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-The Project Gutenberg EBook of Traité élémentaire de chimie, tomes 1 & 2, by
-Antoine de Lavoisier
-
-This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
-almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or
-re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
-with this eBook or online at www.gutenberg.org/license
-
-
-Title: Traité élémentaire de chimie, tomes 1 & 2
- Présenté dans un ordre nouveau et d'après les découvertes
- modernes; avec Figures
-
-Author: Antoine de Lavoisier
-
-Release Date: July 3, 2016 [EBook #52489]
-
-Language: French
-
-Character set encoding: UTF-8
-
-*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK TRAITÉ ÉLÉMENTAIRE 1 & 2 ***
-
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-
-Produced by Claudine Corbasson and the Online Distributed
-Proofreading Team at http://www.pgdp.net (This file was
-produced from images generously made available by The
-Internet Archive/American Libraries.)
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- Au lecteur,
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- Ce _Traité élémentaire de chimie_ d'Antoine de Lavoisier se compose
- de deux tomes. Une version complète de cette publication accompagne la
- publication individuelle de chacun de ces deux tomes.
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- La version électronique html restitue le mieux la présentation du
- livre papier.
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- L'errata de cette édition a été pris en compte.
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- Nous avons utilisé une typographie plus moderne que celle de la version
- papier en remplaçant les ſ par des s.
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- La ponctuation n'a pas été modifiée hormis quelques corrections
- mineures.
-
- L'orthographe a été conservée. Seuls quelques mots ont été modifiés.
- La liste des modifications se trouve à la fin du texte.
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-
- TRAITÉ
- ÉLÉMENTAIRE
- DE CHIMIE.
-
- _TOME PREMIER._
-
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-
- TRAITÉ
- ÉLÉMENTAIRE
- DE CHIMIE,
-
- PRÉSENTÉ DANS UN ORDRE NOUVEAU
- ET D'APRÈS LES DÉCOUVERTES MODERNES;
-
- Avec Figures:
-
- _Par M. LAVOISIER, de l'Académie des Sciences, de la Société Royale
- de Médecine, des Sociétés d'Agriculture de Paris & d'Orléans, de la
- Société Royale de Londres, de l'Institut de Bologne, de la Société
- Helvétique de Basle, de celles de Philadelphie, Harlem, Manchester,
- Padoue, &c._
-
-
- TOME PREMIER.
-
- [Illustration]
-
- _A PARIS_,
-
- Chez CUCHET, Libraire, rue & hôtel Serpente.
-
- M. DCC. LXXXIX.
-
- _Sous le Privilège de l'Académie des Sciences & de la Société Royale
- de Médecine._
-
-
-
-
-DISCOURS
-PRÉLIMINAIRE.
-
-
-JE n'avois pour objet lorsque j'ai entrepris cet ouvrage, que de donner
-plus de développement au Mémoire que j'ai lu à la séance publique de
-l'Académie des Sciences du mois d'Avril 1787, sur la nécessité de
-réformer & de perfectionner la Nomenclature de la Chimie.
-
-C'est en m'occupant de ce travail, que j'ai mieux senti que je ne
-l'avois encore fait jusqu'alors, l'évidence des principes qui ont été
-posés par l'Abbé de Condillac dans sa logique, & dans quelques autres
-de ses ouvrages. Il y établit que _nous ne pensons qu'avec le secours
-des mots_; que _les langues sont de véritables méthodes analytiques_;
-que _l'algèbre la plus simple, la plus exacte & la mieux adaptée à son
-objet de toutes les manières de s'énoncer, est à-la-fois une langue &
-une méthode analytique_; enfin que _l'art de raisonner se réduit à une
-langue bien faite_. Et en effet tandis que je croyois ne m'occuper que
-de Nomenclature, tandis que je n'avois pour objet que de perfectionner
-le langage de la Chimie, mon ouvrage s'est transformé insensiblement
-entre mes mains, sans qu'il m'ait été possible de m'en défendre, en un
-Traité élémentaire de Chimie.
-
-L'impossibilité d'isoler la Nomenclature de la science & la science
-de la Nomenclature, tient à ce que toute science physique est
-nécessairement formée de trois choses: la série des faits qui
-constituent la science; les idées qui les rappellent; les mots qui les
-expriment. Le mot doit faire naître l'idée; l'idée doit peindre le
-fait: ce sont trois empreintes d'un même cachet; & comme ce sont les
-mots qui conservent les idées & qui les transmettent, il en résulte
-qu'on ne peut perfectionner le langage sans perfectionner la science,
-ni la science sans le langage, & que quelque certains que fussent
-les faits, quelque justes que fussent les idées qu'ils auroient fait
-naître, ils ne transmettroient encore que des impressions fausses, si
-nous n'avions pas des expressions exactes pour les rendre.
-
-La première partie de ce Traité fournira à ceux qui voudront bien le
-méditer, des preuves fréquentes de ces vérités; mais comme je me suis
-vu forcé d'y suivre un ordre qui differe essentiellement de celui qui
-a été adopté jusqu'à présent dans tous les ouvrages de Chimie, je dois
-compte des motifs qui m'y ont déterminé.
-
-C'est un principe bien constant, & dont la généralité est bien reconnue
-dans les mathématiques, comme dans tous les genres de connoissances,
-que nous ne pouvons procéder pour nous instruire, que du connu à
-l'inconnu. Dans notre première enfance nos idées viennent de nos
-besoins; la sensation de nos besoins fait naître l'idée des objets
-propres à les satisfaire, & insensiblement par une suite de sensations,
-d'observations & d'analyses, il se forme une génération successive
-d'idées toutes liées les unes aux autres, dont un observateur attentif
-peut même jusqu'à un certain point, retrouver le fil & l'enchaînement,
-& qui constituent l'ensemble de ce que nous savons.
-
-Lorsque nous nous livrons pour la première fois à l'étude d'une
-science, nous sommes par rapport à cette science, dans un état
-très-analogue à celui dans lequel sont les enfans, & la marche que
-nous avons à suivre est précisément celle que suit la nature dans la
-formation de leurs idées. De même que dans l'enfant l'idée est un effet
-de la sensation, que c'est la sensation qui fait naître l'idée; de
-même aussi pour celui qui commence à se livrer à l'étude des sciences
-physiques, les idées ne doivent être qu'une conséquence, une suite
-immédiate d'une expérience ou d'une observation.
-
-Qu'il me soit permis d'ajouter que celui qui entre dans la carrière
-des sciences, est dans une situation moins avantageuse que l'enfant
-même qui acquiert ses premières idées; si l'enfant s'est trompé sur
-les effets salutaires ou nuisibles des objets qui l'environnent, la
-nature lui donne des moyens multipliés de se rectifier. A chaque
-instant le jugement qu'il a porté se trouve redressé par l'expérience.
-La privation ou la douleur viennent à la suite d'un jugement faux; la
-jouissance & le plaisir à la suite d'un jugement juste. On ne tarde pas
-avec de tels maîtres à devenir conséquent, & on raisonne bientôt juste
-quand on ne peut raisonner autrement sous peine de privation ou de
-souffrance.
-
-Il n'en est pas de même dans l'étude & dans la pratique des sciences;
-les faux jugemens que nous portons, n'intéressent ni notre existence,
-ni notre bien-être; aucun intérêt physique ne nous oblige de nous
-rectifier: l'imagination au contraire qui tend à nous porter
-continuellement au-delà du vrai; l'amour-propre & la confiance en
-nous-mêmes, qu'il sait si bien nous inspirer, nous sollicitent à tirer
-des conséquences qui ne dérivent pas immédiatement des faits: en sorte
-que nous sommes en quelque façon intéressés à nous séduire nous-mêmes.
-Il n'est donc pas étonnant que dans les sciences physiques en général,
-on ait souvent supposé au lieu de conclure; que les suppositions
-transmises d'âge en âge, soient devenues de plus en plus imposantes par
-le poids des autorités qu'elles ont acquises, & qu'elles ayent enfin
-été adoptées & regardées comme des vérités fondamentales, même par de
-très-bons esprits.
-
-Le seul moyen de prévenir ces écarts, consiste à supprimer ou au moins
-à simplifier autant qu'il est possible le raisonnement, qui est de nous
-& qui seul peut nous égarer; à le mettre continuellement à l'épreuve de
-l'expérience; à ne conserver que les faits qui ne sont que des données
-de la nature, & qui ne peuvent nous tromper; à ne chercher la vérité
-que dans l'enchaînement naturel des expériences & des observations,
-de la même manière que les Mathématiciens parviennent à la solution
-d'un problême par le simple arrangement des données, & en réduisant le
-raisonnement à des opérations si simples, à des jugemens si courts,
-qu'ils ne perdent jamais de vue l'évidence qui leur sert de guide.
-
-Convaincu de ces vérités, je me suis imposé la loi de ne procéder
-jamais que du connu à l'inconnu, de ne déduire aucune conséquence
-qui ne dérive immédiatement des expériences & des observations,
-& d'enchaîner les faits & les vérités chimiques dans l'ordre le
-plus propre à en faciliter l'intelligence aux commençans. Il étoit
-impossible qu'en m'assujétissant à ce plan, je ne m'écartasse pas des
-routes ordinaires. C'est en effet un défaut commun à tous les cours
-& à tous les traités de Chimie, de supposer dès les premiers pas des
-connoissances que l'Elève ou le Lecteur ne doivent acquérir que dans
-les leçons subséquentes. On commence dans presque tous par traiter
-des principes des corps; par expliquer la table des affinités, sans
-s'appercevoir qu'on est obligé de passer en revue dès le premier jour
-les principaux phénomènes de la Chimie, de se servir d'expressions
-qui n'ont point été définies, & de supposer la science acquise par
-ceux auxquels on se propose de l'enseigner. Aussi est-il reconnu qu'on
-n'apprend que peu de chose dans un premier cours de Chimie; qu'une
-année suffit à peine pour familiariser l'oreille avec le langage, les
-yeux avec les appareils, & qu'il est presqu'impossible de former un
-Chimiste en moins de trois ou quatre ans.
-
-Ces inconvéniens tiennent moins à la nature des choses qu'à la forme
-de l'enseignement, & c'est ce qui m'a déterminé à donner à la Chimie
-une marche qui me paroît plus conforme à celle de la nature. Je ne me
-suis pas dissimulé qu'en voulant éviter un genre de difficultés je me
-jettois dans un autre, & qu'il me seroit impossible de les surmonter
-toutes; mais je crois que celles qui restent n'appartiennent point à
-l'ordre que je me suis prescrit; qu'elles sont plutôt une suite de
-l'état d'imperfection où est encore la Chimie. Cette science présente
-des lacunes nombreuses qui interrompent la série des faits, & qui
-exigent des raccordemens embarrassans & difficiles. Elle n'a pas, comme
-la Géométrie élémentaire, l'avantage d'être une science complette &
-dont toutes les parties sont étroitement liées entr'elles; mais en
-même tems sa marche actuelle est si rapide; les faits s'arrangent
-d'une manière si heureuse dans la doctrine moderne, que nous pouvons
-espérer, même de nos jours, de la voir s'approcher beaucoup du degré de
-perfection qu'elle est susceptible d'atteindre.
-
-Cette loi rigoureuse, dont je n'ai pas dû m'écarter, de ne rien
-conclure au-delà de ce que les expériences présentent, & de ne jamais
-suppléer au silence des faits, ne m'a pas permis de comprendre dans
-cet Ouvrage la partie de la Chimie la plus susceptible, peut-être,
-de devenir un jour une science exacte: c'est celle qui traite des
-affinités chimiques ou attractions électives. M. Geoffroy, M.
-Gellert, M. Bergman, M. Schéele, M. de Morveau, M. Kirwan & beaucoup
-d'autres ont déjà rassemblé une multitude de faits particuliers,
-qui n'attendent plus que la place qui doit leur être assignée; mais
-les données principales manquent, ou du moins celles que nous avons
-ne sont encore ni assez précises ni assez certaines, pour devenir
-la base fondamentale sur laquelle doit reposer une partie aussi
-importante de la Chimie. La science des affinités est d'ailleurs à la
-Chimie ordinaire ce que la Géométrie transcendante est à la Géométrie
-élémentaire, & je n'ai pas cru devoir compliquer par d'aussi grandes
-difficultés des Elémens simples & faciles qui seront, à ce que
-j'espère, à la portée d'un très-grand nombre de Lecteurs.
-
-Peut-être un sentiment d'amour-propre a-t-il, sans que je m'en rendisse
-compte à moi-même, donné du poids à ces réflexions. M. de Morveau est
-au moment de publier l'article AFFINITÉ de l'Encyclopédie méthodique, &
-j'avois bien des motifs pour redouter de travailler en concurrence avec
-lui.
-
-On ne manquera pas d'être surpris de ne point trouver dans un Traité
-élémentaire de Chimie, un Chapitre sur les parties constituantes &
-élémentaires des corps: mais je ferai remarquer ici que cette tendance
-que nous avons à vouloir que tous les corps de la nature ne soient
-composés que de trois ou quatre élémens, tient à un préjugé qui nous
-vient originairement des philosophes grecs. L'admission de quatre
-élémens qui, par la variété de leurs proportions, composent tous les
-corps que nous connoissons, est une pure hypothèse imaginée long tems
-avant qu'on eût les premières notions de la Physique expérimentale &
-de la Chimie. On n'avoit point encore de faits, & l'on formoit des
-systêmes; & aujourd'hui que nous avons rassemblé des faits, il semble
-que nous nous efforcions de les repousser, quand ils ne quadrent pas
-avec nos préjugés; tant il est vrai que le poids de l'autorité de ces
-pères de la philosophie humaine se fait encore sentir, & qu'elle pesera
-sans doute encore sur les générations à venir.
-
-Une chose très-remarquable, c'est que tout en enseignant la doctrine
-des quatre élémens, il n'est aucun Chimiste qui par la force des
-faits n'ait été conduit à en admettre un plus grand nombre. Les
-premiers Chimistes qui ont écrit depuis le renouvellement des Lettres,
-regardoient le soufre & le sel comme des substances élémentaires
-qui entroient dans la combinaison d'un grand nombre de corps: ils
-reconnoissoient donc l'existence de six élémens, au lieu de quatre.
-Beccher admettoit trois terres, & c'étoit de leur combinaison & de la
-différence des proportions que résultoit, suivant lui, la différence
-qui existe entre les substances métalliques. Stahl a modifié ce
-systême: tous les Chimistes qui lui ont succédé se sont permis d'y
-faire des changemens, même d'en imaginer d'autres, mais tous se
-sont laissé entraîner à l'esprit de leur siècle, qui se contentoit
-d'assertions sans preuves, ou du moins qui regardoit souvent comme
-telles de très-légères probabilités.
-
-Tout ce qu'on peut dire sur le nombre & sur la nature des élémens
-se borne suivant moi à des discussions purement métaphysiques: ce
-sont des problêmes indéterminés qu'on se propose de résoudre, qui
-sont susceptibles d'une infinité de solutions, mais dont il est
-très-probable qu'aucune en particulier n'est d'accord avec la nature.
-Je me contenterai donc de dire que si par le nom d'élémens, nous
-entendons désigner les molécules simples & indivisibles qui composent
-les corps, il est probable que nous ne les connoissons pas: que si
-au contraire nous attachons au nom d'élémens ou de principes des
-corps l'idée du dernier terme auquel parvient l'analyse, toutes les
-substances que nous n'avons encore pu décomposer par aucun moyen, sont
-pour nous des élémens; non pas que nous puissions assurer que ces corps
-que nous regardons comme simples, ne soient pas eux-mêmes composés de
-deux ou même d'un plus grand nombre de principes, mais puisque ces
-principes ne se séparent jamais, ou plutôt puisque nous n'avons aucun
-moyen de les séparer, ils agissent à notre égard à la manière des
-corps simples, & nous ne devons les supposer composés qu'au moment où
-l'expérience & l'observation nous en auront fourni la preuve.
-
-Ces réflexions sur la marche des idées, s'appliquent naturellement
-au choix des mots qui doivent les exprimer. Guidé par le travail que
-nous avons fait en commun en 1787, M. de Morveau, M. Berthollet, M. de
-Fourcroy & moi sur la Nomenclature de la Chimie; j'ai désigné autant
-que je l'ai pu les substances simples par des mots simples, & ce sont
-elles que j'ai été obligé de nommer les premières. On peut se rappeller
-que nous nous sommes efforcés de conserver à toutes ces substances
-les noms qu'elles portent dans la société: nous ne nous sommes permis
-de les changer que dans deux cas; le premier à l'égard des substances
-nouvellement découvertes & qui n'avoient point encore été nommées,
-ou du moins pour celles qui ne l'avoient été que depuis peu de tems,
-& dont les noms encore nouveaux n'avoient point été sanctionnés par
-une adoption générale: le second lorsque les noms adoptés soit par
-les anciens, soit par les modernes, nous ont paru entraîner des idées
-évidemment fausses; lorsqu'ils pouvoient faire confondre la substance
-qu'ils désignoient avec d'autres, qui sont douées de propriétés
-différentes ou opposées. Nous n'avons fait alors aucune difficulté de
-leur en substituer d'autres que nous avons empruntés principalement
-du Grec: nous avons fait en sorte qu'ils exprimassent la propriété la
-plus générale, la plus caractéristique de la substance; & nous y avons
-trouvé l'avantage de soulager la mémoire des commençans qui retiennent
-difficilement un mot nouveau lorsqu'il est absolument vuide de sens, &
-de les accoutumer de bonne heure à n'admettre aucun mot sans y attacher
-une idée.
-
-A l'égard des corps qui sont formés de la réunion de plusieurs
-substances simples, nous les avons désignés par des noms composés
-comme le sont les substances elles-mêmes; mais comme le nombre des
-combinaisons binaires est déjà très-considérable, nous serions tombés
-dans le désordre & dans la confusion, si nous ne nous fussions pas
-attachés à former des classes. Le nom de classes & de genres est dans
-l'ordre naturel des idées, celui qui rappelle la propriété commune à un
-grand nombre d'individus: celui d'espèces au contraire, est celui qui
-ramène l'idée aux propriétés particulières à quelques individus.
-
-Ces distinctions ne sont pas faites comme on pourroit le penser,
-seulement par la métaphysique; elles le sont par la nature. Un enfant,
-dit l'Abbé de Condillac, appelle du nom d'_arbre_ le premier arbre que
-nous lui montrons. Un second arbre qu'il voit ensuite lui rappelle
-la même idée; il lui donne le même nom; de même à un troisième, à un
-quatrième, & voilà le mot d'_arbre_ donné d'abord à un individu, qui
-devient pour lui un nom de classe ou de genre, une idée abstraite qui
-comprend tous les arbres en général. Mais lorsque nous lui aurons fait
-remarquer que tous les arbres ne servent pas aux mêmes usages, que tous
-ne portent pas les mêmes fruits, il apprendra bientôt à les distinguer
-par des noms spécifiques & particuliers. Cette logique est celle de
-toutes les sciences; elle s'applique naturellement à la Chimie.
-
-Les acides, par exemple, sont composés de deux substances de l'ordre
-de celles que nous regardons comme simples, l'une qui constitue
-l'acidité & qui est commune à tous; c'est de cette substance que doit
-être emprunté le nom de classe ou de genre: l'autre qui est propre à
-chaque acide, qui les différencie les uns des autres, & c'est de cette
-substance que doit être emprunté le nom spécifique.
-
-Mais dans la plupart des acides, les deux principes constituans, le
-principe acidifiant & le principe acidifié, peuvent exister dans des
-proportions différentes, qui constituent toutes des points d'équilibre
-ou de saturation; c'est ce qu'on observe dans l'acide sulfurique &
-dans l'acide sulfureux; nous avons exprimé ces deux états du même acide
-en faisant varier la terminaison du nom spécifique.
-
-Les substances métalliques qui ont été exposées à l'action réunie de
-l'air & du feu, perdent leur éclat métallique, augmentent de poids &
-prennent une apparence terreuse; elles sont dans cet état composées,
-comme les acides, d'un principe qui est commun à toutes, & d'un
-principe particulier propre à chacune: nous avons dû également les
-classer sous un nom générique dérivé du principe commun, & le nom
-que nous avons adopté est celui d'_oxide_; nous les avons ensuite
-différenciées les unes des autres par le nom particulier du métal
-auquel elles appartiennent.
-
-Les substances combustibles qui, dans les acides & dans les oxides
-métalliques, sont un principe spécifique & particulier, sont
-susceptibles de devenir à leur tour un principe commun à un grand
-nombre de substances. Les combinaisons sulfureuses ont été long-temps
-les seules connues en ce genre: on sait aujourd'hui, d'après les
-expériences de MM. Vandermonde, Monge & Berthollet, que le charbon se
-combine avec le fer, & peut-être avec plusieurs autres métaux; qu'il
-en résulte, suivant les proportions, de l'acier, de la plombagine, &c.
-On sait également, d'après les expériences de M. Pelletier, que le
-phosphore se combine avec un grand nombre de substances métalliques.
-Nous avons encore rassemblé ces différentes combinaisons sous des
-noms génériques dérivés de celui de la substance commune, avec une
-terminaison qui rappelle cette analogie, & nous les avons specifiées
-par un autre nom dérivé de leur substance propre.
-
-La nomenclature des êtres composés de trois substances simples,
-présentoit un peu plus de difficultés en raison de leur nombre, &
-sur-tout parce qu'on ne peut exprimer la nature de leurs principes
-constituans, sans employer des noms plus composés. Nous avons eu
-à considérer dans les corps qui forment cette classe, tels que les
-sels neutres, par exemple, 1º. le principe acidifiant qui est commun
-à tous; 2º. le principe acidifiable qui constitue leur acide propre;
-3º. la base saline, terreuse, ou métallique qui détermine l'espèce
-particulière de sel. Nous avons emprunté le nom de chaque classe de
-sels de celui du principe acidifiable, commun à tous les individus de
-la classe; nous avons ensuite distingué chaque espèce par le nom de la
-base saline, terreuse, ou métallique, qui lui est particulière.
-
-Un sel, quoique composé des trois mêmes principes, peut être
-cependant dans des états très-différens, par la seule différence de
-leur proportion. La nomenclature que nous avons adoptée auroit été
-défectueuse si elle n'eût pas exprimé ces différens états, & nous y
-sommes principalement parvenus par des changemens de terminaison que
-nous avons rendu uniformes pour un même état des différens sels.
-
-Enfin nous sommes arrivés au point que par le mot seul, on reconnoît
-sur le champ quelle est la substance combustible qui entre dans la
-combinaison dont il est question; si cette substance combustible est
-combinée avec le principe acidifiant, & dans quelle proportion; dans
-quel état est cet acide; à quelle base il est uni; s'il y a saturation
-exacte; si c'est l'acide, ou bien la base qui est en excès.
-
-On conçoit qu'il n'a pas été possible de remplir ces différentes
-vues sans blesser quelquefois des usages reçus, & sans adopter des
-dénominations qui ont paru dures & barbares dans le premier moment;
-mais nous avons observé que l'oreille s'accoutumoit promptement aux
-mots nouveaux, sur-tout lorsqu'ils se trouvoient liés à un systême
-général & raisonné. Les noms, au surplus, qui s'employoient avant
-nous, tels que ceux de _poudre d'algaroth_, de _sel alembroth_,
-de _pompholix_, d'_eau phagédénique_, de _turbith minéral_, de
-_colcothar_, & beaucoup d'autres, ne sont ni moins durs, ni moins
-extraordinaires; il faut une grande habitude & beaucoup de mémoire
-pour se rappeller les substances qu'ils expriment, & sur-tout pour
-reconnoître à quel genre de combinaison ils appartiennent. Les noms
-d'_huile de tartre par défaillance_, d'_huile de vitriol_, de _beurre
-d'arsenic & d'antimoine_, de _fleurs de zinc_, &c. sont plus impropres
-encore, parce qu'ils font naître des idées fausses; parce qu'il
-n'existe, à proprement parler, dans le règne minéral, & sur-tout dans
-le règne métallique, ni beurres, ni huiles, ni fleurs; enfin parce que
-les substances qu'on désigne sous ces noms trompeurs, sont de violens
-poisons.
-
-On nous a reproché lorsque nous avons publié notre Essai de
-Nomenclature chimique, d'avoir changé la langue que nos maîtres ont
-parlée, qu'ils ont illustrée & qu'ils nous ont transmise; mais on a
-oublié que c'étoient Bergman & Macquer qui avoient eux-mêmes sollicité
-cette réforme. Le savant Professeur d'Upsal, M. Bergman, écrivoit à
-M. de Morveau, dans les derniers temps de sa vie: _ne faites grace à
-aucune dénomination impropre: ceux qui savent déjà entendront toujours;
-ceux qui ne savent pas encore, entendront plus tôt_.
-
-Peut-être seroit-on plus fondé à me reprocher de n'avoir donné dans
-l'Ouvrage que je présente au Public, aucun historique de l'opinion
-de ceux qui m'ont précédé; de n'avoir présenté que la mienne sans
-discuter celle des autres. Il en est résulté que je n'ai pas toujours
-rendu à mes confrères, encore moins aux Chimistes étrangers, la
-justice qu'il étoit dans mon intention de leur rendre: mais je prie
-le Lecteur de considérer que si l'on accumuloit les citations dans
-un ouvrage élémentaire, si l'on s'y livroit à de longues discussions
-sur l'historique de la science & sur les travaux de ceux qui l'ont
-professée, on perdroit de vue le véritable objet qu'on s'est proposé,
-& l'on formeroit un ouvrage d'une lecture tout-à-fait fastidieuse pour
-les commençans. Ce n'est ni l'histoire de la science, ni celle de
-l'esprit humain qu'on doit faire dans un traité élémentaire: on ne
-doit y chercher que la facilité, la clarté; on en doit soigneusement
-écarter tout ce qui pourroit tendre à détourner l'attention. C'est un
-chemin qu'il faut continuellement applanir, dans lequel il ne faut
-laisser subsister aucun obstacle qui puisse apporter le moindre retard.
-Les sciences présentent déjà par elles-mêmes assez de difficultés,
-sans en appeller encore qui leur sont étrangères. Les Chimistes
-s'appercevront facilement d'ailleurs que je n'ai presque fait usage
-dans la première partie que des expériences qui me sont propres.
-Si quelquefois il a pu m'échapper d'adopter, sans les citer, les
-expériences ou les opinions de M. Berthollet, de M. de Fourcroy, de
-M. de la Place, de M. Monge, & de ceux en général qui ont adopté les
-mêmes principes que moi, c'est que l'habitude de vivre ensemble, de
-nous communiquer nos idées, nos observations, notre manière de voir,
-a établi entre nous une sorte de communauté d'opinions dans laquelle
-il nous est souvent difficile à nous-mêmes de distinguer ce qui nous
-appartient plus particulièrement.
-
-Tout ce que je viens d'exposer sur l'ordre que je me suis efforcé
-de suivre dans la marche des preuves & des idées, n'est applicable
-qu'à la première partie de cet ouvrage: c'est elle seule qui contient
-l'ensemble de la doctrine que j'ai adoptée; c'est à elle seule que j'ai
-cherché à donner la forme véritablement élémentaire.
-
-La seconde partie est principalement formée des tableaux de la
-nomenclature des sels neutres. J'y ai joint seulement des explications
-très-sommaires, dont l'objet est de faire connoître les procédés les
-plus simples pour obtenir les différentes espèces d'acides connus:
-cette seconde partie ne contient rien qui me soit propre; elle ne
-présente qu'un abrégé très-concis de résultats extraits de différens
-ouvrages.
-
-Enfin j'ai donné dans la troisième partie une description détaillée
-de toutes les opérations relatives à la Chimie moderne. Un ouvrage de
-ce genre paroissoit desiré depuis long-temps, & je crois qu'il sera
-de quelqu'utilité. En général la pratique des expériences, & sur-tout
-des expériences modernes, n'est point assez répandue; & peut-être si,
-dans les différens Mémoires que j'ai donnés à l'Académie, je me fusse
-étendu davantage sur le détail des manipulations, me serois-je fait
-plus facilement entendre, & la science auroit-elle fait des progrès
-plus rapides. L'ordre des matières dans cette troisième partie m'a
-paru à-peu-près arbitraire, & je me suis seulement attaché à classer
-dans chacun des huit chapitres qui la composent, les opérations qui
-ont ensemble le plus d'analogie. On s'appercevra aisément que cette
-troisième partie n'a pu être extraite d'aucun ouvrage, & que dans les
-articles principaux, je n'ai pu être aidé que de ma propre expérience.
-
-Je terminerai ce Discours préliminaire en transcrivant littéralement
-quelques passages de M. l'Abbé de Condillac, qui me paroissent peindre
-avec beaucoup de vérité l'état où étoit la Chimie dans des temps
-très-rapprochés du nôtre[1]. Ces passages qui n'ont point été faits
-exprès, n'en acquerront que plus de force, si l'application en paroît
-juste.
-
- «Au lieu d'observer les choses que nous voulions connoître, nous
- avons voulu les imaginer. De supposition fausse en supposition
- fausse, nous nous sommes égarés parmi une multitude d'erreurs; &
- ces erreurs étant devenues des préjugés, nous les avons prises par
- cette raison pour des principes: nous nous sommes donc égarés de plus
- en plus. Alors nous n'avons su raisonner que d'après les mauvaises
- habitudes que nous avions contractées. L'art d'abuser des mots sans
- les bien entendre a été pour nous l'art de raisonner........ Quand
- les choses sont parvenues à ce point, quand les erreurs se sont
- ainsi accumulées, il n'y a qu'un moyen de remettre l'ordre dans la
- faculté de penser; c'est d'oublier tout ce que nous avons appris, de
- reprendre nos idées à leur origine, d'en suivre la génération, & de
- refaire, comme dit Bacon, l'entendement humain.
-
- »Ce moyen est d'autant plus difficile, qu'on se croit plus instruit.
- Aussi des Ouvrages où les sciences seroient traitées avec une grande
- netteté, une grande précision, un grand ordre, ne seroient-ils
- pas à la portée de tout le monde. Ceux qui n'auroient rien étudié
- les entendroient mieux que ceux qui ont fait de grandes études, &
- sur-tout que ceux qui ont écrit beaucoup sur les sciences».
-
-M. l'Abbé de Condillac ajoute à la fin du chapitre V:
-
- «Mais enfin les sciences ont fait des progrès, parce que les
- Philosophes ont mieux observé, & qu'ils ont mis dans leur langage
- la précision & l'exactitude qu'ils avoient mises dans leurs
- observations; ils ont corrigé la langue, & l'on a mieux raisonné».
-
- [1] Partie 2, Chapitre I.
-
-
-
-
- TABLE
- DES CHAPITRES
- DU TOME PREMIER.
-
-
- _DISCOURS PRÉLIMINAIRE,_ page v
-
-
- PREMIERE PARTIE.
-
- _De la formation des fluides aériformes & de leur décomposition;
- de la combustion des corps simples & de la formation des acides._
-
- CHAP. I. _Des combinaisons du calorique & de la
- formation des fluides élastiques aériformes,_ 1
-
- CHAP. II. _Vues générales sur la formation & la
- constitution de l'atmosphère de la terre,_ 28
-
- CHAP. III. _Analyse de l'air de l'atmosphère:
- sa résolution en deux fluides élastiques, l'un
- respirable, l'autre non respirable,_ 33
-
- CHAP. IV. _Nomenclature des différentes parties
- constitutives de l'air de l'atmosphère,_ 51
-
- CHAP. V. _De la décomposition du gaz oxigène par le
- soufre, le phosphore & le charbon, & de la formation
- des acides en général,_ 57
-
- CHAP. VI. _De la nomenclature des Acides en général, &
- particulièrement de ceux tirés du salpêtre & du sel
- marin,_ 70
-
- CHAP. VII. _De la décomposition du Gaz oxygène par les
- métaux, & de la formation des Oxides métalliques,_ 82
-
- CHAP. VIII. _Du principe radical de l'Eau, & de sa
- décomposition par le charbon & par le fer,_ 87
-
- CHAP. IX. _De la quantité de Calorique qui se dégage
- des différentes espèces de combustion,_ 103
-
- _Combustion du Phosphore,_ 107
-
- _Combustion du Charbon,_ 108
-
- _Combustion du Gaz hydrogène,_ 109
-
- _Formation de l'Acide nitrique,_ ibid.
-
- _Combustion de la Bougie,_ 112
-
- _Combustion de l'Huile d'olive,_ 113
-
- CHAP. X. _De la combinaison des Substances combustibles
- les unes avec les autres,_ 116
-
- CHAP. XI. _Considérations sur les Oxides & les Acides
- à plusieurs bases, & sur la composition des matières
- végétales & animales,_ 123
-
- CHAP. XII. _De la décomposition des matières végétales
- & animales par l'action du feu,_ 132
-
- CHAP. XIII. _De la décomposition des Oxides végétaux
- par la fermentation vineuse,_ 139
-
- CHAP. XIV. _De la fermentation putride,_ 153
-
- CHAP. XV. _De la fermentation acéteuse,_ 159
-
- CHAP. XVI. _De la formation des Sels neutres, & des
- différentes bases qui entrent dans leur composition,_ 162
-
- _De la Potasse,_ 164
-
- _De la Soude,_ 169
-
- _De l'Ammoniaque,_ 170
-
- _De la Chaux, de la Magnésie, de la Baryte & de
- l'Alumine,_ 172
-
- _Des Substances métalliques,_ 173
-
- CHAP. XVII. _Suite des réflexions sur les bases
- salifiables, & sur la formation des Sels neutres,_ 176
-
-
- SECONDE PARTIE.
-
- _De la Combinaison des Acides avec les bases salifiables, & de la
- Formation des Sels neutres._
-
- _AVERTISSEMENT,_ 189
-
- _TABLEAU des Substances simples,_ 192
-
- _Observations,_ 193
-
- _Tableau des Radicaux ou bases oxidables &
- acidifiables, composés, qui entrent dans les
- combinaisons à la manière des substances simples,_ 196
-
- _Observations,_ 197
-
- _Observations sur les combinaisons de la lumière
- & du calorique avec différentes substances,_ 200
-
- _Tableau des combinaisons binaires de l'oxygène avec
- les substances métalliques & non métalliques oxidables
- & acidifiables,_ 203
-
- _Observations,_ ibid.
-
- _Tableau des combinaisons de l'Oxygène avec les
- radicaux composés,_ 208
-
- _Observations,_ 209
-
- _Tableau des combinaisons binaires de l'Azote avec les
- substances simples,_ 212
-
- _Observations,_ 213
-
- _Tableau des combinaisons binaires de l'Hydrogène avec
- les substances simples,_ 216
-
- _Observations,_ 217
-
- _Tableau des combinaisons binaires du Soufre non
- oxygéné avec les substances simples,_ 220
-
- _Observations,_ 221
-
- _Tableau des combinaisons binaires du Phosphore non
- oxygéné avec les substances simples,_ 222
-
- _Observations,_ 223
-
- _Tableau des combinaisons binaires du Charbon non
- oxygéné avec les substances simples,_ 226
-
- _Observations,_ 227
-
- _Observations sur les radicaux muriatique, fluorique &
- boracique, & sur leurs combinaisons,_ 229
-
- _Observations sur la combinaison des métaux les uns
- avec les autres,_ 230
-
- _Tableau des combinaisons de l'Azote ou Radical
- nitrique, porté à l'état d'acide nitreux par la
- combinaison d'une suffisante quantité d'oxygène, avec
- les bases salifiables, dans l'ordre de leur affinité
- avec cet acide,_ 231
-
- _Tableau des combinaisons de l'Azote complettement
- saturé d'oxigène, & porté à l'état d'acide nitrique,
- avec les bases salifiables, dans l'ordre de leur
- affinité avec cet acide,_ 232
-
- _Observations,_ 233
-
- _Tableau des combinaisons de l'Acide sulfurique ou
- Soufre oxygéné avec les bases salifiables dans l'ordre
- de leur affinité avec cet acide, par la voie humide,_ 238
-
- _Observations,_ 240
-
- _Tableau des combinaisons de l'Acide sulfureux avec les
- bases salifiables dans l'ordre de leur affinité avec
- cet acide,_ 243
-
- _Observations,_ 244
-
- _Tableau des combinaisons du Phosphore qui a reçu un
- premier degré d'oxygénation, & qui a été porté à
- l'état d'Acide phosphoreux, avec les bases salifiables
- dans l'ordre de leur affinité avec cet acide,_ 246
-
- _Tableau des combinaisons du Phosphore saturé
- d'oxygène, ou Acide phosphorique avec les substances
- salifiables dans l'ordre de leur affinité avec cet
- acide,_ 247
-
- _Observations,_
- 248
- _Tableau des combinaisons du Radical carbonique
- oxygéné, ou Acide carbonique avec les bases
- salifiables dans l'ordre de leur affinité avec cet
- acide,_ 250
-
- _Observations,_ 251
-
- _Tableau des combinaisons du Radical muriatique
- oxygéné, ou Acide muriatique avec les bases
- salifiables, dans l'ordre de leur affinité avec cet
- acide,_ 253
-
- _Tableau des combinaisons de l'Acide muriatique oxigéné
- avec les différentes bases salifiables avec lesquelles
- il est susceptible de s'unir,_ 254
-
- _Observations,_ 255
-
- _Tableau des combinaisons de l'Acide nitro-muriatique
- avec les bases salifiables, rangées par ordre
- alphabétique, attendu que les affinités de cet acide
- ne sont point assez connues,_ 258
-
- _Observations,_ 259
-
- _Tableau des combinaisons du Radical fluorique oxigéné,
- ou Acide fluorique avec les bases salifiables, dans
- l'ordre de leur affinité avec cet acide,_ 261
-
- _Observations,_ 262
-
- _Tableau des combinaisons du Radical boracique oxigéné,
- avec les différentes bases salifiables auxquelles
- il est susceptible de s'unir dans l'ordre de leur
- affinité avec cet acide,_ 264
-
- _Observations,_ 265
-
- _Tableau des combinaisons de l'Arsenic oxygéné, ou
- Acide arsenique avec les bases salifiables dans
- l'ordre de leur affinité avec cet acide,_ 268
-
- _Observations,_ 269
-
- _Tableau des combinaisons du Molybdène oxygéné, ou
- Acide molybdique avec les bases salifiables, par ordre
- alphabétique,_ 272
-
- _Observations,_ 273
-
- _Tableau des combinaisons du Tungstène oxygéné, ou
- Acide tungstique avec les bases salifiables,_ 274
-
- _Observations,_ 275
-
- _Tableau des combinaisons du Radical tartareux oxygéné,
- ou Acide tartareux avec les bases salifiables, dans
- l'ordre de leur affinité avec cet acide,_ 277
-
- _Observations,_ 278
-
- _Tableau des combinaisons du Radical malique oxygéné,
- ou Acide malique avec les bases salifiables par ordre
- alphabétique,_ 281
-
- _Observations,_ 282
-
- _Tableau des combinaisons du Radical citrique oxygéné,
- ou Acide citrique avec les bases salifiables, dans
- l'ordre de leur affinité avec cet acide,_ 284
-
- _Observations,_ 285
-
- _Tableau des combinaisons du Radical pyro-ligneux
- oxygéné, ou Acide pyro-ligneux avec les bases
- salifiables dans l'ordre de leur affinité avec cet
- acide,_ 286
-
- _Observations,_ 287
-
- _Tableau des combinaisons du Radical pyro-tartareux
- oxygéné, ou Acide pyro-tartareux avec les différentes
- bases salifiables dans l'ordre de leur affinité avec
- cet acide,_ 288
-
- _Observations,_ 289
-
- _Tableau des combinaisons du Radical pyro-muqueux
- oxygéné, ou Acide pyro-muqueux avec les bases
- salifiables, dans l'ordre de leur affinité avec cet
- acide,_ 290
-
- _Observations,_ 291
-
- _Tableau des combinaisons du Radical oxalique oxygéné,
- ou Acide oxalique avec les bases salifiables, dans
- l'ordre de leur affinité avec cet acide,_ 292
-
- _Observations,_ 293
-
- _Tableau des combinaisons du Radical acéteux oxygéné,
- par un premier degré d'oxigénation avec les bases
- salifiables, suivant l'ordre de leur affinité avec cet
- acide,_ 295
-
- _Observations,_ 295
-
- _Tableau des combinaisons du Radical acéteux oxygéné
- par un second degré d'oxygénation, ou Acide acétique,
- avec les bases salifiables, dans l'ordre de leur
- affinité avec cet acide,_ 298
-
- _Observations,_ 299
-
- _Tableau des combinaisons du Radical succinique
- oxygéné, ou Acide succinique, avec les bases
- salifiables, dans l'ordre de leur affinité avec cet
- acide,_ 300
-
- _Observations,_ 301
-
- _Tableau des combinaisons du Radical benzoïque oxygéné,
- ou Acide benzoïque, avec les différentes bases
- salifiables, rangées par ordre alphabétique,_ 302
-
- _Observations,_ 303
-
- _Tableau des combinaisons du Radical camphorique
- oxygéné, ou Acide camphorique, avec les bases
- salifiables, par ordre alphabétique,_ 304
-
- _Observations,_ 305
-
- Tableau des combinaisons du Radical gallique
- oxygéné, ou Acide gallique, avec
- les bases salifiables rangées par ordre alphabétique, 306
-
- _Observations,_ 307
-
- _Tableau des combinaisons du Radical lactique oxygéné,
- ou Acide lactique, avec les bases salifiables, par
- ordre alphabétique,_ 308
-
- _Observations,_ 309
-
- _Tableau des combinaisons du Radical saccholactique
- oxygéné, ou Acide saccholactique, avec les bases
- salifiables, dans l'ordre de leur affinité avec cet
- acide,_ 310
-
- _Observations,_ 311
-
- _Tableau des combinaisons du Radical formique oxygéné,
- ou Acide formique, avec les bases salifiables, dans
- l'ordre de leur affinité avec cet acide,_ 312
-
- _Observations,_ 313
-
- _Tableau des combinaisons du Radical bombique oxygéné,
- ou Acide bombique, avec les substances salifiables,
- par ordre alphabétique,_ 314
-
- _Observations,_ 315
-
- _Tableau des combinaisons du Radical sébacique oxygéné,
- ou Acide sébacique, avec les bases salifiables, dans
- l'ordre de leur affinité avec cet acide,_ 316
-
- _Observations,_ 317
-
- _Tableau des combinaisons du Radical lithique oxygéné,
- ou Acide lithique, avec les bases salifiables, rangées
- par ordre alphabétique,_ 318
-
- _Observations,_ 319
-
- _Tableau des combinaisons du Radical prussique oxygéné,
- ou Acide prussique, avec les bases salifiables, dans
- l'ordre de leur affinité avec cet acide,_ 320
-
- _Observations,_ 322
-
-
-
-
-[Illustration]
-
-
-TRAITÉ
-ÉLÉMENTAIRE
-DE CHIMIE.
-
-
-
-
-PREMIERE PARTIE.
-
-_De la formation des fluides aériformes & de leur décomposition; de
-la combustion des corps simples & de la formation des acides._
-
-
-
-
-CHAPITRE PREMIER.
-
-_Des combinaisons du calorique & de la formation des fluides
-élastiques aériformes._
-
-
-C'EST un phénomène constant dans la nature & dont la généralité a
-été bien établie par Boerhaave, que lorsqu'on échauffe un corps
-quelconque, solide ou fluide, il augmente de dimension dans tous
-les sens. Les faits sur lesquels on s'est fondé pour restreindre la
-généralité de ce principe, ne présentent que des résultats illusoires,
-ou du moins dans lesquels se compliquent des circonstances étrangères
-qui en imposent: mais lorsqu'on est parvenu à séparer les effets, &
-à les rapporter chacun à la cause à laquelle ils appartiennent, on
-s'apperçoit que l'écartement des molécules par la chaleur, est une loi
-générale & constante de la Nature.
-
-Si après avoir échauffé jusqu'à un certain point un corps solide, & en
-avoir ainsi écarté de plus en plus toutes les molécules, on le laisse
-refroidir, ces mêmes molécules se rapprochent les unes des autres dans
-la même proportion, suivant laquelle elles avoient été écartées; le
-corps repasse par les mêmes degrés d'extension qu'il avoit parcourus;
-& si on le ramène à la même température qu'il avoit en commençant
-l'expérience, il reprend sensiblement le volume qu'il avoit d'abord.
-Mais comme nous sommes bien éloignés de pouvoir obtenir un degré de
-froid absolu, comme nous ne connoissons aucun degré de refroidissement
-que nous ne puissions supposer susceptible d'être augmenté, il en
-résulte que nous n'avons pas encore pu parvenir à rapprocher le plus
-qu'il est possible, les molécules d'aucun corps, & que par conséquent
-les molécules d'aucun corps ne se touchent dans la Nature; conclusion
-très-singulière & à laquelle cependant il est impossible de se refuser.
-
-On conçoit que les molécules des corps étant ainsi continuellement
-sollicitées par la chaleur à s'écarter les unes des autres, elles
-n'auroient aucune liaison entr'elles, & qu'il n'y auroit aucun corps
-solide, si elles n'étoient retenues par une autre force qui tendît à
-les réunir, & pour ainsi dire à les enchaîner; & cette force, quelle
-qu'en soit la cause, a été nommée attraction.
-
-Ainsi les molécules des corps peuvent être considérées comme obéissant
-à deux forces, l'une répulsive, l'autre attractive, entre lesquelles
-elles sont en équilibre. Tant que la dernière de ces forces,
-l'attraction, est victorieuse, le corps demeure dans l'état solide; si
-au contraire l'attraction est la plus foible, si la chaleur a tellement
-écarté les unes des autres les molécules du corps, qu'elles soient hors
-de la sphère d'activité de leur attraction, elles perdent l'adhérence
-qu'elles avoient entr'elles & le corps cesse d'être un solide.
-
-L'eau nous présente continuellement un exemple de ces phénomènes:
-au-dessous de zéro du thermomètre françois, elle est dans l'état
-solide, & elle porte le nom de glace; au-dessus de ce même terme, ses
-molécules cessent d'être retenues par leur attraction réciproque,
-& elle devient ce qu'on appelle un liquide: enfin, au-dessus de 80
-degrés, ses molécules obéissent à la répulsion occasionnée par la
-chaleur; l'eau prend l'état de vapeur ou de gaz, & elle se transforme
-en un fluide aériforme.
-
-On en peut dire autant de tous les corps de la Nature; ils sont ou
-solides, ou liquides, ou dans l'état élastique & aériforme, suivant le
-rapport qui existe entre la force attractive de leurs molécules & la
-force répulsive de la chaleur, ou, ce qui revient au même, suivant le
-degré de chaleur auquel ils sont exposés.
-
-Il est difficile de concevoir ces phénomènes sans admettre qu'ils sont
-l'effet d'une substance réelle & matérielle, d'un fluide très-subtil
-qui s'insinue à travers les molécules de tous les corps & qui les
-écarte: & en supposant même que l'existence de ce fluide fût une
-hypothèse, on verra dans la suite qu'elle explique d'une manière
-très-heureuse les phénomènes de la Nature.
-
-Cette substance, quelle qu'elle soit, étant la cause de la chaleur;
-ou en d'autres termes la sensation que nous appellons chaleur, étant
-l'effet de l'accumulation de cette substance, on ne peut pas, dans un
-langage rigoureux, la désigner par le nom de chaleur; parce que la même
-dénomination ne peut pas exprimer la cause & l'effet. C'est ce qui
-m'avoit déterminé, dans le Mémoire que j'ai publié en 1777, (_Recueil
-de l'Académie, page_ 420,) à la désigner sous le nom de fluide igné
-& de matière de la chaleur. Depuis, dans le travail que nous avons
-fait en commun M. de Morveau, M. Berthollet, M. de Fourcroy & moi,
-sur la réforme du langage chimique, nous avons cru devoir bannir ces
-périphrases qui allongent le discours, qui le rendent plus traînant,
-moins précis, moins clair, & qui souvent même ne comportent pas des
-idées suffisamment justes. Nous avons en conséquence désigné la cause
-de la chaleur, le fluide éminemment élastique qui la produit, par le
-nom de _calorique_. Indépendamment de ce que cette expression remplit
-notre objet dans le systême que nous avons adopté, elle a encore un
-autre avantage, c'est de pouvoir s'adapter à toutes sortes d'opinions;
-puisque rigoureusement parlant, nous ne sommes pas même obligés de
-supposer que le calorique soit une matière réelle: il suffit, comme
-on le sentira mieux par la lecture de ce qui va suivre, que ce soit
-une cause répulsive quelconque qui écarte les molécules de la matière,
-& on peut ainsi en envisager les effets d'une manière abstraite &
-mathématique.
-
-La lumière est-elle une modification du calorique, ou bien le calorique
-est-il une modification de la lumière? C'est sur quoi il est impossible
-de prononcer dans l'état actuel de nos connoissances. Ce qu'il y a
-de certain, c'est que dans un systême où l'on s'est fait une loi de
-n'admettre que des faits, & où l'on évite autant qu'il est possible de
-rien supposer au-delà de ce qu'ils présentent, on doit provisoirement
-désigner par des noms différens, ce qui produit des effets différens.
-Nous distinguerons donc la lumière du calorique; mais nous n'en
-conviendrons pas moins que la lumière & le calorique ont des qualités
-qui leur sont communes, & que dans quelques circonstances ils se
-combinent à peu près de la même manière, & produisent une partie des
-mêmes effets.
-
-Ce que je viens de dire suffiroit déjà pour bien déterminer l'idée
-qu'on doit attacher au mot de _calorique_. Mais il me reste une tâche
-plus difficile à remplir, c'est de donner des idées justes de la
-manière dont le calorique agit sur les corps. Puisque cette matière
-subtile pénètre à travers les pores de toutes les substances que nous
-connoissons, puisqu'il n'existe pas de vases à travers lesquels elle ne
-s'échappe, & qu'il n'en est par conséquent aucun qui puisse la contenir
-sans perte; on ne peut en connoître les propriétés que par des effets
-qui, la plupart, sont fugitifs & difficiles à saisir. C'est sur les
-choses qu'on ne peut ni voir, ni palper, qu'il est sur-tout important
-de se tenir en garde contre les écarts de l'imagination, qui tend
-toujours à s'élancer au-delà du vrai, & qui a bien de la peine à se
-renfermer dans le cercle étroit que les faits lui circonscrivent.
-
-Nous venons de voir que le même corps devenoit solide ou liquide,
-ou fluide aériforme, suivant la quantité de calorique dont il étoit
-pénétré, ou, pour parler d'une manière plus rigoureuse, suivant que
-la force répulsive du calorique étoit égale à l'attraction de ses
-molécules, ou qu'elle étoit plus forte, ou plus foible qu'elle.
-
-Mais s'il n'existoit que ces deux forces, les corps ne seroient
-liquides qu'à un degré indivisible du thermomètre, & ils passeroient
-brusquement de l'état de solide à celui de fluide élastique aériforme.
-Ainsi l'eau, par exemple, à l'instant même où elle cesse d'être
-glace, commenceroit à bouillir; elle se transformeroit en un fluide
-aériforme, & ses molécules s'écarteroient indéfiniment dans l'espace:
-s'il n'en est pas ainsi, c'est qu'une troisième force, la pression de
-l'atmosphère, met obstacle à cet écartement, & c'est par cette raison
-que l'eau demeure dans l'état fluide depuis zéro jusqu'à 80 degrés du
-thermomètre françois; la quantité de calorique qu'elle reçoit dans cet
-intervalle est insuffisante pour vaincre l'effort occasionné par la
-pression de l'atmosphère.
-
-On voit donc que, sans la pression de l'atmosphère, nous n'aurions pas
-de liquide constant; nous ne verrions les corps dans cet état qu'au
-moment précis où ils se fondent: la moindre augmentation de chaleur
-qu'ils recevroient ensuite, en écarteroit sur le champ les parties &
-les disperseroit. Il y a plus, sans la pression de l'atmosphère, nous
-n'aurions pas, à proprement parler, de fluides aériformes. En effet,
-au moment où la force de l'attraction seroit vaincue par la force
-répulsive du calorique, les molécules s'éloigneroient indéfiniment,
-sans que rien limitât leur écartement, si ce n'est leur propre
-pesanteur qui les rassembleroit pour former une atmosphère.
-
-De simples réflexions sur les expériences les plus connues, suffisent
-pour faire appercevoir la vérité de ce que je viens d'énoncer. Elle se
-trouve d'ailleurs confirmée d'une manière évidente par l'expérience
-qui suit, dont j'ai déjà donné le détail à l'Académie en 1777. (_Voyez_
-Mém. page 426.)
-
-On remplit d'éther sulfurique[2] un petit vase de verre étroit, A,
-_planche VII, fig. 17_, monté sur son pied P. Ce vase ne doit pas avoir
-plus de douze à quinze lignes de diamètre & environ deux pouces de
-hauteur. On couvre ce vase avec une vessie humectée, qu'on assujettit
-autour du col du vase par un grand nombre de tours de gros fil bien
-serrés: pour plus grande sûreté, on remet une seconde vessie par-dessus
-la première, & on l'assujettit de la même manière. Ce vase doit être
-tellement rempli d'éther qu'il ne reste aucune portion d'air entre la
-liqueur & la vessie; on le place ensuite sous le récipient BCD, d'une
-machine pneumatique dont le haut B doit être garni d'une boëte à cuir,
-traversée par une tige EF, dont l'extrêmité F se termine en une pointe
-ou lame très-aigue: à ce même récipient doit être adapté un baromètre
-GH.
-
- [2] Je donnerai ailleurs la définition de la liqueur qu'on nomme
- _éther_, & j'en déveloperai les propriétés. Je me contenterai de dire
- dans ce moment, qu'on désigne par ce nom une liqueur inflammable
- très-volatile, d'une pesanteur spécifique beaucoup moindre que l'eau,
- & même que l'esprit-de-vin.
-
-Lorsque tout est ainsi disposé, on fait le vuide sous le récipient;
-puis en faisant descendre la tige pointue EF, on crève la vessie.
-Aussi-tôt l'éther commence à bouillir avec une étonnante rapidité,
-il se vaporise & se transforme en un fluide élastique aériforme, qui
-occupe tout le récipient. Si la quantité d'éther est assez considérable
-pour que, la vaporisation finie, il en reste encore quelques goutes
-dans la fiole, le fluide élastique qui s'est produit est susceptible
-de soutenir le baromètre adapté à la machine pneumatique à huit ou
-dix pouces environ pendant l'hiver, & à vingt & vingt-cinq pendant
-les chaleurs de l'été. On peut, pour rendre cette expérience plus
-complette, introduire un petit thermomètre dans le vase A qui contient
-l'éther, & on s'apperçoit qu'il descend considérablement pendant tout
-le tems que dure la vaporisation.
-
-On ne fait autre chose, dans cette expérience, que de supprimer le
-poids de l'atmosphère, qui, dans l'état ordinaire, pèse sur la surface
-de l'éther, & les effets qui en résultent prouvent évidemment deux
-choses: la première, qu'au degré de température dans lequel nous
-vivons, l'éther seroit constamment dans l'état d'un fluide aériforme,
-si la pression de l'atmosphère n'y mettoit obstacle. La seconde,
-que ce passage de l'état liquide à l'état aériforme, est accompagné
-d'un refroidissement considérable, par la raison que pendant la
-vaporisation, une partie du calorique, qui étoit dans un état de
-liberté, ou au moins d'équilibre dans les corps environnans, se combine
-avec l'éther pour le porter à l'état de fluide aériforme.
-
-La même expérience réussit avec tous les fluides évaporables, tels
-que l'esprit-de-vin ou alkool, l'eau & le mercure même; avec cette
-différence cependant que l'atmosphère d'alkool qui se forme sous
-le récipient, ne peut soutenir le baromètre adapté à la machine
-pneumatique, en hiver, qu'à un pouce au-dessus de son niveau, & à
-quatre ou cinq en été; que l'eau ne le soutient qu'à quelques lignes,
-& le mercure à quelques fractions de ligne. Il y a donc moins de
-fluide vaporisé lorsqu'on opère avec l'alkool, que lorsqu'on opère
-avec l'éther; moins encore avec l'eau, & sur-tout avec le mercure: par
-conséquent moins de calorique employé & moins de refroidissement; ce
-qui cadre parfaitement avec le résultat des expériences.
-
-Un autre genre d'expérience prouve encore d'une manière aussi évidente
-que l'état aériforme est une modification des corps & qu'elle dépend
-du degré de température & de pression qu'ils éprouvent.
-
-Nous avons fait voir, M. de la Place & moi, dans un Mémoire que nous
-avons lu à l'Académie en 1777, mais qui n'a pas été imprimé, que
-lorsque l'éther étoit soumis à une pression de 28 pouces de mercure,
-c'est-à-dire, à une pression égale à celle de l'atmosphère, il entroit
-en ébullition à 32 ou 33 degrés du thermomètre de mercure. M. de Luc,
-qui a fait des recherches analogues sur l'esprit-de-vin, a reconnu
-qu'il entroit en ébullition à 67 degrés. Enfin, tout le monde sait que
-l'eau commence à bouillir à 80 degrés. L'ébullition n'étant autre chose
-que la vaporisation d'un fluide, ou le moment de son passage de l'état
-liquide à celui d'un fluide élastique aériforme, il étoit évident qu'en
-tenant constamment de l'éther à une température supérieure à 33 degrés
-& au degré habituel de pression de l'atmosphère, on devoit l'obtenir
-dans l'état d'un fluide aériforme; que la même chose devoit arriver
-à l'esprit-de-vin au-dessus de 67 degrés, & à l'eau au-dessus de 80,
-c'est ce qui s'est trouvé parfaitement confirmé par les expériences
-suivantes[3].
-
- [3] Mém. Académ. 1780, page 335.
-
-J'ai rempli avec de l'eau à 35 ou 36 degrés du thermomètre un grand
-vase ABCD, _planche VII, figure 15_; je le suppose transparent pour
-mieux faire sentir ce qui se passe dans son intérieur; on peut encore
-tenir les mains assez long-temps dans de l'eau à ce degré sans
-s'incommoder. J'y ai plongé des bouteilles à gouleau renversé F, G, qui
-s'y sont emplies, après quoi je les ai retournées de manière qu'elles
-eussent leur gouleau en en-bas, & appliqué contre le fond du vase.
-
-Les choses étant ainsi disposées, j'ai introduit de l'éther sulfurique
-dans un très-petit matras, dont le col _abc_ étoit doublement recourbé;
-j'ai plongé ce matras dans l'eau du vase ABCD, & j'ai engagé, comme on
-le voit représenté dans la _figure 15_, l'extrêmité de son col _abc_,
-dans le gouleau d'une des bouteilles F: dès que l'éther a commencé
-à ressentir l'impression de la chaleur, il est entré en ébullition;
-& le calorique qui s'est combiné avec lui, l'a transformé en un
-fluide élastique aériforme, dont j'ai rempli successivement plusieurs
-bouteilles F, G.
-
-Ce n'est point ici le lieu d'examiner la nature & les propriétés de ce
-fluide aériforme, qui est très-inflammable; mais sans anticiper sur des
-connoissances que je ne dois pas supposer au lecteur, j'observerai,
-en me fixant sur l'objet qui nous occupe dans ce moment, que l'éther,
-d'après cette expérience, est tout près de ne pouvoir exister dans
-la planette que nous habitons que dans l'état aériforme; que si la
-pesanteur de notre atmosphère n'équivaloit qu'à une colonne de 20 ou 24
-pouces de mercure au lieu de 28, nous ne pourrions obtenir l'éther dans
-l'état liquide, au moins pendant l'été; que la formation de l'éther
-seroit par conséquent impossible sur les montagnes un peu élevées, &
-qu'il se convertiroit en gaz à mesure qu'il seroit formé, à moins qu'on
-n'employât des ballons très-forts pour le condenser & qu'on ne joignît
-le refroidissement à la pression. Enfin, que le degré de la chaleur du
-sang étant à peu près celui où l'éther passe de l'état liquide à l'état
-aériforme, il doit se vaporiser dans les premières voies, & qu'il est
-très-vraisemblable que les propriétés de ce médicament tiennent à cet
-effet, pour ainsi dire, mécanique.
-
-Ces expériences réussissent encore mieux avec l'éther nitreux, parce
-qu'il se vaporise à un degré de chaleur moindre que l'éther sulfurique.
-A l'égard de l'alkool ou esprit-de-vin, l'expérience pour l'obtenir
-dans l'état aériforme, présente un peu plus de difficulté, parce que
-ce fluide n'étant susceptible de se vaporiser qu'à 67 degrés du
-thermomètre de Réaumur, il faut que l'eau du bain soit entretenue
-presque bouillante, & qu'à ce degré il n'est plus possible d'y plonger
-les mains.
-
-Il étoit évident que la même chose devoit arriver à l'eau; que ce
-fluide devoit également se transformer en gaz en l'exposant à un
-degré de chaleur supérieur à celui qui le fait bouillir; mais quoique
-convaincus de cette vérité, nous avons cru cependant, M. de la Place
-& moi, devoir la confirmer par une expérience directe, & en voici le
-résultat. Nous avons rempli de mercure une jarre de verre A, _planche
-VII, figure 5_, dont l'ouverture étoit retournée en en-bas, & nous
-avons passé dessous une soucoupe B, également remplie de mercure.
-Nous avons introduit dans cette jarre environ deux gros d'eau, qui
-ont gagné le haut CD de la jarre, & qui se sont rangés au-dessus de
-la surface du mercure; puis nous avons plongé le tout dans une grande
-chaudière de fer EFGH, placée sur un fourneau GHIK: cette chaudière
-étoit remplie d'eau salée en ébullition, dont la température excédoit
-85 degrés du thermomètre; on sait, en effet, que l'eau chargée de sels
-est susceptible de prendre un degré de chaleur supérieur de plusieurs
-degrés à celui de l'eau bouillante. Dès que les 2 gros d'eau, placés
-dans la partie supérieure CD de la jarre ou tube, ont eu atteint la
-température de 80 degrés ou environ, ils sont entrés en ébullition,
-& au lieu d'occuper, comme ils le faisoient, le petit espace ACD,
-ils se sont convertis en un fluide aériforme, qui l'a remplie toute
-entière: le mercure est même descendu un peu au-dessous de son niveau,
-& la jarre auroit été renversée si elle n'avoit été très-épaisse, par
-conséquent fort pesante, & si elle n'avoit d'ailleurs été assujettie à
-la soucoupe par du fil de fer. Si-tôt qu'on retiroit la jarre du bain
-d'eau salée, l'eau se condensoit & le mercure remontoit; mais elle
-reprenoit l'état aériforme quelques instans après que l'appareil avoit
-été replongé.
-
-Voilà donc un certain nombre de substances qui se transforment en
-fluides aériformes à des degrés de chaleur très-voisins de ceux dans
-lesquels nous vivons. Nous verrons bientôt qu'il en est d'autres,
-tels que l'acide marin ou muriatique, l'alkali volatil ou ammoniaque,
-l'acide carbonique ou air fixe, l'acide sulfureux, &c. qui demeurent
-constamment dans l'état aériforme, au degré habituel de chaleur & de
-pression de l'atmosphère.
-
-Tous ces faits particuliers, dont il me seroit facile de multiplier
-les exemples, m'autorisent à faire un principe général de ce que j'ai
-déjà annoncé plus haut, que presque tous les corps de la Nature sont
-susceptibles d'exister dans trois états différens; dans l'état de
-solidité, dans l'état de liquidité, & dans l'état aériforme, & que ces
-trois états d'un même corps dépendent de la quantité de calorique qui
-lui est combinée. Je désignerai dorénavant ces fluides aériformes sous
-le nom générique de _gaz_; & je dirai en conséquence que, dans toute
-espèce de gaz, on doit distinguer le calorique, qui fait en quelque
-façon l'office de dissolvant, & la substance qui est combinée avec lui
-& qui forme sa base.
-
-C'est à ces bases des différens gaz qui sont encore peu connues, que
-nous avons été obligés de donner des noms. Je les indiquerai dans le
-Chapitre IV de cet Ouvrage, après que j'aurai rendu compte de quelques
-phénomènes qui accompagnent l'échauffement & le refroidissement des
-corps, & que j'aurai donné des idées plus précises sur la constitution
-de notre atmosphère.
-
-Nous avons vu que les molécules de tous les corps de la Nature étoient
-dans un état d'équilibre entre l'attraction, qui tend à les rapprocher
-& à les réunir, & les efforts du calorique qui tend à les écarter.
-Ainsi non-seulement le calorique environne de toutes parts les corps,
-mais encore il remplit les intervalles que leurs molécules laissent
-entr'elles. On se formera une idée de ces dispositions, si l'on se
-figure un vase rempli de petites balles de plomb & dans lequel on verse
-une substance en poudre très-fine, telle que du sablon: on conçoit
-que cette substance se répandra uniformément dans les intervalles
-que les balles laissent entr'elles & les remplira. Les balles, dans
-cet exemple, sont au sablon ce que les molécules des corps sont au
-calorique; avec cette différence que, dans l'exemple cité, les balles
-se touchent, au lieu que les molécules des corps ne se touchent pas, &
-qu'elles sont toujours maintenues à une petite distance les unes des
-autres par l'effort du calorique.
-
-Si à des balles dont la figure est ronde, on substituoit des hexaèdres,
-des octaèdres, ou des corps d'une figure régulière quelconque & d'une
-égale solidité, la capacité des vuides qu'ils laisseroient entr'eux ne
-seroit plus la même & l'on ne pourroit plus y loger une aussi grande
-quantité de sablon. La même chose arrive à l'égard de tous les corps
-de la Nature; les intervalles que leurs molécules laissent entr'elles
-ne sont pas tous d'une égale capacité: cette capacité dépend de la
-figure de ces molécules, de leur grosseur, & de la distance les unes
-des autres à laquelle elles sont maintenues, suivant le rapport qui
-existe entre leur force d'attraction, & la force répulsive qu'exerce le
-calorique.
-
-C'est dans ce sens qu'on doit entendre cette expression: _capacité des
-corps pour contenir la matière de la chaleur_; expression fort juste,
-introduite par les Physiciens Anglois, qui ont eu les premiers des
-notions exactes à cet égard. Un exemple de ce qui se passe dans l'eau &
-quelques réflexions sur la manière dont ce fluide mouille & pénètre les
-corps, rendra ceci plus intelligible: on ne sauroit trop s'aider dans
-les choses abstraites de comparaisons sensibles.
-
-Si l'on plonge dans l'eau des morceaux de différens bois, égaux en
-volume, d'un pied cube, par exemple; ce fluide s'introduira peu à peu
-dans leurs pores; ils se gonfleront & augmenteront de poids: mais
-chaque espèce de bois admettra dans ses pores une quantité d'eau
-différente; les plus légers & les plus poreux en logeront davantage;
-ceux qui seront compactes & serrés, n'en laisseront pénétrer qu'une
-très-petite quantité: enfin, la proportion d'eau qu'ils recevront
-dépendra encore de la nature des molécules constituantes du bois, de
-l'affinité plus ou moins grande qu'elles auront avec l'eau, & les
-bois très-résineux, par exemple, quoique très-poreux, en admettront
-très-peu. On pourra donc dire que les différentes espèces de bois
-ont une capacité différente pour recevoir de l'eau; on pourra même
-connoître, par l'augmentation de poids, la quantité qu'ils en auront
-absorbée; mais comme on ignorera la quantité d'eau qu'ils contenoient
-avant leur immersion, il ne sera pas possible de connoître la quantité
-absolue qu'ils en contiendront en en sortant.
-
-Les mêmes circonstances ont lieu à l'égard des corps qui sont
-plongés dans le calorique; en observant cependant que l'eau est un
-fluide incompressible, tandis que le calorique est doué d'une grande
-élasticité, ce qui signifie en d'autres termes que les molécules du
-calorique ont une grande tendance à s'écarter les unes des autres,
-quand une force quelconque les a obligées de se rapprocher, &
-l'on conçoit que cette circonstance doit apporter des changemens
-très-notables dans les résultats.
-
-Les choses amenées à ce point de clarté & de simplicité, il me sera
-aisé de faire entendre quelles sont les idées qu'on doit attacher à
-ces expressions; _calorique libre, & calorique combiné, quantité
-spécifique de calorique_ contenue dans les différens corps, _capacité
-pour contenir le calorique, chaleur latente, chaleur sensible_,
-toutes expressions qui ne sont point synonimes; mais qui, d'après ce
-que je viens d'exposer, ont un sens strict & déterminé. C'est ce sens
-que je vais chercher encore à fixer par quelques définitions.
-
-_Le calorique libre_ est celui qui n'est engagé dans aucune
-combinaison. Comme nous vivons au milieu d'un systême de corps avec
-lesquels le calorique a de l'adhérence, il en résulte que nous
-n'obtenons jamais ce principe dans l'état de liberté absolue.
-
-_Le calorique combiné_ est celui qui est enchaîné dans les corps par la
-force d'affinité ou d'attraction, & qui constitue une partie de leur
-substance, même de leur solidité.
-
-On entend par cette expression _calorique spécifique_ des corps, la
-quantité de calorique respectivement nécessaire pour élever d'un même
-nombre de degrés la température de plusieurs corps égaux en poids.
-Cette quantité de calorique dépend de la distance des molécules des
-corps, de leur adhérence plus ou moins grande; & c'est cette distance,
-ou plutôt l'espace qui en résulte, qu'on a nommé, comme je l'ai déjà
-observé, _capacité pour contenir le calorique_.
-
-_La chaleur_, considérée comme sensation, ou en d'autres termes, la
-_chaleur sensible_, n'est que l'effet produit sur nos organes par le
-passage du calorique qui se dégage des corps environnans. En général
-nous n'éprouvons de sensation que par un mouvement quelconque, &
-l'on pourroit poser comme un axiome, _point de mouvement, point de
-sensation_. Ce principe général s'applique naturellement au sentiment
-du froid & du chaud: lorsque nous touchons un corps froid, le calorique
-qui tend à se mettre en équilibre dans tous les corps, passe de notre
-main dans le corps que nous touchons, & nous éprouvons la sensation du
-froid. L'effet contraire arrive lorsque nous touchons un corps chaud;
-le calorique passe du corps à notre main, & nous avons la sensation de
-la chaleur. Si le corps & la main sont du même degré de température,
-ou à peu près, nous n'éprouvons aucune sensation, ni de froid, ni de
-chaud, parce qu'alors il n'y a point de mouvement, point de transport
-de calorique, & qu'encore une fois il n'y a pas de sensation sans un
-mouvement qui l'occasionne.
-
-Lorsque le thermomètre monte, c'est une preuve qu'il y a du calorique
-libre qui se répand dans les corps environnans: le thermomètre, qui est
-au nombre de ces corps, en reçoit sa part, en raison de sa masse, & de
-la capacité qu'il a lui-même pour contenir le calorique. Le changement
-qui arrive dans le thermomètre, n'annonce donc qu'un déplacement de
-calorique, qu'un changement arrivé à un systême de corps dont il fait
-partie; il n'indique tout au plus que la portion de calorique qu'il
-a reçue, mais il ne mesure pas la quantité totale qui a été dégagée,
-déplacée ou absorbée. Le moyen le plus simple & le plus exact pour
-remplir ce dernier objet est celui imaginé par M. de la Place, & qui
-est décrit dans les Mémoires de l'Académie, année 1780, page 364. On
-en trouve aussi une explication sommaire à la fin de cet Ouvrage.
-Il consiste à placer le corps, ou la combinaison d'où se dégage le
-calorique, au milieu d'une sphère creuse de glace: la quantité de glace
-fondue est une expression exacte de la quantité de calorique qui s'est
-dégagée. On peut, à l'aide de l'appareil que nous avons fait construire
-d'après cette idée, connoître, non pas comme on l'a prétendu, la
-capacité qu'ont les corps pour contenir le calorique, mais le rapport
-des augmentations ou diminutions que reçoivent ces capacités, par des
-nombres déterminés de degrés du thermomètre. Il est facile, avec le
-même appareil, & par diverses combinaisons d'expériences, de connoître
-la quantité de calorique nécessaire pour convertir les corps solides
-en liquides & ceux-ci en fluides aériformes, & réciproquement, ce que
-les fluides élastiques abandonnent de calorique quand ils redeviennent
-liquides, & ceux-ci quand ils redeviennent solides. On pourra donc
-parvenir un jour, lorsque les expériences auront été assez multipliées,
-à déterminer le rapport de calorique qui constitue chaque espèce de
-gaz. Je rendrai compte, dans un Chapitre particulier, des principaux
-résultats que nous avons obtenus en ce genre.
-
-Il me reste, en finissant cet article, à dire un mot sur la cause de
-l'élasticité des gaz & des fluides en vapeurs. Il n'est pas difficile
-d'appercevoir que cette élasticité tient à celle du calorique, qui paroît
-être le corps éminemment élastique de la nature. Rien de plus simple
-que de concevoir qu'un corps devient élastique en se combinant avec un
-autre qui est lui-même doué de cette propriété. Mais il faut convenir
-que c'est expliquer l'élasticité par l'élasticité; qu'on ne fait
-par-là que reculer la difficulté, & qu'il reste toujours à expliquer
-ce que c'est que l'élasticité, & pourquoi le calorique est élastique.
-En considérant l'élasticité dans un sens abstrait, elle n'est autre
-chose que la propriété qu'ont les molécules d'un corps de s'éloigner
-les unes des autres, lorsqu'on les a forcées de s'approcher. Cette
-tendance qu'ont les molécules du calorique à s'écarter, a lieu même à
-de fort grandes distances. On en sera convaincu si l'on considère que
-l'air est susceptible d'un grand degré de compression; ce qui suppose
-que ses molécules sont déjà très-éloignées les unes des autres: car
-la possibilité de se rapprocher, suppose une distance au moins égale
-à la quantité du rapprochement. Or ces molécules de l'air qui sont
-déjà très-éloignées entr'elles tendent encore à s'éloigner davantage:
-en effet, si on fait le vuide de Boyle dans un très-vaste récipient,
-les dernières portions d'air qui y restent se répandent uniformément
-dans toute la capacité du vase, quelque grand qu'il soit, elles le
-remplissent en entier & pressent contre ses parois: or cet effet ne
-peut s'expliquer qu'en supposant que les molécules font un effort
-en tout sens pour s'écarter, & l'on ne connoît point la distance à
-laquelle ce phénomène s'arrête.
-
-Il y a donc une véritable répulsion entre les molécules des fluides
-élastiques; ou du moins les choses se passent de la même manière que
-si cette répulsion avoit lieu, & on auroit quelque droit d'en conclure
-que les molécules du calorique se repoussent les unes les autres. Cette
-force de répulsion une fois admise, les explications relatives à la
-formation des fluides aériformes ou gaz deviendroient fort simples:
-mais il faut convenir en même temps qu'une force répulsive, entre des
-molécules très-petites, qui agit à de grandes distances est difficile à
-concevoir.
-
-Il paroîtroit peut-être plus naturel de supposer que les molécules
-du calorique s'attirent plus entr'elles que ne le font les molécules
-des corps, & qu'elles ne les écartent que pour obéir à la force
-d'attraction qui les oblige de se réunir. Il se passe quelque chose
-d'analogue à ce phénomène, quand on plonge une éponge sèche dans de
-l'eau: elle se gonfle; ses molécules s'écartent les unes des autres, &
-l'eau remplit tous les intervalles. Il est clair que cette éponge en
-se gonflant a acquis plus de capacité pour contenir de l'eau, qu'elle
-n'en avoit auparavant. Mais peut-on dire que l'introduction de l'eau
-entre ses molécules leur ait communiqué une force répulsive qui tende à
-les écarter les unes des autres? Non, sans doute: il n'y a au contraire
-que des forces attractives qui agissent dans ce cas, & ces forces sont,
-1º. la pesanteur de l'eau & l'action qu'elle exerce en tout sens, comme
-tous les fluides; 2º. la force attractive des molécules de l'eau les
-unes à l'égard des autres; 3º. la force attractive des molécules de
-l'éponge entr'elles; enfin, l'attraction réciproque des molécules de
-l'eau & de celles de l'éponge. Il est aisé de concevoir que c'est de
-l'intensité & du rapport de toutes ces forces, que dépend l'explication
-du phénomène. Il est probable que l'écartement des molécules des corps
-par le calorique, tient de même à une combinaison de différentes
-forces attractives, & c'est le résultat de ces forces que nous
-cherchons à exprimer d'une manière plus concise & plus conforme à
-l'état d'imperfection de nos connoissances, lorsque nous disons que le
-calorique communique une force répulsive aux molécules des corps.
-
-
-
-
-CHAPITRE II.
-
-_Vues générales sur la formation & la constitution de l'atmosphère de
-la terre._
-
-
-LES considérations que je viens de présenter sur la formation des
-fluides élastiques aériformes ou gaz, jettent un grand jour sur
-la manière dont se sont formées, dans l'origine des choses, les
-atmosphères des planètes, & notamment celle de la terre. On conçoit
-que cette dernière doit être le résultat & le mélange 1º. de toutes
-les substances susceptibles de se vaporiser ou plutôt de rester dans
-l'état aériforme, au degré de température dans lequel nous vivons, & à
-une pression égale au poids d'une colonne de mercure de 28 pouces de
-hauteur; 2º. de toutes les substances fluides ou concrètes susceptibles
-de se dissoudre dans cet assemblage de différens gaz.
-
-Pour mieux fixer nos idées relativement à cette matière sur laquelle
-on n'a point encore assez réfléchi, considérons un moment ce qui
-arriveroit aux différentes substances qui composent le globe, si la
-température en étoit brusquement changée. Supposons, par exemple, que
-la terre se trouvât transportée tout à coup dans une région beaucoup
-plus chaude du systême solaire; dans la région de mercure, par exemple,
-où la chaleur habituelle est probablement fort supérieure à celle de
-l'eau bouillante: bientôt l'eau, tous les fluides susceptibles de
-se vaporiser à des degrés voisins de l'eau bouillante, & le mercure
-lui-même, entreroient en expansion; ils se transformeroient en fluides
-aériformes ou gaz, qui deviendroient parties de l'atmosphère. Ces
-nouvelles espèces d'air se mêleroient avec celles déjà existantes, &
-il en résulteroit des décompositions réciproques, des combinaisons
-nouvelles, jusqu'à ce que les différentes affinités se trouvant
-satisfaites, les principes qui composeroient ces différens airs ou gaz,
-arrivassent à un état de repos. Mais une considération qui ne doit
-pas échapper, c'est que cette vaporisation même auroit des bornes: en
-effet à mesure que la quantité des fluides élastiques augmenteroit, la
-pesanteur de l'atmosphère s'accroîtroit en proportion: or, puisqu'une
-pression quelconque est un obstacle à la vaporisation, puisque les
-fluides les plus évaporables peuvent résister, sans se vaporiser, à une
-chaleur très-forte, quand on y oppose une pression proportionnellement
-plus forte encore; enfin, puisque l'eau elle-même & tous les liquides,
-peuvent éprouver dans la machine de Papin, une chaleur capable de
-les faire rougir, on conçoit que la nouvelle atmosphère arriveroit à
-un degré de pesanteur tel, que l'eau qui n'auroit pas été vaporisée
-jusqu'alors, cesseroit de bouillir, & resteroit dans l'état de
-liquidité; en sorte que même dans cette supposition, comme dans toute
-autre de même genre, la pesanteur de l'atmosphère seroit limitée &
-ne pourroit pas excéder un certain terme. On pourroit porter ces
-réflexions beaucoup plus loin, & examiner ce qui arriveroit aux
-pierres, aux sels, & à la plus grande partie des substances fusibles
-qui composent le globe: on conçoit qu'elles se ramolliroient, qu'elles
-entreroient en fusion & formeroient des fluides; mais ces dernières
-considérations sortent de mon objet, & je me hâte d'y rentrer.
-
-Par un effet contraire, si la terre se trouvoit tout à coup placée
-dans des régions très-froides, l'eau qui forme aujourd'hui nos fleuves
-& nos mers, & probablement le plus grand nombre des fluides que nous
-connoissons, se transformeroit en montagnes solides, en rochers
-très-durs, d'abord diaphanes, homogènes & blancs comme le cristal
-de roche; mais qui, avec le temps, se mêlant avec des substances de
-différente nature, deviendroient des pierres opaques diversement
-colorées.
-
-L'air, dans cette supposition, ou au moins une partie des substances
-aériformes qui le composent, cesseroient sans doute d'exister dans
-l'état de vapeurs élastiques, faute d'un degré de chaleur suffisant;
-elles reviendroient donc à l'état de liquidité, & il en résulteroit de
-nouveaux liquides dont nous n'avons aucune idée.
-
-Ces deux suppositions extrêmes font voir clairement 1º. que
-_solidité_, _liquidité_, _élasticité_, sont trois états différens de
-la même matière, trois modifications particulières, par lesquelles
-presque toutes les substances peuvent successivement passer, & qui
-dépendent uniquement du degré de chaleur auquel elles sont exposées,
-c'est-à-dire, de la quantité de calorique dont elles sont pénétrées;
-2º. qu'il est très-probable que l'air est un fluide naturellement en
-vapeurs, ou pour mieux dire, que notre atmosphère est un composé de
-tous les fluides susceptibles d'exister dans un état de vapeurs &
-d'élasticité constante, au degré habituel de chaleur & de pression
-que nous éprouvons; 3º. qu'il ne seroit pas par conséquent impossible
-qu'il se rencontrât dans notre atmosphère des substances extrêmement
-compactes, des métaux même, & qu'une substance métallique, par exemple,
-qui seroit un peu plus volatile que le mercure, seroit dans ce cas.
-
-On sait que parmi les fluides que nous connoissons, les uns, comme
-l'eau & l'alkool ou esprit-de-vin, sont susceptibles de se mêler les
-uns avec les autres dans toutes proportions: les autres, au contraire,
-comme le mercure, l'eau & l'huile, ne peuvent contracter que des
-adhérences momentanées, ils se séparent les uns des autres lorsqu'ils
-ont été mêlangés, & se rangent en raison de leur gravité spécifique.
-La même chose doit, ou au moins peut arriver dans l'atmosphère: il
-est possible, il est même probable qu'il s'est formé dans l'origine &
-qu'il se forme tous les jours des gaz qui ne sont que difficilement
-miscibles à l'air de l'atmosphère & qui s'en séparent; si ces gaz sont
-plus légers, ils doivent se rassembler dans les régions élevées, & y
-former des couches qui nagent sur l'air atmosphérique. Les phénomènes
-qui accompagnent les météores ignés me portent à croire qu'il existe
-ainsi dans le haut de l'atmosphère une couche d'un fluide inflammable,
-& que c'est au point de contact de ces deux couches d'air que s'opèrent
-les phénomènes de l'aurore boréale & des autres météores ignés.
-Je me propose de développer mes idées à cet égard dans un Mémoire
-particulier.
-
-
-
-
-CHAPITRE III.
-
-_Analyse de l'air de l'atmosphère: sa résolution en deux fluides
-élastiques, l'un respirable, l'autre non-respirable._
-
-
-TELLE est donc _à priori_ la constitution de notre atmosphère; elle
-doit être formée de la réunion de toutes les substances susceptibles de
-demeurer dans l'état aériforme au degré habituel de température & de
-pression que nous éprouvons. Ces fluides forment une masse de nature à
-peu près homogène, depuis la surface de la terre jusqu'à la plus grande
-hauteur à laquelle on soit encore parvenu, & dont la densité décroît en
-raison inverse des poids dont elle est chargée; mais comme je l'ai dit,
-il est possible que cette première couche soit recouverte d'une ou de
-plusieurs autres de fluides très-différens.
-
-Il nous reste maintenant à déterminer quel est le nombre & quelle est
-la nature des fluides élastiques qui composent cette couche inférieure
-que nous habitons; & c'est sur quoi l'expérience va nous éclairer. La
-Chimie moderne a fait à cet égard un grand pas; & les détails dans
-lesquels je vais entrer feront connoître que l'air de l'atmosphère est
-peut-être de toutes les substances de cet ordre, celle dont l'analyse
-est la plus exactement & la plus rigoureusement faite.
-
-La Chimie présente en général deux moyens pour déterminer la
-nature des parties constituantes d'un corps, la composition & la
-décomposition. Lors, par exemple, que l'on a combiné ensemble de l'eau
-& de l'esprit-de-vin ou alkool, & que par le résultat de ce mêlange
-on a formé l'espèce de liqueur qui porte le nom d'eau-de-vie dans le
-commerce, on a droit d'en conclure que l'eau-de-vie est un composé
-d'alkool & d'eau: mais on peut arriver à la même conclusion par voie
-de décomposition, & en général on ne doit être pleinement satisfait en
-Chimie qu'autant qu'on a pu réunir ces deux genres de preuves.
-
-On a cet avantage dans l'analyse de l'air de l'atmosphère; on peut
-le décomposer & le recomposer; & je me bornerai à rapporter ici les
-expériences les plus concluantes qui aient été faites à cet égard. Il
-n'en est presque aucunes qui ne me soient devenues propres, soit parce
-que je les ai faites le premier, soit parce que je les ai répétées sous
-un point de vue nouveau, sous celui d'analyser l'air de l'atmosphère.
-
-J'ai pris, _planche II, figure 14_, un matras A de 36 pouces cubiques
-environ de capacité dont le col BCDE étoit très-long, & avoit six à
-sept lignes de grosseur intérieurement. Je l'ai courbé, comme on le
-voit représenté, _planche IV, figure 2_, de manière qu'il pût être
-placé dans un fourneau MMNN, tandis que l'extrêmité E de son col iroit
-s'engager sous la cloche FG, placée dans un bain de mercure RRSS. J'ai
-introduit dans ce matras quatre onces de mercure très-pur, puis en
-suçant avec un siphon que j'ai introduit sous la cloche FG, j'ai élevé
-le mercure jusqu'en LL: j'ai marqué soigneusement cette hauteur avec
-une bande de papier collé, & j'ai observé exactement le baromètre & le
-thermomètre.
-
-Les choses ainsi préparées, j'ai allumé du feu dans le fourneau MMNN,
-& je l'ai entretenu presque continuellement pendant douze jours, de
-manière que le mercure fut échauffé presqu'au degré nécessaire pour le
-faire bouillir.
-
-Il ne s'est rien passé de remarquable pendant tout le premier jour:
-le mercure quoique non bouillant, étoit dans un état d'évaporation
-continuelle; il tapissoit l'intérieur des vaisseaux de goutelettes,
-d'abord très-fines, qui alloient ensuite en augmentant, & qui,
-lorsqu'elles avoient acquis un certain volume, retomboient
-d'elles-mêmes au fond du vase, & se réunissoient au reste du mercure.
-Le second jour, j'ai commencé à voir nager sur la surface du mercure
-de petites parcelles rouges, qui, pendant quatre ou cinq jours ont
-augmenté en nombre & en volume, après quoi elles ont cessé de grossir
-& sont restées absolument dans le même état. Au bout de douze jours
-voyant que la calcination du mercure ne faisoit plus aucun progrès,
-j'ai éteint le feu & j'ai laissé refroidir les vaisseaux. Le volume
-de l'air contenu tant dans le matras que dans son col & sous la
-partie vuide de la cloche, réduit à une pression de 28 pouces & à 10
-degrés du thermomètre, étoit avant l'opération de 50 pouces cubiques
-environ. Lorsque l'opération a été finie, ce même volume à pression &
-à température égale, ne s'est plus trouvé que de 42 à 43 pouces: il y
-avoit eu par conséquent une diminution de volume d'un sixième environ.
-D'un autre côté ayant rassemblé soigneusement les parcelles rouges qui
-s'étoient formées, & les ayant séparées autant qu'il étoit possible du
-mercure coulant dont elles étoient baignées, leur poids s'est trouvé de
-45 grains.
-
-J'ai été obligé de répéter plusieurs fois cette calcination du mercure
-en vaisseaux clos, parce qu'il est difficile, dans une seule & même
-expérience, de conserver l'air dans lequel on a opéré, & les molécules
-rouges ou chaux de mercure qui s'est formé. Il m'arrivera souvent de
-confondre ainsi, dans un même récit, le résultat de deux ou trois
-expériences de même genre.
-
-L'air qui restoit après cette opération & qui avoit été réduit aux
-cinq sixièmes de son volume, par la calcination du mercure, n'étoit
-plus propre à la respiration ni à la combustion; car les animaux qu'on
-y introduisoit y périssoient en peu d'instans, & les lumières s'y
-éteignoient sur le champ, comme si on les eût plongées dans de l'eau.
-
-D'un autre côté, j'ai pris les 45 grains de matière rouge qui s'étoit
-formée pendant l'opération; je les ai introduits dans une très-petite
-cornue de verre à laquelle étoit adapté un appareil propre à recevoir
-les produits liquides & aériformes qui pourroient se séparer: ayant
-allumé du feu dans le fourneau, j'ai observé qu'à mesure que la
-matière rouge étoit échauffée sa couleur augmentoit d'intensité.
-Lorsqu'ensuite la cornue a approché de l'incandescence, la matière
-rouge a commencé à perdre peu à peu de son volume, & en quelques
-minutes elle a entièrement disparu; en même temps il s'est condensé
-dans le petit récipient 41 grains 1/2 de mercure coulant, & il a passé
-sous la cloche 7 à 8 pouces cubiques d'un fluide élastique beaucoup
-plus propre que l'air de l'atmosphère à entretenir la combustion & la
-respiration des animaux.
-
-Ayant fait passer une portion de cet air dans un tube de verre d'un
-pouce de diamètre & y ayant plongé une bougie, elle y répandoit un
-éclat éblouissant; le charbon au lieu de s'y consommer paisiblement
-comme dans l'air ordinaire, y brûloit avec flamme & une sorte de
-décrépitation, à la manière du phosphore, & avec une vivacité de
-lumière que les yeux avoient peine à supporter. Cet air que nous avons
-découvert presque en même temps, M. Priestley, M. Schéele & moi, a été
-nommé par le premier, air déphlogistiqué; par le second, air empiréal.
-Je lui avois d'abord donné le nom d'_air éminemment respirable_:
-depuis, on y a substitué celui d'_air vital_. Nous verrons bientôt ce
-qu'on doit penser de ces dénominations.
-
-En réfléchissant sur les circonstances de cette expérience, on voit que
-le mercure en se calcinant absorbe la partie salubre & respirable de
-l'air, ou, pour parler d'une manière plus rigoureuse, la base de cette
-partie respirable; que la portion d'air qui reste est une espèce de
-mofète, incapable d'entretenir la combustion & la respiration: l'air
-de l'atmosphère est donc composé de deux fluides élastiques de nature
-différente & pour ainsi dire opposée.
-
-Une preuve de cette importante vérité, c'est qu'en recombinant les deux
-fluides élastiques qu'on a ainsi obtenus séparément, c'est-à-dire, les
-42 pouces cubiques de mofète, ou air non respirable, & les 8 pouces
-cubiques d'air respirable, on reforme de l'air, en tout semblable à
-celui de l'atmosphère, & qui est propre à peu près au même degré, à la
-combustion, à la calcination des métaux, & à la respiration des animaux.
-
-Quoique cette expérience fournisse un moyen infiniment simple d'obtenir
-séparément les deux principaux fluides élastiques qui entrent dans
-la composition de notre atmosphère, elle ne nous donne pas des idées
-exactes sur la proportion de ces deux fluides. L'affinité du mercure
-pour la partie respirable de l'air, ou plutôt pour sa base, n'est pas
-assez grande pour qu'elle puisse vaincre entièrement les obstacles qui
-s'opposent à cette combinaison. Ces obstacles sont l'adhérence des deux
-fluides constitutifs de l'air de l'atmosphère & la force d'affinité qui
-unit la base de l'air vital au calorique: en conséquence la calcination
-du mercure finie, ou au moins portée aussi loin qu'elle peut l'être,
-dans une quantité d'air déterminée, il reste encore un peu d'air
-respirable combiné avec la mofète, & le mercure ne peut en séparer
-cette dernière portion. Je ferai voir dans la suite que la proportion
-d'air respirable & d'air non respirable qui entre dans la composition
-de l'air atmosphérique est dans le rapport de 27 à 73, au moins dans
-les climats que nous habitons: je discuterai en même temps les causes
-d'incertitude qui existent encore sur l'exactitude de cette proportion.
-
-Puisqu'il y a décomposition de l'air dans la calcination du mercure,
-puisqu'il y a fixation & combinaison de la base de la partie respirable
-avec le mercure, il résulte des principes que j'ai précédemment
-exposés, qu'il doit y avoir dégagement de calorique & de lumière; &
-l'on ne sauroit douter que ce dégagement n'ait lieu en effet: mais deux
-causes empêchent qu'il ne soit rendu sensible dans l'expérience dont je
-viens de rendre compte. La première, parce que la calcination durant
-pendant plusieurs jours, le dégagement de chaleur & de lumière, réparti
-sur un aussi long intervalle de temps, est infiniment foible pour
-chaque instant en particulier: la seconde, parce que l'opération se
-faisant dans un fourneau & à l'aide du feu, la chaleur occasionnée par
-la calcination se confond avec celle du fourneau. Je pourrois ajouter
-que la partie respirable de l'air, ou plutôt sa base, en se combinant
-avec le mercure, n'abandonne pas la totalité du calorique qui lui étoit
-uni, qu'une partie demeure engagée dans la nouvelle combinaison; mais
-cette discussion & les preuves que je serois obligé de rapporter, ne
-seroient pas à leur place ici.
-
-Il est au surplus aisé de rendre sensible le dégagement de la chaleur
-& de la lumière en opérant d'une manière plus prompte la décomposition
-de l'air. Le fer, qui a beaucoup plus d'affinité que le mercure avec
-la base de la partie respirable de l'air, en fournit un moyen. Tout le
-monde connoît aujourd'hui la belle expérience de M. Ingenhouz sur la
-combustion du fer. On prend un bout de fil de fer très-fin BC, _planche
-IV, figure 17_, tourné en spirale, on fixe l'une de ses extrêmités
-B, dans un bouchon de liége A, destiné à boucher la bouteille DEFG.
-On attache à l'autre extrêmité de ce fil de fer, un petit morceau
-d'amadoue C. Les choses ainsi disposées, on emplit avec de l'air
-dépouillé de sa partie non respirable, la bouteille DEFG. On allume
-l'amadoue C, puis on l'introduit promptement, ainsi que le fil de fer
-BC dans la bouteille, & on la bouche comme on le voit dans la figure
-que je viens de citer.
-
-Aussi-tôt que l'amadoue est plongée dans l'air vital, elle commence
-à brûler avec un éclat éblouissant; elle communique l'inflammation
-au fer, qui brûle lui même en répandant de brillantes étincelles,
-lesquelles tombent au fond de la bouteille, en globules arrondis
-qui deviennent noirs en se refroidissant, & qui conservent un reste
-de brillant métallique. Le fer ainsi brûlé, est plus cassant & plus
-fragile, que ne le seroit le verre lui-même; il se réduit facilement
-en poudre & est encore attirable à l'aimant, moins cependant qu'il ne
-l'étoit avant sa combustion.
-
-M. Ingenhouz n'a examiné ni ce qui arrivoit au fer, ni ce qui arrivoit
-à l'air dans cette opération, en sorte que je me suis trouvé obligé de
-la répéter avec des circonstances différentes & dans un appareil plus
-propre à répondre à mes vues.
-
-J'ai rempli une cloche A, _planche IV, fig. 3_, de six pintes environ
-de capacité d'air pur, autrement dit, de la partie éminemment
-respirable de l'air. J'ai transporté, à l'aide d'un vase très-plat,
-cette cloche sur un bain de mercure contenu dans le bassin BC; après
-quoi j'ai séché soigneusement avec du papier gris la surface du
-mercure, tant dans l'intérieur qu'à l'extérieur de la cloche. Je me
-suis muni, d'un autre côté, d'une petite capsule de porcelaine D, plate
-& évasée, dans laquelle j'ai placé de petits coupeaux de fer tournés
-en spirale, & que j'ai arrangés de la manière qui m'a paru la plus
-favorable pour que la combustion se communiquât à toutes les parties.
-A l'extrêmité d'un de ces coupeaux, j'ai attaché un petit morceau
-d'amadoue, & j'y ai ajouté un fragment de phosphore, qui pesoit à peine
-un seizième de grain. J'ai introduit la capsule sous la cloche en
-soulevant un peu cette dernière. Je n'ignore pas que par cette manière
-de procéder, il se mêle une petite portion d'air commun avec l'air de
-la cloche; mais ce mêlange, qui est peu considérable lorsqu'on opère
-avec adresse, ne nuit point au succès de l'expérience.
-
-Lorsque la capsule D est introduite sous la cloche, on succe une
-partie de l'air qu'elle contient, afin d'élever le mercure dans son
-intérieur jusqu'en EF; on se sert à cet effet d'un siphon GHI, qu'on
-passe par-dessous, & pour qu'il ne se remplisse pas de mercure, on
-tortille un petit morceau de papier à son extrêmité. Il y a un art
-pour élever ainsi en suçant le mercure sous la cloche: si on se
-contentoit d'aspirer l'air avec le poumon, on n'atteindroit qu'à une
-très-médiocre élévation, par exemple, d'un pouce ou d'un pouce & demi
-tout au plus, tandis que par l'action des muscles de la bouche on
-élève, sans se fatiguer, ou au moins sans risquer de s'incommoder, le
-mercure jusqu'à 6 à 7 pouces.
-
-Après que tout a été ainsi préparé, on fait rougir au feu un
-fer recourbé MN, _planche IV, figure 16_, destiné à ces sortes
-d'expériences; on le passe par-dessous la cloche & avant qu'il ait eu
-le temps de se refroidir, on l'approche du petit morceau de phosphore
-contenu dans la capsule de porcelaine D: aussi-tôt le phosphore
-s'allume, il communique son inflammation à l'amadoue, & celle-ci la
-communique au fer. Quand les copeaux ont été bien arrangés, tout le
-fer brûle jusqu'au dernier atôme, en répandant une lumière blanche,
-brillante, & semblable à celle qu'on observe dans les étoiles
-d'artifice Chinois. La grande chaleur qui s'opère pendant cette
-combustion, liquéfie le fer, & il tombe en globules ronds de grosseur
-différente, dont le plus grand nombre reste dans la capsule, & dont
-quelques-uns sont lancés au dehors & nagent sur la surface du mercure.
-
-Dans le premier instant de la combustion il y a une légère augmentation
-dans le volume de l'air, en raison de la dilatation occasionnée par la
-chaleur: mais bientôt une diminution rapide succède à la dilatation;
-le mercure remonte dans la cloche, & lorsque la quantité de fer est
-suffisante, & que l'air avec lequel on opère est bien pur, on parvient
-à l'absorber presqu'en entier.
-
-Je dois avertir ici qu'à moins qu'on ne veuille faire des expériences
-de recherches, il vaut mieux ne brûler que des quantités médiocres de
-fer. Quand on veut pousser trop loin l'expérience & absorber presque
-tout l'air, la capsule D qui nage sur le mercure, se rapproche trop de
-la voûte de la cloche, & la grande chaleur jointe au refroidissement
-subit, occasionné par le contact du mercure, fait éclater le verre:
-le poids de la colonne de mercure qui vient à tomber rapidement, dès
-qu'il s'est fait une félure à la cloche, occasionne un flot qui fait
-jaillir une grande partie de ce fluide hors du bassin. Pour éviter ces
-inconvéniens & être sûr du succès de l'expérience, on ne doit guère
-brûler plus d'un gros & demi de fer sous une cloche de huit pintes de
-capacité. Cette cloche doit être forte, afin de résister au poids de
-mercure qu'elle est destinée à contenir.
-
-Il n'est pas possible de déterminer à la fois dans cette expérience,
-le poids que le fer acquiert, & les changemens arrivés à l'air. Si
-c'est l'augmentation de poids du fer & son rapport avec l'absorption
-de l'air, dont on cherche à connoître la quantité, on doit avoir soin
-de marquer très-exactement sur la cloche, avec un trait de diamant, la
-hauteur du mercure avant & après l'expérience; on passe ensuite sous
-la cloche le siphon GH, _planche IV, figure 3_, garni d'un papier qui
-empêche qu'il ne s'emplisse de mercure. On met le pouce sur l'extrêmité
-G, & on rend l'air peu à peu en soulevant le pouce. Lorsque le mercure
-est descendu à son niveau, on enlève doucement la cloche; on détache
-de la capsule les globules de fer qui y sont contenus; on rassemble
-soigneusement ceux qui pourroient s'être éclaboussés & qui nagent
-sur le mercure, & on pèse le tout. Ce fer est dans l'état de ce que
-les anciens Chimistes ont nommé _éthiops martial_; il a une sorte de
-brillant métallique; il est très-cassant, très-friable, & se réduit
-en poudre sous le marteau & sous le pilon. Lorsque l'opération a bien
-réussi, avec 100 grains de fer on obtient 135 à 136 grains d'éthiops.
-On peut donc compter sur une augmentation de poids au moins de 35
-livres par quintal.
-
-Si l'on a donné à cette expérience toute l'attention qu'elle mérite,
-l'air se trouve diminué d'une quantité en poids exactement égale à
-celle dont le fer est augmenté. Si donc on a brûlé 100 grains de fer
-& que l'augmentation de poids que ce métal a acquise ait été de 35
-grains, la diminution du volume de l'air est assez exactement de 70
-pouces cubiques à raison d'un demi-grain par pouce cube. On verra dans
-la suite de ces Mémoires, que le poids de l'air vital est en effet,
-assez exactement, d'un demi-grain par pouce cube.
-
-Je rappellerai ici une dernière fois que dans toutes les expériences
-de ce genre, on ne doit point oublier de ramener par le calcul le
-volume de l'air au commencement & à la fin de l'expérience à celui
-qu'on auroit eu à 10 degrés du thermomètre, & à une pression de 28
-pouces: j'entrerai dans quelques détails sur la manière de faire ces
-corrections, à la fin de cet Ouvrage.
-
-Si c'est sur la qualité de l'air restant dans la cloche, qu'on se
-propose de faire des expériences, on opère d'une manière un peu
-différente. On commence alors, après que la combustion est faite &
-que les vaisseaux sont refroidis, par retirer le fer & la capsule
-qui le contenoit en passant la main sous la cloche à travers le
-mercure: ensuite on introduit sous cette même cloche, de la potasse
-ou alkali caustique, dissous dans l'eau, du sulfure de potasse, ou
-telle autre substance qu'on juge à propos, pour examiner l'action
-qu'elles exercent sur l'air. Je reviendrai dans la suite sur ces
-moyens d'analyse de l'air, quand j'aurai fait connoître la nature de
-ces différentes substances, dont je ne parle qu'accidentellement dans
-ce moment. On finit par introduire sous cette même cloche, autant d'eau
-qu'il est nécessaire pour déplacer tout le mercure; après quoi on passe
-dessous un vaisseau ou espèce de capsule très-platte avec laquelle on
-la transporte dans l'appareil pneumato-chimique ordinaire à l'eau, où
-l'on opère plus en grand & avec plus de facilité.
-
-Lorsqu'on a employé du fer très-doux & très-pur, & que la portion
-respirable de l'air dans lequel s'est faite la combustion, étoit
-exempte de tout mêlange d'air non respirable, l'air qui reste après
-la combustion, se trouve aussi pur qu'il l'étoit avant la combustion;
-mais il est rare que le fer ne contienne pas une petite quantité de
-matière charbonneuse: l'acier sur-tout en contient toujours. Il est de
-même extrêmement difficile d'obtenir la portion respirable de l'air
-parfaitement pure, elle est presque toujours mêlée d'une petite portion
-de la partie non respirable, mais cette espèce de mofète ne trouble en
-rien le résultat de l'expérience, & elle se retrouve à la fin en même
-quantité qu'au commencement.
-
-J'ai annoncé qu'on pouvoit déterminer de deux manières la nature
-des parties constituantes de l'air de l'atmosphère; par voie de
-décomposition & par voie de composition. La calcination du mercure nous
-a fourni l'exemple de l'une & de l'autre, puisqu'après avoir enlevé à
-la partie respirable sa base par le mercure, nous la lui avons rendue
-pour reformer de l'air en tout semblable à celui de l'atmosphère. Mais
-on peut également opérer cette composition de l'air en empruntant
-de différens règnes les matériaux qui doivent le former. On verra
-dans la suite que lorsqu'on dissout des matières animales dans de
-l'acide nitrique, il se dégage une grande quantité d'un air qui éteint
-les lumières, qui est nuisible pour les animaux, & qui est en tout
-semblable à la partie non respirable de l'air de l'atmosphère. Si à
-73 parties de ce fluide élastique on en ajoute 27 d'air éminemment
-respirable tiré du mercure, réduit en chaux rouge par la calcination,
-on forme un fluide élastique parfaitement semblable à celui de
-l'atmosphère & qui en a toutes les propriétés.
-
-Il y a beaucoup d'autres moyens de séparer la partie respirable de
-l'air de la partie non respirable; mais je ne pourrois les exposer
-ici sans emprunter des notions, qui, dans l'ordre des connoissances,
-appartiennent aux Chapitres suivans. Les expériences d'ailleurs que
-j'ai rapportées, suffisent pour un Traité Elémentaire; & dans ces
-sortes de matières, le choix des preuves est plus important que leur
-nombre.
-
-Je terminerai cet article en indiquant une propriété qu'a l'air de
-l'atmosphère & qu'ont en général tous les fluides élastiques ou gaz que
-nous connoissons; c'est celle de dissoudre l'eau. La quantité d'eau
-qu'un pied cube d'air de l'atmosphère peut dissoudre, est suivant
-les expériences de M. de Saussure, de 12 grains: d'autres fluides
-élastiques, tels que l'acide carbonique, paroissent en dissoudre
-davantage; mais on n'a point fait encore d'expériences exactes pour
-en déterminer la quantité. Cette eau que contiennent les fluides
-élastiques aériformes, donne lieu dans quelques expériences à des
-phénomènes particuliers qui méritent beaucoup d'attention, & qui ont
-souvent jetté les Chimistes dans de grandes erreurs.
-
-
-
-
-CHAPITRE IV.
-
-_Nomenclature des différentes parties constitutives de l'air de
-l'atmosphère._
-
-
-JUSQU'ICI j'ai été forcé de me servir de périphrases pour désigner
-la nature des différentes substances qui composent notre atmosphère,
-& j'ai adopté provisoirement ces expressions, _partie respirable,
-partie non respirable de l'air_. Les détails dans lesquels je vais
-entrer, exigent que je prenne une marche plus rapide, & qu'après avoir
-cherché à donner des idées simples des différentes substances qui
-entrent dans la composition de l'air de l'atmosphère, je les exprime
-également par des mots simples.
-
-La température de la planette que nous habitons se trouvant
-très-voisine du degré où l'eau passe de l'état liquide à l'état solide,
-& réciproquement, & ce phénomène s'opérant fréquemment sous nos yeux,
-il n'est pas étonnant que dans toutes les langues, au moins dans les
-climats où l'on éprouve une sorte d'hiver, on ait donné un nom à l'eau
-devenue solide par l'absence du calorique.
-
-Mais il n'a pas dû en être de même de l'eau réduite à l'état de vapeur
-par une plus grande addition de calorique. Ceux qui n'ont pas fait une
-étude particulière de ces objets, ignorent encore, qu'à un degré un peu
-supérieur à celui de l'eau bouillante, l'eau se transforme en un fluide
-élastique aériforme, susceptible comme tous les gaz, d'être reçu &
-contenu dans des vaisseaux, & qui conserve sa forme gazeuse tant qu'il
-éprouve une température supérieure à 80 degrés, jointe à une pression
-égale à celle d'une colonne de 28 pouces de mercure. Ce phénomène ayant
-échappé à la multitude, aucune langue n'a désigné l'eau dans cet état
-par un nom particulier; & il en est de même de tous les fluides, & en
-général, de toutes les substances qui ne sont point susceptibles de se
-vaporiser au degré habituel de température & de pression dans lequel
-nous vivons.
-
-Par une suite de la même cause on n'a point donné de nom à la plupart
-des fluides aériformes dans l'état liquide ou concret; on ignoroit que
-ces fluides fussent le résultat de la combinaison d'une base avec le
-calorique; & comme on ne les avoit jamais vus dans l'état de liquide
-ni de solide, leur existence sous cette forme étoit inconnue même des
-Physiciens.
-
-Nous n'avons pas jugé qu'il nous fût permis de changer des noms reçus
-& consacrés dans la société par un antique usage. Nous avons donc
-attaché au mot d'_eau_ & de _glace_, leur signification vulgaire; nous
-avons de même exprimé par le mot d'_air_ la collection des fluides
-élastiques qui composent notre atmosphère; mais nous ne nous sommes
-pas cru obligés au même respect pour des dénominations très-modernes
-nouvellement proposées par les Physiciens. Nous avons pensé que nous
-étions en droit de les rejetter & de leur en substituer d'autres
-moins propres à induire en erreur; & lors même que nous nous sommes
-déterminés à les adopter, nous n'avons fait aucune difficulté de les
-modifier & d'y attacher des idées mieux arrêtées & plus circonscrites.
-
-C'est principalement du Grec que nous avons tiré les mots nouveaux, &
-nous avons fait en sorte que leur étymologie rappelât l'idée des choses
-que nous nous proposions d'indiquer; nous nous sommes attachés sur-tout
-à n'admettre que des mots courts, & autant qu'il étoit possible, qui
-fussent susceptibles de former des adjectifs & des verbes.
-
-D'après ces principes, nous avons conservé à l'exemple de M. Macquer,
-le nom de _gaz_ employé par Vanhelmont, & nous avons rangé sous cette
-dénomination, la classe nombreuse des fluides élastiques aériformes,
-en faisant cependant une exception pour l'air de l'atmosphère. Le
-mot _gaz_ est donc pour nous un nom générique, qui désigne le dernier
-degré de saturation d'une substance quelconque par le calorique;
-c'est l'expression d'une manière d'être des corps. Il s'agissoit
-ensuite de spécifier chaque espèce de gaz, & nous y sommes parvenus en
-empruntant un second nom de celui de sa base. Nous appellerons donc
-gaz aqueux, l'eau combinée avec le calorique, & dans l'état de fluide
-élastique aériforme: la combinaison de l'éther avec le calorique, sera
-le gaz éthéré; celle de l'esprit-de-vin avec le calorique, sera le
-gaz alkoolique; nous aurons de même le gaz acide muriatique, le gaz
-ammoniaque, & ainsi de tous les autres. Je m'étendrai davantage sur cet
-article quand il sera question de nommer les différentes bases.
-
-On a vu que l'air de l'atmosphère étoit principalement composé de deux
-fluides aériformes ou gaz, l'un respirable, susceptible d'entretenir
-la vie des animaux, dans lequel les métaux se calcinent & les corps
-combustibles peuvent brûler; l'autre qui a des propriétés absolument
-opposées, que les animaux ne peuvent respirer, qui ne peut entretenir
-la combustion, &c. Nous avons donné à la base de la portion respirable
-de l'air le nom d'oxygène, en le dérivant de deux mots Grecs οξυς,
-_acide_, & γεινομαι, _j'engendre_, parce qu'en effet une des propriétés
-les plus générales de cette base est de former des acides, en se
-combinant avec la plupart des substances. Nous appellerons donc gaz
-oxygène la réunion de cette base avec le calorique: sa pesanteur dans
-cet état est assez exactement d'un demi-grain poids de marc, par pouce
-cube, ou d'une once & demie par pied cube, le tout à 10 degrés de
-température, & à 28 pouces du baromètre.
-
-Les propriétés chimiques de la partie non respirable de l'air de
-l'atmosphère n'étant pas encore très-bien connues, nous nous sommes
-contentés de déduire le nom de sa base de la propriété qu'a ce gaz
-de priver de la vie les animaux qui le respirent: nous l'avons donc
-nommé azote, de l'α privatif des Grecs, & de ζοη, _vie_, ainsi la
-partie non respirable de l'air sera le gaz azotique. Sa pesanteur est
-d'une once, 2 gros, 48 grains le pied cube, ou de 0,4444 grain le pouce
-cube.
-
-Nous ne nous sommes pas dissimulé que ce nom présentoit quelque chose
-d'extraordinaire; mais c'est le sort de tous les noms nouveaux; ce
-n'est que par l'usage qu'on se familiarise avec eux. Nous en avons
-d'ailleurs cherché long-temps un meilleur, sans qu'il nous ait été
-possible de le rencontrer: nous avions été tentés d'abord de le
-nommer gaz alkaligène, parce qu'il est prouvé, par les expériences
-de M. Berthollet, comme on le verra dans la suite, que ce gaz entre
-dans la composition de l'alkali volatil ou ammoniaque: mais d'un autre
-côté, nous n'avons point encore la preuve qu'il soit un des principes
-constitutifs des autres alkalis: il est d'ailleurs prouvé qu'il entre
-également dans la combinaison de l'acide nitrique; on auroit donc été
-tout aussi fondé à le nommer principe nitrigène. Enfin nous avons dû
-rejetter un nom qui comportoit une idée systématique, & nous n'avons
-pas risqué de nous tromper en adoptant celui d'_azote_ & de gaz
-azotique, qui n'exprime qu'un fait ou plutôt qu'une propriété, celle de
-priver de la vie les animaux qui respirent ce gaz.
-
-J'anticiperois sur des notions réservées pour des articles subséquens,
-si je m'étendois davantage sur la nomenclature des différentes espèces
-de gaz. Il me suffit d'avoir donné ici, non la dénomination de tous,
-mais la méthode de les nommer tous. Le mérite de la nomenclature que
-nous avons adoptée, consiste principalement en ce que la substance
-simple étant nommée, le nom de tous ses composés découle nécessairement
-de ce premier mot.
-
-
-
-
-CHAPITRE V.
-
-_De la décomposition du gaz oxygène par le soufre, le phosphore & le
-charbon, & de la formation des acides en général._
-
-
-UN des principes qu'on ne doit jamais perdre de vue dans l'art de faire
-des expériences, est de les simplifier le plus qu'il est possible &
-d'en écarter toutes les circonstances qui peuvent en compliquer les
-effets. Nous n'opérerons donc pas, dans les expériences qui vont faire
-l'objet de ce Chapitre, sur de l'air de l'atmosphère, qui n'est point
-une substance simple. Il est bien vrai que le gaz azotique, qui fait
-une partie du mêlange qui le constitue, paroît être purement passif
-dans les calcinations & les combustions: mais, comme il les rallentit,
-& comme il n'est pas impossible même qu'il en altère les résultats dans
-quelques circonstances, il m'a paru nécessaire de bannir cette cause
-d'incertitude.
-
-J'exposerai donc, dans les expériences dont je vais rendre compte,
-le résultat des combustions tel qu'il a lieu dans l'air vital ou
-gaz oxigène pur, & j'avertirai seulement des différences qu'elles
-présentent quand le gaz oxygène est mêlé de différentes proportions de
-gaz azotique.
-
-J'ai pris une cloche de cristal A, _planche IV, figure 3_, de cinq à
-six pintes de capacité; je l'ai emplie de gaz oxygène sur de l'eau,
-après quoi je l'ai transportée sur le bain de mercure au moyen d'une
-capsule de verre que j'ai passée par dessous; j'ai ensuite seché la
-surface du mercure & j'y ai introduit 61 grains 1/4 de phosphore de
-Kunkel, que j'ai divisés dans deux capsules de porcelaine, semblables
-à celle qu'on voit en D, _figure 3_, sous la cloche A; & pour pouvoir
-allumer chacune de ces deux portions séparément, & que l'inflammation
-ne se communiquât pas de l'une à l'autre, j'ai recouvert l'une des
-deux avec un petit carreau de verre. Lorsque tout a été ainsi préparé,
-j'ai élevé le mercure dans la cloche à la hauteur EF, en suçant avec
-un siphon de verre GHI, même _figure_, qu'on introduit par-dessous la
-cloche: pour qu'il ne se remplisse pas en passant à travers le mercure,
-on tortille à son extrêmité I, un petit morceau de papier. Puis avec
-un fer recourbé rougi au feu, représenté _figure 16_, j'ai allumé
-successivement le phosphore des deux capsules, en commençant par celle
-qui n'étoit point recouverte avec un carreau de verre.
-
-La combustion s'est faite avec une grande rapidité, avec une flamme
-brillante & un dégagement considérable de chaleur & de lumière. Il y a
-eu dans le premier instant une dilatation considérable du gaz oxygène,
-occasionnée par la chaleur; mais bientôt le mercure a remonté au-dessus
-de son niveau, & il y a eu une absorption considérable: en même temps
-tout l'intérieur de la cloche s'est tapissé de flocons blancs, légers,
-qui n'étoient autre chose que de l'acide phosphorique concret.
-
-La quantité de gaz oxygène employée, étoit, toutes corrections faites,
-au commencement de l'expérience, de 162 pouces cubiques; elle s'est
-trouvée à la fin seulement de 23 pouces 1/4: la quantité de gaz oxygène
-absorbée avoit donc été de 138 pouces 3/4 ou de 69,375 grains.
-
-La totalité du phosphore n'étoit pas brûlée; il en restoit dans les
-capsules quelques portions, qui, lavées, pour en séparer l'acide, &
-séchées, se sont trouvées peser environ 16 grains 1/4: ce qui réduit
-à peu près à 45 grains la quantité de phosphore brûlée: je dis à peu
-près, parce qu'il ne seroit pas impossible qu'il n'y eût eu un ou deux
-grains d'erreur sur le poids du phosphore restant après la combustion.
-
-Ainsi dans cette opération, 45 grains de phosphore se sont combinés
-avec 69,375 grains d'oxygène; & comme rien de pesant ne passe à travers
-le verre, on a droit d'en conclure que le poids de la substance
-quelconque qui a résulté de cette combinaison & qui s'étoit rassemblée
-en flocons blancs, devoit s'élever à la somme du poids de l'oxygène &
-de celui du phosphore, c'est-à-dire, à 114,375 grains. On verra bientôt
-que ces flocons blancs ne sont autre chose qu'un acide concret. En
-réduisant ces quantités au quintal, on trouve qu'il faut employer 154
-liv. d'oxygène pour saturer 100 liv. de phosphore, & qu'il en résulte
-254 liv. de flocons blancs ou acide phosphorique concret.
-
-Cette expérience prouve d'une manière évidente, qu'à un certain degré
-de température, l'oxygène a plus d'affinité avec le phosphore qu'avec
-le calorique; qu'en conséquence le phosphore décompose le gaz oxygène,
-qu'il s'empare de sa base, & qu'alors le calorique, qui devient libre,
-s'échappe & se dissipe en se répartissant dans les corps environnans.
-
-Mais quelque concluante que fût cette expérience, elle n'étoit pas
-encore suffisamment rigoureuse: en effet, dans l'appareil que j'ai
-employé & que je viens de décrire, il n'est pas possible de vérifier
-le poids des flocons blancs ou de l'acide concret qui s'est formé; on
-ne peut le conclure que par voie de calcul & en le supposant égal à la
-somme du poids de l'oxygène & du phosphore: or quelqu'évidente que fût
-cette conclusion, il n'est jamais permis en Physique & en Chimie, de
-supposer ce qu'on peut déterminer par des expériences directes. J'ai
-donc cru devoir refaire cette expérience un peu plus en grand, & avec
-un appareil différent.
-
-J'ai pris un grand ballon de verre A, _planche IV, figure 4_, dont
-l'ouverture EF avoit trois pouces de diamètre. Cette ouverture se
-recouvroit avec une plaque de cristal usée à l'émeril, laquelle étoit
-percée de deux trous pour le passage des tuyaux _yyy_, _xxx_.
-
-Avant de fermer le ballon avec sa plaque, j'y ai introduit un support
-BC surmonté d'une capsule de porcelaine D, qui contenoit 150 grains
-de phosphore: tout étant ainsi disposé, j'ai adapté la plaque de
-cristal sur l'ouverture du matras, & j'ai lutté avec du lut gras,
-que j'ai recouvert avec des bandes de linge imbibées de chaux & de
-blanc d'œuf: lorsque ce lut a été bien séché, j'ai suspendu tout cet
-appareil au bras d'une balance, & j'en ai déterminé le poids à un grain
-ou un grain & demi près. J'ai ensuite adapté le tuyau _xxx_, à une
-petite pompe pneumatique, & j'ai fait le vuide; après quoi ouvrant un
-robinet adapté au tuyau _yyy_, j'ai introduit du gaz oxygène dans le
-ballon. J'observerai que ce genre d'expérience se fait avec assez de
-facilité & sur-tout avec beaucoup d'exactitude, au moyen de la machine
-hydro-pneumatique dont nous avons donné la description, M. Meusnier
-& moi, dans les Mémoires de l'Académie, année 1782, page 466, & dont
-on trouvera une explication dans la dernière Partie de cet Ouvrage;
-qu'on peut à l'aide de cet instrument, auquel M. Meusnier a fait depuis
-des additions & des corrections importantes, connoître d'une manière
-rigoureuse, la quantité de gaz oxygène introduite dans le ballon, &
-celle qui s'est consommée pendant le cours de l'opération.
-
-Lorsque tout a été ainsi disposé, j'ai mis le feu au phosphore avec
-un verre ardent. La combustion a été extrêmement rapide, accompagnée
-d'une grande flamme & de beaucoup de chaleur: à mesure qu'elle
-s'opéroit, il se formoit une grande quantité de flocons blancs qui
-s'attachoient sur les parois intérieures du vase, & qui bientôt l'ont
-obscurci entièrement. L'abondance des vapeurs étoit même telle, que
-quoiqu'il rentrât continuellement de nouveau gaz oxygène qui auroit dû
-entretenir la combustion, le phosphore s'est bientôt éteint. Ayant
-laissé refroidir parfaitement tout l'appareil, j'ai commencé par
-m'assurer de la quantité de gaz oxygène qui avoit été employée, & par
-peser le ballon avant de l'ouvrir. J'ai ensuite lavé, séché & pesé la
-petite quantité de phosphore qui étoit restée dans la capsule, & qui
-étoit de couleur jaune d'ocre, afin de la déduire de la quantité totale
-de phosphore employée dans l'expérience. Il est clair qu'à l'aide de
-ces différentes précautions, il m'a été facile de constater, 1º. le
-poids du phosphore brûlé; 2º. celui des flocons blancs obtenus par la
-combustion; 3º. le poids du gaz oxygène qui s'étoit combiné avec le
-phosphore. Cette expérience m'a donné à peu près les mêmes résultats
-que la précédente: il en a également résulté que le phosphore en
-brûlant, absorboit un peu plus d'une fois & demie son poids d'oxygène,
-& j'ai acquis de plus la certitude que le poids de la nouvelle
-substance produite étoit égal à la somme du poids du phosphore brûlé &
-de l'oxygène qu'il avoit absorbé: ce qu'il étoit au surplus facile de
-prévoir _à priori_.
-
-Si le gaz oxygène qu'on a employé dans cette expérience étoit pur,
-le résidu qui reste après la combustion est également pur; ce qui
-prouve qu'il ne s'échappe rien du phosphore qui puisse altérer la
-pureté de l'air, & qu'il n'agit qu'en enlevant au calorique sa base,
-c'est-à-dire, l'oxygène qui y étoit uni.
-
-J'ai dit plus haut que si on brûloit un corps combustible quelconque
-dans une sphère creuse de glace ou dans tout autre appareil construit
-sur le même principe, la quantité de glace fondue pendant la
-combustion, étoit une mesure exacte de la quantité de calorique dégagé.
-On peut consulter à cet égard le Mémoire que nous avons donné en commun
-à l'Académie, M. de la Place & moi, année 1780, page 355. Ayant soumis
-la combustion du phosphore à cette épreuve, nous avons reconnu qu'une
-livre de phosphore en brûlant, fondoit un peu plus de 100 liv. de glace.
-
-La combustion du phosphore réussit également dans l'air de
-l'atmosphère, avec ces deux différences seulement, 1º. que la
-combustion est beaucoup moins rapide, attendu qu'elle est rallentie par
-la grande proportion de gaz azotique qui se trouve mêlé avec le gaz
-oxygène: 2º. que le cinquième de l'air, tout au plus, est seulement
-absorbé, parce que cette absorption se faisant toute aux dépens du gaz
-oxygène, la proportion du gaz azotique devient telle vers la fin de
-l'opération, que la combustion ne peut plus avoir lieu.
-
-Le phosphore par sa combustion, soit dans l'air ordinaire, soit dans
-le gaz oxygène, se transforme, comme je l'ai déjà dit, en une matière
-blanche floconneuse très-légère, & il acquiert des propriétés toutes
-nouvelles: d'insoluble qu'il étoit dans l'eau, non-seulement il devient
-soluble, mais il attire l'humidité contenue dans l'air avec une
-étonnante rapidité, & il se résout en une liqueur beaucoup plus dense
-que l'eau, & d'une pesanteur spécifique beaucoup plus grande. Dans
-l'état de phosphore, & avant sa combustion, il n'avoit presqu'aucun
-goût; par sa réunion avec l'oxygène il prend un goût extrêmement aigre
-& piquant: enfin, de la classe des combustibles, il passe dans celle
-des substances incombustibles, & il devient ce qu'on appelle un acide.
-
-Cette conversibilité d'une substance combustible en un acide par
-l'addition de l'oxygène, est, comme nous le verrons bientôt, une
-propriété commune à un grand nombre de corps: or en bonne logique,
-on ne peut se dispenser de désigner sous un nom commun toutes les
-opérations qui présentent des résultats analogues; c'est le seul moyen
-de simplifier l'étude des Sciences, & il seroit impossible d'en retenir
-tous les détails, si on ne s'attachoit à les classer. Nous nommerons
-donc _oxygénation_ la conversion du phosphore en un acide, & en
-général la combinaison d'un corps combustible quelconque avec l'oxygène.
-
-Nous adopterons également l'expression d'_oxygéner_, & je dirai en
-conséquence qu'en _oxygénant_ le phosphore, on le convertit en un acide.
-
-Le soufre est également un corps combustible, c'est-à-dire, qui a la
-propriété de décomposer l'air, & d'enlever l'oxygène au calorique.
-On peut s'en assurer aisément par des expériences toutes semblables
-à celles que je viens de détailler pour le phosphore; mais je dois
-avertir qu'il est impossible, en opérant de la même manière sur le
-soufre, d'obtenir des résultats aussi exacts que ceux qu'on obtient
-avec le phosphore; par la raison que l'acide qui se forme par la
-combustion du soufre est difficile à condenser, que le soufre lui-même
-brûle avec beaucoup de difficulté, & qu'il est susceptible de se
-dissoudre dans les différens gaz. Mais ce que je puis assurer, d'après
-mes expériences, c'est que le soufre en brûlant, absorbe de l'air; que
-l'acide qui se forme est beaucoup plus pesant que n'étoit le soufre;
-que son poids est égal à la somme du poids du soufre, & de l'oxygène
-qu'il a absorbé; enfin, que cet acide est pesant, incombustible,
-susceptible de se combiner avec l'eau en toutes proportions: il ne
-reste d'incertitude que sur la quantité de soufre & d'oxygène qui
-constituent cet acide.
-
-Le charbon, que tout jusqu'à présent porte à faire regarder comme une
-substance combustible simple, a également la propriété de décomposer
-le gaz oxygène & d'enlever sa base au calorique: mais l'acide qui
-résulte de cette combustion ne se condense pas au degré de pression
-& de température dans lequel nous vivons; il demeure dans l'état
-de gaz, & il faut une grande quantité d'eau pour l'absorber. Cet
-acide, au surplus, a toutes les propriétés communes aux acides, mais
-dans un degré plus foible, & il s'unit comme eux à toutes les bases
-susceptibles de former des sels neutres.
-
-On peut opérer la combustion du charbon, comme celle du phosphore, sous
-une cloche de verre A, _planche IV, figure 3_, remplie de gaz oxygène,
-& renversée dans du mercure: mais comme la chaleur d'un fer chaud &
-même rouge, ne suffiroit pas pour l'allumer, on ajoute par-dessus le
-charbon, un petit fragment d'amadoue & un petit atome de phosphore. On
-allume facilement le phosphore avec un fer rouge; l'inflammation se
-communique ensuite à l'amadoue, puis au charbon.
-
-On trouve le détail de cette expérience, Mémoires de l'Académie,
-année 1781, page 448. On y verra qu'il faut 72 parties d'oxygène en
-poids, pour en saturer 28 de charbon, & que l'acide aériforme qui
-est produit, a une pesanteur justement égale à la somme des poids du
-charbon & de l'oxygène qui ont servi à le former. Cet acide aériforme
-a été nommé air fixe, ou air fixé par les premiers Chimistes qui l'ont
-découvert; ils ignoroient alors si c'étoit de l'air semblable à celui
-de l'atmosphère ou un autre fluide élastique, vicié & gâté par la
-combustion; mais puisqu'il est constant aujourd'hui que cette substance
-aériforme est un acide, qu'il se forme comme tous les autres acides,
-par l'oxygénation d'une base, il est aisé de voir que le nom d'air fixe
-ne lui convient point.
-
-Ayant essayé, M. de la Place & moi, de brûler du charbon dans
-l'appareil propre à déterminer la quantité de calorique dégagée, nous
-avons trouvé qu'une livre de charbon en brûlant, fondoit 96 liv.
-6 onces de glace: 2 liv. 9 onces, 1 gros, 10 grains d'oxygène se
-combinent avec le charbon dans cette opération, & il se forme 3 liv. 9
-onces, 1 gros, 10 grains de gaz acide: ce gaz pèse 0,695 grain le pouce
-cube, ce qui donne 34242 pouces cubiques pour le volume total de gaz
-acide qui se forme par la combustion d'une livre de charbon.
-
-Je pourrois multiplier beaucoup plus les exemples de ce genre, & faire
-voir par une suite de faits nombreux, que la formation des acides
-s'opère par l'oxygénation d'une substance quelconque; mais la marche
-que je me suis engagé à suivre & qui consiste à ne procéder que du
-connu à l'inconnu, & à ne présenter au Lecteur que des exemples puisés
-dans des choses qui lui ont été précédemment expliquées, m'empêche
-d'anticiper ici sur les faits. Les trois exemples d'ailleurs que je
-viens de citer, suffisent pour donner une idée claire & précise de
-la manière dont se forment les acides. On voit que l'oxigène est un
-principe commun à tous, & que c'est lui qui constitue leur acidité;
-qu'ils sont ensuite différenciés les uns des autres par la nature de la
-substance acidifiée. Il faut donc distinguer dans tout acide, la base
-acidifiable à laquelle M. de Morveau a donné le nom de radical, & le
-principe acidifiant, c'est-à-dire, l'oxigène.
-
-
-
-
-CHAPITRE VI.
-
-_De la nomenclature des Acides en général, & particulièrement de ceux
-tirés du salpêtre & du sel marin._
-
-
-RIEN n'est plus aisé, d'après les principes posés dans le Chapitre
-précédent, que d'établir une nomenclature méthodique des acides: le mot
-acide sera le nom générique; chaque acide sera ensuite différencié dans
-le langage comme il l'est dans la nature, par le nom de sa base ou de
-son radical. Nous nommerons donc _acides_ en général, le résultat de la
-combustion ou de l'oxygénation du phosphore, du soufre & du charbon.
-Nous nommerons le premier de ces résultats acide phosphorique, le
-second acide sulfurique, le troisième acide carbonique. De même, dans
-toutes les occasions qui pourront se présenter, nous emprunterons du
-nom de la base la désignation spécifique de chaque acide.
-
-Mais une circonstance remarquable que présente l'oxygénation des
-corps combustibles, & en général, d'une partie des corps qui se
-transforment en acides, c'est qu'ils sont susceptibles de différens
-degrés de saturation; & les acides qui en résultent, quoique formés
-de la combinaison des deux mêmes substances, ont des propriétés fort
-différentes, qui dépendent de la différence de proportion. L'acide
-phosphorique, & sur-tout l'acide sulfurique, en fournissent des
-exemples. Si le soufre est combiné avec peu d'oxygène, il forme à ce
-premier degré d'oxigénation un acide volatil, d'une odeur pénétrante, &
-qui a des propriétés toutes particulières. Une plus grande proportion
-d'oxygène le convertit en un acide fixe, pesant, sans odeur, & qui
-donne dans les combinaisons des produits fort différens du premier.
-Ici le principe de notre méthode de nomenclature sembloit se trouver
-en défaut, & il paroissoit difficile de tirer du nom de la base
-acidifiable deux dénominations qui exprimassent, sans circonlocution
-& sans périphrase, les deux degrés de saturation. Mais la réflexion,
-& plus encore peut-être la nécessité, nous ont ouvert de nouvelles
-ressources, & nous avons cru pouvoir nous permettre d'exprimer les
-variétés des acides par de simples variations dans les terminaisons.
-L'acide volatil du soufre avoit été désigné par Stahl sous le nom
-d'acide sulfureux: nous lui avons conservé ce nom, & nous avons
-donné celui de sulfurique à l'acide du soufre complettement saturé
-d'oxygène. Nous dirons donc, en nous servant de ce nouveau langage,
-que le soufre, en se combinant avec l'oxygène, est susceptible de deux
-degrés de saturation; le premier constitue l'acide sulfureux, qui est
-pénétrant & volatil; le second constitue l'acide sulfurique, qui est
-inodore & fixe. Nous adopterons ce même changement de terminaison pour
-tous les acides qui présenteront plusieurs degrés de saturation; nous
-aurons donc également un acide phosphoreux & un acide phosphorique, un
-acide acéteux & un acide acétique, & ainsi des autres.
-
-Toute cette partie de la chimie auroit été extrêmement simple, &
-la nomenclature des acides n'auroit rien présenté d'embarrassant,
-si, lors de la découverte de chacun d'eux, on eût connu son radical
-ou sa base acidifiable. L'acide phosphorique, par exemple, n'a été
-découvert que postérieurement à la découverte du phosphore, & le nom
-qui lui a été donné a été dérivé en conséquence de celui de la base
-acidifiable dont il est formé. Mais lorsqu'au contraire l'acide a été
-découvert avant la base, ou plutôt lorsqu'à l'époque où l'acide a été
-découvert, on ignoroit quelle étoit la base acidifiable à laquelle
-il appartenoit, alors on a donné à l'acide & à la base des noms qui
-n'avoient aucun rapport entr'eux, & non-seulement on a surchargé la
-mémoire de dénominations inutiles, mais encore on a porté dans l'esprit
-des commençans & même des Chimistes consommés, des idées fausses que le
-tems seul & la réflexion peuvent effacer.
-
-Nous citerons pour exemple l'acide du soufre. C'est du vitriol de fer
-qu'on a retiré cet acide dans le premier âge de la Chimie; & on l'a
-nommé acide vitriolique, en empruntant son nom de celui de la substance
-dont il étoit tiré. On ignoroit alors que cet acide fût le même que
-celui qu'on obtenoit du soufre par la combustion.
-
-Il en est de même de l'acide aériforme auquel on a donné originairement
-le nom d'air fixe; on ignoroit que cet acide fût le résultat de
-la combinaison du carbone avec l'oxygène. De-là une infinité de
-dénominations qui lui ont été données & dont aucune ne transmet des
-idées justes. Rien ne nous a été plus facile que de corriger & de
-modifier l'ancien langage à l'égard de ces acides: nous avons converti
-le nom d'acide vitriolique en celui d'acide sulfurique, & celui d'air
-fixe en celui d'acide carbonique; mais il ne nous a pas été possible
-de suivre le même plan à l'égard des acides dont la base nous étoit
-inconnue. Nous nous sommes trouvés alors forcés de prendre une marche
-inverse; & au lieu de conclure le nom de l'acide de celui de la
-base, nous avons nommé au contraire la base d'après la dénomination
-de l'acide. C'est ce qui nous est arrivé pour l'acide qu'on retire
-du sel marin ou sel de cuisine. Il suffit, pour dégager cet acide,
-de verser de l'acide sulfurique sur du sel marin; aussitôt il se
-fait une vive effervescence, il s'élève des vapeurs blanches d'une
-odeur très-pénétrante, & en faisant légèrement chauffer, on dégage
-tout l'acide. Comme il est naturellement dans l'état de gaz au degré
-de température & de pression dans lequel nous vivons, il faut des
-précautions particulières pour le retenir. L'appareil le plus commode
-& le plus simple pour les expériences en petit, consiste en une petite
-cornue G, _planche V, fig. 5_, dans laquelle on introduit du sel marin
-bien sec; on verse dessus de l'acide sulfurique concentré, & aussi-tôt
-on engage le bec de la cornue sous de petites jarres ou cloches de
-verre A, _même figure_, qu'on a préalablement remplies de mercure. A
-mesure que le gaz acide se dégage, il passe dans la jarre & gagne le
-haut en déplaçant le mercure. Lorsque le dégagement se rallentit, on
-chauffe légèrement & on augmente le feu jusqu'à ce qu'il ne passe plus
-rien. Cet acide a une grande affinité avec l'eau, & cette dernière
-en absorbe une énorme quantité. On peut s'en assurer en introduisant
-une petite couche d'eau dans la jarre de verre qui le contient; en un
-instant l'acide se combine avec elle & disparoît en entier. On profite
-de cette circonstance dans les laboratoires & dans les arts, pour
-obtenir l'acide du sel marin sous la forme de liqueur. On se sert à
-cet effet de l'appareil représenté _planche IV, figure première_. Il
-consiste 1º. dans une cornue A, où l'on introduit le sel marin, & dans
-laquelle on verse de l'acide sulfurique par la tubulure H; 2º. dans
-le ballon CB destiné à recevoir la petite quantité de liqueur qui se
-dégage; 3º. dans une suite de bouteilles à deux gouleaux LL'L''L''',
-qu'on remplit d'eau à moitié. Cette eau est destinée à absorber le gaz
-acide qui se dégage pendant la distillation. Cet appareil est plus
-amplement décrit dans la dernière partie de cet Ouvrage.
-
-Quoiqu'on ne soit encore parvenu ni à composer, ni à décomposer l'acide
-qu'on retire du sel marin, on ne peut douter cependant qu'il ne soit
-formé, comme tous les autres, de la réunion d'une base acidifiable avec
-l'oxygène. Nous avons nommé cette base inconnue _base muriatique,
-radical muriatique_, en empruntant ce nom, à l'exemple de M.
-Bergman & de M. de Morveau, du mot latin _muria_, donné anciennement
-au sel marin. Ainsi, sans pouvoir déterminer quelle est exactement
-la composition de l'acide muriatique, nous désignerons sous cette
-dénomination un acide volatil, dont l'état naturel est d'être sous
-forme gazeuse au degré de chaleur & de pression que nous éprouvons,
-qui se combine avec l'eau en très-grande quantité & avec beaucoup de
-facilité; enfin dans lequel le radical acidifiable tient si fortement à
-l'oxygène, qu'on ne connoît jusqu'à présent aucun moyen de les séparer.
-
-Si un jour on vient à rapporter le radical muriatique à quelque
-substance connue, il faudra bien alors changer sa dénomination & lui
-donner un nom analogue à celui de la base dont la nature aura été
-découverte.
-
-L'acide muriatique présente au surplus une circonstance
-très-remarquable; il est, comme l'acide du soufre & comme plusieurs
-autres, susceptible de différens degrés d'oxygénation; mais l'excès
-d'oxygène produit en lui un effet tout contraire à celui qu'il produit
-dans l'acide du soufre. Un premier degré d'oxygénation transforme le
-soufre en un acide gazeux volatil, qui ne se mêle qu'en petite quantité
-avec l'eau: c'est celui que nous désignons avec Stahl sous le nom
-d'acide sulfureux. Une dose plus forte d'oxygène le convertit en acide
-sulfurique, c'est-à-dire en un acide qui présente des qualités acides
-plus marquées, qui est beaucoup plus fixe, qui ne peut exister dans
-l'état de gaz qu'à une haute température, qui n'a point d'odeur & qui
-s'unit à l'eau en très-grande quantité. C'est le contraire dans l'acide
-muriatique; l'addition d'oxygène le rend plus volatil, d'une odeur plus
-pénétrante, moins miscible à l'eau, & diminue ses qualités acides. Nous
-avions d'abord été tentés d'exprimer ces deux degrés de saturation,
-comme nous l'avions fait pour l'acide du soufre, en faisant varier les
-terminaisons. Nous aurions nommé l'acide le moins saturé d'oxygène
-acide _muriateux_, & le plus saturé acide _muriatique_; mais nous avons
-cru que cet acide qui présente des résultats particuliers, & dont on ne
-connoît aucun autre exemple en Chimie, demandoit une exception, & nous
-nous sommes contentés de le nommer acide muriatique oxygéné.
-
-Il est un autre acide que nous nous contenterons de définir, comme
-nous l'avons fait pour l'acide muriatique, quoique sa base soit mieux
-connue: c'est celui que les Chimistes ont désigné jusqu'ici sous
-le nom d'acide nitreux. Cet acide se tire du nitre ou salpêtre par
-des procédés analogues à ceux qu'on emploie pour obtenir l'acide
-muriatique. C'est également par l'intermède de l'acide sulfurique qu'on
-le chasse de la base à laquelle il est uni, & l'on se sert de même
-à cet effet de l'appareil représenté _planche IV, fig. 1_. A mesure
-que l'acide passe, une partie se condense dans le ballon, l'autre
-est absorbée par l'eau des bouteilles LL'L''L''' qui devient d'abord
-verte, puis bleue, & enfin jaune, suivant le degré de concentration de
-l'acide. Il se dégage pendant cette opération une grande quantité de
-gaz oxygène mêlé d'un peu de gaz azotique.
-
-L'acide qu'on tire ainsi du salpêtre, est composé, comme tous les
-autres, d'oxygène uni à une base acidifiable, & c'est même le premier
-dans lequel l'existence de l'oxygène ait été bien démontrée. Les deux
-principes qui le constituent tiennent peu ensemble, & on les sépare
-aisément en présentant à l'oxygène une substance avec laquelle il ait
-plus d'affinité qu'il n'en a avec la base acidifiable qui constitue
-l'acide du nitre. C'est par des expériences de ce genre qu'on est
-parvenu à reconnoître que l'azote ou base de la mofète entroit dans
-sa composition, qu'elle étoit sa base acidifiable. L'azote est donc
-véritablement le radical nitrique, ou l'acide du nitre est un véritable
-acide azotique. On voit donc que pour être d'accord avec nous-mêmes
-& avec nos principes, nous aurions dû adopter l'une ou l'autre de
-ces manières de nous énoncer. Nous en avons été détournés cependant
-par différens motifs; d'abord il nous a paru difficile de changer le
-nom de nitre ou de salpêtre généralement adopté dans les arts, dans
-la société & dans la Chimie. Nous n'avons pas cru, d'un autre côté,
-devoir donner à l'azote le nom de radical nitrique, parce que cette
-substance est également la base de l'alkali volatil ou ammoniaque,
-comme l'a découvert M. Berthollet. Nous continuerons donc de désigner
-sous le nom d'azote la base de la partie non respirable de l'air
-atmosphérique, qui est en même tems le radical nitrique & le radical
-ammoniaque. Nous conserverons également le nom de nitreux & de
-nitrique à l'acide tiré du nitre ou salpêtre. Plusieurs Chimistes d'un
-grand poids ont désapprouvé notre condescendance pour les anciennes
-dénominations; ils auroient préféré que nous eussions dirigé uniquement
-nos efforts vers la perfection de la nomenclature, que nous eussions
-reconstruit l'édifice du langage chimique de fond en comble, sans nous
-embarrasser de le raccorder avec d'anciens usages dont le tems effacera
-insensiblement le souvenir: & c'est ainsi que nous nous sommes trouvés
-exposés à la fois à la critique & aux plaintes des deux partis opposés.
-
-L'acide du nitre est susceptible de se présenter dans un grand
-nombre d'états qui dépendent du degré d'oxygénation qu'il a éprouvé,
-c'est-à-dire, de la proportion d'azote & d'oxygène qui entre dans
-sa composition. Un premier degré d'oxygénation de l'azote constitue
-un gaz particulier que nous continuerons de désigner sous le nom de
-gaz nitreux: il est composé d'environ 2 parties en poids d'oxygène &
-d'une d'azote, & dans cet état il est immiscible à l'eau. Il s'en faut
-beaucoup que l'azote dans ce gaz soit saturé d'oxygène, il lui reste
-au contraire une grande affinité pour ce principe, & il l'attire avec
-une telle activité, qu'il l'enlève même à l'air de l'atmosphère sitôt
-qu'il est en contact avec lui. La combinaison du gaz nitreux avec l'air
-de l'atmosphère est même devenue un des moyens qu'on emploie pour
-déterminer la quantité d'oxigène contenu dans ce dernier, & pour juger
-de son degré de salubrité. Cette addition d'oxygène convertit le gaz
-nitreux en un acide puissant qui a une grande affinité avec l'eau, &
-qui est susceptible lui-même de différens degrés d'oxygénation. Si la
-proportion de l'oxygène & de l'azote est au-dessous de trois parties
-contre une, l'acide est rouge & fumant: dans cet état nous le nommons
-acide nitreux; on peut en le faisant légèrement chauffer, en dégager
-du gaz nitreux. Quatre parties d'oxygène contre une d'azote donnent
-un acide blanc & sans couleur, plus fixe au feu que le précédent, qui
-a moins d'odeur, & dont les deux principes constitutifs sont plus
-solidement combinés: nous lui avons donné, d'après les principes
-exposés ci-dessus, le nom d'acide nitrique.
-
-Ainsi l'acide nitrique est l'acide du nitre surchargé d'oxygène;
-l'acide nitreux est l'acide du nitre surchargé d'azote, ou, ce qui
-est la même chose, de gaz nitreux; enfin le gaz nitreux est l'azote
-qui n'est point assez saturée d'oxygène pour avoir les propriétés des
-acides. C'est ce que nous nommerons plus bas un oxide.
-
-
-
-
-CHAPITRE VII.
-
-_De la décomposition du Gaz oxygène par les métaux, & de la formation
-des Oxides métalliques._
-
-
-LORSQUE les substances métalliques sont échauffées à un certain degré
-de température, l'oxygène a plus d'affinité avec elles qu'avec le
-calorique: en conséquence toutes les substances métalliques, si on en
-excepte l'or, l'argent & le platine, ont la propriété de décomposer le
-gaz oxygène, de s'emparer de sa base & d'en dégager le calorique. On a
-déjà vu plus haut comment s'opéroit cette décomposition de l'air par
-le mercure & par le fer; on a observé que la première ne pouvoit être
-regardée que comme une combustion lente; que la dernière au contraire
-étoit très-rapide & accompagnée d'une flamme brillante. S'il est
-nécessaire d'employer un certain degré de chaleur dans ces opérations,
-c'est pour écarter les unes des autres les molécules du métal, &
-diminuer leur affinité d'aggrégation, ou ce qui est la même chose,
-l'attraction qu'elles exercent les unes sur les autres.
-
-Les substances métalliques pendant leur calcination augmentent de
-poids à proportion de l'oxygène qu'elles absorbent; en même-tems
-elles perdent leur éclat métallique & se réduisent en une poudre
-terreuse. Les métaux dans cet état ne doivent point être considérés
-comme entièrement saturés d'oxygène, par la raison que leur action
-sur ce principe est balancée par la force d'attraction qu'exerce sur
-lui le calorique. L'oxygène dans la calcination des métaux, obéit
-donc réellement à deux forces, à celle exercée par le calorique, à
-celle exercée par le métal; il ne tend à s'unir à ce dernier qu'en
-raison de la différence de ces deux forces, de l'excès de l'une sur
-l'autre, & cet excès en général n'est pas fort considérable. Aussi
-les substances métalliques, en s'oxygénant dans l'air & dans le gaz
-oxygène, ne se convertissent-elles point en acides, comme le soufre,
-le phosphore & le charbon: il se forme des substances intermédiaires
-qui commencent à se rapprocher de l'état salin, mais qui n'ont pas
-encore acquis toutes les propriétés salines. Les anciens ont donné le
-nom de chaux, non-seulement aux métaux amenés à cet état, mais encore
-à toute substance qui avoit été exposée long-tems à l'action du feu
-sans se fondre. Ils ont fait en conséquence du mot _chaux_ un nom
-générique, & ils ont confondu sous ce nom, & la pierre calcaire, qui
-d'un sel neutre qu'elle étoit avant la calcination, se convertit au
-feu en un alkali terreux, en perdant moitié de son poids, & les métaux
-qui s'associent par la même opération une nouvelle substance dont la
-quantité excède quelquefois moitié de leur poids, & qui les rapproche
-de l'état d'acide. Il auroit été contraire à nos principes de classer
-sous un même nom des substances si différentes, & sur-tout de conserver
-aux métaux une dénomination si propre à faire naître des idées fausses.
-Nous avons en conséquence proscrit l'expression de chaux métalliques, &
-nous y avons substitué celui d'_oxides_, du grec οξυς.
-
-On voit d'après cela combien le langage que nous avons adopté est
-fécond & expressif; un premier degré d'oxygénation constitue les
-oxides; un second degré constitue les acides terminés en _eux_,
-comme l'acide nitr_eux_, l'acide sulfur_eux_; un troisième degré
-constitue les acides en _ique_, tels que l'acide nitr_ique_, l'acide
-sulfur_ique_; enfin nous pouvons exprimer un quatrième degré
-d'oxigénation des substances, en ajoutant l'épithète d'_oxygéné_, comme
-nous l'avons admis pour l'acide muriatique oxygéné.
-
-Nous ne nous sommes pas contentés de désigner sous le nom d'_oxides_
-la combinaison des métaux avec l'oxygène; nous n'avons fait aucune
-difficulté de nous en servir pour exprimer le premier degré
-d'oxygénation de toutes les substances, celui qui, sans les constituer
-acides, les rapproche de l'état salin. Nous appellerons donc _oxide
-de soufre_, le soufre devenu mou par un commencement de combustion;
-nous appellerons oxide de phosphore la substance jaune que laisse le
-phosphore quand il a brûlé.
-
-Nous dirons de même que le gaz nitreux, qui est le premier degré
-d'oxygénation de l'azote, est un oxide d'azote. Enfin le règne végétal
-& le règne animal auront leurs oxides, & je ferai voir dans la
-suite combien ce nouveau langage jettera de lumières sur toutes les
-opérations de l'art & de la nature.
-
-Les oxides métalliques ont, comme nous l'avons déjà fait observer,
-presque tous des couleurs qui leur sont propres, & ces couleurs varient
-non-seulement pour les différens métaux, mais encore suivant le degré
-d'oxygénation du même métal. Nous nous sommes donc trouvés obligés
-d'ajouter à chaque oxide deux épithètes, l'une qui indiquât le métal
-oxidé, l'autre sa couleur; ainsi nous dirons oxide noir de fer, oxide
-rouge de fer, oxide jaune de fer; & ces expressions répondront à celles
-d'éthiops martial, de colcothar, de rouille de fer ou d'ocre.
-
-Nous dirons de même oxide gris de plomb, oxide jaune de plomb, oxide
-rouge de plomb; & ces expressions désigneront la cendre de plomb, le
-massicot & le minium.
-
-Ces dénominations seront quelquefois un peu longues, sur-tout quand
-on voudra exprimer si le métal a été oxidé à l'air, s'il l'a été par
-la détonation avec le nitre ou par l'action des acides; mais au moins
-elles seront toujours justes & feront naître l'idée précise de l'objet
-qui y correspond.
-
-Les tables jointes à cet Ouvrage, rendront ceci plus sensible.
-
-
-
-
-CHAPITRE VIII.
-
-_Du principe radical de l'Eau, & de sa décomposition par le charbon &
-par le fer._
-
-
-JUSQU'A ces derniers tems on avoit regardé l'eau comme une substance
-simple, & les anciens n'avoient fait aucune difficulté de la qualifier
-du nom d'élément: c'étoit sans doute une substance élémentaire pour
-eux, puisqu'ils n'étoient point parvenus à la décomposer, ou au moins
-puisque les décompositions de l'eau qui s'opéroient journellement
-sous leurs yeux, avoient échappé à leurs observations: mais on va
-voir que l'eau n'est plus un élément pour nous. Je ne donnerai point
-ici l'histoire de cette découverte qui est très-moderne, & qui même
-est encore contestée. On peut consulter à cet égard les Mémoires de
-l'Académie des Sciences, année 1781.
-
-Je me contenterai de rapporter les principales preuves de la
-décomposition & de la recomposition de l'eau; j'ose dire que quand on
-voudra bien les peser sans partialité, on les trouvera démonstratives.
-
-
-EXPÉRIENCE PREMIÈRE.
-
-_Préparation._
-
-On prend un tube de verre EF, _planche VII, fig. 11_, de 8 à 12 lignes
-de diamètre, qu'on fait passer à travers un fourneau, en lui donnant
-une légère inclinaison de E en F. A l'extrêmité supérieure E de ce
-tube, on ajuste une cornue de verre A, qui contient une quantité d'eau
-distillée bien connue, & à son extrêmité inférieure F, un serpentin SS'
-qui s'adapte en S' au gouleau d'un flacon H à deux tubulures; enfin à
-l'une des deux tubulures du flacon s'adapte un tube de verre recourbé
-KK, destiné à conduire les fluides aériformes ou gaz dans un appareil
-propre à en déterminer la qualité & la quantité.
-
-Il est nécessaire, pour assurer le succès de cette expérience, que
-le tube EF soit de verre vert bien cuit & d'une fusion difficile; on
-l'enduit en outre d'un lut d'argile mêlée avec du ciment fait avec
-des poteries de grès réduites en poudre; & dans la crainte qu'il ne
-fléchisse par le ramollissement, on le soutient dans son milieu avec
-une barre de fer qui traverse le fourneau. Des tuyaux de porcelaine
-sont préférables à ceux de verre; mais il est difficile de s'en
-procurer qui ne soient pas poreux, & presque toujours on y découvre
-quelques trous qui donnent passage à l'air ou aux vapeurs.
-
-Lorsque tout a été ainsi disposé, on allume du feu dans le fourneau
-EFCD, & on l'entretient de manière à faire rougir le tube de verre EF,
-sans le fondre; en même tems on allume assez de feu dans le fourneau
-VVXX, pour entretenir toujours bouillante l'eau de la cornue A.
-
-_Effet._
-
-A mesure que l'eau de la cornue A se vaporise par l'ébullition, elle
-remplit l'intérieur du tube EF, & elle en chasse l'air commun qui
-s'évacue par le tube KK; le gaz aqueux est ensuite condensé par le
-refroidissement dans le serpentin SS', & il tombe de l'eau goutte à
-goutte dans le flacon tubulé H.
-
-En continuant cette opération jusqu'à ce que toute l'eau de la cornue A
-soit évaporée, & en laissant bien égoutter les vaisseaux, on retrouve
-dans le flacon H une quantité d'eau rigoureusement égale à celle qui
-étoit dans la cornue A, sans qu'il y ait eu dégagement d'aucun gaz;
-en sorte que cette opération se réduit à une simple distillation
-ordinaire, dont le résultat est absolument le même que si l'eau
-n'eût point été portée à l'état incandescent, en traversant le tube
-intermédiaire EF.
-
-
-EXPÉRIENCE SECONDE.
-
-_Preparation._
-
-On dispose tout comme dans l'expérience précédente, avec cette
-différence seulement qu'on introduit dans le tube EF vingt-huit
-grains de charbon concassé en morceaux de médiocre grosseur, & qui
-préalablement a été long-tems exposé à une chaleur incandescente dans
-des vaisseaux fermés. On fait, comme dans l'expérience précédente,
-bouillir l'eau de la cornue A jusqu'à évaporation totale.
-
-_Effet._
-
-L'eau de la cornue A se distille dans cette expérience comme dans
-la précédente; elle se condense dans le serpentin, & coule goutte à
-goutte dans le flacon H; mais en même tems il se dégage une quantité
-considérable de gaz, qui s'échappe par le tuyau KK, & qu'on recueille
-dans un appareil convenable.
-
-L'opération finie, on ne retrouve plus dans le tube EF que quelques
-atômes de cendre; les vingt-huit grains de charbon ont totalement
-disparu.
-
-Les gaz qui se sont dégagés examinés avec soin, se trouvent peser
-ensemble 113 grains 7/10[4]; ils sont de deux espèces, savoir 144
-pouces cubiques de gaz acide carbonique, pesant 100 grains, & 380
-pouces cubiques d'un gaz extrêmement léger, pesant 13 grains 7/10, &
-qui s'allume par l'approche d'un corps enflammé lorsqu'il a le contact
-de l'air. Si on vérifie ensuite le poids de l'eau passée dans le
-flacon, on la trouve diminuée de 85 grains 7/10.
-
- [4] On trouvera dans la dernière partie de cet Ouvrage, le détail des
- procédés qu'on emploie pour séparer les différentes espèces de gaz &
- pour les peser.
-
-Ainsi dans cette expérience, 85 grains 7/10 d'eau, plus 28 grains de
-charbon ont formé 100 grains d'acide carbonique, plus 13 grains 7/10
-d'un gaz particulier susceptible de s'enflammer.
-
-Mais j'ai fait voir plus haut, que pour former 100 grains de gaz acide
-carbonique, il falloit unir 72 grains d'oxygène à 28 grains de charbon;
-donc les 28 grains de charbon placés dans le tube de verre ont enlevé
-à l'eau 72 grains d'oxygène; donc 85 grains 7/10 d'eau sont composés
-de 72 grains d'oxygène & de 13 grains 7/10 d'un gaz susceptible de
-s'enflammer. On verra bientôt qu'on ne peut pas supposer que ce gaz ait
-été dégagé du charbon, & qu'il est conséquemment un produit de l'eau.
-
-J'ai supprimé dans l'exposé de cette expérience quelques détails qui
-n'auroient servi qu'à la compliquer & à jetter de l'obscurité dans
-les idées des lecteurs: le gaz inflammable, par exemple, dissout un
-peu de charbon, & cette circonstance en augmente le poids & diminue
-au contraire celui de l'acide carbonique; l'altération qui en résulte
-dans les quantités n'est pas très-considérable; mais j'ai cru devoir
-les rétablir par calcul, & présenter l'expérience dans toute sa
-simplicité, & comme si cette circonstance n'avoit pas lieu. Au surplus,
-s'il restoit quelques nuages sur la vérité des conséquences que je
-tire de cette expérience, ils seroient bientôt dissipés par les autres
-expériences que je vais rapporter à l'appui.
-
-
-TROISIÈME EXPÉRIENCE.
-
-_Préparation._
-
-On dispose tout l'appareil comme dans l'expérience précédente, avec
-cette différence seulement, qu'au lieu des 28 grains de charbon, on met
-dans le tube EF, _planche VII, fig. 11_, 274 grains de petites lames
-de fer très-doux roulées en spirales. On fait rougir le tube comme
-dans les expériences précédentes; on allume du feu sous la cornue A,
-& on entretient l'eau qu'elle contient toujours bouillante, jusqu'à ce
-qu'elle soit entièrement évaporée, qu'elle ait passé en totalité dans
-le tube EF, & qu'elle se soit condensée dans le flacon H.
-
-_Effet._
-
-Il ne se dégage point de gaz acide carbonique dans cette expérience,
-mais seulement un gaz inflammable 13 fois plus léger que l'air de
-l'atmosphère: le poids total qu'on en obtient est de 15 grains, & son
-volume est d'environ 416 pouces cubiques. Si on compare la quantité
-d'eau primitivement employée avec celle restante dans le flacon H, on
-trouve un déficit de 100 grains. D'un autre côté, les 274 grains de
-fer renfermés dans le tube EF se trouvent peser 85 grains de plus que
-lorsqu'on les y a introduits; & leur volume se trouve considérablement
-augmenté: ce fer n'est presque plus attirable à l'aimant, il se dissout
-sans effervescence dans les acides; en un mot, il est dans l'état
-d'oxide noir, précisément comme celui qui a été brûlé dans le gaz
-oxygène.
-
-_Réflexions._
-
-Le résultat de cette expérience présente une véritable oxidation du
-fer par l'eau; oxidation toute semblable à celle qui s'opère dans
-l'air à l'aide de la chaleur. Cent grains d'eau ont été décomposés; 85
-d'oxygène se sont unis au fer pour le constituer dans l'état d'oxide
-noir, & il s'est dégagé 15 grains d'un gaz inflammable particulier:
-donc l'eau est composée d'oxygène & de la base d'un gaz inflammable,
-dans la proportion de 85 parties contre 15.
-
-Ainsi l'eau indépendamment de l'oxygène qui est un de ses principes, &
-qui lui est commun avec beaucoup d'autres substances, en contient un
-autre qui lui est propre, qui est son radical constitutif, & auquel
-nous nous sommes trouvés forcés de donner un nom. Aucun ne nous a
-paru plus convenable que celui d'hydrogène, c'est-à-dire, principe
-générateur de l'eau, de υδορ _eau_, & de γεινομαι _j'engendre_. Nous
-appellerons gaz hydrogène la combinaison de ce principe avec le
-calorique, & le mot d'hydrogène seul exprimera la base de ce même gaz,
-le radical de l'eau[A].
-
- [A] Ajout dans l'errata du tome 2:
-
- On a critiqué même avec assez d'amertume cette expression _hydrogène_,
- parce qu'on a prétendu qu'elle signifioit fils de l'eau, & non pas
- qui engendre l'eau. Mais qu'importe, si l'expression est également
- juste dans les deux sens? les expériences rapportées dans ce
- Chapitre, prouvent que l'eau, en se décomposant, donne naissance
- à l'hydrogène, & sur-tout l'hydrogène donne naissance à l'eau en
- se combinant avec l'oxigène. On peut donc dire également que l'eau
- engendre l'hydrogène, & que l'hydrogène engendre l'eau.
-
-Voilà donc un nouveau corps combustible, c'est-à-dire, un corps qui
-a assez d'affinité avec l'oxygène pour l'enlever au calorique & pour
-décomposer l'air ou le gaz oxygène. Ce corps combustible a lui-même
-une telle affinité avec le calorique, qu'à moins qu'il ne soit engagé
-dans une combinaison, il est toujours dans l'état aériforme ou de
-gaz au degré habituel de pression & de température dans lequel nous
-vivons. Dans cet état de gaz, il est environ 13 fois plus léger que
-l'air de l'atmosphère, il n'est point absorbable par l'eau, mais il est
-susceptible d'en dissoudre une petite quantité; enfin il ne peut servir
-à la respiration des animaux.
-
-La propriété de brûler & de s'enflammer n'étant pour ce gaz comme pour
-tous les autres combustibles, que la propriété de décomposer l'air
-& d'enlever l'oxygène au calorique, on conçoit qu'il ne peut brûler
-qu'avec le contact de l'air ou du gaz oxygène. Aussi lorsqu'on emplit
-une bouteille de ce gaz & qu'on l'allume, il brûle paisiblement au
-gouleau de la bouteille & ensuite dans son intérieur, à mesure que
-l'air extérieur y pénètre; mais la combustion est successive & lente,
-elle n'a lieu qu'à la surface où le contact des deux airs ou gaz
-s'opère. Il n'en est pas de même lorsqu'on mêle ensemble les deux airs
-avant de les allumer: si par exemple après avoir introduit dans une
-bouteille à gouleau étroit une partie de gaz oxygène, & ensuite deux de
-gaz hydrogène, on approche de son orifice un corps enflammé, tel qu'une
-bougie ou un morceau de papier allumé, la combustion des deux gaz se
-fait d'une manière instantanée & avec une forte explosion. On ne doit
-faire cette expérience que dans une bouteille de verre vert très-forte
-qui n'excède pas une pinte de capacité & qu'on enveloppe même d'un
-linge, autrement on s'exposeroit à des accidens funestes par la rupture
-de la bouteille dont les fragmens pourroient être lancés à de grandes
-distances.
-
-Si tout ce que je viens d'exposer sur la décomposition de l'eau est
-exact & vrai, si réellement cette substance est composée, comme j'ai
-cherché à l'établir, d'un principe qui lui est propre, d'hydrogène
-combiné avec l'oxygène, il en résulte qu'en réunissant ces deux
-principes, on doit refaire de l'eau, & c'est ce qui arrive en effet,
-comme on va en juger par l'expérience suivante.
-
-
-QUATRIÈME EXPÉRIENCE.
-
-_Recomposition de l'eau._
-
-_Préparation._
-
-On prend un ballon A de cristal, _planche IV, fig. 5_, à large
-ouverture, & dont la capacité soit de 30 pintes environ; on y mastique
-une platine de cuivre BC percée de quatre trous auxquels aboutissent
-quatre tuyaux. Le premier H_h_ est destiné à s'adapter par son
-extrêmité _h_ à une pompe pneumatique par le moyen de laquelle on
-peut faire le vuide dans le ballon. Un second tuyau _gg_ communique
-par son extrêmité MM avec un réservoir de gaz oxygène, & est destiné
-à l'amener dans le ballon. Un troisième _d_D_d'_ communique par son
-extrêmité _d_NN avec un réservoir de gaz hydrogène: l'extrêmité _d'_ de
-ce tuyau se termine par une ouverture très-petite & à travers laquelle
-une très-fine aiguille peut à peine passer. C'est par cette petite
-ouverture que doit sortir le gaz hydrogène contenu dans le réservoir; &
-pour qu'il ait une vîtesse suffisante, on doit lui faire éprouver une
-pression de un ou deux pouces d'eau. Enfin la platine BC est percée
-d'un quatrième trou, lequel est garni d'un tube de verre mastiqué,
-à travers lequel passe un fil de métal GL, à l'extrémité L duquel
-est adaptée une petite boule, afin de pouvoir tirer une étincelle
-électrique de L en _d'_ pour allumer, comme on le verra bientôt, le gaz
-hydrogène. Le fil de métal GL est mobile dans le tube de verre afin de
-pouvoir éloigner la boule L de l'extrémité _d'_ de l'ajutoir D_d'_. Les
-trois tuyaux _d_D_d'_, _gg_, H_h_ sont chacun garnis de leur robinet.
-
-Pour que le gaz hydrogène & le gaz oxygène arrivent bien secs par les
-tuyaux respectifs qui doivent les amener au ballon A, & qu'ils soient
-dépouillés d'eau autant qu'ils le peuvent être, on les fait passer à
-travers des tubes MM, NN d'un pouce environ de diamètre qu'on remplit
-d'un sel très-déliquescent, c'est-à-dire, qui attire l'humidité de
-l'air avec beaucoup d'avidité, tels que l'acétite de potasse, le
-muriate ou le nitrate de chaux. _Voyez_ quelle est la composition de
-ces sels dans la seconde partie de cet Ouvrage. Ces sels doivent être
-en poudre grossière afin qu'ils ne puissent pas faire masse, & que
-le gaz passe facilement à travers les interstices que laissent les
-morceaux.
-
-On doit s'être prémuni d'avance d'une provision suffisante de gaz
-oxygène bien pur; & pour s'assurer qu'il ne contient point d'acide
-carbonique, on doit le laisser long-tems en contact avec de la potasse
-dissoute dans de l'eau, & qu'on a dépouillée de son acide carbonique
-par de la chaux: on donnera plus bas quelques détails sur les moyens
-d'obtenir cet alkali.
-
-On prépare avec le même soin le double de gaz hydrogène. Le procédé le
-plus sûr pour l'obtenir exempt de mêlange, consiste à le tirer de la
-décomposition de l'eau par du fer bien ductile & bien pur.
-
-Lorsque ces deux gaz sont ainsi préparés, on adapte la pompe
-pneumatique au tuyau H_h_, & on fait le vuide dans le grand ballon A:
-on y introduit ensuite l'un ou l'autre des deux gaz, mais de préférence
-le gaz oxygène par le tuyau _gg_, puis on oblige par un certain degré
-de pression le gaz hydrogène à entrer dans le même ballon par le tuyau
-_d_D_d'_, dont l'extrémité _d'_ se termine en pointe. Enfin on allume
-ce gaz à l'aide d'une étincelle électrique. En fournissant ainsi
-de chacun des deux airs, on parvient à continuer très-long-tems la
-combustion. J'ai donné ailleurs la description des appareils que j'ai
-employés pour cette expérience, & j'ai expliqué comment on parvient à
-mesurer les quantités de gaz consommés avec une rigoureuse exactitude.
-_Voyez_ la troisième partie de cet Ouvrage.
-
-_Effet._
-
-A mesure que la combustion s'opère, il se dépose de l'eau sur les
-parois intérieures du ballon ou matras: la quantité de cette eau
-augmente peu à peu; elle se réunit en grosses goutes qui coulent & se
-rassemblent dans le fond du vase.
-
-En pesant le matras avant & après l'opération, il est facile de
-connoître la quantité d'eau qui s'est ainsi rassemblée. On a donc dans
-cette expérience une double vérification; d'une part le poids des
-gaz employés, de l'autre celui de l'eau formée, & ces deux quantités
-doivent être égales. C'est par une expérience de ce genre que nous
-avons reconnu, M. Meusnier & moi, qu'il falloit 85 parties en poids
-d'oxygène, & 15 parties également en poids d'hydrogène, pour composer
-100 parties d'eau. Cette expérience qui n'a point encore été publiée, a
-été faite en présence d'une Commission nombreuse de l'Académie; nous y
-avons apporté les attentions les plus scrupuleuses, & nous avons lieu
-de la croire exacte à un deux-centième près tout au plus.
-
-Ainsi, soit qu'on opère par voie de décomposition ou de recomposition,
-on peut regarder comme constant & aussi bien prouvé qu'on puisse le
-faire en Chimie & en Physique, que l'eau n'est point une substance
-simple; qu'elle est composée de deux principes, l'oxygène &
-l'hydrogène, & que ces deux principes séparés l'un de l'autre, ont
-tellement d'affinité avec le calorique, qu'ils ne peuvent exister que
-sous forme de gaz, au degré de température & de pression dans lequel
-nous vivons.
-
-Ce phénomène de la décomposition & de la recomposition de l'eau s'opère
-continuellement sous nos yeux, à la température de l'atmosphère & par
-l'effet des affinités composées. C'est à cette décomposition que sont
-dus, comme nous le verrons bientôt, au moins jusqu'à un certain point,
-les phénomènes de la fermentation spiritueuse, de la putréfaction, &
-même de la végétation. Il est bien extraordinaire qu'elle ait échappé
-jusqu'ici à l'œil attentif des Physiciens & des Chimistes, & on doit
-en conclure que dans les sciences comme dans la morale il est difficile
-de vaincre les préjugés dont on a été originairement imbu, & de suivre
-une autre route que celle dans laquelle on est accoutumé de marcher.
-
-Je terminerai cet article par une expérience beaucoup moins probante
-que celles que j'ai précédemment rapportées, mais qui m'a paru
-cependant faire plus d'impression qu'aucune autre sur un grand nombre
-de personnes. Si on brûle une livre ou seize onces d'esprit-de-vin ou
-alkool dans un appareil propre à recueillir toute l'eau qui se dégage
-pendant la combustion, on en obtient 17 à 18 onces[5]. Or une matière
-quelconque ne peut rien fournir dans une expérience au-delà de la
-totalité de son poids; il faut donc qu'il s'ajoute une autre substance
-à l'esprit-de-vin pendant sa combustion: or j'ai fait voir que cette
-autre substance étoit la base de l'air, l'oxygène. L'esprit-de-vin
-contient donc un des principes de l'eau, l'_hydrogène_; & c'est l'air
-de l'atmosphère qui fournit l'autre, l'_oxygène_: nouvelle preuve que
-l'eau est une substance composée.
-
- [5] Voyez la description de cet appareil dans la troisième partie de
- cet Ouvrage.
-
-
-
-
-CHAPITRE IX.
-
-_De la quantité de Calorique qui se dégage des différentes espèces de
-combustion._
-
-
-NOUS avons vu qu'en opérant une combustion quelconque dans une sphère
-de glace creuse, & en fournissant pour l'entretenir de l'air à zéro
-du thermomètre, la quantité de glace fondue dans l'intérieur de la
-sphère, donnoit une mesure, sinon absolue, du moins relative des
-quantités de calorique dégagé. Nous avons donné, M. de la Place & moi,
-la description de l'appareil que nous avons employé dans ce genre
-d'expériences. _Voyez_ Mémoires de l'Acad. des Sciences, année 1780,
-page 355. _Voyez_ aussi la 3e partie de cet Ouvrage. Ayant essayé de
-déterminer les quantités de glace qui se fondoient par la combustion de
-trois des quatre substances combustibles simples, savoir, le phosphore,
-le carbone & l'hydrogène, nous avons obtenu les résultats qui suivent.
-
-Pour la combustion d'une livre de phosphore, 100 livres de glace.
-
-Pour la combustion d'une livre de carbone, 96 livres 8 onces.
-
-Pour la combustion d'une livre de gaz hydrogène, 295 livres 9 onces 3
-gros & demi.
-
-La substance qui se forme par le résultat de la combustion du
-phosphore, étant un acide concret, il est probable qu'il reste très-peu
-de calorique dans cet acide, & que par conséquent cette combustion
-fournit un moyen de connoître, à très-peu de chose près, la quantité de
-calorique contenue dans le gaz oxygène. Mais quand on voudroit supposer
-que l'acide phosphorique retient encore une quantité considérable de
-calorique, comme le phosphore en contenoit aussi une portion avant la
-combustion, l'erreur ne pourroit jamais être que de la différence, &
-par conséquent de peu d'importance.
-
-J'ai fait voir, page 60, qu'une livre de phosphore en brûlant absorboit
-1 livre 8 onces d'oxygène; & puisqu'il y a en même tems 100 livres de
-glace fondue, il en résulte que la quantité de calorique contenue dans
-une livre de gaz oxygène, est capable de faire fondre 66 livres 10
-onces 5 gros 24 grains de glace.
-
-Une livre de charbon en brûlant ne fait fondre que 96 livres 8 onces de
-glace; mais il s'absorbe en même tems 2 livres 9 onces 1 gros 10 grains
-de gaz oxygène. Or, en partant des résultats obtenus dans la combustion
-du phosphore, 2 liv. 9 onc. 1 gros 10 grains de gaz oxygène, devroient
-abandonner assez de calorique pour fondre 171 livres 6 onces 5 gros
-de glace. Il disparoît donc dans cette expérience une quantité de
-calorique qui auroit été suffisante pour faire fondre 74 liv. 14 onc.
-5 gros de glace; mais comme l'acide carbonique n'est point, comme le
-phosphorique, dans l'état concret après la combustion, qu'il est au
-contraire dans l'état gazeux, il a fallu nécessairement une quantité
-de calorique pour le porter à cet état, & c'est cette quantité qui se
-trouve manquante dans la combustion ci-dessus. En la divisant par le
-nombre de livres d'acide carbonique qui se forment par la combustion
-d'une livre de charbon, on trouve que la quantité de calorique
-nécessaire pour porter une livre d'acide carbonique de l'état concret à
-l'état gazeux, feroit fondre 20 liv. 15 onces 5 gros de glace.
-
-On peut faire un semblable calcul sur la combustion de l'hydrogène &
-sur la formation de l'eau; une livre de ce fluide élastique absorbe en
-brûlant 5 liv. 10 onc. 5 gros 24 grains d'oxygène, & fait fondre 295
-livres 9 onces 3 gros & demi de glace.
-
- liv. onc. gros.
-
- Or, 5 liv. 10 onces 5 gros 24 grains de
- gaz oxygène, en passant de l'état
- aériforme à l'état solide, perdroient,
- d'après les résultats obtenus dans la
- combustion du phosphore, assez de
- calorique pour faire fondre une quantité
- de glace égale à 377 12 3
-
- Il ne s'en dégage dans la combustion
- du gaz hydrogène, que 295 2 3
- ------------------
- Il en reste donc dans l'eau qui se forme,
- lors même qu'elle est ramenée à zéro
- du thermomètre, 82 9 7 1/2
-
-Or, comme il se forme 6 liv. 10 onc. 5 gros 24 grains d'eau dans la
-combustion d'une livre de gaz hydrogène, il en résulte qu'il reste dans
-chaque livre d'eau, à zéro du thermomètre, une quantité de calorique
-égale à celle nécessaire pour fondre 12 liv. 5 onc. 2 gros 48 grains de
-glace, sans parler même de celui contenu dans le gaz hydrogène, dont il
-est impossible de tenir compte dans cette expérience, parce que nous
-n'en connoissons pas la quantité. D'où l'on voit que l'eau, même dans
-l'état de glace, contient encore beaucoup de calorique, & que l'oxygène
-en conserve une quantité très-considérable en passant dans cette
-combinaison.
-
-De ces diverses tentatives on peut résumer les résultats qui suivent.
-
-
-_Combustion du Phosphore._
-
- liv. onc. gros gr.
-
- Quantité de phosphore brûlé, 1 » » »
-
- Quantité de gaz oxygène nécessaire pour
- la combustion, 1 8 » »
- ---------------------
-
- Quantité d'acide phosphorique obtenu, 2 8 » »
- ---------------------
-
- Quantité de calorique dégagé par la combustion
- d'une livre de phosphore, exprimé par la quantité
- de livres de glace qu'il peut fondre, 100,00000
-
- Quantité de calorique dégagé de chaque livre de
- gaz oxygène dans la combustion du phosphore, 66,66667
-
- Quantité de calorique qui se dégage dans la
- formation d'une livre d'acide phosphorique, 40,00000
-
- Quantité de calorique resté dans chaque livre
- d'acide phosphorique, 0,00000
-
-On suppose ici que l'acide phosphorique ne conserve aucune portion
-de calorique, ce qui n'est pas rigoureusement vrai: mais la quantité
-(comme on l'a déjà observé plus haut) en est probablement très-petite,
-& on ne la suppose nulle que faute de la pouvoir évaluer.
-
-
-_Combustion du Charbon._
-
- liv. onc. gros gr.
-
- Quantité de charbon brûlé, 1 » » »
-
- Quantité de gaz oxygène
- absorbé pendant la combustion, 2 9 1 10
- ----------------------
-
- Quantité d'acide carbonique formé, 3 9 1 10
- ----------------------
-
- Quantité de calorique dégagé par la combustion
- d'une livre de charbon, exprimé par la
- quantité de livres de glace qu'il peut fondre, 96,50000
-
- Quantité de calorique dégagé de chaque livre de
- gaz oxygène, 37,52823
-
- Quantité de calorique qui se dégage dans la
- formation d'une livre de gaz acide carbonique, 27,02024
-
- Quantité de calorique que conserve une livre d'oxygène
- dans cette combustion, 29,13844
-
- Quantité de calorique nécessaire pour porter une livre
- d'acide carbonique à l'état de gaz, 20,97960
-
-
-_Combustion du Gaz hydrogène._
-
- liv. onc. gros gr.
-
- Quantité de gaz hydrogène brûlé, 1 » » »
-
- Quantité de gaz oxygène employé
- pour la combustion, 5 10 5 24
- ----------------------
- Quantité d'eau formée, 6 10 5 24
- ----------------------
-
- Quantité de calorique dégagé par la combustion
- d'une livre de gaz hydrogène, 295,58950
-
- Quantité de calorique dégagé par chaque livre de
- gaz oxygène, 52,16280
-
- Quantité de calorique qui se dégage pendant la
- formation d'une livre d'eau, 44,33840
-
- Quantité de calorique que conserve une livre
- d'oxygène dans sa combustion avec l'hydrogène, 14,50386
-
- Quantité de calorique que conserve une livre d'eau
- à zéro, 12,32823
-
-
-_De la Formation de l'Acide nitrique._
-
-Lorsque l'on combine du gaz nitreux avec du gaz oxigène pour former
-de l'acide nitrique ou nitreux, il y a une légère chaleur produite;
-mais elle est beaucoup moindre que celle qui a lieu dans les autres
-combinaisons de l'oxygène; d'où il résulte par une conséquence
-nécessaire que le gaz oxygène, en se fixant dans l'acide nitrique,
-retient une grande partie du calorique qui lui étoit combiné dans
-l'état de gaz. Il n'est point impossible sans doute de déterminer la
-quantité de calorique qui se dégage pendant la réunion des deux gaz, &
-on en concluroit facilement ensuite celle qui demeure engagée dans la
-combinaison. On parviendroit à obtenir la première de ces données, en
-opérant la combinaison du gaz nitreux & du gaz oxygène dans un appareil
-environné de glace: mais comme il se dégage peu de calorique dans
-cette combinaison, on ne pourroit réussir à en déterminer la quantité,
-qu'autant qu'on opéreroit très en grand avec des appareils embarrassans
-& compliqués; & c'est ce qui nous a empêchés jusqu'ici, M. de la Place
-& moi, de la tenter. En attendant, on peut déjà y suppléer par des
-calculs qui ne peuvent pas s'écarter beaucoup de la vérité.
-
-Nous avons fait détonner, M. de la Place & moi, dans un appareil à
-glace une proportion convenable de salpêtre & de charbon, & nous avons
-observé qu'une livre de salpêtre pouvoit, en détonant ainsi, fondre 12
-livres de glace.
-
-Mais une livre de salpêtre, comme on le verra dans la suite, contient:
-
- onc. gros grains.
- Potasse 7 6 51,84 = 4515,84.
- Acide sec 8 1 20,16 = 4700,16.
-
-Et les 8 onces 1 gros 20 grains 16 d'acide, sont eux-mêmes composés de
-
- onc. gros grains.
- Oxygène 6 3 66,34 = 3738,34.
- Mofète 1 5 25,82 = 961,82.
-
- On a donc réellement brûlé dans cette opération
- 2 gros 1 grain 1/3 de charbon, à l'aide de
- 3738,34 grains, ou 6 onces 3 gros 66,34 grains
- d'oxygène; & puisque la quantité de glace fondue
- dans cette combustion a été de 12 livres, il en
- résulte qu'une livre de gaz oxygène brûlé de la
- même manière, fondroit 29,58320
-
- A quoi ajoutant pour la quantité de calorique
- que conserve une livre d'oxygène dans sa combinaison
- avec le charbon, pour constituer l'acide carbonique
- dans l'état de gaz, & qui est, comme on l'a vu
- plus haut, de 29,13844
- --------
-
- On a pour la quantité totale de calorique que
- contient une livre d'oxygène, lorsqu'il est combiné
- dans l'acide nitrique, 58,72164
-
- On a vu par le résultat de la combustion du
- phosphore, que dans l'état de gaz oxygène il
- en contenoit au moins 66,66667
- --------
- Donc, en se combinant avec l'azote pour former de
- l'acide nitrique, il n'en perd que 7,94502
- --------
-
-Des expériences ultérieures apprendront si ce résultat déduit par le
-calcul, s'accorde avec des opérations plus directes.
-
-Cette énorme quantité de calorique que l'oxygène porte avec lui dans
-l'acide nitrique, explique pourquoi dans toutes les détonations du
-nitre, ou pour mieux dire, dans toutes les occasions où l'acide
-nitrique se décompose, il y a un si grand dégagement de calorique.
-
-
-_Combustion de la Bougie._
-
-Après avoir examiné quelques cas de combustions simples, je vais donner
-des exemples de combustions plus composées; je commence par la cire.
-
-Une livre de cette substance, en brûlant paisiblement dans l'appareil
-à glace destiné à mesurer les quantités de calorique, fond 133 liv. 2
-onces 5 gros 1/3 de glace.
-
-Or une livre de bougie, suivant les expériences que j'ai rapportées,
-Mém. de l'Acad. année 1784, page 606, contient:
-
- onc. gros grains.
- Charbon 13 1 23
- Hydrogène 2 6 49
-
- liv. de glace.
-
- Les 13 onces 1 gros 23 grains de charbon,
- d'après les expériences ci-dessus rapportées,
- devoient fondre 79,39390
-
- Les 2 onces 6 gros 49 grains d'hydrogène,
- devoient fondre 52,37605
- ---------
- Total, 131,76995
-
-On voit par ces résultats, que la quantité de calorique qui se dégage
-de la bougie qui brûle, est assez exactement égale à celle qu'on
-obtiendroit en brûlant séparément un poids de charbon & d'hydrogène
-égal à celui qui entre dans sa combinaison. Les expériences sur la
-combustion de la bougie ayant été répétées plusieurs fois, j'ai lieu de
-présumer qu'elles sont exactes.
-
-
-_Combustion de l'Huile d'olives._
-
-Nous avons enfermé dans l'appareil ordinaire une lampe qui contenoit
-une quantité d'huile d'olives bien connue; & l'expérience finie, nous
-avons déterminé exactement le poids de l'huile qui avoit été consommée,
-& celui de la glace qui avoir été fondue; le résultat a été qu'une
-livre d'huile d'olives en brûlant pouvoit fondre 148 livr. 14 onc. 1
-gros de glace.
-
-Mais une livre d'huile d'olives, d'après les expériences que j'ai
-rapportées, Mémoires de l'Acad. année 1784, & dont on trouvera un
-extrait dans le chapitre suivant, contient:
-
- onc. gros grains.
- Charbon 12 5 5
- Hydrogène 3 2 67
-
- liv. de glace.
-
- La combustion de 12 onces 5 gros 5 grains
- de charbon, ne devoit fondre que 76,18723
-
- Et celle de 3 onces 2 gros 67 grains d'hydrogène, 62,15053
- ---------
- Total, 138,33776
-
- Il s'en est fondu 148,88330
-
- Le dégagement de calorique a donc été plus
- considérable qu'il ne devoit l'être d'une quantité
- équivalente à 10,54554
- ---------
-
-Cette différence qui n'est pas au surplus très-considérable peut tenir
-ou à des erreurs inévitables dans les expériences de ce genre, ou à ce
-que la composition de l'huile n'est pas encore assez rigoureusement
-connue. Mais il en résulte toujours qu'il y a déjà beaucoup d'ensemble
-& d'accord dans la marche des expériences relatives à la combinaison &
-au dégagement du calorique.
-
-Ce qui reste à faire dans ce moment & dont nous sommes occupés, est de
-déterminer ce que l'oxygène conserve de calorique dans sa combinaison
-avec les métaux pour les convertir en oxides; ce que l'hydrogène en
-contient dans les différens états dans lesquels il peut exister;
-enfin de connoître d'une manière plus exacte la quantité de calorique
-qui se dégage dans la formation de l'eau. Il nous reste sur cette
-détermination une incertitude assez grande qu'il est nécessaire de
-lever par de nouvelles expériences. Ces différens points bien connus,
-& nous espérons qu'ils le seront bientôt, nous nous trouverons
-vraisemblablement obligés de faire des corrections, peut-être même
-assez considérables, à la plupart des résultats que je viens d'exposer;
-mais je n'ai pas cru que ce fût une raison de différer d'en aider
-ceux qui pourront se proposer de travailler sur le même objet. Il est
-difficile quand on cherche les élémens d'une science nouvelle, de ne
-pas commencer par des à-peu-près; & il est rare qu'il soit possible de
-la porter dès le premier jet à son état de perfection.
-
-
-
-
-CHAPITRE X.
-
-_De la combinaison des Substances combustibles les unes avec les
-autres._
-
-
-LES substances combustibles étant en général celles qui ont une
-grande appétence pour l'oxygène, il en résulte qu'elles doivent avoir
-de l'affinité entr'elles, qu'elles doivent tendre à se combiner les
-unes avec les autres: _quæ sunt eadem uni tertio sunt eadem inter
-se_; & c'est ce qu'on observe en effet. Presque tous les métaux, par
-exemple, sont susceptibles de se combiner les uns avec les autres,
-& il en résulte un ordre de composés qu'on nomme alliage dans les
-usages de la société. Rien ne s'oppose à ce que nous adoptions cette
-expression: ainsi nous dirons que la plupart des métaux s'allient les
-uns avec les autres; que les alliages, comme toutes les combinaisons,
-sont susceptibles d'un ou de plusieurs degrés de saturation: que les
-substances métalliques dans cet état sont en général plus cassantes que
-les métaux purs, sur-tout lorsque les métaux alliés diffèrent beaucoup
-par leur degré de fusibilité; enfin nous ajouterons que c'est à cette
-différence des degrés de fusibilité des métaux que sont dus une partie
-des phénomènes particuliers que présentent les alliages, tels, par
-exemple, que la propriété qu'ont quelques espèces de fer d'être cassans
-à chaud. Ces fers doivent être considérés comme un alliage de fer pur,
-métal presqu'infusible, avec une petite quantité d'un autre métal, quel
-qu'il soit, qui se liquéfie à une chaleur beaucoup plus douce. Tant
-qu'un alliage de cette espèce est froid, & que les deux métaux sont
-dans l'état solide, il peut être malléable: mais si on le chauffe à un
-degré suffisant pour liquéfier celui des deux métaux qui est le plus
-fusible, les parties liquides interposées entre les solides doivent
-rompre la solution de continuité, & le fer doit devenir cassant.
-
-A l'égard des alliages du mercure avec les métaux, on a coutume de les
-désigner sous le nom d'amalgame, & nous n'avons vu aucun inconvénient à
-leur conserver cette dénomination.
-
-Le soufre, le phosphore, le charbon sont également susceptibles de se
-combiner avec les métaux; les combinaisons du soufre ont été en général
-désignées sous le nom de pirites; les autres n'ont point été nommées,
-ou du moins elles ont reçu des dénominations si modernes que rien ne
-s'oppose à ce qu'elles soient changées.
-
-Nous avons donné aux premières de ces combinaisons le nom de sulfures,
-aux secondes celui de phosphures, enfin aux troisièmes celui de
-carbures. Ainsi le soufre, le phosphore, le charbon oxygénés forment
-des oxides ou des acides; mais lorsqu'ils entrent dans des combinaisons
-sans s'être auparavant oxygénés, ils forment des sulfures, des
-phosphures & des carbures. Nous étendrons même ces dénominations aux
-combinaisons alkalines; ainsi nous désignerons sous le nom de sulfure
-de potasse la combinaison du soufre avec la potasse ou alkali fixe
-végétal, & sous le nom de sulfure d'ammoniaque la combinaison du soufre
-avec l'alkali volatil ou ammoniaque.
-
-L'hydrogène, cette substance éminemment combustible est aussi
-susceptible de se combiner avec un grand nombre de substances
-combustibles. Dans l'état de gaz il dissout le carbone, le soufre, le
-phosphore & plusieurs métaux. Nous désignerons ces combinaisons sous
-le nom de gaz hydrogène carboné, de gaz hydrogène sulfuré, de gaz
-hydrogène phosphoré. Le second de ces gaz, le gaz hydrogène sulfuré est
-celui que les chimistes ont désigné sous le nom de _gaz hépatique_, &
-que M. Schéele a nommé _gaz puant du soufre_; c'est à lui que quelques
-eaux minérales doivent leurs vertus; c'est aussi à son émanation que
-les déjections animales doivent principalement leur odeur infecte.
-A l'égard du gaz hydrogène phosphoré, il est remarquable par la
-propriété qu'il a de s'enflammer spontanément lorsqu'il a le contact
-de l'air ou mieux encore celui du gaz oxigène, comme l'a découvert M.
-Gengembre. Ce gaz a l'odeur du poisson pourri, & il est probable qu'il
-s'exhale en effet un véritable gaz hydrogène phosphoré de la chair
-des poissons par la putréfaction.
-
-Lorsque l'hydrogène & le carbone s'unissent ensemble sans que
-l'hydrogène ait été porté à l'état de gaz par le calorique, il en
-résulte une combinaison particulière connue sous le nom d'huile,
-& cette huile est ou fixe ou volatile, suivant les proportions de
-l'hydrogène & du carbone.
-
-Il ne sera pas inutile d'observer ici qu'un des principaux caractères
-qui distingue les huiles fixes retirées des végétaux par expression
-d'avec les huiles volatiles ou essentielles, c'est que les premières
-contiennent un excès de carbone qui s'en sépare lorsqu'on les échauffe
-au-delà du degré de l'eau bouillante: les huiles volatiles au contraire
-étant formées d'une plus juste proportion de carbone & d'hydrogène,
-ne sont point susceptibles d'être décomposées à un degré de chaleur
-supérieur à l'eau bouillante; les deux principes qui les constituent
-demeurent unis; ils se combinent avec le calorique pour former un gaz,
-& c'est dans cet état que ces huiles passent dans la distillation.
-
-J'ai donné la preuve que les huiles étoient ainsi composées d'hydrogène
-& de carbone dans un mémoire sur la combinaison de l'esprit de vin
-& des huiles avec l'oxygène, imprimé dans le recueil de l'Académie,
-année 1784, page 593. On y verra que les huiles fixes en brûlant
-dans le gaz oxygène se convertissent en eau & en acide carbonique,
-& qu'en appliquant le calcul à l'expérience, elles sont composées
-de 21 parties d'hydrogène & de 79 parties de carbone. Peut-être les
-substances huileuses solides, telles que la cire, contiennent-elles en
-outre un peu d'oxigène auquel elles doivent leur état solide. Je suis
-au surplus occupé dans ce moment d'expériences qui donneront un grand
-développement à toute cette théorie.
-
-C'est une question bien digne d'être examinée, de savoir si l'hydrogène
-est susceptible de se combiner avec le soufre, le phosphore & même
-avec les métaux dans l'état concret. Rien n'indique sans doute _à
-priori_ que ces combinaisons soient impossibles; car puisque les corps
-combustibles sont en général susceptibles de se combiner les uns avec
-les autres, on ne voit pas pourquoi l'hydrogène feroit exception.
-Mais en même-tems aucune expérience directe ne prouve encore ni la
-possibilité ni l'impossibilité de cette union. Le fer & le zinc sont
-de tous les métaux ceux dans lesquels on seroit le plus en droit de
-soupçonner une combinaison d'hydrogène: mais en même-tems ces métaux
-ont la propriété de décomposer l'eau; & comme dans les expériences
-chimiques il est difficile de se débarrasser des derniers vestiges
-d'humidité, il n'est pas facile de s'assurer si les petites portions
-de gaz hydrogène qu'on obtient dans quelques expériences sur ces
-métaux leur étoient combinées, ou bien si elles proviennent de la
-décomposition de quelques molécules d'eau. Ce qu'il y a de certain,
-c'est que plus on prend soin d'écarter l'eau de ce genre d'expérience,
-plus la quantité de gaz hydrogène diminue, & qu'avec de très-grandes
-précautions on parvient à n'en avoir que des quantités presque
-insensibles.
-
-Quoi qu'il en soit, que les corps combustibles, notamment le soufre,
-le phosphore & les métaux, soient susceptibles ou non d'absorber de
-l'hydrogène, on peut assurer au moins qu'il ne s'y combine qu'en
-très-petite quantité; & que cette combinaison loin d'être essentielle
-à leur constitution, ne peut être regardée que comme une addition
-étrangère qui en altère la pureté. C'est au surplus à ceux qui ont
-embrassé ce systême à prouver par des expériences décisives l'existence
-de cet hydrogène, & jusqu'à présent ils n'ont donné que des conjectures
-appuyées sur des suppositions.
-
-
-
-
-CHAPITRE XI.
-
-_Considérations sur les Oxides & les Acides à plusieurs bases, & sur
-la composition des matières végétales & animales._
-
-
-NOUS avons examiné dans le chapitre cinquième & dans le chapitre
-huitième quel étoit le résultat de la combustion & de l'oxygénation
-des quatre substances combustibles simples, le phosphore, le soufre,
-le carbone & l'hydrogène: nous avons fait voir dans le chapitre
-dixième que les substances combustibles simples étoient susceptibles
-de se combiner les unes avec les autres, pour former des corps
-combustibles composés, & nous avons observé que les huiles en
-général, principalement les huiles fixes des végétaux, appartenoient
-à cette classe, & qu'elles étoient toutes composées d'hydrogène & de
-carbone. Il me reste à traiter dans ce chapitre de l'oxygénation des
-corps combustibles composés, à faire voir qu'il existe des acides &
-des oxides à base double & triple, que la nature nous en fournit à
-chaque pas des exemples, & que c'est principalement par ce genre de
-combinaisons qu'elle est parvenue à former avec un aussi petit nombre
-d'élémens ou de corps simples une aussi grande variété de résultats.
-
-On avoit très-anciennement remarqué qu'en mêlant ensemble de l'acide
-muriatique & de l'acide nitrique, il en résultoit un acide mixte qui
-avoit des propriétés fort différentes de celles des deux acides dont
-il étoit composé. Cet acide a été célébre par la propriété qu'il a
-de dissoudre l'or, _le Roi des métaux_ dans le langage alchimique, &
-c'est de-là que lui a été donnée la qualification brillante _d'eau
-régale_. Cet acide mixte, comme l'a très-bien prouvé M. Berthollet,
-a des propriétés particulières dépendantes de l'action combinée de
-ses deux bases acidifiables, & nous avons cru par cette raison devoir
-lui conserver un nom particulier. Celui d'acide nitro-muriatique nous
-a paru le plus convenable, parce qu'il exprime la nature des deux
-substances qui entrent dans sa composition.
-
-Mais ce phénomène qui n'a été observé que pour l'acide nitro-muriatique
-se présente continuellement dans le règne végétal: il est infiniment
-rare d'y trouver un acide simple, c'est-à-dire qui ne soit composé que
-d'une seule base acidifiable. Tous les acides de ce règne ont pour
-base l'hydrogène & le carbone, quelquefois l'hydrogène, le carbone
-& le phosphore, le tout combiné avec une proportion plus ou moins
-considérable d'oxygène. Le règne végétal a également des oxides qui
-sont formés des mêmes bases doubles & triples, mais moins oxygénées.
-
-Les acides & oxides du règne animal sont encore plus composés; il
-entre dans la combinaison de la plupart quatre bases acidifiables,
-l'hydrogène, le carbone, le phosphore & l'azote.
-
-Je ne m'étendrai pas beaucoup ici sur cette matière sur laquelle il n'y
-a pas long-tems que je me suis formé des idées claires & méthodiques:
-je la traiterai plus à fond dans des Mémoires que je prépare pour
-l'Académie. La plus grande partie de mes expériences sont faites, mais
-il est nécessaire que je les répète & que je les multiplie davantage,
-afin de pouvoir donner des résultats exacts pour les quantités. Je me
-contenterai en conséquence de faire une courte énumération des oxides
-& acides végétaux & animaux, & de terminer cet article par quelques
-réflexions sur la constitution végétale & animale.
-
-Les oxides végétaux à deux bases sont le sucre, les différentes espèces
-de gomme que nous avons réunies sous le nom générique de _muqueux_,
-& l'amidon. Ces trois substances ont pour radical l'hydrogène & le
-carbone combinés ensemble, de manière à ne former qu'une seule base,
-& portés à l'état d'oxide par une portion d'oxygène; ils ne diffèrent
-que par la proportion des principes qui composent la base. On peut
-de l'état d'oxide les faire passer à celui d'acide en leur combinant
-une nouvelle quantité d'oxygène, & on forme ainsi, suivant le degré
-d'oxygénation & la proportion de l'hydrogène & du carbone, les
-différens acides végétaux.
-
-Il ne s'agiroit plus pour appliquer à la nomenclature des acides &
-des oxides végétaux les principes que nous avons précédemment établis
-pour les oxides & les acides minéraux, que de leur donner des noms
-relatifs à la nature des deux substances qui composent leur base.
-Les oxides & les acides végétaux seroient alors des oxides & des
-acides hydro-carboneux: bien plus on auroit encore dans cette méthode
-l'avantage de pouvoir indiquer sans périphrases quel est le principe
-qui est en excès, comme M. Rouelle l'avoit imaginé pour les extraits
-végétaux: il appeloit extracto-résineux celui où l'extrait dominoit, &
-résino-extractif celui qui participoit davantage de la résine.
-
-En partant des mêmes principes, & en variant les terminaisons pour
-donner encore plus d'étendue à ce langage, on auroit pour désigner les
-acides & les oxides végétaux, les dénominations suivantes:
-
- Oxide hydro-carboneux.
- Oxide hydro-carbonique.
-
- Oxide carbone-hydreux.
- Oxyde carbone-hydrique.
-
- Acide hydro-carboneux.
- Acide hydro-carbonique.
- Acide hydro-carbonique oxygéné.
-
- Acide carbone-hydreux.
- Acide carbone-hydrique.
- Acide carbone-hydrique oxygéné.
-
-Il est probable que cette variété de langage sera suffisante pour
-indiquer toutes les variétés que nous présente la nature, & qu'à
-mesure que les acides végétaux seront bien connus, ils se rangeront
-naturellement & pour ainsi dire d'eux-mêmes dans le cadre que nous
-venons de présenter. Mais il s'en faut bien que nous soyons encore en
-état de pouvoir faire une classification méthodique de ces substances:
-nous savons quels sont les principes qui les composent, & il ne me
-reste plus aucun doute à cet égard; mais les proportions sont encore
-inconnues. Ce sont ces considérations qui nous ont déterminés à
-conserver provisoirement les noms anciens; & maintenant encore que
-je suis un peu plus avancé dans cette carrière que je ne l'étois à
-l'époque où notre essai de nomenclature a paru, je me reprocherois de
-tirer des conséquences trop décidées d'expériences qui ne sont pas
-encore assez précises: mais en convenant que cette partie de la Chimie
-reste en souffrance, je puis y ajouter l'espérance qu'elle sera bientôt
-éclaircie.
-
-Je me trouve encore plus impérieusement forcé de prendre le même parti
-à l'égard des oxides & des acides à trois & quatre bases, dont le règne
-animal présente un grand nombre d'exemples, & qui se rencontrent même
-quelquefois dans le règne végétal. L'azote, par exemple, entre dans la
-composition de l'acide prussique; il s'y trouve joint à l'hydrogène
-& au carbone, pour former une base triple; il entre également, à ce
-qu'on peut croire, dans l'acide gallique. Enfin presque tous les acides
-animaux ont pour base l'azote, le phosphore, l'hydrogène & le carbone.
-Une nomenclature qui entreprendroit d'exprimer à la fois ces quatre
-bases, seroit méthodique sans doute; elle auroit l'avantage d'exprimer
-des idées claires & déterminées: mais cette cumulation de substantifs &
-d'adjectifs grecs & latins, dont les Chimistes même n'ont point encore
-admis généralement l'usage, sembleroit présenter un langage barbare,
-également difficile à retenir & à prononcer. La perfection d'ailleurs
-de la science doit précéder celle du langage, & il s'en faut bien que
-cette partie de la Chimie soit encore parvenue au point auquel elle
-doit arriver un jour. Il est donc indispensable de conserver, au moins
-pour un tems, les noms anciens pour les acides & oxides animaux. Nous
-nous sommes seulement permis d'y faire quelques légères modifications;
-par exemple, de terminer en _eux_ la dénomination de ceux dans lesquels
-nous soupçonnons que le principe acidifiable est en excès, & de
-terminer au contraire en _ique_ le nom de ceux dans lesquels nous avons
-lieu de croire que l'oxygène est prédominant.
-
-Les acides végétaux qu'on connoît jusqu'à présent, sont au nombre de
-treize; savoir:
-
- L'acide acét_eux_.
- L'acide acét_ique_.
- L'acide oxal_ique_.
- L'acide tartar_eux_.
- L'acide pyro-tartar_eux_.
- L'acide citr_ique_.
- L'acide mal_ique_.
- L'acide pyro-muqu_eux_.
- L'acide pyro-lign_eux_.
- L'acide gall_ique_.
- L'acide benzo_ïque_.
- L'acide camphor_ique_.
- L'acide succin_ique_.
-
-Quoique tous ces acides soient, comme je l'ai dit, principalement
-& presqu'uniquement composés d'hydrogène, de carbone & d'oxygène,
-ils ne contiennent cependant, à proprement parler, ni eau, ni acide
-carbonique, ni huile, mais seulement les principes propres à les
-former. La force d'attraction qu'exercent réciproquement l'hydrogène,
-le carbone & l'oxygène, est dans ces acides dans un état d'équilibre
-qui ne peut exister qu'à la température dans laquelle nous vivons:
-pour peu qu'on les échauffe au-delà du degré de l'eau bouillante,
-l'équilibre est rompu; l'oxygène & l'hydrogène se réunissent pour
-former de l'eau; une portion du carbone s'unit à l'hydrogène pour
-produire de l'huile; il se forme aussi de l'acide carbonique par la
-combinaison du carbone & de l'oxygène; enfin il se trouve presque
-toujours une quantité excédente de charbon qui reste libre. C'est ce
-que je me propose de développer un peu davantage dans le Chapitre
-suivant.
-
-Les oxides du règne animal sont encore moins connus que ceux du règne
-végétal, & leur nombre même est encore indéterminé. La partie rouge
-du sang, la lymphe, presque toutes les sécrétions sont de véritables
-oxides; & c'est sous ce point de vue qu'il est important de les
-étudier.
-
-Quant aux acides animaux, le nombre de ceux qui sont connus se borne
-actuellement à six; encore est-il probable que plusieurs de ces acides
-rentrent les uns dans les autres, ou au moins ne diffèrent que d'une
-manière peu sensible. Ces acides sont:
-
- L'acide lactique.
- L'acide saccho-lactique.
- L'acide bombique.
- L'acide formique.
- L'acide sébacique.
- L'acide prussique.
-
-Je ne place pas l'acide phosphorique au rang des acides animaux, parce
-qu'il appartient également aux trois règnes.
-
-La connexion des principes qui constituent les acides & les oxides
-animaux, n'est pas plus solide que celle des acides & des oxides
-végétaux; un très-léger changement dans la température suffit pour
-la troubler, & c'est ce que j'espère rendre plus sensible par les
-observations que je vais rapporter dans le Chapitre suivant.
-
-
-
-
-CHAPITRE XII.
-
-_De la décomposition des Matières végétales & animales par l'action
-du feu._
-
-
-POUR bien concevoir ce qui se passe dans la décomposition des
-substances végétales par le feu, il faut non-seulement considérer la
-nature des principes qui entrent dans leur composition, mais encore
-les différentes forces d'attraction que les molécules de ces principes
-exercent les unes sur les autres, & en même-tems celle que le calorique
-exerce sur eux.
-
-Les principes vraiment constitutifs des végétaux se réduisent à
-trois, comme je viens de l'exposer dans le Chapitre précédent;
-l'hydrogène, l'oxygène & le carbone. Je les appelle _constitutifs_,
-parce qu'ils sont communs à tous les végétaux, qu'il ne peut exister de
-végétaux sans eux; à la différence des autres substances qui ne sont
-essentielles qu'à la constitution de tel végétal en particulier, mais
-non pas de tous les végétaux en général.
-
-De ces trois principes, deux, l'hydrogène & l'oxygène, ont une grande
-tendance à s'unir au calorique & à se convertir en gaz; tandis que le
-carbone au contraire est un principe fixe & qui a très-peu d'affinité
-avec le calorique.
-
-D'un autre côté, l'oxygène qui tend avec un degré de force à peu près
-égale à s'unir, soit avec l'hydrogène, soit avec le carbone, à la
-température habituelle dans laquelle nous vivons, a au contraire plus
-d'affinité avec le carbone à une chaleur rouge; l'oxygène quitte en
-conséquence à ce degré l'hydrogène, & s'unit au carbone pour former de
-l'acide carbonique.
-
-Je me servirai quelquefois de cette expression _chaleur rouge_,
-quoiqu'elle n'exprime pas un degré de chaleur bien déterminée, mais
-beaucoup supérieure cependant à celle de l'eau bouillante.
-
-Quoique nous soyons bien éloignés de connoître la valeur de toutes
-ces forces, & de pouvoir en exprimer l'énergie par des nombres, au
-moins sommes-nous certains par ce qui se passe journellement sous nos
-yeux, que quelque variables qu'elles soient en raison du degré de
-température, ou, ce qui est la même chose, en raison de la quantité de
-calorique avec lequel elles sont combinées, elles sont toutes à peu
-près en équilibre à la température dans laquelle nous vivons; ainsi les
-végétaux ne contiennent ni huile, ni eau, ni acide carbonique[B]; mais
-ils contiennent les élémens de toutes ces substances. L'hydrogène
-n'est point combiné, ni avec l'oxygène, ni avec le carbone, &
-réciproquement; mais les molécules de ces trois substances forment une
-combinaison triple, d'où résultent le repos & l'équilibre.
-
- [B] Ajout dans l'errata du tome 2:
-
- Nota. On conçoit que je suppose ici des végétaux réduits à l'état
- de dessication parfaite, & qu'à l'égard de l'huile, je n'entends pas
- parler des végétaux qui en fournissent, soit par expression à froid,
- soit par une chaleur qui n'excede pas celle de l'eau bouillante.
- Il n'est ici question que de l'huile empyreumatique qu'on obtient
- par la distillation à feu nud, à un degré de feu supérieur à l'eau
- bouillante. C'est cette huile seule que j'annonce être un produit
- de l'opération. On peut voir ce que j'ai publié à cet égard dans le
- volume de l'Académie, année 1786.
-
-Un changement très-léger dans la température suffit pour renverser tout
-cet échaffaudage de combinaisons, s'il est permis de se servir de cette
-expression. Si la température à laquelle le végétal est exposé n'excède
-pas beaucoup celle de l'eau bouillante, l'hydrogène & l'oxygène se
-réunissent & forment de l'eau qui passe dans la distillation; une
-portion d'hydrogène & de carbone s'unissent ensemble pour former de
-l'huile volatile, une autre portion de carbone devient libre, & comme
-le principe le plus fixe, il reste dans la cornue. Mais si au lieu
-d'une chaleur voisine de l'eau bouillante on applique à une substance
-végétale une chaleur rouge, alors ce n'est plus de l'eau qui se
-forme, ou plutôt même celle qui pouvoit s'être formée par la première
-impression de la chaleur se décompose; l'oxygène s'unit au carbone
-avec lequel il a plus d'affinité à ce degré; il se forme de l'acide
-carbonique, & l'hydrogène devenu libre s'échappe sous la forme de gaz,
-en s'unissant au calorique. Non-seulement à ce degré il ne se forme
-point d'huile, mais s'il s'en étoit formé, elle seroit décomposée.
-
-On voit donc que la décomposition des matières végétales se fait à ce
-degré, en vertu d'un jeu d'affinités doubles & triples, & que tandis
-que le carbone attire l'oxygène pour former de l'acide carbonique, le
-calorique attire l'hydrogène pour former du gaz hydrogène.
-
-Il n'est point de substance végétale dont la distillation ne fournisse
-la preuve de cette théorie, si toutefois on peut appeler de ce nom un
-simple énoncé des faits. Qu'on distille du sucre; tant qu'on ne lui
-fera éprouver qu'une chaleur inférieure à celle de l'eau bouillante, il
-ne perdra qu'un peu d'eau de cristallisation; il sera toujours du sucre
-& il en conservera toutes les propriétés: mais sitôt qu'on l'expose à
-une chaleur tant soit peu supérieure à celle de l'eau bouillante, il
-noircit; une portion de carbone se sépare de la combinaison, en même
-tems il passe de l'eau légèrement acide, & un peu d'huile; le charbon
-qui reste dans la cornue, forme près d'un tiers du poids originaire.
-
-Le jeu des affinités est encore plus compliqué dans les plantes qui
-contiennent de l'azote, comme les crucifères, & dans celles qui
-contiennent du phosphore; mais comme ces substances n'entrent qu'en
-petite quantité dans leur combinaison, elles n'apportent pas de
-grands changemens, au moins en apparence, dans les phénomènes de la
-distillation: il paroît que le phosphore demeure combiné avec le
-charbon, qui lui communique de la fixité. Quant à l'azote, il s'unit à
-l'hydrogène pour former de l'ammoniaque ou alkali volatil.
-
-Les matières animales étant composées à peu près des mêmes principes
-que les plantes crucifères, leur distillation donne le même résultat;
-mais comme elles contiennent plus d'hydrogène & plus d'azote, elles
-fournissent plus d'huile & plus d'ammoniaque. Pour faire connoître avec
-quelle ponctualité cette théorie rend compte de tous les phénomènes
-qui ont lieu dans la distillation des matières animales, je ne citerai
-qu'un fait; c'est la rectification & la décomposition totale des
-huiles volatiles animales, appelées vulgairement _huiles de Dippel_.
-Ces huiles, lorsqu'on les obtient par une première distillation à
-feu nud, sont brunes, parce qu'elles contiennent un peu de charbon
-presque libre; mais elles deviennent blanches par la rectification. Le
-carbone tient si peu à ces combinaisons, qu'il s'en sépare par leur
-simple exposition à l'air. Si on place une huile volatile animale bien
-rectifiée & par conséquent blanche, limpide & transparente, sous une
-cloche remplie de gaz oxygène, en peu de tems le volume du gaz diminue
-& il est absorbé par l'huile. L'oxygène se combine avec l'hydrogène
-de l'huile, pour former de l'eau qui tombe au fond; en même tems la
-portion de charbon qui étoit combinée avec l'hydrogène, devient libre
-& se manifeste par sa couleur noire. C'est par cette raison que ces
-huiles ne se conservent blanches & claires, qu'autant qu'on les enferme
-dans des flacons bien bouchés, & qu'elles noircissent dès qu'elles ont
-le contact de l'air.
-
-Les rectifications successives de ces mêmes huiles présentent un
-autre phénomène confirmatif de cette théorie. A chaque fois qu'on les
-distille, il reste un peu de charbon au fond de la cornue, en même tems
-il se forme un peu d'eau par la combinaison de l'oxygène de l'air des
-vaisseaux avec l'hydrogène de l'huile. Comme ce même phénomène a lieu
-à chaque distillation de la même huile, il en résulte qu'au bout d'un
-grand nombre de rectifications successives, sur-tout si on opère à un
-degré de feu un peu fort & dans des vaisseaux d'une capacité un peu
-grande, la totalité de l'huile se trouve décomposée, & l'on parvient
-à la convertir entièrement en eau & en charbon. Cette décomposition
-totale de l'huile par des rectifications répétées, est beaucoup plus
-longue & beaucoup plus difficile, quand on opère avec des vaisseaux
-d'une petite capacité, & sur-tout à un degré de feu lent & peu
-supérieur à celui de l'eau bouillante. Je rendrai compte à l'Académie,
-dans un Mémoire particulier, du détail de mes expériences sur cette
-décomposition des huiles; mais ce que j'ai dit me paroît suffire pour
-donner des idées précises de la constitution des matières végétales &
-animales, & de leur décomposition par le feu.
-
-
-
-
-CHAPITRE XIII.
-
-_De la décomposition des Oxides végétaux par la fermentation vineuse._
-
-
-TOUT le monde sait comment se fait le vin, le cidre, l'hidromel & en
-général toutes les boissons fermentées spiritueuses. On exprime le jus
-des raisins & des pommes; on étend d'eau ce dernier; on met la liqueur
-dans de grandes cuves, & on la tient dans un lieu dont la température
-soit au moins de 10 degrés du thermomètre de Réaumur. Bientôt il s'y
-excite un mouvement rapide de fermentation, des bulles d'air nombreuses
-viennent crêver à la surface, & quand la fermentation est à son plus
-haut période, la quantité de ces bulles est si grande, la quantité de
-gaz qui se dégage est si considérable, qu'on croiroit que la liqueur
-est sur un brâsier ardent qui y excite une violente ébullition. Le gaz
-qui se dégage est de l'acide carbonique, & quand on le recueille avec
-soin, il est parfaitement pur & exempt du mêlange de toute autre espèce
-d'air ou de gaz.
-
-Le suc des raisins, de doux & de sucré qu'il étoit, se change dans
-cette opération en une liqueur vineuse qui, lorsque la fermentation
-est complette, ne contient plus de sucre, & dont on peut retirer par
-distillation une liqueur inflammable qui est connue dans le commerce &
-dans les arts sous le nom d'esprit de vin. On sent que cette liqueur
-étant un résultat de la fermentation d'une matière sucrée quelconque
-suffisamment étendue d'eau, il auroit été contre les principes de notre
-nomenclature de la nommer plutôt esprit de vin qu'esprit de cidre, ou
-esprit de sucre fermenté. Nous avons donc été forcés d'adopter un nom
-plus général, & celui d'_alkool_ qui nous vient des arabes nous a paru
-propre à remplir notre objet.
-
-Cette opération est une des plus frappantes & des plus extraordinaires
-de toutes celles que la Chimie nous présente, & nous avons à examiner
-d'où vient le gaz acide carbonique qui se dégage, d'où vient l'esprit
-inflammable qui se forme, & comment un corps doux, un oxide végétal
-peut se transformer ainsi en deux substances si différentes, dont l'une
-est combustible, l'autre éminemment incombustible. On voit que pour
-arriver à la solution de ces deux questions, il falloit d'abord bien
-connoître l'analyse & la nature du corps susceptible de fermenter,
-& les produits de la fermentation; car rien ne se crée, ni dans les
-opérations de l'art, ni dans celles de la nature, & l'on peut poser
-en principes que dans toute opération, il y a une égale quantité
-de matière avant & après l'opération; que la qualité & la quantité
-des principes est la même, & qu'il n'y a que des changemens, des
-modifications.
-
-C'est sur ce principe qu'est fondé tout l'art de faire des expériences
-en Chimie: on est obligé de supposer dans toutes une véritable égalité
-ou équation entre les principes du corps qu'on examine, & ceux qu'on
-en retire par l'analyse. Ainsi puisque du moût de raisin donne du gaz
-acide carbonique & de l'alkool, je puis dire que le _moût de raisin_
-= _acide carbonique_ + _alkool_. Il résulte de-là qu'on peut parvenir
-de deux manières à éclaircir ce qui se passe dans la fermentation
-vineuse; la première, en déterminant bien la nature & les principes du
-corps fermentescible; la seconde, en observant bien les produits qui en
-résultent par la fermentation, & il est évident que les connoissances
-que l'on peut acquérir sur l'un conduisent à des conséquences certaines
-sur la nature des autres, & réciproquement.
-
-Il étoit important d'après cela que je m'attachasse à bien connoître
-les principes constituans du corps fermentescible. On conçoit que pour
-y parvenir je n'ai pas été chercher les sucs de fruits très-composés,
-& dont une analyse rigoureuse seroit peut-être impossible. J'ai choisi
-de tous les corps susceptibles de fermenter le plus simple; le sucre
-dont l'analyse est facile, & dont j'ai déjà précédemment fait connoître
-la nature. On se rappelle que cette substance est un véritable oxide
-végétal, un oxide à deux bases; qu'il est composé d'hydrogène & de
-carbone porté à l'état d'oxide par une certaine proportion d'oxygène,
-& que ces trois principes sont dans un état d'équilibre qu'une force
-très-légère suffit pour rompre: une longue suite d'expériences faites
-par différentes voies & que j'ai répétées bien des fois, m'a appris que
-les proportions des principes qui entrent dans la composition du sucre
-sont à-peu-près les suivantes.
-
- Hydrogène, 8 parties.
- Oxygène, 64
- Carbone, 28
- ---
- Total, 100
- ---
-
-Pour faire fermenter le sucre il faut d'abord l'étendre d'environ
-quatre parties d'eau. Mais de l'eau & du sucre mêlés ensemble, dans
-quelque proportion que ce soit, ne fermenteroient jamais seuls,
-& l'équilibre subsisteroit toujours entre les principes de cette
-combinaison, si on ne le rompoit par un moyen quelconque. Un peu
-de levure de bierre suffit pour produire cet effet & pour donner
-le premier mouvement à la fermentation: elle se continue ensuite
-d'elle-même jusqu'à la fin. Je rendrai compte ailleurs des effets de la
-levure & de ceux des fermens en général. J'ai communément employé dix
-livres de levure en pâte pour un quintal de sucre, & une quantité d'eau
-égale à quatre fois le poids du sucre: ainsi la liqueur fermentescible
-se trouvoit composée ainsi qu'il suit: je donne ici les résultats
-de mes expériences tels que je les ai obtenus, & en conservant même
-jusqu'aux fractions que m'a données le calcul de réduction.
-
-
-_Matériaux de la fermentation pour un quintal de sucre._
-
- liv. onc. gr. gr.
- Eau 400 » » »
- Sucre 100 » » »
- Levure de biere en pâte,} Eau 7 3 6 44
- composée de } Levure seche 2 12 1 28
- ---------------------------
- TOTAL 510 » » »
- ---------------------------
-
-
-_Détail des principes constituans des matériaux de la fermentation._
-
- liv. onc. gr. grains.
-
- 407 livres 3 onces 6 gros {Hydrogène 61 1 2 71,40
- 44 grains d'eau composées de {Oxygène 346 2 3 44,60
-
- 100 livres de sucre {Hydrogène 8 » » »
- composées de {Oxygène 64 » » »
- {Carbone 28 » » »
-
- 2 livres 12 onces 1 gros {Carbone » 12 4 59,00
- 28 grains de levure {Azote » » 5 2,94
- seche composées de {Hydrogène » 4 5 9,30
- {Oxygène 1 10 2 28,76
- ------------------------
- TOTAL 510 » » »
- ------------------------
-
-
-_Récapitulation des principes constituans des matériaux de la
-fermentation._
-
- liv. on. gr. grains. liv. onc. gr. gr.
-
- Oxygène {de l'eau 340 » » » } 411 12 6 1,36
- { }
- {de l'eau de la 6 2 3 44,60 }
- {levure }
- { }
- {du sucre 64 » » » }
- { }
- {de la levure 1 10 2 28,76 }
-
- Hydrogène {de l'eau 60 » » » } 69 6 » 8,70
- { }
- {de l'eau de la 1 1 2 71,40 }
- {levure }
- { }
- {du sucre 8 » » » }
- { }
- {de la levure » 4 5 9,30 }
-
- Carbone {du sucre 28 » » » } 28 12 4 59,00
- { }
- {de la levure » 12 4 59,00 }
-
- Azote de la levure » » 5 2,94
- --------------------
- TOTAL 510 » » »
- --------------------
-
-Après avoir bien déterminé quelle est la nature & la quantité des
-principes qui constituent les matériaux de la fermentation, il reste
-à examiner quels en sont les produits. Pour parvenir à les connoître,
-j'ai commencé par renfermer les 510 livres de liqueur ci-dessus dans
-un appareil, par le moyen duquel je pouvois, non-seulement déterminer
-la qualité & la quantité des gaz à mesure qu'ils se dégageoient, mais
-encore peser chacun des produits séparément, à telle époque de la
-fermentation que je le jugeois à propos. Il seroit trop long de décrire
-ici cet appareil, qui se trouve au surplus décrit dans la troisième
-partie de cet Ouvrage. Je me bornerai donc à rendre compte des effets.
-
-Une heure ou deux après que le mêlange est fait, sur-tout si la
-température dans laquelle on opère est de 15 à 18 degrés, on commence
-à appercevoir les premiers indices de la fermentation: la liqueur se
-trouble & devient écumeuse; il s'en dégage des bulles qui viennent
-crêver à la surface: bientôt la quantité de ces bulles augmente, &
-il se fait un dégagement abondant & rapide de gaz acide carbonique
-très-pur accompagné d'écume qui n'est autre chose que de la levure qui
-se sépare. Au bout de quelques jours, suivant le degré de chaleur,
-le mouvement & le dégagement de gaz diminue, mais il ne cesse pas
-entièrement; & ce n'est qu'après un intervalle de tems assez long que
-la fermentation est achevée.
-
-Le poids de l'acide carbonique sec qui se dégage dans cette opération
-est de 35 livres 5 onces 4 gros 19 grains.
-
-Ce gaz entraîne en outre avec lui une portion assez considérable d'eau
-qu'il tient en dissolution, & qui est environ de 13 livres 14 onces 5
-gros.
-
-Il reste dans le vase dans lequel on opère une liqueur vineuse
-légèrement acide, d'abord trouble, qui s'éclaircit ensuite d'elle-même,
-& qui laisse déposer une portion de levure. Cette liqueur pèse en
-totalité 460 livres 11 onces 6 gros 53 grains.
-
-Enfin en analysant séparément toutes ces substances, & en les
-résolvant dans leurs parties constituantes, on trouve après un travail
-très-pénible les résultats qui suivent, qui seront détaillés dans les
-mémoires de l'Académie.
-
-
-_TABLEAU des résultats obtenus par la fermentation._
-
- liv. on. gr. gr.
-
- 35 livres 5 onces 4 gros {d'oxygène 25 7 1 34
- 19 grains d'acide {
- carbonique composées {de carbone 9 14 2 57
-
- 408 livres 15 onces 5 gros {d'oxygène 347 10 » 59
- 14 grains d'eau composées {
- {d'hydrogène 61 5 4 27
-
- 57 livres 11 onces 1 gros {d'oxygène combiné 31 6 1 64
- 58 grains d'alkool {avec l'hydrogène
- sec, composées {
- {d'hydrogène combiné 5 8 5 3
- {avec l'oxygène
- {
- {d'hydrogène combiné 4 » 5 »
- {avec le carbone.
- {
- {de carbone 16 11 5 63
-
- 2 livres 8 onces d'acide {d'hydrogène 2 4 »
- acéteux sec composées {
- {d'oxygène 1 11 4 »
- {
- {de carbone 10 » »
- {
- 4 livres 1 once 4 gros {d'hydrogène 5 1 67
- 3 grains de résidu {
- sucré composées {d'oxygène 2 9 7 27
- {
- {de carbone 1 2 2 53
-
- 1 livre 6 onces {d'hydrogène 2 2 41
- 50 grains de levure {
- seche composées {d'oxygène 13 1 14
- {
- {de carbone 6 2 30
- {
- {d'azote 2 37
- ----------------------- ------------------
- 510 livres 510 » » »
- ----------------------- ------------------
-
-
-_RÉCAPITULATION des résultats obtenus par la fermentation._
-
- liv. on. gr. gr.
-
- 409 livres 10 onces {de l'eau 347 10 » 59
- 54 grains d'oxygène {
- {de l'acide carbonique 25 7 1 34
- {
- {de l'alkool 31 6 1 64
- {
- {de l'acide acéteux 1 11 4 »
- {
- {du résidu sucré 2 9 7 27
- {
- {de la levure 13 1 14
-
- 28 livres 12 onces {de l'acide carbonique 9 14 2 57
- 5 gros 59 grains de {
- carbone {de l'alkool 16 11 5 63
- {
- {de l'acide acéteux 10 » »
- {
- {du résidu sucré 1 2 2 53
- {
- {de la levure 6 2 30
-
- 71 livres 8 onces {de l'eau 61 5 4 27
- 6 gros 66 grains {
- d'hydrogène {de l'eau de l'alkool 5 8 5 3
- {
- {combiné avec le carbone 4 » 5 »
- {dans l'alkool
- {
- {de l'acide acéteux 2 4 »
- {
- {du résidu sucré 5 1 67
- {
- {de la levure 2 2 41
-
- 2 gros 37 grains d'azote 2 37
- ----------------------- ------------------
- 510 livres 510 » » »
- ----------------------- ------------------
-
-Quoique dans ces résultats j'aye porté jusqu'aux grains la précision du
-calcul, il s'en faut bien que ce genre d'expériences puisse comporter
-encore une aussi grande exactitude; mais comme je n'ai opéré que sur
-quelques livres de sucre, & que pour établir des comparaisons j'ai été
-obligé de les réduire au quintal, j'ai cru devoir laisser subsister
-les fractions telles que le calcul me les a données.
-
-En réfléchissant sur les résultats que présentent les tableaux
-ci-dessus, il est aisé de voir clairement ce qui se passe dans la
-fermentation vineuse. On remarque d'abord que sur les cent livres de
-sucre qu'on a employées, il y en a eu 4 livres 1 once 4 gros 3 grains
-qui sont restées dans l'état de sucre non-décomposé, en sorte qu'on
-n'a réellement opéré que sur 95 livres 14 onces 5 gros 69 grains de
-sucre; c'est-à-dire, sur 61 livres 6 onces 45 grains d'oxygène, sur 7
-livres 10 onces 6 gros 6 grains d'hydrogène, & sur 26 livres 13 onces
-5 gros 19 grains de carbone. Or en comparant ces quantités on verra
-qu'elles sont suffisantes pour former tout l'esprit de vin ou alkool,
-tout l'acide carbonique & tout l'acide acéteux qui a été produit par
-l'effet de la fermentation. Il n'est donc point nécessaire de supposer
-que l'eau se décompose dans cette opération: à moins qu'on ne prétende
-que l'oxygène & l'hydrogène sont dans l'état d'eau dans le sucre; ce
-que je ne crois pas, puisque j'ai établi au contraire qu'en général
-les trois principes constitutifs des végétaux, l'hydrogène, l'oxygène
-& le carbone étoient entr'eux dans un état d'équilibre; que cet état
-d'équilibre subsistoit tant qu'il n'étoit point troublé, soit par
-un changement de température, soit par une double affinité, & que ce
-n'étoit qu'alors que les principes se combinant deux à deux formoient
-de l'eau & de l'acide carbonique.
-
-Les effets de la fermentation vineuse se réduisent donc à séparer en
-deux portions le sucre qui est un oxide; à oxygéner l'une aux dépens
-de l'autre pour en former de l'acide carbonique; à désoxygéner l'autre
-en faveur de la première pour en former une substance combustible qui
-est l'alkool: en sorte que s'il étoit possible de recombiner ces deux
-substances, l'alkool & l'acide carbonique, on reformeroit du sucre.
-Il est à remarquer au surplus que l'hydrogène & le carbone ne sont
-pas dans l'état d'huile dans l'alkool; ils sont combinés avec une
-portion d'oxygène qui les rend miscibles à l'eau: les trois principes,
-l'oxygène, l'hydrogène & le carbone, sont donc encore ici dans une
-espèce d'état d'équilibre; & en effet, en les faisant passer à travers
-un tube de verre ou de porcelaine rougi au feu, on les recombine deux à
-deux, & on retrouve de l'eau, de l'hydrogène, de l'acide carbonique &
-du carbone.
-
-J'avois avancé d'une manière formelle dans mes premiers Mémoires sur la
-formation de l'eau, que cette substance regardée comme un élément, se
-décomposoit dans un grand nombre d'opérations chimiques, notamment dans
-la fermentation vineuse: je supposois alors qu'il existoit de l'eau
-toute formée dans le sucre, tandis que je suis persuadé aujourd'hui
-qu'il contient seulement les matériaux propres à la former. On conçoit
-qu'il a dû m'en coûter pour abandonner mes premières idées; aussi
-n'est-ce qu'après plusieurs années de réflexions, & d'après une longue
-suite d'expériences & d'observations sur les végétaux, que je m'y suis
-déterminé.
-
-Je terminerai ce que j'ai à dire sur la fermentation vineuse, en
-observant qu'elle peut fournir un moyen d'analyse du sucre & en
-général des substances végétales susceptibles de fermenter. En
-effet, comme je l'ai déjà indiqué au commencement de cet article, je
-puis considérer les matières mises à fermenter & le résultat obtenu
-après la fermentation, comme une équation algébrique; & en supposant
-successivement chacun des élémens de cette équation inconnus, j'en
-puis tirer une valeur, & rectifier ainsi l'expérience par le calcul &
-le calcul par l'expérience. J'ai souvent profité de cette méthode pour
-corriger les premiers résultats de mes expériences, & pour me guider
-dans les précautions à prendre pour les recommencer: mais ce n'est
-pas ici le moment d'entrer dans ces détails sur lesquels je me suis au
-surplus étendu fort au long dans le Mémoire que j'ai donné à l'Académie
-sur la Fermentation vineuse, & qui sera incessamment imprimé.
-
-
-
-
-CHAPITRE XIV.
-
-_De la Fermentation putride._
-
-
-JE viens de faire voir comment le corps sucré se décomposoit, lorsqu'il
-étoit étendu d'une certaine quantité d'eau & à l'aide d'une douce
-chaleur; comment les trois principes qui le constituent, l'oxygène,
-l'hydrogène & le carbone, qui étoient dans un état d'équilibre & qui
-ne formoient dans l'état de sucre ni de l'eau, ni de l'huile, ni de
-l'acide carbonique, se séparoient pour se combiner dans un autre ordre;
-comment une portion de carbone se réunissoit à l'oxygène pour former de
-l'acide carbonique; comment une autre portion de carbone se combinoit
-avec de l'hydrogène & avec de l'eau pour former de l'alkool.
-
-Les phénomènes de la putréfaction s'opèrent de même en vertu
-d'affinités très-compliquées. Les trois principes constitutifs du
-corps cessent également, dans cette opération, d'être dans un état
-d'équilibre: au lieu d'une combinaison ternaire, il se forme des
-combinaisons binaires; mais le résultat de ces combinaisons est
-bien différent de celui que donne la fermentation vineuse. Dans
-cette dernière, une partie des principes de la substance végétale,
-l'hydrogène par exemple, reste uni à une portion d'eau & de carbone
-pour former de l'alkool. Dans la fermentation putride au contraire,
-la totalité de l'hydrogène se dissipe sous la forme de gaz hydrogène:
-en même tems l'oxygène & le carbone se réunissant au calorique,
-s'échappent sous la forme de gaz acide carbonique. Enfin quand
-l'opération est entièrement achevée, sur-tout si la quantité d'eau
-nécessaire pour la putréfaction n'a pas manqué, il ne reste plus que la
-terre du végétal mêlée d'un peu de carbone & de fer.
-
-La putréfaction des végétaux n'est donc autre chose qu'une analyse
-complette des substances végétales dans laquelle la totalité de leurs
-principes constitutifs se dégage sous forme de gaz, à l'exception de la
-terre qui reste dans l'état de ce qu'on nomme _terreau_.
-
-Je donnerai dans la troisième partie de cet Ouvrage, une idée des
-appareils qu'on peut employer pour ce genre d'expériences.
-
-Tel est le résultat de la putréfaction, quand le corps qu'on y
-soumet ne contient que de l'oxygène, de l'hydrogène, du carbone &
-un peu de terre: mais ce cas est rare, & il paroît même que ces
-substances, lorsqu'elles sont seules, fermentent difficilement;
-qu'elles fermentent mal, & qu'il faut un tems considérable pour que la
-putréfaction soit complette. Il n'en est pas de même quand la substance
-mise à fermenter contient de l'azote; & c'est ce qui a lieu à l'égard
-de toutes les matières animales & même d'un assez grand nombre de
-matières végétales. Ce nouvel ingrédient favorise merveilleusement
-la putréfaction: c'est pour cette raison qu'on mêlange les matières
-animales avec les végétales, lorsqu'on veut hâter la putréfaction;
-& c'est dans ce mêlange que consiste presque toute la science des
-amendemens & des fumiers.
-
-Mais l'introduction de l'azote dans les matériaux de la putréfaction,
-ne produit pas seulement l'effet d'en accélérer les phénomènes; elle
-forme, en se combinant avec l'hydrogène, une nouvelle substance connue
-sous le nom d'alkali volatil ou ammoniaque. Les résultats qu'on obtient
-en analysant les matières animales par différens procédés, ne laissent
-aucun doute sur la nature des principes qui constituent l'ammoniaque.
-Toutes les fois qu'on sépare préalablement l'azote de ces matières,
-elles ne donnent plus d'ammoniaque, & elles n'en donnent qu'autant
-qu'elles contiennent de l'azote. Cette composition de l'ammoniaque
-est d'ailleurs confirmée par des expériences analytiques, que M.
-Berthollet a détaillées dans les Mémoires de l'Acad. année 1785, page
-316; il a donné différens moyens de décomposer cette substance &
-d'obtenir séparément les deux principes, l'azote & l'hydrogène, qui
-entrent dans sa combinaison.
-
-J'ai déjà annoncé plus haut (_voyez_ Chapitre dixième) que les corps
-combustibles étoient presque tous susceptibles de se combiner les
-uns avec les autres. Le gaz hydrogène a éminemment cette propriété;
-il dissout le carbone, le soufre & le phosphore, & il résulte de ces
-combinaisons ce que j'ai appelé plus haut, _gaz hydrogène carboné_,
-_gaz hydrogène sulfuré_, _gaz hydrogène phosphoré_. Les deux
-derniers de ces gaz ont une odeur particulière & très-désagréable:
-celle du gaz hydrogène sulfuré a beaucoup de rapport avec celle
-des œufs gâtés & corrompus; celle du gaz hydrogène phosphoré est
-absolument la même que celle du poisson pourri; enfin l'ammoniaque
-a une odeur qui n'est ni moins pénétrante, ni moins désagréable que
-les précédentes. C'est de la combinaison de ces différentes odeurs
-que résulte celle qui s'exhale des matières animales en putréfaction,
-& qui est si fétide. Tantôt c'est l'odeur de l'ammoniaque qui est
-prédominante, & on la reconnoît aisément à ce qu'elle pique les yeux;
-tantôt c'est celle du soufre, comme dans les matières fécales; tantôt
-enfin, c'est celle du phosphore, comme dans le hareng pourri.
-
-J'ai supposé jusqu'ici que rien ne dérangeoit le cours de la
-fermentation, & n'en troubloit les effets. Mais M. de Fourcroy &
-M. Thouret ont observé, relativement à des cadavres enterrés à une
-certaine profondeur & garantis jusqu'à un certain point du contact de
-l'air, des phénomènes particuliers. Ils ont remarqué que souvent la
-partie musculaire se convertissoit en une véritable graisse animale.
-Ce phénomène tient à ce que, par quelque circonstance particulière,
-l'azote que contenoient ces matières animales aura été dégagé, & à
-ce qu'il n'est resté que de l'hydrogène & du carbone, c'est-à-dire,
-les matériaux propres à faire de la graisse. Cette observation sur
-la possibilité de convertir en graisse les matières animales, peut
-conduire un jour à des découvertes importantes sur le parti qu'on en
-peut tirer pour les usages de la société. Les déjections animales,
-telles que les matières fécales, sont principalement composées de
-carbone & d'hydrogène; elles se rapprochent donc beaucoup de l'état
-d'huile, & en effet elles en fournissent beaucoup par la distillation
-à feu nud. Mais l'odeur insoutenable qui accompagne tous les produits
-qu'on en retire, ne permet pas d'espérer de long-tems qu'on puisse les
-employer à autre chose qu'à faire des engrais.
-
-Je n'ai donné dans ce Chapitre que des apperçus, parce que la
-composition des matières animales n'est pas encore très-exactement
-connue. On sait qu'elles sont composées d'hydrogène, de carbone,
-d'azote, de phosphore, de soufre; le tout porté à l'état d'oxide par
-une quantité plus ou moins grande d'oxygène: mais on ignore absolument
-quelle est la proportion de ces principes. Le tems complétera cette
-partie de l'analyse chimique, comme il en a complété déjà quelques
-autres.
-
-
-
-
-CHAPITRE XV.
-
-_De la Fermentation acéteuse._
-
-
-LA fermentation acéteuse n'est autre chose que l'acidification du
-vin qui se fait à l'air libre par l'absorption de l'oxygène. L'acide
-qui en résulte est l'acide acéteux, vulgairement appelé vinaigre: il
-est composé d'une proportion qui n'a point encore été déterminée,
-d'hydrogène & de carbone combinés ensemble, & portés à l'état d'acide
-par l'oxygène.
-
-Le vinaigre étant un acide, l'analogie conduisoit seule à conclure
-qu'il contenoit de l'oxygène; mais cette vérité est prouvée de plus par
-des expériences directes. Premièrement le vin ne peut se convertir en
-vinaigre qu'autant qu'il a le contact de l'air, & qu'autant que cet air
-contient du gaz oxygène. Secondement cette opération est accompagnée
-d'une diminution du volume de l'air dans lequel elle se fait, & cette
-diminution de volume est occasionnée par l'absorption du gaz oxygène.
-Troisièmement on peut transformer le vin en vinaigre, en l'oxygénant
-par quelqu'autre moyen que ce soit.
-
-Indépendamment de ces faits qui prouvent que l'acide acéteux est
-un résultat de l'oxygénation du vin, une expérience de M. Chaptal,
-professeur de Chimie à Montpellier, fait voir clairement ce qui se
-passe dans cette opération. Il prend du gaz acide carbonique dégagé de
-la bière en fermentation; il en imprègne de l'eau jusqu'à saturation,
-c'est-à-dire, jusqu'à ce qu'elle en ait absorbé environ une quantité
-égale à son volume; il met cette eau à la cave dans des vaisseaux qui
-ont communication avec l'air, & au bout de quelque tems le tout se
-trouve converti en acide acéteux. Le gaz acide carbonique des cuves de
-bière en fermentation, n'est pas entièrement pur; il est mêlé d'un peu
-d'alkool qu'il tient en dissolution: il y a donc dans l'eau imprégnée
-d'acide carbonique dégagé de la fermentation vineuse, tous les
-matériaux nécessaires pour former de l'acide acéteux. L'alkool fournit
-l'hydrogène & une portion de carbone; l'acide carbonique fournit du
-carbone & de l'oxygène; enfin l'air de l'atmosphère doit fournir ce qui
-manque d'oxygène pour porter le mêlange à l'état d'acide acéteux.
-
-On voit par-là qu'il ne faut qu'ajouter de l'hydrogène à l'acide
-carbonique pour le constituer acide acéteux, ou pour parler plus
-généralement, pour le transformer en un acide végétal quelconque,
-suivant le degré d'oxygénation; qu'il ne faut au contraire que
-retrancher de l'hydrogène aux acides végétaux pour les convertir en
-acide carbonique.
-
-Je ne m'étendrai pas davantage sur la fermentation acéteuse à l'égard
-de laquelle nous n'avons pas encore d'expériences exactes; les faits
-principaux sont connus, mais l'exactitude numérique manque. On voit
-d'ailleurs que la théorie de l'acétification est étroitement liée
-à celle de la constitution de tous les acides & oxides végétaux, &
-nous ne connoissons point encore la proportion des principes dont ils
-sont composés. Il est aisé de s'appercevoir cependant que toute cette
-partie de la chimie marche rapidement comme toutes les autres, vers sa
-perfection, & qu'elle est beaucoup plus simple qu'on ne l'avoit cru
-jusqu'ici.
-
-
-
-
-CHAPITRE XVI.
-
-_De la formation des Sels neutres, & des différentes bases qui
-entrent dans leur composition._
-
-
-NOUS avons vu comment un petit nombre de substances simples, ou au
-moins qui n'ont point été décomposées jusqu'ici, telles que l'azote, le
-soufre, le phosphore, le carbone, le radical muriatique & l'hydrogène,
-formoient en se combinant avec l'oxygène tous les oxides & les acides
-du règne végétal & du règne animal: nous avons admiré avec quelle
-simplicité de moyens la nature multiplioit les propriétés & les formes,
-soit en combinant ensemble jusqu'à trois & quatre bases acidifiables
-dans différentes proportions, soit en changeant la dose d'oxygène
-destiné à les acidifier. Nous ne la trouverons ni moins variée, ni
-moins simple, ni sur-tout moins féconde dans l'ordre de choses que nous
-allons parcourir.
-
-Les substances acidifiables en se combinant avec l'oxygène, & en
-se convertissant en acides, acquièrent une grande tendance à la
-combinaison; elles deviennent susceptibles de s'unir avec des
-substances terreuses & métalliques, & c'est de cette réunion que
-résultent les sels neutres. Les acides peuvent donc être regardés comme
-de véritables principes salifians, & les substances auxquelles ils
-s'unissent pour former des sels neutres, comme des bases salifiables:
-c'est précisément de la combinaison des principes salifians avec les
-bases salifiables que nous allons nous occuper dans cet article.
-
-Cette manière d'envisager les acides ne me permet pas de les regarder
-comme des sels, quoiqu'ils aient quelques-unes de leurs propriétés
-principales, telles que la solubilité dans l'eau, &c. Les acides,
-comme je l'ai déjà fait observer, résultent d'un premier ordre de
-combinaisons; ils sont formés de la réunion de deux principes simples,
-ou au moins qui se comportent à la manière des principes simples, &
-ils sont par conséquent pour me servir de l'expression de Stahl, dans
-l'ordre des mixtes. Les sels neutres, au contraire, sont d'un autre
-ordre de combinaisons, ils sont formés de la réunion de deux mixtes,
-& ils rentrent dans la classe des composés. Je ne rangerai pas non
-plus, par la même cause, les alkalis[6] ni les substances terreuses,
-telles que la chaux, la magnésie, &c. dans la classe des sels, & je
-ne désignerai par ce nom que des composés formés de la réunion d'une
-substance simple oxygénée avec une base quelconque.
-
- [6] On regardera peut-être comme un défaut de la méthode que j'ai
- adoptée, de m'avoir contraint à rejetter les alkalis de la classe des
- sels, & je conviens que c'est un reproche qu'on peut lui faire; mais
- cet inconvénient se trouve compensé par de si grands avantages, que
- je n'ai pas cru qu'il dût m'arrêter.
-
-Je me suis suffisamment étendu dans les chapitres précédens sur la
-formation des acides, & je n'ajouterai rien à cet égard; mais je n'ai
-rien dit encore des bases qui sont susceptibles de se combiner avec eux
-pour former des sels neutres; ces bases que je nomme salifiables, sont:
-
- La potasse.
- La soude.
- L'ammoniaque.
- La chaux.
- La magnésie.
- La baryte.
- L'alumine.
-
-Et toutes les substances métalliques.
-
-Je vais dire un mot de l'origine & de la nature de chacune de ces bases
-en particulier.
-
-
-_De la Potasse._
-
-Nous avons déjà fait observer que lorsqu'on échauffoit une substance
-végétale dans un appareil distillatoire, les principes qui la
-composent, l'oxygène, l'hydrogène & le carbone, & qui formoient une
-combinaison triple dans un état d'équilibre, se réunissoient deux à
-deux en obéissant aux affinités qui doivent avoir lieu suivant le degré
-de température. Ainsi à la première impression du feu, & dès que la
-chaleur excède celle de l'eau bouillante, l'oxygène & l'hydrogène se
-réunissent pour former de l'eau. Bientôt après une portion de carbone
-& une d'hydrogène se combinent pour former de l'huile. Lorsqu'ensuite
-par le progrès de la distillation on est parvenu à une chaleur rouge,
-l'huile & l'eau même qui s'étoient formées se décomposent; l'oxygène
-& le carbone forment l'acide carbonique, une grande quantité de gaz
-hydrogène devenu libre se dégage & s'échappe; enfin il ne reste plus
-que du charbon dans la cornue.
-
-La plus grande partie de ces phénomènes se retrouvent dans la
-combustion des végétaux à l'air libre: mais alors la présence de
-l'air, introduit dans l'opération trois ingrédiens nouveaux, dont deux
-au moins apportent des changemens considérables dans les résultats
-de l'opération. Ces ingrédiens sont l'oxygène de l'air, l'azote & le
-calorique. A mesure que l'hydrogène du végétal ou celui qui résulte
-de la décomposition de l'eau est chassé par le progrès du feu sous la
-forme de gaz hydrogène, il s'allume au moment où il a le contact de
-l'air, il reforme de l'eau, & le calorique des deux gaz qui devient
-libre, au moins pour la plus grande partie, produit la flamme.
-
-Lorsqu'ensuite tout le gaz hydrogène a été chassé, brûlé & réduit
-en eau, le charbon qui reste brûle à son tour, mais sans flamme; il
-forme de l'acide carbonique qui s'échappe, emportant avec lui une
-portion de calorique qui le constitue dans l'état de gaz: le surplus du
-calorique devient libre, s'échappe & produit la chaleur & la lumière
-qu'on observe dans la combustion du charbon. Tout le végétal se trouve
-ainsi réduit en eau & en acide carbonique; il ne reste qu'une petite
-portion d'une matière terreuse grise, connue sous le nom de cendre, &
-qui contient les seuls principes vraiment fixes qui entrent dans la
-constitution des végétaux.
-
-Cette terre ou cendre dont le poids n'excède pas communément le
-vingtième de celui du végétal, contient une substance d'un genre
-particulier, connue sous le nom d'alkali fixe végétal ou de potasse.
-
-Pour l'obtenir on passe de l'eau sur les cendres; l'eau se charge
-de la potasse qui est dissoluble, & elle laisse les cendres qui sont
-insolubles: en évaporant ensuite l'eau, on obtient la potasse qui est
-fixe, même à un très-grand degré de chaleur, & qui reste sous forme
-blanche & concrète. Mon objet n'est point de décrire ici l'art de
-préparer la potasse, encore moins les moyens de l'obtenir pure: je
-n'entre même ici dans ces détails que pour obéir à la loi que je me
-suis faite de n'admettre aucun mot qui n'ait été défini.
-
-La potasse qu'on obtient par ce procédé est toujours plus ou moins
-saturée d'acide carbonique, & la raison en est facile à saisir: comme
-la potasse ne se forme, ou au moins n'est rendue libre qu'à mesure que
-le charbon du végétal est converti en acide carbonique par l'addition
-de l'oxygène, soit de l'air, soit de l'eau, il en résulte que chaque
-molécule de potasse se trouve au moment de sa formation en contact avec
-une molécule d'acide carbonique, & comme il y a beaucoup d'affinité
-entre ces deux substances, il doit y avoir combinaison. Quoique
-l'acide carbonique soit celui de tous les acides qui tient le moins
-à la potasse, il est cependant difficile d'en séparer les dernières
-portions. Le moyen le plus habituellement employé consiste à dissoudre
-la potasse dans de l'eau, à y ajouter deux ou trois fois son poids
-de chaux vive, à filtrer & à évaporer dans des vaisseaux fermés; la
-substance saline qu'on obtient est de la potasse presqu'entièrement
-dépouillée d'acide carbonique.
-
-Dans cet état, elle est non-seulement dissoluble dans l'eau, au moins
-à partie égale; mais elle attire encore celle de l'air avec une
-étonnante avidité: elle fournit en conséquence un moyen de sécher l'air
-ou les gaz auxquels elle est exposée. Elle est également soluble dans
-l'esprit-de-vin ou alkool, à la différence de celle qui est saturée
-d'acide carbonique, qui n'est pas soluble dans ce dissolvant. Cette
-circonstance a fourni à M. Berthollet un moyen d'avoir de la potasse
-parfaitement pure.
-
-Il n'y a point de végétaux qui ne donnent plus ou moins de potasse par
-incinération; mais on ne l'obtient pas également pure de tous, elle est
-ordinairement mêlée avec différens sels qu'il est aisé d'en séparer.
-
-On ne peut guère douter que les cendres, autrement dit la terre que
-laissent les végétaux lorsqu'on les brûle, ne préexistât dans ces
-végétaux antérieurement à la combustion; cette terre forme, à ce qu'il
-paroît, la partie osseuse, la carcasse du végétal. Mais il n'en est
-pas de même de la potasse; on n'est encore parvenu à séparer cette
-substance des végétaux, qu'en employant des procédés ou des intermèdes
-qui peuvent fournir de l'oxigène & de l'azote, tels que la combustion
-ou la combinaison avec l'acide nitrique; en sorte qu'il n'est point
-démontré que cette substance ne soit pas un produit de ces opérations.
-J'ai commencé une suite d'expériences sur cet objet, dont je serai
-bientôt en état de rendre compte.
-
-
-_De la Soude._
-
-La soude est, comme la potasse, un alkali qui se tire de la lixiviation
-des cendres des plantes, mais de celles seulement qui croissent
-aux bords de la mer, & principalement du _kali_, d'où est venu le
-nom d'_alkali_ qui lui a été donné par les arabes: elle a quelques
-propriétés communes avec la potasse, mais elle en a d'autres qui l'en
-distinguent. En général ces deux substances portent chacune dans toutes
-les combinaisons salines des caractères qui leur sont propres. La
-soude, telle qu'on l'obtient de la lixiviation des plantes marines,
-est le plus souvent entièrement saturée d'acide carbonique; mais elle
-n'attire pas, comme la potasse, l'humidité de l'air; au contraire elle
-s'y desseche; ses cristaux s'effleurissent & se convertissent en une
-poussière blanche qui a toutes les propriétés de la soude, & qui n'en
-differe que parce qu'elle a perdu son eau de cristallisation.
-
-On ne connoît pas mieux jusqu'ici les principes constituans de la soude
-que ceux de la potasse, & on n'est pas même certain si cette substance
-est toute formée dans les végétaux, antérieurement à la combustion.
-L'analogie pourroit porter à croire que l'azote est un des principes
-constituans des alkalis en général, & on en a la preuve à l'égard de
-l'ammoniaque, comme je vais l'exposer: mais on n'a, relativement à la
-potasse & à la soude que de légères présomptions qu'aucune expérience
-décisive n'a encore confirmées.
-
-
-_De l'Ammoniaque._
-
-Comme nous n'avions aucune connoissance précise à présenter sur la
-composition de la soude & de la potasse, nous avons été obligés de nous
-borner dans les deux paragraphes précédens à indiquer les substances
-dont on les retire, & les moyens qu'on emploie pour les obtenir. Il
-n'en est pas de même de l'ammoniaque, que les anciens ont nommée alkali
-volatil. M. Berthollet, dans un Mémoire imprimé dans le recueil de
-l'Académie, année 1784, page 316, est parvenu à prouver par voie de
-décomposition que 1000 parties de cette substance en poids étoient
-composées d'environ 807 d'azote & de 193 d'hydrogène.
-
-C'est principalement par la distillation des matières animales qu'on
-obtient cette substance; l'azote qui est un de leurs principes
-constituans, s'unit à la proportion d'hydrogène propre à cette
-combinaison, & il se forme de l'ammoniaque: mais on ne l'obtient point
-pure dans cette opération; elle est mêlée avec de l'eau, de l'huile, &
-en grande partie saturée d'acide carbonique. Pour la séparer de toutes
-ces substances, on la combine d'abord avec un acide tel, par exemple,
-que l'acide muriatique; on l'en dégage ensuite, soit par une addition
-de chaux, soit par une addition de potasse.
-
-Lorsque l'ammoniaque a été ainsi amenée à son plus grand degré
-de pureté, elle ne peut plus exister que sous forme gazeuse, à
-la température ordinaire dans laquelle nous vivons; elle a une
-odeur excessivement pénétrante. L'eau en absorbe une très-grande
-quantité, sur-tout si elle est froide & si on ajoute la pression au
-refroidissement; ainsi saturée d'ammoniaque, elle a été appelée alkali
-volatil fluor: nous l'appellerons simplement ammoniaque ou ammoniaque
-en liqueur, & nous désignerons la même substance, quand elle sera dans
-l'état aériforme, par le nom de gaz ammoniac.
-
-
-_De la Chaux, de la Magnésie, de la Baryte & de l'Alumine._
-
-La composition de ces quatre terres est absolument inconnue; & comme
-on n'est point encore parvenu à déterminer quelles sont leurs parties
-constituantes & élémentaires, nous sommes autorisés, en attendant de
-nouvelles découvertes, à les regarder comme des êtres simples: l'art
-n'a donc aucune part à la formation de ces terres, la nature nous les
-présente toutes formées. Mais comme elles ont la plupart, sur-tout
-les trois premières, une grande tendance à la combinaison, on ne les
-trouve jamais seules. La chaux est presque toujours saturée d'acide
-carbonique, & dans cet état elle forme la craie, les spaths calcaires,
-une partie des marbres, &c. Quelquefois elle est saturée d'acide
-sulfurique, comme dans le gypse & les pierres à plâtre; d'autres fois
-avec l'acide fluorique, & elle forme le spath fluor ou vitreux. Enfin
-les eaux de la mer & des fontaines salées en contiennent de combinée
-avec l'acide muriatique. C'est de toutes les bases salifiables celle
-qui est la plus abondamment répandue dans la nature.
-
-On rencontre la magnésie dans un grand nombre d'eaux minérales; elle y
-est le plus communément combinée avec l'acide sulfurique; on la trouve
-aussi très-abondamment dans l'eau de la mer, où elle est combinée avec
-l'acide muriatique; enfin elle entre dans la composition d'un grand
-nombre de pierres.
-
-La baryte est beaucoup moins abondante que les deux terres précédentes;
-on la trouve dans le règne minéral combinée avec l'acide sulfurique, &
-elle forme alors le spath pesant; quelquefois, mais plus rarement, elle
-est combinée avec l'acide carbonique.
-
-L'alumine ou base de l'alun a moins de tendance à la combinaison que
-les précédentes; aussi la trouve-t-on souvent dans l'état d'alumine,
-sans être combinée avec aucun acide. C'est principalement dans les
-argiles qu'on la rencontre; elle en fait, à proprement parler, la base.
-
-
-_Des Substances métalliques._
-
-Les métaux, à l'exception de l'or & quelquefois de l'argent, se
-présentent rarement dans le règne minéral sous leur forme métallique;
-ils sont communément ou plus ou moins saturés d'oxygène, ou combinés
-avec du soufre, de l'arsenic, de l'acide sulfurique, de l'acide
-muriatique, de l'acide carbonique, de l'acide phosphorique. La
-docimasie & la métallurgie enseignent à les séparer de toutes ces
-substances étrangères, & nous renvoyons aux ouvrages qui traitent de
-cette partie de la Chimie.
-
-Il est probable que nous ne connoissons qu'une partie des substances
-métalliques qui existent dans la nature; toutes celles, par exemple,
-qui ont plus d'affinité avec l'oxygène qu'avec le carbone, ne sont pas
-susceptibles d'être réduites ou ramenées à l'état métallique, & elles
-ne doivent se présenter à nos yeux que sous la forme d'oxides qui se
-confondent pour nous avec les terres. Il est très-probable que la
-baryte que nous venons de ranger dans la classe des terres, est dans ce
-cas; elle présente dans le détail des expériences des caractères qui la
-rapprochent beaucoup des substances métalliques. Il seroit possible à
-la rigueur que toutes les substances auxquelles nous donnons le nom de
-terres, ne fussent que des oxides métalliques, irréductibles par les
-moyens que nous employons.
-
-Quoi qu'il en soit, les substances métalliques que nous connoissons,
-celles que nous pouvons obtenir dans l'état métallique, sont au nombre
-de dix-sept; savoir:
-
- L'arsenic. Le fer.
- Le molybdène. L'étain.
- Le tungstène. Le plomb.
- Le manganèse. Le cuivre.
- Le nickel. Le mercure.
- Le cobalt. L'argent.
- Le bismuth. Le platine.
- L'antimoine. L'or.
- Le zinc.
-
-Je ne considérerai ici ces métaux que comme des bases salifiables, & je
-n'entrerai dans aucun détail sur leurs propriétés relatives aux arts &
-aux usages de la société. Chaque métal sous ces points de vue exigeroit
-un traité complet, & je sortirois absolument des bornes que je me suis
-prescrites.
-
-
-
-
-CHAPITRE XVII.
-
-_Suite des réflexions sur les bases salifiables, & sur la formation
-des Sels neutres._
-
-
-TELLES sont les bases salifiables, c'est-à-dire, susceptibles de se
-combiner avec les acides, & de former des sels neutres. Mais il faut
-observer que les alkalis & les terres entrent purement & simplement
-dans la composition des sels neutres, sans aucun intermède qui serve
-à les unir; tandis qu'au contraire les métaux ne peuvent se combiner
-avec les acides, qu'autant qu'ils ont été préalablement plus ou moins
-oxygénés. On peut donc rigoureusement dire que les métaux ne sont point
-dissolubles dans les acides, mais seulement les oxides métalliques.
-Ainsi lorsqu'on met une substance métallique dans un acide, la première
-condition pour qu'elle puisse s'y dissoudre, est qu'elle puisse s'y
-oxider, & elle ne le peut qu'en enlevant de l'oxygène, ou à l'acide,
-ou à l'eau, dont cet acide est étendu: c'est-à-dire, en d'autres
-termes qu'une substance métallique ne peut se dissoudre dans un acide,
-qu'autant que l'oxygène qui entre, soit dans la composition de l'eau,
-soit dans celle de l'acide, a plus d'affinité avec le métal, qu'il
-n'en a avec l'hydrogène ou la base acidifiable; ou, ce qui revient
-encore au même, qu'il n'y a de dissolution métallique, qu'autant qu'il
-y a décomposition de l'eau ou de l'acide.
-
-C'est de cette observation simple, qui a échappé, même à l'illustre
-_Bergman_, que dépend l'explication des principaux phénomènes des
-dissolutions métalliques. Le premier de tous & le plus frappant est
-l'effervescence, ou, pour parler d'une manière moins équivoque, le
-dégagement de gaz qui a lieu pendant la dissolution. Ce gaz dans
-les dissolutions par l'acide nitrique est du gaz nitreux; dans les
-dissolutions par l'acide sulfurique, il est ou du gaz acide sulfureux,
-ou du gaz hydrogène, suivant que c'est aux dépens de l'acide sulfurique
-ou de l'eau que le métal s'est oxidé.
-
-Il est sensible que l'acide nitrique & l'eau étant composés l'un &
-l'autre de substances qui séparément ne peuvent exister que dans l'état
-de gaz, du moins à la température dans laquelle nous vivons, aussitôt
-qu'on leur enlève l'oxygène, le principe qui lui étoit uni doit entrer
-sur le champ en expansion, il doit prendre la forme gazeuse, & c'est
-ce passage rapide de l'état liquide à l'état gazeux qui constitue
-l'effervescence. Il en est de même de l'acide sulfurique; les métaux,
-en général, sur-tout par la voie humide, n'enlèvent point à cet acide
-la totalité de l'oxygène; ils ne le réduisent point en soufre, mais
-en acide sulfureux qui ne peut également exister que dans l'état de
-gaz au degré de température & de pression dans lequel nous vivons. Cet
-acide doit donc se dégager sous la forme de gaz, & c'est encore à ce
-dégagement qu'est due l'effervescence.
-
-Un second phénomène est que toutes les substances métalliques se
-dissolvent sans effervescence dans les acides quand elles ont été
-oxidées avant la dissolution: il est clair qu'alors le métal n'ayant
-plus à s'oxider, il ne tend plus à décomposer ni l'acide ni l'eau;
-il ne doit donc plus y avoir d'effervescence, puisque l'effet qui le
-produisoit n'a plus lieu.
-
-Un troisième phénomène est que tous les métaux se dissolvent sans
-effervescence dans l'acide muriatique oxygéné: ce qui se passe dans
-cette opération mérite quelques réflexions particulières. Le métal
-dans ce cas enlève à l'acide muriatique oxygéné son excès d'oxygène;
-il se forme d'une part un oxide métallique, & de l'autre de l'acide
-muriatique ordinaire. S'il n'y a pas d'effervescence dans ces sortes
-de dissolutions, ce n'est pas qu'il ne soit de l'essence de l'acide
-muriatique d'exister sous la forme de gaz au degré de température
-dans lequel nous vivons, mais ce gaz trouve dans l'acide muriatique
-oxygéné plus d'eau qu'il n'en faut pour être retenu & pour demeurer
-sous forme liquide; il ne se dégage donc pas comme l'acide sulfureux, &
-après s'être combiné avec l'eau dans le premier instant, il se combine
-paisiblement ensuite avec l'oxide métallique qu'il dissout.
-
-Un quatrième phénomène est que les métaux qui ont peu d'affinité pour
-l'oxygène, & qui n'exercent pas sur ce principe une action assez
-forte pour décomposer, soit l'acide, soit l'eau, sont absolument
-indissolubles: c'est par cette raison que l'argent, le mercure, le
-plomb, ne sont pas dissolubles dans l'acide muriatique, lorsqu'on les
-présente à cet acide dans leur état métallique; mais si on les oxide
-auparavant, de quelque manière que ce soit, ils deviennent aussitôt
-très-dissolubles, & la dissolution se fait sans effervescence.
-
-L'oxygène est donc le moyen d'union entre les métaux & les acides; &
-cette circonstance qui a lieu pour tous les métaux comme pour tous
-les acides, pourroit porter à croire que toutes les substances qui
-ont une grande affinité avec les acides contiennent de l'oxygène. Il
-est donc assez probable que les quatre terres salifiables que nous
-avons désignées ci-dessus contiennent de l'oxygène, & que c'est par ce
-_latus_ qu'elles s'unissent aux acides. Cette considération sembleroit
-appuyer ce que j'ai précédemment avancé à l'article des terres, que ces
-substances pourroient bien n'être autre chose que des métaux oxidés
-avec lesquels l'oxygène a plus d'affinité qu'il n'en a avec le charbon,
-& qui par cette circonstance sont irréductibles. Au reste ce n'est ici
-qu'une conjecture que des expériences ultérieures pourront seules ou
-confirmer ou détruire.
-
-Les acides connus jusqu'ici sont les suivans; nous allons en les
-désignant, indiquer le nom du radical ou base acidifiable dont ils sont
-composés.
-
-
- Noms des acides. | Nom de la base acidifiable ou radical de
- | chaque acide, avec des observations.
- -----------------------------------------------------------------------
- 1 Sulfureux. } Soufre.
- 2 Sulfurique. }
-
- 3 Phosphoreux. } Phosphore.
- 4 Phosphorique. }
-
- 5 Muriatique. } Radical muriatique.
- 6 Muriatique oxygéné.}
-
- 7 Nitreux. } Azote.
- 8 Nitrique. }
- 9 Nitrique oxigéné. }
-
- 10 Carbonique. Carbone.
-
- 11 Acéteux. } Tous ces acides paroissent être formés de la
- 12 Acétique. } réunion d'une base acidifiable double, le
- 13 Oxalique. } carbone & l'hydrogène, & ne différer entr'eux
- 14 Tartareux. } que par la différence de proportion de ces
- 15 Pyro-tartareux. } deux bases & de l'oxigène qui les acidifie;
- 16 Citrique. } on n'a au surplus encore aucune suite
- 17 Malique. } d'expériences bien faites à cet égard.
- 18 Pyro-ligneux. }
- 19 Pyro-muqueux. }
-
- 20 Gallique. } On n'a encore que des connoissances
- 21 Prussique. } très-imparfaites sur la nature des radicaux
- 22 Benzoïque. } de ces acides; on sait seulement
- 23 Succinique. } que le carbone & l'hydrogène en sont
- 24 Camphorique. } les principales parties, & que l'acide
- 25 Lactique. } prussique contient de l'azote.
- 26 Saccho-lactique. }
-
- 27 Bombique. } Ces acides & tous ceux qu'on obtient en
- 28 Formique. } oxigénant les matières animales, paroissent
- 29 Sébacique. } avoir pour base acidifiable le carbone,
- } l'hydrogène, le phosphore & l'azote.
-
- 30 Boracique. | Le radical boracique { La nature de ces deux
- 31 Fluorique. | Le radical fluorique { radicaux est
- | { entièrement inconnue.
-
- 32 Antimonique. | Antimoine.
- 33 Argentique. | Argent.
- 34 Arsenique. | Arsenic.
- 35 Bismuthique. | Bismuth.
- 36 Cobaltique. | Cobalt.
- 37 Cuprique. | Cuivre.
- 38 Stamnique. | Etain.
- 39 Ferrique. | Fer.
- 40 Manganique. | Manganèse.
- 41 Hydrargirique. | Mercure.
- 42 Molybdique. | Molybdène.
- 43 Nickelique. | Nickel.
- 44 Aurique. | Or.
- 45 Platinique. | Platine.
- 46 Plombique. | Plomb.
- 47 Tungstique. | Tungstène.
- 48 Zincique. | Zinc.
-
-On voit que le nombre des acides est de 48 en y comprenant les 17
-acides métalliques qui sont encore peu connus, mais sur lesquels M.
-Berthollet va donner incessamment un travail important. On ne peut
-pas encore se flatter sans doute de les avoir tous découverts; mais
-il est probable, d'un autre côté, qu'un examen plus approfondi fera
-connoître que plusieurs des acides végétaux regardés comme différens,
-rentrent les uns dans les autres. Au reste, on ne peut présenter ici le
-tableau de la Chimie que dans l'état où elle est, & tout ce qu'on peut
-faire c'est de donner des principes pour nommer, en conformité du même
-systême, les corps qui pourront être découverts dans la suite.
-
-Le nombre des bases salifiables, c'est-à-dire, susceptibles d'être
-converties en sels neutres par les acides, est de vingt-quatre, savoir:
-
- Trois alkalis.
- Quatre terres.
- Et dix-sept substances métalliques.
-
-La totalité des sels neutres qu'on peut concevoir dans l'état actuel
-de nos connoissances est donc de 1152; mais c'est en supposant que
-les acides métalliques soient susceptibles de dissoudre d'autres
-métaux; & cette dissolubilité des métaux, oxygénés les uns par les
-autres, est une science neuve qui n'a point encore été entamée: c'est
-de cette partie de la science que dépendent toutes les combinaisons
-vitreuses métalliques. Il est d'ailleurs probable que toutes les
-combinaisons salines qu'on peut concevoir, ne sont pas possibles, ce
-qui doit réduire considérablement le nombre des sels que la nature &
-l'art peuvent former. Mais quand on ne supposeroit que cinq à six cens
-espèces de sels possibles, il est évident que si on vouloit donner
-à toutes des dénominations arbitraires à la manière des anciens, si
-on les désignoit, ou par le nom des premiers auteurs qui les ont
-découverts, ou par le nom des substances dont ils ont été tirés, il en
-résulteroit une confusion que la mémoire la plus heureuse ne pourroit
-pas débrouiller. Cette méthode pouvoit être tolérable dans le premier
-âge de la Chimie; elle pouvoit l'être encore il y a vingt ans, parce
-qu'alors on ne connoissoit pas au-delà de trente espèces de sels:
-mais aujourd'hui que le nombre en augmente tous les jours, que chaque
-acide qu'on découvre enrichit souvent la Chimie de 24 sels nouveaux,
-quelquefois de 48 en raison des deux degrés d'oxygénation de l'acide;
-il faut nécessairement une méthode, & cette méthode est donnée par
-l'analogie: c'est celle que nous avons suivie dans la nomenclature
-des acides; & comme la marche de la nature est une, elle s'appliquera
-naturellement à la nomenclature des sels neutres.
-
-Lorsque nous avons nommé les différentes espèces d'acides, nous avons
-distingué dans ces substances la base acidifiable particulière à chacun
-d'eux, & le principe acidifiant, l'oxygène qui est commun à tous.
-Nous avons exprimé la propriété commune à tous par le nom générique
-d'acide, & nous avons ensuite différencié les acides par le nom de la
-base acidifiable particulière à chacun. C'est ainsi que nous avons
-donné au soufre, au phosphore, au carbone oxygénés le nom d'acide
-sulfurique, d'acide phosphorique, d'acide carbonique: enfin nous avons
-cru devoir indiquer les différens degrés de saturation d'oxygène par
-une terminaison différente du même mot. Ainsi nous avons distingué
-l'acide sulfureux de l'acide sulfurique, l'acide phosphoreux de l'acide
-phosphorique.
-
-Ces principes appliqués à la nomenclature des sels neutres, nous ont
-obligés de donner un nom commun à tous les sels dans la combinaison
-desquels entre le même acide, & de les différencier ensuite par le nom
-de la base salifiable. Ainsi nous avons désigné tous les sels qui ont
-l'acide sulfurique pour acide, par le nom de _sulfates_; tous ceux
-qui ont l'acide phosphorique pour acide, par le nom de _phosphates_,
-& ainsi des autres. Nous distinguerons donc _sulfate_ de potasse,
-_sulfate_ de soude, _sulfate_ d'ammoniaque, _sulfate_ de chaux,
-_sulfate_ de fer, &c. & comme nous connoissons vingt-quatre bases,
-tant alkalines que terreuses & métalliques, nous aurons vingt-quatre
-espèces de _sulfates_, autant de _phosphates_, & de même pour tous les
-autres acides. Mais comme le soufre est susceptible de deux degrés
-d'oxygénation, qu'une première dose d'oxygène constitue l'acide
-sulfureux, & une seconde l'acide sulfurique; comme les sels neutres
-que forment ces deux acides avec les différentes bases ne sont pas
-les mêmes, & qu'ils ont des propriétés fort différentes, il a fallu
-les distinguer encore par une terminaison particulière: nous avons en
-conséquence désigné par le nom de _sulfites_, de _phosphites_, &c.
-les sels neutres formés par l'acide le moins oxygéné. Ainsi le soufre
-oxygéné sera susceptible de former 48 sels neutres, savoir vingt-quatre
-_sulfates_ & vingt-quatre _sulfites_, & ainsi des autres substances
-susceptibles de deux degrés d'oxygénation.
-
-Il seroit excessivement ennuyeux pour les lecteurs de suivre ces
-dénominations dans tous leurs détails; il suffit d'avoir exposé
-clairement la méthode de nommer: quand on l'aura saisie, on pourra
-l'appliquer sans effort à toutes les combinaisons possibles; & le nom
-de la substance combustible & acidifiable connu, on se rappellera
-toujours aisément le nom de l'acide qu'elle est susceptible de former,
-& celui de tous les sels neutres qui doivent en dériver.
-
-Je m'en tiendrai donc à ces notions élémentaires; mais, pour satisfaire
-en même tems ceux qui pourroient avoir besoin de plus grands détails,
-j'ajouterai dans une seconde partie des Tableaux qui présenteront une
-récapitulation générale, non-seulement de tous les sels neutres, mais
-en général de toutes les combinaisons chimiques. J'y joindrai quelques
-courtes explications sur la manière la plus simple & la plus sûre de
-se procurer les différentes espèces d'acides, & sur les propriétés
-générales des sels neutres qui en résultent.
-
-Je ne me dissimule pas qu'il auroit été nécessaire pour compléter cet
-Ouvrage, d'y joindre des observations particulières sur chaque espèce
-de sel, sur sa dissolubilité dans l'eau & dans l'esprit-de-vin, sur
-la proportion d'acide & de base qui entre dans sa composition, sur
-sa quantité d'eau de cristallisation, sur les différens degrés de
-saturation dont il est susceptible, enfin sur le degré de force avec
-laquelle l'acide tient à sa base. Ce travail immense a été commencé
-par M. Bergman, M. de Morveau, M. Kirwan & quelques autres célèbres
-Chimistes; mais il n'est encore que médiocrement avancé, & les bases
-sur lesquelles il repose ne sont pas même encore d'une exactitude
-rigoureuse. Des détails aussi nombreux n'auroient pas pu convenir
-à un Ouvrage élémentaire, & le tems de rassembler les matériaux &
-de compléter les expériences auroit retardé de plusieurs années la
-publication de cet Ouvrage. C'est un vaste champ ouvert au zèle &
-à l'activité des jeunes Chimistes; mais qu'il me soit permis de
-recommander, en terminant ici ma tâche, à ceux qui auront le courage de
-l'entreprendre, de s'attacher plutôt à faire bien qu'à faire beaucoup;
-à s'assurer d'abord par des expériences précises & multipliées de
-la composition des acides, avant de s'occuper de celle des sels
-neutres. Tout édifice destiné à braver les outrages du tems, doit être
-établi sur des fondemens solides; & dans l'état où est parvenue la
-Chimie, c'est en retarder la marche que d'établir ses progrès sur des
-expériences qui ne sont ni assez exactes, ni assez rigoureuses.
-
-
-
-
-[Illustration]
-
-SECONDE PARTIE.
-
-_De la Combinaison des Acides avec les bases salifiables, & de la
-Formation des Sels neutres._
-
-AVERTISSEMENT.
-
-
-SI j'avois voulu suivre strictement le plan que je m'étois formé dans
-la distribution des différentes parties de cet Ouvrage, je me serois
-borné dans les Tableaux qui composeront cette seconde Partie, & dans
-les explications qui les accompagnent, à donner de courtes définitions
-des différens acides que l'on connoît, une description abrégée des
-procédés par lesquels on les obtient, & j'y aurois joint une simple
-nomenclature des sels neutres qui résultent de leurs combinaisons avec
-différentes bases. Mais j'ai reconnu que, sans ajouter beaucoup au
-volume de cet Ouvrage, je pourrois en augmenter beaucoup l'utilité, en
-présentant sous la même forme le tableau des substances simples, de
-celles qui entrent dans la composition des acides & des oxides, & leurs
-combinaisons.
-
-Cette addition n'augmente que de dix le nombre des Tableaux strictement
-nécessaires pour la nomenclature de tous les sels neutres. J'y présente
-1º. les substances simples, ou du moins celles que l'état actuel de nos
-connoissances nous oblige à regarder comme telles.
-
-2º. Les radicaux oxidables & acidifiables doubles & triples, qui se
-combinent avec l'oxygène, à la manière des substances simples.
-
-3º. Les combinaisons de l'oxygène avec les substances simples
-métalliques & non métalliques.
-
-4º. Les combinaisons de l'oxygène avec les radicaux composés.
-
-5º. Les combinaisons de l'azote avec les substances simples.
-
-6º. Les combinaisons de l'hydrogène avec les substances simples.
-
-7º. Les combinaisons du soufre avec les substances simples.
-
-8º. Les combinaisons du phosphore avec les substances simples.
-
-9º. Les combinaisons du carbone avec les substances simples.
-
-10º. Les combinaisons de quelques autres radicaux avec les substances
-simples.
-
-Ces dix Tableaux & les Observations qui les accompagnent, forment une
-espèce de récapitulation des quinze premiers Chapitres de cet Ouvrage.
-Les Tableaux qui sont à la suite & qui présentent l'ensemble de toutes
-les combinaisons salines, ont plus particulièrement rapport aux
-Chapitres XIV & XV.
-
-On s'appercevra facilement que j'ai beaucoup profité dans ce travail de
-ce que M. de Morveau a publié dans le premier volume de l'Encyclopédie
-par ordre de matières; & en effet il m'auroit été difficile de puiser
-dans de meilleures sources, sur-tout d'après la difficulté de consulter
-les ouvrages étrangers dans leur langue originale. Je ne le citerai
-qu'une seule fois, au commencement de cette seconde Partie, pour ne pas
-être obligé de le citer à chaque article.
-
-J'ai placé à la suite de chaque Tableau & vis-à-vis autant qu'il a été
-possible les explications qui y sont relatives.
-
-
-
-
-_TABLEAU DES SUBSTANCES SIMPLES._
-
-
- =====================================================================
- | | Noms nouveaux. | Noms anciens |
- | | | correspondans. |
- |-------------------------------------------------------------------|
- | |Lumière. |Lumière. |
- | | | |
- |Substances simples {Calorique. {Chaleur. |
- |qui appartiennent { {Principe de la chaleur. |
- |aux trois règnes & { {Fluide igné. |
- |qu'on peut regarder { {Feu. |
- |comme les élémens { {Matière du feu & de la |
- |des corps. { {chaleur. |
- | { | |
- | {Oxygène. {Air déphlogistiqué. |
- | { {Air empiréal. |
- | { {Air vital. |
- | { {Base de l'air vital. |
- | { | |
- | {Azote {Gaz phlogistiqué. |
- | { {Mofete. |
- | { {Base de la mofete. |
- | { | |
- | {Hydrogène. {Gaz inflammable. |
- | { {Base du gaz inflammable. |
- | | | |
- |Substances simples {Soufre. |Soufre. |
- |non métalliques {Phosphore. |Phosphore. |
- |oxidables & {Carbone. |Charbon pur. |
- |acidifiables. {Radical muriatique. |Inconnu. |
- | {Radical fluorique. |Inconnu. |
- | {Radical boracique. |Inconnu. |
- | | | |
- |Substances {Antimoine. |Antimoine. |
- |simples {Argent. |Argent. |
- |métalliques {Arsenic. |Arsenic. |
- |oxidables & {Bismuth. |Bismuth. |
- |acidifiables. {Cobalt. |Cobalt. |
- | {Cuivre. |Cuivre. |
- | {Etain. |Etain. |
- | {Fer. |Fer. |
- | {Manganèse. |Manganèse. |
- | {Mercure. |Mercure. |
- | {Molybdène. |Molybdène. |
- | {Nickel. |Nickel. |
- | {Or. |Or. |
- | {Platine. |Platine. |
- | {Plomb. |Plomb. |
- | {Tungstène. |Tungstène. |
- | {Zinc. |Zinc. |
- | | | |
- |Substances {Chaux. |Terre calcaire, chaux. |
- |simples {Magnésie. |Magnésie, base du sel |
- |salifiables { |d'Epsom. |
- |terreuses. {Baryte. |Barote, terre pesante. |
- | {Alumine. |Argile, terre de l'alun, |
- | { |base de l'alun. |
- | {Silice. |Terre siliceuse, terre |
- | { |vitrifiable. |
- =====================================================================
-
-
-
-
-OBSERVATIONS
-
-_Sur le Tableau des Substances simples, ou du moins de celles que
-l'état actuel de nos connoissances nous oblige à considérer comme
-telles._
-
-
-LA Chimie en soumettant à des expériences les différens corps de
-la nature, a pour objet de les décomposer & de se mettre en état
-d'_examiner séparément les différentes substances qui entrent dans
-leur combinaison_. Cette science a fait de nos jours des progrès
-très-rapides. Il sera facile de s'en convaincre si l'on consulte les
-différens auteurs qui ont écrit sur l'ensemble de la Chimie: on verra
-que dans les premiers tems on regardoit l'huile & le sel comme les
-principes des corps; que l'expérience & l'observation ayant amené de
-nouvelles connoissances, on s'apperçut ensuite que les sels n'étoient
-point des corps simples, qu'ils étoient composés d'un acide & d'une
-base, & que c'étoit de cette réunion que résultoit leur état de
-neutralité. Les découvertes modernes ont encore reculé de plusieurs
-degrés les bornes de l'analyse[7], elles nous ont éclairés sur la
-formation des acides, & nous ont fait voir qu'ils étoient formés par
-la combinaison d'un principe acidifiant commun à tous, l'oxygène, &
-d'un radical particulier pour chacun, qui les différencie & qui les
-constitue plutôt tel acide que tel autre. J'ai été encore plus loin
-dans cet ouvrage, puisque j'ai fait voir, comme M. Hassenfratz, au
-surplus l'avoit déjà annoncé, que les radicaux des acides eux-mêmes
-ne sont pas toujours des substances simples, même dans le sens que
-nous attachons à ce mot; qu'ils sont ainsi que le principe huileux, un
-composé d'hydrogène & de carbone. Enfin M. Berthollet a prouvé que les
-bases des sels n'étoient pas plus simples que les acides eux-mêmes, &
-que l'ammoniaque étoit un composé d'azote & d'hydrogène.
-
- [7] Voyez Mémoires de l'Académie, année 1776, page 671, & 1778, page
- 535.
-
-La Chimie marche donc vers son but & vers sa perfection, en divisant,
-subdivisant, & resubdivisant encore, & nous ignorons quel sera le
-terme de ses succès. Nous ne pouvons donc pas assurer que ce que nous
-regardons comme simple aujourd'hui le soit en effet: tout ce que nous
-pouvons dire, c'est que telle substance est le terme actuel auquel
-arrive l'analyse chimique, & qu'elle ne peut plus se subdiviser au-delà
-dans l'état actuel de nos connoissances.
-
-Il est à présumer que les terres cesseront bientôt d'être comptées au
-nombre des substances simples; elles sont les seules de toute cette
-classe qui n'aient point de tendance à s'unir à l'oxygène, & je suis
-bien porté à croire que cette indifférence pour l'oxygène, s'il m'est
-permis de me servir de cette expression, tient à ce qu'elles en sont
-déjà saturées. Les terres, dans cette manière de voir, feroient des
-substances simples, peut-être des oxides métalliques oxygénées jusqu'à
-un certain point. Ce n'est au surplus qu'une simple conjecture que je
-présente ici. J'espère que le lecteur voudra bien ne pas confondre ce
-que je donne pour des vérités de fait & d'expérience avec ce qui n'est
-encore qu'hypothétique.
-
-Je n'ai point fait entrer dans ce tableau les alkalis fixes, tels
-que la potasse & la soude, parce que ces substances sont évidemment
-composées, quoiqu'on ignore cependant encore la nature des principes
-qui entrent dans leur combinaison.
-
-
-
-
-_TABLEAU des Radicaux ou bases oxidables & acidifiables, composés, qui
-entrent dans les combinaisons à la manière des substances simples._
-
-
- ======================================================================
- | | Noms des Radicaux. | Observations. |
- |--------------------------------------------------------------------|
- |Radicaux oxidables {Radical }C'est la base de l'eau |
- |ou acidifiables {nitro-muriatique, ou }régale des anciens |
- |composés, du {radical de l'eau }Chimistes, célèbre par |
- |règne minéral. {régale. }la propriété qu'elle a |
- | { }de dissoudre l'or. |
- | | | |
- |Radicaux {Radical tartareux. }Les anciens Chimistes |
- |hydro-carboneux, {Radical malique. }ne connoissoient |
- |ou {Radical citrique. }point la composition |
- |carbone-hydreux {Radical pyro-ligneux. }des acides, & ne se |
- |du règne {Radical pyro-muqueux. }doutant pas qu'ils |
- |végétal, {Radical pyro-tartareux. }fussent formés de la |
- |susceptibles {Radical oxalique. }réunion d'un radical |
- |d'être oxidés {Radical acéteux. }particulier à chacun |
- |& acidifiés. {Radical succinique. }d'eux & d'un principe |
- | {Radical benzoïque. }acidifiant commun à |
- | {Radical camphorique }tous, ils n'ont pu |
- | {Radical gallique. }donner aucun nom à des |
- | | }substances dont ils |
- |Radicaux {Radical lactique. }n'avoient aucune idée: |
- |hydro-carboneux ou {Radical saccholactique. }nous nous sommes donc |
- |carbone-hydreux du {Radical formique. }trouvés dans la |
- |règne animal dans {Radical bombique. }nécessité de créer une |
- |la composition {Radical sébacique. }Nomenclature pour cet |
- |desquels entre {Radical lithique. }objet; mais nous avons |
- |presque toujours {Radical prussique. }prévenu en même tems |
- |l'azote & souvent | }que cette Nomenclature |
- |le phosphore, & | }seroit susceptible de |
- |qui sont | }modification, à |
- |susceptibles d'être| }mesure que la nature |
- |oxidés& acidifiés. | }des radicaux composés |
- |XI. | }seroit mieux connue. |
- | | }Voyez ce que j'ai dit |
- | | }à cet égard, chapitre |
- | | }XI. |
- ======================================================================
-
-Les radicaux du règne végétal donnent par un premier degré
-d'oxigénation des oxides végétaux; tels que le sucre, l'amidon, la
-gomme ou le muqueux. Les radicaux animaux donnent des oxides animaux,
-tels que la limphe, &c. &c.
-
-
-
-
-OBSERVATIONS
-
-_Sur le Tableau des Radicaux ou bases oxydables & acidifiables,
-composés de la réunion de plusieurs substances simples._
-
-
-LES radicaux du règne végétal & du règne animal que présente ce
-tableau, & qui tous sont susceptibles d'être oxidés & acidifiés,
-n'ayant point encore été analysés avec précision, il est impossible
-de les assujétir encore à une nomenclature régulière. Des expériences
-dont quelques-unes me sont propres, & dont d'autres ont été faites par
-M. Hassenfratz, m'ont seulement appris qu'en général, presque tous les
-acides végétaux, tels que l'acide tartareux, l'acide oxalique, l'acide
-citrique, l'acide malique, l'acide acéteux, l'acide pyro-tartarique,
-l'acide pyro-mucique, ont pour radical l'hydrogène & le carbone, mais
-réunis de manière à ne former qu'une seule & même base; que tous ces
-acides ne diffèrent entr'eux que par la différence de proportion de
-ces deux substances, & par le degré d'oxygénation. Nous savons de
-plus, principalement par les expériences de M. Berthollet, que les
-radicaux du règne animal, & quelques-uns même du règne végétal sont
-plus composés, & qu'indépendamment de l'hydrogène & du carbone, ils
-contiennent encore souvent de l'azote, & quelquefois du phosphore; mais
-il n'existe point encore de calculs exacts sur les quantités. Nous nous
-sommes donc trouvés forcés de donner, à la manière des anciens, à ces
-différens radicaux des noms dérivés de celui de la substance dont ils
-ont été tirés. Sans doute, un jour & à mesure que nos connoissances
-acquerront plus de certitude & d'étendue, tous ces noms disparoîtront,
-& ils ne subsisteront plus que comme un témoignage de l'état dans
-lequel la science chimique nous a été transmise: ils feront place à
-ceux des radicaux hydro-carboneux & hydro-carbonique, carbone-hydreux
-& carbone-hydrique, comme je l'ai expliqué dans le chapitre XI, & le
-choix de ces noms sera déterminé par la proportion des deux bases dont
-ils sont composés.
-
-On apperçoit aisément que les huiles étant composées d'hydrogène &
-de carbone, elles sont de véritables radicaux carbone-hydreux ou
-hydro-carboneux, & en effet, il suffit d'oxygéner des huiles pour les
-convertir d'abord en oxides, & ensuite en acides végétaux, suivant le
-degré d'oxygénation. On ne peut pas cependant assurer d'une manière
-positive que les huiles entrent toutes entières dans la composition
-des oxides & des acides végétaux; il est possible qu'elles perdent
-auparavant une portion de leur hydrogène ou de leur carbone, & que ce
-qui reste de l'une & de l'autre de ces substances ne soit plus dans la
-proportion nécessaire pour constituer des huiles. C'est sur quoi nous
-avons encore besoin d'être éclairés par l'expérience.
-
-Nous ne connoissons, à proprement parler, dans le règne minéral d'autre
-radical composé que le radical nitro-muriatique. Il est formé par
-la réunion de l'azote avec le radical muriatique. Les autres acides
-composés ont été beaucoup moins étudiés, & ne présentent pas d'ailleurs
-des phénomènes aussi frappans.
-
-
-
-
-OBSERVATIONS
-
-_Sur les combinaisons de la Lumière & du Calorique avec les différentes
-substances._
-
-
-JE n'ai point formé de Tableau pour les combinaisons de la lumière &
-du calorique avec les substances simples ou composées; parce que nous
-n'avons point encore des idées suffisamment arrêtées sur ces sortes
-de combinaisons. Nous savons, en général, que tous les corps de la
-nature sont plongés dans le calorique, qu'ils en sont environnés,
-pénétrés de toutes parts, & qu'il remplit tous les intervalles que
-laissent entr'elles leurs molécules: que dans certains cas le calorique
-se fixe dans les corps, de manière même à constituer leurs parties
-solides; mais que le plus souvent il en écarte les molécules, il exerce
-sur elles une force répulsive, & que c'est de son action ou de son
-accumulation plus ou moins grande que dépend le passage des corps de
-l'état solide à l'état liquide, de l'état liquide à l'état aériforme.
-Enfin nous avons appelé du nom générique de _gaz_ toutes les substances
-portées à l'état aériforme par une addition suffisante de calorique;
-en sorte que si nous voulons désigner l'acide muriatique, l'acide
-carbonique, l'hydrogène, l'eau, l'alkool dans l'état aériforme, nous
-leur donnons le nom de _gaz acide muriatique_, _gaz acide carbonique_,
-_gaz hydrogène_, _gaz aqueux_, _gaz alkool_.
-
-A l'égard de la lumière, ses combinaisons & sa manière d'agir sur
-les corps sont encore moins connues. Il paroît seulement, d'après
-les expériences de M. Berthollet, qu'elle a une grande affinité avec
-l'oxygène, qu'elle est susceptible de se combiner avec lui, & qu'elle
-contribue avec le calorique à le constituer dans l'état de gaz. Les
-expériences qui ont été faites sur la végétation, donnent aussi lieu de
-croire que la lumière se combine avec quelques parties des plantes, &
-que c'est à cette combinaison qu'est due la couleur verte des feuilles
-& la diversité de couleurs des fleurs. Il est au moins certain que
-les plantes qui croissent dans l'obscurité sont étiolées, qu'elles
-sont absolument blanches, qu'elles sont dans un état de langueur & de
-souffrance, & qu'elles ont besoin pour reprendre leur vigueur naturelle
-& pour se colorer, de l'influence immédiate de la lumière.
-
-On observe quelque chose de semblable sur les animaux eux-mêmes; les
-hommes, les femmes, les enfans s'étiolent jusqu'à un certain point dans
-les travaux sédentaires des manufactures, dans les logemens resserrés,
-dans les rues étroites des villes. Ils se développent au contraire,
-ils acquièrent plus de force & plus de vie dans la plupart des
-occupations champêtres & dans les travaux qui se font en plein air.
-
-L'organisation, le sentiment, le mouvement spontané, la vie, n'existent
-qu'à la surface de la terre & dans les lieux exposés à la lumière. On
-diroit que la fable du flambeau de Prométhée étoit l'expression d'une
-vérité philosophique qui n'avoit point échappé aux anciens. Sans la
-lumière la nature étoit sans vie, elle étoit morte & inanimée: un Dieu
-bienfaisant, en apportant la lumière, a répandu sur la surface de la
-terre l'organisation, le sentiment & la pensée.
-
-Mais ce n'est point ici le lieu d'entrer dans aucuns détails sur les
-corps organisés; c'est à dessein que j'ai évité de m'en occuper dans
-cet Ouvrage, & c'est ce qui m'a empêché de parler des phénomènes de
-la respiration, de la sanguification & de la chaleur animale. Je
-reviendrai un jour sur ces objets.
-
-
-
-
-_TABLEAU des Combinaisons binaires de l'oxygène avec les substances
-métalliques & non métalliques oxidables & acidifiables._
-
-
- ======================================================================
- | Premier degré d'oxigénation. |
- |--------------------------------------------------------------------|
- | | Noms nouveaux. | Noms anciens. |
- |--------------------------------------------------------------------|
- | Combinaisons de l'oxygène avec les substances simples |
- | non métalliques, telles que: |
- |--------------------------------------------------------------------|
- |Le calorique. |Le gaz oxygène. |Air vital ou |
- | | |déphlogistiqué. |
- |L'hydrogène. |On ne connoît qu'un degré de combinaison de |
- | |l'oxygène & de l'hydrogène, & cette |
- | |combinaison forme de l'eau. |
- |L'azote. |Oxide nitreux ou |Gaz nitreux. |
- | |base du gaz nitreux.| |
- |Le carbone. |Oxide de carbone. |Inconnu. |
- |Le soufre. |Oxide de soufre. |Soufre mou. |
- |Le phosphore. |Oxide de phosphore. |Résidu de la combustion |
- | | |du phosphore. |
- |Le radical muriatique.|Oxide muriatique. |Inconnu. |
- |Le radical fluorique. |Oxide fluorique. |Inconnu. |
- |Le radical boracique. |Oxide boracique. |Inconnu. |
- |--------------------------------------------------------------------|
- | Combinaisons de l'oxygène avec les substances simples |
- | métalliques, telles que: |
- |--------------------------------------------------------------------|
- |L'antimoine. |Oxide gris d'antimoine. |Chaux grise d'antimoine. |
- |L'argent. |Oxide d'argent. |Chaux d'argent. |
- |L'arsenic. |Oxide gris d'arsenic. |Chaux grise d'arsenic. |
- |Le bismuth. |Oxide gris de bismuth. |Chaux grise de bismuth. |
- |Le cobalt. |Oxide gris de cobalt. |Chaux grise de cobalt. |
- |Le cuivre. |Oxide rouge brun de |Chaux rouge brune de cuivre.|
- | |cuivre. | |
- |L'étain. |Oxide gris d'étain. |Chaux grise d'étain. |
- |Le fer. |Oxide noir de fer. |Ethiops martial. |
- |Le manganèse. |Oxide noir de manganèse.|Chaux noire de manganèse. |
- |Le mercure. |Oxide noir de mercure. |Ethiops minéral. |
- |Le molybdène. |Oxide de molybdène. |Chaux de molybdène. |
- |Le nickel. |Oxide de nickel. |Chaux de nickel. |
- |L'or. |Oxide jaune d'or. |Chaux jaune d'or. |
- |Le platine. |Oxide jaune de platine. |Chaux jaune de platine. |
- |Le plomb. |Oxide gris de plomb. |Chaux grise de plomb. |
- |Le tungstène. |Oxide de tungstène. |Chaux de tungstène. |
- |Le zinc. |Oxide gris de zinc. |Chaux grise de zinc. |
- ======================================================================
-
-
- ======================================================================
- | Second degré d'oxigénation. |
- |--------------------------------------------------------------------|
- | | Noms nouveaux. | Noms anciens. |
- |--------------------------------------------------------------------|
- | Combinaisons de l'oxygène avec les substances simples |
- | non métalliques, telles que: |
- |--------------------------------------------------------------------|
- |Le calorique. | | |
- |L'hydrogène. | | |
- |L'azote. |Acide nitreux. |Acide nitreux fumant. |
- |Le carbone. |Acide carboneux. |Inconnu. |
- |Le soufre. |Acide sulfureux. |Acide sulfureux. |
- |Le phosphore. |Acide phosphoreux. |Acide volatil du |
- | | |phosphore. |
- |Le radical muriatique.|Acide muriateux. |Inconnu. |
- |Le radical fluorique. |Acide fluoreux. |Inconnu. |
- |Le radical boracique. |Acide boraceux. |Inconnu. |
- |--------------------------------------------------------------------|
- | Combinaisons de l'oxygène avec les substances simples |
- | métalliques, telles que: |
- |--------------------------------------------------------------------|
- |L'antimoine. |Oxide blanc d'antimoine. |Chaux blanche d'antimoine. |
- | | |Antimoine diaphorétique. |
- |L'argent. |........................ |........................... |
- |L'arsenic. |Oxide blanc d'arsenic. |Chaux blanche d'arsenic. |
- |Le bismuth. |Oxide blanc de bismuth. |Chaux blanche de bismuth. |
- |Le cobalt. |....................... |........................... |
- |Le cuivre. |Oxide vert & bleu de |Chaux verte & bleue de |
- | |cuivre. |cuivre. |
- |L'étain. |Oxide blanc d'étain. |Chaux blanche d'étain ou |
- | | |potée d'étain. |
- |Le fer. |Oxide jaune & rouge |Ocre & rouille. |
- | |de fer. | |
- |Le manganèse.|Oxide blanc de manganèse.|Chaux blanche de manganèse. |
- |Le mercure. |Oxide jaune & rouge de |Turbith minéral, précipité |
- | |mercure. |rouge, précipité _per se_. |
- |Le molybdène.|........................ |........................... |
- |Le nickel. |........................ |........................... |
- |L'or. |Oxide rouge d'or. |Chaux rouge d'or. |
- | | |Précipité pourpre de |
- | | |Cassius. |
- |Le platine. |........................ |........................... |
- |Le plomb. |Oxide jaune & rouge de |Massicot & minium. |
- | |plomb. | |
- |Le tungstène.|........................ |........................... |
- |Le zinc. |Oxide blanc de zinc. |Chaux blanche de zinc, |
- | | |Pompholix. |
- ======================================================================
-
-
- ======================================================================
- | Troisième degré d'oxigénation. |
- |--------------------------------------------------------------------|
- | | Noms nouveaux. | Noms anciens. |
- |--------------------------------------------------------------------|
- | Combinaisons de l'oxygène avec les substances simples |
- | non métalliques, telles que: |
- |--------------------------------------------------------------------|
- |Le calorique. | | |
- |L'hydrogène. | | |
- |L'azote. |Acide nitrique. |Acide nitreux non fumant.|
- |Le carbone. |Acide carbonique. |Air fixe. |
- |Le soufre. |Acide sulfurique. |Acide vitriolique. |
- |Le phosphore. |Acide phosphorique.|Acide phosphorique. |
- |Le radical muriatique.|Acide muriatique. |Acide marin. |
- |Le radical fluorique. |Acide fluorique. |Inconnu des anciens. |
- |Le radical boracique. |Acide boracique. |Sel sédatif de Homberg. |
- |--------------------------------------------------------------------|
- | Combinaisons de l'oxygène avec les substances simples |
- | métalliques, telles que: |
- |--------------------------------------------------------------------|
- |L'antimoine. |Acide antimonique. |........................ |
- |L'argent. |Acide argentique. |........................ |
- |L'arsenic. |Acide arsenique. |Acide arsenical. |
- |Le bismuth. |Acide bismutique. |........................ |
- |Le cobalt. |Acide cobaltique. |........................ |
- |Le cuivre. |Acide cuprique. |........................ |
- |L'étain. |Acide stamnique. |........................ |
- |Le fer. |Acide ferrique. |........................ |
- |Le manganèse. |Acide manganique. |........................ |
- |Le mercure. |Acide mercurique. |........................ |
- |Le molybdène. |Acide molybdique. |Acide de la molybdène. |
- |Le nickel. |Acide nickelique. |........................ |
- |L'or. |Acide aurique. |........................ |
- |Le platine. |Acide platinique. |........................ |
- |Le plomb. |Oxide plombique. |........................ |
- |Le tungstène. |Acide tungstique. |Acide de la tungstène. |
- |Le zinc. |Acide zincique. |........................ |
- ======================================================================
-
-
- ======================================================================
- | Quatrième degré d'oxigénation. |
- |--------------------------------------------------------------------|
- | | Noms nouveaux. | Noms anciens. |
- |--------------------------------------------------------------------|
- | Combinaisons de l'oxygène avec les substances simples |
- | non métalliques, telles que: |
- |--------------------------------------------------------------------|
- |Le calorique. | | |
- |L'hydrogène. | | |
- |L'azote. |Acide nitrique oxigéné. |Inconnu. |
- |Le carbone. |Acide carbonique oxigéné. |Inconnu. |
- |Le soufre. |Acide sulfurique oxigéné. |Inconnu. |
- |Le phosphore. |Acide phosphorique oxigéné.|Inconnu. |
- |Le radical muriatique.|Acide muriatique oxigéné. |Acide marin |
- | | |déphlogistiqué. |
- |Le radical fluorique. |.......................... |................ |
- |Le radical boracique. |.......................... |................ |
- |--------------------------------------------------------------------|
- | Combinaisons de l'oxygène avec les substances simples |
- | métalliques, telles que: |
- |--------------------------------------------------------------------|
- |L'antimoine. |.......................... |................ |
- |L'argent. |.......................... |................ |
- |L'arsenic. |Acide arsenic oxigéné. |Inconnu. |
- |Le bismuth. |.......................... |................ |
- |Le cobalt. |.......................... |................ |
- |Le cuivre. |.......................... |................ |
- |L'étain. |.......................... |................ |
- |Le fer. |.......................... |................ |
- |Le manganèse. |.......................... |................ |
- |Le mercure. |.......................... |................ |
- |Le molybdène. |Acide molybdique oxygéné. |Inconnu. |
- |Le nickel. |.......................... |................ |
- |L'or. |.......................... |................ |
- |Le platine. |.......................... |................ |
- |Le plomb. |.......................... |................ |
- |Le tungstène. |Acide tungstique oxygéné. |Inconnu. |
- |Le zinc. |.......................... |................ |
- ======================================================================
-
-
-
-
-OBSERVATIONS
-
-_Sur les combinaisons binaires de l'Oxygène avec les substances simples
-métalliques & non métalliques._
-
-
-L'OXYGÈNE est une des substances les plus abondamment répandues dans la
-nature, puisqu'elle forme près du tiers en poids de notre atmosphère,
-& par conséquent du fluide élastique que nous respirons. C'est dans ce
-réservoir immense que vivent & croissent les animaux & les végétaux, &
-c'est également de lui que nous tirons principalement tout l'oxygène
-que nous employons dans nos expériences. L'attraction réciproque qui
-s'exerce entre ce principe & les différentes substances est telle,
-qu'il est impossible de l'obtenir seul & dégagé de toute combinaison.
-Dans notre atmosphère, il est uni au calorique qui le tient en état de
-gaz, & il est mêlé avec environ deux tiers en poids de gaz azote.
-
-Il faut, pour qu'un corps s'oxygène, réunir un certain nombre de
-conditions: la première est que les molécules constituantes de ce corps
-n'exercent pas sur elles-mêmes une attraction plus forte que celle
-qu'elles exercent sur l'oxygène; car il est évident qu'alors il ne peut
-plus y avoir de combinaison. L'art dans ce cas peut venir au secours
-de la nature, & l'on peut diminuer presqu'à volonté l'attraction des
-molécules des corps, en les échauffant, c'est-à-dire, en y introduisant
-du calorique.
-
-Echauffer un corps, c'est écarter les unes des autres les molécules qui
-le constituent; & comme l'attraction de ces molécules diminue suivant
-une certaine loi relative à la distance, il se trouve nécessairement
-un instant où les molécules exercent une plus forte attraction sur
-l'oxygène, qu'elles n'en exercent sur elles-mêmes; c'est alors que
-l'oxygénation a lieu.
-
-On conçoit que le degré de chaleur auquel commence ce phénomène, doit
-être différent pour chaque substance. Ainsi, pour oxygéner la plupart
-des corps & en général presque toutes les substances simples, il ne
-s'agit que de les exposer à l'action de l'air de l'atmosphère, & de les
-élever à une température convenable. Cette température pour le plomb,
-le mercure, l'étain, n'est pas fort supérieure à celle dans laquelle
-nous vivons. Il faut au contraire un degré de chaleur assez grand pour
-oxygéner le fer, le cuivre, &c. du moins par la voie sèche & lorsque
-l'oxygénation n'est point aidée par l'action de l'humidité. Quelquefois
-l'oxygénation se fait avec une extrême rapidité, & alors elle est
-accompagnée de chaleur, de lumière & même de flamme; telle est la
-combustion du phosphore dans l'air de l'atmosphère, & celle du fer dans
-le gaz oxygène. Celle du soufre est moins rapide: enfin celle du plomb,
-de l'étain & de la plupart des métaux, se fait beaucoup plus lentement
-& sans que le dégagement du calorique, & sur-tout de la lumière, soit
-sensible.
-
-Il est des substances qui ont une telle affinité pour l'oxygène, & qui
-ont la propriété de s'oxygéner à une température si basse, que nous ne
-les voyons que dans l'état d'oxygénation. Tel est l'acide muriatique
-que l'art, ni peut-être la nature, n'ont encore pu décomposer, &
-qui ne se présente à nous que dans l'état d'acide. Il est probable
-qu'il y a beaucoup d'autres substances du règne minéral qui, comme
-l'acide muriatique, sont nécessairement oxygénées au degré de chaleur
-dans lequel nous vivons; & c'est sans doute parce qu'elles sont déjà
-saturées d'oxygène, qu'elles n'exercent plus aucune action sur ce
-principe.
-
-L'exposition des substances simples à l'air, élevées à un certain
-degré de température, n'est pas le seul moyen de les oxygéner. Au lieu
-de leur présenter l'oxygène uni au calorique, on peut leur présenter
-cette substance unie à un métal avec lequel elle ait peu d'affinité.
-L'oxide rouge de mercure est un des plus propres à remplir cet objet,
-sur-tout à l'égard des corps qui ne sont point attaqués par le mercure.
-L'oxygène dans cet oxide tient très-peu au métal, & même il n'y tient
-plus au degré de chaleur qui commence à faire rougir le verre. En
-conséquence on oxygène avec beaucoup de facilité tous les corps qui en
-sont susceptibles, en les mêlant avec de l'oxide rouge de mercure, & en
-les élevant à un degré de chaleur médiocre.
-
-L'oxide noir de manganèse, l'oxide rouge de plomb, les oxides
-d'argent, & en général presque tous les oxides métalliques peuvent
-remplir jusqu'à un certain point le même objet, en choisissant de
-préférence ceux dans lesquels l'oxygène a le moins d'adhérence. Toutes
-les réductions ou revivifications métalliques ne sont même que des
-opérations de ce genre: elles ne sont autre chose que des oxygénations
-du charbon par un oxide métallique quelconque. Le charbon combiné
-avec l'oxygène & avec du calorique, s'échappe sous forme de gaz acide
-carbonique, & le métal reste pur & revivifié.
-
-On peut encore oxygéner toutes les substances combustibles en les
-combinant, soit avec du nitrate de potasse ou de soude, soit avec du
-muriate oxygéné de potasse. A un certain degré de chaleur, l'oxygène
-quitte le nitrate & le muriate, pour se combiner avec le corps
-combustible: mais ces sortes d'oxygénation ne doivent être tentées
-qu'avec des précautions extrêmes & sur de très-petites quantités.
-L'oxygène entre dans la combinaison des nitrates & sur-tout des
-muriates oxygénés, avec une quantité de calorique presqu'égale à
-celle qui est nécessaire pour le constituer gaz oxygène. Cette
-immense quantité de calorique devient subitement libre au moment
-de sa combinaison avec les corps combustibles; & il en résulte des
-détonations terribles auxquelles rien ne résiste.
-
-Enfin on peut oxygéner par la voie humide une partie des corps
-combustibles, & transformer en acides la plupart des oxides des trois
-règnes. On se sert principalement à cet effet de l'acide nitrique,
-auquel l'oxygène tient peu & qui le cède facilement à un grand nombre
-de corps, à l'aide d'une douce chaleur. On peut également employer
-l'acide muriatique oxygéné pour quelques-unes de ces opérations, mais
-non pas pour toutes.
-
-J'appelle _binaires_ les combinaisons des substances simples avec
-l'oxygène, parce qu'elles ne sont formées que de la réunion de deux
-substances. Je nommerai combinaisons _ternaires_ celles composées
-de trois substances simples, & combinaisons _quaternaires_ celles
-composées de quatre substances.
-
-
-
-
-_TABLEAU des combinaisons de l'Oxygène avec les radicaux composés._
-
-
- ======================================================================
- | Combinaisons de l'oxigène avec les radicaux composés |
- | du règne minéral, tels que |
- |--------------------------------------------------------------------|
- | | Noms des acides qui en résultent. |
- | Noms |-------------------------------------------------|
- | des radicaux | Nomenclature | Nomenclature |
- | | nouvelle. | ancienne. |
- |--------------------------------------------------------------------|
- |Le radical |L'acide nitro-muriatique.|L'eau régale. |
- |nitro-muriatique. | | |
- |--------------------------------------------------------------------|
- | Combinaisons de l'oxigène avec les radicaux carbone-hydreux |
- | & hydro-carboneux du règne végétal, tels que le radical: * |
- |--------------------------------------------------------------------|
- |tartarique. |L'acide tartareux. |inconnu des anciens. |
- |malique. |L'acide malique. |inconnu des anciens. |
- |citrique. |L'acide citrique. |L'acide du citron. |
- |pyro-lignique. |L'acide pyro-ligneux. |L'acide empyreumatique |
- | | |du bois. |
- |pyro-mucique. |L'acide pyro-muqueux. |L'acide empyreumatique |
- | | |du sucre. |
- |pyro-tartarique. |L'acide pyro-tartareux. |L'acide empyreumatique |
- | | |du tartre. |
- |oxalique. |L'acide oxalique. |Le sel d'oseille. |
- |acétique. |L'acide acéteux ou |Le vinaigre, l'acide |
- | |acétique. |du vinaigre. |
- | | |Le vinaigre radical. |
- |succinique. |L'acide succinique. |Le sel volatil de |
- | | |succin. |
- |benzoïque. |L'acide benzoïque. |Les fleurs de benjoin. |
- |camphorique. |L'acide camphorique. |inconnu des anciens. |
- |gallique. |L'acide gallique. |Le principe astringent |
- | | |des végétaux. |
- |--------------------------------------------------------------------|
- | Combinaisons de l'oxigène avec les radicaux carbone-hydreux & |
- | hydro-carboneux du règne animal, auxquels se joint presque |
- | toujours l'azote & souvent le phosphore, tels que le radical: ** |
- |--------------------------------------------------------------------|
- |lactique. |L'acide lactique. |L'acide du petit lait |
- | | |aigri. |
- |saccho-lactique. |L'acide saccho-lactique. |inconnu des anciens. |
- |formique. |L'acide formique. |L'acide des fourmis. |
- |bombique. |L'acide bombique. |inconnu des anciens. |
- |sébacique. |L'acide sébacique. |inconnu des anciens. |
- |lithique. |L'acide lithique. |Le calcul de la vessie.|
- |prussique. |L'acide prussique. |La matière colorante |
- | | |du bleu de Prusse. |
- ======================================================================
-
- * Ces radicaux, par un premier degré d'oxigénation, donnent le
- sucre, l'amidon, le muqueux, & en général tous les oxides végétaux.
-
- ** Ces radicaux, par un premier degré d'oxigénation, donnent la
- limphe animale, différentes humeurs, & en général tous les oxides
- animaux.
-
-
-
-
-OBSERVATIONS
-
-_Sur les combinaisons de l'Oxigène avec les Radicaux composés._
-
-
-DEPUIS que j'ai publié dans les Mémoires de l'Académ. année 1776,
-pag. 671, & 1778, page 535, une nouvelle théorie sur la nature &
-sur la formation des acides; & que j'en ai conclu que le nombre de
-ces substances devoit être beaucoup plus grand qu'on ne l'avoit
-pensé jusqu'alors, une nouvelle carrière s'est ouverte en Chimie:
-au lieu de cinq ou six acides qu'on connoissoit, on en a découvert
-successivement jusqu'à trente, & le nombre des sels neutres s'est accru
-dans la même proportion. Ce qui nous reste à étudier maintenant, est
-la nature des bases acidifiables & le degré d'oxygénation dont elles
-sont susceptibles. J'ai déjà fait observer que dans le règne minéral,
-presque tous les radicaux oxidables & acidifiables étoient simples;
-que dans le règne végétal au contraire, & sur-tout dans le règne
-animal, il n'en existoit presque pas qui ne fussent composés au moins
-de deux substances, d'hydrogène & de carbone; que souvent l'azote & le
-phosphore s'y réunissoient, & qu'il en résultoit des radicaux à quatre
-bases.
-
-Les oxides & acides animaux & végétaux peuvent, d'après ces
-observations, différer entr'eux, 1º. par le nombre des principes
-acidifians qui constituent leur base; 2º. par la différente proportion
-de ces principes; 3º. par le différent degré d'oxygénation; ce qui
-suffit & au-delà pour expliquer le grand nombre de variétés que nous
-présente la nature. Il n'est pas étonnant, d'après cela, qu'on puisse
-convertir presque tous les acides végétaux les uns dans les autres; il
-ne s'agit, pour y parvenir, que de changer la proportion du carbone &
-de l'hydrogène, ou de les oxygéner plus ou moins. C'est ce qu'a fait
-M. Crell dans des expériences très-ingénieuses, qui ont été confirmées
-& étendues depuis par M. Hassenfratz. Il en résulte que le carbone
-& l'hydrogène donnent par un premier degré d'oxygénation de l'acide
-tartareux, par un second de l'acide oxalique, par un troisième de
-l'acide acéteux ou acétique. Il paroîtroit seulement que le carbone
-entre dans une proportion un peu moindre dans la combinaison des acides
-acéteux & acétique. L'acide citrique & l'acide malique diffèrent
-très-peu des précédens.
-
-Doit-on conclure de ces réflexions, que les huiles soient la base,
-qu'elles soient le radical des acides végétaux & animaux? J'ai déjà
-exposé mes doutes à cet égard. Premièrement, quoique les huiles
-paroissent n'être uniquement composées que d'hydrogène & de carbone,
-nous ne savons pas si la proportion qu'elles en contiennent est
-précisément celle nécessaire pour constituer les radicaux des acides.
-Secondement, puisque les acides végétaux & animaux ne sont pas
-seulement composés d'hydrogène, & de carbone, mais que l'oxygène entre
-également dans leur combinaison, il n'y a pas de raison de conclure
-qu'ils contiennent plutôt de l'huile que de l'acide carbonique &
-de l'eau. Ils contiennent bien, il est vrai, les matériaux propres
-à chacune de ces combinaisons; mais ces combinaisons ne sont point
-réalisées à la température habituelle dont nous jouissons, & les trois
-principes sont dans un état d'équilibre, qu'un degré de chaleur un peu
-supérieur à celui de l'eau bouillante suffit pour troubler. On peut
-consulter ce que j'ai dit à cet égard, page 132 & suivantes de cet
-Ouvrage.
-
-
-
-
-_TABLEAU des combinaisons binaires de l'Azote avec les substances
-simples._
-
-
- ======================================================================
- | Combinaisons de l'azote avec: |
- |--------------------------------------------------------------------|
- | Substances | Résultat des combinaisons. |
- | simples. |----------------------------------------------------|
- | | Nomenclature nouvelle. | Nomenclature anc. |
- |--------------------------------------------------------------------|
- |Le calorique. |Le gaz azote. |Air phlogistiqué, |
- | | |mofète. |
- | | | |
- |L'hydrogène. |L'ammoniaque. |Alkali volatil. |
- | | | |
- |L'oxigène. {Oxide nitreux. |Base du gaz nitreux. |
- | {Acide nitreux. |Acide nitreux fumant.|
- | {Acide nitrique. |Acide nitreux blanc. |
- | | | |
- |Le Carbone. |Azoture de carbone. |Inconnue. |
- | | | |
- | | Combinaison inconnue. On | |
- | |sait seulement que le carbone | |
- | |est susceptible de se | |
- | |dissoudre dans l'azote, & il | |
- | |en résulte un gaz azotique | |
- | |carboné. | |
- | | | |
- |Le phosphore. |Azoture de phosphore. |Inconnue. |
- | | | |
- | | Combinaison inconnue. | |
- | | | |
- |Le soufre. |Azoture de soufre. |Inconnue. |
- | | | |
- | | Combinaison inconnue. On | |
- | |sait seulement que le soufre | |
- | |est susceptible de se | |
- | |dissoudre dans le gaz | |
- | |azotique, & il en résulte un | |
- | |gaz azotique sulfuré. | |
- | | | |
- |Les radicaux | L'azote se combine avec le |Inconnues. |
- |composés. |carbone & l'hydrogène, & | |
- | |quelquefois avec le phosphore,| |
- | |pour former des radicaux | |
- | |composés, qui sont | |
- | |susceptibles, comme on l'a | |
- | |vu plus haut, de s'oxider & | |
- | |de s'acidifier. Ce principe | |
- | |entre généralement dans tous | |
- | |les radicaux du règne animal. | |
- | | | |
- |Les substances | Ces combinaisons sont |Inconnues. |
- |métalliques. |absolument inconnues. Si elles| |
- | |sont découvertes un jour, | |
- | |on les nommera azotures | |
- | |métalliques. | |
- | | | |
- |La chaux. | Toutes ces combinaisons | |
- |La magnésie. |sont entièrement inconnues. | |
- |La baryte. |Si un jour elles sont | |
- |L'alumine. |reconnues possibles, elles | |
- |La potasse. |seront nommées azotures de | |
- |La soude. |chaux, azotures magnésiènes, | |
- | |&c. | |
- ======================================================================
-
-
-
-
-OBSERVATIONS
-
-_Sur l'Azote & sur ses combinaisons avec les substances simples._
-
-
-L'AZOTE est un des principes les plus abondamment répandus dans
-la nature. Combiné avec le calorique, il forme le gaz azote ou la
-mofète, qui entre environ pour les deux tiers dans le poids de l'air
-de l'atmosphère. Il demeure constamment dans l'état de gaz au degré
-de pression & de température dans lequel nous vivons; aucun degré de
-compression ni de froid n'ont encore pu le réduire à l'état liquide ou
-solide.
-
-Ce principe est aussi un des élémens qui constitue essentiellement les
-matières animales: il y est combiné avec le carbone & l'hydrogène,
-quelquefois avec le phosphore, & le tout est lié par une certaine
-portion d'oxygène qui les met ou à l'état d'oxide, ou à celui d'acide,
-suivant le degré d'oxygénation. La nature des matières animales peut
-donc varier comme celles des matières végétales, de trois manières,
-1º. par le nombre des substances qui entrent dans la combinaison du
-radical, 2º. par leur proportion, 3º. par le degré d'oxygénation.
-
-L'azote combiné avec l'oxygène forme les oxides & acides nitreux &
-nitrique; combiné avec l'hydrogène, il forme l'ammoniaque: ses autres
-combinaisons avec les substances simples sont peu connues. Nous leur
-donnerons le nom d'azotures, pour conserver l'identité de terminaison
-en _ure_ que nous avons affectée à toutes les substances non-oxygénées.
-Il est assez probable que toutes les substances alkalines appartiennent
-à ce genre de combinaisons.
-
-Il y a plusieurs manières d'obtenir le gaz azote: la première, de le
-tirer de l'air commun en absorbant par le sulfure de potasse ou de
-chaux dissous dans l'eau, le gaz oxygène qu'il contient. Il faut douze
-ou quinze jours pour que l'absorption soit complette; en supposant même
-qu'on agite & qu'on renouvelle les surfaces, & qu'on rompe la pellicule
-qui s'y forme.
-
-La seconde, de le tirer des matières animales en les dissolvant dans
-de l'acide nitrique affoibli & presqu'à froid. L'azote, dans cette
-opération, se dégage sous forme de gaz, & on le reçoit sous des cloches
-remplies d'eau dans l'appareil pneumato-chimique: mêlé avec un tiers en
-poids de gaz oxygène, il reforme de l'air atmosphérique.
-
-Une troisième manière d'obtenir le gaz azote, est de le retirer du
-nitre par la détonation, soit avec le charbon, soit avec quelques
-autres corps combustibles. Dans le premier cas, le gaz azote se dégage
-mêlé avec du gaz acide carbonique, qu'on absorbe ensuite par de
-l'alkali caustique ou de l'eau de chaux, & le gaz azote reste pur.
-
-Enfin un quatrième moyen d'obtenir le gaz azote, est de le tirer de la
-combinaison de l'ammoniaque avec les oxides métalliques. L'hydrogène
-de l'ammoniaque se combine avec l'oxygène de l'oxide; il se forme de
-l'eau, comme l'a observé M. de Fourcroy: en même tems l'azote devenu
-libre, se dégage sous la forme de gaz.
-
-Il n'y a pas long-tems que les combinaisons de l'azote sont connues
-en Chimie. M. Cavendish est le premier qui l'ait observé dans le gaz
-& dans l'acide nitreux. M. Berthollet l'a ensuite découvert dans
-l'ammoniaque & dans l'acide prussique. Tout jusqu'ici porte à croire
-que cette substance est un être simple & élémentaire; rien ne prouve
-au moins qu'elle ait encore été décomposée, & ce motif suffit pour
-justifier la place que nous lui avons assignée.
-
-
-
-
-_TABLEAU des combinaisons binaires de l'Hydrogène avec les substances
-simples._
-
-
- ======================================================================
- | Noms des | Résultat des combinaisons de l'hydrogène avec: |
- | Substances |-----------------------------------------------------|
- | simples. | Nomenclature nouvelle. | Observations. |
- |--------------------------------------------------------------------|
- |Le calorique. |Gaz hydrogène. {Cette combinaison de |
- |L'azote. |Ammoniaque ou alkali {l'oxygène & du carbone |
- | |volatil. {comprend les huiles |
- |L'oxigène. |Eau. {fixes & volatiles, & |
- | | {forme le radical d'une |
- |Le soufre. }Combinaison inconnue. * {partie des oxides & |
- |Le phosphore. } {des acides végétaux |
- | | {& animaux; lorsqu'elle |
- |Le carbone. |Radical hydro-carboneux {a lieu dans l'état |
- | |ou carbone-hydreux. {de gaz, il en résulte |
- | | {du gaz hydrogène |
- | | {carboné. |
- | | | |
- |L'antimoine. |Hydrure d'antimoine. }Aucunes de ces |
- |L'argent. |Hydrure d'argent. }combinaisons ne sont |
- |L'arsenic. |Hydrure d'arsenic. }connues, & il y a toute|
- |Le bismuth. |Hydrure de bismuth. }apparence qu'elles ne |
- |Le cobalt. |Hydrure de cobalt. }peuvent exister à la |
- |Le cuivre. |Hydrure de cuivre. }température dans |
- |L'étain. |Hydrure d'étain. }laquelle nous vivons, |
- |Le fer. |Hydrure de fer. }à cause de la grande |
- |Le manganèse. |Hydrure de manganèse. }affinité de l'hydrogène|
- |Le mercure. |Hydrure de mercure. }pour le calorique. |
- |Le molybdène. |Hydrure de molybdène. } |
- |Le nickel. |Hydrure de nickel. } |
- |L'or. |Hydrure d'or. } |
- |Le platine. |Hydrure de platine. } |
- |Le plomb. |Hydrure de plomb. } |
- |Le tungstène. |Hydrure de tungstène. } |
- |Le zinc. |Hydrure de zinc. } |
- |La potasse. |Hydrure de potasse. } |
- |La soude. |Hydrure de soude. } |
- |L'ammoniaque. |Hydrure d'ammoniaque. } |
- |La chaux. |Hydrure de chaux. } |
- |La magnésie. |Hydrure de magnésie. } |
- |La baryte. |Hydrure de baryte. } |
- |L'alumine. |Hydrure d'alumine. } |
- ======================================================================
-
- * Ces combinaisons ont lieu dans l'état de gaz & il en résulte du
- gaz hydrogène sulfuré & phosphoré.
-
-
-
-
-OBSERVATIONS
-
-_Sur l'Hydrogène, & sur le tableau de ses combinaisons._
-
-
-L'HYDROGÈNE, comme l'exprime sa dénomination, est un des principes de
-l'eau; il entre pour quinze centièmes dans sa composition: l'oxygène
-en forme les quatre-vingt-cinq autres centièmes. Cette substance dont
-ses propriétés & même l'existence ne sont connues que depuis très-peu
-de tems, est un des principes des plus abondamment répandus dans la
-nature: c'est un de ceux qui jouent le principal rôle dans le règne
-végétal & dans le règne animal.
-
-L'affinité de l'hydrogène pour le calorique est telle qu'il reste
-constamment dans l'état de gaz au degré de chaleur & de pression
-dans lequel nous vivons. Il nous est donc impossible de connoître ce
-principe dans un état concret & dépouillé de toute combinaison.
-
-Pour obtenir l'hydrogène ou plutôt le gaz hydrogène, il ne faut que
-présenter à l'eau une substance pour laquelle l'oxygène ait plus
-d'affinité qu'il n'en a avec l'hydrogène. Aussitôt l'hydrogène devient
-libre, il se combine avec le calorique & forme le gaz hydrogène. C'est
-le fer qu'on a coutume d'employer pour opérer cette séparation, & il
-faut pour cela qu'il soit élevé à un degré de chaleur capable de le
-faire rougir. Le fer s'oxide dans cette opération, & devient semblable
-à la mine de fer de l'île d'Elbe. Dans cet état il est beaucoup moins
-attirable à l'aimant, & il se dissout sans effervescence dans les
-acides.
-
-Le carbone, lorsqu'il est rouge & embrâsé, a également la propriété de
-décomposer l'eau & d'enlever l'oxygène à l'hydrogène: mais alors il
-se forme de l'acide carbonique qui se mêle avec le gaz hydrogène; on
-l'en sépare facilement, parce que l'acide carbonique est absorbable
-par l'eau & par les alkalis, tandis que l'hydrogène ne l'est pas.
-On peut encore obtenir du gaz hydrogène en faisant dissoudre du fer
-ou du zinc dans de l'acide sulfurique étendu d'eau. Ces deux métaux
-qui ne décomposent que très-difficilement & très-lentement l'eau
-lorsqu'ils sont seuls, la décomposent au contraire avec beaucoup de
-facilité lorsqu'ils sont aidés par la présence de l'acide sulfurique.
-L'hydrogène s'unit au calorique dans cette opération, aussitôt qu'il
-est dégagé, & on l'obtient dans l'état de gaz hydrogène.
-
-Quelques Chimistes d'un ordre très-distingué se persuadent que
-l'hydrogène est le phlogistique de Stalh, & comme ce célèbre Chimiste
-admettoit du phlogistique dans les métaux, dans le soufre, dans le
-charbon, &c. ils sont obligés de supposer qu'il existe également,
-de l'hydrogène fixé & combiné dans toutes ces substances: ils le
-supposent, mais ils ne le prouvent pas, & quand ils le prouveroient,
-ils ne seroient pas beaucoup plus avancés, puisque ce dégagement du gaz
-hydrogène n'explique en aucune manière les phénomènes de la calcination
-& de la combustion. Il faudroit toujours en revenir à l'examen de
-cette question; le calorique & la lumière qui se dégagent pendant les
-différentes espèces de combustion, sont-ils fournis par le corps qui
-brûle ou par le gaz oxygène qui se fixe dans toutes les opérations? &
-certainement la supposition de l'hydrogène dans les différens corps
-combustibles ne jette aucune lumière sur cette question. C'est au
-surplus à ceux qui supposent à prouver; & toute doctrine qui expliquera
-aussi bien & aussi naturellement que la leur, sans supposition, aura au
-moins l'avantage de la simplicité.
-
-On peut voir ce que nous avons publié sur cette grande question, M.
-de Morveau, M. Bertholet, M. de Fourcroy & moi, dans la traduction de
-l'essai de M. Kirwan sur le phlogistique.
-
-
-
-
-_TABLEAU des combinaisons binaires du Soufre non oxygéné avec les
-substances simples._
-
-
- ======================================================================
- | Noms des | Résultat des combinaisons du soufre avec: |
- | Substances |-----------------------------------------------------|
- | simples. | Nomenclature | Noms anciens correspondans |
- | | nouvelle. |avec la nouvelle Nomenclature.|
- |--------------------------------------------------------------------|
- |Le calorique. |Gaz du soufre. | |
- | | | |
- |L'oxigène. {Oxide de soufre. |Soufre mou. |
- | {Acide sulfureux. |Acide sulfureux. |
- | {Acide sulfurique. |Acide vitriolique. |
- | | | |
- |L'hydrogène. |Sulfure d'hydrogène. }Combinaisons inconnues. |
- |L'azote. |Sulfure d'azote ou } |
- | |azote sulfuré. } |
- |Le phosphore. |Sulfure de phosphore. } |
- |Le carbone. |Sulfure de carbone. } |
- | | | |
- |L'antimoine. |Sulfure d'antimoine. |Antimoine crud. |
- |L'argent. |Sulfure d'argent. | |
- |L'arsenic. |Sulfure d'arsenic. |Orpiment, réalgar. |
- |Le bismuth. |Sulfure de bismuth. | |
- |Le cobalt. |Sulfure de cobalt. | |
- |Le cuivre. |Sulfure de cuivre. |Pyrite de cuivre. |
- |L'étain. |Sulfure d'étain. | |
- |Le fer. |Sulfure de fer. |Pyrite de fer. |
- |Le manganèse. |Sulfure de manganèse. | |
- |Le mercure. |Sulfure de mercure. |Ethiops minéral, cinnabre. |
- |Le molybdène. |Sulfure de molybdène. | |
- |Le nickel. |Sulfure de nickel. | |
- |L'or. |Sulfure d'or. | |
- |Le platine. |Sulfure de platine. | |
- |Le plomb. |Sulfure de plomb. |Galène. |
- |Le tungstène. |Sulfure de tungstène. | |
- |Le zinc. |Sulfure de zinc. |Blende. |
- |La potasse. |Sulfure de potasse. |Foie de soufre à base d'alkali|
- | | |fixe végétal. |
- |La soude. |Sulfure de soude. |Foie de soufre à base d'alkali|
- | | |fixe minéral. |
- |L'ammoniaque. |Sulfure d'ammoniaque. |Foie de soufre volatil, |
- | | |liqueur fumante de Boyle. |
- |La chaux. |Sulfure de chaux. |Foie de soufre à base |
- | | |calcaire. |
- |La magnésie. |Sulfure de magnésie. |Foie de soufre à base de |
- | | |magnésie. |
- |La baryte. |Sulfure de baryte. |Foie de soufre à base de terre|
- | | |pesante. |
- |L'alumine. |Sulfure d'alumine. |Combinaison inconnue. |
- ======================================================================
-
-
-
-
-OBSERVATIONS
-
-_Sur le Soufre & sur le tableau de ses combinaisons avec les substances
-simples._
-
-LE SOUFRE est une des substances combustibles qui a le plus de tendance
-à la combinaison. Il est naturellement dans l'état concret à la
-température habituelle dans laquelle nous vivons, & ne se liquéfie qu'à
-une chaleur supérieure de plusieurs degrés à celle de l'eau bouillante.
-
-La nature nous présente le soufre tout formé, & à-peu-près porté au
-dernier degré de pureté dont il est susceptible dans le produit des
-volcans; elle nous le présente encore, & beaucoup plus souvent dans
-l'état d'acide sulfurique, c'est-à-dire combiné avec l'oxygène, & c'est
-dans cet état qu'il se trouve dans les argiles, dans les gypses, &c.
-Pour ramener à l'état de soufre l'acide sulfurique de ces substances,
-il faut lui enlever l'oxygène, & on y parvient en le combinant à une
-chaleur rouge avec du carbone. Il se forme de l'acide carbonique qui se
-dégage dans l'état de gaz, & il reste un sulfure qu'on décompose par un
-acide: l'acide s'unit à la base & le soufre se précipite.
-
-
-
-
-_TABLEAU des combinaisons binaires du Phosphore non oxygéné avec les
-substances simples._
-
-
- ======================================================================
- | Noms des | Résultat des combinaisons du phosphore avec: |
- | Substances |-----------------------------------------------------|
- | simples. | Nomenclature nouvelle. | Observations. |
- |--------------------------------------------------------------------|
- |Le calorique. |Gaz du phosphore. | |
- | | | |
- |L'oxigène. {Oxide de phosphore. | |
- | {Acide phosphoreux. | |
- | {Acide phosphorique. | |
- |L'hydrogène. |Phosphure d'hydrogène. | |
- |L'azote. |Phosphure d'azote. | |
- |Le soufre. |Phosphure de soufre. | |
- |Le carbone. |Phosphure de carbone. | |
- | | | |
- |L'antimoine. |Phosphure d'antimoine. }De toutes ces |
- |L'argent. |Phosphure d'argent. }combinaisons, on ne |
- |L'arsenic. |Phosphure d'arsenic. }connoît encore que le |
- |Le bismuth. |Phosphure de bismuth. }phosphure de fer, |
- |Le cobalt. |Phosphure de cobalt. }auquel on a donné le |
- |Le cuivre. |Phosphure de cuivre. }nom très-impropre de |
- |L'étain. |Phosphure d'étain. }sidérite; encore est-il |
- |Le fer. |Phosphure de fer. }incertain si le |
- |Le manganèse. |Phosphure de manganèse. }phosphore est oxigéné |
- |Le mercure. |Phosphure de mercure. }ou non oxigéné dans |
- |Le molybdène. |Phosphure de molybdène. }cette combinaison. |
- |Le nickel. |Phosphure de nickel. } |
- |L'or. |Phosphure d'or. } |
- |Le platine. |Phosphure de platine. } |
- |Le plomb. |Phosphure de plomb. } |
- |Le tungstène. |Phosphure de tungstène. } |
- |Le zinc. |Phosphure de zinc. } |
- | | | |
- |La potasse. |Phosphure de potasse. }Ces combinaisons ne |
- |La soude. |Phosphure de soude. }sont point encore |
- |L'ammoniaque. |Phosphure d'ammoniaque. }connues. Il y a |
- | | }apparence qu'elles sont |
- |La chaux. |Phosphure de chaux. }impossibles, d'après |
- |La baryte. |Phosphure de baryte. }les expériences de |
- |La magnésie. |Phosphure de magnésie. }M. Gengembre. |
- |L'alumine. |Phosphure d'alumine. } |
- ======================================================================
-
-
-
-
-OBSERVATIONS
-
-_Sur le Phosphore & sur le Tableau de ses combinaisons avec les
-substances simples._
-
-
-LE PHOSPHORE est une substance combustible simple, dont l'existence
-avoit échappé aux recherches des anciens Chimistes. C'est en 1667 que
-la découverte en fut faite par Brandt, qui fit mystère de son procédé:
-bientôt après Kunckel découvrit le secret de Brandt; il le publia,
-& le nom de phosphore de Kunckel qui lui a été conservé jusqu'à nos
-jours, prouve que la reconnoissance publique se porte sur celui qui
-publie, plutôt que sur celui qui découvre, quand il fait mystère de sa
-découverte. C'est de l'urine seule qu'on tiroit alors le phosphore:
-quoique la méthode de le préparer eût été décrite dans plusieurs
-ouvrages, & notamment par M. Homberg, dans les mémoires de l'Académie
-des Sciences, année 1692, l'Angleterre a été long-tems en possession
-d'en fournir seule aux savans de toute l'Europe. Ce fut en 1737 qu'il
-fut fait pour la première fois en France, au Jardin Royal des Plantes,
-en présence des commissaires de l'Académie des Sciences. Maintenant
-on le tire d'une manière plus commode, & sur-tout plus économique,
-des os des animaux, qui sont un véritable phosphate calcaire. Le
-procédé le plus simple consiste, d'après MM. Gahn, Schéele, Rouelle,
-&c. à calciner des os d'animaux adultes, jusqu'à ce qu'ils soient
-presque blancs. On les pile & on les passe au tamis de soie; on verse
-ensuite dessus de l'acide sulfurique étendu d'eau, mais en quantité
-moindre qu'il n'en faut pour dissoudre la totalité des os. Cet acide
-s'unit à la terre des os pour former du sulfate de chaux: en même
-tems l'acide phosphorique est dégagé & reste libre dans la liqueur.
-On décante alors, on lave le résidu, & on réunit l'eau du lavage à la
-liqueur décantée; on fait évaporer, afin de séparer du sulfate de chaux
-qui se cristallise en filets soyeux, & on finit par obtenir l'acide
-phosphorique sous forme d'un verre blanc & transparent qui, réduit
-en poudre & mêlé avec un tiers de son poids de charbon, donne de bon
-phosphore. L'acide phosphorique qu'on obtient par ce procédé, n'est
-jamais aussi pur que celui retiré du phosphore, soit par la combustion,
-soit par l'acide nitrique; il ne doit donc point être employé pour des
-expériences de recherches.
-
-Le phosphore se rencontre dans presque toutes les substances animales,
-& dans quelques plantes qui ont, d'après l'analyse chimique, un
-caractère animal. Il y est ordinairement combiné avec le carbone,
-l'azote & l'hydrogène, & il en résulte des radicaux très-composés.
-Ces radicaux sont communément portés à l'état d'oxide par une portion
-d'oxygène. La découverte que M. Hassenfratz a faite de cette substance
-dans le charbon de bois, feroit soupçonner qu'il est plus commun qu'on
-ne pense dans le règne végétal: ce qu'il y a de certain, c'est que
-des familles entières de plantes en fournissent quand on les traite
-convenablement. Je range le phosphore au rang des corps combustibles
-simples, parce qu'aucune expérience ne donne lieu de croire qu'on
-puisse le décomposer. Il s'allume à 32 degrés du thermomètre.
-
-
-
-
-_TABLEAU des combinaisons binaires du Carbone non oxygéné avec les
-substances simples._
-
-
- ======================================================================
- | Noms des | Résultat des combinaisons du carbone avec: |
- | Substances |-----------------------------------------------------|
- | simples. | Nomenclature nouvelle. | Observations. |
- |--------------------------------------------------------------------|
- |L'oxigène. {Oxide de carbone. |Inconnu. |
- | {Acide carbonique. {Air fixe des anglois, |
- | | {acide crayeux de M. |
- | | {Bucquet & de M. |
- | | {de Fourcroy. |
- | | | |
- |Le soufre. |Carbure de soufre. }Combinaisons inconnues. |
- |Le phosphore. |Carbure de phosphore. } |
- |L'azote. |Carbure d'azote. } |
- | | | |
- |L'hydrogène. {Radical carbone-hydreux. | |
- | {Huiles fixes & volatiles. | |
- | | | |
- |L'antimoine. |Carbure d'antimoine. }De toutes ces |
- |L'argent. |Carbure d'argent. }combinaisons, on |
- |L'arsenic. |Carbure d'arsenic. }ne connoît que |
- |Le bismuth. |Carbure de bismuth. }les carbures de |
- |Le cobalt. |Carbure de cobalt. }fer & de zinc, |
- |Le cuivre. |Carbure de cuivre. }auxquels on a |
- |L'étain. |Carbure d'étain. }donné le nom de |
- |Le fer. |Carbure de fer. }Plombagine; les |
- |Le manganèse. |Carbure de manganèse. }autres n'ont encore |
- |Le mercure. |Carbure de mercure. }été ni faites |
- |Le molybdène. |Carbure de molybdène. }ni observées. |
- |Le nickel. |Carbure de nickel. } |
- |L'or. |Carbure d'or. } |
- |Le platine. |Carbure de platine. } |
- |Le plomb. |Carbure de plomb. } |
- |Le tungstène. |Carbure de tungstène. } |
- |Le zinc. |Carbure de zinc. } |
- | | | |
- |La potasse. |Carbure de potasse. } |
- |La soude. |Carbure de soude. }Combinaisons inconnues. |
- |L'ammoniaque. |Carbure d'ammoniaque. } |
- | | | |
- |La chaux. |Carbure de chaux. } |
- |La magnésie. |Carbure de magnésie. } |
- |La baryte. |Carbure de baryte. }Combinaisons inconnues. |
- |L'alumine. |Carbure d'alumine. } |
- ======================================================================
-
-
-
-
-OBSERVATIONS
-
-_Sur le Carbone & sur le Tableau de ses combinaisons._
-
-
-COMME aucune expérience ne nous a indiqué jusqu'ici la possibilité de
-décomposer le carbone, nous ne pouvons quant à présent le considérer
-que comme une substance simple. Il paroît prouvé par les expériences
-modernes, qu'il est tout formé dans les végétaux, & j'ai déjà fait
-observer qu'il y étoit combiné avec l'hydrogène, quelquefois avec
-l'azote & avec le phosphore, pour former des radicaux composés; enfin
-que ces radicaux étoient ensuite portés à l'état d'oxides ou d'acides,
-suivant la proportion d'oxygène qui y étoit ajoutée.
-
-Pour obtenir le carbone contenu dans les matières végétales ou
-animales, il ne faut que les faire chauffer à un degré de feu d'abord
-médiocre & ensuite très-fort, afin de décomposer les dernières portions
-d'eau que le charbon retient obstinément. Dans les opérations chimiques
-on se sert ordinairement de cornues de grès ou de porcelaine, dans
-lesquelles on introduit le bois ou autres matières combustibles, &
-on pousse à grand feu dans un bon fourneau de reverbère: la chaleur
-volatilise, ou, ce qui est la même chose, convertit en gaz toutes les
-substances qui en sont susceptibles, & le carbone, comme le plus fixe,
-reste combiné avec un peu de terre & quelques sels fixes.
-
-Dans les arts la carbonisation du bois se fait par un procédé moins
-coûteux: on dispose le bois en tas, on le recouvre de terre, de manière
-qu'il n'y ait de communication avec l'air que ce qu'il en faut pour
-faire brûler le bois & pour en chasser l'huile & l'eau; on étouffe
-ensuite le feu, en bouchant les trous qu'on avoit ménagés à la terre du
-fourneau.
-
-Il y a deux manières d'analyser le carbone, sa combustion par le moyen
-de l'air ou plutôt du gaz oxygène, & son oxygénation par l'acide
-nitrique. On le convertit dans les deux cas en acide carbonique, &
-il laisse de la chaux, de la potasse & quelques sels neutres. Les
-Chimistes se sont peu occupés de ce genre d'analyse, & il n'est pas
-même rigoureusement démontré que la potasse existe dans le charbon
-avant la combustion.
-
-
-
-
-OBSERVATIONS
-
-_Sur les Radicaux muriatique, fluorique & boracique, & sur leurs
-combinaisons._
-
-
-ON n'a point formé de Tableau pour présenter le résultat des
-combinaisons de ces substances, soit entr'elles, soit avec les autres
-corps combustibles; parce qu'elles sont toutes absolument inconnues. On
-sait seulement que ces radicaux s'oxygènent; qu'ils forment les acides
-muriatique, fluorique & boracique, & qu'alors ils sont susceptibles
-d'entrer dans un grand nombre de combinaisons: mais la Chimie n'a pas
-encore pu parvenir à les désoxygéner, s'il est permis de se servir de
-cette expression, & à les obtenir dans leur état de simplicité. Il
-faudroit, pour y parvenir, trouver un corps pour lequel l'oxygène eût
-plus d'affinité qu'il n'en a avec les radicaux muriatique, fluorique
-& boracique, ou bien se servir de doubles affinités. On peut voir
-dans les Observations relatives aux acides muriatique, fluorique &
-boracique, ce que nous savons de l'origine de leurs radicaux.
-
-
-
-
-OBSERVATIONS
-
-_Sur la combinaison des Métaux les uns avec les autres._
-
-
-CE seroit ici le lieu, pour terminer ce qui concerne les substances
-simples, de présenter des Tableaux de la combinaison de tous les
-métaux les uns avec les autres; mais comme ces Tableaux seroient
-très-volumineux & ne présenteroient rien que d'incomplet, à moins de
-recherches qui n'ont point encore été faites, je les ai supprimés.
-Il me suffira de dire que toutes ces combinaisons portent le nom
-d'alliages, & qu'on doit nommer le premier le métal qui entre en plus
-grande abondance dans la composition métallique. Ainsi, alliage d'or &
-d'argent, ou or allié d'argent, annonce une combinaison où l'or est le
-métal dominant.
-
-Les alliages métalliques ont, comme toutes les autres combinaisons,
-leur degré de saturation: il paroîtroit même, d'après les expériences
-de M. de la Briche, qu'ils en ont deux très-distincts.
-
-
-
-
-_TABLEAU des combinaisons de l'Azote ou Radical nitrique porté à l'état
-d'acide nitreux par la combinaison d'une suffisante quantité d'oxygène,
-avec les bases salifiables, dans l'ordre de leurs affinités avec cet
-acide._
-
-
- ======================================================================
- | Combinaisons de l'acide nitreux avec: |
- |--------------------------------------------------------------------|
- | | Noms des sels neutres. |
- | Noms des bases. |---------------------------------------------|
- | | Nomenclature | Observations. |
- | | nouvelle. | |
- |--------------------------------------------------------------------|
- |La baryte. |Nitrite de baryte. }Il n'y a qu'un |
- |La potasse. |Nitrite de potasse. }très-petit nombre |
- |La soude. |Nitrite de soude. }d'années que ces sels |
- |La chaux. |Nitrite de chaux. }ont été découverts, & |
- |La magnésie. |Nitrite de magnésie. }ils n'avoient point |
- |L'ammoniaque. |Nitrite d'ammoniaque.}encore été nommés. |
- |L'alumine. |Nitrite d'alumine. } |
- | | | |
- |L'oxide de zinc. |Nitrite de zinc. }Comme les métaux se |
- |L'oxide de fer. |Nitrite de fer. }dissolvent dans les |
- |L'oxide de manganèse. |Nitrite de manganèse.}acides nitreux & |
- |L'oxide de cobalt. |Nitrite de cobalt. }nitrique, à différens |
- |L'oxide de nickel. |Nitrite de nickel. }degrés d'oxigénation, |
- |L'oxide de plomb. |Nitrite de plomb. }il doit en résulter |
- |L'oxide d'étain. |Nitrite d'étain. }des sels, où l'acide |
- |L'oxide de cuivre. |Nitrite de cuivre. }est réellement dans |
- |L'oxide de bismuth. |Nitrite de bismuth. }des états différens; |
- |L'oxide d'antimoine. |Nitrite d'antimoine. }ceux où le métal est |
- |L'oxide d'arsenic. |Nitrite d'arsenic. }le moins oxigéné |
- |L'oxide de mercure. |Nitrite de mercure. }seront appelés |
- |L'oxide d'argent. * |Nitrite d'argent. }nitrites; ceux où il |
- |L'oxide d'or. * |Nitrite d'or. }l'est davantage seront |
- |L'oxide de platine. * |Nitrite de platine. }nommés nitrates: mais |
- | | }la limite de cette |
- | | }distinction n'est pas |
- | | }très aisée à saisir. |
- | | }Les anciens ne |
- | | }connoissoient aucuns |
- | | }de ces sels. |
- ======================================================================
-
- * Il y a grande apparence qu'il n'existe pas de nitrite d'argent,
- d'or & de platine, mais seulement des nitrates de ces métaux.
-
-
-
-
-_TABLEAU des combinaisons de l'Azote complettement saturé d'oxygène,
-& portée à l'état d'acide nitrique, avec les bases salifiables, dans
-l'ordre de leur affinité avec cet acide._
-
-
- ======================================================================
- | Combinaisons de l'acide nitrique avec: |
- |--------------------------------------------------------------------|
- | | Noms des sels neutres. |
- | Noms des bases. |----------------------------------------------|
- | | Nomenclature | Nomenclature |
- | | nouvelle. | ancienne. |
- |--------------------------------------------------------------------|
- |La baryte. |Nitrate de baryte. |Nitre à base de terre |
- | | |pesante. |
- |La potasse. |Nitrate de potasse, |Nitre, nitre à base |
- | |salpêtre. |d'alkali végétal, |
- | | |salpêtre. |
- | | | |
- |La soude. |Nitrate de soude. {Nitre quadrangulaire. |
- | | {Nitre à base d'alkali |
- | | {minéral. |
- | | | |
- |La chaux. |Nitrate de chaux. {Nitre calcaire, nitre à |
- | | {base terreuse. |
- | | {Eau mère de nitre ou de |
- | | {salpêtre. |
- | | | |
- |La magnésie. |Nitrate de magnésie. |Nitre à base de |
- | | |magnésie. |
- |L'ammoniaque. |Nitrate d'ammoniaque.|Nitre ammoniacal. |
- |L'alumine. |Nitrate d'alumine. |Alun nitreux, nitre |
- | | |argileux, nitre à base |
- | | |de terre d'alun. |
- |L'oxide de zinc. |Nitrate de zinc. |Nitre de zinc. |
- |L'oxide de fer. |Nitrate de fer. |Nitre de fer, nitre |
- | | |martial. |
- |L'oxide de manganèse.|Nitrate de manganèse.|Nitre de manganèse. |
- |L'oxide de cobalt. |Nitrate de cobalt. |Nitre de cobalt. |
- |L'oxide de nickel. |Nitrate de nickel. |Nitre de nickel. |
- |L'oxide de plomb. |Nitrate de plomb. |Nitre de plomb, nitre de|
- | | |saturne. |
- |L'oxide d'étain. |Nitrate d'étain. |Nitre d'étain. |
- |L'oxide de cuivre. |Nitrate de cuivre. |Nitre de cuivre, nitre |
- | | |de Vénus. |
- |L'oxide de bismuth. |Nitrate de bismuth. |Nitre de bismuth. |
- |L'oxide d'antimoine. |Nitrate d'antimoine. |Nitre d'antimoine. |
- | | | |
- |L'oxide d'arsenic. |Nitrate d'arsenic. {Nitre d'arsenic. |
- | | {Nitre arsenical. |
- | | | |
- |L'oxide de mercure. |Nitrate de mercure. {Nitre mercuriel. |
- | | {Nitre de mercure. |
- | | | |
- |L'oxide d'argent. |Nitrate d'argent. {Nitre d'argent. |
- | | {Nitre de lune, pierre |
- | | {infernale. |
- | | | |
- |L'oxide d'or. |Nitrate d'or. |Nitre d'or. |
- |L'oxide de platine. |Nitrate de platine. |Nitre de platine. |
- ======================================================================
-
-
-
-
-OBSERVATIONS
-
-_Sur les Acides nitreux & nitrique, & sur le Tableau de leurs
-combinaisons._
-
-
-L'ACIDE nitreux & l'acide nitrique se tirent d'un sel connu dans les
-arts sous le nom de salpêtre. On extrait ce sel par lixiviation des
-décombres des vieux bâtimens & de la terre des caves, des écuries, des
-granges, & en général des lieux habités. L'acide nitrique est le plus
-souvent uni dans ces terres à la chaux & à la magnésie, quelquefois
-à la potasse & plus rarement à l'alumine. Comme tous ces sels, à
-l'exception de celui à base de potasse, attirent l'humidité de l'air, &
-qu'ils seroient d'une conservation difficile dans les arts, on profite
-de la plus grande affinité qu'a la potasse avec l'acide nitrique,
-& de la propriété qu'elle a de précipiter la chaux, la magnésie &
-l'alumine, pour ramener ainsi dans le travail du salpêtrier & dans
-le rafinage qui se fait ensuite dans les magasins du Roi, tous les
-sels nitriques à l'état de nitrate de potasse ou de salpêtre. Pour
-obtenir l'acide nitreux de ce sel, on met dans une cornue tubulée trois
-parties de salpêtre très-pur, & une d'acide sulfurique concentré:
-on y adapte un ballon à deux pointes, auquel on joint l'appareil de
-Woulfe, c'est-à-dire, des flacons à plusieurs gouleaux à moitié remplis
-d'eau & réunis par des tubes de verre. On voit cet appareil représenté
-_pl. IV, fig. 1_. On lutte exactement toutes les jointures, & on
-donne un feu gradué: il passe de l'acide nitreux en vapeurs rouges,
-c'est-à-dire, surchargé de gaz nitreux, ou autrement dit, qui n'est
-point oxygéné autant qu'il le peut être. Une partie de cet acide se
-condense dans le ballon, dans l'état d'une liqueur d'un jaune rouge
-très-foncé; le surplus se combine avec l'eau des bouteilles. Il se
-dégage en même-tems une grande quantité de gaz oxygène, par la raison
-qu'à une température un peu élevée l'oxygène a plus d'affinité avec le
-calorique qu'avec l'oxide nitreux, tandis que le contraire arrive à la
-température habituelle dans laquelle nous vivons. C'est parce qu'une
-partie d'oxygène a quitté ainsi l'acide nitrique, qu'il se trouve
-converti en acide nitreux. On peut ramener cet acide de l'état nitreux
-à l'état nitrique, en le faisant chauffer à une chaleur douce; le gaz
-nitreux qui étoit en excès s'échappe, & il reste de l'acide nitrique:
-mais on n'obtient par cette voie qu'un acide nitrique très-étendu
-d'eau, & il y a d'ailleurs une perte considérable.
-
-On se procure de l'acide nitrique beaucoup plus concentré & avec
-infiniment moins de perte, en mêlant ensemble du salpêtre & de l'argile
-bien seche, & en les poussant au feu dans une cornue de grès. L'argile
-se combine avec la potasse pour laquelle elle a beaucoup d'affinité: en
-même-tems il passe de l'acide nitrique très-légèrement fumant, & qui ne
-contient qu'une très-petite portion de gaz nitreux. On l'en débarrasse
-aisément, en faisant chauffer foiblement l'acide dans une cornue: on
-obtient une petite portion d'acide nitreux dans le récipient, & il
-reste de l'acide nitrique dans la cornue.
-
-On a vu dans le corps de cet Ouvrage, que l'azote étoit le radical
-nitrique: si à vingt parties & demie en poids d'azote, on ajoute
-quarante-trois parties & demie d'oxygène, cette proportion constituera
-l'oxide ou le gaz nitreux; si on ajoute à cette première combinaison 36
-autres parties d'oxygène, on aura de l'acide nitrique. L'intermédiaire
-entre la première & la dernière de ces proportions, donne différentes
-espèces d'acides nitreux, c'est-à-dire, de l'acide nitrique plus
-ou moins imprégné de gaz nitreux. J'ai déterminé ces proportions
-par voie de décomposition, & je ne puis pas assurer qu'elles soient
-rigoureusement exactes; mais elles ne peuvent pas s'écarter beaucoup
-de la vérité. M. Cavendish, qui a prouvé le premier & par voie
-de composition, que l'azote est le radical nitrique, a donné des
-proportions un peu différentes & dans lesquelles l'azote entre pour
-une plus forte proportion: mais il est probable en même tems que
-c'est de l'acide nitreux qu'il a formé, & non de l'acide nitrique; &
-cette circonstance suffit pour expliquer jusqu'à un certain point la
-différence des résultats.
-
-Pour obtenir l'acide nitrique très-pur, il faut employer du
-nitre dépouillé de tout mêlange de corps étrangers. Si, après la
-distillation, on soupçonne qu'il y reste quelques vestiges d'acide
-sulfurique, on y verse quelques gouttes de dissolution de nitrate
-barytique, l'acide sulfurique s'unit avec la baryte, & forme un
-sel neutre insoluble qui se précipite. On en sépare avec autant de
-facilité les dernières portions d'acide muriatique qui pouvoient y être
-contenues, en y versant quelques gouttes de nitrate d'argent; l'acide
-muriatique contenu dans l'acide nitrique, s'unit à l'argent avec lequel
-il a plus d'affinité, & se précipite sous forme de muriate d'argent
-qui est presqu'insoluble. Ces deux précipitations faites, on distille
-jusqu'à ce qu'il ait passé environ les sept huitièmes de l'acide, & on
-est sûr alors de l'avoir parfaitement pur.
-
-L'acide nitrique est un de ceux qui a le plus de tendance à la
-combinaison, & dont en même tems la décomposition est le plus facile.
-Il n'est presque point de substance simple, si on en excepte l'or,
-l'argent & le platine, qui ne lui enlève plus ou moins d'oxygène;
-quelques-unes même le décomposent en entier. Il a été fort anciennement
-connu des Chimistes, & ses combinaisons ont été plus étudiées que
-celles d'aucun autre. MM. Macquer & Baumé ont nommé _nitres_ tous les
-sels qui ont l'acide nitrique pour acide. Nous avons dérivé leur nom
-de la même origine; mais nous en avons changé la terminaison, & nous
-les avons appelés _nitrates_ ou _nitrites_, suivant qu'ils ont l'acide
-nitrique ou l'acide nitreux pour acide & d'après la loi générale dont
-nous avons expliqué les motifs, chapitre XVI. C'est également par une
-suite des principes généraux dont nous avons rendu compte, que nous
-avons spécifié chaque sel par le nom de sa base.
-
-
-
-
-_TABLEAU des combinaisons de l'Acide sulfurique ou Soufre oxygéné avec
-les bases salifiables dans l'ordre de leur affinité avec cet acide, par
-la voie humide._
-
-
- ======================================================================
- | Combinaisons de l'acide sulfurique avec: |
- |--------------------------------------------------------------------|
- | NOMENCLATURE NOUVELLE. |
- |--------------------------------------------------------------------|
- |Numéros.| Noms des bases. | Sels neutres qui en résultent. |
- |--------------------------------------------------------------------|
- | 1 |La baryte. |Sulfate de baryte. |
- | 2 |La potasse. |Sulfate de potasse. |
- | 3 |La soude. |Sulfate de soude. |
- | 4 |La chaux. |Sulfate de chaux. |
- | 5 |La magnésie. |Sulfate de magnésie. |
- | 6 |L'ammoniaque. |Sulfate d'ammoniaque. |
- | 7 |L'alumine. |Sulfate d'alumine ou alun. |
- | 8 |L'oxide de zinc. |Sulfate de zinc. |
- | 9 |L'oxide de fer. |Sulfate de fer. |
- | 10 |L'oxide de manganèse. |Sulfate de manganèse. |
- | 11 |L'oxide de cobalt. |Sulfate de cobalt. |
- | 12 |L'oxide de nickel. |Sulfate de nickel. |
- | 13 |L'oxide de plomb. |Sulfate de plomb. |
- | 14 |L'oxide d'étain. |Sulfate d'étain. |
- | 15 |L'oxide de cuivre. |Sulfate de cuivre. |
- | 16 |L'oxide de bismuth. |Sulfate de bismuth. |
- | 17 |L'oxide d'antimoine. |Sulfate d'antimoine. |
- | 18 |L'oxide d'arsenic. |Sulfate d'arsenic. |
- | 19 |L'oxide de mercure. |Sulfate de mercure. |
- | 20 |L'oxide d'argent. |Sulfate d'argent. |
- | 21 |L'oxide d'or. |Sulfate d'or. |
- | 22 |L'oxide de platine. |Sulfate de platine. |
- ======================================================================
-
-
- ======================================================================
- | Combinaisons de l'acide vitriolique avec: |
- |--------------------------------------------------------------------|
- | NOMENCLATURE ANCIENNE. |
- |--------------------------------------------------------------------|
- |Numéros.| Noms des bases. | Sels neutres qui en résultent. |
- |--------------------------------------------------------------------|
- | 1 |La terre pesante. |Vitriol de terre pesante, spath |
- | | |pesant. |
- | 2 |L'alkali fixe végétal.|Tartre vitriolé, sel de duobus, |
- | | |arcanum duplicatum. |
- | 3 |L'alkali fixe minéral.|Sel de Glauber. |
- | 4 |La terre calcaire. |Sélénite, gypse, vitriol calcaire. |
- | 5 |La magnésie. |Vitriol de magnésie, sel d'Epsom, |
- | | |sel de Sedlitz. |
- | 6 |L'alkali volatil. |Sel ammoniacal secret de Glauber. |
- | 7 |La terre de l'alun. |Alun. |
- | 8 |La chaux de zinc. |Vitriol blanc, vitriol de Goslard. |
- | | |Couperose blanche, vitriol de |
- | | |zinc. |
- | 9 |La chaux de fer. |Couperose verte, vitriol martial, |
- | | |vitriol de fer. |
- | 10 |La chaux de manganèse.|Vitriol de manganèse. |
- | 11 |La chaux de cobalt. |Vitriol de cobalt. |
- | 12 |La chaux de nickel. |Vitriol de nickel. |
- | 13 |La chaux de plomb. |Vitriol de plomb. |
- | 14 |La chaux d'étain. |Vitriol d'étain. |
- | 15 |La chaux de cuivre. |Vitriol de cuivre, couperose |
- | | |bleue. |
- | 16 |La chaux de bismuth. |Vitriol de bismuth. |
- | 17 |La chaux d'antimoine. |Vitriol d'antimoine. |
- | 18 |La chaux d'arsenic. |Vitriol d'arsenic. |
- | 19 |La chaux de mercure. |Vitriol de mercure. |
- | 20 |La chaux d'argent. |Vitriol d'argent. |
- | 21 |La chaux d'or. |Vitriol d'or. |
- | 22 |La chaux de platine. |Vitriol de platine. |
- ======================================================================
-
-
-
-
-OBSERVATIONS
-
-_Sur l'Acide sulfurique & sur le Tableau de ses combinaisons._
-
-
-ON a long-tems retiré l'acide sulfurique par distillation du sulfate
-de fer ou vitriol de mars, dans lequel cet acide est uni au fer. Cette
-distillation a été décrite par Basile Valentin, qui écrivoit dans le
-quinzième siècle. On préfère aujourd'hui de le tirer du soufre par
-la combustion, parce qu'il est beaucoup meilleur marché que celui
-qu'on peut extraire des différens sels sulfuriques. Pour faciliter la
-combustion du soufre & son oxygénation, on y mêle un peu de salpêtre ou
-nitrate de potasse en poudre. Ce dernier est décomposé, & fournit au
-soufre une portion de son oxygène, qui facilite sa conversion en acide.
-Malgré l'addition de salpêtre, on ne peut continuer la combustion du
-soufre dans des vaisseaux fermés, quelque grands qu'ils soient, que
-pendant un tems déterminé. La combustion cesse par deux raisons; 1º.
-parce que le gaz oxygène se trouve épuisé, & que l'air dans lequel se
-fait la combustion se trouve presque réduit à l'état de gaz azotique;
-2º. parce que l'acide lui-même qui reste long-tems en vapeurs, met
-obstacle à la combustion. Dans les travaux en grand des arts, on brûle
-le mêlange de soufre & de salpêtre dans de grandes chambres dont les
-parois sont recouvertes de feuilles de plomb: on laisse un peu d'eau
-au fond pour faciliter la condensation des vapeurs. On se débarrasse
-ensuite de cette eau, en introduisant l'acide sulfurique qu'on a obtenu
-dans de grandes cornues: on distille à un degré de chaleur modéré; il
-passe une eau légèrement acide, & il reste dans la cornue de l'acide
-sulfurique concentré. Dans cet état il est diaphane, sans odeur, &
-il pèse à peu près le double de l'eau. On prolongeroit la combustion
-du soufre, & on accéléreroit la fabrication de l'acide sulfurique,
-si on introduisoit dans les grandes chambres doublées de plomb où se
-fait cette opération, le vent de plusieurs soufflets qu'on dirigeroit
-sur la flamme. On feroit évacuer le gaz azotique par de longs canaux
-ou espèces de serpentins dans lesquels il seroit en contact avec de
-l'eau, afin de le dépouiller de tout le gaz acide sulfureux ou acide
-sulfurique qu'il pourroit contenir.
-
-Suivant une première expérience de M. Berthollet, 69 parties de soufre
-en brûlant absorbent 31 parties d'oxygène, pour former 100 parties
-d'acide sulfurique. Suivant une seconde expérience faite par une autre
-méthode, 72 parties de soufre en absorbent 28 d'oxygène, pour former la
-même quantité de 100 parties d'acide sulfurique sec.
-
-Cet acide ne dissout, comme tous les autres, les métaux qu'autant
-qu'ils ont été préalablement oxidés; mais la plupart sont susceptibles
-de décomposer une portion de l'acide, & de lui enlever assez d'oxygène
-pour devenir dissolubles dans le surplus: c'est ce qui arrive à
-l'argent, au mercure & même au fer & au zinc, quand on les fait
-dissoudre dans de l'acide sulfurique concentré & bouillant. Ces métaux
-s'oxident & se dissolvent, mais ils n'enlèvent pas assez d'oxygène à
-l'acide pour le réduire en soufre; ils le réduisent seulement à l'état
-d'acide sulfureux, & il se dégage alors sous la forme de gaz acide
-sulfureux. Lorsqu'on met de l'argent, du mercure ou quelque métal autre
-que le fer & le zinc dans de l'acide sulfurique étendu d'eau, comme
-ils n'ont pas assez d'affinité avec l'oxygène pour l'enlever, ni au
-soufre, ni à l'acide sulfureux, ni à l'hydrogène, ils sont absolument
-insolubles dans cet acide. Il n'en est pas de même du zinc & du fer:
-ces deux métaux, aidés par la présence de l'acide, décomposent l'eau;
-ils s'oxident à ses dépens, & deviennent alors dissolubles dans
-l'acide, quoiqu'il ne soit ni concentré ni bouillant.
-
-
-
-
-_TABLEAU des combinaisons de l'Acide sulfureux avec les bases
-salifiables dans l'ordre de leur affinité avec cet acide._
-
-
- ==============================================================
- | NOMENCLATURE NOUVELLE. |
- |------------------------------------------------------------|
- | | Noms des bases. | Noms |
- | | | des sel neutres. |
- |------------------------------------------------------------|
- |Combinaisons |La baryte. |Sulfite de baryte. |
- |de l'acide |La potasse. |Sulfite de potasse. |
- |sulfureux |La soude. |Sulfite de soude. |
- |avec: |La chaux. |Sulfite de chaux. |
- | |La magnésie. |Sulfite de magnésie. |
- | |L'ammoniaque. |Sulfite d'ammoniaque. |
- | |L'alumine. |Sulfite d'alumine. |
- | |L'oxide de zinc. |Sulfite de zinc. |
- | |L'oxide de fer. |Sulfite de fer. |
- | |L'oxide de manganèse. |Sulfite de manganèse. |
- | |L'oxide de cobalt. |Sulfite de cobalt. |
- | |L'oxide de nickel. |Sulfite de nickel. |
- | |L'oxide de plomb. |Sulfite de plomb. |
- | |L'oxide d'étain. |Sulfite d'étain. |
- | |L'oxide de cuivre. |Sulfite de cuivre. |
- | |L'oxide de bismuth. |Sulfite de bismuth. |
- | |L'oxide d'antimoine. |Sulfite d'antimoine. |
- | |L'oxide d'arsenic. |Sulfite d'arsenic. |
- | |L'oxide de mercure. |Sulfite de mercure. |
- | |L'oxide d'argent. |Sulfite d'argent. |
- | |L'oxide d'or. |Sulfite d'or. |
- | |L'oxide de platine. |Sulfite de platine. |
- ==============================================================
-
- _Nota._ Les anciens n'ont connu à proprement parler de ces sels que
- le sulfite de potasse, qui, jusqu'à ces derniers tems, a conservé le
- nom de sel sulfureux de Stalh. Avant la nouvelle nomenclature que
- nous avons proposée, on désignoit les sels sulfureux comme il suit:
- _Sel sulfureux de Stalh à base d'alkali fixe végétal, sel sulfureux
- de Stalh à base d'alkali fixe minéral, sel sulfureux de Stalh à base
- de terre calcaire._
-
- On a suivi dans ce tableau l'ordre des affinités indiqué par M.
- Bergman pour l'acide sulfurique, parce qu'en effet à l'égard des
- alkalis & des terres, l'ordre est le même pour l'acide sulfureux;
- mais il n'est pas certain qu'il en soit de même pour les oxides
- métalliques.
-
-
-
-
-OBSERVATIONS
-
-_Sur l'Acide sulfureux, & sur le Tableau de ses combinaisons._
-
-
-L'ACIDE sulfureux est formé, comme l'acide sulfurique, de la
-combinaison du soufre avec l'oxygène, mais avec une moindre proportion
-de ce dernier. On peut l'obtenir de différentes manières, 1º. en
-faisant brûler du soufre lentement, 2º. en distillant de l'acide
-sulfurique sur de l'argent, de l'antimoine, du plomb, du mercure ou
-du charbon: une portion d'oxygène s'unit au métal, & l'acide passe
-dans l'état d'acide sulfureux. Cet acide existe naturellement dans
-l'état de gaz au degré de température & de pression dans lequel nous
-vivons; mais il paroît, d'après des expériences de M. Clouet, qu'à un
-très-grand degré de refroidissement, il se condense & devient liquide:
-l'eau absorbe beaucoup plus de ce gaz acide qu'elle n'absorbe de gaz
-acide carbonique; mais elle en absorbe beaucoup moins que de gaz acide
-muriatique.
-
-C'est une vérité bien établie, & que je n'ai peut-être que trop
-répétée, que les métaux en général ne peuvent se dissoudre dans les
-acides, qu'autant qu'ils peuvent s'y oxider: or l'acide sulfureux étant
-déjà dépouillé d'une grande partie de l'oxygène nécessaire pour le
-constituer acide sulfurique, il est plutôt disposé à en reprendre qu'à
-en fournir à la plupart des métaux, & c'est pour cela qu'il ne peut
-les dissoudre, à moins qu'ils n'aient été préalablement oxidés. Par
-une suite du même principe, les oxides métalliques se dissolvent dans
-l'acide sulfureux sans effervescence & même avec beaucoup de facilité.
-Cet acide a même, comme l'acide muriatique, la propriété de dissoudre
-des oxides métalliques qui sont trop oxygénés, & qui seroient par cela
-même indissolubles dans l'acide sulfurique; il forme alors avec eux de
-véritables sulfates. On pourroit donc soupçonner qu'il n'existe que des
-sulfates métalliques & non des sulfites, si les phénomènes qui ont lieu
-dans la dissolution du fer, du mercure, & de quelques autres métaux,
-ne nous apprenoient que ces substances métalliques sont susceptibles
-de s'oxider plus ou moins en se dissolvant dans les acides. D'après
-cette observation le sel dans lequel le métal sera le moins oxidé
-devra porter le nom de sulfite, & celui dans lequel le métal sera le
-plus oxidé devra porter le nom de sulfate. On ignore encore si cette
-distinction, nécessaire pour le fer & pour le mercure, est applicable à
-tous les autres sulfates métalliques.
-
-
-
-
-_TABLEAU des combinaisons du Phosphore qui a reçu un premier degré
-d'oxygénation, & qui a été porté à l'état d'Acide phosphoreux, avec les
-bases salifiables dans l'ordre de leur affinité avec cet acide._
-
-
- ===============================================================
- | NOMENCLATURE NOUVELLE. |
- |-------------------------------------------------------------|
- | | Noms des bases. | Noms des sels neutres. |
- |-------------------------------------------------------------|
- |Combinaisons |La chaux. |Phosphite de chaux. |
- |de l'acide |La baryte. |Phosphite de baryte. |
- |phosphoreux |La magnésie. |Phosphite de magnésie. |
- |avec: |La potasse. |Phosphite de potasse. |
- | |La soude. |Phosphite de soude. |
- | |L'ammoniaque. |Phosphite d'ammoniaque. |
- | |L'alumine. |Phosphite d'alumine. |
- | |L'oxide de zinc. |Phosphite de zinc. * |
- | |L'oxide de fer. |Phosphite de fer. |
- | |L'oxide de manganèse.|Phosphite de manganèse. |
- | |L'oxide de cobalt. |Phosphite de cobalt. |
- | |L'oxide de nickel. |Phosphite de nickel. |
- | |L'oxide de plomb. |Phosphite de plomb. |
- | |L'oxide d'étain. |Phosphite d'étain. |
- | |L'oxide de cuivre. |Phosphite de cuivre. |
- | |L'oxide de bismuth. |Phosphite de bismuth. |
- | |L'oxide d'antimoine. |Phosphite d'antimoine. |
- | |L'oxide d'arsenic. |Phosphite d'arsenic. |
- | |L'oxide de mercure. |Phosphite de mercure. |
- | |L'oxide d'argent. |Phosphite d'argent. |
- | |L'oxide d'or. |Phosphite d'or. |
- | |L'oxide de platine. |Phosphite de platine. |
- ===============================================================
-
- * L'existence des phosphites métalliques n'est pas encore
- absolument certaine, elle suppose que les métaux sont susceptibles
- de se dissoudre dans l'acide phosphorique, à différens degrés
- d'oxygénation, ce qui n'est pas encore prouvé.
-
- Aucuns de ces sels n'avoient été nommés.
-
-
-
-
-_TABLEAU des combinaisons du Phosphore saturé d'oxygène, ou Acide
-phosphorique avec les substances salifiables dans l'ordre de leur
-affinité avec cet acide *._
-
-
- ===============================================================
- | NOMENCLATURE NOUVELLE. |
- |-------------------------------------------------------------|
- | | Noms des bases. | Noms des sels neutres. |
- |-------------------------------------------------------------|
- |Combinaisons |La chaux. |Phosphate de chaux. |
- |de l'acide |La baryte. |Phosphate de baryte. |
- |phosphorique |La magnésie. |Phosphate de magnésie. |
- |avec: |La potasse. |Phosphate de potasse. |
- | |La soude. |Phosphate de soude. |
- | |L'ammoniaque. |Phosphate d'ammoniaque. |
- | |L'alumine. |Phosphate d'alumine. |
- | |L'oxide de zinc. |Phosphate de zinc. |
- | |L'oxide de fer. |Phosphate de fer. |
- | |L'oxide de manganèse.|Phosphate de manganèse. |
- | |L'oxide de cobalt. |Phosphate de cobalt. |
- | |L'oxide de nickel. |Phosphate de nickel. |
- | |L'oxide de plomb. |Phosphate de plomb. |
- | |L'oxide d'étain. |Phosphate d'étain. |
- | |L'oxide de cuivre. |Phosphate de cuivre. |
- | |L'oxide de bismuth. |Phosphate de bismuth. |
- | |L'oxide d'antimoine. |Phosphate d'antimoine. |
- | |L'oxide d'arsenic. |Phosphate d'arsenic. |
- | |L'oxide de mercure. |Phosphate de mercure. |
- | |L'oxide d'argent. |Phosphate d'argent. |
- | |L'oxide d'or. |Phosphate d'or. |
- | |L'oxide de platine. |Phosphate de platine. |
- ===============================================================
-
- * La plupart de ces sels ne sont connus que depuis très-peu de tems,
- & n'avoient point encore été nommés.
-
-
-
-
-OBSERVATIONS
-
-_Sur les Acides phosphoreux & phosphorique, & sur les Tableaux de leurs
-combinaisons._
-
-
-ON a vu, à l'article Phosphore, un précis historique de la découverte
-de cette singulière substance, & quelques observations sur la manière
-dont il existe dans les végétaux & dans les animaux.
-
-Le moyen le plus sûr pour obtenir l'acide phosphorique pur & exempt
-de tout mélange, est de prendre du phosphore en nature, & de le faire
-brûler sous des cloches de verre, dont on a humecté l'intérieur en
-y promenant de l'eau distillée. Il absorbe dans cette opération 2
-fois 1/2 son poids d'oxygène. On peut obtenir cet acide concret en
-faisant cette même combustion sur du mercure au lieu de la faire sur
-de l'eau: il se présente alors dans l'état de floccons blancs qui
-attirent l'humidité de l'air avec une prodigieuse activité. Pour avoir
-ce même acide dans l'état d'acide phosphoreux, c'est-à-dire, moins
-oxygéné, il faut abandonner le phosphore à une combustion extrêmement
-lente, & le laisser tomber en quelque façon en _déliquium_ à l'air
-dans un entonnoir placé sur un flacon de cristal. Au bout de quelques
-jours on trouve le phosphore oxygéné; l'acide phosphoreux, à mesure
-qu'il s'est formé, s'est emparé d'une portion d'humidité de l'air, &
-a coulé dans le flacon. L'acide phosphoreux se convertit au surplus
-aisément en acide phosphorique par une simple exposition à l'air
-long-tems continuée. Comme le phosphore a une assez grande affinité
-avec l'oxygène pour l'enlever à l'acide nitrique & à l'acide muriatique
-oxygéné, il en résulte encore un moyen simple & peu dispendieux
-d'obtenir l'acide phosphorique. Lorsqu'on veut opérer par l'acide
-nitrique, on prend une cornue tubulée bouchée avec un bouchon de
-cristal; on l'emplit à moitié d'acide nitrique concentré, on fait
-chauffer légèrement, puis on introduit par la tubulure de petits
-morceaux de phosphore. Ils se dissolvent avec effervescence; en même
-tems le gaz nitreux s'échappe sous la forme de vapeurs rutilantes. On
-continue ainsi d'ajouter du phosphore jusqu'à ce qu'il refuse de se
-dissoudre. On pousse alors le feu un peu plus fort pour chasser les
-dernières portions d'acide nitrique, & on trouve l'acide phosphorique
-dans la cornue, en partie sous forme concrète, & en partie sous forme
-liquide.
-
-
-
-
-_TABLEAU des combinaisons du Radical carbonique oxygéné, ou Acide
-carbonique avec les bases salifiables, dans l'ordre de leur affinité
-avec cet acide *._
-
-
- ======================================================================
- | Combinaisons de l'acide carbonique avec: |
- |--------------------------------------------------------------------|
- | | NOMS DES SELS NEUTRES. |
- | Noms des bases. |----------------------------------------------|
- | | Nomenclature | Nomenclature ancienne. |
- | | nouvelle. | |
- |--------------------------------------------------------------------|
- | | Carbonate | |
- | | | |
- |La baryte. |de baryte. |Terre pesante aérée ou |
- | | |effervescente. |
- |La chaux. |de chaux. |Terre calcaire, spath calcaire,|
- | | |craie. |
- |La potasse. |de potasse. |Alkali fixe végétal |
- | | |effervescent, méphite de |
- | | |potasse. |
- |La soude. |de soude. |Alkali fixe minéral |
- | | |effervescent, méphite de soude.|
- |La magnésie. |de magnésie. |Magnésie effervescente, base |
- | | |du sel d'Epsom effervescente, |
- | | |méphite de magnésie. |
- |L'ammoniaque. |d'ammoniaque. |Alkali volatil effervescent, |
- | | |méphite d'ammoniaque. |
- |L'alumine. |d'alumine. |Méphite argileux, terre d'alun |
- | | |aérée. |
- |L'oxide de zinc. |de zinc. |Zinc spathique, méphite de |
- | | |zinc. |
- |L'oxide de fer. |de fer |Fer spathique, méphite de fer. |
- |L'oxide de manganèse.|de manganèse. |Méphite de manganèse. |
- |L'oxide de cobalt. |de cobalt. |Méphite de cobalt. |
- |L'oxide de nickel. |de nickel. |Méphite de nickel. |
- |L'oxide de plomb. |de plomb. |Plomb spathique ou méphite de |
- | | |plomb. |
- |L'oxide d'étain. |d'étain. |Méphite d'étain. |
- |L'oxide de cuivre. |de cuivre. |Méphite de cuivre. |
- |L'oxide de bismuth. |de bismuth. |Méphite de bismuth. |
- |L'oxide d'antimoine. |d'antimoine. |Méphite d'antimoine. |
- |L'oxide d'arsenic. |d'arsenic. |Méphite d'arsenic. |
- |L'oxide de mercure. |de mercure. |Méphite de mercure. |
- |L'oxide d'argent. |d'argent. |Méphite d'argent. |
- |L'oxide d'or. |d'or. |Méphite d'or. |
- |L'oxide de platine. |de platine. |Méphite de platine. |
- ======================================================================
-
- * Ces sels n'étant connus & définis que depuis quelques années, il
- n'existe pas, à proprement parler, pour eux de nomenclature ancienne.
- On a cru cependant devoir les désigner ici sous les noms que M. de
- Morveau leur a donnés dans son premier volume de l'Encyclopédie. M.
- Bergman désignoit les bases saturées de cet acide par l'épithète
- _aérée_; ainsi, la terre calcaire aérée exprimoit la terre calcaire
- saturée d'acide carbonique. M. de Fourcroy avoit donné le nom d'acide
- crayeux à l'acide carbonique, & le nom de craie à tous les sels qui
- résultent de la combinaison de cet acide avec les bases salifiables.
-
-
-
-
-OBSERVATIONS
-
-_Sur l'Acide carbonique & sur le Tableau de ses combinaisons._
-
-
-DE tous les acides que nous connoissons, l'acide carbonique est
-peut-être celui qui est le plus abondamment répandu dans la nature.
-Il est tout formé dans les craies, dans les marbres, dans toutes
-les pierres calcaires, & il y est neutralisé principalement par une
-terre particulière connue sous le nom de chaux. Pour le dégager de
-ces substances, il ne faut que verser dessus de l'acide sulfurique,
-ou tout autre acide qui ait plus d'affinité avec la chaux que n'en a
-l'acide carbonique: il se fait une vive effervescence, laquelle n'est
-produite que par le dégagement de cet acide, qui prend la forme de gaz
-dès qu'il est libre. Ce gaz n'est susceptible de se condenser par aucun
-des degrés de refroidissement & de pression auxquels il a été exposé
-jusqu'ici: il ne s'unit avec l'eau qu'à peu près à volume égal, & il en
-résulte un acide extrêmement foible.
-
-On peut encore obtenir l'acide carbonique assez pur, en le dégageant
-de la matière sucrée en fermentation; mais alors il tient une petite
-portion d'alkool en dissolution.
-
-Le carbone est le radical de l'acide carbonique. On peut en conséquence
-former artificiellement cet acide, en brûlant du charbon dans du gaz
-oxygène, ou bien en combinant de la poudre de charbon avec un oxide
-métallique dans de justes proportions. L'oxygène de l'oxide se combine
-avec le charbon, forme du gaz acide carbonique, & le métal devenu libre
-reparoît sous sa forme métallique.
-
-C'est à M. Black que nous devons les premières connoissances qu'on ait
-eues sur cet acide. La propriété qu'il a de n'exister que sous forme
-de gaz au degré de température & de pression dans lequel nous vivons,
-l'avoit soustrait aux recherches des anciens Chimistes.
-
-Si on pouvoit parvenir à décomposer cet acide par des moyens peu
-dispendieux, on auroit fait une découverte bien précieuse pour
-l'humanité, puisqu'on pourroit obtenir libres les masses immenses de
-carbone que contiennent les terres calcaires, les marbres, &c. On ne
-le peut pas par des affinités simples, puisque le corps qu'il faudroit
-employer pour décomposer l'acide carbonique, devroit être au moins
-aussi combustible que le charbon même, & qu'alors on ne feroit que
-changer un combustible contre un autre: mais il n'est pas impossible
-d'y parvenir par des affinités doubles; & ce qui porte à le croire,
-c'est que la nature résout complètement ce problême, & avec des
-matériaux qui ne lui coûtent rien dans l'acte de la végétation.
-
-
-
-
-_TABLEAU des combinaisons du Radical muriatique oxygéné, ou Acide
-muriatique avec les bases salifiables, dans l'ordre de leur affinité
-avec cet acide._
-
-
- ======================================================================
- | Combinaisons de l'acide muriatique avec: |
- |--------------------------------------------------------------------|
- | | NOMS DES SELS NEUTRES. |
- | Noms des bases. |----------------------------------------------|
- | | Nomenclature | Nomenclature ancienne. |
- | | nouvelle. | |
- |--------------------------------------------------------------------|
- | | Muriate | |
- | | | |
- |La baryte. |de baryte. |Sel marin à base de terre |
- | | |pesante. |
- | | | |
- |La potasse. |de potasse. {Sel fébrifuge de Sylvius. |
- | | {Sel marin à base d'alkali |
- | | {fixe végétal. |
- | | | |
- |La soude. |de soude. |Sel marin. |
- | | | |
- |La chaux. |de chaux. {Sel marin à base terreuse. |
- | | {Huile de chaux. |
- | | | |
- |La magnésie. |de magnésie. |Sel d'Epsom marin, sel marin |
- | | |à base de sel d'Epsom ou de |
- | | |magnésie. |
- |L'ammoniaque. |d'ammoniaque. |Sel ammoniac. |
- |L'alumine. |d'alumine. |Alun marin, sel marin à base |
- | | |de terre d'alun. |
- |L'oxide de zinc. |de zinc. |Sel marin de zinc. |
- |L'oxide de fer. |de fer. |Sel de fer, sel marin |
- | | |martial. |
- |L'oxide de manganèse.|de manganèse. |Sel marin de manganèse. |
- |L'oxide de cobalt. |de cobalt. |Sel marin de cobalt. |
- |L'oxide de nickel. |de nickel. |Sel marin de nickel. |
- |L'oxide de plomb. |de plomb. |Plomb corné. |
- | | | |
- |L'oxide d'étain. {d'étain fumant. |Liqueur fumante de Libavius. |
- | {d'étain solide. |Beurre d'étain solide. |
- | | | |
- |L'oxide de cuivre. |de cuivre. |Sel marin de cuivre. |
- |L'oxide de bismuth. |de bismuth. |Sel marin de bismuth. |
- |L'oxide d'antimoine. |d'antimoine. |Sel marin d'antimoine. |
- |L'oxide d'arsenic. |d'arsenic. |Sel marin d'arsenic. |
- | | | |
- |L'oxide de mercure. {de mercure doux.{Mercure sublimé doux, |
- | { {_aquila alba_. |
- | {de mercure {Mercure sublimé corrosif. |
- | {corrosif. { |
- | | | |
- |L'oxide d'argent. |d'argent. |Argent corné. |
- |L'oxide d'or. |d'or. |Sel marin d'or. |
- |L'oxide de platine. |de platine. |Sel marin de platine. |
- ======================================================================
-
-
-
-
-_TABLEAU des combinaisons de l'Acide muriatique oxigéné avec les
-différentes bases salifiables avec lesquelles il est susceptible de
-s'unir._
-
-
- ======================================================================
- | Combinaisons de l'acide muriatique oxigéné avec: |
- |--------------------------------------------------------------------|
- | | NOMS DES SELS NEUTRES. |
- | Noms des bases. |----------------------------------------------|
- | | Nomenclature nouvelle. | Nomenclature |
- | | | ancienne. |
- |--------------------------------------------------------------------|
- |La baryte. |Muriate oxygéné de baryte. }Cet ordre de |
- |La potasse. |Muriate oxygéné de potasse. }sels qui étoit |
- |La soude. |Muriate oxygéné de soude. }absolument |
- |La chaux. |Muriate oxygéné de chaux. }inconnu aux |
- |La magnésie. |Muriate oxygéné de magnésie. }anciens, a été |
- |L'alumine. |Muriate oxygéné d'alumine. }découvert en |
- |L'oxide de zinc. |Muriate oxygéné de zinc. }1786 par |
- |L'oxide de fer. |Muriate oxygéné de fer. }M. Berthollet. |
- |L'oxide de manganèse.|Muriate oxygéné de manganèse.} |
- |L'oxide de cobalt. |Muriate oxygéné de cobalt. } |
- |L'oxide de nickel. |Muriate oxygéné de nickel. } |
- |L'oxide de plomb. |Muriate oxygéné de plomb. } |
- |L'oxide d'étain. |Muriate oxygéné d'étain. } |
- |L'oxide de cuivre. |Muriate oxygéné de cuivre. } |
- |L'oxide de bismuth. |Muriate oxygéné de bismuth. } |
- |L'oxide d'antimoine. |Muriate oxygéné d'antimoine. } |
- |L'oxide d'arsenic. |Muriate oxygéné d'arsenic. } |
- |L'oxide de mercure. |Muriate oxygéné de mercure. } |
- |L'oxide d'argent. |Muriate oxygéné d'argent. } |
- |L'oxide d'or. |Muriate oxygéné d'or. } |
- |L'oxide de platine. |Muriate oxygéné de platine. } |
- ======================================================================
-
-
-
-
-OBSERVATIONS
-
-_Sur l'Acide muriatique & sur le Tableau de ses combinaisons._
-
-
-L'ACIDE muriatique est répandu très-abondamment dans le règne minéral:
-il y est uni avec différentes bases, principalement avec la soude, la
-chaux & la magnésie. C'est avec ces trois bases qu'on le rencontre dans
-l'eau de la mer & dans celle de plusieurs lacs: il est plus communément
-uni avec la soude dans les mines de sel gemme. Cet acide ne paroît pas
-avoir été décomposé jusqu'à ce jour dans aucune expérience chimique;
-en sorte que nous n'avons nulle idée de la nature de son radical:
-ce n'est même que par analogie que nous concluons qu'il contient le
-principe acidifiant ou oxygène. M. Berthollet avoit soupçonné que ce
-radical pouvoit être de nature métallique; mais comme il paroît que
-l'acide muriatique se forme journellement dans les lieux habités, par
-la combinaison de miasmes & de fluides aériformes, il faudroit supposer
-qu'il existe un gaz métallique dans l'atmosphère; ce qui n'est pas sans
-doute impossible, mais ce qu'on ne peut admettre, au moins que d'après
-des preuves.
-
-L'acide muriatique ne tient que médiocrement aux bases avec lesquelles
-il est uni: l'acide sulfurique l'en chasse, & c'est principalement
-par l'intermède de cet acide que les Chimistes ont coutume de se le
-procurer. On pourroit employer d'autres acides pour remplir ce même
-objet, par exemple, l'acide nitrique, mais cet acide étant volatil,
-il auroit l'inconvénient de se mêler avec l'acide muriatique dans la
-distillation. Il faut dans cette opération employer environ une partie
-d'acide sulfurique concentré, & deux de sel marin. On se sert d'une
-cornue tubulée dans laquelle on introduit d'abord le sel; on y adapte
-un récipient également tubulé, à la suite duquel on ajoute deux ou
-trois bouteilles remplies d'eau, & qui sont jointes par des tubes,
-à la manière de M. Woulfe. La _figure 1, planche IV_, représente
-cet appareil. On lutte bien toutes les jointures, après quoi on
-introduit l'acide sulfurique dans la cornue par la tubulure, & on la
-referme aussitôt avec son bouchon de cristal. C'est une propriété de
-l'acide muriatique, de ne pouvoir exister que dans l'état de gaz, à la
-température & au degré de pression dans lequel nous vivons: il seroit
-donc impossible de le coercer, si on ne lui présentoit de l'eau avec
-laquelle il a une grande affinité. Il s'unit dans une très-grande
-proportion à celle contenue dans les bouteilles adaptées au ballon;
-& lorsqu'elles en sont saturées, il en résulte ce que les anciens
-appeloient esprit de sel fumant, & ce que nous appelons aujourd'hui
-acide muriatique.
-
-Celui qu'on obtient par ce procédé, n'est pas saturé d'oxygène autant
-qu'il le peut être, il est susceptible d'en prendre une nouvelle
-dose, si on le distille sur des oxides métalliques, tels que l'oxide
-de manganèse, l'oxide de plomb ou celui de mercure: l'acide qui se
-forme alors, & que nous nommons acide muriatique oxygéné, ne peut
-exister comme le précédent, lorsqu'il est libre, que dans l'état
-gazeux; il n'est plus susceptible d'être absorbé par l'eau en aussi
-grande quantité. Si on en imprègne ce fluide au-delà d'une certaine
-proportion, l'acide se précipite au fond du vase sous forme concrète.
-L'acide muriatique oxygéné est susceptible comme l'a démontré M.
-Berthollet, de se combiner avec un grand nombre de bases salifiables;
-les sels qu'il forme sont susceptibles de détoner avec le carbone &
-avec plusieurs substances métalliques: ces détonations sont d'autant
-plus dangereuses, que l'oxygène entre dans la composition du muriate
-oxygéné avec une très-grande quantité de calorique qui donne lieu par
-son expansion à des explosions très-dangereuses.
-
-
-
-
-_TABLEAU des combinaisons de l'Acide nitro-muriatique avec les bases
-salifiables, rangées par ordre alphabétique, attendu que les affinités
-de cet acide ne sont point assez connues._
-
-
- ==============================================================
- | NOMENCLATURE NOUVELLE. |
- |------------------------------------------------------------|
- | | Noms | Noms des sels neutres. |
- | | des bases. | |
- |------------------------------------------------------------|
- |Combinaisons {L'alumine. |Nitro-muriate d'alumine. |
- |de l'acide {L'ammoniaque. |Nitro-muriate d'ammoniaque.|
- |nitro-muriatique {L'antimoine. |Nitro-muriate d'antimoine. |
- |avec: {L'argent. |Phosphate de potasse. |
- | {L'arsenic. |Nitro-muriate d'arsenic. |
- | {La baryte. |Nitro-muriate de baryte. |
- | {Le bismuth. |Nitro-muriate de bismuth. |
- | {La chaux. |Nitro-muriate de chaux. |
- | {Le cobalt. |Nitro-muriate de cobalt. |
- | {Le cuivre. |Nitro-muriate de cuivre. |
- | {L'étain. |Nitro-muriate d'étain. |
- | {Le fer. |Nitro-muriate de fer. |
- | {La magnésie. |Nitro-muriate de magnésie. |
- | {Le manganèse. |Nitro-muriate de manganèse.|
- | {Le mercure. |Nitro-muriate de mercure. |
- | {Le molybdène. |Nitro-muriate de molybdène.|
- | {Le nickel. |Nitro-muriate de nickel. |
- | {L'or. |Nitro-muriate d'or. |
- | {Le platine. |Nitro-muriate de platine. |
- | {Le plomb. |Nitro-muriate de plomb. |
- | {La potasse. |Nitro-muriate de potasse. |
- | {La soude. |Nitro-muriate de soude. |
- | {Le tungstène. |Nitro-muriate de tungstène.|
- | {Le zinc. |Nitro-muriate de zinc. |
- ==============================================================
-
- _Nota._ La plupart de ces combinaisons, sur-tout celles de l'acide
- nitro-muriatique avec les terres & les alkalis ont été peu examinées,
- on ignore s'il se forme un sel mixte, ou si les deux acides se
- séparent pour former deux sels distincts.
-
-
-
-
-OBSERVATIONS
-
-_Sur l'Acide nitro-muriatique & sur le Tableau de ses combinaisons._
-
-L'ACIDE nitro-muriatique, anciennement appelé _eau régale_, est formé
-par un mêlange d'acide nitrique & d'acide muriatique. Les radicaux
-de ces deux acides s'unissent ensemble dans cette combinaison, & il
-en résulte un acide à deux bases, qui a des propriétés particulières
-qui n'appartiennent à aucun des deux séparément, notamment celle de
-dissoudre l'or & le platine.
-
-Dans les dissolutions nitro-muriatiques, comme dans toutes les
-autres, les métaux commencent par s'oxider avant de se dissoudre; ils
-s'emparent d'une portion de l'oxygène de l'acide, il se dégage en
-même-tems un gaz nitro-muriatique d'une espèce particulière, qui n'a
-encore été bien décrit par personne. Son odeur est très-désagréable,
-& il est aussi funeste qu'aucun autre aux animaux qui le respirent;
-il attaque les instrumens de fer & les rouille; l'eau en absorbe une
-assez grande quantité, & prend quelques caractères d'acidité. J'ai eu
-occasion de faire ces observations, lorsque j'ai traité le platine &
-que je l'ai fait dissoudre très-en grand dans l'acide nitro-muriatique.
-
-J'avois d'abord soupçonné que dans le mélange de l'acide nitrique & de
-l'acide muriatique, ce dernier s'emparoit d'une partie de l'oxygène
-de l'acide nitrique, & qu'alors porté à l'état d'acide muriatique
-oxygéné, il devenoit susceptible de dissoudre l'or; mais plusieurs
-faits se refusent à cette explication. S'il en étoit ainsi, en faisant
-chauffer de l'acide nitro-muriatique, il s'en dégageroit du gaz
-nitreux; & cependant on n'en obtient pas sensiblement. Je reviens donc
-à considérer l'acide nitro-muriatique comme un acide à deux bases, &
-j'adopte entièrement à cet égard les idées de M. Berthollet.
-
-
-
-
-_TABLEAU des combinaisons du Radical fluorique oxigéné, ou Acide
-fluorique avec les bases salifiables, dans l'ordre de leur affinité
-avec cet acide._
-
-
- ======================================================================
- | Combinaisons de l'acide fluorique avec: |
- |--------------------------------------------------------------------|
- | | NOMS DES SELS NEUTRES. |
- | Noms des bases. |--------------------------------------------|
- | | Nomenclature | Nomenclat. ancienne. |
- | | nouvelle. | |
- |--------------------------------------------------------------------|
- |La chaux. |Fluate de chaux. }Toutes ces |
- |La baryte. |Fluate de baryte. }combinaisons ont été |
- |La magnésie. |Fluate de magnésie. }inconnues aux anciens |
- |La potasse. |Fluate de potasse. }Chimistes. |
- |La soude. |Fluate de soude. } |
- |L'ammoniaque. |Fluate d'ammoniaque. } |
- | | } |
- |L'oxide de zinc. |Fluate de zinc. } |
- |L'oxide de manganèse. |Fluate de manganèse. } |
- |L'oxide de fer. |Fluate de fer. } |
- |L'oxide de plomb. |Fluate de plomb. } |
- |L'oxide d'étain. |Fluate d'étain. } |
- |L'oxide de cobalt. |Fluate de cobalt. } |
- |L'oxide de cuivre. |Fluate de cuivre. } |
- |L'oxide de nickel. |Fluate de nickel. } |
- |L'oxide d'arsenic. |Fluate d'arsenic. } |
- |L'oxide de bismuth. |Fluate de bismuth. } |
- |L'oxide de mercure. |Fluate de mercure. } |
- |L'oxide d'argent. |Fluate d'argent. } |
- |L'oxide d'or. |Fluate d'or. } |
- |L'oxide de platine. |Fluate de platine. } |
- |_Et par la voie sèche._| } |
- |L'alumine. |Fluate d'alumine. } |
- ======================================================================
-
-
-
-
-OBSERVATIONS
-
-_Sur l'Acide fluorique, & sur le Tableau de ses combinaisons._
-
-LA nature nous offre l'acide fluorique tout formé dans le spath fluor,
-spath phosphorique ou fluate de chaux: il y est combiné avec la terre
-calcaire, & forme un sel insoluble.
-
-Pour obtenir l'acide fluorique seul & dégagé de toute combinaison,
-on met du spath fluor ou fluate de chaux dans une cornue de plomb;
-on verse dessus de l'acide sulfurique, & on adapte à la cornue un
-récipient également de plomb, à moitié rempli d'eau. On donne une
-chaleur douce, & l'acide fluorique est absorbé par l'eau du récipient,
-à mesure qu'il se dégage. Comme cet acide est naturellement sous forme
-de gaz au degré de chaleur & de pression dans lequel nous vivons, on
-peut le recueillir dans cet état dans l'appareil pneumato-chimique au
-mercure, comme on y reçoit le gaz acide marin, le gaz acide sulfureux,
-le gaz acide carbonique.
-
-On est obligé de se servir pour cette opération de vaisseaux
-métalliques, parce que l'acide fluorique dissout le verre & la terre
-siliceuse; il communique même de la volatilité à ces deux substances, &
-il les enlève avec lui dans l'état de gaz.
-
-C'est à M. Margraff que nous devons la première connoissance de cet
-acide; mais il ne l'a jamais obtenu que combiné avec une quantité
-considérable de silice: il ignoroit d'ailleurs que ce fût un acide
-particulier & _sui generis_.
-
-M. le duc de Liancourt, dans un Mémoire imprimé sous le nom de M.
-Boulanger, a étendu beaucoup plus loin nos connoissances sur les
-propriétés de l'acide fluorique; enfin M. Schéele semble avoir mis la
-dernière main à ce travail.
-
-Il ne reste plus aujourd'hui qu'à déterminer quelle est la nature
-du radical fluorique; mais comme il ne paroît pas qu'on soit encore
-parvenu à décomposer l'acide, on ne peut avoir aucun apperçu de la
-nature du radical. S'il y avoit quelques expériences à tenter à cet
-égard, ce ne pourroit être que par la voie des doubles affinités qu'on
-pourroit espérer quelque succès.
-
-
-
-
-_TABLEAU des combinaisons du Radical boracique oxigéné, avec les
-différentes bases salifiables auxquelles il est susceptible de s'unir
-dans l'ordre de leur affinité avec cet acide._
-
-
- ==============================================================
- | NOMENCLATURE NOUVELLE. |
- |------------------------------------------------------------|
- | | Noms des bases. | Noms des sels neutres. |
- |------------------------------------------------------------|
- |Combinaisons {La chaux. |Borate de chaux. |
- |de l'acide {La baryte. |Borate de baryte. |
- |boracique {La magnésie. |Borate de magnésie. |
- |avec: {La potasse. |Borate de potasse. |
- | {La soude. |Borate de soude, ou borax.|
- | {L'ammoniaque. |Borate d'ammoniaque. |
- | {L'oxide de zinc. |Borate de zinc. |
- | {L'oxide de fer. |Borate de fer. |
- | {L'oxide de plomb. |Borate de plomb. |
- | {L'oxide d'étain. |Borate d'étain. |
- | {L'oxide de cobalt. |Borate de cobalt. |
- | {L'oxide de cuivre. |Borate de cuivre. |
- | {L'oxide de nickel. |Borate de nickel. |
- | {L'oxide de mercure.|Borate de mercure. |
- | {L'alumine. |Borate d'alumine. |
- ==============================================================
-
- _Nota._ La plupart de ces combinaisons n'ont été ni nommées, ni
- connues par les anciens; ils donnoient à l'acide boracique le nom de
- sel sédatif, & ils donnoient le nom de borax à base d'alkali fixe
- végétal, borax à base d'alkali fixe minéral, borax à base de terre
- calcaire, aux combinaisons du sel sédatif avec la potasse, la soude &
- la chaux.
-
-
-
-
-OBSERVATIONS
-
-_Sur l'Acide boracique, & sur le Tableau de ses combinaisons._
-
-ON donne le nom de boracique à un acide concret qu'on retire du borax,
-sel qui nous vient de l'Inde par le commerce. Quoique le borax ait
-été employé très-anciennement dans les arts, on n'a que des notions
-très-incertaines sur son origine, sur la manière de l'extraire & de le
-purifier. On a lieu de soupçonner que c'est un sel natif, qui se trouve
-naturellement dans les terres de quelques contrées de l'Inde & dans
-l'eau des lacs: tout le commerce de ce sel se fait par les Hollandois;
-ils ont été long-tems seuls en possession de le purifier; mais MM.
-l'Eguillier, dans une fabrique qu'ils ont élevée à Paris, sont parvenus
-à rivaliser avec eux: le procédé de cette purification, au surplus,
-est encore un mystère. L'analyse chimique nous a appris que le borax
-étoit un sel neutre avec excès de base; que cette base étoit la soude,
-& qu'elle étoit en partie neutralisée par un acide particulier, qui a
-été long-tems appelé sel sédatif de Homberg, & que nous avons désigné
-sous le nom d'acide boracique. On le rencontre quelquefois libre dans
-l'eau des lacs; celle du lac Cherchiaio en Italie en contient 94 grains
-& demi par pinte.
-
-Pour séparer l'acide boracique & l'obtenir libre, on commence par
-dissoudre le borax dans l'eau bouillante; on filtre la liqueur
-très-chaude & on y verse de l'acide sulfurique, ou un autre acide
-quelconque qui ait plus d'affinité avec la soude que n'en a l'acide
-boracique. Ce dernier se sépare aussitôt, & on l'obtient sous forme
-cristalline par refroidissement.
-
-On a cru long-tems que l'acide boracique étoit un produit de
-l'opération par laquelle on l'obtenoit: on se persuadoit en conséquence
-qu'il étoit différent, suivant l'acide qu'on avoit employé pour le
-séparer d'avec la soude. Aujourd'hui il est bien reconnu que l'acide
-boracique est toujours identiquement le même, de quelque manière qu'il
-ait été dégagé, pourvu toutefois qu'il ait été bien dépouillé de tout
-acide étranger par le lavage, & qu'on l'ait purifié par une ou deux
-cristallisations successives.
-
-L'acide boracique est soluble dans l'eau & dans l'alkool. Il a la
-propriété de communiquer à la flamme de ce dernier dans lequel on
-l'a dissous, une couleur verte, & cette circonstance avoit fait
-croire qu'il contenoit du cuivre: mais aucune expérience décisive
-n'a confirmé ce résultat; il y a apparence que si le borax contient
-quelquefois du cuivre, il lui est accidentel.
-
-Cet acide se combine avec les substances salifiables, par la voie
-humide & par la voie sèche. Il ne dissout pas directement les métaux
-par la voie humide, mais on peut parvenir à opérer la combinaison par
-double affinité.
-
-Le Tableau ci-dessus présente les différentes substances avec
-lesquelles l'acide boracique peut s'unir dans l'ordre des affinités
-qui s'observent par la voie humide; il exige un changement notable,
-lorsqu'on opère par la voie sèche: alors l'alumine qui est placée la
-dernière, doit être placée immédiatement après la soude.
-
-Le radical boracique est entièrement inconnu; l'oxygène y tient
-tellement, qu'il n'a pas encore été possible de l'en séparer par aucun
-moyen. Ce n'est même que par analogie qu'on peut conclure que l'oxygène
-fait partie de sa combinaison, comme de celle de tous les acides.
-
-
-
-
-_TABLEAU des combinaisons de l'Arsenic oxygéné, ou Acide arsenique avec
-les bases salifiables dans l'ordre de leur affinité avec cet acide._
-
-
- ======================================================================
- | Combinaisons de l'acide arsenique avec: |
- |--------------------------------------------------------------------|
- | Noms des bases | Noms des sels neutres. | Observation. |
- | salifiables. | | |
- |--------------------------------------------------------------------|
- |La chaux. |Arseniate de chaux. }Ce genre de |
- |La baryte. |Arseniate de baryte. }sels étoit absolument|
- |La magnésie. |Arseniate de magnésie. }inconnu aux anciens. |
- |La potasse. |Arseniate de potasse. }M. Macquer, qui a |
- |La soude. |Arseniate de soude. }découvert en 1746 la |
- |L'ammoniaque. |Arseniate d'ammoniaque. }combinaison de |
- |L'oxide de zinc. |Arseniate de zinc. }l'acide arsenique |
- |L'oxide de manganèse.|Arseniate de manganèse. }avec la potasse & la |
- |L'oxide de fer. |Arseniate de fer. }soude, les avoit |
- |L'oxide de plomb. |Arseniate de plomb. }nommés sels neutres |
- |L'oxide d'étain. |Arseniate d'étain. }arsenicaux. |
- |L'oxide de cobalt. |Arseniate de cobalt. } |
- |L'oxide de cuivre. |Arseniate de cuivre. } |
- |L'oxide de nickel. |Arseniate de nickel. } |
- |L'oxyde de bismuth. |Arseniate de bismuth. } |
- |L'oxide de mercure. |Arseniate de mercure. } |
- |L'oxide d'antimoine. |Arseniate d'antimoine. } |
- |L'oxide d'argent. |Arseniate d'argent. } |
- |L'oxide d'or. |Arseniate d'or. } |
- |L'oxide de platine. |Arseniate de platine. } |
- |L'alumine. |Arseniate d'alumine. } |
- ======================================================================
-
-
-
-
-OBSERVATIONS
-
-_Sur l'Acide arsenique, & sur le Tableau de ses combinaisons._
-
-DANS un Mémoire imprimé dans le recueil de l'Académie, année 1746, M.
-Macquer a fait voir qu'en poussant au feu un mêlange d'oxide blanc
-d'arsenic & de nitre, on obtenoit un sel neutre, qu'il a nommé sel
-neutre arsenical. On ignoroit entièrement, à l'époque où M. Macquer a
-publié ce Mémoire, la cause de ce singulier phénomène, & comment une
-substance métallique pouvoit jouer le rôle d'un acide. Des expériences
-plus modernes nous ont appris que l'arsenic s'oxygénoit dans cette
-opération; qu'il enlevoit l'oxygène à l'acide nitrique, & qu'à l'aide
-de ce principe il se convertissoit en un véritable acide, qui se
-combinoit ensuite avec la potasse. On connoît aujourd'hui d'autres
-moyens, non-seulement d'oxygéner l'arsenic, mais encore d'obtenir
-l'acide arsenique libre & dégagé de toute combinaison. Le plus simple
-est de dissoudre l'oxide blanc d'arsenic dans trois fois son poids
-d'acide muriatique: on ajoute dans cette dissolution, pendant qu'elle
-est encore bouillante, une quantité d'acide nitrique double du poids
-de l'arsenic, & on évapore jusqu'à siccité. L'acide nitrique se
-décompose dans cette opération; son oxygène s'unit à l'oxide d'arsenic
-pour l'acidifier; le radical nitrique se dissipe sous forme de gaz
-nitreux. A l'égard de l'acide muriatique, il se convertit en gaz
-muriatique, & on peut le retenir par voie de distillation. On s'assure
-qu'il ne reste plus d'acide étranger, en calcinant l'acide concret
-jusqu'à ce qu'il commence à rougir: ce qui reste ainsi dans le creuset
-est de l'acide arsenique pur.
-
-Il y a plusieurs autres manières d'oxygéner l'arsenic & de le convertir
-en un acide. Le procédé que Schéele a employé & que M. de Morveau a
-répété avec un grand succès dans le laboratoire de Dijon, consiste à
-distiller de l'acide muriatique oxygéné sur de la manganèse. Cet acide
-s'oxygène, comme je l'ai dit ailleurs, & passe sous la forme d'acide
-muriatique sur-oxygéné. On le reçoit dans un récipient dans lequel on
-a mis de l'oxide blanc d'arsenic recouvert d'un peu d'eau distillée.
-L'arsenic blanc décompose l'acide muriatique oxygéné, il lui enlève
-l'oxygène surabondant; d'une part, il se convertit en acide arsenique,
-& de l'autre l'acide muriatique oxygéné redevient acide muriatique
-ordinaire. On sépare ces deux acides en distillant à une chaleur
-douce, qu'on augmente cependant sur la fin: l'acide muriatique passe &
-l'acide arsenique reste sous forme blanche & concrète. Dans cet état il
-est beaucoup moins volatil que l'oxide blanc d'arsenic.
-
-Très-souvent l'acide arsenique tient en dissolution une portion d'oxide
-blanc d'arsenic qui n'a pas été suffisamment oxygéné. On n'est point
-exposé à cet inconvénient, quand on a opéré par l'acide nitrique, &
-qu'on en ajoute de nouveau, jusqu'à ce qu'il ne passât plus de gaz
-nitreux.
-
-D'après ces différentes observations, je définirai l'acide arsenique,
-un acide métallique blanc, concret fixe au degré de feu qui le fait
-rougir, formé par la combinaison de l'arsenic avec l'oxygène, qui se
-dissout dans l'eau, & qui est susceptible de se combiner avec un grand
-nombre de bases salifiables.
-
-
-
-
-_TABLEAU des combinaisons du Molybdène oxygéné, ou Acide molybdique
-avec les bases salifiables, par ordre alphabétique *._
-
-
- ==============================================================
- | NOMENCLATURE NOUVELLE. |
- |------------------------------------------------------------|
- | | Noms des bases. | Noms des sels neutres. |
- | | salifiables. | |
- |------------------------------------------------------------|
- |Combinaisons {L'alumine. |Molybdate d'alumine. |
- |de l'acide {L'ammoniaque. |Molybdate d'ammoniaque. |
- |molybdique {L'oxide d'antimoine. |Molybdate d'antimoine. |
- |avec: {L'oxide d'argent. |Molybdate d'argent. |
- | {L'oxide d'arsenic. |Molybdate d'arsenic. |
- | {La baryte. |Molybdate de baryte. |
- | {L'oxide de bismuth. |Molybdate de bismuth. |
- | {La chaux. |Molybdate de chaux. |
- | {L'oxide de cobalt. |Molybdate de cobalt. |
- | {L'oxide de cuivre. |Molybdate de cuivre. |
- | {L'oxide d'étain. |Molybdate d'étain. |
- | {L'oxide de fer. |Molybdate de fer. |
- | {La magnésie. |Molybdate de magnésie. |
- | {L'oxide de manganèse.|Molybdate de manganèse. |
- | {L'oxide de mercure. |Molybdate de mercure. |
- | {L'oxide de nickel. |Molybdate de nickel. |
- | {L'oxide d'or. |Molybdate d'or. |
- | {L'oxide de platine. |Molybdate de platine. |
- | {L'oxide de plomb. |Molybdate de plomb. |
- | {La potasse. |Molybdate de potasse. |
- | {La soude. |Molybdate de soude. |
- | {Le zinc. |Molybdate de zinc. |
- ==============================================================
-
-
- * On a suivi dans le tableau l'ordre alphabétique, parce que l'on
- ne connoît pas bien les affinités de cet acide avec les différentes
- bases. C'est à M. Schéele qu'on doit la découverte de cet acide,
- comme de beaucoup d'autres.
-
- _Nota._ Toute cette classe de sels a été nouvellement découverte, &
- n'avoit point encore été nommée.
-
-
-
-
-OBSERVATIONS
-
-_Sur l'Acide molybdique, & sur le Tableau de ses combinaisons._
-
-LE MOLYBDÈNE est une substance métallique particulière, qui est
-susceptible de s'oxygéner au point de se transformer en un véritable
-acide concret. Pour y parvenir, on introduit dans une cornue une partie
-de mine de molybdène, telle que la nature nous la présente, & qui est
-un véritable sulfure de molybdène; on y ajoute cinq ou six parties
-d'un acide nitrique affoibli d'un quart d'eau environ, & on distille.
-L'oxygène de l'acide nitrique se porte sur le molybdène & sur le
-soufre; il transforme l'un en un oxide métallique, & l'autre en acide
-sulfurique. On repasse de nouvel acide nitrique dans la même proportion
-& jusqu'à quatre ou cinq fois; & quand il n'y a plus de vapeurs
-rouges, le molybdène est oxygéné autant qu'il le peut être, du moins
-par ce moyen, & on le trouve au fond de la cornue sous forme blanche,
-pulvérulente, comme de la craie. Cet acide est peu soluble, & on peut,
-sans risquer d'en perdre beaucoup, le laver avec de l'eau chaude. Cette
-précaution est nécessaire pour le débarrasser des dernières portions
-d'acide sulfurique, qui pourroient y adhérer.
-
-
-
-
-_TABLEAU des combinaisons du Tungstène oxygéné, ou Acide tungstique
-avec les bases salifiables._
-
-
- ==============================================================
- | NOMENCLATURE NOUVELLE. |
- |------------------------------------------------------------|
- | | Noms des bases. | Noms des sels neutres. |
- | | salifiables. | |
- |------------------------------------------------------------|
- |Combinaisons {La chaux. |Tungstate de chaux. |
- |de l'acide {La baryte. |Tungstate de baryte. |
- |tungstique {La magnésie. |Tungstate de magnésie. |
- |avec: {La potasse. |Tungstate de potasse. |
- | {La soude. |Tungstate de soude. |
- | {L'ammoniaque. |Tungstate d'ammoniaque. |
- | {L'alumine. |Tungstate d'alumine. |
- | {L'oxide d'antimoine. |Tungstate d'antimoine. |
- | {L'oxide d'argent. |Tungstate d'argent. |
- | {L'oxide d'arsenic. |Tungstate d'arsenic. |
- | {L'oxide de bismuth. |Tungstate de bismuth. |
- | {L'oxide de cobalt. |Tungstate de cobalt. |
- | {L'oxide de cuivre. |Tungstate de cuivre. |
- | {L'oxide d'étain. |Tungstate d'étain. |
- | {L'oxide de fer. |Tungstate de fer. |
- | {L'oxide de manganèse.|Tungstate de manganèse. |
- | {L'oxide de mercure. |Tungstate de mercure. |
- | {L'oxide de molybdène.|Tungstate de molybdène. |
- | {L'oxide de nickel. |Tungstate de nickel. |
- | {L'oxide d'or. |Tungstate d'or. |
- | {L'oxide de platine. |Tungstate de platine. |
- | {L'oxide de plomb. |Tungstate de plomb. |
- | {L'oxide de zinc. |Tungstate de zinc. |
- ==============================================================
-
-
-
-
-OBSERVATIONS
-
-_Sur l'Acide tungstique, & sur le Tableau de ses combinaisons._
-
-ON donne le nom de tungstène à un métal particulier dont la mine a été
-souvent confondue avec celles d'étain; dont la cristallisation a du
-rapport avec celle des grenats; dont la pesanteur spécifique excède
-6000, celle de l'eau étant supposée 1000; enfin qui varie du blanc
-perlé au rougeâtre & au jaune. On le trouve en plusieurs endroits de la
-Saxe & en Bohême.
-
-Le volfram est aussi une véritable mine de tungstène, qui se rencontre
-fréquemment dans les mines de Cornouailles.
-
-Le métal qui porte le nom de tungstène, est dans l'état d'oxide dans
-ces deux espèces de mines. Il paroîtroit même qu'il est porté, dans la
-mine de tungstène, au-delà de l'état d'oxide; qu'il y fait fonction
-d'acide: il y est uni à la chaux.
-
-Pour obtenir cet acide libre, on mêle une partie de mine de tungstène
-avec quatre parties de carbonate de potasse, & on fait fondre le
-mêlange dans un creuset. Lorsque la matière est refroidie, on la
-met en poudre & on verse dessus douze parties d'eau bouillante; puis
-on ajoute de l'acide nitrique qui s'unit à la potasse avec laquelle
-il a plus d'affinité, & en dégage l'acide tungstique: cet acide se
-précipite aussitôt sous forme concrète. On peut y repasser de l'acide
-nitrique qu'on évapore à siccité, & continuer ainsi jusqu'à ce qu'il
-ne se dégage plus de vapeurs rouges; on est assuré pour lors qu'il est
-complètement oxygéné. Si on veut obtenir l'acide tungstique pur, il
-faut opérer la fusion de la mine avec le carbonate de potasse dans un
-creuset de platine; autrement la terre du creuset se mêleroit avec les
-produits, & altéreroit la pureté de l'acide.
-
-Les affinités de l'acide tungstique avec les oxides métalliques ne sont
-point déterminées, & c'est pour cette raison qu'on les a rangées par
-ordre alphabétique; à l'égard des autres substances salifiables, on les
-a rangées dans l'ordre de leur affinité avec l'acide tungstique. Toute
-cette classe de sels n'avoit été ni connue ni nommée par les anciens.
-
-
-
-
-_TABLEAU des combinaisons du Radical tartareux oxygéné, ou Acide
-tartareux avec les bases salifiables, dans l'ordre de leur affinité
-avec cet acide._
-
-
- ==============================================================
- | | Noms des bases. | NOMS DES SEL NEUTRES. |
- | | salifiables. |------------------------|
- | | | Nomenclature nouvelle. |
- |------------------------------------------------------------|
- |Combinaisons {La chaux. |Tartrite de chaux. |
- |de l'acide {La baryte. |Tartrite de baryte. |
- |tartareux {La magnésie. |Tartrite de magnésie. |
- |avec: {La potasse. |Tartrite de potasse. |
- | {La soude. |Tartrite de soude. |
- | {L'ammoniaque. |Tartrite d'ammoniaque. |
- | {L'alumine. |Tartrite d'alumine. |
- | {L'oxide de zinc. |Tartrite de zinc. |
- | {L'oxide de fer. |Tartrite de fer. |
- | {L'oxide de manganèse.|Tartrite de manganèse. |
- | {L'oxide de cobalt. |Tartrite de cobalt. |
- | {L'oxide de nickel. |Tartrite de nickel. |
- | {L'oxide de plomb. |Tartrite de plomb. |
- | {L'oxide d'étain. |Tartrite d'étain. |
- | {L'oxide de cuivre. |Tartrite de cuivre. |
- | {L'oxide de bismuth. |Tartrite de bismuth. |
- | {L'oxide d'antimoine. |Tartrite d'antimoine. |
- | {L'oxide d'arsenic. |Tartrite d'arsenic. |
- | {L'oxide d'argent. |Tartrite d'argent. |
- | {L'oxide de mercure. |Tartrite de mercure. |
- | {L'oxide d'or. |Tartrite d'or. |
- | {L'oxide de platine. |Tartrite de platine. |
- ==============================================================
-
-
-
-
-OBSERVATIONS
-
-_Sur l'Acide tartareux, & sur le Tableau de ses combinaisons._
-
-TOUT le monde connoît le tartre qui s'attache autour des tonneaux dans
-lesquels la fermentation du vin s'est achevée. Ce sel est composé d'un
-acide particulier _sui generis_, combiné avec la potasse, mais de
-manière que l'acide est dans un excès considérable.
-
-C'est encore M. Schéele qui a enseigné aux Chimistes le moyen d'obtenir
-l'acide tartareux pur. Il a observé d'abord que cet acide avoit plus
-d'affinité avec la chaux qu'avec la potasse; il prescrit en conséquence
-de commencer par dissoudre du tartre purifié dans de l'eau bouillante,
-& d'y ajouter de la chaux jusqu'à ce que tout l'acide soit saturé. Le
-tartrite de chaux qui se forme, est un sel presqu'insoluble qui tombe
-au fond de la liqueur, sur-tout quand elle est refroidie; on l'en
-sépare par décantation, on le lave avec de l'eau froide & on le sèche;
-après quoi on verse dessus de l'acide sulfurique étendu de 8 à 9 fois
-son poids d'eau, on fait digérer pendant douze heures, à une chaleur
-douce, en observant de remuer de tems en tems: l'acide sulfurique
-s'empare de la chaux, forme du sulfate de chaux, & l'acide tartareux se
-trouve libre. Il se dégage pendant cette digestion une petite quantité
-de gaz qui n'a pas été examiné. Au bout de douze heures on décante la
-liqueur, on lave le sulfate de chaux avec de l'eau froide pour emporter
-les portions d'acide tartareux dont il est imprégné; on réunit tous
-les lavages à la première liqueur, on filtre, on évapore & on obtient
-l'acide tartareux concret. Deux livres de tartre purifié, donnent
-environ onze onces d'acide. La quantité d'acide sulfurique nécessaire
-pour cette quantité de tartre, est de 8 à 10 onces d'acide concentré
-qu'on étend, comme je viens de le dire, de 8 à 9 parties d'eau.
-
-Comme le radical combustible est en excès dans cet acide, nous lui
-avons conservé la terminaison en _eux_, & nous avons nommé _tartrites_
-le résultat de sa combinaison avec les substances salifiables.
-
-La base de l'acide tartareux est le radical carbone-hydreux ou
-hydro-carboneux, & il paroît qu'il y est moins oxygéné que dans l'acide
-oxalique. Les expériences de M. Hassenfratz paroissent prouver que
-l'azote entre aussi dans la combinaison de ce radical, même en assez
-grande quantité. En oxygénant l'acide tartareux, on le convertit en
-acide oxalique, en acide malique & en acide acéteux: mais il est
-probable que la proportion de l'hydrogène & du carbone change dans ces
-conversions, & que la différence du degré d'oxygénation n'est pas la
-seule cause qui constitue la différence de ces acides.
-
-L'acide tartareux, en se combinant avec les alkalis fixes, est
-susceptible de deux degrés de saturation: le premier constitue un sel
-avec excès d'acide, nommé très-improprement crême de tartre, & que nous
-avons nommé _tartrite acidule de potasse_. La même combinaison donne
-par un second degré de saturation un sel parfaitement neutre, que nous
-nommons simplement _tartrite de potasse_, & qui est connu en pharmacie
-sous le nom de sel végétal. Le même acide combiné avec la soude jusqu'à
-saturation, donne un _tartrite de soude_ connu sous le nom de sel de
-seignette, ou de sel polycreste de la Rochelle.
-
-
-
-
-_TABLEAU des combinaisons du Radical malique oxygéné, ou Acide malique
-avec les bases salifiables par ordre alphabétique._
-
-
- ==============================================================
- | | Noms des bases. | Noms des sels neutres. |
- | | salifiables. |------------------------|
- | | | Nomenclature nouvelle. |
- |------------------------------------------------------------|
- |Combinaisons {L'alumine. |Malate d'alumine. |
- |de l'acide {L'ammoniaque. |Malate d'ammoniaque. |
- |malique {L'oxide d'antimoine. |Malate d'antimoine. |
- |avec: {L'oxide d'argent. |Malate d'argent. |
- | {L'oxide d'arsenic. |Malate d'arsenic. |
- | {La baryte. |Malate de baryte. |
- | {L'oxide de bismuth. |Malate de bismuth. |
- | {La chaux. |Malate de chaux. |
- | {L'oxide de cobalt. |Malate de cobalt. |
- | {L'oxide de cuivre. |Malate de cuivre. |
- | {L'oxide d'étain. |Malate d'étain. |
- | {L'oxide de fer. |Malate de fer. |
- | {La magnésie. |Malate de magnésie. |
- | {L'oxide de manganèse.|Malate de manganèse. |
- | {L'oxide de mercure. |Malate de mercure. |
- | {L'oxide de nickel. |Malate de nickel. |
- | {L'oxide d'or. |Malate d'or. |
- | {L'oxide de platine. |Malate de platine. |
- | {L'oxide de plomb. |Malate de plomb. |
- | {La potasse. |Malate de potasse. |
- | {La soude. |Malate de soude. |
- | {L'oxide de zinc. |Malate de zinc. |
- ==============================================================
-
- _Nota._ Toutes ces combinaisons étoient inconnues aux anciens.
-
-
-
-
-OBSERVATIONS
-
-_Sur l'Acide malique, & sur le Tableau de ses combinaisons._
-
-L'ACIDE malique se trouve tout formé dans le jus des pommes acides,
-mûres ou non mûres, & d'un grand nombre d'autres fruits. Pour
-l'obtenir, on commence par saturer le jus de pommes avec de la potasse
-ou de la soude. On verse ensuite sur la liqueur saturée, de l'acétite
-de plomb dissoute dans l'eau. Il se fait un échange de bases; l'acide
-malique se combine avec le plomb, & se précipite. On lave bien ce
-précipité, ou plutôt ce sel qui est à-peu-près insoluble; après quoi
-on y verse de l'acide sulfurique affoibli qui chasse l'acide malique,
-s'empare du plomb, forme avec lui un sulfate qui est de même très-peu
-soluble & qu'on sépare par filtration; il reste l'acide malique libre
-& en liqueur. Cet acide se trouve mêlé avec l'acide citrique & avec
-l'acide tartareux dans un grand nombre de fruits: il tient à-peu-près
-le milieu entre l'acide oxalique & l'acide acéteux; & c'est ce qui a
-porté M. Hermbstadt à lui donner le nom de vinaigre imparfait. Il est
-plus oxygéné que l'acide oxalique, mais il l'est moins que l'acide
-acéteux. Il differe aussi de ce dernier par la nature de son radical,
-qui contient un peu plus de carbone & un peu moins d'hydrogène. On
-peut le former artificiellement, en traitant du sucre avec de l'acide
-nitrique. Si on s'est servi d'un acide étendu d'eau, il ne se forme
-point de cristaux d'acide oxalique; mais la liqueur contient réellement
-deux acides, savoir l'acide oxalique, l'acide malique, & probablement
-même un peu d'acide tartareux. Pour s'en assurer, il ne s'agit que de
-verser de l'eau de chaux sur la liqueur; il se forme du tartrite &
-de l'oxalate de chaux, qui se déposent au fond comme insolubles; il
-se forme en même tems du malate de chaux qui reste en dissolution.
-Pour avoir l'acide pur & libre, on décompose le malate de chaux par
-l'acétite de plomb, & on enlève le plomb à l'acide malique par l'acide
-sulfurique, de la même manière que quand on opère directement sur le
-jus des pommes.
-
-
-
-
-_TABLEAU des combinaisons du Radical citrique oxygéné, ou Acide
-citrique avec les bases salifiables, dans l'ordre de leur affinité avec
-cet acide *._
-
-
- ======================================================================
- | Combinaisons de l'acide citrique avec: |
- |--------------------------------------------------------------------|
- | Noms des bases | Noms des sels | Observation. |
- | salifiables. | neutres. | |
- |--------------------------------------------------------------------|
- |La baryte. |Citrate de baryte. }Toutes ces |
- |La chaux. |Citrate de chaux. }combinaisons étoient |
- |La magnésie. |Citrate de magnésie. }inconnues aux |
- |La potasse. |Citrate de potasse. }anciens chimistes. |
- |La soude. |Citrate de soude. } |
- |L'ammoniaque. |Citrate d'ammoniaque. } |
- |L'oxide de zinc. |Citrate de zinc. } |
- |L'oxide de manganèse.|Citrate de manganèse. } |
- |L'oxide de fer. |Citrate de fer. } |
- |L'oxide de plomb. |Citrate de plomb. } |
- |L'oxide de cobalt. |Citrate de cobalt. } |
- |L'oxide de cuivre. |Citrate de cuivre. } |
- |L'oxide d'arsenic. |Citrate d'arsenic. } |
- |L'oxide de mercure |Citrate de mercure. } |
- |L'oxide d'antimoine. |Citrate d'antimoine. } |
- |L'oxide d'argent. |Citrate d'argent. } |
- |L'oxide d'or. |Citrate d'or. } |
- |L'oxide de platine. |Citrate de platine. } |
- |L'alumine. |Citrate d'alumine. } |
- ======================================================================
-
- * Les affinités de cet acide ont été déterminées par M. Bergman & par
- M. de Breney, de l'Académie de Dijon.
-
-
-
-
-OBSERVATIONS
-
-_Sur l'Acide citrique, & sur le Tableau de ses combinaisons._
-
-
-ON donne le nom de citrique à l'acide en liqueur qu'on retire par
-expression du citron; on le rencontre dans plusieurs autres fruits mêlé
-avec l'acide malique. Pour l'obtenir pur & concentré, on lui laisse
-déposer sa partie muqueuse par un long repos dans un lieu frais, tel
-que la cave, ensuite on le concentre par un froid de 4 ou 5 degrés
-au-dessous de zéro du thermomètre de Réaumur: l'eau se gèle & l'acide
-reste en liqueur. On peut ainsi le réduire à un huitième de son volume.
-Un trop grand degré de froid nuiroit au succès de l'opération, parce
-que l'acide se trouveroit engagé dans la glace, & qu'on auroit de la
-peine à l'en séparer. Cette préparation de l'acide citrique est de
-M. Georgius. On peut l'obtenir d'une manière plus simple encore, en
-saturant du jus de citron avec de la chaux. Il se forme un citrate
-calcaire qui est indissoluble dans l'eau; on lave ce sel, & on verse
-dessus de l'acide sulfurique, qui s'empare de la chaux & qui forme du
-sulfate de chaux, sel presque insoluble. L'acide citrique reste libre
-dans la liqueur.
-
-
-
-
-_TABLEAU des combinaisons du Radical pyro-ligneux oxygéné, ou Acide
-pyro-ligneux avec des bases salifiables dans l'ordre de leur affinité
-avec cet acide._
-
-
- ==================================================================
- | | Noms des bases. | Noms des sels neutres. |
- | | salifiables. | |
- |----------------------------------------------------------------|
- |Combinaisons {La chaux. |Pyro-lignite de chaux. |
- |de l'acide {La baryte. |Pyro-lignite de baryte. |
- |pyro-ligneux {La potasse. |Pyro-lignite de potasse. |
- |avec: {La soude. |Pyro-lignite de soude. |
- | {La magnésie. |Pyro-lignite de magnésie. |
- | {L'ammoniaque. |Pyro-lignite d'ammoniaque. |
- | {L'oxide de zinc. |Pyro-lignite de zinc. |
- | {L'oxide de manganèse. |Pyro-lignite de manganèse. |
- | {L'oxide de fer. |Pyro-lignite de fer. |
- | {L'oxide de plomb. |Pyro-lignite de plomb. |
- | {L'oxide d'étain. |Pyro-lignite d'étain. |
- | {L'oxide de cobalt. |Pyro-lignite de cobalt. |
- | {L'oxide de cuivre. |Pyro-lignite de cuivre. |
- | {L'oxide de nickel. |Pyro-lignite de nickel. |
- | {L'oxide d'arsenic. |Pyro-lignite d'arsenic. |
- | {L'oxide de bismuth. |Pyro-lignite de bismuth. |
- | {L'oxide de mercure. |Pyro-lignite de mercure. |
- | {L'oxide d'antimoine. |Pyro-lignite d'antimoine. |
- | {L'oxide d'argent. |Pyro-lignite d'argent. |
- | {L'oxide d'or. |Pyro-lignite d'or. |
- | {L'oxide de platine. |Pyro-lignite de platine. |
- | {L'alumine. |Pyro-lignite d'alumine. |
- ==================================================================
-
- _Nota._ Toutes ces combinaisons étoient inconnues aux anciens
- Chimistes.
-
-
-
-
-OBSERVATIONS
-
-_Sur l'Acide pyro-ligneux, & sur le Tableau de ses combinaisons._
-
-
-LES anciens Chimistes avoient observé que la plupart des bois,
-& sur-tout ceux qui sont lourds & compactes, donnoient par la
-distillation à feu nud un esprit acide d'une nature particulière;
-mais personne, avant M. Goettling, ne s'étoit occupé d'en rechercher
-la nature. Le travail qu'il a donné sur ce sujet, se trouve dans le
-Journal de Crell, année 1779. L'acide pyro-ligneux qu'on obtient
-par la distillation du bois à feu nud, est de couleur brune; il est
-très-chargé d'huile & de charbon; pour l'obtenir plus pur, on le
-rectifie par une seconde distillation. Il paroît qu'il est à peu près
-le même, de quelque bois qu'il ait été tiré. M. de Morveau & M. Eloi
-Boursier de Clervaux se sont attachés à déterminer les affinités de
-cet acide avec les différentes bases salifiables; & c'est dans l'ordre
-qu'ils leur ont assigné, qu'on les présente ici. Le radical de cet
-acide est principalement formé d'hydrogène & de carbone.
-
-
-
-
-_TABLEAU des combinaisons du Radical pyro-tartareux oxygéné, ou Acide
-pyro-tartareux avec les différentes bases salifiables dans l'ordre de
-leur affinité avec cet acide *._
-
-
- =====================================================================
- | | Noms des bases. | Noms des sels neutres. |
- |-------------------------------------------------------------------|
- |Combinaisons {La potasse. |Pyro-tartrite de potasse. |
- |de l'acide {La soude. |Pyro-tartrite de soude. |
- |pyro-tartareux {La baryte. |Pyro-tartrite de baryte. |
- |avec: {La chaux. |Pyro-tartrite de chaux. |
- | {La magnésie. |Pyro-tartrite de magnésie. |
- | {L'ammoniaque. |Pyro-tartrite d'ammoniaque. |
- | {L'alumine. |Pyro-tartrite d'alumine. |
- | {L'oxide de zinc. |Pyro-tartrite de zinc. |
- | {L'oxide de manganèse. |Pyro-tartrite de manganèse. |
- | {L'oxide de fer. |Pyro-tartrite de fer. |
- | {L'oxide de plomb. |Pyro-tartrite de plomb. |
- | {L'oxide d'étain. |Pyro-tartrite d'étain. |
- | {L'oxide de cobalt. |Pyro-tartrite de cobalt. |
- | {L'oxide de cuivre. |Pyro-tartrite de cuivre. |
- | {L'oxide de nickel. |Pyro-tartrite de nickel. |
- | {L'oxide d'arsenic. |Pyro-tartrite d'arsenic. |
- | {L'oxide de bismuth. |Pyro-tartrite de bismuth. |
- | {L'oxide de mercure. |Pyro-tartrite de mercure. |
- | {L'oxide d'antimoine. |Pyro-tartrite d'antimoine. |
- | {L'oxide d'argent. |Pyro-tartrite d'argent. |
- =====================================================================
-
- _Nota._ Toutes ces combinaisons étoient inconnues aux anciens
- Chimistes.
-
- * On ne connoît pas encore les affinités de cet acide: mais comme il a
- beaucoup de rapport avec l'acide pyro-muqueux, on les a supposées les
- mêmes.
-
-
-
-
-OBSERVATIONS
-
-_Sur l'Acide pyro-tartareux, & sur le Tableau de ses combinaisons._
-
-
-ON donne le nom de pyro-tartareux à un acide empyreumatique peu
-concentré qu'on retire du tartre purifié par voie de distillation.
-Pour l'obtenir, on remplit à moitié de tartrite acidule de potasse ou
-tartre en poudre, une cornue de verre; on y adapte un récipient tubulé
-auquel on ajoute un tube qui s'engage sous une cloche dans l'appareil
-pneumato-chimique. En graduant le feu, on obtient une liqueur acide
-empyreumatique mêlée avec de l'huile: on sépare ces deux produits au
-moyen d'un entonnoir, & c'est la liqueur acide qu'on a nommée acide
-pyro-tartareux. Il se dégage dans cette distillation une prodigieuse
-quantité de gaz acide carbonique. L'acide pyro-tartareux qu'on obtient,
-n'est pas parfaitement pur; il contient toujours de l'huile qu'il
-seroit à souhaiter qu'on en pût séparer. Quelques auteurs ont conseillé
-de le rectifier; mais les Académiciens de Dijon ont constaté que cette
-opération étoit dangereuse, & qu'il y avoit explosion.
-
-
-
-
-_TABLEAU des combinaisons du Radical pyro-muqueux oxygéné, ou Acide
-pyro-muqueux avec les bases salifiables, dans l'ordre de leur affinité
-avec cet acide._
-
-
- =================================================================
- | | Noms des bases. | Noms des sels neutres. |
- | | salifiables. | |
- |---------------------------------------------------------------|
- |Combinaisons {La potasse. |Pyro-mucite de potasse. |
- |de l'acide {La soude. |Pyro-mucite de soude. |
- |pyro-muqueux {La baryte. |Pyro-mucite de baryte. |
- |avec: {La chaux. |Pyro-mucite de chaux. |
- | {La magnésie. |Pyro-mucite de magnésie. |
- | {L'ammoniaque. |Pyro-mucite d'ammoniaque. |
- | {L'alumine. |Pyro-mucite d'alumine. |
- | {L'oxide de zinc. |Pyro-mucite de zinc. |
- | {L'oxide de manganèse. |Pyro-mucite de manganèse. |
- | {L'oxide de fer. |Pyro-mucite de fer. |
- | {L'oxide de plomb. |Pyro-mucite de plomb. |
- | {L'oxide d'étain. |Pyro-mucite d'étain. |
- | {L'oxide de cobalt. |Pyro-mucite de cobalt. |
- | {L'oxide de cuivre. |Pyro-mucite de cuivre. |
- | {L'oxide de nickel. |Pyro-mucite de nickel. |
- | {L'oxide d'arsenic. |Pyro-mucite d'arsenic. |
- | {L'oxide de bismuth. |Pyro-mucite de bismuth. |
- | {L'oxide d'antimoine. |Pyro-mucite d'antimoine. |
- =================================================================
-
- _Nota._ Toutes ces combinaisons étoient inconnues aux anciens
- Chimistes.
-
-
-
-
-OBSERVATIONS
-
-_Sur l'Acide pyro-muqueux, & sur le Tableau de ses combinaisons._
-
-ON retire l'acide pyro-muqueux du sucre & de tous les corps sucrés
-par la distillation à feu nud. Comme ces substances se boursouflent
-considérablement au feu, on doit laisser vuides les sept huitièmes de
-la cornue. Cet acide est d'un jaune qui tire sur le rouge: on l'obtient
-moins coloré en le rectifiant par une seconde distillation. Il est
-principalement composé d'eau & d'une petite portion d'huile légèrement
-oxygénée. Quand il en tombe sur les mains, il les tache en jaune, & ces
-taches ne s'en vont qu'avec l'épiderme. La manière la plus simple de le
-concentrer, est de l'exposer à la gelée ou bien à un froid artificiel:
-si on l'oxygène par l'acide nitrique, on le convertit en partie en
-acide oxalique & en acide malique.
-
-C'est mal à-propos qu'on a prétendu qu'il se dégage beaucoup de gaz
-pendant la distillation de cet acide; il n'en passe presque point quand
-la distillation est conduite lentement & par un degré de feu modéré.
-
-
-
-
-_TABLEAU des combinaisons du Radical oxalique oxygéné, ou Acide
-oxalique avec les bases salifiables, dans l'ordre de leur affinité avec
-cet acide._
-
-
- =============================================================
- | | Noms des bases. |Noms des sels neutres.|
- | | salifiables. | |
- |-----------------------------------------------------------|
- |Combinaisons {La chaux. |Oxalate de chaux. |
- |de l'acide {La baryte. |Oxalate de baryte. |
- |oxalique {La magnésie. |Oxalate de magnésie. |
- |avec: {La potasse. |Oxalate de potasse. |
- | {La soude. |Oxalate de soude. |
- | {L'ammoniaque. |Oxalate d'ammoniaque. |
- | {L'alumine. |Oxalate d'alumine. |
- | {L'oxide de zinc. |Oxalate de zinc. |
- | {L'oxide de fer. |Oxalate de fer. |
- | {L'oxide de manganèse. |Oxalate de manganèse. |
- | {L'oxide de cobalt. |Oxalate de cobalt. |
- | {L'oxide de nickel. |Oxalate de nickel. |
- | {L'oxide de plomb. |Oxalate de plomb. |
- | {L'oxide de cuivre. |Oxalate de cuivre. |
- | {L'oxide de bismuth. |Oxalate de bismuth. |
- | {L'oxide d'antimoine. |Oxalate d'antimoine. |
- | {L'oxide d'arsenic. |Oxalate d'arsenic. |
- | {L'oxide de mercure. |Oxalate de mercure. |
- | {L'oxide d'argent. |Oxalate d'argent. |
- | {L'oxide d'or. |Oxalate d'or. |
- | {L'oxide de platine. |Oxalate de platine. |
- =============================================================
-
- _Nota._ Toutes ces combinaisons étoient inconnues aux anciens
- Chimistes.
-
-
-
-
-OBSERVATIONS
-
-_Sur l'Acide oxalique, & sur le Tableau de les combinaisons._
-
-L'ACIDE oxalique se prépare principalement en Suisse & en Allemagne;
-il se tire du suc de l'oseille qu'on exprime, & dans lequel ses
-cristaux se forment par un long repos. Dans cet état il est en partie
-saturé par de l'alkali fixe végétal ou potasse; en sorte que c'est, à
-proprement parler, un sel neutre avec un grand excès d'acide. Quand on
-veut obtenir l'acide pur, il faut le former artificiellement, & on y
-parvient en oxygénant le sucre, qui paroît être le véritable radical
-oxalique. On verse en conséquence sur une partie de sucre six à huit
-parties d'acide nitrique, & on fait chauffer à une chaleur douce; il se
-produit une vive effervescence, & il se dégage une grande abondance de
-gaz nitreux; après quoi en laissant reposer la liqueur, il s'y forme
-des cristaux qui sont de l'acide oxalique très-pur. On les sèche sur
-un papier gris pour en séparer les dernières portions d'acide nitrique
-dont il pourroit être imbibé; & pour être encore plus sûr de la
-pureté de l'acide, on le dissout dans de l'eau distillée & on le fait
-cristalliser une seconde fois.
-
-L'acide oxalique n'est pas le seul qu'on puisse obtenir du sucre en
-l'oxygénant. La même liqueur qui a donné des cristaux d'acide oxalique,
-par refroidissement contient en outre l'acide malique, qui est un peu
-plus oxigéné. Enfin, en oxygénant encore davantage le sucre, on le
-convertit en acide acéteux ou vinaigre.
-
-L'acide oxalique uni à une petite quantité de soude ou de potasse, a,
-comme l'acide tartareux, la propriété d'entrer tout entier dans un
-grand nombre de combinaisons, sans se décomposer: il en résulte des
-sels à deux bases, qu'il a bien fallu nommer. Nous avons appelé le sel
-d'oseille oxalate acidule de potasse.
-
-Il y a plus d'un siècle que l'acide oxalique est connu des Chimistes.
-M. Duclos en a fait mention dans les Mémoires de l'Académie des
-Sciences, année 1688. Il a été décrit avec assez de soin par Boerhaave:
-mais M. Schéele est le premier qui ait reconnu qu'il contenoit de la
-potasse toute formée, & qui ait démontré son identité avec l'acide
-qu'on forme par l'oxygénation du sucre.
-
-
-
-
-_TABLEAU des combinaisons du Radical acéteux oxygéné, par un premier
-degré d'oxigénation avec les bases salifiables, suivant l'ordre de leur
-affinité avec cet acide._
-
-
- ==============================================================
- | NOMENCLATURE NOUVELLE. |
- |------------------------------------------------------------|
- | | Noms des bases | Noms des sels |
- | | salifiables. | neutres. |
- |------------------------------------------------------------|
- |Combinaisons de {La baryte. |Acétite de baryte. |
- |l'acide acéteux {La potasse. |Acétite de potasse. |
- |avec: {La soude. |Acétite de soude. |
- | {La chaux. |Acétite de chaux. |
- | {La magnésie. |Acétite de magnésie. |
- | {L'ammoniaque. |Acétite d'ammoniaque.|
- | {L'oxide de zinc. |Acétite de zinc. |
- | {L'oxide de manganèse.|Acétite de manganèse.|
- | {L'oxide de fer. |Acétite de fer. |
- | {L'oxide de plomb. |Acétite de plomb. |
- | {L'oxide d'étain. |Acétite d'étain. |
- | {L'oxide de cobalt. |Acétite de cobalt. |
- | {L'oxide de cuivre. |Acétite de cuivre. |
- | {L'oxide de nickel. |Acétite de nickel. |
- | {L'oxide d'arsenic. |Acétite d'arsenic. |
- | {L'oxide de bismuth. |Acétite de bismuth. |
- | {L'oxide de mercure. |Acétite de mercure. |
- | {L'oxide d'antimoine. |Acétite d'antimoine. |
- | {L'oxide d'argent. |Acétite d'argent. |
- | {L'oxide d'or. |Acétite d'or. |
- | {L'oxide de platine. |Acétite de platine. |
- | {L'alumine. |Acétite d'alumine. |
- ==============================================================
-
-
- ======================================================================
- | NOMENCLATURE ANCIENNE. |
- |--------------------------------------------------------------------|
- | | Noms des bases. | Noms des sels neutres. |
- |--------------------------------------------------------------------|
- |Combinaisons {La terre pesante. |Inconnue des anciens. La |
- |de l'acide { |découverte en est due à M. de |
- |du vinaigre { |Morveau qui l'a nommée _acète |
- |avec: { |barotique_. |
- | | | |
- | {L'alkali fixe végétal. |Terre foliée de tartre |
- | { |très-secrète de Muller, arcane|
- | { |de tartre de Basile Valentin, |
- | { |& de Paracelse, Magistère |
- | { |purgatif de tartre de |
- | { |Schroëder, sel essentiel de |
- | { |vin de Zwelfer, tartre |
- | { |régénéré de Tachénius, sel |
- | { |diurétique de Sylvius, de |
- | { |Wilson. |
- | | | |
- | {L'alkali fixe minéral. |Terre foliée à base d'alkali |
- | { |minéral, terre foliée |
- | { |minérale, terre foliée |
- | { |cristallisable, sel acéteux |
- | { |minéral. |
- | | | |
- | {La terre calcaire. |Sel de craie, sel de corail, |
- | { |sel d'yeux d'écrevisses; |
- | { |Hartman en a fait mention. |
- | | | |
- | {La base du sel d'epsom.|Inconnue des anciens; |
- | { |M. Wenzel est le premier qui |
- | { |en ait parlé. |
- | | | |
- | {L'alkali volatil. |Esprit de Mendérérus ou de |
- | { |Menderet, sel acéteux |
- | { |ammoniacal. |
- | | | |
- | {La chaux de zinc. |Cette combinaison a été connue|
- | { |de Glauber, Schwedemberg, |
- | { |Respour, Pott, de M. de |
- | { |Lassone, & de M. Wenzel, mais |
- | { |ils ne l'ont pas désignée par |
- | { |un nom particulier. |
- | | | |
- | {La chaux de manganèse. |Inconnue des anciens. |
- | | | |
- | {La chaux de fer. |Vinaigre martial. Cette |
- | { |combinaison a été décrite |
- | { |par Scheffer, par MM. Monnet, |
- | { |Wenzel & le Duc d'Ayen. |
- | | | |
- | {La chaux de plomb. |Sucre de Saturne, vinaigre de |
- | { |Saturne, sel de Saturne. |
- | | | |
- | {La chaux d'étain. |Cette combinaison a été connue|
- | { |de MM. Lémery, Margraff, |
- | { |Monnet, Weslendorf & Wenzel, |
- | { |mais ils ne lui ont pas donné |
- | { |de nom. |
- | | | |
- | {La chaux de cobalt. |Encre de simpathie de |
- | { |M. Cadet. |
- | | | |
- | {La chaux de cuivre. |Verd de gris, cristaux de |
- | { |verdet, cristaux de Vénus, |
- | { |verdet, verdet distillé. |
- | | | |
- | {La chaux de nickel. |Inconnue des anciens. |
- | | | |
- | {La chaux d'arsenic. |Liqueur fumante, |
- | { |arsenico-acéteuse, ou |
- | { |phosphore liquide de M. Cadet.|
- | | | |
- | {La chaux de bismuth. |Sucre de bismuth de |
- | { |M. Geoffroi. Cette combinaison|
- | { |a été connue de MM. Gellert, |
- | { |Pott, Weslendorf, Bergman & de|
- | { |Morveau. |
- | | | |
- | {La chaux de mercure. |Terre foliée mercurielle. |
- | { |M. Gebaver a fait mention en |
- | { |1748, de cette combinaison; |
- | { |elle a été décrite par |
- | { |MM. Hellot, Margraff, Baumé, |
- | { |Navier, Monnet, Wenzel: c'est |
- | { |le fameux reméde anti-vénérien|
- | { |de Keyser. |
- | | | |
- | {La chaux d'antimoine. | |
- | | | |
- | {La chaux d'argent. |Inconnue des anciens, décrite |
- | { |par MM. Margraff, Monnet & |
- | { |Wenzel. |
- | | | |
- | {La chaux d'or. |Cette combinaison est peu |
- | { |connue, Schroëder & Juncker en|
- | { |ont fait mention. |
- | | | |
- | {La chaux de platine. |Cette combinaison est |
- | { |inconnue. |
- | | | |
- | {L'alumine. |Le vinaigre ne dissout, comme |
- | { |s'en est assuré M. Wenzel, que|
- | { |très-peu d'alumine. |
- ======================================================================
-
- * Les anciens Chimistes n'ont guère connu de ces sels que l'acétite
- de potasse, celui de soude, celui d'ammoniaque, celui de cuivre &
- celui de plomb; la découverte de l'acétite d'arsenic est due à M.
- Cadet, (voyez tome III des Savans Etrangers.) On doit principalement
- à M. Wenzel, aux Académiciens de Dijon, à M. de Lassonne & à
- M. Proust, la connoissance que nous avons des propriétés des
- autres acétites. Il seroit possible que le radical acéteux, outre
- l'hydrogène & le carbone, contînt encore un peu d'azote. Il y a lieu
- de le soupçonner d'après la propriété qu'a l'acétite de potasse de
- donner de l'ammoniaque par la distillation, à moins cependant que
- l'azote qui concoure à la formation de cette ammoniaque, ne soit dû à
- la décomposition de la potasse elle-même.
-
-
-
-
-OBSERVATIONS
-
-_Sur le Radical acéteux oxygéné par un premier degré d'oxygénation, ou
-Acide acéteux, & sur ses combinaisons avec les bases salifiables._
-
-
-LE radical acéteux est composé de la réunion du carbone & de
-l'hydrogène portés à l'état d'acide par l'addition de l'oxygène. Cet
-acide est par conséquent composé des mêmes principes que l'acide
-tartareux, que l'acide oxalique, que l'acide citrique, que l'acide
-malique, &c. mais la proportion des principes est différente pour
-chacun de ces acides, & il paroît que l'acide acéteux est le plus
-oxygéné de tous. J'ai quelques raisons de croire qu'il contient aussi
-un peu d'azote, & que ce principe qui n'existe pas dans les autres
-acides végétaux que je viens de nommer, si ce n'est peut-être dans
-l'acide tartareux, est une des causes qui le différencie. Pour produire
-l'acide acéteux ou vinaigre, on expose le vin à une température douce,
-en y ajoutant un ferment, qui consiste principalement dans la lie qui
-s'est précédemment séparée d'autre vinaigre pendant sa fabrication, ou
-dans d'autres matières de même nature. La partie spiritueuse du vin
-(le carbone & l'hydrogène) s'oxygènent dans cette opération, c'est par
-cette raison qu'elle ne peut se faire qu'à l'air libre, & qu'elle est
-toujours accompagnée d'une diminution du volume de l'air. Il faut en
-conséquence, pour faire de bon vinaigre, que le tonneau dans lequel
-on opère ne soit qu'à moitié plein. L'acide qui se forme ainsi est
-très-volatil; il est étendu d'une très-grande quantité d'eau & mêlé de
-beaucoup de substances étrangères. Pour l'avoir pur on le distille à
-une chaleur douce, dans des vaisseaux de grès ou de verre: mais ce qui
-paroît avoir échappé aux Chimistes, c'est que l'acide acéteux change de
-nature dans cette opération; l'acide qui passe dans la distillation,
-n'est pas exactement de même nature que celui qui reste dans l'alambic;
-ce dernier paroîtroit être plus oxygéné.
-
-La distillation ne suffit pas pour débarrasser l'acide acéteux
-du phlegme étranger qui s'y trouve mêlé; le meilleur moyen de le
-concentrer sans en altérer la nature, consiste à l'exposer à un froid
-de quatre ou six degrés au-dessous de la congellation: la partie
-aqueuse gèle, & l'acide reste liquide. Il paroît que l'acide acéteux
-libre de toute combinaison, est naturellement dans l'état de gaz, au
-degré de température & de pression dans lequel nous vivons, & que nous
-ne pouvons le retenir qu'en le combinant avec une grande quantité d'eau.
-
-Il est d'autres procédés plus chimiques pour obtenir l'acide acéteux:
-ils consistent à oxygéner l'acide du tartre, l'acide oxalique ou
-l'acide malique par l'acide nitrique; mais il y a lieu de croire que
-la proportion des bases qui composent le radical, change dans cette
-opération. Au surplus M. Hassenfratz est occupé dans ce moment à
-répéter les expériences d'après lesquelles on a prétendu établir la
-possibilité de ces conversions.
-
-La combinaison de l'acide acéteux avec les différentes bases
-salifiables, se fait avec assez de facilité; mais la plupart des sels
-qui en résultent ne sont pas cristallisables; à la différence des
-sels formés par l'acide tartareux & l'acide oxalique, qui sont en
-général peu solubles. Le tartrite & l'oxalate de chaux ne le sont pas
-même sensiblement. Les malates tiennent un espèce de milieu entre les
-oxalates & les acétates pour la solubilité, comme l'acide qui les forme
-en tient un pour le degré d'oxigénation.
-
-Il faut, comme pour tous les autres acides, que les métaux soient
-oxygénés, pour pouvoir être dissous dans l'acide acéteux.
-
-
-
-
-_TABLEAU des combinaisons du Radical acéteux oxygéné par un second
-degré d'oxygénation, ou Acide acétique, avec les bases salifiables,
-dans l'ordre de leur affinité avec cet acide._
-
-
- ======================================================================
- | Combinaisons de l'acide acétique avec: |
- |--------------------------------------------------------------------|
- | Noms des bases | Noms des sels | Observation. |
- | salifiables. | neutres. | |
- |--------------------------------------------------------------------|
- |La baryte. |Acétate de baryte. }Tous ces sels étoient |
- |La potasse. |Acétate de potasse. }inconnus des anciens, & |
- |La soude. |Acétate de soude. }même aujourd'hui, les |
- |La chaux. |Acétate de chaux. }Chimistes qui sont les |
- |La magnésie. |Acétate de magnésie. }plus au courant des |
- |L'ammoniaque. |Acétate d'ammoniaque.}découvertes modernes, |
- |L'oxide de zinc. |Acétate de zinc. }ne peuvent pas prononcer|
- |L'oxide de manganèse.|Acétate de manganèse.}avec certitude, si la |
- |L'oxide de fer. |Acétate de fer. }plupart des sels acéteux|
- |L'oxide de plomb. |Acétate de plomb. }doivent être rangés dans|
- |L'oxide d'étain. |Acétate d'étain. }la classe des acétites |
- |L'oxide de cobalt. |Acétate de cobalt. }ou des acétates. |
- |L'oxide de cuivre. |Acétate de cuivre. } |
- |L'oxide de nickel. |Acétate de nickel. } |
- |L'oxide d'arsenic. |Acétate d'arsenic. } |
- |L'oxide de bismuth. |Acétate de bismuth. } |
- |L'oxide de mercure. |Acétate de mercure. } |
- |L'oxide d'antimoine. |Acétate d'antimoine. } |
- |L'oxide d'argent. |Acétate d'argent. } |
- |L'oxide d'or. |Acétate d'or. } |
- |L'oxide de platine. |Acétate de platine. } |
- |L'alumine. |Acétate d'alumine. } |
- ======================================================================
-
-
-
-
-OBSERVATIONS
-
-_Sur l'Acide acétique, & sur le Tableau de ses combinaisons._
-
-
-NOUS avons donné au vinaigre radical le nom d'acide acétique, parce que
-nous avons supposé qu'il étoit plus chargé d'oxygène que le vinaigre
-ou acide acéteux. Dans cette supposition, le vinaigre radical ou acide
-acétique seroit le dernier degré d'oxygénation que puisse prendre
-le radical hydro-carboneux; mais quelque probable que soit cette
-conséquence, elle demande à être confirmée par des expériences plus
-décisives. Quoi qu'il en soit, pour préparer le vinaigre radical, on
-prend de l'acétite de potasse, qui est une combinaison d'acide acéteux
-& de potasse, ou de l'acétite de cuivre, qui est une combinaison du
-même acide avec du cuivre; on verse dessus un tiers de son poids
-d'acide sulfurique concentré, & par la distillation on obtient un
-vinaigre très-concentré, qu'on nomme vinaigre radical ou acide
-acétique. Mais, comme je viens de l'indiquer, il n'est point encore
-rigoureusement démontré que cet acide soit plus oxygéné que l'acide
-acéteux ordinaire, ni même qu'il n'en differe pas par la différence de
-proportion des principes du radical.
-
-
-
-
-_TABLEAU des combinaisons du Radical succinique oxygéné, ou Acide
-succinique, avec les bases salifiables, dans l'ordre de leur affinité
-avec cet acide._
-
-
- ===============================================================
- | | Noms des bases | Noms des sels neutres. |
- | | salifiables. | |
- |-------------------------------------------------------------|
- |Combinaisons {La baryte. |Succinate de baryte. |
- |de l'acide {La chaux. |Succinate de chaux. |
- |succinique {La potasse. |Succinate de potasse. |
- |avec: {La soude. |Succinate de soude. |
- | {L'ammoniaque |Succinate d'ammoniaque. |
- | {La magnésie. |Succinate de magnésie. |
- | {L'alumine. |Succinate d'alumine. |
- | {L'oxide de zinc. |Succinate de zinc. |
- | {L'oxide de fer. |Succinate de fer. |
- | {L'oxide de manganèse. |Succinate de manganèse. |
- | {L'oxide de cobalt. |Succinate de cobalt. |
- | {L'oxide de nickel. |Succinate de nickel. |
- | {L'oxide de plomb. |Succinate de plomb. |
- | {L'oxide d'étain. |Succinate d'étain. |
- | {L'oxide de cuivre. |Succinate de cuivre. |
- | {L'oxide de bismuth. |Succinate de bismuth. |
- | {L'oxide d'antimoine. |Succinate d'antimoine. |
- | {L'oxide d'arsenic. |Succinate d'arsenic. |
- | {L'oxide de mercure. |Succinate de mercure. |
- | {L'oxide d'argent. |Succinate d'argent. |
- | {L'oxide d'or. |Succinate d'or. |
- | {L'oxide de platine. |Succinate de platine. |
- ===============================================================
-
- _Nota._ Toutes ces combinaisons étoient inconnues aux anciens
- Chimistes.
-
-
-
-
-OBSERVATIONS
-
-_Sur l'Acide succinique, & sur le Tableau de ses combinaisons._
-
-L'ACIDE succinique se retire du succin, karabé ou ambre jaune, par
-distillation. Il suffit de mettre cette substance dans une cornue, &
-de donner une chaleur douce; l'acide succinique se sublime sous forme
-concrète dans le col de la cornue. Il faut éviter de pousser trop loin
-la distillation, pour ne pas faire passer l'huile. L'opération finie,
-on met le sel égoutter sur du papier gris; après quoi on le purifie par
-des dissolutions & cristallisations répétées.
-
-Cet acide exige 24 parties d'eau froide pour être tenu en dissolution,
-mais il est beaucoup plus dissoluble dans l'eau chaude; il n'altère que
-foiblement les teintures bleues végétales, & il n'a pas dans un degré
-très-éminent les qualités d'acide. M. de Morveau est le premier des
-Chimistes qui ait essayé de déterminer ses différentes affinités, &
-c'est d'après lui qu'elles sont indiquées dans le Tableau joint à ces
-observations.
-
-
-
-
-_TABLEAU des combinaisons du Radical benzoïque oxygéné, ou Acide
-benzoïque, avec les différentes bases salifiables, rangées par ordre
-alphabétique._
-
-
- ===============================================================
- | | Noms des bases. | Noms des sels neutres. |
- |-------------------------------------------------------------|
- |Combinaisons {L'alumine. |Benzoate d'alumine. |
- |de l'acide {L'ammoniaque. |Benzoate d'ammoniaque. |
- |benzoïque {La baryte. |Benzoate de baryte. |
- |avec: {La chaux. |Benzoate de chaux. |
- | {La magnésie. |Benzoate de magnésie. |
- | {La potasse. |Benzoate de potasse. |
- | {La soude. |Benzoate de soude. |
- | {L'oxide d'antimoine. |Benzoate d'antimoine. |
- | {L'oxide d'argent. |Benzoate d'argent. |
- | {L'oxide d'arsenic. |Benzoate d'arsenic. |
- | {L'oxide de bismuth. |Benzoate de bismuth. |
- | {L'oxide de cobalt. |Benzoate de cobalt. |
- | {L'oxide de cuivre. |Benzoate de cuivre. |
- | {L'oxide d'étain. |Benzoate d'étain. |
- | {L'oxide de fer. |Benzoate de fer. |
- | {L'oxide de manganèse. |Benzoate de manganèse. |
- | {L'oxide de mercure. |Benzoate de mercure. |
- | {L'oxide de molybdène. |Benzoate de molybdène. |
- | {L'oxide de nickel. |Benzoate de nickel. |
- | {L'oxide de plomb. |Benzoate de plomb. |
- | {L'oxide de tungstène. |Benzoate de tungstène. |
- | {L'oxide de zinc. |Benzoate de zinc. |
- ===============================================================
-
- _Nota._ Toutes ces combinaisons étoient inconnues aux anciens
- Chimistes, & même encore aujourd'hui, on n'a rien de satisfaisant
- encore sur les propriétés de l'acide benzoïque & sur ses affinités.
-
-
-
-
-OBSERVATIONS
-
-_Sur l'Acide benzoïque, & sur le Tableau de ses combinaisons avec les
-bases salifiables._
-
-
-CET acide a été connu des anciens Chimistes, sous le nom de fleurs de
-benjoin; on l'obtenoit par voie de sublimation. Depuis, M. Geoffroy
-a découvert qu'on pouvoit, également l'extraire par la voie humide:
-enfin M. Schéele, d'après un grand nombre d'expériences qu'il a faites
-sur le benjoin, s'est arrêté au procédé qui suit. On prend de bonne
-eau de chaux, dans laquelle même il est avantageux de laisser de la
-chaux en excès; on la fait digérer portion par portion sur du benjoin
-réduit en poudre fine, en remuant continuellement le mêlange. Après
-une demi-heure de digestion, on décante & on remet de nouvelle eau de
-chaux, & ainsi plusieurs fois, jusqu'à ce qu'on s'apperçoive que l'eau
-de chaux ne se neutralise plus. On rassemble toutes les liqueurs, on
-les rapproche par évaporation; & quand elles sont réduites autant
-qu'elles le peuvent être sans cristalliser, on laisse refroidir: on
-verse de l'acide muriatique goutte à goutte, jusqu'à ce qu'il ne se
-fasse plus de précipité. La substance qu'on obtient par ce procédé, est
-l'acide benzoïque concret.
-
-
-
-
-_TABLEAU des combinaisons du Radical camphorique oxygéné, ou Acide
-camphorique, avec les bases salifiables, par ordre alphabétique._
-
-
- ================================================================
- | | Noms des bases | Noms des sels neutres. |
- | | salifiables. | |
- |--------------------------------------------------------------|
- |Combinaisons {L'alumine. |Camphorate d'alumine. |
- |de l'acide {L'ammoniaque. |Camphorate d'ammoniaque. |
- |camphorique {L'oxide d'antimoine. |Camphorate d'antimoine. |
- |avec: {L'oxide d'argent. |Camphorate d'argent. |
- | {L'oxide d'arsenic. |Camphorate d'arsenic. |
- | {La baryte. |Camphorate de baryte. |
- | {L'oxide de bismuth. |Camphorate de bismuth. |
- | {La chaux. |Camphorate de chaux. |
- | {L'oxide de cobalt. |Camphorate de cobalt. |
- | {L'oxide de cuivre. |Camphorate de cuivre. |
- | {L'oxide d'étain. |Camphorate d'étain. |
- | {L'oxide de fer. |Camphorate de fer. |
- | {La magnésie. |Camphorate de magnésie. |
- | {L'oxide de manganèse. |Camphorate de manganèse. |
- | {L'oxide de mercure. |Camphorate de mercure. |
- | {L'oxide de nickel. |Camphorate de nickel. |
- | {L'oxide d'or. |Camphorate d'or. |
- | {L'oxide de platine. |Camphorate de platine. |
- | {L'oxide de plomb. |Camphorate de plomb. |
- | {La potasse. |Camphorate de potasse. |
- | {La soude. |Camphorate de soude. |
- | {L'oxide de zinc. |Camphorate de zinc. |
- ================================================================
-
- _Nota._ Toutes ces combinaisons étoient inconnues aux anciens
- Chimistes.
-
-
-
-
-OBSERVATIONS
-
-_Sur l'Acide camphorique, & sur le Tableau de ses combinaisons._
-
-
-LE camphre est une espèce d'huile essentielle concrète, qu'on retire
-par sublimation d'un laurier qui croît à la Chine & au Japon. M.
-Kosegarten a distillé jusqu'à huit fois de l'acide nitrique sur du
-camphre, & il est parvenu ainsi à l'oxygéner & à le convertir en un
-acide très-analogue à l'acide oxalique. Il en differe cependant à
-quelques égards, & c'est ce qui nous a déterminé à lui conserver,
-jusqu'à nouvel ordre, un nom particulier.
-
-Le camphre étant un radical carbone-hydreux ou hydro-carboneux, il
-n'est pas étonnant qu'en l'oxygénant il forme de l'acide oxalique, de
-l'acide malique & plusieurs autres acides végétaux. Les expériences
-rapportées par M. Kosegarten, ne démentent pas cette conjecture, & la
-plus grande partie des phénomènes qu'il a observés dans la combinaison
-de cet acide avec les bases salifiables s'observent de même dans les
-combinaisons de l'acide oxalique ou de l'acide malique; je serois donc
-assez porté à regarder l'acide camphorique comme un mêlange d'acide
-oxalique & d'acide malique.
-
-
-
-
-_TABLEAU des combinaisons du Radical gallique oxygéné, ou Acide
-gallique, avec les bases salifiables rangées par ordre alphabétique._
-
-
- =================================================
- | | Noms des sels neutres. |
- | Noms des bases. |------------------------|
- | | Nomenclature nouvelle. |
- |-----------------------------------------------|
- |L'alumine. |Gallate d'alumine. |
- |L'ammoniaque. |Gallate d'ammoniaque. |
- |L'oxide d'antimoine. |Gallate d'antimoine. |
- |L'oxide d'argent. |Gallate d'argent. |
- |L'oxide d'arsenic. |Gallate d'arsenic. |
- |La baryte. |Gallate de baryte. |
- |L'oxide de bismuth. |Gallate de bismuth. |
- |La chaux. |Gallate de chaux. |
- |L'oxide de cobalt. |Gallate de cobalt. |
- |L'oxide de cuivre. |Gallate de cuivre. |
- |L'oxide d'étain. |Gallate d'étain. |
- |L'oxide de fer. |Gallate de fer. |
- |La magnésie. |Gallate de magnésie. |
- |L'oxide de manganèse. |Gallate de manganèse. |
- |L'oxide de mercure. |Gallate de mercure. |
- |L'oxide de nickel. |Gallate de nickel. |
- |L'oxide d'or. |Gallate d'or. |
- |L'oxide de platine. |Gallate de platine. |
- |L'oxide de plomb. |Gallate de plomb. |
- |La potasse. |Gallate de potasse. |
- |La soude. |Gallate de soude. |
- |L'oxide de zinc. |Gallate de zinc. |
- =================================================
-
- _Nota._ Toutes ces combinaisons ont été inconnues aux anciens
- Chimistes.
-
-
-
-
-OBSERVATIONS
-
-_Sur l'Acide gallique, & sur le Tableau de ses combinaisons._
-
-
-L'ACIDE gallique ou principe astringent se tire de la noix de galle,
-soit par la simple infusion ou décoction dans l'eau, soit par une
-distillation à un feu très-doux. Ce n'est que depuis un très petit
-nombre d'années qu'on a donné une attention plus particulière à cette
-substance. MM. les Commissaires de l'Académie de Dijon en ont suivi
-toutes les combinaisons & ont donné le travail le plus complet qu'on
-eût fait jusqu'alors. Quoique les propriétés acides de ce principe
-ne soient pas très-marquées, il rougit la teinture de tournesol, il
-décompose les sulfures, il s'unit à tous les métaux, quand ils ont
-été préalablement dissous par un autre acide, & il les précipite sous
-différentes couleurs. Le fer, par cette combinaison, donne un précipité
-d'un bleu ou d'un violet foncé. Cet acide, si toutefois il mérite ce
-nom, se trouve dans un grand nombre de végétaux, tels que le chêne,
-le saule, l'iris des marais, le fraisier, le nimphea, le quinquina,
-l'écorce & la fleur de grenade, & dans beaucoup de bois & d'écorces. On
-ignore absolument quel est son radical.
-
-
-
-
-_TABLEAU des combinaisons du Radical lactique oxygéné, ou Acide
-lactique, avec les bases salifiables, par ordre alphabétique._
-
-
- =================================================================
- | | | Noms des sels neutres. |
- | | Noms des bases |------------------------|
- | | salifiables. | Nomenclature |
- | | | nouvelle. |
- |---------------------------------------------------------------|
- |Combinaisons {L'alumine. |Lactate d'alumine. |
- |de l'acide {L'ammoniaque. |Lactate d'ammoniaque. |
- |lactique {L'oxide d'antimoine. |Lactate d'antimoine. |
- |avec: {L'oxide d'argent. |Lactate d'argent. |
- | {L'oxide d'arsenic. |Lactate d'arsenic. |
- | {La baryte. |Lactate de baryte. |
- | {L'oxide de bismuth. |Lactate de bismuth. |
- | {La chaux. |Lactate de chaux. |
- | {L'oxide de cobalt. |Lactate de cobalt. |
- | {L'oxide de cuivre. |Lactate de cuivre. |
- | {L'oxide d'étain. |Lactate d'étain. |
- | {L'oxide de fer. |Lactate de fer. |
- | {L'oxide de manganèse. |Lactate de manganèse. |
- | {L'oxide de mercure. |Lactate de mercure. |
- | {L'oxide de nickel. |Lactate de nickel. |
- | {L'oxide d'or. |Lactate d'or. |
- | {L'oxide de platine. |Lactate de platine. |
- | {L'oxide de plomb. |Lactate de plomb. |
- | {La potasse. |Lactate de potasse. |
- | {La soude. |Lactate de soude. |
- | {L'oxide de zinc. |Lactate de zinc. |
- =================================================================
-
- _Nota._ Toutes ces combinaisons ont été inconnues aux anciens
- Chimistes.
-
-
-
-
-OBSERVATIONS
-
-_Sur l'Acide lactique, & sur le Tableau de ses combinaisons._
-
-
-M. SCHÉELE est celui auquel nous devons les seules connoissances
-exactes que nous ayons sur l'acide lactique. Cet acide se rencontre
-dans le petit lait, & il y est uni à un peu de terre. Pour l'obtenir on
-fait réduire par évaporation du petit lait au huitième de son volume;
-on filtre pour bien séparer toute la partie caseuse; on ajoute de la
-chaux, qui s'empare de l'acide dont il est question & qu'on en dégage
-ensuite par l'addition de l'acide oxalique: on sait en effet que ce
-dernier acide forme avec la chaux un sel insoluble. Après que l'oxalate
-de chaux a été séparé par décantation, on évapore la liqueur jusqu'à
-consistance de miel; on ajoute de l'esprit-de-vin qui dissout l'acide,
-& on filtre pour en séparer le sucre de lait & les autres substances
-étrangères. Il ne reste plus ensuite, pour avoir l'acide lactique seul,
-que de chasser l'esprit-de-vin par évaporation ou par distillation.
-
-Cet acide s'unit avec presque toutes les bases salifiables, & forme
-avec elles des sels incristallisables. Il paroît se rapprocher, à
-beaucoup d'égards, de l'acide acéteux.
-
-
-
-
-_TABLEAU des combinaisons du Radical saccholactique oxygéné, ou Acide
-saccholactique, avec les bases salifiables, dans l'ordre de leur
-affinité avec cet acide._
-
-
- ================================================================
- | | Noms des bases | Noms des sels neutres. |
- | | salifiables. |------------------------|
- | | | Nomenclature nouvelle. |
- |--------------------------------------------------------------|
- |Combinaisons {La chaux. |Saccholate de chaux. |
- |de l'acide {La baryte. |Saccholate de baryte. |
- |saccholactique {La magnésie. |Saccholate de magnésie. |
- |avec: {La potasse. |Saccholate de potasse. |
- | {La soude. |Saccholate de soude. |
- | {L'ammoniaque. |Saccholate d'ammoniaque.|
- | {L'alumine. |Saccholate d'alumine. |
- | {L'oxide de zinc. |Saccholate de zinc. |
- | {L'oxide de manganèse.|Saccholate de manganèse.|
- | {L'oxide de fer. |Saccholate de fer. |
- | {L'oxide de plomb. |Saccholate de plomb. |
- | {L'oxide d'étain. |Saccholate d'étain. |
- | {L'oxide de cobalt. |Saccholate de cobalt. |
- | {L'oxide de cuivre. |Saccholate de cuivre. |
- | {L'oxide de nickel. |Saccholate de nickel. |
- | {L'oxide d'arsenic. |Saccholate d'arsenic. |
- | {L'oxide de bismuth. |Saccholate de bismuth. |
- | {L'oxide de mercure. |Saccholate de mercure. |
- | {L'oxide d'antimoine. |Saccholate d'antimoine. |
- | {L'oxide d'argent. |Saccholate d'argent. |
- ================================================================
-
- _Nota._ Toutes ces combinaisons ont été inconnues des anciens
- Chimistes.
-
-
-
-
-OBSERVATIONS
-
-_Sur l'Acide saccholactique, & sur le Tableau de ses combinaisons._
-
-
-ON peut extraire du petit lait par évaporation, une espèce de sucre
-qui a beaucoup de rapports avec celui des cannes à sucre, & qui est
-très-anciennement connu dans la pharmacie.
-
-Ce sucre est susceptible, comme le sucre ordinaire, de s'oxygéner par
-différens moyens, & principalement par sa combinaison avec l'acide
-nitrique: on repasse à cet effet plusieurs fois de nouvel acide; on
-concentre ensuite la liqueur par évaporation; on met à cristalliser &
-on obtient de l'acide oxalique: en même tems il se sépare une poudre
-blanche très-fine, qui est susceptible de se combiner avec les alkalis,
-avec l'ammoniaque, avec les terres, même avec quelques métaux. C'est à
-cet acide concret découvert par Schéele, qu'on a donné le nom d'acide
-saccho-lactique. Son action sur les métaux est peu connue; on sait
-seulement qu'il forme avec eux des sels très-peu solubles. L'ordre
-des affinités qu'on a suivi dans le Tableau, est celui indiqué par M.
-Bergman.
-
-
-
-
-_TABLEAU des combinaisons du Radical formique oxigéné, ou Acide
-formique, avec les bases salifiables, dans l'ordre de leur affinité
-avec cet acide._
-
-
- ===============================================================
- | | | Noms des sels neutres. |
- | | Noms des bases |------------------------|
- | | salifiables. | Nomenclature |
- | | | nouvelle. |
- |-------------------------------------------------------------|
- |Combinaisons {La baryte. |Formiate de baryte. |
- |de l'acide {La potasse. |Formiate de potasse. |
- |formique {La soude. |Formiate de soude. |
- |avec: {La chaux. |Formiate de chaux. |
- | {La magnésie. |Formiate de magnésie. |
- | {L'ammoniaque. |Formiate d'ammoniaque. |
- | {L'oxide de zinc. |Formiate de zinc. |
- | {L'oxide de manganèse. |Formiate de manganèse. |
- | {L'oxide de fer. |Formiate de fer. |
- | {L'oxide de plomb. |Formiate de plomb. |
- | {L'oxide d'étain. |Formiate d'étain. |
- | {L'oxide de cobalt. |Formiate de cobalt. |
- | {L'oxide de cuivre. |Formiate de cuivre. |
- | {L'oxide de nickel. |Formiate de nickel. |
- | {L'oxide de bismuth. |Formiate de bismuth. |
- | {L'oxide d'argent. |Formiate d'argent. |
- | {L'alumine. |Formiate d'alumine. |
- ===============================================================
-
- _Nota._ Toutes ces combinaisons ont été inconnues des anciens
- Chimistes.
-
-
-
-
-OBSERVATIONS
-
-_Sur l'Acide formique, & sur le Tableau de ses combinaisons._
-
-
-L'ACIDE formique a été connu dès le siècle dernier. Samuel Ficher est
-le premier qui l'ait obtenu en distillant des fourmis. M. Margraff
-a suivi ce même objet dans un Mémoire qu'il a publié en 1749, & MM.
-Ardwisson & OEhrn, dans une dissertation qu'ils ont publiée à Léipsic
-en 1777.
-
-L'acide formique se tire d'une grosse espèce de fourmi rousse, _formica
-rufa_, qui habite les bois & qui y forme de grandes fourmillières. Si
-c'est par distillation qu'on veut opérer, on introduit les fourmis dans
-une cornue de verre ou dans une cucurbite garnie de son chapiteau; on
-distille à une chaleur douce, & on trouve l'acide formique dans le
-récipient: on en tire environ moitié du poids des fourmis.
-
-Lorsqu'on veut procéder par voie de lixiviation, on lave les fourmis
-à l'eau froide, on les étend sur un linge, & on y passe de l'eau
-bouillante, qui se charge de la partie acide; on peut même exprimer
-légèrement ces insectes dans le linge, & l'acide en est plus fort. Pour
-l'obtenir pur & concentré, on le rectifie & on en sépare le phlegme par
-la gelée.
-
-
-
-
-_TABLEAU des combinaisons du Radical bombique oxygéné, ou Acide
-bombique, avec les substances salifiables, par ordre alphabétique._
-
-
- ===============================================================
- | | | Noms des sels neutres. |
- | | Noms des bases |------------------------|
- | | salifiables. | Nomenclature |
- | | | nouvelle. |
- |-------------------------------------------------------------|
- |Combinaisons {L'alumine. |Bombiate d'alumine. |
- |de l'acide {L'ammoniaque. |Bombiate d'ammoniaque. |
- |bombique {L'oxide d'antimoine. |Bombiate d'antimoine. |
- |avec: {L'oxide d'argent. |Bombiate d'argent. |
- | {L'oxide d'arsenic. |Bombiate d'arsenic. |
- | {La baryte. |Bombiate de baryte. |
- | {L'oxide de bismuth. |Bombiate de bismuth. |
- | {La chaux. |Bombiate de chaux. |
- | {L'oxide de cobalt. |Bombiate de cobalt. |
- | {L'oxide de cuivre. |Bombiate de cuivre. |
- | {L'oxide d'étain. |Bombiate d'étain. |
- | {L'oxide de fer. |Bombiate de fer. |
- | {L'oxide de manganèse. |Bombiate de manganèse. |
- | {La magnésie. |Bombiate de magnésie. |
- | {L'oxide de mercure. |Bombiate de mercure. |
- | {L'oxide de nickel |Bombiate de nickel. |
- | {L'oxide d'or. |Bombiate d'or. |
- | {L'oxide de platine. |Bombiate de platine. |
- | {L'oxide de plomb. |Bombiate de plomb. |
- | {La potasse. |Bombiate de potasse. |
- | {La soude. |Bombiate de soude. |
- | {L'oxide de zinc. |Bombiate de zinc. |
- ===============================================================
-
- _Nota._ Toutes ces combinaisons ont été inconnues aux anciens
- Chimistes.
-
-
-
-
-OBSERVATIONS
-
-_Sur l'Acide bombique, & sur le Tableau de ses combinaisons._
-
-
-LORSQUE le ver à soie se change en crisalide, ses humeurs paroissent
-prendre un caractère d'acidité. Il laisse même échapper au moment où il
-se transforme en papillon, une liqueur rousse très-acide, qui rougit
-le papier bleu, & qui a fixé l'attention de M. Chaussier, membre de
-l'Académie de Dijon. Après plusieurs tentatives pour obtenir cet acide
-pur, voici le procédé auquel il a cru devoir s'arrêter. On fait infuser
-des crisalides de vers à soie dans de l'alcohol: ce dissolvant se
-charge de l'acide, sans attaquer les parties muqueuses ou gommeuses;
-& en faisant évaporer l'esprit-de-vin, on a l'acide bombique assez
-pur. On n'a pas encore déterminé avec précision les propriétés & les
-affinités de cet acide. Il y a apparence que la famille des insectes
-en fourniroit beaucoup d'analogues. Son radical, ainsi que celui de
-tous les acides du règne animal, paroît être composé de carbone,
-d'hydrogène, d'azote & peut-être de phosphore.
-
-
-
-
-_TABLEAU des combinaisons du Radical sébacique oxygéné, ou Acide
-sébacique, avec les bases salifiables, dans l'ordre de leur affinité
-avec cet acide._
-
-
- ===============================================================
- | | | Noms des sels neutres. |
- | | Noms des bases |------------------------|
- | | salifiables. | Nomenclature |
- | | | nouvelle. |
- |-------------------------------------------------------------|
- |Combinaisons {La baryte. |Sébate de baryte. |
- |de l'acide {La potasse. |Sébate de potasse. |
- |sébacique {La soude. |Sébate de soude. |
- |avec: {La chaux. |Sébate de chaux. |
- | {La magnésie. |Sébate de magnésie. |
- | {L'ammoniaque. |Sébate d'ammoniaque. |
- | {L'alumine. |Sébate d'alumine. |
- | {L'oxide de zinc. |Sébate de zinc. |
- | {L'oxide de manganèse. |Sébate de manganèse. |
- | {L'oxide de fer. |Sébate de fer. |
- | {L'oxide de plomb. |Sébate de plomb. |
- | {L'oxide d'étain. |Sébate d'étain. |
- | {L'oxide de cobalt. |Sébate de cobalt. |
- | {L'oxide de cuivre. |Sébate de cuivre. |
- | {L'oxide de nickel. |Sébate de nickel. |
- | {L'oxide d'arsenic. |Sébate d'arsenic. |
- | {L'oxide de bismuth. |Sébate de bismuth. |
- | {L'oxide de mercure. |Sébate de mercure. |
- | {L'oxide d'antimoine. |Sébate d'antimoine. |
- | {L'oxide d'argent. |Sébate d'argent. |
- ===============================================================
-
- _Nota._ Toutes ces combinaisons ont été inconnues aux anciens
- Chimistes.
-
-
-
-
-OBSERVATIONS
-
-_Sur l'Acide sébacique, & sur le Tableau de ses combinaisons._
-
-POUR obtenir l'acide sébacique, on prend du suif qu'on fait fondre dans
-un poëlon de fer; on y jette de la chaux vive pulvérisée, & on remue
-continuellement. La vapeur qui s'élève du mêlange est très-piquante, &
-on doit tenir les vaisseaux élevés afin d'éviter de la respirer. Sur la
-fin on hausse le feu. L'acide sébacique dans cette opération se porte
-sur la chaux & forme du sébate calcaire, espèce de sel peu soluble:
-pour le séparer des parties grasses dont il est empâté, on fait
-bouillir à grande eau la masse; le sébate calcaire se dissout, le suif
-se fond & surnage. On sépare ensuite le sel en faisant évaporer l'eau,
-on le calcine à une chaleur modérée; on redissout, on fait cristalliser
-de nouveau & on parvient à l'avoir pur.
-
-Pour obtenir l'acide libre, on verse de l'acide sulfurique sur le
-sébate de chaux ainsi purifié, & on distille; l'acide sébacique passe
-clair dans le récipient.
-
-
-
-
-_TABLEAU des combinaisons du Radical lithique oxygéné, ou Acide
-lithique, avec les bases salifiables, rangées par ordre alphabétique._
-
-
- ===============================================================
- | | Noms des bases | Noms des sels neutres. |
- | | salifiables. | |
- |-------------------------------------------------------------|
- |Combinaisons {L'alumine. |Lithiate d'alumine. |
- |de l'acide {L'ammoniaque. |Lithiate d'ammoniaque. |
- |lithique {L'oxide d'antimoine. |Lithiate d'antimoine. |
- |avec: {L'oxide d'argent. |Lithiate d'argent. |
- | {L'oxide d'arsenic. |Lithiate d'arsenic. |
- | {La baryte. |Lithiate de baryte. |
- | {L'oxide de bismuth. |Lithiate de bismuth. |
- | {La chaux. |Lithiate de chaux. |
- | {L'oxide de cobalt. |Lithiate de cobalt. |
- | {L'oxide de cuivre. |Lithiate de cuivre. |
- | {L'oxide d'étain. |Lithiate d'étain. |
- | {L'oxide de fer. |Lithiate de fer. |
- | {La magnésie. |Lithiate de magnésie. |
- | {L'oxide de manganèse. |Lithiate de manganèse. |
- | {L'oxide de mercure. |Lithiate de mercure. |
- | {L'oxide de nickel. |Lithiate de nickel. |
- | {L'oxide d'or. |Lithiate d'or. |
- | {L'oxide de platine. |Lithiate de platine. |
- | {L'oxide de plomb. |Lithiate de plomb. |
- | {La potasse. |Lithiate de potasse. |
- | {La soude. |Lithiate de soude. |
- | {L'oxide de zinc. |Lithiate de zinc. |
- ===============================================================
-
- _Nota._ Toutes ces combinaisons ont été inconnues aux anciens.
-
-
-
-
-OBSERVATIONS
-
-_Sur l'Acide lithique, & sur le Tableau de ses combinaisons._
-
-
-LE calcul de la vessie, d'après les dernières expériences de Bergman
-& de Schéele, paroîtroit être une espèce de sel concret à base
-terreuse, légèrement acide, qui demande une grande quantité d'eau
-pour être dissous. Mille grains d'eau bouillante en dissolvent
-à peine trois grains, & la majeure partie recristallise par le
-refroidissement. C'est cet acide concret auquel M. de Morveau a donné
-le nom d'acide lithiasique, & que nous nommons acide lithique. La
-nature & les propriétés de cet acide sont encore peu connues. Il y a
-quelqu'apparence que c'est un sel acidule déjà combiné à une base, &
-plusieurs raisons me portent à croire que c'est un phosphate acidule
-de chaux. Si cette présomption se confirme, il faudra le rayer de la
-classe des acides particuliers.
-
-
-
-
-_TABLEAU des combinaisons du Radical prussique oxygéné, ou Acide
-prussique, avec les bases salifiables, dans l'ordre de leur affinité
-avec cet acide._
-
-
- ===============================================================
- | | Noms des bases | Noms des sels neutres. |
- | | salifiables. | |
- |-------------------------------------------------------------|
- |Combinaisons {La potasse. |Prussiate de potasse. |
- |de l'acide {La soude. |Prussiate de soude. |
- |prussique {L'ammoniaque. |Prussiate d'ammoniaque. |
- |avec: {La chaux. |Prussiate de chaux. |
- | {La baryte. |Prussiate de baryte. |
- | {La magnésie. |Prussiate de magnésie. |
- | {L'oxide de zinc. |Prussiate de zinc. |
- | {L'oxide de fer. |Prussiate de fer. |
- | {L'oxide de manganèse. |Prussiate de manganèse. |
- | {L'oxide de cobalt. |Prussiate de cobalt. |
- | {L'oxide de nickel. |Prussiate de nickel. |
- | {L'oxide de plomb. |Prussiate de plomb. |
- | {L'oxide d'étain. |Prussiate d'étain. |
- | {L'oxide de cuivre. |Prussiate de cuivre. |
- | {L'oxide de bismuth. |Prussiate de bismuth. |
- | {L'oxide d'antimoine. |Prussiate d'antimoine. |
- | {L'oxide d'arsenic. |Prussiate d'arsenic. |
- | {L'oxide d'argent. |Prussiate d'argent. |
- | {L'oxide de mercure. |Prussiate de mercure. |
- | {L'oxide d'or. |Prussiate d'or. |
- | {L'oxide de platine. |Prussiate de platine. |
- ===============================================================
-
- _Nota._ Toutes ces combinaisons ont été inconnues aux anciens.
-
-
-
-
-OBSERVATIONS
-
-_Sur l'Acide prussique, & sur le Tableau de ses combinaisons._
-
-JE ne m'étendrai point ici sur les propriétés de l'acide prussique,
-ni sur les procédés qu'on emploie pour l'obtenir pur & dégagé de
-toute combinaison. Les expériences qui ont été faites à cet égard, me
-paroissent laisser encore quelques nuages sur la vraie nature de cet
-acide. Il me suffira de dire qu'il se combine avec le fer, & qu'il lui
-donne la couleur bleue; qu'il est également susceptible de s'unir avec
-presque tous les métaux, mais que les alkalis, l'ammoniaque & la chaux
-le leur enlèvent en vertu de leur plus grande force d'affinité. On ne
-connoît point le radical de l'acide prussique; mais les expériences de
-M. Schéele & sur-tout celles de M. Berthollet, donnent lieu de croire
-qu'il est composé de carbone & d'azote; c'est donc un acide à base
-double: quant à l'acide phosphorique qui s'y rencontre, il paroît,
-d'après les expériences de M. Hassenfratz, qu'il y est accidentel.
-
-Quoique l'acide prussique s'unisse avec les métaux, avec les alkalis
-& avec les terres, à la manière des acides, il n'a cependant qu'une
-partie des propriétés qu'on a coutume d'attribuer aux acides. Il
-seroit donc possible que ce fût improprement qu'on l'eût rangé dans
-cette classe. Mais, comme je l'ai déjà fait observer, il me paroît
-difficile de prendre une opinion déterminée sur la nature de cette
-substance, jusqu'à ce que la matière ait été éclaircie par de nouvelles
-expériences.
-
-
-_Fin du Tome premier._
-
-
-
-
- TRAITÉ
- ÉLÉMENTAIRE
- DE CHIMIE.
-
- _TOME SECOND._
-
-
-
-
- TRAITÉ
- ÉLÉMENTAIRE
- DE CHIMIE,
-
- PRÉSENTÉ DANS UN ORDRE NOUVEAU
- ET D'APRÈS LES DÉCOUVERTES MODERNES;
-
- Avec Figures:
-
- _Par M. LAVOISIER, de l'Académie des Sciences, de la Société Royale
- de Médecine, des Sociétés d'Agriculture de Paris & d'Orléans, de la
- Société Royale de Londres, de l'Institut de Bologne, de la Société
- Helvétique de Basle, de celles de Philadelphie, Harlem, Manchester,
- Padoue, &c._
-
- TOME SECOND.
-
- [Illustration]
-
- _A PARIS_,
-
- Chez CUCHET, Libraire, rue & hôtel Serpente.
-
- M. DCC. LXXXIX.
-
- _Sous le Privilège de l'Académie des Sciences & de la Société Royale
- de Médecine._
-
-
-
-
- TABLE
- DES CHAPITRES
- DU TOME SECOND.
-
-
- TROISIEME PARTIE.
-
- _Description des Appareils & des Opérations manuelles de la Chimie._
-
- _INTRODUCTION_, 323
-
- CHAP. I. _Des instrumens propres à déterminer le poids
- absolu & la pesanteur spécifique des corps solides &
- liquides,_ 327
-
- CHAP. II. _De la Gazométrie, ou de la mesure du poids
- & du volume des substances aériformes,_ 342
-
- §. I. _Description des Appareils pneumato-chimiques,_ ibid.
-
- §. II. _Du Gazomètre,_ 346
-
- §. III. _De quelques autres manières de mesurer le volume
- des Gaz,_ 360
-
- §. IV. _De la manière de séparer les unes des autres les
- différentes espèces de Gaz,_ 365
-
- §. V. _Des corrections à faire au volume des Gaz obtenus
- dans les expériences, relativement à la pression de
- l'atmosphère,_ 370
-
- §. VI. _Des corrections relatives aux différens degrés
- du Thermomètre,_ 378
-
- §. VII. _Modèle de calcul pour les corrections relatives
- au degré de pression & de température,_ 380
-
- §. VIII. _De la manière de déterminer le poids absolu des
- différens Gaz,_ 384
-
- CHAP. III. _Des Appareils relatifs à la mesure du Calorique,_ 387
-
- _Description du Calorimètre,_ ibid.
-
- CHAP. IV. _Des opérations purement mécaniques qui ont
- pour objet de diviser les corps,_ 403
-
- §. I. _De la Trituration, de la Porphirisation, & de la
- Pulvérisation,_ ibid.
-
- §. II. _Du Tamisage & du Lavage,_ 409
-
- §. III. _De la Filtration,_ 412
-
- §. IV. _De la Décantation,_ 419
-
- CHAP. V. _Des moyens que la Chimie emploie pour écarter
- les unes des autres les molécules des corps sans les
- décomposer, & réciproquement pour les réunir,_ 422
-
- §. I. _De la Solution des Sels,_ 423
-
- §. II. _De la Lixiviation,_ 428
-
- §. III. _De l'Evaporation,_ 431
-
- §. IV. _De la Cristallisation,_ 436
-
- §. V. _De la Distillation simple,_ 442
-
- §. VI. _De la Sublimation,_ 448
-
- CHAP. VI. _Des Distillations pneumato-chimiques, des
- Dissolutions métalliques, & de quelques autres
- opérations qui exigent des Appareils très-compliqués,_ 449
-
- §. I. _Des Distillations composées, & des Distillations
- pneumato-chimiques,_ 449
-
- §. II. _Des dissolutions métalliques,_ 458
-
- §. III. _Des Appareils relatifs aux fermentations vineuse
- & putride,_ 461
-
- §. IV. _Appareil particulier pour la décomposition
- de l'eau,_ 465
-
- §. V. _De la préparation & de l'emploi des Luts,_ 468
-
- CHAP. VII. _Des Opérations relatives à la combustion
- proprement dite & à la détonation,_ 478
-
- §. I. _De la Combustion du Phosphore & du Charbon,_ 482
-
- §. II. _De la Combustion des Huiles,_ 493
-
- §. III. _De la Combustion de l'Esprit-de-vin ou Alkool,_ 501
-
- §. IV. _De la Combustion de l'Ether,_ 503
-
- §. V. _De la Combustion du Gaz hydrogène, & de la
- Formation de l'Eau,_ 506
-
- §. VI. _De l'Oxidation des Métaux,_ 513
-
- §. VII. _De la Détonation,_ 524
-
- CHAP. VIII. _Des Instrumens nécessaires pour opérer sur les
- corps à de très-hautes températures,_ 534
-
- §. I. _De la Fusion,_ ibid.
-
- §. II. _Des Fourneaux,_ 537
-
- §. III. _Des moyens d'augmenter considérablement l'action
- du feu, en substituant le gaz oxygène à l'air de
- l'atmosphère,_ 552
-
- TABLES A L'USAGE DES CHIMISTES. 559
-
- TABLE DES MATIERES. 592
-
- EXTRAIT _des Registres de l'Académie Royale des Sciences_.
- Du 4 Février 1789. 620
-
- EXTRAIT _des Registres de la Société Royale de Médecine_.
- Du 6 Février 1789. 629
-
- EXTRAIT _des Registres de la Société Royale d'Agriculture_.
- Du 5 Février 1789. 650
-
- ERRATA 654
-
- _Planches._ 656
-
-
-
-
-[Illustration]
-
-TROISIÈME PARTIE.
-
-_Description des appareils & des opérations manuelles de la Chimie._
-
-
-INTRODUCTION.
-
-Ce n'est pas sans dessein que je ne me suis pas étendu davantage dans
-les deux premières parties de cet Ouvrage, sur les opérations manuelles
-de la Chimie. J'ai reconnu, d'après ma propre expérience, que des
-descriptions minutieuses, des détails de procédés & des explications
-de planches, figuroient mal dans un ouvrage de raisonnement; qu'elles
-interrompoient la marche des idées, & qu'elles rendoient la lecture de
-l'ouvrage fastidieuse & difficile.
-
-D'un autre côté, si je m'en fusse tenu aux simples descriptions
-sommaires que j'ai données jusqu'ici, les commençans n'auroient
-pu prendre dans cet Ouvrage que des idées très-vagues de la
-Chimie-pratique. Des opérations qu'il leur auroit été impossible
-de répéter, ne leur auroient inspiré ni confiance ni intérêt: ils
-n'auroient pas même eu la ressource de chercher dans d'autres ouvrages
-de quoi suppléer à ce qui auroit manqué à celui-ci. Indépendamment de
-ce qu'il n'en existe aucun où les expériences modernes se trouvent
-décrites avec assez d'étendue, il leur auroit été impossible de
-recourir à des traités où les idées n'auroient point été présentées
-dans le même ordre, où l'on n'auroit pas parlé le même langage; en
-sorte que le but d'utilité que je me suis proposé n'auroit pas été
-rempli.
-
-J'ai pris, d'après ces réflexions, la résolution de réserver pour
-une troisième partie la description sommaire de tous les appareils
-& de toutes les opérations manuelles qui ont rapport à la Chimie
-élémentaire. J'ai préféré de placer ce traité particulier à la fin
-plutôt qu'au commencement de cet Ouvrage, parce qu'il m'auroit été
-impossible de n'y pas supposer des connoissances que les commençans
-ne peuvent avoir, & qu'ils ne peuvent acquérir que par la lecture de
-l'Ouvrage même. Toute cette troisième partie doit être en quelque
-façon considérée comme l'explication des figures qu'on a coutume de
-rejetter à la fin des Mémoires, pour ne point en couper le texte par
-des descriptions trop étendues.
-
-Quelque soin que j'aye pris pour mettre de la clarté & de la méthode
-dans cette partie de mon travail, & pour n'omettre la description
-d'aucun appareil essentiel, je suis loin de prétendre que ceux qui
-veulent prendre des connoissances exactes en Chimie, puissent se
-dispenser de suivre des cours, de fréquenter les laboratoires & de
-se familiariser avec les instrumens qu'on y emploie. _Nihil est in
-intellectu quod non prius fuerit in sensu_: grande & importante
-vérité que ne doivent jamais oublier ceux qui apprennent comme ceux
-qui enseignent, & que le célèbre Rouelle avoit fait tracer en gros
-caractères dans le lieu le plus apparent de son laboratoire.
-
-Les opérations chimiques se divisent naturellement en plusieurs
-classes, suivant l'objet qu'elles se proposent de remplir: les
-unes peuvent être regardées comme purement mécaniques; telle est
-la détermination du poids des corps, la mesure de leur volume, la
-trituration, la porphyrisation, le tamisage, le lavage, la filtration:
-les autres sont des opérations véritablement chimiques, parce qu'elles
-emploient des forces & des agens chimiques, telles que la dissolution,
-la fusion, &c. Enfin les unes ont pour objet de séparer les principes
-des corps, les autres de les réunir; souvent même elles ont ce
-double but, & il n'est pas rare que dans une même opération, comme
-dans la combustion, par exemple, il y ait à la fois décomposition &
-recomposition.
-
-Sans adopter particulièrement aucune de ces divisions, auxquelles il
-seroit difficile de s'astreindre, du moins d'une manière rigoureuse,
-je vais présenter le détail des opérations chimiques, dans l'ordre qui
-m'a paru le plus propre à en faciliter l'intelligence. J'insisterai
-particulièrement sur les appareils relatifs à la Chimie moderne,
-parce qu'ils sont encore peu connus, même de ceux qui font une étude
-particulière de cette science, je pourrois presque dire, d'une partie
-de ceux qui la professent.
-
-
-
-
-CHAPITRE PREMIER.
-
-_Des instrumens propres à déterminer le poids absolu & la pesanteur
-spécifique des corps solides & liquides._
-
-
-On ne connoît jusqu'à présent aucun meilleur moyen pour déterminer les
-quantités de matières qu'on emploie dans les opérations chimiques,
-& celles qu'on obtient par le résultat des expériences, que de les
-mettre en équilibre avec d'autres corps qu'on est convenu de prendre
-pour terme de comparaison. Lors, par exemple, que nous voulons allier
-ensemble douze livres de plomb & six livres d'étain, nous nous
-procurons un levier de fer assez fort pour qu'il ne fléchisse pas; nous
-le suspendons dans son milieu & de manière que ses deux bras soient
-parfaitement égaux; nous attachons à l'une de ses extrêmités un poids
-de douze livres; nous attachons à l'autre du plomb, & nous en ajoutons
-jusqu'à ce qu'il y ait équilibre, c'est-à-dire jusqu'à ce que le levier
-demeure parfaitement horisontal. Après avoir ainsi opéré sur le plomb,
-on opère sur l'étain; & on en use de la même manière pour toutes les
-autres matières dont on veut déterminer la quantité. Cette opération
-se nomme _peser_; l'instrument dont on se sert se nomme _balance_: il
-est principalement composé, comme tout le monde le sait, d'un fléau, de
-deux bassins & d'une aiguille.
-
-Quant au choix des poids & à la quantité de matière qui doit composer
-une unité, une livre, par exemple, c'est une chose absolument
-arbitraire; aussi voyons-nous que la livre differe d'un royaume à un
-autre, d'une province & souvent même d'une ville à une autre. Les
-sociétés n'ont même d'autre moyen de conserver l'unité qu'elles se sont
-choisie, & d'empêcher qu'elle ne varie & ne s'altère par la révolution
-des tems, qu'en formant ce qu'on nomme des étalons, qui sont déposés &
-soigneusement conservés dans les greffes des jurisdictions.
-
-Il n'est point indifférent sans doute dans le commerce & pour les
-usages de la société, de se servir d'une livre ou d'une autre, puisque
-la quantité absolue de matière n'est pas la même, & que les différences
-même sont très-considérables. Mais il n'en est pas de même pour les
-Physiciens & pour les Chimistes. Peu importe dans la plupart des
-expériences, qu'ils ayent employé une quantité A ou une quantité B de
-matière, pourvu qu'ils expriment clairement les produits qu'ils ont
-obtenus de l'une ou de l'autre de ces quantités, en fractions d'un
-usage commode, & qui réunies toutes ensemble fassent un produit égal
-au tout. Ces considérations m'ont fait penser qu'en attendant que les
-hommes, réunis en société, se soient déterminés à n'adopter qu'un seul
-poids & qu'une seule mesure, les Chimistes, de toutes les parties du
-monde, pourroient sans inconvénient se servir de la livre de leur
-pays, quelle qu'elle fût, pourvu qu'au lieu de la diviser, comme on
-l'a fait jusqu'ici, en fractions arbitraires, on se déterminât par
-une convention générale à la diviser en dixièmes, en centièmes, en
-millièmes, en dix-millièmes, &c. c'est-à-dire, en fractions décimales
-de livres. On s'entendroit alors dans tous les pays, comme dans
-toutes les langues: on ne seroit pas sûr, il est vrai, de la quantité
-absolue de matière qu'on auroit employée dans une expérience; mais
-on connoîtroit sans difficulté, sans calcul, le rapport des produits
-entr'eux; ces rapports seroient les mêmes pour les savans du monde
-entier, & l'on auroit véritablement pour cet objet un langage universel.
-
-Frappé de ces considérations, j'ai toujours eu le projet de faire
-diviser la livre poids de marc en fractions décimales, & ce n'est que
-depuis peu que j'y suis parvenu. M. Fourché, Balancier, successeur
-de M. Chemin, rue de la Ferronnerie, a rempli cet objet avec beaucoup
-d'intelligence & d'exactitude, & j'invite tous ceux qui s'occupent
-d'expériences, à se procurer de semblables divisions de la livre: pour
-peu qu'ils ayent d'usage du calcul des décimales, ils seront étonnés de
-la simplicité & de la facilité que cette division apportera dans toutes
-leurs opérations. Je détaillerai dans un Mémoire particulier destiné
-pour l'Académie, les précautions & les attentions que cette division de
-la livre exige.
-
-En attendant que cette méthode soit adoptée par les savans de tous les
-pays, il est un moyen simple, sinon d'atteindre au même but, au moins
-d'en approcher & de simplifier les calculs. Il consiste à convertir à
-chaque pesée les onces, gros & grains qu'on a obtenus, en fractions
-décimales de livre; & pour diminuer la peine que ce calcul pourroit
-présenter, j'ai formé une table où ces calculs se trouvent tous faits
-ou au moins réduits à de simples additions. Elle se trouve à la fin de
-cette troisième partie: voici la manière de s'en servir.
-
-Je suppose qu'on ait employé dans une expérience 4 livres de matières,
-& que par le résultat de l'opération on ait obtenu quatre produits
-différens A, B, C, D, pesant savoir,
-
- liv. onc. gros grains.
- Produit A 2 5 3 63
- Produit B 1 2 7 15
- Produit C » 3 1 37
- Produit D » 4 3 29
- -----------------------
- Total 4 » » »
- -----------------------
-
-On transformera, au moyen de la table, ces fractions vulgaires en
-décimales, comme il suit:
-
- Pour le produit A.
-
- Fractions décimales
- Fractions vulgaires. correspondantes.
-
- liv. onc. gros gr. liv.
- 2 » » » = 2,0000000
- 5 » » = 0,3125000
- 3 » = 0,0234375
- 63 = 0,0068359
- --------------------- ---------
- Total 2 5 3 63 = 2,3427734
- --------------------- ---------
-
-
- Pour le produit B.
-
- liv. onc. gros gr. liv.
- 1 » » » = 1,0000000
- 2 » » = 0,1250000
- 7 » = 0,0546875
- 15 = 0,0016276
- --------------------- ---------
- Total 1 2 7 15 = 1,1813151
- --------------------- ---------
-
-
- Pour le produit C.
-
-
- Fractions Fractions décimales
- vulgaires. correspondantes.
-
- onc. gros gr. liv.
- 3 » » = 0,1875000
- 1 » = 0,0078125
- 37 = 0,0040148
- --------------- ----------
- Total 3 1 37 = 0,1993273
- --------------- ----------
-
-
- Pour le produit D.
-
- onc. gros gr. liv.
- 4 » » = 0,2500000
- 3 » = 0,0234375
- 29 = 0,0031467
- --------------- ----------
- Total 4 3 29 = 0,2765842
- ---------------- ----------
-
-En récapitulant ces résultats, on aura en fractions décimales:
-
- Pour le produit A 2,3427734
- Pour le produit B 1,1813151
- Pour le produit C 0,1993273
- Pour le produit D 0,2765842
- ----------
- Total 4,0000000
- ----------
-
-Les produits ainsi exprimés en fractions décimales, sont ensuite
-susceptibles de toute espèce de réduction & de calcul, & on n'est plus
-obligé de réduire continuellement en grains les nombres sur lesquels on
-veut opérer, & de reformer ensuite avec ces mêmes nombres des livres,
-onces & gros.
-
-La détermination du poids des matières & des produits, avant & après
-les expériences, étant la base de tout ce qu'on peut faire d'utile
-& d'exact en Chimie, on ne sauroit y apporter trop d'exactitude.
-La première chose, pour remplir cet objet, est de se munir de bons
-instrumens. On ne peut se dispenser d'avoir, pour opérer commodément,
-trois excellentes balances. La première doit peser jusqu'à 15 & 20
-livres, sans fatiguer le fléau. Il n'est pas rare d'être obligé
-dans des expériences chimiques de déterminer à un demi-grain près
-ou un grain tout au plus la tarre & le poids de très-grands vases &
-d'appareils très-pesans. Il faut, pour arriver à ce degré de précision,
-des balances faites par un artiste habile & avec des précautions
-particulières; il faut sur-tout se faire une loi de ne jamais s'en
-servir dans un laboratoire où elles seroient immanquablement rouillées
-& gâtées: elles doivent être conservées dans un cabinet séparé, où il
-n'entre jamais d'acides. Celles dont je me sers ont été construites par
-M. Fortin; leur fléau a trois pieds de long, & elles réunissent toutes
-les sûretés & les commodités qu'on peut desirer. Je ne crois pas que, à
-l'exception de celles de Ramsden, il en existe qui puissent leur être
-comparées pour la justesse & pour la précision. Indépendamment de cette
-forte balance, j'en ai deux autres qui sont bannies, comme la première,
-du laboratoire; l'une pèse jusqu'à 18 ou 20 onces, à la précision du
-dixième de grain; la troisième ne pèse que jusqu'à un gros, & les
-512es de grain y sont très-sensibles.
-
-Je donnerai à l'Académie, dans un Mémoire particulier, une description
-de ces trois balances, avec des détails sur le degré de précision qu'on
-en obtient.
-
-Ces instrumens au surplus dont on ne doit se servir que pour les
-expériences de recherche, ne dispensent pas d'en avoir d'autres moins
-précieux pour les usages courans du laboratoire. On y a continuellement
-besoin d'une grosse balance à fléau de fer peint en noir, qui puisse
-peser des terrines entières pleines de liquide, & des quantités
-d'eau de 40 à 50 livres, à un demi-gros près; d'une seconde balance
-susceptible de peser jusqu'à 8 à 10 livres, à 12 ou 15 grains près;
-enfin d'une petite balance à la main, pesant environ une livre, à la
-précision du grain.
-
-Mais ce n'est pas encore assez d'avoir d'excellentes balances; il faut
-les connoître, les avoir étudiées, savoir s'en servir, & l'on n'y
-parvient que par un long usage & avec beaucoup d'attention. Il est
-sur-tout important de vérifier souvent les poids dont on se sert: ceux
-fournis chez les balanciers ayant été ajustés avec des balances qui
-ne sont pas extrêmement sensibles, ne se trouvent plus rigoureusement
-exacts quand on les éprouve avec des balances aussi parfaites que
-celles que je viens d'annoncer.
-
-Ce seroit une excellente manière, pour éviter les erreurs dans les
-pesées, que de les répéter deux fois, en employant pour les unes des
-fractions vulgaires de livre, & pour les autres des fractions décimales.
-
-Tels sont les moyens qui ont paru jusqu'ici les plus propres à
-déterminer les quantités de matières employées dans les expériences,
-c'est-à-dire, pour me servir de l'expression ordinaire, à déterminer le
-poids absolu des corps. Mais en adoptant cette expression, je ne puis
-me dispenser d'observer que, prise dans un sens strict, elle n'est pas
-absolument exacte. Il est certain qu'à la rigueur nous ne connoissons
-& nous ne pouvons connoître que des pesanteurs relatives; que nous ne
-pouvons les exprimer qu'en partant d'une unité conventionnelle: il
-seroit donc plus vrai de dire que nous n'avons aucune mesure du poids
-absolu des corps.
-
-Passons maintenant à ce qui concerne la pesanteur spécifique. On a
-désigné sous ce nom le poids absolu des corps divisé par leur volume,
-ou ce qui revient au même, le poids que pèse un volume déterminé d'un
-corps. C'est la pesanteur de l'eau qu'on a choisie, en général, pour
-l'unité qui exprime ce genre de pesanteur. Ainsi quand on parle de la
-pesanteur spécifique de l'or, on dit qu'il est dix-neuf fois aussi
-pesant que l'eau; que l'acide sulfurique concentré est deux fois aussi
-pesant que l'eau, & ainsi des autres corps.
-
-Il est d'autant plus commode de prendre ainsi la pesanteur de l'eau
-pour unité, que c'est presque toujours dans l'eau que l'on pèse les
-corps dont on veut déterminer la pesanteur spécifique. Si, par exemple,
-on se propose de reconnoître la pesanteur spécifique d'un morceau d'or
-pur écroui à coups de marteau, & si ce morceau d'or pèse dans l'air 8
-onces 4 gros 2 grains & demi, comme celui que M. Brisson a éprouvé,
-page 5 de son Traité de la Pesanteur spécifique, on suspend cet or
-à un fil métallique très-fin & assez fort cependant pour pouvoir le
-supporter sans se rompre; on attache ce fil sous le bassin d'une
-balance hydrostatique, & on pèse l'or entièrement plongé dans un vase
-rempli d'eau. Le morceau d'or dont il est ici question, a perdu dans
-l'expérience de M. Brisson 3 gros 37 grains. Or, il est évident que
-le poids que perd un corps quand on l'a pesé dans l'eau, n'est autre
-que le poids du volume d'eau qu'il déplace, ou, ce qui est la même
-chose, qu'un poids d'eau égal à son volume; d'où l'on peut conclure
-qu'à volume égal l'or pèse 4898 grains & demi, & l'eau 253: ce qui
-donne 193617 pour la pesanteur spécifique de l'or, celle de l'eau étant
-supposée 10000. On peut opérer de la même manière pour toutes les
-substances solides.
-
-Il est au surplus assez rare qu'on ait besoin en Chimie de déterminer
-la pesanteur spécifique des corps solides, à moins qu'on ne travaille
-sur les alliages ou sur les verres métalliques: on a au contraire
-besoin presqu'à chaque instant de connoître la pesanteur spécifique des
-fluides, parce que c'est souvent le seul moyen qu'on ait de juger de
-leur degré de pureté & de concentration.
-
-On peut également remplir ce dernier objet avec un très-grand degré
-de précision, au moyen de la balance hydrostatique, & en pesant
-successivement un corps solide, tel, par exemple, qu'une boule de
-cristal de roche suspendue à un fil d'or très-fin, dans l'air & dans le
-fluide dont on veut déterminer la pesanteur spécifique. Le poids que
-perd la boule plongée dans le fluide, est celui d'un volume égal de ce
-fluide. En répétant successivement cette opération dans l'eau & dans
-différens fluides, on peut par un calcul très-simple en conclure leur
-rapport de pesanteur spécifique, soit entr'eux, soit avec l'eau: mais
-ce moyen ne seroit pas encore suffisamment exact, ou au moins il seroit
-très-embarrassant à l'égard des liqueurs dont la pesanteur spécifique
-differe très-peu de celle de l'eau, par exemple, à l'égard des eaux
-minérales & de toutes celles en général qui sont très-peu chargées de
-sels.
-
-Dans quelques travaux que j'ai entrepris sur cet objet & qui ne sont
-point encore publics, je me suis servi avec beaucoup d'avantages de
-pèse-liqueurs très-sensibles & dont je vais donner une idée. Ils
-consistent dans un cylindre creux A_bcf_, _planche VII, fig. 6_, de
-cuivre jaune, ou mieux encore d'argent, & lesté par le bas en _bcf_
-avec de l'étain. Ce pèse-liqueur est ici représenté nageant dans un
-bocal _lmno_ rempli d'eau. A la partie supérieure du cylindre est
-adaptée une tige faite d'un fil d'argent de 3/4 de ligne de diamètre
-tout au plus, & surmonté d'un petit bassin _d_ destiné à recevoir des
-poids. On fait sur cette tige une marque en _g_, dont on va expliquer
-l'usage. On peut faire cet instrument de différentes dimensions; mais
-il n'est suffisamment exact qu'autant qu'il déplace au moins quatre
-livres d'eau.
-
-Le poids de l'étain dont cet instrument est lesté, doit être tel qu'il
-soit presqu'en équilibre dans de l'eau distillée, & qu'il ne faille
-plus y ajouter pour le faire entrer jusqu'à la marque _g_, qu'un
-demi-gros ou un gros tout au plus.
-
-On commence par déterminer une première fois avec beaucoup d'exactitude
-le poids de cet instrument & le nombre de gros ou de grains dont il
-faut le charger dans de l'eau distillée, à une température donnée
-pour le faire entrer jusqu'à la marque _g_. On fait la même opération
-dans toutes les eaux dont on veut connoître la pesanteur spécifique,
-& on rapporte ensuite par le calcul les différences au pied cube, à
-la pinte ou à la livre, ou bien on les réduit en fractions décimales.
-Cette méthode, jointe à quelques expériences faites avec les réactifs,
-est une des plus sûres pour déterminer la qualité des eaux, & on y
-apperçoit des différences qui auroient échappé aux analyses chimiques
-les plus exactes. Je donnerai un jour le détail d'un grand travail que
-j'ai fait sur cet objet.
-
-Les pèse-liqueurs métalliques ne peuvent servir que pour déterminer la
-pesanteur spécifique des eaux qui ne contiennent que des sels neutres
-ou des substances alkalines: on peut aussi en faire construire de
-particuliers lestés pour l'esprit-de-vin & les liqueurs spiritueuses.
-Mais toutes les fois qu'il est question de déterminer la pesanteur
-spécifique des acides, on ne peut employer que du verre. On prend alors
-un cylindre creux de verre _abc_, _planche VII, figure 14_, qu'on
-ferme hermétiquement à la lampe en _bcf_; on y soude dans sa partie
-supérieure un tube capillaire _ad_ surmonté par un petit bassin _d_. On
-leste cet instrument avec du mercure, & on en introduit plus ou moins,
-suivant la pesanteur des liqueurs qu'on se propose d'examiner. On peut
-introduire dans le tube _ad_, qui forme le col de cet instrument, une
-petite bande de papier qui porte des divisions; & quoique ces divisions
-ne répondent pas aux mêmes fractions de grains dans des liqueurs dont
-la pesanteur spécifique est différente, elles sont cependant commodes
-pour les évaluations.
-
-Je ne m'étendrai pas davantage sur les moyens qui servent pour
-déterminer, soit le poids absolu, soit la pesanteur spécifique des
-solides & des liquides; les instrumens qu'on emploie à ce genre
-d'expériences, sont entre les mains de tout le monde, on peut se les
-procurer aisément, & de plus grands détails seroient inutiles. Il
-n'en sera pas de même de la mesure des gaz: la plupart des instrumens
-dont je me sers ne se trouvant nulle part & n'ayant été décrits dans
-aucun ouvrage, il m'a paru nécessaire d'en donner une connoissance
-plus détaillée: c'est l'objet que je me suis proposé dans le Chapitre
-suivant.
-
-
-
-
-CHAPITRE II.
-
-_De la Gazométrie, ou de la mesure du poids & du volume des substances
-aériformes._
-
-
-§. I.
-
-_Description des Appareils pneumato-chimiques._
-
-Les Chimistes françois ont donné dans ces derniers tems le nom
-de _pneumato-chimique_ à un appareil à la fois très-ingénieux &
-très-simple, imaginé par M. Priestley, & qui est devenu absolument
-indispensable dans tous les laboratoires. Il consiste en une caisse
-ou cuve de bois plus ou moins grande, _planche V, figures 1 & 2_,
-doublée de plomb laminé ou de feuilles de cuivre étamé. La _figure 1_
-représente cette cuve vue en perspective; on en a supposé le devant &
-un des côtés enlevés dans la _figure 2_, afin de faire mieux sentir la
-manière dont elle est construite dans son intérieur.
-
-On distingue dans tout appareil de cette espèce, la tablette de la
-cuve ABCD, _figures 1 & 2_, & le fond de la cuve FGHI, _fig. 2_.
-L'intervalle qui se trouve entre ces deux plans est la cuve proprement
-dite, ou la fosse de la cuve. C'est dans cette partie creuse qu'on
-emplit les cloches: on les retourne ensuite & on les pose sur la
-tablette ABCD, _voyez_ la cloche F, _planche X_. On peut encore
-distinguer les bords de la cuve, & l'on donne ce nom à tout ce qui
-excède le niveau de la tablette.
-
-La cuve doit être suffisamment remplie, pour que la tablette soit
-toujours recouverte d'un pouce ou d'un pouce & demi d'eau; elle doit
-avoir assez de largeur & de profondeur, pour qu'il y en ait alors au
-moins un pied en tout sens dans la fosse de la cuve. Cette quantité
-suffit pour les expériences ordinaires; mais il est un grand nombre
-de circonstances où il est commode, où il est même indispensable de
-se donner encore plus d'espace. Je conseille donc à ceux qui veulent
-s'occuper utilement & habituellement d'expériences de Chimie, de
-construire très en grand ces appareils, si le local le leur permet.
-La fosse de ma cuve principale contient quatre pieds cubes d'eau, &
-la surface de sa tablette est de quatorze pieds quarrés. Malgré cette
-grandeur qui me paroissoit d'abord démésurée, il m'arrive encore
-souvent de manquer de place.
-
-Il ne suffit pas encore dans un laboratoire où l'on est livré à un
-courant habituel d'expériences, d'avoir un seul de ces appareils,
-quelque grand qu'il soit: il faut, indépendamment du magasin général,
-en avoir de plus petits & de portatifs même, qu'on place où le besoin
-l'exige & près du fourneau où l'on opère. Ce n'est qu'ainsi qu'on peut
-faire marcher plusieurs expériences à la fois. Il y a d'ailleurs des
-opérations qui salissent l'eau de l'appareil, & qu'il est nécessaire de
-faire dans une cuve particulière.
-
-Il est sans doute beaucoup plus économique de se servir de cuves de
-bois, ou de baquets cerclés de fer & faits tout simplement avec des
-douves, plutôt que d'employer des caisses de bois doublées de cuivre ou
-de plomb. Je m'en suis moi-même servi dans mes premières expériences;
-mais j'ai bientôt reconnu les inconvéniens qui y sont attachés. Si
-l'eau n'y est pas toujours entretenue au même niveau, les douves qui se
-trouvent à sec prennent de la retraite; elles se disjoignent, & quand
-on vient ensuite à mettre plus d'eau, elle s'échappe par les jointures,
-& les planchers sont inondés.
-
-Les vaisseaux dont on se sert pour recevoir & pour contenir les gaz
-dans cet appareil, sont des cloches de cristal A, _figure 9_. Pour
-les transporter d'un appareil à un autre, ou même pour les mettre en
-réserve quand la cuve est trop embarrassée, on se sert de plateaux
-BC, _même figure_, garnis d'un rebord & de deux anses DE, pour les
-transporter.
-
-A l'égard de l'appareil pneumato-chimique au mercure, après avoir
-essayé d'en construire de différentes matières, je me suis arrêté
-définitivement au marbre. Cette substance est absolument imperméable au
-mercure; on n'a pas à craindre, comme avec le bois, que les assemblages
-se déjoignent, ou que le mercure s'échappe par des gerçures; on n'a
-point non plus l'inquiétude de la cassure, comme avec le verre, la
-fayence & la porcelaine.
-
-On choisit donc un bloc de marbre BCDE, _planche V, figures 3 & 4_,
-de deux pieds de long, de 15 à 18 pouces de large, & de 10 pouces
-d'épaisseur; on le fait creuser jusqu'à une profondeur _mn_, _figure
-5_, d'environ quatre pouces, pour former la fosse qui doit contenir le
-mercure: & pour qu'on puisse y remplir plus commodément les cloches ou
-jarres, on y fait creuser en outre une profonde rigole TV, _figures 3,
-4 & 5_, de quatre autres pouces au moins de profondeur: enfin, comme
-cette rigole pourroit être embarrassante dans quelques expériences,
-il est bon qu'on puisse la boucher & la condamner à volonté, & l'on
-remplit cet objet au moyen de petites planches qui entrent dans une
-rainure _xy_, _figure 5_. Je me suis déterminé à faire construire deux
-cuves de marbre semblables à celle que je viens de décrire, mais de
-grandeurs différentes; j'en ai toujours par ce moyen une des deux qui
-me sert de réservoir pour conserver le mercure, & c'est de tous les
-réservoirs le plus sûr & le moins sujet aux accidens.
-
-On peut opérer dans le mercure avec cet appareil, exactement comme dans
-l'eau: il faut seulement employer des cloches très-fortes & d'un petit
-diamètre, ou des tubes de cristal qui ont un empâtement par le bas,
-comme celui représenté _fig. 7_; les fayenciers qui les tiennent, les
-nomment eudiomètres. On voit une de ces cloches en place A, _fig. 5_, &
-ce qu'on nomme une jarre, _fig. 6_.
-
-L'appareil pneumato-chimique au mercure est nécessaire pour toutes les
-opérations où il se dégage des gaz susceptibles d'être absorbés par
-l'eau, & ce cas n'est pas rare, puisqu'il a lieu généralement dans
-toutes les combustions, à l'exception de celle des métaux.
-
-
-§. II. _Du Gazomètre._
-
-Je donne le nom de gazomètre à un instrument dont j'ai eu la première
-idée, & que j'avois fait exécuter dans la vue de former un soufflet qui
-pût fournir continuellement & uniformément un courant de gaz oxygène
-pour des expériences de fusion. Depuis, nous avons fait, M. Meusnier &
-moi, des corrections & des additions considérables à ce premier essai,
-& nous l'avons transformé en un instrument pour ainsi dire universel,
-dont il sera difficile de se passer toutes les fois qu'on voudra faire
-des expériences exactes.
-
-Le nom seul de cet instrument indique assez qu'il est destiné à mesurer
-le volume des gaz. Il consiste en un grand fléau de balance, de trois
-pieds de longueur DE, _planche VIII, fig. 1_, construit en fer &
-très-fort. A chacune de ses extrêmités DE, est solidement fixée une
-portion d'arc de cercle également en fer.
-
-Ce fléau ne repose pas, comme dans les balances ordinaires, sur un
-couteau; on y a substitué un tourillon cylindrique d'acier F, _fig. 9_,
-qui porte sur des rouleaux mobiles: on est parvenu ainsi à diminuer
-considérablement la résistance qui pouvoit mettre obstacle au libre
-mouvement de la machine, puisque le frottement de la première espèce se
-trouve converti en un de la seconde. Ces rouleaux sont en cuivre jaune
-& d'un grand diamètre: on a pris de plus la précaution de garnir les
-points qui supportent l'axe ou tourillon du fléau, avec des bandes de
-cristal de roche. Toute cette suspension est établie sur une colonne
-solide, de bois BC, _fig. 1_.
-
-A l'extrêmité D de l'un des bras du fléau, est suspendu un plateau
-de balance P, destiné à recevoir des poids. La chaîne qui est plate
-s'applique contre la circonférence de l'arc _n_D_o_, dans une rainure
-pratiquée à cet effet. A l'extrêmité E de l'autre bras du levier, est
-attachée une chaîne également plate _ikm_, qui par sa construction
-n'est pas susceptible de s'allonger ni de se raccourcir, lorsqu'elle
-est plus ou moins chargée. A cette chaîne est adapté solidement en _i_
-un étrier de fer à trois branches _ai_, _ci_, _hi_, qui supporte une
-grande cloche A de cuivre battu, de 18 pouces de diamètre sur environ
-20 pouces de hauteur.
-
-On a représenté toute cette machine en perspective dans la _planche
-VIII, fig. 1_; on l'a supposée au contraire, _planche IX, fig.
-2 & 4_, partagée en deux par un plan vertical, pour laisser voir
-l'intérieur. Tout autour de la cloche dans le bas, _planche IX,
-fig. 2_, est un rebord relevé en-dehors & qui forme une capacité
-partagée en différentes cases 1, 2, 3, 4, &c. Ces cases sont destinées
-à recevoir des poids de plomb représentés séparément 1, 2, 3. Ils
-servent à augmenter la pesanteur de la cloche dans les cas où l'on a
-besoin d'une pression considérable, comme on le verra dans la suite;
-ces cas au surplus sont extrêmement rares. La cloche cylindrique A est
-entièrement ouverte par son fond _de_, _planc. IX, fig. 4_; elle est
-fermée par le haut au moyen d'une calotte de cuivre _abc_, ouverte en
-_bf_, & fermée par le moyen d'un robinet _g_. Cette calotte, comme on
-le voit par l'inspection des figures, n'est pas placée tout-à-fait à la
-partie supérieure du cylindre; elle est rentrée en-dedans de quelques
-pouces, afin que la cloche ne soit jamais plongée en entier sous l'eau,
-& qu'elle n'en soit pas recouverte. Si j'étois dans le cas de faire
-reconstruire un jour cette machine, je desirerois que la calotte fût
-beaucoup plus surbaissée, de manière qu'elle ne formât presque qu'un
-plan.
-
-Cette cloche ou réservoir à air est reçue dans un vase cylindrique
-LMNO, _planche VIII, figure 1_, également de cuivre & qui est plein
-d'eau.
-
-Au milieu de ce vase cylindrique LMNO, _planche IX, fig. 4_,
-s'élèvent perpendiculairement deux tuyaux _st_, _xy_, qui se
-rapprochent un peu l'un de l'autre par leur extrêmité supérieure _ty_.
-Ces tuyaux se prolongent jusqu'un peu au-dessus du niveau du bord
-supérieur LM du vase LMNO. Quand la cloche _abcde_ touche le fond NO,
-ils entrent d'un demi-pouce environ dans la capacité conique _b_, qui
-conduit au robinet _g_.
-
-La _figure 3, pl. IX_, représente le fond du vase LMNO. On voit au
-milieu une petite calotte sphérique creuse en-dessous, assujettie &
-soudée par ses bords au fond du vase. On peut la considérer comme le
-pavillon d'un petit entonnoir renversé, auquel s'adaptent en _s_ &
-en _x_ les tuyaux _st_, _xy_, _fig. 4_. Ces tuyaux se trouvent par
-ce moyen en communication avec ceux _mm_, _nn_, _oo_, _pp_, qui sont
-placés horisontalement sur le fond de la machine, _fig. 3_, & qui, tous
-quatre, se réunissent dans la calotte sphérique _sx_.
-
-De ces quatre tuyaux, trois sortent en-dehors du vase LMNO, & on peut
-les suivre _planche VIII, fig 1_. L'un désigné par les chiffres
-arabes 1, 2, 3, s'ajuste en 3 avec la partie supérieure d'une cloche V,
-& par l'intermède du robinet 4. Cette cloche est posée sur la tablette
-d'une petite cuve GHIK, doublée de plomb & dont l'intérieur se voit
-_pl. IX, fig. 1_.
-
-Le second tuyau est appliqué contre le vase LMNO, de 6 en 7: il se
-continue ensuite en 7, 8, 9 & 10, & vient s'engager en 11 sous la
-cloche V. Le premier de ces deux tuyaux est destiné à introduire le
-gaz dans la machine; le second à en faire passer des essais sous des
-cloches. On détermine le gaz à entrer ou à sortir, suivant le degré de
-pression qu'on donne, & on parvient à faire varier cette pression en
-chargeant plus ou moins le bassin P. Lors donc qu'on veut introduire
-de l'air, on donne une pression nulle & quelquefois même négative.
-Lorsqu'au contraire on veut en faire sortir, on augmente la pression
-jusqu'au degré où on le juge à propos.
-
-Le troisième tuyau 12, 13, 14, 15 est destiné à conduire l'air ou le
-gaz à telle distance qu'on le juge à propos pour les combustions,
-combinaisons ou autres opérations de ce genre.
-
-Pour entendre l'usage du quatrième tuyau, il est nécessaire que j'entre
-dans quelques explications. Je suppose que le vase LMNO, _fig. 1_,
-soit rempli d'eau, & que la cloche A soit en partie pleine d'air & en
-partie pleine d'eau: il est évident qu'on peut proportionner tellement
-les poids placés dans le bassin P, qu'il y ait un juste équilibre &
-que l'air ne tende ni à rentrer dans la cloche A, ni à en sortir;
-l'eau dans cette supposition sera au même niveau en-dedans & au-dehors
-de la cloche. Il n'en sera plus de même, sitôt qu'on aura diminué le
-poids placé dans le bassin P, & qu'il y aura pression du côté de la
-cloche: alors le niveau de l'eau sera plus bas dans l'intérieur qu'à
-l'extérieur de la cloche, & l'air de l'intérieur se trouvera plus
-chargé que celui du dehors, d'une quantité qui sera mesurée exactement
-par le poids d'une colonne d'eau d'une hauteur égale à la différence
-des deux niveaux.
-
-M. Meusnier, en partant de cette observation, a imaginé d'en déduire
-un moyen de reconnoître dans tous les instans le degré de pression
-qu'éprouveroit l'air contenu dans la capacité de la cloche A, _planche
-VIII, fig. 1_. Il s'est servi à cet effet d'un siphon de verre à
-deux branches 19, 20, 21, 22 & 23, solidement mastiqué en 19 & en
-23. L'extrêmité 19 de ce siphon communique librement avec l'eau de
-la cuve ou vase extérieur. L'extrêmité 23 au contraire communique
-avec le quatrième tuyau dont je me suis réservé il n'y a qu'un moment
-d'expliquer l'usage, & par conséquent avec l'air de l'intérieur de la
-cloche, par le tuyau _st_, _pl. IX, fig. 4_. Enfin M. Meusnier a
-mastiqué en 16, _planche VIII, fig. 1_, un autre tube droit de verre
-16, 17, 18, qui communique par son extrêmité 16 avec l'eau du vase
-extérieur: il est ouvert à l'air libre par son extrêmité supérieure 18.
-
-Il est clair, d'après ces dispositions, que l'eau doit se tenir dans
-le tube 16, 17 & 18, constamment au niveau de celle de la cuve ou
-vase extérieur; que l'eau au contraire dans la branche 19, 20 & 21,
-doit se tenir plus haut ou plus bas, suivant que l'air de l'intérieur
-de la cloche est plus ou moins pressé que l'air extérieur, & que la
-différence de hauteur entre ces deux colonnes, observée dans le tube
-16, 17 & 18, & dans celui 19, 20 & 21, doit donner exactement la mesure
-de la différence de pression. On a fait placer en conséquence entre ces
-deux tubes une règle de cuivre graduée & divisée en pouces & lignes,
-pour mesurer ces différences.
-
-On conçoit que l'air & en général tous les fluides élastiques
-aériformes étant d'autant plus lourds qu'ils sont plus comprimés, il
-étoit nécessaire pour en évaluer les quantités & pour convertir les
-volumes en poids, d'en connoître l'état de compression: c'est l'objet
-qu'on s'est proposé de remplir par le méchanisme qu'on vient d'exposer.
-
-Mais ce n'est pas encore assez pour connoître la pesanteur spécifique
-de l'air ou des gaz & pour déterminer leur poids sous un volume connu,
-que de savoir quel est le degré de compression qu'ils éprouvent, il
-faut encore en connoître la température, & c'est à quoi nous sommes
-parvenus à l'aide d'un petit thermomètre dont la boule plonge dans la
-cloche A, & dont la graduation s'élève en-dehors: il est solidement
-mastiqué dans une virole de cuivre qui se visse à la calote supérieure
-de la cloche A. _Voyez_ 24 & 25, _planche VIII, fig. 1_, & _pl. IX,
-fig. 4_. Ce même thermomètre est représenté séparément, _pl. VIII,
-fig. 10_.
-
-L'usage du gazomètre auroit encore présenté de grands embarras &
-de grandes difficultés, si nous nous fussions bornés à ces seules
-précautions. La cloche, en s'enfonçant dans l'eau du vase extérieur
-LMNO, perd de son poids, & cette perte de poids est égale à celui de
-l'eau qu'elle déplace. Il en résulte que la pression qu'éprouve l'air
-ou le gaz contenu dans la cloche, diminue continuellement à mesure
-qu'elle s'enfonce; que le gaz qu'elle a fourni dans le premier instant,
-n'est pas de la même densité que celui qu'elle fournit à la fin; que
-sa pesanteur spécifique va continuellement en décroissant; &, quoiqu'à
-la rigueur ces différences puissent être déterminées par le calcul, on
-auroit été obligé à des recherches mathématiques qui auroient rendu
-l'usage de cet appareil embarrassant & difficile. Pour remédier à cet
-inconvénient, M. Meusnier a imaginé d'élever perpendiculairement au
-milieu du fléau une tige quarrée de fer 26 & 27, _pl. VIII, fig. 1_,
-qui traverse une lentille creuse de cuivre 28, qu'on ouvre & qu'on
-peut remplir de plomb. Cette lentille glisse le long de la tige 26 &
-27; elle se meut par le moyen d'un pignon denté qui engraîne dans une
-crémaillère, & elle se fixe à l'endroit qu'on juge à propos.
-
-Il est clair que quand le levier DE est horisontal, la lentille 28 ne
-pèse ni d'un côté ni d'un autre; elle n'augmente donc ni ne diminue
-la pression. Il n'en est plus de même quand la cloche A s'enfonce
-davantage & que le levier s'incline d'un côté, comme on le voit _fig.
-1_. Alors le poids 28 qui n'est plus dans la ligne verticale qui passe
-par le centre de suspension, pèse du côté de la cloche & augmente sa
-pression. Cet effet est d'autant plus grand, que la lentille 28 est
-plus élevée vers 27, parce que le même poids exerce une action d'autant
-plus forte, qu'il est appliqué à l'extrêmité d'un levier plus long.
-On voit donc qu'en promenant le poids 28 le long de la tige 26 & 27,
-suivant laquelle il est mobile, on peut augmenter ou diminuer l'effet
-de la correction qu'il opère; & le calcul comme l'expérience, prouvent
-qu'on peut arriver au point de compenser fort exactement la perte de
-poids que la cloche éprouve à tous les degrés de pression.
-
-Je n'ai encore rien dit de la manière d'évaluer les quantités d'air
-ou de gaz fournies par la machine, & cet article est de tous le plus
-important. Pour déterminer avec une rigoureuse exactitude ce qui s'est
-dépensé dans le cours d'une expérience, & réciproquement pour savoir ce
-qui en a été fourni, nous avons établi sur l'arc de cercle qui termine
-le levier DE, _fig. 1_, un limbe de cuivre _lm_ divisé en degrés &
-demi-degrés; cet arc est fixé au levier DE, & il est emporté par un
-mouvement commun. On mesure les quantités dont il s'abaisse, au moyen
-d'un index fixe 29, 30, qui se termine en 30 par un _nonnius_ qui donne
-les centièmes de degré.
-
-On voit, _planche VIII_, les détails des différentes parties que nous
-venons de décrire.
-
-1º. _Figure 2_, la chaîne plate qui soutient le bassin de balance
-P; c'est celle de M. Vaucanson: mais comme elle a l'inconvénient de
-s'allonger ou de se raccourcir suivant qu'elle est plus ou moins
-chargée, il y auroit eu de l'inconvénient à l'employer à la suspension
-de la cloche A.
-
-2º. _Figure 5_, la chaîne _ikm_, qui, dans la _figure 1_ porte la
-cloche A: elle est toute formée de plaques de fer limées, enchevêtrées
-les unes dans les autres, & maintenues par des chevilles de fer.
-Quelque fardeau qu'on fasse supporter à ce genre de chaîne, elle ne
-s'alonge pas sensiblement.
-
-3º. _Figure 6_, l'étrier à trois branches, par le moyen duquel est
-suspendue la cloche A avec des vis de rappel, pour la fixer dans une
-position bien verticale.
-
-4º. _Figure 3_, la tige 26, 27, qui s'élève perpendiculairement au
-milieu du fléau, & qui porte la lentille 28.
-
-5º. _Figures 7 & 8_, les rouleaux avec la bande z de cristal de roche,
-sur laquelle portent les contacts, pour diminuer encore le frottement.
-
-6º. _Figure 4_, la pièce qui porte l'axe des rouleaux.
-
-7º. _Figure 9_, le milieu du fléau avec le tourillon sur lequel il est
-mobile.
-
-8º. _Figure 10_, le thermomètre qui donne le degré de l'air contenu
-dans la cloche.
-
-Quand on veut se servir du gazomètre qu'on vient de décrire, il faut
-commencer par remplir d'eau le vase extérieur LMNO, _planche VIII,
-fig. 1_, jusqu'à une hauteur déterminée, qui doit toujours être la
-même dans toutes les expériences. Le niveau de l'eau doit être pris
-quand le fléau de la machine est horisontal. Ce niveau, quand la cloche
-est à fond, se trouve augmenté de toute la quantité d'eau qu'elle a
-déplacée; il diminue au contraire à mesure que la cloche approche de
-son plus haut point d'élévation. On cherche ensuite par tâtonnemens
-quelle est l'élévation à laquelle doit être fixée la lentille 28,
-pour que la pression soit égale dans toutes les positions du fléau.
-Je dis à peu près, parce que la correction n'est pas rigoureuse, &
-que des différences d'un quart de ligne & même d'une demi-ligne ne
-sont d'aucune conséquence. Cette hauteur à laquelle il faut élever la
-lentille, n'est pas la même pour tous les degrés de pression; elle
-varie suivant que cette pression est de 1 pouce, 2 pouces, 3 pouces,
-&c. Toutes ces déterminations doivent être écrites à mesure sur un
-registre avec beaucoup d'ordre.
-
-Ces premières dispositions faites, on prend une bouteille de huit à
-dix pintes, dont on détermine bien la capacité en pesant exactement
-la quantité d'eau qu'elle peut contenir. On renverse cette bouteille
-ainsi pleine dans la cuve GHIK, _fig. 1_. On en pose le gouleau sur
-la tablette à la place de la cloche V, en engageant l'extrêmité 11 du
-tuyau 7, 8, 9, 10, 11 dans son gouleau. On établit la machine à zéro de
-pression, & on observe bien exactement le degré marqué par l'index sur
-le limbe: puis ouvrant le robinet 8 & appuyant un peu sur la cloche A,
-on fait passer autant d'air qu'il en faut pour remplir entièrement la
-bouteille. Alors on observe de nouveau le limbe, & on est en état de
-calculer le nombre de pouces cubes qui répondent à chaque degré.
-
-Après cette première bouteille on en remplit une seconde, une
-troisième, &c. on recommence même plusieurs fois cette opération, &
-même avec des bouteilles de différentes capacités; & avec du tems & une
-scrupuleuse attention on parvient à jauger la cloche A dans toutes ses
-parties. Le mieux est de faire en sorte qu'elle soit bien tournée &
-bien cylindrique, afin d'éviter les évaluations & les calculs.
-
-L'instrument que je viens de décrire & que j'ai nommé gazomètre,
-a été construit par M. Meignié le jeune, ingénieur, constructeur
-d'instrumens de physique, bréveté du Roi. Il y a apporté un soin, une
-exactitude & une intelligence rares. C'est un instrument précieux
-par le grand nombre des applications qu'on en peut faire, & parce
-qu'il est des expériences à peu près impossibles sans lui. Ce qui le
-renchérit, c'est qu'un seul ne suffit pas, il le faut double dans un
-grand nombre de cas, comme dans la formation de l'eau, dans celle de
-l'acide nitreux, &c. C'est un effet inévitable de l'état de perfection
-dont la Chimie commence à s'approcher, que d'exiger des instrumens &
-des appareils dispendieux & compliqués: il faut s'attacher sans doute
-à les simplifier, mais il ne faut pas que ce soit aux dépens de leur
-commodité & sur-tout de leur exactitude.
-
-
-§. III.
-
-_De quelques autres manières de mesurer le volume des Gaz._
-
-Le gazomètre dont je viens de donner la description dans le paragraphe
-précédent, est un instrument trop compliqué & trop cher, pour qu'on
-puisse l'employer habituellement à la mesure des gaz dans les
-laboratoires; il s'en faut même beaucoup qu'il soit applicable à toutes
-les circonstances. Il faut pour une multitude d'expériences courantes,
-des moyens plus simples & qui soient, si l'on peut se permettre cette
-expression, plus à la main. Je vais détailler ici ceux dont je me suis
-servi jusqu'au moment où j'ai eu un gazomètre à ma disposition, & dont
-je me sers encore aujourd'hui de préférence dans le cours ordinaire de
-mes expériences.
-
-J'ai décrit dans le paragraphe premier de ce chapitre les appareils
-pneumato-chimiques à l'eau & au mercure. Ils consistent, comme on l'a
-vu, en cuves plus ou moins grandes sur la tablette desquelles se posent
-les cloches destinées à recevoir les gaz. Je suppose qu'à la suite
-d'une expérience quelconque, on ait dans un appareil de cette espèce
-un résidu de gaz qui n'est absorbable ni par l'alkali ni par l'eau,
-qui est contenu dans le haut d'une cloche AEF, _planche IV, fig. 3_,
-& dont on veut connoître le volume. On commence par marquer avec une
-grande exactitude par le moyen de bandes de papier la hauteur EF de
-l'eau ou du mercure. Il ne faut pas se contenter d'appliquer une seule
-marque d'un des côtés de la cloche, parce qu'il pourroit rester de
-l'incertitude sur le niveau du liquide: il en faut au moins trois ou
-même quatre en opposition les unes aux autres.
-
-On doit ensuite, si c'est sur du mercure qu'on opère, faire passer
-sous la cloche de l'eau pour déplacer le mercure. Cette opération se
-fait facilement avec une bouteille qu'on emplit d'eau à rase: on en
-bouche l'orifice avec le doigt, on la renverse & on engage son col sous
-la cloche; puis retournant la bouteille, on en fait sortir l'eau qui
-s'élève au-dessus de la colonne de mercure & qui la déplace. Lorsque
-tout le mercure est ainsi déplacé, on verse de l'eau sur la cuve ABCD,
-de manière que le mercure en soit couvert d'un pouce environ. On passe
-une assiète ou un vase quelconque très-plat sous la cloche, & on
-l'enlève pour la transporter sur une cuve à eau, _planc. V, figures
-1 & 2_. Alors on transvase l'air dans une cloche qui a été graduée de
-la manière dont je vais l'expliquer, & on juge de la quantité du gaz
-par les graduations de la cloche.
-
-A cette première manière de déterminer le volume du gaz, on peut
-en substituer une autre qu'il est bon d'employer comme moyen de
-vérification. L'air ou le gaz une fois transvasé, on retourne la cloche
-qui le contenoit, & on y verse de l'eau jusqu'aux marques EF; on pèse
-cette eau, & de son poids on en conclut le volume, d'après cette donnée
-qu'un pied cube ou 1728 pouces d'eau pèsent 70 liv. On trouvera à la
-fin de cette troisième partie une Table où ces réductions se trouvent
-toutes faites.
-
-La manière de graduer les cloches est extrêmement facile, & je vais
-en donner le procédé afin que chacun puisse s'en procurer. Il est bon
-d'en avoir de plusieurs grandeurs, & même un certain nombre de chaque
-grandeur, pour y avoir recours en cas d'accident.
-
-On prend une cloche de cristal un peu forte, longue & étroite; on
-l'emplit d'eau dans la cuve représentée _planche V, fig. 1_, & on la
-pose sur la tablette ABCD. On doit avoir une place déterminée qui serve
-constamment à ce genre d'opération, afin que le niveau de la tablette
-sur laquelle on pose la cloche soit toujours le même; on évite par-là
-presque la seule erreur dont ce genre d'opération soit susceptible.
-
-D'un autre côté, on choisit une bouteille à gouleau étroit qui, pleine
-à rase, contienne juste 6 onces 3 gros 61 grains d'eau, ce qui répond
-à un volume de 10 pouces cubiques. Si on ne trouvoit pas de bouteille
-qui eût précisément cette capacité, on en prendroit une un peu plus
-grande, & on y couleroit un peu de cire fondue avec de la résine, pour
-en diminuer la capacité: cette bouteille sert d'étalon pour jauger
-la cloche, & voici comme on y procède. On fait passer l'air contenu
-dans cette bouteille dans la cloche qu'on se propose de graduer,
-puis on fait une marque à la hauteur jusqu'à laquelle est descendue
-l'eau. On ajoute une seconde mesure d'air & on fait une nouvelle
-marque; on continue ainsi jusqu'à ce que toute l'eau de la cloche ait
-été déplacée. Il est important pendant le cours de cette opération,
-que la bouteille & la cloche soient maintenues constamment à la même
-température, & que cette température differe peu de celle de l'eau de
-la cuve. On doit donc éviter d'appliquer les mains sur la cloche, ou
-au moins de les y tenir long-tems, pour ne la pas échauffer: si même
-on craignoit qu'elle ne l'eût été, il faudroit verser dessus de l'eau
-de la cuve pour la rafraîchir. La hauteur du baromètre & du thermomètre
-est indifférente pour cette opération, pourvu qu'elle ne varie pas
-pendant qu'elle dure.
-
-Lorsque les marques ont été ainsi placées de 10 pouces en 10 pouces
-sur la cloche, on y trace une graduation avec une pointe de diamant
-emmanchée dans une petite tige de fer. On trouve des diamans ainsi
-montés pour un prix modique au Louvre, chez le successeur de Passement.
-On peut graduer de la même manière des tubes de cristal pour le
-mercure: on les divise alors de pouce en pouce & même de dixièmes
-de pouce en dixièmes de pouce. La bouteille qui sert de jauge doit
-contenir juste 8 onces 6 gros 25 grains de mercure; c'est le poids
-équivalent à un pouce cubique.
-
-Cette manière de déterminer les volumes d'air, au moyen d'une cloche
-graduée, comme on vient de l'exposer, a l'avantage de n'exiger aucune
-correction pour la différence de hauteur qui existe entre le niveau
-de l'eau dans l'intérieur de la cloche, & celui de l'eau de la cuve:
-mais il ne dispense pas des corrections relatives à la hauteur du
-baromètre & du thermomètre. Lorsqu'on détermine au contraire le volume
-de l'air par le poids de l'eau contenue jusqu'aux marques EF, on a une
-correction de plus à faire pour la différence des niveaux du fluide
-en-dedans & en-dehors de la cloche, comme je l'expliquerai dans le §. V
-de ce chapitre.
-
-
-§. IV.
-
-_De la manière de séparer les unes des autres les différentes espèces
-de Gaz._
-
-On n'a présenté dans le paragraphe précédent qu'un cas des plus
-simples, celui où l'on se propose de déterminer le volume d'un gaz pur
-non absorbable par l'eau: les expériences conduisent ordinairement à
-des résultats plus compliqués, & il n'est pas rare d'obtenir à la fois
-trois ou quatre espèces de gaz différentes. Je vais essayer de donner
-une idée de la manière dont on parvient à les séparer.
-
-Je suppose que j'aye sous la cloche A, _pl. IV, fig. 3_, une quantité
-AEF de différens gaz, mêlés ensemble & contenus par du mercure: on
-doit commencer par marquer exactement avec des bandes de papier, comme
-je l'ai prescrit dans le paragraphe précédent, la hauteur du mercure:
-on fait ensuite passer sous la cloche une très-petite quantité d'eau,
-d'un pouce cubique, par exemple: si le mêlange de gaz contient du gaz
-acide muriatique ou du gaz acide sulfureux, il y aura sur-le-champ
-une absorption très-considérable, parce que c'est une propriété de
-ces gaz d'être absorbés en grande quantité par l'eau, sur-tout le
-gaz acide muriatique. Si le pouce cube d'eau qui a été introduit ne
-produit qu'une très-légère absorption & à peine égale à son volume, on
-en conclura que le mêlange ne contient ni gaz acide muriatique, ni gaz
-acide sulfureux, ni même de gaz ammoniaque; mais on commencera dès-lors
-à soupçonner qu'il est mêlangé de gaz acide carbonique, parce qu'en
-effet l'eau n'absorbe de ce gaz qu'un volume à peu près égal au sien.
-Pour vérifier ce soupçon, on introduira sous la cloche de l'alkali
-caustique en liqueur: s'il y a du gaz acide carbonique, on observera
-une absorption lente & qui durera plusieurs heures; l'acide carbonique
-se combinera avec l'alkali caustique ou potasse, & ce qui restera
-ensuite n'en contiendra pas sensiblement.
-
-On n'oubliera pas à la suite de chaque expérience de coller des marques
-de papier sur la cloche, à l'endroit où répondra la surface du mercure,
-& de les vernir dès qu'elles seront sèches, afin qu'on puisse plonger
-la cloche dans l'eau sans risquer de les décoller. Il sera également
-nécessaire de tenir note de la différence de niveau entre le mercure de
-la cloche & celui de la cuve, ainsi que de la hauteur du baromètre & du
-degré du thermomètre.
-
-Lorsqu'on aura ainsi absorbé par l'eau & par la potasse tous les gaz
-qui en sont susceptibles, on fera passer de l'eau sous la cloche pour
-en déplacer tout le mercure; on couvrira, comme je l'ai prescrit dans
-le paragraphe précédent, le mercure de la cuve d'environ deux pouces
-d'eau; puis passant par-dessous la cloche une assiète plate, on la
-transportera sur la cuve pneumato-chimique à l'eau: là on déterminera
-la quantité d'air ou de gaz restant, en la faisant passer dans une
-cloche graduée. Cela fait, on en prendra différens essais dans de
-petites jarres, & par des expériences préliminaires on cherchera à
-reconnoître quels sont à peu près les gaz auxquels on a affaire. On
-introduira par exemple dans une des petites jarres remplie de ce gaz
-une bougie allumée, comme on le voit représenté _planche V, fig. 8_.
-Si la bougie ne s'y éteint pas, on en conclura qu'il contient du gaz
-oxygène, & même, suivant que la flamme de la bougie sera plus ou moins
-éclatante, on pourra juger s'il en contient plus ou moins que l'air de
-l'atmosphère. Dans le cas au contraire où la bougie s'y éteindroit,
-on auroit une forte raison de présumer que ce résidu est, pour la
-plus grande partie, du gaz azote. Si à l'approche de la bougie le gaz
-s'enflamme & brûle paisiblement à la surface avec une flamme de couleur
-blanche, on en conclura que c'est du gaz hydrogène pur; si elle est
-bleue, on aura lieu d'en conclure que ce gaz est carboné: enfin s'il
-brûle avec bruit & détonation, c'est un mêlange de gaz oxygène & de gaz
-hydrogène.
-
-On peut encore mêler une portion du même gaz avec du gaz oxygène; s'il
-y a vapeurs rouges & absorption, on en conclura qu'il contient du gaz
-nitreux.
-
-Ces connoissances préliminaires donnent bien une idée de la qualité
-du gaz & de la nature du mêlange; mais elles ne suffisent pas pour
-déterminer les proportions & les quantités. Il faut alors avoir recours
-à toutes les ressources de l'analyse, & c'est beaucoup que de savoir
-à peu près dans quel sens il faut diriger ses efforts. Je suppose que
-l'on ait reconnu que le résidu sur lequel on opère soit un mêlange de
-gaz azote & de gaz oxygène: pour en reconnoître la proportion, on en
-fait passer une quantité déterminée, 100 parties par exemple, dans un
-tube gradué de 10 à 12 lignes de diamètre: on y introduit du sulfure
-de potasse dissous dans l'eau, & on laisse le gaz en contact avec cette
-liqueur; elle absorbe tout le gaz oxygène, & au bout de quelques jours
-il ne reste que du gaz azote.
-
-Si au contraire on a reconnu qu'on avoit affaire à du gaz hydrogène, on
-en fait passer une quantité déterminée dans un eudiomètre de Volta; on
-y joint une première portion de gaz oxygène, qu'on fait détoner avec
-lui par l'étincelle électrique: on ajoute une seconde portion du même
-gaz oxygène, & on fait détoner de nouveau, & ainsi jusqu'à ce qu'on ait
-obtenu la plus grande diminution possible de volume. Il se forme, comme
-on sait, dans cette détonation, de l'eau qui est absorbée sur-le-champ;
-mais si le gaz hydrogène contenoit du carbone, il se forme en même
-tems de l'acide carbonique qui ne s'absorbe pas aussi promptement, &
-dont on peut reconnoître la quantité en facilitant son absorption par
-l'agitation de l'eau.
-
-Enfin si on a du gaz nitreux, on peut encore en déterminer la quantité,
-du moins à peu près, par une addition de gaz oxygène, & d'après la
-diminution du volume qui en résulte.
-
-Je m'en tiendrai à ces exemples généraux qui suffisent pour donner une
-idée de ce genre d'opérations. Un volume entier ne suffiroit pas,
-si l'on vouloit prévoir tous les cas. L'analyse des gaz est un art
-avec lequel il faut se familiariser; mais comme ils ont la plupart de
-l'affinité les uns avec les autres, il faut avouer qu'on n'est pas
-toujours sûr de les avoir complètement séparés. C'est alors qu'il faut
-changer de marche & de route, refaire d'autres expériences sous une
-autre forme, introduire quelque nouvel agent dans la combinaison, en
-écarter d'autres, jusqu'à ce qu'on soit sûr d'avoir saisi la vérité.
-
-
-§. V.
-
-_Des corrections à faire au volume des Gaz obtenus dans les
-expériences, relativement à la pression de l'atmosphère._
-
-C'est une vérité donnée par l'expérience, que les fluides élastiques en
-général sont compressibles en raison des poids dont ils sont chargés.
-Il est possible que cette loi souffre quelqu'altération aux approches
-du degré de compression qui seroit suffisant pour les réduire à l'état
-liquide, & de même à un degré de dilatation ou de compression extrême:
-mais nous ne sommes pas près de ces limites pour la plupart des gaz que
-nous soumettons à des expériences.
-
-Quand je dis que les fluides élastiques sont compressibles en raison
-des poids dont ils sont chargés, voici comme il faut entendre cette
-proposition.
-
-Tout le monde sait ce que c'est qu'un baromètre. C'est, à proprement
-parler, un siphon ABCD, _pl. XII, fig. 16_, plein de mercure dans
-la branche AB, plein d'air dans la branche BCD. Si l'on suppose
-mentalement cette branche BCD prolongée indéfiniment jusqu'au haut de
-notre atmosphère, on verra clairement que le baromètre n'est autre
-chose qu'une sorte de balance, un instrument dans lequel on met une
-colonne de mercure en équilibre avec une colonne d'air. Mais il est
-facile de s'appercevoir que, pour que cet effet ait lieu, il est
-parfaitement inutile de prolonger la branche BCD à une aussi grande
-hauteur, & que comme le baromètre est plongé dans l'air, la colonne
-AB de mercure sera également en équilibre avec une colonne de même
-diamètre d'air de l'atmosphère, quoique la branche du siphon BCD soit
-coupée en C & qu'on en retranche la partie CD.
-
-La hauteur moyenne d'une colonne de mercure capable de faire équilibre
-avec le poids d'une colonne d'air prise depuis le haut de l'atmosphère
-jusqu'à la surface de la terre, est de 28 pouces de mercure, du moins
-à Paris & même dans les quartiers bas de la ville: ce qui signifie
-en d'autres termes que l'air à la surface de la terre à Paris, est
-communément pressé par un poids égal à celui d'une colonne de mercure
-de 28 pouces de hauteur. C'est ce que j'ai voulu exprimer dans cet
-Ouvrage, lorsque j'ai dit en parlant des différens gaz, par exemple du
-gaz oxygène, qu'il pesoit 1 once 4 gros le pied cube, sous une pression
-de 28 pouces. La hauteur de cette colonne de mercure diminue à mesure
-que l'on s'élève & qu'on s'éloigne de la surface de la terre, ou,
-pour parler plus rigoureusement, de la ligne de niveau formée par la
-surface de la mer; parce qu'il n'y a que la colonne d'air supérieure
-au baromètre qui fasse équilibre avec le mercure, & que la pression de
-toute la quantité d'air qui est au-dessous du niveau où il est placé,
-est nulle par rapport à lui.
-
-Mais, suivant quelle loi le baromètre baisse-t-il à mesure que l'on
-s'élève; ou, ce qui revient au même, quelle est la loi suivant laquelle
-les différentes couches de l'atmosphère décroissent de densité? C'est
-ce qui a beaucoup exercé la sagacité des Physiciens du dernier siècle.
-L'expérience suivante a d'abord jetté beaucoup de lumière sur cet objet.
-
-Si l'on prend un siphon de verre ABCDE, _planche XII, fig. 17_,
-fermé en E & ouvert en A, & qu'on y introduise quelques gouttes de
-mercure pour intercepter la communication entre la branche AB & la
-branche BE, il est clair que l'air contenu dans la branche BCDE sera
-pressé, comme tout l'air environnant par une colonne égale au poids
-de 28 pouces de mercure. Mais si on verse du mercure dans la branche
-AB, jusqu'à 28 pouces de hauteur, il est clair que l'air de la branche
-BCDE sera pressé par un poids égal à deux fois 28 pouces de mercure;
-or l'expérience a démontré qu'alors au lieu d'occuper le volume total
-BE, il n'occupera plus que celui CE qui en est précisément la moitié.
-Si à cette première colonne de 28 pouces de mercure, on en ajoute deux
-autres également de 28 pouces dans la branche AC, l'air de la branche
-BCDE sera comprimé par quatre colonnes chacune égale au poids de 28
-pouces de mercure, & il n'occupera plus que l'espace DE, c'est-à-dire,
-le quart du volume qu'il occupoit au commencement de l'expérience.
-De ces résultats qu'on peut varier d'une infinité de manières, on en
-a déduit cette loi générale qui paroît applicable à tous les fluides
-élastiques, que leur volume décroît proportionnellement aux poids dont
-ils sont chargés; ce qui peut aussi s'énoncer en ces termes, que _le
-volume de tout fluide élastique est en raison inverse des poids dont
-il est comprimé_. Les expériences faites pour la mesure des hautes
-montagnes ont pleinement confirmé l'exactitude de ces résultats, &
-en supposant qu'ils s'écartent de la vérité, les différences sont
-si excessivement petites qu'elles peuvent être regardées comme
-rigoureusement nulles dans les expériences chimiques.
-
-Cette loi de la compression des fluides élastiques une fois bien
-entendue, il est aisé d'en faire l'application aux corrections
-qu'il est indispensable de faire au volume des airs ou gaz dans les
-expériences pneumato-chimiques. Ces corrections sont de deux genres;
-les unes relatives à la variation du baromètre, les autres relatives à
-la colonne d'eau ou de mercure contenus dans les cloches. Je vais faire
-en sorte de me rendre intelligible par des exemples: je commencerai par
-le cas le plus simple.
-
-Je suppose qu'on ait obtenu 100 pouces de gaz oxygène à 10 degrés
-de température, le baromètre marquant 28 pouces 6 lignes. On peut
-demander deux choses; la première quel est le volume que les 100 pouces
-occuperoient sous une pression de 28 pouces, au lieu de 28 pouces 6
-lignes; la seconde quel est le poids des 100 pouces de gaz obtenus?
-
-Pour répondre à ces deux questions, on nommera _x_ le nombre de
-pouces cubiques qu'occuperoient les 100 pouces de gaz oxygène, à la
-pression de 28 pouces; & puisque les volumes sont en raison inverse
-des poids comprimans, on aura 100, pouces : x :: 1/285 : 1/280; d'où
-l'on déduit aisément x = 101,786 pouces. C'est-à-dire, que le même air
-qui n'occupoit qu'un espace de 100 pouces cubiques, sous une pression
-de 28 pouces 6 lignes de mercure, en occuperoit un de 101,786 pouces,
-à la pression de 28. Il n'est pas plus difficile de conclure le poids
-des mêmes 100 pouces d'air, sous une pression de 28 pouces 6 lignes.
-Car puisqu'ils répondent à 101,786 pouces, à la pression de 28 pouces,
-& qu'à cette pression & à 10 degrés du thermomètre, le pouce cube
-de gaz oxygène pèse un demi-grain; il s'en suit évidemment que les
-100 pouces, sous une pression de 28 pouces 6 lignes, pèsent 50,893
-grains. On auroit pu arriver directement à cette conséquence par le
-raisonnement qui suit: puisque les volumes de l'air, & en général
-d'un fluide élastique quelconque, sont en raison inverse des poids
-qui le compriment, il en résulte par une conséquence nécessaire que
-la pesanteur de ce même air doit croître proportionnellement au poids
-comprimant. Si donc, 100 pouces cubiques de gaz oxygène pèsent 50
-grains, à la pression de 28 pouces, combien peseront-ils à la pression
-de 28,5 pouces, on aura alors cette proportion, 28 : 50 :: 28,5 : x;
-d'où l'on conclura également x = 50,893 grains.
-
-Je passe à un cas un peu plus compliqué. Je suppose que la cloche A,
-_planche XII, fig. 18_, contienne un gaz quelconque dans sa partie
-supérieure ACD; que le reste de cette même cloche soit rempli de
-mercure au-dessous de CD, & que le tout soit plongé dans un bassin
-GHIK contenant du mercure jusqu'en EF. Enfin, je suppose encore que
-la différence CE de la hauteur du mercure dans la cloche & dans le
-bassin soit de 6 pouces, & que la hauteur du baromètre soit de 27
-pouces 6 lignes. Il est clair que d'après ces données, l'air contenu
-dans la capacité ACD est pressé par le poids de l'atmosphère, diminué
-du poids de la colonne de mercure CE. La force qui le presse est donc
-égale à 27,5 pouces - 6, pouces = 21,5 pouces. Cet air est donc moins
-pressé que ne l'est l'air de l'atmosphère à la hauteur moyenne du
-baromètre: il occupe donc plus d'espace qu'il n'en devroit occuper,
-& la différence est précisément proportionnelle à la différence des
-poids qui le compriment. Si donc après avoir mesuré l'espace ABC,
-on l'a trouvé, par exemple, de 120 pouces cubiques, il faudra pour
-ramener le volume du gaz à celui qu'il occuperoit, à une pression de 28
-pouces, faire la proportion suivante: 120 pouces est au volume cherché
-que j'appellerai _x_, comme 1/21,5 est à 1/28; d'où l'on déduira x =
-(120×21,5)/28 = 92,143 pouces.
-
-On a le choix dans ces sortes de calculs, ou de réduire en lignes la
-hauteur du baromètre, ainsi que la différence du niveau du mercure
-en-dedans & en-dehors de la cloche, ou de l'exprimer en fractions
-décimales de pouces. Je préfère ce dernier parti, qui rend le calcul
-plus court & plus facile. On ne doit point négliger les méthodes
-d'abréviations pour les opérations qui se répètent souvent: j'ai joint
-en conséquence à la suite de cette troisième partie, sous le Nº. IV,
-une table qui exprime les fractions décimales de pouces correspondantes
-aux lignes & fractions de lignes. Rien ne sera plus aisé, d'après cette
-table, que de réduire en fractions décimales de pouces les hauteurs du
-mercure qu'on aura observées en lignes.
-
-On a des corrections semblables à faire lorsqu'on opère dans l'appareil
-pneumato-chimique à l'eau. Il faut également, pour obtenir des
-résultats rigoureux, tenir compte de la différence de hauteur de
-l'eau en-dehors & en-dedans de la cloche. Mais, comme c'est en pouces
-& lignes du baromètre, & par conséquent en pouces & lignes de mercure,
-que s'exprime la pression de l'atmosphère, & qu'on ne peut additionner
-ensemble que des quantités homogènes, on est obligé de réduire les
-différences de niveau exprimées en pouces & lignes d'eau, en une
-hauteur équivalente de mercure. On part, pour cette conversion, de
-cette donnée, que le mercure est 13,5681 fois aussi pesant que l'eau.
-On trouve à la fin de cet Ouvrage sous le Nº. V, une table à l'aide de
-laquelle on peut faire promptement et facilement cette réduction.
-
-
-§. VI.
-
-_Des Corrections relatives aux différens degrés du Thermomètre._
-
-De même que pour avoir le poids de l'air & des gaz il est nécessaire
-de les réduire à une pression constante, telle que celle de 28
-pouces de mercure; de même aussi il est nécessaire de les réduire à
-une température déterminée: car puisque les fluides élastiques sont
-susceptibles de se dilater par la chaleur & de se condenser par le
-froid, il en résulte nécessairement qu'ils changent de densité, & que
-leur pesanteur n'est plus la même sous un volume donné. La température
-de 10 degrés étant moyenne entre les chaleurs de l'été & les froids de
-l'hiver, cette température étant celle des souterrains, & celle en même
-tems dont il est le plus facile de se rapprocher dans presque toutes
-les saisons de l'année, c'est celle que j'ai choisie pour y ramener les
-airs ou gaz.
-
-M. de Luc a trouvé que l'air de l'atmosphère augmentoit de 1/215 de
-son volume par chaque degré du thermomètre à mercure divisé en 81
-degrés de la glace à l'eau bouillante; ce qui donne pour un degré du
-thermomètre à mercure divisé en 80 parties, 1/211. Les expériences de
-M. Monge sembleroient annoncer que le gaz hydrogène est susceptible
-d'une dilatation un peu plus forte; il l'a trouvée de 1/180. A l'égard
-de la dilatation des autres gaz, nous n'avons pas encore d'expériences
-très-exactes; celles du moins qui existent n'ont pas été publiées. Il
-paroît cependant, à en juger par les tentatives que l'on connoît, que
-leur dilatabilité s'éloigne peu de celle de l'air commun. Je crois
-donc pouvoir supposer que l'air de l'atmosphère se dilate de 1/210 par
-chaque degré du thermomètre, & le gaz hydrogène de 1/190: mais comme
-il reste quelque incertitude sur ces déterminations, il faut, autant
-qu'il est possible, n'opérer qu'à une température peu éloignée de 10
-degrés. Les erreurs qu'on peut alors commettre dans des corrections
-relatives au degré du thermomètre, ne sont d'aucune conséquence.
-
-Le calcul à faire pour ces corrections est extrêmement facile; il
-consiste à diviser le volume de l'air obtenu par 210, & à multiplier
-le nombre trouvé par celui des degrés du thermomètre supérieur ou
-inférieur à 10 degrés. Cette correction est négative au-dessus de dix
-degrés, & additive au-dessous. Le résultat qu'on obtient est le volume
-réel de l'air à la température de 10 degrés.
-
-On abrège & on facilite beaucoup tous ces calculs, en employant des
-tables de logarithmes.
-
-
-§. VII.
-
-_Modèle de calcul pour les Corrections relatives au degré de pression &
-de température._
-
-Maintenant que j'ai indiqué la manière de déterminer le volume des
-airs ou gaz & de faire à ce volume les corrections relatives à la
-pression & à la température, il me reste à donner un exemple pris dans
-un cas compliqué, afin de mieux faire sentir l'usage des tables qui se
-trouvent à la fin de cet Ouvrage.
-
-_Exemple._
-
-On a renfermé dans une cloche A, _pl. IV, fig. 3_, une quantité d'air
-AEF, qui s'est trouvée occuper un volume de 353 pouces cubiques. Cet
-air étoit contenu par de l'eau, & la hauteur EL de la colonne d'eau
-dans l'intérieur de la cloche étoit de 4 pouces & demi au-dessus du
-niveau de celle de la cuve; enfin le baromètre étoit à 27 pouces 9
-lignes & demie, & le thermomètre à 15 degrés.
-
-On a brûlé dans cet air une substance quelconque, telle que du
-phosphore, dont le résultat est l'acide phosphorique qui, loin d'être
-dans l'état de gaz, est au contraire dans l'état concret. L'air restant
-après la combustion occupoit un volume de 295 pouces; la hauteur
-de l'eau dans l'intérieur de la cloche étoit de 7 pouces au-dessus
-de celle de la cuve, le baromètre à 27 pouces 9 lignes 1/4, & le
-thermomètre à 16 degrés.
-
-Il est question, d'après ces données, de déterminer quel est le volume
-de l'air avant & après la combustion, & d'en conclure le volume de la
-partie qui a été absorbée.
-
-_Calcul avant la combustion._
-
-L'air contenu dans la cloche occupoit un volume de 353 pouces.
-
- Mais il n'étoit pressé que par une colonne pouces
- de 27 pouces 9 lignes 1/2, ou en fractions décimales
- de pouces (_voyez_ table, Nº. IV.) de 27,79167
-
- Sur quoi il y a encore à déduire la différence de
- niveau de 4 pouces 1/2 d'eau; ce qui répond
- en mercure (_voyez_ la table, Nº. V.) à 0,33166
- --------
- La pression réelle dont cet air étoit chargé,
- n'étoit donc que de 27,46001
- --------
-
-Le volume des fluides élastiques diminuant en général en raison inverse
-des poids qui les compriment, il est clair, d'après ce que nous avons
-dit plus haut, que pour avoir le volume des 353 pouces sous une
-pression de 28 pouces, il faudra dire:
-
- 353 pouces : x :: 1/27,46001 : 1/28
-
-D'où l'on conclura:
-
-x = (353 x 27,46001)/28 = 346,192 pouces. C'est le volume qu'auroit
-occupé ce même air sous une pression de vingt-huit pouces. Le 210e de
-ce volume égale 1,650 pouce; ce qui donné pour les 5 degrés supérieurs
-au dixième degré du thermomètre, 8,255 pouces; & comme cette correction
-est soustractive, on en conclura que le volume de l'air, toute
-correction faite, étoit avant la combustion de 337,942 pouces.
-
-_Calcul après la combustion._
-
-En faisant le même calcul sur le volume de l'air après la combustion,
-on trouvera que la pression étoit alors de 27,77083 pouces - 0,51593
-pouces = 27,25490 pouces. Ainsi, pour avoir le volume de l'air à 28
-pouces de pression, il faudra multiplier 295 pouces, volume trouvé
-après la combustion, par 27,25490 pouces, & le diviser par 28; ce qui
-donnera pour le volume corrigé, 287,150 pouces.
-
-Le 210e de ce volume est 1,368 pouce, qui, multiplié par six degrés,
-donne pour correction négative de la température, 8,208 pouces.
-
-D'où il résulte que le volume de l'air, toutes corrections faites,
-étoit après la combustion de 278,942 pouces.
-
-_Résultat._
-
- pouces
- Le volume, toutes corrections faites, avant
- la combustion étoit de 337,942
-
- Il étoit après la combustion de 278,942
- -------
- Donc quantité d'air absorbée par la combustion
- du phosphore 59,000
- -------
-
-
-§. VIII.
-
-_De la manière de déterminer le poids absolu des différens Gaz._
-
-Dans tout ce que je viens d'exposer sur la manière de mesurer le volume
-des gaz & d'y faire les corrections relatives au degré de pression & de
-température, j'ai supposé qu'on en connoissoit la pesanteur spécifique,
-& qu'on pouvoit en conclure leur poids absolu: il me reste à donner une
-idée des moyens par lesquels on peut parvenir à cette connoissance.
-
-On a un grand ballon A, _planc. V, fig. 10_, dont la capacité doit être
-d'un demi-pied cube, c'est-à-dire, de 17 à 18 pintes au moins; on y
-mastique une virole de cuivre _bcde_ à laquelle s'adapte à vis en _de_,
-une platine à laquelle tient un robinet _fg_. Enfin le tout se visse,
-au moyen d'un double écrou représenté, _figure 12_, sur une cloche BCD
-dont la capacité doit être de quelques pintes plus grande que celle du
-ballon. Cette cloche est ouverte par le haut, & la tubulure est garnie
-d'une virole de cuivre _hi_, & d'un robinet _lm_; un de ces robinets
-est représenté séparément, _figure 11_.
-
-La première opération à faire est de déterminer la capacité de ce
-ballon; on y parvient en l'emplissant d'eau, & en le pesant pour en
-connoître la quantité. Ensuite on vuide l'eau, & on sèche le ballon en
-y introduisant un linge par l'ouverture _de_; les derniers vestiges
-d'humidité disparoissent d'ailleurs, lorsqu'on a fait une ou deux fois
-le vuide dans le ballon.
-
-Quand on veut déterminer la pesanteur d'un gaz, on visse le ballon
-A sur la platine de la machine pneumatique, au-dessous du robinet
-_fg_. On ouvre ce même robinet, & on fait le vuide du mieux qu'il est
-possible ayant grand soin d'observer la hauteur à laquelle descend le
-baromètre d'épreuve. Le vuide fait, on referme le robinet, on pèse le
-ballon avec une scrupuleuse exactitude, après quoi on le revisse sur la
-cloche BCD, qu'on suppose placée sur la tablette de la cuve ABCD, _même
-planche, fig. 1_. On fait passer dans cette cloche le gaz qu'on veut
-peser; puis ouvrant le robinet _fg_ & le robinet _lm_, le gaz contenu
-dans la cloche passe dans le ballon A: en même tems l'eau remonte dans
-la cloche BCD. Il est nécessaire, si l'on veut éviter une correction
-embarrassante, d'enfoncer la cloche dans la cuve jusqu'à ce que le
-niveau de l'eau extérieure concoure avec celui de l'eau contenue dans
-l'intérieur de la cloche. Alors on ferme les robinets, on dévisse le
-ballon & on le repèse. Le poids, déduction faite de celui du ballon
-vuide, donne la pesanteur du volume d'air ou de gaz qu'il contient.
-En multipliant ce poids par 1728 pouces, & divisant le produit par un
-nombre de pouces cubes égal à la capacité du ballon, on a le poids du
-pied cube du gaz mis en expérience.
-
-Il est nécessaire de tenir compte dans ces déterminations de la hauteur
-du baromètre & du degré du thermomètre; après quoi rien n'est plus aisé
-que de ramener le poids du pied cube qu'on a trouvé à celui qu'auroit
-eu le même gaz à 28 pouces de pression & à 10 degrés du thermomètre.
-J'ai donné dans le paragraphe précédent le détail des calculs qu'exige
-cette opération.
-
-Il ne faut pas négliger non plus de tenir compte de la petite portion
-d'air restée dans le ballon, quand on a fait le vuide; portion qu'il
-est facile d'évaluer, d'après la hauteur à laquelle s'est soutenu le
-baromètre d'épreuve. Si cette hauteur étoit, par exemple, d'un centième
-de la hauteur totale du baromètre, il en faudroit conclure qu'il est
-resté un centième d'air dans le ballon, & le volume du gaz qui y avoit
-été introduit ne seroit plus que des 99/100 du volume total du ballon.
-
-
-
-
-CHAPITRE III.
-
-_Des Appareils relatifs à la mesure du Calorique._
-
-_Description du Calorimètre._
-
-
-L'Appareil dont je vais essayer de donner une idée a été décrit dans un
-mémoire que nous avons publié M. de la Place & moi dans le recueil de
-l'Académie, année 1780, page 355. C'est de ce mémoire que sera extrait
-tout ce que contient cet article.
-
-Si après avoir refroidi un corps quelconque à zéro du thermomètre, on
-l'expose dans une atmosphère, dont la température soit de 25 degrés
-au-dessus du terme de la congélation, il s'échauffera insensiblement
-depuis sa surface jusqu'à son centre, & se rapprochera peu-à-peu de la
-température de 25 degrés qui est celle du fluide environnant.
-
-Il n'en sera pas de même d'une masse de glace qu'on auroit placée dans
-la même atmosphère: elle ne se rapprochera nullement de la température
-de l'air ambiant, mais elle restera constamment à zéro de température,
-c'est-à-dire, à la glace fondante, & ce, jusqu'à ce que le dernier
-atôme de glace soit fondu.
-
-La raison de ce phénomène est facile à concevoir: il faut pour fondre
-de la glace, & pour la convertir en eau, qu'il s'y combine une certaine
-proportion de calorique. En conséquence, tout le calorique des corps
-environnans s'arrête à la surface de la glace où il est employé à la
-fondre: cette première couche fondue, la nouvelle quantité de calorique
-qui survient en fond une seconde, & elle se combine également avec
-elle pour la convertir en eau, & ainsi successivement de surfaces en
-surfaces, jusqu'au dernier atôme de glace qui sera encore à zéro du
-thermomètre, parce que le calorique n'aura pas encore pu y pénétrer.
-
-Que l'on imagine d'après cela une sphère de glace creuse, à la
-température de zéro degré du thermomètre; que l'on place cette sphère
-de glace dans une atmosphère, dont la température soit, par exemple,
-de 10 degrés au-dessus de la congélation, & qu'on place dans son
-intérieur un corps échauffé d'un nombre de degrés quelconques: il suit
-de ce qu'on vient d'exposer deux conséquences; 1º. que la chaleur
-extérieure ne pénétrera pas dans l'intérieur de la sphère; 2º. que
-la chaleur d'un corps placé dans son intérieur ne se perdra pas non
-plus au-dehors; mais qu'elle s'arrêtera à la surface intérieure de la
-cavité, où elle sera continuellement employée à fondre de nouvelles
-couches de glace, jusqu'à ce que la température du corps soit parvenue
-à zéro du thermomètre.
-
-Si on recueille avec soin l'eau qui se sera formée dans l'intérieur
-de la sphère de glace, lorsque la température du corps placé dans
-son intérieur sera parvenue à zéro du thermomètre, son poids sera
-exactement proportionnel à la quantité de calorique que ce corps aura
-perdue, en passant de sa température primitive à celle de la glace
-fondante; car il est clair qu'une quantité double de calorique doit
-fondre une quantité double de glace; en sorte que la quantité de glace
-fondue est une mesure très-précise de la quantité de calorique employée
-à produire cet effet.
-
-On n'a considéré ce qui se passoit dans une sphère de glace que pour
-mieux faire entendre la méthode que nous avons employée dans ce genre
-d'expériences, dont la première idée appartient à M. de la Place. Il
-seroit difficile de se procurer de semblables sphères, & elles auroient
-beaucoup d'inconvéniens dans la pratique; mais nous y avons suppléé au
-moyen de l'appareil suivant, auquel je donnerai le nom de calorimètre.
-Je conviens que c'est s'exposer à une critique, jusqu'à un certain
-point fondée, que de réunir ainsi deux dénominations, l'une dérivée du
-latin, l'autre dérivée du grec; mais j'ai cru qu'en matière de science
-on pouvoit se permettre moins de pureté dans le langage, pour obtenir
-plus de clarté dans les idées; & en effet je n'aurois pu employer un
-mot composé entièrement tiré du grec, sans trop me rapprocher du nom
-d'autres instrumens connus, & qui ont un usage & un but tout différent.
-
-La figure première de la planche VI représente le calorimètre vu
-en perspective. La figure 2 de la même planche représente sa coupe
-horisontale, & la figure 3 une coupe verticale qui laisse voir tout
-son intérieur. Sa capacité est divisée en trois parties; pour mieux
-me faire entendre, je les distinguerai par les noms de _capacité
-intérieure, capacité moyenne, & capacité extérieure_. La capacité
-intérieure _ffff_, _fig. 3, pl. VI_, est formée d'un grillage de
-fil de fer, soutenu par quelques montans du même métal; c'est dans
-cette capacité que l'on place les corps soumis à l'expérience: sa
-partie supérieure LM se ferme au moyen d'un couvercle GH représenté
-séparément, _figure 4_. Il est entièrement ouvert par-dessus, & le
-dessous est formé d'un grillage de fil de fer.
-
-La capacité moyenne _bbbbb_, _figures 2 & 3_, est destinée à contenir
-la glace qui doit environner la capacité intérieure, & que doit fondre
-le calorique du corps mis en expérience: cette glace est supportée &
-retenue par une grille _mm_ sous laquelle est un tamis _nn_; l'un &
-l'autre sont représentés séparément, _figures 5 & 6_. A mesure que la
-glace est fondue par le calorique qui se dégage du corps placé dans
-la capacité intérieure, l'eau coule à travers la grille & le tamis;
-elle tombe ensuite le long du cône _ccd_, _figure 3_, & du tuyau _xy_,
-& se rassemble dans le vase F, _figure 1_, placé au-dessous de la
-machine; _u_ est un robinet au moyen duquel on peut arrêter à volonté
-l'écoulement de l'eau intérieure. Enfin la capacité extérieure _aaaaa_,
-_fig. 2 & 3_ est destinée à recevoir la glace qui doit arrêter l'effet
-de la chaleur de l'air extérieur & des corps environnans: l'eau que
-produit la fonte de cette glace, coule le long du tuyau _s_T que l'on
-peut ouvrir ou fermer au moyen du robinet _r_. Toute la machine est
-recouverte par le couvercle FF, _fig. 7_, entièrement ouvert
-dans sa partie supérieure, & fermé dans sa partie inférieure; elle est
-composée de fer-blanc peint à l'huile pour le garantir de la rouille.
-
-Pour mettre le calorimètre en expérience, on remplit de glace pilée la
-capacité moyenne _bbbbb_, & le couvercle GH de la capacité intérieure,
-la capacité extérieure _aaaa_, & le couvercle FF, _figure 7_, de toute
-la machine. On la presse fortement pour qu'il ne reste point de parties
-vuides, puis on laisse égouter la glace intérieure; après quoi on ouvre
-la machine pour y placer le corps que l'on veut mettre en expérience,
-& on la referme sur le champ. On attend que le corps soit entièrement
-refroidi, & que la glace qui a fondu soit suffisamment égoutée; ensuite
-on pèse l'eau qui s'est rassemblée dans le vase F, _fig. 1_: son poids
-est une mesure exacte de la quantité de calorique dégagée du corps,
-pendant qu'il s'est refroidi; car il est visible que ce corps est
-dans la même position qu'au centre de la sphère dont nous venons de
-parler, puisque tout le calorique qui s'en dégage est arrêté par la
-glace intérieure, & que cette glace est garantie de l'impression de
-toute autre chaleur, par la glace renfermée dans le couvercle & dans la
-capacité extérieure.
-
-Les expériences de ce genre durent quinze, dix-huit & vingt heures;
-quelquefois pour les accélérer, on place de la glace bien égoutée
-dans la capacité intérieure, & on en couvre les corps que l'on veut
-refroidir.
-
-La figure 8 représente un seau de tôle destiné à recevoir les corps sur
-lesquels on veut opérer; il est garni d'un couvercle percé dans son
-milieu, & fermé avec un bouchon de liége, traversé par le tube d'un
-petit thermomètre.
-
-La figure 9 de la même planche représente un matras de verre dont le
-bouchon est également traversé par le tube d'un petit thermomètre, dont
-la boule & une partie du tube plonge dans la liqueur; il faut se servir
-de semblables matras toutes les fois que l'on opère sur les acides, &
-en général sur les substances qui peuvent avoir quelque action sur les
-métaux.
-
-_RS_, _figure 10_, est un petit cylindre creux que l'on place au fond de
-la capacité intérieure pour soutenir les matras.
-
-Il est essentiel que dans cette machine, il n'y ait aucune
-communication entre la capacité moyenne & la capacité extérieure;
-ce que l'on éprouvera facilement en remplissant d'eau la capacité
-extérieure. S'il existoit une communication entre ces capacités, la
-glace fondue par l'atmosphère dont la chaleur agit sur l'enveloppe de
-la capacité extérieure, pourroit passer dans la capacité moyenne, &
-alors l'eau qui s'écouleroit de cette dernière capacité, ne seroit plus
-la mesure du calorique perdu par le corps mis en expérience.
-
-Lorsque la température de l'atmosphère n'est que de quelques degrés
-au-dessus de zéro, sa chaleur ne peut parvenir que très-difficilement
-jusque dans la capacité moyenne, puisqu'elle est arrêtée par la glace
-du couvercle & de la capacité extérieure; mais si la température
-extérieure étoit au-dessous de zéro, l'atmosphère pourroit refroidir la
-glace intérieure; il est donc essentiel d'opérer dans une atmosphère
-dont la température ne soit pas au-dessous de zéro: ainsi dans un tems
-de gelée, il faudra renfermer la machine dans un appartement dont on
-aura soin d'échauffer l'intérieur. Il est encore nécessaire que la
-glace dont on fait usage, ne soit pas au-dessous de zéro; si elle étoit
-dans ce cas, il faudroit la piler, l'étendre par couches fort minces,
-& la tenir ainsi pendant quelque tems dans un lieu dont la température
-fût au-dessus de zéro.
-
-La glace intérieure retient toujours une petite quantité d'eau qui
-adhère à sa surface, & l'on pourroit croire que cette eau doit
-entrer dans le résultat des expériences: mais il faut observer qu'au
-commencement de chaque expérience, la glace est déjà imbibée de
-toute la quantité d'eau qu'elle peut ainsi retenir; en sorte que si
-une petite partie de la glace fondue par le corps, reste adhérente
-à la glace intérieure, la même quantité, à très-peu près, d'eau
-primitivement adhérente à la surface de la glace, doit s'en détacher
-& couler dans le vase: car la surface de la glace intérieure change
-extrêmement peu dans l'expérience.
-
-Quelques précautions que nous ayons prises, il nous a été impossible
-d'empêcher l'air extérieur de pénétrer dans la capacité intérieure,
-lorsque la température étoit à 9 ou 10 degrés, au-dessus de la
-congélation. L'air renfermé dans cette capacité étant alors
-spécifiquement plus pesant que l'air extérieur, il s'écoule par le
-tuyau _xy_, _fig. 3_, & il est remplacé par l'air extérieur qui entre
-dans le calorimètre, & qui dépose une partie de son calorique sur la
-glace intérieure: il s'établit ainsi dans la machine un courant d'air
-d'autant plus rapide, que la température extérieure est plus élevée, ce
-qui fond continuellement une portion de la glace intérieure; on peut
-arrêter en grande partie l'effet de ce courant, en fermant le robinet;
-mais il vaut beaucoup mieux n'opérer que lorsque la température
-extérieure ne surpasse pas 3 ou 4 degrés; car nous avons observé
-qu'alors la fonte de la glace intérieure, occasionnée par l'atmosphère,
-est insensible, en sorte que nous pouvons à cette température, répondre
-de l'exactitude de nos expériences sur les chaleurs spécifiques des
-corps, à un quarantième près.
-
-Nous avons fait construire deux machines pareilles à celle que je viens
-de décrire; l'une d'elles est destinée aux expériences dans lesquelles
-il n'est pas nécessaire de renouveller l'air intérieur; l'autre machine
-sert aux expériences dans lesquelles le renouvellement de l'air est
-indispensable, telles que celles de la combustion & de la respiration:
-cette seconde machine ne differe de la première, qu'en ce que les deux
-couvercles sont percés de deux trous à travers lesquels passent deux
-petits tuyaux qui servent de communication entre l'air intérieur &
-l'air extérieur; on peut par leur moyen souffler de l'air atmosphérique
-dans l'intérieur du calorimètre pour y entretenir des combustions.
-
-Rien n'est plus simple avec cet instrument que de déterminer les
-phénomènes qui ont lieu dans les opérations où il y a dégagement,
-ou même absorption de calorique. Veut-on, par exemple, connoître ce
-qui se dégage de calorique d'un corps solide, lorsqu'il se refroidit
-d'un certain nombre de degrés? On élève sa température à 80 degrés,
-par exemple, puis on le place dans la capacité intérieure _ffff_
-du calorimètre, _figures 2 & 3, planche VI_, & on l'y laisse assez
-long-tems pour être assuré que sa température est revenue à zéro du
-thermomètre: on recueille l'eau qui a été produite par la fonte de la
-glace, pendant son refroidissement; cette quantité d'eau divisée par le
-produit de la masse du corps & du nombre de degrés dont sa température
-primitive étoit au-dessus de zéro, sera proportionnelle à ce que les
-physiciens anglois ont nommé _chaleur spécifique_.
-
-Quant aux fluides on les renferme dans des vases de matière quelconque,
-dont on a préalablement déterminé la chaleur spécifique: on opère
-ensuite de la même manière que pour les solides, en observant seulement
-de déduire de la quantité totale d'eau qui a coulé, celle due au
-refroidissement du vase qui contenoit le fluide.
-
-Veut-on connoître la quantité de calorique qui se dégage de la
-combinaison de plusieurs substances? on les amenera toutes à la
-température zéro, en les tenant un tems suffisant dans de la glace
-pilée; ensuite on en fera le mélange dans l'intérieur du calorimètre,
-dans un vase également à zéro, & on aura soin de les y conserver
-jusqu'à ce qu'elles soient revenues à la température zéro; la quantité
-d'eau recueillie sera la mesure du calorique qui se sera dégagé par
-l'effet de la combinaison.
-
-La détermination des quantités de calorique qui se dégagent dans les
-combustions & dans la respiration des animaux, n'offre pas plus de
-difficulté: on brûle les corps combustibles dans la capacité intérieure
-du calorimètre; on y laisse respirer des animaux tels que des cochons
-d'inde qui résistent assez bien au froid, & on recueille l'eau qui
-coule: mais comme le renouvellement de l'air est indispensable dans ce
-genre d'opérations, il est nécessaire de faire arriver continuellement
-de nouvel air dans l'intérieur du calorimètre par un petit tuyau
-destiné à cet objet, & de le faire ressortir par un autre tuyau: mais
-pour que l'introduction de cet air ne cause aucune erreur dans les
-résultats, on fait passer le tuyau qui doit l'amener à travers de la
-glace pilée, afin qu'il arrive dans le calorimètre, à la température
-zéro. Le tuyau de sortie de l'air doit également traverser de la
-glace pilée, mais cette dernière portion de glace doit être comprise
-dans l'intérieur de la capacité _ffff_ du calorimètre, & l'eau qui en
-découle doit faire partie de celle que l'on recueille, parce que le
-calorique que contenoit l'air avant de sortir fait partie du produit de
-l'expérience.
-
-La recherche de la quantité de calorique spécifique contenue dans
-les différens gaz, est un peu plus difficile à cause de leur peu de
-densité; car si on se contentoit de les renfermer dans des vases
-comme les autres fluides, la quantité de glace fondue seroit si
-peu considérable que le résultat de l'expérience seroit au moins
-très-incertain. Nous avons employé pour ce genre d'expériences deux
-espèces de serpentins ou tuyaux métalliques roulés en spirales.
-Le premier contenu dans un vase rempli d'eau bouillante servoit à
-échauffer l'air avant qu'il parvînt au calorimètre; le second étoit
-renfermé dans la capacité intérieure _ffff_ de cet instrument. Un
-thermomètre adapté à une des extrémités de ce dernier serpentin,
-indiquoit la chaleur de l'air ou du gaz qui entroit dans la machine;
-un thermomètre adapté à l'autre extrémité du même serpentin indiquoit
-la chaleur du gaz ou de l'air à sa sortie. Nous avons été ainsi à
-portée de déterminer ce qu'une masse quelconque de différens airs ou
-gaz fondoit de glace en se refroidissant d'un certain nombre de degrés,
-& d'en déterminer le calorique spécifique. Le même procédé, avec
-quelques précautions particulières peut être employé pour connoître la
-quantité de calorique qui se dégage dans la condensation des vapeurs de
-différens liquides.
-
-Les différentes expériences que l'on peut faire avec le calorimètre,
-ne conduisent point à des résultats absolus; elles ne donnent que
-des quantités relatives: il étoit donc question de choisir une unité
-qui pût former le premier degré d'une échelle avec laquelle on pût
-exprimer tous les autres résultats. La quantité de calorique nécessaire
-pour fondre une livre de glace, nous a fourni cette unité: or pour
-fondre une livre de glace, il faut une livre d'eau élevée à 60 degrés
-du thermomètre à mercure divisé en 80 parties, de la glace à l'eau
-bouillante; la quantité de calorique qu'exprime notre unité, est donc
-celle nécessaire pour élever l'eau de zéro à 60 degrés.
-
-Cette unité déterminée, il n'est plus question que d'exprimer en
-valeurs analogues les quantités de calorique qui se dégagent des
-différens corps, en se refroidissant, d'un certain nombre de degrés, &
-voici le calcul simple par le moyen duquel on y parvient: je l'applique
-à une de nos premières expériences.
-
-Nous avons pris des morceaux de tôle coupés par bandes & roulés, qui
-pesoient ensemble 7 livres 11 onces 2 gros 36 grains, c'est-à-dire en
-fractions décimales de livres, 7,7070319 livres. Nous avons échauffé
-cette masse dans un bain d'eau bouillante, dans laquelle elle a pris
-environ 78 degrés de chaleur; & l'ayant tirée de l'eau prestement, nous
-l'avons introduite dans la capacité intérieure du calorimètre. Au
-bout de onze heures, lorsque l'eau produite par la fonte de la glace
-intérieure a été suffisamment égoutée, la quantité s'en est trouvée de
-1 livre 1 once 5 gros 4 grains = 1,109795 livre. Maintenant je puis
-dire si le calorique dégagé de la tôle par un refroidissement de 78
-degrés, a fondu 1,109795 livre de glace, combien un refroidissement
-de 60 degrés auroit-il produit; ce qui donne 78 : 1,109795 : : 60 :
-x = 0,85369 livre. Enfin divisant cette quantité par le nombre de
-livres de tôle employée, c'est-à-dire par 7,7070319 livres, on aura
-pour la quantité de glace que pourra faire fondre une livre de tôle en
-se refroidissant de 60 degrés à zéro, 0,110770 livre. Le même calcul
-s'applique à tous les corps solides.
-
-A l'égard des fluides, tels que l'acide sulfurique, l'acide nitrique,
-&c. on les renferme dans un matras représenté _planche VI, fig. 9_. Il
-est bouché avec un bouchon de liège traversé par un thermomètre dont la
-boule plonge dans la liqueur. On place ce vaisseau dans un bain d'eau
-bouillante; & lorsque d'après le thermomètre on juge que la liqueur
-est élevée à un degré de chaleur convenable, on retire le matras & on
-le place dans le calorimètre. On fait le calcul comme ci-dessus, en
-ayant soin cependant de déduire de la quantité d'eau obtenue, celle
-que le vase de verre auroit seul produite, & qu'il est en conséquence
-nécessaire d'avoir déterminé par une expérience préalable. Je ne donne
-point ici le tableau des résultats que nous avons obtenus, parce qu'il
-n'est pas encore assez complet, & que différentes circonstances ont
-suspendu la suite de ce travail. Nous ne le perdons cependant pas de
-vue, & il n'y a point d'hiver que nous ne nous en soyons plus ou moins
-occupés.
-
-
-
-
-CHAPITRE IV.
-
-_Des opérations purement mécaniques qui ont pour objet de diviser les
-corps._
-
-
-§. PREMIER.
-
-_De la Trituration, de la Porphirisation, & de la Pulvérisation._
-
-La trituration, la porphirisation & la pulvérisation ne sont, à
-proprement parler, que des opérations mécaniques préliminaires, dont
-l'objet est de diviser, de séparer les molécules des corps, & de les
-réduire en particules très-fines. Mais quelque loin qu'on puisse
-porter ces opérations, elles ne peuvent jamais résoudre un corps en
-ses molécules primitives & élémentaires: elles ne rompent pas même, à
-proprement parler, son aggrégation; en sorte que chaque molécule après
-la trituration & la porphirisation, forme encore un tout semblable
-à la masse originaire qu'on avoit eu pour objet de diviser, à la
-différence des opérations vraiment chimiques, telles, par exemple, que
-la dissolution qui détruit l'aggrégation du corps, & écarte les unes
-des autres les molécules constitutives & intégrantes qui le composent.
-
-Toutes les fois qu'il est question de diviser des corps fragiles &
-cassans, on se sert pour cette opération de mortiers & de pilons,
-_figures 1, 2, 3, 4 & 5, planche I_. Ces mortiers sont ou de fonte de
-cuivre & de fer comme celui représenté, _figure 1_; ou de marbre & de
-granit, comme celui représenté, _figure 2_; ou de bois de gayac, comme
-celui représenté, _figure 3_; ou de verre, comme celui représenté,
-_figure 4_; ou d'agathe, comme celui représenté, _figure 5_: enfin
-on en fait aussi de porcelaine, comme celui représenté, _figure 6_.
-Les pilons dont on se sert pour triturer les corps sont aussi de
-différentes matières. Ils sont de fer ou de cuivre forgé, comme dans la
-figure première, de bois, comme dans les figures 2 & 3; enfin de verre,
-de porcelaine ou d'agathe, suivant la nature des objets qu'on veut
-triturer. Il est nécessaire d'avoir dans un laboratoire, un assortiment
-de ces instrumens de différente grandeur. Les mortiers de porcelaine, &
-sur-tout ceux de verre, ne peuvent pas être employés à la trituration
-proprement dite, & ils seroient bientôt en pièces si on frappoit
-dedans, sans précaution, à coups redoublés. C'est en tournant le pilon
-dans le mortier, en froissant avec adresse & dextérité les molécules
-entre le pilon & les parois du mortier qu'on parvient à opérer la
-division.
-
-La forme des mortiers n'est point indifférente; le fond en doit être
-arrondi, & l'inclinaison des parois latérales doit être telle que les
-matières en poudre retombent d'elles-mêmes quand on relève le pilon:
-un mortier trop plat seroit donc défectueux, la matière ne retomberoit
-& ne se retourneroit pas. Des parois trop inclinées présenteroient un
-autre inconvénient, elles rameneroient une trop grande quantité de la
-matière à pulvériser sous le pilon, elle ne seroit plus alors froissée
-& serrée entre deux corps durs, & la trop grande épaisseur interposée
-nuiroit à la pulvérisation.
-
-Par une suite du même principe, il ne faut pas mettre dans le mortier
-une trop grande quantité de matière; il faut sur-tout, autant qu'on
-le peut, se débarrasser de tems en tems des molécules qui sont déjà
-pulvérisées, & c'est ce qu'on opère par le tamisage, autre opération
-dont il va être bientôt question. Sans cette précaution on employeroit
-une force inutile, & on perdroit du tems à diviser davantage ce qui
-l'étoit suffisamment, tandis qu'on n'acheveroit pas de pulvériser ce
-qui ne l'est pas assez. En effet, la portion de matière divisée nuit à
-la trituration de celle qui ne l'est pas; elle s'interpose entre le
-pilon & le mortier, & amortit l'effet du coup.
-
-La porphirisation a reçu sa dénomination du nom de la matière sur
-laquelle elle s'opère. Le plus communément on a une table plate de
-porphire ou d'une autre pierre du même degré de dureté ABCD, _planche
-I, fig. 7_, sur laquelle on étend la matière qu'on se propose de
-diviser; on la froisse ensuite & on la broye en promenant sur le
-porphire une molette M, d'une pierre du même degré de dureté. La partie
-de la molette qui porte sur le porphire, ne doit pas être parfaitement
-plane: sa surface doit être une portion de sphère d'un très-grand
-rayon; autrement quand on promeneroit la molette sur le porphire, la
-matière se rangeroit tout autour du cercle qu'elle auroit décrit,
-sans qu'aucune portion s'engageât entre deux, & il n'y auroit pas de
-porphirisation. On est par la même raison obligé de faire retailler de
-tems en tems les molettes, qui tendent à devenir planes, à mesure qu'on
-s'en sert. L'effet de la molette étant d'écarter continuellement la
-matière & de la porter vers les extrêmités de la table de porphire, on
-est obligé de la ramener souvent & de l'accumuler au centre: on se sert
-à cet effet d'un couteau de fer, de corne ou d'ivoire, dont la lame
-doit être très-mince.
-
-Dans les travaux en grand on préfère, pour opérer le broyement, l'usage
-de grandes meules de pierres dures qui tournent l'une sur l'autre, ou
-bien d'une meule verticale qui roule sur une meule horisontale. Dans
-tous ces cas, on est souvent obligé d'humecter légèrement la matière,
-dans la crainte qu'elle ne s'élève en poussière.
-
-Ces trois manières de réduire les corps en poudre, ne conviennent pas
-à toutes les matières: il en est qu'on ne peut parvenir à diviser,
-ni au pilon, ni au porphire, ni à la meule; telles sont les matières
-très-fibreuses, comme le bois; telles sont celles qui ont une sorte
-de ténacité & d'élasticité, comme la corne des animaux, la gomme
-élastique, &c. tels sont enfin les métaux ductiles & malléables, qui
-s'applatissent sous le pilon au lieu de s'y réduire en poudre.
-
-On se sert pour les bois de grosses limes connues sous le nom de rapes
-à bois, _pl. I, fig. 8_. On se sert pour la corne de limes un peu
-plus fines; enfin on emploie pour les métaux des limes encore plus
-fines, telles sont celles représentées _figures 9 & 10_.
-
-Il est quelques substances métalliques qui ne sont ni assez cassantes
-pour être mises en poudre par trituration, ni assez dures pour pouvoir
-être limées commodément. Le zinc est dans ce cas; sa demi-malléabilité
-empêche qu'on ne puisse le pulvériser au mortier: si on le lime il
-empâte la lime, il en remplit les interstices, & bientôt elle n'a
-presque plus d'action. Il y a une manière simple pour réduire le zinc
-en poudre, c'est de le piler chaud dans un mortier de fonte de fer
-également chaud; il s'y triture alors aisément. On peut encore le
-rendre cassant, en le fondant avec un peu de mercure. Les artificiers
-qui employent le zinc pour faire des feux bleus, ont recours à l'un de
-ces deux moyens. Quand on n'a pas pour objet de mettre les métaux dans
-un très-grand état de division, on peut les réduire en grenailles en
-les coulant dans de l'eau.
-
-Enfin il y a un dernier moyen de diviser, qu'on emploie pour les
-matières à la fois pulpeuses & fibreuses, telles que les fruits, les
-pommes de terre, les racines, &c. On les promène sur une rape, _planche
-I, fig. 11_, en donnant un certain degré de pression, & on parvient
-ainsi à les réduire en pulpe. Tout le monde connoît la rape, & il
-seroit superflu d'en donner une description plus étendue.
-
-On conçoit que le choix des matières avec lesquelles on opère la
-trituration, n'est point indifférent: on doit bannir le cuivre de
-tout ce qui a rapport aux alimens, à la pharmacie, &c. Les mortiers
-de marbre ou ceux de matières métalliques ne peuvent être employés
-pour triturer les matières acides; c'est ce qui fait que les mortiers
-de bois très-dur, tel que le gayac & ceux de verre de porcelaine & de
-granit, sont d'une grande commodité dans un laboratoire.
-
-
-§. II.
-
-_Du Tamisage & du Lavage._
-
-De quelque moyen mécanique qu'on se serve pour diviser les corps, on
-ne peut parvenir à donner le même degré de finesse à toutes leurs
-parties. La poudre qu'on obtient de la plus longue & de la plus exacte
-trituration, est toujours un assemblage & un mêlange de molécules
-de différentes grosseurs. On parvient à se débarrasser des plus
-grossières, & à n'avoir qu'une poudre beaucoup plus homogène, en
-employant des tamis, _figures 12, 13, 14 & 15, planche I_, dont la
-grandeur de la maille soit proportionnée à la grosseur des molécules
-qu'on se propose d'obtenir: tout ce qui est supérieur en grosseur aux
-dimensions de la maille, reste sur le tamis, & on le repasse au pilon.
-
-On voit deux de ces tamis représentés _figures 12 & 13_. L'un, _fig.
-12_, est de crin ou de soie; l'autre, _fig. 13_, est de peau dans
-laquelle on a fait des trous ronds avec un emporte-pièce: ce dernier
-est en usage dans l'art de fabriquer la poudre à canon & la poudre de
-chasse. Lorsqu'on est obligé de tamiser des matières très-légères,
-très-précieuses & qui se dispersent aisément; ou bien lorsque répandues
-dans l'air elles peuvent être nuisibles à ceux qui les respirent, on
-se sert de tamis composés de trois pièces, _fig. 14 & 15_; savoir d'un
-tamis proprement dit ABCD, _fig. 15_, d'un couvercle EF, & d'un fond
-GH: on voit ces trois parties assemblées, _fig. 14_.
-
-Il est un autre moyen plus exact que le tamisage, d'obtenir des poudres
-de grosseur uniforme, c'est le lavage; mais il n'est praticable
-qu'à l'égard des matières qui ne sont point susceptibles d'être
-attaquées & altérées par l'eau. On délaye & on agite dans l'eau ou
-dans quelqu'autre liqueur les matières broyées qu'on veut obtenir en
-poudres de grosseur homogène; on laisse reposer un moment la liqueur,
-puis on la décante encore trouble; les parties les plus grossières
-restent au fond du vase. On décante une seconde fois, & on a un second
-dépôt moins grossier que le premier. On décante une troisième fois
-pour obtenir un troisième dépôt, qui est au second pour la finesse ce
-que le second est au premier. On continue cette manœuvre jusqu'à ce
-que l'eau soit éclaircie; & la poudre grossière & inégale qu'on avoit
-originairement, se trouve séparée en une suite de dépôts qui, chacun en
-particulier, sont d'un degré de finesse à peu près homogène.
-
-Le même moyen, le lavage, ne s'emploie pas seulement pour séparer les
-unes des autres les molécules de matières homogènes, & qui ne différent
-que par leur degré plus ou moins grand de division; il fournit une
-ressource non moins utile pour séparer des matières du même degré
-de finesse, mais dont la pesanteur spécifique est différente: c'est
-principalement dans le travail des mines qu'on fait usage de ce moyen.
-
-On se sert pour le lavage dans les laboratoires, de vaisseaux de
-différentes formes, de terrines de grès, de bocaux de verre, &c.
-quelquefois pour décanter la liqueur sans troubler le dépôt qui s'est
-formé, on emploie le siphon. Cet instrument consiste en un tube de
-verre ABC, _planche II, fig. 11_, recourbé en B, & dont la branche
-BC doit être plus longue de quelques pouces que celle AB. Pour n'être
-point obligé de le tenir à la main, ce qui pourroit être fatiguant dans
-quelques expériences, on le passe dans un trou pratiqué au milieu d'une
-petite planche DE. L'extrémité A du siphon doit être plongée dans la
-liqueur du bocal FG, à la profondeur jusqu'à laquelle on se propose de
-vuider le vase.
-
-D'après les principes hydrostatiques sur lesquels est fondé l'effet
-du siphon, la liqueur ne peut y couler qu'autant qu'on a chassé l'air
-contenu dans son intérieur: c'est ce qui se pratique au moyen d'un
-petit tube de verre HI, soudé hermétiquement à la branche BC. Lors donc
-qu'on veut procurer par le moyen du siphon l'écoulement de la liqueur
-du vase FG dans celui LM, on commence par boucher avec le bout du doigt
-l'extrémité C de la branche BC du siphon; puis on suce avec la bouche,
-jusqu'à ce qu'on ait retiré tout l'air du tube & qu'il ait été remplacé
-par de la liqueur: alors on ôte le doigt, la liqueur coule & continue à
-passer du vase FG dans celui LM.
-
-
-§. III.
-
-_De la Filtration._
-
-On vient de voir que le tamisage étoit une opération par laquelle on
-séparoit les unes des autres des molécules de différentes grosseurs;
-que les plus fines passoient à travers le tamis, tandis que les plus
-grossières restoient dessus.
-
-Le filtre n'est autre chose qu'un tamis très-fin & très-serré, à
-travers lequel les parties solides, quelque divisées qu'elles soient,
-ne peuvent passer, mais qui est cependant perméable pour les fluides;
-le filtre est donc, à proprement parler, l'espèce de tamis qu'on
-employe pour séparer des molécules solides qui sont très-fines, d'un
-fluide dont les molécules sont encore plus fines.
-
-On se sert à cet effet, principalement en pharmacie, d'étoffes épaisses
-& d'un tissu très serré: celles de laine à poils sont les plus propres
-à remplir cet objet. On leur donne ordinairement la forme d'un cône,
-_planche II, fig. 2_: cette espèce de filtre porte le nom de chausse
-qui est relatif à sa figure. La forme conique a l'avantage de réunir
-toute la liqueur qui coule, en un seul point A, & on peut alors la
-recevoir dans un vase d'une ouverture très-petite; ce qui ne pourroit
-pas avoir lieu, si la liqueur couloit de plusieurs points. Dans les
-grands laboratoires de pharmacie, on a un chassis de bois représenté
-_planche II_, _fig. 1_, dans le milieu duquel on attache la chausse.
-
-La filtration à la chausse ne peut être applicable qu'à quelques
-opérations de pharmacie; mais comme dans la plupart des opérations
-chimiques un même filtre ne peut servir qu'à une même nature
-d'expériences, comme il faudroit avoir un nombre de chausses
-considérables & les laver avec un grand soin à chaque opération, on y
-a substitué une étoffe très-commune, à très-bon marché, qui est à la
-vérité très-mince, mais qui, attendu qu'elle est feutrée, compense par
-le serré de son tissu ce qui pourroit lui manquer en épaisseur: cette
-étoffe est du papier non collé. Il n'est aucun corps solide, quelque
-divisé qu'il soit, qui passe à travers les pores des filtres de papier;
-les fluides au contraire les traversent avec beaucoup de facilité.
-
-Le seul embarras que présente le papier employé comme filtre, consiste
-dans la facilité avec laquelle il se perce & se déchire, sur-tout
-quand il est mouillé. On remédie à cet inconvénient, en le soutenant
-par le moyen de diverses espèces de doublures. Si on a des quantités
-considérables de matières à filtrer, on se sert d'un chassis de bois
-ABCD, _planc. II, fig. 3_, auquel sont adaptées des pointes de fer ou
-crochets: on pose ce chassis sur deux petits traiteaux, comme on le
-voit _fig. 4_. On place sur le quarré une toile grossière, qu'on tend
-médiocrement & qu'on accroche aux pointes ou crochets de fer. On étend
-ensuite une ou deux feuilles de papier sur la toile, & on verse dessus
-le mêlange de matière liquide & de matière solide dont on veut opérer
-la séparation. Le fluide coule dans la terrine ou autre vase quelconque
-F, qu'on a mis sous le filtre. Les toiles qui ont servi à cet usage,
-se lavent, ou bien on les renouvelle, si on a lieu de craindre que les
-molécules dont elles peuvent rester imprégnées, ne soient nuisibles
-dans des opérations subséquentes.
-
-Dans toutes les opérations ordinaires & lorsqu'on n'a qu'une médiocre
-quantité de liqueur à filtrer, on se sert d'entonnoirs de verre,
-_planche II_, _fig. 5_, pour contenir & soutenir le papier; on le plie
-alors de manière à former un cône de même figure que l'entonnoir.
-Mais alors on tombe dans un autre inconvénient; le papier, lorsqu'il
-est mouillé, s'applique tellement sur les parois du verre, que la
-liqueur ne peut couler & qu'il ne s'opère de filtration que par la
-pointe du cône: alors l'opération devient très-longue; les matières
-hétérogènes d'ailleurs que contient la liqueur étant communément
-plus lourdes que l'eau, elles se rassemblent à la pointe du cône de
-papier, elles l'obstruent, & la filtration ou s'arrête, ou devient
-excessivement lente. On a imaginé différens procédés pour remédier à
-ces inconvéniens, qui sont plus graves qu'on ne le croiroit d'abord,
-parce qu'ils se répètent tous les jours dans le cours des opérations
-chimiques. Un premier moyen a été de multiplier les plis du papier,
-comme on le voit _fig. 6_, afin que la liqueur, en suivant les sillons
-que forment les plis, pût arriver à la pointe du cône: d'autres ont
-joint à ce premier moyen l'usage de fragmens de paille, qu'on place
-& qu'on arrange dans l'entonnoir avant d'y placer le papier. Enfin,
-le dernier moyen employé & qui me paroît réunir le plus d'avantages,
-consiste à prendre de petites bandes de verre, telles qu'on en trouve
-chez tous les vitriers, & qui sont connues sous le nom de rognures
-de verre. On les courbe par le bout à la lampe, de manière à former
-un crochet qui s'ajuste dans le bord supérieur de l'entonnoir; on en
-dispose six à huit de cette manière, avant de placer le papier. Ces
-bandes de verre le maintiennent à une distance suffisante des parois de
-l'entonnoir, pour que la filtration s'opère. La liqueur coule le long
-des bandes de verre, & se rassemble à la pointe du cône.
-
-On voit quelques-unes de ces bandes représentées _fig. 8_: on voit
-aussi _fig. 7_ un entonnoir de verre garni de bandes de verre & d'un
-papier à filtrer.
-
-Lorsqu'on a un grand nombre de filtrations à faire marcher à la fois,
-il est très-commode d'avoir une planche AB, _planche II, fig. 9_,
-soutenue par des montans de bois AC, BD, & percée de trous pour y
-placer les entonnoirs.
-
-Il y a des matières très-épaisses & très-visqueuses qui ne peuvent
-passer à travers le papier, & qui ne peuvent être filtrées qu'après
-avoir subi quelques préparations. La plus ordinaire consiste à battre
-un blanc d'œuf, à le diviser dans ces liqueurs, & à les faire chauffer
-jusqu'à l'ébullition. Le blanc d'œuf se coagule, il se réduit en
-écume, qui vient monter à la surface & qui entraîne avec elle la plus
-grande partie des matières visqueuses qui s'opposoient à la filtration.
-On est obligé de prendre ce parti pour obtenir du petit-lait clair,
-autrement il seroit très-difficile de le faire passer par le filtre. On
-remplit le même objet à l'égard des liqueurs spiritueuses, avec un peu
-de colle de poisson délayée dans de l'eau: cette colle se coagule par
-l'action de l'alkool, sans qu'on soit obligé de faire chauffer.
-
-On conçoit qu'une des conditions indispensables de la filtration est
-que le filtre ne puisse pas être attaqué & corrodé par la liqueur qui
-doit y passer; aussi ne peut-on pas filtrer les acides concentrés
-à travers le papier. Il est vrai qu'on est rarement obligé d'avoir
-recours à ce moyen, parce que la plupart des acides s'obtiennent par
-voie de distillation, & que les produits de la distillation sont
-presque toujours clairs. Si cependant dans quelques cas très-rares, on
-est forcé de filtrer des acides concentrés, on se sert alors de verre
-pilé, ou, ce qui est mieux encore, de morceaux de quartz ou de cristal
-de roche grossièrement concassés & en partie réduits en poudre. On
-place quelques-uns des plus gros morceaux dans le fond de l'entonnoir,
-pour le boucher en partie; on met par dessus des morceaux moins gros,
-qui sont maintenus par les premiers; enfin les portions les plus
-divisées doivent occuper le dessus: on remplit ensuite l'entonnoir avec
-de l'acide.
-
-Dans les usages de la société, on filtre l'eau des rivières pour
-l'obtenir limpide & séparée des substances hétérogènes qui la
-salissent: on se sert à cet effet de sable de rivière. Le sable réunit
-plusieurs avantages qui le rendent propre à cet usage: premièrement, il
-est en fragmens arrondis, ou au moins dont les angles sont usés; & les
-intervalles que présentent des molécules de cette figure, favorisent
-le passage de l'eau. Secondement, ces molécules sont de différentes
-grosseurs, & les plus fines se rangent naturellement entre les plus
-grosses; elles empêchent donc qu'il ne se rencontre des vuides trop
-grands qui laisseroient passer des matières hétérogènes. Troisièmement
-enfin, le sable ayant été roulé & lavé par l'eau des rivières pendant
-une longue révolution de tems, on est sûr qu'il est dépouillé de
-toute substance soluble dans l'eau, & que par conséquent il ne peut
-absolument rien communiquer à l'eau qui filtre au travers.
-
-Dans tous les cas, comme dans celui-ci, où le même filtre doit servir
-long-tems, il s'engorgeroit & la liqueur cesseroit d'y passer si on ne
-le nétoyoit pas. Cette opération est simple à l'égard des filtres de
-sable, il ne s'agit que de le laver dans plusieurs eaux successives &
-jusqu'à ce qu'elle sorte claire.
-
-
-§. IV.
-
-_De la Décantation._
-
-La décantation est une opération qui peut suppléer à la filtration
-& qui, comme elle, a pour objet de séparer d'avec un liquide les
-molécules concrètes qu'il contient. On laisse à cet effet reposer la
-liqueur dans des vases ordinairement coniques & qui ont la forme de
-verres à boire, comme celui représenté ABCDE, _planche II, fig. 10_.
-On fait dans les verreries des vases de cette figure, qui sont
-de différentes grandeurs; lorsqu'ils excèdent deux ou trois pintes
-de capacité, on supprime le pied CDE, & on y supplée par un pied de
-bois dans lequel on les mastique. La matière étrangère se dépose au
-fond de ces vases par un repos plus ou moins long, & on obtient la
-liqueur claire en la versant doucement par inclinaison. On voit que
-cette opération suppose que le corps suspendu dans le liquide est
-spécifiquement plus lourd que lui, & susceptible de se rassembler
-au fond: mais quelquefois la pesanteur spécifique du dépôt approche
-tellement de celle de la liqueur, & l'on est si près de l'équilibre,
-que le moindre mouvement suffit pour le remêler; alors au lieu de
-transvaser la liqueur & de la séparer par décantation, on se sert du
-siphon représenté _fig. II_, & dont j'ai déjà donné la description.
-
-Dans toutes les expériences où l'on veut déterminer avec une précision
-rigoureuse le poids de la matière précipitée, la décantation est
-préférable à la filtration, pourvu qu'on ait soin de laver à grande
-eau & à plusieurs reprises le précipité. On peut bien, il est vrai,
-déterminer le poids du précipité qu'on a séparé par filtration,
-en pesant le filtre avant & après l'opération; l'augmentation de
-poids que le filtre a acquise, donne le poids du précipité qui y est
-resté attaché: mais quand les quantités sont peu considérables, la
-dessication plus ou moins grande du filtre, les différentes proportions
-d'humidité qu'il peut retenir, sont une source d'erreurs qu'il est
-important d'éviter.
-
-
-
-
-CHAPITRE V.
-
-_Des moyens que la Chimie emploie pour écarter les unes des autres les
-molécules des corps sans les décomposer, & réciproquement pour les
-réunir._
-
-
-J'ai déjà fait observer qu'il existoit deux manières de diviser les
-corps: la première qu'on nomme division méchanique, consiste à séparer
-une masse solide en un grand nombre d'autres masses beaucoup plus
-petites. On emploie pour remplir cet objet la force des hommes, celle
-des animaux, la pesanteur de l'eau appliquée aux machines hydrauliques,
-la force expansive de l'eau réduite en vapeurs, comme dans les machines
-à feu, l'impulsion du vent, &c. Mais toutes ces forces employées
-à diviser les corps, sont beaucoup plus bornées qu'on ne le croit
-communément. Avec un pilon d'un certain poids, qui tombe d'une certaine
-hauteur, on ne peut jamais réduire en poudre une matière donnée au-delà
-d'un certain degré de finesse, & la même molécule qui paroît si fine
-relativement à nos organes est encore une montagne, si on peut se
-servir de cette expression, lorsqu'on la compare avec les molécules
-constitutives & élémentaires du corps que l'on divise. C'est en cela
-que diffèrent les agens méchaniques des agens chimiques; ces derniers
-divisent un corps dans ses molécules primitives. Si, par exemple,
-c'est un sel neutre, ils portent la division de ses parties aussi loin
-qu'elle le peut être sans que la molécule cesse d'être une molécule de
-sel. Je vais donner dans ce chapitre des exemples de cette espèce de
-division. J'y joindrai quelques détails sur des opérations qui y sont
-relatives.
-
-
-§. I.
-
-_De la Solution des Sels._
-
-On a long-tems confondu en chimie la solution & la dissolution, & l'on
-désignoit par le même nom la division des parties d'un sel dans un
-fluide tel que l'eau, & la division d'un métal dans un acide. Quelques
-réflexions sur les effets de ces deux opérations feront sentir qu'il
-n'est pas possible de les confondre.
-
-Dans la solution des sels, les molécules salines sont simplement
-écartées les unes des autres, mais ni le sel, ni l'eau n'éprouvent
-aucune décomposition, & on peut les retrouver l'un & l'autre en
-même quantité qu'avant l'opération. On peut dire la même chose de
-la dissolution des résines dans l'alkool & dans les dissolvans
-spiritueux. Dans la dissolution des métaux, au contraire, il y a
-toujours ou décomposition de l'acide, ou décomposition de l'eau: le
-métal s'oxygène, il passe à l'état d'oxide; une substance gazeuse se
-dégage; en sorte, qu'à proprement parler, aucune des substances après
-la dissolution n'est dans le même état où elle étoit auparavant. C'est
-uniquement de la solution dont il sera question dans cet article.
-
-Pour bien saisir ce qui se passe dans la solution des sels, il
-faut savoir qu'il se complique deux effets dans la plupart de ces
-opérations: solution par l'eau, & solution par le calorique; & comme
-cette distinction donne l'explication de la plupart des phénomènes
-relatifs à la solution, je vais insister pour la bien faire entendre.
-
-Le nitrate de potasse, vulgairement appelé salpêtre, contient très-peu
-d'eau de cristallisation; une foule d'expériences le prouvent;
-peut-être même n'en contient-il pas: cependant il se liquéfie à un
-degré de chaleur qui surpasse à peine celui de l'eau bouillante. Ce
-n'est donc point à l'aide de son eau de cristallisation qu'il se
-liquéfie, mais parce qu'il est très-fusible de sa nature; & qu'il passe
-de l'état solide à l'état liquide, un peu au-dessus de la chaleur
-de l'eau bouillante. Tous les sels sont de même susceptibles d'être
-liquéfiés par le calorique; mais à une température plus ou moins
-haute. Les uns, comme les acétites de potasse & de soude, se fondent &
-se liquéfient à une chaleur très-médiocre; les autres, au contraire,
-comme le sulfate de chaux, le sulfate de potasse, &c. exigent une des
-plus fortes chaleurs que nous puissions produire. Cette liquéfaction
-des sels par le calorique présente exactement les mêmes phénomènes que
-la liquéfaction de la glace. Premièrement elle s'opère de même à un
-degré de chaleur déterminé pour chaque sel, & ce degré est constant
-pendant tout le tems que dure la liquéfaction du sel. Secondement, il y
-a emploi de calorique au moment où le sel se fond, dégagement lorsqu'il
-se fige; tous phénomènes généraux, & qui ont lieu lors du passage d'un
-corps quelconque de l'état concret à l'état fluide & réciproquement.
-
-Ces phénomènes de la solution par le calorique se compliquent toujours
-plus ou moins avec ceux de la solution par l'eau. On en sera convaincu
-si l'on considère qu'on ne peut verser de l'eau sur un sel pour le
-dissoudre, sans employer réellement un dissolvant mixte, l'eau & le
-calorique: or on peut distinguer plusieurs cas différens, suivant la
-nature & la manière d'être de chaque sel. Si par exemple un sel est
-très-peu soluble par l'eau, & qu'il le soit beaucoup par le calorique,
-il est clair que ce sel sera très-peu soluble à l'eau froide, & qu'il
-le sera beaucoup, au contraire, à l'eau chaude; tel est le nitrate de
-potasse, & sur-tout le muriate oxigéné de potasse. Si un autre sel au
-contraire est à la fois peu soluble dans l'eau, & peu soluble dans
-le calorique, il sera peu soluble dans l'eau froide comme dans l'eau
-chaude, & la différence ne sera pas très-considérable; c'est ce qui
-arrive au sulfate de chaux.
-
-On voit donc qu'il y a une relation nécessaire entre ces trois choses;
-solubilité d'un sel dans l'eau froide, solubilité du même sel dans
-l'eau bouillante, degré auquel ce même sel se liquéfie par le calorique
-seul & sans le secours de l'eau; que la solubilité d'un sel à chaud & à
-froid est d'autant plus grande qu'il est plus soluble par le calorique,
-ou, ce qui revient au même, qu'il est susceptible de se liquéfier à un
-degré plus inférieur de l'échelle du thermomètre.
-
-Telle est en général la théorie de la solution des sels. Mais je n'ai
-pu me former encore que des apperçus généraux, parce que les faits
-particuliers manquent, & qu'il n'existe point assez d'expériences
-exactes. La marche à suivre pour completter cette partie de la chimie
-est simple; elle consiste à rechercher pour chaque sel ce qui
-s'en dissout dans une quantité donnée d'eau à différens degrés du
-thermomètre: or comme on sait aujourd'hui avec beaucoup de précision,
-d'après les expériences que nous avons publiées M. de la Place &
-moi, ce qu'une livre d'eau contient de calorique à chaque degré du
-thermomètre, il sera toujours facile de déterminer par des expériences
-simples la proportion de calorique & d'eau qu'exige chaque sel pour
-être tenu en dissolution, ce qui s'en absorbe au moment où le sel se
-liquéfie, ce qui s'en dégage au moment où il cristallise.
-
-On ne doit plus être étonné d'après cela de voir que les sels même qui
-sont dissolubles à froid se dissolvent beaucoup plus rapidement dans
-l'eau chaude que dans l'eau froide. Il y a toujours emploi de calorique
-dans la dissolution des sels; & quand il faut que le calorique soit
-fourni de proche en proche par les corps environnans, il en résulte
-un déplacement qui ne s'opère que lentement. L'opération au contraire
-se trouve tout d'un coup facilitée & accélérée quand le calorique
-nécessaire à la solution se trouve déja tout combiné avec l'eau.
-
-Les sels, en général, en se dissolvant dans l'eau, en augmentent la
-pesanteur spécifique, mais cette règle n'est pas absolument sans
-exception.
-
-Un jour à venir on connoîtra la quantité de radical, d'oxigène & de
-base qui constituent chaque sel neutre; on connoîtra la quantité
-d'eau & de calorique nécessaire pour le dissoudre, l'augmentation de
-pesanteur spécifique qu'il communique à l'eau, la figure des molécules
-élémentaires de ses cristaux; on expliquera les circonstances & les
-accidens de sa cristallisation, & c'est alors seulement que cette
-partie de la chimie sera complette. M. Séguin a formé le prospectus
-d'un grand travail en ce genre, qu'il est bien capable d'exécuter.
-
-La solution des sels dans l'eau n'exige aucun appareil particulier.
-On se sert avec avantage dans les opérations en petit de phioles à
-médecine de différentes grandeurs, _planche II, figures 16 & 17_; de
-terrines de grès, _même planche_ A, _fig. 1 & 2_; de matras à col
-allongé, _figure 14_; de casseroles ou bassines de cuivre & d'argent,
-_figures 13 & 15_.
-
-
-§. II.
-
-_De la Lexiviation._
-
-La lexiviation est une opération des arts & de la chimie, dont l'objet
-est de séparer des substances solubles dans l'eau d'avec d'autres
-substances qui sont insolubles. On a coutume de se servir pour cette
-opération dans les arts & dans les usages de la vie d'un grand cuvier
-ABCD, _planche II, figure 12_, percé en D près de son fond d'un trou
-rond dans lequel on introduit une champlure de bois DE ou un robinet de
-métal. On met d'abord au fond du cuvier une petite couche de paille,
-& ensuite par-dessus la matière qu'on se propose de lessiver; on la
-recouvre d'une toile, & on verse de l'eau froide ou chaude, suivant
-que la substance est d'une solubilité plus ou moins grande. L'eau
-s'imbibe dans la matière, & pour qu'elle la pénètre mieux, on tient
-pendant quelque tems fermé le robinet DE. Lorsqu'on juge qu'elle a eu
-le tems de dissoudre toutes les parties salines, on la laisse couler
-par le robinet DE; mais comme il reste toujours à la matière insoluble
-une portion d'eau adhérente qui ne coule pas, comme cette eau est
-nécessairement aussi chargée de sel que celle qui a coulé, on perdroit
-une quantité considérable de parties salines, si on ne repassoit à
-plusieurs reprises de nouvelle eau à la suite de la première. Cette eau
-sert à étendre celle qui est restée; la substance saline se partage
-& se fractionne, & au troisième ou quatrième relavage, l'eau passe
-presque pure; on s'en assure par le moyen du pèse-liqueur dont il a été
-parlé, page 338.
-
-Le petit lit de paille qu'on met au fond du vase sert à procurer des
-interstices pour l'écoulement de l'eau; on peut l'assimiler aux pailles
-ou aux tiges de verre dont on se sert pour filtrer dans l'entonnoir, &
-qui empêchent l'application trop immédiate du papier contre le verre.
-A l'égard du linge qu'on met par-dessus la matière qu'on se propose de
-lessiver, il n'est pas non plus inutile; il a pour objet d'empêcher que
-l'eau ne fasse un creux dans la matière à l'endroit où on la verse, &
-qu'elle ne s'ouvre des issues particulières qui empêcheroient que toute
-la masse ne fût lessivée.
-
-On imite plus ou moins cette opération des arts dans les expériences
-chimiques; mais attendu qu'on se propose plus d'exactitude, & que
-lorsqu'il est question, par exemple, d'une analyse, il faut être sûr
-de ne laisser dans le résidu aucune partie saline ou soluble, on est
-obligé de prendre quelques précautions particulières. La première est
-d'employer plus d'eau que dans les lessives ordinaires, & d'y délayer
-les matières avant de tirer la liqueur à clair; autrement toute la
-masse ne seroit pas également lessivée, & il pourroit même arriver que
-quelques portions ne le fussent aucunement. Il faut aussi avoir soin
-de repasser de très-grandes quantités d'eau, & on ne doit en général
-regarder l'opération comme terminée, que quand l'eau passe absolument
-dépouillée de sel, & que l'aréomètre indique, qu'elle n'augmente plus
-de pesanteur spécifique en traversant la matière contenue dans le
-cuvier.
-
-Dans les expériences très en petit, on se contente communément de
-mettre dans des bocaux ou des matras de verre la matière qu'on se
-propose de lessiver; on verse dessus de l'eau bouillante, & on filtre
-au papier dans un entonnoir de verre. Voy. _planche II, figure 7_.
-On relave ensuite avec de l'eau bouillante. Quand on opère sur des
-quantités un peu plus grandes, on délaie les matières dans un chaudron
-d'eau bouillante, & on filtre avec le quarré de bois représenté,
-_planche II, figures 3 & 4_ qu'on garnit de toile & d'un papier à
-filtrer. Enfin dans les opérations très en grand, on emploie le baquet
-ou cuvier que j'ai décrit au commencement de cet article, & qui est
-représenté, _figure 12_.
-
-
-§. III.
-
-_De l'Evaporation._
-
-L'évaporation a pour objet de séparer l'une de l'autre deux matières,
-dont l'une au moins est liquide, & qui ont un degré de volatilité
-très-différent.
-
-C'est ce qui arrive lorsqu'on veut obtenir dans l'état concret un sel
-qui a été dissous dans l'eau: on échauffe l'eau & on la combine avec
-le calorique qui la volatilise; les molécules de sel se rapprochent en
-même tems, & obéissant aux loix de l'attraction, elles se réunissent
-pour reparoître sous leur forme solide.
-
-On a pensé que l'action de l'air influoit beaucoup sur la quantité de
-fluide qui s'évapore, & on est tombé à cet égard dans des erreurs qu'il
-est bon de faire connoître. Il est sans doute une évaporation lente
-qui se fait continuellement d'elle-même à l'air libre, & à la surface
-des fluides exposés à la simple action de l'atmosphère. Quoique cette
-première espèce d'évaporation puisse être jusqu'à un certain point
-considérée comme une dissolution par l'air, il n'en est pas moins vrai
-que le calorique y concourt, puisqu'elle est toujours accompagnée
-de refroidissement: on doit donc la regarder comme une dissolution
-mixte, faite en partie par l'air, & en partie par le calorique. Mais
-il est un autre genre d'évaporation, c'est celle qui a lieu à l'égard
-d'un fluide entretenu toujours bouillant; l'évaporation qui se fait
-alors par l'action de l'air n'est plus que d'un objet très-médiocre en
-comparaison de celle qui est occasionnée par l'action du calorique: ce
-n'est plus, à proprement parler, l'évaporation qui a lieu, mais la
-vaporisation; or cette dernière opération ne s'accélère pas en raison
-des surfaces évaporantes, mais en raison des quantités de calorique
-qui se combinent avec le liquide. Un trop grand courant d'air froid
-nuit quelquefois dans ces occasions à la rapidité de l'évaporation,
-par la raison qu'il enlève du calorique à l'eau, & qu'il ralentit par
-conséquent sa conversion en vapeurs. Il n'y a donc nul inconvénient
-à couvrir jusqu'à un certain point le vase où l'on fait évaporer un
-liquide entretenu toujours bouillant, pourvû que le corps qui couvre
-soit de nature à dérober peu de calorique, qu'il soit, pour me servir
-d'une expression du docteur Francklin, mauvais conducteur de chaleur;
-les vapeurs s'échappent alors par l'ouverture qui leur est laissée, &
-il s'en évapore au moins autant & souvent plus que quand on laisse un
-accès libre à l'air extérieur.
-
-Comme dans l'évaporation, le liquide que le calorique enlève est
-absolument perdu, comme on le sacrifie pour conserver la substance fixe
-avec laquelle il étoit combiné, on n'évapore jamais que des matières
-peu précieuses, telles par exemple que l'eau. Lorsqu'elles ont plus de
-valeur, on a recours à la distillation: autre opération dans laquelle
-on conserve à la fois & le corps fixe & le corps volatil.
-
-Les vaisseaux dont on se sert pour les évaporations, sont des bassines
-de cuivre ou d'argent, quelquefois de plomb, telles que celle
-représentée _planche II, fig. 13_, des casseroles également de cuivre
-ou d'argent, _fig. 15_.
-
-Des capsules de verre, _pl. III, fig. 3 & 4_.
-
-Des jattes de porcelaine.
-
-Des terrines de grès A, _planche II, fig. 1 & 2_.
-
-Mais les meilleures de toutes les capsules à évaporer, sont des fonds
-de cornue & des portions de matras de verre. Leur _minceur_ qui est
-égale par-tout, les rend plus propres que tout autre vaisseau à se
-prêter, sans se casser, à une chaleur brusque & à des alternatives
-subites de chaud & de froid. On peut les faire soi-même dans les
-laboratoires, & elles reviennent beaucoup moins cher que les capsules
-qu'on achète chez les fayanciers. Cet art de couper le verre ne se
-trouve décrit nulle part, & je vais en donner une idée.
-
-On se sert d'anneaux de fer AC, _pl. III, fig. 5_, que l'on soude
-à une tige de fer AB, garnie d'un manche de bois D. On fait rougir
-l'anneau de fer dans un fourneau, puis on pose dessus le matras G,
-_fig. 6_, qu'on se propose de couper: lorsqu'on juge que le verre a été
-suffisamment échauffé par l'anneau de fer rouge, on jette quelques
-gouttes d'eau dessus, & le matras se casse ordinairement juste dans la
-ligne circulaire qui étoit en contact avec l'anneau de fer.
-
-D'autres vaisseaux évaporatoires, d'un excellent usage, sont de petites
-fioles de verre, qu'on désigne dans le commerce sous le nom de fioles à
-médecine. Ces bouteilles qui sont de verre mince & commun, supportent
-le feu avec une merveilleuse facilité, & sont à très-bon marché. Il ne
-faut pas craindre que leur figure nuise à l'évaporation de la liqueur.
-J'ai déjà fait voir que toutes les fois qu'on évaporoit le liquide au
-degré de l'ébullition, la figure du vaisseau contribuoit ou nuisoit peu
-à la célérité de l'opération, sur-tout quand les parois supérieures
-du vaisseau étoient mauvais conducteurs de chaleur, comme le verre.
-On place une ou plusieurs de ces fioles sur une seconde grille de fer
-FG, _planche III, fig. 2_, qu'on pose sur la partie supérieure d'un
-fourneau, & sous laquelle on entretient un feu doux. On peut suivre de
-cette manière un grand nombre d'expériences à la fois.
-
-Un autre appareil évaporatoire assez commode & assez expéditif consiste
-dans une cornue de verre qu'on met au bain de sable, comme on le voit
-_planche III, fig. 1_, & qu'on recouvre avec un dôme de terre cuite:
-mais l'opération est toujours beaucoup plus lente, quand on se sert
-du bain de sable; elle n'est pas d'ailleurs exempte de dangers, parce
-que le sable s'échauffant inégalement, tandis que le verre ne peut pas
-se prêter à des degrés de dilatation locale, le vaisseau est souvent
-exposé à casser. Il arrive même quelquefois que le sable chaud fait
-exactement l'office des anneaux de fer représentés _planche III, fig.
-5 & 6_, sur-tout lorsque le vase contient un fluide qui distille. Une
-goutte de fluide qui s'éclabousse & qui vient tomber sur les parois du
-vaisseau à l'endroit du contact de l'anneau de sable, le fait casser
-circulairement en deux parties terminées par une ligne bien tranchée.
-
-Dans les cas où l'évaporation exige une grande intensité de feu,
-on se sert de creusets de terre; mais en général on entend le plus
-communément par le mot _évaporation_ une opération qui se fait au degré
-de l'eau bouillante, ou très-peu au-dessus.
-
-
-§. IV.
-
-_De la Cristallisation._
-
-La cristallisation est une opération dans laquelle les parties
-intégrantes d'un corps séparées les unes des autres par
-l'interposition d'un fluide, sont déterminées par la force d'attraction
-qu'elles exercent les unes sur les autres, à se rejoindre pour former
-des masses solides.
-
-Lorsque les molécules d'un corps sont simplement écartées par le
-calorique, & qu'en vertu de cet écartement ce corps est porté à
-l'état de liquide, il ne faut, pour le ramener à l'état de solide,
-c'est-à-dire pour opérer sa cristallisation, que supprimer une partie
-du calorique logé entre ses molécules, autrement dit le refroidir.
-Si le refroidissement est lent & si en même tems il y a repos,
-les molécules prennent un arrangement régulier, & alors il y a
-cristallisation proprement dite: si au contraire le refroidissement est
-rapide, ou si en supposant un refroidissement lent on agite le liquide
-au moment où il va passer à l'état concret, il y a cristallisation
-confuse.
-
-Les mêmes phénomènes ont lieu dans les solutions par l'eau; ou pour
-mieux dire, les solutions par l'eau sont toujours mixtes, comme je
-l'ai déjà fait voir dans le paragraphe premier de ce chapitre: elles
-s'opèrent en partie par l'action de l'eau, en partie par celle du
-calorique. Tant qu'il y a suffisamment d'eau & de calorique pour
-écarter les molécules du sel, au point qu'elles soient hors de leur
-sphère d'attraction, le sel demeure dans l'état fluide. L'eau & le
-calorique viennent-ils à manquer, & l'attraction des molécules salines
-les unes par rapport aux autres devient-elle victorieuse, le sel
-reprend la forme concrète, & la figure des cristaux est d'autant plus
-régulière, que l'évaporation a été plus lente & faite dans un lieu plus
-tranquille.
-
-Tous les phénomènes qui ont lieu dans la solution des sels se
-retrouvent également dans leur cristallisation, mais dans un sens
-inverse. Il y a dégagement de calorique au moment où le sel se réunit &
-reparoît sous sa forme concrète & solide, & il en résulte une nouvelle
-preuve que les sels sont tenus à la fois en dissolution par l'eau & par
-le calorique. C'est par cette raison qu'il ne suffit pas pour faire
-cristalliser les sels qui se liquéfient aisément par le calorique, de
-leur enlever l'eau qui les tenoit en dissolution; il faut encore leur
-enlever le calorique, & le sel ne cristallise qu'autant que ces deux
-conditions sont remplies. Le salpêtre, le muriate oxygéné de potasse,
-l'alun, le sulfate de soude, &c. en fournissent des exemples. Il n'en
-est pas de même des sels qui exigent peu de calorique pour être tenus
-en dissolution, & qui par cela même sont à peu près également solubles
-dans l'eau chaude & dans l'eau froide; il suffit de leur enlever
-l'eau qui les tenoit en dissolution pour les faire cristalliser, & ils
-reparoissent sous forme concrète dans l'eau bouillante même, comme on
-l'observe relativement au sulfate de chaux, aux muriates de soude & de
-potasse, & à beaucoup d'autres.
-
-C'est sur ces propriétés des sels & sur leur différence de solubilité
-à chaud & à froid, qu'est fondé le raffinage du salpêtre. Ce sel, tel
-qu'il est retiré par une première opération, & tel qu'il est livré
-par les salpêtriers, est composé de sels déliquescens qui ne sont pas
-susceptibles de cristalliser, tels que le nitrate & le muriate de
-chaux; de sels qui sont presqu'également solubles à chaud & à froid,
-tels que les muriates de potasse & de soude; enfin de salpêtre, qui est
-beaucoup plus soluble à chaud qu'à froid.
-
-On commence par verser sur tous ces sels confondus ensemble une
-quantité d'eau suffisante pour tenir en dissolution les moins solubles
-de tous, & ce sont les muriates de soude & de potasse. Cette quantité
-d'eau tient facilement en dissolution tout le salpêtre, tant qu'elle
-est chaude; mais il n'en est plus de même lorsqu'elle se refroidit; la
-majeure partie du salpêtre cristallise, il n'en reste qu'environ un
-sixième tenu en dissolution, & qui se trouve confondu avec le nitrate
-calcaire & avec les muriates.
-
-Le salpêtre qu'on obtient ainsi est un peu imprégné de sels étrangers,
-parce qu'il a cristallisé dans une eau qui elle-même en étoit chargée;
-mais on l'en dépouille complètement par une nouvelle dissolution à
-chaud avec très-peu d'eau & par une nouvelle cristallisation.
-
-A l'égard des eaux surnageantes à la cristallisation du salpêtre, &
-qui contiennent un mêlange de salpêtre & de différens sels, on les
-fait évaporer pour en tirer du salpêtre brut, qu'on purifie ensuite
-également par deux nouvelles dissolutions & cristallisations.
-
-Les sels à base terreuse qui sont incristallisables, sont rejettés
-s'ils ne contiennent point de nitrates; si au contraire ils en
-contiennent, on les étend avec de l'eau, on précipite la terre par le
-moyen de la potasse, on laisse déposer, on décante, on fait évaporer &
-on met à cristalliser.
-
-Ce qui s'observe dans le raffinage du salpêtre, peut servir de
-règle toutes les fois qu'il est question de séparer par voie de
-cristallisation plusieurs sels mêlés ensemble. Il faut alors étudier
-la nature de chacun, la proportion qui s'en dissout dans des quantités
-données d'eau, leur différence de solubilité à chaud & à froid. Si à
-ces propriétés principales on joint celle qu'ont quelques sels de se
-dissoudre dans l'alkool ou dans un mêlange d'alkool & d'eau, on verra
-qu'on a des ressources très multipliées pour opérer la séparation des
-sels par voie de cristallisation. Mais il faut convenir en même tems
-qu'il est difficile de rendre cette séparation complète & absolue.
-
-Les vaisseaux qu'on emploie pour la cristallisation des sels, sont des
-terrines de grès A, _planc. II, figures 1 & 2_, & de grandes capsules
-applaties, _planche III, fig. 7_.
-
-Lorsqu'on abandonne une solution saline à une évaporation lente, à
-l'air libre & à la chaleur de l'atmosphère, on doit employer des vases
-un peu élevés, tels que celui représenté _pl. III, fig. 3_, afin qu'il
-y ait une épaisseur un peu considérable de liqueur; on obtient par ce
-moyen des cristaux beaucoup plus gros & aussi réguliers qu'on puisse
-l'espérer.
-
-Non-seulement tous les sels cristallisent sous différentes formes, mais
-encore la cristallisation de chaque sel varie suivant les circonstances
-de la cristallisation. Il ne faut pas en conclure que la figure des
-molécules salines ait rien d'indéterminé dans chaque espèce: rien n'est
-plus constant au contraire que la figure des molécules primitives des
-corps, sur-tout à l'égard des sels. Mais les cristaux qui se forment
-sous nos yeux, sont des aggrégations de molécules, & ces molécules,
-quoique toutes parfaitement égales en figure & en grosseur, peuvent
-prendre des arrangemens différens, qui donnent lieu à une grande
-variété de figures toutes régulières, & qui paroissent quelquefois
-n'avoir aucun rapport, ni entr'elles, ni avec la figure du cristal
-originaire. Cet objet a été savamment traité par M. l'Abbé Haüy, dans
-plusieurs Mémoires présentés à l'Académie, & dans un Ouvrage sur la
-structure des cristaux. Il ne reste plus même qu'à étendre à la classe
-des sels ce qu'il a fait plus particulièrement pour quelques pierres
-cristallisées.
-
-
-§. V.
-
-_De la Distillation simple._
-
-La distillation a deux objets bien déterminés: je distinguerai en
-conséquence deux espèces de distillation, la distillation simple &
-la distillation composée. C'est uniquement de la première dont je
-m'occuperai dans cet article.
-
-Lorsqu'on soumet à la distillation deux corps dont l'un est plus
-volatil, c'est-à-dire, a plus d'affinité que l'autre avec le calorique,
-le but qu'on se propose est de les séparer: le plus volatil prend la
-forme de gaz, & on le condense ensuite par refroidissement dans des
-appareils propres à remplir cet objet. La distillation n'est alors,
-comme l'évaporation, qu'une opération en quelque façon mécanique
-qui sépare l'une de l'autre deux substances, sans les décomposer &
-sans en altérer la nature. Dans l'évaporation c'étoit le produit
-fixe qu'on cherchoit à conserver, sans s'embarrasser de conserver le
-produit volatil; dans la distillation au contraire on s'attache le
-plus communément à recueillir le produit volatil, à moins qu'on ne se
-propose de les conserver tous deux. Ainsi la distillation simple bien
-analysée ne doit être considérée que comme une évaporation en vaisseaux
-clos.
-
-Le plus simple de tous les appareils distillatoires est une bouteille
-A, _planc. III, fig. 8_, dont on courbe, dans la verrerie même, le col
-BC en BD. Cette bouteille ou fiole porte alors le nom de cornue; on la
-place ou dans un fourneau de réverbère, comme on le voit _planche XIII,
-fig. 2_, ou au bain de sable sous une couverture de terre cuite, comme
-on le voit _planche III, fig. 1_. Pour recueillir & pour condenser les
-produits, on adapte à la cornue un récipient E, _planche III, fig. 9_,
-qu'on lute avec elle: quelquefois, sur-tout dans les opérations de
-pharmacie, on se sert d'une cucurbite de verre ou de grès A, _planche
-III, fig. 12_, surmontée de son chapiteau B, ou bien d'un alambic
-de verre auquel tient un chapiteau d'une seule pièce, _figure 13_.
-On ménage à ce dernier une tubulure, c'est-à-dire une ouverture T,
-qu'on bouche avec un bouchon de cristal usé à l'émeril. On voit que
-le chapiteau B de l'alambic a une rigole _rr_, destinée à recevoir la
-liqueur qui se condense, & à la conduire au bec _rS_ par lequel elle
-s'écoule.
-
-Mais, comme dans presque toutes les distillations il y a une expansion
-de vapeurs qui pourroit faire éclater les vaisseaux, on est obligé
-de ménager au ballon ou récipient E, _fig. 9_, un petit trou T, par
-lequel on donne issue aux vapeurs. D'où l'on voit qu'on perd dans
-cette manière de distiller tous les produits qui sont dans un état
-constamment aériforme, & ceux même qui, ne perdant pas facilement
-cet état, n'ont pas le tems d'être condensés dans l'intérieur du
-ballon. Cet appareil ne peut donc être employé que dans les opérations
-courantes des laboratoires & dans la pharmacie, mais il est insuffisant
-pour toutes les opérations de recherches. Je détaillerai à l'article de
-la distillation composée, les moyens qu'on a imaginés pour recueillir
-sans perte la totalité des produits.
-
-Les vaisseaux de verre étant très-fragiles & ne résistant pas toujours
-aux alternatives brusques du chaud & du froid, on a imaginé de faire
-des appareils distillatoires en métal. Ces instrumens sont nécessaires
-pour distiller de l'eau, des liqueurs spiritueuses, pour obtenir les
-huiles essentielles des végétaux, &c. On ne peut se dispenser dans un
-laboratoire bien monté d'avoir un ou deux alambics de cette espèce & de
-différente grandeur.
-
-Cet appareil distillatoire consiste dans une cucurbite de cuivre rouge
-étamé A, _pl. III, fig. 15 & 16_, dans laquelle s'ajuste, lorsqu'on
-le juge à propos, un bain-marie d'étain D, _figure 17_, & sur lequel
-on place le chapiteau F. Ce chapiteau peut également s'ajuster sur la
-cucurbite de cuivre, sans bain-marie ou avec le bain-marie, suivant la
-nature des opérations. Tout l'intérieur du chapiteau doit être en étain.
-
-Il est nécessaire, sur-tout pour la distillation des liqueurs
-spiritueuses, que le chapiteau F de l'alambic soit garni d'un
-réfrigérent SS, _fig. 16_, dans lequel on entretient toujours de l'eau
-fraîche. On la laisse écouler par le moyen du robinet R, quand on
-s'apperçoit qu'elle devient trop chaude, & on la renouvelle avec de
-la fraîche. Il est aisé de concevoir quel est l'usage de cette eau;
-l'objet de la distillation est de convertir en gaz la matière qu'on
-veut distiller & qui est contenue dans la cucurbite, & cette conversion
-se fait à l'aide du calorique fourni par le feu du fourneau: mais
-il n'y auroit pas de distillation, si ce même gaz ne se condensoit
-pas dans le chapiteau, s'il n'y perdoit pas la forme de gaz & ne
-redevenoit pas liquide. Il est donc nécessaire que la substance que
-l'on distille dépose dans le chapiteau tout le calorique qui s'y
-étoit combiné dans la cucurbite, & par conséquent que les parois du
-chapiteau soient toujours entretenues à une température plus basse
-que celle qui peut maintenir la substance à distiller dans l'état de
-gaz. L'eau du réfrigérent est destinée à remplir cet office. On sait
-que l'eau se convertit en gaz à 80 degrés du thermomètre françois,
-l'esprit-de-vin ou alkool à 67, l'éther à 32; on conçoit donc que ces
-substances ne distilleroient pas, ou plutôt qu'elles s'échapperoient en
-vapeurs aériformes, si la chaleur du réfrigérent n'étoit pas entretenue
-au-dessous de ces degrés respectifs.
-
-Dans la distillation des liqueurs spiritueuses & en général des
-liqueurs très-expansives, le réfrigérent ne suffit pas pour condenser
-toutes les vapeurs qui s'élèvent de la cucurbite: alors au lieu
-de recevoir directement la liqueur du bec TU de l'alambic dans un
-récipient, on interpose entre deux un serpentin. On donne ce nom à
-un instrument représenté _fig. 18_. Il consiste en un tuyau tourné en
-spirale, & qui fait un grand nombre de révolutions dans un seau de
-cuivre étamé BCDE. On entretient toujours de l'eau dans ce seau, & on
-la renouvelle quand elle s'échauffe. Cet instrument est en usage dans
-tous les atteliers de fabrication d'eau-de-vie; on n'y emploie pas même
-de chapiteau proprement dit ni de réfrigérent, & toute la condensation
-s'opère dans le serpentin. Celui représenté dans la _figure 18_, a un
-tuyau double dont l'un est spécialement destiné à la distillation des
-matières odorantes.
-
-Quelquefois, même dans la distillation simple, on est obligé d'ajouter
-une allonge entre la cornue & le récipient, comme on le voit _fig.
-11_. Cette disposition peut avoir deux objets; ou de séparer l'un de
-l'autre des produits de différens degrés de volatilité, ou d'éloigner
-le récipient du fourneau, afin que la matière qui doit y être contenue
-éprouve moins de chaleur. Mais ces appareils & plusieurs autres plus
-compliqués qui ont été imaginés par les anciens, sont bien éloignés de
-répondre aux vues de la Chimie moderne: on en jugera par les détails
-dans lesquels j'entrerai à l'article de la distillation composée.
-
-
-§. VI.
-
-_De la Sublimation._
-
-On donne le nom de sublimation à la distillation des matières qui
-se condensent dans un état concret: ainsi on dit la sublimation du
-soufre, la sublimation du sel ammoniac ou muriate ammoniacal, &c. Ces
-opérations n'exigent pas d'appareils particuliers; cependant on a
-coutume d'employer pour la sublimation du soufre, ce qu'on nomme des
-aludels. Ce sont des vaisseaux de terre ou de fayance qui s'ajustent
-les uns avec les autres, & qui se placent sur une cucurbite qui
-contient le soufre.
-
-Un des meilleurs appareils sublimatoires pour les matières qui ne sont
-point très-volatiles, est une fiole à médecine qu'on enfonce aux deux
-tiers dans un bain de sable; mais alors on perd une partie du produit.
-Toutes les fois qu'on veut les conserver tous, il faut se rapprocher
-des appareils pneumato-chimiques, dont je vais donner la description
-dans le Chapitre suivant.
-
-
-
-
-CHAPITRE VI.
-
-_Des Distillations pneumato-chimiques, des Dissolutions métalliques,
-& de quelques autres opérations qui exigent des Appareils
-très-compliqués._
-
-
-§. PREMIER.
-
-_Des Distillations composées, & des Distillations pneumato-chimiques._
-
-Je n'ai présenté dans le §. 5 du Chapitre précédent, la distillation,
-que comme une opération simple, dont l'objet est de séparer l'une de
-l'autre deux substances de volatilité différente: mais le plus souvent
-la distillation fait plus; elle opère une véritable décomposition du
-corps qui y est soumis: elle sort alors de la classe des opérations
-simples, & elle rentre dans l'ordre de celles qu'on peut regarder comme
-des plus compliquées de la chimie. Il est sans doute de l'essence de
-toute distillation, que la substance que l'on distille soit réduite à
-l'état de gaz dans la cucurbite par sa combinaison avec le calorique;
-mais dans la distillation simple ce même calorique se dépose dans le
-réfrigérent ou dans le serpentin, & la même substance reprend son état
-de liquidité. Il n'en est pas ainsi dans la distillation composée; il
-y a dans cette opération décomposition absolue de la substance soumise
-à la distillation: une portion telle que le charbon demeure fixe dans
-la cornue, tout le reste se réduit en gaz d'un grand nombre d'espèces.
-Les uns sont susceptibles de se condenser par le refroidissement, &
-de reparoître sous forme concrète & liquide; les autres demeurent
-constamment dans l'état aériforme; ceux-ci sont absorbables par l'eau,
-ceux-là le sont par les alkalis; enfin quelques-uns ne sont absorbables
-par aucune substance. Un appareil distillatoire ordinaire, & tel que
-ceux que j'ai décrits dans le chapitre précédent, ne suffiroit pas pour
-retenir & pour séparer des produits aussi variés: on est donc obligé
-d'avoir recours à des moyens beaucoup plus compliqués.
-
-Je pourrois placer ici un historique des tentatives qui ont été
-successivement faites pour retenir les produits aériformes qui se
-dégagent des distillations; ce seroit une occasion de citer Hales,
-Rouelle, Woulfe & plusieurs autres chimistes célèbres; mais comme je
-me suis fait une loi d'être aussi concis qu'il seroit possible, j'ai
-pensé qu'il valoit mieux décrire tout d'un coup l'appareil le plus
-parfait, plutôt que de fatiguer le lecteur par le détail de tentatives
-infructueuses faites dans un tems où l'on n'avoit encore que des idées
-très-imparfaites sur la nature des gaz en général. L'appareil dont je
-vais donner la description est destiné à la plus compliquée de toutes
-les distillations: on pourra le simplifier ensuite suivant la nature
-des opérations.
-
-A, _planche IV, figure 1_, représente une cornue de verre tubulée
-en H, dont le col B s'ajuste avec un ballon GC à deux pointes. A la
-tubulure supérieure D de ce ballon s'ajuste un tube de verre DE_fg_ qui
-vient plonger par son extrêmité _g_ dans la liqueur contenue dans la
-bouteille L. A la suite de la bouteille L qui est tubulée en _xxx_ sont
-trois autres bouteilles L', L'', L''', qui ont de même trois tubulures
-ou gouleaux _x', x', x'; x'', x'', x''; x''', x''', x'''_. Chaque
-bouteille est liée par un tube de verre _xyz', x'y'z'', x''y''z'''_;
-enfin à la dernière tubulure de la bouteille L''' est adapté un tube
-_x'''_RM qui aboutit sous une cloche de verre, laquelle est placée
-sur la tablette de l'appareil pneumato-chimique. Communément on met
-dans la première bouteille un poids bien connu d'eau distillée, & dans
-les trois autres de la potasse caustique étendue d'eau: la tarre de
-ces bouteilles & le poids de la liqueur alkaline qu'elles contiennent
-doivent être déterminés avec un très-grand soin. Tout étant ainsi
-disposé, on lute toutes les jointures, savoir celle B de la cornue au
-ballon, & celle D de la tubulure supérieure du ballon avec du lut gras
-recouvert de toile imbibée de chaux & de blanc d'œuf, & toutes les
-autres avec un lut de térébenthine cuite & de cire fondues ensemble.
-
-On voit d'après ces dispositions que lorsqu'on a mis le feu sous
-la cornue A, & que la substance qu'elle contient a commencé à se
-décomposer, les produits les moins volatils doivent se condenser & se
-sublimer dans le col même de la cornue, & que c'est principalement-là
-que doivent se rassembler les substances concrètes: que les matières
-plus volatiles telles que les huiles légères, l'ammoniaque & beaucoup
-d'autres substances, doivent se condenser dans le matras GC; que les
-gaz, au contraire, qui ne peuvent être condensés par le froid, doivent
-bouillonner à travers les liqueurs contenues dans les bouteilles
-LL'L''L'''; que tout ce qui est absorbable par l'eau doit rester dans
-la bouteille L; que tout ce qui est susceptible d'être absorbé par
-l'alkali doit rester dans les bouteilles L'L''L''', enfin que les gaz
-qui ne sont absorbables ni par l'eau, ni par les alkalis, doivent
-s'échapper par le tube RM, à la sortie duquel ils peuvent être reçus
-dans des cloches de verre. Enfin ce qu'on appeloit autrefois le _caput
-mortuum_, le charbon & la terre comme absolument fixes, doivent rester
-dans la cornue.
-
-On a toujours dans cette manière d'opérer une preuve matérielle de
-l'exactitude du résultat; car le poids des matières en total doit être
-le même avant & après l'opération: si donc on a opéré par exemple sur
-8 onces de gomme arabique ou d'amidon, le poids du résidu charbonneux
-qui restera dans la cornue A après l'opération, plus celui des
-produits rassemblés dans son col & dans le matras GC, plus celui du
-gaz rassemblé dans la cloche M, plus enfin l'augmentation de poids
-acquise par les bouteilles L, L', L'', L'''; tous ces poids, dis-je,
-réunis doivent former un total de 8 onces. S'il y a plus ou moins, il
-y a erreur, & il faut recommencer l'expérience jusqu'à ce qu'on ait un
-résultat dont on soit satisfait, & qui diffère à peine de 6 ou 8 grains
-par livre de matière mise en expérience.
-
-J'ai rencontré long-tems dans ce genre d'expériences des difficultés
-presqu'insurmontables, & qui m'auroient obligé d'y renoncer, si je ne
-fusse parvenu enfin à les lever par un moyen très-simple, & dont M.
-Hassenfratz m'a fourni l'idée. Le moindre ralentissement dans le degré
-de feu du fourneau, & beaucoup d'autres circonstances inséparables de
-ce genre d'expériences occasionnent souvent des réabsorptions de gaz:
-l'eau de la cuve rentre rapidement dans la bouteille L''' par le tube
-_x_'''RM: la même chose arrive d'une bouteille à l'autre, & souvent
-la liqueur remonte jusques dans le ballon C. On prévient ces accidens
-en employant des bouteilles à trois tubulures, & en adaptant à l'une
-d'elles un tube capillaire S_t_, _s't'_, _s''t''_, _s'''t'''_, dont le
-bout doit plonger dans la liqueur des bouteilles. S'il y a absorption
-soit dans la cornue, soit dans quelques-unes des bouteilles, il rentre
-par ces tubes de l'air extérieur qui remplace le vuide qui s'est formé,
-& on en est quitte pour avoir un petit mêlange d'air commun dans les
-produits; mais au moins l'expérience n'est pas entièrement manquée. Ces
-tubes peuvent bien admettre de l'air extérieur, mais ils ne peuvent en
-laisser échapper, parce qu'ils sont toujours bouchés dans leur partie
-inférieure _tt't''t'''_ par le fluide des bouteilles.
-
-On conçoit que pendant le cours de l'expérience, la liqueur des
-bouteilles doit remonter dans chacun de ces tubes à une hauteur
-relative à la pression qu'éprouve l'air ou le gaz contenu dans la
-bouteille; or cette pression est déterminée par la hauteur & par le
-poids de la colonne de liquide contenu dans toutes les bouteilles
-subséquentes. En supposant donc qu'il y ait trois pouces de liqueur
-dans chaque bouteille, que la hauteur de l'eau de la cuve soit
-également de trois pouces au-dessus de l'orifice du tuyau RM, enfin
-que la pesanteur spécifique des liqueurs contenues dans les bouteilles
-ne differe pas sensiblement de celle de l'eau; l'air de la bouteille
-L sera comprimé par un poids égal à celui d'une colonne d'eau de 12
-pouces. L'eau s'élevera donc de 12 pouces dans le tube S_t_, d'où il
-résulte qu'il faut donner à ce tube plus de 12 pouces de longueur
-au-dessus du niveau du liquide _ab_. Le tube _s't'_ doit par la même
-raison avoir plus de 9 pouces, le tube _s"t"_ plus de six, & le tube
-_s'''t'''_ plus de trois. On doit au surplus donner à ces tubes plus
-que moins de longueur à cause des oscillations qui ont souvent lieu.
-On est obligé dans quelques cas d'introduire un semblable tube entre
-la cornue & le ballon; mais comme ce tube ne plonge point dans l'eau,
-comme il n'est point bouché par un liquide, au moins jusqu'à ce qu'il
-en ait passé par le progrès de la distillation, il faut en boucher
-l'ouverture supérieure avec un peu de lut, & ne l'ouvrir qu'au
-besoin, ou lorsqu'il y a assez de liquide dans le matras C pour fermer
-l'extrêmité du tube.
-
-L'appareil dont je viens de donner la description, ne peut pas
-être employé dans des expériences exactes, toutes les fois que les
-matières qu'on se propose de traiter ont une action trop rapide l'une
-sur l'autre, ou lorsque l'une des deux ne doit être introduite que
-successivement & par petites parties, comme il arrive dans les mêlanges
-qui font une violente effervescence. On se sert alors d'une cornue
-tubulée A, _planche VII, fig. 1_. On y introduit l'une des deux
-substances, & de préférence celle qui est concrète, puis on adapte &
-on lute à la tubulure un tube recourbé BCDA terminé dans sa partie
-supérieure B en entonnoir, & par son extrêmité A en un tube capillaire:
-c'est par l'entonnoir B de ce tube qu'on verse la liqueur. Il faut
-que la hauteur BC soit assez grande pour que la liqueur qu'on doit
-introduire puisse faire équilibre avec la résistance occasionnée par
-celle contenue dans les bouteilles LL'L''L''', _planche IV, figure 1_.
-
-Ceux qui n'ont pas l'habitude de se servir de l'appareil distillatoire
-que je viens de decrire, ne manqueront pas de s'effrayer de la grande
-quantité d'ouvertures qu'on est obligé de luter, & du tems qu'exigent
-les préliminaires de semblables expériences; & en effet si on fait
-entrer en ligne de compte les pesées qu'il est nécessaire de faire
-avant l'expérience & de répéter après, les préparatifs sont beaucoup
-plus longs que l'expérience elle-même. Mais aussi on est bien dédommagé
-de ses peines quand l'expérience réussit, & on acquiert en une seule
-fois plus de connoissances sur la nature de la substance animale ou
-végétale qu'on a soumise à la distillation, que par plusieurs semaines
-du travail le plus assidu.
-
-A défaut de bouteilles triplement tubulées, on se sert de bouteilles
-à deux gouleaux: il est même possible de mettre les trois tubes dans
-la même ouverture, & de se servir de bouteilles ordinaires à gouleaux
-renversés pourvu que l'ouverture soit suffisamment grande. Il faut
-avoir soin d'ajuster sur les bouteilles des bouchons qu'on use avec une
-lime très-douce, & qu'on fait bouillir dans un mêlange d'huile, de cire
-& de térébenthine. On perce à travers ces bouchons avec une lime nommée
-queue de rat, voyez _planche I, fig. 16_, autant de trous qu'il
-est nécessaire pour le passage des tubes: on voit un de ces bouchons
-représenté, _pl. IV, figure 8_.
-
-
-§. II.
-
-_Des Dissolutions métalliques._
-
-J'ai déja fait sentir lorsque j'ai parlé de la solution des sels dans
-l'eau, combien il existoit de différence entre cette opération & la
-dissolution métallique. On a vu que la solution des sels n'exigeoit
-aucun appareil particulier, & que tout vase y étoit propre. Il n'en
-est pas de même de la dissolution des métaux; pour ne rien perdre
-dans cette dernière, & pour obtenir des résultats vraiment concluans,
-il faut employer des appareils très-compliqués, & dont l'invention
-appartient absolument aux chimistes de notre âge.
-
-Les métaux en général se dissolvent avec effervescence dans les acides;
-or l'effet auquel on a donné le nom d'effervescence n'est autre chose
-qu'un mouvement excité dans la liqueur dissolvante par le dégagement
-d'un grand nombre de bulles d'air ou de fluide aériforme qui partent de
-la surface du métal, & qui crèvent en sortant de la liqueur dissolvante.
-
-M. Cavendish & M. Priestley sont les premiers qui aient imaginé des
-appareils simples pour recueillir ces fluides élastiques. Celui de
-M. Priestley consiste en une bouteille A, _pl. VII, figure 2_,
-bouchée en B avec un bouchon de liège troué dans son milieu, & qui
-laisse passer un tube de verre recourbé en BC, qui s'engage sous des
-cloches remplies d'eau, & renversées dans un bassin plein d'eau: on
-commence par introduire le métal dans la bouteille A, on verse l'acide
-par-dessus, puis on bouche avec le bouchon garni de son tube BC.
-
-Mais cet appareil n'est pas sans inconvénient, du moins pour
-des expériences très-exactes. Premièrement lorsque l'acide est
-très-concentré, & que le métal est très-divisé, l'effervescence
-commence souvent avant qu'on ait eu le tems de boucher la bouteille;
-il y a perte de gaz, & on ne peut plus déterminer les quantités avec
-exactitude. Secondement dans toutes les opérations où l'on est obligé
-de faire chauffer, il y a une partie de l'acide qui se distille & qui
-se mêle avec l'eau de la cuve; en sorte qu'on se trompe dans le calcul
-des quantités d'acide décomposées. Troisièmement enfin l'eau de la cuve
-absorbe tous les gaz susceptibles de se combiner avec l'eau, & il est
-impossible de les recueillir sans perte.
-
-Pour remédier à ces inconvéniens, j'avois d'abord imaginé d'adapter
-à une bouteille à deux gouleaux A, _planche VII, figure 3_, un
-entonnoir de verre BC qu'on y lute de manière à ne laisser aucune
-issue à l'air. Dans cet entonnoir entre une tige de cristal DE usée en
-D à l'émeri avec l'entonnoir, de manière à le fermer comme le bouchon
-d'un flacon.
-
-Lorsqu'on veut opérer, on commence par introduire dans la bouteille A
-la matière à dissoudre: on lute l'entonnoir, on le bouche avec la tige
-DE, puis on y verse de l'acide qu'on fait passer dans la bouteille en
-aussi petite quantité que l'on veut, en soulevant doucement la tige: on
-répète successivement cette opération jusqu'à ce qu'on soit arrivé au
-point de saturation.
-
-On a employé depuis un autre moyen qui remplit le même objet, & qui
-dans certains cas est préférable: j'en ai déjà donné une idée dans le
-paragraphe précédent. Il consiste à adapter à l'une des tubulures de la
-bouteille A, _pl. VII, fig. 4_, un tube recourbé DEFG terminé en D par
-une couverture capillaire, & en G par un entonnoir soudé au tube; on
-le lute soigneusement & solidement dans la tubulure C. Lorsqu'on verse
-une petite goutte de liqueur dans le tube par l'entonnoir G, elle tombe
-dans la partie F; si on en ajoute davantage, elle parvient à dépasser
-la courbure E & à s'introduire dans la bouteille A: l'écoulement dure
-tant qu'on fournit de nouvelle liqueur par l'entonnoir G. On conçoit
-qu'elle ne peut jamais être chassée en dehors du tube EFG, & qu'il ne
-peut jamais sortir d'air ou de gaz de la bouteille; parce que le poids
-de la liqueur l'en empêche & fait l'effet d'un véritable bouchon.
-
-Pour remédier au second inconvénient, à celui de la distillation
-de l'acide, qui s'opère sur-tout dans les dissolutions qui sont
-accompagnées de chaleur, on adapte à la cornue A, _planc. VII, fig. 1_,
-un petit matras tubulé M qui reçoit la liqueur qui se condense.
-
-Enfin pour séparer les gaz absorbables par l'eau, tel que le gaz acide
-carbonique, on ajoute une bouteille L à deux gouleaux dans laquelle on
-met de l'alkali pur étendu d'eau: l'alkali absorbe tout le gaz acide
-carbonique, & il ne passe plus, communément, sous la cloche par le tube
-NO, qu'une ou deux espèces de gaz tout au plus: on a vu dans le premier
-chapitre de cette troisième partie comment on parvenoit à les séparer.
-Si une bouteille d'alkali ne suffit pas, on en ajoute jusqu'à trois &
-quatre.
-
-
-§. III.
-
-_Des Appareils relatifs aux fermentations vineuse & putride._
-
-La fermentation vineuse & la fermentation putride exigent des
-appareils particuliers, & destinés uniquement à ce genre d'expériences.
-Je vais décrire celui que j'ai cru devoir définitivement adopter, après
-y avoir fait successivement un grand nombre de corrections.
-
-On prend un grand matras A, _planche X_, d'environ 12 pintes de
-capacité: on y adapte une virole de cuivre _ab_ solidement mastiquée,
-& dans laquelle se visse un tuyau coudé _cd_ garni d'un robinet _e_.
-A ce tuyau s'adapte une espèce de récipient de verre à trois pointes
-B, au-dessous duquel est placée une bouteille C avec laquelle il
-communique. A la suite du récipient B est un tube de verre _ghi_,
-mastiqué en _g_ & en _i_ avec des viroles de cuivre: il est destiné à
-recevoir un sel concret très-déliquescent, tel que du nitrate ou du
-muriate de chaux, de l'acétite de potasse, &c.
-
-Enfin ce tube est suivi de deux bouteilles D, E, remplies jusqu'en _xy_
-d'alkali dissous dans l'eau, & bien dépouillé d'acide carbonique.
-
-Toutes les parties de cet appareil sont réunies les unes avec les
-autres par le moyen de vis & d'écrous qui se serrent; les points de
-contact sont garnis de cuir gras qui empêche tout passage de l'air:
-enfin chaque pièce est garnie de deux robinets, de manière qu'on peut
-la fermer par ses deux extrêmités, & peser ainsi chacune séparément à
-toutes les époques de l'expérience qu'on le juge à propos.
-
-C'est dans le ballon A qu'on met la matière fermentescible, du sucre
-par exemple, & de la levure de bière étendue d'une suffisante quantité
-d'eau & dont le poids est bien déterminé. Quelquefois lorsque la
-fermentation est trop rapide, il se forme une quantité considérable
-d'écume qui non-seulement remplit le col du ballon, mais qui passe dans
-le récipient B & coule dans la bouteille C. C'est pour recueillir cette
-mousse & empêcher qu'elle ne passe dans le tube déliquescent, qu'on a
-donné une capacité considérable au récipient B & à la bouteille C.
-
-Il ne se dégage dans la fermentation du sucre, c'est-à-dire dans la
-fermentation vineuse, que de l'acide carbonique qui emporte avec lui
-un peu d'eau qu'il tient en dissolution. Il en dépose une grande
-partie en passant par le tube _ghi_ qui contient un sel déliquescent
-en poudre grossière, & on en connoît la quantité par l'augmentation de
-poids acquise par le sel. Ce même acide carbonique bouillonne ensuite
-à travers la liqueur alkaline de la bouteille D, dans laquelle il est
-conduit par le tube _klm_. La petite portion qui n'a point été absorbée
-par l'alkali contenu dans cette première bouteille, n'échappe point
-à la seconde E, & ordinairement il ne passe absolument rien sous la
-cloche F, si ce n'est l'air commun qui étoit contenu au commencement de
-l'expérience dans le vuide des vaisseaux.
-
-Le même appareil peut servir pour les fermentations putrides; mais
-alors il passe une quantité considérable de gaz hydrogène par le tube
-_qrstu_, lequel est reçu dans la cloche F; & comme le dégagement
-est rapide, sur-tout en été, il faut la changer fréquemment. Ces
-fermentations exigent en conséquence une surveillance continuelle,
-tandis que la fermentation vineuse n'en exige aucune.
-
-On voit qu'au moyen de cet appareil on peut connoître avec une grande
-précision le poids des matériaux mis à fermenter, & celui de tous les
-produits liquides ou aériformes qui s'en sont dégagés. On peut voir les
-détails dans lesquels je suis entré sur le résultat de la fermentation
-vineuse, dans le Chapitre XIII de la première partie de cet Ouvrage,
-page 139.
-
-
-§. IV.
-
-_Appareil particulier pour la décomposition de l'eau._
-
-J'ai déjà exposé, dans la première Partie de cet Ouvrage, Chapitre
-VIII, page 87, les expériences relatives à la décomposition de l'eau;
-j'éviterai donc des répétitions inutiles, & je me bornerai à des
-observations très-sommaires. Les matières qui ont la propriété de
-décomposer l'eau, sont principalement le fer & le charbon; mais il
-faut pour cela qu'ils soient portés à une chaleur rouge: sans cette
-condition l'eau se réduit simplement en vapeurs, & elle se condense
-ensuite par le refroidissement, sans avoir éprouvé la moindre
-altération: à une chaleur rouge au contraire, le fer & le charbon
-enlèvent l'oxygène à l'hydrogène; dans le premier cas il se forme
-de l'oxide noir de fer, & l'hydrogène se dégage libre & pur sous la
-forme de gaz; dans le second il se forme du gaz acide carbonique qui
-se dégage mêlé avec le gaz hydrogène, & ce dernier est communément
-carbonisé.
-
-On se sert avec avantage, pour décomposer l'eau par le fer, d'un canon
-de fusil dont on ôte la culasse. On trouve aisément de ces sortes
-de canons chez les marchands de féraille. On doit choisir les plus
-longs & les plus forts: lorsqu'ils sont trop courts & qu'on craint
-que les luts ne s'échauffent trop, on y fait souder en soudure forte
-un bout de tuyau de cuivre. On place ce tuyau de fer dans un fourneau
-allongé CDEF, _planche VII, fig. 11_, en lui donnant une inclinaison
-de quelques degrés de E en F: cette inclinaison doit être un peu
-plus grande qu'elle n'est présentée dans la _fig. 11_. On adapte à
-la partie supérieure E de ce tuyau, une cornue de verre qui contient
-de l'eau & qui est placée sur un fourneau VVXX. On le lute par son
-extrêmité inférieure F avec un serpentin SS', qui s'adapte lui-même
-avec un flacon tubulé H, où se rassemble l'eau qui a échappé à la
-décomposition. Enfin le gaz qui se dégage est porté à la cuve où il
-est reçu sous des cloches par le tube KK adapté à la tubulure K du
-flacon H. Au lieu de la cornue A, on peut employer un entonnoir fermé
-d'un robinet par le bas, & par lequel on laisse couler l'eau goutte à
-goutte. Si-tôt que cette eau est parvenue à la partie où le tube est
-échauffé, elle se vaporise, & l'expérience a lieu de la même manière
-que si elle étoit fournie en vapeurs par le moyen de la cornue A.
-
-Dans l'expérience que nous avons faite, M. Meusnier & moi, en présence
-des Commissaires de l'Académie, nous n'avions rien négligé pour obtenir
-la plus grande précision possible dans les résultats; nous avions même
-porté le scrupule jusqu'à faire le vuide dans les vaisseaux avant de
-commencer l'expérience, afin que le gaz hydrogène que nous obtiendrions
-fût exempt de mêlange de gaz azote. Nous rendrons compte à l'Académie,
-dans un très-grand détail, des résultats que nous avons obtenus.
-
-Dans un grand nombre de recherches on est obligé de substituer au
-canon de fusil des tubes de verre, de porcelaine ou de cuivre. Mais
-les premiers ont l'inconvénient d'être faciles à fondre: pour peu
-que l'expérience ne soit pas bien ménagée, le tube s'applatit & se
-déforme. Les tubes de porcelaine sont la plupart percés d'une infinité
-de petits trous imperceptibles par lesquels le gaz s'échappe, surtout
-s'il est comprimé par une colonne d'eau. C'est ce qui m'a déterminé à
-me procurer un tube de cuivre rouge, que M. de la Briche a bien voulu
-faire couler plein & faire forer sous ses yeux à Strasbourg. Ce tube
-est très-commode pour opérer la décomposition de l'alkool: on sait
-en effet qu'exposé à une chaleur rouge, il se résout en carbone, en
-gaz acide carbonique & en gaz hydrogène. Ce même tube peut également
-servir à la décomposition de l'eau par le carbone, & à un grand nombre
-d'expériences.
-
-
-§. V.
-
-_De la préparation & de l'emploi des Luts._
-
-Si dans un tems où l'on perdoit une grande partie des produits de la
-distillation, où l'on ne tenoit aucun compte de tout ce qui se séparoit
-sous forme de gaz, en un mot où l'on ne faisoit aucune expérience
-exacte & rigoureuse, on sentoit déjà la nécessité de bien luter les
-jointures des appareils distillatoires; combien cette opération
-manuelle & mécanique n'est-elle pas devenue plus importante, depuis
-qu'on ne se permet plus de rien perdre dans les distillations & dans
-les dissolutions, depuis qu'on exige qu'un grand nombre de vaisseaux
-réunis ensemble se comportent comme s'ils n'étoient que d'une seule
-pièce, & comme s'ils étoient hermétiquement fermés; enfin depuis qu'on
-n'est plus satisfait des expériences, qu'autant que la somme du poids
-des produits obtenus est égale à celui des matériaux mis en expérience.
-
-La première condition qu'on exige de tout lut destiné à fermer les
-jointures des vaisseaux, est d'être aussi imperméable que le verre
-lui-même, de manière qu'aucune matière, si subtile qu'elle soit, à
-l'exception du calorique, ne puisse le pénétrer. Une livre de cire
-fondue avec une once & demie ou deux onces de térébenthine, remplissent
-très-bien ce premier objet; il en résulte un lut facile à manier,
-qui s'attache fortement au verre & qui ne se laisse pas facilement
-pénétrer: on peut lui donner plus de consistance & le rendre plus ou
-moins dur, plus ou moins sec, plus ou moins souple, en y ajoutant
-différentes résines. Cette classe de luts a l'avantage de pouvoir
-se ramollir par la chaleur, ce qui les rend commodes pour fermer
-promptement les jointures des vaisseaux: mais, quelque parfaits qu'ils
-soient pour contenir les gaz & les vapeurs, il s'en faut bien qu'ils
-puissent être d'un usage général. Dans presque toutes les opérations
-chimiques, les luts sont exposés à une chaleur considérable & souvent
-supérieure au degré de l'eau bouillante: or à ce degré les résines
-se ramollissent, elles deviennent presque liquides, & les vapeurs
-expansives contenues dans les vaisseaux se font bientôt jour &
-bouillonnent à travers.
-
-On a donc été obligé d'avoir recours à des matières plus propres à
-résister à la chaleur, & voici le lut auquel les Chimistes se sont
-arrêtés après beaucoup de tentatives; non pas qu'il n'ait quelques
-inconvéniens, comme je le dirai bientôt, mais parce qu'à tout prendre
-c'est encore celui qui réunit le plus d'avantages. Je vais donner
-quelques détails sur sa préparation & sur-tout sur son emploi: une
-longue expérience en ce genre m'a mis en état d'applanir aux autres un
-grand nombre de difficultés.
-
-L'espèce de lut dont je parle dans ce moment, est connue des Chimistes
-sous le nom de lut gras. Pour le préparer on prend de l'argile non
-cuite, pure & très-sèche; on la réduit en poudre fine, & on la passe au
-tamis de soie. On la met ensuite dans un mortier de fonte, & on la bat
-pendant plusieurs heures à coups redoublés avec un lourd pilon de fer,
-en l'arrosant peu à peu avec de l'huile de lin cuite, c'est-à-dire,
-avec de l'huile de lin qu'on a oxygénée & rendue siccative par
-l'addition d'un peu de litharge. Ce lut est encore meilleur & plus
-tenace, il s'attache mieux au verre quand, au lieu d'huile grasse
-ordinaire, on emploie du vernis gras au succin. Ce vernis n'est autre
-chose qu'une dissolution de succin ou ambre jaune dans de l'huile de
-lin; mais cette dissolution n'a lieu qu'autant que le succin a été
-préalablement fondu seul: il perd dans cette opération préalable un
-peu d'acide succinique & un peu d'huile. Le lut fait avec le vernis
-gras est, comme je l'ai dit, un peu préférable à celui fait avec de
-l'huile de lin seul; mais il est beaucoup plus cher, & l'excédent de
-qualité qu'on acquiert n'est pas en proportion de l'excédent du prix:
-aussi est-il rarement employé.
-
-Le lut gras résiste très-bien à un degré de chaleur même assez violent:
-il est imperméable aux acides & aux liqueurs spiritueuses; il prend
-bien sur les métaux, sur le grès, sur la porcelaine & sur le verre,
-mais pourvu qu'ils ayent été préalablement bien séchés. Si par malheur
-dans le cours d'une opération la liqueur en distillation s'est fait
-jour & qu'il ait pénétré quelque peu d'humidité, soit entre le verre
-& le lut, soit entre différentes couches même du lut, il est d'une
-extrême difficulté de reboucher les ouvertures qui se sont formées; &
-c'est un des principaux inconvéniens, peut-être le seul, que présente
-l'usage du lut gras.
-
-La chaleur ramollit ce lut, & même au point de le faire couler; il
-a besoin en conséquence d'être contenu. Le meilleur moyen est de le
-recouvrir avec des bandes de vessie, qu'on mouille & qu'on tortille
-tout autour. On fait ensuite une ligature avec de gros fil au dessus
-& au-dessous du lut, puis on passe par-dessus le lut même & par
-conséquent par-dessus la vessie qui le recouvre, un grand nombre de
-tours de fil: un lut arrangé avec ces précautions, est à l'abri de tout
-accident.
-
-Très-souvent la figure des jointures des vaisseaux ne permet pas d'y
-faire une ligature, & c'est ce qui arrive au col des bouteilles à
-trois gouleaux: il faut d'ailleurs beaucoup d'adresse pour serrer
-suffisamment le fil sans ébranler l'appareil, & dans les expériences où
-les luts sont très-multipliés, on en dérangeroit souvent plusieurs pour
-en arranger un seul. Alors on substitue à la vessie & à la ligature des
-bandes de toile imbibées de blanc d'œuf dans lequel on a délayé de la
-chaux. On applique sur le lut gras les bandes de toile encore humides;
-en peu de tems elles se sèchent & acquièrent une assez grande dureté.
-On peut appliquer ces mêmes bandes sur les luts de cire & de résine. De
-la colle forte délayée dans de l'eau, peut suppléer au blanc d'œuf.
-
-La première attention qu'on doit avoir avant d'appliquer un lut
-quelconque sur les jointures des vaisseaux, est de les asseoir & de les
-assujétir solidement, de manière qu'ils ne puissent se prêter à aucun
-mouvement. Si c'est le col d'une cornue qu'on veut luter à celui d'un
-récipient, il faut qu'il y entre à peu près juste; s'il y a un peu de
-jeu, il faut assujétir les deux vaisseaux en introduisant entre leurs
-cols de petits morceaux fort courts d'alumettes ou de bouchon. Si la
-disproportion des deux cols est trop grande, on choisit un bouchon qui
-entre juste dans le col du matras ou récipient; on fait au milieu de ce
-bouchon un trou rond de la grosseur nécessaire pour recevoir le col de
-la cornue.
-
-La même précaution est nécessaire à l'égard des tubes recourbés, qui
-doivent être lutés à des gouleaux de bouteille, comme dans la _planche
-IV, fig. 1_. On commence par choisir un bouchon qui entre juste dans
-le gouleau; puis on le perce d'un trou avec une lime d'une espèce
-nommée _queue de rat_. _Voyez_ une de ces limes représentée _planc. I,
-fig. 16_. Quand un même gouleau est destiné à recevoir deux tubes,
-ce qui arrive très-souvent, sur-tout à défaut de bouteilles à deux &
-à trois gouleaux, on perce le bouchon de deux & de trois trous, pour
-qu'il puisse recevoir deux ou trois tubes. On voit un de ces bouchons
-représenté _pl. IV, fig. 8_.
-
-Ce n'est que lorsque l'appareil est ainsi solidement assujetti & de
-manière à ce qu'aucune partie n'en puisse jouer, qu'on doit commencer
-à luter. On ramollit d'abord à cet effet le lut, en le pêtrissant;
-quelquefois même, sur-tout en hiver, on est obligé de le faire
-légèrement chauffer: on le roule ensuite entre les doigts, pour le
-réduire en petits cylindres qu'on applique sur les vases qu'on veut
-luter, en ayant soin de les appuyer & de les applatir sur le verre,
-afin qu'ils y contractent de l'adhérence. A un premier petit cylindre
-on en ajoute un second, qu'on applatit également, mais de manière que
-son bord empiète sur le précédent, & ainsi de suite. Quelque simple
-que soit cette opération, il n'est pas donné à tout le monde de la
-bien faire, & il n'est pas rare de voir les personnes peu au fait,
-recommencer un grand nombre de fois des luts sans succès, tandis que
-d'autres y réussissent avec certitude & dès la première fois. Le lut
-fait, on le recouvre, comme je l'ai dit, avec de la vessie bien ficelée
-& bien serrée, ou avec des bandes de toile imbibées de blanc d'œuf &
-de chaux. Je répéterai encore qu'il faut bien prendre garde, en faisant
-un lut & sur-tout en le ficelant, d'ébranler tous les autres; autrement
-on détruiroit son propre ouvrage, & on ne parviendroit jamais à clôre
-les vaisseaux.
-
-On ne doit jamais commencer une expérience, sans avoir essayé
-préalablement les luts. Il suffit pour cela, ou de chauffer
-très-légèrement la cornue A, _planc. IV, fig. 1_, ou de souffler
-de l'air par quelques-uns des tubes _ss's''s'''_; le changement de
-pression qui en résulte, doit changer le niveau de la liqueur dans tous
-les tubes; mais si l'appareil perd air de quelque part, la liqueur se
-remet bientôt à son niveau; elle reste au contraire constamment, soit
-au-dessus, soit au-dessous, si l'appareil est bien fermé.
-
-On ne doit pas oublier que c'est de la manière de luter, de la
-patience, de l'exactitude qu'on y apporte, que dépendent tous les
-succès de la Chimie moderne: il n'est donc point d'opération qui
-demande plus de soins & d'attention.
-
-Ce seroit un grand service à rendre aux Chimistes & sur-tout aux
-Chimistes pneumatiques, que de les mettre en état de se passer de
-luts, ou du moins d'en diminuer considérablement le nombre. J'avois
-d'abord pensé à faire construire des appareils dont toutes les parties
-fussent bouchées à frottement, comme les flacons bouchés en cristal;
-mais l'exécution m'a présenté d'assez grandes difficultés. Il m'a
-paru préférable de suppléer aux luts par le moyen de colonnes de
-mercure, de quelques lignes de hauteur. Je viens de faire exécuter
-dans cette vue un appareil dont je vais donner la description, & dont
-l'usage me paroît pouvoir être utile & commode dans un grand nombre de
-circonstances.
-
-Il consiste dans une bouteille A, _planche XII, fig. 12_, à double
-gouleau; l'un intérieur _bc_, communique avec le dedans de la
-bouteille; l'autre extérieur _de_, qui laisse un intervalle entre lui
-& le précédent, & qui forme tout autour une profonde rigole _db_,
-_ce_, destinée à recevoir du mercure. C'est dans cette rigole qu'entre
-& s'ajuste le couvercle de verre B. Il a par le bas des échancrures
-pour le passage des tubes de verre destinés au dégagement des gaz. Ces
-tubes, au lieu de plonger directement dans la bouteille A, comme dans
-les appareils ordinaires, se contournent auparavant, comme on le voit
-_fig. 13_, pour s'enfoncer dans la rigole, & pour passer par-dessous
-les échancrures du couvercle B: ils remontent ensuite pour entrer dans
-la bouteille, en passant par-dessus les bords du gouleau intérieur.
-
-Il est aisé de voir que, lorsque les tubes ont été mis en place, que le
-couvercle B a été solidement assujetti, & que la rigole _db_, _ce_ a
-été remplie de mercure, la bouteille se trouve fermée & ne communique
-plus à l'extérieur que par les tubes.
-
-Un appareil de cette espèce sera très-commode dans un grand nombre
-d'expériences; mais on ne pourra le mettre en usage que dans la
-distillation des matières qui n'ont point d'action sur le mercure.
-
-M. Séguin, dont les secours actifs & intelligens m'ont été si souvent
-utiles, a même déjà commandé dans les verreries des cornues jointes
-hermétiquement à des récipiens; en sorte qu'il seroit possible de
-parvenir à n'avoir plus aucun lut. On voit, _planche XII, fig. 14_,
-un appareil monté d'après les principes que je viens d'exposer.
-
-
-
-
-CHAPITRE VII.
-
-_Des Opérations relatives à la combustion proprement dite & à la
-détonation._
-
-
-La combustion n'est autre chose, d'après ce qui a été exposé dans la
-première Partie de cet Ouvrage, que la décomposition du gaz oxygène
-opérée par un corps combustible. L'oxygène qui forme la base de ce gaz
-est absorbé, le calorique & la lumière deviennent libres & se dégagent.
-Toute combustion entraîne donc avec elle l'idée d'oxygénation, tandis
-qu'au contraire l'oxygénation n'entraîne pas essentiellement l'idée
-de combustion, puisque la combustion proprement dite ne peut avoir
-lieu sans un dégagement de lumière & de calorique. Il faut, pour que
-la combustion s'opère, que la base du gaz oxygène ait plus d'affinité
-avec le corps combustible, qu'elle n'en a avec le calorique: or cette
-attraction élective, pour me servir de l'expression de Bergman, n'a
-lieu qu'à un certain degré de température, qui même est différent pour
-chaque substance combustible; de-là la nécessité de donner le premier
-mouvement à la combustion par l'approche d'un corps chaud. Cette
-nécessité d'échauffer le corps qu'on se propose de brûler, tient à des
-considérations qui n'ont encore fixé l'attention d'aucun Physicien, &
-auxquels je demande la permission de m'arrêter quelques instans; on
-verra qu'elles ne s'éloignent pas de mon sujet.
-
-L'état actuel où nous voyons la nature est un état d'équilibre auquel
-elle n'a pu arriver qu'après que toutes les combustions spontanées
-possibles au degré de chaleur dans lequel nous vivons, toutes les
-oxygénations possibles ont eu lieu. Il ne peut donc y avoir de
-nouvelles combustions ou oxygénations, qu'autant qu'on sort de cet
-état d'équilibre & qu'on transporte les substances combustibles dans
-une température plus élevée. Eclaircissons par un exemple ce que
-cet énoncé peut présenter d'abstrait. Supposons que la température
-habituelle de la terre changeât d'une très-petite quantité, & qu'elle
-devînt seulement égale à celle de l'eau bouillante: il est évident que
-le phosphore étant combustible beaucoup au-dessous de ce degré, cette
-substance n'existeroit plus dans la nature dans son état de pureté
-& de simplicité, elle se présenteroit toujours dans l'état d'acide,
-c'est-à-dire oxygénée, & son radical seroit au nombre des substances
-inconnues. Il en seroit successivement de même de tous les corps
-combustibles, si la température de la terre devenoit de plus en plus
-élevée; & on arriveroit enfin à un point où toutes les combustions
-possibles seroient épuisées, où il ne pourroit plus exister de corps
-combustibles, où tous seroient oxygénés & par conséquent incombustibles.
-
-Revenons donc à dire qu'il ne peut y avoir pour nous de corps
-combustibles, que ceux qui sont incombustibles au degré de température
-dans lequel nous vivons; ou ce qui veut dire la même chose en d'autres
-termes, qu'il est de l'essence de tout corps combustible de ne pouvoir
-jouir de la propriété combustible, qu'autant qu'on l'échauffe & qu'on
-le transporte au degré de chaleur où s'opère sa combustion. Ce degré
-une fois atteint la combustion commence, & le calorique qui se dégage
-par l'effet de la décomposition du gaz oxygène, entretient le degré de
-température nécessaire pour la continuer. Lorsqu'il en est autrement,
-c'est-à-dire, lorsque le calorique fourni par la décomposition du gaz
-oxygène n'est pas suffisant pour que le degré de chaleur nécessaire à
-la combustion se continue, elle cesse: c'est ce qu'on exprime lorsqu'on
-dit que le corps brûle mal, qu'il est difficilement combustible.
-
-Quoique la combustion ait quelque chose de commun avec la distillation,
-sur-tout avec la distillation composée, elle en diffère cependant en
-un point essentiel. Il y a bien dans la distillation séparation d'une
-partie des principes du corps que l'on y soumet, & combinaison de ces
-mêmes principes dans un autre ordre, déterminé par les affinités qui
-ont lieu à la température à laquelle s'est opérée la distillation; mais
-il y a plus dans la combustion, il y a addition d'un nouveau principe,
-l'oxygène, & dissipation d'un autre principe, le calorique.
-
-C'est cette nécessité d'employer l'oxygène dans l'état de gaz & d'en
-déterminer rigoureusement les quantités, qui rend si embarrassantes les
-expériences relatives à la combustion. Une autre difficulté inséparable
-de ces opérations, tient à ce que les produits qu'elles fournissent se
-dégagent presque toujours dans l'état de gaz: si donc il est difficile
-de retenir & de rassembler les produits de la distillation, il l'est
-bien davantage de recueillir ceux de la combustion; aussi aucun des
-anciens Chimistes n'en a-t-il eu la prétention, & ce genre d'expérience
-appartient-il absolument à la Chimie moderne.
-
-Après avoir rappelé d'une manière générale le but qu'on doit se
-proposer dans les différentes expériences relatives à la combustion,
-je passe à la description des différens appareils que j'ai imaginés
-dans cette vue. Je n'adopterai dans les articles qui composeront ce
-Chapitre, aucune division relative à la nature des combustibles; je
-les classerai relativement à la nature des appareils qui conviennent à
-leur combustion.
-
-
-§. I.
-
-_De la Combustion du Phosphore & du Charbon._
-
-J'ai déjà décrit, page 57 de cet Ouvrage, les appareils que j'ai
-employés pour la combustion du charbon & du phosphore. Cependant,
-comme j'avois alors plutôt en vue de donner une idée du résultat de
-ces combustions, que d'enseigner le détail des procédés nécessaires
-pour les obtenir, je ne me suis peut-être pas assez étendu sur la
-manipulation relative à ce genre d'expériences.
-
-On commence, pour opérer la combustion du phosphore ou du charbon,
-par remplir de gaz oxygène dans l'appareil pneumato-chimique à l'eau,
-_pl. V, fig. 1_, une cloche de six pintes au moins de capacité.
-Lorsqu'elle est pleine à rase & que le gaz commence à dégorger
-par-dessous, on transporte cette cloche A sur l'appareil au mercure,
-_planche IV, fig. 3_, à l'aide d'un vaisseau de verre ou de fayance
-très-plat, qu'on passe par-dessous. Cette opération faite, on sèche
-bien avec du papier gris la surface du mercure, tant dans l'intérieur
-qu'à l'extérieur de la cloche. Cette opération demande quelques
-précautions: si on n'avoit pas l'attention de plonger le papier gris
-pendant quelque tems entièrement sous le mercure avant de l'introduire
-sous la cloche, on y feroit passer de l'air commun qui s'attache avec
-beaucoup de ténacité au papier.
-
-On a d'un autre côté une petite capsule D, de fer ou de porcelaine
-plate & évasée, sur laquelle on place le corps qu'on veut brûler, après
-en avoir très-exactement déterminé le poids à la balance d'essai; on
-recouvre ensuite cette capsule d'une autre un peu plus grande P, qui
-fait à son égard l'office de la cloche du plongeur, & on fait passer le
-tout à travers le mercure: après quoi on retire à travers le mercure
-la capsule P qui ne servoit en quelque façon que de couvercle. On
-peut éviter l'embarras & la difficulté de faire passer les matières à
-travers le mercure, en soulevant un des côtés de la cloche pendant un
-instant presqu'indivisible, & en introduisant ainsi, par le passage
-qu'on s'est ménagé, la capsule avec le corps combustible. Il se mêle
-dans cette seconde manière d'opérer un peu d'air commun avec le gaz
-oxygène; mais ce mêlange qui est peu considérable, ne nuit ni au
-succès, ni à l'exactitude de l'expérience.
-
-Lorsque la capsule D, _planche IV, fig. 3_, est introduite sous
-la cloche, on suce une partie du gaz oxygène qu'elle contient pour
-élever le mercure jusqu'en EF. Sans cette précaution, dès que le corps
-combustible seroit allumé, la chaleur dilateroit l'air; elle en feroit
-passer une portion par-dessous la cloche, & on ne pourroit plus faire
-aucun calcul exact sur les quantités. On se sert, pour sucer l'air,
-d'un siphon GHI, qu'on passe par-dessous la cloche; & pour qu'il ne
-s'emplisse pas de mercure, on tortille à son extrêmité I un petit
-morceau de papier.
-
-Il y a un art pour élever ainsi en suçant une colonne de mercure à
-une hauteur de plusieurs pouces au-dessous de son niveau: si on se
-contentoit d'aspirer l'air avec le poumon, on n'atteindroit qu'à une
-très-médiocre élévation, par exemple, d'un pouce ou d'un pouce & demi
-tout au plus; encore n'y parviendroit-on qu'avec de grands efforts;
-tandis que par l'action des muscles de la bouche on peut élever sans se
-fatiguer, ou au moins sans risquer de s'incommoder, le mercure jusqu'à
-six à sept pouces. Un moyen plus commode encore est de se servir d'une
-petite pompe que l'on adapte au siphon GHI: on élève alors le mercure
-à telle hauteur qu'on le juge à propos, pourvu qu'elle n'excède pas 28
-pouces.
-
-Si le corps combustible est fort inflammable, comme le phosphore, on
-l'allume avec un fer recourbé MN, _planche IV, fig. 16_, qu'on fait
-rougir au feu, & qu'on passe brusquement sous la cloche: dès qu'il est
-en contact avec le phosphore, ce dernier s'allume. Pour les corps moins
-combustibles, tels que le fer, quelques autres métaux, le charbon,
-&c. on se sert d'un petit fragment d'amadoue sur lequel on place un
-atôme de phosphore: on allume également ce dernier avec un fer rouge
-recourbé; l'inflammation se communique à l'amadoue, puis au corps
-combustible.
-
-Dans le premier instant de la combustion, l'air se dilate & le mercure
-descend; mais lorsqu'il n'y a point de fluide élastique formé, comme
-dans la combustion du fer & du phosphore, l'absorption devient bientôt
-sensible, & le mercure remonte très-haut dans la cloche. Il faut en
-conséquence avoir attention de ne point brûler une trop grande quantité
-du corps combustible dans une quantité donnée d'air; autrement la
-capsule, vers la fin de la combustion, s'approcheroit trop du dôme de
-la cloche, & la grande chaleur pourroit en occasionner la fracture.
-
-J'ai indiqué, Chapitre II, §. V & VI, les opérations relatives à
-la mesure du volume des gaz, les corrections qu'il faut faire à
-ce volume, relativement à la hauteur du baromètre & au degré du
-thermomètre; je n'ajouterai rien de plus à cet égard, l'exemple
-sur-tout que j'ai cité, page 381, étant précisément tiré de la
-combustion du phosphore.
-
-Le procédé que je viens de décrire peut être employé avec succès
-pour la combustion de toutes les substances concrètes, & même pour
-celle des huiles fixes. On brûle ces dernières dans des lampes, & on
-les allume avec assez de facilité sous la cloche, par le moyen du
-phosphore, de l'amadoue & d'un fer chaud; mais ce moyen n'est pas sans
-dangers pour les substances qui sont susceptibles de se vaporiser à un
-degré de chaleur médiocre, telles que l'éther, l'esprit-de-vin, les
-huiles essentielles. Ces substances volatiles se dissolvent en assez
-grande quantité dans le gaz oxygène; quand on allume, il se fait une
-détonation subite qui enlève la cloche à une grande hauteur & qui la
-brise en éclats. J'ai éprouvé deux de ces détonations, dont des membres
-de l'Académie ont pensé, ainsi que moi, être les victimes. Cette
-manière d'opérer a d'ailleurs un grand inconvénient: elle suffit bien
-pour déterminer avec quelque exactitude la quantité de gaz oxygène
-absorbé, & celle d'acide carbonique qui s'est formé; mais ces produits
-ne sont pas les seuls qui résultent de la combustion: il se forme
-de l'eau toutes les fois qu'on opère sur des matières végétales ou
-animales, parce qu'elles contiennent toutes de l'hydrogène en excès;
-or l'appareil que je viens de décrire, ne permet ni de la rassembler,
-ni d'en déterminer la quantité. Enfin, même pour l'acide phosphorique,
-l'expérience est incomplète, puisqu'il n'est pas possible de démontrer
-dans cette manière d'opérer, que le poids de l'acide est égal à la
-somme du poids du phosphore & de celui du gaz oxygène absorbé. Je me
-suis donc trouvé obligé de varier, suivant les cas, les appareils
-relatifs à la combustion, & d'en employer plusieurs de différentes
-espèces, dont je vais donner successivement une idée: je commence par
-celui destiné à la combustion du phosphore.
-
-On prend un grand ballon de verre blanc ou de cristal A, _pl. IV,
-fig. 4_, dont l'ouverture EF doit avoir deux pouces & demi à trois
-pouces de diamètre. Cette ouverture se recouvre avec une plaque de
-cuivre jaune ou laiton usée à l'émeri, & qui est percée de deux trous
-pour le passage des tuyaux _xxx_, _yyy_.
-
-Avant de fermer le ballon avec sa plaque, on introduit dans son
-intérieur un support BC surmonté d'une capsule D de porcelaine, sur
-laquelle on place le phosphore. On lute ensuite la plaque de cuivre
-au ballon en EF avec du lut gras qu'on recouvre avec des bandes de
-linge imbibées de blanc d'œuf & saupoudrées de chaux. On laisse
-sécher pendant plusieurs jours, puis on pèse le tout avec une bonne
-balance. Ces préparatifs achevés, on adapte une pompe pneumatique au
-tuyau _xxx_, & on fait le vuide dans le ballon; après quoi on introduit
-du gaz oxygène par le tuyau _yyy_, au moyen du gazomètre représenté
-_planche VIII, figure 1_, & dont j'ai donné la description, Chapitre
-II, §. II. On allume ensuite le phosphore avec un verre ardent, & on le
-laisse brûler jusqu'à ce que le nuage d'acide phosphorique concret qui
-se forme arrête la combustion. Alors on délute & on pèse le ballon. Le
-poids, déduction faite de la tarre, donne celui de l'acide phosphorique
-qu'il contient. Il est bon, pour plus d'exactitude, d'examiner l'air
-ou le gaz contenu dans le ballon après la combustion, parce qu'il peut
-être plus ou moins pesant que l'air ordinaire, & qu'il faut tenir
-compte dans les calculs relatifs à l'expérience, de cette différence de
-pesanteur.
-
-Les mêmes motifs qui m'ont engagé à construire un appareil particulier
-pour la combustion du phosphore, m'ont déterminé de prendre le même
-parti à l'égard du charbon. Cet appareil consiste en un petit fourneau
-conique fait en cuivre battu, représenté en perspective, _plan. XII,
-figure 9_, & vu intérieurement, _figure 11_. On y distingue le
-fourneau proprement dit ABC, où doit se faire la combustion du charbon,
-la grille _de_ & le cendrier F. Au milieu du fourneau est un tuyau GH,
-par lequel on introduit le charbon & qui sert en même tems de cheminée
-pour évacuer l'air qui a servi à la combustion.
-
-C'est par le tuyau _lmn_ qui communique avec le gazomètre, qu'est amené
-l'air qui est destiné à entretenir la combustion; cet air se répand
-dans la capacité du cendrier F, & la pression qui lui est communiquée
-par le gazomètre, l'oblige à passer par la grille _de_, & à souffler
-les charbons qui sont posés immédiatement dessus.
-
-Le gaz oxygène qui entre pour les 28/100 dans la composition de l'air
-de l'atmosphère, se convertit, comme l'on sait, en gaz acide carbonique
-dans la combustion du charbon. Le gaz azote au contraire ne change
-point d'état; il doit donc rester, après la combustion, un mêlange de
-gaz azote & de gaz acide carbonique. Pour donner issue à ce mêlange, on
-a adapté à la cheminée GH un tuyau _op_ qui s'y visse en G, de manière
-à ne laisser échapper aucune portion d'air. Le mêlange des deux gaz est
-conduit par ce tuyau à des bouteilles remplies de potasse en liqueur &
-bien dépouillée d'acide carbonique, à travers laquelle il bouillonne.
-Le gaz acide carbonique est absorbé par la potasse, & il ne reste que
-du gaz azote qu'on reçoit dans un second gazomètre pour en déterminer
-la quantité.
-
-Une des difficultés que présente l'usage de cet appareil, est d'allumer
-le charbon & de commencer la combustion: voici le moyen d'y parvenir.
-Avant d'emplir de charbon le fourneau ABC, on en détermine le poids
-avec une bonne balance & de manière à être sûr de ne point commettre
-une erreur de plus d'un ou deux grains; on introduit ensuite dans la
-cheminée GH le tuyau RS, _figure 10_, dont le poids doit également
-avoir été bien déterminé. Ce tuyau est creux & ouvert par les deux
-bouts: son extrémité S doit descendre jusqu'au fond du fourneau;
-elle doit porter sur la grille _de_ & l'occuper toute entière. Ce
-n'est qu'après que le tuyau RS a été ainsi placé, qu'on introduit le
-charbon dans le fourneau. On le pèse alors de nouveau, pour connoître
-la quantité de charbon qui y a été introduite. Ces opérations
-préliminaires achevées, on met en place le fourneau, on visse le
-tuyau _lmn_, _figure 9_, avec celui qui communique avec le gazomètre;
-on visse le tuyau _op_ avec celui qui conduit aux bouteilles remplies
-de potasse: enfin au moment où l'on veut commencer la combustion, on
-ouvre le robinet du gazomètre, & on jette un petit charbon allumé par
-l'extrémité R du tuyau RS; ce charbon tombe sur la grille où le courant
-d'air le maintient allumé. Alors on retire promptement le tuyau RS;
-on visse à la cheminée le tuyau _op_ destiné à évacuer l'air, & on
-continue la combustion. Pour être assuré qu'elle est vraiment commencée
-& que l'opération a réussi, on a ménagé un tuyau _qrs_ garni à son
-extrémité _s_ d'un verre mastiqué, à travers lequel on peut voir si
-le charbon est allumé. J'oubliois d'observer que ce fourneau & ses
-dépendances sont plongés dans une espèce de baquet allongé TVXY, _fig.
-11_, qui est rempli d'eau & même de glace, afin de diminuer autant que
-l'on veut la chaleur de la combustion. Cette chaleur au surplus n'est
-jamais très-vive, parce qu'il ne peut y avoir de combustion qu'en
-proportion de l'air qui est fourni par le gazomètre, & qu'il n'y a
-d'ailleurs de charbon qui brûle que celui qui porte immédiatement sur
-la grille. A mesure qu'une molécule de charbon est consommée, il en
-retombe une autre en vertu de l'inclinaison des parois du fourneau;
-elle se présente au courant d'air qui traverse la grille _de_, & elle
-brûle comme la première.
-
-Quant à l'air qui a servi à la combustion, il traverse la masse
-de charbon qui n'a pas encore brûlé, & la pression exercée par le
-gazomètre l'oblige de s'échapper par le tuyau _op_, & de traverser les
-bouteilles remplies d'alkali.
-
-On voit que dans cette expérience on a toutes les données nécessaires
-pour obtenir une analyse complette de l'air atmosphérique & du
-charbon. En effet, on connoît le poids du charbon; on a par le moyen
-du gazomètre la mesure de la quantité d'air employée à la combustion;
-on peut déterminer la qualité & la quantité de celui qui reste après
-la combustion; on a le poids de la cendre qui s'est rassemblée dans le
-cendrier: enfin l'augmentation de poids des bouteilles qui contiennent
-la potasse en liqueur, donne la quantité d'acide carbonique qui s'est
-formé. On peut également connoître avec beaucoup de précision, par
-cette opération, la proportion de carbone & d'oxygène dont cet acide
-est composé.
-
-Je rendrai compte dans les Mémoires de l'Académie, de la suite
-d'expériences que j'ai entreprises avec cet appareil sur tous les
-charbons végétaux & animaux. Il n'est pas difficile de voir qu'avec
-très-peu de changemens on peut en faire une machine propre à observer
-les principaux phénomènes de la respiration.
-
-
-§. II.
-
-_De la Combustion des Huiles._
-
-Le charbon, au moins quand il est pur, étant une substance simple,
-l'appareil destiné à le brûler ne pouvoit pas être très-compliqué. Tout
-se réduisoit à lui fournir le gaz oxygène nécessaire à sa combustion,
-& à séparer ensuite d'avec le gaz azote le gaz acide carbonique
-qui s'étoit formé. Les huiles sont plus composées que le charbon,
-puisqu'elles résultent de la combinaison au moins de deux principes,
-le carbone & l'hydrogène; il reste en conséquence, après qu'on les a
-brûlées dans l'air commun, de l'eau, du gaz acide carbonique & du gaz
-azote. L'appareil qu'on emploie pour ce genre d'expériences, doit avoir
-pour objet de séparer & de recueillir ces trois espèces de produit.
-
-Je me sers, pour brûler les huiles, d'un grand bocal A représenté
-_planche XII, fig 4_, & de son couvercle, _figure 5_. Ce bocal est
-garni d'une virole de fer BCDE, qui s'applique exactement sur le bocal
-en DE, & qui y est solidement mastiquée. Cette virole prend un plus
-grand diamètre en BC, & laisse entr'elle & les parois du bocal un
-intervalle ou rigole _xxxx_, qu'on remplit de mercure: le couvercle
-représenté _fig. 5_, a de son côté en _fg_ une virole de fer qui
-s'ajuste dans la rigole _xxxx_ du bocal, & qui plonge dans le mercure;
-Le bocal A peut par ce moyen se fermer en un instant hermétiquement &
-sans lut; & comme la rigole peut contenir une hauteur de mercure de
-deux pouces, on voit qu'on peut faire éprouver à l'air contenu dans le
-bocal une pression de plus de deux pieds d'eau, sans risquer qu'elle
-surmonte la résistance du mercure.
-
-Le couvercle, _fig. 5_, est percé de quatre trous destinés au passage
-d'un égal nombre de tuyaux. L'ouverture T est d'abord garnie d'une
-boëte à cuir à travers laquelle doit passer la tige représentée _fig.
-3_. Cette tige est destinée à remonter ou à descendre la mêche de la
-lampe, comme je l'expliquerai ci-après; les trois autres trous _h_,
-_i_, _k_, sont destinés, savoir, le premier au passage du tuyau qui
-doit amener l'huile, le second au passage du tuyau qui doit amener
-l'air à la lampe pour entretenir la combustion, le troisième au passage
-du tuyau qui doit donner issue à ce même air lorsqu'il a servi à la
-combustion.
-
-La lampe destinée à brûler l'huile dans le bocal, est représentée
-séparément, _fig. 2_ de la même _planche_; on y voit le réservoir à
-huile a avec une espèce d'entonnoir par lequel on le remplit; le siphon
-_bcdefgh_, qui fournit l'huile à la lampe; le tuyau 7, 8, 9, 10, qui
-amène l'air du gazomètre à la même lampe.
-
-Le tuyau _bc_ est taraudé extérieurement dans sa partie inférieure
-_b_, & se visse dans un écrou contenu dans le couvercle du réservoir
-A; par ce moyen, en tournant le réservoir, on peut le faire monter ou
-descendre & amener l'huile à la lampe, au niveau où on le juge à propos.
-
-Quand on veut remplir le siphon & établir la communication entre
-l'huile du réservoir _a_ & celle de la lampe 11, on ferme d'abord le
-robinet _c_, on ouvre celui _e_, & on verse de l'huile par l'ouverture
-_f_, qui est au haut du siphon. Dès qu'on voit paroître l'huile dans la
-lampe 11 à un niveau convenable, c'est-à-dire à trois ou quatre lignes
-des bords, on ferme le robinet _k_; on continue à verser de l'huile par
-l'ouverture e, pour remplir la branche _bcd_. Quand elle est remplie,
-on ferme le robinet _f_, & alors les deux branches du siphon étant
-pleines d'huile sans interruption, la communication du réservoir à la
-lampe est établie.
-
-La _figure 1_, même _planche XII_, représente la coupe de la lampe
-grossie pour rendre les détails plus frappans & plus sensibles. On y
-voit le tuyau _ik_, qui apporte l'huile; _aaaa_, la capacité qu'occupe
-la mêche; 9 & 10, le tuyau qui apporte l'air à la lampe: cet air se
-répand dans la capacité _dddddd_, puis il se distribue par le canal
-_cccc_ & par celui _bbbb_, en-dedans & en-dehors de la mêche, à la
-manière des lampes d'Argand, Quinquet & Lange.
-
-Pour faire mieux connoître l'ensemble de cet appareil, & pour que sa
-description même rende plus facile l'intelligence de tous les autres
-de même genre, je l'ai représenté tout entier en perspective, _planche
-XI_. On y voit le gazomètre P qui fournit l'air; l'ajutage 1 & 2 par
-lequel il sort, & qui est garni d'un robinet 1; 2 & 3, un tuyau qui
-communique de ce premier gazomètre à un second, que l'on emplit pendant
-que le premier se vuide, afin que l'émission de l'air se fasse sans
-interruption pendant tout le tems que doit durer l'opération; 4 & 5,
-un tube de verre garni d'un sel déliquescent en morceaux médiocrement
-gros, afin que l'air, en se distribuant dans les interstices, y dépose
-une grande partie de l'eau qu'il tenoit en dissolution. Comme on
-connoît le poids du tube & celui du sel déliquescent qu'il contient,
-il est toujours facile de connoître la quantité d'eau qu'il a absorbée.
-
-Du tube 4 & 5 que je nommerai tube déliquescent, l'air est conduit à
-la lampe 11 par le tube 5, 6, 7, 8, 9, 10. Là il se divise; une partie
-vient alimenter la flamme par-dehors, l'autre par-dedans, à la manière
-des lampes d'Argand, Quinquet & Lange. Cet air, dont une partie a ainsi
-servi à la combustion de l'huile, forme avec elle en l'oxygénant du
-gaz acide carbonique & de l'eau. Une partie de cette eau se condense
-sur les parois du bocal A, une autre partie est tenue en dissolution
-dans l'air par la chaleur de la combustion: mais cet air qui est poussé
-par la pression qu'il reçoit du gazomètre, est obligé de passer par
-le tuyau 12, 13, 14 & 15, d'où il est conduit dans la bouteille 16 &
-dans le serpentin 17 & 18, où l'eau achève de se condenser à mesure
-que l'air se refroidit. Enfin si quelque peu d'eau restoit encore en
-dissolution dans l'air, elle seroit absorbée par le sel déliquescent
-contenu dans le tube 19 & 20.
-
-Toutes les précautions qu'on vient d'indiquer n'ont d'autre objet que
-de recueillir l'eau qui s'est formée, & d'en déterminer la quantité:
-il reste ensuite à évaluer l'acide carbonique & le gaz azote. On y
-parvient au moyen des bouteilles 22 & 25, qui sont à moitié remplies
-de potasse en liqueur & dépouillée d'acide carbonique par la chaux.
-L'air qui a servi à la combustion, y est conduit par les tuyaux 20, 21,
-23 & 24, & il y dépose le gaz acide carbonique qu'il contient. On n'a
-représenté dans cette figure, pour la simplifier, que deux bouteilles
-remplies de potasse en liqueur; mais il en faut beaucoup davantage, &
-je ne crois pas qu'on puisse en employer moins de neuf. Il est bon de
-mettre dans la dernière de l'eau de chaux, qui est le réactif le plus
-sûr & le plus sensible pour reconnoître l'acide carbonique: si elle ne
-se trouble pas, on peut être assuré qu'il ne reste pas de gaz acide
-carbonique dans l'air, du moins en quantité sensible.
-
-Il ne faut pas croire que l'air qui a servi à la combustion, lorsqu'il
-a traversé les neuf bouteilles, ne contienne plus que du gaz azote;
-il est encore mêlé d'une assez grande quantité de gaz oxigène qui
-a échappé à la combustion. On fait passer ce mêlange à travers un
-sel déliquescent contenu dans le tube de verre 28 & 29, afin de le
-dépouiller des portions d'eau qu'il auroit pu dissoudre en traversant
-les bouteilles de potasse & d'eau de chaux. Enfin on conduit le
-résidu d'air à un gazomètre par le tuyau 29 & 30: on en détermine la
-quantité; on en prend des échantillons qu'on essaye par le sulfure de
-potasse, afin de savoir la proportion de gaz oxygène & de gaz azote
-qu'il contient.
-
-On sait que dans la combustion des huiles, la mêche se charbonne au
-bout d'un certain tems, & qu'elle s'obstrue. Il y a d'ailleurs une
-longueur déterminée de mêche qu'il faut atteindre, mais qu'il ne faut
-pas outre-passer, sans quoi il monte par les tuyaux capillaires de la
-mêche plus d'huile que le courant d'air n'en peut consommer, & la lampe
-fume. Il étoit donc nécessaire qu'on pût allonger ou raccourcir la
-mêche de dehors & sans ouvrir l'appareil: c'est à quoi on est parvenu,
-au moyen de la tige 31, 32, 33 & 34, qui passe à travers une boëte à
-cuir & qui répond au porte-mêche. On a donné à cette tige un mouvement
-très-doux au moyen d'un pignon qui engraine dans une crémaillère. On
-voit cette tige & ses accessoires représentés séparément, _pl. XII,
-fig. 3_.
-
-Il m'a semblé encore qu'en enveloppant la flamme de la lampe avec un
-petit bocal de verre ouvert par les deux bouts, la combustion en alloit
-mieux. Ce bocal est en place dans la _planche XI_.
-
-Je n'entrerai pas dans de plus grands détails sur la construction
-de cet appareil, qui est susceptible d'être changé & modifié de
-différentes manières. Je me contenterai d'ajouter que, lorsqu'on veut
-opérer, on commence par peser la lampe avec son réservoir & l'huile
-qu'elle contient; qu'on la met en place; qu'on l'allume; qu'après avoir
-donné de l'air en ouvrant le robinet du gazomètre, on place le bocal
-A; qu'on l'assujétit au moyen d'une petite planche BC, sur laquelle
-il repose, & de deux tiges de fer qui la traversent & qui se vissent
-au couvercle. Il y a de cette manière un peu d'huile brûlée pendant
-qu'on ajuste le bocal au couvercle & l'on en perd le produit; il y a
-également une petite portion d'air qui s'échappe du gazomètre & qu'on
-ne peut recueillir; mais ces quantités sont peu considérables dans
-des expériences en grand; elles sont d'ailleurs susceptibles d'être
-évaluées.
-
-Je rendrai compte dans les Mémoires de l'Académie, des difficultés
-particulières attachées à ce genre d'expériences, & des moyens de
-les lever. Ces difficultés sont telles, qu'il ne m'a pas encore été
-possible d'obtenir des résultats rigoureusement exacts pour les
-quantités. J'ai bien la preuve que les huiles fixes se résolvent
-entièrement en eau & en gaz acide carbonique, qu'elles sont composées
-d'hydrogène & de carbone; mais je n'ai rien d'absolument certain sur
-les proportions.
-
-
-§. III.
-
-_De la Combustion de l'Esprit-de-vin ou Alkool._
-
-La combustion de l'alkool peut à la rigueur se faire dans l'appareil
-qui a été décrit ci-dessus pour la combustion du charbon & pour
-celle du phosphore. On place sous une cloche A, _planche IV, fig.3_,
-une lampe remplie d'alkool; on attache à la mêche un atôme de
-phosphore, & on allume avec un fer recourbé qu'on passe par-dessous
-la cloche: mais cette manière d'opérer est susceptible de beaucoup
-d'inconvéniens. Il seroit d'abord imprudent d'employer du gaz oxygène,
-par la crainte de la détonation: on n'est pas même entièrement exempt
-de ce risque, lorsque l'on emploie de l'air atmosphérique, & j'en
-ai fait, en présence de quelques membres de l'Académie, une épreuve
-qui a pensé leur devenir funeste ainsi qu'à moi. Au lieu de préparer
-l'expérience comme j'étois dans l'habitude de le faire, au moment
-même où je devois opérer, je l'avois disposée dès la veille. L'air
-atmosphérique contenu dans la cloche, avoit eu en conséquence le tems
-de dissoudre de l'alkool: la vaporisation de l'alkool avoit même été
-favorisée par la hauteur de la colonne de mercure que j'avois élevée
-en EF, _planche IV, fig. 3_. En conséquence, au moment où je voulus
-allumer le petit morceau de phosphore & la lampe avec le fer rouge,
-il se fit une détonation violente qui enleva la cloche & qui la brisa
-en mille pièces contre le plancher du laboratoire. Il résulte de
-l'impossibilité où l'on est d'opérer dans du gaz oxygène, qu'on ne peut
-brûler par ce moyen que de très-petites quantités d'alkool, de 10 à
-12 grains par exemple, & les erreurs qu'on peut commettre sur d'aussi
-petites quantités, ne permettent de prendre aucune confiance dans les
-résultats. J'ai essayé dans les expériences dont j'ai rendu compte
-à l'Académie (_Voy. Mém. Acad. année 1784, pag. 593_) de prolonger
-la durée de la combustion, en allumant la lampe d'alkool dans l'air
-ordinaire, & en refournissant ensuite du gaz oxygène sous la cloche à
-mesure qu'il s'en étoit consommé; mais le gaz acide carbonique qui se
-forme met obstacle à la combustion, d'autant plus que l'alkool est peu
-combustible & qu'il brûle difficilement dans de l'air moins bon que
-l'air commun; on ne peut donc encore brûler de cette manière que de
-très-petites quantités d'alkool.
-
-Peut-être cette combustion réussiroit-elle dans l'appareil représenté
-_planche XI_; mais je n'ai pas osé l'y tenter. Le bocal A où se fait
-la combustion, a environ 1400 pouces cubiques de capacité; & s'il se
-faisoit une détonation dans un aussi grand vaisseau, elle auroit des
-suites terribles dont il seroit difficile de se garantir. Je ne renonce
-pas cependant à la tenter.
-
-C'est par une suite de ces difficultés que je me suis borné jusqu'ici à
-des expériences très en petit sur l'alkool, ou bien à des combustions
-faites, dans des vaisseaux ouverts, comme dans l'appareil représenté
-_pl. IX, fig. 5_, dont je donnerai la description dans le §. 5 de ce
-Chapitre.
-
-Je reprendrai dans d'autres tems la suite de ce travail, si du moins je
-puis parvenir à lever les obstacles qu'il m'a présentés jusqu'ici.
-
-
-§. IV.
-
-_De la Combustion de l'Ether._
-
-La combustion de l'éther en vaisseaux clos, ne comporte pas précisément
-les mêmes difficultés que celle de l'alkool; mais elle en présente
-d'un autre genre qui ne sont pas moins difficiles à vaincre, & qui
-m'arrêtent encore dans ce moment.
-
-J'avois cru pouvoir profiter, pour opérer cette combustion, de la
-propriété qu'a l'éther de se dissoudre dans l'air de l'atmosphère,
-& de le rendre inflammable sans détonation. J'ai fait construire,
-d'après cette idée, un réservoir à éther _abcd_, _pl. XII, fig. 8_,
-auquel l'air du gazomètre est amené par un tuyau 1, 2, 3, 4. Cet air
-se répand d'abord dans un double fond pratiqué à la partie supérieure
-_ac_ du réservoir. Là il se distribue par sept tuyaux descendans _ef_,
-_gh_, _ik_, _&c._ & la pression qu'il reçoit de la part du gazomètre,
-l'oblige de bouillonner à travers l'éther contenu, dans le vase _abcd_.
-
-On peut, à mesure que l'éther est ainsi dissous & emporté par l'air, en
-rendre au réservoir _abcd_, au moyen d'un réservoir supplémentaire E,
-porté par un tuyau de cuivre _op_, de 15 à 18 pouces de haut, & qui se
-ferme au moyen d'un robinet. J'ai été obligé de donner une assez grande
-hauteur à ce tuyau, afin que l'éther qui est contenu dans le flacon E
-puisse vaincre la résistance occasionnée par la pression exercée par le
-gazomètre.
-
-L'air ainsi chargé de vapeurs d'éther est repris par le tuyau 5, 6, 7,
-8, 9, & conduit dans le bocal A où il s'échappe par un ajutoir très-fin
-à l'extrêmité duquel on l'allume. Ce même air, après avoir servi à la
-combustion, passe par la bouteille 16, _planche XI_, par le serpentin
-17 & 18, & par le tube déliquescent où il dépose l'eau dont il s'étoit
-chargé; le gaz acide carbonique est ensuite absorbé par l'alkali
-contenu dans les bouteilles 22 & 25.
-
-Je supposois, lorsque j'ai fait construire cet appareil, que la
-combinaison d'air atmosphérique & d'éther qui s'opère dans le réservoir
-_abcd_, _planc. XII, figure 8_, étoit dans la juste proportion qui
-convient à la combustion, & c'est en quoi j'étois dans l'erreur: il
-y a un excès d'éther très-considérable, & il faut en conséquence une
-nouvelle combinaison d'air atmosphérique pour opérer la combustion
-totale. Il en résulte qu'une lampe construite de cette manière brûle
-dans l'air ordinaire qui fournit la quantité d'oxygène manquante pour
-la combustion; mais qu'elle ne peut brûler dans des vaisseaux où l'air
-ne se renouvelle pas. Aussi la lampe s'éteignoit-elle peu de tems après
-qu'elle étoit enfermée dans le bocal A, _planche XII, figure 8_. Pour
-remédier à cet inconvénient, j'ai essayé d'amener à cette lampe de
-l'air atmosphérique par un tuyau latéral 9, 10, 11, 12, 13, 14 & 15; &
-je l'ai distribué circulairement autour de la mêche: mais quelque léger
-que fût le courant d'air, la flamme étoit si mobile, elle tenoit si peu
-à la mêche, qu'il suffisoit pour la souffler; en sorte que je n'ai
-point encore pu réussir à la combustion de l'éther. Je ne désespère
-cependant pas d'y parvenir, au moyen de quelques changemens que je fais
-faire à cet appareil.
-
-
-§. V.
-
-_De la Combustion du Gaz hydrogène, & de la Formation de l'Eau._
-
-La formation de l'eau a cela de particulier, que les deux substances
-qui y concourent, l'oxygène & l'hydrogène, sont l'une & l'autre
-dans l'état aériforme avant la combustion, & que l'une & l'autre se
-transforment par le résultat de cette opération, en une substance
-liquide qui est l'eau.
-
-Cette combustion seroit donc fort simple & n'exigeroit pas des
-appareils fort compliqués, s'il étoit possible de se procurer des
-gaz oxygène & hydrogène parfaitement purs & qui fussent combustibles
-sans reste. On pourroit alors opérer dans de très-petits vaisseaux;
-& en y refournissant continuellement les deux gaz dans la proportion
-convenable, on continueroit indéfiniment la combustion. Mais jusqu'ici
-les Chimistes n'ont encore employé que du gaz oxygène mélangé de gaz
-azote. Il en a résulté qu'ils n'ont pu entretenir que pendant un tems
-limité & très-court la combustion du gaz hydrogène dans des vaisseaux
-clos: & en effet, le résidu de gaz azote augmentant continuellement, la
-flamme s'affoiblit & elle finit par s'éteindre. Cet inconvénient est
-d'autant plus grand, que le gaz oxygène qu'on emploie est moins pur:
-il faut alors, ou cesser la combustion & se résoudre à n'opérer que
-sur de petites quantités, ou refaire le vuide pour se débarrasser du
-gaz azote: mais dans ce dernier cas on vaporise une portion de l'eau
-qui s'est formée, & il en résulte une erreur d'autant plus dangereuse,
-qu'on n'a pas de moyen sûr de l'apprécier.
-
-Ces réflexions me font désirer de pouvoir répéter un jour les
-principales expériences de la Chimie pneumatique avec du gaz oxygène
-absolument exempt de mêlange de gaz azote, & le sel muriatique oxygéné
-de potasse en fournit les moyens. Le gaz oxygène qu'on en retire ne
-paroît contenir de l'azote qu'accidentellement; en sorte qu'avec des
-précautions on pourra l'obtenir parfaitement pur. En attendant que
-j'aye pu reprendre cette suite d'expériences, voici l'appareil que nous
-avons employé, M. Meusnier & moi, pour la combustion du gaz hydrogène.
-Il n'y aura rien à y changer, lorsqu'on aura pu se procurer des gaz
-purs, si ce n'est qu'on pourra diminuer la capacité du vase où se fait
-la combustion.
-
-J'ai pris un matras ou ballon à large ouverture A, _pl. IV, fig. 5_,
-& j'y ai adapté une platine BC, à laquelle étoit soudée une douille
-creuse de cuivre _g_FD, fermée par le haut & à laquelle venoient
-aboutir trois tuyaux. Le premier _d_D_d'_ se terminoit en _d'_ par
-une ouverture très-petite & à peine capable de laisser passer une
-aiguille fine; il communiquoit avec le gazomètre représenté _pl. VIII,
-fig. 1_, lequel étoit rempli de gaz hydrogène. Le tuyau opposé _gg_
-communiquoit avec un autre gazomètre tout semblable, qui étoit rempli
-de gaz oxygène: un troisième tuyau H_h_ s'adaptoit à une machine
-pneumatique, pour qu'on pût faire le vuide dans le ballon A. Enfin la
-platine BC étoit en outre percée d'un trou garni d'un tube de verre
-à travers lequel passoit un fil de métal _g_L, à l'extrémité duquel
-étoit adaptée une petite boule L de cuivre, afin qu'on pût tirer une
-étincelle électrique de L en _d'_, & allumer ainsi le gaz hydrogène
-amené par le tuyau _d_D_d'_.
-
-Pour que les deux gaz arrivassent aussi secs qu'il étoit possible, on
-avoit rempli deux tubes MM, NN, d'un pouce & demi de diamètre environ,
-& d'un pied de longueur, avec de la potasse concrète bien dépouillée
-d'acide carbonique & concassée en morceaux assez gros pour que les gaz
-pussent passer librement entre les interstices. J'ai éprouvé depuis
-que du nitrate ou du muriate de chaux bien secs & en poudre grossière,
-étoient préférables à la potasse, & qu'ils enlevoient plus d'eau à une
-quantité donnée d'air.
-
-Pour opérer avec cet appareil, on commence par faire le vuide dans le
-ballon A, au moyen de la pompe pneumatique adaptée au tuyau FH_h_;
-après quoi on y introduit du gaz oxygène, en tournant le robinet _r_
-du tube _gg_. Le degré du limbe du gazomètre observé avant & après
-l'introduction du gaz, indique la quantité qui en est entrée dans le
-ballon. On ouvre ensuite le robinet s du tube _d_D_d'_, afin de faire
-arriver le gaz hydrogène; & aussitôt, soit avec une machine électrique,
-soit avec une bouteille de Leyde, on fait passer une étincelle de la
-boule L à l'extrémité _d'_ du tube par lequel se fait l'écoulement du
-gaz hydrogène, & il s'allume aussitôt. Il faut, pour que la combustion
-ne soit ni trop lente ni trop rapide, que le gaz hydrogène arrive
-avec une pression d'un pouce & demi à deux pouces d'eau, & que le gaz
-oxygène n'arrive au contraire qu'avec trois lignes au plus de pression.
-
-La combustion ainsi commencée, elle se continue; mais en
-s'affoiblissant à mesure que la quantité de gaz azote qui reste de la
-combustion des deux gaz augmente. Il arrive enfin un moment où la
-portion de gaz azote devient telle, que la combustion ne peut plus
-avoir lieu, & alors la flamme s'éteint. Il faut faire en sorte de
-prévenir cette extinction spontanée; parce qu'au moyen de ce qu'il y a
-pression plus forte dans le réservoir de gaz hydrogène que dans celui
-de gaz oxygène, il se feroit un mêlange des deux dans le ballon, & que
-ce mêlange passeroit ensuite dans le réservoir de gaz oxygène. Il faut
-donc arrêter la combustion en fermant le robinet du tuyau _d_D_d'_, dès
-qu'on s'apperçoit que la flamme s'affoiblit à un certain point, & avoir
-une grande attention pour ne point se laisser surprendre.
-
-A une première combustion ainsi faite on peut en faire succéder une
-seconde, une troisième, &c. On refait alors le vuide comme la première
-fois; on remplit le ballon de gaz oxygène, on ouvre le robinet du tuyau
-par lequel s'introduit le gaz hydrogène, & on allume par l'étincelle
-électrique.
-
-Pendant toutes ces opérations, l'eau qui se forme, se condense sur les
-parois du ballon & ruisselle de toutes parts: elle se rassemble au
-fond, & il est aisé d'en déterminer le poids quand on connoît celui du
-ballon. Nous rendrons compte un jour, M. Meusnier & moi, des détails
-de l'expérience que nous avons faite avec cet appareil, dans les mois
-de janvier & de février 1785, en présence d'une grande partie des
-membres de l'Académie. Nous avons tellement multiplié les précautions,
-que nous avons lieu de la croire exacte. D'après le résultat que nous
-avons obtenu, 100 parties d'eau en poids sont composées de 85 d'oxygène
-& de 15 d'hydrogène.
-
-Il est encore un autre appareil pour la combustion, avec lequel on ne
-peut pas faire des expériences aussi exactes qu'avec les précédens,
-mais qui présente un résultat très-frappant & très-propre à être
-présenté dans un cours de Physique & de Chimie. Il consiste dans un
-serpentin EF, _planche IX, figure 5_, renfermé dans un seau de métal
-ABCD. A la partie supérieure E du tuyau de ce serpentin, on adapte une
-cheminée GH composée d'un double tuyau; savoir, de la continuation du
-serpentin & d'un tuyau de fer-blanc qui l'environne. Ces deux tuyaux
-laissent entr'eux un intervalle d'un pouce environ, qu'on remplit avec
-du sable.
-
-A l'extrémité inférieure du tuyau intérieur K, s'adapte un tube de
-verre, & au-dessous une lampe à esprit-de-vin LM, à la Quinquet.
-
-Les choses ainsi préparées, & la quantité d'alkool contenue dans la
-lampe ayant été bien déterminée, on allume. L'eau qui se forme pendant
-la combustion de l'alkool, s'élève par le tube KE; elle se condense
-dans le serpentin contenu dans le seau ABCD, & va ressortir en état
-d'eau par l'extrémité F du tube où elle est reçue dans une bouteille P.
-
-La double enveloppe GH est destinée à empêcher que le tube ne se
-refroidisse dans sa partie montante, & que l'eau ne s'y condense.
-Elle redescendroit le long du tube, sans qu'on pût en déterminer la
-quantité; il pourroit d'ailleurs en retomber sur la mêche des gouttes,
-qui ne manqueroient pas de l'éteindre. L'objet de cet appareil est
-donc d'entretenir toujours chaude toute la partie GH que j'appelle
-la cheminée, & toujours froide au contraire la partie qui forme le
-serpentin proprement dit; en sorte que l'eau soit toujours dans
-l'état de vapeurs dans la partie montante, & qu'elle se condense
-sitôt qu'elle est engagée dans la partie descendante. Cet appareil a
-été imaginé par M. Meusnier: j'en ai donné la description dans les
-Mémoires de l'Académie, année 1784, page 593 & 594. On peut, en opérant
-avec précaution, c'est-à-dire en entretenant l'eau qui environne le
-serpentin, toujours froide, retirer près de 17 onces d'eau de la
-combustion de 16 onces d'esprit-de-vin ou alkool.
-
-
-§. VI.
-
-_De l'Oxidation des Métaux._
-
-On désigne principalement par le nom de calcination ou oxidation,
-une opération dans laquelle les métaux exposés à un certain degré
-de chaleur se convertissent en oxides, en absorbant l'oxygène de
-l'air. Cette combinaison se fait en raison de ce que l'oxygène a plus
-d'affinité, du moins à un certain degré de température, avec les
-métaux, qu'il n'en a avec le calorique. En conséquence le calorique
-devient libre & se dégage: mais comme l'opération, lorsqu'elle se fait
-dans l'air commun, est successive & lente, le dégagement du calorique
-est peu sensible. Il n'en est pas de même, lorsque la calcination
-s'opère dans le gaz oxygène; elle se fait alors d'une manière beaucoup
-plus rapide, elle est souvent accompagnée de chaleur & de lumière; en
-sorte qu'on ne peut douter que les substances métalliques ne soient de
-véritables corps combustibles.
-
-Les métaux n'ont pas tous le même degré d'affinité pour l'oxygène.
-L'or & l'argent, par exemple, & même le platine ne peuvent l'enlever
-au calorique, à quelque degré de chaleur que ce soit. Quant aux autres
-métaux, ils s'en chargent d'une quantité plus ou moins grande, &, en
-général, ils en absorbent jusqu'à ce que ce principe soit en équilibre
-entre la force du calorique qui le retient, & celle du métal qui
-l'attire. Cet équilibre est une loi générale de la nature dans toutes
-les combinaisons.
-
-Dans les opérations de docimasie & dans toutes celles relatives aux
-arts, on accélère l'oxidation du métal en donnant un libre accès à
-l'air extérieur. Quelquefois même on y joint l'action d'un soufflet
-dont le courant est dirigé sur la surface du métal. L'opération
-est encore plus rapide, si on souffle du gaz oxygène; ce qui est
-très-facile à l'aide du gazomètre dont j'ai donné la description.
-(_Voyez_ page 346.) Alors le métal brûle avec flamme, & l'oxidation est
-terminée en quelques instans: mais on ne peut employer ce dernier moyen
-que pour des expériences très en petit, à cause de la cherté du gaz
-oxygène.
-
-Dans l'essai des mines & en général dans toutes les opérations
-courantes des laboratoires, on est dans l'usage de calciner ou oxider
-les métaux sur un plat ou soucoupe de terre cuite, _pl. IV, fig. 6_,
-qu'on place sur un bon fourneau: on nomme ces plats ou soucoupes _têts
-à rôtir_. De tems en tems on remue la matière qu'on veut calciner, afin
-de renouveller les surfaces.
-
-Toutes les fois qu'on opère sur une substance métallique qui n'est
-pas volatile, & qu'il ne se dissipe rien pendant l'opération, il y
-a augmentation de poids du métal. Mais des expériences faites ainsi
-en plein air, n'auroient jamais conduit à reconnoître la cause de
-l'augmentation du poids des métaux pendant leur oxidation. Ce n'est
-que du moment où l'on a commencé à opérer dans des vaisseaux fermés
-& dans des quantités déterminées d'air, qu'on a été véritablement
-sur la voie de la découverte des causes de ce phénomène. Un premier
-moyen qu'on doit à M. Priestley, consiste à exposer le métal qu'on se
-propose de calciner, sur une capsule N de porcelaine, _planc. IV_,
-_fig. 11_, placée sur un support un peu élevé IK; à le recouvrir avec
-une cloche de cristal A plongée dans un bassin plein d'eau BCDE, & à
-élever l'eau jusqu'en GH, en suçant l'air de la cloche avec un siphon
-qu'on passe par-dessous: on fait ensuite tomber sur le métal le foyer
-d'un verre ardent. En quelques minutes l'oxidation s'opère; une partie
-de l'oxygène contenu dans l'air se combine avec le métal; il y a une
-diminution proportionnée dans le volume de l'air, & ce qui reste n'est
-plus que du gaz azote, encore mêlé cependant d'une petite quantité de
-gaz oxygène. J'ai exposé le détail des expériences que j'ai faites
-avec cet appareil dans mes opuscules physiques & chimiques, imprimées
-en 1773, pages 283, 284, 285 & 286. On peut substituer le mercure à
-l'eau, & l'expérience n'en est que plus concluante.
-
-Un autre procédé dont j'ai exposé le résultat dans les Mémoires de
-l'Académie, année 1774, page 351, & dont la première idée appartient à
-Boyle, consiste à introduire le métal sur lequel on veut opérer dans
-une cornue A, _pl. III_, _fig. 20_, dont on tire à la lampe l'extrémité
-du col, & qu'on ferme hermétiquement en C. On oxide ensuite le métal,
-en tenant la cornue sur un feu de charbon, & en la chauffant avec
-précaution. Le poids du vaisseau & des matières qu'il contient, ne
-change pas tant qu'on n'a pas rompu l'extrémité C du bec de la cornue;
-mais sitôt qu'on procure à l'air extérieur une issue pour rentrer, il
-le fait avec sifflement.
-
-Cette opération ne seroit pas sans quelque danger, si on scelloit
-hermétiquement la cornue sans avoir fait sortir auparavant une portion
-de l'air qu'elle contenoit; la dilatation occasionnée par la chaleur
-pourroit faire éclater le vaisseau, avec risque pour ceux qui le
-tiendroient ou qui seroient dans le voisinage. Pour prévenir ce danger,
-on doit faire chauffer la cornue avant de la sceller à la lampe & en
-faire sortir une portion d'air qu'on reçoit sous une cloche dans
-l'appareil pneumato-chimique, afin de pouvoir en déterminer la quantité.
-
-Je n'ai point multiplié, autant que je l'aurois desiré, ces oxidations,
-& je n'ai obtenu de résultats satisfaisans qu'avec l'étain: le plomb
-ne m'a pas bien réussi. Il seroit à souhaiter que quelqu'un voulût
-bien reprendre ce travail & tenter l'oxidation dans différens gaz;
-il seroit, je crois, bien dédommagé des peines attachées à ce genre
-d'expériences.
-
-Tous les oxides de mercure étant susceptibles de se revivifier sans
-addition, & de restituer dans son état de pureté l'oxygène qu'ils
-ont absorbé, aucun métal n'étoit plus propre à devenir le sujet
-d'expériences très-concluantes sur la calcination & l'oxidation des
-métaux. J'avois d'abord tenté, pour opérer l'oxidation du mercure
-dans les vaisseaux fermés, de remplir une cornue de gaz oxygène, d'y
-introduire une petite portion de mercure & d'adapter à son col une
-vessie à moitié remplie de gaz oxygène, comme on le voit représenté
-_planche IV, fig. 12_. Je faisois ensuite chauffer le mercure de la
-cornue; & en continuant très-long-tems l'opération, j'étois parvenu à
-en oxider une petite portion, & à former de l'oxide rouge qui nageoit à
-la surface: mais la quantité de mercure que je suis parvenu à oxider
-de cette manière, étoit si petite, que la moindre erreur commise
-dans la détermination des quantités de gaz oxygène avant & après
-l'oxidation, auroit jetté la plus grande incertitude sur mes résultats.
-J'étois toujours inquiet d'ailleurs, & non sans de justes raisons,
-qu'il ne se fût échappé de l'air à travers des pores de la vessie,
-d'autant plus qu'elle se racornit pendant l'opération par la chaleur du
-fourneau dans lequel on opère, à moins qu'on ne la recouvre de linges
-entretenus toujours humides.
-
-On opère d'une manière plus sûre avec l'appareil représenté _planc. IV,
-figure 2_. (_Voyez_ Mém. Acad. année 1775, page 580.) Il consiste
-en une cornue A, au bec de laquelle on soude à la lampe d'émailleur
-un tuyau de verre recourbé BCDE, de 10 à 12 lignes de diamètre, qui
-s'engage sous une cloche FG contenue & retournée dans un bassin plein
-d'eau ou de mercure. Cette cornue est soutenue sur les barres d'un
-fourneau MMNN: on peut aussi se servir d'un bain de sable. On parvient
-avec cet appareil à oxider en plusieurs jours un peu de mercure dans
-l'air ordinaire, & à obtenir un peu d'oxide rouge qui nage à la
-surface: on peut même le rassembler, le revivifier & comparer les
-quantités de gaz obtenu avec l'absorption qui a eu lieu pendant la
-calcination; (_voyez_ page 35 les détails que j'ai donnés sur cette
-expérience) mais ce genre d'opérations ne pouvant se faire que très en
-petit, il reste toujours de l'incertitude sur les quantités.
-
-La combustion du fer dans le gaz oxygène étant une véritable oxidation,
-je dois en faire mention ici. L'appareil qu'emploie M. Ingen-Housz pour
-cette opération, est représenté _pl. IV, fig. 17_. J'en ai déjà donné
-la description, page 41, & je ne puis qu'y renvoyer.
-
-On peut aussi brûler & oxider du fer sous des cloches de verre remplies
-de gaz oxygène, de la même manière qu'on brûle du phosphore ou du
-charbon. On se sert également pour cette opération de l'appareil
-représenté _planche IV, fig. 3_, & dont j'ai donné la description, p.
-61. Il faut dans cette expérience, comme dans la combustion, attacher
-à l'une des extrémités du fil de fer, ou des copeaux de fer qu'on se
-propose de brûler, un petit morceau d'amadoue & un atôme de phosphore:
-le fer chaud qu'on passe sous la cloche allume le phosphore; celui-ci
-allume l'amadoue, & l'inflammation se communique au fer. M. Ingen-Housz
-nous a appris qu'on pouvoit brûler ou oxider de la même manière tous
-les métaux, à l'exception de l'or, de l'argent & du mercure. Il ne
-s'agit que de se procurer ces métaux en fils très-fins ou en feuilles
-minces coupées par bandes; on les tortille avec du fil de fer, & ce
-dernier métal communique aux autres la propriété de s'enflammer & de
-s'oxider.
-
-Nous venons de voir comment on parvenoit à oxider de très-petites
-quantités de mercure dans les vaisseaux fermés & dans des volumes d'air
-limités: ce n'est de même qu'avec beaucoup de peine qu'on parvient à
-oxider ce métal, même à l'air libre. On se sert ordinairement dans les
-laboratoires pour cette opération d'un matras A, _planche IV, fig. 10_,
-à cul très-plat, qui a un col BC très-allongé & terminé par une
-très-petite ouverture: ce vaisseau porte le nom d'_enfer de Boyle_. On
-y introduit assez de mercure pour couvrir son fond, & on le place sur
-un bain de sable qu'on entretient à un degré de chaleur fort approchant
-du mercure bouillant. En continuant ainsi pendant plusieurs mois,
-avec cinq ou six de ces matras, & en renouvellant de tems en tems le
-mercure, on parvient à obtenir quelques onces de cet oxide.
-
-Cet appareil a un grand inconvénient, c'est que l'air ne s'y renouvelle
-pas assez; mais, d'un autre côté, si on donnoit à l'air extérieur
-une circulation trop libre, il emporteroit avec lui du mercure en
-dissolution, & au bout de quelques jours on n'en retrouveroit plus
-dans le vaisseau. Comme de toutes les expériences que l'on peut faire
-sur l'oxidation des métaux, celles sur le mercure sont les plus
-concluantes, il seroit à souhaiter qu'on pût imaginer un appareil
-simple au moyen duquel on pût démontrer cette oxidation & les résultats
-qu'on en obtient dans les cours publics. On y parviendroit, ce me
-semble, par des moyens analogues à ceux que j'ai décrits pour la
-combustion des huiles ou du charbon; mais je n'ai pu reprendre encore
-ce genre d'expériences.
-
-L'oxide de mercure se revivifie, comme je l'ai dit, sans addition;
-il suffit de le faire chauffer à un degré de chaleur légèrement
-rouge. L'oxygène à ce degré a plus d'affinité avec le calorique
-qu'avec le mercure, & il se forme du gaz oxygène; mais ce gaz est
-toujours mêlé d'un peu de gaz azote, ce qui indique que le mercure
-en absorbe une petite portion pendant son oxidation. Il contient
-aussi presque toujours un peu de gaz acide carbonique; ce qu'on doit
-sans doute attribuer aux ordures qui s'y mêlent, qui se charbonnent
-& qui convertissent ensuite une portion de gaz oxygène en gaz acide
-carbonique.
-
-Si les Chimistes étoient réduits à tirer de l'oxide de mercure fait
-par voie de calcination, tout le gaz oxygène qu'ils emploient dans
-leurs expériences, le prix excessif de cette préparation rendroit
-absolument impraticables les expériences un peu en grand. Mais on
-peut également oxygéner le mercure par l'acide nitrique, & on obtient
-un oxide rouge plus pur que celui même qui a été fait par voie de
-calcination. On le trouve tout préparé dans le commerce & à un prix
-modéré: il faut choisir de préférence celui qui est en morceaux solides
-& formé de lames douces au toucher & qui tiennent ensemble. Celui qui
-est en poudre est quelquefois mêlangé d'oxide rouge de plomb: il ne
-paroît pas que celui en morceaux solides soit susceptible de la même
-altération. J'ai quelquefois essayé de préparer moi-même cet oxide par
-l'acide nitrique: la dissolution du métal faite, j'évaporois jusqu'à
-siccité, & je calcinois le sel, ou dans des cornues, ou dans des
-capsules faites avec des fragmens de matras coupés par la méthode que
-j'ai indiquée; mais jamais je n'ai pu parvenir à l'avoir aussi beau que
-celui du commerce. On le tire, je crois, de Hollande.
-
-Pour obtenir le gaz oxygène de l'oxide de mercure, j'ai coutume de me
-servir d'une cornue de porcelaine à laquelle j'adapte un long tube de
-verre qui s'engage sous des cloches dans l'appareil pneumato-chimique à
-l'eau. Je place au bout du tube un vase plongé dans l'eau, dans lequel
-se rassemble le mercure à mesure qu'il se revivifie. Le gaz oxygène ne
-commence à passer que quand la cornue devient rouge. C'est un principe
-général que M. Berthollet a bien établi, qu'une chaleur obscure ne
-suffit pas pour former du gaz oxygène; il faut de la lumière: ce qui
-semble prouver que la lumière est un de ses principes constituans. On
-doit dans la revivification de l'oxide rouge de mercure rejeter les
-premières portions de gaz qu'on obtient, parce qu'elles sont mêlées
-d'air commun en raison de celui contenu dans le vuide des vaisseaux:
-mais avec cette précaution même, on ne parvient pas à obtenir du
-gaz oxygène parfaitement pur; il contient communément un dixième de
-gaz azote, & presque toujours une très-petite portion de gaz acide
-carbonique. On se débarrasse de ce dernier, au moyen d'une liqueur
-alkaline caustique à travers laquelle on fait passer le gaz qu'on a
-obtenu. A l'égard du gaz azote, on ne connoît aucun moyen de l'en
-séparer; mais on peut en connoître la quantité, en laissant le gaz
-oxygène pendant une quinzaine de jours en contact avec du sulfure de
-soude ou de potasse. Le gaz oxygène est absorbé; il forme de l'acide
-sulfurique avec le soufre, & il ne reste que le gaz azote seul.
-
-Il y a beaucoup d'autres moyens de se procurer du gaz oxygène: on
-peut le tirer de l'oxide noir de manganèse ou du nitrate de potasse
-par une chaleur rouge, & l'appareil qu'on emploie est à peu près le
-même que celui que j'ai décrit pour l'oxide rouge de mercure. Il faut
-seulement un degré de chaleur plus fort & au moins égal à celui qui est
-susceptible de ramollir le verre: on ne peut en conséquence employer
-que des cornues de grès ou de porcelaine. Mais le meilleur de tous,
-c'est-à-dire le plus pur, est celui qu'on dégage du muriate oxygéné
-de potasse par la simple chaleur. Cette opération peut se faire dans
-une cornue de verre, & le gaz qu'on obtient est absolument pur, pourvû
-toutefois que l'on rejette les premières portions qui sont mêlées d'air
-des vaisseaux.
-
-
-§. VII.
-
-_De la Détonation._
-
-J'ai fait voir, Chapitre IX, page 103 & suiv. que l'oxygène, en se
-combinant dans les différens corps, ne se dépouilloit pas toujours
-de tout le calorique qui le constituoit dans l'état de gaz; qu'il
-entroit, par exemple, avec presque tout son calorique dans la
-combinaison qui forme l'acide nitrique & dans celle qui forme l'acide
-muriatique oxygéné; en sorte que l'oxygène dans le nitre & sur-tout
-dans le muriate oxygéné, étoit jusqu'à un certain point dans l'état de
-gaz oxygène condensé & réduit au plus petit volume qu'il puisse occuper.
-
-Le calorique dans ces combinaisons exerce un effort continuel sur
-l'oxygène, pour le ramener à l'état de gaz: l'oxigène en conséquence
-y tient peu; la moindre force suffit pour lui rendre la liberté, & il
-reparoît souvent dans un instant presque indivisible dans l'état de
-gaz. C'est ce passage brusque de l'état concret à l'état aériforme
-qu'on a nommé détonation, parce qu'en effet il est ordinairement
-accompagné de bruit & de fracas. Le plus communément ces détonations
-s'opèrent par la combinaison du charbon, soit avec le nitre, soit avec
-le muriate oxygéné. Quelquefois pour faciliter encore l'inflammation,
-on y ajoute du soufre; & c'est ce mêlange fait dans de justes
-proportions & avec des manipulations convenables, qui constitue la
-poudre à canon.
-
-L'oxygène par la détonation avec le charbon change de nature, & il se
-convertit en acide carbonique. Ce n'est donc pas du gaz oxygène qui
-se dégage, mais du gaz acide carbonique, du moins quand le mêlange a
-été fait dans de justes proportions. Il se dégage en outre du gaz azote
-dans la détonation du nitre, parce que l'azote est un des principes
-constituans de l'acide nitrique.
-
-Mais l'expansion subite & instantanée de ces gaz ne suffit pas pour
-expliquer tous les phénomènes relatifs à la détonation. Si cette cause
-y influoit seule, la poudre seroit d'autant plus forte que la quantité
-de gaz dégagé dans un tems donné seroit plus considérable; ce qui ne
-s'accorde pas toujours avec l'expérience. J'ai eu occasion d'éprouver
-des espèces de poudre à tirer qui produisoient un effet presque
-double de la poudre ordinaire, quoiqu'elles donnassent un sixième
-de gaz de moins par la détonation. Il y a apparence que la quantité
-de calorique qui se dégage au moment de la détonation, contribue
-beaucoup à en augmenter l'effet, & on peut en concevoir plusieurs
-raisons. Premièrement, quoique le calorique pénètre assez librement
-à travers les pores de tous les corps, il ne peut cependant y passer
-que successivement & en un tems donné: lors donc que la quantité qui
-se dégage à la fois est trop considérable, & qu'elle est beaucoup plus
-grande que celle qui peut se débiter, s'il est permis de se servir de
-cette expression, par les pores des corps, il doit agir à la manière
-des fluides élastiques ordinaires & renverser tout ce qui s'oppose à
-son passage. Une partie de cet effet doit avoir lieu, lorsqu'on allume
-de la poudre dans un canon: quoique le métal qui le compose soit
-perméable pour le calorique, la quantité qui s'en dégage à la fois
-est tellement grande, qu'elle ne trouve pas une issue assez prompte à
-travers les pores du métal; elle fait donc un effort en tous sens, &
-c'est cet effort qui est employé à chasser le boulet.
-
-Secondement, le calorique produit nécessairement un second effet qui
-dépend également de la force répulsive que ses molécules paroissent
-exercer les unes sur les autres: il dilate les gaz qui se dégagent au
-moment de l'inflammation de la poudre, & cette dilatation est d'autant
-plus grande que la température est plus élevée.
-
-Troisièmement, il est possible qu'il y ait décomposition de l'eau
-dans l'inflammation de la poudre, & qu'elle fournisse de l'oxygène au
-charbon pour former de l'acide carbonique. Si les choses se passent
-ainsi, il doit se dégager rapidement, au moment de la détonation de
-la poudre, une grande quantité de gaz hydrogène qui se débande & qui
-contribue à augmenter la force de l'explosion. On sentira combien
-cette circonstance doit contribuer à augmenter l'effet de la poudre,
-si l'on considère que le gaz hydrogène ne pèse qu'un grain deux tiers
-par pinte; qu'il n'en faut par conséquent qu'une très-petite quantité
-en poids pour occuper un très-grand espace, & qu'il doit exercer une
-force expansive prodigieuse, quand il passe de l'état liquide à l'état
-aériforme.
-
-Quatrièmement enfin une portion d'eau non décomposée doit se réduire
-en vapeurs dans l'inflammation de la poudre, & l'on sait que dans
-l'état de gaz elle occupe un volume 17 à 18 cent fois plus grand que
-lorsqu'elle est dans l'état liquide.
-
-J'ai déjà fait une assez grande suite d'expériences sur la nature
-des fluides élastiques qui se dégagent de la détonation du nitre
-avec le charbon & avec le soufre; j'en ai fait aussi quelques-unes
-avec le muriate oxygéné de potasse. C'est un moyen qui conduit à des
-connoissances assez précises sur les parties constituantes de ces
-sels, & j'ai déjà donné, Tome XI du recueil des Mémoires présentés
-à l'Académie par des savans étrangers, page 625, quelques résultats
-principaux de mes expériences & des conséquences auxquelles elles m'ont
-conduit relativement à l'analyse de l'acide nitrique. Maintenant que je
-me suis procuré des appareils plus commodes, je me prépare à répéter
-les mêmes expériences un peu plus en grand, & j'obtiendrai plus de
-précision dans les résultats: en attendant, je vais rendre compte des
-procédés que j'ai adoptés & employés jusqu'à présent. Je recommande
-avec bien de l'instance à ceux qui voudront répéter quelques-unes de
-ces expériences, d'y apporter une extrême prudence; de se méfier de
-tout mêlange où il entre du salpêtre, du charbon & du soufre, & plus
-encore de ceux dans lesquels il entre du sel muriatique oxygéné de
-potasse combiné & mêlangé avec ces deux matières.
-
-Je me suis prémuni de canons de pistolets de six pouces de longueur
-environ & de cinq à six lignes de diamètre. J'en ai bouché la lumière
-avec une pointe de clou frappée à force, cassée dans le trou même, &
-sur laquelle j'ai fait couler un peu de soudure blanche de ferblantier,
-afin qu'il ne restât aucune issue à l'air par cette ouverture. On
-charge ces canons avec une pâte médiocrement humectée, faite avec des
-quantités bien connues de salpêtre & de charbon réduits en poudre
-impalpable, ou de tout autre mêlange susceptible de détoner. A chaque
-portion de matière qu'on introduit dans le canon, on doit bourer
-avec un bâton qui soit du même calibre, à peu près comme on charge
-les fusées. La matière ne doit pas emplir le pistolet tout-à-fait
-jusqu'à sa bouche; il est bon qu'il reste quatre ou cinq lignes de
-vuide à l'extrémité: alors on ajoute un bout de 2 pouces de long
-environ de mêche nommée _étoupille_. La seule difficulté de ce genre
-d'expériences, sur-tout si l'on ajoute du soufre au mêlange, est de
-saisir le point d'humectation convenable: si la matière est trop
-humide, elle n'est point susceptible de s'allumer, si elle est trop
-sèche, la détonation est trop vive & peut devenir dangereuse.
-
-Quand on n'a pas pour objet de faire une expérience rigoureusement
-exacte, on allume la mêche, & quand elle est près de communiquer
-l'inflammation à la matière, on plonge le pistolet sous une grande
-cloche d'eau dans l'appareil pneumato-chimique. La détonation
-commencée, elle se continue sous l'eau, & le gaz se dégage avec plus ou
-moins de rapidité, suivant que la matière est plus ou moins sèche. Il
-faut, tant que la détonation dure, tenir le bout du pistolet incliné,
-afin que l'eau ne rentre pas dans l'intérieur. J'ai quelquefois
-recueilli ainsi le gaz produit par la détonation d'une once & demie ou
-de deux onces de nitre.
-
-Il n'est pas possible, dans cette manière d'opérer, de connoître
-la quantité de gaz acide carbonique qui se dégage, parce qu'une
-partie est absorbée par l'eau à mesure qu'il la traverse; mais
-l'acide carbonique une fois absorbé, il reste le gaz azote; & si
-on a la précaution de l'agiter pendant quelques minutes dans de la
-potasse caustique en liqueur, on l'obtient pur, & il est aisé d'en
-déterminer le volume & le poids. Il est même possible d'arriver par
-cette méthode à une connoissance assez précise de la quantité de gaz
-acide carbonique, en répétant l'expérience un grand nombre de fois &
-en faisant varier les doses du charbon, jusqu'à ce qu'on soit arrivé
-à la juste proportion qui fait détoner la totalité du nitre. Alors,
-d'après le poids du charbon employé, on détermine celui d'oxygène qui a
-été nécessaire pour le saturer, & on en conclut la quantité d'oxygène
-contenu dans une quantité donnée de nitre.
-
-Il est au surplus un autre moyen que j'ai pratiqué & qui conduit à des
-résultats plus sûrs; c'est de recevoir dans des cloches remplies de
-mercure le gaz qui se dégage. Le bain de mercure que j'ai maintenant,
-est assez grand pour qu'on puisse y placer des cloches de douze à
-quinze pintes de capacité. De pareilles cloches, comme l'on sent, ne
-sont pas très-maniables quand elles sont remplies de mercure; aussi
-faut-il employer pour les remplir des moyens particuliers que je
-vais indiquer. On place la cloche sur le bain de mercure; on passe
-par-dessous un siphon de verre dont on a adapté l'extrémité extérieure
-à une petite pompe pneumatique: on fait jouer le piston, & on élève
-le mercure jusqu'au haut de la cloche. Lorsqu'elle est ainsi remplie,
-on y fait passer le gaz de la détonation de la même manière que dans
-une cloche qui seroit remplie d'eau. Mais, je le répète, ce genre
-d'expériences exige les plus grandes précautions. J'ai vu quelquefois,
-quand le dégagement du gaz étoit trop rapide, des cloches pleines
-de mercure pesant plus de 150 livres, s'enlever par la force de
-l'explosion: le mercure jaillissoit au loin, & la cloche étoit brisée
-en un grand nombre d'éclats.
-
-Lorsque l'expérience a réussi & que le gaz est rassemblé sous la
-cloche, on en détermine le volume comme je l'ai indiqué pages 361 &
-362. On y introduit ensuite un peu d'eau, puis de la potasse dissoute
-dans l'eau & dépouillée d'acide carbonique, & on parvient à en faire
-une analyse rigoureuse, comme je l'ai enseigné pages 365 & suivantes.
-
-Il me tarde d'avoir mis la dernière main aux expériences que j'ai
-commencées sur les détonations, parce qu'elles ont un rapport
-immédiat avec les objets dont je suis chargé, & qu'elles jetteront, à
-ce que j'espère, quelques lumières sur les opérations relatives à la
-fabrication de la poudre.
-
-
-
-
-CHAPITRE VIII.
-
-_Des Instrumens nécessaires pour opérer sur les corps à de très-hautes
-températures._
-
-
-§. PREMIER.
-
-_De la Fusion._
-
-Lorsqu'on écarte les unes des autres, par le moyen de l'eau, les
-molécules d'un sel, cette opération, comme nous l'avons vu plus haut,
-se nomme _solution_. Ni le dissolvant, ni le corps tenu en dissolution
-ne sont décomposés dans cette opération; aussi dès l'instant que la
-cause qui tenoit les molécules écartées cesse, elles se réunissent, &
-la substance saline reparoît telle qu'elle étoit ayant la solution.
-
-On opère aussi de véritables solutions par le feu, c'est-à-dire, en
-introduisant & en accumulant entre les molécules d'un corps une grande
-quantité de calorique. Cette solution des corps par le feu se nomme
-_fusion_.
-
-Les fusions en général se font dans des vases que l'on nomme creusets,
-& l'une des premières conditions est qu'ils soient moins fusibles
-que la substance qu'ils doivent contenir. Les Chimistes de tous les
-âges ont en conséquence attaché une grande importance à se procurer
-des creusets de matières très-réfractaires, c'est-à-dire, qui eussent
-la propriété de résister à un très-grand degré de feu. Les meilleurs
-sont ceux qui sont faits avec de l'argile très-pure ou de la terre
-à porcelaine. On doit éviter d'employer pour cet usage les argiles
-mêlangées de silice ou de terre calcaire, parce qu'elles sont trop
-fusibles. Toutes celles qu'on tire aux environs de Paris sont dans ce
-cas; aussi les creusets qu'on fabrique dans cette ville fondent-ils
-à une chaleur assez médiocre, & ne peuvent-ils servir que dans un
-très-petit nombre d'opérations chimiques. Ceux qui viennent de Hesse
-sont assez bons, mais on doit préférer ceux de terre de Limoges qui
-paroissent être absolument infusibles. Il existe en France un grand
-nombre d'argiles propres à faire des creusets; telle est celle,
-par exemple, dont on se sert pour les creusets de la glacerie de
-Saint-Gobin.
-
-On donne aux creusets différentes formes, suivant les opérations
-auxquelles on se propose de les employer. On a représenté celles qui
-sont le plus usitées dans les _fig. 7, 8, 9 & 10_ de la _planche VII_.
-Ceux représentés _figure 9_, qui sont presque fermés par en haut, se
-nomment _tutes_.
-
-Quoique la fusion puisse souvent avoir lieu sans que le corps qui y est
-soumis change de nature & se décompose, cette opération est cependant
-aussi un des moyens de décomposition & de recomposition que la Chimie
-emploie. C'est par la fusion qu'on extrait tous les métaux de leurs
-mines, qu'on les revivifie, qu'on les moule, qu'on les allie les uns
-aux autres; c'est par elle que l'on combine l'alkali & le sable pour
-former du verre, que se fabriquent les pierres colorées, les émaux, &c.
-
-Les anciens Chimistes employoient beaucoup plus fréquemment l'action
-d'un feu violent, que nous ne le faisons aujourd'hui. Depuis qu'on a
-introduit plus de rigueur dans la manière de faire des expériences, on
-préfère la voie humide à la voie sèche, & on n'a recours à la fusion
-que lorsqu'on a épuisé tous les autres moyens d'analyse.
-
-Pour appliquer aux corps l'action du feu, on se sert de fourneaux, & il
-me reste à décrire ceux qu'on emploie pour les différentes opérations
-de la Chimie.
-
-
-§. II.
-
-_Des Fourneaux._
-
-Les fourneaux sont les instrumens dont on fait le plus d'usage en
-Chimie: c'est de leur bonne ou de leur mauvaise construction que
-dépend le sort d'un grand nombre d'opérations; en sorte qu'il est
-d'une extrême importance de bien monter un laboratoire en ce genre. Un
-fourneau est une espèce de tour cylindrique creuse ABCD, quelquefois un
-peu évasée par le haut, _planche XIII, fig. 1_. Elle doit avoir au
-moins deux ouvertures latérales, une supérieure F qui est la porte du
-foyer, une inférieure G qui est la porte du cendrier.
-
-Dans l'intervalle de ces deux portes le fourneau est partagé en
-deux par une grille placée horisontalement, qui forme une espèce de
-diaphragme & qui est destinée à soutenir le charbon. On a indiqué la
-place de cette grille par la ligne HI. La capacité qui est au-dessus
-de la grille, c'est-à-dire au-dessus de la ligne HI, se nomme foyer,
-parce qu'en effet c'est dans cette partie que l'on entretient le feu;
-la capacité qui est au-dessous porte le nom de cendrier, par la raison
-que c'est dans cette partie que se rassemblent les cendres à mesure
-qu'elles se forment.
-
-Le fourneau représenté _planche XIII, fig. 1_, est le moins
-compliqué de tous ceux dont on se sert en Chimie, & il peut être
-employé cependant à un grand nombre d'usages. On peut y placer des
-creusets, y fondre du plomb, de l'étain, du bismuth, & en général
-toutes les matières qui n'exigent pas pour être fondues, un degré de
-feu très-considérable. On peut y faire des calcinations métalliques,
-placer dessus des bassines, des vaisseaux évaporatoires, des capsules
-de fer pour former des bains de sable, comme on le voit représenté
-_pl. III, fig. 1 & 2._ C'est pour le rendre applicable à ces
-différentes opérations, qu'on a ménagé dans le haut des échancrures
-_mmmm_; autrement la bassine qu'on auroit posée sur le fourneau auroit
-intercepté tout passage à l'air, & le charbon se seroit éteint. Si
-ce fourneau ne produit qu'un degré de chaleur médiocre, c'est que la
-quantité de charbon qu'il peut consommer est limitée par la quantité
-d'air qui peut passer par l'ouverture G du cendrier. On augmenteroit
-beaucoup son effet, en aggrandissant cette ouverture; mais le grand
-courant d'air qui conviendroit dans quelques expériences, auroit de
-l'inconvénient dans beaucoup d'autres, & c'est ce qui oblige de garnir
-un laboratoire de fourneaux de différentes formes & construits sous
-différens points de vue. Il en faut sur-tout plusieurs semblables à
-celui que je viens de décrire, & de différentes grandeurs.
-
-Une autre espèce de fourneau, peut-être encore plus nécessaire, est le
-fourneau de réverbère représenté _planche XIII, figure 2_. Il est
-composé, comme le fourneau simple, d'un cendrier HIKL dans sa partie
-inférieure, d'un foyer KLMN, d'un laboratoire MNOP, d'un dôme RSRS;
-enfin le dôme est surmonté d'un tuyau TTVV, auquel on peut en ajouter
-plusieurs autres, suivant le genre des expériences.
-
-C'est dans la partie MNOP nommée le laboratoire, que se place la
-cornue A qu'on a indiquée par une ligne ponctuée; elle y est soutenue
-sur deux barres de fer qui traversent le fourneau. Son col sort par
-une échancrure latérale faite partie dans la pièce qui forme le
-laboratoire, partie dans celle qui forme le dôme. A cette cornue
-s'adapte un récipient B.
-
-Dans la plupart des fourneaux de réverbère qui se trouvent tout faits
-chez les potiers de terre à Paris, les ouvertures tant inférieures que
-supérieures sont beaucoup trop petites; elles ne donnent point passage
-à un volume d'air assez considérable; & comme la quantité de charbon
-consommée, ou, ce qui revient au même, comme la quantité de calorique
-dégagée est à peu près proportionnelle à la quantité d'air qui passe
-par le fourneau, il en résulte que ces fourneaux ne produisent pas tout
-l'effet qu'on pourroit desirer dans un grand nombre d'opérations. Pour
-admettre d'abord par le bas un volume d'air suffisant, il faut, au lieu
-d'une ouverture G au cendrier, en avoir deux GG: on en condamne une
-lorsqu'on le juge à propos, & alors on n'obtient plus qu'un degré de
-feu modéré; on les ouvre au contraire l'une & l'autre, quand on veut
-donner le plus grand coup de feu que le fourneau puisse produire.
-
-L'ouverture supérieure SS du dôme, ainsi que celle des tuyaux VVXX,
-doit être aussi beaucoup plus grande qu'on n'a coutume de la faire.
-
-Il est important de ne point employer des cornues trop grosses
-relativement à la grandeur du fourneau. Il faut qu'il y ait toujours un
-espace suffisant pour le passage de l'air entre les parois du fourneau
-& celles du vaisseau qui y est contenu. La cornue A dans la _figure 2_
-est un peu trop petite pour ce fourneau, & je trouve plus facile d'en
-avertir que de faire rectifier la figure.
-
-Le dôme a pour objet d'obliger la flamme & la chaleur à environner
-de toutes parts la cornue & de la réverbérer; c'est de-là qu'est
-venu le nom de fourneau de réverbère. Sans cette réverbération de la
-chaleur, la cornue ne seroit échauffée que par son fond; les vapeurs
-qui s'en élèveroient se condenseroient dans la partie supérieure,
-elles se recohoberoient continuellement sans passer dans le récipient:
-mais au moyen du dôme, la cornue se trouve échauffée de toutes parts;
-les vapeurs ne peuvent donc se condenser que dans le col & dans le
-récipient, & elles sont forcées de sortir de la cornue.
-
-Quelquefois, pour empêcher que le fond de la cornue ne soit échauffé ou
-refroidi trop brusquement, & pour éviter que ces alternatives de chaud
-& de froid n'en occasionnent la fracture, on place sur les barres une
-petite capsule de terre cuite dans laquelle on met un peu de sable, &
-on pose sur ce sable le fond de la cornue.
-
-Dans beaucoup d'opérations on enduit les cornues de différens luts.
-Quelques-uns de ces luts n'ont pour objet que de les défendre des
-alternatives de chaud & de froid; quelquefois ils ont pour objet de
-contenir le verre, ou plutôt de former une double cornue qui supplée à
-celle de verre dans les opérations où le degré de feu est assez fort
-pour le ramollir.
-
-Le premier de ces luts se fait avec de la terre à four à laquelle
-on joint un peu de bourre ou poil de vache: on fait une pâte de ces
-matières, & on l'étend sur les cornues de verre ou de grès. Si au lieu
-de terre à four qui est déjà mêlangée, on n'avoit que de l'argile ou
-de la glaise pure, il faudroit y ajouter du sable. A l'égard de la
-bourre, elle est utile pour mieux lier ensemble la terre: elle brûle
-à la première impression du feu; mais les interstices qu'elle laisse
-empêchent que l'eau qui est contenue dans la terre, en se vaporisant,
-ne rompe la continuité du lut & qu'il ne tombe en poussière.
-
-Le second lut est composé d'argile & de fragmens de poteries de grès
-grossièrement pilés. On en fait une pâte assez ferme, qu'on étend
-sur les cornues. Ce lut se dessèche & se durcit par le feu, & forme
-lui-même une véritable cornue supplémentaire, qui contient les matières
-quand la cornue de verre vient à se ramollir. Mais ce lut n'est
-d'aucune utilité dans les expériences où on a pour objet de recueillir
-les gaz, parce qu'il est toujours poreux & que les fluides aériformes
-passent au travers.
-
-Dans un grand nombre d'opérations, & en général toutes les fois qu'on
-n'a pas besoin de donner aux corps qu'on traite un degré de chaleur
-très-violent, le fourneau de réverbère peut servir de fourneau de
-fusion. On supprime alors le laboratoire MNOP, & on établit à la place
-le dôme RSRS, comme on le voit représenté _planche XIII, fig. 3_.
-
-Un fourneau de fusion très-commode est celui représenté _figure 4_. Il
-est composé d'un foyer ABCD, d'un cendrier sans porte & d'un dôme ABGH.
-Il est troué en E pour recevoir le bout d'un soufflet qu'on y lute
-solidement. Il doit être proportionnellement moins haut qu'il n'est
-représenté dans la figure. Ce fourneau ne procure pas un degré de feu
-très-violent; mais il suffit pour toutes les opérations courantes. Il
-a de plus l'avantage d'être transporté commodément, & de pouvoir être
-placé dans tel lieu du laboratoire qu'on le juge à propos. Mais ces
-fourneaux particuliers ne dispensent pas d'avoir dans un laboratoire
-une forge garnie d'un bon soufflet, & ce qui est encore plus important,
-un bon fourneau de fusion. Je vais donner la description de celui
-dont je me sers, & détailler les principes d'après lesquels je l'ai
-construit.
-
-L'air ne circule dans un fourneau que parce qu'il s'échauffe en passant
-à travers les charbons: alors il se dilate; devenu plus léger que
-l'air environnant, il est forcé de monter par la pression des colonnes
-latérales, & il est remplacé par de nouvel air qui arrive de toutes
-parts, principalement par-dessous. Cette circulation de l'air a lieu
-lorsque l'on brûle du charbon même dans un simple réchaut: mais il est
-aisé de concevoir que la masse d'air qui passe par un fourneau ainsi
-ouvert de toutes parts, ne peut pas être, toutes choses d'ailleurs
-égales, aussi grande que celle qui est contrainte de passer par un
-fourneau formé en tour creuse, comme le sont en général les fourneaux
-chimiques, & que par conséquent la combustion ne peut pas y être aussi
-rapide.
-
-Soit supposé, par exemple, un fourneau ABCDEF, _planche XIII, figure 5_,
-ouvert par le haut & rempli de charbons ardens; la force avec
-laquelle l'air sera obligé de passer à travers les charbons, sera
-mesurée par la différence de pesanteur spécifique de deux colonnes
-AC, l'une d'air froid pris en-dehors du fourneau, l'autre d'air chaud
-pris en-dedans. Ce n'est pas qu'il n'y ait encore de l'air échauffé
-au-dessus de l'ouverture AB du fourneau, & il est certain que son excès
-de légèreté doit entrer aussi pour quelque chose dans le calcul; mais
-comme cet air chaud est continuellement refroidi & emporté par l'air
-extérieur, cette portion ne peut pas faire beaucoup d'effet.
-
-Mais si à ce même fourneau on ajoute un grand tuyau creux de même
-diamètre que lui GHAB, qui défende l'air qui a été échauffé par
-les charbons ardens, d'être refroidi, dispersé & emporté par l'air
-environnant, la différence de pesanteur spécifique en vertu de laquelle
-s'opérera la circulation de l'air, ne sera plus celle de deux colonnes
-AC, l'une extérieure, l'autre intérieure; ce sera celle de deux
-colonnes égales à GC. Or, à chaleur égale, si la colonne GC = 3AC, la
-circulation de l'air se fera en raison d'une force triple. Il est vrai
-que je suppose ici que l'air contenu dans la capacité GHCD est autant
-échauffé que l'étoit l'air contenu dans la capacité ABCD, ce qui n'est
-pas rigoureusement vrai; car la chaleur doit décroître de AB à GH: mais
-comme il est évident que l'air de la capacité GHAB est beaucoup plus
-chaud que l'air extérieur, il en résulte toujours que l'addition de la
-tour creuse GHAB augmente la rapidité du courant d'air, qu'il en passe
-plus à travers les charbons, & que par conséquent il y aura plus de
-combustion.
-
-Conclurons-nous de ces principes qu'il faille augmenter indéfiniment
-la longueur du tuyau GHAB? Non sans doute; car puisque la chaleur de
-l'air diminue de AB en GH, ne fût-ce que par le refroidissement causé
-à cet air par le contact des parois du tuyau, il en résulte que la
-pesanteur spécifique de l'air qui le traverse diminue graduellement,
-& que si le tuyau étoit prolongé à un certain point, on arriveroit à
-un terme où la pesanteur spécifique de l'air seroit égale en-dedans
-& en-dehors du tuyau; & il est évident qu'alors cet air froid qui ne
-tendroit plus à monter, seroit une masse à déplacer qui apporteroit une
-résistance à l'ascension de l'air inférieur. Bien plus, comme cet air
-est nécessairement mêlé de gaz acide carbonique, & que ce gaz est plus
-lourd que l'air atmosphérique, il arriveroit, si ce tuyau étoit assez
-long pour que l'air avant de parvenir à son extrémité pût se rapprocher
-de la température extérieure, qu'il tendroit à redescendre; d'où il
-faut conclure que la longueur des tuyaux qu'on ajoute sur les fourneaux
-est limitée par la nature des choses.
-
-Les conséquences auxquelles nous conduisent ces réflexions, sont 1º.
-que le premier pied de tuyau qu'on ajoute sur le dôme d'un fourneau,
-fait plus d'effet que le sixième, par exemple; que le sixième en fait
-plus que le dixième: mais aucune expérience ne nous a encore fait
-connoître à quel terme on doit s'arrêter; 2º. que ce terme est d'autant
-plus éloigné que le tuyau est moins bon conducteur de chaleur, puisque
-l'air s'y refroidit d'autant moins; en sorte que la terre cuite est
-beaucoup préférable à la tôle pour faire des tuyaux de fourneaux, &
-que si même on les formoit d'une double enveloppe, si on remplissoit
-l'intervalle de charbon pilé, qui est une des substances la moins
-propre à transmettre la chaleur, on retarderoit le refroidissement de
-l'air, & on augmenteroit par conséquent la rapidité du courant & la
-possibilité d'employer un tuyau plus long; 3º. que le foyer du fourneau
-étant l'endroit le plus chaud & celui par conséquent où l'air qui le
-traverse est le plus dilaté, cette partie du fourneau doit être aussi
-la plus volumineuse, & qu'il est nécessaire d'y ménager un renflement
-considérable. Il est d'une nécessité d'autant plus indispensable de
-donner beaucoup de capacité à cette partie du fourneau, qu'elle n'est
-pas seulement destinée au passage de l'air qui doit favoriser, ou pour
-mieux dire, opérer la combustion; elle doit encore contenir le charbon
-& le creuset; en sorte qu'on ne peut compter pour le passage de l'air
-que l'intervalle que laissent entr'eux les charbons.
-
-C'est d'après ces principes que j'ai construit mon fourneau de fusion,
-& je ne crois pas qu'il en existe aucun qui produise un effet plus
-violent. Cependant je n'ose pas encore me flatter d'être arrivé à
-la plus grande intensité de chaleur qu'on puisse produire dans les
-fourneaux chimiques. On n'a point encore déterminé par des expériences
-exactes l'augmentation de volume que prend l'air en traversant un
-fourneau de fusion; en sorte qu'on ne connoît point le rapport qu'on
-doit observer entre les ouvertures inférieures & supérieures d'un
-fourneau: on connoît encore moins la grandeur absolue qu'il convient de
-donner à ces ouvertures. Les données manquent donc, & on ne peut encore
-arriver au but que par tâtonnement.
-
-Ce fourneau est représenté _pl. XIII, fig. 6_. Je lui ai donné,
-d'après les principes que je viens d'exposer, la forme d'un sphéroïde
-elliptique ABCD, dont les deux bouts sont coupés par un plan qui
-passeroit par chacun des foyers perpendiculairement au grand axe. Au
-moyen du renflement qui résulte de cette figure, le fourneau peut tenir
-une masse de charbon considérable, & il reste encore dans l'intervalle
-assez d'espace pour le passage du courant d'air.
-
-Pour que rien ne s'oppose au libre accès de l'air extérieur, je l'ai
-laissé entièrement ouvert par-dessous, à l'exemple de M. Macquer, qui
-avoit déjà pris cette même précaution pour son fourneau de fusion, & je
-l'ai posé sur un trépied. La grille dont je me sers est à claire-voie
-& en fer méplat; & pour que les barreaux opposent moins d'obstacle au
-passage de l'air, je les ai fait poser non sur leur côté plat, mais
-sur le côté le plus étroit, comme on le voit _figure 7_. Enfin j'ai
-ajouté à la partie supérieure AB un tuyau de 18 pieds de long en terre
-cuite, & dont le diamètre intérieur est presque de moitié de celui du
-fourneau. Quoique j'obtienne déjà avec ce fourneau un feu supérieur à
-celui qu'aucun Chimiste se soit encore procuré jusqu'ici, je le crois
-susceptible d'être sensiblement augmenté par les moyens simples que
-j'ai indiqués & dont le principal consiste à rendre le tuyau FGAB le
-moins bon conducteur de chaleur qu'il soit possible.
-
-Il me reste à dire un mot du fourneau de coupelle ou fourneau d'essai.
-Lorsqu'on veut connoître si du plomb contient de l'or ou de l'argent,
-on le chauffe à grand feu dans de petites capsules faites avec des
-os calcinés, & qui, en termes d'essai, se nomment _coupelles_. Le
-plomb s'oxide, il devient susceptible de se vitrifier, il s'imbibe
-& s'incorpore avec la coupelle. On conçoit que le plomb ne peut
-s'oxider qu'avec le contact de l'air; ce ne peut donc être, ni dans un
-creuset où le libre accès de l'air extérieur est interdit, ni même au
-milieu d'un fourneau à travers les charbons ardens, puisque l'air de
-l'intérieur d'un fourneau altéré par la combustion & réduit pour la
-plus grande partie à l'état de gaz azote & de gaz acide carbonique,
-n'est plus propre à la calcination & à l'oxidation des métaux. Il a
-donc fallu imaginer un appareil particulier où le métal fût en même
-tems exposé à la grande violence du feu, & garanti du contact de
-l'air devenu incombustible par son passage à travers les charbons.
-Le fourneau destiné à remplir ce double objet, a été nommé, dans les
-arts, fourneau de coupelle. Il est communément de forme quarrée, ainsi
-qu'il est représenté _planche XIII, fig. 8_. Voyez, aussi sa coupe,
-_fig. 10_. Comme tous les fourneaux, bien construits, il doit avoir un
-cendrier AABB, un foyer BBCC, un laboratoire CCDD, un dôme DDEE.
-
-C'est dans le laboratoire qu'on place ce qu'on nomme la mouffle. C'est
-une espèce de petit four GH, _figures 9 & 10_, fait de terre cuite
-& fermé par le fond. On le pose sur des barres qui traversent le
-fourneau, il s'ajuste avec l'ouverture G de la porte, & on l'y lute
-avec de l'argile délayée avec de l'eau. C'est dans cette espèce de four
-que se placent les coupelles. On met du charbon dessus & dessous la
-mouffle par les portes du dôme & du foyer: l'air qui est entré par les
-ouvertures du cendrier, après avoir servi à la combustion, s'échappe
-par l'ouverture supérieure EE. A l'égard de la mouffle, l'air extérieur
-y pénètre par la porte GG, & il y entretient la calcination métallique.
-
-En réfléchissant sur cette construction, on s'apperçoit aisément
-combien elle est vicieuse. Elle a deux inconvéniens principaux: quand
-la porte GG est fermée, l'oxidation se fait lentement & difficilement
-à défaut d'air pour l'entretenir; lorsqu'elle est ouverte, le courant
-d'air froid qui s'introduit fait figer le métal & suspend l'opération.
-Il ne seroit pas difficile de remédier à ces inconvéniens, en
-construisant la mouffle & le fourneau de manière qu'il y eût un courant
-d'air extérieur toujours renouvellé qui rasât la surface du métal. On
-feroit passer cet air à travers un tuyau de terre qui seroit entretenu
-rouge par le feu même du fourneau, afin que l'intérieur de la mouffle
-ne fût jamais refroidi; & on feroit en quelques minutes ce qui demande
-souvent un tems considérable.
-
-M. Sage a été conduit par d'autres principes à de semblables
-conséquences. Il place la coupelle qui contient le plomb allié de fin
-dans un fourneau ordinaire à travers les charbons; il la recouvre avec
-une petite mouffle de porcelaine, & quand le tout est suffisamment
-chaud, il dirige sur le métal le courant d'air d'un soufflet ordinaire
-à main: la coupellation de cette manière se fait avec une grande
-facilité, & à ce qu'il paroît, avec beaucoup d'exactitude.
-
-
-§. III.
-
-_Des moyens d'augmenter considérablement l'action du feu, en
-substituant le gaz oxygène à l'air de l'atmosphère._
-
-On a obtenu avec les grands verres ardens qui ont été construits
-jusqu'à ce jour, tels que ceux de Tchirnausen & celui de M. de
-Trudaine, une intensité de chaleur un peu plus grande que celle qui
-a lieu dans les fourneaux chimiques, & même dans les fours où l'on
-cuit la porcelaine dure. Mais ces instrumens sont extrêmement chers,
-& ils ne vont pas même jusqu'à fondre la platine brute; en sorte que
-leur avantage, relativement à l'effet qu'ils produisent, n'est presque
-d'aucune considération, & qu'il est plus que compensé par la difficulté
-de se les procurer & même d'en faire usage.
-
-Les miroirs concaves à diamètre égal font un peu plus d'effet que les
-verres ardens; on en a la preuve par les expériences faites par MM.
-Macquer & Baumé, avec le miroir de M. l'Abbé Bouriot: mais comme la
-direction des rayons réfléchis est de bas en haut, il faut opérer en
-l'air & sans support; ce qui rend absolument impossible le plus grand
-nombre des expériences chimiques.
-
-Ces considérations m'avoient déterminé d'abord à essayer de remplir de
-grandes vessies de gaz oxygène, à y adapter un tube susceptible d'être
-fermé par un robinet, & à m'en servir pour animer avec ce gaz le feu
-des charbons allumés. L'intensité de chaleur fut telle, même dans mes
-premières tentatives, que je parvins à fondre une petite quantité de
-platine brute avec assez de facilité.
-
-C'est à ce premier succès que je dois l'idée du gazomètre dont j'ai
-donné la description, page 346 & suivantes. Je l'ai substitué aux
-vessies; & comme on peut donner au gaz oxygène le degré de pression
-qu'on juge à propos, on peut non-seulement s'en procurer un écoulement
-continu, mais lui donner même un grand degré de vitesse.
-
-Le seul appareil dont on ait besoin pour ce genre d'expériences,
-consiste en une petite table ABCD, _pl. XII, fig. 15_, percée
-d'un trou en F, à travers lequel on fait passer un tube de cuivre
-ou d'argent FG, terminé en G par une très-petite ouverture qu'on
-peut ouvrir ou fermer par le moyen du robinet H. Ce tube se continue
-par dessous la table en _lmno_, & va s'adapter au gazomètre avec
-l'intérieur duquel il communique. Lorsqu'on veut opérer, on commence à
-faire avec le tourne-vis KI un creux de quelques lignes de profondeur
-dans un gros charbon noir. On place dans ce creux le corps que l'on
-veut fondre: on allume ensuite le charbon avec un chalumeau de verre,
-à la flamme d'une chandelle ou d'une bougie; après quoi on l'expose au
-courant de gaz oxygène qui sort avec rapidité par le bec ou extrémité G
-du tube FG.
-
-Cette manière d'opérer ne peut être employée que pour les corps qui
-peuvent être mis sans inconvénient en contact avec les charbons, tels
-que les métaux, les terres simples, &c. A l'égard des corps dont les
-principes ont de l'affinité avec le charbon & que cette substance
-décompose, comme les sulfates, les phosphates, & en général presque
-tous les sels neutres, les verres métalliques, les émaux, &c. on se
-sert de la lampe d'émailleur, à travers de laquelle on fait passer un
-courant de gaz oxygène. Alors, au lieu de l'ajutage recourbé EG, on se
-sert de celui coudé ST, qu'on visse à la place & qui dirige le courant
-de gaz oxygène à travers la flamme de la lampe. L'intensité de chaleur
-que donne ce second moyen n'est pas aussi forte que celle qu'on obtient
-par le premier, & ce n'est qu'avec beaucoup de peine qu'on parvient à
-fondre la platine.
-
-Les supports dont on se sert dans cette seconde manière d'opérer, sont
-ou des coupelles d'os calcinés, ou de petites capsules de porcelaine,
-ou même des capsules ou cuillers métalliques. Pourvu que ces dernières
-ne soient pas trop petites, elles ne fondent pas, attendu que les
-métaux sont bons conducteurs de chaleur, que le calorique se répartit
-en conséquence promptement & facilement dans toute la masse, & n'en
-échauffe que médiocrement chacune des parties.
-
-On peut voir dans les volumes de l'Académie, année 1782, page 476,
-& 1783, page 573, la suite d'expériences que j'ai faites avec cet
-appareil. Il en résulte, 1º. que le cristal de roche, c'est-à-dire la
-terre siliceuse pure, est infusible; mais qu'elle devient susceptible
-de ramollissement & de fusion, dès qu'elle est mélangée.
-
-2º. Que la chaux, la magnésie & la baryte ne sont fusibles ni seules,
-ni combinées ensemble; mais qu'elles facilitent, sur-tout la chaux, la
-fusion de toutes les autres substances.
-
-3º. Que l'alumine est complètement fusible seule, & qu'il résulte de
-sa fusion une substance vitreuse opaque très-dure, qui raye le verre
-comme les pierres précieuses.
-
-4º. Que toutes les terres & pierres composées se fondent avec beaucoup
-de facilité, & forment un verre brun.
-
-5º. Que toutes les substances salines, même l'alkali fixe, se
-volatilisent en peu d'instans.
-
-6º. Que l'or, l'argent, etc. & probablement la platine, se
-volatilisent lentement à ce degré de feu, & se dissipent sans aucune
-circonstance particulière.
-
-7º. Que toutes les autres substances métalliques, à l'exception du
-mercure, s'oxident quoique placées sur un charbon; qu'elles y brûlent
-avec une flamme plus ou moins grande & diversement colorée, & finissent
-par se dissiper entièrement.
-
-8º. Que les oxides métalliques brûlent également tous avec flamme; ce
-qui semble établir un caractère distinctif de ces substances, ce qui me
-porte à croire, comme Bergman l'avoit soupçonné, que la baryte est un
-oxide métallique, quoiqu'on ne soit pas encore parvenu à en obtenir le
-métal dans son état de pureté.
-
-9º. Que parmi les pierres précieuses, les unes, comme le rubis, sont
-susceptibles de se ramollir et de se souder, sans que leur couleur &
-même que leur poids soient altérés; que d'autres, comme l'hyacinthe
-dont la fixité est presque égale à celle du rubis, perdent facilement
-leur couleur; que la topase de Saxe, la topase & le rubis du Bresil
-non-seulement se décolorent promptement à ce degré de feu, mais qu'ils
-perdent même un cinquième de leur poids, & qu'il reste, lorsqu'ils ont
-subi cette altération, une terre blanche semblable en apparence à du
-quartz blanc ou à du biscuit de porcelaine; enfin que l'émeraude, la
-chrysolite & le grenat fondent presque sur-le-champ en un verre opaque
-& coloré.
-
-10º. Qu'à l'égard du diamant, il présente une propriété qui lui
-est toute particulière, celle de se brûler à la manière des corps
-combustibles & de se dissiper entièrement.
-
-Il est un autre moyen dont je n'ai point encore fait usage, pour
-augmenter encore davantage l'activité du feu par le moyen du gaz
-oxygène; c'est de l'employer à souffler un feu de forge. M. Achard en
-a eu la première idée; mais les procédés qu'il a employés & au moyen
-desquels il croyoit déphlogistiquer l'air de l'atmosphère, ne l'ont
-conduit à rien de satisfaisant. L'appareil que je me propose de faire
-construire, sera très-simple: il consistera dans un fourneau ou espèce
-de forge d'une terre extrêmement réfractaire; sa figure sera à peu
-près semblable à celle du fourneau représenté _planche XIII, figure 4_;
-il sera seulement moins élevé & en général construit sur de plus
-petites dimensions. Il aura deux ouvertures, l'une en E à laquelle
-s'adaptera le bout d'un soufflet, & une seconde toute semblable à
-laquelle s'ajustera un tuyau qui communiquera avec le gazomètre. Je
-pousserai d'abord le feu aussi loin qu'il sera possible par le vent du
-soufflet; & quand je serai parvenu à ce point, je remplirai entièrement
-le fourneau de charbons embrasés; puis interceptant tout-à-coup le
-vent du soufflet, je donnerai par l'ouverture d'un robinet accès au
-gaz oxygène du gazomètre, & je le ferai arriver avec quatre ou cinq
-pouces de pression. Je puis réunir ainsi le gaz oxygène de plusieurs
-gazomètres, de manière à en faire passer jusqu'à huit à neuf pieds
-cubes à travers le fourneau, & je produirai une intensité de chaleur
-certainement très-supérieure à tout ce que nous connoissons. J'aurai
-soin de tenir l'ouverture supérieure du fourneau très-grande, afin que
-le calorique ait une libre issue, & qu'une expansion trop rapide de ce
-fluide si éminemment élastique ne produise point une explosion.
-
-
-_FIN._
-
-
-
-
- TABLES
- A L'USAGE
- DES CHIMISTES.
-
-
-
-
-TABLES
-A L'USAGE DES CHIMISTES.
-
-
-Nº. I.
-
-_Table pour convertir les onces, gros & grains en fractions décimales
-de livre, poids de marc._
-
-
- TABLE POUR LES GRAINS.
- ================================================================
- | Grains |Fractions décimales|| Grains |Fractions décimales|
- | poids | de livre || poids | de livre |
- | de marc. | correspondantes. || de marc. | correspondantes. |
- |------------------------------||------------------------------|
- | | livre. || | livre. |
- | | || | |
- | 1 | 0,000108507 || 13 | 0,001410591 |
- | 2 | 0,000217014 || 14 | 0,001519098 |
- | 3 | 0,000325521 || 15 | 0,001627605 |
- | 4 | 0,000434028 || 16 | 0,001736112 |
- | 5 | 0,000542535 || 17 | 0,001844619 |
- | 6 | 0,000651042 || 18 | 0,001953125 |
- | 7 | 0,000759549 || 19 | 0,002061633 |
- | 8 | 0,000868056 || 20 | 0,002170140 |
- | 9 | 0,000976563 || 21 | 0,002278647 |
- | 10 | 0,001085070 || 22 | 0,002387154 |
- | 11 | 0,001193577 || 23 | 0,002495661 |
- | 12 | 0,001302084 || 24 | 0,002604168 |
- ================================================================
-
-
- ================================================================
- | Grains |Fractions décimales|| Grains |Fractions décimales|
- | poids | de livre || poids | de livre |
- | de marc. | correspondantes. || de marc. | correspondantes. |
- |------------------------------||------------------------------|
- | | livre. || | livre. |
- | | || | |
- | 25 | 0,002712675 || 51 | 0,005533857 |
- | 26 | 0,002821182 || 52 | 0,005642364 |
- | 27 | 0,002929689 || 53 | 0,005750871 |
- | 28 | 0,003038196 || 54 | 0,005859378 |
- | 29 | 0,003146703 || 55 | 0,005967885 |
- | 30 | 0,003255210 || 56 | 0,006076372 |
- | 31 | 0,003363717 || 57 | 0,006184899 |
- | 32 | 0,003472224 || 58 | 0,006293406 |
- | 33 | 0,003580731 || 59 | 0,006401913 |
- | 34 | 0,003689238 || 60 | 0,006510420 |
- | 35 | 0,003797745 || 61 | 0,006618927 |
- | 36 | 0,003906252 || 62 | 0,006727434 |
- | 37 | 0,004014759 || 63 | 0,006835941 |
- | 38 | 0,004123266 || 64 | 0,006944448 |
- | 39 | 0,004231773 || 65 | 0,007052955 |
- | 40 | 0,004340280 || 66 | 0,007161462 |
- | 41 | 0,004448787 || 67 | 0,007269969 |
- | 42 | 0,004557294 || 68 | 0,007378456 |
- | 43 | 0,004665801 || 69 | 0,007486983 |
- | 44 | 0,004774308 || 70 | 0,007595490 |
- | 45 | 0,004882815 || 71 | 0,007703997 |
- | 46 | 0,004991322 || 72 | 0,007812504 |
- | 47 | 0,005099829 || 73 | 0,007921011 |
- | 48 | 0,005208336 || 74 | 0,008029518 |
- | 49 | 0,005316843 || 75 | 0,008138025 |
- | 50 | 0,005425350 || 76 | 0,008246532 |
- ================================================================
-
-
- ================================================================
- | Grains |Fractions décimales|| Grains |Fractions décimales|
- | poids | de livre || poids | de livre |
- | de marc. | correspondantes. || de marc. | correspondantes. |
- |------------------------------||------------------------------|
- | | livre. || | livre. |
- | | || | |
- | 77 | 0,008355039 || 89 | 0,009657123 |
- | 78 | 0,008463546 || 90 | 0,009765630 |
- | 79 | 0,008572053 || 91 | 0,009874137 |
- | 80 | 0,008680560 || 92 | 0,009982644 |
- | 81 | 0,008789067 || 93 | 0,010091151 |
- | 82 | 0,008897574 || 94 | 0,010199658 |
- | 83 | 0,009006081 || 95 | 0,010308165 |
- | 84 | 0,009114588 || 96 | 0,010416672 |
- | 85 | 0,009223095 || 97 | 0,010525179 |
- | 86 | 0,009331602 || 98 | 0,010633686 |
- | 87 | 0,009440109 || 99 | 0,010742193 |
- | 88 | 0,009548616 || 100 | 0,010850700 |
- ================================================================
-
-
- POUR LES GROS. POUR LES ONCES.
- ===================== ======================
- | gros. | livre. | | onces. | livre. |
- | | | | | |
- | 1 | 0,0078125 | | 1 | 0,0625000 |
- | 2 | 0,0156250 | | 2 | 0,1250000 |
- | 3 | 0,0234375 | | 3 | 0,1875000 |
- | 4 | 0,0312500 | | 4 | 0,2500000 |
- | 5 | 0,0390625 | | 5 | 0,3125000 |
- | 6 | 0,0468750 | | 6 | 0,3750000 |
- | 7 | 0,0546875 | | 7 | 0,4375000 |
- | 8 | 0,0625000 | | 8 | 0,5000000 |
- | 9 | 0,0703125 | | 9 | 0,5625000 |
- | 10 | 0,0781250 | | 10 | 0,6250000 |
- | 11 | 0,0859375 | | 11 | 0,6875000 |
- | 12 | 0,0937500 | | 12 | 0,7500000 |
- | 13 | 0,1015625 | | 13 | 0,8125000 |
- | 14 | 0,1093750 | | 14 | 0,8750000 |
- | 15 | 0,1171875 | | 15 | 0,9375000 |
- | 16 | 0,1250000 | | 16 | 1,0000000 |
- ===================== ======================
-
-
-
-
-Nº. II.
-
-_TABLE pour convertir les fractions décimales de livre en fractions
-vulgaires._
-
-
- POUR LES DIXIEMES DE LIVRE. POUR LES MILLIEMES DE LIVRE.
- ================================ ================================
- |Fractions|Fractions vulgaires | |Fractions|Fractions vulgaires |
- |décimales| de livre | |décimales| de livre |
- |de livre.| correspondantes. | |de livre.| correspondantes. |
- |------------------------------| |------------------------------|
- | livre. |onces. gros. grains.| | livre. |onces. gros. grains.|
- | | | | | |
- | 0,1 | 1 4 57,60 | | 0,001 | » » 9,22 |
- | 0,2 | 3 1 43,20 | | 0,002 | » » 18,43 |
- | 0,3 | 4 6 28,80 | | 0,003 | » » 27,65 |
- | 0,4 | 6 3 14,40 | | 0,004 | » » 36,86 |
- | 0,5 | 8 8 0 | | 0,005 | » » 46,08 |
- | 0,6 | 9 4 57,60 | | 0,006 | » » 55,30 |
- | 0,7 | 11 1 43,20 | | 0,007 | » » 64,51 |
- | 0,8 | 12 6 28,80 | | 0,008 | » 1 1,73 |
- | 0,9 | 14 3 14,40 | | 0,009 | » 1 10,94 |
- | 1, | 16 0 0 | | 0,010 | » 1 20,16 |
- ================================ ================================
-
-
- POUR LES CENTIEMES POUR LES DIX MILLIEMES
- DE LIVRE. DE LIVRE.
- =============================== ======================
- | livre. |onces. gros. grains.| | livre. | grains. |
- | | | | | |
- | 0,01 | » 1 20,16 | | 0,0001 | 0,92 |
- | 0,02 | » 2 40,32 | | 0,0002 | 1,84 |
- | 0,03 | » 3 60,48 | | 0,0003 | 2,76 |
- | 0,04 | » 5 8,64 | | 0,0004 | 3,69 |
- | 0,05 | » 6 28,80 | | 0,0005 | 4,61 |
- | 0,06 | » 7 48,96 | | 0,0006 | 5,53 |
- | 0,07 | 1 0 69,12 | | 0,0007 | 6,45 |
- | 0,08 | 1 2 17,28 | | 0,0008 | 7,37 |
- | 0,09 | 1 3 37,44 | | 0,0009 | 8,29 |
- | 0,10 | 1 4 57,60 | | 0,0010 | 9,22 |
- =============================== ======================
-
-
- POUR LES CENT MILLIEMES POUR LES MILLIONIEMES
- DE LIVRE. DE LIVRE.
- ================================ =================================
- |Fractions|Fractions vulgaires | |Fractions |Fractions vulgaires |
- |décimales| de livre | |décimales | de livre |
- |de livre.| correspondantes. | |de livre. | correspondantes. |
- |------------------------------| |-------------------------------|
- | livre. | grains. | | livre. | grains. |
- | | | | | |
- | 0,00001 | 0,09 | | 0,000001 | 0,01 |
- | 0,00002 | 0,18 | | 0,000002 | 0,02 |
- | 0,00003 | 0,28 | | 0,000003 | 0,03 |
- | 0,00004 | 0,37 | | 0,000004 | 0,04 |
- | 0,00005 | 0,46 | | 0,000005 | 0,05 |
- | 0,00006 | 0,55 | | 0,000006 | 0,06 |
- | 0,00007 | 0,64 | | 0,000007 | 0,07 |
- | 0,00008 | 0,74 | | 0,000008 | 0,08 |
- | 0,00009 | 0,83 | | 0,000009 | 0,09 |
- | 0,00010 | 0,92 | | 0,000010 | 0,10 |
- ================================ =================================
-
-
-
-
-Nº. III.
-
-_TABLE du nombre de Pouces cubes correspondans à un poids déterminé
-d'eau._
-
-
- TABLE POUR LES GRAINS.
- ===============================================================
- |Grains d'eau,| Nombre de | |Grains d'eau,| Nombre de |
- | poids | pouces cubes | | poids | pouces cubes |
- | de marc. |correspondans.| | de marc. |correspondans.|
- |----------------------------| |----------------------------|
- | 1 | 0,003 | | 23 | 0,062 |
- | 2 | 0,005 | | 24 | 0,065 |
- | 3 | 0,008 | | 25 | 0,067 |
- | 4 | 0,011 | | 26 | 0,070 |
- | 5 | 0,013 | | 27 | 0,073 |
- | 6 | 0,016 | | 28 | 0,076 |
- | 7 | 0,019 | | 29 | 0,078 |
- | 8 | 0,022 | | 30 | 0,081 |
- | 9 | 0,024 | | 31 | 0,084 |
- | 10 | 0,027 | | 32 | 0,086 |
- | 11 | 0,030 | | 33 | 0,089 |
- | 12 | 0,032 | | 34 | 0,092 |
- | 13 | 0,035 | | 35 | 0,094 |
- | 14 | 0,038 | | 36 | 0,097 |
- | 15 | 0,040 | | 37 | 0,100 |
- | 16 | 0,043 | | 38 | 0,103 |
- | 17 | 0,046 | | 39 | 0,105 |
- | 18 | 0,049 | | 40 | 0,108 |
- | 19 | 0,051 | | 41 | 0,111 |
- | 20 | 0,054 | | 42 | 0,113 |
- | 21 | 0,057 | | 43 | 0,116 |
- | 22 | 0,059 | | 44 | 0,119 |
- ============================== ==============================
-
-
- ===============================================================
- |Grains d'eau,| Nombre de | |Grains d'eau,| Nombre de |
- | poids | pouces cubes | | poids | pouces cubes |
- | de marc. |correspondans.| | de marc. |correspondans.|
- |----------------------------| |----------------------------|
- | 45 | 0,121 | | 59 | 0,159 |
- | 46 | 0,124 | | 60 | 0,162 |
- | 47 | 0,127 | | 61 | 0,165 |
- | 48 | 0,130 | | 62 | 0,167 |
- | 49 | 0,132 | | 63 | 0,170 |
- | 50 | 0,135 | | 64 | 0,173 |
- | 51 | 0,138 | | 65 | 0,175 |
- | 52 | 0,140 | | 66 | 0,178 |
- | 53 | 0,143 | | 67 | 0,181 |
- | 54 | 0,146 | | 68 | 0,184 |
- | 55 | 0,148 | | 69 | 0,186 |
- | 56 | 0,151 | | 70 | 0,189 |
- | 57 | 0,154 | | 71 | 0,192 |
- | 58 | 0,157 | | 72 | 0,194 |
- ===============================================================
-
-
- TABLE POUR LES GROS. TABLE POUR LES ONCES.
- =================== =====================
- | | pou. cub.| | | pou. cub. |
- | | | | | |
- | 1 | 0,193 | | 1 | 1,543 |
- | 2 | 0,386 | | 2 | 3,086 |
- | 3 | 0,579 | | 3 | 4,629 |
- | 4 | 0,772 | | 4 | 6,172 |
- | 5 | 0,965 | | 5 | 7,715 |
- | 6 | 1,158 | | 6 | 9,258 |
- | 7 | 1,351 | | 7 | 10,801 |
- | 8 | 1,543 | | 8 | 12,344 |
- | | | | 9 | 13,887 |
- | | | | 10 | 15,430 |
- | | | | 11 | 16,973 |
- | | | | 12 | 18,516 |
- | | | | 13 | 20,059 |
- | | | | 14 | 21,602 |
- | | | | 15 | 23,145 |
- | | | | 16 | 24,687 |
- =================== =====================
-
-
- TABLE POUR LES LIVRES.
- ===============================================================
- |Livres d'eau,| Nombre de | |Livres d'eau,| Nombre de |
- | poids | pouces cubes | | poids | pouces cubes |
- | de marc. |correspondans.| | de marc. |correspondans.|
- |----------------------------| |----------------------------|
- | | pou. cub. | | | pou. cub. |
- | | | | | |
- | 1 | 24,687 | | 20 | 493,740 |
- | 2 | 49,374 | | 21 | 518,427 |
- | 3 | 74,061 | | 22 | 543,114 |
- | 4 | 98,748 | | 23 | 567,801 |
- | 5 | 123,420 | | 24 | 592,448 |
- | 6 | 148,122 | | 25 | 617,175 |
- | 7 | 172,809 | | 26 | 641,862 |
- | 8 | 197,496 | | 27 | 666,549 |
- | 9 | 222,180 | | 28 | 691,236 |
- | 10 | 246,870 | | 29 | 715,923 |
- | 11 | 271,557 | | 30 | 740,610 |
- | 12 | 296,244 | | 40 | 987,480 |
- | 13 | 320,931 | | 50 | 1234,200 |
- | 14 | 345,618 | | 60 | 1481,220 |
- | 15 | 370,305 | | 70 | 1728,000 |
- | 16 | 394,992 | | 80 | 1974,960 |
- | 17 | 419,676 | | 90 | 2221,800 |
- | 18 | 444,360 | | 100 | 2328,700 |
- | 19 | 469,050 | | | |
- ===============================================================
-
-
-
-
-Nº. IV.
-
-_TABLE pour convertir les lignes & fractions de lignes en fractions
-décimales de pouce._
-
-
- TABLE POUR LES FRACTIONS TABLE POUR LES LIGNES.
- DE LIGNE.
- ================================ ================================
- |Douzièmes |Fractions décimales| | |Fractions décimales|
- | de | de pouce | | lignes. | de pouce |
- | lignes. | correspondantes. | | | correspondantes. |
- |------------------------------| |------------------------------|
- | | pouces. | | | pouces. |
- | | | | | |
- | 1 | 0,00694 | | 1 | 0,08333 |
- | 2 | 0,01389 | | 2 | 0,16667 |
- | 3 | 0,02083 | | 3 | 0,25000 |
- | 4 | 0,02778 | | 4 | 0,33333 |
- | 5 | 0,03472 | | 5 | 0,41667 |
- | 6 | 0,04167 | | 6 | 0,50000 |
- | 7 | 0,04861 | | 7 | 0,58333 |
- | 8 | 0,05556 | | 8 | 0,66667 |
- | 9 | 0,06250 | | 9 | 0,75000 |
- | 10 | 0,06944 | | 10 | 0,83333 |
- | 11 | 0,07639 | | 11 | 0,91667 |
- | 12 | 0,08333 | | 12 | 1,00000 |
- ================================ ================================
-
-
-
-
-Nº. V.
-
-_TABLE pour convertir les hauteurs d'eau observées dans les cloches ou
-jarres, en hauteurs correspondantes de mercure exprimées en fractions
-décimales de pouce._
-
-
- =================================== ===================================
- | Hauteur |Hauteur correspondante| | Hauteur |Hauteur correspondante|
- | de l'eau | du mercure | | de l'eau | du mercure |
- | exprimée |exprimée en fractions | | exprimée |exprimée en fractions |
- |en lignes.| décimales de pouce. | |en lignes.| décimales de pouce. |
- |---------------------------------| |---------------------------------|
- | lignes. | pouces. | |pou. lig.| pouces. |
- | | | | | |
- | 1 | 0,00614 | | 20| 0,12284 |
- | 2 | 0,01228 | | 21| 0,12898 |
- | 3 | 0,01843 | | 22| 0,13512 |
- | 4 | 0,02457 | | 23| 0,14126 |
- | 5 | 0,03071 | | 2 | 0,14741 |
- | 6 | 0,03685 | | 3 | 0,22111 |
- | 7 | 0,04299 | | 4 | 0,29481 |
- | 8 | 0,04914 | | 5 | 0,36852 |
- | 9 | 0,05528 | | 6 | 0,44222 |
- | 10 | 0,06142 | | 7 | 0,51593 |
- | 11 | 0,06756 | | 8 | 0,58963 |
- | 12 | 0,07370 | | 9 | 0,66333 |
- | 13 | 0,07985 | | 10 | 0,73704 |
- | 14 | 0,08599 | | 11 | 0,81074 |
- | 15 | 0,09213 | | 12 | 0,88444 |
- | 16 | 0,09827 | | 13 | 0,95815 |
- | 17 | 0,10441 | | 14 | 1,03185 |
- | 18 | 0,11055 | | 15 | 1,10556 |
- | 19 | 0,11670 | | 16 | 1,17926 |
- =================================== ===================================
-
-
-
-
-Nº. VI.
-
-_TABLE des quantités de pouces cubiques françois correspondans à une
-once, mesure de M. Priestley._
-
-
- ================================================================
- |Onces, mesure|Pouces cubiques| |Onces, mesure|Pouces cubiques|
- | de | françois | | de | françois |
- |M. Priestley.|correspondans. | |M. Priestley.|correspondans. |
- |-----------------------------| |-----------------------------|
- | | pou. cub. | | | pou. cub. |
- | | | | | |
- | 1 | 1,567 | | 20 | 31,340 |
- | 2 | 3,134 | | 30 | 47,010 |
- | 3 | 4,701 | | 40 | 62,680 |
- | 4 | 6,268 | | 50 | 78,350 |
- | 5 | 7,835 | | 60 | 94,020 |
- | 6 | 9,402 | | 70 | 109,690 |
- | 7 | 10,969 | | 80 | 125,360 |
- | 8 | 12,536 | | 90 | 141,030 |
- | 9 | 14,103 | | 100 | 156,700 |
- | 10 | 15,670 | | 200 | 313,400 |
- | 11 | 17,237 | | 300 | 470,100 |
- | 12 | 18,804 | | 400 | 626,800 |
- | 13 | 20,371 | | 500 | 783,500 |
- | 14 | 21,938 | | 600 | 940,200 |
- | 15 | 23,505 | | 700 | 1096,900 |
- | 16 | 25,072 | | 800 | 1253,600 |
- | 17 | 26,639 | | 900 | 1410,300 |
- | 18 | 28,206 | | 1000 | 1567,000 |
- | 19 | 29,773 | | | |
- ================================================================
-
-
-
-
-Nº. VII.
-
-_TABLE des pesanteurs des différens gaz à 28 pouces de pression & à 10
-degrés du thermomètre._
-
-
- =====================================================================
- | | Poids | Poids du pied | |
- | Noms des airs |du pouce | cube. | OBSERVATIONS. |
- | ou gaz. | cube. | | |
- |-------------------------------------------------------------------|
- | | grains. | on. gro. gra. | |
- | | | | |
- |Air atmosphérique. | 0,46005 | 1 3 3,00 |D'après mes expér.|
- |Gaz azote. | 0,44444 | 1 2 48,00 |D'après mes expér.|
- |Gaz oxigène. | 0,50694 | 1 4 12,00 |D'après mes expér.|
- |Gaz hydrogène. | 0,03539 | » » 61,15 |D'après mes expér.|
- |Gaz acide carbonique.| 0,68985 | 2 » 40,00 |D'après mes expér.|
- |Gaz nitreux. | 0,54690 | 1 5 9,04 |D'après M. Kirwan.|
- |Gaz ammoniaque. | 0,27488 | » 6 43,00 |D'après M. Kirwan.|
- |Gaz acide sulfureux. | 1,03820 | 3 » 66,00 |D'après M. Kirwan.|
- =====================================================================
-
-
-
-
-Nº. VIII.
-
-_TABLE des Pesanteurs spécifiques des substances minérales, extraite de
-l'ouvrage de M. BRISSON._
-
-
- SUBSTANCES MÉTALLIQUES.
- ========================================================================
- | Noms des | |Pesan-| Poids | Poids |
- | substances | VARIÉTÉS. |teur | du pouce | du |
- |métalliques.| |spéci-| cube. | pied cube. |
- | | |fique.| | |
- |----------------------------------------------------------------------|
- | | | |onc. g. gr.|liv. on. g. gr.|
- | | | | | |
- |Or. {Or à 24 karats, fondu |192581| 12 3 62 |1348 1 0 41 |
- | {& non forgé. | | | |
- | { | | | |
- | {Le même fondu & forgé.|193617| 12 4 28 |1355 5 0 60 |
- | { | | | |
- | {Or au titre de Paris, |174863| 11 2 48 |1224 0 5 18 |
- | {ou à 22 karats, | | | |
- | {fondu & non forgé. | | | |
- | { | | | |
- | {Le même fondu & forgé.|175894| 11 3 15 |1231 4 1 2 |
- | { | | | |
- | {Or au titre de la |174022| 11 2 17 |1218 2 3 51 |
- | {monoie de France, ou à| | | |
- | {21 22/32 karats, fondu| | | |
- | {& non forgé. | | | |
- | { | | | |
- | {Le même monoyé. |176474| 11 3 36 |1235 5 0 51 |
- | { | | | |
- | {Or au titre des |157090| 10 1 33 |1099 10 0 46 |
- | {bijoux, ou à 20 | | | |
- | {karats, fondu & non | | | |
- | {forgé. | | | |
- | { | | | |
- | {Le même, fondu & |157746| 10 1 57 |1104 3 4 30 |
- | {forgé. | | | |
- | | | | | |
- |Argent. {Argent à 12 deniers |104743| 6 6 22 | 733 3 1 52 |
- | {fondu & non forgé. | | | |
- | { | | | |
- | {Le même fondu & forgé.|105107| 6 6 36 | 735 11 7 43 |
- | { | | | |
- | {Argent au titre de |101752| 6 4 55 | 712 4 1 57 |
- | {Paris, ou à 11 deniers| | | |
- | {10 grains, fondu & non| | | |
- | {forgé. | | | |
- | { | | | |
- | {Le même, fondu & |103765| 6 5 58 | 726 5 5 32 |
- | {forgé. | | | |
- | { | | | |
- | {Argent au titre de la |100476| 6 4 7 | 703 5 2 36 |
- | {monoie de France, ou à| | | |
- | {10 deniers 21 grains, | | | |
- | {fondu & non forgé. | | | |
- | { | | | |
- | {Le même monoyé. |104077| 6 5 70 | 728 8 4 71 |
- | | | | | |
- |Platine. {Platine brut en |156017| 10 0 65 |1092 1 7 17 |
- | {grenailles. | | | |
- | { | | | |
- | {Le même décapé, par |167521| 10 6 62 |1172 10 2 59 |
- | {l'acide muriatique. | | | |
- | { | | | |
- | {Platine purifié fondu.|195000| 12 5 8 |1365 0 0 0 |
- | { | | | |
- | {Platine purifié forgé.|203366| 13 1 32 |1423 8 7 67 |
- | { | | | |
- | {Platine purifié, passé|210417| 13 5 8 |1472 14 5 46 |
- | {par la filiere. | | | |
- | { | | | |
- | {Platine purifié passé |220690| 14 2 31 |1544 13 2 17 |
- | {au laminoir. | | | |
- | | | | | |
- |Cuivre. {Cuivre rouge fondu & | 77880| 5 0 28 | 545 2 4 35 |
- | {non forgé. | | | |
- | { | | | |
- | {Le même fondu & passé | 88785| 5 6 3 | 621 7 7 26 |
- | {à la filiere. | | | |
- | { | | | |
- | {Cuivre jaune fondu & | 83958| 5 3 38 | 587 11 2 26 |
- | {non forgé. | | | |
- | { | | | |
- | {Le même fondu & passé | 85441| 5 4 22 | 598 1 3 10 |
- | {à la filiere. | | | |
- | | | | | |
- |Fer. {Fer fondu. | 72070| 4 5 27 | 504 7 6 52 |
- | { | | | |
- | {Fer forgé en barre, | 77880| 5 0 28 | 545 2 4 35 |
- | {écroui ou non écroui. | | | |
- | { | | | |
- | {Acier ni trempé, ni | 78331| 5 0 44 | 548 5 0 41 |
- | {écroui. | | | |
- | { | | | |
- | {Le même écroui & non | 78404| 5 0 47 | 548 13 1 71 |
- | {trempé. | | | |
- | { | | | |
- | {Le même écroui & | 78180| 5 0 39 | 547 4 1 20 |
- | {ensuite trempé. | | | |
- | { | | | |
- | {Le même trempé & non | 78163| 5 0 38 | 547 2 2 3 |
- | {écroui. | | | |
- | | | | | |
- |Etain. {Etain pur de | 72914| 4 5 58 | 510 6 2 68 |
- | {Cornouailles, fondu & | | | |
- | {non écroui. | | | |
- | { | | | |
- | {Le même fondu & | 72994| 4 5 61 | 510 15 2 45 |
- | {écroui. | | | |
- | { | | | |
- | {Etain de Mélac, | 72963| 4 5 60 | 510 11 6 61 |
- | {fondu & non écroui. | | | |
- | { | | | |
- | {Le même fondu & | 73065| 4 5 64 | 511 7 2 17 |
- | {écroui. | | | |
- | | | | | |
- |Plomb. |Plomb fondu. |113523| 7 2 62 | 794 10 4 44 |
- | | | | | |
- |Zinc. |Zinc fondu. | 71908| 4 5 21 | 503 5 5 41 |
- | | | | | |
- |Bismuth. |Bismuth fondu. | 98227| 6 2 67 | 687 9 3 28 |
- | | | | | |
- |Cobalt. |Cobalt fondu. | 78119| 5 0 36 | 546 13 2 45 |
- | | | | | |
- |Antimoine. {Antimoine fondu. | 67021| 4 2 54 | 469 2 2 59 |
- | { | | | |
- | {Antimoine crud. | 40643| 2 5 5 | 284 8 0 9 |
- | { | | | |
- | {Verre d'antimoine. | 49464| 3 1 47 | 346 3 7 64 |
- | | | | | |
- |Arsenic. |Arsenic fondu. | 57633| 3 5 64 | 403 6 7 12 |
- | | | | | |
- |Nickel. |Nickel fondu. | 78070| 5 0 35 | 546 7 6 52 |
- | | | | | |
- |Molybdène. |. . . . . . . . . . . | 47385| 3 0 41 | 331 11 1 69 |
- | | | | | |
- |Tungstène. |. . . . . . . . . . . | 60665| 3 7 33 | 424 10 3 60 |
- | | | | | |
- |Mercure. |. . . . . . . . . . . |135681| 8 6 25 | 949 12 2 13 |
- ========================================================================
-
-
- PIERRES PRÉCIEUSES.
- ========================================================================
- | Noms des | |Pesan-| Poids | Poids |
- | pierres | VARIÉTÉS. |teur | du pouce | du |
- |précieuses. | |spéci-| cube. | pied cube. |
- | | |fique.| | |
- |----------------------------------------------------------------------|
- | | | |onc. g. gr.|liv. on. g. gr.|
- | | | | | |
- |Diamant. {Diamant Oriental | 35212| 2 2 19 | 246 7 5 69 |
- | {blanc. | | | |
- | { | | | |
- | {Diamant Oriental | 35310| 2 2 22 | 247 2 5 55 |
- | {couleur de rose. | | | |
- | | | | | |
- |Rubis. {Rubis Oriental. | 42833| 2 6 15 | 299 13 2 26 |
- | { | | | |
- | {Rubis Spinelle. | 37600| 2 3 36 | 263 3 1 43 |
- | { | | | |
- | {Rubis Balai. | 36458| 2 2 65 | 255 3 2 26 |
- | { | | | |
- | {Rubis du Brésil. | 35311| 2 2 22 | 247 2 6 47 |
- | | | | | |
- |Topaze. {Topaze Orientale. | 40106| 2 4 57 | 280 11 6 70 |
- | { | | | |
- | {Topaze-pistache | 40615| 2 5 4 | 284 4 7 3 |
- | {Orientale. | | | |
- | { | | | |
- | {Topaze du Brésil. | 35365| 2 2 24 | 247 8 7 3 |
- | { | | | |
- | {Topaze de Saxe. | 35640| 2 2 35 | 249 7 5 32 |
- | { | | | |
- | {Topaze blanche de | 35535| 2 2 31 | 248 11 7 26 |
- | {Saxe. | | | |
- | | | | | |
- |Saphir. {Saphir Oriental. | 39941| 2 4 51 | 279 9 3 10 |
- | { | | | |
- | {Saphir Oriental blanc.| 39911| 2 4 50 | 279 6 0 18 |
- | { | | | |
- | {Saphir du Puy. | 40769| 2 5 10 | 285 6 1 2 |
- | { | | | |
- | {Saphir du Brésil. | 31307| 2 0 17 | 219 2 3 5 |
- | | | | | |
- |Girasol. |. . . . . . . . . . . | 40000| 2 4 53 | 280 0 0 0 |
- | | | | | |
- |Jargon. |Jargon de Ceylan. | 44161| 2 6 65 | 309 2 0 18 |
- | | | | | |
- |Hyacinthe. |Hyacinthe commune. | 36873| 2 3 9 | 258 1 5 22 |
- | | | | | |
- |Vermeille. |. . . . . . . . . . . | 42299| 2 5 67 | 296 1 3 65 |
- | | | | | |
- |Grenat. {Grenat de Bohême. | 41888| 2 5 52 | 293 3 3 47 |
- | { | | | |
- | {Grenat en cristal | 40627| 2 5 5 | 284 6 1 57 |
- | {dodécaèdre. | | | |
- | { | | | |
- | {Grenat en cristal à | 24684| 1 4 58 | 172 12 4 62 |
- | {24 faces, volcanisé. | | | |
- | { | | | |
- | {Grenat Syrien. | 40000| 2 4 53 | 280 0 0 0 |
- | | | | | |
- |Emeraude. |Emeraude du Pérou. | 27755| 1 6 28 | 194 4 4 35 |
- | | | | | |
- |Chrysolite. {Chrysolite des | 27821| 1 6 31 | 194 11 7 44 |
- | {Joailliers. | | | |
- | { | | | |
- | {Chrysolite du Brésil. | 26923| 1 5 69 | 188 7 3 1 |
- | | | | | |
- |Aigue- {Aigue marine Orientale| 35489| 2 2 29 | 248 6 6 10 |
- |marine. {ou Béril. | | | |
- | { | | | |
- | {Aigue-marine | 27227| 1 6 8 | 190 9 3 28 |
- | {Occidentale. | | | |
- ========================================================================
-
-
- PIERRES SILICEUSES.
- ========================================================================
- | Noms des | |Pesan-| Poids | Poids |
- | pierres | VARIÉTÉS. |teur | du pouce | du |
- |siliceuses. | |spéci-| cube. | pied cube. |
- | | |fique.| | |
- |----------------------------------------------------------------------|
- | | | |onc. g. gr.|liv. on. g. gr.|
- | | | | | |
- |Cristal de {Cristal de Roche | 26530| 1 5 54 | 185 11 2 64 |
- |Roche. {limpide de Madagascar.| | | |
- | { | | | |
- | {Cristal de Roche du | 26526| 1 5 54 | 185 10 7 21 |
- | {Brésil. | | | |
- | { | | | |
- | {Cristal de Roche | 26548| 1 5 55 | 185 13 3 1 |
- | {gélatineux ou | | | |
- | {d'Europe. | | | |
- | | | | | |
- |Quartz. {Quartz cristallisé. | 26546| 1 5 55 | 185 13 1 16 |
- | { | | | |
- | {Quartz en masse. | 26471| 1 5 52 | 185 4 6 1 |
- | | | | | |
- |Grès. {Grès des Paveurs. | 24158| 1 4 38 | 169 1 5 41 |
- | { | | | |
- | {Grès des Rémouleurs. | 21429| 1 3 8 | 150 0 0 28 |
- | { | | | |
- | {Grès des Couteliers. | 21113| 1 2 68 | 147 12 5 18 |
- | { | | | |
- | {Grès luisant de | 25616| 1 5 20 | 179 4 7 67 |
- | {Fontainebleau. | | | |
- | { | | | |
- | {Pierre à faux à grain | 25638| 1 5 21 | 179 7 3 47 |
- | {moyen d'Auvergne. | | | |
- | { | | | |
- | {Pierre à faux de | 25298| 1 5 8 | 177 1 3 1 |
- | {Lorraine. | | | |
- | | | | | |
- |Agathe. {Agathe Orientale. | 25901| 1 5 31 | 181 4 7 21 |
- | { | | | |
- | {Agathe Onix. | 26375| 1 5 49 | 184 10 0 0 |
- | | | | | |
- |Calcédoine. |Calcédoine limpide. | 26640| 1 5 59 | 186 7 5 32 |
- | | | | | |
- |Cornaline. |. . . . . . . . . . . | 26137| 1 5 40 | 182 15 2 54 |
- | | | | | |
- |Sardoine. |Sardoine pure. | 26025| 1 5 36 | 182 2 6 39 |
- | | | | | |
- |Prase. |. . . . . . . . . . . | 25805| 1 5 27 | 180 10 1 20 |
- | | | | | |
- |Pierre à {Pierre à fusil blonde.| 25941| 1 5 32 | 181 9 3 10 |
- |fusil. { | | | |
- | {Pierre à fusil | 25817| 1 5 28 | 180 11 4 2 |
- | {noirâtre. | | | |
- | | | | | |
- |Caillou. {Caillou Onix. | 26644| 1 5 59 | 186 8 1 2 |
- | { | | | |
- | {Caillou de Rennes. | 26538| 1 5 55 | 185 12 2 3 |
- | | | | | |
- |Pierre |. . . . . . . . . . . | 24835| 1 4 63 | 173 13 4 12 |
- |meuliere. | | | | |
- | | | | | |
- |Jade. {Jade blanc. | 29502| 1 7 21 | 206 8 1 57 |
- | { | | | |
- | {Jade verd. | 29660| 1 7 27 | 207 9 7 26 |
- | { | | | |
- | {Jaspe rouge. | 26612| 1 5 58 | 186 4 4 25 |
- | { | | | |
- | {Jaspe brun. | 26911| 1 5 69 | 188 6 0 18 |
- | { | | | |
- | {Jaspe jaune. | 27101| 1 6 4 | 189 11 2 36 |
- | | | | | |
- |Jaspe. {Jaspe violet. | 27111| 1 6 4 | 189 12 3 33 |
- | { | | | |
- | {Jaspe gris. | 27640| 1 6 24 | 193 7 5 32 |
- | { | | | |
- | {Jaspe Onix ou rubanné.| 28160| 1 6 43 | 197 1 7 26 |
- | | | | | |
- |Schorl. {Schorl noir, | 33636| 2 1 32 | 235 7 1 62 |
- | {prismatique hexaèdre. | | | |
- | { | | | |
- | {Schorl noir spathique.| 33852| 2 1 40 | 236 15 3 28 |
- | { | | | |
- | {Schorl noir en masse, | 29225| 1 7 11 | 204 9 1 43 |
- | {dit Basalte noir | | | |
- | {antique. | | | |
- ========================================================================
-
-
- PIERRES ARGILEUSES OU ALUMINEUSES.
- ========================================================================
- | | |Pesan-| Poids | Poids |
- | Noms des | VARIÉTÉS. |teur | du pouce | du |
- | pierres. | |spéci-| cube. | pied cube. |
- | | |fique.| | |
- |----------------------------------------------------------------------|
- | | | |onc. g. gr.|liv. on. g. gr.|
- | | | | | |
- |Serpentine. |Serpentine opaque | 24295| 1 4 43 | 170 1 0 23 |
- | |verte d'Italie, dite | | | |
- | |Gabro des Florentins. | | | |
- | | | | | |
- |Stéatite. {Craie de Briançon | 27274| 1 6 10 | 190 14 5 56 |
- | {grossiere. | | | |
- | { | | | |
- | {Craie d'Espagne. | 27902| 1 6 34 | 195 5 0 14 |
- | { | | | |
- | {Pierre ollaire | | | |
- | {feuilletée du | 27687| 1 6 26 | 193 12 7 40 |
- | {Dauphiné. | | | |
- | { | | | |
- | {Pierre ollaire | 28531| 1 6 57 | 199 11 3 56 |
- | {feuilletée de Suéde. | | | |
- | | | | | |
- |Talc. {Talc de Moscovie. | 27917| 1 6 34 | 195 6 5 46 |
- | { | | | |
- | {Mica noir. | 29004| 1 7 3 | 203 0 3 42 |
- | | | | | |
- |Schiste. {Schiste commun. | 26718| 1 5 61 | 187 0 3 24 |
- | { | | | |
- | {Ardoise neuve. | 28535| 1 6 57 | 199 11 7 26 |
- | { | | | |
- | {Pierre à rasoir | 28763| 1 6 66 | 201 5 3 47 |
- | {blanche. | | | |
- | { | | | |
- | {Pierre à rasoir noire | 31311| 2 0 17 | 219 2 6 47 |
- | {& blanche. | | | |
- ========================================================================
-
-
- PIERRES CALCAIRES.
- ========================================================================
- | | |Pesan-| Poids | Poids |
- | Noms des | VARIÉTÉS. |teur | du pouce | du |
- | pierres. | |spéci-| cube. | pied cube. |
- | | |fique.| | |
- |----------------------------------------------------------------------|
- | | | |onc. g. gr.|liv. on. g. gr.|
- | | | | | |
- |Spath {Spath calcaire | 27151| 1 6 6 | 190 0 7 21 |
- |calcaire. {rhomboïdal dit Cristal| | | |
- | {d'Islande. | | | |
- | { | | | |
- | {Spath calcaire | 27141| 1 6 5 | 189 15 6 24 |
- | {pyramidal, dit Dent | | | |
- | {de cochon. | | | |
- | | | | | |
- |Albâtre. |Albâtre Oriental | 27302| 1 6 11 | 191 2 6 42 |
- | |blanc antique. | | | |
- | | | | | |
- |Marbre. {Marbre campan vert. | 27417| 1 6 16 | 191 14 5 46 |
- | { | | | |
- | {Marbre campan rouge. | 27242| 1 6 9 | 190 11 0 60 |
- | { | | | |
- | {Marbre blanc de | 27168| 1 6 6 | 190 2 6 38 |
- | {Carare. | | | |
- | { | | | |
- | {Marbre blanc de Paros.| 28376| 1 6 51 | 198 10 0 65 |
- | | | | | |
- |Pierres {Pierre de S. Leu, | 16593| 1 0 43 | 116 2 3 24 |
- |calcaires {de la carriere de | | | |
- |à bâtir. {S. Leu. | | | |
- | { | | | |
- | {Pierre de S. Leu, de | 18094| 1 1 28 | 126 10 4 16 |
- | {la carriere de Notre | | | |
- | {Dame. | | | |
- | { | | | |
- | {Pierre de Vergelet, | 16542| 1 0 42 | 115 12 5 46 |
- | {du plus gros grain. | | | |
- | { | | | |
- | {Pierre d'Arcueil. | 20605| 1 2 49 | 144 3 6 6 |
- | { | | | |
- | {Pierre de Liais du | 20778| 1 2 56 | 145 7 1 6 |
- | {fond de Bagneux, de la| | | |
- | {carriere de Mad. | | | |
- | {Ricateau. | | | |
- | { | | | |
- | {Pierre de Liais du | 23902| 1 4 28 | 167 5 0 14 |
- | {fond de Bagneux, | | | |
- | {de la carriere de | | | |
- | {M. Ory. | | | |
- | { | | | |
- | {Pierre des carrieres | 13864| 0 7 14 | 97 1 6 10 |
- | {de Bouré. | | | |
- | { | | | |
- | {Pierre de Passy près | 23340| 1 4 7 | 163 6 0 46 |
- | {Tonnerre. | | | |
- ========================================================================
-
-
- SPATHS.
- ========================================================================
- | | |Pesan-| Poids | Poids |
- | Noms des | VARIÉTÉS. |teur | du pouce | du |
- | pierres. | |spéci-| cube. | pied cube. |
- | | |fique.| | |
- |----------------------------------------------------------------------|
- | | | |onc. g. gr.|liv. on. g. gr.|
- | | | | | |
- |Spath pesant|Spath pesant blanc. | 44300| 6 70 | 310 1 4 58 |
- |ou Sulfate | | | | |
- |de baryte. | | | | |
- | | | | | |
- |Spath fluor,{Spath fluor blanc. | 31555| 2 0 26 | 220 14 1 20 |
- |ou Fluate { | | | |
- |de chaux. {Spath fluor rouge. | 31911| 2 0 39 | 223 6 0 18 |
- | { | | | |
- | {Spath fluor vert. | 31817| 2 0 36 | 222 11 2 17 |
- | { | | | |
- | {Spath fluor bleu. | 31688| 2 0 31 | 221 13 0 32 |
- | { | | | |
- | {Spath fluor violet. | 31757| 2 0 34 | 222 4 6 20 |
- ========================================================================
-
-
- ZÉOLITE.
- ========================================================================
- | | |Pesan-| Poids | Poids |
- | Noms des | VARIÉTÉS. |teur | du pouce | du |
- | pierres. | |spéci-| cube. | pied cube. |
- | | |fique.| | |
- |----------------------------------------------------------------------|
- | | | |onc. g. gr.|liv. on. g. gr.|
- | | | | | |
- |Zéolite. {Zéolite étincelante | 24868| 1 4 64 | 174 1 1 52 |
- | {rouge d'Œdelfors. | | | |
- | { | | | |
- | {Zéolite étincelante | 20739| 1 2 54 | 145 2 6 10 |
- | {blanche. | | | |
- | { | | | |
- | {Zéolite cristallisée. | 20833| 1 2 58 | 145 13 2 26 |
- ========================================================================
-
-
- PEISCHTEIN OU PIERRE DE POIX.
- ========================================================================
- | | |Pesan-| Poids | Poids |
- | Noms des | VARIÉTÉS. |teur | du pouce | du |
- | pierres. | |spéci-| cube. | pied cube. |
- | | |fique.| | |
- |----------------------------------------------------------------------|
- | | | |onc. g. gr.|liv. on. g. gr.|
- | | | | | |
- |Pierres {Pierre de poix noire. | 20499| 1 2 45 | 143 7 7 7 |
- |de poix. { | | | |
- | {Pierre de poix jaune. | 20860| 1 2 59 | 146 0 2 40 |
- | { | | | |
- | {Pierre de poix rouge. | 26695| 1 5 61 | 186 13 6 52 |
- | { | | | |
- | {Pierre de poix | 23191| 1 4 2 | 162 5 3 10 |
- | {noirâtre. | | | |
- ========================================================================
-
-
- PIERRES MÉLANGÉES.
- ========================================================================
- | | |Pesan-| Poids | Poids |
- | Noms des | VARIÉTÉS. |teur | du pouce | du |
- | pierres. | |spéci-| cube. | pied cube. |
- | | |fique.| | |
- |----------------------------------------------------------------------|
- | | | |onc. g. gr.|liv. on. g. gr.|
- | | | | | |
- |Porphire. {Porphire rouge. | 27651| 1 6 24 | 193 8 7 21 |
- | { | | | |
- | {Porphire rouge du | 27933| 1 6 35 | 195 8 3 70 |
- | {Dauphiné. | | | |
- | | | | | |
- |Serpentin. {Serpentin vert. | 28960| 1 7 1 | 202 11 4 12 |
- | { | | | |
- | {Serpentin noir dit | 29339| 1 7 15 | 205 5 7 54 |
- | {variolite du Dauphiné.| | | |
- | { | | | |
- | {Serpentin vert du | 29883| 1 7 36 | 209 2 7 12 |
- | {Dauphiné. | | | |
- | | | | | |
- |Ophite. |. . . . . . . . . . . | 29722| 1 7 30 | 208 0 6 66 |
- | | | | | |
- |Granitelle. |. . . . . . . . . . . | 30626| 1 7 63 | 214 6 0 65 |
- | | | | | |
- |Granit. {Granit rouge d'Egypte.| 26541| 1 5 55 | 185 12 4 53 |
- | { | | | |
- | {Granit d'un beau | 27609| 1 6 23 | 193 4 1 48 |
- | {rouge. | | | |
- | { | | | |
- | {Granit de la Vallée | 27163| 1 6 6 | 190 2 2 3 |
- | {de Girardmas dans les | | | |
- | {Vosges. | | | |
- ========================================================================
-
-
- PIERRES DE VOLCANS.
- ========================================================================
- | | |Pesan-| Poids | Poids |
- | Noms des | VARIÉTÉS. |teur | du pouce | du |
- | pierres. | |spéci-| cube. | pied cube. |
- | | |fique.| | |
- |----------------------------------------------------------------------|
- | | | |onc. g. gr.|liv. on. g. gr.|
- | | | | | |
- |Pierres {Pierre-ponce. | 9145| » 4 53 | 64 0 1 66 |
- |de { | | | |
- |volcans. {Lave pleine de | 23480| 1 4 13 | 164 5 6 6 |
- | {Volcans, dite _Pierre | | | |
- | {obsidienne_. | | | |
- | { | | | |
- | {Pierre de Volvic. | 23205| 1 4 2 | 162 6 7 49|
- | { | | | |
- | {Basalte de la chaussée| 28642| 1 6 61 | 200 7 7 17|
- | {des Géans. | | | |
- | { | | | |
- | {Basalte prismatique | 24215| 1 4 40 | 169 8 0 46|
- | {d'Auvergne. | | | |
- | { | | | |
- | {Basalte, dit _pierre | 24153| 1 4 38 | 169 1 1 6|
- | {de touche_. | | | |
- ========================================================================
-
-
- VITRIFICATIONS ARTIFICIELLES.
- ========================================================================
- | | |Pesan-| Poids | Poids |
- | Noms des | VARIÉTÉS. |teur | du pouce | du |
- | pierres. | |spéci-| cube. | pied cube. |
- | | |fique.| | |
- |----------------------------------------------------------------------|
- | | | |onc. g. gr.|liv. on. g. gr.|
- | | | | | |
- |Verres. {Laitier des forges. | 28548| 1 6 58 | 199 13 3 1 |
- | { | | | |
- | {Verre des bouteilles. | 27325| 1 6 12 | 191 4 3 14 |
- | { | | | |
- | {Verre vert ou commun | 26423| 1 5 50 | 184 15 3 1 |
- | {des vitres. | | | |
- | { | | | |
- | {Verre blanc ou cristal| 28922| 1 7 0 | 202 7 2 8 |
- | {de France. | | | |
- | { | | | |
- | {Cristal des glaces de | 24882| 1 4 65 | 174 2 6 20|
- | {S. Gobin. | | | |
- | { | | | |
- | {Cristal d'Angleterre, | 33293| 2 1 19 | 233 0 6 38|
- | { dit _Flint-glass_ | | | |
- | { | | | |
- | {Verre de borax. | 26070| 1 5 37 | 182 7 6 52|
- | { | | | |
- | {Porcelaine dure du | 21457| 1 3 9 | 150 3 1 34|
- | {Roi, ou de Sèves. | | | |
- | | | | | |
- |Porcelaines.{Porcelaine de Limoges.| 23410| 1 4 10 | 163 13 7 26|
- | { | | | |
- | {Porcelaine de la | | | |
- | {Chine. | 23847| 1 4 26 | 166 14 6 66|
- ========================================================================
-
-
- MATIÈRES INFLAMMABLES.
- ========================================================================
- | | |Pesan-| Poids | Poids |
- | Noms des | VARIÉTÉS. |teur | du pouce | du |
- | pierres. | |spéci-| cube. | pied cube. |
- | | |fique.| | |
- |----------------------------------------------------------------------|
- | | | |onc. g. gr.|liv. on. g. gr.|
- | | | | | |
- |Soufre. {Soufre natif. | 20332| 1 2 39 | 142 5 1 34 |
- | { | | | |
- | {Soufre fondu. | 19907| 1 2 23 | 139 5 3 56 |
- | | | | | |
- |Bitumes. {Charbon de terre | 13292| 0 6 64 | 93 0 5 46 |
- | {compacte. | | | |
- | { | | | |
- | {Ambre gris. | 9263| 0 4 58 | 64 13 3 47 |
- | { | | | |
- | {Ambre jaune ou | 10780| 0 5 42 | 75 7 2 63 |
- | {Succin transparent. | | | |
- ========================================================================
-
-
-
-
-_TABLE des Pesanteurs spécifiques des Fluides._
-
-
- EAUX.
- ==========================================================================
- | | |Pesan- | Poids | Poids |
- | ESPECES. | VARIÉTÉS. |teur | du pouce | du |
- | | |spéci- | cube. | pied cube. |
- | | |fique. | | |
- |------------------------------------------------------------------------|
- | | | |on. g. grai. |liv. on. g. gr.|
- | | | | | |
- |Eaux. {Eau distillée. |10000 | 0 5 13 1/3 | 70 0 0 0 |
- | { | | | |
- | {Eau de pluie. |10000 | 0 5 13 1/3 | 70 0 0 0 |
- | { | | | |
- | {Eau de la Seine |10001,5| 0 5 13,4 | 70 0 1 25 |
- | {filtrée. | | | |
- | { | | | |
- | {Eau d'Arcueil. |10004,6| 0 5 13,5 | 70 0 4 9 |
- | { | | | |
- | {Eau de Ville-d'Avray. |10004,3| 0 5 13,5 | 70 0 3 61 |
- | { | | | |
- | {Eau de mer. |10263 | 0 5 23 | 71 13 3 47 |
- | { | | | |
- | {Eau du lac Asphaltite,|12403 | 0 6 31 | 86 13 1 6 |
- | {ou de la Mer morte. | | | |
- ==========================================================================
-
-
- LIQUEURS SPIRITUEUSES.
- ========================================================================
- | | |Pesan-| Poids | Poids |
- | ESPECES. | VARIÉTÉS. |teur | du pouce | du |
- | | |spéci-| cube. | pied cube. |
- | | |fique.| | |
- |----------------------------------------------------------------------|
- | | | |onc. g. gr.|liv. on. g. gr.|
- | | | | | |
- |Vins. {Vin de Bourgogne. | 9915| 0 5 10 | 69 6 3 60 |
- | { | | | |
- | {Vin de Bordeaux. | 9939| 0 5 11 | 69 9 1 25 |
- | { | | | |
- | {Vin de Malvoisie de | 10382| 0 5 28 | 72 10 6 20 |
- | {Madère. | | | |
- | { | | | |
- | {Bierre rouge. | 10338| 0 5 26 | 72 5 6 61 |
- | { | | | |
- | {Bierre blanche. | 10231| 0 5 22 | 71 9 6 70 |
- | { | | | |
- | {Cidre. | 10181| 0 5 20 | 71 4 2 13 |
- | | | | | |
- |Esprit- {Alkool du commerce. | 8371| 0 4 25 | 58 9 3 30 |
- |de-vin, { | | | |
- |ou alkool. {Alkool très-rectifié. | 8293| 0 4 22 | 58 0 6 38 |
- | { | | | |
- | {Alkool mêlé d'eau. | | | |
- | { Alkool. Eau. | | | |
- | { | | | |
- | { parties. parties. | | | |
- | { 15 1 | 8527| 0 4 30 | 59 11 0 14 |
- | { 14 2 | 8674| 0 4 36 | 60 11 4 3 |
- | { 13 3 | 8815| 0 4 41 | 61 11 2 17 |
- | { 12 4 | 8947| 0 4 46 | 62 10 0 37 |
- | { 11 5 | 9075| 0 4 51 | 63 8 3 14 |
- | { 10 6 | 9199| 0 4 55 | 64 6 2 22 |
- | { 9 7 | 9317| 0 4 60 | 65 3 4 2 |
- | { 8 8 | 9427| 0 4 64 | 65 15 6 43 |
- | { 7 9 | 9519| 0 4 67 | 66 10 1 2 |
- | { 6 10 | 9598| 0 4 70 | 67 2 7 58 |
- | { 5 11 | 9674| 0 5 1 | 67 11 3 66 |
- | { 4 12 | 9733| 0 5 3 | 68 2 0 55 |
- | { 3 13 | 9791| 0 5 6 | 68 8 4 53 |
- | { 2 14 | 9852| 0 5 8 | 68 15 3 28 |
- | { 1 15 | 9919| 0 5 10 | 69 6 7 31 |
- | | | | | |
- |Ethers. {Ether sulfurique. | 7396| 0 3 60 | 51 12 2 59 |
- | { | | | |
- | {Ether nitrique. | 9088| 0 4 51 | 63 9 6 61 |
- | { | | | |
- | {Ether muriatique. | 7296| 0 3 56 | 51 1 1 16 |
- | { | | | |
- | {Ether acétique. | 8664| 0 4 35 | 60 10 2 68 |
- ========================================================================
-
-
- LIQUEURS ACIDES.
- ========================================================================
- | | |Pesan-| Poids | Poids |
- | ESPECES. | VARIÉTÉS. |teur | du pouce | du |
- | | |spéci-| cube. | pied cube. |
- | | |fique.| | |
- |----------------------------------------------------------------------|
- | | | |onc. g. gr.|liv. on. g. gr.|
- | | | | | |
- |Acides {Acide sulfurique. | 18409| 1 1 39 | 128 13 6 33 |
- |minéraux. { | | | |
- | {Acide nitrique. | 12715| » 6 43 | 89 0 0 46 |
- | { | | | |
- | {Acide muriatique. | 11940| » 6 14 | 83 9 2 17 |
- | | | | | |
- |Acides {Acide acéteux rouge. | 10251| 0 5 23 | 71 12 0 65 |
- |végétaux. { | | | |
- | {Acide acéteux blanc. | 10135| 0 5 18 | 70 15 0 69 |
- | { | | | |
- | {Acide acéteux | 10095| 0 5 17 | 70 10 5 9 |
- | {distillé. | | | |
- | { | | | |
- | {Acide acétique. | 10626| 0 5 37 | 74 6 0 65 |
- | | | | | |
- |Acides |Acide formique. | 9942| 0 5 11 | 69 9 4 2 |
- |animaux. | | | | |
- ========================================================================
-
-
- ALKALI VOLATIL OU AMMONIAQUE.
- ========================================================================
- | | |Pesan-| Poids | Poids |
- | ESPECES. | VARIÉTÉS. |teur | du pouce | du |
- | | |spéci-| cube. | pied cube. |
- | | |fique.| | |
- |----------------------------------------------------------------------|
- | | | |onc. g. gr.|liv. on. g. gr.|
- | | | | | |
- |Ammoniaque. |Ammoniaque en liqueur.| 8970| 0 4 47 | 62 12 5 9 |
- ========================================================================
-
-
- LIQUEURS HUILEUSES.
- =========================================================================
- | | |Pesan-| Poids | Poids |
- | ESPECES. | VARIÉTÉS. |teur | du pouce | du |
- | | |spéci-| cube. | pied cube. |
- | | |fique.| | |
- |-----------------------------------------------------------------------|
- | | | |onc. g. gr.|liv. on. g. gr.|
- | | | | | |
- |Huiles {Huile essentielle de | 8697| 0 4 37 | 60 14 0 37 |
- |volatiles, {térébenthine. | | | |
- |ou { | | | |
- |essentielles.{Térébenthine liquide. | 9910| 0 5 10 | 69 5 7 26 |
- | { | | | |
- | {Huile essentielle de | 8938| 0 4 46 | 62 9 0 32 |
- | {Lavande. | | | |
- | { | | | |
- | {Huile essentielle de | 10363| 0 5 27 | 72 8 5 18 |
- | {Gérofle. | | | |
- | { | | | |
- | {Huile essentielle de | 10439| 0 5 30 | 73 1 1 25 |
- | {Canelle. | | | |
- | | | | | |
- |Huiles {Huile d'olives. | 9153| 0 4 54 | 64 1 1 6 |
- |fixes, ou { | | | |
- |grasses. {Huile d'amande douce. | 9170| 0 4 54 | 64 3 0 23 |
- | { | | | |
- | {Huile de lin. | 9403| 0 4 63 | 65 13 1 6 |
- | { | | | |
- | {Huile de pavot. | 9288| 0 4 57 | 64 10 5 18 |
- | { | | | |
- | {Huile de faîne. | 9176| 0 4 55 | 64 3 5 50 |
- | { | | | |
- | {Huile de baleine. | 9233| 0 4 57 | 64 10 0 55 |
- =========================================================================
-
-
- LIQUEURS ANIMALES.
- ========================================================================
- | | |Pesan-| Poids | Poids |
- | ESPECES. | VARIÉTÉS. |teur | du pouce | du |
- | | |spéci-| cube. | pied cube. |
- | | |fique.| | |
- |----------------------------------------------------------------------|
- | | | |onc. g. gr.|liv. on. g. gr.|
- | | | | | |
- |Liqueurs {Lait de femme. | 10203| 0 5 21 | 71 6 5 64 |
- |animales. { | | | |
- | {Lait de jument. | 10346| 0 5 26 | 72 6 6 1 |
- | { | | | |
- | {Lait d'ânesse. | 10355| 0 5 27 | 72 7 6 6 |
- | { | | | |
- | {Lait de chèvre. | 10341| 0 5 26 | 72 6 1 39 |
- | { | | | |
- | {Lait de brebis. | 10409| 0 5 29 | 72 13 6 33 |
- | { | | | |
- | {Lait de vache. | 10324| 0 5 25 | 72 4 2 22 |
- | { | | | |
- | {Petit-lait de vache | 10193| 0 5 20 | 71 5 4 67 |
- | {clarifié. | | | |
- | { | | | |
- | {Urine humaine. | 10106| 0 5 17 | 70 1 6 70 |
- ========================================================================
-
-
-
-
-_TABLE des Pesanteurs spécifiques de quelques substances végétales
-& animales._
-
-
- ========================================================================
- | | |Pesan-| Poids | Poids |
- | ESPECES. | VARIÉTÉS. |teur | du pouce | du |
- | | |spéci-| cube. | pied cube. |
- | | |fique.| | |
- |----------------------------------------------------------------------|
- | | | |onc. g. gr.|liv. on. g. gr.|
- | | | | | |
- |Résines. {Résines jaune ou | 10727| 5 40 | 75 1 3 28 |
- | {blanche du pin. | | | |
- | { | | | |
- | {Arcançon. | 10857| 5 45 | 75 15 7 63 |
- | { | | | |
- | {Galipot. | 10819| 5 54 | 75 11 5 59 |
- | { | | | |
- | {Baras. | 10441| 5 30 | 73 1 3 10 |
- | { | | | |
- | {Sandaraque. | 10920| 5 48 | 76 7 0 23 |
- | { | | | |
- | {Mastic. | 10742| 5 41 | 75 3 0 60 |
- | { | | | |
- | {Storax. | 11098| 5 54 | 77 10 7 58 |
- | { | | | |
- | {Résine ou gomme | 11398| 5 28 | 72 12 4 44 |
- | {copale opaque. | | | |
- | { | | | |
- | {Gomme copale | 10452| 5 30 | 73 2 4 71 |
- | {transparente. | | | |
- | { | | | |
- | {Gomme copale de | 10600| 5 36 | 74 3 1 43 |
- | {Madagascar. | | | |
- | { | | | |
- | {Gomme copale de la | 10628| 5 37 | 74 6 2 50 |
- | {Chine. | | | |
- | { | | | |
- | {Résine ou Gomme Elémi.| 10182| 5 20 | 71 4 3 5 |
- | { | | | |
- | {Résine ou gomme | 10284| 5 24 | 71 15 6 33 |
- | {animée d'Orient. | | | |
- | { | | | |
- | {Résine ou gomme | 10426| 5 29 | 72 15 5 50 |
- | {animée d'Occident. | | | |
- | { | | | |
- | {Labdanum. | 11862| 6 11 | 83 0 4 25 |
- | { | | | |
- | {Labdanum _in tortis_. | 24933| 1 4 67 | 174 8 3 70 |
- | { | | | |
- | {Résine ou gomme de | 12289| 6 27 | 86 0 2 68 |
- | {gayac. | | | |
- | { | | | |
- | {Résine de jalap. | 12185| 6 23 | 85 4 5 55 |
- | { | | | |
- | {Sang-dragon. | 12045| 6 18 | 84 5 0 23 |
- | { | | | |
- | {Résine ou gomme-laque.| 11390| 5 65 | 79 11 5 32 |
- | { | | | |
- | {Résine tacamaque. | 10463| 5 31 | 73 3 6 61 |
- | { | | | |
- | {Benjoin. | 10924| 5 48 | 76 7 3 65 |
- | { | | | |
- | {Résine ou gomme | 10604| 5 36 | 74 3 5 13 |
- | {alouchi. | | | |
- | { | | | |
- | {Résine ou gomme | 11244| 5 60 | 78 11 2 45 |
- | {caragne. | | | |
- | { | | | |
- | {Résine ou gomme | 9335| 4 61 | 65 5 4 12 |
- | {élastique. | | | |
- | { | | | |
- | {Camphre. | 9887| 5 9 | 69 3 2 54 |
- | | | | | |
- |Gommes- {Gomme ammoniaque. | 12071| 6 19 | 84 7 7 44 |
- |résines. { | | | |
- | {Gomme séraphique. | 12008| 6 16 | 84 0 7 12 |
- | { | | | |
- | {Gomme de lierre, ou | 12948| 6 51 | 90 10 1 29 |
- | {hédérée. | | | |
- | { | | | |
- | {Gomme gutte. | 12216| 6 24 | 85 8 1 39 |
- | { | | | |
- | {Euphorbe. | 11244| 5 60 | 78 11 2 45 |
- | { | | | |
- | {Oliban ou encens. | 11732| 6 6 | 82 1 7 63 |
- | { | | | |
- | {Mirrhe. | 13600| 7 4 | 95 3 1 43 |
- | { | | | |
- | {Bdelium. | 13717| 5 65 | 79 10 1 57 |
- | { | | | |
- | {Scammonée d'Alep. | 12354| 6 29 | 86 7 5 13 |
- | { | | | |
- | {Scammonée de Smyrne. | 12743| 6 44 | 89 3 1 52 |
- | { | | | |
- | {Galbanum. | 12120| 6 20 | 84 13 3 37 |
- | { | | | |
- | {Assa fœtida. | 13275| 6 64 | 92 14 6 29 |
- | { | | | |
- | {Sarcocolle. | 12684| 6 42 | 88 12 4 62 |
- | { | | | |
- | {Opopanax. | 16226| 1 0 30 | 113 9 2 36 |
- | | | | |
- |Gommes. {Gomme commune, | 14817| 0 7 49 | 103 11 4 2 |
- | {ou de Païs. | | | |
- | { | | | |
- | {Gomme arabique. | 14523| 7 38 | 101 10 4 44 |
- | { | | | |
- | {Gomme adraganthe. | 13161| 6 59 | 92 2 0 18 |
- | { | | | |
- | {Gomme de Bassora. | 14346| 7 32 | 100 6 6 1 |
- | { | | | |
- | {Gomme d'Acajou. | 14456| 7 36 | 101 3 0 41 |
- | { | | | |
- | {Gomme monbain. | 14206| 7 26 | 99 7 0 41 |
- | | | | | |
- |Sucs {Suc de réglisse. | 17228| 1 0 67 | 120 9 4 21 |
- |épaissis. { | | | |
- | {Suc d'acacia. | 15153| 7 62 | 106 1 1 6 |
- | { | | | |
- | {Suc d'arec. | 14573| 7 40 | 102 0 1 29 |
- | { | | | |
- | {Cachou. | 13980| 7 18 | 97 13 6 6 |
- | { | | | |
- | {Aloès hépatique. | 13586| 7 3 | 95 1 5 4 |
- | { | | | |
- | {Aloès socotrin. | 13795| 7 11 | 96 9 0 23 |
- | { | | | |
- | {Hypociste. | 15263| 7 66 | 106 13 3 47 |
- | { | | | |
- | {Opium. | 13366| 6 67 | 93 8 7 3 |
- | | | | | |
- |Fécules. {Indigo. | 7690| 0 3 71 | 53 13 2 17 |
- | { | | | |
- | {Roucou. | 5956| 0 3 6 | 41 11 0 41 |
- | | | | | |
- |Cires {Cire jaune. | 9648| 5 0 | 67 8 4 44 |
- |& { | | | |
- |graisses. {Cire blanche. | 9686| 5 2 | 67 12 6 47 |
- | { | | | |
- | {Cire d'ouarouchi. | 8970| 4 47 | 62 12 5 9 |
- | { | | | |
- | {Beurre de cacao. | 8916| 4 45 | 62 6 4 53 |
- | { | | | |
- | {Blanc de baleine. | 9433| 4 64 | 66 0 3 70 |
- | { | | | |
- | {Graisse de bœuf. | 9232| 4 57 | 64 9 7 63 |
- | { | | | |
- | {Graisse de veau. | 9341| 4 61 | 65 6 1 39 |
- | { | | | |
- | {Graisse de mouton. | 9235| 4 57 | 64 10 2 40 |
- | { | | | |
- | {Suif. | 9419| 4 64 | 65 14 7 31 |
- | { | | | |
- | {Graisse de cochon. | 9368| 4 62 | 65 9 1 52 |
- | { | | | |
- | {Lard. | 9478| 4 66 | 66 5 4 21 |
- | { | | | |
- | {Beurre. | 9423| 4 64 | 65 15 3 1 |
- | | | | | |
- |Bois. {Chêne de 60 ans: le | 11700| 6 5 | 81 14 3 14 |
- | {cœur. | | | |
- | { | | | |
- | {Liège. | 2400| 1 18 | 16 12 6 29 |
- | { | | | |
- | {Orme: le tronc. | 6710| 3 35 | 46 15 4 12 |
- | { | | | |
- | {Fresne: le tronc. | 8450| 4 27 | 59 2 3 14 |
- | { | | | |
- | {Hêtre. | 8520| 4 30 | 59 10 1 66 |
- | { | | | |
- | {Aune. | 8000| 4 11 | 56 0 0 0 |
- | { | | | |
- | {Erable. | 7550| 3 66 | 52 13 4 58 |
- | { | | | |
- | {Noyer de France. | 6710| 3 35 | 46 15 4 12 |
- | { | | | |
- | {Saule. | 5850| 3 2 | 40 15 1 43 |
- | { | | | |
- | {Tilleul. | 6040| 3 9 | 42 4 3 60 |
- | { | | | |
- | {Sapin mâle. | 5500| 2 61 | 38 8 0 0 |
- | { | | | |
- | {Sapin femelle. | 4980| 2 42 | 34 13 6 6 |
- | { | | | |
- | {Peuplier. | 3830| 1 71 | 26 12 7 49 |
- | { | | | |
- | {Peuplier blanc | 5294| 2 54 | 37 0 7 31 |
- | {d'Espagne. | | | |
- | { | | | |
- | {Pommier. | 7930| 4 8 | 55 8 1 20 |
- | { | | | |
- | {Poirier. | 6610| 3 31 | 46 4 2 40 |
- | { | | | |
- | {Coignassier. | 7050| 3 47 | 49 5 4 58 |
- | { | | | |
- | {Nefflier. | 9440| 4 64 | 66 1 2 17 |
- | { | | | |
- | {Prunier. | 7850| 4 5 | 54 15 1 43 |
- | { | | | |
- | {Olivier. | 9270| 4 58 | 64 14 1 66 |
- | { | | | |
- | {Cerisier. | 7150| 3 51 | 50 0 6 29 |
- | { | | | |
- | {Coudrier ou noisetier.| 6000| 3 8 | 42 0 0 0 |
- | { | | | |
- | {Buis de France. | 9120| 4 52 | 63 13 3 37 |
- | { | | | |
- | {Buis de Hollande. | 13280| 6 64 | 92 15 2 63 |
- | { | | | |
- | {If de Hollande. | 7880| 4 6 | 55 2 4 35 |
- | { | | | |
- | {If d'Espagne. | 8070| 4 13 | 56 7 6 52 |
- | { | | | |
- | {Cyprès d'Espagne. | 6440| 3 24 | 45 1 2 17 |
- | { | | | |
- | {Thuya. | 5608| 2 65 | 39 4 0 55 |
- | { | | | |
- | {Grenadier. | 13540| 7 1 | 94 12 3 60 |
- | { | | | |
- | {Mûrier d'Espagne. | 8970| 4 47 | 62 12 5 9 |
- | { | | | |
- | {Gayac. | 13330| 6 66 | 93 4 7 49 |
- | { | | | |
- | {Oranger. | 7050| 3 47 | 49 5 4 58 |
- ========================================================================
-
-
-
-
- TABLE
- DES MATIERES.
-
-
- A
-
- ACIDES. Ils résultent en général d'un premier ordre de combinaisons
- formées par la réunion de deux principes simples, 163.-Savoir,
- d'un radical particulier & d'un principe acidifiant commun à tous,
- l'oxigène, 69.-C'est, en général, le résultat de la combustion ou
- de l'oxigénation d'un corps, 70.-Leurs dénominations générales se
- tirent de celle de leur base acidifiable, 72.-Difficultés de les
- nommer lorsque les bases sont inconnues, 71 & 73. Leurs noms se
- terminent en _eux_ lorsqu'ils contiennent peu d'oxigène, 72.-Ils se
- terminent en _ique_, lorsqu'ils sont plus chargés de ce principe,
- _ibid._-Ils peuvent être regardés comme de véritables principes
- salifians, 163.-Leurs combinaisons avec les bases salifiables,
- 189.-Leur nombre s'est beaucoup accru depuis les nouvelles
- découvertes chimiques, 209. Chaque acide nouveau enrichit la Chimie
- de 24 ou de 48 sels, 183.
-
- ACIDE acéteux, vulgairement appelé vinaigre, 159.-Son radical
- est composé d'une proportion encore indéterminée d'hydrogène
- & de carbone, 159 & 160.-Il est le résultat de l'oxigénation
- du vin, _ibid._-Il absorbe l'oxigène de l'air en se formant,
- _ibid._-Tableau de ses combinaisons, 160.
-
- ---- Acétique. Tableau de ses combinaisons, 298.-Appelé autrefois
- vinaigre radical. Dernier degré d'oxygénation, que puisse prendre
- le radical hydro-carboneux.-Il n'est pas encore démontré qu'il
- soit plus oxigéné que l'acide acéteux; il pourroit en différer par
- la différence de proportion des principes du radical.-Moyens de
- l'obtenir, 299.
-
- ---- Animaux. On n'en connoît encore que six, 131.-Il paroît
- qu'ils se rapprochent beaucoup les uns des autres, 131.-Il entre
- ordinairement dans leur composition 4 bases acidifiables, 125.
-
- ACIDE arsenique. Tableau de ses combinaisons, 269.-Enlève l'oxigène
- à l'acide nitrique, devient un véritable acide, soluble dans
- l'eau.-Se combine avec la potasse & avec un grand nombre de bases
- salifiables, 269, 270 & 271.-Plusieurs moyens de l'obtenir, 269,
- 270.
-
- ---- Benzoïque. Tableau de ses combinaisons, 302.-On l'obtient par
- sublimation & par la voie humide.-Procédé pour l'obtenir.-On le
- recueille sous forme concrète, 303.
-
- ---- Bombique. Tableau de ses combinaisons, 314.-Se tire de la
- chrysalide du ver à soie.-Moyen de l'obtenir. Ses propriétés & ses
- affinités ne sont pas bien déterminées.-Son radical paroît être
- composé de carbone, d'hydrogène & peut-être de phosphore, 313.
-
- ---- Boracique. Combinaison du radical boracique avec l'oxigène,
- 229.-Tableau de ses combinaisons, 264.-Se tire du borax.-Sel
- sédatif des anciens, 265.-Moyens de l'obtenir du borax, 266. Ses
- propriétés, ses affinités différentes selon qu'on opère par voie
- sèche ou par voie humide.-Son radical est inconnu.-Ce n'est que par
- analogie qu'on croit que l'oxigène fait partie de sa composition,
- 267.
-
- ---- Camphorique. Tableau de ses combinaisons, 304. Moyens de
- l'obtenir.-Il est très-analogue à l'acide oxalique.-Il peut être
- regardé comme un mêlange d'acide oxalique & d'acide malique, 305.
-
- ---- Carbonique. Très-abondamment répandu dans la nature.-Tout formé
- dans les craies, les marbres, neutralisé par la chaux. Moyens de
- l'obtenir.-Il s'unit à l'eau à-peu-près à volume égal.-Le carbone
- est son radical.-On peut le former artificiellement en oxigénant le
- carbone, 251.-Sa formation dans la combustion des végétaux, 166.-Il
- emporte avec lui une portion de calorique qui le constitue dans
- l'état de gaz, _ibid._-Il est un des produits de la fermentation
- vineuse, 139.-On le convertit en un acide végétal en lui combinant
- de l'hydrogène, 160.-Sa décomposition seroit bien importante
- pour les arts.-On peut y parvenir par les affinités doubles,
- 252;-Tableau de ses combinaisons, 251.
-
- ---- Citrique. Tableau de ses combinaisons, 284.-On le tire du jus
- de citron; on le trouve dans beaucoup d'autres fruits.-Moyens de
- l'obtenir pur, 285.
-
- ACIDE Fluorique. Combinaison du radical fluorique avec l'oxigène,
- 229.-Tableau de ses combinaisons, 261. Il est tout formé dans
- le spath fluor, spath phosphorique.-Moyens de le dégager de ses
- bases.-Il est naturellement sous forme de gaz.-Dissout le verre. On
- pourroit tenter de le décomposer par les affinités doubles, 263.
-
- ---- Formique. Tableau de ses combinaisons, 312.-Il a été connu dans
- le siècle dernier.-Espèce de fourmi dont on le tire.-Moyens de
- l'obtenir, 313.
-
- ---- Gallique. Tableau de ses combinaisons, 306.-Se tire de la noix
- de galle.-Moyen de l'obtenir.-Ses propriétés acides sont peu
- marquées. Il se trouve dans beaucoup de végétaux.-Son radical est
- inconnu, 307.
-
- ---- Lactique. Tableau de ses combinaisons, 308.-Se trouve dans le
- petit lait. Procédés pour l'obtenir. S'unit avec toutes les bases
- salifiables.-Il a beaucoup de rapport avec l'acide acéteux, 309.
-
- ---- Lithique. Tableau de ses combinaisons, 318.-Moyens de
- l'obtenir.-Ses propriétés sont peu connues.-Il pourroit bien être
- déjà combiné à une base & dans l'état de phosphate de chaux, 319.
-
- ACIDE malique. Tableau de ses combinaisons, 280.-Se trouve tout
- formé dans le jus de pommes & d'autres fruits.-Moyen de l'obtenir.
- Il est mêlé avec l'acide citrique & tartareux dans beaucoup de
- fruits.-Tient le milieu entre l'acide oxalique & l'acide acéteux.
- Son radical contient du carbone & de l'hydrogène. On le forme
- artificiellement, 282, 283.
-
- ---- Marin. Est naturellement dans l'état de gaz, au degré de
- pression de l'atmosphère, 94. Voy. _Acide Muriatique_.
-
- ---- Marin oxigéné. S'obtient en distillant de l'acide marin sur des
- oxides métalliques, 257. Voy. _Acide Muriatique oxigéné_.
-
- ---- Molybdique. Tableau de ses combinaisons.-Moyens de l'obtenir.-On
- le recueille sous forme pulvérulente de couleur blanche comme de la
- craie.-Il est toujours concret & peu soluble, 273.
-
- ---- Muriatique. Combinaison du radical muriatique avec l'oxigène,
- 229.-Son nom dérivé de celui latin _muria_, 76.-Il est dans
- l'état de gaz au degré de pression & de température ordinaire,
- 74.-Se combine facilement avec l'eau, 76.-Il est très-répandu
- dans le règne minéral, uni à différentes bases.-N'a été décomposé
- dans aucune expérience chimique.-Son radical est inconnu, 75
- & 255.-Opinion sur sa nature, 255. Tient foiblement à ses
- bases.-Moyens de l'en séparer. Appareils pour la distillation,
- 246. On le surcharge d'oxigène, en le distillant sur des oxides
- métalliques, tels que le manganèse, 247.-Il est susceptible de
- différens genres d'oxigénation, 76.-L'excès d'oxigène le rend
- moins miscible à l'eau, 77; plus volatil, _ibid._-Pourquoi on n'a
- pas donné à son nom la terminaison en eux, _ibid._-Tableau de ses
- combinaisons, 253.
-
- ACIDE muriatique oxigéné. Il est plus volatil que l'acide muriatique
- ordinaire, 77. Il ne peut exister que sous forme gazeuse.-N'est
- absorbable par l'eau qu'en petite quantité.-Se combine avec un
- grand nombre de bases salifiables.-Les sels qu'il forme détonnent
- avec le carbone.-Ces détonations sont dangereuses, par l'expansion
- du calorique, 257.-Il dissout les substances métalliques sans
- effervescence, 178.-Il perd son excès d'oxigène dans la dissolution
- des métaux & devient acide muriatique ordinaire, 178.-Tableau de
- ses combinaisons, 254.
-
- ACIDE nitreux. Raisons de lui conserver ce nom; celui d'_azotique_
- lui conviendroit mieux, 79.-Se tire ordinairement du salpêtre,
- 77 & 233.-Moyens de l'obtenir, 234.-Il est le résultat de la
- combinaison de l'oxigène & de l'azote, 78 & 214.-C'est l'acide du
- nitre surchargé d'azote ou de gaz nitreux, 81.-Et par conséquent
- un véritable acide azoteux, 78.-Il est le premier dans lequel
- l'existence de l'oxigène ait été bien démontrée, _ibid._ Les
- principes qui le constituent tiennent peu ensemble, _ibid._ Il est
- rouge & fumant, 81.-Il laisse échapper son excès de gaz nitreux &
- une légère chaleur, _ibid._ Il est formé par la réunion de trois
- parties d'oxigène & d'une d'azote, 80.-Tableau de ses combinaisons,
- 233.
-
- ---- Nitrique. Le gaz azote est son radical, 56.-C'est l'acide
- nitreux surchargé d'oxigène, 81.-Il est composé de 4 parties
- d'oxigène & une d'azote, _ibid._-Il est blanc, sans couleur, plus
- fixe au feu que l'acide nitreux, _ibid._-Se tire ordinairement
- du salpêtre, 233.-Moyens de l'obtenir, 234 & _suiv._-Retient une
- grande partie du calorique de l'oxigène qui est entré dans sa
- composition, 110. Le calorique s'en dégage avec fracas lors de sa
- décomposition, 112.-Peut servir à oxigéner beaucoup de substances
- par la voie humide, 207.-Il est uni très-souvent à la chaux & à
- la magnésie, 233.-Moyens de l'obtenir pur, 236.-Il a une grande
- tendance à la combinaison & se décompose lui-même aisément, 237.
- Tableau de ses combinaisons, 233.
-
- ACIDE nitro-muriatique. Anciennement appelé _eau régale_.-C'est un
- acide à deux bases, 259, 260.-Il a des propriétés particulières
- qui dépendent de l'action combinée de ses deux bases acidifiables,
- 124 & 259. Les métaux s'oxident dans cet acide avant de s'y
- dissoudre.-Gaz qui se dégagent pendant la dissolution, 259.-Tableau
- de ses combinaisons, 259.
-
- ---- Oxalique. Tableau de ses combinaisons, 292.-Il se retire du suc
- de l'oseille; il se trouve dans cette plante uni à la potasse, &
- dans l'état d'un sel neutre avec excès d'acide.-Moyen de le dégager
- de sa base.-Il cristallise lorsqu'il est pur. Uni à sa base peut
- entrer tout entier dans un grand nombre de combinaisons; il en
- résulte des sels à deux bases, 293, 294.
-
- ACIDE phosphoreux. Combinaison du phosphore avec l'oxigène par une
- combustion lente, 248.-Se convertit en acide phosphorique par une
- longue exposition à l'air, 249.-Tableau de ses combinaisons, 246.
-
- ---- Phosphorique. Produit par la combustion du phosphore dans le
- gaz oxigène, 59. Il est naturellement dans l'état concret après la
- combustion, 61, 104 & 248. Moyen de l'obtenir pur, 248.-Quantité
- d'oxigène qu'absorbe le phosphore dans sa conversion en acide,
- _ibid._-Ne peut pas être regardé comme un acide animal, parce qu'il
- appartient aux trois règnes, 131. Tableau de ses combinaisons, 246.
-
- ---- Prussique. Tableau de ses combinaisons, 320.-Uni au fer il le
- colore en bleu. Son radical est inconnu. C'est un acide à base
- double ou triple, dont l'azote est un des principes constituans,
- 320, 321, 322 & 415.-Il ne jouit même que d'une partie des
- propriétés acides, 321, 322.
-
- ---- Pyro-ligneux. Tableau de ses combinaisons, 286.-Se retire du
- bois.-Moyens de l'obtenir pur.-Son radical est formé d'hydrogène
- & de carbone.-Il est le même de quelque nature de bois qu'on le
- retire, 287.
-
- ACIDE pyro-muqueux. Tableau de ses combinaisons, 290. On le retire
- de tous les corps sucrés par la distillation à feu nud.-Accidens
- à éviter.-Procédé pour le concentrer.-On le convertit en acide
- malique & en acide oxalique en l'oxigénant, 291.
-
- ---- Pyro-tartareux. On le retire du tartre par distillation à feu
- nud.-Moyens pour l'obtenir.-Il se dégage pendant la distillation
- une grande quantité d'acide carbonique.-Explosion dans la
- rectification, 289.-Tableau de ses combinaisons, 288.
-
- ---- Saccho-lactique. Tableau de ses combinaisons, 310. Extrait du
- sucre de petit-lait.-Son action sur les métaux peu connue.-Les sels
- qui résultent de sa combinaison avec les bases salifiables sont peu
- solubles, 311.
-
- ---- Sébacique. Tableau de ses combinaisons, 316.-C'est la graisse
- animale oxigénée. Moyen de l'obtenir, 317.
-
- ---- Succinique. Tableau de ses combinaisons, 300.-On le retire du
- succin.-Moyens de l'obtenir.-Il n'a pas dans un degré très-éminent
- les qualités acides, 301.
-
- ---- Sulfureux. Premier degré d'oxigénation du soufre, 71 & 244.-Les
- métaux lorsqu'ils sont oxidés sont dissolubles dans cet acide, 244,
- 245.-On l'obtient par différens procédés, 244.-Il est dans l'état
- de gaz à la pression ordinaire de l'atmosphère.-Il se condense par
- le froid, 244. Tableau de ses combinaisons, 243.
-
- ACIDE sulfurique. Il est formé par la combinaison du soufre & de
- l'oxigène, 66, 72 & 240.-Proportion d'oxigène qui entre dans sa
- combinaison, 241, 242.-Il est incombustible, 66.-Son poids est égal
- à celui du soufre qu'on a brûlé pour le former, & de l'oxigène
- qu'il a absorbé pendant la combustion, _ibid._ Difficulté de le
- condenser, _ibid._-Il se combine avec l'eau en toutes proportions,
- 67.-On le trouve tout formé dans les argiles, les gypses.-Moyens
- de le ramener à l'état de soufre par voie de décomposition &
- d'affinité, 221.-Décompose le nitre, 78.-Les métaux le décomposent
- & le réduisent à l'état d'acide sulfureux, 242.-Tableau de ses
- combinaisons avec les bases salifiables, 238 & 239.
-
- ---- Tartareux. Tableau de ses combinaisons.-Moyens de l'obtenir
- pur.-Son radical est en excès.-C'est par cette raison qu'on a
- donné à son nom la terminaison en _eux_. Sa base est le radical
- carbone-hydreux.-L'azote entre dans sa composition.-En l'oxigénant
- on le change en acides malique, oxalique & acéteux, 278, 279 &
- 280.-On observe deux degrés de saturation dans ses combinaisons
- avec les alkalis.-Le premier degré avec excès d'acide; _tartrite
- acidule de potasse_.-Le second degré, sel parfaitement neutre;
- _tartrite de potasse_, 279, 280.
-
- ACIDE tunstique. Tableau de ses combinaisons.-Se retire de la mine de
- tunstene, dans laquelle il est déjà sous forme d'acide.-Moyens de
- l'obtenir.-Ses affinités avec les acides métalliques ne sont pas
- déterminées, 275, 276.
-
- ---- Végétaux. -On en connoît 13 jusqu'à présent, 129.-Leur
- composition est connue, mais la proportion des principes qui les
- constituent ne l'est pas encore, 127 & 161.-Ils ont tous pour base
- l'hydrogène, le carbone & quelquefois le phosphore, 124, 197,
- 198.-Ils ne diffèrent entr'eux que par la proportion d'hydrogène &
- de carbone, & par leur degré d'oxigénation, 126.-Quoique composés
- d'hydrogène & de carbone, ne contiennent cependant ni eau, ni acide
- carbonique; mais les principes propres à les former, 130.-Peuvent
- se convertir les uns dans les autres, en changeant la proportion de
- leurs principes constituans, 210.
-
- AFFINITÉS. Les données manquent encore pour entreprendre un traité
- complet sur cet objet, _Discours préliminaire_, xiij & xiv.-Il s'en
- exerce de doubles & triples dans la décomposition des végétaux,
- 135.-Elles sont très-compliquées dans la putréfaction, 153.
-
- AGENS chimiques. Ce que c'est, 422.
-
- AIR atmosphérique composé de deux fluides élastiques, l'un respirable
- & l'autre qui ne l'est pas, 39 & 54.-Observations sur les
- expériences analytiques, relatives à l'air atmosphérique, 48 _&
- suiv._-Sa décomposition par le mercure, 34 _& suiv._ N'est plus
- respirable après la calcination du mercure, 37.-Est décomposé par
- le fer, 40.-Diminue d'une quantité en poids égale à l'augmentation
- que le fer acquiert dans sa calcination, 47.-Est décomposé par le
- gaz nitreux, 80.-Par la combustion du soufre, 66. Voy. _Atmosphère_.
-
- ---- Fixe. Premier nom de l'acide carbonique, 68. Voy. _Acide
- carbonique_.
-
- ---- Vital. Voy. _Gaz oxigène_.
-
- ALKALI de la soude se retire de la lexiviation des cendres des
- plantes qui croissent au bord de la mer, principalement du kali,
- 169.-On ne connoît pas ses principes constituans, 170.-On ne
- sait pas si cette substance est toute formée dans les végétaux
- antérieurement à la combustion, _ibid._-Elle est presque toujours
- saturée d'acide carbonique, 169.-Ses cristaux s'effleurissent à
- l'air & y perdent leur eau de cristallisation, _ibid._
-
- ALKALI fixe, ou Potasse. C'est un résultat de la combustion des
- végétaux, 166.-Moyens de l'obtenir, 167.-On ne connoît pas les
- principes constituans, 170.-L'analogie pourroit porter à croire que
- l'azote est un des principes constituans des alkalis en général,
- _ibid._-Se volatilise très-promptement au feu alimenté par le gaz
- oxigène, 556.
-
- ALKOOL. Raisons qui ont fait adopter ce nom générique pour toutes
- les liqueurs spiritueuses, 140.-Il est composé de carbone &
- d'hydrogène, 150.-L'hydrogène & le carbone ne sont pas dans l'état
- d'huile dans cette combinaison, _ibid._-Se décompose en passant à
- travers un tube de verre rougi au feu, _ibid._-Appareil pour sa
- combustion, 501.
-
- ALLIAGES. Combinaison des métaux les uns avec les autres, 116.-Celui
- des mentaux qui prédomine donne le nom à l'alliage.-Les alliages
- ont leur degré de saturation très-marqué, 230.
-
- ALUMINE. C'est principalement dans les argiles qu'on la rencontre,
- 173.-La composition de cette terre est absolument inconnue,
- 172.-Elle a moins de tendance à la combinaison que les autres
- terres, 173.-Est parfaitement fusible au feu alimenté par le gaz
- oxigène, 555.-Son état après la combustion, _ibid._
-
- AMALGAMME. Combinaison du mercure avec les autres métaux, 117.
-
- AMIDON. Oxide végétal à deux bases, 125.
-
- AMMONIAQUE. Résultat de la combinaison de l'azote & de l'hydrogène,
- 79 & 155.-Sur 1000 parties elle est composée de 807 d'azote &
- de 193 d'hydrogène, 171.-Moyens de l'amener à un grand degré de
- pureté, _ibid._-Lorsqu'elle est très-pure, elle ne peut exister que
- sous forme gazeuse, _ibid._-Dans l'état aériforme elle porte le nom
- de gaz ammoniac, 172.-Dans cet état l'eau en absorbe une grande
- quantité, 171.
-
- APPAREILS chimiques. Raisons qui ont déterminé à en placer la
- description à la fin de l'ouvrage, 324.
-
- ---- Pneumato-chimiques à l'eau & au mercure. Leur description, 342
- _& suiv._
-
- ARGENT se volatilise lentement au feu alimenté par le gaz, oxigène,
- 556.
-
- ARSENIC est susceptible de s'oxigéner.-Dans cet état il a la
- propriété de s'unir aux bases salifiables, 269 _& suiv._
-
- ATMOSPHERE terrestre. Sa constitution, 17, 28 _& suiv._ Son analyse,
- 33.-Composée de tous les fluides susceptibles d'exister dans
- un état de vapeurs & d'élasticité constante au degré habituel
- de chaleur & de pression que nous éprouvons, 31.-Sa pression
- est un obstacle à la vaporisation, 29.-Quelles sont ses parties
- constituantes, 51.-Sa limite, 29. Voy. _Air atmosphérique_, _Gaz
- oxigène_, _Gaz azote_.
-
- ATTRACTION tend à réunir les molécules des corps, tandis que le
- calorique tend à les écarter, 3.
-
- AURORES boréales. Conjectures sur les causes qui les produisent, 32.
-
- AZOTE. C'est la partie non respirable de l'air, 79.-C'est un des
- principes le plus abondamment répandu dans la nature, 213.-Avec le
- calorique il forme le gaz azote qui demeure toujours dans l'état de
- gaz à la pression de l'atmosphère, 213.-Combiné avec l'oxigène, il
- forme les acides nitreux & nitrique, 79, 214 & 235.-Se trouve dans
- les substances végétales & animales, 135 & 198.-Sur-tout dans les
- matieres animales dont il forme un des principes, 213.-Combiné avec
- l'hydrogène, il forme l'ammoniaque, 79, 214.-Dans la décomposition
- des végétaux & des matieres animales, il s'unit à l'hydrogène pour
- former l'ammoniaque, 136, 155.-C'est un des principes constituans
- de l'acide prussique, 215.-Ses combinaisons avec les substances
- simples sont peu connues. Elles portent le nom d'azotures, 214.
-
-
- B
-
- BALANCES. Instrumens dont l'objet est de déterminer le poids absolu
- des corps.-Combien il en faut dans un laboratoire.-De leur
- perfection.-Des précautions pour les conserver, 333 _& suiv._
-
- ---- Hydrostatique. Moyen de s'en servir.-Ses usages, 336, 337.
-
- BAROMÈTRE. Corrections barométriques du volume des gaz, relativement
- à la différence de pression de l'atmosphère, 371 _& suiv._-Modèle
- de calcul pour ces corrections, 380 _& suiv._
-
- BASES salifiables. Il en existe 24; savoir, 3 alkalis, 4 terres, & 17
- substances métalliques, 182.
-
- BARYTE. La composition de cette terre est encore inconnue, 172.-Il
- est probable que c'est un oxide métallique, 174.-Mais qui n'est pas
- réductible par les moyens que nous employons, _ibid._ Elle est peu
- abondante; on ne la trouve que dans le règne minéral, 173.-Effet
- que produit sur elle le feu le plus violent, alimenté par le gaz
- oxigène.
-
- BORAX. Sel concret avec excès de base qui est la soude. Son origine
- est inconnue. Sa purification est encore un mystère, 265, 266.
-
- BOUGIE. Sa combustion, 112.
-
-
- C
-
- CALCUL de la vessie fournit l'acide lithique, 319.
-
- CALORIMÈTRE. Sa description, 387 & _suiv._-Principes de sa
- construction, _ibid._ Manière de s'en servir, 396 _& suiv._
-
- CALORIQUE. Cause de la chaleur, 5.-Peut être considéré d'une
- manière abstraite, 6.-Comment il agit sur les corps, 6, 7.-Paroit
- être le plus élastique de la nature, 24.-Tous les corps y sont
- plongés, & il remplit les intervalles que laissent entr'elles
- leurs molécules.-Il se fixe quelquefois de manière à constituer
- leurs parties solides.-C'est de son accumulation que dépend l'état
- aériforme, 200.-Il fait l'office de dissolvant dans toute espèce
- de gaz, 17.-On appelle du nom générique de gaz toute substance
- portée à l'état aériforme par une addition suffisante de calorique,
- 200.-Le soufre & le charbon en brûlant lui enlevent l'oxigène,
- 66.-Il en est de même du gaz hydrogène, 95.-Moyen de mesurer la
- quantité qui s'en dégage des corps pendant leur combustion, 23,
- 103 _& suiv._-Appareil imaginé pour remplir cet objet, 387.-Plan
- d'expériences pour déterminer la quantité que la plupart des corps
- en contiennent, 115.-Son dégagement dans la combustion du fer,
- 41.-Dans la combinaison des métaux avec la base du gaz oxigène,
- 82.-Dans la combustion du charbon, 66 & 108.-Dans la combustion
- du phosphore, 107.-Dans la combustion de la cire, 113.-Dans la
- combustion de l'huile d'olives, _ibid._-Dans la combustion du gaz
- hydrogène, 109.-Il reste uni à l'oxigène, dans la formation de
- l'acide nitrique, 110.-Il entre dans la composition des nitrates &
- des muriates, en quantité presqu'égale à celle qui est nécessaire
- pour constituer le gaz oxigène, 207.-Il se dégage avec une
- telle abondance dans la combinaison de l'oxigène avec les corps
- combustibles, que rien ne peut résister à son expansion, 207.-Il
- décompose les substances végétales & animales, 132.
-
- _CALORIQUE combiné._ Tient aux corps par l'attraction & constitue une
- partie de leur substance, 21.
-
- ---- _Libre._ C'est celui qui n'est engagé dans aucune combinaison,
- 21.
-
- ---- Spécifique des corps. C'est le rapport des quantités de
- calorique, nécessaires pour élever d'un même nombre de degrés, la
- température de plusieurs corps égaux en poids, 21.
-
- CAMPHRE. Espèce d'huile concrète qu'on retire par sublimation d'un
- laurier du Japon, 305.
-
- CAPSULES de porcelaine, servent de support aux substances dans la
- fusion par le gaz oxigène, 555.
-
- CARBONE ou charbon pur. Substance simple combustible, 67 &
- 227.-Manière d'opérer sa combustion, 67.-Décompose le gaz oxigène
- à une certaine température, 67,133, 227 & 228;-appareil pour sa
- combustion, 483 _& suiv._-Quantité de calorique qui se dégage
- dans cette opération, 67, 108.-Enlève sa base au calorique,
- 67.-Décompose l'eau à une chaleur rouge & enlève l'oxigène à
- l'hydrogène, 91, 218.-Il s'en dissout une portion dans le gaz
- hydrogène, 92 & 118. Il est contenu dans le fer & dans l'acier,
- 48.-Il existe dans les végétaux antérieurement à la combustion,
- & forme avec le phosphore, l'hydrogène & l'azote, des radicaux
- composés, 227.-Moyens d'obtenir celui qui est contenu dans les
- matières végétales & animales, 227 & 228.-Ses combinaisons avec
- les substances simples, 224.-Il a très-peu d'affinité avec le
- calorique, 133.-Il forme une des parties constituantes des huiles,
- 119.-Et en général de tous les acide végétaux, 124.-Il tient
- très-peu aux huiles volatiles animales, 136.-Il fait partie du
- radical des gommes, du sucre & de l'amidon, 125.-Il est combiné
- dans ces substances avec l'hydrogène, de manière à ne former qu'une
- seule base portée à l'état d'oxide par une portion d'oxigène,
- 126.-Quantité qu'en contient le sucre, 142.
-
- CARBURES, nom donné aux combinaisons du carbone avec les métaux, 118.
-
- CENDRES, elles forment ordinairement la vingtième portion du poids
- d'un végétal brûlé, 166.-Il paroît qu'elles existent dans les
- végétaux avant leur incinération. C'est la terre qui forme la
- partie osseuse ou la carcasse des végétaux, 168.
-
- CHALEUR dilate les corps, 1.-Ses causes.-Nécessaire à
- l'oxigénation.-Différente pour l'oxigénation des différens corps,
- 203 _& suiv._-Ce qu'on entend par cette expression, 133. Voy.
- _Calorique_.
-
- CHALEUR sensible. N'est que l'effet produit sur nos organes par le
- dégagement du calorique des corps environnans, 22.
-
- CHARBON de bois. L'on croit qu'il contient du phosphore, 225.-Sert de
- support aux substances simples fondues au feu alimenté par le gaz
- oxigène, 554.
-
- CHAUX. C'est de toutes les bases salifiables la plus abondamment
- répandue dans la nature, 172.-Sa composition est absolument
- inconnue, _ibid._-Elle est presque toujours saturée d'acide
- carbonique, & forme alors la craie, les spaths calcaires & une
- partie des marbres, _ibid._-Les anciens ont appelé de ce nom
- générique, toutes les substances long-tems exposées au feu sans
- se fondre, 83.-Effet que produit sur elle le feu le plus violent
- alimenté par le gaz oxigène, 555.
-
- CHRYSOLYTE. Se fond presque sur le champ au feu alimenté par le gaz
- oxigène, 557.
-
- CIRE. Quantité de calorique qui se dégage pendant sa combustion, 113.
-
- CLARIFICATION. Moyen pour mettre une liqueur en état d'être filtrée,
- 417.
-
- CLOCHES. Manière de les graduer, 362, 363.
-
- COMBUSTION du fer, 41 _& suiv._-Du phosphore, 57 _& suiv._-Du
- soufre.-Du charbon, 67 _& suiv._-Du gaz hydrogène, 97 _& suiv._
- Voyez _ces mots_.-Théorie de la combustion des végétaux, 165.-La
- plus grande portion du végétal est réduite en eau & en acide
- carbonique, 166.-Opérations relatives à la combustion, 478 _&
- suiv._-Conditions nécessaires pour l'opérer, 480 _& suiv._
-
- CREUSETS, instrumens propres à la fusion, 335.
-
- CRISTAL de roche. Effet que produit sur lui le feu le plus violent
- alimenté par le gaz oxigène, 555.
-
- CRISTALLISATION. Opération par laquelle les parties intégrantes d'un
- corps qui étoient séparées par un fluide, sont réunies par la force
- d'attraction, 437.-Calorique qui se dégage pendant cette opération,
- _ibid._-Vaisseaux dans lesquels on l'opère, 441 & 442.
-
-
- D
-
- DÉCANTATION. Peut suppléer à la filtration, 419.-Elle est préférable
- dans les opérations qui exigent une précision rigoureuse, 420.
-
- DÉTONNATION. Explication de ses phénomènes, 526 _& suiv._-Ils sont
- produits par le passage brusque & instantané d'une substance
- concrète à l'état aériforme, 525.-Expériences sur celle du
- salpêtre, 529 _& suiv._
-
- DIAMANT, se brûle à la manière des corps combustibles, & s'évapore au
- feu alimenté par le gaz oxigène, 557.
-
- DISSOLUTIONS métalliques. Appareils pour les opérer, 460 _& suiv._
-
- DISTILLATION composée. Elle opère une véritable décomposition.-C'est
- une des opérations des plus compliquées de la Chimie.-Appareils
- pour cet objet, 449 _& suiv._
-
- ---- Simple. N'est autre chose qu'une évaporation en vaisseaux
- clos.-Appareils distillatoires, 443 _& suiv._
-
-
- E
-
- EAU. Ses différens états selon la quantité de calorique qui lui est
- combinée, 4 & 54.-Se transforme en un fluide élastique à un degré
- de chaleur supérieur à celui de l'ébullition, 15.-Se dissout dans
- les gaz, 50.-Regardée par les anciens comme un élément ou substance
- simple, 87.-Preuves qu'elle est composée, 100.-D'un radical qui
- lui est propre & d'oxigène, 94.-Son passage à travers un tube de
- verre incandescent, 89.-Appareil pour sa décomposition, 465 _&
- suiv._-Sa décomposition par le carbone, 87 & 90.-Sa décomposition
- par le fer; il n'y a pas de dégagement d'acide carbonique, 87, 92 &
- 98.-Oxide de fer qui en résulte, 93.-Phénomènes de la fermentation
- spiritueuse & de la putréfaction dus à la décomposition de l'eau,
- 101.-Cette décomposition s'opère continuellement dans la nature,
- 100.-Les principes qui la constituent séparés l'un de l'autre ne
- peuvent exister que sous forme de gaz, _ibid._-Sa recomposition,
- 96 _& suiv._ 506 _& suiv._-85 Parties en poids d'oxigène & 15 en
- poids d'hydrogène, composent 100 parties d'eau, 100.-Se combine
- avec le gaz acide carbonique, 67.-Se combine en toutes proportions
- avec l'acide sulfurique, _ibid._-Avec l'acide muriatique
- très-facilement, 75.-N'est pas toute formée dans le sucre, 150.
-
- EAU régale. Nom ancien donné à un acide composé qui dissout l'or,
- 124. Voy. _Acide nitro-muriatique_.
-
- EBULLITION, n'est autre chose que la vaporisation d'un fluide ou sa
- combinaison avec le calorique, 12.
-
- EFFERVESCENCE, est produite par le passage rapide d'un corps solide
- ou liquide à l'état gazeux, 177.
-
- ELASTICITÉ. Comment on doit la concevoir, 25 _& suiv._
-
- EMERAUDE, fond sur le champ en un verre opaque au feu alimenté par le
- gaz oxigène, 557.
-
- ETHER, seroit habituellement dans l'état aériforme sans la pression
- de l'atmosphère, 9.-Se vaporise à 33 degrés, 13 _& suiv._-Appareil
- pour sa combustion, 503 _& suiv._
-
- EVAPORATION. Opération pour séparer deux substances qui ont un degré
- de volatilité différent, 431 _& suiv._-Action du calorique dans
- cette opération, 433.
-
-
- F
-
- FER. Il décompose l'air atmosphérique, 41.-Il augmente de poids dans
- la calcination d'une quantité égale à celle que l'air a perdue,
- 47.-Appareil pour son oxidation, 519.-Sa combustion dans le gaz
- oxigène, 41.-Il décompose l'eau & s'oxide à un degré de chaleur
- rouge, 92, 93 & 218.-Il est moins attirable à l'aimant après qu'il
- a décomposé l'eau; c'est de l'oxide noir de fer, 42 & 93.-Ce métal
- contient de la matière charbonneuse, 48.
-
- FERMENTATION acéteuse. C'est l'acidification du vin à l'air libre par
- l'absorption de l'oxigène, 159.
-
- ---- Putride, s'opère en raison d'affinités très-compliquées,
- 153.-Appareil relatif à cette opération, 461 _& suiv._-L'hydrogène
- se dégage sous la forme de gaz pendant la décomposition des
- substances animales, 154.-Il se forme des combinaisons binaires,
- 153.
-
- ---- Vineuse. Moyens de l'exciter, 139.-Moyen d'analyse des
- substances susceptibles de fermenter, 151.-Description des
- appareils relatifs à cette opération, 461 _& suiv._-Ses résultats
- & ses effets, 150 _& suiv._-Détail de ce qui se passe dans la
- décomposition du sucre, 149.
-
- FILTRATION. C'est un tamisage qui ne laisse passer que les parties
- liquides, 413.
-
- FILTRES. De leur choix & des moyens de s'en servir, 412 _& suiv._
-
- FLUIDES élastiques. Sont une modification des corps, 11.-Il s'absorbe
- du calorique dans leur formation, _ibid._-S'obtiennent à un degré
- de chaleur déterminé, 12.-Leurs noms génériques & particuliers, 54.
-
- FOURMIS. Espèce qui fournit l'acide formique, 313.
-
- FOURNEAUX. De leur construction, 537 _& suiv._-Des fourneaux de
- fusion, 543 _& suiv._-Leur objet, _ibid._-Principes de leur
- construction, 547 _& suiv._-Moyen de faire passer à travers un
- courant de gaz oxigène, 577 _& suiv._
-
- ---- de Coupelle. Sa description, 550 _& suiv._-Son objet 545.-Sa
- construction est vicieuse, 551.-Moyens qu'a employés M. Sage pour y
- suppléer, 551 & 552.
-
- FUSION. C'est une véritable solution par le feu, 534.-Description de
- l'appareil pour l'opérer à l'aide du gaz oxigène, 552 _& suiv._
-
-
- G
-
- GAZ. Explication de ce mot, 17.-C'est le nom générique par lequel
- on désigne une substance quelconque, assez imprégnée de calorique
- pour passer de l'état liquide à l'état aériforme, 53, 54 & 200.-Ils
- dissolvent l'eau, 50.-Manière d'en mesurer le poids & le volume,
- 360 & suiv. 384 _& suiv._-Moyens de les séparer les uns des autres,
- 365 _& suiv._-De la correction à faire à leur volume, relativement
- à la pression de l'atmosphère, 370 _& suiv._-Et aux degrés du
- thermomètre, 378.
-
- ---- Aqueux. Eau combinée avec le calorique, 54.
-
- GAZ acide carbonique, formé par la combustion du charbon dans le gaz
- oxygène, 67.-Est susceptible d'être absorbé par l'eau, 67.-Ne se
- condense pas au degré de pression de l'atmosphère, _ibid._-De tous
- les gaz c'est celui qui dissout le plus d'eau, 50.-S'unit à toutes
- les bases susceptibles de former des sels neutres, 67.-Provenant de
- la décomposition de l'eau par le charbon, 91.
-
- ---- Acide muriatique. Moyens de le dégager, 74.
-
- ---- Azote. Fait partie de l'air atmosphérique, 39 & 203.-Plusieurs
- manières de l'obtenir, 214, 215.-Sa pesanteur, 55.-Ses propriétés
- chimiques ne sont pas encore bien connues, _ibid._-Il prive de
- la vie les animaux qui le respirent, 56.-L'azote entre dans
- la composition de l'acide nitrique, _ibid._-Dans celle de
- l'ammoniaque, _ibid._
-
- ---- Hépatique. C'est le gaz hydrogène sulfuré, 118.
-
- ---- Hydrogène est formé par l'union du calorique & de l'hydrogène,
- 94 & 217.-C'est le radical constitutif de l'eau, 94.-On l'obtient
- en présentant à l'eau un corps pour lequel l'oxigène ait plus
- d'affinité; l'hydrogène s'unit au calorique pour le former,
- 217.-Se dégage dans la décomposition de l'eau par le fer, 93.-Et
- dans celle de l'eau par le charbon, 91.-Moyens de l'obtenir pur,
- 98.-Sa pesanteur, 95.-Ne peut se condenser au degré de pression
- de l'atmosphère, 99.-Enleve l'oxigène au calorique & décompose
- l'air dans la combustion, 95.-Sa combustion avec le gaz oxigène
- s'opère instantanément & avec explosion.--Précautions qu'exige
- cette expérience, 96.-Appareil pour sa combustion en grand, 506 _&
- suiv._-Quantité de calorique qui se dégage pendant sa combustion,
- 109.-Dans la combustion des végétaux il s'allume par le contact de
- l'air & produit la flamme, 166.-Il n'est pas absorbable par l'eau,
- 95.-Il se combine avec tous les corps combustibles, 156.-Il dissout
- le carbone, 118.-Le phosphore, _ibid._-Le soufre, _ibid._-Les
- métaux, _ibid._-Dénomination qu'il prend alors, _ibid._-On en
- obtient d'autant moins qu'on a pris plus de précautions pour
- écarter l'eau dans les expériences sur les métaux, 122.
-
- GAZ hydrogène carboné. Résultat de la combinaison du gaz hydrogène
- avec le carbone, 156.
-
- ---- Hydrogène phosphoré. Résultat de la combinaison du gaz hydrogène
- avec le phosphore, 156 & 225.-S'enflamme spontanément lorsqu'il
- a le contact de l'air, 119.-Il a l'odeur du poisson pourri,
- _ibid._-Et il s'exhale vraisemblablement de la chair des poissons
- en putréfaction, _ibid._
-
- GAZ hydrogène sulfuré. Résultat de la combinaison du gaz hydrogène
- avec le soufre, 156.-C'est à son émanation que les déjections
- animales doivent leur odeur infecte, 119.
-
- ---- Inflammable. Voy. _Gaz hydrogène._
-
- ---- Nitro-muriatique. Se dégage pendant la dissolution de l'or dans
- l'acide nitro-muriatique.-N'a pas encore été décrit.-Son odeur est
- désagréable.-Il est funeste aux animaux qui le respirent.-L'eau en
- absorbe une grande quantité, 259.
-
- ---- Nitreux. Premier degré de combinaison de l'azote avec l'oxigène,
- 80.-C'est une espece d'oxide d'azote, 81.-Proportions d'azote &
- d'oxigène qui le constituent, 80.-Surchargé d'oxigène, compose un
- acide très-puissant, l'acide nitrique, _ibid._-Enleve l'oxigène à
- l'air de l'atmosphère, _ibid._-Sert d'eudiomètre pour connoître la
- quantité d'oxigène contenue dans l'air atmosphérique, _ibid._-Il
- est immiscible à l'eau, _ibid._
-
- ---- Oxigène. Combinaison de l'oxigène avec le calorique, 55.-Moyen
- de s'assurer s'il ne contient point d'acide carbonique, 98.-Le
- calorique & la lumière qui se dégagent dans la combustion sont-ils
- fournis par le corps qui brûle, ou par le gaz oxigène qui se fixe
- dans les opérations? 219.-Est décomposé par le charbon, 67.-Par le
- phosphore, 58 _& suiv._-Perd son calorique dans cette combinaison,
- 60.-Sa décomposition par les métaux, 82.-Par le fer 41.-Par le
- soufre, 66.-Entre dans la décomposition de l'air atmosphérique,
- 55.-Retiré de l'oxide de mercure, 523.-Retiré de l'oxide de
- manganèse ou du nitrate de potasse, 524.-Change de nature par la
- détonnation avec le charbon, & se convertit en acide carbonique,
- 525.-Moyen de s'en servir pour augmenter l'intensité du feu,
- 552.-Son emploi dans les fusions, _ibid._
-
- GAZOMÈTRE. Instrument propre à mesurer le volume des substances
- aériformes, 342.-Sa description, 346 _& suiv._-Sa graduation, 358
- _& suiv._-Expériences qui ont donné l'idée de sa construction,
- 553.-On peut avec cet instrument donner un grand degré de vîtesse
- au gaz oxigène, 553;-& l'employer à augmenter l'action du feu, 553
- _& suiv._
-
- GAZOMÈTRIE. C'est l'art de mesurer le poids & le volume des
- substances aériformes, 342.
-
- GOMMES. Oxides végétaux à deux bases, 125.-Réunies sous le nom
- générique de muqueux, _ibid._
-
- GRAISSE animale. Formée par la partie musculaire de cadavres enterrés
- à une certaine profondeur & privés du contact de l'air, 157.-Le
- suif fournit l'acide sébacique, 317.
-
- GRENAT. Fond presque sur le champ au feu alimenté par le gaz oxigène,
- 557.
-
-
- H
-
- HUILES. Elles sont composées de carbone & d'hydrogène, 119.-Ce
- sont de véritables radicaux carbone-hydreux, 198.-Proportion des
- principes qui les constituent, 120.-Sont-elles base ou radical
- des acides végétaux & animaux.-Raisons qui font pencher pour la
- négative, 211.-Appareil pour leur combustion, 493 _& suiv._-Se
- convertissent en brûlant en acide carbonique & en eau, 120.
-
- ---- _d_'Olives. Quantité de calorique qui s'en dégage, 113.
-
- ---- Fixes. Contiennent un excès de carbone, 119.-Elles le perdent à
- un degré de chaleur supérieur à l'eau bouillante, 119.
-
- HUILES volatiles. Elles sont formées par une juste proportion
- d'hydrogène & de carbone, 119.-A un degré supérieur à l'eau
- bouillante, elles se combinent au calorique pour former un gaz;
- c'est dans cet état qu'elles passent dans la distillation, 120.
-
- ---- Volatiles animales. Le carbone y tient si peu qu'il s'en
- sépare par leur simple exposition à l'air libre, 136 & 137.-Il se
- sépare encore plus promptement quand on les expose dans le gaz
- oxigène, & l'huile devient noire; en même tems il se forme de
- l'eau, 137.-Elles redeviennent blanches par la rectification & le
- charbon s'en sépare, 136.-Elles se décomposent & se convertissent
- entièrement en charbon & en eau par des rectifications répétées,
- 136 & 137.
-
- HYACINTHE. Perd sa couleur au feu alimenté par le gaz oxigène, 556 &
- 557.
-
- HYDROGÈNE. Est un des principes de l'eau, 217.-Son existence & ses
- propriétés ne sont connues que depuis peu de tems.-C'est un des
- principes les plus répandus dans la nature.-Il joue le principal
- rôle dans le règne animal & végétal, 217.-Son affinité avec le
- calorique est telle qu'il est toujours dans l'état de gaz.-Il est
- impossible de l'obtenir seul sous forme concrète, 217 _& suiv._-On
- l'obtient dans l'état de gaz en décomposant l'eau par le fer &
- par le carbone, 218.-Sa combinaison avec le phosphore, 225.-Avec
- l'oxigène, 217.-Est-il susceptible de se combiner avec les corps
- simples dans l'état concret? 121.-Ce ne peut être qu'en très-petite
- quantité, _ibid._-Il est un des principes constitutifs des huiles,
- & du radical de tous les acides végétaux & animaux, 119.-De
- l'amidon, des gommes, du sucre, 125.-Quantité qu'en contient
- le sucre, 142.-Quelques chimistes ont supposé que c'étoit le
- phlogistique de Stahl.-Ils ne le prouvent point.-Ils n'expliquent
- pas les phénomènes de la calcination & de la combustion, 219.
-
-
- I
-
- INSTRUMENS propres à déterminer le poids absolu & la pesanteur
- spécifique des corps, 327 _& suiv._-Description de la machine
- qui sert à les comparer.Elle se nomme balance.L'action se nomme
- pesée.Variation de l'unité d'un pays à l'autre.-De la nécessité de
- n'employer que des poids dont on connoît les rapports entre eux,
- 327 _& suiv._
-
-
- L
-
- LAMPE d'émailleur. Sert d'intermédiaire, dans la fusion par le gaz
- oxigène, pour les substances composées qui ont de l'affinité avec
- le charbon, 554.
-
- LAVAGE. Moyen de diviser les corps en poudres de grosseurs uniformes,
- 420.
-
- LEXIVIATION. Opération dont l'objet est de séparer les substances
- solubles dans l'eau de celles qui ne le sont pas, 428 _& suiv._
-
- LIMES. Servent à diviser les matières soit malléables, soit
- fibreuses, 408.
-
- LIMPHE. Oxide animal, 130.
-
- LUMIÈRE. Qualités qui lui sont communes avec le calorique,
- 6.-Nécessaire aux animaux comme aux végétaux.-Il n'existe d'êtres
- organisés que dans les lieux exposés à la lumière, 202.-Son
- dégagement dans la combustion du fer, 41.-Sa manière d'agir sur les
- corps est inconnue.-Elle contribue avec le calorique à constituer
- l'oxigène dans l'état de gaz.-Se combine avec quelques parties des
- plantes; c'est à cette combinaison qu'est due la couleur verte des
- feuilles, 201.
-
- LUTS, (préparation des) 468.-Résineux.-Gras.-De chaux & de blanc
- d'œufs, 469, 470 _& suiv._-Leur emploi, 475 & suiv.-Moyens d'y
- suppléer, 477.-Pour enduire les cornues, 541.
-
-
- M
-
- MAGNÉSIE. La composition de cette terre est absolument inconnue,
- 172.-On la trouve dans l'eau de la mer, 173.-Et dans un grand
- nombre d'eaux minérales, 173.-Effet que produit sur elle le feu le
- plus violent, alimenté par le gaz oxigène, 555.
-
- MATIÈRES fécales sont composées de carbone & d'hydrogène,
- 157.-Produisent de l'huile par la distillation, ibid.
-
- MERCURE. Appareil pour son oxidation, 35, 507 _& suiv._-Absorbe dans
- cette opération la partie respirable de l'air, 38.-Ne l'absorbe pas
- en entier, 40.
-
- MÉTAUX. Sont susceptibles de se combiner les uns avec les autres,
- 116.-Ne sont pas dissolubles dans les acides; il faut qu'ils ayent
- été portés auparavant à l'état d'oxides, 176.
-
- MIROIRS concaves. Ont un plus grand degré d'intensité que les verres
- ardens.-La difficulté de s'en servir rend impossibles un grand
- nombre des expériences chimiques, 553.
-
- MOPHÈTE. Voy. _Azote_ & _Gaz Azote_.
-
- MOLÉCULES élémentaires des corps ne se touchent point, 3.
-
- MOLYBDÈNE. Substance métallique qui a la propriété de s'oxigèner & de
- former un véritable acide.-La nature nous le présente dans l'état
- de sulfure de molybdène, 273.
-
- MORTIERS. Leur description.Leur usage, 404 & 405.
-
- MURIATES oxigénés. Le calorique entre dans leur composition en
- quantité presqu'égale à celle qui est nécessaire pour constituer le
- gaz oxigène, 207.
-
-
- N
-
- NITRATES. Sels résultans de l'union de l'acide nitrique avec
- différentes bases, 237.-Appareil pour en retirer l'acide,
- 78.-Dégagement de gaz oxigène qui l'accompagne, _ibid._
-
- NITRITES. Sels résultans de l'union de l'acide nitreux avec
- différentes bases, 237.
-
- NOIX de galle. Elles fournissent le principe astringent ou acide
- gallique par une simple infusion dans l'eau, 307.
-
- NOMENCLATURE. Systême général d'après lequel elle est
- formée.-Discours préliminaire.-Ses difficultés, 128.-Le point où en
- est la science oblige de conserver au moins pour un tems les noms
- anciens pour les acides & oxides animaux & végétaux, 129.
-
-
- O
-
- ODEUR fétide. Elle est produite par la dissolution des corps
- combustibles dans le gaz hydrogène, 156.
-
- OPÉRATIONS manuelles de la Chimie.-Se divisent en plusieurs classes,
- 325.-Les unes ne sont que méchaniques, elles ne font que diviser
- les corps.-Les autres sont véritablement chimiques, 325 _& suiv._
-
- OR, se dissout dans l'acide nitro-muriatique.-S'oxide avant sa
- dissolution, 259.-Se volatilise lentement au feu alimenté par le
- gaz oxigène, 556.
-
- OS des animaux. Ce sont de véritables phosphates de chaux, 224.
-
- OXIDES. Nom générique pour exprimer le premier degré d'oxigénation de
- toutes les substances, 85.-Le règne végétal & le règne animal ont
- leurs oxides, _ibid._
-
- ---- A deux bases, moyen d'expliquer sans périphrase le principe qui
- est en excès, 126.
-
- ---- Animaux. Leur nombre est encore indéterminé, 130.-Il entre
- ordinairement dans leur composition 4 bases oxidables, 125.-Les
- principes qui les constituent se désunissent à un très-léger
- changement de température, 131.
-
- OXIDES métalliques. Combinaisons de l'oxigène avec les métaux,
- 82.-Les anciens Chimistes les confondoient sous le nom de chaux,
- avec un grand nombre de substances de nature très-différente,
- 84.-On les spécifie par leur couleur qui varie en raison de la
- quantité plus ou moins grande d'oxigène qu'ils contiennent,
- 85.-Brûlent avec flamme au feu alimenté par le gaz oxigène,
- 556.-Réflexions sur ce phénomène, _ibid._
-
- ---- Végétaux. Leur nomenclature, 138 _& suiv._-Se décomposent à un
- degré de chaleur supérieur à l'eau bouillante; le calorique rompt
- l'équilibre qui existoit entre les parties qui les constituoient,
- 130.-Comment ils different entr'eux, 210.-Leur décomposition par la
- fermentation vineuse, 139.
-
- ---- Rouge de mercure. L'oxigène y tient très-peu. Moyens d'oxider
- les corps à une chaleur médiocre, 206.
-
- OXIGÉNATION. Combinaison d'un corps avec l'oxigène, 66.
-
- OXIGÈNE, a une grande affinité pour la lumière.-Elle contribue avec
- le calorique à le constituer dans l'état de gaz, 201.-Dans cet
- état il forme la partie respirable de l'air, 54.-Il entre pour un
- tiers dans le poids de notre atmosphère; l'azote constitue les deux
- autres tiers, 203.-Abandonne le calorique pour s'unir à l'hydrogène
- dans la combustion, 95.-C'est le principe acidifiant de tous les
- acides, 69.-Un premier degré de combinaison de ce principe avec
- l'azote forme le gaz nitreux, 80.-Un second degré constitue l'acide
- nitreux, _ibid._-Un troisieme constitue l'acide nitrique, 214.-Ses
- combinaisons avec les substances simples se nomment binaires,
- ternaires, quaternaires, selon le nombre de ces substances,
- 207.-Tableau de ses combinaisons binaires avec les substances
- simples métalliques & non métalliques, 203.-Se dégage pendant la
- décomposition du nitre par l'acide sulfurique, 78.-Il tient peu à
- l'acide nitrique, 207.-Condition nécessaire pour sa combinaison,
- 203 _& suiv._-Il est le moyen d'union entre les métaux & les
- acides, 179.-Tout porte à croire que les substances qui ont une
- grande affinité avec les acides contiennent de l'oxigène, 179.-Et
- qu'il entre dans la composition des terres regardées comme simples,
- 180.-Quantité que le sucre en contient, 142.-Il conserve une grande
- partie de son calorique en se combinant au gaz nitreux, 110.
-
-
- P
-
- PESANTEUR spécifique. On a désigné sous ce nom le poids absolu des
- corps divisé par leur volume.-On détermine cette pesanteur par le
- moyen de la balance hydrostatique, 337.
-
- PESE-LIQUEURS, servent à déterminer la pesanteur spécifique des
- fluides, 338.-Leur description.-Manière de s'en servir. On les
- construit en verre & en métal, 338 _& suiv._
-
- PHOSPHORE. Substance inconnue des anciens Chimistes. C'est un
- produit de l'art. Epoque de sa découverte. On le retire à présent
- des os des animaux.-Manière de le préparer, 224.-C'est un corps
- combustible simple.-Il se rencontre, à ce qu'il paroît, dans
- toutes les substances animales & dans quelques plantes, 198, 199,
- 225.-Il y est ordinairement combiné avec l'azote, l'hydrogène,
- &c.-Il s'allume à 32 degrés de chaleur, 225.-Décompose le gaz
- oxigène à cette température, 58 _& suiv._-Absorbe une fois & demie
- son poids d'oxigène, 63.-Se convertit en un acide, 66.-Il devient
- incombustible par la combinaison avec l'oxigène, 65.-Appareils
- pour sa combustion, 58, 61, 482 _& suiv_.-Quantité de calorique
- qui se dégage pendant sa combustion, 62 & 107.-Ses combinaisons
- avec les substances simples, 223.-Avec les métaux, 118.-Avec le gaz
- hydrogène, _ibid._-Il paroît qu'il demeure combiné avec le charbon
- dans la distillation des végétaux, 136.-Enleve l'oxigène à l'acide
- nitrique & à l'acide muriatique oxigéné, 249.-C'est une des bases
- des acides animaux, 124.
-
- PIERRES composées, se fondent au feu alimenté par le gaz oxigène, 556.
-
- ---- Précieuses. Celles qui sont décolorées par le feu alimenté
- de gaz oxigène, ont l'apparence d'une terre blanche, & de la
- porcelaine, 557.
-
- PLANTES. La couleur des feuilles & la diversité de celles des fleurs
- tient à la combinaison de la lumière avec elles, 201.-Contiennent
- du phosphore, 225.
-
- POIDS. Division de la livre en fractions décimales, moyen de
- simplifier les calculs, 333.-Table pour convertir les fractions
- décimales en fractions vulgaires & réciproquement.
-
- PORPHIRISATION. Instrumens propres à l'opérer, 403.
-
- POTASSE. Son origine.-Procédés pour l'extraire, 165 _& suiv_.-Il
- n'est pas démontré qu'elle existe dans le charbon avant la
- combustion, 228.-Il ne paroît pas qu'on puisse l'extraire des
- végétaux sans des intermedes qui fournissent de l'azote & de
- l'oxigène, 169.-Presque toujours saturée d'acide carbonique,
- pourquoi, 167.-Elle est soluble dans l'eau, 168.-Elle attire
- l'humidité de l'air avec une grande rapidité.-Elle est en
- conséquence très-propre à opérer la dessication des gaz, 168.-Elle
- est soluble dans l'esprit-de-vin, _ibid._
-
- POUDRE à canon. Il se dégage de l'azote & du gaz acide carbonique
- dans son inflammation, 525 & 526.
-
- PRESSION de l'atmosphère. Elle met obstacle à l'écartement des
- molécules des corps, 8.-Sans elle il n'y auroit pas de fluides
- proprement dits, _ibid._-Expériences qui le prouvent, 9 & 10.
-
- PULVÉRISATION. Instrumens propres à l'opérer, 403.
-
- PUTRÉFACTION. Ses phénomènes sont dus en partie à la décomposition
- de l'eau, 101.-Est très-lente lorsque le corps qui l'éprouve ne
- contient pas d'azote, 155.-C'est dans le mêlange des substances
- végétales & animales que consiste toute la science des amendemens &
- des fumiers, 155.
-
- ---- Des végétaux, n'est autre chose que l'analyse des substances
- végétales dans laquelle la totalité de leurs principes se dégage
- sous la forme de gaz, 154.
-
- PYRITES, nom que les anciens donnoient à la combinaison du soufre &
- des métaux, 117.
-
-
- R
-
- RADICAL acéteux. Tableau de ses combinaisons, 294.-Acide à deux
- bases.-C'est le plus oxigéné des acides végétaux.-Contient un peu
- d'azote.-Moyens de l'obtenir & de l'avoir pur.-Libre de toute
- combinaison, il est dans l'état de gaz au degré de température dans
- lequel nous vivons.-La plupart des sels qu'il forme avec les bases
- salifiables ne sont pas cristallisables, 295 _& suiv_.
-
- ---- Boracique. Sa nature est inconnue, 229.
-
- ---- Fluorique. Sa nature est inconnue, 229.-Ses combinaisons avec
- l'oxigène, _ibid._
-
- RADICAL malique. Tableau de ses combinaisons, 281.
-
- ---- Muriatique. Sa nature est encore inconnue, 229.
-
- ---- Tartareux. Tableau de ses combinaisons, 227.
-
- RADICAUX des acides, leur tableau, 196.-Combinaisons des radicaux
- simples avec l'oxigène, 203 _& suiv._-Combinaison des radicaux
- composés avec l'oxigène, 208 _& suiv._
-
- ---- Hydro-carboneux & Carbone-hydreux, 198.
-
- ---- Oxidables & Acidifiables. Sont simples dans le règne
- minéral.-Sont composés dans les deux autres, 209.
-
- RAPE. Sert à diviser les substances pulpeuses, 405.
-
- RÉDUCTIONS métalliques. Ne sont autre chose que des oxigénations du
- charbon par l'oxigène contenu dans les oxides métalliques, 206.
-
- RESPIRATION. Raisons qui ont empêché d'en parler dans cet ouvrage,
- 202.
-
- RUBIS. Se ramollit, se soude & se fond sans altération de sa couleur,
- par l'action du feu alimenté par le gaz oxigène, 556.
-
- ---- _du_ Brésil. Se décolore & perd un cinquième de son poids au feu
- alimenté par le gaz oxigène, 557.
-
-
- S
-
- SALPÊTRE. Combinaisons de l'acide nitrique & de la potasse,
- 233.-Moyens d'obtenir ce sel, _ibid._-Son rafinage fondé sur la
- différente solubilité des sels, 439, 440.
-
- SANG. La partie rouge est un oxide animal, 130.
-
- SÉCRÉTIONS animales. Sont de véritables oxides, 130.
-
- SEL marin. Combinaison de l'acide muriatique & de la soude, 259.
-
- ---- Muriatique oxigéné de potasse. Fournit un gaz oxigène absolument
- pur, 507.
-
- ---- Sédatif. Voy. _Acide Boracique_, 265.
-
- ---- Neutres. Leur formation, 162 & 189.-Ils résultent de la
- réunion d'une substance simple oxigénée avec une base quelconque,
- 164.-Ou, ce qui est la même chose, de l'union des acides avec
- les substances métalliques terreuses & alkalines, 162.-Quelles
- sont les bases. salifiables susceptibles de se combiner avec les
- acides, 162, & 164.-Le nombre des sels connus a augmenté en raison
- des acides qui ont été découverts, 209.-Dans l'état actuel de nos
- connoissances, il est de 1152, 182.-Mais il est probable que toutes
- ces combinaisons salines ne sont pas possibles, 183.-Combinaisons
- salines présentées sous la forme de tableaux.-On a suivi pour les
- classer les mêmes principes que pour les substances simples, 183
- _& suiv._-Leur nomenclature, 183.-On les distingue par le nom
- de leur base salifiable, 184 _& suiv._-Plan d'expériences sur
- les sels neutres, 187.-De leur solution, 403.-Par le calorique,
- 424 & 438.-On confondoit autrefois la solution & la dissolution,
- 423 & 424.-Des différens degrés de solubilité des sels, 426 _&
- suiv._-Travail à faire sur les sels neutres, 428.
-
- SIPHON. Sa description, 412.
-
- SOUFRE. Substance combustible qui est dans l'état concret à la
- température de l'atmosphère, & qui se liquéfie, à une chaleur
- supérieure à l'eau bouillante, 221.-Sa combinaison avec les
- substances simples, _ibid._-Avec le gaz hydrogène, 118.-Avec
- différens autres gaz, 66.-Avec le charbon, 67.-Il décompose l'air,
- 66.-Enleve l'oxigène au calorique, _ibid._-Il est susceptible de
- plusieurs degrés de saturation en se combinant avec l'oxigène,
- 72.-Moyen d'exciter sa combustion pour la formation de l'acide
- sulfurique, 241.
-
- SUBLIMATION.-Distillation des matières qui se condensent sous forme
- concrète, 448.
-
- SUBSTANCES animales sont composées d'hydrogène, de carbone, de
- phosphore, d'azote & de soufre, le tout porté à l'état d'oxide
- par une portion d'oxigène, 158.-Leur distillation donne les mêmes
- résultats que les plantes crucifères, 136.-Elles donnent seulement
- plus d'huile & plus d'ammoniaque, en raison de l'azote & de
- l'hydrogène qu'elles contiennent dans une plus grande proportion,
- 136.-Elles favorisent la putréfaction, parce qu'elles contiennent
- de l'azote, 155.-Elles peuvent varier en raison de la proportion
- de leurs principes constituans & de leur degré d'oxigénation,
- 213.-Sont décomposées par le feu, 132.
-
- SUBSTANCES combustibles. Ce sont celles qui ont une grande appétence
- pour l'oxigène, 116.-Peuvent s'oxigéner par leur combinaison avec
- les nitrates & les muriates oxigénés, 206 & 207.
-
- ---- Métalliques. A l'exception de l'or & quelquefois de
- l'argent, elles se présentent rarement dans la nature sous la
- forme métallique, 173.-Celles que nous pouvons réduire sous
- forme métallique sont au nombre de 17, 174.-Celles qui ont
- plus d'affinité avec l'oxigène qu'avec le carbone ne sont pas
- susceptibles d'être amenées à cet état, 174.-Considérées comme
- bases salifiables, 175.-Ne peuvent le dissoudre que lorsqu'elles
- s'oxident, 176 & 177.-L'effervescence qui a lieu pendant leur
- dissolution dans les acides prouve qu'elles s'oxident, _ibid._-Se
- dissolvent sans effervescence dans les acides lorsqu'elles ont
- été préalablement oxidées, 178.-Se dissolvent sans effervescence
- dans l'acide muriatique oxigéné, _ibid._-Dans l'acide sulfureux,
- 245.-Celles qui sont trop oxigénées s'y dissolvent & forment des
- sulfates métalliques, _ibid._-Décomposent toutes le gaz oxigène,
- excepté l'or & l'argent, 82, 203 _& suiv._-Elles s'oxident &
- perdent leur éclat métallique, 83.-Pendant cette opération elles
- augmentent de poids à proportion de l'oxigène qu'elles absorbent,
- _ibid._-Les anciens donnoient improprement le nom de chaux
- aux métaux calcinés ou oxides métalliques, 83.-Appareils pour
- accélérer l'oxidation, 514 _& suiv._-N'ont pas toutes le même
- degré d'affinité pour l'oxigène, 513.-Lorsqu'on ne peut en séparer
- l'oxigène, elles demeurent constamment dans l'état d'oxides & se
- confondent pour nous avec les terres, 174.-Décomposent l'acide
- sulfurique en lui enlevant une portion de son oxigène, & alors
- elles s'y dissolvent, 242.-Leurs combinaisons les unes avec les
- autres, 230.-Les alliages qui en résultent sont plus cassans
- que les métaux alliés, 116.-C'est à leurs différens degrés de
- fusibilité que sont dus une partie des phénomènes que présentent
- ces combinaisons, 117.-Brûlent avec flamme colorée & se dissipent
- entiérement au feu alimenté par le gaz oxigène, 556.-Toutes,
- excepté le mercure, s'y oxident sur un charbon, _ibid._
-
- SUBSTANCES salines se volatilisent au feu alimenté par le gaz
- oxigène, 556.
-
- ---- Simples. Leur définition. Ce sont celles que la chimie n'a
- pas encore pu parvenir à décomposer, 193 _& suiv_.-Leur tableau,
- 192.-Leurs combinaisons avec le soufre, 221.-Avec le phosphore,
- 223.-Avec le carbone, 227.-Avec l'hydrogène, 217.-Avec l'azote, 213.
-
- ---- Végétales. Leurs principes constitutifs sont l'hydrogène & le
- carbone, 132.-Contiennent quelquefois du phosphore & de l'azote,
- 136.-Manière d'envisager leur composition & leur décomposition,
- 132.-Leur décomposition se fait en vertu d'affinités doubles
- & triples, 135.-Tous les principes qui les composent sont en
- équilibre entr'eux au degré de température dans lequel nous vivons,
- 133.-Leur distillation fournit la preuve de cette théorie, 135.-A
- un degré peu supérieur à l'eau bouillante, une partie du carbone
- devient libre, 134.-L'hydrogène & l'oxigène se réunissent pour
- former de l'eau, _ibid._-Une portion d'hydrogène & de carbone
- s'unissent & forment de l'huile volatile, _ibid._-A une chaleur
- rouge l'huile formée seroit décomposée, 135.-L'oxigène alors
- s'unit au carbone avec lequel il a plus d'affinité à ce degré,
- 134.-L'hydrogène s'échappe sous la forme de gaz en s'unissant au
- calorique, _ibid._
-
- SUCRE. Oxide végétal à deux bases, 125.-Son analyse, 142 _& suiv._-En
- l'oxigénant on forme de l'acide oxalique, de l'acide malique,
- de l'acide acéteux, selon la proportion d'oxigène, 294.-Moyens
- de rompre l'équilibre de ses principes par la fermentation,
- 142.-Récapitulation des résultats obtenus par la fermentation,
- 148.-Contient les substances propres à former de l'eau, mais non de
- l'eau toute formée, 151.
-
- ---- de lait oxigéné forme l'acide saccholactique, 311.
-
- SULFATES. Combinaisons de l'acide sulfurique avec les différentes
- bases, 245.
-
- ---- Métalliques. Combinaisons des métaux avec l'acide sulfurique,
- 245.
-
- SULFITES. Combinaisons de l'acide sulfureux avec les différentes
- bases, 245.
-
- ---- Métalliques pourroient bien ne pas exister, 245.
-
- SULFURES. Combinaisons du soufre avec les métaux, 118.
-
-
- T
-
- TABLEAU des acides & de leurs bases salifiables, 180 _& suiv._-Des
- substances simples, 192.-Des radicaux composés, 196.-Des
- combinaisons de l'oxigène, 203, 208.-Des combinaisons de l'azote,
- 212.-De l'hydrogène, 216.-Du soufre, 220.-Du phosphore, 222.-Du
- carbone, 226.-De l'acide nitrique, 232.-De l'acide sulfurique,
- 238.-De l'acide sulfureux, 243.-De l'acide phosphoreux, 246.-De
- l'acide phosphorique, 247.-De l'acide carbonique, 250.-De l'acide
- muriatique, 253.-De l'acide muriatique oxigéné, 254.-De l'acide
- nitro-muriatique, 258.-De l'acide fluorique, 261.-De l'acide
- boracique, 264.-De l'acide arsenique, 268.-De l'acide molybdique,
- 272.-De l'acide tunstique, 274.-De l'acide tartareux, 277.-De
- l'acide malique, 281.-De l'acide citrique, 284.-De l'acide
- pyro-ligneux, 286.-De l'acide pyro-tartareux, 288.-De l'acide
- pyro-muqueux, 290.-De l'acide oxalique, 292.-De l'acide acétique,
- 298,-De l'acide succinique, 300.-De l'acide benzoïque, 302.-De
- l'acide camphorique, 304.-De l'acide gallique, 306.-De l'acide
- lactique, 308.-De l'acide saccholactique, 310.-De l'acide formique,
- 312.-De l'acide bombique, 314.-De l'acide sébacique, 316.-De
- l'acide lithique, 318.-De l'acide prussique, 320.
-
- TAMISAGE. Moyen de séparer les corps en molécules de grosseurs
- à-peu-près uniformes, 409.
-
- TARTRE est composé de l'acide appelé _tartarum_, & de potasse.-Moyen
- de le décomposer pour en obtenir l'acide pur, 378, 379.
-
- TARTRITE acidule de potasse. Combinaison de la potasse & de l'acide
- tartareux, avec excès d'acide, 280.
-
- ---- de potasse. Sel parfaitement neutre, résultant de la combinaison
- de l'acide tartareux & de la potasse, 280.
-
- TERRE ou terreau. Principe fixe qui reste après l'analyse des
- substances végétales fermentées, 154.
-
- ---- On les regarde comme des êtres simples, 172.-Il y a quelques
- raisons de penser qu'elles contiennent de l'oxigène, 180,
- _ibid._-Et peut-être qu'elles sont des métaux oxidés, _ibid._-Elles
- ont une grande tendance à la combinaison, 172.
-
- TERRES composées. Se fondent au feu alimenté par le gaz oxigène sous
- la forme d'un verre blanc, 556.
-
- THERMOMÈTRE. Corrections du volume des gaz relatives aux différens
- degrés du thermomètre.-Modèle de calcul pour ces corrections, 380
- _& suiv._
-
- TOPAZE de Saxe. Se décolore & perd un cinquième de son poids au feu
- alimenté par le gaz oxigène, 557.
-
- TRITURATION. Instrumens propres à l'opérer, 403.
-
- TUNSTÈNE. Métal particulier souvent confondu avec l'étain.-Sa
- cristallisation.-Sa pesanteur spécifique.-Il se trouve
- naturellement dans l'état d'oxide.-Il fait fonction d'acide.-Il y
- est uni à la chaux, 275.
-
-
- V
-
- VAISSEAUX évaporatoires. Leur forme, 434 _& suiv._
-
- VAPORISATION. Passage d'un fluide liquide à l'état aériforme, 12.
-
- VERRES ardens. Ne produisent pas d'aussi grands effets qu'on avoit
- lieu de l'attendre 552.
-
- VERS à soie. Sa crysalide fournit l'acide bombique, 315.
-
-
- W
-
- WOLFRAM. Substance métallique.-Véritable tunstène, 275.
-
-
- _Fin de la Table des Matières._
-
-
-
-
-_EXTRAIT des Registres de l'Académie Royale des Sciences._
-
-Du 4 Février 1789.
-
-
-L'Académie nous a chargés, M. d'Arcet & moi, de lui rendre compte d'un
-Traité élémentaire de Chimie, que lui a présenté M. Lavoisier.
-
-Ce Traité est divisé en trois parties: la première a principalement
-pour objet, la formation des fluides aëriformes & leur décomposition,
-la combustion des corps simples, & la formation des acides.
-
-Les molécules des corps peuvent être considérées comme obéissant à deux
-forces, l'une répulsive, l'autre attractive. Pendant que la derniere
-de ces forces l'emporte, le corps demeure dans l'état solide; si, au
-contraire, l'attraction est plus foible, les parties du corps perdent
-l'adhérence qu'elles avoient entr'elles, & il cesse d'être un solide.
-
-La force répulsive est due au fluide très-subtil qui s'insinue à
-travers les molécules de tous les corps, & qui les écarte; cette
-substance, quelle qu'elle soit, étant la cause de la chaleur, ou,
-en d'autres termes, la sensation que nous appelons chaleur, étant
-l'effet de l'accumulation de cette substance, on ne peut pas, dans un
-langage rigoureux, la désigner par le nom de chaleur, parce que la même
-dénomination ne peut pas exprimer la cause & l'effet; c'est ce qui a
-déterminé M. Lavoisier, avec les autres Auteurs de la Nomenclature
-chimique, à la désigner sous le nom de calorique.
-
-Nous nous contenterons, dans ce rapport, d'employer la nomenclature
-adoptée par M. Lavoisier; mais dans le cours de son ouvrage, après
-avoir établi, par les expériences les plus exactes, les faits qui
-doivent servir de base aux connoissances chimiques, il a toujours
-soin de justifier la nomenclature dont il fait usage, & de suivre les
-rapports qui doivent se trouver entre les idées & les mots qui les
-représentent.
-
-S'il n'existoit que la force attractive des molécules de la matière, &
-la force répulsive du calorique, les corps passeroient brusquement de
-l'état de solide à celui de fluide aëriforme; mais une troisième force,
-la pression de l'atmosphère, met obstacle à cet écartement, & c'est à
-cet obstacle qu'est due l'existence des fluides. M. Lavoisier établit,
-par plusieurs expériences, quel est le degré de pression qui est
-nécessaire pour contenir différentes substances dans l'état liquide, &
-quel est le degré de chaleur nécessaire pour vaincre cette résistance.
-Mais il y a un certain nombre de substances qui, à la pression de notre
-atmosphère & au degré de froid connu, n'abandonnent jamais l'état de
-fluide aëriforme; ce sont celles-là qu'on désigne sous le nom de gaz.
-
-Puisque les molécules de tous les corps de la nature sont dans un
-état d'équilibre entre l'attraction, qui tend à les rapprocher &
-à les réunir, & les efforts du calorique, qui tend à les écarter,
-non-seulement le calorique environne de toutes parts les corps,
-mais encore il remplit les intervalles que leurs molécules laissent
-entr'elles, & comme c'est un fluide extrêmement compressible, il
-s'y accumule, il s'y resserre & s'y combine en partie. De ces
-considérations, M. Lavoisier déduit l'explication de ce qu'on doit
-entendre par le calorique libre, le calorique combiné, la capacité de
-calorique, la chaleur absolue, la chaleur latente, la chaleur sensible.
-On pourroit lui reprocher d'avoir insisté trop peu sur la propriété
-élastique & compressible du calorique, & de-là résulte une différence
-entre ses principes & la théorie de M. Black, sur la capacité de
-chaleur, mais en écartant cette considération, les idées de M.
-Lavoisier ont acquis l'avantage d'avoir plus de clarté.
-
-Après ces principes généraux, M. Lavoisier décrit le moyen qu'a imaginé
-M. de la Place pour déterminer par la quantité de glace fondue, celle
-du calorique qui s'est dégagé au milieu de cette glace, d'un corps qui
-étoit élevé à une certaine température, ou d'une combinaison qui s'y
-est formée. Il passe ensuite à des vues générales sur la formation
-& la constitution de l'atmosphère de la terre, non-seulement en la
-considérant dans l'état où elle se trouve, mais encore dans différens
-états hypothétiques.
-
-Notre atmosphère est formée de toutes les substances susceptibles de
-demeurer dans l'état aëriforme au degré habituel de température & de
-pression que nous éprouvons. Il étoit bien important de déterminer
-quel est le nombre & quelle est la nature des fluides élastiques qui
-composent cette couche inférieure que nous habitons. On sait que les
-connoissances que nous avons acquises sur cet objet, font la gloire
-de la Chimie moderne; que non-seulement on a analysé ces fluides,
-mais qu'on a encore appris à connoître une foule de combinaisons
-qu'ils formoient avec les substances terrestres, & que par-là le vide
-immense que les anciens Chimistes cherchoient à déguiser par quelques
-suppositions, a été comblé pour la plus grande partie. Il est bien
-intéressant de voir celui qui a le plus contribué à nous procurer ces
-connoissances nouvelles, en tracer lui-même le tableau, rapprocher
-les résultats des expériences qui ont fait l'objet d'un grand nombre
-de ses Mémoires, perfectionner ces expériences & tous les appareils
-qu'il a fallu imaginer; mais il n'est pas possible de suivre dans un
-extrait les descriptions que M. Lavoisier présente avec beaucoup de
-concision, sur l'analyse de l'air de l'atmosphère, la décomposition du
-gaz oxigène par le soufre, le phosphore & le charbon, sur la formation
-des acides en général, la décomposition du gaz oxigène par les métaux,
-la formation des oxides métalliques, le principe radical de l'eau, sa
-décomposition par le charbon & par le fer, la quantité de calorique
-qui se dégage des différentes espèces de combustion, & la formation de
-l'acide nitrique.
-
-Après tous ces objets, M. Lavoisier examine la combinaison des
-substances combustibles les unes avec les autres.
-
-Le soufre, le phosphore, le charbon ont la propriété de s'unir avec les
-métaux, & de-là naissent les combinaisons que M. Lavoisier désigne sous
-le nom de sulfures, phosphures & carbures.
-
-L'hydrogène peut aussi se combiner avec un grand nombre de substances
-combustibles; dans l'état de gaz, il dissout le carbone ou charbon pur,
-le soufre, le phosphore, & de-là viennent les différentes espèces de
-gaz inflammable.
-
-Lorsque l'hydrogène & le carbone s'unissent ensemble, sans que
-l'hydrogène ait été porté à l'état de gaz par le calorique, il en
-résulte, selon M. Lavoisier, cette combinaison particuliere qui est
-connue sous le nom d'huile, & cette huile est fixe ou volatile, selon
-les proportions de l'hydrogène & du carbone. Il a exposé dans les
-Mémoires de 1784, les expériences qui l'ont conduit à cette opinion.
-
-Cependant il nous paroît que cette opinion n'est pas à l'abri des
-objections, nous nous contenterons d'en proposer une. Toutes les huiles
-donnent un peu d'eau & un peu d'acide lorsqu'on les distille, & en
-réitérant les distillations, on peut les réduire entièrement en eau, en
-acide, en charbon, en gaz carbonique & en gaz hydrogène carboné. Cet
-acide & cette eau qu'on retire dans chaque opération, n'annoncent-ils
-pas qu'il entroit de l'oxigène dans la composition de l'huile; car il
-est facile de prouver que l'air qui est contenu dans les vaisseaux qui
-servent à la distillation, n'a pas pu contribuer d'une manière sensible
-à leur production?
-
-Il falloit d'abord examiner les phénomènes que présente l'oxigénation
-des quatre substances combustibles simples, le phosphore, le soufre, le
-carbone & l'hydrogène; mais ces substances, en se combinant les unes
-avec les autres, ont formé des corps combustibles composés, tels que
-les huiles, dont l'oxigénation doit présenter d'autres résultats. Selon
-M. Lavoisier, il existe des acides & des oxides à base double & triple:
-il donne en général le nom d'oxide à toutes les substances qui ne sont
-pas assez oxigénées pour prendre le caractère acide. Tous les acides
-du règne végétal ont pour base l'hydrogène & le carbone, quelquefois
-l'hydrogène, le carbone & le phosphore. Les acides & oxides du règne
-animal sont encore plus composés; il entre dans la composition de
-la plupart quatre bases acidifiables, l'hydrogène, le carbone, le
-phosphore & l'azote. M. Lavoisier tâche de rendre raison par ces
-principes très-simples, de la nature & de la différence des acides
-végétaux & des autres substances d'une nature végétale & d'une nature
-animale; il ne seroit pas juste dans ce moment de juger avec sévérité
-ces apperçus ingénieux, parce que l'Auteur se propose de les développer
-dans des Mémoires particuliers.
-
-L'hydrogène, l'oxigène & le carbone, sont des principes communs à tous
-les végétaux, & pour cette raison, M. Lavoisier les appelle primitifs.
-Ces principes, en raison de la quantité de calorique avec lequel ils se
-trouvent combinés dans les végétaux, sont tous à-peu-près en équilibre
-à la température dans laquelle nous vivons; ainsi les végétaux ne
-contiennent ni huile, ni eau, ni acide carbonique, & seulement les
-élémens de toutes ces substances; mais un changement léger dans la
-température suffit pour renverser cet ordre de combinaison. L'hydrogène
-& l'oxigène s'unissent plus intimément & forment de l'eau qui passe
-dans la distillation; une portion de l'hydrogène & une portion du
-carbone se réunissent ensemble pour former de l'huile volatile, une
-autre partie du carbone devient libre & reste dans la cornue. Dans les
-substances animales, l'azote, qui est un de leurs principes primitifs,
-s'unit à une portion d'hydrogène pour former l'alkali volatil. M.
-Lavoisier donne des explications analogues à celles que nous venons
-d'indiquer, des phénomènes & des produits de la fermentation vineuse, &
-de la putréfaction.
-
-Il y a un grand rapport entre ces dernieres idées de M. Lavoisier &
-celles que M. Higgins a exposées dans un traité sur l'acide acéteux,
-la distillation, la fermentation, &c. qu'il a publié en 1786, & dans
-lequel il admet la formation de l'eau & des huiles par l'action de la
-chaleur; mais n'ayant pas distingué le gaz hydrogène qu'il appelle
-phlogistique (ce qui est tout-à-fait indifférent), du charbon & de leur
-combinaison, il n'a pu déterminer les effets de la chaleur & de la
-fermentation avec autant d'exactitude que M. Lavoisier.
-
-Les substances acidifiables, en s'unissant avec l'oxigène & en
-se convertissant en acides, acquièrent une grande tendance à la
-combinaison: elles deviennent propres à s'unir avec des substances
-terreuses & métalliques. Mais une circonstance remarquable distingue
-ces deux espèces de combinaison; c'est que les métaux ne peuvent
-contracter d'union avec les acides que par l'intermède de l'oxigène,
-de manière qu'il faut qu'ils soient réduits en oxides, ou qu'ils
-décomposent l'eau dont ils dégagent alors le gaz hydrogène, ou qu'ils
-trouvent de l'oxigène dans l'acide, & c'est ainsi qu'ils forment du gaz
-nitreux avec l'acide nitrique.
-
-La considération des phénomènes qui accompagnent les dissolutions,
-conduit M. Lavoisier à celle des bases alkalines, des terres & des
-métaux, & à déterminer le nombre des sels qui peuvent résulter de la
-combinaison de ces différentes bases avec tous les acides connus.
-
-Dans la seconde partie de son ouvrage, M. Lavoisier présente
-successivement le tableau des substances simples, ou plutôt de celles
-que l'état actuel de nos connoissances nous oblige à considérer comme
-telles, celui des radicaux ou bases oxidables & acidifiables, composées
-de la réunion de plusieurs substances simples, ceux des combinaisons de
-l'azote, de l'hydrogène, du carbone, du soufre & du phosphore, avec des
-substances simples, & enfin ceux des combinaisons de tous les acides
-connus, avec les différentes bases. Chaque tableau est accompagné d'une
-explication sur la nature & les préparations de la substance qui en est
-l'objet, & sur ses principales combinaisons.
-
-M. Lavoisier a réuni, dans la troisième partie de son ouvrage, la
-description sommaire de tous les appareils & de toutes les opérations
-manuelles qui ont rapport à la Chimie élémentaire. Les détails
-indispensables dans lesquels il faut entrer, auroient interrompu la
-marche des idées rapides qu'il a présentées dans les deux premières
-parties, & en auroient rendu la lecture fatigante.
-
-Cette description est d'autant plus précieuse, que non-seulement elle
-est faite avec beaucoup de méthode & de clarté, mais encore qu'elle a
-particulièrement pour objet les appareils relatifs à la Chimie moderne,
-dont plusieurs sont dûs à M. Lavoisier lui-même, & qui, en général,
-sont encore peu connus, même de ceux qui font une étude particulière
-de la Chimie; mais il est impossible de tracer une esquisse de ces
-descriptions, & nous sommes obligés de nous borner à l'énumération des
-chapitres dans lesquels elles sont classées.
-
-Le chapitre premier traite des instrumens propres à déterminer le poids
-absolu & la pesanteur spécifique des corps solides & liquides.
-
-Le second est destiné à la gazométrie, ou à la mesure du poids & du
-volume des substances aëriformes.
-
-Le chapitre troisième contient la description des opérations purement
-mécaniques, qui ont pour objet de diviser les corps, telles que la
-trituration, la porphirisation, le tamisage, la filtration, &c.
-
-M. Lavoisier décrit, dans le chapitre cinquième, les moyens que la
-Chimie emploie pour écarter les unes des autres les molécules des
-corps sans les décomposer, & réciproquement pour les réunir, ce qui
-comprend la solution des sels, leur lexiviation, leur évaporation, leur
-cristallisation, & les appareils distillatoires.
-
-Les distillations pneumato-chimiques, les dissolutions métalliques, &
-quelques autres opérations qui exigent des appareils très-compliqués,
-sont l'objet du sixième chapitre.
-
-Le chapitre septième contient la description des opérations relatives à
-la combustion & à la détonnation. Les appareils qui sont décrits dans
-ce chapitre sont entièrement nouveaux.
-
-Enfin le chapitre huitième est destiné aux instrumens nécessaires pour
-opérer sur les corps à de très-hautes températures.
-
-Toutes ces descriptions sont rendues sensibles par un grand nombre de
-planches qui présentent tous les détails qu'on peut desirer, & qui sont
-gravées avec beaucoup de soin. Nous ne devons pas laisser ignorer à la
-reconnoissance des Chimistes, qu'elles ne sont point l'ouvrage d'un
-burin mercenaire, mais qu'elles sont dûes au zèle & aux talens variés
-du traducteur de l'ouvrage de M. Kirwan sur le phlogistique.
-
-Ces nouveaux élémens sont terminés par quatre tables; la première
-donne le nombre des pouces cubiques correspondans à un poids déterminé
-d'eau; la seconde est destinée à convertir les fractions vulgaires
-en fractions décimales, & réciproquement; la troisième présente le
-poids des différens gaz, & la quatrième, la pesanteur spécifique des
-différentes substances.
-
-Ainsi M. Lavoisier, en partant des notions les plus simples & des
-objets les plus élémentaires, conduit successivement aux combinaisons
-plus composées. Ses raisonnemens sont presque toujours fondés sur des
-expériences rigoureuses, ou plutôt ils n'en sont que le résultat; &
-il finit par donner les élémens de l'art des expériences qui doit
-servir de guide aux Chimistes qui, au lieu de se livrer à de vaines
-hypothèses, veulent établir leurs opinions la balance à la main.
-
-L'ouvrage est précédé d'un discours dans lequel M. Lavoisier rend
-compte des motifs qui l'ont engagé à l'entreprendre, & de la marche
-qu'il a suivie dans son exécution.
-
-S'étant imposé la loi de ne rien conclure au-delà de ce que les
-expériences présentent & de ne jamais suppléer au silence des faits,
-il n'a point compris dans ses élémens la partie de la Chimie la plus
-susceptible peut-être de devenir un jour une science exacte, c'est
-celle qui traite des affinités ou attractions chimiques; mais les
-données principales manquent, ou du moins celles que nous avons ne sont
-encore ni assez précises, ni assez certaines pour devenir la base sur
-laquelle doit porter une partie aussi importante de la Chimie.
-
-M. Lavoisier a la modestie d'avouer qu'une considération secrète a
-peut-être donné du poids aux raisons qu'il pouvoit avoir de se taire
-sur les affinités; c'est que M. de Morveau est au moment de publier
-l'article _affinité_ de l'Encyclopédie méthodique, & qu'il a redouté
-de traiter en concurrence avec lui, un objet qui exige des discussions
-très-délicates.
-
-Quoique les Savans s'empressent de toutes parts de rendre justice aux
-connoissances profondes de M. de Morveau, il doit néanmoins être flatté
-d'un aveu qui honore également celui qui l'a fait.
-
-Si M. Lavoisier ne parle point, dans ce Traité, des parties
-constituantes & élémentaires des corps, c'est qu'il regarde comme
-hypothétique tout ce qu'on a dit sur les quatre élémens: il est
-probable que nous ne connoissons pas les molécules simples &
-indivisibles qui composent les corps; mais il est un terme auquel nous
-conduisent nos analyses, & ce sont les derniers résultats que nous en
-obtenons, qui sont pour nous des substances simples, ou, si l'on veut,
-des élémens.
-
-Mais l'objet principal de ce discours est de faire sentir la liaison
-qui se trouve entre l'abus des mots & les idées fausses, & entre la
-précision du langage & les progrès des sciences.
-
-Nous pensons que ces nouveaux Elémens sont très-dignes d'être imprimés
-sous le privilége de l'Académie.
-
-
-Fait à l'Académie, le 4 Février 1789.
-
- _Signé_, D'ARCET & BERTHOLET.
-
-Je certifie le présent extrait conforme à l'original, & au jugement de
-l'Académie. A Paris, ce 7 Février 1789.
-
- _Signé_, le Marquis DE CONDORCET.
-
-
-
-
-_EXTRAIT des Registres de la Société Royale de Médecine._
-
-Du 6 Février 1789.
-
-
-La Société nous a chargés, M. de Horne & moi, d'examiner un Ouvrage
-de M. Lavoisier, ayant pour titre, _Traité élémentaire de Chimie_,
-_présenté dans un ordre nouveau_, _& d'après les découvertes modernes_.
-Comme ce Traité, que nous avons lu avec le plus vif intérêt, offre une
-méthode élémentaire différente de toutes celles qu'on a suivies dans
-les Ouvrages du même genre, nous avons cru devoir en rendre un compte
-très-détaillé à la Compagnie.
-
-Les Physiciens, & tous les hommes, qui s'adonnent à l'étude de la
-Philosophie naturelle, savent que c'est aux expériences de M. Lavoisier
-qu'est due la révolution que la Chimie a éprouvée depuis quelques
-années; à peine M. Black eut-il fait connoître, il y a bientôt vingt
-ans, l'être fugace qui adoucit la chaux & les alkalis, & qui avoit
-jusques-là échappé aux recherches des Chimistes; à peine M. Priestley
-eut-il donné ses premières expériences sur l'air fixe & ce qu'il
-appeloit les différentes espèces d'air, que M. Lavoisier, qui ne
-s'étoit encore appliqué qu'à mettre dans les opérations de Chimie de
-l'exactitude & de la précision, conçut le vaste projet de répéter & de
-varier toutes les expériences des deux célèbres Physiciens Anglois,
-& de poursuivre avec une ardeur infatigable une carrière nouvelle,
-dont il prévoyoit dès-lors l'étendue. Il sentit sur-tout que l'art de
-faire des expériences vraiment utiles, & de contribuer aux progrès
-de la science de l'analyse, consistoit à ne rien laisser échapper, à
-tout recueillir, à tout peser. Cette idée ingénieuse, à laquelle sont
-dues toutes les découvertes modernes, l'engagea à imaginer, pour les
-effervescences, pour les combustions, pour la calcination des métaux,
-&c. des appareils capables de porter la lumière la plus vive sur la
-cause & les résultats de ces opérations. On connoît trop généralement
-aujourd'hui la plupart des faits & des découvertes que cette route
-expérimentale nouvelle a fait naître, pour que nous ayons besoin
-d'en suivre ici les détails; nous nous contenterons de rappeler que
-c'est à l'aide de ces procédés, à l'aide de ce nouveau sens, ajouté,
-pour ainsi dire, à ceux que le Physicien possédoit déjà, que M.
-Lavoisier est parvenu à établir des vérités & une doctrine nouvelles
-sur la combustion, sur la calcination des métaux, sur la nature de
-l'eau, sur la formation des acides, sur la dissolution des métaux,
-sur la fermentation & sur les principaux phénomènes de la nature.
-Ces instrumens si ingénieux, cette méthode expérimentale si exacte
-& si différente des procédés employés autrefois par les Chimistes,
-n'ont cessé, depuis 1772, de devenir entre les mains de M. Lavoisier
-& des Physiciens qui ont suivi la même route, une source féconde
-de découvertes. Les Mémoires de l'Académie des Sciences offrent,
-depuis 1772 jusqu'en 1786, une suite non interrompue de travaux,
-d'expériences, d'analyses faites par ce Physicien sur le même plan. Ce
-qu'il y a de plus frappant pour ceux qui aiment à suivre les progrès
-de l'esprit humain dans ce genre de recherches, dont on n'avoit aucune
-idée il y a vingt ans, c'est que toutes les découvertes qui se sont
-succédées depuis cette époque, n'ont fait que confirmer les premiers
-résultats trouvés par M. Lavoisier, & donner plus de force & plus de
-solidité à la doctrine qu'il a proposée. Une autre considération, qui
-nous paroît également importante, c'est que les expériences de Bergman,
-de Schéele, de MM. Cavendish, Priestley, & d'un grand nombre d'autres
-Chimistes dans différentes parties de l'Europe, quoique faites sous
-des points de vue & avec des moyens différens en apparence, se sont
-tellement accordées avec les résultats généraux dont nous parlions
-plus haut, que cet accord, bien propre à convaincre les Physiciens qui
-cherchent la vérité sans prévention, & avec le courage nécessaire
-pour résister aux préjugés, n'a fait que rendre plus solides & plus
-inébranlables les fondemens sur lesquels repose la nouvelle doctrine
-chimique. C'est dans cet état de la science, c'est à l'époque où
-les faits nouveaux, généralement reconnus, n'excitent encore des
-discussions entre les Physiciens, que relativement à leur explication,
-que M. Lavoisier, auteur de la plus grande partie de ces découvertes,
-& de la théorie simple & lumineuse qu'elles ont créée, s'est proposé
-d'enchaîner dans un nouvel ordre les vérités nouvelles, & d'offrir
-aux Savans, ainsi qu'à ceux qui veulent le devenir, l'ensemble de ses
-travaux. Ceux qui ont suivi avec soin les progrès successifs de la
-Chimie, ne trouveront dans l'Ouvrage dont nous nous occupons, que les
-faits qu'ils connoissent déjà; mais ils se présenteront à eux dans
-un ordre qui les frappera par sa clarté & sa précision. Ce sera donc
-spécialement sur la marche des faits, des idées & des raisonnemens
-tracés par M. Lavoisier, que nous insisterons dans ce rapport.
-
-Ce Traité est divisé en trois parties. Dans la première, M. Lavoisier
-expose les élémens de la science & les bases sur lesquelles elle est
-fondée. C'est sur les corps les plus simples, & sur le premier ordre
-de leurs combinaisons, que roule cette première partie, comme nous le
-dirons tout-à-l'heure.
-
-La seconde partie présente les tableaux de toutes les combinaisons de
-ces corps simples entr'eux, & des mixtes qu'ils forment les uns avec
-les autres. Les composés salins neutres en sont particulièrement le
-sujet.
-
-Dans la troisième partie, M. Lavoisier décrit les appareils nouveaux,
-dont il a imaginé la plus grande partie, & à l'aide desquels il a
-établi les vérités exposées dans la première partie.
-
-Considérons chacune de ces parties plus en détail, & suivons l'Auteur
-jusqu'à ses dernières divisions, pour faire connoître l'utilité &
-l'importance de son Ouvrage.
-
-
-Première Partie.
-
-En exposant, dans un Discours préliminaire, les motifs qui l'ont engagé
-à écrire son Ouvrage, M. Lavoisier annonce que c'est en s'occupant
-de la nomenclature & en développant ses idées sur les avantages & la
-nécessité de lier les mots aux faits, qu'il a été entraîné comme malgré
-lui à faire un Traité élémentaire de Chimie; que cette nomenclature
-méthodique l'ayant conduit du connu à l'inconnu, cette marche qu'il
-s'est trouvé forcé de suivre, lui a paru propre à guider les pas
-de ceux qui veulent étudier la Chimie; il pense que, quoique cette
-science ait encore beaucoup de lacunes & ne soit pas complette comme
-la Géométrie élémentaire, les faits qui la composent s'arrangent
-cependant d'une manière si heureuse dans la doctrine moderne, qu'il
-est permis de la comparer à cette dernière, & qu'on peut espérer de
-la voir s'approcher, de nos jours, du degré de perfection qu'elle est
-susceptible d'atteindre. Son but a été de ne rien conclure au-delà de
-l'expérience, de ne jamais suppléer au silence des faits.
-
-C'est pour cela qu'il n'a point parlé des principes des corps, sur
-lesquels on a depuis si long-temps donné des idées vagues, dans
-les écoles & dans les Ouvrages élémentaires; qu'il n'a rien dit
-des attractions ou affinités chimiques, qui ne sont point encore
-connues, suivant lui, avec l'exactitude nécessaire pour en exposer
-les généralités dans des élémens. Il termine ce discours en retraçant
-les raisons & les motifs qui ont guidé les Chimistes dans le travail
-de la nouvelle nomenclature, & en faisant voir quelle influence les
-noms exacts proposés dans ce travail, peuvent avoir sur les progrès &
-l'étude de la science.
-
-La première partie qui suit immédiatement ce Discours préliminaire,
-comprend dix-sept chapitres.
-
-M. Lavoisier annonce qu'il traite, dans cette première Partie, de
-la formation des fluides aëriformes & de leur décomposition; de la
-combustion des corps simples, & de la formation des acides. Ce titre,
-qui n'auroit certainement pas rappelé aux anciens Chimistes l'ensemble
-de leur science, le comprend cependant tout entier pour ceux qui la
-possèdent, & en effet, l'un de nous en traçant la marche & l'état de
-toutes les connoissances chimiques modernes dans quelques séances
-sur les fluides élastiques, a fait voir que toute la science est
-comprise dans l'histoire de leur développement & de leur fixation.
-Il est donc vrai de dire, que quoique le domaine de la Chimie ait
-été singulièrement agrandi par le nombre considérable de faits
-nouveaux qu'elle a acquis depuis quelques années, le rapprochement,
-la liaison & la cohérence de ces faits, peuvent en resserrer les
-élémens dans l'esprit de ceux qui les possèdent, & de ceux qu'une
-méthode exacte guide dans leurs études; si les expériences semblent
-effrayer l'imagination par leur nombre, les résultats simples qu'on
-en tire, & les données générales qu'elles fournissent, font évanouir
-les difficultés, & rendent le travail de la mémoire plus facile. Cette
-vérité sera mise dans tout son jour, par l'exposé des divers objets
-compris dans cette première partie de l'ouvrage de M. Lavoisier.
-
-Le premier Chapitre traite de la combinaison des corps avec le
-calorique ou la matière de la chaleur, & de la formation des fluides
-élastiques. Le calorique dilate tous les corps en écartant leurs
-molécules, qui tendent à se rapprocher par la force d'attraction. On
-peut donc considérer son effet comme celui d'une force répulsive ou
-opposée à l'attraction. Lorsque l'attraction des molécules est plus
-forte, que l'écartement ou la force répulsive communiquée par le
-calorique, le corps est solide; si la force répulsive l'emporte sur
-l'attraction, les molécules s'écartent jusqu'à un certain point, la
-fusion, & enfin la fluidité élastique naissent de cet effet. Comme la
-diminution ou l'enlèvement du calorique permet le rapprochement des
-molécules des corps dont l'attraction agit alors librement, & comme on
-peut concevoir un refroidissement toujours croissant, beaucoup plus
-fort que celui que nous connoissons, & conséquemment un rapprochement
-proportionné dans les molécules des corps, il s'ensuit que ces
-molécules ne se touchent pas, qu'il existe des intervalles entr'elles;
-ces intervalles sont remplis par le calorique. On peut l'y accumuler;
-c'est cette accumulation qui détruit l'attraction de ces molécules,
-& qui donne enfin naissance à un fluide élastique. Tous les corps
-liquides prendroient, à la surface du globe, cette forme de fluides
-élastiques, si la pression de l'air atmosphérique ne s'y opposoit
-pas, c'est en raison de cette pression qu'il faut que la température
-de l'eau soit élevée à 80 degrés pour qu'elle se réduise en vapeur;
-l'éther à 30 ou 33 degrés, l'alkool à 67, Mais les fluides supposés
-réduits en vapeurs par la suppression du poids de l'atmosphère, se
-formeroient bientôt un obstacle à eux-mêmes par leur pression.
-
-On voit d'après cela qu'un fluide élastique ou un gaz n'est qu'une
-combinaison d'un corps quelconque ou d'une base avec le calorique.
-On voit encore que, suivant les espaces ou les intervalles compris
-entre les molécules des différens corps, il faudra plus ou moins de
-calorique pour les dilater au même point; c'est cette différence qu'on
-nomme _capacité de chaleur_, & la quantité de calorique nécessaire
-pour élever chaque corps à la même température, se nomme chaleur ou
-_calorique spécifique_. Comme les corps, en se combinant au calorique,
-deviennent des fluides élastiques, l'élasticité paroît être due à
-la répulsion des molécules du calorique, ou plutôt à une attraction
-plus forte entre ces dernières, qu'entre celles des corps fluides
-élastiques, qui sont alors repoussées par l'effet du premier.
-
-Ces idées simples & fondées sur des expériences exactes, conduisent
-l'Auteur à donner, dans le second chapitre, des vues sur la formation
-& la constitution de l'atmosphère de la terre; elle doit être formée
-des substances susceptibles de se volatiliser au degré ordinaire de
-chaleur qui existe sur le globe, & à la pression moyenne qui soutient
-le mercure à 28 pouces. La terre étant supposée à la place d'une
-planète beaucoup plus rapprochée du soleil, comme l'est Mercure, l'eau,
-le mercure même entreroient en expansion, & se mêleroient à l'air
-jusqu'à ce que cette expansion fût limitée par la pression exercée
-par ces nouveaux fluides élastiques. Si le globe étoit, au contraire,
-transporté à une distance beaucoup plus éloignée du soleil qu'il ne
-l'est, l'eau seroit solide & comme une pierre dure & transparente.
-La solidité, la liquidité, la fluidité élastique sont donc des
-modifications des corps dues au calorique. Les fluides habituellement
-vaporeux qui forment notre atmosphère, doivent, ou se mêler lorsqu'ils
-ont de l'affinité, ou se séparer suivant l'ordre de leurs pesanteurs
-spécifiques, s'ils ne sont pas susceptibles de s'unir. M. Lavoisier
-pense que la couche supérieure de l'atmosphère est surmontée des gaz
-inflammables légers qu'il regarde comme la matière & le foyer des
-météores lumineux.
-
-Il étoit très-naturel que ces considérations générales sur l'atmosphère
-de la terre fussent suivies de l'analyse de l'air qui la compose; cette
-analyse fait le sujet du troisième chapitre, dans lequel est consignée
-une des plus belles découvertes du siècle & de la Chimie moderne. La
-combustion du mercure dans un ballon, la perte de poids d'un sixième de
-l'air, l'augmentation correspondante du poids du mercure, la qualité
-délétère des cinq sixièmes d'air restant; la séparation de l'air de
-la chaux de mercure fortement échauffée, la pureté de celui-ci, la
-recomposition de l'air semblable à celui de l'atmosphère par l'addition
-de cette partie tirée du mercure à celle restée dans le ballon; la
-chaleur vive & la flamme brillante dégagée de l'air par le fer qu'on y
-brûle, suffisent à M. Lavoisier pour prouver que l'air atmosphérique
-est un composé de deux fluides élastiques différens, l'un respirable,
-l'autre non respirable, que le premier forme 0,27, & le second 0,73.
-
-Dans le quatrième chapitre, ce Savant expose les noms donnés à ces deux
-gaz qui composent l'air atmosphérique, & les raisons qui les ont fait
-proposer; le premier porte, comme on sait, le nom d'_air vital_ & de
-_gaz oxigène_, & le second celui de _gaz azote_.
-
-La quantité des deux principes de l'atmosphère étant connue, la nature
-du gaz oxigène occupe ensuite M. Lavoisier. Le cinquième chapitre est
-destiné à l'examen de la décomposition du gaz oxigène ou air vital par
-le soufre, le phosphore, le charbon, & de la formation des acides.
-Cent grains de phosphore brûlé dans un ballon bien plein d'air vital,
-absorbent 154 grains de cet air ou de sa base, & forment 254 grains
-d'acide phosphorique concret. Vingt-huit grains de charbon absorbent 72
-grains d'air vital, & forment 100 grains d'acide carbonique. Le soufre
-en absorbe plus que son poids & devient acide sulfurique. La base de
-cet air a donc la propriété, en se combinant avec ces trois corps
-combustibles, de les convertir en acides; de-là le nom d'oxigène donné
-à cette base de l'air vital, & celui d'oxigénation donné à l'opération
-par laquelle cette base se fixe.
-
-La nomenclature des différens acides forme le sujet du sixième
-chapitre; le nom général d'acide désigne la combinaison avec l'oxigène;
-les noms particuliers appartiennent aux bases différentes unies à
-l'oxigène. Le soufre forme l'acide sulfurique, le phosphore l'acide
-phosphorique, le carbone ou charbon pur l'acide carbonique. La
-terminaison variée dans ces mots exprime la proportion d'oxigène; ainsi
-le soufre combiné avec peu d'oxigène & dans l'état d'un acide foible,
-donne l'acide sulfureux, tandis qu'une plus grande proportion de ce
-principe acidifiant, forme l'acide sulfurique. Nous n'insisterons pas
-davantage sur les principes de cette nomenclature, qui sont déjà bien
-connus de la Société. M. Lavoisier donne, à la fin de ce chapitre, les
-proportions d'azote & d'oxigène qui constituent l'acide du nitre en
-différens états, comme l'a découvert M. Cavendish.
-
-Il parle, dans le septième chapitre, de la décomposition du gaz oxigène
-par les métaux. On sait que ces corps combustibles absorbent la base
-de l'air vital plus ou moins facilement, & à des températures plus ou
-moins élevées; mais comme l'affinité de ces corps pour l'oxigène est en
-général rarement plus forte que celle de celui-ci pour le calorique,
-les métaux s'y combinent plus ou moins difficilement. Les composés
-des métaux & d'oxigène n'étant pas des acides, on a proposé le nom
-d'oxides pour les désigner, au lieu de celui de chaux, qui étoit
-équivoque, & fondé sur une fausse analogie. M. Lavoisier donne les
-détails de cette nomenclature à la fin de ce chapitre.
-
-Il traite, dans le huitième, du principe radical de l'eau, & de la
-décomposition de ce fluide par le charbon & le fer. L'eau que l'on
-fait passer à travers un tube de verre ou de porcelaine rougi au feu,
-se réduit seulement en vapeur, sans éprouver d'altération. En passant
-à travers le même tube chargé de vingt-huit grains de charbon, il y a
-85 grains d'eau changée de nature, & le charbon disparoît. On obtient
-100 grains ou 144 pouces d'acide carbonique, qui contiennent, outre les
-28 grains de carbone, 72 grains d'oxigène, provenant nécessairement
-de l'eau, puisqu'aucun autre corps n'a pu le lui fournir; ce gaz
-acide carbonique est mêlé de 13 grains ou 380 pouces cubes de gaz
-inflammable; ces 13 grains ajoutés aux 72 grains d'oxigène enlevé
-par le carbone, font les 85 grains d'eau qui manquent; & en effet,
-en brûlant dans un appareil fermé 85 grains d'air vital & 15 de gaz
-inflammable, on a 100 grains d'eau. L'eau est donc composée de ces deux
-principes. L'oxigène est déjà connu par les détails précédens; la base
-du gaz inflammable a été nommée _hydrogène_, ou principe radical de
-l'eau; M. Lavoisier en décrit les propriétés & sur-tout celles qu'il a
-dans l'état de gaz.
-
-Le neuvième chapitre contient des détails absolument neufs sur la
-quantité de calorique qui se dégage dans la combustion de différens
-corps combustibles, ou, ce qui est la même chose en d'autres termes,
-pendant la fixation de l'air vital ou gaz oxigène. Pour bien concevoir
-l'objet de cet article important, rappelons que l'air vital est, comme
-tous les autres fluides élastiques, une base solidifiable unie à du
-calorique; que ce gaz ne peut se fixer, ou sa base devenir solide
-dans les combinaisons où elle entre, qu'en perdant le calorique qui
-la tenoit écartée & divisée en fluide élastique. Cela posé, il est
-clair qu'en partant d'une expérience où l'air vital paroît laisser
-déposer sa base la plus solide possible en perdant tout le calorique
-qu'il contient, on aura une mesure à peu de chose près exacte de
-la quantité absolue de calorique contenu dans une quantité donnée
-de gaz oxigène. Mais comment mesurer cette chaleur. M. Lavoisier
-s'est servi, pour cela, d'un appareil ingénieux, dont la première
-idée est due à M. Wilcke, Physicien Anglois, mais qui a été changé &
-bien perfectionné par M. de la Place. Ce sont des enveloppes de tôle
-garnies de glace, & laissant un espace vide dans lequel on fait les
-expériences de combustion, absolument comme dans une sphère de glace
-assez épaisse pour que la température extérieure n'influe en aucune
-manière sur sa cavité intérieure. Le calorique se sépare pendant la
-fixation de l'oxigène, fond une partie de cette glace, proportionnelle
-à la quantité qui s'en dégage. En opérant ainsi la combustion du
-phosphore, M. Lavoisier a vu qu'une livre de ce combustible fond 100
-livres de glace, en absorbant une livre 8 onces d'air vital; & comme
-l'acide phosphorique concret qui résulte de cette combustion paroît
-contenir l'oxigène le plus solide & le plus séparé de calorique, il
-en conclut que, dans l'état d'air vital, une livre d'oxigène contient
-une quantité de calorique suffisante pour fondre 66 livres 10 onces
-5 gros 24 grains de glace à zero. En partant de cette expérience, M.
-Lavoisier a trouvé qu'une livre de charbon absorbant 2 livres 9 onces
-1 gros 10 grains d'oxigène, & ne faisant fondre que 96 livres 8 onces
-de glace, tout le calorique contenu dans cette quantité d'air vital
-n'est pas dégagé, puisqu'il se seroit fondu 171 livres 6 onces 5 gros
-de glace; la différence de cette quantité de calorique, c'est-à-dire,
-une quantité capable de fondre 74 livres 14 onces 5 gros de glace, est
-employée à tenir sous forme de gaz 3 livres 9 onces 1 gros 10 grains
-d'acide carbonique, produit dans cette opération. La combustion du gaz
-hydrogène brûlé dans l'appareil de glace, lui a présenté le résultat
-suivant relativement au dégagement du calorique. Une livre de ce gaz
-absorbe 5 livres 10 onces 5 gros 24 grains d'air vital en brûlant;
-il se dégage dans cette combustion une quantité de calorique capable
-de faire fondre 295 livres 9 onces 3 gros & demi de glace; or, comme
-cette dose d'air vital auroit donné, si on l'avoit fait servir à la
-combustion du phosphore, où l'oxigène paroît être le plus solide
-possible, une quantité de calorique suffisante pour fondre 377 livres
-12 onces 3 gros de glace, il s'ensuit que la différence de ces deux
-quantités de calorique, qui est exprimée par celle de 82 livres 9 onces
-7 gros & demi de glace fondue, reste dans l'eau à 0 de température,
-& que chaque livre de ce liquide à cette température, contient dans
-la portion d'oxigène qui fait un de ses principes, une quantité de
-calorique capable de fondre 12 livres 5 onces 2 gros 48 grains de
-glace. M. Lavoisier a trouvé, par les mêmes expériences, la quantité de
-calorique contenu dans l'oxigène de l'acide nitrique, & celle qui se
-dégage dans la combustion de la cire & de l'huile; & si ces recherches
-avoient été suivies avec un soin égal sur la quantité de calorique que
-chaque métal dégage de l'air vital en absorbant l'oxigène, ou en se
-calcinant, cette appréciation seroit, comme le dit M. Lavoisier à la
-fin de ce chapitre, d'une grande utilité pour l'explication de beaucoup
-de phénomènes chimiques.
-
-L'Auteur décrit dans le dixieme chapitre la nature générale des
-combinaisons des substances combustibles déjà examinées dans les
-chapitres précédens, les unes avec les autres. Les alliages des
-métaux, les dissolutions du soufre, du phosphore, du charbon dans le
-gaz hydrogène, l'union du carbone & de l'hydrogène qui constitue les
-huiles en général, sont indiqués successivement. Dans ce chapitre comme
-dans tous les précédens, on trouve des vues neuves sur l'union encore
-inconnue de plusieurs substances combustibles entr'elles.
-
-Dans tous les chapitres précédens qui ont pour objet la décomposition
-de l'air vital, l'absorption de l'oxigène par les corps combustibles
-& les phénomènes de leur combustion & de leurs produits, il n'est
-question que des substances combinées, une à une avec l'oxigène. Le
-deuxième chapitre présente les combinaisons de ce principe acidifiant
-avec plusieurs bases à la fois, conséquemment des oxides & des acides
-à plusieurs bases, & de la composition des matieres végétales &
-animales. On reconnoît par la lecture de ce chapitre la clarté des
-principes de la Chimie moderne, & en même tems la richesse de la nature
-dans la variété des composés qu'elle forme avec très-peu d'élémens.
-L'analyse la plus exacte prouve que l'hydrogène & le carbone privés
-de la plus grande quantité de leur calorique & unis ensemble dans des
-proportions différentes, à des quantités diverses d'oxigène constituent
-les matieres végétales, M. Lavoisier range ces matieres parmi les
-oxides lorsque la quantité d'oxigène est trop peu abondante pour leur
-donner le caractère acide, ou parmi les acides lorsque ce principe y
-est plus abondant. Le phosphore & l'azote font quelquefois partie de
-ces composés; & alors ils se rapprochent des matieres animales. Ainsi
-trois ou quatre corps simples unis en différentes proportions & dans
-différens états de pression ou de privation de calorique, suffisent
-à la Chimie moderne pour rendre raison de la diversité des matieres
-végétales, oxides & acides; & en y ajoutant l'azote, le phosphore &
-le soufre, les composés plus compliqués qui en résultent, donnent une
-idée exacte de la nature des substances animales, oxides ou acides. M.
-Lavoisier fait voir qu'on pourroit suivant les regles de la nouvelle
-Nomenclature désigner les principales especes des matieres végétales
-composées d'hydrogène, de carbone & d'oxigène, soit oxides, soit
-acides; mais la nécessité d'associer trop de mots pour désigner ces
-composés formeroit un langage barbare, & l'Auteur préfère les noms
-des treize acides végétaux & des six acides animaux, adoptés dans la
-nouvelle Nomenclature. Il termine ce chapitre par le dénombrement de
-ces acides.
-
-Ces principes aussi clairs que simples sur la composition des
-substances végétales & animales, conduisent M. Lavoisier à faire
-connoître avec une égale clarté dans le douzieme chapitre, la
-décomposition de ces matières par le feu. Des trois principes les
-plus abondans qui les constituent, l'hydrogène & l'oxigène tendent
-à prendre la forme de gaz par leur combinaison avec le calorique;
-le troisième ou le carbone n'a pas la même propriété. Une chaleur
-au-dessus de celle où ces principes restent en équilibre, doit donc
-détruire cet équilibre. A une température supérieure à celle de l'eau
-bouillante, l'oxigène s'unit à l'hydrogène & forme de l'eau qui se
-dégage; une partie du carbone unie séparément à l'hydrogène forme de
-l'huile; une autre se précipite seule. Une chaleur beaucoup plus forte,
-comme celle qu'on nomme chaleur rouge, sépare ces principes dans un
-autre ordre, décompose même l'huile formee par la premiere chaleur, &
-réduit entièrement les matières végétales à de l'acide carbonique, à
-de l'eau & à une partie de charbon isolée. L'azote, le phosphore & le
-soufre ajoutés à ces premiers principes, dans les matières animales
-compliquent cet effet du feu, & donnent naissance à l'ammoniaque que
-ces matieres fournissent dans leur distillation. Tous ces phénomènes ne
-tiennent qu'à des changemens de proportions dans l'union des principes
-& à leur diverse affinité pour le calorique.
-
-Des changemens également simples ont lieu dans les fermentations
-vineuse, putride & acéteuse, dont M. Lavoisier expose avec soin les
-phénomènes dans les chapitres 13, 14 & 15. Ces opérations naturelles
-paroissoient autrefois inexplicables aux Chimistes, & il n'y a pas plus
-de quinze ans qu'on désespéroit encore d'en apprécier la cause. M.
-Lavoisier par des procédés ingénieux est parvenu à prouver que dans la
-fermentation vineuse, la matiere sucrée qu'il regarde comme un oxide
-& qui est formée suivant ses recherches, de 8 parties d'hydrogène,
-28 de carbone, & 64 d'oxigène, sur cent parties de cette matière,
-est séparée en deux portions (par le changement & le partage seul de
-l'oxigène entre les deux bases oxidables), une grande partie du carbone
-prend plus d'oxigène en se séparant de l'hydrogène, & se convertit en
-gaz acide carbonique qui se dégage pendant cette fermentation, tandis
-que l'hydrogène, privé de l'oxigène & uni à un peu de carbone, & à
-l'eau ajoutée, constitue l'alkool. Ainsi la nature change par cette
-fermentation des combinaisons ternaires en combinaisons binaires.
-Un effet analogue a lieu dans la putréfaction. Les cinq substances
-simples & combustibles qui forment les bases oxidables & acidifiables
-des matières animales, l'hydrogène, le carbone, l'azote, le soufre &
-le phosphore, & qui sont unies en différentes proportions à l'oxigène,
-se dégagent peu-à-peu en gaz hydrogène sulfuré, carboné, phosphoré,
-en gaz azote, en gaz acide carbonique, & en gaz ammoniaque. La
-fermentation acéteuse ne consiste que dans l'absorption de l'oxigène
-qui y porte plus de principe acidifiant. Il semble que l'acide
-carbonique n'ait besoin que d'hydrogène pour devenir acide acéteux,
-puisqu'en effet, ôtez ce dernier principe au vinaigre, il passe à
-l'état d'acide carbonique. Quoique cette théorie de la putréfaction
-& de l'acétification paroisse presque aussi simple que celle de la
-fermentation vineuse, M. Lavoisier convient que la Chimie n'est pas
-aussi avancée dans la connoissance de ces deux phénomènes, que dans
-celle du premier.
-
-Dans le seizième chapitre, l'auteur considère la formation des sels
-neutres & les bases de ces sels. Les acides dont M. Lavoisier a exposé
-la nature dans les premiers chapitres, peuvent se combiner avec quatre
-bases terreuses, trois bases alkalines & dix-sept bases métalliques.
-Il expose succinctement l'origine, l'extraction & les principales
-propriétés de la potasse, de la soude, de l'ammoniaque, de la chaux,
-de la magnésie, de la baryte & de l'alumine; ces matières, si l'on
-en excepte l'ammoniaque, sont les moins connues de tous les corps
-naturels, & quoique, d'après quelques expériences, on pense qu'elles
-sont composées, on n'en a point encore séparé les élémens; aussi M.
-Lavoisier n'en parle-t-il que très-brièvement. Il termine cet exposé en
-annonçant qu'il est possible que les alkalis fixes se forment pendant
-la combustion des substances végétales à l'air. L'un de nous a déjà
-fait présumer dans plusieurs mémoires & dans ses leçons, que l'azote,
-qu'il a considéré comme principe des alkalis ou comme _alkaligène_,
-pourroit bien se précipiter de l'atmosphère dans les substances
-végétales qu'on brûle dans l'atmosphère. Alors l'air atmosphérique
-seroit un réservoir des principes acidifiant & alkalifiant où la nature
-puiseroit sans cesse ces principes pour les fixer dans des bases, &
-produire les diverses matières salines, acides & alkalines. Mais cette
-assertion, loin d'être une vérité démontrée, ne doit être regardée que
-comme une hypothèse, jusqu'à ce que les expériences dont on s'occupe en
-ce moment dans plusieurs laboratoires, aient permis de prononcer.
-
-Le chapitre dix-septième & dernier de cette première partie de
-l'ouvrage de M. Lavoisier, contient une suite de réflexions sur la
-formation des sels neutres, & sur leurs bases qu'il nomme salifiables.
-Il y fait voir que les terres & les alkalis s'unissent aux acides sans
-éprouver d'altération, & qu'il n'en est pas de même des métaux. Aucun
-de ces corps ne peut se combiner avec les acides sans s'oxigéner; ils
-enlèvent l'oxigène soit à l'eau dont ils séparent l'hydrogène en gaz,
-soit aux acides eux-mêmes dont ils volatilisent une portion de la base
-unie à une portion d'oxigène. De ce dégagement naît l'effervescence
-qui accompagne la dissolution des métaux dans les acides. On pourroit
-peut-être désirer dans ce chapitre des détails plus étendus sur
-les dissolutions métalliques; mais M. Lavoisier vouloit mettre une
-grande précision dans cette partie de son Ouvrage, & celle qu'il y a
-mise en effet, en rend la marche plus rapide sans nuire à la clarté
-des principes qui y sont exposés. Ce chapitre est terminé par un
-dénombrement des quarante-huit substances simples qui peuvent être
-oxidées & acidifiées dans différens états, en y comprenant les dix-sept
-substances métalliques, qu'il croit devoir aussi considérer comme des
-acides, lorsqu'elles sont portées à un grand degré d'oxigénation. Il
-résulte de ce dénombrement que quarante-huit acides qui peuvent être
-unis à vingt-quatre bases terreuses, alkalines & métalliques, donnent
-1152 sels neutres, dont la nature & les propriétés n'auroient jamais
-été connues avec précision si, comme l'observe M. Lavoisier, on avoit
-continué à leur donner des noms, ou impropres, ou insignifians, comme
-on l'avoit fait à l'époque des premières découvertes de Chimie, & qui
-cependant peuvent être placés avec ordre dans la mémoire, à l'aide de
-la nouvelle nomenclature.
-
-Tels sont les faits, tel est l'ordre qui les lie, telles sont les
-conséquences qui en découlent naturellement, consignés dans la première
-partie de ce Traité élémentaire. Nous les avons fait connoître assez
-en détail, pour que la Société pût apprécier l'ensemble du travail de
-M. Lavoisier, & le comparer à ce qu'étoit encore la science chimique
-il y a vingt ans. On a pu y voir qu'à l'aide des expériences modernes,
-les élémens de cette science sont aujourd'hui beaucoup plus faciles à
-saisir qu'ils n'étoient autrefois, parce que tout se réduit à concevoir
-les effets généraux du calorique, à distinguer les matières simples,
-bases de toutes les combinaisons possibles, à considérer leur union
-avec l'oxigène; c'est presque sur ces trois faits généraux que sont
-fondés les détails contenus dans la première partie. En y ajoutant les
-attractions de l'oxigène pour les différens corps, les décompositions
-qui résultent des effets de ces attractions, on auroit l'ensemble
-complet de ces Elémens. Mais M. Lavoisier a omis cet objet à dessein, &
-nous avons exposé ailleurs les raisons qui l'ont déterminé à prendre ce
-parti.
-
-
-_Seconde Partie._
-
-Après avoir rendu un compte exact de la marche nouvelle que M.
-Lavoisier a suivie dans la première partie, qui constitue seule les
-élémens de la science, il ne sera pas nécessaire d'entrer dans des
-détails aussi étendus pour faire connoître les deux autres parties.
-
-La seconde est entièrement destinée à présenter dans des tableaux les
-combinaisons salines neutres, ou les composés de deux mixtes, car on se
-rappellera facilement que les acides sont des mixtes formés de bases
-unies à l'oxigène, les oxides métalliques également formés de l'oxigène
-uni aux métaux, & enfin les terres & les alkalis vraisemblablement
-des composés. Mais pour rendre cette seconde partie plus complette,
-M. Lavoisier a mis avant les tableaux des sels neutres, dix tableaux
-qui offrent les combinaisons simples dont il a été parlé dans la
-première partie, & qui sont destinés à servir de résumé à cette
-première partie. On trouve dans ces 10 tableaux, 1º. les substances
-simples, ou au moins celles que les Chimistes ne sont pas parvenus
-à décomposer, au nombre de 33, savoir la lumière, le calorique,
-l'oxigène, l'azote, l'hydrogène, le soufre, le phosphore, le carbone,
-le radical muriatique, le radical fluorique, le radical boracique, les
-dix-sept substances métalliques, la chaux, la magnésie, la baryte,
-l'alumine & la silice; 2º. les bases oxidables & acidifiables,
-composées au nombre de 20, qui comprennent le radical nitro-muriatique,
-les radicaux des douze acides végétaux, & ceux des sept acides animaux;
-3º. les combinaisons de l'oxigène avec les substances simples; 4º.
-les combinaisons des vingt radicaux composés, avec l'oxigène; ou les
-acides nitro-muriatiques, les douze acides végétaux, & les sept acides
-animaux; 5º. les combinaisons binaires de l'azote avec les substances
-simples: M. Lavoisier nomme celles de ces combinaisons qui ne sont pas
-connues, des _azotures_; 6º. les combinaisons binaires de l'hydrogène
-avec les mêmes substances simples: M. Lavoisier désigne par le nom
-d'_hydrures_ celles de ces combinaisons qui n'ont point été examinées;
-7º. les combinaisons binaires du soufre avec les corps simples; excepté
-les acides sulfurique & sulfureux, toutes ces combinaisons sont des
-sulfures; 8º. celles du phosphore avec les mêmes corps; tels sont
-l'oxide de phosphore, les acides phosphoreux & phosphorique, & les
-phosphures; 9º. celles du carbone avec les substances simples, savoir
-l'oxide de carbone, l'acide carbonique & les carbures; 10º. enfin
-celles de quelques autres radicaux avec les substances simples. A ces
-tableaux sont jointes des observations dans lesquelles M. Lavoisier
-donne l'explication, & retrace sous de nouveaux points de vue, une
-partie des faits consignés dans la première partie.
-
-Les tableaux des sels neutres sont au nombre de trente-quatre; on
-y trouve successivement les nitrites, les nitrates, les sulfates,
-les sulfites, les phosphites, les phosphates, les carbonates, les
-muriates, les muriates oxigénés, les nitro-muriates, les fluates, les
-borates, les arséniates, les molybdates, les tunstates, les tartrites,
-les malates, les citrates, les pyrolignites, les pyrotartrites, les
-pyromucites, les oxalates, les acétites, les acétates, les succinates,
-les benzoates, les camphorates, les gallates, les lactates, les
-saccholates, les formiates, les bombiates, les sebates, les lithiates &
-les prussiates. Le nombre de chaque classe de ces sels neutres contenus
-dans ces tableaux, est presque dans tous de vingt-quatre. M. Lavoisier
-a eu soin de disposer ces sels suivant l'ordre connu des affinités
-de leurs bases pour les acides. Comme la plupart de ces acides sont
-nouvellement découverts, l'Auteur a joint à chaque tableau des
-observations sur la manière de préparer ces sels, sur l'époque de leurs
-découvertes, sur les Chimistes à qui elles sont dues, & souvent même
-sur la comparaison de leur nature & de leurs propriétés. M. Lavoisier
-n'a point eu l'intention d'offrir, dans cette seconde partie, une
-histoire des sels neutres; il n'a rien dit de la forme, de la saveur,
-de la dissolubilité, de la décomposition des sels neutres, ni de la
-proportion & de l'adhérence de leurs principes. Ces détails, que l'on
-trouve dans les Elémens de Chimie de l'un de nous, n'entroient point
-dans le plan de M. Lavoisier; son but étoit de présenter une esquisse
-rapide de ces combinaisons, & il est très-bien rempli par les tableaux
-& par les courtes notices qui les accompagnent.
-
-
-_Troisième Partie._
-
-La troisième partie, qui a pour titre: _Description des appareils &
-des opérations manuelles de la Chimie_, montre aussi bien que les deux
-premières, combien la science a acquis de moyens, & la différence qui
-existe entre les expériences que l'on fait aujourd'hui & celles que
-l'on faisoit autrefois. M. Lavoisier a rejetté cette description à la
-fin, parce que les détails qu'elle exige, auroient détourné l'attention
-& trop occupé l'esprit des Lecteurs, si elle avoit été placée avec la
-théorie, & parce que d'ailleurs elle suppose des connoissances qu'on
-n'a pu acquérir qu'en lisant les deux premières parties. Quoique M.
-Lavoisier l'ait présentée comme une explication des planches qu'on
-place ordinairement à la fin d'un ouvrage, nous y avons trouvé une
-méthode descriptive très-claire, & des observations intéressantes sur
-l'usage des instrumens & sur les phénomènes que présentent les corps
-qu'on soumet à leur action. Sans prétendre donner ici un extrait
-de cette troisième partie, qui n'en est pas susceptible, nous nous
-bornerons à offrir un léger apperçu des principaux objets contenus dans
-les huit chapitres qui la composent.
-
-Le premier traite des instrumens nécessaires pour déterminer le poids
-absolu & la pesanteur spécifique des corps solides & fluides; telles
-sont les balances exactes de différentes sensibilités, depuis celles où
-l'on pèse 50 à 60 livres, jusqu'à celles qui trébuchent à des 512e. de
-grain (M. Lavoisier y propose des poids en fractions décimales de la
-livre, au lieu des divisions de la livre en onces, gros & grains); tels
-sont encore la balance hydrostatique, les aréomètres, sur-tout celui
-dont se sert M. Lavoisier, & qui lui est particulier.
-
-Dans le chapitre second, sont décrits les instrumens propres à mesurer
-les gaz, les cuves pneumato-chimiques à l'eau & au mercure, les
-différens récipiens, le ballon à peser les gaz, la machine construite
-par les soins de M. Lavoisier, pour mesurer le volume & connoître la
-quantité des gaz suivant la pression & la température qu'ils éprouvent.
-M. Lavoisier nomme cette ingénieuse machine _gazomètre_.
-
-Le chapitre III est destiné à la description d'un instrument imaginé
-par M. de la Place, pour déterminer la chaleur spécifique des corps
-& la quantité de calorique qui se dégage dans les combustions, dans
-la respiration des animaux & dans toutes les opérations de la Chimie.
-Cette utile machine, dont nous avons déjà indiqué les avantages dans
-la première partie, est nommée _calorimètre_ par M. Lavoisier.
-
-On trouve exposés, dans le quatrième chapitre, les instrumens dont on
-se sert dans les simples opérations mécaniques de la Chimie, telles
-que la trituration, la porphyrisation, le tamisage, le lavage, la
-filtration & la décantation.
-
-Le cinquième chapitre contient la description des moyens & des
-instrumens qu'on emploie pour opérer l'écartement ou le rapprochement
-des molécules des corps; tels sont les vases destinés à la solution des
-sels, à la lixiviation, à l'évaporation, à la cristallisation, & à la
-distillation simple, ou évaporation en vaisseaux clos.
-
-M. Lavoisier décrit, dans le sixième chapitre, les instrumens qui
-servent aux distillations composées & pneumato-chimiques, & sur-tout
-les appareils de Woulfe, variés de beaucoup de manières; ceux qu'on
-emploie dans les dissolutions métalliques; ceux qu'il a imaginés pour
-recueillir les produits des fermentations vineuse & putride, pour la
-décomposition de l'eau. Il y joint une histoire des différens luts & de
-leurs diverses utilités.
-
-Les détails contenus dans le septième chapitre, font connoître les
-appareils dont ce Physicien s'est servi avec succès pour connoître
-avec exactitude les phénomènes qui ont lieu dans la combustion du
-phosphore, du charbon, des huiles, de l'alkool, de l'éther, du gaz
-hydrogène, & conséquemment dans la recomposition de l'eau, ainsi que
-dans l'oxidation des métaux.
-
-Enfin le huitième & dernier chapitre de l'Ouvrage traite des instrumens
-& des procédés propres à exposer les corps à de hautes températures; il
-y est question de la fusion, des creusets, des fourneaux, de la théorie
-de leur construction, du moyen d'augmenter considérablement l'action du
-feu, en substituant à l'air atmosphérique l'air vital ou gaz oxigène.
-
-Quand ces détails ne seroient que des descriptions simples des machines
-auxquelles la Chimie doit toutes ses nouvelles connoissances, ils n'en
-seroient pas moins utiles, & on n'en auroit pas moins d'obligation à
-M. Lavoisier, pour avoir publié des procédés & des appareils trop peu
-connus, même d'une partie de ceux qui professent aujourd'hui la Chimie,
-comme l'a dit l'Auteur. Mais ce n'est point seulement une description
-sèche & aride que présente cette troisième partie; on y décrit l'usage
-des diverses machines, on y fait connoître la manière de s'en servir,
-& les phénomènes qu'elles offrent à l'observateur; souvent même des
-points particuliers de la théorie générale exposée dans tout l'ouvrage,
-portent un jour éclatant sur le résultat des opérations auxquelles
-servent ces instrumens. On peut considérer cette troisième partie comme
-une histoire des principaux appareils nécessaires aux opérations de la
-Chimie moderne, & sans lesquels on ne pourroit plus espérer de faire
-faire des progrès à cette science.
-
-Les planches placées à la fin de l'ouvrage, ont été gravées avec soin
-par la personne qui nous a déjà donné la traduction de Kirwan, & qui
-sait allier la culture des Lettres à celle des Arts & des Sciences.
-
-L'ouvrage est terminé par des tables où sont exposées la pesanteur du
-pied cube des différens gaz, la pesanteur spécifique d'un grand nombre
-de corps naturels, les méthodes pour convertir les fractions vulgaires
-en fractions décimales & réciproquement, des moyens de correction
-pour la pesanteur des gaz relativement à la hauteur du mercure dans
-le baromètre & dans le thermomètre. Ces tables deviennent aujourd'hui
-aussi nécessaires aux Chimistes pour obtenir des résultats exacts dans
-leurs expériences, que le sont les tables de logarithmes aux Géomètres
-& aux Astronomes, pour l'exactitude & la rapidité de leurs calculs.
-
-Nous pensons que l'Ouvrage de M. Lavoisier mérite l'approbation de la
-Société, & d'être imprimé sous son privilége.
-
- Au Louvre, le 6 Février 1789.
-
- _Signé_, DE HORNE & DE FOURCROY.
-
-La Société Royale de Médecine ayant entendu, dans sa séance tenue au
-Louvre le 6 du présent mois, la lecture du Rapport ci-dessus, en a
-entièrement adopté le contenu.
-
- Ce que je certifie véritable. Ce 7 Février 1789.
-
- _Signé_, VICQ D'AZYR, Secrétaire perpétuel.
-
-
-
-
-_EXTRAIT des Registres de la Société Royale d'Agriculture._
-
-Du 5 Février 1789.
-
-
-Nous avons été chargés par la Société Royale d'Agriculture, M. de
-Fourcroy & moi, de lui rendre compte d'un Traité élémentaire de Chimie,
-par M. Lavoisier.
-
-Des Savans de l'Europe, l'un de ceux qui a le plus contribué à
-l'heureuse révolution que la Chimie pneumatique a éprouvée de nos
-jours, c'est, sans contredit, M. Lavoisier. Les Mémoires importans
-qu'il a publiés depuis quinze ans, les faits brillans dont on lui
-est spécialement redevable, toutes les expériences connues qu'il a
-vérifiées avec un zèle infatigable, l'élégance & la précision des
-appareils qu'il a imaginés, la théorie nouvelle enfin sur laquelle
-il a singulièrement influé, & qu'on peut vraiment regarder comme lui
-étant propre, faisoient desirer que M. Lavoisier réduisît ces nombreux
-matériaux en un corps d'ouvrage, & sur-tout qu'il en fît un ouvrage
-élémentaire: il étoit difficile de mieux remplir ce vœu.
-
-Ce Traité peut servir à l'étude de la Chimie par la méthode & l'ordre
-qui y regnent; quant au Chimiste déjà familiarisé avec la science, il y
-trouvera les faits réunis & classés, ainsi que de grandes vues sur le
-systême de notre atmosphère, de la végétation, de l'animalisation, &c.
-ce qui offre une vaste carrière à ses recherches.
-
-La Chimie recule de jour en jour ses bornes; elle embrasse maintenant
-toutes les sciences physiques, & l'Agriculture est peut-être une
-de celles qui aura le plus à s'applaudir des succès de la Chimie;
-l'analyse étant le seul moyen de conduire sûrement à la connoissance
-des terres, des amendemens & des engrais: enfin la Chimie pneumatique
-peut seule expliquer les grands phénomènes de la végétation, la
-formation des différens principes des végétaux, l'étiolement des
-plantes, &c. c'est elle qui nous a fait connoître cette double émission
-d'un gaz homicide & d'un gaz vital.
-
-Dans le petit nombre d'ouvrages qui ont été récemment publiés sur la
-Chimie, tout étant neuf, la nomenclature, les faits, l'application
-de la méthode des Géomètres à ces mêmes faits, & la théorie entière,
-l'analyse d'un pareil Traité seroit une tâche longue & difficile à
-remplir; nous nous bornerons donc à des réflexions sur ce nouvel ordre
-de choses, qui, au milieu de beaucoup de prosélites, a encore quelques
-détracteurs.
-
-On peut établir comme vérité qu'il n'y a pas d'art mécanique, le
-dernier de tous, dont la nomenclature ne soit moins vicieuse, moins
-_insignifiante_, que ne l'étoit celle de l'ancienne Chimie. Pas
-un mot dans l'ancienne langue chimique qui n'ait été enfanté par
-l'amour du mystère, & quelquefois même par le charlatanisme. Glauber,
-Stahl, emportés par le torrent & l'espèce de mode régnante alors,
-introduisent, l'un, _son sel admirable_, l'autre, _son double arcane_.
-Un mot neuf, mot qui n'a aucune acception, peut en recevoir une, il
-n'en est pas de même d'un mot déjà usité.
-
-Il falloit donc une langue nouvelle pour une nouvelle science, des
-mots nouveaux pour de nouveaux produits; enfin, il falloit créer des
-expressions pour les phénomènes que créoit journellement la Chimie. Il
-importoit sur-tout que cette nomenclature fût raisonnée, que le mot
-fixât l'idée, & que, semblable à la langue des Grecs & des Latins,
-les augmentatifs, les privatifs, & le changement naître des idées
-accessoires & précises, & c'est l'objet que remplissent, par exemple,
-les mots _soufre_, _sulfate_, _sulfite_, _sulfure_. Tel est le but
-qu'ont rempli les Savans qui se sont réunis pour former cette nouvelle
-nomenclature, & le Traité de M. Lavoisier la rend très-intelligible.
-
-Rien de plus imposant dans l'ouvrage de M. Lavoisier que ce nombre
-d'expériences ingénieuses, dont beaucoup lui appartiennent, toutes
-présentées avec cette précision mathématique, inconnue avant cette
-époque, que Rouelle avoit devinée, & qui, soumettant l'analyse à la
-rigueur du calcul, fait le complément de la science, en rendant la
-recomposition des corps aussi facile que leur décomposition.
-
-L'ancienne Chimie parvenoit bien quelquefois à la synthèse: elle
-décomposoit & recomposoit l'alun, les vitriols, les sels neutres en
-général, elle minéralisoit & révivifioit les métaux; mais l'eau, mais
-l'air échappoient à son analyse. Elle les regardoit comme des corps
-simples & élémentaires, il étoit réservé à la Chimie pneumatique
-de leur faire subir la double loi de la décomposition & de la
-recomposition.
-
-Il nous reste à parler de la théorie, puisque nous sommes restreints
-à des généralités. Cette théorie pose sur une grande masse de faits,
-qui lui forment un rempart solide où elle paroît inattaquable: elle
-ne le seroit pas, sans doute, si elle prétendoit tout expliquer, mais
-elle sait s'arrêter quand les faits lui manquent, ou qu'ils sont en
-trop petit nombre pour consolider de nouveaux points de doctrine. Tel
-est le caractère de sagesse qui la distingue de l'ancienne théorie,
-qui expliquoit tout de dix manières différentes, parce qu'au défaut de
-routes, il faut se pratiquer des sentiers. Dans la théorie actuelle,
-les faits s'enchaînent; chaque proposition est étayée d'expériences
-qui se pressent, & on paroît réduit à ne pouvoir pas en tirer d'autres
-conséquences que celles que présente cette même théorie.
-
-Nous pensons donc que cet Ouvrage, dont plusieurs chapitres sont
-immédiatement applicables à la Physique de terminaison devinssent
-autant de moyen de faire végétale, mérite l'approbation de la Société
-Royale d'Agriculture.
-
- _Signé_, DE FOURCROY & CADET DE VAUX.
-
-Je certifie cet Extrait conforme à l'original & au jugement de la
-Société.
-
- A Paris, ce 6 Février 1789.
-
- _Signé_, BROUSSONET, Secrétaire perpétuel.
-
-
- De l'Imprimerie de CHARDON, rue de la Harpe. 1789.
-
-
-
-
-_Fautes à corriger, & Additions._
-
-
- _PAGE_ 43, _lignes_ 4 & 9, copeaux _lisez_ coupeaux
-
- 44, ligne 9, figure 14 _lis._ figure 16
-
- 75, ligne 14, dans un ballon e _lis._ dans le ballon _cb_.
-
- 77, _pén._ mtreux _lis._ nitreux
-
- 78, ligne 6, à mesure que l'acide passe _ajoutez_ une partie se
- condense dans le ballon, l'autre est absorbée par l'eau.
-
- 94, ligne 21, _ajoutez en note au bas de la page_
-
- On a critiqué même avec assez d'amertume cette expression
- _hydrogène_, parce qu'on a prétendu qu'elle signifioit
- fils de l'eau, & non pas qui engendre l'eau. Mais
- qu'importe, si l'expression est également juste dans les
- deux sens? les expériences rapportées dans ce Chapitre,
- prouvent que l'eau, en se décomposant, donne naissance à
- l'hydrogène, & sur-tout l'hydrogène donne naissance à
- l'eau en se combinant avec l'oxigène. On peut donc dire
- également que l'eau engendre l'hydrogène, & que
- l'hydrogène engendre l'eau.
-
- 96, _antépénul. Bc lis._ BC
-
- 118, ligne 22 _& suiv._ gaz hydrogène carbonisé, gaz hydrogène
- sulfurisé, gaz hydrogène phosphorisé _lis._ carboné, sulfuré,
- phosphoré. _La même faute a pu échapper dans d'autres endroits._
-
- 133, _pénul. & dern._ ainsi les végétaux ne contiennent ni
- huile, ni eau, ni acide carbonique, _ajoutez la note
- suivante au bas de la page_.
-
- _Nota._ On conçoit que je suppose ici des végétaux réduits
- à l'état de dessication parfaite, & qu'à l'égard de
- l'huile, je n'entends pas parler des végétaux qui en
- fournissent, soit par expression à froid, soit par une
- chaleur qui n'excède pas celle de l'eau bouillante. Il
- n'est ici question que de l'huile empyreumatique qu'on
- obtient par la distillation à feu nud, à un degré de feu
- supérieur à l'eau bouillante. C'est cette huile seule que
- j'annonce être un produit de l'opération. On peut voir ce
- que j'ai publié à cet égard dans le volume de l'Académie,
- année 1786.
-
- Page 146, lignes 16 & 17, 397 livres 9 onces 29 grains _lis._
- 460 livres 11 onces 6 gros 53 grains
-
- 163, ligne 7, dont _lis._ que
-
- 172, ligne 1, ammoniaque _lis._ ammoniac
-
- 196, ligne 8, tartarique _lis._ tartareux
-
- Ibid. ligne 11, pyrolignique _lis._ pyroligneux
-
- ligne 12, pyromucique _lis._ pyromuqueux
-
- ligne 13, pyrotartarique _lis._ pyrotartareux
-
- ligne 15, acétique _lis._ acéteux
-
- 254, _Supprimez du Tableau_ muriate oxygéné d'ammoniaque,
- _attendu que cette combinaison n'existe pas_.
-
- 294, lignes 14, 15 & 16, _effacez_ & ce même sel saturé de
- chaux, oxalate acidule de potasse & de chaux
-
- 384, ligne 22, d'un robinet _l lis._ d'un robinet _lm_
-
-
-[Illustrations: Planche I, Planche II, Planche III, Planche IV, Planche V,
-Planche VI, Planche VII, Planche VIII, Planche IX, Planche X, Planche XI
-Planche XII, Planche XIII.
-
-_Paulze Lavoisier Sculpsit._]
-
-
- * * * * *
-
-
- Liste des modifications:
-
- Page 14: «prêt» remplacé par «près» (que l'éther, ... est tout près)
- Page 23: «act» par «exact» (Le moyen le plus simple & le plus exact)
- Page 24: «lorqu'on» par «lorsqu'on» (lorsqu'on les a forcées)
- Page 58: «semblable» par «semblables» (j'ai divisés dans deux capsules
- de porcelaine, semblables ...)
- Page 125: «oxygénés» par «oxygénées» (Le règne végétal... des mêmes
- bases doubles & triples, mais moins oxygénées.)
- Page 181: ajouté «de» (La nature de ces deux radicaux)
- Page 192: «Cobolt» par «Cobalt»
- Page 197: «quel-unes» par «quelques-unes» (Des expériences dont
- quelques-unes)
- Page 201: «le» par «les» (dans les rues étroites des villes)
- Page 213: «animales» par «végétales» (comme celles des matières
- végétales)
- Page 224: «outes» par «toutes» (dans presque toutes)
- Page 239: «Vitrol» par «Vitriol» (Vitriol de magnésie)
- Page 250: «aide» par «acide» (les bases saturées de cet acide)
- Page 313: «Ochrn» par «OEhrn» (MM. Ardwisson & OEhrn)
- Page 385: «un» remplacé par «une» (lorsqu'on a fait une ou deux fois)
- Page 396: «figure» par «figures» (figures 2 & 3)
- Page 416: «sons» remplacé par «sous» (qui sont connues sous le nom de
- rognures de verre.)
- Page 443: «lutte» par «lute» (qu'on lute avec elle)
- Page 532: «de puis» par «puis de» (ensuite un peu d'eau, puis de la
- potasse dissoute)
- Page 541: «évirer» par «éviter» (& pour éviter que ces alternatives)
- Page 588: «Résine» par «Résines» (dans la colonne une de la table)
- Page 596: «posphoreux» par «phosphoreux» (ACIDE phosphoreux)
- Page 600: «excite» par «existe» (Il en existe 24)
- Page 606: «réparer» par «séparer» (Moyens de les séparer)
- Page 616: «SUBTANCES» par «SUBSTANCES» (SUBSTANCES combustibles.)
- Page 648: ajouté «des» (Il y joint une histoire des différens luts)
-
-
-
-
-
-End of the Project Gutenberg EBook of Traité élémentaire de chimie, tome
- 1 & 2, by Antoine de Lavoisier
-
-*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK TRAITÉ ÉLÉMENTAIRE 1 & 2 ***
-
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-
-Section 2. Information about the Mission of Project Gutenberg-tm
-
-Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
-electronic works in formats readable by the widest variety of computers
-including obsolete, old, middle-aged and new computers. It exists
-because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
-people in all walks of life.
-
-Volunteers and financial support to provide volunteers with the
-assistance they need, are critical to reaching Project Gutenberg-tm's
-goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
-remain freely available for generations to come. In 2001, the Project
-Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
-and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
-To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
-and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
-and the Foundation web page at http://www.pglaf.org.
-
-
-Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive
-Foundation
-
-The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
-501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
-state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
-Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification
-number is 64-6221541. Its 501(c)(3) letter is posted at
-http://pglaf.org/fundraising. Contributions to the Project Gutenberg
-Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
-permitted by U.S. federal laws and your state's laws.
-
-The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
-Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
-throughout numerous locations. Its business office is located at
-809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email
-business@pglaf.org. Email contact links and up to date contact
-information can be found at the Foundation's web site and official
-page at http://pglaf.org
-
-For additional contact information:
- Dr. Gregory B. Newby
- Chief Executive and Director
- gbnewby@pglaf.org
-
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-Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg
-Literary Archive Foundation
-
-Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
-spread public support and donations to carry out its mission of
-increasing the number of public domain and licensed works that can be
-freely distributed in machine readable form accessible by the widest
-array of equipment including outdated equipment. Many small donations
-($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
-status with the IRS.
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-The Foundation is committed to complying with the laws regulating
-charities and charitable donations in all 50 states of the United
-States. Compliance requirements are not uniform and it takes a
-considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
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-SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
-particular state visit http://pglaf.org
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-While we cannot and do not solicit contributions from states where we
-have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
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-approach us with offers to donate.
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-outside the United States. U.S. laws alone swamp our small staff.
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-methods and addresses. Donations are accepted in a number of other
-ways including checks, online payments and credit card donations.
-To donate, please visit: http://pglaf.org/donate
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-Section 5. General Information About Project Gutenberg-tm electronic
-works.
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-concept of a library of electronic works that could be freely shared
-with anyone. For thirty years, he produced and distributed Project
-Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.
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-Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
-editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
-unless a copyright notice is included. Thus, we do not necessarily
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