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-The Project Gutenberg EBook of La Femme doit-elle voter ? Le pour et le
-contre, by Joseph Ginestou
-
-This eBook is for the use of anyone anywhere in the United States and most
-other parts of the world at no cost and with almost no restrictions
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-
-
-Title: La Femme doit-elle voter ? Le pour et le contre
- Thèse pour le doctorat ès sciences politiques et économiques
-
-Author: Joseph Ginestou
-
-Release Date: December 31, 2016 [EBook #53848]
-
-Language: French
-
-Character set encoding: UTF-8
-
-*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LA FEMME DOIT-ELLE VOTER ? ***
-
-
-
-
-Produced by Isabelle Kozsuch and the Online Distributed
-Proofreading Team at http://www.pgdp.net (This file was
-produced from images generously made available by The
-Internet Archive/Canadian Libraries)
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- Au lecteur.
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- Ce livre électronique reproduit intégralement le texte original,
- et l'orthographe d'origine a été conservée et n'a pas été harmonisée.
- Seules les erreurs clairement introduites par le typographe ont été
- corrigées. La liste de ces corrections se trouve à la fin du texte.
-
- Cependant, la ponctuation et les erreurs d'accent ont été
- tacitement corrigées.
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-
-LA FEMME DOIT-ELLE VOTER?
-
-(LE POUR ET LE CONTRE)
-
-
-
-
- UNIVERSITÉ DE MONTPELLIER
-
- FACULTÉ DE DROIT
-
-
- La Femme doit-elle voter?
-
- (Le Pour et le Contre)
-
-
- THÈSE
- pour le Doctorat ès Sciences politiques et économiques
-
-
- PAR
-
- Joseph GINESTOU
-
-
- MONTPELLIER
-
- IMPRIMERIE GROLLIER, ALFRED DUPUY, SUCCESSEUR
- 7, Boulevard du Peyrou
-
- 1910
-
-
-
-
-UNIVERSITÉ DE MONTPELLIER
-
-FACULTÉ DE DROIT
-
-
- MM. VIGIÉ, Doyen, professeur de Droit civil, chargé du cours
- d'Enregistrement.
-
- BRÉMOND, Assesseur, professeur de Droit administratif.
-
- GLAIZE, professeur honoraire.
-
- LABORDE, professeur de Droit criminel, chargé du cours de
- Législation et Économie industrielles.
-
- CHARMONT, professeur de Droit civil.
-
- CHAUSSE, professeur de Droit romain.
-
- VALÉRY, professeur de Droit commercial, chargé du cours de Droit
- international privé.
-
- PERREAU, professeur de Procédure civile.
-
- MARGAT, professeur de Droit civil.
-
- MOYE, professeur de Droit international public.
-
- RIST, professeur d'Économie politique.
-
- BARTHÉLEMY, agrégé, chargé d'un cours de Droit constitutionnel.
-
- GIFFARD, agrégé, chargé d'un cours d'Histoire du Droit.
-
- MORIN, agrégé, chargé d'un cours de Droit civil approfondi.
-
- BRIDREY, agrégé, chargé d'un cours de Droit romain.
-
- NOGARO, agrégé, chargé d'un cours d'Economie politique.
-
- ROCHETTE, secrétaire.
-
-
-MEMBRES DU JURY
-
- MM. BRÉMOND, _Président_.
- MOYE, }
- BARTHÉLEMY, } _Assesseurs_.
-
-
-La Faculté n'entend donner aucune approbation ni improbation
-aux opinions émises dans les thèses; ces opinions doivent être
-considérées comme propres à leurs auteurs.
-
-
-
-
- A LA MÉMOIRE DE MON PÈRE
-
- A MA MÈRE
-
- MEIS ET AMICIS
-
-
-
-
-INTRODUCTION
-
-
-La question du Suffrage des femmes qui, jusqu'à nos jours, n'avait
-eu en France que les honneurs d'une presse inconnue du public, les
-journaux féministes, ou n'avait été dans son ensemble qu'un pur
-mouvement littéraire, vient de prendre, grâce aux excentricités
-retentissantes des suffragettes anglaises et aux réclamations plus
-calmes et plus sensées des françaises, une importance qu'il serait
-peut-être téméraire de vouloir dissimuler.
-
-De tous côtés, dans les journaux, les revues, en librairie, au
-théâtre, dans les conférences, le féminisme est le sujet pour ainsi
-dire obligatoire, la dernière nouveauté, l'inédit. Les hommes
-féministes, sans souci de leur dédoublement, comme les Hervieu,
-les Jules Bois, les Sembat, les Marguerite, ne craignent pas
-d'apporter à cette cause l'appui de leur haute compétence et de nous
-présenter, telle qu'ils la rêvent, la femme de demain: l'égale de
-l'homme. Au Sénat, des hommes éminents se font les porte-drapeaux des
-revendications du sexe faible; à la Chambre, de véritables discours
-féministes sont prononcés. Le cabinet de M. Briand, président du
-Conseil, s'ouvre devant Mme Schmall, une des plus sympathiques
-représentantes de ce grand mouvement. M. Fallières, président de la
-République, n'hésite nullement à proclamer ses sympathies pour les
-Eves nouvelles. En un mot, le féminisme est à l'ordre du jour. C'est
-une Révolution, comme on l'a dit, mais une Révolution sans R.
-
-La bataille est engagée. D'un côté, quelques femmes convaincues
-et sincères dont l'idéal est de devenir des hommes; de l'autre,
-un public indifférent, ne connaissant la question que par les
-caricatures, les calembours et les plaisanteries des journalistes,
-riant de l'étrangeté paradoxale de ces prétentions et, bonhomme,
-acceptant, ironique et amusé, ce tournoi du divorce des sexes.
-
-L'attaque est alertement menée par les suffragettes, soutenues
-parfois par des hommes au talent incontestable. Impassible, Monsieur
-Tout-le-Monde assiste à cette lutte sinon imprévue, du moins étrange.
-
-Parfois des mots cruels traversent le champ de bataille des journaux,
-des livres, des revues ou des salles de conférence:
-
-«Les féministes sont les laissés pour compte de l'amour»[1].
-
- [1] Rey.
-
-«La femme est un moyen terme entre l'homme et l'animal»[2].
-
- [2] Proud'hon.
-
-«La famille a un vote; si elle en avait deux, elle périrait»[3].
-
- [3] Jules Simon: _La liberté civile_.
-
-Exaltée et vibrante d'espoir, une réponse féministe essaie de
-regagner la partie souvent compromise:
-
-«Il ne faut pas désespérer du monde si les femmes obtiennent le droit
-de suffrage»[4].
-
- [4] Mgr Ireland: Conférence faite à Paris. _Journal des Débats_,
- 20 juin 1891.
-
-«Dénier au sexe féminin le droit de suffrage, c'est lui refuser le
-droit de légitime défense»[5].
-
- [5] Turgeon: _Le féminisme français_.
-
-Notre intention n'est point, certes, d'endiguer les flots tumultueux
-de cette houle féministe; l'œuvre serait trop grande et l'auteur...
-trop petit. De même d'apporter au camp des révolutionnaires en
-dentelles, malgré tout l'attrait qu'elles nous inspirent, le secours
-d'une plume si peu autorisée et inconnue.
-
-Nous nous bornerons simplement à être les spectateurs de cette lutte
-nouvelle et de ce pénible travail de désexualisation. Impartialement,
-nous compterons les coups; nous enregistrerons les défaites sans
-rancœur, nous soulignerons les victoires avec modestie. Dans cette
-thèse, nous examinerons de prime abord l'acteur principal de la
-question: «la femme». Nous donnerons ensuite les raisons qui militent
-en faveur de leur plaidoyer pour l'obtention des droits politiques;
-malgré toute notre galanterie, nous exposerons enfin celles qui leur
-sont défavorables.
-
-Et si, nouveau révolutionnaire, nous laissons parfois entrevoir dans
-le courant de la discussion des sentiments féministes, que les hommes
-nous pardonnent!
-
-Mais si, par contre, partisan du bon vieux temps, malgré tout l'amour
-et le respect que nous avons pour la femme, nous émettons des
-opinions contraires à leurs revendications viriles, qu'elles nous
-pardonnent aussi.
-
-Avouerons-nous humblement, Mesdames, que ce pardon, si léger soit-il,
-nous sommes sûr de ne jamais l'obtenir!
-
-
-
-
-PREMIÈRE PARTIE
-
-
-
-
-CHAPITRE PREMIER
-
-LA PLACE DE LA FEMME DANS LA SOCIÉTÉ A TRAVERS LES AGES QUELQUES
-APPRÉCIATIONS
-
-
-Il est en ce moment-ci un être qui ne cesse de gémir et de se
-lamenter sur son sort. Nous avons nommé la femme. Et parmi ses
-lamentations, il en est une qui par sa persistance et son opiniâtreté
-a su attirer l'attention sur le sexe féminin; c'est la complainte du
-suffrage.
-
-Ces dames veulent à tout prix avoir le droit et l'honneur de déposer
-elles-mêmes dans l'urne un bulletin de vote.
-
-Avant d'accéder à leur désir et de satisfaire leur amour-propre
-chatouilleux, examinons la place occupée par la femme à travers les
-âges et comment elle fut appréciée.
-
-La femme, c'est ce grand point d'interrogation éternellement suspendu
-sur nos têtes, c'est un cœur derrière lequel il se passe toujours
-quelque chose, et depuis que le monde est monde, un seul jour ne
-s'est levé sans que dans l'univers un homme de bon sens ne se soit
-demandé quelle était cette étrange petite créature! Depuis sa
-création, les hommes sont là, attendant vainement celui qui leur dira
-la clef de cette énigme parfois si amusante et si douce, parfois si
-cruelle et si terrible, mais néanmoins toujours troublante! Qui dira
-ce qu'elle a engendré de beauté, de force et de vie, mais par contre
-ce qu'elle a fait naître de tristesses, d'amertumes et de douleurs.
-
-Dans les civilisations antiques, la femme nous apparaît comme étant
-l'esclave de l'homme. Les Grecs l'enfermèrent jalousement, ne lui
-donnant aucune éducation et la considérant comme un simple objet de
-luxe.
-
-Rome fit d'elle une perpétuelle déchue, et malgré la gloire qui
-rejaillit sur la femme avec les noms d'Aggrypine, de Lucrèce et de
-Cornélie, la conserva dans un état d'abaissement constant.
-
-Le catholicisme, dans sa toute bonté compatissante, releva le front
-de l'éternelle serve, mais ne changea guère au point de vue social et
-moral la domination de l'homme sur elle. Avec le Moyen-âge, la femme
-fut idéalisée; elle devint la Grande Inspiratrice, le stimulant et le
-but de toute activité. «Plus que Poète, elle est la Poésie», comme
-le dit Lamartine. La Renaissance commence à diminuer la femme comme
-être moral. Sous la Révolution, elle relève la tête, et Victor Hugo
-s'écrie plus tard: «Le XIXe siècle a proclamé les droits de l'homme,
-le XXe siècle proclamera ceux de la femme».
-
-Parmi les appréciations portées sur elle, il en est quelques-unes qui
-par leur piquant, leur humour et surtout leur cruelle vérité méritent
-d'être citées:
-
-«Souveraine peste, s'écrie Jean Crysostome, c'est par toi que le
-diable a triomphé de notre premier père»[6].
-
- [6] _Entretien_, XXIV.
-
-«J'ai trouvé la femme plus amère que la mort, elle est semblable au
-filet des chasseurs»[7].
-
- [7] L'_Ecclésiaste_.
-
-Saint Thomas, très irrévérencieusement, la baptise: «Être accidentel
-et manqué».
-
-Les lois de Manou, dans leur éternelle sagesse et leur naïveté
-poétique, nous la représentent comme une esclave: «Une femme ne doit
-jamais se gouverner à sa guise»[8].
-
- [8] Manou: Livre V.
-
-«Il faut se défier d'elle, parce que la nature du sexe féminin est de
-chercher ici-bas à corrompre les hommes»[9].
-
- [9] Manou: Livre I.
-
-«La femme peut en ce monde écarter du droit chemin non seulement
-l'insensé mais aussi l'homme pourvu d'expérience»[10].
-
- [10] Manou: Livre I.
-
-Tel compare la voix de la femme au sifflement du serpent et leur
-langue au dard du scorpion!
-
-Saint Paul nous dit: «Le mari est le chef de la femme.»
-
-L'antiquité fut sans pitié pour elle. Tertullien ne désirait qu'une
-chose, «que la femme cachât son visage, toujours et partout.» «Femme,
-tu es la porte du diable; c'est toi qui as persuadé celui que le
-diable n'osait attaquer en face; c'est à cause de toi que le Fils
-de Dieu a dû mourir. Tu devrais t'en aller en haillons et en deuil,
-offrant aux regards des yeux pleins de larmes de repentir pour faire
-oublier que tu as perdu le genre humain»[11].
-
- [11] Tertullien: _Traité de l'Ornement des femmes_.
-
-Saint Antoine l'appelait «le Diable en personne»; saint Bonaventure
-«un scorpion toujours prêt à piquer»; saint Jean de Damas «un affreux
-ténia qui a son siège dans le cœur de l'homme.»
-
-Les expressions les plus cruelles lui étaient destinées: «Fille de
-mensonge, porte de l'enfer, vase d'impureté, larve du démon.»
-
-Le Koran, dans ses versets enthousiastes, est parfois très dur pour
-elle: «Attribuera-t-on à Dieu comme enfant un être qui grandit dans
-les ornements et les parures et qui est toujours prêt à se disputer
-sans raison»[12].
-
- [12] Koran, XVIII.
-
-Aux yeux des Chinois, «la femme n'est qu'une machine à faire des
-enfants. Quand elle est détraquée, on lui en adjoint une deuxième,
-une troisième, suivant la fortune du mari»[13].
-
- [13] Docteur Martignon: _Revue d'anthropologie_, 1897.
-
-Montaigne plaisamment se moque d'elles: «De bonnes, il n'en est point
-à la douzaine»[14].
-
- [14] Montaigne: _Essais_, II.
-
-Molière immortalise leurs défauts dans les _Précieuses ridicules_ et
-les _Femmes savantes_. Les philosophes du XVIIIe siècle, Rousseau,
-Montesquieu, etc., la considèrent simplement comme un instrument de
-plaisir.
-
-Mme de Sévigné, cependant délicieuse dans ses Lettres, se compare à
-une bête de compagnie; Schopenhauer n'hésite pas à écrire: «C'est
-un animal qu'il faut battre, bien nourrir et enfermer»; tandis
-qu'Alexandre Dumas, enveloppant son opinion sévère dans une phrase
-poétique, nous dit: «La femme est la seule œuvre inachevée que Dieu
-ait permis à l'homme de reprendre et de finir. C'est un ange de
-rebus»[15]. Milton l'appelle: «Un beau défaut de la nature».
-
- [15] L'_Ami des femmes_.
-
-Enfin, de nos jours, une Allemande au talent indiscutable, Mme
-Boelhau, avait l'audace et la superbe franchise de répondre: «La
-femme est une demi-Bête».
-
-Voilà donc, très brièvement résumées, les opinions que l'on a
-eues sur les femmes. Certes, la question n'est point résolue et
-ce tableau aux larges coups de crayon, à l'emporte-pièce, ne nous
-donne point la solution de cet éternel problème: qui est-elle? Il
-permet cependant, malgré son pessimisme poussé à outrance, de se
-faire une idée de ce petit être qui gémit et qui pleure en demandant
-aujourd'hui sa part de gâteau politique et social. Que conclure?
-Le mieux serait, semble-t-il, de s'abstenir. Certes, il existe
-de par les livres enthousiastes et profondément féministes, des
-expressions et des chapitres nous représentant la femme comme un être
-supérieur et d'essence divine. Nous ne prendrons point parti dans ces
-comparaisons, notre but ayant été simplement d'esquisser un léger
-portrait de notre compagne. Et si maintenant, Mesdames, vous trouviez
-ridicules et malsonnantes ces appréciations par trop réalistes,
-mais cependant justes dans leur délicieuse concision, pour essayer
-d'atténuer votre douleur et calmer votre dépit, disons avec le
-grand Proudhon: «Non, toutes ces imprécations ne sont qu'un hommage
-désespéré à votre éternelle beauté.»
-
-
-
-
-CHAPITRE II
-
-RAISONS POUR LESQUELLES LA FEMME DOIT VOTER
-
-
-1re: La femme doit voter parce que la loi ne lui enlève point ce droit
-
-«_Sont électeurs tous les Français âgés de 21 ans et jouissant de
-leurs droits civils et politiques_».
-
-Le suffrage universel, tel est le mode de vote de la nation
-française. Mais existe-t-il vraiment dans toute la plénitude de sa
-conception et malgré la merveilleuse et généreuse idée de cette
-expression, n'y aurait-il pas un mirage trompeur faussant sa portée
-et son fonctionnement?
-
-Et tout d'abord, comme à toute règle, nous trouvons des exceptions.
-Le Code, dans sa rigidité absolue, nous énumère les différentes
-sortes d'incapables. Ce sont:
-
-1º Les individus condamnés soit à des peines afflictives ou
-infamantes, soit à des peines infamantes seulement (suit
-l'énumération des diverses condamnations et peines);
-
-2º Les interdits;
-
-3º Les faillis non réhabilités dont la faillite a été déclarée soit
-par les tribunaux français, soit par jugements rendus à l'étranger
-mais exécutés en France (modifié par la loi du 31 décembre 1904). Loi
-du 2 février 1852, modifiée par celle du 24 janvier 1859.
-
-Ainsi, en dehors de cette énumération d'incapables, nous concluons,
-anomalie étrange, qu'un citoyen, fût-il illettré, stupide, idiot,
-parfait gredin ou malhonnête sans condamnation, demi-fou ou voleur
-réhabilité, a le droit, au nom des lois de la République française,
-de déposer dans l'urne son bulletin de vote.
-
-Et la femme? Pourquoi l'assimiler à cette catégorie peu intéressante
-d'individus: «Est incapable toute personne que la loi prive de
-certains droits». Mais avons-nous un texte de loi autorisant à
-affirmer que les femmes sont comprises parmi les incapables? Non.
-Pourquoi alors établir contre elle une présomption d'incapacité?
-
-Et ce fameux suffrage, dit légalement universel, n'est-il point alors
-limité? La souveraineté, dit Turgeon, ne découle pas exclusivement
-soit des hommes, soit des femmes, mais du peuple entier, de tous les
-membres de la nation, de l'ensemble des hommes et des femmes. D'un
-mot, elle est bisexuelle. Cela étant, la conclusion s'impose: tous
-souverains, tous électeurs.
-
-L'élégante place réservée à la femme entre un failli ou un voleur! Et
-cela au nom de quelle loi? au nom de quel texte?
-
-«Aujourd'hui, la femme est moins encore que le gredin, que l'enfant,
-que l'aliéné, car le fripon redevient citoyen à l'expiration de sa
-peine, le mineur est capable au jour de sa majorité, l'aliéné en
-recouvrant sa raison est restitué dans ses droits, tandis que la
-femme, quelles que soient son intelligence, sa sagesse, ses vertus,
-demeure toujours la condamnée, la proscrite, l'éternelle mineure, la
-perpétuelle déchue»[16].
-
- [16] Franck: _Grand catéchisme de la femme_.
-
-Incapable! «Quand je pense, s'écrie Alexandre Dumas fils, que Jeanne
-d'Arc ne pourrait pas voter pour les conseillers municipaux de
-Domrémy, dans ce beau pays de France qu'elle aurait sauvé»[17].
-
- [17] Lettre à Maria Chéliga: _Revue Encyclopédique_, 1885.
-
-La discussion est certainement sérieuse et mérite qu'on pèse la
-valeur des arguments pour ou contre. Il est exact qu'on ne trouve
-pas dans le Code un texte refusant aux femmes le droit de voter. Il
-est encore exact que la femme n'est point comprise dans la liste
-des incapables. Mais ceux qui, obstinément, s'appuyant sur ces deux
-constatations, sans vouloir un seul instant discuter, se bouchent les
-oreilles et disent: La loi n'interdit pas aux femmes de voter..., le
-mot citoyen signifie: personne des deux sexes..., donc la femme a le
-droit de voter, ces gens-là raisonnent mal ou plutôt ne raisonnent
-pas du tout.
-
-Il n'y a pire sourd que celui qui ne veut pas entendre. Quiconque
-prend un texte au pied de la lettre, sans le comprendre ou
-l'approfondir, risque fort d'en altérer le sens et la portée. Voilà
-pourquoi il s'est établi à côté du Code, parfois barbare dans sa
-sécheresse brève et sa rigueur immuable, un courant parallèle qu'on
-appelle la jurisprudence.
-
-Cette jurisprudence, établie non point pour corriger la Loi, mais
-simplement pour la rendre plus souple, plus malléable, éclaire à la
-lueur des textes et principalement de la raison et du bon sens les
-articles obscurs et sujets à discussion. Elle permet ainsi d'éviter
-souvent de nombreuses erreurs, car n'oublions pas que les extrêmes se
-touchent. Une justice extrêmement rigoureuse et toujours énergique ne
-serait souvent que de l'injustice.
-
-Que dire alors de l'interprétation de ce texte à l'aide de la
-jurisprudence: «Sont électeurs tous les Français âgés de vingt et un
-ans et jouissant de leurs droits civils et politiques»!
-
-Le législateur a-t-il voulu donner aux femmes le droit de voter?
-Non, certainement non. Nous avons tout d'abord pour nous les travaux
-préparatoires; en second lieu le simple bon sens qui nous dit: Si
-le législateur avait eu l'intention bien arrêtée de conférer au
-sexe féminin le droit d'être électeur, il aurait nettement mis dans
-l'article l'expression: «Française». Qui oserait soutenir que le mot
-Français vise les personnes des deux sexes? Pourquoi jouer ainsi sur
-les mots et leur accorder un sens que tout être intelligent se refuse
-à leur reconnaître.
-
-Nous avons enfin un arrêt de la Cour de Cassation sur l'affaire de
-Mlle Barberousse qui, en 1885, invoquait l'universalité des lois
-électorales, prétendant que le mot «Français» englobait les deux
-sexes.
-
-Cet arrêt faisant jurisprudence, nous nous faisons un plaisir de le
-reproduire in extenso.
-
-La Cour de Cassation, par arrêt du 5 mars 1885, rejeta le pourvoi:
-
-«Attendu qu'aux termes de l'article 7 du Code civil, l'exercice des
-droits civils est indépendant de la qualité de citoyen, laquelle
-confère seule l'exercice des droits politiques et ne s'acquiert que
-conformément à la loi constitutionnelle;
-
-»Attendu que si les femmes jouissent des droits civils dans la mesure
-déterminée par la loi, suivant qu'elles sont célibataires ou mariées,
-aucune disposition constitutionnelle ou légale ne leur a conféré la
-jouissance et par suite l'exercice des droits politiques;
-
-»Attendu que la jouissance de ces derniers droits est une condition
-essentielle de l'inscription sur les listes électorales;
-
-»Attendu que la Constitution du 4 novembre 1848, en substituant
-le régime du suffrage universel au régime du suffrage censitaire
-ou restreint dont les femmes étaient exclues, n'a point étendu à
-d'autres qu'aux citoyens du sexe masculin, qui jusqu'alors en
-étaient seuls investis, le droit d'élire les représentants du pays
-aux diverses fonctions électives établies par les constitutions
-et par les lois; que cela résulte manifestement des lois du 11
-mars 1849, 2 février 1852, 7 juillet 1874 et 5 avril 1884, mais
-plus encore de leur esprit attesté par les travaux et discussions
-qui les ont préparées et aussi par l'application ininterrompue et
-jamais contestée qui en a été faite depuis l'institution du suffrage
-universel, lors de la formation première ou de la révision annuelle
-des listes électorales;
-
-»D'où il suit qu'en déclarant que la demoiselle L. Barberousse ne
-devait point être inscrite sur les listes électorales le jugement
-attaqué, loin de violer les dispositions de la loi invoquée par le
-pourvoi, en a fait juste application; rejette le pourvoi....»
-
-L'arrêt est des plus clair: la question est nettement tranchée. Ce
-n'est plus un texte sec et aride qu'on applique, c'est la discussion,
-c'est l'interprétation, c'est la jurisprudence qui fait loi.
-Concluons donc: légalement la femme n'a pas droit de voter!
-
-Pourquoi? direz-vous, peut-être, Mesdames! Le législateur serait-il
-infaillible! A cela nous n'osons répondre. Nous aimons mieux laisser
-cette douce tâche au célèbre économiste M. Giddes, devant la
-compétence duquel vous vous inclinerez certainement:
-
-«C'est dans l'intérêt de l'ordre et des bonnes mœurs que tous
-les législateurs ont d'un commun accord refusé à la femme toute
-participation aux droits politiques. De tous temps, l'instinct des
-peuples a senti que la femme en sortant de l'ombre et de la paix du
-foyer pour s'exposer au grand jour et aux agitations de la place
-publique, perdrait quelque chose du charme qu'elle exerce et du
-respect dont elle est l'objet».
-
-Mesdames les féministes, méditez longuement ces admirables lignes.
-Il y va de votre charme, de votre beauté, de votre cœur, de votre
-douceur et de votre esprit. Abandonnez ce rêve excentrique de la
-femme électeur. Croyez-nous, le geste ne serait point élégant et
-vous risqueriez fort de changer en un désert l'autel où tous vos
-adorateurs viennent en foule se prosterner à vos pieds!
-
-
-2e: La femme doit voter parce qu'elle est l'égale de l'homme
-
-Le sexe constitue-t-il une infériorité ou une supériorité, selon
-qu'il est mâle ou femelle? Non. La femme est l'égale de l'homme,
-c'est-à-dire qu'entre ces deux créatures il n'existe aucune
-différence, soit au point de vue physique, soit au point de vue
-intellectuel et moral. Nous n'avons qu'un être subdivisé en deux
-parties: l'homme et la femme. Ces deux parties sont identiques,
-égales, se valent, et par conclusion auront les mêmes devoirs et
-nécessairement les mêmes droits.
-
-Examinons en premier lieu le côté scientifique.
-
-La maternité n'est point, comme certains savants l'ont prétendu,
-une des causes primordiales de l'état d'abaissement dans lequel la
-femme est restée stationnaire. La maternité est une des fonctions
-les plus belles et les plus sacrées qui donne à la femme son auréole
-d'éternelle tendresse et nul ne songerait à prétendre sérieusement
-qu'elle constitue à son égard une cause d'infériorité. Darwin,
-Lombroso, le docteur Cleisz nous démontrent qu'elle n'oblige point la
-femme de jouer un rôle social inférieur à celui de l'homme.
-
-Si nous examinons le côté anthropologique, nous nous heurtons à des
-discussions plus acharnées et plus vives. Les uns, se basant sur la
-grandeur de la boîte cranienne et le poids du cerveau, soutiennent
-que la femme est plus intelligente que l'homme. Le docteur Buchner
-affirme que sous le rapport du poids, le cerveau féminin l'emporte
-sur le cerveau masculin, par sa finesse, sa texture intime et la
-délicatesse de chacune de ses parties[18].
-
- [18] _L'homme et la science_, p. 259.
-
-Havelock Ellis démontre que l'homme ne possède aucune supériorité
-relative en ce qui concerne l'ensemble du cerveau. S'il y a
-supériorité, elle est du côté de la femme[19].
-
- [19] Etnographie, 1895.
-
-M. Manouvrier nous fait toucher du doigt l'erreur dans laquelle
-sont tombés les anthropologistes qui ont voulu voir, dans les 100
-grammes de substance cérébrale que possède la femme, la preuve de son
-infériorité[20].
-
- [20] _Revue socialiste_, 1908, Docteur Madeleine Pelletier.
-
-Un curieux exemple de supériorité de la femme sur l'homme est donné
-par Elisa Faarham. Elle affirme que si le serpent s'est adressé à
-la première femme, c'est que celle-ci était évidemment supérieure à
-l'homme. De même la postcréation de la femme lui donne à penser que
-l'homme en a été l'ébauche.
-
-L'anthropologie criminelle nous montre la femme moins sujette à
-la maladie, moins érotique, moins criminelle. Lombroso, après de
-nombreuses observations, conclut: «Les progrès de la civilisation
-tendent à l'égalité des sexes»[21].
-
- [21] _La femme criminelle._
-
-Au point de vue intellectuel, qui soutiendra que la femme, depuis
-l'antiquité, n'a point produit des œuvres aussi fortes, aussi
-puissantes que celles des hommes; n'a-t-elle point eu des figures
-aussi nobles et aussi belles que les plus grandes illustrations
-masculines? N'ont-elles point dans leur galerie: Jeanne d'Arc,
-Charlotte Corday, Cécile Renault, Elisabeth d'Angleterre, Isabelle
-Ier, Catherine II de Russie, Berthe de Bourgogne. Voici Clémence
-Isaure, Marie de Gournay, Mme de la Fayette, Mme Deshoulières, Mme de
-Sévigné, Mme de Staël, George Sand, la marquise de Châtelet, etc.,
-etc. (Nous ne citons pas nos contemporaines de peur de froisser leur
-modestie.)
-
-La femme n'a-t-elle point eu d'illustres représentantes dans tous les
-arts, dans toutes les sciences?
-
-Pourquoi donc vouloir à tout prix qu'elle soit inférieure à l'homme?
-
-Malgré ce faisceau de preuves et de noms, nous nous abstiendrons
-de prendre position dans cette querelle, estimant, comme nous le
-démontrerons tout à l'heure, qu'il n'y a pas lieu de rechercher si la
-femme est égale, inférieure ou supérieure à l'homme. Pour répondre
-à ces attaques, nous nous contenterons de résumer simplement les
-réponses que l'on pourrait fournir.
-
-Peu nous importe, malgré l'assertion des savants, de savoir si le
-crâne de la femme est supérieur au crâne de l'homme, ou si le cerveau
-féminin pèse plus que le cerveau masculin.
-
-Peu nous importe, malgré les études approfondies de la doctoresse
-Madeleine Pelletier, que la comparaison de la glabelle des arcades
-sourcilières, des mandibules et des crêtes d'insertion, la conduisent
-à la conclusion que l'homme se rapproche plus du singe que la
-femme![22].
-
- [22] _Revue socialiste_, 1908.
-
-Cela nous rappelle la spirituelle réflexion d'une jeune fille arrêtée
-devant les singes du Jardin des Plantes: «Après tout, il ne leur
-manque que de l'argent». Peu flatteur, n'est-ce pas? Mais enfin,
-Madame la doctoresse Pelletier, si nous sommes des dégénérés, ayez la
-bonne grâce d'avouer que nous sommes des dégénérés supérieurs! Vous
-ne pourriez en dire autant?
-
-Donc transporter la discussion sur le terrain scientifique pour
-savoir si la femme est l'égale ou l'inférieure de l'homme nous semble
-téméraire. Les arguments sont purement théoriques, les conclusions
-fantaisistes, et, de plus, il n'est nullement démontré qu'il existe
-un rapport entre la capacité cranienne ou le volume du cerveau et
-l'intelligence[23]. La question reste entière.
-
- [23] Madaillac: _Les premiers hommes_.
-
-Il n'en est point de même de la femme au point de vue intellectuel.
-En toute sincérité, Mesdames, en envisageant la question de
-sang-froid et avec impartialité, croyez-vous qu'une comparaison
-puisse être faite avec l'homme? Non! Nous vous accordons et
-reconnaissons volontiers la présence dans votre camp de femmes d'une
-rare intelligence et d'un réel talent. Nous reconnaissons l'existence
-d'œuvres fortes et puissantes créées par votre génie. Dans toutes
-les branches de la science humaine, des femmes ont eu l'auréole de
-la célébrité, mais ne sont-ce point là des types d'exception qui
-tiendraient tous dans un salon? Et si nous envisageons en général,
-toutes les femmes depuis le commencement des siècles en posant cette
-question que vous doit l'humanité? nous sommes forcés de répondre:
-Rien ou pas grand chose. Dans vos plus brillantes manifestations,
-votre esprit n'a pas atteint les hauts sommets de la pensée, il est
-resté pour ainsi dire à mi-côte[24].
-
- [24] Madame d'Agout: _Revue Encyclopédique_, 1896.
-
-«Les femmes n'ont fait ni l'_Illiade_, ni l'_Enéide_, ni la _Jérusalem
-délivrée_, ni _Phèdre_, ni _Tartuffe_, ni _Athalie_, ni _Polyeucte_, ni
-le Panthéon, ni la Vénus de Médicis, ni l'Appollon du Belvédère. Elles
-font quelque chose de plus grand. C'est sur leurs genoux que se forme
-ce qu'il y a de plus excellent au monde: un homme et une femme[25].»
-
- [25] Joseph de Maistre.
-
-«Toute œuvre forte de la civilisation est un fruit du génie de
-l'homme»[26].
-
- [26] Michelet.
-
-Vous invoquez Jeanne d'Arc, Mesdames! Qu'aurait-elle été sans ses
-prétendues voix? Et puis, à la fille à soldats, à l'héroïne coureuse
-d'aventures, à l'immortelle française aux mœurs libres et au cœur
-chevaleresque, oseriez-vous aujourd'hui, comtesses et nobles dames
-tendre vos belles mains gantées, vous qui par pose et snobisme voulez
-faire vôtre une femme que vous auriez dédaignée et repoussée.
-
-Vous nous citez des noms de grandes reines! Savez-vous pourquoi
-une reine gouverne mieux qu'un homme? C'est que sous une reine
-c'est d'ordinaire un homme qui dirige, tandis que sous un roi c'est
-généralement une femme[27].
-
- [27] Réponse de la duchesse de Bourgogne à Madame de Maintenon.
-
-Non, comme nous le disions tout à l'heure, la question est mal posée.
-Chercher à comparer la femme à l'homme, savoir si elle lui est égale,
-inférieure ou supérieure, est un faux départ, car la femme est autre
-que l'homme.
-
-Oui il serait fou, d'une folie sans excuse, de parler de la
-supériorité d'un sexe sur l'autre, parce que l'on ne peut comparer
-deux êtres ayant la même origine et qui diffèrent dans tous les
-détails; parce que l'homme et la femme sont deux moitiés d'un
-tout, semblables mais non égales; parce que la femme n'est ni le
-_sexus sequior_ dont parle Schopenhauer, pas plus qu'elle n'est
-l'homme-femme de Stuart Mill.
-
-Et c'est heureux, car cette déformation accomplie l'humanité
-périrait[28].
-
- [28] Turgeon: _Le féminisme français_.
-
-Et si ce n'est pas l'égalité que l'on cherche, si c'est l'identité
-ou la suppression des différences, disons tout d'abord que cette
-suppression est impossible. «L'esprit d'une femme et son cœur ne
-sont ni l'esprit ni le cœur d'un homme»[29]. Combien on doit s'en
-féliciter.
-
- [29] Jules et Gustave Simon: _La femme au XXe siècle._
-
-Voilà pourquoi la femme étant autre que l'homme et par conséquent
-n'étant point son égale doit avoir seulement les droits de son sexe
-et non ceux des hommes! Aussi ne devons-nous point sourire à la
-lecture de ces phrases: «Dès que l'égalité sexuelle sera conquise, la
-femme au contact de la vie contractera cette dureté de cœur, apanage
-jusqu'ici de l'autre sexe. Frappée, elle frappera; blessée, elle
-blessera; spoliée, elle spoliera[30].»
-
- [30] Madeleine Pelletier: _Revue socialiste_, 1908.
-
-Oh! l'étrange et disgracieux type de femme que rêve Mme Pelletier!
-Quel monstre! et quelle chose plus navrante que cet être asexué!
-Mais vouloir enlever à la femme la seule chose qui la rende belle et
-bonne: sa tendresse; vouloir la lancer dans les combats pour qu'elle
-lutte, qu'elle frappe, et qu'elle... tombe! O! l'horrible cauchemar!
-Non! de l'homme et de la femme n'en faites point des âmes ennemies;
-ne proclamez pas le divorce des sexes, il y aurait trop de misères et
-trop de deuils!
-
-
-3e: La femme doit voter pour défendre ses intérêts attaqués et sa
-liberté compromise
-
-L'on nous dit: permettez aux femmes de voter, elles commenceront
-par demander une augmentation de salaire. N'est-il pas navrant de
-voir encore de nos jours des patrons, des directeurs de maison de
-commerce, assez peu scrupuleux pour obliger leurs ouvrières à un
-travail quotidien de douze et parfois quinze heures.
-
-Regardons les journées d'une midinette: à 8 heures elle rentre à
-l'atelier jusqu'à midi. Une heure pour réparer ses forces grâce à un
-frugal repas n'excédant pas le plus souvent 75 centimes. De 1 heure à
-7 heures 1/2 travail. Et dans les journées «à poussées», les veilles
-jusqu'à minuit achèvent d'épuiser ses forces affaiblies. Tout cela
-pour un modeste salaire de 20 à 30 sous par jour!
-
-Que dire de ces millions de braves femmes peinant tout un jour pour
-gagner péniblement 1 fr. 25, 1 fr. 50? «Six millions de femmes
-manient à l'heure actuelle l'aiguille, la plume, l'ébauchoir, le
-livre d'enseignement, le scalpel, le Code, les leviers, les volants,
-les manettes à l'usine, la machine à écrire dans les bureaux. Songez
-que près de trois millions de femmes se courbent sur la terre et
-qu'on compte près d'un million de domestiques femmes. Refusera-t-on
-à ces laborieuses le droit de choisir des mandataires conscients ou
-conscientes de leurs intérêts?»[31].
-
- [31] Paul Marguerite: _Le Journal_, 1909.
-
-Pourquoi nous enlever en outre le droit de disposer librement de
-nos salaires? La loi ne devrait-elle pas défendre le produit de
-notre travail contre un mari peu scrupuleux, gaspillant et dissipant
-au café le produit d'une semaine d'efforts. Oui les femmes ont
-raison de dire: puisque vous, hommes et législateurs, vous vous
-déclarez incapables de nous protéger contre des maris sans vergogne
-et sans pudeur, puisque vos lois ne défendent que les intérêts de
-vos semblables, donnez-nous au moins le droit de nous protéger, de
-conserver ce que notre travail nous donne, accordez-nous le droit
-de voter. Et puis que dire de cet asservissement, de cet esclavage,
-de cette infériorité dans lequel le mari, grâce aux liens du
-mariage, nous tient continuellement courbées? Notre opinion dans une
-discussion n'est rien, notre volonté est sans cesse annihilée, nos
-droits sont éternellement violés. Qui dit femme mariée dit esclave,
-dit servante.
-
-Vos réclamations, mesdames, sont justes, mais peut-être entourées par
-instant d'une fausse sensibilité et d'un sentimentalisme excessif
-nuisant à leur justesse. Il faut toujours se méfier du cœur, dans les
-discussions; c'est un très mauvais conseiller, surtout chez vous,
-mesdames, et examiner une question avec impartialité quand on fait
-appel à ce viscère, nous paraît impossible.
-
-Quand vous vous écriez: les salaires des femmes sont insuffisants en
-comparaison de leur travail, nous sommes entièrement d'accord avec
-vous. Il est, en effet, inadmissible que certains patrons exploitent
-ainsi des jeunes filles sans guide et sans soutien. Et si dans vos
-réclamations il est une note juste, une raison sérieuse qui milite en
-faveur de votre révolte, c'est bien celle-là. Mais le remède à vos
-maux n'est point dans le bulletin de vote.
-
-Dites à ces femmes admirables, générales de votre armée, dites-leur
-vos souffrances et vos misères. Que des brochures, que des
-conférences dénoncent à la vindicte publique ces exploiteurs du
-travail féminin, les grands couturiers, les grands tailleurs, les
-grands patrons d'usines, les grands directeurs de salons de mode.
-Traquez-les, nommez-les, intéressez des hommes influents, des
-parlementaires actifs à vos malheurs. Soyez impitoyables dans vos
-attaques et fermes dans vos résolutions; et si malgré toute votre
-énergie le triomphe ne couronne pas vos efforts, n'hésitez pas:
-proclamez la grève, le seul moyen légal qui vous reste. Et tous les
-gens de cœur vous soutiendront.
-
-Il ne faudrait point cependant, Mesdames, exagérer! Et quand vous
-parlez dans toutes les branches de l'industrie de salaires de misère,
-nous vous disons: casse-cou, le cœur commence à parler. Non, la
-femme n'est point l'éternelle exploitée, comme vous vous plaisez à le
-proclamer. Il n'est pas rare de trouver à Paris et dans nos grandes
-villes des femmes gagnant 5 et 6 francs, sans fournir pour cela un
-travail au-dessus de leurs forces. Les grandes administrations de
-l'État, Postes, Ministères, les grandes Compagnies, les entreprises
-privées, les exploitations agricoles, les maisons de commerce, les
-écoles et les lycées paient normalement, sans affamer leurs employées.
-
-Notons que sur cinq millions et demi de femmes exerçant une
-profession, le nombre de femmes employées dans ces différentes
-branches s'élève à près de trois millions et demi, leurs salaires
-variant entre 5 et 8 francs, sans négliger, pour quelques-unes, le
-précieux avantage d'une retraite.
-
-Ainsi donc, le but vers lequel devraient tendre tous vos efforts
-serait l'augmentation d'un salaire pour les femmes dont les travaux,
-soit de jour, soit de nuit, sont rémunérés bien au-dessous de leur
-valeur. Pour cela, point n'est besoin d'agiter incessamment au-dessus
-de vos sœurs le drapeau des revendications de vos droits politiques.
-Point n'est besoin de vous écrier tragiquement: Hors de l'urne, point
-de salut!
-
-Non, Mesdames, ce moyen est ridicule. Concentrez plutôt tous vos
-efforts à vous grouper, à vous unir, à vous sentir les coudes;
-commencez à ne plus vous dénigrer, à ne plus vous battre entre
-illustres féministes; sachez savoir, vous les directrices du
-mouvement, faire souvent abstraction de vous-mêmes et ne point
-toujours ambitionner la place de généralissime ou de colonelle!
-Faites-vous les champions de cette noble cause: le relèvement du
-salaire de la femme; créez, par vos journaux, par vos revues, par vos
-conférences, une agitation intense; faites appel aux noms illustres
-et aux cœurs généreux, vous trouverez encore en France des hommes qui
-sauront défendre vos droits. Mais de grâce, ne perdez pas votre temps
-à de futiles discussions, descendez des brumes de vos rêves fous pour
-rentrer dans le domaine des réalités. Et si, têtues et inflexibles,
-vous n'aviez d'éloquence et d'énergie que pour la défense du bulletin
-de vote vous permettant de faire des lois en votre faveur, nous vous
-répondrions: «Mais enfin, les hommes peuvent bien en faire autant, et
-si vous aviez su vous y prendre, ce serait déjà fait.»
-
-Il en est de même de la libre disposition de vos salaires. La preuve
-certaine des bons résultats obtenus par vos groupements féministes,
-et de la sollicitude avec laquelle sont examinées vos justes
-revendications, c'est la loi de 1907 donnant à la femme mariée le
-droit de disposer comme il lui plaît de son salaire, loi obtenue
-grâce au dévouement intelligent et à la persévérance sensée d'une de
-vos plus illustres représentantes: Mme Jane Schmall. Alors pourquoi,
-donc, encore une fois, perdre votre temps à trépigner comme des
-enfants devant les urnes en disant rageusement: «Moi je veux un
-bulletin de vote! na!» On rit, tout simplement, tandis que lorsque
-vous parlez sérieusement, on vous écoute. La voie est ouverte! à vous
-de savoir y pénétrer et ne pas dévier du droit chemin des justes
-revendications.
-
-Arrivons enfin à cette refonte du Code civil. Que proposent les
-féministes le jour où elles auront le droit de voter: Obéissance au
-mari, supprimée. Dorénavant, dans la famille moderne, deux têtes,
-deux volontés, deux décisions; chacun agira à sa guise, la femme
-de son côté, l'homme du sien. Nous n'aurons plus alors des femmes
-esclaves, spoliées et enchaînées, elles seront libres, indépendantes,
-marchant les cheveux au vent dans le soleil de la liberté!!!
-
-Comme théorie ce sera superbe; comme pratique ce sera piteux.
-
-Certes nous ne dirons point, avec M. Bonaparte, que nous aurons
-la hardiesse, de contredire: «La nature a fait de nos femmes nos
-esclaves; le mari a le droit de dire à sa femme: Madame, vous ne
-sortirez pas, vous n'irez pas à la comédie, vous ne verrez plus telle
-ou telle personne, c'est-à-dire, Madame, vous m'appartiendrez corps
-et âme»[32].
-
- [32] Thibaudeau: _Mémoires sur le Consulat_.
-
-Général, vous exagérez, et comprendre ainsi son rôle de maître de
-maison serait trop dégradant pour la femme... et pour l'homme!
-
-Pas plus que la femme, l'homme ne doit commander dans un ménage.
-L'unité de direction que vous réclamez doit être faite de deux
-volontés qui s'accordent, qui s'harmonisent, de la volonté de
-l'époux et de l'épouse. Elle ne doit former qu'un tout qui
-n'atteindra sa perfection qu'après de multiples froissements et
-d'innombrables heurts, mais enfin qui permettra au ménage de vivre
-heureux! Et ne taxez pas tout de suite de bourgeois deux époux
-qui s'aiment, qui vivent l'un pour l'autre, et dont les décisions
-ne sont prises qu'après un consentement mutuel. Vous êtes faites,
-Mesdames, non point pour commander, mais pour conseiller; non
-point pour diriger, mais pour indiquer simplement la direction.
-Commander, être directrice de votre intérieur, le pourriez-vous
-avec votre sensibilité poussée jusqu'à l'exaspération, avec votre
-nervosité, votre exaltation et votre volonté «sautillante comme les
-mouches»[33]. Non, mille fois non! Et puis, soyez franches comme nous
-allons l'être. Dans presque tous les ménages, qui dirige, qui conduit
-moralement, insensiblement, et sans s'en douter la barque? Mais c'est
-vous, Mesdames!
-
- [33] Kant.
-
-Les femmes égales de l'homme! Pourquoi? Elles nous font abdiquer
-quand cela leur plaît: «Voyez-moi, ma fille! Etais-je assez
-autoritaire, jadis? Eh bien, peu à peu, j'ai plié. Mais quand à
-inscrire la déchéance de l'homme dans les lois de la femme! ah! non,
-jamais, par exemple! Ce qui est sublime dans les femmes supérieures
-qui nous dominent, c'est qu'elles dominent leurs maîtres»[34].
-
- [34] _Tata_, A. Dumas.
-
-«La femme est l'inspiratrice et la reine de la société. C'est d'elle
-que dépend en grande partie la manière de penser des hommes»[35].
-
- [35] Rousseau: _Lettre à d'Alembert_.
-
-Oui, c'est vous qui grâce à votre tact, à votre finesse, à votre
-habileté, savez petit à petit, par ce je ne sais quoi qui nous
-enlace, faire de vos maîtres vos esclaves. Légalement nous vous
-commandons. Pratiquement nous vous obéissons.
-
-Et toujours et sans cesse, malgré vos réclamations et vos cris, il en
-sera ainsi de par le monde, car aucune loi ne peut changer le cœur
-humain.
-
-Les gens heureux! Ils sont foule en notre beau pays de France.
-«Voulez-vous connaître le secret des bons ménages? Chacun des époux
-reste à sa place, le mari commandant sans en avoir l'air, la femme
-obéissant sans en avoir conscience. Ils sont si étroitement liés
-qu'ils ne forment qu'un cœur et qu'une âme! Ils réalisent le mariage
-parfait»[36].
-
- [36] Turgeon: _Le féminisme français_.
-
-Oui, en France, la femme est la maîtresse de maison malgré vos
-déclarations, Mesdames les féministes. Vienne le jour où par un fait
-du hasard le plus étrange elle soit déclarée légalement l'égale de
-l'homme, ce jour-là il n'y aura rien de changé sous la coupole des
-cieux! Nous resterons toujours vos subordonnés, «car la femme est une
-esclave qui fait porter les chaînes à son maître».
-
-Trêve donc de vos réclamations. N'allumez point la guerre
-
- Où se jetant de loin un regard irrité
- Les deux sexes mourront chacun de son côté[37].
-
- [37] Alfred de Vigny: _La colère de Samson_.
-
-Continuez à être l'aimable conseillère de l'homme, guidez-le avec
-votre tendresse si douce, secourez-le dans les moments d'abattement;
-soyez fières de votre rôle actuel dans la famille, laissez de côté
-ces défis que vous lancez au bon sens et souvenez-vous que beaucoup
-d'hommes disent avec Jules Simon: «Je repousse la domination des
-femmes, mais j'accepte leur influence».
-
-
-4e: La femme doit voter en France parce que les femmes votent dans
-les autres pays
-
-Si, à un point de vue peut-être très nouveau, le point de vue
-électoral féminin, nous jetons les yeux sur la carte du monde, on
-aperçoit l'hémisphère divisé en deux parties. D'un côté, les pays
-où les femmes ont les mêmes droits politiques que les hommes; de
-l'autre, ceux où elles se contentent d'être des épouses et des mères
-de famille.
-
-Les États accordant le droit de suffrage aux femmes sont:
-
-La République de l'Equateur depuis 1861.
-
-Le Wyoming depuis 1869.
-
-L'Autriche, dans la classe de la grande propriété, depuis 1873.
-
-L'Ile de Man depuis 1881.
-
-La Finlande depuis 1893.
-
-La Nouvelle-Zélande et l'État de Colorado depuis 1893.
-
-L'Utah et l'Idaho.
-
-En Angleterre, toutes les femmes votent pour les principaux corps
-représentatifs locaux, qui sont:
-
- Les conseils scolaires.
- -- de gardiens.
- -- paroissiaux.
- -- municipaux.
- -- de comté.
-
-Elles sont éligibles seulement dans les trois premiers. La seule
-liste dont les femmes soient exclues est la liste pour l'élection des
-membres du Parlement.
-
-Certains auteurs affirment que les résultats ont été excellents;
-les élections ont toujours revêtu un caractère de calme et de
-modération qu'elles n'avaient jamais eu. Les femmes ont accompli ce
-nouveau devoir avec intérêt et conviction. Pourquoi donc une chose
-fonctionnant si bien dans les autres pays ne donnerait pas d'aussi
-bons résultats en France? Les femmes votent au-delà des mers; tout
-le monde a trouvé cette nouvelle institution admirable. Qu'attend-on
-pour l'appliquer chez nous. Ne sommes-nous pas des femmes comme les
-Finlandaises, les Américaines ou les Anglaises?
-
-La solution est simple, mais elle est fausse.
-
-Il faut essentiellement se méfier de ces compte-rendus fantaisistes
-des journalistes nous annonçant que 3.000 femmes ont participé au
-vote, tandis qu'un confrère estime à 300 les suffragettes ayant usé
-de leur nouveau droit politique. Tel enthousiaste féministe proclame
-que la nouvelle loi a été accueillie avec joie; tel autre, plus
-calme, annonce que cette réforme a passé complètement inaperçue. Nous
-sommes encore trop près des événements pour pouvoir les juger; les
-matériaux sérieux et les documents probants manquent pour essayer
-même de porter un timide jugement sur les résultats obtenus et pour
-juger les effets. Le mieux est d'attendre! mais un journaliste le
-peut-il? Nous en doutons!
-
-Le raisonnement que vous faites, Mesdames, n'est guère ingénieux. Les
-femmes votent en Amérique, en Finlande, etc. Pourquoi les Françaises
-ne feraient-elles pas de même?
-
-Puisque les Chinoises portent le deuil en blanc, que les négresses
-se mettent des anneaux dans le nez, ou que les Japonaises, pour
-arrondir leur dot, font un an de stage dans les bateaux de fleurs,
-en feriez-vous autant? Et puis, vous oubliez la chose principale,
-la question des mœurs, de tempérament. «Erreur en deci, vérité en
-deçà». Ce qui peut être raisonnable et naturel dans un pays, peut
-être grotesque et fou dans un autre. Que la femme du Nord, plus
-froide, plus calme; que l'Américaine, plus flegmatique, puissent,
-avec leur éternelle indifférence, exercer leur nouveau droit sans
-que rien dans leur vie ne soit changé, nous l'admettons. Mais vous,
-Françaises, vous les enthousiastes, si sensibles, si changeantes,
-vous extrêmes en tout, qui êtes la légèreté et l'insouciance même,
-capables des pires résolutions comme des actes les plus fous, comment
-pourriez-vous déposer un bulletin dans l'urne? Auriez-vous seulement
-le désir de voter, d'exercer ce droit si fragile et si mobile, que
-l'on fait dévier par une promesse ou par une menace, vous qui êtes à
-la merci d'un sourire, d'une larme, d'une parole et d'un geste!
-
-Ah! le joli résultat, le jour où vous pourrez avec un sérieux
-imperturbable inscrire sur vos cartes: électrice! Quelle décadence!
-
-Le _Mercure de France_ publiait dans son numéro du 1er février 1904
-un article de Mme Charlotte Fabrier-Rieder, sur les «Femmes et le
-Féminisme en Amérique». Entre autres choses plutôt tristes, cette
-courageuse dame disait:
-
-«Il n'y a plus de vie de famille en Amérique, plus de femmes
-d'intérieur. L'homme travaille pour que la femme ait beaucoup
-d'argent à dépenser. L'homme est le véritable esclave de la femme.
-Partout elle est prépondérante, elle collabore à la vie sociale, elle
-accède aux fonctions administratives et publiques, impose ses droits
-aux professions libérales, à tel point qu'un journaliste de talent,
-M. Cleveland Moffett, se plaint que l'Amérique soit de tous les pays
-du monde celui où la femme reçoit le plus de l'homme et lui donne le
-moins en échange. La femme, dit-il, passe sa vie dans la fainéantise,
-ne raccommode jamais, fait tout aussi bon marché de ses devoirs
-de mère que d'épouse et de ménagère. O femmes d'Amérique, prenez
-quelques leçons de la vieille Europe et en particulier de la France!
-
-»Prendre des leçons de la France, c'est un peu tard, puisque c'est
-elle qui est en train de s'américaniser et de se féminiser»[38].
-
- [38] _Mercure de France._
-
-Paul Parsy, lui, est moins catégorique:
-
-«Français et Françaises nous admirons en Norwège la femme qui
-s'avance en souveraine dans la cité, mais les Norwégiens et les
-Norwégiennes admirent et envient la Française, femme d'intérieur,
-comme nous disons, souveraine de la maison et du foyer. Et peut-être
-cette souveraineté-ci vaut-elle cette souveraineté-là. Et peut-être
-aussi ces deux souverainetés sont-elles conciliables»[39].
-
- [39] _Annales politiques et littéraires_, 7 novembre 1909.
-
-A notre humble avis, nous croyons à l'éternelle séparation de ces
-souverainetés. Et si le rêve contraire se réalisait un jour, qu'au
-moins parmi nos sœurs françaises il en reste toujours quelques-unes
-qui, selon le vers délicieux de Mme Fouqueux, veulent bien accepter
-
- Ne vouloir être rien, être rien qu'une femme.
-
-
-5e: La femme doit voter parce qu'elle ferait des lois contre
-l'alcoolisme et de régénération sociale
-
-S'il est une plaie hideuse qui ronge notre pays, c'est bien celle
-de l'alcoolisme. De tous côtés, on entend répéter cette sinistre
-constatation: «L'alcoolisme fait des progrès effrayants, le fléau
-contamine notre sang le plus pur. La France est perdue!»
-
-De toutes parts des cris alarmants sont poussés. Des cœurs bons,
-des âmes généreuses, fondent des sociétés dites de tempérance ou
-antialcooliques, pour enrayer le mal. La Chambre, devant le péril
-croissant, augmente sans cesse les taxes sur les alcools et, anomalie
-étrange, plus l'impôt est lourd, plus le nombre des consommateurs
-augmente. Quel remède découvrir à ce chancre rongeur de notre vie la
-meilleure et de notre force nationale? Comment arrêter le débordement
-de ce vice effroyable qui mine, qui sape, qui brûle les énergies
-indomptables, transformant un homme sain et vigoureux en une loque
-pantelante, en un être condamné à perpétuer une race rabougrie et
-dégénérée?
-
-Ce remède, les femmes nous le proposent. Ce que vous n'avez pas le
-courage de faire, vous autres hommes, nous, femmes, nous le ferons.
-Donnez nous le droit de voter, et vous verrez si du jour au lendemain
-nos représentantes ne demanderont pas la fermeture immédiate de ces
-bars, de ces cafés où l'homme, sans souci de sa dignité, gaspille
-et son argent et sa santé, pendant que nous, les travailleuses, les
-héroïques, les courageuses, peinons pour élever nos enfants, pour les
-nourrir et, malheureusement aussi, le plus souvent, pour permettre au
-mari d'assouvir sa passion verte avec notre argent honnêtement gagné.
-
-Ah! vos cabarets, messieurs les législateurs, quels admirables
-soutiens d'élections, quel nid plus sûr où l'on est toujours certain
-de trouver la voix qui assurera le succès, et cela moyennant une
-pièce d'argent ou même un simple verre!
-
-Un ivrogne? Mais pour une fine on a sa voix! Le bistro! quel gros et
-influent électeur! En voilà un au moins connaissant ses clients et
-sachant par une tournée effacer une opinion ou changer la couleur de
-votre drapeau.
-
-Voilà pourquoi, messieurs, vous permettez cette effrayante
-multiplication de débits, de ces gouffres où meurent tous nos
-plus beaux rêves de jeunesse, toutes nos espérances et toutes nos
-illusions; de ces taudis infects où l'ouvrier vient s'empoisonner à
-bon marché, oubliant dans sa griserie quotidienne femme, enfants,
-famille, travail!
-
-Et puis, c'est la misère, la faim, l'horreur et la peur des coups!
-c'est pour l'homme le suicide ou le surin, pour la femme l'hôpital ou
-le trottoir!
-
-Ces enfers! messieurs, laissez-nous voter, et demain nulle trace
-n'existera d'eux.
-
-Pas plus que ces lois infâmes contre la prostituée qui, le plus
-souvent, fille du peuple, bonne, commise ou trottin, a été jetée
-sur le pavé des villes par un homme sans scrupule qui lâchement l'a
-abandonnée. Pas plus que ces règlements de police soi-disant des
-mœurs, qui traquent la fille publique comme une bête, qui l'enserrent
-dans leurs filets, qui l'étouffent dans leurs mailles pour la lancer
-dans la rue encore plus farouche, plus excitée, plus criminelle!
-
-La belle apostrophe, mesdames! et quel beau rêve!
-
-Reconnaissez tout d'abord avec nous qu'il existe de par le monde bon
-nombre de ménages heureux, dans toutes les classes de la société,
-ainsi que des hommes non alcooliques constituant même une imposante
-majorité.
-
-Reste donc une minorité, élevée, il est vrai, d'hommes pour lesquels
-le café est tout, et qui sont par conséquent des alcooliques
-invétérés.
-
-Sans crainte de trouver un démenti, nous pouvons affirmer que la
-moitié de cette minorité d'alcooliques est composée d'ivrognes de
-naissance ou de tempérament, c'est-à-dire que malgré toutes les
-lois, toutes les sociétés et toutes les défenses, ils continueront
-à boire... parce qu'ils ont toujours bu. Un joueur invétéré cesse
-le jour où il n'a plus d'argent, un fumeur quand il n'a plus de
-souffle, un alcoolique quand il est mort. A ces indéracinables
-auxquels vous ne pouvez rien opposer, ni le sentiment de leur
-bassesse, ni le respect de la famille, ni l'amour des enfants, ni les
-devoirs d'époux, le seul moyen raisonnable est de les laisser finir
-lamentablement leur vie de brute éternelle.
-
-Mais, dites-vous, nous fermerons les cafés! Croyez-vous qu'ils ne
-seront point forcés d'abandonner leurs tristes habitudes?
-
-Non! raisonnablement, Mesdames, croyez-vous qu'à l'heure actuelle il
-soit moralement possible de supprimer en France «une habitude», une
-nécessité, qui est dans les mœurs, et qu'on appelle le café?
-
-Ou de deux choses l'une! ou il faut les supprimer tous sans
-exception, ou il ne faut en fermer aucun.
-
-Si vous n'en supprimez que la moitié, par exemple, vous n'éteindrez
-pas le vice, vous l'aviverez, en canalisant tout simplement les
-ivrognes vers les bars ouverts, et n'en resterait-il qu'un tous les
-alcooliques s'y donneraient rendez-vous!
-
-Quant à les supprimer tous, n'y comptez pas; vous auriez contre vous
-la majorité formidable des gens raisonnables qui vont au café pour
-leur bon plaisir, pour passer un instant, y voir des amis; l'ouvrier
-pour y faire sa partie ou sa causette; en un mot tous ceux pour qui
-le café est une distraction, un second chez soi, un complément de la
-vie.
-
-Quant à la deuxième catégorie, nous les appellerons les apprentis
-alcooliques; ce sont tous ces ouvriers, dignes d'intérêt, se laissant
-petit à petit entraîner vers les bars et se faisant à la longue une
-gloire de savoir savamment «étrangler un perroquet ou étouffer un
-petit verre».
-
-Que faire pour préserver ces hommes? La question est difficile
-pratiquement. Les solutions des problèmes sociaux sont trop complexes
-pour pouvoir dire catégoriquement: Il faut faire telle ou telle chose.
-
-Fermer tous les cafés! le pourriez-vous? vous n'oseriez pas le faire.
-
-Leur montrer par des conférences, des brochures, des avertissements,
-le gouffre vers lequel ils se précipitent! Ils n'y assisteront pas;
-ils ne vous écouteront pas.
-
-Les enrôler dans une société antialcoolique? Ils en riront! en auront
-honte.
-
-Un remède contre l'alcoolisme pour le supprimer? C'est chimère! il
-n'existera jamais. Mais alors essayons de l'amoindrir.
-
-Commençons par donner à nos enfants une éducation non scientifique,
-mais pratique; sans trêve ni repos, montrons-leur tous les dangers
-de ce mal affreux; à nos petits soldats apprenons chaque jour,
-au lieu d'une stupide théorie militaire, les conséquences de ce
-vice effroyable; enfin que nos législateurs, avec une indomptable
-énergie, votent des lois plus sévères et plus rudes et surtout
-fassent impitoyablement la guerre à ces alcools frelatés, permettant
-de donner le verre à 10 centimes! Quand on songe que les droits par
-hecto sont de 220 francs.
-
-Voilà le point faible de l'alcoolisme. Supprimez les mauvais
-alcools, traquez les eaux-de-vie bon marché, empêchez tous les
-vulgaires bistros de servir pour deux ou trois sous un soi-disant
-apéritif ou liqueur qui n'est autre chose que du poison; si l'impôt
-sur l'alcool, existant actuellement, ne suffit pas à enrayer le vice,
-eh! bien augmentez-le toujours[40]. Mais en même temps resserrez les
-mailles du filet qui enlacera les débitants et les cafés d'ouvriers,
-et si quelqu'un trouvait, par hasard, cette mesure antidémocratique,
-nous répondrions que de l'antidémocratie on n'en a cure, pourvu que
-le sang du peuple français soit fort et pur.
-
- [40] Les droits de consommation sont de 220 francs par hectolitre
- d'alcool pur, plus 50 francs de surtaxe pour absinthes, bitters
- et amers.
-
- A ce droit s'ajoute un droit d'entrée perçu dans les villes de
- 4.000 âmes et au-dessus qui varie de 7 fr. 50 à 30 francs selon
- la population. Dans les villes sujettes à octroi, les alcools
- sont encore frappés d'un droit qui peut être le double des droits
- d'entrée.
-
- Paris peut arriver à 85 fr. 20, ce qui porte les droits à Paris à
- 385 francs par hectolitre d'alcool.
-
-Et, maintenant, ne répétez pas cette énorme sottise que les
-législateurs conservent les cafés et les bars pour leur permettre
-d'être réélus; non, ne croyez point, Mesdames, que des hommes
-politiques, qui pour être politiques n'en sont pas moins cependant
-des gens honnêtes et respectables, s'abaissent à ce point.
-
-C'est peu connaître l'esprit français que de prêter un seul instant
-de semblables intentions à nos représentants.
-
-N'écoutez point en cela les voix réactionnaires vous chantant
-l'éternel couplet de la pourriture, de la dégradation des mœurs
-parlementaires. La République aurait-elle donc le triste apanage
-d'être un régime de honte et de boue? Et ne pourrait-on pas sans
-peine démontrer que les empires et les royautés n'ont été qu'une
-longue théorie de sang et qu'un amas de ruines.
-
-Mettons les choses au point et disons qu'en ce siècle de lutte pour
-la vie les actes les plus simples revêtent toujours un caractère
-d'égoïsme bien caractérisé. Si le candidat parcourt les cafés,
-accusez les mœurs de notre siècle, voulant que ce soit là que le
-député fasse sa conférence, voit ses électeurs, leur cause, leur
-développe ses idées! De là à soutenir l'alcoolisme, il y a loin, très
-loin!
-
-Quant aux diatribes contre les règlements des prostituées, je vous
-dis: Attention! fausse sensibilité. Qu'il y ait des hommes lâches et
-sans cœur abandonnant de pauvres filles sur le trottoir, il y en a,
-et la seule vengeance contre leur lâcheté, c'est de les dénoncer à la
-vindicte publique. Mais quant aux autres:
-
-«Les femmes qui vivent de la prostitution, eh bien! ce sont tout
-simplement celles qui trouvent ce moyen d'existence moins pénible
-que le travail. Elles bénissent, dans leur for intérieur, la nature,
-cette bonne mère, qui les a fait naître d'un sexe où l'on gagne sa
-vie et où même parfois l'on s'amasse des rentes sans se donner du
-mal. Cela leur coûte si peu et cela leur fait tant de profit. La
-preuve en est que lorsque des âmes charitables tirent ces marchandes
-de sourires de la fange et cherchent à les réhabiliter par le
-travail, à la première occasion, elles retombent.
-
-»Tout ce que la Société peut faire à cet égard, c'est d'exercer une
-surveillance rigoureuse sur l'infâme métier qu'on appelle la traite
-des blanches»[41].
-
- [41] _Les Mensonges du féminisme_, par Théodore Joran.
-
-Et nous ajoutons: d'essayer de rendre plus humains les règlements de
-la police des mœurs.
-
-Laissez donc de côté, Mesdames, ces drapeaux que vous déployez à
-toutes occasions: Le drapeau de l'alcoolisme et de la régénération
-sociale! Un humoriste, nous ne savons plus lequel, a dit que
-c'étaient des bateaux! Nous avouons partager son opinion.
-
-Vous avez de si beaux sujets pour réclamer, où tout votre cœur et
-toute votre sensiblerie pourront se donner libre cours; mais de grâce
-ne continuez plus à vous poser comme les rénovatrices des mœurs et de
-la morale.
-
-Vous n'auriez aucun succès..., car rien n'est plus fastidieux qu'une
-femme savante, politique, économiste, éloquente et féministe..., même
-jolie!
-
-
-6e: La femme doit voter parce qu'elle vote déjà pour les Tribunaux de
-commerce.
-
-Prenons une femme directrice d'un magasin, d'un commerce, d'une
-entreprise. Avec régularité et sérieux, elle dirige tout, sait faire
-face à toutes les difficultés; la maison prospère et s'agrandit,
-menée par une tête intelligente et une volonté ferme. Il lui manque
-cependant quelque chose, c'est d'être l'égale de l'homme devant
-les tribunaux de commerce dont elle relève directement. Pourquoi
-n'aurait-elle pas, elle la femme honnête et travailleuse, les mêmes
-droits que son voisin, commerçant, déjà failli, mais réhabilité. En
-portant un procès devant des juges qu'elle n'avait pas choisis ne
-pouvait-elle avoir une cause de suspicion légitime et même les juges
-pourraient-ils rendre un jugement en leur âme et conscience sans être
-taxés de partialité.
-
-La loi du 23 janvier 1898 a comblé cette lacune; désormais les femmes
-participent aux élections des Tribunaux de commerce, des membres de
-la Chambre de commerce et des Chambres consultatives.
-
-Une loi du 15 novembre 1908 rend les femmes éligibles aux Conseils de
-prud'hommes.
-
-Les résultats ont été excellents. La femme est dorénavant l'égale de
-l'homme, et cela sans entraîner une révolution, un bouleversement
-des mœurs. Le public ne s'est même point douté de ce changement qui
-a donné toute satisfaction. Pourquoi donc alors ne pas accentuer le
-mouvement et étendre petit à petit les droits électoraux féminins:
-droit de vote pour les élections municipales, puis d'arrondissements,
-conseillers généraux, etc., etc.
-
-N'exagérons rien. Si la réforme est passée inaperçue, c'est que les
-élections des tribunaux de commerce sont celles où les hommes se
-dérangent le moins pour voter. Il n'est pas rare de voir plusieurs
-tours de scrutin afin de réunir le nombre de suffrages exigés par la
-loi. Et du jour où les femmes ont été admises à l'insigne honneur de
-venir déposer un bulletin de vote dans l'urne de Mercure le résultat
-n'a pas changé, l'éternelle indifférence a subsisté.
-
-Ecoutons M. Turgeon, un féministe convaincu cependant:
-
-«C'eût été tout profit pour la magistrature consulaire si l'admission
-des femmes au scrutin avait réveillé le zèle endormi des commerçants.
-Cet espoir a été déçu. L'expérience toute fraîche de la nouvelle loi
-a montré que les femmes préfèrent autant que les hommes la maison
-de famille à la salle de vote. D'abord les commerçantes ont mis
-bien peu d'empressement à se faire inscrire sur les listes; puis,
-au jour du scrutin, l'abstention a été générale. Même à Paris, il
-n'est guère que les dames de la Halle qui aient pris à cœur de
-déposer leurs bulletins dans l'urne; ce qui prouve qu'en dehors de
-quelques personnalités bruyantes pour lesquelles le féminisme est
-une profession ou une distraction, les Françaises qui sont simplement
-femmes se soucient médiocrement des revendications, même légitimes,
-autour desquelles on mène si grand tapage»[42].
-
- [42] Turgeon: _Le féminisme français_.
-
-Quant à la marche insensible du passage d'un vote à l'autre, c'est
-tout simplement un leurre. Ce dosage savamment indiqué entraînerait
-de grosses perturbations dues surtout aux ambitions des différents
-partis politiques. Chacun d'eux voudrait s'accaparer les voix
-féminines, et cela ne se ferait pas sans un bouleversement complet
-des mœurs. Nous assistons déjà à un curieux mouvement féministe dans
-les partis les plus rétrogrades comme les plus avancés, mouvement à
-l'heure actuelle insensible, mais qui se ferait profondément sentir
-le jour où le sexe féminin pourrait voter.
-
-Chaque opinion, royaliste, bonapartiste, radicale, socialiste,
-anarchiste a son revers de médaille féministe. Ces messieurs prennent
-ainsi position dans la nouvelle bataille. Chaque camp arbore le
-drapeau des revendications féministes.
-
-Et du jour où l'égalité politique sera proclamée, nous assisterons
-alors à cette énorme ruée de tous les partis vers les voix féminines.
-Nous verrons l'assaut des votes du sexe faible mené par les
-fort-ténors de la droite, les leaders du centre et les pétroleurs
-de la gauche! Adieu alors retenue, galanterie, tendresse, respect,
-amour, famille!
-
-La femme deviendra une voix qu'on accapare, qu'on achète, ou qu'on
-vole! Girouette, ou article de bazar! Navrante réalité!
-
-Et dans quelques années, lasses, fatiguées, annihilées par ces
-luttes incessantes pour lesquelles vous n'êtes pas faites, vous vous
-cloîtrerez dans l'immuable abstention, organisant très originalement
-la grève des suffragettes, vous les tristes désenchantées!
-
- Le poids d'un tel fardeau sur de frêles épaules
- Pourrait bien les faire ployer,
- Mesdames, croyez-moi, ne changeons pas les rôles,
- Restez les anges du foyer[43].
-
- [43] Louis Fréchette: Le coin du feu (_Revue de Montréal_, 1893).
-
-
-7e: La femme doit voter parce qu'elle paie l'impôt
-
-L'objection est des plus naïves et des plus enfantines: «Si vous
-acceptez notre argent, si vous nous obligez à payer l'impôt,
-donnez nous au moins le droit de le voter, le droit d'élire des
-représentants qui seront nos porte-paroles».
-
-On ne voit pas très bien, nous osons l'avouer, la relation qui existe
-entre le droit de voter et le paiement de l'impôt! Voyons! Est-ce
-parce qu'on paie l'impôt qu'on a le droit de voter ou bien est-ce
-parce qu'on vote qu'on paie l'impôt? Alors les incapables énumérés
-par la loi, les abstentionnistes, les militaires, etc., ne devraient
-pas être taxés par le fisc! L'impôt n'a point comme corollaire le
-droit au vote.
-
-Et puis, une raison plus sérieuse milite en notre faveur. Du
-caractère légal de l'impôt découle un autre raisonnement. L'impôt, de
-nos jours, est réel et non personnel[44], c'est-à-dire dû non par la
-personne, non par un homme ou une femme, mais bien par la fortune. Ce
-n'est plus Monsieur X. ou Madame Y. qui sont taxés, mais directement
-leurs richesses!
-
- [44] Moye: _Traité de Législation financière_.
-
-N'essayez donc point de vous prévaloir, Mesdames, de ce fameux
-droit illusoire: «Nous payons, donc nous voterons». Si, dans votre
-arsenal féministe, vous ne possédez que de semblables arguments, la
-déroute sera complète avant peu dans votre camp. Et cela à cause de
-cette légèreté innée, de cette sensibilité naturelle qui vous font
-dévier du droit chemin, ou qui faussent en vous les raisonnements les
-plus simples. Une idée surgit, elle vous semble excellente! Vous la
-soutenez, vous la défendez, sans même parfois vous demander quelle
-en est exactement la valeur. Vous vous grisez de mots et de phrases,
-étourdies par le vide de vos conceptions.
-
-Il est temps, Mesdames, de vous rappeler à votre rôle: «Un chat, un
-oiseau, au meilleur cas une nourrice[45]».
-
- [45] Nietzsche: L'individualisme et l'anarchie; _Revue des
- Deux-Mondes_, 1895.
-
-
-
-
-DEUXIÈME PARTIE
-
-
-
-
-RAISONS POUR LESQUELLES LA FEMME NE DOIT PAS VOTER
-
-Une erreur
-
-
-Avant d'exposer les raisons pour lesquelles la femme, d'après nous,
-ne doit point se mêler aux luttes politiques, nous voulons examiner
-une objection à l'encontre du vote féminin, constituant, à notre
-avis, une imposante erreur.
-
-Les femmes, disent certains auteurs, ne font pas de service
-militaire; elles doivent donc être dépourvues de tous droits
-politiques. L'argument est détestable! Et la seule chose qui
-étonne c'est de le voir si souvent répété. Comment, s'écrient ces
-antiféministes aveugles, vous voudriez voter et vous ne payez pas à
-la patrie l'impôt le plus lourd, le plus dur, l'impôt du sang! Qui
-a fait la France belle et puissante? Nos soldats! Qui permet à la
-République de se faire aimer et respecter? Notre armée! Tandis que
-vous, Mesdames, vos champs de bataille sont le théâtre, le turf et
-les boulevards; votre idéal une toilette splendide et vous ne savez
-mourir que pour l'amour!
-
-Nous le répétons, l'argument est complètement dépourvu de bon sens.
-Comment est-il venu à l'esprit d'un homme intelligent de dire: «Vous
-ne voterez pas, car vous ne serez jamais soldat!» Comme si par son
-sexe et ses conséquences la femme avait été créée pour supporter
-la fatigue des casernes, faire l'exercice, le pas gymnastique, les
-grandes manœuvres et, au jour des sombres guerres, courir sus à
-l'ennemi!
-
-Comment peut-on faire un grief à la femme de ne pas mettre sac au
-dos, de ne pas avoir des galons de caporal ou d'être un officier de
-réserve. Reprocher cela à la femme, c'est comme si l'on disait à
-l'homme: «A partir d'aujourd'hui, vous ne voterez plus parce que vous
-ne savez pas faire la cuisine, coudre, nettoyer les casseroles, faire
-le lit, torcher les bambins, parce que vous ne portez pas de chichis
-ou des dentelles!!! parce qu'enfin vous n'êtes pas femme!!!»
-
-Ce serait aussi ridicule.
-
-En un mot, on dit aux femmes: «Vous ne voterez pas parce que vous
-n'êtes pas des hommes.»
-
-Combien l'on doit s'en réjouir!
-
-Et croyez-vous alors que l'impôt du sang ne soit point compensé par
-cette lourde charge: la maternité? Mais ces générations de héros, de
-gloires illustres, de triomphateurs! Cette France belle, puissante,
-éternellement jeune, qui l'a faite? sinon vous les femmes, sinon
-vous les mères! Vous dont le droit serait de vous lever toutes pour
-demander à ces grands mangeurs d'hommes, tels que les Napoléons, où
-sont nos fils? Et ce geste, vous ne l'esquissez même pas, courbant
-vos fronts voilés de deuil devant la réponse: Patrie!
-
-Comprend-on maintenant ce mot de Michelet: «Qui paie l'impôt du sang?
-La mère!»
-
-L'impôt du sang! Nous le payons dans la personne de ceux qui nous
-sont les plus chers, fils, frères, époux et amis. Si nous sommes
-dispensées du service militaire, nous sommes condamnées en revanche
-à toutes les douleurs de l'enfantement. Si nous ne faisons pas la
-guerre, nous faisons des soldats[46].
-
- [46] Turgeon: _Le féminisme français_.
-
-Créer les futurs soldats au prix de mille souffrances, au péril de
-sa vie; passer un tiers de son existence à préparer des citoyens,
-tout cela n'équivaut pas à deux ans de régiment? Ne dites point à
-la femme des choses qui la blessent dans ses attributions les plus
-douloureuses mais les plus idéalement belles: la maternité. A ces
-exaltées luttant pour leurs droits et leurs intérêts soi-disant
-méconnus, à ces éternelles blessées, n'opposez point des raisons
-aussi vaines et aussi sottes. Car parfois leur réponse: «Nous serons
-puisque vous le voulez, soldats», est aussi ridicule, aussi dépourvue
-de bons sens que l'objection.
-
-Non, Mesdames, votre place n'est point à la caserne, pas plus du
-reste qu'à la mairie ou à la Chambre des députés.
-
-«Militaires, elles ne connaîtront jamais l'odeur de la poudre et le
-sifflement des balles, car elles sont femmes et comme femmes elles
-doivent avoir horreur du sang versé. C'est alors qu'on les verrait
-toutes ces belliqueuses dépouiller un costume qui ne leur siérait
-plus et il n'y en aurait pas une qui ne préférât aux attributs dont
-elles s'étaient imprudemment parées le seul insigne qui convienne
-à une femme, quand le canon tonne et le sang coule: le brassard
-consolateur de la Croix-Rouge. C'est aux hommes qu'il faut laisser
-l'uniforme et c'est à eux seuls que demeure le droit de le porter,
-parce qu'il n'est pas sur eux l'indice d'un goût mais qu'il est
-l'indice d'un devoir»[47].
-
- [47] Henri de Régnier: _Revue française politique et littéraire_.
-
-Ne répétons donc point avec le gros public envisageant la discussion
-sous un angle étrangement étroit: Vous ne payez pas votre dette à la
-patrie; nous vous refusons le droit de vote.
-
-N'exaspérez pas les femmes! elles auraient raison de s'insurger et de
-se révolter devant des raisonnements si peu chevaleresques et si peu
-probants.
-
-Car pour une fois nous serions capable de devenir féministe!
-
-
-1re: La femme ne doit pas voter à cause de la famille
-
-Jules Simon, de l'Académie Française, écrivait: «La famille a un
-vote, si elle en avait deux elle périrait». Et Jules Simon était loin
-d'être un sot.
-
-Que l'on ne nous accuse point de sentiments arriérés et vieux jeu,
-que l'on ne nous traite point de rétrograde ou de bourgeois! Nous
-avons une trop haute idée de la famille pour que nous ne disions
-le profond bouleversement qui serait occasionné par cette nouvelle
-réforme: le vote des femmes!
-
-Nous entendons déjà les mille et une réponses faites à cette
-objection! La femme électrice! Et après! Croyez-vous que dans un
-ménage il n'y ait pas de nos jours des sujets plus importants de
-discussion et qui n'entraînent pas pour cela la faillite de la
-famille?
-
-Attribuez-vous à un simple bulletin de vote le pouvoir anormal
-d'introduire sous le toit familial la discorde? Les enfants! mais
-aucun changement ne sera apporté dans leur éducation ou dans les
-soins à leur donner! Quant à l'amour des deux époux, il ne sera point
-diminué par le nouveau régime: égalité des droits sans distinction de
-sexe!
-
-Dès le moment où les femmes voteront, elles auront conscience
-de leurs devoirs. Sollicitées de donner leurs voix, elles se
-demanderont pourquoi. Dès cet instant, il s'échangera entre l'homme
-et la femme des inspirations qui loin de nuire à leurs rapports
-réciproques ne feront au contraire que de les améliorer dans une
-large mesure. La femme, moins instruite, aura recours à l'homme qui
-le sera davantage. Il s'en suivra un échange d'idées, de conseils, un
-état de choses enfin comme il n'en aura existé que dans les cas très
-rares[48].
-
- [48] Bebel.
-
-Les grands-prêtres du féminisme ont beau jeu pour idéaliser en
-phrases ronflantes et illuminées le sanctuaire d'amour que sera le
-ménage moderne; la femme, enfin, libérée de son rôle honteux de bonne
-légale à tout faire; l'homme n'ayant plus une compagne, mais une
-semblable, un homme-femme!
-
-Nous avouons ne point partager ce vibrant enthousiasme. S'il existe
-déjà dans la famille de nombreux sujets à discussion, on ne voit
-guère le besoin d'en introduire de nouveaux.
-
-Quand on aborde la question suivante, qui est en somme le nœud de
-tout raisonnement: «Le vote de la femme détruira-t-il la famille?»
-les uns haussent les épaules, en souriant, sans répondre; ce sont nos
-grands intellectuels et intellectuelles, démolisseurs des préjugés
-bourgeois et créateurs des grands systèmes sociaux! Ce sont les
-fortes têtes de la société, ayant l'intime conviction d'être des
-gens d'essence supérieure! _Beati pauperes spiritu!_
-
-D'autres, plus sérieux, discutent, approfondissent, travaillent
-la question, ne se contentant pas de phrases prophétiques ou
-d'affirmations embrumées! Ils se disent: «Supposons du jour au
-lendemain l'égalité politique proclamée. Prenons un ménage type où le
-mari aura des idées avancées, la femme peut-être pas bien définies,
-comme presque toutes les idées des femmes, mais enfin plutôt
-rétrogrades ou conservatrices. Jusqu'ici aucune ombre n'était venue
-assombrir la joie et le bonheur de cet heureux ménage; les enfants
-étaient très bien élevés, les relations entre les différents membres
-de la famille étaient sympathiques, on était heureux!
-
-Mais le jour des élections approche, une fièvre intense gagne tous
-les cerveaux; des amies viennent causer à Madame; on l'entraîne dans
-des réunions; dans des conférences où luttent, acharnés, _onguibus
-et rostro_, les deux candidats. Timidement, le mari fait observer
-à sa femme qu'il serait peut-être plus convenable, il n'ose dire
-nécessaire, que son vote soit conforme au sien, et cela eu égard
-à sa position, à ses relations, à son avancement. La femme, par
-amour-propre ou par conviction, répond catégoriquement que son
-opinion est arrêtée et que le choix de son candidat est déjà fait.
-
-Le mari émet quelques observations; le ton de la discussion s'élève;
-les pointes et les répliques de la femme achèvent de mettre le feu
-aux poudres; si les parents, les frères, les sœurs s'en mêlent, le
-ménage devient alors un véritable enfer et cela simplement parce que
-Madame veut voter pour un royaliste et Monsieur pour un républicain.»
-
-Que dire des querelles qui éclateront dans un ménage ouvrier ou dans
-une famille de paysans! La lutte sera là encore plus âpre, plus
-serrée, plus cruelle!
-
-Qui pourra se figurer les innombrables discussions et les
-froissements inévitables qui existeront entre les amis, les parents
-et toute la lignée d'étrangers mise en communion d'idée par le
-mariage!
-
-Ce sera charmant et le nouveau régime aura des conséquences
-magnifiques!
-
-Et cette description, nullement exagérée, pourra s'appliquer du
-jour au lendemain à des milliers de ménages! Cela malgré toutes les
-dénégations des féministes.
-
-Du jour où vous permettrez à la femme de voter, elle commencera par
-s'immiscer dans les réunions politiques, à parler, à discuter, et
-avec son caractère enflammé et extrême, s'enthousiasmant pour un
-rien, elle sacrifiera son intérieur et sa tranquillité à la défense
-d'une opinion. Cela, parce que de nos jours quand la politique vous
-enserre dans ses tentacules redoutables, elle vous absorbe, vous
-étreint, vous broie; parce qu'en politique toute tendresse, tout
-amour, toute sympathie s'évanouissent; parce qu'en politique on
-oublie tout, famille, enfants, situation, vous surtout, femmes, les
-exagérées éternelles, capables des résolutions les plus folles comme
-des actes les plus extravagants; parce qu'en un mot, on change de
-sexe, on n'est plus un homme ou une femme: on est politique.
-
-Et nous assisterons alors à cette chose lamentable, la décrépitude de
-la famille française; nous verrons des intérieurs autrefois si calmes
-et si heureux changés en salles de conférence où devant des enfants
-pleurant et apeurés par les cris, un homme et une femme, un père
-et une mère, discuteront les mérites de leurs candidats, avec des
-gestes fous et des expressions malsonnantes. Nous assisterons à cette
-destruction lente mais sûre de la tendresse maternelle.
-
-Quant aux enfants, abandonnés, livrés à eux-mêmes, élevés dans la
-liberté, l'émancipation et la libre-pensée, entre une tirade radicale
-et un discours royaliste, tirés d'un côté, tiraillés de l'autre, ils
-seront les spectateurs impuissants de ces luttes ridicules, jusqu'au
-jour où blasés et cyniques ils considéreront d'un œil froid et terne
-leur mère comme une folle et leur père comme un détraqué.
-
-Oh! les grands rêves révolutionnaires, les grands mots d'égalité
-sexuelle, de liberté, d'émancipation, de rénovation sociale. Oh!
-modernes entrepreneurs de changement des mœurs! quelle triste figure
-serait la vôtre devant l'application réelle du programme de vos
-futures constructions! Quelle inquiétante responsabilité pèserait
-sur vos frêles épaules, le jour où l'on vous dirait: ouvrez vos
-chantiers! combien d'ouvriers ou d'ouvrières auriez-vous? Peu,
-très peu, car le bon peuple français se contenterait de regarder
-par-dessus les palissades la cité future que vos folles conceptions
-tentent d'élever!
-
-Non, de grâce, ne touchez point à cette chose sacrée: la famille.
-Croyez, malgré tout votre scepticisme, qui pour la plupart d'entre
-vous n'est que de la pose ou du snobisme, que le vote des femmes
-aurait dans la majorité des foyers des conséquences désastreuses.
-
-On ne peut émettre une opinion d'avenir, nous l'avouons, mais
-regardez simplement de nos jours dans les villes et les villages
-l'action des femmes. A la campagne surtout elle est énorme, car là
-on ne vote plus pour une opinion, on vote pour un tel ou tel autre.
-Les élections se font pour un nom contre un nom. Et les femmes se
-lancent dans la lutte, féroces, exaltées, entraînantes, poussant aux
-dernières folies! Que sera-ce le jour où elles pourront manier l'arme
-dont elles ne peuvent aujourd'hui que frôler le manche? Ce sera la
-débâcle de la famille, le renversement de la femme de son piédestal
-de gloire et de bonté.
-
-Et maintenant, mesdames, vous les sensées, vous les normales,
-opposez toute votre énergie, toute votre force, à ces démolisseurs
-de tendresse et de bonheur. Rappelez à ces échevelées la phrase de
-Jules Simon: «La femme doit régner dans l'intérieur de sa maison,
-mais elle ne doit régner que là», et si prétentieuses et arrogantes,
-certaines mercantilistes du féminisme, avec des gestes tragiques
-et une face convulsée, s'écriaient: «mes sœurs, révoltons-nous; la
-famille vivra plus belle et plus puissante après notre émancipation»,
-faites-leur la réponse ronde et franche que l'épouse de Jérôme
-Paturot lançait dans un club de femmes en 1848:
-
-«Comment, ce n'est pas assez que les hommes aient la cervelle sens
-dessus dessous, il faut encore que les femmes s'en mêlent? On vous
-parle de vos droits. Vous avez celui de tenir en ordre votre maison,
-de raccommoder les chausses de votre mari, d'élever vos enfants,
-de commander aux bonnes et de veiller à ce que le dîner soit cuit
-à point? Et qu'aurez-vous gagné en venant ici? Que la maison ira
-à vau-l'eau, que tous les enfants seront mal tenus, les nippes en
-mauvais état et les bonnes maîtresses chez vous!!»
-
-Oh! diront, mesdames les féministes, quel idéal trivial et banal! et
-surtout, en «quels termes grossiers ces choses-là sont dites.»
-
-Mon Dieu! mesdames, nous avouons humblement préférer ce style sans
-gêne, délicieux dans sa rondeur bonhomme, à vos phrases prétentieuses
-et économico-sociales, dignes tout au plus de figurer dans le Parc
-aux Huîtres de _Fantasio_.
-
-Quant à l'idéal de l'épouse de Jérôme Paturot, pour si terre à terre
-et si peu élevé qu'il soit, il a sur le vôtre, révolutionnaire et
-pédant, l'avantage d'être censé.
-
-Et cela, croyez-nous, n'est point à dédaigner.
-
-
-2e: La femme ne doit point voter parce qu'elle demanderait
-l'éligibilité.
-
-Les femmes sont comme les enfants. Accordez-leur un petit bout de
-liberté, elles en demandent le lendemain un gros morceau! Et dire
-qu'il est inutile de leur donner le droit de vote parce qu'elles
-demanderaient tout de suite celui d'être éligibles, me paraît tout
-naturel! Dès qu'elles seront électrices, elles voudront être élues!
-
-Quelques-unes même mettent la charrue avant les bœufs! Mesdames
-Marguerite Durand, Hubertine Auclert, etc., etc., se présentent dans
-divers arrondissements de Paris. «Leur ouvrirez-vous débonnairement
-les mairies, les conseils généraux, le Parlement, toutes les
-fonctions officielles du gouvernement?[49].»
-
- [49] Turgeon: _Le féminisme français_.
-
-Mais certainement, répondent ces dames! A quoi nous servirait
-l'usage du bulletin de vote s'il nous était impossible de faire
-triompher nos candidates? Et puis, croyez-vous que certaines femmes
-n'auraient pas autant de talent pour discuter une loi, faire une
-interpellation, etc., que la plupart des députés? Mais pour être
-conseiller municipal, maire, député, sénateur ou ministre, point
-n'est nécessaire d'être un aigle ou un génie? Et pour faire le
-travail que ces messieurs font, une dame en est aussi bien capable.
-
-Nous ne discuterons point, mesdames, la comparaison et l'appréciation
-que vous portez sur le travail d'un député ou d'un sénateur. Nous
-dirons simplement que ce travail parfois énorme, mais toujours
-sérieux et à la longue ennuyeux, n'est point fait pour vous, à cause
-de votre tempérament. Il vous serait impossible de dresser des actes
-de l'état-civil, de faire des discours, de discuter des rapports, de
-répondre à tous les solliciteurs, de faire, en un mot, un travail de
-tous les instants, continu, sans trêve ni relâche, car vous êtes des
-femmes et qui dit femme, dit légèreté, étourderie, inconstance!
-
-Que diriez-vous d'un conseil municipal composé de femmes! D'un
-maire-femme! D'un député-femme! D'un sénateur-femme (ceci est plus
-douteux; une femme étant en principe toujours jeune éprouverait
-quelque difficulté à découvrir son âge en s'asseyant dans l'auguste
-assemblée des pères conscrits!)
-
-Mais, nous répondent les féministes, ce ne serait pas si ridicule!
-Dans les conseils elles apporteraient l'appui de leur tendresse, de
-leur impartialité; à la Chambre elles sauraient être indépendantes,
-donneraient leurs avis compétents sur les questions d'intérêt
-pratique ou d'économie!
-
-Et puis enfin, n'avons-nous pas déjà la femme avocate, la femme
-docteur, la femme-écrivain, pourquoi n'aurions-nous pas la femme-maire
-ou la femme-député?
-
-Le raisonnement est ingénieux, mais il est faux! Il ne s'ensuit pas
-de ce que nous avons déjà des femmes avocates ou médecins que nous
-soyons obligés de subir des femmes politiques. Ce serait une corde de
-plus à leur arc pour se rendre encore plus ridicules!
-
-Les avocates! La plaie des tribunaux! l'épouvantail des confrères et
-des prévenus, la bête noire des juges!
-
-Valère Maxime nous dit que de son époque, déjà, on comparaît les
-clameurs d'une femme avocate à des aboiements! Et ajoutant qu'elle
-était née en 48 avant Jésus-Christ, il dit: «Lorsqu'il s'agit d'un
-pareil monstre, l'histoire doit plutôt enregistrer la mémoire de sa
-destruction que la date de sa naissance»[50].
-
- [50] Turgeon: _Le féminisme français_.
-
-La doctoresse! Qui nous dira l'aversion qu'elle inspire à tous les
-médecins. La plus grande découverte du siècle, nous disait un docteur
-célèbre de Montpellier, serait de découvrir le microbe des étudiantes
-en médecine!!
-
-L'écrivain! Elles sont trois mille en France, nous annonce
-tristement le _Figaro_! Et sur ce nombre, combien d'inconnues!
-combien d'ignorées. C'est la lente submersion de la littérature sous
-la production énorme: «de ces vaches écrivassières aux mamelles
-gonflées d'encre», comme les appelle irrévérencieusement Nietzsche.
-
-«Lorsque dans une société, dans une littérature l'élément féminin
-domine, ou seulement domine l'élément masculin, il y a arrêt dans
-cette société et cette littérature est bientôt décadente. L'élément
-féminin produit une rétrogradation humaine»[51].
-
- [51] Proud'hon: _Amour et Mariage_.
-
-Après cela vous voulez nous donner la femme maire ou la femme député!
-Non, Mesdames; sans parler des nombreux et énervants conflits de tous
-ordres que vos candidatures susciteraient, il est une question plus
-sérieuse qui doit vous faire renoncer à ceindre l'écharpe tricolore!
-C'est votre légèreté.
-
-Une femme, disait Lamartine, est incapable de suivre un raisonnement
-plus d'un quart d'heure! Vous entendriez-vous à réviser des comptes,
-à compulser des dossiers! Croyez-vous sincèrement à l'autorité morale
-d'une fonction publique exercée par une femme? Ne trouveriez-vous pas
-dégradant de vous voir dans les luttes politiques d'où est bannie
-toute galanterie, huées, insultées, vilipendées et traînées dans la
-boue?
-
-Auriez-vous le courage le jour où l'ordre serait troublé de le
-rétablir! Seriez-vous assez sérieuses et assez calmes pour prendre
-aux heures du danger des décisions énergiques et sûres? Non, car
-votre légèreté, votre nervosité compromettraient en vous la voix
-de la raison et du bon sens! Et puis nous autres, les hommes, que
-ferions-nous? La cuisine, le travail de la maison, l'éducation des
-enfants, pendant que vous approfondiriez les comptes des mairies ou
-que vous prépareriez un rapport sur la marine ou sur les Beaux-Arts.
-Vous seriez la grande armée des femmes politiques dont nous ne
-serions que les serre-files! Non, Mesdames, ayez le bon esprit de
-reconnaître que les rôles de chacun ne peuvent s'intervertir.
-
-On ne change point les décisions de la nature. Restez ces êtres
-charmants et doux, tendres et bons, embellissez un foyer par votre
-tendresse et souvenez-vous que malgré toute votre beauté, toute votre
-grâce, vous feriez toujours à la mairie ou à la Chambre des députés
-piètre figure! Vous n'y auriez aucun succès! Ecoutez du reste M.
-Claude Mill, un de nos chroniqueurs les plus spirituels:
-
-«Tout de même est-ce que vraiment les femmes ont besoin d'entrer au
-Parlement pour que nous les appréciions davantage? Elles étaient
-charmantes avant de représenter le peuple; elles le seront évidemment
-après: mais elles ne le seront pas davantage. Tremblons donc
-qu'obligées d'assister aux doubles séances, contraintes d'arriver à
-neuf heures, de déjeuner à la hâte en étudiant des rapports et de
-s'en revenir dès le dessert pris, pour discuter de la décadence des
-haras, tremblons qu'elles ne donnent plus le même temps--oh le bon
-temps--à l'étude de l'ondulation et à la science du chichi. On me
-dira que les femmes sont essentiellement pratiques, qu'elles n'iront
-pas comme les hommes perdre six mois à discuter un budget assommant
-sous le couvert de réformes que la démocratie n'attend pas. Les
-femmes savent au moins le prix du beurre et encore plus la valeur du
-pain que l'on met dessous et ce n'est pas elles qui nous parleront
-cinq heures d'horloge de la politique du gouvernement en Cochinchine
-pour aboutir à l'ordre du jour pur et simple.
-
-»Je veux bien croire aussi que le jour où la femme sera admise à
-délibérer et à voter, la Chambre deviendra un séjour charmant. Les
-complots sentiront un peu la verveine et la poudre de riz. On fera
-ou on défera un ministère pour un regard ou pour un baiser. Si la
-corruption continue à planer sur les assemblées politiques, elle se
-prodiguera sous la forme gracieuse de l'amour. Et le pot de crême
-remplacera le pot-de-vin!
-
-»C'est entendu mais au fond tout cela est-il bien sérieux?
-
-»Tout d'abord, impossible d'ouvrir la moindre session, malgré le
-proverbe qui veut qu'une session soit ouverte ou fermée?
-
-»Quelle est la coquette, en effet, qui consentira jamais à être
-présidente d'âge? Et que de potins! La médisance ira bon train. On
-dira l'Aube a ses vapeurs. La Manche fait la tête car le Doubs parle
-bas à l'Eure! Et l'Isère est-elle mal fagotée. La séance sera-t-elle
-houleuse? Le président rappellera-t-il ces dames à l'ordre? Quel
-incident s'il se permet de déclarer qu'elles manquent de formes?
-
-»Non, non. Mesdames! Croyez-moi, abstenez-vous. L'abstention est
-toujours chose facile, trop facile. Demandez aux hommes, ils en
-savent quelque chose. Et voulez-vous un bon conseil? En fait de loi,
-contentez-vous de faire à vos maris celles que nos mères faisaient à
-nos pères, c'est la plus douce et la meilleure».
-
-Et personnellement nous ajoutons, c'est la seule que nous supportions
-de vous avec joie et bonheur!
-
-
-3e: La femme ne doit point voter parce que cette nouvelle conception
-n'est point dans nos mœurs.
-
-Depuis quelques années, des voix de femmes se sont mêlées aux justes
-revendications d'une démocratie jusqu'ici ignorée, les unes graves
-et pondérées, d'autres révolutionnaires et exaltées. Certaines
-militantes, comme Mmes Maugeret et Chenu, ont pris la direction du
-féminisme chrétien; mais, comme leur patron saint Jean-Baptiste,
-elles prêchèrent dans le désert. Quelques-unes, le bonnet rouge sur
-l'oreille et les deux mains sur les hanches, comme Mme Pognon ou la
-doctoresse Pelletier, se firent les propagandistes d'un féminisme
-rouge. Et de l'extrême-gauche à l'extrême-droite de la politique,
-l'arc-en-ciel féministe a resplendi.
-
-Les Congrès de 1889, 1891, 1903 et 1904 commencèrent à mettre mieux
-en relief les revendications du sexe faible. Avec la naissance de
-la 3e République coïncide la création de nombreuses associations,
-l'Union universelle des femmes (Mme Cheliga-Lévy), l'Avant-Courrière
-(Mme Schmall), la Ligue française pour le droit des femmes (Mme
-Pognon), l'Egalité (Mme Vincent), etc., etc.
-
-De nombreux périodiques ou revues viennent soutenir l'ardeur des
-combattantes et stimuler le zèle des néophytes: _La Fronde_, _Le
-Droit des Femmes_, _La Femme_, _L'Avant-Courrière_, _Le Pain_, _Le
-Journal des Femmes_, _La Femme Socialiste_, _La Revue Féministe_,
-_L'Harmonie Sociale_, _La Ligue_, etc., etc.
-
-En littérature, MM. Hervieu, Turgeon, Marguerite, Brieux, Donnay,
-Beaubourg, Prévost, Bourget, Jules Bois exaltent le rôle futur de la
-femme libre et affranchie et idéalisent sa mission de demain.
-
-Des hommes politiques, comme MM. Vaillant, Allemane, Viviani, Sembat,
-d'Estournelles de Constant, etc., se font les porte-paroles éloquents
-des revendications du sexe faible. Bref, la vague féministe monte,
-monte sans cesse.
-
-«Une évidence domine, c'est que le but se rapproche, c'est que la
-voix longtemps étouffée, la voix innombrable des femmes retentit plus
-distincte et qu'on peut prévoir désormais sans erreur l'époque où
-elle apportera dans nos assemblées le poids de son ingéniosité, de sa
-prévoyance, de sa pitié, un sûr et ardent levier pour le travail et
-pour la paix»[52].
-
- [52] Victor Marguerite, _Le Journal_, 29 mars 1910.
-
-Ça sonne bien, c'est joli, c'est bien écrit! Mais voilà, grattez un
-peu... il n'y a rien dessous. M. Victor Marguerite est simplement un
-merveilleux écrivain.
-
-On serait tenté de croire après cette revue rapide des forces
-féministes à l'existence d'un courant profond, modifiant nos mœurs
-et orientant l'opinion vers cette nouvelle perspective: les femmes
-électrices. A prendre au pied de la lettre les articles enthousiastes
-des devins féministes, il semble que la masse du peuple français soit
-prête à ce changement, et qu'il suffirait d'un simple coup de pouce
-donné à l'évolution de la société pour faire des femmes nos égales.
-Un petit tour de manivelle et crac, sans à-coups, sans oscillations
-ni secousses, insensiblement, glissante et souple, la réforme
-s'adapterait, inaperçue. Tous Français, tous électeurs.
-
-La réalité serait plus mouvementée. Ce serait une profonde erreur
-et un leurre dangereux de supposer à l'heure actuelle les mœurs
-françaises suffisamment préparées à l'acceptation d'une semblable
-réforme.
-
-Non, malgré toutes les affirmations, notre esprit n'est point encore
-accoutumé à considérer comme une chose sérieuse et réalisable le
-suffrage des femmes: La réforme n'est pas mûre, elle est verte,
-horriblement verte.
-
-Et les années se succéderont longtemps encore avant que cette chimère
-ait pu prendre consistance, avant que cette idée fausse et anormale
-soit acceptée par des cerveaux équilibrés et raisonnables.
-
-Cela parce que dans notre terre de France, où le bon sens est encore
-le meilleur juge, il existe des hommes sincères et sérieux, ne
-craignant point d'élever leurs voix autorisées pour proclamer folie
-ce rêve de quelques exaltées.
-
-Cela, parce que la majorité des femmes se désintéresse complètement
-de cette réforme que l'on ne prend pas au sérieux; femmes du peuple
-ignorant et ne soupçonnant même pas la portée des revendications;
-bourgeoises effrayées dans leur simple jugeotte par ces grands mots:
-égalité des sexes; aristocrates dédaignant, pour une fois avec juste
-raison, ces luttes du sexe faible, bonnes tout au plus pour des
-institutrices.
-
-Enfin parce que toute l'énorme majorité des Français et des
-Françaises intelligents, normaux et doués d'un solide bon sens ne
-peuvent accepter cette conception nouvelle du rôle de la femme, se
-mêlant aux luttes politiques et descendant dans la rue!
-
-«Ce que nous voulons supprimer, ce n'est pas le sexe féminin, mais
-la servitude féminine, servitude que perpétuent la coquetterie,
-la retenue, la pudeur exagérée, les mièvreries de l'esprit et du
-langage. La femme sera un individu avant que d'être un sexe»[53].
-
- [53] Doctoresse Pelletier: _Revue socialiste_, 1906.
-
-Le délicieux type de femme; désormais libre, sans frein, sans
-moralité, sans coquetterie, sans amabilité, sans tendresse!
-
-Mme la doctoresse Pelletier n'est pas heureuse, constatons-le dans ce
-nouveau portrait de l'Eve future! Un ours! pas même léché!
-
-A la lecture de cet idéal, nos pères auraient dit tout simplement:
-«Les monstres, elles méritent d'être fouettées». Mais si efficace
-qu'il puisse être, ce vieux traitement répugnerait à la douceur de
-nos âmes. Nous avons fait nôtre le joli proverbe indou: Ne frappez
-pas une femme, même avec une fleur! et puis les chères créatures
-n'aiment plus à être battues. Mon docteur avait raison. «Mieux vaut
-de toute façon les asperger que les meurtrir. L'hydrothérapie a du
-bon»[54].
-
- [54] Turgeon: _Le féminisme français_.
-
-La mesure serait plus douce mais ne produirait pas de bons résultats.
-
-Entre nous, mesdames, ne soyez pas si entêtées; convenez qu'à l'heure
-actuelle nous ne sommes pas prêts pour cette réforme. Avouez-le! vous
-avez contre vous tout un peuple et vos faibles forces viendront se
-heurter longtemps encore contre le rempart du bon sens dont les bases
-sont en France très solides.
-
-Je n'en veux pour preuve qu'une confession d'un immortel féministe,
-le provocateur des grands suicides moraux de notre époque et grand
-directeur des consciences de nos demi-vierges, nous avons nommé
-Marcel Prévost.
-
-«Le suffrage des femmes est parmi les problèmes politiques et sociaux
-de l'heure présente un de ceux qui agitent le moins l'opinion
-française. On peut s'en étonner à une époque où les revendications
-féministes ne sont nullement inactives ni négligeables. Les
-conquêtes de la femme contemporaine dans le domaine de l'égalité
-sociale sont tellement importantes depuis une vingtaine d'années
-qu'elles dépassent les prévisions les plus optimistes. Mais dans
-le sens de l'égalité politique, le changement fut quasi nul. La
-raison de cette immobilité, c'est que les femmes se sont franchement
-désintéressées jusqu'ici de leurs droits politiques»[55].
-
- [55] _Le Figaro_, 20 mars 1910.
-
-«La majorité des femmes n'est féministe à peu près dans aucun pays
-du monde, 120 ans après la Révolution française. Et parmi les
-revendications féministes, celle à laquelle les femmes tiennent
-peut-être le moins, c'est le droit de suffrage législatif ou même
-municipal»[56].
-
- [56] Marcel Prévost: _Annales politiques et littéraires_, 7
- novembre 1909.
-
-Nous avions raison de vous dire, mesdames: l'idée n'est point
-encore dans nos mœurs, la réforme n'est pas mûre, elle est verte,
-horriblement verte et bonne tout au plus pour des... détraquées.
-
-
-4e: La femme ne doit point voter car elle n'a pas reçu l'éducation
-civique et politique
-
-Supposons que du jour au lendemain, on accorde aux femmes le droit
-de voter: Qu'arriverait-il? Tout simplement que la majorité des
-femmes (et nous ne parlons que de celles ayant reçu une éducation)
-éprouveraient quelque difficulté à se servir de cette nouvelle
-attribution, car cette intelligence, malgré toute la science (?)
-inculquée pendant des années par de savantes (?) maîtresses, n'aura
-pas reçu (heureusement) une éducation politique suffisante. Ah!
-disent les féministes, qu'à cela ne tienne, changeons les programmes
-et préparons les générations féminines à leur rôle futur.
-
-Non, Mesdames, ne faites point cette suprême bêtise! Examinons
-en effet l'éducation de la femme moderne? Nous nous poserons
-certainement cette question: où sont les fous? Chez les hommes qui
-élaborent de semblables programmes, ou chez les jeunes filles qui les
-apprennent!
-
-On rit en pensant à ce que doit savoir une femme pour son certificat
-primaire, on tremble quand on jette un coup d'œil sur le certificat
-supérieur, on frémit à la lecture d'un programme d'école normale!
-
-Quant au reste, cela dépasse l'imagination humaine!
-
-Non seulement l'éducation pratique et intelligente est abandonnée,
-mais encore, chose plus grave, elle est condamnée. Lire tout,
-apprendre tout, mais ne savoir rien, tel est le grand critérium de
-l'instruction féministe moderne.
-
-«Il n'est pas rare de voir les jeunes filles faire dans une même
-journée le commentaire d'une églogue de Virgile, l'analyse du système
-de Kant, l'exposé des transformations du substantif de la langue
-d'oil et le tableau du régime parlementaire des Anglais au XVIIIe
-siècle ou expliquer le rôle du système nerveux périphérique, la
-formation des carbures d'hydrogène et reliqua»[57].
-
- [57] Turgeon: _Le féminisme français_.
-
-C'est cela! l'instruction à haute tension, la concentration dans un
-cerveau féminin des choses les plus abstraites et les moins utiles!
-On fait de nos jeunes filles d'aujourd'hui des intellectuelles, des
-doctoresses, des brevetées, des agrégées, c'est-à-dire des pédantes,
-des prétentieuses, mais hélas on n'en fait pas des femmes!
-
-Et si maintenant pour obtenir malgré tout votre fameux suffrage
-vous joignez, Mesdames, à cette éducation savante, une éducation
-politique; si à la théorie du système de Kant ou du tronc de cône
-vous joignez les théories royalistes, impérialistes, républicaines ou
-socialistes; si désormais une femme doit apprendre l'exposé radical
-ou la doctrine communiste, le résultat sera admirable!
-
-A la jeune fille pédante «qui n'a du dédain que pour les bourgeoises
-préparant des conserves ou surveillant la blanchisseuse»[58], ajoutez
-un troisième sexe, la femme politique, nous aurons alors un être
-hideux, difforme, composé de pédantisme, de laideur, de prétention,
-de science et de politique, qui ne sera même plus, selon l'expression
-vulgaire, bonne à prendre avec des pincettes!
-
- [58] Turgeon: _Le féminisme français_.
-
-Quelques féministes désireraient pour arriver à ce résultat un autre
-système. Ce serait la promiscuité de chaque jour des femmes avec les
-hommes:
-
-«La politique, le café, le cabaret, en mettant les hommes en contact,
-leur font apprendre à s'apprécier et à se maîtriser. Mais pour les
-femmes, actuellement écartées de la politique, il n'y a point de
-contact civilisateur et l'habitude de n'avoir en vue que soi même
-fatalement restreint leur sens moral»[59].
-
- [59] _Le Matin_, 23 mars 1910.
-
-Ainsi donc, pour compléter l'éducation de la femme, Mme Hubertine
-Auclert nous propose comme contact civilisateur la politique, le
-cabaret et le café. Pour notre part, nous croyons que si une pareille
-éducation devait leur être donnée dans de semblables milieux, il
-faudrait désespérer de les voir s'apprécier et se maîtriser; et il
-serait à craindre de constater, le jour où elles prendront ce fameux
-contact civilisateur, la ruine de la famille et une recrudescence
-formidable d'aliénées.
-
-Non, jeunes filles, restez simplement les petites intelligences
-vives et alertes, ayant des aperçus rapides sur certaines branches
-de la science, connaissant très bien notre littérature, écrivant un
-français impeccable, sachant apprécier à sa juste valeur une œuvre
-d'art; joignez à cela une éducation artistique, soyez des femmes
-agréables, distinguées sans être pédantes, instruites sans être
-précieuses.
-
-Ce n'est point certes que nous soyons partisans du type classique
-et ennuyeux de la femme de 1830 ou de la reproduction de cette
-espèce inférieure de jeune fille appelée oie blanche! Mais de grâce,
-ne brisez point brutalement cette auréole de tendresse et d'amour
-qui font la femme douce et aimante. Laissez pour les hommes les
-discussions théoriques, les analyses profondes et surtout cette
-fameuse éducation civique ou politique dont vous espérez merveille et
-qui ne fera que creuser plus profondément le fossé qui vous sépare de
-la raison et du bon sens.
-
-Ne soyez point, Mesdames les féministes, celles qui font toujours
-semblant de croire à la vérité et à la beauté des doctrines que vous
-préconisez car, parfois, dans la hardiesse et la nouveauté de vos
-idées, vous confinez au ridicule et n'oubliez pas qu'en France le
-ridicule tue toujours!
-
-
-5e: La femme ne doit point voter à cause du danger confessionnel
-
-Ce chapitre, qu'on pourrait intituler: de l'hypnotisme, est un de
-ceux qui a réuni le plus grand nombre d'adversaires et de partisans.
-
-Cette délicate question de l'influence du confesseur sur l'âme
-de sa pénitente est si complexe et surtout soumise à tellement
-de variations, à cause du tempérament et du milieu, qu'il est
-matériellement impossible d'apporter des faits individuels permettant
-de faire une preuve éclatante dans l'un ou l'autre sens.
-
-Comment, disent certaines âmes charitables et naïves, pouvez-vous
-supposer à un homme de religion le pouvoir pour ainsi dire surhumain
-de guider les décisions des femmes, de diriger leurs actes, en un
-mot de leur imposer sa façon de penser et d'agir. Mais de nos jours,
-avec la liberté effrayante des mœurs, avec notre laisser aller, notre
-indifférence et notre scepticisme, l'armée des illustres pécheresses
-rachetant leurs fautes par de douces pénitences et suivant exactement
-les conseils intéressés de leur confesseur n'existe plus.
-
-La femme d'aujourd'hui est trop légère, trop insouciante, et surtout
-trop avisée pour prêter une oreille attentive aux remontrances d'un
-jeune abbé poudré, ou d'un vieux vicaire illuminé et bedonnant!
-Par tradition, par habitude, par respect humain, elle lui débitera
-l'éternel monologue de ses péchés mignons, bouclera aussi vite que
-possible la douce pénitence et, plus légère qu'un oiseau, volera
-vers d'autres dangers, vers d'autres chutes, ayant au cœur la douce
-espérance d'être pardonnée et de re-recommencer.
-
-Le confessionnal n'est plus aujourd'hui le point où mystérieusement
-se réunissaient les fils qui guidaient les volontés des femmes;
-l'indifférence et la raison ont brisé la trame de cette toile
-immense, enserrant les âmes et les énergies féminines!
-
-C'est mal comprendre la profonde influence qu'a toujours exercée sur
-la volonté faible et molle de nos compagnes le caractère religieux
-d'un confesseur. Depuis la juste loi de la Séparation, l'Eglise vit
-en marge de la République, dissimulée mais non vaincue, rabaissée
-mais non soumise. De n'avoir pas voulu se courber à l'instar des
-autres dogmes sous le joug de la loi, d'avoir été forcée de se
-soumettre, elle a gardé l'éternelle rancœur des vaincus et l'espoir
-de relever un jour la tête.
-
-Voilà pourquoi, malgré tout, sans chocs, sans heurts ses ministres
-ont redoublé d'influence et de zèle! Sachant que la majorité des
-femmes a reçu une éducation religieuse laissant en elles une trace
-indélébile, ils savent réveiller au moment opportun les sentiments
-qui s'endormaient dans la fièvre de notre siècle! Ils continuent à
-guider les âmes et à avoir main mise sur leur volonté.
-
-Dans les villes où la femme est absorbée par les exigences mondaines
-ou la lutte pour la vie, leur tâche est peut-être plus difficile;
-dans les villages où les lumières du ciel brillent encore dans l'âme
-naïve et douce des paysannes, leur travail est simplifié. Et, comme
-dans le passé, ils continuent à exercer une pression d'autant plus
-dangereuse qu'elle est cachée, d'autant plus à craindre qu'ils font
-miroiter l'éclat des palmes du martyre et la beauté d'une grande
-revanche, jusqu'au jour où étant les directeurs de toutes ces âmes,
-ils déclareront ouvertement la guerre à la République.
-
-Que l'on ne nous dise point que ce sont là paroles légères ou
-pronostics pessimistes. Ce que nous voulons montrer, c'est
-la timidité, la faiblesse, la molle énergie d'une femme.
-C'est la facilité avec laquelle on capte sa volonté. C'est
-l'attrait mystérieux qu'exerce sur toute âme religieuse, même
-superficiellement, la parole douce et chrétienne, psalmodiée dans un
-confessionnal ombré avec des gestes bénisseurs et caressants.
-
-C'est la facilité avec laquelle, sous prétexte de religion, le
-confesseur peut dévier d'un sujet à l'autre, peut inspirer et imposer
-sa façon de voir, peut en un mot se substituer à la volonté de sa
-pénitente.
-
-Et voilà pourquoi le jour où dans sa bonté magnanime la République
-accordera aux femmes le droit de vote, ce jour-là des millions de
-bulletins tomberont en avalanche sur elle; ce jour-là elle sera
-submergée par les flots des opinions réactionnaires des femmes, qui
-ne seront autres que les opinions de l'Eglise!
-
-Raisonnement faux, dit-on, puisque la plupart des féministes
-sont révolutionnaires et libre-penseuses! Mais quelle différence
-faites-vous donc d'abord entre un révolutionnaire et un réactionnaire
-ou un anti-républicain?
-
-Il n'y en a pas! tous deux veulent renverser le régime existant, les
-uns par le raisonnement et le coup d'Etat, les autres par la torche
-et le pétrole! Tous deux rêvent à l'aube du grand soir, pour les
-premiers elle est blanche; rouge pour les seconds!
-
-Et puis croyez-vous que les féministes socialistes iraient
-maladroitement se séparer du concours des catholiques? Leurs forces
-sont déjà bien petites; qu'adviendrait-il si elles les divisaient?
-Oui, nous avons l'intime conviction que le vote des femmes serait
-défavorable à la République et cela parce que de nos jours encore la
-volonté de la femme n'est point libre, elle est soumise à celle de
-son confesseur. Ceci n'est point une opinion; c'est la constatation
-de chaque jour, c'est un fait habituel! et nous croyons toujours à
-l'éloquence des faits plus qu'à celle des discussions.
-
-De là, cependant, à faire retentir la trompette anticléricale et
-sonner à tous les échos le ralliement de la libre-pensée, nous
-paraîtrait un moyen essentiellement faux et maladroit. N'essayons
-point de jouer le rôle insipide de la mouche du coche, comme par
-exemple Mme Nelly-Roussel:
-
-«Tant que nos soi-disant libres-penseurs, dit-elle, se montreront
-aussi misogynes que l'Eglise, tant qu'ils n'ouvriront à la femme
-qu'une petite porte dérobée en lui recommandant d'être bien sage
-et de s'asseoir humblement à l'écart, qu'ils ne lui feront pas
-partout sa large place, nous pourrons craindre que nos tentatives
-de laïcisation complète demeurent vaines et infructueuses! Mais
-qu'espérez vous, ô anticléricaux! Chasser vos compagnes des églises
-sans leur donner d'autres asiles! Les enlever à ce qui les console
-sans faire en sorte qu'elles n'aient plus besoin de chercher les
-consolations! Et dans leur âme où la résignation chrétienne endort la
-dignité humaine, tuer cette résignation sans réveiller la dignité qui
-défend de courber la tête sous aucun joug moral ou social? Sachez-le
-bien, vous rêvez l'impossible!»[60].
-
- [60] _Quelques lances rompues en faveur de nos libertés_,
- Nelly-Roussel.
-
-Sauf votre respect, Madame Nelly-Roussel, empruntant pour un instant
-un vocabulaire populaire: C'est du battage! Voyez-vous, les phrases,
-les grandes idées, les systèmes modernes sociaux, la refonte de la
-morale, «l'Eglise remplacée par la dignité qui défend de courber
-la tête», tout cela c'est un brillant galimatias, un merveilleux
-assemblage de mots qui ne veulent pas dire grand chose et qui, une
-fois réunis, veulent dire encore moins.
-
-Laissez de côté, Madame, ces grandiloquentes théories de la porte
-dérobée et du joug moral ou social! Vos sœurs, pas plus que vos
-frères, du reste, ne pourraient vous comprendre! Pour combattre et
-ruiner à jamais dans l'âme de nos femmes l'influence d'un confesseur,
-point n'est besoin de ce bréviaire insensé de libre-penseuse ou de ce
-manuel nébuleux de parfaite laïque!
-
-Non! que le mari soit désormais le confident de son épouse, qu'il
-l'entoure d'une affection franche et sincère, qu'il soit pour elle
-un guide, un soutien; qu'à tous les instants il se penche vers son
-cœur pour connaître ses souffrances et ses désirs, que son rôle ne
-se borne point à celui du mari légal, qu'il soit aussi le confesseur
-paternel et aimant, et désormais disparaîtra cette influence néfaste
-du prêtre qui fausse les volontés et qui pourrait détourner à son
-profit le suffrage des femmes!
-
-Mais plus de ces harangues philosophiquement ennuyeuses, Madame
-Nelly-Roussel! Ralliez-vous à notre système! C'est le meilleur, parce
-que le plus simple et le plus naturel!
-
-
-6e: La femme ne doit point voter parce qu'elle est femme
-
-Cela semble un paradoxe, une vérité de la Palisse; et cependant
-nulle raison, à notre humble avis, n'est meilleure. De l'arsenal des
-raisons, restreintes à volonté, militant en faveur de notre opinion,
-aucune ne nous semble posséder plus de force, plus de bon sens, plus
-de naturel et plus de vigueur.
-
-La femme ne doit point voter parce qu'elle est femme.
-
-Certes, il est assez téméraire de vouloir donner une explication de
-la femme. Nous comptons, du reste, sur l'indulgence des critiques,
-pour la seule et bonne raison que pas plus que nous ils n'arriveront
-à donner la résolution de ce problème.
-
-Impressionnable, est un de ses graves défauts. Son organisme délicat
-la prédispose, en effet, plus que l'homme aux émotions. Un rien la
-trouble, l'ébranle jusqu'aux larmes. La moindre impression laisse en
-elle une trace profonde; une parole qui l'aura choquée, froissée,
-restera gravée dans son esprit pour toujours. Il faut peu de chose
-pour la rendre heureuse et une robe qui lui va mal la rend inquiète,
-agitée, irascible. Le moindre petit détail qui cloche dans sa
-silhouette la met dans des états de nervosité étranges; un malheur
-profond la laisse calme, froide et résignée.
-
-A côté de ces mièvreries qui constituent cependant une ambiance
-nerveuse plus grande qu'elle ne paraît, il faut placer encore toutes
-les secousses plus fortes auxquelles elle est en butte: maladies,
-désillusions, misères, auxquelles son cœur généreux compatit
-toujours; chagrins intimes qu'elle garde jalousement par fierté et
-font d'elle l'éternelle blessée. Elle est en vibration continuelle
-et son âme et son esprit sont sans cesse agités par le souffle de la
-douleur et de la joie.
-
-Et c'est à ce petit être ballotté, à la merci d'un sourire ou d'une
-larme, que vous voulez donner un droit--celui de voter--droit
-exigeant peut-être plus que tout autre le calme et la réflexion!
-Oh! direz-vous, êtes-vous sûr que les hommes réfléchissent avant de
-donner leurs voix à un candidat? Soit! faisons des concessions et
-reconnaissons que bon nombre d'électeurs votent sans se douter du
-droit sacré dont ils font usage; mais enfin, qu'on le veuille ou non,
-il existe encore bon nombre de Français qui en leur âme et conscience
-déposent, sans être impressionnés par les discours tapageurs ou
-circonvenus par les promesses, leur bulletin dans l'urne.
-
-Prenons, au contraire, la femme avec son extrême impressionnabilité,
-mêlons-la aux luttes politiques, jetons-la dans des réunions, des
-manifestations; pendant des semaines bourrons-la de professions
-de foi, de proclamations, de déclarations, enflammons-la par de
-violentes polémiques, et nous aurons le jour du vote devant nous une
-malheureuse désemparée, brisée par les émotions, ne sachant plus à
-quel candidat se vouer, ne comprenant plus ce qu'on exige d'elle;
-nous n'aurons qu'une petite barque roulant, tanguant sur la mer
-immense de la politique.
-
-Oh! combien triste et pitoyable ce sera!
-
-On comprend qu'avec un tel goût pour les émotions fortes, elle soit
-inévitablement sentimentale. Cœur et nerfs, ainsi pourrait-on la
-symboliser.
-
-Elle subit continuellement cette double impulsion. Son cœur est
-toujours plein de tendresse et de dévouement qu'elle répand sans
-compter. Aimer, être aimée, se dévouer toute, se donner corps et âme,
-voilà la véritable aspiration de la femme.
-
-Certains féministes jugent parfois ce but dégradant, humiliant, parce
-qu'il fait d'elle une esclave, et leurs théories sont vaines, car
-aucun raisonnement n'empêchera la femme d'aimer et d'être une esclave
-à laquelle nous obéissions.
-
-Sa seule tâche ici-bas se nomme amour. Et qu'on le baptise comme
-l'on voudra, sentimentalisme, romantisme, passion, tendresse, tout
-cela n'est qu'une forme de l'amour qui remplit la vie de la femme.
-Irez-vous rabaisser cet idéal, en faisant d'elle notre égale, du
-moins en théorie.
-
-Mais la femme, créature d'amour, n'est point faite pour ces grandes
-théories modernes de l'émancipation sociale. Son cœur tout rempli de
-tendresse ne peut comprendre ces aspirations illégitimes de liberté,
-ces aspirations mal fondées d'égalité dans la question politique.
-Éloignez d'elle toutes ces complications, ne la sortez point de son
-cadre de beauté et d'amour, car le jour où elle viendra se mêler à
-nos luttes, le jour où elle sera élue maire ou député, ce jour-là
-sera pour elle l'ouverture d'une ère de rabaissement et de déchéance.
-Elle ne sera qu'une pâle imitation de l'homme! Trahie par son cœur,
-et voulant mettre la tendresse là où la raison, le droit et l'énergie
-doivent seuls régner, elle sera renversée, piétinée, elle deviendra
-la victime de l'amour!
-
-Sentimentales, que deviendront leurs décisions! A quel parti
-s'arrêteront-elles! Comment pourront-elles porter un jugement droit
-et définitif? La passion, le sentiment fausseront toujours leurs
-idées:
-
-«Le sentiment peut tout faire rentrer dans l'esprit d'une femme»[61].
-
- [61] Paul Bourget.
-
-«L'homme est poussé par la passion, la femme par les passions;
-celui-là par un grand courant, celle-ci par des vents changeants»[62].
-
- [62] Jean-Paul Richter.
-
-Voilà pourquoi jamais leur tempérament de grandes amoureuses ne
-pourra s'adapter à celui de politique et de tous ses corollaires, y
-compris surtout celui de voter.
-
-La femme est de plus trop légère et trop inconstante. Aucune suite
-ne se trouve dans ces décisions. Incapable de prendre par elle-même
-une résolution, elle dispense son énergie entre de nombreuses idées
-auxquelles, du reste, elle ne s'arrête particulièrement jamais. Et si
-par hasard elle parvient à prendre une résolution ferme et énergique,
-elle est absolument incapable d'en attendre le résultat?
-
-«Vous causez avec une femme de sujets graves, tout de suite vous vous
-apercevez que vous n'êtes ni compris, ni suivi. Sans cesse votre
-interlocutrice vous échappe, se jette à côté, s'arrête à des détails,
-se noie dans des lieux communs et sautille d'une idée à l'autre.
-C'est que la femme n'est pas un cerveau, elle n'est qu'un sexe»[63].
-
- [63] _Les Mensonges du féminisme_, par Théodore Joran.
-
-Ah! qui nous dira l'insouciance de cette petite âme d'oiseau, la
-légèreté de cet esprit «sautillant comme les mouches»[64], qui
-touche à tout, goûte à tout, veut tout voir, tout entendre, tout
-connaître, tout savoir sans rien approfondir. C'est que la femme ne
-peut matériellement réfléchir plus de cinq minutes; sa devise est
-frivolité. «La femme ébauche tout, n'achève rien»[65].
-
- [64] Kant.
-
- [65] Turgeon.
-
-«Ma femme est charmante, provocante, seulement elle ne laisse rien
-dans la main. Elle ressemble à ces verres de champagne, où tout est
-en mousse. Quand on a fini par trouver le fond, c'est bon tout de
-même, mais il y en a trop peu!»[66].
-
- [66] Guy de Maupassant.
-
-Rapprochons cette délicieuse réflexion de Guy de Maupassant d'une
-déclaration fine et jolie qu'Henri Lavedan met dans la bouche d'une
-de ses héroïnes:
-
-«Des joujous animés, des êtres indécis et bizarres à caprices, à
-vapeurs, à nerfs, voilà ce que nous sommes. Il y a des moments où
-nous ne comprenons rien à nous-mêmes. Nous avons des cervelles de
-petit lait, nous ne réfléchissons pas plus qu'une bête à Bon Dieu.
-Moi, je me fais l'effet de ne peser rien, d'être un duvet; moins
-qu'une chandelle... tu sais, cette fleur des champs sur laquelle on
-souffle et puis qui s'est envolée»[67].
-
- [67] Henri Lavedan: _Leurs sœurs_.
-
-Et maintenant pourrez-vous, Mesdames et Messieurs les féministes,
-être convaincus que la femme aura assez de bon sens et de raison pour
-user du bulletin de vote que, malgré elle, vous voulez lui offrir.
-
-Vous voulez faire de ce petit être mignon qui ne songe qu'à
-s'habiller comme un champignon ou comme un parapluie, l'égale de
-l'homme; vous voulez accorder des droits nouveaux à cette Eve si
-mobile d'âme et d'esprit, qui ne s'arrête à rien de profond et de
-sérieux, qui glisse sur les sujets pour ne peser que la bagatelle!
-Allons, permettons aux enfants de s'amuser avec des armes à feu! Le
-droit de vote est une arme que la femme ne saurait et ne pourrait
-manier, elle la tuerait!
-
-Et puis n'oubliez pas «que les femmes sautent toujours à pieds joints
-par-dessus les longues chaînes des raisons froides»[68].
-
- [68] Henri Marion: _Psychologie des femmes_.
-
-Cela évite toute discussion en leur faveur!
-
-En outre, que dire de leur exaltation. «Nerveuse, sensible, la femme
-est extrême en tout, capable des pires folies comme des actes les
-plus sublimes! La femme rêve toujours quelque chose de mieux que le
-bien et de pire que le mal»[69].
-
- [69] Octave Feuillet.
-
-Accordez-leur le suffrage et vous comprendrez alors pourquoi des
-hommes de bon sens vous crient: Casse-cou! Mais dans les villes, et
-surtout dans les villes ouvrières et les villages, nous assisterons
-pendant les élections à des résultats navrants: les femmes exaltées,
-ayant au cœur la prétention de faire triompher leur candidat, se
-livrant à toutes sortes d'actes que nous ne pourrons que réprouver.
-
-Considérez-les, de notre époque, dans les grèves. Ce sont elles qui
-mènent les ouvriers, qui se couchent sous les pieds des chevaux des
-gendarmes ou sur les rails des chemins de fer! Le jour où elles
-auront le droit de voter, les élections sombreront dans le ridicule
-ou dans le sang. Pour notre part, nous trouvons les deux solutions
-aussi grotesques l'une que l'autre! Et nous sommes sûr d'avoir de
-notre côté tous les gens de bon sens.
-
-N'êtes-vous point encore coquettes, et ce défaut qui parfois est
-une qualité ne deviendra-t-il pas, quand vous serez électrices, une
-sérieuse pierre d'achoppement?
-
-Vaniteuses! accessibles aux compliments. Comme vous deviendrez bien
-vite amorales! Que ne ferait-on pas d'une femme en lui vantant ses
-jolis cheveux ou ses grands yeux noirs. Des compromissions! mais il
-y en aura plus que jamais! Le premier joli candidat venu, au bagout
-étincelant, à la fine moustache ou à l'allure crâne, vous fera
-tourner comme des girouettes! Seriez-vous capables de résister à
-l'offre alléchante d'un pot-de-vin qui pour la circonstance revêtira
-les formes élégantes d'une robe de chez Paquin ou d'un superbe
-chapeau!
-
-Mais en faisant vibrer en vous la corde désespérément sensible de la
-vanité, en vous montrant une rivale adulée, comblée d'honneurs, que
-vous pourrez égaler et même surpasser, que n'obtiendra-t-on pas de
-vous!
-
-Les ennemis de la République rabâchent depuis déjà longtemps
-l'éternelle complainte de la pourriture de nos mœurs politiques.
-Ils savent bien malgré tout qu'en République aucune suspicion ne
-peut-être jetée sur notre corps représentatif.
-
-Le jour où vous aurez le droit de voter, mesdames, la pourriture
-politique gagnera du terrain sûrement, lentement, car aucune de vous
-n'aura ni le courage ni la force de résister aux tentations!
-
-Et ce jour-là, les adversaires du régime auront beau jeu!
-
-Nous le répétons, vous ne devez point voter, car vous êtes des
-femmes! car la femme est ce qu'il y a de plus beau sur la terre et
-peut-être dans le ciel, car les anges lui ressemblent idéalement.
-«Elle mérite ici-bas des autels, des litanies, une adoration
-spéciale. C'est la fleur humaine par excellence; et c'est aussi la
-perle, l'étoile et le papillon et toutes les pierres précieuses,
-le plus rare bijou de la couronne. Et c'est aussi tous les arts
-réunis, fondus, le plus exquis tableau, la plus svelte statue, le
-plus velouté pastel! Et c'est encore la musique animée, réalisée,
-personnifiée, la mélodie et l'harmonie, l'éternelle et divine
-romance!»[70].
-
- [70] Henri Lavedan: _Leurs sœurs_.
-
-Après cela, mesdames, aimeriez-vous devenir des hommes c'est-à-dire
-des singes?
-
-Et pour terminer, méditez cette pensée de Victor Hugo: «Si vous êtes
-pierre, soyez aimant; si vous êtes plante, soyez sensitive; si vous
-êtes femme, soyez amour!»[71]. C'est la seule chose que vous puissiez
-être ici-bas.
-
- [71] _Les Misérables_, Victor Hugo.
-
-
-
-
-TROISIÈME PARTIE
-
-
-
-
-QUELQUES RÉFLEXIONS SUR LES SUFFRAGETTES
-
-
-Ce ne sont point dans les pages suivantes des critiques ou des
-conseils que nous voulons donner aux féministes de notre époque.
-Notre faible voix risquerait fort d'être peu écoutée. Pourrait-il en
-être autrement! Ce que nous avons voulu, c'est simplement condenser
-en quelques lignes certaines réflexions suggérées par ces messieurs
-et dames féministes.
-
-Qu'ils ne voient point là les récriminations amères d'un adversaire
-résolu des revendications du sexe faible, mais simplement les idées
-d'un jeune homme qui s'amuse à rire de leurs travers et de leurs
-défauts, ce qui, du reste, a été une partie des plus agréables et des
-plus intéressantes de ce travail.
-
-
-1º Les Suffragettes et la Réclame
-
-Nous ne citerons point de noms; nous pourrons ainsi concilier la
-pénible obligation de dire aux femmes de cruelles vérités tout en
-n'abandonnant point le champ agréable de la galanterie. Et personne
-n'étant visé, ces dames pourront se donner l'illusion de voir ces
-lignes écrites pour leurs voisines.
-
-Il existe à l'heure actuelle une question palpitante d'intérêt: c'est
-le suffrage des femmes. Comme de toutes les nouveautés, des personnes
-s'en sont emparées, l'ont exploitée, pensant s'en faire un tremplin
-de gloire et de célébrité. Il est si difficile de percer de nos jours.
-
-Les hommes féministes ont sauté à pieds joints sur ce nouveau thème
-qui leur permet, journalistes d'exposer un sujet inédit, romanciers
-d'intéresser leur clientèle par des idées modernes, auteurs
-dramatiques d'éviter le four sensationnel par la hardiesse de la
-thèse!
-
-Pour quelques-uns, un succès de curiosité a répondu à cette nouvelle
-«exploitation littéraire»; pour beaucoup le désintéressement et le
-bon sens de la majorité des Français ont fait justice de cette levée
-de boucliers féministes. Ces Messieurs avaient en effet oublié une
-chose essentielle, principale: d'éclairer la lanterne, c'est-à-dire
-d'étudier la question. Ils croyaient pouvoir traiter le sujet du
-suffrage des femmes dans quelques articles de journaux ou aux feux
-de la rampe. Et quand on s'aperçut que leurs raisons n'étaient que
-des raisons sentimentales, que leurs phrases claironnantes étaient de
-magnifiques ciselures vides de sens, on haussa les épaules et l'on se
-mit à rire!
-
-C'était la seule conclusion qui s'imposait!
-
-Quant aux femmes, elles ont été superbes d'audace et de désinvolture.
-Elles ont tout d'abord donné l'impression de grandes héroïnes, témoin
-Olympe de Gouges! La femme, disait-elle, a le droit de monter sur
-l'échafaud; elle doit avoir également celui de monter à la tribune!
-Son désir fut sinistrement exaucé et nous ne pouvons que saluer très
-bas une victime innocente de la Révolution!
-
-A cette héroïne succéda une floraison de féministes convaincues et
-exaltées, ne rêvant que plaies et bosses, luttes, barricades, avec le
-désir public de devenir à leur tour des martyres, mais avec aussi le
-secret espoir de demeurer tout simplement des femmes.
-
-L'idée de ces revendications, comme du reste toute idée neuve et
-hardie, faisant en France son petit bonhomme de chemin, ces dames se
-crurent tout d'un coup les Messies d'une nouvelle société; à l'instar
-des Saint-Simoniens elles tâchèrent de fonder un nouveau dogme
-de régénération sociale! Et du jour au lendemain, les féministes
-furent célèbres, on leur prit des interviews, elles écrivirent
-leurs impressions, quelques-unes même leurs mémoires. Les grands
-quotidiens publièrent des articles sensationnels sur leur compte;
-et à part quelques esprits calmes et pondérés, l'escouade de ces
-militantes fut grisée, fut éblouie! Songez donc! on publiait en
-première page leurs articles, leurs noms; on donnait même leurs
-photographies!
-
-«Ah! l'on ne connaît pas l'influence de la photographie retouchée sur
-la femme! Elles se font photographier dans toutes les positions, face
-à l'Océan; celle-là, partant à la conquête de la littérature, sur
-un dos de chameau; telle se costume en impératrice, telle autre en
-bédouine!»[72].
-
- [72] Louise Faure Favier: _Figaro_, 21 février 1910.
-
-Et toutes ces dames, prises tout à coup d'un furieux accès de
-production, écrivirent, chaque jour, dans tous les journaux, dans
-toutes les revues, dans tous les quotidiens!
-
-Oh! cette littérature féministe! De l'opium! de la guimauve ou de la
-pâte... épilatoire!
-
-Les hommes-féministes! Des convaincus! des champions de
-l'émancipation! Allons donc! dites plutôt des esprits brillants
-et distingués! soit, mais aussi des vendeurs de littérature, des
-lanceurs d'affaires, des hommes subtils et adroits, ayant compris
-tout le profit qu'ils pourraient retirer de ces idées modernes et
-toute la gloires qui rejaillirait sur eux de les avoir fait connaître
-et exalter!
-
-Les femmes féministes! Des convaincues! Allons donc; des assoiffées
-de réclame, des ambitieuses, dont le suprême bonheur est de présider
-un congrès ou de lire leur nom dans un journal.
-
-«Ce qui perce à travers la propagande qu'elles mènent c'est, avec le
-mauvais goût de la déclamation, une avidité impatiente de réclame, un
-goût effréné de notoriété bruyante. La poule meurt d'envie de chanter
-comme le coq, et c'est à qui s'époumonera pour mettre sa petite
-personne en évidence sur le plus haut perchoir du poulailler»[73].
-
- [73] Turgeon: _Le féminisme français_.
-
-Oui, Mesdames les féministes, voilà ce que vous êtes, des petits
-esprits étroits et bornés, ayant au cœur un seul désir, celui de
-paraître sur la scène de la vie, de taper à coups redoublés sur la
-grosse caisse de vos revendications afin que l'on parle et que l'on
-cause de vous, que l'on vous interviewe ou que l'on mette votre
-photographie dans un illustré, devant une réclame de rasoir ou de
-corricide!
-
-Idéal combien ridicule et banal! Cela classe tout de suite le
-féminisme!
-
-
-2º Les suffragettes et la beauté!
-
-Il existe chez les féministes femmes un point faible, très faible; un
-point tout petit et qui, cependant, malgré les haussements d'épaules
-de ces dames, a une grande importance! C'est la question de la beauté!
-
-Jusqu'ici, les féministes n'ont recueilli que des suffrages
-restreints, et cela tient beaucoup au manque d'élégance et
-d'esthétique des candidates. Cette raison qui, à première vue, peut
-paraître puérile est cependant, après discussion, sérieuse et fondée!
-
-Vous nous direz: Mais toute femme jolie est bête! et pour être
-intelligente nul besoin n'est d'avoir une figure fine et gracieuse!
-C'est vrai, mais enfin c'est un grand défaut d'être laide, Madame!
-«La femme n'a qu'un droit, avons-nous lu quelque part, celui d'être
-jolie!» L'auteur exagérait, évidemment, mais il ne mentait pas!
-
-«Qui décrira les nez en pied de marmite, chevauchés par de calamiteux
-lorgnons, et les mentons crochus, les bouches édentées, où
-n'apparaissent plus, au coin d'un redoutable sourire, que quelques
-vieux chicots crénelés; et les visages couperosés ou jaunâtres, les
-physionomies en coin de rue et les petits yeux vérons ou pers,
-laissant filtrer un regard réfrigérant comme un courant d'air!»[74].
-
- [74] _Journal_, 6 juin. Ludovic Naudeau.
-
-Mme Nelly-Roussel, en rapportant et commentant ce passage
-photographié et pris sur le vif, devient triste et amère! Touchée
-au vif, elle n'a pour le correspondant du _Journal_ que des paroles
-mordantes!
-
-Et parce que M. Ludovic Naudeau a montré, dans toute sa vérité et
-toute son horreur un type presque universel de féministe, parce qu'il
-souligne d'une plume minutieuse et humouristique le grave et éternel
-défaut de ces dames, Mme Nelly-Roussel, avec un esprit mélancolique,
-nous répond: «Ah! quel amusant jeu de massacre nous fournirait le
-Parlement de n'importe quel pays! mais nous sommes meilleures que
-vous, nous nous reconnaissons le droit à la laideur... bien que de
-celui-là, comme des autres, vous abusiez volontiers»[75].
-
- [75] _Quelques lances rompues en faveur de nos libertés_, Nelly
- Roussel.
-
-Eh! bien, à vous! mesdames, nous ne vous reconnaissons pas ce droit!
-Un homme peut être laid, cela n'influe en rien sur son caractère ou
-son énergie, mais vous! femmes, si vous voulez réussir, triompher!
-vous devez être belles, car le jour où vous niez cette qualité, vous
-supprimez la moitié de vous-mêmes!
-
-Oui, n'oubliez pas, Mesdames, «dont les héroïques campagnes en faveur
-du féminisme et de l'amour libre sont inscrites dans la lassitude
-de vos bajoues et le découragement de vos seins»[76], que la femme
-qui veut avoir un nom, être connue, faire parler d'elle, quand sa
-cause est mauvaise ou que la vive intelligence lui fait défaut, doit
-racheter tout cela par sa beauté. Pour vous, c'est une arme devant
-laquelle peu d'hommes résistent, une force qui plie tout à sa volonté!
-
- [76] Jean Lorrain.
-
-La laideur, Mesdames les féministes, voilà votre ennemi mortel! Nous
-contemplions vos traits dans le numéro de _Fémina_ du 15 avril 1910.
-Quelle impression doit produire sur les électeurs la silhouette
-hommasse ou le facies exsangue de certaines candidates! Quel piètre
-succès malgré toute votre éloquence (_?_) et que de sourires
-ironiques doivent souligner vos périodes échevelées!
-
-Peut être allons-nous faire mourir de jalousie certaines
-concurrentes! A quoi attribuer le succès de Mme Marguerite Durand?
-à ses idées féministes? Non! loin de là, mais simplement à son
-élégance, à sa joliesse, à sa beauté distinguée!
-
-Vous voyez, Mesdames, nous avions raison de vous dire: Soyez jolies!
-Soyez jolies!
-
-Admirons profondément, sincèrement, ce journaliste, féministe
-convaincu, John-Antoine Nau qui, dans le _Petit Niçois_ du 18 janvier
-1909, parlant de la laideur des suffragettes anglaises écrit: «La
-prochaine fois que je rencontre une féministe anglaise ou non,
-élégante ou malpropre, même bottée comme un égoutier, même laide
-comme un pou, même un peu émêchée, sentant le schnik, le tord-boyaux,
-voire le tabac à chiquer, je l'embrasse fût-ce en pleine rue!»
-
-Je ne croyais pas qu'il existât de par le monde des hommes capables
-d'un tel courage!
-
-Quant à nous, le jour où nous rencontrerons une féministe de tous
-points semblable à l'idéal de M. Nau, qui voudra se venger de nos
-attaques, nous lui dirons simplement: Embrassez-moi. Et vous pouvez
-croire, Mesdames, que nous serons cruellement puni!
-
-
-3º: Les suffragettes et la critique
-
-Il est encore un point qui vous porte considérablement tort,
-Mesdames, c'est votre tactique de combat. Aux attaques et aux coups
-de vos adversaires vous ne savez répondre la plupart du temps que par
-des insultes ou des procédés méchants.
-
-Irritables et nerveuses à l'excès, vous ne savez pas mesurer vos
-paroles, guider vos réponses, empreintes toujours de fiel et
-d'amertume; à la discussion vous préférez la phrase emportée; à la
-polémique, le ton rancunier et coléreux. Nous le répétons, vous avez
-gravement tort!
-
-Ayez au contraire le bon sourire franc des duellistes de journaux;
-encaissez les coups sans mauvaise humeur; ayez la répartie fine,
-vive, spirituelle, mordante; sachez retourner les arguments adverses
-d'une plume alerte et émoustillante, mais de grâce ne prenez point
-tout de suite cet air boudeur et cette mine rageuse; que vos
-discussions et vos réponses ne disparaissent plus sous les flots
-tumultueux et pressés des épithètes malsonnantes; vos arguments n'en
-auront que plus de valeur (ils en ont du reste besoin), et désormais
-vous n'aurez plus l'ennui de lire des articles si véridiques à votre
-adresse, à l'instar du suivant:
-
-«Chaque fois que je me suis permis de ne pas admirer les femmes qui
-font de la politicaille, j'ai reçu toutes sortes de lettres et de
-cartes injurieuses.
-
-»Des mains sans doute charmantes ont écrit à mon adresse de
-cette écriture fine et allongée et pointue,--marque d'une bonne
-éducation--les mots de crétin, d'idiot, d'abruti (j'en passe et des
-pires).
-
-»Ma foi! j'ai tort de croire que les dames n'ont pas de dispositions
-pour entrer dans l'arène électorale»[77].
-
- [77] Clément Vautel, _Matin_, 11 février 1910.
-
-En homme spirituel et aimable, Clément Vautel ne fait que vous
-supposer des dispositions; il vaudrait bien mieux pour vous,
-Mesdames, pour votre beauté, votre intelligence et votre élégance,
-être obligées de reconnaître que vous n'êtes point faites pour les
-luttes politiques!
-
-Vous n'arriverez à ce résultat que le jour où vous reviendrez à ce
-que vous avez toujours été, c'est-à-dire des femmes, par analogie des
-êtres doux, affectueux et polis!
-
-Et ce jour-là arrivera bientôt. Car vous reconnaîtrez votre erreur,
-vous ne fausserez désormais plus vos caractères, vous ne serez plus
-les politiciennes aux mots grossiers et injurieux, car cela n'est
-point ni dans votre nature, ni dans votre caractère, ni dans votre
-cœur! Vous redeviendrez des femmes.
-
-Chassez le naturel, il revient au galop!
-
-
-
-
-QUATRIÈME PARTIE
-
-
-
-
-OPINIONS DE PERSONNALITÉS POLITIQUES ET LITTÉRAIRES SUR LE SUFFRAGE
-DES FEMMES
-
-
-Nous avons essayé de grouper très impartialement les opinions de
-quelques personnalités politiques et littéraires sur le suffrage des
-femmes.
-
-Nous nous plaisons cependant à constater l'absence presque complète
-de partisans résolus et convaincus. La plupart n'ont pas osé
-répondre; certains, et ils sont nombreux, ne disent ni oui ni non,
-enveloppent leur pensée dans un tour de phrase mystérieux, reprenant
-d'une main ce qu'ils accordent de l'autre: bref pour ne point se
-donner l'air de vieux rétrogrades, biaisent, essayent de gagner du
-terrain avec tellement de restrictions et de doutes qu'ils précisent
-mieux encore leurs opinions.
-
-Et c'est pour nous une des constatations des plus agréables à la
-fin de ce travail, après avoir parcouru les principaux ouvrages des
-grands féministes hommes, d'avoir l'impression très nette et très
-franche du sentiment de gêne éprouvé par ces écrivains à se déclarer
-partisans convaincus des revendications du sexe faible.
-
-Nous n'en voulons pour preuve (au milieu de nombreuses) que
-l'assertion de deux féministes acharnés, MM. Prévost et Jadin.
-
-M. Marcel Prévost, après avoir exalté dans tous ses ouvrages la
-nouvelle femme, l'Eve libre, fait dire à une de ces vierges fortes
-(_Léa_, p. 154):
-
-«Une voix intérieure m'a toujours dit: «Rien n'est meilleur que
-d'avoir une famille, un mari qui travaille avec vous, beaucoup
-d'enfants qu'on soigne et qu'on élève».
-
-Plus loin:
-
-«Cet attachement fétichiste de l'épouse à l'époux sera longtemps la
-loi des meilleures entre les femmes.»
-
-Enfin, étrange constatation, dans les lettres à Françoise:--«Vous,
-Françoise, je crois vous définir assez justement en disant que vous
-êtes antiféministe pour vous-même et volontiers féministe pour les
-autres.»
-
-On ne peut être plus franchement ironique.
-
-Quant à M. Jadin, professeur à l'École de Pharmacie de Montpellier,
-homme aimable et distingué, unissant à ses dons d'agréable
-conférencier une érudition complète sur la question du féminisme,
-après avoir louangé dans un discours d'ouverture des Facultés la
-femme savante et doctoresse, ne put s'empêcher de nous dire:
-
-«Loin de moi d'exalter la femme intellectuelle aux dépens de la
-femme d'intérieur. Plus que tout autre, peut-être, je considère que
-les rôles sacrés d'épouse et de mère auxquels sa nature la destine
-suffisent à remplir glorieusement une carrière, que les qualités
-mêmes de nos compagnes, leur grâce, leur joliesse, leur délicatesse,
-leur sensibilité, les consacrent gardiennes d'ornements du foyer
-domestique!»[78].
-
- [78] La _Vie Montpelliéraine_.
-
-Nous excusons volontiers M. Jadin, féministe convaincu, de son hymne
-en l'honneur de la femme sensée et raisonnable. Cela ne nous surprend
-pas outre mesure. Les hommes d'esprit savent toujours reconnaître
-leur erreur, et M. Jadin est un de ceux-là!
-
-Quant à nous, si ces Dames trouvaient ridicule notre aversion contre
-leurs réclamations et leurs revendications, nous répondrions tout
-simplement: Il faut toujours avoir le courage de ses opinions... et
-de ses ridicules!
-
- *
- * *
-
-Voici maintenant l'opinion de quelques personnalités sur le suffrage
-des femmes:
-
-
-De la _Revue Socialiste_, 1906:
-
-Je suis convaincu qu'il en résulterait non seulement pour la femme
-une libération rapide des lois et des usages qui économiquement
-et civilement l'infériorisent à l'homme, mais aussi pour tout le
-prolétariat une prompte croissance de force et de liberté morale
-et sociale. Ce serait un pas de plus dans la voie du progrès
-démocratique et humain!
-
- Edouard VAILLANT, député.
-
-
-C'est incontestablement le seul moyen pour que le suffrage mérite
-d'être appelé universel! C'est aussi celui d'être d'accord avec la
-justice et le bon sens, car il est aussi injuste de refuser à la
-femme, parce que femme, tout ce qu'on accorde à l'homme. De là des
-mésintelligences fort explicables!
-
- Jean ALLEMANE, député.
-
-
-Par le fait même de son affranchissement politique, la femme
-sortirait de l'ombre des églises pour venir en plein soleil de la
-place publique.
-
- Emile VANDERVELDE, député à la Chambre belge.
-
-
-Notre parti s'est prononcé avec enthousiasme pour l'affranchissement
-politique des femmes. Il est difficile pour moi de comprendre que
-cette revendication ne soit pas acceptée par tous les socialistes.
-
- Keir HARDIE, membre du Parlement britannique.
-
-
-Je pense que le droit de vote pour la femme est indéniable au point
-de vue moral, social et politique.
-
- Enrico FERRI, de la Chambre italienne.
-
-
-A mon avis, la question du suffrage des femmes n'est pas de première
-importance pour le socialisme et la classe ouvrière. C'est une
-question de justice plutôt que d'intérêt pratique pour le mouvement
-d'émancipation, la plupart des femmes se montrant très indifférentes
-à ce sujet, même celles de la classe ouvrière.
-
- Edouard BERNSTEIN, membre du Parlement allemand.
-
- *
- * *
-
-A quoi sert-il de révolutionner le Code civil au profit des femmes
-et de leur donner des droits si, pour conserver ces droits, elles ne
-sont pas armées du bulletin de vote, si le suffrage politique ne leur
-est pas donné. En parlant de la sorte, je vais peut-être froisser,
-dans le féminisme même, les sentiments de quelques êtres timorés qui
-nous accusent de compromettre notre thèse en demandant le suffrage
-politique pour les femmes. Eh bien! que les femmes me permettent
-de leur dire que toutes les lois que nous pourrons proposer seront
-vaines si pour accroître et défendre ces lois elles ne sont pas
-armées du bulletin de vote. Vous obtiendrez de la générosité des
-hommes, de leur esprit de justice ou quelquefois de leur amour du
-paradoxe, quelques réformes partielles, quelques menues modifications
-du Code civil ou de Commerce, mais jamais vous ne recevrez le
-bienfait total de l'émancipation. Au nom d'une expérience politique
-et parlementaire assez longue, laissez-moi vous dire que les
-législateurs font les lois pour ceux qui font les législateurs.
-Tant qu'un suffrage féminin ne viendra pas se joindre au suffrage
-masculin, tant que se complétant l'un l'autre ils n'auront pas
-restitué à la société l'harmonie et l'équilibre, la société ira de
-tourments en tourments et d'abîmes en abîmes.
-
- M. VIVIANI, Ministre du Travail.
-
- *
- * *
-
-Des _Annales politiques et littéraires_:
-
-Je crois que le suffrage universel serait moins mauvais pendant
-quelque temps si les femmes votaient, mais d'autre part le suffrage
-universel me paraît idiot! Alors!
-
- Jules LEMAITRE, de l'Académie Française.
-
-
-J'ai dit bien des fois que je suis partisan du suffrage politique
-des femmes et de leur éligibilité, voulant l'absolue égalité des
-droits des deux sexes. Je suis même partisan du vote des enfants (le
-père votant pour les garçons et la mère pour les filles!) ce qui
-donnerait aux pères et mères la prépondérance sociale qu'ils doivent
-avoir. Je crois que pour tout pays, le vote serait moralisateur
-et conservateur, les femmes étant à les considérer d'ensemble un
-peu moins sensuelles, beaucoup moins cruelles et infiniment moins
-alcooliques que les hommes.
-
- Emile FAGUET, de l'Académie Française.
-
-
-En vérité, pourquoi ne voterait-elle pas puisque si elle ne
-vote point elle fait voter ceux qui votent? Vous verrez que les
-suffragettes, ces midinettes du vote, auront raison tôt ou tard du
-préjugé. Elles sont l'avant-garde du féminisme et leurs promenades
-boulevardières, d'abord raillées, finiront quelque jour par le vote
-de leur droit au vote. Ce n'est pas demain! Et qui sait? Demain vient
-vite et la France nouvelle, celle qui date de 20 ans seulement, est
-déjà assez différente de l'ancienne pour qu'on s'attende à bien des
-transformations encore.
-
- Jules CLARETIE, de l'Académie Française.
-
-
-Je ne saurais vous cacher que je suis résolument opposé au vote
-des femmes. Je craindrais qu'elles ne se jetassent dans les luttes
-politiques avec une ardeur qui augmenterait encore les divisions de
-la France, et nous sommes assez divisés comme cela.
-
- Comte d'HAUSSONVILLE, de l'Académie Française.
-
-
-Je veux bien que les femmes votent et je crois qu'elles voteront dès
-qu'elles s'aviseront de le désirer; mais je n'y vois pas d'utilité
-générale, puisqu'elles n'ont indiqué jusqu'ici aucune vue politique
-propre. Faut-il être franc? Dans la minute présente, les femmes
-qui veulent voter me semblent des agitées. Leur véritable activité
-se satisfait de cent autres manières. Cependant si elles tiennent à
-voter, si elles se croient humiliées de n'être pas électrices, il
-n'y a pas d'objection sérieuse à leur opposer et quand elles auront
-conquis leur bulletin de vote, elles l'auront mérité tout aussi bien
-que les hommes.
-
- Maurice BARRÈS, de l'Académie Française.
-
-
-Ce sont de bien grosses questions et c'est seulement par des points
-d'interrogation que je me permettrai d'y répondre!
-
-Est-il logique, est-il juste qu'une femme devenue chef de famille
-par le fait de son veuvage ne soit jamais appelée à dire un mot
-quelconque dans les grands débats qui intéressent la destinée de sa
-propre famille, aussi bien que la destinée des familles voisines,
-politiquement représentées par le vote du père?
-
-Est-il logique, est-il juste que les travailleuses organisées en
-syndicat n'aient aucun moyen direct d'assurer la répercussion de
-leur volonté dans les assemblées politiques et que l'émancipation
-économique ainsi assurée à la femme n'ait aucune sanction dans le
-domaine politique?
-
-LUCIE-FÉLIX-FAURE-GOYAN.
-
- *
- * *
-
-Du _Gil-Blas_:
-
-Tant que notre pays sera régi par le suffrage universel, je serai
-résolument pour le vote et l'éligibilité des femmes. Et pourquoi?
-parce que je les mets au défi de gouverner plus mal et de choisir des
-représentants qui fassent plus mal les affaires de la France.
-
- Louis d'HURCOURT.
-
- *
- * *
-
-De _l'Eclair_, de Paris:
-
-J'en suis partisan, parce qu'elles sont, elles et leurs enfants,
-entraînées par les destinées de leur pays et qu'elles doivent, par
-conséquent, avoir le droit d'y participer et d'y veiller; parce que
-l'unité sociale, la famille, a pour directeurs naturels le père et
-la mère et que cette dernière y assume autant de responsabilité que
-son mari; parce que la femme a un sens pratique et une universelle
-bonté qui doivent avoir les moyens de se faire entendre et au besoin
-accepter.
-
- Docteur Armand GAUTIER,
- De l'Institut, membre de l'Académie de Médecine.
-
-
-A voir l'usage que les hommes font du bulletin de vote, il n'y a pas
-de risque de tomber dans le pire en courant l'aventure d'une réforme
-équitable.
-
- ANDRIEUX, ancien député, ancien préfet de police.
-
-
-Il m'est très difficile de me prononcer au pied levé et sans étude
-spéciale de la question sur un aussi grave et délicat problème.
-Tout ce que je puis vous dire, je ne suis pas opposé à la nouvelle
-réforme, pourvu qu'il s'agisse du droit de vote seulement et non
-pas de l'éligibilité. Encore une fois, il ne s'agit ici que d'une
-impression hâtive et non pas d'un parti sérieusement étudié.
-
- Marquis de SÉGUR.
-
-
-Je suis avec vous, du moins partiellement. Seulement je suis d'avis
-de procéder par étapes. Je voudrais d'abord accorder aux femmes le
-vote, l'électorat puis l'éligibilité municipale. Si l'expérience,
-comme je crois, réussissait, je serais disposé à permettre aux
-femmes de prendre part aux élections cantonales. Mais je m'arrêterais
-là. L'électorat politique me paraît inséparable des charges
-militaires, jusqu'ici du moins.
-
- Jacques BARDOUX, Professeur à l'Ecole des Sciences politiques.
-
-
-Je voudrais conférer à la mère de famille (comme au père de famille)
-la pluralité du vote comme une récompense et un honneur dans ce pays
-que mine une natalité volontairement décroissante, mais aussi comme
-un attribut justifié par plus d'expérience acquise et d'intérêts dans
-la vie.
-
- Eugène ROSTAND.
-
-
-Je suis en principe partisan du suffrage des femmes à condition
-qu'elles soient veuves ou célibataires âgées de 25 ans.
-
-Par contre, je ne suis pas d'avis qu'elle soit éligible, si ce n'est
-aux fonctions d'assistance, municipales ou éducatives.
-
- C. BONNET-MAURY,
- Professeur à la Faculté libre de Théologie protestante.
-
-
-Je suis partisan du suffrage des femmes. Nous pourrions commencer par
-l'introduire à certaines conditions dans les élections municipales.
-
- Paul DESCHANEL.
-
-
-Je désire obtenir pour la femme l'égalité des droits politiques.
-Néanmoins je considère qu'une pareille réforme ne peut s'accomplir
-que par étapes.
-
- GOIRAND.
-
-
-Je crois que, dans un avenir plus ou moins rapproché, les femmes
-deviendront électeurs et éligibles et je suis même convaincu qu'elles
-élimineront les hommes de la politique. Elles y apporteront plus de
-finesse mais elles la compliqueront. En Finlande et en Australie,
-leur intervention n'a pas été heureuse.
-
- Yves GUYOT.
-
-
-Le bulletin de vote pour les femmes, ça sera comme pour les hommes,
-l'acceptation de l'oppression politique et de l'exploitation
-économique par la grande masse, pour le plus grand profit de ceux qui
-exercent le pouvoir et qui détiennent la richesse sociale.
-
- Jean GRAVE.
-
-
-Il y a déjà tant d'incompétences qui s'occupent de politique que je
-ne verrais pas sans inquiétude les femmes se jeter dans la mêlée des
-partis. Dans les pays catholiques, le vote de la plupart des femmes
-serait celui de leurs confesseurs, qui recevraient eux-mêmes le mot
-d'ordre de Rome. Au lieu de contribuer au progrès, il amènerait je
-crois un recul. Attendons, la question me semble prématurée.
-
- Alfred FOUILLÉE, membre de l'Institut.
-
-
-La presque unanimité des électeurs de Roquefixade m'a fait maire de
-cette commune, quoique me sachant aussi matérialiste que patriote et
-républicain.
-
-Or, si les femmes votaient, non seulement je n'aurais pas le suffrage
-de la plupart d'entre elles, mais elles détourneraient de moi un
-assez grand nombre de mes électeurs actuels.
-
- E. DARNAUD, maire de Roquefixade (Ariège).
-
- *
- * *
-
-Du _Nouveau Siècle_:
-
-Si la femme était directement intéressée dans nos luttes, elle y
-perdrait l'influence bienfaisante qu'elle tient de ses rôles d'épouse
-et de mère, sur les destinées de la Patrie qui n'est plus que le
-prolongement naturel de la famille.
-
-Au moment où sous les attaques incessantes contre l'idée de
-la «Patrie» on sent poindre de tous côtés des sentiments de
-découragement et comme des symptômes de résignation à une sorte de
-dégénérescence nationale, la femme, dans ses deux grands rôles, avec
-son sens plus affiné de nos traditions, m'apparaît comme la seule
-capable de réveiller en ce pays la vision rédemptrice de son idéal et
-de ses destinées momentanément obscurcies par nos luttes politiques.
-
-Elle n'y arrivera que si elle s'en tient soigneusement à l'écart.
-
- Amiral BIENAIMÉ, député de Paris.
-
-
-J'aurais été satisfait de voir dans la Chambre des femmes députés...
-Tout cela parce que la femme a autant--si ce n'est plus--de droits à
-défendre que l'homme. Comme celui-ci, du reste, elle a à combattre
-l'exploitation capitaliste et elle a tout à attendre de la venue
-d'une société socialiste. En plus, comme mère, la femme devrait
-pouvoir influer sur les destinées sociales et matérielles.
-
- COMPÈRE-MOREL, député du Gard.
-
-
-Le suffrage universel n'est qu'une fiction tant que les femmes en
-seront exclues; le mot de féminisme me paraît impropre. C'est la
-question de l'égalité et de l'équité dans le civisme qui est posée.
-La femme est citoyen devant la loi commerciale, devant la loi pénale;
-elle ne l'est pas devant l'urne électorale, c'est la contradiction
-constitutionnelle, l'injustice sociale.
-
- MILLEVOYE, député de Paris.
-
-
-Puisque les femmes sont admises avec nos pères et nos fils dans les
-grandes écoles de l'Etat, puisqu'elles peuvent être commerçantes,
-médecins, avocats, puisqu'elles partagent les travaux de certains
-fonctionnaires, puisque les voilà maintenant reconnues aptes à
-être des juges-prud'hommes; je ne vois pas ce qui les empêcherait
-d'occuper des sièges à la Chambre des députés, au Sénat, dans
-les Conseils généraux et dans les Conseils municipaux où elles
-apporteraient un charme et une séduction qui manquent à la plupart
-des hommes politiques.
-
- Georges BERRY, député de Paris.
-
- *
- * *
-
-Voici enfin quelques opinions inédites dont nous remercions
-sincèrement les auteurs:
-
-Si les femmes doivent voter, monsieur? Certainement.
-
- Max et Alex FISCHER.
-
-_P. S._--Nous ne parlons bien entendu que de celles qui ont de la
-moustache.
-
-
-Les femmes doivent voter: Parce qu'elles ont voix au chapitre. Parce
-qu'elles feront prévaloir des lois de préservation de l'espèce. Parce
-qu'elles feront passer le sentiment en ce qu'il a de plus noble avant
-les considérations de cuisine politique.
-
- Paul MARGUERITE.
-
-
-Je n'ai point d'idées neuves sur ce sujet.
-
- Charles GIDE.
-
-
- Mon cher ami,
-
-Les femmes sont faites pour surveiller le ménage et faire des enfants.
-
- LASIES, député.
-
-
-Je vous paraîtrai peut-être un vil réactionnaire, mais je partage
-entièrement son opinion.
-
- Emmanuel BROUSSE, député.
-
-
- MONSIEUR,
-
-Je ne suis pas du tout partisan du vote des femmes. Ce serait une
-raison de plus pour elles de sortir de leur rôle, ce qui leur arrive
-déjà trop souvent, depuis quelque temps. Et puis, elles ont déjà bien
-trop de moyens d'action sur nous et bien trop de façons de se mêler
-de nos affaires sans y ajouter ce nouveau prétexte.
-
-Je ne prétends pas qu'elles voteraient plus mal que nous. Ce serait
-difficile, d'ailleurs. Mais elles y mettraient encore plus de passion.
-
-Et puis, comme on dit de notre côté en cas d'aventure: Cherchez la
-femme; on dirait de leur côté: Cherchez l'homme. Car finalement il
-n'y a que ça au fond de la plupart des actions humaines.
-
-Y mêler encore la politique me paraît superflu.
-
- Mes sentiments les plus distingués.
-
- Michel PROVINS.
-
-
-
-
-CONCLUSION
-
-
- _Aux Femmes_
-
-Vous qui nous lirez, convaincues, sceptiques, ou indifférentes,
-n'ayez pour moi aucune parole de haine, aucun sentiment de mauvaise
-humeur, aucun accès d'indignation. A nos attaques raisonnées et
-sincères, répondez par un sourire, à nos objections par un geste
-élégant de vaincues: Vous aurez là l'occasion d'être pour une fois
-des femmes d'esprit.
-
-De nous ne vous faites pas l'idée d'un rétrograde, d'un bourgeois ou
-d'un retardé du siècle! Non! plus que vous, nous aimons tout ce qui
-est jeune, nouveau; plus que vous nous adorons l'idée riche d'espoir,
-de jeunesse et d'avenir; mais cependant nous ne prendrons dans ces
-projets d'évolution future que ce qui nous semble juste, équitable
-et sensé, vous laissant, Mesdames les féministes, le rôle ingrat de
-ne voir dans nos théories sociales que le ridicule, le grotesque et
-l'invraisemblable.
-
-Mais ce n'est point encore à vous les intellectuelles (?), les
-révolutionnaires, les exaltées que j'en veux, vous qui défendez
-parfois avec conviction et rarement avec raison une mauvaise cause.
-C'est à vous, Messieurs les féministes, qui doucement, avec une douce
-et fausse pitié, vous penchez vers l'âme de cette femme éprise de
-liberté, grisée d'émancipation et par votre prestigieux talent et
-votre plume éblouissante matérialisez et faites passer du domaine
-irréel au domaine réel une idée fausse et anormale. Oui c'est à vous
-que je cherche querelle, vous les hommes puissamment assis dans la
-vie politique qui par pose, par snobisme, par genre, vous collez
-l'étiquette de féministe, vous qui trônez fiers et impassibles dans
-les hauteurs de la littérature et du journalisme et prenez plaisir
-à soutenir la cause de l'Eve future pour vous singulariser ou vous
-créer un nom, c'est vous que j'accuse de cet énervement social, de
-cette crise qui secoue ridiculement quelques Françaises! Un coup de
-bistouri eût été mieux approprié qu'une tendre consultation!
-
-Et si le jour où écoutant les plaintes affolées et injustifiées de
-ces enfants, vous leur aviez dit ce que tout homme de bon sens pense,
-au lieu de leur faire inélégamment l'aumône d'une fausse pitié, de
-nos jours on n'entendrait plus ce flot de grotesques réclamations,
-qui n'ont pas seulement le mérite d'être idéalisées par des larmes et
-qui sont couvertes par des éclats de rire.
-
-Si à ces énervées, à ces détraquées vous leur aviez fait entrevoir la
-faiblesse de leurs raisonnements et le contre-sens de leur idéal au
-lieu de leur prêter une oreille attentive, si vous aviez d'un seul
-coup plongé dans la vie normale ces anormales, au moment de stupeur
-et d'étouffement aurait peut-être succédé une crise plus violente,
-mais vite dissipée, et petit à petit, le temps aidant, lasses et
-fatiguées, elles seraient rentrées dans l'oubli et dans le passé!
-
-Voilà ce que vous n'avez pas voulu faire, Messieurs les féministes,
-vous la cause première de cette théorie moderne et combien
-insoutenable: l'émancipation de la femme! Vous avez considéré cette
-idée nouvelle comme un «tremplin, comme un capital, comme une bonne
-affaire!»
-
-Puissiez-vous faire faillite et crouler ridiculement sous les
-applaudissements vengeurs de tous les Français raisonnables et sensés!
-
-Quant à nous, ce qui nous console, c'est que nombreux sont encore en
-France, «les Philistins des deux sexes qui n'osent pas s'arracher
-au cercle étroit des préjugés et appellent le féminisme la folie du
-siècle»[79].
-
- [79] Aussip Laune; _Revue Socialiste_.
-
-Oui, la folie du siècle qui détraque le cerveau de quelques femmes
-pauvres d'esprit et riches d'espérances; folie remplissant notre pays
-de cris étranges et inquiétants, tels que «Egalité des deux sexes,
-Emancipation de la femme», etc., etc., à tel point qu'une de vos
-sœurs, Mesdames, intelligente et fine, Mme Séverine, dans le _Matin_
-du 2 avril 1910, essayait dans un style humouristique de faire taire
-ces brailleries par une expression peut-être pas très académique mais
-tout au moins de circonstance: «La ferme!»
-
-Nous n'aurons point, Mesdames, la coquette impertinence d'une de vos
-plus illustres représentantes, croyez cependant que ce mot résume
-bien pour nous l'attitude à prendre devant tous vos discours et vos
-réclamations.
-
-Que dire maintenant de cette question en elle-même, le suffrage des
-femmes?
-
-La question du vote arrive à sa période heureuse, c'est-à-dire qu'on
-ne la prend encore ni au sérieux, ni au tragique. Touche-t-on à une
-solution? Si l'on songe que le problème fut posé par Aristophane,
-qui n'était probablement pas le premier, il y a environ 2.300 ans,
-on se sent un peu sceptique malgré l'initiative de quelques pays
-d'avant-garde. Au fond, chacun se demande si les femmes sont aptes
-à voter. «Cela n'a aucune importance, puisque les idiots votent»,
-déclare Mme Durand, avec une humilité bien peu féministe et encore
-moins féminine.
-
-Mais on se demande surtout, pour qui voteront-elles? et comme
-personne n'est sûr d'avoir les femmes pour soi (perfides comme
-l'onde, la douceur mobile, toutes les langues ont là-dessus des
-dictons malhonnêtes), chacun se méfie, excepté Don Juan..., mais Don
-Juan ne fait pas de politique.
-
-Au fond, citoyennes, vous vous préparez un maigre profit et beaucoup
-de désillusions. Il y a de mauvaises lois à abroger, à modifier; il
-y en a de bonnes, de très bonnes à faire vous concernant. Laissez
-ce soin au temps, aux mœurs pas meilleures mais qui deviennent
-plus humaines. On y travaille depuis longtemps, Mesdames, depuis
-Justinien. Ne désespérez donc pas! On a rendu l'amour obligatoire
-tout comme l'instruction! Pouvait-on vraiment aller plus loin.
-
-Quant à vos champions, vos leaders, charmantes parfois, éminentes
-rarement, à tous égards, en politique les croyez-vous capables de
-poursuivre l'intérêt véritable des femmes. L'on en voit trop prendre
-de l'incohérence pour du génie, le manque de goût pour du courage et
-l'incongruité pour de la hardiesse d'esprit.
-
-De grâce, Mesdames, ne compliquez pas la vie, elle n'est pas déjà si
-simple! et puis, sans doute, les hommes eux aussi font beaucoup de
-sottises, mais croyez-vous qu'une sottise féminine soit l'antidote
-d'une sottise masculine? Nous croyons plutôt qu'elles font deux.
-
-Ne prenez point ces airs batailleurs. Le costume de petite lutteuse
-vous va si mal.
-
-L'homme politique devient devant les foules une bête orgueilleuse
-et déchaînée. Il ne regardera pas si vous avez des jupes ou des
-pantalons. Et une fois meurtries et blessées, vous pleurerez et vous
-n'aspirerez qu'à redevenir ce que vous n'auriez dû jamais cesser
-d'être, des femmes.
-
-Certes, quelques-unes des grandes féministes trouveront peut-être
-ce rôle bien banal, bien effacé, bien indigne de leurs hautes
-aspirations.
-
-Il semble que vous oubliez que c'est vous qui, dans la vie, êtes le
-plus souvent la souveraine! Pauvres pantins que les hommes, lorsque
-vous mettez en marche toutes les ficelles de votre séduction et de
-votre coquetterie.
-
-Etouffez en vous ces bouffées d'orgueil et de domination politiques,
-souvenez-vous que vous avez des moyens plus sûrs de régner et
-d'avoir une incontestable influence! Songez à l'Assemblée des
-femmes d'Aristophane et à Lysistrata matérialisant de la façon la
-plus choquante et la moins attique une incontestable vérité. Par
-votre charme, votre grâce, et les mille et un détails de votre
-caractère, par la poésie de votre sexe et la simplicité du pot au
-feu, vous menez le monde (on a déjà dit cela en vers de tous pieds,
-en madrigaux de toutes façons, nous ne le redirons pas en prose!)
-Vouloir un autre moyen de domination, mesdames, c'est déchoir,
-abdiquer. Gardez-vous des utopies de notre siècle, donnez-nous de
-beaux enfants, restez simplement «petites fées».
-
-«Relevez le Français du XXe siècle qui se donne à lui-même le
-spectacle de sa décomposition»[80]; ne soyez pas des vierges fortes,
-êtres incomplets, inquiétants, enfiévrés, tourmentés et n'ayez point
-comme idéal celui fou et grotesque d'être un individu avant que
-d'être un sexe.
-
- [80] René Doumic.
-
-Femmes, êtres exquis, faits de grâce et de délicatesse, restez ce
-que vous êtes; écoutez avec ironie et pitié les théories de ces
-hommes-femmes, de ces ratées, de ces soldes de l'amour, théories
-mauvaises, car elles sont anti-naturelles.
-
-Dites-vous que l'homme ne veut point vous lancer dans la lutte
-politique parce que vous êtes meilleures que lui et que le jour où
-vous serez son égal vous ne serez plus rien!
-
-L'esprit, le cœur et le charme réunis, voilà un idéal bien plus
-agréable, bien plus séduisant que celui d'un siège de député ou un
-fauteuil de maire. Il vous donnera, mesdames et non citoyennes, soyez
-en sûres, une satisfaction intérieure plus douce; et puis n'oubliez
-pas les vers éternels de Molière que mon bon sens me murmure à
-l'oreille.
-
- Et comme un animal est toujours animal
- Et ne sera jamais qu'animal dans sa vie
- Durerait cent mille ans, ainsi sans répartie
- La femme est toujours femme et jamais ne sera
- Que femme tant qu'entier le monde durera.
-
-Et si malheureusement cette prophétie du grand Poquelin ne se
-réalisait pas, nous nous estimerions profondément heureux, si notre
-modeste travail pouvait retarder seulement d'une demi-seconde l'heure
-où, comme un glas, sonnera l'émancipation de l'Eve nouvelle et la
-mort de la femme!
-
-
-
-
-BIBLIOGRAPHIE
-
-
-OUVRAGES
-
- AUCLERT (Hubertine).--Le Suffrage des femmes.
-
- BEBEL (Auguste).--La femme.
-
- BOIS (Jules).--L'éternelle poupée.
- -- L'Eve nouvelle.
-
- DESCHANEL (Emile).--Le bien et le mal qu'on a dit des femmes.
-
- DUMAS fils (Alexandre).--Les femmes qui tuent et les femmes qui
- votent.
-
- GASPARIN.--Les réclamations des femmes.
-
- GIDE (Paul).--Etude sur la condition privée de la femme dans le
- droit ancien et nouveau.
-
- JORAN (Théodore).--Les mensonges du féminisme.
-
- LAMBERT (Maurice).--Le féminisme et ses revendications.
-
- LAMY (Etienne).--La femme de demain.
-
- LAMPÉRIÈRE (Mme Anna).--Le rôle social de la femme.
-
- MARGUERITE (Paul et Victor).--Femmes nouvelles.
-
- MICHELET.--La Femme.
-
- NELLY-ROUSSEL.--Quelques lances rompues en faveur de nos libertés.
-
- OSTROGORSKI.--La femme au point de vue du droit public.
-
- POINSINET.--Le rôle social de la femme.
-
- PREVOST (Marcel).--Les Vierges fortes.
-
- SECRÉTAN (Charles).--Le droit de la femme.
-
- SIMON (Jules).--La femme du XXe siècle.
-
- TURGEON.--Le féminisme français (2 volumes).
-
-
-REVUES
-
- Académie des Sciences politiques et morales.
-
- Revue des Revues.
-
- Quinzaine.
-
- Revue politique et parlementaire.
-
- Revue politique et littéraire.
-
- Revue Encyclopédique.
-
- Revue Bleue.
-
- Revue Socialiste.
-
- Revue Economique politique.
-
- Revue de Morale Sociale.
-
- Réforme Sociale.
-
- Bulletin de la Ligue des Droits de l'Homme.
-
-
-JOURNAUX
-
- L'Opinion.
-
- Annales politiques et littéraires.
-
- Le Figaro.
-
- L'Eclair de Paris.
-
- Le Gil Blas.
-
- Le Temps.
-
- Le Petit Niçois.
-
- Le Journal.
-
- Le Matin.
-
- Fémina.
-
- Le Journal des femmes.
-
- La Femme.
-
- La Vie Montpelliéraine.
-
-
-THÈSES
-
- APPLETON.--De la situation sociale et politique des femmes dans le
- droit moderne.
-
- DAMEZ (Albert).--Le mouvement féministe et le libre salaire de la
- femme.
-
- DESSENS.--Des revendications des droits de la femme pendant la
- Révolution.
-
- DESSIGNOLES.--Le féminisme d'après la doctrine de Fourier.
-
- DURAND (Camille).--Questions féministes.
-
- KRUG (Charles).--Le féminisme et le droit civil français.
-
- POIRIER.--Le féminisme et l'infériorité de la femme.
-
- RENAUDOT.--Le féminisme et les droits publics de la femme.
-
- SURONNEAU.--Du suffrage universel.
-
-
- Vu le Président de la thèse:
- J. BRÉMOND.
-
- Vu, le Doyen de la Faculté de Droit:
- VIGIÉ.
-
- Vu et permis d'imprimer:
- Montpellier, le 3 mai 1910.
- Pour le Recteur, le Vice-Président du Conseil de l'Université,
- Léon PÉLISSIER.
-
-
-
-
-TABLE DES MATIÈRES
-
-
- INTRODUCTION 7
-
- PREMIÈRE PARTIE: CHAPITRE PREMIER: La place de
- la femme dans la société à travers les âges. Quelques
- appréciations. 11
-
- CHAPITRE II: Raisons pour lesquelles la femme doit
- voter. 17
-
- 1re: La femme doit voter parce que la loi ne lui enlève
- pas ce droit. 17
-
- 2me: La femme doit voter parce qu'elle est l'égale
- de l'homme. 24
-
- 3me: La femme doit voter pour défendre ses intérêts
- attaqués et sa liberté compromise. 32
-
- 4me: La femme doit voter en France parce que les
- femmes votent dans les autres pays. 41
-
- 5me: La femme doit voter parce qu'elle ferait des
- lois contre l'alcoolisme et de régénération sociale. 46
-
- 6me: La femme doit voter parce qu'elle vote déjà
- pour les Tribunaux de commerce. 54
-
- 7me: La femme doit voter parce qu'elle paie l'impôt. 58
-
- DEUXIÈME PARTIE: Raisons pour lesquelles la
- femme ne doit pas voter. Une erreur. 61
-
- 1re: La femme ne doit pas voter à cause de la famille. 65
-
- 2me: La femme ne doit pas voter parce qu'elle
- demanderait l'éligibilité. 73
-
- 3me: La femme ne doit point voter parce que cette
- nouvelle conception n'est point dans nos mœurs. 80
-
- 4me: La femme ne doit point voter car elle n'a pas
- reçu l'éducation civique et politique. 86
-
- 5me: La femme ne doit point voter à cause du danger
- confessionnel. 90
-
- 6me: La femme ne doit point voter parce qu'elle est
- femme. 96
-
- TROISIÈME PARTIE: Quelques réflexions sur les
- suffragettes. 105
-
- 1º Les Suffragettes et la Réclame. 106
-
- 2º Les Suffragettes et la Beauté. 110
-
- 3º Les Suffragettes et la Critique. 114
-
- QUATRIÈME PARTIE: Opinions de personnalités politiques
- et littéraires sur le suffrage des femmes. 117
-
- CONCLUSIONS 131
-
- BIBLIOGRAPHIE 139
-
-
- * * * * *
-
-
- Liste des corrections effectuées.
-
- Page 15: «nourir» remplacé par «nourrir» (qu'il faut battre, bien
- nourrir)
- Page 27: «docteressse» par «doctoresse» (Madame la doctoresse
- Pelletier)
- «globelle» par «glabelle» (glabelle des arcades sourcilières)
- Page 44: «racommode» par «raccommode» (La femme ... ne raccommode
- jamais)
- Page 51: «absintes» par «absinthes» (surtaxe pour absinthes)
- Page 54: «réhahilité» par «réhabilité» (déjà failli, mais
- réhabilité)
- Page 56: «arbhorre» par «arbore» (Chaque camp arbore le drapeau)
- Page 68: «conséqences» par «conséquences» (des conséquences
- magnifiques)
- Pages 73, 88: «Aubertine» par «Hubertine» (Hubertine Auclert)
- Page 74: «n'aurions-pas» par «n'aurions-nous pas» (pourquoi
- n'aurions-nous pas la femme-maire)
- Page 80: «annnées» par «années» (Depuis quelques années)
- Page 83: «féminime» par «féminine» (la servitude féminine)
- Page 86: «simplemement» par «simplement» (Tout simplement)
- Page 93: «qu'elle» par «quelle» (Mais quelle différence
- faites-vous)
- Page 95: «Laisez» par «Laissez» (Laissez de côté)
- Page 96: «irrascible» par «irascible» (inquiète, agitée, irascible)
- Page 99: «corrolaires» par «corollaires» (tous ses corollaires)
- Page 100: «elle-mêne» par «elle-même» (Incapable de prendre par
- elle-même)
- Page 103: «les les» par «les» (les formes élégantes)
- Page 106: «hardisse» par «hardiesse» (la hardiesse de la thèse)
- Page 112: «homasse» par «hommasse» (la silhouette hommasse)
- Page 119: «suffrages» par «suffrage» (Voici maintenant l’opinion de
- quelques personnalités sur le suffrages des femmes)
- Page 121: «les les» par «les» (ceux qui font les législateurs)
-
-
-
-
-
-End of the Project Gutenberg EBook of La Femme doit-elle voter ? Le pour et
-le contre, by Joseph Ginestou
-
-*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LA FEMME DOIT-ELLE VOTER ? ***
-
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-
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-work or any other work associated with Project Gutenberg-tm.
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