils réalisent le mariage -parfait»[36]. - - [36] Turgeon: _Le féminisme français_. - -Oui, en France, la femme est la maîtresse de maison malgré vos -déclarations, Mesdames les féministes. Vienne le jour où par un fait -du hasard le plus étrange elle soit déclarée légalement l'égale de -l'homme, ce jour-là il n'y aura rien de changé sous la coupole des -cieux! Nous resterons toujours vos subordonnés, «car la femme est une -esclave qui fait porter les chaînes à son maître». - -Trêve donc de vos réclamations. N'allumez point la guerre - - Où se jetant de loin un regard irrité - Les deux sexes mourront chacun de son côté[37]. - - [37] Alfred de Vigny: _La colère de Samson_. - -Continuez à être l'aimable conseillère de l'homme, guidez-le avec -votre tendresse si douce, secourez-le dans les moments d'abattement; -soyez fières de votre rôle actuel dans la famille, laissez de côté -ces défis que vous lancez au bon sens et souvenez-vous que beaucoup -d'hommes disent avec Jules Simon: «Je repousse la domination des -femmes, mais j'accepte leur influence». - - -4e: La femme doit voter en France parce que les femmes votent dans -les autres pays - -Si, à un point de vue peut-être très nouveau, le point de vue -électoral féminin, nous jetons les yeux sur la carte du monde, on -aperçoit l'hémisphère divisé en deux parties. D'un côté, les pays -où les femmes ont les mêmes droits politiques que les hommes; de -l'autre, ceux où elles se contentent d'être des épouses et des mères -de famille. - -Les États accordant le droit de suffrage aux femmes sont: - -La République de l'Equateur depuis 1861. - -Le Wyoming depuis 1869. - -L'Autriche, dans la classe de la grande propriété, depuis 1873. - -L'Ile de Man depuis 1881. - -La Finlande depuis 1893. - -La Nouvelle-Zélande et l'État de Colorado depuis 1893. - -L'Utah et l'Idaho. - -En Angleterre, toutes les femmes votent pour les principaux corps -représentatifs locaux, qui sont: - - Les conseils scolaires. - -- de gardiens. - -- paroissiaux. - -- municipaux. - -- de comté. - -Elles sont éligibles seulement dans les trois premiers. La seule -liste dont les femmes soient exclues est la liste pour l'élection des -membres du Parlement. - -Certains auteurs affirment que les résultats ont été excellents; -les élections ont toujours revêtu un caractère de calme et de -modération qu'elles n'avaient jamais eu. Les femmes ont accompli ce -nouveau devoir avec intérêt et conviction. Pourquoi donc une chose -fonctionnant si bien dans les autres pays ne donnerait pas d'aussi -bons résultats en France? Les femmes votent au-delà des mers; tout -le monde a trouvé cette nouvelle institution admirable. Qu'attend-on -pour l'appliquer chez nous. Ne sommes-nous pas des femmes comme les -Finlandaises, les Américaines ou les Anglaises? - -La solution est simple, mais elle est fausse. - -Il faut essentiellement se méfier de ces compte-rendus fantaisistes -des journalistes nous annonçant que 3.000 femmes ont participé au -vote, tandis qu'un confrère estime à 300 les suffragettes ayant usé -de leur nouveau droit politique. Tel enthousiaste féministe proclame -que la nouvelle loi a été accueillie avec joie; tel autre, plus -calme, annonce que cette réforme a passé complètement inaperçue. Nous -sommes encore trop près des événements pour pouvoir les juger; les -matériaux sérieux et les documents probants manquent pour essayer -même de porter un timide jugement sur les résultats obtenus et pour -juger les effets. Le mieux est d'attendre! mais un journaliste le -peut-il? Nous en doutons! - -Le raisonnement que vous faites, Mesdames, n'est guère ingénieux. Les -femmes votent en Amérique, en Finlande, etc. Pourquoi les Françaises -ne feraient-elles pas de même? - -Puisque les Chinoises portent le deuil en blanc, que les négresses -se mettent des anneaux dans le nez, ou que les Japonaises, pour -arrondir leur dot, font un an de stage dans les bateaux de fleurs, -en feriez-vous autant? Et puis, vous oubliez la chose principale, -la question des mœurs, de tempérament. «Erreur en deci, vérité en -deçà». Ce qui peut être raisonnable et naturel dans un pays, peut -être grotesque et fou dans un autre. Que la femme du Nord, plus -froide, plus calme; que l'Américaine, plus flegmatique, puissent, -avec leur éternelle indifférence, exercer leur nouveau droit sans -que rien dans leur vie ne soit changé, nous l'admettons. Mais vous, -Françaises, vous les enthousiastes, si sensibles, si changeantes, -vous extrêmes en tout, qui êtes la légèreté et l'insouciance même, -capables des pires résolutions comme des actes les plus fous, comment -pourriez-vous déposer un bulletin dans l'urne? Auriez-vous seulement -le désir de voter, d'exercer ce droit si fragile et si mobile, que -l'on fait dévier par une promesse ou par une menace, vous qui êtes à -la merci d'un sourire, d'une larme, d'une parole et d'un geste! - -Ah! le joli résultat, le jour où vous pourrez avec un sérieux -imperturbable inscrire sur vos cartes: électrice! Quelle décadence! - -Le _Mercure de France_ publiait dans son numéro du 1er février 1904 -un article de Mme Charlotte Fabrier-Rieder, sur les «Femmes et le -Féminisme en Amérique». Entre autres choses plutôt tristes, cette -courageuse dame disait: - -«Il n'y a plus de vie de famille en Amérique, plus de femmes -d'intérieur. L'homme travaille pour que la femme ait beaucoup -d'argent à dépenser. L'homme est le véritable esclave de la femme. -Partout elle est prépondérante, elle collabore à la vie sociale, elle -accède aux fonctions administratives et publiques, impose ses droits -aux professions libérales, à tel point qu'un journaliste de talent, -M. Cleveland Moffett, se plaint que l'Amérique soit de tous les pays -du monde celui où la femme reçoit le plus de l'homme et lui donne le -moins en échange. La femme, dit-il, passe sa vie dans la fainéantise, -ne raccommode jamais, fait tout aussi bon marché de ses devoirs -de mère que d'épouse et de ménagère. O femmes d'Amérique, prenez -quelques leçons de la vieille Europe et en particulier de la France! - -»Prendre des leçons de la France, c'est un peu tard, puisque c'est -elle qui est en train de s'américaniser et de se féminiser»[38]. - - [38] _Mercure de France._ - -Paul Parsy, lui, est moins catégorique: - -«Français et Françaises nous admirons en Norwège la femme qui -s'avance en souveraine dans la cité, mais les Norwégiens et les -Norwégiennes admirent et envient la Française, femme d'intérieur, -comme nous disons, souveraine de la maison et du foyer. Et peut-être -cette souveraineté-ci vaut-elle cette souveraineté-là. Et peut-être -aussi ces deux souverainetés sont-elles conciliables»[39]. - - [39] _Annales politiques et littéraires_, 7 novembre 1909. - -A notre humble avis, nous croyons à l'éternelle séparation de ces -souverainetés. Et si le rêve contraire se réalisait un jour, qu'au -moins parmi nos sœurs françaises il en reste toujours quelques-unes -qui, selon le vers délicieux de Mme Fouqueux, veulent bien accepter - - Ne vouloir être rien, être rien qu'une femme. - - -5e: La femme doit voter parce qu'elle ferait des lois contre -l'alcoolisme et de régénération sociale - -S'il est une plaie hideuse qui ronge notre pays, c'est bien celle -de l'alcoolisme. De tous côtés, on entend répéter cette sinistre -constatation: «L'alcoolisme fait des progrès effrayants, le fléau -contamine notre sang le plus pur. La France est perdue!» - -De toutes parts des cris alarmants sont poussés. Des cœurs bons, -des âmes généreuses, fondent des sociétés dites de tempérance ou -antialcooliques, pour enrayer le mal. La Chambre, devant le péril -croissant, augmente sans cesse les taxes sur les alcools et, anomalie -étrange, plus l'impôt est lourd, plus le nombre des consommateurs -augmente. Quel remède découvrir à ce chancre rongeur de notre vie la -meilleure et de notre force nationale? Comment arrêter le débordement -de ce vice effroyable qui mine, qui sape, qui brûle les énergies -indomptables, transformant un homme sain et vigoureux en une loque -pantelante, en un être condamné à perpétuer une race rabougrie et -dégénérée? - -Ce remède, les femmes nous le proposent. Ce que vous n'avez pas le -courage de faire, vous autres hommes, nous, femmes, nous le ferons. -Donnez nous le droit de voter, et vous verrez si du jour au lendemain -nos représentantes ne demanderont pas la fermeture immédiate de ces -bars, de ces cafés où l'homme, sans souci de sa dignité, gaspille -et son argent et sa santé, pendant que nous, les travailleuses, les -héroïques, les courageuses, peinons pour élever nos enfants, pour les -nourrir et, malheureusement aussi, le plus souvent, pour permettre au -mari d'assouvir sa passion verte avec notre argent honnêtement gagné. - -Ah! vos cabarets, messieurs les législateurs, quels admirables -soutiens d'élections, quel nid plus sûr où l'on est toujours certain -de trouver la voix qui assurera le succès, et cela moyennant une -pièce d'argent ou même un simple verre! - -Un ivrogne? Mais pour une fine on a sa voix! Le bistro! quel gros et -influent électeur! En voilà un au moins connaissant ses clients et -sachant par une tournée effacer une opinion ou changer la couleur de -votre drapeau. - -Voilà pourquoi, messieurs, vous permettez cette effrayante -multiplication de débits, de ces gouffres où meurent tous nos -plus beaux rêves de jeunesse, toutes nos espérances et toutes nos -illusions; de ces taudis infects où l'ouvrier vient s'empoisonner à -bon marché, oubliant dans sa griserie quotidienne femme, enfants, -famille, travail! - -Et puis, c'est la misère, la faim, l'horreur et la peur des coups! -c'est pour l'homme le suicide ou le surin, pour la femme l'hôpital ou -le trottoir! - -Ces enfers! messieurs, laissez-nous voter, et demain nulle trace -n'existera d'eux. - -Pas plus que ces lois infâmes contre la prostituée qui, le plus -souvent, fille du peuple, bonne, commise ou trottin, a été jetée -sur le pavé des villes par un homme sans scrupule qui lâchement l'a -abandonnée. Pas plus que ces règlements de police soi-disant des -mœurs, qui traquent la fille publique comme une bête, qui l'enserrent -dans leurs filets, qui l'étouffent dans leurs mailles pour la lancer -dans la rue encore plus farouche, plus excitée, plus criminelle! - -La belle apostrophe, mesdames! et quel beau rêve! - -Reconnaissez tout d'abord avec nous qu'il existe de par le monde bon -nombre de ménages heureux, dans toutes les classes de la société, -ainsi que des hommes non alcooliques constituant même une imposante -majorité. - -Reste donc une minorité, élevée, il est vrai, d'hommes pour lesquels -le café est tout, et qui sont par conséquent des alcooliques -invétérés. - -Sans crainte de trouver un démenti, nous pouvons affirmer que la -moitié de cette minorité d'alcooliques est composée d'ivrognes de -naissance ou de tempérament, c'est-à-dire que malgré toutes les -lois, toutes les sociétés et toutes les défenses, ils continueront -à boire... parce qu'ils ont toujours bu. Un joueur invétéré cesse -le jour où il n'a plus d'argent, un fumeur quand il n'a plus de -souffle, un alcoolique quand il est mort. A ces indéracinables -auxquels vous ne pouvez rien opposer, ni le sentiment de leur -bassesse, ni le respect de la famille, ni l'amour des enfants, ni les -devoirs d'époux, le seul moyen raisonnable est de les laisser finir -lamentablement leur vie de brute éternelle. - -Mais, dites-vous, nous fermerons les cafés! Croyez-vous qu'ils ne -seront point forcés d'abandonner leurs tristes habitudes? - -Non! raisonnablement, Mesdames, croyez-vous qu'à l'heure actuelle il -soit moralement possible de supprimer en France «une habitude», une -nécessité, qui est dans les mœurs, et qu'on appelle le café? - -Ou de deux choses l'une! ou il faut les supprimer tous sans -exception, ou il ne faut en fermer aucun. - -Si vous n'en supprimez que la moitié, par exemple, vous n'éteindrez -pas le vice, vous l'aviverez, en canalisant tout simplement les -ivrognes vers les bars ouverts, et n'en resterait-il qu'un tous les -alcooliques s'y donneraient rendez-vous! - -Quant à les supprimer tous, n'y comptez pas; vous auriez contre vous -la majorité formidable des gens raisonnables qui vont au café pour -leur bon plaisir, pour passer un instant, y voir des amis; l'ouvrier -pour y faire sa partie ou sa causette; en un mot tous ceux pour qui -le café est une distraction, un second chez soi, un complément de la -vie. - -Quant à la deuxième catégorie, nous les appellerons les apprentis -alcooliques; ce sont tous ces ouvriers, dignes d'intérêt, se laissant -petit à petit entraîner vers les bars et se faisant à la longue une -gloire de savoir savamment «étrangler un perroquet ou étouffer un -petit verre». - -Que faire pour préserver ces hommes? La question est difficile -pratiquement. Les solutions des problèmes sociaux sont trop complexes -pour pouvoir dire catégoriquement: Il faut faire telle ou telle chose. - -Fermer tous les cafés! le pourriez-vous? vous n'oseriez pas le faire. - -Leur montrer par des conférences, des brochures, des avertissements, -le gouffre vers lequel ils se précipitent! Ils n'y assisteront pas; -ils ne vous écouteront pas. - -Les enrôler dans une société antialcoolique? Ils en riront! en auront -honte. - -Un remède contre l'alcoolisme pour le supprimer? C'est chimère! il -n'existera jamais. Mais alors essayons de l'amoindrir. - -Commençons par donner à nos enfants une éducation non scientifique, -mais pratique; sans trêve ni repos, montrons-leur tous les dangers -de ce mal affreux; à nos petits soldats apprenons chaque jour, -au lieu d'une stupide théorie militaire, les conséquences de ce -vice effroyable; enfin que nos législateurs, avec une indomptable -énergie, votent des lois plus sévères et plus rudes et surtout -fassent impitoyablement la guerre à ces alcools frelatés, permettant -de donner le verre à 10 centimes! Quand on songe que les droits par -hecto sont de 220 francs. - -Voilà le point faible de l'alcoolisme. Supprimez les mauvais -alcools, traquez les eaux-de-vie bon marché, empêchez tous les -vulgaires bistros de servir pour deux ou trois sous un soi-disant -apéritif ou liqueur qui n'est autre chose que du poison; si l'impôt -sur l'alcool, existant actuellement, ne suffit pas à enrayer le vice, -eh! bien augmentez-le toujours[40]. Mais en même temps resserrez les -mailles du filet qui enlacera les débitants et les cafés d'ouvriers, -et si quelqu'un trouvait, par hasard, cette mesure antidémocratique, -nous répondrions que de l'antidémocratie on n'en a cure, pourvu que -le sang du peuple français soit fort et pur. - - [40] Les droits de consommation sont de 220 francs par hectolitre - d'alcool pur, plus 50 francs de surtaxe pour absinthes, bitters - et amers. - - A ce droit s'ajoute un droit d'entrée perçu dans les villes de - 4.000 âmes et au-dessus qui varie de 7 fr. 50 à 30 francs selon - la population. Dans les villes sujettes à octroi, les alcools - sont encore frappés d'un droit qui peut être le double des droits - d'entrée. - - Paris peut arriver à 85 fr. 20, ce qui porte les droits à Paris à - 385 francs par hectolitre d'alcool. - -Et, maintenant, ne répétez pas cette énorme sottise que les -législateurs conservent les cafés et les bars pour leur permettre -d'être réélus; non, ne croyez point, Mesdames, que des hommes -politiques, qui pour être politiques n'en sont pas moins cependant -des gens honnêtes et respectables, s'abaissent à ce point. - -C'est peu connaître l'esprit français que de prêter un seul instant -de semblables intentions à nos représentants. - -N'écoutez point en cela les voix réactionnaires vous chantant -l'éternel couplet de la pourriture, de la dégradation des mœurs -parlementaires. La République aurait-elle donc le triste apanage -d'être un régime de honte et de boue? Et ne pourrait-on pas sans -peine démontrer que les empires et les royautés n'ont été qu'une -longue théorie de sang et qu'un amas de ruines. - -Mettons les choses au point et disons qu'en ce siècle de lutte pour -la vie les actes les plus simples revêtent toujours un caractère -d'égoïsme bien caractérisé. Si le candidat parcourt les cafés, -accusez les mœurs de notre siècle, voulant que ce soit là que le -député fasse sa conférence, voit ses électeurs, leur cause, leur -développe ses idées! De là à soutenir l'alcoolisme, il y a loin, très -loin! - -Quant aux diatribes contre les règlements des prostituées, je vous -dis: Attention! fausse sensibilité. Qu'il y ait des hommes lâches et -sans cœur abandonnant de pauvres filles sur le trottoir, il y en a, -et la seule vengeance contre leur lâcheté, c'est de les dénoncer à la -vindicte publique. Mais quant aux autres: - -«Les femmes qui vivent de la prostitution, eh bien! ce sont tout -simplement celles qui trouvent ce moyen d'existence moins pénible -que le travail. Elles bénissent, dans leur for intérieur, la nature, -cette bonne mère, qui les a fait naître d'un sexe où l'on gagne sa -vie et où même parfois l'on s'amasse des rentes sans se donner du -mal. Cela leur coûte si peu et cela leur fait tant de profit. La -preuve en est que lorsque des âmes charitables tirent ces marchandes -de sourires de la fange et cherchent à les réhabiliter par le -travail, à la première occasion, elles retombent. - -»Tout ce que la Société peut faire à cet égard, c'est d'exercer une -surveillance rigoureuse sur l'infâme métier qu'on appelle la traite -des blanches»[41]. - - [41] _Les Mensonges du féminisme_, par Théodore Joran. - -Et nous ajoutons: d'essayer de rendre plus humains les règlements de -la police des mœurs. - -Laissez donc de côté, Mesdames, ces drapeaux que vous déployez à -toutes occasions: Le drapeau de l'alcoolisme et de la régénération -sociale! Un humoriste, nous ne savons plus lequel, a dit que -c'étaient des bateaux! Nous avouons partager son opinion. - -Vous avez de si beaux sujets pour réclamer, où tout votre cœur et -toute votre sensiblerie pourront se donner libre cours; mais de grâce -ne continuez plus à vous poser comme les rénovatrices des mœurs et de -la morale. - -Vous n'auriez aucun succès..., car rien n'est plus fastidieux qu'une -femme savante, politique, économiste, éloquente et féministe..., même -jolie! - - -6e: La femme doit voter parce qu'elle vote déjà pour les Tribunaux de -commerce. - -Prenons une femme directrice d'un magasin, d'un commerce, d'une -entreprise. Avec régularité et sérieux, elle dirige tout, sait faire -face à toutes les difficultés; la maison prospère et s'agrandit, -menée par une tête intelligente et une volonté ferme. Il lui manque -cependant quelque chose, c'est d'être l'égale de l'homme devant -les tribunaux de commerce dont elle relève directement. Pourquoi -n'aurait-elle pas, elle la femme honnête et travailleuse, les mêmes -droits que son voisin, commerçant, déjà failli, mais réhabilité. En -portant un procès devant des juges qu'elle n'avait pas choisis ne -pouvait-elle avoir une cause de suspicion légitime et même les juges -pourraient-ils rendre un jugement en leur âme et conscience sans être -taxés de partialité. - -La loi du 23 janvier 1898 a comblé cette lacune; désormais les femmes -participent aux élections des Tribunaux de commerce, des membres de -la Chambre de commerce et des Chambres consultatives. - -Une loi du 15 novembre 1908 rend les femmes éligibles aux Conseils de -prud'hommes. - -Les résultats ont été excellents. La femme est dorénavant l'égale de -l'homme, et cela sans entraîner une révolution, un bouleversement -des mœurs. Le public ne s'est même point douté de ce changement qui -a donné toute satisfaction. Pourquoi donc alors ne pas accentuer le -mouvement et étendre petit à petit les droits électoraux féminins: -droit de vote pour les élections municipales, puis d'arrondissements, -conseillers généraux, etc., etc. - -N'exagérons rien. Si la réforme est passée inaperçue, c'est que les -élections des tribunaux de commerce sont celles où les hommes se -dérangent le moins pour voter. Il n'est pas rare de voir plusieurs -tours de scrutin afin de réunir le nombre de suffrages exigés par la -loi. Et du jour où les femmes ont été admises à l'insigne honneur de -venir déposer un bulletin de vote dans l'urne de Mercure le résultat -n'a pas changé, l'éternelle indifférence a subsisté. - -Ecoutons M. Turgeon, un féministe convaincu cependant: - -«C'eût été tout profit pour la magistrature consulaire si l'admission -des femmes au scrutin avait réveillé le zèle endormi des commerçants. -Cet espoir a été déçu. L'expérience toute fraîche de la nouvelle loi -a montré que les femmes préfèrent autant que les hommes la maison -de famille à la salle de vote. D'abord les commerçantes ont mis -bien peu d'empressement à se faire inscrire sur les listes; puis, -au jour du scrutin, l'abstention a été générale. Même à Paris, il -n'est guère que les dames de la Halle qui aient pris à cœur de -déposer leurs bulletins dans l'urne; ce qui prouve qu'en dehors de -quelques personnalités bruyantes pour lesquelles le féminisme est -une profession ou une distraction, les Françaises qui sont simplement -femmes se soucient médiocrement des revendications, même légitimes, -autour desquelles on mène si grand tapage»[42]. - - [42] Turgeon: _Le féminisme français_. - -Quant à la marche insensible du passage d'un vote à l'autre, c'est -tout simplement un leurre. Ce dosage savamment indiqué entraînerait -de grosses perturbations dues surtout aux ambitions des différents -partis politiques. Chacun d'eux voudrait s'accaparer les voix -féminines, et cela ne se ferait pas sans un bouleversement complet -des mœurs. Nous assistons déjà à un curieux mouvement féministe dans -les partis les plus rétrogrades comme les plus avancés, mouvement à -l'heure actuelle insensible, mais qui se ferait profondément sentir -le jour où le sexe féminin pourrait voter. - -Chaque opinion, royaliste, bonapartiste, radicale, socialiste, -anarchiste a son revers de médaille féministe. Ces messieurs prennent -ainsi position dans la nouvelle bataille. Chaque camp arbore le -drapeau des revendications féministes. - -Et du jour où l'égalité politique sera proclamée, nous assisterons -alors à cette énorme ruée de tous les partis vers les voix féminines. -Nous verrons l'assaut des votes du sexe faible mené par les -fort-ténors de la droite, les leaders du centre et les pétroleurs -de la gauche! Adieu alors retenue, galanterie, tendresse, respect, -amour, famille! - -La femme deviendra une voix qu'on accapare, qu'on achète, ou qu'on -vole! Girouette, ou article de bazar! Navrante réalité! - -Et dans quelques années, lasses, fatiguées, annihilées par ces -luttes incessantes pour lesquelles vous n'êtes pas faites, vous vous -cloîtrerez dans l'immuable abstention, organisant très originalement -la grève des suffragettes, vous les tristes désenchantées! - - Le poids d'un tel fardeau sur de frêles épaules - Pourrait bien les faire ployer, - Mesdames, croyez-moi, ne changeons pas les rôles, - Restez les anges du foyer[43]. - - [43] Louis Fréchette: Le coin du feu (_Revue de Montréal_, 1893). - - -7e: La femme doit voter parce qu'elle paie l'impôt - -L'objection est des plus naïves et des plus enfantines: «Si vous -acceptez notre argent, si vous nous obligez à payer l'impôt, -donnez nous au moins le droit de le voter, le droit d'élire des -représentants qui seront nos porte-paroles». - -On ne voit pas très bien, nous osons l'avouer, la relation qui existe -entre le droit de voter et le paiement de l'impôt! Voyons! Est-ce -parce qu'on paie l'impôt qu'on a le droit de voter ou bien est-ce -parce qu'on vote qu'on paie l'impôt? Alors les incapables énumérés -par la loi, les abstentionnistes, les militaires, etc., ne devraient -pas être taxés par le fisc! L'impôt n'a point comme corollaire le -droit au vote. - -Et puis, une raison plus sérieuse milite en notre faveur. Du -caractère légal de l'impôt découle un autre raisonnement. L'impôt, de -nos jours, est réel et non personnel[44], c'est-à-dire dû non par la -personne, non par un homme ou une femme, mais bien par la fortune. Ce -n'est plus Monsieur X. ou Madame Y. qui sont taxés, mais directement -leurs richesses! - - [44] Moye: _Traité de Législation financière_. - -N'essayez donc point de vous prévaloir, Mesdames, de ce fameux -droit illusoire: «Nous payons, donc nous voterons». Si, dans votre -arsenal féministe, vous ne possédez que de semblables arguments, la -déroute sera complète avant peu dans votre camp. Et cela à cause de -cette légèreté innée, de cette sensibilité naturelle qui vous font -dévier du droit chemin, ou qui faussent en vous les raisonnements les -plus simples. Une idée surgit, elle vous semble excellente! Vous la -soutenez, vous la défendez, sans même parfois vous demander quelle -en est exactement la valeur. Vous vous grisez de mots et de phrases, -étourdies par le vide de vos conceptions. - -Il est temps, Mesdames, de vous rappeler à votre rôle: «Un chat, un -oiseau, au meilleur cas une nourrice[45]». - - [45] Nietzsche: L'individualisme et l'anarchie; _Revue des - Deux-Mondes_, 1895. - - - - -DEUXIÈME PARTIE - - - - -RAISONS POUR LESQUELLES LA FEMME NE DOIT PAS VOTER - -Une erreur - - -Avant d'exposer les raisons pour lesquelles la femme, d'après nous, -ne doit point se mêler aux luttes politiques, nous voulons examiner -une objection à l'encontre du vote féminin, constituant, à notre -avis, une imposante erreur. - -Les femmes, disent certains auteurs, ne font pas de service -militaire; elles doivent donc être dépourvues de tous droits -politiques. L'argument est détestable! Et la seule chose qui -étonne c'est de le voir si souvent répété. Comment, s'écrient ces -antiféministes aveugles, vous voudriez voter et vous ne payez pas à -la patrie l'impôt le plus lourd, le plus dur, l'impôt du sang! Qui -a fait la France belle et puissante? Nos soldats! Qui permet à la -République de se faire aimer et respecter? Notre armée! Tandis que -vous, Mesdames, vos champs de bataille sont le théâtre, le turf et -les boulevards; votre idéal une toilette splendide et vous ne savez -mourir que pour l'amour! - -Nous le répétons, l'argument est complètement dépourvu de bon sens. -Comment est-il venu à l'esprit d'un homme intelligent de dire: «Vous -ne voterez pas, car vous ne serez jamais soldat!» Comme si par son -sexe et ses conséquences la femme avait été créée pour supporter -la fatigue des casernes, faire l'exercice, le pas gymnastique, les -grandes manœuvres et, au jour des sombres guerres, courir sus à -l'ennemi! - -Comment peut-on faire un grief à la femme de ne pas mettre sac au -dos, de ne pas avoir des galons de caporal ou d'être un officier de -réserve. Reprocher cela à la femme, c'est comme si l'on disait à -l'homme: «A partir d'aujourd'hui, vous ne voterez plus parce que vous -ne savez pas faire la cuisine, coudre, nettoyer les casseroles, faire -le lit, torcher les bambins, parce que vous ne portez pas de chichis -ou des dentelles!!! parce qu'enfin vous n'êtes pas femme!!!» - -Ce serait aussi ridicule. - -En un mot, on dit aux femmes: «Vous ne voterez pas parce que vous -n'êtes pas des hommes.» - -Combien l'on doit s'en réjouir! - -Et croyez-vous alors que l'impôt du sang ne soit point compensé par -cette lourde charge: la maternité? Mais ces générations de héros, de -gloires illustres, de triomphateurs! Cette France belle, puissante, -éternellement jeune, qui l'a faite? sinon vous les femmes, sinon -vous les mères! Vous dont le droit serait de vous lever toutes pour -demander à ces grands mangeurs d'hommes, tels que les Napoléons, où -sont nos fils? Et ce geste, vous ne l'esquissez même pas, courbant -vos fronts voilés de deuil devant la réponse: Patrie! - -Comprend-on maintenant ce mot de Michelet: «Qui paie l'impôt du sang? -La mère!» - -L'impôt du sang! Nous le payons dans la personne de ceux qui nous -sont les plus chers, fils, frères, époux et amis. Si nous sommes -dispensées du service militaire, nous sommes condamnées en revanche -à toutes les douleurs de l'enfantement. Si nous ne faisons pas la -guerre, nous faisons des soldats[46]. - - [46] Turgeon: _Le féminisme français_. - -Créer les futurs soldats au prix de mille souffrances, au péril de -sa vie; passer un tiers de son existence à préparer des citoyens, -tout cela n'équivaut pas à deux ans de régiment? Ne dites point à -la femme des choses qui la blessent dans ses attributions les plus -douloureuses mais les plus idéalement belles: la maternité. A ces -exaltées luttant pour leurs droits et leurs intérêts soi-disant -méconnus, à ces éternelles blessées, n'opposez point des raisons -aussi vaines et aussi sottes. Car parfois leur réponse: «Nous serons -puisque vous le voulez, soldats», est aussi ridicule, aussi dépourvue -de bons sens que l'objection. - -Non, Mesdames, votre place n'est point à la caserne, pas plus du -reste qu'à la mairie ou à la Chambre des députés. - -«Militaires, elles ne connaîtront jamais l'odeur de la poudre et le -sifflement des balles, car elles sont femmes et comme femmes elles -doivent avoir horreur du sang versé. C'est alors qu'on les verrait -toutes ces belliqueuses dépouiller un costume qui ne leur siérait -plus et il n'y en aurait pas une qui ne préférât aux attributs dont -elles s'étaient imprudemment parées le seul insigne qui convienne -à une femme, quand le canon tonne et le sang coule: le brassard -consolateur de la Croix-Rouge. C'est aux hommes qu'il faut laisser -l'uniforme et c'est à eux seuls que demeure le droit de le porter, -parce qu'il n'est pas sur eux l'indice d'un goût mais qu'il est -l'indice d'un devoir»[47]. - - [47] Henri de Régnier: _Revue française politique et littéraire_. - -Ne répétons donc point avec le gros public envisageant la discussion -sous un angle étrangement étroit: Vous ne payez pas votre dette à la -patrie; nous vous refusons le droit de vote. - -N'exaspérez pas les femmes! elles auraient raison de s'insurger et de -se révolter devant des raisonnements si peu chevaleresques et si peu -probants. - -Car pour une fois nous serions capable de devenir féministe! - - -1re: La femme ne doit pas voter à cause de la famille - -Jules Simon, de l'Académie Française, écrivait: «La famille a un -vote, si elle en avait deux elle périrait». Et Jules Simon était loin -d'être un sot. - -Que l'on ne nous accuse point de sentiments arriérés et vieux jeu, -que l'on ne nous traite point de rétrograde ou de bourgeois! Nous -avons une trop haute idée de la famille pour que nous ne disions -le profond bouleversement qui serait occasionné par cette nouvelle -réforme: le vote des femmes! - -Nous entendons déjà les mille et une réponses faites à cette -objection! La femme électrice! Et après! Croyez-vous que dans un -ménage il n'y ait pas de nos jours des sujets plus importants de -discussion et qui n'entraînent pas pour cela la faillite de la -famille? - -Attribuez-vous à un simple bulletin de vote le pouvoir anormal -d'introduire sous le toit familial la discorde? Les enfants! mais -aucun changement ne sera apporté dans leur éducation ou dans les -soins à leur donner! Quant à l'amour des deux époux, il ne sera point -diminué par le nouveau régime: égalité des droits sans distinction de -sexe! - -Dès le moment où les femmes voteront, elles auront conscience -de leurs devoirs. Sollicitées de donner leurs voix, elles se -demanderont pourquoi. Dès cet instant, il s'échangera entre l'homme -et la femme des inspirations qui loin de nuire à leurs rapports -réciproques ne feront au contraire que de les améliorer dans une -large mesure. La femme, moins instruite, aura recours à l'homme qui -le sera davantage. Il s'en suivra un échange d'idées, de conseils, un -état de choses enfin comme il n'en aura existé que dans les cas très -rares[48]. - - [48] Bebel. - -Les grands-prêtres du féminisme ont beau jeu pour idéaliser en -phrases ronflantes et illuminées le sanctuaire d'amour que sera le -ménage moderne; la femme, enfin, libérée de son rôle honteux de bonne -légale à tout faire; l'homme n'ayant plus une compagne, mais une -semblable, un homme-femme! - -Nous avouons ne point partager ce vibrant enthousiasme. S'il existe -déjà dans la famille de nombreux sujets à discussion, on ne voit -guère le besoin d'en introduire de nouveaux. - -Quand on aborde la question suivante, qui est en somme le nœud de -tout raisonnement: «Le vote de la femme détruira-t-il la famille?» -les uns haussent les épaules, en souriant, sans répondre; ce sont nos -grands intellectuels et intellectuelles, démolisseurs des préjugés -bourgeois et créateurs des grands systèmes sociaux! Ce sont les -fortes têtes de la société, ayant l'intime conviction d'être des -gens d'essence supérieure! _Beati pauperes spiritu!_ - -D'autres, plus sérieux, discutent, approfondissent, travaillent -la question, ne se contentant pas de phrases prophétiques ou -d'affirmations embrumées! Ils se disent: «Supposons du jour au -lendemain l'égalité politique proclamée. Prenons un ménage type où le -mari aura des idées avancées, la femme peut-être pas bien définies, -comme presque toutes les idées des femmes, mais enfin plutôt -rétrogrades ou conservatrices. Jusqu'ici aucune ombre n'était venue -assombrir la joie et le bonheur de cet heureux ménage; les enfants -étaient très bien élevés, les relations entre les différents membres -de la famille étaient sympathiques, on était heureux! - -Mais le jour des élections approche, une fièvre intense gagne tous -les cerveaux; des amies viennent causer à Madame; on l'entraîne dans -des réunions; dans des conférences où luttent, acharnés, _onguibus -et rostro_, les deux candidats. Timidement, le mari fait observer -à sa femme qu'il serait peut-être plus convenable, il n'ose dire -nécessaire, que son vote soit conforme au sien, et cela eu égard -à sa position, à ses relations, à son avancement. La femme, par -amour-propre ou par conviction, répond catégoriquement que son -opinion est arrêtée et que le choix de son candidat est déjà fait. - -Le mari émet quelques observations; le ton de la discussion s'élève; -les pointes et les répliques de la femme achèvent de mettre le feu -aux poudres; si les parents, les frères, les sœurs s'en mêlent, le -ménage devient alors un véritable enfer et cela simplement parce que -Madame veut voter pour un royaliste et Monsieur pour un républicain.» - -Que dire des querelles qui éclateront dans un ménage ouvrier ou dans -une famille de paysans! La lutte sera là encore plus âpre, plus -serrée, plus cruelle! - -Qui pourra se figurer les innombrables discussions et les -froissements inévitables qui existeront entre les amis, les parents -et toute la lignée d'étrangers mise en communion d'idée par le -mariage! - -Ce sera charmant et le nouveau régime aura des conséquences -magnifiques! - -Et cette description, nullement exagérée, pourra s'appliquer du -jour au lendemain à des milliers de ménages! Cela malgré toutes les -dénégations des féministes. - -Du jour où vous permettrez à la femme de voter, elle commencera par -s'immiscer dans les réunions politiques, à parler, à discuter, et -avec son caractère enflammé et extrême, s'enthousiasmant pour un -rien, elle sacrifiera son intérieur et sa tranquillité à la défense -d'une opinion. Cela, parce que de nos jours quand la politique vous -enserre dans ses tentacules redoutables, elle vous absorbe, vous -étreint, vous broie; parce qu'en politique toute tendresse, tout -amour, toute sympathie s'évanouissent; parce qu'en politique on -oublie tout, famille, enfants, situation, vous surtout, femmes, les -exagérées éternelles, capables des résolutions les plus folles comme -des actes les plus extravagants; parce qu'en un mot, on change de -sexe, on n'est plus un homme ou une femme: on est politique. - -Et nous assisterons alors à cette chose lamentable, la décrépitude de -la famille française; nous verrons des intérieurs autrefois si calmes -et si heureux changés en salles de conférence où devant des enfants -pleurant et apeurés par les cris, un homme et une femme, un père -et une mère, discuteront les mérites de leurs candidats, avec des -gestes fous et des expressions malsonnantes. Nous assisterons à cette -destruction lente mais sûre de la tendresse maternelle. - -Quant aux enfants, abandonnés, livrés à eux-mêmes, élevés dans la -liberté, l'émancipation et la libre-pensée, entre une tirade radicale -et un discours royaliste, tirés d'un côté, tiraillés de l'autre, ils -seront les spectateurs impuissants de ces luttes ridicules, jusqu'au -jour où blasés et cyniques ils considéreront d'un œil froid et terne -leur mère comme une folle et leur père comme un détraqué. - -Oh! les grands rêves révolutionnaires, les grands mots d'égalité -sexuelle, de liberté, d'émancipation, de rénovation sociale. Oh! -modernes entrepreneurs de changement des mœurs! quelle triste figure -serait la vôtre devant l'application réelle du programme de vos -futures constructions! Quelle inquiétante responsabilité pèserait -sur vos frêles épaules, le jour où l'on vous dirait: ouvrez vos -chantiers! combien d'ouvriers ou d'ouvrières auriez-vous? Peu, -très peu, car le bon peuple français se contenterait de regarder -par-dessus les palissades la cité future que vos folles conceptions -tentent d'élever! - -Non, de grâce, ne touchez point à cette chose sacrée: la famille. -Croyez, malgré tout votre scepticisme, qui pour la plupart d'entre -vous n'est que de la pose ou du snobisme, que le vote des femmes -aurait dans la majorité des foyers des conséquences désastreuses. - -On ne peut émettre une opinion d'avenir, nous l'avouons, mais -regardez simplement de nos jours dans les villes et les villages -l'action des femmes. A la campagne surtout elle est énorme, car là -on ne vote plus pour une opinion, on vote pour un tel ou tel autre. -Les élections se font pour un nom contre un nom. Et les femmes se -lancent dans la lutte, féroces, exaltées, entraînantes, poussant aux -dernières folies! Que sera-ce le jour où elles pourront manier l'arme -dont elles ne peuvent aujourd'hui que frôler le manche? Ce sera la -débâcle de la famille, le renversement de la femme de son piédestal -de gloire et de bonté. - -Et maintenant, mesdames, vous les sensées, vous les normales, -opposez toute votre énergie, toute votre force, à ces démolisseurs -de tendresse et de bonheur. Rappelez à ces échevelées la phrase de -Jules Simon: «La femme doit régner dans l'intérieur de sa maison, -mais elle ne doit régner que là», et si prétentieuses et arrogantes, -certaines mercantilistes du féminisme, avec des gestes tragiques -et une face convulsée, s'écriaient: «mes sœurs, révoltons-nous; la -famille vivra plus belle et plus puissante après notre émancipation», -faites-leur la réponse ronde et franche que l'épouse de Jérôme -Paturot lançait dans un club de femmes en 1848: - -«Comment, ce n'est pas assez que les hommes aient la cervelle sens -dessus dessous, il faut encore que les femmes s'en mêlent? On vous -parle de vos droits. Vous avez celui de tenir en ordre votre maison, -de raccommoder les chausses de votre mari, d'élever vos enfants, -de commander aux bonnes et de veiller à ce que le dîner soit cuit -à point? Et qu'aurez-vous gagné en venant ici? Que la maison ira -à vau-l'eau, que tous les enfants seront mal tenus, les nippes en -mauvais état et les bonnes maîtresses chez vous!!» - -Oh! diront, mesdames les féministes, quel idéal trivial et banal! et -surtout, en «quels termes grossiers ces choses-là sont dites.» - -Mon Dieu! mesdames, nous avouons humblement préférer ce style sans -gêne, délicieux dans sa rondeur bonhomme, à vos phrases prétentieuses -et économico-sociales, dignes tout au plus de figurer dans le Parc -aux Huîtres de _Fantasio_. - -Quant à l'idéal de l'épouse de Jérôme Paturot, pour si terre à terre -et si peu élevé qu'il soit, il a sur le vôtre, révolutionnaire et -pédant, l'avantage d'être censé. - -Et cela, croyez-nous, n'est point à dédaigner. - - -2e: La femme ne doit point voter parce qu'elle demanderait -l'éligibilité. - -Les femmes sont comme les enfants. Accordez-leur un petit bout de -liberté, elles en demandent le lendemain un gros morceau! Et dire -qu'il est inutile de leur donner le droit de vote parce qu'elles -demanderaient tout de suite celui d'être éligibles, me paraît tout -naturel! Dès qu'elles seront électrices, elles voudront être élues! - -Quelques-unes même mettent la charrue avant les bœufs! Mesdames -Marguerite Durand, Hubertine Auclert, etc., etc., se présentent dans -divers arrondissements de Paris. «Leur ouvrirez-vous débonnairement -les mairies, les conseils généraux, le Parlement, toutes les -fonctions officielles du gouvernement?[49].» - - [49] Turgeon: _Le féminisme français_. - -Mais certainement, répondent ces dames! A quoi nous servirait -l'usage du bulletin de vote s'il nous était impossible de faire -triompher nos candidates? Et puis, croyez-vous que certaines femmes -n'auraient pas autant de talent pour discuter une loi, faire une -interpellation, etc., que la plupart des députés? Mais pour être -conseiller municipal, maire, député, sénateur ou ministre, point -n'est nécessaire d'être un aigle ou un génie? Et pour faire le -travail que ces messieurs font, une dame en est aussi bien capable. - -Nous ne discuterons point, mesdames, la comparaison et l'appréciation -que vous portez sur le travail d'un député ou d'un sénateur. Nous -dirons simplement que ce travail parfois énorme, mais toujours -sérieux et à la longue ennuyeux, n'est point fait pour vous, à cause -de votre tempérament. Il vous serait impossible de dresser des actes -de l'état-civil, de faire des discours, de discuter des rapports, de -répondre à tous les solliciteurs, de faire, en un mot, un travail de -tous les instants, continu, sans trêve ni relâche, car vous êtes des -femmes et qui dit femme, dit légèreté, étourderie, inconstance! - -Que diriez-vous d'un conseil municipal composé de femmes! D'un -maire-femme! D'un député-femme! D'un sénateur-femme (ceci est plus -douteux; une femme étant en principe toujours jeune éprouverait -quelque difficulté à découvrir son âge en s'asseyant dans l'auguste -assemblée des pères conscrits!) - -Mais, nous répondent les féministes, ce ne serait pas si ridicule! -Dans les conseils elles apporteraient l'appui de leur tendresse, de -leur impartialité; à la Chambre elles sauraient être indépendantes, -donneraient leurs avis compétents sur les questions d'intérêt -pratique ou d'économie! - -Et puis enfin, n'avons-nous pas déjà la femme avocate, la femme -docteur, la femme-écrivain, pourquoi n'aurions-nous pas la femme-maire -ou la femme-député? - -Le raisonnement est ingénieux, mais il est faux! Il ne s'ensuit pas -de ce que nous avons déjà des femmes avocates ou médecins que nous -soyons obligés de subir des femmes politiques. Ce serait une corde de -plus à leur arc pour se rendre encore plus ridicules! - -Les avocates! La plaie des tribunaux! l'épouvantail des confrères et -des prévenus, la bête noire des juges! - -Valère Maxime nous dit que de son époque, déjà, on comparaît les -clameurs d'une femme avocate à des aboiements! Et ajoutant qu'elle -était née en 48 avant Jésus-Christ, il dit: «Lorsqu'il s'agit d'un -pareil monstre, l'histoire doit plutôt enregistrer la mémoire de sa -destruction que la date de sa naissance»[50]. - - [50] Turgeon: _Le féminisme français_. - -La doctoresse! Qui nous dira l'aversion qu'elle inspire à tous les -médecins. La plus grande découverte du siècle, nous disait un docteur -célèbre de Montpellier, serait de découvrir le microbe des étudiantes -en médecine!! - -L'écrivain! Elles sont trois mille en France, nous annonce -tristement le _Figaro_! Et sur ce nombre, combien d'inconnues! -combien d'ignorées. C'est la lente submersion de la littérature sous -la production énorme: «de ces vaches écrivassières aux mamelles -gonflées d'encre», comme les appelle irrévérencieusement Nietzsche. - -«Lorsque dans une société, dans une littérature l'élément féminin -domine, ou seulement domine l'élément masculin, il y a arrêt dans -cette société et cette littérature est bientôt décadente. L'élément -féminin produit une rétrogradation humaine»[51]. - - [51] Proud'hon: _Amour et Mariage_. - -Après cela vous voulez nous donner la femme maire ou la femme député! -Non, Mesdames; sans parler des nombreux et énervants conflits de tous -ordres que vos candidatures susciteraient, il est une question plus -sérieuse qui doit vous faire renoncer à ceindre l'écharpe tricolore! -C'est votre légèreté. - -Une femme, disait Lamartine, est incapable de suivre un raisonnement -plus d'un quart d'heure! Vous entendriez-vous à réviser des comptes, -à compulser des dossiers! Croyez-vous sincèrement à l'autorité morale -d'une fonction publique exercée par une femme? Ne trouveriez-vous pas -dégradant de vous voir dans les luttes politiques d'où est bannie -toute galanterie, huées, insultées, vilipendées et traînées dans la -boue? - -Auriez-vous le courage le jour où l'ordre serait troublé de le -rétablir! Seriez-vous assez sérieuses et assez calmes pour prendre -aux heures du danger des décisions énergiques et sûres? Non, car -votre légèreté, votre nervosité compromettraient en vous la voix -de la raison et du bon sens! Et puis nous autres, les hommes, que -ferions-nous? La cuisine, le travail de la maison, l'éducation des -enfants, pendant que vous approfondiriez les comptes des mairies ou -que vous prépareriez un rapport sur la marine ou sur les Beaux-Arts. -Vous seriez la grande armée des femmes politiques dont nous ne -serions que les serre-files! Non, Mesdames, ayez le bon esprit de -reconnaître que les rôles de chacun ne peuvent s'intervertir. - -On ne change point les décisions de la nature. Restez ces êtres -charmants et doux, tendres et bons, embellissez un foyer par votre -tendresse et souvenez-vous que malgré toute votre beauté, toute votre -grâce, vous feriez toujours à la mairie ou à la Chambre des députés -piètre figure! Vous n'y auriez aucun succès! Ecoutez du reste M. -Claude Mill, un de nos chroniqueurs les plus spirituels: - -«Tout de même est-ce que vraiment les femmes ont besoin d'entrer au -Parlement pour que nous les appréciions davantage? Elles étaient -charmantes avant de représenter le peuple; elles le seront évidemment -après: mais elles ne le seront pas davantage. Tremblons donc -qu'obligées d'assister aux doubles séances, contraintes d'arriver à -neuf heures, de déjeuner à la hâte en étudiant des rapports et de -s'en revenir dès le dessert pris, pour discuter de la décadence des -haras, tremblons qu'elles ne donnent plus le même temps--oh le bon -temps--à l'étude de l'ondulation et à la science du chichi. On me -dira que les femmes sont essentiellement pratiques, qu'elles n'iront -pas comme les hommes perdre six mois à discuter un budget assommant -sous le couvert de réformes que la démocratie n'attend pas. Les -femmes savent au moins le prix du beurre et encore plus la valeur du -pain que l'on met dessous et ce n'est pas elles qui nous parleront -cinq heures d'horloge de la politique du gouvernement en Cochinchine -pour aboutir à l'ordre du jour pur et simple. - -»Je veux bien croire aussi que le jour où la femme sera admise à -délibérer et à voter, la Chambre deviendra un séjour charmant. Les -complots sentiront un peu la verveine et la poudre de riz. On fera -ou on défera un ministère pour un regard ou pour un baiser. Si la -corruption continue à planer sur les assemblées politiques, elle se -prodiguera sous la forme gracieuse de l'amour. Et le pot de crême -remplacera le pot-de-vin! - -»C'est entendu mais au fond tout cela est-il bien sérieux? - -»Tout d'abord, impossible d'ouvrir la moindre session, malgré le -proverbe qui veut qu'une session soit ouverte ou fermée? - -»Quelle est la coquette, en effet, qui consentira jamais à être -présidente d'âge? Et que de potins! La médisance ira bon train. On -dira l'Aube a ses vapeurs. La Manche fait la tête car le Doubs parle -bas à l'Eure! Et l'Isère est-elle mal fagotée. La séance sera-t-elle -houleuse? Le président rappellera-t-il ces dames à l'ordre? Quel -incident s'il se permet de déclarer qu'elles manquent de formes? - -»Non, non. Mesdames! Croyez-moi, abstenez-vous. L'abstention est -toujours chose facile, trop facile. Demandez aux hommes, ils en -savent quelque chose. Et voulez-vous un bon conseil? En fait de loi, -contentez-vous de faire à vos maris celles que nos mères faisaient à -nos pères, c'est la plus douce et la meilleure». - -Et personnellement nous ajoutons, c'est la seule que nous supportions -de vous avec joie et bonheur! - - -3e: La femme ne doit point voter parce que cette nouvelle conception -n'est point dans nos mœurs. - -Depuis quelques années, des voix de femmes se sont mêlées aux justes -revendications d'une démocratie jusqu'ici ignorée, les unes graves -et pondérées, d'autres révolutionnaires et exaltées. Certaines -militantes, comme Mmes Maugeret et Chenu, ont pris la direction du -féminisme chrétien; mais, comme leur patron saint Jean-Baptiste, -elles prêchèrent dans le désert. Quelques-unes, le bonnet rouge sur -l'oreille et les deux mains sur les hanches, comme Mme Pognon ou la -doctoresse Pelletier, se firent les propagandistes d'un féminisme -rouge. Et de l'extrême-gauche à l'extrême-droite de la politique, -l'arc-en-ciel féministe a resplendi. - -Les Congrès de 1889, 1891, 1903 et 1904 commencèrent à mettre mieux -en relief les revendications du sexe faible. Avec la naissance de -la 3e République coïncide la création de nombreuses associations, -l'Union universelle des femmes (Mme Cheliga-Lévy), l'Avant-Courrière -(Mme Schmall), la Ligue française pour le droit des femmes (Mme -Pognon), l'Egalité (Mme Vincent), etc., etc. - -De nombreux périodiques ou revues viennent soutenir l'ardeur des -combattantes et stimuler le zèle des néophytes: _La Fronde_, _Le -Droit des Femmes_, _La Femme_, _L'Avant-Courrière_, _Le Pain_, _Le -Journal des Femmes_, _La Femme Socialiste_, _La Revue Féministe_, -_L'Harmonie Sociale_, _La Ligue_, etc., etc. - -En littérature, MM. Hervieu, Turgeon, Marguerite, Brieux, Donnay, -Beaubourg, Prévost, Bourget, Jules Bois exaltent le rôle futur de la -femme libre et affranchie et idéalisent sa mission de demain. - -Des hommes politiques, comme MM. Vaillant, Allemane, Viviani, Sembat, -d'Estournelles de Constant, etc., se font les porte-paroles éloquents -des revendications du sexe faible. Bref, la vague féministe monte, -monte sans cesse. - -«Une évidence domine, c'est que le but se rapproche, c'est que la -voix longtemps étouffée, la voix innombrable des femmes retentit plus -distincte et qu'on peut prévoir désormais sans erreur l'époque où -elle apportera dans nos assemblées le poids de son ingéniosité, de sa -prévoyance, de sa pitié, un sûr et ardent levier pour le travail et -pour la paix»[52]. - - [52] Victor Marguerite, _Le Journal_, 29 mars 1910. - -Ça sonne bien, c'est joli, c'est bien écrit! Mais voilà, grattez un -peu... il n'y a rien dessous. M. Victor Marguerite est simplement un -merveilleux écrivain. - -On serait tenté de croire après cette revue rapide des forces -féministes à l'existence d'un courant profond, modifiant nos mœurs -et orientant l'opinion vers cette nouvelle perspective: les femmes -électrices. A prendre au pied de la lettre les articles enthousiastes -des devins féministes, il semble que la masse du peuple français soit -prête à ce changement, et qu'il suffirait d'un simple coup de pouce -donné à l'évolution de la société pour faire des femmes nos égales. -Un petit tour de manivelle et crac, sans à-coups, sans oscillations -ni secousses, insensiblement, glissante et souple, la réforme -s'adapterait, inaperçue. Tous Français, tous électeurs. - -La réalité serait plus mouvementée. Ce serait une profonde erreur -et un leurre dangereux de supposer à l'heure actuelle les mœurs -françaises suffisamment préparées à l'acceptation d'une semblable -réforme. - -Non, malgré toutes les affirmations, notre esprit n'est point encore -accoutumé à considérer comme une chose sérieuse et réalisable le -suffrage des femmes: La réforme n'est pas mûre, elle est verte, -horriblement verte. - -Et les années se succéderont longtemps encore avant que cette chimère -ait pu prendre consistance, avant que cette idée fausse et anormale -soit acceptée par des cerveaux équilibrés et raisonnables. - -Cela parce que dans notre terre de France, où le bon sens est encore -le meilleur juge, il existe des hommes sincères et sérieux, ne -craignant point d'élever leurs voix autorisées pour proclamer folie -ce rêve de quelques exaltées. - -Cela, parce que la majorité des femmes se désintéresse complètement -de cette réforme que l'on ne prend pas au sérieux; femmes du peuple -ignorant et ne soupçonnant même pas la portée des revendications; -bourgeoises effrayées dans leur simple jugeotte par ces grands mots: -égalité des sexes; aristocrates dédaignant, pour une fois avec juste -raison, ces luttes du sexe faible, bonnes tout au plus pour des -institutrices. - -Enfin parce que toute l'énorme majorité des Français et des -Françaises intelligents, normaux et doués d'un solide bon sens ne -peuvent accepter cette conception nouvelle du rôle de la femme, se -mêlant aux luttes politiques et descendant dans la rue! - -«Ce que nous voulons supprimer, ce n'est pas le sexe féminin, mais -la servitude féminine, servitude que perpétuent la coquetterie, -la retenue, la pudeur exagérée, les mièvreries de l'esprit et du -langage. La femme sera un individu avant que d'être un sexe»[53]. - - [53] Doctoresse Pelletier: _Revue socialiste_, 1906. - -Le délicieux type de femme; désormais libre, sans frein, sans -moralité, sans coquetterie, sans amabilité, sans tendresse! - -Mme la doctoresse Pelletier n'est pas heureuse, constatons-le dans ce -nouveau portrait de l'Eve future! Un ours! pas même léché! - -A la lecture de cet idéal, nos pères auraient dit tout simplement: -«Les monstres, elles méritent d'être fouettées». Mais si efficace -qu'il puisse être, ce vieux traitement répugnerait à la douceur de -nos âmes. Nous avons fait nôtre le joli proverbe indou: Ne frappez -pas une femme, même avec une fleur! et puis les chères créatures -n'aiment plus à être battues. Mon docteur avait raison. «Mieux vaut -de toute façon les asperger que les meurtrir. L'hydrothérapie a du -bon»[54]. - - [54] Turgeon: _Le féminisme français_. - -La mesure serait plus douce mais ne produirait pas de bons résultats. - -Entre nous, mesdames, ne soyez pas si entêtées; convenez qu'à l'heure -actuelle nous ne sommes pas prêts pour cette réforme. Avouez-le! vous -avez contre vous tout un peuple et vos faibles forces viendront se -heurter longtemps encore contre le rempart du bon sens dont les bases -sont en France très solides. - -Je n'en veux pour preuve qu'une confession d'un immortel féministe, -le provocateur des grands suicides moraux de notre époque et grand -directeur des consciences de nos demi-vierges, nous avons nommé -Marcel Prévost. - -«Le suffrage des femmes est parmi les problèmes politiques et sociaux -de l'heure présente un de ceux qui agitent le moins l'opinion -française. On peut s'en étonner à une époque où les revendications -féministes ne sont nullement inactives ni négligeables. Les -conquêtes de la femme contemporaine dans le domaine de l'égalité -sociale sont tellement importantes depuis une vingtaine d'années -qu'elles dépassent les prévisions les plus optimistes. Mais dans -le sens de l'égalité politique, le changement fut quasi nul. La -raison de cette immobilité, c'est que les femmes se sont franchement -désintéressées jusqu'ici de leurs droits politiques»[55]. - - [55] _Le Figaro_, 20 mars 1910. - -«La majorité des femmes n'est féministe à peu près dans aucun pays -du monde, 120 ans après la Révolution française. Et parmi les -revendications féministes, celle à laquelle les femmes tiennent -peut-être le moins, c'est le droit de suffrage législatif ou même -municipal»[56]. - - [56] Marcel Prévost: _Annales politiques et littéraires_, 7 - novembre 1909. - -Nous avions raison de vous dire, mesdames: l'idée n'est point -encore dans nos mœurs, la réforme n'est pas mûre, elle est verte, -horriblement verte et bonne tout au plus pour des... détraquées. - - -4e: La femme ne doit point voter car elle n'a pas reçu l'éducation -civique et politique - -Supposons que du jour au lendemain, on accorde aux femmes le droit -de voter: Qu'arriverait-il? Tout simplement que la majorité des -femmes (et nous ne parlons que de celles ayant reçu une éducation) -éprouveraient quelque difficulté à se servir de cette nouvelle -attribution, car cette intelligence, malgré toute la science (?) -inculquée pendant des années par de savantes (?) maîtresses, n'aura -pas reçu (heureusement) une éducation politique suffisante. Ah! -disent les féministes, qu'à cela ne tienne, changeons les programmes -et préparons les générations féminines à leur rôle futur. - -Non, Mesdames, ne faites point cette suprême bêtise! Examinons -en effet l'éducation de la femme moderne? Nous nous poserons -certainement cette question: où sont les fous? Chez les hommes qui -élaborent de semblables programmes, ou chez les jeunes filles qui les -apprennent! - -On rit en pensant à ce que doit savoir une femme pour son certificat -primaire, on tremble quand on jette un coup d'œil sur le certificat -supérieur, on frémit à la lecture d'un programme d'école normale! - -Quant au reste, cela dépasse l'imagination humaine! - -Non seulement l'éducation pratique et intelligente est abandonnée, -mais encore, chose plus grave, elle est condamnée. Lire tout, -apprendre tout, mais ne savoir rien, tel est le grand critérium de -l'instruction féministe moderne. - -«Il n'est pas rare de voir les jeunes filles faire dans une même -journée le commentaire d'une églogue de Virgile, l'analyse du système -de Kant, l'exposé des transformations du substantif de la langue -d'oil et le tableau du régime parlementaire des Anglais au XVIIIe -siècle ou expliquer le rôle du système nerveux périphérique, la -formation des carbures d'hydrogène et reliqua»[57]. - - [57] Turgeon: _Le féminisme français_. - -C'est cela! l'instruction à haute tension, la concentration dans un -cerveau féminin des choses les plus abstraites et les moins utiles! -On fait de nos jeunes filles d'aujourd'hui des intellectuelles, des -doctoresses, des brevetées, des agrégées, c'est-à-dire des pédantes, -des prétentieuses, mais hélas on n'en fait pas des femmes! - -Et si maintenant pour obtenir malgré tout votre fameux suffrage -vous joignez, Mesdames, à cette éducation savante, une éducation -politique; si à la théorie du système de Kant ou du tronc de cône -vous joignez les théories royalistes, impérialistes, républicaines ou -socialistes; si désormais une femme doit apprendre l'exposé radical -ou la doctrine communiste, le résultat sera admirable! - -A la jeune fille pédante «qui n'a du dédain que pour les bourgeoises -préparant des conserves ou surveillant la blanchisseuse»[58], ajoutez -un troisième sexe, la femme politique, nous aurons alors un être -hideux, difforme, composé de pédantisme, de laideur, de prétention, -de science et de politique, qui ne sera même plus, selon l'expression -vulgaire, bonne à prendre avec des pincettes! - - [58] Turgeon: _Le féminisme français_. - -Quelques féministes désireraient pour arriver à ce résultat un autre -système. Ce serait la promiscuité de chaque jour des femmes avec les -hommes: - -«La politique, le café, le cabaret, en mettant les hommes en contact, -leur font apprendre à s'apprécier et à se maîtriser. Mais pour les -femmes, actuellement écartées de la politique, il n'y a point de -contact civilisateur et l'habitude de n'avoir en vue que soi même -fatalement restreint leur sens moral»[59]. - - [59] _Le Matin_, 23 mars 1910. - -Ainsi donc, pour compléter l'éducation de la femme, Mme Hubertine -Auclert nous propose comme contact civilisateur la politique, le -cabaret et le café. Pour notre part, nous croyons que si une pareille -éducation devait leur être donnée dans de semblables milieux, il -faudrait désespérer de les voir s'apprécier et se maîtriser; et il -serait à craindre de constater, le jour où elles prendront ce fameux -contact civilisateur, la ruine de la famille et une recrudescence -formidable d'aliénées. - -Non, jeunes filles, restez simplement les petites intelligences -vives et alertes, ayant des aperçus rapides sur certaines branches -de la science, connaissant très bien notre littérature, écrivant un -français impeccable, sachant apprécier à sa juste valeur une œuvre -d'art; joignez à cela une éducation artistique, soyez des femmes -agréables, distinguées sans être pédantes, instruites sans être -précieuses. - -Ce n'est point certes que nous soyons partisans du type classique -et ennuyeux de la femme de 1830 ou de la reproduction de cette -espèce inférieure de jeune fille appelée oie blanche! Mais de grâce, -ne brisez point brutalement cette auréole de tendresse et d'amour -qui font la femme douce et aimante. Laissez pour les hommes les -discussions théoriques, les analyses profondes et surtout cette -fameuse éducation civique ou politique dont vous espérez merveille et -qui ne fera que creuser plus profondément le fossé qui vous sépare de -la raison et du bon sens. - -Ne soyez point, Mesdames les féministes, celles qui font toujours -semblant de croire à la vérité et à la beauté des doctrines que vous -préconisez car, parfois, dans la hardiesse et la nouveauté de vos -idées, vous confinez au ridicule et n'oubliez pas qu'en France le -ridicule tue toujours! - - -5e: La femme ne doit point voter à cause du danger confessionnel - -Ce chapitre, qu'on pourrait intituler: de l'hypnotisme, est un de -ceux qui a réuni le plus grand nombre d'adversaires et de partisans. - -Cette délicate question de l'influence du confesseur sur l'âme -de sa pénitente est si complexe et surtout soumise à tellement -de variations, à cause du tempérament et du milieu, qu'il est -matériellement impossible d'apporter des faits individuels permettant -de faire une preuve éclatante dans l'un ou l'autre sens. - -Comment, disent certaines âmes charitables et naïves, pouvez-vous -supposer à un homme de religion le pouvoir pour ainsi dire surhumain -de guider les décisions des femmes, de diriger leurs actes, en un -mot de leur imposer sa façon de penser et d'agir. Mais de nos jours, -avec la liberté effrayante des mœurs, avec notre laisser aller, notre -indifférence et notre scepticisme, l'armée des illustres pécheresses -rachetant leurs fautes par de douces pénitences et suivant exactement -les conseils intéressés de leur confesseur n'existe plus. - -La femme d'aujourd'hui est trop légère, trop insouciante, et surtout -trop avisée pour prêter une oreille attentive aux remontrances d'un -jeune abbé poudré, ou d'un vieux vicaire illuminé et bedonnant! -Par tradition, par habitude, par respect humain, elle lui débitera -l'éternel monologue de ses péchés mignons, bouclera aussi vite que -possible la douce pénitence et, plus légère qu'un oiseau, volera -vers d'autres dangers, vers d'autres chutes, ayant au cœur la douce -espérance d'être pardonnée et de re-recommencer. - -Le confessionnal n'est plus aujourd'hui le point où mystérieusement -se réunissaient les fils qui guidaient les volontés des femmes; -l'indifférence et la raison ont brisé la trame de cette toile -immense, enserrant les âmes et les énergies féminines! - -C'est mal comprendre la profonde influence qu'a toujours exercée sur -la volonté faible et molle de nos compagnes le caractère religieux -d'un confesseur. Depuis la juste loi de la Séparation, l'Eglise vit -en marge de la République, dissimulée mais non vaincue, rabaissée -mais non soumise. De n'avoir pas voulu se courber à l'instar des -autres dogmes sous le joug de la loi, d'avoir été forcée de se -soumettre, elle a gardé l'éternelle rancœur des vaincus et l'espoir -de relever un jour la tête. - -Voilà pourquoi, malgré tout, sans chocs, sans heurts ses ministres -ont redoublé d'influence et de zèle! Sachant que la majorité des -femmes a reçu une éducation religieuse laissant en elles une trace -indélébile, ils savent réveiller au moment opportun les sentiments -qui s'endormaient dans la fièvre de notre siècle! Ils continuent à -guider les âmes et à avoir main mise sur leur volonté. - -Dans les villes où la femme est absorbée par les exigences mondaines -ou la lutte pour la vie, leur tâche est peut-être plus difficile; -dans les villages où les lumières du ciel brillent encore dans l'âme -naïve et douce des paysannes, leur travail est simplifié. Et, comme -dans le passé, ils continuent à exercer une pression d'autant plus -dangereuse qu'elle est cachée, d'autant plus à craindre qu'ils font -miroiter l'éclat des palmes du martyre et la beauté d'une grande -revanche, jusqu'au jour où étant les directeurs de toutes ces âmes, -ils déclareront ouvertement la guerre à la République. - -Que l'on ne nous dise point que ce sont là paroles légères ou -pronostics pessimistes. Ce que nous voulons montrer, c'est -la timidité, la faiblesse, la molle énergie d'une femme. -C'est la facilité avec laquelle on capte sa volonté. C'est -l'attrait mystérieux qu'exerce sur toute âme religieuse, même -superficiellement, la parole douce et chrétienne, psalmodiée dans un -confessionnal ombré avec des gestes bénisseurs et caressants. - -C'est la facilité avec laquelle, sous prétexte de religion, le -confesseur peut dévier d'un sujet à l'autre, peut inspirer et imposer -sa façon de voir, peut en un mot se substituer à la volonté de sa -pénitente. - -Et voilà pourquoi le jour où dans sa bonté magnanime la République -accordera aux femmes le droit de vote, ce jour-là des millions de -bulletins tomberont en avalanche sur elle; ce jour-là elle sera -submergée par les flots des opinions réactionnaires des femmes, qui -ne seront autres que les opinions de l'Eglise! - -Raisonnement faux, dit-on, puisque la plupart des féministes -sont révolutionnaires et libre-penseuses! Mais quelle différence -faites-vous donc d'abord entre un révolutionnaire et un réactionnaire -ou un anti-républicain? - -Il n'y en a pas! tous deux veulent renverser le régime existant, les -uns par le raisonnement et le coup d'Etat, les autres par la torche -et le pétrole! Tous deux rêvent à l'aube du grand soir, pour les -premiers elle est blanche; rouge pour les seconds! - -Et puis croyez-vous que les féministes socialistes iraient -maladroitement se séparer du concours des catholiques? Leurs forces -sont déjà bien petites; qu'adviendrait-il si elles les divisaient? -Oui, nous avons l'intime conviction que le vote des femmes serait -défavorable à la République et cela parce que de nos jours encore la -volonté de la femme n'est point libre, elle est soumise à celle de -son confesseur. Ceci n'est point une opinion; c'est la constatation -de chaque jour, c'est un fait habituel! et nous croyons toujours à -l'éloquence des faits plus qu'à celle des discussions. - -De là, cependant, à faire retentir la trompette anticléricale et -sonner à tous les échos le ralliement de la libre-pensée, nous -paraîtrait un moyen essentiellement faux et maladroit. N'essayons -point de jouer le rôle insipide de la mouche du coche, comme par -exemple Mme Nelly-Roussel: - -«Tant que nos soi-disant libres-penseurs, dit-elle, se montreront -aussi misogynes que l'Eglise, tant qu'ils n'ouvriront à la femme -qu'une petite porte dérobée en lui recommandant d'être bien sage -et de s'asseoir humblement à l'écart, qu'ils ne lui feront pas -partout sa large place, nous pourrons craindre que nos tentatives -de laïcisation complète demeurent vaines et infructueuses! Mais -qu'espérez vous, ô anticléricaux! Chasser vos compagnes des églises -sans leur donner d'autres asiles! Les enlever à ce qui les console -sans faire en sorte qu'elles n'aient plus besoin de chercher les -consolations! Et dans leur âme où la résignation chrétienne endort la -dignité humaine, tuer cette résignation sans réveiller la dignité qui -défend de courber la tête sous aucun joug moral ou social? Sachez-le -bien, vous rêvez l'impossible!»[60]. - - [60] _Quelques lances rompues en faveur de nos libertés_, - Nelly-Roussel. - -Sauf votre respect, Madame Nelly-Roussel, empruntant pour un instant -un vocabulaire populaire: C'est du battage! Voyez-vous, les phrases, -les grandes idées, les systèmes modernes sociaux, la refonte de la -morale, «l'Eglise remplacée par la dignité qui défend de courber -la tête», tout cela c'est un brillant galimatias, un merveilleux -assemblage de mots qui ne veulent pas dire grand chose et qui, une -fois réunis, veulent dire encore moins. - -Laissez de côté, Madame, ces grandiloquentes théories de la porte -dérobée et du joug moral ou social! Vos sœurs, pas plus que vos -frères, du reste, ne pourraient vous comprendre! Pour combattre et -ruiner à jamais dans l'âme de nos femmes l'influence d'un confesseur, -point n'est besoin de ce bréviaire insensé de libre-penseuse ou de ce -manuel nébuleux de parfaite laïque! - -Non! que le mari soit désormais le confident de son épouse, qu'il -l'entoure d'une affection franche et sincère, qu'il soit pour elle -un guide, un soutien; qu'à tous les instants il se penche vers son -cœur pour connaître ses souffrances et ses désirs, que son rôle ne -se borne point à celui du mari légal, qu'il soit aussi le confesseur -paternel et aimant, et désormais disparaîtra cette influence néfaste -du prêtre qui fausse les volontés et qui pourrait détourner à son -profit le suffrage des femmes! - -Mais plus de ces harangues philosophiquement ennuyeuses, Madame -Nelly-Roussel! Ralliez-vous à notre système! C'est le meilleur, parce -que le plus simple et le plus naturel! - - -6e: La femme ne doit point voter parce qu'elle est femme - -Cela semble un paradoxe, une vérité de la Palisse; et cependant -nulle raison, à notre humble avis, n'est meilleure. De l'arsenal des -raisons, restreintes à volonté, militant en faveur de notre opinion, -aucune ne nous semble posséder plus de force, plus de bon sens, plus -de naturel et plus de vigueur. - -La femme ne doit point voter parce qu'elle est femme. - -Certes, il est assez téméraire de vouloir donner une explication de -la femme. Nous comptons, du reste, sur l'indulgence des critiques, -pour la seule et bonne raison que pas plus que nous ils n'arriveront -à donner la résolution de ce problème. - -Impressionnable, est un de ses graves défauts. Son organisme délicat -la prédispose, en effet, plus que l'homme aux émotions. Un rien la -trouble, l'ébranle jusqu'aux larmes. La moindre impression laisse en -elle une trace profonde; une parole qui l'aura choquée, froissée, -restera gravée dans son esprit pour toujours. Il faut peu de chose -pour la rendre heureuse et une robe qui lui va mal la rend inquiète, -agitée, irascible. Le moindre petit détail qui cloche dans sa -silhouette la met dans des états de nervosité étranges; un malheur -profond la laisse calme, froide et résignée. - -A côté de ces mièvreries qui constituent cependant une ambiance -nerveuse plus grande qu'elle ne paraît, il faut placer encore toutes -les secousses plus fortes auxquelles elle est en butte: maladies, -désillusions, misères, auxquelles son cœur généreux compatit -toujours; chagrins intimes qu'elle garde jalousement par fierté et -font d'elle l'éternelle blessée. Elle est en vibration continuelle -et son âme et son esprit sont sans cesse agités par le souffle de la -douleur et de la joie. - -Et c'est à ce petit être ballotté, à la merci d'un sourire ou d'une -larme, que vous voulez donner un droit--celui de voter--droit -exigeant peut-être plus que tout autre le calme et la réflexion! -Oh! direz-vous, êtes-vous sûr que les hommes réfléchissent avant de -donner leurs voix à un candidat? Soit! faisons des concessions et -reconnaissons que bon nombre d'électeurs votent sans se douter du -droit sacré dont ils font usage; mais enfin, qu'on le veuille ou non, -il existe encore bon nombre de Français qui en leur âme et conscience -déposent, sans être impressionnés par les discours tapageurs ou -circonvenus par les promesses, leur bulletin dans l'urne. - -Prenons, au contraire, la femme avec son extrême impressionnabilité, -mêlons-la aux luttes politiques, jetons-la dans des réunions, des -manifestations; pendant des semaines bourrons-la de professions -de foi, de proclamations, de déclarations, enflammons-la par de -violentes polémiques, et nous aurons le jour du vote devant nous une -malheureuse désemparée, brisée par les émotions, ne sachant plus à -quel candidat se vouer, ne comprenant plus ce qu'on exige d'elle; -nous n'aurons qu'une petite barque roulant, tanguant sur la mer -immense de la politique. - -Oh! combien triste et pitoyable ce sera! - -On comprend qu'avec un tel goût pour les émotions fortes, elle soit -inévitablement sentimentale. Cœur et nerfs, ainsi pourrait-on la -symboliser. - -Elle subit continuellement cette double impulsion. Son cœur est -toujours plein de tendresse et de dévouement qu'elle répand sans -compter. Aimer, être aimée, se dévouer toute, se donner corps et âme, -voilà la véritable aspiration de la femme. - -Certains féministes jugent parfois ce but dégradant, humiliant, parce -qu'il fait d'elle une esclave, et leurs théories sont vaines, car -aucun raisonnement n'empêchera la femme d'aimer et d'être une esclave -à laquelle nous obéissions. - -Sa seule tâche ici-bas se nomme amour. Et qu'on le baptise comme -l'on voudra, sentimentalisme, romantisme, passion, tendresse, tout -cela n'est qu'une forme de l'amour qui remplit la vie de la femme. -Irez-vous rabaisser cet idéal, en faisant d'elle notre égale, du -moins en théorie. - -Mais la femme, créature d'amour, n'est point faite pour ces grandes -théories modernes de l'émancipation sociale. Son cœur tout rempli de -tendresse ne peut comprendre ces aspirations illégitimes de liberté, -ces aspirations mal fondées d'égalité dans la question politique. -Éloignez d'elle toutes ces complications, ne la sortez point de son -cadre de beauté et d'amour, car le jour où elle viendra se mêler à -nos luttes, le jour où elle sera élue maire ou député, ce jour-là -sera pour elle l'ouverture d'une ère de rabaissement et de déchéance. -Elle ne sera qu'une pâle imitation de l'homme! Trahie par son cœur, -et voulant mettre la tendresse là où la raison, le droit et l'énergie -doivent seuls régner, elle sera renversée, piétinée, elle deviendra -la victime de l'amour! - -Sentimentales, que deviendront leurs décisions! A quel parti -s'arrêteront-elles! Comment pourront-elles porter un jugement droit -et définitif? La passion, le sentiment fausseront toujours leurs -idées: - -«Le sentiment peut tout faire rentrer dans l'esprit d'une femme»[61]. - - [61] Paul Bourget. - -«L'homme est poussé par la passion, la femme par les passions; -celui-là par un grand courant, celle-ci par des vents changeants»[62]. - - [62] Jean-Paul Richter. - -Voilà pourquoi jamais leur tempérament de grandes amoureuses ne -pourra s'adapter à celui de politique et de tous ses corollaires, y -compris surtout celui de voter. - -La femme est de plus trop légère et trop inconstante. Aucune suite -ne se trouve dans ces décisions. Incapable de prendre par elle-même -une résolution, elle dispense son énergie entre de nombreuses idées -auxquelles, du reste, elle ne s'arrête particulièrement jamais. Et si -par hasard elle parvient à prendre une résolution ferme et énergique, -elle est absolument incapable d'en attendre le résultat? - -«Vous causez avec une femme de sujets graves, tout de suite vous vous -apercevez que vous n'êtes ni compris, ni suivi. Sans cesse votre -interlocutrice vous échappe, se jette à côté, s'arrête à des détails, -se noie dans des lieux communs et sautille d'une idée à l'autre. -C'est que la femme n'est pas un cerveau, elle n'est qu'un sexe»[63]. - - [63] _Les Mensonges du féminisme_, par Théodore Joran. - -Ah! qui nous dira l'insouciance de cette petite âme d'oiseau, la -légèreté de cet esprit «sautillant comme les mouches»[64], qui -touche à tout, goûte à tout, veut tout voir, tout entendre, tout -connaître, tout savoir sans rien approfondir. C'est que la femme ne -peut matériellement réfléchir plus de cinq minutes; sa devise est -frivolité. «La femme ébauche tout, n'achève rien»[65]. - - [64] Kant. - - [65] Turgeon. - -«Ma femme est charmante, provocante, seulement elle ne laisse rien -dans la main. Elle ressemble à ces verres de champagne, où tout est -en mousse. Quand on a fini par trouver le fond, c'est bon tout de -même, mais il y en a trop peu!»[66]. - - [66] Guy de Maupassant. - -Rapprochons cette délicieuse réflexion de Guy de Maupassant d'une -déclaration fine et jolie qu'Henri Lavedan met dans la bouche d'une -de ses héroïnes: - -«Des joujous animés, des êtres indécis et bizarres à caprices, à -vapeurs, à nerfs, voilà ce que nous sommes. Il y a des moments où -nous ne comprenons rien à nous-mêmes. Nous avons des cervelles de -petit lait, nous ne réfléchissons pas plus qu'une bête à Bon Dieu. -Moi, je me fais l'effet de ne peser rien, d'être un duvet; moins -qu'une chandelle... tu sais, cette fleur des champs sur laquelle on -souffle et puis qui s'est envolée»[67]. - - [67] Henri Lavedan: _Leurs sœurs_. - -Et maintenant pourrez-vous, Mesdames et Messieurs les féministes, -être convaincus que la femme aura assez de bon sens et de raison pour -user du bulletin de vote que, malgré elle, vous voulez lui offrir. - -Vous voulez faire de ce petit être mignon qui ne songe qu'à -s'habiller comme un champignon ou comme un parapluie, l'égale de -l'homme; vous voulez accorder des droits nouveaux à cette Eve si -mobile d'âme et d'esprit, qui ne s'arrête à rien de profond et de -sérieux, qui glisse sur les sujets pour ne peser que la bagatelle! -Allons, permettons aux enfants de s'amuser avec des armes à feu! Le -droit de vote est une arme que la femme ne saurait et ne pourrait -manier, elle la tuerait! - -Et puis n'oubliez pas «que les femmes sautent toujours à pieds joints -par-dessus les longues chaînes des raisons froides»[68]. - - [68] Henri Marion: _Psychologie des femmes_. - -Cela évite toute discussion en leur faveur! - -En outre, que dire de leur exaltation. «Nerveuse, sensible, la femme -est extrême en tout, capable des pires folies comme des actes les -plus sublimes! La femme rêve toujours quelque chose de mieux que le -bien et de pire que le mal»[69]. - - [69] Octave Feuillet. - -Accordez-leur le suffrage et vous comprendrez alors pourquoi des -hommes de bon sens vous crient: Casse-cou! Mais dans les villes, et -surtout dans les villes ouvrières et les villages, nous assisterons -pendant les élections à des résultats navrants: les femmes exaltées, -ayant au cœur la prétention de faire triompher leur candidat, se -livrant à toutes sortes d'actes que nous ne pourrons que réprouver. - -Considérez-les, de notre époque, dans les grèves. Ce sont elles qui -mènent les ouvriers, qui se couchent sous les pieds des chevaux des -gendarmes ou sur les rails des chemins de fer! Le jour où elles -auront le droit de voter, les élections sombreront dans le ridicule -ou dans le sang. Pour notre part, nous trouvons les deux solutions -aussi grotesques l'une que l'autre! Et nous sommes sûr d'avoir de -notre côté tous les gens de bon sens. - -N'êtes-vous point encore coquettes, et ce défaut qui parfois est -une qualité ne deviendra-t-il pas, quand vous serez électrices, une -sérieuse pierre d'achoppement? - -Vaniteuses! accessibles aux compliments. Comme vous deviendrez bien -vite amorales! Que ne ferait-on pas d'une femme en lui vantant ses -jolis cheveux ou ses grands yeux noirs. Des compromissions! mais il -y en aura plus que jamais! Le premier joli candidat venu, au bagout -étincelant, à la fine moustache ou à l'allure crâne, vous fera -tourner comme des girouettes! Seriez-vous capables de résister à -l'offre alléchante d'un pot-de-vin qui pour la circonstance revêtira -les formes élégantes d'une robe de chez Paquin ou d'un superbe -chapeau! - -Mais en faisant vibrer en vous la corde désespérément sensible de la -vanité, en vous montrant une rivale adulée, comblée d'honneurs, que -vous pourrez égaler et même surpasser, que n'obtiendra-t-on pas de -vous! - -Les ennemis de la République rabâchent depuis déjà longtemps -l'éternelle complainte de la pourriture de nos mœurs politiques. -Ils savent bien malgré tout qu'en République aucune suspicion ne -peut-être jetée sur notre corps représentatif. - -Le jour où vous aurez le droit de voter, mesdames, la pourriture -politique gagnera du terrain sûrement, lentement, car aucune de vous -n'aura ni le courage ni la force de résister aux tentations! - -Et ce jour-là, les adversaires du régime auront beau jeu! - -Nous le répétons, vous ne devez point voter, car vous êtes des -femmes! car la femme est ce qu'il y a de plus beau sur la terre et -peut-être dans le ciel, car les anges lui ressemblent idéalement. -«Elle mérite ici-bas des autels, des litanies, une adoration -spéciale. C'est la fleur humaine par excellence; et c'est aussi la -perle, l'étoile et le papillon et toutes les pierres précieuses, -le plus rare bijou de la couronne. Et c'est aussi tous les arts -réunis, fondus, le plus exquis tableau, la plus svelte statue, le -plus velouté pastel! Et c'est encore la musique animée, réalisée, -personnifiée, la mélodie et l'harmonie, l'éternelle et divine -romance!»[70]. - - [70] Henri Lavedan: _Leurs sœurs_. - -Après cela, mesdames, aimeriez-vous devenir des hommes c'est-à-dire -des singes? - -Et pour terminer, méditez cette pensée de Victor Hugo: «Si vous êtes -pierre, soyez aimant; si vous êtes plante, soyez sensitive; si vous -êtes femme, soyez amour!»[71]. C'est la seule chose que vous puissiez -être ici-bas. - - [71] _Les Misérables_, Victor Hugo. - - - - -TROISIÈME PARTIE - - - - -QUELQUES RÉFLEXIONS SUR LES SUFFRAGETTES - - -Ce ne sont point dans les pages suivantes des critiques ou des -conseils que nous voulons donner aux féministes de notre époque. -Notre faible voix risquerait fort d'être peu écoutée. Pourrait-il en -être autrement! Ce que nous avons voulu, c'est simplement condenser -en quelques lignes certaines réflexions suggérées par ces messieurs -et dames féministes. - -Qu'ils ne voient point là les récriminations amères d'un adversaire -résolu des revendications du sexe faible, mais simplement les idées -d'un jeune homme qui s'amuse à rire de leurs travers et de leurs -défauts, ce qui, du reste, a été une partie des plus agréables et des -plus intéressantes de ce travail. - - -1º Les Suffragettes et la Réclame - -Nous ne citerons point de noms; nous pourrons ainsi concilier la -pénible obligation de dire aux femmes de cruelles vérités tout en -n'abandonnant point le champ agréable de la galanterie. Et personne -n'étant visé, ces dames pourront se donner l'illusion de voir ces -lignes écrites pour leurs voisines. - -Il existe à l'heure actuelle une question palpitante d'intérêt: c'est -le suffrage des femmes. Comme de toutes les nouveautés, des personnes -s'en sont emparées, l'ont exploitée, pensant s'en faire un tremplin -de gloire et de célébrité. Il est si difficile de percer de nos jours. - -Les hommes féministes ont sauté à pieds joints sur ce nouveau thème -qui leur permet, journalistes d'exposer un sujet inédit, romanciers -d'intéresser leur clientèle par des idées modernes, auteurs -dramatiques d'éviter le four sensationnel par la hardiesse de la -thèse! - -Pour quelques-uns, un succès de curiosité a répondu à cette nouvelle -«exploitation littéraire»; pour beaucoup le désintéressement et le -bon sens de la majorité des Français ont fait justice de cette levée -de boucliers féministes. Ces Messieurs avaient en effet oublié une -chose essentielle, principale: d'éclairer la lanterne, c'est-à-dire -d'étudier la question. Ils croyaient pouvoir traiter le sujet du -suffrage des femmes dans quelques articles de journaux ou aux feux -de la rampe. Et quand on s'aperçut que leurs raisons n'étaient que -des raisons sentimentales, que leurs phrases claironnantes étaient de -magnifiques ciselures vides de sens, on haussa les épaules et l'on se -mit à rire! - -C'était la seule conclusion qui s'imposait! - -Quant aux femmes, elles ont été superbes d'audace et de désinvolture. -Elles ont tout d'abord donné l'impression de grandes héroïnes, témoin -Olympe de Gouges! La femme, disait-elle, a le droit de monter sur -l'échafaud; elle doit avoir également celui de monter à la tribune! -Son désir fut sinistrement exaucé et nous ne pouvons que saluer très -bas une victime innocente de la Révolution! - -A cette héroïne succéda une floraison de féministes convaincues et -exaltées, ne rêvant que plaies et bosses, luttes, barricades, avec le -désir public de devenir à leur tour des martyres, mais avec aussi le -secret espoir de demeurer tout simplement des femmes. - -L'idée de ces revendications, comme du reste toute idée neuve et -hardie, faisant en France son petit bonhomme de chemin, ces dames se -crurent tout d'un coup les Messies d'une nouvelle société; à l'instar -des Saint-Simoniens elles tâchèrent de fonder un nouveau dogme -de régénération sociale! Et du jour au lendemain, les féministes -furent célèbres, on leur prit des interviews, elles écrivirent -leurs impressions, quelques-unes même leurs mémoires. Les grands -quotidiens publièrent des articles sensationnels sur leur compte; -et à part quelques esprits calmes et pondérés, l'escouade de ces -militantes fut grisée, fut éblouie! Songez donc! on publiait en -première page leurs articles, leurs noms; on donnait même leurs -photographies! - -«Ah! l'on ne connaît pas l'influence de la photographie retouchée sur -la femme! Elles se font photographier dans toutes les positions, face -à l'Océan; celle-là, partant à la conquête de la littérature, sur -un dos de chameau; telle se costume en impératrice, telle autre en -bédouine!»[72]. - - [72] Louise Faure Favier: _Figaro_, 21 février 1910. - -Et toutes ces dames, prises tout à coup d'un furieux accès de -production, écrivirent, chaque jour, dans tous les journaux, dans -toutes les revues, dans tous les quotidiens! - -Oh! cette littérature féministe! De l'opium! de la guimauve ou de la -pâte... épilatoire! - -Les hommes-féministes! Des convaincus! des champions de -l'émancipation! Allons donc! dites plutôt des esprits brillants -et distingués! soit, mais aussi des vendeurs de littérature, des -lanceurs d'affaires, des hommes subtils et adroits, ayant compris -tout le profit qu'ils pourraient retirer de ces idées modernes et -toute la gloires qui rejaillirait sur eux de les avoir fait connaître -et exalter! - -Les femmes féministes! Des convaincues! Allons donc; des assoiffées -de réclame, des ambitieuses, dont le suprême bonheur est de présider -un congrès ou de lire leur nom dans un journal. - -«Ce qui perce à travers la propagande qu'elles mènent c'est, avec le -mauvais goût de la déclamation, une avidité impatiente de réclame, un -goût effréné de notoriété bruyante. La poule meurt d'envie de chanter -comme le coq, et c'est à qui s'époumonera pour mettre sa petite -personne en évidence sur le plus haut perchoir du poulailler»[73]. - - [73] Turgeon: _Le féminisme français_. - -Oui, Mesdames les féministes, voilà ce que vous êtes, des petits -esprits étroits et bornés, ayant au cœur un seul désir, celui de -paraître sur la scène de la vie, de taper à coups redoublés sur la -grosse caisse de vos revendications afin que l'on parle et que l'on -cause de vous, que l'on vous interviewe ou que l'on mette votre -photographie dans un illustré, devant une réclame de rasoir ou de -corricide! - -Idéal combien ridicule et banal! Cela classe tout de suite le -féminisme! - - -2º Les suffragettes et la beauté! - -Il existe chez les féministes femmes un point faible, très faible; un -point tout petit et qui, cependant, malgré les haussements d'épaules -de ces dames, a une grande importance! C'est la question de la beauté! - -Jusqu'ici, les féministes n'ont recueilli que des suffrages -restreints, et cela tient beaucoup au manque d'élégance et -d'esthétique des candidates. Cette raison qui, à première vue, peut -paraître puérile est cependant, après discussion, sérieuse et fondée! - -Vous nous direz: Mais toute femme jolie est bête! et pour être -intelligente nul besoin n'est d'avoir une figure fine et gracieuse! -C'est vrai, mais enfin c'est un grand défaut d'être laide, Madame! -«La femme n'a qu'un droit, avons-nous lu quelque part, celui d'être -jolie!» L'auteur exagérait, évidemment, mais il ne mentait pas! - -«Qui décrira les nez en pied de marmite, chevauchés par de calamiteux -lorgnons, et les mentons crochus, les bouches édentées, où -n'apparaissent plus, au coin d'un redoutable sourire, que quelques -vieux chicots crénelés; et les visages couperosés ou jaunâtres, les -physionomies en coin de rue et les petits yeux vérons ou pers, -laissant filtrer un regard réfrigérant comme un courant d'air!»[74]. - - [74] _Journal_, 6 juin. Ludovic Naudeau. - -Mme Nelly-Roussel, en rapportant et commentant ce passage -photographié et pris sur le vif, devient triste et amère! Touchée -au vif, elle n'a pour le correspondant du _Journal_ que des paroles -mordantes! - -Et parce que M. Ludovic Naudeau a montré, dans toute sa vérité et -toute son horreur un type presque universel de féministe, parce qu'il -souligne d'une plume minutieuse et humouristique le grave et éternel -défaut de ces dames, Mme Nelly-Roussel, avec un esprit mélancolique, -nous répond: «Ah! quel amusant jeu de massacre nous fournirait le -Parlement de n'importe quel pays! mais nous sommes meilleures que -vous, nous nous reconnaissons le droit à la laideur... bien que de -celui-là, comme des autres, vous abusiez volontiers»[75]. - - [75] _Quelques lances rompues en faveur de nos libertés_, Nelly - Roussel. - -Eh! bien, à vous! mesdames, nous ne vous reconnaissons pas ce droit! -Un homme peut être laid, cela n'influe en rien sur son caractère ou -son énergie, mais vous! femmes, si vous voulez réussir, triompher! -vous devez être belles, car le jour où vous niez cette qualité, vous -supprimez la moitié de vous-mêmes! - -Oui, n'oubliez pas, Mesdames, «dont les héroïques campagnes en faveur -du féminisme et de l'amour libre sont inscrites dans la lassitude -de vos bajoues et le découragement de vos seins»[76], que la femme -qui veut avoir un nom, être connue, faire parler d'elle, quand sa -cause est mauvaise ou que la vive intelligence lui fait défaut, doit -racheter tout cela par sa beauté. Pour vous, c'est une arme devant -laquelle peu d'hommes résistent, une force qui plie tout à sa volonté! - - [76] Jean Lorrain. - -La laideur, Mesdames les féministes, voilà votre ennemi mortel! Nous -contemplions vos traits dans le numéro de _Fémina_ du 15 avril 1910. -Quelle impression doit produire sur les électeurs la silhouette -hommasse ou le facies exsangue de certaines candidates! Quel piètre -succès malgré toute votre éloquence (_?_) et que de sourires -ironiques doivent souligner vos périodes échevelées! - -Peut être allons-nous faire mourir de jalousie certaines -concurrentes! A quoi attribuer le succès de Mme Marguerite Durand? -à ses idées féministes? Non! loin de là, mais simplement à son -élégance, à sa joliesse, à sa beauté distinguée! - -Vous voyez, Mesdames, nous avions raison de vous dire: Soyez jolies! -Soyez jolies! - -Admirons profondément, sincèrement, ce journaliste, féministe -convaincu, John-Antoine Nau qui, dans le _Petit Niçois_ du 18 janvier -1909, parlant de la laideur des suffragettes anglaises écrit: «La -prochaine fois que je rencontre une féministe anglaise ou non, -élégante ou malpropre, même bottée comme un égoutier, même laide -comme un pou, même un peu émêchée, sentant le schnik, le tord-boyaux, -voire le tabac à chiquer, je l'embrasse fût-ce en pleine rue!» - -Je ne croyais pas qu'il existât de par le monde des hommes capables -d'un tel courage! - -Quant à nous, le jour où nous rencontrerons une féministe de tous -points semblable à l'idéal de M. Nau, qui voudra se venger de nos -attaques, nous lui dirons simplement: Embrassez-moi. Et vous pouvez -croire, Mesdames, que nous serons cruellement puni! - - -3º: Les suffragettes et la critique - -Il est encore un point qui vous porte considérablement tort, -Mesdames, c'est votre tactique de combat. Aux attaques et aux coups -de vos adversaires vous ne savez répondre la plupart du temps que par -des insultes ou des procédés méchants. - -Irritables et nerveuses à l'excès, vous ne savez pas mesurer vos -paroles, guider vos réponses, empreintes toujours de fiel et -d'amertume; à la discussion vous préférez la phrase emportée; à la -polémique, le ton rancunier et coléreux. Nous le répétons, vous avez -gravement tort! - -Ayez au contraire le bon sourire franc des duellistes de journaux; -encaissez les coups sans mauvaise humeur; ayez la répartie fine, -vive, spirituelle, mordante; sachez retourner les arguments adverses -d'une plume alerte et émoustillante, mais de grâce ne prenez point -tout de suite cet air boudeur et cette mine rageuse; que vos -discussions et vos réponses ne disparaissent plus sous les flots -tumultueux et pressés des épithètes malsonnantes; vos arguments n'en -auront que plus de valeur (ils en ont du reste besoin), et désormais -vous n'aurez plus l'ennui de lire des articles si véridiques à votre -adresse, à l'instar du suivant: - -«Chaque fois que je me suis permis de ne pas admirer les femmes qui -font de la politicaille, j'ai reçu toutes sortes de lettres et de -cartes injurieuses. - -»Des mains sans doute charmantes ont écrit à mon adresse de -cette écriture fine et allongée et pointue,--marque d'une bonne -éducation--les mots de crétin, d'idiot, d'abruti (j'en passe et des -pires). - -»Ma foi! j'ai tort de croire que les dames n'ont pas de dispositions -pour entrer dans l'arène électorale»[77]. - - [77] Clément Vautel, _Matin_, 11 février 1910. - -En homme spirituel et aimable, Clément Vautel ne fait que vous -supposer des dispositions; il vaudrait bien mieux pour vous, -Mesdames, pour votre beauté, votre intelligence et votre élégance, -être obligées de reconnaître que vous n'êtes point faites pour les -luttes politiques! - -Vous n'arriverez à ce résultat que le jour où vous reviendrez à ce -que vous avez toujours été, c'est-à-dire des femmes, par analogie des -êtres doux, affectueux et polis! - -Et ce jour-là arrivera bientôt. Car vous reconnaîtrez votre erreur, -vous ne fausserez désormais plus vos caractères, vous ne serez plus -les politiciennes aux mots grossiers et injurieux, car cela n'est -point ni dans votre nature, ni dans votre caractère, ni dans votre -cœur! Vous redeviendrez des femmes. - -Chassez le naturel, il revient au galop! - - - - -QUATRIÈME PARTIE - - - - -OPINIONS DE PERSONNALITÉS POLITIQUES ET LITTÉRAIRES SUR LE SUFFRAGE -DES FEMMES - - -Nous avons essayé de grouper très impartialement les opinions de -quelques personnalités politiques et littéraires sur le suffrage des -femmes. - -Nous nous plaisons cependant à constater l'absence presque complète -de partisans résolus et convaincus. La plupart n'ont pas osé -répondre; certains, et ils sont nombreux, ne disent ni oui ni non, -enveloppent leur pensée dans un tour de phrase mystérieux, reprenant -d'une main ce qu'ils accordent de l'autre: bref pour ne point se -donner l'air de vieux rétrogrades, biaisent, essayent de gagner du -terrain avec tellement de restrictions et de doutes qu'ils précisent -mieux encore leurs opinions. - -Et c'est pour nous une des constatations des plus agréables à la -fin de ce travail, après avoir parcouru les principaux ouvrages des -grands féministes hommes, d'avoir l'impression très nette et très -franche du sentiment de gêne éprouvé par ces écrivains à se déclarer -partisans convaincus des revendications du sexe faible. - -Nous n'en voulons pour preuve (au milieu de nombreuses) que -l'assertion de deux féministes acharnés, MM. Prévost et Jadin. - -M. Marcel Prévost, après avoir exalté dans tous ses ouvrages la -nouvelle femme, l'Eve libre, fait dire à une de ces vierges fortes -(_Léa_, p. 154): - -«Une voix intérieure m'a toujours dit: «Rien n'est meilleur que -d'avoir une famille, un mari qui travaille avec vous, beaucoup -d'enfants qu'on soigne et qu'on élève». - -Plus loin: - -«Cet attachement fétichiste de l'épouse à l'époux sera longtemps la -loi des meilleures entre les femmes.» - -Enfin, étrange constatation, dans les lettres à Françoise:--«Vous, -Françoise, je crois vous définir assez justement en disant que vous -êtes antiféministe pour vous-même et volontiers féministe pour les -autres.» - -On ne peut être plus franchement ironique. - -Quant à M. Jadin, professeur à l'École de Pharmacie de Montpellier, -homme aimable et distingué, unissant à ses dons d'agréable -conférencier une érudition complète sur la question du féminisme, -après avoir louangé dans un discours d'ouverture des Facultés la -femme savante et doctoresse, ne put s'empêcher de nous dire: - -«Loin de moi d'exalter la femme intellectuelle aux dépens de la -femme d'intérieur. Plus que tout autre, peut-être, je considère que -les rôles sacrés d'épouse et de mère auxquels sa nature la destine -suffisent à remplir glorieusement une carrière, que les qualités -mêmes de nos compagnes, leur grâce, leur joliesse, leur délicatesse, -leur sensibilité, les consacrent gardiennes d'ornements du foyer -domestique!»[78]. - - [78] La _Vie Montpelliéraine_. - -Nous excusons volontiers M. Jadin, féministe convaincu, de son hymne -en l'honneur de la femme sensée et raisonnable. Cela ne nous surprend -pas outre mesure. Les hommes d'esprit savent toujours reconnaître -leur erreur, et M. Jadin est un de ceux-là! - -Quant à nous, si ces Dames trouvaient ridicule notre aversion contre -leurs réclamations et leurs revendications, nous répondrions tout -simplement: Il faut toujours avoir le courage de ses opinions... et -de ses ridicules! - - * - * * - -Voici maintenant l'opinion de quelques personnalités sur le suffrage -des femmes: - - -De la _Revue Socialiste_, 1906: - -Je suis convaincu qu'il en résulterait non seulement pour la femme -une libération rapide des lois et des usages qui économiquement -et civilement l'infériorisent à l'homme, mais aussi pour tout le -prolétariat une prompte croissance de force et de liberté morale -et sociale. Ce serait un pas de plus dans la voie du progrès -démocratique et humain! - - Edouard VAILLANT, député. - - -C'est incontestablement le seul moyen pour que le suffrage mérite -d'être appelé universel! C'est aussi celui d'être d'accord avec la -justice et le bon sens, car il est aussi injuste de refuser à la -femme, parce que femme, tout ce qu'on accorde à l'homme. De là des -mésintelligences fort explicables! - - Jean ALLEMANE, député. - - -Par le fait même de son affranchissement politique, la femme -sortirait de l'ombre des églises pour venir en plein soleil de la -place publique. - - Emile VANDERVELDE, député à la Chambre belge. - - -Notre parti s'est prononcé avec enthousiasme pour l'affranchissement -politique des femmes. Il est difficile pour moi de comprendre que -cette revendication ne soit pas acceptée par tous les socialistes. - - Keir HARDIE, membre du Parlement britannique. - - -Je pense que le droit de vote pour la femme est indéniable au point -de vue moral, social et politique. - - Enrico FERRI, de la Chambre italienne. - - -A mon avis, la question du suffrage des femmes n'est pas de première -importance pour le socialisme et la classe ouvrière. C'est une -question de justice plutôt que d'intérêt pratique pour le mouvement -d'émancipation, la plupart des femmes se montrant très indifférentes -à ce sujet, même celles de la classe ouvrière. - - Edouard BERNSTEIN, membre du Parlement allemand. - - * - * * - -A quoi sert-il de révolutionner le Code civil au profit des femmes -et de leur donner des droits si, pour conserver ces droits, elles ne -sont pas armées du bulletin de vote, si le suffrage politique ne leur -est pas donné. En parlant de la sorte, je vais peut-être froisser, -dans le féminisme même, les sentiments de quelques êtres timorés qui -nous accusent de compromettre notre thèse en demandant le suffrage -politique pour les femmes. Eh bien! que les femmes me permettent -de leur dire que toutes les lois que nous pourrons proposer seront -vaines si pour accroître et défendre ces lois elles ne sont pas -armées du bulletin de vote. Vous obtiendrez de la générosité des -hommes, de leur esprit de justice ou quelquefois de leur amour du -paradoxe, quelques réformes partielles, quelques menues modifications -du Code civil ou de Commerce, mais jamais vous ne recevrez le -bienfait total de l'émancipation. Au nom d'une expérience politique -et parlementaire assez longue, laissez-moi vous dire que les -législateurs font les lois pour ceux qui font les législateurs. -Tant qu'un suffrage féminin ne viendra pas se joindre au suffrage -masculin, tant que se complétant l'un l'autre ils n'auront pas -restitué à la société l'harmonie et l'équilibre, la société ira de -tourments en tourments et d'abîmes en abîmes. - - M. VIVIANI, Ministre du Travail. - - * - * * - -Des _Annales politiques et littéraires_: - -Je crois que le suffrage universel serait moins mauvais pendant -quelque temps si les femmes votaient, mais d'autre part le suffrage -universel me paraît idiot! Alors! - - Jules LEMAITRE, de l'Académie Française. - - -J'ai dit bien des fois que je suis partisan du suffrage politique -des femmes et de leur éligibilité, voulant l'absolue égalité des -droits des deux sexes. Je suis même partisan du vote des enfants (le -père votant pour les garçons et la mère pour les filles!) ce qui -donnerait aux pères et mères la prépondérance sociale qu'ils doivent -avoir. Je crois que pour tout pays, le vote serait moralisateur -et conservateur, les femmes étant à les considérer d'ensemble un -peu moins sensuelles, beaucoup moins cruelles et infiniment moins -alcooliques que les hommes. - - Emile FAGUET, de l'Académie Française. - - -En vérité, pourquoi ne voterait-elle pas puisque si elle ne -vote point elle fait voter ceux qui votent? Vous verrez que les -suffragettes, ces midinettes du vote, auront raison tôt ou tard du -préjugé. Elles sont l'avant-garde du féminisme et leurs promenades -boulevardières, d'abord raillées, finiront quelque jour par le vote -de leur droit au vote. Ce n'est pas demain! Et qui sait? Demain vient -vite et la France nouvelle, celle qui date de 20 ans seulement, est -déjà assez différente de l'ancienne pour qu'on s'attende à bien des -transformations encore. - - Jules CLARETIE, de l'Académie Française. - - -Je ne saurais vous cacher que je suis résolument opposé au vote -des femmes. Je craindrais qu'elles ne se jetassent dans les luttes -politiques avec une ardeur qui augmenterait encore les divisions de -la France, et nous sommes assez divisés comme cela. - - Comte d'HAUSSONVILLE, de l'Académie Française. - - -Je veux bien que les femmes votent et je crois qu'elles voteront dès -qu'elles s'aviseront de le désirer; mais je n'y vois pas d'utilité -générale, puisqu'elles n'ont indiqué jusqu'ici aucune vue politique -propre. Faut-il être franc? Dans la minute présente, les femmes -qui veulent voter me semblent des agitées. Leur véritable activité -se satisfait de cent autres manières. Cependant si elles tiennent à -voter, si elles se croient humiliées de n'être pas électrices, il -n'y a pas d'objection sérieuse à leur opposer et quand elles auront -conquis leur bulletin de vote, elles l'auront mérité tout aussi bien -que les hommes. - - Maurice BARRÈS, de l'Académie Française. - - -Ce sont de bien grosses questions et c'est seulement par des points -d'interrogation que je me permettrai d'y répondre! - -Est-il logique, est-il juste qu'une femme devenue chef de famille -par le fait de son veuvage ne soit jamais appelée à dire un mot -quelconque dans les grands débats qui intéressent la destinée de sa -propre famille, aussi bien que la destinée des familles voisines, -politiquement représentées par le vote du père? - -Est-il logique, est-il juste que les travailleuses organisées en -syndicat n'aient aucun moyen direct d'assurer la répercussion de -leur volonté dans les assemblées politiques et que l'émancipation -économique ainsi assurée à la femme n'ait aucune sanction dans le -domaine politique? - -LUCIE-FÉLIX-FAURE-GOYAN. - - * - * * - -Du _Gil-Blas_: - -Tant que notre pays sera régi par le suffrage universel, je serai -résolument pour le vote et l'éligibilité des femmes. Et pourquoi? -parce que je les mets au défi de gouverner plus mal et de choisir des -représentants qui fassent plus mal les affaires de la France. - - Louis d'HURCOURT. - - * - * * - -De _l'Eclair_, de Paris: - -J'en suis partisan, parce qu'elles sont, elles et leurs enfants, -entraînées par les destinées de leur pays et qu'elles doivent, par -conséquent, avoir le droit d'y participer et d'y veiller; parce que -l'unité sociale, la famille, a pour directeurs naturels le père et -la mère et que cette dernière y assume autant de responsabilité que -son mari; parce que la femme a un sens pratique et une universelle -bonté qui doivent avoir les moyens de se faire entendre et au besoin -accepter. - - Docteur Armand GAUTIER, - De l'Institut, membre de l'Académie de Médecine. - - -A voir l'usage que les hommes font du bulletin de vote, il n'y a pas -de risque de tomber dans le pire en courant l'aventure d'une réforme -équitable. - - ANDRIEUX, ancien député, ancien préfet de police. - - -Il m'est très difficile de me prononcer au pied levé et sans étude -spéciale de la question sur un aussi grave et délicat problème. -Tout ce que je puis vous dire, je ne suis pas opposé à la nouvelle -réforme, pourvu qu'il s'agisse du droit de vote seulement et non -pas de l'éligibilité. Encore une fois, il ne s'agit ici que d'une -impression hâtive et non pas d'un parti sérieusement étudié. - - Marquis de SÉGUR. - - -Je suis avec vous, du moins partiellement. Seulement je suis d'avis -de procéder par étapes. Je voudrais d'abord accorder aux femmes le -vote, l'électorat puis l'éligibilité municipale. Si l'expérience, -comme je crois, réussissait, je serais disposé à permettre aux -femmes de prendre part aux élections cantonales. Mais je m'arrêterais -là. L'électorat politique me paraît inséparable des charges -militaires, jusqu'ici du moins. - - Jacques BARDOUX, Professeur à l'Ecole des Sciences politiques. - - -Je voudrais conférer à la mère de famille (comme au père de famille) -la pluralité du vote comme une récompense et un honneur dans ce pays -que mine une natalité volontairement décroissante, mais aussi comme -un attribut justifié par plus d'expérience acquise et d'intérêts dans -la vie. - - Eugène ROSTAND. - - -Je suis en principe partisan du suffrage des femmes à condition -qu'elles soient veuves ou célibataires âgées de 25 ans. - -Par contre, je ne suis pas d'avis qu'elle soit éligible, si ce n'est -aux fonctions d'assistance, municipales ou éducatives. - - C. BONNET-MAURY, - Professeur à la Faculté libre de Théologie protestante. - - -Je suis partisan du suffrage des femmes. Nous pourrions commencer par -l'introduire à certaines conditions dans les élections municipales. - - Paul DESCHANEL. - - -Je désire obtenir pour la femme l'égalité des droits politiques. -Néanmoins je considère qu'une pareille réforme ne peut s'accomplir -que par étapes. - - GOIRAND. - - -Je crois que, dans un avenir plus ou moins rapproché, les femmes -deviendront électeurs et éligibles et je suis même convaincu qu'elles -élimineront les hommes de la politique. Elles y apporteront plus de -finesse mais elles la compliqueront. En Finlande et en Australie, -leur intervention n'a pas été heureuse. - - Yves GUYOT. - - -Le bulletin de vote pour les femmes, ça sera comme pour les hommes, -l'acceptation de l'oppression politique et de l'exploitation -économique par la grande masse, pour le plus grand profit de ceux qui -exercent le pouvoir et qui détiennent la richesse sociale. - - Jean GRAVE. - - -Il y a déjà tant d'incompétences qui s'occupent de politique que je -ne verrais pas sans inquiétude les femmes se jeter dans la mêlée des -partis. Dans les pays catholiques, le vote de la plupart des femmes -serait celui de leurs confesseurs, qui recevraient eux-mêmes le mot -d'ordre de Rome. Au lieu de contribuer au progrès, il amènerait je -crois un recul. Attendons, la question me semble prématurée. - - Alfred FOUILLÉE, membre de l'Institut. - - -La presque unanimité des électeurs de Roquefixade m'a fait maire de -cette commune, quoique me sachant aussi matérialiste que patriote et -républicain. - -Or, si les femmes votaient, non seulement je n'aurais pas le suffrage -de la plupart d'entre elles, mais elles détourneraient de moi un -assez grand nombre de mes électeurs actuels. - - E. DARNAUD, maire de Roquefixade (Ariège). - - * - * * - -Du _Nouveau Siècle_: - -Si la femme était directement intéressée dans nos luttes, elle y -perdrait l'influence bienfaisante qu'elle tient de ses rôles d'épouse -et de mère, sur les destinées de la Patrie qui n'est plus que le -prolongement naturel de la famille. - -Au moment où sous les attaques incessantes contre l'idée de -la «Patrie» on sent poindre de tous côtés des sentiments de -découragement et comme des symptômes de résignation à une sorte de -dégénérescence nationale, la femme, dans ses deux grands rôles, avec -son sens plus affiné de nos traditions, m'apparaît comme la seule -capable de réveiller en ce pays la vision rédemptrice de son idéal et -de ses destinées momentanément obscurcies par nos luttes politiques. - -Elle n'y arrivera que si elle s'en tient soigneusement à l'écart. - - Amiral BIENAIMÉ, député de Paris. - - -J'aurais été satisfait de voir dans la Chambre des femmes députés... -Tout cela parce que la femme a autant--si ce n'est plus--de droits à -défendre que l'homme. Comme celui-ci, du reste, elle a à combattre -l'exploitation capitaliste et elle a tout à attendre de la venue -d'une société socialiste. En plus, comme mère, la femme devrait -pouvoir influer sur les destinées sociales et matérielles. - - COMPÈRE-MOREL, député du Gard. - - -Le suffrage universel n'est qu'une fiction tant que les femmes en -seront exclues; le mot de féminisme me paraît impropre. C'est la -question de l'égalité et de l'équité dans le civisme qui est posée. -La femme est citoyen devant la loi commerciale, devant la loi pénale; -elle ne l'est pas devant l'urne électorale, c'est la contradiction -constitutionnelle, l'injustice sociale. - - MILLEVOYE, député de Paris. - - -Puisque les femmes sont admises avec nos pères et nos fils dans les -grandes écoles de l'Etat, puisqu'elles peuvent être commerçantes, -médecins, avocats, puisqu'elles partagent les travaux de certains -fonctionnaires, puisque les voilà maintenant reconnues aptes à -être des juges-prud'hommes; je ne vois pas ce qui les empêcherait -d'occuper des sièges à la Chambre des députés, au Sénat, dans -les Conseils généraux et dans les Conseils municipaux où elles -apporteraient un charme et une séduction qui manquent à la plupart -des hommes politiques. - - Georges BERRY, député de Paris. - - * - * * - -Voici enfin quelques opinions inédites dont nous remercions -sincèrement les auteurs: - -Si les femmes doivent voter, monsieur? Certainement. - - Max et Alex FISCHER. - -_P. S._--Nous ne parlons bien entendu que de celles qui ont de la -moustache. - - -Les femmes doivent voter: Parce qu'elles ont voix au chapitre. Parce -qu'elles feront prévaloir des lois de préservation de l'espèce. Parce -qu'elles feront passer le sentiment en ce qu'il a de plus noble avant -les considérations de cuisine politique. - - Paul MARGUERITE. - - -Je n'ai point d'idées neuves sur ce sujet. - - Charles GIDE. - - - Mon cher ami, - -Les femmes sont faites pour surveiller le ménage et faire des enfants. - - LASIES, député. - - -Je vous paraîtrai peut-être un vil réactionnaire, mais je partage -entièrement son opinion. - - Emmanuel BROUSSE, député. - - - MONSIEUR, - -Je ne suis pas du tout partisan du vote des femmes. Ce serait une -raison de plus pour elles de sortir de leur rôle, ce qui leur arrive -déjà trop souvent, depuis quelque temps. Et puis, elles ont déjà bien -trop de moyens d'action sur nous et bien trop de façons de se mêler -de nos affaires sans y ajouter ce nouveau prétexte. - -Je ne prétends pas qu'elles voteraient plus mal que nous. Ce serait -difficile, d'ailleurs. Mais elles y mettraient encore plus de passion. - -Et puis, comme on dit de notre côté en cas d'aventure: Cherchez la -femme; on dirait de leur côté: Cherchez l'homme. Car finalement il -n'y a que ça au fond de la plupart des actions humaines. - -Y mêler encore la politique me paraît superflu. - - Mes sentiments les plus distingués. - - Michel PROVINS. - - - - -CONCLUSION - - - _Aux Femmes_ - -Vous qui nous lirez, convaincues, sceptiques, ou indifférentes, -n'ayez pour moi aucune parole de haine, aucun sentiment de mauvaise -humeur, aucun accès d'indignation. A nos attaques raisonnées et -sincères, répondez par un sourire, à nos objections par un geste -élégant de vaincues: Vous aurez là l'occasion d'être pour une fois -des femmes d'esprit. - -De nous ne vous faites pas l'idée d'un rétrograde, d'un bourgeois ou -d'un retardé du siècle! Non! plus que vous, nous aimons tout ce qui -est jeune, nouveau; plus que vous nous adorons l'idée riche d'espoir, -de jeunesse et d'avenir; mais cependant nous ne prendrons dans ces -projets d'évolution future que ce qui nous semble juste, équitable -et sensé, vous laissant, Mesdames les féministes, le rôle ingrat de -ne voir dans nos théories sociales que le ridicule, le grotesque et -l'invraisemblable. - -Mais ce n'est point encore à vous les intellectuelles (?), les -révolutionnaires, les exaltées que j'en veux, vous qui défendez -parfois avec conviction et rarement avec raison une mauvaise cause. -C'est à vous, Messieurs les féministes, qui doucement, avec une douce -et fausse pitié, vous penchez vers l'âme de cette femme éprise de -liberté, grisée d'émancipation et par votre prestigieux talent et -votre plume éblouissante matérialisez et faites passer du domaine -irréel au domaine réel une idée fausse et anormale. Oui c'est à vous -que je cherche querelle, vous les hommes puissamment assis dans la -vie politique qui par pose, par snobisme, par genre, vous collez -l'étiquette de féministe, vous qui trônez fiers et impassibles dans -les hauteurs de la littérature et du journalisme et prenez plaisir -à soutenir la cause de l'Eve future pour vous singulariser ou vous -créer un nom, c'est vous que j'accuse de cet énervement social, de -cette crise qui secoue ridiculement quelques Françaises! Un coup de -bistouri eût été mieux approprié qu'une tendre consultation! - -Et si le jour où écoutant les plaintes affolées et injustifiées de -ces enfants, vous leur aviez dit ce que tout homme de bon sens pense, -au lieu de leur faire inélégamment l'aumône d'une fausse pitié, de -nos jours on n'entendrait plus ce flot de grotesques réclamations, -qui n'ont pas seulement le mérite d'être idéalisées par des larmes et -qui sont couvertes par des éclats de rire. - -Si à ces énervées, à ces détraquées vous leur aviez fait entrevoir la -faiblesse de leurs raisonnements et le contre-sens de leur idéal au -lieu de leur prêter une oreille attentive, si vous aviez d'un seul -coup plongé dans la vie normale ces anormales, au moment de stupeur -et d'étouffement aurait peut-être succédé une crise plus violente, -mais vite dissipée, et petit à petit, le temps aidant, lasses et -fatiguées, elles seraient rentrées dans l'oubli et dans le passé! - -Voilà ce que vous n'avez pas voulu faire, Messieurs les féministes, -vous la cause première de cette théorie moderne et combien -insoutenable: l'émancipation de la femme! Vous avez considéré cette -idée nouvelle comme un «tremplin, comme un capital, comme une bonne -affaire!» - -Puissiez-vous faire faillite et crouler ridiculement sous les -applaudissements vengeurs de tous les Français raisonnables et sensés! - -Quant à nous, ce qui nous console, c'est que nombreux sont encore en -France, «les Philistins des deux sexes qui n'osent pas s'arracher -au cercle étroit des préjugés et appellent le féminisme la folie du -siècle»[79]. - - [79] Aussip Laune; _Revue Socialiste_. - -Oui, la folie du siècle qui détraque le cerveau de quelques femmes -pauvres d'esprit et riches d'espérances; folie remplissant notre pays -de cris étranges et inquiétants, tels que «Egalité des deux sexes, -Emancipation de la femme», etc., etc., à tel point qu'une de vos -sœurs, Mesdames, intelligente et fine, Mme Séverine, dans le _Matin_ -du 2 avril 1910, essayait dans un style humouristique de faire taire -ces brailleries par une expression peut-être pas très académique mais -tout au moins de circonstance: «La ferme!» - -Nous n'aurons point, Mesdames, la coquette impertinence d'une de vos -plus illustres représentantes, croyez cependant que ce mot résume -bien pour nous l'attitude à prendre devant tous vos discours et vos -réclamations. - -Que dire maintenant de cette question en elle-même, le suffrage des -femmes? - -La question du vote arrive à sa période heureuse, c'est-à-dire qu'on -ne la prend encore ni au sérieux, ni au tragique. Touche-t-on à une -solution? Si l'on songe que le problème fut posé par Aristophane, -qui n'était probablement pas le premier, il y a environ 2.300 ans, -on se sent un peu sceptique malgré l'initiative de quelques pays -d'avant-garde. Au fond, chacun se demande si les femmes sont aptes -à voter. «Cela n'a aucune importance, puisque les idiots votent», -déclare Mme Durand, avec une humilité bien peu féministe et encore -moins féminine. - -Mais on se demande surtout, pour qui voteront-elles? et comme -personne n'est sûr d'avoir les femmes pour soi (perfides comme -l'onde, la douceur mobile, toutes les langues ont là-dessus des -dictons malhonnêtes), chacun se méfie, excepté Don Juan..., mais Don -Juan ne fait pas de politique. - -Au fond, citoyennes, vous vous préparez un maigre profit et beaucoup -de désillusions. Il y a de mauvaises lois à abroger, à modifier; il -y en a de bonnes, de très bonnes à faire vous concernant. Laissez -ce soin au temps, aux mœurs pas meilleures mais qui deviennent -plus humaines. On y travaille depuis longtemps, Mesdames, depuis -Justinien. Ne désespérez donc pas! On a rendu l'amour obligatoire -tout comme l'instruction! Pouvait-on vraiment aller plus loin. - -Quant à vos champions, vos leaders, charmantes parfois, éminentes -rarement, à tous égards, en politique les croyez-vous capables de -poursuivre l'intérêt véritable des femmes. L'on en voit trop prendre -de l'incohérence pour du génie, le manque de goût pour du courage et -l'incongruité pour de la hardiesse d'esprit. - -De grâce, Mesdames, ne compliquez pas la vie, elle n'est pas déjà si -simple! et puis, sans doute, les hommes eux aussi font beaucoup de -sottises, mais croyez-vous qu'une sottise féminine soit l'antidote -d'une sottise masculine? Nous croyons plutôt qu'elles font deux. - -Ne prenez point ces airs batailleurs. Le costume de petite lutteuse -vous va si mal. - -L'homme politique devient devant les foules une bête orgueilleuse -et déchaînée. Il ne regardera pas si vous avez des jupes ou des -pantalons. Et une fois meurtries et blessées, vous pleurerez et vous -n'aspirerez qu'à redevenir ce que vous n'auriez dû jamais cesser -d'être, des femmes. - -Certes, quelques-unes des grandes féministes trouveront peut-être -ce rôle bien banal, bien effacé, bien indigne de leurs hautes -aspirations. - -Il semble que vous oubliez que c'est vous qui, dans la vie, êtes le -plus souvent la souveraine! Pauvres pantins que les hommes, lorsque -vous mettez en marche toutes les ficelles de votre séduction et de -votre coquetterie. - -Etouffez en vous ces bouffées d'orgueil et de domination politiques, -souvenez-vous que vous avez des moyens plus sûrs de régner et -d'avoir une incontestable influence! Songez à l'Assemblée des -femmes d'Aristophane et à Lysistrata matérialisant de la façon la -plus choquante et la moins attique une incontestable vérité. Par -votre charme, votre grâce, et les mille et un détails de votre -caractère, par la poésie de votre sexe et la simplicité du pot au -feu, vous menez le monde (on a déjà dit cela en vers de tous pieds, -en madrigaux de toutes façons, nous ne le redirons pas en prose!) -Vouloir un autre moyen de domination, mesdames, c'est déchoir, -abdiquer. Gardez-vous des utopies de notre siècle, donnez-nous de -beaux enfants, restez simplement «petites fées». - -«Relevez le Français du XXe siècle qui se donne à lui-même le -spectacle de sa décomposition»[80]; ne soyez pas des vierges fortes, -êtres incomplets, inquiétants, enfiévrés, tourmentés et n'ayez point -comme idéal celui fou et grotesque d'être un individu avant que -d'être un sexe. - - [80] René Doumic. - -Femmes, êtres exquis, faits de grâce et de délicatesse, restez ce -que vous êtes; écoutez avec ironie et pitié les théories de ces -hommes-femmes, de ces ratées, de ces soldes de l'amour, théories -mauvaises, car elles sont anti-naturelles. - -Dites-vous que l'homme ne veut point vous lancer dans la lutte -politique parce que vous êtes meilleures que lui et que le jour où -vous serez son égal vous ne serez plus rien! - -L'esprit, le cœur et le charme réunis, voilà un idéal bien plus -agréable, bien plus séduisant que celui d'un siège de député ou un -fauteuil de maire. Il vous donnera, mesdames et non citoyennes, soyez -en sûres, une satisfaction intérieure plus douce; et puis n'oubliez -pas les vers éternels de Molière que mon bon sens me murmure à -l'oreille. - - Et comme un animal est toujours animal - Et ne sera jamais qu'animal dans sa vie - Durerait cent mille ans, ainsi sans répartie - La femme est toujours femme et jamais ne sera - Que femme tant qu'entier le monde durera. - -Et si malheureusement cette prophétie du grand Poquelin ne se -réalisait pas, nous nous estimerions profondément heureux, si notre -modeste travail pouvait retarder seulement d'une demi-seconde l'heure -où, comme un glas, sonnera l'émancipation de l'Eve nouvelle et la -mort de la femme! - - - - -BIBLIOGRAPHIE - - -OUVRAGES - - AUCLERT (Hubertine).--Le Suffrage des femmes. - - BEBEL (Auguste).--La femme. - - BOIS (Jules).--L'éternelle poupée. - -- L'Eve nouvelle. - - DESCHANEL (Emile).--Le bien et le mal qu'on a dit des femmes. - - DUMAS fils (Alexandre).--Les femmes qui tuent et les femmes qui - votent. - - GASPARIN.--Les réclamations des femmes. - - GIDE (Paul).--Etude sur la condition privée de la femme dans le - droit ancien et nouveau. - - JORAN (Théodore).--Les mensonges du féminisme. - - LAMBERT (Maurice).--Le féminisme et ses revendications. - - LAMY (Etienne).--La femme de demain. - - LAMPÉRIÈRE (Mme Anna).--Le rôle social de la femme. - - MARGUERITE (Paul et Victor).--Femmes nouvelles. - - MICHELET.--La Femme. - - NELLY-ROUSSEL.--Quelques lances rompues en faveur de nos libertés. - - OSTROGORSKI.--La femme au point de vue du droit public. - - POINSINET.--Le rôle social de la femme. - - PREVOST (Marcel).--Les Vierges fortes. - - SECRÉTAN (Charles).--Le droit de la femme. - - SIMON (Jules).--La femme du XXe siècle. - - TURGEON.--Le féminisme français (2 volumes). - - -REVUES - - Académie des Sciences politiques et morales. - - Revue des Revues. - - Quinzaine. - - Revue politique et parlementaire. - - Revue politique et littéraire. - - Revue Encyclopédique. - - Revue Bleue. - - Revue Socialiste. - - Revue Economique politique. - - Revue de Morale Sociale. - - Réforme Sociale. - - Bulletin de la Ligue des Droits de l'Homme. - - -JOURNAUX - - L'Opinion. - - Annales politiques et littéraires. - - Le Figaro. - - L'Eclair de Paris. - - Le Gil Blas. - - Le Temps. - - Le Petit Niçois. - - Le Journal. - - Le Matin. - - Fémina. - - Le Journal des femmes. - - La Femme. - - La Vie Montpelliéraine. - - -THÈSES - - APPLETON.--De la situation sociale et politique des femmes dans le - droit moderne. - - DAMEZ (Albert).--Le mouvement féministe et le libre salaire de la - femme. - - DESSENS.--Des revendications des droits de la femme pendant la - Révolution. - - DESSIGNOLES.--Le féminisme d'après la doctrine de Fourier. - - DURAND (Camille).--Questions féministes. - - KRUG (Charles).--Le féminisme et le droit civil français. - - POIRIER.--Le féminisme et l'infériorité de la femme. - - RENAUDOT.--Le féminisme et les droits publics de la femme. - - SURONNEAU.--Du suffrage universel. - - - Vu le Président de la thèse: - J. BRÉMOND. - - Vu, le Doyen de la Faculté de Droit: - VIGIÉ. - - Vu et permis d'imprimer: - Montpellier, le 3 mai 1910. - Pour le Recteur, le Vice-Président du Conseil de l'Université, - Léon PÉLISSIER. - - - - -TABLE DES MATIÈRES - - - INTRODUCTION 7 - - PREMIÈRE PARTIE: CHAPITRE PREMIER: La place de - la femme dans la société à travers les âges. Quelques - appréciations. 11 - - CHAPITRE II: Raisons pour lesquelles la femme doit - voter. 17 - - 1re: La femme doit voter parce que la loi ne lui enlève - pas ce droit. 17 - - 2me: La femme doit voter parce qu'elle est l'égale - de l'homme. 24 - - 3me: La femme doit voter pour défendre ses intérêts - attaqués et sa liberté compromise. 32 - - 4me: La femme doit voter en France parce que les - femmes votent dans les autres pays. 41 - - 5me: La femme doit voter parce qu'elle ferait des - lois contre l'alcoolisme et de régénération sociale. 46 - - 6me: La femme doit voter parce qu'elle vote déjà - pour les Tribunaux de commerce. 54 - - 7me: La femme doit voter parce qu'elle paie l'impôt. 58 - - DEUXIÈME PARTIE: Raisons pour lesquelles la - femme ne doit pas voter. Une erreur. 61 - - 1re: La femme ne doit pas voter à cause de la famille. 65 - - 2me: La femme ne doit pas voter parce qu'elle - demanderait l'éligibilité. 73 - - 3me: La femme ne doit point voter parce que cette - nouvelle conception n'est point dans nos mœurs. 80 - - 4me: La femme ne doit point voter car elle n'a pas - reçu l'éducation civique et politique. 86 - - 5me: La femme ne doit point voter à cause du danger - confessionnel. 90 - - 6me: La femme ne doit point voter parce qu'elle est - femme. 96 - - TROISIÈME PARTIE: Quelques réflexions sur les - suffragettes. 105 - - 1º Les Suffragettes et la Réclame. 106 - - 2º Les Suffragettes et la Beauté. 110 - - 3º Les Suffragettes et la Critique. 114 - - QUATRIÈME PARTIE: Opinions de personnalités politiques - et littéraires sur le suffrage des femmes. 117 - - CONCLUSIONS 131 - - BIBLIOGRAPHIE 139 - - - * * * * * - - - Liste des corrections effectuées. - - Page 15: «nourir» remplacé par «nourrir» (qu'il faut battre, bien - nourrir) - Page 27: «docteressse» par «doctoresse» (Madame la doctoresse - Pelletier) - «globelle» par «glabelle» (glabelle des arcades sourcilières) - Page 44: «racommode» par «raccommode» (La femme ... ne raccommode - jamais) - Page 51: «absintes» par «absinthes» (surtaxe pour absinthes) - Page 54: «réhahilité» par «réhabilité» (déjà failli, mais - réhabilité) - Page 56: «arbhorre» par «arbore» (Chaque camp arbore le drapeau) - Page 68: «conséqences» par «conséquences» (des conséquences - magnifiques) - Pages 73, 88: «Aubertine» par «Hubertine» (Hubertine Auclert) - Page 74: «n'aurions-pas» par «n'aurions-nous pas» (pourquoi - n'aurions-nous pas la femme-maire) - Page 80: «annnées» par «années» (Depuis quelques années) - Page 83: «féminime» par «féminine» (la servitude féminine) - Page 86: «simplemement» par «simplement» (Tout simplement) - Page 93: «qu'elle» par «quelle» (Mais quelle différence - faites-vous) - Page 95: «Laisez» par «Laissez» (Laissez de côté) - Page 96: «irrascible» par «irascible» (inquiète, agitée, irascible) - Page 99: «corrolaires» par «corollaires» (tous ses corollaires) - Page 100: «elle-mêne» par «elle-même» (Incapable de prendre par - elle-même) - Page 103: «les les» par «les» (les formes élégantes) - Page 106: «hardisse» par «hardiesse» (la hardiesse de la thèse) - Page 112: «homasse» par «hommasse» (la silhouette hommasse) - Page 119: «suffrages» par «suffrage» (Voici maintenant l’opinion de - quelques personnalités sur le suffrages des femmes) - Page 121: «les les» par «les» (ceux qui font les législateurs) - - - - - -End of the Project Gutenberg EBook of La Femme doit-elle voter ? Le pour et -le contre, by Joseph Ginestou - -*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LA FEMME DOIT-ELLE VOTER ? *** - -***** This file should be named 53848-0.txt or 53848-0.zip ***** -This and all associated files of various formats will be found in: - http://www.gutenberg.org/5/3/8/4/53848/ - -Produced by Isabelle Kozsuch and the Online Distributed -Proofreading Team at http://www.pgdp.net (This file was -produced from images generously made available by The -Internet Archive/Canadian Libraries) - - -Updated editions will replace the previous one--the old editions will -be renamed. - -Creating the works from print editions not protected by U.S. copyright -law means that no one owns a United States copyright in these works, -so the Foundation (and you!) can copy and distribute it in the United -States without permission and without paying copyright -royalties. Special rules, set forth in the General Terms of Use part -of this license, apply to copying and distributing Project -Gutenberg-tm electronic works to protect the PROJECT GUTENBERG-tm -concept and trademark. Project Gutenberg is a registered trademark, -and may not be used if you charge for the eBooks, unless you receive -specific permission. If you do not charge anything for copies of this -eBook, complying with the rules is very easy. You may use this eBook -for nearly any purpose such as creation of derivative works, reports, -performances and research. They may be modified and printed and given -away--you may do practically ANYTHING in the United States with eBooks -not protected by U.S. copyright law. Redistribution is subject to the -trademark license, especially commercial redistribution. - -START: FULL LICENSE - -THE FULL PROJECT GUTENBERG LICENSE -PLEASE READ THIS BEFORE YOU DISTRIBUTE OR USE THIS WORK - -To protect the Project Gutenberg-tm mission of promoting the free -distribution of electronic works, by using or distributing this work -(or any other work associated in any way with the phrase "Project -Gutenberg"), you agree to comply with all the terms of the Full -Project Gutenberg-tm License available with this file or online at -www.gutenberg.org/license. - -Section 1. General Terms of Use and Redistributing Project -Gutenberg-tm electronic works - -1.A. By reading or using any part of this Project Gutenberg-tm -electronic work, you indicate that you have read, understand, agree to -and accept all the terms of this license and intellectual property -(trademark/copyright) agreement. If you do not agree to abide by all -the terms of this agreement, you must cease using and return or -destroy all copies of Project Gutenberg-tm electronic works in your -possession. If you paid a fee for obtaining a copy of or access to a -Project Gutenberg-tm electronic work and you do not agree to be bound -by the terms of this agreement, you may obtain a refund from the -person or entity to whom you paid the fee as set forth in paragraph -1.E.8. - -1.B. "Project Gutenberg" is a registered trademark. It may only be -used on or associated in any way with an electronic work by people who -agree to be bound by the terms of this agreement. There are a few -things that you can do with most Project Gutenberg-tm electronic works -even without complying with the full terms of this agreement. See -paragraph 1.C below. There are a lot of things you can do with Project -Gutenberg-tm electronic works if you follow the terms of this -agreement and help preserve free future access to Project Gutenberg-tm -electronic works. See paragraph 1.E below. - -1.C. The Project Gutenberg Literary Archive Foundation ("the -Foundation" or PGLAF), owns a compilation copyright in the collection -of Project Gutenberg-tm electronic works. Nearly all the individual -works in the collection are in the public domain in the United -States. If an individual work is unprotected by copyright law in the -United States and you are located in the United States, we do not -claim a right to prevent you from copying, distributing, performing, -displaying or creating derivative works based on the work as long as -all references to Project Gutenberg are removed. Of course, we hope -that you will support the Project Gutenberg-tm mission of promoting -free access to electronic works by freely sharing Project Gutenberg-tm -works in compliance with the terms of this agreement for keeping the -Project Gutenberg-tm name associated with the work. You can easily -comply with the terms of this agreement by keeping this work in the -same format with its attached full Project Gutenberg-tm License when -you share it without charge with others. - -1.D. The copyright laws of the place where you are located also govern -what you can do with this work. Copyright laws in most countries are -in a constant state of change. If you are outside the United States, -check the laws of your country in addition to the terms of this -agreement before downloading, copying, displaying, performing, -distributing or creating derivative works based on this work or any -other Project Gutenberg-tm work. The Foundation makes no -representations concerning the copyright status of any work in any -country outside the United States. - -1.E. Unless you have removed all references to Project Gutenberg: - -1.E.1. The following sentence, with active links to, or other -immediate access to, the full Project Gutenberg-tm License must appear -prominently whenever any copy of a Project Gutenberg-tm work (any work -on which the phrase "Project Gutenberg" appears, or with which the -phrase "Project Gutenberg" is associated) is accessed, displayed, -performed, viewed, copied or distributed: - - This eBook is for the use of anyone anywhere in the United States and - most other parts of the world at no cost and with almost no - restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or re-use it - under the terms of the Project Gutenberg License included with this - eBook or online at www.gutenberg.org. If you are not located in the - United States, you'll have to check the laws of the country where you - are located before using this ebook. - -1.E.2. If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is -derived from texts not protected by U.S. copyright law (does not -contain a notice indicating that it is posted with permission of the -copyright holder), the work can be copied and distributed to anyone in -the United States without paying any fees or charges. If you are -redistributing or providing access to a work with the phrase "Project -Gutenberg" associated with or appearing on the work, you must comply -either with the requirements of paragraphs 1.E.1 through 1.E.7 or -obtain permission for the use of the work and the Project Gutenberg-tm -trademark as set forth in paragraphs 1.E.8 or 1.E.9. - -1.E.3. If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is posted -with the permission of the copyright holder, your use and distribution -must comply with both paragraphs 1.E.1 through 1.E.7 and any -additional terms imposed by the copyright holder. Additional terms -will be linked to the Project Gutenberg-tm License for all works -posted with the permission of the copyright holder found at the -beginning of this work. - -1.E.4. Do not unlink or detach or remove the full Project Gutenberg-tm -License terms from this work, or any files containing a part of this -work or any other work associated with Project Gutenberg-tm. - -1.E.5. Do not copy, display, perform, distribute or redistribute this -electronic work, or any part of this electronic work, without -prominently displaying the sentence set forth in paragraph 1.E.1 with -active links or immediate access to the full terms of the Project -Gutenberg-tm License. - -1.E.6. You may convert to and distribute this work in any binary, -compressed, marked up, nonproprietary or proprietary form, including -any word processing or hypertext form. However, if you provide access -to or distribute copies of a Project Gutenberg-tm work in a format -other than "Plain Vanilla ASCII" or other format used in the official -version posted on the official Project Gutenberg-tm web site -(www.gutenberg.org), you must, at no additional cost, fee or expense -to the user, provide a copy, a means of exporting a copy, or a means -of obtaining a copy upon request, of the work in its original "Plain -Vanilla ASCII" or other form. Any alternate format must include the -full Project Gutenberg-tm License as specified in paragraph 1.E.1. - -1.E.7. Do not charge a fee for access to, viewing, displaying, -performing, copying or distributing any Project Gutenberg-tm works -unless you comply with paragraph 1.E.8 or 1.E.9. - -1.E.8. You may charge a reasonable fee for copies of or providing -access to or distributing Project Gutenberg-tm electronic works -provided that - -* You pay a royalty fee of 20% of the gross profits you derive from - the use of Project Gutenberg-tm works calculated using the method - you already use to calculate your applicable taxes. The fee is owed - to the owner of the Project Gutenberg-tm trademark, but he has - agreed to donate royalties under this paragraph to the Project - Gutenberg Literary Archive Foundation. Royalty payments must be paid - within 60 days following each date on which you prepare (or are - legally required to prepare) your periodic tax returns. Royalty - payments should be clearly marked as such and sent to the Project - Gutenberg Literary Archive Foundation at the address specified in - Section 4, "Information about donations to the Project Gutenberg - Literary Archive Foundation." - -* You provide a full refund of any money paid by a user who notifies - you in writing (or by e-mail) within 30 days of receipt that s/he - does not agree to the terms of the full Project Gutenberg-tm - License. You must require such a user to return or destroy all - copies of the works possessed in a physical medium and discontinue - all use of and all access to other copies of Project Gutenberg-tm - works. - -* You provide, in accordance with paragraph 1.F.3, a full refund of - any money paid for a work or a replacement copy, if a defect in the - electronic work is discovered and reported to you within 90 days of - receipt of the work. - -* You comply with all other terms of this agreement for free - distribution of Project Gutenberg-tm works. - -1.E.9. If you wish to charge a fee or distribute a Project -Gutenberg-tm electronic work or group of works on different terms than -are set forth in this agreement, you must obtain permission in writing -from both the Project Gutenberg Literary Archive Foundation and The -Project Gutenberg Trademark LLC, the owner of the Project Gutenberg-tm -trademark. Contact the Foundation as set forth in Section 3 below. - -1.F. - -1.F.1. Project Gutenberg volunteers and employees expend considerable -effort to identify, do copyright research on, transcribe and proofread -works not protected by U.S. copyright law in creating the Project -Gutenberg-tm collection. Despite these efforts, Project Gutenberg-tm -electronic works, and the medium on which they may be stored, may -contain "Defects," such as, but not limited to, incomplete, inaccurate -or corrupt data, transcription errors, a copyright or other -intellectual property infringement, a defective or damaged disk or -other medium, a computer virus, or computer codes that damage or -cannot be read by your equipment. - -1.F.2. LIMITED WARRANTY, DISCLAIMER OF DAMAGES - Except for the "Right -of Replacement or Refund" described in paragraph 1.F.3, the Project -Gutenberg Literary Archive Foundation, the owner of the Project -Gutenberg-tm trademark, and any other party distributing a Project -Gutenberg-tm electronic work under this agreement, disclaim all -liability to you for damages, costs and expenses, including legal -fees. YOU AGREE THAT YOU HAVE NO REMEDIES FOR NEGLIGENCE, STRICT -LIABILITY, BREACH OF WARRANTY OR BREACH OF CONTRACT EXCEPT THOSE -PROVIDED IN PARAGRAPH 1.F.3. YOU AGREE THAT THE FOUNDATION, THE -TRADEMARK OWNER, AND ANY DISTRIBUTOR UNDER THIS AGREEMENT WILL NOT BE -LIABLE TO YOU FOR ACTUAL, DIRECT, INDIRECT, CONSEQUENTIAL, PUNITIVE OR -INCIDENTAL DAMAGES EVEN IF YOU GIVE NOTICE OF THE POSSIBILITY OF SUCH -DAMAGE. - -1.F.3. LIMITED RIGHT OF REPLACEMENT OR REFUND - If you discover a -defect in this electronic work within 90 days of receiving it, you can -receive a refund of the money (if any) you paid for it by sending a -written explanation to the person you received the work from. If you -received the work on a physical medium, you must return the medium -with your written explanation. The person or entity that provided you -with the defective work may elect to provide a replacement copy in -lieu of a refund. If you received the work electronically, the person -or entity providing it to you may choose to give you a second -opportunity to receive the work electronically in lieu of a refund. If -the second copy is also defective, you may demand a refund in writing -without further opportunities to fix the problem. - -1.F.4. Except for the limited right of replacement or refund set forth -in paragraph 1.F.3, this work is provided to you 'AS-IS', WITH NO -OTHER WARRANTIES OF ANY KIND, EXPRESS OR IMPLIED, INCLUDING BUT NOT -LIMITED TO WARRANTIES OF MERCHANTABILITY OR FITNESS FOR ANY PURPOSE. - -1.F.5. Some states do not allow disclaimers of certain implied -warranties or the exclusion or limitation of certain types of -damages. If any disclaimer or limitation set forth in this agreement -violates the law of the state applicable to this agreement, the -agreement shall be interpreted to make the maximum disclaimer or -limitation permitted by the applicable state law. The invalidity or -unenforceability of any provision of this agreement shall not void the -remaining provisions. - -1.F.6. INDEMNITY - You agree to indemnify and hold the Foundation, the -trademark owner, any agent or employee of the Foundation, anyone -providing copies of Project Gutenberg-tm electronic works in -accordance with this agreement, and any volunteers associated with the -production, promotion and distribution of Project Gutenberg-tm -electronic works, harmless from all liability, costs and expenses, -including legal fees, that arise directly or indirectly from any of -the following which you do or cause to occur: (a) distribution of this -or any Project Gutenberg-tm work, (b) alteration, modification, or -additions or deletions to any Project Gutenberg-tm work, and (c) any -Defect you cause. - -Section 2. Information about the Mission of Project Gutenberg-tm - -Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of -electronic works in formats readable by the widest variety of -computers including obsolete, old, middle-aged and new computers. It -exists because of the efforts of hundreds of volunteers and donations -from people in all walks of life. - -Volunteers and financial support to provide volunteers with the -assistance they need are critical to reaching Project Gutenberg-tm's -goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will -remain freely available for generations to come. In 2001, the Project -Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure -and permanent future for Project Gutenberg-tm and future -generations. To learn more about the Project Gutenberg Literary -Archive Foundation and how your efforts and donations can help, see -Sections 3 and 4 and the Foundation information page at -www.gutenberg.org Section 3. Information about the Project Gutenberg -Literary Archive Foundation - -The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit -501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the -state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal -Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification -number is 64-6221541. Contributions to the Project Gutenberg Literary -Archive Foundation are tax deductible to the full extent permitted by -U.S. federal laws and your state's laws. - -The Foundation's principal office is in Fairbanks, Alaska, with the -mailing address: PO Box 750175, Fairbanks, AK 99775, but its -volunteers and employees are scattered throughout numerous -locations. Its business office is located at 809 North 1500 West, Salt -Lake City, UT 84116, (801) 596-1887. Email contact links and up to -date contact information can be found at the Foundation's web site and -official page at www.gutenberg.org/contact - -For additional contact information: - - Dr. Gregory B. Newby - Chief Executive and Director - gbnewby@pglaf.org - -Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg -Literary Archive Foundation - -Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide -spread public support and donations to carry out its mission of -increasing the number of public domain and licensed works that can be -freely distributed in machine readable form accessible by the widest -array of equipment including outdated equipment. Many small donations -($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt -status with the IRS. - -The Foundation is committed to complying with the laws regulating -charities and charitable donations in all 50 states of the United -States. Compliance requirements are not uniform and it takes a -considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up -with these requirements. We do not solicit donations in locations -where we have not received written confirmation of compliance. To SEND -DONATIONS or determine the status of compliance for any particular -state visit www.gutenberg.org/donate - -While we cannot and do not solicit contributions from states where we -have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition -against accepting unsolicited donations from donors in such states who -approach us with offers to donate. - -International donations are gratefully accepted, but we cannot make -any statements concerning tax treatment of donations received from -outside the United States. U.S. laws alone swamp our small staff. - -Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation -methods and addresses. Donations are accepted in a number of other -ways including checks, online payments and credit card donations. To -donate, please visit: www.gutenberg.org/donate - -Section 5. General Information About Project Gutenberg-tm electronic works. - -Professor Michael S. Hart was the originator of the Project -Gutenberg-tm concept of a library of electronic works that could be -freely shared with anyone. For forty years, he produced and -distributed Project Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of -volunteer support. - -Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed -editions, all of which are confirmed as not protected by copyright in -the U.S. unless a copyright notice is included. Thus, we do not -necessarily keep eBooks in compliance with any particular paper -edition. - -Most people start at our Web site which has the main PG search -facility: www.gutenberg.org - -This Web site includes information about Project Gutenberg-tm, -including how to make donations to the Project Gutenberg Literary -Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to -subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks. - |
