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If you are not located in the United States, you'll have -to check the laws of the country where you are located before using this ebook. - -Title: Genièvre - -Author: Alfred Tennyson - -Illustrator: Gustave Doré - -Translator: Francisque Michel - -Release Date: December 11, 2016 [EBook #53710] - -Language: French - -Character set encoding: UTF-8 - -*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK GENIÈVRE *** - - - - -Produced by Laura Natal Rodriguez and Marc D'Hooghe at -Free Literature (back online soon in an extended version, -also linking to free sources for education worldwide ... -MOOC's, educational materials,...) Images generously made -available by Gallica (Bibliothèque nationale de France.) - - - - - - -GENIÈVRE - -PAR - -ALFRED TENNYSON - - -POÈME TRADUIT DE L'ANGLAIS - -PAR FRANCISQUE MICHEL - -PROFESSEUR A LA FACULTÉ DES LETTRES DE BORDEAUX - - -AVEC NEUF GRAVURES SUR ACIER - -D'APRÈS - -LES DESSINS DE GUSTAVE DORÉ - - - -PARIS - -LIBRAIRIE HACHETTE ET Cie - -BOULEVARD SAINT-GERMAIN, No 77 - -1868 - - - - A - - NAPOLÉON III - - EMPEREUR DES FRANÇAIS - - CE LIVRE - - OEUVRE DU GÉNIE COMBINÉ - - DE L'ANGLETERRE ET DE LA FRANCE - - ET PRODUIT D'UNE AMITIÉ ENTRE LES DEUX PEUPLES - - QUI DOIT SURTOUT SA FORCE - - A UNE AUGUSTE IMPULSION - - EST DÉDIÉ - - PAR SON TRÈS-HUMBLE ET TRÈS-OBÉISSANT SERVITEUR - - - J. BERTRAND PAYNE - - - * * * * * - -[Illustration: Et encore le soir, devant son cheval, le cercle -voltigeant des fées tournoyait et se dispersait.] - - -La Reine Genièvre avait fui la cour, et, dans la sainte maison -d'Almesbury, assise, elle pleurait, sans personne auprès d'elle, si -ce n'est une jeune novice. Une lampe basse brûlait entre elles deux -d'un éclat rougi par le brouillard qui se répandait alentour; car, -partout au dehors sous une lune invisible, quoique dans son plein, un -brouillard blanc connue un linceul se collait au sol inanimé, et la -terre était silencieuse. - -C'est là que Genièvre s'était réfugiée. L'auteur de sa fuite était -messire Modred. Cet homme, neveu du Roi et son plus proche parent, -était toujours aux aguets les yeux fixés sur le trône, pareil à -un animal rusé, prêt à s'élancer et n'attendant que l'occasion. -Il s'efforçait d'amoindrir la popularité du Roi avec des sourires -silencieux de dénigrement; il conspirait avec les seigneurs du Cheval -blanc, païens de la postérité d'Hengist; il cherchait à bouleverser la -Table ronde d'Arthur et à y souffler une discorde utile à ses perfides -desseins, tous animés par une profonde haine pour Lancelot. - -Or, il arriva qu'un matin, quand toute la cour vêtue de vert, sauf les -plumes qui rivalisaient avec la fleur de mai, était allée, suivant son -habitude, cueillir l'aubépine, à son retour, Modred, toujours vêtu de -vert, tout yeux et tout oreilles, grimpa sur le haut du mur du jardin -pour surprendre, s'il était possible, quelque scandale secret; il vit -la Reine assise entre Énide, la meilleure personne de sa cour, et la -roquette Viviane, la plus rusée et la plus méchante. Il n'en vit pas -davantage; car messire Lancelot, passant par là, devina son dessein. Et -de même que la main du jardinier enlève des choux une verte chenille, -ainsi Lancelot arracha du mur élevé et du bosquet en fleur Modred par -le talon et le lança comme un vermisseau sur le chemin; mais quand il -eut reconnu le prince, quoique souillé de poussière, respectant le sang -royal même dans un méchant homme, il s'excusa autant qu'il put, et -cela, en vrai chevalier, sans raillerie: car dans ce temps-là, aucun -chevalier de la noblesse d'Arthur ne se permettait un pareil jeu; mais -si un homme était boiteux ou bossu, la raillerie lui était permise, -comme faisant partie de sa difformité, par ceux que Dieu avait créés -avec tous leurs membres et une belle taille; le Roi et sa Table ronde, -tous lui répondaient avec douceur. Donc, messire Lancelot aida le -prince à se relever. Celui-ci épousseta vivement deux ou trois fois -ses genoux, sourit et s'en alla; mais, à dater de ce moment, la petite -violence qui lui avait été faite rongea sou cœur et l'agita comme le -vent aigu qui, tout le long du jour, agite un petit étang saumâtre -autour d'une pierre sur la côte stérile. - - -Mais quand messire Lancelot en fit le conte à la Reine, d'abord elle -rit légèrement se figurant la chute poudreuse de Modred; puis elle -frémit comme la villageoise qui s'écrie: «Je tremble, quelqu'un marche -à travers mon tombeau.»Elle rit de nouveau, mais plus faiblement; car -en vérité elle entrevoyait que Modred, en animal rusé, suivrait les -traces de sa faute jusqu'à ce qu'il l'eût trouvée, et que son nom -serait à tout jamais un terme d'opprobre. A partir de cet instant, -elle put rarement, dans la salle du palais ou ailleurs, affronter la -figure étroite de Modred, son museau de renard, son sourire faux et -ses yeux gris au regard persistant. Dès ce moment aussi les puissances -qui veillent sur l'âme pour l'aider contre la mort qui ne peut mourir, -et pour la sauver même à la dernière heure, commencèrent à la troubler -et à la tourmenter. Souvent au milieu de la nuit, pendant que le Roi -respirait avec placidité, des figures grimaçantes allaient et venaient -devant elle durant des heures entières, souvent aussi, semblable à -quelque bruit douteux de portes qui craquent, entendu par le veilleur -dans une maison hantée, qui conserve la souillure du meurtre sur ses -murs, une vague terreur la tenait éveillée; ou, si elle dormait, elle -faisait un rêve accablant: il lui semblait qu'elle était au milieu -de quelque vaste plaine en face d'un soleil couchant; de ce soleil -s'élançait vers elle quelque chose d'affreux, et l'ombre fuyait à son -approche jusqu'à ce qu'il parvint à Genièvre. Elle se retourna, et -voici que l'ombre de la Reine, s'élargissant par la base et devenant de -plus en plus noire, couvrit toute la terre, et les cités y brûlaient -dans le lointain, et avec un grand cri elle s'éveilla. Tout ce -trouble, loin de passer, ne fit que croître, jusqu'à ce que la figure -placide du Roi sans reproche, et les honnêtes familiarités de la vie -domestique, lui devinssent insupportables. Elle finit par dire: «O -Lancelot, va-t'en dans ton pays; car si tu tardes, nous nous réunirons -de nouveau, et si nous nous trouvons ensemble, quelque mauvaise chance -fera éclater le scandale devant le peuple et le Roi, notre maître.» - -[Illustration: Elle s'enfuit à Almesbury, et resta en route pendant -toute une nuit.] - -Lancelot promettait toujours, mais il restait, et ils continuaient à se -voir. Elle dit encore: «O Lancelot, si tu m'aimes, va-t'en.»Alors ils -convinrent qu'une nuit où le bon Roi sérail absent, ils se réuniraient -pour se séparer à jamais. Pâles d'amour, ils se rencontrèrent et se -saluèrent; les mains dans les mains, les yeux dans les yeux, ils -s'assirent sur le bord de la couche royale, balbutiant et les yeux -fixes: c'était leur dernière heure, l'ivresse des adieux. Modred -amena ses créatures au pied de la tour pour lui servir de témoins. -Il se mit à crier de toute sa force: «Sors, traître! tu es pris à la -fin.»A ces mots, Lancelot, comme réveillé en sursaut, se précipita -dehors semblable à un lion, sauta sur Modred et le lança la tête la -première. Le malheureux tomba tout étourdi, ses gens le relevèrent -et l'emportèrent, tout rentra dans le silence. La Reine prit alors -la parole: «Voici la fin, dit-elle, et je suis déshonorée pour -toujours.--A moi la honte, dit Lancelot; c'est moi qui ai péché; mais -lève-toi et cherche un asile dans mon château fort de l'autre côté -de la mer. C'est là que je te cacherai jusqu'à mon dernier jour, là -qu'avec ma vie je te soutiendrai contre le monde.»Elle répondit: -«Lancelot, veux-tu me soutenir ainsi? Non, vraiment, mon ami; car nous -nous sommes fait nos adieux. Plût au ciel que tu pusses me cacher à -moi-même! La honte est pour moi, car j'étais épouse et tu n'étais point -marié. Néanmoins, lève-toi et fuyons; car je me retirerai dans un -sanctuaire et j'y attendrai mon jugement.» Lancelot prit le cheval de -la Reine, l'y plaça, et monta sur le sien; et ils chevauchèrent jusqu'à -un endroit où la route se divisait en deux. Là, ils se donnèrent un -baiser et se séparèrent en larmes; car, se conformant au moindre désir -de la Reine, il retourna dans son pays. Pour elle, elle s'enfuit à -Almesbury, et resta en route pendant toute une nuit, errant dans les -solitudes et les bois qui commençaient à s'éclairer; pendant qu'elle -fuyait, elle entendit les esprits de ces lieux murmurer, ou plutôt elle -crut les entendre. Elle se répétait à elle-même «Trop Lard, trop tard! -» jusqu'à ce que dans la fraîcheur qui précède le matin, le corbeau, -comme une tache dans le ciel, élevant son vol croassa, et elle se dit -en pensée: «Il épie quelque champ de carnage; car à ce moment les -païens de la mer du Nord, attirés par les crimes et les frivolités de -la cour, commencent à massacrer le peuple et à dépouiller le pays.» - -A son arrivée à Almesbury, elle s'adressa aux nonnes et leur dit: -«Mes ennemis me poursuivent; mais, ô paisibles sœurs, recevez-moi, -donnez-moi un asile et ne demandez pas le nom de celle à qui vous le -donnez, jusqu'à ce que le temps soit venu de vous le dire.»La beauté, -la grâce, et l'influence qu'exerçait Genièvre opérèrent comme par un -charme sur les religieuses, et elles s'abstinrent de l'interroger. - -Ainsi la majestueuse Reine resta maintes semaines parmi les nonnes -sans en être connue; elle ne se mêlait point à elles, ne leur révélait -pas son nom, et, plongée dans son chagrin, elle ne pensait ni à se -confesser ni à communier; elle ne se plaisait qu'avec la petite novice, -qui, par son babil enfantin, lui faisait oublier ses peines. Mais voici -qu'une nuit le bruit se répandit que messire Modred avait usurpé la -couronne et s'était ligué avec les païens pendant que le Roi faisait -la guerre contre Lancelot. Elle se dit: «Avec quelle haine le peuple -et le Roi doivent-ils me haïr!»Elle mit sa tête dans ses mains sans -proférer une parole, jusqu'à ce que la petite fille qui ne pouvait -supporter le silence, le rompît en s'écriant: «Tard, si tard! Quelle -heure pourrait-il bien être maintenant?»N'obtenant aucune réponse, elle -se prit bientôt à fredonner un air que les nonnes lui avaient appris: -«Tard, si tard!»La Reine l'entendant, leva les yeux et dit: «Ma fille, -en vérité, si tu as envie de chanter, chante et détends mon cœur, afin -que je puisse pleurer.»Alors, sans se faire prier davantage, l'enfant -chanta: «Tard, tard, si tard! sombre et froide est la nuit. Tard, tard, -si tard! mais nous pouvons entrer encore. Trop tard, trop tard! vous ne -pouvez entrer maintenant. - -[Illustration: «Je vous en prie, noble dame, ne pleurez pas davantage; -mais souffrez que mes paroles vous consolent dans vos chagrins.»] - -«Nous n'avions pas de lumière, nous nous en repentons; quand il le -saura, l'époux s'apaisera. Trop tard, trop tard! vous ne pouvez entrer -maintenant. - -«Pas de lumière, si tard! La nuit est sombre et froide! Oh! -laissez-nous entrer, pour que nous puissions trouver de la lumière! -Trop tard, trop tard! vous ne pouvez entrer maintenant. - -«Ne vous a-t-on pas dit combien l'époux est aimable? Oh! laissez-nous -entrer, quoique tard, pour baiser ses pieds! Non, non, trop tard! vous -ne pouvez entrer maintenant.» - -Voilà ce que chanta la novice, pendant que la triste Reine, la tête -dans les mains, pleurait amèrement, se rappelant la pensée qui -l'agitait quand elle vint pour la première fois. La petite novice lui -dit alors en babillant: «Je vous en prie, noble dame, ne pleurez pas -davantage; mais souffrez que mes paroles, les paroles d'un être si -petit et qui ne sachant rien ne sait qu'obéir (et quand je ne le fais -pas, on me donne une pénitence), vous consolent dans vos chagrins; -car ils ne sont pas le fruit du mal: j'en suis bien sûre, moi, qui -vois votre grâce mêlée de tendresse et votre grandeur; mais mettez -dans la balance vos peines avec celles de notre seigneur le Roi, et -vous trouverez que celles-là sont bien peu de chose en comparaison. -Arthur est parti pour faire une guerre acharnée à messire Lancelot -autour du château fort où il retient la Reine; et Modred, auquel il -a tout confié, le traître... Ah! noble dame, le chagrin du Roi pour -lui-même, pour la Reine et pour le royaume, doit être trois fois aussi -fort qu'aucun des nôtres. Quant à moi, grâce aux saints, je ne fais -pas partie des grands; s'il me vient un chagrin, je pleure en silence, -et c'est fini. Personne ne le sait, et mes larmes m'ont fait du bien; -mais quand même les peines des petits égaleraient celles des grands, -cependant ce chagrin s'ajoute à ceux que les grands doivent supporter, -de ne pouvoir pleurer derrière un nuage, quelque désir qu'ils aient du -silence. Ici même, à Almesbury, on jase sur le compte du bon Roi et de -la méchante Reine. Si j'étais un tel roi et que j'eusse une pareille -épouse, je voudrais cacher ses fautes. Mais si j'étais ce roi, cela ne -saurait être.» - -La Reine alors, parlant à son triste cœur, murmura: «Cette enfant -va-t-elle me tuer avec son innocent babil?»Mais elle répondit à haute -voix: «Si ce traître déloyal a pris la place de son seigneur, ne -dois-je point partager la douleur générale? - -«--Sans doute, dit la jeune fille: c'est bien là une douleur de femme, -car c'est une femme dont la vie déloyale a mis la confusion dans la -Table ronde, fondée jadis à Camelot par le bon Roi Arthur, avant -l'arrivée de la Reine, avec des signes et des miracles de toutes -sortes.» - -[Illustration: La Reine alors se prit à penser de nouveau: «Cette -enfant va-t-elle me tuer avec son bavardage.»] - -La Reine alors se prit à penser de nouveau: «Cette enfant va-t-elle me -tuer avec son sot bavardage?»Mais, élevant la voix, elle lui dit: «O -petite fille, renfermée entre les murs d'un cloître, que peux-tu savoir -en fait de rois et de tables rondes? de signes, ou de merveilles autres -que les signes et les simples miracles de ton couvent?» - -A ces mots, la petite novice répliqua en babillant: «Oui en vérité, -mais je le sais. Le pays était plein de signes et de merveilles avant -l'arrivée de la Reine. Mon père me l'a dit, et lui-même était chevalier -de la grande Table, depuis la fondation. Il venait du Léonnais, et -il racontait que sur sa route, une heure ou peut-être deux après le -coucher du soleil, au bas de la côte, il entendit une musique étrange. -Il s'arrêta, et, se retournant, il vit le long de la côte solitaire du -Léonnais des apparitions; chacune avait une étoile enflammée au-dessus -de la tête, et aux pieds la lumière changeante de la mer; il vit sur -les caps la flamme courir successivement dans le lointain jusque dans -le cœur des riches contrées de l'Ouest. A cette clarté, la blanche -sirène nageait; de robustes créatures à la poitrine humaine se tenaient -sur les flots et envoyaient aux échos d'alentour les graves accents de -leurs voix marines, auxquels répondaient les petits lutins des fentes -et des crevasses, avec un son pareil à celui d'un cor lointain. Ainsi -disait mon père... Oui vraiment, et de plus, le jour suivant, pendant -qu'il traversait les sombres forêts, il vit lui-même trois esprits -fous de joie s'élancer au bord de la route sur une grande fleur, qui -trembla sous eux comme tremble le chardon lorsque trois linottes grises -s'en disputent les graines; et encore le soir, devant son cheval, le -cercle voltigeant des fées tournoyait et se dispersait, se reformait -de nouveau pour se disperser encore, car tout le pays était plein de -vie. Quand, à la fin, mon père arriva à Camelot, une ronde de danseurs -aériens, se tenant par la main, se balançait autour de la lanterne -allumée de la salle du palais, et dans la salle elle-même il y avait -une fête comme personne n'en a jamais rêvé; car chaque chevalier se -voyait servir, par des mains invisibles, le mets qu'il désirait, et -même, disait mon père, dans les celliers deux joyeux lutins tout -bouffis, à cheval sur les barriques, mettaient la main au robinet pour -taire couler le vin. Telle était la joie des esprits et des hommes -avant la venue de la Reine pécheresse.» - -Genièvre dit alors, non sans amertume: «On était donc bien joyeux? -Esprits et hommes, tous étaient donc de mauvais prophètes. Nul d'entre -eux, pas même ton sage père, avec ses signes et ses merveilles, ne -pouvaient-ils prévoir ce qui est arrivé an royaume?» - -La novice repartit dans son jargon puéril: «Oui en vérité, un seul, un -barde. Mon père dit qu'il avait chanté mainte noble chanson de guerre, -même en présence d'une flotte ennemie, entre la côte escarpée et la -vague qui approchait, et mains lais mystiques de vie et de mort sur -le sommet brumeux des montagnes, lorsque autour de lui se penchaient -les esprits des hauteurs, avec leurs cheveux baignés de rosée jetés en -arrière comme la flamme. Ainsi disait mon père, et cette nuit le barde -chanta les glorieuses guerres d'Arthur. Il chanta aussi le Roi connue -un homme presque surhumain, et il raillait ceux qui l'appelaient le -fils prétendu de Gorloïs. Personne, en effet, ne savait d'où il venait; -mais après une tempête, lorsque la longue vague déferla avec le bruit -du tonnerre sur les côtes de Bude et de Bos, il se leva un jour aussi -calme que le ciel, et alors fut trouvé un enfant nu sur les sables du -sombre Dundagil, à côté de la mer de Cornouailles. C'était Arthur. Il -fut nourri jusqu'à ce que, par un miracle, il lui proclamé Roi. Le -barde ajouta que son tombeau serait comme sa naissance, un mystère pour -tous, et, que s'il pouvait trouver une femme aussi grande que lui, -alors ce couple pourrait bien changer le monde. Mais, au milieu de son -chant, le barde hésita, et sa main laissa échapper la harpe; il devint -pâle, tourna sur lui-même, et serait tombé s'il n'eut été soutenu. -Il ne voulut point raconter sa vision; mais le moyen de douter qu'il -prévit l'intrigue criminelle de Lancelot et de la Reine?» - -[Illustration: «Pendant qu'il traversait les sombres forêts, il vit -lui-même trois esprits fous de joie s'élancer au bord de la route sur -une grande fleur.»] - -Genièvre se dit en elle-même: «Notre abbesse sainte nitouche et -ses nonnes ont fait la leçon à cette petite fille pour se jouer de -moi.»Elle courba la tête, ne prononça pas une parole. Ce que voyant, la -novice en pleurs joignit les mains et maudit en babillant son propre -babil; elle dit que les bonnes religieuses auraient plus d'une fois à -réprimer l'intempérance de sa langue: «Et, chère dame, si je parais -affliger une oreille trop triste pour m'écouter, et si je passe les -bornes avec mon babil et les histoires que mon bon père me racontait, -grondez-moi aussi, que je ne déshonore point la mémoire de mon père, -dont les manières étaient si nobles, quoique lui-même dît qu'elles -l'étaient moins que celles de messire Lancelot. Il est mort, tué dans -un tournois, il y aura cinq ans l'été prochain, et il m'a laissée; -mais des autres chevaliers qui restent, et des deux les plus renommés -pour leur courtoisie (et je vous prie, grondez-moi si ma demande est -indiscrète), dites-moi, s'il vous plaît, lequel avait les plus nobles -manières pendant que vous viviez parmi eux, de Lancelot ou de notre -seigneur le Roi?» - -Alors la pale Reine leva les yeux et lui répondit: «Messire Lancelot, -comme il sied à un noble chevalier, était gracieux pour toutes les -dames, et, en bataille rangée ou dans une joute, il ne cherchait point -à se faire valoir; le Roi agissait de même, et tous les deux étaient -les hommes les plus distingués; car les manières ne sont point choses -vaines, mais le fruit d'une nature loyale et d'une âme noble. - -«--En vérité, dit la jeune fille, les manières sont-elles un si beau -fruit? alors celles de Lancelot doivent être dix fois moins nobles, ce -chevalier étant, suivant le bruit public, l'ami le plus déloyal qui -soit dans le monde entier.» - -A ces mots, la Reine fit une réponse pleine de tristesse: «Enfant -resserrée dans les murs d'un cloître, que sais-tu du monde, de ses -rayons et de ses ombres, de toutes ses richesses et de toutes ses -misères? Si jamais Lancelot, ce très-noble chevalier, cessa un seul -moment d'être noble, prie pour lui qu'il échappe au feu éternel, et -prie pour celle qui l'y a entraîné. - -[Illustration: «Alors fut trouvé un enfant nu sur les sables du sombre -Dundagil, à côté de la mer de Cornouailles. C'était Arthur.»] - -«--En vérité, dit la petite novice, je prie pour tous les deux; mais -je pourrais plutôt croire que les manières de messire Lancelot furent -aussi nobles que celles du Roi, que de me faire à l'idée, douce dame, -à voir vos manières telles qu'elles sont, que vous êtes la Reine -coupable.» - -En parlant ainsi, pareille à d'autres parleurs, l'enfant blessait qui -elle eût voulu guérir, et faisait du mal là où elle eût voulu apporter -remède; car ici une explosion de courroux mit en feu la pâle figure -de la Reine, qui s'écria: «Telle que tu es, puisses-tu n'être jamais -l'une des religieuses de céans, oui, jamais! toi, leur instrument mis -en jeu pour me tourmenter, nie bafouer, me harceler, petit espion, -traîtresse.» Quand Genièvre eut ainsi fait éclater sa colère comme une -tempête, la novice effarée se leva blanche comme son voile, et resta -immobile devant la Reine, tremblante comme l'écume au bord de la mer, -en face du vent, prête à se disperser; et quand la Reine eut ajouté: -«Sors d'ici,» elle s'enfuit épouvantée. Laissée seule, Genièvre se prit -à soupirer, et commença à reprendre courage en se disant: «L'enfant -sans détour et craintive n'avait aucune arrière-pensée, c'est ma -conscience, trop timorée et plus simple qu'un enfant, qui s'est trahie; -mais, ô ciel! viens à mon aide, car sûrement je me repens. Qu'est-ce -donc que le vrai repentir s'il n'est dans la pensée... quand il ne -faudrait, pas même dans la pensée la plus intime, rêver encore au péché -qui nous a rendu le passé si agréable? et j'ai juré de ne jamais le -revoir, jamais le revoir.» - -Même en disant cela, sa mémoire, suivant une vieille habitude de -l'esprit, se reportait involontairement aux jours dorés où elle vit -Lancelot pour la première fois, quand il arriva comme ambassadeur, -précédé de la réputation du meilleur chevalier et du plus beau des -hommes, pour la conduire à Arthur, son époux, auquel il ramena en -effet; et là, loin des yeux de leurs suites, emportés par le charme de -la conversation qui roulait sur l'amour, la chasse, les tournois et -autres plaisirs (c'était le temps de mai et l'on ne songeait pas encore -à mal), ils s'égarèrent sous des bosquets qui semblaient un paradis de -fleurs, sur des tapis de jacinthes tels qu'on eût dit que les vieux -étaient descendus sur la terre. Ils allaient ainsi de colline en -colline, et chaque jour voyait à midi, dans quelque délicieuse vallée, -dresser par des courriers partis d'avance, les pavillons de soie du -Roi Arthur, pour un léger repas ou pour la sieste; et ils avançaient -toujours, et toujours le soir, au coucher du soleil, ils voyaient le -grand étendard du dragon, qui surmontait le pavillon de cérémonie -du Roi, briller sur les bords du torrent écumeux ou de la fontaine -silencieuse. - -Mais quand la Reine, plongée dans cette extase et remontant le passé -sans se l'avouer, en vint au moment où elle vit le Roi, pour la -première fois, venir à sa rencontre hors de la ville, tandis qu'elle -soupirait de regret de voir son voyage terminé, qu'elle jetait les -yeux sur Arthur et pensait qu'il était froid, hautain, réservé et -sans passion, «non pas comme mon Lancelot,» disait-elle; pendant -qu'elle rêvait ainsi et redevenait à moitié coupable en pensée, un -guerrier armé arriva à la porte du monastère. Un murmure circula dans -le couvent, puis un cri soudain: «Le Roi!»Genièvre s'assit comme -engourdie, l'oreille tendue; mais quand les pieds armés d'éperons -s'avançant retentirent dans la longue galerie depuis les portes -extérieures, elle se pencha hors de son siège, tomba et rampa la face -contre terre. Là, avec ses bras blancs comme la neige et son épaisse -chevelure, elle déroba sa figure à la vue du Roi, et, dans l'obscurité, -elle entendit les pieds armés s'arrêter à côté d'elle. Vint ensuite le -silence; puis une voix se fit entendre, monotone et caverneuse comme -celle d'un fantôme qui prononce un jugement. C'était celle du Roi, -quoique changée. - -[Illustration: Ils s'égarèrent sous des bosquets qui semblaient un -paradis de fleur.] - -«Toi ici couchée si bas, dit-il, toi la fille d'un père que j'honorais, -heureusement mort avant ta honte? C'est un bonheur que tu n'aies pas -d'enfant; ceux que tu as enfantés sont le fer et le feu, l'incendie, -la violation des lois, la perfidie domestique et les bordes des -païens sans foi ni loi, fourmillant sur la mer du Nord. Tant que -j'eus avec moi messire Lancelot, mon bras droit, le plus puissant de -mes chevaliers, je les ai anéantis partout, dans ce pays chrétien, -en douze grandes batailles. Et sais-tu maintenant d'où je viens?... -D'auprès de Lancelot, et de lui faire une guerre acharnée. Lui, qui n'a -point hésité à me blesser de la façon la plus cruelle, a eu cependant -encore ces restes d'une gracieuse courtoisie de ne point lever la -main contre le roi qui la créé chevalier; mais plus d'un a été tué; -et nombre d'autres, ainsi que tous ses parents et alliés, se sont -ligués avec lui et restent dans son pays. Beaucoup aussi, quand Modred -a levé l'étendard de la révolte, oubliant leurs serments, se sont -attachés à lui; les autres sont restés avec moi, hommes loyaux, qui -m'aiment encore et pour lesquels je vis. De ceux-ci, je te laisserai -quelques-uns pour te garder pendant l'heure terrible qui approche, afin -qu'il ne soit point touché un seul cheveu de cette tête aujourd'hui -si basse. Ne crains rien, tu seras gardée jusqu'à ma mort. Néanmoins -je sais, si les anciennes prophéties ne sont point menteuses, que je -marche à l'accomplissement de ma destinée. Tu ne m'as pas rendu la vie -tellement douce que moi, le Roi, j'aie grand souci de vivre; car tu as -gâté le but de mon existence. Souffre avec moi pour la dernière fois -pendant que je montre, même pour l'amour de toi, le crime que tu as -commis; car lorsque les Romains nous ont quittés, que leurs lois ont -cessé d'avoir prise sur nous et que la violence régnait partout, ça et -là un acte de bravoure redressait un tort comme par hasard; mais, de -tous les rois, je fus le premier qui unis la chevalerie errante de ce -royaume et de tous les autres sous moi, leur chef, par l'institution -de ce bel ordre de ma Table ronde, glorieuse association, la fleur -des hommes, pour servir de modèle à ce vaste monde, et commencer la -chaîne de temps meilleurs. Je leur fis placer leur main dans la mienne -et jurer de porter respect au Roi, comme s'il était leur conscience -et que leur conscience fût leur roi, d'écraser les païens et de -soutenir le Christ, de parcourir le monde pour redresser les torts de -l'humanité, de ne proférer aucune médisance ni d'y prêter l'oreille, -de vivre doucement dans la chasteté la plus pure, de n'aimer qu'une -seule vierge, de s'attacher à elle et de l'honorer par une succession -de hauts faits, jusqu'à conquérir sa main; car vraiment je ne sais -point sous le ciel de maître plus subtil que ne l'est la passion vierge -pour une jeune fille, non-seulement pour garantir un homme de pensées -basses, mais pour lui en enseigner d'élevées, lui inspirer d'aimables -paroles, la courtoisie, l'amour de la gloire et de la vérité, en un -mot, tout ce qui fait l'homme. Tout cela a prospéré jusqu'au moment -où je t'ai épousée, avec l'espérance que tu serais ma compagne pour -t'associer à mes desseins et partager ma joie. C'est alors qu'eut lieu -ta honteuse faute avec Lancelot, ensuite vint le péché de Tristan -et d'Iseult; puis d'autres, suivant l'exemple de mes plus illustres -chevaliers et s'autorisant de leurs noms glorieux, péchèrent aussi, -jusqu'à ce que prévalut odieusement le contraire de tout ce que mon -cœur avait rêvé, et tout cela, par toi! De sorte que je garde ma vie, -comme un don précieux de Dieu, quoique je n'y tienne guère, en la -préservant de mal et de souillure; mais je songe combien ce serait -triste pour Arthur, s'il devait vivre, de s'asseoir une fois de plus -à son foyer désert, de ne plus retrouver le nombre accoutumé de ses -chevaliers, de ne plus entendre le poétique récit des nobles actions, -comme dans les jours d'or avant ta faute; car qui de nous survivant -aux autres, pourrait parler du cœur pur ni sembler jeter les yeux sur -toi? Dans ta demeure de Camelot ou d'Usk ton ombre semblerait encore -glisser de chambre en chambre, et je serais à jamais tourmenté par ton -souvenir en voyant quelque robe pendue, quelque ornement oublié, ou -bien par le bruit de pas fantastiques retentissant sur l'escalier; car, -ne crois pas, quoique tu n'aies point aimé ton mari, qu'il ait perdu -tout son amour pour toi. Je ne suis point fait de si faibles éléments; -cependant, il faut, ô femme, que je l'abandonne à ta honte. Je tiens -pour le pire des ennemis publics l'homme qui, par amour pour lui ou -ses enfants, pour éviter le scandale à sa famille, laisse l'épouse -qu'il sait infidèle, demeurer sous le même toit et gouverner la maison; -car, par une pareille lâcheté, étant admise à conserver sa position, -étant partout acceptée comme pure, elle se glisse dans la foule qui -n'y prend point garde, comme une nouvelle maladie inconnue aux hommes. -Les éclairs de ses yeux font des victimes, elle sape la fidélité de -nos amis, accélère d'une façon diabolique le mouvement du sang et -empoisonne la moitié de la jeunesse. Un pareil homme, s'il régnait, -serait le pire de tous. Mieux vaut que le foyer du Roi soit désert et -que son cœur saigne, plutôt que tu reprennes ta place élevée, en butte -à la risée de mon peuple et à sa malédiction.» - -Il s'arrêta; la Reine se traîna quelque peu vers lui, elle mit ses -mains autour des pieds de son époux. Dans le lointain une trompette -solitaire se fit entendre: alors le destrier qui attendait à la porte, -hennit comme à la voix d'un ami, et Arthur reprit la parole: - -[Illustration: Il s'arrêta; la Reine se traîna quelque peu vers lui, -elle mit ses mains autour des pieds de son époux.] - -«Ne crois pas, cependant, que je vienne te reprocher tes crimes; je -ne suis pas venu pour te maudire, Genièvre, moi, dont l'immense pitié -me fait presque mourir à te voir couchée à mes pieds étalant tes -cheveux d'or dont je me faisais gloire dans des jours plus heureux. -Le courroux qui, à la première nouvelle de ta retraite ici, poussait -mes pensées vers cette terrible loi, la punition de la trahison par -le bûcher, ce courroux est passé. Le tourment qui m'a fait répandre -des larmes de sang pendant que je pesais ton cœur avec un cœur trop -loyal pour soupçonner en toi la moindre infidélité, est aussi passé -en partie. Tout est passé, le crime est commis, et moi je te pardonne -comme pardonne le Dieu éternel; fais le reste pour ton âme. Mais -comment prendre congé pour toujours de tout ce que j'aimais? O cheveux -dorés avec lesquels j'avais coutume de jouer dans mon ignorance! -O port d'impératrice et beauté telle que jamais femme n'en eut de -pareille, jusqu'à ce qu'avec toi elle soit devenue une malédiction -pour un royaume... je ne puis toucher tes lèvres: elles ne sont pas à -moi, mais à Lancelot; non elles ne furent jamais au Roi. Je ne puis -prendre ta main: c'est de la chair, et tu as péché dans la chair: la -mienne en abaissant ici son regard sur la tienne, qui est polluée, -crie: «Tu me fais horreur!»Néanmoins, ô Genièvre, comme j'ai toujours -été vierge excepté pour toi, mon amour par la chair est entré si avant -dans ma vie, que mon châtiment est de t'aimer encore. Que personne -n'imagine que je ne faillie plus. Peut-être, si tu purifies ton âme, si -tu t'appuies sur notre bon père Jésus-Christ, plus tard dans ce monde -où tous sont purs, nous pourrons nous retrouver devant le trône élevé -de Dieu; là tu t'élanceras vers moi, tu diras que je suis à toi et, -tu sauras que je suis ton mari... Pas de plus petite âme entre nous, -ni Lancelot ni aucune autre. Laisse-moi, je t'en prie, cette dernière -espérance. Maintenant, il me faut partir. Au milieu des ténèbres -épaisses, j'entends la trompette sonner; on m'appelle, moi le Roi, pour -conduire loin d'ici mes troupes à la grande bataille dans l'Ouest. -C'est là qu'il me faut lutter contre le fils de ma sœur, ligué avec les -seigneurs du Cheval blanc et avec des chevaliers autrefois les miens, -lui donner la mort ou périr moi-même ou subir je ne sais quel sort -mystérieux. Dans ce séjour, tu apprendras l'événement; mais ici je ne -reviendrai jamais, je ne coucherai jamais à tes côtés, ne te reverrai -jamais, adieu.» - -Pendant qu'elle se traînait à ses pieds, elle sentit le souffle du -Roi errer sur son cou, et dans l'obscurité, sur sa tête penchée, elle -sentit le mouvement de mains qui bénissaient. - -Alors, écoutant jusqu'à ce que les pieds armés eussent cessé de -retentir, la pale Reine se leva, et dans son angoisse elle trouva la -fenêtre: «Si je pouvais, pensait-elle, seulement voir sa figure sans -moi-même en être vue.»Il monta à cheval à la porte; rangées autour de -lui, les nonnes attristées tenaient chacune un flambeau, et il leur -donnait des ordres concernant la Reine pour la garder et la nourrir -le reste de ses jours. Pendant qu'il leur parlait, la visière de -son heaume était baissée. Au-dessus s'élevait, en cimier, le dragon -d'or de Bretagne, de sorte qu'elle ne vit point le visage d'Arthur -qui semblait alors celui d'un ange; mais elle vit, mouillé par le -brouillard et miroitant aux lumières, flamboyer le dragon du grand -Pendragon et répandre dans la nuit une vapeur de feu. A ce moment même, -il se retourna; et de plus en plus la lueur blafarde de la lune roulant -autour du Roi qui, au milieu d'elle, ressemblait au fantôme d'un géant, -l'enveloppa pli par pli, et répandit sur lui une teinte de plus en plus -grise, jusqu'à ce que lui-même il devînt comme le brouillard, allant -comme un spectre à sa destinée. - -Alors elle étendit les bras, et s'écria avec force: «O Arthur!» Tout -d'un coup sa voix se brisa; puis, comme un ruisseau qui, jaillissant -d'une montagne escarpée, tombe dans l'espace, mais, se réunissant à -la base, se reforme et s'élance en suivant le vallon, et elle laissa -éclater sa passion. - -«Parti, mon seigneur!... parti, obligé, par mon péché, à tuer et à -être tué! Il m'a pardonnée, et je n'ai pu parler. Adieu! j'aurais -répondu à son adieu. Sa miséricorde m'étouffait. Il est parti, le Roi -mon époux, mon légitime seigneur, comment osai-je l'appeler mon époux? -L'ombre d'un autre s'attache à moi et me souille: lui, le Roi, m'a bien -appelée polluée. Me tuerai-je? A quoi bon? Je ne puis tuer mon péché, -si l'âme est âme; je ne puis non plus tuer ma honte, ni l'éteindre à -force de vivre. Les jours deviendront des semaines, les semaines des -mois, les mois s'ajouteront les uns aux autres et feront des années, -les années s'aggloméreront en siècles, et mon nom sera toujours un -terme de mépris. Je ne puis vivre en face de ce déshonneur. Que le -monde existe, ce n'est que le monde. Quoi de plus? Quelle espérance? -Je crois qu'il y on avait une, à moins qu'il m'ait raillé en parlant -d'espoir. Il l'appelait son espérance: mais il ne raille jamais, car -la raillerie est la fumée des petits cœurs; et béni soit le Roi qui -a pardonné mon crime envers lui, et m'a laissé espérer dans mon cœur -que je puis racheter mon péché et redevenir ensuite sa compagne dans -les cieux devant le trône élevé de Dieu. Ah! grand et noble seigneur, -qui est au milieu de tes chevaliers, comme est la conscience d'un -saint parmi ses sens agités, toi vers lequel mon perfide et voluptueux -orgueil, qui puisait si aisément toutes ses impressions en bas, ne -voulait point lever les yeux, ou dédaignait à demi la hauteur à -laquelle je ne voulais ou ne pouvais monter; je crus que je ne pourrais -respirer dans cette atmosphère éthérée cette pure sévérité de parfaite -lumière... J'avais besoin de chaleur et de couleur, et les trouvai -dans Lancelot... Maintenant je te vois tel que tu est: tu est à la -fois l'être le plus élevé et le plus humain comme ne le saurait être -ni Lancelot ni tout autre. N'y aurait-il personne pour dire au Roi que -je l'aime, quoique si tard? maintenant... avant qu'il ne parte pour -la grande bataille? personne: c'est à moi à le lui dire dans cette -vie plus pure; aujourd'hui ce serait trop téméraire. Ah! mon Dieu, -que n'aurais-je point fait de ce bel univers si je n'eusse aimé que -ta plus noble créature ici-bas? C'était mon devoir, et sûrement mon -avantage, d'aimer la perfection, si je l'eusse connue, comme c'eût été -mon plaisir, si elle se fût offerte à mes regards. Nous devons aimer la -perfection lorsque nous la rencontrons, et non Lancelot ni aucun autre.» - -Ici sa main saisie par une autre main lui fit baisser les yeux; elle -regarda, vit la novice en pleurs, suppliante, et lui dit: «En vérité, -enfant, ne suis-je point pardonnée?» Levant ensuite les yeux, elle se -vit entourée des saintes nonnes toutes en larmes: son cœur alors se -détendit, elle pleura avec elles et parla en ces termes: - -«Vous me connaissez donc enfin, vous connaissez cette femme perverse -qui a fait échec au vaste dessein et au projet du Roi. Oh! saintes -filles, fermez sur moi les portes étroites du cloître, que je n'entende -point crier anathème contre moi. Je ne dois point me mépriser, car il -m'aime encore; on ne saurait imaginer le contraire. Laissez-moi donc, -si je ne vous fais point horreur, si vous n'avez pas de répugnance -à m'appeler votre soeur, demeurer avec vous, me vêtir de noir et de -blanc, comme vous, être religieuse, prendre part à vos jeûnes, sans -partager vos fêtes: me mêler à vos chagrins, sans m'affliger de vos -joies, mais sans m'en réjouir; m'associer à vos cérémonies, prier et -être l'objet de vos prières; m'agenouiller devant vos autels, remplir -les plus bas offices de votre sainte maison, me promener dans votre -sombre cloître et distribuer des consolations aux pauvres malades, plus -riches et plus sains que moi aux yeux de Celui qui nous a rachetés; -panser leur plaies repoussantes, guérir les miennes, et user ainsi, -dans la pratique de l'aumône et de la prière, la fin tragique de ce -jour voluptueux qui a consommé la ruine de mon seigneur le Roi.» - -Elle dit. Les nonnes la prirent avec elles; et Genièvre, toujours -espérant, mais se demandant avec crainte «serait-il trop tard,»demeura -au couvent jusqu'au moment où l'abbesse mourut. Alors, en raison -de ses bonnes actions et de la pureté de sa vie, de son talent -d'administration et pareillement à cause du rang élevé qu'elle avait -occupé, elle fut choisie pour abbesse. Abbesse, elle vécut trois -rapides années, et comme abbesse elle passa là où la paix n'est -troublée que par des chants pieux. - - -FIN DE GENIÈVRE - - - - - -End of the Project Gutenberg EBook of Genièvre, by Alfred Tennyson - -*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK GENIÈVRE *** - -***** This file should be named 53710-0.txt or 53710-0.zip ***** -This and all associated files of various formats will be found in: - http://www.gutenberg.org/5/3/7/1/53710/ - -Produced by Laura Natal Rodriguez and Marc D'Hooghe at -Free Literature (back online soon in an extended version, -also linking to free sources for education worldwide ... -MOOC's, educational materials,...) 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You may copy it, give it away or re-use it under the terms of -the Project Gutenberg License included with this eBook or online at -www.gutenberg.org. If you are not located in the United States, you'll have -to check the laws of the country where you are located before using this ebook. - -Title: Genièvre - -Author: Alfred Tennyson - -Illustrator: Gustave Doré - -Translator: Francisque Michel - -Release Date: December 11, 2016 [EBook #53710] - -Language: French - -Character set encoding: UTF-8 - -*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK GENIÈVRE *** - - - - -Produced by Laura Natal Rodriguez and Marc D'Hooghe at -Free Literature (back online soon in an extended version, -also linking to free sources for education worldwide ... -MOOC's, educational materials,...) Images generously made -available by Gallica (Bibliothèque nationale de France.) - - - - - - -</pre> - -<div class="figcenter" style="width: 500px;"> -<img src="images/cover01.jpg" width="500" alt="" /> -</div> - -<div class="figcenter" style="width: 500px;"> -<img src="images/title.jpg" width="500" alt="" /> -</div> - -<h1>GENIÈVRE</h1> - -<h3>PAR</h3> - -<h2>ALFRED TENNYSON</h2> - - -<h4>POÈME TRADUIT DE L'ANGLAIS</h4> - -<h4>PAR FRANCISQUE MICHEL</h4> - -<h5>PROFESSEUR A LA FACULTÉ DES LETTRES DE BORDEAUX</h5> - - -<h5>AVEC NEUF GRAVURES SUR ACIER</h5> - -<h5>D'APRÈS</h5> - -<h4>LES DESSINS DE GUSTAVE DORÉ</h4> - - - -<h5>PARIS</h5> - -<h5>LIBRAIRIE HACHETTE ET C<sup>ie</sup></h5> - -<h5>BOULEVARD SAINT-GERMAIN, No 77</h5> - -<h5>1868</h5> - - -<hr class="full" /> - -<div class="figcenter" style="width: 600px;"> -<a id="gen001"></a> -<img src="images/gen001.jpg" width="600" alt="" /> -<p class="caption">Et encore le soir, devant son cheval, le cercle voltigeant des fées -tournoyait et se dispersait.</p></div> - -<p class="center" style="font-size: 0.8em;">A</p> - -<h4>NAPOLÉON III</h4> - -<h6>EMPEREUR DES FRANÇAIS</h6> - -<p class="center" style="font-size: 0.8em;">CE LIVRE</p> - -<p class="center" style="font-size: 0.8em;">ŒUVRE DU GÉNIE COMBINÉ</p> - -<h5>DE L'ANGLETERRE ET DE LA FRANCE</h5> - -<p class="center" style="font-size: 0.8em;">ET PRODUIT D'UNE AMITIÉ ENTRE LES DEUX PEUPLES</p> - -<p class="center" style="font-size: 0.8em;">QUI DOIT SURTOUT SA FORCE</p> - -<p class="center">A UNE AUGUSTE IMPULSION</p> - -<p class="center" style="font-size: 0.8em;">EST DÉDIÉ</p> - -<p class="center" style="font-size: 0.8em;">PAR SON TRÈS-HUMBLE ET TRÈS-OBÉISSANT SERVITEUR</p> - - -<p class="p2" style="font-size: 0.8em; margin-left: 70%;">J. BERTRAND PAYNE</p> - - -<hr class="chap" /> - -<p>La Reine Genièvre avait fui la cour, et, dans la sainte maison -d'Almesbury, assise, elle pleurait, sans personne auprès d'elle, si -ce n'est une jeune novice. Une lampe basse brûlait entre elles deux -d'un éclat rougi par le brouillard qui se répandait alentour; car, -partout au dehors sous une lune invisible, quoique dans son plein, un -brouillard blanc connue un linceul se collait au sol inanimé, et la -terre était silencieuse.</p> - -<p>C'est là que Genièvre s'était réfugiée. L'auteur de sa fuite était -messire Modred. Cet homme, neveu du Roi et son plus proche parent, -était toujours aux aguets les yeux fixés sur le trône, pareil à -un animal rusé, prêt à s'élancer et n'attendant que l'occasion. -Il s'efforçait d'amoindrir la popularité du Roi avec des sourires -silencieux de dénigrement; il conspirait avec les seigneurs du Cheval -blanc, païens de la postérité d'Hengist; il cherchait à bouleverser la -Table ronde d'Arthur et à y souffler une discorde utile à ses perfides -desseins, tous animés par une profonde haine pour Lancelot.</p> - -<p>Or, il arriva qu'un matin, quand toute la cour vêtue de vert, sauf les -plumes qui rivalisaient avec la fleur de mai, était allée, suivant son -habitude, cueillir l'aubépine, à son retour, Modred, toujours vêtu de -vert, tout yeux et tout oreilles, grimpa sur le haut du mur du jardin -pour surprendre, s'il était possible, quelque scandale secret; il vit -la Reine assise entre Énide, la meilleure personne de sa cour, et la -roquette Viviane, la plus rusée et la plus méchante. Il n'en vit pas -davantage; car messire Lancelot, passant par là, devina son dessein. Et -de même que la main du jardinier enlève des choux une verte chenille, -ainsi Lancelot arracha du mur élevé et du bosquet en fleur Modred par -le talon et le lança comme un vermisseau sur le chemin; mais quand il -eut reconnu le prince, quoique souillé de poussière, respectant le sang -royal même dans un méchant homme, il s'excusa autant qu'il put, et -cela, en vrai chevalier, sans raillerie: car dans ce temps-là, aucun -chevalier de la noblesse d'Arthur ne se permettait un pareil jeu; mais -si un homme était boiteux ou bossu, la raillerie lui était permise, -comme faisant partie de sa difformité, par ceux que Dieu avait créés -avec tous leurs membres et une belle taille; le Roi et sa Table ronde, -tous lui répondaient avec douceur. Donc, messire Lancelot aida le -prince à se relever. Celui-ci épousseta vivement deux ou trois fois -ses genoux, sourit et s'en alla; mais, à dater de ce moment, la petite -violence qui lui avait été faite rongea sou cœur et l'agita comme le -vent aigu qui, tout le long du jour, agite un petit étang saumâtre -autour d'une pierre sur la côte stérile.</p> -<hr class="r5" /> -<div class="figcenter" style="width: 600px;"> -<a id="gen002"></a> -<img src="images/gen002.jpg" width="600" alt="" /> -<p class="caption" style="text-align: center;">Là, ils se donnèrent un baiser et se séparèrent en -larmes.</p> -</div> -<hr class="r5" /> -<p>Mais quand messire Lancelot en fit le conte à la Reine, d'abord elle -rit légèrement se figurant la chute poudreuse de Modred; puis elle -frémit comme la villageoise qui s'écrie: «Je tremble, quelqu'un marche -à travers mon tombeau.»Elle rit de nouveau, mais plus faiblement; car -en vérité elle entrevoyait que Modred, en animal rusé, suivrait les -traces de sa faute jusqu'à ce qu'il l'eût trouvée, et que son nom -serait à tout jamais un terme d'opprobre. A partir de cet instant, -elle put rarement, dans la salle du palais ou ailleurs, affronter la -figure étroite de Modred, son museau de renard, son sourire faux et -ses yeux gris au regard persistant. Dès ce moment aussi les puissances -qui veillent sur l'âme pour l'aider contre la mort qui ne peut mourir, -et pour la sauver même à la dernière heure, commencèrent à la troubler -et à la tourmenter. Souvent au milieu de la nuit, pendant que le Roi -respirait avec placidité, des figures grimaçantes allaient et venaient -devant elle durant des heures entières, souvent aussi, semblable à -quelque bruit douteux de portes qui craquent, entendu par le veilleur -dans une maison hantée, qui conserve la souillure du meurtre sur ses -murs, une vague terreur la tenait éveillée; ou, si elle dormait, elle -faisait un rêve accablant: il lui semblait qu'elle était au milieu -de quelque vaste plaine en face d'un soleil couchant; de ce soleil -s'élançait vers elle quelque chose d'affreux, et l'ombre fuyait à son -approche jusqu'à ce qu'il parvint à Genièvre. Elle se retourna, et -voici que l'ombre de la Reine, s'élargissant par la base et devenant de -plus en plus noire, couvrit toute la terre, et les cités y brûlaient -dans le lointain, et avec un grand cri elle s'éveilla. Tout ce -trouble, loin de passer, ne fit que croître, jusqu'à ce que la figure -placide du Roi sans reproche, et les honnêtes familiarités de la vie -domestique, lui devinssent insupportables. Elle finit par dire: «O -Lancelot, va-t'en dans ton pays; car si tu tardes, nous nous réunirons -de nouveau, et si nous nous trouvons ensemble, quelque mauvaise chance -fera éclater le scandale devant le peuple et le Roi, notre maître.»</p> -<hr class="r5" /> -<div class="figcenter" style="width: 600px;"> -<a id="gen003"></a> -<img src="images/gen003.jpg" width="600" alt="" /> -<p class="caption" style="text-align: center;">Elle s'enfuit à Almesbury, et resta en route pendant -toute une nuit.</p></div> -<hr class="r5" /> -<p>Lancelot promettait toujours, mais il restait, et ils continuaient à se -voir. Elle dit encore: «O Lancelot, si tu m'aimes, va-t'en.»Alors ils -convinrent qu'une nuit où le bon Roi sérail absent, ils se réuniraient -pour se séparer à jamais. Pâles d'amour, ils se rencontrèrent et se -saluèrent; les mains dans les mains, les yeux dans les yeux, ils -s'assirent sur le bord de la couche royale, balbutiant et les yeux -fixes: c'était leur dernière heure, l'ivresse des adieux. Modred -amena ses créatures au pied de la tour pour lui servir de témoins. -Il se mit à crier de toute sa force: «Sors, traître! tu es pris à la -fin.»A ces mots, Lancelot, comme réveillé en sursaut, se précipita -dehors semblable à un lion, sauta sur Modred et le lança la tête la -première. Le malheureux tomba tout étourdi, ses gens le relevèrent -et l'emportèrent, tout rentra dans le silence. La Reine prit alors -la parole: «Voici la fin, dit-elle, et je suis déshonorée pour -toujours.—A moi la honte, dit Lancelot; c'est moi qui ai péché; mais -lève-toi et cherche un asile dans mon château fort de l'autre côté -de la mer. C'est là que je te cacherai jusqu'à mon dernier jour, là -qu'avec ma vie je te soutiendrai contre le monde.»Elle répondit: -«Lancelot, veux-tu me soutenir ainsi? Non, vraiment, mon ami; car nous -nous sommes fait nos adieux. Plût au ciel que tu pusses me cacher à -moi-même! La honte est pour moi, car j'étais épouse et tu n'étais point -marié. Néanmoins, lève-toi et fuyons; car je me retirerai dans un -sanctuaire et j'y attendrai mon jugement.» Lancelot prit le cheval de -la Reine, l'y plaça, et monta sur le sien; et ils chevauchèrent jusqu'à -un endroit où la route se divisait en deux. Là, ils se donnèrent un -baiser et se séparèrent en larmes; car, se conformant au moindre désir -de la Reine, il retourna dans son pays. Pour elle, elle s'enfuit à -Almesbury, et resta en route pendant toute une nuit, errant dans les -solitudes et les bois qui commençaient à s'éclairer; pendant qu'elle -fuyait, elle entendit les esprits de ces lieux murmurer, ou plutôt elle -crut les entendre. Elle se répétait à elle-même «Trop Lard, trop tard! -» jusqu'à ce que dans la fraîcheur qui précède le matin, le corbeau, -comme une tache dans le ciel, élevant son vol croassa, et elle se dit -en pensée: «Il épie quelque champ de carnage; car à ce moment les -païens de la mer du Nord, attirés par les crimes et les frivolités de -la cour, commencent à massacrer le peuple et à dépouiller le pays.»</p> - -<p>A son arrivée à Almesbury, elle s'adressa aux nonnes et leur dit: -«Mes ennemis me poursuivent; mais, ô paisibles sœurs, recevez-moi, -donnez-moi un asile et ne demandez pas le nom de celle à qui vous le -donnez, jusqu'à ce que le temps soit venu de vous le dire.»La beauté, -la grâce, et l'influence qu'exerçait Genièvre opérèrent comme par un -charme sur les religieuses, et elles s'abstinrent de l'interroger.</p> - -<p>Ainsi la majestueuse Reine resta maintes semaines parmi les nonnes -sans en être connue; elle ne se mêlait point à elles, ne leur révélait -pas son nom, et, plongée dans son chagrin, elle ne pensait ni à se -confesser ni à communier; elle ne se plaisait qu'avec la petite novice, -qui, par son babil enfantin, lui faisait oublier ses peines. Mais voici -qu'une nuit le bruit se répandit que messire Modred avait usurpé la -couronne et s'était ligué avec les païens pendant que le Roi faisait -la guerre contre Lancelot. Elle se dit: «Avec quelle haine le peuple -et le Roi doivent-ils me haïr!»Elle mit sa tête dans ses mains sans -proférer une parole, jusqu'à ce que la petite fille qui ne pouvait -supporter le silence, le rompît en s'écriant: «Tard, si tard! Quelle -heure pourrait-il bien être maintenant?»N'obtenant aucune réponse, elle -se prit bientôt à fredonner un air que les nonnes lui avaient appris: -«Tard, si tard!» La Reine l'entendant, leva les yeux et dit: «Ma fille, -en vérité, si tu as envie de chanter, chante et détends mon cœur, afin -que je puisse pleurer.» Alors, sans se faire prier davantage, l'enfant -chanta: «Tard, tard, si tard! sombre et froide est la nuit. Tard, tard, -si tard! mais nous pouvons entrer encore. Trop tard, trop tard! vous ne -pouvez entrer maintenant.</p> -<hr class="r5" /> -<div class="figcenter" style="width: 600px;"> -<a id="gen004"></a> -<img src="images/gen004.jpg" width="600" alt="" /> -<p class="caption" style="text-align: center;">«Je vous en prie, noble dame, ne pleurez pas davantage; -mais souffrez que mes paroles vous consolent dans vos chagrins.»</p></div> -<hr class="r5" /> -<p>«Nous n'avions pas de lumière, nous nous en repentons; quand il le -saura, l'époux s'apaisera. Trop tard, trop tard! vous ne pouvez entrer -maintenant.</p> - -<p>«Pas de lumière, si tard! La nuit est sombre et froide! Oh! -laissez-nous entrer, pour que nous puissions trouver de la lumière! -Trop tard, trop tard! vous ne pouvez entrer maintenant.</p> - -<p>«Ne vous a-t-on pas dit combien l'époux est aimable? Oh! laissez-nous -entrer, quoique tard, pour baiser ses pieds! Non, non, trop tard! vous -ne pouvez entrer maintenant.»</p> - -<p>Voilà ce que chanta la novice, pendant que la triste Reine, la tête -dans les mains, pleurait amèrement, se rappelant la pensée qui -l'agitait quand elle vint pour la première fois. La petite novice lui -dit alors en babillant: «Je vous en prie, noble dame, ne pleurez pas -davantage; mais souffrez que mes paroles, les paroles d'un être si -petit et qui ne sachant rien ne sait qu'obéir (et quand je ne le fais -pas, on me donne une pénitence), vous consolent dans vos chagrins; -car ils ne sont pas le fruit du mal: j'en suis bien sûre, moi, qui -vois votre grâce mêlée de tendresse et votre grandeur; mais mettez -dans la balance vos peines avec celles de notre seigneur le Roi, et -vous trouverez que celles-là sont bien peu de chose en comparaison. -Arthur est parti pour faire une guerre acharnée à messire Lancelot -autour du château fort où il retient la Reine; et Modred, auquel il -a tout confié, le traître... Ah! noble dame, le chagrin du Roi pour -lui-même, pour la Reine et pour le royaume, doit être trois fois aussi -fort qu'aucun des nôtres. Quant à moi, grâce aux saints, je ne fais -pas partie des grands; s'il me vient un chagrin, je pleure en silence, -et c'est fini. Personne ne le sait, et mes larmes m'ont fait du bien; -mais quand même les peines des petits égaleraient celles des grands, -cependant ce chagrin s'ajoute à ceux que les grands doivent supporter, -de ne pouvoir pleurer derrière un nuage, quelque désir qu'ils aient du -silence. Ici même, à Almesbury, on jase sur le compte du bon Roi et de -la méchante Reine. Si j'étais un tel roi et que j'eusse une pareille -épouse, je voudrais cacher ses fautes. Mais si j'étais ce roi, cela ne -saurait être.»</p> - -<p>La Reine alors, parlant à son triste cœur, murmura: «Cette enfant -va-t-elle me tuer avec son innocent babil?»Mais elle répondit à haute -voix: «Si ce traître déloyal a pris la place de son seigneur, ne -dois-je point partager la douleur générale?</p> - -<p>«—Sans doute, dit la jeune fille: c'est bien là une douleur de femme, -car c'est une femme dont la vie déloyale a mis la confusion dans la -Table ronde, fondée jadis à Camelot par le bon Roi Arthur, avant -l'arrivée de la Reine, avec des signes et des miracles de toutes -sortes.»</p> -<hr class="r5" /> -<div class="figcenter" style="width: 600px;"> -<a id="gen005"></a> -<img src="images/gen005.jpg" width="600" alt="" /> -<p class="caption" style="text-align: center;">La Reine alors se prit à penser de nouveau: «Cette -enfant va-t-elle me tuer avec son bavardage.»</p></div> -<hr class="r5" /> - -<p>La Reine alors se prit à penser de nouveau: «Cette enfant va-t-elle me -tuer avec son sot bavardage?»Mais, élevant la voix, elle lui dit: «O -petite fille, renfermée entre les murs d'un cloître, que peux-tu savoir -en fait de rois et de tables rondes? de signes, ou de merveilles autres -que les signes et les simples miracles de ton couvent?»</p> - -<p>A ces mots, la petite novice répliqua en babillant: «Oui en vérité, -mais je le sais. Le pays était plein de signes et de merveilles avant -l'arrivée de la Reine. Mon père me l'a dit, et lui-même était chevalier -de la grande Table, depuis la fondation. Il venait du Léonnais, et -il racontait que sur sa route, une heure ou peut-être deux après le -coucher du soleil, au bas de la côte, il entendit une musique étrange. -Il s'arrêta, et, se retournant, il vit le long de la côte solitaire du -Léonnais des apparitions; chacune avait une étoile enflammée au-dessus -de la tête, et aux pieds la lumière changeante de la mer; il vit sur -les caps la flamme courir successivement dans le lointain jusque dans -le cœur des riches contrées de l'Ouest. A cette clarté, la blanche -sirène nageait; de robustes créatures à la poitrine humaine se tenaient -sur les flots et envoyaient aux échos d'alentour les graves accents de -leurs voix marines, auxquels répondaient les petits lutins des fentes -et des crevasses, avec un son pareil à celui d'un cor lointain. Ainsi -disait mon père... Oui vraiment, et de plus, le jour suivant, pendant -qu'il traversait les sombres forêts, il vit lui-même trois esprits -fous de joie s'élancer au bord de la route sur une grande fleur, qui -trembla sous eux comme tremble le chardon lorsque trois linottes grises -s'en disputent les graines; et encore le soir, devant son cheval, le -cercle voltigeant des fées tournoyait et se dispersait, se reformait -de nouveau pour se disperser encore, car tout le pays était plein de -vie. Quand, à la fin, mon père arriva à Camelot, une ronde de danseurs -aériens, se tenant par la main, se balançait autour de la lanterne -allumée de la salle du palais, et dans la salle elle-même il y avait -une fête comme personne n'en a jamais rêvé; car chaque chevalier se -voyait servir, par des mains invisibles, le mets qu'il désirait, et -même, disait mon père, dans les celliers deux joyeux lutins tout -bouffis, à cheval sur les barriques, mettaient la main au robinet pour -taire couler le vin. Telle était la joie des esprits et des hommes -avant la venue de la Reine pécheresse.»</p> - -<p>Genièvre dit alors, non sans amertume: «On était donc bien joyeux? -Esprits et hommes, tous étaient donc de mauvais prophètes. Nul d'entre -eux, pas même ton sage père, avec ses signes et ses merveilles, ne -pouvaient-ils prévoir ce qui est arrivé an royaume?»</p> - -<p>La novice repartit dans son jargon puéril: «Oui en vérité, un seul, un -barde. Mon père dit qu'il avait chanté mainte noble chanson de guerre, -même en présence d'une flotte ennemie, entre la côte escarpée et la -vague qui approchait, et mains lais mystiques de vie et de mort sur -le sommet brumeux des montagnes, lorsque autour de lui se penchaient -les esprits des hauteurs, avec leurs cheveux baignés de rosée jetés en -arrière comme la flamme. Ainsi disait mon père, et cette nuit le barde -chanta les glorieuses guerres d'Arthur. Il chanta aussi le Roi connue -un homme presque surhumain, et il raillait ceux qui l'appelaient le -fils prétendu de Gorloïs. Personne, en effet, ne savait d'où il venait; -mais après une tempête, lorsque la longue vague déferla avec le bruit -du tonnerre sur les côtes de Bude et de Bos, il se leva un jour aussi -calme que le ciel, et alors fut trouvé un enfant nu sur les sables du -sombre Dundagil, à côté de la mer de Cornouailles. C'était Arthur. Il -fut nourri jusqu'à ce que, par un miracle, il lui proclamé Roi. Le -barde ajouta que son tombeau serait comme sa naissance, un mystère pour -tous, et, que s'il pouvait trouver une femme aussi grande que lui, -alors ce couple pourrait bien changer le monde. Mais, au milieu de son -chant, le barde hésita, et sa main laissa échapper la harpe; il devint -pâle, tourna sur lui-même, et serait tombé s'il n'eut été soutenu. -Il ne voulut point raconter sa vision; mais le moyen de douter qu'il -prévit l'intrigue criminelle de Lancelot et de la Reine?»</p> -<hr class="full" /> -<div class="figcenter" style="width: 600px;"> -<a id="gen006"></a> -<img src="images/gen006.jpg" width="600" alt="" /> -<p class="caption" style="text-align: center;">«Pendant qu'il traversait les sombres forêts, il vit -lui-même trois esprits fous de joie s'élancer au bord de la route sur -une grande fleur.»</p></div> -<hr class="full" /> -<p>Genièvre se dit en elle-même: «Notre abbesse sainte nitouche et -ses nonnes ont fait la leçon à cette petite fille pour se jouer de -moi.»Elle courba la tête, ne prononça pas une parole. Ce que voyant, la -novice en pleurs joignit les mains et maudit en babillant son propre -babil; elle dit que les bonnes religieuses auraient plus d'une fois à -réprimer l'intempérance de sa langue: «Et, chère dame, si je parais -affliger une oreille trop triste pour m'écouter, et si je passe les -bornes avec mon babil et les histoires que mon bon père me racontait, -grondez-moi aussi, que je ne déshonore point la mémoire de mon père, -dont les manières étaient si nobles, quoique lui-même dît qu'elles -l'étaient moins que celles de messire Lancelot. Il est mort, tué dans -un tournois, il y aura cinq ans l'été prochain, et il m'a laissée; -mais des autres chevaliers qui restent, et des deux les plus renommés -pour leur courtoisie (et je vous prie, grondez-moi si ma demande est -indiscrète), dites-moi, s'il vous plaît, lequel avait les plus nobles -manières pendant que vous viviez parmi eux, de Lancelot ou de notre -seigneur le Roi?»</p> - -<p>Alors la pale Reine leva les yeux et lui répondit: «Messire Lancelot, -comme il sied à un noble chevalier, était gracieux pour toutes les -dames, et, en bataille rangée ou dans une joute, il ne cherchait point -à se faire valoir; le Roi agissait de même, et tous les deux étaient -les hommes les plus distingués; car les manières ne sont point choses -vaines, mais le fruit d'une nature loyale et d'une âme noble.</p> - -<p>«—En vérité, dit la jeune fille, les manières sont-elles un si beau -fruit? alors celles de Lancelot doivent être dix fois moins nobles, ce -chevalier étant, suivant le bruit public, l'ami le plus déloyal qui -soit dans le monde entier.»</p> - -<p>A ces mots, la Reine fit une réponse pleine de tristesse: «Enfant -resserrée dans les murs d'un cloître, que sais-tu du monde, de ses -rayons et de ses ombres, de toutes ses richesses et de toutes ses -misères? Si jamais Lancelot, ce très-noble chevalier, cessa un seul -moment d'être noble, prie pour lui qu'il échappe au feu éternel, et -prie pour celle qui l'y a entraîné.</p> -<hr class="r5" /> -<div class="figcenter" style="width: 600px;"> -<a id="gen007"></a> -<img src="images/gen007.jpg" width="600" alt="" /> -<p class="caption" style="text-align: center;">«Alors fut trouvé un enfant nu sur les sables du sombre -Dundagil, à côté de la mer de Cornouailles. C'était Arthur.»</p></div> -<hr class="r5" /> -<p>«—En vérité, dit la petite novice, je prie pour tous les deux; mais -je pourrais plutôt croire que les manières de messire Lancelot furent -aussi nobles que celles du Roi, que de me faire à l'idée, douce dame, -à voir vos manières telles qu'elles sont, que vous êtes la Reine -coupable.»</p> - -<p>En parlant ainsi, pareille à d'autres parleurs, l'enfant blessait qui -elle eût voulu guérir, et faisait du mal là où elle eût voulu apporter -remède; car ici une explosion de courroux mit en feu la pâle figure -de la Reine, qui s'écria: «Telle que tu es, puisses-tu n'être jamais -l'une des religieuses de céans, oui, jamais! toi, leur instrument mis -en jeu pour me tourmenter, nie bafouer, me harceler, petit espion, -traîtresse.» Quand Genièvre eut ainsi fait éclater sa colère comme une -tempête, la novice effarée se leva blanche comme son voile, et resta -immobile devant la Reine, tremblante comme l'écume au bord de la mer, -en face du vent, prête à se disperser; et quand la Reine eut ajouté: -«Sors d'ici,» elle s'enfuit épouvantée. Laissée seule, Genièvre se prit -à soupirer, et commença à reprendre courage en se disant: «L'enfant -sans détour et craintive n'avait aucune arrière-pensée, c'est ma -conscience, trop timorée et plus simple qu'un enfant, qui s'est trahie; -mais, ô ciel! viens à mon aide, car sûrement je me repens. Qu'est-ce -donc que le vrai repentir s'il n'est dans la pensée... quand il ne -faudrait, pas même dans la pensée la plus intime, rêver encore au péché -qui nous a rendu le passé si agréable? et j'ai juré de ne jamais le -revoir, jamais le revoir.»</p> - -<p>Même en disant cela, sa mémoire, suivant une vieille habitude de -l'esprit, se reportait involontairement aux jours dorés où elle vit -Lancelot pour la première fois, quand il arriva comme ambassadeur, -précédé de la réputation du meilleur chevalier et du plus beau des -hommes, pour la conduire à Arthur, son époux, auquel il ramena en -effet; et là, loin des yeux de leurs suites, emportés par le charme de -la conversation qui roulait sur l'amour, la chasse, les tournois et -autres plaisirs (c'était le temps de mai et l'on ne songeait pas encore -à mal), ils s'égarèrent sous des bosquets qui semblaient un paradis de -fleurs, sur des tapis de jacinthes tels qu'on eût dit que les vieux -étaient descendus sur la terre. Ils allaient ainsi de colline en -colline, et chaque jour voyait à midi, dans quelque délicieuse vallée, -dresser par des courriers partis d'avance, les pavillons de soie du -Roi Arthur, pour un léger repas ou pour la sieste; et ils avançaient -toujours, et toujours le soir, au coucher du soleil, ils voyaient le -grand étendard du dragon, qui surmontait le pavillon de cérémonie -du Roi, briller sur les bords du torrent écumeux ou de la fontaine -silencieuse.</p> - -<p>Mais quand la Reine, plongée dans cette extase et remontant le passé -sans se l'avouer, en vint au moment où elle vit le Roi, pour la -première fois, venir à sa rencontre hors de la ville, tandis qu'elle -soupirait de regret de voir son voyage terminé, qu'elle jetait les -yeux sur Arthur et pensait qu'il était froid, hautain, réservé et -sans passion, «non pas comme mon Lancelot,» disait-elle; pendant -qu'elle rêvait ainsi et redevenait à moitié coupable en pensée, un -guerrier armé arriva à la porte du monastère. Un murmure circula dans -le couvent, puis un cri soudain: «Le Roi!»Genièvre s'assit comme -engourdie, l'oreille tendue; mais quand les pieds armés d'éperons -s'avançant retentirent dans la longue galerie depuis les portes -extérieures, elle se pencha hors de son siège, tomba et rampa la face -contre terre. Là, avec ses bras blancs comme la neige et son épaisse -chevelure, elle déroba sa figure à la vue du Roi, et, dans l'obscurité, -elle entendit les pieds armés s'arrêter à côté d'elle. Vint ensuite le -silence; puis une voix se fit entendre, monotone et caverneuse comme -celle d'un fantôme qui prononce un jugement. C'était celle du Roi, -quoique changée.</p> -<hr class="r5" /> -<div class="figcenter" style="width: 600px;"> -<a id="gen008"></a> -<img src="images/gen008.jpg" width="600" alt="" /> -<p class="caption" style="text-align: center;">Ils s'égarèrent sous des bosquets qui semblaient un -paradis de fleur.</p></div> -<hr class="r5" /> -<p>«Toi ici couchée si bas, dit-il, toi la fille d'un père que j'honorais, -heureusement mort avant ta honte? C'est un bonheur que tu n'aies pas -d'enfant; ceux que tu as enfantés sont le fer et le feu, l'incendie, -la violation des lois, la perfidie domestique et les bordes des -païens sans foi ni loi, fourmillant sur la mer du Nord. Tant que -j'eus avec moi messire Lancelot, mon bras droit, le plus puissant de -mes chevaliers, je les ai anéantis partout, dans ce pays chrétien, -en douze grandes batailles. Et sais-tu maintenant d'où je viens?... -D'auprès de Lancelot, et de lui faire une guerre acharnée. Lui, qui n'a -point hésité à me blesser de la façon la plus cruelle, a eu cependant -encore ces restes d'une gracieuse courtoisie de ne point lever la -main contre le roi qui la créé chevalier; mais plus d'un a été tué; -et nombre d'autres, ainsi que tous ses parents et alliés, se sont -ligués avec lui et restent dans son pays. Beaucoup aussi, quand Modred -a levé l'étendard de la révolte, oubliant leurs serments, se sont -attachés à lui; les autres sont restés avec moi, hommes loyaux, qui -m'aiment encore et pour lesquels je vis. De ceux-ci, je te laisserai -quelques-uns pour te garder pendant l'heure terrible qui approche, afin -qu'il ne soit point touché un seul cheveu de cette tête aujourd'hui -si basse. Ne crains rien, tu seras gardée jusqu'à ma mort. Néanmoins -je sais, si les anciennes prophéties ne sont point menteuses, que je -marche à l'accomplissement de ma destinée. Tu ne m'as pas rendu la vie -tellement douce que moi, le Roi, j'aie grand souci de vivre; car tu as -gâté le but de mon existence. Souffre avec moi pour la dernière fois -pendant que je montre, même pour l'amour de toi, le crime que tu as -commis; car lorsque les Romains nous ont quittés, que leurs lois ont -cessé d'avoir prise sur nous et que la violence régnait partout, ça et -là un acte de bravoure redressait un tort comme par hasard; mais, de -tous les rois, je fus le premier qui unis la chevalerie errante de ce -royaume et de tous les autres sous moi, leur chef, par l'institution -de ce bel ordre de ma Table ronde, glorieuse association, la fleur -des hommes, pour servir de modèle à ce vaste monde, et commencer la -chaîne de temps meilleurs. Je leur fis placer leur main dans la mienne -et jurer de porter respect au Roi, comme s'il était leur conscience -et que leur conscience fût leur roi, d'écraser les païens et de -soutenir le Christ, de parcourir le monde pour redresser les torts de -l'humanité, de ne proférer aucune médisance ni d'y prêter l'oreille, -de vivre doucement dans la chasteté la plus pure, de n'aimer qu'une -seule vierge, de s'attacher à elle et de l'honorer par une succession -de hauts faits, jusqu'à conquérir sa main; car vraiment je ne sais -point sous le ciel de maître plus subtil que ne l'est la passion vierge -pour une jeune fille, non-seulement pour garantir un homme de pensées -basses, mais pour lui en enseigner d'élevées, lui inspirer d'aimables -paroles, la courtoisie, l'amour de la gloire et de la vérité, en un -mot, tout ce qui fait l'homme. Tout cela a prospéré jusqu'au moment -où je t'ai épousée, avec l'espérance que tu serais ma compagne pour -t'associer à mes desseins et partager ma joie. C'est alors qu'eut lieu -ta honteuse faute avec Lancelot, ensuite vint le péché de Tristan -et d'Iseult; puis d'autres, suivant l'exemple de mes plus illustres -chevaliers et s'autorisant de leurs noms glorieux, péchèrent aussi, -jusqu'à ce que prévalut odieusement le contraire de tout ce que mon -cœur avait rêvé, et tout cela, par toi! De sorte que je garde ma vie, -comme un don précieux de Dieu, quoique je n'y tienne guère, en la -préservant de mal et de souillure; mais je songe combien ce serait -triste pour Arthur, s'il devait vivre, de s'asseoir une fois de plus -à son foyer désert, de ne plus retrouver le nombre accoutumé de ses -chevaliers, de ne plus entendre le poétique récit des nobles actions, -comme dans les jours d'or avant ta faute; car qui de nous survivant -aux autres, pourrait parler du cœur pur ni sembler jeter les yeux sur -toi? Dans ta demeure de Camelot ou d'Usk ton ombre semblerait encore -glisser de chambre en chambre, et je serais à jamais tourmenté par ton -souvenir en voyant quelque robe pendue, quelque ornement oublié, ou -bien par le bruit de pas fantastiques retentissant sur l'escalier; car, -ne crois pas, quoique tu n'aies point aimé ton mari, qu'il ait perdu -tout son amour pour toi. Je ne suis point fait de si faibles éléments; -cependant, il faut, ô femme, que je l'abandonne à ta honte. Je tiens -pour le pire des ennemis publics l'homme qui, par amour pour lui ou -ses enfants, pour éviter le scandale à sa famille, laisse l'épouse -qu'il sait infidèle, demeurer sous le même toit et gouverner la maison; -car, par une pareille lâcheté, étant admise à conserver sa position, -étant partout acceptée comme pure, elle se glisse dans la foule qui -n'y prend point garde, comme une nouvelle maladie inconnue aux hommes. -Les éclairs de ses yeux font des victimes, elle sape la fidélité de -nos amis, accélère d'une façon diabolique le mouvement du sang et -empoisonne la moitié de la jeunesse. Un pareil homme, s'il régnait, -serait le pire de tous. Mieux vaut que le foyer du Roi soit désert et -que son cœur saigne, plutôt que tu reprennes ta place élevée, en butte -à la risée de mon peuple et à sa malédiction.»</p> - -<p>Il s'arrêta; la Reine se traîna quelque peu vers lui, elle mit ses -mains autour des pieds de son époux. Dans le lointain une trompette -solitaire se fit entendre: alors le destrier qui attendait à la porte, -hennit comme à la voix d'un ami, et Arthur reprit la parole:</p> -<hr class="r5" /> -<div class="figcenter" style="width: 600px;"> -<a id="gen009"></a> -<img src="images/gen009.jpg" width="600" alt="" /> -<p class="caption" style="text-align: center;">Il s'arrêta; la Reine se traîna quelque peu vers lui, -elle mit ses mains autour des pieds de son époux.</p></div> -<hr class="r5" /> -<p>«Ne crois pas, cependant, que je vienne te reprocher tes crimes; je -ne suis pas venu pour te maudire, Genièvre, moi, dont l'immense pitié -me fait presque mourir à te voir couchée à mes pieds étalant tes -cheveux d'or dont je me faisais gloire dans des jours plus heureux. -Le courroux qui, à la première nouvelle de ta retraite ici, poussait -mes pensées vers cette terrible loi, la punition de la trahison par -le bûcher, ce courroux est passé. Le tourment qui m'a fait répandre -des larmes de sang pendant que je pesais ton cœur avec un cœur trop -loyal pour soupçonner en toi la moindre infidélité, est aussi passé -en partie. Tout est passé, le crime est commis, et moi je te pardonne -comme pardonne le Dieu éternel; fais le reste pour ton âme. Mais -comment prendre congé pour toujours de tout ce que j'aimais? O cheveux -dorés avec lesquels j'avais coutume de jouer dans mon ignorance! -O port d'impératrice et beauté telle que jamais femme n'en eut de -pareille, jusqu'à ce qu'avec toi elle soit devenue une malédiction -pour un royaume... je ne puis toucher tes lèvres: elles ne sont pas à -moi, mais à Lancelot; non elles ne furent jamais au Roi. Je ne puis -prendre ta main: c'est de la chair, et tu as péché dans la chair: la -mienne en abaissant ici son regard sur la tienne, qui est polluée, -crie: «Tu me fais horreur!»Néanmoins, ô Genièvre, comme j'ai toujours -été vierge excepté pour toi, mon amour par la chair est entré si avant -dans ma vie, que mon châtiment est de t'aimer encore. Que personne -n'imagine que je ne faillie plus. Peut-être, si tu purifies ton âme, si -tu t'appuies sur notre bon père Jésus-Christ, plus tard dans ce monde -où tous sont purs, nous pourrons nous retrouver devant le trône élevé -de Dieu; là tu t'élanceras vers moi, tu diras que je suis à toi et, -tu sauras que je suis ton mari... Pas de plus petite âme entre nous, -ni Lancelot ni aucune autre. Laisse-moi, je t'en prie, cette dernière -espérance. Maintenant, il me faut partir. Au milieu des ténèbres -épaisses, j'entends la trompette sonner; on m'appelle, moi le Roi, pour -conduire loin d'ici mes troupes à la grande bataille dans l'Ouest. -C'est là qu'il me faut lutter contre le fils de ma sœur, ligué avec les -seigneurs du Cheval blanc et avec des chevaliers autrefois les miens, -lui donner la mort ou périr moi-même ou subir je ne sais quel sort -mystérieux. Dans ce séjour, tu apprendras l'événement; mais ici je ne -reviendrai jamais, je ne coucherai jamais à tes côtés, ne te reverrai -jamais, adieu.»</p> - -<p>Pendant qu'elle se traînait à ses pieds, elle sentit le souffle du -Roi errer sur son cou, et dans l'obscurité, sur sa tête penchée, elle -sentit le mouvement de mains qui bénissaient.</p> - -<p>Alors, écoutant jusqu'à ce que les pieds armés eussent cessé de -retentir, la pale Reine se leva, et dans son angoisse elle trouva la -fenêtre: «Si je pouvais, pensait-elle, seulement voir sa figure sans -moi-même en être vue.»Il monta à cheval à la porte; rangées autour de -lui, les nonnes attristées tenaient chacune un flambeau, et il leur -donnait des ordres concernant la Reine pour la garder et la nourrir -le reste de ses jours. Pendant qu'il leur parlait, la visière de -son heaume était baissée. Au-dessus s'élevait, en cimier, le dragon -d'or de Bretagne, de sorte qu'elle ne vit point le visage d'Arthur -qui semblait alors celui d'un ange; mais elle vit, mouillé par le -brouillard et miroitant aux lumières, flamboyer le dragon du grand -Pendragon et répandre dans la nuit une vapeur de feu. A ce moment même, -il se retourna; et de plus en plus la lueur blafarde de la lune roulant -autour du Roi qui, au milieu d'elle, ressemblait au fantôme d'un géant, -l'enveloppa pli par pli, et répandit sur lui une teinte de plus en plus -grise, jusqu'à ce que lui-même il devînt comme le brouillard, allant -comme un spectre à sa destinée.</p> - -<p>Alors elle étendit les bras, et s'écria avec force: «O Arthur!» Tout -d'un coup sa voix se brisa; puis, comme un ruisseau qui, jaillissant -d'une montagne escarpée, tombe dans l'espace, mais, se réunissant à -la base, se reforme et s'élance en suivant le vallon, et elle laissa -éclater sa passion.</p> - -<p>«Parti, mon seigneur!... parti, obligé, par mon péché, à tuer et à -être tué! Il m'a pardonnée, et je n'ai pu parler. Adieu! j'aurais -répondu à son adieu. Sa miséricorde m'étouffait. Il est parti, le Roi -mon époux, mon légitime seigneur, comment osai-je l'appeler mon époux? -L'ombre d'un autre s'attache à moi et me souille: lui, le Roi, m'a bien -appelée polluée. Me tuerai-je? A quoi bon? Je ne puis tuer mon péché, -si l'âme est âme; je ne puis non plus tuer ma honte, ni l'éteindre à -force de vivre. Les jours deviendront des semaines, les semaines des -mois, les mois s'ajouteront les uns aux autres et feront des années, -les années s'aggloméreront en siècles, et mon nom sera toujours un -terme de mépris. Je ne puis vivre en face de ce déshonneur. Que le -monde existe, ce n'est que le monde. Quoi de plus? Quelle espérance? -Je crois qu'il y on avait une, à moins qu'il m'ait raillé en parlant -d'espoir. Il l'appelait son espérance: mais il ne raille jamais, car -la raillerie est la fumée des petits cœurs; et béni soit le Roi qui -a pardonné mon crime envers lui, et m'a laissé espérer dans mon cœur -que je puis racheter mon péché et redevenir ensuite sa compagne dans -les cieux devant le trône élevé de Dieu. Ah! grand et noble seigneur, -qui est au milieu de tes chevaliers, comme est la conscience d'un -saint parmi ses sens agités, toi vers lequel mon perfide et voluptueux -orgueil, qui puisait si aisément toutes ses impressions en bas, ne -voulait point lever les yeux, ou dédaignait à demi la hauteur à -laquelle je ne voulais ou ne pouvais monter; je crus que je ne pourrais -respirer dans cette atmosphère éthérée cette pure sévérité de parfaite -lumière... J'avais besoin de chaleur et de couleur, et les trouvai -dans Lancelot... Maintenant je te vois tel que tu est: tu est à la -fois l'être le plus élevé et le plus humain comme ne le saurait être -ni Lancelot ni tout autre. N'y aurait-il personne pour dire au Roi que -je l'aime, quoique si tard? maintenant... avant qu'il ne parte pour -la grande bataille? personne: c'est à moi à le lui dire dans cette -vie plus pure; aujourd'hui ce serait trop téméraire. Ah! mon Dieu, -que n'aurais-je point fait de ce bel univers si je n'eusse aimé que -ta plus noble créature ici-bas? C'était mon devoir, et sûrement mon -avantage, d'aimer la perfection, si je l'eusse connue, comme c'eût été -mon plaisir, si elle se fût offerte à mes regards. Nous devons aimer la -perfection lorsque nous la rencontrons, et non Lancelot ni aucun autre.»</p> - -<p>Ici sa main saisie par une autre main lui fit baisser les yeux; elle -regarda, vit la novice en pleurs, suppliante, et lui dit: «En vérité, -enfant, ne suis-je point pardonnée?» Levant ensuite les yeux, elle se -vit entourée des saintes nonnes toutes en larmes: son cœur alors se -détendit, elle pleura avec elles et parla en ces termes:</p> - -<p>«Vous me connaissez donc enfin, vous connaissez cette femme perverse -qui a fait échec au vaste dessein et au projet du Roi. Oh! saintes -filles, fermez sur moi les portes étroites du cloître, que je n'entende -point crier anathème contre moi. Je ne dois point me mépriser, car il -m'aime encore; on ne saurait imaginer le contraire. Laissez-moi donc, -si je ne vous fais point horreur, si vous n'avez pas de répugnance -à m'appeler votre soeur, demeurer avec vous, me vêtir de noir et de -blanc, comme vous, être religieuse, prendre part à vos jeûnes, sans -partager vos fêtes: me mêler à vos chagrins, sans m'affliger de vos -joies, mais sans m'en réjouir; m'associer à vos cérémonies, prier et -être l'objet de vos prières; m'agenouiller devant vos autels, remplir -les plus bas offices de votre sainte maison, me promener dans votre -sombre cloître et distribuer des consolations aux pauvres malades, plus -riches et plus sains que moi aux yeux de Celui qui nous a rachetés; -panser leur plaies repoussantes, guérir les miennes, et user ainsi, -dans la pratique de l'aumône et de la prière, la fin tragique de ce -jour voluptueux qui a consommé la ruine de mon seigneur le Roi.»</p> - -<p>Elle dit. Les nonnes la prirent avec elles; et Genièvre, toujours -espérant, mais se demandant avec crainte «serait-il trop tard,»demeura -au couvent jusqu'au moment où l'abbesse mourut. Alors, en raison -de ses bonnes actions et de la pureté de sa vie, de son talent -d'administration et pareillement à cause du rang élevé qu'elle avait -occupé, elle fut choisie pour abbesse. Abbesse, elle vécut trois -rapides années, et comme abbesse elle passa là où la paix n'est -troublée que par des chants pieux.</p> - - -<h4>FIN DE GENIÈVRE</h4> - - -<h5>Liste des illustrations</h5> - -<p><a href="#gen001">Pl. 1</a>: Et encore le soir, devant son cheval, le cercle voltigeant des fées -tournoyait et se dispersait.</p> - -<p><a href="#gen002">Pl. 2</a>: Là, ils se donnèrent un baiser et se séparèrent en larmes. -</p> - -<p><a href="#gen003">Pl. 3</a>: Elle s'enfuit à Almesbury, et resta en route pendant -toute une nuit.</p> - -<p><a href="#gen004">Pl. 4</a>: «Je vous en prie, noble dame, ne pleurez pas davantage; -mais souffrez que mes paroles vous consolent dans vos chagrins.»</p> - -<p><a href="#gen005">Pl. 5</a>: La Reine alors se prit à penser de nouveau: «Cette enfant va-t-elle me tuer -avec son bavardage.»</p> - -<p><a href="#gen006">Pl. 6</a>: «Pendant qu'il traversait les sombres forêts, il vit lui-même trois esprits fous -de joie s'élancer au bord de la route sur une grande fleur.»</p> - -<p><a href="#gen007">Pl. 7</a>: «Alors fut trouvé un enfant nu sur les sables du sombre Dundagil, à côté de -la mer de Cornouailles. C'était Arthur.»</p> - -<p><a href="#gen008">Pl. 8</a>: Ils s'égarèrent sous des bosquets qui semblaient un paradis de fleur. -</p> - -<p><a href="#gen009">Pl. 9</a>: Il s'arrêta; la Reine se traîna quelque peu vers lui, elle mit ses mains autour -des pieds de son époux.</p> - - - - - - - - -<pre> - - - - - -End of the Project Gutenberg EBook of Genièvre, by Alfred Tennyson - -*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK GENIÈVRE *** - -***** This file should be named 53710-h.htm or 53710-h.zip ***** -This and all associated files of various formats will be found in: - http://www.gutenberg.org/5/3/7/1/53710/ - -Produced by Laura Natal Rodriguez and Marc D'Hooghe at -Free Literature (back online soon in an extended version, -also linking to free sources for education worldwide ... -MOOC's, educational materials,...) 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It -exists because of the efforts of hundreds of volunteers and donations -from people in all walks of life. - -Volunteers and financial support to provide volunteers with the -assistance they need are critical to reaching Project Gutenberg-tm's -goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will -remain freely available for generations to come. In 2001, the Project -Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure -and permanent future for Project Gutenberg-tm and future -generations. To learn more about the Project Gutenberg Literary -Archive Foundation and how your efforts and donations can help, see -Sections 3 and 4 and the Foundation information page at -www.gutenberg.org - - - -Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation - -The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit -501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the -state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal -Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification -number is 64-6221541. Contributions to the Project Gutenberg Literary -Archive Foundation are tax deductible to the full extent permitted by -U.S. federal laws and your state's laws. - -The Foundation's principal office is in Fairbanks, Alaska, with the -mailing address: PO Box 750175, Fairbanks, AK 99775, but its -volunteers and employees are scattered throughout numerous -locations. Its business office is located at 809 North 1500 West, Salt -Lake City, UT 84116, (801) 596-1887. Email contact links and up to -date contact information can be found at the Foundation's web site and -official page at www.gutenberg.org/contact - -For additional contact information: - - Dr. Gregory B. Newby - Chief Executive and Director - gbnewby@pglaf.org - -Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg -Literary Archive Foundation - -Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide -spread public support and donations to carry out its mission of -increasing the number of public domain and licensed works that can be -freely distributed in machine readable form accessible by the widest -array of equipment including outdated equipment. Many small donations -($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt -status with the IRS. - -The Foundation is committed to complying with the laws regulating -charities and charitable donations in all 50 states of the United -States. Compliance requirements are not uniform and it takes a -considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up -with these requirements. We do not solicit donations in locations -where we have not received written confirmation of compliance. To SEND -DONATIONS or determine the status of compliance for any particular -state visit www.gutenberg.org/donate - -While we cannot and do not solicit contributions from states where we -have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition -against accepting unsolicited donations from donors in such states who -approach us with offers to donate. - -International donations are gratefully accepted, but we cannot make -any statements concerning tax treatment of donations received from -outside the United States. U.S. laws alone swamp our small staff. - -Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation -methods and addresses. Donations are accepted in a number of other -ways including checks, online payments and credit card donations. To -donate, please visit: www.gutenberg.org/donate - -Section 5. General Information About Project Gutenberg-tm electronic works. - -Professor Michael S. Hart was the originator of the Project -Gutenberg-tm concept of a library of electronic works that could be -freely shared with anyone. For forty years, he produced and -distributed Project Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of -volunteer support. - -Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed -editions, all of which are confirmed as not protected by copyright in -the U.S. unless a copyright notice is included. Thus, we do not -necessarily keep eBooks in compliance with any particular paper -edition. - -Most people start at our Web site which has the main PG search -facility: www.gutenberg.org - -This Web site includes information about Project Gutenberg-tm, -including how to make donations to the Project Gutenberg Literary -Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to -subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks. - - - -</pre> - -</body> -</html> diff --git a/old/53710-h/images/cover01.jpg b/old/53710-h/images/cover01.jpg Binary files differdeleted file mode 100644 index 55e003b..0000000 --- a/old/53710-h/images/cover01.jpg +++ /dev/null diff --git a/old/53710-h/images/gen001.jpg b/old/53710-h/images/gen001.jpg Binary files differdeleted file mode 100644 index a530d6e..0000000 --- a/old/53710-h/images/gen001.jpg +++ /dev/null diff --git a/old/53710-h/images/gen002.jpg b/old/53710-h/images/gen002.jpg Binary files differdeleted file mode 100644 index d63931f..0000000 --- a/old/53710-h/images/gen002.jpg +++ /dev/null diff --git a/old/53710-h/images/gen003.jpg b/old/53710-h/images/gen003.jpg Binary files differdeleted file mode 100644 index 1ec7563..0000000 --- a/old/53710-h/images/gen003.jpg +++ /dev/null diff --git a/old/53710-h/images/gen004.jpg b/old/53710-h/images/gen004.jpg Binary files differdeleted file mode 100644 index bda7134..0000000 --- a/old/53710-h/images/gen004.jpg +++ /dev/null diff --git a/old/53710-h/images/gen005.jpg b/old/53710-h/images/gen005.jpg Binary files differdeleted file mode 100644 index d187bc0..0000000 --- a/old/53710-h/images/gen005.jpg +++ /dev/null diff --git a/old/53710-h/images/gen006.jpg b/old/53710-h/images/gen006.jpg Binary files differdeleted file mode 100644 index b0cb6ec..0000000 --- a/old/53710-h/images/gen006.jpg +++ /dev/null diff --git a/old/53710-h/images/gen007.jpg b/old/53710-h/images/gen007.jpg Binary files differdeleted file mode 100644 index 301c879..0000000 --- a/old/53710-h/images/gen007.jpg +++ /dev/null diff --git a/old/53710-h/images/gen008.jpg b/old/53710-h/images/gen008.jpg Binary files differdeleted file mode 100644 index a069950..0000000 --- a/old/53710-h/images/gen008.jpg +++ /dev/null diff --git a/old/53710-h/images/gen009.jpg b/old/53710-h/images/gen009.jpg Binary files differdeleted file mode 100644 index 6397ec9..0000000 --- a/old/53710-h/images/gen009.jpg +++ /dev/null diff --git a/old/53710-h/images/title.jpg b/old/53710-h/images/title.jpg Binary files differdeleted file mode 100644 index 2f788b2..0000000 --- a/old/53710-h/images/title.jpg +++ /dev/null |
