summaryrefslogtreecommitdiff
diff options
context:
space:
mode:
-rw-r--r--.gitattributes4
-rw-r--r--LICENSE.txt11
-rw-r--r--README.md2
-rw-r--r--old/52843-0.txt3178
-rw-r--r--old/52843-0.zipbin60524 -> 0 bytes
-rw-r--r--old/52843-h.zipbin177204 -> 0 bytes
-rw-r--r--old/52843-h/52843-h.htm5142
-rw-r--r--old/52843-h/images/002.jpgbin1578 -> 0 bytes
-rw-r--r--old/52843-h/images/cover.jpgbin67969 -> 0 bytes
-rw-r--r--old/52843-h/images/illus_003.jpgbin859 -> 0 bytes
-rw-r--r--old/52843-h/images/illus_003a.jpgbin1226 -> 0 bytes
-rw-r--r--old/52843-h/images/illus_005.jpgbin21206 -> 0 bytes
-rw-r--r--old/52843-h/images/illus_161.jpgbin20310 -> 0 bytes
-rw-r--r--old/52843-h/images/illus_165.jpgbin1254 -> 0 bytes
-rw-r--r--old/52843-h/images/illus_165a.jpgbin1292 -> 0 bytes
15 files changed, 17 insertions, 8320 deletions
diff --git a/.gitattributes b/.gitattributes
new file mode 100644
index 0000000..d7b82bc
--- /dev/null
+++ b/.gitattributes
@@ -0,0 +1,4 @@
+*.txt text eol=lf
+*.htm text eol=lf
+*.html text eol=lf
+*.md text eol=lf
diff --git a/LICENSE.txt b/LICENSE.txt
new file mode 100644
index 0000000..6312041
--- /dev/null
+++ b/LICENSE.txt
@@ -0,0 +1,11 @@
+This eBook, including all associated images, markup, improvements,
+metadata, and any other content or labor, has been confirmed to be
+in the PUBLIC DOMAIN IN THE UNITED STATES.
+
+Procedures for determining public domain status are described in
+the "Copyright How-To" at https://www.gutenberg.org.
+
+No investigation has been made concerning possible copyrights in
+jurisdictions other than the United States. Anyone seeking to utilize
+this eBook outside of the United States should confirm copyright
+status under the laws that apply to them.
diff --git a/README.md b/README.md
new file mode 100644
index 0000000..b195814
--- /dev/null
+++ b/README.md
@@ -0,0 +1,2 @@
+Project Gutenberg (https://www.gutenberg.org) public repository for
+eBook #52843 (https://www.gutenberg.org/ebooks/52843)
diff --git a/old/52843-0.txt b/old/52843-0.txt
deleted file mode 100644
index ccbd243..0000000
--- a/old/52843-0.txt
+++ /dev/null
@@ -1,3178 +0,0 @@
-The Project Gutenberg EBook of Les mystifications de Caillot-Duval, by
-Alphonse de Fortia de Piles
-
-This eBook is for the use of anyone anywhere in the United States and most
-other parts of the world at no cost and with almost no restrictions
-whatsoever. You may copy it, give it away or re-use it under the terms of
-the Project Gutenberg License included with this eBook or online at
-www.gutenberg.org. If you are not located in the United States, you'll have
-to check the laws of the country where you are located before using this ebook.
-
-Title: Les mystifications de Caillot-Duval
-
-Author: Alphonse de Fortia de Piles
-
-Editor: Étienne Lorédan Larchey
-
-Release Date: August 18, 2016 [EBook #52843]
-
-Language: French
-
-Character set encoding: UTF-8
-
-*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK MYSTIFICATIONS DE CAILLOT-DUVAL ***
-
-
-
-
-Produced by Clarity, Hélène de Mink, and the Online
-Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net (This
-file was produced from images generously made available
-by The Internet Archive/Canadian Libraries)
-
-
-
-
-
-
-
-Note sur la transcription: Les erreurs clairement introduites par le
-typographe ont été corrigées. L'orthographe d'origine a été conservée et
-n'a pas été harmonisée.
-
-
-
-
- Les
-
- Mystifications
- de
- Caillot-Duval
-
-
-
-
- Il a été tiré de cet ouvrage
-
- TROIS CENT SOIXANTE-QUINZE EXEMPLAIRES:
-
- 10 exemplaires sur papier du Japon (A à J).
- 5 exemplaires sur papier de Chine (K à O).
- 10 exemplaires sur papier de Hollande (P à Y).
- 350 exemplaires sur alfa vergé (1 à 350).
-
-
- No 47
-
- [Illustration: signature]
-
- Droits réservés pour tous pays y compris la Suède, la Norvège
- et le Danemark.
-
-
-
-
- COLLECTION DU BIBLIOPHILE PARISIEN
-
-
- Les
- Mystifications
- de
- Caillot-Duval
-
- _CHOIX de ses LETTRES
- les PLUS AMUSANTES
- avec les RÉPONSES de ses VICTIMES_
-
- [Illustration: décoration]
-
- NOUVELLE ÉDITION COMPLÈTEMENT REMANIÉE
- par
- LORÉDAN LARCHEY
-
- [Illustration: décoration]
-
- PARIS
- H. DARAGON, LIBRAIRE
- 10, Rue Notre-Dame-de-Lorette, 10
-
- 1901
-
-
-
-
-[Illustration: décoration]
-
-
-AVANT-PROPOS
-
-
- Système de mystifications organisé par Fortia de Piles et de
- Boisgelin sous le pseudonyme Caillot-Duval.--Défilé comique de
- leurs victimes.--Dissimulations de l'édition originale.--Pourquoi
- il n'est donné ici qu'un choix des lettres.--Comment je fus à mon
- tour dupe d'une mystification de Paul Lacroix.--Anecdote curieuse
- montrant que l'invention était à ses yeux un mérite.
-
-
-Les raffinés en bibliographie connaissent seuls Caillot-Duval, car sa
-_Correspondance philosophique_[1] est une rareté. Un autre titre la
-recommande à l'intérêt;--elle est vraiment comique.
-
- [1] Au XVIIIe siècle, _philosophique_ se mettait à toutes sauces.
- Aujourd'hui, on dit _psychologique_. Ici, _comique_ serait le mot
- juste, mais il n'est plus à la mode.
-
-Le nom de Caillot-Duval est un pseudonyme inventé par deux lieutenants de
-qualité, MM. Fortia de Piles et de Boisgelin, qui adoraient la
-mystification, passe-temps fort goûté en 1784, à Nancy, où ils tenaient
-garnison. Dans un journal de cette ville, ils avaient remarqué certaines
-pièces dues aux loisirs d'un procureur picard, et les lisaient avec
-l'âpre jouissance qui fait souvent dévorer d'un bout à l'autre les
-productions les plus nulles. Ce procureur, nommé Le Cat, était attaché au
-présidial d'Abbeville; ils envoyèrent à son adresse une lettre de
-félicitations ridicules.
-
-Le Cat y fut pris. Sa joie de trouver des admirateurs à cent cinquante
-lieues l'empêche de voir ce qu'a de suspect le désir d'entrer en
-relations. Il s'abandonne aux délices d'un commerce aussi nouveau.
-
-Les mystificateurs eux-mêmes en sont étonnés. Ce premier succès les
-enhardit; ils étendent leur cercle d'opérations, et ils s'attaquent à une
-fille d'Opéra.
-
-Pareil gibier a le nez plus fin.--Le faux Caillot-Duval ne l'ignore pas;
-il change de tactique; il ne parle plus que d'argent.
-
-Chambellan-factotum d'un prince russe prêt à visiter Paris et trop bien
-élevé pour s'y passer de maîtresse, il veut ménager cette bonne fortune à
-Mlle Saulnier, jeune rat de seize ans chaperonné par sa sœur qui évite
-de la compromettre en supportant le plus grand poids de la négociation.
-Caillot-Duval ne lui paraît pas trop digne de confiance, et cependant on
-ne sait jamais..... La Russie est si loin.... Elle tourne donc la chose
-en plaisanterie, tout en traitant sérieusement la question d'intérêt.
-Sans mordre à l'hameçon, elle reste à portée, et ne s'éloigne qu'au
-moment où la ruse devient par trop grossière.
-
-Les autres correspondances sont plus brèves, mais non moins récréatives.
-C'est un tournoi de personnalités grotesques. Voici Soudé, le bottier de
-la rue Dauphine, qui n'ose s'avouer incapable de faire une paire de
-bottes sans couture. Il préfère, le vaniteux, alléguer que la clientèle
-de la maison du Roi absorbe tout son temps.--Voici respectable et
-discrète personne dame de Launay, entremetteuse de son métier, en la rue
-Croix-des-Petits-Champs. Avec les précautions requises par son genre de
-commerce, elle accepte l'offre de lancer deux nièces charmantes de
-Caillot, et comme celui-ci, indigné de voir qu'elle ne signe pas,
-l'invite à prendre un nom _en l'air_[2], comme celui _de Copernic_, elle
-signe majestueusement de Copernic, pour ne pas déroger!--Ce trait vaut
-un volume sur le délire particulaire qui n'a point cessé, hélas! de
-posséder les humains.
-
- [2] On voit que Caillot-Duval fait marcher de front la
- mystification et le calembour, mais on peut dire ici qu'il jette
- ses perles aux pourceaux.
-
-Et M. de la Roche, gouverneur de la ménagerie de Versailles, qui croit
-railler son railleur en lui confiant qu'en fait de génération, il se
-préoccupe peu de l'artificiel!--Et le perruquier Chaumont qui reçoit pour
-bonne la commande de six toupets destinés à protéger un crâne dénudé par
-les passions!--Et l'ornithologue Lheureux de Chanteloup qui accueille
-sans rire la nouvelle de l'accouplement d'une chouette et d'un
-loriot!--Et l'organiste Aubert qui se croit obligé de certifier la vertu
-de son épouse!--Et le confiseur Berthellemot qui défend l'innocuité de
-ses _bonbons d'amour_ soupçonnés aphrodisiaques!--Et le lieutenant de
-police Urlon qui daigne faire rechercher une jeune fille dont le
-consciencieux Caillot envoie un signalement si complet que le genou
-n'est pas omis!--Et l'illuminé Lefort qui semble avoir perdu la tête à
-force d'enseigner hautbois, basson et flûte, et qui se déclare prêt à
-donner leçon, de par la permission divine!
-
-On ne retrouvera pas ici toutes les lettres conservées par la
-_Correspondance philosophique_. Caillot-Duval n'abuse pas tout le monde;
-il voit quelques épîtres demeurer sans réponse ou lui attirer des
-répliques fort sèches, l'invitant à ne plus continuer. Si originale que
-soit sa prose en ces jours de défaite, elle n'est point à reproduire. Où
-le mystifié n'est pas, le mystificateur doit disparaître.
-
-Nous avons dit qu'il y avait deux personnes en Caillot-Duval.--S'il
-fallait en croire la majorité des traités bibliographiques, ce pseudonyme
-cacherait M. Fortia de Piles seul. Nous nous rangeons à l'avis de la
-_Biographie Michaud_, qui lui adjoint un collaborateur, le cher de
-Boisgelin de Kerdu. Tous deux étaient officiers au régiment du Roi; tous
-deux collaboraient, en cette même année 1785,--date de la plupart des
-lettres de Caillot-Duval,--à une autre mystification par lettres contre
-le mesmérisme[3]. Enfin, n'oublions pas qu'un cousin de Fortia de Piles,
-le savant Mis de Fortia d'Urban, fut collaborateur de la _Biographie
-Michaud_; au double titre de parent et de contemporain, il n'eût pas
-manqué de rectifier toute erreur.
-
- [3] Correspondance de M. M. (Mesmer) sur les nouvelles
- découvertes du baquet octogone, de l'homme baquet et du baquet
- moral, recueillie et publiée par MM. de F. (Fortia), J. (Journiac
- de Saint-Méard) et B. (Boisgelin), _Libourne_ et _Paris_, Prault,
- 1785, in-12.
-
-Nous ne ferons pas l'énumération des ouvrages plus sérieux de MM. de
-Fortia et de Boisgelin; elle est longue et facile à trouver. On peut
-seulement faire observer qu'elle montre l'étendue de leur savoir et de
-leur esprit d'observation.
-
-Si on excepte quelques pièces données au théâtre de Nancy, par M. de
-Fortia, la _Correspondance de Caillot-Duval_ fut le premier ouvrage de
-nos deux amis. Promu capitaine au 105e régiment le 1er avril 1791,
-Boisgelin émigra pour ne rentrer qu'en 1816, retraité comme
-lieutenant-colonel. Fortia ne paraît point avoir servi à l'Etranger;
-déjà, en 1788, un _Etat_ particulier du régiment ne porte plus son nom.
-Rentré à Paris le premier, il réunit les textes de leur immense
-mystification en un volume dont le titre exact est au bas de cette
-page[4].
-
- [4] Correspondance philosophique de Caillot-Duval rédigée d'après
- les pièces originales, et publiée par une Société de littérateurs
- lorrains, à Nancy et se trouve à Paris chez les Marchands de
- Nouveautés. 1795 (in-8 de 236 pages, plus 12 pages de titre et
- préfaces, avec cette épigraphe): Ne vous étonnez point de voir
- les personnes simples croire sans raisonnement. Pensées de
- Pascal. Chap. VI.
-
-La préface des éditeurs de l'édition originale est une mystification de
-plus; elle annonce la mort de Caillot-Duval confiant, à son heure
-dernière, le soin d'éditer la fameuse correspondance au citoyen Michel,
-bien connu dans la république des lettres, demeurant à Nancy, rue
-Saint-Dizier, qui reste le dépositaire des originaux.
-
-L'annonce du dépôt vaut celle de la mort. Le seul Michel qui se soit fait
-connaître n'habita jamais la rue Saint-Dizier. Le fait nous a été garanti
-en 1864, par une lettre de son fils, notaire à Nancy.
-
-Le livre ne paraît pas non plus avoir été imprimé en cette ville. Le
-filigrane de son papier n'a jamais été vu par M. L. Wiener, qui les
-connaît tous, et M. Jules Favier, bibliothécaire de Nancy, ne voit pas le
-livre mentionné dans les publications locales du temps. En revanche, il
-a retrouvé dans le _Moniteur_ du 22 prairial an 8, la curieuse lettre
-qu'on va lire; elle achève de montrer que le livre s'est fait à Paris:
-
- AU RÉDACTEUR,
-
-J'ai toujours regardé, citoyens, le rire, non seulement comme un des
-premiers besoins de l'âme, mais encore comme le garant le plus certain de
-la santé du corps. Il entretient cet équilibre entre les facultés morales
-et physiques, sans lequel l'homme ne saurait être dans un juste aplomb,
-il est une des premières causes de cette sérénité dont la présence est
-indispensable au bonheur, et sans laquelle nous ne connaissons ni le
-véritable contentement, ni le bon appétit, ces deux antidotes de tous les
-malheurs de ce bas monde.
-
-D'après ces principes, dont un peu de réflexion achèvera de vous
-démontrer l'évidence et la solidité, il est clair que tout ouvrage qui
-inspire cette joie franche et naturelle, première source et le plus sûr
-aliment du rire, mérite non seulement notre reconnaissance, mais doit
-être indiqué aux esprits mélancoliques comme d'habiles médecins, et aux
-autres comme de précieux conservateurs.
-
-Je crois donc rendre un véritable service à vos nombreux lecteurs, en
-vous entretenant aujourd'hui d'une brochure qui vient de me tomber dans
-la main, et qui me paraît très éminemment mériter d'être rangée dans
-cette classe.
-
-Elle est intitulée: _Correspondance philosophique de Caillot-Duval_ et
-imprimée en 1795. Je m'étonnerais beaucoup qu'elle ne soit pas plus
-connue, si je ne savais que c'est un système depuis longtemps adopté par
-les libraires d'étouffer de tout leur pouvoir les ouvrages imprimés au
-compte des auteurs.
-
-Celui-ci est un recueil de 120 lettres écrites sous le nom imaginaire de
-Caillot-Duval, par deux hommes de beaucoup d'esprit, à beaucoup de gens
-très connus à Paris, qui tous ont été la dupe de cette mystification, et
-ont bonnement répondu à cet être idéal.....
-
-Il ne m'appartient point de décider du mérite littéraire de ce petit
-ouvrage, mais j'ose défier l'homme le plus atrabilaire d'en lire quatre
-pages de suite sans rire aux éclats, et cette gaîté soutenue sans
-efforts, sans prétention, sans boufonnerie, enfin sans mauvais goût,
-dans 232 pages, n'est pas une chose commune ni sans mérite. L'auteur de
-cette _Correspondance_ a prouvé dans des ouvrages plus importants
-(entr'autres le _Voyage de deux Français au nord de l'Europe_) qu'il
-avait des droits bien acquis à l'estime publique: mais on peut dire qu'il
-a rendu un véritable service à ses concitoyens, en publiant une brochure
-extrêmement amusante et dont je ne saurais trop recommander la lecture à
-ceux qui pensent, ainsi que moi, que trois heures passées dans l'accès de
-la plus aimable gaîté ne sont pas une chose indifférente au bonheur de la
-vie.
-
-La _Correspondance philosophique de Caillot-Duval_ se trouve chez
-Batillot père, libraire, rue du Cimetière-Saint-André-des-Arts, no 15,
-qui la vend 2 fr., et franc de port, 3 fr.
-
-J'ai l'honneur d'être, etc.
-
- G. D. L. R.[5].
-
-
-Notre première édition n'avait fait qu'un choix dans la _Correspondance_
-_de Caillot-Duval_; il s'est réduit encore ici de quatre lettres
-relativement insignifiantes et d'une cinquième où la mystification a été
-pour moi. Le fait est assez amusant pour être exposé.
-
- [5] Le nom _Grimod de la Reynière_ écrit sur l'exemplaire de M.
- Jules Favier, est d'autant plus certain que le célèbre gastronome
- était le compère et l'ami des auteurs.
-
-Une réponse de l'abbé Aubert, rédacteur des _Petites Affiches_, à
-Caillot-Duval, avait été reproduite par moi en citant un feuilleton de
-Paul Lacroix[6] qui disait l'avoir retrouvée dans le journal de l'abbé.
-La garantie de son nom m'avait paru suffire.
-
- [6] Publié dans le journal _Le Pays_ en date du 6 mai 1855.
-
-Il s'est trouvé un chercheur très sérieux, très scrupuleux, qui n'a pas
-pris comme nous chat en poche, il a voulu être bien sûr que cette réponse
-de l'abbé était dans les _Petites Affiches_; il a eu l'incroyable
-patience de feuilleter le recueil, car la lettre n'était pas datée. Comme
-il n'a rien trouvé, il en a conclu que c'était une invention et que
-j'avais eu tort d'avoir confiance en Paul Lacroix. Ses conclusions
-portent que: «M. Larchey a fait preuve de légèreté là comme dans
-quelques-uns de ses travaux».
-
-On n'écrase pas un moucheron avec plus d'autorité. Que dirait mon juge
-s'il lui restait assez de temps et de courage pour examiner à la loupe ce
-que j'ai noirci de papier depuis cinquante ans! Du premier coup, il m'a
-reporté aux notes trimestrielles du collège de Metz où, tout enfant,
-j'étais déjà flétri de la même épithète.
-
-Léger!..... je vois encore le mot en vedette à la colonne des
-observations particulières. Léger!... je ne comprenais pas trop ce que
-cela voulait dire, mais l'œil attristé de mon père m'avertissait que la
-chose était grave, et je me sentais tout chagrin.
-
-Il est temps de reconnaître aussi que la légèreté ne fut pas moins dans
-mon tempérament que l'amour de la mystification dans celui de Lacroix.
-Je m'en aperçus trop tard lorsque nous fûmes tous deux voisins de
-couloir sur les hauteurs de la bibliothèque de l'Arsenal où nous nous
-plaisions à deviser chaque matin, car il était homme enjoué.
-
-Je le vois encore, griffonnant comme moi, le nez sur les petits carrés de
-papier qui constituaient sa correspondance. Béret rabattu en guise
-d'abat-jour, cache-nez à triple tour et remontant comme une haute cravate
-du Directoire sur un visage plein, coloré, toujours rasé de frais, avec
-des yeux dissimulés sous une paire de lunettes miroitant entre deux
-touffes de cheveux blancs comme neige, minutieusement bouclés au petit
-fer[7]. Tel il m'apparut quelques jours après la publication de mes
-_Cahiers du capitaine Coignet_. Dès que j'entrouvris la porte, il
-raffermit ses lunettes et croisa sur ses genoux les pans de sa robe de
-chambre, tandis que, perchés derrière lui sur un bâton de cage à
-perroquet, deux ouistitis, sentant le musc, suivaient ses mouvements et
-buvaient ses paroles avec l'attention la plus vive:
-
---Ah! mon cher ami, fit-il. Venez que je vous fasse mon compliment. Les
-cahiers de votre capitaine m'ont empoigné littéralement... Pardonnez-moi,
-mais je ne vous croyais pas de cette force... Non, réellement, c'est très
-fort.
-
- [7] Quand Lacroix n'était point frisé au saut du lit, il se
- cachait à tous les yeux, car ses cheveux tombés alors à plat lui
- donnaient un air de vieux jacobin sanguinaire. Ils étaient
- naturellement gros et raides; c'est pourquoi sans doute ils ont
- si bien résisté toute sa vie aux brûlantes morsures du fer chaud.
- Je tiens à consigner ce détail pour les friseurs qui auraient pu
- le citer comme un modèle unique au monde. Il avait alors 75 ans
- et toutes ses dents.
-
---Fort comme la vérité. Mon introduction vous a montré que je n'y suis
-pour rien. J'ai fait mon métier de blanchisseur, de metteur en lumière,
-j'ai supprimé ça et là... mais je n'ai rien ajouté.
-
-Je vis les yeux de Lacroix briller derrière ses lunettes, et il eut un
-rire silencieux:
-
---A d'autres! A d'autres!! mon bon ami... Regardez-moi en face!... Vous
-espérez me faire croire que votre homme a réellement écrit cela.
-
---Si réellement qu'il l'avait fait imprimer bien avant moi. Je n'ai fait
-qu'acheter et revoir son manuscrit original. Du reste, je vais
-immédiatement le placer sous vos yeux.
-
-Je sors et je reviens au bout d'une minute.
-
---Voilà! Regardez à votre aise! Comparez l'original et l'imprimé... Vous
-verrez beaucoup de mots en moins. Pas un mot en plus... Vous sentez bien
-que je ne me serais pas donné le mal d'inventer un original défectueux
-pour le blanchir.
-
-Pendant ce temps, Lacroix feuilletait à la diable, tapant du bout des
-doigts sur les feuillets. Puis, il ferma brusquement le manuscrit, et, me
-regardant nez à nez:
-
---Quand vous voudrez, dit-il, je connais une copiste qui vous en fera
-autant...
-
-Jamais, je ne vins à bout de lui faire comprendre que je me mépriserais
-moi-même, si j'avais inventé.
-
-Au contraire, l'invention était un ragoût nécessaire pour lui comme pour
-bien d'autres (on en pourrait nommer d'illustres) aux yeux desquels
-l'historien présentant la vérité toute nue semblait un indigent trop
-pauvre pour offrir une toilette.
-
-D'excellentes communications m'ont été faites. Leur mérite, leur étendue,
-pour ne citer que celle de M. le marquis de Boisgelin, dépassaient
-malheureusement l'exiguité du cadre imposé. Avec une rectification
-essentielle de M. R. Alexandre, parvenue indirectement, le fraternel
-concours de MM. L. Blancard, Chapoutot, A. Chuquet, Couet, P. Cottin, J.
-Favier, Hennet, Monval, E. Mulle, Taphanel, a paré du moins à
-l'impossibilité d'aller me renseigner sur place. Je ne saurais trop leur
-témoigner de gratitude.
-
- Menton, 18 avril 1901.
- L. L.
-
- * * * * *
-
-
-
-
-[Illustration: décoration]
-
-
-CORRESPONDANCE
-
-I
-
- Sous le masque d'un prince russe et d'un chambellan à tout faire,
- Caillot-Duval entre en négociations avec une danseuse de l'Opéra.
-
-
-_A Mademoiselle Saulnier[8] de l'Opéra, à Paris._
-
- Dresde, le 12 octobre 1785.
-
-La haute réputation, mademoiselle, dont vous jouissez à si juste titre,
-n'est pas bornée à la France seule; elle a pénétré jusqu'aux glaces du
-Nord: vous le croirez sans peine, si vous vous rendez justice. Vos
-talents supérieurs, vos grâces nobles et piquantes subjugueroient le
-cœur le plus insensible. J'en viens au fait, mademoiselle: retenu dans
-une cour d'Allemagne, je compte n'être à Paris que dans le mois de
-janvier. Je ne vous demande point de préférence exclusive, mais
-simplement de me recevoir avec bonté. J'ai l'amour-propre de croire que
-lorsque j'aurai l'avantage d'être connu de vous, mes tendres sentimens
-vous arracheront un aveu qui fera le bonheur de ma vie.
-
- [8] Plusieurs clés manuscrites mettent _Sainville_. Mais cette
- année-là ni les suivantes, le nom de Sainville ne figure dans le
- personnel de l'Opéra. De plus, le nom de Saulnier donne seul les
- sept points qui suivent, dans l'original, l'initiale S, et il a
- été relevé sur un exemplaire ayant appartenu à M. de Fortia.
-
- En croyant que l'initiale S... commençait le nom de _Sainville_,
- Paul Lacroix aura pensé à une autre danseuse du nom de Siville qui
- n'émargeait pas plus de huit cent livres, dans un rang bien
- inférieur.
-
-Mon chambellan, qui est avec mes équipages à Nancy, pour y attendre la
-princesse mon épouse, qui doit y passer l'hiver, vous fera parvenir ma
-lettre.
-
- * * * * *
-
-
- (Cette première lettre non signée est incluse dans la suivante
- qui contient les explications complémentaires de Caillot-Duval):
-
- Nancy, le 1er novembre 1785.
-
-Telle est, mademoiselle, la lettre que Son Altesse m'ordonne de vous
-faire passer: je ne vous l'envoie pas en original, ses ordres portant
-expressément de la faire copier; elle a les plus grands ménagemens à
-garder jusqu'à son arrivée en France. Monseigneur compte se fixer à Paris
-jusqu'au mois de juillet; de là revenir à Plombières, où il rejoindra la
-princesse son auguste épouse, dont l'état ne lui permet pas de se rendre
-à Paris, et qui passera l'hiver ici.
-
-Je ne vous parle pas du personnel de Son Altesse; vous en jugerez: si
-vous voulez me témoigner de la confiance, je vous donnerai, avec
-franchise, tous les détails que vous pourrez désirer. Je suis attaché au
-prince depuis son enfance; je l'ai vu naître, et il n'a rien de caché
-pour moi; je vous dirai même que c'est à moi que vous devez cette bonne
-fortune. J'ai eu le plaisir de vous voir plusieurs fois, il y a deux ans:
-quoique je ne vous aye jamais parlé, je vous rappellerai des
-circonstances qui vous en feront ressouvenir.
-
-Vous voudrez bien m'adresser votre réponse ici, et y joindre celle pour
-le prince, cachetée avec enveloppe. Il ne veut se nommer que lorsqu'il
-connoîtra vos sentimens favorables ou contraires; il sent, ainsi que moi,
-que vous pourriez avoir des engagemens impossibles à rompre.
-
-J'ai l'honneur d'être, etc.--CAILLOT-DUVAL.
-
- * * * * *
-
-
- Réponses de Saulnier cadette au prince et de Saulnier aînée au
- chambellan; la première est incluse dans la seconde:
-
- Paris, le 3 novembre 1785.
-
-Monseigneur, je fais un effort sur moi-même pour répondre à ce que vous
-daignez me faire écrire: je suis pénétrée d'un pareil honneur; la lettre
-de ma sœur expliquera mieux mes sentimens.
-
- Monseigneur,
- de votre altesse
- la très-humble servante.--SAULNIER cadette.
-
- * * * * *
-
-
- Paris, le 3 novembre 1785.
-
-L'état où se trouve ma sœur ne lui permet pas d'écrire en ce moment. Le
-dernier voyage qu'elle vient de faire à Fontainebleau lui a causé des
-fièvres violentes qui la retiennent dans son lit; elle a été seignée
-quatres fois. Sans cela elle auroit l'honneur de répondre au prince
-qu'elle ne connoît pas encore, mais que les choses flatteuses qu'il lui
-fait dire lui font bien désirer de le connoître. Des procédés si
-honnaites pourroient bien faire naître dans son cœur des sentimens
-qu'elle n'a pas encore éprouvé[9]. Nous espérons, M., de votre bonté, ma
-sœur et moi, que vous ne nous laisserez pas attendre avec impatience une
-réponse dans laquelle sur-tout vous n'oublierez pas des circonstances que
-vous nous promettez: nous vous prions, monsieur, de vouloir bien croire
-qu'on ne peut rien ajouter aux sentimens de reconnoissance et de respect
-avec lesquels nous avons l'honneur d'être vos très-humbles
-servantes.--SAULNIER l'aînée.
-
- [9] Une note de l'édition originale porte ici que Saulnier
- cadette était entretenue par le baron de Breteuil «qui aurait
- mieux fait de s'en tenir à ce genre d'occupations que de se
- charger de travaux ministériels au-dessus de ses moyens». Chargé
- du département de Paris et de la maison du Roi, il avait alors
- passé la cinquantaine.
-
- * * * * *
-
-
-_A Mademoiselle Saulnier cadette._
-
- Aperçu confidentiel des avantages qui lui sont réservés du côté
- du prince.
-
- Nancy, le 11 novembre 1785.
-
-J'ai reçu, mademoiselle, votre lettre du 3, et celle de mademoiselle
-votre sœur; j'ai fait partir sur-le-champ la vôtre pour Manheim, où le
-prince doit être depuis avant-hier; j'y ai joint une copie de celle de
-mademoiselle votre sœur. Si son altesse est satisfaite, comme je n'en
-doute pas, de la célérité que vous avez mise à lui répondre, elle sera
-bien touchée de l'état fâcheux dans lequel vous vous trouvez; j'espère
-que vous m'informerez exactement des suites de votre maladie, qui ne peut
-être produite que par la fatigue du voyage de Fontainebleau; et je compte
-que votre première lettre m'apportera des nouvelles satisfaisantes.
-
-Je ne doute pas de recevoir sous très peu de jours, une lettre du prince
-pour vous; mais en attendant, voici les détails que je crois pouvoir vous
-donner, d'après mes conversations avec lui. Quoiqu'il soit naturellement
-très-généreux, il se trouve un peu gêné dans ce moment-ci, parce qu'il
-s'empresse de liquider toutes les dettes que son père avoit contractées
-avec le roi de Prusse, monarque aussi peu galant que créancier exigeant.
-En conséquence, voici à peu près ce que je crois pouvoir vous assurer
-qu'il fera pour vous: j'aime mieux vous dire moins que plus.
-
-D'abord il veut une petite maison, seule, s'il est possible (pour vous
-s'entend), aux environs des boulevards; il y mettra mille écus; il la
-garnira de six à huit mille francs de meubles, habillera deux laquais et
-un cocher, donnera une diligence et deux chevaux, le tout de cinq à six
-mille francs; de plus vous aurez cinquante louis par mois, et votre
-maison sera défrayée de tout. Je ne vous parle pas des petits agréments,
-tels que des loges aux spectacles, et des cadeaux courans: voilà ce dont
-je suis sûr. Je n'entre dans tous ces détails qu'afin que vous sachiez
-sur quoi compter: je sais que l'intérêt n'est qu'une chose bien
-secondaire, et que c'est le sentiment seul qui doit décider de tout; je
-vous prie même de me garder le secret, puisque j'agis de mon chef, et à
-l'insçu du prince, qui m'en sauroit peut-être mauvais gré, vu que sa
-méthode est de chercher à gagner et captiver les cœurs.
-
-Lorsqu'il vous sera connu, vous serez forcée de convenir qu'il a bien
-réellement le sentiment épuré de l'amour.
-
-Faites-moi le plaisir de remettre à mademoiselle votre sœur, la lettre
-ci-jointe: la sienne est si joliment écrite, que je n'ai pu m'empêcher de
-lui en faire mon compliment; j'entrevois qu'elle doit être fort aimable.
-
-Vous avez oublié de cacheter votre lettre pour le prince, comme je vous
-l'avais recommandé; souvenez-vous-en pour la première qui contiendra
-beaucoup de choses que je suis censé ignorer.
-
-J'ai l'honneur d'être, etc.--CAILLOT-DUVAL.
-
-
-_A Mademoiselle Saulnier l'aînée._
-
- Détails intimes donnés et demandés par Caillot-Duval. Saulnier
- aînée répond en faisant le portrait de la sœur et la description
- de leur genre de vie.
-
- (Incluse dans la précédente.)
-
- Nancy, le 11 novembre 1785.
-
-Je vous avoue, mademoiselle, que votre lettre m'a enchanté, elle
-m'inspire le plus grand désir de faire votre connoissance, et je suis
-persuadé que votre société ne peut qu'être infiniment agréable. Que
-j'aime à voir deux sœurs vivre en aussi bonne intelligence! cela fait
-l'éloge de vos cœurs. Comme vous me semblez avoir toute la confiance de
-votre aimable sœur, je vais m'ouvrir à vous sur certains points
-délicats, auxquels j'espère que vous me répondrez avec la même franchise.
-
-J'ose me flatter que vous n'avez point pris de moi une idée défavorable;
-la démarche que je fais aujourd'hui n'a pour principe que l'amitié la
-plus pure, et la moins susceptible de soupçons fâcheux. Soit dit entre
-nous, je désirerois bien que vous voulussiez me faire connoître le
-caractère de mademoiselle votre sœur; quels sont ses goûts, le genre de
-ses sociétés (article essentiel). Le prince est la douceur et la bonté
-même; il est gai et ouvert: son foible (il est bien pardonnable) est de
-vouloir être aimé. C'est un modèle de constance, du moment qu'on lui
-plaît: il faut pour cela des attentions soutenues, et lui témoigner un
-attachement et une confiance sans bornes. Pour vous en donner un exemple,
-il a passé trois ans avec une Française réfugiée, dont il a une fille.
-Leur amour n'a été troublé que par la mort de cette tendre et chère
-amante, qui a rendu le dernier soupir dans ses bras. Il s'est écoulé
-quatre ans depuis cette terrible catastrophe: il a pris sur ses revenus
-une somme annuelle de 25.000 florins, pour compléter 100.000, qu'il vient
-de placer sur la tête de ce précieux enfant, qui a à peine cinq ans. Son
-mariage, qui s'est fait dans cet intervalle, a calmé, pour un moment, sa
-douleur: enfin, la raison est venue à son secours, et, comme son cœur a
-besoin d'aimer (son mariage étant une affaire de convenance trop
-ordinaire parmi ses pareils), je lui ai parlé de mademoiselle votre
-sœur; d'après le portrait que j'en ai fait, il s'est décidé
-sur-le-champ. Sur-tout n'oubliez pas les renseignemens que je vous
-demande; de plus, dites-moi si vous habitez avec tous vos parents, et si
-vous et votre sœur consentez à les quitter; car l'intention de son
-altesse est qu'il n'y ait que votre sœur dans la maison quelle lui
-destine: mais je me charge d'arranger les choses pour que vous y habitiez
-aussi; cela sera même plus convenable pour elle, et plus agréable pour
-vous.
-
-N'oubliez pas de recommander à votre sœur de m'envoyer la lettre pour le
-prince, cachetée et sous enveloppe: elle peut s'expliquer en toute
-confiance; il suffira qu'elle mette sur l'adresse: _pour son altesse_.
-
-J'ai l'honneur d'être, etc.--CAILLOT-DUVAL.
-
- * * * * *
-
-
-_Réponse._
-
- Paris, le 15 novembre 1785.
-
- MONSIEUR,
-
-Je suis bien flatée de la bonne opinion que vous voulez bien prendre de
-moi: cela cependant ne me donnera point d'amour-propre, parce que je suis
-bien éloignée de penser qu'il n'y ait que nos chevaliers français de
-galans; ce sont des complimens auxquels on doit s'attendre quand on écrit
-à un homme d'esprit.
-
-Vous désirez de me connaître, monsieur, en cela nos désirs sont
-réciproques. Comment avez-vous pu penser que peut-être nous aurions sur
-votre comte des sentimens différans de ceux que le rang que vous occupez
-et les bons offices que vous voulez nous rendre doivent faire naître dans
-nos cœurs?
-
-Quelque soit le motif qui vous et fait écrire ces lettres, n'importe
-c'est un amour de roman qui me plairoit assez, mes en vérité vous ête
-bien repreansible de nous avoir tu le nom du héros. Vous conaisez la
-curiosité des femmes et vous n'avez pas encor satisfet à la notre. Vous
-me demandez une explicastion que ma sœur ne pourra vous donner, il lui
-est impossible de vous répondre car l'aplication quexigeroit une pareille
-réponse seroit dans le cas de lui donner la fievre, et vous ête trop
-honnaîte pour ne pas vous contenter d'une pareille raison.
-
-Le portraits que vous faites de votre aimable prince ne soroit manquer de
-plaire et je trouve dans le caracter de ma sœur un peu d'analogie avec
-le sien.
-
-Elle est sans expérience parce qu'elle est encor geune l'amitié quelle a
-pour ses parens et son penchand à rendre service son la bâse de son
-cœur.
-
-Concentrée dans le sin de sa famille ou elle se plait beaucoup, elle ne
-voi point de sociétés ou le cœur et l'esprit pourroient se dépraver[10]
-avec des pareillès précaustions et une semblable retenue les qualités du
-cœur ne peuvent manquer de paroitre à ses yeux bien plus estimable que
-les avantages de la figure dont la frivolité feroit le prinsipal
-ornement. Comme il ne lui seroit pas difficile de trouver les avantages
-qui s'ofrent les premiers aux ames intéressées dans les conditions que
-vous imposez, ausi ne seront pas les motifs qui la détermineront mais
-plutaut l'idée douce et flateuse d'être aimée d'une personne que la
-naissance et des brillantes quallitées élevent au dessus des autres
-hommes.
-
- [10] Sept ans plus tard, cette crainte semble évanouie. On lit
- dans _Almanach des demoiselles de Paris pour 1792_: «Saulnier,
- rue Portefoin, no 4. Peau douce, la gorge moelleuse... Cette
- danseuse est vive, sans façons, et met tous ses amis à l'aise.
- Pour vingt-quatre heures, 300 livres».
-
-Quoique sa dépense soit grande la première place[11] quelle occupe à
-l'opéra la met à l'abrit de ces variastions de monter et de descendre.
-
- [11] Mademoiselle Saulnier figure sur l'état des appointements
- des artistes de l'Opéra en 1785 au titre de premier sujet de la
- danse. Elle n'avait alors que seize ans, comme l'écrit sa sœur.
- Son rang et son traitement étaient les mêmes que ceux de la
- Guimard (appointements: trois mille livres,--gratification: deux
- mille l.,--gratification extraordinaire: deux mille l.--Total:
- 7.000 l.) Elle habitait alors rue de la Lune, vis à vis de Bonne
- Nouvelle.
-
-Quand a la petite maison que le prince désireroit quelle ocupat, avant
-d'avoir reçu aucunes de vos lettres on en avoit déja loué une pour 3000
-l. sur les boulvars et toutes les commodités qui s'y trouvent ne
-laisseroient rien à désirer à son altesse. Pour la voiture et les chevaux
-le prince pourra reconnoitre cela d'une autre maniére parce que nous en
-avons deux toutes neuves.
-
-Comme nous sommes unies des l'enfance rien ne soroit nous séparer, nous
-n'avons qu'une mer que nous aimons tendrement, et deux frere mes qui par
-leurs états présent ne sont point dans le cas de recourir à nous, voilà
-toutes notre famille et notre suite et notre société ordiner.
-
-Coique ma sœur soit un peux mieux actuelment et hor de danger cepandant
-la maladie un peu longue quelle a éprouvée l'a laissée dans une grande
-foiblesse qui la met dans l'imposibilité de rien faire qui exige de
-l'attention sans nuir au rétablissement de la santé c'est pourquoi M.
-veullez bien agréér au prince ses regrets de ne pouvoir lui écrire et
-recevoir en même temps de ma part les assurances etc. J'ai l'honneur
-d'être etc.--S... l'ainée.
-
-_P. S._ Dans la première lettre que vous nous écrirez nous esperons
-surtout que vous nous tirerez d'incertitude en nous envoyant le non du
-prince, san cela le romans deviendroit froi et sans interes.
-
- * * * * *
-
-
-_A Mademoiselle Saulnier l'aînée._
-
- (Caillot-Duval se formalise du doute que laisse percer sa
- correspondante).
-
- Nancy, le 17 novembre 1785.
-
-Je reçois à l'instant, mademoiselle, votre lettre du 15: il m'est
-impossible d'y répondre en détail aujourd'hui; je me bornerai à vous
-observer, que j'ai lieu d'être étonné de quelques passages qu'elle
-contient, qui tendent à faire croire que vous regardez ceci comme un
-roman. Croyez que vous êtes dans l'erreur: rien n'est plus sérieux que
-tout ce que je vous ai écrit, et je ne vous cache pas que si le prince
-venoit à être instruit de la manière dont vous avez reçu ses offres, le
-dépit pourroit les lui faire porter ailleurs où vous pouvez croire
-qu'elles seroient reçues avec empressement; car je suis bien aise de vous
-prévenir qu'il est loin d'être habitué à des refus: ses qualités
-physiques et morales, le rang qu'il tient dans le monde, sont des motifs
-assez puissans pour qu'il ne doive pas s'y attendre. Croyez que je ne
-vous parle que pour votre bien, et pour celui de votre sœur: j'attends
-une réponse prompte et satisfaisante; car, si le prince arrivoit, je
-n'oserois lui montrer celle que je viens de recevoir, et pour lors votre
-silence seroit sûrement mal interprêté; si, contre mon attente, vous
-tardiez plus de huit jours à me répondre, je serois forcé de regarder
-votre silence comme une rupture, et d'en écrire au prince en conséquence;
-je prendrois ce parti-là à regret: mais mon devoir m'en feroit une loi,
-et vous êtes trop juste pour me blamer.
-
-Je suis, etc.--CAILLOT-DUVAL.
-
- * * * * *
-
-
-_Réponse._
-
- Paris, le 20 novembre 1785.
-
-Votre lettre du 17, monsieur, me surprend beaucoup: comment avez vous pu
-croire que nous regardions comme un badinage des offre aussi sérieuses
-que celles que vous nous avez faites. Non, monsieur, je me hâte de vous
-désabusé: croyez que nous resentons vivement les obligations infinis que
-nous vous avons, et que nous savons aprécié les avantages qui doivent en
-résulté. Assurez le prince de notre parfait estimes et de notre profond
-respet. Je crois pouvoir vous répondre au non de ma sœur, (coique à son
-insu) quelle ne tardera pas à resentir pour son altesse un sentiment qui
-lui a été inconnu jusqu'à présant: c'est de quoi vous pouvez être
-persuadé ainsi que de ceux avec léquels je suis, monsieur votre,
-etc.--S... l'ainée.
-
-_P. S._ Songez que vous me devez une réponse, ma lettre du 15 en demande
-une pour plusieurs article: oubliez les frases qui ont pu vous paroître
-l'ouches, l'interprétastion que vous leur avez doné est bien loin de
-notre pensée, et nous meriterion la rupture dont vous nous menacé si nous
-avions pu adopté des idées absurde et jose dire bien coupable après de
-telles avance de la par d'un prince ausi aimable et... ausi aimé... le
-mot est laché je ferme ma letre: car je lefacerois.
-
- * * * * *
-
-
-_A Mademoiselle Saulnier l'aînée._
-
- (Caillot-Duval révèle le nom du prince Kabardinski et fait
- l'éloge de son tempérament. Réponse ironique avec défiance
- renaissante).
-
- Nancy, le 24 novembre 1785.
-
-J'ai reçu avec grand plaisir, mademoiselle, votre lettre du 20: elle me
-rassure pleinement sur mes craintes, qui, dans le fond, étoient plus pour
-vous que pour moi, puisque vous et votre sœur y êtes les seules
-intéressées.
-
-Si je n'ai pu répondre sur-le-champ à votre charmante lettre du 18 de ce
-mois, c'est que vous paroissez désirer vivement la connoissance d'une
-chose sur laquelle le consentement de son altesse étoit indispensable. Je
-lui ai écrit sur-le-champ à Strasbourg où il étoit dans le plus grand
-_incognito_, pour le lui demander. Sa réponse me laissant le maître, je
-crois pouvoir compter assez sur votre discrétion, pour vous apprendre que
-mon maître est le prince KABARDINSKI, frère du prince HÉRACLIUS[12], dont
-vous savez que la Russie a recherché l'alliance avec tant
-d'empressement. Sa mère est une Française dont les aventures sont un
-roman, que je me ferai une fête de vous raconter cet hiver au coin du
-feu. Sa femme lui a apporté une dot immense, et l'assurance d'une
-principauté en Allemagne, dont le possesseur actuel est podagre et
-cacochyme. Il est vrai qu'il n'hérite pas des états de son frère, mais il
-lui a fait un sort indépendant et très considérable. Votre extrême
-franchise m'engage à ne vous rien cacher. Le prince, avec un très-beau
-physique, a les manières un peu tartares. Que ce mot ne vous effraye pas,
-il est d'un caractère doux et benin, et n'a pas plus de fiel qu'un
-hanneton.
-
- [12] La grande et la petite Kabardie sont, en effet, des pays du
- Caucase où le nom d'Héraclius fut porté dans une famille
- princière.--V. Kabardinski à la Table.
-
-Je crois n'avoir pas besoin de vous recommander le secret le plus absolu
-sur tout ce que je vous écris, et même vous m'obligeriez de brûler mes
-lettres.
-
-Ce que vous me mandez sur la maison que vous avez louée me fait grand
-plaisir; quant aux voitures et aux chevaux, puisqu'ils vous sont
-inutiles, son altesse, comme vous le dites fort bien, retrouvera cela en
-vaisselle ou en diamans.
-
-Que votre union avec mademoiselle votre sœur mérite d'éloges! elle est
-faite pour donner la meilleure idée de votre façon de penser. La
-tendresse que vous avez pour madame votre chère mère est encore un de ces
-beaux traits qui font d'autant plus d'honneur au siècle qu'ils sont plus
-rares. Quant à messieurs vos frères, je suis bien trompé si je n'ai pas
-entendu parler d'un monsieur S...... du plus grand talent sur le cistre.
-Si par hasard il est votre frère, il pourra être utile à son altesse, qui
-a le désir d'apprendre un instrument, et que nous déciderons pour
-celui-là qui en vaut bien un autre.
-
-Je crois indispensable que le prince trouve à son arrivée ici une lettre
-de mademoiselle votre sœur, bien détaillée; j'espère que sa santé lui
-permettra de l'écrire. Veuillez bien lui présenter mes hommages, et lui
-recommander sur-tout de cacheter la lettre pour le prince, et de
-l'adresser sous mon couvert, toujours poste restante; il sera _incognito_
-jusques à son arrivée dans la capitale.
-
-Vous terminez votre aimable épître par dire que si le nom du prince
-demeuroit inconnu, le roman seroit froid: vous pouvez avoir raison, mais
-je suis bien aise de vous dire que le dénoûment sera très-chaud, malgré
-la rigueur de la saison; car le prince est vraiment _un payeur
-d'arrérages_ (ne prenez pas en mal ce petit badinage), et moi je soutiens
-bravement l'honneur du pavillon (passez-moi je vous prie cette bouffée de
-tempérament).
-
-J'ai l'honneur d'être, etc.--CAILLOT-DUVAL.
-
- * * * * *
-
-
-_Réponse._
-
- Paris, le 28 novembre 1785.
-
-J'ai reçu, monsieur, dimanche dernier, votre charmante lettre, que j'ai
-lue trois ou quatre fois. En vérité, il faut avouer que vous êtes un
-homme consommé dans la galanterie, et qu'il y auroit du danger à vous
-voir de trop près; mais je crois que l'on peut s'amuser, sans que cela
-tire à conséquence.
-
-Vous ne me croyez pas assez dépourvue de sens commun pour me persuader
-que l'istoire du Prince Kabardinski ne soit une chimère. Comme j'ai _un
-peu_ d'expérience, je ne suis pas tout-à-fait crédule; je ne peux deviner
-le motif qui vous anime, les gens d'esprit cherchent toujours les
-occasions de faire des complimens: si cela est vous avez parfaitement
-réussi. J'ai cherchez une journée entière le nom du prince Kabardinski
-dans l'almanac, et je suis persuadée qu'il n'existe point de prince de
-ce nom ni même un qui lui ressemble, nom plus que celui de son frère. Je
-fais la réflecsion que puisqu'il a un frère souverain, ce n'est pas à lui
-à payer les dettes de son père, _au monarque aussi peu galant que
-créancier exigeant_.
-
-Ma sœur voyant la plaisanterie, vouloit m'empêcher d'écrire, mais moi
-qui suis enchantée de faire un petit roman de toutes les jolies lettres
-que j'ai reçues, je comte que vos lettre me serviront beaucoup quand vous
-serez à Paris nous arengerons cela ensemble, sans y oublier des grand
-noms pour donner plus d'intérest à la chose san-toutefois comprometre
-personne en un mot je suivrai vos conseilles pour le roman tragi-commique
-votre esprit, vos lumières, votre stile coulant m'asurent du plus grand
-succès pour notre livre[13].
-
- [13] Saulnier aînée ne croyait pas si bien dire. Elle ne doute
- d'ailleurs que dans la crainte du ridicule; son scepticisme n'est
- pas complet.
-
-J'ai peine a croire que le pays que vous abitez vous et vu naître, il est
-rare qu'en un climat si sombre il y ait des personnes d'un mérite si
-distingué vous resenblez plutaut à un chevalier français fidelle à sa
-patrie et infidelle à sa métraisce.
-
-Il faut que son altesse croye ma sœur bien étourdie de penser qu'elle
-lui écrira sans avoir reçu de lettres personnelle, quoiqu'elle n'ait que
-seize ans, elle a la raison de quarante elle ne me resenble pas _elle ne
-veut pas s'amuser en idée_. Pour moi qui cherche à rire, je vous écris
-avec le plus grand plaisir et san chercher à aprofondir vos raisons.
-
-Je ne suis point au fait de l'istoire de Russie voila pourquoi je ne sais
-point ce que vous me dite.
-
-Malgré que je sois un peu indiscrette, je veux bien pour vous me faire
-violence, mais j'ai toujours envie de m'éclaircir. Ah! c'est un grand
-sacrifice que je vous fais de me taire je vous pris cependant de comter
-sur ma discrestion. Voici ce que ma sœur dit pour le prince.
-
-«L'on n'aime pas sans connoître, il n'y a que des grandes qualités et de
-grandes assurances, qui puissent déterminer un cœur qui se méfie de
-tout. Si le prince avoit les tendres sentimens que l'on se force de me
-faire croire, il m'en orait déja donné des preuves. Je ne lui en demande
-qu'une bien petite encore, c'est son portrait que je désirerois avoir. Je
-promet d'en garder le secret mes surtout qu'il m'écrive lui-même.»
-
-Il y a une chose qui paroit bien extraordinaire, c'est que vous vous
-serviez d'une main étranger pour nous écrire: il me semble qu'en pareil
-cas l'on ne s'en rapporte qu'à soi même.
-
-La dernier frase de votre lettre a fait _rougir_ ma sœur. Moi, qui pense
-toujours à notre livre, je suis bien aise d'en voir le dénouement de tout
-cesi.
-
-Quand au trais un peu galant dont vous termine votre lettre, j'y
-ajouteres que votre témoignage n'est pas tout-à-fait recevable c'est à la
-seule Venus à juger des prouesses de Mars.
-
-J'ai l'honneur d'être, etc.--S..., l'aînée.
-
- * * * * *
-
-
-_Deuxième lettre du prince Kabardinski à Mademoiselle Saulnier cadette._
-
-(Incluse dans la suivante.)
-
- Nancy, le 5 décembre 1785.
-
-J'arrive dans cette ville, mademoiselle; mon chambellan qui a toute ma
-confiance, m'a parlé de vous d'une manière si avantageuse, que je me
-rends à ses sollicitations pressantes, malgré tous les ménagemens que
-j'ai encore à garder: je prends sur moi de vous écrire; je vous confirme
-tout ce que mon chambellan vous a mandé; j'y ajouterai que, dans un mois
-au plus tard, j'aurai le plaisir d'admirer de plus près ces grâces
-touchantes qui sont l'objet de toutes mes pensées.
-
-Depuis votre première lettre, vous m'avez traité avec bien de la rigueur:
-j'espère qu'elle va cesser et que d'ici à mon départ, nous aurons une
-correspondance suivie, qui sera le prélude d'une liaison qui fera le
-bonheur de ma vie.
-
- Le prince KABARDINSKI.
-
- * * * * *
-
-
-_A Mademoiselle Saulnier l'aînée, à Paris._
-
- (Caillot s'étonne de nouveau des doutes témoignés. Il insiste sur
- les qualités amoureuses de son prince et sur les siennes. La
- plaisanterie devient forte. Toutefois, sa correspondante ne clôt
- pas encore l'entretien).
-
- Nancy, le 6 décembre 1785.
-
-J'ai reçu, mademoiselle, votre lettre, que je n'ai pas eu besoin de
-relire trois ou quatre fois, comme vous avez fait de la mienne: je vous
-avoue que je ne suis pas encore revenu de l'étonnement qu'elle m'a causé.
-Un autre que moi jetteroit feu et flamme; j'ai cependant un grand motif
-de consolation; c'est que je vois que vous avez gardé le plus profond
-secret, comme je vous l'avois recommandé, car si vous en eussiez ouvert
-la bouche à qui que ce soit, il n'est personne qui ne vous eût appris ce
-que c'est que le prince Héraclius, de l'existence duquel vous paroissez
-douter: ce n'est pas dans les étrennes mignones[14] que vous trouverez
-son nom et celui du prince Kabardinski. Toutes les gazettes ont assez
-retenti et retentissent encore du nom du frère aîné: il y a sans doute
-des Russes à Paris; parlez-leur-en, sans entrer dans aucun détail, et
-vous verrez ce qu'ils vous en diront. Quant au pays dont vous doutez
-aussi, prenez la peine d'ouvrir le tome cinquième de l'histoire naturelle
-de M. de Buffon, et la page 20[15] vous instruira de ce que sont les
-peuples de Kabardinski, et s'ils sont tant à dédaigner; selon cet auteur,
-et selon la vérité, les habitans de cette contrée sont les plus vigoureux
-hommes que l'on connoisse: son altesse soutient bien la réputation de
-son pays.
-
- [14] C'est le titre du petit almanach parisien où on avait
- cherché vainement.
-
- [15] Kabardinski, nom de peuplade, édition de 1769.
-
-Il vous semble extraordinaire que le prince paye les dettes de son père,
-ayant un frère souverain; vous saurez que comme le prince Héraclius lui a
-fait un sort beaucoup plus considérable qu'il ne devoit l'espérer, il est
-convenu, en revanche, de liquider sur ses revenus une partie des dettes
-contractées par leur père. Dans deux ans, il sera tout-à-fait quitte;
-cela n'empêche pas qu'il ne soit puissamment riche, même dans ce
-moment-ci.
-
-Je crois qu'il est fort heureux pour votre sœur que vous n'ayez pas
-suivi son conseil, en ne me répondant pas.
-
-Son altesse est ici depuis deux jours; je l'ai déterminée, avec bien de
-la peine, à écrire à votre sœur, et je joins ici sa lettre. Je n'ai pas
-osé lui parler du portrait; c'est une matière trop délicate pour ce
-moment-ci: d'ailleurs il eût peut-être voulu voir la lettre où on le
-demandoit, et s'il avoit lu celle que j'ai reçue de vous, il ne seroit
-plus question de rien, et il eût été impossible de le ramener. Le prince,
-quoique doux et complaisant, est fort haut et très susceptible.
-
-Vous faites une réflexion très-juste, que j'ai tort de me servir d'une
-main étrangère pour des choses de cette nature; mais rassurez-vous: mon
-secrétaire est si bête qu'il ne comprend pas un mot de ce qu'il écrit, et
-de plus, je vous évite de lire mon griffonnage, car je ne peins pas bien.
-
-Je suis fâché que la dernière phrase de ma lettre ait présenté à votre
-sœur des idées un peu croustilleuses: j'éviterai de retomber dans la
-même faute; mais je vous dirai, entre nous, que, puisqu'elle n'aime pas à
-s'amuser en idée, le prince est bien son affaire, et l'amusera
-réellement. Quant à moi, je vous assure que je suis aussi pour les
-plaisirs réels et palpables: je puis dire, en toute vérité, que Vénus ne
-m'a jamais pris pour Mars en carême.
-
-J'ai l'honneur d'être, etc.--CAILLOT-DUVAL.
-
- * * * * *
-
-
-_Réponse de Saulnier aînée._
-
- Paris, 14 décembre 1785.
-
-Je ne puis imaginer, monsieur, que vous montrez de l'étonnement de ce que
-j'ai lu trois fois ou quatre fois une lettre charmante.
-
-Tel est le charme des choses écrites avec esprit lorsqu'on les a lues, on
-veut les relire encore, mais malgré cela il ne faut point que l'esprit
-nous fasse donner dans l'illusion; insi les graces et le stil séduisant
-de vos lettres n'empechera pas ma raison d'en aprécier les motifs, et
-d'en peser les conséquences.
-
-Il me paroit bien étrange qu'un prince soit amoureux de ma sœur qu'il
-n'a jamais vue. N'est-ce pas un peu Domguichote et l'aveu le plus
-flatteur en pareil cas doit il paroitre sincére. Ah! ceci à trop l'air de
-quelque tour d'un chevalier françois, pour que l'on puisse
-raisonnablement y ajouter fois que voulez-vous! l'on fait tant de ces
-petites méchancetés à Paris qu'il faut bien que la méfiance et la
-circonspection soit notre sauve garde pour qu'on ne fasse pas des risées
-sur notre comte.
-
-De plus quelque crédule et quelque simple que je fusse, comment vouderiez
-vous que je crusse ce que vous suposez que votre sécraiter à transcrit
-lui-même. En véritté, il faudroit être bien complaisant pour souxcrire à
-un pareil aveu. Non, non, je n'en croi rien. Vous avez fait une école en
-prenent ce biais pour répondre à l'obgection que je vous fis de ce qu'en
-pareil cas vous vous serviez d'une main étrangere. Je me rappelle que
-dans une comédie moderne, je lu: _Mondieu que ces gens d'esprit sont
-sot_. Permettes moi de me servir _de ce passage, et vous dire, moi: Mon
-dieu que ces gens d'esprit sont étourdis_.
-
-Vous me renvoyez aux gasetes et aux journaux qui doivent m'instruire du
-prince Kabardinski et du prince son frère. Doi je m'imposer une tache si
-dure que de les parcourir tous. A la bonheur si ces gazetes et ces
-journaux étoient écrîtes d'un stil tel que celui de la _Nouvelle
-Héloïse!_ De plus, la Crimée désolée tour à tour par les armes des Turcs
-et des Russes, prouveroit elle quelque chose en faveur du héros
-phantastique qu'il vous plairoit d'imaginer.
-
-Avec tout votre esprit, monsieur le romancier, vous avez fait une école,
-et même je pourois en citer plus d'une. La tête du roman alloit bien,
-mais vous avez pechez par la queue, et je vous laisse à penser si je
-devois m'en appercevoir.
-
-J'ai lu la lettre de son altesse, elle n'est pas moins intéressante que
-la votre, mais ma sœur ne peut y répondre actuelment. Elle n'est point à
-Paris. Comme elle a été fort malade elle est partie pour la campagne afin
-d'y respirer un air plus salutere. Je lui porterai la lettre, mais ce ne
-peut etre avant huit jours et je songe que dans cet intervalle je peux
-encore recevoir une lettre de vous. Je la lui enverrais, mais elle ne se
-détermineroit point à répondre si je n'étois présente, parce qu'elle
-présume qu'il en doit être de votre prince Héracrius _comme de celui de
-Cornail_. Vous entendez ce que cela veut dire. Je lirai M. de Buffon,
-quoique je n'en puisse pas saisir toutes les beautés. Il n'est rien que
-je ne fasse pour connoitre les peuples de Kabardinski. Je vous prie de
-dire au prince que ma sœur est à trente lieue de Paris ou elle restera
-une quinzaine de jours pour sa santé, elle sera sans doutte bien flattée
-en recevant la lettre.
-
-Vous me marquez que vous venez à Paris, je n'ai pu voir en quel temps;
-vous avez mis le cachet sur la datte et je l'ai ouverte de manier que je
-n'ai pû la déchiffrer. Marquez-nous S. V. P. quand vous reviendrez, et ne
-douttez point de l'acueil que vous avez droit d'attendre en arrivant à
-Paris et des sentimens avec lesquels, etc.--S... l'aînée.
-
- * * * * *
-
-
-_A Mademoiselle S... l'aînée, à Paris._
-
- (Protestations de Caillot-Duval, qui se dit compromis par le
- silence de Saulnier cadette. L'aînée le console en devinant un
- logogriphe composé pendant sa disgrâce).
-
- Nancy, le 25 décembre 1785.
-
-Votre lettre du 14, mademoiselle, m'est parvenue il y a quelques jours;
-je vous avoue qu'elle m'a causé le plus grand étonnement par le ton de
-plaisanterie qui y règne. La chose d'elle-même étoit assez sérieuse, soit
-par le personnage qu'elle mettoit en jeu, soit par la sincérité des aveux
-que renfermoient mes lettres. Le silence obstiné de votre sœur m'a forcé
-de montrer au prince votre réponse, pour me soustraire aux reproches dont
-il m'accabloit; il en a été indigné, et, dans sa colère, il m'a tenu à
-peu près ce langage (les yeux hagards et l'écume sur les lèvres): Vous
-êtes bien osé, de m'avoir compromis avec de pareilles caillettes
-(c'est son mot favori); vous mériteriez que je vous envoyasse à
-_Lodeorbarli_[16] (c'est la prison d'Etat chez le prince, située près du
-Pont-Euxin); je veux bien vous pardonner en mémoire de vos services
-passés, mais vous serez un mois sans manger à ma table, et jusques-là
-vous vivrez de _codelipons_ (nourriture mal-saine) et de _chartoufedu_
-(boisson exécrable). Voilà pourtant ce que vous m'attirez, pour avoir
-voulu rendre service à votre sœur; c'est une leçon pour l'avenir. Il a
-terminé sa brusque incartade par me dire qu'il ne vouloit plus entendre
-parler de vous, et qu'il se repentoit de s'être reposé si long-temps sur
-des petites perronelles (passez-moi le mot). J'ai fait mon possible pour
-l'appaiser, mais j'ai reconnu que le seul moyen, s'il y en a un, est une
-lettre de votre sœur, ou au moins de vous, adressée à lui-même. Il n'est
-pas mal intentionné pour vous: son plus grand mécontentement vient de
-votre sœur.
-
- [16] Nous laissons aux amateurs le soin de deviner les anagrammes
- qui suivent; celui du 10 janvier est assez clair pour donner une
- idée du reste.
-
-Si vous ne pouvez vous déterminer à écrire, votre sœur ni vous, au moins
-apprenez-moi si, comme je l'espère, vous m'avez gardé le secret le plus
-inviolable. Je serois perdu, si vous y aviez manqué. Vous voyez que mon
-sort est entre vos mains: mais je vous crois trop honnête pour abuser de
-la confiance que j'ai eue en vous. Je suis menacé, dans ce cas, du
-supplice des _courtousedilles_, toujours suivi de la ruine du principe
-générateur.
-
-Je ne sais où vous avez pris que la Crimée étoit désolée tour à tour par
-les Russes et les Turcs: elle ne l'est par personne. Ces climats sont
-protégés par la division du prince _Botanipet_, qui est composée des
-trois régimens des _Pasteroipètes_, _Friscarpètes_ et _Simmocupètes_: ce
-sont des troupes superbes, faciles à entamer, mais fort aisées à
-recruter.
-
-Je dois entendre, selon vous, ce que c'est que le prince _de Cornail_;
-j'avoue, à ma honte, que c'est la première fois que j'en entends parler.
-Si j'avois affaire à une personne moins instruite, je croirois qu'elle a
-voulu dire _Corneille_; mais ce seroit vous faire injure, que de vous
-croire capable d'une erreur aussi grossière.
-
-J'attends incessamment de vos nouvelles, et je vous prie de me croire, en
-attendant, etc.--CAILLOT-DUVAL.
-
-_P.-S._--Etant peu occupé dans ce moment, je me suis permis un petit
-logogryphe que je soumets à votre jugement.
-
- Je vaux plus de cinq sans ma queue,
- Et ne vaux qu'un avec ma queue:
- Entouré de blanc sans ma queue,
- Cerné de noir avec ma queue.
- Vous me chérissez sans ma queue,
- Vous m'adorez avec ma queue.
- Je suis en montre sans ma queue,
- Et je me montre avec ma queue.
-
-Ce seroit faire injure à votre pénétration que d'y joindre le mot: si le
-jeu vous plaît, vous n'avez qu'à dire, vous en recevrez un par tous les
-courriers. Une personne aussi instruite que vous connoît sans doute les
-chiffres romains. Vous voyez que je vous mets sur la voie.
-
- * * * * *
-
-_Réponse_
-
- Paris, le 28 décembre 1785.
-
-Quelque disposée que je fusse à continuer la correspondance sur le ton de
-plaisanterie qui semble en effet convenir à tout ceci, sependant le
-tableau touchant et pathétique que vous m'avez fait de la situation
-embarrassante où vous vous êtes trouvé à l'abord du prince, m'engage de
-vous répondre plus sérieusement. J'ai en vérité beaucoup de peine du
-mauvais traitement que vous avez éprouvez de la par du prince. Quoi! pour
-une bagatelle parler de prison d'Etat! vous condamner pour un mois à ne
-manger que du _codelipon_, et ne boire que du _chartoufedu_ c'est en
-véritté avoir un caracter dur je vois bien qu'il ne fait pas
-toujours bon de badiner avec les princes tartares. Sans doute les femmes
-de Karbardinki accoutumées à la dépendance à l'égard des hommes n'ont pas
-encore pris le soin de poliser leurs manières grossières. Je voudrois
-bien être plus près de vous pour tacher d'adoucir la rigueur du procédé
-de son altesse car je pense que lorsqu'on fait un repas aussi maigre que
-celui auquelle le prince vous acondanné il n'est pas possible alors de
-parler d'amour bien haud. Je me ferois un devoir de vous visiter dans
-votre prison, je me chargeroit de la fonction de votre maître d'hôtel,
-votre table seroit servie sans profusion mais avec délicatesse et le vin
-de Champagne et de Bourgogne tiendroient la place d'une boisson qui
-peut-être est d'usage lorsqu'on a besoin d'observer un régime. Sans
-doute, la diette ne convient qu'aux amans langoureux qui ne vivent que de
-soupirs et meurent par métaphore mais ce doit être autre chose pour vous
-à qui des circonstances facheuses ne sauroient en lever la gaité de votre
-esprit et vous empechét de faire des logogryphes (je vous previen que
-j'ai deviné le votre sur le champ et vous n'en serez pas surpris). C'est
-bien fait avous de mêler du badinage par mi les choses les plus graves.
-Vous mérités d'être François et je vous soupçonne beaucoup de l'être.
-
-Le courroux du prince m'a causé véritablement de la peine mais c'est pour
-vous que j'ai craint. Je lui passe très-volontiers les termes dont il
-s'est servi pour nous apostropher. On voit bien quils se sent un peu de
-la rudesse du climat qu'il habite, mais, quand il aurat séjourné quelque
-tems à Paris en devenant un prince accompli, il apprendra que les
-manières honnaites et gracieuses dont on use à l'égard des femmes rendent
-leur commerce plus doux et plus agréable.
-
-Adieu, pénitent agréable, vous allez commencer votre ramadan, je vous
-souhaite patience et bon courage, faites ensorte de venir au plutot
-participer aux amusemens de notre carvaval.
-
-J'ai l'honeur d'être, etc.--S... l'ainée.
-
- * * * * *
-
-
-_A Mademoiselle Saulnier l'aînée._
-
- (Cette fois, Caillot-Duval, visiblement à bout, va dépasser les
- bornes de la plaisanterie. Il devient trop grossier pour qu'on
- puisse s'y tromper. La correspondance est close).
-
- Nancy; le 10 janvier 1786.
-
-J'ai reçu, ma charmante amie, votre aimable épître du 28; elle m'a
-réconforté au point de faire hausser mes actions à un degré que je ne
-connaissois plus depuis ma disgrâce.
-
-La nature, muette chez moi, s'est fait entendre avec l'énergie de mes
-premières années: hier encore, entièrement occupé de vous pendant mon
-sommeil, je me suis réveillé nageant dans une mer de délices. Non, je ne
-puis me persuader que cet ordre mendiant, si connu par son extérieur
-bizarre, ait jamais eu d'aussi bonne fortune.
-
-Ce qui a mis le comble à ma félicité, c'est que son altesse a bien voulu
-oublier mes torts, et me rendre ses bonnes grâces au jour de l'an. J'ai
-été admis à l'honneur du _saicebul_; c'est ce qui répond à la faveur de
-baiser la main: mon ordinaire a été changé; je mange à la table du
-prince, et tous les jours nous nous régalons de _cagupeles_, c'est son
-plat favori: il répond à cette espèce d'oublies que vous appelez
-_plaisir des dames_; il faut toujours les manger entiers, ou ils ne
-valent rien. Vous savez mieux que personne combien il est difficile de
-garder long-temps intacts des objets aussi délicats.
-
-Il y a toute apparence que nous ne serons à Paris que vers le milieu de
-février: je me ferai un plaisir de me rendre chez vous le plutôt
-possible; ma consolation, jusqu'à ce moment, sera de recevoir de vos
-chères lettres. Quant au prince, il ne m'a plus parlé de vous, et vous
-sentez que je n'ai pas été tenté de lui en ouvrir la bouche; car j'ai
-encore le gosier empâté de ce vilain _chartoufedu_, et de ces maudits
-_codelipons_, qui ont pensé m'étrangler.
-
-Je m'attendois à voir, dans votre lettre, le mot du logogryphe que je
-vous ai envoyé: dès que vous l'avez deviné, vous auriez dû me le mander;
-je vous en aurois envoyé un autre. Je travaille en ce genre, sans
-prétention et avec facilité, je tourne aussi fort bien les compliments de
-bonne année et les envois d'étrennes; ça été même l'origine de ma
-fortune.
-
-J'ai l'honneur d'être, etc.--CAILLOT-DUVAL.
-
- * * * * *
-
-
-II
-
-
-_A M. Le Cat, Procureur au présidial, à Abbeville._
-
- Caillot-Duval, débutant littéraire, demande des conseils à Le
- Cat, qu'il admire. Il lui offre l'examen d'un petit poème de
- vingt-quatre chants pour commencer et finit par lui faire espérer
- sa nomination d'académicien à Saint-Pétersbourg par la protection
- du Prince Kabardinski, auquel Le Cat, plein d'espoir, adresse
- aussitôt une Epitre en vers.
-
- Nancy, le 23 septembre 1785.
-
-Le conte des Grelots, monsieur, l'analyse des eaux de Fruges[17] et
-nombre de chansons, d'épigrammes, de logogryphes et d'amphygouris, dont
-vous avez enrichi le journal littéraire de Nancy, m'ont donné la plus
-haute idée de vos talens, et m'ont prouvé que les vers et la prose vous
-étoient également familiers. Je ne puis différer plus long-temps le
-tribut d'éloges qui vous est dû, et l'hommage de ma reconnaissance pour
-le plaisir que vous m'avez fait éprouver. Que l'auteur de ce journal doit
-se trouver heureux d'avoir en vous un _collaborateur_ aussi éclairé
-qu'infatigable!
-
- [17] Fruges (Pas-de-Calais), possède une source d'eaux minérales.
-
-Avec quelle douleur n'ai-je pas vu, à la fin du quarante-unième volume
-d'un ouvrage dont vous paroissez faire le cas qu'il mérite (_les
-Contemporaines_), une violente sortie[18] contre un opuscule de votre
-façon, que j'ai trouvé rempli de ce véritable sel attique, si rare de nos
-jours! Je veux parler de ce logogryphe que vous vous êtes permis, à si
-juste titre, sur le nom de M. Rétif (de la Bretonne): je suis étonné que
-cet auteur ait inspiré assez d'intérêt pour qu'on ait pu prendre
-ouvertement son parti.
-
- [18] Cette sortie venait précisément de M. Fortia lui-même. On la
- trouvera dans le volume indiqué, sous forme de lettre signée de
- ses initiales et de sa qualité d'officier au régiment du Roi.
- Datée du 8 octobre 1784, elle malmène «l'indécence incroyable
- d'un M. Lecat d'Abbeville et de son logogrife».
-
-Votre _Voyage d'Elégie_, inséré dans le dernier journal de Nancy, ne m'a
-point échappé: j'y ai reconnu ce folâtre enjouement qui caractérise
-toutes vos productions. Le nouveau trait lancé contre M. Rétif m'a paru
-piquant et ingénieux: j'ai été surtout enchanté de la préface, par les
-idées neuves et le sens moral qu'elle présente.
-
-Si vos occupations vous permettent de me donner quelques momens, vos
-conseils ne pourront qu'être du plus grand secours à un jeune débutant
-dans la carrière des lettres.
-
-J'ai l'honneur d'être, etc.--CAILLOT-DUVAL
-
-_P. S._ Je vais mettre la dernière main à un ouvrage sur lequel je serai
-enchanté d'avoir votre opinion.
-
- * * * * *
-
-
-_Réponse_
-
- Abbeville, le 2 octobre 1785.
-
-Je suis bien sensible, monsieur, à vos éloges; je vous prie d'en recevoir
-tous mes remercîments. Je sais cependant assez m'apprécier, pour être
-persuadé que je ne mérite point les choses flatteuses que vous
-m'écrivez. Je ne suis que médiocrement lettré, et mon état qui prend
-presque tout mon temps, m'ôte l'espoir d'acquérir plus de talent.
-
-Quoique les ouvrages de M. Rétif me paroissent susceptibles de critique,
-à bien des égards, j'ai peut-être eu tort de lui déclarer la guerre.
-«C'est un méchant métier que celui de médire.»
-
-Si vous cultivez les lettres, gardez-vous bien, monsieur, de labourer le
-champ ingrat de la satire; elle ne procure que des désagrémens.
-
-Je verrai vos ouvrages avec plaisir, et vous dirai ce que j'en pense,
-sans déguisement.
-
-J'ai l'honneur d'être, etc.--_Le Cat._
-
-_P. S._ Vous voudrez bien, à l'avenir, affranchir vos lettres.
-
- * * * * *
-
-
-_A M. Le Cat, à Abbeville_
-
- Nancy, le 25 octobre 1785.
-
-C'est au retour, monsieur, d'un petit voyage, que j'ai trouvé ici votre
-lettre du 2 qui m'attendoit. Je suis infiniment flatté de tout ce que
-vous me dites d'obligeant; je suis surtout enchanté de voir unie aux
-talens, cette modestie d'auteur, si rare aujourd'hui. Il seroit à désirer
-que tous les littérateurs du siècle suivissent un exemple aussi louable:
-nous verrions disparoître ces pamphlets, ces libelles injurieux, qui sont
-toujours le fruit d'un amour-propre déplacé. Alors régneroit cette douce
-harmonie, compagne du vrai mérite, qui parsemeroit de roses la carrière
-épineuse des lettres.
-
-Vous trouverez peut-être que mon style se ressent un peu des lieux
-communs de rhétorique: je sens qu'il n'est pas encore assez formé; vous
-me rendrez un vrai service de me dire ce que vous y aurez trouvé de
-défectueux! J'espère profiter de vos observations judicieuses. Je suis
-désolé de n'avoir pu mettre encore la dernière main à un petit poëme en
-vingt-quatre chants, que je soumettrai à votre censure; le titre en est:
-_Amusements de la campagne_ (il faut vous dire que je l'aime beaucoup).
-J'y ai inséré tous les détails qui peuvent rendre ce tableau piquant; je
-n'ai passé sous silence aucun des jeux auxquels on s'y adonne; j'y ai
-même fait entrer les échecs, le domino et la dame polonaise, trois jeux
-que vous savez être de la plus haute antiquité. Si je ne craignois d'être
-trop long, je vous transcrirois ici l'épisode de la balançoire, dont
-j'ose croire que vous ne seriez pas mécontent, mais, réflexion faite,
-j'aime mieux vous envoyer l'ouvrage en entier, dès qu'il sera terminé. Je
-compte pouvoir le faire paroitre au mois de mars.
-
-Dans une ville où il y a une académie, il semble qu'on devroit avoir
-quelques nouveautés en littérature; mais depuis plusieurs mois on est
-uniquement absorbé dans l'étude d'une science qui a occupé tout Paris, et
-sur laquelle je serois bien curieux de connoître votre opinion; vous me
-feriez plaisir de m'en parler un peu en détail, sur-tout du
-somnambulisme, qui me paroit être le _nec plus ultrà_ de la science
-magnétique. Je ne vous en écrirai ouvertement que quand vous m'aurez fait
-part de votre façon de penser. Il a paru ici, à ce sujet, un petit
-ouvrage qui est devenu fort rare; il est intitulé: _Correspondance de M.
-Mesmer_[19]; si vous avez le désir de le connoître, je m'arrangerai pour
-vous le faire passer, franc de port, et dorénavant j'en userai de même
-pour mes lettres: je conçois que les littérateurs d'une certaine volée
-prennent leurs précautions, car, sans cela, ils seroient inondés d'un
-fatras de lettres, ce qui seroit aussi coûteux que désagréable.
-
-J'ai l'honneur d'être, etc.--CAILLOT-DUVAL.
-
- [19] Fortia et Boisgelin parlent ici de leur propre publication
- (Voir notre avant-propos) et cherchent en Le Cat une recrue pour
- leur petite guerre aux magnétiseurs.
-
- * * * * *
-
-
-_A M. Le Cat, à Abbeville._
-
- Nancy, le 24 novembre 1785.
-
-L'état de dépérissement et de marasme dans lequel je me trouve, monsieur,
-depuis 15 jours, m'oblige de me servir d'une main étrangère pour vous
-rappeler l'indulgence avec laquelle vous avez bien voulu répondre à ma
-lettre du 23 septembre: elle sembloit me promettre une correspondance
-suivie: à quoi dois-je donc attribuer le silence obstiné que vous gardez
-avec moi? Vos lettres eussent fait le charme de ma solitude: depuis mon
-arrivée dans cette ville je vois infiniment peu de monde, et absolument
-personne depuis trois semaines.
-
-Mon poëme des _Amusemens de la campagne_ est tout à fait fini; je vais
-l'envoyer à Paris, et je n'omettrai rien pour que la partie typographique
-soit bien soignée. Il y aura vingt-quatre gravures, une à chaque chant,
-et de plus le frontispice. Vous concevez que cet ouvrage m'entraîne dans
-de grands frais: mais j'espère en être dédommagé. Comme je ne veux pas
-cependant que vous attendiez deux et peut-être trois mois à avoir ce
-poëme, je vous en fais faire une copie (sans préjudice de l'exemplaire
-que je vous destine), et je compte qu'elle sera prête dans huit jours.
-Je pars pour Paris, si toutefois ma foible santé me le permet. Mon départ
-est fixé au 15 du mois prochain; et si, à cette époque, je n'ai pas reçu
-de vos nouvelles, j'attribuerai votre silence à la multiplicité de vos
-occupations, et je ne vous enverrai pas moins la copie de mon poëme; mais
-je me plais à croire que vous ne voudrez pas me laisser plus long temps
-dans l'inquiétude; d'ailleurs je vous avoue que je serois fort embarrassé
-pour vous faire passer mon manuscrit; la poste est une voie
-très-dispendieuse, et cependant si vous ne m'en indiquez pas une autre,
-je serai forcé de m'en servir, et dans ce cas je crains bien que le
-plaisir que vous éprouverez à me lire, ne vous dédommage pas des frais.
-
-J'ai l'honneur d'être, etc.--CAILLOT-DUVAL.
-
-_P. S._ Si vous avez quelque répugnance à suivre une correspondance qui
-pourroit vous devenir fastidieuse, faites-moi la grâce de me le marquer.
-
-Vous connoissez sans doute le poëme de l'harmonie imitative dont M.
-Piis[20] vient de nous régaler: je me suis permis une petite sortie sur
-ce poëme, que je n'ai trouvé ni harmonieux ni à imiter.
-
- [20] Le 26 janvier suivant, Caillot-Duval se décidait à tenter la
- correspondance avec Piis, qui ne s'y laissa point prendre.
-
-J'ose espérer que vous ne serez pas fâché d'apprendre que Sa Majesté
-l'Impératrice de toutes les Russies vient de m'envoyer la patente de
-membre de l'Académie impériale de Pétersbourg.
-
- * * * * *
-
-
-_Réponse._
-
- Abbeville, le 5 décembre 1785.
-
-Votre dernière lettre, monsieur, me donne de vives inquiétudes sur votre
-santé; je hâte ma réponse pour vous prier de m'en donner des nouvelles,
-sans retard. Pour moi, j'allois mieux; mais la fièvre m'est revenue
-depuis quelques jours. Dans cette maudite saison, on a tant de peine à se
-rétablir! Je vous avouerai que vos reproches m'en ont fait; mais vous
-avez vu, par ma dernière, combien mes excuses ont été légitimes. Ce sera
-toujours un vrai plaisir pour moi que d'entretenir une correspondance
-suivie avec vous, et vous pouvez compter que quand il y aura du retard de
-ma part, ce ne sera jamais qu'aux événemens imprévus et à la multiplicité
-de mes occupations qu'il faudra l'attribuer.
-
-Je brûle d'envie d'avoir votre poëme: vous voudrez bien faire remettre le
-manuscrit que vous me destinez à M. Marcotte, chez M. Brouet, procureur
-au parlement, rue Mazarine, à Paris: ce M. Marcotte a des occasions,
-toutes les semaines, pour Abbeville.
-
-Recevez, je vous prie, mes sincères félicitations, sur la distinction
-flatteuse que l'Impératrice de Russie vient de vous accorder: je ne doute
-pas que votre poëme ne vous en procure, qui ne le seront pas moins.
-Quoique je ne soye d'aucun corps littéraire, et que je n'aye jamais fait
-de démarches à ce sujet, je ne vous dissimulerai pas que mon amour-propre
-seroit agréablement chatouillé, si je devenois académicien.
-
-Je ne connois point le poëme de l'harmonie imitative, mais j'en ai
-toujours mal auguré. M. de Piis n'est rien moins que propre à ce genre,
-bien différent de celui de briller dans les vaudevilles. Ses petits
-opéras offrent souvent des tableaux ingénieux; il met beaucoup de gaieté
-dans ses ouvrages, mais on peut lui reprocher des calembours, de
-mauvaises pointes, et quelquefois une gravelure trop forte. Il ne
-faudroit pas moins qu'un Boileau pour nous donner un bon poëme sur
-l'harmonie imitative, et je ne doute pas que ce ne soit avec raison que
-vous n'ayez fait une sortie sur celui de M. de Piis.
-
-J'ai l'honneur d'être, etc.--Le CAT.
-
- * * * * *
-
-
-_A M. le Cat, à Abbeville._
-
- Nancy, le 14 décembre 1785.
-
-Je suis infiniment sensible, monsieur, à l'intérêt que vous voulez bien
-prendre à ma fâcheuse situation: il m'est encore impossible de me rendre
-à Paris, comme je croyois pouvoir le faire; je ne puis m'occuper de
-choses sérieuses, et c'est ce qui m'empêche de mettre la dernière main à
-mon poëme: ce qui me reste à faire seroit tout au plus l'ouvrage de
-quatre jours, si je me portois bien. Je vais envoyer à Paris, et faire
-remettre, à l'adresse que vous m'indiquez, la brochure sur le magnétisme,
-dont je vous ai parlé: je vous fais le sacrifice de mon exemplaire, car
-cet ouvrage est devenu introuvable. Je suis très-curieux de savoir ce que
-vous penserez de cette bagatelle; j'y ai trouvé de l'esprit, de la gaieté
-et des plaisanteries neuves; le style en est assez coulant, quoique
-concis; je pense que vous ne serez pas non plus mécontent de la partie
-typographique.
-
-Je vous remercie des éloges flatteurs dont vous m'honorez: si vous n'êtes
-membre d'aucun corps littéraire, c'est que vous n'avez fait aucune
-démarche pour cela; mais il est une manière d'en faire, qui ne peut
-offenser votre délicatesse, et qui réussira probablement. Je n'avois pas,
-à beaucoup près, autant de titres littéraires que vous pourriez en
-rassembler: si vous voulez essayer de ce que je vais vous dire, je suis
-persuadé que nous serons bientôt confrères. Je suis dans la plus grande
-intimité avec le prince _Kabardinski_, frère puîné du prince _Héraclius_,
-que vous connoissez sûrement de nom; c'est par son entremise que j'ai
-obtenu le titre flatteur dont je viens d'être décoré. Je puis compter
-assez sur son amitié pour être sûr qu'il ne refusera pas à mes
-sollicitations la même grâce pour un homme de lettres présenté par moi;
-en conséquence, je crois que, pour le disposer en votre faveur, vous
-devriez m'adresser, pour lui, une pièce de vers, dont voici le texte, en
-partie. Le prince est au mieux avec la Sémiramis du Nord; sa femme, qui
-est une Géorgienne, vient d'accoucher de cinq enfants mâles, ce dont il
-n'y a pas d'exemple[21]; ils vivent tous. La mère seule a conservé un
-léger frémissement dans les muscles zigomatiques, ce qui fait qu'elle a
-toujours l'air de rire. Les cinq enfants ont tous l'assurance d'une
-compagnie dans les volontaires de Crimée: voilà, si je ne me trompe, un
-canevas assez étendu. La forme de l'épître me paroît la plus convenable.
-Si vous avez quelques épigrammes neuves et fraîches, vous pourrez me les
-envoyer aussi: le prince aime beaucoup ce genre-là.
-
-J'ai l'honneur d'être, etc.--CAILLOT-DUVAL.
-
- [21] Mademoiselle Saulnier n'aurait pas laissé passer les cinq
- enfants; mais l'espoir d'être académicien russe empêche Le Cat de
- douter du prince remarqué par Catherine II. En mars 1829, la
- martiale élégance des Circassiens de Kabardah était encore
- reconnue par le tome V d'un Dictionnaire géographique universel
- (Paris, Kilian, in-8.) Leurs femmes étaient non moins célèbres
- par leur beauté.--V. _Kabardinski_, à la table.
-
-
-_Réponse._
-
- Abbeville, le 28 décembre 1785.
-
-Je n'ai reçu, Monsieur, que le 24 de ce mois votre lettre datée du 14:
-j'y vois avec peine que votre situation est toujours la même.
-Ménagez-vous extrêmement, surtout ne vous fatiguez point l'esprit par
-aucun travail littéraire. Le physique est tellement lié au moral, que,
-quand celui-là éprouve quelqu'affaissement, il faut laisser celui-ci dans
-le plus grand repos. Quels sont donc vos maux et les remèdes que vous
-leur opposez?
-
-Le vif intérêt que je prends à vous est le motif de ma curiosité; j'ai
-été autrefois si long-temps souffrant et valétudinaire, que j'en suis
-presque devenu médecin; du moins ai-je fait quelques études dans l'art de
-guérir. Vous avez, je n'en doute pas, des gens très-instruits qui vous
-dirigent, mais il pourroit se faire que mes conseils vous fussent
-salutaires, et vous savez «qu'un sot quelquefois ouvre un avis
-important».
-
-J'attends donc votre réponse à ce sujet sans retard. Comme je ne veux
-point vous priver de votre brochure sur le magnétisme, quand je l'aurai
-reçue et lue, je vous la ferai repasser, et même si votre voyage à Paris
-est encore différé pour quelque temps, je pourrai vous la remettre
-moi-même, car je crois me rendre dans cette capitale vers la fin du
-Carême, et ce me seroit un bien grand plaisir de vous y voir, et de
-trouver cette occasion de resserrer plus étroitement notre liaison, je
-n'ose vous dire notre amitié.
-
-J'adopte avec le plus grand empressement le parti que vous m'offrez pour
-parvenir à une confraternité qui me seroit bien chère. Je sens comme vous
-que pour cela il faut que je rime en l'honneur du Prince, et que
-l'épître en ce cas est l'ouvrage le plus convenable; mais je vous
-avouerai que ce genre n'est pas le mien. Je n'ai fait dans ma vie que
-deux épîtres, encore sont-elles très-foibles; vous en avez pu voir une
-dans le journal de Nancy, adressée à M. l'intendant d'Amiens: il est vrai
-qu'elle y a parue très-défigurée, et avec des fautes typographiques
-inexcusables. L'auteur de ce journal paroit n'être guère soigneux de
-corriger les épreuves. Malgré mon inaptitude épistolaire, je vais faire
-mes efforts pour tirer de mon cerveau quelque chose qui ne soit pas tout
-à fait indigne d'être présenté au prince, et ne tarderai pas à vous
-l'adresser; en attendant, je vous envoie quelques fruits de mes loisirs,
-qui n'ont pas encore paru, à l'exception, cependant, des trois derniers
-morceaux, qui ont été insérés dans l'_Année littéraire_; presque tous
-sont dans le genre épigrammatique. Vous jugerez s'il n'en trouve qui
-puissent être montrés au prince. Je me recommande et m'en rapporte à vous
-sur les moyens d'obtenir son suffrage.
-
-Je travaillois à une parodie en vers de _Médée_, tragédie dans laquelle
-il y aura beaucoup de caricatures sur plusieurs autres tragédies, lorsque
-la maladie que je viens d'essuyer, et qui a mis un retard considérable
-dans toutes mes affaires, m'a obligé de renoncer pour quelque temps à
-tout travail littéraire.--Recevez, je vous prie, les vœux sincères que
-je forme pour vous, et soyez persuadé que ce n'est point l'usage seul qui
-les dicte, mais bien des sentiments plus nobles et plus purs.--Je vous
-embrasse de tout mon cœur, et suis, etc.--Le CAT.
-
- * * * * *
-
-
- Abbeville, le 7 janvier 1786.
-
-Monsieur, voici mon épître au prince Kabardinski. J'aurois bien désiré
-qu'elle fût plus digne de lui, mais j'ai fait tout ce que j'ai pu. Vous
-n'ignorez pas combien ce genre est difficile, et combien il est rare d'y
-obtenir des succès; il ne faut que du goût pour juger une épître, mais il
-faut être poëte pour en faire de bonnes, et c'est bien à cet égard que
-l'on peut dire: «La critique est aisée et l'art est difficile».
-
-Au surplus, j'ose espérer que vous voudrez bien présenter au prince mon
-foible essai; muni de votre passeport, peut-être sera-t-il accueilli, et
-me procurera-t-il l'avantage de devenir votre confrère. Je viens
-d'obtenir l'assurance de la première place qui vaquera à l'académie
-d'Amiens, et ce seroit, lorsque j'en serois membre, une grande
-satisfaction de pouvoir vous y introduire. Quand votre poëme sur les
-_Amusements de la campagne_ aura vu le jour, ce sera, je crois, le vrai
-moment d'agir à ce sujet: je vous indiquerai alors la marche qu'il faudra
-suivre.--Je n'ai pas encore reçu votre brochure sur le magnétisme;
-mandez-moi si vous l'avez fait remettre à l'adresse que je vous ai
-donnée, et sur-tout n'oubliez pas de m'instruire de l'état de votre
-santé.--J'ai l'honneur d'être, avec le plus sincère attachement, etc.--Le
-CAT.
-
- * * * * *
-
-
-_Epître_
-
-A SON ALTESSE LE PRINCE KABARDINSKI
-
- Daigne, ô Kabardinski! daigne agréer, l'hommage
- D'un rimeur sans éclat, mais vrai dans son langage
- Qui toujours méprisa le vil adulateur,
- Et du vice insolent fut le persécuteur;
- Qui préféra le pauvre, honnête en sa misère,
- Vertueux citoyen, tendre époux et bon père,
- Au grand enorgueilli; qui voit l'infortuné
- D'un œil indifférent au malheur condamné;
- A cet épais Midas, qui, fier de ses richesses,
- Ne prodigue son or qu'à d'infâmes maîtresses;
- Au philosophe altier, dont le système affreux
- Méconnoît tout, jusqu'à l'existence des dieux;
- Au poëte sans mœurs, dont la muse fangeuse
- Ne trempe ses pinceaux que dans une eau bourbeuse;
- A ce magnétiseur qui veut, avec les doigts,
- De Celse et de Galien surpasser les exploits;
- A cet auteur rongé des serpents de l'envie,
- Qui respire la rage avec la jalousie.
- S'il me falloit chanter ce peuple d'avortons,
- Ma Muse briseroit aussitôt ses crayons.
- Mais pour toi, prince aimable, alors que je te loue,
- Minerve m'applaudit, la Vérité m'avoue.
- Né d'antiques aïeux, frère d'Héraclius,
- Mais bien plus grand encor par tes propres vertus,
- Qu'il m'est doux de vanter ton nom et ta naissance,
- Ta magnanimité, ta noble bienfaisance!
- Qu'il m'est doux, en t'offrant mon respect et mes vœux,
- De pouvoir célébrer tes destins glorieux!
- D'apprendre à l'univers que du Nord l'héroïne,
- Que la Terreur du Turc, l'illustre Catherine,
- Voit en Kabardinski son ami, son soutien,
- Le père du soldat comme du citoyen.
- Cette auguste amitié est un éloge insigne:
- On ne peut l'obtenir à moins qu'on n'en soit digne.
- Mais quand la Vérité dirige mon pinceau,
- Quand le feu qui m'anime est pris à son flambeau,
- Je vois, parmi les faits qui forment ton histoire,
- Des faits que nos neveux pourront à peine croire,
- Lorsque Clio dira, dans la suite des temps,
- Que ton épouse un jour te donna cinq enfants,
- Cinq mâles, pleins de vie, et que leur souveraine
- Alors de chacun d'eux a fait un capitaine.
- Quand, par un monument des peuples révéré,
- Ce prodige inouï deviendra consacré,
- En admirant un trait si rare et si fameux,
- L'on marquera ta place au rang des demi-dieux.
- Tu réaliseras tous les exploits d'Hercule.
- Puisse, dans l'avenir, ce trop foible opuscule
- Prolonger sa durée, à l'abri de ton nom!
- Puisse-t-il, avoué du dieu de l'Hélicon,
- Près de toi reposer au temple de Mémoire!
- Un sort aussi flatteur suffiroit à ma gloire.
-
- Le CAT, _à Abbeville_
-
- * * * * *
-
-
-III
-
-
-_A Mme de Launay, rue Croix-des-Petits-Champs, à Paris._
-
- (Caillot-Duval propose deux nièces à Mme de Launay[22]. Celle-ci
- craint avant tout la police. On le voit bien aux _paquets_ dont
- elle s'obstine à parler).
-
- Nancy, le 4 novembre 1785.
-
-Des circonstances particulières, madame, viennent de m'amener deux
-nièces âgées de quinze et de dix-sept ans. La première est tout à
-fait neuve: la seconde n'a eu qu'une faiblesse avec un capitaine
-de hussards au service de l'empereur; cette première inconduite
-lui a fait perdre la tête et abandonner précipitamment la maison
-paternelle; elle a persuadé à sa sœur de l'accompagner; celle-ci
-s'y est déterminée d'autant plus aisément qu'elle était fort gênée
-chez ses parents, et que son cœur lui parloit déjà assez haut.
-Quant à moi, que différents événements ont forcé de quitter mon
-pays (Philisbourg en Allemagne), je suis établi ici où j'exerce,
-dans le plus grand incognito, une profession qui m'est assez
-lucrative. Soit dit entre nous, j'ai la pratique de tout le
-parlement et des principaux officiers du régiment du Roi, tous
-riches seigneurs. Cependant, je crois que les deux personnes dont
-je viens de vous parler sont des morceaux trop friands pour ce
-pays-ci, et qui ne seroient pas payés leur valeur. Il faut vous
-dire qu'elles sont d'une famille honnête, et que l'on n'a rien
-négligé pour leur éducation; elles ont seulement un peu de peine à
-parler le français. Ce seroit le lot de deux princes allemands; je
-suis sûr qu'elle feront la plus grande sensation dans la capitale.
-Quoique sœurs, elles offriront à côté l'une de l'autre le
-contraste le plus piquant. La jeune est d'un blond qui n'a rien de
-fade, la plus belle peau (comme toutes les Allemandes), les yeux
-bleus, la plus jolie gorge possible, et, ce qui vous étonnera
-peut-être, un très joli pied; je crois qu'elle pourroit faire une
-charmante danseuse. L'autre est une superbe femme: de grands yeux
-noirs, la plus belle bouche; et, ce qui est du meilleur augure, la
-raie de mulet[23]. J'espère que par vos soins sa première et
-unique faute sera réparée de façon à ne laisser aucune trace. Je
-n'entrerai pas dans d'autres détails. Vous en jugerez par
-vous-même.
-
- [22] Cette entremetteuse connue servait de plastron aux
- libellistes. On en trouve des preuves dans les Mémoires de
- Bachaumont (1779, 31 décembre; 1787, 18 et 21 juillet.) La
- première est une annonce simulée: «_Maisons et appartements à
- louer._ Petit appartement au 5e en siamoise, à troquer contre un
- appartement au 1er en damas de trois couleurs. S'adresser à
- Madame Sainte-Marie, ouvrière en tours de lit, rue de la
- Nouvelle-Halle, ou chez Madame de Launay, rue des Petits-Champs,
- où elle travaille à la journée».
-
- La facétie est du genre banal, mais celle du 18 juillet 1787 est
- méchante sinon calomnieuse. «On parle d'une réclamation imprimée
- de Madame Kornmann contre le mémoire fictif répandu en sa faveur,
- qu'on attribue à M. Suard, et en conséquence il court une autre
- facétie: c'est une lettre non moins fictive d'une Madame de
- Launay, appareilleuse très renommée de cette capitale, à ce
- membre de l'Académie française. On croit reconnaître, dans
- celle-ci, la main du sieur de Beaumarchais qu'on sait en vouloir
- à la mort à M. Suard et d'ailleurs être très lié avec la dame de
- Launay. On assure même les avoir vus ensemble, il n'y a pas
- longtemps.»
-
- Les autres nouvelles données par les Mémoires montrent que la
- police finit par s'en mêler. On le comprend en lisant la fin de
- cette lettre simulée, adressée à l'académicien Suard:
-
- --«Je vous offre, monsieur, de vous fournir dans le nombre des
- demoiselles qui sont sous mes ordres, celle qui vous conviendra le
- mieux. Vous en userez gratis. Je sais très bien qu'un académicien
- jetonnier n'est pas dans le cas de faire beaucoup de libéralités
- aux femmes. Je suis, etc. De Launay, rue Croix-des-Petits-Champs,
- au grand balcon.--Ce 14 juillet 1787.
-
- --P. S. Il vient de m'arriver une jolie Lyonnaise».
-
- [23] _Raie de mulet_ se disait d'une nuque fort garnie de
- cheveux, lorsque les dernières racines simulent une raie
- au-dessus du dos.
-
-Je vous les enverrai comme à une de mes amies; elles ont à peu près 60
-louis d'argent comptant et sont assez bien nippées. Elles sont si neuves
-qu'il faudra user de beaucoup de ménagemens pour ne pas les effaroucher.
-J'espère, madame, que notre correspondance n'en restera pas là; nous
-pouvons réciproquement nous être utiles. Je compte sur votre discrétion,
-et j'attends votre réponse pour les faire partir. Aussi bien ai-je trouvé
-une voiture de renvoi; si votre intention est, comme je le pense,
-qu'elles aillent à Paris, vous voudrez bien leur retenir, dans votre
-voisinage, un appartement décent, de trois à quatre louis par mois.--J'ai
-l'honneur d'être, etc.--CAILLOT-DUVAL.
-
- * * * * *
-
-
-_Réponse_
-
- Paris, le 11 novembre 1785.
-
-Monsieur, si la marchandise que vous ma noncé dans votre dairnier letre
-est aussi bonne que vous le dite vous pouvé les envoyé par la premier
-comodité je vous en débiterai. Sil i a quelque chosse dans nautre ville
-qui vous soit agreable, je vous prit de ne point mépargné.
-
- * * * * *
-
-
-_A Madame de Launay, rue Croix-des-Petits-Champs, à Paris_
-
- Nancy, le 14 novembre 1785.
-
-J'ai reçu, madame, une lettre de Paris en date du 11, que je soupçonne
-venir de vous; on me mande d'envoyer la marchandise que j'ai annoncée;
-mais comme cette lettre n'est pas signée et que ce pourroit être une
-supercherie, je ne crois pas devoir m'y fier; or, avant de faire partir
-_mes deux paquets_, je désire savoir vos intentions d'une manière plus
-positive; et puisque vous avez de la répugnance à signer votre nom, pour
-que je sache à quoi m'en tenir, il faudra signer un nom en l'air, et qui
-ne soit pas commun, comme, par exemple, Copernic ou Ticho-Brahé.
-
-Répondez-moi tout de suite, car on me persécute ici, et j'ai peur qu'on
-ne découvre le pot aux roses; vous savez à quoi je serois exposé et vous
-connoissez les sollicitudes du métier. J'en ai devant les yeux un exemple
-terrible: c'est un malheureux jeune homme d'une famille honnête qui s'est
-promené hier dans les rues de la ville, tenant en main une bride d'un
-nouveau genre, et qui a essuyé le châtiment accoutumé, au grand
-contentement de l'assemblée qui rit toujours à ces sortes
-d'exécutions[24]. Voilà les hommes: ils nous trouvent très bons pour leur
-être utiles, et ils nous abandonnent dans l'adversité. Quelle injustice!
-et à combien de réflexions morales cela ne porteroit-il pas? Mais
-laissons ces idées tristes: continuons à faire le bien, à soulager
-l'humanité souffrante; moquons-nous des sots et prenons leur
-argent.--J'ai l'honneur d'être, etc.--CAILLOT-DUVAL.
-
- [24] Les entremetteuses étaient promenées sur un âne, le visage
- tourné du côté de la queue, qu'elles étaient obligées de tenir en
- mains pour ne pas perdre l'équilibre.
-
- * * * * *
-
-
-_Réponse_
-
- Paris, le 21 novembre 1785.
-
-Monsieur, vous ne devé poin douté des deux paques que vous avé à envoyet
-avec une laitre de votre part que les deux paques me seront remis, vous
-pouvé aitre persuadé que je meteré toute mes atansion que je les plaseré
-pas loin de ché mois, je suis ennatandans votre réponse.--Jé lhonneur
-d'aitre votre tres humble.--DE COPERNIC.
-
-
-IV
-
-
-_A M. Soudé, rue Dauphine, à Paris_
-
- (Caillot-Duval a parié cent louis que M. Soudé lui ferait une
- botte sans coutures. M. Soudé ne dit pas non, mais il n'a pas le
- temps. On sent bien pourquoi).
-
- Nancy, le 4 novembre 1785.
-
-J'ai cru, monsieur, que dans une affaire aussi importante que celle dont
-il s'agit, je ne pouvois mieux m'adresser qu'au phénix des bottiers de la
-capitale. Je sais que vos talents supérieurs vous ont mérité l'honneur de
-botter notre souverain et son auguste moitié. Veuillez bien me donner un
-éclaircissement sur une chose qui, en intéressant beaucoup ma bourse,
-intéresse aussi votre réputation. Un maître bottier de cette ville vient
-de faire une paire de bottes sans couture, qui a fait l'admiration de
-toute cette contrée. Il a prétendu qu'aucun bottier de Paris n'en ferait
-autant. Plusieurs officiers de la garnison, surpris d'une découverte
-aussi merveilleuse, au premier abord, ont abondé dans son idée, et ont
-offert de parier cent louis. Moi qui suis persuadé que tout ce qui se
-fait en province doit se faire à plus forte raison à Paris, j'ai tenu les
-cent louis sans hésiter: faites-moi le plaisir de me mander si vous vous
-croyez capable d'en faire autant; si vous l'êtes, comme je n'en doute
-pas, et que mes adversaires ne s'en rapportent pas à votre lettre, je
-vous écrirai pour lors de m'en faire une paire; et, pour couper court à
-tout, si vous pouvez avoir une attestation des syndics de votre corps qui
-assure la chose possible, cela suffira.--Je suis, etc.--CAILLOT-DUVAL.
-
- * * * * *
-
-_Réponse_
-
- Paris, le 9 novembre 1785.
-
-Monsieur, c'est pour répondre à la lettre que vous m'avez fait l'honneur
-de m'écrire en date du 4 du courant. Je pourrois bien vous faire des
-bottes comme vous paroissez en désirer, mais mes occupations sont si
-multipliées dans cette saison que je ne pourrois m'occuper de cet objet,
-car j'ai à fournir toute la maison du Roi.--J'ai l'honneur
-d'être.--SOUDÉ.
-
- * * * * *
-
-
-V
-
-
-_A M. de la Roche[25], gouverneur de la ménagerie, à Versailles._
-
- Nancy, le 14 novembre 1785.
-
-Les nouvelles expériences, monsieur, qu'on a projetées sur la génération
-artificielle, ne pouvoient être confiées en de meilleures mains. Peu de
-personnes doivent se flatter d'être aussi intelligentes et aussi versées
-que vous dans la connoissance des animaux. C'est à ce titre que notre
-auguste monarque s'est reposé sur vous du soin de leur éducation,
-nutrition et conservation. Je viens, d'après les principes de l'abbé
-italien[26] qui nous a démontré si clairement la possibilité de procréer
-des êtres par une injection de semence conservée, de faire moi-même
-l'expérience sur une chienne noire et blanche, âgée de trois ans; je ne
-crois pas inutile d'observer qu'elle est pleine d'intelligence, et d'une
-constitution très-libidineuse. Je vous ferois bien ici deux
-observations, mais je passe rapidement à une troisième que je crois plus
-intéressante. Je vous prie de vouloir bien me mander les procédés dont
-vous vous êtes servi, vu que les miens ont été insuffisants. Quoique je
-n'aye pas l'honneur de vous être connu, un de mes amis m'a assuré que je
-pouvois m'adresser à vous en toute confiance: j'espère que vous ne
-désapprouverez pas ma démarche, qui ne tend qu'au progrès de la science.
-J'ai toujours fait mon étude de l'histoire naturelle: la partie de la
-génération est celle que j'ai le plus approfondie; j'ai même composé sur
-ce sujet un petit ouvrage que j'ai envoyé à une académie dont je suis
-membre, et je n'attends que sa réponse pour le rendre public: je vous en
-ferai passer un exemplaire si vous voulez bien me le permettre.--J'ose
-croire que vous voudrez bien me dire où en sont vos opérations et si vous
-espérez réussir. Avouez, monsieur, que cela seroit bien commode pour
-faire des enfants par lettre. Permettez-moi cette petite saillie de
-gaieté et pardonnez-moi les petites incorrections de style que vous
-pourrez trouver dans cette lettre: je ne suis pas encore bien familier
-avec la langue française que je ne parle que depuis un an.--J'ai
-l'honneur d'être, etc.--CAILLOT-DUVAL.
-
- [25] M. de la Roche était un personnage plus important que la
- suscription ne le ferait supposer. On le verra par la seconde
- note p. 115. De plus il paraît avoir été un acteur de société des
- plus appréciés à la Cour. Sa statuette fait partie d'une très
- curieuse collection de biscuits conservés à la manufacture de
- Sèvres et au Théatre Français où elle figurait en compagnie de
- l'acteur Volange dans le rôle de _Jeannot_, de Préville dans le
- rôle de _Figaro_, de Poisson dans celui de _Crispin_. La comédie
- de société était en honneur à la Cour de Louis XVI et peut avoir
- aidé à l'avancement du capitaine nommé lieutenant-colonel en
- 1780. Son titre de gouverneur de la Ménagerie s'enjolive aussi de
- plusieurs façons. De concierge, il n'en est plus question; on le
- qualifie Commandeur et même Surintendant des basses Cours. On va
- voir qu'il y avait peut-être une survivance dans ce cumul
- apparent.
-
- [26] L'abbé Spallanzani.
-
- * * * * *
-
-
-_Réponse_
-
- Paris, le 24 novembre 1785.
-
-Votre chère lettre du 14, monsieur, m'a été envoyée de Versailles;
-j'étois venu ici pour lever une demi aune de toile chez ma marchande, au
-Palais Royal, no 40[27]. Je ne connois que par ouï-dire les expériences
-dont vous me parlez: je les trouve très curieuses; mais je vous avoue que
-j'ai peine à me persuader qu'elles soient réelles. J'ai approfondi autant
-que personne tout ce qui a quelque rapport à la génération; et dans ce
-genre-là j'ai toujours été fort peu curieux de l'artificiel: ainsi n'en
-parlons plus.
-
- [27] M. de la Roche se livre ici à une facétie autorisée par le
- genre de la communication qui lui est faite. Sa marchande vendait
- de l'amour comme on s'en doute. L'_Almanach des Demoiselles de
- Paris pour 1792_ révèle le nom de deux locataires du no 40:
- «Louisette, figure mignonne... un bol de punch et 6
- livres.--Saint-Pré, minois piquant, bien faite, très petite,
- fraîche, beaux yeux... 5 livres». Si elles n'étaient pas encore
- là en 1785, il est probable que le no 40 avait déjà un personnel
- du même genre.
-
- Cette réponse m'avait d'abord fait craindre quelque
- contre-mystification. Elle était faite sur le ton facétieux, ne
- relevait point le titre de gouverneur de la Ménagerie, et se
- trouvait datée de Paris. Mon confrère de Versailles, M. Taphanel,
- m'avait appris d'autre part que la Ménagerie de Versailles n'avait
- qu'un concierge et (pas de gouverneur). Il est vrai que ce
- concierge avait été M. De la Roche sous Louis XIV, mais on ne
- trouvait pas trace de ses successeurs. J'en étais là lorsqu'une
- recherche de M. Arthur Chuquet aux Archives de la guerre dissipa
- tous mes doutes. Un Simon Texier de la Roche commanda en effet en
- 1778 les compagnies de sous-officiers invalides détachées à
- Versailles et à Marly-le-Roy; on le fit même lieutenant-colonel
- sur place le 30 septembre 1780, treize ans après son entrée à
- l'Hôtel des Invalides comme lieutenant (il avait eu un bras cassé
- à Minden). Le 2 mars 1791, il passa maréchal de camp.
-
-Je suis en effet plus à portée que personne de faire des expériences sur
-les animaux, ayant à ma disposition tous ceux qui composent la ménagerie
-de notre auguste souverain. Vous me faites naître l'idée de m'en occuper.
-Dès que je serai de retour dans mon gouvernement, je mettrai la main à
-l'œuvre et ce sera avec le plus grand plaisir que je vous communiquerai
-mes découvertes: ainsi n'en parlons plus et croyez-moi, monsieur, votre
-dévoué serviteur.--LA ROCHE, _chevalier de l'ordre royal et militaire de
-Saint-Louis_.
-
- * * * * *
-
-
-VI
-
-
-_A M. Lefort, rue Saint-Jean-de-Beauvais, à Paris_
-
- (Joueur de flûte et de hautbois, Caillot-Duval demande à se
- perfectionner sous la direction du professeur Lefort, qui ne
- recule pas devant la perspective d'une leçon d'une heure par jour
- pendant deux ans; il en paraît quelque peu illuminé).
-
- Nancy, 27 novembre 1785.
-
-Devant bientôt aller faire un petit voyage dans la capitale, mon cher
-monsieur, j'ai pris des renseignements sur les virtuoses dans les deux
-instruments que je cultive. On m'a assuré que vous aviez perfectionné la
-flûte et le hautbois, et que le basson prenoit sous vos doigts toutes les
-inflexions de la voix humaine: je vous avouerai franchement que je ne
-connois aucunement ce dernier instrument, et je ne croyois pas que le
-pincé de l'anche pût s'accorder avec le pincé de l'anche du hautbois, ou
-avec l'embouchure de la flûte, que vous n'ignorez pas être parfaitement
-opposée. J'en viens au fait: je compte être à Paris au mois de janvier,
-et j'y passerai au moins deux ans. Je désirerois que vous me donnassiez
-une heure dans la journée, depuis neuf heures jusqu'à midi, à votre
-choix. Je ne suis pas d'une très-grande force, mais je fais bravement ma
-partie dans un concert de province, et je donne hardiment le _ré_ sur le
-hautbois, et le _sol_ sur la flûte. Je ne vous en dirai pas davantage
-pour cette fois-ci: vous saurez seulement que, n'ayant pas l'avantage de
-vous connoître, je m'adresse à vous parce que des officiers de la
-garnison, qui ont pris de vos leçons, m'ont fait votre éloge.
-
-J'attends votre réponse pour savoir quelle est l'heure que vous pouvez me
-donner. Vous mettriez le comble à mes vœux si votre plume se permettoit
-quelques petits détails concernant les principes que vous avez adoptés,
-et votre méthode d'enseigner. Dès l'instant que j'aurai reçu votre
-lettre, je vous manderai où je dois loger; ce sera, à vue de pays, du
-côté de la rue du Paon.--J'ai l'honneur d'être, etc.--CAILLOT-DUVAL.
-
- * * * * *
-
-
-_Réponse_
-
- Paris, le 29 décembre 1785.
-
-Des objets qui m'occupe et intéresseront l'UNIVERS au-delà de toute
-attante, ayant forcés le retard de la présente, permettez, mon cher monsieur,
-qu'en attendant par LOUIS SEIZE ou de DIEU toutes choses! ainsi quelles
-sont arrêtées dans les décrets de cet ETRE incréé comme puissantissime et
-juste dans toutes ses opperations faite par qui et comme il lui plaît;
-permètez dije quen repondant a l'honneur de la votre! je vous donne avis
-que j'atens aussi votre arrivez à Paris, pour et d'apres icelui, pouvoir
-prendre l'heure avec vous, dans ceux que vous me donnez aussi honnêtement
-qu'utilement! attendu qu'outre mon état et des affaires personnels, je
-continues de remplir une MISSION! qui sera favorable non seulement aux
-corps, mais aux AMES: dès que je seré informez de votre arrivez sachant
-votre adresse à Paris et quand je pourrez me rendre chez vous; comme le
-maître choisit et le MAITRE de qui ne l'est pas, faisant le mal à son
-semblable.
-
-Quant à l'adoption de mes principes ainsi que ma méthode d'enseigner, une
-seule réflexion pouvoit vous mettre à lieu de voir que c'est en opérant
-lors des leçons et questions (souvent très-nécessaires à faire), que vous
-pourrez connoître! si je suis le maître que vous désirez trouver pour
-cette petite partie de l'agréable! comme je serés de CELUI de celle du
-plus grand utile; ce qui me fait conclure qu'il est sage d'en appeler à
-l'expérience; comme à l'évidence.
-
-Conséquemment et vu cet appel: je n'ai plus rien pour le présent à vous
-dire, sinon que je vous prie comme étant aussi sensible que,
-reconnoissant de faire mes remerciements à ces messieurs (officiers de
-la garnison), qui vous ont parlé de moi, ainsi que vous me le rapportez
-dans votre lettre! le fesant tel, je le requier, et comme il convient, ce
-sera obliger celui qui a l'honneur d'être votre, etc.--LEFORT,
-_professeur et maître de musique pour le hautbois, la flûte et le
-basson_.
-
- * * * * *
-
-
-VII
-
-
-_A M. L'Heureux de Chanteloup._
-
- (Caillot-Duval annonce qu'une chouette et un loriot accouplés lui
- ont donné une pie et un moineau. Sans vouloir paraître surpris,
- on lui répond vaguement.)
-
- Nancy, le 13 décembre 1785.
-
-L'excellent ouvrage que vous venez de mettre au jour, monsieur, sur le
-Serin et le Rossignol, m'engage à vous demander votre avis sur un
-phénomène dont je viens d'être témoin. Fort amateur, dès l'enfance, de
-tout ce qui concerne l'oisellerie, j'ai voulu tenter quelques petites
-expériences, qui sont, comme vous savez, le seul moyen de propager la
-science: j'ai donc mis ensemble en cage un loriot et une chouette; à mon
-grand étonnement, ces deux oiseaux se sont accouplés: il en est venu deux
-œufs qui, ayant été couvés par la mère, ont produit, chose étrange! l'un
-un moineau à gros bec, et l'autre une pie. Le père, la mère et les enfans
-se portent à merveille et ne font qu'une même famille. Veuillez bien
-m'expliquer un événement aussi inattendu. Ne sachant point votre adresse,
-j'envoie ma lettre à M. Fournier, votre libraire, qui vous la fera
-passer.--J'ai l'honneur d'être, etc.--CAILLOT-DUVAL.
-
- * * * * *
-
-
-_Réponse._
-
- Paris, le 19 décembre 1785.
-
-Je reçois, monsieur, votre lettre. Le phénomène dont vous me parlez est
-en effet très extraordinaire; mais depuis que je me suis adonné à la
-connoissance des oiseaux, j'ai été témoin de tant de choses surprenantes
-que je suis moins étonné qu'un autre de tout ce qui peut arriver dans ce
-genre. Obligez-moi de suivre exactement cette expérience, et de m'en
-écrire en détail: observez surtout si les nouveaux nés ont des plumes de
-couleur tranchante à l'aile gauche, et si la pie fait plus de bruit aux
-approches du père qu'à celles de la mère: dans ce dernier cas, j'ose vous
-assurer à l'avance que vous ne la conserverez pas jusqu'au
-printemps.--Mille remercîments, monsieur, de la confiance que vous voulez
-bien me témoigner: elle me flatte beaucoup; je vous prie d'agréer les
-expressions de ma reconnoissance et de me croire bien sincèrement votre,
-etc.
-
- * * * * *
-
-
-VIII
-
-
-_A M. Chaumont, perruquier, rue des Poulies, à Paris._
-
- (Caillot-Duval lui confie que des mésaventures amoureuses le
- forcent à commander une perruque et six toupets. Mais l'artiste
- prudent n'accepte que le septième de la commande. Et encore! Pas
- d'argent, pas de toupet!)
-
- Nancy, le 13 décembre 1785.
-
-C'est toujours avec une nouvelle admiration, mon cher monsieur, que je
-lis dans le Mercure, ce messager des dieux, ces découvertes merveilleuses
-qui doivent immortaliser notre siècle et l'élever au dessus de tous les
-siècles à venir: quant aux futurs vous me dispenserez d'en parler. Pour
-vous dire donc ce dont il s'agit, je vais entrer en matière, mais _motus,
-motus, motissimus!_
-
-Je me vois forcé de vous avouer que, dans ma dernière campagne, j'ai
-passé quelques mois au quartier dans un bourg où la toile étoit à grand
-compte. Me trouvant un jour chez une jolie marchande, j'ai voulu en lever
-une demi-aune[28], mais ô ciel! je ne puis y penser sans frémir, j'ai
-reçu... le dirai-je? un coup de pied de Vénus, qui même (soit dit entre
-nous), a rué en vache. Cette cruelle atteinte a attaqué ma chevelure,
-jusques dans les racines les plus profondes; enfin, elle est tombée: trop
-jeune encore pour prendre perruque, je m'adresse à vous avec confiance.
-Vos merveilleux toupets peuvent seuls me rendre ma gloire première et
-mon premier état: veuillez bien m'en préparer six, et me prévenir quand
-ils seront faits. Cependant je me détermine à prendre, pour les
-dimanches, une perruque à bourse; mais il faut qu'elle soit faite à l'air
-de mon visage; et pour vous donner les plus grandes facilités, en voici
-la description: j'ai le front moins long que large, le nez vraiment
-romain, les yeux vifs, fort animés quand je suis en colère; la bouche
-vermeille, très ouverte quand je crie bien fort; les dents très blanches,
-la mâchoire entière, à l'exception d'une molaire dont je me suis séparé
-peu avant ma maladie. Cela doit suffire à un homme aussi éclairé que
-vous.--Ne me faites pas attendre votre réponse, et adressez la moi poste
-restante.--J'ai l'honneur d'être, etc.--CAILLOT-DUVAL.
-
- [28] Caillot-Duval place ici la facétie que lui avait écrite le
- 24 novembre M. de la Roche.
-
- * * * * *
-
-_Réponse._
-
- Paris, 24 décembre 1785.
-
-Monsieur, j'ai reçu la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire
-concernant le toupet que vous me demandé; je peut vous l'envoyer tel que
-vous le désirez il ne s'agit plus que de savoir si le prix vous
-conviendret.--J'ai l'honneur de vous prévenir auparavant de vous le faire
-tenir que je ne peut pas le faire à moins de 21 liv. y compris les batons
-de pomade attractive qui est de 3 liv. je vous observerai, monsieur, que
-je fais payer ici à Paris mes toupets 24 liv. et 30 liv. Je vous envoie
-cy joînt un model de votre front[29] que vous presenteray et que vous
-decouperay à l'air de votre visage dans votre gout envoyer la couleur de
-vos cheveux, dire si vous en avez face sur les tempes, et derrière, et
-autres observations, etc. Il faut commencer par un toupet avant d'en
-faire d'autre ne faisant point de perruques étant beaucoup plus
-difficiles à réussir éloigné et sans aucune mesure je vous prie de
-m'indiquer les personnes qui me remettront l'argent, et à qui je
-remettrai en même temps le toupet.--J'ai l'honneur d'être, etc.--CHAUM...
-
- [29] Ce modèle était un morceau de papier coupé en rond.
-
- * * * * *
-
-
-IX
-
-
-_A M. Aubert, organiste à Nancy._[30]
-
- [30] Cette lettre avait été envoyée à Paris pour être mise à la
- poste.
-
- (Caillot-Duval lui demande des renseignements en termes si
- tendres pour Madame Aubert que le mari se croit obligé de
- défendre sa vertu).
-
- Paris, le 19 décembre 1785.
-
-Un de mes proches, qui arrive de Nancy, mon cher monsieur et bon ami
-(passez-moi cette expression familière, indice certain d'un cœur sans
-fard), m'a raconté à son déguêtré (notez qu'il est venu par le coche),
-une petite aventure qui vous est arrivée depuis peu; elle vous fait
-beaucoup d'honneur dans le public; mais je vous avoue qu'elle m'a paru si
-plaisante que je voudrois en savoir par vous même les détails. Je veux
-parler de ce chevalier de Saint-Louis qui est venu sans y être invité,
-partager votre rôti, avec vous et madame votre épouse. Je crains bien
-qu'elle ne m'ait oublié; je ne me rappelle jamais sans une douce émotion,
-les petits repas que nous avons pris ensemble sur le verd gazon; là
-couchés mollement sur des tapis de verdure, le gazouillement des eaux et
-le murmure des oiseaux nous rappelloient ces petites bucoliques du poëte
-Mantouan, qui s'est immortalisé par les beaux discours sentimentaux qu'il
-a mis dans la bouche de Tityre. Mais, hélas! (et heureusement pour vous)
-nous étions encore dans cet âge, où si le cœur parle, au moins est-il
-dans l'impossibilité d'agir.
-
-J'ai passé le plus fort de ma jeunesse, c'est-à-dire jusqu'à douze ans à
-Nancy; je me rappelle toujours avec attendrissement ces lieux chéris, où
-je n'ai connu que l'innocence, où je me nourrissois des mets les plus
-frugaux, si ce n'est pendant les carnavaux, où je passois sans cesse de
-régaux en régaux: enfin, fixé dans la capitale, attaché indissolublement
-à un corps respectable, je profiterai de la première occasion pour voler
-dans vos climats, qui retentissent si mélodieusement sous les touches
-bruyantes, mais moëlleuses, que vos doigts nerveux, mais souples,
-agitent d'une manière non moins séduisante que relevée; je ne vous en
-dirai pas davantage, ce sera pour ma prochaine lettre. J'espère que notre
-correspondance n'en restera pas là.
-
-Je compte que vous aurez la bonté de m'éclaircir au plus tôt le fait
-principal de cette lettre. J'ai fait un pari que votre réponse
-décidera.--J'ai l'honneur d'être avec attendrissement, mon cher monsieur
-et bon ami, votre, etc.--CAILLOT-DUVAL.
-
- * * * * *
-
-
-_Réponse_
-
- Nancy, le 24 décembre 1785.
-
-J'ai reçu votre lettre du 19, monsieur, et je suis étonné qu'un évènement
-aussi simple ait pu se répandre jusques dans la capitale; c'est tout
-uniment un chevalier de l'ordre royal et militaire de Saint-Louis qui
-est venu chez nous à l'heure du dîné, et s'est mis à table avec nous[31].
-Je le croyois invité par mon épouse, et mon épouse le croyoit invité par
-moi: ce n'a été qu'au moment de sa sortie que nous avons pu nous
-expliquer, et que nous avons vu que nous ne le connoissions ni l'un ni
-l'autre. Quant à mon épouse, elle ne se souvient pas du tout de vous, ni
-des promenades que vous prétendez avoir fait autrefois avec elle. Je ne
-sais quel a été votre but en m'écrivant tous ces détails; mais sa
-réputation est trop bien établie pour qu'on puisse rien croire de fâcheux
-sur son compte, et si vous avez cru me donner de la jalousie, vous vous
-êtes trompé; je vous prie, par la suite, de me faire grâce de lettres
-pareilles, vous obligerez celui qui a l'honneur d'être, monsieur, votre,
-etc.--AUBERT.
-
- [31] «Ce chevalier de Saint-Louis n'était autre que M. Fortia de
- Pilles», (dit Paul Lacroix dans _le Pays_ du 6 mai 1855). Je le
- cite sous toutes réserves; et pour cause. Voir la fin de
- l'Avant-propos.
-
- * * * * *
-
-
-X
-
-
-_A M. Berthelemot, confiseur, rue Vieille-Boucherie, no 6, à Paris_
-
- (Conseils orthographiques, offre de poésies inédites pour
- bonbons, craintes manifestées au sujet des bonbons à bijoux et du
- bonbon d'amour. Le confiseur rassure Caillot-Duval et ne recule
- même pas devant les tragédies de son portefeuille «sucré». Le mot
- est heureux).
-
- Nancy, le 11 janvier 1786.
-
-Je ne vous cacherai pas, mon cher monsieur, que l'art de la confiturerie
-n'a jamais été porté si loin que de nos jours. Les sublimes découvertes
-dont vous enrichissez sans cesse cette partie si intéressante pour le
-palais, m'engagent à vous faire part de l'effet qu'a produit votre
-prospectus au cabinet littéraire de cette ville; mais comme je me pique
-aussi de réussir dans la partie littéraire de la sucrerie, je vais me
-permettre, à ce sujet, quelques réflexions que vous pardonnerez, à ce que
-j'espère, à un amateur zélé de tout ce qui concerne le pastillage, le
-papillotage (dont vous ne parlez pas) et le marronage.
-
-D'abord, je vous avouerai franchement que je n'ai point l'honneur de
-connoître le _Minautore_, mais seulement le Minotaure et que le royaume
-de Crète ne s'écrit point comme une crête de coq. Dans les quatre bonbons
-de votre invention, le premier, dites-vous, amusera sans offenser, et
-divertira sans déplaire; ce ne sera pas là un grand miracle, et si le
-bonbon est nouveau, au moins son effet ne l'est-il pas; car s'il offense
-ou déplaît, il n'amusera, ni ne divertira.
-
-Le bonbon d'Alger, qui rappellera un souvenir qui peut tourner au profit
-des malheureux, me feroit croire que son produit est destiné au
-soulagement des captifs; si cela est, je m'engage à en prendre jusqu'à la
-concurrence de trois livres de France, pour laquelle somme je compte en
-avoir au moins deux livres, le sucre étant fort diminué de prix depuis la
-paix. Pour que ce paquet m'arrive franc de port, vous pourrez le remettre
-à mon bon et respectable ami M. Barth, clerc de M. de la Reynière,
-avocat, place Louis-Quinze: comme nous avons un petit compte ensemble, il
-se fera un véritable plaisir de me faire cette légère avance. Vous me
-rendriez un service essentiel d'ajouter à ce petit envoi un recueil de
-vos devises, et une de vos pistaches à la portugaise que vous prétendez
-inimitables.
-
-J'avois envoyé à M. Duval, rue des Lombards, un détail des différentes
-pièces qui composent mon porte-feuille sucré, telles que chansons,
-madrigaux, ballades, triolets, rondeaux, sonnets, élégies, idylles,
-stances, épigrammes; le tout en six langues. Je lui avois offert de plus
-deux tragédies, partagées en soixante-dix morceaux, et des airs de
-danses; il a accepté le tout pour l'année prochaine, ayant été, dit-il,
-prévenu trop tard pour celle-ci. Je vous avoue que j'ai de la peine à
-croire que les ouvrages, dans ce genre, de votre homme de lettres assez
-connu, soient comparables aux miens.
-
-Votre idée de faire du Palais-Royal la capitale de Paris est assez
-heureuse: votre description du bonbon d'amour me fait craindre que vous
-n'y ayez inséré quelques ingrédiens propres à augmenter une passion déjà
-trop effrénée dans une jeunesse fougueuse.
-
-J'ai vu avec admiration jusqu'où vous aviez poussé la confiturerie, vous
-l'avez étendue jusqu'aux chaînes d'or et aux bijoux; ils sont,
-dites-vous, renfermés dans de jolies surprises; j'ai été en effet
-très-surpris de cette nouvelle branche de commerce, inconnue jusqu'à ce
-jour dans les ateliers de vos confrères, dont le mécontentement éclatera
-tôt ou tard, malgré le plaisir que ces cadeaux font aux dames. Cette
-dernière phrase ne peut regarder que des concubines et des prostituées,
-et donneroit à penser que vous recevez indistinctement toutes sortes de
-personnes.
-
-J'ai l'honneur d'être, etc.--CAILLOT-DUVAL.
-
- * * * * *
-
-
-_Réponse_
-
- Paris, 23 janvier 1786.
-
-J'ai reçu, mon cher monsieur, l'honneur de la vôtre du 11 janvier, par
-laquelle je vois avec plaisir l'intérêt que vous prenez à l'art de la
-confiturerie, qui de tout temps a été portée au degré qu'elle exige; mais
-comme le palais augmente journellement de délicatesse, il est difficile
-d'enrichir cette partie au gré des amateurs.
-
-Indistinctement me rappelez-vous l'effet qu'a produit mon prospectus au
-cabinet littéraire de votre ville j'ai tout lieu d'en être convaincu par
-la demande extraordinaire que vous me faites des objets y rappelés.
-
-Je me permets un moment d'entretien sur les réflections obligeantes de
-votre zèle à retourner le pastillage, le papillotage et le marronage, que
-j'ai effectivement omis vu que cette partie est trop commune pour en
-faire un préambule.
-
-Je ne m'étendrai point sur la décision du minotaure, qui à ce qui me
-paroît vous est plus connu que le minautore, je remet cette décision aux
-hommes de lettres ainsi que celle du royaume de Crète; je me bornerai
-seulement à vous satisfaire sur la délicatesse des objets que j'annonce
-en détruisant sans réflections vos soupçons sur mes quatre bonbons dont
-vous me parlez.
-
-Le premier (ditte vous) n'amuse ni ne diverti, je le croit en effet pour
-de certaines personnes, mais du moins ne dégout-il point ceux qui en font
-usage.
-
-Le second paroit vous être douteux à rappeller un souvenir au profit des
-malheureux captifs; si cela est (dite vous) vous vous engagerez
-formellement à en prendre jusqu'à la concurrence de 3 liv. de France; il
-paroit, mon cher monsieur, que vous êtes disposé à en rappeller un
-souvenir à tous vos amis, car pour le prix je pourrai vous en céder
-jusqu'à la concurrence d'une demi-livre.
-
-Vous me demandez un recueille de mes devises ainsy que de mes pistaches
-portugaises que j'ai annoncées inimitable jusqua présent non par la
-forme, mais par la délicatesse, j'aurai soin de contenter vos desirs au
-moment du tirage de l'imprimeur.
-
-J'espère que réciproquement vous voudrez bien me faire part des objets
-composant votre porte-feuille sucré, et surtout des deux tragédies
-partagées en soixante et dix morceaux, étant amateur d'en rapprocher le
-succès.
-
-Nayez, s'il vous plait, aucune crainte sur mon bonbon d'amour, ce qui est
-renfermé naugmente nullement ni ne diminue la passion de la jeunesse, sa
-composition est aussi naturelle que sa forme.
-
-Il paroit que vous avez été surpris sur la nouvelle branche de commerce
-d'étendre la confiturerie jusqu'aux chaînes de montres et bijoux d'or,
-inconnue, dites-vous, dans les atteliers de mes confrères; je ne connois
-aucun de mes confrères qui ait des atteliers; mais revenons à votre
-étonnement, cela ne doit pas vous paroitre plus extraordinaire que le
-genre dun homme de lettre qui forme ses réflections sur des objets qui
-lui sont inconnus.
-
-Enfin, pour répondre à votre dernière phrase, vous ne devez point trouver
-ridicule que dans un magazin il y entre indistinctement toutes espèces de
-personnes sans que le marchand soit exposé au moindre soupçon, ainsy je
-me crois à l'abri de tout reproches à cet égard, voila mon cher monsieur
-à ce que jespère, de quoi contenter le desir de vos réflections pour ce
-moment, moffrant à vous satisfaire dans tous vos desirs avenir ayant
-l'honneur d'être très-parfaitement.--BERTHEL.....
-
-
- * * * * *
-
-XI
-
-
-_A M. Urbon, lieutenant-général de police, à Nancy_
-
- (Caillot-Duval, travesti en père éploré, le prie de faire
- chercher sa fille, enlevée par un hussard. Le magistrat fait
- honneur à la requête sans se dissimuler sa bouffonnerie. C'est un
- mystifié du devoir).
-
- Paris, le 15 janvier 1786.
-
-Ah! mon cher monsieur, vous connoissez la force des sentimens paternels,
-jugez de ma douleur: j'ai perdu le soutien de ma vieillesse, ce fruit du
-plus tendre amour; ma fille, en un mot, dégénérant de la vertu de ses
-pères, s'est laissée prendre aux grossières amorces d'un enseigne de
-hussards de l'électeur palatin. Ce malheureux jeune homme, n'écoutant
-qu'une aveugle passion, a ravi cette fleur précieuse qui, une fois
-partie, ne revient plus; cet infâme, au mépris de ses sermens, vient de
-l'abandonner: j'en ai la preuve et je crois qu'elle s'est réfugiée dans
-votre ville. Veuillez bien, par vos recherches, rendre la vie à un père
-infortuné: je sens... je sens que j'ai des entrailles de père; qu'elle
-revienne à moi, je lui pardonne. Enfin, mon cher monsieur, je compte sur
-vos soins; vos yeux d'Argus auront bientôt pénétré le mystère, et
-porteront dans mon âme un baume consolateur.
-
-Pour rendre vos recherches plus faciles, voici le signalement de ma chère
-fille: elle est plutôt brune que blonde, les sourcils presque noirs, les
-yeux grands et bien fendus, le nez retroussé, la bouche petite, les dents
-blanches et le menton pointu; les joues vermeilles, la main potelée, le
-bras dodu, la gorge bien placée, une taille de nymphe, le pied chinois,
-le genou très droit, chose que vous savez être très rare dans une femme.
-J'ai de fortes raisons de croire qu'elle est chez quelque marchande de
-modes et qu'elle a changé de nom.
-
-Je me repose entièrement sur vous, qui êtes ma seule espérance, le vrai
-consolateur de la veuve et de l'orphelin, et la fleur des
-lieutenans-généraux de police de notre hémisphère.
-
-Recevez, mon cher monsieur, les assurances des sentiments avec lesquels
-j'ai l'honneur d'être, etc.--CAILLOT-DUVAL.
-
-
- * * * * *
-
-
-_Réponse_
-
- Nancy, le 29 janvier 1786.
-
-Malgré le style, j'ose dire comique, de votre lettre, monsieur, j'ai fait
-toutes les recherches qu'il m'a été possible pour tâcher de découvrir si
-mademoiselle votre fille s'étoit réfugiée dans notre ville; je crois
-pouvoir vous assurer que non: au moins est-il sûr qu'elle n'est chez
-aucune marchande de modes, où je n'ai trouvé personne qui ressemblât au
-portrait que vous m'en faites. Peut-être n'aura-t-elle fait que passer
-ici, et sera-t-elle allée plus loin, à Strasbourg, par exemple, qui,
-étant une fort grande ville, peut lui donner plus de facilités pour se
-tenir cachée. Je suis très-fâché, monsieur, de n'avoir pas de nouvelles
-plus satisfaisantes à vous donner; croyez que je n'ai pas épargné mes
-soins et mes peines.
-
-J'ai l'honneur d'être très-parfaitement, monsieur, votre, etc.--URLON.
-
- * * * * *
-
-
-XII
-
-
-_A Mossy, imprimeur-libraire, à Marseille._
-
- (Offre d'un poème de vingt feuilles in-octavo: _La Conquête de la
- Basse-Egypte_, en attendant un second volume sur la Conquête de
- la Haute. Mossy, accepte cette «marque d'affection», comme
- imprimeur bien entendu).
-
- Nancy, le 26 octobre 1786.
-
-Ah! mon cher monsieur, que de regrets nous donne tous les jours le
-changement qu'a éprouvé la rédaction du journal de Marseille! Depuis que
-vous l'avez abandonné, on n'y voit que des rébus et des radotages:
-quelques mauvais logogryphes, des annonces mille fois répétées, des
-lettres d'un sieur Pascal, qui se dit maître de langues, mais qui ne
-l'est pas, à coup sûr, de la langue française, et d'autres pareilles
-sottises le remplissent tour à tour. N'y auroit-il pas moyen de faire
-cesser un abus aussi criant? et le privilège du sieur Beaujard[32]
-sera-t-il donc éternel? J'ai quelque crédit dans les bureaux du contrôle
-général; si je pouvois vous y servir, et, par mon entremise, faire
-rentrer dans vos mains un privilège qui n'eût jamais dû en sortir, je
-m'estimerois trop heureux, et je croirois avoir rendu un service éclatant
-à mes compatriotes (car je suis Provençal, afin que vous le sachiez).
-J'espère que si nous réussissons, vous purgerez ce petit ouvrage des
-sottises sans nombre dont il est le tombeau. Vous vous doutez bien que je
-comprends dans le nombre les poësies beaucoup trop fréquentes de M. R...,
-qui a l'attention, à la vérité, de ne mettre que la première lettre de
-son nom, mais qu'on devine sans peine, pour peu qu'on soit fait à son
-misérable genre: le bout d'oreille paroît de tous côtés.
-
- [32] Trois mois après, Caillot félicitait perfidement le même
- Beaujard d'avoir si bien remplacé «le sieur Mossy», mais Beaujard
- ne répondit pas.
-
-Un de mes amis qui arrive de Marseille m'a assuré que votre cabinet
-littéraire étoit, comme par le passé, le rendez-vous de la crême des gens
-d'esprit de votre ville; il m'a ajouté que cette illustre assemblée étoit
-présidée dans ce moment-ci par un magistrat respectable, le père des
-orphelins, des veuves, et sur-tout des étrangers; en un mot, l'avocat du
-roi G..., qui remplit avec autant de dignité que d'éclat cette honorable
-charge.
-
-De tout temps, monsieur, je me suis adonné à la littérature: les
-jouissances que procure le monde ne peuvent être comparées à celles
-qu'éprouve un véritable amateur de lettres. Je viens de terminer un poëme
-dont j'avois depuis longtemps les matériaux; les dernières nouvelles du
-Caire me permettent de le mettre au jour; il est intitulé: _La Conquête
-de la Basse-Egypte_, par le capitaine Pacha. Vous serez surtout satisfait
-de l'épisode des Pyramides, monument éternel de la grandeur des anciens,
-à laquelle nous n'atteindrons jamais; vous serez aussi frappé du récit de
-la mort de _Murat-Bey_ et du discours que je lui fais prononcer à cet
-instant fatal. J'ai jeté les yeux sur vous, mon cher monsieur, pour la
-publication de cet important ouvrage; la beauté de ceux qui sont sortis
-de vos presses m'a décidé: oui, la typographie doit s'honorer d'avoir des
-artistes comme vous. Je vais vous parler confidemment: je me serois bien
-adressé à Didot; mais, de vous à moi, qu'est-ce qui fait la beauté de ses
-ouvrages? le papier, _le papier_, LE PAPIER[33]! je crois que vous
-penserez de même; en conséquence, je vais mettre au net mon ouvrage.
-Mandez-moi par quelle voie il faut que je vous l'envoie, et quel censeur
-je puis demander à Marseille; il aura environ vingt feuilles in-8º, ce
-qui fera un volume raisonnable. Si votre réponse tardoit plus de quinze
-jours, je me croirois autorisé à vous envoyer mon manuscrit; je vous en
-préviens.
-
-J'ai l'honneur d'être, etc.--CAILLOT-DUVAL.
-
-_P. S._ Mon nom, quoiqu'assez connu, j'ose le dire, dans la littérature
-allemande, ne l'est pas encore beaucoup dans la littérature française,
-car l'ouvrage que j'annonce est le premier que je mets au jour; je me
-flatte pourtant que vous n'en serez pas mécontent, et qu'il ne fera pas
-honte à votre imprimerie, dont il est sorti tant de chef-d'œuvres.
-J'espère que vous voudrez bien ne pas ébruiter cette lettre: elle
-pourroit parvenir à M. Beaujard[34] qui feroit son possible pour mettre
-obstacle à l'envie que j'ai de vous être utile, soit pour le recouvrement
-du privilège du journal, s'il est encore à votre convenance, soit pour
-tout autre chose, si vous avez renoncé à cet article-là.
-
- [33] Celui de l'imprimerie Mossy était détestable. D'où la
- malice.
-
- [34] C'était le rédacteur du journal de Marseille. V. pages 146,
- 147.
-
-Je vais m'occuper du second volume du même ouvrage, qui sera la _Conquête
-de la Haute-Egypte_, dont je ne doute pas que mon héros ne se rende
-bientôt maître.
-
- * * * * *
-
-
-_Réponse._
-
- Marseille, le 7 novembre 1786.
-
-J'ai reçu, monsieur, la flatteuse lettre que vous m'avez fait l'honneur
-de m'écrire, en date du 26 du mois passé: je suis très-sensible à
-l'intérêt que vous voulez bien prendre à mes succès, et à l'envie que
-vous auriez de les augmenter. Il ne m'appartient pas de dire mon
-sentiment sur la valeur actuelle du journal de Marseille: quoique je
-n'aye pas renoncé au projet de le ravoir, le ménagement que je dois
-garder vis-à-vis certaines personnes, touchées de commisération pour
-l'auteur actuel de ce journal, me font garder le silence; et d'ailleurs
-c'est un objet si mince par lui-même, qu'il est incapable de donner un
-pain à son rédacteur, ainsi cela fait un fort petit sacrifice.
-
-Venons actuellement au point principal, qui est la préférence dont vous
-voulez bien m'honorer, en me donnant à imprimer votre poëme nouveau de la
-conquête de la Basse-Egypte; cette marque d'affection de votre part m'est
-extrêmement gracieuse, et vous pouvez être assuré que je serai toujours
-très-disposé à entrer dans vos vues.
-
-Cependant, comme votre intention seroit peut-être de me faire passer
-votre manuscrit par la voie dispendieuse de la poste, je vais vous donner
-un moyen plus économique de me le faire parvenir.
-
-Il est sûr que vous avez à Nancy des libraires qui ont des
-correspondances à Paris, chez M. Delalain le jeune, rue St-Jacques, qui
-m'expédie tous les 15 jours, et qui est à même de les recevoir de suite,
-n'étant éloigné que de soixante lieues: veuillez m'adresser votre poëme
-sous son pli.
-
-Je suis bien aise d'ailleurs de vous informer que je ne pourrai guères
-commencer votre ouvrage qu'en février prochain, ayant actuellement sous
-presse[35] un ouvrage de très-grande conséquence; c'est un _dictionnaire
-critique de la langue française_, qui renfermera tout ce qu'on peut dire
-sur cette langue, aujourd'hui si générale. Il renfermera la vraie
-prononciation de chaque mot, sa prosodie, sa valeur, ses différentes
-acceptions, ses vraies significations, ses nuances, ses synonymes; enfin,
-il sera enrichi de remarques grammaticales, et renfermera des critiques
-raisonnées; tous nos meilleurs auteurs y sont passés en revue: enfin, je
-pense que ce sera un ouvrage qui fera sûrement la plus grande sensation
-parmi les savans, et sera très-utile aux étrangers; il aura trois grands
-volumes in-4º.
-
- [35] Grisé par la comparaison de sa mauvaise imprimerie à celle
- de Didot, Mossy annonce comme nouveauté purement Marseillaise la
- longue paraphrase d'un Dictionnaire Grammatical déjà publié à
- Paris en 1768 et 1786, et en 1761 à Avignon.
-
-Ce qui doit nous faire plaisir, c'est que ce sera un Marseillais qui sera
-le restaurateur de la langue française: la Provence aura produit en même
-temps un grand homme de guerre (M. de Suffren) et un grand littérateur
-(M. l'abbé Feraud).
-
-Voilà, monsieur, une assez longue lettre: je vous prie d'excuser mon
-bavardage.
-
-J'ai l'honneur d'être, etc.--MOSSY.
-
- * * * * *
-
-
-[Illustration: décoration]
-
-
-TABLE DES NOMS DE PERSONNES CITÉS DANS LA CORRESPONDANCE
-
- Pages
-
- Aubert (l'abbé), journaliste, sa prétendue réponse à Caillot-Duval,
- reproduite dans notre édition de 1864, d'après le feuilleton de
- Paul Lacroix (Journal _Le Pays_, 6 mai 1855), 13
-
- Aubert, organiste, 129
-
- Beaujard (Beaugeard), journaliste, 148, 152
-
- Berthelemot, confiseur, 134
-
- Boisgelin (marquis de), voir ci-après.--V. p. 18
-
- Boisgelin (chevalier de). Une étroite amitié liait le chevalier
- de Boisgelin et le comte Fortia de Piles. Ce dernier était
- lieutenant en 2e au régiment du Roi depuis le 4 mai 1783; il
- était arrivé au corps en 1776. P. M. L. Boisgelin de Kerdu,
- moins ancien, était sous-lieutenant du 9 mai 1784. Promu
- capitaine au 105e le 1er avril 1791, il avait émigré, se
- trouvait en 1793 avec le même grade au régiment du Royal Louis
- dans Toulon assiégé, et il y fut blessé. Après les campagnes de
- Corse et de Quiberon (1794-1795) il resta à la demi-paye anglaise
- et fut retraité en 1808 comme lieutenant-colonel; la pension de
- ce grade (1.486 francs) lui fut liquidée en France le 17 août
- 1816. M. le marquis de Boisgelin, qui habite Aix-en-Provence, a
- bien voulu nous adresser une notice substantielle qui complète
- les renseignements donnés par la _Biographie Michaud_. Nous
- regrettons vivement que le cadre limité de cette publication
- n'en permette pas ici l'insertion, 2, 7, 8, 157
-
- Breteuil (baron de), 26
-
- Breteuil (son édition dont la date n'est pas citée est celle de
- 1769. V. Kabardinski), 55
-
- Caillot-Duval, nom supposé. (V. l'avant-propos), 2 à 9
-
- Chaumont, perruquier, 125
-
- Delalain, libraire, 154
-
- Delaunay (Mme), entremetteuse, 99
-
- Didot, imprimeur, 150
-
- Féraud (l'abbé), 156
-
- Fortia de Piles, 2, 6, 7, 8, 75, 133, 157
-
- Fortia d'Urban, 7
-
- Grimod de la Reynière, 12
-
- Kabarda, Kabardie, pays du Caucase, 44, 90. V. Kabardinski.
-
- Kabardinski, prince, nom supposé, Buffon, cité pour le faire
- prendre au sérieux, parle en effet (éd. de 1769 T. 5, p. 20) de
- trois cents superbes guerriers à cheval venant de Kabarda au
- service de la Russie. «Ce sont les Kabardinski» dit-il. Mais ils
- sont trois cents, ce qui fait supposer un nom de Tribu, 21 à 99
-
- Lacroix (Paul), 13, 18 à 22
-
- La Roche (Texier de), officier, 111, 114
-
- Le Cat, procureur, 75
-
- Lefort, professeur de musique, 117
-
- Lheureux de Chanteloup, ornithologue, 122
-
- Mossy, imprimeur, 147
-
- Rétif de la Bretonne, 75
-
- Sainville (Mlle), V. Saulnier, 21
-
- Saulnier aînée, 3, 26 à 73
-
- Saulnier cadette, de l'Opéra, _idem_. (En 1786, elle transporta
- son domicile de la rue de la Lune au Marais, rue Portefoin; en
- 1793, rue de Bondy, 22)
-
- Siville (Mlle), V. Saulnier, 22
-
- Soudé, bottier, 108
-
- Urlon, lieut. de police, 143
-
-
-
-
-[Illustration: décoration]
-
- ACHEVÉ D'IMPRIMER
-
- A LAVAL
-
- _le 3 Mai 1901_
-
- SUR LES PRESSES DE
-
- L. BARNÉOUD & Cie
-
- POUR
-
- H. DARAGON, LIBRAIRE
-
-[Illustration: décoration]
-
-
-
-
-
-End of the Project Gutenberg EBook of Les mystifications de Caillot-Duval, by
-Alphonse de Fortia de Piles
-
-*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK MYSTIFICATIONS DE CAILLOT-DUVAL ***
-
-***** This file should be named 52843-0.txt or 52843-0.zip *****
-This and all associated files of various formats will be found in:
- http://www.gutenberg.org/5/2/8/4/52843/
-
-Produced by Clarity, Hélène de Mink, and the Online
-Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net (This
-file was produced from images generously made available
-by The Internet Archive/Canadian Libraries)
-
-Updated editions will replace the previous one--the old editions will
-be renamed.
-
-Creating the works from print editions not protected by U.S. copyright
-law means that no one owns a United States copyright in these works,
-so the Foundation (and you!) can copy and distribute it in the United
-States without permission and without paying copyright
-royalties. Special rules, set forth in the General Terms of Use part
-of this license, apply to copying and distributing Project
-Gutenberg-tm electronic works to protect the PROJECT GUTENBERG-tm
-concept and trademark. Project Gutenberg is a registered trademark,
-and may not be used if you charge for the eBooks, unless you receive
-specific permission. If you do not charge anything for copies of this
-eBook, complying with the rules is very easy. You may use this eBook
-for nearly any purpose such as creation of derivative works, reports,
-performances and research. They may be modified and printed and given
-away--you may do practically ANYTHING in the United States with eBooks
-not protected by U.S. copyright law. Redistribution is subject to the
-trademark license, especially commercial redistribution.
-
-START: FULL LICENSE
-
-THE FULL PROJECT GUTENBERG LICENSE
-PLEASE READ THIS BEFORE YOU DISTRIBUTE OR USE THIS WORK
-
-To protect the Project Gutenberg-tm mission of promoting the free
-distribution of electronic works, by using or distributing this work
-(or any other work associated in any way with the phrase "Project
-Gutenberg"), you agree to comply with all the terms of the Full
-Project Gutenberg-tm License available with this file or online at
-www.gutenberg.org/license.
-
-Section 1. General Terms of Use and Redistributing Project
-Gutenberg-tm electronic works
-
-1.A. By reading or using any part of this Project Gutenberg-tm
-electronic work, you indicate that you have read, understand, agree to
-and accept all the terms of this license and intellectual property
-(trademark/copyright) agreement. If you do not agree to abide by all
-the terms of this agreement, you must cease using and return or
-destroy all copies of Project Gutenberg-tm electronic works in your
-possession. If you paid a fee for obtaining a copy of or access to a
-Project Gutenberg-tm electronic work and you do not agree to be bound
-by the terms of this agreement, you may obtain a refund from the
-person or entity to whom you paid the fee as set forth in paragraph
-1.E.8.
-
-1.B. "Project Gutenberg" is a registered trademark. It may only be
-used on or associated in any way with an electronic work by people who
-agree to be bound by the terms of this agreement. There are a few
-things that you can do with most Project Gutenberg-tm electronic works
-even without complying with the full terms of this agreement. See
-paragraph 1.C below. There are a lot of things you can do with Project
-Gutenberg-tm electronic works if you follow the terms of this
-agreement and help preserve free future access to Project Gutenberg-tm
-electronic works. See paragraph 1.E below.
-
-1.C. The Project Gutenberg Literary Archive Foundation ("the
-Foundation" or PGLAF), owns a compilation copyright in the collection
-of Project Gutenberg-tm electronic works. Nearly all the individual
-works in the collection are in the public domain in the United
-States. If an individual work is unprotected by copyright law in the
-United States and you are located in the United States, we do not
-claim a right to prevent you from copying, distributing, performing,
-displaying or creating derivative works based on the work as long as
-all references to Project Gutenberg are removed. Of course, we hope
-that you will support the Project Gutenberg-tm mission of promoting
-free access to electronic works by freely sharing Project Gutenberg-tm
-works in compliance with the terms of this agreement for keeping the
-Project Gutenberg-tm name associated with the work. You can easily
-comply with the terms of this agreement by keeping this work in the
-same format with its attached full Project Gutenberg-tm License when
-you share it without charge with others.
-
-1.D. The copyright laws of the place where you are located also govern
-what you can do with this work. Copyright laws in most countries are
-in a constant state of change. If you are outside the United States,
-check the laws of your country in addition to the terms of this
-agreement before downloading, copying, displaying, performing,
-distributing or creating derivative works based on this work or any
-other Project Gutenberg-tm work. The Foundation makes no
-representations concerning the copyright status of any work in any
-country outside the United States.
-
-1.E. Unless you have removed all references to Project Gutenberg:
-
-1.E.1. The following sentence, with active links to, or other
-immediate access to, the full Project Gutenberg-tm License must appear
-prominently whenever any copy of a Project Gutenberg-tm work (any work
-on which the phrase "Project Gutenberg" appears, or with which the
-phrase "Project Gutenberg" is associated) is accessed, displayed,
-performed, viewed, copied or distributed:
-
- This eBook is for the use of anyone anywhere in the United States and
- most other parts of the world at no cost and with almost no
- restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or re-use it
- under the terms of the Project Gutenberg License included with this
- eBook or online at www.gutenberg.org. If you are not located in the
- United States, you'll have to check the laws of the country where you
- are located before using this ebook.
-
-1.E.2. If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is
-derived from texts not protected by U.S. copyright law (does not
-contain a notice indicating that it is posted with permission of the
-copyright holder), the work can be copied and distributed to anyone in
-the United States without paying any fees or charges. If you are
-redistributing or providing access to a work with the phrase "Project
-Gutenberg" associated with or appearing on the work, you must comply
-either with the requirements of paragraphs 1.E.1 through 1.E.7 or
-obtain permission for the use of the work and the Project Gutenberg-tm
-trademark as set forth in paragraphs 1.E.8 or 1.E.9.
-
-1.E.3. If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is posted
-with the permission of the copyright holder, your use and distribution
-must comply with both paragraphs 1.E.1 through 1.E.7 and any
-additional terms imposed by the copyright holder. Additional terms
-will be linked to the Project Gutenberg-tm License for all works
-posted with the permission of the copyright holder found at the
-beginning of this work.
-
-1.E.4. Do not unlink or detach or remove the full Project Gutenberg-tm
-License terms from this work, or any files containing a part of this
-work or any other work associated with Project Gutenberg-tm.
-
-1.E.5. Do not copy, display, perform, distribute or redistribute this
-electronic work, or any part of this electronic work, without
-prominently displaying the sentence set forth in paragraph 1.E.1 with
-active links or immediate access to the full terms of the Project
-Gutenberg-tm License.
-
-1.E.6. You may convert to and distribute this work in any binary,
-compressed, marked up, nonproprietary or proprietary form, including
-any word processing or hypertext form. However, if you provide access
-to or distribute copies of a Project Gutenberg-tm work in a format
-other than "Plain Vanilla ASCII" or other format used in the official
-version posted on the official Project Gutenberg-tm web site
-(www.gutenberg.org), you must, at no additional cost, fee or expense
-to the user, provide a copy, a means of exporting a copy, or a means
-of obtaining a copy upon request, of the work in its original "Plain
-Vanilla ASCII" or other form. Any alternate format must include the
-full Project Gutenberg-tm License as specified in paragraph 1.E.1.
-
-1.E.7. Do not charge a fee for access to, viewing, displaying,
-performing, copying or distributing any Project Gutenberg-tm works
-unless you comply with paragraph 1.E.8 or 1.E.9.
-
-1.E.8. You may charge a reasonable fee for copies of or providing
-access to or distributing Project Gutenberg-tm electronic works
-provided that
-
-* You pay a royalty fee of 20% of the gross profits you derive from
- the use of Project Gutenberg-tm works calculated using the method
- you already use to calculate your applicable taxes. The fee is owed
- to the owner of the Project Gutenberg-tm trademark, but he has
- agreed to donate royalties under this paragraph to the Project
- Gutenberg Literary Archive Foundation. Royalty payments must be paid
- within 60 days following each date on which you prepare (or are
- legally required to prepare) your periodic tax returns. Royalty
- payments should be clearly marked as such and sent to the Project
- Gutenberg Literary Archive Foundation at the address specified in
- Section 4, "Information about donations to the Project Gutenberg
- Literary Archive Foundation."
-
-* You provide a full refund of any money paid by a user who notifies
- you in writing (or by e-mail) within 30 days of receipt that s/he
- does not agree to the terms of the full Project Gutenberg-tm
- License. You must require such a user to return or destroy all
- copies of the works possessed in a physical medium and discontinue
- all use of and all access to other copies of Project Gutenberg-tm
- works.
-
-* You provide, in accordance with paragraph 1.F.3, a full refund of
- any money paid for a work or a replacement copy, if a defect in the
- electronic work is discovered and reported to you within 90 days of
- receipt of the work.
-
-* You comply with all other terms of this agreement for free
- distribution of Project Gutenberg-tm works.
-
-1.E.9. If you wish to charge a fee or distribute a Project
-Gutenberg-tm electronic work or group of works on different terms than
-are set forth in this agreement, you must obtain permission in writing
-from both the Project Gutenberg Literary Archive Foundation and The
-Project Gutenberg Trademark LLC, the owner of the Project Gutenberg-tm
-trademark. Contact the Foundation as set forth in Section 3 below.
-
-1.F.
-
-1.F.1. Project Gutenberg volunteers and employees expend considerable
-effort to identify, do copyright research on, transcribe and proofread
-works not protected by U.S. copyright law in creating the Project
-Gutenberg-tm collection. Despite these efforts, Project Gutenberg-tm
-electronic works, and the medium on which they may be stored, may
-contain "Defects," such as, but not limited to, incomplete, inaccurate
-or corrupt data, transcription errors, a copyright or other
-intellectual property infringement, a defective or damaged disk or
-other medium, a computer virus, or computer codes that damage or
-cannot be read by your equipment.
-
-1.F.2. LIMITED WARRANTY, DISCLAIMER OF DAMAGES - Except for the "Right
-of Replacement or Refund" described in paragraph 1.F.3, the Project
-Gutenberg Literary Archive Foundation, the owner of the Project
-Gutenberg-tm trademark, and any other party distributing a Project
-Gutenberg-tm electronic work under this agreement, disclaim all
-liability to you for damages, costs and expenses, including legal
-fees. YOU AGREE THAT YOU HAVE NO REMEDIES FOR NEGLIGENCE, STRICT
-LIABILITY, BREACH OF WARRANTY OR BREACH OF CONTRACT EXCEPT THOSE
-PROVIDED IN PARAGRAPH 1.F.3. YOU AGREE THAT THE FOUNDATION, THE
-TRADEMARK OWNER, AND ANY DISTRIBUTOR UNDER THIS AGREEMENT WILL NOT BE
-LIABLE TO YOU FOR ACTUAL, DIRECT, INDIRECT, CONSEQUENTIAL, PUNITIVE OR
-INCIDENTAL DAMAGES EVEN IF YOU GIVE NOTICE OF THE POSSIBILITY OF SUCH
-DAMAGE.
-
-1.F.3. LIMITED RIGHT OF REPLACEMENT OR REFUND - If you discover a
-defect in this electronic work within 90 days of receiving it, you can
-receive a refund of the money (if any) you paid for it by sending a
-written explanation to the person you received the work from. If you
-received the work on a physical medium, you must return the medium
-with your written explanation. The person or entity that provided you
-with the defective work may elect to provide a replacement copy in
-lieu of a refund. If you received the work electronically, the person
-or entity providing it to you may choose to give you a second
-opportunity to receive the work electronically in lieu of a refund. If
-the second copy is also defective, you may demand a refund in writing
-without further opportunities to fix the problem.
-
-1.F.4. Except for the limited right of replacement or refund set forth
-in paragraph 1.F.3, this work is provided to you 'AS-IS', WITH NO
-OTHER WARRANTIES OF ANY KIND, EXPRESS OR IMPLIED, INCLUDING BUT NOT
-LIMITED TO WARRANTIES OF MERCHANTABILITY OR FITNESS FOR ANY PURPOSE.
-
-1.F.5. Some states do not allow disclaimers of certain implied
-warranties or the exclusion or limitation of certain types of
-damages. If any disclaimer or limitation set forth in this agreement
-violates the law of the state applicable to this agreement, the
-agreement shall be interpreted to make the maximum disclaimer or
-limitation permitted by the applicable state law. The invalidity or
-unenforceability of any provision of this agreement shall not void the
-remaining provisions.
-
-1.F.6. INDEMNITY - You agree to indemnify and hold the Foundation, the
-trademark owner, any agent or employee of the Foundation, anyone
-providing copies of Project Gutenberg-tm electronic works in
-accordance with this agreement, and any volunteers associated with the
-production, promotion and distribution of Project Gutenberg-tm
-electronic works, harmless from all liability, costs and expenses,
-including legal fees, that arise directly or indirectly from any of
-the following which you do or cause to occur: (a) distribution of this
-or any Project Gutenberg-tm work, (b) alteration, modification, or
-additions or deletions to any Project Gutenberg-tm work, and (c) any
-Defect you cause.
-
-Section 2. Information about the Mission of Project Gutenberg-tm
-
-Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
-electronic works in formats readable by the widest variety of
-computers including obsolete, old, middle-aged and new computers. It
-exists because of the efforts of hundreds of volunteers and donations
-from people in all walks of life.
-
-Volunteers and financial support to provide volunteers with the
-assistance they need are critical to reaching Project Gutenberg-tm's
-goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
-remain freely available for generations to come. In 2001, the Project
-Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
-and permanent future for Project Gutenberg-tm and future
-generations. To learn more about the Project Gutenberg Literary
-Archive Foundation and how your efforts and donations can help, see
-Sections 3 and 4 and the Foundation information page at
-www.gutenberg.org
-
-
-
-Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
-
-The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
-501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
-state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
-Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification
-number is 64-6221541. Contributions to the Project Gutenberg Literary
-Archive Foundation are tax deductible to the full extent permitted by
-U.S. federal laws and your state's laws.
-
-The Foundation's principal office is in Fairbanks, Alaska, with the
-mailing address: PO Box 750175, Fairbanks, AK 99775, but its
-volunteers and employees are scattered throughout numerous
-locations. Its business office is located at 809 North 1500 West, Salt
-Lake City, UT 84116, (801) 596-1887. Email contact links and up to
-date contact information can be found at the Foundation's web site and
-official page at www.gutenberg.org/contact
-
-For additional contact information:
-
- Dr. Gregory B. Newby
- Chief Executive and Director
- gbnewby@pglaf.org
-
-Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg
-Literary Archive Foundation
-
-Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
-spread public support and donations to carry out its mission of
-increasing the number of public domain and licensed works that can be
-freely distributed in machine readable form accessible by the widest
-array of equipment including outdated equipment. Many small donations
-($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
-status with the IRS.
-
-The Foundation is committed to complying with the laws regulating
-charities and charitable donations in all 50 states of the United
-States. Compliance requirements are not uniform and it takes a
-considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
-with these requirements. We do not solicit donations in locations
-where we have not received written confirmation of compliance. To SEND
-DONATIONS or determine the status of compliance for any particular
-state visit www.gutenberg.org/donate
-
-While we cannot and do not solicit contributions from states where we
-have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
-against accepting unsolicited donations from donors in such states who
-approach us with offers to donate.
-
-International donations are gratefully accepted, but we cannot make
-any statements concerning tax treatment of donations received from
-outside the United States. U.S. laws alone swamp our small staff.
-
-Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
-methods and addresses. Donations are accepted in a number of other
-ways including checks, online payments and credit card donations. To
-donate, please visit: www.gutenberg.org/donate
-
-Section 5. General Information About Project Gutenberg-tm electronic works.
-
-Professor Michael S. Hart was the originator of the Project
-Gutenberg-tm concept of a library of electronic works that could be
-freely shared with anyone. For forty years, he produced and
-distributed Project Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of
-volunteer support.
-
-Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
-editions, all of which are confirmed as not protected by copyright in
-the U.S. unless a copyright notice is included. Thus, we do not
-necessarily keep eBooks in compliance with any particular paper
-edition.
-
-Most people start at our Web site which has the main PG search
-facility: www.gutenberg.org
-
-This Web site includes information about Project Gutenberg-tm,
-including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
-Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
-subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks.
-
diff --git a/old/52843-0.zip b/old/52843-0.zip
deleted file mode 100644
index 2164283..0000000
--- a/old/52843-0.zip
+++ /dev/null
Binary files differ
diff --git a/old/52843-h.zip b/old/52843-h.zip
deleted file mode 100644
index 28a99c4..0000000
--- a/old/52843-h.zip
+++ /dev/null
Binary files differ
diff --git a/old/52843-h/52843-h.htm b/old/52843-h/52843-h.htm
deleted file mode 100644
index 7860e9d..0000000
--- a/old/52843-h/52843-h.htm
+++ /dev/null
@@ -1,5142 +0,0 @@
- <!DOCTYPE html PUBLIC "-//W3C//DTD XHTML 1.0 Strict//EN"
- "http://www.w3.org/TR/xhtml1/DTD/xhtml1-strict.dtd">
- <html xmlns="http://www.w3.org/1999/xhtml" xml:lang="fr" lang="fr">
- <head>
- <meta http-equiv="Content-Type"
- content="text/html;charset=iso-8859-1" />
- <meta http-equiv="Content-Style-Type" content="text/css" />
- <title>
- The Project Gutenberg's eBook of Les mystifications de Caillot-Duval, by Alphonse de Fortia de Piles</title>
- <link rel="coverpage" href="images/cover.jpg" />
- <style type="text/css">
-
- h1,h2 {text-align: center;
- clear: both;}
-
- h1 {margin-top: 0.5em; margin-bottom: 0.3em;}
-
- h2 {margin-top: 4em; margin-bottom: 2em;}
-
- h2.normal {margin-top: 0em; margin-bottom: 1em;
- page-break-after: avoid;}
-
- div.titlepage,
- div.frontmatter
- {
- text-align: center;
- page-break-before: always;
- page-break-after: always;
- }
-
- div.titlepage p
- {
- text-align: center;
- font-weight: bold;
- line-height: 1.3em;
- }
-
- div.frontmatter p
- {
- text-align: center;
- margin-top: 0.5em;
- }
-
- .titlepage p
- {
- text-align: center;
- font-weight: bold;
- line-height: 1.3em;
- }
-
- div.chapter
- {page-break-before: always; margin-top: 2em; margin-bottom: 1em; text-align: center;}
-
- div.topspace {margin-top: 3em; margin-bottom: 0.1em;}
-
- .space {margin-top: 2em;}
-
- .end
- {
- text-align: center;
- }
-
- hr.deco {width: 5%;}
- hr.tb {width: 5%; margin-top: 2em; margin-bottom: 2em;}
- hr.chap {width: 15%; margin-top: 2em; margin-bottom: 2em;}
-
- div.heading
- {page-break-before: always; margin-top: 4em;}
-
- .poetry {font-size: 95%; margin-left: 20%; margin-right: 10%;
- margin-bottom: 1em; text-align: left; }
- .poetry .stanza { margin: 1em 0em 1em 0em; }
- .poetry p { margin: 0; padding-left: 3em; text-indent: -3em; }
- .poetry p.i1 {margin-left: 1em;}
- .poetry p.i2 {margin-left: 2em;}
- .poetry p.i3 {margin-left: 3em;}
- .poetry p.i6 {margin-left: 6em;}
- .poetry p.i9 {margin-left: 9em;}
-
- table {margin-left: auto; margin-right: auto;}
- .tdl {text-align: left; vertical-align: top;
- padding-left: 3em; text-indent: -1em;}
- .tdr {text-align: right; vertical-align: bottom;}
- .tdc {text-align: center;}
- th {padding-top: 2em; padding-bottom: 1em;}
-
- #ToC {width: 80%;}
- #exem {padding-top: 0.1em;}
-
- .pagenum { /* uncomment the next line for invisible page numbers */
- /* visibility: hidden; */
- position: absolute;
- right: 5%;
- font-size: 0.6em;
- font-variant: normal;
- font-style: normal;
- text-align: right;
- background-color: #FFFACD;
- border: 1px solid;
- padding: 0.3em;
- text-indent: 0em;
- } /* page numbers */
-
- .pagenumh { display: none; }
-
-/* footnotes */
- .footnotes {border: 1px dashed; padding-bottom: 2em; background-color: #F0FFFF;}
- .footnote {margin-left: 8%; margin-right: 8%; font-size: 0.9em;}
- .footnote .label,
- .fnanchor {vertical-align: 25%; text-decoration: none; font-size: x-small;
- font-weight: normal; font-style: normal;}
-
- .tnote {margin: auto;
- margin-top: 2em;
- border: 1px solid;
- padding: 1em;
- background-color: #F0FFFF;
- width: 25em;}
-
- sup {font-size: 0.7em; font-variant: normal; vertical-align: top;}
-
- .indent {margin-left: 20%; margin-right: 5%; font-size: 0.9em;
- margin-top: 0.5em;}
- .hanging {margin-left: 2em; text-indent: -1em;}
-
- .extra {font-size: 130%; font-weight: bold; text-align: center;
- line-height: 1.5em;}
- .smcap {font-variant: small-caps; font-size: 90%;}
-
- .smallc {font-size: 85%; text-transform: uppercase;}
- .center {text-align: center;}
- .date {font-size: 85%; margin-left: 5%;}
- .quote {font-size: 95%; margin-left: 20%; margin-right: 10%;}
- .ad {text-align: center;}
- .titre {text-align: center; font-size: medium;}
- .titel {margin-left: 5%;}
- .dater {font-size: small; margin-left: 65%;}
- .signature {margin-left: 55%;}
- .cap {font-size: 110%;}
-
- .figcenter {margin: auto; text-align: center;
- page-break-after: avoid;}
-
- .i15 {margin-left: 0.4em;}
- .i18 {margin-left: 0.8em;}
- .i1 {margin-left: 1em;}
- .i2 {margin-left: 2em;}
- .i4 {margin-left: 4em;}
- .i6 {margin-left: 6em;}
- .i9 {margin-left: 9em;}
-
- .xxs {font-size: xx-small;}
- .xs {font-size: x-small;}
- .small {font-size: small;}
- .medium {font-size: medium;}
- .large {font-size: large;}
- .xlarge {font-size: x-large;}
- .xxlarge {font-size: xx-large;}
-
-@media screen
-{
- body
- {
- width: 90%;
- max-width: 45em;
- margin: auto;
- }
-
- p
- {
- margin-top: .75em;
- margin-bottom: .75em;
- text-align: justify;
- }
-}
-
-@media print, handheld
-{
- p
- {
- margin-top: .75em;
- text-align: justify;
- margin-bottom: .75em;
- }
-
- .poetry
- {
- margin: 2em;
- display: block;
- }
-
- .smcap
- {
- text-transform: uppercase;
- font-size: 90%;
- }
-
- hr.deco
- {
- width: 5%;
- margin-left: 47.5%;
- }
-
- hr.tb
- {
- width: 5%;
- margin-left: 47.5%;
- margin-top: 0.5em;
- margin-bottom: 0.5em;
- }
-}
-
-@media handheld
-{
- body
- {
- margin: 0;
- padding: 0;
- width: 90%;
- }
-
- #ToC,
- .tnote
- {
- width: auto;
- }
-
- .signature
- {
- margin-left: 4%;
- }
-
- .dater
- {
- margin-left: 2%;
- }
-}
-
- </style>
- </head>
-<body>
-
-
-<pre>
-
-The Project Gutenberg EBook of Les mystifications de Caillot-Duval, by
-Alphonse de Fortia de Piles
-
-This eBook is for the use of anyone anywhere in the United States and most
-other parts of the world at no cost and with almost no restrictions
-whatsoever. You may copy it, give it away or re-use it under the terms of
-the Project Gutenberg License included with this eBook or online at
-www.gutenberg.org. If you are not located in the United States, you'll have
-to check the laws of the country where you are located before using this ebook.
-
-Title: Les mystifications de Caillot-Duval
-
-Author: Alphonse de Fortia de Piles
-
-Editor: Étienne Lorédan Larchey
-
-Release Date: August 18, 2016 [EBook #52843]
-
-Language: French
-
-Character set encoding: ISO-8859-1
-
-*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK MYSTIFICATIONS DE CAILLOT-DUVAL ***
-
-
-
-
-Produced by Clarity, Hélène de Mink, and the Online
-Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net (This
-file was produced from images generously made available
-by The Internet Archive/Canadian Libraries)
-
-
-
-
-
-
-</pre>
-
-
-<div class="tnote">
-<p>Note sur la transcription: Les erreurs clairement introduites par le typographe ont été corrigées.
-L'orthographe d'origine a été conservée et n'a pas été harmonisée.
-Les numéros des pages blanches n'ont pas été repris.</p>
-</div>
-
-<p><span class="pagenumh"><a id="Page_I"> I</a></span></p>
-
-<h1>Les<br />
-Mystifications<br />
-de<br />
-Caillot-Duval</h1>
-
-<p><span class="pagenumh"><a id="Page_II"> II</a></span></p>
-
-<div class="frontmatter">
-<p class="xxs">Il a été tiré de cet ouvrage<br />
-TROIS CENT SOIXANTE-QUINZE EXEMPLAIRES:</p>
-</div>
-
-<table id="exem" summary="nombre">
-<tr>
-<td class="tld xxs"><span class="i15">10 exemplaires sur papier du Japon (A à J).</span><br />
-<span class="i1">5 exemplaires sur papier de Chine (K à O).</span><br />
-<span class="i15">10 exemplaires sur papier de Hollande (P à Y).</span><br />
-350 exemplaires sur alfa vergé (1 à 350).</td>
-</tr>
-</table>
-
-<div class="frontmatter">
-<p class="xxs">N<sup>o</sup> 47</p>
-<div class="figcenter">
-<img src="images/002.jpg" width="40" height="50" alt="signature" />
-</div>
-</div>
-
-<p class="xs ad">Droits réservés pour tous pays y compris la Suède, la Norvège
-et le Danemark.</p>
-
-<p><span class="pagenumh"><a id="Page_III"> III</a></span></p>
-
-<div class="topspace titlepage">
-<p><span class="medium">COLLECTION DU BIBLIOPHILE PARISIEN</span><br />
-<span class="large">Les</span><br />
-<span class="xlarge">Mystifications</span><br />
-<span class="small">de</span><br />
-<span class="xlarge">Caillot-Duval</span><br />
-<span class="medium"><i>CHOIX de ses LETTRES</i></span><br />
-<span class="medium i9"><i>les PLUS AMUSANTES</i></span><br />
-<span class="medium i1"><i>avec les RÉPONSES de ses VICTIMES</i></span></p>
-<div class="figcenter">
-<img src="images/illus_003.jpg" width="35" height="23" alt="décoration" />
-</div>
-<p><span class="xs">NOUVELLE ÉDITION COMPLÈTEMENT REMANIÉE</span><br />
-<span class="xs">par</span><br />
-<span class="large">LORÉDAN LARCHEY</span></p>
-<div class="figcenter">
-<img src="images/illus_003a.jpg" width="35" height="24" alt="décoration" />
-</div>
-<p><span class="large">PARIS</span><br />
-H. DARAGON, <span class="smallc">L</span><span class="smallc">IBRAIRE</span><br />
-<span class="small">10, Rue Notre-Dame-de-Lorette, 10</span></p>
-<hr class="deco" />
-<p class="medium">1901</p>
-</div>
-
-<p><span class="pagenumh"><a id="Page_IV"> IV</a></span></p>
-
-<div class="chapter">
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_1"> 1</a></span></p>
-<div class="topspace figcenter">
-<img src="images/illus_005.jpg" width="400" height="99" alt="décoration" />
-</div>
-<h2 class="normal">AVANT-PROPOS</h2>
-
-<p class="hanging indent">Système de mystifications organisé par
-Fortia de Piles et de Boisgelin sous le
-pseudonyme Caillot-Duval.&mdash;Défilé
-comique de leurs victimes.&mdash;Dissimulations
-de l'édition originale.&mdash;Pourquoi
-il n'est donné ici qu'un choix des lettres.&mdash;Comment
-je fus à mon tour dupe d'une
-mystification de Paul Lacroix.&mdash;Anecdote
-curieuse montrant que l'invention
-était à ses yeux un mérite.</p>
-</div>
-
-<p class="space">Les raffinés en bibliographie connaissent
-seuls Caillot-Duval, car sa
-<i>Correspondance philosophique</i><a id="FNanchor_1" href="#Footnote_1" class="fnanchor">&nbsp;[1]</a> est
-<span class="pagenum"><a id="Page_2"> 2</a></span>
-une rareté. Un autre titre la recommande
-à l'intérêt;&mdash;elle est vraiment
-comique.</p>
-
-<p>Le nom de Caillot-Duval est un
-pseudonyme inventé par deux lieutenants
-de qualité, MM. Fortia de
-Piles et de Boisgelin, qui adoraient la
-mystification, passe-temps fort goûté
-en 1784, à Nancy, où ils tenaient garnison.
-Dans un journal de cette ville,
-ils avaient remarqué certaines pièces
-dues aux loisirs d'un procureur
-picard, et les lisaient avec l'âpre
-jouissance qui fait souvent dévorer
-d'un bout à l'autre les productions
-les plus nulles. Ce procureur, nommé
-Le Cat, était attaché au présidial
-d'Abbeville; ils envoyèrent à son
-adresse une lettre de félicitations
-ridicules.</p>
-
-<p>Le Cat y fut pris. Sa joie de trouver
-des admirateurs à cent cinquante
-lieues l'empêche de voir ce qu'a de
-suspect le désir d'entrer en relations.
-Il s'abandonne aux délices d'un commerce
-aussi nouveau.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_3"> 3</a></span>
-Les mystificateurs eux-mêmes en
-sont étonnés. Ce premier succès les
-enhardit; ils étendent leur cercle
-d'opérations, et ils s'attaquent à une
-fille d'Opéra.</p>
-
-<p>Pareil gibier a le nez plus fin.&mdash;Le
-faux Caillot-Duval ne l'ignore
-pas; il change de tactique; il ne
-parle plus que d'argent.</p>
-
-<p>Chambellan-factotum d'un prince
-russe prêt à visiter Paris et trop bien
-élevé pour s'y passer de maîtresse, il
-veut ménager cette bonne fortune à
-M<sup>lle</sup> Saulnier, jeune rat de seize ans
-chaperonné par sa s&oelig;ur qui évite de
-la compromettre en supportant le
-plus grand poids de la négociation.
-Caillot-Duval ne lui paraît pas trop
-digne de confiance, et cependant on
-ne sait jamais..... La Russie est si
-loin.... Elle tourne donc la chose en
-plaisanterie, tout en traitant sérieusement
-la question d'intérêt. Sans
-mordre à l'hameçon, elle reste à portée,
-et ne s'éloigne qu'au moment où
-la ruse devient par trop grossière.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_4"> 4</a></span>
-Les autres correspondances sont
-plus brèves, mais non moins récréatives.
-C'est un tournoi de personnalités
-grotesques. Voici Soudé, le bottier
-de la rue Dauphine, qui n'ose
-s'avouer incapable de faire une paire
-de bottes sans couture. Il préfère, le
-vaniteux, alléguer que la clientèle de
-la maison du Roi absorbe tout son
-temps.&mdash;Voici respectable et discrète
-personne dame de Launay,
-entremetteuse de son métier, en la
-rue Croix-des-Petits-Champs. Avec
-les précautions requises par son
-genre de commerce, elle accepte l'offre
-de lancer deux nièces charmantes
-de Caillot, et comme celui-ci, indigné
-de voir qu'elle ne signe pas, l'invite
-à prendre un nom <i>en l'air</i><a id="FNanchor_2" href="#Footnote_2" class="fnanchor">&nbsp;[2]</a>, comme
-celui <i>de Copernic</i>, elle signe majestueusement
-de Copernic, pour ne pas
-<span class="pagenum"><a id="Page_5"> 5</a></span>
-déroger!&mdash;Ce trait vaut un volume
-sur le délire particulaire qui n'a
-point cessé, hélas! de posséder les
-humains.</p>
-
-<p>Et M. de la Roche, gouverneur de
-la ménagerie de Versailles, qui croit
-railler son railleur en lui confiant
-qu'en fait de génération, il se préoccupe
-peu de l'artificiel!&mdash;Et le perruquier
-Chaumont qui reçoit pour
-bonne la commande de six toupets
-destinés à protéger un crâne dénudé
-par les passions!&mdash;Et l'ornithologue
-Lheureux de Chanteloup qui
-accueille sans rire la nouvelle de
-l'accouplement d'une chouette et
-d'un loriot!&mdash;Et l'organiste Aubert
-qui se croit obligé de certifier la vertu
-de son épouse!&mdash;Et le confiseur
-Berthellemot qui défend l'innocuité
-de ses <i>bonbons d'amour</i> soupçonnés
-aphrodisiaques!&mdash;Et le lieutenant
-de police Urlon qui daigne faire
-rechercher une jeune fille dont le
-consciencieux Caillot envoie un signalement
-<span class="pagenum"><a id="Page_6"> 6</a></span>
-si complet que le genou
-n'est pas omis!&mdash;Et l'illuminé Lefort
-qui semble avoir perdu la tête à force
-d'enseigner hautbois, basson et flûte,
-et qui se déclare prêt à donner leçon,
-de par la permission divine!</p>
-
-<p>On ne retrouvera pas ici toutes les
-lettres conservées par la <i>Correspondance
-philosophique</i>. Caillot-Duval n'abuse
-pas tout le monde; il voit
-quelques épîtres demeurer sans réponse
-ou lui attirer des répliques
-fort sèches, l'invitant à ne plus
-continuer. Si originale que soit sa
-prose en ces jours de défaite, elle
-n'est point à reproduire. Où le mystifié
-n'est pas, le mystificateur doit
-disparaître.</p>
-
-<p>Nous avons dit qu'il y avait deux
-personnes en Caillot-Duval.&mdash;S'il
-fallait en croire la majorité des traités
-bibliographiques, ce pseudonyme
-cacherait M. Fortia de Piles seul.
-Nous nous rangeons à l'avis de la
-<i>Biographie Michaud</i>, qui lui adjoint
-<span class="pagenum"><a id="Page_7"> 7</a></span>
-un collaborateur, le ch<sup>er</sup> de Boisgelin
-de Kerdu. Tous deux étaient officiers
-au régiment du Roi; tous deux collaboraient,
-en cette même année
-1785,&mdash;date de la plupart des lettres
-de Caillot-Duval,&mdash;à une autre
-mystification par lettres contre le
-mesmérisme<a id="FNanchor_3" href="#Footnote_3" class="fnanchor">&nbsp;[3]</a>. Enfin, n'oublions
-pas qu'un cousin de Fortia de Piles,
-le savant M<sup>is</sup> de Fortia d'Urban, fut
-collaborateur de la <i>Biographie Michaud</i>;
-au double titre de parent et
-de contemporain, il n'eût pas manqué
-de rectifier toute erreur.</p>
-
-<p>Nous ne ferons pas l'énumération
-des ouvrages plus sérieux de MM. de
-Fortia et de Boisgelin; elle est longue
-et facile à trouver. On peut seulement
-<span class="pagenum"><a id="Page_8"> 8</a></span>
-faire observer qu'elle montre
-l'étendue de leur savoir et de leur
-esprit d'observation.</p>
-
-<p>Si on excepte quelques pièces données
-au théâtre de Nancy, par M. de
-Fortia, la <i>Correspondance de Caillot-Duval</i>
-fut le premier ouvrage de nos
-deux amis. Promu capitaine au 105<sup>e</sup>
-régiment le 1<sup>er</sup> avril 1791, Boisgelin
-émigra pour ne rentrer qu'en 1816,
-retraité comme lieutenant-colonel.
-Fortia ne paraît point avoir servi à
-l'Etranger; déjà, en 1788, un <i>Etat</i>
-particulier du régiment ne porte plus
-son nom. Rentré à Paris le premier,
-il réunit les textes de leur immense
-mystification en un volume dont le
-titre exact est au bas de cette page<a id="FNanchor_4" href="#Footnote_4" class="fnanchor">&nbsp;[4]</a>.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_9"> 9</a></span>
-La préface des éditeurs de l'édition
-originale est une mystification de
-plus; elle annonce la mort de Caillot-Duval
-confiant, à son heure dernière,
-le soin d'éditer la fameuse correspondance
-au citoyen Michel, bien
-connu dans la république des lettres,
-demeurant à Nancy, rue Saint-Dizier,
-qui reste le dépositaire des originaux.</p>
-
-<p>L'annonce du dépôt vaut celle de
-la mort. Le seul Michel qui se soit
-fait connaître n'habita jamais la rue
-Saint-Dizier. Le fait nous a été garanti
-en 1864, par une lettre de son
-fils, notaire à Nancy.</p>
-
-<p>Le livre ne paraît pas non plus
-avoir été imprimé en cette ville. Le
-filigrane de son papier n'a jamais été
-vu par M. L. Wiener, qui les connaît
-tous, et M. Jules Favier, bibliothécaire
-de Nancy, ne voit pas le livre
-<span class="pagenum"><a id="Page_10"> 10</a></span>
-mentionné dans les publications locales
-du temps. En revanche, il a
-retrouvé dans le <i>Moniteur</i> du 22 prairial
-an 8, la curieuse lettre qu'on va
-lire; elle achève de montrer que le
-livre s'est fait à Paris:</p>
-
-<p class="titel"><span class="smallc">Au Rédacteur</span>,</p>
-
-<p>J'ai toujours regardé, citoyens, le rire,
-non seulement comme un des premiers
-besoins de l'âme, mais encore comme le
-garant le plus certain de la santé du corps.
-Il entretient cet équilibre entre les facultés
-morales et physiques, sans lequel l'homme
-ne saurait être dans un juste aplomb, il est
-une des premières causes de cette sérénité
-dont la présence est indispensable au bonheur,
-et sans laquelle nous ne connaissons
-ni le véritable contentement, ni le bon appétit,
-ces deux antidotes de tous les malheurs
-de ce bas monde.</p>
-
-<p>D'après ces principes, dont un peu de
-réflexion achèvera de vous démontrer l'évidence
-et la solidité, il est clair que tout
-ouvrage qui inspire cette joie franche et
-naturelle, première source et le plus sûr
-aliment du rire, mérite non seulement notre
-<span class="pagenum"><a id="Page_11"> 11</a></span>
-reconnaissance, mais doit être indiqué aux
-esprits mélancoliques comme d'habiles
-médecins, et aux autres comme de précieux
-conservateurs.</p>
-
-<p>Je crois donc rendre un véritable service
-à vos nombreux lecteurs, en vous entretenant
-aujourd'hui d'une brochure qui vient
-de me tomber dans la main, et qui me
-paraît très éminemment mériter d'être
-rangée dans cette classe.</p>
-
-<p>Elle est intitulée: <i>Correspondance philosophique
-de Caillot-Duval</i> et imprimée en
-1795. Je m'étonnerais beaucoup qu'elle ne
-soit pas plus connue, si je ne savais que
-c'est un système depuis longtemps adopté
-par les libraires d'étouffer de tout leur pouvoir
-les ouvrages imprimés au compte des
-auteurs.</p>
-
-<p>Celui-ci est un recueil de 120 lettres écrites
-sous le nom imaginaire de Caillot-Duval,
-par deux hommes de beaucoup d'esprit, à
-beaucoup de gens très connus à Paris, qui
-tous ont été la dupe de cette mystification,
-et ont bonnement répondu à cet être
-idéal.....</p>
-
-<p>Il ne m'appartient point de décider du
-mérite littéraire de ce petit ouvrage, mais
-j'ose défier l'homme le plus atrabilaire d'en
-lire quatre pages de suite sans rire aux
-éclats, et cette gaîté soutenue sans efforts,
-sans prétention, sans boufonnerie, enfin
-<span class="pagenum"><a id="Page_12"> 12</a></span>
-sans mauvais goût, dans 232 pages, n'est
-pas une chose commune ni sans mérite.
-L'auteur de cette <i>Correspondance</i> a prouvé
-dans des ouvrages plus importants (entr'autres
-le <i>Voyage de deux Français au nord de
-l'Europe</i>) qu'il avait des droits bien acquis
-à l'estime publique: mais on peut dire qu'il
-a rendu un véritable service à ses concitoyens,
-en publiant une brochure extrêmement
-amusante et dont je ne saurais trop
-recommander la lecture à ceux qui pensent,
-ainsi que moi, que trois heures passées
-dans l'accès de la plus aimable gaîté
-ne sont pas une chose indifférente au
-bonheur de la vie.</p>
-
-<p>La <i>Correspondance philosophique de Caillot-Duval</i>
-se trouve chez Batillot père,
-libraire, rue du Cimetière-Saint-André-des-Arts,
-n<sup>o</sup> 15, qui la vend 2 fr., et franc de
-port, 3 fr.</p>
-
-<p>J'ai l'honneur d'être, etc.</p>
-
-<p class="signature">G. D. L. R.<a id="FNanchor_5" href="#Footnote_5" class="fnanchor">&nbsp;[5]</a>.</p>
-
-<p>Notre première édition n'avait fait
-qu'un choix dans la <i>Correspondance</i>
-<span class="pagenum"><a id="Page_13"> 13</a></span>
-<i>de Caillot-Duval</i>; il s'est réduit encore
-ici de quatre lettres relativement insignifiantes
-et d'une cinquième où la
-mystification a été pour moi. Le fait
-est assez amusant pour être exposé.</p>
-
-<p>Une réponse de l'abbé Aubert, rédacteur
-des <i>Petites Affiches</i>, à Caillot-Duval,
-avait été reproduite par moi
-en citant un feuilleton de Paul Lacroix<a id="FNanchor_6" href="#Footnote_6" class="fnanchor">&nbsp;[6]</a>
-qui disait l'avoir retrouvée
-dans le journal de l'abbé. La garantie
-de son nom m'avait paru suffire.</p>
-
-<p>Il s'est trouvé un chercheur très
-sérieux, très scrupuleux, qui n'a pas
-pris comme nous chat en poche, il a
-voulu être bien sûr que cette réponse
-de l'abbé était dans les <i>Petites Affiches</i>;
-il a eu l'incroyable patience de
-feuilleter le recueil, car la lettre
-n'était pas datée. Comme il n'a rien
-trouvé, il en a conclu que c'était une
-invention et que j'avais eu tort d'avoir
-<span class="pagenum"><a id="Page_14"> 14</a></span>
-confiance en Paul Lacroix. Ses
-conclusions portent que: «M. Larchey
-a fait preuve de légèreté là
-comme dans quelques-uns de ses travaux».</p>
-
-<p>On n'écrase pas un moucheron avec
-plus d'autorité. Que dirait mon juge
-s'il lui restait assez de temps et de
-courage pour examiner à la loupe ce
-que j'ai noirci de papier depuis cinquante
-ans! Du premier coup, il m'a
-reporté aux notes trimestrielles du
-collège de Metz où, tout enfant, j'étais
-déjà flétri de la même épithète.</p>
-
-<p>Léger!..... je vois encore le mot en
-vedette à la colonne des observations
-particulières. Léger!... je ne comprenais
-pas trop ce que cela voulait
-dire, mais l'&oelig;il attristé de mon père
-m'avertissait que la chose était
-grave, et je me sentais tout chagrin.</p>
-
-<p>Il est temps de reconnaître aussi
-que la légèreté ne fut pas moins dans
-mon tempérament que l'amour de la
-mystification dans celui de Lacroix.
-<span class="pagenum"><a id="Page_15"> 15</a></span>
-Je m'en aperçus trop tard lorsque
-nous fûmes tous deux voisins de
-couloir sur les hauteurs de la bibliothèque
-de l'Arsenal où nous nous
-plaisions à deviser chaque matin, car
-il était homme enjoué.</p>
-
-<p>Je le vois encore, griffonnant
-comme moi, le nez sur les petits carrés
-de papier qui constituaient sa
-correspondance. Béret rabattu en
-guise d'abat-jour, cache-nez à triple
-tour et remontant comme une haute
-cravate du Directoire sur un visage
-plein, coloré, toujours rasé de frais,
-avec des yeux dissimulés sous une
-paire de lunettes miroitant entre
-deux touffes de cheveux blancs
-comme neige, minutieusement bouclés
-au petit fer<a id="FNanchor_7" href="#Footnote_7" class="fnanchor">&nbsp;[7]</a>. Tel il m'apparut
-<span class="pagenum"><a id="Page_16"> 16</a></span>
-quelques jours après la publication
-de mes <i>Cahiers du capitaine Coignet</i>.
-Dès que j'entrouvris la porte, il raffermit
-ses lunettes et croisa sur ses
-genoux les pans de sa robe de chambre,
-tandis que, perchés derrière lui
-sur un bâton de cage à perroquet,
-deux ouistitis, sentant le musc, suivaient
-ses mouvements et buvaient
-ses paroles avec l'attention la plus
-vive:</p>
-
-<p>&mdash;Ah! mon cher ami, fit-il. Venez
-que je vous fasse mon compliment.
-Les cahiers de votre capitaine m'ont
-empoigné littéralement... Pardonnez-moi,
-mais je ne vous croyais pas
-de cette force... Non, réellement, c'est
-très fort.</p>
-
-<p>&mdash;Fort comme la vérité. Mon introduction
-vous a montré que je n'y
-<span class="pagenum"><a id="Page_17"> 17</a></span>
-suis pour rien. J'ai fait mon métier
-de blanchisseur, de metteur en lumière,
-j'ai supprimé ça et là... mais
-je n'ai rien ajouté.</p>
-
-<p>Je vis les yeux de Lacroix briller
-derrière ses lunettes, et il eut un rire
-silencieux:</p>
-
-<p>&mdash;A d'autres! A d'autres!! mon
-bon ami... Regardez-moi en face!...
-Vous espérez me faire croire que
-votre homme a réellement écrit cela.</p>
-
-<p>&mdash;Si réellement qu'il l'avait fait
-imprimer bien avant moi. Je n'ai fait
-qu'acheter et revoir son manuscrit
-original. Du reste, je vais immédiatement
-le placer sous vos yeux.</p>
-
-<p>Je sors et je reviens au bout d'une
-minute.</p>
-
-<p>&mdash;Voilà! Regardez à votre aise!
-Comparez l'original et l'imprimé...
-Vous verrez beaucoup de mots en
-moins. Pas un mot en plus... Vous
-sentez bien que je ne me serais pas
-donné le mal d'inventer un original
-défectueux pour le blanchir.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_18"> 18</a></span>
-Pendant ce temps, Lacroix feuilletait
-à la diable, tapant du bout des
-doigts sur les feuillets. Puis, il ferma
-brusquement le manuscrit, et, me
-regardant nez à nez:</p>
-
-<p>&mdash;Quand vous voudrez, dit-il, je
-connais une copiste qui vous en
-fera autant...</p>
-
-<p>Jamais, je ne vins à bout de lui
-faire comprendre que je me mépriserais
-moi-même, si j'avais inventé.</p>
-
-<p>Au contraire, l'invention était un
-ragoût nécessaire pour lui comme
-pour bien d'autres (on en pourrait
-nommer d'illustres) aux yeux desquels
-l'historien présentant la vérité
-toute nue semblait un indigent trop
-pauvre pour offrir une toilette.</p>
-
-<p>D'excellentes communications
-m'ont été faites. Leur mérite, leur
-étendue, pour ne citer que celle de
-M. le marquis de Boisgelin, dépassaient
-malheureusement l'exiguité
-du cadre imposé. Avec une rectification
-essentielle de M. R. Alexandre,
-<span class="pagenum"><a id="Page_19"> 19</a></span>
-parvenue indirectement, le fraternel
-concours de MM. L. Blancard, Chapoutot,
-A. Chuquet, Couet, P. Cottin,
-J. Favier, Hennet, Monval, E. Mulle,
-Taphanel, a paré du moins à l'impossibilité
-d'aller me renseigner sur place.
-Je ne saurais trop leur témoigner de
-gratitude.</p>
-
-<p class="date">Menton, 18 avril 1901.</p>
-
-<p class="signature">L. L.</p>
-
-<p><span class="pagenumh"><a id="Page_20"> 20</a></span></p>
-
-<div class="chapter">
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_21"> 21</a></span></p>
-<div class="figcenter">
-<img src="images/illus_005.jpg" width="400" height="99" alt="décoration" />
-</div>
-
-<h2 class="normal">CORRESPONDANCE<br />
-<span class="medium">I</span></h2>
-</div>
-
-<p class="hanging indent">Sous le masque d'un prince russe et d'un
-chambellan à tout faire, Caillot-Duval
-entre en négociations avec une danseuse
-de l'Opéra.</p>
-
-<p class="titel space"><i>A Mademoiselle Saulnier<a id="FNanchor_8" href="#Footnote_8" class="fnanchor">&nbsp;[8]</a>
-de l'Opéra, à Paris.</i></p>
-
-<p class="dater">Dresde, le 12 octobre 1785.</p>
-
-<p>La haute réputation, mademoiselle,
-dont vous jouissez à si juste
-<span class="pagenum"><a id="Page_22"> 22</a></span>
-titre, n'est pas bornée à la France
-seule; elle a pénétré jusqu'aux glaces
-du Nord: vous le croirez sans peine,
-si vous vous rendez justice. Vos
-talents supérieurs, vos grâces nobles
-et piquantes subjugueroient le c&oelig;ur
-le plus insensible. J'en viens au fait,
-mademoiselle: retenu dans une cour
-d'Allemagne, je compte n'être à Paris
-que dans le mois de janvier. Je ne
-vous demande point de préférence
-exclusive, mais simplement de me
-recevoir avec bonté. J'ai l'amour-propre
-de croire que lorsque j'aurai
-l'avantage d'être connu de vous, mes
-tendres sentimens vous arracheront
-<span class="pagenum"><a id="Page_23"> 23</a></span>
-un aveu qui fera le bonheur de ma
-vie.</p>
-
-<p>Mon chambellan, qui est avec mes
-équipages à Nancy, pour y attendre
-la princesse mon épouse, qui doit y
-passer l'hiver, vous fera parvenir
-ma lettre.</p>
-
-<hr class="tb" />
-
-<p class="small">(Cette première lettre non signée est incluse
-dans la suivante qui contient les
-explications complémentaires de Caillot-Duval):</p>
-
-<p class="dater">Nancy, le 1<sup>er</sup> novembre 1785.</p>
-
-<p>Telle est, mademoiselle, la lettre
-que Son Altesse m'ordonne de vous
-faire passer: je ne vous l'envoie pas
-en original, ses ordres portant expressément
-de la faire copier; elle a
-les plus grands ménagemens à garder
-jusqu'à son arrivée en France.
-Monseigneur compte se fixer à Paris
-jusqu'au mois de juillet; de là revenir
-<span class="pagenum"><a id="Page_24"> 24</a></span>
-à Plombières, où il rejoindra la
-princesse son auguste épouse, dont
-l'état ne lui permet pas de se rendre
-à Paris, et qui passera l'hiver ici.</p>
-
-<p>Je ne vous parle pas du personnel
-de Son Altesse; vous en jugerez: si
-vous voulez me témoigner de la confiance,
-je vous donnerai, avec franchise,
-tous les détails que vous pourrez
-désirer. Je suis attaché au prince
-depuis son enfance; je l'ai vu naître,
-et il n'a rien de caché pour moi; je
-vous dirai même que c'est à moi que
-vous devez cette bonne fortune. J'ai
-eu le plaisir de vous voir plusieurs
-fois, il y a deux ans: quoique je ne
-vous aye jamais parlé, je vous rappellerai
-des circonstances qui vous
-en feront ressouvenir.</p>
-
-<p>Vous voudrez bien m'adresser votre
-réponse ici, et y joindre celle pour le
-prince, cachetée avec enveloppe. Il
-ne veut se nommer que lorsqu'il connoîtra
-vos sentimens favorables ou
-contraires; il sent, ainsi que moi,
-<span class="pagenum"><a id="Page_25"> 25</a></span>
-que vous pourriez avoir des engagemens
-impossibles à rompre.</p>
-
-<hr class="tb" />
-
-<p class="signature">J'ai l'honneur d'être, etc.&mdash;<span class="cap">C</span><span class="smallc">AILLOT-</span><span class="cap">D</span><span class="smallc">UVAL.</span></p>
-
-<p class="small">Réponses de Saulnier cadette au prince
-et de Saulnier aînée au chambellan; la première
-est incluse dans la seconde:</p>
-
-<p class="dater">Paris, le 3 novembre 1785.</p>
-
-<p>Monseigneur, je fais un effort sur
-moi-même pour répondre à ce que
-vous daignez me faire écrire: je suis
-pénétrée d'un pareil honneur; la
-lettre de ma s&oelig;ur expliquera mieux
-mes sentimens.</p>
-
-<p class="signature">Monseigneur,<br />
-<span class="i15">de votre altesse</span><br />
-<span class="i18">la très-humble servante.&mdash;</span>S<span class="smallc">AULNIER</span> cadette.</p>
-
-<hr class="tb" />
-
-<p class="dater"><span class="pagenum"><a id="Page_26"> 26</a></span>
-Paris, le 3 novembre 1785.</p>
-
-<p>L'état où se trouve ma s&oelig;ur ne lui
-permet pas d'écrire en ce moment.
-Le dernier voyage qu'elle vient de
-faire à Fontainebleau lui a causé des
-fièvres violentes qui la retiennent
-dans son lit; elle a été seignée quatres
-fois. Sans cela elle auroit l'honneur
-de répondre au prince qu'elle
-ne connoît pas encore, mais que les
-choses flatteuses qu'il lui fait dire lui
-font bien désirer de le connoître. Des
-procédés si honnaites pourroient bien
-faire naître dans son c&oelig;ur des sentimens
-qu'elle n'a pas encore éprouvé<a id="FNanchor_9" href="#Footnote_9" class="fnanchor">&nbsp;[9]</a>.
-Nous espérons, M., de votre
-<span class="pagenum"><a id="Page_27"> 27</a></span>
-bonté, ma s&oelig;ur et moi, que vous ne
-nous laisserez pas attendre avec impatience
-une réponse dans laquelle
-sur-tout vous n'oublierez pas des circonstances
-que vous nous promettez:
-nous vous prions, monsieur, de vouloir
-bien croire qu'on ne peut rien
-ajouter aux sentimens de reconnoissance
-et de respect avec lesquels
-nous avons l'honneur d'être vos très-humbles
-servantes.&mdash;S<span class="smallc">AULNIER</span>
-l'aînée.</p>
-
-<hr class="tb" />
-
-<p class="titel space"><i>A Mademoiselle Saulnier cadette.</i></p>
-
-<p class="small">Aperçu confidentiel des avantages qui
-lui sont réservés du côté du prince.</p>
-
-<p class="dater">Nancy, le 11 novembre 1785.</p>
-
-<p>J'ai reçu, mademoiselle, votre lettre
-du 3, et celle de mademoiselle
-votre s&oelig;ur; j'ai fait partir sur-le-champ
-<span class="pagenum"><a id="Page_28"> 28</a></span>
-la vôtre pour Manheim, où le
-prince doit être depuis avant-hier;
-j'y ai joint une copie de celle de mademoiselle
-votre s&oelig;ur. Si son altesse
-est satisfaite, comme je n'en doute
-pas, de la célérité que vous avez
-mise à lui répondre, elle sera bien
-touchée de l'état fâcheux dans lequel
-vous vous trouvez; j'espère que vous
-m'informerez exactement des suites
-de votre maladie, qui ne peut être
-produite que par la fatigue du voyage
-de Fontainebleau; et je compte que
-votre première lettre m'apportera
-des nouvelles satisfaisantes.</p>
-
-<p>Je ne doute pas de recevoir sous
-très peu de jours, une lettre du
-prince pour vous; mais en attendant,
-voici les détails que je crois
-pouvoir vous donner, d'après mes
-conversations avec lui. Quoiqu'il soit
-naturellement très-généreux, il se
-trouve un peu gêné dans ce moment-ci,
-parce qu'il s'empresse de
-liquider toutes les dettes que son
-<span class="pagenum"><a id="Page_29"> 29</a></span>
-père avoit contractées avec le roi de
-Prusse, monarque aussi peu galant
-que créancier exigeant. En conséquence,
-voici à peu près ce que je
-crois pouvoir vous assurer qu'il fera
-pour vous: j'aime mieux vous dire
-moins que plus.</p>
-
-<p>D'abord il veut une petite maison,
-seule, s'il est possible (pour vous
-s'entend), aux environs des boulevards;
-il y mettra mille écus; il la
-garnira de six à huit mille francs de
-meubles, habillera deux laquais et
-un cocher, donnera une diligence et
-deux chevaux, le tout de cinq à six
-mille francs; de plus vous aurez cinquante
-louis par mois, et votre maison
-sera défrayée de tout. Je ne vous
-parle pas des petits agréments, tels
-que des loges aux spectacles, et des
-cadeaux courans: voilà ce dont je
-suis sûr. Je n'entre dans tous ces
-détails qu'afin que vous sachiez sur
-quoi compter: je sais que l'intérêt
-n'est qu'une chose bien secondaire,
-<span class="pagenum"><a id="Page_30"> 30</a></span>
-et que c'est le sentiment seul qui doit
-décider de tout; je vous prie même
-de me garder le secret, puisque j'agis
-de mon chef, et à l'insçu du prince,
-qui m'en sauroit peut-être mauvais
-gré, vu que sa méthode est de chercher
-à gagner et captiver les c&oelig;urs.</p>
-
-<p>Lorsqu'il vous sera connu, vous
-serez forcée de convenir qu'il a bien
-réellement le sentiment épuré de
-l'amour.</p>
-
-<p>Faites-moi le plaisir de remettre à
-mademoiselle votre s&oelig;ur, la lettre
-ci-jointe: la sienne est si joliment
-écrite, que je n'ai pu m'empêcher de
-lui en faire mon compliment; j'entrevois
-qu'elle doit être fort aimable.</p>
-
-<p>Vous avez oublié de cacheter votre
-lettre pour le prince, comme je vous
-l'avais recommandé; souvenez-vous-en
-pour la première qui contiendra
-beaucoup de choses que je suis censé
-ignorer.</p>
-
-<p class="signature">J'ai l'honneur d'être, etc.&mdash;C<span class="smallc">AILLOT-</span>D<span class="smallc">UVAL.</span></p>
-
-<p class="titel"><span class="pagenum"><a id="Page_31"> 31</a></span>
-<i>A Mademoiselle Saulnier l'aînée.</i></p>
-
-<p class="small">Détails intimes donnés et demandés par
-Caillot-Duval. Saulnier aînée répond en faisant
-le portrait de la s&oelig;ur et la description
-de leur genre de vie.<br />
-<span class="i4">(Incluse dans la précédente.)</span></p>
-
-<p class="dater">Nancy, le 11 novembre 1785.</p>
-
-<p>Je vous avoue, mademoiselle, que
-votre lettre m'a enchanté, elle m'inspire
-le plus grand désir de faire
-votre connoissance, et je suis persuadé
-que votre société ne peut
-qu'être infiniment agréable. Que
-j'aime à voir deux s&oelig;urs vivre en
-aussi bonne intelligence! cela fait
-l'éloge de vos c&oelig;urs. Comme vous
-me semblez avoir toute la confiance
-de votre aimable s&oelig;ur, je vais m'ouvrir
-à vous sur certains points délicats,
-auxquels j'espère que vous me
-répondrez avec la même franchise.</p>
-
-<p>J'ose me flatter que vous n'avez
-<span class="pagenum"><a id="Page_32"> 32</a></span>
-point pris de moi une idée défavorable;
-la démarche que je fais
-aujourd'hui n'a pour principe que
-l'amitié la plus pure, et la moins
-susceptible de soupçons fâcheux. Soit
-dit entre nous, je désirerois bien que
-vous voulussiez me faire connoître le
-caractère de mademoiselle votre
-s&oelig;ur; quels sont ses goûts, le genre
-de ses sociétés (article essentiel). Le
-prince est la douceur et la bonté
-même; il est gai et ouvert: son
-foible (il est bien pardonnable) est
-de vouloir être aimé. C'est un modèle
-de constance, du moment qu'on lui
-plaît: il faut pour cela des attentions
-soutenues, et lui témoigner un
-attachement et une confiance sans
-bornes. Pour vous en donner un
-exemple, il a passé trois ans avec
-une Française réfugiée, dont il a une
-fille. Leur amour n'a été troublé que
-par la mort de cette tendre et chère
-amante, qui a rendu le dernier soupir
-dans ses bras. Il s'est écoulé
-<span class="pagenum"><a id="Page_33"> 33</a></span>
-quatre ans depuis cette terrible catastrophe:
-il a pris sur ses revenus une
-somme annuelle de 25.000 florins,
-pour compléter 100.000, qu'il vient
-de placer sur la tête de ce précieux
-enfant, qui a à peine cinq ans. Son
-mariage, qui s'est fait dans cet intervalle,
-a calmé, pour un moment,
-sa douleur: enfin, la raison est
-venue à son secours, et, comme son
-c&oelig;ur a besoin d'aimer (son mariage
-étant une affaire de convenance trop
-ordinaire parmi ses pareils), je lui ai
-parlé de mademoiselle votre s&oelig;ur;
-d'après le portrait que j'en ai fait, il
-s'est décidé sur-le-champ. Sur-tout
-n'oubliez pas les renseignemens que
-je vous demande; de plus, dites-moi
-si vous habitez avec tous vos parents,
-et si vous et votre s&oelig;ur consentez à
-les quitter; car l'intention de son
-altesse est qu'il n'y ait que votre
-s&oelig;ur dans la maison quelle lui destine:
-mais je me charge d'arranger
-les choses pour que vous y habitiez
-<span class="pagenum"><a id="Page_34"> 34</a></span>
-aussi; cela sera même plus convenable
-pour elle, et plus agréable
-pour vous.</p>
-
-<p>N'oubliez pas de recommander à
-votre s&oelig;ur de m'envoyer la lettre
-pour le prince, cachetée et sous enveloppe:
-elle peut s'expliquer en
-toute confiance; il suffira qu'elle
-mette sur l'adresse: <i>pour son altesse</i>.</p>
-
-<p class="signature">J'ai l'honneur d'être, etc.&mdash;C<span class="smallc">AILLOT-</span>D<span class="smallc">UVAL.</span></p>
-
-<p class="titre"><i>Réponse.</i></p>
-
-<p class="dater">Paris, le 15 novembre 1785.</p>
-
-<p class="titel"><span class="cap">M</span><span class="smallc">ONSIEUR</span>,</p>
-
-<p>Je suis bien flatée de la bonne opinion
-que vous voulez bien prendre
-de moi: cela cependant ne me donnera
-point d'amour-propre, parce
-que je suis bien éloignée de penser
-<span class="pagenum"><a id="Page_35"> 35</a></span>
-qu'il n'y ait que nos chevaliers français
-de galans; ce sont des complimens
-auxquels on doit s'attendre
-quand on écrit à un homme d'esprit.</p>
-
-<p>Vous désirez de me connaître,
-monsieur, en cela nos désirs sont
-réciproques. Comment avez-vous pu
-penser que peut-être nous aurions
-sur votre comte des sentimens différans
-de ceux que le rang que vous
-occupez et les bons offices que vous
-voulez nous rendre doivent faire
-naître dans nos c&oelig;urs?</p>
-
-<p>Quelque soit le motif qui vous et
-fait écrire ces lettres, n'importe c'est
-un amour de roman qui me plairoit
-assez, mes en vérité vous ête bien
-repreansible de nous avoir tu le nom
-du héros. Vous conaisez la curiosité
-des femmes et vous n'avez pas encor
-satisfet à la notre. Vous me demandez
-une explicastion que ma s&oelig;ur ne
-pourra vous donner, il lui est impossible
-de vous répondre car l'aplication
-quexigeroit une pareille réponse
-<span class="pagenum"><a id="Page_36"> 36</a></span>
-seroit dans le cas de lui donner la
-fievre, et vous ête trop honnaîte pour
-ne pas vous contenter d'une pareille
-raison.</p>
-
-<p>Le portraits que vous faites de
-votre aimable prince ne soroit manquer
-de plaire et je trouve dans le
-caracter de ma s&oelig;ur un peu d'analogie
-avec le sien.</p>
-
-<p>Elle est sans expérience parce
-qu'elle est encor geune l'amitié
-quelle a pour ses parens et son penchand
-à rendre service son la bâse
-de son c&oelig;ur.</p>
-
-<p>Concentrée dans le sin de sa famille
-ou elle se plait beaucoup, elle
-ne voi point de sociétés ou le c&oelig;ur et
-l'esprit pourroient se dépraver<a id="FNanchor_10" href="#Footnote_10" class="fnanchor">&nbsp;[10]</a>
-<span class="pagenum"><a id="Page_37"> 37</a></span>
-avec des pareillès précaustions et une
-semblable retenue les qualités du
-c&oelig;ur ne peuvent manquer de paroitre
-à ses yeux bien plus estimable
-que les avantages de la figure dont la
-frivolité feroit le prinsipal ornement.
-Comme il ne lui seroit pas difficile
-de trouver les avantages qui s'ofrent
-les premiers aux ames intéressées
-dans les conditions que vous imposez,
-ausi ne seront pas les motifs qui
-la détermineront mais plutaut l'idée
-douce et flateuse d'être aimée d'une
-personne que la naissance et des
-brillantes quallitées élevent au dessus
-des autres hommes.</p>
-
-<p>Quoique sa dépense soit grande la
-première place<a id="FNanchor_11" href="#Footnote_11" class="fnanchor">&nbsp;[11]</a> quelle occupe à
-<span class="pagenum"><a id="Page_38"> 38</a></span>
-l'opéra la met à l'abrit de ces variastions
-de monter et de descendre.</p>
-
-<p>Quand a la petite maison que le
-prince désireroit quelle ocupat, avant
-d'avoir reçu aucunes de vos lettres
-on en avoit déja loué une pour
-3000 l. sur les boulvars et toutes les
-commodités qui s'y trouvent ne laisseroient
-rien à désirer à son altesse.
-Pour la voiture et les chevaux le
-prince pourra reconnoitre cela d'une
-autre maniére parce que nous en
-avons deux toutes neuves.</p>
-
-<p>Comme nous sommes unies des
-l'enfance rien ne soroit nous séparer,
-nous n'avons qu'une mer que nous
-aimons tendrement, et deux frere
-mes qui par leurs états présent ne
-sont point dans le cas de recourir à
-nous, voilà toutes notre famille et
-notre suite et notre société ordiner.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_39"> 39</a></span>
-Coique ma s&oelig;ur soit un peux
-mieux actuelment et hor de danger
-cepandant la maladie un peu longue
-quelle a éprouvée l'a laissée dans
-une grande foiblesse qui la met dans
-l'imposibilité de rien faire qui exige
-de l'attention sans nuir au rétablissement
-de la santé c'est pourquoi M.
-veullez bien agréér au prince ses regrets
-de ne pouvoir lui écrire et recevoir
-en même temps de ma part les
-assurances etc. J'ai l'honneur d'être
-etc.&mdash;S... l'ainée.</p>
-
-<p><i>P. S.</i> Dans la première lettre que
-vous nous écrirez nous esperons surtout
-que vous nous tirerez d'incertitude
-en nous envoyant le non du
-prince, san cela le romans deviendroit
-froi et sans interes.</p>
-
-<hr class="tb" />
-
-<p class="titel"><span class="pagenum"><a id="Page_40"> 40</a></span>
-<i>A Mademoiselle Saulnier l'aînée.</i></p>
-
-<p class="small">(Caillot-Duval se formalise du doute que
-laisse percer sa correspondante).</p>
-
-<p class="dater">Nancy, le 17 novembre 1785.</p>
-
-<p>Je reçois à l'instant, mademoiselle,
-votre lettre du 15: il m'est impossible
-d'y répondre en détail aujourd'hui;
-je me bornerai à vous observer,
-que j'ai lieu d'être étonné de
-quelques passages qu'elle contient,
-qui tendent à faire croire que vous
-regardez ceci comme un roman.
-Croyez que vous êtes dans l'erreur:
-rien n'est plus sérieux que tout ce
-que je vous ai écrit, et je ne vous
-cache pas que si le prince venoit à
-être instruit de la manière dont vous
-avez reçu ses offres, le dépit pourroit
-les lui faire porter ailleurs où vous
-pouvez croire qu'elles seroient reçues
-avec empressement; car je suis bien
-aise de vous prévenir qu'il est loin
-<span class="pagenum"><a id="Page_41"> 41</a></span>
-d'être habitué à des refus: ses qualités
-physiques et morales, le rang
-qu'il tient dans le monde, sont des
-motifs assez puissans pour qu'il ne
-doive pas s'y attendre. Croyez que je
-ne vous parle que pour votre bien,
-et pour celui de votre s&oelig;ur: j'attends
-une réponse prompte et satisfaisante;
-car, si le prince arrivoit, je
-n'oserois lui montrer celle que je
-viens de recevoir, et pour lors votre
-silence seroit sûrement mal interprêté;
-si, contre mon attente, vous
-tardiez plus de huit jours à me répondre,
-je serois forcé de regarder votre
-silence comme une rupture, et d'en
-écrire au prince en conséquence; je
-prendrois ce parti-là à regret: mais
-mon devoir m'en feroit une loi, et
-vous êtes trop juste pour me blamer.</p>
-
-<p class="signature">Je suis, etc.&mdash;C<span class="smallc">AILLOT-</span>D<span class="smallc">UVAL.</span></p>
-
-<hr class="tb" />
-
-<p class="titre"><span class="pagenum"><a id="Page_42"> 42</a></span>
-<i>Réponse.</i></p>
-
-<p class="dater">Paris, le 20 novembre 1785.</p>
-
-<p>Votre lettre du 17, monsieur, me
-surprend beaucoup: comment avez
-vous pu croire que nous regardions
-comme un badinage des offre aussi
-sérieuses que celles que vous nous
-avez faites. Non, monsieur, je me
-hâte de vous désabusé: croyez que
-nous resentons vivement les obligations
-infinis que nous vous avons, et
-que nous savons aprécié les avantages
-qui doivent en résulté. Assurez
-le prince de notre parfait estimes et
-de notre profond respet. Je crois
-pouvoir vous répondre au non de ma
-s&oelig;ur, (coique à son insu) quelle ne
-tardera pas à resentir pour son
-altesse un sentiment qui lui a été
-inconnu jusqu'à présant: c'est de
-quoi vous pouvez être persuadé ainsi
-que de ceux avec léquels je suis,
-monsieur votre, etc.&mdash;S... l'ainée.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_43"> 43</a></span>
-<i>P. S.</i> Songez que vous me devez
-une réponse, ma lettre du 15 en
-demande une pour plusieurs article:
-oubliez les frases qui ont pu vous
-paroître l'ouches, l'interprétastion
-que vous leur avez doné est bien loin
-de notre pensée, et nous meriterion
-la rupture dont vous nous menacé si
-nous avions pu adopté des idées
-absurde et jose dire bien coupable
-après de telles avance de la par d'un
-prince ausi aimable et... ausi aimé...
-le mot est laché je ferme ma letre:
-car je lefacerois.</p>
-
-<hr class="tb" />
-
-<p class="titel"><i>A Mademoiselle Saulnier l'aînée.</i></p>
-
-<p class="small">(Caillot-Duval révèle le nom du prince
-Kabardinski et fait l'éloge de son tempérament.
-Réponse ironique avec défiance renaissante).</p>
-
-<p class="dater">Nancy, le 24 novembre 1785.</p>
-
-<p>J'ai reçu avec grand plaisir, mademoiselle,
-<span class="pagenum"><a id="Page_44"> 44</a></span>
-votre lettre du 20: elle me
-rassure pleinement sur mes craintes,
-qui, dans le fond, étoient plus pour
-vous que pour moi, puisque vous et
-votre s&oelig;ur y êtes les seules intéressées.</p>
-
-<p>Si je n'ai pu répondre sur-le-champ
-à votre charmante lettre du 18 de ce
-mois, c'est que vous paroissez désirer
-vivement la connoissance d'une chose
-sur laquelle le consentement de son
-altesse étoit indispensable. Je lui ai
-écrit sur-le-champ à Strasbourg où il
-étoit dans le plus grand <i>incognito</i>,
-pour le lui demander. Sa réponse me
-laissant le maître, je crois pouvoir
-compter assez sur votre discrétion,
-pour vous apprendre que mon maître
-est le prince <span class="cap">K</span><span class="smallc">ABARDINSKI</span>, frère du
-prince <span class="cap">H</span><span class="smallc">ÉRACLIUS</span><a id="FNanchor_12" href="#Footnote_12" class="fnanchor">&nbsp;[12]</a>, dont vous
-savez que la Russie a recherché l'alliance
-<span class="pagenum"><a id="Page_45"> 45</a></span>
-avec tant d'empressement. Sa
-mère est une Française dont les
-aventures sont un roman, que je me
-ferai une fête de vous raconter cet
-hiver au coin du feu. Sa femme lui a
-apporté une dot immense, et l'assurance
-d'une principauté en Allemagne,
-dont le possesseur actuel est
-podagre et cacochyme. Il est vrai
-qu'il n'hérite pas des états de son
-frère, mais il lui a fait un sort indépendant
-et très considérable. Votre
-extrême franchise m'engage à ne
-vous rien cacher. Le prince, avec un
-très-beau physique, a les manières
-un peu tartares. Que ce mot ne vous
-effraye pas, il est d'un caractère
-doux et benin, et n'a pas plus de fiel
-qu'un hanneton.</p>
-
-<p>Je crois n'avoir pas besoin de vous
-recommander le secret le plus absolu
-sur tout ce que je vous écris, et
-même vous m'obligeriez de brûler
-mes lettres.</p>
-
-<p>Ce que vous me mandez sur la
-<span class="pagenum"><a id="Page_46"> 46</a></span>
-maison que vous avez louée me fait
-grand plaisir; quant aux voitures et
-aux chevaux, puisqu'ils vous sont
-inutiles, son altesse, comme vous le
-dites fort bien, retrouvera cela en
-vaisselle ou en diamans.</p>
-
-<p>Que votre union avec mademoiselle
-votre s&oelig;ur mérite d'éloges! elle
-est faite pour donner la meilleure
-idée de votre façon de penser. La
-tendresse que vous avez pour madame
-votre chère mère est encore un
-de ces beaux traits qui font d'autant
-plus d'honneur au siècle qu'ils sont
-plus rares. Quant à messieurs vos
-frères, je suis bien trompé si je n'ai
-pas entendu parler d'un monsieur
-S...... du plus grand talent sur le
-cistre. Si par hasard il est votre frère,
-il pourra être utile à son altesse, qui
-a le désir d'apprendre un instrument,
-et que nous déciderons pour celui-là
-qui en vaut bien un autre.</p>
-
-<p>Je crois indispensable que le prince
-trouve à son arrivée ici une lettre de
-<span class="pagenum"><a id="Page_47"> 47</a></span>
-mademoiselle votre s&oelig;ur, bien détaillée;
-j'espère que sa santé lui permettra
-de l'écrire. Veuillez bien lui
-présenter mes hommages, et lui recommander
-sur-tout de cacheter la
-lettre pour le prince, et de l'adresser
-sous mon couvert, toujours poste
-restante; il sera <i>incognito</i> jusques à
-son arrivée dans la capitale.</p>
-
-<p>Vous terminez votre aimable épître
-par dire que si le nom du prince demeuroit
-inconnu, le roman seroit
-froid: vous pouvez avoir raison,
-mais je suis bien aise de vous dire
-que le dénoûment sera très-chaud,
-malgré la rigueur de la saison; car
-le prince est vraiment <i>un payeur d'arrérages</i>
-(ne prenez pas en mal ce petit
-badinage), et moi je soutiens bravement
-l'honneur du pavillon (passez-moi
-je vous prie cette bouffée de
-tempérament).</p>
-
-<p class="signature">J'ai l'honneur d'être, etc.&mdash;C<span class="smallc">AILLOT-</span>D<span class="smallc">UVAL.</span></p>
-
-<hr class="tb" />
-
-<p class="titre"><span class="pagenum"><a id="Page_48"> 48</a></span>
-<i>Réponse.</i></p>
-
-<p class="dater">Paris, le 28 novembre 1785.</p>
-
-<p>J'ai reçu, monsieur, dimanche dernier,
-votre charmante lettre, que j'ai
-lue trois ou quatre fois. En vérité, il
-faut avouer que vous êtes un homme
-consommé dans la galanterie, et qu'il
-y auroit du danger à vous voir de
-trop près; mais je crois que l'on peut
-s'amuser, sans que cela tire à conséquence.</p>
-
-<p>Vous ne me croyez pas assez dépourvue
-de sens commun pour me
-persuader que l'istoire du Prince Kabardinski
-ne soit une chimère.
-Comme j'ai <i>un peu</i> d'expérience, je
-ne suis pas tout-à-fait crédule; je ne
-peux deviner le motif qui vous
-anime, les gens d'esprit cherchent
-toujours les occasions de faire des
-complimens: si cela est vous avez
-parfaitement réussi. J'ai cherchez
-une journée entière le nom du prince
-Kabardinski dans l'almanac, et je
-<span class="pagenum"><a id="Page_49"> 49</a></span>
-suis persuadée qu'il n'existe point de
-prince de ce nom ni même un qui lui
-ressemble, nom plus que celui de son
-frère. Je fais la réflecsion que puisqu'il
-a un frère souverain, ce n'est
-pas à lui à payer les dettes de son
-père, <i>au monarque aussi peu galant que
-créancier exigeant</i>.</p>
-
-<p>Ma s&oelig;ur voyant la plaisanterie,
-vouloit m'empêcher d'écrire, mais
-moi qui suis enchantée de faire un
-petit roman de toutes les jolies lettres
-que j'ai reçues, je comte que vos
-lettre me serviront beaucoup quand
-vous serez à Paris nous arengerons
-cela ensemble, sans y oublier des
-grand noms pour donner plus d'intérest
-à la chose san-toutefois comprometre
-personne en un mot je suivrai
-vos conseilles pour le roman tragi-commique
-votre esprit, vos lumières,
-votre stile coulant m'asurent du plus
-grand succès pour notre livre<a id="FNanchor_13" href="#Footnote_13" class="fnanchor">&nbsp;[13]</a>.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_50"> 50</a></span>
-J'ai peine a croire que le pays que
-vous abitez vous et vu naître, il est
-rare qu'en un climat si sombre il y
-ait des personnes d'un mérite si distingué
-vous resenblez plutaut à un
-chevalier français fidelle à sa patrie
-et infidelle à sa métraisce.</p>
-
-<p>Il faut que son altesse croye ma
-s&oelig;ur bien étourdie de penser qu'elle
-lui écrira sans avoir reçu de lettres
-personnelle, quoiqu'elle n'ait que
-seize ans, elle a la raison de quarante
-elle ne me resenble pas <i>elle ne veut pas
-s'amuser en idée</i>. Pour moi qui cherche
-à rire, je vous écris avec le plus
-grand plaisir et san chercher à aprofondir
-vos raisons.</p>
-
-<p>Je ne suis point au fait de l'istoire
-de Russie voila pourquoi je ne sais
-point ce que vous me dite.</p>
-
-<p>Malgré que je sois un peu indiscrette,
-<span class="pagenum"><a id="Page_51"> 51</a></span>
-je veux bien pour vous me
-faire violence, mais j'ai toujours
-envie de m'éclaircir. Ah! c'est un
-grand sacrifice que je vous fais de
-me taire je vous pris cependant de
-comter sur ma discrestion. Voici ce
-que ma s&oelig;ur dit pour le prince.</p>
-
-<p>«L'on n'aime pas sans connoître,
-il n'y a que des grandes qualités et
-de grandes assurances, qui puissent
-déterminer un c&oelig;ur qui se méfie de
-tout. Si le prince avoit les tendres
-sentimens que l'on se force de me
-faire croire, il m'en orait déja donné
-des preuves. Je ne lui en demande
-qu'une bien petite encore, c'est son
-portrait que je désirerois avoir. Je
-promet d'en garder le secret mes surtout
-qu'il m'écrive lui-même.»</p>
-
-<p>Il y a une chose qui paroit bien
-extraordinaire, c'est que vous vous
-serviez d'une main étranger pour
-nous écrire: il me semble qu'en
-pareil cas l'on ne s'en rapporte qu'à
-soi même.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_52"> 52</a></span>
-La dernier frase de votre lettre a
-fait <i>rougir</i> ma s&oelig;ur. Moi, qui pense
-toujours à notre livre, je suis bien
-aise d'en voir le dénouement de tout
-cesi.</p>
-
-<p>Quand au trais un peu galant dont
-vous termine votre lettre, j'y ajouteres
-que votre témoignage n'est pas
-tout-à-fait recevable c'est à la seule
-Venus à juger des prouesses de
-Mars.</p>
-
-<p class="signature">J'ai l'honneur d'être, etc.&mdash;S...,
-l'aînée.)</p>
-
-<hr class="tb" />
-
-<p class="titre"><i>Deuxième lettre du prince Kabardinski
-à Mademoiselle Saulnier cadette.</i><br />
-(Incluse dans la suivante.)</p>
-
-<p class="dater">Nancy, le 5 décembre 1785.</p>
-
-<p>J'arrive dans cette ville, mademoiselle;
-mon chambellan qui a toute
-ma confiance, m'a parlé de vous
-<span class="pagenum"><a id="Page_53"> 53</a></span>
-d'une manière si avantageuse, que je
-me rends à ses sollicitations pressantes,
-malgré tous les ménagemens que
-j'ai encore à garder: je prends sur
-moi de vous écrire; je vous confirme
-tout ce que mon chambellan vous a
-mandé; j'y ajouterai que, dans un
-mois au plus tard, j'aurai le plaisir
-d'admirer de plus près ces grâces
-touchantes qui sont l'objet de toutes
-mes pensées.</p>
-
-<p>Depuis votre première lettre, vous
-m'avez traité avec bien de la rigueur:
-j'espère qu'elle va cesser et que d'ici
-à mon départ, nous aurons une correspondance
-suivie, qui sera le prélude
-d'une liaison qui fera le bonheur
-de ma vie.</p>
-
-<p class="signature">Le prince <span class="cap">K</span><span class="smallc">ABARDINSKI</span>.</p>
-
-<p class="titre"><span class="pagenum"><a id="Page_54"> 54</a></span>
-<i>A Mademoiselle Saulnier l'aînée, à
-Paris.</i></p>
-
-<p class="small">(Caillot s'étonne de nouveau des doutes
-témoignés. Il insiste sur les qualités amoureuses
-de son prince et sur les siennes. La
-plaisanterie devient forte. Toutefois, sa
-correspondante ne clôt pas encore l'entretien).</p>
-
-<p class="dater">Nancy, le 6 décembre 1785.</p>
-
-<p>J'ai reçu, mademoiselle, votre lettre,
-que je n'ai pas eu besoin de relire
-trois ou quatre fois, comme vous
-avez fait de la mienne: je vous
-avoue que je ne suis pas encore
-revenu de l'étonnement qu'elle m'a
-causé. Un autre que moi jetteroit feu
-et flamme; j'ai cependant un grand
-motif de consolation; c'est que je
-vois que vous avez gardé le plus profond
-secret, comme je vous l'avois
-recommandé, car si vous en eussiez
-ouvert la bouche à qui que ce soit, il
-n'est personne qui ne vous eût appris
-<span class="pagenum"><a id="Page_55"> 55</a></span>
-ce que c'est que le prince Héraclius,
-de l'existence duquel vous paroissez
-douter: ce n'est pas dans les étrennes
-mignones<a id="FNanchor_14" href="#Footnote_14" class="fnanchor">&nbsp;[14]</a> que vous trouverez son
-nom et celui du prince Kabardinski.
-Toutes les gazettes ont assez retenti
-et retentissent encore du nom du
-frère aîné: il y a sans doute des
-Russes à Paris; parlez-leur-en, sans
-entrer dans aucun détail, et vous
-verrez ce qu'ils vous en diront. Quant
-au pays dont vous doutez aussi, prenez
-la peine d'ouvrir le tome cinquième
-de l'histoire naturelle de M. de
-Buffon, et la page 20<a id="FNanchor_15" href="#Footnote_15" class="fnanchor">&nbsp;[15]</a> vous instruira
-de ce que sont les peuples de
-Kabardinski, et s'ils sont tant à dédaigner;
-selon cet auteur, et selon la
-vérité, les habitans de cette contrée
-sont les plus vigoureux hommes que
-<span class="pagenum"><a id="Page_56"> 56</a></span>
-l'on connoisse: son altesse soutient
-bien la réputation de son pays.</p>
-
-<p>Il vous semble extraordinaire que
-le prince paye les dettes de son père,
-ayant un frère souverain; vous saurez
-que comme le prince Héraclius
-lui a fait un sort beaucoup plus considérable
-qu'il ne devoit l'espérer, il
-est convenu, en revanche, de liquider
-sur ses revenus une partie des
-dettes contractées par leur père. Dans
-deux ans, il sera tout-à-fait quitte;
-cela n'empêche pas qu'il ne soit puissamment
-riche, même dans ce moment-ci.</p>
-
-<p>Je crois qu'il est fort heureux pour
-votre s&oelig;ur que vous n'ayez pas suivi
-son conseil, en ne me répondant
-pas.</p>
-
-<p>Son altesse est ici depuis deux
-jours; je l'ai déterminée, avec bien
-de la peine, à écrire à votre s&oelig;ur, et
-je joins ici sa lettre. Je n'ai pas osé
-lui parler du portrait; c'est une matière
-trop délicate pour ce moment-ci:
-<span class="pagenum"><a id="Page_57"> 57</a></span>
-d'ailleurs il eût peut-être voulu
-voir la lettre où on le demandoit, et
-s'il avoit lu celle que j'ai reçue de
-vous, il ne seroit plus question de
-rien, et il eût été impossible de le
-ramener. Le prince, quoique doux et
-complaisant, est fort haut et très
-susceptible.</p>
-
-<p>Vous faites une réflexion très-juste,
-que j'ai tort de me servir d'une main
-étrangère pour des choses de cette
-nature; mais rassurez-vous: mon
-secrétaire est si bête qu'il ne comprend
-pas un mot de ce qu'il écrit,
-et de plus, je vous évite de lire mon
-griffonnage, car je ne peins pas
-bien.</p>
-
-<p>Je suis fâché que la dernière
-phrase de ma lettre ait présenté à
-votre s&oelig;ur des idées un peu croustilleuses:
-j'éviterai de retomber dans
-la même faute; mais je vous dirai,
-entre nous, que, puisqu'elle n'aime
-pas à s'amuser en idée, le prince est
-bien son affaire, et l'amusera réellement.
-<span class="pagenum"><a id="Page_58"> 58</a></span>
-Quant à moi, je vous assure
-que je suis aussi pour les plaisirs
-réels et palpables: je puis dire, en
-toute vérité, que Vénus ne m'a jamais
-pris pour Mars en carême.</p>
-
-<p class="signature">J'ai l'honneur d'être, etc.&mdash;C<span class="smallc">AILLOT-</span>D<span class="smallc">UVAL.</span></p>
-
-<hr class="tb" />
-
-<p class="titre"><i>Réponse de Saulnier aînée.</i></p>
-
-<p class="dater">Paris, 14 décembre 1785.</p>
-
-<p>Je ne puis imaginer, monsieur,
-que vous montrez de l'étonnement
-de ce que j'ai lu trois fois ou quatre
-fois une lettre charmante.</p>
-
-<p>Tel est le charme des choses écrites
-avec esprit lorsqu'on les a lues,
-on veut les relire encore, mais malgré
-cela il ne faut point que l'esprit
-nous fasse donner dans l'illusion;
-insi les graces et le stil séduisant de
-vos lettres n'empechera pas ma raison
-<span class="pagenum"><a id="Page_59"> 59</a></span>
-d'en aprécier les motifs, et d'en
-peser les conséquences.</p>
-
-<p>Il me paroit bien étrange qu'un
-prince soit amoureux de ma s&oelig;ur
-qu'il n'a jamais vue. N'est-ce pas un
-peu Domguichote et l'aveu le plus
-flatteur en pareil cas doit il paroitre
-sincére. Ah! ceci à trop l'air de
-quelque tour d'un chevalier françois,
-pour que l'on puisse raisonnablement
-y ajouter fois que voulez-vous!
-l'on fait tant de ces petites méchancetés
-à Paris qu'il faut bien que la
-méfiance et la circonspection soit
-notre sauve garde pour qu'on ne
-fasse pas des risées sur notre comte.</p>
-
-<p>De plus quelque crédule et quelque
-simple que je fusse, comment
-vouderiez vous que je crusse ce que
-vous suposez que votre sécraiter à
-transcrit lui-même. En véritté, il
-faudroit être bien complaisant pour
-souxcrire à un pareil aveu. Non,
-non, je n'en croi rien. Vous avez fait
-une école en prenent ce biais pour
-<span class="pagenum"><a id="Page_60"> 60</a></span>
-répondre à l'obgection que je vous fis
-de ce qu'en pareil cas vous vous serviez
-d'une main étrangere. Je me
-rappelle que dans une comédie moderne,
-je lu: <i>Mondieu que ces gens
-d'esprit sont sot</i>. Permettes moi de me
-servir <i>de ce passage, et vous dire, moi:
-Mon dieu que ces gens d'esprit sont
-étourdis</i>.</p>
-
-<p>Vous me renvoyez aux gasetes et
-aux journaux qui doivent m'instruire
-du prince Kabardinski et du prince
-son frère. Doi je m'imposer une
-tache si dure que de les parcourir
-tous. A la bonheur si ces gazetes et
-ces journaux étoient écrîtes d'un stil
-tel que celui de la <i>Nouvelle Héloïse!</i>
-De plus, la Crimée désolée tour à
-tour par les armes des Turcs et des
-Russes, prouveroit elle quelque chose
-en faveur du héros phantastique
-qu'il vous plairoit d'imaginer.</p>
-
-<p>Avec tout votre esprit, monsieur
-le romancier, vous avez fait une
-école, et même je pourois en citer
-<span class="pagenum"><a id="Page_61"> 61</a></span>
-plus d'une. La tête du roman alloit
-bien, mais vous avez pechez par la
-queue, et je vous laisse à penser si
-je devois m'en appercevoir.</p>
-
-<p>J'ai lu la lettre de son altesse, elle
-n'est pas moins intéressante que la
-votre, mais ma s&oelig;ur ne peut y répondre
-actuelment. Elle n'est point à
-Paris. Comme elle a été fort malade
-elle est partie pour la campagne afin
-d'y respirer un air plus salutere. Je
-lui porterai la lettre, mais ce ne peut
-etre avant huit jours et je songe que
-dans cet intervalle je peux encore
-recevoir une lettre de vous. Je la lui
-enverrais, mais elle ne se détermineroit
-point à répondre si je n'étois
-présente, parce qu'elle présume qu'il
-en doit être de votre prince Héracrius
-<i>comme de celui de Cornail</i>. Vous
-entendez ce que cela veut dire. Je
-lirai M. de Buffon, quoique je n'en
-puisse pas saisir toutes les beautés.
-Il n'est rien que je ne fasse pour
-connoitre les peuples de Kabardinski.
-<span class="pagenum"><a id="Page_62"> 62</a></span>
-Je vous prie de dire au prince que
-ma s&oelig;ur est à trente lieue de Paris
-ou elle restera une quinzaine de
-jours pour sa santé, elle sera sans
-doutte bien flattée en recevant la
-lettre.</p>
-
-<p>Vous me marquez que vous venez
-à Paris, je n'ai pu voir en quel
-temps; vous avez mis le cachet sur la
-datte et je l'ai ouverte de manier que
-je n'ai pû la déchiffrer. Marquez-nous
-S. V. P. quand vous reviendrez,
-et ne douttez point de l'acueil
-que vous avez droit d'attendre en
-arrivant à Paris et des sentimens
-avec lesquels, etc.&mdash;S... l'aînée.</p>
-
-<hr class="tb" />
-
-<p class="titel"><i>A Mademoiselle S... l'aînée, à Paris.</i></p>
-
-<p class="small">(Protestations de Caillot-Duval, qui se dit
-compromis par le silence de Saulnier
-cadette. L'aînée le console en devinant un
-logogriphe composé pendant sa disgrâce).</p>
-
-<p class="dater"><span class="pagenum"><a id="Page_63"> 63</a></span>
-Nancy, le 25 décembre 1785.</p>
-
-<p>Votre lettre du 14, mademoiselle,
-m'est parvenue il y a quelques jours;
-je vous avoue qu'elle m'a causé le
-plus grand étonnement par le ton de
-plaisanterie qui y règne. La chose
-d'elle-même étoit assez sérieuse, soit
-par le personnage qu'elle mettoit en
-jeu, soit par la sincérité des aveux
-que renfermoient mes lettres. Le
-silence obstiné de votre s&oelig;ur m'a
-forcé de montrer au prince votre
-réponse, pour me soustraire aux
-reproches dont il m'accabloit; il en
-a été indigné, et, dans sa colère, il
-m'a tenu à peu près ce langage (les
-yeux hagards et l'écume sur les
-lèvres): Vous êtes bien osé, de
-m'avoir compromis avec de pareilles
-caillettes (c'est son mot favori); vous
-mériteriez que je vous envoyasse à
-<i>Lodeorbarli</i><a id="FNanchor_16" href="#Footnote_16" class="fnanchor">&nbsp;[16]</a> (c'est la prison d'Etat
-<span class="pagenum"><a id="Page_64"> 64</a></span>
-chez le prince, située près du Pont-Euxin);
-je veux bien vous pardonner
-en mémoire de vos services passés,
-mais vous serez un mois sans
-manger à ma table, et jusques-là
-vous vivrez de <i>codelipons</i> (nourriture
-mal-saine) et de <i>chartoufedu</i> (boisson
-exécrable). Voilà pourtant ce que
-vous m'attirez, pour avoir voulu rendre
-service à votre s&oelig;ur; c'est une
-leçon pour l'avenir. Il a terminé sa
-brusque incartade par me dire qu'il
-ne vouloit plus entendre parler de
-vous, et qu'il se repentoit de s'être
-reposé si long-temps sur des petites
-perronelles (passez-moi le mot). J'ai
-fait mon possible pour l'appaiser,
-mais j'ai reconnu que le seul moyen,
-s'il y en a un, est une lettre de votre
-s&oelig;ur, ou au moins de vous, adressée
-à lui-même. Il n'est pas mal intentionné
-pour vous: son plus grand
-mécontentement vient de votre s&oelig;ur.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_65"> 65</a></span>
-Si vous ne pouvez vous déterminer
-à écrire, votre s&oelig;ur ni vous, au
-moins apprenez-moi si, comme je
-l'espère, vous m'avez gardé le secret
-le plus inviolable. Je serois perdu, si
-vous y aviez manqué. Vous voyez
-que mon sort est entre vos mains:
-mais je vous crois trop honnête pour
-abuser de la confiance que j'ai eue
-en vous. Je suis menacé, dans ce
-cas, du supplice des <i>courtousedilles</i>,
-toujours suivi de la ruine du principe
-générateur.</p>
-
-<p>Je ne sais où vous avez pris que la
-Crimée étoit désolée tour à tour par
-les Russes et les Turcs: elle ne l'est
-par personne. Ces climats sont protégés
-par la division du prince <i>Botanipet</i>,
-qui est composée des trois régimens
-des <i>Pasteroipètes</i>, <i>Friscarpètes</i> et
-<i>Simmocupètes</i>: ce sont des troupes
-superbes, faciles à entamer, mais
-fort aisées à recruter.</p>
-
-<p>Je dois entendre, selon vous, ce que
-c'est que le prince <i>de Cornail</i>; j'avoue,
-<span class="pagenum"><a id="Page_66"> 66</a></span>
-à ma honte, que c'est la première
-fois que j'en entends parler. Si j'avois
-affaire à une personne moins instruite,
-je croirois qu'elle a voulu dire
-<i>Corneille</i>; mais ce seroit vous faire
-injure, que de vous croire capable
-d'une erreur aussi grossière.</p>
-
-<p>J'attends incessamment de vos
-nouvelles, et je vous prie de me
-croire, en attendant, etc.&mdash;<span class="smallc">Caillot-Duval.</span></p>
-
-<p><i>P.-S.</i>&mdash;Etant peu occupé dans ce
-moment, je me suis permis un petit
-logogryphe que je soumets à votre
-jugement.</p>
-
-<div class="poetry"><div class="stanza">
-<p>Je vaux plus de cinq sans ma queue,</p>
-<p>Et ne vaux qu'un avec ma queue:</p>
-<p>Entouré de blanc sans ma queue,</p>
-<p>Cerné de noir avec ma queue.</p>
-<p>Vous me chérissez sans ma queue,</p>
-<p>Vous m'adorez avec ma queue.</p>
-<p>Je suis en montre sans ma queue,</p>
-<p>Et je me montre avec ma queue.</p>
-</div></div>
-
-<p>Ce seroit faire injure à votre pénétration
-que d'y joindre le mot: si le
-<span class="pagenum"><a id="Page_67"> 67</a></span>
-jeu vous plaît, vous n'avez qu'à dire,
-vous en recevrez un par tous les
-courriers. Une personne aussi instruite
-que vous connoît sans doute
-les chiffres romains. Vous voyez que
-je vous mets sur la voie.</p>
-
-<hr class="tb" />
-
-<p class="titre"><i>Réponse</i></p>
-
-<p class="dater">Paris, le 28 décembre 1785.</p>
-
-<p>Quelque disposée que je fusse à
-continuer la correspondance sur le
-ton de plaisanterie qui semble en
-effet convenir à tout ceci, sependant
-le tableau touchant et pathétique que
-vous m'avez fait de la situation embarrassante
-où vous vous êtes trouvé
-à l'abord du prince, m'engage de
-vous répondre plus sérieusement. J'ai
-en vérité beaucoup de peine du mauvais
-traitement que vous avez éprouvez
-de la par du prince. Quoi! pour
-<span class="pagenum"><a id="Page_68"> 68</a></span>
-une bagatelle parler de prison d'Etat!
-vous condamner pour un mois à ne
-manger que du <i>codelipon</i>, et ne boire que
-du <i>chartoufedu</i> c'est en véritté avoir un
-caracter dur je vois bien qu'il ne fait
-pas toujours bon de badiner avec les
-princes tartares. Sans doute les femmes
-de Karbardinki accoutumées à
-la dépendance à l'égard des hommes
-n'ont pas encore pris le soin de poliser
-leurs manières grossières. Je voudrois
-bien être plus près de vous
-pour tacher d'adoucir la rigueur du
-procédé de son altesse car je pense
-que lorsqu'on fait un repas aussi maigre
-que celui auquelle le prince vous
-acondanné il n'est pas possible alors
-de parler d'amour bien haud. Je
-me ferois un devoir de vous visiter
-dans votre prison, je me chargeroit
-de la fonction de votre maître
-d'hôtel, votre table seroit servie sans
-profusion mais avec délicatesse et le
-vin de Champagne et de Bourgogne
-tiendroient la place d'une boisson qui
-<span class="pagenum"><a id="Page_69"> 69</a></span>
-peut-être est d'usage lorsqu'on a besoin
-d'observer un régime. Sans doute,
-la diette ne convient qu'aux amans
-langoureux qui ne vivent que de soupirs
-et meurent par métaphore mais
-ce doit être autre chose pour vous
-à qui des circonstances facheuses ne
-sauroient en lever la gaité de votre
-esprit et vous empechét de faire des
-logogryphes (je vous previen que j'ai
-deviné le votre sur le champ et vous
-n'en serez pas surpris). C'est bien fait
-avous de mêler du badinage par mi
-les choses les plus graves. Vous mérités
-d'être François et je vous soupçonne
-beaucoup de l'être.</p>
-
-<p>Le courroux du prince m'a causé
-véritablement de la peine mais c'est
-pour vous que j'ai craint. Je lui passe
-très-volontiers les termes dont il s'est
-servi pour nous apostropher. On voit
-bien quils se sent un peu de la rudesse
-du climat qu'il habite, mais,
-quand il aurat séjourné quelque tems
-à Paris en devenant un prince accompli,
-<span class="pagenum"><a id="Page_70"> 70</a></span>
-il apprendra que les manières
-honnaites et gracieuses dont on use
-à l'égard des femmes rendent leur
-commerce plus doux et plus agréable.</p>
-
-<p>Adieu, pénitent agréable, vous
-allez commencer votre ramadan, je
-vous souhaite patience et bon courage,
-faites ensorte de venir au plutot
-participer aux amusemens de notre
-carvaval.</p>
-
-<p>J'ai l'honeur d'être, etc.&mdash;S...
-l'ainée.</p>
-
-<hr class="tb" />
-
-<p class="titre"><i>A Mademoiselle Saulnier l'aînée.</i></p>
-
-<p class="small">(Cette fois, Caillot-Duval, visiblement à
-bout, va dépasser les bornes de la plaisanterie.
-Il devient trop grossier pour qu'on
-puisse s'y tromper. La correspondance est
-close).</p>
-
-<p class="dater">Nancy; le 10 janvier 1786.</p>
-
-<p>J'ai reçu, ma charmante amie,
-<span class="pagenum"><a id="Page_71"> 71</a></span>
-votre aimable épître du 28; elle m'a
-réconforté au point de faire hausser
-mes actions à un degré que je ne
-connaissois plus depuis ma disgrâce.</p>
-
-<p>La nature, muette chez moi, s'est
-fait entendre avec l'énergie de mes
-premières années: hier encore, entièrement
-occupé de vous pendant
-mon sommeil, je me suis réveillé
-nageant dans une mer de délices.
-Non, je ne puis me persuader que
-cet ordre mendiant, si connu par son
-extérieur bizarre, ait jamais eu
-d'aussi bonne fortune.</p>
-
-<p>Ce qui a mis le comble à ma félicité,
-c'est que son altesse a bien voulu
-oublier mes torts, et me rendre
-ses bonnes grâces au jour de l'an.
-J'ai été admis à l'honneur du <i>saicebul</i>;
-c'est ce qui répond à la
-faveur de baiser la main: mon ordinaire
-a été changé; je mange à la
-table du prince, et tous les jours
-nous nous régalons de <i>cagupeles</i>, c'est
-son plat favori: il répond à cette
-<span class="pagenum"><a id="Page_72"> 72</a></span>
-espèce d'oublies que vous appelez
-<i>plaisir des dames</i>; il faut toujours les
-manger entiers, ou ils ne valent rien.
-Vous savez mieux que personne
-combien il est difficile de garder
-long-temps intacts des objets aussi
-délicats.</p>
-
-<p>Il y a toute apparence que nous ne
-serons à Paris que vers le milieu de
-février: je me ferai un plaisir de me
-rendre chez vous le plutôt possible;
-ma consolation, jusqu'à ce moment,
-sera de recevoir de vos chères lettres.
-Quant au prince, il ne m'a plus
-parlé de vous, et vous sentez que je
-n'ai pas été tenté de lui en ouvrir la
-bouche; car j'ai encore le gosier empâté
-de ce vilain <i>chartoufedu</i>, et de
-ces maudits <i>codelipons</i>, qui ont pensé
-m'étrangler.</p>
-
-<p>Je m'attendois à voir, dans votre
-lettre, le mot du logogryphe que je
-vous ai envoyé: dès que vous l'avez
-deviné, vous auriez dû me le mander;
-je vous en aurois envoyé un
-<span class="pagenum"><a id="Page_73"> 73</a></span>
-autre. Je travaille en ce genre, sans
-prétention et avec facilité, je tourne
-aussi fort bien les compliments de
-bonne année et les envois d'étrennes;
-ça été même l'origine de ma
-fortune.</p>
-
-<p class="signature">J'ai l'honneur d'être, etc.&mdash;<span class="smallc">Caillot-Duval.</span></p>
-
-<hr class="tb" />
-
-<div class="chapter">
-<h2 class="normal">II<br />
-<span class="medium"><i>A M. Le Cat, Procureur au présidial,
-à Abbeville.</i></span></h2>
-</div>
-
-<p class="small">Caillot-Duval, débutant littéraire, demande
-des conseils à Le Cat, qu'il admire.
-Il lui offre l'examen d'un petit poème de
-vingt-quatre chants pour commencer et
-finit par lui faire espérer sa nomination
-d'académicien à Saint-Pétersbourg par la
-protection du Prince Kabardinski, auquel
-Le Cat, plein d'espoir, adresse aussitôt une
-Epitre en vers.</p>
-
-<p class="dater"><span class="pagenum"><a id="Page_74"> 74</a></span>
-Nancy, le 23 septembre 1785.</p>
-
-<p>Le conte des Grelots, monsieur,
-l'analyse des eaux de Fruges<a id="FNanchor_17" href="#Footnote_17" class="fnanchor">&nbsp;[17]</a> et
-nombre de chansons, d'épigrammes,
-de logogryphes et d'amphygouris,
-dont vous avez enrichi le journal littéraire
-de Nancy, m'ont donné la
-plus haute idée de vos talens, et
-m'ont prouvé que les vers et la prose
-vous étoient également familiers. Je
-ne puis différer plus long-temps le
-tribut d'éloges qui vous est dû, et
-l'hommage de ma reconnaissance
-pour le plaisir que vous m'avez fait
-éprouver. Que l'auteur de ce journal
-doit se trouver heureux d'avoir en
-vous un <i>collaborateur</i> aussi éclairé
-qu'infatigable!</p>
-
-<p>Avec quelle douleur n'ai-je pas vu,
-à la fin du quarante-unième volume
-d'un ouvrage dont vous paroissez
-faire le cas qu'il mérite (<i>les Contemporaines</i>),
-<span class="pagenum"><a id="Page_75"> 75</a></span>
-une violente sortie<a id="FNanchor_18" href="#Footnote_18" class="fnanchor">&nbsp;[18]</a> contre
-un opuscule de votre façon, que
-j'ai trouvé rempli de ce véritable sel
-attique, si rare de nos jours! Je veux
-parler de ce logogryphe que vous
-vous êtes permis, à si juste titre, sur
-le nom de M. Rétif (de la Bretonne):
-je suis étonné que cet auteur ait inspiré
-assez d'intérêt pour qu'on ait pu
-prendre ouvertement son parti.</p>
-
-<p>Votre <i>Voyage d'Elégie</i>, inséré dans
-le dernier journal de Nancy, ne m'a
-point échappé: j'y ai reconnu ce
-folâtre enjouement qui caractérise
-toutes vos productions. Le nouveau
-trait lancé contre M. Rétif m'a paru
-piquant et ingénieux: j'ai été surtout
-enchanté de la préface, par les
-<span class="pagenum"><a id="Page_76"> 76</a></span>
-idées neuves et le sens moral qu'elle
-présente.</p>
-
-<p>Si vos occupations vous permettent
-de me donner quelques momens,
-vos conseils ne pourront qu'être
-du plus grand secours à un
-jeune débutant dans la carrière des
-lettres.</p>
-
-<p class="signature">J'ai l'honneur d'être, etc.&mdash;C<span class="smallc">AILLOT-</span>D<span class="smallc">UVAL.</span></p>
-
-<p><i>P. S.</i> Je vais mettre la dernière
-main à un ouvrage sur lequel je serai
-enchanté d'avoir votre opinion.</p>
-
-<hr class="tb" />
-
-<p class="titre"><i>Réponse</i></p>
-
-<p class="dater">Abbeville, le 2 octobre 1785.</p>
-
-<p>Je suis bien sensible, monsieur, à
-vos éloges; je vous prie d'en recevoir
-tous mes remercîments. Je sais
-cependant assez m'apprécier, pour
-être persuadé que je ne mérite point
-<span class="pagenum"><a id="Page_77"> 77</a></span>
-les choses flatteuses que vous m'écrivez.
-Je ne suis que médiocrement
-lettré, et mon état qui prend presque
-tout mon temps, m'ôte l'espoir d'acquérir
-plus de talent.</p>
-
-<p>Quoique les ouvrages de M. Rétif
-me paroissent susceptibles de critique,
-à bien des égards, j'ai peut-être
-eu tort de lui déclarer la guerre.
-«C'est un méchant métier que celui
-de médire.»</p>
-
-<p>Si vous cultivez les lettres, gardez-vous
-bien, monsieur, de labourer
-le champ ingrat de la satire; elle
-ne procure que des désagrémens.</p>
-
-<p>Je verrai vos ouvrages avec plaisir,
-et vous dirai ce que j'en pense,
-sans déguisement.</p>
-
-<p class="signature">J'ai l'honneur d'être, etc.&mdash;<span class="cap">L</span><span class="smallc">E</span> <span class="cap">C</span><span class="smallc">AT</span>.</p>
-
-<p><i>P. S.</i> Vous voudrez bien, à l'avenir,
-affranchir vos lettres.</p>
-
-<hr class="tb" />
-
-<p class="titel"><span class="pagenum"><a id="Page_78"> 78</a></span>
-<i>A M. Le Cat, à Abbeville</i></p>
-
-<p class="dater">Nancy, le 25 octobre 1785.</p>
-
-<p>C'est au retour, monsieur, d'un
-petit voyage, que j'ai trouvé ici votre
-lettre du 2 qui m'attendoit. Je suis
-infiniment flatté de tout ce que vous
-me dites d'obligeant; je suis surtout
-enchanté de voir unie aux talens,
-cette modestie d'auteur, si rare
-aujourd'hui. Il seroit à désirer que
-tous les littérateurs du siècle suivissent
-un exemple aussi louable: nous
-verrions disparoître ces pamphlets,
-ces libelles injurieux, qui sont toujours
-le fruit d'un amour-propre déplacé.
-Alors régneroit cette douce
-harmonie, compagne du vrai mérite,
-qui parsemeroit de roses la carrière
-épineuse des lettres.</p>
-
-<p>Vous trouverez peut-être que mon
-style se ressent un peu des lieux communs
-de rhétorique: je sens qu'il
-<span class="pagenum"><a id="Page_79"> 79</a></span>
-n'est pas encore assez formé; vous
-me rendrez un vrai service de me
-dire ce que vous y aurez trouvé de
-défectueux! J'espère profiter de vos
-observations judicieuses. Je suis désolé
-de n'avoir pu mettre encore la
-dernière main à un petit poëme en
-vingt-quatre chants, que je soumettrai
-à votre censure; le titre en est:
-<i>Amusements de la campagne</i> (il faut
-vous dire que je l'aime beaucoup).
-J'y ai inséré tous les détails qui peuvent
-rendre ce tableau piquant; je
-n'ai passé sous silence aucun des
-jeux auxquels on s'y adonne; j'y ai
-même fait entrer les échecs, le domino
-et la dame polonaise, trois jeux
-que vous savez être de la plus haute
-antiquité. Si je ne craignois d'être
-trop long, je vous transcrirois ici
-l'épisode de la balançoire, dont j'ose
-croire que vous ne seriez pas mécontent,
-mais, réflexion faite, j'aime
-mieux vous envoyer l'ouvrage en
-entier, dès qu'il sera terminé. Je
-<span class="pagenum"><a id="Page_80"> 80</a></span>
-compte pouvoir le faire paroitre au
-mois de mars.</p>
-
-<p>Dans une ville où il y a une académie,
-il semble qu'on devroit avoir
-quelques nouveautés en littérature;
-mais depuis plusieurs mois on est
-uniquement absorbé dans l'étude
-d'une science qui a occupé tout
-Paris, et sur laquelle je serois bien
-curieux de connoître votre opinion;
-vous me feriez plaisir de m'en parler
-un peu en détail, sur-tout du somnambulisme,
-qui me paroit être le
-<i>nec plus ultrà</i> de la science magnétique.
-Je ne vous en écrirai ouvertement
-que quand vous m'aurez fait
-part de votre façon de penser. Il a
-paru ici, à ce sujet, un petit ouvrage
-qui est devenu fort rare; il est intitulé:
-<i>Correspondance de M. Mesmer</i><a id="FNanchor_19" href="#Footnote_19" class="fnanchor">&nbsp;[19]</a>;
-si vous avez le désir de le connoître,
-<span class="pagenum"><a id="Page_81"> 81</a></span>
-je m'arrangerai pour vous le faire
-passer, franc de port, et dorénavant
-j'en userai de même pour mes lettres:
-je conçois que les littérateurs
-d'une certaine volée prennent leurs
-précautions, car, sans cela, ils seroient
-inondés d'un fatras de lettres,
-ce qui seroit aussi coûteux que désagréable.</p>
-
-<p class="signature">J'ai l'honneur d'être, etc.&mdash;C<span class="smallc">AILLOT-</span>D<span class="smallc">UVAL.</span></p>
-
-<hr class="tb" />
-
-<p class="titel"><i>A M. Le Cat, à Abbeville.</i></p>
-
-<p class="dater">Nancy, le 24 novembre 1785.</p>
-
-<p>L'état de dépérissement et de marasme
-dans lequel je me trouve,
-monsieur, depuis 15 jours, m'oblige
-de me servir d'une main étrangère
-pour vous rappeler l'indulgence avec
-laquelle vous avez bien voulu répondre
-à ma lettre du 23 septembre: elle
-<span class="pagenum"><a id="Page_82"> 82</a></span>
-sembloit me promettre une correspondance
-suivie: à quoi dois-je donc
-attribuer le silence obstiné que vous
-gardez avec moi? Vos lettres eussent
-fait le charme de ma solitude:
-depuis mon arrivée dans cette ville
-je vois infiniment peu de monde, et
-absolument personne depuis trois semaines.</p>
-
-<p>Mon poëme des <i>Amusemens de la
-campagne</i> est tout à fait fini; je vais
-l'envoyer à Paris, et je n'omettrai
-rien pour que la partie typographique
-soit bien soignée. Il y aura
-vingt-quatre gravures, une à chaque
-chant, et de plus le frontispice. Vous
-concevez que cet ouvrage m'entraîne
-dans de grands frais: mais j'espère
-en être dédommagé. Comme je ne
-veux pas cependant que vous attendiez
-deux et peut-être trois mois à
-avoir ce poëme, je vous en fais faire
-une copie (sans préjudice de l'exemplaire
-que je vous destine), et je
-compte qu'elle sera prête dans huit
-<span class="pagenum"><a id="Page_83"> 83</a></span>
-jours. Je pars pour Paris, si toutefois
-ma foible santé me le permet. Mon
-départ est fixé au 15 du mois prochain;
-et si, à cette époque, je n'ai
-pas reçu de vos nouvelles, j'attribuerai
-votre silence à la multiplicité de
-vos occupations, et je ne vous enverrai
-pas moins la copie de mon
-poëme; mais je me plais à croire que
-vous ne voudrez pas me laisser plus
-long temps dans l'inquiétude; d'ailleurs
-je vous avoue que je serois fort
-embarrassé pour vous faire passer
-mon manuscrit; la poste est une voie
-très-dispendieuse, et cependant si
-vous ne m'en indiquez pas une autre,
-je serai forcé de m'en servir, et dans
-ce cas je crains bien que le plaisir
-que vous éprouverez à me lire, ne
-vous dédommage pas des frais.</p>
-
-<p class="signature">J'ai l'honneur d'être, etc.&mdash;C<span class="smallc">AILLOT-</span>D<span class="smallc">UVAL.</span></p>
-
-<p><i>P. S.</i> Si vous avez quelque répugnance
-à suivre une correspondance
-qui pourroit vous devenir fastidieuse,
-<span class="pagenum"><a id="Page_84"> 84</a></span>
-faites-moi la grâce de me le marquer.</p>
-
-<p>Vous connoissez sans doute le
-poëme de l'harmonie imitative dont
-M. Piis<a id="FNanchor_20" href="#Footnote_20" class="fnanchor">&nbsp;[20]</a> vient de nous régaler: je
-me suis permis une petite sortie sur
-ce poëme, que je n'ai trouvé ni harmonieux
-ni à imiter.</p>
-
-<p>J'ose espérer que vous ne serez pas
-fâché d'apprendre que Sa Majesté
-l'Impératrice de toutes les Russies
-vient de m'envoyer la patente de
-membre de l'Académie impériale de
-Pétersbourg.</p>
-
-<hr class="tb" />
-
-<p class="titre"><i>Réponse.</i></p>
-
-<p class="dater">Abbeville, le 5 décembre 1785.</p>
-
-<p>Votre dernière lettre, monsieur,
-<span class="pagenum"><a id="Page_85"> 85</a></span>
-me donne de vives inquiétudes sur
-votre santé; je hâte ma réponse pour
-vous prier de m'en donner des nouvelles,
-sans retard. Pour moi, j'allois
-mieux; mais la fièvre m'est revenue
-depuis quelques jours. Dans cette
-maudite saison, on a tant de peine à
-se rétablir! Je vous avouerai que vos
-reproches m'en ont fait; mais vous
-avez vu, par ma dernière, combien
-mes excuses ont été légitimes. Ce
-sera toujours un vrai plaisir pour
-moi que d'entretenir une correspondance
-suivie avec vous, et vous pouvez
-compter que quand il y aura du
-retard de ma part, ce ne sera jamais
-qu'aux événemens imprévus et à la
-multiplicité de mes occupations qu'il
-faudra l'attribuer.</p>
-
-<p>Je brûle d'envie d'avoir votre
-poëme: vous voudrez bien faire
-remettre le manuscrit que vous
-me destinez à M. Marcotte, chez
-M. Brouet, procureur au parlement,
-rue Mazarine, à Paris: ce M. Marcotte
-<span class="pagenum"><a id="Page_86"> 86</a></span>
-a des occasions, toutes les
-semaines, pour Abbeville.</p>
-
-<p>Recevez, je vous prie, mes sincères
-félicitations, sur la distinction flatteuse
-que l'Impératrice de Russie
-vient de vous accorder: je ne doute
-pas que votre poëme ne vous en procure,
-qui ne le seront pas moins.
-Quoique je ne soye d'aucun corps
-littéraire, et que je n'aye jamais fait
-de démarches à ce sujet, je ne vous
-dissimulerai pas que mon amour-propre
-seroit agréablement chatouillé,
-si je devenois académicien.</p>
-
-<p>Je ne connois point le poëme de
-l'harmonie imitative, mais j'en ai
-toujours mal auguré. M. de Piis n'est
-rien moins que propre à ce genre,
-bien différent de celui de briller dans
-les vaudevilles. Ses petits opéras
-offrent souvent des tableaux ingénieux;
-il met beaucoup de gaieté
-dans ses ouvrages, mais on peut lui
-reprocher des calembours, de mauvaises
-pointes, et quelquefois une
-<span class="pagenum"><a id="Page_87"> 87</a></span>
-gravelure trop forte. Il ne faudroit
-pas moins qu'un Boileau pour nous
-donner un bon poëme sur l'harmonie
-imitative, et je ne doute pas que ce
-ne soit avec raison que vous n'ayez
-fait une sortie sur celui de M. de Piis.</p>
-
-<p class="signature">J'ai l'honneur d'être, etc.&mdash;<span class="cap">L</span><span class="smallc">E</span> <span class="cap">C</span><span class="smallc">AT</span>.</p>
-
-<hr class="tb" />
-
-<p class="titel"><i>A M. le Cat, à Abbeville.</i></p>
-
-<p class="dater">Nancy, le 14 décembre 1785.</p>
-
-<p>Je suis infiniment sensible, monsieur,
-à l'intérêt que vous voulez
-bien prendre à ma fâcheuse situation:
-il m'est encore impossible de
-me rendre à Paris, comme je croyois
-pouvoir le faire; je ne puis m'occuper
-de choses sérieuses, et c'est ce
-qui m'empêche de mettre la dernière
-main à mon poëme: ce qui me reste
-à faire seroit tout au plus l'ouvrage
-<span class="pagenum"><a id="Page_88"> 88</a></span>
-de quatre jours, si je me portois bien.
-Je vais envoyer à Paris, et faire remettre,
-à l'adresse que vous m'indiquez,
-la brochure sur le magnétisme,
-dont je vous ai parlé: je vous fais le
-sacrifice de mon exemplaire, car cet
-ouvrage est devenu introuvable. Je
-suis très-curieux de savoir ce que
-vous penserez de cette bagatelle; j'y
-ai trouvé de l'esprit, de la gaieté et
-des plaisanteries neuves; le style en
-est assez coulant, quoique concis; je
-pense que vous ne serez pas non plus
-mécontent de la partie typographique.</p>
-
-<p>Je vous remercie des éloges flatteurs
-dont vous m'honorez: si vous
-n'êtes membre d'aucun corps littéraire,
-c'est que vous n'avez fait
-aucune démarche pour cela; mais il
-est une manière d'en faire, qui ne
-peut offenser votre délicatesse, et
-qui réussira probablement. Je n'avois
-pas, à beaucoup près, autant de
-titres littéraires que vous pourriez en
-<span class="pagenum"><a id="Page_89"> 89</a></span>
-rassembler: si vous voulez essayer
-de ce que je vais vous dire, je suis
-persuadé que nous serons bientôt
-confrères. Je suis dans la plus grande
-intimité avec le prince <i>Kabardinski</i>,
-frère puîné du prince <i>Héraclius</i>, que
-vous connoissez sûrement de nom;
-c'est par son entremise que j'ai
-obtenu le titre flatteur dont je viens
-d'être décoré. Je puis compter assez
-sur son amitié pour être sûr qu'il ne
-refusera pas à mes sollicitations la
-même grâce pour un homme de lettres
-présenté par moi; en conséquence,
-je crois que, pour le disposer
-en votre faveur, vous devriez m'adresser,
-pour lui, une pièce de vers,
-dont voici le texte, en partie. Le
-prince est au mieux avec la Sémiramis
-du Nord; sa femme, qui est une
-Géorgienne, vient d'accoucher de
-cinq enfants mâles, ce dont il n'y a
-pas d'exemple<a id="FNanchor_21" href="#Footnote_21" class="fnanchor">&nbsp;[21]</a>; ils vivent tous. La
-<span class="pagenum"><a id="Page_90"> 90</a></span>
-mère seule a conservé un léger frémissement
-dans les muscles zigomatiques,
-ce qui fait qu'elle a toujours
-l'air de rire. Les cinq enfants ont
-tous l'assurance d'une compagnie
-dans les volontaires de Crimée:
-voilà, si je ne me trompe, un canevas
-assez étendu. La forme de l'épître
-me paroît la plus convenable. Si vous
-avez quelques épigrammes neuves et
-fraîches, vous pourrez me les envoyer
-aussi: le prince aime beaucoup
-ce genre-là.</p>
-
-<p class="signature">J'ai l'honneur d'être, etc.&mdash;C<span class="smallc">AILLOT-</span>D<span class="smallc">UVAL.</span></p>
-
-<p class="titre"><span class="pagenum"><a id="Page_91"> 91</a></span>
-<i>Réponse.</i></p>
-
-<p class="dater">Abbeville, le 28 décembre 1785.</p>
-
-<p>Je n'ai reçu, Monsieur, que le 24
-de ce mois votre lettre datée du 14:
-j'y vois avec peine que votre situation
-est toujours la même. Ménagez-vous
-extrêmement, surtout ne vous
-fatiguez point l'esprit par aucun travail
-littéraire. Le physique est tellement
-lié au moral, que, quand
-celui-là éprouve quelqu'affaissement,
-il faut laisser celui-ci dans le plus
-grand repos. Quels sont donc vos
-maux et les remèdes que vous leur
-opposez?</p>
-
-<p>Le vif intérêt que je prends à vous
-est le motif de ma curiosité; j'ai été
-autrefois si long-temps souffrant et
-valétudinaire, que j'en suis presque
-devenu médecin; du moins ai-je fait
-quelques études dans l'art de guérir.
-Vous avez, je n'en doute pas, des
-gens très-instruits qui vous dirigent,
-<span class="pagenum"><a id="Page_92"> 92</a></span>
-mais il pourroit se faire que mes
-conseils vous fussent salutaires, et
-vous savez «qu'un sot quelquefois
-ouvre un avis important».</p>
-
-<p>J'attends donc votre réponse à ce
-sujet sans retard. Comme je ne veux
-point vous priver de votre brochure
-sur le magnétisme, quand je l'aurai
-reçue et lue, je vous la ferai repasser,
-et même si votre voyage à Paris
-est encore différé pour quelque
-temps, je pourrai vous la remettre
-moi-même, car je crois me rendre
-dans cette capitale vers la fin du
-Carême, et ce me seroit un bien
-grand plaisir de vous y voir, et de
-trouver cette occasion de resserrer
-plus étroitement notre liaison, je
-n'ose vous dire notre amitié.</p>
-
-<p>J'adopte avec le plus grand empressement
-le parti que vous m'offrez
-pour parvenir à une confraternité
-qui me seroit bien chère. Je sens
-comme vous que pour cela il faut que
-je rime en l'honneur du Prince, et
-<span class="pagenum"><a id="Page_93"> 93</a></span>
-que l'épître en ce cas est l'ouvrage le
-plus convenable; mais je vous avouerai
-que ce genre n'est pas le mien. Je
-n'ai fait dans ma vie que deux
-épîtres, encore sont-elles très-foibles;
-vous en avez pu voir une dans le
-journal de Nancy, adressée à M. l'intendant
-d'Amiens: il est vrai qu'elle
-y a parue très-défigurée, et avec des
-fautes typographiques inexcusables.
-L'auteur de ce journal paroit n'être
-guère soigneux de corriger les épreuves.
-Malgré mon inaptitude épistolaire,
-je vais faire mes efforts pour
-tirer de mon cerveau quelque chose
-qui ne soit pas tout à fait indigne
-d'être présenté au prince, et ne tarderai
-pas à vous l'adresser; en attendant,
-je vous envoie quelques fruits
-de mes loisirs, qui n'ont pas encore
-paru, à l'exception, cependant, des
-trois derniers morceaux, qui ont
-été insérés dans l'<i>Année littéraire</i>;
-presque tous sont dans le genre épigrammatique.
-Vous jugerez s'il n'en
-<span class="pagenum"><a id="Page_94"> 94</a></span>
-trouve qui puissent être montrés au
-prince. Je me recommande et m'en
-rapporte à vous sur les moyens d'obtenir
-son suffrage.</p>
-
-<p>Je travaillois à une parodie en
-vers de <i>Médée</i>, tragédie dans laquelle
-il y aura beaucoup de caricatures sur
-plusieurs autres tragédies, lorsque la
-maladie que je viens d'essuyer, et
-qui a mis un retard considérable
-dans toutes mes affaires, m'a obligé
-de renoncer pour quelque temps à
-tout travail littéraire.&mdash;Recevez, je
-vous prie, les v&oelig;ux sincères que je
-forme pour vous, et soyez persuadé
-que ce n'est point l'usage seul qui les
-dicte, mais bien des sentiments plus
-nobles et plus purs.&mdash;
-Je vous embrasse de tout mon c&oelig;ur,et suis, etc.
-<span class="smallc">LE</span> <span class="cap">C</span><span class="smallc">AT</span>.</p>
-
-<hr class="tb" />
-
-<p class="dater"><span class="pagenum"><a id="Page_95"> 95</a></span>
-Abbeville, le 7 janvier 1786.</p>
-
-<p>Monsieur, voici mon épître au
-prince Kabardinski. J'aurois bien
-désiré qu'elle fût plus digne de lui,
-mais j'ai fait tout ce que j'ai pu.
-Vous n'ignorez pas combien ce genre
-est difficile, et combien il est rare d'y
-obtenir des succès; il ne faut que du
-goût pour juger une épître, mais il
-faut être poëte pour en faire de
-bonnes, et c'est bien à cet égard que
-l'on peut dire: «La critique est aisée
-et l'art est difficile».</p>
-
-<p>Au surplus, j'ose espérer que vous
-voudrez bien présenter au prince
-mon foible essai; muni de votre passeport,
-peut-être sera-t-il accueilli, et
-me procurera-t-il l'avantage de devenir
-votre confrère. Je viens d'obtenir
-l'assurance de la première place qui
-vaquera à l'académie d'Amiens, et ce
-seroit, lorsque j'en serois membre,
-une grande satisfaction de pouvoir
-<span class="pagenum"><a id="Page_96"> 96</a></span>
-vous y introduire. Quand votre
-poëme sur les <i>Amusements de la campagne</i>
-aura vu le jour, ce sera, je
-crois, le vrai moment d'agir à ce
-sujet: je vous indiquerai alors la
-marche qu'il faudra suivre.&mdash;Je n'ai
-pas encore reçu votre brochure sur le
-magnétisme; mandez-moi si vous
-l'avez fait remettre à l'adresse que je
-vous ai donnée, et sur-tout n'oubliez
-pas de m'instruire de l'état de votre
-santé.&mdash;J'ai l'honneur d'être, avec
-le plus sincère attachement, etc.&mdash;Le
-<span class="smallc">Cat</span>.</p>
-
-<p class="titre"><i>Epître</i></p>
-
-<p><span class="titel">A SON ALTESSE LE PRINCE KABARDINSKI</span></p>
-
-<p>Daigne, ô Kabardinski! daigne agréer, l'hommage
-D'un rimeur sans éclat, mais vrai dans son langage
-<span class="pagenum"><a id="Page_97"> 97</a></span>
-Qui toujours méprisa le vil adulateur,
-Et du vice insolent fut le persécuteur;
-Qui préféra le pauvre, honnête en sa misère,
-Vertueux citoyen, tendre époux et bon père,
-Au grand enorgueilli; qui voit l'infortuné
-D'un &oelig;il indifférent au malheur condamné;
-A cet épais Midas, qui, fier de ses richesses,
-Ne prodigue son or qu'à d'infâmes maîtresses;
-Au philosophe altier, dont le système affreux
-Méconnoît tout, jusqu'à l'existence des dieux;
-Au poëte sans m&oelig;urs, dont la muse fangeuse
-Ne trempe ses pinceaux que dans une eau bourbeuse;
-A ce magnétiseur qui veut, avec les doigts,
-De Celse et de Galien surpasser les exploits;
-A cet auteur rongé des serpents de l'envie,
-Qui respire la rage avec la jalousie.
-S'il me falloit chanter ce peuple d'avortons,
-Ma Muse briseroit aussitôt ses crayons.
-Mais pour toi, prince aimable, alors que je te loue,
-Minerve m'applaudit, la Vérité m'avoue.
-Né d'antiques aïeux, frère d'Héraclius,
-Mais bien plus grand encor par tes propres vertus,
-Qu'il m'est doux de vanter ton nom et ta naissance,
-Ta magnanimité, ta noble bienfaisance!
-<span class="pagenum"><a id="Page_98"> 98</a></span>
-Qu'il m'est doux, en t'offrant mon respect et mes v&oelig;ux,
-De pouvoir célébrer tes destins glorieux!
-D'apprendre à l'univers que du Nord l'héroïne,
-Que la Terreur du Turc, l'illustre Catherine,
-Voit en Kabardinski son ami, son soutien,
-Le père du soldat comme du citoyen.
-Cette auguste amitié est un éloge insigne:
-On ne peut l'obtenir à moins qu'on n'en soit digne.
-Mais quand la Vérité dirige mon pinceau,
-Quand le feu qui m'anime est pris à son flambeau,
-Je vois, parmi les faits qui forment ton histoire,
-Des faits que nos neveux pourront à peine croire,
-Lorsque Clio dira, dans la suite des temps,
-Que ton épouse un jour te donna cinq enfants,
-Cinq mâles, pleins de vie, et que leur souveraine
-Alors de chacun d'eux a fait un capitaine.
-Quand, par un monument des peuples révéré,
-Ce prodige inouï deviendra consacré,
-En admirant un trait si rare et si fameux,
-L'on marquera ta place au rang des demi-dieux.
-Tu réaliseras tous les exploits d'Hercule.
-<span class="pagenum"><a id="Page_99"> 99</a></span>
-Puisse, dans l'avenir, ce trop foible opuscule
-Prolonger sa durée, à l'abri de ton nom!
-Puisse-t-il, avoué du dieu de l'Hélicon,
-Près de toi reposer au temple de Mémoire!
-Un sort aussi flatteur suffiroit à ma gloire.</p>
-
-<p class="signature">Le <span class="cap">C</span><span class="smallc">AT</span>, <i>à Abbeville</i>.</p>
-
-<hr class="tb" />
-
-<div class="chapter">
-<h2 class="normal">III<br />
-<span class="medium"><i>A Mme de Launay, rue Croix-des-Petits-Champs,
-à Paris.</i></span></h2>
-</div>
-
-<p class="small">(Caillot-Duval propose deux nièces à
-Mme de Launay<a id="FNanchor_22" href="#Footnote_22" class="fnanchor">&nbsp;[22]</a>. Celle-ci craint avant
-tout la police. On le voit bien aux <i>paquets</i>
-dont elle s'obstine à parler).</p>
-
-<p class="dater">Nancy, le 4 novembre 1785.</p>
-
-<p>Des circonstances particulières,
-madame, viennent de m'amener deux
-<span class="pagenum"><a id="Page_100"> 100</a></span>
-nièces âgées de quinze et de dix-sept
-ans. La première est tout à fait
-<span class="pagenum"><a id="Page_101"> 101</a></span>
-neuve: la seconde n'a eu qu'une faiblesse
-avec un capitaine de hussards
-au service de l'empereur; cette première
-inconduite lui a fait perdre la
-tête et abandonner précipitamment
-la maison paternelle; elle a persuadé
-à sa s&oelig;ur de l'accompagner; celle-ci
-s'y est déterminée d'autant plus aisément
-qu'elle était fort gênée chez ses
-parents, et que son c&oelig;ur lui parloit
-déjà assez haut. Quant à moi, que
-différents événements ont forcé de
-<span class="pagenum"><a id="Page_102"> 102</a></span>
-quitter mon pays (Philisbourg en
-Allemagne), je suis établi ici où
-j'exerce, dans le plus grand incognito,
-une profession qui m'est
-assez lucrative. Soit dit entre nous,
-j'ai la pratique de tout le parlement
-et des principaux officiers du régiment
-du Roi, tous riches seigneurs.
-Cependant, je crois que les deux personnes
-dont je viens de vous parler
-sont des morceaux trop friands pour
-ce pays-ci, et qui ne seroient pas
-payés leur valeur. Il faut vous dire
-qu'elles sont d'une famille honnête,
-et que l'on n'a rien négligé pour leur
-éducation; elles ont seulement un
-peu de peine à parler le français. Ce
-seroit le lot de deux princes allemands;
-je suis sûr qu'elle feront la
-plus grande sensation dans la capitale.
-Quoique s&oelig;urs, elles offriront à
-côté l'une de l'autre le contraste le
-plus piquant. La jeune est d'un blond
-qui n'a rien de fade, la plus belle
-peau (comme toutes les Allemandes),
-<span class="pagenum"><a id="Page_103"> 103</a></span>
-les yeux bleus, la plus jolie gorge
-possible, et, ce qui vous étonnera
-peut-être, un très joli pied; je crois
-qu'elle pourroit faire une charmante
-danseuse. L'autre est une superbe
-femme: de grands yeux noirs, la
-plus belle bouche; et, ce qui est du
-meilleur augure, la raie de mulet<a id="FNanchor_23" href="#Footnote_23" class="fnanchor">&nbsp;[23]</a>.
-J'espère que par vos soins sa première
-et unique faute sera réparée
-de façon à ne laisser aucune trace.
-Je n'entrerai pas dans d'autres détails.
-Vous en jugerez par vous-même.</p>
-
-<p>Je vous les enverrai comme à une
-de mes amies; elles ont à peu près
-60 louis d'argent comptant et sont
-assez bien nippées. Elles sont si
-neuves qu'il faudra user de beaucoup
-de ménagemens pour ne pas
-les effaroucher. J'espère, madame,
-<span class="pagenum"><a id="Page_104"> 104</a></span>
-que notre correspondance n'en restera
-pas là; nous pouvons réciproquement
-nous être utiles. Je compte
-sur votre discrétion, et j'attends votre
-réponse pour les faire partir.
-Aussi bien ai-je trouvé une voiture
-de renvoi; si votre intention est,
-comme je le pense, qu'elles aillent à
-Paris, vous voudrez bien leur retenir,
-dans votre voisinage, un appartement
-décent, de trois à quatre
-louis par mois.&mdash;J'ai l'honneur d'être, etc.&mdash;C<span class="smallc">AILLOT-</span>D<span class="smallc">UVAL.</span></p>
-
-<hr class="tb" />
-
-<p class="titre"><i>Réponse</i></p>
-
-<p class="dater">Paris, le 11 novembre 1785.</p>
-
-<p>Monsieur, si la marchandise que
-vous ma noncé dans votre dairnier
-letre est aussi bonne que vous le dite
-vous pouvé les envoyé par la premier
-comodité je vous en débiterai.
-<span class="pagenum"><a id="Page_105"> 105</a></span>
-Sil i a quelque chosse dans nautre
-ville qui vous soit agreable, je vous
-prit de ne point mépargné.</p>
-
-<hr class="tb" />
-
-<p class="titel"><i>A Madame de Launay, rue Croix-des-Petits-Champs,
-à Paris</i></p>
-
-<p class="dater">Nancy, le 14 novembre 1785.</p>
-
-<p>J'ai reçu, madame, une lettre de
-Paris en date du 11, que je soupçonne
-venir de vous; on me mande
-d'envoyer la marchandise que j'ai
-annoncée; mais comme cette lettre
-n'est pas signée et que ce pourroit
-être une supercherie, je ne crois pas
-devoir m'y fier; or, avant de faire
-partir <i>mes deux paquets</i>, je désire
-savoir vos intentions d'une manière
-plus positive; et puisque vous avez
-de la répugnance à signer votre
-nom, pour que je sache à quoi m'en
-tenir, il faudra signer un nom en
-<span class="pagenum"><a id="Page_106"> 106</a></span>
-l'air, et qui ne soit pas commun,
-comme, par exemple, Copernic ou
-Ticho-Brahé.</p>
-
-<p>Répondez-moi tout de suite, car
-on me persécute ici, et j'ai peur
-qu'on ne découvre le pot aux roses;
-vous savez à quoi je serois exposé et
-vous connoissez les sollicitudes du
-métier. J'en ai devant les yeux un
-exemple terrible: c'est un malheureux
-jeune homme d'une famille
-honnête qui s'est promené hier dans
-les rues de la ville, tenant en main
-une bride d'un nouveau genre, et
-qui a essuyé le châtiment accoutumé,
-au grand contentement de l'assemblée
-qui rit toujours à ces sortes
-d'exécutions<a id="FNanchor_24" href="#Footnote_24" class="fnanchor">&nbsp;[24]</a>. Voilà les hommes:
-ils nous trouvent très bons pour leur
-être utiles, et ils nous abandonnent
-dans l'adversité. Quelle injustice! et
-<span class="pagenum"><a id="Page_107"> 107</a></span>
-à combien de réflexions morales cela
-ne porteroit-il pas? Mais laissons ces
-idées tristes: continuons à faire le
-bien, à soulager l'humanité souffrante;
-moquons-nous des sots et
-prenons leur argent.&mdash;J'ai l'honneur d'être, etc.&mdash;C<span class="smallc">AILLOT-</span>D<span class="smallc">UVAL.</span></p>
-
-<hr class="tb" />
-
-<p class="titre"><i>Réponse</i></p>
-
-<p>Paris, le 21 novembre 1785.</p>
-
-<p>Monsieur, vous ne devé poin douté
-des deux paques que vous avé à
-envoyet avec une laitre de votre part
-que les deux paques me seront remis,
-vous pouvé aitre persuadé que
-je meteré toute mes atansion que je
-les plaseré pas loin de ché mois, je
-suis ennatandans votre réponse.&mdash;Jé
-lhonneur d'aitre votre tres humble.&mdash;<span class="signature">D</span><span class="smallc">E</span> C<span class="smallc">OPERNIC.</span></p>
-
-<div class="chapter">
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_108"> 108</a></span></p>
-<h2 class="normal">IV<br />
-<span class="medium"><i>A M. Soudé, rue Dauphine, à Paris</i></span></h2>
-</div>
-
-<p class="small">(Caillot-Duval a parié cent louis que
-M. Soudé lui ferait une botte sans coutures.
-M. Soudé ne dit pas non, mais il
-n'a pas le temps. On sent bien pourquoi).</p>
-
-<p class="dater">Nancy, le 4 novembre 1785.</p>
-
-<p>J'ai cru, monsieur, que dans une
-affaire aussi importante que celle
-dont il s'agit, je ne pouvois mieux
-m'adresser qu'au phénix des bottiers
-de la capitale. Je sais que vos talents
-supérieurs vous ont mérité
-l'honneur de botter notre souverain
-et son auguste moitié. Veuillez bien
-me donner un éclaircissement sur
-une chose qui, en intéressant beaucoup
-ma bourse, intéresse aussi votre
-réputation. Un maître bottier de
-cette ville vient de faire une paire de
-bottes sans couture, qui a fait l'admiration
-<span class="pagenum"><a id="Page_109"> 109</a></span>
-de toute cette contrée. Il a
-prétendu qu'aucun bottier de Paris
-n'en ferait autant. Plusieurs officiers
-de la garnison, surpris d'une découverte
-aussi merveilleuse, au premier
-abord, ont abondé dans son idée, et
-ont offert de parier cent louis. Moi
-qui suis persuadé que tout ce qui se
-fait en province doit se faire à plus
-forte raison à Paris, j'ai tenu les
-cent louis sans hésiter: faites-moi le
-plaisir de me mander si vous vous
-croyez capable d'en faire autant; si
-vous l'êtes, comme je n'en doute pas,
-et que mes adversaires ne s'en rapportent
-pas à votre lettre, je vous
-écrirai pour lors de m'en faire une
-paire; et, pour couper court à tout,
-si vous pouvez avoir une attestation
-des syndics de votre corps qui assure
-la chose possible, cela suffira.&mdash;Je
-suis, etc.&mdash;C<span class="smallc">AILLOT-</span>D<span class="smallc">UVAL.</span></p>
-
-<hr class="tb" />
-
-<p class="titre"><span class="pagenum"><a id="Page_110"> 110</a></span>
-<i>Réponse</i></p>
-
-<p class="dater">Paris, le 9 novembre 1785.</p>
-
-<p>Monsieur, c'est pour répondre à la
-lettre que vous m'avez fait l'honneur
-de m'écrire en date du 4 du courant.
-Je pourrois bien vous faire des bottes
-comme vous paroissez en désirer,
-mais mes occupations sont si
-multipliées dans cette saison que je
-ne pourrois m'occuper de cet objet,
-car j'ai à fournir toute la maison du
-Roi.&mdash;J'ai l'honneur d'être.&mdash;<span class="smallc">S</span><span class="smallc">OUDÉ.</span></p>
-
-<hr class="tb" />
-
-<div class="chapter">
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_111"> 111</a></span></p>
-<h2 class="normal">V<br />
-<span class="medium"><i>A M. de la Roche<a id="FNanchor_25" href="#Footnote_25" class="fnanchor">&nbsp;[25]</a>, gouverneur de la
-ménagerie, à Versailles.</i></span></h2>
-</div>
-
-<p class="dater">Nancy, le 14 novembre 1785.</p>
-
-<p>Les nouvelles expériences, monsieur,
-qu'on a projetées sur la génération
-<span class="pagenum"><a id="Page_112"> 112</a></span>
-artificielle, ne pouvoient être
-confiées en de meilleures mains. Peu
-de personnes doivent se flatter d'être
-aussi intelligentes et aussi versées
-que vous dans la connoissance des
-animaux. C'est à ce titre que notre
-auguste monarque s'est reposé sur
-vous du soin de leur éducation, nutrition
-et conservation. Je viens,
-d'après les principes de l'abbé italien<a id="FNanchor_26" href="#Footnote_26" class="fnanchor">&nbsp;[26]</a>
-qui nous a démontré si clairement
-la possibilité de procréer des
-êtres par une injection de semence
-conservée, de faire moi-même l'expérience
-sur une chienne noire et
-blanche, âgée de trois ans; je ne crois
-pas inutile d'observer qu'elle est
-pleine d'intelligence, et d'une constitution
-très-libidineuse. Je vous ferois
-<span class="pagenum"><a id="Page_113"> 113</a></span>
-bien ici deux observations, mais je
-passe rapidement à une troisième
-que je crois plus intéressante. Je
-vous prie de vouloir bien me mander
-les procédés dont vous vous êtes servi,
-vu que les miens ont été insuffisants.
-Quoique je n'aye pas l'honneur
-de vous être connu, un de mes
-amis m'a assuré que je pouvois m'adresser
-à vous en toute confiance:
-j'espère que vous ne désapprouverez
-pas ma démarche, qui ne tend qu'au
-progrès de la science. J'ai toujours
-fait mon étude de l'histoire naturelle:
-la partie de la génération est
-celle que j'ai le plus approfondie;
-j'ai même composé sur ce sujet un
-petit ouvrage que j'ai envoyé à une
-académie dont je suis membre, et je
-n'attends que sa réponse pour le
-rendre public: je vous en ferai passer
-un exemplaire si vous voulez
-bien me le permettre.&mdash;J'ose croire
-que vous voudrez bien me dire où en
-sont vos opérations et si vous espérez
-<span class="pagenum"><a id="Page_114"> 114</a></span>
-réussir. Avouez, monsieur, que
-cela seroit bien commode pour faire
-des enfants par lettre. Permettez-moi
-cette petite saillie de gaieté et
-pardonnez-moi les petites incorrections
-de style que vous pourrez trouver
-dans cette lettre: je ne suis pas
-encore bien familier avec la langue
-française que je ne parle que depuis
-un an.&mdash;J'ai l'honneur d'être, etc.&mdash;C<span class="smallc">AILLOT-</span>D<span class="smallc">UVAL.</span></p>
-
-<hr class="tb" />
-
-<p class="titre"><i>Réponse</i></p>
-
-<p class="dater">Paris, le 24 novembre 1785.</p>
-
-<p>Votre chère lettre du 14, monsieur,
-m'a été envoyée de Versailles;
-j'étois venu ici pour lever une demi
-aune de toile chez ma marchande,
-au Palais Royal, n<sup>o</sup> 40<a id="FNanchor_27" href="#Footnote_27" class="fnanchor">&nbsp;[27]</a>. Je ne connois
-<span class="pagenum"><a id="Page_115"> 115</a></span>
-que par ouï-dire les expériences
-dont vous me parlez: je les trouve
-très curieuses; mais je vous avoue
-que j'ai peine à me persuader qu'elles
-soient réelles. J'ai approfondi
-autant que personne tout ce qui a
-quelque rapport à la génération; et
-dans ce genre-là j'ai toujours été
-fort peu curieux de l'artificiel: ainsi
-n'en parlons plus.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_116"> 116</a></span>
-Je suis en effet plus à portée que
-personne de faire des expériences
-sur les animaux, ayant à ma disposition
-tous ceux qui composent la
-ménagerie de notre auguste souverain.
-Vous me faites naître l'idée de
-m'en occuper. Dès que je serai de
-retour dans mon gouvernement, je
-mettrai la main à l'&oelig;uvre et ce sera
-avec le plus grand plaisir que je
-<span class="pagenum"><a id="Page_117"> 117</a></span>
-vous communiquerai mes découvertes:
-ainsi n'en parlons plus et
-croyez-moi, monsieur, votre dévoué
-serviteur.&mdash;<span class="cap">L</span><span class="smallc">A</span> <span class="cap">R</span><span class="smallc">OCHE</span>, <i>chevalier de
-l'ordre royal et militaire de Saint-Louis</i>.</p>
-
-<hr class="tb" />
-
-<div class="chapter">
-<h2 class="normal">VI<br />
-<span class="medium"><i>A M. Lefort, rue Saint-Jean-de-Beauvais,
-à Paris</i></span></h2>
-</div>
-
-<p class="small">(Joueur de flûte et de hautbois, Caillot-Duval
-demande à se perfectionner sous la
-direction du professeur Lefort, qui ne recule
-pas devant la perspective d'une leçon
-d'une heure par jour pendant deux ans; il
-en paraît quelque peu illuminé).</p>
-
-<p class="dater">Nancy, 27 novembre 1785.</p>
-
-<p>Devant bientôt aller faire un petit
-voyage dans la capitale, mon cher
-monsieur, j'ai pris des renseignements
-<span class="pagenum"><a id="Page_118"> 118</a></span>
-sur les virtuoses dans les deux
-instruments que je cultive. On m'a
-assuré que vous aviez perfectionné
-la flûte et le hautbois, et que le basson
-prenoit sous vos doigts toutes les
-inflexions de la voix humaine: je
-vous avouerai franchement que je
-ne connois aucunement ce dernier
-instrument, et je ne croyois pas que
-le pincé de l'anche pût s'accorder
-avec le pincé de l'anche du hautbois,
-ou avec l'embouchure de la
-flûte, que vous n'ignorez pas être
-parfaitement opposée. J'en viens au
-fait: je compte être à Paris au mois
-de janvier, et j'y passerai au moins
-deux ans. Je désirerois que vous me
-donnassiez une heure dans la journée,
-depuis neuf heures jusqu'à
-midi, à votre choix. Je ne suis pas
-d'une très-grande force, mais je fais
-bravement ma partie dans un concert
-de province, et je donne hardiment
-le <i>ré</i> sur le hautbois, et le <i>sol</i>
-sur la flûte. Je ne vous en dirai pas
-<span class="pagenum"><a id="Page_119"> 119</a></span>
-davantage pour cette fois-ci: vous
-saurez seulement que, n'ayant pas
-l'avantage de vous connoître, je m'adresse
-à vous parce que des officiers
-de la garnison, qui ont pris de vos
-leçons, m'ont fait votre éloge.</p>
-
-<p>J'attends votre réponse pour savoir
-quelle est l'heure que vous pouvez
-me donner. Vous mettriez le
-comble à mes v&oelig;ux si votre plume
-se permettoit quelques petits détails
-concernant les principes que vous
-avez adoptés, et votre méthode d'enseigner.
-Dès l'instant que j'aurai
-reçu votre lettre, je vous manderai
-où je dois loger; ce sera, à vue de
-pays, du côté de la rue du Paon.&mdash;J'ai
-l'honneur d'être, etc.&mdash;C<span class="smallc">AILLOT-</span>D<span class="smallc">UVAL.</span></p>
-
-<hr class="tb" />
-
-<p class="titre"><span class="pagenum"><a id="Page_120"> 120</a></span>
-<i>Réponse</i></p>
-
-<p class="dater">Paris, le 29 décembre 1785.</p>
-
-<p>Des objets qui m'occupe et intéresseront
-l'<span class="smallc">UNIVERS</span> au-delà de toute
-attante, ayant forcés le retard de la
-présente, permettez, mon cher monsieur,
-qu'en attendant par <span class="cap">L</span><span class="smallc">OUIS</span>
-<span class="smallc">seize</span> ou de <span class="cap">D</span><span class="smallc">IEU</span> toutes choses! ainsi
-quelles sont arrêtées dans les décrets
-de cet <span class="smallc">etre</span> incréé comme puissantissime
-et juste dans toutes ses opperations
-faite par qui et comme il lui
-plaît; permètez dije quen repondant
-a l'honneur de la votre! je vous
-donne avis que j'atens aussi votre
-arrivez à Paris, pour et d'apres icelui,
-pouvoir prendre l'heure avec
-vous, dans ceux que vous me donnez
-aussi honnêtement qu'utilement!
-attendu qu'outre mon état et des
-affaires personnels, je continues de
-remplir une <span class="smallc">mission</span>! qui sera favorable
-non seulement aux corps, mais
-<span class="pagenum"><a id="Page_121"> 121</a></span>
-aux <span class="smallc">AMES</span>: dès que je seré informez
-de votre arrivez sachant votre adresse
-à Paris et quand je pourrez me
-rendre chez vous; comme le maître
-choisit et le <span class="smallc">MAITRE</span> de qui ne l'est
-pas, faisant le mal à son semblable.</p>
-
-<p>Quant à l'adoption de mes principes
-ainsi que ma méthode d'enseigner,
-une seule réflexion pouvoit
-vous mettre à lieu de voir que c'est
-en opérant lors des leçons et questions
-(souvent très-nécessaires à
-faire), que vous pourrez connoître!
-si je suis le maître que vous désirez
-trouver pour cette petite partie de
-l'agréable! comme je serés de <span class="smallc">celui</span>
-de celle du plus grand utile; ce qui
-me fait conclure qu'il est sage d'en
-appeler à l'expérience; comme à
-l'évidence.</p>
-
-<p>Conséquemment et vu cet appel:
-je n'ai plus rien pour le présent à
-vous dire, sinon que je vous prie
-comme étant aussi sensible que, reconnoissant
-de faire mes remerciements
-<span class="pagenum"><a id="Page_122"> 122</a></span>
-à ces messieurs (officiers de la
-garnison), qui vous ont parlé de
-moi, ainsi que vous me le rapportez
-dans votre lettre! le fesant tel, je le
-requier, et comme il convient, ce
-sera obliger celui qui a l'honneur
-d'être votre, etc.&mdash;<span class="cap">L</span><span class="smallc">EFORT</span>, <i>professeur
-et maître de musique pour le hautbois,
-la flûte et le basson</i>.</p>
-
-<hr class="tb" />
-
-<div class="chapter">
-<h2 class="normal">VII<br />
-<span class="medium"><i>A M. L'Heureux de Chanteloup.</i></span></h2>
-</div>
-
-<p class="small">(Caillot-Duval annonce qu'une chouette
-et un loriot accouplés lui ont donné une
-pie et un moineau. Sans vouloir paraître
-surpris, on lui répond vaguement.)</p>
-
-<p class="dater">Nancy, le 13 décembre 1785.</p>
-
-<p>L'excellent ouvrage que vous venez
-de mettre au jour, monsieur, sur le
-Serin et le Rossignol, m'engage à
-<span class="pagenum"><a id="Page_123"> 123</a></span>
-vous demander votre avis sur un
-phénomène dont je viens d'être témoin.
-Fort amateur, dès l'enfance,
-de tout ce qui concerne l'oisellerie,
-j'ai voulu tenter quelques petites
-expériences, qui sont, comme vous
-savez, le seul moyen de propager la
-science: j'ai donc mis ensemble en
-cage un loriot et une chouette; à
-mon grand étonnement, ces deux
-oiseaux se sont accouplés: il en est
-venu deux &oelig;ufs qui, ayant été couvés
-par la mère, ont produit, chose
-étrange! l'un un moineau à gros bec,
-et l'autre une pie. Le père, la mère et
-les enfans se portent à merveille et
-ne font qu'une même famille. Veuillez
-bien m'expliquer un événement
-aussi inattendu. Ne sachant point
-votre adresse, j'envoie ma lettre à
-M. Fournier, votre libraire, qui vous
-la fera passer.&mdash;J'ai l'honneur
-d'être, etc. <span class="cap">C</span><span class="smallc">AILLOT-</span>D<span class="smallc">UVAL.</span></p>
-
-<hr class="tb" />
-
-<p class="titre"><span class="pagenum"><a id="Page_124"> 124</a></span>
-<i>Réponse.</i></p>
-
-<p class="dater">Paris, le 19 décembre 1785.</p>
-
-<p>Je reçois, monsieur, votre lettre.
-Le phénomène dont vous me parlez
-est en effet très extraordinaire; mais
-depuis que je me suis adonné à la
-connoissance des oiseaux, j'ai été
-témoin de tant de choses surprenantes
-que je suis moins étonné qu'un
-autre de tout ce qui peut arriver dans
-ce genre. Obligez-moi de suivre exactement
-cette expérience, et de m'en
-écrire en détail: observez surtout si
-les nouveaux nés ont des plumes de
-couleur tranchante à l'aile gauche, et
-si la pie fait plus de bruit aux approches
-du père qu'à celles de la mère:
-dans ce dernier cas, j'ose vous assurer
-à l'avance que vous ne la conserverez
-pas jusqu'au printemps.&mdash;Mille
-remercîments, monsieur, de la
-confiance que vous voulez bien me
-témoigner: elle me flatte beaucoup;
-<span class="pagenum"><a id="Page_125"> 125</a></span>
-je vous prie d'agréer les expressions
-de ma reconnoissance et de me croire
-bien sincèrement votre, etc.</p>
-
-<hr class="tb" />
-
-<div class="chapter">
-<h2 class="normal">VIII<br />
-<span class="medium"><i>A M. Chaumont, perruquier,
-rue des Poulies, à Paris.</i></span></h2>
-</div>
-
-<p class="small">(Caillot-Duval lui confie que des mésaventures
-amoureuses le forcent à commander
-une perruque et six toupets. Mais
-l'artiste prudent n'accepte que le septième
-de la commande. Et encore! Pas d'argent,
-pas de toupet!)</p>
-
-<p class="dater">Nancy, le 13 décembre 1785.</p>
-
-<p>C'est toujours avec une nouvelle
-admiration, mon cher monsieur, que
-je lis dans le Mercure, ce messager
-des dieux, ces découvertes merveilleuses
-qui doivent immortaliser notre
-siècle et l'élever au dessus de tous les
-<span class="pagenum"><a id="Page_126"> 126</a></span>
-siècles à venir: quant aux futurs
-vous me dispenserez d'en parler.
-Pour vous dire donc ce dont il s'agit,
-je vais entrer en matière, mais
-<i>motus, motus, motissimus!</i></p>
-
-<p>Je me vois forcé de vous avouer
-que, dans ma dernière campagne,
-j'ai passé quelques mois au quartier
-dans un bourg où la toile étoit à
-grand compte. Me trouvant un jour
-chez une jolie marchande, j'ai voulu
-en lever une demi-aune<a id="FNanchor_28" href="#Footnote_28" class="fnanchor">&nbsp;[28]</a>, mais ô
-ciel! je ne puis y penser sans frémir,
-j'ai reçu... le dirai-je? un coup de
-pied de Vénus, qui même (soit dit
-entre nous), a rué en vache. Cette
-cruelle atteinte a attaqué ma chevelure,
-jusques dans les racines les
-plus profondes; enfin, elle est tombée:
-trop jeune encore pour prendre
-perruque, je m'adresse à vous avec
-confiance. Vos merveilleux toupets
-<span class="pagenum"><a id="Page_127"> 127</a></span>
-peuvent seuls me rendre ma gloire
-première et mon premier état: veuillez
-bien m'en préparer six, et me
-prévenir quand ils seront faits.
-Cependant je me détermine à prendre,
-pour les dimanches, une perruque
-à bourse; mais il faut qu'elle
-soit faite à l'air de mon visage; et
-pour vous donner les plus grandes
-facilités, en voici la description: j'ai
-le front moins long que large, le nez
-vraiment romain, les yeux vifs, fort
-animés quand je suis en colère; la
-bouche vermeille, très ouverte quand
-je crie bien fort; les dents très blanches,
-la mâchoire entière, à l'exception
-d'une molaire dont je me suis
-séparé peu avant ma maladie. Cela
-doit suffire à un homme aussi éclairé
-que vous.&mdash;Ne me faites pas attendre
-votre réponse, et adressez la moi
-poste restante.&mdash;J'ai l'honneur
-d'être, etc.&mdash;C<span class="smallc">AILLOT-</span>D<span class="smallc">UVAL.</span></p>
-
-<p class="titre"><span class="pagenum"><a id="Page_128"> 128</a></span>
-<i>Réponse.</i></p>
-
-<hr class="tb" />
-
-<p class="dater">Paris, 24 décembre 1785.</p>
-
-<p>Monsieur, j'ai reçu la lettre que
-vous m'avez fait l'honneur de m'écrire
-concernant le toupet que vous
-me demandé; je peut vous l'envoyer
-tel que vous le désirez il ne s'agit
-plus que de savoir si le prix vous
-conviendret.&mdash;J'ai l'honneur de
-vous prévenir auparavant de vous le
-faire tenir que je ne peut pas le faire
-à moins de 21 liv. y compris les
-batons de pomade attractive qui est
-de 3 liv. je vous observerai, monsieur,
-que je fais payer ici à Paris
-mes toupets 24 liv. et 30 liv. Je vous
-envoie cy joînt un model de votre
-front<a id="FNanchor_29" href="#Footnote_29" class="fnanchor">&nbsp;[29]</a> que vous presenteray et que
-vous decouperay à l'air de votre
-visage dans votre gout envoyer la
-<span class="pagenum"><a id="Page_129"> 129</a></span>
-couleur de vos cheveux, dire si vous
-en avez face sur les tempes, et derrière,
-et autres observations, etc. Il
-faut commencer par un toupet avant
-d'en faire d'autre ne faisant point de
-perruques étant beaucoup plus difficiles
-à réussir éloigné et sans aucune
-mesure je vous prie de m'indiquer les
-personnes qui me remettront l'argent,
-et à qui je remettrai en même
-temps le toupet.&mdash;J'ai l'honneur
-d'être, etc.&mdash;<span class="cap">C</span><span class="smallc">HAUM...</span></p>
-
-<hr class="tb" />
-
-<div class="chapter">
-<h2 class="normal">IX<br />
-<span class="medium"><i>A M. Aubert, organiste à Nancy.</i></span><a id="FNanchor_30" href="#Footnote_30" class="fnanchor">&nbsp;[30]</a></h2>
-</div>
-
-<p class="small">(Caillot-Duval lui demande des renseignements
-en termes si tendres pour Madame
-Aubert que le mari se croit obligé de
-défendre sa vertu).</p>
-
-<p class="dater"><span class="pagenum"><a id="Page_130"> 130</a></span>
-Paris, le 19 décembre 1785.</p>
-
-<p>Un de mes proches, qui arrive de
-Nancy, mon cher monsieur et bon
-ami (passez-moi cette expression familière,
-indice certain d'un c&oelig;ur
-sans fard), m'a raconté à son déguêtré
-(notez qu'il est venu par le coche),
-une petite aventure qui vous
-est arrivée depuis peu; elle vous fait
-beaucoup d'honneur dans le public;
-mais je vous avoue qu'elle m'a paru
-si plaisante que je voudrois en savoir
-par vous même les détails. Je veux
-parler de ce chevalier de Saint-Louis
-qui est venu sans y être invité, partager
-votre rôti, avec vous et madame
-votre épouse. Je crains bien
-qu'elle ne m'ait oublié; je ne me
-rappelle jamais sans une douce émotion,
-les petits repas que nous avons
-pris ensemble sur le verd gazon; là
-couchés mollement sur des tapis de
-verdure, le gazouillement des eaux
-et le murmure des oiseaux nous rappelloient
-<span class="pagenum"><a id="Page_131"> 131</a></span>
-ces petites bucoliques du
-poëte Mantouan, qui s'est immortalisé
-par les beaux discours sentimentaux
-qu'il a mis dans la bouche de
-Tityre. Mais, hélas! (et heureusement
-pour vous) nous étions encore
-dans cet âge, où si le c&oelig;ur parle, au
-moins est-il dans l'impossibilité d'agir.</p>
-
-<p>J'ai passé le plus fort de ma jeunesse,
-c'est-à-dire jusqu'à douze ans
-à Nancy; je me rappelle toujours
-avec attendrissement ces lieux chéris,
-où je n'ai connu que l'innocence,
-où je me nourrissois des mets les
-plus frugaux, si ce n'est pendant les
-carnavaux, où je passois sans cesse
-de régaux en régaux: enfin, fixé
-dans la capitale, attaché indissolublement
-à un corps respectable, je
-profiterai de la première occasion
-pour voler dans vos climats, qui retentissent
-si mélodieusement sous
-les touches bruyantes, mais moëlleuses,
-que vos doigts nerveux, mais
-<span class="pagenum"><a id="Page_132"> 132</a></span>
-souples, agitent d'une manière non
-moins séduisante que relevée; je ne
-vous en dirai pas davantage, ce sera
-pour ma prochaine lettre. J'espère
-que notre correspondance n'en restera
-pas là.</p>
-
-<p>Je compte que vous aurez la bonté
-de m'éclaircir au plus tôt le fait
-principal de cette lettre. J'ai fait un
-pari que votre réponse décidera.&mdash;J'ai
-l'honneur d'être avec attendrissement,
-mon cher monsieur et bon
-ami, votre, etc.&mdash;C<span class="smallc">AILLOT-</span>D<span class="smallc">UVAL.</span></p>
-
-<hr class="tb" />
-
-<p class="titre"><i>Réponse</i></p>
-
-<p><span class="dater">Nancy, le 24 décembre 1785.</span></p>
-
-<p>J'ai reçu votre lettre du 19, monsieur,
-et je suis étonné qu'un évènement
-aussi simple ait pu se répandre
-jusques dans la capitale; c'est
-tout uniment un chevalier de l'ordre
-<span class="pagenum"><a id="Page_133"> 133</a></span>
-royal et militaire de Saint-Louis qui
-est venu chez nous à l'heure du dîné,
-et s'est mis à table avec nous<a id="FNanchor_31" href="#Footnote_31" class="fnanchor">&nbsp;[31]</a>. Je
-le croyois invité par mon épouse, et
-mon épouse le croyoit invité par
-moi: ce n'a été qu'au moment de sa
-sortie que nous avons pu nous expliquer,
-et que nous avons vu que nous
-ne le connoissions ni l'un ni l'autre.
-Quant à mon épouse, elle ne se souvient
-pas du tout de vous, ni des
-promenades que vous prétendez
-avoir fait autrefois avec elle. Je ne
-sais quel a été votre but en m'écrivant
-tous ces détails; mais sa réputation
-est trop bien établie pour
-qu'on puisse rien croire de fâcheux
-sur son compte, et si vous avez cru
-me donner de la jalousie, vous vous
-êtes trompé; je vous prie, par la
-<span class="pagenum"><a id="Page_134"> 134</a></span>
-suite, de me faire grâce de lettres
-pareilles, vous obligerez celui qui a
-l'honneur d'être, monsieur, votre,
-etc.&mdash;<span class="cap">A</span><span class="smallc">UBERT.</span></p>
-
-<hr class="tb" />
-
-<div class="chapter">
-<h2 class="normal">X<br />
-<span class="medium"><i>A M. Berthelemot, confiseur, rue Vieille-Boucherie,
-n<sup>o</sup> 6, à Paris</i></span></h2>
-</div>
-
-<p class="small">(Conseils orthographiques, offre de poésies
-inédites pour bonbons, craintes manifestées
-au sujet des bonbons à bijoux et
-du bonbon d'amour. Le confiseur rassure
-Caillot-Duval et ne recule même pas devant
-les tragédies de son portefeuille «sucré».
-Le mot est heureux).</p>
-
-<p class="dater">Nancy, le 11 janvier 1786.</p>
-
-<p>Je ne vous cacherai pas, mon cher
-monsieur, que l'art de la confiturerie
-n'a jamais été porté si loin que de
-nos jours. Les sublimes découvertes
-<span class="pagenum"><a id="Page_135"> 135</a></span>
-dont vous enrichissez sans cesse cette
-partie si intéressante pour le palais,
-m'engagent à vous faire part de l'effet
-qu'a produit votre prospectus au
-cabinet littéraire de cette ville; mais
-comme je me pique aussi de réussir
-dans la partie littéraire de la sucrerie,
-je vais me permettre, à ce sujet, quelques
-réflexions que vous pardonnerez,
-à ce que j'espère, à un amateur
-zélé de tout ce qui concerne le pastillage,
-le papillotage (dont vous ne
-parlez pas) et le marronage.</p>
-
-<p>D'abord, je vous avouerai franchement
-que je n'ai point l'honneur de
-connoître le <i>Minautore</i>, mais seulement
-le Minotaure et que le royaume
-de Crète ne s'écrit point comme une
-crête de coq. Dans les quatre bonbons
-de votre invention, le premier,
-dites-vous, amusera sans offenser, et
-divertira sans déplaire; ce ne sera
-pas là un grand miracle, et si le
-bonbon est nouveau, au moins son
-effet ne l'est-il pas; car s'il offense
-<span class="pagenum"><a id="Page_136"> 136</a></span>
-ou déplaît, il n'amusera, ni ne divertira.</p>
-
-<p>Le bonbon d'Alger, qui rappellera
-un souvenir qui peut tourner au
-profit des malheureux, me feroit
-croire que son produit est destiné au
-soulagement des captifs; si cela est,
-je m'engage à en prendre jusqu'à la
-concurrence de trois livres de France,
-pour laquelle somme je compte en
-avoir au moins deux livres, le sucre
-étant fort diminué de prix depuis la
-paix. Pour que ce paquet m'arrive
-franc de port, vous pourrez le remettre
-à mon bon et respectable ami
-M. Barth, clerc de M. de la Reynière,
-avocat, place Louis-Quinze: comme
-nous avons un petit compte ensemble,
-il se fera un véritable plaisir de
-me faire cette légère avance. Vous
-me rendriez un service essentiel d'ajouter
-à ce petit envoi un recueil de
-vos devises, et une de vos pistaches
-à la portugaise que vous prétendez
-inimitables.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_137"> 137</a></span>
-J'avois envoyé à M. Duval, rue des
-Lombards, un détail des différentes
-pièces qui composent mon porte-feuille
-sucré, telles que chansons,
-madrigaux, ballades, triolets, rondeaux,
-sonnets, élégies, idylles,
-stances, épigrammes; le tout en six
-langues. Je lui avois offert de plus
-deux tragédies, partagées en soixante-dix
-morceaux, et des airs de danses;
-il a accepté le tout pour l'année prochaine,
-ayant été, dit-il, prévenu
-trop tard pour celle-ci. Je vous avoue
-que j'ai de la peine à croire que les
-ouvrages, dans ce genre, de votre
-homme de lettres assez connu, soient
-comparables aux miens.</p>
-
-<p>Votre idée de faire du Palais-Royal
-la capitale de Paris est assez heureuse:
-votre description du bonbon
-d'amour me fait craindre que vous
-n'y ayez inséré quelques ingrédiens
-propres à augmenter une passion
-déjà trop effrénée dans une jeunesse
-fougueuse.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_138"> 138</a></span>
-J'ai vu avec admiration jusqu'où
-vous aviez poussé la confiturerie,
-vous l'avez étendue jusqu'aux chaînes
-d'or et aux bijoux; ils sont,
-dites-vous, renfermés dans de jolies
-surprises; j'ai été en effet très-surpris
-de cette nouvelle branche de
-commerce, inconnue jusqu'à ce jour
-dans les ateliers de vos confrères,
-dont le mécontentement éclatera tôt
-ou tard, malgré le plaisir que ces
-cadeaux font aux dames. Cette dernière
-phrase ne peut regarder que
-des concubines et des prostituées, et
-donneroit à penser que vous recevez
-indistinctement toutes sortes de personnes.</p>
-
-<p>J'ai l'honneur d'être, etc.&mdash;C<span class="smallc">AILLOT-</span>D<span class="smallc">UVAL.</span></p>
-
-<hr class="tb" />
-
-<p class="titre"><span class="pagenum"><a id="Page_139"> 139</a></span>
-<i>Réponse</i></p>
-
-<p class="dater">Paris, 23 janvier 1786.</p>
-
-<p>J'ai reçu, mon cher monsieur,
-l'honneur de la vôtre du 11 janvier,
-par laquelle je vois avec plaisir l'intérêt
-que vous prenez à l'art de la
-confiturerie, qui de tout temps a été
-portée au degré qu'elle exige; mais
-comme le palais augmente journellement
-de délicatesse, il est difficile
-d'enrichir cette partie au gré des
-amateurs.</p>
-
-<p>Indistinctement me rappelez-vous
-l'effet qu'a produit mon prospectus
-au cabinet littéraire de votre ville
-j'ai tout lieu d'en être convaincu par
-la demande extraordinaire que vous
-me faites des objets y rappelés.</p>
-
-<p>Je me permets un moment d'entretien
-sur les réflections obligeantes
-de votre zèle à retourner le pastillage,
-le papillotage et le marronage,
-que j'ai effectivement omis vu que
-<span class="pagenum"><a id="Page_140"> 140</a></span>
-cette partie est trop commune pour
-en faire un préambule.</p>
-
-<p>Je ne m'étendrai point sur la décision
-du minotaure, qui à ce qui me
-paroît vous est plus connu que le
-minautore, je remet cette décision
-aux hommes de lettres ainsi que
-celle du royaume de Crète; je me
-bornerai seulement à vous satisfaire
-sur la délicatesse des objets que j'annonce
-en détruisant sans réflections
-vos soupçons sur mes quatre bonbons
-dont vous me parlez.</p>
-
-<p>Le premier (ditte vous) n'amuse ni
-ne diverti, je le croit en effet pour de
-certaines personnes, mais du moins
-ne dégout-il point ceux qui en font
-usage.</p>
-
-<p>Le second paroit vous être douteux
-à rappeller un souvenir au profit des
-malheureux captifs; si cela est (dite
-vous) vous vous engagerez formellement
-à en prendre jusqu'à la concurrence
-de 3 liv. de France; il paroit,
-mon cher monsieur, que vous êtes
-<span class="pagenum"><a id="Page_141"> 141</a></span>
-disposé à en rappeller un souvenir à
-tous vos amis, car pour le prix je
-pourrai vous en céder jusqu'à la concurrence
-d'une demi-livre.</p>
-
-<p>Vous me demandez un recueille de
-mes devises ainsy que de mes pistaches
-portugaises que j'ai annoncées
-inimitable jusqua présent non par la
-forme, mais par la délicatesse, j'aurai
-soin de contenter vos desirs au
-moment du tirage de l'imprimeur.</p>
-
-<p>J'espère que réciproquement vous
-voudrez bien me faire part des objets
-composant votre porte-feuille sucré,
-et surtout des deux tragédies partagées
-en soixante et dix morceaux,
-étant amateur d'en rapprocher le
-succès.</p>
-
-<p>Nayez, s'il vous plait, aucune
-crainte sur mon bonbon d'amour, ce
-qui est renfermé naugmente nullement
-ni ne diminue la passion de la
-jeunesse, sa composition est aussi
-naturelle que sa forme.</p>
-
-<p>Il paroit que vous avez été surpris
-<span class="pagenum"><a id="Page_142"> 142</a></span>
-sur la nouvelle branche de commerce
-d'étendre la confiturerie jusqu'aux
-chaînes de montres et bijoux d'or,
-inconnue, dites-vous, dans les atteliers
-de mes confrères; je ne connois
-aucun de mes confrères qui ait des
-atteliers; mais revenons à votre étonnement,
-cela ne doit pas vous paroitre
-plus extraordinaire que le genre
-dun homme de lettre qui forme ses
-réflections sur des objets qui lui sont
-inconnus.</p>
-
-<p>Enfin, pour répondre à votre dernière
-phrase, vous ne devez point
-trouver ridicule que dans un magazin
-il y entre indistinctement toutes
-espèces de personnes sans que le
-marchand soit exposé au moindre
-soupçon, ainsy je me crois à l'abri
-de tout reproches à cet égard, voila
-mon cher monsieur à ce que jespère,
-de quoi contenter le desir de vos
-réflections pour ce moment, moffrant
-à vous satisfaire dans tous vos desirs
-avenir ayant l'honneur d'être très-parfaitement.&mdash;<span class="cap">B</span><span class="smallc">ERTHEL.....</span></p>
-
-<div class="chapter">
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_143"> 143</a></span></p>
-<h2 class="normal">XI<br />
-<span class="medium"><i>A M. Urbon, lieutenant-général de
-police, à Nancy</i></span></h2>
-</div>
-
-<p class="small">(Caillot-Duval, travesti en père éploré, le
-prie de faire chercher sa fille, enlevée par
-un hussard. Le magistrat fait honneur à la
-requête sans se dissimuler sa bouffonnerie.
-C'est un mystifié du devoir).</p>
-
-<p class="dater">Paris, le 15 janvier 1786.</p>
-
-<p>Ah! mon cher monsieur, vous
-connoissez la force des sentimens
-paternels, jugez de ma douleur: j'ai
-perdu le soutien de ma vieillesse, ce
-fruit du plus tendre amour; ma fille,
-en un mot, dégénérant de la vertu
-de ses pères, s'est laissée prendre
-aux grossières amorces d'un enseigne
-de hussards de l'électeur palatin.
-Ce malheureux jeune homme,
-n'écoutant qu'une aveugle passion, a
-ravi cette fleur précieuse qui, une
-<span class="pagenum"><a id="Page_144"> 144</a></span>
-fois partie, ne revient plus; cet infâme,
-au mépris de ses sermens,
-vient de l'abandonner: j'en ai la
-preuve et je crois qu'elle s'est réfugiée
-dans votre ville. Veuillez bien,
-par vos recherches, rendre la vie à
-un père infortuné: je sens... je sens
-que j'ai des entrailles de père;
-qu'elle revienne à moi, je lui pardonne.
-Enfin, mon cher monsieur,
-je compte sur vos soins; vos yeux
-d'Argus auront bientôt pénétré le
-mystère, et porteront dans mon âme
-un baume consolateur.</p>
-
-<p>Pour rendre vos recherches plus
-faciles, voici le signalement de ma
-chère fille: elle est plutôt brune que
-blonde, les sourcils presque noirs,
-les yeux grands et bien fendus, le
-nez retroussé, la bouche petite, les
-dents blanches et le menton pointu;
-les joues vermeilles, la main potelée,
-le bras dodu, la gorge bien placée,
-une taille de nymphe, le pied chinois,
-le genou très droit, chose que
-<span class="pagenum"><a id="Page_145"> 145</a></span>
-vous savez être très rare dans une
-femme. J'ai de fortes raisons de
-croire qu'elle est chez quelque marchande
-de modes et qu'elle a changé
-de nom.</p>
-
-<p>Je me repose entièrement sur vous,
-qui êtes ma seule espérance, le vrai
-consolateur de la veuve et de l'orphelin,
-et la fleur des lieutenans-généraux
-de police de notre hémisphère.</p>
-
-<p>Recevez, mon cher monsieur, les
-assurances des sentiments avec lesquels
-j'ai l'honneur d'être, etc.&mdash;C<span class="smallc">AILLOT-</span>D<span class="smallc">UVAL.</span></p>
-
-<hr class="tb" />
-
-<p class="titre"><i>Réponse</i></p>
-
-<p class="dater">Nancy, le 29 janvier 1786.</p>
-
-<p>Malgré le style, j'ose dire comique,
-de votre lettre, monsieur, j'ai fait
-toutes les recherches qu'il m'a été
-<span class="pagenum"><a id="Page_146"> 146</a></span>
-possible pour tâcher de découvrir si
-mademoiselle votre fille s'étoit réfugiée
-dans notre ville; je crois pouvoir
-vous assurer que non: au moins
-est-il sûr qu'elle n'est chez aucune
-marchande de modes, où je n'ai
-trouvé personne qui ressemblât au
-portrait que vous m'en faites. Peut-être
-n'aura-t-elle fait que passer ici,
-et sera-t-elle allée plus loin, à Strasbourg,
-par exemple, qui, étant une
-fort grande ville, peut lui donner
-plus de facilités pour se tenir cachée.
-Je suis très-fâché, monsieur, de n'avoir
-pas de nouvelles plus satisfaisantes
-à vous donner; croyez que je
-n'ai pas épargné mes soins et mes
-peines.</p>
-
-<p>J'ai l'honneur d'être très-parfaitement,
-monsieur, votre, etc.&mdash;<span class="cap">U</span><span class="smallc">RLON.</span></p>
-
-<hr class="tb" />
-
-<div class="chapter">
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_147"> 147</a></span></p>
-<h2 class="normal">XII<br />
-<span class="medium"><i>A Mossy, imprimeur-libraire,
-à Marseille.</i></span></h2>
-</div>
-
-<p class="small">(Offre d'un poème de vingt feuilles in-octavo:
-<i>La Conquête de la Basse-Egypte</i>, en
-attendant un second volume sur la Conquête
-de la Haute. Mossy, accepte cette «marque
-d'affection», comme imprimeur bien entendu).</p>
-
-<p class="dater">Nancy, le 26 octobre 1786.</p>
-
-<p>Ah! mon cher monsieur, que de
-regrets nous donne tous les jours le
-changement qu'a éprouvé la rédaction
-du journal de Marseille! Depuis
-que vous l'avez abandonné, on n'y
-voit que des rébus et des radotages:
-quelques mauvais logogryphes, des
-annonces mille fois répétées, des lettres
-d'un sieur Pascal, qui se dit
-maître de langues, mais qui ne l'est
-pas, à coup sûr, de la langue française,
-et d'autres pareilles sottises le
-<span class="pagenum"><a id="Page_148"> 148</a></span>
-remplissent tour à tour. N'y auroit-il
-pas moyen de faire cesser un abus
-aussi criant? et le privilège du sieur
-Beaujard<a id="FNanchor_32" href="#Footnote_32" class="fnanchor">&nbsp;[32]</a> sera-t-il donc éternel? J'ai
-quelque crédit dans les bureaux du
-contrôle général; si je pouvois vous
-y servir, et, par mon entremise, faire
-rentrer dans vos mains un privilège
-qui n'eût jamais dû en sortir, je
-m'estimerois trop heureux, et je croirois
-avoir rendu un service éclatant à
-mes compatriotes (car je suis Provençal,
-afin que vous le sachiez).
-J'espère que si nous réussissons,
-vous purgerez ce petit ouvrage des
-sottises sans nombre dont il est le
-tombeau. Vous vous doutez bien que
-je comprends dans le nombre les
-poësies beaucoup trop fréquentes de
-M. R..., qui a l'attention, à la vérité,
-de ne mettre que la première lettre
-<span class="pagenum"><a id="Page_149"> 149</a></span>
-de son nom, mais qu'on devine sans
-peine, pour peu qu'on soit fait à son
-misérable genre: le bout d'oreille
-paroît de tous côtés.</p>
-
-<p>Un de mes amis qui arrive de Marseille
-m'a assuré que votre cabinet
-littéraire étoit, comme par le passé,
-le rendez-vous de la crême des gens
-d'esprit de votre ville; il m'a ajouté
-que cette illustre assemblée étoit présidée
-dans ce moment-ci par un magistrat
-respectable, le père des orphelins,
-des veuves, et sur-tout des
-étrangers; en un mot, l'avocat du
-roi G..., qui remplit avec autant de
-dignité que d'éclat cette honorable
-charge.</p>
-
-<p>De tout temps, monsieur, je me
-suis adonné à la littérature: les
-jouissances que procure le monde ne
-peuvent être comparées à celles qu'éprouve
-un véritable amateur de lettres.
-Je viens de terminer un poëme
-dont j'avois depuis longtemps les
-matériaux; les dernières nouvelles
-<span class="pagenum"><a id="Page_150"> 150</a></span>
-du Caire me permettent de le mettre
-au jour; il est intitulé: <i>La Conquête
-de la Basse-Egypte</i>, par le capitaine
-Pacha. Vous serez surtout satisfait
-de l'épisode des Pyramides, monument
-éternel de la grandeur des anciens,
-à laquelle nous n'atteindrons
-jamais; vous serez aussi frappé du
-récit de la mort de <i>Murat-Bey</i> et du
-discours que je lui fais prononcer à
-cet instant fatal. J'ai jeté les yeux sur
-vous, mon cher monsieur, pour la
-publication de cet important ouvrage;
-la beauté de ceux qui sont sortis de
-vos presses m'a décidé: oui, la typographie
-doit s'honorer d'avoir des
-artistes comme vous. Je vais vous
-parler confidemment: je me serois
-bien adressé à Didot; mais, de vous
-à moi, qu'est-ce qui fait la beauté de
-ses ouvrages? le papier, <i>le papier</i>,
-<span class="smallc">LE PAPIER</span><a id="FNanchor_33" href="#Footnote_33" class="fnanchor">&nbsp;[33]</a>! je crois que vous penserez
-<span class="pagenum"><a id="Page_151"> 151</a></span>
-de même; en conséquence, je
-vais mettre au net mon ouvrage.
-Mandez-moi par quelle voie il faut
-que je vous l'envoie, et quel censeur
-je puis demander à Marseille; il aura
-environ vingt feuilles in-8<sup>o</sup>, ce qui
-fera un volume raisonnable. Si votre
-réponse tardoit plus de quinze jours,
-je me croirois autorisé à vous envoyer
-mon manuscrit; je vous en
-préviens.</p>
-
-<p>J'ai l'honneur d'être, etc.&mdash;C<span class="smallc">AILLOT-</span>D<span class="smallc">UVAL.</span></p>
-
-<p><i>P. S.</i> Mon nom, quoiqu'assez
-connu, j'ose le dire, dans la littérature
-allemande, ne l'est pas encore
-beaucoup dans la littérature française,
-car l'ouvrage que j'annonce est
-le premier que je mets au jour; je me
-flatte pourtant que vous n'en serez
-pas mécontent, et qu'il ne fera pas
-honte à votre imprimerie, dont il est
-sorti tant de chef-d'&oelig;uvres. J'espère
-que vous voudrez bien ne pas ébruiter
-cette lettre: elle pourroit parvenir
-<span class="pagenum"><a id="Page_152"> 152</a></span>
-à M. Beaujard<a id="FNanchor_34" href="#Footnote_34" class="fnanchor">&nbsp;[34]</a> qui feroit son
-possible pour mettre obstacle à l'envie
-que j'ai de vous être utile, soit
-pour le recouvrement du privilège du
-journal, s'il est encore à votre convenance,
-soit pour tout autre chose,
-si vous avez renoncé à cet article-là.</p>
-
-<p>Je vais m'occuper du second volume
-du même ouvrage, qui sera la
-<i>Conquête de la Haute-Egypte</i>, dont je
-ne doute pas que mon héros ne se
-rende bientôt maître.</p>
-
-<hr class="tb" />
-
-<p class="titre"><i>Réponse.</i></p>
-
-<p class="dater">Marseille, le 7 novembre 1786.</p>
-
-<p>J'ai reçu, monsieur, la flatteuse
-lettre que vous m'avez fait l'honneur
-de m'écrire, en date du 26 du mois
-<span class="pagenum"><a id="Page_153"> 153</a></span>
-passé: je suis très-sensible à l'intérêt
-que vous voulez bien prendre à mes
-succès, et à l'envie que vous auriez
-de les augmenter. Il ne m'appartient
-pas de dire mon sentiment sur la
-valeur actuelle du journal de Marseille:
-quoique je n'aye pas renoncé
-au projet de le ravoir, le ménagement
-que je dois garder vis-à-vis
-certaines personnes, touchées de
-commisération pour l'auteur actuel
-de ce journal, me font garder le
-silence; et d'ailleurs c'est un objet
-si mince par lui-même, qu'il est
-incapable de donner un pain à son
-rédacteur, ainsi cela fait un fort petit
-sacrifice.</p>
-
-<p>Venons actuellement au point principal,
-qui est la préférence dont vous
-voulez bien m'honorer, en me donnant
-à imprimer votre poëme nouveau
-de la conquête de la Basse-Egypte;
-cette marque d'affection de
-votre part m'est extrêmement gracieuse,
-et vous pouvez être assuré
-<span class="pagenum"><a id="Page_154"> 154</a></span>
-que je serai toujours très-disposé à
-entrer dans vos vues.</p>
-
-<p>Cependant, comme votre intention
-seroit peut-être de me faire passer
-votre manuscrit par la voie dispendieuse
-de la poste, je vais vous donner
-un moyen plus économique de
-me le faire parvenir.</p>
-
-<p>Il est sûr que vous avez à Nancy
-des libraires qui ont des correspondances
-à Paris, chez M. Delalain le
-jeune, rue St-Jacques, qui m'expédie
-tous les 15 jours, et qui est à même
-de les recevoir de suite, n'étant éloigné
-que de soixante lieues: veuillez
-m'adresser votre poëme sous son pli.</p>
-
-<p>Je suis bien aise d'ailleurs de vous
-informer que je ne pourrai guères
-commencer votre ouvrage qu'en février
-prochain, ayant actuellement
-sous presse<a id="FNanchor_35" href="#Footnote_35" class="fnanchor">&nbsp;[35]</a> un ouvrage de très-grande
-<span class="pagenum"><a id="Page_155"> 155</a></span>
-conséquence; c'est un <i>dictionnaire
-critique de la langue française</i>,
-qui renfermera tout ce qu'on peut
-dire sur cette langue, aujourd'hui si
-générale. Il renfermera la vraie prononciation
-de chaque mot, sa prosodie,
-sa valeur, ses différentes acceptions,
-ses vraies significations, ses
-nuances, ses synonymes; enfin, il
-sera enrichi de remarques grammaticales,
-et renfermera des critiques
-raisonnées; tous nos meilleurs auteurs
-y sont passés en revue: enfin,
-je pense que ce sera un ouvrage qui
-fera sûrement la plus grande sensation
-parmi les savans, et sera très-utile
-aux étrangers; il aura trois
-grands volumes in-4<sup>o</sup>.</p>
-
-<p>Ce qui doit nous faire plaisir, c'est
-que ce sera un Marseillais qui sera le
-restaurateur de la langue française:
-la Provence aura produit en même
-<span class="pagenum"><a id="Page_156"> 156</a></span>
-temps un grand homme de guerre
-(M. de Suffren) et un grand littérateur
-(M. l'abbé Feraud).</p>
-
-<p>Voilà, monsieur, une assez longue
-lettre: je vous prie d'excuser mon
-bavardage.</p>
-
-<p>J'ai l'honneur d'être, etc.&mdash;<span class="cap">M</span><span class="smallc">OSSY.</span></p>
-
-<hr class="tb" />
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_157"> 157</a></span></p>
-
-<div class="figcenter">
-<img src="images/illus_161.jpg" width="400" height="101" alt="décoration" />
-</div>
-
-<h2 class="normal">TABLE<br />
-<span class="large">DES NOMS DE PERSONNES</span><br />
-<span class="medium">CITÉS DANS LA CORRESPONDANCE</span></h2>
-
-<table id="ToC" summary="contents">
-<tr>
-<td>&nbsp;</td>
-<td class="tdr">Pages</td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">Aubert (l'abbé), journaliste, sa prétendue réponse à Caillot-Duval, reproduite dans notre édition de 1864, d'après le feuilleton de Paul Lacroix (Journal <i>Le Pays</i>, 6 mai 1855),</td>
-<td class="tdr"><a href="#Page_13"> 13</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">Aubert, organiste,</td>
-<td class="tdr"><a href="#Page_129"> 129</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">Beaujard (Beaugeard), journaliste, <a href="#Page_148">148</a>,</td>
-<td class="tdr"><a href="#Page_152"> 152</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">Berthelemot, confiseur,</td>
-<td class="tdr"><a href="#Page_134"> 134</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">Boisgelin (marquis de), voir ci-après.&mdash;V. p.,</td>
-<td class="tdr"><a href="#Page_18">18</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">Boisgelin (chevalier de). Une étroite amitié liait le chevalier
-de Boisgelin et le comte Fortia de Piles. Ce dernier était lieutenant
-en 2<sup>e</sup> au régiment
-<span class="pagenum"><a id="Page_158"> 158</a></span>
-du Roi depuis le 4 mai 1783; il était arrivé au corps en 1776.
-P. M. L. Boisgelin de Kerdu, moins ancien, était sous-lieutenant
-du 9 mai 1784. Promu capitaine au 105<sup>e</sup>le 1<sup>er</sup>
-avril 1791, il avait émigré, se trouvait en 1793 avec le même grade au
-régiment du Royal Louis dans Toulon assiégé, et il y fut blessé.
-Après les campagnes de Corse et de Quiberon (1794-1795) il resta à
-la demi-paye anglaise et fut retraité en 1808 comme lieutenant-colonel;
-la pension de ce grade (1.486 francs) lui fut liquidée en France
-le 17 août 1816. M. le marquis de Boisgelin, qui habite Aix-en-Provence,
-a bien voulu nous adresser une notice substantielle qui complète les
-renseignements donnés par la <i>Biographie Michaud</i>. Nous regrettons
-vivement que le cadre limité de cette publication n'en permette pas ici
-l'insertion, <a href="#Page_2">2</a>, <a href="#Page_7">7</a>, <a href="#Page_8">8</a>,</td>
-<td class="tdr"><a href="#Page_157"> 157</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">Breteuil (baron de),</td>
-<td class="tdr"><a href="#Page_26"> 26</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">Breteuil (son édition dont la date n'est pas citée est celle de 1769.
-V. Kabardinski),</td>
-<td class="tdr"><a href="#Page_55"> 55</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">Caillot-Duval, nom supposé. (V. l'avant-propos), <a href="#Page_2">2</a> à </td>
-<td class="tdr"><a href="#Page_9"> 9</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">Chaumont, perruquier,</td>
-<td class="tdr"><a href="#Page_125"> 125</a>
-<span class="pagenum"><a id="Page_159"> 159</a></span></td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">Delalain, libraire,</td>
-<td class="tdr"><a href="#Page_154"> 154</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">Delaunay (Mme), entremetteuse,</td>
-<td class="tdr"><a href="#Page_99"> 99</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">Didot, imprimeur,</td>
-<td class="tdr"><a href="#Page_150"> 150</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">Féraud (l'abbé),</td>
-<td class="tdr"><a href="#Page_156"> 156</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">Fortia de Piles, <a href="#Page_2">2</a>, <a href="#Page_6">6</a>, <a href="#Page_7">7</a>, <a href="#Page_8">8</a>, <a href="#Page_75">75</a>, <a href="#Page_133">133</a>,</td>
-<td class="tdr"><a href="#Page_157"> 157</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">Fortia d'Urban,</td>
-<td class="tdr"><a href="#Page_7"> 7</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">Grimod de la Reynière,</td>
-<td class="tdr"><a href="#Page_12"> 12</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">Kabarda, Kabardie, pays du Caucase, <a href="#Page_44">44</a>, <a href="#Page_90">90</a>. V. Kabardinski.</td>
-<td>&nbsp;</td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">Kabardinski, prince, nom supposé, Buffon, cité pour le faire prendre
-au sérieux, parle en effet (éd. de 1769 T. 5, p. 20) de trois cents
-superbes guerriers à cheval venant de Kabarda au service de la Russie.
-«Ce sont les Kabardinski» dit-il. Mais ils sont trois cents, ce qui
-fait supposer un nom de Tribu, 21 à</td>
-<td class="tdr"><a href="#Page_99"> 99</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">Lacroix (Paul), <a href="#Page_13">13</a>, <a href="#Page_18">18</a> à</td>
-<td class="tdr"><a href="#Page_22"> 22</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">La Roche (Texier de), officier, 111,</td>
-<td class="tdr"><a href="#Page_114"> 114</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">Le Cat, procureur,</td>
-<td class="tdr"><a href="#Page_75"> 75</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">Lefort, professeur de musique,</td>
-<td class="tdr"><a href="#Page_117"> 117</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">Lheureux de Chanteloup, ornithologue,</td>
-<td class="tdr"><a href="#Page_122"> 122</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">Mossy, imprimeur,</td>
-<td class="tdr"><a href="#Page_147"> 147</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">Rétif de la Bretonne,</td>
-<td class="tdr"><a href="#Page_75"> 75</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">Sainville (Mlle), V. Saulnier,</td>
-<td class="tdr"><a href="#Page_21"> 21</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">Saulnier aînée, <a href="#Page_3">3</a>, <a href="#Page_26">26</a> à</td>
-<td class="tdr"><a href="#Page_73"> 73</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">Saulnier cadette, de l'Opéra, <i>idem</i>.<br />
-(En 1786, elle transporta son domicile de la rue de la Lune au
-<span class="pagenum"><a id="Page_160"> 160</a></span>
-Marais, rue Portefoin; en 1793, rue de Bondy, 22)</td>
-<td>&nbsp;</td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">Siville (Mlle), V. Saulnier,</td>
-<td class="tdr"><a href="#Page_22"> 22</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">Soudé, bottier,</td>
-<td class="tdr"><a href="#Page_108"> 108</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">Urlon, lieut. de police,</td>
-<td class="tdr"><a href="#Page_143"> 143</a></td>
-</tr>
-</table>
-
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_161"> 161</a></span></p>
-<div class="figcenter">
-<img src="images/illus_165.jpg" width="50" height="33" alt="décoration" />
-</div>
-
-
-<p class="end"><span class="medium">ACHEVÉ D'IMPRIMER</span><br />
-<span class="medium">A LAVAL</span><br />
-<i>le 3 Mai 1901</i><br />
-<span class="small">SUR LES PRESSES DE</span><br />
-<span class="large">L. BARNÉOUD &amp; C<sup>ie</sup></span><br />
-<span class="small">POUR</span><br />
-<span class="large">H. DARAGON,</span> <span class="cap">L</span><span class="smallc">IBRAIRE</span></p>
-
-
-<div class="figcenter">
-<img src="images/illus_165a.jpg" width="50" height="34" alt="décoration" />
-</div>
-
-<div class="chapter">
-<div class="footnotes">
-<h2 class="normal">NOTES:</h2>
-<div class="footnote">
-
-<p><a id="Footnote_1" href="#FNanchor_1" class="label">[1]</a> Au <span class="smallc">XVIII</span><sup>e</sup> siècle, <i>philosophique</i> se mettait
-à toutes sauces. Aujourd'hui, on dit
-<i>psychologique</i>. Ici, <i>comique</i> serait le mot
-juste, mais il n'est plus à la mode.</p>
-
-<p><a id="Footnote_2" href="#FNanchor_2" class="label">[2]</a> On voit que Caillot-Duval fait marcher
-de front la mystification et le calembour,
-mais on peut dire ici qu'il jette ses
-perles aux pourceaux.</p>
-
-<p><a id="Footnote_3" href="#FNanchor_3" class="label">[3]</a> Correspondance de M. M. (Mesmer)
-sur les nouvelles découvertes du baquet
-octogone, de l'homme baquet et du baquet
-moral, recueillie et publiée par MM. de F.
-(Fortia), J. (Journiac de Saint-Méard) et
-B. (Boisgelin), <i>Libourne</i> et <i>Paris</i>, Prault,
-1785, in-12.</p>
-
-<p><a id="Footnote_4" href="#FNanchor_4" class="label">[4]</a> Correspondance philosophique de Caillot-Duval
-rédigée d'après les pièces originales,
-et publiée par une Société de littérateurs
-lorrains, à Nancy et se trouve à Paris
-chez les Marchands de Nouveautés. 1795
-(in-8 de 236 pages, plus 12 pages de titre
-et préfaces, avec cette épigraphe): Ne vous
-étonnez point de voir les personnes simples
-croire sans raisonnement. Pensées de Pascal.
-Chap. VI.</p>
-
-<p><a id="Footnote_5" href="#FNanchor_5" class="label">[5]</a> Le nom <i>Grimod de la Reynière</i> écrit
-sur l'exemplaire de M. Jules Favier, est d'autant
-plus certain que le célèbre gastronome
-était le compère et l'ami des auteurs.</p>
-
-<p><a id="Footnote_6" href="#FNanchor_6" class="label">[6]</a> Publié dans le journal <i>Le Pays</i> en date
-du 6 mai 1855.</p>
-</div>
-<div class="footnote">
-<p><a id="Footnote_7" href="#FNanchor_7" class="label">[7]</a> Quand Lacroix n'était point frisé au
-saut du lit, il se cachait à tous les yeux,
-car ses cheveux tombés alors à plat lui
-donnaient un air de vieux jacobin sanguinaire.
-Ils étaient naturellement gros et
-raides; c'est pourquoi sans doute ils ont si
-bien résisté toute sa vie aux brûlantes
-morsures du fer chaud. Je tiens à consigner
-ce détail pour les friseurs qui auraient pu
-le citer comme un modèle unique au monde.
-Il avait alors 75 ans et toutes ses dents.</p>
-
-<p><a id="Footnote_8" href="#FNanchor_8" class="label">[8]</a> Plusieurs clés manuscrites mettent
-<i>Sainville</i>. Mais cette année-là ni les suivantes,
-le nom de Sainville ne figure
-dans le personnel de l'Opéra. De plus, le
-nom de Saulnier donne seul les sept points
-qui suivent, dans l'original, l'initiale S, et il
-a été relevé sur un exemplaire ayant appartenu
-à M. de Fortia.</p>
-
-<p>En croyant que l'initiale S... commençait
-le nom de <i>Sainville</i>, Paul Lacroix aura
-pensé à une autre danseuse du nom de
-Siville qui n'émargeait pas plus de huit
-cent livres, dans un rang bien inférieur.</p>
-
-<p><a id="Footnote_9" href="#FNanchor_9" class="label">[9]</a> Une note de l'édition originale porte
-ici que Saulnier cadette était entretenue par
-le baron de Breteuil «qui aurait mieux fait
-de s'en tenir à ce genre d'occupations que
-de se charger de travaux ministériels au-dessus
-de ses moyens». Chargé du département
-de Paris et de la maison du Roi, il
-avait alors passé la cinquantaine.</p>
-
-<p><a id="Footnote_10" href="#FNanchor_10" class="label">[10]</a> Sept ans plus tard, cette crainte
-semble évanouie. On lit dans <i>Almanach des
-demoiselles de Paris pour 1792</i>: «Saulnier,
-rue Portefoin, n<sup>o</sup> 4. Peau douce, la gorge
-moelleuse... Cette danseuse est vive, sans
-façons, et met tous ses amis à l'aise. Pour
-vingt-quatre heures, 300 livres».</p>
-
-<p><a id="Footnote_11" href="#FNanchor_11" class="label">[11]</a> Mademoiselle Saulnier figure sur l'état
-des appointements des artistes de l'Opéra
-en 1785 au titre de premier sujet de la
-danse. Elle n'avait alors que seize ans,
-comme l'écrit sa s&oelig;ur. Son rang et son
-traitement étaient les mêmes que ceux de
-la Guimard (appointements: trois mille
-livres,&mdash;gratification: deux mille l.,&mdash;gratification
-extraordinaire: deux mille l.&mdash;Total:
-7.000 l.) Elle habitait alors rue
-de la Lune, vis à vis de Bonne Nouvelle.</p>
-
-<p><a id="Footnote_12" href="#FNanchor_12" class="label">[12]</a> La grande et la petite Kabardie sont,
-en effet, des pays du Caucase où le nom
-d'Héraclius fut porté dans une famille princière.&mdash;V.
-Kabardinski à la Table.</p>
-
-<p><a id="Footnote_13" href="#FNanchor_13" class="label">[13]</a> Saulnier aînée ne croyait pas si bien
-dire. Elle ne doute d'ailleurs que dans la
-crainte du ridicule; son scepticisme n'est
-pas complet.</p>
-
-<p><a id="Footnote_14" href="#FNanchor_14" class="label">[14]</a> C'est le titre du petit almanach parisien
-où on avait cherché vainement.</p>
-
-<p><a id="Footnote_15" href="#FNanchor_15" class="label">[15]</a> Kabardinski, nom de peuplade, édition
-de 1769.</p>
-
-<p><a id="Footnote_16" href="#FNanchor_16" class="label">[16]</a> Nous laissons aux amateurs le soin
-de deviner les anagrammes qui suivent;
-celui du 10 janvier est assez clair pour
-donner une idée du reste.</p>
-
-<p><a id="Footnote_17" href="#FNanchor_17" class="label">[17]</a> Fruges (Pas-de-Calais), possède une
-source d'eaux minérales.</p>
-
-<p><a id="Footnote_18" href="#FNanchor_18" class="label">[18]</a> Cette sortie venait précisément de
-M. Fortia lui-même. On la trouvera dans le
-volume indiqué, sous forme de lettre signée
-de ses initiales et de sa qualité d'officier au
-régiment du Roi. Datée du 8 octobre 1784,
-elle malmène «l'indécence incroyable d'un
-M. Lecat d'Abbeville et de son logogrife».</p>
-
-<p><a id="Footnote_19" href="#FNanchor_19" class="label">[19]</a> Fortia et Boisgelin parlent ici de leur
-propre publication (Voir notre avant-propos)
-et cherchent en Le Cat une recrue
-pour leur petite guerre aux magnétiseurs.</p>
-
-<p><a id="Footnote_20" href="#FNanchor_20" class="label">[20]</a> Le 26 janvier suivant, Caillot-Duval se
-décidait à tenter la correspondance avec
-Piis, qui ne s'y laissa point prendre.</p>
-
-<p><a id="Footnote_21" href="#FNanchor_21" class="label">[21]</a> Mademoiselle Saulnier n'aurait pas
-laissé passer les cinq enfants; mais l'espoir
-d'être académicien russe empêche Le Cat
-de douter du prince remarqué par Catherine
-II. En mars 1829, la martiale élégance
-des Circassiens de Kabardah était encore reconnue
-par le tome V d'un Dictionnaire
-géographique universel (Paris, Kilian, in-8.)
-Leurs femmes étaient non moins célèbres
-par leur beauté.&mdash;V. <i>Kabardinski</i>, à la
-table.</p>
-
-<p><a id="Footnote_22" href="#FNanchor_22" class="label">[22]</a> Cette entremetteuse connue servait
-de plastron aux libellistes. On en trouve
-des preuves dans les Mémoires de Bachaumont
-(1779, 31 décembre; 1787, 18 et
-21 juillet.) La première est une annonce
-simulée: «<i>Maisons et appartements à louer.</i>
-Petit appartement au 5<sup>e</sup> en siamoise, à
-troquer contre un appartement au 1<sup>er</sup> en
-damas de trois couleurs. S'adresser à Madame
-Sainte-Marie, ouvrière en tours de lit,
-rue de la Nouvelle-Halle, ou chez Madame
-de Launay, rue des Petits-Champs, où elle
-travaille à la journée».</p>
-
-<p>La facétie est du genre banal, mais celle
-du 18 juillet 1787 est méchante sinon calomnieuse.
-«On parle d'une réclamation
-imprimée de Madame Kornmann contre le
-mémoire fictif répandu en sa faveur, qu'on
-attribue à M. Suard, et en conséquence il
-court une autre facétie: c'est une lettre
-non moins fictive d'une Madame de Launay,
-appareilleuse très renommée de cette
-capitale, à ce membre de l'Académie française.
-On croit reconnaître, dans celle-ci,
-la main du sieur de Beaumarchais qu'on
-sait en vouloir à la mort à M. Suard et
-d'ailleurs être très lié avec la dame de
-Launay. On assure même les avoir vus
-ensemble, il n'y a pas longtemps.»</p>
-
-<p>Les autres nouvelles données par les
-Mémoires montrent que la police finit par
-s'en mêler. On le comprend en lisant la fin
-de cette lettre simulée, adressée à l'académicien
-Suard:</p>
-
-<p>&mdash;«Je vous offre, monsieur, de vous fournir
-dans le nombre des demoiselles qui sont
-sous mes ordres, celle qui vous conviendra
-le mieux. Vous en userez gratis. Je sais
-très bien qu'un académicien jetonnier n'est
-pas dans le cas de faire beaucoup de libéralités
-aux femmes. Je suis, etc. De Launay,
-rue Croix-des-Petits-Champs, au grand balcon.&mdash;Ce
-14 juillet 1787.</p>
-
-<p>&mdash;P. S. Il vient de m'arriver une jolie
-Lyonnaise».</p>
-
-<p><a id="Footnote_23" href="#FNanchor_23" class="label">[23]</a> <i>Raie de mulet</i> se disait d'une nuque
-fort garnie de cheveux, lorsque les dernières
-racines simulent une raie au-dessus
-du dos.</p>
-
-<p><a id="Footnote_24" href="#FNanchor_24" class="label">[24]</a> Les entremetteuses étaient promenées
-sur un âne, le visage tourné du côté de la
-queue, qu'elles étaient obligées de tenir en
-mains pour ne pas perdre l'équilibre.</p>
-
-<p><a id="Footnote_25" href="#FNanchor_25" class="label">[25]</a> M. de la Roche était un personnage
-plus important que la suscription ne le ferait
-supposer. On le verra par la seconde note
-p. 115. De plus il paraît avoir été un acteur
-de société des plus appréciés à la
-Cour. Sa statuette fait partie d'une très
-curieuse collection de biscuits conservés à
-la manufacture de Sèvres et au Théatre
-Français où elle figurait en compagnie de
-l'acteur Volange dans le rôle de <i>Jeannot</i>,
-de Préville dans le rôle de <i>Figaro</i>, de Poisson
-dans celui de <i>Crispin</i>. La comédie de
-société était en honneur à la Cour de
-Louis XVI et peut avoir aidé à l'avancement
-du capitaine nommé lieutenant-colonel
-en 1780. Son titre de gouverneur
-de la Ménagerie s'enjolive aussi de plusieurs
-façons. De concierge, il n'en est plus
-question; on le qualifie Commandeur et
-même Surintendant des basses Cours. On
-va voir qu'il y avait peut-être une survivance
-dans ce cumul apparent.</p>
-
-<p><a id="Footnote_26" href="#FNanchor_26" class="label">[26]</a> L'abbé Spallanzani.</p>
-
-<p><a id="Footnote_27" href="#FNanchor_27" class="label">[27]</a> M. de la Roche se livre ici à une facétie
-autorisée par le genre de la communication
-qui lui est faite. Sa marchande vendait
-de l'amour comme on s'en doute.
-L'<i>Almanach des Demoiselles de Paris pour
-1792</i> révèle le nom de deux locataires du
-n<sup>o</sup> 40: «Louisette, figure mignonne... un
-bol de punch et 6 livres.&mdash;Saint-Pré,
-minois piquant, bien faite, très petite,
-fraîche, beaux yeux... 5 livres». Si elles
-n'étaient pas encore là en 1785, il est probable
-que le n<sup>o</sup> 40 avait déjà un personnel
-du même genre.</p>
-
-<p>Cette réponse m'avait d'abord fait craindre
-quelque contre-mystification. Elle était faite
-sur le ton facétieux, ne relevait point le
-titre de gouverneur de la Ménagerie, et se
-trouvait datée de Paris. Mon confrère de
-Versailles, M. Taphanel, m'avait appris
-d'autre part que la Ménagerie de Versailles
-n'avait qu'un concierge et (pas de gouverneur).
-Il est vrai que ce concierge avait été
-M. De la Roche sous Louis XIV, mais on ne
-trouvait pas trace de ses successeurs. J'en
-étais là lorsqu'une recherche de M. Arthur
-Chuquet aux Archives de la guerre dissipa
-tous mes doutes. Un Simon Texier de la
-Roche commanda en effet en 1778 les compagnies
-de sous-officiers invalides détachées
-à Versailles et à Marly-le-Roy; on le
-fit même lieutenant-colonel sur place le
-30 septembre 1780, treize ans après son
-entrée à l'Hôtel des Invalides comme lieutenant
-(il avait eu un bras cassé à Minden).
-Le 2 mars 1791, il passa maréchal de
-camp.</p>
-
-<p><a id="Footnote_28" href="#FNanchor_28" class="label">[28]</a> Caillot-Duval place ici la facétie que
-lui avait écrite le 24 novembre M. de la
-Roche.</p>
-
-<p><a id="Footnote_29" href="#FNanchor_29" class="label">[29]</a> Ce modèle était un morceau de papier
-coupé en rond.</p>
-
-<p><a id="Footnote_30" href="#FNanchor_30" class="label">[30]</a> Cette lettre avait été envoyée à Paris
-pour être mise à la poste.</p>
-
-<p><a id="Footnote_31" href="#FNanchor_31" class="label">[31]</a> «Ce chevalier de Saint-Louis n'était
-autre que M. Fortia de Pilles», (dit Paul
-Lacroix dans <i>le Pays</i> du 6 mai 1855). Je le
-cite sous toutes réserves; et pour cause.
-Voir la fin de l'Avant-propos.</p>
-
-<p><a id="Footnote_32" href="#FNanchor_32" class="label">[32]</a> Trois mois après, Caillot félicitait
-perfidement le même Beaujard d'avoir si
-bien remplacé «le sieur Mossy», mais
-Beaujard ne répondit pas.</p>
-
-<p><a id="Footnote_33" href="#FNanchor_33" class="label">[33]</a> Celui de l'imprimerie Mossy était détestable.
-D'où la malice.</p>
-
-<p><a id="Footnote_34" href="#FNanchor_34" class="label">[34]</a> C'était le rédacteur du journal de
-Marseille. V. pages 146, 147.</p>
-
-<p><a id="Footnote_35" href="#FNanchor_35" class="label">[35]</a> Grisé par la comparaison de sa mauvaise
-imprimerie à celle de Didot, Mossy
-annonce comme nouveauté purement Marseillaise
-la longue paraphrase d'un Dictionnaire
-Grammatical déjà publié à Paris
-en 1768 et 1786, et en 1761 à Avignon.</p>
- </div>
- </div>
-</div>
-
-
-
-
-
-
-
-
-
-<pre>
-
-
-
-
-
-End of the Project Gutenberg EBook of Les mystifications de Caillot-Duval, by
-Alphonse de Fortia de Piles
-
-*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK MYSTIFICATIONS DE CAILLOT-DUVAL ***
-
-***** This file should be named 52843-h.htm or 52843-h.zip *****
-This and all associated files of various formats will be found in:
- http://www.gutenberg.org/5/2/8/4/52843/
-
-Produced by Clarity, Hélène de Mink, and the Online
-Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net (This
-file was produced from images generously made available
-by The Internet Archive/Canadian Libraries)
-
-Updated editions will replace the previous one--the old editions will
-be renamed.
-
-Creating the works from print editions not protected by U.S. copyright
-law means that no one owns a United States copyright in these works,
-so the Foundation (and you!) can copy and distribute it in the United
-States without permission and without paying copyright
-royalties. Special rules, set forth in the General Terms of Use part
-of this license, apply to copying and distributing Project
-Gutenberg-tm electronic works to protect the PROJECT GUTENBERG-tm
-concept and trademark. Project Gutenberg is a registered trademark,
-and may not be used if you charge for the eBooks, unless you receive
-specific permission. If you do not charge anything for copies of this
-eBook, complying with the rules is very easy. You may use this eBook
-for nearly any purpose such as creation of derivative works, reports,
-performances and research. They may be modified and printed and given
-away--you may do practically ANYTHING in the United States with eBooks
-not protected by U.S. copyright law. Redistribution is subject to the
-trademark license, especially commercial redistribution.
-
-START: FULL LICENSE
-
-THE FULL PROJECT GUTENBERG LICENSE
-PLEASE READ THIS BEFORE YOU DISTRIBUTE OR USE THIS WORK
-
-To protect the Project Gutenberg-tm mission of promoting the free
-distribution of electronic works, by using or distributing this work
-(or any other work associated in any way with the phrase "Project
-Gutenberg"), you agree to comply with all the terms of the Full
-Project Gutenberg-tm License available with this file or online at
-www.gutenberg.org/license.
-
-Section 1. General Terms of Use and Redistributing Project
-Gutenberg-tm electronic works
-
-1.A. By reading or using any part of this Project Gutenberg-tm
-electronic work, you indicate that you have read, understand, agree to
-and accept all the terms of this license and intellectual property
-(trademark/copyright) agreement. If you do not agree to abide by all
-the terms of this agreement, you must cease using and return or
-destroy all copies of Project Gutenberg-tm electronic works in your
-possession. If you paid a fee for obtaining a copy of or access to a
-Project Gutenberg-tm electronic work and you do not agree to be bound
-by the terms of this agreement, you may obtain a refund from the
-person or entity to whom you paid the fee as set forth in paragraph
-1.E.8.
-
-1.B. "Project Gutenberg" is a registered trademark. It may only be
-used on or associated in any way with an electronic work by people who
-agree to be bound by the terms of this agreement. There are a few
-things that you can do with most Project Gutenberg-tm electronic works
-even without complying with the full terms of this agreement. See
-paragraph 1.C below. There are a lot of things you can do with Project
-Gutenberg-tm electronic works if you follow the terms of this
-agreement and help preserve free future access to Project Gutenberg-tm
-electronic works. See paragraph 1.E below.
-
-1.C. The Project Gutenberg Literary Archive Foundation ("the
-Foundation" or PGLAF), owns a compilation copyright in the collection
-of Project Gutenberg-tm electronic works. Nearly all the individual
-works in the collection are in the public domain in the United
-States. If an individual work is unprotected by copyright law in the
-United States and you are located in the United States, we do not
-claim a right to prevent you from copying, distributing, performing,
-displaying or creating derivative works based on the work as long as
-all references to Project Gutenberg are removed. Of course, we hope
-that you will support the Project Gutenberg-tm mission of promoting
-free access to electronic works by freely sharing Project Gutenberg-tm
-works in compliance with the terms of this agreement for keeping the
-Project Gutenberg-tm name associated with the work. You can easily
-comply with the terms of this agreement by keeping this work in the
-same format with its attached full Project Gutenberg-tm License when
-you share it without charge with others.
-
-1.D. The copyright laws of the place where you are located also govern
-what you can do with this work. Copyright laws in most countries are
-in a constant state of change. If you are outside the United States,
-check the laws of your country in addition to the terms of this
-agreement before downloading, copying, displaying, performing,
-distributing or creating derivative works based on this work or any
-other Project Gutenberg-tm work. The Foundation makes no
-representations concerning the copyright status of any work in any
-country outside the United States.
-
-1.E. Unless you have removed all references to Project Gutenberg:
-
-1.E.1. The following sentence, with active links to, or other
-immediate access to, the full Project Gutenberg-tm License must appear
-prominently whenever any copy of a Project Gutenberg-tm work (any work
-on which the phrase "Project Gutenberg" appears, or with which the
-phrase "Project Gutenberg" is associated) is accessed, displayed,
-performed, viewed, copied or distributed:
-
- This eBook is for the use of anyone anywhere in the United States and
- most other parts of the world at no cost and with almost no
- restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or re-use it
- under the terms of the Project Gutenberg License included with this
- eBook or online at www.gutenberg.org. If you are not located in the
- United States, you'll have to check the laws of the country where you
- are located before using this ebook.
-
-1.E.2. If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is
-derived from texts not protected by U.S. copyright law (does not
-contain a notice indicating that it is posted with permission of the
-copyright holder), the work can be copied and distributed to anyone in
-the United States without paying any fees or charges. If you are
-redistributing or providing access to a work with the phrase "Project
-Gutenberg" associated with or appearing on the work, you must comply
-either with the requirements of paragraphs 1.E.1 through 1.E.7 or
-obtain permission for the use of the work and the Project Gutenberg-tm
-trademark as set forth in paragraphs 1.E.8 or 1.E.9.
-
-1.E.3. If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is posted
-with the permission of the copyright holder, your use and distribution
-must comply with both paragraphs 1.E.1 through 1.E.7 and any
-additional terms imposed by the copyright holder. Additional terms
-will be linked to the Project Gutenberg-tm License for all works
-posted with the permission of the copyright holder found at the
-beginning of this work.
-
-1.E.4. Do not unlink or detach or remove the full Project Gutenberg-tm
-License terms from this work, or any files containing a part of this
-work or any other work associated with Project Gutenberg-tm.
-
-1.E.5. Do not copy, display, perform, distribute or redistribute this
-electronic work, or any part of this electronic work, without
-prominently displaying the sentence set forth in paragraph 1.E.1 with
-active links or immediate access to the full terms of the Project
-Gutenberg-tm License.
-
-1.E.6. You may convert to and distribute this work in any binary,
-compressed, marked up, nonproprietary or proprietary form, including
-any word processing or hypertext form. However, if you provide access
-to or distribute copies of a Project Gutenberg-tm work in a format
-other than "Plain Vanilla ASCII" or other format used in the official
-version posted on the official Project Gutenberg-tm web site
-(www.gutenberg.org), you must, at no additional cost, fee or expense
-to the user, provide a copy, a means of exporting a copy, or a means
-of obtaining a copy upon request, of the work in its original "Plain
-Vanilla ASCII" or other form. Any alternate format must include the
-full Project Gutenberg-tm License as specified in paragraph 1.E.1.
-
-1.E.7. Do not charge a fee for access to, viewing, displaying,
-performing, copying or distributing any Project Gutenberg-tm works
-unless you comply with paragraph 1.E.8 or 1.E.9.
-
-1.E.8. You may charge a reasonable fee for copies of or providing
-access to or distributing Project Gutenberg-tm electronic works
-provided that
-
-* You pay a royalty fee of 20% of the gross profits you derive from
- the use of Project Gutenberg-tm works calculated using the method
- you already use to calculate your applicable taxes. The fee is owed
- to the owner of the Project Gutenberg-tm trademark, but he has
- agreed to donate royalties under this paragraph to the Project
- Gutenberg Literary Archive Foundation. Royalty payments must be paid
- within 60 days following each date on which you prepare (or are
- legally required to prepare) your periodic tax returns. Royalty
- payments should be clearly marked as such and sent to the Project
- Gutenberg Literary Archive Foundation at the address specified in
- Section 4, "Information about donations to the Project Gutenberg
- Literary Archive Foundation."
-
-* You provide a full refund of any money paid by a user who notifies
- you in writing (or by e-mail) within 30 days of receipt that s/he
- does not agree to the terms of the full Project Gutenberg-tm
- License. You must require such a user to return or destroy all
- copies of the works possessed in a physical medium and discontinue
- all use of and all access to other copies of Project Gutenberg-tm
- works.
-
-* You provide, in accordance with paragraph 1.F.3, a full refund of
- any money paid for a work or a replacement copy, if a defect in the
- electronic work is discovered and reported to you within 90 days of
- receipt of the work.
-
-* You comply with all other terms of this agreement for free
- distribution of Project Gutenberg-tm works.
-
-1.E.9. If you wish to charge a fee or distribute a Project
-Gutenberg-tm electronic work or group of works on different terms than
-are set forth in this agreement, you must obtain permission in writing
-from both the Project Gutenberg Literary Archive Foundation and The
-Project Gutenberg Trademark LLC, the owner of the Project Gutenberg-tm
-trademark. Contact the Foundation as set forth in Section 3 below.
-
-1.F.
-
-1.F.1. Project Gutenberg volunteers and employees expend considerable
-effort to identify, do copyright research on, transcribe and proofread
-works not protected by U.S. copyright law in creating the Project
-Gutenberg-tm collection. Despite these efforts, Project Gutenberg-tm
-electronic works, and the medium on which they may be stored, may
-contain "Defects," such as, but not limited to, incomplete, inaccurate
-or corrupt data, transcription errors, a copyright or other
-intellectual property infringement, a defective or damaged disk or
-other medium, a computer virus, or computer codes that damage or
-cannot be read by your equipment.
-
-1.F.2. LIMITED WARRANTY, DISCLAIMER OF DAMAGES - Except for the "Right
-of Replacement or Refund" described in paragraph 1.F.3, the Project
-Gutenberg Literary Archive Foundation, the owner of the Project
-Gutenberg-tm trademark, and any other party distributing a Project
-Gutenberg-tm electronic work under this agreement, disclaim all
-liability to you for damages, costs and expenses, including legal
-fees. YOU AGREE THAT YOU HAVE NO REMEDIES FOR NEGLIGENCE, STRICT
-LIABILITY, BREACH OF WARRANTY OR BREACH OF CONTRACT EXCEPT THOSE
-PROVIDED IN PARAGRAPH 1.F.3. YOU AGREE THAT THE FOUNDATION, THE
-TRADEMARK OWNER, AND ANY DISTRIBUTOR UNDER THIS AGREEMENT WILL NOT BE
-LIABLE TO YOU FOR ACTUAL, DIRECT, INDIRECT, CONSEQUENTIAL, PUNITIVE OR
-INCIDENTAL DAMAGES EVEN IF YOU GIVE NOTICE OF THE POSSIBILITY OF SUCH
-DAMAGE.
-
-1.F.3. LIMITED RIGHT OF REPLACEMENT OR REFUND - If you discover a
-defect in this electronic work within 90 days of receiving it, you can
-receive a refund of the money (if any) you paid for it by sending a
-written explanation to the person you received the work from. If you
-received the work on a physical medium, you must return the medium
-with your written explanation. The person or entity that provided you
-with the defective work may elect to provide a replacement copy in
-lieu of a refund. If you received the work electronically, the person
-or entity providing it to you may choose to give you a second
-opportunity to receive the work electronically in lieu of a refund. If
-the second copy is also defective, you may demand a refund in writing
-without further opportunities to fix the problem.
-
-1.F.4. Except for the limited right of replacement or refund set forth
-in paragraph 1.F.3, this work is provided to you 'AS-IS', WITH NO
-OTHER WARRANTIES OF ANY KIND, EXPRESS OR IMPLIED, INCLUDING BUT NOT
-LIMITED TO WARRANTIES OF MERCHANTABILITY OR FITNESS FOR ANY PURPOSE.
-
-1.F.5. Some states do not allow disclaimers of certain implied
-warranties or the exclusion or limitation of certain types of
-damages. If any disclaimer or limitation set forth in this agreement
-violates the law of the state applicable to this agreement, the
-agreement shall be interpreted to make the maximum disclaimer or
-limitation permitted by the applicable state law. The invalidity or
-unenforceability of any provision of this agreement shall not void the
-remaining provisions.
-
-1.F.6. INDEMNITY - You agree to indemnify and hold the Foundation, the
-trademark owner, any agent or employee of the Foundation, anyone
-providing copies of Project Gutenberg-tm electronic works in
-accordance with this agreement, and any volunteers associated with the
-production, promotion and distribution of Project Gutenberg-tm
-electronic works, harmless from all liability, costs and expenses,
-including legal fees, that arise directly or indirectly from any of
-the following which you do or cause to occur: (a) distribution of this
-or any Project Gutenberg-tm work, (b) alteration, modification, or
-additions or deletions to any Project Gutenberg-tm work, and (c) any
-Defect you cause.
-
-Section 2. Information about the Mission of Project Gutenberg-tm
-
-Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
-electronic works in formats readable by the widest variety of
-computers including obsolete, old, middle-aged and new computers. It
-exists because of the efforts of hundreds of volunteers and donations
-from people in all walks of life.
-
-Volunteers and financial support to provide volunteers with the
-assistance they need are critical to reaching Project Gutenberg-tm's
-goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
-remain freely available for generations to come. In 2001, the Project
-Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
-and permanent future for Project Gutenberg-tm and future
-generations. To learn more about the Project Gutenberg Literary
-Archive Foundation and how your efforts and donations can help, see
-Sections 3 and 4 and the Foundation information page at
-www.gutenberg.org
-
-
-
-Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
-
-The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
-501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
-state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
-Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification
-number is 64-6221541. Contributions to the Project Gutenberg Literary
-Archive Foundation are tax deductible to the full extent permitted by
-U.S. federal laws and your state's laws.
-
-The Foundation's principal office is in Fairbanks, Alaska, with the
-mailing address: PO Box 750175, Fairbanks, AK 99775, but its
-volunteers and employees are scattered throughout numerous
-locations. Its business office is located at 809 North 1500 West, Salt
-Lake City, UT 84116, (801) 596-1887. Email contact links and up to
-date contact information can be found at the Foundation's web site and
-official page at www.gutenberg.org/contact
-
-For additional contact information:
-
- Dr. Gregory B. Newby
- Chief Executive and Director
- gbnewby@pglaf.org
-
-Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg
-Literary Archive Foundation
-
-Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
-spread public support and donations to carry out its mission of
-increasing the number of public domain and licensed works that can be
-freely distributed in machine readable form accessible by the widest
-array of equipment including outdated equipment. Many small donations
-($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
-status with the IRS.
-
-The Foundation is committed to complying with the laws regulating
-charities and charitable donations in all 50 states of the United
-States. Compliance requirements are not uniform and it takes a
-considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
-with these requirements. We do not solicit donations in locations
-where we have not received written confirmation of compliance. To SEND
-DONATIONS or determine the status of compliance for any particular
-state visit www.gutenberg.org/donate
-
-While we cannot and do not solicit contributions from states where we
-have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
-against accepting unsolicited donations from donors in such states who
-approach us with offers to donate.
-
-International donations are gratefully accepted, but we cannot make
-any statements concerning tax treatment of donations received from
-outside the United States. U.S. laws alone swamp our small staff.
-
-Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
-methods and addresses. Donations are accepted in a number of other
-ways including checks, online payments and credit card donations. To
-donate, please visit: www.gutenberg.org/donate
-
-Section 5. General Information About Project Gutenberg-tm electronic works.
-
-Professor Michael S. Hart was the originator of the Project
-Gutenberg-tm concept of a library of electronic works that could be
-freely shared with anyone. For forty years, he produced and
-distributed Project Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of
-volunteer support.
-
-Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
-editions, all of which are confirmed as not protected by copyright in
-the U.S. unless a copyright notice is included. Thus, we do not
-necessarily keep eBooks in compliance with any particular paper
-edition.
-
-Most people start at our Web site which has the main PG search
-facility: www.gutenberg.org
-
-This Web site includes information about Project Gutenberg-tm,
-including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
-Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
-subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks.
-
-
-
-</pre>
-
-</body>
-</html>
diff --git a/old/52843-h/images/002.jpg b/old/52843-h/images/002.jpg
deleted file mode 100644
index aee68c2..0000000
--- a/old/52843-h/images/002.jpg
+++ /dev/null
Binary files differ
diff --git a/old/52843-h/images/cover.jpg b/old/52843-h/images/cover.jpg
deleted file mode 100644
index 746350c..0000000
--- a/old/52843-h/images/cover.jpg
+++ /dev/null
Binary files differ
diff --git a/old/52843-h/images/illus_003.jpg b/old/52843-h/images/illus_003.jpg
deleted file mode 100644
index 8b8f46b..0000000
--- a/old/52843-h/images/illus_003.jpg
+++ /dev/null
Binary files differ
diff --git a/old/52843-h/images/illus_003a.jpg b/old/52843-h/images/illus_003a.jpg
deleted file mode 100644
index f443057..0000000
--- a/old/52843-h/images/illus_003a.jpg
+++ /dev/null
Binary files differ
diff --git a/old/52843-h/images/illus_005.jpg b/old/52843-h/images/illus_005.jpg
deleted file mode 100644
index 5e66e04..0000000
--- a/old/52843-h/images/illus_005.jpg
+++ /dev/null
Binary files differ
diff --git a/old/52843-h/images/illus_161.jpg b/old/52843-h/images/illus_161.jpg
deleted file mode 100644
index f30285f..0000000
--- a/old/52843-h/images/illus_161.jpg
+++ /dev/null
Binary files differ
diff --git a/old/52843-h/images/illus_165.jpg b/old/52843-h/images/illus_165.jpg
deleted file mode 100644
index 070dd1c..0000000
--- a/old/52843-h/images/illus_165.jpg
+++ /dev/null
Binary files differ
diff --git a/old/52843-h/images/illus_165a.jpg b/old/52843-h/images/illus_165a.jpg
deleted file mode 100644
index 11b9e67..0000000
--- a/old/52843-h/images/illus_165a.jpg
+++ /dev/null
Binary files differ