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-Project Gutenberg's Le château de Coucy, by Eugène Lefèvre-Pontalis
-
-This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
-almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or
-re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
-with this eBook or online at www.gutenberg.org/license
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-
-Title: Le château de Coucy
-
-Author: Eugène Lefèvre-Pontalis
-
-Release Date: September 5, 2016 [EBook #52990]
-
-Language: French
-
-Character set encoding: UTF-8
-
-*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LE CHÂTEAU DE COUCY ***
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-
-Produced by Clarity, Hélène de Mink, and the Online
-Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net (This
-file was produced from images generously made available
-by The Internet Archive/Canadian Libraries)
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-Note sur la transcription: Les erreurs clairement introduites par le
-typographe ont été corrigées. L'orthographe d'origine a été conservée et
-n'a pas été harmonisée.
-
-Les mots et phrases imprimés en gras dans le texte d'origine
-sont marqués =ainsi=.
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-
-
- Le Château
- de Coucy
-
-
-
-
-PETITES MONOGRAPHIES
-
-DES GRANDS ÉDIFICES DE LA FRANCE
-
-
-_PARU_:
-
- =La Cathédrale de Chartres=, par René MERLET, ancien archiviste
- d'Eure-et-Loir.
-
-
-_EN PRÉPARATION_:
-
- =L'Hôtel des Invalides=, par Louis DIMIER.
-
- =L'Abbaye de Vézelay=, par Charles PORÉE, archiviste de l'Yonne.
-
- =La Cathédrale de Reims=, par Louis DEMAISON, archiviste de la
- ville de Reims.
-
- =La Cathédrale du Mans=, par Gabriel FLEURY.
-
- =Le Château de Rambouillet=, par Henri LONGNON.
-
- =Saint-Pol-de-Léon=, par Ch. LECUREUX.
-
- =L'Abbaye de Moissac=, par A. ANGLÈS.
-
- =La Cathédrale d'Albi=, par Jean LARAN.
-
- =La Cathédrale de Coutances=, par Eugène LEFÈVRE-PONTALIS.
-
-
- [Illustration: PLAN DE L'ENCEINTE DE LA VILLE ET DU CHATEAU DE COUCY
- A. Ventre, del.
- A, porte de Chauny.
- B, tour Mangard.
- C, porte de Laon.
- D, barbacane.
- E, église.
- H, porte de Soissons.
- K, porte restituée.]
-
-
-
-
- Petites Monographies des Grands Édifices
- * * * de la France * * *
-
- Publiées sous la direction de M. E. LEFEVRE-PONTALIS
-
-
- Le Château
- de Coucy
-
- PAR
-
- EUGÈNE LEFÈVRE-PONTALIS
-
- Directeur de la Société française d'Archéologie.
-
- INTRODUCTION HISTORIQUE DE PH. LAUER
-
- Ouvrage illustré de 32 gravures et de plans.
- Relevés de M. A. VENTRE, architecte.
-
- [Logo]
-
- PARIS
- HENRI LAURENS, ÉDITEUR
- 6, rue de Tournon, 6
-
- Tous droits de traduction et de reproduction réservés
- pour tous pays.
-
-
-
-
-AVANT-PROPOS
-
-
-Il est peut-être téméraire de consacrer une nouvelle étude aux ruines
-imposantes du château de Coucy après Viollet-le-Duc qui a décrit et
-dessiné dans son _Dictionnaire_ toutes ses parties principales, en
-expliquant le système de défense primitif. Cependant j'aurai l'occasion
-de rectifier beaucoup d'erreurs du célèbre architecte. Il eut tort de
-reproduire le plan très inexact d'Androuet du Cerceau, sans vérifier sur
-place l'absence de la petite tour du Nord, le diamètre des salles, la
-plantation des escaliers et des latrines dans les grosses tours et sans
-indiquer par des hachures les remaniements de tous les corps de logis. On
-remarquera donc d'importantes différences entre le plan de Viollet-le-Duc
-et celui que j'ai dressé avec le précieux concours de M. André Ventre,
-architecte en chef des Monuments historiques, qui a bien voulu relever
-avec le plus grand soin tous les détails nécessaires à l'illustration.
-
-L'histoire des sires de Coucy et des sièges de la ville avait grand
-besoin d'être mise au point à l'aide des documents conservés à la
-Bibliothèque Nationale. Mon confrère, M. Philippe Lauer, bibliothécaire
-au département des manuscrits, a dépouillé les meilleures sources pour la
-résumer en tête de cette notice. Je ne saurais trop le remercier d'avoir
-prouvé une fois de plus que l'histoire et l'archéologie doivent se prêter
-un mutuel appui.
-
-Les archéologues et les touristes qui voulaient visiter sérieusement la
-ville de Coucy, n'avaient à leur disposition que la notice de
-Viollet-le-Duc qui ne décrit ni l'enceinte, ni la basse-cour, ni
-certaines parties du château, mais qui met bien en relief l'importance du
-donjon. Je me suis donc efforcé de rédiger une petite monographie plus
-complète en distinguant soigneusement les constructions du XIIIe siècle
-de celles du XIVe siècle, afin de faire mieux comprendre l'intérêt
-exceptionnel de ce chef-d'œuvre de l'architecture militaire du moyen
-âge.
-
-
- [Illustration:
- LA FACE OPPOSITE FACIES INGRESSVI
- DE LENTREE OPPOSITA
- Androuet du Cerceau del.
- LE CHATEAU EN 1576
- Vue prise à l'ouest.]
-
-
-
-
-INTRODUCTION HISTORIQUE
-
-LES SIRES DE COUCY
-
-
-L'origine de Coucy-la-Ville (_Codiciacum villa_) en Laonnais, dans
-l'ancienne cité des Rémois, date certainement de l'époque gallo-romaine.
-Ce lieu est d'ailleurs situé à proximité de la voie romaine de Soissons à
-Saint-Quentin. La plus ancienne mention de Coucy ne remonte cependant
-qu'au IXe siècle: on la rencontre dans la _Vie de saint Rémi_, par
-Hincmar, qui fait remonter au temps de Clovis la donation de ce domaine à
-l'église de Reims[1]. Au début du siècle suivant, l'archevêque de Reims,
-Hervé, fit construire un château fort (_municio_), à l'extrémité de la
-colline allongée qui domine Coucy-la-Ville: ce fut l'origine de
-_Coucy-le-Château_[2].
-
- [1] _Monumenta Germaniæ historica, Scriptores_, t. III, p. 256,
- 307, 322 et 343.
-
- [2] Flodoardus, _Historia ecclesiæ Remensis_, lib. IV, c. 13 (_M.
- G. hist., Scriptores_, t. XIII, p. 576).
-
-Herbert II, comte de Vermandois, père de l'archevêque Hugues, ne tarda
-pas à s'en emparer. Après avoir été concédé comme fief à Anseau de Vitry,
-vassal de Boson, frère du roi Raoul (930), Coucy passa successivement à
-Bernard de Senlis et Thibaud le Tricheur, vassaux de Hugues le Grand, duc
-de France. C'est là que, selon Dudon de Saint-Quentin, le jeune duc de
-Normandie, Richard, fut caché par son fidèle Osmond, à la suite de son
-évasion de Laon (vers 944).
-
-En 950, la garnison de Coucy qui, l'année précédente, avait passé au
-parti de l'archevêque de Reims, Artaud, revint à celui de Thibaud le
-Tricheur. Celui-ci s'établit solidement dans le donjon roman, et en
-confia la garde à son vassal Harduin. Les hommes d'armes du roi et de
-l'archevêque essayèrent en vain de l'en déloger. En 958, cependant, les
-partisans d'Artaud pénétrèrent par surprise à l'intérieur de la
-forteresse. Le châtelain Harduin se réfugia dans le donjon, déjà presque
-inexpugnable. Pour le réduire, il fallut que le roi vînt en personne
-l'assiéger, en compagnie d'Artaud et de bon nombre de comtes et
-d'évêques. Le siège dura deux semaines environ. Harduin donna ses
-neveux comme otages, et l'armée assiégeante se retira. Thibaud parvint
-cependant à y rentrer, on ne sait comment, quelque temps après, puisqu'en
-964 nous le voyons consentir à rendre de nouveau Coucy à l'archevêque
-pour être absous de l'excommunication, mais il exigeait que Coucy fût
-inféodé à son fils Eudes Ier. Celui-ci mourut en 995, et on ignore entre
-les mains de qui passa l'héritage de Coucy.
-
- [Illustration:
- Photo Neurdein.
- LE CHATEAU DE COUCY
- Vue prise au sud-ouest.]
-
-En 1059 paraît un certain Aubri de Coucy. On le trouve mentionné dans la
-charte d'Élinand, évêque de Laon, en faveur de Nogent (1059); dans les
-diplômes de Philippe Ier pour Saint-Médard de Soissons (1065) et l'église
-de Laon (1071); dans un acte du cartulaire de Notre-Dame de Paris (1067);
-enfin, dans une charte de Robert Courteheuse en faveur du
-Mont-Saint-Michel (1088). Le biographe de saint Arnoul, évêque de
-Soissons, fait allusion à des circonstances où Aubri de Coucy aurait été
-saisi par ses ennemis, traîné, garrotté, puis exilé et privé à jamais de
-son habitation ou domaine de Coucy. Un fait est certain, c'est sa
-présence en Angleterre, à la cour de Guillaume le Conquérant, où il était
-peut-être en exil; car, dans le _Domesday-book_, il est question d'une
-«terre d'Aubri de Coucy», située dans le comté d'York[3].
-
- [3] L. Delisle, _La Commémoration du Domesday-book, à Londres_,
- en 1886, dans l'_Annuaire-Bulletin de la Société de l'histoire de
- France_, 1886, p. 179-180 et 183.
-
-Après Aubri, on trouve, comme sire de Coucy, Enguerrand Ier, fils aîné de
-Dreux de Boves, dont la mère était de la famille comtale d'Amiens. Par
-son mariage avec Ade de Roucy, il devint seigneur de Marle et de La Fère.
-Devenu veuf, il enleva et épousa Sibylle, fille de Roger, comte de
-Château-Porcien, et femme du comte Godefroi de Namur. L'évêque de Laon,
-parent d'Enguerrand, ne l'excommunia pas; mais une guerre acharnée et
-féroce s'ensuivit entre les seigneurs de Coucy et de Namur. Ce dernier
-finit par se consoler en épousant Ermanson de Luxembourg.
-
-Enguerrand Ier prit part à la première croisade avec son fils du premier
-lit, Thomas de Marle. Dans cette expédition, selon la légende, ne
-trouvant pas, au cours d'une surprise, sa bannière, il coupa un morceau
-de son manteau écarlate, fourré de pannes de vair, d'où l'origine du
-blason des Coucy, ainsi décrit par les anciens auteurs: _Fascé de vair et
-de gueules de six pieces_.
-
-Au retour de la Terre sainte, Thomas épousa une parente dont la dot fut
-la seigneurie de Montaigu. Ses brigandages le rendirent odieux à son
-propre père, qui d'ailleurs sous l'influence de Sibylle, le croyait
-maintenant adultérin. Enguerrand assiégea Montaigu. Mais Thomas
-s'échappa, et, grâce à la protection royale, parvint à rentrer à
-Montaigu. Une horrible guerre d'extermination commença entre le père et
-le fils. Thomas soutint les habitants de Laon contre leur évêque, et ceux
-d'Amiens contre leur comte Enguerrand. Celui-ci offrit enfin, en 1113, la
-paix à son fils, qui l'aida à soumettre Amiens. Cela n'empêcha pas
-Sibylle de préparer une embuscade d'où Thomas s'échappa avec une
-blessure.
-
-Les évêques réunis au Concile de Beauvais, en 1115, excommunièrent Thomas
-de Marle comme scélérat et ennemi du nom chrétien, à cause de sa cruauté.
-A quelque temps de là, ses protégés, les Laonnais révoltés étaient
-massacrés à Crécy par Louis le Gros.
-
-L'année suivante, Enguerrand étant mort, Thomas lui succéda sans
-difficulté. Bientôt Louis le Gros vint assiéger le château de Coucy pour
-punir Thomas du rôle qu'il avait joué à Laon. Mais le rusé seigneur
-manifesta le plus grand repentir et promit de réparer tous les dommages
-par lui causés. Louis se retira, et, peu après, Thomas, malgré ses
-promesses, fit assassiner Henri de Chaumont, frère de Raoul, comte de
-Vermandois, qui lui disputait le comté d'Amiens, et il osa même arrêter
-des marchands munis d'un sauf-conduit royal. Louis le Gros, accompagné du
-comte de Vermandois, marcha immédiatement sur Coucy qui était considéré
-comme presque imprenable. Thomas commit la faute de leur tendre une
-embuscade: il y périt inopinément de la main même de Raoul de Vermandois
-(1130)[4].
-
- [4] A. Luchaire, _Louis VI le Gros, annales de sa vie et de son
- règne_, nos 26, 183, 189, 203, 220, 266, 309, 379, 461 et 491.
-
-Son fils, Enguerrand II, qui lui succéda, avait épousé Agnès de
-Beaugency, fille de Mahaut, la propre cousine du roi. Il s'efforça
-d'atténuer les conséquences des excès paternels, puis partit en 1146 pour
-la deuxième croisade, d'où il semble n'être point revenu; et son fils
-Raoul Ier qui eut pour femme Alix de Dreux, nièce de Louis VII, fit une
-fin semblable en Terre sainte.
-
-C'est à l'époque de Raoul Ier qu'on rapporte généralement la légende du
-joli roman du _Chastelain de Couci et de la dame de Faiel_. Gaston Paris
-a montré[5] qu'il n'y avait rien d'historique dans l'aventure de ce sire
-de Fayel, qui aurait fait manger à sa femme le cœur de son amant, le
-châtelain de Coucy, Renaud. La légende du Cœur Mangé que la littérature
-populaire attribue maintenant au sire de Vergy, est bien antérieure au
-XIIe siècle. Il n'en reste pas moins vrai qu'il exista, vers 1198-1218,
-un gardien du château de Coucy ou «châtelain» appelé Renaud de Magny,
-jadis chanoine de Noyon, doué d'un très beau talent poétique, dont
-quelques-unes des chansons nous sont parvenues, grâce à Jakemes Sakesep,
-l'auteur du roman du _Chastelain de Couci_.
-
- [5] _Histoire littéraire_, t. XXIII, p. 370; Ch.-V. Langlois,
- _La Société française, au XIIIe siècle_, p. 188.
-
-Enguerrand III, fils et successeur de Raoul Ier, assista à l'éclosion du
-mouvement communal déjà commencé sous son père en Soissonnais[6]. Sa
-minorité favorisa la création de la commune de Coucy, dont la charte
-datée de 1197 fut copiée sur celle de Laon. C'est le moment de l'apogée
-de la maison de Coucy, qui, par ses brillantes alliances, était arrivée à
-étendre au loin ses domaines. La reconstruction de l'enceinte de la
-ville et du château remonte à cette époque, mais elle ne fut pas faite
-d'un seul jet.
-
- [6] G. Bourgin, _La commune de Soissons et le groupe communal
- soissonnais_, p. 20.
-
-Enguerrand III eut quelques démêlés, pour des contestations obscures de
-droits de juridiction avec l'archevêque de Reims et surtout le chapitre
-de Laon, dont il arrêta le doyen en pleine cathédrale. En 1209, il prit
-part à l'expédition contre les Albigeois, et, en 1214, se signala à la
-bataille de Bouvines.
-
-Par ses mariages successifs, il agrandit encore ses domaines. Eustache de
-Roucy lui apporta le comté de Roucy; Mahaut, fille d'Henri duc de Saxe,
-et sœur d'Otton IV, le comté de Perche; Marie de Montmirail, la vicomté
-de Meaux et la châtellenie de Cambrai. Ainsi parvenu au plus haut degré
-de la puissance, et enivré de ses immenses richesses, il aspira à devenir
-le maître du royaume. La minorité de Louis IX semblait justement lui
-offrir une occasion des plus favorables. Il complota avec les ennemis de
-Blanche de Castille l'enlèvement du jeune roi. On raconte même qu'il
-avait fait faire une couronne d'or et des ornements royaux pour s'en
-revêtir devant ses favoris[7]. Mais au bout de deux années d'intrigues et
-de sourdes menées, il se vit obligé de renoncer à ses projets ambitieux,
-et prêta serment de fidélité entre les mains du roi, qui feignit d'avoir
-ignoré ses desseins. Il mourut accidentellement d'une chute de cheval au
-passage d'un gué, en 1242.
-
- [7] Élie Berger, _Histoire de Blanche de Castille, reine de
- France_, p. 121.
-
-L'aînée des filles d'Enguerrand III, Marie, épousa d'abord le roi
-d'Écosse Alexandre II, puis Jean de Brienne, grand bouteiller de France,
-fils puîné de Jean de Brienne, roi de Jérusalem. Son fils aîné, Raoul II,
-eut une fin prématurée. Il trouva la mort à la bataille de Mansourah
-(1250), en Égypte, où il avait suivi saint Louis. Il venait de sauver la
-vie au comte d'Artois, frère du roi.
-
-Enguerrand IV recueillit la succession de son frère Raoul. Il se signala
-comme le digne héritier de Thomas de Marle. Sa cruauté à l'égard des gens
-de l'abbaye de Saint-Nicolas-au-Bois lui valut d'être jugé par le roi en
-personne. Peu s'en fallut qu'il ne fût exécuté. Enfin il s'en tira
-moyennant une énorme amende. Il vécut ensuite dans le calme, et, vers la
-fin de sa vie, répartit des aumônes entre les léproseries de ses
-domaines.
-
-Comme il ne laissait pas d'enfants, ses deux sœurs, Marie de Coucy,
-l'aînée, puis la seconde, Alix, femme d'Arnoul III de Guines, lui
-succédèrent, l'une après l'autre, Marie de Coucy n'ayant pas eu
-d'héritiers.
-
-Enguerrand V, fils d'Alix, est la tige de la seconde maison de Coucy.
-Élevé à la cour du roi d'Écosse, il épousa une parente de celui-ci,
-Chrétienne de Bailleul. Il porta toute sa vie les armes de Guines.
-
-Son troisième fils, Guillaume, qui lui succéda en 1321, reprit le blason
-des Coucy. Il eut pour femme Isabeau, fille de Gui III de Châtillon,
-comte de Saint-Pol, grand bouteiller de France. La comtesse d'Eu, Jeanne
-de Guines, contestait alors à Enguerrand la possession même de Coucy,
-qu'elle revendiquait du chef de son père Baudoin, fils aîné d'Arnoul III,
-comte de Guines et d'Alix de Coucy. Ces prétentions amenèrent un procès
-qui dura dix-huit ans, et qui se termina en faveur de Guillaume dont la
-succession fut ainsi assurée à son fils Enguerrand VI. Ce puissant
-seigneur se maria en 1338 avec Catherine d'Autriche, fille de l'empereur
-Léopold et de Catherine de Savoie, alliance qui permit plus tard à son
-fils de briguer la couronne impériale.
-
-La guerre de Cent Ans était à ses débuts. Dès l'année 1339, Coucy fut
-menacé par le roi d'Angleterre, Édouard III. Enguerrand VI se joignit au
-roi de France, son suzerain, pour lutter contre l'envahisseur. Il prit
-une part active aux expéditions contre Jean de Montfort et les Anglais,
-et perdit la vie à la bataille de Crécy (1346), ne laissant qu'un enfant
-en bas âge.
-
-Survinrent la captivité du roi Jean, les pillages anglais et leurs
-conséquences: la misère des campagnes avec la Jacquerie. Enguerrand VII,
-arrivé à l'âge d'homme, prit une sérieuse part à la répression et fit
-exécuter sans merci les factieux. Il fut envoyé peu après en otage en
-Angleterre, pour garantir le paiement de la rançon du roi Jean. Alors
-commença véritablement sa vie extraordinaire d'aventures, qui en font une
-des figures les plus attachantes du XIVe siècle. Il se fit si bien
-remarquer à la cour de Londres qu'Édouard III lui donna en mariage sa
-seconde fille, Isabelle; et Enguerrand ajouta ainsi aux domaines anglais,
-qui lui venaient de sa grand'mère Chrétienne de Bailleul, le comté de
-Bedford, en même temps qu'il obtenait la restitution du comté de
-Soissons, engagé pour sa rançon.
-
-A son retour en France (1368), Enguerrand, trouvant ses domaines
-incultes, s'efforça d'y attirer les habitants d'alentour par l'octroi
-d'une charte collective d'affranchissement à un grand nombre de ses
-bourgs et villages, y compris Coucy.
-
-Lorsque la guerre se ralluma avec l'Angleterre, il garda la plus stricte
-neutralité à cause de son mariage, et partit même en croisade contre les
-Visconti, tyrans de Milan excommuniés par le pape. En 1373, il tailla en
-pièces l'armée de Barnabo Visconti, près de Bologne, puis celle du fils
-de Galéas; et entreprit le siège de Plaisance avec le duc de Savoie. Une
-grave maladie de ce dernier contraignit Enguerrand à se retirer. Pendant
-ce temps, les Anglais de Robert Knoll avaient respecté les domaines de
-Coucy.
-
-Sur ces entrefaites, l'empereur Léopold étant mort sans autre héritier
-que Catherine d'Autriche, Enguerrand tenta de revendiquer, les armes à la
-main, l'héritage de sa mère. A la tête d'une bande de mercenaires,
-secondé par un grand nombre de seigneurs français, et aidé des subsides
-fournis par le roi de France, il entreprit une expédition des plus
-hasardeuses qui échoua malheureusement. Cet insuccès l'amena, dit-on, à
-fonder l'Ordre de la Couronne, dont l'emblème était une couronne
-renversée,--allusion à ses droits méconnus.
-
-A la mort d'Édouard III, il rompit tout lien avec l'Angleterre, où il
-renvoya sa femme Isabelle, ne gardant près de lui que sa fille aînée
-Marie. Sa seconde fille, Philippote, n'était jamais venue en France: elle
-épousa Robert de Veer, duc d'Irlande et comte d'Oxford, auquel elle
-apporta en dot les domaines anglais de son père. Dès lors, Enguerrand
-prit une part active à la lutte contre les Anglais, en Guyenne et en
-Normandie. Il refusa l'épée de connétable de Duguesclin, que Charles V
-lui offrait et l'engagea à la confier plutôt à Olivier de Clisson. Devenu
-gouverneur de Picardie, il donna la chasse aux troupes ennemies
-débarquées à Calais, en 1380.
-
-Il assista, comme haut baron, au sacre de Charles VI, et fut chargé de
-conclure la paix avec le duc de Bretagne. A partir de ce moment, il
-s'affirma de plus en plus comme un habile diplomate: c'est lui qui traita
-avec les Maillotins et apaisa leur révolte, lui encore qui, après la
-bataille de Rosebeck, négocia le retour du roi dans Paris[8].
-
- [8] L. Mirot, _Les insurrections urbaines au début du règne de
- Charles VI_. Paris, 1906, pp. 130, 137, 138, 145, 152, 154, 155
- et 181.
-
-On le voit ensuite en Écosse, où il avait opéré une descente, avec
-l'amiral Jean de Vienne, pour ravager les frontières septentrionales de
-l'Angleterre.
-
-Son gendre, Robert de Veer, duc d'Irlande, abandonnant sa femme, réussit
-à faire prononcer son divorce par le pape Urbain VI. Battu par les
-révoltés de Londres, qu'il avait tenté de soumettre, ce seigneur se
-réfugia en Hollande, d'où il ne craignit pas de se rendre à la cour de
-France. Enguerrand la quitta aussitôt, chargé d'une mission auprès du duc
-de Bretagne, à Vannes. Il y réussit si bien que non seulement il obtint
-la restitution à Olivier de Clisson de ses châteaux confisqués, mais
-encore l'hommage solennel rendu par le duc en personne au roi, à Paris
-même. Robert de Veer reçut l'ordre de quitter la France.
-
-Cependant Coucy se trouvait dépeuplé à la suite des guerres et des
-pillages ou incendies qu'elles avaient attirés. En 1388, Enguerrand fit
-décider, par le roi, que deux foires annuelles s'y tiendraient à la
-Saint-Nicolas d'été, et à celle d'hiver. Un grenier à sel y fut aussi
-établi.
-
-Enguerrand paraît ensuite en Espagne où il conduit le fils du duc
-d'Anjou, fiancé de la fille de Jean Ier, roi d'Aragon; à Arezzo qu'il
-assiège pour Louis d'Anjou; à Gênes auprès du duc de Bourbon, chef de
-l'expédition contre les pirates des côtes barbaresques. Il prend part à
-la descente des Gênois en Afrique. En 1393, il est à la cour de Savoie,
-s'occupant avec ardeur d'aplanir les difficultés élevées au sujet de la
-régence de cet État, durant la minorité d'Amédée VIII. Deux ans plus
-tard, il est chargé des intérêts du duc d'Orléans auprès de la République
-de Gênes, qui cherchait un roi parmi les princes du sang.
-
-L'entreprise capitale et la dernière de sa vie fut la croisade de
-Nicopolis. Il y accompagna le comte de Nevers, sur la demande instante de
-ses parents, à titre de guide et conseil. On sait comment, après une
-heureuse escarmouche d'Enguerrand, les Croisés furent taillés en pièces
-par l'armée du sultan Bajazet (28 septembre 1396). Enguerrand, fait
-prisonnier, fut reconnu par l'interprète picard Jacques de Heilly qui fut
-chargé de négocier en France le rachat des captifs. Aussitôt la nouvelle
-connue, le duc d'Orléans envoya Robert d'Esne pour obtenir la délivrance
-d'Henri de Bar et d'Enguerrand; mais Robert apprit à Vienne, en même
-temps, la maladie et la mort du célèbre baron qui venait d'expirer à
-Brousse le 18 février 1397. Jacques Wilay, de Saint-Gobain, ramena son
-cœur à l'abbaye de Villeneuve, près Nogent[9].
-
- [9] Delaville le Roux, _La France en Orient au XIVe siècle_, pp.
- 257, 262, 270 et suiv., et p. 313.--Mangin, _Enguerrand VII, sire
- de Coucy_, dans le _Bulletin de la Société académique de Laon_,
- t. XXIV, p. 40.
-
-Avec lui finit l'histoire de cette fameuse maison de Coucy, alliée aux
-familles royales de France, d'Angleterre et d'Autriche, qui produisit un
-Enguerrand III et un Enguerrand VII. C'est à ces deux seigneurs, dont la
-vie marque les périodes brillantes de la dynastie, qu'il faut attribuer
-la construction et la restauration de leur magnifique château, dont la
-mâle architecture était le symbole de la puissance politique des sires de
-Coucy. Il ne nous reste malheureusement aucun compte d'Enguerrand III,
-mais les Archives de l'Aisne ont eu la bonne fortune de s'enrichir,
-l'année dernière, grâce à M. Broche, d'un registre des recettes et
-dépenses de la châtellenie en 1386-1387. A cette époque, Enguerrand VII,
-comme on le verra plus loin, avait déjà fait rebâtir la salle des Preux
-et la salle des Preuses. A l'occasion de la visite de Charles VI, qui eut
-lieu le 23 mars 1387, un jeu de paume fut établi dans la cour.
-
-Les revenus de la seigneurie se composaient alors des droits féodaux, des
-produits du domaine, couvert de vignobles, de la pêche des viviers et des
-coupes de bois. Les divers chapitres de dépenses mentionnent les deux
-chapelains qui desservaient la chapelle des Onze mille Vierges et celle
-de la Madeleine, dans l'enceinte du château, l'affrètement d'un bateau
-qui transporta de Soissons à Rouen des approvisionnements de tout genre
-en vue d'une descente en Angleterre, projetée par Charles VI, le séjour
-de Guillaume de Verdun, astronome du châtelain, à Soissons, à l'hôtel du
-Mouton, les frais de déplacement d'Enguerrand VII à Dijon et à Soissons,
-et le carrosse amené de Lorraine par sa seconde femme, fille du duc Jean
-Ier.
-
-Enguerrand mort, sa fille aînée Marie, femme d'Henri de Bar, prit
-possession des domaines de son père, avec leurs nombreuses dépendances,
-parmi lesquelles le comté de Soissons. Mais une fille cadette, Isabeau,
-issue de son second mariage, et femme de Philippe de Nevers, réclama le
-partage et intenta un procès. Sur ces entrefaites, le frère du roi
-Charles VI, Louis duc d'Orléans, voyant la riche baronnie de Coucy entre
-les mains d'une femme, offrit à Marie de l'acheter. On négocia, et, le 15
-novembre 1400, fut conclu l'acte de vente moyennant 400.000 francs, et
-l'abandon des revenus à titre viager; mais en réalité le duc ne paya
-jamais que 104.000 francs, comme M. Lacaille a pu l'établir. Marie de
-Coucy s'éteignit cinq ans plus tard. Sa sœur Isabeau, à qui un arrêt du
-Parlement avait adjugé la moitié de Coucy, Marle, La Fère et Origny, le
-quart de Montcornet et Pinon, avec le cinquième de Ham, décéda à son
-tour, en 1411, laissant une fille unique qui la suivit de près dans la
-tombe. Le fils de Marie de Coucy, Robert de Bar, demeuré seul héritier,
-poursuivit le duc d'Orléans en paiement d'une somme de 120.000 livres,
-restée due sur le prix de vente de la seigneurie. Une transaction
-intervint: le comte de Bar consentit à tenir quitte de sa dette le duc
-d'Orléans moyennant la restitution des châtellenies de La Fère et de
-Marle.
-
-La partie de la baronnie qui ne fut pas réunie à la couronne, sous Louis
-XII, passa plus tard dans la maison de Luxembourg, puis dans celle de
-Bourbon, par les Vendôme et Alençon, et fut enfin réunie à la couronne
-par Henri IV.
-
-Coucy était dès ce temps le siège d'une prévôté royale, transformée plus
-tard en bailliage, et d'une maîtrise des eaux et forêts ou gruerie. En
-matière judiciaire, les causes allaient en appel devant les présidiaux de
-Soissons et de Laon. Le duc d'Orléans obtint du roi, en 1405, l'érection
-de Coucy en pairie, pour lui et ses descendants.
-
-La possession de ce magnifique domaine excita la convoitise du duc de
-Bourgogne et des maisons de Luxembourg et de Lorraine: ceux-ci le
-revendiquèrent, en vertu d'anciennes alliances. Ce fut une des causes de
-l'hostilité des Bourguignons contre les Armagnacs, partisans du duc
-d'Orléans.
-
-Le duc d'Orléans périt assassiné en 1407, et ses enfants prirent les
-armes pour le venger. Aussitôt Charles VI, qui s'était montré favorable
-aux Bourguignons, prononça la confiscation du domaine de Coucy. Valeran
-de Luxembourg, comte de Saint-Pol, fut chargé d'aller l'occuper.
-
-Celui-ci marcha sur Coucy, et y entra sans coup férir (1411); mais il ne
-put forcer le château où commandait Robert d'Esne. Malgré toutes les
-sommations, ce vaillant capitaine refusait opiniâtrement de se rendre,
-confiant dans la solidité des murailles et le courage de compagnons
-déterminés à tenir tant qu'il y aurait des vivres. Le comte de Saint-Pol
-fut obligé de commencer un siège en règle. Il employa, à cet effet, un
-procédé considéré alors comme une innovation, la mine. Des ouvriers
-liégeois furent chargés de pratiquer une galerie au-dessous de la tour de
-la porte basse du château ou porte Maître-Odon. Les chevaliers et hommes
-d'armes assiégeants descendaient à tour de rôle dans le souterrain,
-curieux de voir de près la nouveauté du jour. Or, il arriva qu'à
-l'endroit où la galerie passait sous les fondations de la muraille
-extérieure du château, on négligea de l'étayer suffisamment: tout à coup
-la voûte s'effondra sous le poids d'une portion de la base croulante de
-la tour, ensevelissant ouvriers et visiteurs. _Et encores y sont-ils_,
-ajoute le chroniqueur Juvénal des Ursins, en manière d'oraison funèbre
-des victimes[10].
-
- [10] Le fait est aussi rapporté par Pierre de Fenin, Jean
- Lefebvre de Saint-Remy et Monstrelet.
-
-L'affaissement d'une tour n'avança en rien le siège de la place qui dura
-encore trois mois. Enfin Robert d'Esne ne recevant aucun secours du
-dehors se trouva contraint de capituler. Ce succès valut au comte de
-Saint-Pol l'épée de connétable.
-
-Deux années plus tard, Coucy fut restitué au duc d'Orléans, à la suite du
-traité de paix conclu avec le duc de Bourgogne. Mais, de nouveau, en
-1419, la place fut livrée aux Bourguignons, cette fois de la façon la
-plus extraordinaire. Voici comment: Pierre de Saintrailles était
-gouverneur du château pour le dauphin. Ses serviteurs furent gagnés par
-les nombreux prisonniers bourguignons enfermés par La Hire dans le
-donjon. Sur leurs instances, ils dérobèrent les clefs de la tour et en
-ouvrirent les portes nuitamment. Les Bourguignons conduits par le fameux
-sire de Maucourt et Lionnel de Bournonville, se saisirent des premières
-armes venues et se précipitèrent au logis de Saintrailles, qu'ils
-égorgèrent avec ses sentinelles et mirent le poste hors d'état de nuire.
-En même temps des émissaires furent dépêchés au duc de Bourgogne pour
-appeler à l'aide. La Hire, stupéfait et furieux, à son retour d'une
-course dans le voisinage, ne put même pas essayer de rentrer dans le
-château, et dut bientôt se retirer devant les renforts bourguignons[11].
-
- [11] Germain Lefèvre-Pontalis, _La Guerre de partisans dans la
- Haute-Normandie_ dans la _Bibliothèque de l'École des Chartes_,
- t. LVI, 1895, p. 455. L'anecdote est racontée par Fenin et
- Monstrelet.
-
-Le duc de Bourgogne ne profita guère du coup d'audace de l'«écorcheur»
-Maucourt, puisqu'il fut assassiné avant même la fin de l'année. La Hire
-et Poton de Saintrailles rentrèrent dans Coucy à quelque temps de là. En
-1423, le comte de Suffolk vint assiéger la place, s'en rendit maître et
-la livra à Jean de Luxembourg, comte de Saint-Pol, un des plus chauds
-partisans des Anglais. A la mort de ce dernier (1440), le véritable
-propriétaire de Coucy, Charles d'Orléans, qui était retenu prisonnier en
-Angleterre, depuis Azincourt, pensa pouvoir acheter sa rançon en offrant
-au duc de Bourgogne la baronnie de Coucy avec celle de La
-Fère-en-Tardenois et le comté de Soissons, moyennant 45.600 écus d'or.
-Charles VII s'entremit, et pour faciliter, avec la conclusion du marché,
-le retour du duc d'Orléans, il renonça formellement et définitivement à
-ses droits de _quint_ et de _requint_ sur ces seigneuries. Les
-propositions durent être agréées de part et d'autre, car Charles
-d'Orléans revint en France cette année même.
-
-La terre de Coucy apparaît cependant dans des actes, de peu postérieurs,
-comme dépendant à nouveau de la maison d'Orléans, sans qu'on sache au
-juste comment. Le duc Charles mourut en 1465, et son fils Louis d'Orléans
-disputa la régence à Anne de Beaujeu. Tandis qu'il était vaincu et fait
-prisonnier à la bataille de Saint-Aubin-du-Cormier (1487), Pierre d'Urfé,
-grand écuyer de France, se présenta devant Coucy avec les troupes royales
-et s'en empara au bout de huit jours. Quelques années s'écoulèrent. Le
-duc d'Orléans se réconcilia avec Charles VIII, obtint restitution de la
-place, qu'il réunit au domaine de la couronne en devenant roi sous le nom
-de Louis XII (1498). Sa fille, Claude de France, reçut la baronnie en
-apanage, lors de son union avec François d'Angoulême (1514). Un an après,
-nouveau retour au domaine royal, à l'avènement de François Ier.
-
-La forteresse de Coucy fut, de bonne heure, une des places convoitées par
-les Calvinistes. Dès 1567, ils s'en emparèrent et y établirent leur point
-d'appui. Henri III la fit bientôt reprendre et la donna, avec ses
-dépendances, en apanage à Diane de France ou de Valois, duchesse
-d'Angoulême sa fille naturelle (1576).
-
-Les troupes royales l'occupaient pendant la Ligue, et s'élançaient à
-l'improviste de son château sur les partisans de la sainte union, par
-exemple sur les habitants de Mons-en-Laonnais, devenus de véritables
-bandits, ou sur ceux de Monampteuil. Puis, subitement, sans raison
-apparente, la ville de Coucy se déclara pour la Ligue. Le sieur de
-Lameth, commandant ligueur de la place de Coucy, finit, en 1594, par
-faire sa soumission au roi et lui remit le château.
-
-Occupé au siège de Laon, Henri IV ne trouva l'hospitalité, pour Gabrielle
-d'Estrées, qu'à Coucy, chez le maire où elle mit au monde le duc de
-Vendôme le 7 juin 1594.
-
-En 1615, les princes et les grands, mécontents du gouvernement de Marie
-de Médicis, s'emparèrent de cette forte position, voisine de Paris. La
-cour négocia avec eux et parvint à leur faire déposer les armes. Ils
-tirèrent prétexte de l'arrestation du prince de Condé pour reprendre
-Coucy, l'année suivante, et s'y maintinrent jusqu'à la mort du maréchal
-d'Ancre (1617).
-
-Diane de France, apanagiste de Coucy, mourut en 1619, et son domaine fut
-donné à François de Valois, second fils du duc d'Angoulême, qui mourut
-lui-même, en 1622, sans postérité. En 1645, Louis XIV engagea Coucy à
-Roger de Longueval, moyennant plusieurs milliers de livres.
-
-Durant la Fronde, Hébert, gouverneur de Coucy, devint suspect à Mazarin.
-Sommé de remettre la place au maréchal d'Estrées, gouverneur de Laon, il
-répondit qu'il la tenait directement du roi. Sur ce refus, d'Estrées eut
-ordre de faire avancer des troupes et d'investir la place. Le sieur de
-Manicamp, gouverneur de La Fère, s'étant joint à lui avec six pièces de
-canon amenées de La Fère et Péronne, le siège commença le 10 mai 1652.
-L'artillerie ouvrit une large brèche dans les murs. Les assiégés tinrent
-encore quelque temps dans la ville et ne se retirèrent derrière
-l'enceinte du château que le 19. Trois jours après, les troupes lorraines
-arrivèrent au secours d'Hébert, et leur cavalerie ayant défait un
-régiment d'assiégeants, ceux-ci se retirèrent en désordre, abandonnant la
-ville aux Frondeurs.
-
-Les habitants de Coucy ne tardèrent pas toutefois à se soumettre au roi.
-Le cardinal Mazarin chargea Clément Métezeau, l'ingénieur qui avait
-dirigé le siège de La Rochelle et probablement aussi son fils de
-démanteler les fortifications du château, en vertu d'un ordre royal daté
-du 11 septembre 1652[12]. Ils firent sauter à coups de mine les portes
-d'entrée de la basse-cour et du château, la chemise du donjon, les voûtes
-d'ogives de ses trois salles, mais l'explosion ne produisit que trois
-lézardes dans l'énorme cylindre. Ils rendirent inhabitables les tours
-d'angle, tous les corps de logis, et les ruines furent dès lors
-exploitées comme une carrière. Le tremblement de terre de 1692 acheva
-l'œuvre de la mine.
-
- [12] Arch. nat. O{1}3, fol. 288 vº. Clément Métezeau mourut le
- 28 novembre 1652.
-
-En 1673, Louis XIV donna Coucy, avec Folembray, en apanage à Philippe de
-France, duc d'Orléans, pour lui et ses descendants mâles, qui depuis lors
-portèrent le titre de sires de Coucy. La chapelle de la Madeleine, qui
-avait été épargnée dans le château, fut désaffectée, et ses revenus
-attribués à l'Hôtel-Dieu.
-
-Pendant la Révolution, le tribunal du district de Chauny fut établi à
-Coucy, dont le dernier seigneur fut Louis-Philippe-Joseph d'Orléans.
-Coucy-la-Ville prit le nom de Coucy-la-Vallée, et Coucy-le-Château celui
-de Coucy-la-Montagne. Le château, dont la grosse tour servit de prison
-aux malfaiteurs arrêtés dans les forêts voisines, devint un bien
-national. Attribué à l'Hôtel-Dieu de Coucy, qui continua à laisser les
-habitants de la ville et des environs arracher les parements des murs,
-moyennant une redevance de 3 francs par charrette de pierres, il fut
-racheté en 1829, par le duc d'Orléans, au prix de 6.000 francs. Son
-architecte, M. Malpièce, combla le fossé devant la porte, et fit boucher
-les trois lézardes du donjon, mais ce travail était tout à fait
-insuffisant.
-
-En 1856, quand l'Etat devint propriétaire du château, la commission des
-Monuments historiques, sur l'initiative de Viollet-le-Duc, prit en main
-le sauvetage des ruines de Coucy. Le donjon, qui menaçait de s'écrouler,
-fut chaîné par deux cercles de fer, à la hauteur des corbeaux, et
-recouvert d'une toiture; on reprit ses lézardes avec le plus grand soin.
-Le déblaiement du fossé dallé, de la poterne qui passe sous la chemise,
-de la chapelle, des soubassements des deux grandes salles se poursuivit
-méthodiquement, en ramenant au jour les débris de sculpture qui forment
-le musée lapidaire.
-
-L'imagination du voyageur moderne, en visitant les ruines d'un antique
-château féodal, se plaît au récit des légendes qui animent les vieux murs
-croulants. A défaut du roman de son châtelain, qui n'a aucun fondement
-sérieux et se rapporte plutôt au château de Fayel, Coucy a du moins
-l'histoire vraie, merveilleuse et souvent romanesque de ses seigneurs
-d'antan, dont on connaît la devise présomptueuse, mais justifiée:
-
- Roi ne suis
- Ne prince, ne duc, ne comte aussi,
- Je suis le sire de Coucy.
-
- PH. LAUER.
-
-
-
-
- [Illustration:
- Photo Neurdein.
- PORTE DE LAON]
-
-
-LA VILLE ET LE CHATEAU
-
-
-I
-
-ENCEINTE DE COUCY
-
-
-La ville de Coucy, fièrement campée sur un promontoire qui domine la
-vallée de la Lette, affluent de l'Oise, occupe une position stratégique
-de premier ordre aux confins du Soissonnais et du Laonnais. Son enceinte
-du XIIIe siècle encore intacte, flanquée de vingt-huit tours en y
-comprenant celles du château et de sa basse-cour, ne présentait qu'un
-point faible correspondant au plateau dont l'axe est occupé par la route
-de Laon. Cette raison suffit à expliquer la valeur défensive
-exceptionnelle de la porte de Laon qui jouait le même rôle que la porte
-Saint-Nazaire à Carcassonne. Viollet-le-Duc, qui en a décrit les
-ingénieuses dispositions avec le plus grand soin l'attribue avec raison à
-une époque un peu antérieure à celle du château[13].
-
- [13] _Dictionnaire d'architecture_, t. VII, p. 322-335.
-
-
-=Porte de Laon.=--Au XIIIe siècle, cette porte était précédée d'une
-barbacane en demi-lune où les routes de Laon et de Chauny venaient se
-réunir en passant chacune entre deux tours pour aboutir à un viaduc
-coudé[14] qui traversait une tour ronde isolée devant l'entrée de la
-porte. Cette tour fut remplacée en 1551 par un bastion pentagonal qui
-coûta la somme de 2.331 livres[15]. De nouvelles galeries de contre-mine
-dont le plan est très compliqué vinrent alors se souder à celles du XIIIe
-siècle. Un couloir voûté qui passe entre les anciennes piles du viaduc
-primitif permet d'y pénétrer, mais au XIIIe siècle ce passage aboutissait
-à deux ponts à bascule destinés aux défenseurs qui voulaient passer dans
-l'intérieur de la barbacane sans faire ouvrir la grande porte.
-
- [14] On en voit trois arcades en tiers-point dans le verger du
- commandant Mangard.
-
- [15] Cf. Mandat de paiement du 2 janvier 1552, publié par De
- L'Epinois, _Histoire de la ville et des sires de Coucy_, p. 374.
-
- [Illustration:
- Viollet-le-Duc del.
- PORTE DE LAON
- Coupe transversale.]
-
-Le plan de la porte se compose d'un rectangle flanqué de deux tours en
-hémicycle du côté extérieur. Un long passage voûté en berceau brisé et
-précédé d'un pont-levis donnait accès dans la ville. Deux archères
-s'ouvraient sur ce couloir du côté de l'orient et débouchaient dans la
-salle ronde inférieure des tours, éclairée par deux autres ouvertures du
-même genre. A l'autre extrémité, plus large, un couloir coudé pour
-dissimuler le nombre des défenseurs aboutissait de chaque côté à un
-corps de garde carré en ruines surmonté d'un plafond de bois[16] comme
-toutes les autres salles et chauffé par une cheminée. Au-dessus de ces
-deux pièces et du passage, une grande salle longue de 22 mètres et large
-de 8 mètres pouvait servir à loger les hommes du poste. Elle était
-éclairée à l'ouest par cinq fenêtres à linteau recoupées par un meneau
-vertical: on y montait par deux escaliers à vis[17].
-
- [16] Un pilier central soulageait la portée des poutres.
-
- [17] M. Champion, propriétaire de l'hôtel de la Pomme d'Or,
- possède deux curieuses faitières en terre cuite vernissée de
- couleur verte qui proviennent de la toiture de la porte de Laon.
-
-Chaque tour ronde était divisée en quatre étages non voûtés au-dessus
-d'une cave sans aération. Les archères encore intactes très longues et
-très étroites à l'extérieur se chevauchaient pour ne pas affaiblir les
-murs épais de 5 mètres à la base. A l'intérieur, elles sont encadrées
-sous des arcs en tiers-point. La chambre qui renfermait le treuil des
-deux herses se trouvait au-dessus du passage entre les deux tours et le
-pont-levis se manœuvrait plus haut dans le même axe. On voit encore une
-sablière courbée sur les corbeaux profilés en quart de rond qui dominent
-l'entrée. C'est un débris des hourds en bois qui contournaient le sommet
-des tours sous leur toit conique, suivant la disposition adoptée
-également par le constructeur du château, mais comme les marques de
-tâcherons diffèrent, il est évident que la porte et le château ne furent
-pas élevés par les mêmes ouvriers.
-
-A droite de la porte de Laon, on remarque une grosse tour ronde qu'on
-peut visiter en traversant le jardin du commandant Mangard toujours
-aimable pour les archéologues. Elle fut ajoutée au XIIIe siècle de chaque
-côté d'un rempart déjà bâti, car la salle du rez-de-chaussée est coupée
-en deux par un mur de refend à talus extérieur. Du côté de la ville, une
-salle carrée voûtée en berceau avec marques de tâcherons communique par
-une porte avec un hémicycle recouvert de six branches d'ogives aux angles
-abattus. Plus loin, à l'angle nord-est de l'enceinte, se trouve la tour
-éventrée par la mine pendant le siège de 1652.
-
-Deux autres portes donnaient accès dans la ville. Au sud, la porte de
-Soissons, s'ouvre dans un angle rentrant sous un arc brisé au pied d'une
-grosse tour ronde. Au nord-ouest, une porte moderne a remplacé l'ancienne
-porte de Chauny ou de Gommeron aujourd'hui bouchée et flanquée d'une
-petite tour. Des marques de tâcherons profondément gravées comme celles
-du château sont visibles sur certaines parties de l'enceinte, mais elles
-font défaut sur d'autres murs sans qu'on puisse conclure à un
-remaniement. L'épaisseur des remparts atteint 10 à 12 mètres à droite et
-à gauche de la porte de Laon, mais comme plusieurs salles sont comblées
-ou murées, il est difficile de dater ces renforcements successifs qui
-sont indiqués par des hachures sur le plan de la ville.
-
-Toute la ville de Coucy est bâtie sur des caves à plusieurs étages qui
-sont d'anciennes carrières aménagées par les habitants. Celles qui se
-trouvent dans le voisinage de la grande place aboutissaient au puits
-principal pour pouvoir puiser de l'eau en temps de guerre. Une galerie
-creusée par le maréchal d'Estrées après la brèche du siège de 1652
-traverse la ville depuis la porte de Laon jusqu'au château. Elle vient se
-relier à celle qui passe sous la partie nord de la basse-cour dont M.
-Colin, gardien du château, a reconnu l'existence. Une autre galerie
-transversale coupait le plateau en avant de la basse-cour.
-
-Il faut encore signaler une grande maison du XIIIe siècle près de la
-porte de Soissons, des maisons qui se distinguent par leurs pignons en
-gradins comme celles des villages du Soissonnais, une maison voisine de
-l'hôtel de la Pomme d'Or dont les linteaux de fenêtres sont décorés de
-motifs du style flamboyant et l'hôtel du gouverneur qui renferme
-d'intéressantes collections et des souvenirs de Gabrielle d'Estrées.
-
-
-=Église.=--L'église du XIIe siècle fut presque entièrement rebâtie au
-XIIIe, puis au XVIe siècle. La nef gothique comprenait trois larges
-travées dont il reste deux piles à huit colonnes du XIIIe siècle, mais au
-XVIe siècle les grandes arcades, les voûtes d'ogives à liernes et
-tiercerons et les bas côtés furent reconstruits. On subdivisa les
-anciennes travées par des piles ondulées très minces dont deux furent
-remplacées par un support rectangulaire à l'époque moderne. Le chœur à
-cinq pans du XIIIe siècle fut revoûté d'ogives au XVIe siècle, comme le
-carré du transept dont les piles d'angle sont du XIIIe siècle sauf les
-chapiteaux. Il faut attribuer à la même époque d'élégants fonts
-baptismaux en marbre noir dont la cuve octogone ornée de masques et de
-feuillages repose sur huit colonnettes.
-
-La partie centrale de la façade est une œuvre remarquable de la seconde
-moitié du XIIe siècle. Six colonnettes soutiennent le portail en plein
-cintre: l'une de ses voussures ornée de palmettes et de fruits d'arum
-encadre un tympan moderne. Au-dessus de la fenêtre qui s'ouvre dans l'axe
-de la nef, six arcatures trilobées et un oculus tréflé entouré de bâtons
-rompus décorent le pignon.
-
-
-
-
-II
-
-BASSE-COUR DU CHATEAU
-
-
-Le château occupe l'extrémité orientale du promontoire escarpé qui forme
-la défense naturelle de Coucy. Sa vaste basse-cour ou baille forme un
-hexagone irrégulier qui ne devait pas se relier comme aujourd'hui à
-l'enceinte de la ville. Au XIIIe siècle, un profond fossé creusé entre
-deux murs avec tours d'angle coupait le plateau en avant de la porte de
-la basse-cour. Cette porte était sans doute reliée par un viaduc entre
-deux ponts-levis à une porte de ville également flanquée de deux tours
-dont il ne reste plus trace. Si j'ai cru devoir restituer ce tracé sur le
-plan primitif de l'enceinte, c'est que des courtines aux deux bouts du
-fossé auraient rendu sa valeur défensive tout à fait illusoire. En outre,
-la plantation des tours d'angle nord-est et sud-est de la basse-cour
-prouve qu'elles étaient dégagées sur les trois quarts de leur
-circonférence, comme on le voit sur le plan d'Androuet du Cerceau. Les
-murs qui viennent buter contre leur parement sont relativement modernes.
-Il fallait fortifier la contrescarpe pour fermer la ville en face de
-l'entrée du château, sinon l'enceinte aurait été ouverte sur le front
-occidental.
-
- [Illustration:
- Photo Lefèvre-Pontalis.
- PORTE DE LA BASSE-COUR]
-
-
-=Porte d'entrée.=--La porte B de la basse-cour, flanquée de deux tours en
-ruines et désignée sous le nom de porte Maître-Odon, devait ressembler à
-la porte de Laon avant sa démolition par l'ingénieur Métezeau en 1652.
-C'est une œuvre de la première moitié du XIIIe siècle dont le plan
-primitif ne comportait peut-être pas des corps de garde aussi vastes. La
-longue voûte en berceau brisé du passage s'est effondrée: elle était
-soutenue par cinq doubleaux qui retombaient sur des corbeaux moulurés. Au
-revers, c'est-à-dire à l'ouest, un arc en tiers-point encore intact
-encadre la porte derrière la rainure d'une herse. Ses deux rangs de
-claveaux nus sont appareillés sous un cordon de fleurs à sept pétales qui
-accuse une période peu avancée du XIIIe siècle, comme le cavet des
-tailloirs. De chaque côté du passage, deux arcatures en tiers-point sans
-moulures s'appuient sur des pilastres de grès, mais au XIIIe siècle ces
-arcades aveugles étaient au nombre de quatre à droite et à gauche.
-
-On voit encore une amorce du parement arrondi de la tour du sud. L'autre
-tour, éventrée par la mine, conserve sous une petite voûte en berceau
-brisé l'amorce d'une feuillure de porte qui donnait accès dans une salle
-ronde voûtée d'ogives en amande. En arrière, on pénètre à l'ouest dans un
-corps de garde par une porte dont le linteau repose sur deux consoles
-moulurées. Cette pièce qui communiquait avec la salle ronde de la tour
-est recouverte de deux voûtes d'ogives sans formerets dont le tore
-aminci repose sur des consoles mutilées. Deux doubleaux en tiers-point,
-ornés d'un filet entre deux boudins et reliés par une voûte en berceau
-brisé, séparent les deux croisées d'ogives pour éviter la retombée d'un
-arc dans l'axe des portes. Le corps de garde du sud est démoli, mais
-l'amorce de ses ogives et les corbeaux qui les soutiennent sont encore
-visibles.
-
-
-=Tours de la basse-cour.=--Le côté nord de la basse-cour est beaucoup
-moins bien défendu que la face méridionale. En partant de la grosse tour
-nord-est du château, on rencontre d'abord une large brèche, puis le
-rempart garni de marques de tâcherons du XIIIe siècle forme un pan coupé
-percé d'une poterne. Au point où Androuet du Cerceau indique une tour
-d'angle dont je n'ai pu retrouver aucune trace, des corbeaux devaient
-soutenir une bretèche. Le mur à talus suit une ligne droite de 100
-mètres: ses assises dépourvues de marques de tâcheron, se décrochent à
-l'extrémité occidentale en formant un angle obtus avec le rempart
-primitif. Il ne faut pas en conclure que le front nord fut presque
-entièrement reconstruit, car les marques de tâcheron font également
-défaut sur les tours du sud qui doivent être attribuées au XIIIe siècle.
-La tour d'angle nord-est A de la basse-cour était ronde, mais il n'en
-reste plus qu'un quart engagé dans un pan coupé moderne. Rebâtie au XIVe
-siècle sur son talus primitif, décollée par un coup de mine au XVIIe
-siècle, puis remaniée dans sa partie haute, elle n'offre plus
-aujourd'hui aucun intérêt.
-
-Au sud-est, une tour ronde C du XIIIe siècle s'élevait à l'angle de la
-baille, en face de celle qui est encore engagée dans le mur de la ville,
-mais le coup de mine qui en a détruit la moitié a fait incliner l'autre.
-La brèche fut murée plus tard et défendue par une échauguette sans
-caractère. A la suite, le rempart du XIIIe siècle se distingue par ses
-tours rondes antérieures à celles du château et plus rapprochées que
-celles de la ville. Elles sont au nombre de cinq jusqu'au retour d'angle
-de l'enceinte: leurs étroites archères forment à l'extérieur de longues
-fentes dans le parement, mais leur couronnement a disparu.
-
- [Illustration: Photo Lefèvre-Pontalis.
- TOURS DE LA BASSE-COUR]
-
-A l'angle sud-est de la basse-cour, on a creusé vainement jusqu'aux
-fondations, en 1865, pour découvrir les restes des gens de guerre du
-comte de Saint-Paul, enfouis dans une galerie de mine en 1411. En partant
-de ce point, on pénètre d'abord dans une salle ronde de la seconde tour
-D. Sa voûte d'ogives aux arêtes abattues est très grossière: la clef se
-compose d'une pierre carrée au lieu d'être taillée en croix. Les nervures
-viennent s'engager dans le mur au niveau des retombées. Trois archères
-recouvertes de linteaux en saillie les uns sur les autres éclairent la
-pièce. On monte au second étage recouvert d'un plancher par un escalier
-qui suit la courbe de la tour.
-
-La troisième tour E, qui remonte également au premier quart du XIIIe
-siècle, ne diffère de la précédente que par deux grandes arcatures en
-plein cintre soutenues par des pilastres au revers du mur intérieur. Les
-ogives plates de la voûte aux angles abattus et les archères à linteau
-sont du même type, mais les marches de l'escalier courbe portent sur un
-chanfrein qui se décroche, comme dans le donjon. La tour suivante F
-conserve sa voûte d'ogives et quatre archères, mais dans la quatrième,
-désignée sur le plan par la lettre G, les nervures de même profil, à clef
-cruciforme, retombent sur des culots moulurés. Les archères plus hautes
-et plus larges sont surmontées de cinq linteaux. Un escalier à vis
-conduit au second étage. Il est donc certain que les murs de la baille
-furent bâtis en allant de l'est à l'ouest. Les trois premières tours
-intactes sont les plus anciennes de toute l'enceinte.
-
-La porte de la sixième tour H, qui défend l'angle sud-ouest de la
-basse-cour, est amortie par un tympan monolithe sous un arc de décharge
-en plein cintre. Les deux étages reliés par un escalier à vis étaient
-voûtés d'ogives retombant sur des consoles moulurées. L'épaisseur des
-murs atteint 2m,35. Les quatre archères à linteau du second étage où l'on
-pouvait accéder directement par une porte et une échelle sont surmontées
-d'un arc de décharge, ce qui indique un nouveau progrès. Après cette tour
-très saillante, le mur de la baille fait un coude pour rejoindre la
-grosse tour sud-est du château. Ce front est défendu par deux tours.
-
-La septième tour I n'a pas le même plan que les précédentes, car la salle
-basse voûtée d'ogives a la forme d'un hémicycle fermé par un mur droit.
-On y entre par une porte à linteau tréflé dont l'arc de décharge est en
-plein cintre. Un escalier à vis dessert le second étage dont la porte sur
-la cour et les archères présentent la même disposition que dans la tour
-H.
-
-Entre cette tour et la suivante J dont la voûte d'ogives et l'escalier à
-vis sont en ruines s'ouvre une poterne en tiers-point précédée d'une
-archivolte en plein cintre. A côté, deux arcs de décharge plus ou moins
-enterrés sont surmontés de deux rainures qui semblent destinées à
-recevoir les bras d'un pont-levis intérieur. La tour K, tombée dans le
-fossé, devait ressembler à toutes celles du front sud de la basse-cour.
-Plus loin, après une autre poterne, le mur de la baille vient rejoindre
-la courtine qui relie la grosse tour sud-est du château à la chemise du
-donjon.
-
-=Chapelle romane.=--La basse-cour renferme, au sud de l'allée centrale,
-un puits[18], et près de la maison du gardien les fondations d'une
-chapelle romane. Sa nef unique et son transept flanqué de deux absidioles
-arrondies n'étaient pas voûtés; mais l'abside en hémicycle, dépourvue de
-contreforts, était recouverte d'un cul de four précédé d'une voûte en
-berceau. On voit la trace de deux arcatures de chaque côté du chœur dans
-la partie droite. La base de l'une de leurs colonnes, encore intacte, et
-celle des six colonnettes du portail de la façade, permettent d'attribuer
-cette chapelle au XIIe siècle et non pas au XIe siècle, comme
-Viollet-le-Duc le prétend. Cette date se trouve confirmée par les
-fragments d'une corniche garnie de palmettes, semblable à celle de
-l'église de Berzy-le-Sec, près de Soissons, et par les débris d'une croix
-de pignon formée de cercles découpés à jour, comme à Bruyères-sous-Laon.
-Trois chapiteaux à crochets, du XIIIe siècle, retrouvés dans les
-fouilles, et posés sur une pile d'angle, sont peut-être des témoins d'un
-remaniement exécuté dans cette chapelle, au XIIIe siècle.
-
- [18] Le compte de 1386-1387 mentionne la construction d'une
- étable dans la basse-cour, avec de vieux matériaux.
-
-
-
-
-III
-
-DESCRIPTION DU CHATEAU
-
-
-=Date de la construction.=--Viollet-le-Duc a voulu limiter la durée des
-travaux du château à cinq ans, de 1225 à 1230, d'après les profils et le
-caractère de la sculpture, mais cette hypothèse ne repose sur aucun
-fondement. A défaut de textes, la science archéologique permet de
-distinguer deux campagnes dans la construction de la basse-cour, et deux
-autres pour le château proprement dit. Je crois que le donjon fut élevé
-en dernier lieu avec la chapelle, aussitôt après l'achèvement de
-l'enceinte, comme le prouve le style avancé des figurines sculptées sur
-les consoles de la salle basse. Le profil des ogives des grosses tours,
-les clefs de voûte, les chapiteaux à crochets, portent l'empreinte du
-style en usage dans la première moitié du XIIIe siècle.
-
-Un détail, qui a son importance, permet de rajeunir quelque peu la
-forteresse, c'est le bec des tailloirs qui n'était pas d'usage courant
-avant 1225 environ. Sans doute, on en voit des exemples précoces à la
-cathédrale de Soissons, dans la chapelle haute du croisillon sud,
-terminée au XIIIe siècle et dans le rond-point consacré en 1212, mais à
-Longpont, dont l'église abbatiale fut livrée au culte en 1227, le plan
-carré des tailloirs persiste. Par contre, à Royaumont où la dédicace de
-l'église eut lieu en 1235, les tailloirs du bas côté sud encore en place,
-présentent un bec caractéristique, comme dans les tours de Coucy. En
-outre, la corniche à crochets du donjon est identique à celle qui fut
-refaite au chevet de Notre-Dame de Paris vers 1240.
-
-Il est donc probable que la période de grande activité des chantiers dut
-plutôt correspondre au second quart qu'au premier quart du XIIIe siècle.
-Ces observations techniques sont d'accord avec la tradition qui attribue
-à Enguerrand III l'honneur d'avoir construit le château, car le gros
-œuvre devait être terminé quand il mourut en 1242.
-
-Nous sommes beaucoup mieux renseignés sur l'époque du remaniement des
-bâtiments d'habitation, grâce à un registre des comptes de la châtellenie
-de Coucy, commencé le 1er octobre 1386 et terminé le 30 septembre
-1387[19]. Ce précieux document, écrit de la main de Jean Plançon,
-receveur d'Enguerrand VII, a été récemment vendu par un libraire de Caen
-à M. Lucien Broche, archiviste départemental, qui l'a fait entrer dans
-les archives de l'Aisne.
-
- [19] Ce registre, en assez mauvais état, se composait de 168
- feuillets, mais il en manque 20. Sa cote provisoire est E. 672.
-
-Plusieurs mentions prouvent qu'on achevait à cette époque la salle des
-Preux et la salle des Preuses, après avoir exhaussé les courtines avec
-des pierres provenant des carrières de Neuville-sur-Margival et de
-Courval. La porterie et les bâtiments adossés au mur du nord furent sans
-doute également l'œuvre des architectes d'Enguerrand VII secondés par
-Jean de Cambrai et Robinet Carême, maîtres-maçons de Coucy. En tout cas,
-il faut rapporter à la campagne de 1386-1387 la cheminée du boudoir de la
-salle des Preuses, l'établissement d'un cachot, à l'ouest du grand
-cellier, pour «gesir Bonnifface et Guedon»[20], la restauration des
-arcades aveugles du premier étage, et le remplacement de la voûte de
-cette salle par un plancher dans la tour nord-ouest, la captation dans un
-réservoir de la source qui jaillit au pied de la chemise du donjon, la
-pose de conduits pour évacuer les eaux de la cuisine, les lambris du
-plafond de la galerie de la chambre aux Aigles et de l'oratoire voisin
-des «chambres neuves», la réparation des charpentes et de toutes les
-toitures avec des tuiles de Pinon, et la décoration du parloir contigu à
-la salle des Preuses par trois peintres de Paris. La note gaie est
-fournie par des dépenses de vitrerie causées par les ébats du singe
-d'Isabelle de Lorraine, femme d'Enguerrand VII[21]. Malgré l'opinion de
-Viollet-le-Duc, ces importants travaux ne doivent plus être attribués à
-Louis d'Orléans, qui se rendit acquéreur de la baronnie en 1400.
-
- [20] Ce cachot se trouvait sous le trésor.
-
- [21] Huit charpentiers, deux menuisiers, un couvreur, un
- verrier, un plombier et deux serruriers, cités dans les comptes,
- furent employés à ces travaux. Ils étaient originaires de Coucy,
- de La Fère, de Laon et de Soissons.
-
-
-=Plan et appareil.=--Le château proprement dit forme un quadrilatère
-irrégulier, flanqué de quatre tours d'angle, et dominé par le château,
-qui s'élève au milieu de la face orientale. Le front nord mesure 92m,45,
-entre les tours; le côté ouest 35 mètres; la face du midi 50m,80; et le
-front est 88 mètres. C'est grâce à une vue cavalière dessinée par
-Androuet du Cerceau, avant 1576, que nous pouvons nous faire une idée de
-l'aspect du château à cette époque. Viollet-le-Duc s'est borné à tirer un
-heureux parti de cette perspective; mais il aurait dû prévenir ses
-lecteurs que son croquis représente le château non pas au XIIIe siècle,
-comme on se l'imagine, mais au XVIe siècle. En effet, vers 1250, je suis
-persuadé qu'il n'y avait aucun bâtiment au revers de la porte et du mur
-nord, mais seulement des arcades en tiers-point destinées à porter un
-large chemin de ronde. La cour, bordée par des logements à l'ouest et au
-sud où la chapelle faisait une saillie prononcée sur la grande salle,
-occupait donc une superficie plus grande au XIIIe siècle qu'au XVIe
-siècle.
-
-La pierre calcaire, à gros grain parsemée de coquillages, qui a servi à
-construire le château, provient des carrières de la ville et du plateau.
-Certaines assises atteignent 1m,34 et même 1m,90; mais leur longueur
-moyenne est de 0m,80. L'épaisseur des lits varie de 0m,33 à 0m,40. Les
-dalles qui recouvrent des couloirs mesurent souvent 2 mètres de longueur
-et 1 mètre de largeur sur 40 centimètres d'épaisseur. J'ai relevé des
-linteaux épais de 0m,60, des claveaux de 0m,00, des murs de 3 à 5 mètres
-à la base des tours.
-
- [Illustration: MARQUES DE TACHERONS DU XIIIe SIÈCLE]
-
-L'appareil est donc plus grand que dans les églises du XIIIe siècle. Les
-marques de tâcherons si nombreuses dans le château et si rares dans la
-basse-cour, présentent une soixantaine de types différents qui
-correspondent au nombre des tailleurs de pierre pour les parements. On
-peut distinguer du premier coup d'œil une assise du XIIIe siècle d'une
-pierre mise en place à la fin du XIVe siècle dans la salle des Preux ou
-dans la salle des Preuses; car les signes les plus anciens sont gravés
-très profondément.
-
-
-=Souterrains.=--Il faudrait entreprendre des fouilles très coûteuses pour
-tracer le plan des souterrains qui facilitaient les communications entre
-les diverses parties du château et qui devaient permettre de prendre
-l'ennemi à revers au dehors de l'enceinte. L'architecte avait pris la
-précaution, comme on le fit plus tard à Pierrefonds, de n'en creuser
-aucun derrière la porte d'entrée, pour que les mineurs rencontrent un
-terre-plein. Au revers du mur nord de la cour, un escalier à vis du XIVe
-siècle, établi après coup, descend dans un souterrain du XIIIe siècle
-voûté en berceau qui se rétrécit près d'une rainure de herse et qui
-conduit à la cave circulaire de la tour nord-est. Cette galerie qui se
-continuait jadis à l'ouest était recoupée au bas de l'escalier par un
-autre souterrain partant de la courtine, comme l'indique une bouche
-d'aérage.
-
-Sous la salle des Preux, à l'est, un bel escalier droit, encadré par des
-archivoltes en plein cintre qui forment un ressaut au-dessus de chaque
-marche, comme à l'entrée des caves de Pontoise, de Senlis, de Noyon,
-d'Elincourt-Sainte-Marguerite (Oise), et du château de Pierrefonds,
-conduit dans une cave encore intacte. Ses deux galeries parallèles,
-voûtées en berceau brisé, communiquent par des arcades en plein cintre,
-et dans la seconde une porte donne accès dans la salle basse de la tour
-sud-est. Vers la droite, les lits d'assises du parement ne se raccordent
-pas, mais l'identité des marques de tâcherons permet de conclure à une
-erreur d'appareil plutôt qu'à deux constructions d'âge différent. A
-l'extrémité occidentale, un escalier du XIVe siècle aboutit au
-rez-de-chaussée de la salle des Preuses. M. Colin, gardien du château, a
-trouvé d'autres amorces de souterrains qui s'enfoncent dans le sol aux
-deux extrémités de ces galeries, mais les caves des tours nord-ouest et
-sud-ouest n'étaient pas desservies par des couloirs inférieurs, car on
-n'y voit aucune trace de porte. Est-il besoin d'ajouter que les prétendus
-souterrains, qui auraient relié au château les abbayes de Nogent et de
-Prémontré, n'ont jamais existé que dans l'imagination des romanciers?
-
-
-=Porte d'entrée.=--Un dessin d'Androuet du Cerceau donne une idée des
-défenses extérieures de la porte d'entrée. Pour franchir le fossé, large
-de vingt mètres, il fallait passer sous deux portes, en traversant un
-pont de bois à deux bascules qui reposait sur des massifs de maçonnerie
-et sur les piles de deux petits corps de garde isolés. En 1829, leurs
-débris furent enfouis sous le remblai actuel. Le parement extérieur de la
-porte est arraché, mais on voit encore de chaque côté les rainures des
-trois herses qui glissaient entre des arcs en tiers-point. Au XIIIe
-siècle, la porte était flanquée au revers de deux grandes arcades en
-tiers-point; celle de gauche encadre une archère; celle de droite, à mur
-plein, fut convertie en logement à l'époque moderne. Je suis persuadé que
-le corps de garde, désigné par la lettre H sur le plan de Viollet-le-Duc,
-et dont il reste les substructions, fut une addition de la fin du XIVe
-siècle, car il est évident que les piédroits, les écoinçons et les
-claveaux des arcades n'étaient pas destinés à être englobés dans un
-bâtiment quelconque. A son point de rencontre avec la chemise du donjon,
-le mur ne présente aucune trace de collage, mais au niveau du sol on voit
-la feuillure d'une porte relancée dans les assises primitives et
-l'ouverture d'une fosse d'aisances rectangulaire appliquée après coup
-contre le parement du fossé.
-
- [Illustration:
- LA FACE DE LENTREE FACIES INGRESSVS
- Androuet du Cerceau del.
- LE CHATEAU EN 1576. Vue prise à l'est.]
-
-A gauche de l'entrée, le sommier d'une branche d'ogives aux arêtes
-abattues vient s'incruster dans les claveaux de l'arcade aveugle, déjà
-signalée. Comme le profil de la nervure est identique à ceux des voûtes
-faites vers 1385, sous les salles des Preux et des Preuses, de l'est à
-l'ouest, il faut en conclure que le corps de garde carré, divisé par
-quatre piles centrales en neuf travées et recouvert de croisées d'ogives,
-avait été ajouté à la même époque. L'architecte du XIIIe siècle avait
-calculé que la porte de la basse-cour suffirait à tenir en échec
-l'assaillant. D'ailleurs l'ennemi qui aurait voulu forcer l'entrée du
-château se serait fait écraser par les projectiles lancés du haut du
-donjon et de la grosse tour nord-est. Il était donc inutile d'adopter la
-même disposition qu'à la porte de Laon, mais une chambre de manœuvre des
-herses devait s'élever au milieu de la courtine, défendue par une
-bretèche.
-
-
-
-
-IV
-
-TOURS D'ANGLE
-
-
-=Tour nord-est.=--A côté de la porte du château s'élève une grosse tour
-ronde O dont le diamètre extérieur est de dix-neuf mètres. La salle
-circulaire du sous-sol, voûtée par six ogives aux arêtes abattues qui
-retombent sur des consoles, est enclavée par deux archères à linteaux
-superposés. On y accédait par une porte en plein cintre au bout du
-souterrain déjà signalé, qui longe la courtine du nord. Au
-rez-de-chaussée, une porte à linteau précède une voûte en berceau brisé
-qui vient buter contre deux grandes dalles. Dans ce couloir venait
-déboucher l'escalier à vis, dépourvu de marches, qui conduisait
-directement à la plate-forme supérieure[22]. La salle hexagone est
-recouverte par six nervures en amande qui se réunissent autour d'une clef
-à feuillage et qui s'appuient sur de courtes colonnettes. Les crochets de
-leurs chapiteaux se recourbent sous des tailloirs à bec moulurés. Les
-formerets à claveaux nus encadrent de larges niches en tiers-point. A
-l'ouest, une fenêtre de la même forme, avec glacis en escalier, s'ouvre
-dans le mur, épais de 4m,80. Un couloir coudé, éclairé par une archère,
-conduit à des latrines dont la fosse, très profonde, se compose d'un
-puits rond surmonté d'un puits carré.
-
- [22] Viollet-le-Duc a mal planté les latrines de cette tour.
-
- [Illustration:
- A Ventre del.
- CHAPITEAU DE LA TOUR NORD-EST]
-
-Au premier étage, la voûte s'est écroulée; mais on voit l'amorce de l'une
-des six ogives à tore aminci. Cette salle, à six pans, communiquait par
-une porte avec la courtine du nord. Ses grandes niches en tiers-point,
-ses cinq archères, sa cheminée et ses latrines sont encore intactes. Le
-dernier étage, hexagone, n'était pas voûté: ses niches au nombre de six,
-ne correspondaient pas aux précédentes pour donner plus de solidité à la
-maçonnerie. La toiture reposait sur un mur circulaire percé de baies à
-linteau, et les hourds de bois prenaient leur point d'appui sur de gros
-corbeaux de pierre, dont le profil est formé de quatre quarts de rond,
-comme au sommet du donjon.
-
- [Illustration:
- Photo Lefèvre-Pontalis.
- COURTINE ET TOUR NORD-EST]
-
-
-=Musée lapidaire.=--Le déblaiement des ruines a permis de
-recueillir, dans la salle du rez-de-chaussée de cette tour, des
-sculptures très intéressantes, comme un chapiteau du XIIe siècle,
-à larges feuilles recourbées en volutes, qui devait orner une
-salle du château roman, et qui couronnait une colonne isolée. Une
-large clef de voûte, du XIIIe siècle, dont le trou central est
-entouré d'une guirlande de feuillages, provient de la chapelle
-gothique, comme le prouvent les amorces de ces quatre branches
-d'ogives, tandis que deux clefs à six nervures faisaient partie
-des voûtes dans les grosses tours. Deux grosses gargouilles, à
-tête d'animal et des débris des quatre pinacles terminés par un
-fleuron sortant d'un cercle de boules, qui se trouvaient jadis au
-sommet du donjon, méritent d'attirer l'attention avec un
-personnage assis, les jambes croisées, qui décorait un sommier de
-la voûte d'ogives du rez-de-chaussée.
-
- [Illustration:
- Photo Lefèvre-Pontalis.
- MUSÉE LAPIDAIRE.--SCULPTURES DU XIVe SIÈCLE
- A droite, têtes d'un Preux et d'une Preuse provenant des cheminées.]
-
-Trois lions mutilés du XIIIe siècle, dont l'un dévorait un enfant
-et l'autre un chien, portaient sur leur dos une table de pierre
-qui servait de siège à un autre lion assis. C'était l'ancien
-perron dessiné par Androuet du Cerceau, où les vassaux des sires
-de Coucy juraient foi et hommage à l'entrée du château. «Devant
-ladite figure, dit-il, se paye certain tribut par les voisins du
-lieu, scavoir est qu'ils sont tenus envoyer tous les ans un
-rustique, ayant en sa main un fouet, pour sonner d'iceluy trois
-coups: avec ce une hotte pleine de tartres et gasteaux qu'il
-fault qu'il distribue aux seigneurs de là». La redevance de
-quarante rissoles par l'abbé de Nogent donnait lieu à une bizarre
-cérémonie.
-
-Une petite gargouille, des chapiteaux à crochets, des carreaux
-vernissés, des boulets de pierre et de fonte complètent cette
-collection ainsi que les têtes d'un Preux et d'une Preuse qui
-ornaient au XIVe siècle les cheminées des salles du même nom; des
-figurines et des chapitaux de la même époque; la tombe plate d'un
-bourgeois de Coucy, mort en 1596. Enfin, il faut signaler une
-couleuvrine en cuivre à six pans.
-
- [Illustration:
- ANTE LEONIS HVIVS COVVSSI
- STATVAM FIDELITATIS DEVANT LA FIGVRE DE CE
- IVRA PRÆSTANTVR LION SE PAIE LHOMMAGE
- Androuet du Cerceau del.
- ANCIEN PERRON DU CHATEAU]
-
-
-=Tour nord-ouest.=--Les trois autres tours d'angle offrant des
-dispositions à peu près identiques avec quelques variantes, il serait bon
-de les visiter successivement. Celle du nord-ouest, dite du Roi,
-renferme une cave ronde d'un diamètre inférieur à celui des autres
-salles[23]. Ses ogives, sans moulures, au nombre de six, viennent
-s'assembler autour d'un œil central, large de 0m,80, qui permettait le
-passage d'un homme: la voûte a deux mètres d'épaisseur. On ne pouvait
-descendre dans cette cave qu'avec un treuil. La salle hexagone du
-rez-de-chaussée, dont les murs ont 2m,80 d'épaisseur, était voûtée
-d'ogives, car on voit encore les amorces des lunettes. Une profonde
-arcade en tiers-point fait corps avec chaque pan coupé, comme dans les
-trois autres étages, mais toutes ces niches sont désaxées par rapport à
-celles qui les précèdent ou qui les surmontent. Les archères sont au
-nombre de cinq, à cause de la cheminée. Il est difficile d'expliquer
-pourquoi cette salle est dépourvue de latrines: on y entre de plain-pied
-avec le soubassement de la salle des Preuses.
-
- [23] La coupe de cette tour N, dessinée par Viollet-le-Duc, est
- très inexacte. Cf. _Dictionnaire d'architecture_, t. IX, p. 83.
- Son diamètre est de 17m,50.
-
-L'escalier à vis s'interrompait à chaque étage pour obliger les hommes
-d'armes à se faire reconnaître, en traversant les salles. Le premier
-étage communiquait avec la courtine par une porte: on voit encore les
-corbeaux qui soutenaient les solives du plafond, car la voûte de cette
-salle, détruite par un incendie, fut supprimée en 1386 quand on restaura
-les niches, comme le prouve le compte déjà cité. Un plancher séparait le
-second et le troisième étage, percés d'archères, et chauffés par des
-cheminées. Tous les murs étaient recouverts d'un enduit très mince peint
-en jaune avec faux joints rouges. Une archère supérieure fut transformée
-en fenêtre, à la fin du XVIe siècle. Les corbeaux sont semblables à ceux
-que j'ai déjà décrits.
-
-=Tour sud-ouest[24].=--La salle souterraine de cette tour M, voûtée
-d'ogives et dépourvue de toute ouverture, est identique à celle de la
-tour précédente: elle renferme des latrines. La voûte du rez-de-chaussée
-est également intacte, avec ses six nervures en amande qui retombent sur
-des colonnettes, engagées entre les cinq profondes niches et la cheminée
-de la salle hexagone. On y pénètre en passant sous un linteau surmonté
-d'un arc de décharge. Derrière cette porte, à droite, s'ouvre un couloir
-voûté en berceau brisé qui débouche sous la salle des Preuses. A gauche,
-un long couloir coudé conduit à des latrines, éclairées par une archère,
-suivant une disposition qui n'existe pas dans les autres tours. Une autre
-différence, c'est que la salle du rez-de-chaussée et celle du premier
-étage ne sont pas reliées par un escalier à vis, parce qu'on pouvait
-passer de la salle des Preux et de la salle des Preuses dans la tour du
-sud-ouest.
-
- [Illustration:
- A Ventre del.
- COUPE DE LA TOUR SUD-OUEST]
-
- [24] Sa hauteur est de 44m,50 et son diamètre extérieur de 18
- mètres.
-
-Le second étage, voûté d'ogives, d'après les amorces des compartiments de
-remplissage, était éclairé par quatre archères, et chauffé par une grande
-cheminée. A côté, on voit dans l'épaisseur du mur le conduit de fumée
-de la salle inférieure. A l'angle de la courtine occidentale et de cette
-tour, des latrines en encorbellement pouvaient servir au besoin de
-mâchicoulis. On montait au troisième étage, recouvert d'un plancher de
-bois, par une cage d'escalier. La clef de ses niches correspond à l'axe
-des piédroits de celles du second étage, suivant une disposition qui se
-répète dans les quatre tours d'angle. Pour arriver sous la toiture
-conique, au niveau des hourds, il fallait gravir un escalier de bois.
-
- [Illustration:
- Photo Lefèvre-Pontalis.
- INTÉRIEUR DE LA TOUR SUD-OUEST]
-
- [Illustration:
- Photo Lefèvre-Pontalis.
- TOUR SUD-EST]
-
-
-=Tour sud-est.=--En descendant dans l'une des caves situées sous la
-salle des Preux, on pénètre dans la salle souterraine et circulaire de
-cette tour L par une porte en tiers-point, suivie d'une herse et d'une
-porte en plein cintre. Le couloir intermédiaire, recouvert de linteaux,
-communique avec un escalier à vis qui dessert tous les étages. Six
-branches d'ogives aux arêtes abattues rayonnent autour de la clef de
-voûte, et viennent rejoindre des consoles: deux archères sont percées
-dans les murs épais de 5m,20. Au-dessus se trouve une salle hexagone,
-sans archères et sans cheminée, qui était voûtée par six nervures à tore
-aminci, dont les retombées s'appuient sur des chapiteaux à crochets et
-des colonnes engagées. Une fenêtre s'ouvre au levant au fond de l'une des
-six niches en tiers-point, et les latrines sont établies sur une fosse
-carrée, profonde de 18 mètres, qui s'élève au-dessus d'un puits rond.
-
-Au premier étage, on voit encore des amorces de la voûte d'ogives, les
-niches habituelles, cinq archères et une cheminée. La porte à linteau
-s'ouvrait à l'extrémité orientale de la salle des Preux, en avant d'un
-passage coudé qui communiquait avec l'escalier à vis. En traversant la
-cage, on pouvait circuler, à l'intérieur d'un gros mur, dans un couloir
-recouvert de grandes dalles qui rejoignait la chemise du donjon. Des
-latrines en encorbellement s'élèvent dans l'angle rentrant de la courtine
-méridionale, comme dans les tours précédentes. Les étages supérieurs sont
-inaccessibles.
-
-
-
-
-V
-
-CORPS DE LOGIS
-
-
-=Côté nord.=--On voit encore dans la cour les débris des treize arcades
-aveugles en tiers-point qui retombaient sur des contreforts intérieurs au
-revers de la courtine du nord, afin d'élargir le chemin de ronde. Ce
-système, qui devint plus tard si fréquent dans l'architecture militaire
-du midi de la France et dans les églises fortifiées de la même région,
-apparut dans l'Ile-de-France autour du mur d'enceinte du château de
-Farcheville, près d'Étampes, construit par Hugues de Bouville, sénéchal
-de Philippe Auguste. L'architecte du château de Coucy eut soin de monter
-le parement supérieur du mur de fond après le décintrage des voussures,
-afin de remédier aux effets du tassement. Les marques de tâcherons, la
-disposition des supports, le champ plat de quelques écoinçons, suffisent
-à prouver qu'aucun bâtiment ne venait s'adosser à la courtine du nord, au
-XIIIe siècle.
-
-Vers la fin du XIVe siècle, comme l'indiquent quelques profils et la
-finesse des marques de tâcherons, on éleva la porterie et un corps de
-logis contre la même courtine, à l'intérieur de la cour. On remplit de
-maçonnerie la plupart des arcades qui se trouvèrent englobées dans de
-petites pièces à solives apparentes. Trois escaliers à vis desservaient
-l'unique étage; le premier, en partant de la porte du château, descend
-dans un souterrain du XIIIe siècle, à travers la voûte; le troisième
-s'élève à l'angle du bâtiment de la salle des Preuses. Ce qui est
-extraordinaire, c'est qu'Androuet du Cerceau figure au milieu de la
-courtine du nord une petite tour ronde assez saillante, dont il est
-impossible de retrouver la trace. Viollet-le-Duc l'indique à tort sur son
-plan; mais il suffit d'examiner le parement extérieur du mur pour
-constater l'absence de tout collage ou d'une brèche rebouchée: on n'a
-jamais relancé aucune pierre dans les assises primitives. Etait-ce une
-œuvre du XIVe siècle? Je n'en sais rien, mais j'affirme qu'au XIIIe
-siècle il n'y avait pas de petite tour partant de fond entre les deux
-grosses tours du nord.
-
-
-=Côté ouest.=--Le grand corps de logis dont on voit les ruines entre les
-tours nord-ouest et sud-ouest fut presque entièrement reconstruit par
-Enguerrand VII, un peu avant le voyage de Charles VI à Coucy, le 23 mars
-1387, comme le prouve le compte publié par M. Broche; mais le magasin P
-du rez-de-chaussée est une œuvre du XIIIe siècle. On y entrait de
-plain-pied, comme dans une halle, par cinq larges arcades en tiers-point,
-qui s'ouvraient sur la cour et qui retombaient sur des piles
-rectangulaires. Aucune trace de fermeture ou de mur de clôture contre les
-supports. Au revers du mur extérieur, cinq profondes arcades en
-tiers-point, construites avant le parement supérieur du fond, étaient
-destinées à réduire la portée des solives du plancher de la salle des
-Preuses, comme dans le cellier méridional. Les marques de tâcherons
-permettent de distinguer toutes les assises et les claveaux du XIIIe
-siècle.
-
- [Illustration:
- Photo Lefèvre-Pontalis.
- VUE PRISE SOUS LA SALLE DES PREUSES]
-
-Vers 1385, le plafond de bois primitif fut remplacé par cinq croisées
-d'ogives aux angles abattus, dont on voit les amorces sur les anciennes
-piles. Les doubleaux, en cintre surbaissé, présentaient le même profil.
-Les nervures de la première voûte au nord, tangente à une arcade aveugle
-du XIIIe siècle, viennent d'être rétablies par les soins de M.
-Bœswillwald. La voûte suivante butait contre un gros mur de refend,
-monté au XIVe siècle pour soutenir un escalier à vis qui reliait la salle
-des Preuses au second étage. La seconde arcade, en partant du nord, se
-trouve donc en partie bouchée comme la première, adossée aux bâtiments du
-nord et à une voûte d'ogives du XIVe siècle. Pour se rendre à la salle
-des Preuses et à celle des Preux, on montait un large escalier tournant,
-dont la cage et la porte à colonnettes prismatiques sont encore intactes
-dans l'angle sud-ouest de la cour.
-
- [Illustration:
- Photo Neurdein.
- CÔTÉ OUEST DE LA COUR
- Ruines de la salle des Preuses.]
-
-=Salle des Preuses.=--Le compte de 1386-1387 mentionne la construction de
-la cheminée du boudoir attenant à cette salle, qui venait d'être achevée.
-L'architecte d'Enguerrand VII fit remplacer le parement du mur
-occidental, à l'intérieur, nomme l'indiquent les fines marques de
-tâcherons. A droite, il piocha la courbe de la tour nord-ouest pour faire
-un angle, encadré par un gros arc de décharge en plein cintre, au-dessus
-du second étage. A gauche, derrière un décrochement, un large couloir du
-XIIIe siècle voûté en berceau brisé, fait communiquer la tour sud-ouest
-avec la salle des Preuses. Au XIVe siècle, trois grandes fenêtres,
-amorties par un arc surbaissé, furent percées après coup dans le mur
-occidental. La baie centrale s'ouvrait au fond d'un boudoir qui renferme
-une petite cheminée. Sa voûte se compose de deux petites croisées
-d'ogives, dont la baguette à filet saillant retombe sur des anges.
-
- [Illustration: MARQUES DE TACHERONS DU XIVe SIÈCLE]
-
-Cette salle était en outre chauffée par une grande cheminée à deux âtres,
-dessinée par Androuet du Cerceau et décorée des statues des neuf Preuses,
-suivant la description poétique d'Antoine d'Asti, secrétaire du duc
-Charles d'Orléans, vers 1440. Au-dessus du plafond de bois, une autre
-salle, aussi vaste mais plus basse, était de même éclairée par trois
-baies; celle du milieu conserve encore deux voûtes d'ogives de faible
-dimension. Près de la tour nord-ouest, une cage d'escalier, coupée en
-deux, correspond au mur de refend où passait le conduit de la grande
-cheminée. Au revers, deux petites pièces superposées étaient éclairées
-par deux fenêtres ouvertes au XIVe siècle.
-
-
-=Côté sud.=--Le vaste bâtiment qui renfermait la salle des Preux s'élève
-au-dessus des deux caves parallèles, voûtées en berceau brisé, que j'ai
-déjà décrites. Le grand cellier R du rez-de-chaussée fut remanié vers
-1385, comme le magasin qui se trouve sous la salle des Preuses. Au XIIIe
-siècle, des poutres de fort équarrissage portaient le plancher du premier
-étage. Elles devaient être soulagées par des piliers de pierre, à cause
-de leur grande portée, suivant un système appliqué au château de Chillon
-et dans l'abbaye du Moncel (Oise). Neuf arcades en tiers-point, assez
-profondes, soutenues par des piédroits, et marquées de signes de
-tâcherons, faisaient corps avec le mur méridional pour donner aux solives
-un point d'appui.
-
-L'architecte d'Enguerrand VII modifia cette disposition pour voûter le
-cellier. Il dressa dans l'axe longitudinal une file de colonnes où les
-ogives aux arêtes abattues et les doubleaux de même profil qui
-décrivaient une courbe en segment de cercle venaient retomber en
-pénétration. Le sommier de l'un des fûts, d'où partaient huit arcs, et
-des amorces de nervures sont encore visibles contre une pile occidentale
-et à l'entrée de la cave de la tour sud-est. Chaque galerie fut donc
-recouverte de neuf voûtes soigneusement appareillées: entre les deux
-dernières voûtes, à l'ouest, deux larges doubleaux s'appuyaient sur un
-massif de maçonnerie flanquée de colonnes engagées, et d'un mur de refend
-qui venait buter contre une ancienne niche en tiers-point.
-
-Plus loin, un arc surbaissé du XIIIe siècle, formé de deux rangs
-d'énormes claveaux, supportait le mur de fond et la cheminée de la salle
-des Preux. Par mesure de prudence, on le fit murer au XIVe siècle; au
-revers, une petite voûte en berceau, et une voûte d'ogives à trois
-nervures furent montées à la même époque; mais primitivement une poutre
-franchissait l'espace triangulaire entre la tour sud-ouest et l'arc
-transversal au droit d'un corbeau, encore intact, qui soutenait une
-contre-fiche.
-
-
-=Salle des Preux.=--Cette magnifique salle fut rebâtie, en même temps que
-la salle des Preuses, dans le dernier quart du XIVe siècle. L'architecte
-fit arracher l'ancien parement intérieur du mur méridional, pour y
-substituer de nouvelles assises. Il perça du même côté deux larges
-fenêtres à plate-bande appareillée, qui étaient recoupées par un meneau
-central et deux arcs tréflés. Au dehors, un boudin coudé encadrait
-chacune des baies. Les deux cheminées, très larges, conservent leur foyer
-encadré par un arc surbaissé sous un arc de décharge en tiers-point. Les
-quatre niches sont flanquées de deux colonnettes, et leurs dais à sept
-pans garnis de petits arcs trilobés portent déjà l'empreinte du style
-flamboyant.
-
- [Illustration:
- Photo Lefèvre-Pontalis.
- RUINES DE LA SALLE DES PREUX]
-
-Un bandeau de feuilles frisées marque le niveau de la charpente en carène
-renversée de la salle des Preux. Trois lucarnes à meneau central, dont
-on voit encore les glacis, correspondaient à une voussure de bois en
-pénétration dans le berceau. A l'extérieur, une ligne de corbeaux
-moulurés accuse le sommet de la courtine surélevée, comme entre les
-autres tours.
-
-On montait à la tribune occidentale, destinée aux musiciens, par un petit
-escalier à vis accolé à la tour sud-ouest et coiffé d'une voûte d'ogives
-à six branches qui retombent sur des petits anges. A l'autre extrémité,
-c'est-à-dire à l'orient, une immense verrière s'ouvrait dans le pignon
-pour éclairer la salle. Au niveau de son appui on avait élevé une tribune
-en bois décorée de pampres et de fruits, comme les deux autres, qui
-étaient réservées aux dames.
-
-La belle cheminée occidentale de cette salle se divisait en deux foyers
-séparés par un pilier. Les statues des Preux étaient au nombre de dix,
-car Charles d'Orléans y avait ajouté Bertrand du Guesclin. Ce détail se
-trouve dans le poème de son secrétaire, Antoine d'Asti.
-
-
-=Chapelle.=--Orientée vers le nord-est et adossée au bâtiment de la salle
-des Preux, cette chapelle du XIIIe siècle, à chevet plat, a presque
-entièrement disparu; mais on peut encore relever le plan de ses
-soubassements. Le rez-de-chaussée S divisé par de fortes piles et
-recouvert de quatre voûtes d'ogives sur chaque galerie, servait de
-passage, comme sous la chapelle du château de Senlis, pour entrer soit
-dans le grand cellier, situé sous la salle des Preux, par une porte en
-tiers-point de six mètres d'épaisseur, soit dans la cuisine, qui
-s'élevait à l'orient. Entre les contreforts à bandeau inférieur mouluré,
-des arcs de décharge encadraient des murs percés de portes.
-
- [Illustration:
- A Ventre del.
- CLEF DE VOUTE DE LA CHAPELLE]
-
-Au premier étage, deux grandes voûtes d'ogives retombaient sur des
-faisceaux de cinq colonnettes dont il reste des assises au pied de la
-courtine du nord. L'une des clefs à trou central, ornée d'une guirlande
-de feuillages, est déposée au musée de la tour nord-est: les amorces de
-ses grosses nervures en amande accusent une époque peu avancée du XIIIe
-siècle. J'ai retrouvé aussi quelques débris des meneaux, épais de 0m,75,
-qui divisaient les fenêtres; le fût de leurs colonnettes et leur
-feuillure sont bien visibles. Plusieurs morceaux de quatrefeuilles ou de
-rosaces à cinq lobes, provenant du remplage, sont épars sur le sol.
-
-Loin de ressembler à la Sainte-Chapelle de Paris, comme un dessin de
-Viollet-le-Duc pourrait le faire supposer, la chapelle du château de
-Coucy était plutôt une œuvre du même style que le chevet de la
-cathédrale de Soissons. La riche décoration de cette chapelle avait
-frappé Antoine d'Asti, secrétaire du duc Charles d'Orléans, car il décrit
-dans ses _Lettres héroïques_, vers 1440, les figures peintes sur les
-voûtes qui étaient rehaussées de dorures, les statues, les vitraux, qui
-représentaient des scènes de l'Ancien et du Nouveau Testament. Il affirme
-que pendant la guerre de Cent Ans, le prince Jean aurait acheté les
-anciennes verrières au prix de douze mille écus d'or.
-
-
-=Cuisine.=--Une petite cour séparait le côté sud de la chapelle, de la
-cuisine T recoupée en deux pièces, dont les murs sont démolis presque à
-ras de terre. Les eaux de vaisselle, vidées sur un évier, se déversaient
-par un caniveau dans un grand puisard, dissimulé dans l'épaisseur de la
-chemise du donjon, et surmonté d'un réduit voûté en berceau brisé.
-
-
-
-
-VI
-
-DONJON
-
-
-=Chemise.=--Les défenses extérieures du donjon V, qui commandait à la
-fois la basse-cour et la cour du château, se composaient d'un fossé large
-de 6m,36 et d'une chemise annulaire qui s'interrompait en face de
-l'entrée de la tour. Cette chemise, aujourd'hui découronnée et éventrée
-par la mine en 1652, mesurait 20 mètres de hauteur, en partant du fond du
-fossé. Elle se reliait, au nord, à la courtine de la porte du château, et
-au midi à la tour sud-est par un gros mur dont le couloir intérieur
-communiquait avec celui de la chemise surmontée d'un chemin de ronde
-crénelé. On y montait rapidement, au XIIIe siècle, par une rampe courbe
-partant du sol de la cour en face de la porte du donjon: au-dessous, des
-arcs de décharge formaient des niches. L'escalier à vis, adossé au
-puisard des cuisines, fut appliqué contre la chemise au XIVe siècle.
-
-Plus loin, un escalier droit du XIIIe siècle, recouvert d'énormes
-dalles, descend dans un passage, ménagé à travers la chemise, au niveau
-des fondations. On pouvait donc passer du fossé intérieur au fossé
-extérieur, mais comme l'ennemi aurait pu prendre le même chemin, une
-herse manœuvrée dans une petite chambre permettait de barrer ce couloir
-vers le sud. Cette poterne correspondait par un pont volant avec celle
-que j'ai déjà signalée au pied de la tour sud-est.
-
-Vers 1386, on eut l'idée d'établir au pied de la chemise, dans le fossé
-extérieur, une galerie de contre-mine, voûtée en quart de cercle, et
-recouverte d'un talus. Cette date se déduit d'une dépense inscrite dans
-le registre de comptes de la châtellenie pour la captation de la source
-qui s'y trouve, et qui devait nécessairement être protégée en cas de
-siège. Viollet-le-Duc et d'autres archéologues ont eu tort de croire que
-la galerie pouvait remonter au XIIIe siècle. A l'entrée, ses doubleaux
-avec arêtes abattues et ses voussoirs en pierre jaune sont d'un tout
-autre grain que la roche à coquillages primitive. C'est donc un simple
-collage contre le vieux mur.
-
-
-=Procédé de construction.=--Le donjon, du XIIIe siècle, est bâti
-sur un plan circulaire, comme ceux de Rouen, de Lillebone, ou
-comme les tours d'angle des châteaux de Gisors et de Falaise,
-œuvres des ingénieurs militaires de Philippe Auguste, qui ont pu
-servir de prototype à l'architecte. Sa hauteur, prise du fond du
-fossé, atteint 54 mètres; son diamètre mesure exactement
-31m,25; et l'épaisseur du mur, au rez-de-chaussée, est de
-7m,46: c'est donc la plus grosse tour du monde.
-
- [Illustration:
- Photo Neurdein.
- DONJON ET TOUR NORD-EST]
-
-Viollet-le-Duc a deviné le premier à l'aide de quel ingénieux procédé sa
-construction fut menée à bonne fin. Des trous de boulin disposés en
-spirale, de la base au sommet, correspondaient à deux poutrelles reliées
-par des contrefiches qui soutenaient un chemin en encorbellement, dont la
-pente était assez douce à cause du diamètre énorme du donjon. La largeur
-de cette rampe en hélice pouvait atteindre cinq mètres, ce qui permettait
-aux ouvriers de monter les pierres à l'aide de petits chariots. Un rayon
-de bois, tournant horizontalement autour d'un axe, suffisait à régler la
-courbe du parement. Suivant un principe appliqué dès le XIIe siècle, le
-mur du donjon était cerclé par des longrines de bois noyées dans la
-maçonnerie, à trois hauteurs différentes: une enrayure, dont les trous
-sont visibles, venait s'assembler dans ce chaînage au niveau du second
-étage.
-
-
-=Salle basse.=--On entrait au rez-de-chaussée par un pont à bascule qui
-franchissait le fossé de la chemise et qui s'abattait sur deux corbeaux,
-encore intacts. La porte en tiers-point est flanquée de deux colonnettes:
-on a remplacé ses chapiteaux, le linteau et la plus grande partie du
-tympan, qui représente la lutte d'un chevalier contre un lion. La croupe,
-la queue et une patte de l'animal sont seules anciennes. Dès le XIIe
-siècle, on a reproduit la même scène sur un grand nombre de chapiteaux
-romans, comme à Laffaux et à Saconin, près de Soissons. Dom Toussaint
-Duplessis y voit bien à tort un souvenir de la lutte d'Enguerrand III
-contre les Albigeois, mais ce n'est qu'un symbole de la bravoure
-chevaleresque[25]. Au XVIe siècle, Androuet du Cerceau et L'Alouète ont
-voulu expliquer ce bas-relief par une légende qui se rattache à
-Enguerrand Ier et à la fondation de l'abbaye de Prémontré en 1119, grâce
-à un jeu de mots ridicule répété par tous les auteurs modernes.
-
- [Illustration:
- Photo Neurdein.
- TYMPAN DE LA PORTE DU DONJON]
-
- [25] Notre savant confrère, M. Mâle, est d'avis que ce combat
- n'a aucun rapport avec la lutte de Samson et du lion ou avec
- l'iconographie religieuse. Le sujet a pu en être fourni aux
- sculpteurs romans par des motifs orientaux.
-
- [Illustration:
- Photo Lefèvre-Pontalis.
- SALLE BASSE DU DONJON
- Statuette sous la retombée des voûtes.]
-
-Huit figurines se détachent sur la voussure, mais comme les attributs des
-trois statuettes primitives sont cassés, il est difficile de les
-identifier avec telle ou telle vertu. L'archivolte, garnie de crochets,
-retombe sur deux consoles ornées d'une chimère et de deux aigles
-becquetant des masques.
-
-Le couloir de la porte était défendu par un assommoir rectangulaire et
-par une herse que l'on manœuvrait dans une petite chambre qui communique
-avec l'escalier. Dans le passage voûté en berceau débouchent des
-latrines recouvertes de dalles et éclairées par une archère. On pénètre
-dans la salle du rez-de-chaussée en passant sous un linteau qui repose
-sur deux corbeaux: à droite, un lion mutilé est flanqué d'un masque; à
-gauche, une chouette se dresse à côté de deux oiseaux affrontés.
-
- [Illustration:
- Viollet-le-Duc del.
- COUPE DU DONJON]
-
-Le donjon ne renferme pas de rotonde souterraine, comme les autres tours;
-son soubassement, qui forme talus, est plein afin d'opposer plus de
-résistance à la sape. Ses trois salles, dont la largeur est de 16m,33 et
-la hauteur moyenne de 13 mètres étaient recouvertes de douze branches
-d'ogives qui rayonnaient autour d'une clef centrale; mais l'ingénieur
-Métézeau et son fils firent sauter les trois voûtes, en 1652, à l'aide
-d'une mine dont on a retrouvé les traces à deux mètres de profondeur et
-qui fit trois lézardes dans les murs de la tour. Au rez-de-chaussée, dont
-le plan est un dodécagone, les amorces du boudin en amande et des deux
-tores des nervures prennent naissance sur des sommiers ornés d'un
-personnage mutilé, assis les jambes croisées, qui correspond à une courte
-colonnette surmontée d'un chapiteau à crochets et d'un tailloir à bec. De
-chaque côté de la figurine, un culot garni de feuillages servait de point
-d'appui à une colonnette des douze arcatures supérieures, qui jouaient le
-rôle de formerets.
-
- [Illustration: SALLE BASSE DU DONJON
- Sommier d'une ogive.]
-
-Les niches en tiers-point du premier rang, dépourvues de moulures,
-s'ouvrent entre de robustes piédroits. Larges de 3m,10 et profondes de
-1m,70, elles servaient pour loger des provisions: leur mur de fond est
-plein. Au sud, une large cheminée restaurée chauffait la salle; à
-l'ouest, une niche abrite le puits qui fut creusé avant les fondations du
-donjon. Son diamètre est de 2m,14 et le rouet se trouve à 64m,50 de
-profondeur, comme on l'a constaté en 1819, en vidant les déblais qui le
-remplissaient entièrement[26]. Ce travail a fait découvrir des boulets de
-pierre et de fer, deux têtes de statues dorées, et le petit canon en
-cuivre du musée. A dix mètres au-dessous du sol, on voit l'orifice d'un
-souterrain qui devait communiquer avec les caves de la salle des Preux.
-
- [26] Aujourd'hui le puits ne mesure plus que 30 mètres de
- profondeur.
-
-La salle basse était décorée d'un second rang de niches plus hautes,
-souligné par un bandeau de crochets. Leur archivolte en tiers-point, dont
-le tore est bien dégagé, retombait sur deux colonnettes et sur des
-chapiteaux à crochets. Trois fenêtres de la même forme, surmontées
-d'énormes linteaux de fond, s'ouvrent dans les murs: elles sont carrées à
-l'extérieur: leurs glacis en escalier, où l'on accédait par une échelle,
-permettaient de les utiliser pour la défense. La niche qui correspond à
-la cheminée est recoupée par deux arcatures secondaires, pour masquer le
-passage du conduit. Sous quelques voussures, on voit des rinceaux rouges
-et des faux-joints, de la même couleur, qui se détachaient sur un fond
-ocre, car les salles du donjon étaient peintes très sobrement.
-
-
-=Etages supérieurs.=--On monte aux deux étages et à la plate-forme
-supérieure par un bel escalier à vis, dont la cage a 3m,05 de diamètre.
-Les marches, au nombre de 215, mesurent 0m,20 de hauteur, et sont posées
-sur des chanfreins qui se détachent en saillie sur le parement et sur le
-noyau. Les onze fenêtres percées dans la cage jouaient le même rôle que
-des archères. L'architecte avait pris la sage précaution de planter
-l'escalier du côté de la cour pour éviter le danger d'une brèche faite
-par les machines de guerre au point où le mur présentait un point faible.
-
- [Illustration:
- Photo Lefèvre-Pontalis.
- INTÉRIEUR DU DONJON]
-
-La salle du premier étage était également voûtée par douze ogives à trois
-tores qui viennent rejoindre les chapiteaux à crochets de colonnettes en
-délit. La clef centrale était percée d'un large trou pour le passage des
-projectiles dans un panier monté par un treuil. On remarquera l'absence
-de formerets sous les lunettes. Chacun des douze pans coupés conserve une
-niche en tiers-point, beaucoup plus haute que celles du rez-de-chaussée;
-ses claveaux sont nus comme les pilastres qui les soutiennent. Trois
-fenêtres s'ouvrent autour de la salle; près du passage de la cheminée une
-petite porte devait aboutir à un pont volant jeté sur le fossé, au niveau
-du chemin de ronde de la chemise. A l'est, des latrines correspondaient à
-celles du rez-de-chaussée: au nord, il faut signaler, sous l'une des
-arcades, un four à pain voûté en berceau brisé qui s'ouvre sous un arc
-surbaissé, repris en moellons neufs. A côté, on voit la porte qui donne
-dans la cage de l'escalier.
-
- [Illustration:
- A Ventre del.
- PLAN DU SECOND ÉTAGE DU DONJON]
-
-Si la voûte d'ogives du second étage diffère de celle du premier par le
-profil de ses douze nervures aux arêtes abattues, le plan dodécagone de
-la salle supérieure offre également une variante. En effet, un couloir
-circulaire, à 4m,55 au-dessus du dallage, permettait d'en faire le tour.
-La première idée de ce chemin de ronde intérieur se trouve appliquée dans
-les donjons de Chambois (Orne) et de Châteaudun; mais à Coucy, le couloir
-traverse de grandes arcades en tiers-point qui s'ouvrent sur la salle
-haute. Cette tribune a 3m,45 de profondeur: on avait augmenté sa largeur
-au moyen d'un plancher de bois qui s'avançait jusqu'au dosseret des
-colonnettes, car la trace des trous des barres du parapet est encore
-visible. Il était donc facile de loger des approvisionnements dans les
-niches comme aux étages inférieurs.
-
-Le mode de voûtement de cette tribune mérite d'attirer l'attention. Au
-milieu de chaque voussure, un arc en tiers-point nu, qui pénètre dans les
-piles rectangulaires marque le changement de direction de la voûte. Il en
-résulte que l'arc brisé qui traverse le passage au droit de chaque
-support s'évase du côté extérieur de la tour et repose de l'autre côté
-sur un pilastre à trois pans coupés dont le sommier forme console aux
-deux angles[27].
-
- [27] Viollet-le-Duc. _Dictionnaire d'architecture_, t. IV. p.
- 269.
-
- [Illustration:
- A. Ventre del.
- FLEURON D'UN PINACLE
- DU DONJON]
-
-Cette disposition, destinée à donner le maximum de résistance à un mur
-circulaire qui renferme une galerie, est unique en son genre. La salle
-était éclairée par deux fenêtres en tiers-point divisées par un meneau:
-comme elles se trouvaient au niveau de la tribune, l'architecte avait
-établi deux bancs de pierre dans chaque baie.
-
- [Illustration:
- Photo Lefèvre-Pontalis.
- DERNIER ÉTAGE DU DONJON]
-
-Au XIIIe siècle, la plate-forme supérieure, recouverte de dalles de
-pierre, n'était pas surmontée d'une toiture conique comme les grosses
-tours. Les deux rangs de larges feuilles à crochets de la corniche
-intérieure et de la corniche extérieure, bordés d'un tore, étaient
-couronnés d'un glacis à double pente où quatre pinacles venaient
-s'engager, comme l'indique un dessin d'Androuet du Cerceau. On en a
-retrouvé les débris dans le fossé avec deux grosses gargouilles qui
-servaient à l'écoulement des eaux. L'escalier à vis se continue jusqu'au
-sommet du mur, large de quatre mètres, mais on a muré la cage pour éviter
-les accidents.
-
-Le mur circulaire est percé de vingt-quatre baies en tiers-point à
-claveaux nus: une archère s'ouvre dans chaque trumeau, de façon à pouvoir
-abriter les défenseurs dans le cas où les hourds auraient fait défaut.
-Frappé de la difficulté que devait présenter la pose rapide de ces
-galeries de bois en encorbellement, qui jouaient un rôle capital dans la
-défense du donjon, l'architecte avait disposé quarante-huit corbeaux de
-pierre, profilés en quatre quarts de rond, pour supporter les hourds à
-deux étages. Des pièces de bois formant un angle obtus s'appliquaient sur
-les deux glacis pour former le toit à double pente des hourds intérieurs
-et extérieurs, sinon les défenseurs n'auraient pas été à l'abri des
-intempéries. Elles venaient s'assembler dans des poteaux inclinés, reliés
-par des moises et un plancher intermédiaire. Un charmant dessin de
-Viollet-le-Duc aide à saisir comment cette opération s'exécutait.
-
-La vue très étendue dont on jouit au sommet du donjon fait bien
-comprendre l'assiette du château. Au nord, l'église de Coucy-la-Ville
-avec son clocher central roman et la flèche de son clocher-porche du XVIe
-siècle, attire les regards. A l'est, la route de Laon traverse le plateau
-en laissant à gauche la tour de Moyenbrie. La vallée de la Lette, où
-viennent aboutir les routes de Soissons et de Noyon, forme un fossé
-naturel du côté sud. A l'ouest, le château, vu de la route de Chauny, se
-présente sous son aspect le plus romantique, au soleil couchant, avec
-l'énorme masse circulaire du donjon, qui domine les courtines et les
-quatre tours d'angle, encadrées par les arbres. C'est de là que l'œuvre
-audacieuse et forte d'Enguerrand III, remaniée par Enguerrand VII, évoque
-tout un passé de grandeur et de décadence.
-
- [Illustration:
- A. Ventre del.
- GARGOUILLE DU DONJON]
-
-
-
-
-BIBLIOGRAPHIE SOMMAIRE
-
-
- ANDROUET DU CERCEAU (Jacques).--_Les plus excellens bastiments de
- France_, nouvelle édition. Paris. Lévy, 1872, t. I.
-
- ASTI (Antoine d').--Extrait des _Lettres héroïques_ dans
- Lépinois, _Histoire de Coucy_, p. 355.
-
- BEAUMONT (Edouard de).--_Notice sur les gens de guerre du comte de
- Saint-Paul qui sont enfouis à Coucy depuis 1411_, 2e édition.
- Paris, 1886, in-4º.
-
- BROCHE (Lucien).--_Notes sur d'anciens comptes de la châtellenie
- de Coucy_ (1386-1387), dans le _Bulletin de la Société académique
- de Laon_, t. XXXII, 1908, p. 339.
-
- CHARTES DES SIRES DE COUCY (XIIIe s.).--Bibl. nat. nouv.
- acq. lat. 2309.
-
- DU CHESNE (André).--_Histoire des maisons de Guines et de Coucy_,
- 1631.
-
- DUPLESSIS (Dom Toussaint).--_Histoire de la ville et des seigneurs
- de Coucy_, Paris, 1728, in-4º.
-
- DURRIEU (le comte Paul).--_La prise d'Arezzo par Enguerrand VII,
- sire de Coucy, en 1384_, dans la _Bibliothèque de l'Ecole des
- Chartes_, t. XLI, 1880, p. 161.
-
- GRÉGOIRE (Théophile).--_Les ruines de Coucy_, 1846, in-8º.
-
- GRÉGOIRE (Théophile).--_Mémoire sur les oubliettes du château de
- Coucy_, dans le _Bulletin de la Société académique de Laon_,
- t. V, 1856, p. 372.
-
- GRÉGOIRE (Théophile).--_Notice sur les travaux de restauration de
- l'ancien château de Coucy_, dans le _Bulletin de la Société
- académique de Laon_, t. XI, 1861, p. 22.
-
- GRENIER (Dom).--Collection de Picardie, Bibl. nat. Ms. fr. 18760.
-
- JOVET.--_Histoire des anciens seigneurs de Coucy._ Laon, 1682,
- in-12.
-
- LACAILLE (Henri).--_La vente de la baronnie de Coucy_ (1400) dans
- la _Bibliothèque de l'Ecole des Chartes_, t. LV, 1894, p. 573.
-
- L'ALOUÈTE (Fr. de).--_Traité des nobles avec une histoire de la
- maison de Coucy_, 1577.
-
- LÉGENDES DU CHATEAU DE COUCY.--Coucy, 1903, in-18.
-
- LÉPINOIS père et LÉPINOIS (le chevalier de).--_Souvenirs de Coucy,
- dessins lithographiés accompagnés d'un texte historique et
- descriptif._ Coucy, 1834, in-fol.
-
- LÉPINOIS (E. de).--_Histoire de la ville et des sires de Coucy._
- Paris, Dumoulin, 1858, in-8º.
-
- MANGIN.--_Enguerrand VII, sire de Coucy_, dans le _Bulletin de la
- Société académique de Laon_, t. XXIV, p. 40.
-
- MELLEVILLE.--_Histoire de la ville et des sires de Coucy-le-Château._
- Laon, 1848, in-8º.
-
- MELLEVILLE.--_Le château de Coucy, notice historique et
- archéologique_, 2e édition. Laon, 1854, in-8º.
-
- MOREAU (Jules).--_Notice sur les sires de Coucy_, 2e édition.
- Chauny, Moreau, 1871, in-8º.
-
- MOREAU (Jules).--_Notice historique sur le château fort de Coucy_,
- 2e édition. Chauny, 1889, in-8º.
-
- PERIN (C.).--_Recherches bibliographiques sur le département de
- l'Aisne_, 1866-1883, t. I, p. 91-97; t. II, p. 73-78 et t. III,
- p. 127-131.
-
- ROMAIN (E.).--_Une excursion à Coucy-le-Château._ Laon, 1882, in-16.
-
- TARDIF (Joseph).--_Enguerrand IV de Coucy._ En préparation.
-
- ULAUSS (Jérôme).--_Notice sur les sires de Coucy, accompagnée d'une
- description du château de cette ville._ Coucy, Guérin, 1862,
- in-12.
-
- VERNIER (l'abbé).--_Coucy, ses sires, ses légendes et ses
- ruines._ Paris, Dumoulin, 1874, in-12.
-
- VIOLLET-LE-DUC (E.).--_Dictionnaire raisonné de l'architecture
- française du XIe au XVIe siècle._ Paris, Morel, 1867, 10 vol.
- in-8º, t. I, p. 35, 152, 371, 383; t. II, p. 270, 399,
- 440; t. III, p. 108, 201; t. IV, p. 253, 256, 263, 264,
- 313; t. V, p. 75, 104, 209, 550; t. VI, p. 132, 164, 377,
- 392, 397; t. VII, p. 84, 114, 118, 149, 178, 322, 324,
- 374; t. VIII, p. 84, 90, 401, 441, et t. IX, p. 81.
-
- VIOLLET-LE-DUC (E.).--_Description du château de Coucy._
- Paris, Eggimann, in-8º.
-
-
- [Illustration:
- Photo Lefèvre-Pontalis.
- DONJON ET TOUR NORD-EST]
-
-
-
-
-TABLE DES GRAVURES[28]
-
-
- Plan de la ville Au titre
-
- Plan du château Au titre
-
- Le château en 1576 vu de l'ouest 9
-
- Le château vu du sud-ouest 11
-
- Porte de Laon 33
-
- Coupe de la porte de Laon 35
-
- Porte de la basse-cour 41
-
- Tours de la basse-cour 45
-
- Marques de tâcherons du XIIIe siècle 52
-
- Le château en 1576 vu de l'est 55
-
- Chapiteau de la tour nord-est 58
-
- Courtine et tour nord-est 59
-
- Sculptures du XIVe siècle 61
-
- Ancien perron du château 62
-
- Coupe de la tour sud-ouest 65
-
- Intérieur de la tour sud-ouest 66
-
- Tour sud-est 67
-
- Vue prise sous la salle des Preuses 71
-
- Ruines de la salle des Preuses 73
-
- Marques de tâcherons du XIVe siècle 74
-
- Ruines de la salle des Preux 77
-
- Clef de voûte de la chapelle 79
-
- Donjon et tour nord-est 83
-
- Tympan de la porte du donjon 85
-
- Statuette sous la retombée des voûtes 86
-
- Coupe du donjon 87
-
- Sommier d'une ogive 89
-
- Intérieur du donjon 91
-
- Plan du second étage 93
-
- Fleuron d'un pinacle 94
-
- Dernier étage du donjon 95
-
- Gargouille du donjon 97
-
- Donjon et tour nord-est 101
-
- Porte de Laon 104
-
- [28] Nous remercions vivement M. Eggimann de nous avoir
- autorisé à reproduire aux pages 35 et 87 des figures extraites du
- _Dictionnaire d'architecture_ de Viollet-le-Duc et M. Emile Lévy
- de nous avoir permis d'exécuter nos reproductions des pages 9, 55
- et 62 d'après sa belle réimpression de _Les plus excellents
- bastiments de France_ de Jacques Androuet du Cerceau.
-
-
-
-
-TABLE DES MATIÈRES
-
-
- =Avant-propos= 7
-
- =Introduction historique: Les Sires de Coucy= 9
-
- =I.--Enceinte de Coucy= 33
- Porte de Laon 34
- Eglise 38
-
- =II.--Basse-cour du château= 40
- Porte d'entrée 42
- Tours de la basse-cour 43
- Chapelle romane 47
-
- =III.--Description du château= 48
- Date de la construction 48
- Plan et appareil 51
- Souterrains 53
- Porte d'entrée 54
-
- =IV.--Tours d'angle= 57
- Tour nord-est 57
- Musée lapidaire 60
- Tour nord-ouest 62
- Tour sud-ouest 64
- Tour sud-est 66
-
- =V.--Corps de logis= 69
- Côté nord 69
- Côté ouest 70
- Salle des Preuses 72
- Côté sud 75
- Salle des Preux 76
- Chapelle 78
- Cuisine 80
-
- =VI.--Donjon= 81
- Chemise 81
- Procédé de construction 82
- Salle basse 84
- Etages supérieurs 90
-
- =Bibliographie sommaire= 98
-
- =Table des gravures= 101
-
- [Illustration:
- Photo Neurdein.
- PORTE DE LAON]
-
-
-ÉVREUX, IMPRIMERIE CH. HÉRISSEY ET FILS
-
-
-
-
-
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-*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LE CHÂTEAU DE COUCY ***
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-works. See paragraph 1.E below.
-
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-through 1.E.7 or obtain permission for the use of the work and the
-Project Gutenberg-tm trademark as set forth in paragraphs 1.E.8 or
-1.E.9.
-
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-License as specified in paragraph 1.E.1.
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-works.
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-Professor Michael S. Hart is the originator of the Project Gutenberg-tm
-concept of a library of electronic works that could be freely shared
-with anyone. For thirty years, he produced and distributed Project
-Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.
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-Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
-editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
-unless a copyright notice is included. Thus, we do not necessarily
-keep eBooks in compliance with any particular paper edition.
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-Most people start at our Web site which has the main PG search facility:
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- http://www.gutenberg.org
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-This Web site includes information about Project Gutenberg-tm,
-including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
-Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
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